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1
p. 131-134
POUR LE PORTRAIT DU ROY.
Début :
J'adjoûte à ces Vers, l'Impromptu que la mesme Madame le / Muses, à mon secours, inspirez moy des Vers, [...]
Mots clefs :
Roi, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : POUR LE PORTRAIT DU ROY.
l'ajoûte à ces Vers, l'impro- tu que la mêmeMadameleCa- mus fit il y a quelque temps pour le Portrait du Roy , en preſence de pluſieurs Dames.
Il me ſemble vous l'avoir catendu demander.
tke ka edos color toda e
POUR
LE PORTRAIT
DU ROY.
Mles, monlecours , inſpirez fes,àmonfecours,inspirez
PourfairelePortraitde monRoy,
demonMaistre,
De
: GALANT. 97 DecegrandRoysi digne d'estre Lefeul Maistre de l'Univers:
Haiene doutepoint quecela ne puiffe estre.
Ie veux pour commencer luy dref- ferunAutel.
Son air est tout divin , il n'a rien
d'un Mortel; [cles,
Tout cequ'ilfaitfontdes MiraEttout cequ'ildit des Oracles.
Ses grands Faits jusqu'à luy se trouvent inoüis.
Rienn'a jamais esté qui luy fast
comparable ,
Tous les Siecles paffez n'ont rien veu desemblable,
Les Siecles à venir n'auront point
deLOVIS.
Son esprit est grand&folide,
Esclairé,penetrant , galant delicat :
En luy laſageſſe prefide...
Tome 2, E
98 LE MERCURE
La iustice le fuit , la prudence le
guide,
Iamais onn'aveu Potentat
Avoirſceucomme luygouverner
un Estat.
Admirons toutesaperſonne ;
Onn'y voit pas un trait qui ne puiſſe charmer.
Malgrétout lerespect quesanais- Sancedonne,
Onnepeut levoyant s'empeſcher del'aimer;
Etpourtoutdire enfin,ilporteune
couronne,
Quechacunluyvoudroit donner.
MesDames ie nepuis achever ce
Portrait ,
Monesprit en est incapable;
Si i'en conçoy l'idée, elle est inex- primable, :
EtMignard
ne l'apasmieux
fait
Il me ſemble vous l'avoir catendu demander.
tke ka edos color toda e
POUR
LE PORTRAIT
DU ROY.
Mles, monlecours , inſpirez fes,àmonfecours,inspirez
PourfairelePortraitde monRoy,
demonMaistre,
De
: GALANT. 97 DecegrandRoysi digne d'estre Lefeul Maistre de l'Univers:
Haiene doutepoint quecela ne puiffe estre.
Ie veux pour commencer luy dref- ferunAutel.
Son air est tout divin , il n'a rien
d'un Mortel; [cles,
Tout cequ'ilfaitfontdes MiraEttout cequ'ildit des Oracles.
Ses grands Faits jusqu'à luy se trouvent inoüis.
Rienn'a jamais esté qui luy fast
comparable ,
Tous les Siecles paffez n'ont rien veu desemblable,
Les Siecles à venir n'auront point
deLOVIS.
Son esprit est grand&folide,
Esclairé,penetrant , galant delicat :
En luy laſageſſe prefide...
Tome 2, E
98 LE MERCURE
La iustice le fuit , la prudence le
guide,
Iamais onn'aveu Potentat
Avoirſceucomme luygouverner
un Estat.
Admirons toutesaperſonne ;
Onn'y voit pas un trait qui ne puiſſe charmer.
Malgrétout lerespect quesanais- Sancedonne,
Onnepeut levoyant s'empeſcher del'aimer;
Etpourtoutdire enfin,ilporteune
couronne,
Quechacunluyvoudroit donner.
MesDames ie nepuis achever ce
Portrait ,
Monesprit en est incapable;
Si i'en conçoy l'idée, elle est inex- primable, :
EtMignard
ne l'apasmieux
fait
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Résumé : POUR LE PORTRAIT DU ROY.
Le texte présente un poème dédié au portrait du roi, probablement Louis XIV, et fait référence à une improvisation précédente de Madame le Camus pour un portrait royal. Le poème loue les qualités exceptionnelles du roi, le décrivant comme digne de régner sur l'univers. Il met en avant son air divin et ses actions miraculeuses, comparables à des oracles. Les exploits du roi sont qualifiés d'inouïs et sans précédent, ni les siècles passés ni les siècles à venir n'ayant vu ou ne verront son égal. Son esprit est décrit comme grand, solide, éclairé, pénétrant, galant et délicat. La justice le suit, et la prudence le guide, faisant de lui un gouvernant sans égal. Le poème exprime l'admiration et l'amour pour le roi, malgré le respect qu'il inspire. Il conclut que le roi porte une couronne que chacun lui voudrait donner. L'auteur avoue être incapable d'achever le portrait du roi, estimant l'idée inexprimable, même par le célèbre peintre Mignard.
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2
p. 111-116
A MADAME DE F**
Début :
Je pars pour Marseille, & je vous jure, Madame, que [...]
Mots clefs :
Portrait, Esprit, Charmer, Madame
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE F**
A MADAME DE F**
Epars pour Marseille ,
jure ,
je vous
Madame , quej'y vais malgré moy. Vous mefiſtes hier un Portrait que j'emporte dans lecœur , &i'ay peun que cefoit untrait empoisonnéquej'emporte.
Mais , dites-moy, ce beau Portrait ,
L'avez- vous fait d'apres nature ?
N'avez- vous point feint quelque trait,
Pour embellir voſtre peinture ?
Ce teint blanc , & ces blonds cheveux,
Cette main , ce bras, cette taille ,
CetEſprit tel que je le veux ,
Qui ſurprend , qui brille, qui raille,
Enfin cet amas ſans égal Debelles qualitez , dont moname eſt
ravie ,
}
GALANT. 71 Seroit- il dans l'Original ,
Tel qu'il eſt dans voſtreCopie ?
Si cela est , Madame,pour mon re- posiene dois iamais revenir à Aix ; ou plutost j'y dois bien-toſt revenir, car ie m'imagine qu'il eſt doux de perdre Son repos pour la Belle dont vous m'avez donné uneſi riche ideé.
Par tout ce que vous m'avez dit Vous avez charmé mon Eſprit ;
Voſtre Comteſſe eſt adorable :
Mais malgré les appas dont vous m'a- vezcharmé ,
Sibientoſt je n'en ſuis aimé,
Je declare d'abord qu'elle n'eſt point aimable.
Je suisd'un Mestier , où l'on n'aime pas à perdreson temps. Vous sçavez,
Madame, que nous autres Gens d'Af- faires nous sommes fort intereſſez ,&
que iamaisnousnefaiſons d'avances fi nous ne voyons un profit prompt afſſure.
72 LE MERCVRE
Jamais à la groſſe avanture Nous ne mettons ſoins ny ſoûpirs;
Nous voulons ſeureté meſme dans noſtre ufure ,
Et pretendons gagner cent pour cent enplaiſirs.
Sansnul ſcrupule en Gens fort ſages,
Nous nous faiſons payer l'intereſt d'un ſeul jour ,
Etcomme un Juifnoſtre amour
Ne preſte que ſur bons gages.
Il est bon , Madame , de donner cet avis àvôtre aimable Comteſſe,afin qu'el le examine ſi mon commerce la peut ac- commoder. Ie reviendray en cette Ville dans quelques jours , &fi elle me veut recevoir malgré mes uſures amoureuſes ,
i'iray chez elle étaler ma marchandise.
AAix,
Epars pour Marseille ,
jure ,
je vous
Madame , quej'y vais malgré moy. Vous mefiſtes hier un Portrait que j'emporte dans lecœur , &i'ay peun que cefoit untrait empoisonnéquej'emporte.
Mais , dites-moy, ce beau Portrait ,
L'avez- vous fait d'apres nature ?
N'avez- vous point feint quelque trait,
Pour embellir voſtre peinture ?
Ce teint blanc , & ces blonds cheveux,
Cette main , ce bras, cette taille ,
CetEſprit tel que je le veux ,
Qui ſurprend , qui brille, qui raille,
Enfin cet amas ſans égal Debelles qualitez , dont moname eſt
ravie ,
}
GALANT. 71 Seroit- il dans l'Original ,
Tel qu'il eſt dans voſtreCopie ?
Si cela est , Madame,pour mon re- posiene dois iamais revenir à Aix ; ou plutost j'y dois bien-toſt revenir, car ie m'imagine qu'il eſt doux de perdre Son repos pour la Belle dont vous m'avez donné uneſi riche ideé.
Par tout ce que vous m'avez dit Vous avez charmé mon Eſprit ;
Voſtre Comteſſe eſt adorable :
Mais malgré les appas dont vous m'a- vezcharmé ,
Sibientoſt je n'en ſuis aimé,
Je declare d'abord qu'elle n'eſt point aimable.
Je suisd'un Mestier , où l'on n'aime pas à perdreson temps. Vous sçavez,
Madame, que nous autres Gens d'Af- faires nous sommes fort intereſſez ,&
que iamaisnousnefaiſons d'avances fi nous ne voyons un profit prompt afſſure.
72 LE MERCVRE
Jamais à la groſſe avanture Nous ne mettons ſoins ny ſoûpirs;
Nous voulons ſeureté meſme dans noſtre ufure ,
Et pretendons gagner cent pour cent enplaiſirs.
Sansnul ſcrupule en Gens fort ſages,
Nous nous faiſons payer l'intereſt d'un ſeul jour ,
Etcomme un Juifnoſtre amour
Ne preſte que ſur bons gages.
Il est bon , Madame , de donner cet avis àvôtre aimable Comteſſe,afin qu'el le examine ſi mon commerce la peut ac- commoder. Ie reviendray en cette Ville dans quelques jours , &fi elle me veut recevoir malgré mes uſures amoureuſes ,
i'iray chez elle étaler ma marchandise.
AAix,
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Résumé : A MADAME DE F**
Dans une lettre adressée à Madame de F**, un homme d'affaires en route pour Marseille exprime son départ malgré lui, emportant un portrait de Madame qui l'a charmé. Il se questionne sur la fidélité de ce portrait et admire les qualités décrites. Prêt à sacrifier son repos pour elle, il mentionne également la comtesse de Madame, qu'il trouve adorable, mais souligne que son affection dépend du retour de ses sentiments. En tant qu'homme d'affaires, il ne fait pas d'avances sans garantie de profit, comparant son amour à un commerce nécessitant des assurances. Il invite la comtesse à évaluer si ce 'commerce' peut lui convenir et annonce son retour à Aix pour lui proposer ses services.
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3
p. 120-126
Description d'un Present fait au Roy par Monsieur l'Abbé le Houx. [titre d'après la table]
Début :
S'il est glorieux d'avoir part aux Graces que [...]
Mots clefs :
Portrait, Présent, Abbé le Houx, Mignature, Coq
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texteReconnaissance textuelle : Description d'un Present fait au Roy par Monsieur l'Abbé le Houx. [titre d'après la table]
S'il eſt glorieux d'avoir part aux Graces que le Roy ſe plaiſt àrépandre continuellement fur ceux de ſes Sujetsqu'ilen trou- ve dignes , il ne l'eſt pas moins de luy pouvoir fairedesPreſens quine foient pas indignes de luy Dij
76 LE MERCVRE eſtre offerts. C'eſt un avantage qu'eut dernierement M. l'Abbé
le Houx , qui heritant du zele que ſa Famille a toûjours fait pa- roiſtre pourſon ſervice , & dont elle a donné des preuves & dans les Armées & ailleurs , luy pre- ſenta ſon Portrait en mignature.
Le Roy le reçeut avec ces té- moignages de bonté qui luy gagnent les cœursde tous ceux qui ont l'honneur de l'appro- cher. Ce Portrait eſt delamain
de M. Benard. Le Roy eſt peint dans un Ovale. Au deſſous de
luy font quantité de Trophées,
qui marquent les Conqueſtes qu'ila faites , tant fur la Hollan- de, que fur l'Eſpagne & l'Em- pire. Aumilieu de ces Trophées onvoit unGlobed'azur & trois
Fleurs de Lys. A l'un des coſtez duRoy il y aune Palme , &un
GALAN T. 77 Olivier à l'autre , avec une Inſcription Latine dans une Ban- derole volante . Le ſens de cette
Inſcription , eſt que tandis que Sa Majefté s'occupe à orner fes Lys de Palmes , elle ne dédaigne pas de cultiver l'Olivier qui eſt le Simbole de la Paix. La Bordure a ſes miſteres auſſi -bien que les embelliſſemens du Portrait.
Elle a eſté faite par un Orfévre nommé Germain , qui travaille ordinairement pour le Roy. Le deſſein , la cizelure & l'art en
font admirables. Dans le haut
eſt la Renommée toute de relief.
Elle montre le Royd'une main,
& tient une trompette del'au- tre. Un Lambeau d'argenty eſt attaché avec des mots Latins
qui font connoiſtre que fi cet Auguſte Monarque eft grand par la gloire que ſes belles qua Biij
78. LE MERCVRE
litez luy ont acquiſe , il l'eſt en- cor davantage par ſa Valeur &
par ſesConqueſtes. Aux coſtez de la Bordure font deux Enfans
qui tiennent des Fleurs & des Fruits. Iln'y a rien de mieux def- finé. On voit la Triple Alliance aubas. Elle paroiſt ſoûmiſe à la France , qui eſt repreſentée par un grand Coq. D'un coſte il tient l'Aigle de l'Empire enchaî- né , & de l'autre deux Lyons fuyans le Coq. L'Eſpagne eft marquée par l'un , & la Hollan- de parl'autreſous la forme d'un Lyon Marin. Ce Preſent ne pouvoit eftre plus beau , puis qu'il n'y a rien de plus grand que le Roy, & que c'eſt ſon Portraitqui le compoſe. Il eſtoit accompagné d'un Poëme fur les Conqueftes de ce Prince
76 LE MERCVRE eſtre offerts. C'eſt un avantage qu'eut dernierement M. l'Abbé
le Houx , qui heritant du zele que ſa Famille a toûjours fait pa- roiſtre pourſon ſervice , & dont elle a donné des preuves & dans les Armées & ailleurs , luy pre- ſenta ſon Portrait en mignature.
Le Roy le reçeut avec ces té- moignages de bonté qui luy gagnent les cœursde tous ceux qui ont l'honneur de l'appro- cher. Ce Portrait eſt delamain
de M. Benard. Le Roy eſt peint dans un Ovale. Au deſſous de
luy font quantité de Trophées,
qui marquent les Conqueſtes qu'ila faites , tant fur la Hollan- de, que fur l'Eſpagne & l'Em- pire. Aumilieu de ces Trophées onvoit unGlobed'azur & trois
Fleurs de Lys. A l'un des coſtez duRoy il y aune Palme , &un
GALAN T. 77 Olivier à l'autre , avec une Inſcription Latine dans une Ban- derole volante . Le ſens de cette
Inſcription , eſt que tandis que Sa Majefté s'occupe à orner fes Lys de Palmes , elle ne dédaigne pas de cultiver l'Olivier qui eſt le Simbole de la Paix. La Bordure a ſes miſteres auſſi -bien que les embelliſſemens du Portrait.
Elle a eſté faite par un Orfévre nommé Germain , qui travaille ordinairement pour le Roy. Le deſſein , la cizelure & l'art en
font admirables. Dans le haut
eſt la Renommée toute de relief.
Elle montre le Royd'une main,
& tient une trompette del'au- tre. Un Lambeau d'argenty eſt attaché avec des mots Latins
qui font connoiſtre que fi cet Auguſte Monarque eft grand par la gloire que ſes belles qua Biij
78. LE MERCVRE
litez luy ont acquiſe , il l'eſt en- cor davantage par ſa Valeur &
par ſesConqueſtes. Aux coſtez de la Bordure font deux Enfans
qui tiennent des Fleurs & des Fruits. Iln'y a rien de mieux def- finé. On voit la Triple Alliance aubas. Elle paroiſt ſoûmiſe à la France , qui eſt repreſentée par un grand Coq. D'un coſte il tient l'Aigle de l'Empire enchaî- né , & de l'autre deux Lyons fuyans le Coq. L'Eſpagne eft marquée par l'un , & la Hollan- de parl'autreſous la forme d'un Lyon Marin. Ce Preſent ne pouvoit eftre plus beau , puis qu'il n'y a rien de plus grand que le Roy, & que c'eſt ſon Portraitqui le compoſe. Il eſtoit accompagné d'un Poëme fur les Conqueftes de ce Prince
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Résumé : Description d'un Present fait au Roy par Monsieur l'Abbé le Houx. [titre d'après la table]
M. l'Abbé le Houx, fidèle à la tradition familiale de servir le roi, offrit à ce dernier un portrait en miniature réalisé par M. Benard. Le portrait représente le roi dans un ovale entouré de trophées symbolisant ses conquêtes sur la Hollande, l'Espagne et l'Empire. Il inclut un globe azur, trois fleurs de lys, une palme et un olivier, symbolisant respectivement la victoire et la paix. Une inscription latine souligne que le roi célèbre ses victoires tout en cultivant la paix. La bordure, œuvre de l'orfèvre Germain, est ornée de la Renommée tenant une trompette et de deux enfants offrant des fleurs et des fruits. Elle illustre également la Triple Alliance, avec la France représentée par un coq dominant l'aigle de l'Empire et deux lions symbolisant l'Espagne et la Hollande. Ce présent, accompagné d'un poème sur les conquêtes du roi, fut jugé particulièrement beau et digne du souverain.
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4
p. 116-118
Excez d'amour d'une jeune Personne nouvellement mariée. [titre d'après la table]
Début :
Ce n'est pas pourtant une regle absolument generale, [...]
Mots clefs :
Tendresse, Époux, Portrait, Amour
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texteReconnaissance textuelle : Excez d'amour d'une jeune Personne nouvellement mariée. [titre d'après la table]
Ce n'est pas pourtant une regle abſolument generale , &
ceque je vay vous dire d'une jeune Perſonne de la plus hau- te Qualité , vous en fera voir l'exception. Il y a peu de temps qu'elle eſt mariée , & les belles qualitezdel'Epoux qu'elle ait YON
heureux le rendent fi digne de poſſeder tout fon cœur , qu'elle n'a point mis de bornes à ſa tendreſſe. Elle voudroit le voir
dans tous les momens du jour,
&vous pouvez jugerdu plaifir qu'elle s'en fait par le genre de conſolation qu'elle choisit der- nierement pendant unVoyage qu'ilfut obligé de faire ſans el- le à la Cour. Elle ſe ſouvint
d'avoir veu ſonPortraitdans un
lieu où elle avoit tout pouvoir.
Elle y courut , le détacha elle- meſme de l'endroit où il avoit
F
Diij
78 LE MERCVRE eſté,placé , le fit porter à ſa Chambre , paffa la plus grande partie de la nuit à le regarder,
&je ne ſçay ſi elle ne luy fit point de tendres careſſes. Si
toutes les Femmes aimoient
avec une auffi forte paffion , il n'y auroit pas unfi grand nom- bre de Marys Coquets , & on feroit ravyde trouver chez ſoy l'Amour Complaifant que le chagrin engage quelquefois à
chercher ailleurs
ceque je vay vous dire d'une jeune Perſonne de la plus hau- te Qualité , vous en fera voir l'exception. Il y a peu de temps qu'elle eſt mariée , & les belles qualitezdel'Epoux qu'elle ait YON
heureux le rendent fi digne de poſſeder tout fon cœur , qu'elle n'a point mis de bornes à ſa tendreſſe. Elle voudroit le voir
dans tous les momens du jour,
&vous pouvez jugerdu plaifir qu'elle s'en fait par le genre de conſolation qu'elle choisit der- nierement pendant unVoyage qu'ilfut obligé de faire ſans el- le à la Cour. Elle ſe ſouvint
d'avoir veu ſonPortraitdans un
lieu où elle avoit tout pouvoir.
Elle y courut , le détacha elle- meſme de l'endroit où il avoit
F
Diij
78 LE MERCVRE eſté,placé , le fit porter à ſa Chambre , paffa la plus grande partie de la nuit à le regarder,
&je ne ſçay ſi elle ne luy fit point de tendres careſſes. Si
toutes les Femmes aimoient
avec une auffi forte paffion , il n'y auroit pas unfi grand nom- bre de Marys Coquets , & on feroit ravyde trouver chez ſoy l'Amour Complaifant que le chagrin engage quelquefois à
chercher ailleurs
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Résumé : Excez d'amour d'une jeune Personne nouvellement mariée. [titre d'après la table]
Le texte raconte l'histoire d'une jeune femme de haute qualité récemment mariée à un homme aux belles qualités. Profondément amoureuse, elle souhaite constamment la présence de son époux. Lors d'un voyage de son mari à la cour, elle trouve consolation en récupérant son portrait. Elle le détache elle-même et passe une grande partie de la nuit à le contempler, lui adressant peut-être des caresses tendres. Le narrateur suggère que si toutes les femmes aimaient avec une passion aussi intense, il y aurait moins de femmes coquettes et plus de femmes cherchant l'amour complaisant à domicile plutôt qu'ailleurs.
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6
p. 176-177
BILLET DE MADAME DE P*** A Mr P***
Début :
Je vous demande en grace, Mr, de me dire ce que c'est que [...]
Mots clefs :
Nièce, Mademoiselle , Colère, Portrait, Sincère, Qualités
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texteReconnaissance textuelle : BILLET DE MADAME DE P*** A Mr P***
BILLET
DE MADAME DE P ***
A M' P ***
J
E vous demande en grace ,
M' , de me dire ce que c'eſt
que Mademoiſelle de C*** Ma
Niece en eft fi enteſtée , qu'elle
nous en parlé inceffamment, Encore
que je n'aye pas méchante
opinion de fon gouſt , j'aime
mieux m'en rapporter
J'efpere que vous n'en ferez un
Portrait fidelle ; & que Pinterest
que vous avez à luy attirer l'efti
à vous.
du Mercure Galant. 177
me des Gens , ne vous empefche.
ra point d'eftre fincere. Je fçay
qu'elle doit beaucoup à vos foins,
ainfi vous ne ferez point fâché
de me faire un petit détail de fes
bonnes qualitez .
DE MADAME DE P ***
A M' P ***
J
E vous demande en grace ,
M' , de me dire ce que c'eſt
que Mademoiſelle de C*** Ma
Niece en eft fi enteſtée , qu'elle
nous en parlé inceffamment, Encore
que je n'aye pas méchante
opinion de fon gouſt , j'aime
mieux m'en rapporter
J'efpere que vous n'en ferez un
Portrait fidelle ; & que Pinterest
que vous avez à luy attirer l'efti
à vous.
du Mercure Galant. 177
me des Gens , ne vous empefche.
ra point d'eftre fincere. Je fçay
qu'elle doit beaucoup à vos foins,
ainfi vous ne ferez point fâché
de me faire un petit détail de fes
bonnes qualitez .
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Résumé : BILLET DE MADAME DE P*** A Mr P***
Madame de P*** sollicite des informations sur Mademoiselle de C***, sa nièce, auprès de M' P***. Elle souhaite un portrait fidèle et objectif des qualités de la jeune fille, reconnaissant les efforts de M' P*** à son égard.
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7
p. 229-231
PORTRAIT.
Début :
Croyez, sans craindre de faire Un Jugement teméraire, [...]
Mots clefs :
Jugement, Portrait, Agrément, Bel esprit, Politesse, Modèle, Galanterie, Éclat, Visage, Cheveux, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT.
PORTRAIT.
Royez ,fans craindre defaire
On
Un Jugement teméraire,
Queje ne vous diray que des chofes defait.
Pour donc de mon Portrait
Commencer l'image agreable,
Fay beaucoup d'enjoûment,
Et dans ce que je fais je mefle un agré
ment
Qui merendfort aimable.
&A
Fay l'efprit vif, brillant, joly,
Qui cependant n'ôte rien du folide;
Fay le langage fi poly,
Que je paffe déja pour modelle & pour
guide:
M'eftant fort appliquée à lire les Romans ,
230
Extraordinaire
Fay tiré par bonheur de ces bonnes lectures
L'Art d'inventer à tous momens
Mille Contes, mille Avantures.
VA
cherche à m'enfaire conter;
Mais toute magalanterie
Neva qu'à la badinerie,
Mon deffein n'eft que d'écouter.
Ainfi mon humeur eft coquette,
Et maconduite ne l'eft pas;
En aimant lafleurette,
J'enfçais éviter l'embarras.
&A
Chez moy lefard n'eft point d'usage,
Car, grace au Ciel,
L'éclat de mon visage
Eft un Vermeillon naturel.
Jay lefront gros, qui porte en guife de
Moutonne
Des cheveux blondsfrifezfans art,
Mon nez n'eft ny long, ny camard,
Mes yeuxfont affez vifs pour n'épargner
perfonne,
du Mercure Galant.
zzī
Etferoient beaux s'ils eftoient moins
petits;
Fay la bouchefort belle
Lors que je ne ris pas, fort grande quand
je ris,
Et je ris, par malheur pour elle,
D'un rien, & d'une bagatelle.
RA
Fay le teint vif, délicat, éclatant,
La gorge bien garnie, & la main porelée,
Ma taille eftfort petite, & j'enfuis confolée,
Elle eftfine, & le reste eft affez ragouftant.
Ceux qui liront cesVers,feront ravis peuteftre
De pouvoiraisément connoistre
Si je ne leur impoſe rien;
Qu'ils s'informent, je le veux bien,
Sij'ay ce prétendu mérite;
Et pourmarquer que j'aime ce party,
Qu'ils apprennent mon nom ; pour eftre
un peu petite,
On m'a donné celuy de RAT- GENTY.
Royez ,fans craindre defaire
On
Un Jugement teméraire,
Queje ne vous diray que des chofes defait.
Pour donc de mon Portrait
Commencer l'image agreable,
Fay beaucoup d'enjoûment,
Et dans ce que je fais je mefle un agré
ment
Qui merendfort aimable.
&A
Fay l'efprit vif, brillant, joly,
Qui cependant n'ôte rien du folide;
Fay le langage fi poly,
Que je paffe déja pour modelle & pour
guide:
M'eftant fort appliquée à lire les Romans ,
230
Extraordinaire
Fay tiré par bonheur de ces bonnes lectures
L'Art d'inventer à tous momens
Mille Contes, mille Avantures.
VA
cherche à m'enfaire conter;
Mais toute magalanterie
Neva qu'à la badinerie,
Mon deffein n'eft que d'écouter.
Ainfi mon humeur eft coquette,
Et maconduite ne l'eft pas;
En aimant lafleurette,
J'enfçais éviter l'embarras.
&A
Chez moy lefard n'eft point d'usage,
Car, grace au Ciel,
L'éclat de mon visage
Eft un Vermeillon naturel.
Jay lefront gros, qui porte en guife de
Moutonne
Des cheveux blondsfrifezfans art,
Mon nez n'eft ny long, ny camard,
Mes yeuxfont affez vifs pour n'épargner
perfonne,
du Mercure Galant.
zzī
Etferoient beaux s'ils eftoient moins
petits;
Fay la bouchefort belle
Lors que je ne ris pas, fort grande quand
je ris,
Et je ris, par malheur pour elle,
D'un rien, & d'une bagatelle.
RA
Fay le teint vif, délicat, éclatant,
La gorge bien garnie, & la main porelée,
Ma taille eftfort petite, & j'enfuis confolée,
Elle eftfine, & le reste eft affez ragouftant.
Ceux qui liront cesVers,feront ravis peuteftre
De pouvoiraisément connoistre
Si je ne leur impoſe rien;
Qu'ils s'informent, je le veux bien,
Sij'ay ce prétendu mérite;
Et pourmarquer que j'aime ce party,
Qu'ils apprennent mon nom ; pour eftre
un peu petite,
On m'a donné celuy de RAT- GENTY.
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Résumé : PORTRAIT.
Le texte décrit une personne au caractère agréable et aimable, dotée d'un esprit vif et brillant. Elle se distingue par un langage poli, influencé par la lecture de romans, ce qui lui permet d'inventer des contes et des aventures. Elle apprécie les histoires mais évite les compliments excessifs, préférant la badinerie. Son comportement est coquet, mais elle évite les embarras en aimant les flatteries légères. Physiquement, elle ne porte pas de fard, car son visage a un éclat naturel. Elle possède un front large avec des cheveux blonds frisés naturellement, un nez ni long ni camard, et des yeux vifs. Sa bouche est belle lorsqu'elle ne rit pas, mais devient grande lorsqu'elle rit facilement. Son teint est vif et délicat, sa gorge bien garnie, et sa main délicate. Sa taille est petite, mais elle est fine et le reste de sa personne est agréable. Le texte se conclut par une invitation à vérifier ses qualités, révélant que son nom est Rat-Genty.
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8
p. 239-240
SUR CE QU'ON AVOIT promis pour le Prix le Portrait du Roy à celuy qui rempliroit le mieux ces Bouts-rimez.
Début :
Non, je n'entreprens point de rimer pour la gloire, [...]
Mots clefs :
Rimes, Gloire, Portrait, Héros, Victoire, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : SUR CE QU'ON AVOIT promis pour le Prix le Portrait du Roy à celuy qui rempliroit le mieux ces Bouts-rimez.
SUR CE QU'ON AVOIT
promis pour Prix le Portrait
du Roy à celuy qui rempliroit
le mieux ces Bours-rimez.
No
On, jen entreprens point de rimer
pour la gloire,
Gagne qui le pourra le Portrait de mon
Roy.
D'un Héros qui foümer l'Univers àfai
loy
Ilfaut une autre voix pour chanter la
Victoire..
RA
Nos Neveux étonnez d'une fibelle Hiftoire,
Afes Faitsinous n'ajoûteront point foy,.
Le feul bruit de fon Nomfait tout tremblerd'effroy,
Et des Héros paffez efface la mémoire.
Q -
n'en ferois jamais un Eloge achevé,
Je l'éleverois mains qu'ilne s'eft élevé,
24.0%
Extraordinaire
Qui peut affez vanter ce Héros intréspide?
C
Que quelque autre le mette au rang des
Immortels;
Tandis qu'il le fera plus brave qu'un :
Alcide,
Je vais à ma Philis élever des Autels,
promis pour Prix le Portrait
du Roy à celuy qui rempliroit
le mieux ces Bours-rimez.
No
On, jen entreprens point de rimer
pour la gloire,
Gagne qui le pourra le Portrait de mon
Roy.
D'un Héros qui foümer l'Univers àfai
loy
Ilfaut une autre voix pour chanter la
Victoire..
RA
Nos Neveux étonnez d'une fibelle Hiftoire,
Afes Faitsinous n'ajoûteront point foy,.
Le feul bruit de fon Nomfait tout tremblerd'effroy,
Et des Héros paffez efface la mémoire.
Q -
n'en ferois jamais un Eloge achevé,
Je l'éleverois mains qu'ilne s'eft élevé,
24.0%
Extraordinaire
Qui peut affez vanter ce Héros intréspide?
C
Que quelque autre le mette au rang des
Immortels;
Tandis qu'il le fera plus brave qu'un :
Alcide,
Je vais à ma Philis élever des Autels,
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Résumé : SUR CE QU'ON AVOIT promis pour le Prix le Portrait du Roy à celuy qui rempliroit le mieux ces Bouts-rimez.
Le texte rassemble des poèmes et des réflexions sur un héros royal. Plusieurs auteurs expriment leur admiration et leur incapacité à rendre pleinement hommage au roi. Ils soulignent sa grandeur et la terreur qu'il inspire, tout en reconnaissant l'impossibilité de rendre justice à ses exploits. Un auteur se consacre à sa bien-aimée, Philis, plutôt qu'à l'éloge du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 102-131
Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient encore à Berny, lors qu'ils furent priez [...]
Mots clefs :
Tragédie, Femmes, Berny, Ambassadeurs, Roi, Collège Louis le Grand, Hercule, Ballet, Siam, Ambassadeur, Père de La Chaise, Enfants, Plaisir, Esprit, Princesses, Cheval, Portrait, Clovis, Hôtel des ambassadeurs, Abbé de Dangeau
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texteReconnaissance textuelle : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Ils estoient encore à
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
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Résumé : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, alors à Berny, reçurent une invitation du Père de la Chaise pour assister à une tragédie intitulée 'Clovis' au Collège de Louis-le-Grand. Ils déclinèrent initialement, souhaitant d'abord rendre leurs respects au roi, mais acceptèrent finalement en raison de la sagesse du Père. Le jour de la tragédie, ils se rendirent incognito à l'Hôtel des Ambassadeurs pour se reposer. Ils furent impressionnés par la grandeur du théâtre et la multitude de personnes présentes. La tragédie comprenait un ballet en quatre parties, représentant les exploits d'Hercule et les actions du roi de France. Les ambassadeurs apprécièrent particulièrement les danses des enfants pensionnaires, dont ceux du Duc de Villeroy et du Chevalier d'Avaux. Après la représentation, ils reçurent diverses visites, notamment celle de l'Abbé de Dangeau, qui exprima son désir d'apprendre la langue siamoise. Les ambassadeurs montrèrent une grande civilité et esprit, répondant avec finesse aux questions et railleries des visiteurs. Ils assistèrent également à une cavalcade de princesses et dames françaises, qu'ils complimentèrent sur leur adresse à cheval. Lors d'un souper, ils burent à la santé des princesses et répondirent avec humour aux questions sur leurs vingt-deux femmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 277-279
Present fait par Monsieur au Premier Ambassadeur. [titre d'après la table]
Début :
L'Ambassadeur ayant envoyé à Monsieur plusieurs choses utiles pour [...]
Mots clefs :
Présent, Monsieur, Portrait, Prince, Boîte, Diamants
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texteReconnaissance textuelle : Present fait par Monsieur au Premier Ambassadeur. [titre d'après la table]
L'Ambaſſadeut ayant envoyé
à Monfieur pluſieurs
choſes utiles pour ſa ſanté ,
ainſi que je vous l'ay appris
dans ma lettre precedente, ce
Prince genereux luy envoya
quelques jours aprés par M
AubertIntroducteur des Ambaffadeurs
auprés de ſa Perſonne',
un preſent auſſi galant
que riche. C'eſtoit ung
;
r
278 IV. P. du Voyage
boëtte de chagrin toute gar
nie d'or ,& d'une tres-grande
beauté. On crût d'abord que
le preſent conſiſtoit en cette
feule boëtte. Cependant elle
en renfermoit trois autres
d'or, dans leſquelles on trouva
trois fort belles bagues. Il
y en avoit une de diamans ,
&une autre d'emeraudes : elles
eſtoient accompagnées
d'un Portrait de Monfieur ,
entouré de diamans. Ce preſent
n'eſtoit que pour le premier
Ambaſſadeur. Il dit à
M' Aubert , que quoy que tout
ce que Monsieur luy envoyoit
des Amb. de Siam. 279
ast tres-riche , & tres-bean , il
ſtimoit beaucoup plusfon Portrait
que tout le reſte , & que
rien neluy devoit estre plus precieux
que le Portrait d'un grand
Prince , Frere d'un grand Roy,
d'un Conquerant ; qu'on auroit
à Siam la mesme veneration
pour ce Portrait , qu'on avoit icy
pour l'Original , qu'il le porteroit
toute sa vie àson bras , &
que toute sa pofterité le conferveroit
éternellement , comme une
marque de l'honneur qu'un fi
grand Prince luy avoit fait,
des bontés qu'il avoit euës pour
luy.
à Monfieur pluſieurs
choſes utiles pour ſa ſanté ,
ainſi que je vous l'ay appris
dans ma lettre precedente, ce
Prince genereux luy envoya
quelques jours aprés par M
AubertIntroducteur des Ambaffadeurs
auprés de ſa Perſonne',
un preſent auſſi galant
que riche. C'eſtoit ung
;
r
278 IV. P. du Voyage
boëtte de chagrin toute gar
nie d'or ,& d'une tres-grande
beauté. On crût d'abord que
le preſent conſiſtoit en cette
feule boëtte. Cependant elle
en renfermoit trois autres
d'or, dans leſquelles on trouva
trois fort belles bagues. Il
y en avoit une de diamans ,
&une autre d'emeraudes : elles
eſtoient accompagnées
d'un Portrait de Monfieur ,
entouré de diamans. Ce preſent
n'eſtoit que pour le premier
Ambaſſadeur. Il dit à
M' Aubert , que quoy que tout
ce que Monsieur luy envoyoit
des Amb. de Siam. 279
ast tres-riche , & tres-bean , il
ſtimoit beaucoup plusfon Portrait
que tout le reſte , & que
rien neluy devoit estre plus precieux
que le Portrait d'un grand
Prince , Frere d'un grand Roy,
d'un Conquerant ; qu'on auroit
à Siam la mesme veneration
pour ce Portrait , qu'on avoit icy
pour l'Original , qu'il le porteroit
toute sa vie àson bras , &
que toute sa pofterité le conferveroit
éternellement , comme une
marque de l'honneur qu'un fi
grand Prince luy avoit fait,
des bontés qu'il avoit euës pour
luy.
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Résumé : Present fait par Monsieur au Premier Ambassadeur. [titre d'après la table]
L'Ambassadeur a reçu de Monsieur plusieurs objets pour sa santé, comme indiqué dans une lettre précédente. En retour, Monsieur a envoyé à l'Ambassadeur un présent via M. Aubert, l'Introducteur des Ambassadeurs. Ce présent comprenait une boîte en chagrin garnie d'or, contenant trois boîtes en or avec trois belles bagues (dont une en diamants et une en émeraudes) et un portrait de Monsieur orné de diamants. L'Ambassadeur a exprimé à M. Aubert que, bien que les présents fussent très riches et beaux, il estimait davantage le portrait de Monsieur. Il a souligné que rien ne lui était plus précieux que le portrait d'un grand Prince, frère d'un grand Roi et conquérant. Il a ajouté que ce portrait serait vénéré à Siam comme l'original l'était en France, et qu'il le porterait toute sa vie à son bras, ainsi que sa postérité le conserverait éternellement comme marque de l'honneur et des bontés de Monsieur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 108-119
ODE Sur le soin que le Roy prend de l'éducation d[e] la Noblesse.
Début :
Depuis que les Prix ont esté donnez, on a sceu que / Toy, par qui les Mortels rendent leurs noms celebres, [...]
Mots clefs :
Éducation, Terreur, Prix de poésie, Roi, Noblesse, Héros, Écoles, Fils, Filles, Portrait, Louis, Bienfaits, Trône, Protecteur des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le soin que le Roy prend de l'éducation d[e] la Noblesse.
donnez, on a
sceu que
les deux Discours qui ont
Concouru sur cette mesme
matiere, estoient, l'un de Mcj l'AbbéRaguenet,& l'autre
de MrdeClervillç. Ils mentent tent l'un &c l'autreJde grandes louanges, ayant écrit
d'une maniérétres-noble, &
faitleportrait delaPatience
Chrestienne avec des traits
vifs qui la font aimer. Le
sujetsque Mrs de l'Academie
avoient donné pour le Prix
de Poësie,estoit l'éducation
de laNoblesse dans lesEcoles des Gentilshommes, &
dans la Maison de S. Cir,
Vous seriez contente de la
,.
--, - -,
-'
mianiere dont Mademoisel
le des Houlieres l'a traité»
quand mesme l'estime que
vous avez pour son nom &
l'interest que vous devez
prendre à tout ce qui fait ]
honneur à vostre Sexe, ne ]
vous engageroient pasà IirCJf
c.et Ouvrage avec plaisir.
ODE
Sur le foin que le Roy prend 4^ l'éducation da la Noblesse. T Oy, par qui les"Mortelsretî*
dent leurs noms célébrés,
Toy, quej'invoque icy pour la pre*
miere fois,
De mon ejprit confus dissipe les ter
nebres,
Etfoutiens ma timide voix,
teprojet queje faiscftbardy ,jâ
l'avoue
,
Il auroit effrayé le Pdfieur de Man.
touë
Etj'en connois tout le danger.
Mais9 Apollon, par toy si je fuk
inspirée
)
MesVerspourront desifens égaler
laduréei
Hasse-toy
,
viens m'snconwer*
»i,tf¿ dujour, tu me dois lesecours
que j'implore3
C'eficeHérossigrand,sicraint dans
irnivers,
te Protecteur des Arts, LOVIS que
l'on adose
,
[Fers.
Jî>ueje veux chanter dans mes
pepuis que chaque jour lufirs du
fein de l'onde,
1y n'as rien veu d'égal dans l'un
& l'autre monde,
Nysidigne dufoindesDieux.
,C'ejl peu pour enparler qu'un lan.
gageordinaire,
,
Etpour le bien louer, ce n-efipojnt
IlJlèZftire
Dés que l'on pourra faire mieux,
#
Ilsçait que triompher des erreurs &
desvices,
Répandre la terreur du Gange aux
flots glacez,
Elever en tous lieux de pompeux
Edifices,
Tour ungrandRoyn'efipas assiz.
