Si l'Imprimeur de l'Académic
n'avoit pas un droit incon
teſtable ſur tous lesOuvrages
qui en fortent , je ne balancerois
pas à vous donner une
copie entiere des deux Picces
de M. Roy , & je ne vous prierois
pas , comme je le fais , de
n'en attendre de moy que des
extraits.
Je vous laiſſe , Monfieur ,
faire toutes les reflexions qui
GALANT 237
vous conviendront ſur le Difcours
qui a remporté le Prix
de l' Eloquence ; on croiroit
peut être , ſi je m'étendois fur
les figures magnifiques & fur
les reſpectables citations dont
eſt enrichi le Sujet propofé, où
il s'agiſloit de prouver les inconvenients
de la richeße , non-
Seulementfelon l'Evangile; mais
encore felon les Philosophes
Payens , &dont voici letexte :
Va vobis divitibus. Luc. VI. 24.
Que j'aurois envie de me feliciter
moy- même du bonheur
que j'ay de n'être pas riche ;
mais à Dieu ne plaiſe. Ainfi
238 MERCURE
trouvez bon que je vous ren
voye au Libraire qui debite ces
pieux Ouvrages , ſi vous avez
envie de les lire. Pour lOde
de la façon du même Auteur ,
qui a été couronnée comme ſa
Profe , je vous diray , qu'aprés
la premiere Strophe que j'en
retranche(malgré ſes beautez)
à la confideration de M Jean-
BaptisteCoignard, Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , il
continue en ces termes :
Quelle implacable Furie
Maiſtriſoit tout l'Univers ?
Contre nous & l'Iberie
S'a moient cent peuples diu rs.
1
GALANT. 239
Jamais le Dieu de la guerre
N'avoit donnéſur laterre
Tant de ſpectac'es d'horreur :
Jadis par moins de carnage
Rome, lafiere Carshage
Signalerent leurfureur.
f
Que la Fortune conduise
Toussles pas de nos guerriers,
Leur triomphe nous espuiſe;
Nous payons cherles Lauriers.
Que vois-je ? des champs ſteriles,
L'effroy ,le deüil dans lesVilles,
Les travaux abandonnez :
Les Arts ,&les Loix periffent,
Themisfuit, les Dieux gemiß.nt
Sur leurs Autels profanez. **
* Sacrileges des Fanatiques.
1
1
240 MERCURE
C'est en vain que nôtre monde *
De l'autre attend les threſors ,
Un orage éternel gronde
Sur lamer, &dans les ports.
Quel Dieu contre nous conſpire ?
Que dis-je ?Thetis ſouſpire
Du débris de nos vaisseaux.
Mortels , vostre aveugle rage
Vous a derobé l'usage
Etde la terre &des caux.
ॐ
OPaix , l'Europe en allarmes
N'efpere plus ton retour ;
Elle a méprifé tes charmes ,
Tu te vangesà ton tour.
Mais parmi tous ces rebelles ,
1
*Commerce interrompu.
१०
: Si
GALANT. 241
Si des mains pures , fidelles
Refſtabliſfoient tes autels ! ..
Vien les habiter encore ,
Et pour LOUIS qui t'implore ,
Fai grace àtous les mortels.
Par quel noble Sacrifice
Payera- t'il tes bienfaits ?
- Veux tu voir desaJustice
Ses ennemissatisfaits ?
Crain- t'on cette Fortereffe *
Des ondes fiere Maistresse ,
Seure retraite deMars?
Que la France s'en départe ;
Illuy ſuffit , comme à Sparte ,
D'avoirſes Rois pour remparts.
* Dunquerque.
Aoust 1715. X
242 MERCURE
Aprés d affreuſes tempestes ,
L'air s'eſclaircitànosyeux.
Tout estchangé. Surnos teftes
Vois-je rouler d'autres Cieux ?
Endépofant le tonnerre ,
LOUIS raffermit la terre,
Qu'eſbranlerent tant de coups :
Etsoussa main vigilante ,
L'Olive , àmeurir moins lente
Vafructfier pour nous.
BientoftCerés raßeurée
Contre d'injustes efforts ,
Ainsiqu'au fiecle de Rhée ,
Multipliera fes threfors.
LesArts,lesTravauxfertiles
Desja raniment'es Valles
GALANT. 243
Trop heureuse activité!
Ta recompense est certaine :
Lebeſoinfera la peine
De laſeule oiſiveté.
Mercure paroist ,il donne
Leſignal à cent climats ;
LaFoyfacompagne ordonne
- Que Plutusſuiveſes pas.
Neptune n'a plus de chaiſnes ;
Auxplages les plus lointaines
Les chemins nousfont ouverts.
Paixfeconde ,&falutaire ,
Regne,puiffes-tu nefaire
Qu'un peuple de l'Univers !
Maisla plus noble richeffe
A
Xij
244 MERCURE
Abondera dans nos murs
Pournous s'enfle le Permeffe ,
Il roule des flots plus purs.
Que le monde entiery puiſe ;
Qu'icy l'estranger s'inſtruiſe
Par nos chef- d'oeuvres nouveaux.
Et vous Filles de Memoire ,
De LOUIS chantez lagloire ,
C'eſt l'ame de vos travaux.
ॐ
Priere pour le Roy.
O Ciel daigne nous entendre ,
De LOUISfois leſouſtien.
Puiffe ton amourluy rendre ,
GALANT. 245
Ceque nous devons aufien.
Quefous fes regards meuriſſe
CeRoy,que le Ciel propice
Referve pour nos neveux :
Digne Eleve d'un tel Maistre ,
Qu'ilfaffefon bonheur d'eſtre
Le Pere d'un peuple heureux .
Le ſujet de cet Ole étoit
Sur les avantages de la Paix
l'obligation que nous avons au
Roy de nous l'avoir procurée.
Vous me direz peut eſtre ,
Monfieur , que voila une nouvelle
maniere de faire des extraits
des Ouvrages d'eſprit : je
le ſçay bien; mais que voulez .
Xiij
246 MERCURE
vous queje vous réponde à cela
, finon que je n'ay ni l'audace
, ni le loiſir de m'y prendre
autrement & que Mer.
ſieurs les Auteurs ne ſe plaignent
que trop ſouvent de la
liberté que je me donne de faire
des extraits de leurs Ouvrages.