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51
p. 2690-2694
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ARREST du 21 Août, qui accorde un délay jusqu'au dernier Decembre prochain [...]
Mots clefs :
Cour, Procureur général du roi, Marchandise, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du 21. Août , qui accorde un
délay jusqu'au dernier Decembre prochain
, pour le Controlle des Declarations et
Reconnoissances aux Papiers Terriers.
>
ORDONNANCE DU ROY , du 22. Août ,
par laquelle il est dit que S. M. voulant prévenir
une plus grande disete de Foins qui arriveroit
dans la Flandres et dans le Hainaut par Penleve
ment que pourroient en faire les Habitans des
Dominations Etrangeres , a fait très - expresses
deffenses à toutes Personnes de quelque qualité
et condition qu'elles soient de transporter aucuns
Foins desdites Provinces de Flandres et du
Hainant , dans les Pays Etrangers , à peine de
confiscation des Foins et des bateaux , chevaux ,
charettes et chariots sur lesquels ils seront chargez
, et de cinq cens livres d'Amende , applicable
moitié au Dénonciateur , et l'autre moitié
à celui ou ceux qui anront fait la capture .
}
ARREST du 30. Septembre , concernant co
qui reste à recouvrer du Cinquantiéme , dû par
les Seigneurs , Gentils-hommes et Privilegiez
de l'Election de Paris.
AUTRE du Conseil d'Etat , du 2. Octobre ,
qui ordonne la suppression de l'Instruction Pastorale
de M. l'Archevêque d'Embrun , donnée
à Embrun le ..... Août 173 1.
Vu
NOVEMBRE. 1731 269t
•
"
•
1
1
>
et
Va par Sa Majesté , étant en son Conseil ,
un Imprimé ayaht pour titre , Instruction Pastorale
de M. l'Archevêque Prince d'Embrun ,
dans laquelle il est prouvé que la Constitution
Unigenitus est un jugement dogmatique et
irreformable de l'Église , et une règle de,
eroyance Ouvrage que ledit Sr. Archevêque
d'Embrun avoit annoncé par le Mandement dont
la suppression a été ordonnée par l'Arrêt du
24. Septembre dernier ; et le Roy ayant reconnu
par l'examen qui en a été fait en son Conseil
, que cette Instruction Pastorale a été faite
dans le même esprit que ledit Mandement
voulant d'ailleurs assurer de plus en plus la tranquillité
qu'il a cû intention d'établir par l'Arrêt
du 5. Septembre dernier . SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
ledit Imprimé intitulé , Instruction Pastorale
sera et demeurera supprimé ; enjoint à tous ceux
qui en ont des Exemplaires , de les remettre incessamment
au Greffe du Conseil , pour y être
supprimez. Fait deffenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres , de quelque
état et condition qu'ils soient d'en vendre ,
ou autrement distribuer à peine de punition
exemplaire : Ordonne au surplus Sa Majesté , que
les Arrêts des f . et 24. Septembre dernier , seront
executez selon leur forme et teneur ,
,
>
ARREST de la Cour du Parlement , rendu
la Chambre des Vacations le 17. Octobre par ,
qui condamne Jean Chauvin , Huissier d'Angoųlesme
, d'être attaché au Carcau , en la Place
publique de ladite Ville , ayant Ecriteau devant
et derriere , portant ces mots Huissier Préva .
ricateur et banni pour neuf ans de la Séné--
chaussée de ladite Ville , et de la Prevôté et Vicomté
de Paris.
2
?
ARREST
2692 MERCURE DE FRANCE
ARREST de la Cour de Parlement , du 24
Octobre , portant augmentation du prix du Bois
neuf, jusques 1 Janvier 1732 seulement , passé
lequel temps, les précédens Arrests et Reglemens
de la Cour seront exécutez.
Ce jour le Procureur General du Roy est entré
et a dit que le Prevôt des Marchands et Echevins
de cette Ville écoient à la porte de la Chambre ,
et demandoient à entrer. Eux mandez et entrez ,
le Prevôt des Marchands portant la parole , a
dit :
MESSIEURS .
Lorsque nous eûmes 1'honneur de rendre
compte à la Cour des provisions de cette Ville ,
nous avions lieu de l'assurer, comme nous fîmes,
que celle du Bois seroit des plus abondantes . Notre
esperance étoit fondée sur la certitude que
nous avions , que les bords des Rivieres étoient
tous couverts de cette Marchandise. Ils le sont
en effet ; et nous avons été informez depuis , que
pendant le cours de l'Eté tous les Bois qui restoient
dans les ventes , en avoient été tirez et conduits
sur les Ports; prêts, ou à être mis en Trains
ou à être chargez sur des Bateaux . Nous pouvons
même le dire avec confiance : La quantité de ces
Bois est si grande, tant au dessus , qu'au dessous
de Paris , que les eaux qui viendront nous ameneront
, non seulement le reste de notre provision
pour cette Hyver ; mais même la totalité de celle
qui est nécessaire pour celui de 1732 à 1733. La
sécheresse , sans exemple, qu'il a fait jusqu'à présent
, n'a pas permis d'amener le peu qui nous
reste à désirer , pour rendre complette la provision
de cette année. Les Marchands de Bois flotté
sont dans l'impuissance de faire descendre leurs
Trains
NOVEMBRE 1732 2693
de
Trains par la bassesse prodigieuse des Rivieres.
Cependant nous croyons qu'il est necessaire de
prendre des mesures pour ramener l'abondance ,
et nous n'en voyons point de plus sures que
faciliter l'arrivée du Bois neuf. Mais le prix auquel
il est fixé par les Arrêts de la Cour, ne pouvant
indemniser les Marchands des frais que la
disette d'Eau les oblige de faire , pour le conduire
en cette Ville. Nous venons dans cette circonsrance
, supplier la Cour d'y pourvoir par une
augmentation de peu de durée, que nous croyons
pouvoir être portées à 2 1. 10 f. sur chaque voye
de Bois neuf qui sera venduë en eette Ville , jusqu'au
1 Janvier 1732.
Le Procureur General du Roy ouy en ses Con
clusions. Lui retiré . Ensemble les Prevôt des
Marchands et Echevins. La matiere sur ce mise
en délibération.
La Chambre a arrêté et ordonné, qu'à commen
cer du jour de la publication du present Arrêt ,
la voye de Bois neuf pourra être vendue jusqu'au
1 Janvier prochain exclusivement , la somme de
2 I. 16 f. au pardessus du prix fixé par les derniers
Arrêts et Réglemens ; en conséquence ordonne
que les Prevot des Marchands et Echevins feront
un Târif , conformément au present Arrêt , dans
lequel seront les Cotterêts et Fagots employez à la
même proportion cy -dessus ; passé lequel temps,
en vertu du present Arrêt , et sans qu'il en soit
besoin d'autre , seront les précédens Arrêts et
Réglemens de la Cour , exécutez selon leur forme
et teneur , ainsi qu'ils l'étoient cy-devant ; et
en conséquence , l'augmentation portée par le
present Arrêt cessera. Enjoint aux Marchands de
Bois de Paris , de tenir les Ports suffisamment
garnis , à peine de 3000 liv . d'amende , même de
plus
2694 MERCURE DE FRANCEplus
grande peine s'il y écheoit. Pourront les
Prevôt des Marchands et Echevins envoyer sur
les Rivieres et autres Lieux , à l'effet de contrain- -
dre , tant les Marchands , à charger incessamment
et sans aucun délai , sous quelque prétexte que
ce puisse être , les Bois pour cette Ville , que les
Voituriers par Terre et par Eau qui seroient re- ,
fusans de conduire lesdits Bois . Enjoint aux Prevôt
des Marchands et Echevins , & c.
ARREST du 21. Août , qui accorde un
délay jusqu'au dernier Decembre prochain
, pour le Controlle des Declarations et
Reconnoissances aux Papiers Terriers.
>
ORDONNANCE DU ROY , du 22. Août ,
par laquelle il est dit que S. M. voulant prévenir
une plus grande disete de Foins qui arriveroit
dans la Flandres et dans le Hainaut par Penleve
ment que pourroient en faire les Habitans des
Dominations Etrangeres , a fait très - expresses
deffenses à toutes Personnes de quelque qualité
et condition qu'elles soient de transporter aucuns
Foins desdites Provinces de Flandres et du
Hainant , dans les Pays Etrangers , à peine de
confiscation des Foins et des bateaux , chevaux ,
charettes et chariots sur lesquels ils seront chargez
, et de cinq cens livres d'Amende , applicable
moitié au Dénonciateur , et l'autre moitié
à celui ou ceux qui anront fait la capture .
}
ARREST du 30. Septembre , concernant co
qui reste à recouvrer du Cinquantiéme , dû par
les Seigneurs , Gentils-hommes et Privilegiez
de l'Election de Paris.
AUTRE du Conseil d'Etat , du 2. Octobre ,
qui ordonne la suppression de l'Instruction Pastorale
de M. l'Archevêque d'Embrun , donnée
à Embrun le ..... Août 173 1.
Vu
NOVEMBRE. 1731 269t
•
"
•
1
1
>
et
Va par Sa Majesté , étant en son Conseil ,
un Imprimé ayaht pour titre , Instruction Pastorale
de M. l'Archevêque Prince d'Embrun ,
dans laquelle il est prouvé que la Constitution
Unigenitus est un jugement dogmatique et
irreformable de l'Église , et une règle de,
eroyance Ouvrage que ledit Sr. Archevêque
d'Embrun avoit annoncé par le Mandement dont
la suppression a été ordonnée par l'Arrêt du
24. Septembre dernier ; et le Roy ayant reconnu
par l'examen qui en a été fait en son Conseil
, que cette Instruction Pastorale a été faite
dans le même esprit que ledit Mandement
voulant d'ailleurs assurer de plus en plus la tranquillité
qu'il a cû intention d'établir par l'Arrêt
du 5. Septembre dernier . SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
ledit Imprimé intitulé , Instruction Pastorale
sera et demeurera supprimé ; enjoint à tous ceux
qui en ont des Exemplaires , de les remettre incessamment
au Greffe du Conseil , pour y être
supprimez. Fait deffenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres , de quelque
état et condition qu'ils soient d'en vendre ,
ou autrement distribuer à peine de punition
exemplaire : Ordonne au surplus Sa Majesté , que
les Arrêts des f . et 24. Septembre dernier , seront
executez selon leur forme et teneur ,
,
>
ARREST de la Cour du Parlement , rendu
la Chambre des Vacations le 17. Octobre par ,
qui condamne Jean Chauvin , Huissier d'Angoųlesme
, d'être attaché au Carcau , en la Place
publique de ladite Ville , ayant Ecriteau devant
et derriere , portant ces mots Huissier Préva .
ricateur et banni pour neuf ans de la Séné--
chaussée de ladite Ville , et de la Prevôté et Vicomté
de Paris.
2
?
ARREST
2692 MERCURE DE FRANCE
ARREST de la Cour de Parlement , du 24
Octobre , portant augmentation du prix du Bois
neuf, jusques 1 Janvier 1732 seulement , passé
lequel temps, les précédens Arrests et Reglemens
de la Cour seront exécutez.
Ce jour le Procureur General du Roy est entré
et a dit que le Prevôt des Marchands et Echevins
de cette Ville écoient à la porte de la Chambre ,
et demandoient à entrer. Eux mandez et entrez ,
le Prevôt des Marchands portant la parole , a
dit :
MESSIEURS .
Lorsque nous eûmes 1'honneur de rendre
compte à la Cour des provisions de cette Ville ,
nous avions lieu de l'assurer, comme nous fîmes,
que celle du Bois seroit des plus abondantes . Notre
esperance étoit fondée sur la certitude que
nous avions , que les bords des Rivieres étoient
tous couverts de cette Marchandise. Ils le sont
en effet ; et nous avons été informez depuis , que
pendant le cours de l'Eté tous les Bois qui restoient
dans les ventes , en avoient été tirez et conduits
sur les Ports; prêts, ou à être mis en Trains
ou à être chargez sur des Bateaux . Nous pouvons
même le dire avec confiance : La quantité de ces
Bois est si grande, tant au dessus , qu'au dessous
de Paris , que les eaux qui viendront nous ameneront
, non seulement le reste de notre provision
pour cette Hyver ; mais même la totalité de celle
qui est nécessaire pour celui de 1732 à 1733. La
sécheresse , sans exemple, qu'il a fait jusqu'à présent
, n'a pas permis d'amener le peu qui nous
reste à désirer , pour rendre complette la provision
de cette année. Les Marchands de Bois flotté
sont dans l'impuissance de faire descendre leurs
Trains
NOVEMBRE 1732 2693
de
Trains par la bassesse prodigieuse des Rivieres.
Cependant nous croyons qu'il est necessaire de
prendre des mesures pour ramener l'abondance ,
et nous n'en voyons point de plus sures que
faciliter l'arrivée du Bois neuf. Mais le prix auquel
il est fixé par les Arrêts de la Cour, ne pouvant
indemniser les Marchands des frais que la
disette d'Eau les oblige de faire , pour le conduire
en cette Ville. Nous venons dans cette circonsrance
, supplier la Cour d'y pourvoir par une
augmentation de peu de durée, que nous croyons
pouvoir être portées à 2 1. 10 f. sur chaque voye
de Bois neuf qui sera venduë en eette Ville , jusqu'au
1 Janvier 1732.
Le Procureur General du Roy ouy en ses Con
clusions. Lui retiré . Ensemble les Prevôt des
Marchands et Echevins. La matiere sur ce mise
en délibération.
La Chambre a arrêté et ordonné, qu'à commen
cer du jour de la publication du present Arrêt ,
la voye de Bois neuf pourra être vendue jusqu'au
1 Janvier prochain exclusivement , la somme de
2 I. 16 f. au pardessus du prix fixé par les derniers
Arrêts et Réglemens ; en conséquence ordonne
que les Prevot des Marchands et Echevins feront
un Târif , conformément au present Arrêt , dans
lequel seront les Cotterêts et Fagots employez à la
même proportion cy -dessus ; passé lequel temps,
en vertu du present Arrêt , et sans qu'il en soit
besoin d'autre , seront les précédens Arrêts et
Réglemens de la Cour , exécutez selon leur forme
et teneur , ainsi qu'ils l'étoient cy-devant ; et
en conséquence , l'augmentation portée par le
present Arrêt cessera. Enjoint aux Marchands de
Bois de Paris , de tenir les Ports suffisamment
garnis , à peine de 3000 liv . d'amende , même de
plus
2694 MERCURE DE FRANCEplus
grande peine s'il y écheoit. Pourront les
Prevôt des Marchands et Echevins envoyer sur
les Rivieres et autres Lieux , à l'effet de contrain- -
dre , tant les Marchands , à charger incessamment
et sans aucun délai , sous quelque prétexte que
ce puisse être , les Bois pour cette Ville , que les
Voituriers par Terre et par Eau qui seroient re- ,
fusans de conduire lesdits Bois . Enjoint aux Prevôt
des Marchands et Echevins , & c.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
Le document expose plusieurs décisions judiciaires et ordonnances royales. L'arrêt du 21 août accorde un délai jusqu'à la fin décembre pour le contrôle des déclarations et reconnaissances des papiers terriers. L'ordonnance royale du 22 août interdit l'exportation de foin depuis la Flandre et le Hainaut vers les pays étrangers, avec des sanctions de confiscation et d'amende en cas de non-respect. L'arrêt du 30 septembre traite du recouvrement du cinquantième dû par les seigneurs et privilégiés de l'élection de Paris. L'arrêt du 2 octobre supprime l'Instruction Pastorale de l'archevêque d'Embrun, jugée contraire à l'arrêt du 5 septembre. Le 17 octobre, Jean Chauvin, huissier, est condamné pour prévarication et banni pour neuf ans. L'arrêt du 24 octobre augmente temporairement le prix du bois neuf jusqu'au 1 janvier 1732, en raison de la sécheresse et des difficultés de transport. Cette augmentation a été demandée par les prévôts des marchands et échevins pour indemniser les marchands des frais supplémentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 1254-1258
ARREST Notable rendu au Parlement de Dijon, les Chambres consultées, le 21. Avril 1732. Par lequel il a été jugé que les Enfans étant sous la puissance paternelle, ne peuvent faire aucune disposition de derniere volonté, sans la permission de leurs Pere, au profit d'autres personnes.
Début :
Quoique le Parlement de Besançon, sur le fondement de plusieurs [...]
Mots clefs :
Dijon, Parlement, Pères et fils, Dernière volonté, Testament
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARREST Notable rendu au Parlement de Dijon, les Chambres consultées, le 21. Avril 1732. Par lequel il a été jugé que les Enfans étant sous la puissance paternelle, ne peuvent faire aucune disposition de derniere volonté, sans la permission de leurs Pere, au profit d'autres personnes.
AREST Notable rendu au Parlement
de Dijon , les Chambres consultées , le
21. Avril 1732: Par lequel il a étéjugé
que les Enfans étant sous la puissance
paternelle , ne peuvent faire aucune disposition de derniere volonté , sans la per
mission de leurs Peres , au profit d'autres
personnes..
Q
Uoique le Parlement de Besançon ,
ur le fondement de plusieurs Certificats d'Usage , eût en 1703. dans un
Procès évoqué du Parlement de Dijon ,
decidé la Question, en faveur de la li
berté des Fils de Famille , neanmoins cette
même difficulté s'étant présentée au Parlement de Dijon en 1726. Par Arrêt rendu en la Chambre des Enquêtes , au rapporr de M. Bazin , puîné , le 19. Juillet
de la même année , il fut jugé qu'un Fils
de Famille n'avoit pû, faire une donation
à cause de mort au profit de son frere ,
sans le consentement de son pere.
Cer Arrêt fit grand bruit dans toute la
Province. D'un côté , le celebre Magistrat (a) qui présidoit en cette Chambre ,
daigna lui-même le faire imprimer avec
une Dissertation sçavante , où toutes les
(a) M. le President Bouhier , de l'Académie Françoise.
I. Vol. raisons
JUI N. 1732. 1255
raisons , soins et autoritez pour et contre sont rapportées avec beaucoup de
netteté et de précision.
D'autre côté , un ancien et habile Avo
cat (b) du même Parlement , donna aussi
au Public ses Refléxions contraires au
sentiment du Magistrat qui étoit de l'avis
de l'Arrêt de 1726. ce qui occasionna
plusieurs autres Ecrits très - curieux de
part et d'autre.
Comme cette diversité d'Arrêt et d'O
pinions , sembloit laisser sur ce point la
Jurisprudence incertaine , la même Ques
tion a encore été depuis peu soumise à la dé--
cision du Parlement de Dijon. Voici le Fait Jacques Roux, fils de MeBenici le Fait.
Roux,
Avocat en la Cour , et demeurant en la
Ville de Châlons sur Saône , étant en
âge de puberté , et prêt à faire Profession
Religieuse au Monastere des Carmes de
Dijon , fit un Testament olographe le
17. Juillet 1727. revêtu de la superscrip
tion de Rey , Notaire en la même Ville,
assisté de deux Témoins , suivant la Coû
tume ; par lequel il institua son pere en
( b) M. Raviot , qui vient de mettre au jour un Recueil d'Arrêts rendus au Parlement de
Dijon, avec un ample Commentaire en 1. vol. in
folio , chez Arnault , Jean-Baptiste Augé, Imprimeur Libraire près les Jesuites,
1. Vol.
sa
1236 MERCURE DE FRANCE
sa légitime , se réserva une pension annuelle de la somme de 30 livres , et
laissa le reste de ses biens à Jeanne Roux
sa sœur , Hospitaliere à Châlons.
2
Le Testateur ayant fait Profession , et
son pere étant mort quelques années après ,
Jeanne Roux fit paroître le Testament
de son frere , et se pourvut à la Chancel
lerie de Châlons , tant pour en faire or
donner la publication , que pour être en
voyée en consequence en possession des
biens du Testateur. En effet par Sentence
rendue contradictoirement avec Guillaume Roux , son frere , Geneviève Roux
sa sœur ,femme de Me Jacques Gagnare
Conseiller au Bailliage de Châlons , et
encore le même Gagnare , en qualité de
Tuteur de Jeanne Roux , sa Niece ; le
15. Mars 1731. l'Heritiere instituée fut
envoyée par provision et à caution , en
possession des biens de Jacques Roux ;
et avant que fai e droit sur la conversion
en définitive , ou sur la révocation de la
provision , il fut ordonné que Jeanne
Roux communiqueroit à ses Parties le
Testament dont il étoit question, pour ensuite être ordonné ce qu'il appartiendroit.
Après cette communication , Guillaume Roux , aquiesça au Jugement , pour
cequi la concernoit. Mais Geneviève Roux
1. Vol. et
JUIN. 1732. 1257
et son Mari soutinrent que le Testament
étoit nul , pour avoir été fait par JacquesRoux, sans la permission de son pere ,
quoiqu'elle fût necessaire , suivant les Atrêts de la Cour, quand la disposition étoit
faite au profit d'un autre que du pere.
Néanmoins par une seconde Sentence de
la Chancellerie du 7. Juin suivant , la
possession provisionnelle , accordée par
le premler Jugement ; fut convertie en .
définitive.
Geneviève Roux et son mari , interjet
terent appel de ces deux Sentences à la
Cour , où la cause a été plaidée pendant
trois Audiances par Mes Mency et Prinsset , Avocats des Parties..
Comme le précis des raisons et autoritez employées d'une et d'autre part
excederoient sans doute les bornes prescrités pour un simple Extrait , nous nous
contenterons de renvoyer les Curieux
aux Ecrits que le Magistrat et l'Avocat
dont nous avons parlé plus haut , ont
rendus publics par l'impression, et qui se
trouvent à Dijon , chez Antoine Defay ,
Imprimeur et Libraire , ruë Portelle. Nous
observerons seulement que M. Thierry
Avocat General , conclut avec beaucoup
de solidité à la réformation des Sentences
er à la cassation du Testament de Jac
ques Roux.
1258 MERCURE DE FRANCE.
La Cour desirant rendre sur cette Question un Arrêt solemnel , toutes les Chambres consultées , ordonna le 21. Janvier
1732. que les Pieces seroient mises sur le
Bureau pour être fait droit aux Parties ,
ainsi qu'il appartiendroit.
Et depuis l'affaire ayant été examinée
au rapport de M. Lantin , après que les
Chambres ont été consultées : La Cour
a mis l'appellation et ce dont étoit appel
au neants et par nouveau jugement , sans
s'arrêter au Testament de Frere Jacques
Roux , qui demeure cassé et annullé ,
a ordonné que sa succession sera regléc
ab intestat , tous dépens compensez. Le
Lundi 21. Avril 1732.
XXXXXXX: FEFF
de Dijon , les Chambres consultées , le
21. Avril 1732: Par lequel il a étéjugé
que les Enfans étant sous la puissance
paternelle , ne peuvent faire aucune disposition de derniere volonté , sans la per
mission de leurs Peres , au profit d'autres
personnes..
Q
Uoique le Parlement de Besançon ,
ur le fondement de plusieurs Certificats d'Usage , eût en 1703. dans un
Procès évoqué du Parlement de Dijon ,
decidé la Question, en faveur de la li
berté des Fils de Famille , neanmoins cette
même difficulté s'étant présentée au Parlement de Dijon en 1726. Par Arrêt rendu en la Chambre des Enquêtes , au rapporr de M. Bazin , puîné , le 19. Juillet
de la même année , il fut jugé qu'un Fils
de Famille n'avoit pû, faire une donation
à cause de mort au profit de son frere ,
sans le consentement de son pere.
Cer Arrêt fit grand bruit dans toute la
Province. D'un côté , le celebre Magistrat (a) qui présidoit en cette Chambre ,
daigna lui-même le faire imprimer avec
une Dissertation sçavante , où toutes les
(a) M. le President Bouhier , de l'Académie Françoise.
I. Vol. raisons
JUI N. 1732. 1255
raisons , soins et autoritez pour et contre sont rapportées avec beaucoup de
netteté et de précision.
D'autre côté , un ancien et habile Avo
cat (b) du même Parlement , donna aussi
au Public ses Refléxions contraires au
sentiment du Magistrat qui étoit de l'avis
de l'Arrêt de 1726. ce qui occasionna
plusieurs autres Ecrits très - curieux de
part et d'autre.
Comme cette diversité d'Arrêt et d'O
pinions , sembloit laisser sur ce point la
Jurisprudence incertaine , la même Ques
tion a encore été depuis peu soumise à la dé--
cision du Parlement de Dijon. Voici le Fait Jacques Roux, fils de MeBenici le Fait.
Roux,
Avocat en la Cour , et demeurant en la
Ville de Châlons sur Saône , étant en
âge de puberté , et prêt à faire Profession
Religieuse au Monastere des Carmes de
Dijon , fit un Testament olographe le
17. Juillet 1727. revêtu de la superscrip
tion de Rey , Notaire en la même Ville,
assisté de deux Témoins , suivant la Coû
tume ; par lequel il institua son pere en
( b) M. Raviot , qui vient de mettre au jour un Recueil d'Arrêts rendus au Parlement de
Dijon, avec un ample Commentaire en 1. vol. in
folio , chez Arnault , Jean-Baptiste Augé, Imprimeur Libraire près les Jesuites,
1. Vol.
sa
1236 MERCURE DE FRANCE
sa légitime , se réserva une pension annuelle de la somme de 30 livres , et
laissa le reste de ses biens à Jeanne Roux
sa sœur , Hospitaliere à Châlons.
2
Le Testateur ayant fait Profession , et
son pere étant mort quelques années après ,
Jeanne Roux fit paroître le Testament
de son frere , et se pourvut à la Chancel
lerie de Châlons , tant pour en faire or
donner la publication , que pour être en
voyée en consequence en possession des
biens du Testateur. En effet par Sentence
rendue contradictoirement avec Guillaume Roux , son frere , Geneviève Roux
sa sœur ,femme de Me Jacques Gagnare
Conseiller au Bailliage de Châlons , et
encore le même Gagnare , en qualité de
Tuteur de Jeanne Roux , sa Niece ; le
15. Mars 1731. l'Heritiere instituée fut
envoyée par provision et à caution , en
possession des biens de Jacques Roux ;
et avant que fai e droit sur la conversion
en définitive , ou sur la révocation de la
provision , il fut ordonné que Jeanne
Roux communiqueroit à ses Parties le
Testament dont il étoit question, pour ensuite être ordonné ce qu'il appartiendroit.
Après cette communication , Guillaume Roux , aquiesça au Jugement , pour
cequi la concernoit. Mais Geneviève Roux
1. Vol. et
JUIN. 1732. 1257
et son Mari soutinrent que le Testament
étoit nul , pour avoir été fait par JacquesRoux, sans la permission de son pere ,
quoiqu'elle fût necessaire , suivant les Atrêts de la Cour, quand la disposition étoit
faite au profit d'un autre que du pere.
Néanmoins par une seconde Sentence de
la Chancellerie du 7. Juin suivant , la
possession provisionnelle , accordée par
le premler Jugement ; fut convertie en .
définitive.
Geneviève Roux et son mari , interjet
terent appel de ces deux Sentences à la
Cour , où la cause a été plaidée pendant
trois Audiances par Mes Mency et Prinsset , Avocats des Parties..
Comme le précis des raisons et autoritez employées d'une et d'autre part
excederoient sans doute les bornes prescrités pour un simple Extrait , nous nous
contenterons de renvoyer les Curieux
aux Ecrits que le Magistrat et l'Avocat
dont nous avons parlé plus haut , ont
rendus publics par l'impression, et qui se
trouvent à Dijon , chez Antoine Defay ,
Imprimeur et Libraire , ruë Portelle. Nous
observerons seulement que M. Thierry
Avocat General , conclut avec beaucoup
de solidité à la réformation des Sentences
er à la cassation du Testament de Jac
ques Roux.
1258 MERCURE DE FRANCE.
La Cour desirant rendre sur cette Question un Arrêt solemnel , toutes les Chambres consultées , ordonna le 21. Janvier
1732. que les Pieces seroient mises sur le
Bureau pour être fait droit aux Parties ,
ainsi qu'il appartiendroit.
Et depuis l'affaire ayant été examinée
au rapport de M. Lantin , après que les
Chambres ont été consultées : La Cour
a mis l'appellation et ce dont étoit appel
au neants et par nouveau jugement , sans
s'arrêter au Testament de Frere Jacques
Roux , qui demeure cassé et annullé ,
a ordonné que sa succession sera regléc
ab intestat , tous dépens compensez. Le
Lundi 21. Avril 1732.
XXXXXXX: FEFF
Fermer
Résumé : ARREST Notable rendu au Parlement de Dijon, les Chambres consultées, le 21. Avril 1732. Par lequel il a été jugé que les Enfans étant sous la puissance paternelle, ne peuvent faire aucune disposition de derniere volonté, sans la permission de leurs Pere, au profit d'autres personnes.
Le document traite d'une affaire juridique concernant la validité des testaments des enfants sous l'autorité paternelle. En 1732, le Parlement de Dijon a statué que les enfants ne peuvent pas faire de testament sans l'autorisation de leurs pères. Cette décision a été confirmée malgré une précédente décision du Parlement de Besançon en 1703, qui avait favorisé la liberté des fils de famille. En 1726, le Parlement de Dijon avait déjà confirmé la nécessité du consentement paternel dans une affaire similaire. L'affaire en question implique Jacques Roux, un avocat de Châlons-sur-Saône, qui avait rédigé un testament en 1727, léguant ses biens à sa sœur Jeanne Roux. Après la mort de leur père, Jeanne Roux a tenté de faire valider ce testament. Cependant, sa sœur Geneviève Roux et son mari ont contesté sa validité, arguant du manque de consentement paternel. Malgré une première décision en faveur de Jeanne Roux, Geneviève Roux a fait appel. Le Parlement de Dijon, après consultation des Chambres et examen des pièces, a cassé et annulé le testament de Jacques Roux le 21 avril 1732. Il a ordonné que la succession soit réglée ab intestat, c'est-à-dire sans testament. Cette décision a mis fin à la controverse juridique sur la validité des dispositions testamentaires des enfants sous l'autorité paternelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
53
p. 1658-1659
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Aix en Provence, au sujet d'une affaire criminelle.
Début :
L'Affaire dont je vais vous parler fait grand bruit [...]
Mots clefs :
Affaire criminelle, Jean de Matheron d'Almaric, Domestiques, Prise de Corps, Arrêt, Parlement, Greffier Gautier
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Aix en Provence, au sujet d'une affaire criminelle.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Aix en
Provence , au sujet d'une offrire criminelle.
'Affaire dont je vais vous parler fait
Legrandbruit dans cette Province. Jean
,
de Matheron d'Amalric , Seigneur en partie de l'Escale , Jean- Louis Matheron , son
fils , Anne de Bertatis , sa sœur , AnneMonpezat , Joseph Faudon et André
Julien , ses domestiques , ont été décretez de prise de corps , par Sentence définitive du Siége de Sisteron , du 13 Mars ,'
et le sieur Jean Matheron , condamné en
deux mille livres pour dommages , interêts envers le Lieutenant Particulier au
Siége de Sisteron , son créancier , contre
qui
JUILLET. 1734. 1659
qui il avoit formé une accusation grave.
Par Arrêt , publié à la Barre du Parlement
de Provence , séant à Aix le 25 Juin 1732.
Toutes les Sentences du Siége de Sisteron
ont été confirmées avec de plus grands
dommages , interêts soufferts depuis la
Sentence , et à tous les dépens par corps.
Le sieur Castagni , Seigneur de Vilhoc
Lieutenant Général Civil et Criminel au
Siége de Sisteron , Débiteur du Lieutenant
Particulier , s'étant indignement prêté
pour soûtenir l'imposture du sieur Matheron , a reçû la Lettre suivante par ordre du Parlement.
La Cour m'ordonne de vous faire sçavoir
qu'elle a jugé le Procès criminel entre,
&c.
elle a confirmé toutes les Sentences rendues
par Me Duvirail , comme très-justes et trèsrégulieres ; elle a été surprise que sur la fin
de votre carriere vous vous soyez fi indignement prêté pour soûtenir l'imposture ; si elle
ne vous a pas decreté, comme vous le meri
tiez , c'est par rapport à votre grand âge ,
faites- moi un mot de réponse , afin que je
puisse rendre compte à la Courde ma de ma condui
te. Je suis , &c. Signé , GAUTIER , Greffier.
ou
L'impression et l'affiche de l'Arrêt ont
été permises. Si on nous envoye la Réponse de ce Magistrat avec l'Arrêt qui est I iiij inter-
1660 MERCURE DE FRANCE
4
intervenu , on pourra parler plus amplement et plus éxactement de cette Affaire extraordinaire.
Provence , au sujet d'une offrire criminelle.
