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1
p. 60-67
LA POUDRE POËME
Début :
Muse, raconte-moi, quel Mortel serieux [...]
Mots clefs :
Muse, Mortel, Autels, Mépris, Malheurs, Discorde, Ardeur , Héros, Combats, Innocent
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texteReconnaissance textuelle : LA POUDRE POËME
LA POUDRE
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
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2
p. 621-626
LES DEUX TEMPLES.
Début :
Sur la cime d'un Mont, élevé jusqu'aux Cieux, [...]
Mots clefs :
Temple, Voeux, Mortels, Mortel, Dieux, Damon, Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DEUX TEMPLES.
LES DEUX TEMPLES.
S
Ur la cime d'un Mont , élevé jus
qu'aux Cieux ,
Est un Temple inconnu , que bâti
rent les Dieux ,
Le temps a respecté son antique structure ,
Le Marbre en fait briller la noble Architecture ,
Les portes sont d'argent , la couverture est d'or ,
Autour de l'Edifice il regne un Coridor ,
Trois Ordres élegants , composent la façade ,
A ij Le
822 MERCURE DE FRANCE
Le Parvis est fermé par une Colonnade :
Les Dieux ont au- dehors, prodigué leurs présents:
Et les Mortels devoient enrichir le dedans ,
Ils le devoient , hélas ! chimérique esperance !
Les Mortels sont- ils faits pour la RECONNOISSANCE
?
C'est la Divinité qu'on adore en ce lieu,
Un Autel presque nud occupe le milieu ;
Là , des voeux des Humains on ne voit nulles
traces ,
Tout y ressent l'oubli des faveurs et des graces ;
Et des seuls animaux les hommages sacrez ,
Ont fourni les sujets dont les murs sont parez.
On apperçoit un chien , sans songer à repaître ,
Qui meurt , comme en arrêt , au Tombeau de
son Maître ,
Ce Lion qu'un Mortel garantit du trépas ,
Passe après lui les Mers et suit par tout ses pas.
Penetré d'un bienfait , Damon vint dans c
Temple ,
D'un coeur reconnoissant , donner comme eux
l'exemple :
La Justice d'abord , et la Fidelité ,
Le conduisent aux pieds de la Diviniré :
Je te rends , lui dit-il , un tribut légitime ,
Déesse , sois propice à l'ardeur qui m'anime ,
Daigne, daigne en faveur d'un ami genereux ,
Couronner aujourd'ui mes soupirs et mes voeux
Toi qui devrois regner sur tout ce qui respire ,
Exerce
AVRIL. 623
1733
Exerce au moins sur moi ton adorable Empire ,
Porte , sans hesiter , mon zele au plus haut point ,
Exige tout ; mon coeur ne t'en dédira point :
Cet ami bienfaisant pour qui je te reclame , `
Ariste , désormais , aura toute mon ame ,
Travaille à le combler et d'honneurs et de biens
Retranche de mes jours pour ajoûter aux siens ,
Rends - moi , par la ferveur d'un zele infatigable ,
De sa félicité la source inépuisable.
Si je lui survivois ( Ciel ne le permets pas . )
Fais qu'avec ses enfans je pleure son trépas ,
Et que de ma fortune agréant le partage ,
İls retrouvent en elle un second héritage.
Se peut- il que ton joug ne puisse être porté !
Et que ce Temple saint soit ainsi déserté !
Toutesfois , au moment d'une grace récente ,
Ecoutez un Mortel ; Vous passez son attente ,
Que ne vous doit-il point ? il en perd la raison ,'
Il vous offre son bien , sa table , sa maison ,
Que de voeux ! que d'encens ! vous êtes son Idole,
Rien ne lui coûte enfin , qu'à vous tenir parole :
Ainsi de ses transports le ridicule excès ,
Se calmant tout à coup , passe comme un accès,
He ! quoi ? pour s'acquitter de quelques bons of
fices ,
Exigerois
- tu donc
de si grands
Sacrifices
?
