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1
p. 2755-2759
ODE. Par M. N...... L. C. D. B.
Début :
Quelle sainte fureur s'empare [...]
Mots clefs :
Dieu du vin, Cour, Table, Amis
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Par M. N...... L. C. D. B.
Ó D E.
Par M. N...... L. C. D. B.
Uelle sainte fureur s'empare
De ma taison et de mes sens !
Sur le Lut du divin Pindare ,
Vais je former quelques accents ,
A mes yeux tout change de face ,
Ce terrible Dieu de la Thrace ,
N'occupera plus mes esprits ;
Ce sera le vainqueur de l'Inde ,
11.Vol. Qui A ij
2756 MERCURE DE FRANCE
Qui forcera le Dieu du Pinde ,
A s'énoncer dans mes Ecrits.
M
Parmi ces Campagnes riantes ,
Chantons le plus charmant des Dieux ,
Bannissez , joyeuses Bacchantes ,
La triste raison de ces lieux ;
A cette farouche ennemic ,
Des plus beaux jours de notre vie
Ne remettons jamais le sort ;
Enchantez -nous par vos prestiges ,
Et que dans nos fougueux vertiges ,
La joye éclate avec transport.
C Vents , échappez de votre chaîne ,
Déracinez les plus hauts Pins ;
Et renversez de votre haleine 2
Tours , Maisons , Forêts et Jardins ,
L'éclair brille , la Foudre gronde ,
Non , jamais la machine ronde ,
Ne sembla mieux être à sa fin ;
Qu'importe
quand je suis à table ,
Je ne vois rien d'épouvantable
,
Si ce n'est de manquer de vin.
Cresus , par d'utiles souplesses ,
Grossis chaque jour tes trésors ;
II. Vole-
Et
DECEMBRE 1733. 2757
Et pour augmenter tes richesses
Ne bois , ne mange , ni ne dors ;
Dans tes désirs insatiable ,
Parcours sur Mer les Bancs de Sable ,
Et les Ecueils les plus fameux ,
Et suivant toujours ta manie ,
Au dernier instant de ta vie ,
Travaille encor pour être heureux.
Foibles Mortels , pour vous conduire
Vers la gloire et les honneurs vains ,
Employez , pour vous mieux détruire ,
Le feu de cent bouches d'airains ;
Que par un préjugé barbare ,
Cette cruelle vous prépare
Un Triomphe toujours nouveau ;
Je le jure icy par mon Verre ;
Si je déclare un jour la guerre ,
Ce ne sera qu'aux Buveurs d'eaux .
Vous pensez que l'on vous révere ,
Petits Philosophies bourrus ,
Parce que du simple vulgaire ,
Vous êtes admirez , courus ;
Pour un Phantôme de
Sacrifiant la politesse ,
sagesse ,
II. Vol.
Et
A i
2758 MERCURE DE FRANCE
19
Et tous les plaisirs au sçavoir ,
Dans vos humeurs insupportables ,
Vous ne futes jamais capables ,
D'en faire , ' ni d'en recevoir.
Vos maximes sont détestables ,
Vils Avares , vains Conquerants ;
Vos Systêmes sont pitoyables ,
Esprits manquez , quarts de Sçavants &
Notre unique Philosophie ,
N'est que de vivre sans envie ,
Sans soucis , sans maux , sans chagrin ¿
Au sein des plaisirs Epicure
Mieux que vous , connut la nature ,
Et se fit un heureux destin .
L'Auteur de l'Ode précédente venoit
de la lire à ses amis avec qui il étoit à
- Table , lorsqu'on vint l'inviter d'aller
voir M *** , qui étoit arrivée ; ses amis
voulurent le retenir , mais il répondit à
leur empressement par ce Rondeau :
Le Dieu du Vin dans ce séjour
Venoit de rétablir sa Cour ;
Tous les Bergers dans leur Ivresse ,
Avoient oublié la tendresse ,
Et le nom même de l'Amour.
II. Vol. déja
DECEMBR E. 1733. 2719
Déja les Echos d'alentour
Ne retentissoient nuit et jour ,
Que des cris qui chantoient sans cesse »
Le Dieu du Vin.
Cupidon triomphe à son tour , ?
L'aimable Iris est de retour :
Entre ces Dieux le combat cesse ,
Lorsqu'à la servir tout s'empresse ,
On quitte pour grossir sa Cour ,
Le Dieu du Vin.
Par M. N...... L. C. D. B.
Uelle sainte fureur s'empare
De ma taison et de mes sens !
Sur le Lut du divin Pindare ,
Vais je former quelques accents ,
A mes yeux tout change de face ,
Ce terrible Dieu de la Thrace ,
N'occupera plus mes esprits ;
Ce sera le vainqueur de l'Inde ,
11.Vol. Qui A ij
2756 MERCURE DE FRANCE
Qui forcera le Dieu du Pinde ,
A s'énoncer dans mes Ecrits.
M
Parmi ces Campagnes riantes ,
Chantons le plus charmant des Dieux ,
Bannissez , joyeuses Bacchantes ,
La triste raison de ces lieux ;
A cette farouche ennemic ,
Des plus beaux jours de notre vie
Ne remettons jamais le sort ;
Enchantez -nous par vos prestiges ,
Et que dans nos fougueux vertiges ,
La joye éclate avec transport.
C Vents , échappez de votre chaîne ,
Déracinez les plus hauts Pins ;
Et renversez de votre haleine 2
Tours , Maisons , Forêts et Jardins ,
L'éclair brille , la Foudre gronde ,
Non , jamais la machine ronde ,
Ne sembla mieux être à sa fin ;
Qu'importe
quand je suis à table ,
Je ne vois rien d'épouvantable
,
Si ce n'est de manquer de vin.
Cresus , par d'utiles souplesses ,
Grossis chaque jour tes trésors ;
II. Vole-
Et
DECEMBRE 1733. 2757
Et pour augmenter tes richesses
Ne bois , ne mange , ni ne dors ;
Dans tes désirs insatiable ,
Parcours sur Mer les Bancs de Sable ,
Et les Ecueils les plus fameux ,
Et suivant toujours ta manie ,
Au dernier instant de ta vie ,
Travaille encor pour être heureux.
Foibles Mortels , pour vous conduire
Vers la gloire et les honneurs vains ,
Employez , pour vous mieux détruire ,
Le feu de cent bouches d'airains ;
Que par un préjugé barbare ,
Cette cruelle vous prépare
Un Triomphe toujours nouveau ;
Je le jure icy par mon Verre ;
Si je déclare un jour la guerre ,
Ce ne sera qu'aux Buveurs d'eaux .
Vous pensez que l'on vous révere ,
Petits Philosophies bourrus ,
Parce que du simple vulgaire ,
Vous êtes admirez , courus ;
Pour un Phantôme de
Sacrifiant la politesse ,
sagesse ,
II. Vol.
Et
A i
2758 MERCURE DE FRANCE
19
Et tous les plaisirs au sçavoir ,
Dans vos humeurs insupportables ,
Vous ne futes jamais capables ,
D'en faire , ' ni d'en recevoir.
Vos maximes sont détestables ,
Vils Avares , vains Conquerants ;
Vos Systêmes sont pitoyables ,
Esprits manquez , quarts de Sçavants &
Notre unique Philosophie ,
N'est que de vivre sans envie ,
Sans soucis , sans maux , sans chagrin ¿
Au sein des plaisirs Epicure
Mieux que vous , connut la nature ,
Et se fit un heureux destin .
L'Auteur de l'Ode précédente venoit
de la lire à ses amis avec qui il étoit à
- Table , lorsqu'on vint l'inviter d'aller
voir M *** , qui étoit arrivée ; ses amis
voulurent le retenir , mais il répondit à
leur empressement par ce Rondeau :
Le Dieu du Vin dans ce séjour
Venoit de rétablir sa Cour ;
Tous les Bergers dans leur Ivresse ,
Avoient oublié la tendresse ,
Et le nom même de l'Amour.
II. Vol. déja
DECEMBR E. 1733. 2719
Déja les Echos d'alentour
Ne retentissoient nuit et jour ,
Que des cris qui chantoient sans cesse »
Le Dieu du Vin.
Cupidon triomphe à son tour , ?
L'aimable Iris est de retour :
Entre ces Dieux le combat cesse ,
Lorsqu'à la servir tout s'empresse ,
On quitte pour grossir sa Cour ,
Le Dieu du Vin.
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Résumé : ODE. Par M. N...... L. C. D. B.
Le poème 'Ó D E.' est écrit par M. N...... L. C. D. B. et publié dans le Mercure de France en décembre 1733. L'auteur est saisi d'une sainte fureur et s'inspire du divin Pindare. Il célèbre le dieu du vin, invitant les Bacchantes à rejeter la raison et à s'abandonner à la joie et aux vertiges. Le texte décrit des scènes de déchaînement naturel, avec des vents déracinant des pins et renversant des structures, symbolisant l'intensité des émotions. L'auteur critique ceux qui accumulent des richesses sans en profiter et les philosophes qui sacrifient les plaisirs au savoir. Il affirme que la véritable philosophie est de vivre sans envie, sans soucis et sans chagrin, au sein des plaisirs, comme l'a enseigné Épicure. Le poème se conclut par un rondeau où l'auteur décrit le triomphe du dieu du vin et le retour de Cupidon, symbolisant la prééminence des plaisirs et de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2759-2776
LETTRE de M. de Ponsan, Trésorier de France, à Toulouse, à Madame *** sur l'Amitié préférable à l'Amour ; lûë dans l'Académie des Jeux Floraux.
Début :
Il est tres-vrai, comme vous le dites, MADAME, qu'un véritable Ami est [...]
Mots clefs :
Amour, Amitié, Amants, Sentiments, Coeur, Charmes, Beauté, Mérite, Esprit, Honneur, Qualités, Personnes, Monde, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Ponsan, Trésorier de France, à Toulouse, à Madame *** sur l'Amitié préférable à l'Amour ; lûë dans l'Académie des Jeux Floraux.
LETTRE de M. de Ponsan , Trésorier
de France , à Toulouse , à Madame
* * * sur l' Amitié préférable à l'Amours
Inë dans l'Académie des Jeux Floraux.
I'
L est tres - vrai , comme vous le dites ,
MADAME , qu'un véritable Ami est
d'une grande ressource pour soulager nos
peines et nos maux , c'est le trésor le plus
précieux et le plus rare , sur tout pour les
personnes de votre Sexe ; celles qui ont
assez de mérite pour dédaigner l'amour.
craignent , avec raison , en se livrant à
l'amitié , les jugemens du public , ce Tribunal
redoutable , qui ne voit rien qu'il
ne croye être de sa compétence , et qui
décide de tout sans examen ; la plupart
II. Vol. A iiij
des
2760 MERCURE DE FRANCE
gens sont toujours disposez à former des
soupçons injurieux , sur les sentimens
qu'on a pour les Dames ; j'ai éprouvé
cette injustice ; peu s'en est fallu qu'elle
ne m'ait été funeste auprès de vous ; tout
le monde en ces occasions , fait le tort à
l'amitié de la prendre pour l'amour ;
les Dames favorisent une erreur qui les
flatte du côté de leurs charmes et de leur
beauté,pourroient - elles éviter cet Ecueil?
Une vanité mal entendue les engage à
sapplaudir , de grossir le nombre des vils
Esclaves de l'Amour , aux dépens des illustres
sujets de l'Amitié ; plusieurs qui
ne peuvent avoir que des Amans, se font
honneur de confondre avec elles ces
personnes distinguées , qui ont sçu s'attacher
un ami fidele ; une infinité d'Experiences
n'ont pû les convaincre que l'amour
qu'elles inspirent ne suppose en
elles aucun mérite , et ne peut pas même
leur répondre qu'elles ayent de la beauté;
les vûës de leurs Adorateurs , et les motifs
qui les animent , devroient faire regarder
leurs empressemens avec mépris ,
et rendre l'amitié plus chere et plus respectable
; ses plaisirs sont purs , tranquiles
et innocens ; elle n'en goute ni n'en
recherche jamais d'autres ; la générosité
en est la source féconde ; Venus a les
11. Vol. GraDECEMBRE.
1733. 2761
Graces pour compagnes , et l'Amitié les
vertus ; mais ce qui marque bien la supériorité
de celle- cy , et qui fait le plus
éclater son triomphe , c'est que l'Amour
emprunte quelquefois son langage et se
cache sous ses dehors ; il a recours à ce
tour rafiné quand il a épuisé toutes ses
ruses et toutes ses supercheries. Ce déguisement
est l'hipocrisie de l'amour , il
aime mieux alors se trahir lui- même plutôt
que d'échoüer ; ' sa défiance décéle sa
foiblesse et sa honte ; il en fait par là un
aveu forcé N'est - ce pas un hommage
qu'il rend à l'Amitié ? Rappellez - vous ,
Madame , la belle ( 1 ) Sentence de M.de
la Rochefoucaut , que vous avez si souvent
admirée ; vous remarquerez , avec
plaisir , que ce qu'il dit du vice et de la
vertu , convient parfaitement à mon sujet
; cette conformité est aussi honteuse
pour l'amour , qu'elle est glorieuse pour
l'amitié ; elle justifie d'une maniere victorieuse
l'équité de mes invectives et de
mes éloges.
Pour s'assurer d'un accueil favorable
auprès des personnes les plus vertueuses
, l'Amitié n'a qu'à se présenter ; ce
qu'elle a de plus à craindre , c'est d'être
(1) L'Hypocrisie est un hommage que le vice:
rend à la vertu,
II.Vol. A v prise
2762 MERCURE DE FRANCE
prise pour l'Amour, et de devenir la victime
de cette erreur ; cette seule méprise
lui attire toutes les brusqueries qu'el
le essuye ; glorieuses humiliations ! Il lui
suffit d'étre reconnuë, et que tous les honneurs
soient pour elle. Tâchez , Madame,
de la distinguer à des traits certains , pour
vous épargner le chagrin où vous seriez
de lui avoir fait quelque affront; vous remarquerez
dans ses heureux favoris un
merveilleux assemblage des principales
qualitez du coeur et de l'esprit. Un Poëte
distingué a dit hardiment qu'un sot
ne sçauroit être un honnête homme ;
qualité inséparable d'un bon Ami .
Les liaisons d'une tendre amitié sont
entretenues par un commerce doux et
tranquille ; ses attentions , ses bons offices.
s'étendent aux choses importantes et sériuses
, sans oublier ni négliger les bagatelles
, ni les absences , ni les changemens
de fortune ne diminuent en rien
son ardeur ; les pertes de la beauté et de
la jeunesse serrent ses noeuds ; les vrais
amis soulagent leur douleur à la vûë
de ces infortunes per les occasions qu'elles
leur fournissent de signaler leur affection
, et de faire éclater leur tendresse.
Bien opposé à cet aimable caractère , le
temeraire Amour est toujours orageux
H.Vd. C'est
DECEMBRE. 1733. 2763
c'est le Dieu des Catastrophes , son origine
est des plus honteuses ; il doit sa
naissance à l'amour propre , source féconde
de la corruption du coeur , et des
travers de l'esprit ; digne fils d'un tel
Pere , il ne dégenere. pas ; il est aussi pervers
que son principe ; la fourberie , la
supercherie , et l'imposture sont les ressorts
cachez de toutes ses entreprises; tous
ses projets sont des crimes ; l'amitié illustre
et immortalise ses sujets , l'amour
déshonore et dégrade ses Esclaves , il est
P'ennemi irréconciliable de la bonne foy ;
leurs démêlez violens et journaliers les
ont forcez de jurer entre eux un divorce
éternel ; l'amour pur est une chimere ,
' où s'il en fut jamais , ce Phénix n'a pû
jouir du privilege de sa cendre ; on l'a
comparé justement à l'apparition des Esprits
dont tout le monde parle , quoique
personne n'en ait vu ; l'amour enfin est
le partage de la jeunesse , c'est la passion
favorite de cet âge , qui s'est arrogé
le droit d'être relevé de ses fautes, et qui
a la hardiesse de qualifier du nom d'amusemens
excusables , ses attentats les
plus criminels ; peu de gens , sans rien
cacher , ni déguiser , seroient en état ,
après leur jeunesse , de fournir une Enquête
honorable de vie et moeurs. Jose
11. Vol
A vi le
2764 MERCURE DE FRANCE
le dire , après vous , Madame , combien
d'hommes , si tous les mysteres d'iniquité
étoient expo ez au grand jour , seroient
obligez d'implorer lá clemence du
Prince pour ne pas subir la tigurur des
Loix ! Et n'oubliez pas , en faveur de votre
sexe , le sens general du nom d'homme
; la multitude des coupables leur
procure l'impunité , plusieurs abusant de
ce privilege honteux , perpétuent leur
minorité , et se rendent par là d'autant
plus criminels qu'il ne leur reste plus ni
frivoles prétextes , ni indignes excuses ;
je ne dois pas craindre de faire tort à l'amour
en le chargeant de tous les crimes
de la jeunesse , il en est presque toujours
l'auteur ou le complice..
?
La divine Amitié , ce présent du ciel ,
est de tous les âges , et de tous les Etats ;
elle en fit la gloire de tout temps ; ses far
yeurs inépuisables ne sont jamais accompagnées
de dégoûts ;, avec elle on n'a pas
à craindre de parvenir à la derniere ; les
présentes en annoncent toujours de nouvelles
, dont elles sont les infaillibles ga
rans, rien n'est capable d'en fixer le nom
bre, ni d'en borner le cours ; les vrais amis
trouvent à tous momens de nouveaux
charmes dans leur douce société ; mille
sujets interressans soutiennent et animent
II. Vola
leurs
DECEMBRE. 1733. 2765
leurs entretiens ; la délicieuse confiance
fournit toujours sans s'épuiser ; cette ressource
est plus sûre et plus grande que
celle de l'esprit. En tout genre ce qui
mérite le mépris est plus commun que ce
qui est digne d'estime ; ce caractere , matque
infaillible de leur véritable valeur
manque bien moins aux Amis qu'aux
Amans ; rien n'est plus ordinaire que l'amour
, même violent ; rien ne l'est moins
que l'amitié , même médiocre ; on peut
dire à l'honneur de celle cy qu'elle est
tout au moins aussi rare que la vertu ; ce
n'est pas- là le seul rapport qui la rend digne
de cette glorieuse comparaison.
·
Tout retentit des Eloges magnifiques
qu'on donne de toutes parts à l'Amitié ;
permettez- moy , de grace , Madame , de
les appeller des Eloges funébres , puisque
peu s'en faut qu'on ne parle d'une chose
qui n'existe plus ; on ne sçauroit , il
est vrai , faire un plus juste et plus noble
usage de la loüange ; mais l'amour propre,
qui trouve par tout des droits à exercer ,
ne s'oublie pas dans cette occasion ; le Panégiriste
, en publiant des sentimens d'estime
et de vénération pour elle , pense
souvent à s'illustrer lui - même ; on croit
se rendre recommandable par le cas
qu'on fait de cette vertu ; stériles éloges !
II. Vol. puis
2766 MERCURE DE FRANCE
puisqu'on ne voit que tres- peu de gens
qui connoissent les devoirs de l'amitié, et
bien moins qui les observent !
3
Tout le monde se glorifie de posseder
les qualitez propres à former un bon
ami , si nous en croyons les hommes sur
leur parole , il ne manque à chacun
d'eux , pour devenir des modeles de l'amitié
la plus parfaite , que de trouver
quelqu'un qui veuille les seconder dans
leurs prétendues dispositions ; ils souffrent
de ne pouvoir pas mettre en oeuvre
leurs sentimiens ; ceux dont le coeur est le
moins compatissant et le plus dur, livrez
à l'idolatrie la plus honteuse , qui est celle
de soi- même , dont l'interêt et l'amour
propre dirigent toutes les démarches 3
sont ordinairement ceux mêmes qui forment
sur cette matiere les regrets les plus
fréquens ; ils ont même le front de se
déchaîner contre les ingrats que leur
aveuglement est étrange ! où sont les
malheureux que leurs bons offices ont
prévenus et soulagez ? Sur qui se sont
répandus leurs bienfaits ? Qu'ils attendent
du moins , pour être en droit de
déclamer contre l'ingratitude et la dureté
, qu'il y ait quelqu'un dans l'Univers
qui puisse être ingrat à leur égard et qui
ait éprouvé leur sensibilité.
11. Vol
Ов
DECEMBRE. 1733. 2767
On trouve des gens qui voudroient
faire entendre que ce qui les arrête , et les
empêche de suivre leur panchant , c'est
la craipte d'être trompez , ou le danger
de faire des avances , auxquelles on ne
réponde pas ; ne soyons pas les dupes de
ces réfléxions trop prévoyantes ; quand
on est si prudent et si circonspect sur
cette matiere à s'assurer des premiers pas,
on n'est guere disposé à fiire les seconds ;
qui ne sçait point être généreux , ne sera
jamais reconnoissant; ces vertus adorables.
marchent toujours ensemble ; c'est les
détruire que de les séparer.
Vous me fournissez Madame , la
preuve de cette verité ; toutes les qualitez
d'une solide Amie se trouvent
réunies en vous ; à peine en eû je fair
l'heureuse découverte que ce merveil
leux assemblage me remplit d'admiration
, et détourna mes yeux de ce qui
attire d'abord sur vous ceux de tout le
monde , il me parut que ce seroit avilir
votre beauté d'en fire usage pour inspirer
des passions ; c'étoit une chose trop
aisée lui faire honneur , je voyois
pour
en vous avec complaisance tout ce qui
pouvoit servir de lustre à l'amitié , et lui
faire remporter sur l'amour la victoire la
plus éclatante ce ne fut pas sans des
II. Vol
efforts.
2768 MERCURE DE FRANCE
efforts puissants et redoublez que je
m'obstinai à approfondir ces idées ; les
réfléxions que je fis là- dessus furent le
plus sublime effort de ma Philosophie ;
sans leur secours j'aurois éprouvé le sort
commun , et vous m'auriez infailliblement
vû langur , comme mille autres, au
nombre de vos Amans , si vous ne m'aviez
paru mériter quelque chose de mieux
que de l'amour ; dès que je connus votre
coeur et toutes les qualitez qui le rendent
propre à faire gouter les douceurs et les
charmes de l'amitié , j'aurois rougi du
seul projet d'en faire un autre usage ; je
me suis mille fois glorifié de mon choix,
je lui do's l'heureuse préférence dont
vous m'avez honoré , et je vois bien que
c'étoit par là seulement que je pouvois
en obtenir de vous.
Mes soins assidus firent prendre le
change à vos Amans ; ils m'ont honoré
de leur jalousie , les plus clair- voyans, reconnoissant
la méprise , crurent être en
droit de faire peu de cas de mes sentimens
et de m'en faire un crime ; ils ignoroient
qu'on pouvoit vous rendre un
hommage plus digne de vous que les
leurs ; je ne me suis point allarmé , et ne
leur ai cédé en rien ; l'attachement que
j'avois pour vous étoit en état de soute-
II. Vol. Dis
DECEMBRE. 1733. 2769
nir toute comparaison ; mon amitié a
souvent fait rougir leur amour ; le vain
titre d'Amans dont ils faisoient tant de
gloire ,, a perdu tout son éclat à l'aspect
d'un véritable
ami ; ce parallele
en a détruit
tout le faux brillant.
Le succès n'ayant pas répondu à leur
attente , ils ont malicieusement affecté
de me traiter en Rival ; leur feinte jalousie
a tenté de vous faire entrer en défiance
sur mes sentimens. Ils ont essayé d'allarmer
votre délicatesse sur les jugemens
du public. C'est sur les choses qui
peuvent avoir quelque rapport à la galanterie
, que la licence des soupçons et
des propos est la plus effrénée ; le mensonge
et la médisance , la calomnie et l'imposture
s'exercent à l'envi sur cette matiere
, c'est là leur sujet favori ; ce champ
est le plus vaste qu'elles ayent pour triom
pher de l'innocence , parce qu'il est souvant
difficile de se justifier avec évidence
; les indices équivoques , les soupçons
injustes tiennent lieu de preuves completes
; le petit nombre de ceux qui tâ,
chent de sauver les apparences , tire peu
de fruit de leur contrainte, on aime mieux
tout croire étourdiment que de souffrir
que quelqu'un jouisse du fruit de ses
attentions.
II. Vol. Mal
2770 MERCURE DE FRANCE
Malgré cette funeste disposition , le
public , chez qui l'avis le plus favorable
n'a jimais prévalu , a été forcé , après
avoir quelque temps varié dans ses ju
gemens , de rendre témoignage à la vérité
; il s'est fait la violence de déclarer
que l'amitié seule formoit les noeuds qui
nous unfssoient ; cette décision fur pour
moi une victoire éclatante ; rarement on
en obtient de pareille devant un Juge
qui met ordinairement les apparences et
les préventions à la place des lumieres.
Vos Amans déconcertez se sont répandus
en murmures , ils ont donné à votre
coeur des qualifications injurieuses ; ils
l'ont traité d'insensible et de dur ; pour
ménager leur orgueil ils ont voulu vous
faire un crime du peu de cas que vous
ávez fait de leur amour ; injuste accusation
! Ils n'ont jamais été fondez à vous
reprocher votre prétendue insensibilité ,
vous vous êtes à cet égard pleinement
justifiée en faisant voir que vous réserviez
vos sentimens pour un plus digne
et plus noble usage que celui qu'ils leur
destinoient ; mal à propos ils ont appellé
dureté ce qui étoit en vous l'effet de la
glorieuse préférence que vous avez toujours
donnée à l'amitié Pour mériter et
pour obtenir toutes ses faveurs , vous lui
II. Vol. avez
DECEMBR E. 1733. 2771
avez offert les prémices de votre coeur ;
pour vous conserver digne d'elle , vous
n'avez jamais voulu la compromettre
avec l'amour ; vous avez la gloire , Madame
, d'avoir commencé par où bien
d'autres personnes de votre sexe ne peu
vent pas même finir ; leurs charmes et
avec eux leurs Amans les abandonnentils!
elles ne peuvent abandonner l'amour :
les dégoûts qu'elles ont alors à essuyer
les informent fréquemment que le temps
de plaire est passé ; s'il leur restoit quelque
mérite après avoir perdu leur beau.
elles pourroient se dédommager de
leurs pertes par le secours de l'amitié ; elles
n'auroient rien à regreter, si du débris de
leurs adorateurs elles avoient pû se ménager
un bon et fidele Arai , leur bonheur
seroit grand de connoître le prix
d'un échange si avantageux.
Ce parti ne sera jamais celui du grand
nombre ; les éclats souvent scandaleux ,
sont les dénouemens ordinaires des.commerces
galans : par le funeste panchant
des choses d'ic bas , tout tend à la corruption
, bien- plutôt qu'à la perfection ;
On voit souvent que l'amitié dégénére en
amour , mais il est bien rare que l'amour
ait la gloire de se convertir en amitié ;
cette route détournée et peu frayée a ton-
II. Vol.
jours
2772 MERCURE DE FRANCE
jours supposé d'excellentes qualitez dans
les personnes qui l'ont suivie avec succès;
revenus de la passion qui les aveugloit ,
les Amans conservent difficilement l'estime
mutuelle , sans laquelle l'amitié ne
sçauroit subsister; ceux qui ont cet avantage
ont sans doute un mérite éminent ;
on peut dire d'eux qu'ils étoient faits
pour l'amitié , quoiqu'ils ayent commencé
par l'amour ; ils méritent qu'on les
excuse d'avoir marché quelque temps
dans un sentier dont le terme a été aussi
heureux ; on doit croire , en leur faveur
qu'il y a eu de la surprise ; l'amour qui
ne connoît pas de meilleur titre que Pu
surpation pour étendre son empire , n'a
pas manqué de s'approprier des sujets de
Pamitié , qui s'étoient égarez , et a sçû
même quelquefois abuser de leur erreur ;
il n'a jamais été délicat sur les moyens de
parvenir à ses fins ; mais dès que ces
Amans privilégiez ont reconnu la méprise
, ils sont rentrez dans leur chemin ;
l'amitié leur a offert une retraite honorable
, elle a été pour eux un port tranquille
et assuré où ils ont goûté mille
délices et prévenu ou réparé de dangereux
naufrages.
Etes vous satisfaite , Madame ? trou
vez - vous que j'aye assez dégradé l'amour
II. Vol. et
DECEMBRE . 1733. 2773
pas
et exalté l'amitié ? Convenez que je n'ai
été inutilement à votre école ; si j'ai
quelques idées saines sur cette matiere
c'est à vous à qui je les dois , vos judisieuses
et profondes reflexions m'ont soutenu
dans mes sentimens ; vous m'avez
appris par vos discours la Theorie de la
Philosophie , et j'en ai appris la pratique
par les efforts que j'ai faits pour me borner
en vous voyant à la simple admiration
on est doublement Philosophe
quand on le devient auprès de vous ; vos
yeux sont de pressantes objections contre
les principes d'une science , qui fait consister
sa plus grande gloire à gourmander
les passions ; votre présence donne beau
coup d'éclat au mépris qu'on a pour l'amour
; vous sçavez qu'il a été mille fois
le funeste écueil des Philosophes les plus
aguerris , et que leur confiance n'a guere
été impunément temeraire ; mais , j'ose
le dire , je suis assuré de vous faire par là
ma cour; les charmes de vos discours ont
vaincu ceux de votre personne ; toutes
ces difficultez ont cedé à la solidité de
yos raisonnemens ; votre éloquence a
triomphe de votre beauté , nouveau genre
de victoire et le seul auquel vous êtes
sensible ! N'esperez pas que cet exemple
soit suivi ; vous êtes la premiere , et vous
11. Vol. screz
2774 MERCURE DE FRANCE
serez peut- être la derniere de votre sexe ,
qui , comblée des libéralitez de la nature,
emploira toute la finesse et la force d'un
génie heureux à faire comprendre aux
hommes que la beauté ne merite pas
leurs hommages ; ceux qui s'obstinent ,
malgré vous , à la regarder avec trop
d'admiration , vous paroissent manquer
de jugement, il a fallu pour mériter votre
estime , prendre la seule route que vous
offriez ; j'ai fuï ce que vous de extiez ,
j'ai haï l'amour , parce que vous haissiez
les Amans ; le souverain mépris que
vous marquez pour eux , m'a rendu ce
titre odieux ; mais vous m'avez appris
que je devois faire par raison , ce que je
ne faisois que pour me conformer à vos
idées .
