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1
p. 12-13
SUR L'HERESIE aux abois.
Début :
Le Héros qui remplit l'Univers de terreur, [...]
Mots clefs :
Héros, Univers, Hérésie, Huguenots, Impiété , Chrétiens
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texteReconnaissance textuelle : SUR L'HERESIE aux abois.
SUR L'HERESIE
aux abois.
L
E Héros qui remplit l'Univers
de terreur ,
A rendu l'Heréfic , & rampante, &
foumife;
Ses Armes, que le Ciel en tous lieux
authorife ,
Ont de l'impieté reprimé la fureur.
Parmy les Huguenots, ceux que Dieu
favorife
Regardent aujourd'huy leur Schifme
avec horreur ;
Et déteffant tout haut leur miférable
erreur ;
s'empreffent pour rentrer au giron
de l'Eglife.
GALANT . 13
Ce Triomphe déja fait trembler les
Enfers.
Ah! pour tout ces Chrétiens dout
vous brifez les fers.
Grand Roy , que de Lauriers , que de
Palmes font preftes !
La Pieté qui met la Victoire en vos
mains,
Va ravir au Démon fes funeftes
conquestes ,
Et rendre de nouveau le falut aux
Humains.
aux abois.
L
E Héros qui remplit l'Univers
de terreur ,
A rendu l'Heréfic , & rampante, &
foumife;
Ses Armes, que le Ciel en tous lieux
authorife ,
Ont de l'impieté reprimé la fureur.
Parmy les Huguenots, ceux que Dieu
favorife
Regardent aujourd'huy leur Schifme
avec horreur ;
Et déteffant tout haut leur miférable
erreur ;
s'empreffent pour rentrer au giron
de l'Eglife.
GALANT . 13
Ce Triomphe déja fait trembler les
Enfers.
Ah! pour tout ces Chrétiens dout
vous brifez les fers.
Grand Roy , que de Lauriers , que de
Palmes font preftes !
La Pieté qui met la Victoire en vos
mains,
Va ravir au Démon fes funeftes
conquestes ,
Et rendre de nouveau le falut aux
Humains.
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Résumé : SUR L'HERESIE aux abois.
Le texte relate la victoire des forces religieuses légitimes contre l'hérésie. Un héros, autorisé par le Ciel, a réprimé l'impieté. Les Huguenots favorables à Dieu rejettent désormais leur schisme. Le roi, par sa piété, obtient la victoire et libère les chrétiens. Sa piété est la source de son triomphe.
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2
p. 67-69
LA FRANCE.
Début :
Un Anonime a fait parler la France à la Fortune, sur ce que le / Aveugle Déesse, dis-moy, [...]
Mots clefs :
France, Fortune, Déesse, Roi, Prince, Univers, Clémence, Sagesse, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE.
Un Anonime a fait parler la
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
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3
p. 20-22
Devises, [titre d'après la table]
Début :
Mr Magnin, toûjours zélé à faire connoistre l'admiration qu'il / Par ses mouvemens divers, [...]
Mots clefs :
Devises, Majesté, Univers, Espérance, Hommage, Louis le Grand, Image, Soleil, Siam, Éléphants
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texteReconnaissance textuelle : Devises, [titre d'après la table]
M Magnin , toûjours zélé
à faire connoittre l'admiraGALANT
21
tion qu'il a pour les grandes.
Actions de Sa Majefté , a fair
deux nouvelles Deviles , que
je vous envoye. L'une a le
Soleil pour corps , & ces móts
pour amé, Spes rerum & decus.
Hs font expliquez par ce Ma
drigal.
P
Årfos mouvemens divers,
Parfon beureuſe influence,
N'eft- il pas de l'Univers
L'ornement & l'espérance?
La grandeur de LOVIS, & l'état de
la
France,
Expliqueront par tout ma Devife
mes Vers.
L'autre Devife cft fur l'Am
22 MERCURE
baffade du Roy de Siam , &
fur la deférence que tous les
Potentats du Monde ont pour
le Roy . Ce font plufieurs
Eléfans qui fléchiffent les genoux
devant le Soleil , avee
ces mots. Et Magnos hæc fata:
manent.
E
St il rien de grand icy bas
Qui ne doive te rendre hom4-
mage?
Grand LOVIS , qui ne connoistpass
Que c'est là ta parfaite Image?
Est - ilrien de grand icy- bas
Qui nedoive të rendre hommage?
à faire connoittre l'admiraGALANT
21
tion qu'il a pour les grandes.
Actions de Sa Majefté , a fair
deux nouvelles Deviles , que
je vous envoye. L'une a le
Soleil pour corps , & ces móts
pour amé, Spes rerum & decus.
Hs font expliquez par ce Ma
drigal.
P
Årfos mouvemens divers,
Parfon beureuſe influence,
N'eft- il pas de l'Univers
L'ornement & l'espérance?
La grandeur de LOVIS, & l'état de
la
France,
Expliqueront par tout ma Devife
mes Vers.
L'autre Devife cft fur l'Am
22 MERCURE
baffade du Roy de Siam , &
fur la deférence que tous les
Potentats du Monde ont pour
le Roy . Ce font plufieurs
Eléfans qui fléchiffent les genoux
devant le Soleil , avee
ces mots. Et Magnos hæc fata:
manent.
E
St il rien de grand icy bas
Qui ne doive te rendre hom4-
mage?
Grand LOVIS , qui ne connoistpass
Que c'est là ta parfaite Image?
Est - ilrien de grand icy- bas
Qui nedoive të rendre hommage?
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Résumé : Devises, [titre d'après la table]
M. Magnin a créé deux devises pour honorer le roi Louis. La première, illustrée par un soleil, porte les mots 'Spes rerum & decus' et vante la grandeur du roi et de la France. La seconde, représentée par des éléphants fléchissant les genoux, célèbre la soumission du roi de Siam et le respect des potentats du monde envers le roi de France, avec les mots 'Et Magnos hæc fata: manent'.
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4
p. 22-24
« Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...] »
Début :
Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Latin, Art de parler, Hercule, Ennemi, Univers, Peuple, Gouverner, Valeur
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texteReconnaissance textuelle : « Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...] »
Voicy un Sonnet fort heureufement
remply , fur les
GALANT. 23
Bouts- rimez Latins qui ont
cours: Comme il eft fait pour
le Roy , il ne fçauroit manquer
de vous plaire . M ' Blanchard
, Curé de Fiffé aux En--
virons de Dijon , en eft l'Autheur.
E
"Stre en tout par tout NON
... IMPARC omnibus,
Sçavoir l'Art de parler, fans rien dire
qui fâche,
Pourfa gloire& l'Etat travaillerfans .
relâche ,
Plus qu ' Hercule jadis , faire tefte
tribus. "
$2
Contraindre l'Ennemy de ramper
comme un lâche ,
24 MERCURE
Effre dans l'Univers ce qu'au Ciel eft
Phoebus,
Faire parfon espritplusqueparfon
quibus ,
Qu'au milieu des Lauriersfon Peuplebaive
& mâche.
༡ .
Quoy que ten,ohrs vainqueur ,faire
la Paix , item
La donner, la régler, d'eft- là lé tu.
autem
Regner gouvernerful
, & commander
fans irez.
S
N'ouir de fes Sujets que
vivat &
qu'amo,
Faire par fa valeur plus qu'on ne
Scauroit lire,
C'est plus que Peliffon n'en dira ca--
lamo.
remply , fur les
GALANT. 23
Bouts- rimez Latins qui ont
cours: Comme il eft fait pour
le Roy , il ne fçauroit manquer
de vous plaire . M ' Blanchard
, Curé de Fiffé aux En--
virons de Dijon , en eft l'Autheur.
E
"Stre en tout par tout NON
... IMPARC omnibus,
Sçavoir l'Art de parler, fans rien dire
qui fâche,
Pourfa gloire& l'Etat travaillerfans .
relâche ,
Plus qu ' Hercule jadis , faire tefte
tribus. "
$2
Contraindre l'Ennemy de ramper
comme un lâche ,
24 MERCURE
Effre dans l'Univers ce qu'au Ciel eft
Phoebus,
Faire parfon espritplusqueparfon
quibus ,
Qu'au milieu des Lauriersfon Peuplebaive
& mâche.
༡ .
Quoy que ten,ohrs vainqueur ,faire
la Paix , item
La donner, la régler, d'eft- là lé tu.
autem
Regner gouvernerful
, & commander
fans irez.
S
N'ouir de fes Sujets que
vivat &
qu'amo,
Faire par fa valeur plus qu'on ne
Scauroit lire,
C'est plus que Peliffon n'en dira ca--
lamo.
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Résumé : « Voicy un Sonnet fort heureusement remply, sur les / Estre en tout & par tout NON IMPAR omnibus, [...] »
Le sonnet 'Voicy un Sonnet fort heureufement' de M. Blanchard, curé de Fissé, loue un individu, probablement le roi, pour sa capacité à parler sans offenser et à travailler pour la gloire et l'État. Il vante ses victoires, sa diffusion de lumière, et sa valorisation du peuple. Cet individu sait faire la paix, régner sans colère, et inspirer l'amour et la vie. Ses exploits surpassent ceux décrits par Pélisson.
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5
p. 22-48
LETTRE.
Début :
Un Particulier ayant fait divers Ouvrages sur les dernieres Actions / Je me souviens, Monsieur, que vous avez voulu me persuader [...]
Mots clefs :
Approbation, Louis, Univers, Sentiments, Roi, Combats, Grandeur, Lois, Héros, Fortune, Monarque, Sage, Ennemis, Ambassadeur, Mérite, Guerre, Éloge, Honneur, Campagne militaire, Espagne, Vainqueur, Prudence, Courage, États, Audace, Sentiments, Conquérant, Trêve, Souverain, Armes, Peuple, Bonheur, Devise, Éclat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE.
Un Particulier ayant fait
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
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Résumé : LETTRE.
Une lettre décrit les actions récentes du roi Louis XIV, mettant en avant ses mérites dans la gestion des finances, la réforme des lois et le soutien aux arts. Le roi est présenté comme un héros tant dans les affaires publiques que privées, capable de soumettre les plus grandes puissances. L'ambassadeur d'Espagne, lors de son départ de France, a reconnu la grandeur du roi tout en restant loyal à son propre maître. La lettre souligne les succès militaires français, avec la soumission de villes et territoires, confirmant la prophétie de l'ambassadeur sur la difficulté des ennemis à résister au roi. Le texte célèbre les exploits et la sagesse de Louis XIV, surnommé 'Louis le Grand', en évoquant ses succès militaires et diplomatiques, notamment la soumission de Liège et Trèves. La naissance du duc d'Anjou est perçue comme un signe de futurs héros. La trêve récemment conclue par Louis XIV démontre sa maîtrise et son contrôle. Le roi est comparé à un conquérant sans égal, dont les faits seront légendaires. La devise allégorique du texte compare le roi au Soleil, avec les paroles 'Curro, fed tacito motu'. Le Soleil, symbole de la conduite du roi, est observé par des astronomes de diverses nations. La devise se développe autour de l'idée que le Soleil, régulier et puissant, distribue ses bienfaits et sa lumière partout. Le texte se conclut par une comparaison avec Mercure et une déclaration d'attachement à une personne désignée par 'vostre tres,&c. F. F. D. C. R. G.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 68-74
LES ARBRES CHOISIS PAR LES DEUX. FABLE.
Début :
Parmy les Fables nouvelles que le Sieur Blageart debite, & / Tout ce qui reluit n'est pas or, [...]
Mots clefs :
Arbres, Prudence, Fruits, Fleurs, Automne, Cieux, Univers, Plantes, Enfants, Minerve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ARBRES CHOISIS PAR LES DEUX. FABLE.
Parmy les Fables nouvel
les que le Sieur Blageart debite
, & qui ſont ſi eſtimées
du Public , il y en a une qui
porte pour titre , Les Arbres
choifis par les Dieux. M' de la
Barre de Tours a mis en Vers
cette même Fable. Je vous
GALANT. 69
l'envoye.Vous ferez ſans doute
bien aiſe de voir comment
deux Autheurs , qui ont tous
deux beaucoup de talent à
bien conter , auront traité la
meſme matiere.
Szsssess S2552 SSS
LES ARBRES
CHOISIS PAR LES DIEUX.
FABLE.
Tout ce qui veluit n'estpas or, 2
C'est une verité dont on tombe d'accord.
Si vous voulez avec prudences
70 MERCURE
Fugerd'un objettel qu'il eſt's
Regardez s'il est bon ,Sans trop voir
s'il vous plaiſt,
Etne voustrompez pas àlasimple apparence.
Confiderez levray , ne pensez point
au beau,
Au plaisant préferez l'utile,
Lesfruits aux fleurs, lefecond au
Sterile,
LeSolide au brillant , l'Automne au
Renouveau.
Sima Morale eft veritable,
Fen croy le sens commun , j'en croy
mesme.la Fable..
52
Un jour Jupin &tous les autres
Dicux,
Dans la grande SaledesCicux,
Tinrent le divin Conſiſtoire...
Ony traita milleſujets divers
GALANT. 71
Qui concernoient la Police & la
gloire
De ce vaste Univers .
Quand on parlades Arbres& des
Plantes,
Et de leurs Ames vegetantes,
Onfit , dans ce Conseil d'Etat,
De creux raisonnemens , car fur chas
quemiftere
Comme l'on peutjuger , les Dieux en
Sçaventfaire,
Mais creux ou non , voicy le réful.
tat.
Sçavoir, que chacun d'eux fist un
choix volontaire
De l' Arbre qui pourroit luy plaire,
Pour ensuitele proteger,
Etle garderde tout danger,
Comme dufeu du Ciel , des Vents,
des Orages,
Des Eaux, des longs Hyvers , & des
autresravages
72 MERCURE
Le Chesne fur ce pied futchoisi par
Fupin,
Cibelle aprés luy prit le Pin,
Apollon le Dieu de la Live
Pour certaines raisons , s'appliqua le
Laurier,
Hercule le haut Peuplier,
Dame Cypris quifait que d'amouron
Soupire
Prit avec ſon Enfant les Myrthes
amoureuх:
Enfin , àqui pis pis , &non àqui
mieux mieux
Chacun choisit àboulle- veuë.
Minerve dont au Ciel laſageſſe eft
connue,
S'écria d'un air furieux
Non , je ne puis fouffrir une telle
béveuë
Voſtre Conſeil a la berluë,
Et voſtre choixeſt indigne des
Dieux. Pren
F
GALANT. 73
Prendre des Plantes inutiles,
Arbres ſans rapport, infertiles,
Etpropres à jetter au feu .
Pins & Lauriers, Peupliers,Myr.
thes , Cheſnes,
Ne font - ce pas des Plantes
vaines?
Pourquoy donc les choiſir ? Arreſtez-
vous un peu
Ma fille, dit fupin, ſçachez noſtre
penſée.
Noſtre protection ſembloit intéreffée
En la donnant aux Arbres portant
fruits ;
Nous ne voulons rien davantage
Que l'écorce & que le feüilla.
ge;
Il eſt des Dieux puiſſans de proteger
gratis.
Avril 1685. G
24. MERCURE
C'eſt pouffer un peu loin voſtre
délicateſſe,
Dit Minerve , je fais confifter ma
fagefle
A faire un choix qu'approuve la
raifon:
J'ay choiſi l'Olivier,j'en trouve le
fruitbon ,
Le feüillage m'en plaift ..... Que
Minerve eſt aimable !
Interrompit Jupin en l'embras-
Sant
Ouy , ma fille , c'eſt peu que d'aimer
le plaiſant
Joignons pour eſtre heureux l'utile
à l'agréable.
les que le Sieur Blageart debite
, & qui ſont ſi eſtimées
du Public , il y en a une qui
porte pour titre , Les Arbres
choifis par les Dieux. M' de la
Barre de Tours a mis en Vers
cette même Fable. Je vous
GALANT. 69
l'envoye.Vous ferez ſans doute
bien aiſe de voir comment
deux Autheurs , qui ont tous
deux beaucoup de talent à
bien conter , auront traité la
meſme matiere.
Szsssess S2552 SSS
LES ARBRES
CHOISIS PAR LES DIEUX.
FABLE.
Tout ce qui veluit n'estpas or, 2
C'est une verité dont on tombe d'accord.
Si vous voulez avec prudences
70 MERCURE
Fugerd'un objettel qu'il eſt's
Regardez s'il est bon ,Sans trop voir
s'il vous plaiſt,
Etne voustrompez pas àlasimple apparence.
Confiderez levray , ne pensez point
au beau,
Au plaisant préferez l'utile,
Lesfruits aux fleurs, lefecond au
Sterile,
LeSolide au brillant , l'Automne au
Renouveau.
Sima Morale eft veritable,
Fen croy le sens commun , j'en croy
mesme.la Fable..
52
Un jour Jupin &tous les autres
Dicux,
Dans la grande SaledesCicux,
Tinrent le divin Conſiſtoire...
Ony traita milleſujets divers
GALANT. 71
Qui concernoient la Police & la
gloire
De ce vaste Univers .
Quand on parlades Arbres& des
Plantes,
Et de leurs Ames vegetantes,
Onfit , dans ce Conseil d'Etat,
De creux raisonnemens , car fur chas
quemiftere
Comme l'on peutjuger , les Dieux en
Sçaventfaire,
Mais creux ou non , voicy le réful.
tat.
Sçavoir, que chacun d'eux fist un
choix volontaire
De l' Arbre qui pourroit luy plaire,
Pour ensuitele proteger,
Etle garderde tout danger,
Comme dufeu du Ciel , des Vents,
des Orages,
Des Eaux, des longs Hyvers , & des
autresravages
72 MERCURE
Le Chesne fur ce pied futchoisi par
Fupin,
Cibelle aprés luy prit le Pin,
Apollon le Dieu de la Live
Pour certaines raisons , s'appliqua le
Laurier,
Hercule le haut Peuplier,
Dame Cypris quifait que d'amouron
Soupire
Prit avec ſon Enfant les Myrthes
amoureuх:
Enfin , àqui pis pis , &non àqui
mieux mieux
Chacun choisit àboulle- veuë.
Minerve dont au Ciel laſageſſe eft
connue,
S'écria d'un air furieux
Non , je ne puis fouffrir une telle
béveuë
Voſtre Conſeil a la berluë,
Et voſtre choixeſt indigne des
Dieux. Pren
F
GALANT. 73
Prendre des Plantes inutiles,
Arbres ſans rapport, infertiles,
Etpropres à jetter au feu .
Pins & Lauriers, Peupliers,Myr.
thes , Cheſnes,
Ne font - ce pas des Plantes
vaines?
Pourquoy donc les choiſir ? Arreſtez-
vous un peu
Ma fille, dit fupin, ſçachez noſtre
penſée.
Noſtre protection ſembloit intéreffée
En la donnant aux Arbres portant
fruits ;
Nous ne voulons rien davantage
Que l'écorce & que le feüilla.
ge;
Il eſt des Dieux puiſſans de proteger
gratis.
Avril 1685. G
24. MERCURE
C'eſt pouffer un peu loin voſtre
délicateſſe,
Dit Minerve , je fais confifter ma
fagefle
A faire un choix qu'approuve la
raifon:
J'ay choiſi l'Olivier,j'en trouve le
fruitbon ,
Le feüillage m'en plaift ..... Que
Minerve eſt aimable !
Interrompit Jupin en l'embras-
Sant
Ouy , ma fille , c'eſt peu que d'aimer
le plaiſant
Joignons pour eſtre heureux l'utile
à l'agréable.
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Résumé : LES ARBRES CHOISIS PAR LES DEUX. FABLE.
Le texte présente la fable 'Les Arbres choisis par les Dieux' et sa mise en vers par M. de la Barre de Tours. Cette fable illustre la sagesse de choisir avec prudence et discernement, en privilégiant l'utile au plaisant. Elle relate une assemblée des dieux où chacun choisit un arbre à protéger. Jupiter opte pour le chêne, Cybèle pour le pin, Apollon pour le laurier, Hercule pour le peuplier, et Vénus pour les myrtes. Minerve, déçue par ces choix, critique les dieux pour avoir sélectionné des arbres inutiles. Jupiter explique que leur protection vise à préserver l'écorce et le feuillage, sans chercher de fruits. Minerve, insistant sur la raison, choisit l'olivier pour son fruit et son feuillage agréable. Jupiter approuve ce choix, soulignant l'importance de joindre l'utile à l'agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 69-71
Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Il est difficile de s'employer pour la gloire de ce Prince [...]
Mots clefs :
Gloire, Prince, Soleil, Devise, Astre, Balance, Univers, Saison
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texteReconnaissance textuelle : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Il eft difficile de s'employer
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
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Résumé : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Le texte compare le roi au Soleil à travers les œuvres de Monsieur Magnin. Une devise montre le Soleil dans le signe de la Balance avec la phrase 'Orbem inde gubernat'. Le Soleil, malgré les changements terrestres, reste constant, régule les saisons et commande l'univers, équilibrant ainsi les destinées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 29-32
Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Début :
Voicy une autre piece du mesme Autheur, faite sur le / L'Univers étonné vante encor des miracles, [...]
Mots clefs :
Univers, Tonneau de Heidelberg, Miracles, Dieux, Trône, Esprit, Remède, Amants, Gloire, Inventeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Voicy une autre piece du
mefme Autheur , faite fur le
grand Tonneau de Heidelberg
, qui contient plus de
1200.muids, que feu Mófieur
l'Electeur Palatin , Pere de
Madame , a fait conſtruire.
30 MERCURE
L
'Univers étonné vante encor
des
miracles ,
Et des Templesfameux d'où fortoient
les Oracles ,
Où les Dieux adorez fur d'indignes
Autels ,
Abufoient les efprits des profanes
Mortels.
Admire icy , Paffant , de plus rares
merveilles ,
C'est le Throne pompeux du grand
Dicu des Bouteilles ,
De ce Dieu bien faisant qui charme
tous les coeurs
2
Et répand fon efprit fur fes adorateurs
.
Le puiffant Iupiter en fa gloire fupréme
,
Nous paroift redoutable au moment
qu'il nous aime,
GALANT. 31
Et la Foudre à la main , verſe de
deux tonneaux
Sur les Humains tremblans , & les
biens & les maux .
Mais de ce feul Tonneau dont Bachus
fait fon Temple ,
Le bien eft ordinaire , &le malfans
exemple,
Et ce Dieu qui folâtre , affis parmy
les Ieux ,
Prefente un prompt remede à tous les
malheureux.
Icy l'on voit bannir les foins de la
fortune ,
Er des tristes Amans la langueur importune.
Les folles paffions , & les mornes
foucis,
Quelque obftinez qu'ils foient , s'y
trouvent adoucis .
Mieux que l'ancien Vaiffeau qui bra
va le Deluge ,
32 MERCURE
Cegrand Vafe aux mortels ferviroit
de refuge,
Et les plus fiers affauts du perfide
Clement ,
N'en approchent jamais , ou le font
vainement.
C'eft icy , chers Beuveurs ,
de la Gloire ,
le
Temple
Quittez tout autre foin , & nefon
gez qu'à boire ;
Et d'une vaste coupe arrofez àplein
fonds
Vos poulmons alterez , & ves ventres
profonds.
Celebrez à l'envy dans le plaifir Bachique
,
D'un Ouvrage fi beau l'Inventeur
magnifique.
Faites volerfa gloire en cent Climats
divers ,
Luy mefme eft un miracle aux yeux
de l'Univers.
mefme Autheur , faite fur le
grand Tonneau de Heidelberg
, qui contient plus de
1200.muids, que feu Mófieur
l'Electeur Palatin , Pere de
Madame , a fait conſtruire.
30 MERCURE
L
'Univers étonné vante encor
des
miracles ,
Et des Templesfameux d'où fortoient
les Oracles ,
Où les Dieux adorez fur d'indignes
Autels ,
Abufoient les efprits des profanes
Mortels.
Admire icy , Paffant , de plus rares
merveilles ,
C'est le Throne pompeux du grand
Dicu des Bouteilles ,
De ce Dieu bien faisant qui charme
tous les coeurs
2
Et répand fon efprit fur fes adorateurs
.
Le puiffant Iupiter en fa gloire fupréme
,
Nous paroift redoutable au moment
qu'il nous aime,
GALANT. 31
Et la Foudre à la main , verſe de
deux tonneaux
Sur les Humains tremblans , & les
biens & les maux .
Mais de ce feul Tonneau dont Bachus
fait fon Temple ,
Le bien eft ordinaire , &le malfans
exemple,
Et ce Dieu qui folâtre , affis parmy
les Ieux ,
Prefente un prompt remede à tous les
malheureux.
Icy l'on voit bannir les foins de la
fortune ,
Er des tristes Amans la langueur importune.
Les folles paffions , & les mornes
foucis,
Quelque obftinez qu'ils foient , s'y
trouvent adoucis .
Mieux que l'ancien Vaiffeau qui bra
va le Deluge ,
32 MERCURE
Cegrand Vafe aux mortels ferviroit
de refuge,
Et les plus fiers affauts du perfide
Clement ,
N'en approchent jamais , ou le font
vainement.
C'eft icy , chers Beuveurs ,
de la Gloire ,
le
Temple
Quittez tout autre foin , & nefon
gez qu'à boire ;
Et d'une vaste coupe arrofez àplein
fonds
Vos poulmons alterez , & ves ventres
profonds.
Celebrez à l'envy dans le plaifir Bachique
,
D'un Ouvrage fi beau l'Inventeur
magnifique.
Faites volerfa gloire en cent Climats
divers ,
Luy mefme eft un miracle aux yeux
de l'Univers.
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Résumé : Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Le texte présente une œuvre dédiée au grand tonneau de Heidelberg, capable de contenir plus de 1200 muids, construit par le défunt Électeur Palatin, père de Madame. Ce tonneau est célébré comme le trône du dieu Bacchus, symbole de joie et de réconfort. À la différence de Jupiter, Bacchus offre des bienfaits quotidiens et des remèdes aux malheureux. Le tonneau est décrit comme un refuge contre les soucis et les passions tristes, plus efficace que l'arche de Noé. Les lecteurs sont invités à célébrer l'inventeur de cette merveille, considérée comme un miracle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1-11
PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
Début :
Voicy, Madame, un nouveau Recüeil des Ouvrages du Public. / Magnus Dominus & laudabilis nimis, & magnitudinis ejus non est [...]
Mots clefs :
Psaumes, Roi, Louanges, Grandeur, Monarque, Héros, Trônes, Latin, Justice, Conquérant, Magnificence, Univers, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
OICT, Madame , un nouveau
Recueil des Ouvrages
du
Public.Pefpere que vous
n'en ferez pas moins fale
tisfaite que vous l'avez esté de tous les
autres. Du moins je fuis affeuré que
commencement vous en plaira , puis
Q. d'Octobre 1685.
A
2 Extraordinaire
qu'il regarde le Roy , & que
l'admira
tion que vous avez pour cet Augufte Momarque
vous intereffe , particulierement
dans toutes les chofes qui touchent ſa
gloire. Un fort habile homme afait une
Paraphrafe deplufieurs Verfets de Pfeaumes
qu'il a appliquez aux continuels miracles
qui rendentfameux l'heureux Siecle
où nous vivons ; & ces differens ver
fets compofent une espece de Cantique ,
qui a efté extremément aprouvé de quantité
de perfonnes d'un gouft fin & délicat.
Vous n'aurez pas de peine à connoistre en
le lifant , que l'Autheur agrand accés au
Parnaffe , & quele tour aisé qu'il donne
à fes Vers , vient d'un long commerce
qu'il s'eft fait avec les Muſes.
du Mercure Galant.
SSSS SSS SS255522
PARAPHRASE
DUNCANTIQUE
POUR LE ROY.
Magnus Dominus & laudabilis nimis ,
& magnitudinis ejus non eft finis,
Pfalm. 144.
Qui
Vil eft loüable ! qu'il eft grand !
Sujetsfortunez d'un tel Maistre,
Rendez graces au Ciel de vous avoirfait
naiftre
Sous un regne fi doux,fi calme,fipuiffant.
Le moyen d'exprimerfa grandeur infinie?
Ce Monarque s'éleve aux honneurs immortels
Et le moindre jour de ſa vie
N'a - t- ilpas merité l'Encens & les Austels?
A ij
Extraordinaire
Venite & videte opera Domini , quæ
pofuit prodigiafuper terram . Pfal. 45.
Accourez de tout l'Univers ,
Venez, peuples ! venez vous-mefme vous
inftruire
De tant de prodiges divers ;
Nous ne ceffons de les écrire ,
Mais ny nos Chanfons ny nos Vers,
Ny nos mélodieux Concerts
A ce vafte deffein ne peuvent pas fufa
fire .
Conturbatæ funt gentes , & inclinata
funt regna.
Toutes les Nations du Monde
Tremblent au nom de ce Heros .
Ignorent-elles fes travaux ?
Ils ont remply la Terre &l'Onde.
Les Trônes les mieux affermis
Dont on vante la gloire immenfe ,
Chancelent s'ils nefontfoumis
A cette fupreme puiſſance.
En vain voftre air imperieux
du Mercure Galant.
Vous enchante , Grands de la terre ,
Devant ce Heros glorieux ,
Ne baifferez- vous pas toûjours , foit paix
ou guerre ,
Ne baifferez- vous pas les yeux ?
Dedit vocem fuam & mota eft terra,
Comme fes actions font autant de Miracles
,
Toutes fes paroles auffi
Ne font-elles pas des Oracles ?
D'un bout du Monde à l'autre on les écom
te ainfi ,
De cet air fouverain dontfa bouche
nonce ,
Eft-il rien de grand deformais
prae
Que cette bouche ne l'anonce ?
Un mot, tout est en guerre, un mot, tout ef
enpaix.
Fundamenta Montium conturbata funt,
quoniam iratus eft eis . Pfal. 17.
Sa met-il en conreux pour punir les con
pables,
J
A iij
6 Extraordinaire
Rien ne les fçauroit garantir s
Et quand la foudre doit partir,
Ses coups font moins inévitables .
Retraites de ces orgueilleux
Dont on a puny l'infolence ,
Boulevars & Rocs fourcilleux ,
Vous en fumez encor , tremblez fous la
puiſſance
D'un Monarque qui peut faire , fur qui
l'offense ,
Pleuvoir des deluges defeux.
Orietur in diebus ejus juftitia & abun
dantia pacis. Pfal. 70.
Qu'il récompenfe ou qu'il puniffe
Selon que l'on a merité ,
N'est-ce pas toujours fa Fuftice
Qui conduit fes faveurs, on fa ſeverité ?
Cette augufteJuftice au miieu des alarmes
De cent Peuples qu'il voit , & tremblans
& Soumis ,
Luy fait mefme quitter les armes ,
Et la paix a pour luy des charmes,"
Quifont la feureté de tous fes . Ennemis.
du Mercure Galant.
7
Memoriam fecit mirabilium fuorum.
Pfal. 110.
Monumens eternels de fa magnificence,
Que ce Monarque éleve à nos yeux aujourd'huy,
Vous durerez toujours témoins defapuif
fance,
Vous parlerez toujours de luy.
Chef- d'oeuvres où les Arts ont dompté
la
nature
Onfe perd à vous voir , grands & riches
Palais !
Vous avez épuisé toute l'Architecture ,
Mais de ce Conquerant , la hauteur fans
mesure,
Vous ne l'égalerez jamais.
Et factus eft in pace locus ejus.
Le comble enfin de fa grandeur ,
C'est que toûjours calme & tranquile
Nul indigne transport ne foûleve fon
coeur ,
Luy feul fait tout mouvoir , & demeure
immobile ,
A iiij
8 Extraordinaire
Ilsont beau chaque jour , ils ont beau redoubler
Ces foins dont le poids nous étonne
Si leur foule l'environne
Elle ne le peut troubler.
Præ fulgore in confpectu ejus nubes
tranfierunt. Pfal. 17 .
En vain pour obscurcir fa brillante carriere
De groffieres vapeurs s'élevent dans les
airs ;
Pour peu qu'il les regarde elles ne durent
guere ,
Et malgré leurs efforts volages & di
vers ,
Toujours de la mefme maniere
Il brera dans l'Univers.
Magna opera Domini , exquifita in omnes
voluntates ejus . Pfal. 110 .
Tout ce qu'il fait tient du prodige ,
Et ce que l'on croyoit impoffible autre
fois ,
du Mercure Galant.
Eft aife quand il le dirige .
Rien ne peut ébranler la force de fes
Loix ,
Famais foumiffion, jamais ne fut fi grande
Dés qu'il marque fa volonté
De quelque paffion que l'on foit agité ,
Tout obeit quand il commande.
Laudatio ejus manet in fæculum fæculi.
Pfal. 110.
Et comme à remonter dans les Siecles
paffez,
Rien n'eft comparable à fa gloire .
Il nous eft bien permis de croire
Que les beaux traits de fon Hiftoire
Ne feront jamais effacez.
Heros, quel'avenir doit encorfaire naître.
Dans ce Heros que nous chantons
Vous revererez voftre Maiftre ,
Imitant par vos voix nos accens & nos
tons.
Vous celebrerez fa loüange ,
Yous battrez comme nous incessammens
des mains
10 Extraordinaire
Sans qu'il naiffe ramais Heros chez les
huma ,
Qui vous faffe prendre le change .
Et tronus ejus ficut So ' . Pfal. 88.
La gloire de fon regne & fes travaux
divers ,
Le charme & l'horneur de l'Hiftoire
Montrent fon Trône à l'Univers,
Comme le centre de la gloire.
Que le Soleil au haut des Cieux
Pour répandre par tout l'éclat de la lumiere
,
Roule dans fa vafte carriere ,
S'il fait plus de chemin , il ne brille pas
mieux .
Afferte Domino gloriam & honorem
Affemblez tous les ornemens
Qui peuvent enrichirfa Couronne écla
tante ;
Mais le Monde entier mefme a- t- il de
diamans
Une quantité fuffifante
du Mercure Galant.
Pour la former affez brillante ?
Sit gloria Domini in fæculum. Pfal 103 .
Que fa gloire à jamais icy-has reverie
Paffant de Siecle en Siecle à nos derniers
Neveux ,
Dans la gloire des Bienheureux
Aille confondre fa durée.
Recueil des Ouvrages
du
Public.Pefpere que vous
n'en ferez pas moins fale
tisfaite que vous l'avez esté de tous les
autres. Du moins je fuis affeuré que
commencement vous en plaira , puis
Q. d'Octobre 1685.
A
2 Extraordinaire
qu'il regarde le Roy , & que
l'admira
tion que vous avez pour cet Augufte Momarque
vous intereffe , particulierement
dans toutes les chofes qui touchent ſa
gloire. Un fort habile homme afait une
Paraphrafe deplufieurs Verfets de Pfeaumes
qu'il a appliquez aux continuels miracles
qui rendentfameux l'heureux Siecle
où nous vivons ; & ces differens ver
fets compofent une espece de Cantique ,
qui a efté extremément aprouvé de quantité
de perfonnes d'un gouft fin & délicat.
Vous n'aurez pas de peine à connoistre en
le lifant , que l'Autheur agrand accés au
Parnaffe , & quele tour aisé qu'il donne
à fes Vers , vient d'un long commerce
qu'il s'eft fait avec les Muſes.
du Mercure Galant.
SSSS SSS SS255522
PARAPHRASE
DUNCANTIQUE
POUR LE ROY.
Magnus Dominus & laudabilis nimis ,
& magnitudinis ejus non eft finis,
Pfalm. 144.
Qui
Vil eft loüable ! qu'il eft grand !
Sujetsfortunez d'un tel Maistre,
Rendez graces au Ciel de vous avoirfait
naiftre
Sous un regne fi doux,fi calme,fipuiffant.
Le moyen d'exprimerfa grandeur infinie?
Ce Monarque s'éleve aux honneurs immortels
Et le moindre jour de ſa vie
N'a - t- ilpas merité l'Encens & les Austels?
A ij
Extraordinaire
Venite & videte opera Domini , quæ
pofuit prodigiafuper terram . Pfal. 45.
Accourez de tout l'Univers ,
Venez, peuples ! venez vous-mefme vous
inftruire
De tant de prodiges divers ;
Nous ne ceffons de les écrire ,
Mais ny nos Chanfons ny nos Vers,
Ny nos mélodieux Concerts
A ce vafte deffein ne peuvent pas fufa
fire .
Conturbatæ funt gentes , & inclinata
funt regna.
Toutes les Nations du Monde
Tremblent au nom de ce Heros .
Ignorent-elles fes travaux ?
Ils ont remply la Terre &l'Onde.
Les Trônes les mieux affermis
Dont on vante la gloire immenfe ,
Chancelent s'ils nefontfoumis
A cette fupreme puiſſance.
En vain voftre air imperieux
du Mercure Galant.
Vous enchante , Grands de la terre ,
Devant ce Heros glorieux ,
Ne baifferez- vous pas toûjours , foit paix
ou guerre ,
Ne baifferez- vous pas les yeux ?