Non , tu veux seulement un simple souvenir ,
Déesse , tu le yeux , et ne peux l'obtenir .
A iij
Loin
624 MERCURE DE FRANCE
Lon de punir en moi leurs offenses mortelles ,
Par ma fidelité confonds ces coeurs rebelles ,
Et que sur tout je puisse ôter le voile épais ,
Dont Ariste prend soin de couvrir ses bienfaits.
Il dit et de l'Autel une vive lumiere ,
Se répandant sur lui consacra sa Priere.
Damon s'en retournoit lorsqu'il vit dans les
champs ,
Un immense concours de Peuples differens.
Où s'adresse , dit-il , cette foule innombrable :
Est -ce ici ? non , reprit un vieillard venerable ,
Au culte des Autels de tout temps consacré ;
Un Temple , ajoûta- t'il , prophane et reveré,
Dirige tous les pas de cette multitude ,
Et paroît insulter à notre solitude.
Celui- cy fut construit par de divines mains
Cet autre fut jadis,l'ouvrage des Humains ,
C'est leur premier labeur , leur honteux do
micile ,
Placé dans un Vallon , la route en est facile.
Le Bâtiment est rond , cent Portiques divers ,
S'ouvrent aux Habitans de ce vaste Univers .
Là , du Fleuve Lethé l'on découvre la source ,
Par une Onde paisible il commence sa course
Puis tombe en écumant , dans un abysme affreux,
Pour se creuser un lit au séjour ténebreux.
Un Monstre qu'avec peine , ici , je vous retrace
Dans ce Temple pervers étale son audace ;
L'inAVRIL.
1733. 625
L'INGRATITUDE enfin est l'objet odieux ,
A qui tous les Mortels y prodiguent leurs voeux
Dans un enfoncement son triste Sanctuaire ,
N'a pour toute clarté qu'un foible luminaire :
Mere du sombre Accueil , et fille de la Nuit ,
Jusques sur son Autel l'Obscurité la suit ,
Elle en fait son triomphe , et ce sont ces ted
nebres ,
Qui rendent en tous lieux ses Mysteres celebres.
Là, sont ensevelis dans un affreux néant ,
Les jours qu'on a passez au service d'un Grand
On vient s'y délivrer avec impatience ,
Du pénible fardeau de la reconnoissance ;
Chacun de sa memoire , efface jusqu'aux traits ,
Du Mortel qui jadis le combla de bienfaits.
Les sermens violez font regner le Parjure .
Toutes graces enfin passent pour une injure
Et ce Monstre superbe engloutit à nos yeux ,
Les faveurs des Mortels , celles même des Dieux,
Car son impieté , sans crainte du tonnerre
Voudroit aneantir leur culte sur la terre :
Pour une ame sensible il n'a que du mépris.
Les Forfaits des Ingrats sout peints sur les Lambris.
›
On voit un malheureux tiré de la misere ,
Méconnoître l'ami qui lui servit de pere.
Un fils dénaturé , souffre à regret le cours ,
Des ans que le Ciel compte à l'Auteur de ses
jours.
A iiij UM
526 MERCURE DE - FRANCE
Un Esclave affranchi, comme un infame traître,
A la proscription s'en va livrer son Maître ,
Ou plutôt , prévenant de cruels ennemis ,
Court , sa tête à la main , en demander le prix.
De perfides sujets attentent à la vie ,
D'un Prince qui s'immole au bien de la Patrie
Et leur fureur hâtant son tragique destin ,
Sur son Trône sanglant place son assassin.
Cessez , reprit Damon , un détail si funeste.
Troublé de tant d'horreurs épargnez moi le
reste ,
Et craignons de soüiller par ce récit affreux ,
De vos jours innocens l'azile bienheureux .
