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1
p. 5-7
STANCES A Mademoiselle ***.
Début :
Les trois Graces, jeune Thémire, [...]
Mots clefs :
Plaisir, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : STANCES A Mademoiselle ***.
STANCES
A Mademoiselle **
Les trois Graces , jeune Thémire ,
Même la fuperbe Cipris ,
Sur les attraits qu'en vous j'admire
N'auroient point remporté le prix.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vous feule , fans en rien rabattre ,
Vous feule avez , fans vous flater ,
Ce qu'elles avoient toutes quatre.
Qui vous connoît peut l'attefter.
Vous poffédez un art de plaire ,
Que peut-être elles n'avoient pas ;
Ce que je vous vois dire ou faire
A toujours de nouveaux appas.
On ne parle que de leurs charmes ,
Quant à l'efprit on n'en dit rien ,
Ce côté vous fournit des armes ,
Vous raviffez dans l'entretien.
串
Du plus ridicule des âges
Vous n'approuvez pas les erreurs
De loin vous fuivez fes uſages ,
Mais vous n'adoptez point les moeurs
Chez vous une aigrette nouvelle
S'arrange fans trop réfléchir ,
Le plaifir de paroître belle
N'eft point votre unique plaifir.
SEPTEMBRE. 1755. 7
Vous méritez qu'on vous adore ,
Et l'ignorez en même tems ,
Cette ignorance donne encore
Plus de prix à vos agrémens .
Toutes nos ftériles brochures
Ne fécheront point votre efprit ,
Dans des fources fécondes , pures ,
De ſon vrai fuc il ſe nourrit.
Vous avez la rare habitude
Suivant les gens de vous plier ,
De borner votre vafte étude ,
Ou , s'il le faut , de l'oublier.
Belle , fage , douce , difcrette ,
Sans humeur , fans fard , fans détour ....
Thémire , pour être parfaite ,
Prenez un peu de mon amour.
J. F. G. **
De Chartrait , près Melun.
A Mademoiselle **
Les trois Graces , jeune Thémire ,
Même la fuperbe Cipris ,
Sur les attraits qu'en vous j'admire
N'auroient point remporté le prix.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vous feule , fans en rien rabattre ,
Vous feule avez , fans vous flater ,
Ce qu'elles avoient toutes quatre.
Qui vous connoît peut l'attefter.
Vous poffédez un art de plaire ,
Que peut-être elles n'avoient pas ;
Ce que je vous vois dire ou faire
A toujours de nouveaux appas.
On ne parle que de leurs charmes ,
Quant à l'efprit on n'en dit rien ,
Ce côté vous fournit des armes ,
Vous raviffez dans l'entretien.
串
Du plus ridicule des âges
Vous n'approuvez pas les erreurs
De loin vous fuivez fes uſages ,
Mais vous n'adoptez point les moeurs
Chez vous une aigrette nouvelle
S'arrange fans trop réfléchir ,
Le plaifir de paroître belle
N'eft point votre unique plaifir.
SEPTEMBRE. 1755. 7
Vous méritez qu'on vous adore ,
Et l'ignorez en même tems ,
Cette ignorance donne encore
Plus de prix à vos agrémens .
Toutes nos ftériles brochures
Ne fécheront point votre efprit ,
Dans des fources fécondes , pures ,
De ſon vrai fuc il ſe nourrit.
Vous avez la rare habitude
Suivant les gens de vous plier ,
De borner votre vafte étude ,
Ou , s'il le faut , de l'oublier.
Belle , fage , douce , difcrette ,
Sans humeur , fans fard , fans détour ....
Thémire , pour être parfaite ,
Prenez un peu de mon amour.
J. F. G. **
De Chartrait , près Melun.
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Résumé : STANCES A Mademoiselle ***.
Le texte est une série de stances dédiées à une jeune femme, Mademoiselle, surnommée Thémire. L'auteur exalte sa beauté et son esprit, affirmant qu'elle surpasserait même les Grâces et Vénus. Il souligne son art de plaire et son esprit vif, qui la distinguent des autres. Thémire ne suit pas les erreurs des modes ridicules et ne se contente pas de paraître belle. Elle mériterait d'être adorée sans en être consciente, ce qui ajoute à ses charmes. Son esprit se nourrit de sources pures et fécondes, loin des brochures stériles. Elle sait s'adapter aux personnes qu'elle rencontre et possède des qualités telles que la sagesse, la douceur, la discrétion et l'absence de fard. L'auteur conclut en exprimant son amour pour elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 8
VERS Adressés à M. R. D. B ..... par une jeune Demoiselle, âgée de huit ans.
Début :
Faire des vers pour vous, Mirtil, je vous assure, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS Adressés à M. R. D. B ..... par une jeune Demoiselle, âgée de huit ans.
VERS
Adreffés à M. R. D. B..... par une jeune
Demoiselle , âgée de huit ans.
Faire des vers pour vous , Mirtil , je vous affure,
Eft à mon gré le plaifir le plus doux ;
Et le travail fe paie avec ufure ,
Quand on a le bonheur de s'occuper de vous.
Mlle Roffignol.
Adreffés à M. R. D. B..... par une jeune
Demoiselle , âgée de huit ans.
Faire des vers pour vous , Mirtil , je vous affure,
Eft à mon gré le plaifir le plus doux ;
Et le travail fe paie avec ufure ,
Quand on a le bonheur de s'occuper de vous.
Mlle Roffignol.
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3
p. 8
Réponse à Mlle Rossignol.
Début :
De vos talens qui ne seroit jaloux ! [...]
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texteReconnaissance textuelle : Réponse à Mlle Rossignol.
Réponse à Mlle Roffignol.
Dvos talens qui ne feroit jaloux !
Ils devancent chez vous l'heureux âge de plaire.
Pour des vers , jeune Eglé , vous n'en devez point
faire ,
Mais, en laiffer faire pour vous.
Gridi
Dvos talens qui ne feroit jaloux !
Ils devancent chez vous l'heureux âge de plaire.
Pour des vers , jeune Eglé , vous n'en devez point
faire ,
Mais, en laiffer faire pour vous.
Gridi
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4
p. 9-22
LE MOI. HISTOIRE TRÈS-ANCIENNE.
Début :
La nature & la Fortune sembloient avoir conspiré au bonheur d'Alcibiade. [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Veuve, Beauté, Coeur, Hymen, Délicatesse, Désirs
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texteReconnaissance textuelle : LE MOI. HISTOIRE TRÈS-ANCIENNE.
LE MO I.
HISTOIRE TRE'S - ANCIENNE.
L
A nature & la Fortune fembloient
avoir confpiré au bonheur d'Alcibiade.
Richeffes , talens , beauté , naiffance , la
fleur de l'âge & de la fanté , que de titres
pour avoir tous les ridicules ! Alcibiade
n'en avoit qu'un : il vouloit être aimé pour
lui-même. Depuis la coqueterie jufqu'à la
fagefle il avoit tout féduit dans Athènes ;
mais en lui étoit- ce bien lui qu'on aimoit ?
Cette délicateffe lui prit un matin comme
il venoit de faire fa cour à une prude. C'eft
le moment des réflexions. Alcibiade en fit
fur ce qu'on appelle le fentiment pur , la
métaphyfique de l'amour. Je fuis bien
duppe , difoit-il , de prodiguer mes foins à
une femme qui ne m'aime peut- être que
pour elle- même ! Je le fçaurai de par tous
les dieux , & s'il en eft ainfi , elle peut chercher
parmi nos athlétes un foupirant qui
me remplace.
La belle prude , fuivant l'ufage , oppofoit
toujours quelque foible réfiftance aux
defirs d'Alcibiade . C'étoit une chofe épouvantable.
Elle ne pouvoit s'y accoutumer.
Il falloit aimer comme elle aimoit pour s'y
A v
to MERCURE DE FRANCE.
réfoudre. Elle auroit voulu pour tout au
monde qu'il fut moins jeune & moins
empreffé. Alcibiade la prit au mot. Je vois
bien , Madame , lui dit il un jour , que ces
complaifances vous coutent ; hé bien , je
veux vous donner une preuve de l'amour
le plus parfait . Oui je confens , puifque
vous le voulez , que nos ames feules foient
unies , & je vous donne ma parole de
n'exiger rien de plus.
La prude loua cette réfolution d'un air
bien capable de la faire évanouir , mais
Alcibiade tint bon . Elle en fur furpriſe , &
piquée , cependant il fallut diffimuler .
Le jour fuivant tout ce que le deshabillé
peut avoir d'agaçant fut mis en ufage . La
vivacité du defir brilloit dans les yeax de
la prude , dans fon maintien , la nonchalance
& la volupté , les voiles les plus
legers , le défordre le plus favorable , tout
en elle invitoit Alcibiade à s'oublier . Ilapperçut
le piege. Quel triomphe , lui dit- il ,
Madame , quel triomphe à remporter fur
moi- même ! Je vois bien que l'amour m'éprouve
, & je m'en applaudis : la délicateffe
de mes fentimens en éclatera davantage.
Ces voiles tranfparens & légers , ces
couffins dont la volupté femble avoir formé
fon trône , votre beauté , mes defirs ;
combien d'ennemis à vaincre. Ulyffe n'y
SEPTEMBRE. 1755. 11
échapperoit pas , Hercule y fuccomberoit.
Je ferai plus fage qu'Ulyffe & moins fragile
qu'Hercule . Oui , je vous prouverai que
le feul plaifir d'aimer peut tenir lieu de
tous les plaifirs. Vous êtes charmant , lui
dit-elle , & je puis me flatter d'avoir un
amant unique ; je ne crains qu'une chofe ,
c'eft que votre amour ne s'affoibliffe par la
rigueur . Au contraire , interrompit vivement
Alcibiade , il n'en fera que plus ardent.
Mais , mon cher enfant , vous êtes
jeune , il eft des momens où l'on n'eft pas
maître de foi , & je crois votre fidélité bien
hafardée , fi je vous livre à vos defirs.
Soyez tranquille , Madame : je vous réponds
de tout . Puifque je puis vaincre mes
defirs auprès de vous , auprès de qui n'en
ferai- je pas le maître. Vous me promettez
du moins que s'ils deviennent trop preffans
vous m'en ferez l'aveu . Je ne veux
point qu'une mauvaiſe honte vous retienne.
Ne vous piquez pas de me tenir parole,
il n'eft rien que je ne vous pardonne plutôt
qu'une infidélité. Oui , Madame , je
vous avouerai ma foibleffe de la meilleure
foi du monde , quand je ferai prêt d'y fuccomber:
mais laiffez - moi du moins éprouver
mes forces : je fens qu'elles iront encore
loin , & j'efpere que l'amour m'en
donnera de nouvelles . La prude étoit
A vi
12 MERCURE
DE FRANCE.
furieufe , mais fans fe démentir elle ne
pouvoit fe plaindre , elle fe contraignit
encore , dans l'efpoir qu'à une nouvelle
épreuve Alcibiade fuccomberoit. Il reçut
le lendemain à fon réveil un billet conçu
en ces termes : « J'ai paffé la plus cruelle
» nuit , venez me voir . Je ne puis vivre
» fans vous .
Il arrive chez la prude. Les rideaux des
fenêtres n'étoient qu'entr'ouverts un jour
tendre fe gliffoit dans l'appartement à tra
vers des ondes de pourpre. La prude étoit
encore dans un lit parfemé de rofes. Venez,
lui dit- elle d'une voix plaintive , venez
calmer mes inquiétudes . Un fonge affreux
m'a tourmentée cette nuit , j'ai cru vous
voir aux genoux d'une rivale. Ah j'en frémis
encore ? Je vous l'ai dit Alcibiade , je
ne puis vivre dans la crainte que vous ne
foyez infidelle , mon malheur feroit d'autant
plus fenfible que j'en ferois moi-même
la caufe , & je veux du moins n'avoir rien
à me reprocher. Vous avez beau me promettre
de vous vaincre ; vous êtes trop
jeune pour le pouvoir long- tems, Ne vous
connois-je pas je fens que j'ai trop exigê
de vous , je fens qu'il y a de l'imprudence
& de la cruauté à vous impoſer une loi fi
dure. Comme elle parloit ainfi de l'air du
monde le plus touchant , Alcibiade fe jetta
?
SEPTEMBRE . 1755 13
:
à fes pieds je fuis bien malheureux , lui
dit- il , Madame , fi vous ne m'estimez pas
affez pour me croire capable de m'attacher
à vous par les feuls liens du fentiment !
Après tout de quoi me fuis - je privé ? de ce
qui deshonore l'amour. Je rougis de voir
que vous comptiez ce facrifice pour quelque
chofe. Mais fut- il auffi grand que vous
vous l'imaginez , je n'en aurai que plus de
gloire. Non , mon cher Alcibiade , lui dit
la prude , en lui tendant la main , je ne
veux point d'un facrifice qui te coûte , je
fuis trop fure & trop flattée de l'amour pur
& délicat que tu m'as fibien témoigné.
Sois heureux , j'y confens . Je le fuis , Madame
, s'écria- t-il , du bonheur de vivre
pour vous , ceffez de me foupçonner & de
me plaindre , vous voyez l'amant le plus
fidele , le plus tendre , le plus refpectueux ...
& le plus fot , interrompit- elle , en tirant
brufquement fes rideaux , & elle appella
fes efclaves. Alcibiade fortit furieux de
n'avoir été aimé que comme un autre ,
bien réfolu de ne plus revoir une femme
qui ne l'avoit pris que pour fon plaifir. Ce
n'eft pas ainfi , dit- il , qu'on aime dans l'âge
de l'innocence , & fi la jeune Glicérie
éprouvoit pour
pour moi ce que fes yeux femblent
me dire , je fuis bien certain que ce
feroit-là de l'amour pur.
&
14 MERCURE DE FRANCE.
Glicérie dans fa quinzieme année , atti
roit déja les voeux de la plus brillante jeuneffe.
Qu'on imagine une rofe au moment
de s'épanouir , tels étoient la fraîcheur &
l'éclat de fa beauté.
Alcibiade fe préfenta & fes rivaux fe
diffiperent. Ce n'étoit point encore l'ufage
à Athènes de s'époufer pour fe haïr & pour
fe méprifer le lendemain , & l'on donnoit
aux jeunes gens avant l'hymen , le loifir de
fe voir & de fe parler avec une liberté décente.
Les filles ne fe repofoient pas fur
leurs gardiens du foin de leur vertu . Elles
fe donnoient la peine d'être fages ellesmêmes.
La pudeur n'a commencé à combattre
foiblement , que depuis qu'on lui a
dérobé les honneurs de la victoire. Celle
de Glicérie fit la plus belle défenfe . Alcibiade
n'oublia rien pour la furprendre out
pour la gagner. Il loua la jeune Athénienne
fur fes talens , fes graces , fa beauté , il
lui fit fentir dans tout ce qu'elle difoit
une fineffe qu'elle n'y avoit pas mife , &
une délicateffe dont elle ne fe doutoit pas.
Quel dommage qu'avec tant de charmes ,
elle n'eut pas un coeur fenfible ! je vous
adore , lui difoit- il , & je fuis heureux fi
vous m'aimez. Ne craignez pas de me le
dire , une candeur ingénue eft la vertu de
votre âge , on a beau donner le nom de
រ
SEPTEMBRE. 1755 1-8
prudence à la diffimulation , cette belle
bouche n'eft pas faite pour trahir les fentimens
de votre coeur : qu'elle foit l'organe
de l'amour , c'eft pour lui -même qu'il l'a
formée. Si vous voulez que je fois fincere,
lui répondit Glicérie , avec une modeſtie
mêlée de tendreffe , faites du moins que je
puiffe l'être fans rougir Je veux bien ne
pas trahir mon coeur , mais je veux auffi ne
pas trahir mon devoir , & je trahirois l'un
ou l'autre fi j'en difois davantage. Glicérie
vouloit avant de s'expliquer , que leur
himen fut conclu . Alcibiade vouloit qu'elle
s'expliquât avant de penfer à l'himen.