Dedit vocem fuam & mota eft terra,
Comme fes actions font autant de Miracles
,
Toutes fes paroles auffi
Ne font-elles pas des Oracles ?
D'un bout du Monde à l'autre on les écom
te ainfi ,
De cet air fouverain dontfa bouche
nonce ,
Eft-il rien de grand deformais
prae
Que cette bouche ne l'anonce ?
Un mot, tout est en guerre, un mot, tout ef
enpaix.
Fundamenta Montium conturbata funt,
quoniam iratus eft eis . Pfal. 17.
Sa met-il en conreux pour punir les con
pables,
J
A iij
6 Extraordinaire
Rien ne les fçauroit garantir s
Et quand la foudre doit partir,
Ses coups font moins inévitables .
Retraites de ces orgueilleux
Dont on a puny l'infolence ,
Boulevars & Rocs fourcilleux ,
Vous en fumez encor , tremblez fous la
puiſſance
D'un Monarque qui peut faire , fur qui
l'offense ,
Pleuvoir des deluges defeux.
Orietur in diebus ejus juftitia & abun
dantia pacis. Pfal. 70.
Qu'il récompenfe ou qu'il puniffe
Selon que l'on a merité ,
N'est-ce pas toujours fa Fuftice
Qui conduit fes faveurs, on fa ſeverité ?
Cette augufteJuftice au miieu des alarmes
De cent Peuples qu'il voit , & tremblans
& Soumis ,
Luy fait mefme quitter les armes ,
Et la paix a pour luy des charmes,"
Quifont la feureté de tous fes . Ennemis.
du Mercure Galant.
7
Memoriam fecit mirabilium fuorum.
Pfal. 110.
Monumens eternels de fa magnificence,
Que ce Monarque éleve à nos yeux aujourd'huy,
Vous durerez toujours témoins defapuif
fance,
Vous parlerez toujours de luy.
Chef- d'oeuvres où les Arts ont dompté
la
nature
Onfe perd à vous voir , grands & riches
Palais !
Vous avez épuisé toute l'Architecture ,
Mais de ce Conquerant , la hauteur fans
mesure,
Vous ne l'égalerez jamais.
Et factus eft in pace locus ejus.
Le comble enfin de fa grandeur ,
C'est que toûjours calme & tranquile
Nul indigne transport ne foûleve fon
coeur ,
Luy feul fait tout mouvoir , & demeure
immobile ,
A iiij
8 Extraordinaire
Ilsont beau chaque jour , ils ont beau redoubler
Ces foins dont le poids nous étonne
Si leur foule l'environne
Elle ne le peut troubler.
Præ fulgore in confpectu ejus nubes
tranfierunt. Pfal. 17 .
En vain pour obscurcir fa brillante carriere
De groffieres vapeurs s'élevent dans les
airs ;
Pour peu qu'il les regarde elles ne durent
guere ,
Et malgré leurs efforts volages & di
vers ,
Toujours de la mefme maniere
Il brera dans l'Univers.
Magna opera Domini , exquifita in omnes
voluntates ejus . Pfal. 110 .
Tout ce qu'il fait tient du prodige ,
Et ce que l'on croyoit impoffible autre
fois ,
du Mercure Galant.
Eft aife quand il le dirige .
Rien ne peut ébranler la force de fes
Loix ,
Famais foumiffion, jamais ne fut fi grande
Dés qu'il marque fa volonté
De quelque paffion que l'on foit agité ,
Tout obeit quand il commande.
Laudatio ejus manet in fæculum fæculi.
Pfal. 110.
Et comme à remonter dans les Siecles
paffez,
Rien n'eft comparable à fa gloire .
Il nous eft bien permis de croire
Que les beaux traits de fon Hiftoire
Ne feront jamais effacez.
Heros, quel'avenir doit encorfaire naître.
Dans ce Heros que nous chantons
Vous revererez voftre Maiftre ,
Imitant par vos voix nos accens & nos
tons.
Vous celebrerez fa loüange ,
Yous battrez comme nous incessammens
des mains
10 Extraordinaire
Sans qu'il naiffe ramais Heros chez les
huma ,
Qui vous faffe prendre le change .
Et tronus ejus ficut So ' . Pfal. 88.
La gloire de fon regne & fes travaux
divers ,
Le charme & l'horneur de l'Hiftoire
Montrent fon Trône à l'Univers,
Comme le centre de la gloire.
Que le Soleil au haut des Cieux
Pour répandre par tout l'éclat de la lumiere
,
Roule dans fa vafte carriere ,
S'il fait plus de chemin , il ne brille pas
mieux .
Afferte Domino gloriam & honorem
Affemblez tous les ornemens
Qui peuvent enrichirfa Couronne écla
tante ;
Mais le Monde entier mefme a- t- il de
diamans
Une quantité fuffifante
du Mercure Galant.
Pour la former affez brillante ?
Sit gloria Domini in fæculum. Pfal 103 .
Que fa gloire à jamais icy-has reverie
Paffant de Siecle en Siecle à nos derniers
Neveux ,
Dans la gloire des Bienheureux
Aille confondre fa durée.
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Résumé : PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
Le texte est un recueil d'ouvrages dédié à un roi, publié en octobre 1685. Il s'ouvre par une lettre adressée à une dame, assurant que ce recueil la satisfera autant que les précédents. Le texte met en avant les mérites exceptionnels du roi et les miracles de son règne, comparés à des prodiges. Il inclut une paraphrase de plusieurs versets des Psaumes, appliquée aux miracles contemporains, composée par un homme habile et approuvée par des personnes de goût raffiné. Le recueil est présenté comme un cantique célébrant la grandeur, la justice et les exploits militaires du roi. Il décrit la crainte des nations face au roi et la soumission des trônes les plus puissants à sa domination. Le texte loue également la capacité du roi à maintenir la paix, à punir les coupables, ainsi que sa magnificence et sa sérénité face aux défis. Il affirme que la gloire du roi est éternelle et incomparable, et que son règne est le centre de la gloire universelle. Le poème utilise des métaphores pour exprimer des idées sur la gloire et la lumière. Il compare le Soleil, qui parcourt sa trajectoire céleste, à une figure dont la luminosité n'augmente pas nécessairement avec la distance parcourue. Le poème invite à rassembler tous les ornements possibles pour enrichir une couronne éclatante, mais souligne que même avec une quantité suffisante de diamants, cela ne suffirait pas à rendre cette couronne aussi brillante que souhaitée. La deuxième partie du poème évoque la gloire divine, exprimée par la phrase latine 'Sit gloria Domini in sæculum' tirée du Psaume 103, souhaitant que cette gloire perdure éternellement et traverse les siècles jusqu'aux générations futures, partageant ainsi la béatitude des bienheureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 317
DEVISE POUR SA MAJESTÉ, sur le sujet des Conversions presentes.
Début :
Le corps est un Champ semé d'Heliotropes tournez vers le Soleil. [...]
Mots clefs :
Conversions, Soleil, Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEVISE POUR SA MAJESTÉ, sur le sujet des Conversions presentes.
POUR SA MAJESTE',
sur le sujet des Conversions
presentes.
Le corps est un Champ femé
d'Heliotropes tournez vers
le Soleil. Et l'ame est, Ex
te conversio nostra. Dv ciel defït'ïid qui
vers vom ,".2U{Ji cuirai*ic,
Rien deplusfort,riendeplus doux,
Tout tourne à vostre gré, tout obeït
sanspeine,
Vom réglez l'Vnivers, nom nous reglonssur
vous.
Le Pere Moursues,Jesuite,
sur le sujet des Conversions
presentes.
Le corps est un Champ femé
d'Heliotropes tournez vers
le Soleil. Et l'ame est, Ex
te conversio nostra. Dv ciel defït'ïid qui
vers vom ,".2U{Ji cuirai*ic,
Rien deplusfort,riendeplus doux,
Tout tourne à vostre gré, tout obeït
sanspeine,
Vom réglez l'Vnivers, nom nous reglonssur
vous.
Le Pere Moursues,Jesuite,
Fermer
11
p. 11-22
ODE.
Début :
Vous, qui guidez nos pas au Temple de la Gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Maroc, Louis, Ambassadeurs, Siam, Univers, Regards, Maure, Terre, Rois
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texteReconnaissance textuelle : ODE.
ODE. vOus
,
quiguideznos pasau
Temple de la Gloire,
fous ,
sans qui les Mortels font
d'impuissansefforts,
Sçavantes FillesdeMemoire,
Inspireznousicyvoscelstestransports.
On nousa veussans crainte au milieu
des alarmes
Faire entendre nos voix parmy le
bruit des armes,
Et chanterles combats du plus grand
des Vainqueurs.
Pourrions-nous demeurer dans u
honteux silence ,
J>)uand les Peuples surpris de
~j
magnificence
Viennent de toutes parts admirer~s
grandeurs?
9
C'estpeu qu'Alger tremblant, qt
Genes confonduë
,
Viennent à ses genlH." soumette
leurfierté;
c'est peu que l'Europe éperduë
Ait veu mille Ennemis implorer
bonté. ,
L OVIS, de ces ingrats dédaignat
les hommages
Demande à l'Univers de plus beau
témoignages
j^ue ceux que la frayeur~& le troi
ble ontformez.
Il veut dessentimens & d'amour
dejl'me.
;tej de voui- qu'ilAttend ce tribut
légitime
»
Peuples , quesa valeur n'a jamais
alarme'{;
~s
si-tostqu'avec centvoix laprompte
Messagere
Faitpar tout retentirsesfaits prodigieux,
De l'un & de l'autre hemisphere
chacun vient contempler ce Heros
glorieux.
Dans ces brulans Climats où bornant
sa carriere ( lumiere,
LeSoleilva dans l'onde éteindre sa
Le More * impatient ne peut plus
s'arrester.
il part,ilfend les eaux d'unecourse
rapide,
* LesAmbassadeurs de Maroc.
Et surpris à l'afpecl de ce nouvk
Alcide
Ilprefere , LOVIS,au Fils de Iupite,
~9
Sortez, *fiers Habitans des Çh
mats de l'Aurore,
Traversez pour le voir le vasteseir
des Mers,
Et vous direz avec le More
£)ue vous n'avez rien veu d'éga,
en l'Univers.
Le pompeux appareil desa gloire e.
datante
,
Son ejjritJsa honté,passeront vostre
attente,
Surson augustefront vous lirez ses
hautsfaits,
Vous verrez cette main qui lance le
Tonnerre,
* Les Ambassadeurs deSiam.
Afris avoircalmé les fureurs de la
Guerre,
Versermille faveurs dans lesein de
la Paix.
Quelspectacle déjàsurleborddela
Seine!
le vous vois observer ces Palais I.
orgueilleux,
2. Ces Rivages 3. & cette Plaine
Où Mars 4. offre un a7Jle au Soldat
malheureux. ( conde
Cette grande Citési belle~&sife-
I. Le Louvre, le College des
Quatre-Nations, &c.
2.. La Seine au sortirde Paris est
une des plusbelles choses du
vieilde.»
3. La Plaine de Grenelle.
4. L'Hôtel des Invalides.
Paris, vous paroist moins une Ville
qu'un Monde;
Cent miracles divers s'offrent de toutes
parts,
D'Archimedes 5. nouveaux une
Troupeéclairéey
Vous fait porter les yeux dans la
voûte Azurée
Où des feux 6. inconnus brillent à
vos regards.
~a
Tarmy tant de beautez que rien
ne vous arreste ,
N'yfixez,pas long-temps vos regards
curieux.
CequeVersailles vous appreste
5. L'Observatoire.
6. On fitvoir aux Ambassadeurs
de Siam les deux Satellites qu'on
a découvertsdepuis peu.
N'estpas moinssurprenant que le
Palais des Dieux.
Ce Louvre , ces lardins, ces Figures
charmantes,
Ces Travaux , ce Canal, ces Ondes
jaillissantes,
Ces Concerts, tout enchante en cet
heureuxséjour.
L'art tout puissanty sçait applanir
les Montagnes,
Etfait naistre des fleurs au milieu
desCampagnes
Où n'en pourroit formerle belAstre
du jour.
~3»
Maissi tout charme icyvosyeux
& vos oreilles, (ébloüis
,
Si dans ce beau séiour vous estes
A l'aspect de tant de merveilles,
J>)ue ne sera-ce point à l'aspect de
LOVIS?
HaflcT^vousd'approcher deson superbe
Trône,
Voyez à ses costez, & Minerve ~d
Bellone
Maintenir les beaux Arts dans un
parfait accord,
VIniufiice& l'erreur àsespieds encljainees,
Et toutes les Vertusparsa main couronnées,
Al'abrypourjamais des outrages du
Csi"r' e C'estainsiqu'adoré dans unepaix
profonde
Leplussage des Rois, le plus grand
des Mortels,
Salomon, vit la Terre& l'onde
AsahautesagesseéleverdesAutels.
Au bruit qn'en répandoitpar tout 14
Renommée
,
D'un genereux transport une Reyne
animée ( Etats.
Sortit pour l'admirer dufond deses
Quelseroit aujourd'huy l'excés de
safnrj'/ife,
Sises yeux pouvaientvoir ce que la
Terre éprise
Aprésunsi long âge admire en nos
Climats!
Mais quel troublesoudain
,
quelle
rnorne tristesse
Viennentforcer ("vos coeurs àpousser
dessoupirs
Tandis , qu'une viveallègresse
N'offre de tous costez que pompe &
que plaisirs?
Sans doute de LOFIS vostre ame
possedée
D'tt.1 trisse éloignement ne peutsouf
frir l'idée,
Vous quittez à regret des lieux si
pleins d'appas.
Mais un iuste devoir au retour nous
engage,
Et l'Asie a besoin de vostre témoignage
Pour croire des grandeurs qu'elle ne
comprendpas.
Allez, heureux témoins d'unesi
belle vie,
AuxyeuxdevojheVrinceentracer
le tableau,
lout l'orient brujle d'envie
D'apprendre le succés d'un voyage sibeau.
Etale7,, ces vertus> dont la vive
lumiere
Va d'un nouvel éclatembellir l'Inde
-
entiere,
Vous devez ce tresor à la pofleritéDe
rAugufte LOVIS éternisez la
gloire,
V9s noms avec le sien çonflcret
dans l'Histoire,
S'ouvriront un cheminàtimmortalité.
PRIERE POUR LE ROY.
Source éternelle de lumières
Seigneur, exauce ma priere l'invoque , ta bonté pour le plus
grand des Rois.
Répans toujours sur luy ta sagesse
profonde,
Et l'on ne verra riensur la terre c7
sur monde
Jj>ui nesoitfournisa tes loix.
Ce Prince qu'en tous lieux a suivy
la victoire,
Te consacretousses hauts faits ,
Et met son bonheur&sagloire
A te faire regner au coeur de ses
Sujets.
Quepourrions-nous ,
Seigneur, demander
davantage,
Sinon qu'aprés avoiraccomply ton
Ouvrage,
Tit ne l'abandonnesiamais ?
,
quiguideznos pasau
Temple de la Gloire,
fous ,
sans qui les Mortels font
d'impuissansefforts,
Sçavantes FillesdeMemoire,
Inspireznousicyvoscelstestransports.
On nousa veussans crainte au milieu
des alarmes
Faire entendre nos voix parmy le
bruit des armes,
Et chanterles combats du plus grand
des Vainqueurs.
Pourrions-nous demeurer dans u
honteux silence ,
J>)uand les Peuples surpris de
~j
magnificence
Viennent de toutes parts admirer~s
grandeurs?
9
C'estpeu qu'Alger tremblant, qt
Genes confonduë
,
Viennent à ses genlH." soumette
leurfierté;
c'est peu que l'Europe éperduë
Ait veu mille Ennemis implorer
bonté. ,
L OVIS, de ces ingrats dédaignat
les hommages
Demande à l'Univers de plus beau
témoignages
j^ue ceux que la frayeur~& le troi
ble ontformez.
Il veut dessentimens & d'amour
dejl'me.
;tej de voui- qu'ilAttend ce tribut
légitime
»
Peuples , quesa valeur n'a jamais
alarme'{;
~s
si-tostqu'avec centvoix laprompte
Messagere
Faitpar tout retentirsesfaits prodigieux,
De l'un & de l'autre hemisphere
chacun vient contempler ce Heros
glorieux.
Dans ces brulans Climats où bornant
sa carriere ( lumiere,
LeSoleilva dans l'onde éteindre sa
Le More * impatient ne peut plus
s'arrester.
il part,ilfend les eaux d'unecourse
rapide,
* LesAmbassadeurs de Maroc.
Et surpris à l'afpecl de ce nouvk
Alcide
Ilprefere , LOVIS,au Fils de Iupite,
~9
Sortez, *fiers Habitans des Çh
mats de l'Aurore,
Traversez pour le voir le vasteseir
des Mers,
Et vous direz avec le More
£)ue vous n'avez rien veu d'éga,
en l'Univers.
Le pompeux appareil desa gloire e.
datante
,
Son ejjritJsa honté,passeront vostre
attente,
Surson augustefront vous lirez ses
hautsfaits,
Vous verrez cette main qui lance le
Tonnerre,
* Les Ambassadeurs deSiam.
Afris avoircalmé les fureurs de la
Guerre,
Versermille faveurs dans lesein de
la Paix.
Quelspectacle déjàsurleborddela
Seine!
le vous vois observer ces Palais I.
orgueilleux,
2. Ces Rivages 3. & cette Plaine
Où Mars 4. offre un a7Jle au Soldat
malheureux. ( conde
Cette grande Citési belle~&sife-
I. Le Louvre, le College des
Quatre-Nations, &c.
2.. La Seine au sortirde Paris est
une des plusbelles choses du
vieilde.»
3. La Plaine de Grenelle.
4. L'Hôtel des Invalides.
Paris, vous paroist moins une Ville
qu'un Monde;
Cent miracles divers s'offrent de toutes
parts,
D'Archimedes 5. nouveaux une
Troupeéclairéey
Vous fait porter les yeux dans la
voûte Azurée
Où des feux 6. inconnus brillent à
vos regards.
~a
Tarmy tant de beautez que rien
ne vous arreste ,
N'yfixez,pas long-temps vos regards
curieux.
CequeVersailles vous appreste
5. L'Observatoire.
6. On fitvoir aux Ambassadeurs
de Siam les deux Satellites qu'on
a découvertsdepuis peu.
N'estpas moinssurprenant que le
Palais des Dieux.
Ce Louvre , ces lardins, ces Figures
charmantes,
Ces Travaux , ce Canal, ces Ondes
jaillissantes,
Ces Concerts, tout enchante en cet
heureuxséjour.
L'art tout puissanty sçait applanir
les Montagnes,
Etfait naistre des fleurs au milieu
desCampagnes
Où n'en pourroit formerle belAstre
du jour.
~3»
Maissi tout charme icyvosyeux
& vos oreilles, (ébloüis
,
Si dans ce beau séiour vous estes
A l'aspect de tant de merveilles,
J>)ue ne sera-ce point à l'aspect de
LOVIS?
HaflcT^vousd'approcher deson superbe
Trône,
Voyez à ses costez, & Minerve ~d
Bellone
Maintenir les beaux Arts dans un
parfait accord,
VIniufiice& l'erreur àsespieds encljainees,
Et toutes les Vertusparsa main couronnées,
Al'abrypourjamais des outrages du
Csi"r' e C'estainsiqu'adoré dans unepaix
profonde
Leplussage des Rois, le plus grand
des Mortels,
Salomon, vit la Terre& l'onde
AsahautesagesseéleverdesAutels.
Au bruit qn'en répandoitpar tout 14
Renommée
,
D'un genereux transport une Reyne
animée ( Etats.
Sortit pour l'admirer dufond deses
Quelseroit aujourd'huy l'excés de
safnrj'/ife,
Sises yeux pouvaientvoir ce que la
Terre éprise
Aprésunsi long âge admire en nos
Climats!
Mais quel troublesoudain
,
quelle
rnorne tristesse
Viennentforcer ("vos coeurs àpousser
dessoupirs
Tandis , qu'une viveallègresse
N'offre de tous costez que pompe &
que plaisirs?
Sans doute de LOFIS vostre ame
possedée
D'tt.1 trisse éloignement ne peutsouf
frir l'idée,
Vous quittez à regret des lieux si
pleins d'appas.
Mais un iuste devoir au retour nous
engage,
Et l'Asie a besoin de vostre témoignage
Pour croire des grandeurs qu'elle ne
comprendpas.
Allez, heureux témoins d'unesi
belle vie,
AuxyeuxdevojheVrinceentracer
le tableau,
lout l'orient brujle d'envie
D'apprendre le succés d'un voyage sibeau.
Etale7,, ces vertus> dont la vive
lumiere
Va d'un nouvel éclatembellir l'Inde
-
entiere,
Vous devez ce tresor à la pofleritéDe
rAugufte LOVIS éternisez la
gloire,
V9s noms avec le sien çonflcret
dans l'Histoire,
S'ouvriront un cheminàtimmortalité.
PRIERE POUR LE ROY.
Source éternelle de lumières
Seigneur, exauce ma priere l'invoque , ta bonté pour le plus
grand des Rois.
Répans toujours sur luy ta sagesse
profonde,
Et l'on ne verra riensur la terre c7
sur monde
Jj>ui nesoitfournisa tes loix.
Ce Prince qu'en tous lieux a suivy
la victoire,
Te consacretousses hauts faits ,
Et met son bonheur&sagloire
A te faire regner au coeur de ses
Sujets.
Quepourrions-nous ,
Seigneur, demander
davantage,
Sinon qu'aprés avoiraccomply ton
Ouvrage,
Tit ne l'abandonnesiamais ?
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Résumé : ODE.
Le poème célèbre les exploits et la grandeur du roi Louis XIV. Il commence par une invocation aux Muses pour inspirer le poète à chanter les victoires du roi. Le texte décrit les réactions des peuples et des nations face à la puissance et à la magnanimité de Louis XIV, notamment la soumission d'Alger et de Gênes, ainsi que l'admiration de l'Europe. Le roi est présenté comme un héros glorieux dont les exploits sont admirés dans le monde entier, y compris par les ambassadeurs du Maroc et de Siam. Le poème met en avant la beauté et la grandeur de Paris et de Versailles, soulignant les merveilles architecturales et artistiques présentes dans ces lieux. Des sites emblématiques comme le Louvre, l'Observatoire, et les jardins de Versailles sont mentionnés. Les ambassadeurs étrangers sont émerveillés par ces splendeurs et par la personne du roi lui-même, entouré de figures allégoriques telles que Minerve et Bellone, symbolisant respectivement la sagesse et la guerre. Le poème se conclut par une prière adressée à Dieu, demandant Sa protection et Sa sagesse pour le roi. Cette prière souhaite que les sujets vivent sous les lois divines et que le roi continue à régner avec justice et gloire. Les ambassadeurs sont invités à témoigner des grandeurs du roi en Asie, contribuant ainsi à perpétuer sa renommée et son immortalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 39-46
ODE TIRÉE DU PSEAUME 47. Magnus Dominus & laudabilis nimis.
Début :
La gloire du Seigneur, sa grandeur immortelle, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Dieu, Terre, Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE TIRÉE DU PSEAUME 47. Magnus Dominus & laudabilis nimis.
ODE
TIRE'E DU PSEAUME 47.
Magnrs Dominus & Uu~
dabilis nimis. LA gloire du Seigneur,
sa grandeur
immortelle,
De l'Univers entier doit
occuper le zele:
Mais sur tous les humains
consacrez à ses loix,
Le peuple de Sion doit signaler
sa voix.
Sion montagne auguste&
sainte,
Formidable aux audadeux,
) '~-* = .-Sionfe'jourdelicieux',~-~ 1
Cest toyc'est ton heureuse
enceinte
: Qui renferme le Dieu de
la terre & des Cieux.
O murs!OSéjour*pleinde Montsacrénostreunique espoir,
Où Dieu faitregner la victoire
Manifeste, son pouvoir.
Cent Rois liguez pour
nous livrer la guerre
Estoient venus sur nous
fonfondre
de toutes parts,
Ils ont vu nos sacrez remparts.
Leur aspect foudroyant,
telqu'unaffreuxtonnerre,
-
Les a precipitez au centre
de la terre;
Le Seigneur dans leur
camp a jetté la terreur,
Il parle& nous voyons
leurs travaux mis en pou- ,dre, Leurs chefs aveuglez par
- l'erreur,
Leurs soldats consternez
d'horreur,
Leurs vaisseaux iubmerdgçzyr)
ôcebr;ûierparlafou-3 Monumens éternels de sa
justefureur, :
Rien ne {çauroi^troubler
* les loixinviolables
Qui fondent le bonheur
de la sainte cité,
Seigneur toy-même en a& jeJtteétte
Les fondemens inébranl, ables
:
Aux pieds de tes Autels
humblement consternez
Nos voeuxparta clemetu
ce ont esté couronnez,,,,
Des lieux cheris où le
,
jour prend naissance,
Jusqu'aux climats oùfttút
sa splendeur,
Tout l'univers revere ta
puissance,
Tous les mortels adorent
ta grandeur.
Publions les bienfaits, célebrons
la justice.
DuSouverain del'univers.
Que le bruit de nos chants
vole au-delà des mers,
Qu'avec nous la terre s'unisse,
Que nos voix penetrent
lesairs;
Elevons jusqu'à luy nos
choeurs &nos concerts,
Vousfilles de Sion, florissante
jeunesse,
Joignez-vous ànoschants
sacrez;
Formez des pas & des fons
d'allegresse
Autour de ces murs reverezr
Venez offrir des voeux
pleins de tendresse
Au Seigneur que vous
adorez:
Peuples dequil'appuysur
sa bonté sefonde,
Allez dans tous les coins
du monde
Asonnom glorieux élever
desAutels.
Les siecles avenir béniront
vostre zele,
Et de ses bienfaits immortels
L'éternel comblera vostre
race fidelle..
Marquonsluy nostre amourpar
des voeux éclatans,
C'est nostre Dieu,c'est nostre
pere,
C'est le Roy que Sion revere;
De son regne éternel les
glorieux instans
Dureront au-delà des siecles
& des temps.
TIRE'E DU PSEAUME 47.
Magnrs Dominus & Uu~
dabilis nimis. LA gloire du Seigneur,
sa grandeur
immortelle,
De l'Univers entier doit
occuper le zele:
Mais sur tous les humains
consacrez à ses loix,
Le peuple de Sion doit signaler
sa voix.
Sion montagne auguste&
sainte,
Formidable aux audadeux,
) '~-* = .-Sionfe'jourdelicieux',~-~ 1
Cest toyc'est ton heureuse
enceinte
: Qui renferme le Dieu de
la terre & des Cieux.
O murs!OSéjour*pleinde Montsacrénostreunique espoir,
Où Dieu faitregner la victoire
Manifeste, son pouvoir.
Cent Rois liguez pour
nous livrer la guerre
Estoient venus sur nous
fonfondre
de toutes parts,
Ils ont vu nos sacrez remparts.
Leur aspect foudroyant,
telqu'unaffreuxtonnerre,
-
Les a precipitez au centre
de la terre;
Le Seigneur dans leur
camp a jetté la terreur,
Il parle& nous voyons
leurs travaux mis en pou- ,dre, Leurs chefs aveuglez par
- l'erreur,
Leurs soldats consternez
d'horreur,
Leurs vaisseaux iubmerdgçzyr)
ôcebr;ûierparlafou-3 Monumens éternels de sa
justefureur, :
Rien ne {çauroi^troubler
* les loixinviolables
Qui fondent le bonheur
de la sainte cité,
Seigneur toy-même en a& jeJtteétte
Les fondemens inébranl, ables
:
Aux pieds de tes Autels
humblement consternez
Nos voeuxparta clemetu
ce ont esté couronnez,,,,
Des lieux cheris où le
,
jour prend naissance,
Jusqu'aux climats oùfttút
sa splendeur,
Tout l'univers revere ta
puissance,
Tous les mortels adorent
ta grandeur.
Publions les bienfaits, célebrons
la justice.
DuSouverain del'univers.
Que le bruit de nos chants
vole au-delà des mers,
Qu'avec nous la terre s'unisse,
Que nos voix penetrent
lesairs;
Elevons jusqu'à luy nos
choeurs &nos concerts,
Vousfilles de Sion, florissante
jeunesse,
Joignez-vous ànoschants
sacrez;
Formez des pas & des fons
d'allegresse
Autour de ces murs reverezr
Venez offrir des voeux
pleins de tendresse
Au Seigneur que vous
adorez:
Peuples dequil'appuysur
sa bonté sefonde,
Allez dans tous les coins
du monde
Asonnom glorieux élever
desAutels.
Les siecles avenir béniront
vostre zele,
Et de ses bienfaits immortels
L'éternel comblera vostre
race fidelle..
Marquonsluy nostre amourpar
des voeux éclatans,
C'est nostre Dieu,c'est nostre
pere,
C'est le Roy que Sion revere;
De son regne éternel les
glorieux instans
Dureront au-delà des siecles
& des temps.
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Résumé : ODE TIRÉE DU PSEAUME 47. Magnus Dominus & laudabilis nimis.
Le poème 'ODE' du Psaume 47 célèbre la gloire et la grandeur immortelle du Seigneur, reconnue par l'Univers entier. Le peuple de Sion est loué pour son zèle et sa consécration aux lois divines. Sion, montagne sainte et auguste, est le refuge divin offrant protection et victoire. Lors d'une bataille, cent rois s'allient contre Sion mais sont vaincus par la terreur divine. Leurs efforts sont réduits à néant, et leurs chefs sont aveuglés par l'erreur. Les murs de Sion, inébranlables, symbolisent l'espoir et la protection divine. Le Seigneur est loué pour sa puissance et sa justice. Le poème appelle à célébrer et à publier les bienfaits divins, invitant tous les peuples à adorer et à révérer le Seigneur. Les filles de Sion et la jeunesse sont encouragées à joindre leurs voix aux chants sacrés, et les peuples sont invités à élever des autels au nom glorieux du Seigneur. Le poème se conclut par une expression d'amour et de dévotion envers Dieu, le Père et le Roi de Sion, dont le règne éternel durera au-delà des siècles. Les générations futures béniront le zèle des fidèles et seront comblées par les bienfaits immortels de l'Éternel.
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13
p. [1206]-1207
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume, Dixit Dominus.
Début :
Quand mon Roi s'éleva lui-même, [...]
Mots clefs :
Ode sacrée, Psaume, Roi, Être suprême, Vengeance, Univers, Étoile, Prêtre, Arbitre, Tyrannie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume, Dixit Dominus.
ODE SACRE'E ,
Tirée du Pseaume , Dixit Dominus.
Uand mon Roi s'éleva lui- même ,
Jusqu'à la Celeste Cité ,
Mon fils , lui dit l'Etre suprême ,
Viens te placer à mon côté ,
Jouis ici de ma puissance ,
En attendant
que ma vengeance ,
I. Veh
A ij . Mette
1206 MERCURE DE FRANCE
Mette à tes pieds tes ennemis :
De Sion au bout de la Terre ,
Ton bras ira porter
la guerre ;
Et l'Univers sera soumis.
L'Eclat d'une telle victoire ,
Fera voir alors aux Humains ,
Quel est ton Empire et ta gloire ,
'Au milieu des splendeurs des Saints ;
Je t'engendray de ma substance ,
Avant que ma Toute- Puissance ,
Eût fait l'Etoille du matin.
Avec moi tu régis le Monde ,
Et les Cieux et la Terre et l'Onde ,
Sont les Ouvrages de ta main.
Toi seul es le souverain Prêtre ,
Par Melchisedech figuré ;
Tu ne cesseras point de l'être ,
Comme le Très-haut l'a juré.
'A ta droite dans sa colere ,
Il brisa l'orgueil témeraire ,
Des Rois soulevez contre toy :
Et s'armant un jour de la Foudre ,
Il doit juger et mettre en poudre ,
Ceux qui mépriseront ta Loy.
I. Vol. Soumis
JUIN.
1731. 1207
Soumis aux ordres de son Pere .
Il viendra chez les Nations ,
Boire à longs traits de l'Onde amére
Du torrent des afflictions :
C'est en sacrifiant sa vie ,`
Qu'il détruira la tyrannie ,
Du noir Monarque des Enfers ,
Et c'est à ce prix qu'il doit être ,
L'Arbitre et le souverain maître ,
Des Puissances de l'Univers.
Tirée du Pseaume , Dixit Dominus.
Uand mon Roi s'éleva lui- même ,
Jusqu'à la Celeste Cité ,
Mon fils , lui dit l'Etre suprême ,
Viens te placer à mon côté ,
Jouis ici de ma puissance ,
En attendant
que ma vengeance ,
I. Veh
A ij . Mette
1206 MERCURE DE FRANCE
Mette à tes pieds tes ennemis :
De Sion au bout de la Terre ,
Ton bras ira porter
la guerre ;
Et l'Univers sera soumis.
L'Eclat d'une telle victoire ,
Fera voir alors aux Humains ,
Quel est ton Empire et ta gloire ,
'Au milieu des splendeurs des Saints ;
Je t'engendray de ma substance ,
Avant que ma Toute- Puissance ,
Eût fait l'Etoille du matin.
Avec moi tu régis le Monde ,
Et les Cieux et la Terre et l'Onde ,
Sont les Ouvrages de ta main.
Toi seul es le souverain Prêtre ,
Par Melchisedech figuré ;
Tu ne cesseras point de l'être ,
Comme le Très-haut l'a juré.
'A ta droite dans sa colere ,
Il brisa l'orgueil témeraire ,
Des Rois soulevez contre toy :
Et s'armant un jour de la Foudre ,
Il doit juger et mettre en poudre ,
Ceux qui mépriseront ta Loy.
I. Vol. Soumis
JUIN.
1731. 1207
Soumis aux ordres de son Pere .
Il viendra chez les Nations ,
Boire à longs traits de l'Onde amére
Du torrent des afflictions :
C'est en sacrifiant sa vie ,`
Qu'il détruira la tyrannie ,
Du noir Monarque des Enfers ,
Et c'est à ce prix qu'il doit être ,
L'Arbitre et le souverain maître ,
Des Puissances de l'Univers.
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume, Dixit Dominus.
Le poème 'Ode Sacrée' du Psaume 'Dixit Dominus' relate l'ascension d'un roi, fils de l'Etre suprême, vers la Cité Céleste. Ce roi est destiné à recevoir la puissance divine pour soumettre ses ennemis et régner sur l'univers. L'Etre suprême promet de briser l'orgueil des rois rebelles et de juger ceux qui méprisent sa loi. Le roi, obéissant à son Père, viendra parmi les nations pour endurer les afflictions. En sacrifiant sa vie, il détruira la tyrannie du 'noir Monarque des Enfers' et deviendra l'arbitre et le souverain maître des Puissances de l'Univers. Le poème souligne la souveraineté et la mission divine du roi, ainsi que son rôle de souverain prêtre et de juge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 2573-2577
CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Début :
La Fille du grand Roi que Bethléem vit naître, [...]
Mots clefs :
Naissance de Jésus-Christ, Puissance, Enfant, Univers, Adorer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
CANTAT E.
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
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Résumé : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Le poème relate la naissance de Jésus-Christ à Bethléem, la ville natale du roi David. Marie, sa mère, cherche un refuge et trouve abri dans une grotte sombre. Jésus, un Dieu Sauveur, naît en oubliant ses pouvoirs pour se sacrifier pour l'humanité. La terre tremble de joie et la mer suspend ses flots pour adorer le nouveau roi. Le jour le plus beau se hâte d'apparaître, et les anges célèbrent cet événement dans les airs. Le Verbe s'est fait chair pour sauver les mortels, et sa bonté durera éternellement. Les bergers, pleins d'amour, accourent vers l'étable pour adorer le Sauveur. Un berger exprime son admiration et son amour pour cet enfant puissant et humble, reconnaissant que sa main soutient l'univers et qu'il est l'auteur de toutes les bénédictions.
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15
p. 2764-2767
LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
Début :
Helas ! quelle clarté nouvelle ? [...]
Mots clefs :
Naissance du Messie, Fête des rois, Univers, Fils, Puissance
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texteReconnaissance textuelle : LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
LES Changemens divers dans la Nature,
sur la Naissance du Messie.
CANTIQUE pour la Fête des Rois ,
sur l'Air Au bord d'une Ondefugitive.
HElas ! quelle clarté nouvelle ?
Quel Astre brille dans les Cieux ?
Jamais la nuit ne fut si belle ;
Les Zéphirs regnent en ces lieux.
Flore revient ! Ah quels présages !
Tout rit , tout plaît dans nos Forêts ;
Les Oiseaux ; par leurs doux ramages ,
Font gouter des plaisirs parfaits.
Déja l'impatiente Aurore ,
Dore nos Champs et nos Côteaux ;
II. Vol. No
DECEMBRE. 1732. 276.5
Nos Prez reverdissent encore ,
Et les fleurs naissent près des eaux.
