Résultats : 3 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 1392-1399
Systême Chronologique sur les trois Textes de la Bible, &c. [titre d'après la table]
Début :
ON VIENT de publier la premiere Partie d'un Ouvrage dédié et présenté au [...]
Mots clefs :
Histoire, Empire d'Assyrie, Rois, Babyloniens, Déjocès, Hérodote, Mèdes, Antiquités, Déluge, Cyrus, Bible
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Systême Chronologique sur les trois Textes de la Bible, &c. [titre d'après la table]
ON VIENT de publier la premiere Partie
d'un Ouvrage dédié et présenté au
Roy par l'Auteur , sous les auspices de
M. le Cardinal de Fleury , qui est intitulé
: SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les
trois Textes de la Bible ; sçavoir , l'Hebren
le Samaritain et le Grec , avec l'Histoire
des anciennes Monarchies expliquée et rétablie
, par M. Michel , de Toul. Cette
premiere Partie sera suivie d'une seconde
qui comprendra les Antiquitez Egyptiennes
, Phéniciennes , &c.
II. Vol. II
JUIN. 1733. 1393
Il est glorieux à l'Auteur d'avoir conçû
la vaste idée de réünir en un Corps
les Antiquitez de toutes les Nations , après
en avoir expliqué les points les plus obscurs
, conformement aux Historiens sacrez
et profanes . Cet Ouvrage plein d'érudition
, est écrit avec méthode et se
lit avec autant d'utilité que de plaisir ;
il développe avec beaucoup de clarté
toutes les difficultez qui empêchoient que
l'on ne fit tous les progrès que l'on désiroit
pour la connoissance parfaite de
l'Histoire,parce qu'il réunit avec les Elemens
, toute la Science des Antiquitez ,
ainsi il servira infiniment aux personnes
de l'un et de l'autre Sexe qui se livrent à
l'étude de l'Histoire ancienne pour parvenir
à la moderne.
2
Avant que de s'engager dans l'Histoire
, M. Michel établit une Chronologie
depuis la Création du monde jusqu'à
I'Empire de Cyrus , qui est le terme des
difficultez Chronologiques ; il fait cinq
intervales ; il a suivi l'Hébreu et le Samaritain
, avant le Déluge ; et depuis le
Déluge le Samaritain et les Septante
jusqu'à la sortie d'Egypte ; depuis cette
sortie jusqu'à la fondation du Temple
il compte 680 ans , et prouve son calcul
par le Livre des Juges, et le premier
II.Vol. des
1294 MERCURE DE FRANCE
des Rois , par S Paul , par les Historiens
Egyptiens , et par des observations Astronomiques
; il a dressé le se intervale
sur les Livres des Rois et des Paralipomenes
, jusqu'à l'Empire de Cyrus.
Il passe ensuite à l'origine et à l'établissement
des Monarchies, et il insinuë que
le premier gouvernement des hommes
fur celui des Peres de famille , qui s'unirent
pour former de plus grandes socié
et choisirent entr'eux les plus sages
pour gouverner , mais à cause des divisions
qui pouvoient naitre dans ce Gouvernement
de plusieurs , toute l'autorité
fut confiée à un seul ; et c'est cet état
Monarchique que l'Auteur regarde comme
le plus parfait , parce qu'il approche
le plus du premier modele , qui est celui
de Dieu , dans le gouvernement de l'Univers.
Après l'origine des Monarchies suit
l'histoire des Babyloniens.M. Michel leur
donne l'Antiquité sur tous les Peuples ,
et se fonde sur ce que le Païs de Babylone
fut le premier habité , et que Nembrod
, par qui les dominations ont été
établies , y regna ; sentiment qui est appuyé
par l'Ecriture. Il veut que l'usage
des Lettres ait passé des Babyloniens aux
Juifs par Abraham , et prétend que les
II. Vol. dix
JUIN. 1733- 1395
dix Rois Babyloniens , avant le Déluge ,
sont les dix Patriarches depuis Adam jusqu'à
Noé , et pour accorder la longue durée
du regne de ces Rois avec l'Ecriture ,
il veut que la révolution d'un jour ait
été comptée pour une année ; ce qu'il
prouve par le témoignage de plusieurs
Anciens.
Il reprend l'histoire des premiers Babyloniens
dépuis le Déluge , et continuë
la posterité de Noé par ce Patriarche ,
après avoir prouvé qu'il est le même
que Bel. Il lui attribue la fondation de
Babylone , et y fait regner Nembrod , auquel
succedent deux Dynasties de Rois
Caldéens et Arabes ; il fait passer la Monarchie
des Babyloniens aux Assyriens ,
après la conquête qu'en fit Ninus.
L'Auteur qui s'étend sur l'histoire des
premiers Assyriens , réunit ingénieusement
les sentimens de tous les Anciens ,
dans les passages qui scnbloient contradictoires,
et supplée par d'heureuses conjectures
, quand l'antiquité ne lui fournit
pas assez de monumens et de preuves,
Après 40 Rois Assyriens , il met la décadence
de l'Empire d'Assyrie sous Thonos
Concoleros , à qui les Grecs ont donné
le nom de Sardanapale , mais il ne fait
point périr ce Prince dans l'embrasement
J
II. Vol. de
1356 MERCURE DE FRANCE
"
de Ninive , il veut , au contraire , qu'il
soit mort de vieillesse dans la Cilicie , et
lui donne un Successeur à Ninive du
nom de Ninus. C'est ce Prince à qui Jonas
prêcha la pénitence, et l'Auteur prou .
ve par ce Prophete , que Ninive ne fut
point alors détruite , et que la revolte
des Babyloniens et des Medes ne fit qu'affoiblir
l'Empire d'Assyrie , sans le détruire.
Pour fixer le démembrement de cer
Empire , l'Auteur se sert de plusieurs
monumens constans ; entr'autres de la
durée de l'Empire d'Assyrie jusqu'à Teutame
, sous qui est placé le Siége de
Troye ; la suite des successeurs de Teutame
, la décadence de l'Empire d'Assyrie
, marquée par tous les Anciens , sous
l'Archontat d'Ariphron , la prédication
'de Jonas.
Il donne une suite des Rois Assyriens
depuis le second Ninus , successeur de
Sardanapale , jusqu'à Assarhadon , qui
réunit Babylone à son Empire . C'est sous
ce Prince qu'il place l'histoire de Judith,
et son sentiment paroît très- conforme à
la vérité. Après avoir répondu à quelques
objections que l'on pouvoit lui faire
, il prouve qu'Assarhadon est Nabuchodonosor
, que Déjoces est Arphaxad
II. Vol. que
JUIN. 1733 1397
NC
que l'histoire de Judith arriva durant
la minorité du Roy Manassés , et sous la
regence du grand Prêtre Eliacim . Alors
Judith étoit âgée de 26 ou 27 ans. Il rejette
le sentiment de ceux qui lui en
donnent 66 , parce qu'il ne croit pas ,
avec raison qu'une femme à cet âge puisse
donner de l'amour ; il fait finir l'Empire
d'Assyrie à Chiniladon , et prétend
que c'est le dernier Sardanapale dont
parle l'histoire , qui se brûla dans son Palais
; et comme il avoit prouvé par Jonas
que Ninive n'avoit point été détruite
sous Thonos - Concoleros , il se sert de
plusieurs passages des Proj hetes pour en
narquer la destruction du temps de
Chiniladon. Des ruines de l'Empire de
• Ninive s'éleverent deux Empires colla-
$ teraux, des Babyloniens et des Médes .
IS
0
L'Auteur commence par celui des Babyloniens
, fondé par le pere de Nabuchodonosor
le Grand ; il fait voir que les
E Interpretes de la Bible n'ont pû concilier
la datte de Daniel et de Jeremie pour
la prise de Jerusalem ; parce qu'ils n'ont
pas fait attention au temps où les Babytpoansiens
et les Juifs commençoient leur
année . Après avoir rapporté l'histoire de
Nabuchodonosor et de ses successeurs
jusqu'à Balthasar , il prétend que ce der-
II. Vol. nier
1398 MERCURE DE FRANCE
nier Prince a eu le nom de Nabonid , de
même que Darius le Méde ; et il fait voir
que pour avoir confondu les deux Princes
de ce nom , on n'a pû concilier les
passages des Anciens. Ce qu'il dit de Darius
, que Cyrus associa à son Empire ,
après la prise de Babylone , éclaircit beaucoup
l'histoire de ces deux Princes.
L'Auteur finit par l'histoire des Médes
qui se gouvernerent par leurs Loix jusqu'à
Déjoces , sous la souveraineté des
Rois d'Assirie , qui prenoient aussi le titre
de Rois des Médes , comme Rois de
ces deux Nations ; c'est ainsi qu'il accorde
Hérodote et Crésias , avec l'Ecriture .