Jî>uilfaut pourbien remplir cesi.
1
cre caraftere,
ght'au dessein d'arracherfin Peuple
-
a
la misere,
Cedent tous les autres projets,
Et que,quelque fierté que le Trône
demande,
bllfaut à tous momens quesa bonté
1 le rende
t
Le PeredetousifesSujets.
(1 peine a-t-il calme les troubles de
la Terre,
i
J^ue cefage Héros consulte avec la
Paix,
Les moyens deffacer les horreurs de
la Guerre
Par de mémorables bienfaits.
Il dérobe les cœursdesa jeune Nobkjji
Aux funefiesappas d'une indigne
molejfi
>
Compagne d'un trop long repos.
"France,quelsfoins pour toy prend'
ton au^ufieMaifire !
Ils s'en vont pourjamaisdans to& s
finfairenaifire
Vn nombre injiny de Heros.
Il établitpour eux des EcolesJille
vantes ( les mœurs\ ( Ou l'on régléa la sots le couUge &Î
D'où l'en les fait entrer dans
cesn
Mutes brillantes
G)ui menent aux plus grands
honncttrs.
On leur enseigne l'art de forcer des
murailles,
De bien asseoir un Camp3 de gagner
des batailles,
Etdedéfendre des remparts.
Dignes de commander au sortir de
l'enfance
,
-
ils verront Iii Victoireattachée à U
Erancê
Nefkivre que. fis Etendars?
Tel cet Eflre infinydonï LuFIS *cfil'Image,
Par lesifcrets ?effortsd'un pouvoir
,
atie,
Des dufferënspérils ou la mifire Desgage en-
»
1
SceutdcVvnrfion'Peuple
élu.
Long-tempsdans un Defiertfous de
fidelles Guides
il conduisitsespas vers les Vertus
solides,
Sources des grdndes allions,
Mtquand ileut acquis deparfaites
lumieresy
Il luyfîtfubjuguerdesNations entieres,
Terreur des autres Nations
Hais cyejt peu pour LOVIS d'élever
dansses Places
Les Fils de tantdevieux &sidelies
Guerriers,
.!<!!,i dans les champs de Mars
J
en
rnarchantsurses traces,
Ontfait des moiffins de lauriers,
four
feurs
Filles il montre autant de *
prévoyance
VMSmarne l'afilefiacrej]u'ildonne à l'in*
Contre tout ce qui la détruit;
Htpar les foins pieux d'une illufire
perflnne,
£)ue le Sort oHtrAgea, que la Vertu
couronne,
Vnsi beau dejjeinfut conduit.
Dans unsuperbe enclos ou lAflgeffi
habite,
Ou l'on fuit des rertus le sentier
épineux
,
D'un âge plein d'erreursmonfoiblc
Sexe évite
Les égarements dangereux.
D'enfans infortunez cent Familles
chargées,
Du foin de Uspourvoirse trouvent
fiulagées,
Jpjtelsecourscontreunfortingrat?
Pdr luy ce Héros paye en couronnant
leurspeines-
Lepingdont leurs AJeux ont épuisé
leurs veines
Tour la défense de l'Etat.
.dinfi dans les jardins l'on voit de
jeunes Plantes,
JZfu'on ne peut conserver que par
desfoins divers)
Vivre cf;. croiflre à l'abry des ardeurs
violentes
,
Etde la rigueurdes Hyvers.
far une habile main sans ceJlè cultivées
,
Et d'une eau vive dépure au besoin
abreuvées
,
Ellesflettriflènt dans leur temps:
Tandis qu'a la inercy des fatfons
orageuses
•
, Les autres au milieu des. campagxçs
pierrcùfes
Se flêtriffint dés leurPrintemps.
Mais quel brillant éclairvient de frâperma veuë!
.f<!!.i m'appelle? qu'entensje? &
qtt'efi-cequeje v»y?
Mon cœur efi transportéd'une joye
inconnue
,
,Zteets font ces presages pour
moy ?
Ne m'annoncent-ils point que je
verray la cheute
Des celebresRivaux avec qui je disi
pute
L'honneur de la lice où je cours?
.f<!je de gloire & quel prix! Ji le
Ciel me l'envoyé
>
Le Portrait de LOVIS à mes regards
en proye
Les occupera tousles jours.
sceu que
les deux Discours qui ont
Concouru sur cette mesme
matiere, estoient, l'un de Mcj l'AbbéRaguenet,& l'autre
de MrdeClervillç. Ils mentent tent l'un &c l'autreJde grandes louanges, ayant écrit
d'une maniérétres-noble, &
faitleportrait delaPatience
Chrestienne avec des traits
vifs qui la font aimer. Le
sujetsque Mrs de l'Academie
avoient donné pour le Prix
de Poësie,estoit l'éducation
de laNoblesse dans lesEcoles des Gentilshommes, &
dans la Maison de S. Cir,
Vous seriez contente de la
,.
--, - -,
-'
mianiere dont Mademoisel
le des Houlieres l'a traité»
quand mesme l'estime que
vous avez pour son nom &
l'interest que vous devez
prendre à tout ce qui fait ]
honneur à vostre Sexe, ne ]
vous engageroient pasà IirCJf
c.et Ouvrage avec plaisir.
ODE
Sur le foin que le Roy prend 4^ l'éducation da la Noblesse. T Oy, par qui les"Mortelsretî*
dent leurs noms célébrés,
Toy, quej'invoque icy pour la pre*
miere fois,
De mon ejprit confus dissipe les ter
nebres,
Etfoutiens ma timide voix,
teprojet queje faiscftbardy ,jâ
l'avoue
,
Il auroit effrayé le Pdfieur de Man.
touë
Etj'en connois tout le danger.
Mais9 Apollon, par toy si je fuk
inspirée
)
MesVerspourront desifens égaler
laduréei
Hasse-toy
,
viens m'snconwer*
»i,tf¿ dujour, tu me dois lesecours
que j'implore3
C'eficeHérossigrand,sicraint dans
irnivers,
te Protecteur des Arts, LOVIS que
l'on adose
,
[Fers.
Jî>ueje veux chanter dans mes
pepuis que chaque jour lufirs du
fein de l'onde,
1y n'as rien veu d'égal dans l'un
& l'autre monde,
Nysidigne dufoindesDieux.
,C'ejl peu pour enparler qu'un lan.
gageordinaire,
,
Etpour le bien louer, ce n-efipojnt
IlJlèZftire
Dés que l'on pourra faire mieux,
#
Ilsçait que triompher des erreurs &
desvices,
Répandre la terreur du Gange aux
flots glacez,
Elever en tous lieux de pompeux
Edifices,
Tour ungrandRoyn'efipas assiz.
Jî>uilfaut pourbien remplir cesi.
1
cre caraftere,
ght'au dessein d'arracherfin Peuple
-
a
la misere,
Cedent tous les autres projets,
Et que,quelque fierté que le Trône
demande,
bllfaut à tous momens quesa bonté
1 le rende
t
Le PeredetousifesSujets.
(1 peine a-t-il calme les troubles de
la Terre,
i
J^ue cefage Héros consulte avec la
Paix,
Les moyens deffacer les horreurs de
la Guerre
Par de mémorables bienfaits.
Il dérobe les cœursdesa jeune Nobkjji
Aux funefiesappas d'une indigne
molejfi
>
Compagne d'un trop long repos.
"France,quelsfoins pour toy prend'
ton au^ufieMaifire !
Ils s'en vont pourjamaisdans to& s
finfairenaifire
Vn nombre injiny de Heros.
Il établitpour eux des EcolesJille
vantes ( les mœurs\ ( Ou l'on régléa la sots le couUge &Î
D'où l'en les fait entrer dans
cesn
Mutes brillantes
G)ui menent aux plus grands
honncttrs.
On leur enseigne l'art de forcer des
murailles,
De bien asseoir un Camp3 de gagner
des batailles,
Etdedéfendre des remparts.
Dignes de commander au sortir de
l'enfance
,
-
ils verront Iii Victoireattachée à U
Erancê
Nefkivre que. fis Etendars?
Tel cet Eflre infinydonï LuFIS *cfil'Image,
Par lesifcrets ?effortsd'un pouvoir
,
atie,
Des dufferënspérils ou la mifire Desgage en-
»
1
SceutdcVvnrfion'Peuple
élu.
Long-tempsdans un Defiertfous de
fidelles Guides
il conduisitsespas vers les Vertus
solides,
Sources des grdndes allions,
Mtquand ileut acquis deparfaites
lumieresy
Il luyfîtfubjuguerdesNations entieres,
Terreur des autres Nations
Hais cyejt peu pour LOVIS d'élever
dansses Places
Les Fils de tantdevieux &sidelies
Guerriers,
.!<!!,i dans les champs de Mars
J
en
rnarchantsurses traces,
Ontfait des moiffins de lauriers,
four
feurs
Filles il montre autant de *
prévoyance
VMSmarne l'afilefiacrej]u'ildonne à l'in*
Contre tout ce qui la détruit;
Htpar les foins pieux d'une illufire
perflnne,
£)ue le Sort oHtrAgea, que la Vertu
couronne,
Vnsi beau dejjeinfut conduit.
Dans unsuperbe enclos ou lAflgeffi
habite,
Ou l'on fuit des rertus le sentier
épineux
,
D'un âge plein d'erreursmonfoiblc
Sexe évite
Les égarements dangereux.
D'enfans infortunez cent Familles
chargées,
Du foin de Uspourvoirse trouvent
fiulagées,
Jpjtelsecourscontreunfortingrat?
Pdr luy ce Héros paye en couronnant
leurspeines-
Lepingdont leurs AJeux ont épuisé
leurs veines
Tour la défense de l'Etat.
.dinfi dans les jardins l'on voit de
jeunes Plantes,
JZfu'on ne peut conserver que par
desfoins divers)
Vivre cf;. croiflre à l'abry des ardeurs
violentes
,
Etde la rigueurdes Hyvers.
far une habile main sans ceJlè cultivées
,
Et d'une eau vive dépure au besoin
abreuvées
,
Ellesflettriflènt dans leur temps:
Tandis qu'a la inercy des fatfons
orageuses
•
, Les autres au milieu des. campagxçs
pierrcùfes
Se flêtriffint dés leurPrintemps.
Mais quel brillant éclairvient de frâperma veuë!
.f<!!.i m'appelle? qu'entensje? &
qtt'efi-cequeje v»y?
Mon cœur efi transportéd'une joye
inconnue
,
,Zteets font ces presages pour
moy ?
Ne m'annoncent-ils point que je
verray la cheute
Des celebresRivaux avec qui je disi
pute
L'honneur de la lice où je cours?
.f<!je de gloire & quel prix! Ji le
Ciel me l'envoyé
>
Le Portrait de LOVIS à mes regards
en proye
Les occupera tousles jours.
Fermer
Résumé : ODE Sur le soin que le Roy prend de l'éducation d[e] la Noblesse.
Le texte présente deux discours sur la même matière, l'un de l'Abbé Raguenet et l'autre de Monsieur de Clervillç, tous deux loués pour leur style noble et leur description vivante de la patience chrétienne. Le sujet donné par les membres de l'Académie pour le prix de poésie était l'éducation de la noblesse, tant dans les écoles des gentilshommes que dans la Maison de Saint-Cyr. Une œuvre de Mademoiselle des Houlières sur ce sujet est également mentionnée, appréciée pour sa qualité intrinsèque indépendamment de la réputation de son auteur. Une ode suit, dédiée à l'éducation de la noblesse. L'auteur invoque Apollon pour dissiper ses doutes et inspirer sa voix. Il loue le roi Louis, protecteur des arts, et chante les bienfaits de son règne. Le roi est décrit comme un héros qui arrache son peuple à la misère, consulte avec la paix pour effacer les horreurs de la guerre, et établit des écoles illustres pour former la jeunesse noble. Ces écoles enseignent l'art de la guerre et préparent les jeunes nobles à commander et à défendre la France. Le roi est également loué pour sa prévoyance envers les filles, les protégeant des dangers et les conduisant vers la vertu. Le texte compare l'éducation des jeunes plantes dans un enclos protégé à celle des jeunes nobles formés par le roi. Enfin, l'auteur exprime sa joie à la vue du portrait du roi, qui occupera tous ses regards.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 86-101
REFLEXIONS MORALES DE MADAME DESHOULIERRES Sur l'envie immoderée de faire passer son Nom à la Posterité.
Début :
Vous ne sçauriez voir assez souvent des ouvrages de l'Illustre / La sçavante CHERON par son divin pinçeau [...]
Mots clefs :
Paris, Peinture, Portrait, Postérité, Couleurs, Gloire, Avenir, Durable, Renommée, Illustre, Nature, Arts, Passions, Sophie Chéron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS MORALES DE MADAME DESHOULIERRES Sur l'envie immoderée de faire passer son Nom à la Posterité.
Vous nesçauriez voir affez
fouvent des ouvrages de l'Illuftre Madame des Houlieres,
à Mademoiſelle Cheron dont
tout Paris admire l'habileté
pour la Peinture , ayant fait
Ton Portrait depuis quelque
temps , cela luy a donné lieu
de faire des Reflexions que
Vous trouverez dignes d'elle,
&auffi noblement exprimées,.
qu'on le peut attendre de ce
merveilleux genie, qui la rend
l'ornement de fon Sexe & de
fon ficcle.
GALANT. 87
esseses22 52225555
REFLEXIONS MORALES
DE MADAME
DES-HOULIERRES
Sur l'envie immoderée de
faire paffer fon Nom à la
Pofterité.
1Afgevante C HERONparfon divin pinceau
Meredonne un éclat nouveau.
Elle force aujourd'huy les Graces ,
Dontmes cruels ennuis & mes longues douleurs,
*Laiſſent ſur mon visage à peine quelques traces ,
D'y venir reprendre leurs places.
88 MERCURE
Elle me rend enfin mes premieres
couleurs.
Parfon art la racefuture
Connoîtra les prejens que me fit la
Nature,
Etjepuis efperer qu'avec un telfecours ,
Tandis quej'erreray fur les fombres
rivages,
Je pourray faire encor quelque honneura nosjuurs.
Oiy ,je puis m'enflater; plaire & du
rer toujours
Eft le deftin defes ouvrages.
$
Fol orgueil ! & du cœur Humain
Aveugle & fatalefoibleffe !
Nous maîtriferez-vousfans ceffe ;"
Et n'aurons- nousjamais ungencreux.
dédain
Pourtoutce qui s'oppofe aux loix de
lafageffe ?
GALANT. 89
Non; l'amourpropre en nous eſt toujours le plusfort,
Et malgré les combats que lafage fe
livre ,
On croit fe dérober en partie àla Mort
Quand dans quelque chofe onpeut
vivre.
S
Cette agreable erreur eft lafource des
fains
Quidevorent le cœurdes Hommes.
Loin de fçavoirjouir de l'état où nous
fommes.
C'est à quoy uouspensons le moins.
Unegloirefrivole &jamais poffedée,
C.
Fait qu'en tous lieux', à tous momens,
L'avenir remplit nôtre idée.
Il est l'unique but de nos empreffe.
mens.
Novembre 1693. H
90 MERCURE
Pour obtenir qu'un jour noftre nom
yparvienne ,
Etpour nous l'affurer durable &glo
rieux ,
Nousperdons le prefent , ce tempsfa
precieux ,
Lefeulbien qui nous appartienent,
Et qui tel qu'un éclair difparoiftà nos
yeux.
Au bonheur des Humains leurs chimeres s'opposent.
Victimes de leur vanité
Il n'eft chagrin , travail , danger 3
adverfité,
Aquoy les mortels ne s'exposent
Pourtranfmettre leurs uoms à la po
fterité!
2
Aqueldeffein , dans quelles vuës,
Tant d'abelifques , de portraits ,
D'Arcs, deMedailles , de Statuës,
GALANT. SI
DeVilles, de Tombeaux, de Temples,
de Palais ,
Parleur ordre ont-ils eftéfaits ?
D'où vient que pour avoir un grand
nom dans l'Hiftoire
Ils ont à pleines mains répandu les
bienfaits
Si ce n'eft dans l'espoir de rendre leur
memoire
Illuftre & durable àjamais?
2
Il est vray que ces efperances
Ont quelquefois fervy de frein aux
paffions ;
Quepar elles les loix , les beaux
Arts , les Sciences ,
Ont formé les efprits , poly les Nations
Embelly l'univers par des travaux
immenfes,
Et porté les Heros aux grandes
actions. Hij
92 MERCURE
Mais auffi combien d'impoſtures
De Sacrileges ,
d'attentats ,
D'erreurs , de cruautez, de guerres;
de parjures
Aproduit ledefir d'eftre aprés le trépas
L'entretien des races futures !
Deux chemins differens &
prefque
auffi battus ,
Au Temple de Memoire également
conduifent.
Le nom de Penelope & le nom de
Titus
Avecceux de Medée & de Neron s'y
lifent.
Lesgrands crimes immortalifent
Autantque lesgrandes vertus.
S
Je Seay que lagloire eft trop belle
Pourne pas infpirer de violens defirs:
chercher,
l'acquerir , &
pouvoir
jourd'ell e,
GALANT. 93
Eft leplus parfait des plaifirs.
Ouy, ce bonheur pour l'Homme eft le
bonheurfuprême,
Mais c'est là qu'ilfaut s'arrefter.
Toutcharmé qu'il en eft , à quelque
point qu'il l'aime,
Il a peu de bonsens quandil va s'entefter
De la vanité de porter
Sa gloire au delà de luy mefme ;
Etquand toûjours en proye à ce defir
extrème
Ilperdle temps de la goûter.
S
Encorfi dans les champs que le Cocy
te arrofe
Dépouillé de toute autre chofe,
Il eftoit permis d'esperer
Dejouir defa Renommée ,
Fe feroisbien moins animée
Contre lesfoins qu'on prend pour la
faire durer.
94 MERCURE
Mais quand nous defcendons dans
ce's demeures fombres ,
La gloire ne fuit point nos ombres ,
Nous perdons pour jamais tout ce
qu'elle ade doux;
Et quelque bruit que le merite
La valeur , la beauté , puiffe faire
aprés nous ,
Helas ?on n'entend rienfurles bords
du Cocyte !
ន
Paroù donc ces grands noms d'illu
ftres , defameux ,
Aprés quoy les mortels courent toute
leur vie,
Avides de laiffer un long Souvenir
d'eux ,
Doivent-ils faire tant d'envie ?
Est -ce par intereft pour d'indignes
Neveux
CALANT. 95
Qui feuls de ces grands noms
jouiffent ,
Quine lesfont valoir qu'en des dif
cours pompeux,
Etqui toujours plongez dans un de
fordre affreux ,
Par des lâchetez les flétriffent ?
2
De ces heureux Mortels qui n'ont
point eu d'égaux
Teleftl'ordinaire partage.
Traitez par la Nature avec moins
d'avantage
Que la plupart des Animaux ,
Leur Race dégénere , & l'on voit d'âge en age
En elle s'effacer l'éclat de leurs travaux.
Des chofes d'icy-bas c'eft le ray caracteres
Il eft rare qu'un Fils marche dans le
Sentier
96 MERCURE
Quefuivoit un illuftre Pere.
Des mœurs comme des biens on n'eft
pas heritier,
Et d'exemple on nes'inftruitguere.
S
Tandis que le Soleilfe leve encorpour
nous,
Je conviens que rien n'est plus
doux
Quedepouvoirfirement croire ,
•Qu'aprés qu'un froidnuageauracou
vert nos yeux,
Rien de lâche , rien d'odieux ,
Nefouillera noftre memoire;
Que regrettez par nos amis
Dans leur cœur nous vivrons encore ;
Pour un tel avenir tous lesfoinsfont
permis.
C'estparcet endroit feul que l'amour
propre honore.
Il
GALANT.
97
Ilfautlaiffer lerefte entre les mains
du fort ;
Quandle merite eft vray , mille fa
meuxexemples
Ontfait voir que le temps ne luy fait
pointde tort ,
On refufe aux vivans des Temples
Qu'on leur éleve aprés leur
Mort.
S
Quoy, l'Homme , ce chef- d'œuvre à
qui rien n'eft femblable!
Quoy, l'Hommepour quifeul onformal'Univers !
Luy, dont l'œil a percé le voile im- .
penetrable
Dont les arrangemens & les refforts
divers
De la Naturefont couverts !
Lay , des Loix & des Arts l'inventeur admirable !
Nov. 16 93.
I
98 MERCURE
Aveuglepourluy feul ne peut-il difcerner,
Quand il n'est question que de fe
gouverner,
Lefauxbien du bien veritable ?
$
Vainereflexion ! inutile difcours !
L'Homme malgré voftrefecours
Du frivole avenir fera toûjours la
dupe ,
Surfes vrais interefts ilcraint de voir
trop clair
Et dans la vanité qui fans ceffe l'oce
cupe
Ce nouvel Ixion n'embrasse que de
L'air.
N'eftre plus qu'un peu de pouffiere
Bleffe l'orgueil dont l'homme eft
plein.
Il a beau faire voir un visage ſca rein ,
GALANT.
99
Et traiter defangfroidune telle ma-,
tiere..
Tout démentfes dehors , tout fert à
nousprouver,
Que par un nom celebre il cherche
àfe fauver
D'une deftruction entiere.
S
Mais d'où vient qu'aujourd'huy mon
efprit eftfi vain?
Que fais-je ! &de quel droit eft-ce
queje cenfure
Legoût de tout legenre humain ,
Cegoûtfavory qui luy dure
Depuis qu'une immortelle main
Du tenebreux cahos a tire la Nature?
Ay-je acquis dans le monde affez
d'authorité
Pour rendre mes raifons utiles ,
Etpour détruire en luy ce fond de
vanité
I ij
100 MERCURE
Quine luy peut laiffer aucuns mo
mens tranquilles ?
Non , mais un efprit d'équité
A combattre le faux inceffamment
m'attache ,
Etfait qu'à tout hazardj'écris ce que
m'arrache
La force de la verité.
S
Hé, commentpourrois-je prétendre
De guerir les mortels de cette vieille
erreur,
Qu'ils aimentjufqu'à la fureur,
Si moy qui la condamne ay peine à
m'en deffendre?
Ce potrait dont Appelle auroit efte
jaloux
Meremplit malgré moy de la flateuse
attente
Queje nesçaurois voir dans autruy
fans couroux.
GALANT. IOI
Foible raison que l'Homme vante,
Voilà quel eft le fond qu'on peutfairefur vous.
Toujours vains , toûjours faux , toujours pleins d'injustices ,
Nous crions dans tous nos dif
Cours
Contre les paffions , les foibleffès, les vices ,
où nous fuccombons tous lesjours.
fouvent des ouvrages de l'Illuftre Madame des Houlieres,
à Mademoiſelle Cheron dont
tout Paris admire l'habileté
pour la Peinture , ayant fait
Ton Portrait depuis quelque
temps , cela luy a donné lieu
de faire des Reflexions que
Vous trouverez dignes d'elle,
&auffi noblement exprimées,.
qu'on le peut attendre de ce
merveilleux genie, qui la rend
l'ornement de fon Sexe & de
fon ficcle.
GALANT. 87
esseses22 52225555
REFLEXIONS MORALES
DE MADAME
DES-HOULIERRES
Sur l'envie immoderée de
faire paffer fon Nom à la
Pofterité.
1Afgevante C HERONparfon divin pinceau
Meredonne un éclat nouveau.
Elle force aujourd'huy les Graces ,
Dontmes cruels ennuis & mes longues douleurs,
*Laiſſent ſur mon visage à peine quelques traces ,
D'y venir reprendre leurs places.
88 MERCURE
Elle me rend enfin mes premieres
couleurs.
Parfon art la racefuture
Connoîtra les prejens que me fit la
Nature,
Etjepuis efperer qu'avec un telfecours ,
Tandis quej'erreray fur les fombres
rivages,
Je pourray faire encor quelque honneura nosjuurs.
Oiy ,je puis m'enflater; plaire & du
rer toujours
Eft le deftin defes ouvrages.
$
Fol orgueil ! & du cœur Humain
Aveugle & fatalefoibleffe !
Nous maîtriferez-vousfans ceffe ;"
Et n'aurons- nousjamais ungencreux.
dédain
Pourtoutce qui s'oppofe aux loix de
lafageffe ?
GALANT. 89
Non; l'amourpropre en nous eſt toujours le plusfort,
Et malgré les combats que lafage fe
livre ,
On croit fe dérober en partie àla Mort
Quand dans quelque chofe onpeut
vivre.
S
Cette agreable erreur eft lafource des
fains
Quidevorent le cœurdes Hommes.
Loin de fçavoirjouir de l'état où nous
fommes.
C'est à quoy uouspensons le moins.
Unegloirefrivole &jamais poffedée,
C.
Fait qu'en tous lieux', à tous momens,
L'avenir remplit nôtre idée.
Il est l'unique but de nos empreffe.
mens.
Novembre 1693. H
90 MERCURE
Pour obtenir qu'un jour noftre nom
yparvienne ,
Etpour nous l'affurer durable &glo
rieux ,
Nousperdons le prefent , ce tempsfa
precieux ,
Lefeulbien qui nous appartienent,
Et qui tel qu'un éclair difparoiftà nos
yeux.
Au bonheur des Humains leurs chimeres s'opposent.
Victimes de leur vanité
Il n'eft chagrin , travail , danger 3
adverfité,
Aquoy les mortels ne s'exposent
Pourtranfmettre leurs uoms à la po
fterité!
2
Aqueldeffein , dans quelles vuës,
Tant d'abelifques , de portraits ,
D'Arcs, deMedailles , de Statuës,
GALANT. SI
DeVilles, de Tombeaux, de Temples,
de Palais ,
Parleur ordre ont-ils eftéfaits ?
D'où vient que pour avoir un grand
nom dans l'Hiftoire
Ils ont à pleines mains répandu les
bienfaits
Si ce n'eft dans l'espoir de rendre leur
memoire
Illuftre & durable àjamais?
2
Il est vray que ces efperances
Ont quelquefois fervy de frein aux
paffions ;
Quepar elles les loix , les beaux
Arts , les Sciences ,
Ont formé les efprits , poly les Nations
Embelly l'univers par des travaux
immenfes,
Et porté les Heros aux grandes
actions. Hij
92 MERCURE
Mais auffi combien d'impoſtures
De Sacrileges ,
d'attentats ,
D'erreurs , de cruautez, de guerres;
de parjures
Aproduit ledefir d'eftre aprés le trépas
L'entretien des races futures !
Deux chemins differens &
prefque
auffi battus ,
Au Temple de Memoire également
conduifent.
Le nom de Penelope & le nom de
Titus
Avecceux de Medée & de Neron s'y
lifent.
Lesgrands crimes immortalifent
Autantque lesgrandes vertus.
S
Je Seay que lagloire eft trop belle
Pourne pas infpirer de violens defirs:
chercher,
l'acquerir , &
pouvoir
jourd'ell e,
GALANT. 93
Eft leplus parfait des plaifirs.
Ouy, ce bonheur pour l'Homme eft le
bonheurfuprême,
Mais c'est là qu'ilfaut s'arrefter.
Toutcharmé qu'il en eft , à quelque
point qu'il l'aime,
Il a peu de bonsens quandil va s'entefter
De la vanité de porter
Sa gloire au delà de luy mefme ;
Etquand toûjours en proye à ce defir
extrème
Ilperdle temps de la goûter.
S
Encorfi dans les champs que le Cocy
te arrofe
Dépouillé de toute autre chofe,
Il eftoit permis d'esperer
Dejouir defa Renommée ,
Fe feroisbien moins animée
Contre lesfoins qu'on prend pour la
faire durer.
94 MERCURE
Mais quand nous defcendons dans
ce's demeures fombres ,
La gloire ne fuit point nos ombres ,
Nous perdons pour jamais tout ce
qu'elle ade doux;
Et quelque bruit que le merite
La valeur , la beauté , puiffe faire
aprés nous ,
Helas ?on n'entend rienfurles bords
du Cocyte !
ន
Paroù donc ces grands noms d'illu
ftres , defameux ,
Aprés quoy les mortels courent toute
leur vie,
Avides de laiffer un long Souvenir
d'eux ,
Doivent-ils faire tant d'envie ?
Est -ce par intereft pour d'indignes
Neveux
CALANT. 95
Qui feuls de ces grands noms
jouiffent ,
Quine lesfont valoir qu'en des dif
cours pompeux,
Etqui toujours plongez dans un de
fordre affreux ,
Par des lâchetez les flétriffent ?
2
De ces heureux Mortels qui n'ont
point eu d'égaux
Teleftl'ordinaire partage.
Traitez par la Nature avec moins
d'avantage
Que la plupart des Animaux ,
Leur Race dégénere , & l'on voit d'âge en age
En elle s'effacer l'éclat de leurs travaux.
Des chofes d'icy-bas c'eft le ray caracteres
Il eft rare qu'un Fils marche dans le
Sentier
96 MERCURE
Quefuivoit un illuftre Pere.
Des mœurs comme des biens on n'eft
pas heritier,
Et d'exemple on nes'inftruitguere.
S
Tandis que le Soleilfe leve encorpour
nous,
Je conviens que rien n'est plus
doux
Quedepouvoirfirement croire ,
•Qu'aprés qu'un froidnuageauracou
vert nos yeux,
Rien de lâche , rien d'odieux ,
Nefouillera noftre memoire;
Que regrettez par nos amis
Dans leur cœur nous vivrons encore ;
Pour un tel avenir tous lesfoinsfont
permis.
C'estparcet endroit feul que l'amour
propre honore.
Il
GALANT.
97
Ilfautlaiffer lerefte entre les mains
du fort ;
Quandle merite eft vray , mille fa
meuxexemples
Ontfait voir que le temps ne luy fait
pointde tort ,
On refufe aux vivans des Temples
Qu'on leur éleve aprés leur
Mort.
S
Quoy, l'Homme , ce chef- d'œuvre à
qui rien n'eft femblable!
Quoy, l'Hommepour quifeul onformal'Univers !
Luy, dont l'œil a percé le voile im- .
penetrable
Dont les arrangemens & les refforts
divers
De la Naturefont couverts !
Lay , des Loix & des Arts l'inventeur admirable !
Nov. 16 93.
I
98 MERCURE
Aveuglepourluy feul ne peut-il difcerner,
Quand il n'est question que de fe
gouverner,
Lefauxbien du bien veritable ?
$
Vainereflexion ! inutile difcours !
L'Homme malgré voftrefecours
Du frivole avenir fera toûjours la
dupe ,
Surfes vrais interefts ilcraint de voir
trop clair
Et dans la vanité qui fans ceffe l'oce
cupe
Ce nouvel Ixion n'embrasse que de
L'air.
N'eftre plus qu'un peu de pouffiere
Bleffe l'orgueil dont l'homme eft
plein.
Il a beau faire voir un visage ſca rein ,
GALANT.
99
Et traiter defangfroidune telle ma-,
tiere..
Tout démentfes dehors , tout fert à
nousprouver,
Que par un nom celebre il cherche
àfe fauver
D'une deftruction entiere.
S
Mais d'où vient qu'aujourd'huy mon
efprit eftfi vain?
Que fais-je ! &de quel droit eft-ce
queje cenfure
Legoût de tout legenre humain ,
Cegoûtfavory qui luy dure
Depuis qu'une immortelle main
Du tenebreux cahos a tire la Nature?
Ay-je acquis dans le monde affez
d'authorité
Pour rendre mes raifons utiles ,
Etpour détruire en luy ce fond de
vanité
I ij
100 MERCURE
Quine luy peut laiffer aucuns mo
mens tranquilles ?
Non , mais un efprit d'équité
A combattre le faux inceffamment
m'attache ,
Etfait qu'à tout hazardj'écris ce que
m'arrache
La force de la verité.
S
Hé, commentpourrois-je prétendre
De guerir les mortels de cette vieille
erreur,
Qu'ils aimentjufqu'à la fureur,
Si moy qui la condamne ay peine à
m'en deffendre?
Ce potrait dont Appelle auroit efte
jaloux
Meremplit malgré moy de la flateuse
attente
Queje nesçaurois voir dans autruy
fans couroux.
GALANT. IOI
Foible raison que l'Homme vante,
Voilà quel eft le fond qu'on peutfairefur vous.
Toujours vains , toûjours faux , toujours pleins d'injustices ,
Nous crions dans tous nos dif
Cours
Contre les paffions , les foibleffès, les vices ,
où nous fuccombons tous lesjours.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS MORALES DE MADAME DESHOULIERRES Sur l'envie immoderée de faire passer son Nom à la Posterité.
Madame des Houlières réfléchit sur l'envie excessive de laisser son nom à la postérité. Elle admire l'habileté de Mademoiselle Cheron en peinture, qui a réalisé son portrait et lui a inspiré ces réflexions. Madame des Houlières exprime son désir de plaire et de durer à travers ses œuvres, tout en critiquant l'orgueil et la vanité humaine qui poussent les hommes à chercher la gloire posthume. Elle souligne que cette quête de gloire frivole et jamais possédée occupe toutes les pensées humaines, les empêchant de jouir du présent. Les hommes sacrifient leur bonheur actuel pour des chimères, s'exposant à des chagrins, des travaux et des dangers afin de transmettre leur nom à la postérité. Cette ambition a parfois servi de frein aux passions, favorisant les lois, les arts et les sciences, mais a aussi conduit à des impostures, des sacrilèges et des guerres. Madame des Houlières reconnaît que la gloire est un désir noble, mais elle met en garde contre la vanité de vouloir la porter au-delà de soi-même, perdant ainsi le temps de la goûter. Elle conclut en admettant que l'amour-propre est difficile à vaincre et que l'homme reste souvent dupe de l'avenir frivole, cherchant à se sauver d'une destruction entière par un nom célèbre. Elle exprime finalement sa propre lutte contre cette erreur humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 244-251
A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Début :
Vous avez raison, Madame, d'estre inquiete de la santé / Non, charmante Iris, dans ma Lettre, [...]
Mots clefs :
Iris, Inde, Teint, Éclat, Beauté, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
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Résumé : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Madame des Houlières est vivante malgré des rumeurs de décès. Elle souffre d'un mal préoccupant, mais ses amis espèrent sa guérison grâce à des soins médicaux. La lettre inclut une épître demandée par la destinataire, qui est une réponse à la Comtesse d'Alegre. Dans cette épître, Madame des Houlières explique qu'elle réserve les trésors de l'Inde pour décrire la beauté de la Comtesse. Elle compare divers éléments naturels et précieux aux qualités de la Comtesse, tels que son teint, ses cheveux blonds et sa bouche. Cependant, elle souligne qu'il manque encore un esprit fort, agréable et élevé, ainsi qu'un cœur généreux et tendre, pour compléter le portrait de la Comtesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 77-81
Portrait d'un honneste homme. [titre d'après la table]
Début :
Je vous envoye le Portrait d'un parfaitement honneste-homme [...]
Mots clefs :
Portrait, Honnête homme, Salut, Vertus héroïques, Énigme, Deviner
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait d'un honneste homme. [titre d'après la table]
Je vous envoye le Portrait
Giij
78 MERCURE
d'un parfaitement honneftehomme; & quoy qu'il puiffe
eſtre appliqué à beaucoup de
perfonnes , on prétend néanmoins qu'il a efté fait d'aprés
nature. Je ne vous en nomme
point l'Original , & vous l'envoye feulement comme une
Enigme à deviner pour avoir
le plaifir de voir fi dans les
noms que l'on m'enverra ,
l'Original fe trouvera. Ce fera
faire honneur à ceux que l'on
nommera , & quand ce portrait n'auroit pas efté fait d'aprés eux, ce fera une marque
qu'ils luy reffembleront beaucoup.
1
GALANT 79
toutes les digni
Préfererfon falut à toutes les
Couronnes &
tezdu monde ; aimerla verité es
dérefter toutce qui aproche de l'erreur; fe déclarer ennemy de l'impieté de l'hypocrifie & du
menfonge ; avoirpour guide dans
fes actions , la Foy, l'Esperance,
la Charité; adorer avec humilité les œuvres de Dieu que
l'efprit humain ne peut comprendre; porter à l'Agneau fans tache immolé fur l'Autel des vœux
finceres , des penfees pures &
des affections Spirituelles ; renoncer àfes defirs , & à fes inclinations ; trouver dans laparfaite
a
G iiij
80 MERCURE
es
foumiffion aux ordres de Dieu ,
une paix veritable une
folide confolation ; méprifer les
faux plaifirs du fiecle & goûter
paravance lesdouceurs dufouverain bien avant que d'en avoir
la poffeffion ; mettre fes délices
dans la priere , dans le recüeillement dans la retraite ; rendre
fa vie conforme à fa créance ;
fuir la moindre aparence du mal
purifier fes fautes par une
fevere penitence ; eftre humble
fans baffeffe fimplefans fuperfti
tion , exact fans fcrupule &fublimefans prefomption ; conduire
fa langue avecprudence ; obferver
GALANT 8r
la Loy du Seigneur dans toute
fan étendue ; fe retrancher de fon
• neceffaire pour fecourirles Pauvres dans leurs preffans befoins ;
pardonnerà fes ennemis rendre
le bien pour le mal; fe nourrir du
paindes Anges pourfe fortifier
fe difpofer au voyage de l'éternité; attendre avec vigilance
avec joye la diffolution de fon
corpspourfe réunirà Dieu ; gémir
comme étranger fur la terre' ;
foupireraprés le celefte patrie ; &
acquerirpardes vertus Heroïques
les récompenfes éternelles. C'eft
remplir les devoirs de l'honnefte
homme, &du veritable Cheftien
Giij
78 MERCURE
d'un parfaitement honneftehomme; & quoy qu'il puiffe
eſtre appliqué à beaucoup de
perfonnes , on prétend néanmoins qu'il a efté fait d'aprés
nature. Je ne vous en nomme
point l'Original , & vous l'envoye feulement comme une
Enigme à deviner pour avoir
le plaifir de voir fi dans les
noms que l'on m'enverra ,
l'Original fe trouvera. Ce fera
faire honneur à ceux que l'on
nommera , & quand ce portrait n'auroit pas efté fait d'aprés eux, ce fera une marque
qu'ils luy reffembleront beaucoup.
1
GALANT 79
toutes les digni
Préfererfon falut à toutes les
Couronnes &
tezdu monde ; aimerla verité es
dérefter toutce qui aproche de l'erreur; fe déclarer ennemy de l'impieté de l'hypocrifie & du
menfonge ; avoirpour guide dans
fes actions , la Foy, l'Esperance,
la Charité; adorer avec humilité les œuvres de Dieu que
l'efprit humain ne peut comprendre; porter à l'Agneau fans tache immolé fur l'Autel des vœux
finceres , des penfees pures &
des affections Spirituelles ; renoncer àfes defirs , & à fes inclinations ; trouver dans laparfaite
a
G iiij
80 MERCURE
es
foumiffion aux ordres de Dieu ,
une paix veritable une
folide confolation ; méprifer les
faux plaifirs du fiecle & goûter
paravance lesdouceurs dufouverain bien avant que d'en avoir
la poffeffion ; mettre fes délices
dans la priere , dans le recüeillement dans la retraite ; rendre
fa vie conforme à fa créance ;
fuir la moindre aparence du mal
purifier fes fautes par une
fevere penitence ; eftre humble
fans baffeffe fimplefans fuperfti
tion , exact fans fcrupule &fublimefans prefomption ; conduire
fa langue avecprudence ; obferver
GALANT 8r
la Loy du Seigneur dans toute
fan étendue ; fe retrancher de fon
• neceffaire pour fecourirles Pauvres dans leurs preffans befoins ;
pardonnerà fes ennemis rendre
le bien pour le mal; fe nourrir du
paindes Anges pourfe fortifier
fe difpofer au voyage de l'éternité; attendre avec vigilance
avec joye la diffolution de fon
corpspourfe réunirà Dieu ; gémir
comme étranger fur la terre' ;
foupireraprés le celefte patrie ; &
acquerirpardes vertus Heroïques
les récompenfes éternelles. C'eft
remplir les devoirs de l'honnefte
homme, &du veritable Cheftien
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Résumé : Portrait d'un honneste homme. [titre d'après la table]
Le texte décrit un homme parfaitement honnête, inspiré par un modèle spécifique dont l'identité reste secrète. Cet homme privilégie la galanterie aux dignités mondaines, aime la vérité et s'oppose à l'impiété, à l'hypocrisie et au mensonge. Ses actions sont guidées par la foi, l'espérance et la charité. Il adore les œuvres de Dieu avec humilité, renonce à ses désirs et trouve la paix dans la soumission à Dieu. Il méprise les plaisirs mondains et se délecte des douceurs du souverain bien. Sa vie est conforme à sa foi, et il évite toute apparence de mal, purifiant ses fautes par une sévère pénitence. Humble sans bassesse, simple sans superstition, exact sans scrupule et sublime sans présomption, il conduit sa langue avec prudence et observe la loi du Seigneur. Il se prive de son nécessaire pour secourir les pauvres, pardonne à ses ennemis et rend le bien pour le mal. Il se nourrit du pain des anges pour se fortifier en vue de l'éternité, attendant avec vigilance et joie la dissolution de son corps pour se réunir à Dieu. Il gémit comme un étranger sur la terre et soupire après la patrie céleste, acquérant par des vertus héroïques des récompenses éternelles. Ce portrait illustre les devoirs de l'homme honnête et du véritable chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 82-89
Autre Portrait aussi d'un honneste homme; mais en Vers. [titre d'après la table]
Début :
Voicy un autre Portrait fait par Mr le Chevalier de Vertron, / Heureux, qui n'a point de desirs ! [...]