Un Dieu fait sentir sa présence
Tout enchante dans ces Deserts ;
Les vents redoutent sa puissance ,
Tout a changé dans l'Univers.
;
Quel bruit de Clairons , de Trompettes
Se mêle aux doux sons des Hautbois?
Qui regne ici dans ces retraites ,
Les Bergers sont parmi les Rois.
O ciel que vois- je ? quelle Etoile
Conduit les Mages dans ce lieu ?
La nuît se cache avec son voile ,
Pour laisser voir un Homme-Dieu.'
Mes yeux découvrent Pinvisible ,
L'Etre premier s'aneantit ;
Je comprends l'incompréhensible ;
Le Verbe Dieu s'assujettit.
Egal à son Pere en puissance ,
Il est de toute Eternité ,
Son Verbe , son Fils , sa substance ,
Sans alterer son unité.
II. Vol.
Une B vj
2766 MERCURE DE FRANCE
Une fille, vierge féconde ,
Augmente sa virginité ,
En enfantant l'Auteur du Monde ,
Sans blesser son integrité.
Du Ciel , de la Terre et de l'Onde ,
Je vois ici le Souverain ;
Grand Dieu ! que fais -je qui réponde ,
Au feu de votre amour divin ?
Sauveur , pour nous fermer l'abîme
Vous avez pris un Corps mortel ;
Si votre cœur sert de victime ,
C'est pour rendre l'homme immortel.
Contre l'orgueil ce Sauveur prêche;'
Mondain, range- toi sous ses Loix ,
Viens pour l'adorer dans sa Crêche
Comme font ces trois puissants Rois.
Ils offrent l'Or à sa Puissance ;
La Myrhe à son humanité ;
Et pour son origine immense ,
L'Encens à sa Divinité.
Venez, Monarques de la Terre,
Princes contrits , ne craignez pas ;
II. Vol.
DECEMBRE. 1732 2767
Il est desarmé du Tonnerre,
Hâtez- vous , il vous tend les bras.
Laisse , Mondaine , ta Toilette ,
Dieu connoît les passevolants ;
Porte- lui ton ame bien nette
C'est-là son Or et son Encens.
sur la Naissance du Messie.
CANTIQUE pour la Fête des Rois ,
sur l'Air Au bord d'une Ondefugitive.
HElas ! quelle clarté nouvelle ?
Quel Astre brille dans les Cieux ?
Jamais la nuit ne fut si belle ;
Les Zéphirs regnent en ces lieux.
Flore revient ! Ah quels présages !
Tout rit , tout plaît dans nos Forêts ;
Les Oiseaux ; par leurs doux ramages ,
Font gouter des plaisirs parfaits.
Déja l'impatiente Aurore ,
Dore nos Champs et nos Côteaux ;
II. Vol. No
DECEMBRE. 1732. 276.5
Nos Prez reverdissent encore ,
Et les fleurs naissent près des eaux.
Un Dieu fait sentir sa présence
Tout enchante dans ces Deserts ;
Les vents redoutent sa puissance ,
Tout a changé dans l'Univers.
;
Quel bruit de Clairons , de Trompettes
Se mêle aux doux sons des Hautbois?
Qui regne ici dans ces retraites ,
Les Bergers sont parmi les Rois.
O ciel que vois- je ? quelle Etoile
Conduit les Mages dans ce lieu ?
La nuît se cache avec son voile ,
Pour laisser voir un Homme-Dieu.'
Mes yeux découvrent Pinvisible ,
L'Etre premier s'aneantit ;
Je comprends l'incompréhensible ;
Le Verbe Dieu s'assujettit.
Egal à son Pere en puissance ,
Il est de toute Eternité ,
Son Verbe , son Fils , sa substance ,
Sans alterer son unité.
II. Vol.
Une B vj
2766 MERCURE DE FRANCE
Une fille, vierge féconde ,
Augmente sa virginité ,
En enfantant l'Auteur du Monde ,
Sans blesser son integrité.
Du Ciel , de la Terre et de l'Onde ,
Je vois ici le Souverain ;
Grand Dieu ! que fais -je qui réponde ,
Au feu de votre amour divin ?
Sauveur , pour nous fermer l'abîme
Vous avez pris un Corps mortel ;
Si votre cœur sert de victime ,
C'est pour rendre l'homme immortel.
Contre l'orgueil ce Sauveur prêche;'
Mondain, range- toi sous ses Loix ,
Viens pour l'adorer dans sa Crêche
Comme font ces trois puissants Rois.
Ils offrent l'Or à sa Puissance ;
La Myrhe à son humanité ;
Et pour son origine immense ,
L'Encens à sa Divinité.
Venez, Monarques de la Terre,
Princes contrits , ne craignez pas ;
II. Vol.
DECEMBRE. 1732 2767
Il est desarmé du Tonnerre,
Hâtez- vous , il vous tend les bras.
Laisse , Mondaine , ta Toilette ,
Dieu connoît les passevolants ;
Porte- lui ton ame bien nette
C'est-là son Or et son Encens.
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Résumé : LES Changemens divers dans la Nature, sur la Naissance du Messie. CANTIQUE pour la Fête des Rois, sur l'Air: Au bord d'une Onde fugitive.
Le texte est un cantique célébrant la naissance du Messie lors de la fête des Rois. Il décrit une nouvelle clarté et un astre brillant dans les cieux, annonçant des présages favorables. La nature se transforme avec le retour de Flore et le chant des oiseaux. L'Aurore illumine les champs, et un Dieu manifeste sa présence, changeant l'univers. Les bergers se trouvent parmi les rois, et une étoile guide les Mages vers un Homme-Dieu. Le texte exalte le mystère de l'Incarnation, où le Verbe de Dieu s'incarne sans altérer son unité. Une vierge féconde donne naissance à l'Auteur du Monde sans perdre sa virginité. Le Sauveur prend un corps mortel pour rendre l'homme immortel et prêche contre l'orgueil. Les Mages offrent de l'or à sa puissance, de la myrrhe à son humanité, et de l'encens à sa divinité. Le texte invite les monarques et les princes à adorer le Sauveur, désarmé du tonnerre, et à lui offrir leur âme pure.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 2353-2360
ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Début :
Que vois-je ? quel pompeux Spectacle [...]
Mots clefs :
Lumière, Auteur, Univers, Dieu, Plaines, Ouvrage, Astre, Oiseaux, Terre, Puissance
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
ODE
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
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Résumé : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Le poème 'ODE' relate la création du monde en six jours, selon la Genèse. Le premier jour, la lumière est créée, distinguant le jour de la nuit. Le deuxième jour, les cieux sont formés, séparant les eaux supérieures des eaux inférieures. Le troisième jour, les terres émergent et se couvrent de végétation. Le quatrième jour, le Soleil, la Lune et les étoiles sont placés dans le ciel pour réguler le temps. Le cinquième jour, les poissons et les oiseaux sont créés. Le sixième jour, les animaux terrestres et l'homme apparaissent. Adam, le premier homme, est façonné à partir de la terre et animé par le souffle divin. Ève, sa compagne, lui est donnée pour partager sa vie. Le poème se conclut par une exhortation à louer Dieu pour ses œuvres et à respecter ses lois, en évitant la tentation du mal. Dieu contemple ses créations avec satisfaction et consacre ce jour de création à jamais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 451-460
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
Début :
Je sçai, Madame, que vous vous interessez pour tout ce qui regarde la [...]
Mots clefs :
Idylle, Naissance de Jésus-Christ, M. Bouvart, Communauté de l'Enfant Jésus, Anges, Bergers, Dieu, Naissance, Gloire, Choeur d'anges, Démons, Univers, Jésus, Enfant, Vers, Adorer, Musique
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
LETTRE de M... à Madame de ...
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
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Résumé : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
La lettre de M... à Madame de... décrit une idylle sur la Naissance de Jésus-Christ, composée en trois parties et mise en musique par M. Bouvart. Cette idylle a été interprétée par les demoiselles de la Communauté de l'Enfant Jésus le 14 février 1734 et dédiée à M. le Curé de Saint-Sulpice. L'œuvre a été imprimée à Paris chez Thibout en 1734 sous forme de brochure in-4 de 16 pages. L'idylle se structure en trois sections. La première partie relate la domination du Démon sur les hommes jusqu'à la venue du Sauveur, annoncée par un ange. La seconde partie met en scène les bergers rendant hommage au Sauveur, dont la naissance est proclamée par un chœur d'anges. La troisième partie illustre l'adoration des Rois Mages. L'auteur de l'idylle est M. Morand d'Arles, et la musique a été composée par M. Bouvart, célèbre pour son opéra 'Méduse'. L'œuvre souligne la puissance de la musique lorsqu'elle est utilisée pour louer le Seigneur. La lettre met également en lumière le mérite de M. le Curé de Saint-Sulpice et l'éducation pieuse des demoiselles de la Maison de l'Enfant Jésus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
18
p. 1111-1115
L'ANATOMIE. ODE.
Début :
Loin de moi pour jamais, passe temps insipides, [...]
Mots clefs :
Mortel, Main, Âme, Nature, Univers, Nuit
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texteReconnaissance textuelle : L'ANATOMIE. ODE.
L'ANATOMIE.
O D E.
Loin de moi pour jamais , paffe temps infipides ;
Qui fçaviez me ravir , usurpateurs avides ,
Un loifir précieux ;
Allez ; je goûte enfin des plaifirs non frivoles ;
Et mon efprit préfere à vos bluettes folles
Ces mets délicieux.
*
Quel afpect étonnant se présente à ma vûë !
Quelle magnificence à mon ame éperduë
S'offre de toutes parts !
Que de rares trésors ! quel pompeux étalage !
Non , jamais plus parfait , ni plus superbe Ouvrage
N'étonna mes regards .
*
Art heureux & profond * où tant d'illuftres veilles
S'obftinant à puiser merveilles sur merveilles ,
Par d'utiles efforts ,
Vont mettre chaque jour la Nature à la gêne ,
Et la forcent d'ouvrir à leur vûë incertaine
Ses plus fecrets refforts !
L'Anatomie,
Que
T112 MERCURE DE FRANCE
Que d'organes ! quel art , que de fources de vie !
Quelle fçavante main avec tant d'harmonie
A pû les varier !
Que l'Univers frapé d'une fainte épouvante ,
Adore en frémiffant la Grandeur étonnante
Du divin Ouvrier.
*
Qu'il adore : & s'il cherche en fa jufte ſurpriſe
Quelle riche matiere en fi belle entrepriſe
Choifit le Tout- puiffant ;
Qu'il fçache que ce fut une maffe fragile ,
Vil & foible morceau d'une impuiffante argile
Ou plûtôt un néant.
*
Vainement la Nature avare du myftere ;
Avoit crû nous cacher , peu complaifante Mere ,
Un firiche apareil ;
Sous le doigt curieux le voile fe diffipe ,
Et là , prenant l'effor , l'homme enfin participe
Au célefte Confeil.
*
Quel fuperbe penfer vient ici me furprendre !
Vil Mortel que je fuiste quoi ! je vais donc prendre
Un vol audacieux ?
Et mon ceil indifcret franchiffant labarriere
ya
JUIN
1113 1740.
Va deformais porter ſa profane lumiere
A la Sphere des Cieux.
*
Non,non; ne penfons pas en notre ame orgueilleufe,
Percer facilement la nuit myſterieuſe
1
Des Faits de l'Eternel ;
Souvent fa main jalouſe en fon oeuvre admirable
Affecta d'y jetter un voile impénétrable
Au regard du Mortel.
*
Je ne fuis point frapé de ces lueurs obfcures ;
Dont un Syftematique ornant ſes conjectures ;
Flate fa vanité ;
Il fait penfer , agir la divine Sageffe ;
Mais qu'eft- ce ? un homme , hélas ! qui prête ſa foiè
bleffe
A la Divinité.
*
Comme on voit quelquefois de ces lumieres fombres
Que l'ardeur du Belier jette à travers les ombres
Dont fe couvre la nuit ;
Guider un Voyageur au gré de leur caprice ,
It trop fouvent enfin conduire au précipice
L'infensé qui les fuit.
*
Ainf
1114 MERCURE DE FRANCE
Ainfi fon fol orgueil enyvré du fyftême ,
Au milieu des dangers où le plongent lui - même
Ses vains raiſonnemens ,
Sous fes
pas
meurtriers entr'ouvrant les abîmes
Livre à la pâle Mort d'innocentes victimes
O! que
De fes égaremens .
*
fur cette Mer , fi fameuſe en naufrages
Un Mortel peut aller affronter les orages
Avec tranquillité ;
Quand fon efprit prudent & fagement timide ,
N'a livré fa raifon qu'à cet attrait folide
Qu'offre la vérité.
*
Non , le feu , le poiſon, n'ont plus rien de contraire,
Et l'homicide fer , devenu falutaire
En fa puiffante main ,
Des trois perfides Soeurs bravant la loi fatale " ;
Na jufqu'aux noirs Climats de la Rive infernale
Démentir le deftin.
H
Tel on vit ce Mortel ami de la Nature ,
Petit , aller chercher la foible créature
Jusqu'aux bords du Tombeau ;
Et là , mettant aux fers la fiere Deſtinée ,
Arracher
JUIN.
1115 1740.
Arracher tant de fois à la Parque acharnée
Le funefte ciseau.
*
Ou tel déja plongé dans ces noirs précipices'
Qu'avoient creusés fous lui les pâles artifices
D'une Amante aux abois ;
Un Prince * infortuné , ſous une main hardie
Sentit les yeux s'ouvrir aux douceurs de la vie ,
Une feconde fois.
*
C'est ainsi qu'en fuivant cette fidelle guide ,
Un Mortel ne craint point la rencontre perfide
De tant d'écueils divers .
C'est ainsi que malgré tant de fameux obſtacles ,
peut aller fouvent par Il d'illuftres miracles
Etonner l'Univers.
*
Pénetre tous mes fens des
rayons de ta flâme
Divine Vérité , fais briller à mon ame
Tes célestes apas ;
Qu'ils foient les feuls objets que mon eſprit con
temple ;
Et que l'aveugle erreur qui profane fon Temple ,
N'infecte point mes pas.
Hyppolite.
D
O D E.
Loin de moi pour jamais , paffe temps infipides ;
Qui fçaviez me ravir , usurpateurs avides ,
Un loifir précieux ;
Allez ; je goûte enfin des plaifirs non frivoles ;
Et mon efprit préfere à vos bluettes folles
Ces mets délicieux.
*
Quel afpect étonnant se présente à ma vûë !
Quelle magnificence à mon ame éperduë
S'offre de toutes parts !
Que de rares trésors ! quel pompeux étalage !
Non , jamais plus parfait , ni plus superbe Ouvrage
N'étonna mes regards .
*
Art heureux & profond * où tant d'illuftres veilles
S'obftinant à puiser merveilles sur merveilles ,
Par d'utiles efforts ,
Vont mettre chaque jour la Nature à la gêne ,
Et la forcent d'ouvrir à leur vûë incertaine
Ses plus fecrets refforts !
L'Anatomie,
Que
T112 MERCURE DE FRANCE
Que d'organes ! quel art , que de fources de vie !
Quelle fçavante main avec tant d'harmonie
A pû les varier !
Que l'Univers frapé d'une fainte épouvante ,
Adore en frémiffant la Grandeur étonnante
Du divin Ouvrier.
*
Qu'il adore : & s'il cherche en fa jufte ſurpriſe
Quelle riche matiere en fi belle entrepriſe
Choifit le Tout- puiffant ;
Qu'il fçache que ce fut une maffe fragile ,
Vil & foible morceau d'une impuiffante argile
Ou plûtôt un néant.
*
Vainement la Nature avare du myftere ;
Avoit crû nous cacher , peu complaifante Mere ,
Un firiche apareil ;
Sous le doigt curieux le voile fe diffipe ,
Et là , prenant l'effor , l'homme enfin participe
Au célefte Confeil.
*
Quel fuperbe penfer vient ici me furprendre !
Vil Mortel que je fuiste quoi ! je vais donc prendre
Un vol audacieux ?
Et mon ceil indifcret franchiffant labarriere
ya
JUIN
1113 1740.
Va deformais porter ſa profane lumiere
A la Sphere des Cieux.
*
Non,non; ne penfons pas en notre ame orgueilleufe,
Percer facilement la nuit myſterieuſe
1
Des Faits de l'Eternel ;
Souvent fa main jalouſe en fon oeuvre admirable
Affecta d'y jetter un voile impénétrable
Au regard du Mortel.
*
Je ne fuis point frapé de ces lueurs obfcures ;
Dont un Syftematique ornant ſes conjectures ;
Flate fa vanité ;
Il fait penfer , agir la divine Sageffe ;
Mais qu'eft- ce ? un homme , hélas ! qui prête ſa foiè
bleffe
A la Divinité.
*
Comme on voit quelquefois de ces lumieres fombres
Que l'ardeur du Belier jette à travers les ombres
Dont fe couvre la nuit ;
Guider un Voyageur au gré de leur caprice ,
It trop fouvent enfin conduire au précipice
L'infensé qui les fuit.
*
Ainf
1114 MERCURE DE FRANCE
Ainfi fon fol orgueil enyvré du fyftême ,
Au milieu des dangers où le plongent lui - même
Ses vains raiſonnemens ,
Sous fes
pas
meurtriers entr'ouvrant les abîmes
Livre à la pâle Mort d'innocentes victimes
O! que
De fes égaremens .
*
fur cette Mer , fi fameuſe en naufrages
Un Mortel peut aller affronter les orages
Avec tranquillité ;
Quand fon efprit prudent & fagement timide ,
N'a livré fa raifon qu'à cet attrait folide
Qu'offre la vérité.
*
Non , le feu , le poiſon, n'ont plus rien de contraire,
Et l'homicide fer , devenu falutaire
En fa puiffante main ,
Des trois perfides Soeurs bravant la loi fatale " ;
Na jufqu'aux noirs Climats de la Rive infernale
Démentir le deftin.
H
Tel on vit ce Mortel ami de la Nature ,
Petit , aller chercher la foible créature
Jusqu'aux bords du Tombeau ;
Et là , mettant aux fers la fiere Deſtinée ,
Arracher
JUIN.
1115 1740.
Arracher tant de fois à la Parque acharnée
Le funefte ciseau.
*
Ou tel déja plongé dans ces noirs précipices'
Qu'avoient creusés fous lui les pâles artifices
D'une Amante aux abois ;
Un Prince * infortuné , ſous une main hardie
Sentit les yeux s'ouvrir aux douceurs de la vie ,
Une feconde fois.
*
C'est ainsi qu'en fuivant cette fidelle guide ,
Un Mortel ne craint point la rencontre perfide
De tant d'écueils divers .
C'est ainsi que malgré tant de fameux obſtacles ,
peut aller fouvent par Il d'illuftres miracles
Etonner l'Univers.
*
Pénetre tous mes fens des
rayons de ta flâme
Divine Vérité , fais briller à mon ame
Tes célestes apas ;
Qu'ils foient les feuls objets que mon eſprit con
temple ;
Et que l'aveugle erreur qui profane fon Temple ,
N'infecte point mes pas.
Hyppolite.
D
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Résumé : L'ANATOMIE. ODE.
Le poème 'L'ANATOMIE', publié dans le Mercure de France en juin 1740, exalte l'anatomie comme une science profonde et merveilleuse révélant les secrets de la nature. L'auteur voit en elle un art permettant à l'homme de découvrir les organes et les forces vitales, admirant ainsi la grandeur du créateur divin. Le texte met en lumière la curiosité humaine qui cherche à percer les mystères naturels, tout en mettant en garde contre les dangers de l'orgueil et des erreurs potentielles. L'anatomie est présentée comme une discipline bénéfique, capable de sauver des vies et de défier la mort. L'auteur appelle finalement à la guidance de la vérité divine pour éviter les erreurs et les égarements dans cette quête de connaissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 59-62
DISCOURS EN VERS, Sur les Evenemens de l'année 1744.
Début :
Quoi, verrai-je toujours des sottises en France ? [...]
Mots clefs :
Vers, Grand, Roi, Héros, Trône, Louis-François de Bourbon-Conti, Univers, Amour, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS EN VERS, Sur les Evenemens de l'année 1744.
DISCOURS EN VERS ,
Sur les Evenemens de l'année 1744.
Quoi , verrai-je toujours des fottiſes en France
Diſoit l'hyver dernier, d'un ton plein d'importance,
Timon , qui , du paflé profond admirateur ,
Du préſent qu'il ignore eſt l'éternel frondeur !
Pourquoi , s'écrioit-il , le Roi va -t'il en Flandre ?
Quelle étrange Vertu qui s'obſtine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars ,
Contre l'Or des Anglais , & le Fer des Houzards a
Dans le jeune CONTY quel excès de folie ,
D'eſcalader les Monts qui gardent l'Italie ,
Et d'attaquer , vers Nice , un Roi Victorieux ,
Sur ces Sommets glacés dont le front touche aux
Cieux ?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles ,
Dedale à cet Icare a- t'il prêté ſes aîles ?
A-t'il reçû du moins dans ſon deſſein fatal ,
Pour brifer les Rochers le ſecret d'Annibale
Il parle & CONTY vole. Une ardente jeuneſſe,
Voyant peu les dangers que voit trop la vieilleſſe;
Se précipite en foule autour de ſon Héros :
Du Var qui s'épouvante on traverſe les flots ;
DeTorrensen Rochers ,de Montagne en Abyme,
60 MERCURE DE FRANCE.
Des Alpes en couroux on aſſiége la cime ;
On y brave la foudre : On voit de tous côtés
Et la Nature , & l'Art , & l'Ennemi domptés ,
CONTY qu'on cenſuroit ,& que l'Univers love ,
Eſt un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs , en est- ce aſſés ?
Avec Nice & Demont vous voilà terraſſés.
Mais, tandis que ſous lui les Alpes s'applaniffent,
Que fur les Flots voiſins lesAnglois en frémiſſent,
Vers les bords de l'Escaut LOUIS fait tour
trembler ;
Le Batave s'arrête , & craint de le troubler .
Miniſtres , Géneraux , ſuivent d'un même zéle ,
Da Conſeil aux dangers,leur Prince & leur modéle.
L'Ombre du GRAND CONDE' , l'Ombre du GRAND
LOUIS ,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leur
Fils :
L'Envie alors ſe tait ; la Médifance admire.
Zoile, un jour du moins , renonce à la Satyre ;
Et le vieux Nouvelliſte , une canne à la main ,
Trace au Palais Royal Yore, Furne & Menin .
Ainfi , lorſqu'à Paris la tendre Melpomene
De quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scéne ,
En dépit des flets de cent Auteurs malins ,
Le Spectateur ſenſible applaudit des deux mains ;
Aini
NOVEMBRE. 61
1744.
Ainfi , malgré Buffy , ſes chansons , & fa haine ,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français , quelquefois , eſt léger & moqueur ,
Mais toujours le Mérite eut des droits ſur ſon coeur,
Son oeil perçant &juſte eſt prompt àle connoître ,
Il l'aime en ſon égal ; il l'adore en ſon Maître.
La Vertu ſur le Trône eſt en ſon plus beau jour ,
Et l'exemple du Monde en eſt auſſi l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein ſombre, à la marche inégale,
Attaqua dans ſon lit, de ſes tremblantes mains,
Au fortir des Combats , le plus grand des Humains,
Jadis Germanicus fit verſer moins de larmes ;
L'Univers éploré reſſentit moins d'allarmes ,
Et goûta moins l'excès de ſa félicité ,
Lorſqu'Antonin mourant , reparut en ſanté.
Dans nos emportemens de douleur & de joye ,
Le coeur ſeul a parlé ; l'amour ſeul le déploye.
Paris n'a jamais vû de tranſports ſi divers ,
Tant de Feux d'artifice , & fi peu de bons Vers,
Autrefois, & GRAND ROI ! les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire.
Que nous dégénérons de ce tems ſi chéri !
L'éclat du Tiône augmente, & le nôtre eſt flétri.
Oma Proſe & mes Vers, gardez - vous de paroître.
Il eſt dur d'ennuyer ſon Héros & ſon Maître :
I. Vol. D
62 MERCURE DE FRANCE.
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un koi juſte &
qu'on aime ,
Va ſans nous à la gloire, &doit tout à lui-même,
Chaque âge le benit ; le Vieillard , expirant ,
De ce Prince , à ſon Fils fait l'éloge en pleuranta
Le Fils , éternifant des Images ſi cheres ,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres ,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir ,
Eſt porté par l'Amour aux fiécles à venir.
Si pourtant , & GRAND ROI ! quelqu'eſprit moins
vulgaire ,
Des voeux de tout un Peuple interpréte fincère
S'élevant juſqu'à Vous par le grand Art des Vers ;
Oſoit , ſans vous flater , vous peindre à l'Univers
Peut-être on vous verroit , ſéduit par l'harmonie
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie ;
Peut- être d'un regard le Parnaſſe excité ,
De ſon luſtre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout ; c'eſt lui qui rend la vie
Au Mérite expirant ſous les dents de l'Envie ;
C'eſt lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeſte Talent , dans la foule ignoré.
Un Roi qui ſçait régner , nous fait ce que nou
fommes :
Les regards d'un Héros produiſent des Grands
Hommes.
ParM. de Voltaire.
Sur les Evenemens de l'année 1744.
Quoi , verrai-je toujours des fottiſes en France
Diſoit l'hyver dernier, d'un ton plein d'importance,
Timon , qui , du paflé profond admirateur ,
Du préſent qu'il ignore eſt l'éternel frondeur !
Pourquoi , s'écrioit-il , le Roi va -t'il en Flandre ?
Quelle étrange Vertu qui s'obſtine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars ,
Contre l'Or des Anglais , & le Fer des Houzards a
Dans le jeune CONTY quel excès de folie ,
D'eſcalader les Monts qui gardent l'Italie ,
Et d'attaquer , vers Nice , un Roi Victorieux ,
Sur ces Sommets glacés dont le front touche aux
Cieux ?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles ,
Dedale à cet Icare a- t'il prêté ſes aîles ?
A-t'il reçû du moins dans ſon deſſein fatal ,
Pour brifer les Rochers le ſecret d'Annibale
Il parle & CONTY vole. Une ardente jeuneſſe,
Voyant peu les dangers que voit trop la vieilleſſe;
Se précipite en foule autour de ſon Héros :
Du Var qui s'épouvante on traverſe les flots ;
DeTorrensen Rochers ,de Montagne en Abyme,
60 MERCURE DE FRANCE.
Des Alpes en couroux on aſſiége la cime ;
On y brave la foudre : On voit de tous côtés
Et la Nature , & l'Art , & l'Ennemi domptés ,
CONTY qu'on cenſuroit ,& que l'Univers love ,
Eſt un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs , en est- ce aſſés ?
Avec Nice & Demont vous voilà terraſſés.
Mais, tandis que ſous lui les Alpes s'applaniffent,
Que fur les Flots voiſins lesAnglois en frémiſſent,
Vers les bords de l'Escaut LOUIS fait tour
trembler ;
Le Batave s'arrête , & craint de le troubler .
Miniſtres , Géneraux , ſuivent d'un même zéle ,
Da Conſeil aux dangers,leur Prince & leur modéle.
L'Ombre du GRAND CONDE' , l'Ombre du GRAND
LOUIS ,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leur
Fils :
L'Envie alors ſe tait ; la Médifance admire.
Zoile, un jour du moins , renonce à la Satyre ;
Et le vieux Nouvelliſte , une canne à la main ,
Trace au Palais Royal Yore, Furne & Menin .
Ainfi , lorſqu'à Paris la tendre Melpomene
De quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scéne ,
En dépit des flets de cent Auteurs malins ,
Le Spectateur ſenſible applaudit des deux mains ;
Aini
NOVEMBRE. 61
1744.
Ainfi , malgré Buffy , ſes chansons , & fa haine ,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français , quelquefois , eſt léger & moqueur ,
Mais toujours le Mérite eut des droits ſur ſon coeur,
Son oeil perçant &juſte eſt prompt àle connoître ,
Il l'aime en ſon égal ; il l'adore en ſon Maître.
La Vertu ſur le Trône eſt en ſon plus beau jour ,
Et l'exemple du Monde en eſt auſſi l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein ſombre, à la marche inégale,
Attaqua dans ſon lit, de ſes tremblantes mains,
Au fortir des Combats , le plus grand des Humains,
Jadis Germanicus fit verſer moins de larmes ;
L'Univers éploré reſſentit moins d'allarmes ,
Et goûta moins l'excès de ſa félicité ,
Lorſqu'Antonin mourant , reparut en ſanté.
Dans nos emportemens de douleur & de joye ,
Le coeur ſeul a parlé ; l'amour ſeul le déploye.
Paris n'a jamais vû de tranſports ſi divers ,
Tant de Feux d'artifice , & fi peu de bons Vers,
Autrefois, & GRAND ROI ! les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire.
Que nous dégénérons de ce tems ſi chéri !
L'éclat du Tiône augmente, & le nôtre eſt flétri.
Oma Proſe & mes Vers, gardez - vous de paroître.
Il eſt dur d'ennuyer ſon Héros & ſon Maître :
I. Vol. D
62 MERCURE DE FRANCE.
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un koi juſte &
qu'on aime ,
Va ſans nous à la gloire, &doit tout à lui-même,
Chaque âge le benit ; le Vieillard , expirant ,
De ce Prince , à ſon Fils fait l'éloge en pleuranta
Le Fils , éternifant des Images ſi cheres ,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres ,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir ,
Eſt porté par l'Amour aux fiécles à venir.
Si pourtant , & GRAND ROI ! quelqu'eſprit moins
vulgaire ,
Des voeux de tout un Peuple interpréte fincère
S'élevant juſqu'à Vous par le grand Art des Vers ;
Oſoit , ſans vous flater , vous peindre à l'Univers
Peut-être on vous verroit , ſéduit par l'harmonie
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie ;
Peut- être d'un regard le Parnaſſe excité ,
De ſon luſtre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout ; c'eſt lui qui rend la vie
Au Mérite expirant ſous les dents de l'Envie ;
C'eſt lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeſte Talent , dans la foule ignoré.
Un Roi qui ſçait régner , nous fait ce que nou
fommes :
Les regards d'un Héros produiſent des Grands
Hommes.
ParM. de Voltaire.
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Résumé : DISCOURS EN VERS, Sur les Evenemens de l'année 1744.
Dans le poème 'Discours en vers' de Voltaire sur l'année 1744, l'auteur critique les frondeurs qui remettaient en question les décisions royales, notamment la campagne militaire du roi en Flandre et les actions du prince de Conti en Italie. Voltaire exalte les exploits militaires du prince de Conti, le comparant à Hannibal, et loue la bravoure des soldats français face aux dangers naturels et ennemis. Il souligne également les succès du roi Louis XV en Flandre, où il inspire respect et admiration. Le poème oppose les critiques initiales à l'admiration finale pour les actions héroïques. Voltaire met en avant la capacité du peuple français à reconnaître et admirer le mérite, malgré la légèreté et le scepticisme. Il évoque la réaction émotive du peuple lors de la maladie du roi, comparant cette période à des moments historiques marquants comme la mort de Germanicus ou d'Antonin. Voltaire conclut en soulignant la vanité des poètes qui prétendent offrir l'immortalité aux héros, affirmant que la véritable gloire vient du mérite et de l'amour du peuple. Il espère que le roi, par son soutien, pourrait redonner éclat au génie littéraire et encourager les talents méconnus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 81-84
EPITRE, A M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences de Paris, & de celle de Bordeaux, sur son retour. Par M. Desforges Maillard, son Compatriote.
Début :
TU finis, cher Bouguer, tes travaux & mes peines [...]
Mots clefs :
Pierre Bouguer, Univers, Flots
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences de Paris, & de celle de Bordeaux, sur son retour. Par M. Desforges Maillard, son Compatriote.
EPITRE ,
AM. Bouguer , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux ,
furfon retour, Par M. Desforges Maillard
Son Compatriote.
TU finis cher Bouguer , tes travaux &mes
,
peines
Par ton retour heureux ;
Neptune , dont j'ai craint les fureurs inhumaines,
Te redonne à mes voeux.
J'ai tremblé que ſur toi fa funeſte vengeance
Ne fit tomber ſes coups ,
Voyanttant de Nochers , qu'inſtruifit ton enfance
A braver ſon courroux .
Leurs agiles Vaiſſeaux , du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Firent voler ton nom
Et ta main quoiqu'abſente au milieu de leut
courſe ,
Dirigea leur timon.
,
A l'âge où follement la jeuneſſe enyvrée ,
S'endort dans les plaifirs ,
La tienne plus ſolide , à l'étude livrée ,
Yborna ſes déſirs.
Ne t'avons nous pas vû fuir la foule inquiette ;
Au fommet de nos Tours ,
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
De l'Aſtre preſque éteint , au bout de la Lunette
Rallumer les contours ?
De là tu comparois la grandeur des nuages
Sur la rive imprimés ;
Alors tu méditois dans tes remarques ſages
Tes Ecrits renommés.
Mais de ton Orient c'étoit les étincelles ,
Tes jeux & tes Eſſais .
'Aiglon , tu préparois à l'eſſor de tes aîles
De plus hardis ſuccès.
Quels chefs -d'oeuvres depuis n'as-tu point fait
1
éclore ,
Sçavant , fubtil , profond ?
Ton Pays , le Royaume , oui , l'Univers s'honore
Des Lauriers de ton front.
Que l'immortel honneur pour les ames bien nées
A des traits chatouilleux !
C'eſt lui , dont le conſeil fia tes deſtinées
Aux hazards périlleux.
Tu quittas , pour complaire au déſir duMonarque
Des jours purs & ferains ,
'Ardent àt'expoſer , au mépris de la Parque ,
Sur les flots incertains
Paſſant de ton Vaiſſeau ſur des mornes terribles
Deglaçons hériſſés :
Là des périls plus grands par des retours horribles,
Succédoient aux paſſés.
Surces Monts ſourcilleux , redoutables aziles
:
NOVEMBRE. 1744. 83
D'un hyver éternel ,
Tu n'avois pour Rempart que des Tentes fragiles
Contre le froid cruel.
Tes doctes Compagnons , qu'un zéle égal inſpire ,
Ont partagé tes maux ,
Ils partagent ta gloire , & l'Univers va lire
Et vanter vos travaux ,
D'autres ont avant vous , pouffés par l'eſpérance,
Couru fur l'Océan ,
Mais leur Art s'ébahit , & l'on vit leur conſtance
Laſſée au bout d'un an .
:
D'autres ont avant vous pendant pluſieurs années,
Soutenu letur eſpoir ,
Mais pour mettre à profit leurs rapides journées,
Ils manquoient de ſçavoir.
Tu dis , mon cher Bouguer , qu'au plus fort de tes
peines
J'étois à ton côté ,
Etqu'en parlant de moi , ſur ces rives lointaines,
Tu te ſentois flaté ;
Crois auſſi que partout j'ai porté ton image
Empreinte dans mon coeur ,
Etque dans tes revers ton aimable viſage
Futmon confolateur ;
Mais pour peu qu'en neuf ans la Mer parût emue,
J'en perdois le repos ;
Mon amour effrayé groſſiſſoit à ma vuc
Lesdangers & les flots.
Dvj
34 MERCURE DE FRANCE.
*
Neptune , épargne , dis-je , une tête ſi chere
Exauce un malheureux ,
Sinon porte la mienne , au gré de ta colere ,
Et réjoins-nous tous deux.
Tureviens, & mes jours n'auront plus d'amertume,
Je revois enchanté ,
Sur ton tein refleuri , dans ton oeil qui s'allume ,
Renaître la ſanté.
Rallentis toutefois d'une étude affiduë
L'uſage immodéré ;
Elle fait ton plaifir , mais le plaifir nous tuë ,
S'il n'eſt pas temperé.
La mort , dont le compas n'aſſigne au plus grand
homme
Qu'un triſte & court terrain ,
La tête dans les Cieux , renverſe l'Aſtronome,
Son Télescope en main.
Joui d'un doux loiſir , fi tu veux bien en croire
Ma tendreffe & ma foi .
Après avoir vêcu , pour autrui , pour ta gloire ,
CherAmi , vi pour toi.
AM. Bouguer , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux ,
furfon retour, Par M. Desforges Maillard
Son Compatriote.
TU finis cher Bouguer , tes travaux &mes
,
peines
Par ton retour heureux ;
Neptune , dont j'ai craint les fureurs inhumaines,
Te redonne à mes voeux.
J'ai tremblé que ſur toi fa funeſte vengeance
Ne fit tomber ſes coups ,
Voyanttant de Nochers , qu'inſtruifit ton enfance
A braver ſon courroux .
Leurs agiles Vaiſſeaux , du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Firent voler ton nom
Et ta main quoiqu'abſente au milieu de leut
courſe ,
Dirigea leur timon.
