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1
p. 1949-1956
EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
Début :
Qu'exiges-tu de ma veine assoupie ? [...]
Mots clefs :
Esprit, Zèle, Impie, Dieu, Chrétien, Orgueil, Vérité, Pierre Bayle, Ridicule, Incrédule
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, De M. Nericault Destouches, à M. Frigot.
EPITRE ,
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
De M. Nericault Deftouches , à M. Frigot.
Qu'exiges-tu de ma veine afſoupie ?
Que je l'excite à combattre l'Impie
Veux-tu toujours que ma Profe & mes Vers ,
Pour l'attaquer , parcourent l'Univers ?
N'eft-il pas tems de finir cette guerre ?
Si l'Incrédule affronte le Tonnerre
Si du fophifme il ofe fe munir,
Pour braver Dieu, toûjours lent à punir ,
Quelle recette affés bien préparée
Pourra guérir la raiſon égarée ,
Et
Y
Ouvrir les yeux bleffés par le grand jour ,
que l'erreur a fermés fans retour ?
A de tels maux il n'eft point de remede ,
Que d'implorer la Grace à qui tout cede
Pour obtenir qu'elle daigne frapper
Un coeur ingrat , qui lui veut échapper.
Qu'opéreront nos argumens fans elle ?
Sans ce fecours l'ardeur du plus beau zéle
Eft ridicule aux yeux d'un vain Docteur ,
Fier partifan d'un orgueil impofteur
Qui le fafcine , & qui lui perfuade
Que tout Chrétien eft un efprit malade ,
- Un vil eſclave au ſcrupule enchaîné ,
Pat
1950 MERCURE DE FRANCE
Par les frayeurs follement entraîné .
Oui , plus l'Impie au Ciel eft redevable ,
Plus il s'efforce à fe rendre coupable ;
Efprit , talens , fçavoir , fagacité ,
Tout s'arme en lui contre la Vérité ;
Pour l'obfcurcir fans ceffe il les déploye ;
La décrier eft fa plus douce joye,
Son vrai triomphe , & fon parfait bonheur.
Il fait le faire un malheureux honneur
De s'illuftrer par de fameux blafphêmes:
Charmé d'un nom , fruit de cent anathêmes ,
Il s'applaudit de ſe voir révéré
Par mille fous dont il eft entouré.
Comment matter cet efprit frénétique ?
Contre les Faits il n'eft point de répliques`
Tout doit s'y rendre avec foumiffion ,
Mais rien n'impoſe à la préfomption,
Qui ne connoît aucune Loi fuptême ,
Que les decrets qu'elle dicte elle- même.
Tu vois , ami , qu'à cet aveuglement
En vain j'oppofe un zele véhément ;
D'un fol orgueil l'Incrédule s'enyvre ;
La Providence à lui - même le livre ,
Terrible prix de fa témérité ,
Qui loin de lui fait fair la Vérité.
Déplore donc fon aveugle manie ,
Sans exiger que mon foible génie ,
Quifit contre elle un aflés vain effort ,
Pour
SEPTEMBRE. 1744. 1951
Pour la dompter prenne un nouvel effor .
Que m'ont produit mon ardeur & mon zéle
Mille ennemis : Querelle fur querelle.
Mes amis même entre eux ont murmuré ,
Quand ils m'ont vû d'un viſage aſſûré
Livrer bataille à la Raifon perverfe ,
Qui contre Dieu dans ce fiéclé s'exerce ,
Et fur la foi de Bayle , fon Docteur ,
Ofe douter de fon divin Auteur ;
Car le Démon , pour vaincre mon courage ,
Toujours fur moi fait tomber quelque orage ,
Et pour venger fes fideles fuppôts ,
Uſe ſes traits à troubler mon repos.
Tantôt d'un Poëte , impudent Anonyme ,
Et froid railleur , il exerce la rime
Pour m'infulter , & veut faire d'un fot ,
D'un ignorant , un Singe de Marot.
