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1
p. 96-108
ISMENE. EGLOGUE.
Début :
De ton égarement, ami, que dois-je croire ? [...]
Mots clefs :
Iphis, Philémon, Amour, Liberté, Injustice, Bergers, Ismène
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texteReconnaissance textuelle : ISMENE. EGLOGUE.
IS ME N. E..
EGLOGUE..
IPHIS..
DEtonégarement, ami,
que dois- je croire ?
La Seine à tes regards paroît toûjours la Loire,
Tu parles de bergers in
connus fur ces bords ,
Tu parcours nos forêts témoins de tes tranſports
Et l'Echo loin de toy redit
le nom d'Ifmene....
PHL
GALANT
PHILEMON.
Ciel devois - je quitter les
rives de la Seine ?
J'y voyois fans peril les plus
brillans attraits ;
L'Amour pour medompter
n'y trouvoit point
de traits :
Tranquile, je goûtois dans
nos fombres bocages
Leparfum de leurs feurs ,
le frais de leurs ombrages ,BomĀ …. I
Et fur le verd gazon , qu'ils
ont foin d'abreuver ,
Le feul bruit des ruiffeaux
m'apprenoit à rêver. T
Juin 1712.
Bayern the Steeth brotnak
98 MERCURE
Iphis,moncher Iphis, plains
mon fort déplorable ,
Lerepos de mon cœur n'a
za pas été durable
Et le fils de Venus de mon
calme irrité 7
M'a fait payer bien cher
ma courte liberté, vel
IPHIS.
Crois-moy,nos cœurs font
faits pour cet aimable
maître ,
Et l'Amourn'eft vaincu que
quand il veutbien l'être. ⠀
Echapé defes noeuds , &rebele à fes loix , ed
Tuméprilois des fersbaifez
GALANT
escent & cent fois ,
Et cu penfois devoir par de
4
conftans outrages
Reparer ta foibleffe & res
premiers hommages.
Je tremblois , & je crois te
l'avoir dir un jour ,
Unbergerdoit moins craindre encor Pan que
l'Amour,
300 ༡ ༩
PHILEMON.
Helas ! mon cherIphis , par
Sp des coups legitimes
Il a juftifié fes droits & res
maximes!
Lecruel m'attendoit fur un
bord étranger...
I ij
100 MERCURE
IPHIS.
N'es - tu pas trop heureux
qu'il daigne fe vanger?
PHILEMON.
Je le vois bien : toûjours
content de fon empire ,
Tu juges de mon feu par
celui qu'il t'inſpire ,
Et ton cœur prévenu pour
le Dieu que tu fers ,
Comblé de fes plaifirs n'apperçoit pas les fers.
Non, non, je ne fuis pas de
ces heureux coupables ,
Que l'Amour ne punit que
pa: des coups aimables,
Qui dans fes châtimens é-
GALANT. 101
1
prouvent fes douceurs A
Etfemblent par leur crime
attirer les faveurs.
IPHIS.
J Ah ! berger , quel que foit
l'excés deton fupplice,
Jefuis fûr que l'Amour n'a
point fait d'injuftice
Et quels que foient les
mauxque ton cœur peut
fouffrir;
Je fuis bien fûr encor qu'il
n'en veut pas guerir.
Mais du fils de Venus apprens-moy la victoire.
PHILEMON.
Iphis , j'errois un jour fur les
I iij
102 MERCURE
art bords de la Loire,
Sans fonger à ce Dieu que
javois outrage I
Je vis l'aimable Ifmene, &
TAmour furvangé.
N'attens pas qu'aujourd'hui
jete peigne les charmes,
Cher Iphis , je reffens de
trop vives alarmes ,
Et fi j'entreprenois de tracer fon portrait,
J'y mêlerois , helas ! mon
defordre fecret.
Mais que mon trouble ferve a t'exprimerIfmene ,
Et connois fes appas par
l'excés de ma peine.
}
GALANT. 103
Cet objet qui m'a ſçû pour
jamais engager , n62
Eft foûmis au pouvoir d'un
injufte berger,
Qui negligeant des feux
que 1 hymen autorife ,
Ignore tout le prix d'un
bonheur qu'il méprife.
Te le dirai-je , Iphis ? dans
ces lieux fi charmans
L'Amour n'a pas encor formé de vrais amans :
Ifmene y brille en vain , &
le Dieu de Cithere
Perd mille exploits galans
1. que par elle il peut faire ;
ne s'y trouve point de ces H
I iiij
104 MERCURE
cœurs delicats
Qui feuls fçauroient d'If.
meneadorer lesappas,
IPHIS.
Que je plains ces bergers!
Philemon , quel domimage
Que de leurs, doux climats
ils ignorent l'ufage,
Et que toujours contens
d'un ennuyeux repost, I
Ils ne faffent jamais foûpirer
les Echos.
PHILEMON.
Ilmene quelquefois dans
ces belles retraites.
Va cacher ſes appas & fes
GALANT. 195
peines fecretes :
J'ai vu tous les reduits témoins de fes douleurs ,
Et farbre qui fouvent eft
baigné de fes pleurs.
Cet arbre fi cheri redou
bloit mes alarmes ,
Helas ! je l'ai moy- mêmearrofé de mes larmes ,
Et mon amour tremblant
fe trouvoit trop heẹureux ,
Lorfque fous fes rameaux il
révoit à fes feux.
IPHIS.
N'as - tu donc confie qu'à
get arbre fidelle
106 MERCURE
Lefincere recit d'uneflâme
fibelle ?
PHILEMON.
J'ignore , cher Iphis , fi ma
bouche a parlé :
En abordant Ifmene inquiet & troublé,
Maraifon s'égaroit , & ma
timide flame
Jettoit dans mes difcours le
trouble de mon
ame.
Quels momens a perdus
mon amour interdit !
Je pouvois m'expliquer...
IPHIS.
Tondefordreatout dit.
GALANT. 107
1
PHILEMON, SA
Voila mon trifte fort : ma
tendreffe eft extrême,
Et peut-être inconnue au
cher objet que j'aime.
Accable , loin d'Ifimene ,
Iphis , je fouffre , helas !
Mille tourmens affreux qu'-
elle ne fçaura pas ,
Et je ne jouis point même
des doux menfonges
Dont l'efpoir quelquefois
fçait embelirfes fonges.
Non , ce n'eft point pour
moy qu'épuiſant ſes ri
gueurs
L'Amour a reüni de fi
108 MERCURE
cruels malheurs.
IPHIS.
Je te plains : mais je crois
que ta flame fincere
Du Dieu qui te pourſuis flé,
chira la colere.
PHILEMON.
Iphis ,ne prens pas foin d'a
doucir mes tourmens,
Et porte ce fecours à de
foibles amans :
Pour moy je ne crains plus
& l'Amour &fa haine ,
Mon ardeur me fuffit en
adorant Ilmene.
EGLOGUE..
IPHIS..
DEtonégarement, ami,
que dois- je croire ?
La Seine à tes regards paroît toûjours la Loire,
Tu parles de bergers in
connus fur ces bords ,
Tu parcours nos forêts témoins de tes tranſports
Et l'Echo loin de toy redit
le nom d'Ifmene....
PHL
GALANT
PHILEMON.
Ciel devois - je quitter les
rives de la Seine ?