Pardonnez , Madame , la liberté que je
me donne de parler de vos charmes , ils
font trop d'honneur à vos sentimens pour
pouvoir s'en dispenser ; vous devez même
me passer une espece de galanterie ,
qui se borne à peindre les obstacles que
j'ai eu à surmonter , pour me conserver
à vos yeux , digne de quelque preference
; vous m'avez permis de me parer du
glorieux titre de votre conquête , mais je
n'ai obtenu cette faveur qu'au nom de
l'amitié que vous sçavez être de tous les
11. Vol.
temps,
DECEM DAD. * 755° 4775
temps , au rang des vertus. Ceux qui
ont interessé l'amour auprès de vous se
sont bien- tôt apperçus du peu de crédit
qu'il avoit sur votre esprit; vous ne leur
avez pas laissé ignorer qu'étant compris
dans la liste des passions , vous n'hésitiez
pas de le mettre au rang des vices.
Je m'apperçois un peu tard,Madame
que je vais vous engager à une lecture
bien longue ; mais n'oubliez pas mon
excuse ; souvenez - vous que vous m'avez
demandé un volume , plaignez- vous si
vous voulez d'être trop obéïe ; pour moi
je ferai toujours gloire de me conformer
à vos volontez ; il m'importe d'ailleurs
que vous ne soyez pas obligée , pour vous
amuser plus long temps , de lire ma Lettre
plus d'une fois , comme vous m'en
aviez menacé , vous pourrez du moins
tirer un avantage de son excessive longueur,
elle vous servira à vous vanger de
Pennui que vous causent vos voisins ; il
ne faut pour cela que les obliger de la
lire.
इ VICT S
Sans doute , Madame , qu'à l'avenir
vous serez plus réservée à me demander
de longues Lettres vous voyez qu'il ne
faut pas se jouer à moy , je suis determi
né à executer aveuglément tout ce que
vous souhaiterez à mes périls et fortu-
11. Vol. ne
2776 MERCURE DE FRANCE
ne ; je n'ignore pas qu'en vous écrivant
aussi longuement je sacrifie les interêts
de mon esprit à ceux de mon coeur ; faites
moi la grace de croire que ce sacrifice
ne me coûte pas bien cher ; je me sens
disposé à vous en faire de beaucoup plus
considérables ; soyez persuadée que je
Vous aurai une obligation infinie toutes
les fois que vous voudrez bien me fournir
les occasions de vous donner de nouvelles
preuves du respectueux et sincere
attachement avec lequel j'ai l'honneur
d'être , &c.
de France , à Toulouse , à Madame
* * * sur l' Amitié préférable à l'Amours
Inë dans l'Académie des Jeux Floraux.
I'
L est tres - vrai , comme vous le dites ,
MADAME , qu'un véritable Ami est
d'une grande ressource pour soulager nos
peines et nos maux , c'est le trésor le plus
précieux et le plus rare , sur tout pour les
personnes de votre Sexe ; celles qui ont
assez de mérite pour dédaigner l'amour.
craignent , avec raison , en se livrant à
l'amitié , les jugemens du public , ce Tribunal
redoutable , qui ne voit rien qu'il
ne croye être de sa compétence , et qui
décide de tout sans examen ; la plupart
II. Vol. A iiij
des
2760 MERCURE DE FRANCE
gens sont toujours disposez à former des
soupçons injurieux , sur les sentimens
qu'on a pour les Dames ; j'ai éprouvé
cette injustice ; peu s'en est fallu qu'elle
ne m'ait été funeste auprès de vous ; tout
le monde en ces occasions , fait le tort à
l'amitié de la prendre pour l'amour ;
les Dames favorisent une erreur qui les
flatte du côté de leurs charmes et de leur
beauté,pourroient - elles éviter cet Ecueil?
Une vanité mal entendue les engage à
sapplaudir , de grossir le nombre des vils
Esclaves de l'Amour , aux dépens des illustres
sujets de l'Amitié ; plusieurs qui
ne peuvent avoir que des Amans, se font
honneur de confondre avec elles ces
personnes distinguées , qui ont sçu s'attacher
un ami fidele ; une infinité d'Experiences
n'ont pû les convaincre que l'amour
qu'elles inspirent ne suppose en
elles aucun mérite , et ne peut pas même
leur répondre qu'elles ayent de la beauté;
les vûës de leurs Adorateurs , et les motifs
qui les animent , devroient faire regarder
leurs empressemens avec mépris ,
et rendre l'amitié plus chere et plus respectable
; ses plaisirs sont purs , tranquiles
et innocens ; elle n'en goute ni n'en
recherche jamais d'autres ; la générosité
en est la source féconde ; Venus a les
11. Vol. GraDECEMBRE.
1733. 2761
Graces pour compagnes , et l'Amitié les
vertus ; mais ce qui marque bien la supériorité
de celle- cy , et qui fait le plus
éclater son triomphe , c'est que l'Amour
emprunte quelquefois son langage et se
cache sous ses dehors ; il a recours à ce
tour rafiné quand il a épuisé toutes ses
ruses et toutes ses supercheries. Ce déguisement
est l'hipocrisie de l'amour , il
aime mieux alors se trahir lui- même plutôt
que d'échoüer ; ' sa défiance décéle sa
foiblesse et sa honte ; il en fait par là un
aveu forcé N'est - ce pas un hommage
qu'il rend à l'Amitié ? Rappellez - vous ,
Madame , la belle ( 1 ) Sentence de M.de
la Rochefoucaut , que vous avez si souvent
admirée ; vous remarquerez , avec
plaisir , que ce qu'il dit du vice et de la
vertu , convient parfaitement à mon sujet
; cette conformité est aussi honteuse
pour l'amour , qu'elle est glorieuse pour
l'amitié ; elle justifie d'une maniere victorieuse
l'équité de mes invectives et de
mes éloges.
Pour s'assurer d'un accueil favorable
auprès des personnes les plus vertueuses
, l'Amitié n'a qu'à se présenter ; ce
qu'elle a de plus à craindre , c'est d'être
(1) L'Hypocrisie est un hommage que le vice:
rend à la vertu,
II.Vol. A v prise
2762 MERCURE DE FRANCE
prise pour l'Amour, et de devenir la victime
de cette erreur ; cette seule méprise
lui attire toutes les brusqueries qu'el
le essuye ; glorieuses humiliations ! Il lui
suffit d'étre reconnuë, et que tous les honneurs
soient pour elle. Tâchez , Madame,
de la distinguer à des traits certains , pour
vous épargner le chagrin où vous seriez
de lui avoir fait quelque affront; vous remarquerez
dans ses heureux favoris un
merveilleux assemblage des principales
qualitez du coeur et de l'esprit. Un Poëte
distingué a dit hardiment qu'un sot
ne sçauroit être un honnête homme ;
qualité inséparable d'un bon Ami .
Les liaisons d'une tendre amitié sont
entretenues par un commerce doux et
tranquille ; ses attentions , ses bons offices.
s'étendent aux choses importantes et sériuses
, sans oublier ni négliger les bagatelles
, ni les absences , ni les changemens
de fortune ne diminuent en rien
son ardeur ; les pertes de la beauté et de
la jeunesse serrent ses noeuds ; les vrais
amis soulagent leur douleur à la vûë
de ces infortunes per les occasions qu'elles
leur fournissent de signaler leur affection
, et de faire éclater leur tendresse.
Bien opposé à cet aimable caractère , le
temeraire Amour est toujours orageux
H.Vd. C'est
DECEMBRE. 1733. 2763
c'est le Dieu des Catastrophes , son origine
est des plus honteuses ; il doit sa
naissance à l'amour propre , source féconde
de la corruption du coeur , et des
travers de l'esprit ; digne fils d'un tel
Pere , il ne dégenere. pas ; il est aussi pervers
que son principe ; la fourberie , la
supercherie , et l'imposture sont les ressorts
cachez de toutes ses entreprises; tous
ses projets sont des crimes ; l'amitié illustre
et immortalise ses sujets , l'amour
déshonore et dégrade ses Esclaves , il est
P'ennemi irréconciliable de la bonne foy ;
leurs démêlez violens et journaliers les
ont forcez de jurer entre eux un divorce
éternel ; l'amour pur est une chimere ,
' où s'il en fut jamais , ce Phénix n'a pû
jouir du privilege de sa cendre ; on l'a
comparé justement à l'apparition des Esprits
dont tout le monde parle , quoique
personne n'en ait vu ; l'amour enfin est
le partage de la jeunesse , c'est la passion
favorite de cet âge , qui s'est arrogé
le droit d'être relevé de ses fautes, et qui
a la hardiesse de qualifier du nom d'amusemens
excusables , ses attentats les
plus criminels ; peu de gens , sans rien
cacher , ni déguiser , seroient en état ,
après leur jeunesse , de fournir une Enquête
honorable de vie et moeurs. Jose
11. Vol
A vi le
2764 MERCURE DE FRANCE
le dire , après vous , Madame , combien
d'hommes , si tous les mysteres d'iniquité
étoient expo ez au grand jour , seroient
obligez d'implorer lá clemence du
Prince pour ne pas subir la tigurur des
Loix ! Et n'oubliez pas , en faveur de votre
sexe , le sens general du nom d'homme
; la multitude des coupables leur
procure l'impunité , plusieurs abusant de
ce privilege honteux , perpétuent leur
minorité , et se rendent par là d'autant
plus criminels qu'il ne leur reste plus ni
frivoles prétextes , ni indignes excuses ;
je ne dois pas craindre de faire tort à l'amour
en le chargeant de tous les crimes
de la jeunesse , il en est presque toujours
l'auteur ou le complice..
?
La divine Amitié , ce présent du ciel ,
est de tous les âges , et de tous les Etats ;
elle en fit la gloire de tout temps ; ses far
yeurs inépuisables ne sont jamais accompagnées
de dégoûts ;, avec elle on n'a pas
à craindre de parvenir à la derniere ; les
présentes en annoncent toujours de nouvelles
, dont elles sont les infaillibles ga
rans, rien n'est capable d'en fixer le nom
bre, ni d'en borner le cours ; les vrais amis
trouvent à tous momens de nouveaux
charmes dans leur douce société ; mille
sujets interressans soutiennent et animent
II. Vola
leurs
DECEMBRE. 1733. 2765
leurs entretiens ; la délicieuse confiance
fournit toujours sans s'épuiser ; cette ressource
est plus sûre et plus grande que
celle de l'esprit. En tout genre ce qui
mérite le mépris est plus commun que ce
qui est digne d'estime ; ce caractere , matque
infaillible de leur véritable valeur
manque bien moins aux Amis qu'aux
Amans ; rien n'est plus ordinaire que l'amour
, même violent ; rien ne l'est moins
que l'amitié , même médiocre ; on peut
dire à l'honneur de celle cy qu'elle est
tout au moins aussi rare que la vertu ; ce
n'est pas- là le seul rapport qui la rend digne
de cette glorieuse comparaison.
·
Tout retentit des Eloges magnifiques
qu'on donne de toutes parts à l'Amitié ;
permettez- moy , de grace , Madame , de
les appeller des Eloges funébres , puisque
peu s'en faut qu'on ne parle d'une chose
qui n'existe plus ; on ne sçauroit , il
est vrai , faire un plus juste et plus noble
usage de la loüange ; mais l'amour propre,
qui trouve par tout des droits à exercer ,
ne s'oublie pas dans cette occasion ; le Panégiriste
, en publiant des sentimens d'estime
et de vénération pour elle , pense
souvent à s'illustrer lui - même ; on croit
se rendre recommandable par le cas
qu'on fait de cette vertu ; stériles éloges !
II. Vol. puis
2766 MERCURE DE FRANCE
puisqu'on ne voit que tres- peu de gens
qui connoissent les devoirs de l'amitié, et
bien moins qui les observent !
3
Tout le monde se glorifie de posseder
les qualitez propres à former un bon
ami , si nous en croyons les hommes sur
leur parole , il ne manque à chacun
d'eux , pour devenir des modeles de l'amitié
la plus parfaite , que de trouver
quelqu'un qui veuille les seconder dans
leurs prétendues dispositions ; ils souffrent
de ne pouvoir pas mettre en oeuvre
leurs sentimiens ; ceux dont le coeur est le
moins compatissant et le plus dur, livrez
à l'idolatrie la plus honteuse , qui est celle
de soi- même , dont l'interêt et l'amour
propre dirigent toutes les démarches 3
sont ordinairement ceux mêmes qui forment
sur cette matiere les regrets les plus
fréquens ; ils ont même le front de se
déchaîner contre les ingrats que leur
aveuglement est étrange ! où sont les
malheureux que leurs bons offices ont
prévenus et soulagez ? Sur qui se sont
répandus leurs bienfaits ? Qu'ils attendent
du moins , pour être en droit de
déclamer contre l'ingratitude et la dureté
, qu'il y ait quelqu'un dans l'Univers
qui puisse être ingrat à leur égard et qui
ait éprouvé leur sensibilité.
11. Vol
Ов
DECEMBRE. 1733. 2767
On trouve des gens qui voudroient
faire entendre que ce qui les arrête , et les
empêche de suivre leur panchant , c'est
la craipte d'être trompez , ou le danger
de faire des avances , auxquelles on ne
réponde pas ; ne soyons pas les dupes de
ces réfléxions trop prévoyantes ; quand
on est si prudent et si circonspect sur
cette matiere à s'assurer des premiers pas,
on n'est guere disposé à fiire les seconds ;
qui ne sçait point être généreux , ne sera
jamais reconnoissant; ces vertus adorables.
marchent toujours ensemble ; c'est les
détruire que de les séparer.
Vous me fournissez Madame , la
preuve de cette verité ; toutes les qualitez
d'une solide Amie se trouvent
réunies en vous ; à peine en eû je fair
l'heureuse découverte que ce merveil
leux assemblage me remplit d'admiration
, et détourna mes yeux de ce qui
attire d'abord sur vous ceux de tout le
monde , il me parut que ce seroit avilir
votre beauté d'en fire usage pour inspirer
des passions ; c'étoit une chose trop
aisée lui faire honneur , je voyois
pour
en vous avec complaisance tout ce qui
pouvoit servir de lustre à l'amitié , et lui
faire remporter sur l'amour la victoire la
plus éclatante ce ne fut pas sans des
II. Vol
efforts.
2768 MERCURE DE FRANCE
efforts puissants et redoublez que je
m'obstinai à approfondir ces idées ; les
réfléxions que je fis là- dessus furent le
plus sublime effort de ma Philosophie ;
sans leur secours j'aurois éprouvé le sort
commun , et vous m'auriez infailliblement
vû langur , comme mille autres, au
nombre de vos Amans , si vous ne m'aviez
paru mériter quelque chose de mieux
que de l'amour ; dès que je connus votre
coeur et toutes les qualitez qui le rendent
propre à faire gouter les douceurs et les
charmes de l'amitié , j'aurois rougi du
seul projet d'en faire un autre usage ; je
me suis mille fois glorifié de mon choix,
je lui do's l'heureuse préférence dont
vous m'avez honoré , et je vois bien que
c'étoit par là seulement que je pouvois
en obtenir de vous.
Mes soins assidus firent prendre le
change à vos Amans ; ils m'ont honoré
de leur jalousie , les plus clair- voyans, reconnoissant
la méprise , crurent être en
droit de faire peu de cas de mes sentimens
et de m'en faire un crime ; ils ignoroient
qu'on pouvoit vous rendre un
hommage plus digne de vous que les
leurs ; je ne me suis point allarmé , et ne
leur ai cédé en rien ; l'attachement que
j'avois pour vous étoit en état de soute-
II. Vol. Dis
DECEMBRE. 1733. 2769
nir toute comparaison ; mon amitié a
souvent fait rougir leur amour ; le vain
titre d'Amans dont ils faisoient tant de
gloire ,, a perdu tout son éclat à l'aspect
d'un véritable
ami ; ce parallele
en a détruit
tout le faux brillant.
Le succès n'ayant pas répondu à leur
attente , ils ont malicieusement affecté
de me traiter en Rival ; leur feinte jalousie
a tenté de vous faire entrer en défiance
sur mes sentimens. Ils ont essayé d'allarmer
votre délicatesse sur les jugemens
du public. C'est sur les choses qui
peuvent avoir quelque rapport à la galanterie
, que la licence des soupçons et
des propos est la plus effrénée ; le mensonge
et la médisance , la calomnie et l'imposture
s'exercent à l'envi sur cette matiere
, c'est là leur sujet favori ; ce champ
est le plus vaste qu'elles ayent pour triom
pher de l'innocence , parce qu'il est souvant
difficile de se justifier avec évidence
; les indices équivoques , les soupçons
injustes tiennent lieu de preuves completes
; le petit nombre de ceux qui tâ,
chent de sauver les apparences , tire peu
de fruit de leur contrainte, on aime mieux
tout croire étourdiment que de souffrir
que quelqu'un jouisse du fruit de ses
attentions.
II. Vol. Mal
2770 MERCURE DE FRANCE
Malgré cette funeste disposition , le
public , chez qui l'avis le plus favorable
n'a jimais prévalu , a été forcé , après
avoir quelque temps varié dans ses ju
gemens , de rendre témoignage à la vérité
; il s'est fait la violence de déclarer
que l'amitié seule formoit les noeuds qui
nous unfssoient ; cette décision fur pour
moi une victoire éclatante ; rarement on
en obtient de pareille devant un Juge
qui met ordinairement les apparences et
les préventions à la place des lumieres.
Vos Amans déconcertez se sont répandus
en murmures , ils ont donné à votre
coeur des qualifications injurieuses ; ils
l'ont traité d'insensible et de dur ; pour
ménager leur orgueil ils ont voulu vous
faire un crime du peu de cas que vous
ávez fait de leur amour ; injuste accusation
! Ils n'ont jamais été fondez à vous
reprocher votre prétendue insensibilité ,
vous vous êtes à cet égard pleinement
justifiée en faisant voir que vous réserviez
vos sentimens pour un plus digne
et plus noble usage que celui qu'ils leur
destinoient ; mal à propos ils ont appellé
dureté ce qui étoit en vous l'effet de la
glorieuse préférence que vous avez toujours
donnée à l'amitié Pour mériter et
pour obtenir toutes ses faveurs , vous lui
II. Vol. avez
DECEMBR E. 1733. 2771
avez offert les prémices de votre coeur ;
pour vous conserver digne d'elle , vous
n'avez jamais voulu la compromettre
avec l'amour ; vous avez la gloire , Madame
, d'avoir commencé par où bien
d'autres personnes de votre sexe ne peu
vent pas même finir ; leurs charmes et
avec eux leurs Amans les abandonnentils!
elles ne peuvent abandonner l'amour :
les dégoûts qu'elles ont alors à essuyer
les informent fréquemment que le temps
de plaire est passé ; s'il leur restoit quelque
mérite après avoir perdu leur beau.
elles pourroient se dédommager de
leurs pertes par le secours de l'amitié ; elles
n'auroient rien à regreter, si du débris de
leurs adorateurs elles avoient pû se ménager
un bon et fidele Arai , leur bonheur
seroit grand de connoître le prix
d'un échange si avantageux.
Ce parti ne sera jamais celui du grand
nombre ; les éclats souvent scandaleux ,
sont les dénouemens ordinaires des.commerces
galans : par le funeste panchant
des choses d'ic bas , tout tend à la corruption
, bien- plutôt qu'à la perfection ;
On voit souvent que l'amitié dégénére en
amour , mais il est bien rare que l'amour
ait la gloire de se convertir en amitié ;
cette route détournée et peu frayée a ton-
II. Vol.
jours
2772 MERCURE DE FRANCE
jours supposé d'excellentes qualitez dans
les personnes qui l'ont suivie avec succès;
revenus de la passion qui les aveugloit ,
les Amans conservent difficilement l'estime
mutuelle , sans laquelle l'amitié ne
sçauroit subsister; ceux qui ont cet avantage
ont sans doute un mérite éminent ;
on peut dire d'eux qu'ils étoient faits
pour l'amitié , quoiqu'ils ayent commencé
par l'amour ; ils méritent qu'on les
excuse d'avoir marché quelque temps
dans un sentier dont le terme a été aussi
heureux ; on doit croire , en leur faveur
qu'il y a eu de la surprise ; l'amour qui
ne connoît pas de meilleur titre que Pu
surpation pour étendre son empire , n'a
pas manqué de s'approprier des sujets de
Pamitié , qui s'étoient égarez , et a sçû
même quelquefois abuser de leur erreur ;
il n'a jamais été délicat sur les moyens de
parvenir à ses fins ; mais dès que ces
Amans privilégiez ont reconnu la méprise
, ils sont rentrez dans leur chemin ;
l'amitié leur a offert une retraite honorable
, elle a été pour eux un port tranquille
et assuré où ils ont goûté mille
délices et prévenu ou réparé de dangereux
naufrages.
Etes vous satisfaite , Madame ? trou
vez - vous que j'aye assez dégradé l'amour
II. Vol. et
DECEMBRE . 1733. 2773
pas
et exalté l'amitié ? Convenez que je n'ai
été inutilement à votre école ; si j'ai
quelques idées saines sur cette matiere
c'est à vous à qui je les dois , vos judisieuses
et profondes reflexions m'ont soutenu
dans mes sentimens ; vous m'avez
appris par vos discours la Theorie de la
Philosophie , et j'en ai appris la pratique
par les efforts que j'ai faits pour me borner
en vous voyant à la simple admiration
on est doublement Philosophe
quand on le devient auprès de vous ; vos
yeux sont de pressantes objections contre
les principes d'une science , qui fait consister
sa plus grande gloire à gourmander
les passions ; votre présence donne beau
coup d'éclat au mépris qu'on a pour l'amour
; vous sçavez qu'il a été mille fois
le funeste écueil des Philosophes les plus
aguerris , et que leur confiance n'a guere
été impunément temeraire ; mais , j'ose
le dire , je suis assuré de vous faire par là
ma cour; les charmes de vos discours ont
vaincu ceux de votre personne ; toutes
ces difficultez ont cedé à la solidité de
yos raisonnemens ; votre éloquence a
triomphe de votre beauté , nouveau genre
de victoire et le seul auquel vous êtes
sensible ! N'esperez pas que cet exemple
soit suivi ; vous êtes la premiere , et vous
11. Vol. screz
2774 MERCURE DE FRANCE
serez peut- être la derniere de votre sexe ,
qui , comblée des libéralitez de la nature,
emploira toute la finesse et la force d'un
génie heureux à faire comprendre aux
hommes que la beauté ne merite pas
leurs hommages ; ceux qui s'obstinent ,
malgré vous , à la regarder avec trop
d'admiration , vous paroissent manquer
de jugement, il a fallu pour mériter votre
estime , prendre la seule route que vous
offriez ; j'ai fuï ce que vous de extiez ,
j'ai haï l'amour , parce que vous haissiez
les Amans ; le souverain mépris que
vous marquez pour eux , m'a rendu ce
titre odieux ; mais vous m'avez appris
que je devois faire par raison , ce que je
ne faisois que pour me conformer à vos
idées .
Pardonnez , Madame , la liberté que je
me donne de parler de vos charmes , ils
font trop d'honneur à vos sentimens pour
pouvoir s'en dispenser ; vous devez même
me passer une espece de galanterie ,
qui se borne à peindre les obstacles que
j'ai eu à surmonter , pour me conserver
à vos yeux , digne de quelque preference
; vous m'avez permis de me parer du
glorieux titre de votre conquête , mais je
n'ai obtenu cette faveur qu'au nom de
l'amitié que vous sçavez être de tous les
11. Vol.
temps,
DECEM DAD. * 755° 4775
temps , au rang des vertus. Ceux qui
ont interessé l'amour auprès de vous se
sont bien- tôt apperçus du peu de crédit
qu'il avoit sur votre esprit; vous ne leur
avez pas laissé ignorer qu'étant compris
dans la liste des passions , vous n'hésitiez
pas de le mettre au rang des vices.
Je m'apperçois un peu tard,Madame
que je vais vous engager à une lecture
bien longue ; mais n'oubliez pas mon
excuse ; souvenez - vous que vous m'avez
demandé un volume , plaignez- vous si
vous voulez d'être trop obéïe ; pour moi
je ferai toujours gloire de me conformer
à vos volontez ; il m'importe d'ailleurs
que vous ne soyez pas obligée , pour vous
amuser plus long temps , de lire ma Lettre
plus d'une fois , comme vous m'en
aviez menacé , vous pourrez du moins
tirer un avantage de son excessive longueur,
elle vous servira à vous vanger de
Pennui que vous causent vos voisins ; il
ne faut pour cela que les obliger de la
lire.
इ VICT S
Sans doute , Madame , qu'à l'avenir
vous serez plus réservée à me demander
de longues Lettres vous voyez qu'il ne
faut pas se jouer à moy , je suis determi
né à executer aveuglément tout ce que
vous souhaiterez à mes périls et fortu-
11. Vol. ne
2776 MERCURE DE FRANCE
ne ; je n'ignore pas qu'en vous écrivant
aussi longuement je sacrifie les interêts
de mon esprit à ceux de mon coeur ; faites
moi la grace de croire que ce sacrifice
ne me coûte pas bien cher ; je me sens
disposé à vous en faire de beaucoup plus
considérables ; soyez persuadée que je
Vous aurai une obligation infinie toutes
les fois que vous voudrez bien me fournir
les occasions de vous donner de nouvelles
preuves du respectueux et sincere
attachement avec lequel j'ai l'honneur
d'être , &c.
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Résumé : LETTRE de M. de Ponsan, Trésorier de France, à Toulouse, à Madame *** sur l'Amitié préférable à l'Amour ; lûë dans l'Académie des Jeux Floraux.
La lettre de M. de Ponsan, Trésorier de France à Toulouse, adressée à une dame, met en avant la supériorité de l'amitié sur l'amour. L'auteur souligne que l'amitié est une ressource précieuse, particulièrement pour les femmes méritantes qui craignent les jugements publics. Il observe que l'amour et l'amitié sont souvent confondus, ce qui peut nuire à l'amitié. L'amour est motivé par la vanité et la beauté, tandis que l'amitié repose sur la générosité et les vertus. L'auteur note que l'amour peut emprunter le langage de l'amitié par hypocrisie. Il insiste sur la pureté et la tranquillité des plaisirs de l'amitié, contrastant avec les tumultes de l'amour. L'amitié persiste à travers les épreuves et les changements de fortune, renforçant les liens entre les amis. En revanche, l'amour est décrit comme orageux et corrupteur, né de l'amour-propre et source de crimes. L'auteur admire les qualités de la dame, qui incarnent une amitié solide et véritable, et se félicite de son choix de préférer l'amitié à l'amour. Il mentionne également les jaloux qui ont tenté de semer la défiance, mais son amitié est restée inébranlable. La lettre, publiée dans le Mercure de France en décembre 1733, exalte l'amitié comme seule capable de former des liens authentiques. L'auteur relate comment le public, après des jugements variés, a finalement reconnu la supériorité de l'amitié. Elle décrit les réactions de ses anciens amants, qui l'ont accusée d'insensibilité et de dureté, mais se justifie en expliquant qu'elle réservait ses sentiments pour un usage plus noble. L'auteur souligne que l'amitié est souvent compromise par l'amour, mais que l'inverse est rare. Elle loue les personnes capables de transformer leur amour en amitié, les qualifiant de méritantes. Elle exprime sa gratitude envers une dame dont les réflexions philosophiques l'ont influencée. Elle admire cette dame pour son intelligence et sa beauté, mais surtout pour son mépris de l'amour et son attachement à l'amitié. L'auteur conclut en affirmant son dévouement et son respect pour cette dame, prêt à sacrifier ses intérêts pour lui prouver son attachement sincère.
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3
p. 2776-2778
IMITATIONE del Madrigale CVII del Signor Cavaliere Battista Guarini, lavorata da Madamigella MALCRESIA della Vigna del Crusico in Bretagna.
Début :
Si fugga l'Amore. / Chi Uuol haver felice, è lito il core, [...]
Mots clefs :
Amour, Foudre, Éclair, Mort
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texteReconnaissance textuelle : IMITATIONE del Madrigale CVII del Signor Cavaliere Battista Guarini, lavorata da Madamigella MALCRESIA della Vigna del Crusico in Bretagna.
IMITATIONE del Madrigale CVII del
Signor Cavaliere Battista Guarini, lavorata
da Madamigella MALCRESIA della
Vigna del Crusico in Bretagna.
Si fugga: l'Amore.
CHiUuol haverfelice , a lito il core ,
Non segna il crudo Amore,-
Quel lusinghier ch'ancide
Quando più scherza, e ride ,
Ma tema di Belta di leggiadria ,
L'aura fallace e ria.›
Al pregar non risponda , à la promessa
II. Vol. Nem
DECEMBRE . 1733. 2777
Non creda ; e se s'appressa ,
Függa pur , che baleno è quel ch'alletta,
Ne mai balena Amor , sc non saetta.
IMITATION.
Renoncez à l'Amour , tournez ailleurs la vuë ;
Que sur l'éclat subtil de ses apas trompeurs ;
Il blesse en caressant , en badinant il tuë ,
Des jours les plus serains , il trouble les dous
ceurs.