Il fera bien tems , difoit- il de m'affurer
de votre amour , quand l'himen vous en
aura fait un devoir , & que je vous aurai
réduite à la néceffité de feindre. C'eſt
aujourd'hui que vous êtes libre , qu'il feroit
flateur pour moi d'entendre de votre
bouche l'aveu défintéreffé d'un fentiment
naturel & pur. Hé bien , foyez content , &
ne me reprochez plus de n'avoir pas un
coeur fenfible : il l'eft du moins depuis que
je vous vois. Je vous estime affez pour vous
confier mon fecret , mais à préfent qu'il
m'eft échappé , j'exige de vous une complaifance
, c'eft de ne plus me parler tête à
tête , que vous ne foyez d'accord avec ceux
dont je dépends. L'aveu qu'Alcibiade ve16
MERCURE DE FRANCE.
noit d'obtenir , auroit fair le bonheur d'un
amant moins difficile , mais fa chimere
l'occupoit. Il voulut voir jufqu'au bout
s'il étoit aimé pour lui -même. Je ne vous
diffimulerai lui dit-il , que
pas ,
la démarche
que je vais faire peut avoir un mauvais.
fuccès. Vos parens me reçoivent avec une
politeffe froide que j'aurois pris pour un
congé , fi le plaifir de vous voir n'eut vaincu
ma délicateffe ; mais fi j'oblige votre
pere à s'expliquer , il ne fera plus tems de
feindre . Il eft membre de l'Aréopage , Socrate
, le plus vertueux des hommes , y eft
fufpect & odieux : je fuis l'ami & le difciple
de Socrate , & je crains bien que la
haine qu'on a pour lui , ne s'étende jufqu'à
moi . Mes craintes vont trop loin peut-être ;
mais enfin , fi votre pere nous facrifie à fa
politique , s'il me refufe votre main ; à
quoi vous déterminez - vous . A être malheureuſe
, lui répondit Glicérie , & à céder
à ma deftinée. Vous ne me verrez donc
plus ? Si l'on me deffend de vous voir , il
faudra bien que j'obéiffe . Vous obéïrez
donc auffi , fi l'on vous propofe un autre
époux ? Je ferai la victime de mon devoir.
Et par devoir vous aimerez l'époux qu'on
vous aura choifi ? Je tâcherai de ne le
point haïr ; mais quelles queftions vous
me faites ? Que penferiez - vous de moi
SEPTEMBRE. 1755. 17
j'avois d'autres fentimens ? Je penferois
que vous m'aimez. Il eft trop vrai que je
vous aime. Non , Glicérie , l'amour ne
connoît point de loi ; il eft au- deffus' de
tous les obftacles ; mais je vous rends juf
tice , ce fentiment eft trop fort pour votre
âge , il veut des ames fermes & courageufes
que les difficultés irritent & que les revers
n'étonnent pas . Un tel amour eft rare
je l'avoue . Vouloir un état , un nom , une
fortune dont on difpofe , fe jetter enfin
dans les bras d'un mari pour fe fauver de
fes parens , voilà ce qu'on appelle amour ,
& voilà ce que j'appelle defir de l'indépendance.
Vous êtes bien le maître , lui
dit-elle , les larmes aux yeux , d'ajouter
l'injure au reproche. Je ne vous ai rien dit
que de tendre & d'honnête. Ai-je balancé
un moment à vous facrifier vos rivaux ?
Ai-je hésité à vous avouer votre triomphe?
Que me demandez -vous de plus ? Je vous
demande , lui dit- il , de me jurer une conftance
à toute épreuve , de me jurer que
vous ferez à moi , quoiqu'il arrive , & que
vous ne ferez qu'à moi. En vérité , Seigneur
, c'eft ce que je ne ferai jamais . En
vérité , Madame , je devois m'attendre à
cette réponſe & je rougis de m'y être expofé.
A ces mots , il fe retira outré de colere
, & fe difant à lui -même , j'étois bien
+ MERCURE DE FRANCE.
bon d'aimer un enfant qui n'a point d'ame
& dont le coeur ne fe donne que par avis
de parens.
il y avoit dans Athenes une jeune veuve
qui paroiffoit inconfolable de la perte de
fon époux. Alcibiade lui rendit comme tout
le monde , les premiers devoirs avec le
férieux que la bienféance , impofe auprès
des perfonnes affligées. La veuve trouva
un foulagement fenfible dans les entretiens
de ce difciple de Socrate , & Alcibiade un
charme inexprimable dans les larmes de la
yeuve, Cependant leur morale s'égayoit de
jour en jour. On fit l'éloge des bonnes qualités
du défunt , & puis on convint des
mauvaiſes , c'étoit bien le plus honnête
homme du monde ; mais il n'avoit précifement
que le fens commun. Il étoit affez
bien de figure , mais fans élégance & fans
grace ; rempli d'attentions & de foins ,
mais d'une affiduité fatigante. Enfin , on
étoit au défefpoir d'avoir perdu un fi bon
mari ; mais bien réfolue à n'en pas prendre
un fecond. Eh ! quoi , dit Alcibiade , à
votre âge, renoncer à l'himen ! Je vous
avoue , répondit la veuve , qu'autant l'eſclavage
me répugne , autant la liberté m'effraye.
A mon âge , livrée àmoi- même , &
ne tenant à rien , que vais-je devenir ? Alcibiade
ne manqua pas de lui infinuer
SEPTEMBRE . 1755. 19
qu'entre l'esclavage de l'himen & l'abandon
du veuvage , il y auroit un milieu à
prendre , & qu'à l'égard des bienféances ,
rien au monde n'étoit plus facile à concilier
avec un tendre attachement. On fut
révoltée de cette propofition . On eut mieux
aimémourir. Mourir dans l'âge des amours
& des graces ! il étoit facile de faire voir
le ridicule d'un tel projet , & la veuve ne
craignoit rien tant que de fe donner des
ridicules. Il fut donc réfolu qu'elle ne
mourroit pas ; il étoit déja décidé qu'elle
ne pouvoit vivre , fans tenir à quelque
chofe , ce quelque chofe devoit être un
amant , & fans prévention elle ne connoiffoit
point d'homme plus digne qu'Alci
biade de lui plaire & de l'attacher . Il redoubla
fes affiduités , d'abord elle s'en plaignit
, bientôt elle s'y accoutuma , enfin elle
y exigea du miftere , & pour éviter les im
prudences , on s'arrangea décemment.
Alcibiade étoit au comble de fes voeux.
Ce n'étoit ni les plaiſirs de l'amour , ni les
avantages de l'hymen qu'on aimoit en lui ;
c'étoit lui - même ; du moins le croyoit-il
ainfi . Il triomphoit de la douleur , de la
fageffe , de la fierté d'une femme qui n'exigeoit
de lui que du fecret & de l'amour.
La veuve de fon côté s'applaudiffoit de
tenir fous fes loix l'objet de la jaloufie de
20 MERCURE DE FRANCE.
1
toutes les beautés de la Grece. Mais com
bien peu de perfonnes fçavent jouir fans
confidens ! Alcibiade amant fecret , n'étoit
qu'un amant comme un autre , & le plus
beau triomphe n'eft flatteur qu'autant qu'il
eft folemnel. Un auteur a dit que ce n'eft
pas tout d'être dans une belle campagne ,
fi l'on n'a quelqu'un à qui l'on puiffe dire,la
belle campagne! La veuve trouva de même
que ce n'étoit pas affez d'avoir Alcibiade
pour amant , fi elle ne pouvoit dire à quelqu'un
, j'ai pour amant Alcibiade. Elle en
fit donc la confidence à une amie intime
qui le dit à fon amant , & celui - ci à toute
la Grece. Alcibiade étonné qu'on publiât
fon aventure , crut devoir en avertir la
veuve qui l'accufa d'indifcrétion . Si j'en
étois capable , lui dit-il , je laifferois courir
des bruits que j'aurois voulu répandre ,
& je ne fouhaite rien tant que de les faire
évanouir. Obfervons- nous avec foin , évitons
en public , de nous trouver enſemble ,
& quand le hafard nous réunira . Ne vous
offenfez point de l'air diftrait & diffipé
que j'affecterai auprès de vous. La veuve
reçut tout cela d'affez mauvaife humeur.
Je fens bien , lui dit-elle , que vous en
ferez plus à votre aife : les affiduités , les
attentions vous gênent , & vous ne demandez
pas mieux que de pouvoir voltiger.
f
SEPTEMBRE . 1755 28
Mais moi , quelle contenance voulez-vous
que je tienne. Je ne fçaurois prendre fur
moi d'être coquette : ennuyée de tout en
votre abfence rêveufe & embarraſſée
,
auprès de vous , j'aurai l'air d'être jouée ,
& je le ferai peut- être en effet. Si l'on eſt
perfuadé que vous m'avez , il n'y a plus
aucun remede , le public ne revient pas.
Quel fera donc le fruit de ce prétendu
miftere. Nous aurons l'air , vous , d'un
amant détaché , moi , d'une amante délaiffée.
Cette réponſe de la veuve furprit Alcibiade
, la conduite qu'elle tint acheva de
le confondre . Chaque jour elle fe donnoit
plus d'aifance & de liberté. Au fpectacle ,
elle exigeoit qu'il fut affis derriere elle ,
qu'il lui donnât la main pour aller au Temple
, qu'il fut de fes promenades & de ſes
foupers. Elle affectoit fur- tout de fe trouver
avec fes rivales , & au milieu de ce
concours elle vouloit qu'il ne vit qu'elle.
Elle lui commandoit d'un ton abfolu , le
regardoit avec miftere , lui fourioit d'un
air d'intelligence , & lui parloit à l'oreille
avec cette familiarité qui annonce au public
qu'on eft d'accord. Il vit bien qu'elle
le menoit partout , comme un efclave enchaîné
à fon char . J'ai pris des airs pour
des fentimens , dit-il , avec un foupir , ce
n'eſt pas moi qu'elle aime , c'eſt l'éclat do
22 MERCURE DE FRANCE.
ma conquête ; elle me mépriferoit , fi elle
n'avoit point de rivales . Apprenons- lui que
la vanité n'eft pas digne de fixer l'amour.
On donnera la fuite le mais prochain.
HISTOIRE TRE'S - ANCIENNE.
L
A nature & la Fortune fembloient
avoir confpiré au bonheur d'Alcibiade.
Richeffes , talens , beauté , naiffance , la
fleur de l'âge & de la fanté , que de titres
pour avoir tous les ridicules ! Alcibiade
n'en avoit qu'un : il vouloit être aimé pour
lui-même. Depuis la coqueterie jufqu'à la
fagefle il avoit tout féduit dans Athènes ;
mais en lui étoit- ce bien lui qu'on aimoit ?
Cette délicateffe lui prit un matin comme
il venoit de faire fa cour à une prude. C'eft
le moment des réflexions. Alcibiade en fit
fur ce qu'on appelle le fentiment pur , la
métaphyfique de l'amour. Je fuis bien
duppe , difoit-il , de prodiguer mes foins à
une femme qui ne m'aime peut- être que
pour elle- même ! Je le fçaurai de par tous
les dieux , & s'il en eft ainfi , elle peut chercher
parmi nos athlétes un foupirant qui
me remplace.
La belle prude , fuivant l'ufage , oppofoit
toujours quelque foible réfiftance aux
defirs d'Alcibiade . C'étoit une chofe épouvantable.
Elle ne pouvoit s'y accoutumer.
Il falloit aimer comme elle aimoit pour s'y
A v
to MERCURE DE FRANCE.
réfoudre. Elle auroit voulu pour tout au
monde qu'il fut moins jeune & moins
empreffé. Alcibiade la prit au mot. Je vois
bien , Madame , lui dit il un jour , que ces
complaifances vous coutent ; hé bien , je
veux vous donner une preuve de l'amour
le plus parfait . Oui je confens , puifque
vous le voulez , que nos ames feules foient
unies , & je vous donne ma parole de
n'exiger rien de plus.
La prude loua cette réfolution d'un air
bien capable de la faire évanouir , mais
Alcibiade tint bon . Elle en fur furpriſe , &
piquée , cependant il fallut diffimuler .
Le jour fuivant tout ce que le deshabillé
peut avoir d'agaçant fut mis en ufage . La
vivacité du defir brilloit dans les yeax de
la prude , dans fon maintien , la nonchalance
& la volupté , les voiles les plus
legers , le défordre le plus favorable , tout
en elle invitoit Alcibiade à s'oublier . Ilapperçut
le piege. Quel triomphe , lui dit- il ,
Madame , quel triomphe à remporter fur
moi- même ! Je vois bien que l'amour m'éprouve
, & je m'en applaudis : la délicateffe
de mes fentimens en éclatera davantage.
Ces voiles tranfparens & légers , ces
couffins dont la volupté femble avoir formé
fon trône , votre beauté , mes defirs ;
combien d'ennemis à vaincre. Ulyffe n'y
SEPTEMBRE. 1755. 11
échapperoit pas , Hercule y fuccomberoit.
Je ferai plus fage qu'Ulyffe & moins fragile
qu'Hercule . Oui , je vous prouverai que
le feul plaifir d'aimer peut tenir lieu de
tous les plaifirs. Vous êtes charmant , lui
dit-elle , & je puis me flatter d'avoir un
amant unique ; je ne crains qu'une chofe ,
c'eft que votre amour ne s'affoibliffe par la
rigueur . Au contraire , interrompit vivement
Alcibiade , il n'en fera que plus ardent.
Mais , mon cher enfant , vous êtes
jeune , il eft des momens où l'on n'eft pas
maître de foi , & je crois votre fidélité bien
hafardée , fi je vous livre à vos defirs.
Soyez tranquille , Madame : je vous réponds
de tout . Puifque je puis vaincre mes
defirs auprès de vous , auprès de qui n'en
ferai- je pas le maître. Vous me promettez
du moins que s'ils deviennent trop preffans
vous m'en ferez l'aveu . Je ne veux
point qu'une mauvaiſe honte vous retienne.
Ne vous piquez pas de me tenir parole,
il n'eft rien que je ne vous pardonne plutôt
qu'une infidélité. Oui , Madame , je
vous avouerai ma foibleffe de la meilleure
foi du monde , quand je ferai prêt d'y fuccomber:
mais laiffez - moi du moins éprouver
mes forces : je fens qu'elles iront encore
loin , & j'efpere que l'amour m'en
donnera de nouvelles . La prude étoit
A vi
12 MERCURE
DE FRANCE.
furieufe , mais fans fe démentir elle ne
pouvoit fe plaindre , elle fe contraignit
encore , dans l'efpoir qu'à une nouvelle
épreuve Alcibiade fuccomberoit. Il reçut
le lendemain à fon réveil un billet conçu
en ces termes : « J'ai paffé la plus cruelle
» nuit , venez me voir . Je ne puis vivre
» fans vous .
Il arrive chez la prude. Les rideaux des
fenêtres n'étoient qu'entr'ouverts un jour
tendre fe gliffoit dans l'appartement à tra
vers des ondes de pourpre. La prude étoit
encore dans un lit parfemé de rofes. Venez,
lui dit- elle d'une voix plaintive , venez
calmer mes inquiétudes . Un fonge affreux
m'a tourmentée cette nuit , j'ai cru vous
voir aux genoux d'une rivale. Ah j'en frémis
encore ? Je vous l'ai dit Alcibiade , je
ne puis vivre dans la crainte que vous ne
foyez infidelle , mon malheur feroit d'autant
plus fenfible que j'en ferois moi-même
la caufe , & je veux du moins n'avoir rien
à me reprocher. Vous avez beau me promettre
de vous vaincre ; vous êtes trop
jeune pour le pouvoir long- tems, Ne vous
connois-je pas je fens que j'ai trop exigê
de vous , je fens qu'il y a de l'imprudence
& de la cruauté à vous impoſer une loi fi
dure. Comme elle parloit ainfi de l'air du
monde le plus touchant , Alcibiade fe jetta
?
SEPTEMBRE . 1755 13
:
à fes pieds je fuis bien malheureux , lui
dit- il , Madame , fi vous ne m'estimez pas
affez pour me croire capable de m'attacher
à vous par les feuls liens du fentiment !
Après tout de quoi me fuis - je privé ? de ce
qui deshonore l'amour. Je rougis de voir
que vous comptiez ce facrifice pour quelque
chofe. Mais fut- il auffi grand que vous
vous l'imaginez , je n'en aurai que plus de
gloire. Non , mon cher Alcibiade , lui dit
la prude , en lui tendant la main , je ne
veux point d'un facrifice qui te coûte , je
fuis trop fure & trop flattée de l'amour pur
& délicat que tu m'as fibien témoigné.
Sois heureux , j'y confens . Je le fuis , Madame
, s'écria- t-il , du bonheur de vivre
pour vous , ceffez de me foupçonner & de
me plaindre , vous voyez l'amant le plus
fidele , le plus tendre , le plus refpectueux ...