J'y voyois fans peril les plus
brillans attraits ;
L'Amour pour medompter
n'y trouvoit point
de traits :
Tranquile, je goûtois dans
nos fombres bocages
Leparfum de leurs feurs ,
le frais de leurs ombrages ,BomĀ …. I
Et fur le verd gazon , qu'ils
ont foin d'abreuver ,
Le feul bruit des ruiffeaux
m'apprenoit à rêver. T
Juin 1712.
Bayern the Steeth brotnak
98 MERCURE
Iphis,moncher Iphis, plains
mon fort déplorable ,
Lerepos de mon cœur n'a
za pas été durable
Et le fils de Venus de mon
calme irrité 7
M'a fait payer bien cher
ma courte liberté, vel
IPHIS.
Crois-moy,nos cœurs font
faits pour cet aimable
maître ,
Et l'Amourn'eft vaincu que
quand il veutbien l'être. ⠀
Echapé defes noeuds , &rebele à fes loix , ed
Tuméprilois des fersbaifez
GALANT
escent & cent fois ,
Et cu penfois devoir par de
4
conftans outrages
Reparer ta foibleffe & res
premiers hommages.
Je tremblois , & je crois te
l'avoir dir un jour ,
Unbergerdoit moins craindre encor Pan que
l'Amour,
300 ༡ ༩
PHILEMON.
Helas ! mon cherIphis , par
Sp des coups legitimes
Il a juftifié fes droits & res
maximes!
Lecruel m'attendoit fur un
bord étranger...
I ij
100 MERCURE
IPHIS.
N'es - tu pas trop heureux
qu'il daigne fe vanger?
PHILEMON.
Je le vois bien : toûjours
content de fon empire ,
Tu juges de mon feu par
celui qu'il t'inſpire ,
Et ton cœur prévenu pour
le Dieu que tu fers ,
Comblé de fes plaifirs n'apperçoit pas les fers.
Non, non, je ne fuis pas de
ces heureux coupables ,
Que l'Amour ne punit que
pa: des coups aimables,
Qui dans fes châtimens é-
GALANT. 101
1
prouvent fes douceurs A
Etfemblent par leur crime
attirer les faveurs.
IPHIS.
J Ah ! berger , quel que foit
l'excés deton fupplice,
Jefuis fûr que l'Amour n'a
point fait d'injuftice
Et quels que foient les
mauxque ton cœur peut
fouffrir;
Je fuis bien fûr encor qu'il
n'en veut pas guerir.
Mais du fils de Venus apprens-moy la victoire.
PHILEMON.
Iphis , j'errois un jour fur les
I iij
102 MERCURE
art bords de la Loire,
Sans fonger à ce Dieu que
javois outrage I
Je vis l'aimable Ifmene, &
TAmour furvangé.
N'attens pas qu'aujourd'hui
jete peigne les charmes,
Cher Iphis , je reffens de
trop vives alarmes ,
Et fi j'entreprenois de tracer fon portrait,
J'y mêlerois , helas ! mon
defordre fecret.
Mais que mon trouble ferve a t'exprimerIfmene ,
Et connois fes appas par
l'excés de ma peine.
}
GALANT. 103
Cet objet qui m'a ſçû pour
jamais engager , n62
Eft foûmis au pouvoir d'un
injufte berger,
Qui negligeant des feux
que 1 hymen autorife ,
Ignore tout le prix d'un
bonheur qu'il méprife.
Te le dirai-je , Iphis ? dans
ces lieux fi charmans
L'Amour n'a pas encor formé de vrais amans :
Ifmene y brille en vain , &
le Dieu de Cithere
Perd mille exploits galans
1. que par elle il peut faire ;
ne s'y trouve point de ces H
I iiij
104 MERCURE
cœurs delicats
Qui feuls fçauroient d'If.
meneadorer lesappas,
IPHIS.
Que je plains ces bergers!
Philemon , quel domimage
Que de leurs, doux climats
ils ignorent l'ufage,
Et que toujours contens
d'un ennuyeux repost, I
Ils ne faffent jamais foûpirer
les Echos.
PHILEMON.
Ilmene quelquefois dans
ces belles retraites.
Va cacher ſes appas & fes
GALANT. 195
peines fecretes :
J'ai vu tous les reduits témoins de fes douleurs ,
Et farbre qui fouvent eft
baigné de fes pleurs.
Cet arbre fi cheri redou
bloit mes alarmes ,
Helas ! je l'ai moy- mêmearrofé de mes larmes ,
Et mon amour tremblant
fe trouvoit trop heẹureux ,
Lorfque fous fes rameaux il
révoit à fes feux.
IPHIS.
N'as - tu donc confie qu'à
get arbre fidelle
106 MERCURE
Lefincere recit d'uneflâme
fibelle ?
PHILEMON.
J'ignore , cher Iphis , fi ma
bouche a parlé :
En abordant Ifmene inquiet & troublé,
Maraifon s'égaroit , & ma
timide flame
Jettoit dans mes difcours le
trouble de mon
ame.
Quels momens a perdus
mon amour interdit !
Je pouvois m'expliquer...
IPHIS.
Tondefordreatout dit.
GALANT. 107
1
PHILEMON, SA
Voila mon trifte fort : ma
tendreffe eft extrême,
Et peut-être inconnue au
cher objet que j'aime.
Accable , loin d'Ifimene ,
Iphis , je fouffre , helas !
Mille tourmens affreux qu'-
elle ne fçaura pas ,
Et je ne jouis point même
des doux menfonges
Dont l'efpoir quelquefois
fçait embelirfes fonges.
Non , ce n'eft point pour
moy qu'épuiſant ſes ri
gueurs
L'Amour a reüni de fi
108 MERCURE
cruels malheurs.
IPHIS.
Je te plains : mais je crois
que ta flame fincere
Du Dieu qui te pourſuis flé,
chira la colere.
PHILEMON.
Iphis ,ne prens pas foin d'a
doucir mes tourmens,
Et porte ce fecours à de
foibles amans :
Pour moy je ne crains plus
& l'Amour &fa haine ,
Mon ardeur me fuffit en
adorant Ilmene.
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Résumé : ISMENE. EGLOGUE.
Le texte est une églogue, un dialogue poétique entre deux bergers, Philemon et Iphis. Philemon exprime son désarroi amoureux, oscillant entre la Seine et la Loire, et évoque ses souvenirs tranquilles près de la Seine. Il révèle ensuite sa rencontre avec Imène, une bergère qu'il aime, mais qui est indifférente à ses avances. Philemon décrit son amour non réciproque et les tourments qu'il endure, comparant son sort à celui des bergers heureux punis par des coups aimables de l'Amour. Iphis, quant à lui, croit en la puissance de l'Amour et pense que Philemon finira par être récompensé. Philemon raconte ses tentatives maladroites pour déclarer son amour à Imène, marquées par la timidité et le trouble. Il conclut en affirmant que son ardeur pour Imène est suffisante pour lui, malgré les tourments qu'il endure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 344-354
Omphale, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
La Tragédie d'Omphale parut dans sa nouveauté au mois de Novembre [...]
Mots clefs :
Omphale, Alcide, Iphis, Amour, Argine, Fête, Coeur, Rival, Jeux, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Omphale, Extrait, [titre d'après la table]
A Tragédie d'Omphale parut dans sa
nouveauté au mois de Novembre
1701. et eut un fort grand succès ; on la
reprit 20. ans après avec assez de réussite.
