Résultats : 13 texte(s)
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Liste
1
p. 1931-1935
LES Progrès de la Comédie, sous le Regne de LOUIS LE GRAND. ODE.
Début :
LAISSE tomber ce masque, ô divine THALIE ; [...]
Mots clefs :
Louis, Gloire, Yeux, Molière, Grèce, Heureux, Avare, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : LES Progrès de la Comédie, sous le Regne de LOUIS LE GRAND. ODE.
LES Progrès de la Comédie , fous le Regne
de LOUIS LE GRAN D.
L
OD E.
AISSE tomber ce mafque , ô divine
THALIS ;
Ton front pour le triomphe eft déja
couronné ,
Et derriere ton char , par P'humaine folic
Je vois l'Univers enchaîné .
Par tes rians attraits des Mortels adorée ,
Par de fages leçons à jamais révérée ,
1
A ij
Parois ,
1932 MERCURE DE FRANCE.
Parois ; tout fléchit fous tes Loix ;
Si le plus grand des Dieux te donna la naiffance ,
Tes rapides progrès , ta gloire , & ta puiſſance
Sont les dons du plus grand des Rois.
+34
Quels Cyniques appas t'avoit prêté la Gréce !
Tu les vis , & ton front rougit de tant d'excès.
La pudeur diffipa cette honteufe yvreffey
Mais le tems borna tes fuccès .
Au mépris de ton nom , l'Ignorance groffiere
Sur les vils brodequins rampa dans la pouffiere ,
Du peuple amulant les regards :
Louis te fait renaître , & fçait venger ta gloire ;
Louis , qui remporta les fruits de la victoire ,
La Paix , l'Abondance , & les Arts,
**
Ton éclat a banni l'aveugle barbarie ;
L'Ordre , le Vrai , le Goût , rétabliffent tes droits
La décence , les moeurs , la fine raillerie ,
Donnent des charmes à ta voix.
Mais quels nobles accords ont frappé mon oreille ?
MELPOMENE eft jalouſe , & t'enleve Corneille ;
Par toi Moliere eft infpiré.
Dignes du premier rang , où l'un & l'autre aſpire ;
A l'envi , du Théatre ils partagent l'empire ,
De nos Ancêtres ignoré .
Dans
SEPTEMBRE. 1744. 1933
Dans un étroit efpace , & dans un champ fterile ,
Le Comique jadis épuifa fes travaux.
Quels modéles heureux & la Cour & la Ville
Offrent à fes riches tableaux !
C'eft ainfi que la Terre , ouvrant fon fein avare
Prodigua des tréfors , ignorés du Barbare ,
A nos talens induftrieux .
Prends ton Pinceau , Moliere , & d'une main fçavante
Exprime de nos moeurs la Peinture vivante ;
Rends nous rifibles à nos yeux.
*3 *X
Trace dans l'Etourdi la fougueufe imprudence ;
La Jeuneffe indifcrette , & le fourbe intérêt ;
Surmonte par degrés l'Envie & l'Ignorance ;
Qu'elles t'admirent à regret !
Diffame pour toujours la fade Précieuſe ,
La Sçavante au ton fier , la Prude impérieufe ,
La Coquette aux yeux féduifans :
Peins du fombre jaloux les foupçons , les fupplices ,
D'un fexe déguisé les fubtils artifices ,
Et les faux airs des Courtifans.
炒菜
C'eft peu ; donne à ta Mufe un effor digne d'elle ;
Rends dans un feul tableau mille tableaux divers ;
Fais de ton Misantrope un fi parfait modéle ,
Qu'il foit l'amour de l'Univers .
A iij Par
1934 MERCURE DE FRANCE.
Par quel heureux contrafte , enfant de ton génie,
As-tu fait de ce tout adorer l'harmonie ,
En tendant les ris férieux ?
Ces objets oppofés , dont tå bile s'enflâme ,'
Enchantent la Raifon , & ne portent dans l'Ame
Que des plaifirs dignes des Dieux .
32
Riche de ces tréfors , que la France idolâtre ,
Et qui feront envie à la Pofterité ,
Ira- t'il dépouiller le fterile Théatre
De la fuperbe Antiquité ?
Tout eft neuffous fa main , tout renaît de ſes veilles.
Les déferts à ſa voix font féconds en merveilles ; '
La Beauté germe , & reproduit :
L'Avare qu'il retrace , eft il le même Avare ?
De quels divins attraits , belle Alcmene , il te pare
Jupiter même en eſt ſéduit ..
Rival de Rofcius , de Plaute , & de Menandre,
Seul tu fçais encherir fur leur Art fi vanté ;
Dans cette aimable Ecole , où tu te fais entendre ,
Que de grace , & de nouveauté !
Quel Comique , avant toi , joüa fans retenuë
L'Art douteux , dont l'abus impunément nous tuë ,
Nous égorgeant avec froideur ?
Le Citoyen d'Athéne apprit-il de THALIE ,
A
SEPTEMBRE. 1744. 1935
A fur le fol excès du Bourgeois qui s'oublie ,
Singe & duppe de la Grandeur ?
Qu'on eût acquis de gloire & ravi le Parterre ,
Si de traits enjoüés armant la Vérité ,
Aux Dandins de la Gréce on avoit fait la Guerre ,
Et ri d'un fot de qualité !
Quel Mime eût mieux atteint l'Art fortuné de plaire,
Qu'un Malade expirant d'un mal imaginaire ,
Aux yeux des Romains expofé ?
Eh ! Rome auroit peut - être applaudi fans fcrupule
Au bizarre Scapin , dont le fac ridicule
Sur notre Scéne eft mépriſé .
Xxxx
Quoi ! ta gloire effaça la Gréce & l'Italie ;
Siécle heureux de Louis , &, déja tu n'es plus !
Ramene tes beaux jours , immortelle THALIE ;
Calme nos regrets fuperAus..
Nos voeux font exaucés ; ton flambeau ſe rallume ;
Tes fucceffeurs , Moliere , héritent de ta plume ;
Tu fembles revivre à nos yeux :
Brueis, de l'Ifle & Renard t'ont choisi pour modéle
Marivaux , la Chauffée , épris du même zéle ,
Eternifent encor nos jeux.
de LOUIS LE GRAN D.
L
OD E.
AISSE tomber ce mafque , ô divine
THALIS ;
Ton front pour le triomphe eft déja
couronné ,
Et derriere ton char , par P'humaine folic
Je vois l'Univers enchaîné .
Par tes rians attraits des Mortels adorée ,
Par de fages leçons à jamais révérée ,
1
A ij
Parois ,
1932 MERCURE DE FRANCE.
Parois ; tout fléchit fous tes Loix ;
Si le plus grand des Dieux te donna la naiffance ,
Tes rapides progrès , ta gloire , & ta puiſſance
Sont les dons du plus grand des Rois.
+34
Quels Cyniques appas t'avoit prêté la Gréce !
Tu les vis , & ton front rougit de tant d'excès.
La pudeur diffipa cette honteufe yvreffey
Mais le tems borna tes fuccès .
Au mépris de ton nom , l'Ignorance groffiere
Sur les vils brodequins rampa dans la pouffiere ,
Du peuple amulant les regards :
Louis te fait renaître , & fçait venger ta gloire ;
Louis , qui remporta les fruits de la victoire ,
La Paix , l'Abondance , & les Arts,
**
Ton éclat a banni l'aveugle barbarie ;
L'Ordre , le Vrai , le Goût , rétabliffent tes droits
La décence , les moeurs , la fine raillerie ,
Donnent des charmes à ta voix.
Mais quels nobles accords ont frappé mon oreille ?
MELPOMENE eft jalouſe , & t'enleve Corneille ;
Par toi Moliere eft infpiré.
Dignes du premier rang , où l'un & l'autre aſpire ;
A l'envi , du Théatre ils partagent l'empire ,
De nos Ancêtres ignoré .
Dans
SEPTEMBRE. 1744. 1933
Dans un étroit efpace , & dans un champ fterile ,
Le Comique jadis épuifa fes travaux.
Quels modéles heureux & la Cour & la Ville
Offrent à fes riches tableaux !
C'eft ainfi que la Terre , ouvrant fon fein avare
Prodigua des tréfors , ignorés du Barbare ,
A nos talens induftrieux .
Prends ton Pinceau , Moliere , & d'une main fçavante
Exprime de nos moeurs la Peinture vivante ;
Rends nous rifibles à nos yeux.
*3 *X
Trace dans l'Etourdi la fougueufe imprudence ;
La Jeuneffe indifcrette , & le fourbe intérêt ;
Surmonte par degrés l'Envie & l'Ignorance ;
Qu'elles t'admirent à regret !
Diffame pour toujours la fade Précieuſe ,
La Sçavante au ton fier , la Prude impérieufe ,
La Coquette aux yeux féduifans :
Peins du fombre jaloux les foupçons , les fupplices ,
D'un fexe déguisé les fubtils artifices ,
Et les faux airs des Courtifans.
炒菜
C'eft peu ; donne à ta Mufe un effor digne d'elle ;
Rends dans un feul tableau mille tableaux divers ;
Fais de ton Misantrope un fi parfait modéle ,
Qu'il foit l'amour de l'Univers .
A iij Par
1934 MERCURE DE FRANCE.
Par quel heureux contrafte , enfant de ton génie,
As-tu fait de ce tout adorer l'harmonie ,
En tendant les ris férieux ?
Ces objets oppofés , dont tå bile s'enflâme ,'
Enchantent la Raifon , & ne portent dans l'Ame
Que des plaifirs dignes des Dieux .
32
Riche de ces tréfors , que la France idolâtre ,
Et qui feront envie à la Pofterité ,
Ira- t'il dépouiller le fterile Théatre
De la fuperbe Antiquité ?
Tout eft neuffous fa main , tout renaît de ſes veilles.
Les déferts à ſa voix font féconds en merveilles ; '
La Beauté germe , & reproduit :
L'Avare qu'il retrace , eft il le même Avare ?
De quels divins attraits , belle Alcmene , il te pare
Jupiter même en eſt ſéduit ..
Rival de Rofcius , de Plaute , & de Menandre,
Seul tu fçais encherir fur leur Art fi vanté ;
Dans cette aimable Ecole , où tu te fais entendre ,
Que de grace , & de nouveauté !
Quel Comique , avant toi , joüa fans retenuë
L'Art douteux , dont l'abus impunément nous tuë ,
Nous égorgeant avec froideur ?
Le Citoyen d'Athéne apprit-il de THALIE ,
A
SEPTEMBRE. 1744. 1935
A fur le fol excès du Bourgeois qui s'oublie ,
Singe & duppe de la Grandeur ?
Qu'on eût acquis de gloire & ravi le Parterre ,
Si de traits enjoüés armant la Vérité ,
Aux Dandins de la Gréce on avoit fait la Guerre ,
Et ri d'un fot de qualité !
Quel Mime eût mieux atteint l'Art fortuné de plaire,
Qu'un Malade expirant d'un mal imaginaire ,
Aux yeux des Romains expofé ?
Eh ! Rome auroit peut - être applaudi fans fcrupule
Au bizarre Scapin , dont le fac ridicule
Sur notre Scéne eft mépriſé .
Xxxx
Quoi ! ta gloire effaça la Gréce & l'Italie ;
Siécle heureux de Louis , &, déja tu n'es plus !
Ramene tes beaux jours , immortelle THALIE ;
Calme nos regrets fuperAus..
Nos voeux font exaucés ; ton flambeau ſe rallume ;
Tes fucceffeurs , Moliere , héritent de ta plume ;
Tu fembles revivre à nos yeux :
Brueis, de l'Ifle & Renard t'ont choisi pour modéle
Marivaux , la Chauffée , épris du même zéle ,
Eternifent encor nos jeux.
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2
p. 1936-1948
LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
Début :
Si les Hommes paroissent quelquefois injustes dans leurs décisions, c'est, surtout, [...]
Mots clefs :
Dames, Hommes, Esprit, Homme, Sexe, Femme, Femmes, Nature, Raison, Supériorité, Monde, Tous les jours, Éducation, Art, Conversation, Défendre
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texteReconnaissance textuelle : LA SUPERIORITÉ des Dames sur les Hommes. Extrait d'un Discours de M. La Coste, le Cadet.
LA SUPERIORITE' des Dames fur
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
les Hommes. Extrait d'un Difcours de
M. La Cofte , le Cadet.
Hommes paroiffent quelquefois
Sinjuftes dans leurs décifions , c'eft , furtout
, à l'égard des Dames. La Nature ayant
donné aux premiers un corps plus robufte ,
ils ont crû que la raifon du plus fort étoit
la meilleure : convaincus de la Superiorité
d'un Sexe qu'ils eftimoiert hier , qu'ils mépriſent
aujourd'hui , & qu'ils adorent tous
les jours , ils ont voulu , pour autorifer
leurs caprices , obtenir de la force , ce que
le mérite leur refufoit. Fiers du Defpotifme
qu'ils ont ufurpé , ils s'imaginent que les
Dames doivent foufcrire à des Loix , où jamais
elles n'ont eu de
•
part.
,
Quoique le préjugé & la mode me foyent
favorables , la vérité m'excite à prendre la
défenſe d'un Sexe , qui fe feroit déja juſtifié
, fi nous n'avions eû foin d'écarter de fon
éducation l'Art d'écrire. Il falloit en venir
là. En effet , il auroit bien - tôt recouvré la
place qui lui avoit été marquée par la Sageffe
, mais dont nous l'avons chaffé , fi on
lui avoit enfeigné l'Art de fe défendre
com-
1
SEPTEMBRE . 1744 . 1937
comme on nous a inftruit dans la maniere
de l'attaquer.
Nous ne pouvons afpirer à la Superiorité
fur les Dames , que par l'Efprit & par le
Coeur. La force eft étrangere au mérite ,
parce qu'elle ne dépend pas de nous . D'ailleurs
, la Beauté étant le partage des Dames ,
& l'écueil où vient échouer tous les jours
l'orgueil de l'Homme , nous n'avons jufqu'ici
aucun reproche à leur faire. Au contraire
, fi moins robuftes que nous , elles ont
pris un afcendant fur notre fexe , cela caracteriſe
allés notre foibleffe .
Je vais donc tâcher d'établir que les Da
mes ont beaucoup plus d'Efprit , & les fentimens
plus nobles que les Hommes. Ces
deux Propofitions feront l'economie de ce
Difcours. Je ne me fervirai que du Raiſonnement
, laiffant la pitié à l'écart ; le coupable
l'employe comme le jufte , & ce feroit
deshonorer l'innocent que de le juftifier
par des moyens qui lui feroient communs
avec le criminel . D'ailleurs , l'Homme eſt
trop endurci fur ce point , pour ſe laiffer
fléchir ; heureux fi la Raifon peut encore ſe
faire entendre , & fi on ne l'étouffe pas ,
avant qu'elle prenne la parole !
- PREMIERE PARTIE.
Une Perfonne qui a l'imagination vive ,
A v les
1938 MERCURE DE FRANCE.
les penfées fines , les expreffions naturelles ,
polies & délicates , peut paffer pour avoir
de l'Efprit. La Science , l'Erudition , la Litterature
s'acquierent avec le tems . Il ne faut
pas beaucoup de génie , pour être Jurifconfulte
, encore moins , pour fçavoir l'Hiſtoire
, & peut- être point du tout , pour devenir
grand Géométre . L'Etude eft la Mere
des Connoiffances. On pourroit même penfer
de quelques Sçavans, ce que difoit Scarron
des Sots , qu'ils mourront fans rendre
l'efprit .
Qu'est- ce qu'Efprit ? Raiſon aſſaiſonnée.
Efprit fans fel eft fade nourriture ;
Sel fans Raifon eft folide pâture ;
De tous les deux fe forme Eſprit parfait ,
De l'un fans l'autre un Monftre contrefait.