& le plus fot , interrompit- elle , en tirant
brufquement fes rideaux , & elle appella
fes efclaves. Alcibiade fortit furieux de
n'avoir été aimé que comme un autre ,
bien réfolu de ne plus revoir une femme
qui ne l'avoit pris que pour fon plaifir. Ce
n'eft pas ainfi , dit- il , qu'on aime dans l'âge
de l'innocence , & fi la jeune Glicérie
éprouvoit pour
pour moi ce que fes yeux femblent
me dire , je fuis bien certain que ce
feroit-là de l'amour pur.
&
14 MERCURE DE FRANCE.
Glicérie dans fa quinzieme année , atti
roit déja les voeux de la plus brillante jeuneffe.
Qu'on imagine une rofe au moment
de s'épanouir , tels étoient la fraîcheur &
l'éclat de fa beauté.
Alcibiade fe préfenta & fes rivaux fe
diffiperent. Ce n'étoit point encore l'ufage
à Athènes de s'époufer pour fe haïr & pour
fe méprifer le lendemain , & l'on donnoit
aux jeunes gens avant l'hymen , le loifir de
fe voir & de fe parler avec une liberté décente.
Les filles ne fe repofoient pas fur
leurs gardiens du foin de leur vertu . Elles
fe donnoient la peine d'être fages ellesmêmes.
La pudeur n'a commencé à combattre
foiblement , que depuis qu'on lui a
dérobé les honneurs de la victoire. Celle
de Glicérie fit la plus belle défenfe . Alcibiade
n'oublia rien pour la furprendre out
pour la gagner. Il loua la jeune Athénienne
fur fes talens , fes graces , fa beauté , il
lui fit fentir dans tout ce qu'elle difoit
une fineffe qu'elle n'y avoit pas mife , &
une délicateffe dont elle ne fe doutoit pas.
Quel dommage qu'avec tant de charmes ,
elle n'eut pas un coeur fenfible ! je vous
adore , lui difoit- il , & je fuis heureux fi
vous m'aimez. Ne craignez pas de me le
dire , une candeur ingénue eft la vertu de
votre âge , on a beau donner le nom de
រ
SEPTEMBRE. 1755 1-8
prudence à la diffimulation , cette belle
bouche n'eft pas faite pour trahir les fentimens
de votre coeur : qu'elle foit l'organe
de l'amour , c'eft pour lui -même qu'il l'a
formée. Si vous voulez que je fois fincere,
lui répondit Glicérie , avec une modeſtie
mêlée de tendreffe , faites du moins que je
puiffe l'être fans rougir Je veux bien ne
pas trahir mon coeur , mais je veux auffi ne
pas trahir mon devoir , & je trahirois l'un
ou l'autre fi j'en difois davantage. Glicérie
vouloit avant de s'expliquer , que leur
himen fut conclu . Alcibiade vouloit qu'elle
s'expliquât avant de penfer à l'himen.
Il fera bien tems , difoit- il de m'affurer
de votre amour , quand l'himen vous en
aura fait un devoir , & que je vous aurai
réduite à la néceffité de feindre. C'eſt
aujourd'hui que vous êtes libre , qu'il feroit
flateur pour moi d'entendre de votre
bouche l'aveu défintéreffé d'un fentiment
naturel & pur. Hé bien , foyez content , &
ne me reprochez plus de n'avoir pas un
coeur fenfible : il l'eft du moins depuis que
je vous vois. Je vous estime affez pour vous
confier mon fecret , mais à préfent qu'il
m'eft échappé , j'exige de vous une complaifance
, c'eft de ne plus me parler tête à
tête , que vous ne foyez d'accord avec ceux
dont je dépends. L'aveu qu'Alcibiade ve16
MERCURE DE FRANCE.
noit d'obtenir , auroit fair le bonheur d'un
amant moins difficile , mais fa chimere
l'occupoit. Il voulut voir jufqu'au bout
s'il étoit aimé pour lui -même. Je ne vous
diffimulerai lui dit-il , que
pas ,
la démarche
que je vais faire peut avoir un mauvais.
fuccès. Vos parens me reçoivent avec une
politeffe froide que j'aurois pris pour un
congé , fi le plaifir de vous voir n'eut vaincu
ma délicateffe ; mais fi j'oblige votre
pere à s'expliquer , il ne fera plus tems de
feindre . Il eft membre de l'Aréopage , Socrate
, le plus vertueux des hommes , y eft
fufpect & odieux : je fuis l'ami & le difciple
de Socrate , & je crains bien que la
haine qu'on a pour lui , ne s'étende jufqu'à
moi . Mes craintes vont trop loin peut-être ;
mais enfin , fi votre pere nous facrifie à fa
politique , s'il me refufe votre main ; à
quoi vous déterminez - vous . A être malheureuſe
, lui répondit Glicérie , & à céder
à ma deftinée. Vous ne me verrez donc
plus ? Si l'on me deffend de vous voir , il
faudra bien que j'obéiffe . Vous obéïrez
donc auffi , fi l'on vous propofe un autre
époux ? Je ferai la victime de mon devoir.
Et par devoir vous aimerez l'époux qu'on
vous aura choifi ? Je tâcherai de ne le
point haïr ; mais quelles queftions vous
me faites ? Que penferiez - vous de moi
SEPTEMBRE. 1755. 17
j'avois d'autres fentimens ? Je penferois
que vous m'aimez. Il eft trop vrai que je
vous aime. Non , Glicérie , l'amour ne
connoît point de loi ; il eft au- deffus' de
tous les obftacles ; mais je vous rends juf
tice , ce fentiment eft trop fort pour votre
âge , il veut des ames fermes & courageufes
que les difficultés irritent & que les revers
n'étonnent pas . Un tel amour eft rare
je l'avoue . Vouloir un état , un nom , une
fortune dont on difpofe , fe jetter enfin
dans les bras d'un mari pour fe fauver de
fes parens , voilà ce qu'on appelle amour ,
& voilà ce que j'appelle defir de l'indépendance.
Vous êtes bien le maître , lui
dit-elle , les larmes aux yeux , d'ajouter
l'injure au reproche. Je ne vous ai rien dit
que de tendre & d'honnête. Ai-je balancé
un moment à vous facrifier vos rivaux ?
Ai-je hésité à vous avouer votre triomphe?
Que me demandez -vous de plus ? Je vous
demande , lui dit- il , de me jurer une conftance
à toute épreuve , de me jurer que
vous ferez à moi , quoiqu'il arrive , & que
vous ne ferez qu'à moi. En vérité , Seigneur
, c'eft ce que je ne ferai jamais . En
vérité , Madame , je devois m'attendre à
cette réponſe & je rougis de m'y être expofé.
A ces mots , il fe retira outré de colere
, & fe difant à lui -même , j'étois bien
+ MERCURE DE FRANCE.
bon d'aimer un enfant qui n'a point d'ame
& dont le coeur ne fe donne que par avis
de parens.
il y avoit dans Athenes une jeune veuve
qui paroiffoit inconfolable de la perte de
fon époux. Alcibiade lui rendit comme tout
le monde , les premiers devoirs avec le
férieux que la bienféance , impofe auprès
des perfonnes affligées. La veuve trouva
un foulagement fenfible dans les entretiens
de ce difciple de Socrate , & Alcibiade un
charme inexprimable dans les larmes de la
yeuve, Cependant leur morale s'égayoit de
jour en jour. On fit l'éloge des bonnes qualités
du défunt , & puis on convint des
mauvaiſes , c'étoit bien le plus honnête
homme du monde ; mais il n'avoit précifement
que le fens commun. Il étoit affez
bien de figure , mais fans élégance & fans
grace ; rempli d'attentions & de foins ,
mais d'une affiduité fatigante. Enfin , on
étoit au défefpoir d'avoir perdu un fi bon
mari ; mais bien réfolue à n'en pas prendre
un fecond. Eh ! quoi , dit Alcibiade , à
votre âge, renoncer à l'himen ! Je vous
avoue , répondit la veuve , qu'autant l'eſclavage
me répugne , autant la liberté m'effraye.
A mon âge , livrée àmoi- même , &
ne tenant à rien , que vais-je devenir ? Alcibiade
ne manqua pas de lui infinuer
SEPTEMBRE . 1755. 19
qu'entre l'esclavage de l'himen & l'abandon
du veuvage , il y auroit un milieu à
prendre , & qu'à l'égard des bienféances ,
rien au monde n'étoit plus facile à concilier
avec un tendre attachement. On fut
révoltée de cette propofition . On eut mieux
aimémourir. Mourir dans l'âge des amours
& des graces ! il étoit facile de faire voir
le ridicule d'un tel projet , & la veuve ne
craignoit rien tant que de fe donner des
ridicules. Il fut donc réfolu qu'elle ne
mourroit pas ; il étoit déja décidé qu'elle
ne pouvoit vivre , fans tenir à quelque
chofe , ce quelque chofe devoit être un
amant , & fans prévention elle ne connoiffoit
point d'homme plus digne qu'Alci
biade de lui plaire & de l'attacher . Il redoubla
fes affiduités , d'abord elle s'en plaignit
, bientôt elle s'y accoutuma , enfin elle
y exigea du miftere , & pour éviter les im
prudences , on s'arrangea décemment.
Alcibiade étoit au comble de fes voeux.
Ce n'étoit ni les plaiſirs de l'amour , ni les
avantages de l'hymen qu'on aimoit en lui ;
c'étoit lui - même ; du moins le croyoit-il
ainfi . Il triomphoit de la douleur , de la
fageffe , de la fierté d'une femme qui n'exigeoit
de lui que du fecret & de l'amour.
La veuve de fon côté s'applaudiffoit de
tenir fous fes loix l'objet de la jaloufie de
20 MERCURE DE FRANCE.
1
toutes les beautés de la Grece. Mais com
bien peu de perfonnes fçavent jouir fans
confidens ! Alcibiade amant fecret , n'étoit
qu'un amant comme un autre , & le plus
beau triomphe n'eft flatteur qu'autant qu'il
eft folemnel. Un auteur a dit que ce n'eft
pas tout d'être dans une belle campagne ,
fi l'on n'a quelqu'un à qui l'on puiffe dire,la
belle campagne! La veuve trouva de même
que ce n'étoit pas affez d'avoir Alcibiade
pour amant , fi elle ne pouvoit dire à quelqu'un
, j'ai pour amant Alcibiade. Elle en
fit donc la confidence à une amie intime
qui le dit à fon amant , & celui - ci à toute
la Grece. Alcibiade étonné qu'on publiât
fon aventure , crut devoir en avertir la
veuve qui l'accufa d'indifcrétion . Si j'en
étois capable , lui dit-il , je laifferois courir
des bruits que j'aurois voulu répandre ,
& je ne fouhaite rien tant que de les faire
évanouir. Obfervons- nous avec foin , évitons
en public , de nous trouver enſemble ,
& quand le hafard nous réunira . Ne vous
offenfez point de l'air diftrait & diffipé
que j'affecterai auprès de vous. La veuve
reçut tout cela d'affez mauvaife humeur.
Je fens bien , lui dit-elle , que vous en
ferez plus à votre aife : les affiduités , les
attentions vous gênent , & vous ne demandez
pas mieux que de pouvoir voltiger.
f
SEPTEMBRE . 1755 28
Mais moi , quelle contenance voulez-vous
que je tienne. Je ne fçaurois prendre fur
moi d'être coquette : ennuyée de tout en
votre abfence rêveufe & embarraſſée
,
auprès de vous , j'aurai l'air d'être jouée ,
& je le ferai peut- être en effet. Si l'on eſt
perfuadé que vous m'avez , il n'y a plus
aucun remede , le public ne revient pas.
Quel fera donc le fruit de ce prétendu
miftere. Nous aurons l'air , vous , d'un
amant détaché , moi , d'une amante délaiffée.
Cette réponſe de la veuve furprit Alcibiade
, la conduite qu'elle tint acheva de
le confondre . Chaque jour elle fe donnoit
plus d'aifance & de liberté. Au fpectacle ,
elle exigeoit qu'il fut affis derriere elle ,
qu'il lui donnât la main pour aller au Temple
, qu'il fut de fes promenades & de ſes
foupers. Elle affectoit fur- tout de fe trouver
avec fes rivales , & au milieu de ce
concours elle vouloit qu'il ne vit qu'elle.
Elle lui commandoit d'un ton abfolu , le
regardoit avec miftere , lui fourioit d'un
air d'intelligence , & lui parloit à l'oreille
avec cette familiarité qui annonce au public
qu'on eft d'accord. Il vit bien qu'elle
le menoit partout , comme un efclave enchaîné
à fon char . J'ai pris des airs pour
des fentimens , dit-il , avec un foupir , ce
n'eſt pas moi qu'elle aime , c'eſt l'éclat do
22 MERCURE DE FRANCE.
ma conquête ; elle me mépriferoit , fi elle
n'avoit point de rivales . Apprenons- lui que
la vanité n'eft pas digne de fixer l'amour.
On donnera la fuite le mais prochain.
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Résumé : LE MOI. HISTOIRE TRÈS-ANCIENNE.
Le texte décrit les expériences amoureuses d'Alcibiade, un homme riche, talentueux et beau, à Athènes. Alcibiade aspire à être aimé pour lui-même et non pour ses qualités extérieures. Il engage une relation avec une prude qui oppose une résistance feinte à ses avances. Alcibiade décide de ne pas exiger de relation physique, voulant prouver que l'amour pur peut suffire. La prude, frustrée, tente de le séduire, mais Alcibiade résiste, trouvant un triomphe dans cette épreuve. La prude, exaspérée, finit par le rejeter brutalement. Alcibiade se tourne ensuite vers Glicérie, une jeune femme de quinze ans, dont il admire la beauté et les talents. Il cherche à obtenir un aveu d'amour avant le mariage, mais Glicérie souhaite attendre la conclusion de l'hymen. Alcibiade, insistant, finit par se retirer, déçu par son manque de spontanéité. Enfin, Alcibiade rencontre une jeune veuve inconsolable. Leur relation évolue, et Alcibiade suggère une liaison sans engagement formel. La veuve refuse, préférant la liberté au nouvel esclavage du mariage. Alcibiade tente de la convaincre, mais elle reste ferme dans son refus. Le texte relate également une histoire d'amour secrète entre la veuve et Alcibiade. Initialement, la veuve ne souhaitait pas mourir et décida qu'elle ne pouvait vivre sans un amant, choisissant Alcibiade. Leur relation devint officielle, mais la veuve désirait la rendre publique. Elle confia leur secret à une amie, qui le révéla à son tour, provoquant une indiscrétion. Alcibiade, surpris, conseilla à la veuve de rester discrets en public. Cependant, la veuve, mécontente, continua de se comporter de manière ostentatoire, exigeant la présence d'Alcibiade en public et affichant leur complicité. Alcibiade réalisa alors que la veuve était motivée par la vanité et la jalousie des autres femmes, plutôt que par un véritable amour. Il conclut que la vanité n'était pas une base suffisante pour l'amour. La veuve et Alcibiade devaient se séparer prochainement.
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5
p. 22
A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
Début :
ROME de ses héros & de ses Empereurs, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Roi de France, Statue du roi de France
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texteReconnaissance textuelle : A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
A SA MAJESTE
LE ROI DE POLOGNE ,
Sur la ftatue du Roi de France ; qu'il a
fait ériger à Nancy.
ROME de fes héros & de fes Empereurs ,
Par le marbre ou l'airain fe retraçoit l'image :
Et celle de LOUIS , outre cet avantage ,
Eft gravée au fond de nos coeurs.
Par vos foins on la voit dans l'heureuſe contrée ,
Où vous avez du ciel fait revenir Aftrée :
Mais , Grand Roi , quel feroit notre contentement
S'ils n'étoient pas bornés à ce feul monument !
Sans craindre qu'un Monarque auffi bon que le
nôtre ,
Puiffe jamais être jaloux
Des fentimens qu'on a pour vous ;
Auprès de fa ftatue on voudroit voir la vôtre .
Par la Muſe Limonadiere , ce 28 Fuillet
1755.
LE ROI DE POLOGNE ,
Sur la ftatue du Roi de France ; qu'il a
fait ériger à Nancy.
ROME de fes héros & de fes Empereurs ,
Par le marbre ou l'airain fe retraçoit l'image :
Et celle de LOUIS , outre cet avantage ,
Eft gravée au fond de nos coeurs.