Il prétend que Déjoces , qui est l'Apandas
de Ctesias , n'a regné que 22 ans , et
que c'est le dénouement d'une difficulté
qu'Hérodote fait naitre touchant les 128
ans de la domination qu'il attribuë aux
Médes dans toute l'Asie ; quoiqu'il en
compte 150 depuis Déjoces jusqu'à Cyrus
; car ces 22 ans qu'Hérodote retranche
, ne peuvent être attribués à la domination
des Scythes , puisqu'elle fut de
28 ans, selon Hérodote,qui les comprend
dans cette durée de 128 ans , mais ils doivent
finir avec le regne de Déjoces , qui
ne regna que sur la Médie , selon Hérodote
; au lieu que Phraortes , son fils
1
II. Vol. soumit
JUIN. 1733 1399
soumit toute l'Asie . L'Auteur a ajoûté
un Canon Chronologique des Histoires
dont il a traité , avec un Catalogue des
anciens Auteurs qu'il a citez , et l'Edition
de leurs Ouvrages.
On ne doute pas que la seconde partie,
qui comprendra le reste des Antiquitez ,
et que l'Auteur continuera de fai e imprimer
à ses frais , ne soit reçue du public
avec autant de satisfaction.
Ce Livre se trouve à Paris , chez Musier
, fils , Libraire , sur le Quai et au coin
de la rue des grands Augustins , à la Minerve
, 1733. in 4. de 378 pag sans l'Epître
au Roy , la Préface , le Canon Chronologique
, le Catalogue des Auteurs
citez , & c. Le prix est de 6 liv . broché.
d'un Ouvrage dédié et présenté au
Roy par l'Auteur , sous les auspices de
M. le Cardinal de Fleury , qui est intitulé
: SYSTEME CHRONOLOGIQUE sur les
trois Textes de la Bible ; sçavoir , l'Hebren
le Samaritain et le Grec , avec l'Histoire
des anciennes Monarchies expliquée et rétablie
, par M. Michel , de Toul. Cette
premiere Partie sera suivie d'une seconde
qui comprendra les Antiquitez Egyptiennes
, Phéniciennes , &c.
II. Vol. II
JUIN. 1733. 1393
Il est glorieux à l'Auteur d'avoir conçû
la vaste idée de réünir en un Corps
les Antiquitez de toutes les Nations , après
en avoir expliqué les points les plus obscurs
, conformement aux Historiens sacrez
et profanes . Cet Ouvrage plein d'érudition
, est écrit avec méthode et se
lit avec autant d'utilité que de plaisir ;
il développe avec beaucoup de clarté
toutes les difficultez qui empêchoient que
l'on ne fit tous les progrès que l'on désiroit
pour la connoissance parfaite de
l'Histoire,parce qu'il réunit avec les Elemens
, toute la Science des Antiquitez ,
ainsi il servira infiniment aux personnes
de l'un et de l'autre Sexe qui se livrent à
l'étude de l'Histoire ancienne pour parvenir
à la moderne.
2
Avant que de s'engager dans l'Histoire
, M. Michel établit une Chronologie
depuis la Création du monde jusqu'à
I'Empire de Cyrus , qui est le terme des
difficultez Chronologiques ; il fait cinq
intervales ; il a suivi l'Hébreu et le Samaritain
, avant le Déluge ; et depuis le
Déluge le Samaritain et les Septante
jusqu'à la sortie d'Egypte ; depuis cette
sortie jusqu'à la fondation du Temple
il compte 680 ans , et prouve son calcul
par le Livre des Juges, et le premier
II.Vol. des
1294 MERCURE DE FRANCE
des Rois , par S Paul , par les Historiens
Egyptiens , et par des observations Astronomiques
; il a dressé le se intervale
sur les Livres des Rois et des Paralipomenes
, jusqu'à l'Empire de Cyrus.
Il passe ensuite à l'origine et à l'établissement
des Monarchies, et il insinuë que
le premier gouvernement des hommes
fur celui des Peres de famille , qui s'unirent
pour former de plus grandes socié
et choisirent entr'eux les plus sages
pour gouverner , mais à cause des divisions
qui pouvoient naitre dans ce Gouvernement
de plusieurs , toute l'autorité
fut confiée à un seul ; et c'est cet état
Monarchique que l'Auteur regarde comme
le plus parfait , parce qu'il approche
le plus du premier modele , qui est celui
de Dieu , dans le gouvernement de l'Univers.
Après l'origine des Monarchies suit
l'histoire des Babyloniens.M. Michel leur
donne l'Antiquité sur tous les Peuples ,
et se fonde sur ce que le Païs de Babylone
fut le premier habité , et que Nembrod
, par qui les dominations ont été
établies , y regna ; sentiment qui est appuyé
par l'Ecriture. Il veut que l'usage
des Lettres ait passé des Babyloniens aux
Juifs par Abraham , et prétend que les
II. Vol. dix
JUIN. 1733- 1395
dix Rois Babyloniens , avant le Déluge ,
sont les dix Patriarches depuis Adam jusqu'à
Noé , et pour accorder la longue durée
du regne de ces Rois avec l'Ecriture ,
il veut que la révolution d'un jour ait
été comptée pour une année ; ce qu'il
prouve par le témoignage de plusieurs
Anciens.
Il reprend l'histoire des premiers Babyloniens
dépuis le Déluge , et continuë
la posterité de Noé par ce Patriarche ,
après avoir prouvé qu'il est le même
que Bel. Il lui attribue la fondation de
Babylone , et y fait regner Nembrod , auquel
succedent deux Dynasties de Rois
Caldéens et Arabes ; il fait passer la Monarchie
des Babyloniens aux Assyriens ,
après la conquête qu'en fit Ninus.
L'Auteur qui s'étend sur l'histoire des
premiers Assyriens , réunit ingénieusement
les sentimens de tous les Anciens ,
dans les passages qui scnbloient contradictoires,
et supplée par d'heureuses conjectures
, quand l'antiquité ne lui fournit
pas assez de monumens et de preuves,
Après 40 Rois Assyriens , il met la décadence
de l'Empire d'Assyrie sous Thonos
Concoleros , à qui les Grecs ont donné
le nom de Sardanapale , mais il ne fait
point périr ce Prince dans l'embrasement
J
II. Vol. de
1356 MERCURE DE FRANCE
"
de Ninive , il veut , au contraire , qu'il
soit mort de vieillesse dans la Cilicie , et
lui donne un Successeur à Ninive du
nom de Ninus. C'est ce Prince à qui Jonas
prêcha la pénitence, et l'Auteur prou .
ve par ce Prophete , que Ninive ne fut
point alors détruite , et que la revolte
des Babyloniens et des Medes ne fit qu'affoiblir
l'Empire d'Assyrie , sans le détruire.
Pour fixer le démembrement de cer
Empire , l'Auteur se sert de plusieurs
monumens constans ; entr'autres de la
durée de l'Empire d'Assyrie jusqu'à Teutame
, sous qui est placé le Siége de
Troye ; la suite des successeurs de Teutame
, la décadence de l'Empire d'Assyrie
, marquée par tous les Anciens , sous
l'Archontat d'Ariphron , la prédication
'de Jonas.
Il donne une suite des Rois Assyriens
depuis le second Ninus , successeur de
Sardanapale , jusqu'à Assarhadon , qui
réunit Babylone à son Empire . C'est sous
ce Prince qu'il place l'histoire de Judith,
et son sentiment paroît très- conforme à
la vérité. Après avoir répondu à quelques
objections que l'on pouvoit lui faire
, il prouve qu'Assarhadon est Nabuchodonosor
, que Déjoces est Arphaxad
II. Vol. que
JUIN. 1733 1397
NC
que l'histoire de Judith arriva durant
la minorité du Roy Manassés , et sous la
regence du grand Prêtre Eliacim . Alors
Judith étoit âgée de 26 ou 27 ans. Il rejette
le sentiment de ceux qui lui en
donnent 66 , parce qu'il ne croit pas ,
avec raison qu'une femme à cet âge puisse
donner de l'amour ; il fait finir l'Empire
d'Assyrie à Chiniladon , et prétend
que c'est le dernier Sardanapale dont
parle l'histoire , qui se brûla dans son Palais
; et comme il avoit prouvé par Jonas
que Ninive n'avoit point été détruite
sous Thonos - Concoleros , il se sert de
plusieurs passages des Proj hetes pour en
narquer la destruction du temps de
Chiniladon. Des ruines de l'Empire de
• Ninive s'éleverent deux Empires colla-
$ teraux, des Babyloniens et des Médes .
IS
0
L'Auteur commence par celui des Babyloniens
, fondé par le pere de Nabuchodonosor
le Grand ; il fait voir que les
E Interpretes de la Bible n'ont pû concilier
la datte de Daniel et de Jeremie pour
la prise de Jerusalem ; parce qu'ils n'ont
pas fait attention au temps où les Babytpoansiens
et les Juifs commençoient leur
année . Après avoir rapporté l'histoire de
Nabuchodonosor et de ses successeurs
jusqu'à Balthasar , il prétend que ce der-
II. Vol. nier
1398 MERCURE DE FRANCE
nier Prince a eu le nom de Nabonid , de
même que Darius le Méde ; et il fait voir
que pour avoir confondu les deux Princes
de ce nom , on n'a pû concilier les
passages des Anciens. Ce qu'il dit de Darius
, que Cyrus associa à son Empire ,
après la prise de Babylone , éclaircit beaucoup
l'histoire de ces deux Princes.