Or , 1. il n'eft pas douteux que les Dames
n'ayent beaucoup plus de fel & de prudence
que les Hommes. Ayant les fibres plus
déliées , elles doivent avoir les faillies plus
agréables que nous . Auffi voit- on tous les
jours que les Hommes ne fçavent ce qu'on
appelle bien vivre , que lorfque les Dames
s'en font mêlées. Le Monde eft une Ecole
où l'on apprend à faire ufage de ce que l'on
a vû dans les Livres ; cependant , fans les
Dames,où en feroient la plupart de nos Sçavans
,
SEPTEMBRE. 1744. 1939
" vans , renfermés dans leur mifantropie
n'ayant pour régle que leurs caprices ? On
les verroit comme les anciens Humains
Errants au gré de la Nature ,
Avec les Ours difputer la pâture .
Leur génie qui , felon S. Evremond , eſt
ennuyeux & péfant , connoîtroit-il ce que
c'eft que l'Amitié , la Douceur , la Politeffe ?
L'Homme , né pour la Société , l'éviteroit
comme fa perte , fi fes bizarreries n'étoient
temperées par les manieres gracieufes d'un
objet qu'il croit inférieur à lui . 11 ne frequenteroit
point fes pareils , ou bien - tôt le
flambeau de la Difcorde romproit une union ,
qui ne peut être bien cimentée que par le
Commerce des Dames..
A peine un jeune Homme a-t'il du monde
, qu'il s'imagine s'acquerir l'eftime du
Public , en déchirant un Sexe qui l'a formé.
D'autres accufent les Dames d'être comme
imbecilles , parce qu'elles ne font ni impies
, ni dépourvûës de fens commun ; ces
traits partent des prétendus efprits forts.
Les Dames , accoûtumées à parler d'un air
poli , ingénieufes à relever leurs penfées par
des expreffions vives , s'abftiennent avec
foin de ces termes équivoques , de ces paroles
groffieres , dont fe fervent nos jeunes
Libertins. La modeftie des Dames , loin de
A vj
les
1940 MERCURE DE FRANCE.
les juftifier , paroît un crime. Elles font açcufées
de n'avoir point d'efprit par ceux ,
qui n'en ayant pas
affés pour
voir qu'ils en
manquent , ne font pas Juges compétens en
pareille matiere.
Si l'Esprit doit briller quelque part , c'eſt
fans doute dans la converfation . Les entretiens
familiers , quoiqu'ils ne doivent pas
occuper toute notre vie , fervent beaucoup
à maintenir la Société. En effet , la converfation
, comme le remarque Balzac , a du
rapport au Gouvernement Populaire ; chacun
y a droit de fuffrages ; tous y jouiffent
de la liberté. On peut dire avec S. Evremont
, que fi l'Etude augmente les talens de
la Nature , c'eſt la converfation qui les met
en oeuvre & qui les perfectionne.
Combien d'avantages les Dames n'ontelles
pas fur nous dans ce lien de la Société ?
Avec quelle énergie leurs Efprits fe communiquent-
ils leurs penfées ? Avec quelles graces
leurs coeurs expriment- ils leurs mouvemens
? Les Doctes n'avancent rien qui ne
foit étudié ; les Ignorans difent tout au hazard
; l'Efprit & la Nature parlent avec les
Dames .
C'eſt peu d'être agréable & charmant dans un Livre;
Il faut fçavoir encor & converfer & vivre.
Auffi , pour fuivre le Précepte de Boileau,
Legifte ,
SEPTEMBRE. 1744. 1941
Legifte , Cadet , Moufquetaire , Robin , tout
vient à l'Ecole des Dames. Ciceron avouë
que , quoiqu'il eût étudié l'Eloquence fous
Molon , la Poëfie fous Archias , la Jurifprudence
fous Scævola , que quoiqu'il eut
eû pour Maîtres de Philofophie Phédre ,
Philon & Diodore le Stoicien , il eft en partie
redevable de fon fuccès dans l'Art oratoire
au Commerce qu'il a eû avec la Mere
de Gracchus , la fille de Caïus , l'Epoufe de
Craffus , & les deux Licinies.
N'est- ce pas manquer de prudence , que
de faire profeffion de ne point eftimer les
Dames , quand on fent qu'on peut les aimer?
Auffi arrive-t'il fouvent qu'on eft puni de
fon imprudence. Les Dames font ignorantes
pour la plûpart ; je l'avouë ; mais , injuftes
que nous fommes , n'avons- nous pas
eû foin d'éloigner de leur éducation les
Maîtres , qui auroient pû leur donner les
lumieres que nous avons acquifes ? Nous
avons borné leur Science à être belles ; l'Etude
nous les rendroit infupportables .
>
Il s'eft cependant trouvé des Dames , qui
ont percé l'obscurité des ténébres dont
nous avions eû foin de les envelopper.
Quelle Erudition dans une Chriftine ! Quelle
délicateffe dans les Poëfies d'une Deshoulieres
& d'une Villedieu ! Quelle legereté dans
la plume d'une la Suze , d'une Scudery !
1
20%
1942 MERCURE DE FRANCE.
2º. Une des preuves les plus convaincantes
de l'Eſprit des Dames ,
c'est que dépourvûës
de la force & de la Science , avec
ces Braffelets , ces Coëffures , ces Coliers ,
ces foibles armes que nous méprifons , elles
enchaînent les plus redoutables Guerriers ,
ces Hommes dont le bras étoit invaincu
& dont le coeur eut été invincible , s'il n'y
eut point eû de femmes. Le Philofophe s'at
tendrit ; la Raifon s'égare , elle autorife fouvent
une Paffion qu'elle condamnoit , avant
que de la connoître .
Si nous aimons les Femmes avec leurs dé
fauts , fi la Coquetterie même n'eſt pas un
antitode fouverain contre nos foibleffes
ou il y a dans le Sexe quelque chofe de fupérieur
, qui nous attire , ou les plus honteufes
Paffions nous dominent . De quelque
côté que l'Homme fe tourne , il trouvera
dans ce Dilemme une preuve de fon infériorité.
D'ailleurs , il eft sûr que les Dames ont
naturellement plus de retenuë que les Hommes
; fi donc nous rampons devant celles
qui ont perdu ce caractere pour mener une
vie licentieufe , à plus forte raiſon devonsnous
fléchir le genou devant celles , qui joignent
aux dons de la Nature une Vertu à
toute épreuve. Le contraire , dit- on , arrive
jourSEPTEMBRE.
1744. 1943
journellement ; je l'avoue , & c'eft en cela
que nous faifons paroître moins d'Efprit &
de Raifon que le beau Sexe . Les Hommes
préférent les Concubines à des femmes reſpectables
; les Dames préférent les Hommes
vertueux aux débauchés , quelle difference
de goût !
Une troifiéme preuve de l'Efprit des Dames
, c'eft que , plus foibles que nous , elles
viennent plûtôt à bout de leurs entrepriſes.
Sçais- tu bien ce que peut une femme en fureur è
S'écrie l'expérience avec Corneille ; auffi
lorfque la Confidente de Medée lui dit :
Votre Pays vous hait ; votre Epoux eft fans foi
Dans ce revers fatal que vous refte- t'il ?
Medée répond :
Moi.
Quel reffort , quelle adreffe dans une
Femme qui aime !
Thefée eut été immolé aux Manes d'Andragée,
fans le fecours d'Ariane , & s'il fortit
du Labyrinthe , c'eft que cette Princeſſe
lui confeilla d'attacher un fil dès l'entrée ,
qui le conduifit dans tous les détours & le
reconduifit ,
Un
1944 MERCURE DE FRANCE .
Un jeune Homme , magnifique au dehors,
petit en lui-même , extravagant par tout ,
refufera dans fes fottes décifions la Superiorité
aux Dames pour l'Efprit , mais s'il eft
encore capable de refléxions , il embraffera
le fentiment contraire ; ce n'eft pas à dire
qu'il n'en eft point qui n'en foient dépourvues
, mais en général les Dames ont plus
de faillies , & en même-tems plus de retenuë
, plus de prudence que les Hommes.
Parce que dans une Ville il fe trouvera peutêtre
vingt Femmes , qui n'auront jamais
penfé délicatement , il ne faut pas que l'affront
rejailliffe fur tout le Sexe.
SECONDE PARTIE.
Doit- on refufer le Courage aux Dames ?
Non fans doute. Sémiramis ajoûta aux Conquêtes
de Ninus la Lybie , la Perfe , l'Egypte
; elle recula les Frontieres de fon Empire
jufqu'à l'Inde. Babylone lui dût fes Jardins
admirables & en quelque façon fufpendus ,
la triple enceinte de fes Murs , ces fameufes
Tours , qui l'emportoient fur celle de Ninive
, & les so Portes d'Airain maffif. La fier-
50
témodefte de Syfigambis rendit refpectueux
le redoutable vainqueur de Darius. Avec
quel courage Polixéne brava- t'elle la fureur
du
SEPTEMBRE. 1744. 1945
du fils d'Achille , qui l'immola aux Mânes
de fon Pere ! L'intrépide Judith , en abattant
la tête coupable d'Holopherne , délivra
Béthulie , que le Général Affyrien , envoyé
par Nabuchodonofor , tenoit affiégée . Le
corps enfanglanté de Lucrece chaffa les Tarquins
de Rome , & cette Dame violée , en
fe donnant la mort , affranchit fa Patrie de
l'esclavage où l'avoient tenu ſept Rois confécutifs
. Coriolan , ayant battu plufieurs fois
les Romains , alloit réduire leur Capitale
en cendres , fi fa Mere n'eût parlé. Elle
adoucit l'humeur de fon fils ; le vainqueur
admire fon courage ; Rome eft délivrée , &
les Volfques fe retirent. Paroiffez Illuftre
Matrone , qui dans une pareille conjoncture,
fauvâtes votre Patrie, en parlant en Mere
courroucée à votre fils rebelle . Dans peu
fe feroit emparé de Babylone , fi Balthazar
eût hérité de la grandeur d'Ame de Nitocris
?
il
J'avoue que les Dames n'étant pas dans
l'ufage d'aller à la guerre , leurs exploits
font plus rares , mais fi les Hommes font
chargés du foin de défendre les Etats , ce
font eux qui les ont troublés. L'ambition
de vaincre fes pareils , eft le partage des Héros.
Les femmes s'attachent à donner de l'éducation
à leurs enfans , à entretenir la paix
dans
1946 MERCURE DE FRANCE.
dans leur famille , voilà où fe borne leur
ambition. Le tumulte des affaires , l'horreur
que les armes entraînent après elles , ne troublent
point leur vie paifible, mais auffi lorfqu'elles
font forcées à fe défendre , quelle
intrépidité ! Sans aller chercher dans l'Hiftoire
ces Illuftres Héroïnes , qui de leurs
cheveux firent des cordes pour les Machines
de guerre , confultons l'expérience . Repréfentons-
nous ces Meres furieufes , arrachant
leurs filles tremblantes des mains effrenées
d'un Soldat qui s'eft emparé d'une
Ville , & c.
La véritable grandeur d'Ame confifte à
vaincre fes Paflions , à triompher du vice ,
à remplir les devoirs de l'Amitié , à pratiquer
les Vertus Morales ; on accorde auffi
aux Dames , avec l'Eglife , la Dévotion .
Rien n'eft d'ailleurs plus héroïque que la
fidélité dont fe pique une Dame de 15 à
20 ans , envers un Mari plus que fexagenaire.
La choſe arrive cependant tous les jours.
L'intérêt eft ordinairement l'origine & la
baze de la fidélité dans les Hommes. Maffiniffa
, vaincu par les charmes de l'Epouſe
de Syphax , auroit peut-être toujours aimé
Sophoniſbe , fi l'intérêt n'eût agi fur lui .
Allié des Romains , il leur immola le foir
de fes nôces cette Princeffe Africaine.
Les
SEPTEMBRE. 1744. 1947
Les femmes ont naturellement le coeur
plus tendre que nous. Nul objet férieux ne
les attache , auffi rempliffent- elles , mieux que
les hommes , les devoirs de l'Amitié . Ce
fuperbe Monument , qu'érigea Artemife en
l'honneur de fon cher Maufole , ne fubfifte
plus , quoiqu'il fût une des fept Merveilles
du Monde , mais la tendreffe de cette Reine
de Carie a bravé les injures du tems , & nous
a mieux fait connoître le Roi , fon Epoux
que l'Eloquence d'Ifocrate & de Théopompe.
Toutes les Dames font bien aifes de plaire,
mais c'eſt un effet de l'amour propre, auquel
les hommes font moins fujets , parce
qu'ils ont plus d'occupations.
On n'a peut-être jamais vû de femme qui
fe foit glorifiée du titre d'Athée ou de Déifte
, tandis qu'on voit de jeunes Gens , encore
couverts de la pouffiere des Bancs , qui
donnent dans ces abominables Principes.
་
Les Dames ont ordinairement plus de
foin de l'honneur de leurs Maris , que les
Hommes n'en ont de celui de leurs Epouſes.
Elles s'efforcent de fe cacher à elles- mêmes
leurs défauts , qu'elles dérobent aux yeux
du Public. Un Jaloux inftruit tout le monde
de fes foupçons mal fondés ; il s'expofe
par- là à la rifée publique; fa femme , dit- on,
en eft la caufe ; fuppofons un inftant qu'elle
1948 MERCURE DE FRANCE.
sûr ,
le fût coquette ; l'Homme , à coup
manque plus fouvent à fes engagemens que
la Femme , Quelle Loi lui accorde ce Privilége
?
Enfin il s'écoula fept cent ans , fans qu'au
cune Femme de l'Ile de Chio eût donné le
moindre foupçon fur fa vertu . Les Matrônes
Grecques poufferent fi loin la fageffe & la
chafteté , que Pétrone , n'en trouvant aucune
à qui il pût reprocher quelque incontinence
, fut forcé d'inventer l'Hiftoire de
la Matrône d'Ephéfe . Je ferois infini , fi
j'entreprenois de rapporter ici tout ce qui
peut entrer dans la défenſe des Dames , que
je crois , en général , fupérieures aux Hommes.
A Dijon le 6 Juin 1744.
Fermer
3
p. 1949-1956
EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
Début :
Qu'exiges-tu de ma veine assoupie ? [...]
Mots clefs :
Esprit, Zèle, Impie, Dieu, Chrétien, Orgueil, Vérité, Pierre Bayle, Ridicule, Incrédule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
EPITRE ,
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
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4
p. 1957-1965
OBSERVATIONS sur l'usage de la Critique, par M. L. Yart.
Début :
On sçait que la Critique consiste à juger des Ouvrages, & à marquer [...]
Mots clefs :
Critique, Mauvais goût, Lettres, Auteurs, Préceptes, Défauts, Critiques, Perfectionner, Honnêtes gens, République des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur l'usage de la Critique, par M. L. Yart.
OBSERVATIONS fur l'ufage de la
Critique, par M. L. Tart.
ON fçait que la Critique conſiſte à juger
des Ouvrages , & à marquer
précisément leurs beautés & leurs défauts ;
cet Art bien exercé, eft d'une grande utilité ;
il s'oppofe au mauvais goût ; il perfectionne
les Sciences ; il forme & il éclaire les Gens
de Lettres , mais dès qu'on en fait un mauvais
ufage , il décourage les Auteurs ; il divife
les Sçavans ; il trouble le repos de la-
Société.
Il n'eſt point d'hommes qui nous foient
plus odieux que ces Cenfeurs , qui n'ou
vrent les yeux que pour découvrir nos défauts
, qui n'ont que des avis à donner , &
qui nous font appercevoir à chaque inftant
qu'ils fentent la fupériorité de leurs lumicres
, & la foibleffe des nôtres . Boileau fe fit
beaucoup d'ennemis par fes Satyres ; il ne
fut jamais tranquille, & il eut toujours à ef
fuyer des médifances , des calomnies , de
mauvais traitemens. Les Académies , le Gouvernement
, les Auteurs , & tous les honnêtes
gens ont horreur de ces hommes dangereux
, qui, de l'obfcurité où ils fe cachent,
répandent de tous côtés des Critiques que
B iij
la
1958 MERCURE DE FRANCE.
la demangeaifon d'écrire , le vil intérêt , la
haine du mérite , l'habitude de contredire
de médire, de railler , leur infpirent , & qui
fous prétexte de réfifter au mauvais goût ,
s'oppofent à la tranquillité publique .