Mots clefs :
Portrait, Ressembler, Heureux, Bonne foi, Sage, Bien vivre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Portrait aussi d'un honneste homme; mais en Vers. [titre d'après la table]
Voicyun autre Portrait fait
par Mr le Chevalier de Verdont on pourra auſſi tron ,
envoyer les noms de ceux que
l'on croira reffembler à ce portrait.
Heureux, quin'apoint dedefirs !
Heureux , quife fait violence !
Quifeprive de fes plaifirs ,
Etfe plaift dans la dépendance!
Heureux l'homme de bonnefoy,
Simple , fage , plein d'innocence ,
Qui toûjours fevere pourfoy ,
Pourfonprochain eft rempli de clemence!
GALANT 83
Heureux , qui cherit lefilence ,
Qui neparle qu'utilement ,
Et fe repofe uniquement
Sur la divine Providence
Heureux , qui connoiffantfon extrême indigence ,
L'expofe auCiel inceffamment ;
Et qui defonDieu feulement
Attend toutefon affiftance !
Heureux , qui n'a rien d'affecté !
Heureux l'homme fans olonté;
Et qui tout vuide de luy- même,
84 MERCURE
Eft tout plein du
qu'il aime !
vray Dien
Heureux qui penetré des befoins
du Prochain ,
Lui partagefon cœur , fon efprit ,
&fon pain!
Heureuxceluy qui l'édifie !
Heureux celuy qu'on humilie ,
Et quifçait profiter de fes abaiffemens !
52
Heureux , qui n'ajamais de vertus chimeriques ;
Etquicherit fes domestiques ,
Comme s'ils eftoient fes enfans !
ALANT
: 85
Heureux, qui ne va point pardes
routes obliques !
Heureux , plus heureux qu'on
ne croit ,
Qui marche conftamment dans le
chemin étroit !
Heureuxquiparfesfoins ,parfon
œconomie
Scaitamafferpour l'autre vie ;
Et ménager fi bien fes precieux
momens
Qu'il n'en perd pas un feul en
vains amuſemens !
Heureux, qui fe voitfans attache i
86 MERCURE
Quife faitpetit , quifecache ;
Et qui ne fuit jamais fes propres
mouvemens !
Heureux qui fur la Grace uniquement e fonde;
Qui fçait, & ne croit rien fçavoir ;
Qui peut, &qui n'a du pouvoir,
Quepour obliger tout le monde.
Heureux celuy qui du Sauveur
S'efforce d'eftre la copie !
Heureux celuy de qui le cœur.
Goûte la parole de vie !
GALANT 87
Heureux qui fçait aimer , craindre, croire , efperer
Commeledoit un vray Fidelle !
Heureuxqui fçait perfeverer ,
Etfoumettre à l'efprit une chair
firebelle !
Heureux l'homme nouveau , qui
fouvent dansfoncœur
Trouve une utile , douce &fainte
folitude:
Et qui fait toute fon étude
De la Croix de fon Redempteur!
Heureux le Grand fans tyrannie!
88 MERCURE
Heureuxle Petitfans euvie!
Heureux l'Homme toujours égal',
Qui ne penfe d'autruy , ny ne dit
aucun mal!
強
Heureuxqui gemit&quiprie
Pour le prochain comme pour
Joy;
Et qui fent pour le vice une horreur infinie !
Heureux qui fefait une loy
Defondevoir, qu'il aime & qu'il
veut toûjours fuivre !
Heureux quifouffre tout, & në
faitrienfouffrir!
ITALANT 8)
Heureux , celuy qui fait bien
vivre !
C'est le moyen de bien mourir!
par Mr le Chevalier de Verdont on pourra auſſi tron ,
envoyer les noms de ceux que
l'on croira reffembler à ce portrait.
Heureux, quin'apoint dedefirs !
Heureux , quife fait violence !
Quifeprive de fes plaifirs ,
Etfe plaift dans la dépendance!
Heureux l'homme de bonnefoy,
Simple , fage , plein d'innocence ,
Qui toûjours fevere pourfoy ,
Pourfonprochain eft rempli de clemence!
GALANT 83
Heureux , qui cherit lefilence ,
Qui neparle qu'utilement ,
Et fe repofe uniquement
Sur la divine Providence
Heureux , qui connoiffantfon extrême indigence ,
L'expofe auCiel inceffamment ;
Et qui defonDieu feulement
Attend toutefon affiftance !
Heureux , qui n'a rien d'affecté !
Heureux l'homme fans olonté;
Et qui tout vuide de luy- même,
84 MERCURE
Eft tout plein du
qu'il aime !
vray Dien
Heureux qui penetré des befoins
du Prochain ,
Lui partagefon cœur , fon efprit ,
&fon pain!
Heureuxceluy qui l'édifie !
Heureux celuy qu'on humilie ,
Et quifçait profiter de fes abaiffemens !
52
Heureux , qui n'ajamais de vertus chimeriques ;
Etquicherit fes domestiques ,
Comme s'ils eftoient fes enfans !
ALANT
: 85
Heureux, qui ne va point pardes
routes obliques !
Heureux , plus heureux qu'on
ne croit ,
Qui marche conftamment dans le
chemin étroit !
Heureuxquiparfesfoins ,parfon
œconomie
Scaitamafferpour l'autre vie ;
Et ménager fi bien fes precieux
momens
Qu'il n'en perd pas un feul en
vains amuſemens !
Heureux, qui fe voitfans attache i
86 MERCURE
Quife faitpetit , quifecache ;
Et qui ne fuit jamais fes propres
mouvemens !
Heureux qui fur la Grace uniquement e fonde;
Qui fçait, & ne croit rien fçavoir ;
Qui peut, &qui n'a du pouvoir,
Quepour obliger tout le monde.
Heureux celuy qui du Sauveur
S'efforce d'eftre la copie !
Heureux celuy de qui le cœur.
Goûte la parole de vie !
GALANT 87
Heureux qui fçait aimer , craindre, croire , efperer
Commeledoit un vray Fidelle !
Heureuxqui fçait perfeverer ,
Etfoumettre à l'efprit une chair
firebelle !
Heureux l'homme nouveau , qui
fouvent dansfoncœur
Trouve une utile , douce &fainte
folitude:
Et qui fait toute fon étude
De la Croix de fon Redempteur!
Heureux le Grand fans tyrannie!
88 MERCURE
Heureuxle Petitfans euvie!
Heureux l'Homme toujours égal',
Qui ne penfe d'autruy , ny ne dit
aucun mal!
強
Heureuxqui gemit&quiprie
Pour le prochain comme pour
Joy;
Et qui fent pour le vice une horreur infinie !
Heureux qui fefait une loy
Defondevoir, qu'il aime & qu'il
veut toûjours fuivre !
Heureux quifouffre tout, & në
faitrienfouffrir!
ITALANT 8)
Heureux , celuy qui fait bien
vivre !
C'est le moyen de bien mourir!
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Résumé : Autre Portrait aussi d'un honneste homme; mais en Vers. [titre d'après la table]
Le texte décrit les qualités idéales d'un homme heureux et vertueux. Cet individu maîtrise ses désirs, fait preuve de simplicité, de sagesse et d'innocence, et est rempli de clémence. Il est silencieux, parle utilement et se repose sur la divine Providence. Il connaît sa pauvreté, prie Dieu inlassablement et attend de Lui toute assistance. Humble et sans orgueil, il est plein de l'amour du vrai Dieu. Il partage son cœur, son esprit et son pain avec autrui, édifie les autres et profite de ses abaissements. Il ne possède pas de vertus chimériques, aime ses domestiques comme ses enfants et ne suit pas des routes obliques. Il marche constamment dans le chemin étroit, économise ses moments précieux pour l'au-delà et évite les vains amusements. Détaché, il se fait petit, cache ses propres mouvements et se fonde uniquement sur la grâce. Il sait aimer, craindre, croire et espérer comme un vrai fidèle, persévère et soumet l'esprit à une chair sobre. Il est grand sans tyrannie, petit sans envie, toujours égal, ne pense ni ne dit de mal d'autrui, gémit et prie pour le prochain, et ressent une horreur infinie pour le vice. Il souffre tout et ne fait souffrir personne, et vit bien pour bien mourir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 3-12
EPITRE aux Anonimes.
Début :
J'ay receu les vostres sur mes premiers Mercures, c'est-à-dire [...]
Mots clefs :
Anonymes, Public, Réponse, Mercure, Article, Portrait, Lettres, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE aux Anonimes.
EPITRE
aux Anonimes. J'A Y receu les vostres
sur mes premiers Mercures,
c'est -à-dire plus
de six cents Lettres depuis
trois mois. Quand
j'aurois le loisir de répondre
à routes, la plûpart
sont Anonimes ; à1
qui pourrois-jeadresser
les miennes ? J'adressecelle-
cy à Mercure, qui la
fera tenir à tous ceux:
qui voudront me faire:
l'honneur de la lire, je :
voudrois y pouvoir mettre
des complimentspour
ceux qui m'ont complimenté,
de l'abondance
de coeur pour ceux qui
m'ont parlé sincerement,
de l'affection pour ceux
qui m'afectionnent;j'embrasse
ceux qui membrassent
, j'honore ceux
que je n'ose embrasser ,
& j'ay pour tous ceux
qui m'ont écrit, cetteet
pece de veneration qu'on
doit à ceux qui portent
la parole pour le public;
mais je dois un profond
respect au merite d'une
Anonime d'un haut rang
qui a daigné s'amuser à
répondre
,
incognito , à
LlnC; de mes questions, je
dois ignorer respe.étlie.u-
:
(emênt l'honneur que de
telles attentions font à
mon Mercure, c'estce
qui me déterminé à mettre
dans la suite à la fin
de chaque volume, un
article dereponses que
j'appelleray
, Réponses
aux Anonimes. Jejoüiray par là du priyilege
que donne le masque
dans les bals, où les
particuliers familiarisent
avecles Princes, je masqueray
mes reponfés*
quand elles ne devront,
estre entenduës que de ceux qui.m,'aurontéc1 rit-
Et j'entretiendrayainsi
discretement un cornmerce
de Lettres avec
le public dont je fuis le
tres-humble, tres-obéisfant
serviteur, Mercure.
Pour établir ce commerce
de Lettressi avantageux
pour moy, voicy
la forme que je donneray
à mes réponses; je
mettray à la teste de chaque
petit article les noms
supposez qu'on aura pris
au bas des Lettres Anonimesy
chacun s'y reconnoistra
par là & par l'endroit
de sa Lettre auquel
je répondray.
RFPONSE
à l'Amant Poëte.
-
Je vous envoye( me
dit L'Amant Poëte) un
portrait en vers de laplus
bellepersonne de Paris,
je crois les vers bons ,
triais j'ensuis l'autheur;
je croisqu'une si belle
peintureseraplaisir,mais
jesuis amant, &c. REPONSE.
Les Autheurs mêmes
trouveront vos vers
bons, mais à moins que
d'estre amant on trouvera
le portrait de cette
beauté un peu trop étendu.
Donnez-vous le plaisir
de retravaillerencore
un ouvrage qui vous occupe
si agréablement,&
vôtre portrait plaira comlmne
cceeuuxxddeessggrraannddssPPeeiinn-.
tres à ceux mêmes qui
n'en connoissent point
la ressemblance.
REPONSE
àl'inconnu de Lyon.
L'Inconnu. Si vous
*VOUsferve^ des Memoires que
je vousay envoyc% sur le procésdelapetitefille
à deuxmeres;
ilfaut passerdisceretement l'exemple
de Parer est quem
nupriæ demonftranr.
Réponse. Vous verrezdans
ce Volume-cy vostreavan- ,.
1 ture des deux meres ; mais
¡' j'ay évité la circonsatance de
&c. je perdrois cent bons
t. inlots pour éviter une indiscretion,
&de plus, l'exemple
ne conclut point. Car à
l'égard de l'enfant à deux
peres, la Loy decide Pater (si
) quemnuptioe demonstrant.
mais elle ne dit point que
5 Mater cft quam matrona demonstrat.
Voyez la page202.
Quelquesunesdecesréponses
pourront estreobscures
ou indifferentes à ceux
j|
qui n'en auront pas la clef;
!
mais je les prie de me passer
cet Article en faveur de ceux
qui travaillent pour le public
en m'envoyant des
Mémoires.
La variété des su jets, des
caracteres, des stiles, des arrangemens,
sait quelquefois
l'agrémentd'un Livre, mais
il cil: impossible que ce qui
fait plaisiràl'un,n'ennuye&
ne déplaise à plusieurs autres.
Je seray trop heureux
si chacun peut trouver icy
quelqu'endroit qui le dédommage
de s'estreennuyé
dans tout le reftc du Livre,
aux Anonimes. J'A Y receu les vostres
sur mes premiers Mercures,
c'est -à-dire plus
de six cents Lettres depuis
trois mois. Quand
j'aurois le loisir de répondre
à routes, la plûpart
sont Anonimes ; à1
qui pourrois-jeadresser
les miennes ? J'adressecelle-
cy à Mercure, qui la
fera tenir à tous ceux:
qui voudront me faire:
l'honneur de la lire, je :
voudrois y pouvoir mettre
des complimentspour
ceux qui m'ont complimenté,
de l'abondance
de coeur pour ceux qui
m'ont parlé sincerement,
de l'affection pour ceux
qui m'afectionnent;j'embrasse
ceux qui membrassent
, j'honore ceux
que je n'ose embrasser ,
& j'ay pour tous ceux
qui m'ont écrit, cetteet
pece de veneration qu'on
doit à ceux qui portent
la parole pour le public;
mais je dois un profond
respect au merite d'une
Anonime d'un haut rang
qui a daigné s'amuser à
répondre
,
incognito , à
LlnC; de mes questions, je
dois ignorer respe.étlie.u-
:
(emênt l'honneur que de
telles attentions font à
mon Mercure, c'estce
qui me déterminé à mettre
dans la suite à la fin
de chaque volume, un
article dereponses que
j'appelleray
, Réponses
aux Anonimes. Jejoüiray par là du priyilege
que donne le masque
dans les bals, où les
particuliers familiarisent
avecles Princes, je masqueray
mes reponfés*
quand elles ne devront,
estre entenduës que de ceux qui.m,'aurontéc1 rit-
Et j'entretiendrayainsi
discretement un cornmerce
de Lettres avec
le public dont je fuis le
tres-humble, tres-obéisfant
serviteur, Mercure.
Pour établir ce commerce
de Lettressi avantageux
pour moy, voicy
la forme que je donneray
à mes réponses; je
mettray à la teste de chaque
petit article les noms
supposez qu'on aura pris
au bas des Lettres Anonimesy
chacun s'y reconnoistra
par là & par l'endroit
de sa Lettre auquel
je répondray.
RFPONSE
à l'Amant Poëte.
-
Je vous envoye( me
dit L'Amant Poëte) un
portrait en vers de laplus
bellepersonne de Paris,
je crois les vers bons ,
triais j'ensuis l'autheur;
je croisqu'une si belle
peintureseraplaisir,mais
jesuis amant, &c. REPONSE.
Les Autheurs mêmes
trouveront vos vers
bons, mais à moins que
d'estre amant on trouvera
le portrait de cette
beauté un peu trop étendu.
Donnez-vous le plaisir
de retravaillerencore
un ouvrage qui vous occupe
si agréablement,&
vôtre portrait plaira comlmne
cceeuuxxddeessggrraannddssPPeeiinn-.
tres à ceux mêmes qui
n'en connoissent point
la ressemblance.
REPONSE
àl'inconnu de Lyon.
L'Inconnu. Si vous
*VOUsferve^ des Memoires que
je vousay envoyc% sur le procésdelapetitefille
à deuxmeres;
ilfaut passerdisceretement l'exemple
de Parer est quem
nupriæ demonftranr.
Réponse. Vous verrezdans
ce Volume-cy vostreavan- ,.
1 ture des deux meres ; mais
¡' j'ay évité la circonsatance de
&c. je perdrois cent bons
t. inlots pour éviter une indiscretion,
&de plus, l'exemple
ne conclut point. Car à
l'égard de l'enfant à deux
peres, la Loy decide Pater (si
) quemnuptioe demonstrant.
mais elle ne dit point que
5 Mater cft quam matrona demonstrat.
Voyez la page202.
Quelquesunesdecesréponses
pourront estreobscures
ou indifferentes à ceux
j|
qui n'en auront pas la clef;
!
mais je les prie de me passer
cet Article en faveur de ceux
qui travaillent pour le public
en m'envoyant des
Mémoires.
La variété des su jets, des
caracteres, des stiles, des arrangemens,
sait quelquefois
l'agrémentd'un Livre, mais
il cil: impossible que ce qui
fait plaisiràl'un,n'ennuye&
ne déplaise à plusieurs autres.
Je seray trop heureux
si chacun peut trouver icy
quelqu'endroit qui le dédommage
de s'estreennuyé
dans tout le reftc du Livre,
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Résumé : EPITRE aux Anonimes.
L'auteur de l'épître a reçu plus de six cents lettres anonymes en trois mois, mais ne peut répondre à toutes. Il décide de publier ses réponses dans un article intitulé 'Réponses aux Anonimes' à la fin de chaque volume, permettant aux correspondants de se reconnaître par des noms supposés et des références à leurs lettres. Il exprime sa gratitude et son respect pour tous les correspondants, y compris une personne de haut rang ayant répondu incognito. Parmi les réponses, l'auteur s'adresse à 'L'Amant Poëte', suggérant de retravailler son portrait en vers pour toucher un public plus large. Il mentionne également 'L'Inconnu de Lyon', qui a envoyé des mémoires sur un procès impliquant une fille ayant deux mères, sans détailler les circonstances pour éviter toute indiscrétion. L'auteur reconnaît que certaines réponses peuvent sembler obscures, mais demande de les excuser au nom de ceux qui travaillent pour le public. Il espère que chacun trouvera dans le livre un passage compensant l'ennui éventuel ressenti.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 47-[48]
Sur un Portrait en grand, envoyé par une Dame à l'Autheur, pour mettre dans une Salle.
Début :
Il sera veu de tout Paris, [...]
Mots clefs :
Portrait, Peinture, Dame
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texteReconnaissance textuelle : Sur un Portrait en grand, envoyé par une Dame à l'Autheur, pour mettre dans une Salle.
Surun Portrait engrand.) envoyéparune Dame a l'.Autheur, pour mettre dans une
Salle. ilsera
veu de tout Paris,
Vostre immense Portraita
tres.large bordeure,
J'eusse bien mieux aimé
vous voir en mignature,
Au moins il m'eust esté
permis
De garder en secret cette
aimable peinture:
Ah qu'un peu de mystere
eust augmenté le prix
D'un present de cette nature:
Trop heureux qui reçoit
un don si precieux
D'une main
si
belle & si
chere,
Et cependant j'aimerois
mieux
Qu'elle n'eust osé me le
faire.
Salle. ilsera
veu de tout Paris,
Vostre immense Portraita
tres.large bordeure,
J'eusse bien mieux aimé
vous voir en mignature,
Au moins il m'eust esté
permis
De garder en secret cette
aimable peinture:
Ah qu'un peu de mystere
eust augmenté le prix
D'un present de cette nature:
Trop heureux qui reçoit
un don si precieux
D'une main
si
belle & si
chere,
Et cependant j'aimerois
mieux
Qu'elle n'eust osé me le
faire.
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Résumé : Sur un Portrait en grand, envoyé par une Dame à l'Autheur, pour mettre dans une Salle.
Une dame écrit à un auteur pour exprimer ses regrets concernant un portrait. Elle aurait préféré le garder en secret sous forme de miniature. Elle apprécie le don mais regrette que la dame ait osé le lui offrir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 262-263
« On apprend aux sçavants, qu'il paroît un portrait du [...] »
Début :
On apprend aux sçavants, qu'il paroît un portrait du [...]
Mots clefs :
Portrait, Gravure, Bayle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend aux sçavants, qu'il paroît un portrait du [...] »
il paroît un portrait du
celebre MrBayle,gravépar
Mr Duchesne.Ces deuxvers
sont au bas du portrait.
Bælius hic ille est cujus
dum scripta vigebunt,
Lis erit, oblectent,erudiantne magis.
celebre MrBayle,gravépar
Mr Duchesne.Ces deuxvers
sont au bas du portrait.
Bælius hic ille est cujus
dum scripta vigebunt,
Lis erit, oblectent,erudiantne magis.
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19
p. 197-204
L'AMOUR ET LA HAINE, MAUVAIS PEINTRES L'UN ET L'AUTRE. Trait historique d'un Prince Arabe.
Début :
Boudabat, Prince Arabe, étoit homme de beaucoup d'esprit ; il [...]
Mots clefs :
Peintre, Amour, Haine, Portrait, Prince, Princesse, Défauts, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR ET LA HAINE, MAUVAIS PEINTRES L'UN ET L'AUTRE. Trait historique d'un Prince Arabe.
L'AMOUR
ET LA HAINE
MAUVAIS PEINTRES
sbshot
L'UN ET L'AUTRE.
Trait hiftorique d'un Prince
stomer Arabe, opna
BOudabat, Prince Arabe , étoit hommesde
beaucoup d'efprit ; il
avoit tout le goût imaginable pour les beaux
R iij
198 MERCURE
arts : mais il étoit aveuglément amoureux d'une Greque fort laide , &
n'aimoit gueres fa femme, quoy qu'elle fût la
plus belle Princeſſe de
l'Orient. Il voulut un
jour les faire peindretoutes deux , & penfa faire
tourner la tête à un excellent Peintre. Il fit recommencer cent fois ces
deux portraits. Celui de
La femme lui paroiſſoit
toujours trop flaté , &
GALANT 199
celui de fa ' maîtreffe ,
•quelque flaté qu'il fuft,
lui paroiffoit indigne de
Toriginal ; il en faifoit
reformer tous les traits
Fun aprés l'autre , felon
que fon imagination en
étoit frapée en forte qu'
infenfiblement le Peintre fit de fa laide maîtreffe une Venus. Rien
n'y manquoit que la reffemblance. Faites le toujours beau, difoit lePrin
ce, il fera bien facile enR. iiij
200 MERCURE
Сер
fuite de lui donner la
reffemblance, deux coups
de pinceau feront l'affai1re. Par exemple , difoitil , en faifant parcourir
Kaux yeux du Peintre les
traits les plus marquez
dans le vifage de fa maîtreffe , marquez bien ce
petit pli qui eft à côté de
la bouche de ma Dame,
marquez legerementcette petite élevation fur le
milieu du nez , grandiffez un peu la bouche;
GALANT00201
cet oeil eft à la verité un
peutrop grand, appetif
fez- le. LePeintre obeilfant reformoit ainfi petit
à petit les traits flatez ;
lawreffemblance venoit
au portrait mais la laideur venoit auffi , & le
Prince n'étoit plus content du Peintre , ni du
portrait.
Quand il s'agiffoit du
portrait de la femme ,
C'étoit des difficultez
toutes oppofées ; car le
5
202 MERCURE
Prince , en voulant dizminuer les beautez diminuoit la reflemblance. Enfin unjour le Peintre pouffé à bout lui dit :
6
Seigneur : je perds ici le
temps & la patience ;
carilfaudroit, pour vous
contenter , que je fille
le portrait devotrefentme fi laid , & celui de
vôtre maîtreffe fi beau,
que cela juſtifiât vôtre
amour. Je crois que tu
as raiſon , répondit le
GALANT 1203
a
Prince qui entendoit
raillerie , laiffons là les
deux portraits oils feroient tort à ma reputation ou à la tienne. Le
Peintre lui répondit : Ce
fera mieux fait , Seigneur car mon pinceau
ne peut pas fuivre vôtre imagination , it eft
fait pour fuivre la mienne. Si vous étiez Peintre, vous pourriez peutêtre faire un beau portrait de vôtre maîtreffe;
204 MERCURE
& fi j'étois mari de votre femme , j'en ferois
peut-être un portrait en
laid qui ne laifseroit pas
de lui ressembler.as
Unfaifeur de portraits
eft auffi embarassé qu'un
bon critique d'ouvrages
d'efprit ; onne peutgueres marquer les défauts
d'un ouvrage fans déplaire à l'auteur , ni en
louer les beautez fans
déplaire à fes rivaux
ET LA HAINE
MAUVAIS PEINTRES
sbshot
L'UN ET L'AUTRE.
Trait hiftorique d'un Prince
stomer Arabe, opna
BOudabat, Prince Arabe , étoit hommesde
beaucoup d'efprit ; il
avoit tout le goût imaginable pour les beaux
R iij
198 MERCURE
arts : mais il étoit aveuglément amoureux d'une Greque fort laide , &
n'aimoit gueres fa femme, quoy qu'elle fût la
plus belle Princeſſe de
l'Orient. Il voulut un
jour les faire peindretoutes deux , & penfa faire
tourner la tête à un excellent Peintre. Il fit recommencer cent fois ces
deux portraits. Celui de
La femme lui paroiſſoit
toujours trop flaté , &
GALANT 199
celui de fa ' maîtreffe ,
•quelque flaté qu'il fuft,
lui paroiffoit indigne de
Toriginal ; il en faifoit
reformer tous les traits
Fun aprés l'autre , felon
que fon imagination en
étoit frapée en forte qu'
infenfiblement le Peintre fit de fa laide maîtreffe une Venus. Rien
n'y manquoit que la reffemblance. Faites le toujours beau, difoit lePrin
ce, il fera bien facile enR. iiij
200 MERCURE
Сер
fuite de lui donner la
reffemblance, deux coups
de pinceau feront l'affai1re. Par exemple , difoitil , en faifant parcourir
Kaux yeux du Peintre les
traits les plus marquez
dans le vifage de fa maîtreffe , marquez bien ce
petit pli qui eft à côté de
la bouche de ma Dame,
marquez legerementcette petite élevation fur le
milieu du nez , grandiffez un peu la bouche;
GALANT00201
cet oeil eft à la verité un
peutrop grand, appetif
fez- le. LePeintre obeilfant reformoit ainfi petit
à petit les traits flatez ;
lawreffemblance venoit
au portrait mais la laideur venoit auffi , & le
Prince n'étoit plus content du Peintre , ni du
portrait.
Quand il s'agiffoit du
portrait de la femme ,
C'étoit des difficultez
toutes oppofées ; car le
5
202 MERCURE
Prince , en voulant dizminuer les beautez diminuoit la reflemblance. Enfin unjour le Peintre pouffé à bout lui dit :
6
Seigneur : je perds ici le
temps & la patience ;
carilfaudroit, pour vous
contenter , que je fille
le portrait devotrefentme fi laid , & celui de
vôtre maîtreffe fi beau,
que cela juſtifiât vôtre
amour. Je crois que tu
as raiſon , répondit le
GALANT 1203
a
Prince qui entendoit
raillerie , laiffons là les
deux portraits oils feroient tort à ma reputation ou à la tienne. Le
Peintre lui répondit : Ce
fera mieux fait , Seigneur car mon pinceau
ne peut pas fuivre vôtre imagination , it eft
fait pour fuivre la mienne. Si vous étiez Peintre, vous pourriez peutêtre faire un beau portrait de vôtre maîtreffe;
204 MERCURE
& fi j'étois mari de votre femme , j'en ferois
peut-être un portrait en
laid qui ne laifseroit pas
de lui ressembler.as
Unfaifeur de portraits
eft auffi embarassé qu'un
bon critique d'ouvrages
d'efprit ; onne peutgueres marquer les défauts
d'un ouvrage fans déplaire à l'auteur , ni en
louer les beautez fans
déplaire à fes rivaux
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Résumé : L'AMOUR ET LA HAINE, MAUVAIS PEINTRES L'UN ET L'AUTRE. Trait historique d'un Prince Arabe.
Le texte raconte l'histoire du prince arabe Boubdat, passionné par les arts et éperdument amoureux d'une Grecque laide, au détriment de sa femme, la plus belle princesse de l'Orient. Boubdat commande les portraits de ses deux compagnes à un peintre. Insatisfait des résultats, il demande des retouches incessantes. Pour la Grecque, il exige qu'elle soit représentée plus belle, au point que le peintre crée une Vénus sans ressemblance. Pour sa femme, il demande de diminuer ses beautés, altérant également la ressemblance. Exaspéré, le peintre avoue l'impossibilité de contenter le prince, qui abandonne le projet. Le peintre conclut que son art ne peut suivre l'imagination du prince et que chacun doit se contenter de ses propres limites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 116-117
A LA BELLE inhumaine. Par le pâle galant de la Foire Saint Germain. Avec un homme de pain d'épice.
Début :
D'un tendre amant recevez le portrait [...]
Mots clefs :
Pain d'épice, Amant, Portrait, Martyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LA BELLE inhumaine. Par le pâle galant de la Foire Saint Germain. Avec un homme de pain d'épice.
A LA BELLE
inhumaine.
par le faitgalant de la Foin
Saint Germain*
Avec un homme de pain kiepice-. D'Vn tendre amant
r-ecevez, le portrait
Dans cethommç depain
d'épices
Il estpâle
,
doux CYdifcret>
Desnmartyre ilsoûpire
en Jecret>
Le pauvre homme en a la jaunijïe-
inhumaine.
par le faitgalant de la Foin
Saint Germain*
Avec un homme de pain kiepice-. D'Vn tendre amant
r-ecevez, le portrait
Dans cethommç depain
d'épices
Il estpâle
,
doux CYdifcret>
Desnmartyre ilsoûpire
en Jecret>
Le pauvre homme en a la jaunijïe-
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21
p. 1365-1379
La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA VIE DE PIERRE MIGNARD, Premier Peintre du Roi, par l'Abbé de [...]
Mots clefs :
Pierre Mignard, Peintre du roi, Portrait, Tableau, Honneur, Galerie, Duchesse, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
LA VIE DE PIERRE MIGNARD ,
Premier Peintre du Roi , par l'Abbé de
Monville &c. A Paris , Quay des Auguf
tins , chez Boudot & Guerin 1730.
Nous avons donné dans la premiere
Partie de cet Extrait ce qui regarde la
Vie de Mignard depuis fa naiffance jufqu'à
fon voyage de Rome & fon retour en
France.
Il fut très bien reçû à la Cour , & fon
premier Ouvrage fut le Portrait du jeune
Roi Louis XIV. fait en trois heures , die
Auteur , & envoyé fur le champ à Madrid.
Mignard exprima fi bien cet air de
grandeur & de majesté qui a toujours été
gravé fur le front de ce Monarque, que
toute la Cour d'Espagne en fut frappće .
L'Infante , à la vûë de ces traits auguftes,
fouhaita que le Ciel la fit bientôt le fceau
& le noeud de la Paix .
La Reine more ne tarda pas à ordon
ner à Mignard de la peindre . Elle avoit les
mains parfaites , & elle ne les regardoic:
pas fans une fecrette complaifance . Mi--
gnard imita avec la derniére précifion
cette belle proportion & cette délicateffe
I-I, Vol. Ey
qu gui
1366 MERCURE DE FRANCE..
=1
qui
les rendoit admirables. Il fçut join--
dre dans le Portrait de la Reine mere ,
la jeuneffe qu'elle n'avoit plus , à la beauté
qu'elle avoit encore. Les Courtiſans
n'eurent befoin que de fincerité pour approuver
& pour loüer. Cette Princeffe :
elle- même vit cet effet de l'art avec un
plaifir que fa vertu ne put fe refufer.
Il peignit enfuite le Cardinal Mazarin .
Son Portrait avoit été jufqu'alors l'écueil
de tous les Peintres ; la gloire d'y réüffir :
étoit réfervée à Mignard . Il fe furpaffa luimême
dans cet Ouvrage. Mais cet extrait
feroit bien plus long qu'il ne faut fi on:
s'arrêtoit fur tous les excellens Portraits :
de cet habile Maître. Il fit plufieurs fois
celui du Roy , de la Reine,de Monfieur,
de M. le Dauphin & de quantité de Prin--
de Seigneurs , de Dames , de Minif
tres & d'un tres- grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui lui firent une
tres- grande réputation.
ces ,
*
Le premier Portrait qu'il peignit à Paris
fut celui du Duc d'Efpernon . Ce Sei--
gneur qui fe piquoit de vivre en Prince,,
paya mille écus ce Bufte , afin , difoit- il
de mettre le prix aux Portraits de Mignard;;
& lui ayant fait peindre à Frefque dans
fon Hôtel , depuis l'Hôtel de Longue--
ville , une chambre & un cabinet , il luienvoya
40000 liv. L'eftime que les con--
LI.Vol noiffeurss
JUIN. 1730 1367
noiffeurs firent de ces Peintures , donnerent
un nouvel éclat à cette liberalité.
Le Portrait de la Marquiſe de Gouvernet
entr'autres furprit & charma : on y
trouya cette vie que les effets furprenans
dont l'hiftoire a confervé le fouvenir
donnent lieu de croire qu'avoient les Tableaux
des Peintres Grecs. On a vû fou
vent le Perroquet de Madame de Gouvernet
dire à fon Portrait : Baifez-moi, ma
maitreffe.
La Reine mere ayant enfin vû au gré
de fes fouhaits , le Dôme du Val- de- Grace
élevé , crut qu'il ne manqueroit rien à
la magnificence de cet Edifice , fi elle en
faifoit peindre la Coupe par le fçant
Maître que Rome avoit rendu peu d'années
auparavant à la France. Cette Princeffe
confia ce grand Ouvrage à Mignard
qui le finit en huit mois.
A
-
On peut dire en effet que le Val-de-
Grace n'eft peut- être pas moins le triomphe
de la peinture que celui de Mignard.
Jamais production de l'Art ne mérita
mieux Epithete Italienne , dont il eft
fi difficile de faire paffer toute l'énergie
en notre langue , opera daftupire
L'Agneau Pafcal , environné d'Anges
profternez , & le Chandelier à fept bran--
ches , viennent frapper d'abord le Spec- ~
tateur , que le premier regard ravic , char
Evj me
T368 MERCURE DE FRANCE
me ,failit. On lit au deffous ces paroles" :
Fui mortuus , & ecce ſum vivens.
I
Plus haut , un Ange porte ouvert, le Li--
vre fcellé de fept Sceaux , dont il eft parlé
dans l'Apocalypfe.
Le Signe adorable de la Croix eft vû
dans les Airs , à une diftance fupérieure's
porté,foutenu & couronné par les Anges.
Dans le centre eft une Gloire , où les
'trois Perfonnes de la Trinité paroiffent
fur un Trône de Nuës . La Puiffance , la-
Grandeur , la Majefté éclatent fur le vi--
fage & dans toute l'attitude du Pere ; fa:
main droite eft étenduë ; de la gauche il
tient le Globe du Monde . JESUS CHRIST
cft reprefenté tel que dans l'Ecriture , of--
frant à fon Pere les Elus qu'il lui a don--
nez , & faifant parler fon Sang répandu
pour tous les hommes. L'Efprit Saint fous
la forme d'une Colombe , placé au milieu
d'eux. Un vafte cercle de lumieré les en--
vironne. Le jour qu'elle répand a quelque
chofe de furnaturel ; c'eft un jour pur,,
c'eft une clarté divine ; tout le fujet en eft
clairé
Les Choeurs des Anges groupez dans
cette lumiere ; compofent le premier Or--
' dre de la Cour celefte . Une infinité de
Chérubins entourent la Divinité . Un
grand nombre d'Anges forment des Con--
certs d'autres plus proches du Trône fe
cachent
JUIN 1730. 1369
cachent de leurs aîles , & baiffent leurs
yeux éblouis.
Auprès de la Croix eft la fainte Vier
ge à genoux fur un nuage, fuivie , mais à
quelque diftance , de la Magdelaine &
des autres pieufes Femmes qui rendirent
à Jefus mourant les honneurs de la Se--
pulture. De l'autre côté on voit S. Jean--
Baptifte dans une attitude grave & noble,
tenant la Croix qui fert à le défigner-
A droit & à gauche de l'Agneau Paf--
chal font les quatre Peres de l'Eglife Latine
, les Miſteres de la Loy ancienne mê--
lez avec les attributs de la Loy nouvelle , ›
font voir la liaiſon éternelle des deux Teftamens.
A droite on recennoît S. Ambroife
& S. Jérôme . Le Pape S. Gregoire &.
guftin font à gauche , fuivis de faint
ouis & de la Reine Anne d'Autriche..
Elle dépofe fa Couronne pour s'humilier
devant le Roy des Rois , & elle lui offre
le Bâtiment qu'elle vient d'élever en fon
honneur . Un roulement de nuës fépare
les deux Peres qui font à gauche des Apôtres
& de ceux d'entre les Saints que ·PE
glife honore fous le nom de Confeffeurs.-
S. Benoît , pere de tous les Moines d'Occident
, dont les Religieufes du Val- de
Grace fuivent la Regle , eft vû dans un
rang éminent.
Une Légion innombrable de Martyrs
II.Vol.
occupe
1370 MERCURE DE FRANCE.
20
Occupe la place qui fuit . Ils ont à leurs
pieds les fondateurs des Ordres Religieux .
Sous cette partie de l'Eglife triomphante
eft écrit : Laverunt ftolas fuas in fanguine
Agni.
Moyfe tenant les Tables de la Loy
Aaron l'encenfoir à la main.David, Abraham
, Jofué , Jonas , & quelques autres
Saints de l'ancien Teflament forment le
bas du Tableau.
Les Anges qui emportent l'Arche d'al--
fiance , marquent excellemment que la
Loy de Grace a pris la place de la Loy Figurative
, & qu'on ne peut meriter le ciel
que par celui qui a die qu'il étoit la voye,,
la verité & la vie. Le paffage qui eft audeffous
ne laiffe pas lieu de douter que ce
mait été là l'efprit du Peintre : Sains. Dee
•·noftro & Agno..
Le chafte troupeau des Vierges remplit
tout ce qui refte de place. Le privilege
qu'elles ont de fuivre par tout l'Agneau
fans tache , eſt expliqué par ces mots :
•Sequuntur Agnum quocumque ierit.
On voit une foule d'efprits celeftes ré--
pandus dans differens endroits , les uns
-apportent des palmes aux Vierges & aux
Martyrs : les autres font fumer l'encens
en l'honneur du Très -Haut. Rien n'eft
oublié de tout ce qui peur donner quelque
idée de cette demeure , que l'oeil n'a
2
HiVol. -point
JUIN 1730 1371
འ
C
3
point vû , que l'efprit humain ne fçauroit
comprendre ; de cette felicité pleine
& immuable , dont celui qui eft l'Auteur
de toute felicité enivre à jamais fes Saints.
Sic exultant Sancti in gloria , fic lætanturin t
cubilibus fuis ; lit- t'on au bas , Pfeaume
149..
Mignard fit quelque tems après beau
coup d'ouvrages à frefque à l'Hôtel d'Her
vart , aujourd'hui l'Hôtel d'Armenon--
vile. Il peignit dans la vouté du cabinet
l'apotheofe de Pfiché son la voit qui s'é--
leve vers le plus haut de l'Olympe,portée
par Mercure & par l'Hymenées Jupiter
paroît empreffe à recevoir la nouvelle
Divinité qui vient embellir fon Empire.-
Cette fleur de la premiere jeuneffe , dont
les charmes font fi puiffans & à la beauté
la plus reguliere , fe joignent fur le vifage
de Pfiché, ces graces féduifantes qu'inf
pire le defir de plaire , &c.
On fçait le cas que font les Curieux
des Ouvrages de ces grands Maîtres d'I--
talie , qui outre leur merite réel , ont en--
core chez les demi-fçavans le merite de
n'être plus , ils élèvent la réputation des >
morts fur le débris de celle des vivans.-
Mignard ; qui avoit le rare talent d'attraper
parfaitement les differentes manieres
des plus excellens Peintres , ayant
-peint fur une toile d'Italie , une Made-
2
II! Vol . leine
132 MERCURE DE FRANCE .
:
leine dans le gout du Guide , ce tableau
fut vendu deux mille livres , pour être de
ce dernier Maître, au Chevalier de Clairville
, qui le jugea tel , ainfi que les plus
grands Curieux & Connoiffeurs ; & M. le
Brun lui-même.