L'Auteur finit par l'histoire des Médes
qui se gouvernerent par leurs Loix jusqu'à
Déjoces , sous la souveraineté des
Rois d'Assirie , qui prenoient aussi le titre
de Rois des Médes , comme Rois de
ces deux Nations ; c'est ainsi qu'il accorde
Hérodote et Crésias , avec l'Ecriture .
Il prétend que Déjoces , qui est l'Apandas
de Ctesias , n'a regné que 22 ans , et
que c'est le dénouement d'une difficulté
qu'Hérodote fait naitre touchant les 128
ans de la domination qu'il attribuë aux
Médes dans toute l'Asie ; quoiqu'il en
compte 150 depuis Déjoces jusqu'à Cyrus
; car ces 22 ans qu'Hérodote retranche
, ne peuvent être attribués à la domination
des Scythes , puisqu'elle fut de
28 ans, selon Hérodote,qui les comprend
dans cette durée de 128 ans , mais ils doivent
finir avec le regne de Déjoces , qui
ne regna que sur la Médie , selon Hérodote
; au lieu que Phraortes , son fils
1
II. Vol. soumit
JUIN. 1733 1399
soumit toute l'Asie . L'Auteur a ajoûté
un Canon Chronologique des Histoires
dont il a traité , avec un Catalogue des
anciens Auteurs qu'il a citez , et l'Edition
de leurs Ouvrages.
On ne doute pas que la seconde partie,
qui comprendra le reste des Antiquitez ,
et que l'Auteur continuera de fai e imprimer
à ses frais , ne soit reçue du public
avec autant de satisfaction.
Ce Livre se trouve à Paris , chez Musier
, fils , Libraire , sur le Quai et au coin
de la rue des grands Augustins , à la Minerve
, 1733. in 4. de 378 pag sans l'Epître
au Roy , la Préface , le Canon Chronologique
, le Catalogue des Auteurs
citez , & c. Le prix est de 6 liv . broché.
Fermer
Résumé : Systême Chronologique sur les trois Textes de la Bible, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Système Chronologique sur les trois Textes de la Bible' (hébreu, samaritain et grec), rédigé par Michel de Toul et dédié au roi sous les auspices du Cardinal de Fleury. La première partie, publiée en juin 1733, traite des antiquités bibliques et des anciennes monarchies. Une seconde partie sur les antiquités égyptiennes et phéniciennes est annoncée. Michel de Toul vise à réunir les antiquités de diverses nations en expliquant les points obscurs conformément aux historiens sacrés et profanes. L'ouvrage est structuré avec méthode et érudition, facilitant la compréhension des difficultés historiques et des éléments des antiquités. L'auteur établit une chronologie depuis la Création du monde jusqu'à l'Empire de Cyrus, divisée en cinq intervalles. Il utilise les textes hébreu et samaritain avant le Déluge, et les textes samaritain et des Septante jusqu'à la sortie d'Égypte. Il calcule 680 ans entre la sortie d'Égypte et la fondation du Temple, en se basant sur divers textes bibliques et observations astronomiques. Michel de Toul explore ensuite l'origine et l'établissement des monarchies, suggérant que le premier gouvernement des hommes était celui des pères de famille, qui choisissaient les plus sages pour gouverner. Il considère le gouvernement monarchique comme le plus parfait, rapprochant le plus du modèle divin. Le texte détaille également l'histoire des Babyloniens, considérés comme le premier peuple, en se fondant sur des références bibliques et historiques. Il attribue aux Babyloniens l'usage des lettres, transmis aux Juifs par Abraham, et identifie les dix rois babyloniens avant le Déluge aux dix patriarches depuis Adam jusqu'à Noé. L'ouvrage continue avec l'histoire des Assyriens, après la conquête babylonienne par Ninus. Michel de Toul s'appuie sur divers monuments et témoignages anciens pour reconstruire cette période, en résolvant les contradictions et en comblant les lacunes par des conjectures. L'auteur traite ensuite de la décadence de l'Empire assyrien sous Thonos Concoleros, identifié comme Sardanapale, et de la destruction de Ninive sous Chiniladon. Il explore également les empires babylonien et mède, en conciliant les dates de Daniel et Jérémie pour la prise de Jérusalem et en clarifiant les règnes de Nabuchodonosor et Darius. Le livre se conclut par un canon chronologique et un catalogue des anciens auteurs cités, et est disponible à Paris chez Musier, fils, libraire. La seconde partie, à paraître, couvrira le reste des antiquités et sera également imprimée aux frais de l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 2563-2580
SECONDE LETTRE CRITIQUE, sur la Chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'Anglois.
Début :
Vous êtes donc content de ma premiere Lettre, Monsieur ; la maniere [...]
Mots clefs :
Déluge, Histoire, Chronologie, Texte hébreu, Ordre, Écriture, Égyptiens, Égypte, Rois, Moïse, Auteurs, Roi, Raison, Dispersion, Autorité, Histoire universelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE CRITIQUE, sur la Chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'Anglois.
SECONDE LETTRE CRITIQUE ;
sur la Chronologie de la nouvelle Histoire
Universelle traduite de l'Anglais-
V
Ous êtes donc content de ma premiere
Lettre , Monsieur ; la maniere
obligeante dont vous m'en parlez
est pour moi un nouvel engagement de
tenir ma parole . C'est de la Chronologie
en général , et de celle de l'Histoire des
Egyptiens que je vous rendrai compte
aujourd'hui . Et quand même ces Messieurs
auroient connoissance de mes Réfléxions
, ils n'en seroient ni surpris ni
fâchez , puisqu'ils avoüent d'avance qu'il
1. Vol.
2564 MERCURE DE FRANCE
y aura sans doute des fautes dans leur
ouvrage , car il n'en paroîtra , selon cux,
de parfait que l'année où l'on trouvera
le mouvement perpetuel et la Pierre
Philosophale. Mais ils se flattent aussi
de n'avoir commis que des fautes excusables,
Avis au Lecteur. Vous en serez
le Juge..
Tous ceux qui ont entrepris d'écrire
sur l'Histoire ancienne , se sont toujours
tourmentez pour trouver une regle sure
de Chronologie , les Septante ne sont
plus gueres de mise , et la préference
roule aujourd'hui entre l'Hebreu et le
Samaritain . Ces Messieurs prennent une
nouvelle route , ils suivent tantôt l'un >
tantôt l'autre de ces derniers textes , ne
les reconnoissant pour autentiques que
quand et comme ils le Jugent à propos.
C'est encore un autre principe autorisé
par la foi et par la raison que nous n'avons
aucune autre connoissance de l'Histoire
anterieure au Déluge que le peu qui s'en
trouve dans les Livres de Moyse. Ils le
reconnoissent comme nous . Aucune nation
, disent- ils , n'a porté son Histoire
au- delà du Déluge , au moins avec quelque
fondement avis au Lecteur p. 8.
et ailleurs , les Ecrits de Moyse sont les
seuls Monuments autentiques que nous
1. Vol. ayons
DECEMBRE. 1733 2565,
1
ayons
prouver que
›
,
de ces tems éloignez page. 142 .
Après tous ces aveus , qui s'attendroit
que le Compilateur va entreprendre de
le Sanchoniathon Auteur
Phénicien , qui vivoit même avant la
Guerre de Troye , nous a donné une Généalogie
complette de tous les descendans
de Caïn jusqu'au tems d'Abraham
Cela est néanmoins vrai , et il le fait sur
l'autorité de Cumberland. Le Protogone et
P'Eon sont le même couple qu'Adam et
Eve , leurs Enfans Genus et Genua sont
Caïn et sa femme comme on dit dans
la Loy civile , Caïus et Caïa, p. 143. et
pour en convaincre ,il faut voir comment
il déchire et décompose ces mots. De
ces descendans de Carn , combien tiret'il
d'origines curieuses ? p. 144. ct
suiv. La coûtume d'offrir du sang aux
déitez inférieures , et une partie de la
chair des bêtes tuées à la Chasse ; le culte
rendu aux hommes après leur mort ;
la premiere statuë qui leur est élevée , le
premier Temple bâti en leur honneur
Elion ou le Très-Haut est Lamech pere
de Noë celui- ci est Vrane , et son premier
fils Cronus ou Saturne est Cham comme
on aura soin de le prouver dans la suite
Voila ce qui s'appelle du neuf. Mais si
1. Vol. VOUS B
2566 MERCURE DE FRANCE
vous demandez pourquoi Sanchoniaton
n'a point parlé du Déluge dans le cours
de son récit, lui qui rapporte tant d'autres
événemens de peu de conséquence, on vous
répondra que ce fléau étant en partie le
fléau de l'idolatrie , les Payens ont tâché
d'abolir la mémoire d'un monument si
extraordinaire de la vangeance divine et
de leur propre honte.