Tyrans de la République des Lettres , ils
regardent bien moins les Auteurs comme
Feurs Confreres , que comme leurs ennemis ,
& fous prétexte de vouloir perfectionner
fes Arts , ils n'ont pour but que l'abbaiffe
ment de ceux qui les cultivent ; s'ils portent
leur jugement fur un Livre , ils employent
toutes les lumieres de leur efprit , pour en
démêler les défauts , & parce qu'ils défirent
en trouver , ils en trouvent toujours ; ils ne
font
grace ni au fond , ni au ſtyle ; ils foüillent
chés les Ecrivains Anciens & Modernes
, chés nos voifins dans leurs
Ecrits , pour faire des paralleles défavantageux
à l'Auteur , ou pour avoir le plaifir de
Tui reprocher qquu''iill les a pillés , lorfque le
plus fouvent il ne les a point lûs. S'ils font
affés heureux pour faire quelque découverte
contre la réputation d'un homme de Lettres
; s'il tombe entre leurs mains quelque
Epigramme qui le deshonore , quelque
Anecdote qui l'humilie , ils la répetent à
toute la terre ; ils la font imprimer , & ils
ont grand foin que celui , contre qui ils écrivent
, en foit inftruit des premiers.
propres
Ils
SEPTEMBRE. 1952
•
1744.
Ils n'en veulent , difent- ils , qu'aux Ou
vrages , mais ils attaquent les perfonnes ; ils
font ce qu'ils peuvent pour leur enlever l'eftime
du Public ; ils jettent fur eux un ridicule
que l'impreffion rend fouvent immortel,
& ils les humilient dans ce qui diftingue
le plus tous les hommes dans leur efprit.
Quel courage ne faut-il pas avoir , pour
écrire de fang froid contre des gens aimables
, qui s'efforcent d'être utiles à leur Patrie
! Quelle fureur pour s'attacher aux endroits
foibles d'un Ouvrage , pour en diffimuler
ou en défigurer les beautés , comme ces
Harpies , qui corrompoient tout par leurs
attouchemens !
Immando.
Contactu que omniafoedans
Et quelle folie que de fe confumer d'érudes
& de recherches pour dire du mal de
tout le monde, & fe faire détefter ! Le plaifir
de critiquer peut-il donc confoler quelqu'un
du fupplice d'être hai ?
Si ces Critiques ont réellement pour but
de perfectionner les Lettres , & d'éclairer
ceux qui les cultivent , ne peuvent- ils pas y
parvenir par des moyens plus fürs & plus
raifonnables ?
Le premier feroit de fournir aux Ecrivains
des Modéles qu'ils puffent imiter ; un
Bij Ouvrage
iiij
1960 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage de génie & d'invention inftruit
mieux que tant d'avis & de préceptes. Je
fens plus le fublime dans les Poëtes que
dans les fçavantes Explications que Longin
m'en donne . L'Art avec lequel les Vers de
Boileau font faits , a plus formé de Verfificateurs
, que tous les traits fatyriques ; les
Odes de Rouffeau ont plus infpiré de Poëtes
Lyriques , que fes Epigrammes contre
celles de M. de la Motte , & s'il m'eft
permis de nommer après eux un Poëte
qui ne fut jamais fatyrique , & qui n'a été
Critique que dans un Ouvrage fort court,
M. de V. a plus fait d'Ecrivains par l'harmonie
de fès Vers & l'élégante précision
de fa Profe , que par fon Temple du Goût.
Une Bataille d'Alexandre , par le Brun; une
Tête deRubens,perfectionnent plus un Peintre
, que tout ce que Félibien a jamais écrit
fur la Peinture . Une Phyfique de M. l'Abbé
Nollet ; une Piéce d'Eloquence du Pere de
Neuville , un Morceau d'Hiftoire de M.
Rollin ; une Tragédie de M. de Voltaire ,
contribuent plus au progrès des Arts & du
Goût , que toutes les Critiques qu'on a faites
en chacun de ces genres. L'exemple eſt
toûjours sûr de fon effet. Ariftote & Quintilien
n'ont fait qu'enfeigner les Regles aux
Poëtes & aux Orateurs. Homere & Démolthéne
leur ont élevé le génie ; l'un a enfanté
Virgile , l'autre Ciceron, Les
SEPTEM BRE. 1744. 1961
Les Préceptes font un autre moyen de
perfectionner les Arts , mais il n'appartient
qu'aux Artistes d'en donner ; eux feuls en
connoiffent les fecrets, puifqu'ils les ont mis
en oeuvre ; les autres ne font que les deviner
; il feroit avantageux pour les Arts , que
tous les Artiſtes ajoûtaflent aux grands
Exemples qu'ils donnent , les Remarques
qu'ils font. Comme il ne convient qu'au
Militaire de parler deCampemens ,de Siéges,
de Batailles , il ne devroit être permis qu'au
Poëte d'écrire fur la Poëfie , qu'à l'Hiftorien
de raifonner fur l'Hiftoire , & c. J'ai une
plus grande idée de l'Eloquence dans l'Orateur
de Ciceron , que dans les Préceptes des
Rhéteurs. Je préfere l'Art Poëtique d'Horace
aux Sçavantes Poëtiques d'Ariftote , &
j'aime beaucoup mieux lire les Remarques
ingénieufes de M. de V. fur le Poëme Epique
, que le long Traité du Pere le Boffu .
Cependant il y auroit de l'injuftice à profcrire
de la République des Lettres tant de
Traités , d'Obfervations , de Remarques ,
de Differtations , de Commentaires , qui
ont leur utilité. Ces differensEcrits peuvent
arrêter le progrès du mauvais goût , & combattre
les défauts dominans de la plupart de
nos Auteurs , le ftyle précieux ou empoulé
de prefque toutes nos Piéces de Théatre ,
les fictions chimériques de nos Romans
B v l'inu1962
MERCURE DE FRANCE.
l'inutilité de ces petites Brochures , qui ne
fervent qu'à entretenir le goût des riens , &
de la plupart de ces Recherches fçavantes
qui ne font qu'appéfantir l'efprit ; tel a été
le but des Ouvrages immortels des meilleurs
Critiques ; ils ont tous attaqué les défauts
de leur Siècle. Ariftote , Longin , Denis
d'Halicarnaffe , Quintilien , parmi les Anciens;
M. de Fenelon , le P. Bouhours , le P.
Rapin , le P. Buffier , Mrs de la Motte, Rollin
, de Fontenelle , &c . parmi les Modernes
, ont donné des Préceptes pour parvenir
à la perfection en chaque genre ,
& ils ont
porté leurs jugemens fur les Ecrivains célébres
, mais la plupart d'entre eux n'ont propofé
que des doutes , ou ils n'ont parû approfondir
les matieres que pour s'inftruire
eux-mêmes; ils ont trouvé le fecret de crititiquer
& d'être aimables.
C'eft prefque toujours déplaire , que de
donner des Préceptes ; c'eft offenfer, que de
nommer publiquement ceux à qui on les
donne ; c'eft infulter , que de les donner
impoliment ; c'eft fe faire méprifer , que de
les donner mal- à- propos. Quelle attention
un Critique ne doit-il donc pas avoir à ne
jamais donner des Préceptes , fur tout avec
le ton de Maitre ; à ne nommer jamais publiquement
ceux qu'il critique avec févéri-
-té, à être d'autant plus poli , que ſes avis
font
SEPTEMBRE. 1744. 1953
font plus raisonnables , & peuvent plus mor
tifier l'amour propre ; enfin à refléchir
long-tems avant que de décider , ou plûtôt
à ne jamais décider , quelques refléxions
qu'il ait faites , de peur de fe tromper honteufement
2
Les petits efprits décident toujours , n'étant
jamais frappés que d'un petit nombre
d'objets , & ne pouvant les confidérer de
plufieurs côtés differens , ils ne font jamais
embarraffés ni partagés entre le pour & le
contre. Voilà pourquoi ceux, qui n'ont que
des préjugés & de la prévention , qu'une
lecture fans ordre , & qu'une étude fans génje
, décident de tout , apprécient le mérite
des plus grands hommes , blâment prefque
toujours les vivans , & ne loüent ordinairement
que les morts . Cependant les morts
ne fentent point nos louanges.
Id cineres credis aut manes curare ſepultos ?
J
Elles ne font point perdues pour les vivans;
elles peuvent les encourager au travail , orner
les vérités qu'on leur dit , & leur adoucir
la rigueur de la Critique.
Nous ne fommes plus aux fiécles des Scaligers
, des Burmans & de ces Sçavans , qui
fe difoient les plus groffieres injures ; la Societé
Civile a poli la Societé Littéraire. Un
Critique , qui veut être eftimé , fait entrer
' B vj
dans
1964 MERCURE DE FRANCE.
-
dans fes Ecrits toute la politeffe des François
, la douceur de leurs moeurs , & furtout
cette attention que les honnêtes gens ont à
ne fe rien dire qui puiffe les offenfer.
Tels font nos bons Ecrivains. Mrs les
Journaliſtes de France ne font jamais appercevoir
dans leurs Critiques ni hauteur , ni
ironie , ni mépris ; ils dédaignent de faire
des Extraits d'Ouvrages mauvais ou médiocres
, & ils ne rendent compte que de
ceux dont la Critique peut être utile au Public
, & agréable aux Auteurs ; ils caractérifent
autant la Nation Françoife par lear
modération & leur politeffe , que par leur
fcience & leur goût.
M. de la Motte , dans fa difpute contre
Madame Dacier & fon illuftre Ami M. de
Fontenelle ,feront des Modéles immortels
de douceur & de modtefte . L'adreffe avec
laquelle M. de V. réfute M. de la Motte ,
fur fes differens Systêmes de Poëfie , en rendant
juftice à fes talens , l'habileté avec laquelle
il louie M. le Marquis Maffei , en
critiquant la Tragédie de Mérope , font
bien voir que les plus grands Génies
font les hommes les plus doux & les plus
modeftes. J'ai toujours penfe , dit notre Poëte
Epique , j'ai dit , j'ai écrit que
les gens de
Lettres devroient être Confreres; ne les perfecute-
t'on pas affés , fans qu'ils fe perfecutent
euxSEPTEMBRE
. 1744. 1968
eux-mêmes les uns les autres ? Plût à Dien
qu'ils puffent s'aider , fe foûtenir , fe confoler
mutuellement !
Les Académies font encore des moyens
sûrs d'épurer le goût & de perfectionner
les Sciences ; elles fourniffent aux gens de
Lettres des fecours de toute efpece , des
confeils qui les éclairent , & des amis qui
les critiquent. L'ufage où l'on eft dans ces
Affemblées fçavantes , de lire fes Ouvrages,
& de les foûmettre à l'examen ,avant que de
les mettre au jour , contribuë déja beaucoup
à diminuer le nombre des mauvais
Livres , & à augmenter celui des bons Auteurs.
Il manquoit à la Patrie du grand Corneille
, des Fontenelles , des Durenels , un
fi grand avantage. Il y a lieu d'efpérer que
la Ville de Rouen , fi féconde en Grands
Hommes , va te devenir de plus en plus ,
étant éclairée par fa nouvelle Académie .
Critique, par M. L. Tart.
ON fçait que la Critique conſiſte à juger
des Ouvrages , & à marquer
précisément leurs beautés & leurs défauts ;
cet Art bien exercé, eft d'une grande utilité ;
il s'oppofe au mauvais goût ; il perfectionne
les Sciences ; il forme & il éclaire les Gens
de Lettres , mais dès qu'on en fait un mauvais
ufage , il décourage les Auteurs ; il divife
les Sçavans ; il trouble le repos de la-
Société.
Il n'eſt point d'hommes qui nous foient
plus odieux que ces Cenfeurs , qui n'ou
vrent les yeux que pour découvrir nos défauts
, qui n'ont que des avis à donner , &
qui nous font appercevoir à chaque inftant
qu'ils fentent la fupériorité de leurs lumicres
, & la foibleffe des nôtres . Boileau fe fit
beaucoup d'ennemis par fes Satyres ; il ne
fut jamais tranquille, & il eut toujours à ef
fuyer des médifances , des calomnies , de
mauvais traitemens. Les Académies , le Gouvernement
, les Auteurs , & tous les honnêtes
gens ont horreur de ces hommes dangereux
, qui, de l'obfcurité où ils fe cachent,
répandent de tous côtés des Critiques que
B iij
la
1958 MERCURE DE FRANCE.
la demangeaifon d'écrire , le vil intérêt , la
haine du mérite , l'habitude de contredire
de médire, de railler , leur infpirent , & qui
fous prétexte de réfifter au mauvais goût ,
s'oppofent à la tranquillité publique .
Tyrans de la République des Lettres , ils
regardent bien moins les Auteurs comme
Feurs Confreres , que comme leurs ennemis ,
& fous prétexte de vouloir perfectionner
fes Arts , ils n'ont pour but que l'abbaiffe
ment de ceux qui les cultivent ; s'ils portent
leur jugement fur un Livre , ils employent
toutes les lumieres de leur efprit , pour en
démêler les défauts , & parce qu'ils défirent
en trouver , ils en trouvent toujours ; ils ne
font
grace ni au fond , ni au ſtyle ; ils foüillent
chés les Ecrivains Anciens & Modernes
, chés nos voifins dans leurs
Ecrits , pour faire des paralleles défavantageux
à l'Auteur , ou pour avoir le plaifir de
Tui reprocher qquu''iill les a pillés , lorfque le
plus fouvent il ne les a point lûs. S'ils font
affés heureux pour faire quelque découverte
contre la réputation d'un homme de Lettres
; s'il tombe entre leurs mains quelque
Epigramme qui le deshonore , quelque
Anecdote qui l'humilie , ils la répetent à
toute la terre ; ils la font imprimer , & ils
ont grand foin que celui , contre qui ils écrivent
, en foit inftruit des premiers.
propres
Ils
SEPTEMBRE. 1952
•
1744.
Ils n'en veulent , difent- ils , qu'aux Ou
vrages , mais ils attaquent les perfonnes ; ils
font ce qu'ils peuvent pour leur enlever l'eftime
du Public ; ils jettent fur eux un ridicule
que l'impreffion rend fouvent immortel,
& ils les humilient dans ce qui diftingue
le plus tous les hommes dans leur efprit.
Quel courage ne faut-il pas avoir , pour
écrire de fang froid contre des gens aimables
, qui s'efforcent d'être utiles à leur Patrie
! Quelle fureur pour s'attacher aux endroits
foibles d'un Ouvrage , pour en diffimuler
ou en défigurer les beautés , comme ces
Harpies , qui corrompoient tout par leurs
attouchemens !
Immando.
Contactu que omniafoedans
Et quelle folie que de fe confumer d'érudes
& de recherches pour dire du mal de
tout le monde, & fe faire détefter ! Le plaifir
de critiquer peut-il donc confoler quelqu'un
du fupplice d'être hai ?
Si ces Critiques ont réellement pour but
de perfectionner les Lettres , & d'éclairer
ceux qui les cultivent , ne peuvent- ils pas y
parvenir par des moyens plus fürs & plus
raifonnables ?
Le premier feroit de fournir aux Ecrivains
des Modéles qu'ils puffent imiter ; un
Bij Ouvrage
iiij
1960 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage de génie & d'invention inftruit
mieux que tant d'avis & de préceptes. Je
fens plus le fublime dans les Poëtes que
dans les fçavantes Explications que Longin
m'en donne . L'Art avec lequel les Vers de
Boileau font faits , a plus formé de Verfificateurs
, que tous les traits fatyriques ; les
Odes de Rouffeau ont plus infpiré de Poëtes
Lyriques , que fes Epigrammes contre
celles de M. de la Motte , & s'il m'eft
permis de nommer après eux un Poëte
qui ne fut jamais fatyrique , & qui n'a été
Critique que dans un Ouvrage fort court,
M. de V. a plus fait d'Ecrivains par l'harmonie
de fès Vers & l'élégante précision
de fa Profe , que par fon Temple du Goût.