Elle vient d'être remise au Théatre plus
brillante et mieux accueillie que jamais.
Le Poëme est de feu M. de la Mothe et
la Musique de M. Destouches , Sur- Intendant
de la Musique du Roy ; voici un
court Extrait de l'Ouvrage :
Le Théatre représente au Prologue un
lieu destiné pour celebrer la gloire de
l'Amour ; les Jeux , les Plaisirs et les Graces
composent sa Cour et les Habitans
de la Terre et des Cieux , à titre de Sujets
, relevent son triomphe. Une Grace
fait l'exposition par ces Vers :
Vous qui suivez l'Amour , Graces , Plaisirs er
Jeux ,
Celebrez avez moi sa puissance et ses charmes s
Chantez ses traits , chantez ses feux ;
Et que vos chants pour lui soient de nouvelles
armes.
Une seconde Grace fait encore l'office
de
FEVRIER
. 1733. · 345
de Coriphée. Les autres Graces forment
le Balet , conjointement avec les Plaisirs
et les Jeux. Junon descend des Cieux ,
elle expose le sujet qui l'oblige à venir
implorer le secours de l'Amour , par cest
Vers :
Dieu puissant, venge moi d'un Mortel qui m'ou
trage ;
Son coeur, dès le berceau, tiriomphe de ma rage,
Må honte et mon dépit croissent par ses travaux;
Blesse Alcide ; il est temps de vaincre ce Héros :
Mais choisit ces traits redoutables ,
Dont tu sçus troubler mon repos ;
Je te pardonne tous mes maux ,
S'il en peut souffrir de semblables.
L'Amour consent à satisfaire Junon ;
il ordonne à la Jalousie qui paroît au
fond du Théatre enchainée dans son Antre
avec la Rage et le Désespoir , de sortir
de leurs fers et d'aller exécuter les
ordres de Junon . Leur obéissance prépare
le sujet de la Tragédie d'Omphale ,
où l'Auteur suppose que la victoire qu'Alcide
va remporter sur l'Amour jaloux ,
est un des plus difficiles travaux que la
Déesse irritée ait imposez à cet odieux
fils d'une Rivale.
Le Théatre représente au premier Ac-,
G iij
د
te
346 MERCURE DE FRANCE
te , des Arcs de triomphe élevez à la
gloire d'Alcide , devant le Temple de
Jupiter son pere. Iphis fait connoître
l'amour secret dont il brûle pour Omphale
, Reine de Lydie. Son Monologue
commence ainsi :
Calme heureux , innocente paix ,
C'est en vain que je vous appelle ;
Calme heureux , innocente paix,
Non , ce n'est plus pour moi que vos plaisirs
sont faits , & c.
,
Un bruit de Trompettes qui se fait
entendre , donne occasion à ce Prince
ami d'Alcide , d'annoncer la Fête qu'Omphale
doit faire celebrer en l'honneur de
ce Héros , qui vient de la rétablir sur
son Trône par la défaite des Rebelles
dont elle avoit été opprimée , et par celle
d'un Monstre horrible.
Alcide vient et ordonne qu'on aille
rassembler les Rebelles domptez , pour
leur faire éprouver la clémence de leur
légitime Souveraine ; on a trouvé que
l'Auteur s'est un peu trop pressé d'annoncer
la Fête du second Acte , dès le
commencement du premier.
Alcide fait connoître à Iphis qu'il aime
Omphale . Iphis est frappé d'une nouvelle
, qui lui donne un Rival si redoutable
FEVRIER . 1733 : 347
table dans un ami si tendrement aimé
il n'oublie rien pour combattre un amour
qui lui est si fatal ; il représente sur tout
à Alcide , qu'il a tout à craindre de la
jalouse Argine , c'est le nom que M. de
la Mothe donne à Manto , fille du celebre
Tiresie ,pour s'accommoder à la dou
ceur que la Poësie Lyrique exige même
dans les noms. Omphale , suivie de ses
Peuples , vient celebrer le triomphe d'Alcide;
elle y invite ses Lydiens par ces Vers:
Chantez le digne fils du plus puissant des Dieux;
Chantez , portez vos voix et son nom jusqu'aux
Cieux , & c.
Alcide interrompt la Fête par ces Vers
adressez à Omphale.
Cessez ces vains honneurs que vous me faites
rendre ;
Je n'entends point ces Chants , je ne voi point
ces Jeux ;
Mes soupirs , malgré moi , vous font assez en
tendre
Qu'un autre prix est l'objet de mes voeux.
Omphale qui fuit un éclaircissement ,
ordonne qu'on vienne avec elle consacrer
les Armes des mutins à Jupiter.
Au second Acte , Omphale , au milieu
de deux Confidentes , comme dans
Giiij Armide ,
348 MERCURE DE FRANCE
Armide , est félicitée sur la victoire que
ses yeux ont remportée sur le coeur du
grand Alcide. Elle reçoit leurs complimens
avec indifference , et leur fait entendre
qu'Iphis est son vainqueur ; ce
Prince vient ; elle veut sonder son coeur .
Iphis annonce à Omphale de la part
d'Alcide , la Fête préparée pour elle ;
Omphale lui dit que c'est en vain que
ce Héros soupire , et qu'il s'est laissé prévenir
par un autre : Iphis ne peut apprendre
sans jalousie que le coeur d'Omphale
est le partage d'un autre ; il parle
en faveur de son ami , n'osant parler pour
lui - même. Cette Scene est très fine de la
part d'Omphale ; mais Iphis paroît un
Amant peu intelligent , on trouve même
qu'il prend le change gratuitement ,
et qu'il se retire désesperé , sans qu'Omphale
ait rien dit d'assez équivoque pour
lui faire entendre qu'elle est offensée de
la déclaration de son amour. Iphis se
retire sans donner le temps à la Reine
de le détromper.
Alcide vient celebrer la Fête qu'il a
fait annoncer par Iphis ; Omphale ordonne
qu'on ôte les chaînes aux Mutins
domptez , puisque le Vainqueur veut bien
leur faire grace ; cette Fête est presque
toute chantée par Alcide , qui se donne
&
aux
FEVRIER . 1733. 349
aux Sujets d'Omphale pour modele de
l'ardeur dont ils doivent brûler pour une.
si aimable Souveraine ; en voici quelques
Vers :
Chantez mille fois ,
L'amour qui m'enchaîne ;
Celebrez mon choix ;
Chantez mille fois ;
Chantez votre Reine ;
Benissez ses loix.
Imitez l'ardeur si fidele ,
Qui brûle mon coeur ;
Imitez l'ardeur et le zele ,
De votre Vainqueur.
Argine vient troubler la Fête ; elle est
portée par un Dragon aîlé ; l'horreur qui
l'annonce fait fuir tout le monde hors
Alcide , à qui elle reproche la préference
qu'il donne à Omphale ; cette Scene est
des plus vives ; et parfaitement executée
par le sieur Chassé et par la Dlle Entier .
Ces deux excellens Sujets partagent également
la gloire du succès de cet Opera.
Cette grande Actrice finit le second Acte
par un morceau de fureur où son action
et sa voix sont également applaudies.