Cela est bientôt dit. Mais comment
Sanchoniaton et les autres Payens poste
rieurs de plusieurs siècles au Déluge , en
avoient- ils connoissance ? Quelle Histoi
re anterieure subsistoit après ce ravage
universel ? Dans quelle urne , dans quelle
capse , dans quel coffre de fer l'avoit - on
mise pout la sauver du naufrage ? Qui en
avoit eu la pensée et la précaution ? Je
comprens comment Moyse inspiré par
le S. Esprit , et conduit par une tradition
miraculeusement conservée , nous a
tracé succintement l'Histoire de ces tems
obscurs. Mais je n'imagine point par quel
canal , Sanchoniathon , mille ans après
a pénetré dans ce mystere. Néanmoins
suivant ces Messieurs il le savoit et
mieux que Moyse , puisque ce S. Patriarche
Legislateur a ômis deux Genérations
qu'il faut remplir et réformer par la Iu ,
miere de l'Auteur Phenicien p. 148,
I, Vol
Dites
DECEMBRE.
1733 2567
Dites moi en votre conscience , l'auriezvous
jamais crû ?
Vous seriez encore bien plus étonné si
je vous disois ce qu'on raconte d'après
Berose : Qu'un Poisson à deux têtes fut
le premier maître qui instruisit les Caldéens
; que cet animal aquatique et de fi .
gure monstrueuse étoit Adam, et que dix
autres animaux de même sorte sont les
dix Patriarches qui suivirent jusqu'au
Déluge , p. 149. et suiv. Le tout conforme
à la Chronologie Samaritaine , suivant
la réformation de l'ancien Calen
drier Babilonien.
Autre découverte. Voici encore 113 ]
Générations pendant l'espace de 36525
ans de compte fait , qui ont occupé le
Trône de l'Egypte depuis le commencement
du Monde . Toute cette succession
est divisée en trois Races , les Aurites ,
les Mestréens , et les Egyptiens jusqu'à
Alexandre , p . 15;. L'on ajoûte , p • 154 .
et cette Hypothese, comme nous le
verons bien- tôt , s'accorde passablement
bien avec la Chronologie. Cependant ,
comme ce nombre paroît un peu exorbitant
, on aime mieux s'en rapporter à
Manethon , comme à celui de qui l'on
doit principalement puiser l'Histoire
d'Egypte . Et ce Prêtre d'Heliopolis qui
prou-
1. Vol. Bij l'écrivi
2568 MERCURE DE FRANCE
磕
l'écrivit par l'ordre de Philadelphe , est
beaucoup plus modeste , ne donnant que
9000 ans à Vulcain le premier Roy , qui
en font 750. des nôtres .
י
Tout cela vous paroît des réveries , et
vous avez d'autant plus raison , qu'elles
ne sont fondées que sur l'imagination et
sur les Fables du Paganisme.Ces Messieurs
trouvent cependant qu'elles s'accordent
passablement bien avec la Chronologie
et ils veulent s'en servir pour rectifier les
Généalogies de Moyse . Ils ont oublié, par
malheur pour nous , de dire comment
cela se peut faire ; et j'en suis aussi embarrassé
que de pouvoir concilier les differens
articles du jugement qu'ils en.
portent. » Nous venons , disenr- ils, de
» rassembler les differentes parties les
plus essentielles de l'Histoire du Mon-
» de avant le Déluge , que nous ayons
» pù trouver dans les Auteurs profanes,
Quelques- unes de ces parties ne sont pas
» destituées d'un certain air de verité.Ĉependant
à les prendre en général, elles
» nous paroissent peu dignes de croyance.
Nous osons néanmoins nous flatter que
» comme tout ce qui est marqué au coin
» d'une antiquité fort reculée mérite no-
» tre curiosité on ne regardera pas la
peine que nous avons prise comme en-
I. Vol. « ticrement
»
>
D'ECEMBR E. 1733. 2589°
tierement inutile. » Pesez bien cette
Sentence , elle vaudroit elle seule une
Lettre toute entiere.
,
Il n'y a , comme vous voyez , rien de
sûr dans tout cela,et leLecteur après avoir
medité deux cent pages d'un grand in 4°.
sçait moins à quoi s'en tenir que s'il n'avoit
lû que les six premiers chap. de la
Genése. Et comment celui qui a redigé
Ouvrage auroit- il pûr nous donner quelque
chose de net et un sistême suivi ,
lui qui n'en avoit pas pour soi-même ?
Inclinant à vouloir faire passer le Sanchoniathon
Berose , et la Chronique
Egyptienne pour des monumens qui ne
manquent pas d'un certain air de verité , il
adopte le calcul Hebreu , comme le plus .
long , pour les siècles qui ont précédé le
Déluge. Mais ce Texte a perdu , selon lui ,
toute son autenticité dans ce naufrage . Il
a été corrompu par les Juifs , qui vou .
loient décliner la force des Oracles , et il
est trop resserré pour contenir les fairs
qui se sont passez depuis le Déluge jusqu'à
la naissance de Phaleg. C'est le Smaritain
que l'on veut ici parce qu'il
contient 300 ans. de plus dans cet espace.
,
Quelqu'un qui voudroit voir clair dans
ses lectures,et se fonder en raison , deman ,
I. Vol.
deroit
Biij
2570 MERCURE DE FRANCE
deroit naturellement la preuve de ees
interpolations de l'un et de l'autre Texte
dans ces différens âges . Mais ce seroit un
curieux importun auquel on ne daigne
pas répondre. Toute la raison qu'on a
de changer de régle , c'est que l'un convient
mieux que l'autre dans les différentes
circonstances . Ainsi c'est l'Ecriture
qu'on ajuste sur l'Histoire profane ; au
lieu qu'il faudroit regler l'Histoire profane
sur l'autorité de l'Ecriture.
Le grand motif qui fait ici abandonner
le Texte Hebreu est l'impossibilité
de faire commencer la dispersion des
peuples 100 ans après le Déluge , époque
de la naissance de Phaleg ; et de trouver
53 Conducteurs , accompagnez chacun
d'une multitude capable de former le
même nombre des Colonies . Voilà ce
que le Traducteur appelle ingenieusement
la Croix de ceux qui suivent le Texte
Hebreu p. 285. Mais cette Croix n'est
gueres difficile à porter ; et qui pourroit
croire que personne n'a mieux réussi
que ces Messieurs à en diminuer le
poids ?
Tout ce qu'ils disent pour faire voir
que le Genre humain n'étoit pas assez
multiplié un siécle après le Déluge pour
former des Colonies , démontre évidem-
1. Vol. ment
DECEMBRE. 1733. 57%
ment que la chose étoit possible , naturelle
, et peut-être même nécessaire. Je
vous prens volontiers pour nôtre Juge.
Personne n'avoit encore traité si au long
ce point qui est vraiment curieux . Ces
Messieurs , recueillent avec soin les différens
calculs qu'ont fait d'habiles Auteurs
pour montrer jusqu'où alloit la
propagation des hommes chaque siécle
après ' e Déluge.
Suivant le P. Petau la terre contenoit
32768 Enfans mâles cent ans après la
réparation du Genre humain ; et 185 ans
après , il
avoit 155
y fois plus d'habitans
qu'on ne lui en suppose aujourd'hui .
Cumberland n'en trouve que trente mille,
101 ans après le Déluge. 40 ans après il en
augmente le nombre au delà de 300000.et
encore 40 ans après il le fait monter à
3000000, Quelques - uns sont plus moderez
, et ne comptent qu'environ 23000
hommes , d'autres 14000 à la naissance de
Phaleg.
Tout le monde qui double et au delà ,
si l'on y comprend les femmes , ne paroît
pas suffisant à ces Messieurs pour occasionner
la dispersion . Ils veulent attendre
encore 300 ans , c'est- à - dire jusqu'à
ce qu'il y ait , suivant le P. Petau , 247 ,
224,717 , 456 , hommes , ou un peu
I. Vol. Biiij moins
2572 MERCURE DE FRANCE
moins selon d'autres. Alors il auroit été
certainement bien forcé de se séparer ; et
je défie qu'on eût pâ attendre si longtems.
En supposant avec le Texte Hebreu que
la confusion des Langues est arrivée 100
ans après le Déluge , n'obligeoit t'ellepas
les hommes à se diviser suivant la
différence des familles et de leurs idiomes ?
Ils n'avoient pas besoin pour cet effet
d'être en plus grande quantité , ils s'augmentoient
assez de jour en jour , et l'Ecriture
ne dit pas que leur séparation se
fit dans la même semaine ou la même année
, il est très probable qu'il y eut des
intervales plus ou moins grands. Cette
réponse est d'autant plus solide qu'elle
est fondée sur la nature du sujet , qu'elle
tombe sous les sens , et qu'elle démontre
la suffisance du Texte Hebreu .
Mais ce qui va vous surprendre , c'est
qu'elle n'est pas de moi ; et que je la trouve
toute entiere dans ces Mrs, sujets à édifier
et à détruire de la même main. Voici
leurs paroles , p . 292. a Il faut considerer
que chacune de ces Colonies crois-
» soit à proportion qu'elles s'éloignoient
» davantage du centre de leur dispersion
avant que d'arriver au Pays où elles
» fixèrent ensuite leur séjour ; car la terre
1. Vol
DECEMBRE . 1733. 2573
8
» ne fut pas peuplée en une seule fois
» mais par dégrez , par où il paroît qu'il
» n'est nullement besoin de faire des ef-
» forts pour augmenter le Genre humain.