Par vos foins on la voit dans l'heureuſe contrée ,
Où vous avez du ciel fait revenir Aftrée :
Mais , Grand Roi , quel feroit notre contentement
S'ils n'étoient pas bornés à ce feul monument !
Sans craindre qu'un Monarque auffi bon que le
nôtre ,
Puiffe jamais être jaloux
Des fentimens qu'on a pour vous ;
Auprès de fa ftatue on voudroit voir la vôtre .
Par la Muſe Limonadiere , ce 28 Fuillet
1755.
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Résumé : A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
Le texte est une ode dédiée aux rois de Pologne et de France, Louis XV. Il compare les exploits des rois à ceux des héros romains immortalisés par le marbre ou l'airain. Louis XV est célébré pour avoir restauré l'abondance. L'auteur souhaite une statue du roi de Pologne à côté de celle de Louis XV. Le poème est signé par la Muse Limonadière et daté du 28 juillet 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 23-24
LES SOUHAITS. / LA DOUCE VENGEANCE.
Début :
Un tourtereau, [...]
Mots clefs :
Amant, Souhaits, Vengeance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SOUHAITS. / LA DOUCE VENGEANCE.
LES SOUHAITS.
UNN tourtereau ,
Perché fur un rameau ,
Attendoit le retour de fa chere compagne
Qui butinoit encor dans la campagne.
Cet amoureux oiſeau
Par fes gémiffemens exprimoit les allarmes
Dont fon coeur étoit agité .
Philis en répandit des larmes :
Tout attendrit une jeune beauté
Abſente de l'objet qu'elle aime.
Grands Dieux ! quelle félicité ,
Dit-elle , fi Tircis penfoit à moi de même !
A peine elle eut fini ces mots ,
Que le plus tendre des moineaux
A fes yeux careffa fon aimable femelle
Cent & cent fois en un moment ;
Amour , s'écria cette belle ,
En voyant leurs tranſports & leur raviffement
Ah ! fais que mon amant ,
Si tu veux que je fois à ton culte fidele ,
Imite abfent le tourtereau ,
Et qu'après fon retour il devienne moineau.
LA DOUCE VENGEANCE.
Dormons, difoit Cipris, au Dieu Mars fon amant ,
Avec un ton de voix charmant ;
24 MERCURE DE FRANCE .
Dormons : la nuit acheve fa carriere ,
J'apperçois déja la lumiere.
Vous vous trompez , non , ce n'eft pas le jour ;
L'éclat que vous voyez , dit Mars avec tendreſſe ,
Vient de vos yeux , belle Déeffe ;
C'est l'ouvrage de mon amour .
Ah ! réprit auffi - tôt la Reine de Cithere :
S'il eft bien vrai , cher amant , vengeons - nous,
En rendant cette nuit fi brillante , fi claire ,
Que l'indifcret Phébus en devienne jaloux.
Ces deux pieces font de M. de Beuvri.
UNN tourtereau ,
Perché fur un rameau ,
Attendoit le retour de fa chere compagne
Qui butinoit encor dans la campagne.
Cet amoureux oiſeau
Par fes gémiffemens exprimoit les allarmes
Dont fon coeur étoit agité .
Philis en répandit des larmes :
Tout attendrit une jeune beauté
Abſente de l'objet qu'elle aime.
Grands Dieux ! quelle félicité ,
Dit-elle , fi Tircis penfoit à moi de même !
A peine elle eut fini ces mots ,
Que le plus tendre des moineaux
A fes yeux careffa fon aimable femelle
Cent & cent fois en un moment ;
Amour , s'écria cette belle ,
En voyant leurs tranſports & leur raviffement
Ah ! fais que mon amant ,
Si tu veux que je fois à ton culte fidele ,
Imite abfent le tourtereau ,
Et qu'après fon retour il devienne moineau.
LA DOUCE VENGEANCE.
Dormons, difoit Cipris, au Dieu Mars fon amant ,
Avec un ton de voix charmant ;
24 MERCURE DE FRANCE .
Dormons : la nuit acheve fa carriere ,
J'apperçois déja la lumiere.
Vous vous trompez , non , ce n'eft pas le jour ;
L'éclat que vous voyez , dit Mars avec tendreſſe ,
Vient de vos yeux , belle Déeffe ;
C'est l'ouvrage de mon amour .
Ah ! réprit auffi - tôt la Reine de Cithere :
S'il eft bien vrai , cher amant , vengeons - nous,
En rendant cette nuit fi brillante , fi claire ,
Que l'indifcret Phébus en devienne jaloux.
Ces deux pieces font de M. de Beuvri.
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Résumé : LES SOUHAITS. / LA DOUCE VENGEANCE.
Le texte présente deux poèmes attribués à M. de Beuvri. Dans 'Les Souhaits', un tourtereau attend le retour de sa compagne et exprime son inquiétude par ses gémissements. Philis, émue par cette scène, souhaite que son amant, Tircis, lui manifeste la même attention. Elle observe ensuite un moineau qui retrouve sa femelle avec tendresse et exprime le désir que son amant imite cet oiseau. Dans 'La Douce Vengeance', la déesse Cypris (Vénus) et Mars, son amant, discutent de la fin de la nuit. Mars affirme que l'éclat qu'il voit provient des yeux de Cypris, symbolisant son amour. Cypris propose alors de rendre cette nuit si lumineuse que le soleil en soit jaloux, illustrant ainsi leur désir de vengeance douce.
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7
p. 24
VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
Début :
Chargés de dons de Pomone & de Flore, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
VERS
A Mile C. Le jour de S. Louis fa fête , en
lui envoyant un petit panier couvert, dans
lequel il y avoit des pêches , & un bouquet
à la queue duquel étoient enchaînés fix
ferins , avec des faveurs.
CHargés des dons de Pomone & de Flore ,
Nous venons , députés de l'ifle de Paphos ,
Vous offrir , timides oiſeaux ,
Des fleurs , que les zéphirs pour vous ont fait
éclorre :
Ouvrez ! ne craignez point notre légereté ,
Nul de nous ne fera volage.
Peut-on ne pas chérir ſon eſclavage ,
Quand c'est pour vous qu'on perd la liberté ?
* Lefoleil en éclairant les plaiſirs de Mars & de
Venus , les fit furprendre par Vulcain.
A Mile C. Le jour de S. Louis fa fête , en
lui envoyant un petit panier couvert, dans
lequel il y avoit des pêches , & un bouquet
à la queue duquel étoient enchaînés fix
ferins , avec des faveurs.
CHargés des dons de Pomone & de Flore ,
Nous venons , députés de l'ifle de Paphos ,
Vous offrir , timides oiſeaux ,
Des fleurs , que les zéphirs pour vous ont fait
éclorre :
Ouvrez ! ne craignez point notre légereté ,
Nul de nous ne fera volage.
Peut-on ne pas chérir ſon eſclavage ,
Quand c'est pour vous qu'on perd la liberté ?
* Lefoleil en éclairant les plaiſirs de Mars & de
Venus , les fit furprendre par Vulcain.
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Résumé : VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
Un événement festif honore Saint Louis. Un panier de pêches et un bouquet sont envoyés à Mile C. Des messagers, se disant députés de l'île de Paphos, offrent des fleurs aux 'timides oiseaux' et assurent leurs intentions pures. Le texte évoque une légende où le soleil révèle les plaisirs de Mars et Vénus à Vulcain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 25-36
SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Début :
Les hommes naissent avec deux foiblesses contradictoires, la jalousie aveugle [...]
Mots clefs :
Hommes, Homme, Admiration, Jalousie, Modestie , Considération, Ambition, Gloire, Estime de soi, Estime, Vanité
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
SUITE
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
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Résumé : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Le texte 'Suite de l'estime de soi-même' de M. de Baftide examine les contradictions humaines entre la jalousie et l'admiration, et comment ces traits influencent les succès mondains. L'auteur met en avant l'importance de l'art de se faire valoir pour atteindre ses ambitions, tout en distinguant cet art des pratiques immorales comme la flatterie ou la trahison. L'art de se faire valoir est décrit comme innocent et efficace. Il consiste à augmenter l'estime des autres sans susciter de reproches. Les moyens pour y parvenir incluent la modestie, la douceur, la docilité, et la capacité à donner des conseils avec tact. L'auteur insiste sur l'importance de ne pas négliger ses intérêts de manière imprudente et de savoir quand montrer de la générosité. Le texte met également en garde contre les dangers de la vanité excessive et de la présomption. Il recommande de savoir flatter la vanité des autres sans les offenser et de demander des conseils avec dignité. L'auteur souligne que les concurrents doivent éviter la bassesse et l'insolence, et qu'il existe des moyens innocents pour réussir et obtenir la véritable gloire. L'auteur décrit des stratégies pour se faire valoir en adoptant un comportement généreux et admirable. Il recommande de ne montrer à un compétiteur que la moitié de ses moyens, de lui épargner les preuves de son infériorité, de descendre à son niveau et de lui conserver son illusion, tout en regrettant d'être son compétiteur sans l'humilier. Ces moyens sont ceux d'un homme généreux et admirable, digne d'amour. L'auteur exprime sa décision d'exposer ces principes aux hommes pour les inciter à les adopter. Il doute cependant d'avoir suffisamment bien exprimé ses idées pour être écouté. Il souligne l'importance de l'art de l'esprit dans la communication, affirmant qu'un sermon, même raisonnable, est ennuyeux s'il n'est pas agréable. La raison devrait avoir un privilège, mais l'esprit, bien qu'aimable, manque souvent de profondeur. L'auteur compare l'esprit à une belle fleur éphémère, soulignant la nécessité de provisions pour les autres saisons de la vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 36
VERS A Madame P ...
Début :
Qui voit P ... voit la beauté : [...]
Mots clefs :
Dieux
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texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame P ...
VERS
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
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10
p. 37-41
EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
Début :
Toujours fondé sur votre complaisance, [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Choix des livres, Littérature, Goût
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
EPITRE
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
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Résumé : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
L'épître est adressée à un docteur en médecine et amateur de littérature, sollicitant son aide pour choisir des livres. L'auteur exprime sa gratitude pour la complaisance passée du docteur et justifie sa demande par la difficulté de trouver des œuvres de qualité. Il critique les bibliothèques de deux érudits, Damon et Eraste. Damon, bien que réputé, possède des ouvrages obscènes et de mauvaise qualité. Eraste, un juriste, a des livres anciens et ennuyeux. L'auteur rencontre également des philosophes comme Philinte, dont les recueils sont trop techniques. Il souligne l'importance de la sélection rigoureuse des livres, distinguant les œuvres de valeur des productions modernes et superficielles. L'auteur espère que le docteur l'aidera à trouver des œuvres littéraires de qualité, comparables aux fleurs délicates que l'abeille recherche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 42
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, j'entre dans le monde, & je me suis informé de ce qu'il [...]
Mots clefs :
Auteur du Mercure, Poète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR , j'entre dans le monde,
& je me fuis informé de ce qu'il
pour s'y avancer rapidement . Quatre
chofes , m'a-t-on répondu. Beaucoup de
talent pour voiler la vérité , prefque autant
de goût pour la galanterie , une pointe
de médifance , & par- deffus tout un petit
air de dévotion. Comme je fuis timide
, je n'ai pas ofé me produire fans effayer
à part moi fi je réuffirois . Mais comment
m'y prendre ? Je n'avois jamais fait de
vers ; j'ai imaginé d'en compofer fur les
quatre genres : Ainfi c'eſt la timidité qui
m'a créé poëte , & c'eft beaucoup ; car je
ne croyois jamais pouvoir faire quelque
chofe de cette timidité là. Ce font ces
effais que je vous envoie. Vous n'en prendrez
pour le Mercure que ce qu'il vous
lè
plaira Mais prenez- y garde , Monfieur ,
la chofe eft plus fériqufe que vous ne penfez.
C'eft du genre que vous choiſirez ,
que dépendra le caractere que j'apporterai
dans le monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
G ***
ONSIEUR , j'entre dans le monde,
& je me fuis informé de ce qu'il
pour s'y avancer rapidement . Quatre
chofes , m'a-t-on répondu. Beaucoup de
talent pour voiler la vérité , prefque autant
de goût pour la galanterie , une pointe
de médifance , & par- deffus tout un petit
air de dévotion. Comme je fuis timide
, je n'ai pas ofé me produire fans effayer
à part moi fi je réuffirois . Mais comment
m'y prendre ? Je n'avois jamais fait de
vers ; j'ai imaginé d'en compofer fur les
quatre genres : Ainfi c'eſt la timidité qui
m'a créé poëte , & c'eft beaucoup ; car je
ne croyois jamais pouvoir faire quelque
chofe de cette timidité là. Ce font ces
effais que je vous envoie. Vous n'en prendrez
pour le Mercure que ce qu'il vous
lè
plaira Mais prenez- y garde , Monfieur ,
la chofe eft plus fériqufe que vous ne penfez.
C'eft du genre que vous choiſirez ,
que dépendra le caractere que j'apporterai
dans le monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
G ***
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'auteur d'une lettre, timide, décrit les qualités nécessaires pour s'intégrer dans le monde : talent pour voiler la vérité, goût pour la galanterie, méfiance et dévotion. Il compose des vers sur quatre genres littéraires, devenant poète. Il envoie ses œuvres à l'auteur du Mercure, lui laissant le choix de publication, tout en précisant que le genre choisi déterminera son caractère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 43
STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
Début :
Allons, Philis, dans ces bocages, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Nature, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
STANCES A PHILIS.
Pour l'inviter à venir quelque tems à la
campagne.
ALlons , Philis , dans ces bocages ,
Contempler de nouveaux objets ,
Et fous ces ténébreux feuillages
Inventer de plus doux projets.
Allons , loin du fafte des villes ;
Loin du fiécle , loin des plaiſirs ,
A nos coeurs fimples & dociles
Permettre d'innocens defirs.
Allons ... la nature embellie ,
Par-deffus l'éclat des cités
D'une douce mélancolie ,
Remplira nos coeurs enchantés.
Du repos de ce lieu champêtre
Amour pourra s'autoriſer.
Tout y fert à le faire naître
Ainfi qu'à le favorifer.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quand la plaintive tourterelle
Pouffera de tendres accens ,
Ton coeur peut-être apprendra d'elle
Afouffrir des maux que je fens .
Quand le cryftal d'une onde pare
Offrira tes traits dans fon fein ,
Il t'apprendra que la nature
Ne forma pas ces traits en vain.
Ces fleurs même , ces fleurs nouvelles
Nous font fouvenir des inftans :
Elles ne font pas toujours belles ,
Philis ,il n'eft qu'un feul printems.
Le tems , plus léger que l'aurore
S'envole d'un rapide cours :
Rendons-le plus rapide encore ,
En le confacrant aux Amours.
Tous deux de l'ardeur la plus vive ,
Philis , laiffons-nous enflammer :
Tu m'aimeras pour que je vive ,
Et moi je vivrai pour t'aimer.
SEPTEMBRE. 1755 .
45
Ah ! fi ton amour eft durable ,
S'il ne fuit jamais d'autres loix ,
Mon fort eft cent fois préférable
Au fort brillant des plus grands Rois.
D'une félicité plus pure
Les Dieux goûtent- ils la douceur ?
Au- deffous d'eux par ma nature ,
Au- deffus d'eux par mon bonheur.
Quand avec toi mon coeur s'explique ,
Je crois monter au rang des Dieux :
Et fous le toit le plus ruftique
Je trouve près de toi les cieux.
Tout eft divin dans ta perfonne.
M'offres-tu la rouge liqueur ?
Je crois voir Hebé qui me donne
Un nectar rempli de douceur.
M'offres-tu la pomme nouvelle
Pâris fe vit moins honoré :
La fienne étoit à la plus belle ,
La tienne eft au plus adoré .
46 MERCURE DE FRANCE.
Ces fleurs que ta main a choiſie ,
Tu leur donnes mille vertus ;
Ce font celles dont l'ambroifie
Parfument l'autel de Vénus.
'Ah ! que l'amour répand dans l'ame
De fentimens délicieux.
Philis , en brûlant de fa flamme ,
Nous nous rendrons plus chers aux Dieux.
La cour des céleftes Monarques
Nous deftine les plus beaux jours.
Les graces deviennent les parques
Des coeurs confacrés aux Amours.
L'amour , c'est le fil de la vie.
Les plaifirs tiennent le fuſeau ,
L'ivreffe dont elle eft fuivie ,
Philis , c'eft le coup du cifeau,
Veux-tu voir la métamorphofe
D'un mortel au- deffus d'un Roi
Un mot fait mon apothéoſe :
Cher Tircis , mon coeur eft à toi.