Elle termine cet Acte par la résolution
qu'elle forme de penetrer si Omphale
G v aime
350 MERCURE DE FRANCE
aime Alcide ; c'est ce dernier crime qui
doit la déterminer à perdre une heureuse
Rivale ; on a crû que le crime d'être aimé
auroit dû suffire à sa vengeance , et que
c'étoit le seul à punir.
Omphale se reproche , au troisiéme
Acte , de n'avoir pas déclaré son amour
à Iphis ; Argine vient et se cache pour
sçavoir ce qu'Omphale dit , ou plutôr ce
qu'elle pense , puisque faire un Monologue
et penser sont la même chose,théatralement
parlant Argine se persuade
qu'Omphale aime Alcide ; ce qui l'y
détermine c'est ce Vers :
Un spectacle fatal m'a contrainte au silence,
Argine le fait voir par l'application
qu'elle en fait ; voici comment elle s'exprime
:
Non je n'en doute plus , c'est Alcide qu'elle aime 3
Elle me l'apprend elle - même :
Au moment que mon Art a fait cesser leurs
jeux ,
Elle alloit déclarer ses-feux.
Il s'en faut bien qu'elle soit digne fille
de Tiresie , si son Art n'est pas plus sûr
que ses conjectures ; elle ne balance plus à
se vanger de sa Rivale , et sçachant que
ses Peuples viennent celebrer le jour de
sa
FEVRIER. 1733. 3521
sa naissance , elle en veut faire le jour .
de sa mort ; elle ordonne aux Démons
de l'enchanter quand il en sera temps.
On vient celebrer la Fête en question ;
Omphale se place sur un Trône de fleurs
qu'on lui a dressé . Après la Fête , Omphale
congédie ses Peuples sous prétexte
qu'elle a besoin d'un peu de solitude.
le coeur
"
Argine vient ; elle ordonne aux Esprits
Infernaux d'enchanter sa Rivale ;
ils sortent des Enfers , et secoüent leurs
Torches sur Omphale ; Argine , un poignard
à la main , s'avance pour lui percer
comme on le voit encore dans
Armide. Heureusement pour la victime le
hazard conduit Alcide assez à temps pour
suspendre le coup mortel ; ce qui est
suivi d'une Scene , où nos deux premiers
Acteurs renouvellent les applaudissemens
qu'on leur a si justement prodiguez dans
l'Acte précedent. Les Démons , par l'ordre
d'Argine , enlevent Omphale , sans
qu'Alcide puisse la secourir.
Dans l'Entr'Acte du quatrième Acte
Omphale a fait connoître à Argine qu'Al
cide n'est pas l'objet de son amour , et
c'est cet aveu qui l'a empêchée de périr ;
elle n'a pourtant point nommé Iphis
de peur de le livrer à la colere d'un Ri
val aussi redoutable qu'Alcide ; Iphis ,
dans
G vj
352 MERCURE DE FRANCE
dans un Monologue , fait éclater son désespoir
, mais il ne le porte pas jusqu'à
se donner la mort ; voici la raison qu'il
en donne :
Faut-il que ma douleur me soit encor si chere ,
Que je n'ose en mourant en terminer le cours ?
Cette pensée qu'on a trouvée susceptible
de plaisanterie parodique , amene
pourtant une très jolie maxime ; la voici :
Que nos jours sont dignes d'envie ,
Quand l'Amour répond à nos voeux !
L'amour même le moins heureux ,
Nous attache encore à la vie.
Alcide vient annoncer à Iphis qu'il a
un Rival secrettement aimé ; Iphis s'offre
à le venger , ne sçachant pas qu'il s'agit
de lui - même. Argine vient ; Alcide lui
proteste qu'Omphale est désormais l'objet
de sa haine; il la prie de découvrir
son Rival par le secours des Enfers. Après
quelques reproches mêlez de tendresse et
d'emportemens , Argine consent à satisfaire
Alcide. Elle appelle les Magiciens ,
Ministres de son Art ; ils viennent par
le chemin des Airs : le charme étant fait,
l'Ombre de Tiresie , sans être apperçûë
des Spectateurs , se présenté aux yeux de
Sa
FEVRIER. 1733. 353
sa fille , il lui ouvre le Livre du Destin ;
instruite du sort d'Alcide , elle lui dit :
Tremble , frémi ; va dès ce jour ,
Voir ton Rival heureux au Temple de l'Amour.
Argine expire de douleur , et Alcide
se livre à la vengeance.
Le Théatre représente au cinquiéme
Acte le Temple de l'Amour . Omphale
vient offrir un Sacrifice à ce Maître des
coeurs ; elle croit que ce Dieu l'exauce
puisqu'il lui amene Iphis . Ce Prince lui
demande pardon de la peine que sa présence
lui peut causer , il lui promet de ne
l'en plus importuner ; Omphale le rassure
et lui déclare son amour ; cette Scene
est très - tendre de part et d'autre ; Alcide
vient dans le dessein d'immoler son
heureux Rival . Surpris de voir Iphis ,
il croit qu'il est venu pour venger
l'outrage qu'on fait à son ami ; il l'invite
à recevoir le premier prix de son
zele dans ses embrassemens. Iphis , pressé
par ses remords veut se tuer ; Omphale
lui retient le bras ; Alcide ne doute
plus qu'Iphis ne soit ce Rival qu'elle lui
préfere après quelques combats , il
triomphe de son amour , et consent au
bonheur de son ami . Autrefois Argine
finissoit la Piece ; peut- être a-t'on suppri
mé
354 MERCURE DE FRANCE
donner une
mé son retour pour ne pas
troisiéme imitation d'Armide dans un
même Opera.
nouveauté au mois de Novembre
1701. et eut un fort grand succès ; on la
reprit 20. ans après avec assez de réussite.
Elle vient d'être remise au Théatre plus
brillante et mieux accueillie que jamais.
Le Poëme est de feu M. de la Mothe et
la Musique de M. Destouches , Sur- Intendant
de la Musique du Roy ; voici un
court Extrait de l'Ouvrage :
Le Théatre représente au Prologue un
lieu destiné pour celebrer la gloire de
l'Amour ; les Jeux , les Plaisirs et les Graces
composent sa Cour et les Habitans
de la Terre et des Cieux , à titre de Sujets
, relevent son triomphe. Une Grace
fait l'exposition par ces Vers :
Vous qui suivez l'Amour , Graces , Plaisirs er
Jeux ,
Celebrez avez moi sa puissance et ses charmes s
Chantez ses traits , chantez ses feux ;
Et que vos chants pour lui soient de nouvelles
armes.
Une seconde Grace fait encore l'office
de
FEVRIER
. 1733. · 345
de Coriphée. Les autres Graces forment
le Balet , conjointement avec les Plaisirs
et les Jeux. Junon descend des Cieux ,
elle expose le sujet qui l'oblige à venir
implorer le secours de l'Amour , par cest
Vers :
Dieu puissant, venge moi d'un Mortel qui m'ou
trage ;
Son coeur, dès le berceau, tiriomphe de ma rage,
Må honte et mon dépit croissent par ses travaux;
Blesse Alcide ; il est temps de vaincre ce Héros :
Mais choisit ces traits redoutables ,
Dont tu sçus troubler mon repos ;
Je te pardonne tous mes maux ,
S'il en peut souffrir de semblables.