Une Bataille d'Alexandre , par le Brun; une
Tête deRubens,perfectionnent plus un Peintre
, que tout ce que Félibien a jamais écrit
fur la Peinture . Une Phyfique de M. l'Abbé
Nollet ; une Piéce d'Eloquence du Pere de
Neuville , un Morceau d'Hiftoire de M.
Rollin ; une Tragédie de M. de Voltaire ,
contribuent plus au progrès des Arts & du
Goût , que toutes les Critiques qu'on a faites
en chacun de ces genres. L'exemple eſt
toûjours sûr de fon effet. Ariftote & Quintilien
n'ont fait qu'enfeigner les Regles aux
Poëtes & aux Orateurs. Homere & Démolthéne
leur ont élevé le génie ; l'un a enfanté
Virgile , l'autre Ciceron, Les
SEPTEM BRE. 1744. 1961
Les Préceptes font un autre moyen de
perfectionner les Arts , mais il n'appartient
qu'aux Artistes d'en donner ; eux feuls en
connoiffent les fecrets, puifqu'ils les ont mis
en oeuvre ; les autres ne font que les deviner
; il feroit avantageux pour les Arts , que
tous les Artiſtes ajoûtaflent aux grands
Exemples qu'ils donnent , les Remarques
qu'ils font. Comme il ne convient qu'au
Militaire de parler deCampemens ,de Siéges,
de Batailles , il ne devroit être permis qu'au
Poëte d'écrire fur la Poëfie , qu'à l'Hiftorien
de raifonner fur l'Hiftoire , & c. J'ai une
plus grande idée de l'Eloquence dans l'Orateur
de Ciceron , que dans les Préceptes des
Rhéteurs. Je préfere l'Art Poëtique d'Horace
aux Sçavantes Poëtiques d'Ariftote , &
j'aime beaucoup mieux lire les Remarques
ingénieufes de M. de V. fur le Poëme Epique
, que le long Traité du Pere le Boffu .
Cependant il y auroit de l'injuftice à profcrire
de la République des Lettres tant de
Traités , d'Obfervations , de Remarques ,
de Differtations , de Commentaires , qui
ont leur utilité. Ces differensEcrits peuvent
arrêter le progrès du mauvais goût , & combattre
les défauts dominans de la plupart de
nos Auteurs , le ftyle précieux ou empoulé
de prefque toutes nos Piéces de Théatre ,
les fictions chimériques de nos Romans
B v l'inu1962
MERCURE DE FRANCE.
l'inutilité de ces petites Brochures , qui ne
fervent qu'à entretenir le goût des riens , &
de la plupart de ces Recherches fçavantes
qui ne font qu'appéfantir l'efprit ; tel a été
le but des Ouvrages immortels des meilleurs
Critiques ; ils ont tous attaqué les défauts
de leur Siècle. Ariftote , Longin , Denis
d'Halicarnaffe , Quintilien , parmi les Anciens;
M. de Fenelon , le P. Bouhours , le P.
Rapin , le P. Buffier , Mrs de la Motte, Rollin
, de Fontenelle , &c . parmi les Modernes
, ont donné des Préceptes pour parvenir
à la perfection en chaque genre ,
& ils ont
porté leurs jugemens fur les Ecrivains célébres
, mais la plupart d'entre eux n'ont propofé
que des doutes , ou ils n'ont parû approfondir
les matieres que pour s'inftruire
eux-mêmes; ils ont trouvé le fecret de crititiquer
& d'être aimables.
C'eft prefque toujours déplaire , que de
donner des Préceptes ; c'eft offenfer, que de
nommer publiquement ceux à qui on les
donne ; c'eft infulter , que de les donner
impoliment ; c'eft fe faire méprifer , que de
les donner mal- à- propos. Quelle attention
un Critique ne doit-il donc pas avoir à ne
jamais donner des Préceptes , fur tout avec
le ton de Maitre ; à ne nommer jamais publiquement
ceux qu'il critique avec févéri-
-té, à être d'autant plus poli , que ſes avis
font
SEPTEMBRE. 1744. 1953
font plus raisonnables , & peuvent plus mor
tifier l'amour propre ; enfin à refléchir
long-tems avant que de décider , ou plûtôt
à ne jamais décider , quelques refléxions
qu'il ait faites , de peur de fe tromper honteufement
2
Les petits efprits décident toujours , n'étant
jamais frappés que d'un petit nombre
d'objets , & ne pouvant les confidérer de
plufieurs côtés differens , ils ne font jamais
embarraffés ni partagés entre le pour & le
contre. Voilà pourquoi ceux, qui n'ont que
des préjugés & de la prévention , qu'une
lecture fans ordre , & qu'une étude fans génje
, décident de tout , apprécient le mérite
des plus grands hommes , blâment prefque
toujours les vivans , & ne loüent ordinairement
que les morts . Cependant les morts
ne fentent point nos louanges.
Id cineres credis aut manes curare ſepultos ?
J
Elles ne font point perdues pour les vivans;
elles peuvent les encourager au travail , orner
les vérités qu'on leur dit , & leur adoucir
la rigueur de la Critique.
Nous ne fommes plus aux fiécles des Scaligers
, des Burmans & de ces Sçavans , qui
fe difoient les plus groffieres injures ; la Societé
Civile a poli la Societé Littéraire. Un
Critique , qui veut être eftimé , fait entrer
' B vj
dans
1964 MERCURE DE FRANCE.
-
dans fes Ecrits toute la politeffe des François
, la douceur de leurs moeurs , & furtout
cette attention que les honnêtes gens ont à
ne fe rien dire qui puiffe les offenfer.
Tels font nos bons Ecrivains. Mrs les
Journaliſtes de France ne font jamais appercevoir
dans leurs Critiques ni hauteur , ni
ironie , ni mépris ; ils dédaignent de faire
des Extraits d'Ouvrages mauvais ou médiocres
, & ils ne rendent compte que de
ceux dont la Critique peut être utile au Public
, & agréable aux Auteurs ; ils caractérifent
autant la Nation Françoife par lear
modération & leur politeffe , que par leur
fcience & leur goût.
M. de la Motte , dans fa difpute contre
Madame Dacier & fon illuftre Ami M. de
Fontenelle ,feront des Modéles immortels
de douceur & de modtefte . L'adreffe avec
laquelle M. de V. réfute M. de la Motte ,
fur fes differens Systêmes de Poëfie , en rendant
juftice à fes talens , l'habileté avec laquelle
il louie M. le Marquis Maffei , en
critiquant la Tragédie de Mérope , font
bien voir que les plus grands Génies
font les hommes les plus doux & les plus
modeftes. J'ai toujours penfe , dit notre Poëte
Epique , j'ai dit , j'ai écrit que
les gens de
Lettres devroient être Confreres; ne les perfecute-
t'on pas affés , fans qu'ils fe perfecutent
euxSEPTEMBRE
. 1744. 1968
eux-mêmes les uns les autres ? Plût à Dien
qu'ils puffent s'aider , fe foûtenir , fe confoler
mutuellement !
Les Académies font encore des moyens
sûrs d'épurer le goût & de perfectionner
les Sciences ; elles fourniffent aux gens de
Lettres des fecours de toute efpece , des
confeils qui les éclairent , & des amis qui
les critiquent. L'ufage où l'on eft dans ces
Affemblées fçavantes , de lire fes Ouvrages,
& de les foûmettre à l'examen ,avant que de
les mettre au jour , contribuë déja beaucoup
à diminuer le nombre des mauvais
Livres , & à augmenter celui des bons Auteurs.
Il manquoit à la Patrie du grand Corneille
, des Fontenelles , des Durenels , un
fi grand avantage. Il y a lieu d'efpérer que
la Ville de Rouen , fi féconde en Grands
Hommes , va te devenir de plus en plus ,
étant éclairée par fa nouvelle Académie .
Fermer
5
p. 1966-1972
EXTRAIT d'une Ode sur les Conquêtes du Roi.
Début :
LA résolution que le Roi a prise de se mettre à la tête de ses armées, pour [...]
Mots clefs :
Ode, Strophe, Roi, Bellone, Gloire, Louis, Conquêtes, Critique, Élie-Catherine Fréron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Ode sur les Conquêtes du Roi.
EXTRAIT d'une Ode fur les Conquêtes
L
du Roi,
A réfolution que le Roi a prife de le
mettre à la tête de fes armées , pour
avancer le grand Ouvrage de la Paix
ayant ranimé les Mufes en France , a fait
éclore un nombre infini de Piéces de Poëfie.
>
M. l'Abbé Freron a fait part au Public d'une
Ode de fa façon , affés belle
pour exciter la
Critique nous avons cru qu'on nous fçauroit
bon gré d'en donner une idée dans ce
Journal par un Extrait.
,
Cette Ode qu'on peut dire belle , fans la
garantir bonne dans toutes fes parties a
pour objet & pour titre les Conquêtes du
Ro : commençons par l'oeconomie que l'ingénieux
Auteur y à mife. La Guerre vient
Le préfenter au jeune Monarque , & l'invite
à ne plus differer de venger les droits violés.
L'Auteur , avant que de la faire parler ,
la peint fous ces horribles traits :
Quelle Divinité barbare
S'offre à mes yeux épouvantés !
Deux glaives , forgés au Tarrare ,
Arment fes bras enfanglantés ;
Des
SEPTEMBRE. 1744. 1967
Des Serpens forment la Couronne ;
L'ombre du trépas l'environne ;
Le tonnerre gronde à l'entour
Les inexorables furies ,
;
Les Gorgones , de fang nourries ',
Compolent fon horrible Cour.
On a trouvé cette image trop noire ; on
auroi : voulu , que cette Guerre que l'Auteur
confond avec Pallas ou Bellonne dans
les autres Strophes , infpirât plus de terreur
que d'horreur , furtout devant fervir de
guide à un Roi , dont il fait cette aimable
peinture dans fa troifiéme Strophe.
Je fçais que mon pouvoir ſuprême
Ne fut jamais l'appui du tien ;
Que l'éclat de ton Diadême
A la clémence pour ſoutien ;
Mais fur des Rivaux mercénaires ,
Yvres d'exploits imagina: res ,
C'eft affés verfer de bienfaits ;
L'ennemi , que ta vertu bleſſe ,
Taxeroit enfin de foibleffe
La jufte horreur de mes forfaits.
B llonne animeroit le vengeur des droits ,
par l'exemple de Titus devant Soline , &
furtout par celui de fes plus grands Ayeux
comme on le voit dans la feptiéme Strophe :
>
Tes
1968 MERCURE DE FRANCE.
Tes Peres , Souverains Arbitres
Des querelles des Potentats ,
Ne t'ont eux - mêmes qu'à ces titres
Tranfmis de fi vaftes Etats ;
Ce n'eft qu'en marchant fur la trace
Du Dieu Conquerant de la Thrace ,
Que leurs pas fe font annoblis ;
Au haut du Temple de la Gloire ,
Sur les ailes de la victoire ,
Ils n'euffent point porté tes Lis.
LOUIS , inftruit par des leçons fi nobles
, fuit Bellonne dans la Flandre. Voici
quels font les Guerriers , à la tête defquels
il va fe mettre :
LOUIS apperçoit dans fa courfe
Ces vieux Guerriers , Maîtres du Sort ,
Avides de tarir la fource
D'un fang refpecté par la Mort .
Ce Sang dans leurs veines bouillonne ;
De leur Prince , aux Champs de Bellonne,
Ils brûlent de fuivre les pas ;
Dans fes yeux leur ame ravie
Puifant une nouvelle vie ,
Ne refpire que le trépas .
Nous fupprimons , pour abbreger , plufieurs
Strophes , & nous paffons à la dixiéme
, où il s'agit de la prife de Menin ; voici
la
SEPTEMBRE. 1744 1969
la Deſcription de cette premiere Place conquife
:
Sufpendant fon deſtin tragique ,
A l'abri des retranchemens ,
Vainement le Lion Belgique
Remplit l'air de rugiffemens ;
Vainement-fa gueule enflâmée
Vomit le fang & la fumée ;
Effrayé de nos appareils ,
Il héfite , il tremble , il recule ;
Dans LOUIS il croit voir Hercule ,
Le Destructeur de fes pareils.
la flâme
'Armé de la terrible Lance,
Que la Guerre mit dans ſa main ,
Le Héros s'approche & s'élance
A travers cent foudres d'airain ;
Le bruit , l'horreur , les eaux ,
Rien n'épouvante fa grande Ame ;
Ses Soldats en font éblouis ;
Bellonne elle- même l'admire,
Orgueilleufe quefon Empire
Ait un Guerrier tel que Louis.
La douziéme Strophe eft confacrée à la
gloire d'un de nos vaillans Princes ; le Public
la verra avec fatisfaction .
Mais
T
1970 MERCURE DEFRANCE.
Mais tandis que ma voix rapide
T'arrête au milieu des hazards ,
Quel eft ce Guerrier intrépide
Qui brave les horreurs de Mars ?
Mes yeux peuvent- ils méconnoître
L'Augufte Sang qui le fit naître ?
C'eſt le tien ; c'eft le Sang des Dieux ;
Clermont tonne ; le Ciel s'embrafe
La foudre gronde , tombe , écrase
L'antre du Lion furieux.
L'Auteur ayant paffé avec le même feu ,
de la réduction de Menin à celle d'Ypres ,
& aux autres Conquêtes du Roi , pourſuit
ainfi :
Sur les débris de ces murailles
Bellonne s'éleve foudain.
D'affreux monceaux de funerailles -
Soûtiennent fon Trône d'airain ;
Son oeil farouche au loin contemple
Tous les Peuples , qui dans fon Temple
Rendent hommage à fes fureurs ;
Son ame de joye enyvrée ,
Voit la terre aux combats livrée ,
Et s'applaudit de ces horreurs.
Quelques Profateurs ont critiqué le terme
prifes pour des enterre- de funerailles , priſes pour
mens ,
SEPTEMBRE. 1744 1971
mens , & non pour la mort même . Mais
l'exemple de Corneille dans le Cid , autorife
l'Auteur à s'exprimer , comme il a fait ;
eh ! que deviendroit le langage des Dieux ,
fi l'on le réduifoit à s'en tenir à celui des
Hommes : paffons à une Strophe qui a réuni
tous les fuffrages ; c'eft Bellonne qui parle :
Ah ! dit-elle , quel doux ſpectacle
Les Alpes offrent à mes fens !
CONTY s'indigne de l'obſtacle
Des Rocs fous fes pas renaiffans.
Kival du Héros de Carthage ,
Sa gloire devient, ton partage ;
L'orgueil des Monts eft démenti ,
Et ces roches du Ciel voiſines ,
Dans l'Hiftoire de leurs ruines
Verront Annibal & CONTY.
L'Hiftoire ne fait point paffer les Alpes à
Annibal , mais de cette Critique , quelque
jufte quelle foit , il n'en revient que plus
de gloire au Prince que l'Auteur veut célé
brer , puifqu'il a plus fait qu'Annibal.
Bellonne finit l'Ode par cette Strophe ,
adreffée aux François :
François , fous de plus doux aufpices
Vous verrez renaître ces jours ,
Don
1972 MERCURE DE FRANCE
Dont les Dieux , jadis fi propices ,
Prenoient foin d'embellir le cours ;
Et moi , plongeant aux noirs abîmes
L'horrible amas de mes victimes ,
La Mort , le Tumulte & l'Effroi ,
J'irai dans les demeures fombres
Etonner les plus fiéres ombres
Des triomphes de votre Roi.
Les voix recueillies fur cette Piéce , on
dire que fi elle a eu des Contradicpeut
teurs , l'Auteur doit fe flater que les vrais
Connoiffeurs lui ont rendu avec éloge la
juſtice qui lui eſt dûë.
L
du Roi,
A réfolution que le Roi a prife de le
mettre à la tête de fes armées , pour
avancer le grand Ouvrage de la Paix
ayant ranimé les Mufes en France , a fait
éclore un nombre infini de Piéces de Poëfie.