» au tems de la dispersion . » Et moi j'ajoûte
par la même raison qu'il n'étoit pas
nécessaire d'abandonner le Texte par le--
quel on avoit commencé sa Chronologie,
puisqu'il suffisoit pour donner le tems.
aux hommes de se multiplier , et que la
présomption est principalement en
faveur , comme l'ont remarqué les Peres.
On ne peut faire autrement , dit- on
p. 205. puisqu'au tems d'Abraham , qui
seroit suivant le calcul 427 ans , depuis
le Déluge,il y avoit sur la Terre plusieurs
Villes bâties , des Royaumes fondez , er
des Monarques dont l'Empire s'étendoit
depuis la Perse jusqu'au Pays de Canaan .
Tout cela est vrai ; mais si ces Mrs. le
donnent pour une objection solide ; qu'ils
nous dispensent d'en juger de même..
1. En suivant la supputation des Auteurs
qui ont compté les hommes qu'il !
y auroit dû avoir en ce tems là , on verra
que le nombre en est plus que suisant
pour faire des Royaumes très peu-.
plez quand même on s'attacheroit à
ceux qui l'ont plus, diminué. 2 °. Quels
étoient ces Rois ? Il en faut juger pas
1. Vol .
By
2574 MERCURE DE FRANCE
quatre
ce qui arriva à Abraham , qui en fit fuir
devant lui avec 318 hommes.
3 °. On appelloit alors Roy le Maître d'une
petite Contrée , peuplée ou non , le
chef d'une famille ou d'un village , quia
regebat. 4 ° . Mille ou neuf cent ans après
le Déluge , on voyoit encore dans le
Peloponese un Roy de Cerinthe , un
d'Argos , un de Sicyone , un de Mycènes
, un ou plusieurs dans l'Elide , un à
Orchomène , un à Messéne et un autre
à Lacédémone ; cependant toute cette
presqu'Isle n'a pas plus d'étendue que la
Lorraine. Que dirions- nous de neuf ou
dix Rois qui n'auroient que ce Duché
pour appanages Ce ne sont donc point
là des difficultez assez graves pour déroger
à l'autorité du Texte hebreu .
Tels sont les Préliminaires de ces Mrs.
de qui l'on peut diré avec une égale verité
, que personne ne sait plus de choses
sur l'introduction à l'Histoire , et que
personne n'en a des idées moins nettes.
Ils entrent ensuite dans le détail des Peuples
et des Monarchies , et c'est par les
Egyptiens qu'ils commencent. Je me suis
engagé à vous en dire quelque chose ; il
est juste de tenir ma parole.
Ce point y est traité dans le même
goût ; c'est -à - dire , avec une abondance
I. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2575
de recherches et d'érudition qu'on avoit
droit d'attendre d'une habile Societé de
Gens de Lettres. Mais ils se sont contentez
de mettre sous les yeux du Lecteur un
amas de faits qui ne laissent rien à désirer
sur la matiere, que l'ordre et le discernement.
Ils vont même plus loin. Ils raportent
avec diffusion les disputes et les
sentimens de tous les Auteurs sur chaque
point en particulier , et n'omettent rien
de part et d'autre . Mais en Ecrivains
humbles et timides , on ne les voit presque
jamais prendre de parti. Comme les regles
de la Critique ne leur ont point appris à
décider dans la diversité des opinions, ils
doutent et hésitent sur tout , et laissent
les autres dans la même incertitude. L'Analyse
que je vais faire de cette Partie
vous en convaincra,
W
» L'on remarque , disent -ils , de si
grands vuides et des erreurs si manifestes
» dans les successions des Rois d'Egypte ,
que ce seroit une peine très inutile que
de vouloir les ranger dans un ordre
> Chronologique
, qui les accordât entr'elles
, aussi bien qu'avec l'Ecriture
p. 426. « La Chronique
de Marsham
est pleine d'une érudition
admirable
» mais par malheur il s'est attaché trop
scrupuleusement
à la Chronologie
du
2
"
1. Vole B vj » Texte
2576 MERCURE DE FRANCE
Texte hebreu. Attachement qui l'obli-
» ge à supposer que Mènes a été Cham et
point Mizraim , et de faire commancer
son regne, en dépit du bon sens , im-
» médiatement , ( c'est- à- dire plus d'un
ן כ
siécle ) après le Déluge , p. 430. Tous
» les plus grands Hommes ne sçavent ce
» qu'ils disent là - dessus ; et l'on avouë
>> ingenûment que l'on ne comprend pas
.commentle projet d'accorder la Chro-
» nologie Egyptienne des premiers siecles
»avec la nôtre, à la légere différence de
quelques années près, a pû entrer dans
»l'esprit des gens sensez et ce qui a aug-
» menté l'étonnement est le ton décisif
» que quelques uns d'eux ont pris dans
» une matiere aussi incertaine , p . 434.
» Enfin la chose la moins vraisemblable
» est que Menès ait pû commencer son
» regne deux siècles après le Déluge , p.
» 435...
Il n'y a que l'incomparable , Newton qui
7. entende quelque chose . Cet illustre
Auteur ( oui en fait de Mathématique )
croit que Sesostris étoit Osiris . C'est pourquoi
il place après lui , Menès ( que to s
les Anciens ont regardé comme le premier
Roy d'Egypte. ) Et par une conséquence
nécessaire aussi bien - que pour
d'autres raisons , il change la succession
Le Vol. des
DECEMBRE. 1733
2577
des Rois d'Egypte de sa propre autorité
et voici l'ordre qu'il y met: Sasostris , Phee
ron, Proteus, Menès , Rhampsinitus Maris,
Cheops , Cephren , Mycerinus , Nitocris
&c. C'est comme si l'on arrangeoit ainsi
les Rois de France , Charles- Magne, Henri
IV. S.Louis,Mérovée, Pharamond , Il suppose
que Ménès a été le même qu'Aménophis
( le quel ? ) et Memnon , et que
par corruption on l'a appellé : Menès, Minès
, Mineus, Minies , Minevis, Enephes,
Venephes, Phamenophis , Osymanthias , Osimandes
, Ismandes , Imandes , Memnon
Arminon. Papa? Qui est ce qui le croira ?
Suivant cette hypothése , Menès ( reconnu
presqu'universellement pour fils de
Cham ) est plus ancien d'environ trois
cent ans que Psammétique , qui vivoit du
temps de Manassès. Ces découvertes ne
sont -elles pas incomparables , ou plutôt
ne sont- elles pas avancées en dépit du bon
sens, pour me servir de l'élégante expres
sion du Traducteur ?
$
-
Cependant il est vrai que ces Messieurs
se contentent d'admirer ces productions ,
sans les adopter,mais M.Newton ne pour
roit pas s'en fâcher , puisqu'ils rejettent
tout systême , et ne veulent commencer
leur Chronologie qu'à Psammétique.Mais
quoi ! falloit- il donc tant d'esprit pour
I. Vol. voie
2578 MERCURE DE FRANCE
voir
que
Sésac est nommé dans l'Ecriture
à côté de Salomon ? Hérodote ne dit- il
pas que Protée regnoit pendant le Siége
de Troye? Voilà donc la Chronologie remontée
déjà de seo ans. Quel pouvoit
être le Roy qui entréprit ces grands travaux
, qui accablerent les Israëlites ? Hérodote
et Diodore le peignent assez par
l'histoire de Sesostris. Il ne falloit donc
pas avoir une grande sagacité pour donner
de l'ordre à l'histoire des Egyptiens
avant la décadence de leur Empire , eton
peut l'assurer sans prendre le ton décisif.
Il est des yeux qu'un trop grand jour
éblouit. Frappez par les preuves et les objections
de tous les Systêmes Chronologiques
, ces Messieurs y ont vu par tout
du fort et du foible ; ils ont crû qu'on ne
pouvoit rien proposer de mieux que ce
qu'ils trouvoient dans des Ecrivains du
premier Ordre , quoiqu'ils n'ayent pas
consulté ce qu'on nous a donné en France
depuis quelques - temps , qui répand sur
ce sujet plus de lumiere qu'il n'y en avoit
jamais eu ; ils ont mieux aimé raconter
les sentimens d'autrui que d'en hazarder
un d'eux - mêmes , et c'est la méthode
qu'ils observent dans tout le reste de cette
Histoire particuliere ; ensorte qu'on
pourroit l'appeller une Histoire , in utram-
1. Vol.
que
DECEMBRE. 1733. 2579
que
que partem; pour et contre. Je ne choisis
trois exemples entre mille, parce qu'il est
temps de finir. On rapporte tout de suite
98 Systêmes de Chronologie , sans dire seulement
si dans tout ce nombre il y en a
un de bon. Pour sçavoir qui étoit Menès ,
il y a une belle et grande Note de 2 pages
in 4° , en petit texte , fort serré , où l'on
transcrit les raisons de Périzonius , de
Marsham , de Pezron et de M. Newton .