L'Amour consent à satisfaire Junon ;
il ordonne à la Jalousie qui paroît au
fond du Théatre enchainée dans son Antre
avec la Rage et le Désespoir , de sortir
de leurs fers et d'aller exécuter les
ordres de Junon . Leur obéissance prépare
le sujet de la Tragédie d'Omphale ,
où l'Auteur suppose que la victoire qu'Alcide
va remporter sur l'Amour jaloux ,
est un des plus difficiles travaux que la
Déesse irritée ait imposez à cet odieux
fils d'une Rivale.
Le Théatre représente au premier Ac-,
G iij
د
te
346 MERCURE DE FRANCE
te , des Arcs de triomphe élevez à la
gloire d'Alcide , devant le Temple de
Jupiter son pere. Iphis fait connoître
l'amour secret dont il brûle pour Omphale
, Reine de Lydie. Son Monologue
commence ainsi :
Calme heureux , innocente paix ,
C'est en vain que je vous appelle ;
Calme heureux , innocente paix,
Non , ce n'est plus pour moi que vos plaisirs
sont faits , & c.
,
Un bruit de Trompettes qui se fait
entendre , donne occasion à ce Prince
ami d'Alcide , d'annoncer la Fête qu'Omphale
doit faire celebrer en l'honneur de
ce Héros , qui vient de la rétablir sur
son Trône par la défaite des Rebelles
dont elle avoit été opprimée , et par celle
d'un Monstre horrible.
Alcide vient et ordonne qu'on aille
rassembler les Rebelles domptez , pour
leur faire éprouver la clémence de leur
légitime Souveraine ; on a trouvé que
l'Auteur s'est un peu trop pressé d'annoncer
la Fête du second Acte , dès le
commencement du premier.
Alcide fait connoître à Iphis qu'il aime
Omphale . Iphis est frappé d'une nouvelle
, qui lui donne un Rival si redoutable
FEVRIER . 1733 : 347
table dans un ami si tendrement aimé
il n'oublie rien pour combattre un amour
qui lui est si fatal ; il représente sur tout
à Alcide , qu'il a tout à craindre de la
jalouse Argine , c'est le nom que M. de
la Mothe donne à Manto , fille du celebre
Tiresie ,pour s'accommoder à la dou
ceur que la Poësie Lyrique exige même
dans les noms. Omphale , suivie de ses
Peuples , vient celebrer le triomphe d'Alcide;
elle y invite ses Lydiens par ces Vers:
Chantez le digne fils du plus puissant des Dieux;
Chantez , portez vos voix et son nom jusqu'aux
Cieux , & c.
Alcide interrompt la Fête par ces Vers
adressez à Omphale.
Cessez ces vains honneurs que vous me faites
rendre ;
Je n'entends point ces Chants , je ne voi point
ces Jeux ;
Mes soupirs , malgré moi , vous font assez en
tendre
Qu'un autre prix est l'objet de mes voeux.
Omphale qui fuit un éclaircissement ,
ordonne qu'on vienne avec elle consacrer
les Armes des mutins à Jupiter.
Au second Acte , Omphale , au milieu
de deux Confidentes , comme dans
Giiij Armide ,
348 MERCURE DE FRANCE
Armide , est félicitée sur la victoire que
ses yeux ont remportée sur le coeur du
grand Alcide. Elle reçoit leurs complimens
avec indifference , et leur fait entendre
qu'Iphis est son vainqueur ; ce
Prince vient ; elle veut sonder son coeur .
Iphis annonce à Omphale de la part
d'Alcide , la Fête préparée pour elle ;
Omphale lui dit que c'est en vain que
ce Héros soupire , et qu'il s'est laissé prévenir
par un autre : Iphis ne peut apprendre
sans jalousie que le coeur d'Omphale
est le partage d'un autre ; il parle
en faveur de son ami , n'osant parler pour
lui - même. Cette Scene est très fine de la
part d'Omphale ; mais Iphis paroît un
Amant peu intelligent , on trouve même
qu'il prend le change gratuitement ,
et qu'il se retire désesperé , sans qu'Omphale
ait rien dit d'assez équivoque pour
lui faire entendre qu'elle est offensée de
la déclaration de son amour. Iphis se
retire sans donner le temps à la Reine
de le détromper.
Alcide vient celebrer la Fête qu'il a
fait annoncer par Iphis ; Omphale ordonne
qu'on ôte les chaînes aux Mutins
domptez , puisque le Vainqueur veut bien
leur faire grace ; cette Fête est presque
toute chantée par Alcide , qui se donne
&
aux
FEVRIER . 1733. 349
aux Sujets d'Omphale pour modele de
l'ardeur dont ils doivent brûler pour une.
si aimable Souveraine ; en voici quelques
Vers :
Chantez mille fois ,
L'amour qui m'enchaîne ;
Celebrez mon choix ;
Chantez mille fois ;
Chantez votre Reine ;
Benissez ses loix.
Imitez l'ardeur si fidele ,
Qui brûle mon coeur ;
Imitez l'ardeur et le zele ,
De votre Vainqueur.
Argine vient troubler la Fête ; elle est
portée par un Dragon aîlé ; l'horreur qui
l'annonce fait fuir tout le monde hors
Alcide , à qui elle reproche la préference
qu'il donne à Omphale ; cette Scene est
des plus vives ; et parfaitement executée
par le sieur Chassé et par la Dlle Entier .
Ces deux excellens Sujets partagent également
la gloire du succès de cet Opera.
Cette grande Actrice finit le second Acte
par un morceau de fureur où son action
et sa voix sont également applaudies.
Elle termine cet Acte par la résolution
qu'elle forme de penetrer si Omphale
G v aime
350 MERCURE DE FRANCE
aime Alcide ; c'est ce dernier crime qui
doit la déterminer à perdre une heureuse
Rivale ; on a crû que le crime d'être aimé
auroit dû suffire à sa vengeance , et que
c'étoit le seul à punir.
Omphale se reproche , au troisiéme
Acte , de n'avoir pas déclaré son amour
à Iphis ; Argine vient et se cache pour
sçavoir ce qu'Omphale dit , ou plutôr ce
qu'elle pense , puisque faire un Monologue
et penser sont la même chose,théatralement
parlant Argine se persuade
qu'Omphale aime Alcide ; ce qui l'y
détermine c'est ce Vers :
Un spectacle fatal m'a contrainte au silence,
Argine le fait voir par l'application
qu'elle en fait ; voici comment elle s'exprime
:
Non je n'en doute plus , c'est Alcide qu'elle aime 3
Elle me l'apprend elle - même :
Au moment que mon Art a fait cesser leurs
jeux ,
Elle alloit déclarer ses-feux.
Il s'en faut bien qu'elle soit digne fille
de Tiresie , si son Art n'est pas plus sûr
que ses conjectures ; elle ne balance plus à
se vanger de sa Rivale , et sçachant que
ses Peuples viennent celebrer le jour de
sa
FEVRIER. 1733. 3521
sa naissance , elle en veut faire le jour .
de sa mort ; elle ordonne aux Démons
de l'enchanter quand il en sera temps.