M. Tanevot.
S
Ur la cime d'un Mont , élevé jus
qu'aux Cieux ,
Est un Temple inconnu , que bâti
rent les Dieux ,
Le temps a respecté son antique structure ,
Le Marbre en fait briller la noble Architecture ,
Les portes sont d'argent , la couverture est d'or ,
Autour de l'Edifice il regne un Coridor ,
Trois Ordres élegants , composent la façade ,
A ij Le
822 MERCURE DE FRANCE
Le Parvis est fermé par une Colonnade :
Les Dieux ont au- dehors, prodigué leurs présents:
Et les Mortels devoient enrichir le dedans ,
Ils le devoient , hélas ! chimérique esperance !
Les Mortels sont- ils faits pour la RECONNOISSANCE
?
C'est la Divinité qu'on adore en ce lieu,
Un Autel presque nud occupe le milieu ;
Là , des voeux des Humains on ne voit nulles
traces ,
Tout y ressent l'oubli des faveurs et des graces ;
Et des seuls animaux les hommages sacrez ,
Ont fourni les sujets dont les murs sont parez.
On apperçoit un chien , sans songer à repaître ,
Qui meurt , comme en arrêt , au Tombeau de
son Maître ,
Ce Lion qu'un Mortel garantit du trépas ,
Passe après lui les Mers et suit par tout ses pas.
Penetré d'un bienfait , Damon vint dans c
Temple ,
D'un coeur reconnoissant , donner comme eux
l'exemple :
La Justice d'abord , et la Fidelité ,
Le conduisent aux pieds de la Diviniré :
Je te rends , lui dit-il , un tribut légitime ,
Déesse , sois propice à l'ardeur qui m'anime ,
Daigne, daigne en faveur d'un ami genereux ,
Couronner aujourd'ui mes soupirs et mes voeux
Toi qui devrois regner sur tout ce qui respire ,
Exerce
AVRIL. 623
1733
Exerce au moins sur moi ton adorable Empire ,
Porte , sans hesiter , mon zele au plus haut point ,
Exige tout ; mon coeur ne t'en dédira point :
Cet ami bienfaisant pour qui je te reclame , `
Ariste , désormais , aura toute mon ame ,
Travaille à le combler et d'honneurs et de biens
Retranche de mes jours pour ajoûter aux siens ,
Rends - moi , par la ferveur d'un zele infatigable ,
De sa félicité la source inépuisable.
Si je lui survivois ( Ciel ne le permets pas . )
Fais qu'avec ses enfans je pleure son trépas ,
Et que de ma fortune agréant le partage ,
İls retrouvent en elle un second héritage.
Se peut- il que ton joug ne puisse être porté !
Et que ce Temple saint soit ainsi déserté !
Toutesfois , au moment d'une grace récente ,
Ecoutez un Mortel ; Vous passez son attente ,
Que ne vous doit-il point ? il en perd la raison ,'
Il vous offre son bien , sa table , sa maison ,
Que de voeux ! que d'encens ! vous êtes son Idole,
Rien ne lui coûte enfin , qu'à vous tenir parole :
Ainsi de ses transports le ridicule excès ,
Se calmant tout à coup , passe comme un accès,
He ! quoi ? pour s'acquitter de quelques bons of
fices ,
Exigerois
- tu donc
de si grands
Sacrifices
?
Non , tu veux seulement un simple souvenir ,
Déesse , tu le yeux , et ne peux l'obtenir .
A iij
Loin
624 MERCURE DE FRANCE
Lon de punir en moi leurs offenses mortelles ,
Par ma fidelité confonds ces coeurs rebelles ,
Et que sur tout je puisse ôter le voile épais ,
Dont Ariste prend soin de couvrir ses bienfaits.
Il dit et de l'Autel une vive lumiere ,
Se répandant sur lui consacra sa Priere.
Damon s'en retournoit lorsqu'il vit dans les
champs ,
Un immense concours de Peuples differens.
Où s'adresse , dit-il , cette foule innombrable :
Est -ce ici ? non , reprit un vieillard venerable ,
Au culte des Autels de tout temps consacré ;
Un Temple , ajoûta- t'il , prophane et reveré,
Dirige tous les pas de cette multitude ,
Et paroît insulter à notre solitude.