M
Comme un Nocher prudent . qui prévoit un
Orage ,
Pour le laisser passer , reste tranquille au port ;
Qu'ainsi l'homme au coeur tendre, évite un beau
visage ,
Qu'il fuye , et qu'il le craigne à l'égal de la
mort.
M
Qu'il soit sourd et muet , quand une Iris le
pric ;
Que même à ses sermens , il refuse sa foi ¿
Et s'il veut sans retour voir sou ame guérie ,
Qu'insensible il persiste à l'éloigner de soi.
Sur un Amant surpris quand un regard arrive
L'Enfer s'ouvre , et l'Amour lance un feu qui
fénd l'air,
11. Vol
B Mais
2778 MERCURE DE FRANCE
Mais l'Eclair ne part point , que la foudre ag
suive ,
Et la mort suit bien-tôt et la foudre et l'éclair.
Signor Cavaliere Battista Guarini, lavorata
da Madamigella MALCRESIA della
Vigna del Crusico in Bretagna.
Si fugga: l'Amore.
CHiUuol haverfelice , a lito il core ,
Non segna il crudo Amore,-
Quel lusinghier ch'ancide
Quando più scherza, e ride ,
Ma tema di Belta di leggiadria ,
L'aura fallace e ria.›
Al pregar non risponda , à la promessa
II. Vol. Nem
DECEMBRE . 1733. 2777
Non creda ; e se s'appressa ,
Függa pur , che baleno è quel ch'alletta,
Ne mai balena Amor , sc non saetta.
IMITATION.
Renoncez à l'Amour , tournez ailleurs la vuë ;
Que sur l'éclat subtil de ses apas trompeurs ;
Il blesse en caressant , en badinant il tuë ,
Des jours les plus serains , il trouble les dous
ceurs.
M
Comme un Nocher prudent . qui prévoit un
Orage ,
Pour le laisser passer , reste tranquille au port ;
Qu'ainsi l'homme au coeur tendre, évite un beau
visage ,
Qu'il fuye , et qu'il le craigne à l'égal de la
mort.
M
Qu'il soit sourd et muet , quand une Iris le
pric ;
Que même à ses sermens , il refuse sa foi ¿
Et s'il veut sans retour voir sou ame guérie ,
Qu'insensible il persiste à l'éloigner de soi.
Sur un Amant surpris quand un regard arrive
L'Enfer s'ouvre , et l'Amour lance un feu qui
fénd l'air,
11. Vol
B Mais
2778 MERCURE DE FRANCE
Mais l'Eclair ne part point , que la foudre ag
suive ,
Et la mort suit bien-tôt et la foudre et l'éclair.
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Résumé : IMITATIONE del Madrigale CVII del Signor Cavaliere Battista Guarini, lavorata da Madamigella MALCRESIA della Vigna del Crusico in Bretagna.
Le texte est une imitation du madrigale CVII de Battista Guarini, écrite par Madamigella Malcresia della Vigna del Crusico en Bretagne. Cette œuvre met en garde contre les dangers de l'amour, conseillant de le fuir pour éviter ses tromperies et ses souffrances. L'amour est décrit comme un ennemi cruel qui tue lorsqu'il semble le plus doux. Le texte recommande de ne pas répondre aux prières ou aux promesses amoureuses et de fuir les beautés séduisantes. Il compare l'amour à un orage que l'on doit éviter en restant prudent et immobile, comme un nocher au port. Il insiste sur l'importance de rester insensible aux regards et aux serments amoureux pour préserver son âme. Enfin, il souligne que l'amour, comme la foudre, apporte la mort.
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4
p. 2778-2780
EXTRAIT du Mémoire lû à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le Samedi 14 Novembre 1733. sur une nouvelle maniere d'observer en Mer la Déclinaison de l'Aiguille Aimantée. Par M. de la Condamine.
Début :
L'auteur commence par déclarer qu'il est tres éloigné de vouloir chercher [...]
Mots clefs :
Aiguille aimantée, Déclinaison, Ombre, Instrument, Compas, Rebord, Soleil, Style, Rose, Compas de variation, La Condamine, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Mémoire lû à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le Samedi 14 Novembre 1733. sur une nouvelle maniere d'observer en Mer la Déclinaison de l'Aiguille Aimantée. Par M. de la Condamine.
EXTRAIT du Mémoire lû à la rentrée
publique de l'Académie Royale des Sciences
, le Samedi 14 Novembre 1733. sur
une nouvelle maniere d'observer en
Mer la Déclinaison de l'Aiguille Aimanteé.
Par M. de la Condamine .
L
'Auteur commence par déclarer qu'il
est tres éloigné de vouloir chercher
à diminuer en rien le mérite des Ouvrages
a où cette matiere est déja traitée , et
en particulier des excellentes Pieces b qui
ont paru sur le même sujet , qui a été proposé
par l'Académie pour le prix de 1731 ,
Il dit ensuite que l'avantage qu'il eus
cette même année de faire le voyage des
Côtes de Barbarie et du Levant , sur les
Vaisseaux du Roy , l'ayant mis à portée
de reconnoître par lui-même les défauts
assez connus de l'instrument, appellé par
par
les marins Compas de Variation. Il a
:
a Remarques sur la Navigation , par M. de Radouay
, Capitaine des Vaisseaux du Roy , &c.
b Memoires imprimez, de Mrs Bougher et Mey
nier . Hydrographes du Roy , ¿e
11, Vol .
cherDECEMBRE.
1733. 2779
= cherché les moyens d'y remédier par un
nouvel Instrument , ou plutôt par un
changement qu'il propose de faire à l'ancien
, propre à le rendre plus exact et
plus commode dans la pratique .
Les deux principaux inconveniens du
Compas de Variation ordinaire , sont ; le
premier , que son usage exige deux Observateurs,
ce qui nuit à la précision par la
difficulté qu'il y a que les deux observations
soient faites précisément dans le mê
me instant; l'autre, qu'on ne peut se servir
de cet Instrument du moins pour observer
avec quelque justesse , que lorsqu'on
voit le Soleil bien net à l'horizon , ce qui
est assez rare , même quelquefois dans
les plus beaux jours. L'auteur propose de
rémedier à ces deux inconveniens par le
moyen d'un style perpendiculaire placé
au centre de la Rose ; l'ombre de ce style
tombera pendant tout le jour sur le plan
de la Rose et au lever ou au coucher du
Soleil , sur un rebord vertical , adhérant
à la circonférence et disposé pour rece
voir cette ombre , quand le Soleil est à
l'horison, De peur qu'un côté de ce rebord
, par son ombre n'empêche de distinguer
sur l'autre l'ombre du stile ; l'Auteur
partage ce rebord en deux demi circonférences
, l'une superieure au plan de
11. Vol. Bij de
2780 MERCURE DE FRANCE
la Roze pour recevoir l'ombre du stile le
matin ; l'autre , inférieure, pour recevoir
le soir l'ombre du Pivot , qui est dans l'alignement
du stile prolongé , et qui en
fait l'effet. Par le dégré de la circonférence
de la Rose , où répond cette ombre, on
verra d'un coup d'oeil , comme à un Ca- '
dran , et à toutes les heures du jour à quel
dégré de l'horison répond actuellement
le Soleil , qui est ce que l'on cherche.
L'Auteur a présenté à l'Assemblée un
Compas de Variation , construit sur ce
principe. Il est couvert pour contenir le
stile vertical , d'un demi Globe de verre,
au lieu du verre plan , des Compas ordinaires.
L'Auteur propose aussi un moyen
pour se passer du rebord vertical , sans
nuire à la justesse de l'Instrument, ce qui
le simplifie encore , et il observe qu'en
ce cas le changement à faire à l'ancien ,
pour lui procurer tous les avantages de
celui qu'il propose , devient si peu considérable
qu'il espere que l'Instrument
proposé n'aura pas le malheur de paroître
nouveau , et que la prévention ordi
naire contre les nouveautez n'empêchera
d'en faire l'épreuve.
publique de l'Académie Royale des Sciences
, le Samedi 14 Novembre 1733. sur
une nouvelle maniere d'observer en
Mer la Déclinaison de l'Aiguille Aimanteé.
Par M. de la Condamine .
L
'Auteur commence par déclarer qu'il
est tres éloigné de vouloir chercher
à diminuer en rien le mérite des Ouvrages
a où cette matiere est déja traitée , et
en particulier des excellentes Pieces b qui
ont paru sur le même sujet , qui a été proposé
par l'Académie pour le prix de 1731 ,
Il dit ensuite que l'avantage qu'il eus
cette même année de faire le voyage des
Côtes de Barbarie et du Levant , sur les
Vaisseaux du Roy , l'ayant mis à portée
de reconnoître par lui-même les défauts
assez connus de l'instrument, appellé par
par
les marins Compas de Variation. Il a
:
a Remarques sur la Navigation , par M. de Radouay
, Capitaine des Vaisseaux du Roy , &c.
b Memoires imprimez, de Mrs Bougher et Mey
nier . Hydrographes du Roy , ¿e
11, Vol .
cherDECEMBRE.
1733. 2779
= cherché les moyens d'y remédier par un
nouvel Instrument , ou plutôt par un
changement qu'il propose de faire à l'ancien
, propre à le rendre plus exact et
plus commode dans la pratique .
Les deux principaux inconveniens du
Compas de Variation ordinaire , sont ; le
premier , que son usage exige deux Observateurs,
ce qui nuit à la précision par la
difficulté qu'il y a que les deux observations
soient faites précisément dans le mê
me instant; l'autre, qu'on ne peut se servir
de cet Instrument du moins pour observer
avec quelque justesse , que lorsqu'on
voit le Soleil bien net à l'horizon , ce qui
est assez rare , même quelquefois dans
les plus beaux jours. L'auteur propose de
rémedier à ces deux inconveniens par le
moyen d'un style perpendiculaire placé
au centre de la Rose ; l'ombre de ce style
tombera pendant tout le jour sur le plan
de la Rose et au lever ou au coucher du
Soleil , sur un rebord vertical , adhérant
à la circonférence et disposé pour rece
voir cette ombre , quand le Soleil est à
l'horison, De peur qu'un côté de ce rebord
, par son ombre n'empêche de distinguer
sur l'autre l'ombre du stile ; l'Auteur
partage ce rebord en deux demi circonférences
, l'une superieure au plan de
11. Vol. Bij de
2780 MERCURE DE FRANCE
la Roze pour recevoir l'ombre du stile le
matin ; l'autre , inférieure, pour recevoir
le soir l'ombre du Pivot , qui est dans l'alignement
du stile prolongé , et qui en
fait l'effet. Par le dégré de la circonférence
de la Rose , où répond cette ombre, on
verra d'un coup d'oeil , comme à un Ca- '
dran , et à toutes les heures du jour à quel
dégré de l'horison répond actuellement
le Soleil , qui est ce que l'on cherche.
L'Auteur a présenté à l'Assemblée un
Compas de Variation , construit sur ce
principe. Il est couvert pour contenir le
stile vertical , d'un demi Globe de verre,
au lieu du verre plan , des Compas ordinaires.
L'Auteur propose aussi un moyen
pour se passer du rebord vertical , sans
nuire à la justesse de l'Instrument, ce qui
le simplifie encore , et il observe qu'en
ce cas le changement à faire à l'ancien ,
pour lui procurer tous les avantages de
celui qu'il propose , devient si peu considérable
qu'il espere que l'Instrument
proposé n'aura pas le malheur de paroître
nouveau , et que la prévention ordi
naire contre les nouveautez n'empêchera
d'en faire l'épreuve.
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Résumé : EXTRAIT du Mémoire lû à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le Samedi 14 Novembre 1733. sur une nouvelle maniere d'observer en Mer la Déclinaison de l'Aiguille Aimantée. Par M. de la Condamine.
Le mémoire de M. de la Condamine, présenté à l'Académie Royale des Sciences le 14 novembre 1733, expose une nouvelle méthode pour observer en mer la déclinaison de l'aiguille aimantée. Reconnaissant les travaux antérieurs de M. de Radouay, Bougher et Meynier, M. de la Condamine identifie les défauts du compas de variation utilisé par les marins lors d'un voyage en 1731. Il propose des améliorations pour augmenter la précision et la commodité de cet instrument. Les principaux inconvénients du compas de variation ordinaire sont la nécessité de deux observateurs et la dépendance à la visibilité nette du Soleil à l'horizon. Pour remédier à ces problèmes, M. de la Condamine suggère l'ajout d'un style perpendiculaire au centre de la rose du compas, projetant une ombre sur la rose et sur un rebord vertical au lever ou au coucher du Soleil. Ce rebord est divisé en deux demi-circonférences pour éviter les ombres parasites. L'auteur présente un compas de variation amélioré, protégé par un demi-globe de verre, et propose une simplification en supprimant le rebord vertical sans compromettre la justesse de l'instrument. M. de la Condamine espère que ces modifications seront adoptées malgré la réticence habituelle envers les nouveautés.
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5
p. 2781
DÉFINITION DE L'AMOUR.
Début :
Vous m'ordonnez, Philis, de définir l'Amour ; [...]
Mots clefs :
Amour, Définition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉFINITION DE L'AMOUR.
DEFINITION DE L'AMOUR,
´Ous m'ordonnez , Philis , de définir l'AVousmour
;
Pourquoi chercher à le connoître ¿
Il faut vous le dire en cejour ;
Il n'est pas toujours tel que vous le faites naître.
M
L'Amour est un Enfant , sa Mere est la beauté
L'Esperance , sa nourriture ;
Son emploi , de ravir à tous la liberté ,
En demeurant libre de sa nature.
Son Passage est semé de fleurs ;
On ne le voit suivre les traces ,
Que des Jeux , des Ris et des Graces &
Il verse rarement des pleurs.
M
Jeunes coeurs ,craignez tout de sa vive tendresse,
Pour vous séduire,il n'a que trop d'adresse;
En vain il vous promet mille et mille douceurs
;
Si vous accordez trop , ou trop peu de faveurs ;
Adicu,l'Amour s'envole , et reprend sa promesse.
M. J. DE DON CHERY.
´Ous m'ordonnez , Philis , de définir l'AVousmour
;
Pourquoi chercher à le connoître ¿
Il faut vous le dire en cejour ;
Il n'est pas toujours tel que vous le faites naître.
M
L'Amour est un Enfant , sa Mere est la beauté
L'Esperance , sa nourriture ;
Son emploi , de ravir à tous la liberté ,
En demeurant libre de sa nature.
Son Passage est semé de fleurs ;
On ne le voit suivre les traces ,
Que des Jeux , des Ris et des Graces &
Il verse rarement des pleurs.
M
Jeunes coeurs ,craignez tout de sa vive tendresse,
Pour vous séduire,il n'a que trop d'adresse;
En vain il vous promet mille et mille douceurs
;
Si vous accordez trop , ou trop peu de faveurs ;
Adicu,l'Amour s'envole , et reprend sa promesse.
M. J. DE DON CHERY.
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Résumé : DÉFINITION DE L'AMOUR.
Le texte 'Définition de l'Amour' décrit l'amour comme un enfant né de la beauté et nourri par l'espérance. Libre et capable de ravir la liberté des autres, il offre des moments joyeux mais peut aussi séduire et promettre mille douceurs. L'amour s'envole si l'on lui accorde trop ou trop peu de faveurs. L'auteur est M. J. de Don Chery.
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6
p. 2782-2789
EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes qui ont altéré l'Eau de la Seine, pendant la sécheresse de l'année 1731. Par M. Jussieu l'aîné, lû à la rentrée publique de l'Academie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1733.
Début :
Pour que l'eau soit salubre, il faut qu'elle soit pure, limpide, sans aucune [...]
Mots clefs :
Jussieu l'aîné, Académie royale des sciences, Seine, Eau, Sécheresse , Cause, Rivière, Plantes aquatiques, Odeur, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes qui ont altéré l'Eau de la Seine, pendant la sécheresse de l'année 1731. Par M. Jussieu l'aîné, lû à la rentrée publique de l'Academie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1733.
EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes
qui ont altéré l'Eau de la Seine , pendant
la sécheresse de l'année 1731.Par
M. Jussieu l'aîné , lû à la rentrée publique
de l'Academie Royale des Sciences
le 14 Novembre 1733 .
Our que l'eau soit salubre , il faut
P qu'elle soit pure , l'impide , sans aucune
odeur , ni saveur sensibles , et que
son usage ne cause aucune maladie.
Quoiqu'en 1731 , l'Eau de la Seine fut
devenue pendant l'Eté et l'Automne plus
légere et plus limpide qu'à l'ordinaire ;
cependant ceux qui étoient obligez d'en
boire furent sujets à des sécheresses de
bouche qui leur causoient une altération
fréquente , à des dégoûts et à des nausées
dont on ignoroit la cause , à des maux
de gorge qui degeneroient en Squinancie
, à des fluxions à la tête et à plusieurs
sortes de fièvres irrégulières et opiniâtres
; ces maladies ne se guérissoient que
par le changement de boisson , ou par les
Prisannes , dont la coction servoit dé
correctif à la mauvaise qnalité de l'eau ;
les personnes au contraire, qui ne buvoient
que de l'eau de Fontaine furent
I Vol. excmDECEMBRE.
1733. 2783
exemtes de toutes ces incommoditez.
Cette observation indiquoit bien en
general qu'il devoit y avoir dans l'eau
des particules étrangeres , qui pour être
imperceptibles à la vuë , ne laissoicnt pas
d'être sensibles par les maladies qu'elles
causoient ; mais il restoit encore à dé
terminer quelle étoit la nature de ces
corpuscules . La Riviere de Seine étoit
tres- basse , on la voïoit de jour en jour
se resserrer au milieu de son lit , son sable
étoit tres - pur , et bien lavé ; le fond
n'étoit point limoneux , et l'eau n'en-.
trainoit avec elle aucune terre ni substance
étrangere , qui put lui faire contracter
quelque mauvaise qualité. Quelle pouvoit
donc être la cause de l'altération de
l'eau Devoit on s'imaginer que ce fut
certaines Plantes qui à l'occasion de la
sécheresse , étoient plus abondantes qu'à
l'ordinaire et mieux nourries à la vérité ;
on voïoit le même Phénoméne dans la
Marne , dans tous les Ruisseaux , dans
les Etangs et dans les Réservoirs , mais
ces Plantes naturellement aquatiques n'avoient
elles pas accoutumé de croître
dans la Seine Si elles y ont cru , pourquoi
les Etez précédens les mêmes maladies
n'ont- elles point regné ? C'est icy
que la Physique est obligée d'implorer le
-
II. Vol.
Biiij se2784
MERCURE DE FRANCE
secours de la Botanique , pour examiner
un peu ces Plantes aquatiques et pour
rechercher leurs différentes qualitez .
Les Plantes aquatiques ont en général
des qualitez plus sensibles que celles de la
plupart des Plantes terrestres ; les unes se
font distinguer par une odeur aromatique
tres forte, comme les Menthes d'eau;
les autres ont une odeur foetide et marécageuse
; par exemple , les Mille - feuilles
et le Preles d'eau ; presque toutes ont
une âcreté intérieure , plus ou moins sensible
au goût , comme les Cressons , les
Poivres d'eau , les Renoncules aquatiques ,
&c. quelques unes enfin , telles que les
Conserves ou Mousses d'eau , échauffent
subitement la main qui les presse , et produisent
un sentiment semblable à celui
que l'Ortie cause quand on l'a touchée.
-
Les Plantes aquatiques qui naissent
tous les ans dans la Seine , y parurent à
la vérité dès le Printems de 1731 , mais
bien différemment des années précedentes
; car celles dont la qualité est la plus
mauvaise et qui ordinairement sont
moins communes, y pullulerent en abondance
; celles au contraire dont la qualité
n'est point nuisible et qui devoient ▼
être en plus grand nombre , s'y trouverent
en moindre quantité , en comparai-
II. Vol. son
DECEMBRE. 1733. 2789
son des autres. Il est facile aux Botanistes
de rendre raison de ce Phénoméne.
La pluspart de ces Plantes , que nous
regardons comme pernicieuses , par les
effets les plus apparens qu'elles produisent
, ne végétent que dans les endroits
du lit de la Riviere où l'eau est la plus
basse et la plus dormante car pour que
les Plantes aquatiques fleurissent , il faut
qu'elles s'élevent au dessus de la superficie
de l'eau ; operation après laquelle
leurs sommitez rentrent ordinairement
dans l'eau , afin que leurs gfaines y meurissent
et s'y répandent ; c'est pourquoi
ces Plantes ne pulluloient que tres- peu
les années précedentes , parce que leur
tige dont la longueur est en quelque fa
çon déterminée ne pouvoit atteindre à la
surface de l'eau ..
De la facilité de végéter qu'avoient
ces Plantes pernicieuses, et de leur abondance
, il s'ensuivoit la suffocation des
Plantes ordinaires , dont les effets ne sont
point à craindre .
On apperçoit le même Phénoméne
'dans la végétation des Plantes terrestres au
Printems des années humides et pluvieuses
, car pour lors le bon grain est étouf
fé et maigri par une multitude de mauvaises
Plantes , aussi ce sont ces années-
II. Vol By là
2786 MERCURE DE FRANCE
là où les maladies populaires sont plus
fréquentes , soit par la mauvaise qualité
des grains qui n'ont pas eu assez de nourriture
, soit par le mélange qui se fait des
semences de ces Plantes.
Entre les Plantes aquatiques , dont on
ressent les dangereux effets , il y en a deux
principales; l'une que les Botanistes nomi
ment Hippuris , genre de Plante sembla
ble par son port exterieur à la Prele de
nos campagnes l'autre porte en latin le
nom de Confema , er en françois celui de
Mousse d'eau , à cause de sa verdure et de
son étenduë.
La premiere de ces Plantes est d'une
odeur foetide et marécageuse , qu'elle
communique facilement à la main qui la
touche et à l'eau qui l'environne ; la se
conde produit non - seulement une are
deur cousiderable à la main qui la serre ,
mais encore elle laisse à l'eau dans laquelle
on la met tremper un feu , qui quand on
la boit , cause dans la bouche une sécheresse
incommode ; et dans le gosier une
âcreté insupportable
C'étoit sur tout de ces deux especes de
Plantes que
les petites marres d'eau dormantes
, répandues tout le long de la Riviere
, étoient remplies ; et comme elles
manquoient d'eau pour être couvertes ·
II.Vol. en
DECEMBRE. 1733 2787.
entierement , la chaleur des rayons du
Soleil fanoit l'extrêmité de leurs feuilles,
et les faisoit corrompre ensuite par le
pied. M. de Jussieu ne se contenta pas
de ces observations , qui à tout autre auroient
paru suffisantes , il voulut encore
assurer son sentiment par de nouvelles
expériences.
Il fit arracher de la Riviere une quantité
suffisante d'Hippuris et de Confema ,
il fit infuser ces Plantes , tantôt séparément
, tantôt toutes deux ensemble dans
des vaisseaux pleins d'eau de Fontaine ,
et il les y laissa en expérience pendant
quelque temps; ces Plantes communiquérent
à l'eau dans laquelle elles trempoient ,
la même odeur et la même saveur désa- -
gréable que cet Académicien avoit remarquée
dans l'eau de la Seine,buë au courant
même de la Riviere au dessus de
Bercy .
M.de Jussieu ne négligea point non plus
d'examiner avec le Microscope , cette eau
macérée , dans laquelle , comme dans
celle de la Seine , il découvrit plusieurs
Insectes tres - petits , qui ne se voient ni
dans l'eau de Fontaine , ni dans celle de
Riviere qui n'aura point été altérée par
la corruption de ces sortes de Plantes.
Enfin , quoique la pourriture des petits
11. Vol.
Bvi Pois2788
MERCURE DE FRANCE
Poissons , qui faute d'une quantité suffisante
d'eau, périssent pendant la sécheres
se, puisse communiquet à l'eau une odeur
foetide ; elle ne doit point être regardée
comme la cause principale , mais seulement
la production extraordinaire de ces
Plantes aquatiques si pernicieuses ; car par
la comparaison de l'état de la Seine pen
dant l'Eté et l'Automne de l'année dernie
re et de celle - ci , avec l'état où elle étoit
en 1731 , on n'y a remarqué que les Plantes
ordinaires ; aussi n'a- t- on point observé
dans la pratique de la Médecine , les maladies
qui ont regné pendant l'Eté et
l'Automne de 1731 .
pent
Tout bon Citoyen , et à plus forte rai-
´son un Médecin zélé , doit , par ses conseils
et ses avis salutaires , mettre les Magistrats
en état de prévenir tout ce qui
altérer la santé des habitans ; c'est
pourquoi M. de Jussieu termine son Mêmoire
par trois observations, qui contiennent
les remedes propres à se garantir des
mauvais effets que pourroit produire la
sécheresse de pareilles années.
Il conseille , 1 ° . de faire nettoyer le lit
de la Riviere , sur tout au dessus de Paris
, et d'empêcher qu'il ne se forme sur
ses bords des Mares où l'eau croupisse.
2. De tenir dans une grande propreté
II. Fol les
DECEMBR E. 1733 . 2789
les cuvettes de tous les Reservoirs qui
distribuent l'eau de la Riviere , et de
faire arracher , toutes les Plantes en forme
de mousse , qui naissent à leurs parois.
3. Enfin , de tenir en bon état les
Aqueducs et les Canaux des Fontaines
d'eau vive , afin que l'eau qu'ils conduisent
puisse par son abondance suppléer
au deffaut de celle de la Riviere , dont
l'usage pendant les années de secheresse
pourroit être dangereux à la santé des
Citoyens.
qui ont altéré l'Eau de la Seine , pendant
la sécheresse de l'année 1731.Par
M. Jussieu l'aîné , lû à la rentrée publique
de l'Academie Royale des Sciences
le 14 Novembre 1733 .
Our que l'eau soit salubre , il faut
P qu'elle soit pure , l'impide , sans aucune
odeur , ni saveur sensibles , et que
son usage ne cause aucune maladie.
Quoiqu'en 1731 , l'Eau de la Seine fut
devenue pendant l'Eté et l'Automne plus
légere et plus limpide qu'à l'ordinaire ;
cependant ceux qui étoient obligez d'en
boire furent sujets à des sécheresses de
bouche qui leur causoient une altération
fréquente , à des dégoûts et à des nausées
dont on ignoroit la cause , à des maux
de gorge qui degeneroient en Squinancie
, à des fluxions à la tête et à plusieurs
sortes de fièvres irrégulières et opiniâtres
; ces maladies ne se guérissoient que
par le changement de boisson , ou par les
Prisannes , dont la coction servoit dé
correctif à la mauvaise qnalité de l'eau ;
les personnes au contraire, qui ne buvoient
que de l'eau de Fontaine furent
I Vol. excmDECEMBRE.
1733. 2783
exemtes de toutes ces incommoditez.
Cette observation indiquoit bien en
general qu'il devoit y avoir dans l'eau
des particules étrangeres , qui pour être
imperceptibles à la vuë , ne laissoicnt pas
d'être sensibles par les maladies qu'elles
causoient ; mais il restoit encore à dé
terminer quelle étoit la nature de ces
corpuscules . La Riviere de Seine étoit
tres- basse , on la voïoit de jour en jour
se resserrer au milieu de son lit , son sable
étoit tres - pur , et bien lavé ; le fond
n'étoit point limoneux , et l'eau n'en-.
trainoit avec elle aucune terre ni substance
étrangere , qui put lui faire contracter
quelque mauvaise qualité. Quelle pouvoit
donc être la cause de l'altération de
l'eau Devoit on s'imaginer que ce fut
certaines Plantes qui à l'occasion de la
sécheresse , étoient plus abondantes qu'à
l'ordinaire et mieux nourries à la vérité ;
on voïoit le même Phénoméne dans la
Marne , dans tous les Ruisseaux , dans
les Etangs et dans les Réservoirs , mais
ces Plantes naturellement aquatiques n'avoient
elles pas accoutumé de croître
dans la Seine Si elles y ont cru , pourquoi
les Etez précédens les mêmes maladies
n'ont- elles point regné ? C'est icy
que la Physique est obligée d'implorer le
-
II. Vol.
Biiij se2784
MERCURE DE FRANCE
secours de la Botanique , pour examiner
un peu ces Plantes aquatiques et pour
rechercher leurs différentes qualitez .
Les Plantes aquatiques ont en général
des qualitez plus sensibles que celles de la
plupart des Plantes terrestres ; les unes se
font distinguer par une odeur aromatique
tres forte, comme les Menthes d'eau;
les autres ont une odeur foetide et marécageuse
; par exemple , les Mille - feuilles
et le Preles d'eau ; presque toutes ont
une âcreté intérieure , plus ou moins sensible
au goût , comme les Cressons , les
Poivres d'eau , les Renoncules aquatiques ,
&c. quelques unes enfin , telles que les
Conserves ou Mousses d'eau , échauffent
subitement la main qui les presse , et produisent
un sentiment semblable à celui
que l'Ortie cause quand on l'a touchée.
-
Les Plantes aquatiques qui naissent
tous les ans dans la Seine , y parurent à
la vérité dès le Printems de 1731 , mais
bien différemment des années précedentes
; car celles dont la qualité est la plus
mauvaise et qui ordinairement sont
moins communes, y pullulerent en abondance
; celles au contraire dont la qualité
n'est point nuisible et qui devoient ▼
être en plus grand nombre , s'y trouverent
en moindre quantité , en comparai-
II. Vol. son
DECEMBRE. 1733. 2789
son des autres. Il est facile aux Botanistes
de rendre raison de ce Phénoméne.
La pluspart de ces Plantes , que nous
regardons comme pernicieuses , par les
effets les plus apparens qu'elles produisent
, ne végétent que dans les endroits
du lit de la Riviere où l'eau est la plus
basse et la plus dormante car pour que
les Plantes aquatiques fleurissent , il faut
qu'elles s'élevent au dessus de la superficie
de l'eau ; operation après laquelle
leurs sommitez rentrent ordinairement
dans l'eau , afin que leurs gfaines y meurissent
et s'y répandent ; c'est pourquoi
ces Plantes ne pulluloient que tres- peu
les années précedentes , parce que leur
tige dont la longueur est en quelque fa
çon déterminée ne pouvoit atteindre à la
surface de l'eau ..