C'est bien pis sur Sésostris; il y a près de
neuf pages entieres de même caractere ,
fort serré , qui en feroient au moins 20
d'un in 12 ordinaire , pour rapporter la
dispute des mêmes Ecrivains, auxquels or
ajoute M.Wisthon quien occupe la meilleure
partie ,pour discuter si ce Prince est
le même que Sézac . Cela n'est- il pas bien
amusant ? On promet neanmoins de rapporter
ces sentimens en moins de paroles
qu'il sera possible . Que seroit- ce donc si
l'on avoit osé se livrer à soi- même ? Il met
vient en pensée un meilleur Titre , que
ces Messieurs auroient pû donner à leur
Ouvrage ; ils auroient dû mettre , ce me
semble , Histoire de ce qu'ont pensé tous les
Auteurs sur l'ancien Empire des Egyptiens,
jusqu'à Alexandre. En voilà assez pour une
Lettre. Si vous exigiez absolument que je
vous donnasse d'autres Extraits sur le rés-
1. Vol.
te
2580 MERCURE DE FRANCE
te de ce volume , j'aurois de la peine à
vous refuser ; mais je vais prévenir toute
difficulté en vous priant de ne me plus
rien demander. Je suis , & c..
sur la Chronologie de la nouvelle Histoire
Universelle traduite de l'Anglais-
V
Ous êtes donc content de ma premiere
Lettre , Monsieur ; la maniere
obligeante dont vous m'en parlez
est pour moi un nouvel engagement de
tenir ma parole . C'est de la Chronologie
en général , et de celle de l'Histoire des
Egyptiens que je vous rendrai compte
aujourd'hui . Et quand même ces Messieurs
auroient connoissance de mes Réfléxions
, ils n'en seroient ni surpris ni
fâchez , puisqu'ils avoüent d'avance qu'il
1. Vol.
2564 MERCURE DE FRANCE
y aura sans doute des fautes dans leur
ouvrage , car il n'en paroîtra , selon cux,
de parfait que l'année où l'on trouvera
le mouvement perpetuel et la Pierre
Philosophale. Mais ils se flattent aussi
de n'avoir commis que des fautes excusables,
Avis au Lecteur. Vous en serez
le Juge..
Tous ceux qui ont entrepris d'écrire
sur l'Histoire ancienne , se sont toujours
tourmentez pour trouver une regle sure
de Chronologie , les Septante ne sont
plus gueres de mise , et la préference
roule aujourd'hui entre l'Hebreu et le
Samaritain . Ces Messieurs prennent une
nouvelle route , ils suivent tantôt l'un >
tantôt l'autre de ces derniers textes , ne
les reconnoissant pour autentiques que
quand et comme ils le Jugent à propos.
C'est encore un autre principe autorisé
par la foi et par la raison que nous n'avons
aucune autre connoissance de l'Histoire
anterieure au Déluge que le peu qui s'en
trouve dans les Livres de Moyse. Ils le
reconnoissent comme nous . Aucune nation
, disent- ils , n'a porté son Histoire
au- delà du Déluge , au moins avec quelque
fondement avis au Lecteur p. 8.
et ailleurs , les Ecrits de Moyse sont les
seuls Monuments autentiques que nous
1. Vol. ayons
DECEMBRE. 1733 2565,
1
ayons
prouver que
›
,
de ces tems éloignez page. 142 .
Après tous ces aveus , qui s'attendroit
que le Compilateur va entreprendre de
le Sanchoniathon Auteur
Phénicien , qui vivoit même avant la
Guerre de Troye , nous a donné une Généalogie
complette de tous les descendans
de Caïn jusqu'au tems d'Abraham
Cela est néanmoins vrai , et il le fait sur
l'autorité de Cumberland. Le Protogone et
P'Eon sont le même couple qu'Adam et
Eve , leurs Enfans Genus et Genua sont
Caïn et sa femme comme on dit dans
la Loy civile , Caïus et Caïa, p. 143. et
pour en convaincre ,il faut voir comment
il déchire et décompose ces mots. De
ces descendans de Carn , combien tiret'il
d'origines curieuses ? p. 144. ct
suiv. La coûtume d'offrir du sang aux
déitez inférieures , et une partie de la
chair des bêtes tuées à la Chasse ; le culte
rendu aux hommes après leur mort ;
la premiere statuë qui leur est élevée , le
premier Temple bâti en leur honneur
Elion ou le Très-Haut est Lamech pere
de Noë celui- ci est Vrane , et son premier
fils Cronus ou Saturne est Cham comme
on aura soin de le prouver dans la suite
Voila ce qui s'appelle du neuf. Mais si
1. Vol. VOUS B
2566 MERCURE DE FRANCE
vous demandez pourquoi Sanchoniaton
n'a point parlé du Déluge dans le cours
de son récit, lui qui rapporte tant d'autres
événemens de peu de conséquence, on vous
répondra que ce fléau étant en partie le
fléau de l'idolatrie , les Payens ont tâché
d'abolir la mémoire d'un monument si
extraordinaire de la vangeance divine et
de leur propre honte.
Cela est bientôt dit. Mais comment
Sanchoniaton et les autres Payens poste
rieurs de plusieurs siècles au Déluge , en
avoient- ils connoissance ? Quelle Histoi
re anterieure subsistoit après ce ravage
universel ? Dans quelle urne , dans quelle
capse , dans quel coffre de fer l'avoit - on
mise pout la sauver du naufrage ? Qui en
avoit eu la pensée et la précaution ? Je
comprens comment Moyse inspiré par
le S. Esprit , et conduit par une tradition
miraculeusement conservée , nous a
tracé succintement l'Histoire de ces tems
obscurs. Mais je n'imagine point par quel
canal , Sanchoniathon , mille ans après
a pénetré dans ce mystere. Néanmoins
suivant ces Messieurs il le savoit et
mieux que Moyse , puisque ce S. Patriarche
Legislateur a ômis deux Genérations
qu'il faut remplir et réformer par la Iu ,
miere de l'Auteur Phenicien p. 148,
I, Vol
Dites
DECEMBRE.
1733 2567
Dites moi en votre conscience , l'auriezvous
jamais crû ?
Vous seriez encore bien plus étonné si
je vous disois ce qu'on raconte d'après
Berose : Qu'un Poisson à deux têtes fut
le premier maître qui instruisit les Caldéens
; que cet animal aquatique et de fi .
gure monstrueuse étoit Adam, et que dix
autres animaux de même sorte sont les
dix Patriarches qui suivirent jusqu'au
Déluge , p. 149. et suiv. Le tout conforme
à la Chronologie Samaritaine , suivant
la réformation de l'ancien Calen
drier Babilonien.
Autre découverte. Voici encore 113 ]
Générations pendant l'espace de 36525
ans de compte fait , qui ont occupé le
Trône de l'Egypte depuis le commencement
du Monde . Toute cette succession
est divisée en trois Races , les Aurites ,
les Mestréens , et les Egyptiens jusqu'à
Alexandre , p . 15;. L'on ajoûte , p • 154 .
et cette Hypothese, comme nous le
verons bien- tôt , s'accorde passablement
bien avec la Chronologie. Cependant ,
comme ce nombre paroît un peu exorbitant
, on aime mieux s'en rapporter à
Manethon , comme à celui de qui l'on
doit principalement puiser l'Histoire
d'Egypte . Et ce Prêtre d'Heliopolis qui
prou-
1. Vol. Bij l'écrivi
2568 MERCURE DE FRANCE
磕
l'écrivit par l'ordre de Philadelphe , est
beaucoup plus modeste , ne donnant que
9000 ans à Vulcain le premier Roy , qui
en font 750. des nôtres .
י
Tout cela vous paroît des réveries , et
vous avez d'autant plus raison , qu'elles
ne sont fondées que sur l'imagination et
sur les Fables du Paganisme.Ces Messieurs
trouvent cependant qu'elles s'accordent
passablement bien avec la Chronologie
et ils veulent s'en servir pour rectifier les
Généalogies de Moyse . Ils ont oublié, par
malheur pour nous , de dire comment
cela se peut faire ; et j'en suis aussi embarrassé
que de pouvoir concilier les differens
articles du jugement qu'ils en.
portent. » Nous venons , disenr- ils, de
» rassembler les differentes parties les
plus essentielles de l'Histoire du Mon-
» de avant le Déluge , que nous ayons
» pù trouver dans les Auteurs profanes,
Quelques- unes de ces parties ne sont pas
» destituées d'un certain air de verité.Ĉependant
à les prendre en général, elles
» nous paroissent peu dignes de croyance.
Nous osons néanmoins nous flatter que
» comme tout ce qui est marqué au coin
» d'une antiquité fort reculée mérite no-
» tre curiosité on ne regardera pas la
peine que nous avons prise comme en-
I. Vol. « ticrement
»
>
D'ECEMBR E. 1733. 2589°
tierement inutile. » Pesez bien cette
Sentence , elle vaudroit elle seule une
Lettre toute entiere.