'Affaire dont je vais vous parler fait
Legrandbruit dans cette Province. Jean
,
de Matheron d'Amalric , Seigneur en partie de l'Escale , Jean- Louis Matheron , son
fils , Anne de Bertatis , sa sœur , AnneMonpezat , Joseph Faudon et André
Julien , ses domestiques , ont été décretez de prise de corps , par Sentence définitive du Siége de Sisteron , du 13 Mars ,'
et le sieur Jean Matheron , condamné en
deux mille livres pour dommages , interêts envers le Lieutenant Particulier au
Siége de Sisteron , son créancier , contre
qui
JUILLET. 1734. 1659
qui il avoit formé une accusation grave.
Par Arrêt , publié à la Barre du Parlement
de Provence , séant à Aix le 25 Juin 1732.
Toutes les Sentences du Siége de Sisteron
ont été confirmées avec de plus grands
dommages , interêts soufferts depuis la
Sentence , et à tous les dépens par corps.
Le sieur Castagni , Seigneur de Vilhoc
Lieutenant Général Civil et Criminel au
Siége de Sisteron , Débiteur du Lieutenant
Particulier , s'étant indignement prêté
pour soûtenir l'imposture du sieur Matheron , a reçû la Lettre suivante par ordre du Parlement.
La Cour m'ordonne de vous faire sçavoir
qu'elle a jugé le Procès criminel entre,
&c.
elle a confirmé toutes les Sentences rendues
par Me Duvirail , comme très-justes et trèsrégulieres ; elle a été surprise que sur la fin
de votre carriere vous vous soyez fi indignement prêté pour soûtenir l'imposture ; si elle
ne vous a pas decreté, comme vous le meri
tiez , c'est par rapport à votre grand âge ,
faites- moi un mot de réponse , afin que je
puisse rendre compte à la Courde ma de ma condui
te. Je suis , &c. Signé , GAUTIER , Greffier.
ou
L'impression et l'affiche de l'Arrêt ont
été permises. Si on nous envoye la Réponse de ce Magistrat avec l'Arrêt qui est I iiij inter-
1660 MERCURE DE FRANCE
4
intervenu , on pourra parler plus amplement et plus éxactement de cette Affaire extraordinaire.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Aix en Provence, au sujet d'une affaire criminelle.
L'affaire concerne une offre criminelle en Provence impliquant Jean Matheron d'Amalric, son fils Jean-Louis, sa sœur Anne de Bertatis, Anne Monpezat, et leurs domestiques Joseph Faudon et André Julien. Ces individus ont été arrêtés le 13 mars par le siège de Sisteron. Jean Matheron a été condamné à payer deux mille livres de dommages et intérêts à son créancier, le Lieutenant Particulier du siège de Sisteron, contre qui il avait formé une accusation grave. Le 25 juin 1732, le Parlement de Provence à Aix a confirmé toutes les sentences du siège de Sisteron, ajoutant des dommages et intérêts supplémentaires et les dépens par corps. Le sieur Castagni, seigneur de Vilhoc et Lieutenant Général Civil et Criminel au siège de Sisteron, a été réprimandé pour avoir soutenu l'imposture de Matheron. Il a reçu une lettre du Parlement confirmant les sentences et exprimant la surprise de la Cour quant à son comportement. La Cour a décidé de ne pas le décréter en raison de son grand âge et lui a demandé de répondre pour justifier sa conduite. L'impression et l'affiche de l'arrêt ont été autorisées, et une réponse du magistrat ainsi que l'arrêt intervenu sont attendus pour discuter davantage de cette affaire.
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54
p. 2074-2077
Réception du Marquis de Sassenage à Grenoble, [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Valence que le Marquis de Sassenage, Lieutenant Général de la Province de [...]
Mots clefs :
Marquis de Sassenage, Souper, Grenoble, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réception du Marquis de Sassenage à Grenoble, [titre d'après la table]
On écrit de Valence que le Marquis de
Sassenage, Lieutenant Général de la Province de
Dauphiné
SEPTEMBRE. 1732. 2075
Dauphiné , où il commandoit en chef, en est
parti le 28. du mois dernier pour se rendre à
Paris. Il étoit venu dans cette Province pour
prendre possession de la Lieutenance Générale.
•
Le 11.Juillet , les Consuis et le Corps de Ville
de Grenoble allerent à sa rencontre au bourg
de Moirans , qui est à trois lieues de cette Ville.
Il trouva à S. Robert , qui en est éloigné d'une
lieue , M. de Grammont, Premier Président du
Parlement , & M. de Fontanieux , Intendant de
La Province , avec un grand nombre de persons du Corps de la Noblesse , & de ceux de la
agistrature qui s'y étoient rendus en Carosse
ur lui faire cortege. Arrivant à Grenoble , il
contra à la porte de France le Marquis de
ircieux , Gouverneur de la Ville qui l'attenit pour lui en présenter les clefs. 11 fit son ene au bruit du Canon et précédé de la Com nie de ses Gaides , de toute la Maréchaussée
la Province , le Prévost Géneral à la tête , et
ne multitude de gens à cheval; quantité de
rosses à six chevaux et à quatre , remplis de
x qui étoient venus à sa rencontre , fermoient
narche. Le Bataillon de Romillé du Régiment
yal Artillerie, et la Milice bourgeoise sous les
ies , formoient une double haye depuis la
Porte de France jusqu'à l'Hôtel de ce Seigneur:
il le trouva rempli de personnes de condition
de l'un et de l'autre sexe , qui l'y attendoient
pour lui témoigner leur joie de son arrivée qui
en a causé une générale. Les boutiques furent
fermées ce jour - là ; le soir toute la Ville fut ili
Juminée , on tira une grande quantité de fusées,
et il y eut des feux de joie dans les divers·quar-·
tiers.
Le Marquis de Sassenage alla fouper chez M. Inten
2076 MERCURE DE FRANCE
Intendant ; le repas étoit magnifique , la com
pagnie nombreuse et composée de ce qu'il y a
de plus distingué dans tous les Etats de cette ville. Le lendemain il recut les Complimens du
Parlement , de la Chambre des Comptes et du
Bureau des Finances par les Députez de ces différentes Compagnies. Les Magistrats inférieurs
et la Ville , vinrent le complimenter en Corps :
les Chapitres et tous les Corps du Clergé seculier et regulier s'acquitterent de ce devoir dans
la même forme.
Le 17. du même mois , il fit son entrée au Parlement , la Compagnie de ses Gardes le précedoit dans la marche qui se fit à pied depuis son
Hôtel jusqu'au Palais , suivi par deux Conseillers deputez pour le recevoir et le conduire à la
Grand- Chambre , où il prit sceance à la tête du
Parlement , les Chambres assemblees , et il fit un
discours qui fut trés appiaudi. Il fut reconduit avec les mêmes ceremonies.
Un quart d'heure après qu'il fut retiré
dans son Hôtel , le Parlement alla lui rendre
visite en corps. Le mêmejour , il donna à dîner
à Messieurs du Parlement , à la Noblesse et aux
Officiers des Troupes. Il y avoit cent quarante
Couverts en differentes tables qui toutes furent
servies avec beaucoup de magnificence et de délicatesse. Ce jour- là les boutiques furent fermées,
et le soir il y eut une illumination generale.
Le 23. il fit son entrée à la Chambre des
Comptes , dans le même ordre et avec le même
céremonial obfervé au Parlement. Il alla ensuite
prendre séance à la tête du Bureau des Finances ,
oùil fit un autre discours qui fut très applaudi
Le même jour il donna à dîner à Messieurs de
la Chambre et du Bureau et à plusieurs hommes
dg
SEPTEMBRE. 1732. 2077
de condition ou Militaires , au nombre de cent
yingt personnes.
Toutes ces Céremonies achevées , le Marquis
de Sassenage a été visiter les places frontieres de la Province. On l'a reçû par tout avec de vives démonstrations de joie , les troupes sous
les armes, et au bruit du Canon &c. et il s'est
attiré tous les cœurs par ses manieres affables ,
nobles et engageantes.
O
E
Sassenage, Lieutenant Général de la Province de
Dauphiné
SEPTEMBRE. 1732. 2075
Dauphiné , où il commandoit en chef, en est
parti le 28. du mois dernier pour se rendre à
Paris. Il étoit venu dans cette Province pour
prendre possession de la Lieutenance Générale.
•
Le 11.Juillet , les Consuis et le Corps de Ville
de Grenoble allerent à sa rencontre au bourg
de Moirans , qui est à trois lieues de cette Ville.
Il trouva à S. Robert , qui en est éloigné d'une
lieue , M. de Grammont, Premier Président du
Parlement , & M. de Fontanieux , Intendant de
La Province , avec un grand nombre de persons du Corps de la Noblesse , & de ceux de la
agistrature qui s'y étoient rendus en Carosse
ur lui faire cortege. Arrivant à Grenoble , il
contra à la porte de France le Marquis de
ircieux , Gouverneur de la Ville qui l'attenit pour lui en présenter les clefs. 11 fit son ene au bruit du Canon et précédé de la Com nie de ses Gaides , de toute la Maréchaussée
la Province , le Prévost Géneral à la tête , et
ne multitude de gens à cheval; quantité de
rosses à six chevaux et à quatre , remplis de
x qui étoient venus à sa rencontre , fermoient
narche. Le Bataillon de Romillé du Régiment
yal Artillerie, et la Milice bourgeoise sous les
ies , formoient une double haye depuis la
Porte de France jusqu'à l'Hôtel de ce Seigneur:
il le trouva rempli de personnes de condition
de l'un et de l'autre sexe , qui l'y attendoient
pour lui témoigner leur joie de son arrivée qui
en a causé une générale. Les boutiques furent
fermées ce jour - là ; le soir toute la Ville fut ili
Juminée , on tira une grande quantité de fusées,
et il y eut des feux de joie dans les divers·quar-·
tiers.
Le Marquis de Sassenage alla fouper chez M. Inten
2076 MERCURE DE FRANCE
Intendant ; le repas étoit magnifique , la com
pagnie nombreuse et composée de ce qu'il y a
de plus distingué dans tous les Etats de cette ville. Le lendemain il recut les Complimens du
Parlement , de la Chambre des Comptes et du
Bureau des Finances par les Députez de ces différentes Compagnies. Les Magistrats inférieurs
et la Ville , vinrent le complimenter en Corps :
les Chapitres et tous les Corps du Clergé seculier et regulier s'acquitterent de ce devoir dans
la même forme.
Le 17. du même mois , il fit son entrée au Parlement , la Compagnie de ses Gardes le précedoit dans la marche qui se fit à pied depuis son
Hôtel jusqu'au Palais , suivi par deux Conseillers deputez pour le recevoir et le conduire à la
Grand- Chambre , où il prit sceance à la tête du
Parlement , les Chambres assemblees , et il fit un
discours qui fut trés appiaudi. Il fut reconduit avec les mêmes ceremonies.
Un quart d'heure après qu'il fut retiré
dans son Hôtel , le Parlement alla lui rendre
visite en corps. Le mêmejour , il donna à dîner
à Messieurs du Parlement , à la Noblesse et aux
Officiers des Troupes. Il y avoit cent quarante
Couverts en differentes tables qui toutes furent
servies avec beaucoup de magnificence et de délicatesse. Ce jour- là les boutiques furent fermées,
et le soir il y eut une illumination generale.
Le 23. il fit son entrée à la Chambre des
Comptes , dans le même ordre et avec le même
céremonial obfervé au Parlement. Il alla ensuite
prendre séance à la tête du Bureau des Finances ,
oùil fit un autre discours qui fut très applaudi
Le même jour il donna à dîner à Messieurs de
la Chambre et du Bureau et à plusieurs hommes
dg
SEPTEMBRE. 1732. 2077
de condition ou Militaires , au nombre de cent
yingt personnes.
Toutes ces Céremonies achevées , le Marquis
de Sassenage a été visiter les places frontieres de la Province. On l'a reçû par tout avec de vives démonstrations de joie , les troupes sous
les armes, et au bruit du Canon &c. et il s'est
attiré tous les cœurs par ses manieres affables ,
nobles et engageantes.
O
E
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Résumé : Réception du Marquis de Sassenage à Grenoble, [titre d'après la table]
En septembre 1732, le Marquis de Sassenage, Lieutenant Général de la Province de Dauphiné, se rendit à Paris après avoir pris possession de la Lieutenance Générale. Le 11 juillet, les Consuls et le Corps de Ville de Grenoble l'accueillirent à Moirans. À Saint-Robert, il fut reçu par M. de Grammont, Premier Président du Parlement, et M. de Fontanieux, Intendant de la Province, ainsi que par de nombreux nobles et magistrats. À Grenoble, il fut accueilli par le Marquis de Bercieux, Gouverneur de la Ville, et fit son entrée au bruit du canon, précédé par sa compagnie de gardes et la maréchaussée. La ville était décorée et illuminée, et des feux de joie furent allumés. Le Marquis dîna chez l'Intendant et reçut les compliments du Parlement, de la Chambre des Comptes et du Bureau des Finances. Le 17 juillet, il fit son entrée au Parlement, prononça un discours applaudi et offrit un dîner à cent quarante personnes. Le 23 juillet, il fit son entrée à la Chambre des Comptes et au Bureau des Finances, prononça un autre discours et offrit un dîner à cent vingt personnes. Après ces cérémonies, il visita les places frontières de la Province, où il fut accueilli avec joie et respect.
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55
p. 2080-2098
LIT DE JUSTICE.
Début :
Le Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois les ordres du Roi par le Marquis de Dreux, [...]
Mots clefs :
Roi, Chancelier, Justice, Arrêts, Déclarations, Procès verbal, Parlement, Lit de justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIT DE JUSTICE.
LIT DE JUSTIC E.
E Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois Liesordres du Roi par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Céremonies , se rendit le len
demain à Versailles vers, les dix heures, pour le
Lit de Justice que S. M. avoit résolu de tenir.
Le Parlement s'étant assemblé dans la Salle qui
avoir
SEPTEMBRE. 1732. 2087
avoit été préparée ; toutes les séances furent pri
ses en la maniere ordinaire. Aussitôt que le Roi
qui étoit revenu de Matly le même jour , fut
sorti de son appartement pour aller tenir son
Lit de Justice , quatre Présidens à Mortier et six Conseillers allerent recevoir S. M avec les cérémonies accoutumées &c. Le Roi s'assit_sous son Dais &c.
PROCES VERBAL de ce qui s'est passé
au Lit de Justice.
EXTRAIT des Registres de Parlement du mecredy
trois Septembre 1732 , du matin.
LE ROY LOUIS XV. du nom tenant son Lit
de Justice en son Château de Versailles.
Asa droite aux hauts Sieges.
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon , le Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le Prince de Conty , Princes du Sang.
Sur le reste du banc.
Les Ducs de Luynes , de la Rochefoucault
d'Estrées , de Gramont , de Gesvres , de Charost
de Villars , de Fitz-james , de Rohan Rohan
d'Ostun , de Valentinois , d'Aiguillon , Pairs
Laïcs.
Sur le même banc.
Le Gouverneur de Paris.
Sur les trois bancs couverts de tapisserie dans
le Parquet , et sur les bancs répondant au premier et second Barreau , vis- à- vis de Messieurs
les Présidens , les Conseillers d'honneur , Maîtres
des Requestes , Conseillers de la Grand- Chambre,
Présidens des Enquestes et Requestes.
L'Abbé de Clugny , Conseiller d'honneur.
Présidens I iij
2082 MERCURE DE FRANCE
Présidens des Enquêtes et Requêtes.
du Roland , Berthier , Moreau , de Fourcy , Roujault , Feideau , Crozat , le Peletier , Bernard ,
Bois, Poncer, Durey , Fremont , Masson.
Conseillers de la Grand- Chambre.
Canaye , de Vienne , Pallu , de la Guillaumie ,
Daverdoing , Nigot , le Moine , Soullet , Loren.
chet , Goislart , Nau , de Tourmont , Racine ,
Droüin , Coste.
A la gauche du Roi aux hauts Sieges.
L'Evêque Comte de Beauvais , Pair Ecclésias
tique.
A ses pieds.
Charles Godefroy de la Tour d'Auvergne
Grand Chambellan..
>
A droite sur un tabouret , au bas des degrez
du Siege Royal , Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , portant au col l'Epée de Parement du Roi.
A gauche sur un banç , au dessous de celui des
Pairs Ecclésiastiques.
Le Ducde Noailles, le Duc de Villeroi , le Duc
de Charost , le Duc d'Harcourt , Capitaine des
Gardes du Corps du Roi , & le Marquis de
Courtenvaux , Commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde.
En une Chaise à bras, couverte de l'extrémité
du tapis de velours violet , semé de fleur-de lys
servant de drap de pied au Roi.
M. Henry-François Daguesseau , Chancelier
de France , vêtu d'une robe de velours violet.
C- Sur le banc répondant à celui où sieient Mes- sieurs les Présidens au Conseil en la Chambre du
Parlement , MM. le Pelletier , de Maupeou , de ....
la
SEPTEMBR E. 122. 2083
la Moignon , d'Aligre , Portail , Molé, Talon Présidens. •
Dans le Parquet , sur deux tabourets devant
M le Chancelier, à droite, le sieur Dreux, GrandMaitre , et à gauche , le sieur des Granges, Mai- tre des Céremonies.
Dans ledit Parquet , au milieu , à genoux devant le Roi , deux Huissiers- Massiers du Roi,
tenant leurs Masses d'argent doré , & six He- rauts d'Armes.
A côté droit sur les deux bancs couvèrs de tapis de fleur-de-lys , les Conseillers d'Etat et les
Maîtres des Requêtes venus avec M. le Chan- celier.
Conseillers d'Etat.
L'Abbé Bignon , Desmarests de Vaubourg , le Goux de la Berchere , Fagon , De la Moignon
de Courson , le Guerchois , Berryer de la Ferriere , de Bernage , d'Argenson , Meliand , de
Machaut , de Harlay , Orry.
Maitres des Requêtes.
Le Fevre de Caumartin , Chopin , de la Moignon de Bournan, Camus de Pontcarré,d'Aguesseau de Fresne , de Machault.
Sur une forme à gauche , en entrant vis- à- vis Messieurs les Présidens.
MM. Phelypeaux de Maurepas , Phelypeaux de S. Florentin ee Bauyn d'Angerviliers Secre- taires d'Etat.
Sur trois autres bancs à gauche dans le Parquet , vis- à vis les Conseillers d'Etat , les sieurs ,
Chevaliers de l'Ordre.
De Goesbriand , de Livry, de Matignon , de
Nesle , de Beauveau , de Tavannes , de ClermontI iiij Tonnere,
2084 MERCURE DE FRANCE
J Tonnerre, de Simiane, Comtede Grammont , de
Beringhein , de la Farre.
Gouverneurs de Provinces.
D'Arpajon , de . Fervaques,
Lieutenans Géneraux de Provinces.
De Buron , de Joyeuse , de Souvré , de Bonnelles , de Givry , de Château- Regnaud , d'Enonville , de Lignerac , de Seignelay , d'Isanghien.. A côté de la forme où étoient les Secretaires
d'Etat , Mirey Secretaire de la Cour , faisant les fonctions de Gieffier en chef.
A côté de lui , à gauche , un des trois principaux Commis pour la Grand-Chambre , tenant
la plume , ayant devant eux chacun un Bureau couvert de velours violet.
Sur une autre forme derriere eux , Dufranc ,
Secretaire de la Cour.
Sur une autre forme , le Grand- Prévôt de
l'Hôtel.
Sur un siege à l'entrée du Parquet , Delauge
premier Huissier.
En la pláce répondant à celle qu'ils occupent toutes les Chambres assemblées.
M. Pierre Gilbert de Voisins Avocat.
M. Guillaume-François Jolyde Fleury
Procureur General.
M. Louis Chauvelin , Avocat.
M. Guillaume- François - Louis Joly
de Fleury , Avocat.
>duRoy:
Dans le surplus des Bancs , les Conseillers des
Enquêtes et Requêtes , Neyret , de Monthulé ,
Lamblin, le Rebours , Benoise , Robert , Tubeuf.
Fermé , de Blair , Alexandre , Pineau Henin ,
Rulleau , Bertin , Pajot , Lemée , Carré , Clement,
le Clerc , Thomé , Fieubet , Latteignant , Mon- tholon
7
SEPTEMBRE. 1732. 2085
tholon , Dumans , Lamouche , Dupré , de Beze ,
Pajot , de Paris , Boucher, Chambennat , le Clerc,
Seguier , de Paris , de la Michaudiere , Lespine ,
fe Maistre , Henin , le Gendre , de Bragelogne ,
Langlois , Pichon , Pasquier , Anjorrant , Nouet,
Barally , de la Forest , le Riche , Boutin , Mayneau , Parent , Salaberry , Barré , Leveque , le
Prestre , Moufle , le Boindre , Michau , Jassault ,
Guillier , Aubin , le Fer , de la Guillaumie , de
Favieres , Macé , Chalmette , Boulanger , Baudry,
Berger , de la Guillaumie , Godheu , de Vougny,
Roland, Feydeau , le Bel , Doublet , de la Live ,
Lescalopier , Boulet , le Tourneur , Chevalier ,
Aymerec , de Berny , Amyot, Goujon , Moriceau
le Lay , Petit , Berthier , de Tourmont , Potier ,
Pineau, Blondeau , Boucher , Brayer, du Trousset , de Selle , Maissat , Berrier , Ravot , Theve
nin , Doublet, de Nicolay , Lozandiere , Lamoignon , du Rousset , Durand, Aubourg , Michau,
Foucault , le Gars , Caze , du Noyer, Jacquier
Hermant , Thiroux.
Ce jour, la Cour , toutes les Chambres assemblées , en robes et chaperons d'écarlate , dans la
grande Salle des Gardes du Corps du Roi , pré- parée pour tenir son Lit de Justice , Messieurs les
Presidens revêtus de leurs Manteaux , qu'ils
avoient été prendre dans une piéce voisine , te- nant leurs Mortiers à la main , attendant la venuë du Roi , le Grand- Maître des Cérémonies
ayant averti la Compagnie que le Roi étoit prêt ,
ont été députez pour l'aller recevoir et saluer
Messieurs les Présidens de Maupeou , de Lamoignon , d'Aligre et Portail , et Mrs Canaye Pallu , de la Guillaumie et Daverdoing , Laics
et Mrs de Vienne et le Moyne Clercs , Conseillers en la Grand-Chambre, lesquels l'ont conduit
Iz
f
2086 MERCURE DE FRANCE
་
en son Lit de Justice , Mrs les Présidens mar- chant à ses côtez , Mrs les Conseillers derriere
lui , et le Premier Huissier entre les deux Massiers du Roi , immédiatement devant sa Person
ne Le Roi étoit précedé de M. le Duc d'Or
leans , de M. le Duc de Bourbon , de M. le
Comte de Charollois , de M. le Comte de Clermont , et de M. le Prince de Conty , Princes du
Sang , qui ont pris leur place traversant le Parquet le Roi étoit aussi précedé du Marquis de
Courtenvaux , commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde , du Grand Chambellan,
et du Grand Ecuyer de France , et étoit suivi
des quatre Capitaines des gardes.
Les Chevaliers de l'Ordre , Gouverneurs et
Lieutenans generaux de Provinces, avoient pris
peu avant leurs places , pour éviter la confusion ,
quoiqu'ils n'ayent droit que d'accompagner let
Roi , et d'entrer à sa suite étant mandez.
Après le Roi , est entré M. le Chancelier , lequel a traversé le Parquet , et a pris place dans
un siége à bras , placé aux pieds du Roi , coùvert de l'extrêmité du même tapis de velours
violet , semé de fleurs-de- lys , qui servoit de ta- pis de pied au Roi , et un Bureau devant lui avec lui sont entrez les Conseillers d'Etat et Maîtres des Requêtes ci-dessus nommez , qui se sont de- placez dans le Parquet sur deux bancs ,
vant les bas siéges , étant au--dessous des Pairs
Laïcs.
1
Le Roi s'étant assis et couvert , M. le Chancelier a dit par son ordre que Sa Majesté commandoit qu'on prît séance ; après quoi le Roi
ayant ôté et remis son chapeau , a dit :
Messieurs , je vous ai fait venir pour vous faire
51-
SEPTEMBRE. 1732. 2007
sçavoir mes volontez , mon Chancelier va vous
les expliquer.
M. le Chancelier étant ensuite monté vers le
Roi , agenouillé à ses pieds pour recevoir ses or
drès , descendu , remis en sa place , assis et couvert , après avoir dit que le Roi permettoit qu'on
se couvrit , a dit :
MESSIEURS ,
La conduite passée de Sa Majesté vous a fait
voir l'indulgence d'un Pere , plutôt que la severité
d'un Roy. Elle a voulu tout attendre de votre reconnoissance , et ne regner sur vous quepar sa bonté,
Le succès a-t'il répondu à des dispositions si favor rables ?
Au lieu des actions de graces qui étoient dûes au
Roy , les Remontrances qu'il n'a pas refusé de recevoir n'ont presque été remplies que de traits capables de rappeller tout ce que S. M. avoit bien vous lu oublier. Mais malgré cet esprit qui y regnoit,
malgré ces mouvemens prématurez et peu respec- tueux, dont elles ont été suivies , la moderation du
Roy a encore étouffé tout autre sentiment.
Toujours maître de lui-même , et aussi exempt
depassion que la Loy , il ne s'est expliqué qu'en Legislateur attentif à regler l'avenir , plutôt qu'à réparer le passé ; et en éloignant tout ce qui pouvoit
être une occasion de lui déplaire , il a voulu encore
plus s'épargner à lui-même la peine de se voir forcé
à donner des marques de son mécontentement.
Des sentimens si dignes du Roy ont dicté la Déclaration qui vous a été adressée , et c'est cependant
à la premiere lecture d'une telle Loy , que le Parle
ment se porte à y resister , dans des termes qne son
respect pour le Roy devroit lui faire ignover ; et ily
ajoûte en même temps la résolution encore plus -
I vj prenante
2088 MERCURE DE FRANCE
"f
·_prenante , de suspendre le jugement de toutes les affaires particulieres; comme si en cessant defaire son devoir , il vouloit contraindre S M. par l'amour
même qu'elle apour la Justice , à recevoir la loy de
ceux à qui elle doit la donner Etoit-ce donc la le moyen d'obtenir la grace sur laquelle on avoit resolu de faire encore de nouvelles instances auprès de
Sa Majesté ?
La volonté du Roy , declarée plus d'une fois , n'a
pû vaincre la resistance de cette Compagnie , et c'est ainsi que contre la Religion du serment qui consacre
les Magistrats au ministere de la Justice , contre l'obligation essentiellement attachée à un caractere
dont le Roy seul peut suspendre l'exercice , comme le
Roy seul peut l'imprimer , le service du public demeure abandonné par ceux mémes dont la plus grande gloire est de s'y devouer
Le Roy veut bien cependant vous donner encore une derniere marque de son indulgence ; et n'ayant
pour objet en ce moment , que defaire respecter la
Majesté Royale , par la publication de sa Loy , il
se contente de montrer qu'il possede la plenitude de la Justice et qu'il est la source de toute autorité.
Vous , à qui il veut bien en communiquer une
partie si importante , vous n'en étes que plus obligez
à donner l'exemple de la soumission qui lui est dûe ,
et à lui montrer par votre conduite , comme vos Peres le disoient autrefois , que si l'obéïssance étoit
per due dans ce Royaume , on la retrouveroit
dans votre Compagnie.
Avec de telles dispositions , vous pouvez être sûrs
obtenir un accès favorable auprès du Trône de
S. M. Que le zele qui vous y amene soit toûjours
accompagné de ces sentimens respectueux et soumis
qui animoient vos Prédecesseurs , et qui donnoient
tant de poids à leurs representations , lorsqu'ils pro- testoient
>
SEPTEMBRE. 1732. 2089
testoient hautement que parlant devant leur Roy
et leur Maître , leurs Remontrances ne signifioient que des supplications et des prieres.
Tel a été le langage des Magistrats , qui dans des
temps moins tranquilles que ceux où nous vivons ,
·portoient au Roy les vœux de cette Compagnie ; et
quel Maitre fut jamais plus digne que celui qui nous gouverne , d'être servi avec ces sentimens ? Le
Ciel nous l'a donné pour faire le bonheur de tout
son Royaume, mettez-le en état de faire toujours le votre et de suivre son inclination naturelle , en
ne vous faisant jamais sentir que les effets de sa
protection et de sa bonté
Après quoi M. le Président le Peletier , et tous Messieurs les Présidents et Conseillers découverts,
ont mis le genou en terre , M le Chancelier leur
a dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez , eux relevez, debout, et découverts, M. le Président le
Peletier a dit :
SIRE,
Il n'est point de douleur plus sensible pour des Sujets uniquement occupez de l'amour le plus tendre et
le plus respectueux pour la sacrée personne de VOTRE
MAJESTE' , et du zele le plus ardent et le plus sincere pour ses interêts , que d'apprendre en ce moment
qu'ils ont eu le malheur de lui déplaire.
Puissions- nous , SIRE , découvrir à V. M. les
veritables sentimens de nos cœurs , Elle y verroit
gravez ceux de la soumission la plus parfaite , et de
Pobéissance la plus respectueuse , dont nous sommes
chargez par état de donner l'exemple à ses Sujets.
Toujours animez du desir de plaire à V. M. , et de
remplir l'obligation que nous avons contractée de la
servir , nous ne redoutons que sa colere.
•
Mais lorsque votre bras s'appesantit sur nousnas,
2090 MERCURE DE FRANCE
nos jours ne sont plus que des jours d'amertume et de douleur ; nos esprits sont saisis d'une consterna- tion, que la bonté seule de V. M. peut dissiper.
Rendez-nous , SIRE , ces marques de votre bonté accoûtumée , et rien ne sera jamais capable de
nous arrêter dans la carriere penible de nos de- voirs.
Qu'il nous soit encore permis , SIRE , en suivant les traces de ceux qui nous ont precedez , de repre
senter a V. M. , ce qu'ils n'ont jamais obmis de
témoigner en semblables occasions à V. M, même ,
et aux Rois ses prédecesseurs.
L'examen le plus exact , et la liberté d'esprit la
plus entiere , peuvent seuls nous mettre en état de satisfaire dignement aux devoirs que nous impose P'honneur que V. M. nous fait de nous consulter
sur les matieres les plus importantes.
Tout occupez du respect que la présence de V. M.
leur inspiroit , ils l'ont toujours assûrée qu'ils ne
pouvoient en ce moment remplir d'autre devoir que celui du silence.
Penetrez de ces mêmes sentimens dans un jour ,
où tout, jusqu'au lieu même où nous sommes assem- blez , nous annonce le courroux de V. M. nous devons , SIRE , à plus forte raison , adresser en tour
respect et toute humilité les mêmes vœux à V. M,
et la supplier pour le bien de son service et l'acquit
de nos honneurs et consciences , de nous faire remettre la Declaration sur laquelle il veut bien consulter son Parlement , pour en déliberer en la maniere
accoûtumée.
La Declaration du 18. Août 1732. se trouve
dans des circonstances differentes ; l'examen que votre Parlement en a fait , le met en état de represen
ter à V. M. tout ce qu'il craint pour le bien de son service , et celui de son Etat , des dispositions de
cette
SEPTEMBRE. 132. 2090
cette loy. S'il obmettoit une occasion d'en represen
ter les conséquences , il croiroit manquer à ce qu'exigent de lui le zele infatigable et l'attachement
inviolable dont il ne cessera jamais de donner des
preuves à V. M.
Le Discours de M. le Président le Peletier fini,
M. le Chancelier est monté vers le Roi , pour
prendre ses ordres le genou en terre , descendu ,
remis en sa place , assis et couvert , a fait ouvrir les portes , et a ordonné áu Secretaire de la
Cour , faisant les fonctions de Greffier en chef
de faire lecture de la premiere Déclaration.
D
Les portes ayant été ouvertes , et le Secretaire
de la Cour ayant fait lecture , debout et décou- vert , de ladite Déclaration , M. le Chancelier a
dit aux Gens du Roi qu'ils pouvoient parler aussitôt les Gens du Roi se sont mis à genoux.
›
M. le Chancelier leur a dit , que le Roi ordonnoit qu'ils se levassent , eux relevez , debout
et découverts , Maître Pierre Gilbert de Voisins
portant la parole , ils ont dit :
SIRE ,
En vain nous voudrions étouffer la douleur dons
nous sommes pénetrez , elle échapperoit malgré nous;
et nous osons croire qu'elle ne peut etre imprévûë à
V. M. même. Frappez de la Déclaration que
V. M. nous fit remettre il y a quinzejours en sai
présence , assujettis par le commandement absolu de
sa propre bouche, nous vous avons rendu , SIRE ,
cette aveugle obéissance que vous nous aviez imposée. Nous pouvions flater nos vœux de quelque ressource ; le Ciel ne l'a pas permis , SIRE ; n'attribuons qu'à sa disgrace l'extrémité où une affaire si
fâcheuse se trouve réduite aujourd'hui.