,
A l'âge où follement la jeuneſſe enyvrée ,
S'endort dans les plaifirs ,
La tienne plus ſolide , à l'étude livrée ,
Yborna ſes déſirs.
Ne t'avons nous pas vû fuir la foule inquiette ;
Au fommet de nos Tours ,
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
De l'Aſtre preſque éteint , au bout de la Lunette
Rallumer les contours ?
De là tu comparois la grandeur des nuages
Sur la rive imprimés ;
Alors tu méditois dans tes remarques ſages
Tes Ecrits renommés.
Mais de ton Orient c'étoit les étincelles ,
Tes jeux & tes Eſſais .
'Aiglon , tu préparois à l'eſſor de tes aîles
De plus hardis ſuccès.
Quels chefs -d'oeuvres depuis n'as-tu point fait
1
éclore ,
Sçavant , fubtil , profond ?
Ton Pays , le Royaume , oui , l'Univers s'honore
Des Lauriers de ton front.
Que l'immortel honneur pour les ames bien nées
A des traits chatouilleux !
C'eſt lui , dont le conſeil fia tes deſtinées
Aux hazards périlleux.
Tu quittas , pour complaire au déſir duMonarque
Des jours purs & ferains ,
'Ardent àt'expoſer , au mépris de la Parque ,
Sur les flots incertains
Paſſant de ton Vaiſſeau ſur des mornes terribles
Deglaçons hériſſés :
Là des périls plus grands par des retours horribles,
Succédoient aux paſſés.
Surces Monts ſourcilleux , redoutables aziles
:
NOVEMBRE. 1744. 83
D'un hyver éternel ,
Tu n'avois pour Rempart que des Tentes fragiles
Contre le froid cruel.
Tes doctes Compagnons , qu'un zéle égal inſpire ,
Ont partagé tes maux ,
Ils partagent ta gloire , & l'Univers va lire
Et vanter vos travaux ,
D'autres ont avant vous , pouffés par l'eſpérance,
Couru fur l'Océan ,
Mais leur Art s'ébahit , & l'on vit leur conſtance
Laſſée au bout d'un an .
:
D'autres ont avant vous pendant pluſieurs années,
Soutenu letur eſpoir ,
Mais pour mettre à profit leurs rapides journées,
Ils manquoient de ſçavoir.
Tu dis , mon cher Bouguer , qu'au plus fort de tes
peines
J'étois à ton côté ,
Etqu'en parlant de moi , ſur ces rives lointaines,
Tu te ſentois flaté ;
Crois auſſi que partout j'ai porté ton image
Empreinte dans mon coeur ,
Etque dans tes revers ton aimable viſage
Futmon confolateur ;
Mais pour peu qu'en neuf ans la Mer parût emue,
J'en perdois le repos ;
Mon amour effrayé groſſiſſoit à ma vuc
Lesdangers & les flots.
Dvj
34 MERCURE DE FRANCE.
*
Neptune , épargne , dis-je , une tête ſi chere
Exauce un malheureux ,
Sinon porte la mienne , au gré de ta colere ,
Et réjoins-nous tous deux.
Tureviens, & mes jours n'auront plus d'amertume,
Je revois enchanté ,
Sur ton tein refleuri , dans ton oeil qui s'allume ,
Renaître la ſanté.
Rallentis toutefois d'une étude affiduë
L'uſage immodéré ;
Elle fait ton plaifir , mais le plaifir nous tuë ,
S'il n'eſt pas temperé.
La mort , dont le compas n'aſſigne au plus grand
homme
Qu'un triſte & court terrain ,
La tête dans les Cieux , renverſe l'Aſtronome,
Son Télescope en main.
Joui d'un doux loiſir , fi tu veux bien en croire
Ma tendreffe & ma foi .
Après avoir vêcu , pour autrui , pour ta gloire ,
CherAmi , vi pour toi.
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Résumé : EPITRE, A M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences de Paris, & de celle de Bordeaux, sur son retour. Par M. Desforges Maillard, son Compatriote.
L'épître célèbre le retour de Pierre Bouguer, membre des académies royales des sciences de Paris et de Bordeaux. L'auteur exprime sa joie et son soulagement après avoir craint pour la vie de Bouguer lors de ses expéditions maritimes et terrestres. Bouguer est loué pour ses travaux scientifiques et ses explorations, notamment ses observations astronomiques et géodésiques. L'auteur rappelle les dangers affrontés par Bouguer et ses compagnons, tels que les conditions climatiques extrêmes et les périls marins. Il mentionne que d'autres explorateurs avant eux avaient échoué soit par manque de constance, soit par manque de savoir. L'auteur avoue avoir été préoccupé par la sécurité de Bouguer durant ses voyages et exprime son bonheur de le voir revenir sain et sauf. Il conseille à Bouguer de modérer ses études pour préserver sa santé et profiter de la vie.
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21
p. 50-52
ODE.
Début :
Quel bruit frappe ici mon oreille ! [...]
Mots clefs :
Terre, Bruit, Univers, Monarque, Roi
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texteReconnaissance textuelle : ODE.
O DE.
Uel bruit frappe ici mon oreille !
J'entens par tout de doux concerts ;
Quelle et donc la grande merveille
Qui s'opere dans l'Univers ?
Que notre Monarque s'empare
Des Villes d'un Roi qui s'égare ,
Pour moi je n'en fuis pas furpris ;
Il n'est point pour lui de barriere ;
De fa valeur la terre entiere
Ne feroit que le juſte prix.
François , en fuivant un tel guide ,
Vous ferez à jamais heureux ;
Minerve à fes Confeils préfide ;
DECEMBRE 1743
11 eft le favori des Dieux .
Mars n'eft plus le Dieu de la guerre,
LOUIS l'efface fur la terre ;
Son nom vele en tous les climats ;
Le bruit feul de fa renommée
Fait plus que l'innombrable armée
De tous les autres Potentâts .
Sur fon front , trône de la gloire ,
Sont gravés fes fameux exploits ;
Et de la main de lavictoire
Il eft feul couronné des Rois .
Tout l'Univers fçait que la Parque ,
Prête à frapper ce grand Monarque
Le reconnut pour immortel ;
Puifqu'elle a refpecté ſa vie ,
Il n'eft aucun trait de l'envie
Qui l'empêche d'être éternel.
Fut- il Héros plus redoutable ,
Plus magnanime fous les Cieux ?
Fut-il un vainqueur plus aimable ,
D'un coeur plus grand , plus généreux ?
Qu'il regne fur la terre & l'onde ;
Qu'il foit maître de tout le monde ;
Qu'il ait du Ciel mille faveurs !
Vive LOUIS plein de clémence ,
C ij
12 MERCURE DE FRANCE,
L'augufte foutien de la France ;
Vive le Roi de tous les coeurs !
Uel bruit frappe ici mon oreille !
J'entens par tout de doux concerts ;
Quelle et donc la grande merveille
Qui s'opere dans l'Univers ?
Que notre Monarque s'empare
Des Villes d'un Roi qui s'égare ,
Pour moi je n'en fuis pas furpris ;
Il n'est point pour lui de barriere ;
De fa valeur la terre entiere
Ne feroit que le juſte prix.
François , en fuivant un tel guide ,
Vous ferez à jamais heureux ;
Minerve à fes Confeils préfide ;
DECEMBRE 1743
11 eft le favori des Dieux .
Mars n'eft plus le Dieu de la guerre,
LOUIS l'efface fur la terre ;
Son nom vele en tous les climats ;
Le bruit feul de fa renommée
Fait plus que l'innombrable armée
De tous les autres Potentâts .
Sur fon front , trône de la gloire ,
Sont gravés fes fameux exploits ;
Et de la main de lavictoire
Il eft feul couronné des Rois .
Tout l'Univers fçait que la Parque ,
Prête à frapper ce grand Monarque
Le reconnut pour immortel ;
Puifqu'elle a refpecté ſa vie ,
Il n'eft aucun trait de l'envie
Qui l'empêche d'être éternel.
Fut- il Héros plus redoutable ,
Plus magnanime fous les Cieux ?
Fut-il un vainqueur plus aimable ,
D'un coeur plus grand , plus généreux ?
Qu'il regne fur la terre & l'onde ;
Qu'il foit maître de tout le monde ;
Qu'il ait du Ciel mille faveurs !
Vive LOUIS plein de clémence ,
C ij
12 MERCURE DE FRANCE,
L'augufte foutien de la France ;
Vive le Roi de tous les coeurs !
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Résumé : ODE.
Le texte célèbre les exploits militaires et la grandeur du roi Louis XV, suscitant surprise et admiration. Il souligne l'ampleur de ses conquêtes et encourage le roi François à s'en inspirer pour atteindre le bonheur éternel. Louis XV éclipse Mars, le dieu de la guerre, et son nom résonne partout. Ses victoires sont marquées sur son front comme des signes de gloire. La Parque, personnification du destin, reconnaît son immortalité en lui épargnant la mort. Le texte loue aussi sa magnanimité et sa générosité, souhaitant qu'il règne sur la terre et les mers et reçoive les faveurs divines. Il se conclut par un hommage vibrant, qualifiant Louis XV de souverain auguste et de roi de tous les cœurs.
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22
p. 30-33
EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
Début :
D'Arnaud, vous le sçavez, on doit au Dieu des vers [...]
Mots clefs :
Art, Vers, Muses, Univers, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
EPITRE
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
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Résumé : EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
Dans l'épître 'Sur la poésie' datée du 26 août 1749, Baptiste Tollot vante les mérites de la poésie et son importance dans la société. Il rend hommage aux Muses, qui ont transmis les sciences et les arts aux premiers citoyens, les libérant d'un état primitif. Les Muses sont louées pour avoir immortalisé les exploits des héros et pour avoir éclairé les vertus, rendant ainsi le bonheur accessible. La poésie est décrite comme indispensable pour atténuer la sévérité de la vérité et orienter les esprits vers la sagesse. Elle permet aussi de dévoiler les beautés intérieures des âmes humaines. L'auteur cite des figures littéraires telles que David, Greffet, Pavillon et Voltaire, qui ont été inspirés par les Muses. Il encourage ces dernières à célébrer la vertu et à éviter le crime, insistant sur le fait que l'art poétique doit à la fois instruire et charmer.
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23
p. 107-109
« L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...] »
Début :
L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...]
Mots clefs :
Globes célestes, Description, Livre, Sphères, Usage, Monde, Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...] »
L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es,
& des spheres, suivant les differens
systêmes du monde, précedé d'un
Traité de Cosmographie, ou est expliqué
avec ordre tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la description de l'univers, suivant
les Mémoires & les observations des plus
habiles Astronomes & Géographes, ac-
compagné des figures nécessaires, dédié
au Roi. Sixiéme édition, revûe & corri-
gée par M. Bion, Ingénieur du Roi pour
les instrumens de Mathématiques. Sur le
Quai de l'Horloge du Palais, où l'on
trouve des sphéres & des globes de tou-
tes façons. A Paris, chez Jacques Guerin
& Nyon, fils, 1751.
Cet ouvrage, dont l'usage est devenu
avec raison si génétal, & qui passe pour
le meilleur de ce genre, est distribué en
trois Livres. On explique dans le premier,
tout ce qui appartient aux corps célestes,
leur nombre, leur disposition, leur figu-
re, leut mouvement, leur distance de la
terre, leur grosseur, & généralement tou-
tes leurs propriétés, suivant les diffe-
rens systêmes. Celui de Copernic est plus
EvI
Dustnes vd
108 MERCURE DE FRANCE.
développé, comme le plus généralement
reçu. Le premier Livre est terminé pa l'ex-
plication des principaux phenomènes de la
Nature, comme le flux & reflux de la mer,
les metéores, &c. & quelques autres ques-
tions qui sortent un peu du sujet.
Le second Livre contient tout ce qui
peut appartenir à la description de la ter-
re & de l'eau, par rapport à la Géogra-
phie. On y trouve de plus plusieurs me-
thodes curieuses, pour parvenit à la con-
noissance des longitudes des Villes, & à
scavoir mesurer la circonference de la ter-
re. Ce Livre finit par une description his-
torique, courte, & pourtant suffisante
des Etats un peu considérables qui parta-
gent l'univers.
On trouve dans le troisiéme & dernier
Livre, la maniere de tracer les fuseaux
pour la construction, des globes célestes &
terrestres, & les Cartes de Géographie
générales & particulieres. On y rapporte
plus de cent usages differens, les plus
beaux & les plus utiles qni puissents ap-
pliquer aux spheres & aux globes célestes
& terrestres, &c.
M. Bion, le fils, qui donne l'édition
que nous annonçons, a suivi exactement
la cinquieme qui avoit été publiée par
l'Auteur; il a eu seulement l'attention de
zed by Goc
109
JANVIER. 1752.
téformer ce qui regarde le Baromêtre &
le Thermomêtre, qui ont été portés de-
puis quelque tems à un grand degré de
perfection; & de faire à la description
géographique & historique des quatre
parties du monde, les changemens que
les tems, l'ambition & les évenemens Y
ont fait.
& des spheres, suivant les differens
systêmes du monde, précedé d'un
Traité de Cosmographie, ou est expliqué
avec ordre tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la description de l'univers, suivant
les Mémoires & les observations des plus
habiles Astronomes & Géographes, ac-
compagné des figures nécessaires, dédié
au Roi. Sixiéme édition, revûe & corri-
gée par M. Bion, Ingénieur du Roi pour
les instrumens de Mathématiques. Sur le
Quai de l'Horloge du Palais, où l'on
trouve des sphéres & des globes de tou-
tes façons. A Paris, chez Jacques Guerin
& Nyon, fils, 1751.
Cet ouvrage, dont l'usage est devenu
avec raison si génétal, & qui passe pour
le meilleur de ce genre, est distribué en
trois Livres. On explique dans le premier,
tout ce qui appartient aux corps célestes,
leur nombre, leur disposition, leur figu-
re, leut mouvement, leur distance de la
terre, leur grosseur, & généralement tou-
tes leurs propriétés, suivant les diffe-
rens systêmes. Celui de Copernic est plus
EvI
Dustnes vd
108 MERCURE DE FRANCE.
développé, comme le plus généralement
reçu. Le premier Livre est terminé pa l'ex-
plication des principaux phenomènes de la
Nature, comme le flux & reflux de la mer,
les metéores, &c. & quelques autres ques-
tions qui sortent un peu du sujet.
Le second Livre contient tout ce qui
peut appartenir à la description de la ter-
re & de l'eau, par rapport à la Géogra-
phie. On y trouve de plus plusieurs me-
thodes curieuses, pour parvenit à la con-
noissance des longitudes des Villes, & à
scavoir mesurer la circonference de la ter-
re. Ce Livre finit par une description his-
torique, courte, & pourtant suffisante
des Etats un peu considérables qui parta-
gent l'univers.
On trouve dans le troisiéme & dernier
Livre, la maniere de tracer les fuseaux
pour la construction, des globes célestes &
terrestres, & les Cartes de Géographie
générales & particulieres. On y rapporte
plus de cent usages differens, les plus
beaux & les plus utiles qni puissents ap-
pliquer aux spheres & aux globes célestes
& terrestres, &c.
M. Bion, le fils, qui donne l'édition
que nous annonçons, a suivi exactement
la cinquieme qui avoit été publiée par
l'Auteur; il a eu seulement l'attention de
zed by Goc
109
JANVIER. 1752.
téformer ce qui regarde le Baromêtre &
le Thermomêtre, qui ont été portés de-
puis quelque tems à un grand degré de
perfection; & de faire à la description
géographique & historique des quatre
parties du monde, les changemens que
les tems, l'ambition & les évenemens Y
ont fait.
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Résumé : « L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...] »
L'ouvrage 'L'Usage des Globes célestes & terrestres', publié en 16ème édition en 1751 par Jacques Guerin & Nyon, fils, est un traité de cosmographie dédié au roi. Révisé et corrigé par M. Bion, ingénieur du Roi pour les instruments de mathématiques, il est reconnu comme le meilleur de son genre. L'ouvrage est divisé en trois livres. Le premier livre explore les corps célestes, leur nombre, disposition, figure, mouvement, distance de la Terre, taille et propriétés, en s'appuyant sur divers systèmes, notamment celui de Copernic. Il conclut avec l'explication des phénomènes naturels tels que le flux et reflux de la mer et les météores. Le deuxième livre traite de la géographie terrestre et aquatique, incluant des méthodes pour déterminer les longitudes des villes et mesurer la circonférence terrestre, ainsi qu'une description historique des États importants. Le troisième livre détaille la construction des globes célestes et terrestres et des cartes géographiques, en présentant plus de cent usages variés. M. Bion a mis à jour les sections sur le baromètre et le thermomètre, et intégré les récentes modifications dans la description géographique et historique des quatre parties du monde.
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24
p. 104-128
LETTRE de M. de GRACE à M.me C***, sur le systême religieux des Grecs.
Début :
MADAME, Le goût particulier que vous avez pour ce qu'on [...]
Mots clefs :
Dieux, Culte, Grecs, Hésiode, Système, Jupiter, Saturne, Ciel, Divinités, Terre, Religion, Grèce, Histoire, Anciens, Enfants, Idées, Hommes, Temps, Univers, Poète, Monde, Égypte, Amour, Allégorie, Mythologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de GRACE à M.me C***, sur le systême religieux des Grecs.
LETTRE de M. de GRACE à M.me C***
fur le fyftême religieux des Grecs .
MADAME,
Le goût particulier que vous avez pour
ce qu'on appelle Hiftoire Poëtique , vous
a fait bien vîte remarquer dans les diverfes
annonces un nouveau Dictionnaire
Poëtique , par M. B. *** Maître - ès - Arts en
l'Univerfité de Paris , chez Saugrain &
Savoye Libraires à Paris ; volume in-
8.. 1759. Vous me demandez fi l'Auteur
nous préfente dans cet ouvrage
quelque nouveau moyen d'expliquer la
Fable. Pour fatisfaire votre curiofité , je
vous répondrai que ce Dictionnaire , confidérablement
plus étendu que celui de
M. Chompré , & moindre que celui de
M. l'Abbé de Clauftre , préfente le même
fyftême que vous avez lû tant de
fois dans nos Mythologues modernes,
C'est l'Evhémérifme tout pur ; les anciens
Dieux ne font que des héros déifiés ;
les Divinités font partagées comme dans
les autres Mythologies en Dieux du Ciel , -
de la Terre , des Eaux & des Enfers : en
DECEMBRE. 1759. IOS:
un mot , ce font toujours les mêmes hiftoires
rebattues fuivant ce qu'on appelle
le fyftême reçu. C'eft tout ce que je puis
vous dire fur cet ouvrage , qui fera trèsfuffifant
pour ceux qui s'obftineront à
fuivre les idées de nos Mythologues modernes.
Vous êtes impatiente , dites- vous , de
retourner à Paris pour lire le fixiéme volume
de
Univerfell
on
Introduction
à l'Hiftoire
& où j'ai traité à
d'une manière tout oppofée l'Hiftoire de
Ia Religion des Grecs. Je puis fatisfaire
votre impatience en vous envoyant dans
cette lettre le précis de ce nouveau fyftême,
que j'ai puifé dans les écrits de quelques
Sçavans du premier ordre.
Vous fçavez qu'il y a déjà eu bien des
opinions fur cette matiere,& vous m'avez
avoué qu'aucune ne vous avoit fatisfaite.
Je defire que celle que je vous préfente obtienne
votre fuffrage. Vous verrez que je
cherche à battre en ruine le fyftême de
ceux qui croyent que les anciens Dieux
de la Gréce étoient des hommes , ou qui
s'imaginent trouver dans la Mythologie
Grecque l'Hiftoire défigurée de l'Ancien
Teftament. Je ne me fuis point amufé à
réfuter les idées de D. Perneti , qui a
voulu trouver le grand oeuvre voilé fous
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
les allégories de la Fable . Ce ſyſtême.
déjà ancien , qu'il a voulu renouveller ,
n'a trouvé aucun partifan.
Je commencerai , Madame , par vous
expofer les raifons qui ont empêché de
donner jufqu'à préfent une bonne Mythologie
; je veux dire , une explication ,
au moins vraisemblable , du fyftême religieux
des Anciens .
Pour donner une véritable explication
de la Mythologie , il faut avoir foin i .
de ne pas confondre la Religion des
Grecs avec celle des Romains. La premiere
a un fyftême fuivi , & la feconde
ne paroît en avoir aucun , les Romains
ayant indifféremment adopté le culte de
toutes fortes de Divinités , & ayant reconnu
des Génies qui préfidoient à tous
les êtres de raifon , comme la maladie ,
la fiévre , la fureur , la jaloufie & c . Les
Grecs au contraire ne connoiffoient point
ces fortes de Divinités . Je dois cependant
ajouter que la Religion primitive des
Romains étoit tirée de celle des Etrufques
, mais qu'elle n'avoit confervé fa
pureté que dans le Collége des Pontifes.
2. Il ne faut pas confondre le premier
fyftême religieux des Grecs avec
les imaginations poftérieures des Poëtes
qui l'ont entierement défiguré en furcharDECEMBRE.
1759 : 107
geant de fictions extravagantes la légende
de chaque Divinité.
3. On doit regarder l'Evhémérifme
comme un fyftême abfolument faux ; je
veux dire , qu'il ne faut pas croire avec,
nos Mytologues modernes, que les Dieuxdes
Grecs ont été des hommes qu'on a
divinifés dans la fuite.
T
?
Comme on n'a point encore fait ces
fortes de diftinctions , il n'eſt pas étonnant
qu'on ne foit pas venu à bout de
donner de bonnes Mythologies & d'expliquer
les myftères cachés fous tant d'allégories.
La divifion qu'on fait aujourd'hui
des Divinités en quatre claffes, fça-:
voir , en Dieux du Ciel , en Dieux de la
Terre , en Dieux des Eaux , & en Dieux
des Enfers , eft totalement oppofée au
véritable fyftême religieux des Grecs , &
ne peut avoir lieu tout au plus que pour
les Divinités Romaines . C'eft en fuivant
la Théogonie d'Héfiode qu'on parvien--
dra à jetter quelque jour fur une matière
qui eft encore enveloppée des plus épaiffes
ténébres. La preniiere Religion des
Grecs n'étoit point encore altérée de
fon temps comme elle le fut dans la fuite
, & c'eft fur fes ouvrages que nous devons
fonder nos principes.
Les Grecs , dit Strabon , étoient dans
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
-
P'ufage de propofer , fous l'enveloppe des
fables & des allégories , les idées qu'ils
avoient non feulement fur la Phyfique
& fur les autres objets relatifs à la Nature
& à la Philofophie , mais encore
fur les faits de leur ancienne Hiftoire.
Ce paffage indique une différence effentielle
entre les diverfes efpéces de fictions
qui formoient le corps de la Fable.
Il en résulte donc , que les unes .
avoient rapport à la Phyfique générale ;
que les autres exprimoient des idées métaphyfiques
par des images fenfibles ; que
plufieurs enfin confervoient quelques tra
ces des premières traditions .
Les fictions de cete troifiéme Claſſe
font les feules hiftoriques , & ce font les
feules qu'il foit permis à la faine critique
de lier avec les faits connus dess
temps poftérieurs .
Pour venir à bout de développer les
mystères de l'ancienne Religion Grecque
, il paroît naturel de diftinguer trois
points effentiels.
1. Un fonds théologique relatif à une
Cofmogonie religieufe , qui , fous de bifarres
allégories , renfermoit une espéce
de fyftême fur l'origine du Monde , fur
la matière , fur les différens ordres d'Intelligences
qui avoient donné l'être & la
DECEMBRE. 1759 . 109
forme à l'Univers ; fyftême emprunté de
l'Egypte ou de la Phenicie , mais défiguré
par les additions des Poëtes Grecs ,
qui n'avoient pour lors qu'une connoiffance
imparfaite de la Phyfique.
2.° L'hiftoire de l'établiffement des
Dieux étrangers dans la Grece ; Hiftoire
traduite en fables , dont les Auteurs prétendirent
répréfenter en ftyle figuré les
facilités & les obftacles qu'avoient rencontré
les Miniftres des nouveaux Dieux ,
& donner leurs fictions pour des avantures
arrivées aux Dieux mêmes.
3. Une deſcription allégorique des
arts & des ufages utiles , portés dans la
Grece par les Miniftres & les Propagateurs
de ces nouveaux cultes , & qui fe
trouvoient en quelque façon liés avec ces
cultes mêmes. Tels étoient l'art de fondre
& de travailler les métaux , de tiffer les
étoffes , d'élever des troupeaux , de cultiver
l'olivier , de tailler la vigne , de
faire du vin & c. Comme les arts s'intro-'
duifirent dans la Grèce avec le culte des
Dieux étrangers ; ces mêmes Dieux en
furent regardés comme les inventeurs.
Cérès devint la Déeffe de l'agriculture
parce que le vaiffeau qui porta fon culte
dans l'Attique , y porta auffi du bled &
10 MERCURE DE FRANCE.
des laboureurs . Il en fut de même des
autres Divinités.
On doit donc ramener à ces trois points
tout ce qui fe paffoit dans les différents
mystères , particuliers à certains temples.
fameux , où l'ancienne religion avoit à
l'abri du fecret préfervé fa fimplicité
primitive du mêlange contagieux des
idées populaires. Il faut auffi y rapporter .
tous les détails qui fe lifent dans les
anciens Poëtes , je veux dire , Héfiode
& Homere ; car ceux qui font venus
depuis , ont ajouté beaucoup de fables
qu'on ne peut lier ni avec la tradition
primordiale , ni avec les dogmes fondamentaux
.
Le fyftême de la religion a changé
plufieurs fois dans la Gréce. Le culte des
anciennes Divinités y fut comme aboli .
pour faire place à celui des nouveaux
Lieux. L'hiftoire de ces changemens préfentée
fous des allégories , & chargée ,
de circonftances poëtiques , prit infenfiblement
la forme d'une hiftoire des Dieux
eux-mêmes , confidérés comme des Rois ,
ou comme des per onnages réels qui fe
feroient enlevé tour- à - tour l'Empire de
l'Univers. Ce fentinent fe trouve appuyé
par un paffage d'Hérodote. Cet Hiftorien,
DECEMBRE. 17393. ITT
詈
en nous affurant que les ouvrages attri
bués à des Poctes plus anciens qu'Héfiode
& Homere ont été compofés dans des
fiècles poftérieurs , établit un principe qui
peut donner le dénouement d'une partie
des difficultés qu'on rencontre dans l'hif--
toire de la religion Grecque ; c'eſt que
le culte des différentes Divinités ne s'é--
tant pas établi dans un feul & même
temps chez les Grecs , on a pris dans
la fuite les diverfes époques de ces établiffemens
fucceffits pour celles de la
naiffance de ces Divinités mêmes. En
fuivant un principe fi naturel , qui fait ,
tomber tout le merveilleux de la fable
la naiflance des Dieux dans la Grece ,
ne fera que l'établiffemeur de leur culte ,
& les combats qu'ils eurent à foutenir
contre les Géans , ou même contre quel--
ques Divinités , s'expliquera facilement
par les obstacles que leurs Prêtres rencontrèrent
en voulant les faire reconnoître
aux dépens d'un autre Dieu .
Quelques détails dans lefquels je vais
entrer acheveront de développer ce fyitême
, & convaincro nt peut-être que l'opinion
d'Evhémére * eft infoutenable &
On ignore quelle étoit la véritable Patrie de
ee Poete Grec , mais on fçait qu'il vivoit fous Caf
fandre, Roi de Macédoine , qui étoit monté fu
Trz MERCURE DE FRANCE.
contraire aux vérités hiftoriques.
On fçait que les anciens habitans de
la Gréce étoient des fauvages qui vivoient
fans aucune forme de gouvernement , &
fans nulle fociété entr'eux. Ils avoient un
fyftême religieux , & ils reconnoiffoient
des Dieux Auteurs de l'arrangement des
parties de l'Univers , & qui veilloient
pour en maintenir l'ordre ; mais ils ne les
diftinguoient par aucun nom , ni par aucun
titre. Ils les invoquoient tous enfem-.
ble , & leur préfentoient indiftinctement
toutes fortes d'offrandes . Ils n'avoient
alors ni Temples ni Statues . L'arrivée des
Colonies Egyptiennes & Phéniciennes fit
changer la face de la Gréce , & les Sauvages
civilifés par les Egyptiens & les
Phéniciens , adoptèrent le culte des Divinités
que ces avanturiers apportèrent avec
eux .
Ces Colonies étrangères étoient au
nombre de quatre , fçavoir ,
Celle d'Inachus , qui arriva dans la
Gréce l'an 1968 , avant J. C.
le trône environ 300 ans avant J. C. Evhémére
fut traité d'impie , ou plutôt d'athée , parce qu'il ·
avoit ofé publier que les Dieux honorés par les
Grecs , avoient été autrefois des hommes , & que
dans fes voyages il avoit trouvé le tombeau de
Jupiter.
DECEMBRE. 1759 113
Celle de Cécrops , l'an 1655.
Celle de Cadmus , l'an 1592.
Et celle de Danaüs , l'an 1586 .
La Colonie de Cadmus eft la feule
Phénicienne, & les trois autres font Egyp
tiennes. Ainfi le plus grand nombre des
Divinités Grecques , tire fon origine de
l'Egypte. Les Colonies qui policèrent les
Grecs , étoient compofées de Marchands ,
de Pirates , de Matelots , de Soldats , qui
n'avoient eux- mêmes que des idées fauffes
& confufes de la religion de leur pays ,
& qui par conféquent n'étoient pas en
état de dévoiler aux Grecs les véritables
mystères du fyftême religieux des Egyp
tiens.
Toutes ces Divinités ainfi tranſplantées
perdirent non feulement le rang qu'elles
avoient en Egypte, mais ( a) elles changerent
encore de nom , & les Grecs leur
en donnèrent dans leur langue conformé
ment à l'idée qu'ils avoient conçue de la
Divinité qu'on leur préfentoit. (6) Chaque
( a ) Pan , un des anciens Dieux d'Egypte, & un
des huit qui formoient la première Claffe , étoit
un des derniers dans la Gréce, parce que fon culte
y avoit été apporté très tard.
(b ) La Langue Grecque étoit dès le temps de
Platon i différente de ce qu'elle avoit été bien
avant lui , que ce Philofophe n'a pu nous don
ner une jufte explication des noms de chaque
Divinité ancienne.
414 MERCURE
DE
FRANCE
.
Colonie apporta les Dieux pour lesquels
elle avoit une plus grande vénération
& fir tous fes efforts pour les faire recevoir.
Les nouveaux Dieux ne purent
s'établir qu'en chaffant les anciens , &
ces révolutions occafionnèrent , comme
je l'ai déjà dit , des changemens dans le
fyftême religieux des Grecs. Elles fournirent
en même temps matière aux
Poctes d'exercer leur génie , & de là
naquirent les premières fables fur les
Divinités.
-
Héfiode raffembla toutes les différentes
traditions & forma un tout de tant de par
ries fi diverfifiées. Il en fit comme une Somme
Théologique , où le véritable fyftême
religieux étoit renfermé. L'ordre généalogique
qu'il adopte prouve que fon deffein
étoit de conferver l'ordre dans lequel
s'introduifit le culte de chaque Divinité ,
& de donner l'hiftoire des révolutions
que la Religion avoit déja effuyées. Ony
voit clairement trois régnes des Dieux
abfolument diftingués ; celui d'Ouranos
ou du Ciel ; celui de Chronos ou Saturne
; & celui de Jupiter. Cette idée des
trois régnes fucceffifs eft développée
dans les Euménides & dans le Prométhée
d'Efchyle.
Ces trois différens régnes ne fignifient
DECEMBRE. 1759. 19
autre chofe , finon que le culte du Ciel
fut aboli par celui de Saturne , & que
ce dernier difparut loriqu'Hercule força
par les armes les Grecs à recevoir le
culte de Jupiter. Héfiode , pour s'accom
moder à la manière de penfer des hom→
mes , imagina que Saturne avoir bleffé
le Ciel pour s'emparer de la fouveraine
autorité. Il feignit de même que Jupiter
avoit détrôné Saturne , parce que les
Grecs en adoptant le culte de Jupiter
abandonnerent celui de Saturne.
Tout eft allégorique dans la Théogonie
d'Héfiode. Il la commence par la defcription
de la formation de l'Univers ,
fuivant les idées qu'on avoit alors . On
y apperçoit aisément que les connoiffan
ces phyfiques des Grecs étoient très- imparfaites
, puifqu'Hefiode n'avoit point
parlé d'un premier principe intelligent ,
diftingué de l'Univers fenfible.
» Le Cahos, ( dit Héfiode , en ſubſtance,
dans fa Théogonie , ) » fut avant toutes
» chofes , enfuite la Terre , le ténébreux
» Tartare , & l'Amour. Du Chaos vinrent™
» l'Erebe & la Nuit ; de ceux- ci , l'Ether
& le Jour.
» La nuit enfanta d'elle-même l'odieux
» Deſtin , la Parque noire , la Mort , le:
» Sommeil , les Songes , Momus , la Mis116
MERCURE DE FRANCE
»fere , les Hefpérides , Nemefis , la Frau-
» de , la Vieilleffe , la Diſcorde & c.
و د
» La Terre feule enfanta le Ciel égal
» à elle-même , pour la couvrir de toutes
"parts , les Montagnes & le Pont , ou
»la grande Mer.
» La Terre s'allia enfuite avec le Ciel
» & avec le Pont , & elle en eut un grand
» nombre d'enfans , fçavoir , l'Océan &
» Téthis , de qui naquirent Dioné , Métis ,
» Styx , les Rivieres & les Fontaines.
» Caus & Phébé , de qui vinrent Latone
& Aftérie .
ود
Hypérion & Theïa , dont l'alliance
produifit le Soleil , la Lune & l'Aurore.
» Japet pere d'Atlas , de Menatius , de
» Prométhée & d'Epiméthée .
" De l'alliance du Ciel & de la Terre
» naquirent encore Rhéa , Thémis , &
» Ménomofine. Saturne vint après eux ,
» & enfuite les Cyclopes & les Héca-
» tonchires : ces derniers étoient Cot-
» tus, Briarée , & Guygès . Ils avoient cha-
» cun cinquante têtes & cent bras : le Ciel
»ne put en fupporter la vue , & les cacha
» dans les fombres demeures de la terre.
» Celle- ci , indignée de les voir traiter
» ainfi , forgea une faulx d'acier , & pro-
» pofa à fes autres enfans de la venyer :
» Saturne fut le feul qui ofa l'entrepren
DECEMBRE. 1759 : 117
» dre : il furprit le Ciel pendant la nuit, &
» le bleffa . D'une partie de fon fang na-
» quirent les Géans , les Furies ; & l'autre
» étant jettée dans la Mer, donna naiſſan-
» ce à Vénus .
»
» Le Ciel privé de fa fouveraineté fit
des reproches à tous fes enfans & les appella
Titans , parce qu'ils avoient ap-
» prouvé la vengeance que la Terre avoit
excercée fur lui. Il leur prédit qu'ils s'en
repentiroient un jour.
» Saturne époufa Rhéa fa foeur , & ent
» eur Veſta, Cérès , Junon , Pluton , Neptune
& Jupiter. Saturne dévora tous fes
enfans dans la crainte qu'un d'entr'eux
» ne le détrônât. La Terre le furprit un
jour , & le força de rendre. fes enfans
avec la pierre qu'il avoit avalée à la
place de Jupiter , que Rhéa avoir fair
élever fecrettement dans l'Ile de Crete,
» Jupiter devint Souverain de l'Univers
après la victoire qu'il remporta fur
» Saturne, Les Cyclopes furent les premiers
qui fe foumirent à lui , & ils lui
firent préfent du tonnerre : fes autres
oncles lui déclarerent la guerre , & elle
» ne fut terminée à l'avantage de Jupiter
» que par la valeur des Hecatonchires
que le Dieu avoit délivrés de leur pri-
» fan.
118 MERCURE DE FRANCE.
Jupiter époufa d'abord Métis , la plus
fçavante des Divinités , & la rénferma
au-dedans de lui-même lorfqu'il s'apperçut
qu'elle étoit groffe de Minerve:
Il prit enfuite pour femmesThémis , qui
enfanta les Heures ; Eurynome fille de
»l'Océan mere des trois Graces ; Cérès ,
dont il eut Proferpine ; Menemofyne
» qui le fit pere des Mufes ; Latone qui
lui donna Apollon & Diane ; enfin
» Junon mere d'Hébé , de Mars , d'Ili-
>> thye & de Vulcain. »
Tel eft le précis d'une partie de la
Théogonie d'Héfiode. Je ne me fuis attaché
qu'à ces endroits parce qu'ils me
paroiffent fuffifans pour appuyer mon
fyftême , & pour faire voir que nos Mythologues
modernes ont tort de s'écarter
d'une route qu'Héfiode leur a tracée :
ce font toutes ces différentes généalogies
qu'il faut fuivre en cherchant à développer
le Mystère caché fous chaque allégorie
, à diftinguer le Phyfique , le Métaphyfique
& l'Hiftorique,& ne confondant
pas ce premier fyftême avec les folles
imaginations des Poëtes , qui font venus
depuis Héfiode & Homere. Le Jupiter
d'Héfiode a toutes les qualités d'un être
fuprême , qualités défignées par fes femmes
& fes enfans , qui font encore conDECEMBRE.
