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1
p. 7-79
DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
Début :
Messieurs, Les grandes difficultez qui m'embarassent depuis longtemps sur les [...]
Mots clefs :
Religion, Ministre, Véritable Église, Abjuration, Humilité, Dieu, Prière, Méditation, Députés, Écritures, Synode, Communion, Controverse, Bible, Foi, Jésus, Salut, Obscurité, Chrétiens, Saint-Esprit, Connaissances, Explications, Doctrine, Parole de Dieu, Enseignement, Livres d'Évangiles, Autorité divine, Immortalité, Prophètes, Morale, Dogme, Sentiments, Conscience, Fidèles, Consistoire
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
DISCOURS
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
Fermer
Résumé : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
M. Gilly expose son retour à l'Église catholique, motivé par des raisons de conscience et de crainte de Dieu. Initialement convaincu de la suffisance de l'Écriture pour guider la foi, il a découvert des contradictions et des ambiguïtés après des études approfondies et des disputes avec les Remontrants. L'Écriture, isolée de l'intelligence publique de l'Église, ne peut être la seule règle de foi en raison de ses obscurités et de ses multiples interprétations possibles. Les théologiens utilisent des clés d'interprétation pour expliquer l'Écriture, reconnaissant que certaines doctrines ne sont pas établies par l'Écriture seule. Gilly souligne que l'Écriture ne contient pas clairement toutes les vérités essentielles de la foi chrétienne. L'Ancien Testament ne suffit pas à reconnaître l'autorité divine de ses livres ni à contenir clairement des dogmes essentiels comme l'immortalité de l'âme ou la résurrection des corps. Le Nouveau Testament, bien que contenant des vérités essentielles, ne couvre pas toute la doctrine chrétienne de manière évidente. Des pratiques comme le baptême des enfants ou la célébration du dimanche ne trouvent pas de réponses évidentes dans l'Écriture seule. La confusion dans l'interprétation des Écritures conduit à des divisions dans le christianisme. Pour pallier ces difficultés, Gilly propose de compléter l'Écriture par la tradition et l'intelligence publique de l'Église. Il soutient que l'Écriture seule ne suffit pas comme règle unique de croyance et d'action, et qu'il est crucial d'ajouter la tradition universelle, attestée par le consentement unanime des chrétiens. Cette tradition est vue comme le seul moyen sûr et divin pour guider les fidèles. Les écrits anciens étant sujets à diverses interprétations, le témoignage unanime de l'Église est essentiel pour connaître les livres sacrés, les miracles de Jésus-Christ et les enseignements des apôtres. Gilly exprime sa soumission à la foi catholique romaine, seule communion respectant ce principe. Cette déclaration a été faite lors d'un synode réunissant des députés des consistoires de Touraine, d'Anjou et du Maine, au sein de la religion prétendue réformée. Le discours de M. Gilly n'a pas été interrompu, peut-être en raison de la gravité et de l'éducation des participants, de la présence de M. d'Autichamp représentant Sa Majesté, ou de la surprise causée par cette action audacieuse et inattendue. Aucune réponse n'a suivi le discours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 79-167
DISCOURS DE Mr COURDIL.
Début :
Mr Courdil se servit de ce silence pour la Déclaration / Messieurs, Il me suffiroit sans doute de vous dire, que toutes [...]
Mots clefs :
Église romaine, Dieu, Écriture, Communion, Docteurs, Culte, Calvin, Protestants, Séparation, Apôtres, Raisons, Réformateurs, Prophètes, Ministre, Sainteté, Chrétiens, Charité, Sentiments, Providence, Hérétiques, Secte, Jésus, Conséquences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr COURDIL.
réponse.M
Courdil fe fervit de ce
filence pour la Déclaration
qu'il avoit außi à
faire. Voicy ce qu'il dit à
Affemblée.
G iiij
80
S2S52525 :5252525
DISCOURS
DE M' COURDIL.
MESSIEURS ,
Il me fuffiroit fansdoute
de vous dire , que
toutes les raifons que
M' Gilly vient de vous
alléguer contre la fuffifance
de l'Ecriture fainte
, & en faveur de l'autorité
de l'Eglife , fon81
dée fur la Tradition , &
fur le confentement
tranquille & univerfel
de toutes les parties
qui la compofent , me
font communes avec
luy , pour vous faire
voir combien jufte eft
le deffein que j'ay formé
de me féparer de
vous , & d'entrer dans
l'Eglife Romaine , d'où
la naiffance m'avoit
éloigné , mais je mefens.
encore obligé , pour
82
prévenir les jugemens
téméraires qu'on pour
roitfaire fur mon changement,
de vous rendre -
un compte fidelle &
public de toutes mes
démarches fur ce sujet .
La premiere choſe
qui troubla d'abord
mon efprit , & m'obligea
à faire des Réfléxions
qui m'ont enfin
conduit au point où je
me trouve , eft la diviſion
du Chriſtianiſme,
83
& ce grand nombre de
Societez , dont chacune
prétend
eſtre la vraye
Eglife deJESUS- CHRIST .
Ce qui m'étonnoit davantage,
c'eſt que cette
grande diverfité de Sectes
qui fortirent de l'Eglife
Romaine dans le
dernier fiecle , reconnoiffant
toutes l'Ecriture
fainte pour l'unique
& infaillible regle
de leur Foy , ne laiſſent
pas d'eftre oppofées les
84
unes aux autres , quoy
qu'elles ayet toutes un
même fondement, & un
meſme principe , qui eſt
de ne rien croire qui ne
foit contenu dans la
fainte Ecriture . Quoy,
difois - je là - deffus , la
Religion Chreftienne
rn'a-
t- elle donc que des
incertitudes ? L'Ecriture
fainte, dit-on, eft la regle
infaillible de la Foy,
& cependant
je voy
tant de Communions
85
qui fe diftinguent par
des Créances toutes
contraires , qu'elles fonpourtant
dent
toutes
fur cette Ecriture d'une
maniere probable , &
chacune avec une égale
vray-femblance. Apres
cela, qui cft- ce quipourra
m'affurer que je fuis
dans la Communion la
plus fure pour avoir le
falut Toutes les autres
qui fe difent reformées,
auffi bien qu'elle,
86
luy difputent cet avantage
, & cefemble avec
mefme droit . D'ailleurs,
ce qui mérite le plus de
refléxion , l'Eglife Romaine
les traite toutes
de Schiſmatiques , &
d'Héretiques , & prétend
qu'on ne peut
avoir le falut que dans
fa Communion . Comment
ces Societez oferont-
elles fe fervir de
l'Ecriture pour refuter
les prétentions de cette
87
Eglife, tandis que l'Ecriture
demeure inutile à
leur égard , & n'eſt pas
capable de les accorder
entre elles , & de
faire ceffer leur divifion
?
Dans cet embarras, il
me fembla que je pouvois
calmer l'inquiétude
de mon efprit par
cette confidération
que la Providence avoit
remedié à ce défordre,
en fixant la créance des
88
1
chofes neceffaires au falut
par le Simbole des
Apoftres , qui eft une
Confeffion de foy que
tous les Chreftiens reçoivent
genéralement.
Quoy qu'il en foit , difois-
je , quelque grand
nombre , & quelque diverfité
qu'il y ait de Societez
Chreftiennes , il
eft certain que tous .
ceux qui les compofent,
confeffent le Seigneur
de
bouche , &
croyent
89
4
de coeur que Dieu l'a
reffufcité d'entre les
Morts . Ils feront donc
fauvez , fuivant le témoignage
de S. Paul,
dans fon Epiftre aux
Romains , Chapitre 10 .
Car on croit de coeurpour
eftre juſtifié , & on confeffe
de bouche pour eftre
Sauvé ; c'est pourquoy
l'Ecriture dit, quiconque
croit en cecy, neferapoint
confondu. Iln'ya point
de diftinction à faire de
H
90
Catholique Romain , de
Calvinifte , de Luthérien
, & de tous les autres
, parce que tous n'ont
qu'un mefme Seigneur,
qui eft riche en miféricorde
envers tous , & qui
répand fes richeſſes fur
tous ceux qui l'invoquent
; cartous ceux qui
invoquerot
le nom duŝeigneurferontfauvez
. De
forte que fuivant ainſi
le raifonnement
de l'Apoftre,
je concluois que
91
Tous les Chreftiens generalement
confervant
au fond l'effence de la
Religion Chreftienne
au milieu de leurs divifions
, obtiendroient le
falut indiféremment , eftant
tous d'ailleurs à
peu pres d'accord fur la
regle des moeurs , & de
la fainteté de vie.
Mais une autre penfée
fucceda
bien-toft à
celle-là. Je
fongeay que
cela pourroit
avoir lieu,
Hij
92
fi Dieu ne demandoit
des Chreftiens , que la
foy , & l'obeiſſance ;
mais il leur prefcrit encore
tres- expreffement
un amour , & une charité
réciproque entre
eux . A la bonne heure,
que tous les Chreftiens.
confeffant JESUS de
tout leur coeur , invoquant
fon faint nom, &
obeïffant à fes Commandemens
, puiffent
eftre fauvez fans au93
cune diftinction , pouryeu
qu'ils s'entrefuportent
charitablement ,
& qu'ils vivent dans
une mefme Communion
; mais qu'en peuton
croire pendant qu'ils.
violent toutes les regles
de la charité , pendant
qu'ils s'entredéchirent ,
& s'anathématiſent les
uns les autres , pendant
qu'ils s'entrehaïffent,
& qu'ils fe condamnent
àl'Enfer , par les fenti94
mens qui les divifent ?
Qu'ils fe vantent donc
tous , tant qu'ils voudront
, d'avoir une parfaite
connoiffance de lá
verité , & d'en penétrer
tous les myfteres , s'ils
n'ont pas la charité,
tout le refte ne leur fert
de rien ; & expliquant
icy le raiſonnement de
Saint Paul , au 10. des
Romains , dont je viens
de vous parler , par celuy
qu'il fait au Chapi95
tre 4. de fon Epître aux
Ephéliens . Comme il n'y
peut avoir, diſois -je, parmy
les Chrestiens qu'un
corps, & qu'un efprits
comme il n'y a qu'une
mefme efpérance , à laquelle
ils font appellez ;
comme il n'y a qu'un mefme
Seigneur , une Foy,
un Baptefme ; comme
il n'y a qu'un Dieu, Pere
de tous , qui eft audiffus
de tous, qui étendfa Providencefur
tous, 5 qui
96
réfide en eux tous , ilfaut
außi qu'ils fe fupportent
les uns les autres avec
charité , & que travaillant
avecfoin à conferver
l'unité d'un mefme
efprit par le lien de la
paix , ils neforment tous
enfemble qu'une feule Societé,
une mefme Com
munion.
Enfin cette derniere
penſée en fit venir encore
une autre dans
mon efprit , laquelle y
eft
97
eft demeurée , & qui en
a heureuſement fixé
l'inconftance ; car voulant
répondre à la difficulté
qui fe préſenta
d'abord , fçavoir , à la
quelle de toutes les Societez
Chreftiennes il
faudroit que les autres
fe rangeaffent , pour ne
faire toutes enſemble
qu'une feule & meſme
Communion , cela me
donna lieu d'examiner
les prérogatives que
I
98.
l'Eglife Romainepréced
avoir fur toutes celles
qui s'en fontféparées, de
forte qu'étant covaincu
que toutes les Sectes du
Chriftianifme font forties
du milieu d'elle , &
qu'elle a cet avantage
fur toutes les autres
d'avoir fuccedé immédiatement
aux Apôtres,
& par conféquent d'être
encore par le droit
de la fucceffion ,
Corps , & cette Societé
ce
99
que ces Saints Hommes
établirent fur la Terre,
je conclus qu'il eftoit
jufte , & naturel , que
toutes ces diférentes
Sectes fe réüniffent à
cette Eglife d'où elles
fontforties.
Je ne tiray point cette
conféquence à la legere,&
témerairement . Je
leûs , je méditay avec
toute l'aplication dont
mon efprit fut capable.
Je confultay ma
LYON
I ij
100
raifon ,je confultay l'Ecriture.
Ma raiſon me
fit voir qu'on ne pouvoit
s'imaginer , fans
blafphémer contre la
Providence divine , que
l'état extérieur de l'Eglife
, que Dieu s'eftoit
acquife par un prix infiny
, que J. C.avoir
cimentée
par fon propre
fang ; que fon état , disje
, cuft efté interrompu
prefque
dés ſa naiſſance
.
L'Ecriture
m'apprit
par
IOI
divers Paffages, que l'é
tat extérieur de l'Eglife
de J. C. & fon miniftere
, devoient fubfifter
pendant tous les fiecles
fans interruption , comme
dans S. Mathieu ,
que J. C. devoit eftre
avec les Miniftres de
l'Eglife toûjours , &
tous les jours , jufques à
la fin du Monde , afin
que par fon affiftance
ils puffent inftruire les
Peuples, adminiftrer les
I iij
102
)
Sacremens , & exercer
la Difcipline. Dans l'Epiftre
aux Ephéfiens,
que l'ordre & les fonctions
des Paſteurs &
Docteurs de l'Eglife , devoient
durer
jufqu'aux
fiecles à venir, où les Fidelles
attendroient la
perfection de J. C. Dans
Saint
Mathieu
encore ,
que depuis qu'une fois
Saint Pierre , auffi- bien
que les autres Apoftres,
auroient converty un
103
71
nombre de Juifs , & de
Gentils , & les auroient
affemblez en une mefme
Eglife , comme un
Troupeau de Brébis &
d'Agncaux, pour les pai
tre , eux & les autres
Miniftres apres eux, les
Portes d'Enfer ne prévaudroient
jamais contre
cette Eglife , contre
ce Troupeau, quelques
efforts que le Diable
puft faire par fa rufe , &
par fa malice , & plu-
I
104
fieurs autres chofes de
cette nature . Si cela eft ,
dis-je alors en moymefme
; s'il
eft donc
vray, comme je n'en
puis douter , que l'Eglife
de J. C. ait deû ſubfifter
pendant tous les
fiecles d'une maniere
vifible , & non inter-
2
rompue , qu'on la cherche
ailleurs tant qu'on
voudra , on ne fçauroit
la trouver que dans la
Communion Catholi
105
que. C'eft-elle quipeut
fe vanterjuftement d'avoir
maintenu fon Miniftere
depuis les Apô
tres . Les diférentes
Sectes que nous voyons
font comme autant de
Ruiffeaux , qui fe font
féparez de ce grand
Fleuve , & ne peuvent
que tarir avec le temps
comme ont fait d'autres
; au lieu que pour
luy il a pris fa fource
dans la plénitude des
106
ficcles , & a toujours
coulé
tranquilement
dans un meſme lit ; ce
qui me fait croire qu'il
y coulera fans interruption
,jufqu'à ce qu'il aille
fe décharger , pour ainfi
dire , tout entier , dans
l'Ocean de l'Eternité.
Ce qui m'a confirmé
dans cette penfée , c'eſt
le propre témoignage
des Réformateurs , &
des Docteurs Protef
tans. Calvin avouë luy107
mefme dans fon Inftitution
, que Dieu par fa
Providence avoit confervé
jufques à fon
temps dans la Communion
Romaine , des témoignages
de ſon alliance
, & des
marques
certaines que c'eftoit
1'Eglife de JESUSCHRIST
, afin , adjoûtoit-
il , qu'il ne fuft pas
dit que fon Egliſe euft
péry. Zanchius, celébre
Théologien parmy les.
108
Proteftans , a confirmé
la mefme chofe en divers
endroits , confeſfant
ingénuëment
que
la Communion Romaine
, malgré les efforts
de Satan , a toujours
confervé la forme de
l'Eglife de J. C. & que
fon Alliance , & fon Miniftere
, y ont toujours
demeuré conftamment.
La plupart des autres
parlent tout de meſme .
S'il eft donc certain,
109
difois-je , que la Communion
Romaine a eſté
l'Eglife de Dieu jufqu'au
temps de nos
Peres , pourquoy s'en
font ils féparez ? Pourquoy
ont-ils fait un
Schifme , qui eft, au fentiment
de Calvin , le
plus énorme de tous
les attentats ? On ne
peut , dit-il , s'imaginer
de crime plus atroce , que
de violer par une perfidie
facrilege, en fefeparant
IIO
de l'Eglife , le Mariage
que le Fils de Dieu avoit
daigné contracter avec
nous.
Nos Peres , dira- t - on ,
ont érigé une nouvelle
Eglife pour eftre l'Epouſe
de J. C. parce
que l'autre s'eftoit renduë
indigne de l'eftre;
mais je répons , qu'il ne
fuffit pas qu'une Eglife
fe foit rendue indigne
d'eftre l'Epouſe de J. C,
pour ceffer de l'eftre en
III
effet ; il faut que l'Epoux
luy - mcfme luy ait
donné la Lettre de divorce.
A voir tout ce
que J. C. reproche aux
fept Eglifes , dont il eſt
parlé dans l'Apocalipfe ,
on juge bien d'abord
qu'elles eftoient indignes
de porter le titre
d'Epoufes de J. C. mais
cependant elles ne laiffoient
pas de l'eftre , &
J. C. ne laiſſe pas de les
reconoiftre pour telles.
112
La Synagogue , qui ef
toit autrefois l'Epouſe
de Dieu , s'eft fouvent
rendue indigne de cet
honneur , mais les Prophetes
ne l'ont pourtantjamais
abandonée,
tant que Dieu luy-mef
me ne luy a pas donné
la Lettre de divorce.
C'eft Calvin luy - mefme
, qui m'a fourny
cette penſée. Il nous
repréſente dans ſon Inftitution
les défordres
113
de ce Peuple , fi horri
bles , qu'Ifaïe les compare
à bon droit à Sodome
, & à Gomorre . Il
nous y fait voir la Religionméprifée,
& fouillée
par de faux cultes , &
les moeurs entierement
dépravées, mefme dans
les
Sacrificateurs . Ce
pendant , adjoute-t- il ,
jamais les Prophetes ne
saviferent d'ériger de
nouvelles Eglifes , de
dreffer de nouveaux Au-
K
114
tels pour faire leur Service
à part ; mais quelque
corrompue que fuft
cette Societé , parce que
Dien j avoit établyfa
parole , & fon culte , ils
élevoient vers luy leurs
mains pures , au milieu
de l'Affemblée de ces Impies
, fans crainte de fe
fouiller. Rien donc, continuë-
t-il , ne les retenoit
dans cette Societé , dans
cette Eglife corrompue,
que le defir de conferver
115
l'unité , adjoûtant ce
qu'il a déja dit . Rien ne
les retenoit que le defir
d'entretenir fidellement
ce Mariage , que Dieu
avoit contracté avec elle,
qu'ils ne pouvoient rompre
d'eux- mefmes, fans
une teméritéfacrilege, en.
Le feparant de cette Egli
fe , pour en former une
autre. Pourquoy donc
Calvin luy-mefme , &
les
autres
, n'ont-ils
demeuré dans l'Eglife
pas
Kij
116
Romaine , quoy que
corrompue , comme ils
prétendoient
, pour conferver
l'unité ? Pourquoy
ont-ils rompu ce
facréMariage que Dieu
avoit contracté avec
elle , puis qu'ils ne nient
pas qu'elle ne fuft l'Eglife
de Dieu , & qu'il
n'y reftaft des témoi
gnages de fon Alliance,
quand ils en font fortis,
comme nous avons déja
yeu : Certe Eglife eftoit117
elle plus corrompuë
que la Judaïque ; ou
avoient - ils plus d'authorité
que des Prophetes
? Perfonne n'oferoit
fans-doute foùtenir
l'une & l'autrede
ces deux chofes.
Certes une telle féparation
eft une affaire de
fi grande importance,
que quand Dieu , laffe
des infidelitez de ce
Peuple dont nous venons
deparler , & pour
118
accomplir fon decret,
a voulu fe faire une autre
Epoufe, & fe former .
une nouvelle Eglife ; il
a envoyé fon Fils luymefme
fur la Terre ,
avec des marques de fa
Divinité , & a revétu
les Apoftres de dons extraordinaires
& miraculeux
, comme autant
de preuves infaillibles
de la Miffion qu'ils avoiet
receue pour cela;
& afin de fignifier au119
tentiquement qu'il donnoit
la Lettre de divorce
à ce Peuple , il fit renverfer
le Temple de Jérufalem
, & abolit par
là le culte qui s'y exerçoit
; de mefme qu'ef
tant enfin laffé de l'impenitence
des ces Egliſes
de l'Apocalipfe dont
nous avons parlé , pour
marquer qu'il leur donnoit
la Lettre de divorce,
il transporta ailleurs
leurs Chandeliers , &
120
"
ya laiffé établir le culte
de l'infâme Mahomet
.
Mais dans la Prétendue
Réformation , onon né
fçauroit dire qu'il y ait
rien d'approchant . L'Eglife
dont on fe fépare,
conferve toujours fon
ancien culte , & fes premieres
prérogatives,fon
miniftere , & fon ordre.
Ceux qui veulent former
une nouvelle Eglife
, & approprier une
nouvelle Epouſe à J. C.
ne
121
ne font que des Hommes
fort ordinaires, fans)
Miffion, fans Vocation,
& fans Miracles , qui
n'agiſſent que par paſfion
, ou du moins par
occafion , de forte que
ce ne peut eftre que
par une criminelle témérité
qu'ils fe font ſéparez
de l'Eglife Romaine.