>
M. l'Abbé Freron a fait part au Public d'une
Ode de fa façon , affés belle
pour exciter la
Critique nous avons cru qu'on nous fçauroit
bon gré d'en donner une idée dans ce
Journal par un Extrait.
,
Cette Ode qu'on peut dire belle , fans la
garantir bonne dans toutes fes parties a
pour objet & pour titre les Conquêtes du
Ro : commençons par l'oeconomie que l'ingénieux
Auteur y à mife. La Guerre vient
Le préfenter au jeune Monarque , & l'invite
à ne plus differer de venger les droits violés.
L'Auteur , avant que de la faire parler ,
la peint fous ces horribles traits :
Quelle Divinité barbare
S'offre à mes yeux épouvantés !
Deux glaives , forgés au Tarrare ,
Arment fes bras enfanglantés ;
Des
SEPTEMBRE. 1744. 1967
Des Serpens forment la Couronne ;
L'ombre du trépas l'environne ;
Le tonnerre gronde à l'entour
Les inexorables furies ,
;
Les Gorgones , de fang nourries ',
Compolent fon horrible Cour.
On a trouvé cette image trop noire ; on
auroi : voulu , que cette Guerre que l'Auteur
confond avec Pallas ou Bellonne dans
les autres Strophes , infpirât plus de terreur
que d'horreur , furtout devant fervir de
guide à un Roi , dont il fait cette aimable
peinture dans fa troifiéme Strophe.
Je fçais que mon pouvoir ſuprême
Ne fut jamais l'appui du tien ;
Que l'éclat de ton Diadême
A la clémence pour ſoutien ;
Mais fur des Rivaux mercénaires ,
Yvres d'exploits imagina: res ,
C'eft affés verfer de bienfaits ;
L'ennemi , que ta vertu bleſſe ,
Taxeroit enfin de foibleffe
La jufte horreur de mes forfaits.
B llonne animeroit le vengeur des droits ,
par l'exemple de Titus devant Soline , &
furtout par celui de fes plus grands Ayeux
comme on le voit dans la feptiéme Strophe :
>
Tes
1968 MERCURE DE FRANCE.
Tes Peres , Souverains Arbitres
Des querelles des Potentats ,
Ne t'ont eux - mêmes qu'à ces titres
Tranfmis de fi vaftes Etats ;
Ce n'eft qu'en marchant fur la trace
Du Dieu Conquerant de la Thrace ,
Que leurs pas fe font annoblis ;
Au haut du Temple de la Gloire ,
Sur les ailes de la victoire ,
Ils n'euffent point porté tes Lis.
LOUIS , inftruit par des leçons fi nobles
, fuit Bellonne dans la Flandre. Voici
quels font les Guerriers , à la tête defquels
il va fe mettre :
LOUIS apperçoit dans fa courfe
Ces vieux Guerriers , Maîtres du Sort ,
Avides de tarir la fource
D'un fang refpecté par la Mort .
Ce Sang dans leurs veines bouillonne ;
De leur Prince , aux Champs de Bellonne,
Ils brûlent de fuivre les pas ;
Dans fes yeux leur ame ravie
Puifant une nouvelle vie ,
Ne refpire que le trépas .
Nous fupprimons , pour abbreger , plufieurs
Strophes , & nous paffons à la dixiéme
, où il s'agit de la prife de Menin ; voici
la
SEPTEMBRE. 1744 1969
la Deſcription de cette premiere Place conquife
:
Sufpendant fon deſtin tragique ,
A l'abri des retranchemens ,
Vainement le Lion Belgique
Remplit l'air de rugiffemens ;
Vainement-fa gueule enflâmée
Vomit le fang & la fumée ;
Effrayé de nos appareils ,
Il héfite , il tremble , il recule ;
Dans LOUIS il croit voir Hercule ,
Le Destructeur de fes pareils.
la flâme
'Armé de la terrible Lance,
Que la Guerre mit dans ſa main ,
Le Héros s'approche & s'élance
A travers cent foudres d'airain ;
Le bruit , l'horreur , les eaux ,
Rien n'épouvante fa grande Ame ;
Ses Soldats en font éblouis ;
Bellonne elle- même l'admire,
Orgueilleufe quefon Empire
Ait un Guerrier tel que Louis.
La douziéme Strophe eft confacrée à la
gloire d'un de nos vaillans Princes ; le Public
la verra avec fatisfaction .
Mais
T
1970 MERCURE DEFRANCE.
Mais tandis que ma voix rapide
T'arrête au milieu des hazards ,
Quel eft ce Guerrier intrépide
Qui brave les horreurs de Mars ?
Mes yeux peuvent- ils méconnoître
L'Augufte Sang qui le fit naître ?
C'eſt le tien ; c'eft le Sang des Dieux ;
Clermont tonne ; le Ciel s'embrafe
La foudre gronde , tombe , écrase
L'antre du Lion furieux.
L'Auteur ayant paffé avec le même feu ,
de la réduction de Menin à celle d'Ypres ,
& aux autres Conquêtes du Roi , pourſuit
ainfi :
Sur les débris de ces murailles
Bellonne s'éleve foudain.
D'affreux monceaux de funerailles -
Soûtiennent fon Trône d'airain ;
Son oeil farouche au loin contemple
Tous les Peuples , qui dans fon Temple
Rendent hommage à fes fureurs ;
Son ame de joye enyvrée ,
Voit la terre aux combats livrée ,
Et s'applaudit de ces horreurs.
Quelques Profateurs ont critiqué le terme
prifes pour des enterre- de funerailles , priſes pour
mens ,
SEPTEMBRE. 1744 1971
mens , & non pour la mort même . Mais
l'exemple de Corneille dans le Cid , autorife
l'Auteur à s'exprimer , comme il a fait ;
eh ! que deviendroit le langage des Dieux ,
fi l'on le réduifoit à s'en tenir à celui des
Hommes : paffons à une Strophe qui a réuni
tous les fuffrages ; c'eft Bellonne qui parle :
Ah ! dit-elle , quel doux ſpectacle
Les Alpes offrent à mes fens !
CONTY s'indigne de l'obſtacle
Des Rocs fous fes pas renaiffans.
Kival du Héros de Carthage ,
Sa gloire devient, ton partage ;
L'orgueil des Monts eft démenti ,
Et ces roches du Ciel voiſines ,
Dans l'Hiftoire de leurs ruines
Verront Annibal & CONTY.
L'Hiftoire ne fait point paffer les Alpes à
Annibal , mais de cette Critique , quelque
jufte quelle foit , il n'en revient que plus
de gloire au Prince que l'Auteur veut célé
brer , puifqu'il a plus fait qu'Annibal.
Bellonne finit l'Ode par cette Strophe ,
adreffée aux François :
François , fous de plus doux aufpices
Vous verrez renaître ces jours ,
Don
1972 MERCURE DE FRANCE
Dont les Dieux , jadis fi propices ,
Prenoient foin d'embellir le cours ;
Et moi , plongeant aux noirs abîmes
L'horrible amas de mes victimes ,
La Mort , le Tumulte & l'Effroi ,
J'irai dans les demeures fombres
Etonner les plus fiéres ombres
Des triomphes de votre Roi.
Les voix recueillies fur cette Piéce , on
dire que fi elle a eu des Contradicpeut
teurs , l'Auteur doit fe flater que les vrais
Connoiffeurs lui ont rendu avec éloge la
juſtice qui lui eſt dûë.
Fermer
6
p. 1973
A M. B**. C. D. V. à l'occasion du jour de sa Fête. RONDEAU.
Début :
Tout est dit, en Vers comme en Prose ; [...]
Mots clefs :
Bouquet, Voltaire, Fleur, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. B**. C. D. V. à l'occasion du jour de sa Fête. RONDEAU.
AM. B**. C. D, V. à l'occafion du jour
de fa Fête.
RONDE A U.
Tout eft dit , en Vers comme en Profe ;
Tout eft donné , Tulipe & Role ;
Tout gentil Bouquet eft écrit ;
Tout s'eft offert à quelque efprit ,
Et l'Art d'inventer fe repoſe.
On fe reffemble en quelque chofes
Jufquesfur Voltaire l'on gloſe ;
Soit en grand , ou foit en petit ,
Tout eft dit.
Même toute fleur eſt écloſe.
Tendre amitié , malgré fa dofe ,
Dans tout mortel enfin périt :
La mienne , que le coeur régit ,
Ne craint point de Métamorphofe
Tout eft dit.
Laffichard.
de fa Fête.
RONDE A U.
Tout eft dit , en Vers comme en Profe ;
Tout eft donné , Tulipe & Role ;
Tout gentil Bouquet eft écrit ;
Tout s'eft offert à quelque efprit ,
Et l'Art d'inventer fe repoſe.
On fe reffemble en quelque chofes
Jufquesfur Voltaire l'on gloſe ;
Soit en grand , ou foit en petit ,
Tout eft dit.
Même toute fleur eſt écloſe.
Tendre amitié , malgré fa dofe ,
Dans tout mortel enfin périt :
La mienne , que le coeur régit ,
Ne craint point de Métamorphofe
Tout eft dit.
Laffichard.
Fermer
7
p. 1974-1986
SUITE de la Séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie.
Début :
Le second Mémoire qui fut lû dans cette Assemblée, est de M. Puzos ; il traite [...]
Mots clefs :
Matrice, Maladie, Hernie de la vessie, Opération, Fracture de la rotule, Placenta, Renversement de la matrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie.
SUITE de la Séance publique de l'Académie
Royale de Chirurgie.
E fecond Mémoire qui fut lû dans cette
Affemblée , eft de M. Puzos ; il traite
de l'inverfion ou du renverfement de la
Matrice : c'eft une maladie , dit ce Chirurgien
, qui n'a été bien connue avant nous ,
que quand elle a été portée à la plus fâcheufe
extrêmité , & qu'elle eft devenue
fenfible à la vûe & au toucher , par l'inverfion
totale de la Matrice , c'est-à- dire , que
cette partie étoit pendante au- dehors.
La caufe d'une tele maladie, dépendante
immédiatement de l'extraction du Placenta,
adhérent au fond de la Matrice , ne devoit
pas être alors plus ignorée que la maladie
même , puifque le moment qui produifoit
la caufe , étoit commun à la naiffance de
l'effet ; enfin, le danger qui fuivoit la maladie
de très-près , ne fouffroit aucune équivoque
fur le parti qu'il y avoit à prendre ;
ou réduire fur le champ la Matrice , pour
fauver une femme ainfi maltraitée , ou la
voir périr une heure ou deux après l'accident
, fi le fecours lui manquoit. L'Auteur
conclut de-là que les Anciens n'ont réelle-
•
ment
SEPTEMBRE. 1744. 1973
mentconnu que le renversement de Matrice
porté au dernier degré , & fait par une
caufe externe , c'eft-à-dire , fait dans l'extraction
forcée du Placenta , adhérent au
fond de la Matrice.
C'est par rapport à une connoiffance fi bornée
fur une maladie , qui peut furvenir par
d'autres caufes , & qui a differens degrés
d'inverfion , que M. Puzos a crû néceffaire
de donner tous les éclairciffemens dont elle
a befoin ; il efpere par là rendre les gens
qui s'adonnent à l'Art des accouchemens ,
plus circonfpects pour prevenir cet accident
; mieux inftruits pour le connoître
dans les cas où il peut être ignoré , & plus
hardis pour y rémédier , dans quelque degré
d'inverfion que foit la Matrice.
Avant que d'entrer en matiere , il avertit
que , quoique le renversement de la Matrice
ait communément pour cauſe l'impéritie
, ce malheur peut néanmoins arriver à
des gens prudens , & raisonnablement inftruits
, foit que la Matrice y foit difpofée par
foibleffe , foit qu'elle foit forcée d'obéir , &
de fuivre un Placenta charnu, & trop péfant
pour le plancher qui le foutient. Cependant
l'Auteur met une difference effentielle entre
la main expérimentée , & la main téméraire
: la premiere, dit- il , s'apperçoit bien- tôt
du défordre qu'elle a fait ; elle y rémédie
fur
1976 MERCURE DE FRANCE.
fur le champ ; l'autre, au contraire , igno
rant le déplacement des parties , les entraî
ne jufqu'au dernier degré ; elle n'a pas le
courage , ni la capacité d'y mettre ordre ,
& faute d'un fecours prompt , elle met la
femme en danger de périr peu de tems
après.
A la fuite d'une diftinction qui paroiffoit
néceffaire , & qui fe trouve autorisée par
l'aveu du fçavant Ruifch , & de plufieurs
bons Praticiens , à qui pareil malheur eft
arrivé plus d'une fois dans le cours de leur
vie , l'Auteur pafle au renversement de Matrice
par caufe interne , cauſe inconnuë jufqu'ici
, & tellement indépendante de l'ac
couchement , que la maladie qu'elle produit
, a été reconnue à des filles hors de tour
foupçon , à des femmes qui n'avoient jamais
cu d'enfans , à d'autres qui , depuis quinze
ou vingt ans , qu'elles étoient accouchées
pour la derniere fois , n'avoient fenti aucune
incommodité , fi ce n'eft vers le tems
où la maladie avoit commencé à prendre
naiffance.
Pour prouver l'existence de ces renverfemens
, il rapporte des faits dont il a été témoin,
& qu'on ne peut révoquer en doute ,
par
les circonstances qui les ont accompa
gnées ; pour ce qui regarde la caufe qui ne
peut pas être auffi fenfiblement démontrée
que
SEPTEMBRE. 1744. 1977
que la maladie , il l'établit fur des fignes qui
fe font trouvés communs à toutes les femmes
, attaquées de renverſement par cauſe
interne , & qui doivent autorifer le jugement
qu'en porte l'Auteur.
. Pour mettre le Public en état d'en décider
, on rapporte l'endroit du Mémoire où
il eft dit , que tous les renverfemens reconnus
pour être de caufe interne , ne fe font
déclarés que dans l'âge Critique des femmes
, qu'à des perfonnes extrêmement graffes
, & à qui l'exercice ou le marcher coûtoit
beaucoup de peines . En conféquence
il affure que la graiffe énorme , & le poids
confidérable des vifceres du bas ventre , qui
porte perpendiculairement fur le fond de
la Matrice , principalement dans le tems de
fon affaiffement , l'enfonce peu à peu , &
fait paffer ce fond de la Matrice au travers
de l'orifice, en forme de hernie, par fucceffion
de tems . Cette maladie , dit M. Puzos , eft
incurable , parce qu'on ne peut en détruire
la caufe , qui eft le poids énorme des vifceres
fur la Matrice ; & quand bien même on
pourroit réuffir à la replacer dans fon lieu
naturel , le fuccès ne feroit pas de longue
durée : expofée à foûtenir comme auparavant
une charge au- deffus de fes forces , elle
fuccomberoit de nouveau , & fon enfoncement
ne tarderoit pas à reparoître , comme
C il
1978 MERCURE DE FRANCE.
il arrive aux hernies d'inteftins , qui retom
bent toujours , quoique bien réduites , ſi
on ne foutient l'effort & le poids des parties
par un bandage convenable.
Auffi l'Auteur dit-il naturellement , que
mal-à- propos il a tenté deux fois cette ef
péce de réduction fans fuccès ; il confeille
d'abandonner cette maladie aux foins de la
Nature , plûtôt qu'à l'événement de l'opération
, parce qu'il a l'expérience , que le
tems a fouvent adouci la plus grande partie
de ces incommodités , & que l'opération ,
abfolument inutile , peut- être funefte par
les douleurs qu'elle cauſe .
A l'égard des renverfemens de Matrice
par caufe externe , caufe immédiatement attachée
à l'accouchement dans l'extraction
du Placenta , l'Auteur y diftingue differens
dégrés , qu'il croit très-effentiel de reconnoître
pour la curation .