De la facilité de végéter qu'avoient
ces Plantes pernicieuses, et de leur abondance
, il s'ensuivoit la suffocation des
Plantes ordinaires , dont les effets ne sont
point à craindre .
On apperçoit le même Phénoméne
'dans la végétation des Plantes terrestres au
Printems des années humides et pluvieuses
, car pour lors le bon grain est étouf
fé et maigri par une multitude de mauvaises
Plantes , aussi ce sont ces années-
II. Vol By là
2786 MERCURE DE FRANCE
là où les maladies populaires sont plus
fréquentes , soit par la mauvaise qualité
des grains qui n'ont pas eu assez de nourriture
, soit par le mélange qui se fait des
semences de ces Plantes.
Entre les Plantes aquatiques , dont on
ressent les dangereux effets , il y en a deux
principales; l'une que les Botanistes nomi
ment Hippuris , genre de Plante sembla
ble par son port exterieur à la Prele de
nos campagnes l'autre porte en latin le
nom de Confema , er en françois celui de
Mousse d'eau , à cause de sa verdure et de
son étenduë.
La premiere de ces Plantes est d'une
odeur foetide et marécageuse , qu'elle
communique facilement à la main qui la
touche et à l'eau qui l'environne ; la se
conde produit non - seulement une are
deur cousiderable à la main qui la serre ,
mais encore elle laisse à l'eau dans laquelle
on la met tremper un feu , qui quand on
la boit , cause dans la bouche une sécheresse
incommode ; et dans le gosier une
âcreté insupportable
C'étoit sur tout de ces deux especes de
Plantes que
les petites marres d'eau dormantes
, répandues tout le long de la Riviere
, étoient remplies ; et comme elles
manquoient d'eau pour être couvertes ·
II.Vol. en
DECEMBRE. 1733 2787.
entierement , la chaleur des rayons du
Soleil fanoit l'extrêmité de leurs feuilles,
et les faisoit corrompre ensuite par le
pied. M. de Jussieu ne se contenta pas
de ces observations , qui à tout autre auroient
paru suffisantes , il voulut encore
assurer son sentiment par de nouvelles
expériences.
Il fit arracher de la Riviere une quantité
suffisante d'Hippuris et de Confema ,
il fit infuser ces Plantes , tantôt séparément
, tantôt toutes deux ensemble dans
des vaisseaux pleins d'eau de Fontaine ,
et il les y laissa en expérience pendant
quelque temps; ces Plantes communiquérent
à l'eau dans laquelle elles trempoient ,
la même odeur et la même saveur désa- -
gréable que cet Académicien avoit remarquée
dans l'eau de la Seine,buë au courant
même de la Riviere au dessus de
Bercy .
M.de Jussieu ne négligea point non plus
d'examiner avec le Microscope , cette eau
macérée , dans laquelle , comme dans
celle de la Seine , il découvrit plusieurs
Insectes tres - petits , qui ne se voient ni
dans l'eau de Fontaine , ni dans celle de
Riviere qui n'aura point été altérée par
la corruption de ces sortes de Plantes.
Enfin , quoique la pourriture des petits
11. Vol.
Bvi Pois2788
MERCURE DE FRANCE
Poissons , qui faute d'une quantité suffisante
d'eau, périssent pendant la sécheres
se, puisse communiquet à l'eau une odeur
foetide ; elle ne doit point être regardée
comme la cause principale , mais seulement
la production extraordinaire de ces
Plantes aquatiques si pernicieuses ; car par
la comparaison de l'état de la Seine pen
dant l'Eté et l'Automne de l'année dernie
re et de celle - ci , avec l'état où elle étoit
en 1731 , on n'y a remarqué que les Plantes
ordinaires ; aussi n'a- t- on point observé
dans la pratique de la Médecine , les maladies
qui ont regné pendant l'Eté et
l'Automne de 1731 .
pent
Tout bon Citoyen , et à plus forte rai-
´son un Médecin zélé , doit , par ses conseils
et ses avis salutaires , mettre les Magistrats
en état de prévenir tout ce qui
altérer la santé des habitans ; c'est
pourquoi M. de Jussieu termine son Mêmoire
par trois observations, qui contiennent
les remedes propres à se garantir des
mauvais effets que pourroit produire la
sécheresse de pareilles années.
Il conseille , 1 ° . de faire nettoyer le lit
de la Riviere , sur tout au dessus de Paris
, et d'empêcher qu'il ne se forme sur
ses bords des Mares où l'eau croupisse.
2. De tenir dans une grande propreté
II. Fol les
DECEMBR E. 1733 . 2789
les cuvettes de tous les Reservoirs qui
distribuent l'eau de la Riviere , et de
faire arracher , toutes les Plantes en forme
de mousse , qui naissent à leurs parois.
3. Enfin , de tenir en bon état les
Aqueducs et les Canaux des Fontaines
d'eau vive , afin que l'eau qu'ils conduisent
puisse par son abondance suppléer
au deffaut de celle de la Riviere , dont
l'usage pendant les années de secheresse
pourroit être dangereux à la santé des
Citoyens.
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Résumé : EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes qui ont altéré l'Eau de la Seine, pendant la sécheresse de l'année 1731. Par M. Jussieu l'aîné, lû à la rentrée publique de l'Academie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1733.
En 1731, l'eau de la Seine devint plus légère et limpide durant l'été et l'automne, mais sa consommation provoqua divers symptômes tels que des sécheresses de bouche, des nausées, des maux de gorge, des fluxions et des fièvres. Ces symptômes disparaissaient en changeant de boisson ou en utilisant des correctifs. Les personnes buvant de l'eau de fontaine étaient exemptes de ces maladies, suggérant la présence de particules étrangères dans l'eau de la Seine, imperceptibles à l'œil mais causant des maladies. La Seine était basse et son sable pur, excluant la présence de terre ou de substances étrangères. La cause de l'altération de l'eau fut attribuée à des plantes aquatiques, plus abondantes en raison de la sécheresse. Ces plantes, comme l'Hippuris et la Confema, avaient des odeurs et des saveurs désagréables, et leur prolifération étouffait les plantes ordinaires. M. de Jussieu réalisa des expériences en infusant ces plantes dans de l'eau de fontaine, reproduisant ainsi les symptômes observés. Il découvrit également des insectes microscopiques dans l'eau macérée. La pourriture des petits poissons, bien que contribuant à une odeur fétide, n'était pas la cause principale des maladies. Pour prévenir ces problèmes, M. de Jussieu recommanda de nettoyer le lit de la Seine, de maintenir la propreté des réservoirs et des cuvettes, et de maintenir en bon état les aqueducs et canaux des fontaines d'eau vive.
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7
p. 2789-2792
L'ELOGE DE LA FIEVRE QUARTE.
Début :
Fievre Quarte, belle mignone, [...]
Mots clefs :
Fièvre quarte, Éloge, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ELOGE DE LA FIEVRE QUARTE.
L'ELOGE
DE LA FIEVRE QUARTE
Fievre Jevre Quarte , belle mignone ,
Que vous êtes bonne
personne ,
Vous nous laissez en paix trois jours ,
Et ne nous tenez pas toujours ,
Comme la Fievre continuë ,
Qui par de longs assauts nous consume c
nous tuë ;
Vous valez mieux enfin que vos deux autres
soeurs ,
Qui presque sans relache exercent leurs fureurs ;
Vous êtes deux fois moins cruelle
Ft. Vol. De
2790 MERCURE DE FRANCE
J
Vousquiêtes deux fois moins cruelles
De trois jours un seul vous appelle ;
C'est agir plus honnêtement ,
Que de nous voir plus rarement ;
Aussi , quand quelqu'un vous possede ,
Malgré Medecin et remede ,
Il vous retient long - remps chez soi ;
Vous traitez de même air le Berger et le Roy;
Vous triomphez de tout l'Art d'Esculappe ,
Et le Medecin qui vous frappe .
Tombe lui- même sous vos traits
Pour moi , devotément j'adore vos atraits ;
Vous êtes à mes yeux gracieuse , charmante,
Où trouvera - t'on´une Amante ,
Ceci soit dit en secret entre nous
Aussi fidelle au rendez - vous ?
Voyez combien vous êtes tendre ,
x
Dans mon lit , sans vous faire attendre ,
Vous vous rendez entre mes bras ;
N'est- ce pas
là voler au-devant de mes pas ?
Vous me trouvez d'abord dans des froideurs
mortelles ,
Vous faites ce que les plus belles ,
Ne sçauroient faire sur mon coeur
Vous dissipez cette tiedeur ,
Pour me faire sentir une ardeur sans pareille
Ce n'est pas la seule merveille
Que vous operez sur mes sens ;
11. Vol.
Lorsque
DECEMBRE. 1733 2791
Lorsque répandue au-dedans ,
Votre chaleut me consume et m'altere ,
Un verre d'une eau fraîche et claire ,
Est cent fois plus cher à mes yeux ,
Que ne seroit le vin le plus delicieux :
Vous portez dans ma fantaisie
La plus charmante rêverie ;
Lorsque vous m'agitez , je me crois un grand
Roy ;
Cent Peuples vivent sous ma loy ;
Je suis un vrai foudre de guerre ;
Et devant moi tremble la Terre ;
Quelque autre fois Amant heureux ,
Je suis favorisé de l'objet de mes voeux ,
Souvent le bruit de ma science ,
Et de ma grande experience ,
Franchit et les Monts et les Mers ;
Je me fais adorer au bout de l'Univers ;
Après tant de bontez , Dieu sçait si je vous aimez
Pour vous mon ardeur est extrême`;
Quel amour ! non , n'en doutez pas ,
'Vous douteriez de vos appas ;
Mais , sûre de cet avantage ,
Contentez-vous de mon hommage ;
Trop d'amour cause trop de soin ,
Nous pouvons nous aimer de loin ;
Songez aux conquêtes nouvelles ,
C'est-là l'Ambition des Belles ;
II. Vol. D'autre
2792 MERCURE DE FRANCE
D'aucun soupçon jaloux , je ne puis être épris ;~
Vous pouvez à mes yeux aimer mes ennemis.
Pierre de Frasnay .
DE LA FIEVRE QUARTE
Fievre Jevre Quarte , belle mignone ,
Que vous êtes bonne
personne ,
Vous nous laissez en paix trois jours ,
Et ne nous tenez pas toujours ,
Comme la Fievre continuë ,
Qui par de longs assauts nous consume c
nous tuë ;
Vous valez mieux enfin que vos deux autres
soeurs ,
Qui presque sans relache exercent leurs fureurs ;
Vous êtes deux fois moins cruelle
Ft. Vol. De
2790 MERCURE DE FRANCE
J
Vousquiêtes deux fois moins cruelles
De trois jours un seul vous appelle ;
C'est agir plus honnêtement ,
Que de nous voir plus rarement ;
Aussi , quand quelqu'un vous possede ,
Malgré Medecin et remede ,
Il vous retient long - remps chez soi ;
Vous traitez de même air le Berger et le Roy;
Vous triomphez de tout l'Art d'Esculappe ,
Et le Medecin qui vous frappe .
Tombe lui- même sous vos traits
Pour moi , devotément j'adore vos atraits ;
Vous êtes à mes yeux gracieuse , charmante,
Où trouvera - t'on´une Amante ,
Ceci soit dit en secret entre nous
Aussi fidelle au rendez - vous ?
Voyez combien vous êtes tendre ,
x
Dans mon lit , sans vous faire attendre ,
Vous vous rendez entre mes bras ;
N'est- ce pas
là voler au-devant de mes pas ?
Vous me trouvez d'abord dans des froideurs
mortelles ,
Vous faites ce que les plus belles ,
Ne sçauroient faire sur mon coeur
Vous dissipez cette tiedeur ,
Pour me faire sentir une ardeur sans pareille
Ce n'est pas la seule merveille
Que vous operez sur mes sens ;
11. Vol.
Lorsque
DECEMBRE. 1733 2791
Lorsque répandue au-dedans ,
Votre chaleut me consume et m'altere ,
Un verre d'une eau fraîche et claire ,
Est cent fois plus cher à mes yeux ,
Que ne seroit le vin le plus delicieux :
Vous portez dans ma fantaisie
La plus charmante rêverie ;
Lorsque vous m'agitez , je me crois un grand
Roy ;
Cent Peuples vivent sous ma loy ;
Je suis un vrai foudre de guerre ;
Et devant moi tremble la Terre ;
Quelque autre fois Amant heureux ,
Je suis favorisé de l'objet de mes voeux ,
Souvent le bruit de ma science ,
Et de ma grande experience ,
Franchit et les Monts et les Mers ;
Je me fais adorer au bout de l'Univers ;
Après tant de bontez , Dieu sçait si je vous aimez
Pour vous mon ardeur est extrême`;
Quel amour ! non , n'en doutez pas ,
'Vous douteriez de vos appas ;
Mais , sûre de cet avantage ,
Contentez-vous de mon hommage ;
Trop d'amour cause trop de soin ,
Nous pouvons nous aimer de loin ;
Songez aux conquêtes nouvelles ,
C'est-là l'Ambition des Belles ;
II. Vol. D'autre
2792 MERCURE DE FRANCE
D'aucun soupçon jaloux , je ne puis être épris ;~
Vous pouvez à mes yeux aimer mes ennemis.
Pierre de Frasnay .
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Résumé : L'ELOGE DE LA FIEVRE QUARTE.
Le texte est un éloge de la fièvre quarte, une forme de malaria caractérisée par des accès fébriles récurrents. L'auteur personnifie cette fièvre comme une belle et bonne personne, la comparant favorablement à d'autres fièvres plus continuelles et cruelles. Il souligne que la fièvre quarte laisse trois jours de répit entre ses accès, ce qui la rend moins pénible. L'auteur exprime son admiration pour elle, la décrivant comme gracieuse et charmante, et affirmant qu'elle est plus fidèle qu'une amante. Il décrit les effets de la fièvre sur lui, notamment une ardeur sans pareille et des visions grandioses où il se voit roi, guerrier ou savant admiré. Malgré son amour extrême pour la fièvre quarte, l'auteur suggère de maintenir une relation à distance pour éviter les soucis excessifs. Il conclut en exprimant son admiration et en encourageant la fièvre quarte à poursuivre de nouvelles conquêtes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 2792-2806
LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
Début :
Plusieurs personnes de mes amis m'ont apporté le Mercure du mois [...]
Mots clefs :
Greffe, Duhamel du Monceau, Écorce, Écusson, Union, Lettre, Mémoire, Bois, Fibres, Greffes, Observations, Espèces, Cicatrice, Portion ligneuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
LETTRE du Jardinier Solitaire , à
M. *** au sujet d'une Lettre sur la
Greffe , inserée dans le Mercure de
P
France.
Lusieurs personnes de mes amis
m'ont apporté le Mercure du mois
d'Octobre dernier , pour me faire voir
une Lettre au sujet de la Greffe , qui
paroît m'être adressée , et qu'ils croyoient
m'interesser à cause de l'application que
je donne à tout ce qui regarde l'Agricul
ture , sur tout depuis quinze ans que je
suis chargé du soin de notre Jardin ; mais
je les ai assurez que cette Lettre ne me
regardoit en aucune maniere ; je n'en connois
pas l'Auteur qui me paroît supposé;
je vous dirai même que je n'ambitionne
pas de le connoître , tant j'ai été choqué
de la malignité de son stile ; je souhaite
seulement de me conformer , autant qu'il
me sera possible , aux grands principes
qu'il a mis au commencement et à la
II. Vol. fin
DECEMBRE . 1733. 2793
fin de sa Lettre ; c'est uniquement dans
cette vûë que je ne crois obligé de vous
dire ce que je pense de cet Ouvrage , pour,
rendre justice à M. Duhamel , qui m'a
tnujours communiqué son travail sur
l'Agriculture , peut - être par une espece
de reconnoissance des secours que notre
Jardin peut lui fournir de tems en tems
pour faire les experiences dont il croit
tirer quelque avantage.
Je distingue deux pa ties dans la Lettre
en question ; l'une qui renferme des
Observations sur l'union de la greffe avec
son sujet , et l'autre qui est une Critique
d'un Memoire de M. Duhamel , ou qui
en est plutôt une Parodie.
La premiere Partie m'a parû assez bonne
et m'a fait plaisir à lire , quoiqu'elle
n'ait rien de nouveau pour moi , puisqu'il
y a plus d'un an que M. D. m'a
fait voir les préparations qu'il avoit faites
au sujet de la greffe , et qu'il venoit
de démontrer à l'Académie...
bois
1 °. Que jamais le bois des greffes , en
fente ou en couronne , ne s'unit au
du sujet,non - plus que le bois des écussons
quand de mauvais Jardiniers y en laissent.
2°. Que l'union de la greffe avec son
sujet se fait dans la portion de l'écorce
qui doit devenir bois , c'est-à-dire, dans
11. Vol.
cette
2794 MERCURE DE FRANCE
cette partie interieure de l'écorce dont
les fibres ont une direction longitudinale,
ce que M. D. regarde comme du bois en
herbe , de telle sorte que l'union se fait
principalement par la jonction des fibres
herbaces , tant de la greffe, que du sujet,
qui correspondent les unes aux autres ,
d'abord et plus intimement par en bas ,
ensuite par en haut , même par les côtez ,
&c. mais rarement du corps de l'écusson .
avec le bois du sujet je dis rarement ,
car M. Duhamel m'a fait remarquer des
cas où cela arrive .
3º . J'ai vû avec beaucoup de plaisir
dans plusieurs préparations que M. D.
a faites sur les greffes que l'union étoit
toûjours plus intime entre certaines especes
, qui constamment réussissent bien
dans nos Pépinieres , comme le Bon Chritien
d'hyver sur Coignassier, qu'entre d'autres
qui ont toujours de la peine à s'allier
comme la Merveille d'hyver sur le
Coignassier , ce qui nous a donné lieu
de remarquer qu'assez souvent les fibres
s'inclinent et se replient pour s'aboucher,
pendant que dans d'autes cas ces fibres
se joignent sans aucune infléxion .
4. Par des dissections du Guy , il m'a
fait remarquer , tantôt la conformité , et
tantôt le peu de ressemblance qu'il y a
II. Vol. entre
DECEMBRE. 1733. 2795
entre l'union que le Guy contracte avec
les arbres et l'union de la greffe avec leurs
sujets .
5. Nous avons fait ensemble des playes
à plusieurs arbres pour en observer la
réunion ou la formation de la cicatrice ,
ce qui a encore fourni à M. D. des lumieres
sur la greffe.
6°. Enfin M. D. m'a fait voir plusieurs
fois une suite curieuse de greffes de tous
les âges , preparées de maniere à faire voir
très- clairement les progrès de leur union
avec leurs sujets.
Il est fâcheux pour le prétendu Solitaire
, que M; D. soit nanti de toutes ces
choses depuis plus d'un an , et qu'il en aft
fait la démonstration à l'Académie , et
en mon particulier je n'ai point fait de
mystere de m'en entretenir avec tous
les Curieux qui sont venus se promener
dans notre Jardin , il faut cependant
l'avouer , il y a quelque chose de nouveau
dans les Observations qui sont au
commencement de la Lettre , mais dont
je crois que M. D. ne conviendra pass
on y Tit que
dins
, la greffe
en
écusson
,
la greffe fait toujours avec le sujet un an-
-gle plus ou moins considerable , selon que
sa situation avec le sujet est plus ou moins
oblique. Comme si l'on pouvoit placer
II. Vol.
un
2/90 IVIL
un écusson plus ou moins obliquement
à l'égard de son su et . L'obliquité de la
pousse ne dépend donc pas de la situation
plus ou moins oblique de la greffe ,
puisque la situation d'une greffe en écusson
ne peut varier , mais elle dépend de la
situation du bouton ou de ce que nous appellons
l'oeil , par rapport aux autres parties
de l'écusson; et la situation de cet oeil
dépend de la situation què la branche sur
laquelle on a levé cet écusson , avoit sur
l'arbre dont on l'a coupée.
Quelques lignes après il dit : Alors la
couche de l'écorce qui est exierieure à la
couche interieure du Livre , commence à
Pousser dans celle du sujet qui lui correspond.
M. Duhamel croit que les fibres
de la greffe et celles du sujet s'allongent
mutuellement , ce qu'il avance après
* C'est pour cela que M. de la Quintinie et
mon Prédecesseur , ont recommandé de lever
toujours des écussons sur des branches droites ,
sur tout quand il s'agit de greffer des beaux Presents
ou des Inconnues , Cheneau , &c. qui sont
fort sujettes à pousser de travers, quelquefois cependant
par une fausse position des écussons , il
peut arriver que les fibres de l'écusson soient un
peu inclinez par rapport à celles du sujet et alors
la pousse fera d'abord un petit coude qui se redressera
en peu de temps , je ne sçai pas si c'est
de cette obliquité que l'Auteur de la Lettre veut
parler.
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1733. 2797
des observations dont il a fait part à l Académie.
Il ajoûte : Mais la portion ligneuse du
sujet périt d'abord , cela est faux , et si
l'on n'a pas soin d'étêter les arbres écussonnez
, ils poussent comme si on ne leur
avoit rien fait.
On lit ensuite Pareillement la portion
ligneuse de la greffe , & c. C'est une mau
vaise méthode que de laisser du bois
dans la greffe en écusson . Quelques lignes
après il dir : Que cette portion ligneuse
ne s'unit avec aucune partie du sujet ; cola
est vrai et a été bien prouvé par M. D.
Elles cessent même de croître , continue-t'il
cela est bien necessaire , puisqu'elle meurt :
cependant il le prouve ainsi , car la por
tion ligneuse de la greffe étant parvenuë
presque vis-à- vis celle du sujet , elles font
un petit détour. Elles cessent de croître ;
pour preuve de cela : C'est qu'elles parviennent
vis - à- vis de celles du sujet , et
qu'elles font un détour. Voila ce que je
n'entends pas. Il parle ensuite assez obscurément
de la formation de la cicatrice
sur l'argot, ou de la maniere dont se ferme
la playe qu'on a faite en retranchant
la tige du sujet ; mais s'apercevant de
son obscurité , et pour se rendre plus clair
es plus intelligible dans ce qui lui reste à
II. Val. dire
2798 MERCURE DE FRANCE
c'est
dire sur la greffe en écusson , voici ce qu'il
dit : Il est bon de regarder l'écorce qui environne
la greffe , comme divisée en deux por
tions , séparées par la partie ligneuse qui en
occupe le centre. Il y a bien de la métho-
оссире
de là - dedans, mais point du tout de clatté.
Qui a jamais entendu parler de portion
ligneuse qui sépare en deux l'écorce,
qui environne un écusson ? Encore un
coup , il ne doit point rester de bois for
mé dans un écusson bien fait . Si je veux
faire entendre à quelqu'un ce que
qu'un écusson , je le distinguerai avec
M. D. en deux parties principales ; l'une
sera le bouton qui en occupe le milieu ,
l'autre l'écorce qui l'environne. Le bouton
est formé exterieurement par des
écailles membraneuses , et interieurement
par ce qu'on appelle l'oeil ou le racourci
d'une jeune branche qui est tendre et
herbassée . L'écorce qui appartient à l'écusson
se peut aussi diviser en deux parties
, l'écorce , proprement dite , est la
plus exterieure , elle est mince , membraneuse
et sert d'enveloppe à l'autre ,
qu'on appelle improprement écorce , et
qui doit devenir dans peu une couche
ligneuse.
Maintenant que nous lui avons donné
une idée claire de la greffe , nous pou
11. Vol.
YOUS
DECEMBRE . 1733. 2799
vons distinguer avec lui l'écorce qui environne
l'oeil de l'écusson en deux portions
, l'une superieure et l'autre inferieure.
La portion superieure de l'écorce ,
suivant lui , forme le plus souvent un bourelet
, qui peu peu recouvre la tige qui a
été coupée, Nous avons trop
bien vû que
le recouvrement dont il est question est
formé partie par l'écorce de la greffe et
en plus grande partie par celle du sujet,
pour que M. Duhamel convienne que
ce recouvrement soit fait le plus souvent
par un bourelet formé par un prolongement
de la greffe , qui peu à peu recouvre la tige
qui a été coupées cependant le prétendu
Solitaire persiste dans son sentiment , en
disant ; lly a des greffes où cette écorce après
avoirfait cette espece de calotte pour reconvrir
entierement le bois coupé , s'unit tellement
avec l'écorce du sujet , qu'on ne voit
aucune marque de jonction. Il n'est pas
surprenant qu'après s'être mis dans la
tête que l'argot étoit entierement recouvert
par l'écorce de la greffe , il n'y reconnoisse
plus d'union , puisqu'il la
cherche où elle n'est pas , cependant il
est sûr que cette union est quelquefois
peu apparente. Il rapporte ensuite un
exemple qui n'est pas fort interessant ,
d'un arbre qui a poussé une branche de
II, Vol.
cet
2800 MERCURE DE FRANCE
; cet endroit quelle raison y auroit il
pour qu'il n'en poussât pas de- là , comme
d'ailleurs ?
Ce que notre Solitaire dit de la greffe
en fente , revient , à peu de cbose près ,
à ce qu'il a dit de l'écusson ; ainsi nous
nous contenterons d'inviter les curieux à
aller voir une greffe de Pommier , âgée
de 14. ans , c'est , selon lui , une piece
fort précieuse , qu'il conserve avec soin
dans son Cabinet : on sera bien dédommagé
du voyage d'Auxerre.
Voilà , M. où se terminent les Observations
du Solitaire , et où commence
la Parodie du Memoire de M Duhamel ,
que je n'aurois jamais reconnu dans ceux
de l'Académie , si l'Auteur de la Lettre
ne l'avoit pas indiqué dans le Tome
de l'Année 1728 .
Premierement , il dit avoir lû dans
le Volume de cette année un Memoire
de M. D. sur la greffe , ce qui est faux ,
puisqu'il n'y a que deux Memoires de
M. D. en 1728. l'un où il découvre la
source d'une maladie du Saffran , et l'autre
où il recherche la cause phisique des
nouvelles especes de fruits ; il est vrai
que cette recherche l'a engagé à dire un
mot de la greffe , mais ce n'est que par
occasion et dans l'espace tout au plus
II. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2801
de deux feuilles , * ce qui dispense M.Duhamel
de l'exactitude que j'espere qu'on
trouvera dans les derniers Memoires qu'il
a faits sur cette pratique d'Agriculture ,
et où il traite en particulier de la maniere
dont la greffe s'unit au sujet ; ainsi
le Memoire cité pa Auteur de la Lettre
n'a pas la greffe pour objet principal.
Secondement , l'Auteur de la Lettre essaye
en raprochant plusieurs morceaux
détachez du Mémoire de M. D. de forcer
le vrai sens du Mémoire , pour avoir
occasion ensuite de le tourner en ridicule.
En effet , suivant la Lettre il semble
que M. D. annonce la découverte
d'une vraie glande à laquelle il attribuë
de grands avantages , pendant qu'il n'a
d'autre but que de prouver que la greffe
ne change pas les especes ; pour cela M.
D. commence par rapporter tout ce qui
* Dans le Tome de 1730. M. D. dit , j'eus occasion
l'année derniere dans un Memoire qui
avoit pour titre , Recherche sur les causes , & c.
d'examiner en passant l'Anatomie de la greffe ..
Cet examen des parties de la greffe ne m'ayant
pas paru suffisant pour détruire un sentiment assez
generalement adopté , à moins que les Observations
Anatomiques ne fussent soutenues
par des Experiences exactes et plusieurs fois réïterées
, j'ai rapporté plusieurs greffes que l'on
pratique tous les jours , &c...
11. Vol. C pa
2892 MERCURE DE FRANCE
paroît favorable à li greffe ou plutôt au
Systême qu'il combat ; il avoue qu'on ne
peut gueres concevoir que deux Arbres
de differente espece se joignent sans qu'il
en arrive une cicatrice qui soit d'un tissu
plus serré que le tissu des Bois qui se
sont joints , il ajoute qu'on voit assez
souvent des infléxions ou changemens de
directions dans les fibres et qu'il peut
bien y avoir quelque chose qui approche
de la Méchanique des gandes ; il
croît même qu'on peut attribuer à cette
nouvelle organisation la petite perfection
qu'acquerrent les fuits par la greffe , et
suppose que cette perfection sera plus
considérabe à proportion que la cicatrice
sera d un tissu plus serré , et qu'ain.
si on ne peut pas esperer que la greffe
affranchisse beaucoup les especes quand
y ayant trop de rapport entre la greffe et
le sujet l'union est si intime qu'il n'y a
presque pas de cicatrice ( 1 ) , après tout
ce sont- là de ces points de Physique où il
n'y a que de la vrai- semblance , et sur
lesquels chacun peut avoir son sentimen
; mais M, Duhamel revient bien tột
au but principal de son Mémoire , et il
dit qu'il ne voit rien dans cette organi
&
( 1 ) Ce qu'on peut voir dans un de ses Mémoires
, imprimé en 17319
LI, Vol Zie
DECEMBRE. 1733 . 2803
sation qui puisse changer les especes :
Voici comme il termine cet article.
Si en effet la glande,le filtre ou le noud
qui est produit par l'application de la
greffe , étoit capable de changer si considérablement
la séve il en naîtroit un fruit
totalement different de celui qu'on auroit
greffé ; ce qui n'arrive pas , il donne seulement
une petite perfection à la séve ,
et quelque petite que soit cette perfec
tion , elle ne laisse pas de se faire remar
quer dans le fruit ; ce que M. D. ach ve
de prouver par plusieurs expériences de
pratique,
A l'égard de l'union des fibres de la
greffe avec le Bois déja formé ; quoique
cela arrive quelquefois , je n'ai point
vû que M. D. l'eut avancé dans son Mémoire
; au contraire , il y a plus d'un an
qu'il m'a fait voir que cette union n'arrivoit
que rarement ; mais quand il seroit
vrai que M. Duhamel se seroit trompé
dans ce Mémoire au sujet de la greffe ,
ne seroit- il pas en droit d'en appeller à
la suite de son rravail sur cette matiere ?