1759.
noître d'une manière allégorique les
opérations de la Providence à l'égard
des hommes. Le Jupiter des autres Poëtes
a tous les vices des mortels , & ne reffemble
nullement à celui que les premiers
Grecs regarderent comme le Souverain
des Dieux.
Suivons Héfiode dans quelques points
de fa Théogonie , & effayons de déchirer
le voile qui nous dérobe de fi profonds
myſtéres.
Le Poëte commence par une defcription
allégorique de la formation de l'Univers
, fuivant les idées qu'on avoit de
fon temps. Le Chaos renfermoit toutes
les fubftances , & à le confidérer dans fa
totalité , ce n'étoit ni efprit , ni matiere ,
ni forme fubftancielle , mais c'étoit l'affemblage
confus de tous les êtres , qui
ayant d'abord exifté enſemble , fe développerent
fucceffivement , & fe féparerent
les uns des autres pour former l'arrangement
de l'Univers dans l'ordre corporel
& fpirituel l'exiftence de la Terre
& de l'Amour fait ceffer le Cahos dans
Héfiode , & ces deux Etres font le principe
de toutes choſes ; la Terre eſt toute
la matiere , car c'eft elle , fuivant le même
Poëte , qui produit le Ciel , la Mer &
les Montagnes ; ce développement ne
120 MERCURE DE FRANCE.
*
peut fe faire que par une puiffance motrice,
& cette puiffance eft l'Amour , c'eftà-
dire cette chaleur qui excite la fermentation
, principe du développement. Cette
fermentation foible dans fon origine , ne
produit d'abord que des Intelligences
fombres , tels que font les enfans de la
Nuit ; mais auffitôt que la lumiere eut
commencé à éclairer le monde , l'amour
d'Océan & de Thétis fit éclore d'autres
Intelligences , qui , felon l'expreffion
d'Héfiode , contribuerent à élever les
hommes ; & les amours de Jupiter en
produifant les Heures , les Graces , Minerve
&c. achevèrent de conduire à fa
perfection l'Esprit ou l'Amour qui avoit
donné le mouvement à la matière.
Le Tartare , qui exifte en même temps
que la Terre & l'Amour , n'eft autre
chofe que la maffe , pour ainfi dire , des
ténébres qui étoient à l'extrémité de la
terre , fuivant l'opinion des Grecs , du
temps d'Héfiode. L'extrémité de la terre
felon eux étoit l'extrémité occidentale
de l'Europe & de l'Afrique ; & c'eft ce
qu'on peut aifément conjecturer par la
defcription qu'Héfiode fait du Tartare ,
& par les différentes fictions imaginées
fur Atlas & les Hefpérides . Atlas dans
Héfiode n'eft autre chofe que cette montagne
DECEMBRE. 1759 121
.
"
tagne élevée dans la Mauritanie , & qui
s'étend jufqu'à l'Océan. Par ce nom il
faut entendre avec les anciens Grecs les
mers qui bordent les terres , car ils défignoient
la grande mer par le nom de
Pont. Comme ils s'imaginoient que le
Soleil fe couchoit vers le mont Atlas ,
ils feignirent qu'Atlas foutenoit le Ciel
vis-à-vis du lieu où le Jour & la Nuit fe
rencontroient.
Héfiode , en plaçant le jardin des Helpérides
au- delà de l'Océan , a voulu dire
que l'Océan le féparoit du continent ; &
comme il ajoute que les Heſpérides font
immortelles , on conçoit aifément qu'il a
deffein de parler de quelques Ifles voifines.
Leur fituation vis- à-vis le mont Atlas
nous détermine à croire que le Poëte vouloit
faire mention des Canaries . Les Hefpérides
ne font Filles de la Nuit que parce
qu'elles font dans cette partie du monde
où la Nuit , felon Héfiode , avoit fon
palais. Héfiode nous apprend que la Terre
feule enfanta le Ciel égal à elle - même.
Le Poëte a voulu faire entendre
cette fiction que le Ciel ne couvroit que
l'efpace de terre dont on avoit alors connoiffance
, & qu'il y avoit aux extrémités
de l'un & de l'autre une profondeur
F
par
122 MERCURE DE FRANCE.
immenfe qui étoit un lieu de ténébres &
d'horreur.
Après ces différentes productions , le
Poëte abandonne l'hiftoire de la Nature
& paffe à la defcription allégorique des
deux premières Religions de la Grèce ,
qui y fubfiftoient avant que les Peuples
de ce Pays euffent admis le culte de
Jupiter , & celui d'un grand nombre de
Divinités étrangères. Par cette raiſon il
repréſente le Ciel & la Terre comme
les deux premiers Souverains du Monde.
Il leur fait contracter alliance pour joindre
l'hiftoire de la Création du Monde à
celle de la Religion Grecque , & donner
allégoriquement l'hiftoire des divers établiffemens
de chaque Divinité.
La révolte de Saturne & le traitement
qu'il fait au Ciel fon pere , ne font autre
chofe que l'hiftoire d'une révolution
arrivée dans le culte religieux . Pour dépouiller
le Ciel de fa fouveraineté , il
fallut lui ôter fa force ; & comme l'imagination
feule avoit produit les enfans
du Ciel , on ne put fe difpenfer de faire
rentrer dans le néant ceux d'entr'eux
dont les autels étoient abandonnés. Le
culte de Saturne étant devenu le plus
célèbre , il ne fut pas difficile de feindre
DECEMBRE. 1759. 123
que lui feul s'étoit chargé de priver fon
pere de l'empire du monde. Ainfi tout
indique ici une nouvelle Religion qui
fubfifta jufqu'à celle de Jupiter.
Hérodote nous apprend que le culte
de Saturne , qui avoit été apporté d'Egypte
dans la Gréce , ne s'établit pas fans
oppofition , & qu'il n'y fut reçu qu'après
que l'Oracle de Dodone eut déclaré
qu'on pouvoit admettre les Dieux étrangers.
Ce paffage eft une nouvelle preuve
que la révolte de Saturne contre fon
pere ne peut fignifier que la levée des
obftacles qui s'oppofoient à l'établiffement
de fon culte , & l'abolition de la
première Religion. Cette première Religion
n'étoit autre chofe que le culte
rendu par les premiers Grecs aux Dieux
fans nom , & défignés en général par le
Ciel & par fes enfans.
Le culte de Saturne ne fubfifta pas
longtemps dans la Grece , & à peine ce
Dieu y conferva- t-il quelques vieux autels
, fur lefquels il ne paroît pas même
qu'on lui eût offert des facrifices. Il n'y
avoit qu'à Olympie où l'on trouvoit encore
quelques veftiges de fon culte. Héfiode
relègue Saturne dans le Tartare ,
pour marquer que fon culte fut entiere-
Fij
224 MERCURE DE FRANCE.
ment oublié. Les Poëtes poftérieurs inventèrent
la fable de la retraite de ce
Dieu en Italie , parce que fon culte y fut
reçu après que les Grecs l'eurent abandonné.
Héfiode , avant que de paffer à l'hiſtoire
de la troifiéme Religion , avoit préparé
cette révolution par le récit de quelques
événemens qui pouvoient la produire. Le
Ciel eft détrôné , parce que la terre eft
irritée du traitement qu'il a fait à plufieurs
de fes enfans. Le reffentiment de
la Déeffe eft jufte , cependant Saturne ne
devoit pas fervir fa vengeance . Il ne le
fit , dit le Poëte , que parce qu'il avoit
toujours haï fon pere. On a imaginé cette
haine pour expliquer le tort que le culte
de Saturne fit à celui des premiers Dieux
de la Gréce lorſque le fien fut introduit
dans quelques villes de ce Pays . On ne
voulut pas donner la même idée de l'ayenement
de Jupiter au trône. Comme
il ne devoit y avoir rien que de jufte
dans la conduite d'un Dieu à qui on
donnoit la fageffe en partage & la juſtice
pour compagne , il falloit préparer
d'une autre manière la nouvelle révolu
tion , Cette idée détermina le Pocte à repréfenter
Saturne comme un mauvais
DECEMBRE. 1759. 125
pere qui dévoroit fes enfans * , & à imaginer
que Rhéa éleva en cachette le petit
Jupiter. La Terre irritée ne peut fouffrir
que Saturne régne plus longtemps ;
elle le furprend & le livre à Jupiter, qui
en l'obligeant à rendre les enfans qu'il
avoit dévorés , leur donne comme une
nouvelle naiffance , & devient ainfi leur
aîné. Ce n'eft pas lui qui détrône Saturne
, c'eft la Terre , & lorfque Saturne eſt
déthrôné , la fouveraine puiffance appartient
de droit à Jupiter. Neptune & Pluton
font regardés comme fes freres, parce
leur culte fut admis avec le fien.
que
La guerre que les Titans firent pendant
dix ans à Jupiter , défigne d'une manière
bien claire que l'ancienne Religion
fe maintint encore longtemps en divers
-cantons de la Grèce , & que ce ne fut
qu'avec beaucoup de peine qu'on vint à
bout d'introduire la nouvelle . Enfin les
Titans font précipités dans le Tartare ;
c'eft à dire , qu'il ne refta plus de Dieux
de la première Religion
mais on en
* Cette fiction peut encore s'expliquer ainfi :
lorfque le culte de Saturne fut en vigueur , celui
des autres Divinités qu'on avoit reçues avec lui
fut abandonné , à l'exception du culte de Jupiter
qu'on adoroit feulement en Créte , d'où il paffa
enfuite dans toute la Gréce,
F iij
326 MERCURE DE FRANCE.
conferva un très-grand nombre de la fe
conde ; ce que le Poëte fait entendre
lorfqu'il dit que plufieurs Dieux abandonnerent
le parti des Titans pour embraffer
celui de Jupiter , qui leur avoit promis
de les maintenir dans la jouiffance
de leurs anciennes prérogatives. Ce n'eft
point au hazard & fans choix qu'Héfiode
a nommé les Divinités de la troifiéme
Religion , & qu'il leur a fixé un rang. Les
Divinités de la famille de Jupiter font
de deux eſpèces. Les unes font allégo-¹
riques , & ce font des Facultés , des Intelligences
; les autres font des êtres fubfiftants.
Je termine ici mes réflexions que je
pourrois fuivre fur toutes les Divinités
Grecques ; mais j'imagine que ce précis
eft fuffifant pour faire voir qu'on peut
avoir des vues nouvelles fur cette matiere,
& qu'en examinant en vrai critique le
fond du fyftême religieux des Grecs ,
on ne regardera plus leurs Dieux comme
des Héros du premier âge de la Grece.
Une nouvelle preuve que les Dieux de
la Grèce n'étoient point des hommes
c'eft que les Grecs avoient un culte particulier
pour les Héros , & qu'on appelloit
culte héroïque ; tels étoient ceux
d'Hercule , de Caftor & de Pollux. HDECEMBRE.
1759. 127
étoit bien différent de celui qu'on rendoit
aux Dieux , comme on peut s'en
convaincre par la lecture des Auteurs
qui ont parlé de la Religion des Grecs .
Si ces peuples diftinguoient les Dieux
des Héros , il s'enfuivra néceſſairement
que les anciens Dieux des Grecs n'étoient
point des hommes déifiés. Je ne parle
toujours que de l'ancien fyftême religieux .
On m'objectera peut -être que ces Dieux
que je fais venir d'Egypte avoient été des
hommes qu'on avoit déifiés ; je commencerai
par dire avec Hérodote , que les Prêtres
Egyptiens affurerent qu'ils n'avoient
jamais mis aucun homme au rang des
Dieux. J'ajouterai enfuite qu'en fuppofant
que cela fût , il feroit toujours certain
que les Dieux des Grecs ne feroient point
d'anciens Héros de la Grèce , comme
l'avoit prétendu Evhémére , dont le fyftême
a été fuivi par nos Mythologues
modernes.
Vous me direz peut-être , Madame ,
que tous ces raifonnemens ne feront pas
changer d'opinion à ceux qui font accoutumés
à nos hiftoires poëtiques dont on
les a bercés dès leur enfance , & qu'habitués
à un fyftême trop généralement
reçu , ils ne pourront pas le défaire de
leurs anciens préjugés ; vous ajouterez
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
ì
peut- être encore qu'il faudroit donc refondre
tous les Livres faits fur cette matière
, & par conféquent caufer une révolution
étrange dans cette partie de
littérature. Je vous répondrai que je fuis
très-affuré qu'en effet on ne voudra faire
aucun effort pour penfer différemment ,
& j'ofe encore prédire que le premier
ouvrage qui paroîtra fur la Mythologie ,
fera une nouvelle copie de nos Mythologues
modernes ; mais j'ai cru devoir malgré
cela expofer des vues nouvelles fur,
une matière fi obfcure. Je termine enfin
cette trop longue Lettre , en vous affurant
, Madame , & c . DE GRACE.
fur le fyftême religieux des Grecs .
MADAME,
Le goût particulier que vous avez pour
ce qu'on appelle Hiftoire Poëtique , vous
a fait bien vîte remarquer dans les diverfes
annonces un nouveau Dictionnaire
Poëtique , par M. B. *** Maître - ès - Arts en
l'Univerfité de Paris , chez Saugrain &
Savoye Libraires à Paris ; volume in-
8.. 1759. Vous me demandez fi l'Auteur
nous préfente dans cet ouvrage
quelque nouveau moyen d'expliquer la
Fable. Pour fatisfaire votre curiofité , je
vous répondrai que ce Dictionnaire , confidérablement
plus étendu que celui de
M. Chompré , & moindre que celui de
M. l'Abbé de Clauftre , préfente le même
fyftême que vous avez lû tant de
fois dans nos Mythologues modernes,
C'est l'Evhémérifme tout pur ; les anciens
Dieux ne font que des héros déifiés ;
les Divinités font partagées comme dans
les autres Mythologies en Dieux du Ciel , -
de la Terre , des Eaux & des Enfers : en
DECEMBRE. 1759. IOS:
un mot , ce font toujours les mêmes hiftoires
rebattues fuivant ce qu'on appelle
le fyftême reçu. C'eft tout ce que je puis
vous dire fur cet ouvrage , qui fera trèsfuffifant
pour ceux qui s'obftineront à
fuivre les idées de nos Mythologues modernes.
Vous êtes impatiente , dites- vous , de
retourner à Paris pour lire le fixiéme volume
de
Univerfell
on
Introduction
à l'Hiftoire
& où j'ai traité à
d'une manière tout oppofée l'Hiftoire de
Ia Religion des Grecs. Je puis fatisfaire
votre impatience en vous envoyant dans
cette lettre le précis de ce nouveau fyftême,
que j'ai puifé dans les écrits de quelques
Sçavans du premier ordre.
Vous fçavez qu'il y a déjà eu bien des
opinions fur cette matiere,& vous m'avez
avoué qu'aucune ne vous avoit fatisfaite.
Je defire que celle que je vous préfente obtienne
votre fuffrage. Vous verrez que je
cherche à battre en ruine le fyftême de
ceux qui croyent que les anciens Dieux
de la Gréce étoient des hommes , ou qui
s'imaginent trouver dans la Mythologie
Grecque l'Hiftoire défigurée de l'Ancien
Teftament. Je ne me fuis point amufé à
réfuter les idées de D. Perneti , qui a
voulu trouver le grand oeuvre voilé fous
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
les allégories de la Fable . Ce ſyſtême.
déjà ancien , qu'il a voulu renouveller ,
n'a trouvé aucun partifan.
Je commencerai , Madame , par vous
expofer les raifons qui ont empêché de
donner jufqu'à préfent une bonne Mythologie
; je veux dire , une explication ,
au moins vraisemblable , du fyftême religieux
des Anciens .
Pour donner une véritable explication
de la Mythologie , il faut avoir foin i .
de ne pas confondre la Religion des
Grecs avec celle des Romains. La premiere
a un fyftême fuivi , & la feconde
ne paroît en avoir aucun , les Romains
ayant indifféremment adopté le culte de
toutes fortes de Divinités , & ayant reconnu
des Génies qui préfidoient à tous
les êtres de raifon , comme la maladie ,
la fiévre , la fureur , la jaloufie & c . Les
Grecs au contraire ne connoiffoient point
ces fortes de Divinités . Je dois cependant
ajouter que la Religion primitive des
Romains étoit tirée de celle des Etrufques
, mais qu'elle n'avoit confervé fa
pureté que dans le Collége des Pontifes.
2. Il ne faut pas confondre le premier
fyftême religieux des Grecs avec
les imaginations poftérieures des Poëtes
qui l'ont entierement défiguré en furcharDECEMBRE.
1759 : 107
geant de fictions extravagantes la légende
de chaque Divinité.
3. On doit regarder l'Evhémérifme
comme un fyftême abfolument faux ; je
veux dire , qu'il ne faut pas croire avec,
nos Mytologues modernes, que les Dieuxdes
Grecs ont été des hommes qu'on a
divinifés dans la fuite.
T
?
Comme on n'a point encore fait ces
fortes de diftinctions , il n'eſt pas étonnant
qu'on ne foit pas venu à bout de
donner de bonnes Mythologies & d'expliquer
les myftères cachés fous tant d'allégories.
La divifion qu'on fait aujourd'hui
des Divinités en quatre claffes, fça-:
voir , en Dieux du Ciel , en Dieux de la
Terre , en Dieux des Eaux , & en Dieux
des Enfers , eft totalement oppofée au
véritable fyftême religieux des Grecs , &
ne peut avoir lieu tout au plus que pour
les Divinités Romaines . C'eft en fuivant
la Théogonie d'Héfiode qu'on parvien--
dra à jetter quelque jour fur une matière
qui eft encore enveloppée des plus épaiffes
ténébres. La preniiere Religion des
Grecs n'étoit point encore altérée de
fon temps comme elle le fut dans la fuite
, & c'eft fur fes ouvrages que nous devons
fonder nos principes.
Les Grecs , dit Strabon , étoient dans
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
-
P'ufage de propofer , fous l'enveloppe des
fables & des allégories , les idées qu'ils
avoient non feulement fur la Phyfique
& fur les autres objets relatifs à la Nature
& à la Philofophie , mais encore
fur les faits de leur ancienne Hiftoire.
Ce paffage indique une différence effentielle
entre les diverfes efpéces de fictions
qui formoient le corps de la Fable.
Il en résulte donc , que les unes .
avoient rapport à la Phyfique générale ;
que les autres exprimoient des idées métaphyfiques
par des images fenfibles ; que
plufieurs enfin confervoient quelques tra
ces des premières traditions .
Les fictions de cete troifiéme Claſſe
font les feules hiftoriques , & ce font les
feules qu'il foit permis à la faine critique
de lier avec les faits connus dess
temps poftérieurs .
Pour venir à bout de développer les
mystères de l'ancienne Religion Grecque
, il paroît naturel de diftinguer trois
points effentiels.
1. Un fonds théologique relatif à une
Cofmogonie religieufe , qui , fous de bifarres
allégories , renfermoit une espéce
de fyftême fur l'origine du Monde , fur
la matière , fur les différens ordres d'Intelligences
qui avoient donné l'être & la
DECEMBRE. 1759 . 109
forme à l'Univers ; fyftême emprunté de
l'Egypte ou de la Phenicie , mais défiguré
par les additions des Poëtes Grecs ,
qui n'avoient pour lors qu'une connoiffance
imparfaite de la Phyfique.
2.° L'hiftoire de l'établiffement des
Dieux étrangers dans la Grece ; Hiftoire
traduite en fables , dont les Auteurs prétendirent
répréfenter en ftyle figuré les
facilités & les obftacles qu'avoient rencontré
les Miniftres des nouveaux Dieux ,
& donner leurs fictions pour des avantures
arrivées aux Dieux mêmes.
3. Une deſcription allégorique des
arts & des ufages utiles , portés dans la
Grece par les Miniftres & les Propagateurs
de ces nouveaux cultes , & qui fe
trouvoient en quelque façon liés avec ces
cultes mêmes. Tels étoient l'art de fondre
& de travailler les métaux , de tiffer les
étoffes , d'élever des troupeaux , de cultiver
l'olivier , de tailler la vigne , de
faire du vin & c. Comme les arts s'intro-'
duifirent dans la Grèce avec le culte des
Dieux étrangers ; ces mêmes Dieux en
furent regardés comme les inventeurs.
Cérès devint la Déeffe de l'agriculture
parce que le vaiffeau qui porta fon culte
dans l'Attique , y porta auffi du bled &
10 MERCURE DE FRANCE.
des laboureurs . Il en fut de même des
autres Divinités.
On doit donc ramener à ces trois points
tout ce qui fe paffoit dans les différents
mystères , particuliers à certains temples.
fameux , où l'ancienne religion avoit à
l'abri du fecret préfervé fa fimplicité
primitive du mêlange contagieux des
idées populaires. Il faut auffi y rapporter .
tous les détails qui fe lifent dans les
anciens Poëtes , je veux dire , Héfiode
& Homere ; car ceux qui font venus
depuis , ont ajouté beaucoup de fables
qu'on ne peut lier ni avec la tradition
primordiale , ni avec les dogmes fondamentaux
.
Le fyftême de la religion a changé
plufieurs fois dans la Gréce. Le culte des
anciennes Divinités y fut comme aboli .
pour faire place à celui des nouveaux
Lieux. L'hiftoire de ces changemens préfentée
fous des allégories , & chargée ,
de circonftances poëtiques , prit infenfiblement
la forme d'une hiftoire des Dieux
eux-mêmes , confidérés comme des Rois ,
ou comme des per onnages réels qui fe
feroient enlevé tour- à - tour l'Empire de
l'Univers. Ce fentinent fe trouve appuyé
par un paffage d'Hérodote. Cet Hiftorien,
DECEMBRE. 17393. ITT
詈
en nous affurant que les ouvrages attri
bués à des Poctes plus anciens qu'Héfiode
& Homere ont été compofés dans des
fiècles poftérieurs , établit un principe qui
peut donner le dénouement d'une partie
des difficultés qu'on rencontre dans l'hif--
toire de la religion Grecque ; c'eſt que
le culte des différentes Divinités ne s'é--
tant pas établi dans un feul & même
temps chez les Grecs , on a pris dans
la fuite les diverfes époques de ces établiffemens
fucceffits pour celles de la
naiffance de ces Divinités mêmes. En
fuivant un principe fi naturel , qui fait ,
tomber tout le merveilleux de la fable
la naiflance des Dieux dans la Grece ,
ne fera que l'établiffemeur de leur culte ,
& les combats qu'ils eurent à foutenir
contre les Géans , ou même contre quel--
ques Divinités , s'expliquera facilement
par les obstacles que leurs Prêtres rencontrèrent
en voulant les faire reconnoître
aux dépens d'un autre Dieu .
Quelques détails dans lefquels je vais
entrer acheveront de développer ce fyitême
, & convaincro nt peut-être que l'opinion
d'Evhémére * eft infoutenable &
On ignore quelle étoit la véritable Patrie de
ee Poete Grec , mais on fçait qu'il vivoit fous Caf
fandre, Roi de Macédoine , qui étoit monté fu
Trz MERCURE DE FRANCE.
contraire aux vérités hiftoriques.
On fçait que les anciens habitans de
la Gréce étoient des fauvages qui vivoient
fans aucune forme de gouvernement , &
fans nulle fociété entr'eux. Ils avoient un
fyftême religieux , & ils reconnoiffoient
des Dieux Auteurs de l'arrangement des
parties de l'Univers , & qui veilloient
pour en maintenir l'ordre ; mais ils ne les
diftinguoient par aucun nom , ni par aucun
titre. Ils les invoquoient tous enfem-.
ble , & leur préfentoient indiftinctement
toutes fortes d'offrandes . Ils n'avoient
alors ni Temples ni Statues . L'arrivée des
Colonies Egyptiennes & Phéniciennes fit
changer la face de la Gréce , & les Sauvages
civilifés par les Egyptiens & les
Phéniciens , adoptèrent le culte des Divinités
que ces avanturiers apportèrent avec
eux .
Ces Colonies étrangères étoient au
nombre de quatre , fçavoir ,
Celle d'Inachus , qui arriva dans la
Gréce l'an 1968 , avant J. C.
le trône environ 300 ans avant J. C. Evhémére
fut traité d'impie , ou plutôt d'athée , parce qu'il ·
avoit ofé publier que les Dieux honorés par les
Grecs , avoient été autrefois des hommes , & que
dans fes voyages il avoit trouvé le tombeau de
Jupiter.
DECEMBRE. 1759 113
Celle de Cécrops , l'an 1655.
Celle de Cadmus , l'an 1592.
Et celle de Danaüs , l'an 1586 .
La Colonie de Cadmus eft la feule
Phénicienne, & les trois autres font Egyp
tiennes. Ainfi le plus grand nombre des
Divinités Grecques , tire fon origine de
l'Egypte. Les Colonies qui policèrent les
Grecs , étoient compofées de Marchands ,
de Pirates , de Matelots , de Soldats , qui
n'avoient eux- mêmes que des idées fauffes
& confufes de la religion de leur pays ,
& qui par conféquent n'étoient pas en
état de dévoiler aux Grecs les véritables
mystères du fyftême religieux des Egyp
tiens.
Toutes ces Divinités ainfi tranſplantées
perdirent non feulement le rang qu'elles
avoient en Egypte, mais ( a) elles changerent
encore de nom , & les Grecs leur
en donnèrent dans leur langue conformé
ment à l'idée qu'ils avoient conçue de la
Divinité qu'on leur préfentoit. (6) Chaque
( a ) Pan , un des anciens Dieux d'Egypte, & un
des huit qui formoient la première Claffe , étoit
un des derniers dans la Gréce, parce que fon culte
y avoit été apporté très tard.
(b ) La Langue Grecque étoit dès le temps de
Platon i différente de ce qu'elle avoit été bien
avant lui , que ce Philofophe n'a pu nous don
ner une jufte explication des noms de chaque
Divinité ancienne.
414 MERCURE
DE
FRANCE
.
Colonie apporta les Dieux pour lesquels
elle avoit une plus grande vénération
& fir tous fes efforts pour les faire recevoir.
Les nouveaux Dieux ne purent
s'établir qu'en chaffant les anciens , &
ces révolutions occafionnèrent , comme
je l'ai déjà dit , des changemens dans le
fyftême religieux des Grecs. Elles fournirent
en même temps matière aux
Poctes d'exercer leur génie , & de là
naquirent les premières fables fur les
Divinités.
-
Héfiode raffembla toutes les différentes
traditions & forma un tout de tant de par
ries fi diverfifiées. Il en fit comme une Somme
Théologique , où le véritable fyftême
religieux étoit renfermé. L'ordre généalogique
qu'il adopte prouve que fon deffein
étoit de conferver l'ordre dans lequel
s'introduifit le culte de chaque Divinité ,
& de donner l'hiftoire des révolutions
que la Religion avoit déja effuyées. Ony
voit clairement trois régnes des Dieux
abfolument diftingués ; celui d'Ouranos
ou du Ciel ; celui de Chronos ou Saturne
; & celui de Jupiter. Cette idée des
trois régnes fucceffifs eft développée
dans les Euménides & dans le Prométhée
d'Efchyle.
Ces trois différens régnes ne fignifient
DECEMBRE. 1759. 19
autre chofe , finon que le culte du Ciel
fut aboli par celui de Saturne , & que
ce dernier difparut loriqu'Hercule força
par les armes les Grecs à recevoir le
culte de Jupiter. Héfiode , pour s'accom
moder à la manière de penfer des hom→
mes , imagina que Saturne avoir bleffé
le Ciel pour s'emparer de la fouveraine
autorité. Il feignit de même que Jupiter
avoit détrôné Saturne , parce que les
Grecs en adoptant le culte de Jupiter
abandonnerent celui de Saturne.
Tout eft allégorique dans la Théogonie
d'Héfiode. Il la commence par la defcription
de la formation de l'Univers ,
fuivant les idées qu'on avoit alors . On
y apperçoit aisément que les connoiffan
ces phyfiques des Grecs étoient très- imparfaites
, puifqu'Hefiode n'avoit point
parlé d'un premier principe intelligent ,
diftingué de l'Univers fenfible.
» Le Cahos, ( dit Héfiode , en ſubſtance,
dans fa Théogonie , ) » fut avant toutes
» chofes , enfuite la Terre , le ténébreux
» Tartare , & l'Amour. Du Chaos vinrent™
» l'Erebe & la Nuit ; de ceux- ci , l'Ether
& le Jour.
» La nuit enfanta d'elle-même l'odieux
» Deſtin , la Parque noire , la Mort , le:
» Sommeil , les Songes , Momus , la Mis116
MERCURE DE FRANCE
»fere , les Hefpérides , Nemefis , la Frau-
» de , la Vieilleffe , la Diſcorde & c.
و د
» La Terre feule enfanta le Ciel égal
» à elle-même , pour la couvrir de toutes
"parts , les Montagnes & le Pont , ou
»la grande Mer.
» La Terre s'allia enfuite avec le Ciel
» & avec le Pont , & elle en eut un grand
» nombre d'enfans , fçavoir , l'Océan &
» Téthis , de qui naquirent Dioné , Métis ,
» Styx , les Rivieres & les Fontaines.
» Caus & Phébé , de qui vinrent Latone
& Aftérie .
ود
Hypérion & Theïa , dont l'alliance
produifit le Soleil , la Lune & l'Aurore.
» Japet pere d'Atlas , de Menatius , de
» Prométhée & d'Epiméthée .
" De l'alliance du Ciel & de la Terre
» naquirent encore Rhéa , Thémis , &
» Ménomofine. Saturne vint après eux ,
» & enfuite les Cyclopes & les Héca-
» tonchires : ces derniers étoient Cot-
» tus, Briarée , & Guygès . Ils avoient cha-
» cun cinquante têtes & cent bras : le Ciel
»ne put en fupporter la vue , & les cacha
» dans les fombres demeures de la terre.
» Celle- ci , indignée de les voir traiter
» ainfi , forgea une faulx d'acier , & pro-
» pofa à fes autres enfans de la venyer :
» Saturne fut le feul qui ofa l'entrepren
DECEMBRE. 1759 : 117
» dre : il furprit le Ciel pendant la nuit, &
» le bleffa . D'une partie de fon fang na-
» quirent les Géans , les Furies ; & l'autre
» étant jettée dans la Mer, donna naiſſan-
» ce à Vénus .
»
» Le Ciel privé de fa fouveraineté fit
des reproches à tous fes enfans & les appella
Titans , parce qu'ils avoient ap-
» prouvé la vengeance que la Terre avoit
excercée fur lui. Il leur prédit qu'ils s'en
repentiroient un jour.
» Saturne époufa Rhéa fa foeur , & ent
» eur Veſta, Cérès , Junon , Pluton , Neptune
& Jupiter. Saturne dévora tous fes
enfans dans la crainte qu'un d'entr'eux
» ne le détrônât. La Terre le furprit un
jour , & le força de rendre. fes enfans
avec la pierre qu'il avoit avalée à la
place de Jupiter , que Rhéa avoir fair
élever fecrettement dans l'Ile de Crete,
» Jupiter devint Souverain de l'Univers
après la victoire qu'il remporta fur
» Saturne, Les Cyclopes furent les premiers
qui fe foumirent à lui , & ils lui
firent préfent du tonnerre : fes autres
oncles lui déclarerent la guerre , & elle
» ne fut terminée à l'avantage de Jupiter
» que par la valeur des Hecatonchires
que le Dieu avoit délivrés de leur pri-
» fan.
118 MERCURE DE FRANCE.
Jupiter époufa d'abord Métis , la plus
fçavante des Divinités , & la rénferma
au-dedans de lui-même lorfqu'il s'apperçut
qu'elle étoit groffe de Minerve:
Il prit enfuite pour femmesThémis , qui
enfanta les Heures ; Eurynome fille de
»l'Océan mere des trois Graces ; Cérès ,
dont il eut Proferpine ; Menemofyne
» qui le fit pere des Mufes ; Latone qui
lui donna Apollon & Diane ; enfin
» Junon mere d'Hébé , de Mars , d'Ili-
>> thye & de Vulcain. »
Tel eft le précis d'une partie de la
Théogonie d'Héfiode. Je ne me fuis attaché
qu'à ces endroits parce qu'ils me
paroiffent fuffifans pour appuyer mon
fyftême , & pour faire voir que nos Mythologues
modernes ont tort de s'écarter
d'une route qu'Héfiode leur a tracée :
ce font toutes ces différentes généalogies
qu'il faut fuivre en cherchant à développer
le Mystère caché fous chaque allégorie
, à diftinguer le Phyfique , le Métaphyfique
& l'Hiftorique,& ne confondant
pas ce premier fyftême avec les folles
imaginations des Poëtes , qui font venus
depuis Héfiode & Homere. Le Jupiter
d'Héfiode a toutes les qualités d'un être
fuprême , qualités défignées par fes femmes
& fes enfans , qui font encore conDECEMBRE.
1759.
noître d'une manière allégorique les
opérations de la Providence à l'égard
des hommes. Le Jupiter des autres Poëtes
a tous les vices des mortels , & ne reffemble
nullement à celui que les premiers
Grecs regarderent comme le Souverain
des Dieux.
Suivons Héfiode dans quelques points
de fa Théogonie , & effayons de déchirer
le voile qui nous dérobe de fi profonds
myſtéres.
Le Poëte commence par une defcription
allégorique de la formation de l'Univers
, fuivant les idées qu'on avoit de
fon temps. Le Chaos renfermoit toutes
les fubftances , & à le confidérer dans fa
totalité , ce n'étoit ni efprit , ni matiere ,
ni forme fubftancielle , mais c'étoit l'affemblage
confus de tous les êtres , qui
ayant d'abord exifté enſemble , fe développerent
fucceffivement , & fe féparerent
les uns des autres pour former l'arrangement
de l'Univers dans l'ordre corporel
& fpirituel l'exiftence de la Terre
& de l'Amour fait ceffer le Cahos dans
Héfiode , & ces deux Etres font le principe
de toutes choſes ; la Terre eſt toute
la matiere , car c'eft elle , fuivant le même
Poëte , qui produit le Ciel , la Mer &
les Montagnes ; ce développement ne
120 MERCURE DE FRANCE.
*
peut fe faire que par une puiffance motrice,
& cette puiffance eft l'Amour , c'eftà-
dire cette chaleur qui excite la fermentation
, principe du développement. Cette
fermentation foible dans fon origine , ne
produit d'abord que des Intelligences
fombres , tels que font les enfans de la
Nuit ; mais auffitôt que la lumiere eut
commencé à éclairer le monde , l'amour
d'Océan & de Thétis fit éclore d'autres
Intelligences , qui , felon l'expreffion
d'Héfiode , contribuerent à élever les
hommes ; & les amours de Jupiter en
produifant les Heures , les Graces , Minerve
&c. achevèrent de conduire à fa
perfection l'Esprit ou l'Amour qui avoit
donné le mouvement à la matière.
Le Tartare , qui exifte en même temps
que la Terre & l'Amour , n'eft autre
chofe que la maffe , pour ainfi dire , des
ténébres qui étoient à l'extrémité de la
terre , fuivant l'opinion des Grecs , du
temps d'Héfiode. L'extrémité de la terre
felon eux étoit l'extrémité occidentale
de l'Europe & de l'Afrique ; & c'eft ce
qu'on peut aifément conjecturer par la
defcription qu'Héfiode fait du Tartare ,
& par les différentes fictions imaginées
fur Atlas & les Hefpérides . Atlas dans
Héfiode n'eft autre chofe que cette montagne
DECEMBRE. 1759 121
.
"
tagne élevée dans la Mauritanie , & qui
s'étend jufqu'à l'Océan. Par ce nom il
faut entendre avec les anciens Grecs les
mers qui bordent les terres , car ils défignoient
la grande mer par le nom de
Pont. Comme ils s'imaginoient que le
Soleil fe couchoit vers le mont Atlas ,
ils feignirent qu'Atlas foutenoit le Ciel
vis-à-vis du lieu où le Jour & la Nuit fe
rencontroient.
Héfiode , en plaçant le jardin des Helpérides
au- delà de l'Océan , a voulu dire
que l'Océan le féparoit du continent ; &
comme il ajoute que les Heſpérides font
immortelles , on conçoit aifément qu'il a
deffein de parler de quelques Ifles voifines.
Leur fituation vis- à-vis le mont Atlas
nous détermine à croire que le Poëte vouloit
faire mention des Canaries . Les Hefpérides
ne font Filles de la Nuit que parce
qu'elles font dans cette partie du monde
où la Nuit , felon Héfiode , avoit fon
palais. Héfiode nous apprend que la Terre
feule enfanta le Ciel égal à elle - même.