Pour l'inviter à venir quelque tems à la
campagne.
ALlons , Philis , dans ces bocages ,
Contempler de nouveaux objets ,
Et fous ces ténébreux feuillages
Inventer de plus doux projets.
Allons , loin du fafte des villes ;
Loin du fiécle , loin des plaiſirs ,
A nos coeurs fimples & dociles
Permettre d'innocens defirs.
Allons ... la nature embellie ,
Par-deffus l'éclat des cités
D'une douce mélancolie ,
Remplira nos coeurs enchantés.
Du repos de ce lieu champêtre
Amour pourra s'autoriſer.
Tout y fert à le faire naître
Ainfi qu'à le favorifer.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quand la plaintive tourterelle
Pouffera de tendres accens ,
Ton coeur peut-être apprendra d'elle
Afouffrir des maux que je fens .
Quand le cryftal d'une onde pare
Offrira tes traits dans fon fein ,
Il t'apprendra que la nature
Ne forma pas ces traits en vain.
Ces fleurs même , ces fleurs nouvelles
Nous font fouvenir des inftans :
Elles ne font pas toujours belles ,
Philis ,il n'eft qu'un feul printems.
Le tems , plus léger que l'aurore
S'envole d'un rapide cours :
Rendons-le plus rapide encore ,
En le confacrant aux Amours.
Tous deux de l'ardeur la plus vive ,
Philis , laiffons-nous enflammer :
Tu m'aimeras pour que je vive ,
Et moi je vivrai pour t'aimer.
SEPTEMBRE. 1755 .
45
Ah ! fi ton amour eft durable ,
S'il ne fuit jamais d'autres loix ,
Mon fort eft cent fois préférable
Au fort brillant des plus grands Rois.
D'une félicité plus pure
Les Dieux goûtent- ils la douceur ?
Au- deffous d'eux par ma nature ,
Au- deffus d'eux par mon bonheur.
Quand avec toi mon coeur s'explique ,
Je crois monter au rang des Dieux :
Et fous le toit le plus ruftique
Je trouve près de toi les cieux.
Tout eft divin dans ta perfonne.
M'offres-tu la rouge liqueur ?
Je crois voir Hebé qui me donne
Un nectar rempli de douceur.
M'offres-tu la pomme nouvelle
Pâris fe vit moins honoré :
La fienne étoit à la plus belle ,
La tienne eft au plus adoré .
46 MERCURE DE FRANCE.
Ces fleurs que ta main a choiſie ,
Tu leur donnes mille vertus ;
Ce font celles dont l'ambroifie
Parfument l'autel de Vénus.
'Ah ! que l'amour répand dans l'ame
De fentimens délicieux.
Philis , en brûlant de fa flamme ,
Nous nous rendrons plus chers aux Dieux.
La cour des céleftes Monarques
Nous deftine les plus beaux jours.
Les graces deviennent les parques
Des coeurs confacrés aux Amours.
L'amour , c'est le fil de la vie.
Les plaifirs tiennent le fuſeau ,
L'ivreffe dont elle eft fuivie ,
Philis , c'eft le coup du cifeau,
Veux-tu voir la métamorphofe
D'un mortel au- deffus d'un Roi
Un mot fait mon apothéoſe :
Cher Tircis , mon coeur eft à toi.
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Résumé : STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
Le texte 'Stances à Philis' est une invitation adressée à Philis pour qu'elle rejoigne le narrateur à la campagne. Le narrateur souhaite fuir l'agitation des villes et les plaisirs mondains afin de savourer la simplicité et l'innocence de la nature. Il décrit la nature comme une source de douce mélancolie et de repos, favorable à l'amour. Divers éléments naturels, tels que la tourterelle et les fleurs, illustrent la beauté éphémère et l'importance de profiter de l'instant présent. Le narrateur exprime un amour ardent pour Philis, affirmant que son amour surpasse celui des plus grands rois et aspire à une félicité pure avec elle. Le texte se conclut par une métaphore de l'amour comme fil de la vie, soulignant l'importance des plaisirs et des sentiments délicieux qu'il procure.
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13
p. 47-48
ODE Tirée du Pseaume 100.
Début :
Seigneur, de ta gloire immortelle [...]
Mots clefs :
Âme, Coeur, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 100.
O DE
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 100.
Le texte est une prière adressée à Dieu, exprimant le désir de célébrer la clémence divine. Le locuteur souhaite transformer son palais en un temple dédié à Dieu et éloigner les personnes impures et immorales. Il bannit ceux dont les discours corrompent l'innocence et la pudeur, ainsi que les traîtres et les enfants du démon utilisant des paroles enchanteresses pour nuire. Il rejette également les courtisans arrogants et hypocrites, ainsi que ceux qui vendent leur langue et leur cœur par intérêt. En revanche, il accueille favorablement les personnes au cœur fervent, à l'âme juste, et amies de l'ordre et de la paix, qui seront les ornements de sa cour. Le locuteur demande à Dieu de l'éclairer pour discerner les cœurs des humains.
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14
p. 49-51
LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Début :
Lorsque le maître du tonnerre [...]
Mots clefs :
Yeux, Coeur, Éclairs, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
LA NAISSANCE DE BACCHUS.
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
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Résumé : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Le texte raconte la naissance de Bacchus, fils de Jupiter et de Sémele. Jupiter, sous une forme humaine, séduit Sémele. Curieuse, Sémele demande à voir Jupiter dans toute sa majesté divine. Malgré les avertissements, Jupiter accède à sa demande et se révèle dans sa splendeur, entouré de tonnerres, de feux et de foudres. Éblouie et terrifiée, Sémele ne survit pas à cette vision. Avant sa mort, Jupiter recueille un souffle de vie sur les lèvres de Sémele pour donner naissance à Bacchus. Ce dernier hérite des pouvoirs de son père, notamment les foudres et les éclairs, et devient le dieu du vin, à la fois charmant et dangereux. La mort de Sémele symbolise le trouble de la raison humaine face à la divinité.
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15
p. 51-52
EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
Début :
Oon dit partout, sçavante brune, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
EPIGRAMME
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
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Résumé : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
L'épigramme 'Contre Hermogune' critique Hermogune, qui parle quatre langues, et suggère que cette polyglossie est liée à une haine intense. L'auteur implique que les compétences linguistiques d'Hermogune sont utilisées de manière malveillante. Le texte mentionne aussi que différentes formes poétiques définissent le caractère de l'auteur. L'épigramme n'incite pas à la médisance.
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16
p. 52-55
Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
Homere est plus poëte, Virgile est un poëte plus parfait. [...]
Mots clefs :
Homère, Virgile, Comparaison , Défauts, Poète, Poésie
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texteReconnaissance textuelle : Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Comparaison d'Homere & de Virgile , par
M. l'Abbé Trublet.
Omere eft plus poëte , Virgile eft un
H poëte plus parfait.
Le premier poffede dans un dégré plus
éminent quelques - unes des qualités que
demande la poëfie ; le fecond réunit un
plus grand nombre de ces qualités , & elles
fe trouvent toutes chez lui dans la proportion
la plus exacte .
L'un caufe un plaifir plus vif , l'autre un
plaifir plus doux.
Il est encore plus vrai de la beauté de
l'efprit que de celle du vifage , qu'une forte
d'irrégularité la rend plus piquante.
L'homme de génie eft plus frappé d'Homere
, l'homme de goût eft plus touché de
Virgile.
SEPTEMBRE. 1755. 53
On admire plus le premier , on eftime
plus le fecond.
Il y a plus d'or dans Homere ; ce qu'il y
en a dans Virgile , eft plus pur & plus poli .
Celui - ci a voulu être poëte , & il l'a
pu celui- là ne pouvoit ne le point être.
Si Virgile ne s'étoit point adonné à la
poëfie , on n'auroit peut- être point foupçonné
qu'il étoit très - capable d'y réuffir.
Si , par impoffible, Homere, méconnoiffant
fon talent pour la poëfie , eût d'abord travaillé
dans un autre genre , la voix publique
l'auroit bientôt averti de fa méprife
ou peut - être feulement de fa modeftie :
on lui eût dit qu'il étoit capable de quelque
chofe de plus.
Homere eft un des plus grands génies
qui ayent jamais été ; Virgile eft un des
plus accomplis.
L'Eneïde vaut mieux que l'Iliade , mais "
Homere valoit mieux que Virgile.
Une grande partie des défauts de l'Iliade
font ceux du fiécle d'Homere ; les défauts
de l'Eneïde font ceux de Virgile.
il y a plus de fautes dans l'Iliade & plus
de défauts dans l'Eneïde.
Ecrivant aujourd'hui , Homere ne feroit
pas les fautes qu'il a faites ; Virgile auroit
encore fes défauts .
On doit Virgile à Homere : On ignore fi
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
celui - ci a eu des modeles , mais on fent
qu'il pouvoit s'en paffer.
Il y a plus de talent & d'abondance
dans Homere , plus d'art & de choix dans
Virgile.
L'un & l'autre font peintres ; ils peignent
toute la nature , & le coloris eft
admirable dans tous les deux ; mais il eft
plus gracieux dans Virgile , & plus vif
dans Homere.
Homere s'eft plus attaché que Virgile à
peindre les hommes , les caracteres , les
moeurs ; il eft plus moral ; & c'eſt- là à
mon gré , le principal avantage du poëte
grec fur le poëte latin. La morale de Vir
gile eft peut- être meilleure ; & c'eft le mérite
de fon fiécle , l'effet des lumieres acquifes
d'âge en âge : Mais Hamere a plus
de morale , & c'eft en lui un mérite propre
& perfonnel , l'effet de fon tour d'efprit
particulier.
Virgile a farpaffé Homere dans le deffein
& dans l'ordonnance.
Il viendra plutôt un Virgile qu'un Homere.
Nous ne devons point craindre les
que
fautes d'Homere fe renouvellent , un écolier
les éviteroit. Mais qui nous rendra fes
beautés ?
Il me femble que plufieurs des traits de
SEPTEMBRE. 1755. 55
ce parallele pourroient entrer dans celui
de Corneille & de Racine.
M. l'Abbé Trublet.
Omere eft plus poëte , Virgile eft un
H poëte plus parfait.
Le premier poffede dans un dégré plus
éminent quelques - unes des qualités que
demande la poëfie ; le fecond réunit un
plus grand nombre de ces qualités , & elles
fe trouvent toutes chez lui dans la proportion
la plus exacte .
L'un caufe un plaifir plus vif , l'autre un
plaifir plus doux.
Il est encore plus vrai de la beauté de
l'efprit que de celle du vifage , qu'une forte
d'irrégularité la rend plus piquante.
L'homme de génie eft plus frappé d'Homere
, l'homme de goût eft plus touché de
Virgile.
SEPTEMBRE. 1755. 53
On admire plus le premier , on eftime
plus le fecond.
Il y a plus d'or dans Homere ; ce qu'il y
en a dans Virgile , eft plus pur & plus poli .
Celui - ci a voulu être poëte , & il l'a
pu celui- là ne pouvoit ne le point être.
Si Virgile ne s'étoit point adonné à la
poëfie , on n'auroit peut- être point foupçonné
qu'il étoit très - capable d'y réuffir.
Si , par impoffible, Homere, méconnoiffant
fon talent pour la poëfie , eût d'abord travaillé
dans un autre genre , la voix publique
l'auroit bientôt averti de fa méprife
ou peut - être feulement de fa modeftie :
on lui eût dit qu'il étoit capable de quelque
chofe de plus.
Homere eft un des plus grands génies
qui ayent jamais été ; Virgile eft un des
plus accomplis.
L'Eneïde vaut mieux que l'Iliade , mais "
Homere valoit mieux que Virgile.
Une grande partie des défauts de l'Iliade
font ceux du fiécle d'Homere ; les défauts
de l'Eneïde font ceux de Virgile.
il y a plus de fautes dans l'Iliade & plus
de défauts dans l'Eneïde.
Ecrivant aujourd'hui , Homere ne feroit
pas les fautes qu'il a faites ; Virgile auroit
encore fes défauts .
On doit Virgile à Homere : On ignore fi
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
celui - ci a eu des modeles , mais on fent
qu'il pouvoit s'en paffer.
Il y a plus de talent & d'abondance
dans Homere , plus d'art & de choix dans
Virgile.
L'un & l'autre font peintres ; ils peignent
toute la nature , & le coloris eft
admirable dans tous les deux ; mais il eft
plus gracieux dans Virgile , & plus vif
dans Homere.
Homere s'eft plus attaché que Virgile à
peindre les hommes , les caracteres , les
moeurs ; il eft plus moral ; & c'eſt- là à
mon gré , le principal avantage du poëte
grec fur le poëte latin. La morale de Vir
gile eft peut- être meilleure ; & c'eft le mérite
de fon fiécle , l'effet des lumieres acquifes
d'âge en âge : Mais Hamere a plus
de morale , & c'eft en lui un mérite propre
& perfonnel , l'effet de fon tour d'efprit
particulier.
Virgile a farpaffé Homere dans le deffein
& dans l'ordonnance.
Il viendra plutôt un Virgile qu'un Homere.
Nous ne devons point craindre les
que
fautes d'Homere fe renouvellent , un écolier
les éviteroit. Mais qui nous rendra fes
beautés ?
Il me femble que plufieurs des traits de
SEPTEMBRE. 1755. 55
ce parallele pourroient entrer dans celui
de Corneille & de Racine.
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Résumé : Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Le texte compare les poètes Homère et Virgile. Homère est décrit comme un poète vif et irrégulier, capable de provoquer un plaisir intense et d'impressionner les hommes de génie. Ses qualités poétiques sont éminentes mais inégales. L'Iliade contient des passages brillants mais aussi des fautes, reflétant les défauts de son époque. Homère est considéré comme un génie supérieur, plus moral, et attaché à dépeindre les hommes et leurs mœurs. Virgile, en revanche, est perçu comme un poète plus parfait et doux, touchant davantage les hommes de goût. Il excelle dans l'art et le choix, et a surpassé Homère dans la définition et l'ordonnance de ses œuvres. L'Énéide est mieux structurée mais porte les défauts de son auteur. Le texte conclut que, bien que les fautes d'Homère soient évitables, ses beautés sont inimitables.
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17
p. 55-57
ODE A la Vérité.
Début :
Du sein de la voûte azurée [...]
Mots clefs :
Âme, Faiblesse, Coeurs, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : ODE A la Vérité.
ODE
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
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Résumé : ODE A la Vérité.
Dans l''ODE À LA VÉRITÉ', l'auteur célèbre la vérité comme une lumière éblouissante et sacrée qui dissipe l'ignorance et la crédulité, offrant une vision claire et sereine. Il compare cette révélation à la fonte des glaces en Ingérie, symbolisant la libération des contraintes. Le poète dénonce ensuite ceux qui ont exploité sa faiblesse et conspiré contre lui, révélant leur nature cruelle et parricide cachée derrière des apparences trompeuses. Il décide de les dénoncer et de les punir, invoquant l'aide divine pour venger l'innocence opprimée. Le poète se transforme en un aigle vengeur, prêt à poursuivre ses ennemis même dans les abîmes pour les accabler de remords et les réduire à néant. Il conclut en demandant à Dieu de les anéantir complètement.
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18
p. 58-60
LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
Début :
De deux fourneaux, une muraille antique [...]
Mots clefs :
Fourneaux, Teinturier, Liqueurs, Feu, Goût, Charlotte Reynier Bourette
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texteReconnaissance textuelle : LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
LES DEUX FOURNEAUX.
FABLE .
A Mme Bourette , ci- devant Mme Curé.
De deux fourneaux , une muraille antique
E
Faifoit la féparation.
Ces fourneaux n'étant point dans la même boutique
,
Ils n'avoient pas non plus la même fonction.
L'un , d'un diftillateur , ( à ce que dit l'hiftoire :)
Servoit à diftiller les charmantes liqueurs.
Sur l'autre , un teinturier dans fon laboratoire
Faifoit bouillir fes diverfes couleurs ,
Dès que les ouvriers avoient fait leur journée ,
Le feu n'exhalant plus ni flamme ni fumée ;
Les fourneaux , à travers le vieux mur mitoyen ,
De converfer enſemble , avoient trouvé moyen :
Celui du teinturier difoit à fon confrere :
Le goût & l'odorat par vos ſoins font flatés ,
Au lieu que de mon miniſtere
L'un & l'autre fouvent le fentent rebutés .