On me dira peut - eſtre
qu'il n'eftoit pas neceffaire
qu'ils fiffent des
L
122
Miracles pour autorifer
une Miffion , parce
qu'ils ne venoient pas
annoncer une nouvelle
Alliance , comme faifoient
les Apoftres , &
qu'ils ne préchoient que
le mefme Evangile , que
les Apoftres avoient fi
bien confirmé par leurs
propres Miracles ; mais
c'eſt la Queſtion . C'eſtlà
proprement ce qu'on
leur difpute . On les accufe
d'alterer cette Al123
.
liance , de falfifier cet
Evangile à divers é
gards , de forte qu'ils
avoient befoin de preuves
autentiques pour fe
juftifier de cela ; & il ne
ferviroit de rien de dire
qu'ils s'en juftifioient
par la fainte Ecriture,
par la parole de Dieu ,
car on prétend que ce
n'eft pas la parole de
Dieu qui leur rend témoignage
, mais leurs
propres paroles , ayant
Lij
124
détourné l'Ecriture à
leur fens par leurs fubtiles
, mais vaines ex-
De forte plications.
qu'il eftoit toujours neceffaire
qu'ils fiffent des
Miracles , pour faire recevoir
fans contredits
leurs explications, comme
conformes à l'intention
de Dieu , fur tout
parce qu'elles s'opoſent
à un confentemēt
tranquille
& univerfel de
toute l'Eglife , & à une
a
125
Tradition qu'elle prétendoit
tenir des Apôtres
mefmes . Sans- doute
que J. C. expliquoit
les Propheties qui le regardoient
, d'une maniere
capable de perfuader
, & faifoit voir
qu'elles s'accopliffoient
en luy. Cependant , nonobftant
la verité, & la
force de ces explicatios,
if nous dit luy - meſme,
que s'il n'eût fait devant
les Juifs les fignes qu'il
Lij
126
faifoit , ils auroient eſté
fans peché , parce qu'il´
parloit contre un confentement
univerfel de
ce Peuple , & contre fa
Tradition tranquille.
D'ailleurs , comme il y
en a eu pluſieurs qui
font venus en mefme
temps fous le titre de
Réformateurs , & qui
prétendoient tous n'annoncer
que la pure ve
rité de l'Evangile , quoy
qu'ils fuffent oppofez
127
dans leurs fentimens , il
falloit du moins des fignes
pour diftinguer les
faux Réformateurs d'avec
les veritables , d'autant
plus que les preuves
qu'ils tiroient de
l'Ecriture chacun en faveur
de fon opinion , eftoient
également aparentes
, & probables, &
pouvoient
fraper également
les efprits .
Enfin cette diverfité
mefme de fentimens,
Liiij
128
n'eft- elle pas une marque
évidente de leur illégitime
Miffion ? Le
S. Efprit peut-il foufler
le doux & l'amer , le
vray & le faux tout enfemble?
Si les Apoftres
ont eu quelques diférens
, ce n'eftoit que fur
des chofes legeres , de
peu d'importance , &
qui finiffoient auffi-toft;
mais les diférens des
Réformateurs durent
longtemps , & font de
129
la
derniere
importance;
car pour ne parler pas
des Arminiens
, des Atrabatiftes
, des Sociniens ,
& de divers autres , qui
ſe vantent
pourtant
de
Réformation , mefme
au deffus de tous les autres
Réformez
, les Luthériens
& les Calviniftes
eux -mefmes , ne
fe traitoient- ils pas réciproquement
d'Herétiques
, avant que quelques
raifons de politi130
que euffent obligé ces
derniers à rechercher
Tanion : & ces premiers
ne demeurerent- ils pas
toujours dans les mefmes
fentimens ? Certes
on peut bien dire qué
commeapres
leDéluge,
lors que les Hommes
voulurent
fe bâtir une
haute Tour , afin de fe
préſerver d'une feconde
Innondation , Dieu témoigna
vifiblemet qu'il
def- aprouvoit
leur def
131
fein , & condamnoit
leur ouvrage , quand il
confondit leur Langage
, & les fit parler chacun
diféremment ; de
mefme lors que ceux
qui prétendoient s'eftre
fauvez d'un déluge d'erreurs
, & de fuperftitions
en fortant de l'Eglife
Romaine , voulurent
fe faire un Edifice,
& bâtir une nouvelle
Eglife qui ne fuft plus
fujeteà une pareille In132
nondation , Dieu marqua
fans- doute manifeftement
qu'il def-aprouvoit
leur deffein, &
condamnoit leur ouvrage
, en confondant
leur
langage , pour les
laiſſer parler fi diféremment
.
Allons plus avant.
Tous les Docteurs
Proteftans
, Calvin , Zanchius
, d'Avenantius , &
les autres dont il feroit
trop long de
rappórter
133
les témoignages , demeurent
d'accord qu'-
uge Communion eft ve
ritablement de J. C &
qu'il ne faut point s'en
féparer , tandis qu'elle
garde les chofes effentielles
à la Religion , &
neceffaires au falut ; &
M Daillié avouë luymefme
dans fon Apologie
, & dans fa Replique
contre le Pere
Adam ; & M Cotibi ,
que l'Eglife Romaine a
1341
confervé jusques à pré-
Sent toutes fes veritez
effentielles ,fondamentales,
& néceffaires . De
forte que je conclusraifonnablement
felon ces
témoignages , qu'on
n'a pas deû s'en féparer;
mais , dit M' Daillié, &
tous les Proteftans avec
luy , à ces doctrines
faintes & ordinaires,
que l'Eglife Romaine
retient , elle en a joint
d'autres humaines , in135
certaines , inconnuës à
l'Ecriture
, quelquesunes
mefmes qui choquent,
& renverfent les
a
premieres ; en un mot
il n'y a pas moyen d'avoir
Communion avec
elle, à caufe de fes fuperftitions,
& de fon idolâtrie.
Je n'entreray point
icy dans la difcution des
Articles , qui font le fujet
de ces invectives , &
n'entreprendray pas de
fairelà- deffus l'apologie
136
1
de l'Eglife , cela me meneroit
trop loin pour
un Difcours comme celuy-
cy . M' l'Evefque
de Meaux entr'autres,
l'a fait d'une maniere,
où il n'y a rien à repliquer
, & l'a pleinement
juftifiée de ces fauffes
accufations . Mais je
veux faire voir feulement
en deux mots,
qu'en fupofant mefme,
s'il m'eſt permis de parler
ainfi , que ces accu137
fations fuffent juftes, on
n'a pourtant pas eu
droit de s'en féparer .
- Je dis donc premierement
, que quelques
grands qu'on fe puiffe
figurer les abus de l'Eglife
Romaine , ce n'eft
pas à dire qu'on deuſt
les prendre pour de
juftes raifons de feparation
, puis que ceux de
ces anciens Juifs dont
nous avons parlé tantoft
, alloient jufques
M
138
culte des faux
au
Dieux , & que cependant
Calvin luy meſme,
nous a dit que les Prophetes
ne voulurent
&
ne durent pas s'en féparer
, parce que Dieu
avoit étably fon culte
& fa parole au milieu
d'eux . Suivant
cet éxemple
, je foutiens
que
quand même l'EglifeRo
maine feroit allée jufques
à l'idolâtrie
( cela
foit dit par une tres139
fauffe fuppofition , &
pour ofter feulement
tout prétexte ) tout ce
que nos Peres pouvoient
faire , c'eftoit d'imiter
les Prophetes en
criant contre les excés
de ces prétendus abus;
mais non plus qu'eux ,
ils ne devoient jamais
fe féparer de l'Eglife,
où Dieu avoit mis fon
culte , & fa parole ; car
quand l'Apoftre dit qu'il
faut fuir l'idolâtrie , qui
Mij
140
ne fçait qu'il entend
parler des Societez
Payennes & quand
mefme cela pourroit
s'étendre jufqu'à l'Eglife
, pour ainfi dire , il
faudroit toûjours entendre
une fuite & une
féparation négative , &
non pas pofitive , comme
eftoit celle des Prophetes
, qui levoient
leurs mains pures vers
Dieu , au milieu meſme
de l'impieté
; ce font les
141
propres termes de Calvin.
Secondement
, je
dis que les Docteurs
Proteftans
, entr'autres
M Daillié dans fon Apologie
, avouent euxmefmes
que
quelques
énormes que
paroiffent
les abus dans une Com .
munion , on ne doit
point la quitter , quand
ceux qui les profeffcnt
nient les damnables
conféquences qu'on en
peutirer. Jefçais qu'on
142
a dit cela en faveur des
Luthériens ; mais puis
qu'on propofe cette
maxime comme generale
, pourquoy ne l'appliqueroit
- on pas éga
lement aux Catholi
ques , quinient
abfolu
ment tant de mauvaiſes
conféquences qu'on
tire de leur culte , & de
leur pratique ? En troifiéme
lieu , je dis que les
Réformateurs mefme,
& les plus habiles Do143
'contraints
&teurs Proteftans , font
d'avouer
que la plupart des abus
qu'on impute à l'Egliſe
Romaine , ne font tout
au plus que ce bois , ce
foin , & cette paille
dont parle Saint Paul
dans fa premiere Epître
aux Corinthiens , Chapitre
3. qu'on baftit fur
le fondement
, mais qui
ne renverfent pas ; de
forte qu'ils ne peuvent
pas eftre de juftes mo144
tifs de féparation , de
l'aveu mefme des Proteftans
, qui ne mettent
en ce nombre que les
erreurs fondamentales;
on n'a qu'à lire là - deffus
Calvin , & Parocus . Je
dis en quatriéme lieu,
que ces Docteurs , &
fur tout Mr Daillié dans
fon Apologie , ayouent
encore qu'il eft injufte
d'imputer à une Eglife,
ce que des Docteurs
particuliers y enfeignet,
ou
145
ou que le Peuple y pra
tique. C'eft pourquoy
l'on nefçauroit prendre
pour de juftes cauſes
d'éloignement de l'E
glife Romaine, desabus,
qui ne feroient tout au
plus enfeignez que par
des Docteurs particuliers
, ou pratiquez par
le Peuple , fans que l'Eglife
les approuvaſt .
Ainfi on ne doit , & on
ne peut juger des fentimens
de l'Eglife Ro
N
14
146
maine , que par les Ca
nons du Concile de
Trente , ou par l'expofition
qu'en a donné Mª
de Meaux , dont le Livre
a efté approuvé,
non feulement des Evefques
, & des Cardinaux
, mais du Pape
meſme par une Bulle
authentique .
Enfin , fupofé que l'Eglife
Romaine a confervé
parmy les abus qu'
on luy impute , toutes
$147
les veritez effentielles à
la Religion , & neceffaires
au falut , comme
nous l'avons montré
par le témoignage meſme
des Docteurs Proteftans
, il eft fi conftant
qu'on n'a pas deù s'en
féparer à cauſe de ces
abus , que J. C nous a
luy - mefme confirmé
cette maxime , & par
fa Doctrine, & parfon
exemple , dans la Parabole
de l'Ivroye , qu'il
Nij
148
explique
des fcandales
qui regardent
la Doctrine
, & de l'iniquité
qui
regarde les moeurs ; car
comme il eft défendu
dans cette Parabole,
d'arracher l'Ivroye qui
eft parmy le bon grain,
cela nous montre qu'à
l'égard du Champ du
Seigneur , à l'égard de
fon Eglife , il ne faut
point faire de féparation
fous prétexte qu'-
on y enfeigne de mau149
vaifes doctrines , quand
on y retient en meſme
temps les effentielles ,
& les neceffaires ; &
comme l'Ecriture ne fe
contredit point , quand
Saint Paul dans fon Epître
aux Romains , Chapitre
16. & ailleurs, exhorte
les Fidelles de
prendre garde à ceux
qui caufoient parmy
eux des divifions , & des
fcandales.contre la do
ctrine , & d'éviter leur
Niij
150
copagnie, cela n'autho
rife en aucune maniere
cette féparation dont
nous parlons , puis qu'
au contraire il faut entendre
dans ces endroits
ceux qui vouloient
divifer l'Eglife,
& qui ne retenoient
point les chofes effentielles
à la Religion
.
J'ay dit encore que
J. C. avoit confirmé
par fon exemple , ce
que j'avance. En effet ,
ISI
il ne s'eft jamais féparé
de l'Eglife Judaïque,
quelque corrópuë qu'-
elle fuft , & quoy que
les Scribes & les Pharifiens
euffent introduit
d'étranges défordres , &
d'infignes abus dans la
Religion , cependant
vorcy 1'ordre qu'il
donne à fes Difciples à
leur égard. Les Scribes
les Pharifiens,
-dit-il , font aßis dans la
Chaire de Moife . Obfer
Niiij
152
vez donc , & faites tout
ce qu'ils vous ordonnent
.
Il
n'entendoit pas fansdoute
par - là , qu'ils
fuiviffent
aveuglement
tous leurs
enſeignemens
, quels qu'ils puffent-
eftre ; car il leur
dit ailleurs , qu'ils fe
donnaffent de garde du
levain de leur doctrine ;
mais il ne vouloit pas
qu'ils fiffent des Schifmes
, jufqu'à ce que le
temps fuft venu de dref
153
fer une nouvelle Chai
re , où ils devoient s'établir
eux-mefmes avec
cette autorité que leur
acquirent leurs Miracles
. Il vouloit qu'en
vertu de la venerable
fucceffion , en confidération
de la Chaire de
Moïfe, ils n'abandōnaffent
point cesDocteurs ,
& leur Miniftere ; mais
qu'ils les écoutafsēt dās
les chofes effentielles
de laReligion
, en fe gar154
dant du mauvais levain
de leurs erreurs , & de
leurs abus . Pourquoy
donc nos Peres n'ont-ils
pas fuivy l'exemple de
J. CHRIST ? Quelques
erreurs , & quelques
abus qu'ils puiffent croire
que les Docteurs de
l'Eglife Romaine avoiet
adjoûtez à l'effence de
la Religion , il falloit
toûjours demeurer auprés
d'eux , & les écoûter
en vertu de la vene-
1
ISS
rable fucceffion des Apoftres
, & en cofidération
de leur Chaire fur
laquelle ils font affis,
en ſe gardant du mauvais
levain de leur do-
Єtrine , & de leur culte,
fupofé qu'il y en euſt.
J'ay confideréférieu
fement ce qu'on pouvoit
oppofer là-deffus,
& j'ay trouvé qu'on ne
peut alléguer , & qu'on
n'allegue en effet , que
ces deux choſes ; la pre156
miere , que la fépara
tion des Réformateurs
a eftéforcée , qu'on les
a chaffez & excommuniez
, de forte qu'ils ne
pouvoient pas fe difpenfer
apres cela de former
des Societez féparées de
l'Eglife , pour y fervir
Dieu avec liberté ; la
feconde , que quelques
inconveniens qu'il y ait
dans cette féparation
de nos Peres , ils ne re
gardent pas ceux qui fe
157
trouvent préfentement
féparez fans y avoir
contribué , puis que deformais
fe trouvant en
poffeffion de la verité
dans ces Societez que
leurs Peres ont formées
, ils fe fentent obligez
en confcience d'y
demeurer
; mais apres
avoir bien examiné ces
deux raifons , je ne les
ay pas trouvées fuffifantes
pour me faire
changer de fentiment .
158
En effet , pour ce qui
eft de la premiere , nos
Peres eftant dans l'Eglife
Catholique , ve
nant à s'opposer à fa
croyance , & perſéverant
dans leur rebellion,
il eftoit fans- doure
du devoir de cette Eglife
de les excommunier
,
comme on le pratique
encore parmy nous ;
mais cela ne les mit
point en droit de faire
ce qu'ils ont fait. Ils
159
devoient plutoft fe retirer
dans des Déserts ,
s'ils ne pouvoient ſe
foumettre en confcience
, mais non pas ufurper
témérairement
l'autorité
de former de nou
velles Societez . C'eſt
ainfi que fit Elie , lors
qu'il fut chaffé de la
Communion d'Ifraël,
& pourſuivy par ce
Peuple , fans fonger à
emmener avec luy quelque
troupe de Gens
160
1
qu'il auroit pû gagner,
pour aller fervir Dieu
ailleurs en
particulier.
Dieu luy déclare qu'ily
en avoit fept mille qui
ne participoient
point à
l'idolâtrie de leurs Freres
, mais il les laiſſe toùjours
dans leur Societé,
toute corrompuë qu'-
elle eftoit , & Elie ne
demande point de les
attirer apres luy.
Pour la feconde raifon
, elle eft entiere-
A
.
161
ment vaine. Ceux qui
fe trouvent dans les Socierez
féparées , font
toûjours coupables à
peu près du mefine crime
que leurs Peres . Ils
entretiennent le Schif
me que les autres ont
fait ; ils rompent l'uni
té de l'Eglife ; ils déchirent
le Corps de JESUSCHRIST
, & quoy qu'il
en foit , leur tranquilité
reft toujours criminelle,
puis qu'ils fuivent aveu162
glement les dogmes
de leurs Peres , qu'ils
croyent
des veritez
fans les examiner , &
fans le pouvoir meſ-
A
me faire par leur regle
, comme M' Gilly
l'a montré. Ainfi ils
devroient fe mettre
dans le meſme état
qu'eftoient autrefois
leurs Peres , & fupofant
qu'ils font encore
dans la Communion
Romaine, examiner s'ils
163
ont des caufes fuffifantes
de s'en féparer , &
alors confideranto la
choſe en conſcience
4
dans la crainte de Dieu ,
délivrez des préjugez de
leur naiffance , & de
leur éducation , & éexempts
de tous les motifs
illégitimes qui ont
fait agir leurs Pères ,
comme à l'égard des
Docteurs , le dépit de
quelque affront , l'ambition
, & la gloire de
O ij
164
paffer pour habiles , &
d'eftre Chefs de Partys,
& chofes femblables ; à
l'égard du Peuple , l'amour
de la nouveauté,
le torrent des exemples,
la tirannie prétendue de
l'Eglife, le droit de juger
de l'Ecriture, les moeurs
corrompues des Eccléfiaftiques
, & telles autres
chofes, je fuis für,
que s'ils agiffoient ainsi,
les raifons convaincantes
que j'ay allé
165
guées leur viendroient
dans l'efprit , & les obligeroient
à fe réunir à
l'Eglife Catholique . Je .
l'ay fait , Meffieurs , cet
examen & la chofe
,
m'a réuffy. Je prie Dieu
de tout mon coeur, que
vous faffiez tous de méme
, & avec le meſme
fuccés que moy.
Ce Difcours fut écouté
avec la mefmefurprise,
&la mefme attention
166
qu'avoit caufé le premier
; & aucun de ceux
qui compofoient
l'Affemblée
, n'ayant entrepris
de combatre les raifons
dont s'eftoientfervis
ces deuxfçavans Hommes,
pourfaire connoiftre
l'obligation indifpenfa
ble où ilsfe trouvoient de
fe réunir à l'Eglife
tholique, ils fe retirerent
apres leur avoirfouhaité
à tous la mefmefoûmiffion
aux Veritez qu'ils
Ca167
reconnoiſſoient, & la même
grace qu'ils avoient
reçeuë,pour en eftre entierement
convaincus
.
Courdil fe fervit de ce
filence pour la Déclaration
qu'il avoit außi à
faire. Voicy ce qu'il dit à
Affemblée.
G iiij
80
S2S52525 :5252525
DISCOURS
DE M' COURDIL.
MESSIEURS ,
Il me fuffiroit fansdoute
de vous dire , que
toutes les raifons que
M' Gilly vient de vous
alléguer contre la fuffifance
de l'Ecriture fainte
, & en faveur de l'autorité
de l'Eglife , fon81
dée fur la Tradition , &
fur le confentement
tranquille & univerfel
de toutes les parties
qui la compofent , me
font communes avec
luy , pour vous faire
voir combien jufte eft
le deffein que j'ay formé
de me féparer de
vous , & d'entrer dans
l'Eglife Romaine , d'où
la naiffance m'avoit
éloigné , mais je mefens.
encore obligé , pour
82
prévenir les jugemens
téméraires qu'on pour
roitfaire fur mon changement,
de vous rendre -
un compte fidelle &
public de toutes mes
démarches fur ce sujet .
La premiere choſe
qui troubla d'abord
mon efprit , & m'obligea
à faire des Réfléxions
qui m'ont enfin
conduit au point où je
me trouve , eft la diviſion
du Chriſtianiſme,
83
& ce grand nombre de
Societez , dont chacune
prétend
eſtre la vraye
Eglife deJESUS- CHRIST .