Le Poëte a voulu faire entendre
cette fiction que le Ciel ne couvroit que
l'efpace de terre dont on avoit alors connoiffance
, & qu'il y avoit aux extrémités
de l'un & de l'autre une profondeur
F
par
122 MERCURE DE FRANCE.
immenfe qui étoit un lieu de ténébres &
d'horreur.
Après ces différentes productions , le
Poëte abandonne l'hiftoire de la Nature
& paffe à la defcription allégorique des
deux premières Religions de la Grèce ,
qui y fubfiftoient avant que les Peuples
de ce Pays euffent admis le culte de
Jupiter , & celui d'un grand nombre de
Divinités étrangères. Par cette raiſon il
repréſente le Ciel & la Terre comme
les deux premiers Souverains du Monde.
Il leur fait contracter alliance pour joindre
l'hiftoire de la Création du Monde à
celle de la Religion Grecque , & donner
allégoriquement l'hiftoire des divers établiffemens
de chaque Divinité.
La révolte de Saturne & le traitement
qu'il fait au Ciel fon pere , ne font autre
chofe que l'hiftoire d'une révolution
arrivée dans le culte religieux . Pour dépouiller
le Ciel de fa fouveraineté , il
fallut lui ôter fa force ; & comme l'imagination
feule avoit produit les enfans
du Ciel , on ne put fe difpenfer de faire
rentrer dans le néant ceux d'entr'eux
dont les autels étoient abandonnés. Le
culte de Saturne étant devenu le plus
célèbre , il ne fut pas difficile de feindre
DECEMBRE. 1759. 123
que lui feul s'étoit chargé de priver fon
pere de l'empire du monde. Ainfi tout
indique ici une nouvelle Religion qui
fubfifta jufqu'à celle de Jupiter.
Hérodote nous apprend que le culte
de Saturne , qui avoit été apporté d'Egypte
dans la Gréce , ne s'établit pas fans
oppofition , & qu'il n'y fut reçu qu'après
que l'Oracle de Dodone eut déclaré
qu'on pouvoit admettre les Dieux étrangers.
Ce paffage eft une nouvelle preuve
que la révolte de Saturne contre fon
pere ne peut fignifier que la levée des
obftacles qui s'oppofoient à l'établiffement
de fon culte , & l'abolition de la
première Religion. Cette première Religion
n'étoit autre chofe que le culte
rendu par les premiers Grecs aux Dieux
fans nom , & défignés en général par le
Ciel & par fes enfans.
Le culte de Saturne ne fubfifta pas
longtemps dans la Grece , & à peine ce
Dieu y conferva- t-il quelques vieux autels
, fur lefquels il ne paroît pas même
qu'on lui eût offert des facrifices. Il n'y
avoit qu'à Olympie où l'on trouvoit encore
quelques veftiges de fon culte. Héfiode
relègue Saturne dans le Tartare ,
pour marquer que fon culte fut entiere-
Fij
224 MERCURE DE FRANCE.
ment oublié. Les Poëtes poftérieurs inventèrent
la fable de la retraite de ce
Dieu en Italie , parce que fon culte y fut
reçu après que les Grecs l'eurent abandonné.
Héfiode , avant que de paffer à l'hiſtoire
de la troifiéme Religion , avoit préparé
cette révolution par le récit de quelques
événemens qui pouvoient la produire. Le
Ciel eft détrôné , parce que la terre eft
irritée du traitement qu'il a fait à plufieurs
de fes enfans. Le reffentiment de
la Déeffe eft jufte , cependant Saturne ne
devoit pas fervir fa vengeance . Il ne le
fit , dit le Poëte , que parce qu'il avoit
toujours haï fon pere. On a imaginé cette
haine pour expliquer le tort que le culte
de Saturne fit à celui des premiers Dieux
de la Gréce lorſque le fien fut introduit
dans quelques villes de ce Pays . On ne
voulut pas donner la même idée de l'ayenement
de Jupiter au trône. Comme
il ne devoit y avoir rien que de jufte
dans la conduite d'un Dieu à qui on
donnoit la fageffe en partage & la juſtice
pour compagne , il falloit préparer
d'une autre manière la nouvelle révolu
tion , Cette idée détermina le Pocte à repréfenter
Saturne comme un mauvais
DECEMBRE. 1759. 125
pere qui dévoroit fes enfans * , & à imaginer
que Rhéa éleva en cachette le petit
Jupiter. La Terre irritée ne peut fouffrir
que Saturne régne plus longtemps ;
elle le furprend & le livre à Jupiter, qui
en l'obligeant à rendre les enfans qu'il
avoit dévorés , leur donne comme une
nouvelle naiffance , & devient ainfi leur
aîné. Ce n'eft pas lui qui détrône Saturne
, c'eft la Terre , & lorfque Saturne eſt
déthrôné , la fouveraine puiffance appartient
de droit à Jupiter. Neptune & Pluton
font regardés comme fes freres, parce
leur culte fut admis avec le fien.
que
La guerre que les Titans firent pendant
dix ans à Jupiter , défigne d'une manière
bien claire que l'ancienne Religion
fe maintint encore longtemps en divers
-cantons de la Grèce , & que ce ne fut
qu'avec beaucoup de peine qu'on vint à
bout d'introduire la nouvelle . Enfin les
Titans font précipités dans le Tartare ;
c'eft à dire , qu'il ne refta plus de Dieux
de la première Religion
mais on en
* Cette fiction peut encore s'expliquer ainfi :
lorfque le culte de Saturne fut en vigueur , celui
des autres Divinités qu'on avoit reçues avec lui
fut abandonné , à l'exception du culte de Jupiter
qu'on adoroit feulement en Créte , d'où il paffa
enfuite dans toute la Gréce,
F iij
326 MERCURE DE FRANCE.
conferva un très-grand nombre de la fe
conde ; ce que le Poëte fait entendre
lorfqu'il dit que plufieurs Dieux abandonnerent
le parti des Titans pour embraffer
celui de Jupiter , qui leur avoit promis
de les maintenir dans la jouiffance
de leurs anciennes prérogatives. Ce n'eft
point au hazard & fans choix qu'Héfiode
a nommé les Divinités de la troifiéme
Religion , & qu'il leur a fixé un rang. Les
Divinités de la famille de Jupiter font
de deux eſpèces. Les unes font allégo-¹
riques , & ce font des Facultés , des Intelligences
; les autres font des êtres fubfiftants.
Je termine ici mes réflexions que je
pourrois fuivre fur toutes les Divinités
Grecques ; mais j'imagine que ce précis
eft fuffifant pour faire voir qu'on peut
avoir des vues nouvelles fur cette matiere,
& qu'en examinant en vrai critique le
fond du fyftême religieux des Grecs ,
on ne regardera plus leurs Dieux comme
des Héros du premier âge de la Grece.
Une nouvelle preuve que les Dieux de
la Grèce n'étoient point des hommes
c'eft que les Grecs avoient un culte particulier
pour les Héros , & qu'on appelloit
culte héroïque ; tels étoient ceux
d'Hercule , de Caftor & de Pollux. HDECEMBRE.
1759. 127
étoit bien différent de celui qu'on rendoit
aux Dieux , comme on peut s'en
convaincre par la lecture des Auteurs
qui ont parlé de la Religion des Grecs .
Si ces peuples diftinguoient les Dieux
des Héros , il s'enfuivra néceſſairement
que les anciens Dieux des Grecs n'étoient
point des hommes déifiés. Je ne parle
toujours que de l'ancien fyftême religieux .
On m'objectera peut -être que ces Dieux
que je fais venir d'Egypte avoient été des
hommes qu'on avoit déifiés ; je commencerai
par dire avec Hérodote , que les Prêtres
Egyptiens affurerent qu'ils n'avoient
jamais mis aucun homme au rang des
Dieux. J'ajouterai enfuite qu'en fuppofant
que cela fût , il feroit toujours certain
que les Dieux des Grecs ne feroient point
d'anciens Héros de la Grèce , comme
l'avoit prétendu Evhémére , dont le fyftême
a été fuivi par nos Mythologues
modernes.
Vous me direz peut-être , Madame ,
que tous ces raifonnemens ne feront pas
changer d'opinion à ceux qui font accoutumés
à nos hiftoires poëtiques dont on
les a bercés dès leur enfance , & qu'habitués
à un fyftême trop généralement
reçu , ils ne pourront pas le défaire de
leurs anciens préjugés ; vous ajouterez
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
ì
peut- être encore qu'il faudroit donc refondre
tous les Livres faits fur cette matière
, & par conféquent caufer une révolution
étrange dans cette partie de
littérature. Je vous répondrai que je fuis
très-affuré qu'en effet on ne voudra faire
aucun effort pour penfer différemment ,
& j'ofe encore prédire que le premier
ouvrage qui paroîtra fur la Mythologie ,
fera une nouvelle copie de nos Mythologues
modernes ; mais j'ai cru devoir malgré
cela expofer des vues nouvelles fur,
une matière fi obfcure. Je termine enfin
cette trop longue Lettre , en vous affurant
, Madame , & c . DE GRACE.
Fermer
25
p. 85-106
LETTRE de M. DE GRACE, à l'Auteur Anonyme d'un Livre nouveau intitulé : CULTE DES DIEUX FÉTICHES, ou Parallèle de l'ancienne Religion de l'Egypte avec la Religion actuélle de la Nigritie. Vol. in-12. de 285 pages. 1760.
Début :
Monsieur, L'Ouvrage que vous venez de donner au Public, [...]
Mots clefs :
Égyptiens, Dieu, Religion, Monde, Principe, Matière, Égypte, Hommes, Peuples, Origine, Philosophes, Osiris, Système, Univers, Culte, Prêtres, Esprit, Anciens, Créateur, Sauvages, Nigritie, Fétichisme
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE GRACE, à l'Auteur Anonyme d'un Livre nouveau intitulé : CULTE DES DIEUX FÉTICHES, ou Parallèle de l'ancienne Religion de l'Egypte avec la Religion actuélle de la Nigritie. Vol. in-12. de 285 pages. 1760.
LETTRE de M. DE GRACE , à l'Auteur
Anonyme d'un Livre nouveau intitulé:
CULTE DES DIEUX FÉTICHES , ou Parallèle
de l'ancienne Religion de l'Egypte
avec la Religion actuelle de la Nigritie.
Vol. in- 12 . de 185 pages. 1760.
MONS ONSIEUR ,
L'Ouvrage que vous venez de donner
au Public, annonce une grande érudition ,
un profond fçavoir , & beaucoup d'efprit.
Les principaux points du fyftême que vous
expofez dans ce fçavant Ouvrage , fe réduifent
, fi je ne me trompe , aux articles
fuivans
.
}
1. Vous prétendez que le Fétichisme '
ལ །
* Tout le monde fçait que les habitans de la
Nigritie prennent pour Dieu tutélaire , une mod
che , un papillon , un oifeau , un lion , une montagne
, in arbre, une pierre , un poiffon, la mer
meme. Les Européens ont donné à ces fortesde
Divinités le nom de Fétiches. ités leur Lifez les Relations
des Voyageurs , fur les Côtes de Guinée.
86 MERCURE DE FRANCE.
actuél des habitans de la Nigritie , a été
la principale Religion des anciens Egyptiens,
& même de prèfque tous les Peuples.
2. Vous foutenez , que les Egyptiens
ont été des Sauvages dans leur origine ,
comme toutes les autres Nations depuis
le déluge ; qu'ainfi ils n'ont pas été capables
d'imaginer une Religion myſtérieufe
à laquelle on pût donner des interprétations
métaphyfiques & phyfiques;
& que par conféquent il eft abfurde de
vouloir y trouver du figuré , comme plufieurs
Sçavans ont ofé le penſer.
3.° Vous infinuez, que le Paganifme en
général n'a confifté que dans le culte rendu
aux Aftres , à des animaux , & trèsfouvent
à des hommes morts divinifés.
4. Vous penfez, qu'il y a du ridicule à
croire qu'on auroit inventé une Religion
qui auroit été an myftère continuel pour
le Peuple ; & vous ajoutez, que le filence
des Prêtres Egyptiens , fur leur Religion ,
ne provenoit que de ce qu'ils n'avoient
rien à dire fur un fyftême religieux , extravagant
par lui-même , & dont ils fentoient
toute la puérilité.
:: Permettez-moi , Monfieur , de vous
expofer ce que je penſe fur ces articles.
Je fens que j'ai à combattre un adverfaire
dont les forces font fupérieures aux
MAI. 1760. 87
miennes : mais fi je fuccombe , je n'aurai
point à rougir d'avoir rendu les armes à
un tel vainqueur.
Pour procéder, avec quelque méthode ,
je diviferai cette efpéce de differtation en
deux Articles tirés des précédens .
1. J'examinerai , fi les Egyptiens ont
été des Sauvages dans leur origine ; & fi
leur Religion primitive a pû être formée
fur des principes de Métaphysique & de
Phyfique .
2. Je tâcherai de faire voir , que les
premiers Egyptiens ont connu le vrai
Dieu; qu'ils n'ont point divinifé des hommes
, ni rendu un culte réel aux animaux
; & que par conféquent le Fétichifme
n'a point été la Religion primitive
des Egyptiens.
ARTICLE PREMIER.
Vous voulez , Monfieur , que toutes les
Nations ayent
été Sauvages depuis le
Déluge , à l'exception du Peuple choifi.
En examinant avec attention les Annales
du Monde, depuis le Déluge , je n'apperçois
aucune trace de cette rufticité
que vous prêtez gratuitement au genre
humain. Je vois , au contraire , des hommes
qui connoiffent & cultivent les Arts;
puifque felon l'Ecriture- Sainte , ils for
88 MERCURE DE FRANCE.
ment,l'entreprise d'élever une tour d'une
Hauteur prodigieufe, entreprife qu'ils exécurent
en partie. Dieu les force de ceffer
leur ouvrage ; & alors fe fait la difperfion
des hommes par toute la terre. Je
fuis ces mêmes hommes , & je les confidère
comme partagés en deux bandes.
L'une , bâtir des Villes , s'y enferme , fe
police , fe perfectionne dans les Arts &
les Sciences ; l'autre , au contraire , trouvant
des délices dans la vie champêtre,
parcourt les campagnes , n'ayant, pour fe
mettre à l'abri des injures de l'air que
des tentes, des chariots couverts de peaux,
ou des cabanes groffiérement conftruites,
Cette derniere bande, qui forme nos peuples
Nomades ou vagabonds , changeant
Continuellement de demeures , couvre infenfiblement
la terre de Sauvages ; parce
que ces Peuples vivant dans les deferts,
les bois , les montagnes , contractèrent
la rufticité des lieux qu'ils habitoient .
Vous voyez par- là , Monfieur , que les
habitans de la Terre n'étoient point
fauvages dans leur origine ; & je vais
Vous donner une preuve de ce que javance
:
Slave
---Dès l'ân 2125 , avant Ţ. C. l'Empire de
Ninive & celui de Babylone , paroiffent
avec une forte d'éclat dans l'Alie. On y
M A I. 1760. 89
3
voit bientôt fleurir lesArts & les Sciences,
qui adouciffent les moeurs témoins ces
fuperbes jardins de Babylone , & les
autres ouvrages conftruirs par Sémitamis
, qui monta fur le Trône , l'an 1916
avant J. C. L'Afrique ne tárda pas à être
habitée ; & la Colonie Afiatique , qui
palla en Egypte , fe diftingua , dès fon
origine , par la fageffe de fes Loix , &
fon goût pour les Arts , dont elle avoit
eu connoillance en Afie. Voici fur quelles
probabliités je fonde mon opinion.
Ces Afiatiques , auxquels je vais donner
le nom d'Egyptiens , commencerent ,
fuivant toutes les apparences , à fixer
leur demeure fur les bords da Nil! Ils
reffentirent bientôt les incommodités de
l'inondation du fleuve ; & ils furent en
conféquence , obligés de faire diverſes
obfervations fur cette inondation périodique.
Il fallut donc prendre des mefures
pour s'en garantir , & pour profiter
en même-temps de la fertilité que
le limon du Nil procuroit à la terre. Les
Egyptiens devinrent donc Aftronomes
Géomètres , & par conféquent Philofophes
, dès l'inftant qu'ils commencerent
à habiter l'Egypte .
Je fixe l'arrivée des Afiatiques , dans
l'Egypte , très - peu de temps après la fon90
MERCURE DE FRANCE.
>
dation de Ninive ; puifqu'au bout de
cent cinquante- fept ans , c'eft - à - dire ,
l'an 1968 une Colonie Egyptienne ,
conduite par Inachus, paffe dans la Grèce,
& commence à civilifer les Peuples fau
vages qu'elle y trouve. Ces monumens
hiftoriques me paroiffent démontrer
clairement que l'Egyptien n'a point été
fauvage dans fon origine. Ainfi, Monfieur,
les paffages de Diodore de Sicile , &
de quelques autres que vous alléguez ,
pour prouver la barbarie des premiers
Egyptiens , ne peuvent en aucune manière
appuyer votre opinion . Vous favez,
d'ailleurs , quel fond on doit faire fur
Diodore de Sicile , qui rapporte en même-
temps le pour & le contre , fans rien
difcuter.
Je crois avoir démontré , que les premiers
Egyptiens ont été Philoſophes :
leurs loix , leurs coutumes , leurs ufages ,
ont donc été conformes aux principes
de la Philofophie , & c'eft ce que l'Hiftoire
nous apprend. Tous les Egyptiens
n'ont pas pu s'adonner aux ſpéculations
philofophiques ; & elles ont été réſervées
pour un certain nombre d'entr'eux , dont
l'efprit étoit plus capable d'approfondir
les myftères de la Nature . Il s'eft donc
alors formé , dans l'Egypte , un corps de
MA I. 1768:
Philofophes , qui par la fuite ont été
regardés comme les Prêtres du Pays.
Dépofitaires des Sciences , ils travaillèrent
à réduire en fyftême les idées
qu'ils avoient fur la création du monde ,
fur le développement de la matière , &
fur les différentes productions de la Nature.
Guidés par ce génie oriental , qui
femble ne fe plaire que dans le figuré ,
& qui n'aime à repréfenter les chofes les
plus fimples que par des emblêmes , ils
publièrent les productions de leur efprit
d'une façon fi énigmatique , que le Peuple
groffier n'y put rien comprendre.
Pour couvrir d'un voile plus impénétrable
les chofes dont ils fe réſervoient la
connoiffance ; ils firent ufage d'une écriture
, qui fut dans la fuite regardée comme
facrée . Vous fçavez , Monfieur , que
je veux parler ici des Hieroglyphes.
Les Philofophes Egyptiens ne purent
parler de la création du monde fans
faire mention du Créateur , de fes attributs
, & des effets de fa prudence ,
fuivant les idées qu'ils avoient de toutes
ces chofes ce qui forma un compoſé de
métaphysique & de phyfique. De là tout
ce qu'ils avoient imaginé , fans deffein
d'en faire un fyftême religieux , le devint
cependant par la fuite , & fut com92
MERCURE DE FRANCE.
me la bafe de la Religion Egyptienne.
Tout fymbole fut réalifé , & divinifé par
la grofférété & l'ignorance du Peuple ,
qui fe laiffe facilement furprendre aux
moindres chofes. Les Philofophes , aules
Prêtres Egyptiens , jaloux de dominer, ne
chercherent point à détruire une fuperfti
tion qui leur donnoit tant dé crédit par
mi leurs Concitoyens. Eux-mêmes, négli
geant de fuivre avec le même zéle les
connoiffances de leurs prédéceffeurs, perdirent
de vue l'origine de leurs premiers
fyftemes,qu'ils n'étoient plus en état d'expliquer
dès le temps de Pythagore, d'Hérodote
, & de Diodore de Sicile. *
1
Il s'enfuit de tout ce raifonnement, que
les Egyptiens étoient des Peuples civilifes
, dès leur origine ; qu'ils ont eu des
Philofophes ; que les fyftêmes inventés
par ceux ci , tant fur la formation de l'U
nivers que fur le développement de la
matière & les autres effets phyfiques ,
formerent infenfiblement une efpéce de
fomme théologique , qui fut regardée
ર
* C'est une des rai ons du filence des Prêtres
Egyptiens , fur leur religion. L'autre motif de
leur filence , venoit de ce qu'ils s'étoient fait une
loi de n'expliquer lears myftères qu'à ceux qu'on
nommoit les Initiés . C'eft ce qui fe pratiquoit
chez les Grecs, dans les grands myftères d'Eleufis.
MAI. 1760.
93
comme la Religion du Pays ; qu'enfin les
Egyptiens, tombés peu- à- peu dans l'ignorance
, prirent pour objet de leur culte
des chofes qui n'avoient fervi que de fym- ,
bole . De la le culte des Fétiches que vous
leur reprochez.
Vous voyez , Monfieur , que je prends
- l'hiftoire des Egyptiens d'une façon in- ,
verſe à la vôtre , puifque vous prétendez
que le Fétichisme vint de la barbarie primitive
des Egyptiens , qui ne connurent
la Philofophie qu'en s'éloignant de leur
origine ; au lieu que je regarde ce même
Fétichisme comme moderne chez les
Egyptiens ,devenus ignorans par l'ambition
& la fourberie de leurs Prêtres . J'appuye
mon fyftême , contraire au vôtre ,
tant fur des probabilités que fur des faits
hiftoriques. En vous rapportant quelques
paffages de la Religion Egyptienne , je
vous prouverai peut être encore mieux
Monfieur , que le Fétichifme n'a pu avoir
lieu chez les premiers Egyptiens. Je ne
m'étendrai point ici fur toute leur Religion
; il faudroit écrire plus d'un volume,
& c'eſt ce que j'efpere faire dans
quelque temps.
ARTICLE 1 IT
Je crois avoir démontré, qu'une Colonje
Aliatique s'étoit établie dans L'Egypte
94 MERCURE DE FRANCE.
très-peu de temps après la fondation des
Empires de Ninive & de Babylone. Ces
Afiatiques n'étoient pas affez éloignés de
leur origine pour avoir perdu de vue leur
religion primitive : c'eft-à- dire , la connoiffance
d'un Etre fuprême , Créateur
de l'Univers . L'ancien Egyptien a donc
commencé par connoître & adorer le
vrai Dieu ; & c'est ce que je trouve
dans un fragment de la Cofmogonie
Egyptienne , que je vais rapporter.
Les Peuples de l'Egypte, croyoient que
» l'Univers fenfible étoit une production.
» éternelle de la volonté de l'Etre fuprê
» me; & que cet Univers étant compofé
» de matière , il étoit fujet,par la néceffi-
"
*
té de fa nature , à des révolutions & à
» des altérations continuélles . Les régnes
» des Dieux , dont parloit la Chronique
» facrée des Egyptiens , avoient rapport
» à la fucceffion des Mondes ; & com-
»me les régnes d'Ofiris , d'Ifis , & d'Ho-
» rus , avoient précédé immédiatement le
» commencement de la génération des
» hommes qui peuplent aujourd'hui la
» terre , il eft vifible que l'hiftoire de
» ces Divinités comprenoit une expofition
allégorique de ce que les Philofophes
» avoient imaginé pour rendre raiſon
"
33
$
* Voyez , dans la Genèſe, le voyage d'Abraham
en : Egypte.
MA I. 1760. 25
39
33
» de la deftruction de l'ancien Monde ,
» & de la reproduction du Monde actuél .
» Au-deffus de cet Univers fenfible , il
» y en avoit un autre purement intelligible
, qui eft le Monde des Eſprits , l'affemblage
d'un nombre infini de diffé-
» rens ordresd'Intelligences fubordonnées
» & liées les unes aux autres , qui for-
» moient une eſpèce de chaîne par
laquelle on pouvoit s'élever vers le
» Dieu fuprême.
"
» Ce Dieu fuprême , antérieur à tous
» les Etres produits, eft le Dieu unique, le
» Dieu UN. Rien de tout ce qui eft intelligible
, rien même d'intellectuél , ne ſe
» mêle à lui , parce qu'il ne reçoit rien
» de ce quil n'eft pas lui.
و ر
» Le fecond Dieu , étoit le Principe par
» excellence , le Dieu des Dieux , l'Unité
» fortie de l'Unité , la premiere Effence ,
» la fource & le Pere de toute Effence &
» de toute propriété , le premier Intellec-
» tuél ou la premiere Intelligence ; fupé-
» rieur même au principe intelligible.C'eſt
» le Dieu CNEPH, placé au- deffous de l'In-
» divifible & de la fuprême Unité.
"
» Au-deffous de ce premier Intelligible,
contenu dans le fein de Cneph, font
» les principes qui ont dirigé la produc-
» tions des Etres vifibles ; l'Efprit DB96
MERCURE DE FRANCE.
» MIURGIQUE , Ou Créateur , qui préside
» à la vérité & à la fagefle de ces Etres ;
» c'eſt- à-dire , qui maintient parmi eux la
» réalité & l'ordre.
Cet Efprit Demiurgique , eft AMOUN,
» lorsqu'il manifefte au dehors la force
» inconnue des crapports fecrets , par la
">
production & la génération des Etres.
» Comme principe de l'organisation , &
» de l'arrangement convenable pour ren
» dre actifs & vivans certains Etres , il
» eft nommé PHTHA , ou celui qui développe
. Ce nom marquoit qu'il agifloit
avec art , & qu'il étoit une caufe intelgente.
Comme bienfaisant, c'eft- à- dire ,
lorfqu'il eft la fource du plaifir que
» nous éprouvons , foit par la jouiffance,
» foit même par la feule confidération des
» Etres particuliers ; & par la vue de
» l'ordre convenable dans lequel ils font
difpofés , on le nomme OSIRIS & Oм-
» PHIS , felon Jamblique. Plutarque penſe,
» avec fondement , que le nom d'Ofris
fignifie proprement le principe actif de
» la production des Etres, l'Ame du Mon-
» de , ou même la forme fubftantielle de
l'univers. Qs - IRI , dans la langue Cophie,
จ fignifie leSeigneur fabricateur. A l'égard
» du mot Omphis , Plutarque le rend par
» celui de bienfaisant.
Isis
MA I. 1760 . 97
Isis eft la matière premiere.I- s1, dans
» la langue Cophte , fignifie le receptacle
» commun.
» De l'union d'Ofiris & d'Ifis , c'eft-
» à-dire, du principe producteur avec la
» matière , eft forti le monde compofé
d'efprit & de matière , qui a une âme.
» Cette âme, étant dans un mouvement
» continuel remplit tous les Etres , & les
» anime tous en fe mêlant avec eux.
ور
$
» Le Monde , ou plutôt l'Intelligence
» qui l'anime , eft le fecond Dieu , le Dieu
» vifible & fenfible : car le Principe de
» Miurgique , ou Créateur , étoit le pre-
» mier Dieu fenfible , mais invifible. Jam-
» blique donne à ce fecond Dieu , le nom
» d'HORUS ou de Roi. Il eft nommé l'i-
» mage & le fils de Demiurgos. Le fe-
» cond Dieu immortel eft toujours vi-
» vant , mais non éternel , puifqu'il eſt
» produit à chaque inftant , & qu'il eft
» dans un état perpétuel de changement
» & de paffage.
» Outre les deux principes , OSIRIS &
» Isis , il y en avoit un troifiéme nommé
» SETH , SETHON , ou SMU , que les Grecs
apellent Typhon. Ces noms Egyptiens
défignent la deftruction , la violence ,
»la corruption , la réfiftance au bien , &
à l'ordre.
و ر
"
"
E
98 MERCURE DE FRANCE.
» THYPHON époufa fa four,NEPHTE. 'Le
>> nom de celle- ci marque la fin , la mort.
» Nephté, pour furprendre Ofiris,qu'elle
» aimoit , prit la figure d'Ifis , & devint
» mere d'Anubis.
»Thyphon s'en vengea, en tuant Ofiris,
» dont il mit le corps en piéces ; & il fit
» le même traitement à Horus . Ifis raf
»fembla les membres d'Oferis ; mais
» elle ne put trouver le principe de la
génération , que les poiffons du Nil
avoient dévoré. Elle ne put alors pro
» duire qu'HARPOCRATE , un Etre monf
» trueux & à demi mort , image des pro-
» ductions informes de la Nature dans
» l'état du chaos.
و ر
"
ور
Ofiris , revenu des enfers , rendit là
» vie à Horus , & lui donna des armes
» pour combattre Typhon , qui fut vaincu
» & enchaîné, 1fis trouva moyen de lui
» rendre la liberté ; & depuis ce temps ,
כ
il s'eft caché dans l'Univers , dont il
» tâche continuellement de troublerl'ordre
& l'harmonie. Horus punit Ifis , en
» lui ôtant le diadême de Lotos , qu'elle
» avoit reçu d'ofiris ; mais Anubis ,
qu'Ifis avoit adopté , lui fit préfetit
d'un autre diadême formé d'une tête
» de boeuf. »
Je ne vois rien dans tout ceci , MoffMAI.
1760 : 99
feur , qui annonce le Fétichifme ; j'y apperçois,
au contraire , beaucoup de philofophie
, peut-être parce que je ne fuis pas
un grand Philofophe : je ne puis m'empêcher
même d'être affez ridicule pour y
trouver du figuré, & des allégories qui me
paroiffent faciles à expliquer.
Le commencement de cette Cofmogonie
me fait voir que les Egyptiens connoiffoient
le vrai Dieu, que leurs Philofophes
défignoient, dans leur métaphysique ,
par les noms de Dieu UNIQUE, de Dieu
UN. Les autres Dieux dont il eft fair
mention , ne font autre chofe que les
attributs , les opérations , & les effets de
la Providence ; ou , fi vous voulez , des
Génies tels que plufieurs Philofophes anciens
avoient imaginé , & qui étoient
comme les Miniftres du Dieu fuprême.
La matière premiere, ou Ifis , eſt créée
par l'Efprit deniurgique ou Créateur ;
mais elle a befoin d'un principe qui la
faffe agir , & ce principe eft Ofiris . On
fuppofe , hiftoriquement , l'union de ces
deux perfonnages allégoriques; & de cette
union provient Horus, ou le Monde ſenfible...
Tous les Anciens reconnoiffoient un
bon & un mauvais principe . Ce dernier
eft défigné,dans la Philofophie Egypti.n-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ne, par le nom de Typhon , qui eft regardé
comme l'auteur des bouleverfemens
qui arrivent dans l'Univers . Il étoit naturel
de lui donner , en conféquence , la
mort & la deftruction pour foeur.
La matière & le monde , font produits
comme nous venons de le voir : mais
dans l'inftant de leur création , toutes les
différentes parties qui le compofent ne
font point encore diftinctes ; c'est ce qui
forme le chaos , repréſenté par la mort
& par le démembrement d'Ofris & d'Ho-
Tus : parce qu'alors le principe actif & le
monde , paroiffent dans l'inaction & fans
forme. C'eſt le mauvais principe , qui occafionne
le bouleverſement du chaos ; &
on ne pouvoit , fuivant le fyftême phyfique
des Egyptiens , l'attribuer à un autre
Etre qu'à Typhon . L'Univers prend
senfin la forme qui lui eft prefcrite ; chaque
partie de la matière fe développe &
fe place où il convient : c'eft Ifis, qui raffemble
les membres d'Ofiris . Le principe
de la génération eft perdu , parce que
rien ne devoit plus être créé ; & la matière
ne pouvoit que changer continuellement
de forme. Le mal , règne toûjours
dans le monde ; & par cette raifon , on
feint qu'Ifis a rendu la liberté à Typhon.
Vous m'objecterez peut- être, Monfieur,
MAI. 1760. ΠΟΙ
que je prends Ifis pour la matière , tandis
qu'elle étoit regardée en Egypte comme
la Lane ; ce que vous me prouverez ,
ajouterez-vous , par différentes Statuës
d'Ifis. J'aurai l'honneur de vous répondre
, que les Philofophes voulant donner
une explication fymbolique des continuels
changemens de la matière , n'ont
pû rien trouver qui les défignât plus
naturellement que les différentes phaſes
de la Lune ; & c'eft par cette raison ,
qu'on voit fa repréſentation fur plufieurs
têtes d'Ifis , fans qu'il en faille conclure
qu'Ifis & la Lune foient le même Etre .
On pourroit , je penfe , expliquer de
même une partie des figures qui font
jointes aux ftatuës d'Iſis.
Les Anciens , comme vous fçavez ,
Monfieur , n'avoient point d'écriture :
en conféquence , ils ont été obligés , pour
expliquer ce qu'ils vouloient faire entendre
, d'employer la repréſentation des
chofes les plus connues. Telle eft l'origine
de l'écriture hieroglyphique
›
fymbolique. Les Philofophes , chargés
d'expliquer ces fymboles , ont refufé, ou
négligé dans la fuite , d'en inftruire le
Peuple. L'Egyptien , devenu ignorant
par l'orgueil de fes Prêtres , a regardé
infenfiblement tous ces fymboles comme
E iij
foz MERCURE DE FRANCE.
des divinités . Le grand nombre de figures
d'animaux & même de plantes employées
dans les hieroglyphes , a occafionné le
culte groffier que le Peuple a rendu aux
plantes & aux animaux . Chaque Ville a
pris , pour Divinité , l'animal qui lui a plû
davantage ; & de là eft venu que l'animal
en vénération dans une Ville , étoit
maltraité dans une autre . En vous accordant
, Monfieur , que les Egyptiens ont
rendu une forte de culte à ces différens
êtres , je remarquérai cependant, qu'ils ne
leur ont jamais offert de facrifices ; d'où
il eft aifé de conclure qu'ils ne regardoient
pas ces êtres comme des divinités
réelles, mais feulement comme des objets
facrés pour lesquels ils croyoient devoir
témoigner quelque refpect.
Cette efpèce de Fétichifme, fi dominant
dans toute l'Egypte , ne fut jamais la
Religion de l'homme lettré ; & je ne ſçais,
Monfieur , pourquoi vous ne voulez pas
diftinguer la Religion du Peuple d'avec
celle de l'homme inftruit. Le Peuple , eft
partout fuperftitieux , parce qu'il eft ignorant
, & femble même former une autre
efpèce d'hommes ; de là , cette inclination
qu'on lui a reconnue pour l'Idolâtrie.
L'homme lettré , n'a jamais pû être idolâtre
; & nous voyons ces hommes célè
MAI. 1760 . 103
bres de la Grèce & de Rome , en paroiffant
fuivre au dehors la Religion commune
du Pays, enfeigner, dans le fecret ,
une autre doctrine & une autre morale.
t
Pour juftifier entierement les Egyptiens
, il ne me refte plus , Monfieur ,
qu'à vous prouver qu'ils n'ont point déifié
des hommes. Leurs Prêtres déclarétent
à Hérodote , qu'il n'y avoit point
de génération des Dieux aux hommes ;
qu'ils avoient eu de grands Rois , mais
qu'ils ne les confondoient point avec les
Dieux ; & qu'aucun homme , parmi eux ,
n'avoit pas même joui des honneurs héroiques.
Ainh Ofiris , n'eſt point Séfoftris
, ou quelqu'autre célèbre Roi de
l'Egypte, comme quelques - uns l'ont prétendu
mal-à propos. D'ailleurs l'apothéofe
eft moderne, par rapport à l'Antiquité ;
& Epheftion eft le premier des Grecs à
qui on ait rendu les honneurs divins.
Elle étoit cependant déja connue chez
les Romains , puifque les Sénateurs déïferent
Romulus mais vous n'ignorez
pas qu'ils ne prirent ce parti que pour
éviter la fureur du Peuple , qui les foupçonnoit
du crime qu'ils avoient commis.
Depuis Romulus juſqu'à Jules Céfar , aucun
Romain ne fut aggrégé au rang des
Dieux; & la flatterie feule donna à Jules
E iv
904 MERCURE DE FRANCE.
Céfar une place parmi les fignes célestes.
Il faut donc diftinguer les points de Religion
cccafionnés par la flatterie , d'avec
ceux qui ont un rapport réel au fyftême
religieux . Ne m'objectez pas , Monfieur ,
que parmi les Grecs , Hercule , Caftor , &
d'aurres , étoient regardés comme des
Dieux ; car je vous ferois voir qu'on ne
leur rendoit point les honneurs divins ,
mais feulement les honneurs héroïques.
Vous êtes trop fçavant , Monfieur , pour
ignorer la différence qu'il y a entre les
uns & les autres.
L'explication finguliere que vous don
hez du mot Mythologie , fe trouve donc
entierement détruite par ces preuves.
Vous prétendez que ce mot eft formé de
Muth , qui en Egyptien fignifie la Mort,&
de adyos, mot Grec qui veut dire Difcours.
Ainfi ,felon vous , Monfieur , la Mythologie
eft le difcours des morts , ou l'hiftoire
des hommes morts qui ont été déïfiés .