On vient celebrer la Fête en question ;
Omphale se place sur un Trône de fleurs
qu'on lui a dressé . Après la Fête , Omphale
congédie ses Peuples sous prétexte
qu'elle a besoin d'un peu de solitude.
le coeur
"
Argine vient ; elle ordonne aux Esprits
Infernaux d'enchanter sa Rivale ;
ils sortent des Enfers , et secoüent leurs
Torches sur Omphale ; Argine , un poignard
à la main , s'avance pour lui percer
comme on le voit encore dans
Armide. Heureusement pour la victime le
hazard conduit Alcide assez à temps pour
suspendre le coup mortel ; ce qui est
suivi d'une Scene , où nos deux premiers
Acteurs renouvellent les applaudissemens
qu'on leur a si justement prodiguez dans
l'Acte précedent. Les Démons , par l'ordre
d'Argine , enlevent Omphale , sans
qu'Alcide puisse la secourir.
Dans l'Entr'Acte du quatrième Acte
Omphale a fait connoître à Argine qu'Al
cide n'est pas l'objet de son amour , et
c'est cet aveu qui l'a empêchée de périr ;
elle n'a pourtant point nommé Iphis
de peur de le livrer à la colere d'un Ri
val aussi redoutable qu'Alcide ; Iphis ,
dans
G vj
352 MERCURE DE FRANCE
dans un Monologue , fait éclater son désespoir
, mais il ne le porte pas jusqu'à
se donner la mort ; voici la raison qu'il
en donne :
Faut-il que ma douleur me soit encor si chere ,
Que je n'ose en mourant en terminer le cours ?
Cette pensée qu'on a trouvée susceptible
de plaisanterie parodique , amene
pourtant une très jolie maxime ; la voici :
Que nos jours sont dignes d'envie ,
Quand l'Amour répond à nos voeux !
L'amour même le moins heureux ,
Nous attache encore à la vie.
Alcide vient annoncer à Iphis qu'il a
un Rival secrettement aimé ; Iphis s'offre
à le venger , ne sçachant pas qu'il s'agit
de lui - même. Argine vient ; Alcide lui
proteste qu'Omphale est désormais l'objet
de sa haine; il la prie de découvrir
son Rival par le secours des Enfers. Après
quelques reproches mêlez de tendresse et
d'emportemens , Argine consent à satisfaire
Alcide. Elle appelle les Magiciens ,
Ministres de son Art ; ils viennent par
le chemin des Airs : le charme étant fait,
l'Ombre de Tiresie , sans être apperçûë
des Spectateurs , se présenté aux yeux de
Sa
FEVRIER. 1733. 353
sa fille , il lui ouvre le Livre du Destin ;
instruite du sort d'Alcide , elle lui dit :
Tremble , frémi ; va dès ce jour ,
Voir ton Rival heureux au Temple de l'Amour.
Argine expire de douleur , et Alcide
se livre à la vengeance.
Le Théatre représente au cinquiéme
Acte le Temple de l'Amour . Omphale
vient offrir un Sacrifice à ce Maître des
coeurs ; elle croit que ce Dieu l'exauce
puisqu'il lui amene Iphis . Ce Prince lui
demande pardon de la peine que sa présence
lui peut causer , il lui promet de ne
l'en plus importuner ; Omphale le rassure
et lui déclare son amour ; cette Scene
est très - tendre de part et d'autre ; Alcide
vient dans le dessein d'immoler son
heureux Rival . Surpris de voir Iphis ,
il croit qu'il est venu pour venger
l'outrage qu'on fait à son ami ; il l'invite
à recevoir le premier prix de son
zele dans ses embrassemens. Iphis , pressé
par ses remords veut se tuer ; Omphale
lui retient le bras ; Alcide ne doute
plus qu'Iphis ne soit ce Rival qu'elle lui
préfere après quelques combats , il
triomphe de son amour , et consent au
bonheur de son ami . Autrefois Argine
finissoit la Piece ; peut- être a-t'on suppri
mé
354 MERCURE DE FRANCE
donner une
mé son retour pour ne pas
troisiéme imitation d'Armide dans un
même Opera.
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Résumé : Omphale, Extrait, [titre d'après la table]
La tragédie 'Omphale' a été présentée pour la première fois en novembre 1701 et a connu un grand succès. Elle a été reprise 20 ans plus tard avec une réussite notable et a été récemment remise au théâtre avec un accueil encore plus favorable. Le poème est de feu M. de la Mothe et la musique de M. Destouches, surintendant de la musique du roi. L'œuvre commence par un prologue où le théâtre représente un lieu célébrant la gloire de l'Amour. Les Grâces, les Plaisirs et les Jeux composent sa cour, et les habitants de la Terre et des Cieux en sont les sujets. Une Grâce expose le sujet par des vers, et une autre fait office de coriphée. Junon descend des Cieux et implore l'Amour de la venger d'Alcide, qu'elle considère comme un outrage. L'Amour accepte et ordonne à la Jalousie, accompagnée de la Rage et du Désespoir, de se rendre sur Terre pour exécuter les ordres de Junon. Au premier acte, le théâtre montre des arcs de triomphe élevés à la gloire d'Alcide devant le temple de Jupiter. Iphis, ami d'Alcide, révèle son amour secret pour Omphale, reine de Lydie. Alcide annonce une fête en l'honneur d'Omphale, qu'il a rétablie sur son trône après avoir vaincu des rebelles et un monstre. Alcide avoue à Iphis son amour pour Omphale, ce qui plonge Iphis dans le désespoir. Omphale célèbre le triomphe d'Alcide, mais Alcide interrompt la fête pour déclarer son amour à Omphale. Au deuxième acte, Omphale est félicitée pour sa victoire sur le cœur d'Alcide, mais elle révèle qu'Iphis est son véritable vainqueur. Iphis, jaloux, se retire désespéré. Alcide célèbre une fête en l'honneur d'Omphale, mais Argine, fille de Tirésias, vient troubler la fête en reprochant à Alcide sa préférence pour Omphale. Argine décide de se venger en tuant Omphale. Au troisième acte, Omphale se reproche de n'avoir pas déclaré son amour à Iphis. Argine, cachée, interprète mal les paroles d'Omphale et décide de la tuer lors de la fête célébrant la naissance d'Omphale. Alcide intervient juste à temps pour sauver Omphale, mais les Démons enlèvent Omphale sur ordre d'Argine. Dans l'entracte du quatrième acte, Omphale révèle à Argine qu'Alcide n'est pas l'objet de son amour, ce qui la sauve. Iphis exprime son désespoir mais ne se donne pas la mort. Alcide annonce à Iphis qu'il a un rival secret. Argine, après quelques reproches, consent à aider Alcide à découvrir son rival grâce à l'art des Enfers. L'ombre de Tirésias révèle à Argine le sort d'Alcide, ce qui la conduit à expirer de douleur. Au cinquième acte, Omphale offre un sacrifice à l'Amour et rencontre Iphis, qui lui déclare son amour. Alcide, voulant venger son ami, est surpris de voir Iphis et finit par triompher de son amour pour Omphale, permettant ainsi le bonheur de son ami.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 3-9
HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
Début :
Vous qui faites, gloire [...]
Mots clefs :
Iphis, Jour, Anaxarète, Amour, Dieu, Belle, Gloire, Vengeance
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
HISTOIRE
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
F
—-++-
—
Vous qui faites, gloire De fuir les
.
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SFnggupg
-
Amanta & l'Amour: Lisez cette His-
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
N. K.
Na
.
——
2
toire, Et prosi- tez-en quelque jour.
.
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.
.
P.
—
—
——
Crai- gnez la vengeance D'un Dieu qu'on
-K.
N.