Lors le diftillateur lui répondit : Mon frere ,
Vous avez votre utilité.
Dans moi , le feu par fon activité ,
Des fleurs , des fruits , abforbe la nature ;
SEPTEMBRE. 1755. 59
Mais par vos foins , ainfi que la peinture
Qui fe fait admirer par fon beau coloris ;
Vous faites que les yeux font charmés , éblouis.
Vous femblez donner l'être aux plus aimables
chofes ;
Et même furpaffer par vos métamorphofes ,
L'azur qui brille au ciel , & la neige des lys ,
Et le feu du corail , & le vermeil des rofes.
Lyon , les Gobelins font valoir vos talens .
Vos travaux ont rendu ces endroits opulens.
C'eſt par le ponceau fin , par la riche écarlate
Que leur magnificence éclate.
Ne vous plaignez donc plus. Quant à flater le
goût
Par mes liqueurs délicieuſes ,
A la fanté du corps fouvent pernicieuſes ;
Voilà tout mon mérite Eh ! qui peut avoir tout
On ne joint pas toujours l'utile à l'agréable .
Confolez -vous , l'utile eft toujours préférable :
Cependant , quand on peut les réunir tous deux ,
C'eſt-là ce qui s'appelle avoir un fort heureux.
Oui , dit le Teinturier : c'eſt un double avantage.
Mais vous l'avez fur moi , tel eft votre appanage.
Par le beau coloris de vos douces liqueurs
Vous charmez à la fois & les yeux & les coeurs.
Eh qui joint mieux que vous l'agréable à l'utile ș
Le goût & l'odorat ne me font point la cour ;
Mais ils fuivront toujours celui qui leur diftille
L'eau d'or & le parfait amour.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le fourneau d'un Poëte eft fon cerveau fans
doute.
Pour faire quelques vers je fçai ce qu'il m'en
coûte.
Bourette , mieux que moi , vous fentez cette ardeur
,
Dont le fils de Latone enflamme maint auteur.
Ne comparons donc pas nos fourneaux l'un à
l'autre ;
Le mien eft de beaucoup inférieur au vôtre.
J. L. Cappon.
Maître Teinturier , & Bedeau des Saints
Innocens à Paris.
Ces qualités doivent fervir de paffeport
aux vers que l'on vient de lire.
FABLE .
A Mme Bourette , ci- devant Mme Curé.
De deux fourneaux , une muraille antique
E
Faifoit la féparation.
Ces fourneaux n'étant point dans la même boutique
,
Ils n'avoient pas non plus la même fonction.
L'un , d'un diftillateur , ( à ce que dit l'hiftoire :)
Servoit à diftiller les charmantes liqueurs.
Sur l'autre , un teinturier dans fon laboratoire
Faifoit bouillir fes diverfes couleurs ,
Dès que les ouvriers avoient fait leur journée ,
Le feu n'exhalant plus ni flamme ni fumée ;
Les fourneaux , à travers le vieux mur mitoyen ,
De converfer enſemble , avoient trouvé moyen :
Celui du teinturier difoit à fon confrere :
Le goût & l'odorat par vos ſoins font flatés ,
Au lieu que de mon miniſtere
L'un & l'autre fouvent le fentent rebutés .
Lors le diftillateur lui répondit : Mon frere ,
Vous avez votre utilité.
Dans moi , le feu par fon activité ,
Des fleurs , des fruits , abforbe la nature ;
SEPTEMBRE. 1755. 59
Mais par vos foins , ainfi que la peinture
Qui fe fait admirer par fon beau coloris ;
Vous faites que les yeux font charmés , éblouis.
Vous femblez donner l'être aux plus aimables
chofes ;
Et même furpaffer par vos métamorphofes ,
L'azur qui brille au ciel , & la neige des lys ,
Et le feu du corail , & le vermeil des rofes.
Lyon , les Gobelins font valoir vos talens .
Vos travaux ont rendu ces endroits opulens.
C'eſt par le ponceau fin , par la riche écarlate
Que leur magnificence éclate.
Ne vous plaignez donc plus. Quant à flater le
goût
Par mes liqueurs délicieuſes ,
A la fanté du corps fouvent pernicieuſes ;
Voilà tout mon mérite Eh ! qui peut avoir tout
On ne joint pas toujours l'utile à l'agréable .
Confolez -vous , l'utile eft toujours préférable :
Cependant , quand on peut les réunir tous deux ,
C'eſt-là ce qui s'appelle avoir un fort heureux.
Oui , dit le Teinturier : c'eſt un double avantage.
Mais vous l'avez fur moi , tel eft votre appanage.
Par le beau coloris de vos douces liqueurs
Vous charmez à la fois & les yeux & les coeurs.
Eh qui joint mieux que vous l'agréable à l'utile ș
Le goût & l'odorat ne me font point la cour ;
Mais ils fuivront toujours celui qui leur diftille
L'eau d'or & le parfait amour.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le fourneau d'un Poëte eft fon cerveau fans
doute.
Pour faire quelques vers je fçai ce qu'il m'en
coûte.
Bourette , mieux que moi , vous fentez cette ardeur
,
Dont le fils de Latone enflamme maint auteur.
Ne comparons donc pas nos fourneaux l'un à
l'autre ;
Le mien eft de beaucoup inférieur au vôtre.
J. L. Cappon.
Maître Teinturier , & Bedeau des Saints
Innocens à Paris.
Ces qualités doivent fervir de paffeport
aux vers que l'on vient de lire.
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Résumé : LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
La fable 'Les Deux Fourneaux' relate l'histoire de deux fourneaux séparés par une muraille antique, chacun ayant une fonction distincte. Le premier appartient à un distillateur et sert à produire des liqueurs, tandis que le second, utilisé par un teinturier, sert à faire bouillir diverses couleurs. Chaque soir, ils conversent à travers le mur. Le fourneau du teinturier admire les liqueurs du distillateur, qui flattent le goût et l'odorat, contrairement à son propre travail qui rebute souvent ces sens. Le distillateur souligne l'utilité de chacun : son fourneau extrait la nature des fleurs et des fruits, tandis que celui du teinturier charme les yeux par ses couleurs, comparables à la beauté de la nature et des arts. Le teinturier reconnaît que les liqueurs du distillateur charment à la fois les yeux et les cœurs, combinant l'utile et l'agréable. Le distillateur conclut en affirmant que, bien que l'utile soit préférable, réunir les deux est idéal. La fable se termine par une comparaison des fourneaux à ceux des poètes, soulignant que chaque métier a ses propres mérites et utilités.
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19
p. 61-66
PENSÉES DIVERSES.
Début :
La vertu est de tous les états ; mais la médiocrité est en quelque sorte son [...]
Mots clefs :
Vertu, Homme vertueux, Bonheur, Passions, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PENSÉES DIVERSES.
PENSEES DIVERSES.
LA
A vertu eft de tous les états ; mais la
médiocrité eft en quelque forte fon
élément .
Il ne faut être pas vertueux ni libéral
pour faire du bien aux miférables ; il fuffit
d'être homme.
Le vice traîne avec foi tant de maux ,
que quand la vertu ne ferviroit qu'à nous
en garentir , fon prix devroit paroître infini.
Le dégoût de la vertu ne naît que dans
les coeurs qui ne connoiffent ni la vertu ni
le vice.
C'est une vertu bien équivoque que
celle qui a befoin d'épreuves pour fe fortifier
; un homme vertueux par goût & par
principes , l'eft autant qu'on peut l'être ,
& l'eft pour toute fa vie.
Le mauvais exemple eft à la vertu ce que
la prévention eft à la vérité .
La loi la plus étroite ne gêne point
Phomme vertueux , parce que tout ce qui
eft deffendu lui devient impoffible.
On dit du guerrier : il a fait de grands
exploits ; du fçavant , il a fait de bons ouvrages
; du Légiflateur , il a fait de belles
62 MERCURE DE FRANCE.
conftitutions : l'éloge de l'homme vertueux
eft d'avoir fait le bien.
Le Philofophe définit la vertu & la néglige
; le faux dévôt l'affiche & la rend ridicule
; l'enthoufiafte la prêche & la fait haïr;
l'homme de bien la fuit & en eft le modele
.
Soyez riche , vous n'aurez pas de naiffance
; foyez brave , il vous manquera du
bonheur ; foyez puiffant , vous ne ferez
pas modéré ; foyez vertueux , vous ferez
tout ce qu'il faut être.
L'honneur eft un fouverain defpotique ;
c'eft la divinité du monde entier. Fortune,
fanté , repos , tout lui eft facrifié. Faut - il
l'honneur foit différent de la vertu !
La fageffe diftingue le bien , la vertu le
pratique.
que
Le Jurifconfulte s'applique à pénétrer
l'efprit des Loix ; le Phyficien travaille à
découvrir les fecrets de la nature ; le Théologien
tâche de percer la miftérieuſe obfcurité
des Ecritures ; le Sage cherche à ſe
connoître .
Les auftérités , les jeûnes , les macérations
, &c. ne font bons qu'à compenfer
des excès contraires. Une vie uniforme &
réglée eft la vie de l'homme vertueux.
Les plus grands Princes ne font pas
toujours les meilleurs Rois.
SEPTEMBRE 1755 . 63
Admirer la vertu & en négliger la pratique
, c'eft une contradiction bien étrange
, & néanmoins encore trop rare.
Le zele ne differe de la paffion , qu'en
ce qu'il a un objet louable . Il eſt quelquefois
dangereux , & a fait faire de grandes.
fautes.
Les efprits forts font en fait de religion
ce que font les beaux efprits en fait de
littérature .
Il n'y a qu'un pas du fcrupule à la fuperftition.
Ր
Rien n'eft pire que l'anéantiffement. Du
faîte de la félicité , paffer au comble du
malheur , ce n'eſt que changer de mode
de l'exiſtence , paffer au néant , c'eft perdre
fon effence.
Qui abandonne une Religion pour une
autre , les trahit fouvent toutes deux.
Les moeurs fe forment des impreffions
qu'on reçoit , & s'épurent par les réflexions
qui en naiffent.
Qui cherche le péril eft teméraire ; qui
Je fuit eft lâches qui l'attend & le brave ,
eft courageux.
Il y a peu d'incrédules , mais beaucoup
de gens qui s'étourdiffent ou s'endorment
fur leur croyance.
Toute affectation eft voiſine du ridicule.
Un homme a- t-il de la naiflance , du
64 MERCURE DE FRANCE.
coeur , du bien , de l'eſprit ? Voilà ce qu'on
regarde dans le monde. Mais a- t- il des
mours ? c'eft ce qu'on n'examine guères .
Il en eft des paffions comme des liqueurs
qui entrent dans la compofition de l'homme.
L'équilibre fubfifte- t-il entre ces li-
?
queurs
? le corps
fe porte
bien. Eft- il dé- truit
le corps
fouffre
. De même
tant que
les paffions
demeurent
dans une certaine
affiette
où elles
fe contrebalançent
refpectivement
, l'ame
eft en bon état . Viennent- elles à fe déranger
? l'ame
eft troublée
, &
devient
malheureufe
.
On peut définir le vrai bonheur une
paix de l'ame qui naît du calme des paffions
, & du témoignage d'une bonne confcience
.
La jaloufie eft la marque d'un amour
extrême , ou d'un extrême mépris.
Les
gens de bien
& les
fcélérats
ont
quelque
chofe
de commun
; c'eſt
de mourir
comme
ils ont
vêcu
.
La politeffe n'eft pas un vice ; mais c'eft
le voile & le mafque de prefque tous les
vices.
Qui craint l'avenir , ou regrette le paffé,
jouit mal du préfent.
La folitude eft l'écueil du fçavant , &
l'effroi de l'ignorant ; c'eft l'afile de l'homme
vertueux.
SEPTEMBRE 1755. 65
L'orgueil eft la fource du vice & de la
fauffe vertu .
La vertu qui ne fe prête pas aux ufages
du monde , paffe pour un vice d'humeur ;
le vice qui s'y accommode eft regardé comme
une vertu de fociété.
Entez l'émulation fur un bon naturel ,
fi vous ne voulez pas la voir dégénérer en
envie.
Craignez Dieu ; aimez les hommes ;
défiez-vous de vous-mêmes.
On peignoit autrefois le fentiment ; au
jourd'hui on l'anatomiſe.
La plus aigre cenfure offenfe moins
qu'une raillerie ; on veut bien être fautif ,
vicieux même , mais non pas ridicule.
Qui fe trompe eft homme , qui trompe
eft un monftre .
Les grands titres font des monumens
de la vanité des hommes plutôt que des
témoignages de leur mérite .
Ce qu'on appelle modeftie , n'eft fouvent
qu'un rafinement de l'amour propre
qui quête des louanges en affectant de s'en
deffendre .
Il n'y a de vraiment malheureux què
ceux qui envient le bonheur des autres.
Il y a des gens , mais en petit nombre ,
qui ne font indignes d'une grande fortune,
que parce qu'ils la defirent.
66 MERCURE DE FRANCE.
Les plus grandes fautes dans l'ordre de
la fociété , font celles que l'on commer
contre les devoirs de fon état.
On parle toujours trop quand on parle
mal à
propos.
Les vérités fe tiennent & forment une
efpece de chaîne qu'on ne peut rompre ;
c'eft ce qui a fait dire aux Philofophes que
la vérité eft une.
La crainte naît de l'incertitude ; un péril
affuré ne peut produire que l'heroïfme
eu le defepoir.
Le monde fourmille de fots , & cependant
c'eft l'ufage du monde qui forme les
gens d'efprit.
LE MARIE', Avocat au Parlement.
LA
A vertu eft de tous les états ; mais la
médiocrité eft en quelque forte fon
élément .
Il ne faut être pas vertueux ni libéral
pour faire du bien aux miférables ; il fuffit
d'être homme.
Le vice traîne avec foi tant de maux ,
que quand la vertu ne ferviroit qu'à nous
en garentir , fon prix devroit paroître infini.
Le dégoût de la vertu ne naît que dans
les coeurs qui ne connoiffent ni la vertu ni
le vice.
C'est une vertu bien équivoque que
celle qui a befoin d'épreuves pour fe fortifier
; un homme vertueux par goût & par
principes , l'eft autant qu'on peut l'être ,
& l'eft pour toute fa vie.
Le mauvais exemple eft à la vertu ce que
la prévention eft à la vérité .
La loi la plus étroite ne gêne point
Phomme vertueux , parce que tout ce qui
eft deffendu lui devient impoffible.
On dit du guerrier : il a fait de grands
exploits ; du fçavant , il a fait de bons ouvrages
; du Légiflateur , il a fait de belles
62 MERCURE DE FRANCE.
conftitutions : l'éloge de l'homme vertueux
eft d'avoir fait le bien.
Le Philofophe définit la vertu & la néglige
; le faux dévôt l'affiche & la rend ridicule
; l'enthoufiafte la prêche & la fait haïr;
l'homme de bien la fuit & en eft le modele
.
Soyez riche , vous n'aurez pas de naiffance
; foyez brave , il vous manquera du
bonheur ; foyez puiffant , vous ne ferez
pas modéré ; foyez vertueux , vous ferez
tout ce qu'il faut être.
L'honneur eft un fouverain defpotique ;
c'eft la divinité du monde entier. Fortune,
fanté , repos , tout lui eft facrifié. Faut - il
l'honneur foit différent de la vertu !
La fageffe diftingue le bien , la vertu le
pratique.
que
Le Jurifconfulte s'applique à pénétrer
l'efprit des Loix ; le Phyficien travaille à
découvrir les fecrets de la nature ; le Théologien
tâche de percer la miftérieuſe obfcurité
des Ecritures ; le Sage cherche à ſe
connoître .
Les auftérités , les jeûnes , les macérations
, &c. ne font bons qu'à compenfer
des excès contraires. Une vie uniforme &
réglée eft la vie de l'homme vertueux.
Les plus grands Princes ne font pas
toujours les meilleurs Rois.
SEPTEMBRE 1755 . 63
Admirer la vertu & en négliger la pratique
, c'eft une contradiction bien étrange
, & néanmoins encore trop rare.
Le zele ne differe de la paffion , qu'en
ce qu'il a un objet louable . Il eſt quelquefois
dangereux , & a fait faire de grandes.
fautes.
Les efprits forts font en fait de religion
ce que font les beaux efprits en fait de
littérature .
Il n'y a qu'un pas du fcrupule à la fuperftition.
