MERCURE
deFrance
DEDIE
AUROL.
Decembre 1744
.
Pieces
Fugitives
tanten Vers qu'en Proses
Imitation
De tode 24. du. 3 livre d'Horace
Quand toutlordel'arabie
Enfleroit vos magasins,
Quand nouveau Roi de Phrygie
Toutseroitor sous vos mains,
Sile tems que rien n'arrête
Survôtre superbe tête
Grave les traits de lamort,
Rien ne sçauroit vous defendre;
L'orestegal a la cendre
Dans labalance du Sort.
4 MERCURE DE FRANCE ,
O toi Peuple heureux * & fage
Qu'Alexandre refpecta
Conferve à jamais l'ufage
Que la raifon te dicta ,
Qu'en ta courfe vagabonde
L'interêt de ce Dieu du Monde
Te laiffe ignorer fa loi ;
Qu'une richeffe commune
T'afferviffant la fortune ,
En fixe le jufte emploi.
Là l'Orphelin trouve un Pere
Et la Veuve fans dégoûts
Ne voit rien qu'elle préfere
Aux cendres de fon Epoux.
L'appas d'une dot immenfe
Au caprice , à la licence
N'acquiert pas l'impunité.
La femme fimple & timide
N'a que la vertu pour guide ,
Et pour dot la chafteté .
François , quelle ame affez belle
Enfantera le deffein
D'appeller fur ce modéle
Les Vertus dans votre ſein ?
A fon génereux courage
J'ofe affurer le fuffrage
Les Scythes,
DECEMBRE. 1744. 5
Et l'amour de l'avenir :
Tous les Temps pleins de fa gloire
Drefferont à fa mémoire
Les Autels du fouvenir.
Severe , mais équitable
La feule pofterité
EA l'organe refpectable
Qu'a choifi la vérité.
Sans ceffe en proie à l'envie
Les Heros pendant leur vie
Gemiffent fous fon effort :
C'est ainsi qu'elle fe venge
De l'éternelle louange
Que leur affure la mort .
Nous parlons contre les vices ,
Mais nous flattons les forfaits ,
Les crimes font fans fuplices ,
Et les Loix fans effets.
La fraude , la violence
Conduifent à l'opulence ,
Qui bien-tôt leur fert d'appui ;
Le pauvre feul eft coupable ,
Et le crime eft refpectable
Si la fortune eft pour lui.
Rougiffons de la baffeffe ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Où fans crainte du mépris ,
L'intérêt & la molleffe
Aviliffent nos efprits.
Dans fa naiffante avarice
Le Fils pour toute exercice
Ne connoît que l'art des jeux ;
Tandis que plus lâche encore ,
Son Pere fe deshonore
Pour enrichir fes Neveux.
C'eft ainfi que les ravages
D'une indigne paſſion
Ftendent fur tous les âges
Leur fatale impreffion ;
Mais une jufte difgrace
Des biens que l'avare entaffe
Sçait écarter les plaifirs ;
Et la célefte vengeance
Au fein de la jouiſſance
Lui laiffe encor les defirs.