Cependant quelque bruit s'étant rés
pandu , que cette Madeleine étoit de Mignard
, le Chevalier de Clairville alla le
trouver. Il répondit modeftement fur
l'honneur qu'on lui faifoit , & fit entrevoir
qu'il ne croioit pas le tableau du -
Guide. M. le Brun , foûtient le contraire,
lui dit le Chevalier , & je vous prie de
main à dîner avec lui pour éclaircir cette
affaire . La partie liée avec plufieurs Cornoiffeurs;
tout le monde fut du fentiment
de le Brun , & la difpute s'échauffa ; &
Mignard propofa 300 louis à parier
que le tableau n'étoit pas du Guide . Ie
Brun vouloit accepter le pari , & quand
Mignard vir la chofe auffi avant engagée
qu'elle pouvoit l'être pour fa gloire ; je :
ne puis pas parier en confcience , dit -il ,
car le tableau eft de moi ; & il en donna
la
preuve fur le champ , en découvrant
avec de l'huile de therebentine un endroit
du tableau , fous les cheveux de la Madé--
laine , où l'on trouva la Barette d'un Car- -
dinal qui avoit été peint d'abord fur cette
toile Mignard voulut reprendre fon ta--
II.Vol. bleau
JUIN. 1730. 1373
bleau & rendre les deux cent piftoles au
Chevalier , mais celui-ci fut bien-aife de
le garder.
Les portraits pour lesquels Mignard
étoit toûjours de plus en plus recherché
n'épuiferent pas tout fon tems , il fit de
tems en tems des ouvrages à frefque , &
des tableaux de chevalet.
La belle Ducheffe de Briffac , de la Maifon
de S. Simon , fouhaita alors que Mignard
fit fon portrait , & elle eut défiré
qu'il ne la fit pas attendre long-tems .
C'étoit beaucoup exiger d'un homme qui
ne difpofoit pas de fes momens à fon gré.
Elle engagea Racine à lui en parler , &
Mignard donna à l'amitié ce qu'il eut
peut-être refufé à toute autre confideration
. Il peignit Madame de Briffac en
grand avee un Amour auprès d'elle , dont
elle tient le flambeau , & qu'elle paroît
avoir défarmé . C'eft ainfi qu'elle avoit
voulu être reprefentée. Ce portrait fit
d'autant plus d'honneur à fon auteur ,
que la beauté de la Ducheffe de Briffac
confiftoit moins dans la regularité , que
dans l'enfemble , & dans le jeu des traits :
que d'ailleurs il avoit été queſtion d'épier
,fi l'on peut parler ainfi , & de fixer
fur fon vifage ces graces fugitives , qui
tiennent aux differens mouvemens de l'ame,
& de peindre même le fentiment qui
les fait naître. Il
1374 MERCURE DE FRANCE
Il fit quelque tems après le portrait de
la Ducheffe de la Valiere. Elle eft peinte
au milieu de fes deux enfans , le Comte
de Vermandois , jeune Prince que le'
Ciel n'a fait que montrer à la terre , &
Mademoifeile de Blois , depuis la Princeffe
de Conti , que Mignard bon connoiffeur
, affuroit dès-lors devoir être un
jour la plus grande beauté de fon fiecle.
Madame de la Valiere eft reprefentée tenant
un chalumeau , d'où pend une boule
de favon , autour de laquelle on lit: Sic
tranfit gloria mundi. Image naturelle de
la vanité ou occupation des hommes , &
fur tout des faveurs de la Cour. Cette
genereufe perfonne qui a fait voir qu'un
Roy peut être aimé pour lui- même , fe
préparoit déja au grand facrifice , qu'elle
confomma bien-tôt après. Il est vrai-femblable
, que ce fut elle qui donna l'idée
du tableau ; & il eft certain que fes
agrémens n'étoient pas diminués lorfqu'elle
prit le parti de les enfevelir dans
la plus auftere retraite. La France n'ou-
Bliera jamais les grands exemples qu'elle
a donné fous le nom de Sour Loüife de
Ja Mifericorde. Une fainte mort'a couronné
des vertus que nous voyons revivre
aujourd'hui dans fon augufte fille.
Le Roy voulant un jour fçavoir l'idée
que le Duc de Montaufier avoit de le
II.Fol
Brun
TUIN. 1730. 1375
Brun & de Mignard , qui avoient chacun
leurs Partifans : Sire , répondit-il , je ne
me connois pas en peinture , mais il me pa
rcit que ces hommes la peignent comme leur
nom.
Au mois de Mars 1677 , feu Monfieur,,
Frere unique de Louis XIV. ne dédaigna
pas d'aller chez Mignard , & il eut la bonté
de lui dire , qu'il faifoit bâtir exprès à
S. Cloud , une Galerie , un cabinet & un
falon , afin de les lui faire peindre , &c.
Mignard prit Apollon pour fujet princi
pal de ce grand ouvrage. Toutes les avantures
que la Fable prête à ce Dieu , tous
les attributs qu'elle lui donne , font parfaitement
reprefentés dans la Galerie..
A l'un des bouts on le voit dans l'inftant
de fa naiffance fur les genoux de Latone.
Vis-à-vis il eft vû fur le Parnaffe avec les
Mules. Dans le premier tableau , Latone
infultée par les payfans de Lybie , s'adref
fe à Jupiter qui la vange en changeant
ces hommes impitoyables en grenouilles.
La Divinité qui prefide aux beaux Arts ,
& aux differens talens de l'efprit , prefide
auffi aux faifons ; elles font peintes d'un
côté & de l'autre de la galerie , &c. Dans
le grand plafond , au milieu de la galerie ,
qui fert comme de couronnement à tout
Fouvrage , le Soleil fous la figure du Roi
paroît fur un char , tiré par quatre che
II. Fol Vaux
1376 MERCURE DE FRANCE,
vaux blancs .... l'Aurore le precede ,& c .
A la page 116 de ce livre , il y a une
faute de Copifte dont l'Auteur fera fans
doute bien aife que nous avertiffions le
Lecteur. En parlant du Portrait que fit
Mignard de Marie- Loüife d'Orleans , fille
aînée de Monfieur & d'Henriette d'Angleterre
son a mis que fon mariage venoit
d'être conclu avec Philippe IV. Roi d'Efpagne
, il faut lire Charles II.
Nous abregeons à regret la defcription
des peintures de S. Cloud , où Mignard
fit encore quantité d'autres grands Ou
vrages , comme le cabinet de Diane en
quatre grands tableaux & le plafond de
Aurore , le grand falon , où l'on voit
Olympe & tous les Dieux réunis , pour
voir Mars & Venus qui vont être envelo
pez par les retz de Vulcain , & c.
En 1684 il peignità Verfailles le petit
apartement , & pour faire voir que la perfection
où les Arts ont été portez en Fran
ce , étoit l'effet de la protection du Roi ,
fla reprefenté au milieu du plafond fur
des nuages , Apollon & Minerve ; le Genie
de la France eft debout entre ces deux
Divinitez , tenant un Lys d'une main &
s'appuyant de l'autre fur le genoux de
Minerve. On voit au deffous plufieurs
groupes d'Enfans , environnez des Inftrumens
des Sciences & des Arts . Ces
II. Vol.
Dieux
JUIN. 1739. 1377
?
Dieux leur diftribuenr des Couronnes.
de Laurier & des Medailles d'or. Aux
deux Salons qui terminent cette Galerie
il peignit au premier , Promethée qui a
dérobé le feu du Ciel , & dans l'autre
Pandore , & c. Après ces Ouvrages , Mignard
peignit le beau plafond du grand
Cabinet de Monfeigneur , qui ne fubfifte
plus.
Au mois de Juin 1687. Mignard fut
ennobli. Son tableau reprefentant l'hommage
de la Mer au Roy , fuivit de près
cette marque glorieufe dont S. M. venoit
de l'honorer.
Le Portrait de la Ducheffe du Lude
fut finienviron ce tems là . A l'affection &
l'eftime qu'elle avoit pour Mignard
elle joignit une telle inclination pour fa
fille que l'amitié la plus tendre y fucceda
bien- tôt , lorfque Mademoiſelle Mignard
devint , par fon mariage avec le Comte
de Feuquieres , coufine germaine de la
Ducheffe du Lude.
Un de fes derniers portraits eft celui de
Madame de Foix : Elle avoit des charmes
dans l'efprit , dont on ne pouvoit fe défendre.
Il fçût la peindre telle qu'elle étoit
effectivement , plutôt jolie que belle , parée
de cet art de plaire qui n'accompagne
pas toujours la beauté , & qui lui eft fouvent
préferé. La plupart des femmes , diloit
II. Vol.
1378 MERCURE DE FRANCE
ce Peintre , ne fçavent ce que c'est que de fe
fairepeindre telles qu'elles font ; elles ont une
idée de la beauté à laquelle elles veulent ref
fembler : c'eft leur idée qu'elles veulent qu'on
copie , & non pas leur visage.
Le fameux le Brun étant mort au mois
de Février 1690. le Roi donna ſur le
champ à Mignard la Charge de Premier
Peintre & Garde General du Cabinet des
Tableaux & Deffeins de S. M. Il fut nommé
en même-tems , Directeur & Chancelier
de l'Academie Royale de Peinture &
Sculpture , & Directeur de la Manufacture
Royal des Gobelins . Il mourut à Paris
le 13. Mai 1695. âgé de 84. ans ,
fix mois
& quelques jours.
L'Auteur termine la Vie de Mignard
par cet Eloge: Sa compofition eft riche
gracieufe & noble. Grand Poëte dans l'invention
, fa difpofition eft fçavante & fage
, fon ftile heroïque & fublime , fonpinceau
hardi , moelleux & leger. Tout
cela fans perdre de vûë les beautez du détail.
Ses expreffions font vrayes , confor
mes à l'action , moderées fans être infipides
; toûjours nobles , toujours élevées .
Il drapoit d'un grand goût : fes plis font
grands & bien jettez , marquant & flatant
judicieufement le nud , en imitant , autant
qu'il eft poffible , la varieté des étoffes
, &c. C'eft fur les Memoires de la
11. Vol. Comteffe
JUIN. 1730. 1379
Comteffe de Feuquieres qu'on a écrit la
vie de fon illuftre Pere ; c'eft elle , pourfuit
l'Auteur , qui lui fait rendre un honneur
fi bien merité , & lui donne cette
derniere marque de fa pieté , de fon rel
pect & de fa tendre reconnoiffance .
Premier Peintre du Roi , par l'Abbé de
Monville &c. A Paris , Quay des Auguf
tins , chez Boudot & Guerin 1730.
Nous avons donné dans la premiere
Partie de cet Extrait ce qui regarde la
Vie de Mignard depuis fa naiffance jufqu'à
fon voyage de Rome & fon retour en
France.
Il fut très bien reçû à la Cour , & fon
premier Ouvrage fut le Portrait du jeune
Roi Louis XIV. fait en trois heures , die
Auteur , & envoyé fur le champ à Madrid.
Mignard exprima fi bien cet air de
grandeur & de majesté qui a toujours été
gravé fur le front de ce Monarque, que
toute la Cour d'Espagne en fut frappće .
L'Infante , à la vûë de ces traits auguftes,
fouhaita que le Ciel la fit bientôt le fceau
& le noeud de la Paix .
La Reine more ne tarda pas à ordon
ner à Mignard de la peindre . Elle avoit les
mains parfaites , & elle ne les regardoic:
pas fans une fecrette complaifance . Mi--
gnard imita avec la derniére précifion
cette belle proportion & cette délicateffe
I-I, Vol. Ey
qu gui
1366 MERCURE DE FRANCE..
=1
qui
les rendoit admirables. Il fçut join--
dre dans le Portrait de la Reine mere ,
la jeuneffe qu'elle n'avoit plus , à la beauté
qu'elle avoit encore. Les Courtiſans
n'eurent befoin que de fincerité pour approuver
& pour loüer. Cette Princeffe :
elle- même vit cet effet de l'art avec un
plaifir que fa vertu ne put fe refufer.
Il peignit enfuite le Cardinal Mazarin .
Son Portrait avoit été jufqu'alors l'écueil
de tous les Peintres ; la gloire d'y réüffir :
étoit réfervée à Mignard . Il fe furpaffa luimême
dans cet Ouvrage. Mais cet extrait
feroit bien plus long qu'il ne faut fi on:
s'arrêtoit fur tous les excellens Portraits :
de cet habile Maître. Il fit plufieurs fois
celui du Roy , de la Reine,de Monfieur,
de M. le Dauphin & de quantité de Prin--
de Seigneurs , de Dames , de Minif
tres & d'un tres- grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui lui firent une
tres- grande réputation.
ces ,
*
Le premier Portrait qu'il peignit à Paris
fut celui du Duc d'Efpernon . Ce Sei--
gneur qui fe piquoit de vivre en Prince,,
paya mille écus ce Bufte , afin , difoit- il
de mettre le prix aux Portraits de Mignard;;
& lui ayant fait peindre à Frefque dans
fon Hôtel , depuis l'Hôtel de Longue--
ville , une chambre & un cabinet , il luienvoya
40000 liv. L'eftime que les con--
LI.Vol noiffeurss
JUIN. 1730 1367
noiffeurs firent de ces Peintures , donnerent
un nouvel éclat à cette liberalité.
Le Portrait de la Marquiſe de Gouvernet
entr'autres furprit & charma : on y
trouya cette vie que les effets furprenans
dont l'hiftoire a confervé le fouvenir
donnent lieu de croire qu'avoient les Tableaux
des Peintres Grecs. On a vû fou
vent le Perroquet de Madame de Gouvernet
dire à fon Portrait : Baifez-moi, ma
maitreffe.
La Reine mere ayant enfin vû au gré
de fes fouhaits , le Dôme du Val- de- Grace
élevé , crut qu'il ne manqueroit rien à
la magnificence de cet Edifice , fi elle en
faifoit peindre la Coupe par le fçant
Maître que Rome avoit rendu peu d'années
auparavant à la France. Cette Princeffe
confia ce grand Ouvrage à Mignard
qui le finit en huit mois.
A
-
On peut dire en effet que le Val-de-
Grace n'eft peut- être pas moins le triomphe
de la peinture que celui de Mignard.
Jamais production de l'Art ne mérita
mieux Epithete Italienne , dont il eft
fi difficile de faire paffer toute l'énergie
en notre langue , opera daftupire
L'Agneau Pafcal , environné d'Anges
profternez , & le Chandelier à fept bran--
ches , viennent frapper d'abord le Spec- ~
tateur , que le premier regard ravic , char
Evj me
T368 MERCURE DE FRANCE
me ,failit. On lit au deffous ces paroles" :
Fui mortuus , & ecce ſum vivens.
I
Plus haut , un Ange porte ouvert, le Li--
vre fcellé de fept Sceaux , dont il eft parlé
dans l'Apocalypfe.
Le Signe adorable de la Croix eft vû
dans les Airs , à une diftance fupérieure's
porté,foutenu & couronné par les Anges.
Dans le centre eft une Gloire , où les
'trois Perfonnes de la Trinité paroiffent
fur un Trône de Nuës . La Puiffance , la-
Grandeur , la Majefté éclatent fur le vi--
fage & dans toute l'attitude du Pere ; fa:
main droite eft étenduë ; de la gauche il
tient le Globe du Monde . JESUS CHRIST
cft reprefenté tel que dans l'Ecriture , of--
frant à fon Pere les Elus qu'il lui a don--
nez , & faifant parler fon Sang répandu
pour tous les hommes. L'Efprit Saint fous
la forme d'une Colombe , placé au milieu
d'eux. Un vafte cercle de lumieré les en--
vironne. Le jour qu'elle répand a quelque
chofe de furnaturel ; c'eft un jour pur,,
c'eft une clarté divine ; tout le fujet en eft
clairé
Les Choeurs des Anges groupez dans
cette lumiere ; compofent le premier Or--
' dre de la Cour celefte . Une infinité de
Chérubins entourent la Divinité . Un
grand nombre d'Anges forment des Con--
certs d'autres plus proches du Trône fe
cachent
JUIN 1730. 1369
cachent de leurs aîles , & baiffent leurs
yeux éblouis.
Auprès de la Croix eft la fainte Vier
ge à genoux fur un nuage, fuivie , mais à
quelque diftance , de la Magdelaine &
des autres pieufes Femmes qui rendirent
à Jefus mourant les honneurs de la Se--
pulture. De l'autre côté on voit S. Jean--
Baptifte dans une attitude grave & noble,
tenant la Croix qui fert à le défigner-
A droit & à gauche de l'Agneau Paf--
chal font les quatre Peres de l'Eglife Latine
, les Miſteres de la Loy ancienne mê--
lez avec les attributs de la Loy nouvelle , ›
font voir la liaiſon éternelle des deux Teftamens.
A droite on recennoît S. Ambroife
& S. Jérôme . Le Pape S. Gregoire &.
guftin font à gauche , fuivis de faint
ouis & de la Reine Anne d'Autriche..
Elle dépofe fa Couronne pour s'humilier
devant le Roy des Rois , & elle lui offre
le Bâtiment qu'elle vient d'élever en fon
honneur . Un roulement de nuës fépare
les deux Peres qui font à gauche des Apôtres
& de ceux d'entre les Saints que ·PE
glife honore fous le nom de Confeffeurs.-
S. Benoît , pere de tous les Moines d'Occident
, dont les Religieufes du Val- de
Grace fuivent la Regle , eft vû dans un
rang éminent.
Une Légion innombrable de Martyrs
II.Vol.
occupe
1370 MERCURE DE FRANCE.
20
Occupe la place qui fuit . Ils ont à leurs
pieds les fondateurs des Ordres Religieux .
Sous cette partie de l'Eglife triomphante
eft écrit : Laverunt ftolas fuas in fanguine
Agni.
Moyfe tenant les Tables de la Loy
Aaron l'encenfoir à la main.David, Abraham
, Jofué , Jonas , & quelques autres
Saints de l'ancien Teflament forment le
bas du Tableau.
Les Anges qui emportent l'Arche d'al--
fiance , marquent excellemment que la
Loy de Grace a pris la place de la Loy Figurative
, & qu'on ne peut meriter le ciel
que par celui qui a die qu'il étoit la voye,,
la verité & la vie. Le paffage qui eft audeffous
ne laiffe pas lieu de douter que ce
mait été là l'efprit du Peintre : Sains. Dee
•·noftro & Agno..
Le chafte troupeau des Vierges remplit
tout ce qui refte de place. Le privilege
qu'elles ont de fuivre par tout l'Agneau
fans tache , eſt expliqué par ces mots :
•Sequuntur Agnum quocumque ierit.
On voit une foule d'efprits celeftes ré--
pandus dans differens endroits , les uns
-apportent des palmes aux Vierges & aux
Martyrs : les autres font fumer l'encens
en l'honneur du Très -Haut. Rien n'eft
oublié de tout ce qui peur donner quelque
idée de cette demeure , que l'oeil n'a
2
HiVol. -point
JUIN 1730 1371
འ
C
3
point vû , que l'efprit humain ne fçauroit
comprendre ; de cette felicité pleine
& immuable , dont celui qui eft l'Auteur
de toute felicité enivre à jamais fes Saints.
Sic exultant Sancti in gloria , fic lætanturin t
cubilibus fuis ; lit- t'on au bas , Pfeaume
149..
Mignard fit quelque tems après beau
coup d'ouvrages à frefque à l'Hôtel d'Her
vart , aujourd'hui l'Hôtel d'Armenon--
vile. Il peignit dans la vouté du cabinet
l'apotheofe de Pfiché son la voit qui s'é--
leve vers le plus haut de l'Olympe,portée
par Mercure & par l'Hymenées Jupiter
paroît empreffe à recevoir la nouvelle
Divinité qui vient embellir fon Empire.-
Cette fleur de la premiere jeuneffe , dont
les charmes font fi puiffans & à la beauté
la plus reguliere , fe joignent fur le vifage
de Pfiché, ces graces féduifantes qu'inf
pire le defir de plaire , &c.
On fçait le cas que font les Curieux
des Ouvrages de ces grands Maîtres d'I--
talie , qui outre leur merite réel , ont en--
core chez les demi-fçavans le merite de
n'être plus , ils élèvent la réputation des >
morts fur le débris de celle des vivans.-
Mignard ; qui avoit le rare talent d'attraper
parfaitement les differentes manieres
des plus excellens Peintres , ayant
-peint fur une toile d'Italie , une Made-
2
II! Vol . leine
132 MERCURE DE FRANCE .
:
leine dans le gout du Guide , ce tableau
fut vendu deux mille livres , pour être de
ce dernier Maître, au Chevalier de Clairville
, qui le jugea tel , ainfi que les plus
grands Curieux & Connoiffeurs ; & M. le
Brun lui-même.
Cependant quelque bruit s'étant rés
pandu , que cette Madeleine étoit de Mignard
, le Chevalier de Clairville alla le
trouver. Il répondit modeftement fur
l'honneur qu'on lui faifoit , & fit entrevoir
qu'il ne croioit pas le tableau du -
Guide. M. le Brun , foûtient le contraire,
lui dit le Chevalier , & je vous prie de
main à dîner avec lui pour éclaircir cette
affaire . La partie liée avec plufieurs Cornoiffeurs;
tout le monde fut du fentiment
de le Brun , & la difpute s'échauffa ; &
Mignard propofa 300 louis à parier
que le tableau n'étoit pas du Guide . Ie
Brun vouloit accepter le pari , & quand
Mignard vir la chofe auffi avant engagée
qu'elle pouvoit l'être pour fa gloire ; je :
ne puis pas parier en confcience , dit -il ,
car le tableau eft de moi ; & il en donna
la
preuve fur le champ , en découvrant
avec de l'huile de therebentine un endroit
du tableau , fous les cheveux de la Madé--
laine , où l'on trouva la Barette d'un Car- -
dinal qui avoit été peint d'abord fur cette
toile Mignard voulut reprendre fon ta--
II.Vol. bleau
JUIN. 1730. 1373
bleau & rendre les deux cent piftoles au
Chevalier , mais celui-ci fut bien-aife de
le garder.
Les portraits pour lesquels Mignard
étoit toûjours de plus en plus recherché
n'épuiferent pas tout fon tems , il fit de
tems en tems des ouvrages à frefque , &
des tableaux de chevalet.
La belle Ducheffe de Briffac , de la Maifon
de S. Simon , fouhaita alors que Mignard
fit fon portrait , & elle eut défiré
qu'il ne la fit pas attendre long-tems .
C'étoit beaucoup exiger d'un homme qui
ne difpofoit pas de fes momens à fon gré.
Elle engagea Racine à lui en parler , &
Mignard donna à l'amitié ce qu'il eut
peut-être refufé à toute autre confideration
. Il peignit Madame de Briffac en
grand avee un Amour auprès d'elle , dont
elle tient le flambeau , & qu'elle paroît
avoir défarmé . C'eft ainfi qu'elle avoit
voulu être reprefentée. Ce portrait fit
d'autant plus d'honneur à fon auteur ,
que la beauté de la Ducheffe de Briffac
confiftoit moins dans la regularité , que
dans l'enfemble , & dans le jeu des traits :
que d'ailleurs il avoit été queſtion d'épier
,fi l'on peut parler ainfi , & de fixer
fur fon vifage ces graces fugitives , qui
tiennent aux differens mouvemens de l'ame,
& de peindre même le fentiment qui
les fait naître. Il
1374 MERCURE DE FRANCE
Il fit quelque tems après le portrait de
la Ducheffe de la Valiere. Elle eft peinte
au milieu de fes deux enfans , le Comte
de Vermandois , jeune Prince que le'
Ciel n'a fait que montrer à la terre , &
Mademoifeile de Blois , depuis la Princeffe
de Conti , que Mignard bon connoiffeur
, affuroit dès-lors devoir être un
jour la plus grande beauté de fon fiecle.
Madame de la Valiere eft reprefentée tenant
un chalumeau , d'où pend une boule
de favon , autour de laquelle on lit: Sic
tranfit gloria mundi. Image naturelle de
la vanité ou occupation des hommes , &
fur tout des faveurs de la Cour. Cette
genereufe perfonne qui a fait voir qu'un
Roy peut être aimé pour lui- même , fe
préparoit déja au grand facrifice , qu'elle
confomma bien-tôt après. Il est vrai-femblable
, que ce fut elle qui donna l'idée
du tableau ; & il eft certain que fes
agrémens n'étoient pas diminués lorfqu'elle
prit le parti de les enfevelir dans
la plus auftere retraite. La France n'ou-
Bliera jamais les grands exemples qu'elle
a donné fous le nom de Sour Loüife de
Ja Mifericorde. Une fainte mort'a couronné
des vertus que nous voyons revivre
aujourd'hui dans fon augufte fille.
Le Roy voulant un jour fçavoir l'idée
que le Duc de Montaufier avoit de le
II.Fol
Brun
TUIN. 1730. 1375
Brun & de Mignard , qui avoient chacun
leurs Partifans : Sire , répondit-il , je ne
me connois pas en peinture , mais il me pa
rcit que ces hommes la peignent comme leur
nom.
Au mois de Mars 1677 , feu Monfieur,,
Frere unique de Louis XIV. ne dédaigna
pas d'aller chez Mignard , & il eut la bonté
de lui dire , qu'il faifoit bâtir exprès à
S. Cloud , une Galerie , un cabinet & un
falon , afin de les lui faire peindre , &c.
Mignard prit Apollon pour fujet princi
pal de ce grand ouvrage. Toutes les avantures
que la Fable prête à ce Dieu , tous
les attributs qu'elle lui donne , font parfaitement
reprefentés dans la Galerie..
A l'un des bouts on le voit dans l'inftant
de fa naiffance fur les genoux de Latone.
Vis-à-vis il eft vû fur le Parnaffe avec les
Mules. Dans le premier tableau , Latone
infultée par les payfans de Lybie , s'adref
fe à Jupiter qui la vange en changeant
ces hommes impitoyables en grenouilles.
La Divinité qui prefide aux beaux Arts ,
& aux differens talens de l'efprit , prefide
auffi aux faifons ; elles font peintes d'un
côté & de l'autre de la galerie , &c. Dans
le grand plafond , au milieu de la galerie ,
qui fert comme de couronnement à tout
Fouvrage , le Soleil fous la figure du Roi
paroît fur un char , tiré par quatre che
II. Fol Vaux
1376 MERCURE DE FRANCE,
vaux blancs .... l'Aurore le precede ,& c .
A la page 116 de ce livre , il y a une
faute de Copifte dont l'Auteur fera fans
doute bien aife que nous avertiffions le
Lecteur. En parlant du Portrait que fit
Mignard de Marie- Loüife d'Orleans , fille
aînée de Monfieur & d'Henriette d'Angleterre
son a mis que fon mariage venoit
d'être conclu avec Philippe IV. Roi d'Efpagne
, il faut lire Charles II.
Nous abregeons à regret la defcription
des peintures de S. Cloud , où Mignard
fit encore quantité d'autres grands Ou
vrages , comme le cabinet de Diane en
quatre grands tableaux & le plafond de
Aurore , le grand falon , où l'on voit
Olympe & tous les Dieux réunis , pour
voir Mars & Venus qui vont être envelo
pez par les retz de Vulcain , & c.
En 1684 il peignità Verfailles le petit
apartement , & pour faire voir que la perfection
où les Arts ont été portez en Fran
ce , étoit l'effet de la protection du Roi ,
fla reprefenté au milieu du plafond fur
des nuages , Apollon & Minerve ; le Genie
de la France eft debout entre ces deux
Divinitez , tenant un Lys d'une main &
s'appuyant de l'autre fur le genoux de
Minerve. On voit au deffous plufieurs
groupes d'Enfans , environnez des Inftrumens
des Sciences & des Arts . Ces
II. Vol.
Dieux
JUIN. 1739. 1377
?
Dieux leur diftribuenr des Couronnes.
de Laurier & des Medailles d'or. Aux
deux Salons qui terminent cette Galerie
il peignit au premier , Promethée qui a
dérobé le feu du Ciel , & dans l'autre
Pandore , & c. Après ces Ouvrages , Mignard
peignit le beau plafond du grand
Cabinet de Monfeigneur , qui ne fubfifte
plus.
Au mois de Juin 1687. Mignard fut
ennobli. Son tableau reprefentant l'hommage
de la Mer au Roy , fuivit de près
cette marque glorieufe dont S. M. venoit
de l'honorer.
Le Portrait de la Ducheffe du Lude
fut finienviron ce tems là . A l'affection &
l'eftime qu'elle avoit pour Mignard
elle joignit une telle inclination pour fa
fille que l'amitié la plus tendre y fucceda
bien- tôt , lorfque Mademoiſelle Mignard
devint , par fon mariage avec le Comte
de Feuquieres , coufine germaine de la
Ducheffe du Lude.
Un de fes derniers portraits eft celui de
Madame de Foix : Elle avoit des charmes
dans l'efprit , dont on ne pouvoit fe défendre.
Il fçût la peindre telle qu'elle étoit
effectivement , plutôt jolie que belle , parée
de cet art de plaire qui n'accompagne
pas toujours la beauté , & qui lui eft fouvent
préferé. La plupart des femmes , diloit
II. Vol.
1378 MERCURE DE FRANCE
ce Peintre , ne fçavent ce que c'est que de fe
fairepeindre telles qu'elles font ; elles ont une
idée de la beauté à laquelle elles veulent ref
fembler : c'eft leur idée qu'elles veulent qu'on
copie , & non pas leur visage.
Le fameux le Brun étant mort au mois
de Février 1690. le Roi donna ſur le
champ à Mignard la Charge de Premier
Peintre & Garde General du Cabinet des
Tableaux & Deffeins de S. M. Il fut nommé
en même-tems , Directeur & Chancelier
de l'Academie Royale de Peinture &
Sculpture , & Directeur de la Manufacture
Royal des Gobelins . Il mourut à Paris
le 13. Mai 1695. âgé de 84. ans ,
fix mois
& quelques jours.
L'Auteur termine la Vie de Mignard
par cet Eloge: Sa compofition eft riche
gracieufe & noble. Grand Poëte dans l'invention
, fa difpofition eft fçavante & fage
, fon ftile heroïque & fublime , fonpinceau
hardi , moelleux & leger. Tout
cela fans perdre de vûë les beautez du détail.
Ses expreffions font vrayes , confor
mes à l'action , moderées fans être infipides
; toûjours nobles , toujours élevées .
Il drapoit d'un grand goût : fes plis font
grands & bien jettez , marquant & flatant
judicieufement le nud , en imitant , autant
qu'il eft poffible , la varieté des étoffes
, &c. C'eft fur les Memoires de la
11. Vol. Comteffe
JUIN. 1730. 1379
Comteffe de Feuquieres qu'on a écrit la
vie de fon illuftre Pere ; c'eft elle , pourfuit
l'Auteur , qui lui fait rendre un honneur
fi bien merité , & lui donne cette
derniere marque de fa pieté , de fon rel
pect & de fa tendre reconnoiffance .
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Résumé : La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
Pierre Mignard, Premier Peintre du Roi, est un artiste français du XVIIe siècle dont la vie et les œuvres sont marquées par une grande reconnaissance à la cour. Après son retour de Rome, Mignard réalisa plusieurs portraits notables, dont celui du jeune roi Louis XIV, exécuté en trois heures et envoyé à Madrid. Ce portrait impressionna la cour d'Espagne, notamment l'Infante, et contribua à la paix entre les deux nations. La reine mère commanda également son portrait, mettant en valeur sa jeunesse et sa beauté. Mignard peignit aussi le Cardinal Mazarin, un sujet difficile pour les artistes précédents. Mignard réalisa de nombreux portraits de la famille royale et de personnalités distinguées, ce qui lui valut une grande réputation. Il peignit également des œuvres à fresque, comme celles de l'Hôtel d'Epernon et de l'Hôtel de Longueville. Le portrait de la Marquise de Gouvernet fut particulièrement admiré pour sa vivacité. Il fut chargé de peindre la coupole du Val-de-Grâce, un ouvrage achevé en huit mois et décrit comme un triomphe de la peinture, représentant des scènes religieuses et des figures divines avec une grande maîtrise. En plus de ses portraits et fresques, Mignard réalisa des tableaux de chevalet, comme celui de la Duchesse de Brissac et de la Duchesse de La Vallière. Il participa également à des débats sur l'authenticité de ses œuvres. Le texte mentionne des anecdotes sur les commandes royales et les appréciations des contemporains de Mignard. Par exemple, le Duc de Montausier compara les styles de Brun et de Mignard aux noms des artistes eux-mêmes. En 1677, le frère unique de Louis XIV, Monsieur, commanda à Mignard des peintures pour le château de Saint-Cloud, avec Apollon comme sujet principal. La Galerie de ses œuvres représente Apollon à différents moments de sa vie, notamment sa naissance auprès de Latone et sa présence sur le mont Parnasse avec les Muses. Latone, insultée par les paysans de Lybie, est vengée par Jupiter qui les transforme en grenouilles. La galerie est ornée de peintures des façons et des talents de l'esprit, avec un plafond central où le Soleil, représenté sous les traits du Roi, est tiré par quatre chevaux blancs, précédé par l'Aurore. Mignard a réalisé plusieurs œuvres importantes, comme le cabinet de Diane à Sceaux, le plafond de l'Aurore, et divers tableaux à Versailles. En 1684, il a peint un plafond représentant Apollon et Minerve, avec le Génie de la France tenant un lys et s'appuyant sur Minerve. Mignard a été anobli en juin 1687 et a peint des portraits notables, tels que celui de la Duchesse du Lude et de Madame de Foix. Après la mort de Charles Le Brun en 1690, Mignard a été nommé Premier Peintre du Roi, Directeur de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, et Directeur de la Manufacture Royale des Gobelins. Il est décédé à Paris le 13 mai 1695 à l'âge de 84 ans. Son élégie souligne sa composition riche et gracieuse, son invention poétique, son style héroïque et sublime, ainsi que son habileté dans le détail et le drapé. La vie de Mignard a été écrite par la Comtesse de Feuquières, sa fille.
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22
p. 1788
PORTRAIT DE PHILIS.
Début :
Qu'en vous on voit briller de charmes ! [...]
Mots clefs :
Beauté, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE PHILIS.
PORTRAIT DE PHILIS.
Q
U'en vous on voit briller de charmes !
On ne balance point à vous rendre les armes.
Quel vifage ! quels yeux ! quel éclat de beauté !
Quel air ! quelle vivacité !
Voilà , Philis , votre portrait fidele ;
Mais l'amour à mes yeux vous peint encor plus
belle.
Par M. L'Affichard.
Q
U'en vous on voit briller de charmes !
On ne balance point à vous rendre les armes.
Quel vifage ! quels yeux ! quel éclat de beauté !
Quel air ! quelle vivacité !
Voilà , Philis , votre portrait fidele ;
Mais l'amour à mes yeux vous peint encor plus
belle.
Par M. L'Affichard.
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23
p. 2379-2380
PORTRAIT DE L'AMANT. Fait par Madame de B...
Début :
Des yeux noirs & de blonds cheveux, [...]
Mots clefs :
Amant, Portrait, Nature
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE L'AMANT. Fait par Madame de B...
PORTRAIT DE L'AMANT.
Fait
par
Madame de B ...
DEs yeux noirs & de blonds cheveur ,
Des dents blanches comme l'yvoire ,
Un fouris doux & gracieux ,
De l'efprit & de la mémoire ,
Se préfenter très- noblement ;
C'est le portrait de mon Amant
Une élégante propreté
Fait tout le foin de ſa parure ;
• Il n'eft rien en lui d'affecté ,
On y voit la fimple nature
Cij
Sans
2380 MERCURE DE FRANCE
Sans détour , fans déguiſement ;
C'eft le portrait de mon Amant.
Sçavoir tout & parler fort bien
Exceller dans l'art de fe taire ,
Ne décider jamais fur rien ,
Se prêter au difcours vulgaire ,
N'avoir jamais d'entêtement ;
C'eſt le portrait de mon Amant.
'Amant conftant , fidele ami
Genereux , difcret & fincere
Ne fervir jamais à demi ,
Délicat dans le doux miſtere ,
Des feftins faire l'ornement ;"
C'eft le portrait de mon Amant.
4
L'on doit aimer jufqu'au tombeau
Ce Chef-d'oeuvre de la nature ;
Vit- on jamais rien de fi beau ?
D'un Dieu même c'eft la peinture,
Ne choififfez point autrement ,
Belles , qui voulez un Amant.
Fait
par
Madame de B ...
DEs yeux noirs & de blonds cheveur ,
Des dents blanches comme l'yvoire ,
Un fouris doux & gracieux ,
De l'efprit & de la mémoire ,
Se préfenter très- noblement ;
C'est le portrait de mon Amant
Une élégante propreté
Fait tout le foin de ſa parure ;
• Il n'eft rien en lui d'affecté ,
On y voit la fimple nature
Cij
Sans
2380 MERCURE DE FRANCE
Sans détour , fans déguiſement ;
C'eft le portrait de mon Amant.
Sçavoir tout & parler fort bien
Exceller dans l'art de fe taire ,
Ne décider jamais fur rien ,
Se prêter au difcours vulgaire ,
N'avoir jamais d'entêtement ;
C'eſt le portrait de mon Amant.
'Amant conftant , fidele ami
Genereux , difcret & fincere
Ne fervir jamais à demi ,
Délicat dans le doux miſtere ,
Des feftins faire l'ornement ;"
C'eft le portrait de mon Amant.
4
L'on doit aimer jufqu'au tombeau
Ce Chef-d'oeuvre de la nature ;
Vit- on jamais rien de fi beau ?
D'un Dieu même c'eft la peinture,
Ne choififfez point autrement ,
Belles , qui voulez un Amant.
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Résumé : PORTRAIT DE L'AMANT. Fait par Madame de B...
Madame de B... décrit un amant idéalisé doté de traits physiques distinctifs : yeux noirs, cheveux blonds, dents blanches et un front gracieux. Il se distingue par une élégante propreté et une absence d'affectation, incarnant simplicité et authenticité. Son esprit et sa mémoire sont remarquables, et il excelle dans l'art du silence, évitant les décisions hâtives. Fidèle, constant, généreux, discret et sincère, il ne sert jamais à moitié et se montre délicat dans les moments intimes, ajoutant de l'éclat aux festins. Le texte le qualifie de chef-d'œuvre de la nature, digne d'amour jusqu'au tombeau, et le compare à la perfection d'un dieu. Les femmes sont encouragées à ne pas chercher autre chose si elles souhaitent un amant.
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24
p. 2381-2382
PORTRAIT DE LA MAITRESSE. Fait par M. d'Hautefeuille.
Début :
Deux rangs de perles dans la bouche, [...]
Mots clefs :
Portrait, Maîtresse, Plaire
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE LA MAITRESSE. Fait par M. d'Hautefeuille.
PORTRAIT DE LA MAITRESSE
Y
Fait
par M. d'Hautefeuilles
D
>
Eux rangs de perles dans la bouche,
Des cheveux noirs , de beaux yeux bleus
Un teint où la rofe fe couche
Un fourire miſterieux ,
L'air plein d'une fage nobleffe ;
C'eſt le portrait de ma Maîtreffe.
Toujours parée & fans parure ,
"Au -deffus des fecrets de l'art ,
-Des feules mains de la nature'
Elle fçait compofer fon fard
L'efprit ſouple & de la juſteſſe ;
Geft le portrait de ma Maitreffe.
Sans bruit , fans humeur , fans caprice }
Śçachant le monde fans l'aimer ;
Et n'ayant pour moi d'autre vice
Que de plaire & de tout charmer;
Un coeur neuf, & que feul je bleſſe
C'eſt le portrait de ma Maitreffe.
Douce , difcrete , genéreufe ,
Contente d'un engagement ,
Dans fa tendreffe ingénieufe
Cij
Elle
2382 MERCURE DE FRANCE
&
Elle fixeroit un Amant
Par fa feule délicateffe ;
C'eft le portrait de ma Maîtreffe.
La Mere du Dieu de Cythere
Fut moins aimée , eut moins d'attraits
Que la Beauté qui m'a fçû plaire ,
Et dont j'ébauche quelques traits :
Ne faites choix , tendre Jeuneffe ,
Que d'une pareille Maîtreffe.
Y
Fait
par M. d'Hautefeuilles
D
>
Eux rangs de perles dans la bouche,
Des cheveux noirs , de beaux yeux bleus
Un teint où la rofe fe couche
Un fourire miſterieux ,
L'air plein d'une fage nobleffe ;
C'eſt le portrait de ma Maîtreffe.
Toujours parée & fans parure ,
"Au -deffus des fecrets de l'art ,
-Des feules mains de la nature'
Elle fçait compofer fon fard
L'efprit ſouple & de la juſteſſe ;
Geft le portrait de ma Maitreffe.