Ր
Rien n'eft pire que l'anéantiffement. Du
faîte de la félicité , paffer au comble du
malheur , ce n'eſt que changer de mode
de l'exiſtence , paffer au néant , c'eft perdre
fon effence.
Qui abandonne une Religion pour une
autre , les trahit fouvent toutes deux.
Les moeurs fe forment des impreffions
qu'on reçoit , & s'épurent par les réflexions
qui en naiffent.
Qui cherche le péril eft teméraire ; qui
Je fuit eft lâches qui l'attend & le brave ,
eft courageux.
Il y a peu d'incrédules , mais beaucoup
de gens qui s'étourdiffent ou s'endorment
fur leur croyance.
Toute affectation eft voiſine du ridicule.
Un homme a- t-il de la naiflance , du
64 MERCURE DE FRANCE.
coeur , du bien , de l'eſprit ? Voilà ce qu'on
regarde dans le monde. Mais a- t- il des
mours ? c'eft ce qu'on n'examine guères .
Il en eft des paffions comme des liqueurs
qui entrent dans la compofition de l'homme.
L'équilibre fubfifte- t-il entre ces li-
?
queurs
? le corps
fe porte
bien. Eft- il dé- truit
le corps
fouffre
. De même
tant que
les paffions
demeurent
dans une certaine
affiette
où elles
fe contrebalançent
refpectivement
, l'ame
eft en bon état . Viennent- elles à fe déranger
? l'ame
eft troublée
, &
devient
malheureufe
.
On peut définir le vrai bonheur une
paix de l'ame qui naît du calme des paffions
, & du témoignage d'une bonne confcience
.
La jaloufie eft la marque d'un amour
extrême , ou d'un extrême mépris.
Les
gens de bien
& les
fcélérats
ont
quelque
chofe
de commun
; c'eſt
de mourir
comme
ils ont
vêcu
.
La politeffe n'eft pas un vice ; mais c'eft
le voile & le mafque de prefque tous les
vices.
Qui craint l'avenir , ou regrette le paffé,
jouit mal du préfent.
La folitude eft l'écueil du fçavant , &
l'effroi de l'ignorant ; c'eft l'afile de l'homme
vertueux.
SEPTEMBRE 1755. 65
L'orgueil eft la fource du vice & de la
fauffe vertu .
La vertu qui ne fe prête pas aux ufages
du monde , paffe pour un vice d'humeur ;
le vice qui s'y accommode eft regardé comme
une vertu de fociété.
Entez l'émulation fur un bon naturel ,
fi vous ne voulez pas la voir dégénérer en
envie.
Craignez Dieu ; aimez les hommes ;
défiez-vous de vous-mêmes.
On peignoit autrefois le fentiment ; au
jourd'hui on l'anatomiſe.
La plus aigre cenfure offenfe moins
qu'une raillerie ; on veut bien être fautif ,
vicieux même , mais non pas ridicule.
Qui fe trompe eft homme , qui trompe
eft un monftre .
Les grands titres font des monumens
de la vanité des hommes plutôt que des
témoignages de leur mérite .
Ce qu'on appelle modeftie , n'eft fouvent
qu'un rafinement de l'amour propre
qui quête des louanges en affectant de s'en
deffendre .
Il n'y a de vraiment malheureux què
ceux qui envient le bonheur des autres.
Il y a des gens , mais en petit nombre ,
qui ne font indignes d'une grande fortune,
que parce qu'ils la defirent.
66 MERCURE DE FRANCE.
Les plus grandes fautes dans l'ordre de
la fociété , font celles que l'on commer
contre les devoirs de fon état.
On parle toujours trop quand on parle
mal à
propos.
Les vérités fe tiennent & forment une
efpece de chaîne qu'on ne peut rompre ;
c'eft ce qui a fait dire aux Philofophes que
la vérité eft une.
La crainte naît de l'incertitude ; un péril
affuré ne peut produire que l'heroïfme
eu le defepoir.
Le monde fourmille de fots , & cependant
c'eft l'ufage du monde qui forme les
gens d'efprit.
LE MARIE', Avocat au Parlement.
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Résumé : PENSÉES DIVERSES.
Le texte 'Pensées diverses' examine divers aspects de la vertu, du vice et des comportements humains. Il met en avant l'importance de la vertu dans tous les états, soulignant que la médiocrité joue souvent un rôle clé. Faire du bien aux misérables ne nécessite pas nécessairement d'être vertueux ou libéral, mais simplement d'être humain. Le vice engendre de nombreux maux, et la vertu est précieuse même si elle ne servait qu'à les éviter. Le dégoût de la vertu naît chez ceux qui ne connaissent ni la vertu ni le vice. Une véritable vertu ne nécessite pas d'épreuves pour se renforcer; elle est constante et durable. Le mauvais exemple nuit à la vertu comme la prévention nuit à la vérité. Un homme vertueux respecte naturellement les lois, car ce qui est défendu lui semble impossible. Les éloges varient selon les domaines, mais celui de l'homme vertueux est de faire le bien. Les philosophes, les faux dévots et les enthousiastes ont des relations ambiguës avec la vertu, tandis que l'homme de bien en est le modèle. Le texte aborde également les dangers de l'affectation, de la superstition et de l'anéantissement. Il met en garde contre les excès et prône une vie uniforme et réglée. Les grands princes ne sont pas toujours les meilleurs rois, et admirer la vertu sans la pratiquer est une contradiction. Le zèle, bien que louable, peut être dangereux. Les esprits forts en religion et les beaux esprits en littérature partagent des traits similaires. Les passions doivent être équilibrées pour maintenir la paix de l'âme et le bonheur. La jalousie est signe d'amour extrême ou de mépris. Les gens de bien et les scélérats meurent comme ils ont vécu. La politesse, bien que non un vice, masque souvent les vices. Craindre l'avenir ou regretter le passé empêche de jouir du présent. La solitude est à la fois un écueil pour le savant et un effroi pour l'ignorant, mais un asile pour l'homme vertueux. L'orgueil est la source du vice et de la fausse vertu. La vertu inadaptée au monde est perçue comme un vice d'humeur, tandis que le vice adapté est vu comme une vertu de société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 66-68
A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
Début :
C'en est donc fait, tu pars, Médecin renommé, [...]
Mots clefs :
Marie-Anne de Saxe, Princesse, Chevalier, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
A M. Chevalier , premier Médecin de fon
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
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Résumé : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
L'épître est adressée à M. Chevalier, premier médecin de la princesse Marie Anne de Saxe, Électrice de Bavière. Elle met en lumière les talents et le génie de M. Chevalier, convoqué par la princesse pour ses compétences médicales. La princesse est décrite comme jeune, gracieuse et belle, ainsi qu'une protectrice des arts et des talents. L'auteur souhaite que la santé de la princesse soit préservée et espère que M. Chevalier pourra pleinement utiliser ses connaissances. Il reconnaît également que M. Chevalier a aidé de nombreux pauvres pendant vingt ans en leur fournissant des remèdes. L'épître encourage M. Chevalier à partir pour la Bavière, tout en se souvenant de ceux qu'il laisse derrière lui. La cour de Bavière a demandé que cette épître soit publiée dans un recueil.
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21
p. 68-72
BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
Début :
Cette Compagnie se rendit à Brunoy, & après avoir mis pied à terre, elle / C'est en vain qu'aujourd'hui la gémissante Aurore [...]
Mots clefs :
Colonel, Armes, Lieutenant, Coeur, Chevaliers de l'Arquebuse
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texteReconnaissance textuelle : BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
BOUQUET
Préfenté par les Chevaliers de l'Arquebufe
de Brie -Comte - Robert , à M. Paris de
Monmartel , leur Colonel depuis long- tems ,
la veille de la S. Jean 1755 .
Cett
Ette Compagnie fe rendit à Brunoy ,
& après avoir mis pied à terre , elle
alla au nombre de trente fous les armes &
en uniforme au Château. M. de Monmartel
vint au- devant d'elle tenant M. fon fils
par la main. On portoit à la tête fur un
SEPTEMBRE. 1755. 69
brancard , un bouquet en forme de furtout
de deffert , compofé de fleurs de fucre en
paftilles. Aux quatre extrêmités s'élevoient
quatre palmiers formant un cabinet , entrelaffés
de panneaux à la mofaïque. Sous
ce cabinet on voyoit les trois déeffes &
Pâris donnant la pomme à Venus entourée
d'amours voltigeans ; & au-deffus un Mercure
en attitude de la Renommée. Aux
pieds de chaque palmier étoit un génie en
habit uniforme de l'arquebufe avec des
trophées d'armes , chaque génie portoit
une emblême .
Le premier.
C'est en vain qu'aujourd'hui la gémiſſante Aurore
A fait voir les tréfors de la brillante Flore ,
L'attrait éblouiffant d'un éclat paffager
N'offriroit de nos coeurs qu'un tableau trop léger ,
Fleurs , dont l'induftrieux & folide affemblage ,
Du deftructeur de tout redoute moins l'outrage ,
Vous allez devenir aux yeux judicieux
Le fimbole parfait de nos finceres voeux .
Dites au pere , au fils , à l'époufe chérie ,
Que le dernier de nous leur donneroit fa vie
Pour prolonger leurs jours , & les rendre immor
tels ,
Et que tous les defirs de notre Compagnie
Sont d'avoir , en dépit du tems & de l'envie ,
Afa tête des MONMARTELS
70 MERCURE DE FRANCE
Le fecond. Les armes de M. de Monmart
Une pomme d'or. Ces armes font fur
drapeaux de la Compagnie .
La reine de Paphos l'obtint par fa beauté ,
Et toi par tes vertus & par ta probité.
Elle fait notre gloire & nos cheres délices ,
Et brille à tous nos exercices .
Le troisieme. Les armes de la Compagnie.
Par notre attachement , & par tous tes bienfaits ,
Nous goutons des plaifirs vifs & pleins d'inno
cence.
Et pour mieux confacrer la grandeur de fes faits ,
Nous uniffons l'amour à la reconnoiffance.
Le quatrieme. Colonel M. de Monmartel.
Que ce nom nous eft doux ! qu'il nous eft précieux!
Il embellit chez nous la plus petite fête ,
Il nous fait difputer l'honneur de la conquête
Bien plus que le prix de nos jeux.
M. Greban , Capitaine en chef , fit trèsélégamment
un fort beau compliment à
M. de Monmartel , dans lequel il lui demanda
de vouloir bien accorder aux voeux
de la Compagnie , M. fon fils pour Lieutenant-
Colonel . Il fut reçu & inſtallé ſur
le champ , & prêta ferment entre les mains
de M. le Colonel. Un enfant de onze ans ,
fils de M. Dauvergne le jeune , Capitaine. <
SEPTEMBRE. 1755 . 70
Guidon , admis depuis quelque tems dans
la Compagnie , & qui n'avoit pas encore
prêté ferment , le prêta entre les mains de
M. de Monmartel fils , Lieutenant - Colonel
, & lui débita le compliment en vers
libres , qui fuit.
Pour fe ranger , Monfieur , fous votre obéïflance ,
Les liens du ferment paroiffent fuperflus ,
Il ne faut qu'un coeur tout au plus ;
Voici quelle eft ma conféquence.
Quand à la fois on peut unir
Et fon devoir & fon plaifir ,
On goûte une douceur extrême ,
Or dês qu'on vous voit , on vous aime ,
Ainfi l'on doit donc fe tenir
Trop heureux de vous obéir.
Eh ! qui de vous aimer oferoit fe deffendre ?
L'amour en vous formant vous donna ſa beauté ,
un coeur bon , délicat & tendre ,
Ses graces & fa majeſté .
La vertu , qui toujours a guidé votre pere ,
Et qui vous eft héréditaire ,
Dans fon difficile chemin ,
Vous conduit déja par la main ,
Et vous tiendrez de votre mere
La valeur de tous fes ayeux ,
On le voit fur vos traits , on le lit dans vos yeur,
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour moi, Monfieur , quel avantage
D'être à l'ombre de vos drapeaux.
Non , la foibleffe de mon âge ,
N'arrêtera pas mon courage
Pour furpaffer tous mes rivaux.
Je vais done confacrer tous les jours de ma vie
Au folide bonheur de vous être attaché ,
Et mon coeur en eft fi touché
Qu'il ne fent que par- là , le ferment qui me lie:
M. le Colonel fit fervir des rafraichiffemens
de toutes efpeces à la Compagnie
elle fut invitée d'affifter à la proceſſion du
feu de la S. Jean , & eut l'honneur d'y
être commandée par M. le Lieutenant-
Colonel. M. de Monmartel a eu la bonté
de marquer beaucoup de fatisfaction , &
un grand nombre de perfonnes de confidération
qui étoient chez lui , & beaucoup
d'autres des campagnes voifines que cette
fère avoit attiré à Brunoy, en ont paru fort
contentes.
Préfenté par les Chevaliers de l'Arquebufe
de Brie -Comte - Robert , à M. Paris de
Monmartel , leur Colonel depuis long- tems ,
la veille de la S. Jean 1755 .
Cett
Ette Compagnie fe rendit à Brunoy ,
& après avoir mis pied à terre , elle
alla au nombre de trente fous les armes &
en uniforme au Château. M. de Monmartel
vint au- devant d'elle tenant M. fon fils
par la main. On portoit à la tête fur un
SEPTEMBRE. 1755. 69
brancard , un bouquet en forme de furtout
de deffert , compofé de fleurs de fucre en
paftilles. Aux quatre extrêmités s'élevoient
quatre palmiers formant un cabinet , entrelaffés
de panneaux à la mofaïque. Sous
ce cabinet on voyoit les trois déeffes &
Pâris donnant la pomme à Venus entourée
d'amours voltigeans ; & au-deffus un Mercure
en attitude de la Renommée. Aux
pieds de chaque palmier étoit un génie en
habit uniforme de l'arquebufe avec des
trophées d'armes , chaque génie portoit
une emblême .
Le premier.
C'est en vain qu'aujourd'hui la gémiſſante Aurore
A fait voir les tréfors de la brillante Flore ,
L'attrait éblouiffant d'un éclat paffager
N'offriroit de nos coeurs qu'un tableau trop léger ,
Fleurs , dont l'induftrieux & folide affemblage ,
Du deftructeur de tout redoute moins l'outrage ,
Vous allez devenir aux yeux judicieux
Le fimbole parfait de nos finceres voeux .
Dites au pere , au fils , à l'époufe chérie ,
Que le dernier de nous leur donneroit fa vie
Pour prolonger leurs jours , & les rendre immor
tels ,
Et que tous les defirs de notre Compagnie
Sont d'avoir , en dépit du tems & de l'envie ,
Afa tête des MONMARTELS
70 MERCURE DE FRANCE
Le fecond. Les armes de M. de Monmart
Une pomme d'or. Ces armes font fur
drapeaux de la Compagnie .
La reine de Paphos l'obtint par fa beauté ,
Et toi par tes vertus & par ta probité.
Elle fait notre gloire & nos cheres délices ,
Et brille à tous nos exercices .
Le troisieme. Les armes de la Compagnie.
Par notre attachement , & par tous tes bienfaits ,
Nous goutons des plaifirs vifs & pleins d'inno
cence.
Et pour mieux confacrer la grandeur de fes faits ,
Nous uniffons l'amour à la reconnoiffance.
Le quatrieme. Colonel M. de Monmartel.
Que ce nom nous eft doux ! qu'il nous eft précieux!
Il embellit chez nous la plus petite fête ,
Il nous fait difputer l'honneur de la conquête
Bien plus que le prix de nos jeux.
M. Greban , Capitaine en chef , fit trèsélégamment
un fort beau compliment à
M. de Monmartel , dans lequel il lui demanda
de vouloir bien accorder aux voeux
de la Compagnie , M. fon fils pour Lieutenant-
Colonel . Il fut reçu & inſtallé ſur
le champ , & prêta ferment entre les mains
de M. le Colonel. Un enfant de onze ans ,
fils de M. Dauvergne le jeune , Capitaine. <
SEPTEMBRE. 1755 . 70
Guidon , admis depuis quelque tems dans
la Compagnie , & qui n'avoit pas encore
prêté ferment , le prêta entre les mains de
M. de Monmartel fils , Lieutenant - Colonel
, & lui débita le compliment en vers
libres , qui fuit.
Pour fe ranger , Monfieur , fous votre obéïflance ,
Les liens du ferment paroiffent fuperflus ,
Il ne faut qu'un coeur tout au plus ;
Voici quelle eft ma conféquence.