Ce qui m'étonnoit davantage,
c'eſt que cette
grande diverfité de Sectes
qui fortirent de l'Eglife
Romaine dans le
dernier fiecle , reconnoiffant
toutes l'Ecriture
fainte pour l'unique
& infaillible regle
de leur Foy , ne laiſſent
pas d'eftre oppofées les
84
unes aux autres , quoy
qu'elles ayet toutes un
même fondement, & un
meſme principe , qui eſt
de ne rien croire qui ne
foit contenu dans la
fainte Ecriture . Quoy,
difois - je là - deffus , la
Religion Chreftienne
rn'a-
t- elle donc que des
incertitudes ? L'Ecriture
fainte, dit-on, eft la regle
infaillible de la Foy,
& cependant
je voy
tant de Communions
85
qui fe diftinguent par
des Créances toutes
contraires , qu'elles fonpourtant
dent
toutes
fur cette Ecriture d'une
maniere probable , &
chacune avec une égale
vray-femblance. Apres
cela, qui cft- ce quipourra
m'affurer que je fuis
dans la Communion la
plus fure pour avoir le
falut Toutes les autres
qui fe difent reformées,
auffi bien qu'elle,
86
luy difputent cet avantage
, & cefemble avec
mefme droit . D'ailleurs,
ce qui mérite le plus de
refléxion , l'Eglife Romaine
les traite toutes
de Schiſmatiques , &
d'Héretiques , & prétend
qu'on ne peut
avoir le falut que dans
fa Communion . Comment
ces Societez oferont-
elles fe fervir de
l'Ecriture pour refuter
les prétentions de cette
87
Eglife, tandis que l'Ecriture
demeure inutile à
leur égard , & n'eſt pas
capable de les accorder
entre elles , & de
faire ceffer leur divifion
?
Dans cet embarras, il
me fembla que je pouvois
calmer l'inquiétude
de mon efprit par
cette confidération
que la Providence avoit
remedié à ce défordre,
en fixant la créance des
88
1
chofes neceffaires au falut
par le Simbole des
Apoftres , qui eft une
Confeffion de foy que
tous les Chreftiens reçoivent
genéralement.
Quoy qu'il en foit , difois-
je , quelque grand
nombre , & quelque diverfité
qu'il y ait de Societez
Chreftiennes , il
eft certain que tous .
ceux qui les compofent,
confeffent le Seigneur
de
bouche , &
croyent
89
4
de coeur que Dieu l'a
reffufcité d'entre les
Morts . Ils feront donc
fauvez , fuivant le témoignage
de S. Paul,
dans fon Epiftre aux
Romains , Chapitre 10 .
Car on croit de coeurpour
eftre juſtifié , & on confeffe
de bouche pour eftre
Sauvé ; c'est pourquoy
l'Ecriture dit, quiconque
croit en cecy, neferapoint
confondu. Iln'ya point
de diftinction à faire de
H
90
Catholique Romain , de
Calvinifte , de Luthérien
, & de tous les autres
, parce que tous n'ont
qu'un mefme Seigneur,
qui eft riche en miféricorde
envers tous , & qui
répand fes richeſſes fur
tous ceux qui l'invoquent
; cartous ceux qui
invoquerot
le nom duŝeigneurferontfauvez
. De
forte que fuivant ainſi
le raifonnement
de l'Apoftre,
je concluois que
91
Tous les Chreftiens generalement
confervant
au fond l'effence de la
Religion Chreftienne
au milieu de leurs divifions
, obtiendroient le
falut indiféremment , eftant
tous d'ailleurs à
peu pres d'accord fur la
regle des moeurs , & de
la fainteté de vie.
Mais une autre penfée
fucceda
bien-toft à
celle-là. Je
fongeay que
cela pourroit
avoir lieu,
Hij
92
fi Dieu ne demandoit
des Chreftiens , que la
foy , & l'obeiſſance ;
mais il leur prefcrit encore
tres- expreffement
un amour , & une charité
réciproque entre
eux . A la bonne heure,
que tous les Chreftiens.
confeffant JESUS de
tout leur coeur , invoquant
fon faint nom, &
obeïffant à fes Commandemens
, puiffent
eftre fauvez fans au93
cune diftinction , pouryeu
qu'ils s'entrefuportent
charitablement ,
& qu'ils vivent dans
une mefme Communion
; mais qu'en peuton
croire pendant qu'ils.
violent toutes les regles
de la charité , pendant
qu'ils s'entredéchirent ,
& s'anathématiſent les
uns les autres , pendant
qu'ils s'entrehaïffent,
& qu'ils fe condamnent
àl'Enfer , par les fenti94
mens qui les divifent ?
Qu'ils fe vantent donc
tous , tant qu'ils voudront
, d'avoir une parfaite
connoiffance de lá
verité , & d'en penétrer
tous les myfteres , s'ils
n'ont pas la charité,
tout le refte ne leur fert
de rien ; & expliquant
icy le raiſonnement de
Saint Paul , au 10. des
Romains , dont je viens
de vous parler , par celuy
qu'il fait au Chapi95
tre 4. de fon Epître aux
Ephéliens . Comme il n'y
peut avoir, diſois -je, parmy
les Chrestiens qu'un
corps, & qu'un efprits
comme il n'y a qu'une
mefme efpérance , à laquelle
ils font appellez ;
comme il n'y a qu'un mefme
Seigneur , une Foy,
un Baptefme ; comme
il n'y a qu'un Dieu, Pere
de tous , qui eft audiffus
de tous, qui étendfa Providencefur
tous, 5 qui
96
réfide en eux tous , ilfaut
außi qu'ils fe fupportent
les uns les autres avec
charité , & que travaillant
avecfoin à conferver
l'unité d'un mefme
efprit par le lien de la
paix , ils neforment tous
enfemble qu'une feule Societé,
une mefme Com
munion.
Enfin cette derniere
penſée en fit venir encore
une autre dans
mon efprit , laquelle y
eft
97
eft demeurée , & qui en
a heureuſement fixé
l'inconftance ; car voulant
répondre à la difficulté
qui fe préſenta
d'abord , fçavoir , à la
quelle de toutes les Societez
Chreftiennes il
faudroit que les autres
fe rangeaffent , pour ne
faire toutes enſemble
qu'une feule & meſme
Communion , cela me
donna lieu d'examiner
les prérogatives que
I
98.
l'Eglife Romainepréced
avoir fur toutes celles
qui s'en fontféparées, de
forte qu'étant covaincu
que toutes les Sectes du
Chriftianifme font forties
du milieu d'elle , &
qu'elle a cet avantage
fur toutes les autres
d'avoir fuccedé immédiatement
aux Apôtres,
& par conféquent d'être
encore par le droit
de la fucceffion ,
Corps , & cette Societé
ce
99
que ces Saints Hommes
établirent fur la Terre,
je conclus qu'il eftoit
jufte , & naturel , que
toutes ces diférentes
Sectes fe réüniffent à
cette Eglife d'où elles
fontforties.
Je ne tiray point cette
conféquence à la legere,&
témerairement . Je
leûs , je méditay avec
toute l'aplication dont
mon efprit fut capable.
Je confultay ma
LYON
I ij
100
raifon ,je confultay l'Ecriture.
Ma raiſon me
fit voir qu'on ne pouvoit
s'imaginer , fans
blafphémer contre la
Providence divine , que
l'état extérieur de l'Eglife
, que Dieu s'eftoit
acquife par un prix infiny
, que J. C.avoir
cimentée
par fon propre
fang ; que fon état , disje
, cuft efté interrompu
prefque
dés ſa naiſſance
.
L'Ecriture
m'apprit
par
IOI
divers Paffages, que l'é
tat extérieur de l'Eglife
de J. C. & fon miniftere
, devoient fubfifter
pendant tous les fiecles
fans interruption , comme
dans S. Mathieu ,
que J. C. devoit eftre
avec les Miniftres de
l'Eglife toûjours , &
tous les jours , jufques à
la fin du Monde , afin
que par fon affiftance
ils puffent inftruire les
Peuples, adminiftrer les
I iij
102
)
Sacremens , & exercer
la Difcipline. Dans l'Epiftre
aux Ephéfiens,
que l'ordre & les fonctions
des Paſteurs &
Docteurs de l'Eglife , devoient
durer
jufqu'aux
fiecles à venir, où les Fidelles
attendroient la
perfection de J. C. Dans
Saint
Mathieu
encore ,
que depuis qu'une fois
Saint Pierre , auffi- bien
que les autres Apoftres,
auroient converty un
103
71
nombre de Juifs , & de
Gentils , & les auroient
affemblez en une mefme
Eglife , comme un
Troupeau de Brébis &
d'Agncaux, pour les pai
tre , eux & les autres
Miniftres apres eux, les
Portes d'Enfer ne prévaudroient
jamais contre
cette Eglife , contre
ce Troupeau, quelques
efforts que le Diable
puft faire par fa rufe , &
par fa malice , & plu-
I
104
fieurs autres chofes de
cette nature . Si cela eft ,
dis-je alors en moymefme
; s'il
eft donc
vray, comme je n'en
puis douter , que l'Eglife
de J. C. ait deû ſubfifter
pendant tous les
fiecles d'une maniere
vifible , & non inter-
2
rompue , qu'on la cherche
ailleurs tant qu'on
voudra , on ne fçauroit
la trouver que dans la
Communion Catholi
105
que. C'eft-elle quipeut
fe vanterjuftement d'avoir
maintenu fon Miniftere
depuis les Apô
tres . Les diférentes
Sectes que nous voyons
font comme autant de
Ruiffeaux , qui fe font
féparez de ce grand
Fleuve , & ne peuvent
que tarir avec le temps
comme ont fait d'autres
; au lieu que pour
luy il a pris fa fource
dans la plénitude des
106
ficcles , & a toujours
coulé
tranquilement
dans un meſme lit ; ce
qui me fait croire qu'il
y coulera fans interruption
,jufqu'à ce qu'il aille
fe décharger , pour ainfi
dire , tout entier , dans
l'Ocean de l'Eternité.
Ce qui m'a confirmé
dans cette penfée , c'eſt
le propre témoignage
des Réformateurs , &
des Docteurs Protef
tans. Calvin avouë luy107
mefme dans fon Inftitution
, que Dieu par fa
Providence avoit confervé
jufques à fon
temps dans la Communion
Romaine , des témoignages
de ſon alliance
, & des
marques
certaines que c'eftoit
1'Eglife de JESUSCHRIST
, afin , adjoûtoit-
il , qu'il ne fuft pas
dit que fon Egliſe euft
péry. Zanchius, celébre
Théologien parmy les.
108
Proteftans , a confirmé
la mefme chofe en divers
endroits , confeſfant
ingénuëment
que
la Communion Romaine
, malgré les efforts
de Satan , a toujours
confervé la forme de
l'Eglife de J. C. & que
fon Alliance , & fon Miniftere
, y ont toujours
demeuré conftamment.
La plupart des autres
parlent tout de meſme .
S'il eft donc certain,
109
difois-je , que la Communion
Romaine a eſté
l'Eglife de Dieu jufqu'au
temps de nos
Peres , pourquoy s'en
font ils féparez ? Pourquoy
ont-ils fait un
Schifme , qui eft, au fentiment
de Calvin , le
plus énorme de tous
les attentats ? On ne
peut , dit-il , s'imaginer
de crime plus atroce , que
de violer par une perfidie
facrilege, en fefeparant
IIO
de l'Eglife , le Mariage
que le Fils de Dieu avoit
daigné contracter avec
nous.
Nos Peres , dira- t - on ,
ont érigé une nouvelle
Eglife pour eftre l'Epouſe
de J. C. parce
que l'autre s'eftoit renduë
indigne de l'eftre;
mais je répons , qu'il ne
fuffit pas qu'une Eglife
fe foit rendue indigne
d'eftre l'Epouſe de J. C,
pour ceffer de l'eftre en
III
effet ; il faut que l'Epoux
luy - mcfme luy ait
donné la Lettre de divorce.
A voir tout ce
que J. C. reproche aux
fept Eglifes , dont il eſt
parlé dans l'Apocalipfe ,
on juge bien d'abord
qu'elles eftoient indignes
de porter le titre
d'Epoufes de J. C. mais
cependant elles ne laiffoient
pas de l'eftre , &
J. C. ne laiſſe pas de les
reconoiftre pour telles.
112
La Synagogue , qui ef
toit autrefois l'Epouſe
de Dieu , s'eft fouvent
rendue indigne de cet
honneur , mais les Prophetes
ne l'ont pourtantjamais
abandonée,
tant que Dieu luy-mef
me ne luy a pas donné
la Lettre de divorce.
C'eft Calvin luy - mefme
, qui m'a fourny
cette penſée. Il nous
repréſente dans ſon Inftitution
les défordres
113
de ce Peuple , fi horri
bles , qu'Ifaïe les compare
à bon droit à Sodome
, & à Gomorre . Il
nous y fait voir la Religionméprifée,
& fouillée
par de faux cultes , &
les moeurs entierement
dépravées, mefme dans
les
Sacrificateurs . Ce
pendant , adjoute-t- il ,
jamais les Prophetes ne
saviferent d'ériger de
nouvelles Eglifes , de
dreffer de nouveaux Au-
K
114
tels pour faire leur Service
à part ; mais quelque
corrompue que fuft
cette Societé , parce que
Dien j avoit établyfa
parole , & fon culte , ils
élevoient vers luy leurs
mains pures , au milieu
de l'Affemblée de ces Impies
, fans crainte de fe
fouiller. Rien donc, continuë-
t-il , ne les retenoit
dans cette Societé , dans
cette Eglife corrompue,
que le defir de conferver
115
l'unité , adjoûtant ce
qu'il a déja dit . Rien ne
les retenoit que le defir
d'entretenir fidellement
ce Mariage , que Dieu
avoit contracté avec elle,
qu'ils ne pouvoient rompre
d'eux- mefmes, fans
une teméritéfacrilege, en.
Le feparant de cette Egli
fe , pour en former une
autre. Pourquoy donc
Calvin luy-mefme , &
les
autres
, n'ont-ils
demeuré dans l'Eglife
pas
Kij
116
Romaine , quoy que
corrompue , comme ils
prétendoient
, pour conferver
l'unité ? Pourquoy
ont-ils rompu ce
facréMariage que Dieu
avoit contracté avec
elle , puis qu'ils ne nient
pas qu'elle ne fuft l'Eglife
de Dieu , & qu'il
n'y reftaft des témoi
gnages de fon Alliance,
quand ils en font fortis,
comme nous avons déja
yeu : Certe Eglife eftoit117
elle plus corrompuë
que la Judaïque ; ou
avoient - ils plus d'authorité
que des Prophetes
? Perfonne n'oferoit
fans-doute foùtenir
l'une & l'autrede
ces deux chofes.
Certes une telle féparation
eft une affaire de
fi grande importance,
que quand Dieu , laffe
des infidelitez de ce
Peuple dont nous venons
deparler , & pour
118
accomplir fon decret,
a voulu fe faire une autre
Epoufe, & fe former .
une nouvelle Eglife ; il
a envoyé fon Fils luymefme
fur la Terre ,
avec des marques de fa
Divinité , & a revétu
les Apoftres de dons extraordinaires
& miraculeux
, comme autant
de preuves infaillibles
de la Miffion qu'ils avoiet
receue pour cela;
& afin de fignifier au119
tentiquement qu'il donnoit
la Lettre de divorce
à ce Peuple , il fit renverfer
le Temple de Jérufalem
, & abolit par
là le culte qui s'y exerçoit
; de mefme qu'ef
tant enfin laffé de l'impenitence
des ces Egliſes
de l'Apocalipfe dont
nous avons parlé , pour
marquer qu'il leur donnoit
la Lettre de divorce,
il transporta ailleurs
leurs Chandeliers , &
120
"
ya laiffé établir le culte
de l'infâme Mahomet
.
Mais dans la Prétendue
Réformation , onon né
fçauroit dire qu'il y ait
rien d'approchant . L'Eglife
dont on fe fépare,
conferve toujours fon
ancien culte , & fes premieres
prérogatives,fon
miniftere , & fon ordre.
Ceux qui veulent former
une nouvelle Eglife
, & approprier une
nouvelle Epouſe à J. C.
ne
121
ne font que des Hommes
fort ordinaires, fans)
Miffion, fans Vocation,
& fans Miracles , qui
n'agiſſent que par paſfion
, ou du moins par
occafion , de forte que
ce ne peut eftre que
par une criminelle témérité
qu'ils fe font ſéparez
de l'Eglife Romaine.
On me dira peut - eſtre
qu'il n'eftoit pas neceffaire
qu'ils fiffent des
L
122
Miracles pour autorifer
une Miffion , parce
qu'ils ne venoient pas
annoncer une nouvelle
Alliance , comme faifoient
les Apoftres , &
qu'ils ne préchoient que
le mefme Evangile , que
les Apoftres avoient fi
bien confirmé par leurs
propres Miracles ; mais
c'eſt la Queſtion . C'eſtlà
proprement ce qu'on
leur difpute . On les accufe
d'alterer cette Al123
.
liance , de falfifier cet
Evangile à divers é
gards , de forte qu'ils
avoient befoin de preuves
autentiques pour fe
juftifier de cela ; & il ne
ferviroit de rien de dire
qu'ils s'en juftifioient
par la fainte Ecriture,
par la parole de Dieu ,
car on prétend que ce
n'eft pas la parole de
Dieu qui leur rend témoignage
, mais leurs
propres paroles , ayant
Lij
124
détourné l'Ecriture à
leur fens par leurs fubtiles
, mais vaines ex-
De forte plications.
qu'il eftoit toujours neceffaire
qu'ils fiffent des
Miracles , pour faire recevoir
fans contredits
leurs explications, comme
conformes à l'intention
de Dieu , fur tout
parce qu'elles s'opoſent
à un confentemēt
tranquille
& univerfel de
toute l'Eglife , & à une
a
125
Tradition qu'elle prétendoit
tenir des Apôtres
mefmes . Sans- doute
que J. C. expliquoit
les Propheties qui le regardoient
, d'une maniere
capable de perfuader
, & faifoit voir
qu'elles s'accopliffoient
en luy. Cependant , nonobftant
la verité, & la
force de ces explicatios,
if nous dit luy - meſme,
que s'il n'eût fait devant
les Juifs les fignes qu'il
Lij
126
faifoit , ils auroient eſté
fans peché , parce qu'il´
parloit contre un confentement
univerfel de
ce Peuple , & contre fa
Tradition tranquille.
D'ailleurs , comme il y
en a eu pluſieurs qui
font venus en mefme
temps fous le titre de
Réformateurs , & qui
prétendoient tous n'annoncer
que la pure ve
rité de l'Evangile , quoy
qu'ils fuffent oppofez
127
dans leurs fentimens , il
falloit du moins des fignes
pour diftinguer les
faux Réformateurs d'avec
les veritables , d'autant
plus que les preuves
qu'ils tiroient de
l'Ecriture chacun en faveur
de fon opinion , eftoient
également aparentes
, & probables, &
pouvoient
fraper également
les efprits .
Enfin cette diverfité
mefme de fentimens,
Liiij
128
n'eft- elle pas une marque
évidente de leur illégitime
Miffion ? Le
S. Efprit peut-il foufler
le doux & l'amer , le
vray & le faux tout enfemble?
Si les Apoftres
ont eu quelques diférens
, ce n'eftoit que fur
des chofes legeres , de
peu d'importance , &
qui finiffoient auffi-toft;
mais les diférens des
Réformateurs durent
longtemps , & font de
129
la
derniere
importance;
car pour ne parler pas
des Arminiens
, des Atrabatiftes
, des Sociniens ,
& de divers autres , qui
ſe vantent
pourtant
de
Réformation , mefme
au deffus de tous les autres
Réformez
, les Luthériens
& les Calviniftes
eux -mefmes , ne
fe traitoient- ils pas réciproquement
d'Herétiques
, avant que quelques
raifons de politi130
que euffent obligé ces
derniers à rechercher
Tanion : & ces premiers
ne demeurerent- ils pas
toujours dans les mefmes
fentimens ? Certes
on peut bien dire qué
commeapres
leDéluge,
lors que les Hommes
voulurent
fe bâtir une
haute Tour , afin de fe
préſerver d'une feconde
Innondation , Dieu témoigna
vifiblemet qu'il
def- aprouvoit
leur def
131
fein , & condamnoit
leur ouvrage , quand il
confondit leur Langage
, & les fit parler chacun
diféremment ; de
mefme lors que ceux
qui prétendoient s'eftre
fauvez d'un déluge d'erreurs
, & de fuperftitions
en fortant de l'Eglife
Romaine , voulurent
fe faire un Edifice,
& bâtir une nouvelle
Eglife qui ne fuft plus
fujeteà une pareille In132
nondation , Dieu marqua
fans- doute manifeftement
qu'il def-aprouvoit
leur deffein, &
condamnoit leur ouvrage
, en confondant
leur
langage , pour les
laiſſer parler fi diféremment
.
Allons plus avant.
Tous les Docteurs
Proteftans
, Calvin , Zanchius
, d'Avenantius , &
les autres dont il feroit
trop long de
rappórter
133
les témoignages , demeurent
d'accord qu'-
uge Communion eft ve
ritablement de J. C &
qu'il ne faut point s'en
féparer , tandis qu'elle
garde les chofes effentielles
à la Religion , &
neceffaires au falut ; &
M Daillié avouë luymefme
dans fon Apologie
, & dans fa Replique
contre le Pere
Adam ; & M Cotibi ,
que l'Eglife Romaine a
1341
confervé jusques à pré-
Sent toutes fes veritez
effentielles ,fondamentales,
& néceffaires . De
forte que je conclusraifonnablement
felon ces
témoignages , qu'on
n'a pas deû s'en féparer;
mais , dit M' Daillié, &
tous les Proteftans avec
luy , à ces doctrines
faintes & ordinaires,
que l'Eglife Romaine
retient , elle en a joint
d'autres humaines , in135
certaines , inconnuës à
l'Ecriture
, quelquesunes
mefmes qui choquent,
& renverfent les
a
premieres ; en un mot
il n'y a pas moyen d'avoir
Communion avec
elle, à caufe de fes fuperftitions,
& de fon idolâtrie.