Obéis-
1092 MERCURE DE FRANCE
-
Obéissons encore en ce moment , où V. M. fate
publier cette même Déclaration avec tout l'appareil
de sa puissance. Faudroit-il pour nous d'autre sujet
de douleur , que ces termes de menaces et d'indigna- tion qui en marquent la plupart des dispositions , et
que la Posterité pourra voir dans cette Loy tracée
par V. M. pour la premiere Compagnie de son
Royaume.
Lorsqu'on voit qu'elle met des bornes au zele de
votre Parlement pour votre service , et pour le bien
de vos Sujets , on ne peut s'empêcher de craindre ,
qu'Elle n'en mette aussi entre le cœur de V. M. et
ce Corps qui tient d'Elle seule tout ce qu'il a de
caractere et de pouvoir. Ceux qui , comme nos Rois,
trouvent en eux la plénitude de la souveraine puis- sance , semblent n'avoirpas besoin d'assigner des
termes , aux prieres , aux supplications , aux humbles remontrances de leurs Officiers ; Dieu même
dont ils sont l'image , attend souvent de nous des
vœux réiterez , et , s'il est permis de le dire , quelquefois sa bonté veut être en quelque sorte impor tunée.
Jamais votre Parlement , SIRE , n'a mieux servi
les Rois vos Prédecesseurs , que lorsqu'il a été plus
libre , et qu'il s'est vu plus honoré de leur confiance et de leur bonté.
Si ceux qui le composent ont eu le malheur de déplaire à V. M. quel surcroît d'affliction pour eux et
pour nous, que le contre-coup en pût porter quelque
joursur le bien public , et sur votre service , dont il
est inséparable!
Attendons tout de V. M. de sa bonté et de sa sageffe : Ces Loix que la fatalité des conjonctures fait
éclore , marquées d'un ressentiment sous lequel on
ne sçauroit trop s'humilier , dépendent sur tout du
retour de la bienveillancé du Prince. Votre cœur,
SIRE
SEPTEMBRE. 1732. 2093
SIRE , si genereux et si noble , est facile à s'appai
ser. La colere de nos Rois n'est jamais durable , et
le plus souvent avec elle , s'efface ce qu'elle n'avoit
produit qu'à regret.
Soutenus de cette esperance , nousfaisons à V.M.
puisqu'Elle l'ordonne , l'humble sacrifice de nos
propres sentimens ; et de son très- exprès commandement , nous requerons que sur la Déclaration
dont la lecture vient d'être faite , il soit mis, qu'elle
a été lûë et publiée ; V.M. séant en son Lit de Justice, et registrée au Greffe de la Cour , pour être
exécuté selon sa forme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier , monté vers le
Roy , pour prendre sa volonté , ayant mis un genou en terre , a été aux opinions à Messieurs
les Princes du Sang , à Messieurs les Pairs Laïcs,
et revenu , passé devant le Roy , lui a fait une
profonde reverence , a pris l'avis de l'Evêque et
Comte de Beauvais , Pair Ecclesiastique , et des
quatre Capitaines des Gardes ci- dessus nommez ;
puis descendant dans le Parquet à Messieurs les Présidens de la Cour , aux Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes venus avec lui, à l'Abbé de
Clugni, Conseiller d'honneur, Présidens des Enquêtes et Requêtes, et Conseillers de la Cour , est
remonté vers le Roy , comme cy- dessus , redefcendu , assis et couvert , a prononcé :
Le Roy séant en son Lit deJustice , a ordonné et
ordonne que la Declaration qui vient d'être lûë,sera
enregistrée au Greffe de son Parlement , et que sur
le repli d'icelle il soit mis, que lecture en a étéfaite,
et l'enregistrement ordonné , ce requerant son Procureur general , pour être le contenu en icelle executé selon saforme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier remonté vers
le Roy, pour prendre ses Ordres , le genou en terre
2004 MERCURE DE FRANCE
térre , descendu , remis en sa place, assis et cou- vert , a dit :
Si la Justice est toujours le premier objet de l'attention du Roy , S. M. ne doit pas oublier ce qu'exige d'Elle la necessisé indispensable de soutenir les
charges de l'Etat , qui nepeuvent êtresupportées que
par l'Etat même.
Sensible à tous les besoins de ses Sujets , $ M. est
bien éloignée de vouloir les augmenter par de nouvelles dépenses : Elle ne travaille au contraire qu'à diminuer les anciennes , et Elle voudroit pouvoir
parvenir , par ce seul moren , à la liberation de l'Etat, sans étre obligée de proroger encore la durée de
plusieurs droits, dont la perception , continuée pour 6
ans , par des Lettres Patentes de 1726 , doit cesser .
suivant les mêmes Lettres , dans le cours de cette
année. $
Mais si les conjonctures presentes et la situation
actuelle des affaires de S. M. ne lui permettent pas
encore de suivre tous les mouvemens de son affection
pour ses Peuples , Elle leur donne au moins de plus
grandes esperances pour l'avenir , en ordonnant dèsa-present lasuppression entiere d'une partie des Droits
qui avoient été rétablis, etla modération de plusieurs autres.
F
- Tel est le sujet de la Loy , dont vous allez entendre la lecture. Vous y verrez que dans l'adminis
tration même de ses Finances , le Roy est toujours
occupé de ce qui regarde la Justic´ .
'Le soulagement qu'il a accorde aujourd'hui,tombe
entierement sur ceux qui sont obligez de la reclamer
dans les Tribunaux. S. M ne cherche qu'à en applanir les voies , à les rendre également accessibles
à toutes les conditions , et à empêcher que la crainte
des frais excessifs n'étouffe les plaintes du pauvre et
nefavorise l'oppression du riche..
Recevez donc avec respect une Loy qui tend à
pre-
SEPTEMBRE 1732. 2093
procurer successivement un sï grand bien, et à faci
liter cette prompte expédition des affaires, qui fais
unepartie si essentielle de la Justice.
Après quoi , Monsieur le Chancelier a ordon né au Secretaire de la Cour , faifant la fonction
de Greffier en chef, de lire ladite Declaration ; et
après la lecture , Monsieur le Chancelier ayant
dit ; les Gens du Roy peuvent parler ; lesd. Gens du
Roy se sont mis à genoux , et Monsieur le Chancelier leur ayant dit : Le Roy ordonne que vous»
vous leviez. Eux relevez , debout et découverts ;.
Me Pierre Gilbert de Voisins portant la parole,
on dire.
I. SIRE,
Nous ne pouvons douter de l'intention ni des dé➡
sirs de VOTRE MAJESTE' pour le soulagement de
ses Sujets : Et lorsqu'Elle déclare que la situation
présente deses Finances ne lui permet pas encore de
leur épargner la prorogation de ces impositions di verses rassemblées dans un même Edit ; nous som
mes persuadez que sa bonté en est plus touchée que nous-mêmes. Le retranchement ou la diminution de
quelques- unes dès-à-present , en est un gage assûré Achevez , SIRE, l'ouvrage de votre bonté
Royale pour vosPeuples , le plutôt que l'état de vos.
affaires le pourra permettre Nous ne pouvons en
supplier V. M. avec trop d'instance , ni trop de
respect.
Qu'Elle nous permette de la supplier “aussi trèsi humblement , defaire une attention. Ces Charges
de l'Etat dont Elle sent le poids , et qui retardent
les effets de son cœur vraiement paternel pour ses
Peuples , se sont accumulées de longue main dans l'a diversité des occasions. Peut-être qu'un peu plus
instances humbles et respectueuses , faites dans le
temps
2096 MERCURE DE FRANCE
temps , en eussent épargné quelque partie , et V. M.
elle même en recueilleroit le fruit aujourd'hui.
Nous requerons que sur la Déclaration , dont la
lecture vient d'êtrefaite , il soit mis , qu'elle a été
Izë et publiée , V. Mséant en son Lit de Justice , et
registrée au Greffe de la Cour , pour être exécutée selon saforme et teneur : Et que Coppies collationnées ensoient envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées du ressort , pour y être pareillement lûë, publiée
et en registrée. Enjoint auxSubstituts de votre Procureur General d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour au mois.
S
2
Après quoi Monsieur le Chancelier est monté
vers le Roy pour prendre fa volonté, le genou en
terre , a été aux avis , ainsi que la prémiere fois
Revenu en son Siége , assis et couvert, a prononcé:
Le Roy seant en son Lit de Justice , a ordonné es
ordonne que la Declaration qui vient d'être lie
sera enregistrée au Greffe de son Parlement , et que
sur le repli d'icelle il soit mis que lecture en a été
faite et l'enregistrement ordonné , ce requerant son
Procureur General , pour être le contenu en icelle
executé selon sa forme et teneur , et copies collationnées envoyées aux Bailliages et Senechaussées du
Ressort, pour y être pareillement lûe, publiée et enregistrée. Enjoint aux Substituts de son Procureur General dy tenir la main, et d'en certifier la Cour au
mois.
Ensuite a dit que pour la plus prompte execution de ce qui venoit d'être ordonné , le Roy
vouloit que par le Greffier de son Parlement , il
fût mis présentement sur le repli des deux Décla
rations qui avoient été publiées , ce que ledit Seigneur Roy avoit ordonné qui y fût mis , ce qui a été executé à l'instant.
Ensuite M. le Chancelier remonté vers le Roy
pour
SEPTEMBRE. 1-32. 2097
$
pour prendre ses ordres , le genou en terre , descendu, remis en son siege , assis et couvert a dit :
Le Roy voulant finir cette Seance dans le même
esprit avec lequel S. M. l'a commencée , m'ordonne
de vous dire qu'il regarde l'obligation defaire rendre la justice à ses Sujets , comme le premier et le plus essentiel des devoirs de la Royauté.
Il juge que son aatorité et sa conscience sont éga lement blessées , lorsque ceux qu'il a établis роит
remplir unefonction si necessaire , en son nom et à
sa décharge , cessent de s'en acquitter ; et S. M. n'a
pû voir sans une extrème surprise , que son Parlement ait suspendu l'expedition de toute affaire par- ticuliere , sous pretexte qu'il avoit arrêté que les
Chambres demeureroient assemblées.
Le Roy vous ordonne donc très-expressément et
avec toute l'autorité qu'il a sur vos Charges et sur
vos personnes , de rendre assidument la justice que
vous devez à ses Peuples , et de prendre de telles mesures pour la tenue des assemblées de Chambre , que
le service ordinaire puisse être continué; S. M.
ordonnant à toutes et chacunes les Chambres ,
s'en acquitter exactement , et de n'en interrompre
jamais le cours d'elles-mêmes et sans son aveu , pour
quelque raison et sous quélque prétexte que ce puisse tre.
de
Après quoi le Roy ayant pris la parole , a dit :
Je vous ordonne de ma propre bouche d'executer tout
ce qui vient de vous être dit , et principalement sur l'exercice de la Justice : S'est levé et est sorti danş
le même ordre qu'il étoit entré.
Signé, MIREY.
DECLARATION DU ROY, qui proroge
pendant six années , à commencer au premier
Octobre prochain , la levée de differens droits y
énoncez
2093 MERCURE DE FRANCE
énoncez ; et ordonne la suppression ou modération d'une partie desdits droits. Donnée à Ver-
<sailles le 3. Août 1732. Registrée en Parlement
le . Septembre , le Roy tenant son Lit de Justice.
AUTRE Déclaration du Roy , donnée à
Marly le 18. Août , Registrée en Parlemene
le même jour 3. Septembre.
ARREST du 2 Aoust , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1734. l'exemption des Droits
d'entrée sur les Bestiaux , venant des Païs Etrangers dans le Royaume.
ARREST DU CONSEIL , dus Aoust , con- cernant les Droits d'Insinuation des substitutions testamentaire , par lequel S. M. ordo nne que l'Article V. du Tarif des Insinuations , du
29 Septembre 1722 , sera exécuté suivant sa forme et teneur ; en conséquence, qu'il ne pourra
être perçu plus de quatre Droits d'Insinuation
pour les Substitutions contenues dans les Testamens ou dispositions de derniere volonté , en
quelque nombre que soient les héritiers instituez
ou légataires grévez de substitution. Lesquels
Droits seront payez au domicile du Testateur ,
sans préjudice du centiéme denier , dans le cas
où il est dû. Ordonne pareillement S. M. que
lesdites substitutions seront insinuées dans les
Bureaux de la situation des biens , en payant
seulement le centiéme denier , et au cas que le
centiéme denier ne fût pas dû , il sera payé un
seul Droit, suivant la qualité du Testateur conformément aux Classes de l'Art. V. du Tarif ,
du 29 Septembre 1722. dans chacun desdits Bu-*
xcaux , pour l'Insinuation desdites substitutions.
TABLE
E Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois Liesordres du Roi par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Céremonies , se rendit le len
demain à Versailles vers, les dix heures, pour le
Lit de Justice que S. M. avoit résolu de tenir.
Le Parlement s'étant assemblé dans la Salle qui
avoir
SEPTEMBRE. 1732. 2087
avoit été préparée ; toutes les séances furent pri
ses en la maniere ordinaire. Aussitôt que le Roi
qui étoit revenu de Matly le même jour , fut
sorti de son appartement pour aller tenir son
Lit de Justice , quatre Présidens à Mortier et six Conseillers allerent recevoir S. M avec les cérémonies accoutumées &c. Le Roi s'assit_sous son Dais &c.
PROCES VERBAL de ce qui s'est passé
au Lit de Justice.
EXTRAIT des Registres de Parlement du mecredy
trois Septembre 1732 , du matin.
LE ROY LOUIS XV. du nom tenant son Lit
de Justice en son Château de Versailles.
Asa droite aux hauts Sieges.
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon , le Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le Prince de Conty , Princes du Sang.
Sur le reste du banc.
Les Ducs de Luynes , de la Rochefoucault
d'Estrées , de Gramont , de Gesvres , de Charost
de Villars , de Fitz-james , de Rohan Rohan
d'Ostun , de Valentinois , d'Aiguillon , Pairs
Laïcs.
Sur le même banc.
Le Gouverneur de Paris.
Sur les trois bancs couverts de tapisserie dans
le Parquet , et sur les bancs répondant au premier et second Barreau , vis- à- vis de Messieurs
les Présidens , les Conseillers d'honneur , Maîtres
des Requestes , Conseillers de la Grand- Chambre,
Présidens des Enquestes et Requestes.
L'Abbé de Clugny , Conseiller d'honneur.
Présidens I iij
2082 MERCURE DE FRANCE
Présidens des Enquêtes et Requêtes.
du Roland , Berthier , Moreau , de Fourcy , Roujault , Feideau , Crozat , le Peletier , Bernard ,
Bois, Poncer, Durey , Fremont , Masson.
Conseillers de la Grand- Chambre.
Canaye , de Vienne , Pallu , de la Guillaumie ,
Daverdoing , Nigot , le Moine , Soullet , Loren.
chet , Goislart , Nau , de Tourmont , Racine ,
Droüin , Coste.
A la gauche du Roi aux hauts Sieges.
L'Evêque Comte de Beauvais , Pair Ecclésias
tique.
A ses pieds.
Charles Godefroy de la Tour d'Auvergne
Grand Chambellan..
>
A droite sur un tabouret , au bas des degrez
du Siege Royal , Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , portant au col l'Epée de Parement du Roi.
A gauche sur un banç , au dessous de celui des
Pairs Ecclésiastiques.
Le Ducde Noailles, le Duc de Villeroi , le Duc
de Charost , le Duc d'Harcourt , Capitaine des
Gardes du Corps du Roi , & le Marquis de
Courtenvaux , Commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde.
En une Chaise à bras, couverte de l'extrémité
du tapis de velours violet , semé de fleur-de lys
servant de drap de pied au Roi.
M. Henry-François Daguesseau , Chancelier
de France , vêtu d'une robe de velours violet.
C- Sur le banc répondant à celui où sieient Mes- sieurs les Présidens au Conseil en la Chambre du
Parlement , MM. le Pelletier , de Maupeou , de ....
la
SEPTEMBR E. 122. 2083
la Moignon , d'Aligre , Portail , Molé, Talon Présidens. •
Dans le Parquet , sur deux tabourets devant
M le Chancelier, à droite, le sieur Dreux, GrandMaitre , et à gauche , le sieur des Granges, Mai- tre des Céremonies.
Dans ledit Parquet , au milieu , à genoux devant le Roi , deux Huissiers- Massiers du Roi,
tenant leurs Masses d'argent doré , & six He- rauts d'Armes.
A côté droit sur les deux bancs couvèrs de tapis de fleur-de-lys , les Conseillers d'Etat et les
Maîtres des Requêtes venus avec M. le Chan- celier.
Conseillers d'Etat.
L'Abbé Bignon , Desmarests de Vaubourg , le Goux de la Berchere , Fagon , De la Moignon
de Courson , le Guerchois , Berryer de la Ferriere , de Bernage , d'Argenson , Meliand , de
Machaut , de Harlay , Orry.
Maitres des Requêtes.
Le Fevre de Caumartin , Chopin , de la Moignon de Bournan, Camus de Pontcarré,d'Aguesseau de Fresne , de Machault.
Sur une forme à gauche , en entrant vis- à- vis Messieurs les Présidens.
MM. Phelypeaux de Maurepas , Phelypeaux de S. Florentin ee Bauyn d'Angerviliers Secre- taires d'Etat.
Sur trois autres bancs à gauche dans le Parquet , vis- à vis les Conseillers d'Etat , les sieurs ,
Chevaliers de l'Ordre.
De Goesbriand , de Livry, de Matignon , de
Nesle , de Beauveau , de Tavannes , de ClermontI iiij Tonnere,
2084 MERCURE DE FRANCE
J Tonnerre, de Simiane, Comtede Grammont , de
Beringhein , de la Farre.
Gouverneurs de Provinces.
D'Arpajon , de . Fervaques,
Lieutenans Géneraux de Provinces.
De Buron , de Joyeuse , de Souvré , de Bonnelles , de Givry , de Château- Regnaud , d'Enonville , de Lignerac , de Seignelay , d'Isanghien.. A côté de la forme où étoient les Secretaires
d'Etat , Mirey Secretaire de la Cour , faisant les fonctions de Gieffier en chef.
A côté de lui , à gauche , un des trois principaux Commis pour la Grand-Chambre , tenant
la plume , ayant devant eux chacun un Bureau couvert de velours violet.
Sur une autre forme derriere eux , Dufranc ,
Secretaire de la Cour.
Sur une autre forme , le Grand- Prévôt de
l'Hôtel.
Sur un siege à l'entrée du Parquet , Delauge
premier Huissier.
En la pláce répondant à celle qu'ils occupent toutes les Chambres assemblées.
M. Pierre Gilbert de Voisins Avocat.
M. Guillaume-François Jolyde Fleury
Procureur General.
M. Louis Chauvelin , Avocat.
M. Guillaume- François - Louis Joly
de Fleury , Avocat.
>duRoy:
Dans le surplus des Bancs , les Conseillers des
Enquêtes et Requêtes , Neyret , de Monthulé ,
Lamblin, le Rebours , Benoise , Robert , Tubeuf.
Fermé , de Blair , Alexandre , Pineau Henin ,
Rulleau , Bertin , Pajot , Lemée , Carré , Clement,
le Clerc , Thomé , Fieubet , Latteignant , Mon- tholon
7
SEPTEMBRE. 1732. 2085
tholon , Dumans , Lamouche , Dupré , de Beze ,
Pajot , de Paris , Boucher, Chambennat , le Clerc,
Seguier , de Paris , de la Michaudiere , Lespine ,
fe Maistre , Henin , le Gendre , de Bragelogne ,
Langlois , Pichon , Pasquier , Anjorrant , Nouet,
Barally , de la Forest , le Riche , Boutin , Mayneau , Parent , Salaberry , Barré , Leveque , le
Prestre , Moufle , le Boindre , Michau , Jassault ,
Guillier , Aubin , le Fer , de la Guillaumie , de
Favieres , Macé , Chalmette , Boulanger , Baudry,
Berger , de la Guillaumie , Godheu , de Vougny,
Roland, Feydeau , le Bel , Doublet , de la Live ,
Lescalopier , Boulet , le Tourneur , Chevalier ,
Aymerec , de Berny , Amyot, Goujon , Moriceau
le Lay , Petit , Berthier , de Tourmont , Potier ,
Pineau, Blondeau , Boucher , Brayer, du Trousset , de Selle , Maissat , Berrier , Ravot , Theve
nin , Doublet, de Nicolay , Lozandiere , Lamoignon , du Rousset , Durand, Aubourg , Michau,
Foucault , le Gars , Caze , du Noyer, Jacquier
Hermant , Thiroux.
Ce jour, la Cour , toutes les Chambres assemblées , en robes et chaperons d'écarlate , dans la
grande Salle des Gardes du Corps du Roi , pré- parée pour tenir son Lit de Justice , Messieurs les
Presidens revêtus de leurs Manteaux , qu'ils
avoient été prendre dans une piéce voisine , te- nant leurs Mortiers à la main , attendant la venuë du Roi , le Grand- Maître des Cérémonies
ayant averti la Compagnie que le Roi étoit prêt ,
ont été députez pour l'aller recevoir et saluer
Messieurs les Présidens de Maupeou , de Lamoignon , d'Aligre et Portail , et Mrs Canaye Pallu , de la Guillaumie et Daverdoing , Laics
et Mrs de Vienne et le Moyne Clercs , Conseillers en la Grand-Chambre, lesquels l'ont conduit
Iz
f
2086 MERCURE DE FRANCE
་
en son Lit de Justice , Mrs les Présidens mar- chant à ses côtez , Mrs les Conseillers derriere
lui , et le Premier Huissier entre les deux Massiers du Roi , immédiatement devant sa Person
ne Le Roi étoit précedé de M. le Duc d'Or
leans , de M. le Duc de Bourbon , de M. le
Comte de Charollois , de M. le Comte de Clermont , et de M. le Prince de Conty , Princes du
Sang , qui ont pris leur place traversant le Parquet le Roi étoit aussi précedé du Marquis de
Courtenvaux , commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde , du Grand Chambellan,
et du Grand Ecuyer de France , et étoit suivi
des quatre Capitaines des gardes.
Les Chevaliers de l'Ordre , Gouverneurs et
Lieutenans generaux de Provinces, avoient pris
peu avant leurs places , pour éviter la confusion ,
quoiqu'ils n'ayent droit que d'accompagner let
Roi , et d'entrer à sa suite étant mandez.
Après le Roi , est entré M. le Chancelier , lequel a traversé le Parquet , et a pris place dans
un siége à bras , placé aux pieds du Roi , coùvert de l'extrêmité du même tapis de velours
violet , semé de fleurs-de- lys , qui servoit de ta- pis de pied au Roi , et un Bureau devant lui avec lui sont entrez les Conseillers d'Etat et Maîtres des Requêtes ci-dessus nommez , qui se sont de- placez dans le Parquet sur deux bancs ,
vant les bas siéges , étant au--dessous des Pairs
Laïcs.
1
Le Roi s'étant assis et couvert , M. le Chancelier a dit par son ordre que Sa Majesté commandoit qu'on prît séance ; après quoi le Roi
ayant ôté et remis son chapeau , a dit :
Messieurs , je vous ai fait venir pour vous faire
51-
SEPTEMBRE. 1732. 2007
sçavoir mes volontez , mon Chancelier va vous
les expliquer.
M. le Chancelier étant ensuite monté vers le
Roi , agenouillé à ses pieds pour recevoir ses or
drès , descendu , remis en sa place , assis et couvert , après avoir dit que le Roi permettoit qu'on
se couvrit , a dit :
MESSIEURS ,
La conduite passée de Sa Majesté vous a fait
voir l'indulgence d'un Pere , plutôt que la severité
d'un Roy. Elle a voulu tout attendre de votre reconnoissance , et ne regner sur vous quepar sa bonté,
Le succès a-t'il répondu à des dispositions si favor rables ?
Au lieu des actions de graces qui étoient dûes au
Roy , les Remontrances qu'il n'a pas refusé de recevoir n'ont presque été remplies que de traits capables de rappeller tout ce que S. M. avoit bien vous lu oublier. Mais malgré cet esprit qui y regnoit,
malgré ces mouvemens prématurez et peu respec- tueux, dont elles ont été suivies , la moderation du
Roy a encore étouffé tout autre sentiment.
Toujours maître de lui-même , et aussi exempt
depassion que la Loy , il ne s'est expliqué qu'en Legislateur attentif à regler l'avenir , plutôt qu'à réparer le passé ; et en éloignant tout ce qui pouvoit
être une occasion de lui déplaire , il a voulu encore
plus s'épargner à lui-même la peine de se voir forcé
à donner des marques de son mécontentement.
Des sentimens si dignes du Roy ont dicté la Déclaration qui vous a été adressée , et c'est cependant
à la premiere lecture d'une telle Loy , que le Parle
ment se porte à y resister , dans des termes qne son
respect pour le Roy devroit lui faire ignover ; et ily
ajoûte en même temps la résolution encore plus -
I vj prenante
2088 MERCURE DE FRANCE
"f
·_prenante , de suspendre le jugement de toutes les affaires particulieres; comme si en cessant defaire son devoir , il vouloit contraindre S M. par l'amour
même qu'elle apour la Justice , à recevoir la loy de
ceux à qui elle doit la donner Etoit-ce donc la le moyen d'obtenir la grace sur laquelle on avoit resolu de faire encore de nouvelles instances auprès de
Sa Majesté ?
La volonté du Roy , declarée plus d'une fois , n'a
pû vaincre la resistance de cette Compagnie , et c'est ainsi que contre la Religion du serment qui consacre
les Magistrats au ministere de la Justice , contre l'obligation essentiellement attachée à un caractere
dont le Roy seul peut suspendre l'exercice , comme le
Roy seul peut l'imprimer , le service du public demeure abandonné par ceux mémes dont la plus grande gloire est de s'y devouer
Le Roy veut bien cependant vous donner encore une derniere marque de son indulgence ; et n'ayant
pour objet en ce moment , que defaire respecter la
Majesté Royale , par la publication de sa Loy , il
se contente de montrer qu'il possede la plenitude de la Justice et qu'il est la source de toute autorité.
Vous , à qui il veut bien en communiquer une
partie si importante , vous n'en étes que plus obligez
à donner l'exemple de la soumission qui lui est dûe ,
et à lui montrer par votre conduite , comme vos Peres le disoient autrefois , que si l'obéïssance étoit
per due dans ce Royaume , on la retrouveroit
dans votre Compagnie.
Avec de telles dispositions , vous pouvez être sûrs
obtenir un accès favorable auprès du Trône de
S. M. Que le zele qui vous y amene soit toûjours
accompagné de ces sentimens respectueux et soumis
qui animoient vos Prédecesseurs , et qui donnoient
tant de poids à leurs representations , lorsqu'ils pro- testoient
>
SEPTEMBRE. 1732. 2089
testoient hautement que parlant devant leur Roy
et leur Maître , leurs Remontrances ne signifioient que des supplications et des prieres.
Tel a été le langage des Magistrats , qui dans des
temps moins tranquilles que ceux où nous vivons ,
·portoient au Roy les vœux de cette Compagnie ; et
quel Maitre fut jamais plus digne que celui qui nous gouverne , d'être servi avec ces sentimens ? Le
Ciel nous l'a donné pour faire le bonheur de tout
son Royaume, mettez-le en état de faire toujours le votre et de suivre son inclination naturelle , en
ne vous faisant jamais sentir que les effets de sa
protection et de sa bonté
Après quoi M. le Président le Peletier , et tous Messieurs les Présidents et Conseillers découverts,
ont mis le genou en terre , M le Chancelier leur
a dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez , eux relevez, debout, et découverts, M. le Président le
Peletier a dit :
SIRE,
Il n'est point de douleur plus sensible pour des Sujets uniquement occupez de l'amour le plus tendre et
le plus respectueux pour la sacrée personne de VOTRE
MAJESTE' , et du zele le plus ardent et le plus sincere pour ses interêts , que d'apprendre en ce moment
qu'ils ont eu le malheur de lui déplaire.
Puissions- nous , SIRE , découvrir à V. M. les
veritables sentimens de nos cœurs , Elle y verroit
gravez ceux de la soumission la plus parfaite , et de
Pobéissance la plus respectueuse , dont nous sommes
chargez par état de donner l'exemple à ses Sujets.
Toujours animez du desir de plaire à V. M. , et de
remplir l'obligation que nous avons contractée de la
servir , nous ne redoutons que sa colere.
•
Mais lorsque votre bras s'appesantit sur nousnas,
2090 MERCURE DE FRANCE
nos jours ne sont plus que des jours d'amertume et de douleur ; nos esprits sont saisis d'une consterna- tion, que la bonté seule de V. M. peut dissiper.
Rendez-nous , SIRE , ces marques de votre bonté accoûtumée , et rien ne sera jamais capable de
nous arrêter dans la carriere penible de nos de- voirs.
Qu'il nous soit encore permis , SIRE , en suivant les traces de ceux qui nous ont precedez , de repre
senter a V. M. , ce qu'ils n'ont jamais obmis de
témoigner en semblables occasions à V. M, même ,
et aux Rois ses prédecesseurs.
L'examen le plus exact , et la liberté d'esprit la
plus entiere , peuvent seuls nous mettre en état de satisfaire dignement aux devoirs que nous impose P'honneur que V. M. nous fait de nous consulter
sur les matieres les plus importantes.
Tout occupez du respect que la présence de V. M.
leur inspiroit , ils l'ont toujours assûrée qu'ils ne
pouvoient en ce moment remplir d'autre devoir que celui du silence.
Penetrez de ces mêmes sentimens dans un jour ,
où tout, jusqu'au lieu même où nous sommes assem- blez , nous annonce le courroux de V. M. nous devons , SIRE , à plus forte raison , adresser en tour
respect et toute humilité les mêmes vœux à V. M,
et la supplier pour le bien de son service et l'acquit
de nos honneurs et consciences , de nous faire remettre la Declaration sur laquelle il veut bien consulter son Parlement , pour en déliberer en la maniere
accoûtumée.
La Declaration du 18. Août 1732. se trouve
dans des circonstances differentes ; l'examen que votre Parlement en a fait , le met en état de represen
ter à V. M. tout ce qu'il craint pour le bien de son service , et celui de son Etat , des dispositions de
cette
SEPTEMBRE. 132. 2090
cette loy. S'il obmettoit une occasion d'en represen
ter les conséquences , il croiroit manquer à ce qu'exigent de lui le zele infatigable et l'attachement
inviolable dont il ne cessera jamais de donner des
preuves à V. M.
Le Discours de M. le Président le Peletier fini,
M. le Chancelier est monté vers le Roi , pour
prendre ses ordres le genou en terre , descendu ,
remis en sa place , assis et couvert , a fait ouvrir les portes , et a ordonné áu Secretaire de la
Cour , faisant les fonctions de Greffier en chef
de faire lecture de la premiere Déclaration.
D
Les portes ayant été ouvertes , et le Secretaire
de la Cour ayant fait lecture , debout et décou- vert , de ladite Déclaration , M. le Chancelier a
dit aux Gens du Roi qu'ils pouvoient parler aussitôt les Gens du Roi se sont mis à genoux.
›
M. le Chancelier leur a dit , que le Roi ordonnoit qu'ils se levassent , eux relevez , debout
et découverts , Maître Pierre Gilbert de Voisins
portant la parole , ils ont dit :
SIRE ,
En vain nous voudrions étouffer la douleur dons
nous sommes pénetrez , elle échapperoit malgré nous;
et nous osons croire qu'elle ne peut etre imprévûë à
V. M. même. Frappez de la Déclaration que
V. M. nous fit remettre il y a quinzejours en sai
présence , assujettis par le commandement absolu de
sa propre bouche, nous vous avons rendu , SIRE ,
cette aveugle obéissance que vous nous aviez imposée. Nous pouvions flater nos vœux de quelque ressource ; le Ciel ne l'a pas permis , SIRE ; n'attribuons qu'à sa disgrace l'extrémité où une affaire si
fâcheuse se trouve réduite aujourd'hui.
Obéis-
1092 MERCURE DE FRANCE
-
Obéissons encore en ce moment , où V. M. fate
publier cette même Déclaration avec tout l'appareil
de sa puissance. Faudroit-il pour nous d'autre sujet
de douleur , que ces termes de menaces et d'indigna- tion qui en marquent la plupart des dispositions , et
que la Posterité pourra voir dans cette Loy tracée
par V. M. pour la premiere Compagnie de son
Royaume.