Sans bruit , fans humeur , fans caprice }
Śçachant le monde fans l'aimer ;
Et n'ayant pour moi d'autre vice
Que de plaire & de tout charmer;
Un coeur neuf, & que feul je bleſſe
C'eſt le portrait de ma Maitreffe.
Douce , difcrete , genéreufe ,
Contente d'un engagement ,
Dans fa tendreffe ingénieufe
Cij
Elle
2382 MERCURE DE FRANCE
&
Elle fixeroit un Amant
Par fa feule délicateffe ;
C'eft le portrait de ma Maîtreffe.
La Mere du Dieu de Cythere
Fut moins aimée , eut moins d'attraits
Que la Beauté qui m'a fçû plaire ,
Et dont j'ébauche quelques traits :
Ne faites choix , tendre Jeuneffe ,
Que d'une pareille Maîtreffe.
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Résumé : PORTRAIT DE LA MAITRESSE. Fait par M. d'Hautefeuille.
Le texte décrit une maîtresse, telle que la perçoit M. d'Hautefeuilles. Elle se distingue par des traits physiques marquants : des perles dans la bouche, des cheveux noirs, des yeux bleus, un teint rosé et un sourire énigmatique. Son élégance est naturelle et sans ostentation. Son esprit est flexible et équitable. Elle navigue dans la société sans l'apprécier vraiment, son seul défaut étant de vouloir plaire et charmer. Elle réserve son cœur au narrateur, se montrant douce, discrète et généreuse. Sa beauté et ses qualités surpassent celles de la mère du dieu de Cythère. Le narrateur recommande aux jeunes femmes de choisir une maîtresse de cette trempe.
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25
p. 138-139
Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Début :
Le Portrait historié et très bien caractérisé de la Dlle [...]
Mots clefs :
Portrait, Opéra, Estampe, Académie royale de peinture, Tableau
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texteReconnaissance textuelle : Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Le Portrait historie et très bien caracterisé
de la Dile Camargo , premiere danseuse
de l'Opera , va paroître en Estampe..
Il a été peint par le sieur Lancret , Peintre
de l'Académie Royale de Peinture..
Le talent que tout le monde lui connoît ,
sur tout pour les sujets de Bals et Fêtes
galantes et champêtres , a été ingenieusement
employé à faire un Tableau des plus.
agréables ; il a si bien sçû saisir ce qu'un
aussi excellent modele a d'inimitable,que
jamais Figure n'a paruë plus dansante.Les
accompagnemens sont traités avec goût
et discernement ; on voit des spectateurs
et des simphoniste placés naturellement,
et un très -beau fond de paysage. Le sieur
Cars , Graveur de la même Académie ,
très,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
R
W
YORK
MIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1731
JANVIER. 1731. 139
très-habile dans sa profession , a gravé
ce Portrait de la même grandeur du Tableau
, et avec tant d'art , que les Con- .
noisseurs ne sçavent à qui donner la préference
du pinceau ou du burin. L'Estampe
est en large , et de la même grandeur
du Tableau original ; dont nous pouvions
faire tout d'un coup l'éloge en
disant qu'il est dans le Cabinet de M. de
la Faye. Cette Estampe se vendra chez
l'Auteur , Quay de la Mégisserie , à la
Croix de Perles , et chez le sieur Cars , au
Nom de Jesus .
de la Dile Camargo , premiere danseuse
de l'Opera , va paroître en Estampe..
Il a été peint par le sieur Lancret , Peintre
de l'Académie Royale de Peinture..
Le talent que tout le monde lui connoît ,
sur tout pour les sujets de Bals et Fêtes
galantes et champêtres , a été ingenieusement
employé à faire un Tableau des plus.
agréables ; il a si bien sçû saisir ce qu'un
aussi excellent modele a d'inimitable,que
jamais Figure n'a paruë plus dansante.Les
accompagnemens sont traités avec goût
et discernement ; on voit des spectateurs
et des simphoniste placés naturellement,
et un très -beau fond de paysage. Le sieur
Cars , Graveur de la même Académie ,
très,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
R
W
YORK
MIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1731
JANVIER. 1731. 139
très-habile dans sa profession , a gravé
ce Portrait de la même grandeur du Tableau
, et avec tant d'art , que les Con- .
noisseurs ne sçavent à qui donner la préference
du pinceau ou du burin. L'Estampe
est en large , et de la même grandeur
du Tableau original ; dont nous pouvions
faire tout d'un coup l'éloge en
disant qu'il est dans le Cabinet de M. de
la Faye. Cette Estampe se vendra chez
l'Auteur , Quay de la Mégisserie , à la
Croix de Perles , et chez le sieur Cars , au
Nom de Jesus .
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Résumé : Portrait de la Dlle Camargo, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une estampe intitulée 'Le Portrait histoire et très bien caractérisé de la Dile Camargo, première danseuse de l'Opéra'. Cette œuvre a été peinte par Nicolas Lancret, connu pour ses représentations de bals et de fêtes galantes et champêtres. Lancret a su capturer l'essence de son modèle, rendant la figure particulièrement expressive et dynamique. Les spectateurs et les musiciens sont représentés avec goût et naturel, complétés par un beau fond de paysage. L'estampe a été gravée par le sieur Cars, membre de l'Académie Royale de Peinture, qui a reproduit le tableau avec une grande maîtrise. Les connaisseurs apprécient autant la qualité du pinceau de Lancret que celle du burin de Cars. L'estampe est de la même taille que le tableau original, appartenant à M. de la Faye. Elle sera disponible à la vente chez l'auteur, au Quai de la Mégisserie, à la Croix de Perles, et chez le sieur Cars, au Nom de Jesus.
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26
p. 457-458
NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
Début :
Des le matin sur le sacré Vallon, [...]
Mots clefs :
Cythère, Apollon, Portrait, Déesse, Vengeance, Mépris, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
NOUVELLES DE CYTHERE.
du 14 Décembre 1730. addressées à
Maden D. L. G. à Auch , par M. le
Chevalier D. N. D. M.
DEEs le matin sur le sacré Vallon ,
Pour ton Portrait que je prétendois faire ,
J'allai prier le Seigneur Apollon ,
De m'inspirer ; ce n'est petite affaire ,
Me dit le Dieu , renonce à ton Projet ,
Je la connois , cette fille charmante ,
Je ne sçaurois répondre à ton attente ,
Et l'Amour seul peut peindre cet Objet.
Lors vers l'Amour je courus à Cythere ;
Lui raconter quel étoit mon dessein ,
Il s'occupoit à consoler sa Mere ,
Que tes appas devorent de chagrin ,
Ils étoient seuls ; je n'y vis point les Graces;
Ni les Plaisirs , ni les Jeux , ni les Ris ,
De tout cela je ne fus point surpris ,
Qui ne sçait pas qu'ils volent sur tes traces ?
Et c'est de quoi Cypris versoit des pleurs :
Je
58 MERCURE DE FRANCE
Je m'approchai , par une ample Requête ,
Je crus pouvoir obtenir des couleurs .
Pour ton Portrait , l'Enfant tourna la tête ,
Que sert , dit - il , d'accroître mes douleurs ,
De peindre aux yeux les appas de la Belle ,
Ils sont pour moi dans tous les coeurs;
gravez
L'ingrate , helas ! n'en est pas moins rebelle ,
Sur elle en vain j'émousse tous mes Traits ,
Mais ses mépris excitent ma vengeance ,
Et vient le tems prescrit dans mes Decrets ,
Que ses soupirs vengeront cette offense.
Pour qui ? ... C'est trop , respecte mes secrets ,
Il dit : soudain frappant trois fois la terre,
Il disparut sur les pas de sa Mere ;
Et moi j'ai crû devoir sans differer ,
Vous rapporter en sortant de Cythere ,
L'Arrêt du Dieu , pour vous y préparer ,
Ou prévenir l'effet de sa colere,
du 14 Décembre 1730. addressées à
Maden D. L. G. à Auch , par M. le
Chevalier D. N. D. M.
DEEs le matin sur le sacré Vallon ,
Pour ton Portrait que je prétendois faire ,
J'allai prier le Seigneur Apollon ,
De m'inspirer ; ce n'est petite affaire ,
Me dit le Dieu , renonce à ton Projet ,
Je la connois , cette fille charmante ,
Je ne sçaurois répondre à ton attente ,
Et l'Amour seul peut peindre cet Objet.
Lors vers l'Amour je courus à Cythere ;
Lui raconter quel étoit mon dessein ,
Il s'occupoit à consoler sa Mere ,
Que tes appas devorent de chagrin ,
Ils étoient seuls ; je n'y vis point les Graces;
Ni les Plaisirs , ni les Jeux , ni les Ris ,
De tout cela je ne fus point surpris ,
Qui ne sçait pas qu'ils volent sur tes traces ?
Et c'est de quoi Cypris versoit des pleurs :
Je
58 MERCURE DE FRANCE
Je m'approchai , par une ample Requête ,
Je crus pouvoir obtenir des couleurs .
Pour ton Portrait , l'Enfant tourna la tête ,
Que sert , dit - il , d'accroître mes douleurs ,
De peindre aux yeux les appas de la Belle ,
Ils sont pour moi dans tous les coeurs;
gravez
L'ingrate , helas ! n'en est pas moins rebelle ,
Sur elle en vain j'émousse tous mes Traits ,
Mais ses mépris excitent ma vengeance ,
Et vient le tems prescrit dans mes Decrets ,
Que ses soupirs vengeront cette offense.
Pour qui ? ... C'est trop , respecte mes secrets ,
Il dit : soudain frappant trois fois la terre,
Il disparut sur les pas de sa Mere ;
Et moi j'ai crû devoir sans differer ,
Vous rapporter en sortant de Cythere ,
L'Arrêt du Dieu , pour vous y préparer ,
Ou prévenir l'effet de sa colere,
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Résumé : NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
Le 14 décembre 1730, M. le Chevalier D. N. D. M. écrit à Maden D. L. G. à Auch pour relater sa quête de peindre le portrait d'une femme charmante. Apollon lui conseille de renoncer, affirmant que seul l'Amour peut peindre cette femme. L'auteur se rend alors à Cythère pour consulter l'Amour, qu'il trouve en train de consoler Vénus, souffrante à cause des charmes de la femme. Les Grâces, les Plaisirs, les Jeux et les Rires sont absents, car ils suivent la femme. L'Amour refuse de fournir des couleurs pour le portrait, expliquant que peindre les appas de la belle augmenterait ses douleurs, car elle reste rebelle malgré ses efforts. L'Amour mentionne une vengeance imminente et disparaît. L'auteur rapporte cet arrêt divin à son destinataire pour le préparer à la colère de l'Amour.
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27
p. 572-574
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
L'Estampe que nous avons déja annoncée du Portrait historié de [...]
Mots clefs :
Estampe, Portrait, Danseuse, Peintres, Graveurs, Tableau, Mosaïque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
L'Estampe que nous avons déja annoncée du
Portrait historié de la De Camargo , premiere
Danseuse de l'Opera, est en vente, et le grand débit
qu'on en fait , prouve l'applaudissement du
Public .On lit ces quatre Vers au bas de la Planche,
Fidelle aux loix de la cadence ,
Jeforme augréde l'art les pas les plus hardis.
Ori
MARS. 1731. 573
Originale dans ma danse ,
Je puis le disputer aux Balons , aux Blondis .
Deux nouvelles Estampes qui paroissent depuis
peu , sont très - capables de soutenir et d'augmenter
la réputation des Peintres et des Graveurs
François. Les sieurs Charles Coypel et Lepicier ,
en sont les Auteurs. La premiere est d'après un
Tableau en hauteur , du Cabinet du Comte de
Morville; l'ingenieux Peintre y a répresenté l'Amour
Précepteur , sous la figure d'un jeune Doc
teur , gravement assis , qui explique l'Art d'aimer
à une petite fille , d'autres petites personnes
écoutent et étudient leurs leçons. Cette pensée est
excellemment renduë par des expressions fines et
naïves , par des attitudes et par des ajustemens
aussi galans que modestes. L'habile main qui a
gravé ce Morceau , n'a rien laissé desirer aux
Connoisseurs les plus délicats . C'est une touche
tendre , précise , legere et une entente admirable .
On lit ces quatre Vers au bas .
1
L'airgrave que je fais paroître ,
Belles , ne doit point allarmers
Il caracterise le Maître ,
Et ne le fait pas moins aimer.
La seconde Estampe représente une gracieuse
Veuve dont la Toilette n'est pas fort chargée ,
aussi ses appas sont- ils très- naturels , sans la
moindre pincée d'art ni de coquetterie. Elle rêve
devant son Miroir , dont la glace ne court aucun
risque d'être cassée. On lit au bas.
Entre deux mouvemens sans cesse partagée ,
La Veuve en cet instant les exprime à la fois :
LA
574 MERCURE DE FRANCE.
L'un est la liberté de faire un nouveau choix ,
L'autre la peur d'étre changée, í
Le 23. du mois passé M. Vanloo , Peintre
'Histoire , Agregé de l'Académie Royale de
Peinture et de Sculpture , y fut reçû , et donna
pour sa réception un grand Tableau représentant
Diane et Endymion , qui fut generalement approuvé
, et que quantité de Curieux vont voir
avec plaisir.
On écrit de Rome qu'on exposa le 18. du mois
dernier dans l'Eglise de Saint Pierre , le beau Ta--
bleau en Mosaïque , copié par le Cavalier Pierre
Paul Chriftoferi , d'aprés le Tableau Original de
sainte Petronille , peint par le celebre Guarcino
d'Acento , Disciple des Carraches.
On nous a envoïé de Lyon une grande Estampe
qui y a été gravée depuis peu par le sieut
André Houat , d'aprés un dessein à la plume
du Chevalier de Serre , représentant Ariane et
Bacchus. C'est une fort belle et fort riche com
position
Portrait historié de la De Camargo , premiere
Danseuse de l'Opera, est en vente, et le grand débit
qu'on en fait , prouve l'applaudissement du
Public .On lit ces quatre Vers au bas de la Planche,
Fidelle aux loix de la cadence ,
Jeforme augréde l'art les pas les plus hardis.
Ori
MARS. 1731. 573
Originale dans ma danse ,
Je puis le disputer aux Balons , aux Blondis .
Deux nouvelles Estampes qui paroissent depuis
peu , sont très - capables de soutenir et d'augmenter
la réputation des Peintres et des Graveurs
François. Les sieurs Charles Coypel et Lepicier ,
en sont les Auteurs. La premiere est d'après un
Tableau en hauteur , du Cabinet du Comte de
Morville; l'ingenieux Peintre y a répresenté l'Amour
Précepteur , sous la figure d'un jeune Doc
teur , gravement assis , qui explique l'Art d'aimer
à une petite fille , d'autres petites personnes
écoutent et étudient leurs leçons. Cette pensée est
excellemment renduë par des expressions fines et
naïves , par des attitudes et par des ajustemens
aussi galans que modestes. L'habile main qui a
gravé ce Morceau , n'a rien laissé desirer aux
Connoisseurs les plus délicats . C'est une touche
tendre , précise , legere et une entente admirable .
On lit ces quatre Vers au bas .
1
L'airgrave que je fais paroître ,
Belles , ne doit point allarmers
Il caracterise le Maître ,
Et ne le fait pas moins aimer.
La seconde Estampe représente une gracieuse
Veuve dont la Toilette n'est pas fort chargée ,
aussi ses appas sont- ils très- naturels , sans la
moindre pincée d'art ni de coquetterie. Elle rêve
devant son Miroir , dont la glace ne court aucun
risque d'être cassée. On lit au bas.
Entre deux mouvemens sans cesse partagée ,
La Veuve en cet instant les exprime à la fois :
LA
574 MERCURE DE FRANCE.
L'un est la liberté de faire un nouveau choix ,
L'autre la peur d'étre changée, í
Le 23. du mois passé M. Vanloo , Peintre
'Histoire , Agregé de l'Académie Royale de
Peinture et de Sculpture , y fut reçû , et donna
pour sa réception un grand Tableau représentant
Diane et Endymion , qui fut generalement approuvé
, et que quantité de Curieux vont voir
avec plaisir.
On écrit de Rome qu'on exposa le 18. du mois
dernier dans l'Eglise de Saint Pierre , le beau Ta--
bleau en Mosaïque , copié par le Cavalier Pierre
Paul Chriftoferi , d'aprés le Tableau Original de
sainte Petronille , peint par le celebre Guarcino
d'Acento , Disciple des Carraches.
On nous a envoïé de Lyon une grande Estampe
qui y a été gravée depuis peu par le sieut
André Houat , d'aprés un dessein à la plume
du Chevalier de Serre , représentant Ariane et
Bacchus. C'est une fort belle et fort riche com
position
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Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Le texte annonce la vente d'une estampe représentant le portrait de la danseuse La Camargo, première danseuse de l'Opéra, qui connaît un grand succès public. Cette estampe est accompagnée de quatre vers mettant en avant ses talents de danseuse. Deux nouvelles estampes, réalisées par Charles Coypel et Lepicier, renforcent la réputation des peintres et graveurs français. La première est inspirée d'un tableau du Cabinet du Comte de Morville, intitulé 'L'Amour Précepteur', et est saluée pour sa finesse et son habileté. La seconde représente une veuve rêveuse devant son miroir, accompagnée de vers explicatifs. Le 23 du mois précédent, M. Vanloo a été reçu à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture avec un tableau de Diane et Endymion. À Rome, une mosaïque copiée par le Cavalier Pierre Paul Chriftoferi a été exposée à Saint-Pierre. Enfin, une grande estampe d'Ariane et Bacchus, gravée par André Houat d'après un dessin du Chevalier de Serre, a été envoyée de Lyon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 1980-1902
Oeuvres de Moliere : nouvelle Edition, [titre d'après la table]
Début :
Les Libraires de Paris travaillent actuellement à donner au Public une nouvelle Édition [...]
Mots clefs :
Libraires de Paris, Réflexions historiques et critiques, Molière, Portrait, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de Moliere : nouvelle Edition, [titre d'après la table]
Les Libraires de Paris travaillent actuelles
ment
AOUS T. 1731. 1981
ment à donner au Public une nouvelle Edition
des OEUVRES DE MOLIERE ? en six volumes inquarto
, avec des Memoires sur la Vie de l'Auteur
, et des Réflexions Historiques et Critiques
sur chaque Piece.
;
On n'épargnera aucune dépense pour embellir
cette Edition , qui sera toute entiere sur du
grand papier avec le Portrait de l'Auteur , des
Estampes pour chaque Sujet , des Vignettes
Lettres grises et Culs - de-lampes ; le tout dessiné
et gravé par les meilleurs Maîtres.
Le Texte a été exactement conferé avec les
anciennes Editions et quelques Manuscrits. La
correction de cette Edition sera faite avec un
très-grand soin .
Les Exemplaires seront délivrés à la fin de
l'année 1732. Il n'en sera tiré qu'un très- petit
nombre, conformément au papier et aux Caracteres
employés au present Avis.
Ceux qui en voudront retenir , pourront s'adresser
, à Paris chez Pierre Gandoüin , Quay
des Augustins , Theodore le Gras , Grand'Salle
du Palais. Michel - Estienne David , sur ledit
Quay. Guillaume Cavelier , rue Saint Jacques.
Les Libraires ci - dessus ne délivreront des
Reconnoissances que jusqu'au dernier Novembre
1731.
La suite et conclusion des Mémoires d'un
homme de qualité qui s'est retiré du Monde
se trouve à Paris chez Gabriël Martin , Libraire
, ruë S. Jacques , chez la Veuve Delaulne
, même ruë , et chez Theodore le Gras au
Palais.
Le samedi 28. Juillet , l'Académie Royale
G des
1902 MER DE FRANCE
des Sciences élût Mrs. de Maupertuis , Pitot ,
et Bouguier , pour remplir la place de Pensionnaire
Géométre , vacante pat la veterance accordée
à M. Saurin , le premier a été choisi par
le Roy pour remplir cette place .
Le Mercredi 1. Aoust M. Clairau a été choisi
pour remplir la place d'Adjoint Méchanicien ,
vacante depuis long- temps,
Le Mercredi 8. M. de Valiere , Lieutenant
General d'Artillerie , Grand- Croix de l'Ordre
de S. Louis , et M. de la Peyronie , premier
Chirurgien du Roy, ont été élûs pour remplir la
premiere de deux places d'Associés libres , dont
le Roy vient d'augmenter cette Classe : ces deux
Sujets ont été choisis pour remplir ces deux
places.
ment
AOUS T. 1731. 1981
ment à donner au Public une nouvelle Edition
des OEUVRES DE MOLIERE ? en six volumes inquarto
, avec des Memoires sur la Vie de l'Auteur
, et des Réflexions Historiques et Critiques
sur chaque Piece.
;
On n'épargnera aucune dépense pour embellir
cette Edition , qui sera toute entiere sur du
grand papier avec le Portrait de l'Auteur , des
Estampes pour chaque Sujet , des Vignettes
Lettres grises et Culs - de-lampes ; le tout dessiné
et gravé par les meilleurs Maîtres.
Le Texte a été exactement conferé avec les
anciennes Editions et quelques Manuscrits. La
correction de cette Edition sera faite avec un
très-grand soin .
Les Exemplaires seront délivrés à la fin de
l'année 1732. Il n'en sera tiré qu'un très- petit
nombre, conformément au papier et aux Caracteres
employés au present Avis.
Ceux qui en voudront retenir , pourront s'adresser
, à Paris chez Pierre Gandoüin , Quay
des Augustins , Theodore le Gras , Grand'Salle
du Palais. Michel - Estienne David , sur ledit
Quay. Guillaume Cavelier , rue Saint Jacques.
Les Libraires ci - dessus ne délivreront des
Reconnoissances que jusqu'au dernier Novembre
1731.
La suite et conclusion des Mémoires d'un
homme de qualité qui s'est retiré du Monde
se trouve à Paris chez Gabriël Martin , Libraire
, ruë S. Jacques , chez la Veuve Delaulne
, même ruë , et chez Theodore le Gras au
Palais.
Le samedi 28. Juillet , l'Académie Royale
G des
1902 MER DE FRANCE
des Sciences élût Mrs. de Maupertuis , Pitot ,
et Bouguier , pour remplir la place de Pensionnaire
Géométre , vacante pat la veterance accordée
à M. Saurin , le premier a été choisi par
le Roy pour remplir cette place .
Le Mercredi 1. Aoust M. Clairau a été choisi
pour remplir la place d'Adjoint Méchanicien ,
vacante depuis long- temps,
Le Mercredi 8. M. de Valiere , Lieutenant
General d'Artillerie , Grand- Croix de l'Ordre
de S. Louis , et M. de la Peyronie , premier
Chirurgien du Roy, ont été élûs pour remplir la
premiere de deux places d'Associés libres , dont
le Roy vient d'augmenter cette Classe : ces deux
Sujets ont été choisis pour remplir ces deux
places.
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Résumé : Oeuvres de Moliere : nouvelle Edition, [titre d'après la table]
En 1731, les Libraires de Paris préparent une nouvelle édition des œuvres de Molière en six volumes in-quarto. Cette édition inclura des mémoires sur la vie de l'auteur et des réflexions historiques et critiques sur chaque pièce. Pour embellir l'ouvrage, les libraires utiliseront du grand papier, des portraits de l'auteur, des estampes pour chaque sujet, des vignettes, des lettres grises et des culs-de-lampe, tous dessinés et gravés par les meilleurs maîtres. Le texte a été soigneusement comparé avec les anciennes éditions et quelques manuscrits, et la correction sera faite avec un grand soin. Les exemplaires seront disponibles à la fin de l'année 1732, en nombre limité. Les personnes intéressées peuvent s'adresser à Pierre Gandoüin, Theodore le Gras, Michel-Estienne David ou Guillaume Cavelier à Paris. Les reconnaissances seront délivrées jusqu'au dernier novembre 1731. Par ailleurs, la suite des 'Mémoires d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde' est disponible chez Gabriël Martin, la Veuve Delaulne et Theodore le Gras. L'Académie Royale des Sciences a élu plusieurs membres en juillet et août 1731, notamment de Maupertuis, Pitot, Bouguier, Clairaut, de Valière et de La Peyronie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 2191-2193
Portrait de Mlle d'Angeville. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu, imprimé in 4. un Poëme de M. Fuzelier, d'environ 200. [...]
Mots clefs :
Portrait, Comédienne, Friponne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de Mlle d'Angeville. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu , imprimé in 4.
un Poëme de M. Fuzelier , d'environ 200.
Vers, sous le titre de Portrait de Mlle Marie-
Anne d'Angeville. Les Talens et les
Graces de cette jeune Comedienne de la
Troupe du Roy , y sont celebrez avec
beaucoup de finesse , d'agrément et de
feu. En voicy quelques fragmens.
S'il n'étoit question que de tracer l'Image ; Il
De ces traits qui ne sont que beaux ,
On verroit triompher nos Appelles nouveaux ;
Mais rendre des traits fins , c'est un Apprentissage,
Pour les plus habiles Pinceaux .
Or , D'ANGEVILLE porte une certaine Mine
Friponne , Ironique , Lutine ,
Faite exprés pour désesperer
Le plus tranquile esprit , le coeur le plus rebelle.
En formant ce joli Modelle ,
La Nature jalouse a voulu nous montrer
Que le Galand VATEAU n'en sçavoit pas tant
qu'elle &c.
Pour la peindre groupons les Ris avec les Jeux ?
Avec choix dispersés pour seconder ses voeux
Les uns forment sa Cour , les autres sa Toillette ;
Et comme ils sont badins ; Bouquet , Panier ,
Cornette >
Tout est amusement pour eux :
Inspirés
*192 MERCURE DE FRANCE
Inspirés par leur goût faǹtasque ,
L'unpour se déguiser ne saisissant qu'un Masque
Epouvante un Couple ingenu ,
Que comiqnement il houspille ;
Tous deux sur leur gentil Corps nu
N'ont pour tout ornement , l'un qu'un galand
Fichu ,
L'autre qu'un riche Mantille :
Celui-là préferant l'attirail d'un Cadet ,
Un Manteau sur le Nés , arbore le Plumet , &C.
Jeune Prodige , ainsi paroissés sur la Scene
Soit en fille , soit en garçon ,
Des Coeurs que surprend votre chaine
L'Amour fait égale Moisson ;
C'en est trop : devez vous faire des Infidelles
Parmi nos Guerriers et nos Belles ,
Et vexer tour à tour la Veuve et l'Orphelin #
Décidés vos attraits ; optés un genre
Repentés- vous d'être Complice
enfin;
De tous les Larcins de Paphos ;
Laissés du moins , Charmante Actrice ,
L'un des deux Sexes en repos &c,
Mais l'Inscription manque : autre écueil pour me
veine :
C'est ici que souvent on a vu perdre haleine
Aux Poëtes les plus vantés.
D'ANGEVILLE , Actrice touchante ,
Fasse Apollon que je vous chante
Sur
SEPTEMBRE
1731. 2193
7.
Sur le ton que vous merités !
C'est demander beaucoup : les neuf Soeurs immortelles
,
Accordent rarement ce feu vif et serein ,
Qui doit éclairer un Quatrain :
Plus d'un Auteur pourroit en dire des nouvelles ,
Et sur plus d'une Estampe , avec droit condamné,
Nous prouver par ses Vers que les doctes Pu
celles ,
De ce feu précieux ne l'ont pas guerdoné.
Etre mal loué donc est assez en usage ;
Tel cas ( quoique par fois ce ne soit grand dom→
mage )
Est fréquent dans les Cours ; & , même dans les
Cieux ,
On n'est pas à couvert de ce fade langage ;
Le Dieu qu'on prise davantage ;
N'est pas toujours celui qu'on encense le mieux.
INSCRIPTION.
Pour former D'ANGEVILLE , au Théatre François
, •
A Thalie on l'offrit ; et ce don sçut lui plaire:
Mais elle dit , ceci n'a besoin de mes Loix ,
La Nature a tout fait , l'Art n'a plus rien à faire.
un Poëme de M. Fuzelier , d'environ 200.
Vers, sous le titre de Portrait de Mlle Marie-
Anne d'Angeville. Les Talens et les
Graces de cette jeune Comedienne de la
Troupe du Roy , y sont celebrez avec
beaucoup de finesse , d'agrément et de
feu. En voicy quelques fragmens.
S'il n'étoit question que de tracer l'Image ; Il
De ces traits qui ne sont que beaux ,
On verroit triompher nos Appelles nouveaux ;
Mais rendre des traits fins , c'est un Apprentissage,
Pour les plus habiles Pinceaux .
Or , D'ANGEVILLE porte une certaine Mine
Friponne , Ironique , Lutine ,
Faite exprés pour désesperer
Le plus tranquile esprit , le coeur le plus rebelle.
En formant ce joli Modelle ,
La Nature jalouse a voulu nous montrer
Que le Galand VATEAU n'en sçavoit pas tant
qu'elle &c.
Pour la peindre groupons les Ris avec les Jeux ?
Avec choix dispersés pour seconder ses voeux
Les uns forment sa Cour , les autres sa Toillette ;
Et comme ils sont badins ; Bouquet , Panier ,
Cornette >
Tout est amusement pour eux :
Inspirés
*192 MERCURE DE FRANCE
Inspirés par leur goût faǹtasque ,
L'unpour se déguiser ne saisissant qu'un Masque
Epouvante un Couple ingenu ,
Que comiqnement il houspille ;
Tous deux sur leur gentil Corps nu
N'ont pour tout ornement , l'un qu'un galand
Fichu ,
L'autre qu'un riche Mantille :
Celui-là préferant l'attirail d'un Cadet ,
Un Manteau sur le Nés , arbore le Plumet , &C.
Jeune Prodige , ainsi paroissés sur la Scene
Soit en fille , soit en garçon ,
Des Coeurs que surprend votre chaine
L'Amour fait égale Moisson ;
C'en est trop : devez vous faire des Infidelles
Parmi nos Guerriers et nos Belles ,
Et vexer tour à tour la Veuve et l'Orphelin #
Décidés vos attraits ; optés un genre
Repentés- vous d'être Complice
enfin;
De tous les Larcins de Paphos ;
Laissés du moins , Charmante Actrice ,
L'un des deux Sexes en repos &c,
Mais l'Inscription manque : autre écueil pour me
veine :
C'est ici que souvent on a vu perdre haleine
Aux Poëtes les plus vantés.
D'ANGEVILLE , Actrice touchante ,
Fasse Apollon que je vous chante
Sur
SEPTEMBRE
1731. 2193
7.
Sur le ton que vous merités !
C'est demander beaucoup : les neuf Soeurs immortelles
,
Accordent rarement ce feu vif et serein ,
Qui doit éclairer un Quatrain :
Plus d'un Auteur pourroit en dire des nouvelles ,
Et sur plus d'une Estampe , avec droit condamné,
Nous prouver par ses Vers que les doctes Pu
celles ,
De ce feu précieux ne l'ont pas guerdoné.
Etre mal loué donc est assez en usage ;
Tel cas ( quoique par fois ce ne soit grand dom→
mage )
Est fréquent dans les Cours ; & , même dans les
Cieux ,
On n'est pas à couvert de ce fade langage ;
Le Dieu qu'on prise davantage ;
N'est pas toujours celui qu'on encense le mieux.
INSCRIPTION.
Pour former D'ANGEVILLE , au Théatre François
, •
A Thalie on l'offrit ; et ce don sçut lui plaire:
Mais elle dit , ceci n'a besoin de mes Loix ,
La Nature a tout fait , l'Art n'a plus rien à faire.
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Résumé : Portrait de Mlle d'Angeville. [titre d'après la table]
Le texte présente un poème de M. Fuzelier intitulé 'Portrait de Mlle Marie-Anne d'Angeville', récemment publié en format in-4. Ce poème, composé d'environ 200 vers, célèbre les talents et les grâces de Marie-Anne d'Angeville, une jeune comédienne de la Troupe du Roy. Il met en lumière la finesse, l'agrément et l'énergie avec lesquels les qualités de l'actrice sont décrites. D'Angeville est décrite comme ayant une mine friponne, ironique et lutine, capable de désarçonner même les esprits les plus tranquilles. Le poème évoque divers aspects de sa vie et de son jeu sur scène, où elle excelle aussi bien dans les rôles féminins que masculins. Il souligne également les risques et les défis auxquels les poètes sont confrontés lorsqu'ils tentent de décrire des acteurs talentueux. Le texte se termine par une réflexion sur la difficulté de bien louer quelqu'un et sur le fait que même les dieux ne sont pas à l'abri des critiques. L'inscription finale souligne que la nature a doté d'Angeville de tous les talents nécessaires, rendant l'art superflu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 62-74
MORT DE M. DE LA MOTTHE.
Début :
Les Belles-Lettres, l'Académie Françoise, et tout notre Parnasse [...]
Mots clefs :
Antoine Houdard de la Motte, Mort, Génie, Talents, Ouvrages, Écrivain, Portrait, Académie française, Épigramme
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texteReconnaissance textuelle : MORT DE M. DE LA MOTTHE.
MORT DE M. DE LA MOTTHË.
L
>
-
2.. ,
Es Belles-Lettres , l'Académie Frans.
çoise , et tout notre Parnasse viennent de faire une très grande perte en
la personne d'Antoine Houdard de la
Motthe mort à Paris , sa Patrie. le.
26 Decembre 1731. entre six et sept
heures du matin dans la soixantiéme.
année de son âge , étant né le 17 de
Janvier , jour de S. Antoine de l'an 1672.
Il a été inhumé à S. André des Arcs ,
sa Paroisse , après avoir reçu tous ses Sacremens.
,
M. de la Motthe étoit un de ces genies.
heureux , feconds , on peut dire propres
à tout , et à qui aucune matiere n'étoit
étrangere. Par les ressources de son esprie
et par l'étendue de ses lumieres il réussissoit en tout; et quoiqu'il employât beaucoup d'art , son stile élevé , élegant et
sublime paroissoit simple , galant , et
toujours expressif.
Son Commerce doux , engageant , utile
et aimable , lui avoient fait un très grand
nombre d'amis , et même du premier ordre , ensorte qu'on peut dire qu'il est generalement
JANVIER. 1732.
neralement regretté , plus encore de ceux
qui le voyoient de près , et qui étoient
à portée de connoître ses talens et d'en
profiter , sur-tout de sa maniere précise ,.
fine , délicate , et polie de narrer , et tous
les agrémens enfin de son entretien dont
on se sçavoit toujours bon gré de remporter quelque chose. Mais nous ne dissimu
lerons point que le nombre de ses Ennemis étoit presque aussi grand , si on peut
appeller de ce nom , de trop séveres Ĉenseurs qui trouvoient dans ses Ouvrages et
dans son stile je ne sçai quoi de recherché et de trop simetrisé,et qui décidoient,
peut-être , avec aussi peu de lumieres que
d'équité , et peut-être aussi avec la vaine
et ridicule gloire d'oser blâmer un illustre
Ecrivain impunément , et du même ton
établi dans certains endroits , où l'on accordoit , à peine , au célebte Académicien la qualité de Poëte.
Après avoir fait ses Humanitez , et avoir
étudié en Droit,il eût un tel goût pour la
déclamation et pour les Spectacles, qu'il re- présenta diversesComédies deMoliere avec:
des jeunes gens de son âge. Ce fut dans ce
tems-là qu'il fit paroître le premier fruit de sa veine dans une Comédie,intitulée les
·Originaux, ou l'Italie , que les Comédiens
Italiens jouerent en 1693. avec peu de
Diiij succês
MERCURE DE , FRANCE
succès ; mais quatre ans après , il fit lePoëme de l'Europe galante, qui lui acquit,
à bon titre , une réputation considérable ; mais l'Epoque de son plus grand
éclat , fut lorsque son premier Volume
d'Odes parut. Il fut peu de temps après.
suivi d'un second avec un Discours sur
l'Ode et d'autres Pieces en Vers et en
Prose. Le Port de Mer et le Bal d'Auteuil
sont deux petites Comédies que M. de la
Motthe fit dans s ajeunesse pour leThéatre
François , avec M. Boindin.
>
M. de la Motthe s'est distingué par un
grand nombre d'ouvrages de toutes sortes
de caracteres. Il ne disputa jamais de prix
d'Eloquence et de Foësie qu'il ne les remportât , et il fut si souvent couronné par
' Académie Françoise , et par celle des
Jeux Floraux , qu'il fut enfin prié de ne
plus concourir.
Après le Ballet de l'Europe Galante , qui
eut un si grand succès en 1697 , il donna
la même année à l'Opera , Issé , Pastorale Héroïque , en 1699 , Amadis de Grece , Marthesie , Reine des Amazones ,
Tragédies. En 1700 , le Triomphe des Arts,
Ballet , Canente , Tragedie. En 1701 ,
Omphale , Tragedie. En 1703 , le Carna
val et la Folie , Ballet. En 1705 , la Veni
sienne , Ballet , et Alcione , Tragédie. En
1709
JANVIER 1732. 65%
1709 , Jupiter et Semelé , Tragédie. Ses
derniers Poëmes lyriques sont Scanderberg,
Tragédie qu'on met actuellement en Musique , et le Ballet des Ages , qu'on doit
jouer après Pâques.
Les Poëmes Dramatiques de M. de
la Motthe , qui sont presque ses derniers Ouvrages , sont , les Machabées
Tragédie , Romulus , Tragédie , Inés de
Castro , Tragédie , Edipe , Tragédie en
Vers la même en Prose , la Matrone
d'Ephese , petite Comédie en Prose , le
Talisman, idem. Richard Minutolo , idem,
le Magnifique , en 2. Actes , en Prose.
Toutes ces Pieces ont été jouées par les
Comédiens François avec beaucoup de
succès. Ces trois dernieres sous le titre de
PItalie Galante.
L'Amante difficile est encore une de ses
Comédies en cinq Actes , en Prose , las
même en Vers , jouée en Prose sur le
Théatre Italien depuis peu de temps..
>
Tout le monde connoît du même Auteur , son Essay de Critique sur les Théa
tres où il trouve le moyen d'établir les.
Regles de la Tragédie , et de faire en mê
me temps l'Apologie de ses Pieces. Ses
Fables avec un Discours sur la Fable
L'Iliade d'Homere traduite en Vers
François avec un Discours sur Homere.
D▼ Ouvrage
و
66 MERCURE DE FRANCE
Ouvrage qui donna lieu à une fameuse
dispute litteraire et à plusieurs autres
Volumes de notre Auteur sur le même.
sujet.
res ,
Nous ne descendrons point dans le dé-..
tail d'une infinité de Piéces fugitives en
tout genre ; Requêtes , Factums , Memoi
Piéces de Theatre et autres ouvrages
aussi ingenieux que galants , et qu'on applaudissoit sous les nomsde plusieurs personnes de ses amis ,tant hommesque femmes ; et sans qu'on ait jamais sçu le yeritable Auteur de ces ouvrages.
Il y a dans les receuils de l'Académie
Françoise , plusieurs Piéces de lui , entre
autres l'Eloge du feu Roi , qui est un morceau aussi élegant que pathetique. On assure qu'il y a dans son cabinet une suite
d'Eglogues , avec un discours sur l'Eglogue. Un memorial de l'histoire de France
en vers ; un autre de l'Histoire Romaine,
des Heures en vers , &c.
M. de la Motthe étoit d'une taille me-.
diocre , avec peu d'agrémens dans sa personne et dans le visage, mais il n'avoit rien
de rebutants on trouvoit beaucoup de
douceur dans sa phisionomie, dans ses manieres et dans le ton de sa voix. D'ailleurs
obligeant , moderé et poli dans la dispu
te, qu'il assaisonnoit de beaucoup de finis
se
JANVIER. 1732. 67
se d'esprit et de legereté. Dans les 12. ou
15. dernieres années de sa vie, il étoit toutà fait aveugle , et si accablé d'infirmitez
qu'il ne pouvoit pas faire un pas , ni même se tenir debout. Sa nourriture ordinaire étoit de pain , de legumes et de
lait.
Il avoit eu quelque vocation pour L'Etat Ecclesiatique , et avoit aspiré même à
la plus haute devotion. Il quitta le petit
colet en 1597. et a toujours vêcu dans le
celibat.
En 1710. P'Académie Françoise le nomma pour remplir la place de Thomas Cor
neille. Hy prit séance le 8. Fevrier dans
une très- nombreuse assemblée, et prononça un très-beau Discours. Il dit en parlant
de la pertede la vûe de M.Corneille, et s'adressant à ses Confreres , que ce que l'âge
avoit ravi à son prédecesseur,il l'avoit perdu dès sa jeunesse , que cette malheureuse
confirmité qu'il avoit avec lui, leur en rappelleroit souvent le souvenir , et qu'il ne
serviroit qu'à leur faire sentirsa perte; et il
adjouta : Ilfaut l'avouer cependant cette pri- ·
vation dontjemeplains,ne sera plus deformats :
pour moi un pretexte d'ignorance. Vous m'a
vez rendu la vûë , vous m'ave , ouvert tous
Les livres en m'associant à votre compagnie.