Je n'entreray point
icy dans la difcution des
Articles , qui font le fujet
de ces invectives , &
n'entreprendray pas de
fairelà- deffus l'apologie
136
1
de l'Eglife , cela me meneroit
trop loin pour
un Difcours comme celuy-
cy . M' l'Evefque
de Meaux entr'autres,
l'a fait d'une maniere,
où il n'y a rien à repliquer
, & l'a pleinement
juftifiée de ces fauffes
accufations . Mais je
veux faire voir feulement
en deux mots,
qu'en fupofant mefme,
s'il m'eſt permis de parler
ainfi , que ces accu137
fations fuffent juftes, on
n'a pourtant pas eu
droit de s'en féparer .
- Je dis donc premierement
, que quelques
grands qu'on fe puiffe
figurer les abus de l'Eglife
Romaine , ce n'eft
pas à dire qu'on deuſt
les prendre pour de
juftes raifons de feparation
, puis que ceux de
ces anciens Juifs dont
nous avons parlé tantoft
, alloient jufques
M
138
culte des faux
au
Dieux , & que cependant
Calvin luy meſme,
nous a dit que les Prophetes
ne voulurent
&
ne durent pas s'en féparer
, parce que Dieu
avoit étably fon culte
& fa parole au milieu
d'eux . Suivant
cet éxemple
, je foutiens
que
quand même l'EglifeRo
maine feroit allée jufques
à l'idolâtrie
( cela
foit dit par une tres139
fauffe fuppofition , &
pour ofter feulement
tout prétexte ) tout ce
que nos Peres pouvoient
faire , c'eftoit d'imiter
les Prophetes en
criant contre les excés
de ces prétendus abus;
mais non plus qu'eux ,
ils ne devoient jamais
fe féparer de l'Eglife,
où Dieu avoit mis fon
culte , & fa parole ; car
quand l'Apoftre dit qu'il
faut fuir l'idolâtrie , qui
Mij
140
ne fçait qu'il entend
parler des Societez
Payennes & quand
mefme cela pourroit
s'étendre jufqu'à l'Eglife
, pour ainfi dire , il
faudroit toûjours entendre
une fuite & une
féparation négative , &
non pas pofitive , comme
eftoit celle des Prophetes
, qui levoient
leurs mains pures vers
Dieu , au milieu meſme
de l'impieté
; ce font les
141
propres termes de Calvin.
Secondement
, je
dis que les Docteurs
Proteftans
, entr'autres
M Daillié dans fon Apologie
, avouent euxmefmes
que
quelques
énormes que
paroiffent
les abus dans une Com .
munion , on ne doit
point la quitter , quand
ceux qui les profeffcnt
nient les damnables
conféquences qu'on en
peutirer. Jefçais qu'on
142
a dit cela en faveur des
Luthériens ; mais puis
qu'on propofe cette
maxime comme generale
, pourquoy ne l'appliqueroit
- on pas éga
lement aux Catholi
ques , quinient
abfolu
ment tant de mauvaiſes
conféquences qu'on
tire de leur culte , & de
leur pratique ? En troifiéme
lieu , je dis que les
Réformateurs mefme,
& les plus habiles Do143
'contraints
&teurs Proteftans , font
d'avouer
que la plupart des abus
qu'on impute à l'Egliſe
Romaine , ne font tout
au plus que ce bois , ce
foin , & cette paille
dont parle Saint Paul
dans fa premiere Epître
aux Corinthiens , Chapitre
3. qu'on baftit fur
le fondement
, mais qui
ne renverfent pas ; de
forte qu'ils ne peuvent
pas eftre de juftes mo144
tifs de féparation , de
l'aveu mefme des Proteftans
, qui ne mettent
en ce nombre que les
erreurs fondamentales;
on n'a qu'à lire là - deffus
Calvin , & Parocus . Je
dis en quatriéme lieu,
que ces Docteurs , &
fur tout Mr Daillié dans
fon Apologie , ayouent
encore qu'il eft injufte
d'imputer à une Eglife,
ce que des Docteurs
particuliers y enfeignet,
ou
145
ou que le Peuple y pra
tique. C'eft pourquoy
l'on nefçauroit prendre
pour de juftes cauſes
d'éloignement de l'E
glife Romaine, desabus,
qui ne feroient tout au
plus enfeignez que par
des Docteurs particuliers
, ou pratiquez par
le Peuple , fans que l'Eglife
les approuvaſt .
Ainfi on ne doit , & on
ne peut juger des fentimens
de l'Eglife Ro
N
14
146
maine , que par les Ca
nons du Concile de
Trente , ou par l'expofition
qu'en a donné Mª
de Meaux , dont le Livre
a efté approuvé,
non feulement des Evefques
, & des Cardinaux
, mais du Pape
meſme par une Bulle
authentique .
Enfin , fupofé que l'Eglife
Romaine a confervé
parmy les abus qu'
on luy impute , toutes
$147
les veritez effentielles à
la Religion , & neceffaires
au falut , comme
nous l'avons montré
par le témoignage meſme
des Docteurs Proteftans
, il eft fi conftant
qu'on n'a pas deù s'en
féparer à cauſe de ces
abus , que J. C nous a
luy - mefme confirmé
cette maxime , & par
fa Doctrine, & parfon
exemple , dans la Parabole
de l'Ivroye , qu'il
Nij
148
explique
des fcandales
qui regardent
la Doctrine
, & de l'iniquité
qui
regarde les moeurs ; car
comme il eft défendu
dans cette Parabole,
d'arracher l'Ivroye qui
eft parmy le bon grain,
cela nous montre qu'à
l'égard du Champ du
Seigneur , à l'égard de
fon Eglife , il ne faut
point faire de féparation
fous prétexte qu'-
on y enfeigne de mau149
vaifes doctrines , quand
on y retient en meſme
temps les effentielles ,
& les neceffaires ; &
comme l'Ecriture ne fe
contredit point , quand
Saint Paul dans fon Epître
aux Romains , Chapitre
16. & ailleurs, exhorte
les Fidelles de
prendre garde à ceux
qui caufoient parmy
eux des divifions , & des
fcandales.contre la do
ctrine , & d'éviter leur
Niij
150
copagnie, cela n'autho
rife en aucune maniere
cette féparation dont
nous parlons , puis qu'
au contraire il faut entendre
dans ces endroits
ceux qui vouloient
divifer l'Eglife,
& qui ne retenoient
point les chofes effentielles
à la Religion
.
J'ay dit encore que
J. C. avoit confirmé
par fon exemple , ce
que j'avance. En effet ,
ISI
il ne s'eft jamais féparé
de l'Eglife Judaïque,
quelque corrópuë qu'-
elle fuft , & quoy que
les Scribes & les Pharifiens
euffent introduit
d'étranges défordres , &
d'infignes abus dans la
Religion , cependant
vorcy 1'ordre qu'il
donne à fes Difciples à
leur égard. Les Scribes
les Pharifiens,
-dit-il , font aßis dans la
Chaire de Moife . Obfer
Niiij
152
vez donc , & faites tout
ce qu'ils vous ordonnent
.
Il
n'entendoit pas fansdoute
par - là , qu'ils
fuiviffent
aveuglement
tous leurs
enſeignemens
, quels qu'ils puffent-
eftre ; car il leur
dit ailleurs , qu'ils fe
donnaffent de garde du
levain de leur doctrine ;
mais il ne vouloit pas
qu'ils fiffent des Schifmes
, jufqu'à ce que le
temps fuft venu de dref
153
fer une nouvelle Chai
re , où ils devoient s'établir
eux-mefmes avec
cette autorité que leur
acquirent leurs Miracles
. Il vouloit qu'en
vertu de la venerable
fucceffion , en confidération
de la Chaire de
Moïfe, ils n'abandōnaffent
point cesDocteurs ,
& leur Miniftere ; mais
qu'ils les écoutafsēt dās
les chofes effentielles
de laReligion
, en fe gar154
dant du mauvais levain
de leurs erreurs , & de
leurs abus . Pourquoy
donc nos Peres n'ont-ils
pas fuivy l'exemple de
J. CHRIST ? Quelques
erreurs , & quelques
abus qu'ils puiffent croire
que les Docteurs de
l'Eglife Romaine avoiet
adjoûtez à l'effence de
la Religion , il falloit
toûjours demeurer auprés
d'eux , & les écoûter
en vertu de la vene-
1
ISS
rable fucceffion des Apoftres
, & en cofidération
de leur Chaire fur
laquelle ils font affis,
en ſe gardant du mauvais
levain de leur do-
Єtrine , & de leur culte,
fupofé qu'il y en euſt.
J'ay confideréférieu
fement ce qu'on pouvoit
oppofer là-deffus,
& j'ay trouvé qu'on ne
peut alléguer , & qu'on
n'allegue en effet , que
ces deux choſes ; la pre156
miere , que la fépara
tion des Réformateurs
a eftéforcée , qu'on les
a chaffez & excommuniez
, de forte qu'ils ne
pouvoient pas fe difpenfer
apres cela de former
des Societez féparées de
l'Eglife , pour y fervir
Dieu avec liberté ; la
feconde , que quelques
inconveniens qu'il y ait
dans cette féparation
de nos Peres , ils ne re
gardent pas ceux qui fe
157
trouvent préfentement
féparez fans y avoir
contribué , puis que deformais
fe trouvant en
poffeffion de la verité
dans ces Societez que
leurs Peres ont formées
, ils fe fentent obligez
en confcience d'y
demeurer
; mais apres
avoir bien examiné ces
deux raifons , je ne les
ay pas trouvées fuffifantes
pour me faire
changer de fentiment .
158
En effet , pour ce qui
eft de la premiere , nos
Peres eftant dans l'Eglife
Catholique , ve
nant à s'opposer à fa
croyance , & perſéverant
dans leur rebellion,
il eftoit fans- doure
du devoir de cette Eglife
de les excommunier
,
comme on le pratique
encore parmy nous ;
mais cela ne les mit
point en droit de faire
ce qu'ils ont fait. Ils
159
devoient plutoft fe retirer
dans des Déserts ,
s'ils ne pouvoient ſe
foumettre en confcience
, mais non pas ufurper
témérairement
l'autorité
de former de nou
velles Societez . C'eſt
ainfi que fit Elie , lors
qu'il fut chaffé de la
Communion d'Ifraël,
& pourſuivy par ce
Peuple , fans fonger à
emmener avec luy quelque
troupe de Gens
160
1
qu'il auroit pû gagner,
pour aller fervir Dieu
ailleurs en
particulier.
Dieu luy déclare qu'ily
en avoit fept mille qui
ne participoient
point à
l'idolâtrie de leurs Freres
, mais il les laiſſe toùjours
dans leur Societé,
toute corrompuë qu'-
elle eftoit , & Elie ne
demande point de les
attirer apres luy.
Pour la feconde raifon
, elle eft entiere-
A
.
161
ment vaine. Ceux qui
fe trouvent dans les Socierez
féparées , font
toûjours coupables à
peu près du mefine crime
que leurs Peres . Ils
entretiennent le Schif
me que les autres ont
fait ; ils rompent l'uni
té de l'Eglife ; ils déchirent
le Corps de JESUSCHRIST
, & quoy qu'il
en foit , leur tranquilité
reft toujours criminelle,
puis qu'ils fuivent aveu162
glement les dogmes
de leurs Peres , qu'ils
croyent
des veritez
fans les examiner , &
fans le pouvoir meſ-
A
me faire par leur regle
, comme M' Gilly
l'a montré. Ainfi ils
devroient fe mettre
dans le meſme état
qu'eftoient autrefois
leurs Peres , & fupofant
qu'ils font encore
dans la Communion
Romaine, examiner s'ils
163
ont des caufes fuffifantes
de s'en féparer , &
alors confideranto la
choſe en conſcience
4
dans la crainte de Dieu ,
délivrez des préjugez de
leur naiffance , & de
leur éducation , & éexempts
de tous les motifs
illégitimes qui ont
fait agir leurs Pères ,
comme à l'égard des
Docteurs , le dépit de
quelque affront , l'ambition
, & la gloire de
O ij
164
paffer pour habiles , &
d'eftre Chefs de Partys,
& chofes femblables ; à
l'égard du Peuple , l'amour
de la nouveauté,
le torrent des exemples,
la tirannie prétendue de
l'Eglife, le droit de juger
de l'Ecriture, les moeurs
corrompues des Eccléfiaftiques
, & telles autres
chofes, je fuis für,
que s'ils agiffoient ainsi,
les raifons convaincantes
que j'ay allé
165
guées leur viendroient
dans l'efprit , & les obligeroient
à fe réunir à
l'Eglife Catholique . Je .
l'ay fait , Meffieurs , cet
examen & la chofe
,
m'a réuffy. Je prie Dieu
de tout mon coeur, que
vous faffiez tous de méme
, & avec le meſme
fuccés que moy.
Ce Difcours fut écouté
avec la mefmefurprise,
&la mefme attention
166
qu'avoit caufé le premier
; & aucun de ceux
qui compofoient
l'Affemblée
, n'ayant entrepris
de combatre les raifons
dont s'eftoientfervis
ces deuxfçavans Hommes,
pourfaire connoiftre
l'obligation indifpenfa
ble où ilsfe trouvoient de
fe réunir à l'Eglife
tholique, ils fe retirerent
apres leur avoirfouhaité
à tous la mefmefoûmiffion
aux Veritez qu'ils
Ca167
reconnoiſſoient, & la même
grace qu'ils avoient
reçeuë,pour en eftre entierement
convaincus
.
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Résumé : DISCOURS DE Mr COURDIL.
Lors d'un discours à l'Assemblée, Monsieur Courdil approuve M. Gilly sur la suffisance de l'Écriture sainte et l'autorité de l'Église basée sur la tradition et le consentement universel. Troublé par les divisions chrétiennes, il décide de rejoindre l'Église romaine, soulignant l'importance de l'unité et de la charité parmi les chrétiens, en citant Saint Paul et l'Épître aux Éphésiens. L'auteur affirme que l'Église romaine est la seule continuation légitime de l'Église apostolique. Il critique les réformateurs protestants pour avoir créé un schisme sans mission divine ni miracles, accusant ces derniers d'altérer l'Évangile et de manquer de légitimité en raison de leurs divergences d'interprétation des Écritures. Les divisions protestantes sont comparées à la confusion des langues après le Déluge. L'auteur argue que les abus dans l'Église romaine ne justifient pas une séparation, citant Jésus-Christ et Saint Paul qui n'ont pas quitté leur communauté malgré ses imperfections. Il critique les réformateurs pour avoir créé de nouvelles communautés plutôt que de se retirer. Il dénonce les séparatistes pour leur schisme et leur manque d'examen des raisons de leur séparation, les encourageant à réexaminer leur position et à envisager un retour à la communion romaine. Le discours a suscité surprise et attention, avec un appel à la soumission aux vérités reconnues et à la grâce divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 131-144
LIVRES NOUVEAUX.
Début :
Il paroist un Livre intitulé Histoire du Dauphiné, où se [...]
Mots clefs :
Jésus, Concile, Peuple de Dieu, Grands hommes, Ecclésiastique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRES NOUVEAUX.
LIVRES NOUVEAUX.
Il paroist un Livre intitulé
Histoire du Dauphiné, ouse
trouve l'Histoiredes
Dauphins,&plusieurs faits
Historiques; diverses particularitez
sur les usages
duDruphiné & sur les
familles,tirez des Originaux
, avec les Généalogies
des plusillustres Maisons de
ce Pays-là, & une Carte
Géographique;orné de figures.
Par Mr de Valbonnay
,
premier Presidenc dela
Chambre des Comptes'
de Grenoble.
1. Ce Livre estin folio,&se
vend à Paris, chez Imbertde
Bats, ruë S. Jacques, à limage
S. Benoilt ; le prix est de
15 livres relié en veau.
Il paroistaussi depuis peu
un Livre intitulé, Paragrrase
sur leLivre de l'Ecclesiastique,
par MonsieurMénard Prieur
d'Aubort.
Pour donner quelque idée
de ce Livre
,
je vais ra pporter
icy quelques endroits de
la Préfacé.
L'Ecclesiastique a esté déclaré
Livre canonique del'EcritureSainte.
Le troisiéme
Concile de Carthage, dans
le Canon 41. le decret d'Eugene
IV. dans l'instruction
donnée aux Arméniens à
Florence aussi toit aprés; le
le Concile où se fit J'union
des Grecs
, reçu de toute
l'Eglise unanimement; le
Concile de Trente dans la
quatrième Session
, en onc
fait par leur décision un Article
de Foy, &c. 1
On ne doute point maintenant
que Jesus
,
fils de
Sirach, n'en foit l'Auteur,&
que ce ne foit celuy qui
estoie petit fils ouarrière
petit fils de Jesus ou de Josue
souverainPontifedesJuifs,j quirevint delacaptivitédeI
Babylone avec Zorobabel. 1
Quelques uns ont voulu
¡]ire que ce Jesus estoit un
des septante- deux Interpretés
que Ptolomée philadelphe
Roy d'Egypte fit venir
de Jerusalem à Alexandrie
pour traduire en Grec la
Bible Hebraïque) & en faire
un des plus beaux ornemens
de cette fameuse Bibliote-
,que, qui félon Aulugelle
estoie composée de sept
cents mille Volumes ; du
moins il est feur qu'il vivoic
en ce temps là.) & que son
nom se trouve parmi ceux
de cesillustres Traducteurs,
Quoi qu'il en loïc il composa
ce Livre en Hébreu,
-
qui estoitsa langue naturelle.
S. Jerôme assure,dans
laPréface du Livre des Proverbes
de Salomon, qu'il en
a veu un exemplaire; mais
cet exemplairene se trouve
plus, & nous l'avons seulement
en grec& en latin,&c.
Quoi que le stile de ce Livre
loit dur, les sujetsqui
y font traitez
,
font d'une
utilité merveilleuse ; cest
une Morale complette; on
y apprend tous les principes
de la veritablesagesse,
tous les devoirs de la Religion
j & tous ceux de la
vie civile; tout ce qu'on
doit à Dieu; tout çe qu'on
doit à son prochain; tout
ce qu'on se doit à foy même.
La pratique de toutes les
vertus depuis les plus grandes
jusqu'aux plus petites,
depuis celles qui nous portent
à Dieu & qui contribuent
à nofirc salut, jusqu'à
celles qui ne font que
purement politiques ou
ceconomiqucs.
- On y voit par tout des
i Sentences qui renferment.
en peu de mots tour ce qu'il
y a de plus essentiel dans la
Doctrine des moeurs ; des
exhortations qui pressent le
LeaeurJ qui le touchent &
qui le persuadent;des exemples
qui l'animent, ou qui
le confondent
,
& de ces
vrais éloges qui font les récompcnfcs
de la vertu ,
&
qui le persuadent. &c.
Comme cet Auteur ne
se contente pas de donner
les preceptes de sagesse à
1 ceux qu'it instruit
,
& qu'il
veut encore leur fournir des
exemples pour leur faire fuivre
par une sainte émulation
les règles qu'il leur prefcrir;
il en tired'excellens de l'Ecriture
sainteil leur propose
les plus grands hommes du
Peuple de Dieu pour modèles
,
& en lesleur proposant
il en sait le Panegyrique avec
tant d'éloqence, que jamais
ces Patriarches & ces
Prophetes si renommez dans
l'ancienne Loy, ne furent
louez plus magnifiquement-,
ni plus véritablementqu'ils
le sont icy. Ce sont des
Porrraits en grand, mais ce
sonc des Portraits fidcles ;
leurs vertus y sont mises
dans tout leur jour;
leur Religion y en:rcprcsensée
avec tour l'éclat de
leur zele; leur courage avec
tout la fermetéde leur coeur;
leur magnificence avec tout
ce quelle avoit de plus pompeux
& de plus riche; & leur
qualitcz héroïques avec toutes
les circonstances qui peuvent
relever la beauté de
leurs grandes avions. Il y
ramene ces fameux conducteurs
du Peuple de Dieu,
ces illustres deffenseurs d'ïsraël
, ces grands Sacrificateurs
du Seigneur. Ilyfait
- voitles grâces que ces grands
Hommes&ceserandsSaints
ontrcceus du Ciel. &c.
Voicy quelques unes des
Maximes dont cc Livre est
rempli.
Le caractère de la vraie
charité c'est d'cfûe vive &,,
prevenante; mais quoi
qu'elle doiveestre prompte
ellene doit pas êtreaveuglée;
il ne faut pas qu'elle se condusse
seulement par les lumières
de la foy ; mais encore
par celles de la rai son; il
faut qu'elle pese, qu'elle
consulte
,
qu'elle examine
ordinairement ce qu'ellefait,
de peur de favoriser le crime
au préjudice de l'innocence.
Le faux ami est plus vif
que *le verita ble
, car l'intcrest
qu'il a de tromper l'anime
plus que la simpleai-nitié
n'anime ordinairemenr.
Humiliez-vous, mais ne
ne vousavilissez pas; l'humilité
prudente & moderée
, nous éleve en nous
abaissantjmais celui qui s'abaisseplus
bas qu'il ne doit,
s'attire du mépris & le mérité.