Puisqu'on ne continue à observer que
pour acquerir de nouvelles connoissances
et rectifier les anciennes , et je n'ai rien de
mieux à faire pour l'entiere justification
de M.D. que d'exhorter ceux qui auront
II. Vol. Cij lû
2804 MERCURE DE FRANCE
lû la Lettre du prétendu Frere , à lire le
Mémoire qui a été l'objet de la critique ,
en attendant que la suite de ses Observations
soit imprimée.
Cependant comme l'ami du prétendu
Solitaire , suivant l'usage de tous les Critiques
de mauvaise humeur , ne manque
pas de taxer M. D, de Plagiaire. J'ai été
curieux de m'assurer par moi- même , si
effectivement les Auteurs citez avoient
échapé à M. D. comme cela auroit pû
arriver. Mais cette recherche n'a servi qu'à
me faire voir combien l'envie et la jalousie
déguisent les objets aux yeux
de ceux
qui sont susceptibles de ces passions.
Voici le passage de M.Tournefort: Pour
remplir le dénombrement des causes auxquelles
l'on araporté les maladies des Plantes ;
Il nous reste, à parler des bosses qui naissent
autour des greffes comme les Vaisseaux de
la greffe ne répondent pas bout à bout aux
Vaissaux du sujet sur lequel on l'a appliquée
, il n'est pas possible que le suc nourrissier
les enfile en ligne droite , si-bien
que le
cal bossu est inévitable ; d'ailleurs il se trouve
bien de la matiere inutile dans la filtration
qui se fait du sujet dans la greffe , et cette
matiere qui ne sçauroit être vuidée par aucun
Vaisseau , ni defferens ni extrotoires , ne
laisse pas d'augmenter la Bosse,
II, Vol On
DECEMBRE. 1733. 2805
On voit par le passage
de M. de Tournefort
que l'objet
de cet Illustre
Académicien
, étant
d'expliquer
comment
se
forment
les Louppes
qui se rencontrent
au lieu de l'application
de certaines
greffes
, il a recours
à l'extravasion
du suc
ligueux
; mais examine
- t-il si le noeud
,
la cicatrice
ou le cal qui naît de l'union
des deux Bois , est capable'de
changer
les
especes
c'est cependant
là le but de
M. Duhamel
, dit-il , que cette nouvelle
organisation
peut
produire
les petites
perfections
que les fruits
acquerent
par la
greffe , comme
le soupçonne
M. D. Ce
n'est point du tout l'objet
de M.de Tournefort
; ainsi tout ce que l'on peut dire >
c'est
les deux
Académiciens
ne se
que
trouvent
point
en contrariété
de sentimens
; ce qui ne peut faire que plaisir
à
M. D. H. Le sentiment
d'Agricola
ne
ressemble
pas beaucoup
plus à celui de
M: Duhamel
, mais je ne m'arrêterai
pas
à établir
cette différence
, il me fuffit de
faire remarquer
que l'Agriculture
parfaite
d'Agricola
est un Livre Allemand
,
assez nouveau
, et qui n'a été imprimé
en
François
qu'en
1732. ce qui le rend bien
postérieur
au Mémoire
de M. Duhamel
,
qui a été imprimé
en 1728. Vous voyez ,
Monsieur
, combien
le reproche
que l'on
.II. Vol. C iij
fait
2806 MERCURE DE FRANCE
fait à M.D. est ridicule , et le cas que l'on
peut faire des Critiques d'humeur ; on ne
peut que déplorer la misérable inclination
de ceux qui employent leur esprit et
leurs talens à altérer la réputation des
autres , et à les traverser dans leur travail.
J'ai l'honneur d'être , &c .
M. *** au sujet d'une Lettre sur la
Greffe , inserée dans le Mercure de
P
France.
Lusieurs personnes de mes amis
m'ont apporté le Mercure du mois
d'Octobre dernier , pour me faire voir
une Lettre au sujet de la Greffe , qui
paroît m'être adressée , et qu'ils croyoient
m'interesser à cause de l'application que
je donne à tout ce qui regarde l'Agricul
ture , sur tout depuis quinze ans que je
suis chargé du soin de notre Jardin ; mais
je les ai assurez que cette Lettre ne me
regardoit en aucune maniere ; je n'en connois
pas l'Auteur qui me paroît supposé;
je vous dirai même que je n'ambitionne
pas de le connoître , tant j'ai été choqué
de la malignité de son stile ; je souhaite
seulement de me conformer , autant qu'il
me sera possible , aux grands principes
qu'il a mis au commencement et à la
II. Vol. fin
DECEMBRE . 1733. 2793
fin de sa Lettre ; c'est uniquement dans
cette vûë que je ne crois obligé de vous
dire ce que je pense de cet Ouvrage , pour,
rendre justice à M. Duhamel , qui m'a
tnujours communiqué son travail sur
l'Agriculture , peut - être par une espece
de reconnoissance des secours que notre
Jardin peut lui fournir de tems en tems
pour faire les experiences dont il croit
tirer quelque avantage.
Je distingue deux pa ties dans la Lettre
en question ; l'une qui renferme des
Observations sur l'union de la greffe avec
son sujet , et l'autre qui est une Critique
d'un Memoire de M. Duhamel , ou qui
en est plutôt une Parodie.
La premiere Partie m'a parû assez bonne
et m'a fait plaisir à lire , quoiqu'elle
n'ait rien de nouveau pour moi , puisqu'il
y a plus d'un an que M. D. m'a
fait voir les préparations qu'il avoit faites
au sujet de la greffe , et qu'il venoit
de démontrer à l'Académie...
bois
1 °. Que jamais le bois des greffes , en
fente ou en couronne , ne s'unit au
du sujet,non - plus que le bois des écussons
quand de mauvais Jardiniers y en laissent.
2°. Que l'union de la greffe avec son
sujet se fait dans la portion de l'écorce
qui doit devenir bois , c'est-à-dire, dans
11. Vol.
cette
2794 MERCURE DE FRANCE
cette partie interieure de l'écorce dont
les fibres ont une direction longitudinale,
ce que M. D. regarde comme du bois en
herbe , de telle sorte que l'union se fait
principalement par la jonction des fibres
herbaces , tant de la greffe, que du sujet,
qui correspondent les unes aux autres ,
d'abord et plus intimement par en bas ,
ensuite par en haut , même par les côtez ,
&c. mais rarement du corps de l'écusson .
avec le bois du sujet je dis rarement ,
car M. Duhamel m'a fait remarquer des
cas où cela arrive .
3º . J'ai vû avec beaucoup de plaisir
dans plusieurs préparations que M. D.
a faites sur les greffes que l'union étoit
toûjours plus intime entre certaines especes
, qui constamment réussissent bien
dans nos Pépinieres , comme le Bon Chritien
d'hyver sur Coignassier, qu'entre d'autres
qui ont toujours de la peine à s'allier
comme la Merveille d'hyver sur le
Coignassier , ce qui nous a donné lieu
de remarquer qu'assez souvent les fibres
s'inclinent et se replient pour s'aboucher,
pendant que dans d'autes cas ces fibres
se joignent sans aucune infléxion .
4. Par des dissections du Guy , il m'a
fait remarquer , tantôt la conformité , et
tantôt le peu de ressemblance qu'il y a
II. Vol. entre
DECEMBRE. 1733. 2795
entre l'union que le Guy contracte avec
les arbres et l'union de la greffe avec leurs
sujets .
5. Nous avons fait ensemble des playes
à plusieurs arbres pour en observer la
réunion ou la formation de la cicatrice ,
ce qui a encore fourni à M. D. des lumieres
sur la greffe.
6°. Enfin M. D. m'a fait voir plusieurs
fois une suite curieuse de greffes de tous
les âges , preparées de maniere à faire voir
très- clairement les progrès de leur union
avec leurs sujets.
Il est fâcheux pour le prétendu Solitaire
, que M; D. soit nanti de toutes ces
choses depuis plus d'un an , et qu'il en aft
fait la démonstration à l'Académie , et
en mon particulier je n'ai point fait de
mystere de m'en entretenir avec tous
les Curieux qui sont venus se promener
dans notre Jardin , il faut cependant
l'avouer , il y a quelque chose de nouveau
dans les Observations qui sont au
commencement de la Lettre , mais dont
je crois que M. D. ne conviendra pass
on y Tit que
dins
, la greffe
en
écusson
,
la greffe fait toujours avec le sujet un an-
-gle plus ou moins considerable , selon que
sa situation avec le sujet est plus ou moins
oblique. Comme si l'on pouvoit placer
II. Vol.
un
2/90 IVIL
un écusson plus ou moins obliquement
à l'égard de son su et . L'obliquité de la
pousse ne dépend donc pas de la situation
plus ou moins oblique de la greffe ,
puisque la situation d'une greffe en écusson
ne peut varier , mais elle dépend de la
situation du bouton ou de ce que nous appellons
l'oeil , par rapport aux autres parties
de l'écusson; et la situation de cet oeil
dépend de la situation què la branche sur
laquelle on a levé cet écusson , avoit sur
l'arbre dont on l'a coupée.
Quelques lignes après il dit : Alors la
couche de l'écorce qui est exierieure à la
couche interieure du Livre , commence à
Pousser dans celle du sujet qui lui correspond.
M. Duhamel croit que les fibres
de la greffe et celles du sujet s'allongent
mutuellement , ce qu'il avance après
* C'est pour cela que M. de la Quintinie et
mon Prédecesseur , ont recommandé de lever
toujours des écussons sur des branches droites ,
sur tout quand il s'agit de greffer des beaux Presents
ou des Inconnues , Cheneau , &c. qui sont
fort sujettes à pousser de travers, quelquefois cependant
par une fausse position des écussons , il
peut arriver que les fibres de l'écusson soient un
peu inclinez par rapport à celles du sujet et alors
la pousse fera d'abord un petit coude qui se redressera
en peu de temps , je ne sçai pas si c'est
de cette obliquité que l'Auteur de la Lettre veut
parler.
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1733. 2797
des observations dont il a fait part à l Académie.
Il ajoûte : Mais la portion ligneuse du
sujet périt d'abord , cela est faux , et si
l'on n'a pas soin d'étêter les arbres écussonnez
, ils poussent comme si on ne leur
avoit rien fait.
On lit ensuite Pareillement la portion
ligneuse de la greffe , & c. C'est une mau
vaise méthode que de laisser du bois
dans la greffe en écusson . Quelques lignes
après il dir : Que cette portion ligneuse
ne s'unit avec aucune partie du sujet ; cola
est vrai et a été bien prouvé par M. D.
Elles cessent même de croître , continue-t'il
cela est bien necessaire , puisqu'elle meurt :
cependant il le prouve ainsi , car la por
tion ligneuse de la greffe étant parvenuë
presque vis-à- vis celle du sujet , elles font
un petit détour. Elles cessent de croître ;
pour preuve de cela : C'est qu'elles parviennent
vis - à- vis de celles du sujet , et
qu'elles font un détour. Voila ce que je
n'entends pas. Il parle ensuite assez obscurément
de la formation de la cicatrice
sur l'argot, ou de la maniere dont se ferme
la playe qu'on a faite en retranchant
la tige du sujet ; mais s'apercevant de
son obscurité , et pour se rendre plus clair
es plus intelligible dans ce qui lui reste à
II. Val. dire
2798 MERCURE DE FRANCE
c'est
dire sur la greffe en écusson , voici ce qu'il
dit : Il est bon de regarder l'écorce qui environne
la greffe , comme divisée en deux por
tions , séparées par la partie ligneuse qui en
occupe le centre. Il y a bien de la métho-
оссире
de là - dedans, mais point du tout de clatté.
Qui a jamais entendu parler de portion
ligneuse qui sépare en deux l'écorce,
qui environne un écusson ? Encore un
coup , il ne doit point rester de bois for
mé dans un écusson bien fait . Si je veux
faire entendre à quelqu'un ce que
qu'un écusson , je le distinguerai avec
M. D. en deux parties principales ; l'une
sera le bouton qui en occupe le milieu ,
l'autre l'écorce qui l'environne. Le bouton
est formé exterieurement par des
écailles membraneuses , et interieurement
par ce qu'on appelle l'oeil ou le racourci
d'une jeune branche qui est tendre et
herbassée . L'écorce qui appartient à l'écusson
se peut aussi diviser en deux parties
, l'écorce , proprement dite , est la
plus exterieure , elle est mince , membraneuse
et sert d'enveloppe à l'autre ,
qu'on appelle improprement écorce , et
qui doit devenir dans peu une couche
ligneuse.
Maintenant que nous lui avons donné
une idée claire de la greffe , nous pou
11. Vol.
YOUS
DECEMBRE . 1733. 2799
vons distinguer avec lui l'écorce qui environne
l'oeil de l'écusson en deux portions
, l'une superieure et l'autre inferieure.
La portion superieure de l'écorce ,
suivant lui , forme le plus souvent un bourelet
, qui peu peu recouvre la tige qui a
été coupée, Nous avons trop
bien vû que
le recouvrement dont il est question est
formé partie par l'écorce de la greffe et
en plus grande partie par celle du sujet,
pour que M. Duhamel convienne que
ce recouvrement soit fait le plus souvent
par un bourelet formé par un prolongement
de la greffe , qui peu à peu recouvre la tige
qui a été coupées cependant le prétendu
Solitaire persiste dans son sentiment , en
disant ; lly a des greffes où cette écorce après
avoirfait cette espece de calotte pour reconvrir
entierement le bois coupé , s'unit tellement
avec l'écorce du sujet , qu'on ne voit
aucune marque de jonction. Il n'est pas
surprenant qu'après s'être mis dans la
tête que l'argot étoit entierement recouvert
par l'écorce de la greffe , il n'y reconnoisse
plus d'union , puisqu'il la
cherche où elle n'est pas , cependant il
est sûr que cette union est quelquefois
peu apparente. Il rapporte ensuite un
exemple qui n'est pas fort interessant ,
d'un arbre qui a poussé une branche de
II, Vol.
cet
2800 MERCURE DE FRANCE
; cet endroit quelle raison y auroit il
pour qu'il n'en poussât pas de- là , comme
d'ailleurs ?
Ce que notre Solitaire dit de la greffe
en fente , revient , à peu de cbose près ,
à ce qu'il a dit de l'écusson ; ainsi nous
nous contenterons d'inviter les curieux à
aller voir une greffe de Pommier , âgée
de 14. ans , c'est , selon lui , une piece
fort précieuse , qu'il conserve avec soin
dans son Cabinet : on sera bien dédommagé
du voyage d'Auxerre.
Voilà , M. où se terminent les Observations
du Solitaire , et où commence
la Parodie du Memoire de M Duhamel ,
que je n'aurois jamais reconnu dans ceux
de l'Académie , si l'Auteur de la Lettre
ne l'avoit pas indiqué dans le Tome
de l'Année 1728 .
Premierement , il dit avoir lû dans
le Volume de cette année un Memoire
de M. D. sur la greffe , ce qui est faux ,
puisqu'il n'y a que deux Memoires de
M. D. en 1728. l'un où il découvre la
source d'une maladie du Saffran , et l'autre
où il recherche la cause phisique des
nouvelles especes de fruits ; il est vrai
que cette recherche l'a engagé à dire un
mot de la greffe , mais ce n'est que par
occasion et dans l'espace tout au plus
II. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2801
de deux feuilles , * ce qui dispense M.Duhamel
de l'exactitude que j'espere qu'on
trouvera dans les derniers Memoires qu'il
a faits sur cette pratique d'Agriculture ,
et où il traite en particulier de la maniere
dont la greffe s'unit au sujet ; ainsi
le Memoire cité pa Auteur de la Lettre
n'a pas la greffe pour objet principal.
Secondement , l'Auteur de la Lettre essaye
en raprochant plusieurs morceaux
détachez du Mémoire de M. D. de forcer
le vrai sens du Mémoire , pour avoir
occasion ensuite de le tourner en ridicule.
En effet , suivant la Lettre il semble
que M. D. annonce la découverte
d'une vraie glande à laquelle il attribuë
de grands avantages , pendant qu'il n'a
d'autre but que de prouver que la greffe
ne change pas les especes ; pour cela M.
D. commence par rapporter tout ce qui
* Dans le Tome de 1730. M. D. dit , j'eus occasion
l'année derniere dans un Memoire qui
avoit pour titre , Recherche sur les causes , & c.
d'examiner en passant l'Anatomie de la greffe ..
Cet examen des parties de la greffe ne m'ayant
pas paru suffisant pour détruire un sentiment assez
generalement adopté , à moins que les Observations
Anatomiques ne fussent soutenues
par des Experiences exactes et plusieurs fois réïterées
, j'ai rapporté plusieurs greffes que l'on
pratique tous les jours , &c...
11. Vol. C pa
2892 MERCURE DE FRANCE
paroît favorable à li greffe ou plutôt au
Systême qu'il combat ; il avoue qu'on ne
peut gueres concevoir que deux Arbres
de differente espece se joignent sans qu'il
en arrive une cicatrice qui soit d'un tissu
plus serré que le tissu des Bois qui se
sont joints , il ajoute qu'on voit assez
souvent des infléxions ou changemens de
directions dans les fibres et qu'il peut
bien y avoir quelque chose qui approche
de la Méchanique des gandes ; il
croît même qu'on peut attribuer à cette
nouvelle organisation la petite perfection
qu'acquerrent les fuits par la greffe , et
suppose que cette perfection sera plus
considérabe à proportion que la cicatrice
sera d un tissu plus serré , et qu'ain.
si on ne peut pas esperer que la greffe
affranchisse beaucoup les especes quand
y ayant trop de rapport entre la greffe et
le sujet l'union est si intime qu'il n'y a
presque pas de cicatrice ( 1 ) , après tout
ce sont- là de ces points de Physique où il
n'y a que de la vrai- semblance , et sur
lesquels chacun peut avoir son sentimen
; mais M, Duhamel revient bien tột
au but principal de son Mémoire , et il
dit qu'il ne voit rien dans cette organi
&
( 1 ) Ce qu'on peut voir dans un de ses Mémoires
, imprimé en 17319
LI, Vol Zie
DECEMBRE. 1733 . 2803
sation qui puisse changer les especes :
Voici comme il termine cet article.
Si en effet la glande,le filtre ou le noud
qui est produit par l'application de la
greffe , étoit capable de changer si considérablement
la séve il en naîtroit un fruit
totalement different de celui qu'on auroit
greffé ; ce qui n'arrive pas , il donne seulement
une petite perfection à la séve ,
et quelque petite que soit cette perfec
tion , elle ne laisse pas de se faire remar
quer dans le fruit ; ce que M. D. ach ve
de prouver par plusieurs expériences de
pratique,
A l'égard de l'union des fibres de la
greffe avec le Bois déja formé ; quoique
cela arrive quelquefois , je n'ai point
vû que M. D. l'eut avancé dans son Mémoire
; au contraire , il y a plus d'un an
qu'il m'a fait voir que cette union n'arrivoit
que rarement ; mais quand il seroit
vrai que M. Duhamel se seroit trompé
dans ce Mémoire au sujet de la greffe ,
ne seroit- il pas en droit d'en appeller à
la suite de son rravail sur cette matiere ?
Puisqu'on ne continue à observer que
pour acquerir de nouvelles connoissances
et rectifier les anciennes , et je n'ai rien de
mieux à faire pour l'entiere justification
de M.D. que d'exhorter ceux qui auront
II. Vol. Cij lû
2804 MERCURE DE FRANCE
lû la Lettre du prétendu Frere , à lire le
Mémoire qui a été l'objet de la critique ,
en attendant que la suite de ses Observations
soit imprimée.
Cependant comme l'ami du prétendu
Solitaire , suivant l'usage de tous les Critiques
de mauvaise humeur , ne manque
pas de taxer M. D, de Plagiaire. J'ai été
curieux de m'assurer par moi- même , si
effectivement les Auteurs citez avoient
échapé à M. D. comme cela auroit pû
arriver. Mais cette recherche n'a servi qu'à
me faire voir combien l'envie et la jalousie
déguisent les objets aux yeux
de ceux
qui sont susceptibles de ces passions.
Voici le passage de M.Tournefort: Pour
remplir le dénombrement des causes auxquelles
l'on araporté les maladies des Plantes ;
Il nous reste, à parler des bosses qui naissent
autour des greffes comme les Vaisseaux de
la greffe ne répondent pas bout à bout aux
Vaissaux du sujet sur lequel on l'a appliquée
, il n'est pas possible que le suc nourrissier
les enfile en ligne droite , si-bien
que le
cal bossu est inévitable ; d'ailleurs il se trouve
bien de la matiere inutile dans la filtration
qui se fait du sujet dans la greffe , et cette
matiere qui ne sçauroit être vuidée par aucun
Vaisseau , ni defferens ni extrotoires , ne
laisse pas d'augmenter la Bosse,
II, Vol On
DECEMBRE. 1733. 2805
On voit par le passage
de M. de Tournefort
que l'objet
de cet Illustre
Académicien
, étant
d'expliquer
comment
se
forment
les Louppes
qui se rencontrent
au lieu de l'application
de certaines
greffes
, il a recours
à l'extravasion
du suc
ligueux
; mais examine
- t-il si le noeud
,
la cicatrice
ou le cal qui naît de l'union
des deux Bois , est capable'de
changer
les
especes
c'est cependant
là le but de
M. Duhamel
, dit-il , que cette nouvelle
organisation
peut
produire
les petites
perfections
que les fruits
acquerent
par la
greffe , comme
le soupçonne
M. D. Ce
n'est point du tout l'objet
de M.de Tournefort
; ainsi tout ce que l'on peut dire >
c'est
les deux
Académiciens
ne se
que
trouvent
point
en contrariété
de sentimens
; ce qui ne peut faire que plaisir
à
M. D. H. Le sentiment
d'Agricola
ne
ressemble
pas beaucoup
plus à celui de
M: Duhamel
, mais je ne m'arrêterai
pas
à établir
cette différence
, il me fuffit de
faire remarquer
que l'Agriculture
parfaite
d'Agricola
est un Livre Allemand
,
assez nouveau
, et qui n'a été imprimé
en
François
qu'en
1732. ce qui le rend bien
postérieur
au Mémoire
de M. Duhamel
,
qui a été imprimé
en 1728. Vous voyez ,
Monsieur
, combien
le reproche
que l'on
.II. Vol. C iij
fait
2806 MERCURE DE FRANCE
fait à M.D. est ridicule , et le cas que l'on
peut faire des Critiques d'humeur ; on ne
peut que déplorer la misérable inclination
de ceux qui employent leur esprit et
leurs talens à altérer la réputation des
autres , et à les traverser dans leur travail.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Fermer
Résumé : LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
Le Jardinier Solitaire répond à une lettre publiée dans le Mercure de France, qui traite de la greffe des plantes. Plusieurs amis lui ont montré cette lettre, pensant qu'elle l'intéresserait en raison de son expertise en agriculture. Cependant, le Jardinier Solitaire affirme que la lettre ne lui est pas adressée et qu'il ne connaît pas son auteur, dont le style l'a choqué. La lettre est divisée en deux parties. La première contient des observations sur l'union de la greffe avec son sujet. Le Jardinier Solitaire trouve cette partie intéressante, bien qu'elle ne contienne rien de nouveau pour lui, car M. Duhamel lui a déjà montré ses préparations et démonstrations sur la greffe à l'Académie. Les observations incluent : le bois des greffes ne s'unit jamais au bois du sujet, l'union se fait principalement par les fibres herbacées de l'écorce, certaines espèces s'unissent mieux que d'autres, des dissections du gui montrent des similitudes et des différences avec l'union des greffes, des expériences sur la cicatrisation des plaies des arbres ont fourni des lumières sur la greffe, et M. Duhamel a montré des séries de greffes préparées pour illustrer les progrès de leur union. Le Jardinier Solitaire critique certaines affirmations de la lettre, notamment sur l'obliquité des greffes en écusson et la formation de la cicatrice, soulignant que certaines observations sont incorrectes ou mal interprétées. La seconde partie de la lettre est une critique d'un mémoire de M. Duhamel, que l'auteur de la lettre présente de manière erronée. Le Jardinier Solitaire corrige ces erreurs et explique que le mémoire de M. Duhamel ne traite pas principalement de la greffe, mais mentionne la greffe de manière incidente. Il dénonce également les tentatives de l'auteur de la lettre de tourner en ridicule le mémoire de M. Duhamel. Le texte traite également des observations de M. Duhamel sur la greffe des plantes, publiées dans un mémoire en 1731. Duhamel affirme que la greffe n'affranchit pas les espèces et que l'union entre la greffe et le sujet est si intime qu'il n'y a presque pas de cicatrice. Il explique que la greffe améliore légèrement la sève, ce qui se remarque dans le fruit, mais ne change pas l'espèce. Le texte mentionne des critiques adressées à Duhamel, notamment l'accusation de plagiat. Cependant, il est souligné que les travaux de Tournefort et Agricola, cités par les critiques, ne contredisent pas les observations de Duhamel et que ces critiques sont motivées par l'envie et la jalousie. Le mémoire de Duhamel, imprimé en 1728, précède la publication des œuvres mentionnées, invalidant ainsi les accusations de plagiat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 2806-2808
NOEL, Pour les Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan.
Début :
Paroissez, jours si salutaires, [...]
Mots clefs :
Cieux, Dieu, Dames religieuses, Chanter, Allégresse, Beaux jours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOEL, Pour les Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan.
NOEL ,
Pour les Dames Religieuses de Notre-
Dame de Perpignan.
P
Aroissez , jours si salutaires ,
Jours , qui devez nous rendre heureux ;
Beaux jours , tant prédits à nos Petes
Secondez l'ardeur de nos voeux ;
Venez , volez , et que sans cesse
Vos douceurs regnent en tous lieux ;
Beaux jours , répandez l'allégresse ,
Et sur la terre et dans les Cieux.
Paroissez , &c.
›
Mais , quel enchantement ! quel éclat ! quelle
Aurore !
Mille et mille rayons dorent tous ces Côteaux;
Ciel ! quels feux apperçois- je encore !
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1733 . 280
Dans la nuit , un Soleil brille dans nos Ha
meaux ,
Quels sons harmonicux ! une Troupe Angeli
que
Des plus aimables chants , fair retentir les Airs
Qu'on est charmé de ses Concers !
Elle annonce par ce Cantique ,
Un Kédempteur à l'Univers.
» Chantez , Mortels , chantez Victoire ;
Un Dieu se fait Homme pour vous ;
» Célébrez sans cesse sa gloire ;
. L'Enfer va ceder à ses coups.
» Non , non , vous n'aurez plus de Guerre,
» Vos maux finissent pour jamais ,
» L'Eternel n'a plus de Tonnerre ,
"3 Quand son cher Fils donne la Paix,
» Chantez , Mortels , & c .
Mais qu'apperçois- je , 6 Ciel le Messie ado
rable
Parmi deux animaux.
Un Roy dans une Etable
A peine couvert de Jambeaux.
Quoi ! la Souveraine Puissance ,
Quoi ? ce Dieu si grand , si parfait ,
Sur le Foin , aujourd'hui , soupire après le Lait .
Dont l'homme a besoin dans l'Enfance !
II.Vol Cij Cieux
2808 MERCURE DE FRANCE
Cieux , Terre , tout s'unit pour loüer ce Sanyeur
,
Et tes Filles a , Sion , par la grace épurées -
Font retentir ces lieux des louanges sacrées ,
Que les coeurs attendris , donnent au Redempteur
,
Hautbois , Clairons , tendre Musette ,
Célébrez un Dieu plein d'amour ,
Trompette, sonnez en ce jour ,
De l'Empire infernal annoncez la défaite.
Du Dieu qui vienr briser nos fers ,
Chantons la gloire , et la tendresse ;
Livrons- nous tous à l'allégresse ,
Enfin les Cieux nous sont ouverts.
a Les Dames Religieuses..
P.. R. F. Controlleur au Bureau Général
du Tabac à Perpignan.
La Musique est celle de la Cantate, les Jardins
e Sceaux , &c.
Pour les Dames Religieuses de Notre-
Dame de Perpignan.
P
Aroissez , jours si salutaires ,
Jours , qui devez nous rendre heureux ;
Beaux jours , tant prédits à nos Petes
Secondez l'ardeur de nos voeux ;
Venez , volez , et que sans cesse
Vos douceurs regnent en tous lieux ;
Beaux jours , répandez l'allégresse ,
Et sur la terre et dans les Cieux.
Paroissez , &c.
›
Mais , quel enchantement ! quel éclat ! quelle
Aurore !
Mille et mille rayons dorent tous ces Côteaux;
Ciel ! quels feux apperçois- je encore !
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1733 . 280
Dans la nuit , un Soleil brille dans nos Ha
meaux ,
Quels sons harmonicux ! une Troupe Angeli
que
Des plus aimables chants , fair retentir les Airs
Qu'on est charmé de ses Concers !
Elle annonce par ce Cantique ,
Un Kédempteur à l'Univers.
» Chantez , Mortels , chantez Victoire ;
Un Dieu se fait Homme pour vous ;
» Célébrez sans cesse sa gloire ;
. L'Enfer va ceder à ses coups.
» Non , non , vous n'aurez plus de Guerre,
» Vos maux finissent pour jamais ,
» L'Eternel n'a plus de Tonnerre ,
"3 Quand son cher Fils donne la Paix,
» Chantez , Mortels , & c .