Lorsqu'on voit qu'elle met des bornes au zele de
votre Parlement pour votre service , et pour le bien
de vos Sujets , on ne peut s'empêcher de craindre ,
qu'Elle n'en mette aussi entre le cœur de V. M. et
ce Corps qui tient d'Elle seule tout ce qu'il a de
caractere et de pouvoir. Ceux qui , comme nos Rois,
trouvent en eux la plénitude de la souveraine puis- sance , semblent n'avoirpas besoin d'assigner des
termes , aux prieres , aux supplications , aux humbles remontrances de leurs Officiers ; Dieu même
dont ils sont l'image , attend souvent de nous des
vœux réiterez , et , s'il est permis de le dire , quelquefois sa bonté veut être en quelque sorte impor tunée.
Jamais votre Parlement , SIRE , n'a mieux servi
les Rois vos Prédecesseurs , que lorsqu'il a été plus
libre , et qu'il s'est vu plus honoré de leur confiance et de leur bonté.
Si ceux qui le composent ont eu le malheur de déplaire à V. M. quel surcroît d'affliction pour eux et
pour nous, que le contre-coup en pût porter quelque
joursur le bien public , et sur votre service , dont il
est inséparable!
Attendons tout de V. M. de sa bonté et de sa sageffe : Ces Loix que la fatalité des conjonctures fait
éclore , marquées d'un ressentiment sous lequel on
ne sçauroit trop s'humilier , dépendent sur tout du
retour de la bienveillancé du Prince. Votre cœur,
SIRE
SEPTEMBRE. 1732. 2093
SIRE , si genereux et si noble , est facile à s'appai
ser. La colere de nos Rois n'est jamais durable , et
le plus souvent avec elle , s'efface ce qu'elle n'avoit
produit qu'à regret.
Soutenus de cette esperance , nousfaisons à V.M.
puisqu'Elle l'ordonne , l'humble sacrifice de nos
propres sentimens ; et de son très- exprès commandement , nous requerons que sur la Déclaration
dont la lecture vient d'être faite , il soit mis, qu'elle
a été lûë et publiée ; V.M. séant en son Lit de Justice, et registrée au Greffe de la Cour , pour être
exécuté selon sa forme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier , monté vers le
Roy , pour prendre sa volonté , ayant mis un genou en terre , a été aux opinions à Messieurs
les Princes du Sang , à Messieurs les Pairs Laïcs,
et revenu , passé devant le Roy , lui a fait une
profonde reverence , a pris l'avis de l'Evêque et
Comte de Beauvais , Pair Ecclesiastique , et des
quatre Capitaines des Gardes ci- dessus nommez ;
puis descendant dans le Parquet à Messieurs les Présidens de la Cour , aux Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes venus avec lui, à l'Abbé de
Clugni, Conseiller d'honneur, Présidens des Enquêtes et Requêtes, et Conseillers de la Cour , est
remonté vers le Roy , comme cy- dessus , redefcendu , assis et couvert , a prononcé :
Le Roy séant en son Lit deJustice , a ordonné et
ordonne que la Declaration qui vient d'être lûë,sera
enregistrée au Greffe de son Parlement , et que sur
le repli d'icelle il soit mis, que lecture en a étéfaite,
et l'enregistrement ordonné , ce requerant son Procureur general , pour être le contenu en icelle executé selon saforme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier remonté vers
le Roy, pour prendre ses Ordres , le genou en terre
2004 MERCURE DE FRANCE
térre , descendu , remis en sa place, assis et cou- vert , a dit :
Si la Justice est toujours le premier objet de l'attention du Roy , S. M. ne doit pas oublier ce qu'exige d'Elle la necessisé indispensable de soutenir les
charges de l'Etat , qui nepeuvent êtresupportées que
par l'Etat même.
Sensible à tous les besoins de ses Sujets , $ M. est
bien éloignée de vouloir les augmenter par de nouvelles dépenses : Elle ne travaille au contraire qu'à diminuer les anciennes , et Elle voudroit pouvoir
parvenir , par ce seul moren , à la liberation de l'Etat, sans étre obligée de proroger encore la durée de
plusieurs droits, dont la perception , continuée pour 6
ans , par des Lettres Patentes de 1726 , doit cesser .
suivant les mêmes Lettres , dans le cours de cette
année. $
Mais si les conjonctures presentes et la situation
actuelle des affaires de S. M. ne lui permettent pas
encore de suivre tous les mouvemens de son affection
pour ses Peuples , Elle leur donne au moins de plus
grandes esperances pour l'avenir , en ordonnant dèsa-present lasuppression entiere d'une partie des Droits
qui avoient été rétablis, etla modération de plusieurs autres.
F
- Tel est le sujet de la Loy , dont vous allez entendre la lecture. Vous y verrez que dans l'adminis
tration même de ses Finances , le Roy est toujours
occupé de ce qui regarde la Justic´ .
'Le soulagement qu'il a accorde aujourd'hui,tombe
entierement sur ceux qui sont obligez de la reclamer
dans les Tribunaux. S. M ne cherche qu'à en applanir les voies , à les rendre également accessibles
à toutes les conditions , et à empêcher que la crainte
des frais excessifs n'étouffe les plaintes du pauvre et
nefavorise l'oppression du riche..
Recevez donc avec respect une Loy qui tend à
pre-
SEPTEMBRE 1732. 2093
procurer successivement un sï grand bien, et à faci
liter cette prompte expédition des affaires, qui fais
unepartie si essentielle de la Justice.
Après quoi , Monsieur le Chancelier a ordon né au Secretaire de la Cour , faifant la fonction
de Greffier en chef, de lire ladite Declaration ; et
après la lecture , Monsieur le Chancelier ayant
dit ; les Gens du Roy peuvent parler ; lesd. Gens du
Roy se sont mis à genoux , et Monsieur le Chancelier leur ayant dit : Le Roy ordonne que vous»
vous leviez. Eux relevez , debout et découverts ;.
Me Pierre Gilbert de Voisins portant la parole,
on dire.
I. SIRE,
Nous ne pouvons douter de l'intention ni des dé➡
sirs de VOTRE MAJESTE' pour le soulagement de
ses Sujets : Et lorsqu'Elle déclare que la situation
présente deses Finances ne lui permet pas encore de
leur épargner la prorogation de ces impositions di verses rassemblées dans un même Edit ; nous som
mes persuadez que sa bonté en est plus touchée que nous-mêmes. Le retranchement ou la diminution de
quelques- unes dès-à-present , en est un gage assûré Achevez , SIRE, l'ouvrage de votre bonté
Royale pour vosPeuples , le plutôt que l'état de vos.
affaires le pourra permettre Nous ne pouvons en
supplier V. M. avec trop d'instance , ni trop de
respect.
Qu'Elle nous permette de la supplier “aussi trèsi humblement , defaire une attention. Ces Charges
de l'Etat dont Elle sent le poids , et qui retardent
les effets de son cœur vraiement paternel pour ses
Peuples , se sont accumulées de longue main dans l'a diversité des occasions. Peut-être qu'un peu plus
instances humbles et respectueuses , faites dans le
temps
2096 MERCURE DE FRANCE
temps , en eussent épargné quelque partie , et V. M.
elle même en recueilleroit le fruit aujourd'hui.
Nous requerons que sur la Déclaration , dont la
lecture vient d'êtrefaite , il soit mis , qu'elle a été
Izë et publiée , V. Mséant en son Lit de Justice , et
registrée au Greffe de la Cour , pour être exécutée selon saforme et teneur : Et que Coppies collationnées ensoient envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées du ressort , pour y être pareillement lûë, publiée
et en registrée. Enjoint auxSubstituts de votre Procureur General d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour au mois.
S
2
Après quoi Monsieur le Chancelier est monté
vers le Roy pour prendre fa volonté, le genou en
terre , a été aux avis , ainsi que la prémiere fois
Revenu en son Siége , assis et couvert, a prononcé:
Le Roy seant en son Lit de Justice , a ordonné es
ordonne que la Declaration qui vient d'être lie
sera enregistrée au Greffe de son Parlement , et que
sur le repli d'icelle il soit mis que lecture en a été
faite et l'enregistrement ordonné , ce requerant son
Procureur General , pour être le contenu en icelle
executé selon sa forme et teneur , et copies collationnées envoyées aux Bailliages et Senechaussées du
Ressort, pour y être pareillement lûe, publiée et enregistrée. Enjoint aux Substituts de son Procureur General dy tenir la main, et d'en certifier la Cour au
mois.
Ensuite a dit que pour la plus prompte execution de ce qui venoit d'être ordonné , le Roy
vouloit que par le Greffier de son Parlement , il
fût mis présentement sur le repli des deux Décla
rations qui avoient été publiées , ce que ledit Seigneur Roy avoit ordonné qui y fût mis , ce qui a été executé à l'instant.
Ensuite M. le Chancelier remonté vers le Roy
pour
SEPTEMBRE. 1-32. 2097
$
pour prendre ses ordres , le genou en terre , descendu, remis en son siege , assis et couvert a dit :
Le Roy voulant finir cette Seance dans le même
esprit avec lequel S. M. l'a commencée , m'ordonne
de vous dire qu'il regarde l'obligation defaire rendre la justice à ses Sujets , comme le premier et le plus essentiel des devoirs de la Royauté.
Il juge que son aatorité et sa conscience sont éga lement blessées , lorsque ceux qu'il a établis роит
remplir unefonction si necessaire , en son nom et à
sa décharge , cessent de s'en acquitter ; et S. M. n'a
pû voir sans une extrème surprise , que son Parlement ait suspendu l'expedition de toute affaire par- ticuliere , sous pretexte qu'il avoit arrêté que les
Chambres demeureroient assemblées.
Le Roy vous ordonne donc très-expressément et
avec toute l'autorité qu'il a sur vos Charges et sur
vos personnes , de rendre assidument la justice que
vous devez à ses Peuples , et de prendre de telles mesures pour la tenue des assemblées de Chambre , que
le service ordinaire puisse être continué; S. M.
ordonnant à toutes et chacunes les Chambres ,
s'en acquitter exactement , et de n'en interrompre
jamais le cours d'elles-mêmes et sans son aveu , pour
quelque raison et sous quélque prétexte que ce puisse tre.
de
Après quoi le Roy ayant pris la parole , a dit :
Je vous ordonne de ma propre bouche d'executer tout
ce qui vient de vous être dit , et principalement sur l'exercice de la Justice : S'est levé et est sorti danş
le même ordre qu'il étoit entré.
Signé, MIREY.
DECLARATION DU ROY, qui proroge
pendant six années , à commencer au premier
Octobre prochain , la levée de differens droits y
énoncez
2093 MERCURE DE FRANCE
énoncez ; et ordonne la suppression ou modération d'une partie desdits droits. Donnée à Ver-
<sailles le 3. Août 1732. Registrée en Parlement
le . Septembre , le Roy tenant son Lit de Justice.
AUTRE Déclaration du Roy , donnée à
Marly le 18. Août , Registrée en Parlemene
le même jour 3. Septembre.
ARREST du 2 Aoust , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1734. l'exemption des Droits
d'entrée sur les Bestiaux , venant des Païs Etrangers dans le Royaume.
ARREST DU CONSEIL , dus Aoust , con- cernant les Droits d'Insinuation des substitutions testamentaire , par lequel S. M. ordo nne que l'Article V. du Tarif des Insinuations , du
29 Septembre 1722 , sera exécuté suivant sa forme et teneur ; en conséquence, qu'il ne pourra
être perçu plus de quatre Droits d'Insinuation
pour les Substitutions contenues dans les Testamens ou dispositions de derniere volonté , en
quelque nombre que soient les héritiers instituez
ou légataires grévez de substitution. Lesquels
Droits seront payez au domicile du Testateur ,
sans préjudice du centiéme denier , dans le cas
où il est dû. Ordonne pareillement S. M. que
lesdites substitutions seront insinuées dans les
Bureaux de la situation des biens , en payant
seulement le centiéme denier , et au cas que le
centiéme denier ne fût pas dû , il sera payé un
seul Droit, suivant la qualité du Testateur conformément aux Classes de l'Art. V. du Tarif ,
du 29 Septembre 1722. dans chacun desdits Bu-*
xcaux , pour l'Insinuation desdites substitutions.
TABLE
Fermer
Résumé : LIT DE JUSTICE.
Le 3 septembre 1732, le Parlement se rendit à Versailles pour un Lit de Justice convoqué par le roi Louis XV. Le roi, revenu de Marly le même jour, fut accueilli par des dignitaires et s'assit sous son dais royal. Le procès-verbal du Lit de Justice liste les personnalités présentes, incluant les Princes du Sang, les Pairs laïcs, et divers Conseillers. Le roi rappela au Parlement son obligation de soumission et de respect envers la couronne, soulignant que la résistance aux lois royales était inacceptable. Le Président Le Peletier, au nom des Présidents et Conseillers, exprima leur douleur d'avoir déplu au Roi et leur dévouement. Ils demandèrent la bienveillance du Roi et la possibilité de délibérer sur une déclaration royale. Le Chancelier de France, Henry-François Daguesseau, lut ensuite la déclaration, qui concernait la prorogation de certains droits et taxes pour des raisons financières. Les Gens du Roi, représentés par Maître Pierre Gilbert de Voisins, exprimèrent leur douleur face à la déclaration et leur espoir en la bonté du Roi. Après consultation des Princes du Sang et des Pairs, le Chancelier ordonna l'enregistrement de la déclaration au Greffe du Parlement. Le Roi, par l'intermédiaire du Chancelier, souligna l'importance de la justice et du soulagement des sujets face aux charges de l'État. La déclaration visait à faciliter l'accès à la justice en réduisant les frais excessifs. Les Gens du Roi supplièrent le Roi de continuer à soulager ses sujets et de prendre en compte les charges accumulées. Le Chancelier ordonna l'envoi de copies de la déclaration aux bailliages et sénéchaussées pour enregistrement et exécution. Le roi adressa également des instructions solennelles au Parlement, ordonnant la reprise de l'exercice de la justice et du service ordinaire sans interruption, sauf sur son ordre explicite. Plusieurs déclarations et arrêts royaux furent enregistrés entre août et septembre 1732, concernant la prorogation et la suppression de divers droits, notamment la levée de droits, l'exemption des droits d'entrée sur les bestiaux étrangers, et la réglementation des droits d'insinuation des substitutions testamentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 1020-1023
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le 23 du mois dernier, on délibera dans la Chambre des Communes, si on feroit une [...]
Mots clefs :
Chambre des communes, Membres, Parlement, Bill, Ville, Londres, Westminster
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
du mois dernier , on délibera dans la
Chambre des Communes , si on feroit une
seconde lecture du Bill, présenté le 17 à la Chambre
le Chevalier Charles Turner , pour établir
un nouveau Droit sur le Tabac , et d'un
autre Bill pour augmenter les impositions sur
le Vin et sur les Liqueurs fortes , et pour
changer la maniere de les percevoir : plusieurs
Membres insisterent pour que ces deux
Bills fussent rejettés. , et il fut résolu qu'on en
renverroit la lecture au 12 de Juin. Le soir , le
peuple ayant appris cette résolution , donna des
démonstrations de sa joye : on sonna les Cloches
, et la plupart des maisons de la Ville de
LonMAY.
1021 1733.
2
2
>
Condres furent illuminées : divers Membres du '
Parlement soupçonnez d'approuver les deux
ills proposez farent insultez par la populace en
etournant chez eux , et l'on brûla dans diffe-
S entes Places publiques , des figures de paille
usquelles ils avoient mis un cordon bleu en
charpe , tel que le portoient les Chevaliers de
Ordre de la Jarretiere. Le lendemain , sur les
plaintes qui furent portées à la Chambre par
eux de ses Membres qui avoient été insultés
t sur les remontrances qui lui furent faites
qu'il étoit de dangereuse conséquence de souffrir
que le peuple s'assemblat tumultueusement
autour de Westminster pendant les séances de
fa Chambre , elle déclara qu'attaquer ou menacer
un de ses Membres au sujet de sa conduite
dans le Parlement , et former des assemblées tumultueuses
pour faire passer un Bill , ou pour
empêcher qu'il ne passat , c'étoit violer les
droits du Parlement , donner atteinte à sa liberté
, et par conséquent désobéir à une des
plus anciennes et des plus importantes Loix de
l'Etat il fut ordonné que les Membres qui représentent
dans la Chambre la Ville de Londres
, le Comté de Middlesex et la Ville de
Westminster , signifieroient cette déclaration au
Lord Maire de Londres , au Sheriff de Middlesex
, et au Grand Bailly de Westminster , et
leur enjoindroient de la part de la Chambre , de
faire punir les Refractaires selon toute la ri
gueur
des Loix ,
ཌ་ ་
La nouvelle de la résolution prise par la
Chambre des Communes le 23 du mois dernier
au sujet de ce Bill concernant le Tabac , &c . a
été reçue par les habitans des Provinces ,
es inêmes démonstrations de joye que par ceux
avec
de
1022 MERCURE DE FRANCE
de la Ville de Londres. Dans les Villes principales
on a sonné les Cloches , et il y a eu des
feux et des illuminations. Le Conseil Commun
de Londres a fait remercier le Lord Maire , les
Aldermans et les Sheriffs , des soins qu'ils se
sont donnez pour que la Chambre reçût à tems
la Requête qu'ils avoient été chargez de lui présenter.
Il a fait aussi remercier Mrs François
Child , Jean Williams , et Geo . Caswell , Membres
du Parlement pour cette Ville , de la fermeté
avec laquelle ils se sont opposez aux deux
Bills présentez . Tous les Membres du Parlement
qui ont opiné pour qu'on les rejettat
ou pour qu'on en renvoyat la lecture , ont reçû
des complimens de la part des Villes qu'ils représentent
dans la Chambre.
Le 30 du mois dernier , la Chambre des
Communes délibera en grand Comité sur un
Bill pour empêcher les Mariages clandestins ,
et il fut resolu qu'à l'avenir il ne poarra se faire
aucun Mariage , si les Parties ne donnent une
déclaration affirmée par serment , et signée
de l'une des deux , portant leur âge , leur condition
, et leur demeure : qu'elles s'engageront
par un Acte public à payer une amende pour
laquelle elles seront poursuivies en justice , s'il
paroît dans la suite qu'elles ayent donné une
fausse déclaration ; qu'on ne délivrera point de
permissions de Mariage aux personnes qui ne
sont pas en âge de contracter , si elles n apportent
un consentement de leurs Parens et de
leurs Curateurs , et que le droit de marier sera
interdit à tout Ministre qui sera en prison. Mais
l'Article portant deffenses de délivrer aucune
permission de mariage aux personnes qui ne
sont pas en âge de contracter , si elles n'apporzent
MAY.
1023 1733
ent un consentement de leurs Parens et de
leurs Curateurs , a été rejetté à la pluralité des
voix.
Le Roi enverra dans peu un Messager au Parlement,
pour demander qu'il soit pourvû à la dot
de la Princesse Royale , et on compte que cette
dot sera de cent mille liv. sterl . d'argent comptant
, et de 10000. sterl. par an .
du mois dernier , on délibera dans la
Chambre des Communes , si on feroit une
seconde lecture du Bill, présenté le 17 à la Chambre
le Chevalier Charles Turner , pour établir
un nouveau Droit sur le Tabac , et d'un
autre Bill pour augmenter les impositions sur
le Vin et sur les Liqueurs fortes , et pour
changer la maniere de les percevoir : plusieurs
Membres insisterent pour que ces deux
Bills fussent rejettés. , et il fut résolu qu'on en
renverroit la lecture au 12 de Juin. Le soir , le
peuple ayant appris cette résolution , donna des
démonstrations de sa joye : on sonna les Cloches
, et la plupart des maisons de la Ville de
LonMAY.
1021 1733.
2
2
>
Condres furent illuminées : divers Membres du '
Parlement soupçonnez d'approuver les deux
ills proposez farent insultez par la populace en
etournant chez eux , et l'on brûla dans diffe-
S entes Places publiques , des figures de paille
usquelles ils avoient mis un cordon bleu en
charpe , tel que le portoient les Chevaliers de
Ordre de la Jarretiere. Le lendemain , sur les
plaintes qui furent portées à la Chambre par
eux de ses Membres qui avoient été insultés
t sur les remontrances qui lui furent faites
qu'il étoit de dangereuse conséquence de souffrir
que le peuple s'assemblat tumultueusement
autour de Westminster pendant les séances de
fa Chambre , elle déclara qu'attaquer ou menacer
un de ses Membres au sujet de sa conduite
dans le Parlement , et former des assemblées tumultueuses
pour faire passer un Bill , ou pour
empêcher qu'il ne passat , c'étoit violer les
droits du Parlement , donner atteinte à sa liberté
, et par conséquent désobéir à une des
plus anciennes et des plus importantes Loix de
l'Etat il fut ordonné que les Membres qui représentent
dans la Chambre la Ville de Londres
, le Comté de Middlesex et la Ville de
Westminster , signifieroient cette déclaration au
Lord Maire de Londres , au Sheriff de Middlesex
, et au Grand Bailly de Westminster , et
leur enjoindroient de la part de la Chambre , de
faire punir les Refractaires selon toute la ri
gueur
des Loix ,
ཌ་ ་
La nouvelle de la résolution prise par la
Chambre des Communes le 23 du mois dernier
au sujet de ce Bill concernant le Tabac , &c . a
été reçue par les habitans des Provinces ,
es inêmes démonstrations de joye que par ceux
avec
de
1022 MERCURE DE FRANCE
de la Ville de Londres. Dans les Villes principales
on a sonné les Cloches , et il y a eu des
feux et des illuminations. Le Conseil Commun
de Londres a fait remercier le Lord Maire , les
Aldermans et les Sheriffs , des soins qu'ils se
sont donnez pour que la Chambre reçût à tems
la Requête qu'ils avoient été chargez de lui présenter.
Il a fait aussi remercier Mrs François
Child , Jean Williams , et Geo . Caswell , Membres
du Parlement pour cette Ville , de la fermeté
avec laquelle ils se sont opposez aux deux
Bills présentez . Tous les Membres du Parlement
qui ont opiné pour qu'on les rejettat
ou pour qu'on en renvoyat la lecture , ont reçû
des complimens de la part des Villes qu'ils représentent
dans la Chambre.
Le 30 du mois dernier , la Chambre des
Communes délibera en grand Comité sur un
Bill pour empêcher les Mariages clandestins ,
et il fut resolu qu'à l'avenir il ne poarra se faire
aucun Mariage , si les Parties ne donnent une
déclaration affirmée par serment , et signée
de l'une des deux , portant leur âge , leur condition
, et leur demeure : qu'elles s'engageront
par un Acte public à payer une amende pour
laquelle elles seront poursuivies en justice , s'il
paroît dans la suite qu'elles ayent donné une
fausse déclaration ; qu'on ne délivrera point de
permissions de Mariage aux personnes qui ne
sont pas en âge de contracter , si elles n apportent
un consentement de leurs Parens et de
leurs Curateurs , et que le droit de marier sera
interdit à tout Ministre qui sera en prison. Mais
l'Article portant deffenses de délivrer aucune
permission de mariage aux personnes qui ne
sont pas en âge de contracter , si elles n'apporzent
MAY.
1023 1733
ent un consentement de leurs Parens et de
leurs Curateurs , a été rejetté à la pluralité des
voix.
Le Roi enverra dans peu un Messager au Parlement,
pour demander qu'il soit pourvû à la dot
de la Princesse Royale , et on compte que cette
dot sera de cent mille liv. sterl . d'argent comptant
, et de 10000. sterl. par an .
Fermer
Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, la Chambre des Communes a examiné deux projets de loi. Le premier visait à instaurer un nouveau droit sur le tabac, et le second à augmenter les taxes sur le vin et les liqueurs fortes. Plusieurs membres ont plaidé pour le rejet de ces projets, et il a été décidé de reporter leur lecture au 12 juin. La population londonienne a manifesté sa satisfaction par des démonstrations, des illuminations et des insultes envers certains parlementaires. La Chambre a condamné toute attaque ou menace contre ses membres et a ordonné aux représentants de Londres, Middlesex et Westminster de punir les perturbateurs selon la loi. La résolution de la Chambre a été accueillie avec joie dans les provinces, où des cloches ont sonné et des illuminations ont eu lieu. Le Conseil Commun de Londres a remercié les autorités et les membres du Parlement ayant s'opposé aux projets de loi. Le 30 du mois précédent, la Chambre des Communes a discuté d'un projet de loi visant à empêcher les mariages clandestins. Ce projet stipule que les mariages nécessitent une déclaration signée par l'une des parties, indiquant leur âge, condition et domicile. Les mariages des mineurs nécessitent le consentement de leurs parents et tuteurs, et les ministres en prison sont interdits de célébrer des mariages. Cependant, l'article sur le consentement des parents a été rejeté par la majorité des voix. Le Roi enverra prochainement un messager au Parlement pour demander de pourvoir à la dot de la Princesse Royale, estimée à cent mille livres sterling en argent comptant et dix mille livres sterling par an.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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57
p. 1248-1256
ARRESTS NOTABLES.
Début :
LETTRES PATENTES du 20. Août 1732. registrées en Parlement le 18. May [...]
Mots clefs :
Roi, Cour, Libelle, Parlement, Arrêt, Procureur général du roi
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES .
LET
ETTRES PATENTES du 20. Août
1732. registrées en Parlement le 18. May
1733. qui confirment le Contrat d'échange fait
entre le Roy et le sieur Martin , Proprietaire de
Bois Taillis et des Terres situées dans le grand
Parc de Versailles , & c.
JUIN. 1733- 2249
•
LETTRES PATENTES en forme d'Edit du
mois de Décembre 1732. registrées en Parlement
le 18. May 1733 qui confirment le Contrat
d'échange de Terres , &c. fait entre le Roy
et le sieur Comte de Villepreux.
AUTRES LETTRES PATENTES en forme
d'Edit du mois de Décembre 1732. registrées en
Parlement le 18 May , qui confirment un Contrat
d'échange de Terres entre le Roy et le nommé
la Bretesche.
ARREST du Parlement , du 26. Mars 1733-
qui condamne le nommé Descorailles , dit le
Chevalier de Salers , à un banissement de neuf
áns , en so . livres d'amende envers le Roy , et en
10000. livres de réparations civiles envers les
sieur et Dame de la Ronade , pour raison des
violences , voyes de fait , injures et insaltes par
lui commises à leur égard ; ordonne que les nom
mez Anne Descorailles de Salers , et Jean Descorailles
de Milliard , seront admonestez et les condamne
solidairement à aumôner chacun la som◄
me de 10. livres au pain des Prisonniers de la
Conciergerie.
ARREST du Conseil d'Etat du 19. May , por
tant deffenses aux Gentilshommes- Verriers , Tiseurs
, Ouvriers , Serviteurs , Domestiques et autres
employez en la Manufacture Royale de la
Verrerie de Sévres , de quitter leur service et de
s'éloigner de plus d'une lieue , sans un congé par
écrit de l'Inspecteur pour le Roy en ladite Manufacture
, sous peine d'amende et de punition
corporelle ; fait pareillement deffenses , sous les
mêmes peines , et de prison , à toutes personnes
I. Vol.
ds
1250 MERCURE DE FRANCE
de débauchér lesdits Gentilshommes , Ouvriers ,
Serviteurs , Domestiques ; et à tous Maîtres de
Verreries , de recevoir lesdits Gentilshommes et:
Ouvriers , sous peine de 3000. livres d'amende
solidaire.
ARREST du Conseil du premier Juin , dont
voici la teneur.
Le Roy s'étant fait représenter en son Conseil
une feuille imprimée sans nom d'Auteur ni
d'Imprimeur , ayant pour titre , Lettre à un Prêtre
de l'Oratoire , au sujet de l'Assemblée de cette
Congrégation , indiquée au 12. Juin 1733 Sa Majesté
y auroit reconnu que ce libelle porte avec
soy tous les caracteres d'un Ouvrage séditieux ,
dont l'Auteur ne se contentant pas de s'élever
avec témérité contre la Déclaration du 4. Août
1720. y établit des principes entierement contraires
au respect et à l'obéissance due aux ordres de
S. M. en supposant , avec ignorance ou mauvaise
foi , que le Souverain ne peut exclure régulierement
des Chapitres ou Assemblées , les Sujets.
qu'il juge avoir contrevenu aux Loix et Ordonnances
de son Royaume ; et comme il est important
de supprimer un pareil libelje , pour prévenir
les suites d'une nouveauté si dangereuse et
si répréhensible , Sa Majesté étant en son Conseil,
a ordonné et ordonne que la feuille intitulée
Lettre à un Prétre de l'Oratoire , au sujet de l'As-.
semblée de cette Congrégation , indiquée au 12. Juin
1733. imprimée sans nom d'Auteur ni d'Imprimeur
, demeurera supprimée, comme séditieuse et
contraire à l'autorité du Roy . Fait Sa Majesté ,
très-expresses inhibitions et deffenses à tous Imprimeurs
, Libraires , Colporteurs , et autres personnes
d'imprimer ou faire imprimer , vendre ,
I. Vol. débiter
JUIN. 1733 . 1251
débiter ou distribuer ledit libelle , sous les peines
portées par la Déclaration du 10 May 1728. & c.
ARREST du Parlement du S. Juin.
Ce jour, les Gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Koy portant la parole , ont dit : Que depuis
le Libelle des Refléxions pour les Evêques dé
France , que la Cour a condamné par son Arrêt
du 14. Avril dernier , il en paroît un autre du
même genre , qui déja s'est répandu dans des
Provinces éloignées , et y a subi le sort qu'il
mérite , avant qu'aucun Exemplaire en fût encore
parvenu entre leurs mains.
Que ce nouvel Ecrit intitulé : Lettre d'un Doc
teur de Sorbonne à un Evêque de Province , n'est
en quelque sorte qu'une répétition du premier ,
dont il suit et dont il copie les excès . Que la
Cour y reconnoîtra le même esprit , les mêmes
pensées , presque jusqu'aux mêmes expressions .
et sur tout ces vûës dangereuses de séparation et
de schisme qu'on ne peut assez réprimer. Qué
ce qu'il ajoûte à l'autre , c'est un plan plus étendu
et plus circonstancié des voyes capables d'y
conduire. Que sa passion ingénieuse à les multiplier
, n'est allarmée d'aucun des maux réels
qu'on en verroit éclore ; et que dans son impatience
, il n'est point de moyens qu'elle n'invente
pour le succès d'un si funeste projet.
Qu'ils se croyent dispensez d'entrer dans la
discussion de ces égaremens. Qu'il s'agit moins
d'approfondir le mal que de l'étouffer ; et qu'un
pareil Libelle porte assez son reproche avec luimême.
Qu'il n'est pas besoin de refléxions sur
un Ecrit qui s'applaudit du titre de Tocsin , et
se vante de sonner l'allarme ; qui se fait un jeu
I. Vol.
d'accuser
1252 MERCURE DE FRANCE
d'accuser les Puissances de l'Etat et de l'Eglise ;
qui reproche aux unes de tenir une conduite qui
tend à la perte de la Religion et impute aux autres
d'y conspirer par leur indolence et par leur
foiblesse qui enfin pour colorer ses excès , ne
craint point de nous annoncer l'extinction prochaine
de la Catholicité parmi nous , et de dire
que nous touchons à un de ces temps malheureux , où
Pon voit des Provinces et des Royaumes entiers perdre
la Foy. Que faut - il de plus pour faire sentir
jusqu'où va l'emportement et la témerité de cer
Ouvrage , et pour mettre en garde contre les vues
passionnées qui tendent aux extrémnitez dans lesquelles
il essaye d'engager ?
1
Qu'ils se contentent donc de le remettre sous
les yeux de la Cour , et d'attendre d'elle un Jugement
pareil à celui qu'e'le a porté contre l'au
tre Ecrit par l'Arrêt du 14. Avril dernier.
Eux retirez :
Yeu le Libelle intitulé : Lettre d'un Docteur de
Sorbonne à un Evêque de Province , le 8. Mars
1733.ensemble les Conclusions par écrit du Procureur
General du Roy : Oui le rapport de Me
Louis de Vienne , Conseiller , et la matiere sur
ce mise en déliberation .
>
La Cour a arrêté et ordonné que ledit Libellé
sera laceré et bru é en la Cour du Palais , au pied
du grand Escalier d'icelui par l'Executeur de la
haute Justice comme injurieux à l'autorité
Royale , et à l'honneur des Parlemens , excitant
au schisme , et tendant à sédition : Fait inhibitions
et deffenses à tous Libraires , Imprimeurs
Colporteurs et à tous autres , de l'imprimer ,
vendre et débiter , ou autrement distribuer , sur
peine d'être procedé contre eux extraordinairement
; enjoint à tous ceux qui en auroient des
I. Vol. ExcmJUIN.
1733. 7253
Exemplaires , de les remettre incessamment an
Greffe Civil de la Cour , four y être supprimez :
Permet au Procureur Géneral du Roy , de faire
informer contre ceux qui ont composé , imprimé
, vendu , debité ou distribué ledit Libelle par
devant Me de Vienne , Conseiller en icelle , même
pardevant les Lieutenans Criminels ou autres
premiers Officiers des Sieges Royaux du Ressort
pour les témoins qui se trouveroient dans l'étendue
desdits Siéges , poursuite et diligence de
ses Substituts en iceux pour les informations
faites , rapportées et communiquées au Procureur
Général du Roy , être par lui requis , et
par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra : Ordonne
que copies collationnées du présent Arrêt,
seront envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées
du Ressort , pour y être lû , publié et registré ;
enjoint aux Substituts du Procureur General du
Roy d'y tenir la main et d'en certifier la Cour
dans le mois. Fait en Parlement , &c.