Ne cachez point par
cet excèsd'humilité les talens
que vous avez receus ;
quand on peut estre urileaux
autres, il ne faut pas par
paresse se persuader qu'on
n'estbonàrien.
Si quelque grand Seigneurvousconvie
à sa table
, ne soyez nitrop libre.,
ni trop retenu; trop de liberté
marque peu de refpeét,
mais trop de retenue
marque peude confiance. Un
juste milieu vous fera aimer
des Grands; c'est à dire de
ceux qui ont l'ame grande
& le don du discernement.
Le mensonge est le premier
de tous les desordres
& le plus grand de tous les
maux,puisqu'il est opposé
directement a la venté) qui
eu le souverain bien.
Celui quiments'anéantir
,,.- carrien ne subsiste que par la
verité; & qui détruir la vérité
, se détruit soi-même
puisque l'homme n'existe y en
Dieu qu'autant qu'il est
vray ;c'està-dire qu'autant
qu'il aime laverité.
>
Ce Livre est in OCIAVO, 3C
se vend a Paris, chez Daniel
Jollet, au bout du Pont S.
Michel, du costé du Marché
neuf
, au Livre Royal
le prix estde 3. liv. 10. foisy
I.c:liécn veau.
Il paroist un Livre intitulé
Histoire du Dauphiné, ouse
trouve l'Histoiredes
Dauphins,&plusieurs faits
Historiques; diverses particularitez
sur les usages
duDruphiné & sur les
familles,tirez des Originaux
, avec les Généalogies
des plusillustres Maisons de
ce Pays-là, & une Carte
Géographique;orné de figures.
Par Mr de Valbonnay
,
premier Presidenc dela
Chambre des Comptes'
de Grenoble.
1. Ce Livre estin folio,&se
vend à Paris, chez Imbertde
Bats, ruë S. Jacques, à limage
S. Benoilt ; le prix est de
15 livres relié en veau.
Il paroistaussi depuis peu
un Livre intitulé, Paragrrase
sur leLivre de l'Ecclesiastique,
par MonsieurMénard Prieur
d'Aubort.
Pour donner quelque idée
de ce Livre
,
je vais ra pporter
icy quelques endroits de
la Préfacé.
L'Ecclesiastique a esté déclaré
Livre canonique del'EcritureSainte.
Le troisiéme
Concile de Carthage, dans
le Canon 41. le decret d'Eugene
IV. dans l'instruction
donnée aux Arméniens à
Florence aussi toit aprés; le
le Concile où se fit J'union
des Grecs
, reçu de toute
l'Eglise unanimement; le
Concile de Trente dans la
quatrième Session
, en onc
fait par leur décision un Article
de Foy, &c. 1
On ne doute point maintenant
que Jesus
,
fils de
Sirach, n'en foit l'Auteur,&
que ce ne foit celuy qui
estoie petit fils ouarrière
petit fils de Jesus ou de Josue
souverainPontifedesJuifs,j quirevint delacaptivitédeI
Babylone avec Zorobabel. 1
Quelques uns ont voulu
¡]ire que ce Jesus estoit un
des septante- deux Interpretés
que Ptolomée philadelphe
Roy d'Egypte fit venir
de Jerusalem à Alexandrie
pour traduire en Grec la
Bible Hebraïque) & en faire
un des plus beaux ornemens
de cette fameuse Bibliote-
,que, qui félon Aulugelle
estoie composée de sept
cents mille Volumes ; du
moins il est feur qu'il vivoic
en ce temps là.) & que son
nom se trouve parmi ceux
de cesillustres Traducteurs,
Quoi qu'il en loïc il composa
ce Livre en Hébreu,
-
qui estoitsa langue naturelle.
S. Jerôme assure,dans
laPréface du Livre des Proverbes
de Salomon, qu'il en
a veu un exemplaire; mais
cet exemplairene se trouve
plus, & nous l'avons seulement
en grec& en latin,&c.
Quoi que le stile de ce Livre
loit dur, les sujetsqui
y font traitez
,
font d'une
utilité merveilleuse ; cest
une Morale complette; on
y apprend tous les principes
de la veritablesagesse,
tous les devoirs de la Religion
j & tous ceux de la
vie civile; tout ce qu'on
doit à Dieu; tout çe qu'on
doit à son prochain; tout
ce qu'on se doit à foy même.
La pratique de toutes les
vertus depuis les plus grandes
jusqu'aux plus petites,
depuis celles qui nous portent
à Dieu & qui contribuent
à nofirc salut, jusqu'à
celles qui ne font que
purement politiques ou
ceconomiqucs.
- On y voit par tout des
i Sentences qui renferment.
en peu de mots tour ce qu'il
y a de plus essentiel dans la
Doctrine des moeurs ; des
exhortations qui pressent le
LeaeurJ qui le touchent &
qui le persuadent;des exemples
qui l'animent, ou qui
le confondent
,
& de ces
vrais éloges qui font les récompcnfcs
de la vertu ,
&
qui le persuadent. &c.
Comme cet Auteur ne
se contente pas de donner
les preceptes de sagesse à
1 ceux qu'it instruit
,
& qu'il
veut encore leur fournir des
exemples pour leur faire fuivre
par une sainte émulation
les règles qu'il leur prefcrir;
il en tired'excellens de l'Ecriture
sainteil leur propose
les plus grands hommes du
Peuple de Dieu pour modèles
,
& en lesleur proposant
il en sait le Panegyrique avec
tant d'éloqence, que jamais
ces Patriarches & ces
Prophetes si renommez dans
l'ancienne Loy, ne furent
louez plus magnifiquement-,
ni plus véritablementqu'ils
le sont icy. Ce sont des
Porrraits en grand, mais ce
sonc des Portraits fidcles ;
leurs vertus y sont mises
dans tout leur jour;
leur Religion y en:rcprcsensée
avec tour l'éclat de
leur zele; leur courage avec
tout la fermetéde leur coeur;
leur magnificence avec tout
ce quelle avoit de plus pompeux
& de plus riche; & leur
qualitcz héroïques avec toutes
les circonstances qui peuvent
relever la beauté de
leurs grandes avions. Il y
ramene ces fameux conducteurs
du Peuple de Dieu,
ces illustres deffenseurs d'ïsraël
, ces grands Sacrificateurs
du Seigneur. Ilyfait
- voitles grâces que ces grands
Hommes&ceserandsSaints
ontrcceus du Ciel. &c.
Voicy quelques unes des
Maximes dont cc Livre est
rempli.
Le caractère de la vraie
charité c'est d'cfûe vive &,,
prevenante; mais quoi
qu'elle doiveestre prompte
ellene doit pas êtreaveuglée;
il ne faut pas qu'elle se condusse
seulement par les lumières
de la foy ; mais encore
par celles de la rai son; il
faut qu'elle pese, qu'elle
consulte
,
qu'elle examine
ordinairement ce qu'ellefait,
de peur de favoriser le crime
au préjudice de l'innocence.
Le faux ami est plus vif
que *le verita ble
, car l'intcrest
qu'il a de tromper l'anime
plus que la simpleai-nitié
n'anime ordinairemenr.
Humiliez-vous, mais ne
ne vousavilissez pas; l'humilité
prudente & moderée
, nous éleve en nous
abaissantjmais celui qui s'abaisseplus
bas qu'il ne doit,
s'attire du mépris & le mérité.
Ne cachez point par
cet excèsd'humilité les talens
que vous avez receus ;
quand on peut estre urileaux
autres, il ne faut pas par
paresse se persuader qu'on
n'estbonàrien.
Si quelque grand Seigneurvousconvie
à sa table
, ne soyez nitrop libre.,
ni trop retenu; trop de liberté
marque peu de refpeét,
mais trop de retenue
marque peude confiance. Un
juste milieu vous fera aimer
des Grands; c'est à dire de
ceux qui ont l'ame grande
& le don du discernement.
Le mensonge est le premier
de tous les desordres
& le plus grand de tous les
maux,puisqu'il est opposé
directement a la venté) qui
eu le souverain bien.
Celui quiments'anéantir
,,.- carrien ne subsiste que par la
verité; & qui détruir la vérité
, se détruit soi-même
puisque l'homme n'existe y en
Dieu qu'autant qu'il est
vray ;c'està-dire qu'autant
qu'il aime laverité.
>
Ce Livre est in OCIAVO, 3C
se vend a Paris, chez Daniel
Jollet, au bout du Pont S.
Michel, du costé du Marché
neuf
, au Livre Royal
le prix estde 3. liv. 10. foisy
I.c:liécn veau.
Fermer
Résumé : LIVRES NOUVEAUX.
Le texte présente deux ouvrages récents. Le premier, 'Histoire du Dauphiné', est rédigé par Monsieur de Valbonnay, premier président de la Chambre des Comptes de Grenoble. Cet ouvrage couvre l'histoire des dauphins, divers faits historiques, les particularités des usages du Dauphiné, ainsi que les généalogies des familles illustres de cette région. Il inclut également une carte géographique. Le livre est en format folio et se vend à Paris chez Imbert de Bats, rue Saint-Jacques, à l'image Saint-Benoît, au prix de 15 livres relié en veau. Le second ouvrage est une 'Paraphrase sur le Livre de l'Ecclésiastique' par Monsieur Ménard, prieur d'Aubort. Ce livre, en format octavo, se vend à Paris chez Daniel Jollet, au bout du Pont Saint-Michel, au prix de 3 livres 10 sols relié en veau. L'Ecclésiastique est reconnu comme un livre canonique de l'Écriture Sainte, attribué à Jésus, fils de Sirach, petit-fils ou arrière-petit-fils de Jésus ou Josué, souverain pontife des Juifs. Le texte mentionne la traduction de la Bible hébraïque en grec par Ptolémée Philadelphe et indique que l'ouvrage est écrit en hébreu, bien que des exemplaires en grec et en latin existent. Le style du livre est dur, mais son contenu est d'une utilité morale complète. Il couvre les principes de la vraie sagesse, les devoirs religieux et civils, et la pratique des vertus. L'ouvrage contient des sentences, des exhortations, des exemples et des éloges qui encouragent la vertu. L'auteur utilise des exemples tirés de l'Écriture Sainte pour illustrer ses préceptes, louant les patriarches et prophètes avec éloquence. Le livre est rempli de maximes sur la charité, l'amitié, l'humilité, le comportement en société et la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 77-80
Traduction de la Lettre du Moufty, au Roy.
Début :
LA gloire des plus majestueux Monarques de la Croyance de [...]
Mots clefs :
Gloire, Croyance, Jésus, Honneur, Sa Majesté, Louis XV, Amitié, Roi victorieux, Comte, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre du Moufty, au Roy.
Traduction de la Lettre du
Moufty , au Roy .
A gloire des plus majestueux
Monarques de la Croyance de
JESUS - CHRIST , choifi d'entre
les Princes glorieux de la Religion
du Meifie , l'Arbitre de toutes
les Nations Chrêtienes , Seigneur
de Majefté , & d'honneur ,
digne de loüange , & de gloire,
Notre très fincere , & très honoré
Seigneur LOUIS XV , Empereur
Giij
78 LE NOUVEAU
de France , que la fin de vos
jours foit comblée de bonheur ; après
vous avoir affûré de mes bons
Offices , & de mes très affectueux
Saluts. V. M. fçaura , que la Lettre
d'amitié qu'Elle a écrite à Notre
très Illuftre & très Puiffant
Empereur , qui eft le foûtien de
notre Religion , le Deffenfeur de
tout le monde , & le Puiffant victorieux
Roi, des Rois, le SE de la Terre
& des deux Mers , le Serviteur des
deux plus Auguftes , & plus facrées
Citées. La MEQUE & MEDINE , fils
de l'Empereur Muhamed , & petit
fils de l'Empereur Ibrahim , que fon
Régne dure jufqu'au jour du Jugement
, lui a été rendue par l'entremife
de fon Mini tre, le très-heureux
& trés-puiffant Ibrahim Pacha Kaimacham
de l'Etrier. Elle contenoit
en fubftance , que Mr le COMTE
DESALLEURS, qui réfide à la fublime
Porte , s'eft acquité des fonctions
de fon Ambaffade , de la maniere
que V. M. le fouhaittoit que de
l'avis deVotreONCLEMONSEIGNEUR
MERCURE. 19
LEDUC D'ORLEANS , le plus glorieux
d'entre les Princes de la Nation
Chrêtiene , & de la croyance du
Meffie , qui eft préfentement Régent
durant votre Minorité ; Elle a jugé
à propos de le rapeler auprès d'Elle:
Elle contenoit encore , que V. M.
maintiendroit , & feroit toujours
conitante dans l'amitié qui eft entre
vous , & la fublime Porte. Voilà
à peu près fon contenu . Préfentement
que vous demandés le fufdit
Ambaſſadeur , on lui a donné pleine
liberté de partir , quand bon lui femblera
, & V. M. jugera par la préfente
, que nous ne défirons rien tant
que de voir régner , comme nous
ávons vû par le paffé , l'union &
l'amitié qui a été plufieurs fiécles
entre les deux Empires : & fondez
que nous fommes fur cette ancienne
amitié , il a été configné au fufdit
Ambaffadeur , la Lettre qu'il vous
remettra de la part de notre Empereur
. J'ai été très fatisfait de voir
l'anciene amitié queV.M. a toujours
confervée pour la fublime Porte , &
LE NOUVEAU
d'avoir eu l'honneur de recevoir
une de vos Lettres , qui me témoigne
votre amitié & votre affection.
Ainfi pour y correfpondre , j'écris
cette Lettre à V. M. que j'envoye
avec celle de notre Empereur , par
laquelle je lui fais fçavoir que je
prendrai toujours beaucoup de part
à ce qui la regarde. Au reste , nous
elperons que V. M. voudra bien
agréer les fincéres proteftations que
nous lui faifons , & qu'Elle aura
la bonté d'y correfpondre , comme
Elle a fait jufques à préfent.
ABDULRAHIM MOUFTY.
Donné le premier du mois de Zilkide
-Icherif , l'an 1128.
Moufty , au Roy .
A gloire des plus majestueux
Monarques de la Croyance de
JESUS - CHRIST , choifi d'entre
les Princes glorieux de la Religion
du Meifie , l'Arbitre de toutes
les Nations Chrêtienes , Seigneur
de Majefté , & d'honneur ,
digne de loüange , & de gloire,
Notre très fincere , & très honoré
Seigneur LOUIS XV , Empereur
Giij
78 LE NOUVEAU
de France , que la fin de vos
jours foit comblée de bonheur ; après
vous avoir affûré de mes bons
Offices , & de mes très affectueux
Saluts. V. M. fçaura , que la Lettre
d'amitié qu'Elle a écrite à Notre
très Illuftre & très Puiffant
Empereur , qui eft le foûtien de
notre Religion , le Deffenfeur de
tout le monde , & le Puiffant victorieux
Roi, des Rois, le SE de la Terre
& des deux Mers , le Serviteur des
deux plus Auguftes , & plus facrées
Citées. La MEQUE & MEDINE , fils
de l'Empereur Muhamed , & petit
fils de l'Empereur Ibrahim , que fon
Régne dure jufqu'au jour du Jugement
, lui a été rendue par l'entremife
de fon Mini tre, le très-heureux
& trés-puiffant Ibrahim Pacha Kaimacham
de l'Etrier. Elle contenoit
en fubftance , que Mr le COMTE
DESALLEURS, qui réfide à la fublime
Porte , s'eft acquité des fonctions
de fon Ambaffade , de la maniere
que V. M. le fouhaittoit que de
l'avis deVotreONCLEMONSEIGNEUR
MERCURE. 19
LEDUC D'ORLEANS , le plus glorieux
d'entre les Princes de la Nation
Chrêtiene , & de la croyance du
Meffie , qui eft préfentement Régent
durant votre Minorité ; Elle a jugé
à propos de le rapeler auprès d'Elle:
Elle contenoit encore , que V. M.
maintiendroit , & feroit toujours
conitante dans l'amitié qui eft entre
vous , & la fublime Porte. Voilà
à peu près fon contenu . Préfentement
que vous demandés le fufdit
Ambaſſadeur , on lui a donné pleine
liberté de partir , quand bon lui femblera
, & V. M. jugera par la préfente
, que nous ne défirons rien tant
que de voir régner , comme nous
ávons vû par le paffé , l'union &
l'amitié qui a été plufieurs fiécles
entre les deux Empires : & fondez
que nous fommes fur cette ancienne
amitié , il a été configné au fufdit
Ambaffadeur , la Lettre qu'il vous
remettra de la part de notre Empereur
. J'ai été très fatisfait de voir
l'anciene amitié queV.M. a toujours
confervée pour la fublime Porte , &
LE NOUVEAU
d'avoir eu l'honneur de recevoir
une de vos Lettres , qui me témoigne
votre amitié & votre affection.
Ainfi pour y correfpondre , j'écris
cette Lettre à V. M. que j'envoye
avec celle de notre Empereur , par
laquelle je lui fais fçavoir que je
prendrai toujours beaucoup de part
à ce qui la regarde. Au reste , nous
elperons que V. M. voudra bien
agréer les fincéres proteftations que
nous lui faifons , & qu'Elle aura
la bonté d'y correfpondre , comme
Elle a fait jufques à préfent.
ABDULRAHIM MOUFTY.
Donné le premier du mois de Zilkide
-Icherif , l'an 1128.
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5
p. 180-185
Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Début :
Le Sermon fini. Mr l'Evêque de Rennes monta en chaire, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sermon, Roi de France, Apôtres, Cérémonie, Duc, Estampes, Gentilhommes, Pâques, Jésus, Zèle, Innocence, Amour, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Le Sermon fini . Mr l'Evêque de
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
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6
p. [847]-849
PARAPHRASE De la Prose que l'Eglise chante aux Fêtes de Pâques, Victimae Paschali laudes, &c. Par M. de Senecé.
Début :
Ça, Chrétiens, émules des Anges, [...]
Mots clefs :
Anges, Gloire, Jésus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE De la Prose que l'Eglise chante aux Fêtes de Pâques, Victimae Paschali laudes, &c. Par M. de Senecé.
PARAPHRASE
De la Profe que l'Eglife chante, aux Fêtes
de Pâques,Victimæ Paſchali laudes , &c.
Par M. de Senecé.
Ç
A, Chrétiens , émules des Anges ,
Rendons un tribut immortel ,
D'honneur , de gloire , de louanges ,
A la Victime de l'Autel :
Dans ce jour où l'Agneau fans tache ,
Sauve les Brebis , qu'il arrache ,
A ij Des
$ 48 MERCURE DE FRANCE
Des dents du Lion rugiffant ,
Que de nos fers il nous délie
Et que Jefus réconcilie ,
Le coupable par l'innocent.
M
La mort , qui n'eft point affouvie ,
De notre mal inveteré ,
"
A combatu contre la vie ,
Dans un duel defefperé.
Voulez -vous en fçavoir l'iſſuë ?
Jefus y meurt , mais on le tuë ,
Pour renaître plus glorieux ,
Et fon implacable ennemie ,
Y répand fa rage , vomie
Sous l'effort du Victorieux.
Dites-nous , Amante fidelle ,
Qu'avez-vous vû de confolant ?
Magdeleine , quelle nouvelle ,
Rend votre deüil moins violent ?
Ah ! j'ai vû ... j'en fuis hors d'haleine,
J'avois laiffé la Tombe pleine ,
Où Jefus étoit renfermé ;
Je n'ai trouvé que folitude ,
Réfurrection , certitude ,
Des honneurs de mon Bien-aimé.
器
Jay
MAY. 1730.
849
J'ai vu des Anges reſpectables ,
Auprès du facré Monument ,
Qui font témoins irréprochables ,
Du merveilleux évenement ;
J'ai vu la dépouille ordinaire ,
De fes Habits , de fon Suaire ...
Mais j'arrêté votre ferveur ,
Ne cherchez plus au Mauſolée
Amis , courez en Galilée ,
Vous y trouverez le Sauveur.
***
Olli , par votre propre puiffance
Nous vous croyons refſuſcité ,
Seigneur , gardez-nous de l'offenſe ,
Que vous fait l'incrédulité.
Roi vainqueur , Roi brillant de gloire ,
Nous tirons de votre victoire ,
Un préjugé qui nous eft doux ;
C'eft la Foi qui nous y convie ,
Nous croyons la feconde vie.
Jefus , ayez pitié de nous.
De la Profe que l'Eglife chante, aux Fêtes
de Pâques,Victimæ Paſchali laudes , &c.
Par M. de Senecé.
Ç
A, Chrétiens , émules des Anges ,
Rendons un tribut immortel ,
D'honneur , de gloire , de louanges ,
A la Victime de l'Autel :
Dans ce jour où l'Agneau fans tache ,
Sauve les Brebis , qu'il arrache ,
A ij Des
$ 48 MERCURE DE FRANCE
Des dents du Lion rugiffant ,
Que de nos fers il nous délie
Et que Jefus réconcilie ,
Le coupable par l'innocent.
M
La mort , qui n'eft point affouvie ,
De notre mal inveteré ,
"
A combatu contre la vie ,
Dans un duel defefperé.
Voulez -vous en fçavoir l'iſſuë ?
Jefus y meurt , mais on le tuë ,
Pour renaître plus glorieux ,
Et fon implacable ennemie ,
Y répand fa rage , vomie
Sous l'effort du Victorieux.
Dites-nous , Amante fidelle ,
Qu'avez-vous vû de confolant ?