Le renverſement au premier degré , ſe
nomme incomplet . Dans cette efpéce , l'enfoncement
du fond de la Matrice eft queiquefois
fi léger , & fi éloigné de fon orifice
après l'extraction du Placenta , qu'il eft trèspoffible
d'ignorer ce déplacement de partie ;
de croire au contraire l'opération heureufe
ment terminée , fi on ne prend , pour s'en
affûrer , les précautions qu'on preſcrit dans
Je Mémoire , & qu'il feroit trop long de
"rapSEPTEMBRE.
1744. 1979
A
rapporter ici . Or ce renversement ignoré ,
qui forme une maladie , à laquelle on rémédieroit
fur l'heure avec facilité , fi on s'en
appercevoit, devient dans la fuite incurable,
tant par fon accroiffement › que par les
adhérences qu'il contracte avec des parties
d'où il ne feroit pas prudent de le féparer.
Le renverſement au fecond degré eſt prefque
complet. La tumeur qu'il forme eft encore
renfermée dans le Vagin , mais elle y
préfente un-fi gros volume , qu'il faut être
abfolument fans expérience pour ne pas
connoître que la Matrice eft renverfée . On
l'a cependant prife en cet état , pour une
Môle , ou une tête d'enfant , & tirée trèsmal-
à-propos. Quoique cette maladie ait
des accidens affés urgens , & qu'elle ait befoin
d'une prompte réduction , elle a quelquefois
foutenu les délais de plufieurs jours ,
après lefquels la réduction n'a pas été moins
heureufe , que fi elle avoit été faite fur le
-champ .
Enfin le renverſement complet & au dernier
degré , eft lorfque la Matrice a été entraînée
hors des parties naturelles , lorfque
toutàfait retournée,elle repréfente en dehors
la figure qu'elle avoit auparavant au-dedans .
Cette maladie auffi effrayante à voir , que
funefte , lorfqu'on eft une ou deux heures
fans lui donner le fecours dont elle a be-
Cij foin ,
1980 MERCURE DE FRANCE.
foin > eft cependant plus communément
guérie radicalement , que celle de la premiere
efpéce dont nous avons parlé , parce
que cette grande maladie faute aux yeux , &
qu'elle femble demander elle- même l'opération
qui lui eft néceffaire , au lieu que
l'autre , inconnue dans fa naiffance , ne fe
manifefte que lorsqu'il n'eft plus poffible
d'y rémédier,
Une réfléxion faite par l'Auteur fur les
differens accidens qui accompagnent & fuivent
les accouchemens , lui fait croire que
le défaut d'inftructions , n'y a que trop fou
vent part : il fe plaint de ce que cetre partie
de la Chirurgie eft la feule pour laquelle
l'Etat n'a point établi de Leçons publiques ;
que les connoiffances en font commiſes ,
pour la plupart de ceux qui l'exercent , au
hazard ou par habitudes que pour beaucoup
d'autres , trois mois paffés dans un Hôpital,
où le difficile fe voit rarement , dans un efpace
fi court , & où l'on n'apporte aucune
théorie , fuffisent pour obtenir le droit de
pratiquer l'Art des accouchemens,
Enfin , M. Puzos exhorte à ne point craindre
de bleffer la Matrice , quand il eft queftion
de la replacer . Il affure , d'après l'expérience
, qu'il eft plus avantageux de la
meurtrir , de l'entamer même , quand on ne
peut s'en difpenfer, pour la remettre dans fa
place ,
SEPTEMBRE. 1744. 1981
place ,, que de la laiffer renverfée , par la
crainte d'y faire quelque défordre. La Matrice,
dit- il , eft une partie charnue qui fuppure
, qui s'exfolie & fe cicatrife comme
fait un muſcle ; & c'eſt bien mal-à -propos
que la Tradition a confervé de Siécles en
Siécles , le faux Aviome , que la moindre
écorchûre à la Matrice eft mortelle , quand
il s'en eft trouvé d'extrêmement
maltraitées
, foit par entamûre , foit par renverfement
, qui peu de tems après avoir été rétablies
, font devenues fufceptibles de conception
, & ont apporté des enfans à terme
& bien vivans. C'eft à l'appui de plufieurs
exemples qu'en a l'Auteur , qu'il eft en droit
de détruire le faux préjugé qu'on avoit eu
de tous tems fur la Matrice.
que
M. Verdier lut enfuite la feconde partie
d'un Mémoire fur la hernie de la Veffie ,
dont il avoit donné la premiere partie dans
l'Affemblée publique de l'année précédente.
Après avoir combattu dans cette feconde
partie le fentiment de ceux qui veulent
la hernie de la Veffie foit toujours un vice
de la premiere conformation , M. Verdier
explique comment la dilatation confidérable
qui arrive à la Veffie dans la rétention
d'urine , peut produire la hernie , en occafionnant
le paffage d'une portion de la Veffie.
e , par les anneaux des muſcles du bas ven-
C iij tre
2
$ 982 MERCURE DE FRANCE.
tre , & c. Il y indique enfuite les fignes qui
diftinguent cette hernie particuliere ; le
moins équivoque lui paroît être l'augmentation
du volume de la hernie , lorfque le
malade a été long- tems fans uriner , & fa
diminution par la fortie des urines.
A l'égard du prognoftic , ou jugement
que
l'on doit faire fur les fuites de cette maladie
, il fait connoître qu'elle n'eft pas dangereufe
, lorfqu'il y a une communication
libre entre la partie de la Veffie deſcenduë
dans les bourſes , & celle qui eft restée dans
le baffin , & qu'il n'y a de danger , que lorfque
cette communication vient à celler, foit
par quelque pierre arrêtée dans la portion
de la Veffie qui répond à l'anneau , foir
foir par
une inflammation furvenue à cette même
portion de la Veffie.
Dans le traitement de la hernie de la Vef
fie , M. Verdier confeille l'ufage du ſuſpenfoir
, lorfqu'elle s'avance jufques dans le
Serotum , que fon volume eft confidérable ,
& qu'elle ne peut fe vuider , qu'en la foulevant
, & la comprimant avec les mains.
Mais fi la hernie fe bornoit à l'aine , il
penfe qu'on doit employer le bandage ordinaire
, ou Brayer , pour contenir la portion
de la Vellie qu'on aura fait rentrer . Si
la hernie fe trouve accompagnée d'étranglement
, on aura recours à l'opération .
L'AuSEPTEMBRE
. 1744. 1983
L'Auteur finit , en avertiſſant les jeunes
Chirurgiens de ne jamais entreprendre l'opération
d'une hernie , foit d'inteftin , foit
d'épiploon , defcendus dans les boutfes
fans s'être affûrés , fi la Veffie n'eft pas comprife
dans la tumeur , ce qu'ils reconnoîtront
aisément par le figne indiqué ci - devant.
Car s'ils fe déterminoient à emporter
une portion du Scrotum & du fac herniaire
, ou étoit renfermé l'inteftin ou l'épiploon
, & qu'il y eut complication de la
hernie de la Veffie avec celle de l'inteftin ou
de l'épiploon , ils rifqueroient d'emporter
une portion de la Veffie , qui fe trouveroit
alors cachée immédiatement derriere le fac
herniaire ; on fent bien que ce retrancheiment
d'une portion de la Vellie , feroit capable
de faire périr le malade .
M. Baffuel termina la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur la fracture de la rotule
: l'objet de la premiere partie de ce
Mémoire , eft d'achever de diffiper l'efpece
de furprife où l'on eft refté touchant cette
fracture , parce que la caufe n'en avoit pas
été apparemment affés développée ; & c'eſt
ce que M. Baffuel a entrepris , de faire. A
cette occafion. , il publie avec reconnoiffan
ce dès le commencement du Memoire , ce
qui eft dû à un grand Chirurgien ( M. Petit)
qui a mis le premier fur la voye qu'il falloit
Ċ iiij
te1984
MERCUREDE FRANCE.
pour découvrir les agens de cette frac tenir
ture .
Afin de mieux conduire à fon but, il rappelle
d'abord toutes les parties relatives à
cette fracture ; os , articulation , ligamens ,
mufcles , tendons , & c. & il tâche de mettre
à profit la ftructure & la pofition par
rapport à fon fujet , ce qui le fait entrer
plus avant dans differens effets méchaniques
: effets qui ne doivent pas moins réfulter
des mouvemens les plus déréglés qui
peuvent conduire à une chûte prochaine ,
que des mouvemens réguliérement combipour
l'action naturelle d'une partie. nés
M. Baffuel fait fentir que l'on avoit raiſon
de n'être pas entierement rendu fur la force
admife pour déterminer cette fracture : effectivement
tout bien examiné , les quatre
mufcles extenfeurs de la jambe qui s'attachent
à la rotule , qui eft un os très - court
pour fon épaiffeur ,, ne devoient point paroître
fuffire , quelque contraction qui y
arrivât ; encore peut-elle n'être pas fi grande
qu'on le croiroit bien , dans le fens dont
l'accident a été conçû. Un changement d'attitude
qui doit arriver en un inftant aux os
du baffin, eu égard à ceux des cuiffes , quand
on eft prêt à tomber , fait préfumer à l'Auteur
, que d'autres mufcles pofterieurs viennent
en même-tems à la charge contre la
roSEPTEMBRE.
1744. 1985
rotule. Ceux - ci en faififfant dans le fort de
leur contraction le point avantageux du balancement
imprimé par la péfanteur du
corps , . entraînent tout d'une pièce
les muſcles extenfeurs contractés : car il juge
qu'alors tous les muſcles environnans font
tout à la fois & fubitement en action ; c'eft
furquoi il a crû devoir infifter .
On ne peut fuivre , ni même parcourir
dans les bornes d'un Extrait , le détail où
eft entré M. Baffuel , par rapport aux preuves
méchaniques de tout ce qu'il avance.
En général , il confidere dans l'os des hanches
un lévier qui traverſe fon articulation
avec la cuiffe : à ce lévier inégalement pofé ,
felon qu'il le fait voir , s'attachent les mufcles
qui en deviennent les moteurs ; les extenfeurs
au bras le plus court , les fléchif
feurs au plus long. C'eft de- là , à ce que prétend
M. Baffuel , que doit fe tirer tout le
dénoûment , à l'égard des forces multipliées
qui exécutent fi précipitamment la rupture
de la rotule la longue branche du lévier
ne peut être abaillée , par un renversement
en arrière du baffin , qu'elle n'entraîne inpérieufement
en haut les mufcles qui s'inferent
en devant à la courte branche , qui
s'élève pour lors aux dépens de la rotule.
•
:
La feconde partie du Mémoire renferme
des réfléxions Hiftoriques , & enfuite cura-
Cv tives
1986 MERCURE DE FRANCE.
tives touchant la fracture de la rotule.
M. Baffuel dit que par la lecture des Auteurs
de Chirurgie , à remonter jufqu'à
Hypocrate , il a vû que l'on a été pendant
bien des Siècles , fans donner , ou au moins
fans avoir de véritables fecours pour cette
forte de dérangement : quelques guérifons ,
à ce qu'il croit , s'opéroient fans doute quelquefois
, fi les difficultés n'étoient pas trop
grandes , encore falloit- il les mains rares
des plus habiles : il ajoûte que c'eft feulement
dans le dernier Siécle que des Chirurgiens
de Paris , entr'autres M. Verduc , le
pere , ont procuré à leur Art , des moyens
prefque sûrs pour réuffir , qui fouvent depuis
par des changemens arbitraires & malentendus
, fe font affoiblis dans la Pratique.
M. Baitue termine fon Mémoire par
la
defcription
d'un
bandage
qu'il
a rendu
fort
fimple
, & d'autant
plus
utile
pour
la gué
rifon
de
cette
fracture
, que
des
Chirur
giens
moins
expérimentés
peuvent
l'employer
aisément
& avec
fuccès
.
Royale de Chirurgie.
E fecond Mémoire qui fut lû dans cette
Affemblée , eft de M. Puzos ; il traite
de l'inverfion ou du renverfement de la
Matrice : c'eft une maladie , dit ce Chirurgien
, qui n'a été bien connue avant nous ,
que quand elle a été portée à la plus fâcheufe
extrêmité , & qu'elle eft devenue
fenfible à la vûe & au toucher , par l'inverfion
totale de la Matrice , c'est-à- dire , que
cette partie étoit pendante au- dehors.
La caufe d'une tele maladie, dépendante
immédiatement de l'extraction du Placenta,
adhérent au fond de la Matrice , ne devoit
pas être alors plus ignorée que la maladie
même , puifque le moment qui produifoit
la caufe , étoit commun à la naiffance de
l'effet ; enfin, le danger qui fuivoit la maladie
de très-près , ne fouffroit aucune équivoque
fur le parti qu'il y avoit à prendre ;
ou réduire fur le champ la Matrice , pour
fauver une femme ainfi maltraitée , ou la
voir périr une heure ou deux après l'accident
, fi le fecours lui manquoit. L'Auteur
conclut de-là que les Anciens n'ont réelle-
•
ment
SEPTEMBRE. 1744. 1973
mentconnu que le renversement de Matrice
porté au dernier degré , & fait par une
caufe externe , c'eft-à-dire , fait dans l'extraction
forcée du Placenta , adhérent au
fond de la Matrice.
C'est par rapport à une connoiffance fi bornée
fur une maladie , qui peut furvenir par
d'autres caufes , & qui a differens degrés
d'inverfion , que M. Puzos a crû néceffaire
de donner tous les éclairciffemens dont elle
a befoin ; il efpere par là rendre les gens
qui s'adonnent à l'Art des accouchemens ,
plus circonfpects pour prevenir cet accident
; mieux inftruits pour le connoître
dans les cas où il peut être ignoré , & plus
hardis pour y rémédier , dans quelque degré
d'inverfion que foit la Matrice.
Avant que d'entrer en matiere , il avertit
que , quoique le renversement de la Matrice
ait communément pour cauſe l'impéritie
, ce malheur peut néanmoins arriver à
des gens prudens , & raisonnablement inftruits
, foit que la Matrice y foit difpofée par
foibleffe , foit qu'elle foit forcée d'obéir , &
de fuivre un Placenta charnu, & trop péfant
pour le plancher qui le foutient. Cependant
l'Auteur met une difference effentielle entre
la main expérimentée , & la main téméraire
: la premiere, dit- il , s'apperçoit bien- tôt
du défordre qu'elle a fait ; elle y rémédie
fur
1976 MERCURE DE FRANCE.
fur le champ ; l'autre, au contraire , igno
rant le déplacement des parties , les entraî
ne jufqu'au dernier degré ; elle n'a pas le
courage , ni la capacité d'y mettre ordre ,
& faute d'un fecours prompt , elle met la
femme en danger de périr peu de tems
après.
A la fuite d'une diftinction qui paroiffoit
néceffaire , & qui fe trouve autorisée par
l'aveu du fçavant Ruifch , & de plufieurs
bons Praticiens , à qui pareil malheur eft
arrivé plus d'une fois dans le cours de leur
vie , l'Auteur pafle au renversement de Matrice
par caufe interne , cauſe inconnuë jufqu'ici
, & tellement indépendante de l'ac
couchement , que la maladie qu'elle produit
, a été reconnue à des filles hors de tour
foupçon , à des femmes qui n'avoient jamais
cu d'enfans , à d'autres qui , depuis quinze
ou vingt ans , qu'elles étoient accouchées
pour la derniere fois , n'avoient fenti aucune
incommodité , fi ce n'eft vers le tems
où la maladie avoit commencé à prendre
naiffance.
Pour prouver l'existence de ces renverfemens
, il rapporte des faits dont il a été témoin,
& qu'on ne peut révoquer en doute ,
par
les circonstances qui les ont accompa
gnées ; pour ce qui regarde la caufe qui ne
peut pas être auffi fenfiblement démontrée
que
SEPTEMBRE. 1744. 1977
que la maladie , il l'établit fur des fignes qui
fe font trouvés communs à toutes les femmes
, attaquées de renverſement par cauſe
interne , & qui doivent autorifer le jugement
qu'en porte l'Auteur.