Aurayje besoin defaits ? Je trouverai ici des
Devi sçavanss
68 MERCURE DE FRANCE
1
Me sçavans à qui il n'en est point échapé.
faudra t'il des preceptes ? Je m'adresserai aux
maîtres de l'Art. Chercherai-je des exemples?
J'apprendrai les beautez des Anciens de la
bouche même de leurs Rivaux. J'ai droit enfin à tout ce que vous sçavez ; puisque je
puis vous entendre ,je n'envie plus le bonheur
de ceux qui peuvent lire. Jugez , Messieurs ,
de ma reconnoissance par l'idée juste et vive
queje meforme de vos bienfaits.
Nous finirons par l'Epigramme que
l'Abbé Tallement recita sur son nouveau
Confrere à la fin de la scéance.
LA MOTTHE par l'effort de ton vaste genie
Tu repares du fort l'injuste tirannie ,
Ce n'est pas par les yeux que l'esprit vient à bout
De bien connoître la nature ;
Argus avec cent yeux ne connut point- Mercure
Homere sans yeux voyoit tout.
PORTRAIT DE M. DE LA MOTTHE.
Q
Velle perte pour les Lettres que celle de
M. de la Motthe ? Peu d'hommes ent
réuni autant de qualitez de l'esprit et dans un
degré aussi éminent. Il sçait vous attacher
vousfixerpar ce grand sens , et par ce fond
de raifon qui caracterisent ses Ecrits. Quelqu'interessant qu'il fut par l'exposition du vrai
JANVIER 1731 69-
vrai , il ne dedaignoitpas les secours de l'imagination , il empruntott d'elle les couleurs
dont il avoit besoin pour rendre les veritez.
sensibles toujours maître du choix qui conz
venoit le mieux.
Ce n'étoientpaslà ses seules qualitez.Il s'onvroit de lafaçon la plus insinuante dans la
crainte de blesser l'amour propre dont il con
noissoit toute la delicatesse. Il nous rappelloit
ànous mêmes et nous amenoit insensiblement
aupoint de penser comme lui , mais après lui.
Ce qu'il nous avoit découvert , nous croïons
ne le tenir que de nous. Delà cette éloquence de
sentiment , qui comme si elle se fût mefiée de
la force des preuves , cherchoit à nous gagner
avant que denous convaincre.
Ala sublimité dugenie , à la delicatesse du
sentiment iljoignit l'étendue des vues et des
reflexions. Il avoit sçû par solidité d'esprit
etpar une précision d'idée , saisir les princidans beaucoup de genres , et sa souplesse
à se retournersurles differentes matieres le rendoit plus profond et plus lumineux dans chacune de celles qu'il avoit à traiter.
pes
Nous lui devons plus qu'à ces Ecrivains
qui par la seule force du genie ont bien exe
cuté , mais qui n'étoient pas capables de dé
velopper les regles de leur Art. Nous lui devons plus aussi qu'à ses hommesformezpar
la meditation , qui n'ont sçu que nous donner des
7 MERCURE DE FRANCE
des regles sans être capables de l'execution: -
M. de la Motthe nous afourni les regles et
les modeles, et parlà , sans le vouloir , il nousrend raison de ses succès.
Faut-il s'étonner si le Public sefaisoit un si
doux plaisir de l'entendre dans ces occasions
éclatantes où il avoit à soutenir à lafois l'hon
neur de l'Académie et celui de la Nation. Ses
discours tout recherchez, tout travaillez qu'ils
éroient,prenoient dans sa bouche un air sina ..
turel,qu'on eut dit qu'illes composoit dansl'ins
tant. Vous l'eussiez vû s'exprimer même par
le ton de sa voix , enlever l'Auditoire parla
justesse , par l'énergie , par la finesse de sa dé clamation...
Orné de tant de talens , il devoit être le con--
seil de tous ceux qui se mêloient d'écrires aussi
Pétoit-ilde plusieurs. Il ne s'offroit pas de son
propre mouvement à entendre toute sorte d'ouvrage, mais il se prêtoit de bonne grace. Avec
quelle activité ne saisissoit - il pas le genie de
Auteur , l'efprit de tout l'ouvrage, en un mot
toutes les convenances. Critique desinteressé
il ne cherchoit point à se mettre à la place de
Auteuren lui substituant ses propres lumieres...
Critiqueferme , il n'épargnoit rien de ce qu'il
croyoit contraire à la precision et à l'agrément.
Critique modeste , ilproposoit ses avis comme
de doute , toujours prêt à se rendre si on lui
faisoit voir qu'il s'étoit trompé.
L'amour
JANVIER. 1734: 71
-
L'amourdes Lettres ne lui avoit pointfait
perdre le goûtde la societé. Ceuxqui ontjoui :
de son commerce sçavent combien il étoit aimable. Il se livroit à quiconque vouloit l'entreteairou l'entendre. Habile à discerner les dif .
ferens caracteres , il trouvoit le bon côté de chacundes hommes et les aidoit à se montrer dans
Le jour le plus favorable , ce quifait voir sa
superiorité. Nulfaste dans ses expressions ;
point de rudesse dansıses manieres. On ne le
surprenoit point dans ces distractions , si or
dinaires aux gens applique . Il sembloit né
pourchacune des matieres qui se presentoients .
égalementpropre au solide et à l'agreable, aussi ·
bien placé dans les conversations où le cœurse
répand que dans celles où l'esprit se deploye
Il conservoit une gayeté philosophique dont
il donnoit des signes plus ou moins marquez
selon les conjonctures.
Quel charme d'eut été de l'entendre dans ces
conversations instructives et enjouées où son
amifeu M.de la Faye le piquoit , le pressoit
par des contradictions fines et adroites. Oneut
vûl'un donner au faux son air de vrai-semblance , l'autre soutenir le vrai par les raisons lesplus solides. M. de la Faye ne resis™....
toit que pour ceder ; M. de la Motike ne se
prévaloitpoint de sa victoire.
Quelle égalité d'ame ? Combien il differoit
de ces gens polis , á la verité , qui surmons tent
72. MERCURE DE FRANCE
tent leurs inquiétudes et leurs chagrins pour serendre agreables dans les cercles , mais qui, se.
vangent en secret , et dans le domestique des
efforts qu'il leur en a coûté pour reprimer leur
humeur. De telles gens , à proprement parler
aiment le monde et non pas les hommes. M.
de la Motthe aimoit les hommes ; il aimoit
ses Parens ; il avoit attiré et fixé auprès de
lui un neveu d'un vrai merite , qu'il regar-
"doit comme un autre lui-même. On ne voit
point d'union plus parfaite qu'étoit la leur.
Qui croiroit que M. de la Motthe étoit
privé de la vue et perclus de presque tous
ses membres Il n'étoit pas insensible aux maux mais on eût pu penser qu'il l'étoit.
Il se refusoit la consolation qu'il auroit pi
trouver à se plaindre . Il aimoit mieux souffrir davantage , et ne point faire souffrir les
autres. Il étoit reconnoissant , même des services qu'on lui rendoit par devoir , quoiqu'il
ignorât , peut- être , combien l'inclination y
avoit de part.
يو
Un merite si éclatant ne l'a pas garanti
de la jalousie des Auteurs mediocres. Ils se
sont presque tous liguez ; mais leurs efforts
n'ont abouti qu'à découvrir la malignité de
leurs intentions , et à leur attirer les mépris
dus à leur bas procedé.
Des Ecrivains plus connus ont pris les armes contre lui mais des motifs plus > par nobless
JANVIER. 1732. 73
nobles. Ainsi on a vû une sçavante Dame
venir au secours d'Homere. Ainsi on a vi
tel de nos Sophocles modernes soutenir la nécessité de la versification dans les Pieces de
Theatre. M. de la Motthe distinguoit ces
Aggresseurs des autres ; il les estimoit autant
qu'il en étoit estimé.
Il ne refutoit pas tous les Ecrits. Voici
quelle étoit sa conduite . Il repondoit toutes les
fois qu'il croyoit le Public interessé dans sa
deffense , mais c'étoit toujours avec des égards
qui marquoient le fond de sa probité. Ilgar
doit le silence quand il ne s'agissoit que de
·sa personne.
Le bas Parnasse a imputé son silence à
fierté. Mais qu'attendoient-ils , repond-on
à desOuvrages que le Public ne lit point ?
La posterité desinteressée le jugera..
4
S'il s'est elevé contre le Prince des Poëtes ,
son but n'étoit pas de le décrier. Il lui a accordé les grands talens. Il convenoit qu'Homere eût été le premier Poëte de son siecle
dans quelque temps qu'il eût vecu ; mais en
même temps il observoit qu'on avoit depuis
porté l'Art à un point de perfection que ce
Poëte n'avoit pas connu. S'il a critiqué les
écarts de Pindare , ce n'est pas qu'il blâmât
ce beau feu , qui transporte les Poëtes
sur- tout les Lyriques , mais il vouloit qu'à
travers leur desordre , on entrevit une suite
› et
d'idées
74 MERCURE DE FRANCE
d'idées , que le desordre ne fut que dans l'a:
marche , et que l'on put recueillir un sens
complet , une morale suivie de la totalité de
l'ouvrage. Des fautes dont il respectoit les
Auteurs , lui ont donné occasion d'établir des
Principes qu'on ne lui a pas contestés. De-là
nous sont venus ces Chef- d'œuvres d'Elo-.
quence , ces Discours qu'il nous a laissés sur·
le Poëme épique , sur l'Ode , sur la Fable ,
et sur la Tragedie..
M.de la Motthe est mort regretté de ceux
qui l'approchoient , et de ceux qui ne le connoissoient que par ses ouvrages. Il n'y a
qu'une voix sur son sujet. Il étoit honnête .
komme, mais dans toute l'étendue de ce terme..
Il ne s'est point démenti aux approches de la
mort. Lui qui avoit representé Louis XIV.
comme plus grand au lit de la mort , que
dans le fort de ses prosperitez et de ses triomphes. Il a conservé lui- même dans ce moment
ta tranquillité du Héros qu'il avoit celebré..
L
>
-
2.. ,
Es Belles-Lettres , l'Académie Frans.
çoise , et tout notre Parnasse viennent de faire une très grande perte en
la personne d'Antoine Houdard de la
Motthe mort à Paris , sa Patrie. le.
26 Decembre 1731. entre six et sept
heures du matin dans la soixantiéme.
année de son âge , étant né le 17 de
Janvier , jour de S. Antoine de l'an 1672.
Il a été inhumé à S. André des Arcs ,
sa Paroisse , après avoir reçu tous ses Sacremens.
,
M. de la Motthe étoit un de ces genies.
heureux , feconds , on peut dire propres
à tout , et à qui aucune matiere n'étoit
étrangere. Par les ressources de son esprie
et par l'étendue de ses lumieres il réussissoit en tout; et quoiqu'il employât beaucoup d'art , son stile élevé , élegant et
sublime paroissoit simple , galant , et
toujours expressif.
Son Commerce doux , engageant , utile
et aimable , lui avoient fait un très grand
nombre d'amis , et même du premier ordre , ensorte qu'on peut dire qu'il est generalement
JANVIER. 1732.
neralement regretté , plus encore de ceux
qui le voyoient de près , et qui étoient
à portée de connoître ses talens et d'en
profiter , sur-tout de sa maniere précise ,.
fine , délicate , et polie de narrer , et tous
les agrémens enfin de son entretien dont
on se sçavoit toujours bon gré de remporter quelque chose. Mais nous ne dissimu
lerons point que le nombre de ses Ennemis étoit presque aussi grand , si on peut
appeller de ce nom , de trop séveres Ĉenseurs qui trouvoient dans ses Ouvrages et
dans son stile je ne sçai quoi de recherché et de trop simetrisé,et qui décidoient,
peut-être , avec aussi peu de lumieres que
d'équité , et peut-être aussi avec la vaine
et ridicule gloire d'oser blâmer un illustre
Ecrivain impunément , et du même ton
établi dans certains endroits , où l'on accordoit , à peine , au célebte Académicien la qualité de Poëte.
Après avoir fait ses Humanitez , et avoir
étudié en Droit,il eût un tel goût pour la
déclamation et pour les Spectacles, qu'il re- présenta diversesComédies deMoliere avec:
des jeunes gens de son âge. Ce fut dans ce
tems-là qu'il fit paroître le premier fruit de sa veine dans une Comédie,intitulée les
·Originaux, ou l'Italie , que les Comédiens
Italiens jouerent en 1693. avec peu de
Diiij succês
MERCURE DE , FRANCE
succès ; mais quatre ans après , il fit lePoëme de l'Europe galante, qui lui acquit,
à bon titre , une réputation considérable ; mais l'Epoque de son plus grand
éclat , fut lorsque son premier Volume
d'Odes parut. Il fut peu de temps après.
suivi d'un second avec un Discours sur
l'Ode et d'autres Pieces en Vers et en
Prose. Le Port de Mer et le Bal d'Auteuil
sont deux petites Comédies que M. de la
Motthe fit dans s ajeunesse pour leThéatre
François , avec M. Boindin.
>
M. de la Motthe s'est distingué par un
grand nombre d'ouvrages de toutes sortes
de caracteres. Il ne disputa jamais de prix
d'Eloquence et de Foësie qu'il ne les remportât , et il fut si souvent couronné par
' Académie Françoise , et par celle des
Jeux Floraux , qu'il fut enfin prié de ne
plus concourir.
Après le Ballet de l'Europe Galante , qui
eut un si grand succès en 1697 , il donna
la même année à l'Opera , Issé , Pastorale Héroïque , en 1699 , Amadis de Grece , Marthesie , Reine des Amazones ,
Tragédies. En 1700 , le Triomphe des Arts,
Ballet , Canente , Tragedie. En 1701 ,
Omphale , Tragedie. En 1703 , le Carna
val et la Folie , Ballet. En 1705 , la Veni
sienne , Ballet , et Alcione , Tragédie. En
1709
JANVIER 1732. 65%
1709 , Jupiter et Semelé , Tragédie. Ses
derniers Poëmes lyriques sont Scanderberg,
Tragédie qu'on met actuellement en Musique , et le Ballet des Ages , qu'on doit
jouer après Pâques.
Les Poëmes Dramatiques de M. de
la Motthe , qui sont presque ses derniers Ouvrages , sont , les Machabées
Tragédie , Romulus , Tragédie , Inés de
Castro , Tragédie , Edipe , Tragédie en
Vers la même en Prose , la Matrone
d'Ephese , petite Comédie en Prose , le
Talisman, idem. Richard Minutolo , idem,
le Magnifique , en 2. Actes , en Prose.
Toutes ces Pieces ont été jouées par les
Comédiens François avec beaucoup de
succès. Ces trois dernieres sous le titre de
PItalie Galante.
L'Amante difficile est encore une de ses
Comédies en cinq Actes , en Prose , las
même en Vers , jouée en Prose sur le
Théatre Italien depuis peu de temps..
>
Tout le monde connoît du même Auteur , son Essay de Critique sur les Théa
tres où il trouve le moyen d'établir les.
Regles de la Tragédie , et de faire en mê
me temps l'Apologie de ses Pieces. Ses
Fables avec un Discours sur la Fable
L'Iliade d'Homere traduite en Vers
François avec un Discours sur Homere.
D▼ Ouvrage
و
66 MERCURE DE FRANCE
Ouvrage qui donna lieu à une fameuse
dispute litteraire et à plusieurs autres
Volumes de notre Auteur sur le même.
sujet.
res ,
Nous ne descendrons point dans le dé-..
tail d'une infinité de Piéces fugitives en
tout genre ; Requêtes , Factums , Memoi
Piéces de Theatre et autres ouvrages
aussi ingenieux que galants , et qu'on applaudissoit sous les nomsde plusieurs personnes de ses amis ,tant hommesque femmes ; et sans qu'on ait jamais sçu le yeritable Auteur de ces ouvrages.
Il y a dans les receuils de l'Académie
Françoise , plusieurs Piéces de lui , entre
autres l'Eloge du feu Roi , qui est un morceau aussi élegant que pathetique. On assure qu'il y a dans son cabinet une suite
d'Eglogues , avec un discours sur l'Eglogue. Un memorial de l'histoire de France
en vers ; un autre de l'Histoire Romaine,
des Heures en vers , &c.
M. de la Motthe étoit d'une taille me-.
diocre , avec peu d'agrémens dans sa personne et dans le visage, mais il n'avoit rien
de rebutants on trouvoit beaucoup de
douceur dans sa phisionomie, dans ses manieres et dans le ton de sa voix. D'ailleurs
obligeant , moderé et poli dans la dispu
te, qu'il assaisonnoit de beaucoup de finis
se
JANVIER. 1732. 67
se d'esprit et de legereté. Dans les 12. ou
15. dernieres années de sa vie, il étoit toutà fait aveugle , et si accablé d'infirmitez
qu'il ne pouvoit pas faire un pas , ni même se tenir debout. Sa nourriture ordinaire étoit de pain , de legumes et de
lait.
Il avoit eu quelque vocation pour L'Etat Ecclesiatique , et avoit aspiré même à
la plus haute devotion. Il quitta le petit
colet en 1597. et a toujours vêcu dans le
celibat.
En 1710. P'Académie Françoise le nomma pour remplir la place de Thomas Cor
neille. Hy prit séance le 8. Fevrier dans
une très- nombreuse assemblée, et prononça un très-beau Discours. Il dit en parlant
de la pertede la vûe de M.Corneille, et s'adressant à ses Confreres , que ce que l'âge
avoit ravi à son prédecesseur,il l'avoit perdu dès sa jeunesse , que cette malheureuse
confirmité qu'il avoit avec lui, leur en rappelleroit souvent le souvenir , et qu'il ne
serviroit qu'à leur faire sentirsa perte; et il
adjouta : Ilfaut l'avouer cependant cette pri- ·
vation dontjemeplains,ne sera plus deformats :
pour moi un pretexte d'ignorance. Vous m'a
vez rendu la vûë , vous m'ave , ouvert tous
Les livres en m'associant à votre compagnie.
Aurayje besoin defaits ? Je trouverai ici des
Devi sçavanss
68 MERCURE DE FRANCE
1
Me sçavans à qui il n'en est point échapé.
faudra t'il des preceptes ? Je m'adresserai aux
maîtres de l'Art. Chercherai-je des exemples?
J'apprendrai les beautez des Anciens de la
bouche même de leurs Rivaux. J'ai droit enfin à tout ce que vous sçavez ; puisque je
puis vous entendre ,je n'envie plus le bonheur
de ceux qui peuvent lire. Jugez , Messieurs ,
de ma reconnoissance par l'idée juste et vive
queje meforme de vos bienfaits.
Nous finirons par l'Epigramme que
l'Abbé Tallement recita sur son nouveau
Confrere à la fin de la scéance.
LA MOTTHE par l'effort de ton vaste genie
Tu repares du fort l'injuste tirannie ,
Ce n'est pas par les yeux que l'esprit vient à bout
De bien connoître la nature ;
Argus avec cent yeux ne connut point- Mercure
Homere sans yeux voyoit tout.
PORTRAIT DE M. DE LA MOTTHE.
Q
Velle perte pour les Lettres que celle de
M. de la Motthe ? Peu d'hommes ent
réuni autant de qualitez de l'esprit et dans un
degré aussi éminent. Il sçait vous attacher
vousfixerpar ce grand sens , et par ce fond
de raifon qui caracterisent ses Ecrits. Quelqu'interessant qu'il fut par l'exposition du vrai
JANVIER 1731 69-
vrai , il ne dedaignoitpas les secours de l'imagination , il empruntott d'elle les couleurs
dont il avoit besoin pour rendre les veritez.
sensibles toujours maître du choix qui conz
venoit le mieux.
Ce n'étoientpaslà ses seules qualitez.Il s'onvroit de lafaçon la plus insinuante dans la
crainte de blesser l'amour propre dont il con
noissoit toute la delicatesse. Il nous rappelloit
ànous mêmes et nous amenoit insensiblement
aupoint de penser comme lui , mais après lui.
Ce qu'il nous avoit découvert , nous croïons
ne le tenir que de nous. Delà cette éloquence de
sentiment , qui comme si elle se fût mefiée de
la force des preuves , cherchoit à nous gagner
avant que denous convaincre.
Ala sublimité dugenie , à la delicatesse du
sentiment iljoignit l'étendue des vues et des
reflexions. Il avoit sçû par solidité d'esprit
etpar une précision d'idée , saisir les princidans beaucoup de genres , et sa souplesse
à se retournersurles differentes matieres le rendoit plus profond et plus lumineux dans chacune de celles qu'il avoit à traiter.
pes
Nous lui devons plus qu'à ces Ecrivains
qui par la seule force du genie ont bien exe
cuté , mais qui n'étoient pas capables de dé
velopper les regles de leur Art. Nous lui devons plus aussi qu'à ses hommesformezpar
la meditation , qui n'ont sçu que nous donner des
7 MERCURE DE FRANCE
des regles sans être capables de l'execution: -
M. de la Motthe nous afourni les regles et
les modeles, et parlà , sans le vouloir , il nousrend raison de ses succès.
Faut-il s'étonner si le Public sefaisoit un si
doux plaisir de l'entendre dans ces occasions
éclatantes où il avoit à soutenir à lafois l'hon
neur de l'Académie et celui de la Nation. Ses
discours tout recherchez, tout travaillez qu'ils
éroient,prenoient dans sa bouche un air sina ..
turel,qu'on eut dit qu'illes composoit dansl'ins
tant. Vous l'eussiez vû s'exprimer même par
le ton de sa voix , enlever l'Auditoire parla
justesse , par l'énergie , par la finesse de sa dé clamation...
Orné de tant de talens , il devoit être le con--
seil de tous ceux qui se mêloient d'écrires aussi
Pétoit-ilde plusieurs. Il ne s'offroit pas de son
propre mouvement à entendre toute sorte d'ouvrage, mais il se prêtoit de bonne grace. Avec
quelle activité ne saisissoit - il pas le genie de
Auteur , l'efprit de tout l'ouvrage, en un mot
toutes les convenances. Critique desinteressé
il ne cherchoit point à se mettre à la place de
Auteuren lui substituant ses propres lumieres...
Critiqueferme , il n'épargnoit rien de ce qu'il
croyoit contraire à la precision et à l'agrément.
Critique modeste , ilproposoit ses avis comme
de doute , toujours prêt à se rendre si on lui
faisoit voir qu'il s'étoit trompé.
L'amour
JANVIER. 1734: 71
-
L'amourdes Lettres ne lui avoit pointfait
perdre le goûtde la societé. Ceuxqui ontjoui :
de son commerce sçavent combien il étoit aimable. Il se livroit à quiconque vouloit l'entreteairou l'entendre. Habile à discerner les dif .
ferens caracteres , il trouvoit le bon côté de chacundes hommes et les aidoit à se montrer dans
Le jour le plus favorable , ce quifait voir sa
superiorité. Nulfaste dans ses expressions ;
point de rudesse dansıses manieres. On ne le
surprenoit point dans ces distractions , si or
dinaires aux gens applique . Il sembloit né
pourchacune des matieres qui se presentoients .
égalementpropre au solide et à l'agreable, aussi ·
bien placé dans les conversations où le cœurse
répand que dans celles où l'esprit se deploye
Il conservoit une gayeté philosophique dont
il donnoit des signes plus ou moins marquez
selon les conjonctures.
Quel charme d'eut été de l'entendre dans ces
conversations instructives et enjouées où son
amifeu M.de la Faye le piquoit , le pressoit
par des contradictions fines et adroites. Oneut
vûl'un donner au faux son air de vrai-semblance , l'autre soutenir le vrai par les raisons lesplus solides. M. de la Faye ne resis™....
toit que pour ceder ; M. de la Motike ne se
prévaloitpoint de sa victoire.
Quelle égalité d'ame ? Combien il differoit
de ces gens polis , á la verité , qui surmons tent
72. MERCURE DE FRANCE
tent leurs inquiétudes et leurs chagrins pour serendre agreables dans les cercles , mais qui, se.
vangent en secret , et dans le domestique des
efforts qu'il leur en a coûté pour reprimer leur
humeur. De telles gens , à proprement parler
aiment le monde et non pas les hommes. M.
de la Motthe aimoit les hommes ; il aimoit
ses Parens ; il avoit attiré et fixé auprès de
lui un neveu d'un vrai merite , qu'il regar-
"doit comme un autre lui-même. On ne voit
point d'union plus parfaite qu'étoit la leur.
Qui croiroit que M. de la Motthe étoit
privé de la vue et perclus de presque tous
ses membres Il n'étoit pas insensible aux maux mais on eût pu penser qu'il l'étoit.
Il se refusoit la consolation qu'il auroit pi
trouver à se plaindre . Il aimoit mieux souffrir davantage , et ne point faire souffrir les
autres. Il étoit reconnoissant , même des services qu'on lui rendoit par devoir , quoiqu'il
ignorât , peut- être , combien l'inclination y
avoit de part.
يو
Un merite si éclatant ne l'a pas garanti
de la jalousie des Auteurs mediocres. Ils se
sont presque tous liguez ; mais leurs efforts
n'ont abouti qu'à découvrir la malignité de
leurs intentions , et à leur attirer les mépris
dus à leur bas procedé.
Des Ecrivains plus connus ont pris les armes contre lui mais des motifs plus > par nobless
JANVIER. 1732. 73
nobles. Ainsi on a vû une sçavante Dame
venir au secours d'Homere. Ainsi on a vi
tel de nos Sophocles modernes soutenir la nécessité de la versification dans les Pieces de
Theatre. M. de la Motthe distinguoit ces
Aggresseurs des autres ; il les estimoit autant
qu'il en étoit estimé.
Il ne refutoit pas tous les Ecrits. Voici
quelle étoit sa conduite . Il repondoit toutes les
fois qu'il croyoit le Public interessé dans sa
deffense , mais c'étoit toujours avec des égards
qui marquoient le fond de sa probité. Ilgar
doit le silence quand il ne s'agissoit que de
·sa personne.
Le bas Parnasse a imputé son silence à
fierté. Mais qu'attendoient-ils , repond-on
à desOuvrages que le Public ne lit point ?
La posterité desinteressée le jugera..
4
S'il s'est elevé contre le Prince des Poëtes ,
son but n'étoit pas de le décrier. Il lui a accordé les grands talens. Il convenoit qu'Homere eût été le premier Poëte de son siecle
dans quelque temps qu'il eût vecu ; mais en
même temps il observoit qu'on avoit depuis
porté l'Art à un point de perfection que ce
Poëte n'avoit pas connu. S'il a critiqué les
écarts de Pindare , ce n'est pas qu'il blâmât
ce beau feu , qui transporte les Poëtes
sur- tout les Lyriques , mais il vouloit qu'à
travers leur desordre , on entrevit une suite
› et
d'idées
74 MERCURE DE FRANCE
d'idées , que le desordre ne fut que dans l'a:
marche , et que l'on put recueillir un sens
complet , une morale suivie de la totalité de
l'ouvrage. Des fautes dont il respectoit les
Auteurs , lui ont donné occasion d'établir des
Principes qu'on ne lui a pas contestés. De-là
nous sont venus ces Chef- d'œuvres d'Elo-.
quence , ces Discours qu'il nous a laissés sur·
le Poëme épique , sur l'Ode , sur la Fable ,
et sur la Tragedie..
M.de la Motthe est mort regretté de ceux
qui l'approchoient , et de ceux qui ne le connoissoient que par ses ouvrages. Il n'y a
qu'une voix sur son sujet. Il étoit honnête .
komme, mais dans toute l'étendue de ce terme..
Il ne s'est point démenti aux approches de la
mort. Lui qui avoit representé Louis XIV.
comme plus grand au lit de la mort , que
dans le fort de ses prosperitez et de ses triomphes. Il a conservé lui- même dans ce moment
ta tranquillité du Héros qu'il avoit celebré..
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Résumé : MORT DE M. DE LA MOTTHE.
Antoine Houdar de La Motte est décédé à Paris le 26 décembre 1731 à l'âge de 60 ans et a été inhumé à l'église Saint-André-des-Arts. Écrivain prolifique et talentueux, il maîtrisait divers genres littéraires avec un style élevé, élégant et sublime, tout en restant simple et expressif. Son caractère doux et engageant lui a valu de nombreux amis, mais aussi des critiques sévères qui trouvaient son style trop recherché. La Motte a étudié le droit et s'est passionné pour la déclamation et le théâtre, représentant des comédies de Molière. Parmi ses œuvres notables figurent 'Les Originaux' en 1693 et 'L'Europe galante' en 1697. Il a également composé des tragédies, des comédies, des poèmes lyriques et des ballets. Ses œuvres ont été couronnées par l'Académie française et celle des Jeux Floraux. En 1710, il a été élu à l'Académie française pour remplacer Thomas Corneille. Malgré sa cécité et ses infirmités, il a continué à écrire et à conseiller d'autres écrivains. Il était connu pour son éloquence, sa finesse d'esprit et sa modestie, laissant une œuvre littéraire riche et variée, marquée par une grande maîtrise des règles et des modèles littéraires. La Motte a été victime de la jalousie des auteurs médiocres et de critiques de la part d'écrivains plus connus. Il répondait aux critiques uniquement lorsque le public était concerné, toujours avec respect et probité. Son silence face aux attaques mineures a été mal interprété par certains. Il a critiqué Homère et Pindare pour établir des principes littéraires, et ses écrits sur le poème épique, l'ode, la fable et la tragédie sont devenus des chefs-d'œuvre d'éloquence. À sa mort, il a été regretté par tous, tant pour sa personne que pour ses œuvres, conservant sa tranquillité jusqu'à la fin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 106
Mémoires de Mad. de Barneveldt, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES de Madame de Barneveldt. A Paris, Quay de Conty [...]
Mots clefs :
Mémoires, Portrait, Galanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires de Mad. de Barneveldt, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES de Madame de Barneveldt.
A Paris , Quay de Conty , et rue S. Jacques,
chez Mich. Gandonin et P. F. Giffart ,
173 2.2. volumes in 12. de près de 600.
pag.avecl'Avertissement et lesSommaires
On ne doit pas s'attendre à trouver
dans ces Memoires , qui sont fort bien
écrits , rien qui regarde les Armes , la
Politique , ou les affaires du grand monde. Ce ne sont que des Avantures , où
il entre tantôt du Comique , tantôt du
Tragique , et assez de Galanterie , mais
de celle dont l'image n'est pas dangereuse , et qui ne blesse point les mœurs , selon le témoignage de l'Editeur , dans son
Avertissement. Si les Portraits plaisent
dans des Memoires , dit-il , on en trouvera quelques-uns dans ceux- cys non , à
la verité , des portraits d'Hommes de guerre
et d'Etat , mais de Gens de Lettres , que
Auteur de ces Memoires a connus dans
les lieux où elle a vêcu. Ceux qui ont étudié l'Histoire Litteraire de son temps , auront la bonté de deviner leurs noms , s'ils le
peuvent ; car, comme elle n'a pasjugé àpropos de les déclarer , je n'aypas été d'humeur
de m'en informer pour les mettre à la marge,
ainsi que d'autres Editeurs plus sçavans que
moi , auroient pû faire.
A Paris , Quay de Conty , et rue S. Jacques,
chez Mich. Gandonin et P. F. Giffart ,
173 2.2. volumes in 12. de près de 600.
pag.avecl'Avertissement et lesSommaires
On ne doit pas s'attendre à trouver
dans ces Memoires , qui sont fort bien
écrits , rien qui regarde les Armes , la
Politique , ou les affaires du grand monde. Ce ne sont que des Avantures , où
il entre tantôt du Comique , tantôt du
Tragique , et assez de Galanterie , mais
de celle dont l'image n'est pas dangereuse , et qui ne blesse point les mœurs , selon le témoignage de l'Editeur , dans son
Avertissement. Si les Portraits plaisent
dans des Memoires , dit-il , on en trouvera quelques-uns dans ceux- cys non , à
la verité , des portraits d'Hommes de guerre
et d'Etat , mais de Gens de Lettres , que
Auteur de ces Memoires a connus dans
les lieux où elle a vêcu. Ceux qui ont étudié l'Histoire Litteraire de son temps , auront la bonté de deviner leurs noms , s'ils le
peuvent ; car, comme elle n'a pasjugé àpropos de les déclarer , je n'aypas été d'humeur
de m'en informer pour les mettre à la marge,
ainsi que d'autres Editeurs plus sçavans que
moi , auroient pû faire.
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Résumé : Mémoires de Mad. de Barneveldt, &c. [titre d'après la table]
Les 'Mémoires de Madame de Barneveldt' sont publiés à Paris en deux volumes de près de 600 pages chacun, accompagnés d'un avertissement et de sommaires. Ces mémoires, bien rédigés, ne traitent pas des sujets militaires, politiques ou des affaires mondaines. Ils relatent des aventures mêlant des éléments comiques, tragiques et galants, sans nuire aux mœurs. Les portraits présents dans les mémoires ne sont pas ceux d'hommes de guerre ou d'État, mais de gens de lettres connus par l'auteur. L'éditeur précise qu'il n'a pas révélé les noms de ces personnes, laissant aux lecteurs intéressés par l'histoire littéraire de l'époque le soin de les deviner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 135
Estampe nouvelle, Portrait de Mlle Dangeville, [titre d'après la table]
Début :
Il paroîtra le mois prochain une nouvelle Estampe, que le [...]
Mots clefs :
Estampe, Portrait, Demoiselle Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampe nouvelle, Portrait de Mlle Dangeville, [titre d'après la table]
esuite , l'un des Professeurs de Rhétorique au
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus
College de Louis le Grand , prononça un DisCours latin trés- éloquent , en presence du Cardinal de Bissy , de l'Archevêque de Paris , de
plusieurs autres Prélats , et d'un grand nombre
de personnes de consideration. Le sujet de son
Discours étoit ; Que de toutes les Histoires , celle
deFrance est une des plus difficiles à écrire , et une
des plus agréables à lire. Les applaudissemens que
cette Piece d'Eloquence a reçus
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33
p. 180-191
LETTRE sur le Passage de Don Carlos par la Provence.
Début :
L'Infant entra en Provence le 5. Decembre dernier, et [...]
Mots clefs :
Infant, Don Carlos, Provence, Officiers, Dîner, Monsieur le Bret, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur le Passage de Don Carlos par la Provence.
LETTRE sur le Passage de Don Carlos
par la Provence.
'Infant entra en Provence le 5 Decembre dernier , et se rendit de Nismes à
Tarascon en traversant le Rhône sur le
Pont de Beaucaite.
M.le Brer , Conseiller d'Etat , Premier
Presi-
JANVIER. 1732. 181
President du Parlement d'Aix , Intendant et Commandant en chef de la Pro
vince , s'y étoit rendu deux jours auparavant avec un détachement de la Compagnie des Gardes du Gouverneur de la
Province , et un détachement de la Maréchaussée , commandé par M. d'Escra
gnolle , Prévôt Général. Le Marquis de
Graveson , et MM. Pazery de Thoraine,
Assesseur , et de Thomassin de la Garde
Consuls d'Aix , Procureurs du pays ou
Syndics Généraux de la Province, accom "
pagnez du Trésorier des Etats , de l'Ingenieur et des autres Officiers de la Province , avoient suivi M. l'Intendant sui
vant l'usage.
M. le Bret et les Procureurs du Pays
accompagnez du Comte de Marignane ,
Lieutenant General des Armées du Roi et
de 200 Gentilhommes ou Officiers des
premieres Maisons de la Province
n'ayant pu recevoir S. A. R. à la descente du Pont,à cause d'une grande pluie , se
rendirent à l'Hôtel qui avoit été préparé
pour le logement du Prince , et eurent
l'honneur de le recevoir à la porte, et de
lui présenter les respects de la Province;
M. Pazery de Thoraine, Assesseur, en chaperon, ainsi que ses Collegues , lui adressa
un Discours au nom de la Province , qui
fut très aplaudi.
I iiij Les
182 MERCURE DE FRANCE
Les Consuls de Tarascon en chaperon ,
à la tête des Gentilhommes et des Bourgeois de cette Ville , avoient déja eu
l'honneur de recevoir et de haranguer le
Prince à la Porte de la Ville qui étoit ornée d'un Arc de Triomphe , le Prince fut
salué en y entrant par une triple salve de
Boëtes qui avoient été placées sur les remparts , et passa au milieu d'une double haye de Milice Bourgeoise fort leste.
S. A. R. reçut après son dîner les respects du Chapitre Royal de sainte Marthe, fondé par le Roi Louis XI. M. l'Abbé de Fenelon qui en est le Doyen porta la parole ; le Corps de Ville eut aussi le même honneur.
M. Buon del Monti , Florentin, ViceLegat d'Avignon, qui s'étoit rendu à Tarascon avec tous les Officiers de la Legation et une nombreuse suite , eut aussi
l'honneur de saluer l'Infant qui le reçut
très gracieusement.
Le 6 S. A. R. arriva à Salon et logea
dans le Château qui appartient à l'Arche
vêque d'Arles qui l'avoit fait meubler
magnifiquement. Il y eut séjour à Salon
le 7 et le 8 , le Prince arriva à Aix le 9
à deux heures après midy.
Les Consuls haranguerent le Prince à
la Porte de la Ville où il y avoit une Garde
JANVIER. 17321 182
de bourgeoise sous les armes ; de- là , Dom
Carlos se rendit en la Maison de M. Maurel , l'une des plus belles du Cours , où il
devoit loger ; il y eut une autre Garde à
la porte composée de 150 hommes du Regiment de Flandres, commandés par deux
Capitaines avec un Drapeau , le reste des
neuf Compagnies étoient en bataille de
vant l'Hôtel du Prince ; toutes les Mai
sons du Cours étoient ornées en dehors
de Tapisseries , ce qui formoit un coupd'eil magnifique.
M. le Bret , à la tête de la Noblesse de
la Ville , reçut le Prince à la descente du
Carosse, et lui donna là main pour mon
ter dans son Appartement.
Après le diner , l'Infant s'amusa à tirer
des Lapins et des Pigeons qu'on avoit fait
mettre dans le Jardin.
Sur les cinq heures, les Députez du Par
lement , au nombre de 38 , ayant à leur
tête le Premier President , six autres Presidents , deux Avocats Generaux et 30
Conseillers,eurent l'honneur de haranguer
le Prince , M. le Bret portant la paroles
la Chambre des Comptes , Aydes et Finances , M. Albertas Premier President à
la tête , les Trésoriers de France , l'Université et la Senechaussée eurent aussi le
même honneur , ainsi que l'Archevêque
I iiij d'Aix
184 MERCURE DE FRANCE
d'Aix à la tête du Chapitre de l'Eglise
Metropolitaine de S. Sauveur , sa harangue fut fort pathetique, et il n'oublia pas
les graces quela Maison de Brancas a reçues duRoi d'Espagne , tous ces differens
Corps furent présentez au Prince par M.
Desgranges, Maître des Ceremonies , qui
presenta aussi au Prince et au Comte de
Sant-Estevan les Présens de la Ville &c.
Le soir il y eut des feux de joie devant
les portes de toutes les Maisons de la Ville et des illuminations aux fenêtres , cequi avoit été ordonné par le Parlement.
Le neufle Prince arriva à S. Maximin,
et logea dans le Monastere des Religieux
Dominiquains Réformez.
Le ro à Brignolle où S. A. R. fut obligée de rester à cause des neges , elle y reçut les complimens de la Ville, de la Se
nechaussée &c.
Le 11 le Prince arriva au Luc , et logea
au Château du Comte du Luc , Chevalierdes Ordres du Roi qui l'avoit fait meubler magnifiquement , tous les Officiers
et Seigneurs de sa suite y furent logez
aussi,et trouverent dans une belle Maison
toutes les commoditez possibles ; ce Prince y séjourna le 12, 13 et 14 , à cause des
pluyes et des neges qui avoient inondé
la plaine.
L.
JANVIER 1732.
189
Le 15 , le Prince alla dîner au Muy où
le Seigneur de ce lieu avoit fait préparer
uneAlte aussi splendide que délicate,pour
S. A. R. et pour sa suite. Le Marquis du
Muyaprès avoir fait les honneurs de chez
lui , alla lui- même reconnoître les chemins extrêmement remplis par les pluyes,
et sur son raport l'Infant continua sa route , et arriva le soir à Frejus ; il fut recu
à la porte de la Ville par les Consuls ,
avec les ceremonies ordinaires, et logea à
l'Evêché.