Vous ne prenez pas garde , qu'il paroîtra
étonnant à tout le monde que ce mot ait
été formé d'un terme Egyptien & d'un
terme Grec. Tous nos Sçavans , jufqu'ici
l'avoient entendu bien différemment ; &
ils croyoient , comme vous ne l'ignorez
pas , que ce mot venoit de vos fabula &c.
Avant que de quitter entierement les
MA I. 1760 . 105
Egyptiens ; permettez - moi , Monfieur ,
de vous faire un petit reproche de leur
part . Ces Peuples , chez lefquels les arts
& les ſciences ont fleuri de fi bonne heure ,
& dont le célèbre M. Boffuet nous a fait
un fi beau portrait ; ces Peuples , dis - je ,
trouvent fort mauvais qu'on les mette en
parallèle avec les Peuples de la Nigritie ,
que nos Voyageurs nous repréfentent
comme des Nations groffières & prèſque
fauvages.
Les bornes qui me font prefcrites , ne
me permettent pas de prendre la défenſe
de plufieurs autres Peuples anciens , que
vous attaquez dans votre ouvrage. Pour
ce qui regarde les Grecs, je vous renvoye,
Monfieur , à la Lettre que j'ai écrite à
ce fujet , & que vous trouverez dans le
Mercure de Décembre dernier, page 104.
A l'égard du fyftême religieux des Indiens
, vous pouvez le lire dans le Tome
XVIII des Mémoires de l'Académie
Royale des Belles - Lettres, page 34 de la
partie hiftorique . A la vue de ces deux
anciennes Religions , vous appercevrez
des fyftêmes philofophiques ; & vous conviendrez
, peut- être , qu'il n'y avoit point
de Fétiches pour les lettrés. Je le répéte ,
vous n'en trouverez jamais , que parmi le
Peuple groffier & ignorant . Je pourrois
Ev
106 MER CURE DE FRANCE.
en dire autant de la Religion des anciens
Perfes , & même des anciens Scythes ;
mais je fuis obligé de terminer cette Dif
fertation, qui feroit fufceptible d'une plus
grande étendue.
Claudite jam rivos pueri , fat prata biberunt..
Je fuis, avec une reſpectueuſe eſtime &c.
DE GRACE
Anonyme d'un Livre nouveau intitulé:
CULTE DES DIEUX FÉTICHES , ou Parallèle
de l'ancienne Religion de l'Egypte
avec la Religion actuelle de la Nigritie.
Vol. in- 12 . de 185 pages. 1760.
MONS ONSIEUR ,
L'Ouvrage que vous venez de donner
au Public, annonce une grande érudition ,
un profond fçavoir , & beaucoup d'efprit.
Les principaux points du fyftême que vous
expofez dans ce fçavant Ouvrage , fe réduifent
, fi je ne me trompe , aux articles
fuivans
.
}
1. Vous prétendez que le Fétichisme '
ལ །
* Tout le monde fçait que les habitans de la
Nigritie prennent pour Dieu tutélaire , une mod
che , un papillon , un oifeau , un lion , une montagne
, in arbre, une pierre , un poiffon, la mer
meme. Les Européens ont donné à ces fortesde
Divinités le nom de Fétiches. ités leur Lifez les Relations
des Voyageurs , fur les Côtes de Guinée.
86 MERCURE DE FRANCE.
actuél des habitans de la Nigritie , a été
la principale Religion des anciens Egyptiens,
& même de prèfque tous les Peuples.
2. Vous foutenez , que les Egyptiens
ont été des Sauvages dans leur origine ,
comme toutes les autres Nations depuis
le déluge ; qu'ainfi ils n'ont pas été capables
d'imaginer une Religion myſtérieufe
à laquelle on pût donner des interprétations
métaphyfiques & phyfiques;
& que par conféquent il eft abfurde de
vouloir y trouver du figuré , comme plufieurs
Sçavans ont ofé le penſer.
3.° Vous infinuez, que le Paganifme en
général n'a confifté que dans le culte rendu
aux Aftres , à des animaux , & trèsfouvent
à des hommes morts divinifés.
4. Vous penfez, qu'il y a du ridicule à
croire qu'on auroit inventé une Religion
qui auroit été an myftère continuel pour
le Peuple ; & vous ajoutez, que le filence
des Prêtres Egyptiens , fur leur Religion ,
ne provenoit que de ce qu'ils n'avoient
rien à dire fur un fyftême religieux , extravagant
par lui-même , & dont ils fentoient
toute la puérilité.
:: Permettez-moi , Monfieur , de vous
expofer ce que je penſe fur ces articles.
Je fens que j'ai à combattre un adverfaire
dont les forces font fupérieures aux
MAI. 1760. 87
miennes : mais fi je fuccombe , je n'aurai
point à rougir d'avoir rendu les armes à
un tel vainqueur.
Pour procéder, avec quelque méthode ,
je diviferai cette efpéce de differtation en
deux Articles tirés des précédens .
1. J'examinerai , fi les Egyptiens ont
été des Sauvages dans leur origine ; & fi
leur Religion primitive a pû être formée
fur des principes de Métaphysique & de
Phyfique .
2. Je tâcherai de faire voir , que les
premiers Egyptiens ont connu le vrai
Dieu; qu'ils n'ont point divinifé des hommes
, ni rendu un culte réel aux animaux
; & que par conféquent le Fétichifme
n'a point été la Religion primitive
des Egyptiens.
ARTICLE PREMIER.
Vous voulez , Monfieur , que toutes les
Nations ayent
été Sauvages depuis le
Déluge , à l'exception du Peuple choifi.
En examinant avec attention les Annales
du Monde, depuis le Déluge , je n'apperçois
aucune trace de cette rufticité
que vous prêtez gratuitement au genre
humain. Je vois , au contraire , des hommes
qui connoiffent & cultivent les Arts;
puifque felon l'Ecriture- Sainte , ils for
88 MERCURE DE FRANCE.
ment,l'entreprise d'élever une tour d'une
Hauteur prodigieufe, entreprife qu'ils exécurent
en partie. Dieu les force de ceffer
leur ouvrage ; & alors fe fait la difperfion
des hommes par toute la terre. Je
fuis ces mêmes hommes , & je les confidère
comme partagés en deux bandes.
L'une , bâtir des Villes , s'y enferme , fe
police , fe perfectionne dans les Arts &
les Sciences ; l'autre , au contraire , trouvant
des délices dans la vie champêtre,
parcourt les campagnes , n'ayant, pour fe
mettre à l'abri des injures de l'air que
des tentes, des chariots couverts de peaux,
ou des cabanes groffiérement conftruites,
Cette derniere bande, qui forme nos peuples
Nomades ou vagabonds , changeant
Continuellement de demeures , couvre infenfiblement
la terre de Sauvages ; parce
que ces Peuples vivant dans les deferts,
les bois , les montagnes , contractèrent
la rufticité des lieux qu'ils habitoient .
Vous voyez par- là , Monfieur , que les
habitans de la Terre n'étoient point
fauvages dans leur origine ; & je vais
Vous donner une preuve de ce que javance
:
Slave
---Dès l'ân 2125 , avant Ţ. C. l'Empire de
Ninive & celui de Babylone , paroiffent
avec une forte d'éclat dans l'Alie. On y
M A I. 1760. 89
3
voit bientôt fleurir lesArts & les Sciences,
qui adouciffent les moeurs témoins ces
fuperbes jardins de Babylone , & les
autres ouvrages conftruirs par Sémitamis
, qui monta fur le Trône , l'an 1916
avant J. C. L'Afrique ne tárda pas à être
habitée ; & la Colonie Afiatique , qui
palla en Egypte , fe diftingua , dès fon
origine , par la fageffe de fes Loix , &
fon goût pour les Arts , dont elle avoit
eu connoillance en Afie. Voici fur quelles
probabliités je fonde mon opinion.
Ces Afiatiques , auxquels je vais donner
le nom d'Egyptiens , commencerent ,
fuivant toutes les apparences , à fixer
leur demeure fur les bords da Nil! Ils
reffentirent bientôt les incommodités de
l'inondation du fleuve ; & ils furent en
conféquence , obligés de faire diverſes
obfervations fur cette inondation périodique.
Il fallut donc prendre des mefures
pour s'en garantir , & pour profiter
en même-temps de la fertilité que
le limon du Nil procuroit à la terre. Les
Egyptiens devinrent donc Aftronomes
Géomètres , & par conféquent Philofophes
, dès l'inftant qu'ils commencerent
à habiter l'Egypte .
Je fixe l'arrivée des Afiatiques , dans
l'Egypte , très - peu de temps après la fon90
MERCURE DE FRANCE.
>
dation de Ninive ; puifqu'au bout de
cent cinquante- fept ans , c'eft - à - dire ,
l'an 1968 une Colonie Egyptienne ,
conduite par Inachus, paffe dans la Grèce,
& commence à civilifer les Peuples fau
vages qu'elle y trouve. Ces monumens
hiftoriques me paroiffent démontrer
clairement que l'Egyptien n'a point été
fauvage dans fon origine. Ainfi, Monfieur,
les paffages de Diodore de Sicile , &
de quelques autres que vous alléguez ,
pour prouver la barbarie des premiers
Egyptiens , ne peuvent en aucune manière
appuyer votre opinion . Vous favez,
d'ailleurs , quel fond on doit faire fur
Diodore de Sicile , qui rapporte en même-
temps le pour & le contre , fans rien
difcuter.
Je crois avoir démontré , que les premiers
Egyptiens ont été Philoſophes :
leurs loix , leurs coutumes , leurs ufages ,
ont donc été conformes aux principes
de la Philofophie , & c'eft ce que l'Hiftoire
nous apprend. Tous les Egyptiens
n'ont pas pu s'adonner aux ſpéculations
philofophiques ; & elles ont été réſervées
pour un certain nombre d'entr'eux , dont
l'efprit étoit plus capable d'approfondir
les myftères de la Nature . Il s'eft donc
alors formé , dans l'Egypte , un corps de
MA I. 1768:
Philofophes , qui par la fuite ont été
regardés comme les Prêtres du Pays.
Dépofitaires des Sciences , ils travaillèrent
à réduire en fyftême les idées
qu'ils avoient fur la création du monde ,
fur le développement de la matière , &
fur les différentes productions de la Nature.
Guidés par ce génie oriental , qui
femble ne fe plaire que dans le figuré ,
& qui n'aime à repréfenter les chofes les
plus fimples que par des emblêmes , ils
publièrent les productions de leur efprit
d'une façon fi énigmatique , que le Peuple
groffier n'y put rien comprendre.
Pour couvrir d'un voile plus impénétrable
les chofes dont ils fe réſervoient la
connoiffance ; ils firent ufage d'une écriture
, qui fut dans la fuite regardée comme
facrée . Vous fçavez , Monfieur , que
je veux parler ici des Hieroglyphes.
Les Philofophes Egyptiens ne purent
parler de la création du monde fans
faire mention du Créateur , de fes attributs
, & des effets de fa prudence ,
fuivant les idées qu'ils avoient de toutes
ces chofes ce qui forma un compoſé de
métaphysique & de phyfique. De là tout
ce qu'ils avoient imaginé , fans deffein
d'en faire un fyftême religieux , le devint
cependant par la fuite , & fut com92
MERCURE DE FRANCE.
me la bafe de la Religion Egyptienne.
Tout fymbole fut réalifé , & divinifé par
la grofférété & l'ignorance du Peuple ,
qui fe laiffe facilement furprendre aux
moindres chofes. Les Philofophes , aules
Prêtres Egyptiens , jaloux de dominer, ne
chercherent point à détruire une fuperfti
tion qui leur donnoit tant dé crédit par
mi leurs Concitoyens. Eux-mêmes, négli
geant de fuivre avec le même zéle les
connoiffances de leurs prédéceffeurs, perdirent
de vue l'origine de leurs premiers
fyftemes,qu'ils n'étoient plus en état d'expliquer
dès le temps de Pythagore, d'Hérodote
, & de Diodore de Sicile. *
1
Il s'enfuit de tout ce raifonnement, que
les Egyptiens étoient des Peuples civilifes
, dès leur origine ; qu'ils ont eu des
Philofophes ; que les fyftêmes inventés
par ceux ci , tant fur la formation de l'U
nivers que fur le développement de la
matière & les autres effets phyfiques ,
formerent infenfiblement une efpéce de
fomme théologique , qui fut regardée
ર
* C'est une des rai ons du filence des Prêtres
Egyptiens , fur leur religion. L'autre motif de
leur filence , venoit de ce qu'ils s'étoient fait une
loi de n'expliquer lears myftères qu'à ceux qu'on
nommoit les Initiés . C'eft ce qui fe pratiquoit
chez les Grecs, dans les grands myftères d'Eleufis.
MAI. 1760.
93
comme la Religion du Pays ; qu'enfin les
Egyptiens, tombés peu- à- peu dans l'ignorance
, prirent pour objet de leur culte
des chofes qui n'avoient fervi que de fym- ,
bole . De la le culte des Fétiches que vous
leur reprochez.
Vous voyez , Monfieur , que je prends
- l'hiftoire des Egyptiens d'une façon in- ,
verſe à la vôtre , puifque vous prétendez
que le Fétichisme vint de la barbarie primitive
des Egyptiens , qui ne connurent
la Philofophie qu'en s'éloignant de leur
origine ; au lieu que je regarde ce même
Fétichisme comme moderne chez les
Egyptiens ,devenus ignorans par l'ambition
& la fourberie de leurs Prêtres . J'appuye
mon fyftême , contraire au vôtre ,
tant fur des probabilités que fur des faits
hiftoriques. En vous rapportant quelques
paffages de la Religion Egyptienne , je
vous prouverai peut être encore mieux
Monfieur , que le Fétichifme n'a pu avoir
lieu chez les premiers Egyptiens. Je ne
m'étendrai point ici fur toute leur Religion
; il faudroit écrire plus d'un volume,
& c'eſt ce que j'efpere faire dans
quelque temps.
ARTICLE 1 IT
Je crois avoir démontré, qu'une Colonje
Aliatique s'étoit établie dans L'Egypte
94 MERCURE DE FRANCE.
très-peu de temps après la fondation des
Empires de Ninive & de Babylone. Ces
Afiatiques n'étoient pas affez éloignés de
leur origine pour avoir perdu de vue leur
religion primitive : c'eft-à- dire , la connoiffance
d'un Etre fuprême , Créateur
de l'Univers . L'ancien Egyptien a donc
commencé par connoître & adorer le
vrai Dieu ; & c'est ce que je trouve
dans un fragment de la Cofmogonie
Egyptienne , que je vais rapporter.
Les Peuples de l'Egypte, croyoient que
» l'Univers fenfible étoit une production.
» éternelle de la volonté de l'Etre fuprê
» me; & que cet Univers étant compofé
» de matière , il étoit fujet,par la néceffi-
"
*
té de fa nature , à des révolutions & à
» des altérations continuélles . Les régnes
» des Dieux , dont parloit la Chronique
» facrée des Egyptiens , avoient rapport
» à la fucceffion des Mondes ; & com-
»me les régnes d'Ofiris , d'Ifis , & d'Ho-
» rus , avoient précédé immédiatement le
» commencement de la génération des
» hommes qui peuplent aujourd'hui la
» terre , il eft vifible que l'hiftoire de
» ces Divinités comprenoit une expofition
allégorique de ce que les Philofophes
» avoient imaginé pour rendre raiſon
"
33
$
* Voyez , dans la Genèſe, le voyage d'Abraham
en : Egypte.
MA I. 1760. 25
39
33
» de la deftruction de l'ancien Monde ,
» & de la reproduction du Monde actuél .
» Au-deffus de cet Univers fenfible , il
» y en avoit un autre purement intelligible
, qui eft le Monde des Eſprits , l'affemblage
d'un nombre infini de diffé-
» rens ordresd'Intelligences fubordonnées
» & liées les unes aux autres , qui for-
» moient une eſpèce de chaîne par
laquelle on pouvoit s'élever vers le
» Dieu fuprême.
"
» Ce Dieu fuprême , antérieur à tous
» les Etres produits, eft le Dieu unique, le
» Dieu UN. Rien de tout ce qui eft intelligible
, rien même d'intellectuél , ne ſe
» mêle à lui , parce qu'il ne reçoit rien
» de ce quil n'eft pas lui.
و ر
» Le fecond Dieu , étoit le Principe par
» excellence , le Dieu des Dieux , l'Unité
» fortie de l'Unité , la premiere Effence ,
» la fource & le Pere de toute Effence &
» de toute propriété , le premier Intellec-
» tuél ou la premiere Intelligence ; fupé-
» rieur même au principe intelligible.C'eſt
» le Dieu CNEPH, placé au- deffous de l'In-
» divifible & de la fuprême Unité.
"
» Au-deffous de ce premier Intelligible,
contenu dans le fein de Cneph, font
» les principes qui ont dirigé la produc-
» tions des Etres vifibles ; l'Efprit DB96
MERCURE DE FRANCE.
» MIURGIQUE , Ou Créateur , qui préside
» à la vérité & à la fagefle de ces Etres ;
» c'eſt- à-dire , qui maintient parmi eux la
» réalité & l'ordre.
Cet Efprit Demiurgique , eft AMOUN,
» lorsqu'il manifefte au dehors la force
» inconnue des crapports fecrets , par la
">
production & la génération des Etres.
» Comme principe de l'organisation , &
» de l'arrangement convenable pour ren
» dre actifs & vivans certains Etres , il
» eft nommé PHTHA , ou celui qui développe
. Ce nom marquoit qu'il agifloit
avec art , & qu'il étoit une caufe intelgente.
Comme bienfaisant, c'eft- à- dire ,
lorfqu'il eft la fource du plaifir que
» nous éprouvons , foit par la jouiffance,
» foit même par la feule confidération des
» Etres particuliers ; & par la vue de
» l'ordre convenable dans lequel ils font
difpofés , on le nomme OSIRIS & Oм-
» PHIS , felon Jamblique. Plutarque penſe,
» avec fondement , que le nom d'Ofris
fignifie proprement le principe actif de
» la production des Etres, l'Ame du Mon-
» de , ou même la forme fubftantielle de
l'univers. Qs - IRI , dans la langue Cophie,
จ fignifie leSeigneur fabricateur. A l'égard
» du mot Omphis , Plutarque le rend par
» celui de bienfaisant.
Isis
MA I. 1760 . 97
Isis eft la matière premiere.I- s1, dans
» la langue Cophte , fignifie le receptacle
» commun.
» De l'union d'Ofiris & d'Ifis , c'eft-
» à-dire, du principe producteur avec la
» matière , eft forti le monde compofé
d'efprit & de matière , qui a une âme.
» Cette âme, étant dans un mouvement
» continuel remplit tous les Etres , & les
» anime tous en fe mêlant avec eux.
ور
$
» Le Monde , ou plutôt l'Intelligence
» qui l'anime , eft le fecond Dieu , le Dieu
» vifible & fenfible : car le Principe de
» Miurgique , ou Créateur , étoit le pre-
» mier Dieu fenfible , mais invifible. Jam-
» blique donne à ce fecond Dieu , le nom
» d'HORUS ou de Roi. Il eft nommé l'i-
» mage & le fils de Demiurgos. Le fe-
» cond Dieu immortel eft toujours vi-
» vant , mais non éternel , puifqu'il eſt
» produit à chaque inftant , & qu'il eft
» dans un état perpétuel de changement
» & de paffage.
» Outre les deux principes , OSIRIS &
» Isis , il y en avoit un troifiéme nommé
» SETH , SETHON , ou SMU , que les Grecs
apellent Typhon. Ces noms Egyptiens
défignent la deftruction , la violence ,
»la corruption , la réfiftance au bien , &
à l'ordre.
و ر
"
"
E
98 MERCURE DE FRANCE.
» THYPHON époufa fa four,NEPHTE. 'Le
>> nom de celle- ci marque la fin , la mort.
» Nephté, pour furprendre Ofiris,qu'elle
» aimoit , prit la figure d'Ifis , & devint
» mere d'Anubis.
»Thyphon s'en vengea, en tuant Ofiris,
» dont il mit le corps en piéces ; & il fit
» le même traitement à Horus . Ifis raf
»fembla les membres d'Oferis ; mais
» elle ne put trouver le principe de la
génération , que les poiffons du Nil
avoient dévoré. Elle ne put alors pro
» duire qu'HARPOCRATE , un Etre monf
» trueux & à demi mort , image des pro-
» ductions informes de la Nature dans
» l'état du chaos.
و ر
"
ور
Ofiris , revenu des enfers , rendit là
» vie à Horus , & lui donna des armes
» pour combattre Typhon , qui fut vaincu
» & enchaîné, 1fis trouva moyen de lui
» rendre la liberté ; & depuis ce temps ,
כ
il s'eft caché dans l'Univers , dont il
» tâche continuellement de troublerl'ordre
& l'harmonie. Horus punit Ifis , en
» lui ôtant le diadême de Lotos , qu'elle
» avoit reçu d'ofiris ; mais Anubis ,
qu'Ifis avoit adopté , lui fit préfetit
d'un autre diadême formé d'une tête
» de boeuf. »
Je ne vois rien dans tout ceci , MoffMAI.
1760 : 99
feur , qui annonce le Fétichifme ; j'y apperçois,
au contraire , beaucoup de philofophie
, peut-être parce que je ne fuis pas
un grand Philofophe : je ne puis m'empêcher
même d'être affez ridicule pour y
trouver du figuré, & des allégories qui me
paroiffent faciles à expliquer.
Le commencement de cette Cofmogonie
me fait voir que les Egyptiens connoiffoient
le vrai Dieu, que leurs Philofophes
défignoient, dans leur métaphysique ,
par les noms de Dieu UNIQUE, de Dieu
UN. Les autres Dieux dont il eft fair
mention , ne font autre chofe que les
attributs , les opérations , & les effets de
la Providence ; ou , fi vous voulez , des
Génies tels que plufieurs Philofophes anciens
avoient imaginé , & qui étoient
comme les Miniftres du Dieu fuprême.
La matière premiere, ou Ifis , eſt créée
par l'Efprit deniurgique ou Créateur ;
mais elle a befoin d'un principe qui la
faffe agir , & ce principe eft Ofiris . On
fuppofe , hiftoriquement , l'union de ces
deux perfonnages allégoriques; & de cette
union provient Horus, ou le Monde ſenfible...
Tous les Anciens reconnoiffoient un
bon & un mauvais principe . Ce dernier
eft défigné,dans la Philofophie Egypti.n-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ne, par le nom de Typhon , qui eft regardé
comme l'auteur des bouleverfemens
qui arrivent dans l'Univers . Il étoit naturel
de lui donner , en conféquence , la
mort & la deftruction pour foeur.
La matière & le monde , font produits
comme nous venons de le voir : mais
dans l'inftant de leur création , toutes les
différentes parties qui le compofent ne
font point encore diftinctes ; c'est ce qui
forme le chaos , repréſenté par la mort
& par le démembrement d'Ofris & d'Ho-
Tus : parce qu'alors le principe actif & le
monde , paroiffent dans l'inaction & fans
forme. C'eſt le mauvais principe , qui occafionne
le bouleverſement du chaos ; &
on ne pouvoit , fuivant le fyftême phyfique
des Egyptiens , l'attribuer à un autre
Etre qu'à Typhon . L'Univers prend
senfin la forme qui lui eft prefcrite ; chaque
partie de la matière fe développe &
fe place où il convient : c'eft Ifis, qui raffemble
les membres d'Ofiris . Le principe
de la génération eft perdu , parce que
rien ne devoit plus être créé ; & la matière
ne pouvoit que changer continuellement
de forme. Le mal , règne toûjours
dans le monde ; & par cette raifon , on
feint qu'Ifis a rendu la liberté à Typhon.
Vous m'objecterez peut- être, Monfieur,
MAI. 1760. ΠΟΙ
que je prends Ifis pour la matière , tandis
qu'elle étoit regardée en Egypte comme
la Lane ; ce que vous me prouverez ,
ajouterez-vous , par différentes Statuës
d'Ifis. J'aurai l'honneur de vous répondre
, que les Philofophes voulant donner
une explication fymbolique des continuels
changemens de la matière , n'ont
pû rien trouver qui les défignât plus
naturellement que les différentes phaſes
de la Lune ; & c'eft par cette raison ,
qu'on voit fa repréſentation fur plufieurs
têtes d'Ifis , fans qu'il en faille conclure
qu'Ifis & la Lune foient le même Etre .
On pourroit , je penfe , expliquer de
même une partie des figures qui font
jointes aux ftatuës d'Iſis.
Les Anciens , comme vous fçavez ,
Monfieur , n'avoient point d'écriture :
en conféquence , ils ont été obligés , pour
expliquer ce qu'ils vouloient faire entendre
, d'employer la repréſentation des
chofes les plus connues. Telle eft l'origine
de l'écriture hieroglyphique
›
fymbolique. Les Philofophes , chargés
d'expliquer ces fymboles , ont refufé, ou
négligé dans la fuite , d'en inftruire le
Peuple. L'Egyptien , devenu ignorant
par l'orgueil de fes Prêtres , a regardé
infenfiblement tous ces fymboles comme
E iij
foz MERCURE DE FRANCE.
des divinités . Le grand nombre de figures
d'animaux & même de plantes employées
dans les hieroglyphes , a occafionné le
culte groffier que le Peuple a rendu aux
plantes & aux animaux . Chaque Ville a
pris , pour Divinité , l'animal qui lui a plû
davantage ; & de là eft venu que l'animal
en vénération dans une Ville , étoit
maltraité dans une autre . En vous accordant
, Monfieur , que les Egyptiens ont
rendu une forte de culte à ces différens
êtres , je remarquérai cependant, qu'ils ne
leur ont jamais offert de facrifices ; d'où
il eft aifé de conclure qu'ils ne regardoient
pas ces êtres comme des divinités
réelles, mais feulement comme des objets
facrés pour lesquels ils croyoient devoir
témoigner quelque refpect.
Cette efpèce de Fétichifme, fi dominant
dans toute l'Egypte , ne fut jamais la
Religion de l'homme lettré ; & je ne ſçais,
Monfieur , pourquoi vous ne voulez pas
diftinguer la Religion du Peuple d'avec
celle de l'homme inftruit. Le Peuple , eft
partout fuperftitieux , parce qu'il eft ignorant
, & femble même former une autre
efpèce d'hommes ; de là , cette inclination
qu'on lui a reconnue pour l'Idolâtrie.
L'homme lettré , n'a jamais pû être idolâtre
; & nous voyons ces hommes célè
MAI. 1760 . 103
bres de la Grèce & de Rome , en paroiffant
fuivre au dehors la Religion commune
du Pays, enfeigner, dans le fecret ,
une autre doctrine & une autre morale.
t
Pour juftifier entierement les Egyptiens
, il ne me refte plus , Monfieur ,
qu'à vous prouver qu'ils n'ont point déifié
des hommes. Leurs Prêtres déclarétent
à Hérodote , qu'il n'y avoit point
de génération des Dieux aux hommes ;
qu'ils avoient eu de grands Rois , mais
qu'ils ne les confondoient point avec les
Dieux ; & qu'aucun homme , parmi eux ,
n'avoit pas même joui des honneurs héroiques.
Ainh Ofiris , n'eſt point Séfoftris
, ou quelqu'autre célèbre Roi de
l'Egypte, comme quelques - uns l'ont prétendu
mal-à propos. D'ailleurs l'apothéofe
eft moderne, par rapport à l'Antiquité ;
& Epheftion eft le premier des Grecs à
qui on ait rendu les honneurs divins.
Elle étoit cependant déja connue chez
les Romains , puifque les Sénateurs déïferent
Romulus mais vous n'ignorez
pas qu'ils ne prirent ce parti que pour
éviter la fureur du Peuple , qui les foupçonnoit
du crime qu'ils avoient commis.
Depuis Romulus juſqu'à Jules Céfar , aucun
Romain ne fut aggrégé au rang des
Dieux; & la flatterie feule donna à Jules
E iv
904 MERCURE DE FRANCE.
Céfar une place parmi les fignes célestes.
Il faut donc diftinguer les points de Religion
cccafionnés par la flatterie , d'avec
ceux qui ont un rapport réel au fyftême
religieux . Ne m'objectez pas , Monfieur ,
que parmi les Grecs , Hercule , Caftor , &
d'aurres , étoient regardés comme des
Dieux ; car je vous ferois voir qu'on ne
leur rendoit point les honneurs divins ,
mais feulement les honneurs héroïques.
Vous êtes trop fçavant , Monfieur , pour
ignorer la différence qu'il y a entre les
uns & les autres.
L'explication finguliere que vous don
hez du mot Mythologie , fe trouve donc
entierement détruite par ces preuves.
Vous prétendez que ce mot eft formé de
Muth , qui en Egyptien fignifie la Mort,&
de adyos, mot Grec qui veut dire Difcours.
Ainfi ,felon vous , Monfieur , la Mythologie
eft le difcours des morts , ou l'hiftoire
des hommes morts qui ont été déïfiés .
Vous ne prenez pas garde , qu'il paroîtra
étonnant à tout le monde que ce mot ait
été formé d'un terme Egyptien & d'un
terme Grec. Tous nos Sçavans , jufqu'ici
l'avoient entendu bien différemment ; &
ils croyoient , comme vous ne l'ignorez
pas , que ce mot venoit de vos fabula &c.
Avant que de quitter entierement les
MA I. 1760 . 105
Egyptiens ; permettez - moi , Monfieur ,
de vous faire un petit reproche de leur
part . Ces Peuples , chez lefquels les arts
& les ſciences ont fleuri de fi bonne heure ,
& dont le célèbre M. Boffuet nous a fait
un fi beau portrait ; ces Peuples , dis - je ,
trouvent fort mauvais qu'on les mette en
parallèle avec les Peuples de la Nigritie ,
que nos Voyageurs nous repréfentent
comme des Nations groffières & prèſque
fauvages.
Les bornes qui me font prefcrites , ne
me permettent pas de prendre la défenſe
de plufieurs autres Peuples anciens , que
vous attaquez dans votre ouvrage. Pour
ce qui regarde les Grecs, je vous renvoye,
Monfieur , à la Lettre que j'ai écrite à
ce fujet , & que vous trouverez dans le
Mercure de Décembre dernier, page 104.
A l'égard du fyftême religieux des Indiens
, vous pouvez le lire dans le Tome
XVIII des Mémoires de l'Académie
Royale des Belles - Lettres, page 34 de la
partie hiftorique . A la vue de ces deux
anciennes Religions , vous appercevrez
des fyftêmes philofophiques ; & vous conviendrez
, peut- être , qu'il n'y avoit point
de Fétiches pour les lettrés. Je le répéte ,
vous n'en trouverez jamais , que parmi le
Peuple groffier & ignorant . Je pourrois
Ev
106 MER CURE DE FRANCE.
en dire autant de la Religion des anciens
Perfes , & même des anciens Scythes ;
mais je fuis obligé de terminer cette Dif
fertation, qui feroit fufceptible d'une plus
grande étendue.
Claudite jam rivos pueri , fat prata biberunt..
Je fuis, avec une reſpectueuſe eſtime &c.
DE GRACE
Fermer
26
p. 5-15
ÉPITRE AUX MUSES.
Début :
DÉFENDEZ vos Autels, Muses, quittez les Cieux : [...]
Mots clefs :
Muses, Coeur, Nature, Moeurs, Fleurs, Vérité, Talent, Génie, Esprit, Univers
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AUX MUSES.
ÉPITRE AUX MUSES.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
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Résumé : ÉPITRE AUX MUSES.
Les textes 'Épître aux Muses' et 'Aits du Bonheur' soulignent l'importance des arts et des lettres en France au XVIIIe siècle. L''Épître aux Muses' invite les Muses à défendre leurs domaines et à apporter plaisir et inspiration, dénonçant les attaques contre les arts et les lettres. Le texte note que des pays comme la Germanie, Vienne et Copenhague adoptent les dieux du Parnasse français, tandis que Voltaire est encore vivant et honoré. Il regrette que certains Français attaquent les droits des Muses, contrairement à leurs ancêtres qui révéraient les arts et les lettres. L'auteur valorise la fiction morale comme une vérité élevée et noble, capable d'inspirer des modèles de vertu. Il met en avant l'importance de cultiver les cœurs et les mœurs, soulignant que l'éloquence est la reine des mœurs. Les arts et les lettres sont célébrés pour leur capacité à transformer des lieux austères en univers nouveaux, inspirant humanité et sensibilité. L''Aits du Bonheur' explore des thèmes similaires, critiquant les excès et les caprices, et admirant la beauté et la nature. Les Muses sont louées pour unir les grâces de l'esprit à la beauté morale. Le texte discute des aspirations humaines et des efforts pour atteindre l'excellence, mettant en garde contre les abus et les excès dans tous les arts. Les Beaux-Arts sont encouragés pour leur capacité à élever les âmes et à inspirer la vérité. L'auteur critique les écrivains qui prêtent un éclat séduisant au vice, soulignant l'importance de la moralité et de la vérité. Le texte se termine par une réflexion sur la corruption et l'oubli des valeurs, exhortant à revenir à la nature et à la vérité pour améliorer la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 48-62
SECOND CARACTÈRE DU VRAI PHILOSOPHE. L'HOMME VERTUEUX.
Début :
LES charmes de la vertu seront toujours de vives impressions sur le cœur [...]
Mots clefs :
Cœur, Vertu, Amour, Religion, Reconnaissance, Talents, Devoirs, Sentiments, Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND CARACTÈRE DU VRAI PHILOSOPHE. L'HOMME VERTUEUX.
SECOND CARACTÈRE DU VRAI
PHILOSOPHE. "
*
L'HOMME VERTUEUX.
LESES charmes de la vertu feront toujours
de vives impreffions fur le coeur
du vrai Philofophe , parce que la vertu
feule peut le rendre véritablement heureux.
C'eft dans le coeur de l'honnête
homme qu'elle fixe fon féjour , qu'elle
régne en Souveraine. Les affections
de l'homme font les fujets qu'elle prend
plaifir à gouverner. Les loix qu'elle
prefcrit , les bornes qu'elle oppofe aux
faillies des paffous , à l'impétuofité des
defirs , ne préfentent rien de trop pénible
à l'homme vertueux ; c'eft un
joug doux & bienfaisant , auquel il ſe
foumet fans contrainte : ce font des liens
auxquels il fe livre & s'abandonne par
choix , par goût & par inclination.
Liens refpectables ! qui bien loin de
peindre à l'efprit l'image rebutante &
toujours défagréable d'un efclavage hon-
* Nous avons donné le premier Caractére dans
le Mercure du mois de Mars dernier.
teux ,
JUILLET. 1763 . 4.9
teux , de préfenter des fers , des entraves
cruelles & préjudiciables à la liberté
, ne fervent au contraire qu'à nous
faire triompher de nos préjugés , qu'à
nous arracher à nos penchans vicieux ,
qu'à déraciner nos habitudes criminelles
, qu'à entretenir enfin une fage oeconomie
dans toutes les facultés de notre
âme. Perſpective heureufe pour le fage !
quels motifs de confolation & de joie !
que de principes sûrs & infaillibles pour
régler & motiver notre conduite , tourner
toutes nos idées du côté du bien ,
éclairer , décider nos fentimens & notre
volonté ! quelle fource féconde de plaifirs
purs & inaltérables Les chaînes
qui nous lient à la vertu , font des guirlandes
de fleurs qui environnent délicieuſement
le coeur de l'homme , tandis
que le vice le tient dans une oppreffion
pénible & douloureufe .
O vertu ! fi l'homme eft ton efclave ,
c'eft un esclave heureux & chéri ; ou
plutôt il eft libre dès qu'il te fert. Les
chaînes précieufes qui l'attachent à toi
ne peuvent le dégrader par une crainte
fervile , ni l'avilir par un fordide intérêt.
Des motifs fi humilians font indignes
de lui : l'éclat de tes bienfaits et le
digne prix que tu propofes à fa conftan-
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
te fidélité. Jouiffance heureuſe ! qui excite
& comble tout à la fois la foif de
nos defirs. Vertu ! âme de notre âme ,
Reffort heureux de nos fentimens !
Amour du Sage ! bonheur folide de
l'homme vertueux ! viens échauffer mon
efprit & mon coeur. Prête-moi ce langage
noble & fublime pour peindre
avec des traits.de feu ces traits fi
pro
pres à te caractérifer . Sois l'âme & la ,
vie de mes expreffions ! Je fçais qu'il ,
faut être vertueux foi- même pour faire
avec fuccès ton apologie ; car on n'eft
jamais plus vrai, plus éloquent que lorfque
le coeur nous infpire ; mais
du
moins , ô vertu reçois le foible éffai
de mes talens , comme l'hommage fincere
d'un coeur qui brûle de t'appar
tenir.
Si la jouiffance du vrai bonheur ne
fe trouve que dans la pratique de la
vertu , la vertu nous fournit elle-même
les moyens de jouir & d'être heureux .
Je n'entreprendrai point ici de décou
vrir tous les obftacles que notre corruption
oppofe à notre felicité. L'Analyfe
du coeur de l'homme , le tableau
de fes paffions ouvrent à l'efprit une
carrière trop vafte & trop étendue :
c'est une fource inépuifable de réflexions.