Tantôt il pouffe un rêveur lunatique
A m'excéder de ſa Métaphysique ,
Dont il oppofe à mes raiſonnemens
La profondeur & les fins argumens ,
Amas confus de chimeres fubtiles ,
Contre les Faits reffources inutiles.
Une autrefois il me fait
envoyer
Un vil monceau du plus fale papier ,
Affaifonné d'un billet , qui me marque
Que ce papier , digne d'un Ariſtarque ,
Et d'un Prêcheur auffi profond que moi ,
Mérite bien que j'en faffe l'emploi,
Pour
1952 MERCURE DE FRANCE.
Pour fignaler mon efprit fec & trifte ,
Contre l'Impie & contre le Déifte .
Ce n'eft pas tout. Il fufcite un pié plat ,
Efprit Normand , qui pourtant n'eſt qu'un fat ,
( Si par le ftyle on connoît la perfonne )
Pour m'attefter que chacun me foupçonne
De n'être au fond qu'un hypocrite altier ;
Que contre Bayle en vain j'oſe crier ,
Que je ne fuis qu'un Nain pufillanime ,
Près d'un Géant , qu'une éternelle eftime
Fera paffer pour le plus bel efprit ,
→
Et le plus grand , qui jamais ait écrit ;
Que s'il vivoit , fa plume , comme un foudre,
Dupremier coup me réduiroit en poudre ,
Prompt châtiment par moi trop mérité
Par mon audace & par ma vanité ;
Qu'en mes Ecrits mon orgueil fe décelle ,
Quoique caché fous le mafque du zéle ;
so Et taifez-vous , plat Théologien ,
» Laiffez en paix vivre l'anti - Chrétien
Ajoûte-t'il ; & d'un ftyle folâtre ,
» Allez plûtôt prêcher fur le Théâtre ,
>> Où quelquefois on vous a fupporté.
Fixez-vous-là . Votre zéle emporté
» Contre l'Impie & contre l'Incrédule ,
>> Paroît en vous un tic fort ridicule ,
» Loin d'impoſer , vous nous faites pitié.
Suis je , Frigot ,
affés humilié
יכ
C.x
SEPTEMBRE. 1744.
1953
Car chaque jour, par cent routes obfcures ,
Il pleut fur moi des volumes d'injures ;
Tous les matins c'eft mon plus doux régal.
Mes ennemis n'endurciffent au mal .
De tant d'efforts tu vois la récompenfe ;
Voilà les traits que le Démon me lance ,
Pour le venger de mes vives clameurs ,
Contre l'effain de fes noirs Sectateurs ,
Que tour à tour en fecret il déchaîne ,
Pour amortir le zéle qui m'entraîne ,
Et me forcer à reprendre un métier ,
Que malgré lui , j'ai fait voeu d'oublier.
Eh ! plût à Dieu qu'un rayon de lumiere
M'eût fait moins tard fortir d'une carriere ,
Où , trop jaloux d'un frivole talent ,
Je n'ai jamais couru qu'en chancelant ,
Pour acquérir , avide de fumée ,
Le foible éclat d'un peu de renommée!
A ce trait-ci , mes ennemis fecrets
Vont s'écrier : D'hypocrites regrets
Notre Précheur veut faire en vain parade ¿
Son air pieux n'eft qu'une maſcarade,
Pour impoſer aux crédules Dévots ,
Sots Partifans de fes maigres travaux :
Son Orviétan n'eft fait que pour des gruësi
Qu'il le débite à tous les coins des ruës,
Où la canaille en fera fon profit; ·
Mais quant à nous,que la Naturefit ,
>
3
B Grace
1954 MERCURE DE FRANCE.
Grace au hazard , d'une plus fine étoffe
Nous voyons tout d'un oeil trop philoſophe ,
Pour nous laiffer éblouir aujargon
De ce Tartuffe. Il lui faut un Orgon ,
Pour favourer fes fades balivernes.