,
Il n'y a , comme vous voyez , rien de
sûr dans tout cela,et leLecteur après avoir
medité deux cent pages d'un grand in 4°.
sçait moins à quoi s'en tenir que s'il n'avoit
lû que les six premiers chap. de la
Genése. Et comment celui qui a redigé
Ouvrage auroit- il pûr nous donner quelque
chose de net et un sistême suivi ,
lui qui n'en avoit pas pour soi-même ?
Inclinant à vouloir faire passer le Sanchoniathon
Berose , et la Chronique
Egyptienne pour des monumens qui ne
manquent pas d'un certain air de verité , il
adopte le calcul Hebreu , comme le plus .
long , pour les siècles qui ont précédé le
Déluge. Mais ce Texte a perdu , selon lui ,
toute son autenticité dans ce naufrage . Il
a été corrompu par les Juifs , qui vou .
loient décliner la force des Oracles , et il
est trop resserré pour contenir les fairs
qui se sont passez depuis le Déluge jusqu'à
la naissance de Phaleg. C'est le Smaritain
que l'on veut ici parce qu'il
contient 300 ans. de plus dans cet espace.
,
Quelqu'un qui voudroit voir clair dans
ses lectures,et se fonder en raison , deman ,
I. Vol.
deroit
Biij
2570 MERCURE DE FRANCE
deroit naturellement la preuve de ees
interpolations de l'un et de l'autre Texte
dans ces différens âges . Mais ce seroit un
curieux importun auquel on ne daigne
pas répondre. Toute la raison qu'on a
de changer de régle , c'est que l'un convient
mieux que l'autre dans les différentes
circonstances . Ainsi c'est l'Ecriture
qu'on ajuste sur l'Histoire profane ; au
lieu qu'il faudroit regler l'Histoire profane
sur l'autorité de l'Ecriture.
Le grand motif qui fait ici abandonner
le Texte Hebreu est l'impossibilité
de faire commencer la dispersion des
peuples 100 ans après le Déluge , époque
de la naissance de Phaleg ; et de trouver
53 Conducteurs , accompagnez chacun
d'une multitude capable de former le
même nombre des Colonies . Voilà ce
que le Traducteur appelle ingenieusement
la Croix de ceux qui suivent le Texte
Hebreu p. 285. Mais cette Croix n'est
gueres difficile à porter ; et qui pourroit
croire que personne n'a mieux réussi
que ces Messieurs à en diminuer le
poids ?
Tout ce qu'ils disent pour faire voir
que le Genre humain n'étoit pas assez
multiplié un siécle après le Déluge pour
former des Colonies , démontre évidem-
1. Vol. ment
DECEMBRE. 1733. 57%
ment que la chose étoit possible , naturelle
, et peut-être même nécessaire. Je
vous prens volontiers pour nôtre Juge.
Personne n'avoit encore traité si au long
ce point qui est vraiment curieux . Ces
Messieurs , recueillent avec soin les différens
calculs qu'ont fait d'habiles Auteurs
pour montrer jusqu'où alloit la
propagation des hommes chaque siécle
après ' e Déluge.
Suivant le P. Petau la terre contenoit
32768 Enfans mâles cent ans après la
réparation du Genre humain ; et 185 ans
après , il
avoit 155
y fois plus d'habitans
qu'on ne lui en suppose aujourd'hui .
Cumberland n'en trouve que trente mille,
101 ans après le Déluge. 40 ans après il en
augmente le nombre au delà de 300000.et
encore 40 ans après il le fait monter à
3000000, Quelques - uns sont plus moderez
, et ne comptent qu'environ 23000
hommes , d'autres 14000 à la naissance de
Phaleg.
Tout le monde qui double et au delà ,
si l'on y comprend les femmes , ne paroît
pas suffisant à ces Messieurs pour occasionner
la dispersion . Ils veulent attendre
encore 300 ans , c'est- à - dire jusqu'à
ce qu'il y ait , suivant le P. Petau , 247 ,
224,717 , 456 , hommes , ou un peu
I. Vol. Biiij moins
2572 MERCURE DE FRANCE
moins selon d'autres. Alors il auroit été
certainement bien forcé de se séparer ; et
je défie qu'on eût pâ attendre si longtems.
En supposant avec le Texte Hebreu que
la confusion des Langues est arrivée 100
ans après le Déluge , n'obligeoit t'ellepas
les hommes à se diviser suivant la
différence des familles et de leurs idiomes ?
Ils n'avoient pas besoin pour cet effet
d'être en plus grande quantité , ils s'augmentoient
assez de jour en jour , et l'Ecriture
ne dit pas que leur séparation se
fit dans la même semaine ou la même année
, il est très probable qu'il y eut des
intervales plus ou moins grands. Cette
réponse est d'autant plus solide qu'elle
est fondée sur la nature du sujet , qu'elle
tombe sous les sens , et qu'elle démontre
la suffisance du Texte Hebreu .
Mais ce qui va vous surprendre , c'est
qu'elle n'est pas de moi ; et que je la trouve
toute entiere dans ces Mrs, sujets à édifier
et à détruire de la même main. Voici
leurs paroles , p . 292. a Il faut considerer
que chacune de ces Colonies crois-
» soit à proportion qu'elles s'éloignoient
» davantage du centre de leur dispersion
avant que d'arriver au Pays où elles
» fixèrent ensuite leur séjour ; car la terre
1. Vol
DECEMBRE . 1733. 2573
8
» ne fut pas peuplée en une seule fois
» mais par dégrez , par où il paroît qu'il
» n'est nullement besoin de faire des ef-
» forts pour augmenter le Genre humain.
» au tems de la dispersion . » Et moi j'ajoûte
par la même raison qu'il n'étoit pas
nécessaire d'abandonner le Texte par le--
quel on avoit commencé sa Chronologie,
puisqu'il suffisoit pour donner le tems.
aux hommes de se multiplier , et que la
présomption est principalement en
faveur , comme l'ont remarqué les Peres.
On ne peut faire autrement , dit- on
p. 205. puisqu'au tems d'Abraham , qui
seroit suivant le calcul 427 ans , depuis
le Déluge,il y avoit sur la Terre plusieurs
Villes bâties , des Royaumes fondez , er
des Monarques dont l'Empire s'étendoit
depuis la Perse jusqu'au Pays de Canaan .
Tout cela est vrai ; mais si ces Mrs. le
donnent pour une objection solide ; qu'ils
nous dispensent d'en juger de même..
1. En suivant la supputation des Auteurs
qui ont compté les hommes qu'il !
y auroit dû avoir en ce tems là , on verra
que le nombre en est plus que suisant
pour faire des Royaumes très peu-.
plez quand même on s'attacheroit à
ceux qui l'ont plus, diminué. 2 °. Quels
étoient ces Rois ? Il en faut juger pas
1. Vol .
By
2574 MERCURE DE FRANCE
quatre
ce qui arriva à Abraham , qui en fit fuir
devant lui avec 318 hommes.
3 °. On appelloit alors Roy le Maître d'une
petite Contrée , peuplée ou non , le
chef d'une famille ou d'un village , quia
regebat. 4 ° . Mille ou neuf cent ans après
le Déluge , on voyoit encore dans le
Peloponese un Roy de Cerinthe , un
d'Argos , un de Sicyone , un de Mycènes
, un ou plusieurs dans l'Elide , un à
Orchomène , un à Messéne et un autre
à Lacédémone ; cependant toute cette
presqu'Isle n'a pas plus d'étendue que la
Lorraine. Que dirions- nous de neuf ou
dix Rois qui n'auroient que ce Duché
pour appanages Ce ne sont donc point
là des difficultez assez graves pour déroger
à l'autorité du Texte hebreu .
Tels sont les Préliminaires de ces Mrs.
de qui l'on peut diré avec une égale verité
, que personne ne sait plus de choses
sur l'introduction à l'Histoire , et que
personne n'en a des idées moins nettes.
Ils entrent ensuite dans le détail des Peuples
et des Monarchies , et c'est par les
Egyptiens qu'ils commencent. Je me suis
engagé à vous en dire quelque chose ; il
est juste de tenir ma parole.
Ce point y est traité dans le même
goût ; c'est -à - dire , avec une abondance
I. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2575
de recherches et d'érudition qu'on avoit
droit d'attendre d'une habile Societé de
Gens de Lettres. Mais ils se sont contentez
de mettre sous les yeux du Lecteur un
amas de faits qui ne laissent rien à désirer
sur la matiere, que l'ordre et le discernement.