Magdeleine , quelle nouvelle ,
Rend votre deüil moins violent ?
Ah ! j'ai vû ... j'en fuis hors d'haleine,
J'avois laiffé la Tombe pleine ,
Où Jefus étoit renfermé ;
Je n'ai trouvé que folitude ,
Réfurrection , certitude ,
Des honneurs de mon Bien-aimé.
器
Jay
MAY. 1730.
849
J'ai vu des Anges reſpectables ,
Auprès du facré Monument ,
Qui font témoins irréprochables ,
Du merveilleux évenement ;
J'ai vu la dépouille ordinaire ,
De fes Habits , de fon Suaire ...
Mais j'arrêté votre ferveur ,
Ne cherchez plus au Mauſolée
Amis , courez en Galilée ,
Vous y trouverez le Sauveur.
***
Olli , par votre propre puiffance
Nous vous croyons refſuſcité ,
Seigneur , gardez-nous de l'offenſe ,
Que vous fait l'incrédulité.
Roi vainqueur , Roi brillant de gloire ,
Nous tirons de votre victoire ,
Un préjugé qui nous eft doux ;
C'eft la Foi qui nous y convie ,
Nous croyons la feconde vie.
Jefus , ayez pitié de nous.
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Résumé : PARAPHRASE De la Prose que l'Eglise chante aux Fêtes de Pâques, Victimae Paschali laudes, &c. Par M. de Senecé.
Le poème 'De la Profe que l'Eglife chante, aux Fêtes de Pâques, Victimæ Paschali laudes' célèbre la résurrection de Jésus-Christ. Il invite les chrétiens à honorer Jésus, la 'Victime de l'Autel', qui sauve les hommes des péchés et les libère du mal. Le texte décrit la lutte entre la mort et la vie, où Jésus meurt puis renaît glorieux, triomphant ainsi de la mort. Marie-Madeleine témoigne de la résurrection après avoir trouvé la tombe vide et reçu la confirmation des anges. Elle encourage les fidèles à se rendre en Galilée pour rencontrer le Sauveur ressuscité. Le poème se termine par une prière à Jésus, le suppliant de préserver les croyants de l'incrédulité et de leur accorder la foi en la vie éternelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2582-2596
DEFENSE de la Lettre écrite à M. l'Abbé de Cheret, & inserée dans le Mercure du mois de May 1729. au sujet du Projet du nouveau Missel, à l'usage du Diocèse de Chartres ; en reponse à un Article des Memoires de Trevoux, du mois d'Aoust de la même année.
Début :
Premierement, l'Auteur de cette Lettre avertit le Public qu'il s'y est glissé [...]
Mots clefs :
Missel, Mémoires de Trévoux, Diocèse de Chartres, Église, Sacrifice, Jésus, Prêtre, Dieu, Médiateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFENSE de la Lettre écrite à M. l'Abbé de Cheret, & inserée dans le Mercure du mois de May 1729. au sujet du Projet du nouveau Missel, à l'usage du Diocèse de Chartres ; en reponse à un Article des Memoires de Trevoux, du mois d'Aoust de la même année.
DEFFENSE de la Lettre écrite à
M.l'Abbé de Cheret , & inferée dans le
Mercure du mois de May 1729. au´ſujet
du Projet du nouveau Miffel , à l'ufage
du Diocèfe de Chartres ; en reponse à un
Article des Memoires de Trevoux , du
mois d'Aouft de la même année.:
page
Remierement,l'Auteur de cette Let-
P tre avertit le Public qu'il s'y eft glif
fé plufieurs fautes d'Impreffion.Par exemple,
au lieu de Sauveau , il faut lire Fauveau
, c'eft le nom de l'Auteur. A la
864. ligne 1ere , au lieu des trois Mages ,
lifez le trois May. A la page 867.ligne 10.
il faut lire pofita , au lieu de pofita ; fans
compter les fautes de ponctuation , qui
alterent fouvent le fens.
Secondement , l'Imprimeur a'oublié de
marquer à la niarge,vis- à- vis l'endroit où
il eft parlé de Maldonat ; le monument
public , d'où l'on a tiré les Paffages Extraits
de cet Auteur , qui eft la 29 des
Lettres choifies de M. Simon , du Tome
2. de l'édition de 1704. A Roterdam
chez Reinier Leers , pages 180 & 181 .
Les Curieux liront fans doute cette Lettre.
M. Simon y fait l'Analyſe du Traité
I.Vol. manuf
DECEMBRE . 1730. 2583
manufcrit de Maldonat qu'il avoit , fur
les ceremonies en general ; & en particulier
fur les ceremonies de la Meffe . On
y trouvera mot à mot les paffages latins ,
citez dans la Lettre cy - deſſus , & que Maldonat
eft réellement & authentiquement
la caution de la Critique du Doyen de Maintenon.
Quoiqu'on en dife dans les Mémoires
impriméz à Trevoux, au mois d'Aouſt
1729. page 1475. On y trouvera auffi que
ce Sçavant Jéfuite y tient le même langage
,que l'on femble relever dans le Pere
le Brun de l'Oratoire , lorſqu'on cite l'endroit
où il a dit , que toutes les anciennes.
Collectes s'addreffent à Dieu le Pers ; ầ
moins que des gens exceffivement clairvoyans
, ne prétendent que cette Propofition
du P. le Brun , eft plus hardie &
moins ménagée que celle- cy de Maldonat
, rapportée par M. Simon , dans fa
Lettre cy - deffus citée. Numquam Ecclefia
direxit fuas orationes nifi ad Deum
Patrem quod à Chrifio fponfo fuo didicit.
On jugera par cet endroit dont on n'avoit
point parlé; fi loin d'avoir ajouté ,
on n'a pas au contraire fupprimé les
termes de Maldonat , qui pouvoient paroître
un peu forts , & un peu trop étendus
, pour le renfermer dans les Oraifons
& Collectes de la Meffe.
Il ne manque rien à l'Exemplaire que
I. Vol. B¯`vj j'ai
2584 MERCURE DE FRANCE
j'ai dit : M.Simon , dans la derniere page
de cette même Lettre 29. qui commence
à la page 174. & finit à la page 186.
On peut encore lire la Lettre 17. du 1er
tome , du même Auteur. ( C'eft apparemment
la même que Bayle cite , la i 、e
de l'édition de Trévoux , à l'article de
Maldonat ; ) on y trouvera plufieurs particularitez
affez curieufes au fujet des Ouvrages
MS S. de Maldonat. Comme les
Continuateurs de Morery nous affurent
dans l'édition de 1725. que M. Simon
a laiffé en mourant , fes Ecrits & fes Papiers
à la Bibliotheque de la Cathedrale
de Rouen. Le Manufcrit en queſtion de
M. Simon pourroit peut - être s'y trouver.
D'ailleurs , puifque M. Simon dans fa
17 Lettre cy-deffus , nous marque , qu'il
n'a rien vû de plus exact fur les Ouvrages
MSS. de Maldonat , qu'un Recueil
qu'il a vû , & qui étoit entre les mains
de M. Dubois , Docteur de Sorbonne ,
qui a fait imprimer quelques opufcules
de Maldonat en 1677. & qui eft l'Auteur
de l'Epître dédicatoire , & du Difcours
qui fuit , qui font à la tête de ces Opufcules.
On peut vérifier les citations cydeffus
, fur ce Recueil de M. Dubois , en
s'informant de ceux qui en font les Poffeffeurs
: Mais , au refte , fi malgré tout cela,
on ne vouloir point encore que Maldo-
1. Vol.
nat
DECEMBRE . 1730. 2585
nat fut notre caution , on en trouvera
d'autres qui le valent bien , & qui ne le
tier.dront point à deshonneur,
3° . On remarquera que l'Auteur de la
Lettre à M. l'Abbé de Cheret , n'ayant
pû , dans les bornes étroites de fa Lettre ,
renfermer toutes les preuves & authori
tez qu'il avoit en main , pour appuyer la
propofition qu'il a avancée , que les Colfectes
de la Meffe , doivent réguliérement
s'addreffer au Pere Eternel . Il pric
le public d'y fuppléer , en recourant à
l'excellent Traité de Ritibus Ecclefia du
Préfident Duranti , Auteur dont l'Ouvrage
eft generalement cftimé & regardé
comme un des meilleurs dans ce genre
de Litterature.
Duranti , dans le chap. 16. du 2. Liv.
de Ritibus Ecclefie , num. 12. 13. 14. 15.
16. & 17. de l'Edition de Cologne en
1592. pag. 385. auffi-bien que dans le ch.
31. du même livre , num. 8. pag. 464.
comme encore , ch . 33. num . 2. pag.49 3 .
& ch. 48. n. 1. pag. 635. foutient cette
même Theſe , & la prouve à fon ordinaire,
par les authoritez des Peres & des Auteurs
Eccléfiaftiques , des différens fiécles
de l'Eglife , en faifant voir la Tradition
fur ce dogme. On peut bien croire , qu'il
n'oublie pas le Capitule 23. du 3 Concile
I. Vol. de
2586 MERCURE DE FRANCE
de Carthage , que l'on a cité dans la Lettre
de M. l'Abbé de Cheret.
Mais afin que l'on ne croye pas que ce
foit là un Reglement des Evêques d'Af
frique , fur un point de difcipline , qui
ait changé dans les fiecles fuivans ; on
trouvera dans cet Auteur des Palages
tres-formels de prefque tous les fiecles de
l'Eglife , depuis ce Concile , qui tiennent
le même langage, Comme ont fait S.Fulgence
, lib. 2. ad Monimum , quaft. 1 .
Charlemagne , in fragmentis de Ritibus
Ecclefia veteris. Alcuin , femel atq . iterùm
de Divinis Officiis . cap. de celebratione
Miffa. Radulphus Tungrefis , de Canonis
obferv . prop. 23. Florus Magifter in Exegefi
Miffa: Micrologus : Stephanus Eduenfis.
lib. de Sacram. Altaris. Odo Cameracenfis
in expof. facri Canonis . S. Bernardus
, ou plutôt Guill. à S. Theodorico ,
lib. de amore Dei , cap. 8. & plures alii.
Je me contenterai de rapporter icy
quelques-uns de ces paffages , qui font fi
formels & fi précis , pour la preuve de la
propofition dont il s'agit , que je n'ai pas
la force de les fupprimer. Ils m'échappent
malgré moi. Voici comme parle , aunom
de tous les autres , Florus Magifter , in expofitione
Miffa fur ces mots : Te igitur ,
clementiffime Pater. Dirigiturhac oratio , dit
I. Vol.
cet
DECEMBRE. 1730. 2587
1
tet Auteur : Sicut reliqua Orationes juxta
Regulam fidei & morem Ecclefiæ ad Clementiffimum
Patrem ...... & hoc perJefum
Chriftum Filium tuum , Dominum noftrum ,
per quem , omnis fupplicatio , & petitio noftra
, ad Deum dirigi debet , tanquam per
verum mediatorem, & æternum Sacerdotem .
Le même Auteur , fur ces mots : Per
Dominum noftrum , de l'Oraiſon : Libera
nos , ajoute encore , quod utique certâ ras
tione ut fæpè dictum eft , Catholica concelebrat
Ecclefia, propter illud utique Sacramen▾
tum , quod Mediator Dei & hominum
factus eft homo Chriftus , & c.
,
L'Auteur , nommé Micrologue , ch. 5.
Oratio quidem ad Patrem dirigenda eft.
Juxta Domini Praeceptum , & c. Le même
Auteur , au ch. 6. de Conclufione oratio
dit encore : Concludimus orationes
per Dominum noftrum videlicet Patrem
orando
per Filium , juxta ejufdem Filii preceptum.
Le même Duranti , lib . 2. cap.48.pag.
635. rapporte encore un long Paffage ,
tiré des Capitulaires de Charlemagne , qui
femble être comme la bafe & le fondement
de cette Théologie des anciens.
Carolus Magnus in fragmentis de Ritibus
veteris Ecclefia : ut ad folum Patrem dirigatur
oratio : cùm totius fanita Trinitatis ,
ficnt una eft deitas , ita aqualis honor &
I. Vol. glori
2588 MERCURE DE FRANCE
glorificatio debeatur. Id Apoftoli, per eos,ordinante
Spiritu , fanxerunt , ut qui multorum
Deorum errores , unius Dei Pradicatione
, nitebantur evellere , fub Trinitatis
Sacramento , uni Perfona , in Sacrificiorum
ritu , fupplicare decernerent rectif
fime ergo conftitutum , ut quia Pater, &
Filius , & Spiritusfanctus , unius deitatis ,
unius naturæ , unius ſubſtantia , unius de- .
nique poteftatis exiftant , una ex eis Perfona,
propter unitatis Myfterium retinendum,
in facrificio invocaretur.
·
J
Combien de Dogmes , fur lefquels la
tradition n'eft pas plus claire , plus précife
& plus conftante ? Ne voit - on pas
d'abord que fi l'Auteur de l'Article en
queftion , des Mémoires de Trévoux
croit avoir droit de foupçonner l'Au--
teur de la Lettre , de croire que le Nom
de Dieu et proprement affecté au Pere,
& ne fe peut donner directement au Fils,
& de chercher à favorifer les nouveaux
Ariens ou Sociniens , pour avoir foutenus
la Theſe cy-deffus ( quoiqu'il ait répeté
plufieurs fois dans fa Lettre , que le
Fils étoit également Dieu comme le
Pere ; fi cela ne fuffit pas , on ajoutera
encore qu'il eft confubftantiel au Pere ,
& qu'il eft prêt de verfer fon fang ,
pour la confeffion de cette verité capi
tale de notre Foy. Ne voit- on pas , dis-
I.Vol.
je ,
DECEMBRE. 1730. 2589
›
je , que ce reproche & ces foupçons doivent
tomber également fur tous les Auteurs
cy- deffus citez ; & même à plus jufte titre
? Mais S. Fulgence , lib. 2. ad Monimum
, quæft. 1. raiſonnoit bien differemment
, fuivant en cela les Regles d'une
dialectique , bien plus conforme à l'efprit
de l'Evangile , & à la doctrine des
Saints Peres. Voicy comme il réfutoit ces
fauffes conféquences : Neque enim, dit il
prajudicium Filio , vel Spiritui fan &to comparatur,
dùm ad Patris perfonam precatio
ab offerente dirigitur , cujus confummatio
dum Filii & Spiritus fancti complectitur
nomen ; oftendit nullum effe in Trinitate difcrimen;
quia dùm ad folius Patris perfonam,
honoris fermo dirigitur , benè credentis fede ,
tota Trinitas honoratur , & cum ad Patrem
litantis deftinatur intentio , facrificii munus ,
omni Trinitati , uno eodemque offertur litantis
officio. Ne peut- on pas , après cela ,
en fe plaignant , fe fervir des termes
d'Optat de Mileve : Paganum vocas , ditil
, eum qui Deum Patrem per Filium ejus
ante altare oraverit , lib. 3 .
On voit par tous ces Paffages & par
les authoritez cy- deffus rapportées
que ces anciens Auteurs ne s'embaraf
foient guere des objections que l'on fait
dans les Mémoires de Trevoux , contre
cette Theſe , en difant que ce raiſonne-
I. Vol. ment
2590 MERCURE DE FRANCE
...
ment meneroit trop loin , qu'on doit
avoir égard non feulement au Sacrifice ,
mais encore au Sacrement , qui eft lié
étroitement au Sacrifice..
qu'on
doit trouver bon que des Collectes , où
l'on a en vûë le fruit du Sacrement , &
la participation à la victime , foient
quelquefois addreffées à JESUS- CHRIST
&c. Comme ces anciens font les garants
de l'Auteur de la Lettre , c'eft à eux ,
pour ainsi dire , à répondre pour lui
s'il eft neceffaire.
Mais s'il paroît que la principale objection
qu'on propofe avec un air de
triomphe & de confiance contre la Thefe
de l'Auteur de la Lettre , qu'apparemment
on a cru être une idée nouvelle
& particuliere , & n'avoir , aucun font
dement dans l'antiquité & la tradition
de l'Eglife. Il' paroît , dis -je , que la prin
cipale objection que l'on fait , & que l'on
croioit ne retomber que fur l'Auteur de
cette Lettre , eft que l'on addreffe à J.C.
en toutes les Meffes , les trois Oraifons
qui précedent immédiatement la Com
munion du Prêtre , & que c'eſt encore à
J. C. que s'addreffe l'Agnus Dei , & la
priere : Corpus tuum quodfumpfi.
Pour répondre à cette objection , il
eft bon de faire attention , 1°. à une remarque
que nous fait faire le Micrologue,
1. Vol. &
DECEMBRE 1730. 2391
,
& après lui Raoul ou Radulphe de Tongres
, fur ces mêmes Orailons. On ne
manqueroit pas de la trouver trop hardie
, fi on l'avançoit aujourd'hui pour la
premiere fois , dira - t- on ; cependant
que les fiecles où ont vécu ces Auteurs
fuffent trop délicats , & trop critiques.
Orationem dit Radulphe de Tongres,
quam inclinati dicimus , antequam communiamus
, non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione habemus fcilicet hanc Domine
Jefu Chrifte , qui, &c. ac illud Corpus
& Sanguis Domini noftri Jefu Chrifti , quod
dicimus cum aliis Euchariftiam diftribuimus.
Sunt & alia multe orationes , quafquidem
ad Pacem & Communionem , privatim frequentant,
fed fecundum Micrologum, cap.18,
diligentiores antiquarum traditionum obfer
vatores , nos in hujufmodi privatis oratio.
nibus , brevitati ftudere docuerunt : potiuf
que publicis Precibus , in officio Miffa occupare
voluerunt. Nam B. Innocentius
Papa fcribens B. Auguftino & Aurelis
Epifcopis , afferit , quod nos plus communibus
& publicis , quam fingularibus & privatis
orationibus proficere poterimus.
On peut inférer de cette obfervation,
que ces Oraifons ne fe difoient pas encore
à la Meffe du temps du troifiéme
Concile de Carthage , & qu'ainfi fon Or
donnance du Capitule 23.cy- deffus citée,
I.Vol. n'étoit
2592 MERCURE DE FRANCE
n'étoit point encore contredite , par la
forme & la difpofition de ces Oraifons de
la Communion qui s'addreffent à Jefus-
Chrift. Auffi le Pere le Brun foutient - il
que ces trois Oraiſons n'ont pas plus de
fept à huit cens ans d'antiquité.
2.Ces Oraifons femblent être particulie
res pour la perfonne même du Prêtre ,
qui étant fur le point de communier
quitte , pour ainfi dire , l'action du Sacrifice
, & le perfonage de Sacrificateur,
pour adorer & prier Jefus- Chrift pour
foy même, avant que de le recevoir. C'eſt
pour cela apparemment , qu'il parle au
fingulier dans ces Oraifons ; l'Eglife qui
a adopté ces Prieres , qui nous viennent
des pratiques de dévotion de quelques
particuliers , felon les deux Auteurs cydeffus
: Non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione, n'a pas cru apparemment qu'elles
fuffent à rejetter & condamnables ,
pour cela feul , qu'elles n'entrent peut-être
pas fi parfaitement dans l'action & le caractere
du Sacrifice , que les autres Collectes
& Oraifons , dans lefquelles le Peuple
s'unit au Prêtre , & s'affocie avec lui
pour offrir & participer au Sacrifice . Or il
ne s'agit que des Collectes & Oraifons de
la Meffe , lefquelles doivent exprimer les
voeux & les priéres de l'Eglife & du peuple.
I.Vol. De
DECEMBRE . 1730. 259 3
De même encore l'Agnus Dei , étant
une adoration de Jefus- Chriſt , comme
Agneau qui efface les péchez du monde ,
l'invocation n'en doit point être féparée ;
autrement on ſembleroit ignorer ſa Divinité
, & ne l'a pas reconnoître. Par cette
priére de l'Agnus Dei, & par ces Oraifons
de la Communion du Prêtre , nous pratiquons
ce que demande S. Auguftin , fur
le Pleaume 98. comme le remarque Duranti
, page 685. Sane hâc précatione obfervamus
quod Auguftinus ad Pfalmum 98 .
feribit , nemo carnem Chrifti manducat , nifi
priùs adoraverit : adorationem autem , &
oratio confequitur,quare hanc precationem &
eas que fequuntur,ad ipfum Chriftum conver
timus , dicentes : Agnus Dei , qui tollis peccata
mundi .
Au reste , quoique Fuxta Regulam fidei.