ARREST du Parlement du même jour 5. Juin.
Ce jour , les Gens du Roy sont entrez , et Me
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roy, portant la parole , ont dit : Qu'on n'auroit
pas eu lieu de croire que l'Arrêt du 23. Février
dernier , pût être le prétexte d'une accusation
d'infidelité au Roy , et d'attentat contre les droits
sacrez de sa Couronne. Que c'est cependant l'usage
qu'en fait un Libelle imprimé , qu'on a semé
par tout il n'y a pas long-temps , qui leur a été
adressé à eux - mêmes , et auquel on a donné le
titre de Remontrance au Roy sur l'Arrêt rendu par
son Parlement de Paris le 23. Février 1733. Que
l'accusation se tire de ce que l'Arrêt deffend entr'autres
choses , de rien faire qui tende à donner
I. Vol. atteinte
1254 MERCURE DE FRANCE
atteinte à l'autorité du Concile oecumenique de
Constance , et de ce qu'en quelques lieux , dit- on,
ce Concile s'attribue le droit de dépouiller de leur
dignité les Empereurs et les Rois en cas de désobéissance
à ses Decrets.
Qu'on ne parviendra jamais à rendre la Cour
suspecte dans ses sentimens ni dans sa conduite ,
sur le grand principe de l'indépendance absoluë
de la Souveraineté de nos Rois. Que c'est la minaxime
inviolable sous laquelle ce Sénat auguste
s'est formé ; qu'il ne subsiste et qu'il ne vit pour
ainsi dire , que pour elle ; et que s'il pouvoit cesser
d'être , ces murailles qu'il en a fait retentir
tant de fois depuis plusieurs siecles , sembleroient
encore parler après Tui pour la publier à jamais.
Que la Cour n'a donc pas même à s'offenser
d'un reproche qui tombe par sa seule absurdité.
Qu'elle a parlé du Concile de Constance , comme
on s'est fait en France de tout temps une Loi
de s'en expliquer , c'est à- dire , pour le reconnoître
et pour le maintenir oecuménique. Qu'elle
a désigné singulierement les Decrets contenus
dans les Sessions quatre et cinq , si importants
pour nos maximes ; et qu'en ce point elle a suivi.
encore l'exemple respectable de nos Peres , dans
de qui s'est fait de plus solemnel en faveur des
mêmes Decrets.
Qu'à l'égard de ce qui peut être des termes de
quelques Sessions dont on abuse , c'est un argument
usé que nos plus celebres Ecrivains n'ont
pas laissé sans y répondre. Que l'oecumenicité
du Concile une fois établie , comme il n'est pas
permis en France de la contester ; au lieu de chercher
des prétextes pour lui reprocher une entreprise
sur le Temporel , aussi éloignée de ses vûës,
qu'incapable d'un juste effet , ils n'ont songé avec
I. Vol. raisom
JUIN . 1732 . 1255
raison , qu'à prendre dans un sens plus légitime
ce qui s'est passé dans ses Assemblées , et par la
sagesse éclairée de leurs observations , ils ont
conservé également les droits inviolables des
Puissances Temporelles , et le respect qui lui est
dû. Que c'est ce qu'on n'auroit pas dû dissimuler.
Mais qu'il est visible que l'on n'a cherché qu'à
donner le change ; et que l'audace d'un pareil
Libelle ne peut être condamnée trop séverement.
Que c'est l'objet des Conclusions qu'ils laissent
à la Cour , avec un Exemplaire du Libelle.
' Eux retirez :
Vi ledit Libelle intitulé : Remontrance au Roy
sur l'Arrêt rendu par son Parlement de Paris le 23.
Février 1733. qui ordonne la suppression d'un Imprimé
intitulé , Lettre de M. Leullier à M. le Premier
Président , ensemble les Conclusions par
écrit du Procureur General du Roy. Oui le rapport
de M Louis de Vienne , Conseiller , et la
matiere sur ce mise en délibération .
La Cour a arrêté et ordonné que ledit Libelle
sera laceré et brulé en la Cour du Palais , au pied
du grand Escalier d'icelui , par l'Executeur de la
haute Justice , comme calomnieux et injurieux à
la Cour. Fait inhibitions et deffenses à tous Libraires
, Imprimeurs , Colporteurs et tous autres
de l'imprimer , vendre et debiter , ou autrement
distribuer , sur peine d'être procedé contre eux ..
extraordinairement Enjoint à tous ceux qui en
auroient des Exemplaires de les remettre incessamment
au Greffe Civil , pour y être supprimez ;
Permet au Procureur General du Roy , de faire
informer contre ceux qui ont composé, imprimé,
vendu , debité ou distribué ledit Libelle pardevant
Me de Vienne , Conseiller en icelle , même pardevant
les Lieutenans Criminels ou autres pre-
I. Vol. niers
1256 MERCURE DE FRANCE
miers Officiers des Sieges Royaux du Ressort ,
pour les témoins qui se trouveroient dans l'étendue
desdits Sieges , poursuite et diligence des
Substituts en iceux , pour les informations faites,
rapportées et communiquées au Procurer General
au Roy , être par lui requis , et par la Cour
ordonné ce qu'il appartiendra. Ordonne que
pies collationnées du présent Arrêt , seront envoyées
aux Bailliages eiSénéchaussées du Ressort,
pour y être lê , publié et registré , enjoint anx
Substituts du Procureur General du Roy d'y tenir
la main et d'en certifier la Cour dans le mois.
Fait en Parlement , & c.
LET
ETTRES PATENTES du 20. Août
1732. registrées en Parlement le 18. May
1733. qui confirment le Contrat d'échange fait
entre le Roy et le sieur Martin , Proprietaire de
Bois Taillis et des Terres situées dans le grand
Parc de Versailles , & c.
JUIN. 1733- 2249
•
LETTRES PATENTES en forme d'Edit du
mois de Décembre 1732. registrées en Parlement
le 18. May 1733 qui confirment le Contrat
d'échange de Terres , &c. fait entre le Roy
et le sieur Comte de Villepreux.
AUTRES LETTRES PATENTES en forme
d'Edit du mois de Décembre 1732. registrées en
Parlement le 18 May , qui confirment un Contrat
d'échange de Terres entre le Roy et le nommé
la Bretesche.
ARREST du Parlement , du 26. Mars 1733-
qui condamne le nommé Descorailles , dit le
Chevalier de Salers , à un banissement de neuf
áns , en so . livres d'amende envers le Roy , et en
10000. livres de réparations civiles envers les
sieur et Dame de la Ronade , pour raison des
violences , voyes de fait , injures et insaltes par
lui commises à leur égard ; ordonne que les nom
mez Anne Descorailles de Salers , et Jean Descorailles
de Milliard , seront admonestez et les condamne
solidairement à aumôner chacun la som◄
me de 10. livres au pain des Prisonniers de la
Conciergerie.
ARREST du Conseil d'Etat du 19. May , por
tant deffenses aux Gentilshommes- Verriers , Tiseurs
, Ouvriers , Serviteurs , Domestiques et autres
employez en la Manufacture Royale de la
Verrerie de Sévres , de quitter leur service et de
s'éloigner de plus d'une lieue , sans un congé par
écrit de l'Inspecteur pour le Roy en ladite Manufacture
, sous peine d'amende et de punition
corporelle ; fait pareillement deffenses , sous les
mêmes peines , et de prison , à toutes personnes
I. Vol.
ds
1250 MERCURE DE FRANCE
de débauchér lesdits Gentilshommes , Ouvriers ,
Serviteurs , Domestiques ; et à tous Maîtres de
Verreries , de recevoir lesdits Gentilshommes et:
Ouvriers , sous peine de 3000. livres d'amende
solidaire.
ARREST du Conseil du premier Juin , dont
voici la teneur.
Le Roy s'étant fait représenter en son Conseil
une feuille imprimée sans nom d'Auteur ni
d'Imprimeur , ayant pour titre , Lettre à un Prêtre
de l'Oratoire , au sujet de l'Assemblée de cette
Congrégation , indiquée au 12. Juin 1733 Sa Majesté
y auroit reconnu que ce libelle porte avec
soy tous les caracteres d'un Ouvrage séditieux ,
dont l'Auteur ne se contentant pas de s'élever
avec témérité contre la Déclaration du 4. Août
1720. y établit des principes entierement contraires
au respect et à l'obéissance due aux ordres de
S. M. en supposant , avec ignorance ou mauvaise
foi , que le Souverain ne peut exclure régulierement
des Chapitres ou Assemblées , les Sujets.
qu'il juge avoir contrevenu aux Loix et Ordonnances
de son Royaume ; et comme il est important
de supprimer un pareil libelje , pour prévenir
les suites d'une nouveauté si dangereuse et
si répréhensible , Sa Majesté étant en son Conseil,
a ordonné et ordonne que la feuille intitulée
Lettre à un Prétre de l'Oratoire , au sujet de l'As-.
semblée de cette Congrégation , indiquée au 12. Juin
1733. imprimée sans nom d'Auteur ni d'Imprimeur
, demeurera supprimée, comme séditieuse et
contraire à l'autorité du Roy . Fait Sa Majesté ,
très-expresses inhibitions et deffenses à tous Imprimeurs
, Libraires , Colporteurs , et autres personnes
d'imprimer ou faire imprimer , vendre ,
I. Vol. débiter
JUIN. 1733 . 1251
débiter ou distribuer ledit libelle , sous les peines
portées par la Déclaration du 10 May 1728. & c.
ARREST du Parlement du S. Juin.
Ce jour, les Gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Koy portant la parole , ont dit : Que depuis
le Libelle des Refléxions pour les Evêques dé
France , que la Cour a condamné par son Arrêt
du 14. Avril dernier , il en paroît un autre du
même genre , qui déja s'est répandu dans des
Provinces éloignées , et y a subi le sort qu'il
mérite , avant qu'aucun Exemplaire en fût encore
parvenu entre leurs mains.
Que ce nouvel Ecrit intitulé : Lettre d'un Doc
teur de Sorbonne à un Evêque de Province , n'est
en quelque sorte qu'une répétition du premier ,
dont il suit et dont il copie les excès . Que la
Cour y reconnoîtra le même esprit , les mêmes
pensées , presque jusqu'aux mêmes expressions .
et sur tout ces vûës dangereuses de séparation et
de schisme qu'on ne peut assez réprimer. Qué
ce qu'il ajoûte à l'autre , c'est un plan plus étendu
et plus circonstancié des voyes capables d'y
conduire. Que sa passion ingénieuse à les multiplier
, n'est allarmée d'aucun des maux réels
qu'on en verroit éclore ; et que dans son impatience
, il n'est point de moyens qu'elle n'invente
pour le succès d'un si funeste projet.
Qu'ils se croyent dispensez d'entrer dans la
discussion de ces égaremens. Qu'il s'agit moins
d'approfondir le mal que de l'étouffer ; et qu'un
pareil Libelle porte assez son reproche avec luimême.
Qu'il n'est pas besoin de refléxions sur
un Ecrit qui s'applaudit du titre de Tocsin , et
se vante de sonner l'allarme ; qui se fait un jeu
I. Vol.
d'accuser
1252 MERCURE DE FRANCE
d'accuser les Puissances de l'Etat et de l'Eglise ;
qui reproche aux unes de tenir une conduite qui
tend à la perte de la Religion et impute aux autres
d'y conspirer par leur indolence et par leur
foiblesse qui enfin pour colorer ses excès , ne
craint point de nous annoncer l'extinction prochaine
de la Catholicité parmi nous , et de dire
que nous touchons à un de ces temps malheureux , où
Pon voit des Provinces et des Royaumes entiers perdre
la Foy. Que faut - il de plus pour faire sentir
jusqu'où va l'emportement et la témerité de cer
Ouvrage , et pour mettre en garde contre les vues
passionnées qui tendent aux extrémnitez dans lesquelles
il essaye d'engager ?
1
Qu'ils se contentent donc de le remettre sous
les yeux de la Cour , et d'attendre d'elle un Jugement
pareil à celui qu'e'le a porté contre l'au
tre Ecrit par l'Arrêt du 14. Avril dernier.
Eux retirez :
Yeu le Libelle intitulé : Lettre d'un Docteur de
Sorbonne à un Evêque de Province , le 8. Mars
1733.ensemble les Conclusions par écrit du Procureur
General du Roy : Oui le rapport de Me
Louis de Vienne , Conseiller , et la matiere sur
ce mise en déliberation .
>
La Cour a arrêté et ordonné que ledit Libellé
sera laceré et bru é en la Cour du Palais , au pied
du grand Escalier d'icelui par l'Executeur de la
haute Justice comme injurieux à l'autorité
Royale , et à l'honneur des Parlemens , excitant
au schisme , et tendant à sédition : Fait inhibitions
et deffenses à tous Libraires , Imprimeurs
Colporteurs et à tous autres , de l'imprimer ,
vendre et débiter , ou autrement distribuer , sur
peine d'être procedé contre eux extraordinairement
; enjoint à tous ceux qui en auroient des
I. Vol. ExcmJUIN.
1733. 7253
Exemplaires , de les remettre incessamment an
Greffe Civil de la Cour , four y être supprimez :
Permet au Procureur Géneral du Roy , de faire
informer contre ceux qui ont composé , imprimé
, vendu , debité ou distribué ledit Libelle par
devant Me de Vienne , Conseiller en icelle , même
pardevant les Lieutenans Criminels ou autres
premiers Officiers des Sieges Royaux du Ressort
pour les témoins qui se trouveroient dans l'étendue
desdits Siéges , poursuite et diligence de
ses Substituts en iceux pour les informations
faites , rapportées et communiquées au Procureur
Général du Roy , être par lui requis , et
par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra : Ordonne
que copies collationnées du présent Arrêt,
seront envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées
du Ressort , pour y être lû , publié et registré ;
enjoint aux Substituts du Procureur General du
Roy d'y tenir la main et d'en certifier la Cour
dans le mois. Fait en Parlement , &c.
ARREST du Parlement du même jour 5. Juin.
Ce jour , les Gens du Roy sont entrez , et Me
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roy, portant la parole , ont dit : Qu'on n'auroit
pas eu lieu de croire que l'Arrêt du 23. Février
dernier , pût être le prétexte d'une accusation
d'infidelité au Roy , et d'attentat contre les droits
sacrez de sa Couronne. Que c'est cependant l'usage
qu'en fait un Libelle imprimé , qu'on a semé
par tout il n'y a pas long-temps , qui leur a été
adressé à eux - mêmes , et auquel on a donné le
titre de Remontrance au Roy sur l'Arrêt rendu par
son Parlement de Paris le 23. Février 1733. Que
l'accusation se tire de ce que l'Arrêt deffend entr'autres
choses , de rien faire qui tende à donner
I. Vol. atteinte
1254 MERCURE DE FRANCE
atteinte à l'autorité du Concile oecumenique de
Constance , et de ce qu'en quelques lieux , dit- on,
ce Concile s'attribue le droit de dépouiller de leur
dignité les Empereurs et les Rois en cas de désobéissance
à ses Decrets.
Qu'on ne parviendra jamais à rendre la Cour
suspecte dans ses sentimens ni dans sa conduite ,
sur le grand principe de l'indépendance absoluë
de la Souveraineté de nos Rois. Que c'est la minaxime
inviolable sous laquelle ce Sénat auguste
s'est formé ; qu'il ne subsiste et qu'il ne vit pour
ainsi dire , que pour elle ; et que s'il pouvoit cesser
d'être , ces murailles qu'il en a fait retentir
tant de fois depuis plusieurs siecles , sembleroient
encore parler après Tui pour la publier à jamais.
Que la Cour n'a donc pas même à s'offenser
d'un reproche qui tombe par sa seule absurdité.
Qu'elle a parlé du Concile de Constance , comme
on s'est fait en France de tout temps une Loi
de s'en expliquer , c'est à- dire , pour le reconnoître
et pour le maintenir oecuménique. Qu'elle
a désigné singulierement les Decrets contenus
dans les Sessions quatre et cinq , si importants
pour nos maximes ; et qu'en ce point elle a suivi.
encore l'exemple respectable de nos Peres , dans
de qui s'est fait de plus solemnel en faveur des
mêmes Decrets.
Qu'à l'égard de ce qui peut être des termes de
quelques Sessions dont on abuse , c'est un argument
usé que nos plus celebres Ecrivains n'ont
pas laissé sans y répondre. Que l'oecumenicité
du Concile une fois établie , comme il n'est pas
permis en France de la contester ; au lieu de chercher
des prétextes pour lui reprocher une entreprise
sur le Temporel , aussi éloignée de ses vûës,
qu'incapable d'un juste effet , ils n'ont songé avec
I. Vol. raisom
JUIN . 1732 . 1255
raison , qu'à prendre dans un sens plus légitime
ce qui s'est passé dans ses Assemblées , et par la
sagesse éclairée de leurs observations , ils ont
conservé également les droits inviolables des
Puissances Temporelles , et le respect qui lui est
dû. Que c'est ce qu'on n'auroit pas dû dissimuler.
Mais qu'il est visible que l'on n'a cherché qu'à
donner le change ; et que l'audace d'un pareil
Libelle ne peut être condamnée trop séverement.
Que c'est l'objet des Conclusions qu'ils laissent
à la Cour , avec un Exemplaire du Libelle.
' Eux retirez :
Vi ledit Libelle intitulé : Remontrance au Roy
sur l'Arrêt rendu par son Parlement de Paris le 23.
Février 1733. qui ordonne la suppression d'un Imprimé
intitulé , Lettre de M. Leullier à M. le Premier
Président , ensemble les Conclusions par
écrit du Procureur General du Roy. Oui le rapport
de M Louis de Vienne , Conseiller , et la
matiere sur ce mise en délibération .
La Cour a arrêté et ordonné que ledit Libelle
sera laceré et brulé en la Cour du Palais , au pied
du grand Escalier d'icelui , par l'Executeur de la
haute Justice , comme calomnieux et injurieux à
la Cour. Fait inhibitions et deffenses à tous Libraires
, Imprimeurs , Colporteurs et tous autres
de l'imprimer , vendre et debiter , ou autrement
distribuer , sur peine d'être procedé contre eux ..
extraordinairement Enjoint à tous ceux qui en
auroient des Exemplaires de les remettre incessamment
au Greffe Civil , pour y être supprimez ;
Permet au Procureur General du Roy , de faire
informer contre ceux qui ont composé, imprimé,
vendu , debité ou distribué ledit Libelle pardevant
Me de Vienne , Conseiller en icelle , même pardevant
les Lieutenans Criminels ou autres pre-
I. Vol. niers
1256 MERCURE DE FRANCE
miers Officiers des Sieges Royaux du Ressort ,
pour les témoins qui se trouveroient dans l'étendue
desdits Sieges , poursuite et diligence des
Substituts en iceux , pour les informations faites,
rapportées et communiquées au Procurer General
au Roy , être par lui requis , et par la Cour
ordonné ce qu'il appartiendra. Ordonne que
pies collationnées du présent Arrêt , seront envoyées
aux Bailliages eiSénéchaussées du Ressort,
pour y être lê , publié et registré , enjoint anx
Substituts du Procureur General du Roy d'y tenir
la main et d'en certifier la Cour dans le mois.
Fait en Parlement , & c.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En 1733, plusieurs arrêtés et lettres patentes ont été émis en France pour régler des affaires judiciaires et administratives. En août 1732, des lettres patentes ont validé des contrats d'échange de terres entre le roi et divers propriétaires, incluant le sieur Martin, le comte de Villepreux et la Bretesche. En mars 1733, le Parlement a condamné Descorailles, connu sous le nom de Chevalier de Salers, à un banissement de neuf ans et à des amendes pour violences et injures. En mai 1733, le Conseil d'État a interdit aux employés de la Manufacture Royale de la Verrerie de Sèvres de quitter leur poste sans autorisation. En juin 1733, le roi a ordonné la suppression d'un libelle séditieux intitulé 'Lettre à un Prêtre de l'Oratoire'. De plus, le Parlement a condamné et brûlé deux autres libelles, 'Lettre d'un Docteur de Sorbonne à un Évêque de Province' et 'Remontrance au Roy sur l'Arrêt rendu par son Parlement de Paris le 23 février 1733', en raison de leurs contenus injurieux et séditieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 1404-1408
Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Début :
Briasson, Acquereur du Traité de l'Opinion, a fait relier cet Ouvrage en dix [...]
Mots clefs :
Gilbert-Charles Le Gendre, Saint-Aubin-sur-Loire, Chevalier, Seigneur, Conseiller, Trésorier de France, Maître des requêtes, Cabinet du roi, Parlement, Jeton
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Briasson , Acquereur du Traité de l'Opinion
, a fait relier cet Ouvrage en dix
volumes. L'Auteur a trouvé bon d'être
nommé dans les nouveaux Frontispices.
C'est Gilbert- Charles le Gendre , Marquis.
II. Vol.
de
JUIN. 1733. 1405
·
de S. Aubin sur Loire , cy - devant Maître
des Requêtes.
Il est fils de Charles le Gendre , Chevalier
Seigneur de S. Aubin sur Loire ,
Conseiller au Grand- Conseil , dont la
mort est marquée dans le Mercure du
mois d'Avril 1752.
Le grand- pere de Gilbert- Charles le
Gendre de S. Aubin , a été Charles le
Gendre , Chevalier , Seigneur de S. Aubin
sur Loire , Ecuyer Ordinaire de
Henriette d'Angleterre , premiere femme
de Philippe de France , Duc d'Orleans.
Son Bisaïeul a été Paul le Gendre ,
Chevalier Seigneur de S. Aubin sur Loire
, Maître d'Hôtel de Louis XIII. par
Brévet , signé Louis , et plus bas de Lomenie
, du 3. Février 1634. enregistré
en la Chambre aux Deniers le 14, des mêmes
mois et an. Son nom , ses qualitez
et ses armes se voyent dans son Epitaphe
, en l'Eglise de S. Pierre à Moulins.
Paul le Gendre de S. Aubin , Maître
d'Hôtel du Roy , étoit frere de Jacques
le Gendre , Chevalier Seigneur de Lormoy
, Conseiller d'Etat par Brévet du
15. Janvier 1626. La réception dudit
sieur le Gendre et sa prestation de serment
ès mains de M. d'Aligre , Chancelier
, est du 20. Janvier suivant.
II. Vol. Giiij Jacques
1406 MERCURE DE FRANCE
Jacques le Gendre de Lormoy , Conseiller
d'Etat , a laisé Paul le Gendre
Chevalier Seigneur de Lormoy , Secretaire
du Cabinet de Louis XIII. et de-
Louis XIV . et Maître des Requêtes , décedé
dans sa 96. année en 1713. Le feu
Roy , qui l'avoit vû à la Cour pendant
70. ans , l'appelloit le plus ancien de ses
Domestiques.
›
Il a été Pere de Gaspard - François le
Gendre , Maître des Requêtes et Inten- ,
dant des Generalitez de Montauban
d'Auch et de Tours , qui a deux fils
François-Paul le Gendre , Conseiller au
Parlement , et Leon le Gendre de Lormoy
, Mestre de Camp du Régiment Colonel
Géneral de la Cavalerie ou de la
Cornette Blanche.
Paul le Gendre de Lormoy , Secretaire
du Cabinet , a eu deux freres , Jacques
le Gendre , Chanoine de Notre- Dame de
Paris et Abbé d'Anzy le - Duc , décedé
en 1705. et Claude le Gendre , qui étant
Cornette dans le Mestre de Camp Géneral
de la Cavalerie , fut pris par les
Espagnols en 1655. et mourut à l'âge
de 17. ans de ses blessures. Il en est
parlé dans les Mémoires de Bussy sur
la Campagne de 1655. T. 2. in 4. p. 14.
Jacques le Gendre de Lormoy , Con-
II. Vol. seiller
JUIN. 1733
1407
seiller d'Etat , et Paul le Gendre de Saint
Aubin , Maître d'Hôtel du Roy , étoient
fils de Jean le Gendre , Chevalier , Contrôleur
Géneral de la Marine , qui fur
chargé par Henry IV. d'entendre les propositions
faites par Antoine Perez , Ministre
disgracié de Philippe II. aur sujet
de l'augmentation de la Marine en France.
On trouve plus anciennement Claude
le Gendre , Capinaine de so . Hommes
d'Armes en 1526. Pierre le Gendre , Chanoine
de Notre - Dame de Paris , reçû
Conseiller Clerc au Parlement en 1496.
et Pierre le Gendre , Chevalier , Seigneur
d'Alincourt, Trésorier de France et Géneral
des Finances , qui épousa en premieres
Nôces Jeanne Poncher , Soeur d'Etienne
Poncher , Evêque de Paris , puis Archevêque
de Sens , et en secondes Nôces Charlotte
Briçonnet. La premiere déceda sans
enfans ; la seconde n'eut que deux filles
qui moururent le même jour , ainsi que
M.de Thou l'a remarqué.Par ces deux Mariages
Pierre le Gendre, Trésorier de Fran
ce , fut beau frere et neveu de deux Premiers
Ministres.
›
Il y a dans le Cabinet du Roy , un Jetton
frappé aux Armes des le Gendre
qui sont d'azur à la face d'argent, accompagnée
de trois têtes de filles échevelées
11. Vol. d'or G V
1408 MERCURE DE FRANCE
* d'or. Il est écrit sur ce Jetton : Pietrc
le Gendre , Trésorier de France du Roy
Lois douzeïesme de ce nom. Dans plu
sieurs Cabinets de Curieux , on voit un
autre Jetton frappé aux mêmes Armes, sur
lequel il est écrit : P. le Gendre , Cheva
lier , Trésorier de France ; et au revers on
lit : Judica me Deus , et . discerne causam
meam. Ces Armes sont sculptées anciennément
sur une Porte de la Ville de
Magny, et à Paris , .aux Saints Innocents,
à la Chapelle du S. Sépulchre , en dehors.
La Terre de S. Aubin sur Loire , a été
érigée en Marquisat par Lettres du grand
Sceau , datées d'Avril 1717. registrées au
Parlement et à la Chambre des Comptes
de Bourgogne.
, a fait relier cet Ouvrage en dix
volumes. L'Auteur a trouvé bon d'être
nommé dans les nouveaux Frontispices.
C'est Gilbert- Charles le Gendre , Marquis.
II. Vol.
de
JUIN. 1733. 1405
·
de S. Aubin sur Loire , cy - devant Maître
des Requêtes.
Il est fils de Charles le Gendre , Chevalier
Seigneur de S. Aubin sur Loire ,
Conseiller au Grand- Conseil , dont la
mort est marquée dans le Mercure du
mois d'Avril 1752.
Le grand- pere de Gilbert- Charles le
Gendre de S. Aubin , a été Charles le
Gendre , Chevalier , Seigneur de S. Aubin
sur Loire , Ecuyer Ordinaire de
Henriette d'Angleterre , premiere femme
de Philippe de France , Duc d'Orleans.
Son Bisaïeul a été Paul le Gendre ,
Chevalier Seigneur de S. Aubin sur Loire
, Maître d'Hôtel de Louis XIII. par
Brévet , signé Louis , et plus bas de Lomenie
, du 3. Février 1634. enregistré
en la Chambre aux Deniers le 14, des mêmes
mois et an. Son nom , ses qualitez
et ses armes se voyent dans son Epitaphe
, en l'Eglise de S. Pierre à Moulins.
Paul le Gendre de S. Aubin , Maître
d'Hôtel du Roy , étoit frere de Jacques
le Gendre , Chevalier Seigneur de Lormoy
, Conseiller d'Etat par Brévet du
15. Janvier 1626. La réception dudit
sieur le Gendre et sa prestation de serment
ès mains de M. d'Aligre , Chancelier
, est du 20. Janvier suivant.
II. Vol. Giiij Jacques
1406 MERCURE DE FRANCE
Jacques le Gendre de Lormoy , Conseiller
d'Etat , a laisé Paul le Gendre
Chevalier Seigneur de Lormoy , Secretaire
du Cabinet de Louis XIII. et de-
Louis XIV . et Maître des Requêtes , décedé
dans sa 96. année en 1713. Le feu
Roy , qui l'avoit vû à la Cour pendant
70. ans , l'appelloit le plus ancien de ses
Domestiques.
›
Il a été Pere de Gaspard - François le
Gendre , Maître des Requêtes et Inten- ,
dant des Generalitez de Montauban
d'Auch et de Tours , qui a deux fils
François-Paul le Gendre , Conseiller au
Parlement , et Leon le Gendre de Lormoy
, Mestre de Camp du Régiment Colonel
Géneral de la Cavalerie ou de la
Cornette Blanche.
Paul le Gendre de Lormoy , Secretaire
du Cabinet , a eu deux freres , Jacques
le Gendre , Chanoine de Notre- Dame de
Paris et Abbé d'Anzy le - Duc , décedé
en 1705. et Claude le Gendre , qui étant
Cornette dans le Mestre de Camp Géneral
de la Cavalerie , fut pris par les
Espagnols en 1655. et mourut à l'âge
de 17. ans de ses blessures. Il en est
parlé dans les Mémoires de Bussy sur
la Campagne de 1655. T. 2. in 4. p. 14.
Jacques le Gendre de Lormoy , Con-
II. Vol. seiller
JUIN. 1733
1407
seiller d'Etat , et Paul le Gendre de Saint
Aubin , Maître d'Hôtel du Roy , étoient
fils de Jean le Gendre , Chevalier , Contrôleur
Géneral de la Marine , qui fur
chargé par Henry IV. d'entendre les propositions
faites par Antoine Perez , Ministre
disgracié de Philippe II. aur sujet
de l'augmentation de la Marine en France.
On trouve plus anciennement Claude
le Gendre , Capinaine de so . Hommes
d'Armes en 1526. Pierre le Gendre , Chanoine
de Notre - Dame de Paris , reçû
Conseiller Clerc au Parlement en 1496.
et Pierre le Gendre , Chevalier , Seigneur
d'Alincourt, Trésorier de France et Géneral
des Finances , qui épousa en premieres
Nôces Jeanne Poncher , Soeur d'Etienne
Poncher , Evêque de Paris , puis Archevêque
de Sens , et en secondes Nôces Charlotte
Briçonnet. La premiere déceda sans
enfans ; la seconde n'eut que deux filles
qui moururent le même jour , ainsi que
M.de Thou l'a remarqué.Par ces deux Mariages
Pierre le Gendre, Trésorier de Fran
ce , fut beau frere et neveu de deux Premiers
Ministres.
›
Il y a dans le Cabinet du Roy , un Jetton
frappé aux Armes des le Gendre
qui sont d'azur à la face d'argent, accompagnée
de trois têtes de filles échevelées
11. Vol. d'or G V
1408 MERCURE DE FRANCE
* d'or. Il est écrit sur ce Jetton : Pietrc
le Gendre , Trésorier de France du Roy
Lois douzeïesme de ce nom. Dans plu
sieurs Cabinets de Curieux , on voit un
autre Jetton frappé aux mêmes Armes, sur
lequel il est écrit : P. le Gendre , Cheva
lier , Trésorier de France ; et au revers on
lit : Judica me Deus , et . discerne causam
meam. Ces Armes sont sculptées anciennément
sur une Porte de la Ville de
Magny, et à Paris , .aux Saints Innocents,
à la Chapelle du S. Sépulchre , en dehors.
La Terre de S. Aubin sur Loire , a été
érigée en Marquisat par Lettres du grand
Sceau , datées d'Avril 1717. registrées au
Parlement et à la Chambre des Comptes
de Bourgogne.