Tp
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—-—-—
ne peur é-vi-ter, L'a- mour qu'on
.—
-t-x
S
P.
of- fense Helas! est trop à te-
Du
S
M.-
—-
dou- ter.
Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
5
6
MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
Aiiij
009
2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
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Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
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MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
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2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
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4
p. 63-67
PORTRAIT DE M. R.... Sous le nom d'Iphis.
Début :
Quoique les traits du visage d'Iphis ne forment pas ce qu'on appelle un bel homme, [...]
Mots clefs :
Portrait, Iphis, Âme, Homme, Aimable, Beau, Goût, Qualités, Vertus, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE M. R.... Sous le nom d'Iphis.
PORTRAIT DE M. R....
Sous le nom d'Iphis.
Quoique les traits du vifage d'Iphis ne
forment pas ce qu'on appelle un bel homme
, il a néanmoins beaucoup d'agrément
dans la phyfionomie , furtout lorfqu'il eft
animé par quelque doux fentiment . Son
ame paffe alors dans fes yeux , & fait difparoître
l'air froid , & même un peu fombre
qu'il a naturellement. Son teint eft.
brun , fes fourcils & fes cheveux noirs , fa
bouche ni grande , ni petite , eft très- bien i
bordée , & d'un très - beau coloris . Ses
dents font affez belles ; fa voix eft touchan
64 MERCURE DE FRANCE.
te. Il a un fourire gracieux , qui en répan
dant une aimable expreffion fur fon vifa
ge , marque encore dans fes joues deux
petites foffettes qui l'embelliffent .
Iphis eft d'une taille au deffus de la médiocre
, affez fournie ; mais il n'en tire pas
tout l'avantage qu'il pourroit s'en promettte.
Il fe voûte un peu , & laiffe aller
fa perfonne , fans fonger , comme tant
d'autres , à fe donner un air de repréfentation
. Son maintien eft modefte & réſervé.
Le goût & la décence regnent dans
fa façon de fe mettre. Il eft extrêmement
propre ; mais cette qualité , fi néceffaire
pour rendre une infinité de gens fupporta-
Bles , eft dans Iphis plas aimable qu'utile.
La nature lui épargne là - deffus mille foins.
Une bonne conftitution , une vie reglée
entretiennent . fa fanté & fa fraîcheur dans
un état que tout l'art ne fçauroit procurer .
Iphis eft dans cet âge heureux qu'il·
feroit à fouhaiter qu'on pût fixer , où les
charmes de la jeunelle s'uniffent , pourainfi
dire , avec les qualités folides de lamaturité.
Son caractere plein de franchiſe
& de droiture , fon humeur douce , toujours
égale , & la fimplicité de fes manieres
en font un homme d'une fociété charmante.
Sa converfation eft très-amufante
quand ileft à fon aife ; il peint les gens
A O UST. 1756.. 64
d'une maniere fort plaifante , & dit de
très - bonnes chofes fans y rêver. Mais en
grande compagnie , une honnête & modefte
retenue que les impudens nomment
fottife ou mauvaiſe honte , cache la meilleure
partie de fon efprit & de fes connoiſfances.
S'il ne fe fait pas admirer de ceux
qui veulent être éblouis , il aura toujours
dans fon parti toutes les perfonnes fenfées,
qui font plus de cas du jugement & de la
raifon , que de ces faillies hazardées , & de
cette gaieté brillante dont on fe pare fouvent
aux dépens de l'un & de l'autre.
C'eft dans l'ame que réfide le vrai mérite ,
tout ce qui ne découle pas
d'une fi belle
fource , n'eft pas digne de ce nom , & la
mefure de l'eftime doit être celle des vertus.
Qu'Iphis eft eftimable ! Il a l'ame noble
, généreufe , compatiffante , & tellement
portée au bien qu'il lui feroit impoffible
d'agir autrement . Remplir fes devoirs
, faire des bonnes actions , font pour
lui des chofes toutes fimples . Il eſt exempt
de trouble & de remords , parce qu'il ne
connoît ni les grandes paffions ni les vices .
Il jouit de cette paix intérieure qui fait le
bonheur d'un homme fage. L'ambition &
l'intérêt , ces deux tyrans du monde , auxquels
tant de mortels facrifient leur repos
, & même leur honneur , n'alterent
66 MERCURE DE FRANCE.
point fa tranquillité. Régner fur un coeur
pofféder ce qu'il aime , borne tous fes
voeux , & comble tous fes défirs.
On a dit que pour bien connoître quelqu'un
, il faut le voir ou dans l'amitié ou
dans l'amour. Qui n'a pas vu Iphis dans
un de ces deux fentimens , ne le connoît
qu'imparfaitement ? C'eft alors qu'il fe
développe tout entier. Il ouvre les tréfors
de fon ame , mille vertus ,
mille vertus , mille qualités
aimables que fa modeftie voiloit à des
yeux indifférens , paroiffent aux regards
de ceux qui vivent avec lui intimement.
On eft furpris , on eft enchanté de trouver
fon commerce auffi agréable que fûr.
Ce beau nom , ce facré nom d'ami , profané
indignement de la plupart des hommes
, ou tout au moins fans force & fans
pouvoir , eft pris & révéré par Iphis dans
toute fon étendue . Son amitié tendre
conftante , difcrete , eft pleine de chaleur
& de zele. Il a dans tous fes procédés une
candeur , une générofité admirable , &
beaucoup de cette charmante délicateffe ,
fans laquelle on ne va guere loin dans les
fentimens..
Iphis eft en amour comme en amitié .
Son goût le porte vers les femmes , mais
c'eft un goût épuré qui lui fait moins défirer
de jouir que fouhaiter d'être aimé,
A O UST. 1756. 67
Avec un air qui paroît froid , inattentif,
perfonne ne fent mieux , & ne démêle avec
plus de jufteffe les agrémens & les qualités
du beau fexe . Les charmes d'un joli minois
, les talens agréables , les graces plus
féduifantes que la beauté même , toutes
ces chofes ne font fur Iphis qu'une médiocre
impreffion , c'eſt à de plus nobles.
attraits qu'il rend les armes. En vain on
émeut fes fens , fi on ne touche pas fon
ame , & ce ne peut être que par un rapport
avec la fienne. Iphis veut une femme
tendre , qui ait de la dignité dans le fentiment
, de la douceur dans le caractere ,
& qui foit d'un efprit folide & raifonnable
: En un mot il veut trouver un ami
dans une maîtreffe .
Les hommes en général fe dégoûtent &
fe réfroidiffent par les faveurs qu'on leur
accorde , Iphis en devient plus ardent. Son
bonheur l'attache plus fortement , fes foins
augmentent , fes attentions redoublent . Il
fait pour conferver fa conquête tout ce
qu'on fait communément pour l'obtenir."
Enfin on peut dire avec vérité qu'Iphis eft
un parfait amant , un bon ami , un homme
aimable dans la fociété , & tel qu'il
feroit heureux pour la fatisfaction des autres
que beaucoup de perfonnes lui reffemblaffent.
Sous le nom d'Iphis.