Le 16 S. A. R. arriva à Cannes et logea chez M. de Rioufe , Chevalier de
f'Ordre de S. Michel et Subdelegué de
l'Intendant de Provence , il y eut une
garde de jeunes gens fort lestement vétus
à la porte du Prince ; il y eut aussi une
danse de Matelots à la manière du pays
qui divertit Beaucoup le Prince. Il soupa
dans son lit à cause d'une indisposition
de rhume. ·
Le 17, le Chevalier d'Orleans arrivá
à Cannes , et se rendit chez le Prince ,
accompagné du Comte de Sant- Estevan ,
de M. le Brét et de M. Desgranges , il fit
un compliment au Prince de la part du
Roi auquel S. A. R. parut fort sensible.
L'Infant partit le même jour de Cannés et arriva à Antibes à midy , il fut Iv salué
186 MERCURE DE FRANCE
salué en passant devant les Isles sainte
Marguerite de tout le canon de cette Citadelle.
M. de Montesquiou Commandant ,
accompagné de l'Etat Major , reçut le
Prince à la Porte Royale , au bruit de
toute l'Artillerie de la Place , des Forts ,
et des neuf Galeres qui étoient dans le
Port, le Regiment de Luxembourg étoit
en haye depuis la porte de la Ville jusqu'au Château où logea le Prince , il y
avoit aussi une Garde de 150 hommes du
même Regiment avec un Drapeau.
Le Grand-Prieur , les Procureurs du
pays , M. le Bret , M. Desgranges , l'Etat
Major de la Place et la Noblesse du pays
reçurent le Prince à la porte du Château,
et l'accompagnerent dans son Apparte
ment. S. A. R. y trouva Don Miguel
Reggio , Sicilien , Chevalier de Malthe
Commandant les six Galeres d'Espagne
avec tous les autres Officiers des Galeres,
tous en habits uniformes de drap bleu
galonés d'or , M. de Marescotti , Commandeur des trois Galeres du Grand Duc
avec tous les Officiers et plusieurs autres
Seigneurs Florentins , dont la plûpart
étoient revétus de l'Ordre de S. Etienne,
en habits uniformes de drap écarlate galonés d'argent , et M. de Chateaufort ,
Ma-
.JANVIER. 1732 187
Maréchal de Camp des Armées du Roi
d'Espagne , avec le Commandant d'une
Frégate Espagnole qui étoit dans le Port
d'Antibes. Tous ces Seigneurs et Officiers
Espagnols et Italiens eurent l'honneur de
baiser la main au Prince. M. le Bret présenta ensuite à S. A. R. tous les Officiers
de la Garnison.
Le Prince fut fort incommodé d'un thume les premiers jours qu'il séjourna à
Antibes , et fut obligé de rester au lit
pendant trois jours , ce qui l'empêcha de
prendre le divertissement qu'on lui avoit
préparé. S. A. R. reçut des mains du
Grand Prieur une Epée enrichie de diamans que le Roi envoyoit au: Prince
comme un nouveâu gage de son amitié ;
l'Infant la reçut avec de grandes démonstrations de joie , il a gardé cette Epée pendant deux jours entiers aux pieds'
de son lit , pour la faire voir à tous les
Seigneurs et Officiers qui venoient lui
faire leur Cour.
Pendant le séjour d'Antibes , le Général
des Galeres Espagnoles donna sur la Réale un splendide dîner à M. le GrandPrieur , aux principaux Seigneurs François , Espagnols et Italiens qui se trouvoient à la suite du Prince ; M. le Breg
ne put pas se trouver à ce repas , étant
I vj oblige
188 MERCURE DE FRANCE
obligé de faire les honneurs de la table
qu'il a tenue à Antibes pour les autres Sei-,
gneurs qui y étoient Les santés de leurs,
Majestés très Chrétienne et Catholique ,,
de S. A. R , du Grand- Prieur , des Commandans , &c. furent célébré, s au bruic
du Canon , et pendant tout le repas il y
eut Concert d'Instrumens.
3.
Le Comte de San Severino , Envoyé
de Parme à la Cour de France , se rendit
aussi à Antibes pour faire sa cour à son
nouveau Souverain ; enfin cette Ville a
toûjours été remplie d'une infinité d'Etrangers et de toute la Noblesse de la
Province qui n'a rien oublié pourtémoigner le plaisir qu'elle avoit de voir et de
faire sa cour à un Prince issu du sang de ses Maîtres.
La Princesse de Monaco envoya aussi
un de ses Gentilhommes pour compli
menter le Prince.
Le 23 , S. A. R. s'embarqua sur la
Réale , à dix heures du matin , cette Galere étoit richement ornée , et tous les
Forçats en habits neufs.
Le Grand- Prieur , M.le Bret , M. Desgranges , les Procureurs du Pays , le
Marquis de Montesquiou , Commandant
de la Place , l'Etat Major , le Marquis de
Brancas Ceireste , fils de M. de Brancas ,
Grand
JANVIER. 1732. 189
$
Grand d'Espagne et Lieutenant General
de la Province qui sert dans la Marine et
qui s'étoit rendu à la suite du Prince pour
lui faire sa Cour , et enfin un nombre infini de Gentilhommes et d'Officiers François , se trouverent sur le Quay du Port
et à bord de la Galere pour recevoir le
Prince , et pour lui souhaiter un heureux
voyage , et lui témoigner en même tems
leurs regrets et leurs inquiétudes à cause
de la rigueur de la saison. La Garnison for
moit une double haye depuis le Château
jusqu'à la Porte Marine. Le Prince fut
salué en y passant de toute l'Artillerie de
la Ville et des Förts , et en entrant dans
la Gale e , par le canon de neuf Galeres.
S. A. R. entra d'abord dans la Chambre
de poupe pour écrire avant son départ au
Roy et à la Reine d'Espagne.
Malgré les tems affreux qui ont régné
en Provence pendant la route du Prince ,
M. le Bret dont le zele pour le service du
Roi est connudepuis longtems, avoit don
né de si bons ordres que tout ce qui étoit
necessaire pour la subsistance et les com
moditez de la vie, s'est trouvé par tout en
abondance; toutela suite et les équipages
nombreux du Prince ont été commodé
ment logez , les chemins avoient été réparez autant que la saison et le peu de
tems
rgo MERCURE DE FRANCE
tems qu'on a eu pour y travailler , l'ont
pu permettre ; plus de mille Ouvriers y
ont été employez , et travailloient nuit
et jour sous les ordres de Messieurs les
Procureurs du Pays et du sieur Vallon ,
Ingenieur de la Province , lesquels n'ont
rien oublié pour donner des marques de leur zele et de leur attachement : enfin
toute la Provence a témoigné tant de
zele et d'attachement , qu'elle ne s'est
point démentie de l'amour et de la fidélité qu'elle a toûjours porté à l'Auguste
Sang de BOURBON.
Onpeut ajouter ici avec raison que M.
le Bret a toujours fait sa cour au Prince,
avec une assiduité sans égale , et qu'il est
allé au- devant de tout ce qui pouvoit lui
être agreable , qu'il a eu chez lui pendant
tout le tems que ce Prince a voyagé ou
resté danssonDépartement, deux grandes
tables et quelquefois trois , le matin et le
soir , servies avec autant de profusion que
de délicatesse, où les Seigneurs Espagnols
et Italiens ont toujours mangé. Ce Magistrat s'étant aperçu que l'Infant aimoit
beaucoup les Ortholans qui sont d'un gout exquis en Provence , il a eu soin de lui en
fournir pendant tout le tems qu'il y aresté
malgré la rareté de ces oiseaux dans cette
saison. Ainsi le Prince et le Comte de San
Estevan
JANVIER. 17327 198
Estevan et tous les Seigneurs dela suite fui
ont donné en partant les marques les plus
flateuses de leur satisfaction et de leur estime. M. le Bret ayant enfin témoigné à
S. A. R. l'inquietude que son Rhume lui
causoit , elle eut la bonte de lui répondre
qu'elle n'avoit point pris ce Rhume dans
sa Province.
Ce Prince avoit donné des marques de
sa liberalité avant son départ. Il a fait present de son portrait enrichi de diamans
au Grand- Prieur, à M.le Bret d'un diamant
de prix , et à M. Desgranges un diamant
et une montre d'or d'un travail exquis. Il
a fait aussi donner une gratification à la
Maréchaussée qui avoit escorté sesEquipages et le Trésor On a appris ce que Prince
après avoir été obligé de relâcher à Monaco à cause du mauvais tems , en repartit le 25. et est heureusement arrivé à Livourne. On ajoute que ce Prince a essuyé
Ia tempête avec une grande fermeté. Il
est d'uncaractere le plus aimable et le plus
égal , d'une humeur fort enjouée , extremementvifet avectout l'esprit du monde.
par la Provence.
'Infant entra en Provence le 5 Decembre dernier , et se rendit de Nismes à
Tarascon en traversant le Rhône sur le
Pont de Beaucaite.
M.le Brer , Conseiller d'Etat , Premier
Presi-
JANVIER. 1732. 181
President du Parlement d'Aix , Intendant et Commandant en chef de la Pro
vince , s'y étoit rendu deux jours auparavant avec un détachement de la Compagnie des Gardes du Gouverneur de la
Province , et un détachement de la Maréchaussée , commandé par M. d'Escra
gnolle , Prévôt Général. Le Marquis de
Graveson , et MM. Pazery de Thoraine,
Assesseur , et de Thomassin de la Garde
Consuls d'Aix , Procureurs du pays ou
Syndics Généraux de la Province, accom "
pagnez du Trésorier des Etats , de l'Ingenieur et des autres Officiers de la Province , avoient suivi M. l'Intendant sui
vant l'usage.
M. le Bret et les Procureurs du Pays
accompagnez du Comte de Marignane ,
Lieutenant General des Armées du Roi et
de 200 Gentilhommes ou Officiers des
premieres Maisons de la Province
n'ayant pu recevoir S. A. R. à la descente du Pont,à cause d'une grande pluie , se
rendirent à l'Hôtel qui avoit été préparé
pour le logement du Prince , et eurent
l'honneur de le recevoir à la porte, et de
lui présenter les respects de la Province;
M. Pazery de Thoraine, Assesseur, en chaperon, ainsi que ses Collegues , lui adressa
un Discours au nom de la Province , qui
fut très aplaudi.
I iiij Les
182 MERCURE DE FRANCE
Les Consuls de Tarascon en chaperon ,
à la tête des Gentilhommes et des Bourgeois de cette Ville , avoient déja eu
l'honneur de recevoir et de haranguer le
Prince à la Porte de la Ville qui étoit ornée d'un Arc de Triomphe , le Prince fut
salué en y entrant par une triple salve de
Boëtes qui avoient été placées sur les remparts , et passa au milieu d'une double haye de Milice Bourgeoise fort leste.
S. A. R. reçut après son dîner les respects du Chapitre Royal de sainte Marthe, fondé par le Roi Louis XI. M. l'Abbé de Fenelon qui en est le Doyen porta la parole ; le Corps de Ville eut aussi le même honneur.
M. Buon del Monti , Florentin, ViceLegat d'Avignon, qui s'étoit rendu à Tarascon avec tous les Officiers de la Legation et une nombreuse suite , eut aussi
l'honneur de saluer l'Infant qui le reçut
très gracieusement.
Le 6 S. A. R. arriva à Salon et logea
dans le Château qui appartient à l'Arche
vêque d'Arles qui l'avoit fait meubler
magnifiquement. Il y eut séjour à Salon
le 7 et le 8 , le Prince arriva à Aix le 9
à deux heures après midy.
Les Consuls haranguerent le Prince à
la Porte de la Ville où il y avoit une Garde
JANVIER. 17321 182
de bourgeoise sous les armes ; de- là , Dom
Carlos se rendit en la Maison de M. Maurel , l'une des plus belles du Cours , où il
devoit loger ; il y eut une autre Garde à
la porte composée de 150 hommes du Regiment de Flandres, commandés par deux
Capitaines avec un Drapeau , le reste des
neuf Compagnies étoient en bataille de
vant l'Hôtel du Prince ; toutes les Mai
sons du Cours étoient ornées en dehors
de Tapisseries , ce qui formoit un coupd'eil magnifique.
M. le Bret , à la tête de la Noblesse de
la Ville , reçut le Prince à la descente du
Carosse, et lui donna là main pour mon
ter dans son Appartement.
Après le diner , l'Infant s'amusa à tirer
des Lapins et des Pigeons qu'on avoit fait
mettre dans le Jardin.
Sur les cinq heures, les Députez du Par
lement , au nombre de 38 , ayant à leur
tête le Premier President , six autres Presidents , deux Avocats Generaux et 30
Conseillers,eurent l'honneur de haranguer
le Prince , M. le Bret portant la paroles
la Chambre des Comptes , Aydes et Finances , M. Albertas Premier President à
la tête , les Trésoriers de France , l'Université et la Senechaussée eurent aussi le
même honneur , ainsi que l'Archevêque
I iiij d'Aix
184 MERCURE DE FRANCE
d'Aix à la tête du Chapitre de l'Eglise
Metropolitaine de S. Sauveur , sa harangue fut fort pathetique, et il n'oublia pas
les graces quela Maison de Brancas a reçues duRoi d'Espagne , tous ces differens
Corps furent présentez au Prince par M.
Desgranges, Maître des Ceremonies , qui
presenta aussi au Prince et au Comte de
Sant-Estevan les Présens de la Ville &c.
Le soir il y eut des feux de joie devant
les portes de toutes les Maisons de la Ville et des illuminations aux fenêtres , cequi avoit été ordonné par le Parlement.
Le neufle Prince arriva à S. Maximin,
et logea dans le Monastere des Religieux
Dominiquains Réformez.
Le ro à Brignolle où S. A. R. fut obligée de rester à cause des neges , elle y reçut les complimens de la Ville, de la Se
nechaussée &c.
Le 11 le Prince arriva au Luc , et logea
au Château du Comte du Luc , Chevalierdes Ordres du Roi qui l'avoit fait meubler magnifiquement , tous les Officiers
et Seigneurs de sa suite y furent logez
aussi,et trouverent dans une belle Maison
toutes les commoditez possibles ; ce Prince y séjourna le 12, 13 et 14 , à cause des
pluyes et des neges qui avoient inondé
la plaine.
L.
JANVIER 1732.
189
Le 15 , le Prince alla dîner au Muy où
le Seigneur de ce lieu avoit fait préparer
uneAlte aussi splendide que délicate,pour
S. A. R. et pour sa suite. Le Marquis du
Muyaprès avoir fait les honneurs de chez
lui , alla lui- même reconnoître les chemins extrêmement remplis par les pluyes,
et sur son raport l'Infant continua sa route , et arriva le soir à Frejus ; il fut recu
à la porte de la Ville par les Consuls ,
avec les ceremonies ordinaires, et logea à
l'Evêché.
Le 16 S. A. R. arriva à Cannes et logea chez M. de Rioufe , Chevalier de
f'Ordre de S. Michel et Subdelegué de
l'Intendant de Provence , il y eut une
garde de jeunes gens fort lestement vétus
à la porte du Prince ; il y eut aussi une
danse de Matelots à la manière du pays
qui divertit Beaucoup le Prince. Il soupa
dans son lit à cause d'une indisposition
de rhume. ·
Le 17, le Chevalier d'Orleans arrivá
à Cannes , et se rendit chez le Prince ,
accompagné du Comte de Sant- Estevan ,
de M. le Brét et de M. Desgranges , il fit
un compliment au Prince de la part du
Roi auquel S. A. R. parut fort sensible.
L'Infant partit le même jour de Cannés et arriva à Antibes à midy , il fut Iv salué
186 MERCURE DE FRANCE
salué en passant devant les Isles sainte
Marguerite de tout le canon de cette Citadelle.
M. de Montesquiou Commandant ,
accompagné de l'Etat Major , reçut le
Prince à la Porte Royale , au bruit de
toute l'Artillerie de la Place , des Forts ,
et des neuf Galeres qui étoient dans le
Port, le Regiment de Luxembourg étoit
en haye depuis la porte de la Ville jusqu'au Château où logea le Prince , il y
avoit aussi une Garde de 150 hommes du
même Regiment avec un Drapeau.
Le Grand-Prieur , les Procureurs du
pays , M. le Bret , M. Desgranges , l'Etat
Major de la Place et la Noblesse du pays
reçurent le Prince à la porte du Château,
et l'accompagnerent dans son Apparte
ment. S. A. R. y trouva Don Miguel
Reggio , Sicilien , Chevalier de Malthe
Commandant les six Galeres d'Espagne
avec tous les autres Officiers des Galeres,
tous en habits uniformes de drap bleu
galonés d'or , M. de Marescotti , Commandeur des trois Galeres du Grand Duc
avec tous les Officiers et plusieurs autres
Seigneurs Florentins , dont la plûpart
étoient revétus de l'Ordre de S. Etienne,
en habits uniformes de drap écarlate galonés d'argent , et M. de Chateaufort ,
Ma-
.JANVIER. 1732 187
Maréchal de Camp des Armées du Roi
d'Espagne , avec le Commandant d'une
Frégate Espagnole qui étoit dans le Port
d'Antibes. Tous ces Seigneurs et Officiers
Espagnols et Italiens eurent l'honneur de
baiser la main au Prince. M. le Bret présenta ensuite à S. A. R. tous les Officiers
de la Garnison.
Le Prince fut fort incommodé d'un thume les premiers jours qu'il séjourna à
Antibes , et fut obligé de rester au lit
pendant trois jours , ce qui l'empêcha de
prendre le divertissement qu'on lui avoit
préparé. S. A. R. reçut des mains du
Grand Prieur une Epée enrichie de diamans que le Roi envoyoit au: Prince
comme un nouveâu gage de son amitié ;
l'Infant la reçut avec de grandes démonstrations de joie , il a gardé cette Epée pendant deux jours entiers aux pieds'
de son lit , pour la faire voir à tous les
Seigneurs et Officiers qui venoient lui
faire leur Cour.
Pendant le séjour d'Antibes , le Général
des Galeres Espagnoles donna sur la Réale un splendide dîner à M. le GrandPrieur , aux principaux Seigneurs François , Espagnols et Italiens qui se trouvoient à la suite du Prince ; M. le Breg
ne put pas se trouver à ce repas , étant
I vj oblige
188 MERCURE DE FRANCE
obligé de faire les honneurs de la table
qu'il a tenue à Antibes pour les autres Sei-,
gneurs qui y étoient Les santés de leurs,
Majestés très Chrétienne et Catholique ,,
de S. A. R , du Grand- Prieur , des Commandans , &c. furent célébré, s au bruic
du Canon , et pendant tout le repas il y
eut Concert d'Instrumens.
3.
Le Comte de San Severino , Envoyé
de Parme à la Cour de France , se rendit
aussi à Antibes pour faire sa cour à son
nouveau Souverain ; enfin cette Ville a
toûjours été remplie d'une infinité d'Etrangers et de toute la Noblesse de la
Province qui n'a rien oublié pourtémoigner le plaisir qu'elle avoit de voir et de
faire sa cour à un Prince issu du sang de ses Maîtres.
La Princesse de Monaco envoya aussi
un de ses Gentilhommes pour compli
menter le Prince.
Le 23 , S. A. R. s'embarqua sur la
Réale , à dix heures du matin , cette Galere étoit richement ornée , et tous les
Forçats en habits neufs.
Le Grand- Prieur , M.le Bret , M. Desgranges , les Procureurs du Pays , le
Marquis de Montesquiou , Commandant
de la Place , l'Etat Major , le Marquis de
Brancas Ceireste , fils de M. de Brancas ,
Grand
JANVIER. 1732. 189
$
Grand d'Espagne et Lieutenant General
de la Province qui sert dans la Marine et
qui s'étoit rendu à la suite du Prince pour
lui faire sa Cour , et enfin un nombre infini de Gentilhommes et d'Officiers François , se trouverent sur le Quay du Port
et à bord de la Galere pour recevoir le
Prince , et pour lui souhaiter un heureux
voyage , et lui témoigner en même tems
leurs regrets et leurs inquiétudes à cause
de la rigueur de la saison. La Garnison for
moit une double haye depuis le Château
jusqu'à la Porte Marine. Le Prince fut
salué en y passant de toute l'Artillerie de
la Ville et des Förts , et en entrant dans
la Gale e , par le canon de neuf Galeres.
S. A. R. entra d'abord dans la Chambre
de poupe pour écrire avant son départ au
Roy et à la Reine d'Espagne.
Malgré les tems affreux qui ont régné
en Provence pendant la route du Prince ,
M. le Bret dont le zele pour le service du
Roi est connudepuis longtems, avoit don
né de si bons ordres que tout ce qui étoit
necessaire pour la subsistance et les com
moditez de la vie, s'est trouvé par tout en
abondance; toutela suite et les équipages
nombreux du Prince ont été commodé
ment logez , les chemins avoient été réparez autant que la saison et le peu de
tems
rgo MERCURE DE FRANCE
tems qu'on a eu pour y travailler , l'ont
pu permettre ; plus de mille Ouvriers y
ont été employez , et travailloient nuit
et jour sous les ordres de Messieurs les
Procureurs du Pays et du sieur Vallon ,
Ingenieur de la Province , lesquels n'ont
rien oublié pour donner des marques de leur zele et de leur attachement : enfin
toute la Provence a témoigné tant de
zele et d'attachement , qu'elle ne s'est
point démentie de l'amour et de la fidélité qu'elle a toûjours porté à l'Auguste
Sang de BOURBON.
Onpeut ajouter ici avec raison que M.
le Bret a toujours fait sa cour au Prince,
avec une assiduité sans égale , et qu'il est
allé au- devant de tout ce qui pouvoit lui
être agreable , qu'il a eu chez lui pendant
tout le tems que ce Prince a voyagé ou
resté danssonDépartement, deux grandes
tables et quelquefois trois , le matin et le
soir , servies avec autant de profusion que
de délicatesse, où les Seigneurs Espagnols
et Italiens ont toujours mangé. Ce Magistrat s'étant aperçu que l'Infant aimoit
beaucoup les Ortholans qui sont d'un gout exquis en Provence , il a eu soin de lui en
fournir pendant tout le tems qu'il y aresté
malgré la rareté de ces oiseaux dans cette
saison. Ainsi le Prince et le Comte de San
Estevan
JANVIER. 17327 198
Estevan et tous les Seigneurs dela suite fui
ont donné en partant les marques les plus
flateuses de leur satisfaction et de leur estime. M. le Bret ayant enfin témoigné à
S. A. R. l'inquietude que son Rhume lui
causoit , elle eut la bonte de lui répondre
qu'elle n'avoit point pris ce Rhume dans
sa Province.
Ce Prince avoit donné des marques de
sa liberalité avant son départ. Il a fait present de son portrait enrichi de diamans
au Grand- Prieur, à M.le Bret d'un diamant
de prix , et à M. Desgranges un diamant
et une montre d'or d'un travail exquis. Il
a fait aussi donner une gratification à la
Maréchaussée qui avoit escorté sesEquipages et le Trésor On a appris ce que Prince
après avoir été obligé de relâcher à Monaco à cause du mauvais tems , en repartit le 25. et est heureusement arrivé à Livourne. On ajoute que ce Prince a essuyé
Ia tempête avec une grande fermeté. Il
est d'uncaractere le plus aimable et le plus
égal , d'une humeur fort enjouée , extremementvifet avectout l'esprit du monde.
Fermer
Résumé : LETTRE sur le Passage de Don Carlos par la Provence.
Le 5 décembre, Don Carlos, l'Infant d'Espagne, entra en Provence et traversa le Rhône sur le Pont de Beaucaire. Le 7 décembre, il fut accueilli à Tarascon par M. le Bret, Conseiller d'État et Premier Président du Parlement d'Aix, ainsi que par divers dignitaires et officiers. Le Prince reçut des honneurs militaires et des discours de bienvenue. Il séjourna à Salon les 7 et 8 décembre, puis arriva à Aix le 9 décembre, où il fut accueilli par les Consuls et la noblesse locale. À Aix, il logea chez M. Maurel et reçut les hommages de divers corps et dignitaires, dont l'Archevêque d'Aix. Le même jour, il se rendit à Saint-Maximin et logea au monastère des Dominicains. Le 10 décembre, il resta à Brignoles en raison des neiges. Le 11 décembre, il arriva au Luc et y séjourna jusqu'au 14 décembre à cause des pluies et des neiges. Le 15 décembre, il dîna au Muy avant de se rendre à Fréjus, où il logea à l'Évêché. Le 16 décembre, il arriva à Cannes et logea chez M. de Rioufe. Le 17 décembre, le Chevalier d'Orléans lui rendit visite. Le même jour, l'Infant se rendit à Antibes, où il fut accueilli par M. de Montesquiou et divers dignitaires. Il y resta plusieurs jours en raison d'un rhume et reçut une épée enrichie de diamants du Roi d'Espagne. Le 23 décembre, il s'embarqua sur la Réale à Antibes, accompagné de nombreux dignitaires et officiers. Malgré les conditions météorologiques difficiles, M. le Bret avait pris des mesures pour assurer le confort et la subsistance de la suite du Prince. La Provence témoigna de son zèle et de son attachement envers le Prince, qui quitta la région en exprimant sa satisfaction. Par ailleurs, le texte mentionne que le prince, après avoir été contraint de s'arrêter à Monaco en raison de mauvaises conditions météorologiques, a repris la mer le 25 et est parvenu à Livourne sans encombre. Il est souligné que le prince a affronté la tempête avec une grande fermeté. Le prince est décrit comme ayant un caractère aimable et égal, une humeur enjouée, ainsi qu'une grande vivacité et beaucoup d'esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 355-371
Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont donné avec grand succès, 22 Représentations [...]
Mots clefs :
Glorieux, Représentations, Comédie, Parterre, Scènes, Auteur, Lisimon, Pasquin, Mariage, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens François ont donné
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
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Résumé : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Glorieux', une comédie en cinq actes en vers de M. Destouches, a été représentée avec succès par les Comédiens Français du 18 du mois précédent jusqu'à la fin de celui-ci. Malgré quelques défauts mineurs, la pièce a été bien accueillie par le public grâce à des moments de grande qualité. L'intrigue commence avec une conversation entre Lisette, la suivante d'Isabelle, et Pasquin, le valet du Comte de Tufière. Lisette souhaite savoir si le Comte est digne de l'amour d'Isabelle. Pasquin décrit le Comte comme un homme dominé par la vaine gloire. Cette scène est interrompue par Lafleur, un domestique du Comte, qui demande son congé à Pasquin en raison du mépris qu'il ressent. Lisimon, le père d'Isabelle, tente de séduire Lisette, mais est interrompu par son fils Valère, qui révèle son propre amour pour Lisette. Lycandre, un vieillard, interrompt cette conversation et révèle à Lisette qu'elle est de noble origine. Il exprime son regret face à l'orgueil du Comte de Tufière. Au deuxième acte, Lisette partage cette révélation avec Valère, qui en informe Isabelle. Philinte, amoureux d'Isabelle, lui déclare timidement son amour. Le Comte de Tufière apparaît enfin, entouré de son cortège, et reçoit une lettre pleine d'invectives contre son orgueil. Lisimon, par sa franchise, contrarie la fierté du Comte. Le troisième acte montre le Comte discutant de son mariage avec Isabelle, qui souhaite mieux le connaître. Valère et Philinte se disputent à cause du Comte, et Lisimon est tenté de rompre le mariage. Le quatrième acte est le plus intéressant et varié. Lycandre révèle à Lisette qu'elle est sa fille et que son père, exilé en Angleterre, est innocent d'un crime. Le Comte, confronté par son père, reconnaît ses erreurs et accepte de changer. Lisimon, choqué par l'orgueil du Comte, finit par accepter le mariage après une remontrance de Lycandre. La pièce se termine par la rédemption du Comte, qui accepte de se soumettre aux exigences de sa future famille pour obtenir leur pardon. Le Comte de Tufière promet à Isabelle de l'aimer et de mériter son cœur. Deux mariages sont célébrés : celui d'Isabelle et du Comte, et celui de Lysette avec Valère, reconnue comme demoiselle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 819
Portrait de la Dlle Sallé, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Lancret, Peintre de l'Académie, compte de donner incessamment [...]
Mots clefs :
Mademoiselle Sallé, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de la Dlle Sallé, [titre d'après la table]
e sieur Lancret , Peintre de l'Académie, compte de donner incessamment au
Public le Portrait historie de Mlle Sallé ,
pour servir de pendant à celui qu'il a
fait de Made Camargo. Ces deux cele.
bres Rivales , qui par la diversité de leurs
talens , n'en concourent que mieux à la
gloire de leur Art , et qui partagent également les suffrages du Public , meritent
la même immortalité.
Public le Portrait historie de Mlle Sallé ,
pour servir de pendant à celui qu'il a
fait de Made Camargo. Ces deux cele.
bres Rivales , qui par la diversité de leurs
talens , n'en concourent que mieux à la
gloire de leur Art , et qui partagent également les suffrages du Public , meritent
la même immortalité.
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36
p. 1040-1042
A MADEMOISELLE S***
Début :
Travailler à votre Portrait, [...]
Mots clefs :
Portrait, Peinture, Traits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE S***
A MADEMOISELLE S ***
Travailler à votre Portrait ,
C'est , je Péprouve assez , une rude entreprise.
Mille difficultez s'offrent à mon projet ,
Mais le tendre amour l'authorise ;
Quoique ce Dieu s'en mêle , il pourroit arrivere
Que dans les Traits de ma peinture ,
On ne puisse pas retrouver
Tous les dons que vous fit la prodigue nature ;.
Mais qui pourroit , s'en étonner !
Il est plus glorieux de choisir un modele ,
Qu'eut manqué le Pinceau d'Apelle ,
Que d'étre obligé de l'orner.
Si mon cœur pouvoit par lui même ,
Exécuter votre Portrait ,
Je le garantirois , ressemblant trait pour trait ,
Mais l'esprit qui n'a pas , cette justesse extrême
Et que vous connoissez pour être un barbouil
leur ,
N'a rien pû faire de meilleur.
Heureux, si des apas que vous faites paroître ,
J'en pouvois representer un >
En vous il n'est rien de commun ,
On ne pourroit vous méconnoître.
PRO
MAY 17320 104T
PORTRAIT.
Quand la nature manque , on a recours
Part,
Et de toute beauté , la louange ordinaire ,
Est qu'elle effaceroit la Reine de Cithere' ;
Mon Pinceau ne tient point de fard ,
Il me suffit d'être sincere.
Sans avoir de Venus , la divine beauté,
S *** est aussi ravissante ;
L'exacte régularité ,
N'est pas toujours assez touchante.
Tous ses traits ne sont pas également finis
Mais ils sont si bien assortis ,,
Que leur ensemble nous enchante ;
Ses yeux , par qui le Dieu des cœurs
Semble nous dire des douceurs
Vailent ses cruautez d'une feinte tendresse ;
Un charme secret interesse
A tout ce qu'elle dit , et mon cœur malheureux,
S'étonne que l'amour assis dessus sa bouche,
Lui souffre de donner tant d'Arrêts rigoureux ;
En des objets communs, un rien peut être heu
reux ,
Mais en elle , ce rien nous touche
Je m'en rapporte à tous les yeux.
Ces
1042 MERCURE DE FRANCE
Ses Cheveux terniroient la couleur agréable ,
a
De ceux qui brillent dans les cieux , ( « )
Et leur arrangement simple, mais convenable
N'a rien à désirer des soins industrieux.
Sa tailie est libre , avantageuse ,
Elle a cet air enfin qui n'a rien d'imparfait
Et dont la nature est soigneuse
De cacher à l'art le secret.
Son sexe curieux de plaire ,
Demande aux Dieux ses graces , ses at¬ traits ;
Le nôtre , qui lui rend un tribut volontaire ,
Voudroit la voir toujours ou ne la voir jamais.
Pourtant quand on la quitte , après l'avoir con nuë ,
Le regret de ne la plus voir
Se tourneroit en désespoir ,
Si l'ame n'étoit soûtenuë
Par le tendre pla sir qu'on sent à l'avoir vuë.
Qui mieux que moi peut le savoir à
Elle dispute à Philomelle
Le charme délicat d'une brillante voix.
O vous qui de l'amour redoutez le Carquois
Ou qui ne voulez point devenir infidelle ,
Deffendez-vous d'entendre et de voir cette Belle
Ou bien di posez-vous à recevoir ses loix.
(a) La Chevelure de Berenice
Travailler à votre Portrait ,
C'est , je Péprouve assez , une rude entreprise.
Mille difficultez s'offrent à mon projet ,
Mais le tendre amour l'authorise ;
Quoique ce Dieu s'en mêle , il pourroit arrivere
Que dans les Traits de ma peinture ,
On ne puisse pas retrouver
Tous les dons que vous fit la prodigue nature ;.
Mais qui pourroit , s'en étonner !
Il est plus glorieux de choisir un modele ,
Qu'eut manqué le Pinceau d'Apelle ,
Que d'étre obligé de l'orner.
Si mon cœur pouvoit par lui même ,
Exécuter votre Portrait ,
Je le garantirois , ressemblant trait pour trait ,
Mais l'esprit qui n'a pas , cette justesse extrême
Et que vous connoissez pour être un barbouil
leur ,
N'a rien pû faire de meilleur.
Heureux, si des apas que vous faites paroître ,
J'en pouvois representer un >
En vous il n'est rien de commun ,
On ne pourroit vous méconnoître.
PRO
MAY 17320 104T
PORTRAIT.
Quand la nature manque , on a recours
Part,
Et de toute beauté , la louange ordinaire ,
Est qu'elle effaceroit la Reine de Cithere' ;
Mon Pinceau ne tient point de fard ,
Il me suffit d'être sincere.
Sans avoir de Venus , la divine beauté,
S *** est aussi ravissante ;
L'exacte régularité ,
N'est pas toujours assez touchante.
Tous ses traits ne sont pas également finis
Mais ils sont si bien assortis ,,
Que leur ensemble nous enchante ;
Ses yeux , par qui le Dieu des cœurs
Semble nous dire des douceurs
Vailent ses cruautez d'une feinte tendresse ;
Un charme secret interesse
A tout ce qu'elle dit , et mon cœur malheureux,
S'étonne que l'amour assis dessus sa bouche,
Lui souffre de donner tant d'Arrêts rigoureux ;
En des objets communs, un rien peut être heu
reux ,
Mais en elle , ce rien nous touche
Je m'en rapporte à tous les yeux.
Ces
1042 MERCURE DE FRANCE
Ses Cheveux terniroient la couleur agréable ,
a
De ceux qui brillent dans les cieux , ( « )
Et leur arrangement simple, mais convenable
N'a rien à désirer des soins industrieux.
Sa tailie est libre , avantageuse ,
Elle a cet air enfin qui n'a rien d'imparfait
Et dont la nature est soigneuse
De cacher à l'art le secret.
Son sexe curieux de plaire ,
Demande aux Dieux ses graces , ses at¬ traits ;
Le nôtre , qui lui rend un tribut volontaire ,
Voudroit la voir toujours ou ne la voir jamais.
Pourtant quand on la quitte , après l'avoir con nuë ,
Le regret de ne la plus voir
Se tourneroit en désespoir ,
Si l'ame n'étoit soûtenuë
Par le tendre pla sir qu'on sent à l'avoir vuë.
Qui mieux que moi peut le savoir à
Elle dispute à Philomelle
Le charme délicat d'une brillante voix.
O vous qui de l'amour redoutez le Carquois
Ou qui ne voulez point devenir infidelle ,
Deffendez-vous d'entendre et de voir cette Belle
Ou bien di posez-vous à recevoir ses loix.
(a) La Chevelure de Berenice
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Résumé : A MADEMOISELLE S***
L'auteur d'une lettre évoque les défis rencontrés en peignant le portrait d'une demoiselle. Il reconnaît que son œuvre ne pourra peut-être pas rendre justice à tous ses dons naturels, mais il choisit de rester fidèle à son modèle plutôt que d'ajouter des artifices. Il admire la beauté unique de la demoiselle, notant que ses traits, bien que non parfaitement réguliers, sont harmonieusement assortis et enchanteurs. Il met en avant ses yeux, sa voix et un charme secret qui touchent profondément. La lettre se conclut par un avertissement aux lecteurs de se méfier de l'amour que la demoiselle inspire, comparant sa voix à celle de Philomèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 1189-1191
Portrait de Puget, [titre d'après la table]
Début :
On vient de donner au Public le Portrait du celebre [...]
Mots clefs :
Portrait, Pierre Puget, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de Puget, [titre d'après la table]
On vient de donner au Public le Portrait du celebre Pierre Pujet, de Marseille,
d'après un Tableau peint par son Fils ;
ce Portrait n'avoit jamais été gravé , et il
manquoit aux Amateurs de la memoire
des grands hommes , qui ont jugé à propos de donner à Puget , le surnom de MICHEL-ANGE DE LA FRANCE. Rien né
convient mieux à cet illustre Statuaire ,
qui a réuni si excellemment la Peinture
fa Sculpture , et l'Architecture.
"
I. Vol. Ce
190 MERCURE DE FRANCE
Ce Portrait est gravé par le sieur Jeatr
rat , et se vend chez lui , rue S. Jacques ,
au Livre d'or.
On connoît le mérite de Pierre Puget , par les belles figures d'Andromede
et de Millon , qui sont à Versailles , et
le Bas-reliefd'Alexandre visitant Diogenes , qui est au Louvre.
par
Les Hôtels de Ville de Marseille et de
Toulon , ornez de morceaux de Sculp
ture , plusieurs Tableaux peints par ce
grand homme , dans la Cathedrale de
Marseille , et autres , tant à Toulon qu'à
Aix et à la Valette , près Toulon , sont
encore des monumens de son habileté.
L'Eglise de la Charité de la Ville de Marseille , bâtie sur ses Desseins , et plusieurs
autres Edifices , montrent qu'il a été aussi
bon Architecte que bon Peintre et habile Sculpteur.
On voit encore à Gennes , dans l'Eglise de Notre-Dame de Carignan , de
belles figures et d'excellens Tableaux de
sa main, à l'Albergo , dans la même Ville,
une Vierge placée sur le grand Autel et
soutenue par des Anges , et à Marseille
dans la Sale du Commerce , à l'entrée du
Port ou Bureau de la Santé , un Bas- relief representant S. Charles , implorant
de secours du Ciel , à l'occasion de la
I. Vol. Peste
JUIN. 1732. 1191
Peste qui ravageoit la Ville de Milan.
Voyez son Eloge plus étendu et le détail
de ses Ouvrages dans le Voyage du Levant de M. de Tournefort , dans le Journal des Sçavans , &c.
On ne doit pas oublier deux Tableaux
dont l'un représente le Baptême de Clovis,
et l'autre celui de Constantin , tous deux
de la main de cet illustre. Ces Tableaux
sont placez sur les Fonts Baptismaux de
l'Eglise Cathédrale de Marseille. Des Curieux du premier rang ayant offert des
sommes considerables , et n'ayant pû les
obtenir, essayerent plus d'une fois de les
enlever, ce qui a obligé Mrs les Chanoines
de les mettre à couvert de telles entreprises , au moyen d'une forte grille de fer.
d'après un Tableau peint par son Fils ;
ce Portrait n'avoit jamais été gravé , et il
manquoit aux Amateurs de la memoire
des grands hommes , qui ont jugé à propos de donner à Puget , le surnom de MICHEL-ANGE DE LA FRANCE. Rien né
convient mieux à cet illustre Statuaire ,
qui a réuni si excellemment la Peinture
fa Sculpture , et l'Architecture.
"
I. Vol. Ce
190 MERCURE DE FRANCE
Ce Portrait est gravé par le sieur Jeatr
rat , et se vend chez lui , rue S. Jacques ,
au Livre d'or.
On connoît le mérite de Pierre Puget , par les belles figures d'Andromede
et de Millon , qui sont à Versailles , et
le Bas-reliefd'Alexandre visitant Diogenes , qui est au Louvre.
par
Les Hôtels de Ville de Marseille et de
Toulon , ornez de morceaux de Sculp
ture , plusieurs Tableaux peints par ce
grand homme , dans la Cathedrale de
Marseille , et autres , tant à Toulon qu'à
Aix et à la Valette , près Toulon , sont
encore des monumens de son habileté.
L'Eglise de la Charité de la Ville de Marseille , bâtie sur ses Desseins , et plusieurs
autres Edifices , montrent qu'il a été aussi
bon Architecte que bon Peintre et habile Sculpteur.
On voit encore à Gennes , dans l'Eglise de Notre-Dame de Carignan , de
belles figures et d'excellens Tableaux de
sa main, à l'Albergo , dans la même Ville,
une Vierge placée sur le grand Autel et
soutenue par des Anges , et à Marseille
dans la Sale du Commerce , à l'entrée du
Port ou Bureau de la Santé , un Bas- relief representant S. Charles , implorant
de secours du Ciel , à l'occasion de la
I. Vol. Peste
JUIN. 1732. 1191
Peste qui ravageoit la Ville de Milan.