& morem Ecclefia , comme parlent les
Auteurs cy - deffus , les Oraifons de la
Meffe doivent s'adreffer au Pere Eternel ;
s'enfuit-il de - là qu'on ne puiffe jamais
adreffer fes Prieres à Jefus-Chrift ? Nullement
; car puifqu'il eft également Dieu ,
comme le Pere , il mérite également nos
voeux , nos hommages & nos Prieres . On
vient de le voir dans les Paffages de Charlemagne
& de S. Fulgence , cy- deffus rapportez
; mais c'est qu'il y a , felon les faints
Peres & les Théologiens , une certaine
oeconomie à obſerver. L'ex2594
MERCURE DE FRANCE
L'extrême difproportion & la diftance
infinie qu'il y a de notre baffeffe , notre
néant , notre indignité , à la Divinité
qui feule peut remplir nos befoins , a formé
la néceffité d'un Médiateur , pour
nous approcher de Dieu , & en être
pour ainfi-dire, plus à portée. Jefus Chriſt
Dieu & Homme , eft ce Médiateur qui
touche & joint ces deux extrémitez : Vnus
Médiator Dei & hominum , homo Chrif
tus Jefus. C'eſt lui qui nous fert comme
de degré pour nous élever & nous faire
arriver jufqu'à Dieu . Or c'eft précisément
felon fon humanité & en tant qu'homme,
que J.C. nous rend cet office, fuivant
S. Auguftin , Lib. de Peccato Originali ,
Cap. 28. Per hoc prodeft Chriftus , quia eft
Mediator ad vitam ; non autem per hoc Mediator
eft , quod aqualis eft Patri ; per hoc
enim , quantum Pater, tantùm & ipfe diftat
à nobis : & quomodo erit medietas , ubi
eadem diftantia eft. Ideò Apoftolus non ait ,
unus Mediator Dei & hominum Chriftus
Fefus , fed homo Chriftus Jefus : per hoc ergo
Mediator, per quod homo , &c. Si nous
confiderons Jefus - Chrift comme Dieu ,
la Priere qui lui eft adreffée eft alors ,
per ipfum implenda , comme parlent les
Théologiens ; fi nous le regardons comme
homme, la Priere eft alors , per ipfum impetranda.
Comme donc c'eft proprement .
7
L. Vol.
dans
DECEMBRE. 1730. 2595
1
dans le faint Sacrifice de la Mefle que J.C.
exerce cet office de Médiateur ; que fon
humanité , qui y eft le Sacrifice , eft la
médiatrice & la caufe méritoire ; il s'enfuit
que l'on confidere principalement
alors Jefus- Chrift fous le refpect & la
précifion d'homme , & qu'ainfi ce n'eft
point directement à J. C. mais par J. C.
qu'on doit alors adreffer les Prieres à Dieu
le Pere , autrement c'eſt ſortir du caractere
& de l'economie de ce Sacrifice ;
c'eft à Dieu le Pere , ou fi l'on veut à toute
la fainte Trinité , qu'on offre le Sacrifice
pour obtenir des graces & des
bienfaits , par la médiation de l'humanité
de J. C. qui y eft immolée , lequel on ne
confidere alors , à proprement parler ,
que comme Agneau , Victime , Holocaufte
, Prêtre , Ambaffadeur , Suppliant
Médiateur , & c.
Or n'eft-ce pas , pour ainfi - dire , pren
dre le change & varier , que de s'adreffer
dans cette action , à l'Agneau , à la
Victime , à l'Holocaufte , au Suppliant
même? & c. Les Collectes de la Melle font
comme des Actes de pouvoir & des pro-.
curations que le Peuple donne au Prêtre
d'agir en fon nom , pour négocier , pour
ainfi dire , la paix avec Dieu ; elles pechent
donc dans la forme & elles font
défectueufes quand elles ne s'adreffent
à celui avec qui on a à traiter,
pas
2596 MERCURE DE FRANCE
-. Enfin c'eft par Jefus- Chrift , en lui
& avec lui , que l'on offre ce Sacrifice
à Dieu le Pere , mais non pas à Jefus-
Chrift même , qui foutient alors un
caractere tout different , comme on l'a
déja dit tant de fois . Per ipfum , & cum
ipfo , & in ipfo , eft tibi Deo Patri , &c.
Lefquelles paroles Duranti regarde comme
la conclufion & l'abregé du Canon de
la Meffe : Ecce , dit- il , præclara Canonis
conclufio , quâ ex ordine , qua in hoc Sacrificio
peraguntur , compreffius recenfentur.
Par cette oeconomie , l'action du Sacrifice
en eft plus clairement exprimée ; car comme
dans le Sacrifice , le Prêtre , le Suppliant
, le Médiateur , &c . doivent être
diftinguez de celui à qui on facrifie , en
addreffant le Sacrifice à Dieu le Pere , par
Jefus- Chriſt , Prêtre Suppliant , Médiateur
; cette diftinction fe fait mieux fentir
que fi ce Sacrifice étoit addreffé par
Jeſus- Chrift, à Jeſus- Chrift même en tant
que Dieu.
Voilà les Reflexions que l'Auteur de
la Lettre à M. l'Abbé de Cheret , a crû
devoir communiquer au Public fur cette
matiere , tant pour fa propre juftification ,
que pour un plus grand éclairciffement
de la theſe qu'on a avancée , fans vouloir,
aù refte , s'écarter en tout ceci de la regle.
d'une parfaite foumiffion au jugement
de l'Eglife.
ODE
M.l'Abbé de Cheret , & inferée dans le
Mercure du mois de May 1729. au´ſujet
du Projet du nouveau Miffel , à l'ufage
du Diocèfe de Chartres ; en reponse à un
Article des Memoires de Trevoux , du
mois d'Aouft de la même année.:
page
Remierement,l'Auteur de cette Let-
P tre avertit le Public qu'il s'y eft glif
fé plufieurs fautes d'Impreffion.Par exemple,
au lieu de Sauveau , il faut lire Fauveau
, c'eft le nom de l'Auteur. A la
864. ligne 1ere , au lieu des trois Mages ,
lifez le trois May. A la page 867.ligne 10.
il faut lire pofita , au lieu de pofita ; fans
compter les fautes de ponctuation , qui
alterent fouvent le fens.
Secondement , l'Imprimeur a'oublié de
marquer à la niarge,vis- à- vis l'endroit où
il eft parlé de Maldonat ; le monument
public , d'où l'on a tiré les Paffages Extraits
de cet Auteur , qui eft la 29 des
Lettres choifies de M. Simon , du Tome
2. de l'édition de 1704. A Roterdam
chez Reinier Leers , pages 180 & 181 .
Les Curieux liront fans doute cette Lettre.
M. Simon y fait l'Analyſe du Traité
I.Vol. manuf
DECEMBRE . 1730. 2583
manufcrit de Maldonat qu'il avoit , fur
les ceremonies en general ; & en particulier
fur les ceremonies de la Meffe . On
y trouvera mot à mot les paffages latins ,
citez dans la Lettre cy - deſſus , & que Maldonat
eft réellement & authentiquement
la caution de la Critique du Doyen de Maintenon.
Quoiqu'on en dife dans les Mémoires
impriméz à Trevoux, au mois d'Aouſt
1729. page 1475. On y trouvera auffi que
ce Sçavant Jéfuite y tient le même langage
,que l'on femble relever dans le Pere
le Brun de l'Oratoire , lorſqu'on cite l'endroit
où il a dit , que toutes les anciennes.
Collectes s'addreffent à Dieu le Pers ; ầ
moins que des gens exceffivement clairvoyans
, ne prétendent que cette Propofition
du P. le Brun , eft plus hardie &
moins ménagée que celle- cy de Maldonat
, rapportée par M. Simon , dans fa
Lettre cy - deffus citée. Numquam Ecclefia
direxit fuas orationes nifi ad Deum
Patrem quod à Chrifio fponfo fuo didicit.
On jugera par cet endroit dont on n'avoit
point parlé; fi loin d'avoir ajouté ,
on n'a pas au contraire fupprimé les
termes de Maldonat , qui pouvoient paroître
un peu forts , & un peu trop étendus
, pour le renfermer dans les Oraifons
& Collectes de la Meffe.
Il ne manque rien à l'Exemplaire que
I. Vol. B¯`vj j'ai
2584 MERCURE DE FRANCE
j'ai dit : M.Simon , dans la derniere page
de cette même Lettre 29. qui commence
à la page 174. & finit à la page 186.
On peut encore lire la Lettre 17. du 1er
tome , du même Auteur. ( C'eft apparemment
la même que Bayle cite , la i 、e
de l'édition de Trévoux , à l'article de
Maldonat ; ) on y trouvera plufieurs particularitez
affez curieufes au fujet des Ouvrages
MS S. de Maldonat. Comme les
Continuateurs de Morery nous affurent
dans l'édition de 1725. que M. Simon
a laiffé en mourant , fes Ecrits & fes Papiers
à la Bibliotheque de la Cathedrale
de Rouen. Le Manufcrit en queſtion de
M. Simon pourroit peut - être s'y trouver.
D'ailleurs , puifque M. Simon dans fa
17 Lettre cy-deffus , nous marque , qu'il
n'a rien vû de plus exact fur les Ouvrages
MSS. de Maldonat , qu'un Recueil
qu'il a vû , & qui étoit entre les mains
de M. Dubois , Docteur de Sorbonne ,
qui a fait imprimer quelques opufcules
de Maldonat en 1677. & qui eft l'Auteur
de l'Epître dédicatoire , & du Difcours
qui fuit , qui font à la tête de ces Opufcules.
On peut vérifier les citations cydeffus
, fur ce Recueil de M. Dubois , en
s'informant de ceux qui en font les Poffeffeurs
: Mais , au refte , fi malgré tout cela,
on ne vouloir point encore que Maldo-
1. Vol.
nat
DECEMBRE . 1730. 2585
nat fut notre caution , on en trouvera
d'autres qui le valent bien , & qui ne le
tier.dront point à deshonneur,
3° . On remarquera que l'Auteur de la
Lettre à M. l'Abbé de Cheret , n'ayant
pû , dans les bornes étroites de fa Lettre ,
renfermer toutes les preuves & authori
tez qu'il avoit en main , pour appuyer la
propofition qu'il a avancée , que les Colfectes
de la Meffe , doivent réguliérement
s'addreffer au Pere Eternel . Il pric
le public d'y fuppléer , en recourant à
l'excellent Traité de Ritibus Ecclefia du
Préfident Duranti , Auteur dont l'Ouvrage
eft generalement cftimé & regardé
comme un des meilleurs dans ce genre
de Litterature.
Duranti , dans le chap. 16. du 2. Liv.
de Ritibus Ecclefie , num. 12. 13. 14. 15.
16. & 17. de l'Edition de Cologne en
1592. pag. 385. auffi-bien que dans le ch.
31. du même livre , num. 8. pag. 464.
comme encore , ch . 33. num . 2. pag.49 3 .
& ch. 48. n. 1. pag. 635. foutient cette
même Theſe , & la prouve à fon ordinaire,
par les authoritez des Peres & des Auteurs
Eccléfiaftiques , des différens fiécles
de l'Eglife , en faifant voir la Tradition
fur ce dogme. On peut bien croire , qu'il
n'oublie pas le Capitule 23. du 3 Concile
I. Vol. de
2586 MERCURE DE FRANCE
de Carthage , que l'on a cité dans la Lettre
de M. l'Abbé de Cheret.
Mais afin que l'on ne croye pas que ce
foit là un Reglement des Evêques d'Af
frique , fur un point de difcipline , qui
ait changé dans les fiecles fuivans ; on
trouvera dans cet Auteur des Palages
tres-formels de prefque tous les fiecles de
l'Eglife , depuis ce Concile , qui tiennent
le même langage, Comme ont fait S.Fulgence
, lib. 2. ad Monimum , quaft. 1 .
Charlemagne , in fragmentis de Ritibus
Ecclefia veteris. Alcuin , femel atq . iterùm
de Divinis Officiis . cap. de celebratione
Miffa. Radulphus Tungrefis , de Canonis
obferv . prop. 23. Florus Magifter in Exegefi
Miffa: Micrologus : Stephanus Eduenfis.
lib. de Sacram. Altaris. Odo Cameracenfis
in expof. facri Canonis . S. Bernardus
, ou plutôt Guill. à S. Theodorico ,
lib. de amore Dei , cap. 8. & plures alii.
Je me contenterai de rapporter icy
quelques-uns de ces paffages , qui font fi
formels & fi précis , pour la preuve de la
propofition dont il s'agit , que je n'ai pas
la force de les fupprimer. Ils m'échappent
malgré moi. Voici comme parle , aunom
de tous les autres , Florus Magifter , in expofitione
Miffa fur ces mots : Te igitur ,
clementiffime Pater. Dirigiturhac oratio , dit
I. Vol.
cet
DECEMBRE. 1730. 2587
1
tet Auteur : Sicut reliqua Orationes juxta
Regulam fidei & morem Ecclefiæ ad Clementiffimum
Patrem ...... & hoc perJefum
Chriftum Filium tuum , Dominum noftrum ,
per quem , omnis fupplicatio , & petitio noftra
, ad Deum dirigi debet , tanquam per
verum mediatorem, & æternum Sacerdotem .
Le même Auteur , fur ces mots : Per
Dominum noftrum , de l'Oraiſon : Libera
nos , ajoute encore , quod utique certâ ras
tione ut fæpè dictum eft , Catholica concelebrat
Ecclefia, propter illud utique Sacramen▾
tum , quod Mediator Dei & hominum
factus eft homo Chriftus , & c.
,
L'Auteur , nommé Micrologue , ch. 5.
Oratio quidem ad Patrem dirigenda eft.
Juxta Domini Praeceptum , & c. Le même
Auteur , au ch. 6. de Conclufione oratio
dit encore : Concludimus orationes
per Dominum noftrum videlicet Patrem
orando
per Filium , juxta ejufdem Filii preceptum.
Le même Duranti , lib . 2. cap.48.pag.
635. rapporte encore un long Paffage ,
tiré des Capitulaires de Charlemagne , qui
femble être comme la bafe & le fondement
de cette Théologie des anciens.
Carolus Magnus in fragmentis de Ritibus
veteris Ecclefia : ut ad folum Patrem dirigatur
oratio : cùm totius fanita Trinitatis ,
ficnt una eft deitas , ita aqualis honor &
I. Vol. glori
2588 MERCURE DE FRANCE
glorificatio debeatur. Id Apoftoli, per eos,ordinante
Spiritu , fanxerunt , ut qui multorum
Deorum errores , unius Dei Pradicatione
, nitebantur evellere , fub Trinitatis
Sacramento , uni Perfona , in Sacrificiorum
ritu , fupplicare decernerent rectif
fime ergo conftitutum , ut quia Pater, &
Filius , & Spiritusfanctus , unius deitatis ,
unius naturæ , unius ſubſtantia , unius de- .
nique poteftatis exiftant , una ex eis Perfona,
propter unitatis Myfterium retinendum,
in facrificio invocaretur.
·
J
Combien de Dogmes , fur lefquels la
tradition n'eft pas plus claire , plus précife
& plus conftante ? Ne voit - on pas
d'abord que fi l'Auteur de l'Article en
queftion , des Mémoires de Trévoux
croit avoir droit de foupçonner l'Au--
teur de la Lettre , de croire que le Nom
de Dieu et proprement affecté au Pere,
& ne fe peut donner directement au Fils,
& de chercher à favorifer les nouveaux
Ariens ou Sociniens , pour avoir foutenus
la Theſe cy-deffus ( quoiqu'il ait répeté
plufieurs fois dans fa Lettre , que le
Fils étoit également Dieu comme le
Pere ; fi cela ne fuffit pas , on ajoutera
encore qu'il eft confubftantiel au Pere ,
& qu'il eft prêt de verfer fon fang ,
pour la confeffion de cette verité capi
tale de notre Foy. Ne voit- on pas , dis-
I.Vol.
je ,
DECEMBRE. 1730. 2589
›
je , que ce reproche & ces foupçons doivent
tomber également fur tous les Auteurs
cy- deffus citez ; & même à plus jufte titre
? Mais S. Fulgence , lib. 2. ad Monimum
, quæft. 1. raiſonnoit bien differemment
, fuivant en cela les Regles d'une
dialectique , bien plus conforme à l'efprit
de l'Evangile , & à la doctrine des
Saints Peres. Voicy comme il réfutoit ces
fauffes conféquences : Neque enim, dit il
prajudicium Filio , vel Spiritui fan &to comparatur,
dùm ad Patris perfonam precatio
ab offerente dirigitur , cujus confummatio
dum Filii & Spiritus fancti complectitur
nomen ; oftendit nullum effe in Trinitate difcrimen;
quia dùm ad folius Patris perfonam,
honoris fermo dirigitur , benè credentis fede ,
tota Trinitas honoratur , & cum ad Patrem
litantis deftinatur intentio , facrificii munus ,
omni Trinitati , uno eodemque offertur litantis
officio. Ne peut- on pas , après cela ,
en fe plaignant , fe fervir des termes
d'Optat de Mileve : Paganum vocas , ditil
, eum qui Deum Patrem per Filium ejus
ante altare oraverit , lib. 3 .
On voit par tous ces Paffages & par
les authoritez cy- deffus rapportées
que ces anciens Auteurs ne s'embaraf
foient guere des objections que l'on fait
dans les Mémoires de Trevoux , contre
cette Theſe , en difant que ce raiſonne-
I. Vol. ment
2590 MERCURE DE FRANCE
...
ment meneroit trop loin , qu'on doit
avoir égard non feulement au Sacrifice ,
mais encore au Sacrement , qui eft lié
étroitement au Sacrifice..
qu'on
doit trouver bon que des Collectes , où
l'on a en vûë le fruit du Sacrement , &
la participation à la victime , foient
quelquefois addreffées à JESUS- CHRIST
&c. Comme ces anciens font les garants
de l'Auteur de la Lettre , c'eft à eux ,
pour ainsi dire , à répondre pour lui
s'il eft neceffaire.
Mais s'il paroît que la principale objection
qu'on propofe avec un air de
triomphe & de confiance contre la Thefe
de l'Auteur de la Lettre , qu'apparemment
on a cru être une idée nouvelle
& particuliere , & n'avoir , aucun font
dement dans l'antiquité & la tradition
de l'Eglife. Il' paroît , dis -je , que la prin
cipale objection que l'on fait , & que l'on
croioit ne retomber que fur l'Auteur de
cette Lettre , eft que l'on addreffe à J.C.
en toutes les Meffes , les trois Oraifons
qui précedent immédiatement la Com
munion du Prêtre , & que c'eſt encore à
J. C. que s'addreffe l'Agnus Dei , & la
priere : Corpus tuum quodfumpfi.
Pour répondre à cette objection , il
eft bon de faire attention , 1°. à une remarque
que nous fait faire le Micrologue,
1. Vol. &
DECEMBRE 1730. 2391
,
& après lui Raoul ou Radulphe de Tongres
, fur ces mêmes Orailons. On ne
manqueroit pas de la trouver trop hardie
, fi on l'avançoit aujourd'hui pour la
premiere fois , dira - t- on ; cependant
que les fiecles où ont vécu ces Auteurs
fuffent trop délicats , & trop critiques.
Orationem dit Radulphe de Tongres,
quam inclinati dicimus , antequam communiamus
, non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione habemus fcilicet hanc Domine
Jefu Chrifte , qui, &c. ac illud Corpus
& Sanguis Domini noftri Jefu Chrifti , quod
dicimus cum aliis Euchariftiam diftribuimus.
Sunt & alia multe orationes , quafquidem
ad Pacem & Communionem , privatim frequentant,
fed fecundum Micrologum, cap.18,
diligentiores antiquarum traditionum obfer
vatores , nos in hujufmodi privatis oratio.
nibus , brevitati ftudere docuerunt : potiuf
que publicis Precibus , in officio Miffa occupare
voluerunt. Nam B. Innocentius
Papa fcribens B. Auguftino & Aurelis
Epifcopis , afferit , quod nos plus communibus
& publicis , quam fingularibus & privatis
orationibus proficere poterimus.
On peut inférer de cette obfervation,
que ces Oraifons ne fe difoient pas encore
à la Meffe du temps du troifiéme
Concile de Carthage , & qu'ainfi fon Or
donnance du Capitule 23.cy- deffus citée,
I.Vol. n'étoit
2592 MERCURE DE FRANCE
n'étoit point encore contredite , par la
forme & la difpofition de ces Oraifons de
la Communion qui s'addreffent à Jefus-
Chrift. Auffi le Pere le Brun foutient - il
que ces trois Oraiſons n'ont pas plus de
fept à huit cens ans d'antiquité.
2.Ces Oraifons femblent être particulie
res pour la perfonne même du Prêtre ,
qui étant fur le point de communier
quitte , pour ainfi dire , l'action du Sacrifice
, & le perfonage de Sacrificateur,
pour adorer & prier Jefus- Chrift pour
foy même, avant que de le recevoir. C'eſt
pour cela apparemment , qu'il parle au
fingulier dans ces Oraifons ; l'Eglife qui
a adopté ces Prieres , qui nous viennent
des pratiques de dévotion de quelques
particuliers , felon les deux Auteurs cydeffus
: Non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione, n'a pas cru apparemment qu'elles
fuffent à rejetter & condamnables ,
pour cela feul , qu'elles n'entrent peut-être
pas fi parfaitement dans l'action & le caractere
du Sacrifice , que les autres Collectes
& Oraifons , dans lefquelles le Peuple
s'unit au Prêtre , & s'affocie avec lui
pour offrir & participer au Sacrifice . Or il
ne s'agit que des Collectes & Oraifons de
la Meffe , lefquelles doivent exprimer les
voeux & les priéres de l'Eglife & du peuple.
I.Vol. De
DECEMBRE . 1730. 259 3
De même encore l'Agnus Dei , étant
une adoration de Jefus- Chriſt , comme
Agneau qui efface les péchez du monde ,
l'invocation n'en doit point être féparée ;
autrement on ſembleroit ignorer ſa Divinité
, & ne l'a pas reconnoître. Par cette
priére de l'Agnus Dei, & par ces Oraifons
de la Communion du Prêtre , nous pratiquons
ce que demande S. Auguftin , fur
le Pleaume 98. comme le remarque Duranti
, page 685. Sane hâc précatione obfervamus
quod Auguftinus ad Pfalmum 98 .
feribit , nemo carnem Chrifti manducat , nifi
priùs adoraverit : adorationem autem , &
oratio confequitur,quare hanc precationem &
eas que fequuntur,ad ipfum Chriftum conver
timus , dicentes : Agnus Dei , qui tollis peccata
mundi .