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Résumé : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente la famille Le Gendre et ses membres notables. Briasson a publié le 'Traité de l'Opinion' en dix volumes, attribuant la paternité de l'œuvre à Gilbert-Charles Le Gendre, Marquis de Saint-Aubin-sur-Loire. Gilbert-Charles est le fils de Charles Le Gendre, Chevalier et Seigneur de Saint-Aubin-sur-Loire, décédé en avril 1752. Son grand-père, également nommé Charles Le Gendre, était Écuyer Ordinaire d'Henriette d'Angleterre. Paul Le Gendre, arrière-grand-père de Gilbert-Charles, fut Maître d'Hôtel de Louis XIII. Jacques Le Gendre, frère de Paul, occupa la fonction de Conseiller d'État. Paul Le Gendre de Lormoy, Secrétaire du Cabinet de Louis XIII et Louis XIV, décéda à l'âge de 96 ans en 1713. Il avait deux frères : Jacques, Chanoine de Notre-Dame de Paris, et Claude, mort à 17 ans en 1755. Jean Le Gendre, père de Jacques et Paul, fut Contrôleur Général de la Marine sous Henri IV. Le texte mentionne également des ancêtres plus lointains, tels que Claude Le Gendre, Capitaine en 1526, et Pierre Le Gendre, Trésorier de France. Les armes de la famille Le Gendre sont décrites et présentes sur divers objets et lieux. La terre de Saint-Aubin-sur-Loire fut érigée en marquisat en 1717.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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59
p. 1453-1455
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On écrit de Londres, que M. Guillaume Rener, convaincu d'avoir publié un Libelle [...]
Mots clefs :
Londres, Roi, Chambre des communes, Parlement, Princesse royale, Chambre des pairs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
One de un
N écrit de Londres , que M. Guillaume Rener
, convaincu d'avoir publié un Libelle
scandaleux et séditieux , intitulé , La Chance de
sept , a été condamné par la Cour du Banc du
Roy, à payer cinquante livres sterlings , à garder
prison pendant deux ans , et à donner pendant
sept des cautions de sa conduite.
Le 24. Juin , vers les quatre heures du soir ,
- le Roy se rendit à la Chambre des Pairs , avec les
ceremonies accoûtumées , et S. M. ayant mandé
la Chambre des Communes , donna son consentement
Royal au Bill , pour employer soo. mille
livres sterlings du fonds d'amortissement , au
service de l'année courante , et pour prendre sur
l'argent restant dans la Caisse de l'Echiquier les
80000. liv. sterl . accordées par le Parlement pour
la Dot de la Princesse Royale , et à plusieurs autres
Bills publics et particuliers ; S. M. fit ensuite
saux deux Chambres le Discours suivant.
Mylords et Messieurs , la saison où nous sommes
, et la diligence avec laquelle vous avez terminé
les affaires publiques , me font trouver à
propos de mettre fin à cette Séance du Parlement.
Messieurs de la Chambre des Communes , je
Nous remercie du zele avec lequel vous avez
II. Vol. I iiij pourvû
1454 MERCURE DE FRANCE
pourvû au service de l'année courante. Je n'ai
jamais demandé aucuns subsides à monPeuple que
ceux qui étoient absolument nécessaires pour
l'honneur , la sûreté et la deffense de ma Personne
et de mon Royaume , et je suis toujours trèssatisfait
, lorsqu'on peut fournir aux dépenses publiques
d'une maniere moins onereuse à mes
Sujets.
Mylords et Messieurs , je ne puis m'empêcher
de remarquer les efforts dont on a eu en dernier
lieu la méchanceté de se servir pour aigrir l'esprit
du Peuple , et pour exciter par les plus injustes
et les plus fausses représentations des tumultes
et des désordres qui ont presque menacé
la tranquillité du Royaume ; mais je me repose
sur la force de la verité pour dissiper des soupçons
mal fondez qui ont été répandus dans le
Public , qu'on formoit des desseins contre la liberté
de la Nation et sur votre fidelité , pour
› renverser et détruire les espérances de ceux qui
se plaisent dans la confusion . C'est mon inclination
, et ç'a toujours été mon étude de conserver
les droits de la Religion et de mes Sujets.De vo
tre côté, appliquez-vous à détromper ceux qui s'en
sont laissé imposer , et à les rendre sensibles au
bonheur dont ils joüissent , et au danger qu'ils
courent,en se laissant entraîner inconsidérément,
par des prétextes peu specieux , à leur propre
destruction.
Ensuite le Lord - Chancelier › par ordre du
Roy , prorogea le Parlement jusqu'au 26. de
Juillet prochain.
Dans la Session d'Amirauté , qui se tint le 16.
de Juin à Old- Baly , le Capitaine Harris , cydevant
Commandant le Vaisseau le Jean et Richard,
fut jugé pour le meurtre du nomméBeard,
II. Val.
JUIN. 1733. 1455
an de ses Matelots , qu'il tua le 2. Juin 173 1.
dans son passage de la Côte de Guinée à la Jamaïque
, et après une Séance d'environ 5. heu
res , il fut condamné à mort .
Le bruit court que le Prince d'Orange n'ira pas
en Angleterre , parce que plusieurs Ducs refursent
de lui ceder le pas , et que son Mariage avec
la Princesse Royale se fera par Procureur , aussi
bien que son installation en qualité de Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere.
One de un
N écrit de Londres , que M. Guillaume Rener
, convaincu d'avoir publié un Libelle
scandaleux et séditieux , intitulé , La Chance de
sept , a été condamné par la Cour du Banc du
Roy, à payer cinquante livres sterlings , à garder
prison pendant deux ans , et à donner pendant
sept des cautions de sa conduite.
Le 24. Juin , vers les quatre heures du soir ,
- le Roy se rendit à la Chambre des Pairs , avec les
ceremonies accoûtumées , et S. M. ayant mandé
la Chambre des Communes , donna son consentement
Royal au Bill , pour employer soo. mille
livres sterlings du fonds d'amortissement , au
service de l'année courante , et pour prendre sur
l'argent restant dans la Caisse de l'Echiquier les
80000. liv. sterl . accordées par le Parlement pour
la Dot de la Princesse Royale , et à plusieurs autres
Bills publics et particuliers ; S. M. fit ensuite
saux deux Chambres le Discours suivant.
Mylords et Messieurs , la saison où nous sommes
, et la diligence avec laquelle vous avez terminé
les affaires publiques , me font trouver à
propos de mettre fin à cette Séance du Parlement.
Messieurs de la Chambre des Communes , je
Nous remercie du zele avec lequel vous avez
II. Vol. I iiij pourvû
1454 MERCURE DE FRANCE
pourvû au service de l'année courante. Je n'ai
jamais demandé aucuns subsides à monPeuple que
ceux qui étoient absolument nécessaires pour
l'honneur , la sûreté et la deffense de ma Personne
et de mon Royaume , et je suis toujours trèssatisfait
, lorsqu'on peut fournir aux dépenses publiques
d'une maniere moins onereuse à mes
Sujets.
Mylords et Messieurs , je ne puis m'empêcher
de remarquer les efforts dont on a eu en dernier
lieu la méchanceté de se servir pour aigrir l'esprit
du Peuple , et pour exciter par les plus injustes
et les plus fausses représentations des tumultes
et des désordres qui ont presque menacé
la tranquillité du Royaume ; mais je me repose
sur la force de la verité pour dissiper des soupçons
mal fondez qui ont été répandus dans le
Public , qu'on formoit des desseins contre la liberté
de la Nation et sur votre fidelité , pour
› renverser et détruire les espérances de ceux qui
se plaisent dans la confusion . C'est mon inclination
, et ç'a toujours été mon étude de conserver
les droits de la Religion et de mes Sujets.De vo
tre côté, appliquez-vous à détromper ceux qui s'en
sont laissé imposer , et à les rendre sensibles au
bonheur dont ils joüissent , et au danger qu'ils
courent,en se laissant entraîner inconsidérément,
par des prétextes peu specieux , à leur propre
destruction.
Ensuite le Lord - Chancelier › par ordre du
Roy , prorogea le Parlement jusqu'au 26. de
Juillet prochain.
Dans la Session d'Amirauté , qui se tint le 16.
de Juin à Old- Baly , le Capitaine Harris , cydevant
Commandant le Vaisseau le Jean et Richard,
fut jugé pour le meurtre du nomméBeard,
II. Val.
JUIN. 1733. 1455
an de ses Matelots , qu'il tua le 2. Juin 173 1.
dans son passage de la Côte de Guinée à la Jamaïque
, et après une Séance d'environ 5. heu
res , il fut condamné à mort .
Le bruit court que le Prince d'Orange n'ira pas
en Angleterre , parce que plusieurs Ducs refursent
de lui ceder le pas , et que son Mariage avec
la Princesse Royale se fera par Procureur , aussi
bien que son installation en qualité de Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, M. Guillaume Rener a été condamné par la Cour du Banc du Roy à payer cinquante livres sterlings, à passer deux ans en prison et à fournir des cautions pour sa conduite après avoir publié un libelle scandaleux et séditieux intitulé 'La Chance de sept'. Le 24 juin, le roi a donné son consentement royal à plusieurs bills, notamment pour employer 500 000 livres sterlings du fonds d'amortissement et pour prélever 80 000 livres sterlings de la Caisse de l'Échiquier pour la dot de la Princesse Royale. Il a prononcé un discours, remerciant les membres du Parlement pour leur zèle et soulignant les efforts malveillants visant à troubler l'ordre public. Il a exprimé sa confiance en la vérité pour dissiper les soupçons et a prorogé le Parlement jusqu'au 26 juillet. Par ailleurs, le capitaine Harris a été jugé et condamné à mort pour le meurtre d'un matelot lors d'un voyage de la Côte de Guinée à la Jamaïque. Des rumeurs circulent également sur le mariage du Prince d'Orange avec la Princesse Royale, qui pourrait se faire par procureur en raison de désaccords protocolaires.
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60
p. 1901-1902
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ARREST du Conseil, du 23. Juin, qui fait deffense aux Officiers des Maitrises, de recevoir [...]
Mots clefs :
Exemption des droits, Conseil, Rochefort, Bestiaux, Grains, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLE S:
RREST du Conseil , du 23. Juin, qui fait
deffense aux Officiers des Maitrises , de recevoir
les cautions et certificateurs des Adjudicataires
, qu'en cas qu'ils soient solvables , à peine
d'en répondre en leurs propres et privez noms.
ORDONNANCE DU ROY , du 24.
Juin , concernant la Compagnie des Bombar
diers , entretenue à Rochefort , laquell : doit être
composée de 40. Bombardiers , qui seront choisis
parmi les Matelots des quartiers dépendans dudit
Port de Rochefort , et d'un Tambour , &c.
ARREST du Conseil du 30 Juin, en interpréta--
tion des Arrêts des à Août et 23 Septemb. 1732
portant prorogation de l'exemption des droits sur
les bestiaux et sur les grains , par lequel S. M. ordonne
1902 MERCURE DE FRANCE
té
donne que lesdits Arrêts , par lesquels elle a prorogé
l'exemption des droits sur les bestiaux et sur
des grains , seront executez pendant le temps porpar
lesdits Arrêts ; sans néanmoins qu'en vertu
d'iceux il puisse être piétendue aucune exemption
des droits dûs aux Sous-Fermes de ses Domaines ,
dont elle veut que le payement soit fait , conformément
aux Pancartes , Tarifs et autres titres
et possession , ainsi qu'ils ont été payez d'ancienneté.
ARREST du Parlement du 7. May 1731 .
nouvellement publié en 1733. pour servir de Reglement
sur le temps et la forme de l'Inventaire
qui pourra être fait dans le cas qu'une Veuve ,
Tutrice de ses enfans mineurs , convolera à de
secondes ou subsequentes Nôces,
ARREST du Parlement, du 13. Juillet 1733.
qui condamne le nommé Antoine Monteil
Complice de Louis-Dominique Cartouche , au
fouet , à la maque des trois Lettres G. A. L. et
aux Galeres à perpetuité.
RREST du Conseil , du 23. Juin, qui fait
deffense aux Officiers des Maitrises , de recevoir
les cautions et certificateurs des Adjudicataires
, qu'en cas qu'ils soient solvables , à peine
d'en répondre en leurs propres et privez noms.
ORDONNANCE DU ROY , du 24.
Juin , concernant la Compagnie des Bombar
diers , entretenue à Rochefort , laquell : doit être
composée de 40. Bombardiers , qui seront choisis
parmi les Matelots des quartiers dépendans dudit
Port de Rochefort , et d'un Tambour , &c.
ARREST du Conseil du 30 Juin, en interpréta--
tion des Arrêts des à Août et 23 Septemb. 1732
portant prorogation de l'exemption des droits sur
les bestiaux et sur les grains , par lequel S. M. ordonne
1902 MERCURE DE FRANCE
té
donne que lesdits Arrêts , par lesquels elle a prorogé
l'exemption des droits sur les bestiaux et sur
des grains , seront executez pendant le temps porpar
lesdits Arrêts ; sans néanmoins qu'en vertu
d'iceux il puisse être piétendue aucune exemption
des droits dûs aux Sous-Fermes de ses Domaines ,
dont elle veut que le payement soit fait , conformément
aux Pancartes , Tarifs et autres titres
et possession , ainsi qu'ils ont été payez d'ancienneté.
ARREST du Parlement du 7. May 1731 .
nouvellement publié en 1733. pour servir de Reglement
sur le temps et la forme de l'Inventaire
qui pourra être fait dans le cas qu'une Veuve ,
Tutrice de ses enfans mineurs , convolera à de
secondes ou subsequentes Nôces,
ARREST du Parlement, du 13. Juillet 1733.
qui condamne le nommé Antoine Monteil
Complice de Louis-Dominique Cartouche , au
fouet , à la maque des trois Lettres G. A. L. et
aux Galeres à perpetuité.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
Entre 1731 et 1733, plusieurs arrêts et ordonnances royaux ont été émis. Le 23 juin, un arrêt du Conseil interdit aux officiers des maistrises de recevoir les cautions et certificateurs des adjudicataires, sauf s'ils sont solvables, sous peine de responsabilité personnelle. Le 24 juin, une ordonnance royale organise la Compagnie des Bombardiers à Rochefort, composée de 40 bombardiers choisis parmi les matelots des quartiers dépendants du port de Rochefort, ainsi qu'un tambour. Le 30 juin, un autre arrêt du Conseil précise que les exemptions de droits sur les bestiaux et les grains, prorogées par des arrêts antérieurs, doivent être exécutées sans affecter les droits dus aux sous-fermiers des domaines royaux. Un arrêt du Parlement du 7 mai 1731, publié en 1733, régit la procédure d'inventaire en cas de remariage d'une veuve tutrice de ses enfants mineurs. Enfin, un arrêt du Parlement du 13 juillet 1733 condamne Antoine Monteil, complice de Louis-Dominique Cartouche, au fouet, à la marque des lettres G.A.L. et aux galères à perpétuité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
p. 2109-2114
ARRESTS NOTABLES.
Début :
LETTRES PATENTES DU ROY, portant Reglement pour la teinture des Laines destinées [...]
Mots clefs :
Roi, Droits, Parlement, Libelle, Procureur général du roi, Provinces, Compiègne, Ordonnance, Ville de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES .
LRegle
ETTRES PATENTES DU ROY , portant
Reglement pour la teinture des Laines destinées
à la fabrique des Tapisseries ; avec l'Instruction
sur le Débouilli desdites Laines. Don
nées à Compiegne le 7. Juillet 1733. Registrées
en Parlement.
ARREST du 23. Juillet , concernant les Parcs
et Pescheries qui sont sur les Greves du ressort
de l'Amirauté de Quimper.
DECLARATION DU ROY , concernant
les Gages intermédiaires et autres Droits . Donnée
à Compiegne le 25. Juillet 1733. Registrée
en la Chambre des Comptes le 4. Septembre.
ARREST du 28. Juillet , qui excepte du
payement des droits de 30. sols pour livre , et
des autres droits réservez , tous les Procez verbaux
de visites , recollemens , martelages , er
baux
zrto MERCURE DE FRANCE
autres actes judiciaires qui seront faits dans ses
bois appartenant aux Communautez Ecclesasti →
ques et Lsiques ; et qui regle les cas o lesdits
droits pourront être perçus.
AUTRE du premier Août , qui modere les
droits de sortie hors du Royaume , et ceux de
marque et de contrôle , sur la vaisselle d'argent
et autres ouvrages d'Orfévrerie d'or ou d'argent,
fabriquez dans la Ville de Paris , qui seront des
tinez pour les Pays Etrangers , commencer du
premier Septembre 1733 .
ORDONNANCE DU ROY , du 2. Août ,
Pour deffendre à tous Capitaines et autres Officiers
des Troupes reglées , d'engager aucun Soldat
des Bataillons de Milice étant en garnison
dans les Places , pour servir dans leurs Compagnies
après que le temps du service desdits Miliciens
sera expiré , où sous quelqu'autre prétexte
que ce soit ; et pour casser et annuller tous en
gagemens de cette espece faits jusqu'à ce jour.
ARREST du 11. Août , qui proroge pour un
an , à compter du IS Octobre prochain , au
15. Octobre 1734. l'exemption des droits portée
par l'Arrêt du 23. Septembre 1732. sur les
bleds , fromens et autres grains , farines et légumes
, qui seront transportez des Provinces des
cinq grosses Fermes dans les Provinces réputées
étrangeres , et des Provinces réputées étrangeres
dan celles des cinq grosses Fermes ; et deffend le
transport desdits grains à l'étranger.
AUTRE du même jour, qui exempte des
droits dûs au Roy ou à ses Fermiers , et des
droits de peages , les grains qui seront trans
portez des Provinces du Royaume dans celle
de Provence , à compter du 15. Septembre 1733.
DESEPTEMBRE
. 1733. 2711
DECLARIATION DU ROY , portant réïnion
à la Ville de Paris des droits attribuez auz
Offices de Rouleurs , Chargeurs et Déchargeurs
de VineDonnée à Compiegne le 16. Août 1733 .
Registrée au Parlement le 18. dudit mois.
I ORDONNANCE DU ROY , du 13. Août ,
qui enjoint de faire arrêter les Mandians , Gens
sans aveu, Ouvriers ou Domestiques qui se tronveront
retirez dans les Auberges ou Logis , s'ils
ne sont munis de Certificats de fidélité. Ordonne
S M. au sieur Herault de tenir la main à l'éxecution
de ladite Ordonnance , qui a été publiée
le 9. Septembre suivant.
ARREST du Parlement du 29. Août , qui
condamne le nommé Bonval à faire Amende
honorable in figuris , et aux Galeres pour trois
ans , préalablement marqué des trois lettres
G. A. L. pour avoir pris un mouchoir , l'Audiance
de la Grand'Chambre tenante.
ARREST du Conseil du 4 Sept. qui casse celui
du Parlement de Bretagne du 22. Sept. 1729.
par lequel il a été ordonné qu'une dénonciacion
faire au Procureur du Roy de Fougeres , d'inscrire
un Procès verbal de faux , seroit suivie à la
requête dudit Procureur du Roy , et ordonne
que par ledit Parlement il sera passé outre au
Jugement de Pappel interjetté par un Faussaunier
, nonobstant ladite prétendue inscription.
AUTRE du 6. Septembre , qui déboute le
nommé Davesiés de sa Requête ; ordonne
qu'elle demeurera supprimée comme témeraire et
remplie de faits faux et injurieux ; et que Toutain
de la Coursiere , Avocat , qui l'a signée ,
de
2112 MERCURE DE FRANCE
demeurera interdit pour un an de ses fonctions.
Ordonne en outre que toutes les Pieces seront
remises au dépôt des anciennes minutes du
Conseil , dont il sera dressé Procès verbal en
la maniere accoûtumée , &c.
ARREST du Parlement , du 7. Septembre
1733. qui condamne un Libelle , &c.
Ce jour , les Gens du Roy sont entrez , ét
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy , portant la parole , ont dit :
MESSIEURS ,
Sous quelle idée et sous quels caracteres pouvons
nous vous présenter le Libelle que notre
devoir nous oblige à vous déférer ? Est - ce comme
une invective sanglante et une déclamation
scandaleuse contre la Cour et le Bareau ? Est-ce
comme un Ecrit audacieux , qui porte ses atteintes
jusqu'au Trône , et n'épargne ni la Majesté
Royale , ni les sages Dépositaires de ses augustes
secrets ? Est- ce enfin comme un flambeau destiné
à tour embraser , et qui ne pourroit servir
qu'à rendre réels , s'il étoit possible , les maux
qu'on veut nous faire envisager ?
C'est , Messieurs , sous tous ces caracteres ensemble
, qui tout à la fois se déclarent dans cet
Ouurage ; et cependant il ose se produire sous le
titre de Lettre d'un Evêque de France au Roy ;
dernier trait par lequel il profane en même tems
' et le nom respectable des Evêques , et le nom
auguste du Roy.
Laissons dans ce Libelle ce qui peut nous regarder
et tant d'autres , et ne croyons pas que
la Cour elle- même soit plus attentive à une in
jure , qu'il est en quelque sorte glorieux de partager
avec tout ce qu'il y a de plus respectable ;
mais il n'est pas permis d'être insensible à ce qui
offense
SEPTEMBRE. 1733 .
2113
offense si ouvertement le respect dû au Souverain
,l'honneur des puissances , et toutes les Loix
de la bienséance publique.
On ne peut marquer trop d'indignation contre
un Ecrit,qui se couvrant des interêts du Roy
et de l'Etat , ose y attenter , pour satisfaire une
passion trop déclarée ; qui sous prétexte de
venger l'Episcopat , ne craint point de mettre
sous un nom si vénérable ses propres excès ; et
qui n'a d'autre objet dans sa licence , que de traverser
toutes sortes de vues pacifiques , capables
d'assurer le calme et la tranquillité .
Un plus grand détail seroit inutile sur un tel
Ouvrage dont la vûë est un scandale , et dont la
lecture suffit pour sa réprobation . Ne songeons
qu'à l'étouffer en vous demandant qu'il soit aboli
par les flammes. C'est à quoi tendent les Conclu
sions par écrit que nous laissons , avec l'Exemplaire
qui est tombé entre nos mains.
Eux retirez :
La
Vu le Libelle intitulé : Lettre d'un Evêque de
France au Roy , datée à la fin ,
Avril 1733 .
matiere sur ce mise en délibération.
La Cour a arrêté et ordonné que ledit Libelle
sera lacéré et brûlé en la Cour du Palais , au pied
du grand Escalier d'iceui , par l'Executeur de la
haute Justice , comme injurieux à l'autorité
Royale et à l'honneur des Parlemens , excitant
au schisme , et tendant à sédition ; fait inhibition
et deffenses à tous Libraires , Imprimeurs ,
Colporteurs et tous autres , de l'imprimer , vendre
et débiter , ou autrement distribuer , sous
peine d'être procedé contre eux extraordinaire,
ment ; enjoint à ceux qui en auroient des Exem
plaires de les remettre incessamment au Greffe
de laCour pour y êtrê supprimez ; ordonne qu'à
Ja requête du Procureur Général du Roy, il serainfote
2114 MERCURE DE FRANCE
•
informé pardevant Me Goifard , Conseiller
pour les témoins qui pourroient être entendus
dans cette Ville de Paris , et à la poursuite et di
ligence de ses Substituts , pardevant les Lieutenans
Criminels ou autres Officiers des Bailliages,.
pour ceux qui pourroient y être entendus; contre.
ceux qui auroient imprimé , vendu , débité ou
autrement distribué ledit Libelle ; pour les informations
faites , rapportées et communiquées au
Procureur Général du Roy , être par lui requis ,
et par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra
ordonne en outre que copies collationnées du
présent Arrêt seront envoyées aux Bailliages et
Sénéchaussées du Ressort , pour y étre lûës
publiées et registrées; enjoint aux Substituts du
Procureur Général du Roy d'y tenir la main ,
et d'en certifier la Cour dans un mois, Fait en
Parlement le sept Septembre mil sept cens trente
trois. Signé , DUFRANC.
Et ledit jour Lundi septième jour de Septembre
audit an,l'heure de midi , en execution de l'Arrêt
cy-dessus , ledit Libelle y mentionné , a été laceré
et jetté au feu , au bas du grand Escalier du Palais
, par l'Executeur de la haute Justice , en présence
de nous Louis Dufranc , l'un des trois premiers.
et principaux Commis pour la Grand Chambre ,
assisté de deux Huissiers de la Cour. Signé
DUFRANC.
LRegle
ETTRES PATENTES DU ROY , portant
Reglement pour la teinture des Laines destinées
à la fabrique des Tapisseries ; avec l'Instruction
sur le Débouilli desdites Laines. Don
nées à Compiegne le 7. Juillet 1733. Registrées
en Parlement.
ARREST du 23. Juillet , concernant les Parcs
et Pescheries qui sont sur les Greves du ressort
de l'Amirauté de Quimper.
DECLARATION DU ROY , concernant
les Gages intermédiaires et autres Droits . Donnée
à Compiegne le 25. Juillet 1733. Registrée
en la Chambre des Comptes le 4. Septembre.
ARREST du 28. Juillet , qui excepte du
payement des droits de 30. sols pour livre , et
des autres droits réservez , tous les Procez verbaux
de visites , recollemens , martelages , er
baux
zrto MERCURE DE FRANCE
autres actes judiciaires qui seront faits dans ses
bois appartenant aux Communautez Ecclesasti →
ques et Lsiques ; et qui regle les cas o lesdits
droits pourront être perçus.
AUTRE du premier Août , qui modere les
droits de sortie hors du Royaume , et ceux de
marque et de contrôle , sur la vaisselle d'argent
et autres ouvrages d'Orfévrerie d'or ou d'argent,
fabriquez dans la Ville de Paris , qui seront des
tinez pour les Pays Etrangers , commencer du
premier Septembre 1733 .
ORDONNANCE DU ROY , du 2. Août ,
Pour deffendre à tous Capitaines et autres Officiers
des Troupes reglées , d'engager aucun Soldat
des Bataillons de Milice étant en garnison
dans les Places , pour servir dans leurs Compagnies
après que le temps du service desdits Miliciens
sera expiré , où sous quelqu'autre prétexte
que ce soit ; et pour casser et annuller tous en
gagemens de cette espece faits jusqu'à ce jour.
ARREST du 11. Août , qui proroge pour un
an , à compter du IS Octobre prochain , au
15. Octobre 1734. l'exemption des droits portée
par l'Arrêt du 23. Septembre 1732. sur les
bleds , fromens et autres grains , farines et légumes
, qui seront transportez des Provinces des
cinq grosses Fermes dans les Provinces réputées
étrangeres , et des Provinces réputées étrangeres
dan celles des cinq grosses Fermes ; et deffend le
transport desdits grains à l'étranger.
AUTRE du même jour, qui exempte des
droits dûs au Roy ou à ses Fermiers , et des
droits de peages , les grains qui seront trans
portez des Provinces du Royaume dans celle
de Provence , à compter du 15. Septembre 1733.
DESEPTEMBRE
. 1733. 2711
DECLARIATION DU ROY , portant réïnion
à la Ville de Paris des droits attribuez auz
Offices de Rouleurs , Chargeurs et Déchargeurs
de VineDonnée à Compiegne le 16. Août 1733 .
Registrée au Parlement le 18. dudit mois.
I ORDONNANCE DU ROY , du 13. Août ,
qui enjoint de faire arrêter les Mandians , Gens
sans aveu, Ouvriers ou Domestiques qui se tronveront
retirez dans les Auberges ou Logis , s'ils
ne sont munis de Certificats de fidélité. Ordonne
S M. au sieur Herault de tenir la main à l'éxecution
de ladite Ordonnance , qui a été publiée
le 9. Septembre suivant.
ARREST du Parlement du 29. Août , qui
condamne le nommé Bonval à faire Amende
honorable in figuris , et aux Galeres pour trois
ans , préalablement marqué des trois lettres
G. A. L. pour avoir pris un mouchoir , l'Audiance
de la Grand'Chambre tenante.
ARREST du Conseil du 4 Sept. qui casse celui
du Parlement de Bretagne du 22. Sept. 1729.
par lequel il a été ordonné qu'une dénonciacion
faire au Procureur du Roy de Fougeres , d'inscrire
un Procès verbal de faux , seroit suivie à la
requête dudit Procureur du Roy , et ordonne
que par ledit Parlement il sera passé outre au
Jugement de Pappel interjetté par un Faussaunier
, nonobstant ladite prétendue inscription.
AUTRE du 6. Septembre , qui déboute le
nommé Davesiés de sa Requête ; ordonne
qu'elle demeurera supprimée comme témeraire et
remplie de faits faux et injurieux ; et que Toutain
de la Coursiere , Avocat , qui l'a signée ,
de
2112 MERCURE DE FRANCE
demeurera interdit pour un an de ses fonctions.
Ordonne en outre que toutes les Pieces seront
remises au dépôt des anciennes minutes du
Conseil , dont il sera dressé Procès verbal en
la maniere accoûtumée , &c.
ARREST du Parlement , du 7. Septembre
1733. qui condamne un Libelle , &c.
Ce jour , les Gens du Roy sont entrez , ét
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy , portant la parole , ont dit :
MESSIEURS ,
Sous quelle idée et sous quels caracteres pouvons
nous vous présenter le Libelle que notre
devoir nous oblige à vous déférer ? Est - ce comme
une invective sanglante et une déclamation
scandaleuse contre la Cour et le Bareau ? Est-ce
comme un Ecrit audacieux , qui porte ses atteintes
jusqu'au Trône , et n'épargne ni la Majesté
Royale , ni les sages Dépositaires de ses augustes
secrets ? Est- ce enfin comme un flambeau destiné
à tour embraser , et qui ne pourroit servir
qu'à rendre réels , s'il étoit possible , les maux
qu'on veut nous faire envisager ?
C'est , Messieurs , sous tous ces caracteres ensemble
, qui tout à la fois se déclarent dans cet
Ouurage ; et cependant il ose se produire sous le
titre de Lettre d'un Evêque de France au Roy ;
dernier trait par lequel il profane en même tems
' et le nom respectable des Evêques , et le nom
auguste du Roy.
Laissons dans ce Libelle ce qui peut nous regarder
et tant d'autres , et ne croyons pas que
la Cour elle- même soit plus attentive à une in
jure , qu'il est en quelque sorte glorieux de partager
avec tout ce qu'il y a de plus respectable ;
mais il n'est pas permis d'être insensible à ce qui
offense
SEPTEMBRE. 1733 .
2113
offense si ouvertement le respect dû au Souverain
,l'honneur des puissances , et toutes les Loix
de la bienséance publique.
On ne peut marquer trop d'indignation contre
un Ecrit,qui se couvrant des interêts du Roy
et de l'Etat , ose y attenter , pour satisfaire une
passion trop déclarée ; qui sous prétexte de
venger l'Episcopat , ne craint point de mettre
sous un nom si vénérable ses propres excès ; et
qui n'a d'autre objet dans sa licence , que de traverser
toutes sortes de vues pacifiques , capables
d'assurer le calme et la tranquillité .
Un plus grand détail seroit inutile sur un tel
Ouvrage dont la vûë est un scandale , et dont la
lecture suffit pour sa réprobation . Ne songeons
qu'à l'étouffer en vous demandant qu'il soit aboli
par les flammes. C'est à quoi tendent les Conclu
sions par écrit que nous laissons , avec l'Exemplaire
qui est tombé entre nos mains.
Eux retirez :
La
Vu le Libelle intitulé : Lettre d'un Evêque de
France au Roy , datée à la fin ,
Avril 1733 .
matiere sur ce mise en délibération.
La Cour a arrêté et ordonné que ledit Libelle
sera lacéré et brûlé en la Cour du Palais , au pied
du grand Escalier d'iceui , par l'Executeur de la
haute Justice , comme injurieux à l'autorité
Royale et à l'honneur des Parlemens , excitant
au schisme , et tendant à sédition ; fait inhibition
et deffenses à tous Libraires , Imprimeurs ,
Colporteurs et tous autres , de l'imprimer , vendre
et débiter , ou autrement distribuer , sous
peine d'être procedé contre eux extraordinaire,
ment ; enjoint à ceux qui en auroient des Exem
plaires de les remettre incessamment au Greffe
de laCour pour y êtrê supprimez ; ordonne qu'à
Ja requête du Procureur Général du Roy, il serainfote
2114 MERCURE DE FRANCE
•
informé pardevant Me Goifard , Conseiller
pour les témoins qui pourroient être entendus
dans cette Ville de Paris , et à la poursuite et di
ligence de ses Substituts , pardevant les Lieutenans
Criminels ou autres Officiers des Bailliages,.
pour ceux qui pourroient y être entendus; contre.
ceux qui auroient imprimé , vendu , débité ou
autrement distribué ledit Libelle ; pour les informations
faites , rapportées et communiquées au
Procureur Général du Roy , être par lui requis ,
et par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra
ordonne en outre que copies collationnées du
présent Arrêt seront envoyées aux Bailliages et
Sénéchaussées du Ressort , pour y étre lûës
publiées et registrées; enjoint aux Substituts du
Procureur Général du Roy d'y tenir la main ,
et d'en certifier la Cour dans un mois, Fait en
Parlement le sept Septembre mil sept cens trente
trois. Signé , DUFRANC.