JUILLET. 1763. SI
utiles ; c'eſt un ouvrage immenfe bien
capable d'inftruire , d'éclairer & d'occu
per la raifon de l'homme fpéculatif : les
moindres détails en font intéreffans , &
la vie du Philofophe eft trop courte
pour en faifir toutes les nuances , quoiqu'il
en faffe l'objet de fes méditations
profondes & journalieres.
Quels font donc les moyens qui conduifent
à la vertu ? Qu'est- ce qui caractérife
l'homme vertueux ?
L'honnête homme a des devoirs à
remplir , devoirs fi effentiels qu'il ne
peut les enfreindre fans fe rendre malheureux.
Une Religion à pratiquer ; ce
devoir eft un jufte tribut de reconnoiffance
qu'il ne peut réfufer fans la plus
noire ingratitude à l'Etre fuprême , le
plus tendre de tous les pères , & fon
premier bienfaiteur. C'eft le premier cri
du coeur ; c'eft un devoir prefcrit par la
Loi naturelle ; c'eft une voix intérieure
qui fe fait entendre malgré le bruit
confus des paffions les plus tumultueufes.
Elle lui crie avec force , cette voix
puiffante , qu'il y a un Dieu , que ce
Dieu demande un culte , que ce culte
confifte dans un amour de préférence &
fans bornes , dans la pratique de toutes
les vertus morales & chrétiennes ; que
Cij
52 : MERCURE DE FRANCE.
le vrai bonheur n'eft attaché qu'à fa
fidélité & à fa perfévérance dans le bien.
Tout lui annonce l'existence d'un Être
infiniment grand & infiniment aimable.
à Foibles Mortels ouvrez les yeux
la lumière. Quel fpectacle de merveilles
ce vafte Univers ne vous offre-t-il
pas ? Le Soleil qui par fon éclat découvre
à l'oeil furpris les richeffes immen
fes de la nature ; cet Aftre bienfaiſant
qui échauffe , féconde & vivifie la terre,
& lui fait enfanter dans le temps , des
productions fi utiles & fi néceffaires. La
nuit , qui par fes fombres voiles , arrête
l'homme dans le cours de fes travaux ,
& l'invite à goûter les douceurs du fommeil
. La Lune & les Etoiles, qui par une
lumière plus douce , femblent ménager
& economifer , pour ainfi dire , la vue
de l'homme , cet organe fi délicat & fi
précieux. La terre couverte d'une abondante
moiffon' : les arbres furchargés &
comme affaiffés fous le poids de leurs
fruits. Ces brillans tapis de verdure
émaillés de fleurs qui parent le Printemps
: tous les animaux fubordonnés à
l'homme comme à leur fouverain , deftiés
à fon fervice & à fa nourriture. Le
Lamage des Oifeaux , qui par l'agréable
1
JUILLET. 1763. 53
" variété de leurs concerts réveillent
l'homme de fon affoupiffement ; font renaître
dans fon coeur de nouveaux fentimens
de plaifir & de joie. La lumière
fuccéde aux ténebres , le jour à la nuit ;
l'homme s'arrache des bras du fommeil ,
paffe du fein du repos à l'ardeur du travail.
Les forces réparées préparent à de
nouvelles fatigues , & l'homme dans les
différens états fe livre au genre de travail
que fon génie & fes talens lui ont
fait embraffer . L'Univers alors eft un
tableau mouvant dont l'agréable variété
fixe l'attention & l'admiration. Le monde
eft un vafte Théâtre , où chacun fe
difpofe à jouer un rôle plus ou moins
intéreffant : tout fe réunit enfin dans la
Nature ; c'eft le çri univerfel : tout le
porte & l'invite à la reconnoiffance. :
Philofophes du temps ! en vain vous
ufurpez le titre de Sages ; en vain vous
cherchez à vous diftinguer du commun
des hommes par une manière de penfer
particulière qui révolte la Raifon, par
une certaine affectation de fupériorité
de génie , qui n'eft qu'un rafinement
fubtil de vanité & d'orgueil , dont tout
le fruit eft d'humilier & d'indifpofer le
refte des humains : vous ne juftifiez que
trop leurs juftes reproches. En vain
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
ferez -vous retentir à nos oreilles vos fyftêmes
d'incrédulité , vos maximes impies
: nous frémirons de vos blafphêmes ;
mais nous n'en croirons point votre
bouche impure , que le coeur fera toujours
forcé de démentir malgré vous :
nous plaindrons votre aveuglement &
nous gémirons fur vos erreurs .
L'exiſtence d'un Être fuprême exige
la néceffité d'un culte & d'une Religion.
La Providence qui fe fignale tous
les jours par de continuels bienfaits ; un
Dieu de qui nous tenons la vie , qui
nous fournit libéralement & abondamment
les moyens d'en jouir, qui ne ceffe
de prévenir nos befoins , qui n'ouvre
Les mains généreufes que pour répandre
fes trésors avec profufion , qui diffimule
nos injures & nos offenfes , & ne
paroît fe fouvenir que de fa qualité de
Père & que nous fommes fes enfans :
Toujours prêt à nous recevoir , malgré
nos infidélités , il nous ouvre fon fein
paternel pour y puifer toutes fortes de
confolations. Quel homme fur la terre ,
quel Héros fameux feroit capable d'une
telle générofité ? Oppofer des bienfaits
à des ingratitudes , des graces à des forfaits
, le pardon à l'injure , la tendreffe
à l'infenfibilité , quelle patience ! quelle
JUILLET. 1763. 55
L
t
grandeur ! ........ Dieu feul poffédé
Péminence & le comble des vertus.
Le coeur de l'homme fera- t- il donc
formé à la reconnoiffance ? Se dégradera-
t-il par l'ingratitude la plus monftrueufe
, en oubliant ce qu'il doit à fon
bienfaiteur? Ou plutôt fera- t-il affez infenfé
, affez ennemi de lui- même , pour
ne pas faifir les vrais moyens d'être heureux
? Dieu n'exige rien qui foit trop
au-deffus des forces de l'homme , qu'il
ne ceffe de foutenir. Il ne demande point
des facrifices qui coûtent trop à la
nature : lorfqu'on a contracté l'heureufe
habitude de la vertu , dès les premiers
jours de la jeuneffe , je ne doute
pas qu'il n'en coûte à l'homme bien né
pour fortir du chemin de la vertu , ou
pour déraciner en lui l'habitude du vice
lorfqu'il a eu le malheur de s'y engager.
Homme ! j'en appelle à ta propre
expérience .
Quel est donc le facrifice que Dieu
exige de nous ? celui de notre coeur ,
c'eſt -à -dire , toutes nos affections , tout
notre amour. Le coeur eft fait pour aimer
, & tout eft poffible à un coeur
qui aime véritablement. Ubi amatur ,
non laboratur. Les régles que Dieu nous
prefcrit n'offrent rien de dur ni de ty-
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
rannique . Sa Loi eft une Loi de douceur
& de charité , ce font des vertus à
pratiquer , & ces vertus font l'appanage
effentiel de l'honnête homme . Voilà en
deux mots la Religion , nos devoirs ,
notre culte.
La fidélité à fon Roi eft moins un
devoir prefcrit par la Religion , qu'une
Religion elle-même, fi intimement unie
à la premiere , qu'on ne peut violer l'une
, fans devenir prévaricateur de l'autre
. Il n'y a point de prétexte confenti
par la Raifon , qui puiffe fouftraire des
Sujets à l'obéiffance & à l'amour qu'ils
doivent à leur Souverain , après ce que
l'on doit à Dieu. La premiere vertu
d'un coeur François eft d'aimer fon Roi,
& de lui être inviolablement attaché.
Les devoirs relatifs au prochain ouvrent
à l'homme de bien une vafte
carrière à parcourir , d'autant plus glorieufe
pour lui , qu'on peut compter fes
vertus par fes démarches.
L'homme * fe doit à l'homme , en tout rang
à tout âge ,
Sur le riche orgueilleux , l'indigent a des droits ;
Le foible fur le fort , l'imprudent fur le fage
Les Sujets fur les Rois .
* Vers de M. Thomas.
JUILLET. 1763 . 57
Ta dors, & les mortels autour de toi gémiffent:
La terre enfanglantée eſt en proie au malheur :
Tu dors , & nous pleurons ; & partout retentiſſent
Les cris de la douleur.
Ces antiques héros , ces fages qu'on renomme :
Servoient le genre humain & ne l'eftimoient pas ,
* Plutôt que de manquer à fervir un feul homme ,
Rens heureux mille ingrats !
Qu'importe les tributs de la reconnoiffance ?
~ N'as-tu pas Dieu pour toi , les vertus & ton coeur ,
Ta gloire en eft plus pure ; & l'ingrat qui t'offenfe ,
ajoute à ta grandeur.
L'homme par les forfaits irritant le tonnerre ,
Du Dieu qui l'a créé fem ble infulter l'amour :
Et Dieu prodigue à l'homme , & les fruits de la
terre
Et les rayons du jour.
L'humanité préfente un tableau infini
par la multiplicité des objets qui y font
tracés . La générofité , cette vertu des
belles,âmes , eft feule capable de par
courir ces objets & de les faifir avec
fuccès. Ici des malheureux , victimes de
l'opprefkon , gémiffent dans les fers ,,
fans appui , fans protection , prêts à être
immoles à l'ambition & à la fureur'd'enpemis
cruels & fanguinaires. En vain
CN
< 8 MERCURE DE FRANCE.
font - ils retentir de leurs cris douloureux
, de leurs gémiffemens pitoyables ,
l'affreufe obfcurité de leurs cachots . Là,
ce font des miférables ; foibles , languiffans
, prêts à fuccomber fous le poids
de l'indigence la plus extrême , qui n'ont
plus d'autre reffource que leurs larmes
& leurs cris . Ici , des enfans expirans fur
le fein livide & defféché de leurs meres,
qui détournent en mourant leurs triftes
regards , pour épargner à la nature les
horreurs de la mort , qui environnent
déja ces tendres fruits de leur
Quel fpectacle. pour
amour. ·
4
un coeur vertueux ! Là , le mérite indigent
gémit dans le fonds de fa retraite.
Sa mifére lui étouffe la voix pour reclamer
la protection des Grands ; fes talens
, qui feroient peut - être autant de
traits de lumiere , pour éclairer & inftruire
fon fiécle , demeurent ensevelis
dans la nuit du filence.
Rapellerai - je enfin ces généreux défenfeurs
de la patrie , qui après avoir
facrifié leur vie & leur fortune , pour
le falut de l'Etat , manquent de tout fecours
, & languiffent fans récompenfe.
L'honneur toujours délicat fur les procédés
, n'eft que trop fouvent bleffé par
le refus outrageant des grands : eux ,
JUILLET. 1763. 59
qui par état , devroient être leur plus
ferme appui , expofer leurs befoins
folliciter une récompenfe fi légitimement
due à ces braves mais malheureux
guerriers qui n'ont plus d'autres
richeffes que leur honneur & leur vertu .
L'homme vertueux qui connoit toute
l'étendue de fes obligations envers le
prochain , gémit fur les maux de fes
femblables ; fon coeur s'émeut dé compaffion
; fa pitié n'eft point ftérile ; il
confacre fes talens & fon pouvoir à fervir
, à protéger , à foulager & à réparer
par fes largeffes les malheurs de l'humanité
: Il produit au grand jour tout
l'éclat des vertus néceffaires aux befoins
des hommes. L'amour-propre fe tait , il
n'eft occupé que du bien qu'il veut faire ;
fa modeftie veille à l'entrée de fon coeur
aux intérêts de fa vertu ; fon bonheur
eft de faire des heureux . Vrai fage , ami
de l'humanité , homme vertueux ! notre
jufte reconnoiffance eft la plus digne
apologie que nous puiffions faire de
vos vertus.
LAVERTU , SOURCE DU VRAI
BONHEUR.
NON ON poffidentem multa vocaveris
Rectè beatum ; rectius ocupat
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Nomen beati , qui deorum
Muneribus fapienter uti ,
Duramque callet pauperiem pati,
Pejufque letho flagitium timet.
* Folle féduction ! tes difcours enchanteurs
Horar
Tendent à renverſer dans nos âmes timides ,
Des trésors de vertu , & de nos foibles coeurs
Empoifonnent la paix par des douceurs perfides ?
Monftre, difparoiffez , ne fouillez point mes vers.
Infâme volupté ! tes plaiſirs font des crimes :
Mufe ! faifons briller aux yeux de l'univers ,
De l'aimable vertu les loix & les maximes.
C'en eft fait , je vous laiffe , inutiles grandeurs ,'
Chimériques plaifirs , foibleffe criminelle;
Fayez profane amour , fource de nos malheurs:
Feu divin , pur amour , viens animer monzèle ?
Que la feule vertu prođuiſe més accens :
Obéir à fes loix eft mon unique envie :
Qui fçait régler les moeurs & réprimer fes fens
Forme l'heureux tiflu des beaux jours de fa vie.
Mortels ambitieux ! connoiffez votre erreur :
Où courez -vous après un phantôme de gloire? }
Ah ! plutôt defcendez au fond de votre coeur :
G'eſt là que vous attend 'honneur de la victoire,
Vil efclave des fens , homme voluptueux !
De toncoeur corrompu , tu fuis la folle yvreſſes
Après la jouiffance encor plus malheureux ,
JUILLET. 1763. bi
Le remords fuit de près ton indigne foibleffe .
Pour qui tous ces tréfors avec foin entaffés ?
Et qui peut concevoir une aveugle tendreſſe ,
Pour un vil intérêt , pour des biens amaffés ,
Qui ne laiſſent en nous qu'une affreuſe triſteſſe ?
L'amour-propre nous flatte, on chérit fon erreur,
Et de fa paffion on encenfe l'idole ;
.L'homme eft ingénieux à déguifer fon coeur ;
Le caprice eft fon maître, il en fait la bouffole.
L'orgueilleux infenfé , fur un nom faſtueux ,
Etablit fa grandeur , fande toute fa gloire ;
Du refte des mortels il détourne les yeux ;
Ses ancêtres , fon rang occupent fa mémoire.
Lefage plus modefte & moins, présomptueux ,
Puifedans fes vertus fes titres de nobleſſe :
Il eſt l'ami de l'homme , & l'homme malheureux ,
Par fes foins bienfaiſans , voit finir la détrelle.
L'envie eft l'éguillon de toutes les verrus :
Le mérite fouvent s'endort dans la carrière ;
>Les traits de l'envieux ne font point fuperflus 3.
Ils réveillent l'honneur , l'honneur fonge à mieux
faire.
La réputation , ce tréſor précieux ,
Dont nous fommes jaloux , eft ſouvent la victime
D'unhommefans pudeur, d'un homme dangereux
Déchirer fon femblable eft le comble du crime.
Fermez , fermez l'oreille à fes cruels difcours ;
¿ Par un profond mépris puniffez l'infolence
62 MERCURE DE FRANCE.
De l'indifcrétion : un fourbe à des détours :
Le plus lage eft féduit,il eft fans défiance.
Fauffe dévotion , mafque de la verta !
De la religion image menſongère !
De ce dehors trompeur l'orgueil eft revêtu ;
L'éclat qui l'environne eft une erreur groffière.
Religion fans fard , fublime vérité !
Tu puifes ton éclat dans le fein de Dieu même s
Fille de l'Éternel , immuable Beauté ,
Heureux qui te connoît , qui te fert & qui t'aime !
Trop fougueule jeuneffe ! impétueux defirs !
Vous étouffez en nous la voix de la fageffe.
L'homme aveugle s'endort dans le fein des plaiſirs ;
La mort vient l'arracher des bras de la moleffe.
DAGUES DE CLAIR-FONTAINE ,
PHILOSOPHE. "
*
L'HOMME VERTUEUX.
LESES charmes de la vertu feront toujours
de vives impreffions fur le coeur
du vrai Philofophe , parce que la vertu
feule peut le rendre véritablement heureux.
C'eft dans le coeur de l'honnête
homme qu'elle fixe fon féjour , qu'elle
régne en Souveraine. Les affections
de l'homme font les fujets qu'elle prend
plaifir à gouverner. Les loix qu'elle
prefcrit , les bornes qu'elle oppofe aux
faillies des paffous , à l'impétuofité des
defirs , ne préfentent rien de trop pénible
à l'homme vertueux ; c'eft un
joug doux & bienfaisant , auquel il ſe
foumet fans contrainte : ce font des liens
auxquels il fe livre & s'abandonne par
choix , par goût & par inclination.
Liens refpectables ! qui bien loin de
peindre à l'efprit l'image rebutante &
toujours défagréable d'un efclavage hon-
* Nous avons donné le premier Caractére dans
le Mercure du mois de Mars dernier.
teux ,
JUILLET. 1763 . 4.9
teux , de préfenter des fers , des entraves
cruelles & préjudiciables à la liberté
, ne fervent au contraire qu'à nous
faire triompher de nos préjugés , qu'à
nous arracher à nos penchans vicieux ,
qu'à déraciner nos habitudes criminelles
, qu'à entretenir enfin une fage oeconomie
dans toutes les facultés de notre
âme. Perſpective heureufe pour le fage !
quels motifs de confolation & de joie !
que de principes sûrs & infaillibles pour
régler & motiver notre conduite , tourner
toutes nos idées du côté du bien ,
éclairer , décider nos fentimens & notre
volonté ! quelle fource féconde de plaifirs
purs & inaltérables Les chaînes
qui nous lient à la vertu , font des guirlandes
de fleurs qui environnent délicieuſement
le coeur de l'homme , tandis
que le vice le tient dans une oppreffion
pénible & douloureufe .
O vertu ! fi l'homme eft ton efclave ,
c'eft un esclave heureux & chéri ; ou
plutôt il eft libre dès qu'il te fert. Les
chaînes précieufes qui l'attachent à toi
ne peuvent le dégrader par une crainte
fervile , ni l'avilir par un fordide intérêt.
Des motifs fi humilians font indignes
de lui : l'éclat de tes bienfaits et le
digne prix que tu propofes à fa conftan-
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
te fidélité. Jouiffance heureuſe ! qui excite
& comble tout à la fois la foif de
nos defirs. Vertu ! âme de notre âme ,
Reffort heureux de nos fentimens !
Amour du Sage ! bonheur folide de
l'homme vertueux ! viens échauffer mon
efprit & mon coeur. Prête-moi ce langage
noble & fublime pour peindre
avec des traits.de feu ces traits fi
pro
pres à te caractérifer . Sois l'âme & la ,
vie de mes expreffions ! Je fçais qu'il ,
faut être vertueux foi- même pour faire
avec fuccès ton apologie ; car on n'eft
jamais plus vrai, plus éloquent que lorfque
le coeur nous infpire ; mais
du
moins , ô vertu reçois le foible éffai
de mes talens , comme l'hommage fincere
d'un coeur qui brûle de t'appar
tenir.
Si la jouiffance du vrai bonheur ne
fe trouve que dans la pratique de la
vertu , la vertu nous fournit elle-même
les moyens de jouir & d'être heureux .
Je n'entreprendrai point ici de décou
vrir tous les obftacles que notre corruption
oppofe à notre felicité. L'Analyfe
du coeur de l'homme , le tableau
de fes paffions ouvrent à l'efprit une
carrière trop vafte & trop étendue :
c'est une fource inépuifable de réflexions.
JUILLET. 1763. SI
utiles ; c'eſt un ouvrage immenfe bien
capable d'inftruire , d'éclairer & d'occu
per la raifon de l'homme fpéculatif : les
moindres détails en font intéreffans , &
la vie du Philofophe eft trop courte
pour en faifir toutes les nuances , quoiqu'il
en faffe l'objet de fes méditations
profondes & journalieres.
Quels font donc les moyens qui conduifent
à la vertu ? Qu'est- ce qui caractérife
l'homme vertueux ?
L'honnête homme a des devoirs à
remplir , devoirs fi effentiels qu'il ne
peut les enfreindre fans fe rendre malheureux.
Une Religion à pratiquer ; ce
devoir eft un jufte tribut de reconnoiffance
qu'il ne peut réfufer fans la plus
noire ingratitude à l'Etre fuprême , le
plus tendre de tous les pères , & fon
premier bienfaiteur. C'eft le premier cri
du coeur ; c'eft un devoir prefcrit par la
Loi naturelle ; c'eft une voix intérieure
qui fe fait entendre malgré le bruit
confus des paffions les plus tumultueufes.
Elle lui crie avec force , cette voix
puiffante , qu'il y a un Dieu , que ce
Dieu demande un culte , que ce culte
confifte dans un amour de préférence &
fans bornes , dans la pratique de toutes
les vertus morales & chrétiennes ; que
Cij
52 : MERCURE DE FRANCE.
le vrai bonheur n'eft attaché qu'à fa
fidélité & à fa perfévérance dans le bien.
Tout lui annonce l'existence d'un Être
infiniment grand & infiniment aimable.
à Foibles Mortels ouvrez les yeux
la lumière. Quel fpectacle de merveilles
ce vafte Univers ne vous offre-t-il
pas ? Le Soleil qui par fon éclat découvre
à l'oeil furpris les richeffes immen
fes de la nature ; cet Aftre bienfaiſant
qui échauffe , féconde & vivifie la terre,
& lui fait enfanter dans le temps , des
productions fi utiles & fi néceffaires. La
nuit , qui par fes fombres voiles , arrête
l'homme dans le cours de fes travaux ,
& l'invite à goûter les douceurs du fommeil
. La Lune & les Etoiles, qui par une
lumière plus douce , femblent ménager
& economifer , pour ainfi dire , la vue
de l'homme , cet organe fi délicat & fi
précieux. La terre couverte d'une abondante
moiffon' : les arbres furchargés &
comme affaiffés fous le poids de leurs
fruits. Ces brillans tapis de verdure
émaillés de fleurs qui parent le Printemps
: tous les animaux fubordonnés à
l'homme comme à leur fouverain , deftiés
à fon fervice & à fa nourriture. Le
Lamage des Oifeaux , qui par l'agréable
1
JUILLET. 1763. 53
" variété de leurs concerts réveillent
l'homme de fon affoupiffement ; font renaître
dans fon coeur de nouveaux fentimens
de plaifir & de joie. La lumière
fuccéde aux ténebres , le jour à la nuit ;
l'homme s'arrache des bras du fommeil ,
paffe du fein du repos à l'ardeur du travail.
Les forces réparées préparent à de
nouvelles fatigues , & l'homme dans les
différens états fe livre au genre de travail
que fon génie & fes talens lui ont
fait embraffer . L'Univers alors eft un
tableau mouvant dont l'agréable variété
fixe l'attention & l'admiration. Le monde
eft un vafte Théâtre , où chacun fe
difpofe à jouer un rôle plus ou moins
intéreffant : tout fe réunit enfin dans la
Nature ; c'eft le çri univerfel : tout le
porte & l'invite à la reconnoiffance. :
Philofophes du temps ! en vain vous
ufurpez le titre de Sages ; en vain vous
cherchez à vous diftinguer du commun
des hommes par une manière de penfer
particulière qui révolte la Raifon, par
une certaine affectation de fupériorité
de génie , qui n'eft qu'un rafinement
fubtil de vanité & d'orgueil , dont tout
le fruit eft d'humilier & d'indifpofer le
refte des humains : vous ne juftifiez que
trop leurs juftes reproches. En vain
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
ferez -vous retentir à nos oreilles vos fyftêmes
d'incrédulité , vos maximes impies
: nous frémirons de vos blafphêmes ;
mais nous n'en croirons point votre
bouche impure , que le coeur fera toujours
forcé de démentir malgré vous :
nous plaindrons votre aveuglement &
nous gémirons fur vos erreurs .
L'exiſtence d'un Être fuprême exige
la néceffité d'un culte & d'une Religion.
La Providence qui fe fignale tous
les jours par de continuels bienfaits ; un
Dieu de qui nous tenons la vie , qui
nous fournit libéralement & abondamment
les moyens d'en jouir, qui ne ceffe
de prévenir nos befoins , qui n'ouvre
Les mains généreufes que pour répandre
fes trésors avec profufion , qui diffimule
nos injures & nos offenfes , & ne
paroît fe fouvenir que de fa qualité de
Père & que nous fommes fes enfans :
Toujours prêt à nous recevoir , malgré
nos infidélités , il nous ouvre fon fein
paternel pour y puifer toutes fortes de
confolations. Quel homme fur la terre ,
quel Héros fameux feroit capable d'une
telle générofité ? Oppofer des bienfaits
à des ingratitudes , des graces à des forfaits
, le pardon à l'injure , la tendreffe
à l'infenfibilité , quelle patience ! quelle
JUILLET. 1763. 55
L
t
grandeur ! ........ Dieu feul poffédé
Péminence & le comble des vertus.
Le coeur de l'homme fera- t- il donc
formé à la reconnoiffance ? Se dégradera-
t-il par l'ingratitude la plus monftrueufe
, en oubliant ce qu'il doit à fon
bienfaiteur? Ou plutôt fera- t-il affez infenfé
, affez ennemi de lui- même , pour
ne pas faifir les vrais moyens d'être heureux
? Dieu n'exige rien qui foit trop
au-deffus des forces de l'homme , qu'il
ne ceffe de foutenir. Il ne demande point
des facrifices qui coûtent trop à la
nature : lorfqu'on a contracté l'heureufe
habitude de la vertu , dès les premiers
jours de la jeuneffe , je ne doute
pas qu'il n'en coûte à l'homme bien né
pour fortir du chemin de la vertu , ou
pour déraciner en lui l'habitude du vice
lorfqu'il a eu le malheur de s'y engager.
Homme ! j'en appelle à ta propre
expérience .
Quel est donc le facrifice que Dieu
exige de nous ? celui de notre coeur ,
c'eſt -à -dire , toutes nos affections , tout
notre amour. Le coeur eft fait pour aimer
, & tout eft poffible à un coeur
qui aime véritablement. Ubi amatur ,
non laboratur. Les régles que Dieu nous
prefcrit n'offrent rien de dur ni de ty-
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
rannique . Sa Loi eft une Loi de douceur
& de charité , ce font des vertus à
pratiquer , & ces vertus font l'appanage
effentiel de l'honnête homme . Voilà en
deux mots la Religion , nos devoirs ,
notre culte.
La fidélité à fon Roi eft moins un
devoir prefcrit par la Religion , qu'une
Religion elle-même, fi intimement unie
à la premiere , qu'on ne peut violer l'une
, fans devenir prévaricateur de l'autre
. Il n'y a point de prétexte confenti
par la Raifon , qui puiffe fouftraire des
Sujets à l'obéiffance & à l'amour qu'ils
doivent à leur Souverain , après ce que
l'on doit à Dieu. La premiere vertu
d'un coeur François eft d'aimer fon Roi,
& de lui être inviolablement attaché.
Les devoirs relatifs au prochain ouvrent
à l'homme de bien une vafte
carrière à parcourir , d'autant plus glorieufe
pour lui , qu'on peut compter fes
vertus par fes démarches.
L'homme * fe doit à l'homme , en tout rang
à tout âge ,
Sur le riche orgueilleux , l'indigent a des droits ;
Le foible fur le fort , l'imprudent fur le fage
Les Sujets fur les Rois .
* Vers de M. Thomas.
JUILLET. 1763 . 57
Ta dors, & les mortels autour de toi gémiffent:
La terre enfanglantée eſt en proie au malheur :
Tu dors , & nous pleurons ; & partout retentiſſent
Les cris de la douleur.
Ces antiques héros , ces fages qu'on renomme :
Servoient le genre humain & ne l'eftimoient pas ,
* Plutôt que de manquer à fervir un feul homme ,
Rens heureux mille ingrats !
Qu'importe les tributs de la reconnoiffance ?
~ N'as-tu pas Dieu pour toi , les vertus & ton coeur ,
Ta gloire en eft plus pure ; & l'ingrat qui t'offenfe ,
ajoute à ta grandeur.
L'homme par les forfaits irritant le tonnerre ,
Du Dieu qui l'a créé fem ble infulter l'amour :
Et Dieu prodigue à l'homme , & les fruits de la
terre
Et les rayons du jour.
L'humanité préfente un tableau infini
par la multiplicité des objets qui y font
tracés . La générofité , cette vertu des
belles,âmes , eft feule capable de par
courir ces objets & de les faifir avec
fuccès. Ici des malheureux , victimes de
l'opprefkon , gémiffent dans les fers ,,
fans appui , fans protection , prêts à être
immoles à l'ambition & à la fureur'd'enpemis
cruels & fanguinaires. En vain
CN
< 8 MERCURE DE FRANCE.
font - ils retentir de leurs cris douloureux
, de leurs gémiffemens pitoyables ,
l'affreufe obfcurité de leurs cachots . Là,
ce font des miférables ; foibles , languiffans
, prêts à fuccomber fous le poids
de l'indigence la plus extrême , qui n'ont
plus d'autre reffource que leurs larmes
& leurs cris . Ici , des enfans expirans fur
le fein livide & defféché de leurs meres,
qui détournent en mourant leurs triftes
regards , pour épargner à la nature les
horreurs de la mort , qui environnent
déja ces tendres fruits de leur
Quel fpectacle. pour
amour. ·
4
un coeur vertueux ! Là , le mérite indigent
gémit dans le fonds de fa retraite.
Sa mifére lui étouffe la voix pour reclamer
la protection des Grands ; fes talens
, qui feroient peut - être autant de
traits de lumiere , pour éclairer & inftruire
fon fiécle , demeurent ensevelis
dans la nuit du filence.
Rapellerai - je enfin ces généreux défenfeurs
de la patrie , qui après avoir
facrifié leur vie & leur fortune , pour
le falut de l'Etat , manquent de tout fecours
, & languiffent fans récompenfe.
L'honneur toujours délicat fur les procédés
, n'eft que trop fouvent bleffé par
le refus outrageant des grands : eux ,
JUILLET. 1763. 59
qui par état , devroient être leur plus
ferme appui , expofer leurs befoins
folliciter une récompenfe fi légitimement
due à ces braves mais malheureux
guerriers qui n'ont plus d'autres
richeffes que leur honneur & leur vertu .
L'homme vertueux qui connoit toute
l'étendue de fes obligations envers le
prochain , gémit fur les maux de fes
femblables ; fon coeur s'émeut dé compaffion
; fa pitié n'eft point ftérile ; il
confacre fes talens & fon pouvoir à fervir
, à protéger , à foulager & à réparer
par fes largeffes les malheurs de l'humanité
: Il produit au grand jour tout
l'éclat des vertus néceffaires aux befoins
des hommes. L'amour-propre fe tait , il
n'eft occupé que du bien qu'il veut faire ;
fa modeftie veille à l'entrée de fon coeur
aux intérêts de fa vertu ; fon bonheur
eft de faire des heureux . Vrai fage , ami
de l'humanité , homme vertueux ! notre
jufte reconnoiffance eft la plus digne
apologie que nous puiffions faire de
vos vertus.
LAVERTU , SOURCE DU VRAI
BONHEUR.
NON ON poffidentem multa vocaveris
Rectè beatum ; rectius ocupat
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Nomen beati , qui deorum
Muneribus fapienter uti ,
Duramque callet pauperiem pati,
Pejufque letho flagitium timet.
* Folle féduction ! tes difcours enchanteurs
Horar
Tendent à renverſer dans nos âmes timides ,
Des trésors de vertu , & de nos foibles coeurs
Empoifonnent la paix par des douceurs perfides ?
Monftre, difparoiffez , ne fouillez point mes vers.
Infâme volupté ! tes plaiſirs font des crimes :
Mufe ! faifons briller aux yeux de l'univers ,
De l'aimable vertu les loix & les maximes.
C'en eft fait , je vous laiffe , inutiles grandeurs ,'
Chimériques plaifirs , foibleffe criminelle;
Fayez profane amour , fource de nos malheurs:
Feu divin , pur amour , viens animer monzèle ?
Que la feule vertu prođuiſe més accens :
Obéir à fes loix eft mon unique envie :
Qui fçait régler les moeurs & réprimer fes fens
Forme l'heureux tiflu des beaux jours de fa vie.
Mortels ambitieux ! connoiffez votre erreur :
Où courez -vous après un phantôme de gloire? }
Ah ! plutôt defcendez au fond de votre coeur :
G'eſt là que vous attend 'honneur de la victoire,
Vil efclave des fens , homme voluptueux !
De toncoeur corrompu , tu fuis la folle yvreſſes
Après la jouiffance encor plus malheureux ,
JUILLET. 1763. bi
Le remords fuit de près ton indigne foibleffe .
Pour qui tous ces tréfors avec foin entaffés ?
Et qui peut concevoir une aveugle tendreſſe ,
Pour un vil intérêt , pour des biens amaffés ,
Qui ne laiſſent en nous qu'une affreuſe triſteſſe ?
L'amour-propre nous flatte, on chérit fon erreur,
Et de fa paffion on encenfe l'idole ;
.L'homme eft ingénieux à déguifer fon coeur ;
Le caprice eft fon maître, il en fait la bouffole.
L'orgueilleux infenfé , fur un nom faſtueux ,
Etablit fa grandeur , fande toute fa gloire ;
Du refte des mortels il détourne les yeux ;
Ses ancêtres , fon rang occupent fa mémoire.
Lefage plus modefte & moins, présomptueux ,
Puifedans fes vertus fes titres de nobleſſe :
Il eſt l'ami de l'homme , & l'homme malheureux ,
Par fes foins bienfaiſans , voit finir la détrelle.
L'envie eft l'éguillon de toutes les verrus :
Le mérite fouvent s'endort dans la carrière ;
>Les traits de l'envieux ne font point fuperflus 3.
Ils réveillent l'honneur , l'honneur fonge à mieux
faire.
La réputation , ce tréſor précieux ,
Dont nous fommes jaloux , eft ſouvent la victime
D'unhommefans pudeur, d'un homme dangereux
Déchirer fon femblable eft le comble du crime.
Fermez , fermez l'oreille à fes cruels difcours ;
¿ Par un profond mépris puniffez l'infolence
62 MERCURE DE FRANCE.
De l'indifcrétion : un fourbe à des détours :
Le plus lage eft féduit,il eft fans défiance.
Fauffe dévotion , mafque de la verta !
De la religion image menſongère !
De ce dehors trompeur l'orgueil eft revêtu ;
L'éclat qui l'environne eft une erreur groffière.
Religion fans fard , fublime vérité !
Tu puifes ton éclat dans le fein de Dieu même s
Fille de l'Éternel , immuable Beauté ,
Heureux qui te connoît , qui te fert & qui t'aime !
Trop fougueule jeuneffe ! impétueux defirs !
Vous étouffez en nous la voix de la fageffe.
L'homme aveugle s'endort dans le fein des plaiſirs ;
La mort vient l'arracher des bras de la moleffe.
DAGUES DE CLAIR-FONTAINE ,
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Résumé : SECOND CARACTÈRE DU VRAI PHILOSOPHE. L'HOMME VERTUEUX.
Le texte examine les traits distinctifs du véritable philosophe, axé sur l'homme vertueux. La vertu est identifiée comme la seule source de véritable bonheur, guidant le cœur de l'homme honnête et régulant ses émotions. Bien que contraignantes, les lois de la vertu sont perçues comme bénéfiques et douces, permettant une soumission volontaire. La vertu est comparée à un esclavage heureux et libre, motivé par ses bienfaits plutôt que par la peur ou l'intérêt personnel. L'homme vertueux a des devoirs essentiels, notamment la pratique d'une religion vue comme un tribut de reconnaissance envers un Être suprême. La nature et l'univers témoignent de l'existence d'un Dieu infiniment grand et aimable, offrant des merveilles et des ressources abondantes. Le texte critique les philosophes incrédules et impies, soulignant la nécessité d'un culte pour reconnaître cet Être suprême et la Providence. La transformation de l'homme au réveil est décrite, passant de la somnolence à l'activité et au travail. L'univers est vu comme un théâtre où chacun joue un rôle, et la nature comme un appel à la reconnaissance. La fidélité au roi est également mise en avant comme une vertu essentielle, liée à la religion. Le texte insiste sur les devoirs envers le prochain, soulignant que chaque individu a des droits et des devoirs envers les autres, indépendamment de leur statut social. Le texte décrit diverses scènes de misère et d'injustice, évoquant des individus souffrant dans des cachots, des enfants mourants, et des personnes méritantes mais ignorées. Il loue l'homme vertueux qui consacre ses talents à aider autrui, critiquant les grandeurs chimériques et les plaisirs égoïstes. La vertu est prônée comme source de véritable bonheur, et la modestie et la bienveillance sont valorisées. La véritable religion est glorifiée, opposée à la dévotion hypocrite, et les désirs impétueux sont condamnés pour étouffer la sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 92
CHARADE. A Mademoiselle N......
Début :
Sois, adorable objet, avec moi mon premier ! [...]
Mots clefs :
Univers