Celui- cy fut construit par de divines mains
Cet autre fut jadis,l'ouvrage des Humains ,
C'est leur premier labeur , leur honteux do
micile ,
Placé dans un Vallon , la route en est facile.
Le Bâtiment est rond , cent Portiques divers ,
S'ouvrent aux Habitans de ce vaste Univers .
Là , du Fleuve Lethé l'on découvre la source ,
Par une Onde paisible il commence sa course
Puis tombe en écumant , dans un abysme affreux,
Pour se creuser un lit au séjour ténebreux.
Un Monstre qu'avec peine , ici , je vous retrace
Dans ce Temple pervers étale son audace ;
L'inAVRIL.
1733. 625
L'INGRATITUDE enfin est l'objet odieux ,
A qui tous les Mortels y prodiguent leurs voeux
Dans un enfoncement son triste Sanctuaire ,
N'a pour toute clarté qu'un foible luminaire :
Mere du sombre Accueil , et fille de la Nuit ,
Jusques sur son Autel l'Obscurité la suit ,
Elle en fait son triomphe , et ce sont ces ted
nebres ,
Qui rendent en tous lieux ses Mysteres celebres.
Là, sont ensevelis dans un affreux néant ,
Les jours qu'on a passez au service d'un Grand
On vient s'y délivrer avec impatience ,
Du pénible fardeau de la reconnoissance ;
Chacun de sa memoire , efface jusqu'aux traits ,
Du Mortel qui jadis le combla de bienfaits.
Les sermens violez font regner le Parjure .
Toutes graces enfin passent pour une injure
Et ce Monstre superbe engloutit à nos yeux ,
Les faveurs des Mortels , celles même des Dieux,
Car son impieté , sans crainte du tonnerre
Voudroit aneantir leur culte sur la terre :
Pour une ame sensible il n'a que du mépris.
Les Forfaits des Ingrats sout peints sur les Lambris.
›
On voit un malheureux tiré de la misere ,
Méconnoître l'ami qui lui servit de pere.
Un fils dénaturé , souffre à regret le cours ,
Des ans que le Ciel compte à l'Auteur de ses
jours.
A iiij UM
526 MERCURE DE - FRANCE
Un Esclave affranchi, comme un infame traître,
A la proscription s'en va livrer son Maître ,
Ou plutôt , prévenant de cruels ennemis ,
Court , sa tête à la main , en demander le prix.
De perfides sujets attentent à la vie ,
D'un Prince qui s'immole au bien de la Patrie
Et leur fureur hâtant son tragique destin ,
Sur son Trône sanglant place son assassin.
Cessez , reprit Damon , un détail si funeste.
Troublé de tant d'horreurs épargnez moi le
reste ,
Et craignons de soüiller par ce récit affreux ,
De vos jours innocens l'azile bienheureux .
M. Tanevot.
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Résumé : LES DEUX TEMPLES.
Le texte présente deux temples distincts, l'un situé sur une montagne et l'autre dans une vallée. Le premier temple, édifié par les dieux, est somptueusement décoré de marbre, d'argent et d'or. Malgré les présents divins offerts aux mortels, ce temple est désert. Damon, reconnaissant pour un bienfait reçu, prie dans ce temple pour la prospérité de son ami Ariste. Le second temple, construit par les hommes, est dédié à l'ingratitude et attire une multitude de peuples. Ce lieu sombre accueille ceux qui cherchent à se libérer du fardeau de la reconnaissance. Les murs du temple sont ornés de scènes illustrant l'ingratitude, telles qu'un homme méconnaissant son bienfaiteur ou un fils dénaturé. Damon, horrifié par ces visions, demande à cesser ce récit funeste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 79-81
ODE, Tirée du Pseaume 23.
Début :
Depuis le rivage vermeil, [...]
Mots clefs :
Dieu, Mortel, Terre, Vainqueur, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : ODE, Tirée du Pseaume 23.
ODE,
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
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