Ils vont même plus loin. Ils raportent
avec diffusion les disputes et les
sentimens de tous les Auteurs sur chaque
point en particulier , et n'omettent rien
de part et d'autre . Mais en Ecrivains
humbles et timides , on ne les voit presque
jamais prendre de parti. Comme les regles
de la Critique ne leur ont point appris à
décider dans la diversité des opinions, ils
doutent et hésitent sur tout , et laissent
les autres dans la même incertitude. L'Analyse
que je vais faire de cette Partie
vous en convaincra,
W
» L'on remarque , disent -ils , de si
grands vuides et des erreurs si manifestes
» dans les successions des Rois d'Egypte ,
que ce seroit une peine très inutile que
de vouloir les ranger dans un ordre
> Chronologique
, qui les accordât entr'elles
, aussi bien qu'avec l'Ecriture
p. 426. « La Chronique
de Marsham
est pleine d'une érudition
admirable
» mais par malheur il s'est attaché trop
scrupuleusement
à la Chronologie
du
2
"
1. Vole B vj » Texte
2576 MERCURE DE FRANCE
Texte hebreu. Attachement qui l'obli-
» ge à supposer que Mènes a été Cham et
point Mizraim , et de faire commancer
son regne, en dépit du bon sens , im-
» médiatement , ( c'est- à- dire plus d'un
ן כ
siécle ) après le Déluge , p. 430. Tous
» les plus grands Hommes ne sçavent ce
» qu'ils disent là - dessus ; et l'on avouë
>> ingenûment que l'on ne comprend pas
.commentle projet d'accorder la Chro-
» nologie Egyptienne des premiers siecles
»avec la nôtre, à la légere différence de
quelques années près, a pû entrer dans
»l'esprit des gens sensez et ce qui a aug-
» menté l'étonnement est le ton décisif
» que quelques uns d'eux ont pris dans
» une matiere aussi incertaine , p . 434.
» Enfin la chose la moins vraisemblable
» est que Menès ait pû commencer son
» regne deux siècles après le Déluge , p.
» 435...
Il n'y a que l'incomparable , Newton qui
7. entende quelque chose . Cet illustre
Auteur ( oui en fait de Mathématique )
croit que Sesostris étoit Osiris . C'est pourquoi
il place après lui , Menès ( que to s
les Anciens ont regardé comme le premier
Roy d'Egypte. ) Et par une conséquence
nécessaire aussi bien - que pour
d'autres raisons , il change la succession
Le Vol. des
DECEMBRE. 1733
2577
des Rois d'Egypte de sa propre autorité
et voici l'ordre qu'il y met: Sasostris , Phee
ron, Proteus, Menès , Rhampsinitus Maris,
Cheops , Cephren , Mycerinus , Nitocris
&c. C'est comme si l'on arrangeoit ainsi
les Rois de France , Charles- Magne, Henri
IV. S.Louis,Mérovée, Pharamond , Il suppose
que Ménès a été le même qu'Aménophis
( le quel ? ) et Memnon , et que
par corruption on l'a appellé : Menès, Minès
, Mineus, Minies , Minevis, Enephes,
Venephes, Phamenophis , Osymanthias , Osimandes
, Ismandes , Imandes , Memnon
Arminon. Papa? Qui est ce qui le croira ?
Suivant cette hypothése , Menès ( reconnu
presqu'universellement pour fils de
Cham ) est plus ancien d'environ trois
cent ans que Psammétique , qui vivoit du
temps de Manassès. Ces découvertes ne
sont -elles pas incomparables , ou plutôt
ne sont- elles pas avancées en dépit du bon
sens, pour me servir de l'élégante expres
sion du Traducteur ?
$
-
Cependant il est vrai que ces Messieurs
se contentent d'admirer ces productions ,
sans les adopter,mais M.Newton ne pour
roit pas s'en fâcher , puisqu'ils rejettent
tout systême , et ne veulent commencer
leur Chronologie qu'à Psammétique.Mais
quoi ! falloit- il donc tant d'esprit pour
I. Vol. voie
2578 MERCURE DE FRANCE
voir
que
Sésac est nommé dans l'Ecriture
à côté de Salomon ? Hérodote ne dit- il
pas que Protée regnoit pendant le Siége
de Troye? Voilà donc la Chronologie remontée
déjà de seo ans. Quel pouvoit
être le Roy qui entréprit ces grands travaux
, qui accablerent les Israëlites ? Hérodote
et Diodore le peignent assez par
l'histoire de Sesostris. Il ne falloit donc
pas avoir une grande sagacité pour donner
de l'ordre à l'histoire des Egyptiens
avant la décadence de leur Empire , eton
peut l'assurer sans prendre le ton décisif.
Il est des yeux qu'un trop grand jour
éblouit. Frappez par les preuves et les objections
de tous les Systêmes Chronologiques
, ces Messieurs y ont vu par tout
du fort et du foible ; ils ont crû qu'on ne
pouvoit rien proposer de mieux que ce
qu'ils trouvoient dans des Ecrivains du
premier Ordre , quoiqu'ils n'ayent pas
consulté ce qu'on nous a donné en France
depuis quelques - temps , qui répand sur
ce sujet plus de lumiere qu'il n'y en avoit
jamais eu ; ils ont mieux aimé raconter
les sentimens d'autrui que d'en hazarder
un d'eux - mêmes , et c'est la méthode
qu'ils observent dans tout le reste de cette
Histoire particuliere ; ensorte qu'on
pourroit l'appeller une Histoire , in utram-
1. Vol.
que
DECEMBRE. 1733. 2579
que
que partem; pour et contre. Je ne choisis
trois exemples entre mille, parce qu'il est
temps de finir. On rapporte tout de suite
98 Systêmes de Chronologie , sans dire seulement
si dans tout ce nombre il y en a
un de bon. Pour sçavoir qui étoit Menès ,
il y a une belle et grande Note de 2 pages
in 4° , en petit texte , fort serré , où l'on
transcrit les raisons de Périzonius , de
Marsham , de Pezron et de M. Newton .
C'est bien pis sur Sésostris; il y a près de
neuf pages entieres de même caractere ,
fort serré , qui en feroient au moins 20
d'un in 12 ordinaire , pour rapporter la
dispute des mêmes Ecrivains, auxquels or
ajoute M.Wisthon quien occupe la meilleure
partie ,pour discuter si ce Prince est
le même que Sézac . Cela n'est- il pas bien
amusant ? On promet neanmoins de rapporter
ces sentimens en moins de paroles
qu'il sera possible . Que seroit- ce donc si
l'on avoit osé se livrer à soi- même ? Il met
vient en pensée un meilleur Titre , que
ces Messieurs auroient pû donner à leur
Ouvrage ; ils auroient dû mettre , ce me
semble , Histoire de ce qu'ont pensé tous les
Auteurs sur l'ancien Empire des Egyptiens,
jusqu'à Alexandre. En voilà assez pour une
Lettre. Si vous exigiez absolument que je
vous donnasse d'autres Extraits sur le rés-
1. Vol.
te
2580 MERCURE DE FRANCE
te de ce volume , j'aurois de la peine à
vous refuser ; mais je vais prévenir toute
difficulté en vous priant de ne me plus
rien demander. Je suis , & c..
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE CRITIQUE, sur la Chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'Anglois.
La lettre critique examine la chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'anglais, en se concentrant particulièrement sur l'Histoire des Égyptiens. L'auteur souligne les difficultés rencontrées par les historiens pour établir une chronologie précise de l'histoire ancienne, notamment les débats entre les textes hébreux et samaritains. Les auteurs de l'ouvrage adoptent une approche flexible, alternant entre ces textes selon leur convenance, et reconnaissent les écrits de Moïse comme les seuls monuments authentiques pour l'histoire antérieure au Déluge. Cependant, ils introduisent des éléments controversés, comme la généalogie de Sanchoniathon, un auteur phénicien, qui fournit une généalogie complète des descendants de Caïn jusqu'à Abraham. La lettre critique met en doute la fiabilité des sources païennes et des découvertes surprenantes, telles que celle de Berose, qui parle d'un poisson à deux têtes comme premier maître des Chaldéens. Les auteurs de l'ouvrage tentent de concilier ces fables païennes avec la chronologie biblique, mais l'auteur de la lettre trouve ces efforts peu convaincants et fondés sur l'imagination. En conclusion, la lettre critique remet en question la fiabilité de l'ouvrage, notant que le lecteur reste incertain après avoir lu des centaines de pages. L'auteur critique également la méthode des compilateurs, qui ajustent l'Écriture sur l'histoire profane plutôt que l'inverse. Le texte discute également de la complexité de la chronologie des rois de la Grèce antique, notamment en Peloponnèse, et compare cette situation à une hypothétique répartition de rois en Lorraine. Il critique les préliminaires d'un ouvrage sur l'histoire, soulignant que leurs auteurs, bien que très érudits, manquent de clarté et de discernement. Les auteurs de l'ouvrage compilent abondamment des faits et des disputes entre différents auteurs, mais évitent de prendre parti, laissant ainsi le lecteur dans l'incertitude. Ils commencent leur chronologie à Psammétique, rejetant tout système chronologique antérieur. Le texte conclut en qualifiant l'ouvrage d'« Histoire in utramque partem », c'est-à-dire une histoire qui présente les arguments pour et contre sans prendre parti.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 38-47
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Début :
C'est peine perdue, Monsieur, c'est par préjugé de vouloir retrouver l'origine [...]
Mots clefs :
Arts, Grecs, Temps, Dieu, Histoire, Adam, Villes, Paradis, Déluge, Histoire des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
JANVIER: 1752
391
dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
17
JANVIER.
41
52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
:e
1
i..
.
32
1
72
3.
3
JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
Digistered voL0O
46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
JANVIER: 1752
391
dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
17
JANVIER.
41
52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
:e
1
i..
.
32
1
72
3.
3
JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
Digistered voL0O
46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
Fermer