. Pour mettre le Public en état d'en décider
, on rapporte l'endroit du Mémoire où
il eft dit , que tous les renverfemens reconnus
pour être de caufe interne , ne fe font
déclarés que dans l'âge Critique des femmes
, qu'à des perfonnes extrêmement graffes
, & à qui l'exercice ou le marcher coûtoit
beaucoup de peines . En conféquence
il affure que la graiffe énorme , & le poids
confidérable des vifceres du bas ventre , qui
porte perpendiculairement fur le fond de
la Matrice , principalement dans le tems de
fon affaiffement , l'enfonce peu à peu , &
fait paffer ce fond de la Matrice au travers
de l'orifice, en forme de hernie, par fucceffion
de tems . Cette maladie , dit M. Puzos , eft
incurable , parce qu'on ne peut en détruire
la caufe , qui eft le poids énorme des vifceres
fur la Matrice ; & quand bien même on
pourroit réuffir à la replacer dans fon lieu
naturel , le fuccès ne feroit pas de longue
durée : expofée à foûtenir comme auparavant
une charge au- deffus de fes forces , elle
fuccomberoit de nouveau , & fon enfoncement
ne tarderoit pas à reparoître , comme
C il
1978 MERCURE DE FRANCE.
il arrive aux hernies d'inteftins , qui retom
bent toujours , quoique bien réduites , ſi
on ne foutient l'effort & le poids des parties
par un bandage convenable.
Auffi l'Auteur dit-il naturellement , que
mal-à- propos il a tenté deux fois cette ef
péce de réduction fans fuccès ; il confeille
d'abandonner cette maladie aux foins de la
Nature , plûtôt qu'à l'événement de l'opération
, parce qu'il a l'expérience , que le
tems a fouvent adouci la plus grande partie
de ces incommodités , & que l'opération ,
abfolument inutile , peut- être funefte par
les douleurs qu'elle cauſe .
A l'égard des renverfemens de Matrice
par caufe externe , caufe immédiatement attachée
à l'accouchement dans l'extraction
du Placenta , l'Auteur y diftingue differens
dégrés , qu'il croit très-effentiel de reconnoître
pour la curation .
Le renverſement au premier degré , ſe
nomme incomplet . Dans cette efpéce , l'enfoncement
du fond de la Matrice eft queiquefois
fi léger , & fi éloigné de fon orifice
après l'extraction du Placenta , qu'il eft trèspoffible
d'ignorer ce déplacement de partie ;
de croire au contraire l'opération heureufe
ment terminée , fi on ne prend , pour s'en
affûrer , les précautions qu'on preſcrit dans
Je Mémoire , & qu'il feroit trop long de
"rapSEPTEMBRE.
1744. 1979
A
rapporter ici . Or ce renversement ignoré ,
qui forme une maladie , à laquelle on rémédieroit
fur l'heure avec facilité , fi on s'en
appercevoit, devient dans la fuite incurable,
tant par fon accroiffement › que par les
adhérences qu'il contracte avec des parties
d'où il ne feroit pas prudent de le féparer.
Le renverſement au fecond degré eſt prefque
complet. La tumeur qu'il forme eft encore
renfermée dans le Vagin , mais elle y
préfente un-fi gros volume , qu'il faut être
abfolument fans expérience pour ne pas
connoître que la Matrice eft renverfée . On
l'a cependant prife en cet état , pour une
Môle , ou une tête d'enfant , & tirée trèsmal-
à-propos. Quoique cette maladie ait
des accidens affés urgens , & qu'elle ait befoin
d'une prompte réduction , elle a quelquefois
foutenu les délais de plufieurs jours ,
après lefquels la réduction n'a pas été moins
heureufe , que fi elle avoit été faite fur le
-champ .
Enfin le renverſement complet & au dernier
degré , eft lorfque la Matrice a été entraînée
hors des parties naturelles , lorfque
toutàfait retournée,elle repréfente en dehors
la figure qu'elle avoit auparavant au-dedans .
Cette maladie auffi effrayante à voir , que
funefte , lorfqu'on eft une ou deux heures
fans lui donner le fecours dont elle a be-
Cij foin ,
1980 MERCURE DE FRANCE.
foin > eft cependant plus communément
guérie radicalement , que celle de la premiere
efpéce dont nous avons parlé , parce
que cette grande maladie faute aux yeux , &
qu'elle femble demander elle- même l'opération
qui lui eft néceffaire , au lieu que
l'autre , inconnue dans fa naiffance , ne fe
manifefte que lorsqu'il n'eft plus poffible
d'y rémédier,
Une réfléxion faite par l'Auteur fur les
differens accidens qui accompagnent & fuivent
les accouchemens , lui fait croire que
le défaut d'inftructions , n'y a que trop fou
vent part : il fe plaint de ce que cetre partie
de la Chirurgie eft la feule pour laquelle
l'Etat n'a point établi de Leçons publiques ;
que les connoiffances en font commiſes ,
pour la plupart de ceux qui l'exercent , au
hazard ou par habitudes que pour beaucoup
d'autres , trois mois paffés dans un Hôpital,
où le difficile fe voit rarement , dans un efpace
fi court , & où l'on n'apporte aucune
théorie , fuffisent pour obtenir le droit de
pratiquer l'Art des accouchemens,
Enfin , M. Puzos exhorte à ne point craindre
de bleffer la Matrice , quand il eft queftion
de la replacer . Il affure , d'après l'expérience
, qu'il eft plus avantageux de la
meurtrir , de l'entamer même , quand on ne
peut s'en difpenfer, pour la remettre dans fa
place ,
SEPTEMBRE. 1744. 1981
place ,, que de la laiffer renverfée , par la
crainte d'y faire quelque défordre. La Matrice,
dit- il , eft une partie charnue qui fuppure
, qui s'exfolie & fe cicatrife comme
fait un muſcle ; & c'eſt bien mal-à -propos
que la Tradition a confervé de Siécles en
Siécles , le faux Aviome , que la moindre
écorchûre à la Matrice eft mortelle , quand
il s'en eft trouvé d'extrêmement
maltraitées
, foit par entamûre , foit par renverfement
, qui peu de tems après avoir été rétablies
, font devenues fufceptibles de conception
, & ont apporté des enfans à terme
& bien vivans. C'eft à l'appui de plufieurs
exemples qu'en a l'Auteur , qu'il eft en droit
de détruire le faux préjugé qu'on avoit eu
de tous tems fur la Matrice.
que
M. Verdier lut enfuite la feconde partie
d'un Mémoire fur la hernie de la Veffie ,
dont il avoit donné la premiere partie dans
l'Affemblée publique de l'année précédente.
Après avoir combattu dans cette feconde
partie le fentiment de ceux qui veulent
la hernie de la Veffie foit toujours un vice
de la premiere conformation , M. Verdier
explique comment la dilatation confidérable
qui arrive à la Veffie dans la rétention
d'urine , peut produire la hernie , en occafionnant
le paffage d'une portion de la Veffie.
e , par les anneaux des muſcles du bas ven-
C iij tre
2
$ 982 MERCURE DE FRANCE.
tre , & c. Il y indique enfuite les fignes qui
diftinguent cette hernie particuliere ; le
moins équivoque lui paroît être l'augmentation
du volume de la hernie , lorfque le
malade a été long- tems fans uriner , & fa
diminution par la fortie des urines.
A l'égard du prognoftic , ou jugement
que
l'on doit faire fur les fuites de cette maladie
, il fait connoître qu'elle n'eft pas dangereufe
, lorfqu'il y a une communication
libre entre la partie de la Veffie deſcenduë
dans les bourſes , & celle qui eft restée dans
le baffin , & qu'il n'y a de danger , que lorfque
cette communication vient à celler, foit
par quelque pierre arrêtée dans la portion
de la Veffie qui répond à l'anneau , foir
foir par
une inflammation furvenue à cette même
portion de la Veffie.
Dans le traitement de la hernie de la Vef
fie , M. Verdier confeille l'ufage du ſuſpenfoir
, lorfqu'elle s'avance jufques dans le
Serotum , que fon volume eft confidérable ,
& qu'elle ne peut fe vuider , qu'en la foulevant
, & la comprimant avec les mains.
Mais fi la hernie fe bornoit à l'aine , il
penfe qu'on doit employer le bandage ordinaire
, ou Brayer , pour contenir la portion
de la Vellie qu'on aura fait rentrer . Si
la hernie fe trouve accompagnée d'étranglement
, on aura recours à l'opération .
L'AuSEPTEMBRE
. 1744. 1983
L'Auteur finit , en avertiſſant les jeunes
Chirurgiens de ne jamais entreprendre l'opération
d'une hernie , foit d'inteftin , foit
d'épiploon , defcendus dans les boutfes
fans s'être affûrés , fi la Veffie n'eft pas comprife
dans la tumeur , ce qu'ils reconnoîtront
aisément par le figne indiqué ci - devant.
Car s'ils fe déterminoient à emporter
une portion du Scrotum & du fac herniaire
, ou étoit renfermé l'inteftin ou l'épiploon
, & qu'il y eut complication de la
hernie de la Veffie avec celle de l'inteftin ou
de l'épiploon , ils rifqueroient d'emporter
une portion de la Veffie , qui fe trouveroit
alors cachée immédiatement derriere le fac
herniaire ; on fent bien que ce retrancheiment
d'une portion de la Vellie , feroit capable
de faire périr le malade .
M. Baffuel termina la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur la fracture de la rotule
: l'objet de la premiere partie de ce
Mémoire , eft d'achever de diffiper l'efpece
de furprife où l'on eft refté touchant cette
fracture , parce que la caufe n'en avoit pas
été apparemment affés développée ; & c'eſt
ce que M. Baffuel a entrepris , de faire. A
cette occafion. , il publie avec reconnoiffan
ce dès le commencement du Memoire , ce
qui eft dû à un grand Chirurgien ( M. Petit)
qui a mis le premier fur la voye qu'il falloit
Ċ iiij
te1984
MERCUREDE FRANCE.
pour découvrir les agens de cette frac tenir
ture .
Afin de mieux conduire à fon but, il rappelle
d'abord toutes les parties relatives à
cette fracture ; os , articulation , ligamens ,
mufcles , tendons , & c. & il tâche de mettre
à profit la ftructure & la pofition par
rapport à fon fujet , ce qui le fait entrer
plus avant dans differens effets méchaniques
: effets qui ne doivent pas moins réfulter
des mouvemens les plus déréglés qui
peuvent conduire à une chûte prochaine ,
que des mouvemens réguliérement combipour
l'action naturelle d'une partie. nés
M. Baffuel fait fentir que l'on avoit raiſon
de n'être pas entierement rendu fur la force
admife pour déterminer cette fracture : effectivement
tout bien examiné , les quatre
mufcles extenfeurs de la jambe qui s'attachent
à la rotule , qui eft un os très - court
pour fon épaiffeur ,, ne devoient point paroître
fuffire , quelque contraction qui y
arrivât ; encore peut-elle n'être pas fi grande
qu'on le croiroit bien , dans le fens dont
l'accident a été conçû. Un changement d'attitude
qui doit arriver en un inftant aux os
du baffin, eu égard à ceux des cuiffes , quand
on eft prêt à tomber , fait préfumer à l'Auteur
, que d'autres mufcles pofterieurs viennent
en même-tems à la charge contre la
roSEPTEMBRE.
1744. 1985
rotule. Ceux - ci en faififfant dans le fort de
leur contraction le point avantageux du balancement
imprimé par la péfanteur du
corps , . entraînent tout d'une pièce
les muſcles extenfeurs contractés : car il juge
qu'alors tous les muſcles environnans font
tout à la fois & fubitement en action ; c'eft
furquoi il a crû devoir infifter .
On ne peut fuivre , ni même parcourir
dans les bornes d'un Extrait , le détail où
eft entré M. Baffuel , par rapport aux preuves
méchaniques de tout ce qu'il avance.
En général , il confidere dans l'os des hanches
un lévier qui traverſe fon articulation
avec la cuiffe : à ce lévier inégalement pofé ,
felon qu'il le fait voir , s'attachent les mufcles
qui en deviennent les moteurs ; les extenfeurs
au bras le plus court , les fléchif
feurs au plus long. C'eft de- là , à ce que prétend
M. Baffuel , que doit fe tirer tout le
dénoûment , à l'égard des forces multipliées
qui exécutent fi précipitamment la rupture
de la rotule la longue branche du lévier
ne peut être abaillée , par un renversement
en arrière du baffin , qu'elle n'entraîne inpérieufement
en haut les mufcles qui s'inferent
en devant à la courte branche , qui
s'élève pour lors aux dépens de la rotule.
•
:
La feconde partie du Mémoire renferme
des réfléxions Hiftoriques , & enfuite cura-
Cv tives
1986 MERCURE DE FRANCE.
tives touchant la fracture de la rotule.
M. Baffuel dit que par la lecture des Auteurs
de Chirurgie , à remonter jufqu'à
Hypocrate , il a vû que l'on a été pendant
bien des Siècles , fans donner , ou au moins
fans avoir de véritables fecours pour cette
forte de dérangement : quelques guérifons ,
à ce qu'il croit , s'opéroient fans doute quelquefois
, fi les difficultés n'étoient pas trop
grandes , encore falloit- il les mains rares
des plus habiles : il ajoûte que c'eft feulement
dans le dernier Siécle que des Chirurgiens
de Paris , entr'autres M. Verduc , le
pere , ont procuré à leur Art , des moyens
prefque sûrs pour réuffir , qui fouvent depuis
par des changemens arbitraires & malentendus
, fe font affoiblis dans la Pratique.
M. Baitue termine fon Mémoire par
la
defcription
d'un
bandage
qu'il
a rendu
fort
fimple
, & d'autant
plus
utile
pour
la gué
rifon
de
cette
fracture
, que
des
Chirur
giens
moins
expérimentés
peuvent
l'employer
aisément
& avec
fuccès
.
Fermer
8
p. 1987-1992
L'HONNESTE-HOMME, ODE.
Début :
Je chante cet homme héroïque, [...]
Mots clefs :
Honnête homme, Sage, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HONNESTE-HOMME, ODE.
L'HONNESTE - HOMME ,
ODE ,
E chante cet homme héroïque ,
Qu'à la honte du genre humain ,
En plein je ur, un fameux Cynique
Cherchoit la lanterne à la main.
Si ce n'est point un vain phantôme ,
Sous des lambris ou ſous le chaume
En quel Lieu qu'il frappe mes fens ,
Pour lui feul je monte ma Lyre;
C'eft le feul mortel que j'admire ,
Le feul digne de mon encens.
+3x+
Que vois- je ? d'an mortel fi rare
Chacun veut ufurper le nom .
Mais c'eft vainement qu'on le pare
D'une adroite imitation.
Ainfi qu'aifément on démêle
D'avec la beauté naturelle
1516 -
La beauté qui provient du fard ,.
On reconnoît la difference
De l'honnête-homme par effence
D'avec l'honnête-homme par art.
....
C vj
1988 MERCURE DE FRANCE.
Que le Public fe préoccupe
Pour d'apparentes qualités ,
Je ne ferai jamais la dupe
De quelques dehors empruntés.
Dans le Sage que j'imagine
La Vertu doit prendre racine ,
Et germer au fond de fon coeur.
Il doit , toujours droit , équitable,
Sçavoir de l'honneur véritable
Bien diftinguer le faux honneur.
La paffion , qu'on s'eft permife ,
Croit fouvent que tout eft permis.
Afoi-même l'on le déguiſe
Les crimes que l'on a commis.
Jadis un Prince formidable
Crût être un Héros respectable
Par les excès de fa valeur ;
Il ne vit
N'étoit
pas que fon courage
que fureur & que rage
Et lui , qu'un infigne voleur.
+34
Qu'on foit au rang le plus fuprême ,
Qu'on foit affis au dernier rang ,
Tout mortel d'un autre lui -même
Doit craindre de verſer je fang.
Il doit à toute autre victoire
PréféSEPTEMBRE.
1744.
1989
Préférer la folide gloire
D'avoir vaincu fes paffions
Et déteftant toute avarice ,
Régler fur l'exacte juftice
Ses defirs & les actions.