Voyez son Eloge plus étendu et le détail
de ses Ouvrages dans le Voyage du Levant de M. de Tournefort , dans le Journal des Sçavans , &c.
On ne doit pas oublier deux Tableaux
dont l'un représente le Baptême de Clovis,
et l'autre celui de Constantin , tous deux
de la main de cet illustre. Ces Tableaux
sont placez sur les Fonts Baptismaux de
l'Eglise Cathédrale de Marseille. Des Curieux du premier rang ayant offert des
sommes considerables , et n'ayant pû les
obtenir, essayerent plus d'une fois de les
enlever, ce qui a obligé Mrs les Chanoines
de les mettre à couvert de telles entreprises , au moyen d'une forte grille de fer.
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Résumé : Portrait de Puget, [titre d'après la table]
Le texte présente le portrait du sculpteur Pierre Puget, gravé par Jeattrat et disponible à la vente rue Saint-Jacques, au Livre d'or. Ce portrait, peint par le fils de Puget, était inédit et comblait une lacune pour les amateurs d'art. Puget est célèbre pour son excellence en peinture, sculpture et architecture. Ses œuvres notables incluent les figures d'Andromède et de Milon à Versailles, le bas-relief d'Alexandre visitant Diogène au Louvre, et divers monuments à Marseille, Toulon, Aix et La Valette. Il a également conçu l'église de la Charité à Marseille. À Gênes, on peut admirer des figures et des tableaux de Puget, notamment une Vierge soutenue par des anges dans l'Albergo. À Marseille, un bas-relief représentant Saint Charles implorant le secours divin contre la peste de Milan est visible dans la Salle du Commerce. La cathédrale de Marseille abrite deux tableaux de Puget représentant le baptême de Clovis et celui de Constantin, protégés par une grille de fer. Pour plus de détails, le texte renvoie au 'Voyage du Levant' de M. de Tournefort et au 'Journal des Sçavans'.
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38
p. 2781-2785
EPITRE, De Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. V. D. G. de Marseille, pour répondre à ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188.
Début :
Monsieur, dont l'ame perplexe, [...]
Mots clefs :
Perplexe, Beau sexe, Pédant, Docteur, Briller, Art de la poésie, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, De Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. V. D. G. de Marseille, pour répondre à ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188.
EPITRE,
De Mede Malcrais de la Vigne , à M.
V. D. G. de Marseille , pour répondre à
ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188 .
{
Monsieur , dont l'ame perplexe ,
S'alambique en cent façons ,
II. Vol. Cij Votre
2782 MERCURE DE FRANCE
Votre idée est circonflexe ;
Sous le grand lambris convexe ,
Il est des gens de tous noms.
Mais sçavez- vous qu'au beau Sexe ,
Vos Vers sont injurieux ?
'Arrêtez , Messieurs les hommes :
Vous êtes si glorieux ,
Que vous croyez que nous sommes ,
Auprès de vous des Atomes ,
Ou des riens harmonieux.
Sçachez pourtant que les Dames ,
Quoiqu'en dise un fol Auteur ,
Ainsi que vous ,
ont des ames ,
Et que les celestes flâmes ,
Ont coulé dans notre cœur ;
Cependant n'allez pas croire ,
Ou je garde le tacet ,
Qu'ici je veuille avec gloire ,
Mettre du Docteur Docet ,
Sur ma coeffe le bonnet ;
J'en romprois mon Ecritoire ,
Et m'irois pendre tout net ,
M'étreignant de mon lacet,
Cés Pédans à l'humeur cruë ,
Dès qu'ils s'offrent à ma vue ,
Me plaisent moins qu'un Valet,
Qui dans chaque coin de ruë ,
II, Vol. Fait
DECEMBRE. 1732. 2783
Fait entendre son siflet.
Si je voulois , par exemple,
Trancher ici du Docteur ,
Je dirois , mon cher Seigneur ,
Vous, qui fréquentez le Temple
Du Dieu Versificateur ,
Connoîtriez -vous Corine
Leontion , Eccello ,
Sapho , Prasille , Occello ,
Théano , Cléobuline ?
>
Au monde est- il un canton
Qui ne vante des Poëtes ,
Qui , quoi qu'ayant des cornettes .
Ont fait sonner leurs Musettes ,
Sur plus d'un merveilleux ton ,
Aussi-bien que Coridon ?
L'Antique et Moderne Rome ,
Vit et voit briller les siens ,
Notre France en a tout comme
Ces doubles Italiens ,
Et par tout on les renomme,
Plus que Donna Giustina ,
Et Signora Colonna.
Si point ici ne les nomme
C'est pour abreger chemin ,
Et je croi bien qu'en Provence ,
Le beau Sexe feminin ,
II. Vol. C
Mieux iij
2784 MERCURE DE FRANCE
Mieux qu'en nul endroit de France ,
Fait voir qu'il a l'esprit fin ,
Assaisonné de Science :
Beau Païs des Troubadours !
C'est chez vous que l'Italie >
De l'Art de la Poësie ,
Apprit les excellens tours.
Mais alte - là , mon génie ,
Je vois que je passerois ,
Pour une grande Pédante ,
Moi , qui passer ne voudrois ;
Que pour petite Sçavante.
'Au surplus bien mieux que vous ,
Des Vers nous devrions faire ,
La raison en est très claire ,
Si , comme vous dites tous
Caprice domine en nous >
Avec cervelle legere.
Mais ce n'est point là le fait ,
Et votre ame impatiente ,
Me demande mon Portrait ;
Je vais être complaisante ,
Et vous serez satisfait ;
C'est trop , et j'en suis dolente ,
Avoir suspendu l'attente ,
D'un aimable Curieux.
Taille un peu courte , grands yeux ,
II. Vol. Bouche
DECEMBRE. 1732. 2785
Bouche riante et vermeille ,
Avec un air de douceur ,
Monsieur l'Auteur de Marseille ,
C'est-là Malcrais ou sa Sœur.
De Mede Malcrais de la Vigne , à M.
V. D. G. de Marseille , pour répondre à
ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188 .
{
Monsieur , dont l'ame perplexe ,
S'alambique en cent façons ,
II. Vol. Cij Votre
2782 MERCURE DE FRANCE
Votre idée est circonflexe ;
Sous le grand lambris convexe ,
Il est des gens de tous noms.
Mais sçavez- vous qu'au beau Sexe ,
Vos Vers sont injurieux ?
'Arrêtez , Messieurs les hommes :
Vous êtes si glorieux ,
Que vous croyez que nous sommes ,
Auprès de vous des Atomes ,
Ou des riens harmonieux.
Sçachez pourtant que les Dames ,
Quoiqu'en dise un fol Auteur ,
Ainsi que vous ,
ont des ames ,
Et que les celestes flâmes ,
Ont coulé dans notre cœur ;
Cependant n'allez pas croire ,
Ou je garde le tacet ,
Qu'ici je veuille avec gloire ,
Mettre du Docteur Docet ,
Sur ma coeffe le bonnet ;
J'en romprois mon Ecritoire ,
Et m'irois pendre tout net ,
M'étreignant de mon lacet,
Cés Pédans à l'humeur cruë ,
Dès qu'ils s'offrent à ma vue ,
Me plaisent moins qu'un Valet,
Qui dans chaque coin de ruë ,
II, Vol. Fait
DECEMBRE. 1732. 2783
Fait entendre son siflet.
Si je voulois , par exemple,
Trancher ici du Docteur ,
Je dirois , mon cher Seigneur ,
Vous, qui fréquentez le Temple
Du Dieu Versificateur ,
Connoîtriez -vous Corine
Leontion , Eccello ,
Sapho , Prasille , Occello ,
Théano , Cléobuline ?
>
Au monde est- il un canton
Qui ne vante des Poëtes ,
Qui , quoi qu'ayant des cornettes .
Ont fait sonner leurs Musettes ,
Sur plus d'un merveilleux ton ,
Aussi-bien que Coridon ?
L'Antique et Moderne Rome ,
Vit et voit briller les siens ,
Notre France en a tout comme
Ces doubles Italiens ,
Et par tout on les renomme,
Plus que Donna Giustina ,
Et Signora Colonna.
Si point ici ne les nomme
C'est pour abreger chemin ,
Et je croi bien qu'en Provence ,
Le beau Sexe feminin ,
II. Vol. C
Mieux iij
2784 MERCURE DE FRANCE
Mieux qu'en nul endroit de France ,
Fait voir qu'il a l'esprit fin ,
Assaisonné de Science :
Beau Païs des Troubadours !
C'est chez vous que l'Italie >
De l'Art de la Poësie ,
Apprit les excellens tours.
Mais alte - là , mon génie ,
Je vois que je passerois ,
Pour une grande Pédante ,
Moi , qui passer ne voudrois ;
Que pour petite Sçavante.
'Au surplus bien mieux que vous ,
Des Vers nous devrions faire ,
La raison en est très claire ,
Si , comme vous dites tous
Caprice domine en nous >
Avec cervelle legere.
Mais ce n'est point là le fait ,
Et votre ame impatiente ,
Me demande mon Portrait ;
Je vais être complaisante ,
Et vous serez satisfait ;
C'est trop , et j'en suis dolente ,
Avoir suspendu l'attente ,
D'un aimable Curieux.
Taille un peu courte , grands yeux ,
II. Vol. Bouche
DECEMBRE. 1732. 2785
Bouche riante et vermeille ,
Avec un air de douceur ,
Monsieur l'Auteur de Marseille ,
C'est-là Malcrais ou sa Sœur.
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Résumé : EPITRE, De Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. V. D. G. de Marseille, pour répondre à ses Vers, imprimez dans le Mercure d'Octobre 1732. page 2188.
L'épître de Mede Malcrais de la Vigne, adressée à un homme de Marseille, répond à des vers publiés dans le Mercure d'octobre 1732. L'auteur réfute les propos injurieux envers les femmes, affirmant qu'elles possèdent des âmes et des flammes célestes. Elle exprime son aversion pour les docteurs pédants. L'auteur mentionne des poétesses célèbres et souligne que la Provence, berceau des troubadours, a influencé l'Italie dans l'art de la poésie. Elle reconnaît l'esprit fin et scientifique des femmes provençales. L'auteur décrit ensuite son propre portrait, se présentant avec une taille courte, de grands yeux, une bouche riante et vermeille, et un air de douceur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 2814-2817
A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Début :
Au Parnasse François mon nom est ignoré, [...]
Mots clefs :
Portrait, Injure, Sort, Voeux, Immortelle gloire, Marne, Coeur, Parnasse, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
A Mile de Malcrais de la Vigne ,
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
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Résumé : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Le texte est une réponse à un madrigal de Mile de Malcrais de la Vigne, publié dans le Mercure d'octobre 1732. L'auteur, restant anonyme au Parnasse français, dresse un tableau de sa vie. Il décrit son portrait, notant que la nature a atténué ses défauts et que l'adversité accentue ses traits. Il apprécie l'équité de ses amis et aspire à la vérité et à la liberté. L'auteur se satisfait du nécessaire, éloigné des grands et des sots, et se consacre aux arts et à la solitude. Il souhaite laisser une trace par ses œuvres et préfère cultiver la gloire par les arts plutôt que par les guerres. Il se définit comme simple et naturel, cherchant à toucher les cœurs plutôt que flatter les esprits. L'auteur regrette un temps passé avec une certaine Zirphée et exprime son désir de la revoir, prêt à tout risquer pour elle. Il conclut en déclarant son ardeur pour les charmes de cette fille divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 120-121
Fille sçavante à Boulogne, [titre d'après la table]
Début :
Nous apprenons de Boulogne, qu'on voit dans cette Ville plusieurs Recueils [...]
Mots clefs :
Laura Bassi, Fille savante, Bologne, Portrait, Recueils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fille sçavante à Boulogne, [titre d'après la table]
Nous apprenons de Boulogne‘, qu’en
‘voit dans cetteVille plusieurs Recueils
‘de Vers Latins et Italiens, qui y ontété
‘publiez pour celébret le mérite de Made
moiselle B4555 , laquelle a soutenu en La
‘tin publiquement des Thèses sur toute
la Philosophie, avec de grands ‘applaus
dissemens; plusieurs Dames sçavantes, ce
qui n’est pas rare en Italie, comme nous
Tavons remarqué plus d"une fois , ont
‘orné ces Recueils de Pieces de leur façon’.
‘On voit à la tête'du plus cousiderable le
Portrait en taille-douce de cette. illustre
.14. ‘plus
‘J A NvV I E R‘; 173;. ' 1'21
Î
Fille , qui à Page de 2o. ans se trouve ag-'
grégée au Collcge des Philosophes de PU-e
niversité de Boulogne, avec le Titre de
Docfeur, dont elle a pris leiGrade en
Ÿrandeisolfimnité , étant déja Membre de
a ’Institut des Sciences de la même Ville.‘
Dansce Portrait elle paroîr reïrétuë de
la Fourrure de Docteur, avec cette_Ins-,
criprion : LAURA MARIA - CHATARINA
BA s s r , Phil. Doct. Cal. Academ.’ Im
titut. Scientiar. Soviet. eÆt. A7171. XX;
Et au bas est gravé ce Distique , faisant
allusion à la celebre Laure de Petrarque,
leur» «mie , ingenio que et termine nom Petrartha.
Laum haqelaquio et mente Petrarrlm sibi.
‘voit dans cetteVille plusieurs Recueils
‘de Vers Latins et Italiens, qui y ontété
‘publiez pour celébret le mérite de Made
moiselle B4555 , laquelle a soutenu en La
‘tin publiquement des Thèses sur toute
la Philosophie, avec de grands ‘applaus
dissemens; plusieurs Dames sçavantes, ce
qui n’est pas rare en Italie, comme nous
Tavons remarqué plus d"une fois , ont
‘orné ces Recueils de Pieces de leur façon’.
‘On voit à la tête'du plus cousiderable le
Portrait en taille-douce de cette. illustre
.14. ‘plus
‘J A NvV I E R‘; 173;. ' 1'21
Î
Fille , qui à Page de 2o. ans se trouve ag-'
grégée au Collcge des Philosophes de PU-e
niversité de Boulogne, avec le Titre de
Docfeur, dont elle a pris leiGrade en
Ÿrandeisolfimnité , étant déja Membre de
a ’Institut des Sciences de la même Ville.‘
Dansce Portrait elle paroîr reïrétuë de
la Fourrure de Docteur, avec cette_Ins-,
criprion : LAURA MARIA - CHATARINA
BA s s r , Phil. Doct. Cal. Academ.’ Im
titut. Scientiar. Soviet. eÆt. A7171. XX;
Et au bas est gravé ce Distique , faisant
allusion à la celebre Laure de Petrarque,
leur» «mie , ingenio que et termine nom Petrartha.
Laum haqelaquio et mente Petrarrlm sibi.
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Résumé : Fille sçavante à Boulogne, [titre d'après la table]
Le texte décrit les réalisations académiques de Mademoiselle B4555, également connue sous le nom de Laura Maria Chatarina Bass, à Boulogne. À l'âge de 20 ans, elle a soutenu publiquement des thèses en philosophie, recevant de grands applaudissements. Plusieurs dames savantes, une occurrence fréquente en Italie, ont contribué à des recueils de vers latins et italiens publiés en son honneur. Ces recueils incluent son portrait en taille-douce, la montrant vêtue de la fourrure de docteur, avec l'inscription 'LAURA MARIA CHATARINA BASS, Phil. Doct. Cal. Academ. Institut. Scientiar. Soviet. eÆt. A7171. XX'. Un distique fait allusion à Laure de Pétrarque. Elle a été agrégée au Collège des Philosophes de l'Université de Boulogne et a obtenu le titre de Docteur, étant déjà membre de l'Institut des Sciences de la même ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 875-877
LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
Début :
Il y a long-temps, Madame, que vous m'avez demandé le Portrait de / A la plus touchante Beauté, [...]
Mots clefs :
Portrait, Mlle Malcrais de La Vigne, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
LETTRE de M. D.... à Mad. la
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
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Résumé : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
La lettre de M. D.... à Madame la Marquise de Saint A... traite de l'envoi du portrait en vers de Mlle Malcrais de la Vigne. La Marquise avait demandé ce portrait depuis longtemps, mais des obstacles, notamment la rareté des peintres de talent en Basse-Bretagne, ont retardé sa réalisation. M. D.... souligne la nécessité d'un artiste exceptionnel pour peindre une personne distinguée. En l'absence de tel artiste, il propose un portrait en vers, qu'il reconnaît moins expressif qu'une peinture. Le portrait en vers décrit Mlle Malcrais de la Vigne comme une personne à la beauté touchante et à l'air délicat, évitant la fierté malgré ses talents. Elle apprécie les vers inspirés par le génie, trouve du plaisir dans la lecture choisie et sait couronner les écrivains brillants. Elle pense avec sagesse à un âge où cela est rare et se défend avec jugement contre les badinages amoureux. Elle sait également cacher son esprit et laisse douter de ses approbations ou désapprobations. Enfin, elle allie bon sens et bon cœur, offrant une image naïve et véritable de sa personnalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 991-992
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Le Portrait de CHARLOTTE DESMARES, fameuse Comédienne du Théatre François, que [...]
Mots clefs :
Charlotte Desmares, Portrait, Comédie-Française, Charles Coypel
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texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le Portrait de CHARLOTTE DESMARES,
fameuse Comédienne du Théatre François , que
le Public ne cesse de regretter , vient de paroître
en Estampe , très- bien gravée par M. Lepicier ,
d'après
992 MERCURE DE FRANCE
d'après le Tableau original de M. Charles Coypel,
C'est une demi figure dans un Ovale en hauteur,
tenant d'une main les Attributs de Melpomene
et de Thalic. On lit ces Vers au bas.
Touchante dans les pleurs , picquante dans les
ris ;
De l'une et l'autre Scene également Maitresse ,
Au Théatre tu réunis ,
Les dons partagez au Permesse ,
Cette Estampe se vend chez Surrugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers,
fameuse Comédienne du Théatre François , que
le Public ne cesse de regretter , vient de paroître
en Estampe , très- bien gravée par M. Lepicier ,
d'après
992 MERCURE DE FRANCE
d'après le Tableau original de M. Charles Coypel,
C'est une demi figure dans un Ovale en hauteur,
tenant d'une main les Attributs de Melpomene
et de Thalic. On lit ces Vers au bas.
Touchante dans les pleurs , picquante dans les
ris ;
De l'une et l'autre Scene également Maitresse ,
Au Théatre tu réunis ,
Les dons partagez au Permesse ,
Cette Estampe se vend chez Surrugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers,
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le portrait de Charlotte Desmares, comédienne du Théâtre Français, a été publié sous forme de gravure par M. Lepicier d'après un tableau de M. Charles Coypel. Elle y tient les attributs de Melpomène et Thalie, muses de la tragédie et de la comédie. L'estampe la décrit comme 'touchante dans les pleurs, piquante dans les ris'. Elle est en vente chez Surrugue, graveur du Roi.
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43
p. 1456
SUR LE PORTRAIT de la Marquise de P***.
Début :
Votre Portrait, belle P.... [...]
Mots clefs :
Portrait
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texteReconnaissance textuelle : SUR LE PORTRAIT de la Marquise de P***.
SUR LE PORTRAIT
de la Marquise de P ***.
Votre Portrait , belle P ....
A rendu la joye à Cithere ;
Depuis long-temps les Ris , les Jeux ,
N'y voyoient plus l'Amour leur frere a
On le fit chercher , mais en vain.
Le voilà découvert enfin •
Au moyen de cette Peinture ;
Par elle on voit que le fripon
A changé de sexe et de nom
Sans avoir changé de figure.
de la Marquise de P ***.
Votre Portrait , belle P ....
A rendu la joye à Cithere ;
Depuis long-temps les Ris , les Jeux ,
N'y voyoient plus l'Amour leur frere a
On le fit chercher , mais en vain.
Le voilà découvert enfin •
Au moyen de cette Peinture ;
Par elle on voit que le fripon
A changé de sexe et de nom
Sans avoir changé de figure.
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44
p. 1787
VERS pour mettre au bas du Portrait de M. Pibrac, Comte de Marigny.
Début :
Fuyant les vains honneurs qu'au mérite on défere, [...]
Mots clefs :
Portrait, Pibrac, Comte de Marigny
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texteReconnaissance textuelle : VERS pour mettre au bas du Portrait de M. Pibrac, Comte de Marigny.
VERS pour mettre au bas du Portrait
de M. Pibrac , Comte de Marigny.
Uyant les vains honneurs qu'au mérite on
défere , FU
Je tournai tous mes voeux vers le souverain bien ;
Et né d'un noble sang , je fus bon Fils , bon Pere,
Bon Mari , bon Parent , bon Ami , bon Chrétien.
Par M. CocQUARD.
de M. Pibrac , Comte de Marigny.
Uyant les vains honneurs qu'au mérite on
défere , FU
Je tournai tous mes voeux vers le souverain bien ;
Et né d'un noble sang , je fus bon Fils , bon Pere,
Bon Mari , bon Parent , bon Ami , bon Chrétien.
Par M. CocQUARD.
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45
p. 1974-1975
RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
Début :
Ceux qui me connoîtront, et verront la peinture, [...]
Mots clefs :
Portrait, Louer, Vers
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
RE'PONSE de Mlle de Malerais de
la Vigne, à M. D ... sur ce qu'il a donné
son Portrait en Vers , dans le Mercure
de May , page 875.
C
Eux qui me connoîtront , et verront là
peinture ,
Où tu sçais poliment embellir tous mes traits ,
Diront que l'Amitié , réformant la Nature ,
Avec un Microscope aperçoit les objets.
M
Tu veux dans tes beaux Vers que le Lecter
conçoive ,
Que mon ame regarde avec tranquillité ,
Des Eloges fateurs , le breuvage apprêté ;
Composé de ta main , crois- tu que je le boive }
Sans une douce avidité ?
Mot
SEPTEMBRE. 1733. 1975
Mon coeur fut chatoüillé , c'est lui qui te l'avouc
pect des talens , dont le tien l'a doüé ,
Que l'Eloge est touchant ! quand celui qui nous
loüe ,
Est lui-même en tous lieux loüé.
la Vigne, à M. D ... sur ce qu'il a donné
son Portrait en Vers , dans le Mercure
de May , page 875.
C
Eux qui me connoîtront , et verront là
peinture ,
Où tu sçais poliment embellir tous mes traits ,
Diront que l'Amitié , réformant la Nature ,
Avec un Microscope aperçoit les objets.
M
Tu veux dans tes beaux Vers que le Lecter
conçoive ,
Que mon ame regarde avec tranquillité ,
Des Eloges fateurs , le breuvage apprêté ;
Composé de ta main , crois- tu que je le boive }
Sans une douce avidité ?
Mot
SEPTEMBRE. 1733. 1975
Mon coeur fut chatoüillé , c'est lui qui te l'avouc
pect des talens , dont le tien l'a doüé ,
Que l'Eloge est touchant ! quand celui qui nous
loüe ,
Est lui-même en tous lieux loüé.
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Résumé : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
Mlle de Malerais de la Vigne répond à M. D... au sujet d'un portrait en vers publié dans le Mercure de May. Elle reconnaît que l'amitié embellit ses traits et que les vers de M. D... décrivent son âme avec tranquillité. Elle avoue être émue par ses talents, soulignant que l'éloge est touchant lorsqu'il vient de quelqu'un loué partout. La date est septembre 1733.
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46
p. 2507-2508
Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
Début :
En voyant le Portrait de celle qui m'est chere, [...]
Mots clefs :
Portrait, Diane, Vénus
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texteReconnaissance textuelle : Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
En voyant le Portrait de celle qui m'est chere,
6
H vj Venus
2508 MERCURE DE FRANCE
Venus dit : C'est le mien , le Peintre a réussi ;-
Mais Diane , croyant s'y reconnoître aussi ,
Leur débat , sur ce point , devint querelle amere
Amour les écoutoit , riant d'un . ris malin ;
Déesses , leur dit- il , vous disputés envain ;
Ce Tableau represente une simple mortelle ;
Ainsi donc sur ce point , cessez de quereller ;
Ce qui fait votre erreur , c'est qu'elle est sage et
belle.
Eh ! quelle autre par-là , peut mieux vous res
sembler ?
En voyant le Portrait de celle qui m'est chere,
6
H vj Venus
2508 MERCURE DE FRANCE
Venus dit : C'est le mien , le Peintre a réussi ;-
Mais Diane , croyant s'y reconnoître aussi ,
Leur débat , sur ce point , devint querelle amere
Amour les écoutoit , riant d'un . ris malin ;
Déesses , leur dit- il , vous disputés envain ;
Ce Tableau represente une simple mortelle ;
Ainsi donc sur ce point , cessez de quereller ;
Ce qui fait votre erreur , c'est qu'elle est sage et
belle.
Eh ! quelle autre par-là , peut mieux vous res
sembler ?
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Résumé : Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
Le poème 'Sur un Portrait sous la figure de Diane' relate une dispute entre Vénus et Diane au sujet d'un portrait. Chacune pense y être représentée. Amour intervient pour expliquer que le tableau montre une mortelle sage et belle, rendant les déesses semblables à cette femme. Il les incite à cesser leur querelle.
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47
p. 1189-1190
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Hecquet, Graveur et Marchand Imager, informé que plusieurs personnes, soit Professeurs [...]
Mots clefs :
Sujets, Paris, Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testaments, Hecquet, Moyreau, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Le sieur Hecquet , Graveur et Marchand Imainformé
ger , que plusieurs personnes , soit Professeurs
de College , ou Marchands d'Estampes
de Province , sont souvent embarrassez pour les
Sujets de Theses , ne sçachant à qui s'adresser à
Paris pour en avoir qui soient convenables et
bien conditionnées ; il croit devoir leur donner
avis qu'il est actuellement très bien assorti d'un
très- grand nombre de Planches de toutes sortes
de grandeurs et d'une très - belle execution pour
les Sujets propres aux Theses , tirez de l'Histoire
de l'Ancien et du Nouveau Testament , qu'il est
aussi en état de fournir quantité de Passe - partout
pour les Dédicaces , accompagnez d'ornemens
des plus gracieux.
Il vient de mettre au jour une Planche en ce
genre , qui a été generalement applaudie à la
Cour et à Paris ; c'est une Dédicace au Roy ,
dont voici la description : le Portrait de Sa
Majesté , très - ressemblant , gravé d'après le
Tableau de M. Vanloo , par M , Dautlé , occupe
le milieu de la composition . Il est environné des
principales Vertus qui caracterisent ce Monarque.
La Prévoyance, reconnoissab e par son Sceptre
, surmonté d'un oeil ouvert , paroît descendre
du Ciel pour soutenir le Portrait ; la Force le
supporte aussi , et cette Vertu est accompagnée
de la Sagesse et suivie de l'Abondance. Du côté
opposé l'on voit la Justice , la Temperance et la
I. Vol G Renom1190
MERCURE DE FRANCE
Renommée , publiant les grandes actions du Prin
ce ; son amour pour les Lettres et les Beaux-
Arts , est exprimé par des Livres et des Instru
mens , qui sont répandus à terre.
Le sieur Hecquer , offre d'envoyer à ceux qui
s'adresseront à lui , des épreuves de ces Sujets ,
avec les prix de chacun ; il croit pouvoir se flater
que l'on sera content pour le choix et pour
Pexecution . Il donnera toute l'attention possible
aux fournitures qu'on lui demandera. Son adresse
est à l'Image S. Maur , sur la Place de Cambray,
proche la Fontaine 6. Benoit , à Paris.
Le sieur Moyreau , qui travaille continuelle
ment à graver l'OEuvre de Wauvermans , vient
de mettre au jour la 13 ° Estampe qu'il a gravée
d'après cet excellent Peintre , c'est un Paysage
en large , sous le titre de la petite Chasse du
Cerf, dont le Tableau est dans le Cabinet de la
Comtesse de Verrue. Le sieur Moyreau , grave
actuellement son Pendant. Toutes ces Estampes
se vendent chez l'Auteur , rue Galande , vis- via
S. Blaise.
ger , que plusieurs personnes , soit Professeurs
de College , ou Marchands d'Estampes
de Province , sont souvent embarrassez pour les
Sujets de Theses , ne sçachant à qui s'adresser à
Paris pour en avoir qui soient convenables et
bien conditionnées ; il croit devoir leur donner
avis qu'il est actuellement très bien assorti d'un
très- grand nombre de Planches de toutes sortes
de grandeurs et d'une très - belle execution pour
les Sujets propres aux Theses , tirez de l'Histoire
de l'Ancien et du Nouveau Testament , qu'il est
aussi en état de fournir quantité de Passe - partout
pour les Dédicaces , accompagnez d'ornemens
des plus gracieux.
Il vient de mettre au jour une Planche en ce
genre , qui a été generalement applaudie à la
Cour et à Paris ; c'est une Dédicace au Roy ,
dont voici la description : le Portrait de Sa
Majesté , très - ressemblant , gravé d'après le
Tableau de M. Vanloo , par M , Dautlé , occupe
le milieu de la composition . Il est environné des
principales Vertus qui caracterisent ce Monarque.
La Prévoyance, reconnoissab e par son Sceptre
, surmonté d'un oeil ouvert , paroît descendre
du Ciel pour soutenir le Portrait ; la Force le
supporte aussi , et cette Vertu est accompagnée
de la Sagesse et suivie de l'Abondance. Du côté
opposé l'on voit la Justice , la Temperance et la
I. Vol G Renom1190
MERCURE DE FRANCE
Renommée , publiant les grandes actions du Prin
ce ; son amour pour les Lettres et les Beaux-
Arts , est exprimé par des Livres et des Instru
mens , qui sont répandus à terre.
Le sieur Hecquer , offre d'envoyer à ceux qui
s'adresseront à lui , des épreuves de ces Sujets ,
avec les prix de chacun ; il croit pouvoir se flater
que l'on sera content pour le choix et pour
Pexecution . Il donnera toute l'attention possible
aux fournitures qu'on lui demandera. Son adresse
est à l'Image S. Maur , sur la Place de Cambray,
proche la Fontaine 6. Benoit , à Paris.
Le sieur Moyreau , qui travaille continuelle
ment à graver l'OEuvre de Wauvermans , vient
de mettre au jour la 13 ° Estampe qu'il a gravée
d'après cet excellent Peintre , c'est un Paysage
en large , sous le titre de la petite Chasse du
Cerf, dont le Tableau est dans le Cabinet de la
Comtesse de Verrue. Le sieur Moyreau , grave
actuellement son Pendant. Toutes ces Estampes
se vendent chez l'Auteur , rue Galande , vis- via
S. Blaise.
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Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Le sieur Hecquet, graveur et marchand d'estampes, signale que des professeurs de collège et des marchands d'estampes en province rencontrent des difficultés à trouver des sujets de thèses appropriés à Paris. Il propose ses services, disposant de nombreuses planches de diverses tailles et d'une belle exécution, adaptées aux sujets de thèses tirés de l'Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il offre également des passe-partout pour les dédicaces, accompagnés d'ornements gracieux. Hecquet a récemment publié une planche de dédicace au Roi, acclamée à la Cour et à Paris, représentant le portrait du Roi entouré des principales vertus du monarque. La dédicace met en avant l'amour du Roi pour les lettres et les beaux-arts. Hecquet propose d'envoyer des épreuves de ces sujets avec les prix correspondants et assure une attention particulière aux demandes de fournitures. Son adresse est à l'Image Saint-Maur, sur la Place de Cambray, proche la Fontaine Saint-Benoît, à Paris. Par ailleurs, le sieur Moyreau, graveur de l'œuvre de Wauvermans, a publié la 13e estampe intitulée 'La petite Chasse du Cerf', d'après un tableau du cabinet de la Comtesse de Verrue. Moyreau grave actuellement le pendant de cette estampe. Toutes ces estampes sont disponibles chez l'auteur, rue Galande, vis-à-vis Saint-Blaise.
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48
p. 1329-1331
PORTRAIT De Mlle P...
Début :
Entreprendre, Iris, ton Portrait, [...]
Mots clefs :
Portrait, Yeux, Plaire, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT De Mlle P...
PORTRAIT
De Mlle P ...
E Ntreprendre , Iris, ton Portrait ,
N'est-ce point être témeraire ,
JIVol.
a
D Puis1330
MERCURE DE FRANCE
Puisque te rendre trait pour trait ,
N'est pas une petite affaire▸
Toy , qui sçais le grand art de plaire ,
Amour , pour un objet si beau',
La vraye image de ta Mere ,
Anime et condui mon pinceau .
Déja je la vois , elle avance
D'un pas noble et majestueux ,
Et m'impose par sa présence
Un silence respectueux.
Mais bien- tôt ses levres vermeilles ,
Formant un souris gracieux ,
Vont apprêter à mes oreilles
Autant de plaisir qu'à mes yeux .
Tout ce que profere sa bouche ,
Est rempli de grace et d'esprit ;
Je sens dans tout ce qu'elle dit ,
Un je ne sçais quoi qui me touche ;
Son port , sa taille , son maintien ,
Tout me parle à son avantage ,
2
Et l'air doux dont elle prévient ,
Se trouve peint sur son visage.
Des traits dont l'Amour fait un jeu
Un teint, tout de Lys et de Roses ; "
Certains yeux vifs et pleins de feu ,
De ces yeux qui disent cent choses ,
Quand d'autres en disent si peu.
Mais parlons de son caractère ,
II. Vol.
Tout
JUIN. 1734
1334
Tout plein d'honneur et de vertu ;
Parlons du coeur le plus sincere
Que sur la Terre on ait connu .
Sa maxime est de toujours être
De l'humeur dont elle paroît ,
Et telle qu'on la voit paroître ,
C'est ainsi que toujours elle est.
Parmi tout ce qu'on lui voit faire ,
Elle mêle de l'agrément ,
Et par un certain enjoüement
Elle est toujours seure de plaire.
On n'en peut dire assez de bien ,
J'en dirois encore davantage ,
Mais cette Belle n'aime rien ,
Hélas ! n'est - ce pas grand dommage ?
***
D ....
De Mlle P ...
E Ntreprendre , Iris, ton Portrait ,
N'est-ce point être témeraire ,
JIVol.
a
D Puis1330
MERCURE DE FRANCE
Puisque te rendre trait pour trait ,
N'est pas une petite affaire▸
Toy , qui sçais le grand art de plaire ,
Amour , pour un objet si beau',
La vraye image de ta Mere ,
Anime et condui mon pinceau .
Déja je la vois , elle avance
D'un pas noble et majestueux ,
Et m'impose par sa présence
Un silence respectueux.
Mais bien- tôt ses levres vermeilles ,
Formant un souris gracieux ,
Vont apprêter à mes oreilles
Autant de plaisir qu'à mes yeux .
Tout ce que profere sa bouche ,
Est rempli de grace et d'esprit ;
Je sens dans tout ce qu'elle dit ,
Un je ne sçais quoi qui me touche ;
Son port , sa taille , son maintien ,
Tout me parle à son avantage ,
2
Et l'air doux dont elle prévient ,
Se trouve peint sur son visage.
Des traits dont l'Amour fait un jeu
Un teint, tout de Lys et de Roses ; "
Certains yeux vifs et pleins de feu ,
De ces yeux qui disent cent choses ,
Quand d'autres en disent si peu.
Mais parlons de son caractère ,
II. Vol.
Tout
JUIN. 1734
1334
Tout plein d'honneur et de vertu ;
Parlons du coeur le plus sincere
Que sur la Terre on ait connu .
Sa maxime est de toujours être
De l'humeur dont elle paroît ,
Et telle qu'on la voit paroître ,
C'est ainsi que toujours elle est.
Parmi tout ce qu'on lui voit faire ,
Elle mêle de l'agrément ,
Et par un certain enjoüement
Elle est toujours seure de plaire.
On n'en peut dire assez de bien ,
J'en dirois encore davantage ,
Mais cette Belle n'aime rien ,
Hélas ! n'est - ce pas grand dommage ?
***
D ....
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Résumé : PORTRAIT De Mlle P...
Le texte est un portrait en vers de Mlle P..., dont la beauté et la grâce impressionnent l'auteur. Il exprime sa difficulté à décrire adéquatement la jeune femme, qui avance avec noblesse et majesté, imposant un silence respectueux. Ses lèvres vermeilles et son sourire gracieux charment autant les oreilles que les yeux. Tout ce qu'elle dit est empreint de grâce et d'esprit, touchant profondément l'auteur. Son port, sa taille et son maintien sont remarquables, et son visage reflète la douceur avec laquelle elle agit. Elle possède un teint de lys et de roses, des yeux vifs et pleins de feu, capables de transmettre beaucoup plus que des mots. Son caractère est marqué par l'honneur et la vertu, avec un cœur sincère. Toujours de bonne humeur, elle sait ajouter de l'agrément à tout ce qu'elle fait, plaisant ainsi à tous. Cependant, l'auteur déplore qu'elle n'aime personne, ce qu'il considère comme un grand dommage.
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49
p. 1404-1405
Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 26. Juin 1734. le sieur Lépicié, habile Graveur, fut agréé unanimement dans [...]
Mots clefs :
Amour, Portrait, Lepicié, Académie royale de peinture et de sculpture, Charles Coypel, Antoine de La Roque, Veuve Chéreau, Laureolly, Juste-Aurèle Meissonnier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Le Samedy 26. Juin 1734. le sieur Lépicié ,
habile Graveur , fut agréé unanimement dans
une Assemblée generale de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture il avoit présenté à la
Compagnie plusieurs de ses Estampes ; sçavoir ,
le Jeu d'Enfans, ou la Toilette , d'après M.Coypel.
L'Amour Précepteur , du même.
Le Printemps, d'après la Signora Rosalba .
Le Portrait de M. Grassin , d'après M. De-
Jargilliere.
II. Vol. L'Amour
JUIN. 1734 1405
L'Amour Moissonneur et l'Amour O iseleur ,
d'après M. Boucher .
Le Portrait du Chevalier de la Roque , d'après
Wattau.
Il a à graver pour sa réception , le Portrait
de M. Rigaud et celui de M. Bertin.
Il paroit une nouvelle Estampe en large , ruž
S. Jacques , chez la Veuve Chereau , où l'Archi
tecture et les divers ornemens de la Sculpture ,
offrent aux yeux ce qu'il y a de plus agreable
pour les formes et pour l'élégance des diverses
parties . Le tout forme la façade d'un magnifique
Palais , dont le Plan est circulaire , élevé sur un
double Perron , et un du côté d'un Jardin , avee
deux aîles , Cette Estample est très - bien gravée
d'après le Dessein de M. Meissonnier , par le
sicur Laureolly.
habile Graveur , fut agréé unanimement dans
une Assemblée generale de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture il avoit présenté à la
Compagnie plusieurs de ses Estampes ; sçavoir ,
le Jeu d'Enfans, ou la Toilette , d'après M.Coypel.
L'Amour Précepteur , du même.
Le Printemps, d'après la Signora Rosalba .
Le Portrait de M. Grassin , d'après M. De-
Jargilliere.
II. Vol. L'Amour
JUIN. 1734 1405
L'Amour Moissonneur et l'Amour O iseleur ,
d'après M. Boucher .
Le Portrait du Chevalier de la Roque , d'après
Wattau.
Il a à graver pour sa réception , le Portrait
de M. Rigaud et celui de M. Bertin.
Il paroit une nouvelle Estampe en large , ruž
S. Jacques , chez la Veuve Chereau , où l'Archi
tecture et les divers ornemens de la Sculpture ,
offrent aux yeux ce qu'il y a de plus agreable
pour les formes et pour l'élégance des diverses
parties . Le tout forme la façade d'un magnifique
Palais , dont le Plan est circulaire , élevé sur un
double Perron , et un du côté d'un Jardin , avee
deux aîles , Cette Estample est très - bien gravée
d'après le Dessein de M. Meissonnier , par le
sicur Laureolly.
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Résumé : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Le 26 juin 1734, l'Académie Royale de Peinture et Sculpture a agréé à l'unanimité le sieur Lépicié, un graveur talentueux. Lors de l'assemblée générale, il a présenté plusieurs de ses œuvres, dont 'Le Jeu d'Enfants, ou la Toilette' et 'L'Amour Précepteur' d'après Coypel, 'Le Printemps' d'après Rosalba, 'Le Portrait de M. Grassin' d'après Dejargilliere, 'L'Amour Moissonneur et l'Amour Oiseleur' d'après Boucher, et 'Le Portrait du Chevalier de la Roque' d'après Watteau. Pour sa réception, Lépicié doit graver les portraits de Rigaud et Bertin. Par ailleurs, une nouvelle estampe en large a été publiée chez la Veuve Chereau, représentant la façade d'un palais d'après Meissonnier, gravée par Laureolly. Cette estampe met en valeur l'architecture et les ornements sculptés, offrant des formes et une élégance remarquables.
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p. 2443
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai six lettres en tout, dont deux sont redoublées. [...]
Mots clefs :
Portrait