Quand à la fois on peut unir
Et fon devoir & fon plaifir ,
On goûte une douceur extrême ,
Or dês qu'on vous voit , on vous aime ,
Ainfi l'on doit donc fe tenir
Trop heureux de vous obéir.
Eh ! qui de vous aimer oferoit fe deffendre ?
L'amour en vous formant vous donna ſa beauté ,
un coeur bon , délicat & tendre ,
Ses graces & fa majeſté .
La vertu , qui toujours a guidé votre pere ,
Et qui vous eft héréditaire ,
Dans fon difficile chemin ,
Vous conduit déja par la main ,
Et vous tiendrez de votre mere
La valeur de tous fes ayeux ,
On le voit fur vos traits , on le lit dans vos yeur,
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour moi, Monfieur , quel avantage
D'être à l'ombre de vos drapeaux.
Non , la foibleffe de mon âge ,
N'arrêtera pas mon courage
Pour furpaffer tous mes rivaux.
Je vais done confacrer tous les jours de ma vie
Au folide bonheur de vous être attaché ,
Et mon coeur en eft fi touché
Qu'il ne fent que par- là , le ferment qui me lie:
M. le Colonel fit fervir des rafraichiffemens
de toutes efpeces à la Compagnie
elle fut invitée d'affifter à la proceſſion du
feu de la S. Jean , & eut l'honneur d'y
être commandée par M. le Lieutenant-
Colonel. M. de Monmartel a eu la bonté
de marquer beaucoup de fatisfaction , &
un grand nombre de perfonnes de confidération
qui étoient chez lui , & beaucoup
d'autres des campagnes voifines que cette
fère avoit attiré à Brunoy, en ont paru fort
contentes.
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Résumé : BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
Le texte relate une cérémonie organisée par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert en l'honneur de M. Paris de Monmartel, leur colonel, la veille de la Saint-Jean 1755. Trente membres de la compagnie, en armes et en uniforme, se rendirent au château de Brunoy où M. de Monmartel les accueillit avec son fils. Ils portaient un bouquet artistique représentant des fleurs de sucre, des palmiers, des déesses et des génies en uniforme. Chaque génie tenait un emblème symbolisant les vœux de la compagnie. Les emblèmes portaient des poèmes louant les vertus de M. de Monmartel et exprimant la dévotion de la compagnie. Le premier emblème soulignait le dévouement des membres, prêts à sacrifier leur vie pour prolonger celle de M. de Monmartel et de sa famille. Le deuxième emblème comparait les armes de M. de Monmartel à la pomme d'or de la beauté, obtenue par ses vertus. Le troisième emblème parlait de l'attachement et des plaisirs innocents tirés des bienfaits de M. de Monmartel. Le quatrième emblème exaltait le nom de M. de Monmartel, source de fierté et d'honneur. M. Greban, capitaine en chef, fit un compliment élégant à M. de Monmartel, demandant que son fils soit nommé lieutenant-colonel. Le fils de M. Dauvergne, un enfant de onze ans, prêta serment entre les mains de M. de Monmartel fils, en déclarant son dévouement en vers libres. La compagnie fut ensuite invitée à participer à la procession du feu de la Saint-Jean, commandée par le nouveau lieutenant-colonel. M. de Monmartel exprima sa satisfaction, et de nombreuses personnes présentes furent contentes de la cérémonie.
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22
p. 72
Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mercure d'Août, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Août est la voyelle e ; celui du [...]
Mots clefs :
Voyelle E, Lamproie, Poulets, Livre
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texteReconnaissance textuelle : Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mercure d'Août, [titre d'après la table]
L'
E mot de la premiere Enigme du Mercure
d'Août eft la voyelle e ; celui du
premier Logogriphe eft Lamproie ; celui de
la feconde Enigme , Poulets ; & celui du
fecond Logogryphe Livre , dans lequel on
trouve rive , lire , vic , Levi , ivre , ré ,
ver , ire , vil , lie , île.
E mot de la premiere Enigme du Mercure
d'Août eft la voyelle e ; celui du
premier Logogriphe eft Lamproie ; celui de
la feconde Enigme , Poulets ; & celui du
fecond Logogryphe Livre , dans lequel on
trouve rive , lire , vic , Levi , ivre , ré ,
ver , ire , vil , lie , île.
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23
p. 73
ENIGME.
Début :
Je suis un triple cabinet [...]
Mots clefs :
Confessionnal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis un triple cabinet
·
murmure.
Avec une double ouverture
Par où paffe plus d'une ordure
Que chacun y porte en fecret.
Celui qui reçoit le paquet
Ne le reçoit pas fans
Deux patiens font la figure
De gens condamnés au gibet .
Pendant que l'un des deux raiſonne ,
Un tiers , fans confeils de perfonne
De tout point veut être éclairci .
Là , pour le repos de fon ame ,
Il ne faudroit pas qu'un mari
Se trouvât derriere fa femme.
Par M. le Baron de B*
E fuis un triple cabinet
·
murmure.
Avec une double ouverture
Par où paffe plus d'une ordure
Que chacun y porte en fecret.
Celui qui reçoit le paquet
Ne le reçoit pas fans
Deux patiens font la figure
De gens condamnés au gibet .
Pendant que l'un des deux raiſonne ,
Un tiers , fans confeils de perfonne
De tout point veut être éclairci .
Là , pour le repos de fon ame ,
Il ne faudroit pas qu'un mari
Se trouvât derriere fa femme.
Par M. le Baron de B*
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24
p. 73-75
LOGOGRYPHE.
Début :
Ami Lecteur je vais t'apprendre [...]
Mots clefs :
Monosyllabe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
A Mi Lecteur je vais t'apprendre
Un fait qui n'eft guerres commun.
Portéfur onze pieds je n'en ai fouvent qu'un ,
Mais pour mieux te faire comprendre
Ce Logogryphe ingénieux ,
D
74 MERCURE DE FRANCE:
Je vais décompoſer tout ce qui me compoſe ,
Et par mainte métamorphofe
Montrer à tous les curieux
Un mot bien grec , ' d'aucun uſage en France ,
Un autre un peu latin , connu dans tout pays ,
Et que je dis cinq fois en difant qui je fuis ,
Quoiqu'une feule fois il foit dans mon effence .
Un arbriffeau tendre , charmant
Une couleur très - féduifante
Lorfqu'elle eft jointe avec l'argent ,
Sur une voiture roulante
Que l'on chérit tant à préſent.
Le contraire d'un continent.
Ce que dicte Thémis ; le fils du premier homme
De dix fois cent , ce qui forme la fomme ;
Une riviere , un fleuve très-fameux ;
Ce qui n'eft point une femelle ;
Un coffre ; un fuc délicieux ;
Un fynonime de querelle ;
Ce qu'on oppofe à la fureur des eaux
Pour mettre à couvert les vaiſſeaux .
Ce qui fert à former les habits des Lévites ;
Un mauvais livre , un fouffle tout divin ,
Dans le tonneau ce qui refte du vin.
Ces hommes qui jadis vivoient en bons hermites ;
Seulement occupés des affaires du Ciel .
Une fontaine en Ifraël ,
Une ifle où Jupiter fit fabriquer la foudre
Qui réduifit tous les Titans en poudre.
SEPTEMBRE. 1755 75
Le nom d'un Duc dont je fuis ferviteur ,
(Quand je dis moi , je veux dire l'auteur )
Celui d'un Maréchal de France ,
Et même le nom de fon fils.
Trois noms qui n'ont entr'eux aucune reffem◄
blance ;
Ce dont nous fommes tous paîtris.
L'air agité qui frappe nos oreilles.
Deux grands Législateurs , l'un fit de fages loix ,
L'autre opéra bien des merveilles
Pour réduire un tyran indocile à ſa voix.
L'aftre que le Perfe révere.
Une meſure , une ville , un oifeau
Dont le ramage n'eſt pas beau.
La Nymphe que Junon punit dans fa colere ,
Et fit errer dans l'univers.
L'étoffe qui nous vient d'Anvers.
Deux animaux marchant fur terre.
Une fête célebre en des climats divers.
Enfin tu me tiens dans ce vers.
Par Saint- Remi , domeſtique , chez M. le
Duc d'Ollonne.
A Mi Lecteur je vais t'apprendre
Un fait qui n'eft guerres commun.
Portéfur onze pieds je n'en ai fouvent qu'un ,
Mais pour mieux te faire comprendre
Ce Logogryphe ingénieux ,
D
74 MERCURE DE FRANCE:
Je vais décompoſer tout ce qui me compoſe ,
Et par mainte métamorphofe
Montrer à tous les curieux
Un mot bien grec , ' d'aucun uſage en France ,
Un autre un peu latin , connu dans tout pays ,
Et que je dis cinq fois en difant qui je fuis ,
Quoiqu'une feule fois il foit dans mon effence .
Un arbriffeau tendre , charmant
Une couleur très - féduifante
Lorfqu'elle eft jointe avec l'argent ,
Sur une voiture roulante
Que l'on chérit tant à préſent.
Le contraire d'un continent.
Ce que dicte Thémis ; le fils du premier homme
De dix fois cent , ce qui forme la fomme ;
Une riviere , un fleuve très-fameux ;
Ce qui n'eft point une femelle ;
Un coffre ; un fuc délicieux ;
Un fynonime de querelle ;
Ce qu'on oppofe à la fureur des eaux
Pour mettre à couvert les vaiſſeaux .
Ce qui fert à former les habits des Lévites ;
Un mauvais livre , un fouffle tout divin ,
Dans le tonneau ce qui refte du vin.
Ces hommes qui jadis vivoient en bons hermites ;
Seulement occupés des affaires du Ciel .
Une fontaine en Ifraël ,
Une ifle où Jupiter fit fabriquer la foudre
Qui réduifit tous les Titans en poudre.
SEPTEMBRE. 1755 75
Le nom d'un Duc dont je fuis ferviteur ,
(Quand je dis moi , je veux dire l'auteur )
Celui d'un Maréchal de France ,
Et même le nom de fon fils.
Trois noms qui n'ont entr'eux aucune reffem◄
blance ;
Ce dont nous fommes tous paîtris.
L'air agité qui frappe nos oreilles.
Deux grands Législateurs , l'un fit de fages loix ,
L'autre opéra bien des merveilles
Pour réduire un tyran indocile à ſa voix.
L'aftre que le Perfe révere.
Une meſure , une ville , un oifeau
Dont le ramage n'eſt pas beau.
La Nymphe que Junon punit dans fa colere ,
Et fit errer dans l'univers.
L'étoffe qui nous vient d'Anvers.
Deux animaux marchant fur terre.
Une fête célebre en des climats divers.
Enfin tu me tiens dans ce vers.
Par Saint- Remi , domeſtique , chez M. le
Duc d'Ollonne.
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25
p. 75-76
ENIGME.
Début :
Pur ouvrage de la nature, [...]
Mots clefs :
Cornes
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
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26
p. 76-78
LOGOGRYPHE.
Début :
Et des biens & des maux je suis souvent l'auteur, [...]
Mots clefs :
Prévention
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
T des biens & des maux je fuis fouvent l'auteur
,
Du vulgaire ignorant je captive le coeur ,
Je forme quelquefois le plus fombre nuage ,
Et décide à mon gré du fuccès d'un ouvrage .
Je compofe dix pieds ; combine bien les mots ,
J'offre à tes yeux , lecteur , ce qui plaît aux troupeaux
,
Le plus cruel tyran qu'ait produit la nature ,
Au Rhétoricien une heureufe figure :
Ce que tous les mortels ne quittent qu'à regret ,
Qu'on aime par nature ; un précieux objet.
Ce qu'un Roi généreux , à donner trop facile ,
Voit ſouvent fe changer en un bien inutile.
SEPTEMBRE. 1755. 77.
Ce qui de nos efprits diffipe le chagrin ;
Un mot toujours préfent à notre eſprit malin.
Ce que les matelots affrontant les orages ,
Regrettent , mais en vain , au milieu des naufra
ges.
Un animal rampant ; un art Ingénieux.
De nos jardins fleuris l'ennemi dangereux.
Un Prince infortuné très-fçavant dans l'augure ;
Que Circé par dépit fit changer de nature.
Le propre nom qu'on donne à tous les fronts
voilés.
Ce qui déplaît toujours aux efprits aveuglés.
A tous les bâtimens choſe très-néceffaire
Un gouffre où s'engloutit l'aliment ordinaire.
Un oiſeau plus jaſeur qu'une None au parloir ,
Celui qui tient fur nous un fouverain pouvoir.
Expofé tous les jours fur la plaine liquide.
Je fers l'ambitieux , & fends l'onde rapide.
Adorable vertu chafte fille des cieux ,
On aime a m'ériger des autels en tous lieux.
Je fçûs forcer un jour à périr obſtinée ,
Du Prince Acrifius la fille infortunée.
Je renferme un pronom ; une trifte couleurs
Et le nom d'un Poëte , & celui d'un Rhéteur.
Fort commode aux humains , de nature fragile
J'oppofe aux Aquilons une barriere utile ;
J'offre un nom que defire un tas de vains eſprits,;
Critiques ennuyeux dans leurs fades écrits ;
Les lieux ou le foleil commence ſa carriere ;
Diij
78 MERCURE DE FRANCE
Aux ragoûts employée , une vive pouffiere.
Adverbes oppoſés : fans chercher vainement ;
Peut-être tu me fuis , Lecteur , en ce moment.
T des biens & des maux je fuis fouvent l'auteur
,
Du vulgaire ignorant je captive le coeur ,
Je forme quelquefois le plus fombre nuage ,
Et décide à mon gré du fuccès d'un ouvrage .
Je compofe dix pieds ; combine bien les mots ,
J'offre à tes yeux , lecteur , ce qui plaît aux troupeaux
,
Le plus cruel tyran qu'ait produit la nature ,
Au Rhétoricien une heureufe figure :
Ce que tous les mortels ne quittent qu'à regret ,
Qu'on aime par nature ; un précieux objet.
Ce qu'un Roi généreux , à donner trop facile ,
Voit ſouvent fe changer en un bien inutile.
SEPTEMBRE. 1755. 77.
Ce qui de nos efprits diffipe le chagrin ;
Un mot toujours préfent à notre eſprit malin.
Ce que les matelots affrontant les orages ,
Regrettent , mais en vain , au milieu des naufra
ges.
Un animal rampant ; un art Ingénieux.
De nos jardins fleuris l'ennemi dangereux.
Un Prince infortuné très-fçavant dans l'augure ;
Que Circé par dépit fit changer de nature.
Le propre nom qu'on donne à tous les fronts
voilés.
Ce qui déplaît toujours aux efprits aveuglés.
A tous les bâtimens choſe très-néceffaire
Un gouffre où s'engloutit l'aliment ordinaire.
Un oiſeau plus jaſeur qu'une None au parloir ,
Celui qui tient fur nous un fouverain pouvoir.
Expofé tous les jours fur la plaine liquide.
Je fers l'ambitieux , & fends l'onde rapide.
Adorable vertu chafte fille des cieux ,
On aime a m'ériger des autels en tous lieux.
Je fçûs forcer un jour à périr obſtinée ,
Du Prince Acrifius la fille infortunée.
Je renferme un pronom ; une trifte couleurs
Et le nom d'un Poëte , & celui d'un Rhéteur.
Fort commode aux humains , de nature fragile
J'oppofe aux Aquilons une barriere utile ;
J'offre un nom que defire un tas de vains eſprits,;
Critiques ennuyeux dans leurs fades écrits ;
Les lieux ou le foleil commence ſa carriere ;
Diij
78 MERCURE DE FRANCE
Aux ragoûts employée , une vive pouffiere.
Adverbes oppoſés : fans chercher vainement ;
Peut-être tu me fuis , Lecteur , en ce moment.
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27
p. 78
MUSETTE.
Début :
Nos hameaux sont l'heureux séjour [...]
Mots clefs :
Bergers, Bergères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSETTE.
MUSETTE.
Nos hameaux font l'heureux Léjour
De l'innocence & de l'amour.
La tendreffe ,
La fageffe
Par des accords charmans
S'y trouvent réunies ;
Tout les Berges y font amans
Les Bergeres n'y font qu'amies
Nos hameaux font l'heureux Léjour
De l'innocence & de l'amour.
La tendreffe ,
La fageffe
Par des accords charmans
S'y trouvent réunies ;
Tout les Berges y font amans
Les Bergeres n'y font qu'amies
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