2. 71.
Gens , tels que nous, ne vont point fans lanternes.
Nous voyons clair dans la plus fombre nuit.
Un beau dehors jamais ne nous féduit ;
Le moindrefard nous frappe , nous irrite,
Et de cent pas nous flairons l'hypocrite.
Eh ! par quel art peut-on venir à bout
De nous tromper , nous qui doutons de tout?
Doute éclairé: fource du Pyrrhonisme ,
Tu fais regner tout au moins le Déiſme !
Doute charmant , par qui la Vérité ,
S'il en eft une eft dans l'obſcurité ,.
Pénétre nous jufqu'en nos moindres fibres ,
Et fais de nous des Etres toujours libres ,
Aux préjugés, aux vulgaires fraycurs ,
Par ton pouvoir toujoursfupérieurs ,
Et le que nom de Bayle notre Maître ,
Vive à jamais ,pour t'avoir fait renaître..
Un tel propos te furprend & t'aigrit ,
Cu tu le crois un jeu de mon efprit ;
Non , cher ami , c'eft le fuc d'une Lettre
Qu'on s'empreffa de me faire remettre ,
Huit jours après que je t'eus répondu
Par le Mercure, & qui m'eût confondu ,
S'il
SEPTEMBRE. 1744. 1955
S'il étoit vrai que mon orgueil fantafque
D'un vrai Chrétien m'eût fait prendre le mafque ,,:
Pour ajoûter au vain titre d'Auteur,
L'air d'un Sçavant , & d'un Prédicateur.
Heureufement, ma candeur eft connuë ,
Et mon humeur n'eft que trop ingénuë.
Mon coeur ouvert m'a fouvent compromis ,
Et m'a privé d'un grand nombre d'amis.
Si Bayle en moi trouve un vif Adverfaire ,
C'eft que j'ai crû cet effor néceffaire ,
Pour décrier un Philofophe adroit ,
Qui croit douteux tout ce qu'un Chrétien croit
Differtateur d'autant plus redoutable ,
Qu'il cache mieux fon venin déteftable ,
Et que le ton qu'il prend , quand il écrit,
Corrompt le coeur , en amulant l'efprit
J'en fis d'abord l'épreuve malheureuſe.
Duppe , autrefois de fa candeur trompeuſe ,
Je me jettai , le fuivant pas à pas ,
Dans un bourbier que je ne voyois pas ;
Heureux enfin d'avoir ſçû reconnoître
L'objet affreux d'un fi dangereux Maître ;
Mais non content de l'avoir déteſté ,
Je fis la guerre au Docteur empeſté ,
Dont les talens , féduifant l'innocence ,
Jettent partout le doute & la licence ,
Et d'un Chrétien, peu précautionné ,
Font un impie , au vice abandonné.
Bij Oui ,
1956 MERCURE DE FRANCE.
Oui ; je l'ai dit , & je le dis encore ,
Un faux fçavant le révére , l'adore ,
Mais un coeur pur , muni d'un vrai fçavoir ,
Ne voit en lui qu'un efprit fouple & noir ,
Qui toujours cache & vomit le blafphême ,
Et j'oferois l'en convaincre lui -même ,
En m'expofant à ſon foudre irrité.
Quand pour appui l'on a la Vérité ,
Qu'a-t'on à craindre ? un Nain très- ridicule,
Peut avec elle attaquer un Hercule.
Après m'avoir enfeigné mon chemin ,
Elle m'a mis les armes à la main ,
Pour la défendre , & rempli d'un vrai zéle ,
J'ai rifqué tout, en combattant pour elle.
Et plût au Ciel qu'un auffi long débat ,
Eût mis enfin l'impie hors de Combat !
Mais à Dieu feul appartient cette gloire ;
C'eft de Dieu feul que j'attends la victoire,
Pour me venger de mes Perfécuteurs ,
Je la demande à ce Maître des coeurs.
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