Au reste , quoique Fuxta Regulam fidei.
& morem Ecclefia , comme parlent les
Auteurs cy - deffus , les Oraifons de la
Meffe doivent s'adreffer au Pere Eternel ;
s'enfuit-il de - là qu'on ne puiffe jamais
adreffer fes Prieres à Jefus-Chrift ? Nullement
; car puifqu'il eft également Dieu ,
comme le Pere , il mérite également nos
voeux , nos hommages & nos Prieres . On
vient de le voir dans les Paffages de Charlemagne
& de S. Fulgence , cy- deffus rapportez
; mais c'est qu'il y a , felon les faints
Peres & les Théologiens , une certaine
oeconomie à obſerver. L'ex2594
MERCURE DE FRANCE
L'extrême difproportion & la diftance
infinie qu'il y a de notre baffeffe , notre
néant , notre indignité , à la Divinité
qui feule peut remplir nos befoins , a formé
la néceffité d'un Médiateur , pour
nous approcher de Dieu , & en être
pour ainfi-dire, plus à portée. Jefus Chriſt
Dieu & Homme , eft ce Médiateur qui
touche & joint ces deux extrémitez : Vnus
Médiator Dei & hominum , homo Chrif
tus Jefus. C'eſt lui qui nous fert comme
de degré pour nous élever & nous faire
arriver jufqu'à Dieu . Or c'eft précisément
felon fon humanité & en tant qu'homme,
que J.C. nous rend cet office, fuivant
S. Auguftin , Lib. de Peccato Originali ,
Cap. 28. Per hoc prodeft Chriftus , quia eft
Mediator ad vitam ; non autem per hoc Mediator
eft , quod aqualis eft Patri ; per hoc
enim , quantum Pater, tantùm & ipfe diftat
à nobis : & quomodo erit medietas , ubi
eadem diftantia eft. Ideò Apoftolus non ait ,
unus Mediator Dei & hominum Chriftus
Fefus , fed homo Chriftus Jefus : per hoc ergo
Mediator, per quod homo , &c. Si nous
confiderons Jefus - Chrift comme Dieu ,
la Priere qui lui eft adreffée eft alors ,
per ipfum implenda , comme parlent les
Théologiens ; fi nous le regardons comme
homme, la Priere eft alors , per ipfum impetranda.
Comme donc c'eft proprement .
7
L. Vol.
dans
DECEMBRE. 1730. 2595
1
dans le faint Sacrifice de la Mefle que J.C.
exerce cet office de Médiateur ; que fon
humanité , qui y eft le Sacrifice , eft la
médiatrice & la caufe méritoire ; il s'enfuit
que l'on confidere principalement
alors Jefus- Chrift fous le refpect & la
précifion d'homme , & qu'ainfi ce n'eft
point directement à J. C. mais par J. C.
qu'on doit alors adreffer les Prieres à Dieu
le Pere , autrement c'eſt ſortir du caractere
& de l'economie de ce Sacrifice ;
c'eft à Dieu le Pere , ou fi l'on veut à toute
la fainte Trinité , qu'on offre le Sacrifice
pour obtenir des graces & des
bienfaits , par la médiation de l'humanité
de J. C. qui y eft immolée , lequel on ne
confidere alors , à proprement parler ,
que comme Agneau , Victime , Holocaufte
, Prêtre , Ambaffadeur , Suppliant
Médiateur , & c.
Or n'eft-ce pas , pour ainfi - dire , pren
dre le change & varier , que de s'adreffer
dans cette action , à l'Agneau , à la
Victime , à l'Holocaufte , au Suppliant
même? & c. Les Collectes de la Melle font
comme des Actes de pouvoir & des pro-.
curations que le Peuple donne au Prêtre
d'agir en fon nom , pour négocier , pour
ainfi dire , la paix avec Dieu ; elles pechent
donc dans la forme & elles font
défectueufes quand elles ne s'adreffent
à celui avec qui on a à traiter,
pas
2596 MERCURE DE FRANCE
-. Enfin c'eft par Jefus- Chrift , en lui
& avec lui , que l'on offre ce Sacrifice
à Dieu le Pere , mais non pas à Jefus-
Chrift même , qui foutient alors un
caractere tout different , comme on l'a
déja dit tant de fois . Per ipfum , & cum
ipfo , & in ipfo , eft tibi Deo Patri , &c.
Lefquelles paroles Duranti regarde comme
la conclufion & l'abregé du Canon de
la Meffe : Ecce , dit- il , præclara Canonis
conclufio , quâ ex ordine , qua in hoc Sacrificio
peraguntur , compreffius recenfentur.
Par cette oeconomie , l'action du Sacrifice
en eft plus clairement exprimée ; car comme
dans le Sacrifice , le Prêtre , le Suppliant
, le Médiateur , &c . doivent être
diftinguez de celui à qui on facrifie , en
addreffant le Sacrifice à Dieu le Pere , par
Jefus- Chriſt , Prêtre Suppliant , Médiateur
; cette diftinction fe fait mieux fentir
que fi ce Sacrifice étoit addreffé par
Jeſus- Chrift, à Jeſus- Chrift même en tant
que Dieu.
Voilà les Reflexions que l'Auteur de
la Lettre à M. l'Abbé de Cheret , a crû
devoir communiquer au Public fur cette
matiere , tant pour fa propre juftification ,
que pour un plus grand éclairciffement
de la theſe qu'on a avancée , fans vouloir,
aù refte , s'écarter en tout ceci de la regle.
d'une parfaite foumiffion au jugement
de l'Eglife.
ODE
Fermer
Résumé : DEFENSE de la Lettre écrite à M. l'Abbé de Cheret, & inserée dans le Mercure du mois de May 1729. au sujet du Projet du nouveau Missel, à l'usage du Diocèse de Chartres ; en reponse à un Article des Memoires de Trevoux, du mois d'Aoust de la même année.
Le texte est une défense d'une lettre adressée à l'abbé de Cheret concernant un projet de nouveau missel pour le diocèse de Chartres, en réponse à un article des Mémoires de Trévoux d'août 1729. L'auteur signale plusieurs fautes d'impression et de ponctuation dans la lettre et mentionne que l'imprimeur a omis de référencer Maldonat, dont les extraits proviennent des Lettres choisies de M. Simon, tome 2, édition de 1704. Il invite les lecteurs à consulter cette lettre pour l'analyse du traité manuscrit de Maldonat sur les cérémonies de la messe. L'auteur souligne que Maldonat et le père Le Brun de l'Oratoire partagent la même critique concernant les collectes de la messe adressées à Dieu le Père. Il précise que l'exemplaire de la lettre de M. Simon est complet et que d'autres preuves peuvent être trouvées dans le traité de Ritibus Ecclesiae du président Duranti, qui soutient que les collectes de la messe doivent être adressées au Père Éternel, appuyé par des autorités ecclésiastiques et des traditions de l'Église. L'auteur réfute les objections des Mémoires de Trévoux en citant des auteurs anciens comme Florus, Charlemagne et Alcuin, qui confirment cette tradition. Il conclut en affirmant que les objections des Mémoires de Trévoux ne tiennent pas compte des traditions anciennes et des pratiques liturgiques établies. Le texte traite également des prières et des oraisons dans la liturgie de la messe, en particulier celles adressées à Jésus-Christ. L'Église a adopté ces prières, issues des pratiques de dévotion de certains particuliers, sans les rejeter ou les condamner, bien qu'elles ne s'intègrent pas parfaitement dans l'action et le caractère du sacrifice. Les collectes et oraisons de la messe doivent exprimer les vœux et les prières de l'Église et du peuple. L'Agnus Dei, une adoration de Jésus-Christ comme Agneau qui efface les péchés du monde, ne doit pas être séparée de l'invocation. Les prières de la communion du prêtre et de l'Agnus Dei suivent les enseignements de saint Augustin, qui insiste sur l'adoration de Jésus-Christ avant de recevoir son corps. Les oraisons de la messe doivent s'adresser au Père Éternel, mais cela n'exclut pas de prier Jésus-Christ, qui est également Dieu et mérite nos vœux et nos hommages. Jésus-Christ, en tant que Médiateur, permet aux humains de s'approcher de Dieu. Dans le sacrifice de la messe, c'est l'humanité de Jésus-Christ qui est considérée comme médiatrice et cause méritoire. Les prières doivent donc être adressées à Dieu le Père par l'intermédiaire de Jésus-Christ, conformément à l'économie du sacrifice. Les collectes de la messe sont des actes de pouvoir et des procurations que le peuple donne au prêtre pour négocier avec Dieu. Elles doivent s'adresser à celui avec qui on a à traiter, c'est-à-dire Dieu le Père, par l'intermédiaire de Jésus-Christ. Cette distinction est essentielle pour exprimer clairement l'action du sacrifice. L'auteur de la lettre à M. l'Abbé de Cheret communique ces réflexions pour justifier sa position et éclairer la thèse avancée, tout en restant soumis au jugement de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 2157-2161
« COUTUME des Bailliages de Sens et de Langres, commentée et conferée avec [...] »
Début :
COUTUME des Bailliages de Sens et de Langres, commentée et conferée avec [...]
Mots clefs :
Coutumes, Avocat, Grèce, Sermons, Psaume, Jésus
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NOUVELLES LITTERAIRES
C
DES BEAUX ARTS , &c.
OUTUME des Bailliages de Sens et de
Langres,commentée et conferée avec
les Coûtumes voisines , et specialement
avec celle de Clermont en Bassigni . Par M.
Juste Delaistre , Avocat en Parlement. à
Paris , Quay des Augustins , chez les Freres
Osmont. 173 1. in 4 °.
PAU2г58
MERCURE DE FRANCE
PAUSANIAS , ou Voyage Historique de
la Grece , traduit en François avec des
Remarques par M. l'Abbé Gedoyn
Chanoine de la Sainte Chapelle , et Abbé
de Baugenci , de l'Académie Françoise
et de l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles-Lettres . A Paris , chez Didot ,
Quay des Augustins , 1731. in 4°. 2 vol .
Tom. 1. pp. 478. Tom . 2. pp . 523 , Plan
ches détachées 7.
SERMONS de M. l'Abbé Anselme , &c.
Paris , Quay de Conty , et rue S. Jacques ,
chez MM. Gandouin et Giffart 1731.6.
vol. in 12.
LES Gémissemens d'un coeur Chrétien ;
exprimez dans les Paroles du Pseaume
118. Beati immaculati in via &c. avec de
courtes Prieres touchantes sur differens
sujets. Par M. H *** ruë S. Jacques ,
Ph. N. Lottin , 1731. 2. vol . in 12.
cher
JESUS AU CALVAIRE , ou Pratiques pour
adorer et suivre Jesus daus sa Passion
avec une Instruction sur les Pelerinages
et l'Office et la Messe de la Croix en faveur
de ceux qui font le Pelerinage dis
Calvaire , in 18. A Paris , chez Jacques
Chardon , Imprimeur- Libraire , rue S. Severin
, à la Croix d'Or₂
HIS
SEPTEMRE. 1741. 2159
HISTOIRE DE L'ISLE ESPAGNOLE , ou de
S. Domingue , écrite particulierement
sur des Memoites manuscrits du P. Jean-
Baptiste Le Pers , Jesuite Missionnaire à
S. Domingue , et sur les Pieces originales
qui se conservent au dépot de la Marine,
Parle P. Pierre-François de Charle
voix , de la Compagnie de Jesus . 2. vol.
in 4 ° . lc I. en 1730. et le H. en 1735
Ces deux Volumes sont enrichis de Plans
et d'un bon nombre de Cartes Géographiques
, dressées par M. d'Amoille. A
Paris , Quay des Augustins , chez Jacques
Guerin.
ESSAI SUR L'ESPRIT , ses differens carac
teres et ses differentes operations. Place
du Pont S. Michel , chez André Cailleau.
1731. in 12. de 410. Pages.
LA VIE ET LE DEVOIR DES EVESQUES
suivant la Doctrine de S. Paul , la Discipline
constante et l'Esprit de l'Eglise . Par
le P. Thomas- Marie Alfani , de l'Ordre
des Freres Prêcheurs , Theologien de S.
M. I. et de la Ville de Naples. A Naples ,
shez Janvier Maziot , 1728. in 8. de
249. Pages. Cet ouvrage est en Italien.
EXPLICATION de l'ouverture du côté et
de
2160 MER CURE DE FRANCE
de la sepulture de J. Ch. suivant la concorde.
Nouvelle Edition , revûë , corrigée
et considerablement augmentée. A
Bruxelles , chez la veuve Foppens. 1731
vol. in 12. d'environ 600. pages.
TRAITE' OU ESSAI sur la Nature et
le choix des Alimens , suivant les differens
Temperamens. Par M. Arbuthnot .
Docteur en Medecine , Membre du College
des Medecins de la Societé Royale.
A Londres , chez J. Tonson , 1731. in 8 °.
en Anglois.
DISSERTATION HISTORIQUE , dans laquelle
on prouve que l'Eglise n'a point
refusé l'Absolution pendant les trois pre
miers siécles à ceux qui étoient coupables
de crimes capitaux . Par le P. Jofeph- Augustin
Orsi , de l'Ordre des FF . Prêcheurs.
A Milan , chez Joseph Malatesta , 1730.
in 4°. L'Ouvrage est en Latin.
DECISIONS Sur chaque Article de la
Coûtume de Normandie , et Observations
sur les usages locaux de la même Coûtu
me , et sur les Articles placitez ou Arrêtez
du Parlement de Roiien , avec une
explication des termes difficiles ou inusitez
qui se trouvent dans le Texte de cette
Сой-
SEPTEMBRE 1731. 2161
Coûtume ; et aussi les anciens Reglemens
de l'Echiquier de Normandie. Par Me .
Pierre de Merville , ancien Avocat au
Parlement. A Paris , chez Gabr. Valleyre
ruë de la Vieille Bouclerie , 1731 , in fol.
PP . 747. sans les Tables.
>
Nouveau systême su la maniere de dé-
Fendre les Places , par le moyen des Contremines.
Ouvrage posthume de M. ***
dédié au Roy . A Paris , rue S. Jacques ,
chez Jacques Clousier. 1731. in 12. de 182 .
Pages , sans le Discours préliminaire , de
152. Pages.
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TRAITE' des Operations de Chirurgie ,
fondé sur la Mécanique des Organes de
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Par René Jacques Croissant de Garengeot ,
Maître ès Arts et en Chirurgie , Démonstrateur
Royal en matiere chirurgicale , et
Membre de la Societé Royale de Londres,
2º Edition , revûë , corrigée et augmentée
par l'Auteur. A Paris , chez G. Cavelier
ruë S. Jacques , 1731. trois Vol. in 12 .
1. vol . pp. 476. 2 vol . pp . 468. 3. vol.
pp. 472 .
C
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OUTUME des Bailliages de Sens et de
Langres,commentée et conferée avec
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avec celle de Clermont en Bassigni . Par M.
Juste Delaistre , Avocat en Parlement. à
Paris , Quay des Augustins , chez les Freres
Osmont. 173 1. in 4 °.
PAU2г58
MERCURE DE FRANCE
PAUSANIAS , ou Voyage Historique de
la Grece , traduit en François avec des
Remarques par M. l'Abbé Gedoyn
Chanoine de la Sainte Chapelle , et Abbé
de Baugenci , de l'Académie Françoise
et de l'Académie Royale des Inscriptions
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Quay des Augustins , 1731. in 4°. 2 vol .
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Paris , Quay de Conty , et rue S. Jacques ,
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TRAITE' OU ESSAI sur la Nature et
le choix des Alimens , suivant les differens
Temperamens. Par M. Arbuthnot .
Docteur en Medecine , Membre du College
des Medecins de la Societé Royale.
A Londres , chez J. Tonson , 1731. in 8 °.
en Anglois.
DISSERTATION HISTORIQUE , dans laquelle
on prouve que l'Eglise n'a point
refusé l'Absolution pendant les trois pre
miers siécles à ceux qui étoient coupables
de crimes capitaux . Par le P. Jofeph- Augustin
Orsi , de l'Ordre des FF . Prêcheurs.
A Milan , chez Joseph Malatesta , 1730.
in 4°. L'Ouvrage est en Latin.
DECISIONS Sur chaque Article de la
Coûtume de Normandie , et Observations
sur les usages locaux de la même Coûtu
me , et sur les Articles placitez ou Arrêtez
du Parlement de Roiien , avec une
explication des termes difficiles ou inusitez
qui se trouvent dans le Texte de cette
Сой-
SEPTEMBRE 1731. 2161
Coûtume ; et aussi les anciens Reglemens
de l'Echiquier de Normandie. Par Me .
Pierre de Merville , ancien Avocat au
Parlement. A Paris , chez Gabr. Valleyre
ruë de la Vieille Bouclerie , 1731 , in fol.
PP . 747. sans les Tables.
>
Nouveau systême su la maniere de dé-
Fendre les Places , par le moyen des Contremines.
Ouvrage posthume de M. ***
dédié au Roy . A Paris , rue S. Jacques ,
chez Jacques Clousier. 1731. in 12. de 182 .
Pages , sans le Discours préliminaire , de
152. Pages.
,
TRAITE' des Operations de Chirurgie ,
fondé sur la Mécanique des Organes de
l'homme , et sur la Theorie et la Pratique
la plus autorisée enrichi de Cures trèssingulieres
et de figures en Taille douce ,
representant les attitudes des Operations.
Par René Jacques Croissant de Garengeot ,
Maître ès Arts et en Chirurgie , Démonstrateur
Royal en matiere chirurgicale , et
Membre de la Societé Royale de Londres,
2º Edition , revûë , corrigée et augmentée
par l'Auteur. A Paris , chez G. Cavelier
ruë S. Jacques , 1731. trois Vol. in 12 .
1. vol . pp. 476. 2 vol . pp . 468. 3. vol.
pp. 472 .
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Résumé : « COUTUME des Bailliages de Sens et de Langres, commentée et conferée avec [...] »
Le document recense diverses publications littéraires et scientifiques parues entre 1728 et 1741. Parmi les ouvrages notables, on trouve 'Usages des Bailliages de Sens et de Langres', commenté par Juste Delaistre, avocat au Parlement, publié en 1731. Le 'Mercure de France' mentionne également 'Pausanias, ou Voyage Historique de la Grèce', traduit par l'Abbé Gedoyn, publié en deux volumes en 1731. D'autres publications incluent les 'Sermons' de l'Abbé Anselme, 'Les Gémissements d'un cœur Chrétien' par M. H***, et 'Jésus au Calvaire' par Jacques Chardon. Le document liste également des ouvrages historiques et scientifiques tels que 'Histoire de l'Isle Espagnole' par le Père Pierre-François de Charlevoix, enrichi de plans et de cartes géographiques, et 'Essai sur l'esprit' publié par André Cailleau en 1731. D'autres publications notables incluent 'La Vie et le Devoir des Évêques' par le Père Thomas-Marie Alfani, 'Explication de l'ouverture du côté et de la sépulture de J. Ch.' en nouvelle édition, et 'Traité sur la Nature et le choix des Aliments' par M. Arbuthnot. Le document mentionne également des ouvrages juridiques et médicaux, comme 'Décisions sur chaque Article de la Coutume de Normandie' par Pierre de Merville, et 'Traité des Opérations de Chirurgie' par René Jacques Croissant de Garengeot, publié en trois volumes en 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 451-460
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
Début :
Je sçai, Madame, que vous vous interessez pour tout ce qui regarde la [...]
Mots clefs :
Idylle, Naissance de Jésus-Christ, M. Bouvart, Communauté de l'Enfant Jésus, Anges, Bergers, Dieu, Naissance, Gloire, Choeur d'anges, Démons, Univers, Jésus, Enfant, Vers, Adorer, Musique
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
LETTRE de M... à Madame de ...
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
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Résumé : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
La lettre de M... à Madame de... décrit une idylle sur la Naissance de Jésus-Christ, composée en trois parties et mise en musique par M. Bouvart. Cette idylle a été interprétée par les demoiselles de la Communauté de l'Enfant Jésus le 14 février 1734 et dédiée à M. le Curé de Saint-Sulpice. L'œuvre a été imprimée à Paris chez Thibout en 1734 sous forme de brochure in-4 de 16 pages. L'idylle se structure en trois sections. La première partie relate la domination du Démon sur les hommes jusqu'à la venue du Sauveur, annoncée par un ange. La seconde partie met en scène les bergers rendant hommage au Sauveur, dont la naissance est proclamée par un chœur d'anges. La troisième partie illustre l'adoration des Rois Mages. L'auteur de l'idylle est M. Morand d'Arles, et la musique a été composée par M. Bouvart, célèbre pour son opéra 'Méduse'. L'œuvre souligne la puissance de la musique lorsqu'elle est utilisée pour louer le Seigneur. La lettre met également en lumière le mérite de M. le Curé de Saint-Sulpice et l'éducation pieuse des demoiselles de la Maison de l'Enfant Jésus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.