Mais qu'apperçois- je , 6 Ciel le Messie ado
rable
Parmi deux animaux.
Un Roy dans une Etable
A peine couvert de Jambeaux.
Quoi ! la Souveraine Puissance ,
Quoi ? ce Dieu si grand , si parfait ,
Sur le Foin , aujourd'hui , soupire après le Lait .
Dont l'homme a besoin dans l'Enfance !
II.Vol Cij Cieux
2808 MERCURE DE FRANCE
Cieux , Terre , tout s'unit pour loüer ce Sanyeur
,
Et tes Filles a , Sion , par la grace épurées -
Font retentir ces lieux des louanges sacrées ,
Que les coeurs attendris , donnent au Redempteur
,
Hautbois , Clairons , tendre Musette ,
Célébrez un Dieu plein d'amour ,
Trompette, sonnez en ce jour ,
De l'Empire infernal annoncez la défaite.
Du Dieu qui vienr briser nos fers ,
Chantons la gloire , et la tendresse ;
Livrons- nous tous à l'allégresse ,
Enfin les Cieux nous sont ouverts.
a Les Dames Religieuses..
P.. R. F. Controlleur au Bureau Général
du Tabac à Perpignan.
La Musique est celle de la Cantate, les Jardins
e Sceaux , &c.
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Résumé : NOEL, Pour les Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan.
Le poème célèbre la naissance du Christ, destiné aux Dames Religieuses de Notre-Dame de Perpignan. Il commence par une invocation aux jours salutaires et heureux, appelant à l'allégresse sur terre et dans les cieux. Une scène nocturne est décrite, où un soleil brille, accompagné de chants angéliques annonçant la venue d'un rédempteur pour l'univers. Les mortels sont invités à chanter la victoire et la gloire de Dieu, qui se fait homme pour apporter la paix et mettre fin aux guerres. Le texte évoque ensuite la naissance du Messie dans une étable, entouré d'animaux, soulignant la souveraineté et la perfection de Dieu malgré sa naissance humble. Le poème se termine par une célébration de la victoire de Dieu sur l'enfer, avec des instruments de musique et des louanges sacrées, exprimant la joie et l'allégresse de la rédemption. La musique mentionnée est celle de la cantate des Jardins de Sceaux. Le poème est signé par P. R. F., contrôleur au Bureau Général du Tabac à Perpignan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 2808-2816
REFLEXIONS.
Début :
Selon ce proverbe plein de sens ; Non e degne di esser obedito, chi non ha [...]
Mots clefs :
Colère, Amis, Avarice, Réflexions, Amour, Juge, Monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
Elon ce proverbe plein de sens ; Non
e degne di esser obedito , chi non ha ·
modo di esser amato.
II. Vol. Gli
DECEMBRE. 1733. 2809
Gli amici falsi sono come l'ombra dell
borivolo , che se il tempo è soreno apparisce
, s'è nebulose s'asconde.
Dans quelque liaison qu'on soit avec
son ami , et quelque épreuve qu'on en
ait faite , il est toujours d'un homme
sage de se réserver un secret pour soimême.
Ama ut oditurus , odi ut amaturus ....
En amitié on ne commence guere sans
y penser , mais en amour on commence
toujours sans refléxion. Aussi tous les
commencemens de l'amour sont semblables
, mais les suites sont differentes.
Les retours de l'amitié sont difficiles ;
ceux de l'amour sont fort aisez .
Quand nos amis nous ont trompés , on
ne doit avoir que de l'indifference pour
eux ; mais on doit toujours de la sensibilité
à leurs malheurs.
Quand on sçait se faire des amis par
ses bienfaits plutôt que par son mérite ,
on est bien digne d'en avoir , mais on
n'en a pas pour cela.
Un bon coeur approuve autant la ma-
11. Vol. Cv xime
2810 MERCURE DE FRANCE
xime de ne haïr que comme pouvant
aimer un jour , qu'il déteste celle de
n'aimer que comme si un jour on devoit
haïr.
Amigo de todos y ninguno , tode es uno.
De amigo reconciliado , guarte del come
del Diablo.
Quien de todos es amigo , o es muy pobre,
• muy rico.
Il vaut mieux être juge entre ses ennemis
qu'entre ses amis , parce qu'étant
juge entre ses ennemis. , on est assuré
au moins de se faire un ami ; mais étant
juge entre ses amis , on est assuré de se
faire un ennemi et quelquefois plusieurs.
L'avarice est un mal si incurable , qu'il
semble que le temps et la mort même
ne peuvent rien sur sa tyrannie.
La prodigalité est un grand vice à la
verité , mais qui ne fait du mal qu'à
soi même et dont les autres se trouvent
bien. L'avarice est odieuse à tout le monde
, elle nuit à soi et aux autres . Nullum
etiam vitium tetrius avaritia , dit Ciceron,
I I. Vol.
pròligus
DECEMBRE. 1733. 2817
prodigus avaro esse melior videtur , quia
ipso multis , illiberalis nemini prodest , immo
nec sibi quidam utilis avaritia .
La prodigalité peut se guérir , mais
l'avarice est une maladie désesperée qui
croît avec l'âge.
Chaque passion a ses plaisirs , et quoi
qu'on regarde la vie d'un avaricieux comme
la plus miserable du monde, jusqueslà
qu'on croit que le plus grand mal qui
puisse lui arriver , c'est qu'il vive longtemps
; cependant le plaisir qu'il a de
posseder son argent , de le voir , de le
compter , d'y songer , lui tient lieu des
plus grandes joyes , et il n'y en a point
dans le monde auxquelles il fut si sensible.
L'Avare croit qu'il n'aura jamais assez
de biens ; son avidité pour ceux qu'il
n'a pas , lui ôte le moyen de jouir de
ceux qui sont en sa possession , et on
peut dire que les richesses le possedent
et qu'il ne les possede pas.
Un Avare ne fait du bien à personne ,
pas même à soy ; et il n'use pas plus
de ce qu'il a , comme de ce qu'il n'a pas.
Tam deest avaro quod habet , quam quod
non habet . Horat .
II. Vol
V ] L
2812 MERCURE DE FRANCE
L'avarice loüable est celle du temps ,
qu'on ne sçauroit trop ménager.
On est toujours très- étroitement attaché
à ce qu'on craint de perdre , et
à ce que les autres nous envient , en sorte
qu'on peut assurer qu'un Avare cesseroit
de l'être , s'il pouvoit se persuader
que personne ne lui envie ses richesses
et qu'il les possedera toujours ; l'inquiétude
nourrit l'amour qu'on a pour elles.
Non luget quisquis laudari , Gallia quarit ;
Ille dolet verè , qui sine teste dolet . Mart.
Les pleurs d'un heritier sont des ris
cachez sous un masque . Heredis fletus sub
persona risus est. Publ. Syrus.
Les disgraces et les infortunes nous
surprendroient moins si nous faisions reflexion
sur la condition de notre nature
et sur les miseres qui en sont inséparables.
On ne doit pas plus se desesperer dans
l'adversité , que se confier trop dans la
prosperité.
Quelque inégalité qui paroisse dans La
distribution des adversitez , Socrate as-
II. Vol. sure
DECEMBRE. 1733 2813
sure que si chacun apportoit toutes ses
peines pour être mises avec celles des
autres , et ensuite partagées entre tous
les hommes en parties égales , chacun
reprendroit bien vîte les siennes , sans
vouloir les partager.
Dans toutes les disgraces qui peuvent
arriver pendant la vie , le comble de
l'infortune c'est d'avoir été heureux . In
omni adversitate fortuna in felicissimum
genus est infortunii , fuisse foelicem. Boece ,
1. 2. de Consolat.
Les grandes afflictions sont muettes ,
et les petites parlent . Cura leves loquuntur
, ingentes stupent. Senec .
Le souvenir des plaisirs passez est d'un
foible secours aux afflictions présentes.
Toute affliction est supportable quand
on a du pain ; mais sans pain tout est
affliction.
Nous devons voir nos amis dans la
prosperité , lorsqu'ils nous en prient ;
mais quand la fortune leur est contraire
et qu'ils sont dans l'adversité , il faut
y courir sans attendre qu'on soit appellé.
II. Vol.
c'est
2814 MERCURE DE FRANCE
C'est l'ordinaire à ceux qui profitent
à la mort de quelqu'un de paroître toujours
les plus affligez. Nulli jactantius
mærent , quam qui maxime lætantur.
Il y a des douleurs que l'on sent davantage
quelque temps après qu'on a
commencé de les sentir , que lorsqu'on
les sent pour la premiere fois.
Nous avons beau nous piquer d'avoir
le coeur bon pour nos amis , nous ne
sentons leurs malheurs que legerement ,
du moins nous ne les sentons pas longtemps
; car presque toutes les douleurs
de compassion sont des douleurs passageres,
dont la moindre distraction soulage.
Il est mal- aisé que celui qui a le feu
en sa maison , porte de l'eau pour éteindre
l'embrasement de son voisin .
La colere est de toutes les passions la
plus dangereuse ; elle ne produit que de
méchants effets , et marque la foiblesse
de celui qu'elle possede ; car il se laisse
aller au torrent qui l'entraîne , sans voir
le précipice et sans consulrer sa raison
qui pourroit l'en détourner et l'en rendre
maître .
11. Vol. La
DECEMBRE. 1733. 2815
La raison ne veut pas toujours qu'on
trouve juste ce qui est veritablement
justę; mais la colere veut qu'on trouve
juste tout ce qu'elle estime juste.
Sono poco da temersi , coloro aquali la lingua
serve per ispada : la colera che isfoga
per la bocca , non isfoga par le mani.
Les invectives et les menaces sont presque
, toujours l'effet et la marque d'une
colere impuissante , qui d'ordinaire ne
diminuent pas la bonne opinion qu'on
a de ceux qu'on attaque.
Non teme il colerico , perche rimira l'oggetto
inquanto lo puo offendere ; non , -inquanto
puo essèr egli offeso.
ރ
La colere la plus aigre et la plus dange
reuse est celle qui sort d'un sujet dont
la vie est molle et effeminée , car les plus
foibles sont les plus susceptibles mouvemens
de cette passion. On le voit assez
dans les ignorans , les malades , les vieil
lards , les femmes et les enfans.
La colere fait toujours trouver nos
raisons meilleures qu'elles ne sont.
II. Vol.
On
2816 MERCURE DE FRANCE
On est presque toujours obligé de continuer
de sang froid , ce qu'on a commencé
en colere .
Elon ce proverbe plein de sens ; Non
e degne di esser obedito , chi non ha ·
modo di esser amato.
II. Vol. Gli
DECEMBRE. 1733. 2809
Gli amici falsi sono come l'ombra dell
borivolo , che se il tempo è soreno apparisce
, s'è nebulose s'asconde.
Dans quelque liaison qu'on soit avec
son ami , et quelque épreuve qu'on en
ait faite , il est toujours d'un homme
sage de se réserver un secret pour soimême.
Ama ut oditurus , odi ut amaturus ....
En amitié on ne commence guere sans
y penser , mais en amour on commence
toujours sans refléxion. Aussi tous les
commencemens de l'amour sont semblables
, mais les suites sont differentes.
Les retours de l'amitié sont difficiles ;
ceux de l'amour sont fort aisez .
Quand nos amis nous ont trompés , on
ne doit avoir que de l'indifference pour
eux ; mais on doit toujours de la sensibilité
à leurs malheurs.
Quand on sçait se faire des amis par
ses bienfaits plutôt que par son mérite ,
on est bien digne d'en avoir , mais on
n'en a pas pour cela.
Un bon coeur approuve autant la ma-
11. Vol. Cv xime
2810 MERCURE DE FRANCE
xime de ne haïr que comme pouvant
aimer un jour , qu'il déteste celle de
n'aimer que comme si un jour on devoit
haïr.
Amigo de todos y ninguno , tode es uno.
De amigo reconciliado , guarte del come
del Diablo.
Quien de todos es amigo , o es muy pobre,
• muy rico.
Il vaut mieux être juge entre ses ennemis
qu'entre ses amis , parce qu'étant
juge entre ses ennemis. , on est assuré
au moins de se faire un ami ; mais étant
juge entre ses amis , on est assuré de se
faire un ennemi et quelquefois plusieurs.
L'avarice est un mal si incurable , qu'il
semble que le temps et la mort même
ne peuvent rien sur sa tyrannie.
La prodigalité est un grand vice à la
verité , mais qui ne fait du mal qu'à
soi même et dont les autres se trouvent
bien. L'avarice est odieuse à tout le monde
, elle nuit à soi et aux autres . Nullum
etiam vitium tetrius avaritia , dit Ciceron,
I I. Vol.
pròligus
DECEMBRE. 1733. 2817
prodigus avaro esse melior videtur , quia
ipso multis , illiberalis nemini prodest , immo
nec sibi quidam utilis avaritia .
La prodigalité peut se guérir , mais
l'avarice est une maladie désesperée qui
croît avec l'âge.
Chaque passion a ses plaisirs , et quoi
qu'on regarde la vie d'un avaricieux comme
la plus miserable du monde, jusqueslà
qu'on croit que le plus grand mal qui
puisse lui arriver , c'est qu'il vive longtemps
; cependant le plaisir qu'il a de
posseder son argent , de le voir , de le
compter , d'y songer , lui tient lieu des
plus grandes joyes , et il n'y en a point
dans le monde auxquelles il fut si sensible.
L'Avare croit qu'il n'aura jamais assez
de biens ; son avidité pour ceux qu'il
n'a pas , lui ôte le moyen de jouir de
ceux qui sont en sa possession , et on
peut dire que les richesses le possedent
et qu'il ne les possede pas.
Un Avare ne fait du bien à personne ,
pas même à soy ; et il n'use pas plus
de ce qu'il a , comme de ce qu'il n'a pas.
Tam deest avaro quod habet , quam quod
non habet . Horat .
II. Vol
V ] L
2812 MERCURE DE FRANCE
L'avarice loüable est celle du temps ,
qu'on ne sçauroit trop ménager.
On est toujours très- étroitement attaché
à ce qu'on craint de perdre , et
à ce que les autres nous envient , en sorte
qu'on peut assurer qu'un Avare cesseroit
de l'être , s'il pouvoit se persuader
que personne ne lui envie ses richesses
et qu'il les possedera toujours ; l'inquiétude
nourrit l'amour qu'on a pour elles.
Non luget quisquis laudari , Gallia quarit ;
Ille dolet verè , qui sine teste dolet . Mart.
Les pleurs d'un heritier sont des ris
cachez sous un masque . Heredis fletus sub
persona risus est. Publ. Syrus.
Les disgraces et les infortunes nous
surprendroient moins si nous faisions reflexion
sur la condition de notre nature
et sur les miseres qui en sont inséparables.
On ne doit pas plus se desesperer dans
l'adversité , que se confier trop dans la
prosperité.
Quelque inégalité qui paroisse dans La
distribution des adversitez , Socrate as-
II. Vol. sure
DECEMBRE. 1733 2813
sure que si chacun apportoit toutes ses
peines pour être mises avec celles des
autres , et ensuite partagées entre tous
les hommes en parties égales , chacun
reprendroit bien vîte les siennes , sans
vouloir les partager.
Dans toutes les disgraces qui peuvent
arriver pendant la vie , le comble de
l'infortune c'est d'avoir été heureux . In
omni adversitate fortuna in felicissimum
genus est infortunii , fuisse foelicem. Boece ,
1. 2. de Consolat.
Les grandes afflictions sont muettes ,
et les petites parlent . Cura leves loquuntur
, ingentes stupent. Senec .
Le souvenir des plaisirs passez est d'un
foible secours aux afflictions présentes.
Toute affliction est supportable quand
on a du pain ; mais sans pain tout est
affliction.
Nous devons voir nos amis dans la
prosperité , lorsqu'ils nous en prient ;
mais quand la fortune leur est contraire
et qu'ils sont dans l'adversité , il faut
y courir sans attendre qu'on soit appellé.
II. Vol.
c'est
2814 MERCURE DE FRANCE
C'est l'ordinaire à ceux qui profitent
à la mort de quelqu'un de paroître toujours
les plus affligez. Nulli jactantius
mærent , quam qui maxime lætantur.
Il y a des douleurs que l'on sent davantage
quelque temps après qu'on a
commencé de les sentir , que lorsqu'on
les sent pour la premiere fois.
Nous avons beau nous piquer d'avoir
le coeur bon pour nos amis , nous ne
sentons leurs malheurs que legerement ,
du moins nous ne les sentons pas longtemps
; car presque toutes les douleurs
de compassion sont des douleurs passageres,
dont la moindre distraction soulage.
Il est mal- aisé que celui qui a le feu
en sa maison , porte de l'eau pour éteindre
l'embrasement de son voisin .
La colere est de toutes les passions la
plus dangereuse ; elle ne produit que de
méchants effets , et marque la foiblesse
de celui qu'elle possede ; car il se laisse
aller au torrent qui l'entraîne , sans voir
le précipice et sans consulrer sa raison
qui pourroit l'en détourner et l'en rendre
maître .
11. Vol. La
DECEMBRE. 1733. 2815
La raison ne veut pas toujours qu'on
trouve juste ce qui est veritablement
justę; mais la colere veut qu'on trouve
juste tout ce qu'elle estime juste.
Sono poco da temersi , coloro aquali la lingua
serve per ispada : la colera che isfoga
per la bocca , non isfoga par le mani.
Les invectives et les menaces sont presque
, toujours l'effet et la marque d'une
colere impuissante , qui d'ordinaire ne
diminuent pas la bonne opinion qu'on
a de ceux qu'on attaque.
Non teme il colerico , perche rimira l'oggetto
inquanto lo puo offendere ; non , -inquanto
puo essèr egli offeso.
ރ
La colere la plus aigre et la plus dange
reuse est celle qui sort d'un sujet dont
la vie est molle et effeminée , car les plus
foibles sont les plus susceptibles mouvemens
de cette passion. On le voit assez
dans les ignorans , les malades , les vieil
lards , les femmes et les enfans.
La colere fait toujours trouver nos
raisons meilleures qu'elles ne sont.
II. Vol.
On
2816 MERCURE DE FRANCE
On est presque toujours obligé de continuer
de sang froid , ce qu'on a commencé
en colere .
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte explore plusieurs thèmes, notamment l'amitié, l'amour, l'avarice, la prodigalité et la colère. Il commence par souligner l'importance de l'amitié et la prudence nécessaire dans les relations amicales, notant que les faux amis se révèlent seulement en période de difficulté. Il met en garde contre les dangers de l'amour sans réflexion et les différences entre les retours de l'amitié et de l'amour. L'avarice est décrite comme une maladie incurable qui nuit à la fois à l'avare et aux autres, tandis que la prodigalité, bien que vice, ne fait du mal qu'à soi-même. Le texte discute des plaisirs de l'avarice et l'attachement des avares à leurs richesses. Il aborde également les réactions aux malheurs et aux infortunes, soulignant l'importance de la réflexion sur la condition humaine et les misères inévitables. Le texte conseille de ne pas désespérer dans l'adversité ni se confier excessivement dans la prospérité. Il traite des afflictions, notant que les grandes douleurs sont muettes et que le souvenir des plaisirs passés est un faible secours. Enfin, il analyse la colère, la décrivant comme la passion la plus dangereuse, marquée par la faiblesse et l'absence de raison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2816-2819
IMITATION de l'Ode d'Horace, Justum et tenacem, &c.
Début :
L'Homme juste et constant dans ses moeurs héroïques [...]
Mots clefs :
Horace, Fils, Ilion, Moyen, Dieux, Priam
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, Justum et tenacem, &c.
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
Justum et tenasem , &c.
L
'Homme juste et constant dans ses moeurs
héroïques
D'un Peuple mutiné dédaigne les pratiques ,
D'un Tiran menaçant le visage enflammé :
Immobile , il soutient l'effort de la tempête ;
Ferme , il entend gronder la foudre sur sa tête ;
L'Univers tomberoit sans qu'il fût allarmé.
Pour arriver au Ciel , ce moyen fut le guide
Qui dirigea les pas de Pollux et d'Aleide ;
( Auguste boit déjà le Nectar avec eux. )
Ce fut par ce moyen , puissant fils de Semele ,
Que t'éleva jadis à la gloire immortelle
Ton Chariot traîné par des Tigres fougueux .
Par ce moyen encore et si noble et si rare ,
Le divin Romulus évita le Tartare ,
Secondé des Coursiers au Dieu Mars consacrez ;
Après qu'aux Immortels , Junon moins couroucée
,
II. Vol. Dans
DECEMBR E. 1733. 2817
Dans le Conseil Celeste , eut marqué sa pensée ,
Par ces mots à la fois chéris et réverez.
"
»Un Juge incestueux , une Etrangere infâme ,
D'Ilion, par leur crime ont allumé la flam me ,
" Et quand Laomedon aux Dieux manqua de foi ,
» Nos coeurs s'interessant à vanger cette injure ,
La perte des Troyens et de leur Chef parjure ,
Dès -lors fut résoluë entre Minerve et moy.
» Enfin , de ses forfaits il a porté la peine ,
» Cet Hôte si fameux de l'adultere Helene ;
Priam de son Hector fatalement privé ,
» Aux ravages des Grecs n'oppose plus de digues ;
» Ce débat obstiné qu'allongeoient nos intrigues,
» Ce débat malheureux est enfin achevé.
50
לכ
53
C'en est fait , je renonce à ma juste colere ;
Mon petit-fils , Troyen du côté de sa Mere ,
M'est , en faveur de Mars , beaucoup moin
odieux :
Qu'il hahite avec nous ces demeures heureuses;
Qu'il goûte du Nectar les douceurs savoureuses
;
Qu'il vienne , j'y consens , s'asseoir au rang
des Dieux .
Pourvu qu'un long trajet partage Rome er
Troye ,
11. Vol. Qu'ins
1816 MERCURE DE FRANCE
Qu'insultez des Troupeaux,qu'aux Reptiles en
proye ,
De Priam , de Paris les Buchers soient deserts ,
Regnent ces Exilez de l'un à l'autre Pole ;
» Subsiste , j'y consens , l'éclatant Capitole ;
Puisse aux Medes vaincus Rome donner des fers.
Qu'elle étende son nom jusqu'aur bornes du
Monde ,
Bornes qu'entre l'Europe et l'Affrique met
l'Onde ,
Jusqu'en l'heureux Pais par le Nil arrosé :
Qu'en ne cherchant point l'or, vrayement pru
dente et sage ,
Elle aspire à l'honneur d'en dédaigner l'usage ,
Et s'épargne l'affront d'en avoir abusé.
Que de ses traits vainqueurs les atteintes more
telles
Se fassent ressentir à tous Peuples rebelles ,
Des climats les plus chauds , aux climats les
plus froids ;
» Mais à condition qu'une pieté vaine ,
N'excitera jamais la vaillance Romaine
A vouloir d'Ilion renouveller les Toits.
» Ilion rebâti , retombera par terre.
» Je veux , moi , femme et soeur du Maître d
Tonnerre ,
Rassembler contre lui tous mes Grecs en
courroux ; » Qu'ADECEMBRE.
1733. 2819
Qu'Apollon par trois fois d'un mur d'airais
l'entoure ,
Trois fois le renversant , leur fatale bravoure
» Fera pleurer la mort des Fils et des Epoux . )
Que faites-vous, ma Muse,où tend votre délire?
Ceci ne convient pas aux accents d'une Lyrë
Destinée à chanter les Amours et les Ris ;
Vous récitez des Dieux les Discours magna
nimes ;
Gardez - vous d'achever , et de ces Chants su
blimes ,
Par vos foibles accords n'abbaissez plus le prix.
F. M. F.
Justum et tenasem , &c.
L
'Homme juste et constant dans ses moeurs
héroïques
D'un Peuple mutiné dédaigne les pratiques ,
D'un Tiran menaçant le visage enflammé :
Immobile , il soutient l'effort de la tempête ;
Ferme , il entend gronder la foudre sur sa tête ;
L'Univers tomberoit sans qu'il fût allarmé.
Pour arriver au Ciel , ce moyen fut le guide
Qui dirigea les pas de Pollux et d'Aleide ;
( Auguste boit déjà le Nectar avec eux. )
Ce fut par ce moyen , puissant fils de Semele ,
Que t'éleva jadis à la gloire immortelle
Ton Chariot traîné par des Tigres fougueux .
Par ce moyen encore et si noble et si rare ,
Le divin Romulus évita le Tartare ,
Secondé des Coursiers au Dieu Mars consacrez ;
Après qu'aux Immortels , Junon moins couroucée
,
II. Vol. Dans
DECEMBR E. 1733. 2817
Dans le Conseil Celeste , eut marqué sa pensée ,
Par ces mots à la fois chéris et réverez.
"
»Un Juge incestueux , une Etrangere infâme ,
D'Ilion, par leur crime ont allumé la flam me ,
" Et quand Laomedon aux Dieux manqua de foi ,
» Nos coeurs s'interessant à vanger cette injure ,
La perte des Troyens et de leur Chef parjure ,
Dès -lors fut résoluë entre Minerve et moy.
» Enfin , de ses forfaits il a porté la peine ,
» Cet Hôte si fameux de l'adultere Helene ;
Priam de son Hector fatalement privé ,
» Aux ravages des Grecs n'oppose plus de digues ;
» Ce débat obstiné qu'allongeoient nos intrigues,
» Ce débat malheureux est enfin achevé.
50
לכ
53
C'en est fait , je renonce à ma juste colere ;
Mon petit-fils , Troyen du côté de sa Mere ,
M'est , en faveur de Mars , beaucoup moin
odieux :
Qu'il hahite avec nous ces demeures heureuses;
Qu'il goûte du Nectar les douceurs savoureuses
;
Qu'il vienne , j'y consens , s'asseoir au rang
des Dieux .
Pourvu qu'un long trajet partage Rome er
Troye ,
11. Vol. Qu'ins
1816 MERCURE DE FRANCE
Qu'insultez des Troupeaux,qu'aux Reptiles en
proye ,
De Priam , de Paris les Buchers soient deserts ,
Regnent ces Exilez de l'un à l'autre Pole ;
» Subsiste , j'y consens , l'éclatant Capitole ;
Puisse aux Medes vaincus Rome donner des fers.
Qu'elle étende son nom jusqu'aur bornes du
Monde ,
Bornes qu'entre l'Europe et l'Affrique met
l'Onde ,
Jusqu'en l'heureux Pais par le Nil arrosé :
Qu'en ne cherchant point l'or, vrayement pru
dente et sage ,
Elle aspire à l'honneur d'en dédaigner l'usage ,
Et s'épargne l'affront d'en avoir abusé.
Que de ses traits vainqueurs les atteintes more
telles
Se fassent ressentir à tous Peuples rebelles ,
Des climats les plus chauds , aux climats les
plus froids ;
» Mais à condition qu'une pieté vaine ,
N'excitera jamais la vaillance Romaine
A vouloir d'Ilion renouveller les Toits.
» Ilion rebâti , retombera par terre.
» Je veux , moi , femme et soeur du Maître d
Tonnerre ,
Rassembler contre lui tous mes Grecs en
courroux ; » Qu'ADECEMBRE.
1733. 2819
Qu'Apollon par trois fois d'un mur d'airais
l'entoure ,
Trois fois le renversant , leur fatale bravoure
» Fera pleurer la mort des Fils et des Epoux . )
Que faites-vous, ma Muse,où tend votre délire?
Ceci ne convient pas aux accents d'une Lyrë
Destinée à chanter les Amours et les Ris ;
Vous récitez des Dieux les Discours magna
nimes ;
Gardez - vous d'achever , et de ces Chants su
blimes ,
Par vos foibles accords n'abbaissez plus le prix.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, Justum et tenacem, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace intitulée 'Justum et tenacem'. Il décrit un homme juste et constant dans ses mœurs héroïques, imperturbable face aux tempêtes et à la foudre. Des exemples mythologiques illustrent cette fermeté : Pollux et Aléide, Auguste, Bacchus, et Romulus, qui ont atteint la gloire immortelle par leur justice et leur constance. Le texte relate ensuite un discours de Junon, qui évoque la destruction de Troie en raison des crimes d'un juge incestueux, d'une étrangère infâme, et de la trahison de Laomédon envers les dieux. Junon renonce à sa colère contre Énée, le petit-fils de Priam, et consent à ce qu'il habite parmi les dieux, à condition que Rome et Troie restent séparées et que Troie ne soit jamais reconstruite. Junon menace de rassembler les Grecs pour détruire Troie si elle est rebâtie, utilisant la bravoure fatale des Grecs pour pleurer la mort des fils et des époux. La muse de l'auteur interrompt alors le récit, se reprochant de dévaloriser les chants lyriques destinés à célébrer les amours et les rires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 2819-2834
SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
Je réponds, Monsieur, le plutôt qu'il m'est possible à la derniere Lettre que [...]
Mots clefs :
Littérature des mahométans, Turcs, Constantinople, Bibliothèque, Histoire, Ignorance, Sciences, Roi, Vérité, Paris, Levant, Lettres, Mosquée, Préjugé, Langues
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
SECONDE Lettre de M. D. L. R.