Et ledit jour Lundi septième jour de Septembre
audit an,l'heure de midi , en execution de l'Arrêt
cy-dessus , ledit Libelle y mentionné , a été laceré
et jetté au feu , au bas du grand Escalier du Palais
, par l'Executeur de la haute Justice , en présence
de nous Louis Dufranc , l'un des trois premiers.
et principaux Commis pour la Grand Chambre ,
assisté de deux Huissiers de la Cour. Signé
DUFRANC.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En 1733, plusieurs actes royaux et arrêts du Parlement de France ont été émis. Le 7 juillet, des lettres patentes régissent la teinture des laines pour tapisseries et leur débouilli. Le 23 juillet, un arrêt concerne les parcs et pêcheries sur les grèves relevant de l'Amirauté de Quimper. Le 25 juillet, une déclaration royale traite des gages intermédiaires et autres droits, enregistrée le 4 septembre à la Chambre des Comptes. Le 28 juillet, un arrêt exonère de certains droits les actes judiciaires dans les bois appartenant aux communautés ecclésiastiques et laïques. Le 1er août, un autre arrêt modère les droits de sortie et de marque sur la vaisselle d'orfèvrerie fabriquée à Paris pour l'exportation. Le 2 août, une ordonnance royale interdit aux officiers des troupes régulières d'engager des soldats des bataillons de milice après la fin de leur service. Le 11 août, un arrêt proroge l'exemption des droits sur les grains transportés entre certaines provinces et interdit leur exportation. Un autre arrêt du même jour exonère de droits les grains transportés vers la Provence. Le 16 août, une déclaration royale réintègre à la ville de Paris les droits attribués aux offices de rouleurs, chargeurs et déchargeurs de vin. Le 13 août, une ordonnance royale ordonne l'arrestation des mendiants et des gens sans aveu non munis de certificats de fidélité. Le 29 août, un arrêt du Parlement condamne Bonval pour vol. Le 4 septembre, un arrêt du Conseil casse une décision du Parlement de Bretagne. Le 6 septembre, un arrêt déboute Davesiés de sa requête et interdit son avocat pour un an. Le 7 septembre, un arrêt du Parlement condamne et brûle un libelle intitulé 'Lettre d'un Évêque de France au Roy' pour ses attaques contre l'autorité royale et les parlementaires.
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62
p. 2440-2443
« TRAITÉ de la Simplicité de la Foy. A Paris, ruë de la vieille Bouclerie, et [...] »
Début :
TRAITÉ de la Simplicité de la Foy. A Paris, ruë de la vieille Bouclerie, et [...]
Mots clefs :
Parlement, Traité, Histoire, Ouvrage posthume, Nouvelle édition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la Simplicité de la Foy. A Paris, ruë de la vieille Bouclerie, et [...] »
TRAITE' de la Simplicité de la Foy.
A Paris , rue de la vieille Bouclerie , et
rue Gist- le - Coeur , chez la Mesle et Heuqueville
, 1733. in 12. de 245. pages .
HISTOIRE CRITIQUE de la Gaule Narbonnoise
, qui comprenoit la Savoye ,
le Dauphiné , la Provence , le Languedọc
, le Roussillon et le Comté de Foix,
avec,
NOVEMBRE. 1733. 2447
avec des Dissertations . A Paris , chez
Grégoire Dupuis , ruë S. Jacques , 1733. in
12. de 574 pages.
TRAITE' DE LA COMMUNAUTE' entre
mari et femme , avec un Traité des Communautez
ou Societez tacites , Par M. Deais
le Brun , Avocat en Parlement , Ouvrage
postume , donné d'abord au Public
par les soins de M. Louis Hideux , Avocat
en Parlement. Nouvelle Edition , augmentée
considerablement de nouvelles
Décisions et de Notes Critiques , par
M ... M ... Avocats en Parlement. A
Paris , rue S. Jacques , chez Cl. Robustel ,
1733. in folio.
CONJURATION de Nicolas Gabrini , dit
de Rienzi , Tyran de Rome en 1347-
Ouvrage Postume du R. P. Du Cerceau ,
de la Compagnie de Jesus . Achevé , retouché
et augmenté par le R. P. Brumoy.
A Paris , chez la Veuve Etienne , ruë
S. Jacques , 1733. in 12 .
RECUEIL de Poësies Diverses du Pere Du
Cerceau , 173 3. quatriéme Edition. Chez
la même , 2. vol. in 12.
LETTRES PHILOSOPHIQUES , sérieuses ;
critiques et amusantes , traitant de la
Pierre Philosophale , de l'incertitude de
la
2442 MERCURE DE FRANCE
la Médecine , de la félicité temporelle
de l'homme , de la nature de l'ame ,
des prétendus Esprits forts qui révoquent
en doute l'immortalité de l'ame , du
retour des Esprits en ce monde , des Génies
, de la Magie , du Célibat , du Mariage
, de la comparaison des deux sexes
des Ris , des Pleurs , de la Mort , des
richesses , des plaisirs du monde , de la
véritable Noblesse , de l'erreur des sens ,
de l'excellence de la Raison , et autres
sujets interessants. A Paris , au Palais
chez Sangrain à la Prudence , 1733 .
in 12. 2. volumes. Tome I. 240. pages.
Tome II. 233. pages.
AURORE ET PHEBUS , Histoire Espagnole.
Au Palais , chez P. Jacques Ribon,
1733. in 12 .
› OEUVRES de M. De Clermont , conte
nant l'Arithmetique Militaire et la Géométrie
- pratique de l'Ingénieur et de
l'Officier. Ouvrage également nécessaire
aux Officiers , aux Ingénieurs et aux
Commençans . A Paris , rue S. Jacques
et Quay des Augustins , chez Witte et
Didot. Nouvelle Edition , in 4. ornée
d'un grand nombre de Planches .
LA
NOVEMBRE. 1733. 2443
LA CONSTANCE DES PROMPTES AMOURS
avec le jouet de l'Amour. A Paris , ruë
S. Jacques , chez André Morin , et ruë
S. Severin , chez Alex. Mesnier , 1733 .
2. vol . in 12. de 500. pages les 2. vol.
NEUVIEME PARTIE des Cent Nonvelles
Nouvelles , de Mad. de Gomez. A
Paris , Quay des Augustins , à S. François,
chez Manduyt , 1733 .
On donnera le inois prochain la dixiéme
partie , et l'on continuera exactement
tous les mois à en donner une
nouvelle.
,
CONTINUATION de l'Histoire du Par
lement de Bourgogne , depuis l'année
1649. jusqu'en 1733. contenant les noms,
surnoms , qualitez , Armes et Blasons des
Présidents Chevaliers , Conseillers
Avocats et Procureurs Géneraux et Greffiers
qui y ont été reçus dans cet intervalle
, avec un précis des Edits et Déclarations
du Roy , portant Création de
Charges en ce Parlement , et des Regle
mens de la Cour.Par M. François Petitor.
infolio. A Dijon, chez Ant. de Fay, 1733 .
A Paris , rue de la vieille Bouclerie , et
rue Gist- le - Coeur , chez la Mesle et Heuqueville
, 1733. in 12. de 245. pages .
HISTOIRE CRITIQUE de la Gaule Narbonnoise
, qui comprenoit la Savoye ,
le Dauphiné , la Provence , le Languedọc
, le Roussillon et le Comté de Foix,
avec,
NOVEMBRE. 1733. 2447
avec des Dissertations . A Paris , chez
Grégoire Dupuis , ruë S. Jacques , 1733. in
12. de 574 pages.
TRAITE' DE LA COMMUNAUTE' entre
mari et femme , avec un Traité des Communautez
ou Societez tacites , Par M. Deais
le Brun , Avocat en Parlement , Ouvrage
postume , donné d'abord au Public
par les soins de M. Louis Hideux , Avocat
en Parlement. Nouvelle Edition , augmentée
considerablement de nouvelles
Décisions et de Notes Critiques , par
M ... M ... Avocats en Parlement. A
Paris , rue S. Jacques , chez Cl. Robustel ,
1733. in folio.
CONJURATION de Nicolas Gabrini , dit
de Rienzi , Tyran de Rome en 1347-
Ouvrage Postume du R. P. Du Cerceau ,
de la Compagnie de Jesus . Achevé , retouché
et augmenté par le R. P. Brumoy.
A Paris , chez la Veuve Etienne , ruë
S. Jacques , 1733. in 12 .
RECUEIL de Poësies Diverses du Pere Du
Cerceau , 173 3. quatriéme Edition. Chez
la même , 2. vol. in 12.
LETTRES PHILOSOPHIQUES , sérieuses ;
critiques et amusantes , traitant de la
Pierre Philosophale , de l'incertitude de
la
2442 MERCURE DE FRANCE
la Médecine , de la félicité temporelle
de l'homme , de la nature de l'ame ,
des prétendus Esprits forts qui révoquent
en doute l'immortalité de l'ame , du
retour des Esprits en ce monde , des Génies
, de la Magie , du Célibat , du Mariage
, de la comparaison des deux sexes
des Ris , des Pleurs , de la Mort , des
richesses , des plaisirs du monde , de la
véritable Noblesse , de l'erreur des sens ,
de l'excellence de la Raison , et autres
sujets interessants. A Paris , au Palais
chez Sangrain à la Prudence , 1733 .
in 12. 2. volumes. Tome I. 240. pages.
Tome II. 233. pages.
AURORE ET PHEBUS , Histoire Espagnole.
Au Palais , chez P. Jacques Ribon,
1733. in 12 .
› OEUVRES de M. De Clermont , conte
nant l'Arithmetique Militaire et la Géométrie
- pratique de l'Ingénieur et de
l'Officier. Ouvrage également nécessaire
aux Officiers , aux Ingénieurs et aux
Commençans . A Paris , rue S. Jacques
et Quay des Augustins , chez Witte et
Didot. Nouvelle Edition , in 4. ornée
d'un grand nombre de Planches .
LA
NOVEMBRE. 1733. 2443
LA CONSTANCE DES PROMPTES AMOURS
avec le jouet de l'Amour. A Paris , ruë
S. Jacques , chez André Morin , et ruë
S. Severin , chez Alex. Mesnier , 1733 .
2. vol . in 12. de 500. pages les 2. vol.
NEUVIEME PARTIE des Cent Nonvelles
Nouvelles , de Mad. de Gomez. A
Paris , Quay des Augustins , à S. François,
chez Manduyt , 1733 .
On donnera le inois prochain la dixiéme
partie , et l'on continuera exactement
tous les mois à en donner une
nouvelle.
,
CONTINUATION de l'Histoire du Par
lement de Bourgogne , depuis l'année
1649. jusqu'en 1733. contenant les noms,
surnoms , qualitez , Armes et Blasons des
Présidents Chevaliers , Conseillers
Avocats et Procureurs Géneraux et Greffiers
qui y ont été reçus dans cet intervalle
, avec un précis des Edits et Déclarations
du Roy , portant Création de
Charges en ce Parlement , et des Regle
mens de la Cour.Par M. François Petitor.
infolio. A Dijon, chez Ant. de Fay, 1733 .
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Résumé : « TRAITÉ de la Simplicité de la Foy. A Paris, ruë de la vieille Bouclerie, et [...] »
Le document recense des ouvrages publiés en 1733 à Paris et dans d'autres villes. Parmi les titres notables figurent 'Traité de la Simplicité de la Foy' et 'Histoire Critique de la Gaule Narbonnoise', couvrant des régions telles que la Savoie, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, le Roussillon et le Comté de Foix. D'autres ouvrages mentionnés incluent 'Traité de la Communauté entre mari et femme' par M. Deais le Brun, 'Conjuration de Nicolas Gabrini' par le R. P. Du Cerceau, et 'Recueil de Poésies Diverses' du même auteur. Le document liste également des œuvres philosophiques comme 'Lettres Philosophiques' abordant la médecine, l'âme et la magie, ainsi que des ouvrages techniques tels que 'Œuvres de M. De Clermont' sur l'arithmétique militaire et la géométrie pratique. Des recueils de nouvelles et des continuations historiques, comme 'La Constance des Promptes Amours' et 'Continuation de l'Histoire du Parlement de Bourgogne', sont également cités.
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63
p. 2516-2519
Cérémonie remarquable. [titre d'après la table]
Début :
Le Mardi 10 Novembre, le R. P. D. Jean-Hilaire Tripret, Prieur du Monastere [...]
Mots clefs :
Religieux, Fondation, Parlement, Cérémonie, Président, Monastère, Bonnets, Saint-Martin-des-Champs
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texteReconnaissance textuelle : Cérémonie remarquable. [titre d'après la table]
Le Mardi 10 Novembre , le R. P. D.
Jean -Hilaire Tripret, Prieur du Monastere
de S. Martin des Champs de cetre
Ville ,se transporta à l'Hôtel de M. le
Premier Président du Parlement , et eut
l'honneur de lui présenter , selon la coûttume
, deux Bonnets de Palais , avec la
cérémonie et la formule usitées dans l'Acte
dont nous allons parler. Le méme ReliNOVEMBRE.
1733. 2517
ligieux alla tout de suite chez le Premier
Huissier du Parlement , et lui presenta
une paire de Gands et une Ecritoire.
Cette ceremonie se pratique annuellement
, pour satisfaire à l'Acte d'une Fondation
solemnelle , faite en faveur du
Monastere de S. Martin des Champs, par
Philippe , Seigneur de Morviller, de Clary
et de Charenton , Premier President
du Parlement , et par Dame Jeanne du
Drac , son Epouse , le 4 Decembre 1426.
confirmée et homologuée par Arrêt de la
Cour , du même jour , qui commence
ainsi : HENRICUS , Dei Gratia , Francorum
et Anglia Rex , & c.
Le premier article de cette Fondation
porte , que lesdits Fondateurs et chacun
d'eux pourront être ( si bon leur semble ) enserrez
et sépulturez en ladite Eglise et Monastere
de S. Martin des Champs , en la
Chapelle de S. Nicolas , & c.
Dans les 14 et 15 articles on lit ce qui
suit. Item : » Que chacun an , la veuille
» de la Fête Monsieur S. Martin d'Hy-
» ver , au matin avant midi , sera fait
présent à Monseigneur le Premier Pré-
» sident de Parlement, qui pour le temps
» sera , par le Maire desdits Religieux ,
» Prieur et Convent dudit S. Martin , et
»par un d'iceux Religieux , de deux
Bonnets
2518 MERCURE DE FRANCE
» Bonnets à oreilles , l'un double, et l'autre
sengle , en disant telles paroles :
Monseigneur , Messire PHILIPPE DE MORVILLER
, en son vivant , Premier Président
en Parlement , fonda en l'Eglise et Monas- :
tere Monsieur S. Martin des Champs , à
Paris , une Messe perpetuelle , et certain
autre Service divin ; et ordonna pour la mé«
moire et conservation de ladicte Fondation :
éue donné et présenté chacun an à ce jour,
à Monseigneur le Premier President de Par
lement, qui pour le temps seroit,par le Maire
desdits Religieux et un d'iceux Religieux , ce
don et present , lequel il vous plaise prendre.
en gré. » Et sera ledit don et présent desdits
Bonnets du prix de vingt sols Parisis
, eu égard à là monnoye de present ,
» ayant cours.
»
Item. » Et avec ce sera fait don et pré- .
sent audit jour , par ledict Maire desdits :
Religieux et un d'iceux Religieux , au
» premier Huissier de Parlement , qui
pour le temps sera , de ungs Gands et
>> une Escriptoire , en disant : Sire , Messire
PHILIPPE DE MORVILLER , en son vivant
, Premier Président en Parlement,fon
da en l'Eglise et Monastere de Monsieur ‹
S. Martin des Champs , uunnee Messe Messe perpetuelle
, et certain autre Service divin , et ore
denna pour la mémoire et conservation de
las
NOVEMBRE. 1733. 2519:
"
ladite Fondation, être donné et presenté chacun
an , à ce jour , au premier Huissier de
Parlement , qui pour le temps seroit ,, par le
Maire Religieux , et un d'iceux Religieux ,
ce don et présent , lequel vous plaise prendre
en gré. Lesquelles paroles seront
» baillées par escrit au dessus nommez
» Maire , et Religieux , et sera le don et
» present desdits Gands et Escriptoire , de
douze sols parisis , en regard à la mon-
» noye ayant cours de présent.
A la suite de l'Arrêt , dans lequel toute
la Fondation est rapportée , sont aussi
les Lettres d'approbation et de consentement
de l'Abbé de Cluny , Superieur
General , et plusieurs autres Actes qui
regardent cette Fondation , laquelle fut
faite pour la somme de seize cent livres
tournois , une fois payée , &c. Les Originaux
sont conservez dans les Archives
du Monastete , et exactement imprimez
dans un Ouvrage curieux , devenu rare ,
qui en contient l'Histoire. Il nous a été
tres obligeamment communiqué par les
Religieux de S. Martin des Champs. En
voici le titre : MARTINIANA, id est, Littera
Tituli , Carta , Privilegia , &c. Monasterii
seu Prioratûs Conventualis S. MARTINI
Campis, Parisiis, Ordin , Clun . & C. 1.vol,
8. Parisiis, 1606,
Jean -Hilaire Tripret, Prieur du Monastere
de S. Martin des Champs de cetre
Ville ,se transporta à l'Hôtel de M. le
Premier Président du Parlement , et eut
l'honneur de lui présenter , selon la coûttume
, deux Bonnets de Palais , avec la
cérémonie et la formule usitées dans l'Acte
dont nous allons parler. Le méme ReliNOVEMBRE.
1733. 2517
ligieux alla tout de suite chez le Premier
Huissier du Parlement , et lui presenta
une paire de Gands et une Ecritoire.
Cette ceremonie se pratique annuellement
, pour satisfaire à l'Acte d'une Fondation
solemnelle , faite en faveur du
Monastere de S. Martin des Champs, par
Philippe , Seigneur de Morviller, de Clary
et de Charenton , Premier President
du Parlement , et par Dame Jeanne du
Drac , son Epouse , le 4 Decembre 1426.
confirmée et homologuée par Arrêt de la
Cour , du même jour , qui commence
ainsi : HENRICUS , Dei Gratia , Francorum
et Anglia Rex , & c.
Le premier article de cette Fondation
porte , que lesdits Fondateurs et chacun
d'eux pourront être ( si bon leur semble ) enserrez
et sépulturez en ladite Eglise et Monastere
de S. Martin des Champs , en la
Chapelle de S. Nicolas , & c.
Dans les 14 et 15 articles on lit ce qui
suit. Item : » Que chacun an , la veuille
» de la Fête Monsieur S. Martin d'Hy-
» ver , au matin avant midi , sera fait
présent à Monseigneur le Premier Pré-
» sident de Parlement, qui pour le temps
» sera , par le Maire desdits Religieux ,
» Prieur et Convent dudit S. Martin , et
»par un d'iceux Religieux , de deux
Bonnets
2518 MERCURE DE FRANCE
» Bonnets à oreilles , l'un double, et l'autre
sengle , en disant telles paroles :
Monseigneur , Messire PHILIPPE DE MORVILLER
, en son vivant , Premier Président
en Parlement , fonda en l'Eglise et Monas- :
tere Monsieur S. Martin des Champs , à
Paris , une Messe perpetuelle , et certain
autre Service divin ; et ordonna pour la mé«
moire et conservation de ladicte Fondation :
éue donné et présenté chacun an à ce jour,
à Monseigneur le Premier President de Par
lement, qui pour le temps seroit,par le Maire
desdits Religieux et un d'iceux Religieux , ce
don et present , lequel il vous plaise prendre.
en gré. » Et sera ledit don et présent desdits
Bonnets du prix de vingt sols Parisis
, eu égard à là monnoye de present ,
» ayant cours.
»
Item. » Et avec ce sera fait don et pré- .
sent audit jour , par ledict Maire desdits :
Religieux et un d'iceux Religieux , au
» premier Huissier de Parlement , qui
pour le temps sera , de ungs Gands et
>> une Escriptoire , en disant : Sire , Messire
PHILIPPE DE MORVILLER , en son vivant
, Premier Président en Parlement,fon
da en l'Eglise et Monastere de Monsieur ‹
S. Martin des Champs , uunnee Messe Messe perpetuelle
, et certain autre Service divin , et ore
denna pour la mémoire et conservation de
las
NOVEMBRE. 1733. 2519:
"
ladite Fondation, être donné et presenté chacun
an , à ce jour , au premier Huissier de
Parlement , qui pour le temps seroit ,, par le
Maire Religieux , et un d'iceux Religieux ,
ce don et présent , lequel vous plaise prendre
en gré. Lesquelles paroles seront
» baillées par escrit au dessus nommez
» Maire , et Religieux , et sera le don et
» present desdits Gands et Escriptoire , de
douze sols parisis , en regard à la mon-
» noye ayant cours de présent.
A la suite de l'Arrêt , dans lequel toute
la Fondation est rapportée , sont aussi
les Lettres d'approbation et de consentement
de l'Abbé de Cluny , Superieur
General , et plusieurs autres Actes qui
regardent cette Fondation , laquelle fut
faite pour la somme de seize cent livres
tournois , une fois payée , &c. Les Originaux
sont conservez dans les Archives
du Monastete , et exactement imprimez
dans un Ouvrage curieux , devenu rare ,
qui en contient l'Histoire. Il nous a été
tres obligeamment communiqué par les
Religieux de S. Martin des Champs. En
voici le titre : MARTINIANA, id est, Littera
Tituli , Carta , Privilegia , &c. Monasterii
seu Prioratûs Conventualis S. MARTINI
Campis, Parisiis, Ordin , Clun . & C. 1.vol,
8. Parisiis, 1606,
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Résumé : Cérémonie remarquable. [titre d'après la table]
Le 10 novembre 1733, le Père Jean-Hilaire Tripret, Prieur du Monastère de Saint-Martin-des-Champs à Paris, effectua une cérémonie annuelle. Il se rendit d'abord à l'Hôtel du Premier Président du Parlement pour lui offrir deux Bonnets de Palais. Ensuite, il se dirigea chez le Premier Huissier du Parlement pour lui présenter une paire de gants et une écritoire. Cette tradition commémore une fondation solennelle établie le 4 décembre 1426 par Philippe, Seigneur de Morviller, et Dame Jeanne du Drac, son épouse, tous deux Premier Président du Parlement. Cette fondation, confirmée par un arrêt de la Cour le même jour, permet aux fondateurs d'être inhumés dans la Chapelle de Saint-Nicolas du Monastère. Les articles 14 et 15 de la fondation stipulent que chaque année, à la veille de la fête de Saint-Martin, le Prieur et un religieux doivent offrir les Bonnets au Premier Président et les gants ainsi que l'écriture à l'Huissier, accompagnés de formules spécifiques. Les dons sont évalués à vingt sols pour les Bonnets et douze sols pour les gants et l'écriture. Les documents originaux de cette fondation sont conservés dans les archives du Monastère et ont été imprimés dans un ouvrage intitulé 'Martiniana' publié en 1606.
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64
p. 2530-2543
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ARREST du 22. Octobre, rendu au sujet de deux Imprimez répandus sous le nom de [...]
Mots clefs :
Rentes, Forme, Rentiers, Parlement, Rentes viagères, Arrérages, Cour, Roi, Royaume, Compagnies, Classe, Subdivision, Contrats, Notaires, Acquéreurs
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES.
sous
RREST du 22. Octobre , rendu au sujet de
deux Imprimez répandus sous le nom de
Mandemens de M. l'Evêque de Laon , &c. dont
voici la teneur. ,
Le Roi s'étant fait représenter deux Imprimez
qui paroissent depuis quelques jours , sans que le
nom de l'Imprimeur , ni le lieu de l'impression
y soient marquez , l'un sous le titre de Mande
ment de M. l'Evêque Duc de Laon , contre des
Ecrits intitulez : Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 173 3. et Arrêt de la Cour du Parlement
du 23. Fevrier 1733. donné le 10. May
1733. et enregistré le 20. May au Greffe de l'Offi
cialité ; Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon,
second Pair de France , &c. au sujet de quatre
Imprimez qui sont énoncez dans ledit titre, S. M.
auroit reconnu , l'examen qu'elle en a
fait faire dans son Conseil , que ces deux ouvra
ges , soit par les traits qui y sont répandus sans
menagement, soit par les questions qu'on y agite
une maniere aussi peu mesurée,ne peuvent servit
par
qu'à
•
NOVEMBRE. 1733. 253 2
qu'à ranimer la chaleur des disputes , et à aug
menter un feu que le Roy travaille continuellement
à éteindre dans son Royaume ; Que d'ailleurs,
par l'usage qu'on y veut faire des censures,
on retombe dans les mêmes excès que Sa Majesté
a déja été obligée de réprimer par son Arrêt
du 29. Septembre 173 1. qu'on y entreprend
même de s'élever contre la regle que le Roy a
renouvellée par ses Déclarations du 4. Août 1720
et du 24. Mars 1730. en deffendant d'exiger
directement ou indirectement aucunes nouvelles
formules de souscription , à l'occasion des
Bulles des Papes qui sont reçûës dans ce Royau
me , n'étant permis d'en introduire sans déli-
» bération des Evêques , revétus de l'authorité
» du Roy qu'enfin on s'y explique en plusieurs
endroits d'une maniere capable d'exciter de nouveau
les disputes qui s'étoient élevées sur la distinction
des deux Puissances , et dont le Roy a
jugé à propos de suspendre le cours. Qu'ainsi ces
deux Ecrits étant contraires aux Arrêts que S.M.
a rendus sur ce sujet , et entr'autres à celui du
2. Septembre qui ordonne la suppression d'une
Instruction Pastorale du Sr Evêque de Laon ; le
Roy , qui s'est réservé la connoissance de l'execution
de ces Arrêts , ne sçauroit interposer trop
promptement son authorité contre des Ouvrages
dont les suites peuvent être si dangereuses .
A quoi étant nécessaire de pourvoir , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que lesdits Ecrits , dont l'un a pour titre ,
Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon , contre
des Ecrits intitulez , Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 1733. et Arrêt de la Cour du
Parlement du 23. Février 1733. donné le 10. May!
mil sept cent trente-trois et enregistré le vingt May
L.V)
de
2532 MERCURE DE FRANCE
de la même année à l'Officialité , et dont l'autre
est intitulé , Mandement de M. l'Evêque Due
de Laon , second Pair de France. Comte d'Anisy
, &c. au sujet des quatre Imprimez , dont
P'un apour titre , Arrêté du Parlement du 6. May
1733. Le second , Très -humbles et très - respectueuses
Remontrances que présentent au Roy
notre très - honoré et souverain Seigneur , les
Gens de sa Cour de Parlement , en date du 15.
du même mois . Le troisiéme , Arrêté du Parlement
fait après le comte que M. le Premier Président
a rendu aux Chambres assemblées , de la
Réponse du Roy aux Remontrances du 19. May
1733. Le quatriéme , Instruction Pastorale de
M. l'Evêque de Montpellier , adressée au Clergé
et aux fideles de son diocese , au sujet des miracles
que Dieu fait en faveur des Appellans de la
Bulle Unigenitus 1733. donné à Laon le 1. Juillet
1733. seront et demeureront supprimez , comme
contraires et attentatoires à l'authorité des Decla
rations et Arrêts de Sa Majesté , tendans à émouvoir
les esprits , et à troubler la tranquillité publique.
Enjoint Sa Majesté à tous ceux qui en ont
des exemplaires , de les remettre incessamment au
Greffe du Conseil , pour y être supprimez. Fait
deffenses à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, et autres , de quelque état ou condition
qu'ils soient , d'en imprimer , vendre , debiter,
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire ;
ORDONNANCE du premier Novembre
portant permission aux Capitaines des Régimens
d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons , qui
servent en Italie , de recevoir dans leurs Compagnies
jusques à cinq hommes de nation étrangère.
AUTRE
NOVEMBRE . 1733. 2533
AUTRE du même jour , portant augmentation
des Troupes , par laquelle il est dit que S. M. jugeant
à propos de faire une augmentation dans
ses Troupes , afin de les mettre en état d'être encore
plus utilement employées pour son service ,
a ordonné et ordonne que les XI . Articles con
tenus dans ladite Ordonnance seroient executez
selon leur forme et teneur , & c.
AUTRE du même jour , pour établir un troisième
Officier dans toutes les Compagnies des
Regimens d'Infanterie Erançoise.
AUTRE du f . Novembre , qui admet à profiter
de l'Amnistie du 17. Janvier 1730 , les Cavaliers
, Dragons , Soldats et Miliciens qui ayant
deserté avant ledit jour , ne seront pas rentrez
dans le Royaume dans le terme qui leur étoit
prescrit , à condition d'aller servir à l'Armée
d'Italie.
AUTRE du 9. Novembre , portant deffenses
de transporter des grains hors du Royaume.
AUTRE du 10. Novembre , pour augmenter
d'un Bataillon chacun des Régimens de son Infanterie
qui y sont nommez ; sçavoir , de Picardie
, Champagne , Navarre , Piemont , Norman-
>
Marine, Richelieu , Bourbonnois , Auvergne
, Tallard , Pons , Royal Poitou
Lyonnois , et celui de Monseigneur le Dauphin.
Ordonne S. M. aux Colonels desdits Régimens
tenir la main à ce que lesdites Compagnies soient
mises sur pied du nombre de 40. hommes habillez
et armez entre cy et le premier Mars
prochain , &c.
AUTRE
2534 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , pour augmenter de
14 hommes , chacune des trente Compagnies
ordinaires du Régiment des Gardes Françoises.
AUTRE du même jour , portant augmenta⇒
tion des Compagnies franches de Dragons .
AUTRE du même jour , pour augmenter les
Compagnies franches d'Infanterie.
AUTRE du même jour , pour augmenter de
quarante hommes les anciennes Compagnies des
huit Régimens Suisses , et en lever huit nouvelles
de deux cens hommes chacune.
"
AUTRE du 12. Novembre concernant la Milice
, par laquelle il est dit que S. M. ayant résolu
d'augmenter les Milices qui ont été levéesen
execution de son Ordonnance du 25. Février
1726. de trente nouveaux Bataillons , composez
de 684. hommes chacun ; même de mettre audit
nombre de 684. les 93. Bataillons qui sont actuellement
sur pied , pour les égaler en force
aux Bataillons de Troupes reglées ; comme aussi
de faire commander les Compagnies de Milice ,
par un grand nombre d'Officiers , avec une paye
annuelle et dans une forme differente de celles :
qui ont été établies par les Ordonnances préce-,
dentes ; Elle a ordonné que les 20 Articles contenus
dans ladite Ordonnance , seroient executez
selon leur forme et teneur , au bas de laquelle il
y a un Etat contenant la répartition de 123. Ba
taillons de Milices , composez de 684. hommes ;
qui doivent être fournis par les Provinces et Ge
neralitez du Royaume qui y sont dénommez , -
tant de l'Ordonnance du 25. Février 1716. que
de la presente , &C.
EDIT
NOVEMBRE. 1733. 2535
i
EDIT DU ROY , portant création de Ren
tes Viageres , en forme de Tontine. Donné
Fontainebleau , au mois de Novembre 1733*-
Registré en Parlement , fe 2 Decembre 1733 .
Louis , par la Grace de Dieu , &c. A. tous presens
et à venir : Salut. Etant informé que les
Rentes Viageres , dites Tontine , créées par no
tre tres-honoré Seigneur et Bisayeul, de glorieuse
mémoire , ont été levées avec empressement,
par l'avantage que nos Sujets y trouvoient, de sé
procurer des revenus considerables , avec une
somme modique ; et que l'exactitude avec la
quelle le payement de ces Rentes s'est toujours
fait , même dans les temps les plus difficiles , depuis
leur création jusqu'à present , sans aucune
diminution ni retranchement , leur faisoit sou
haiter que nous voulussions bien en faire une
nouvelle création : Nous nous y sommes déterminez
avec plaisir : Et Nous avons même jugé à
propos , pour l'avantage de nos Sujets , de subdiviser
chaque Classe en plusieurs parties, afin de
partager la jouissance des Rentiers décedez , entre
un plus grand nombre de Rentiers suivans ; de
maniere que le suivant de chaque subdivision
jouira de la totalité des Rentes , dont elle sera
composée ; au moyen de quoi il y aura plusieurs
survivans par chaque Classe , au lieu qu'il n'y
en avoit ordinairement qu'un dans les premieres
Tontines , qui joüissoit des Rentes de sa Classe ..
A ces causes , et autres à ce Nous mouvans , de
l'avis de notre Conseil , et de notre certaine
science , pleine puissance er authorité Royale
Nous avons par notre présent Edit perpetuel ett
irrévocable , dit , statué et ordonné, disons , statuons
et ordonnons , Voulons et Nous plaît.