*X3X+
Celui que la Vertu dirige ,
Ami de la tranquillité ,
Aucun intérêt ne l'oblige
A troubler la Societé .
Une ambition importune
De voir accroître fa fortune ,
Ne caufa jamais ſon ennui ;
Toujours content de fon partage ,
Tout Terme d'un autre héritage
Eft encore un vrai Dieu pour lui.
*
*3X+
Jaloux l'un de l'autre , on ne ceffe
De s'envier de vains honneurs .
L'honnête- homme aime la fageffe , 40
Plus que les biens & les grandeurs.
Dans un fort propice ou contraire ,
Son coeur , que jamais rien n'altere ,
Les Romains , pour marquer combien les bornes qui
Séparent les Domaines les Héritages devoient être faz
crées & refpectables , en avoient fait une Divinité ,
qu'on révéroit fous le nom du Dieu Terme.
Tou
1990 MERCURE DE FRANCE
Toujours grand , toujours généreux ,
Souffre des maux du miférable ,
Goûte une joye inexprimable
A la rencontre d'un heureux.
Porté de lui-même à bien faire ,
Il n'a befoin de nul attrait ,
Et ne prétend d'autre falaire
Que le plaifir d'avoir bien fait .
Puiffant , il n'aime fa puiffance
Que pour proteger l'innocence ,
La juftice , & la vérité ,
Et s'il fait cas de la richeffe ,
C'eft pour fournir avec largeffe
Aux befoins de la pauvreté.
4x3x+
Abhorrant toute politique
Contraire à l'auftere Vertu ,
Le Sage jamais ne s'explique
Par un difcours feint ou tortu
Né l'efclave de fa parole ,
Dans aucun cas il ne viole
Ses promefles & fes Serinens
Fidéle à la foi qu'il engage ,
Regulus retourne à Carthage
Sûr d'y fouffrir mille tourmens,
Exempt
SEPTEMBRE. 1744. 1991
Exempt des préjugés vulgaires ,
Mon Héros n'eft pas moins foumis
Au divin culte , que fes peres
Des uns aux autres ont tranſmis.
Exact à fuivre leurs exemples ,
A l'Eternel dans fes faints Temples
Il rend des refpects affidus ,
Mais il croit que de tout hommage ,
Celui qui lui plaît davantage
Eft la pratique des Vertus.
***
Les Jugemens irrévocables
Du Créateur de l'Univers ,
A des peines épouventables
Livrent les méchans , les pervers ;
Conftant dans la Vertu qu'il aime
Le vrai Sage contre lui même
N'irritera jamais les Cieux ,
Non par la crainte des fupplices ,
Mais par la feule horreur des vices
S'abftenant d'être vicieux. }
J'ai peint la Vertu l'a plus pure ,
Cher Maffiere , & tonfouvenir
Dans le cours de cette Peinture
N'a ceffé de me revenir .
Il convient que je te l'adreſſes
N'as
1991 MERCURE DE FRANCE.
N'as - tu pas droit fur une Piéce
Dont tu m'asfourni chaque trait ;
Quandje te préfente l'image
De l'honnête- homme , du vrai Sage ,
C'eft te préfenter ton Portrait.
ODE ,
E chante cet homme héroïque ,
Qu'à la honte du genre humain ,
En plein je ur, un fameux Cynique
Cherchoit la lanterne à la main.
Si ce n'est point un vain phantôme ,
Sous des lambris ou ſous le chaume
En quel Lieu qu'il frappe mes fens ,
Pour lui feul je monte ma Lyre;
C'eft le feul mortel que j'admire ,
Le feul digne de mon encens.
+3x+
Que vois- je ? d'an mortel fi rare
Chacun veut ufurper le nom .
Mais c'eft vainement qu'on le pare
D'une adroite imitation.
Ainfi qu'aifément on démêle
D'avec la beauté naturelle
1516 -
La beauté qui provient du fard ,.
On reconnoît la difference
De l'honnête-homme par effence
D'avec l'honnête-homme par art.
....
C vj
1988 MERCURE DE FRANCE.
Que le Public fe préoccupe
Pour d'apparentes qualités ,
Je ne ferai jamais la dupe
De quelques dehors empruntés.
Dans le Sage que j'imagine
La Vertu doit prendre racine ,
Et germer au fond de fon coeur.
Il doit , toujours droit , équitable,
Sçavoir de l'honneur véritable
Bien diftinguer le faux honneur.
La paffion , qu'on s'eft permife ,
Croit fouvent que tout eft permis.
Afoi-même l'on le déguiſe
Les crimes que l'on a commis.
Jadis un Prince formidable
Crût être un Héros respectable
Par les excès de fa valeur ;
Il ne vit
N'étoit
pas que fon courage
que fureur & que rage
Et lui , qu'un infigne voleur.
+34
Qu'on foit au rang le plus fuprême ,
Qu'on foit affis au dernier rang ,
Tout mortel d'un autre lui -même
Doit craindre de verſer je fang.
Il doit à toute autre victoire
PréféSEPTEMBRE.
1744.
1989
Préférer la folide gloire
D'avoir vaincu fes paffions
Et déteftant toute avarice ,
Régler fur l'exacte juftice
Ses defirs & les actions.
*X3X+
Celui que la Vertu dirige ,
Ami de la tranquillité ,
Aucun intérêt ne l'oblige
A troubler la Societé .
Une ambition importune
De voir accroître fa fortune ,
Ne caufa jamais ſon ennui ;
Toujours content de fon partage ,
Tout Terme d'un autre héritage
Eft encore un vrai Dieu pour lui.
*
*3X+
Jaloux l'un de l'autre , on ne ceffe
De s'envier de vains honneurs .
L'honnête- homme aime la fageffe , 40
Plus que les biens & les grandeurs.
Dans un fort propice ou contraire ,
Son coeur , que jamais rien n'altere ,
Les Romains , pour marquer combien les bornes qui
Séparent les Domaines les Héritages devoient être faz
crées & refpectables , en avoient fait une Divinité ,
qu'on révéroit fous le nom du Dieu Terme.
Tou
1990 MERCURE DE FRANCE
Toujours grand , toujours généreux ,
Souffre des maux du miférable ,
Goûte une joye inexprimable
A la rencontre d'un heureux.
Porté de lui-même à bien faire ,
Il n'a befoin de nul attrait ,
Et ne prétend d'autre falaire
Que le plaifir d'avoir bien fait .
Puiffant , il n'aime fa puiffance
Que pour proteger l'innocence ,
La juftice , & la vérité ,
Et s'il fait cas de la richeffe ,
C'eft pour fournir avec largeffe
Aux befoins de la pauvreté.
4x3x+
Abhorrant toute politique
Contraire à l'auftere Vertu ,
Le Sage jamais ne s'explique
Par un difcours feint ou tortu
Né l'efclave de fa parole ,
Dans aucun cas il ne viole
Ses promefles & fes Serinens
Fidéle à la foi qu'il engage ,
Regulus retourne à Carthage
Sûr d'y fouffrir mille tourmens,
Exempt
SEPTEMBRE. 1744. 1991
Exempt des préjugés vulgaires ,
Mon Héros n'eft pas moins foumis
Au divin culte , que fes peres
Des uns aux autres ont tranſmis.
Exact à fuivre leurs exemples ,
A l'Eternel dans fes faints Temples
Il rend des refpects affidus ,
Mais il croit que de tout hommage ,
Celui qui lui plaît davantage
Eft la pratique des Vertus.
***
Les Jugemens irrévocables
Du Créateur de l'Univers ,
A des peines épouventables
Livrent les méchans , les pervers ;
Conftant dans la Vertu qu'il aime
Le vrai Sage contre lui même
N'irritera jamais les Cieux ,
Non par la crainte des fupplices ,
Mais par la feule horreur des vices
S'abftenant d'être vicieux. }
J'ai peint la Vertu l'a plus pure ,
Cher Maffiere , & tonfouvenir
Dans le cours de cette Peinture
N'a ceffé de me revenir .
Il convient que je te l'adreſſes
N'as
1991 MERCURE DE FRANCE.
N'as - tu pas droit fur une Piéce
Dont tu m'asfourni chaque trait ;
Quandje te préfente l'image
De l'honnête- homme , du vrai Sage ,
C'eft te préfenter ton Portrait.
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9
p. 1992-2013
LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
Début :
L'Auteur se défend depuis plusieurs années de rendre son Systême public, [...]
Mots clefs :
Flamme, Matière, Aimant, Pores, Fer, Fluide, Circulation, Phénomènes, Flamme ténébreuse, Cercles, Corps, Animal, Boîte céleste, Système, Eau, Élasticité, Inflammable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
LE PLANou l'Idée générale d'un nouveau
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Fermer
10
p. 2013
« Les mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure d'Août sont la Langue, Bail & [...] »
Début :
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure d'Août sont la Langue, Bail & [...]
Mots clefs :
Langue, Bail, Papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure d'Août sont la Langue, Bail & [...] »
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure d'Août font la Langue , Bail &
le Papier. On trouve dans le premier Logogryphe
Ail , Lia & Bal.
du Mercure d'Août font la Langue , Bail &
le Papier. On trouve dans le premier Logogryphe
Ail , Lia & Bal.
Fermer
11
p. 2014
ENIGME.
Début :
Lecteur, je suis un excrement, [...]
Mots clefs :
Ongles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Lecteur
Ecteur , je fuis un excrement ,
A tout le monde fort utile ,
Et , quoique de nature vile ,
Je fers à l'Homme d'ornement.
9"
On exprime par moi ce qu'on fçait fûrement
J'embarraffe fort les Poëtes ;
Je change de nom chés les Bêtes ,.
A qui je fers également.
Pour peu de progrès que je faffe ,
D'abord on m'arrête fans bruit ,
Et je crois que pour toute grace ,
On dit que l'on me fait , lorsque l'on me détruit.
Auffi je détruis à mon tour ,
Et dans ma faiſon favorite ,
Quoique de taille bien petite ,.
J'en fais mourir plus de mille par jour.
Lecteur
Ecteur , je fuis un excrement ,
A tout le monde fort utile ,
Et , quoique de nature vile ,
Je fers à l'Homme d'ornement.
9"
On exprime par moi ce qu'on fçait fûrement
J'embarraffe fort les Poëtes ;
Je change de nom chés les Bêtes ,.
A qui je fers également.
Pour peu de progrès que je faffe ,
D'abord on m'arrête fans bruit ,
Et je crois que pour toute grace ,
On dit que l'on me fait , lorsque l'on me détruit.
Auffi je détruis à mon tour ,
Et dans ma faiſon favorite ,
Quoique de taille bien petite ,.
J'en fais mourir plus de mille par jour.
Fermer
12
p. 2014-2015
AUTRE.
Début :
Quoique dépourvû d'existence, [...]
Mots clefs :
Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoique dépourvá d'exiſtence ,
J'ai bien des attributs divers ;
Quand Dieu conftruifit l'Univers ,
Entre les mains je pris naiffance ;
Ici bas , comme dans les Airs ,.
Je fuis en tous lieux néceſſaire ;
Je
SEPTEMBRE . 1744 2015
Je fais des maux dans les Enfers ;
Je fais des heureux fur la Terre ;
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Et je fais gronder le Tonnerre ;
Sans moi , fur leurs Trônes les Rois
N'auroient ni bonheur ni puiffance ;;
Toute la Nature aux abois ,
Se fentiroit de mon abſence ;
L'Univers s'anéantiroit ,
Que dis-je ? Rien ne finiroit ,
Et quand Dieu même le voudroit ,,
A peine en feroit- il le maître ;
Vous me voyez partout paroître ,
Mais trouvez mon nom feulement ;,
Ce qui définit mon Effence ,
N'eft point à votre connoiffance ;
On la recherche vainement..
Quoique dépourvá d'exiſtence ,
J'ai bien des attributs divers ;
Quand Dieu conftruifit l'Univers ,
Entre les mains je pris naiffance ;
Ici bas , comme dans les Airs ,.
Je fuis en tous lieux néceſſaire ;
Je
SEPTEMBRE . 1744 2015
Je fais des maux dans les Enfers ;
Je fais des heureux fur la Terre ;
Je fais la paix , je fais la guerre ,
Et je fais gronder le Tonnerre ;
Sans moi , fur leurs Trônes les Rois
N'auroient ni bonheur ni puiffance ;;
Toute la Nature aux abois ,
Se fentiroit de mon abſence ;
L'Univers s'anéantiroit ,
Que dis-je ? Rien ne finiroit ,
Et quand Dieu même le voudroit ,,
A peine en feroit- il le maître ;
Vous me voyez partout paroître ,
Mais trouvez mon nom feulement ;,
Ce qui définit mon Effence ,
N'eft point à votre connoiffance ;
On la recherche vainement..
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p. 2015-2016
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Je marche sur neuf pieds, Lecteur ; c'est mon allure, [...]
Mots clefs :
Courlande
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E marche für neuf pieds , Lecteur ; c'eſt mon
JE
marallure ,
Mais pour ne point d'abord te montrer ma figure ,.
Je partage mon tout en differens Portraits .
Un , quatre , trois , neuf , cinq , d'un Tyran font
les traits ;
Six ,fept, neuf, font un nom qu'un ignorant mérite,
Et dont , pour l'ordinaire , il s'offenſe & s'irrite.
Trois
2016 MERCURE DE FRANCE.
Trois, deux, cinq, neuf, je fais les defirs d'un Joueur;
Cinq , deux , trois , quatre & huit , font un mauvais
Sauteur ;
Ajufte à mon milieu la moitié de ma tête ,
Je fupporte dans l'Homme , ainfi que dans la Bête,
Ce qui le plus il importe à fon tout ,
Joins cinq , fix , quatre & hujt , je fais plaifir au goût ;
Et fans moi , quelque bien qu'un Rotiffeur travaille,
Dans fon métier fouvent, ne feroit rien qui vaille .
Cinq , trois, fept , joints à neuf , je fuis un corps
brillant
Servant également le Riche & le Manant ;
Affemblant quatre, fix , huit & neuf , un Pilote
Me defire ardemment , quand la mer le balotte.
Un , deux , quatre , fept , neuf, une fois réunis ,
Je deviens la terreur des malheureux Maris ;
Sept & fix, quatre & huit , font enfemble une Plante ,
Dont l'odeur eft toujours très-odoriferante ;
Pour ne plus t'ennuyer , en me décompofant ,
Mon tout dépend d'un Grand, devine maintenant.
L. C. D. M.
E marche für neuf pieds , Lecteur ; c'eſt mon
JE
marallure ,
Mais pour ne point d'abord te montrer ma figure ,.
Je partage mon tout en differens Portraits .
Un , quatre , trois , neuf , cinq , d'un Tyran font
les traits ;
Six ,fept, neuf, font un nom qu'un ignorant mérite,
Et dont , pour l'ordinaire , il s'offenſe & s'irrite.
Trois
2016 MERCURE DE FRANCE.
Trois, deux, cinq, neuf, je fais les defirs d'un Joueur;
Cinq , deux , trois , quatre & huit , font un mauvais
Sauteur ;
Ajufte à mon milieu la moitié de ma tête ,
Je fupporte dans l'Homme , ainfi que dans la Bête,
Ce qui le plus il importe à fon tout ,
Joins cinq , fix , quatre & hujt , je fais plaifir au goût ;
Et fans moi , quelque bien qu'un Rotiffeur travaille,
Dans fon métier fouvent, ne feroit rien qui vaille .
Cinq , trois, fept , joints à neuf , je fuis un corps
brillant
Servant également le Riche & le Manant ;
Affemblant quatre, fix , huit & neuf , un Pilote
Me defire ardemment , quand la mer le balotte.
Un , deux , quatre , fept , neuf, une fois réunis ,
Je deviens la terreur des malheureux Maris ;
Sept & fix, quatre & huit , font enfemble une Plante ,
Dont l'odeur eft toujours très-odoriferante ;
Pour ne plus t'ennuyer , en me décompofant ,
Mon tout dépend d'un Grand, devine maintenant.
L. C. D. M.
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