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
Fermer
Résumé : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
La lettre de M. D. L. R., datée de 1732, répond à une missive reçue de Constantinople le 30 mars 1732, qui interrogeait la véracité de ses propos sur la littérature des Mahometans et des Turcs, publiés dans le Mercure de Septembre 1732. L'auteur affirme avoir écrit sérieusement et sans exagération, s'appuyant sur des autorités et ses propres lectures. Il mentionne que son voyage au Levant et ses lectures des ouvrages orientaux, ainsi que ses échanges avec des savants comme François Pétis de la Croix et Antoine Galland, l'ont détrompé sur l'ignorance supposée des Turcs. Ces savants ont rapporté des connaissances orientales et des manuscrits précieux, comme la Bibliothèque de Hadji Calfa, qui démontre la culture scientifique et artistique des Orientaux. L'auteur cite également le Comte de Marsigli, dont l'ouvrage sur l'État militaire de l'Empire Ottoman atteste de la culture et des études des Turcs. Il encourage son correspondant à apprendre le turc pour se rendre compte par lui-même de la richesse littéraire et scientifique de cette nation. La lettre se termine par une discussion sur l'impropriété du terme 'Sophi' pour désigner le roi de Perse et l'annonce de la réception d'un porte-lettres turc brodé. Le texte traite également de divers sujets historiques et culturels. Il commence par une traduction en vers français d'un texte persan souhaitant un bonheur durable et exempt de maux. Il mentionne une cornaline gravée en caractères persans, appartenant à un dévot musulman, avec l'inscription 'Mazhar ila faiz Aichay', signifiant 'protégé par les faveurs d'Aichay'. Aichay, ou Aïcha, est identifiée comme la troisième femme de Mahomet et la fille d'Abdallah, surnommé Abou Bakr. Elle est respectée pour son savoir et son rôle dans la transmission des paroles de Mahomet, ce qui lui vaut le titre de 'Mère des Fidèles'. Aïcha est également célèbre pour son intervention dans la bataille du Chameau contre l'armée d'Ali, après l'assassinat du calife Othman. Elle fut capturée et plus tard libérée par Ali, retournant à Médine où elle mourut à un âge avancé. Le texte aborde également la mosquée Sainte-Sophie à Constantinople, en mentionnant une critique de M. A... de Marseille, qui affirme que l'eau de la mer pénètre dans les voûtes souterraines de la mosquée. Cette affirmation est contestée par un officier de la mosquée et confirmée par les observations de Guillaume-Joseph Grelot, un ingénieur français. Le texte se termine par une confirmation de l'exactitude des descriptions de Grelot concernant les eaux souterraines et les installations de la mosquée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 2834-2835
BALADE, en l'honneur de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, qui a remporté le prix au dernier Palinod, à Caën. Le sujet est le Laurier, vainqueur du Tonnerre.
Début :
Descends de ton sacré Parnasse, [...]
Mots clefs :
Laurier, Immaculée Conception de la Vierge, Palinod, Caen, Arbre, Foudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALADE, en l'honneur de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, qui a remporté le prix au dernier Palinod, à Caën. Le sujet est le Laurier, vainqueur du Tonnerre.
BALADE, en l'honneur de l'Immaculée
Conception de la Sainte Vierge , qui a
remporté le prix au dernier Palinod , à
Caën. Le sujet est le Laurier , vain
queur du Tonnerre.
Descends de ton sacré Parnasse ,
Vien me seconder , Dieu des Vers ;
Du Laurier les charmes divers
Flatent ma Poëtique audace.
Soutien ton vol ambitieux ,
Muse commence la carriere ,
Et chante en ce jour glorieux ,
L'Arbre que la Foudre révére.
Tandis que les Vents et la Glace ;
Ravagent ce vaste Univers ,
Ciel ! que le vainqueur des Hyvers
II. Vol. Nous
DECEMBRE. 1733. 2835.
Nous montre d'appas et de grace !
C'est toi , Soleil officieux ,
Qui par quelque secret Mystere ;
Fais toujours briller à nos yeux ,
L'Arbre que la Foudre révére.
Jeunes Fleurs , dont l'Eclat surpasse
Celui des plus brillans Eclairs ,
Cedes au Héros de mes Airs ,
Le moindre souffle vous efface ;
En butte aux Orages affreux , j
Par un fortuné caractere ,
Il est en tout temps , en tous lieux ;
L'Arbre que la Foudre révére.
Allusion.
Vous , qui par un destin heureux ,
Des Enfers bravez la colere ,
N'êtes - vous pas Reine des Cieux ,
L'Arbre que la Foudre révére ?
Par M. HARD O Ü I N.
Conception de la Sainte Vierge , qui a
remporté le prix au dernier Palinod , à
Caën. Le sujet est le Laurier , vain
queur du Tonnerre.
Descends de ton sacré Parnasse ,
Vien me seconder , Dieu des Vers ;
Du Laurier les charmes divers
Flatent ma Poëtique audace.
Soutien ton vol ambitieux ,
Muse commence la carriere ,
Et chante en ce jour glorieux ,
L'Arbre que la Foudre révére.
Tandis que les Vents et la Glace ;
Ravagent ce vaste Univers ,
Ciel ! que le vainqueur des Hyvers
II. Vol. Nous
DECEMBRE. 1733. 2835.
Nous montre d'appas et de grace !
C'est toi , Soleil officieux ,
Qui par quelque secret Mystere ;
Fais toujours briller à nos yeux ,
L'Arbre que la Foudre révére.
Jeunes Fleurs , dont l'Eclat surpasse
Celui des plus brillans Eclairs ,
Cedes au Héros de mes Airs ,
Le moindre souffle vous efface ;
En butte aux Orages affreux , j
Par un fortuné caractere ,
Il est en tout temps , en tous lieux ;
L'Arbre que la Foudre révére.
Allusion.
Vous , qui par un destin heureux ,
Des Enfers bravez la colere ,
N'êtes - vous pas Reine des Cieux ,
L'Arbre que la Foudre révére ?
Par M. HARD O Ü I N.
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Résumé : BALADE, en l'honneur de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, qui a remporté le prix au dernier Palinod, à Caën. Le sujet est le Laurier, vainqueur du Tonnerre.
Le texte est une balade dédiée à l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, lauréate du dernier Palinod à Caen. Le sujet central est le laurier, symbolisé comme le vainqueur du tonnerre. Le poète sollicite l'inspiration divine pour célébrer les vertus de cet arbre, révéré par la foudre. Le laurier est décrit comme résistant aux vents, à la glace et aux orages, contrairement aux jeunes fleurs qui sont facilement détruites. Le texte fait également référence à une figure qui brave la colère des Enfers, suggérant qu'il s'agit de la reine des cieux et de l'arbre révéré par la foudre. L'auteur de ce texte est M. Hardouin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 2835-2843
LETTRE sur les Bains de Toul et les Valantines de Metz.
Début :
Vous m'avez demandé, M. si dans les Statuts du Chapitre d'une [...]
Mots clefs :
Bains de Toul, Valentines de Metz, Cathédrale, Statuts, Diocèse, Auxerre, Metz, Toul, Ville, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur les Bains de Toul et les Valantines de Metz.
LETTRE sur les Bains de Toul et les
Valantines de Metz.
V *
Ous m'avez demandé , M. si dans
les Statuts du Chapitre d'une
Cathedrale où l'Alleluia étoit autrefois
enterré réellement par les Enfans de
Le Chapitre de Toul en Lorraine.
II.Vol.
Dvj Choeur
2836 MERCURE DE FRANCE
Choeur , le Samedy du Dimanche dans la
Septuagesime , il n'y auroit point d'autres
pratiques aussi capables de faire connoître
la grossiereté de certains siécles , que
l'étoit celle là . Il y a long- tems que vous
me pressez là- dessus : mais comme it auroit
fallu suivre ces Statuts presque d'un bout
à l'autre et que vous parler de quantité
de choses qui sont traitées dans le glossaire
de M. Du Cange , sur la foi de quelques
autres monumens de pareille espece,
j'ai crû ne devoir m'attacher aujourd'hui
qu'au zele qu'il paroît qu'on prenoit
dans le quinziéme siécle , à distinguer la
fête de Pâques par un concours general
de tout le Clergé dans la Cathedrale.
Il falloit dans cette Eglise que tout le
Clergé se trouvât à Matines à l'heure de
l'Aurore , ad laudem Refurrectionis Domini
quam in aurora dieifactam credimus extitisses
non - seulement l'Evêque et tous les Chinoines
aussi - bien que les Habituez du
Choeur y étoient tenus étroitement les 3.
fêtes d'après Pâques,mais encore tous les
Curez de la ville ; et ce à quoi vous ne
vous attendez peut être pas , c'est que
les Abbayes éloignées de cinq, dix , quinze
lieües et même davantage , devoient aussi
y envoyer de leur part , de même que cxaines
Egli es Collegiales qui avoient des
II. Vol. maisons
DECEMBRE. 1733 2837
maisons d'Hospice dans la Ville Episcopale.
Ce concours general se faisoit ad ser
viendum Ecclesia in Laudem resurrectionis,
et Cathedralis Ecclesia honorem ac reverentiam,
comme le disent les mêmes Statuts ,
jusques-là on ne voit rien que de loiable
, rien qui ne ressente la grandeur du
Mistere qu'on celebroit , et qui ne fasse
voir la subordination des Eglises du Diocèse
à l'Eglise Cathedrale. Les Evêques
introduisant des Reguliers dans les Eglises
subordonnées aux Cathedrales , les soumettoient
aux mêmes obligations ausquelles
ctoient tenus ceux qui avoient occupé
ces Eglises avant eux.
Ici ( a ) au huitiéme siécle, ce devoir
étoit partagé durant toute l'année ; toutes
les Communautez et Paroisses du Dio .
cèfe devoient rendre service à l'Eglise.
Cathedrale , chacune pendant une femaine:
les Paroisses les plus éloignées durant
l'Eté ; les moins éloignées , dans les sai-
(a)La Charte d'Alain , Evêque d'Auxerre ,
de l'an 1163. touchant l'introduction des Chanoines
Reguliers de Saint Satur en Berry , dans
P'Eglise de S. Amatre , ancienne Abbaye , soumise
à la Cathédrale d'Auxerre , porte cette réserve
: Salvis institutionibus que sunt inter Ecclesiam
S. Amatoris et beati Stephani , qui est l
Cathédrale.
II. Vol
S
2838 MERCURE DE FRANCE
sons où les jours sont plus courts ; et les
maisons de Clercs ou de Moines , durant
les six mois des plus petits jours. Voyez
le Pere Labbe. T. 1. Bibl . nova mss . p .
428. ou plutôt le Pere Martene. De ana
tiqua Disciplina in Div. Off. page 11. où
vous trouverez le mois de Septembre
rempli comme les autres , et non pas
vuide comme l'a representé le Fere Lab.
par l'inadvertance de ses Copistes : ce
qui a trompé d'abord Dom Mabillon
qui a écrit que les Vendanges pouvoient
avoir fait suspendre alors ces devoirs de
POffice divin. ( a )
be
Nous ne sçavons pas combien cet usage
dura . Mais au dixiéme siécle c'étoit
aux Fêtes de la Pentecôte que de tout le
Diocèse , les Curez devoient venir rendre
leurs devoirs à la Cathedrale , accompagnez
de leurs peuples, sans que les
plus éloignez comme sont ceux de dixhuit
et dix- neuf lieues en fussent exceptez.
( b ) Nous ne voyons d'autre puni
*
( a ) Sac. iij Bened.
(b ) C'étoit aussi dans le temps des grands
jours , sçavoir , le Dimanche d'après la Trinité ,
que tous les Curez du Diocèse de Tréguier en
Bretagne devoient venir avec leurs. Peuples à la
Cathédrale pour honorer S. Tugal. Cet usage
s'observoit encore au xiv . Siecle , et il Y avoit
trente sols d'amende contre les négligens . Statuta
ynod. Trecor. t. 4. Thess. Anecdat, pag. 1104.
"
DECEMBRE 1733 , 2839
*
tion presente contre les Abbez et les Pretres
qui seroient négligens à s'acquitter
de ce devoir Cathédratique , qu'une privation
de vin qui leur étoit imposée pendant
quarante jours. C'est ce qu'on appelleroit
aujourd'hui une Pénitence, et qui
seroit une rude mortification . Mais vous
allez voir ce qu'on faisoit à Toul. Il n'est
pas dit que ceux qui refusoient de venir
à l'Office de la Cathédrale , ou qui s'y
rendoient tard et avec répugnance , fussent
privez de vin ; je lis seulement dans
le trente-deuxième Statut de la Collection
, approuvée en 1497 , qu'on leur
faisoit boire de l'eau : Et comment.
Les Soudiacres , et les petits Chanoines
se faisant prêter main- forte par les Domestiques
des Chanoines dignitaires étoient
chargez de les arrêter et de les jetter
dans l'eau, ( apparemment de la Moselle
qui passe au bas de la Ville) prenant
cependant la précaution de ne les pas
noyer. Autre restriction : C'est que si c'é
toit une personne de mérite ou de conséquence
qui eut manqué à ce devoir , elle
pouvoit se liberer de cette inmersion ,
pour la somme de deux sols . C'étoit une
espece de rachat , qui pourroit- être ajou
té à ceux dont M. du Cange a parlé dan
son Glossaire.Le texte latin vous prou
II. Vol.
2840 MERCURE DE FRANCE
ra que je n'ai point employé d'expression
qui n'y fut contenue. Il vous paroîtra
peu sérieux , mais il n'en est pas
moins véritable ; et après l'Extrait du Ĉérémonial
de Viviers , que je viens de lire
dans la nouvelle édition du Glossaire , au
mot Kalenda , la gothicité de cet usage
du quinziéme siécle me paroît devoir
encore le ceder à ceux qui se lisent dans
ce Cérémonial , qui est du quatorziéme.
Si aliqui ex prætactis vel contumaciâ ant
torpentiâ defecerit,projiciundus est in aquam,
non periculosè tamen , in signum baptismatis
Christi , quod Apostoli post ejus resurrectionem
ferventi animo predicaverent.Tamen si
ex prænominatis aliquæfuerint honeste persone
, admittantur ad gratiosam redemptionem
non excedentem duos solidos cursibiles , nisi
suâ liberalitate absque aliquâ coactione amplius
conferre voluerint. Et ista redemptiones
Maranciis Ecclesia ...
Il manque icy quelque mot dans ma
copie.
Suntque hujusmodi poena executores Subdiaconi
feriati et Canonici minores cum familiis
Canonicorum dignitates obtinentium ,
sed non impetuosè cum armis aut violentiis
periculosis , imo sub honestis persuasionibus
et moderaminibus virium ne inde scandala
contingant , &c.
II. Vol. I
DECEMBRE. 1733. 284Y
Il paroît que ce Bain ne se faisoit point
malgré les personnes qui devoient le su
bir , et qu'on tâchoit de persuader ceux
qui étoient dans le cas , de s'y prêter de
bonne grace ; mais l'allusion au Baptême
de N. S. me paroît icy hors de son lieu
En un mot , il falloit là comme icy, quelque
chose à Pâques pour divertir ; et je
vois par ce qui suit , que les Laïques
couroient aux Bains de Toul , comme à
la Pelote d'Auxerre , dont il a été ample
ment parlé dans le Mercure du mois de
May , de l'an 1726.
Je vous avois promis aussi , M. l'interprétation
du mot de Valentina, que vous
dites être de la compétence du Glossai
re. Je ne le trouve que dans des Statuts
Synodaux du Diocèse de Metz , rédigez
dans le siecle dernier . Je lis cette deffense
à la page 109. du Recueil imprimé à
Metz en 1699. Parochi vehementer horten
tur Parochianos suos ut abstineant ... àà pi
blicis saltationibus et nescio quibus pravis
consuetudinibus que vulgò Valentine nuncupantur.
Un Sçavant personnage de la
Ville de Metz (a ) de qui je tenois l'explication
des Fêtes du Tonnerre , marquées
dans les mèmes Statuts , m'en
( a ) M. l'Abbé Brayer , Chanoine de la Ca
thedrale , et Vic. Gen. de M. l'Evêque.
IL. Vol.
don
donna l'an 1729, une inrerprétation,que
revient assez à ce qui précédé immédiat
tement dans l'acide à éclaircir
t
sinon
qu'il faudroic substituer le terme de Pri.
vutisï celui de Publicis;et par ce moyen
on comprendroit assez le rapport que
peuvent avoir les mauvaises coutumes
que ces Statuts combattent, avec lesifolations
, contre lesquelles les Saints Evêques
,
les Capitulaires de nos Rois,ettant
de Synodes se sont élevez. On remarque
même que dans la vie de S. Eloy
,
écrite:
par S. Ouen, elles sont appelléesValLutiones.
Maisd'autres voudront peutêtre:
qu il y ait eu à Merz
, comme à Turin il
line Maison de plaisance, appellée III
Vtzlntin et que c'est de là que soient
t venus les Valentins et les Valentines. *
M. l'Abbé Chatelin, Chanoine dei
Paris
,
qui se faisoit expliquer toutes leSt
curiositez d'Italie dans les Voyages qu'il
y a faits, marque dans son Bimestre de:
Janvier et Février
,
à la page £45, que
le Valentin.. situé aux Portes de Turin,a
été ainsi nommé,de ce que les Promo
nades y recommencent vers la S.Valentin,
au 14 Février; auquel temps le plus
souvent les beaux jours recommencent i
paraître en Iralie.La différence du climat
empêcIhe d.e cVroireoquleplaumêimse rsaiseon
avoir donné lieu auxValentinesde
letz, et quand même on envisageroit la
Valentin au 14Février, telle qu'elle
trouvoit réellement avant la suppresen
de dix jours faite au Calendrier l'an
82. La température de la Lorraine est
core trop peu échauffée en ce temps-là
,ur admettre les promenades. Peut être
faut-il considérer en tout cela la Fête
S.Valentin,que comme concourante le
Ut; souvent avec le temps que précéde le
arême, auquel
,
si les promenades ne
ne pas communes, les divertissemens
doublent dans l'intérieur des maisons.
vous laisse le maître de choisir laquelil
vous plaira de ces conjectures, et je
s, &c.
A Auxerre, ce ro Mars 1735.
Valantines de Metz.
V *
Ous m'avez demandé , M. si dans
les Statuts du Chapitre d'une
Cathedrale où l'Alleluia étoit autrefois
enterré réellement par les Enfans de
Le Chapitre de Toul en Lorraine.
II.Vol.
Dvj Choeur
2836 MERCURE DE FRANCE
Choeur , le Samedy du Dimanche dans la
Septuagesime , il n'y auroit point d'autres
pratiques aussi capables de faire connoître
la grossiereté de certains siécles , que
l'étoit celle là . Il y a long- tems que vous
me pressez là- dessus : mais comme it auroit
fallu suivre ces Statuts presque d'un bout
à l'autre et que vous parler de quantité
de choses qui sont traitées dans le glossaire
de M. Du Cange , sur la foi de quelques
autres monumens de pareille espece,
j'ai crû ne devoir m'attacher aujourd'hui
qu'au zele qu'il paroît qu'on prenoit
dans le quinziéme siécle , à distinguer la
fête de Pâques par un concours general
de tout le Clergé dans la Cathedrale.
Il falloit dans cette Eglise que tout le
Clergé se trouvât à Matines à l'heure de
l'Aurore , ad laudem Refurrectionis Domini
quam in aurora dieifactam credimus extitisses
non - seulement l'Evêque et tous les Chinoines
aussi - bien que les Habituez du
Choeur y étoient tenus étroitement les 3.
fêtes d'après Pâques,mais encore tous les
Curez de la ville ; et ce à quoi vous ne
vous attendez peut être pas , c'est que
les Abbayes éloignées de cinq, dix , quinze
lieües et même davantage , devoient aussi
y envoyer de leur part , de même que cxaines
Egli es Collegiales qui avoient des
II. Vol. maisons
DECEMBRE. 1733 2837
maisons d'Hospice dans la Ville Episcopale.
Ce concours general se faisoit ad ser
viendum Ecclesia in Laudem resurrectionis,
et Cathedralis Ecclesia honorem ac reverentiam,
comme le disent les mêmes Statuts ,
jusques-là on ne voit rien que de loiable
, rien qui ne ressente la grandeur du
Mistere qu'on celebroit , et qui ne fasse
voir la subordination des Eglises du Diocèse
à l'Eglise Cathedrale. Les Evêques
introduisant des Reguliers dans les Eglises
subordonnées aux Cathedrales , les soumettoient
aux mêmes obligations ausquelles
ctoient tenus ceux qui avoient occupé
ces Eglises avant eux.
Ici ( a ) au huitiéme siécle, ce devoir
étoit partagé durant toute l'année ; toutes
les Communautez et Paroisses du Dio .
cèfe devoient rendre service à l'Eglise.
Cathedrale , chacune pendant une femaine:
les Paroisses les plus éloignées durant
l'Eté ; les moins éloignées , dans les sai-
(a)La Charte d'Alain , Evêque d'Auxerre ,
de l'an 1163. touchant l'introduction des Chanoines
Reguliers de Saint Satur en Berry , dans
P'Eglise de S. Amatre , ancienne Abbaye , soumise
à la Cathédrale d'Auxerre , porte cette réserve
: Salvis institutionibus que sunt inter Ecclesiam
S. Amatoris et beati Stephani , qui est l
Cathédrale.
II. Vol
S
2838 MERCURE DE FRANCE
sons où les jours sont plus courts ; et les
maisons de Clercs ou de Moines , durant
les six mois des plus petits jours. Voyez
le Pere Labbe. T. 1. Bibl . nova mss . p .
428. ou plutôt le Pere Martene. De ana
tiqua Disciplina in Div. Off. page 11. où
vous trouverez le mois de Septembre
rempli comme les autres , et non pas
vuide comme l'a representé le Fere Lab.
par l'inadvertance de ses Copistes : ce
qui a trompé d'abord Dom Mabillon
qui a écrit que les Vendanges pouvoient
avoir fait suspendre alors ces devoirs de
POffice divin. ( a )
be
Nous ne sçavons pas combien cet usage
dura . Mais au dixiéme siécle c'étoit
aux Fêtes de la Pentecôte que de tout le
Diocèse , les Curez devoient venir rendre
leurs devoirs à la Cathedrale , accompagnez
de leurs peuples, sans que les
plus éloignez comme sont ceux de dixhuit
et dix- neuf lieues en fussent exceptez.
( b ) Nous ne voyons d'autre puni
*
( a ) Sac. iij Bened.
(b ) C'étoit aussi dans le temps des grands
jours , sçavoir , le Dimanche d'après la Trinité ,
que tous les Curez du Diocèse de Tréguier en
Bretagne devoient venir avec leurs. Peuples à la
Cathédrale pour honorer S. Tugal. Cet usage
s'observoit encore au xiv . Siecle , et il Y avoit
trente sols d'amende contre les négligens . Statuta
ynod. Trecor. t. 4. Thess. Anecdat, pag. 1104.
"
DECEMBRE 1733 , 2839
*
tion presente contre les Abbez et les Pretres
qui seroient négligens à s'acquitter
de ce devoir Cathédratique , qu'une privation
de vin qui leur étoit imposée pendant
quarante jours. C'est ce qu'on appelleroit
aujourd'hui une Pénitence, et qui
seroit une rude mortification . Mais vous
allez voir ce qu'on faisoit à Toul. Il n'est
pas dit que ceux qui refusoient de venir
à l'Office de la Cathédrale , ou qui s'y
rendoient tard et avec répugnance , fussent
privez de vin ; je lis seulement dans
le trente-deuxième Statut de la Collection
, approuvée en 1497 , qu'on leur
faisoit boire de l'eau : Et comment.
Les Soudiacres , et les petits Chanoines
se faisant prêter main- forte par les Domestiques
des Chanoines dignitaires étoient
chargez de les arrêter et de les jetter
dans l'eau, ( apparemment de la Moselle
qui passe au bas de la Ville) prenant
cependant la précaution de ne les pas
noyer. Autre restriction : C'est que si c'é
toit une personne de mérite ou de conséquence
qui eut manqué à ce devoir , elle
pouvoit se liberer de cette inmersion ,
pour la somme de deux sols . C'étoit une
espece de rachat , qui pourroit- être ajou
té à ceux dont M. du Cange a parlé dan
son Glossaire.Le texte latin vous prou
II. Vol.
2840 MERCURE DE FRANCE
ra que je n'ai point employé d'expression
qui n'y fut contenue. Il vous paroîtra
peu sérieux , mais il n'en est pas
moins véritable ; et après l'Extrait du Ĉérémonial
de Viviers , que je viens de lire
dans la nouvelle édition du Glossaire , au
mot Kalenda , la gothicité de cet usage
du quinziéme siécle me paroît devoir
encore le ceder à ceux qui se lisent dans
ce Cérémonial , qui est du quatorziéme.
Si aliqui ex prætactis vel contumaciâ ant
torpentiâ defecerit,projiciundus est in aquam,
non periculosè tamen , in signum baptismatis
Christi , quod Apostoli post ejus resurrectionem
ferventi animo predicaverent.Tamen si
ex prænominatis aliquæfuerint honeste persone
, admittantur ad gratiosam redemptionem
non excedentem duos solidos cursibiles , nisi
suâ liberalitate absque aliquâ coactione amplius
conferre voluerint. Et ista redemptiones
Maranciis Ecclesia ...
Il manque icy quelque mot dans ma
copie.
Suntque hujusmodi poena executores Subdiaconi
feriati et Canonici minores cum familiis
Canonicorum dignitates obtinentium ,
sed non impetuosè cum armis aut violentiis
periculosis , imo sub honestis persuasionibus
et moderaminibus virium ne inde scandala
contingant , &c.
II. Vol. I
DECEMBRE. 1733. 284Y
Il paroît que ce Bain ne se faisoit point
malgré les personnes qui devoient le su
bir , et qu'on tâchoit de persuader ceux
qui étoient dans le cas , de s'y prêter de
bonne grace ; mais l'allusion au Baptême
de N. S. me paroît icy hors de son lieu
En un mot , il falloit là comme icy, quelque
chose à Pâques pour divertir ; et je
vois par ce qui suit , que les Laïques
couroient aux Bains de Toul , comme à
la Pelote d'Auxerre , dont il a été ample
ment parlé dans le Mercure du mois de
May , de l'an 1726.
Je vous avois promis aussi , M. l'interprétation
du mot de Valentina, que vous
dites être de la compétence du Glossai
re. Je ne le trouve que dans des Statuts
Synodaux du Diocèse de Metz , rédigez
dans le siecle dernier . Je lis cette deffense
à la page 109. du Recueil imprimé à
Metz en 1699. Parochi vehementer horten
tur Parochianos suos ut abstineant ... àà pi
blicis saltationibus et nescio quibus pravis
consuetudinibus que vulgò Valentine nuncupantur.
Un Sçavant personnage de la
Ville de Metz (a ) de qui je tenois l'explication
des Fêtes du Tonnerre , marquées
dans les mèmes Statuts , m'en
( a ) M. l'Abbé Brayer , Chanoine de la Ca
thedrale , et Vic. Gen. de M. l'Evêque.
IL. Vol.
don
donna l'an 1729, une inrerprétation,que
revient assez à ce qui précédé immédiat
tement dans l'acide à éclaircir
t
sinon
qu'il faudroic substituer le terme de Pri.
vutisï celui de Publicis;et par ce moyen
on comprendroit assez le rapport que
peuvent avoir les mauvaises coutumes
que ces Statuts combattent, avec lesifolations
, contre lesquelles les Saints Evêques
,
les Capitulaires de nos Rois,ettant
de Synodes se sont élevez. On remarque
même que dans la vie de S. Eloy
,
écrite:
par S. Ouen, elles sont appelléesValLutiones.
Maisd'autres voudront peutêtre:
qu il y ait eu à Merz
, comme à Turin il
line Maison de plaisance, appellée III
Vtzlntin et que c'est de là que soient
t venus les Valentins et les Valentines. *
M. l'Abbé Chatelin, Chanoine dei
Paris
,
qui se faisoit expliquer toutes leSt
curiositez d'Italie dans les Voyages qu'il
y a faits, marque dans son Bimestre de:
Janvier et Février
,
à la page £45, que
le Valentin.. situé aux Portes de Turin,a
été ainsi nommé,de ce que les Promo
nades y recommencent vers la S.Valentin,
au 14 Février; auquel temps le plus
souvent les beaux jours recommencent i
paraître en Iralie.La différence du climat
empêcIhe d.e cVroireoquleplaumêimse rsaiseon
avoir donné lieu auxValentinesde
letz, et quand même on envisageroit la
Valentin au 14Février, telle qu'elle
trouvoit réellement avant la suppresen
de dix jours faite au Calendrier l'an
82. La température de la Lorraine est
core trop peu échauffée en ce temps-là
,ur admettre les promenades. Peut être
faut-il considérer en tout cela la Fête
S.Valentin,que comme concourante le
Ut; souvent avec le temps que précéde le
arême, auquel
,
si les promenades ne
ne pas communes, les divertissemens
doublent dans l'intérieur des maisons.
vous laisse le maître de choisir laquelil
vous plaira de ces conjectures, et je
s, &c.
A Auxerre, ce ro Mars 1735.
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Résumé : LETTRE sur les Bains de Toul et les Valantines de Metz.
La lettre aborde les pratiques religieuses et les coutumes anciennes dans les diocèses de Toul et de Metz. À Toul, au quinzième siècle, la fête de Pâques était marquée par un concours général du clergé dans la cathédrale. Tous les membres du clergé, y compris les curés de la ville et les abbés des environs, devaient se réunir à Matines à l'aube. Les abbayes éloignées et les églises collégiales avec des maisons d'hospice dans la ville épiscopale devaient également envoyer des représentants. Cette pratique visait à honorer la résurrection du Christ et à montrer la subordination des églises du diocèse à la cathédrale. Les évêques introduisaient des réguliers dans les églises subordonnées aux cathédrales, les soumettant aux mêmes obligations que celles imposées aux précédents occupants. Au huitième siècle, ce devoir était partagé tout au long de l'année, chaque communauté et paroisse servant l'église cathédrale pendant une semaine. Les paroisses les plus éloignées servaient pendant l'été, tandis que les moins éloignées servaient pendant les saisons où les jours étaient plus courts. Au dixième siècle, les curés de tout le diocèse devaient venir rendre hommage à la cathédrale lors des fêtes de la Pentecôte, accompagnés de leurs paroissiens, sans exception pour les plus éloignés. Les sanctions pour les absents ou les retardataires incluaient la privation de vin pendant quarante jours ou, à Toul, l'immersion dans l'eau de la Moselle. Les personnes de mérite pouvaient se racheter en payant deux sols. La lettre mentionne également les 'Valentines' de Metz, des coutumes publiques de danse et de divertissement interdites par les statuts synodaux du diocèse. L'origine de ces fêtes est incertaine, mais elles pourraient être liées à la Saint-Valentin ou à des maisons de plaisance. La lettre se conclut par une réflexion sur les divertissements à Pâques et les curiosités locales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 2843-2844
VERS à M. Pesselier de la Ferté Sous-Joüare, Auteur de ceux intitulez : l'Ombre de Me Deshoulieres, à Mlle de Malcrais de la Vigne ; inserez dans le Mercure de Novembre, 1732. p. 2372. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Début :
Ces jours passez, l'ombre de Deshouliere, [...]