Quoique les traits du vifage d'Iphis ne
forment pas ce qu'on appelle un bel homme
, il a néanmoins beaucoup d'agrément
dans la phyfionomie , furtout lorfqu'il eft
animé par quelque doux fentiment . Son
ame paffe alors dans fes yeux , & fait difparoître
l'air froid , & même un peu fombre
qu'il a naturellement. Son teint eft.
brun , fes fourcils & fes cheveux noirs , fa
bouche ni grande , ni petite , eft très- bien i
bordée , & d'un très - beau coloris . Ses
dents font affez belles ; fa voix eft touchan
64 MERCURE DE FRANCE.
te. Il a un fourire gracieux , qui en répan
dant une aimable expreffion fur fon vifa
ge , marque encore dans fes joues deux
petites foffettes qui l'embelliffent .
Iphis eft d'une taille au deffus de la médiocre
, affez fournie ; mais il n'en tire pas
tout l'avantage qu'il pourroit s'en promettte.
Il fe voûte un peu , & laiffe aller
fa perfonne , fans fonger , comme tant
d'autres , à fe donner un air de repréfentation
. Son maintien eft modefte & réſervé.
Le goût & la décence regnent dans
fa façon de fe mettre. Il eft extrêmement
propre ; mais cette qualité , fi néceffaire
pour rendre une infinité de gens fupporta-
Bles , eft dans Iphis plas aimable qu'utile.
La nature lui épargne là - deffus mille foins.
Une bonne conftitution , une vie reglée
entretiennent . fa fanté & fa fraîcheur dans
un état que tout l'art ne fçauroit procurer .
Iphis eft dans cet âge heureux qu'il·
feroit à fouhaiter qu'on pût fixer , où les
charmes de la jeunelle s'uniffent , pourainfi
dire , avec les qualités folides de lamaturité.
Son caractere plein de franchiſe
& de droiture , fon humeur douce , toujours
égale , & la fimplicité de fes manieres
en font un homme d'une fociété charmante.
Sa converfation eft très-amufante
quand ileft à fon aife ; il peint les gens
A O UST. 1756.. 64
d'une maniere fort plaifante , & dit de
très - bonnes chofes fans y rêver. Mais en
grande compagnie , une honnête & modefte
retenue que les impudens nomment
fottife ou mauvaiſe honte , cache la meilleure
partie de fon efprit & de fes connoiſfances.
S'il ne fe fait pas admirer de ceux
qui veulent être éblouis , il aura toujours
dans fon parti toutes les perfonnes fenfées,
qui font plus de cas du jugement & de la
raifon , que de ces faillies hazardées , & de
cette gaieté brillante dont on fe pare fouvent
aux dépens de l'un & de l'autre.
C'eft dans l'ame que réfide le vrai mérite ,
tout ce qui ne découle pas
d'une fi belle
fource , n'eft pas digne de ce nom , & la
mefure de l'eftime doit être celle des vertus.
Qu'Iphis eft eftimable ! Il a l'ame noble
, généreufe , compatiffante , & tellement
portée au bien qu'il lui feroit impoffible
d'agir autrement . Remplir fes devoirs
, faire des bonnes actions , font pour
lui des chofes toutes fimples . Il eſt exempt
de trouble & de remords , parce qu'il ne
connoît ni les grandes paffions ni les vices .
Il jouit de cette paix intérieure qui fait le
bonheur d'un homme fage. L'ambition &
l'intérêt , ces deux tyrans du monde , auxquels
tant de mortels facrifient leur repos
, & même leur honneur , n'alterent
66 MERCURE DE FRANCE.
point fa tranquillité. Régner fur un coeur
pofféder ce qu'il aime , borne tous fes
voeux , & comble tous fes défirs.
On a dit que pour bien connoître quelqu'un
, il faut le voir ou dans l'amitié ou
dans l'amour. Qui n'a pas vu Iphis dans
un de ces deux fentimens , ne le connoît
qu'imparfaitement ? C'eft alors qu'il fe
développe tout entier. Il ouvre les tréfors
de fon ame , mille vertus ,
mille vertus , mille qualités
aimables que fa modeftie voiloit à des
yeux indifférens , paroiffent aux regards
de ceux qui vivent avec lui intimement.
On eft furpris , on eft enchanté de trouver
fon commerce auffi agréable que fûr.
Ce beau nom , ce facré nom d'ami , profané
indignement de la plupart des hommes
, ou tout au moins fans force & fans
pouvoir , eft pris & révéré par Iphis dans
toute fon étendue . Son amitié tendre
conftante , difcrete , eft pleine de chaleur
& de zele. Il a dans tous fes procédés une
candeur , une générofité admirable , &
beaucoup de cette charmante délicateffe ,
fans laquelle on ne va guere loin dans les
fentimens..
Iphis eft en amour comme en amitié .
Son goût le porte vers les femmes , mais
c'eft un goût épuré qui lui fait moins défirer
de jouir que fouhaiter d'être aimé,
A O UST. 1756. 67
Avec un air qui paroît froid , inattentif,
perfonne ne fent mieux , & ne démêle avec
plus de jufteffe les agrémens & les qualités
du beau fexe . Les charmes d'un joli minois
, les talens agréables , les graces plus
féduifantes que la beauté même , toutes
ces chofes ne font fur Iphis qu'une médiocre
impreffion , c'eſt à de plus nobles.
attraits qu'il rend les armes. En vain on
émeut fes fens , fi on ne touche pas fon
ame , & ce ne peut être que par un rapport
avec la fienne. Iphis veut une femme
tendre , qui ait de la dignité dans le fentiment
, de la douceur dans le caractere ,
& qui foit d'un efprit folide & raifonnable
: En un mot il veut trouver un ami
dans une maîtreffe .
Les hommes en général fe dégoûtent &
fe réfroidiffent par les faveurs qu'on leur
accorde , Iphis en devient plus ardent. Son
bonheur l'attache plus fortement , fes foins
augmentent , fes attentions redoublent . Il
fait pour conferver fa conquête tout ce
qu'on fait communément pour l'obtenir."
Enfin on peut dire avec vérité qu'Iphis eft
un parfait amant , un bon ami , un homme
aimable dans la fociété , & tel qu'il
feroit heureux pour la fatisfaction des autres
que beaucoup de perfonnes lui reffemblaffent.
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Résumé : PORTRAIT DE M. R.... Sous le nom d'Iphis.
Le texte présente un portrait détaillé d'Iphis, un individu dont la physionomie est agréable malgré un visage non conventionnellement beau. Ses traits distinctifs incluent un teint brun, des sourcils et des cheveux noirs, une bouche bien proportionnée et des dents belles. Sa voix est touchante et il arbore un sourire gracieux. De taille moyenne, il se voûte légèrement, ce qui ne valorise pas sa stature. Son maintien est modeste et réservé, et il est extrêmement propre. Iphis se situe à un âge où la jeunesse et la maturité se combinent harmonieusement. Son caractère est franc et droit, son humeur douce et égale, et ses manières simples. Sa conversation est amusante et pleine de bon sens, bien qu'il puisse être réservé en grande compagnie. Il possède une âme noble, généreuse et compatissante, toujours orientée vers le bien, et est exempt de grandes passions et de vices, ce qui lui assure une paix intérieure. En matière d'amitié et d'amour, Iphis se distingue par sa tendresse, sa constance et sa discrétion. Il recherche une compagne qui soit un véritable ami, dotée de dignité, de douceur et d'un esprit solide et raisonnable. Contrairement à beaucoup d'hommes, les faveurs ne le rebutent pas ; elles augmentent plutôt son ardeur et ses attentions. En somme, Iphis est décrit comme un parfait amant, un bon ami et un homme aimable en société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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