Mots clefs :
Madame Deshoulières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à M. Pesselier de la Ferté Sous-Joüare, Auteur de ceux intitulez : l'Ombre de Me Deshoulieres, à Mlle de Malcrais de la Vigne ; inserez dans le Mercure de Novembre, 1732. p. 2372. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
ERS a M. Pesselier de la FertéSous-
Joüare, Auteur de ceux intitulez:l'Ombre
de MeDeshoulieres, à Mlle de
Malcrais de la Vigne; inserez, dans le
Mercure de Novembre, 1732. p. 2372»
Par Mlle de Malcrais de la Vigne. cEs jours passez, l'ombre de Deshouliere,
Enfers revenuë, à mes regards s'offrit : 1.Y,L
A son premier abord
,
la frayeur me surprit,
Et jefis trois pasenarriere;
Mais quand d'un compliment le début pli
d'esprit,
Frappa mon oreille touchée,
La peur cessa de me saisir; 1
Je l'entendis avec plaisir
,
*
Et d'un Adieu trop prompt je fus même fâct
Joüare, Auteur de ceux intitulez:l'Ombre
de MeDeshoulieres, à Mlle de
Malcrais de la Vigne; inserez, dans le
Mercure de Novembre, 1732. p. 2372»
Par Mlle de Malcrais de la Vigne. cEs jours passez, l'ombre de Deshouliere,
Enfers revenuë, à mes regards s'offrit : 1.Y,L
A son premier abord
,
la frayeur me surprit,
Et jefis trois pasenarriere;
Mais quand d'un compliment le début pli
d'esprit,
Frappa mon oreille touchée,
La peur cessa de me saisir; 1
Je l'entendis avec plaisir
,
*
Et d'un Adieu trop prompt je fus même fâct
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Résumé : VERS à M. Pesselier de la Ferté Sous-Joüare, Auteur de ceux intitulez : l'Ombre de Me Deshoulieres, à Mlle de Malcrais de la Vigne ; inserez dans le Mercure de Novembre, 1732. p. 2372. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Mlle de Malcrais de la Vigne adresse une lettre à M. Pesselier de la Ferté-Sous-Joüare, publiée dans le Mercure de Novembre 1732. Elle y décrit une rencontre avec l'ombre de Deshoulières, d'abord effrayante, puis agréable après un compliment spirituel. Elle regrette un adieu trop rapide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 2844-2851
SECONDE PARTIE de la Répo[nse] de M. le Gendre, Marquis de S. Aub[in-]sur-Loire, au Problême contenu dans [le] Mercure du mois de Septembre derni[er] sur l'Essence de la Matiere.
Début :
Je me suis engagé à réfuter le raisonnemen[t sur] le Calcul, par lesquels l'Auteur du Prob[lê]me [...]
Mots clefs :
Problème, Essence de la matière, Infini, Infiniment grand, Infiniment petit, Cercle, Passage, Prolongement, Calcul, Infinité
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE PARTIE de la Répo[nse] de M. le Gendre, Marquis de S. Aub[in-]sur-Loire, au Problême contenu dans [le] Mercure du mois de Septembre derni[er] sur l'Essence de la Matiere.
SECONDE PARTIE de la Répo
de M.le Gendre, Marquis de S.Aub
sur-Loire, AH Problème contenu dam
Mercure du trois de Septembre dcrnij
sur l'Essence de la Matiere.
JE me suis engagé à réfuter le raisonnement
le Calcul, par lesquelsl'Auteur du Prot
me a prétendu dépoüiller la Mariere de ses pi
prietez. Il me reste à achever la Partie du R
sonnement, et à démontrer celle du Calcul. J
ferai encore une sous-division, et je partage
en deux Mercures,premièrement ce qui me
te à traiter suivant le Raisonnement, en sect
lieu, ce qui concerne le Calcul..
J'ai suffisamment établi que ce qui est exte
sible de plus en plus à l'infini, ne prut être s
poséétendu à l'infini, que par conséquent, d
la Géométrie, comme dans la Physique,tout
réduit au fini divisible et extensible de plus
plus à l'infini; que le passage du fini à l'infin
le retour sont impossibles, et que c'est la rais Il Foi. p.
pour laquelle on s'efforce inutilement de les expliquer.
La solution que l'Auteur du Prob ême
donne à cette difficulté , par l'éxaltation d'une
nature inférieure , comme du point à la ligne ,
de la ligne à la surface , de la surface au solide
est opposée au Systême des Infinitaires , que
composent les Plans d'autres Plans infiniment
petits , et les solides d'autres solides pareillement
elementaires. L'Auteur du Prob ême ajoûte : » le
» passage du fini à l'infii n'a ici rien de plus
extraordinaire que ce raisonnement , où il est
incontestable . Je prends un écu , puis un demi
écu , puis un quart , un demi quart , &c . Cela
fait un mouvement croissant et qui peut tou-
»jours croître à l'infini ; ou bien par un mouve
32 ment instantanée et fini , je prends d'un seul
» coup deux écus , cela va au même ; et que sçait
» on même si ce n'est pas plutôt le premier que
le second de ces mouvemens qui est infini
»Au moins le premier ne finit pas , et le second
finit aussi - tôt.
Comment l'Auteur du Problême entend-il que
ces deux mouvements vont au même , puisque
de son aveu , le premier ne finit pas et que le
second finit aussi tot ? Le fini ne contient point
P'infini , à moins qu'on n'ajoûte ce correctif, que
c'est un infini essentiellement concentré dans
son enveloppe et inépuisable dans sa mine, qu'au
cun développement ne peut épuiser, La divisibilité
à l'infini est la contradictoire de la division
à l'infini . L'infiniment petit est un indivisible, qui ,
par consequent est exclus de la divisibilité à l'in
fini. Autrement ce seroit rejetter , et admettre les
indivisibles , exclure et supposer les arômes. Bien
loin de conclure de la divisibilité à l'infini , que
Ja matiere contienne une infinité de parties ,
II. Vol.
2848 MERCURE L FRANCE
prolongement qu'on a supposé capable d'auge
mentation à l'infini , étoit achevé et rendu infini,
ou supposé infini , le prolongement infini seroit
toujours égal à la premiere dimension finie de
ce morceau de cire ou de ce lingot d'or. Voilà
en quoi la supposition renferme les deux contradictoires
; sçavoir , que le morceau de cire ou le
lingot d'or puissent être prolongez toujours de
plus en plus , et que leur prolongement soit terminé
, c'est- à - dire qu'ils passent du fini à l'infini
, ou d'un degré inferieur d'infini à un degré
superieur. Car quelque prolongement qu'on ait
donné à ce morceau de cire, ou à ce lingot d'or,
puisque ce prolongement est toujours capable
d'augmentation à l'infini , il ne peut jamais ête
achevé , à quelque progrès d'extension qu'on
l'arrête , il est fini , et étant égal à la dimension
originaire,c'est une quantité finie égale à une autre
quantité finie ; mais il est impossible et contardictoire,
que l'infini et le fini soient égaux entr'eux
, comme on prétend neanmoins le démon
trer dans les Livres des plus sçavans Géometres ,
au sujet des espaces asymptotiques hyperboli
ques , et en plusieurs autres occasions.
Suivant les Principes du Systême de l'Infini ,
les rayons d'un cercle sont des quantitez constantes
qui n'ont point de difference , mais suivant
les mêmes Principes , le cercle étant un polygone
d'une infinité de côtez, le rayon ne peut
être égal à l'apotême. Outre que l'infiniment petit
, comme je l'ai démontré , est un être de raison
, en le supposant neanmoins , le cercle ne
$
* Guinée , l'Hopital , Memoires de l'Académie
Royale des Sciences. Elemens de la Géometrie de
PInfini de M. de Fontenelle , &c.
II. Vol.
peur
DECEMBR E. 1733. 2849
f
peut être un polygone d'une infinité de côtez ,
ar si l'approximation des apotêmes est infinie , il
n'y a plus de polygone . Cette proposition que
le cercle est un polygone d'une infinité de cô ez,
est d'Archimede , ce grand Géometre en a fait
la supposition , pour parvenir à l'approximation
la plus exacte de la quadrature du cercle . S'il
avoit donné cette supposition pour géométrique,
ce seroit le cas d'appliquer ce qui a été dit par
le celebre Viette ; la conclusion d'Archimede ne
peut être juste , que celle d'Euclide ne soit fausse . *
Si verè Archimedes , fallaciter conclusit Euclides.
Car suivant Archimede , les rayons du cercle ne
pourroient être égaux entr'eux , au lieu que , suivant
Euclide , ils sont nécessairement égaux en-
2
tr'eux .
Pour prouver le passage du fini à l'infini , on
alleguera peut - être que dans les Démonstrations
appellées de maximis et minimis , il se fait un
passage du fini à l'infini . Voici comment le Marquis
de l'Hôpital ** s'exprime à ce sujet. » On
conçoit aisément qu'une quantité qui diminuë
» continuellement
, ne peut devenir de positive
négative , sans passer par le zéro ; mais on ne
voit pas avec la même évidence , que lorsqu'elle
augmente elle doive passer par l'infini ..
C'est ce qu'il entreprend de démontrer. Je soutiens
au contraire que ni l'infiniment grand ni l'infiniment
petit ne se rencontrent jamais dans les
courbes . Il est vrai que du positif au négatif , on
passe toujours par zero , mais ce passage n'a rien
de commun avec l'infiniment petit , et le changement
d'une quantité qui augmente , ne la fait
* Viette , Supplem . Géometr.
** Anal. des infinim. petits. §. 3. pag. 42 .
II. Vol. E 104-
10.30 " c
non-plus jamais passer par l'infiniment grand. Le
changement qui donne liea à cette expression de
l'infini , c'est que la soutangente devient perpen
diculaire ou parallele. Dans les chiffres il est
clair , que soit qu'on descende des nombres entiers
aux fractions , soit qu'on remonte des frac
tions aux nombres entiers, le passage est toujours
le même par zero , sans que l'infiniment grand ni
l'infiniment petit y entrent pour rien .
Si l'on attribue l'infiniment grand à tout ce
qui est parallele , si un côté du triangle differen
ciel devenant nul , l'autre côté est infiniment
grand par rapport à ce côté qui devient nul , en
ce sens- là on pourra dire que tout ce qui existe de
plus petit dans la Nature , est infiniment grand .
Il faut donc avertir que par cette expression de
grandeur infinie , on doit entendre tout ce qu'on
peut concevoir de plus petit ; l'infiniment grand
et l'infiniment petit sont confondus. Qui ne
voit que ces expressions sont entierement contraires
aux idées qu'elles représentent ? Répondra-
t'on au sujet de ces expressions de l'infiniment
grand et du plus qu'infini , que les noms
des choses sont arbitraires ? Mais les noms des
choses ne doivent jamais présenter un sens opposé
aux idées generales , et à plus forte raison ,
aux veritez primitives et incommutables , et aux
notions claires dans lesquelles consiste l'évideace
même. Aristote , Ciceron , et plusieurs
Naturalistes , ont parlé d'un petit animal aîlé ,
qui ne vit qu'un jour , et qui pour cette raison a
été appellé Ephémere.Si l'on découvroit quelque
animal dont la vie fût bornée à la moitié d'un
jour et que les Naturalistes s'exprimassent ainsi ,
le petit animal qui ne vit que la moitié d'un
jour , est éternel ( en sous- entendant par rapport
II. Vol.
ce qui ne vit point du tout ) et la durée de
l'Ephemere est plus qu'éternelle, étant égale à la
duiée éternelle de cet autre petit animal', et de
plus à une demie journée , ces expressions pourtoient-
elles se concilier avec les idées que tous les
hommes se sont formées de la durée du temps ?
Il est démontré que le plus qu'infini est contradictoire
, qu'il ne peut y avoir differens ordres
d'infinis que le fini et l'infini ne peuvent
être égaux , que ce qui est extensible ou divisible
à l'infini , ne peut être supposé entierement
étendu ni entierement divisé ; que l'infiniment
grand et l'infiniment petit en Géométrie comme
en Physique sont des êtres de raison , que le fini
ne contient point l'infini , enfin que les principes
sur lesquels l'Auteur du Probiême s'est tondé
pour dépouiller la matiere de ses proprietez ,
sont insoutenables par le raisonnement.
l'acheverai dans le prochain Mercure cette
Démonstration par le Calcul ; et les observations
qui me restent à faire , sont d'autant plus importantes
, que le Calcul algebrique s'étant emparé
aujourd'hui des avenues de presque toutes les
Sciences , il est d'une conséquence extrême de le
rendre juste et exact dans la derniere précision.
de M.le Gendre, Marquis de S.Aub
sur-Loire, AH Problème contenu dam
Mercure du trois de Septembre dcrnij
sur l'Essence de la Matiere.
JE me suis engagé à réfuter le raisonnement
le Calcul, par lesquelsl'Auteur du Prot
me a prétendu dépoüiller la Mariere de ses pi
prietez. Il me reste à achever la Partie du R
sonnement, et à démontrer celle du Calcul. J
ferai encore une sous-division, et je partage
en deux Mercures,premièrement ce qui me
te à traiter suivant le Raisonnement, en sect
lieu, ce qui concerne le Calcul..
J'ai suffisamment établi que ce qui est exte
sible de plus en plus à l'infini, ne prut être s
poséétendu à l'infini, que par conséquent, d
la Géométrie, comme dans la Physique,tout
réduit au fini divisible et extensible de plus
plus à l'infini; que le passage du fini à l'infin
le retour sont impossibles, et que c'est la rais Il Foi. p.
pour laquelle on s'efforce inutilement de les expliquer.
La solution que l'Auteur du Prob ême
donne à cette difficulté , par l'éxaltation d'une
nature inférieure , comme du point à la ligne ,
de la ligne à la surface , de la surface au solide
est opposée au Systême des Infinitaires , que
composent les Plans d'autres Plans infiniment
petits , et les solides d'autres solides pareillement
elementaires. L'Auteur du Prob ême ajoûte : » le
» passage du fini à l'infii n'a ici rien de plus
extraordinaire que ce raisonnement , où il est
incontestable . Je prends un écu , puis un demi
écu , puis un quart , un demi quart , &c . Cela
fait un mouvement croissant et qui peut tou-
»jours croître à l'infini ; ou bien par un mouve
32 ment instantanée et fini , je prends d'un seul
» coup deux écus , cela va au même ; et que sçait
» on même si ce n'est pas plutôt le premier que
le second de ces mouvemens qui est infini
»Au moins le premier ne finit pas , et le second
finit aussi - tôt.
Comment l'Auteur du Problême entend-il que
ces deux mouvements vont au même , puisque
de son aveu , le premier ne finit pas et que le
second finit aussi tot ? Le fini ne contient point
P'infini , à moins qu'on n'ajoûte ce correctif, que
c'est un infini essentiellement concentré dans
son enveloppe et inépuisable dans sa mine, qu'au
cun développement ne peut épuiser, La divisibilité
à l'infini est la contradictoire de la division
à l'infini . L'infiniment petit est un indivisible, qui ,
par consequent est exclus de la divisibilité à l'in
fini. Autrement ce seroit rejetter , et admettre les
indivisibles , exclure et supposer les arômes. Bien
loin de conclure de la divisibilité à l'infini , que
Ja matiere contienne une infinité de parties ,
II. Vol.
2848 MERCURE L FRANCE
prolongement qu'on a supposé capable d'auge
mentation à l'infini , étoit achevé et rendu infini,
ou supposé infini , le prolongement infini seroit
toujours égal à la premiere dimension finie de
ce morceau de cire ou de ce lingot d'or. Voilà
en quoi la supposition renferme les deux contradictoires
; sçavoir , que le morceau de cire ou le
lingot d'or puissent être prolongez toujours de
plus en plus , et que leur prolongement soit terminé
, c'est- à - dire qu'ils passent du fini à l'infini
, ou d'un degré inferieur d'infini à un degré
superieur. Car quelque prolongement qu'on ait
donné à ce morceau de cire, ou à ce lingot d'or,
puisque ce prolongement est toujours capable
d'augmentation à l'infini , il ne peut jamais ête
achevé , à quelque progrès d'extension qu'on
l'arrête , il est fini , et étant égal à la dimension
originaire,c'est une quantité finie égale à une autre
quantité finie ; mais il est impossible et contardictoire,
que l'infini et le fini soient égaux entr'eux
, comme on prétend neanmoins le démon
trer dans les Livres des plus sçavans Géometres ,
au sujet des espaces asymptotiques hyperboli
ques , et en plusieurs autres occasions.
Suivant les Principes du Systême de l'Infini ,
les rayons d'un cercle sont des quantitez constantes
qui n'ont point de difference , mais suivant
les mêmes Principes , le cercle étant un polygone
d'une infinité de côtez, le rayon ne peut
être égal à l'apotême. Outre que l'infiniment petit
, comme je l'ai démontré , est un être de raison
, en le supposant neanmoins , le cercle ne
$
* Guinée , l'Hopital , Memoires de l'Académie
Royale des Sciences. Elemens de la Géometrie de
PInfini de M. de Fontenelle , &c.
II. Vol.
peur
DECEMBR E. 1733. 2849
f
peut être un polygone d'une infinité de côtez ,
ar si l'approximation des apotêmes est infinie , il
n'y a plus de polygone . Cette proposition que
le cercle est un polygone d'une infinité de cô ez,
est d'Archimede , ce grand Géometre en a fait
la supposition , pour parvenir à l'approximation
la plus exacte de la quadrature du cercle . S'il
avoit donné cette supposition pour géométrique,
ce seroit le cas d'appliquer ce qui a été dit par
le celebre Viette ; la conclusion d'Archimede ne
peut être juste , que celle d'Euclide ne soit fausse . *
Si verè Archimedes , fallaciter conclusit Euclides.
Car suivant Archimede , les rayons du cercle ne
pourroient être égaux entr'eux , au lieu que , suivant
Euclide , ils sont nécessairement égaux en-
2
tr'eux .
Pour prouver le passage du fini à l'infini , on
alleguera peut - être que dans les Démonstrations
appellées de maximis et minimis , il se fait un
passage du fini à l'infini . Voici comment le Marquis
de l'Hôpital ** s'exprime à ce sujet. » On
conçoit aisément qu'une quantité qui diminuë
» continuellement
, ne peut devenir de positive
négative , sans passer par le zéro ; mais on ne
voit pas avec la même évidence , que lorsqu'elle
augmente elle doive passer par l'infini ..
C'est ce qu'il entreprend de démontrer. Je soutiens
au contraire que ni l'infiniment grand ni l'infiniment
petit ne se rencontrent jamais dans les
courbes . Il est vrai que du positif au négatif , on
passe toujours par zero , mais ce passage n'a rien
de commun avec l'infiniment petit , et le changement
d'une quantité qui augmente , ne la fait
* Viette , Supplem . Géometr.
** Anal. des infinim. petits. §. 3. pag. 42 .
II. Vol. E 104-
10.30 " c
non-plus jamais passer par l'infiniment grand. Le
changement qui donne liea à cette expression de
l'infini , c'est que la soutangente devient perpen
diculaire ou parallele. Dans les chiffres il est
clair , que soit qu'on descende des nombres entiers
aux fractions , soit qu'on remonte des frac
tions aux nombres entiers, le passage est toujours
le même par zero , sans que l'infiniment grand ni
l'infiniment petit y entrent pour rien .
Si l'on attribue l'infiniment grand à tout ce
qui est parallele , si un côté du triangle differen
ciel devenant nul , l'autre côté est infiniment
grand par rapport à ce côté qui devient nul , en
ce sens- là on pourra dire que tout ce qui existe de
plus petit dans la Nature , est infiniment grand .
Il faut donc avertir que par cette expression de
grandeur infinie , on doit entendre tout ce qu'on
peut concevoir de plus petit ; l'infiniment grand
et l'infiniment petit sont confondus. Qui ne
voit que ces expressions sont entierement contraires
aux idées qu'elles représentent ? Répondra-
t'on au sujet de ces expressions de l'infiniment
grand et du plus qu'infini , que les noms
des choses sont arbitraires ? Mais les noms des
choses ne doivent jamais présenter un sens opposé
aux idées generales , et à plus forte raison ,
aux veritez primitives et incommutables , et aux
notions claires dans lesquelles consiste l'évideace
même. Aristote , Ciceron , et plusieurs
Naturalistes , ont parlé d'un petit animal aîlé ,
qui ne vit qu'un jour , et qui pour cette raison a
été appellé Ephémere.Si l'on découvroit quelque
animal dont la vie fût bornée à la moitié d'un
jour et que les Naturalistes s'exprimassent ainsi ,
le petit animal qui ne vit que la moitié d'un
jour , est éternel ( en sous- entendant par rapport
II. Vol.
ce qui ne vit point du tout ) et la durée de
l'Ephemere est plus qu'éternelle, étant égale à la
duiée éternelle de cet autre petit animal', et de
plus à une demie journée , ces expressions pourtoient-
elles se concilier avec les idées que tous les
hommes se sont formées de la durée du temps ?
Il est démontré que le plus qu'infini est contradictoire
, qu'il ne peut y avoir differens ordres
d'infinis que le fini et l'infini ne peuvent
être égaux , que ce qui est extensible ou divisible
à l'infini , ne peut être supposé entierement
étendu ni entierement divisé ; que l'infiniment
grand et l'infiniment petit en Géométrie comme
en Physique sont des êtres de raison , que le fini
ne contient point l'infini , enfin que les principes
sur lesquels l'Auteur du Probiême s'est tondé
pour dépouiller la matiere de ses proprietez ,
sont insoutenables par le raisonnement.
l'acheverai dans le prochain Mercure cette
Démonstration par le Calcul ; et les observations
qui me restent à faire , sont d'autant plus importantes
, que le Calcul algebrique s'étant emparé
aujourd'hui des avenues de presque toutes les
Sciences , il est d'une conséquence extrême de le
rendre juste et exact dans la derniere précision.
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Résumé : SECONDE PARTIE de la Répo[nse] de M. le Gendre, Marquis de S. Aub[in-]sur-Loire, au Problême contenu dans [le] Mercure du mois de Septembre derni[er] sur l'Essence de la Matiere.
Dans un texte publié dans le Mercure de septembre 1733, le Marquis de l'Aubespine réfute la théorie de l'essence de la matière présentée dans le 'Problème'. L'auteur du 'Problème' propose que la matière soit extensible à l'infini, une idée que le Marquis conteste vigoureusement. Il argue que le passage du fini à l'infini est impossible et que la matière ne peut être réduite à des éléments infiniment petits. Le Marquis critique également la comparaison faite par l'auteur du 'Problème' entre la division d'un écu et le passage du fini à l'infini, affirmant que ces deux processus ne sont pas équivalents. Il démontre que l'infiniment petit est un indivisible, ce qui exclut la possibilité de divisibilité à l'infini. De plus, il remet en question la proposition d'Archimède selon laquelle le cercle est un polygone à une infinité de côtés, la jugeant contradictoire. Le Marquis conclut que les principes sur lesquels l'auteur du 'Problème' s'est fondé pour décrire la matière sont insoutenables. Il prévoit d'achever sa démonstration dans le prochain Mercure en se concentrant sur le calcul.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 2851-2852
ENIGME.
Début :
Je suis fraîche et bien blanche, agréable à la vûë, [...]
Mots clefs :
Bougie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E suis fraîche et bien blanche, agréable à la vûë ,
Chacun me peut toucher et me voir toute nuë ,
J'ai du repos le jour , mais un mauvais destin ,
Me menace depuis le soir jusqu'au matin.
II. Vol. E ij Ecant
2852 MERUURE DE FRANCE
Etant Vierge et toute innocente,
Je ne puis concevoir de criminel dessein
Cependant une flamme ardente ,
Que la nuit allume en mon sein ,
Me dévore le corps , m'agite et me tourmente.
E suis fraîche et bien blanche, agréable à la vûë ,
Chacun me peut toucher et me voir toute nuë ,
J'ai du repos le jour , mais un mauvais destin ,
Me menace depuis le soir jusqu'au matin.
II. Vol. E ij Ecant
2852 MERUURE DE FRANCE
Etant Vierge et toute innocente,
Je ne puis concevoir de criminel dessein
Cependant une flamme ardente ,
Que la nuit allume en mon sein ,
Me dévore le corps , m'agite et me tourmente.
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18
p. 2852
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon corps n'a que cinq pieds en bonne Arithmétique. [...]
Mots clefs :
Vertu
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE,
J
M
Arithmétique.
On corps n'a que cinq pieds en bonne
Mon premier chef tranché , me lisant à rebours ,
J'offre aux yeux deux tons de Musique ;
Ma premiere moitié se fait voir tous les jours ,
Dans l'eau , dans le bois , dans la terre.
Quatre , cinq , deux et trois , c'est le fruit de la
guerre ;
A
Trois , un et deux , je nais dans un Jardin ;
Pris dans un autre sens , je deviens un chemin.
Remis dans mon entier sans qu'on me décompose
,
Je suis l'apanage d'Iris ;
Heureux enfin qui se dispose
A vouloir sans tarder connoître qui je suis .
Blezin , d'Arles.
J
M
Arithmétique.
On corps n'a que cinq pieds en bonne
Mon premier chef tranché , me lisant à rebours ,
J'offre aux yeux deux tons de Musique ;
Ma premiere moitié se fait voir tous les jours ,
Dans l'eau , dans le bois , dans la terre.
Quatre , cinq , deux et trois , c'est le fruit de la
guerre ;
A
Trois , un et deux , je nais dans un Jardin ;
Pris dans un autre sens , je deviens un chemin.
Remis dans mon entier sans qu'on me décompose
,
Je suis l'apanage d'Iris ;
Heureux enfin qui se dispose
A vouloir sans tarder connoître qui je suis .
Blezin , d'Arles.
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19
p. 2852-2853
AUTRE.
Début :
Dans un Etat où regne un ordre merveilleux, [...]
Mots clefs :
Abeille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ans un Erat où regne un'ordre merveilleux,
Par une industrie admirable ,
II, Vol.
Sans
DECEMBR E. 1733. 2853
Sans interêt , mes travaux genereux
Te procurent , Lecteur , l'utile et l'agréable ;
A m'arranger exerce toi ;
Réduisant sept à cinq , tu trouveras chez moi
Un petit Globe assez solide ,
Un autre Globe encor tantôt mol , tantôt dur ,
Auquel cas le plus intrépide
Souvent pour le parer auroit besoin d'un mar.
U ne aimable Epitete et par qui la fémelle ,
Acquiert le droit d'être cruelle .
En quatre , on découvre à la fois ,
Trois Villes , une en France , une autre dans la
Suisse ;
A Rome naissante autrefois
La troisiéme fut peu propice.
On voit encore un innocent
Qui souffrit autrefois un trépas violent.
D'un féroce animal la femelle sauvage ,
Un endroit dans la Mer à l'abri de l'orage :
De ton corps je suis une humeur ;
De ta Loi je suis un Prophere ;
Item. Ce que fait un Seigneur
Quand il veut affermer des Terres qu'il achette.
En trois , d'une Liqueur on trouve l'excrement.
Femme de l'Ancien Testament ;
Plus un Légume , un Cercle où regne la Folie
Et dont la tristesse est bannie ..
Curion de Poulainville.
Ans un Erat où regne un'ordre merveilleux,
Par une industrie admirable ,
II, Vol.
Sans
DECEMBR E. 1733. 2853
Sans interêt , mes travaux genereux
Te procurent , Lecteur , l'utile et l'agréable ;
A m'arranger exerce toi ;
Réduisant sept à cinq , tu trouveras chez moi
Un petit Globe assez solide ,
Un autre Globe encor tantôt mol , tantôt dur ,
Auquel cas le plus intrépide
Souvent pour le parer auroit besoin d'un mar.
U ne aimable Epitete et par qui la fémelle ,
Acquiert le droit d'être cruelle .
En quatre , on découvre à la fois ,
Trois Villes , une en France , une autre dans la
Suisse ;
A Rome naissante autrefois
La troisiéme fut peu propice.
On voit encore un innocent
Qui souffrit autrefois un trépas violent.
D'un féroce animal la femelle sauvage ,
Un endroit dans la Mer à l'abri de l'orage :
De ton corps je suis une humeur ;
De ta Loi je suis un Prophere ;
Item. Ce que fait un Seigneur
Quand il veut affermer des Terres qu'il achette.
En trois , d'une Liqueur on trouve l'excrement.
Femme de l'Ancien Testament ;
Plus un Légume , un Cercle où regne la Folie
Et dont la tristesse est bannie ..
Curion de Poulainville.
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20
p. *2854-2854
« Dans le Mercure de Janvier on donnera l'Explication de ces Logogryphes [...] »
Début :
Dans le Mercure de Janvier on donnera l'Explication de ces Logogryphes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le Mercure de Janvier on donnera l'Explication de ces Logogryphes [...] »
Dans le Mercure de Janvier on donnera
l'Explication de ces Logogryphes
et de ceux du premier Volume de Désembre
1733 .
l'Explication de ces Logogryphes
et de ceux du premier Volume de Désembre
1733 .
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