ART. L. Que par les Commissaires qui seront
par Nous députez , il soit vendu et aliené à nos
chers
2436 MERCURE DE FRANCE
€
chers et bien amez les Prevôt des Marchands et
Echevins de nôtre bonne ville de Paris , un million
cinquante mille livres actuelles et effectives
de rentes viageres , à prendre sur le produit de
nos droits d'Aydes et Gabelles , et des cinq grosses
fermes , que Nous avons declarez et declarons
specialement , et par privilege , affectez et
hypothequez au payement des arrerages desdites
rentes , même par preference à la partie de nôtre
Tresor Royal.
ART. II . Voulons que les constitutions particulieres
en soient faites par les Prevôt des Mar.
chands et Echevins de nôtre bonne ville de Paris,
à ceux de nos sujets , aux étrangers non naturalisez
, même à ceux qui seront demeurans hors
de nôtre Royaume, pays , Terres et Seigneuries de
nôtre obéissance , qui les voudront acquerir ;
renonçant pour cet effet à tous droits d'aubaine
, et autres qui pourroient Nous appartenir >
même à ceux de confiscation , en cas que les particuliers
, au profit de qui lesdites rentes seront
constituées , fussent sujets des Princes et Etats
contre lesquels Nous serions en guerre ,
Nous les avons relevez et dispensez .
>
dont
ART. III . Voulons que les Contrats de constitution
desdites rentes soient passez pardevant
tels Notaires que les acquereurs vaudront choisir
, pour en jouir par eux leur vie durant , comme
de leur propre chose , vray er loyal acquêr
pleinement et paisiblement , en vertu de leurs
contrats, et en être payez actuellement et effectivement
par demi- année , à Bureau ouvert ,
deux payemens par chacun an , sans que lesdites
rentes puissent être réduites ni retranchées , sous
quelque prétexte que ce puisse être. Et seront les
Contrats de constitution desdites rentes ,delivrez
gratuitement aux acquereurs par les Notaires ,
en
aus
NOVEMBRE. 1733. 2537
ausquels il sera par Nous pourvû d'un salaire raisonnable.
IV. Le million cinquante mille livres de
rentes , sera distribué, en sept classes , de cent
cinquante mille livres chacune , et chaque classe
subdivisée en trente parties de cinq mille livres
, qui seront remplies de suite ; de maniere
qu'aussi- tôt qu'une desdites trente parties de
cinq mille livres de rente se trouvera levée , les
nouveaux acquereurs seront inscrits dans la seconde
subdivision , et ainsi successivement dans.
la troisiéme et suivantes , jusqu'à la concurrence
desdites cent cinquante mille livres de rentes ,
dont la classe sera composée : La premiere , des
enfans depuis un an jusqu'à dix ans accomplis ; la
deuxième, de dix ans jusqu'à vingt ; la troisième
de vingt ans jusqu'à trente ; la quatrième , de
trente ans jusqu'à quarante ; la cinquième de
quarante ans jusqu'à cinquante ; la sixième , de
cinquante ans jusqu'à soixante ; et la septième et
derniere , de soixante ans jusqu'à soixante-dix.et
au-dessus .
V. Chaque Action sera de trois cens livres de
capital , et il sera permis à chaque Rentier , d'en
prendre tel nombre qu'il lui plaira dans chaque
subdivision de sa classe , pour lesquelles il lui sera
expedié un ou plusieurs Contrats, à son choix.
VI. Comme il ne seroit pas juste que les personnes
moins avancées en âge , qui selon le
cours de nature doivent plus long- tems jouir
desdites Rentes , en tirassent un aussi fort revenu
que ceux d'un âge plus avancé , ordonnons
que les Rentiers des deux premieres classes , jusqu'à
l'âge de vingt ans accomplis , seront payez
des interêts de leur capital sur le pied du Denier
Quatorze , ceux de la troisiéme et quatriéme
depuis vingt ans jusqu'à quarante , sur le pied
du
2528 MERCURE DE FRANCE
du Denier Douze ; ceux de la cinquième et
sixiéme , depuis quarante ans jusqu'à soixante ,
sur le pied du Denier Dix ; et ceux de la septième
depuis soixante ans jusqu'à soixante - dix et au
dessus , à raison du Denier Huit .
VII. Lorsque les acquereurs desdites Rentes
viageres viendront à déceder , les arrerages dont
ils jouissoient , appartiendront par accroissement
aux survivans de la même subdivision dans laquelle
ils seront employez , et seront distribuez
entre eux d'année en année au sol la livré jusqu'au
dernier mourant , sans que lesdites Rentes
puissent être censées éteintes à nôtre profit par
le décès des acquereurs ; sinon après le décès du
dernier Rentier de chaque subdivision de classe ;
ensorte que le dernier vivant de chaque subdivision
de chacune desdites classes , recueillera
seul le revenu de tous les capitaux qui compose
ront ladite subdivision ; et toutes les Rentes
comprises en icelle demeureront éteintes et
amorties à notre profit , après la mort du dernier
Rentier de ladite subdivision .
VIII. Ceux qui acquerront lesdites Rentes
seront tenus de justifier leur âge par des Extraits
baptistaires en bonne forme , et dûement légalisez
ou actes de notorieté équipolents ; et à l'é
gard des étrangers demeurans hors de nôtre
Royaume, ils seront tenus, outre lesdits Extraitsbaptistaires,
ou autres actes équipolents , de rapporter
des certificats de nos Ambassadeurs , Envoyez
, Résidens ou Consuls de la Nation Françoise,
dans les Cours , Etats , ou Villes étrangeres
où ils demeureront , portant qu'ils se sont
presentez devant eux , et qu'ils leur ont représenté
lesdits Extraits- baptistaires : ou autres actes
équipolents , annexez aux minutes des Contrats
de constitution desdites Rentes,
IX
NOVEMBRE. 1733 2539
IX. Le Bureau sera ouvert à notre Trésor
Royal , huit jours après l'enregistrement de nô
tre present Edit,pour y recevoir les deniers capitaux
desdites Rentes , et en délivrer des quittan →
ces sur lesquelles les Contrats seront passez , pour
être ensuite procedé à la confection des listes de
chaque classe , et par Nous pourvû à la distribution
du fonds necessaire pour le payement des
Rentes de chacune , à raison du Denier ci- dessus
mentionné.
X. Ceux qui acquerront lesdites Rentes viageres
avant le premier Janvier prochain , en aufont
la jouissance à commencer du premier Octobre
dernier , et ceux qui les acquerront avant
le premier Avril , en jouiront du premier Janvier
: lequel temps passé, le Bureau de la Recet
te desdits capitaux demeurera fermé .
XI. Le payement des arrerages desdites Rentesse
fera par les Payeurs qui seront créez à cet effet
, et ainsi qu'il se pratique pour les autres Rentes
de l'Hôtel de Ville,ausquels Payeurs les fonds
seront remis chaque année , par les Fermiers de
nos Aydes et Gabelles et autres Fermes.
XII. Voulons que la presente Tontine soit di
rigée en la même forme et maniere,que les trois
autres ci-devant créées ; et qu'en consequence
le Prevôt des marchands de nôtredite Ville de
Paris procéde à la nominatiou des Syndics honoraires
desdites classes , aussitôt après la confection
des listes , conformement à ce qui s'est
pratiqué jusqu'à present : Et à l'égard des Syndics
onéraires , notre intention est que ceux qui
sont pourvûs de ces Offices pour lesdites trois
premieres Tontines, fassent les mêmes fonctions
pour la présente , suivant la distribution qui leur
sera faite desdites Classes par le Prevôt desMarchands.
2540 MERCURE DE FRANCE
XIII . Et comme il est important d'empêcher
qu'on ne puisse sous des noms supposez , sur des
fausses Quittances , et sur des Quittances signées
par des Rentiers avant leurs décès , recevoir le
payement des arrérages desdites Rentes à notre
préjudice , et à celui du droit d'accroissement acquis
aux furvivans : Voulons et Ordonnons que
les Quittances soient passés par les Rentiers, domiciliez
à Paris , pardevant les mêmes Notaires
qui auront expedié les Contrats de Constitution,
qui attesteront que le Rentier , au nom duquel
la Quittance sera passée , est actuellement en vie
et s'est présenté devant eux lors de la passatiou
de ladite Quittance , de la verité desquelles chacun
desdits Notaires demeurera civil menr res
ponsable , sans que lesdits Rentiers soient obligez
de rapporter d'autre Certificat de vie , dont
Nous les avons dispensez : A l'égard de ceux qui
demeurent dans les Provinces de notre Royaume,
ils pourront faire reccvoir les arrérages , sur des
Procurations en boune forme , passées pardevant
Notaire , et légalisées par le Juge ordinaire
du lieu de la résidence desdits Notaires ,
qui certifiera au pied desdites Procurations
la vie desdits Rentiers : Et ceux qui seront
demeurants hors de nôtre Royaume , seront tenus
de rapporter des certificats de vie , passez
pardevant Notaires , ou autres personnes publiques
, en présence de deux témoins , qui attesteront
avoir vu dans le jour, et parlé audit Rentier,
le tout légalisé par nos Ambassadeurs , Envoyez,
Résidens , ou Consuls de la Nation Françoise
dans les Cours, Etats et Villes étrangeres où ils
sont demeurants ; et dans tous les cas ci- dessus ,
seront les Quittances passées devant Notaires
comme il se pratique pour toutes les autres Rentes
viageres par Nous dues. Voulons au surplus ,
>
qua
NOVEMBRE. 1733. 2541
que que nôtre Declaration du 27. Decembre 1727.
qui établit des peines contre ceux qui recevroient
indûëment les arrerages des Rentes viageres
constituées sur l'Hôtel de Ville de Paris , soit
executée selon sa forme et teneur , pour les Rentes
créées par le present Edit ; et que dans le cas
où les Notaires ne reconnoîtroient pas assez les
Rentiers pour certifier leur existance , il y soit
suppléé conformément à ladite Declaration , par
l'intervention de deux personnes domiciliées à
Paris, qui attesteront l'existence desdits Rentiers .
XIV. Et pour d'autant plus favoriser les acquereurs
desd . Rentes viageres ,voulons que les arrerages
, à quelque somme qu'ils puissent monter
par l'accroissement de la part des prédecedez , ne
puissent être saisis sous quelque prétexte que ce
soit , pas même pour nos propres affaires ; et en
outre que les Rentes qui seront acquises par les
étrangers , soient exemptes de toutes lettres de
marque , et de représailles , pour quelque cause
que ce soit.
XV. Les arrerages desdites Rentes , qui seront
dûs au jour du decès de chacun des Rentiers , seront
payez à leurs veuves , enfans et héritiers, en
rapportant , outre l'Extrait mortuaire en bonne
forme , bien et dûëment légalisé , la Grosse du
Contrat de constitution.
XVI . Les peres et meres qui auront acquis
desdites Rentes viageres sous le nom d'aucun de
leurs enfans , jouiront des arrérages , sans être
tenus d'en rendre aucun compte ,jusqu'à ce qu'ils
en ayent disposé au profit de leursdits enfans.
XVII . Ceux de nos Sujets caillables, qui acquereront
desdites Rentes , ne pourront être imposez
à la Taille à plus grande somme , pour raison
de ladite acquisition , ni même pour l'accroissement
dont ils pourront joüir dans la suite .
XVIII
2642 MERCURE DE FRANCE
XVIII. Les acquereurs desdites Rentes pourfont
faire passer les Contrats sous le nom de telles
personnes qu'ils voudront choisir , pour en jouir
tant par eux , que par ceux qu'ils nommeront sur
leurs quittances , dont il sera fait mention dans
les quittances du Garde de notre Trésor Royal , er
dans lesdits Contracts ; et l'existence des personnes
nommées par lesdits acquereurs , sera justi—
fiée pour recevoir les arrerages et accroissemens,
dans les formes ci - dessus.
XIX. Voulons que s'il arrive quelques contestations
pour raison du payement desdites Rentes
viageres , forme ou validité des quittances
des rentiers , ou touchant quelque autre chose
concernant lesdites rentes , la connoissance en
appartienne aux Prevôt des Marchands et Echevins
de notre bonne ville de Paris ,ausquels Nous
en avons attribué toute Cour ,Jurisdiction et connoissance
; pour être par eux lesdites contestations
decidées sommairement et sans frais , en
premiere instance , et par appel en notre Cour de
Parlement de Paris ; nonobstant et sans prejudice
duquel appel , les jugemens rendus par lesdits
Prevôt des Marchands et Echevins , seront executez
par provision. Si donuons en mandement à
nos amez et feaux Conseillers les Gens tenans notre
Cour de Parlement, Chambre des Comptes et
Cour des Aydes à Paris , que notre present Edit
ils ayent à faire lire, publier et registrer , et le contenu
en iceluy garder et observer de point en
point , selon sa forme et teneur , nonobstant tous
Edits , Declarations , Arrêts , Reglemens et autres
choses à ce contraires , ausquels Nous avons
dérogé et derogeons par le present Edit ; aux copies
duquel , collationnées par l'un de nos amez
et feaux Conseillers-Secretaires , voulons que foy
soit adjoûtée comme à l'original : Car tel est notre
plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et staNOVEMBRE.
1733. 2543
ble à toûjours , Nous y avons fait mettre notre
scel . Donné à Fontainebleau &c.
sous
RREST du 22. Octobre , rendu au sujet de
deux Imprimez répandus sous le nom de
Mandemens de M. l'Evêque de Laon , &c. dont
voici la teneur. ,
Le Roi s'étant fait représenter deux Imprimez
qui paroissent depuis quelques jours , sans que le
nom de l'Imprimeur , ni le lieu de l'impression
y soient marquez , l'un sous le titre de Mande
ment de M. l'Evêque Duc de Laon , contre des
Ecrits intitulez : Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 173 3. et Arrêt de la Cour du Parlement
du 23. Fevrier 1733. donné le 10. May
1733. et enregistré le 20. May au Greffe de l'Offi
cialité ; Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon,
second Pair de France , &c. au sujet de quatre
Imprimez qui sont énoncez dans ledit titre, S. M.
auroit reconnu , l'examen qu'elle en a
fait faire dans son Conseil , que ces deux ouvra
ges , soit par les traits qui y sont répandus sans
menagement, soit par les questions qu'on y agite
une maniere aussi peu mesurée,ne peuvent servit
par
qu'à
•
NOVEMBRE. 1733. 253 2
qu'à ranimer la chaleur des disputes , et à aug
menter un feu que le Roy travaille continuellement
à éteindre dans son Royaume ; Que d'ailleurs,
par l'usage qu'on y veut faire des censures,
on retombe dans les mêmes excès que Sa Majesté
a déja été obligée de réprimer par son Arrêt
du 29. Septembre 173 1. qu'on y entreprend
même de s'élever contre la regle que le Roy a
renouvellée par ses Déclarations du 4. Août 1720
et du 24. Mars 1730. en deffendant d'exiger
directement ou indirectement aucunes nouvelles
formules de souscription , à l'occasion des
Bulles des Papes qui sont reçûës dans ce Royau
me , n'étant permis d'en introduire sans déli-
» bération des Evêques , revétus de l'authorité
» du Roy qu'enfin on s'y explique en plusieurs
endroits d'une maniere capable d'exciter de nouveau
les disputes qui s'étoient élevées sur la distinction
des deux Puissances , et dont le Roy a
jugé à propos de suspendre le cours. Qu'ainsi ces
deux Ecrits étant contraires aux Arrêts que S.M.
a rendus sur ce sujet , et entr'autres à celui du
2. Septembre qui ordonne la suppression d'une
Instruction Pastorale du Sr Evêque de Laon ; le
Roy , qui s'est réservé la connoissance de l'execution
de ces Arrêts , ne sçauroit interposer trop
promptement son authorité contre des Ouvrages
dont les suites peuvent être si dangereuses .
A quoi étant nécessaire de pourvoir , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que lesdits Ecrits , dont l'un a pour titre ,
Mandement de M. l'Evêque Duc de Laon , contre
des Ecrits intitulez , Arrêt de la Cour du Parlement
du 25. Avril 1733. et Arrêt de la Cour du
Parlement du 23. Février 1733. donné le 10. May!
mil sept cent trente-trois et enregistré le vingt May
L.V)
de
2532 MERCURE DE FRANCE
de la même année à l'Officialité , et dont l'autre
est intitulé , Mandement de M. l'Evêque Due
de Laon , second Pair de France. Comte d'Anisy
, &c. au sujet des quatre Imprimez , dont
P'un apour titre , Arrêté du Parlement du 6. May
1733. Le second , Très -humbles et très - respectueuses
Remontrances que présentent au Roy
notre très - honoré et souverain Seigneur , les
Gens de sa Cour de Parlement , en date du 15.
du même mois . Le troisiéme , Arrêté du Parlement
fait après le comte que M. le Premier Président
a rendu aux Chambres assemblées , de la
Réponse du Roy aux Remontrances du 19. May
1733. Le quatriéme , Instruction Pastorale de
M. l'Evêque de Montpellier , adressée au Clergé
et aux fideles de son diocese , au sujet des miracles
que Dieu fait en faveur des Appellans de la
Bulle Unigenitus 1733. donné à Laon le 1. Juillet
1733. seront et demeureront supprimez , comme
contraires et attentatoires à l'authorité des Decla
rations et Arrêts de Sa Majesté , tendans à émouvoir
les esprits , et à troubler la tranquillité publique.
Enjoint Sa Majesté à tous ceux qui en ont
des exemplaires , de les remettre incessamment au
Greffe du Conseil , pour y être supprimez. Fait
deffenses à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, et autres , de quelque état ou condition
qu'ils soient , d'en imprimer , vendre , debiter,
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire ;
ORDONNANCE du premier Novembre
portant permission aux Capitaines des Régimens
d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons , qui
servent en Italie , de recevoir dans leurs Compagnies
jusques à cinq hommes de nation étrangère.
AUTRE
NOVEMBRE . 1733. 2533
AUTRE du même jour , portant augmentation
des Troupes , par laquelle il est dit que S. M. jugeant
à propos de faire une augmentation dans
ses Troupes , afin de les mettre en état d'être encore
plus utilement employées pour son service ,
a ordonné et ordonne que les XI . Articles con
tenus dans ladite Ordonnance seroient executez
selon leur forme et teneur , & c.
AUTRE du même jour , pour établir un troisième
Officier dans toutes les Compagnies des
Regimens d'Infanterie Erançoise.
AUTRE du f . Novembre , qui admet à profiter
de l'Amnistie du 17. Janvier 1730 , les Cavaliers
, Dragons , Soldats et Miliciens qui ayant
deserté avant ledit jour , ne seront pas rentrez
dans le Royaume dans le terme qui leur étoit
prescrit , à condition d'aller servir à l'Armée
d'Italie.
AUTRE du 9. Novembre , portant deffenses
de transporter des grains hors du Royaume.
AUTRE du 10. Novembre , pour augmenter
d'un Bataillon chacun des Régimens de son Infanterie
qui y sont nommez ; sçavoir , de Picardie
, Champagne , Navarre , Piemont , Norman-
>
Marine, Richelieu , Bourbonnois , Auvergne
, Tallard , Pons , Royal Poitou
Lyonnois , et celui de Monseigneur le Dauphin.
Ordonne S. M. aux Colonels desdits Régimens
tenir la main à ce que lesdites Compagnies soient
mises sur pied du nombre de 40. hommes habillez
et armez entre cy et le premier Mars
prochain , &c.
AUTRE
2534 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , pour augmenter de
14 hommes , chacune des trente Compagnies
ordinaires du Régiment des Gardes Françoises.
AUTRE du même jour , portant augmenta⇒
tion des Compagnies franches de Dragons .
AUTRE du même jour , pour augmenter les
Compagnies franches d'Infanterie.
AUTRE du même jour , pour augmenter de
quarante hommes les anciennes Compagnies des
huit Régimens Suisses , et en lever huit nouvelles
de deux cens hommes chacune.
"
AUTRE du 12. Novembre concernant la Milice
, par laquelle il est dit que S. M. ayant résolu
d'augmenter les Milices qui ont été levéesen
execution de son Ordonnance du 25. Février
1726. de trente nouveaux Bataillons , composez
de 684. hommes chacun ; même de mettre audit
nombre de 684. les 93. Bataillons qui sont actuellement
sur pied , pour les égaler en force
aux Bataillons de Troupes reglées ; comme aussi
de faire commander les Compagnies de Milice ,
par un grand nombre d'Officiers , avec une paye
annuelle et dans une forme differente de celles :
qui ont été établies par les Ordonnances préce-,
dentes ; Elle a ordonné que les 20 Articles contenus
dans ladite Ordonnance , seroient executez
selon leur forme et teneur , au bas de laquelle il
y a un Etat contenant la répartition de 123. Ba
taillons de Milices , composez de 684. hommes ;
qui doivent être fournis par les Provinces et Ge
neralitez du Royaume qui y sont dénommez , -
tant de l'Ordonnance du 25. Février 1716. que
de la presente , &C.
EDIT
NOVEMBRE. 1733. 2535
i
EDIT DU ROY , portant création de Ren
tes Viageres , en forme de Tontine. Donné
Fontainebleau , au mois de Novembre 1733*-
Registré en Parlement , fe 2 Decembre 1733 .
Louis , par la Grace de Dieu , &c. A. tous presens
et à venir : Salut. Etant informé que les
Rentes Viageres , dites Tontine , créées par no
tre tres-honoré Seigneur et Bisayeul, de glorieuse
mémoire , ont été levées avec empressement,
par l'avantage que nos Sujets y trouvoient, de sé
procurer des revenus considerables , avec une
somme modique ; et que l'exactitude avec la
quelle le payement de ces Rentes s'est toujours
fait , même dans les temps les plus difficiles , depuis
leur création jusqu'à present , sans aucune
diminution ni retranchement , leur faisoit sou
haiter que nous voulussions bien en faire une
nouvelle création : Nous nous y sommes déterminez
avec plaisir : Et Nous avons même jugé à
propos , pour l'avantage de nos Sujets , de subdiviser
chaque Classe en plusieurs parties, afin de
partager la jouissance des Rentiers décedez , entre
un plus grand nombre de Rentiers suivans ; de
maniere que le suivant de chaque subdivision
jouira de la totalité des Rentes , dont elle sera
composée ; au moyen de quoi il y aura plusieurs
survivans par chaque Classe , au lieu qu'il n'y
en avoit ordinairement qu'un dans les premieres
Tontines , qui joüissoit des Rentes de sa Classe ..
A ces causes , et autres à ce Nous mouvans , de
l'avis de notre Conseil , et de notre certaine
science , pleine puissance er authorité Royale
Nous avons par notre présent Edit perpetuel ett
irrévocable , dit , statué et ordonné, disons , statuons
et ordonnons , Voulons et Nous plaît.
ART. L. Que par les Commissaires qui seront
par Nous députez , il soit vendu et aliené à nos
chers
2436 MERCURE DE FRANCE
€
chers et bien amez les Prevôt des Marchands et
Echevins de nôtre bonne ville de Paris , un million
cinquante mille livres actuelles et effectives
de rentes viageres , à prendre sur le produit de
nos droits d'Aydes et Gabelles , et des cinq grosses
fermes , que Nous avons declarez et declarons
specialement , et par privilege , affectez et
hypothequez au payement des arrerages desdites
rentes , même par preference à la partie de nôtre
Tresor Royal.
ART. II . Voulons que les constitutions particulieres
en soient faites par les Prevôt des Mar.
chands et Echevins de nôtre bonne ville de Paris,
à ceux de nos sujets , aux étrangers non naturalisez
, même à ceux qui seront demeurans hors
de nôtre Royaume, pays , Terres et Seigneuries de
nôtre obéissance , qui les voudront acquerir ;
renonçant pour cet effet à tous droits d'aubaine
, et autres qui pourroient Nous appartenir >
même à ceux de confiscation , en cas que les particuliers
, au profit de qui lesdites rentes seront
constituées , fussent sujets des Princes et Etats
contre lesquels Nous serions en guerre ,
Nous les avons relevez et dispensez .
>
dont
ART. III . Voulons que les Contrats de constitution
desdites rentes soient passez pardevant
tels Notaires que les acquereurs vaudront choisir
, pour en jouir par eux leur vie durant , comme
de leur propre chose , vray er loyal acquêr
pleinement et paisiblement , en vertu de leurs
contrats, et en être payez actuellement et effectivement
par demi- année , à Bureau ouvert ,
deux payemens par chacun an , sans que lesdites
rentes puissent être réduites ni retranchées , sous
quelque prétexte que ce puisse être. Et seront les
Contrats de constitution desdites rentes ,delivrez
gratuitement aux acquereurs par les Notaires ,
en
aus
NOVEMBRE. 1733. 2537
ausquels il sera par Nous pourvû d'un salaire raisonnable.
IV. Le million cinquante mille livres de
rentes , sera distribué, en sept classes , de cent
cinquante mille livres chacune , et chaque classe
subdivisée en trente parties de cinq mille livres
, qui seront remplies de suite ; de maniere
qu'aussi- tôt qu'une desdites trente parties de
cinq mille livres de rente se trouvera levée , les
nouveaux acquereurs seront inscrits dans la seconde
subdivision , et ainsi successivement dans.
la troisiéme et suivantes , jusqu'à la concurrence
desdites cent cinquante mille livres de rentes ,
dont la classe sera composée : La premiere , des
enfans depuis un an jusqu'à dix ans accomplis ; la
deuxième, de dix ans jusqu'à vingt ; la troisième
de vingt ans jusqu'à trente ; la quatrième , de
trente ans jusqu'à quarante ; la cinquième de
quarante ans jusqu'à cinquante ; la sixième , de
cinquante ans jusqu'à soixante ; et la septième et
derniere , de soixante ans jusqu'à soixante-dix.et
au-dessus .
V. Chaque Action sera de trois cens livres de
capital , et il sera permis à chaque Rentier , d'en
prendre tel nombre qu'il lui plaira dans chaque
subdivision de sa classe , pour lesquelles il lui sera
expedié un ou plusieurs Contrats, à son choix.
VI. Comme il ne seroit pas juste que les personnes
moins avancées en âge , qui selon le
cours de nature doivent plus long- tems jouir
desdites Rentes , en tirassent un aussi fort revenu
que ceux d'un âge plus avancé , ordonnons
que les Rentiers des deux premieres classes , jusqu'à
l'âge de vingt ans accomplis , seront payez
des interêts de leur capital sur le pied du Denier
Quatorze , ceux de la troisiéme et quatriéme
depuis vingt ans jusqu'à quarante , sur le pied
du
2528 MERCURE DE FRANCE
du Denier Douze ; ceux de la cinquième et
sixiéme , depuis quarante ans jusqu'à soixante ,
sur le pied du Denier Dix ; et ceux de la septième
depuis soixante ans jusqu'à soixante - dix et au
dessus , à raison du Denier Huit .
VII. Lorsque les acquereurs desdites Rentes
viageres viendront à déceder , les arrerages dont
ils jouissoient , appartiendront par accroissement
aux survivans de la même subdivision dans laquelle
ils seront employez , et seront distribuez
entre eux d'année en année au sol la livré jusqu'au
dernier mourant , sans que lesdites Rentes
puissent être censées éteintes à nôtre profit par
le décès des acquereurs ; sinon après le décès du
dernier Rentier de chaque subdivision de classe ;
ensorte que le dernier vivant de chaque subdivision
de chacune desdites classes , recueillera
seul le revenu de tous les capitaux qui compose
ront ladite subdivision ; et toutes les Rentes
comprises en icelle demeureront éteintes et
amorties à notre profit , après la mort du dernier
Rentier de ladite subdivision .
VIII. Ceux qui acquerront lesdites Rentes
seront tenus de justifier leur âge par des Extraits
baptistaires en bonne forme , et dûement légalisez
ou actes de notorieté équipolents ; et à l'é
gard des étrangers demeurans hors de nôtre
Royaume, ils seront tenus, outre lesdits Extraitsbaptistaires,
ou autres actes équipolents , de rapporter
des certificats de nos Ambassadeurs , Envoyez
, Résidens ou Consuls de la Nation Françoise,
dans les Cours , Etats , ou Villes étrangeres
où ils demeureront , portant qu'ils se sont
presentez devant eux , et qu'ils leur ont représenté
lesdits Extraits- baptistaires : ou autres actes
équipolents , annexez aux minutes des Contrats
de constitution desdites Rentes,
IX
NOVEMBRE. 1733 2539
IX. Le Bureau sera ouvert à notre Trésor
Royal , huit jours après l'enregistrement de nô
tre present Edit,pour y recevoir les deniers capitaux
desdites Rentes , et en délivrer des quittan →
ces sur lesquelles les Contrats seront passez , pour
être ensuite procedé à la confection des listes de
chaque classe , et par Nous pourvû à la distribution
du fonds necessaire pour le payement des
Rentes de chacune , à raison du Denier ci- dessus
mentionné.
X. Ceux qui acquerront lesdites Rentes viageres
avant le premier Janvier prochain , en aufont
la jouissance à commencer du premier Octobre
dernier , et ceux qui les acquerront avant
le premier Avril , en jouiront du premier Janvier
: lequel temps passé, le Bureau de la Recet
te desdits capitaux demeurera fermé .
XI. Le payement des arrerages desdites Rentesse
fera par les Payeurs qui seront créez à cet effet
, et ainsi qu'il se pratique pour les autres Rentes
de l'Hôtel de Ville,ausquels Payeurs les fonds
seront remis chaque année , par les Fermiers de
nos Aydes et Gabelles et autres Fermes.
XII. Voulons que la presente Tontine soit di
rigée en la même forme et maniere,que les trois
autres ci-devant créées ; et qu'en consequence
le Prevôt des marchands de nôtredite Ville de
Paris procéde à la nominatiou des Syndics honoraires
desdites classes , aussitôt après la confection
des listes , conformement à ce qui s'est
pratiqué jusqu'à present : Et à l'égard des Syndics
onéraires , notre intention est que ceux qui
sont pourvûs de ces Offices pour lesdites trois
premieres Tontines, fassent les mêmes fonctions
pour la présente , suivant la distribution qui leur
sera faite desdites Classes par le Prevôt desMarchands.
2540 MERCURE DE FRANCE
XIII . Et comme il est important d'empêcher
qu'on ne puisse sous des noms supposez , sur des
fausses Quittances , et sur des Quittances signées
par des Rentiers avant leurs décès , recevoir le
payement des arrérages desdites Rentes à notre
préjudice , et à celui du droit d'accroissement acquis
aux furvivans : Voulons et Ordonnons que
les Quittances soient passés par les Rentiers, domiciliez
à Paris , pardevant les mêmes Notaires
qui auront expedié les Contrats de Constitution,
qui attesteront que le Rentier , au nom duquel
la Quittance sera passée , est actuellement en vie
et s'est présenté devant eux lors de la passatiou
de ladite Quittance , de la verité desquelles chacun
desdits Notaires demeurera civil menr res
ponsable , sans que lesdits Rentiers soient obligez
de rapporter d'autre Certificat de vie , dont
Nous les avons dispensez : A l'égard de ceux qui
demeurent dans les Provinces de notre Royaume,
ils pourront faire reccvoir les arrérages , sur des
Procurations en boune forme , passées pardevant
Notaire , et légalisées par le Juge ordinaire
du lieu de la résidence desdits Notaires ,
qui certifiera au pied desdites Procurations
la vie desdits Rentiers : Et ceux qui seront
demeurants hors de nôtre Royaume , seront tenus
de rapporter des certificats de vie , passez
pardevant Notaires , ou autres personnes publiques
, en présence de deux témoins , qui attesteront
avoir vu dans le jour, et parlé audit Rentier,
le tout légalisé par nos Ambassadeurs , Envoyez,
Résidens , ou Consuls de la Nation Françoise
dans les Cours, Etats et Villes étrangeres où ils
sont demeurants ; et dans tous les cas ci- dessus ,
seront les Quittances passées devant Notaires
comme il se pratique pour toutes les autres Rentes
viageres par Nous dues. Voulons au surplus ,
>
qua
NOVEMBRE. 1733. 2541
que que nôtre Declaration du 27. Decembre 1727.
qui établit des peines contre ceux qui recevroient
indûëment les arrerages des Rentes viageres
constituées sur l'Hôtel de Ville de Paris , soit
executée selon sa forme et teneur , pour les Rentes
créées par le present Edit ; et que dans le cas
où les Notaires ne reconnoîtroient pas assez les
Rentiers pour certifier leur existance , il y soit
suppléé conformément à ladite Declaration , par
l'intervention de deux personnes domiciliées à
Paris, qui attesteront l'existence desdits Rentiers .
XIV. Et pour d'autant plus favoriser les acquereurs
desd . Rentes viageres ,voulons que les arrerages
, à quelque somme qu'ils puissent monter
par l'accroissement de la part des prédecedez , ne
puissent être saisis sous quelque prétexte que ce
soit , pas même pour nos propres affaires ; et en
outre que les Rentes qui seront acquises par les
étrangers , soient exemptes de toutes lettres de
marque , et de représailles , pour quelque cause
que ce soit.
XV. Les arrerages desdites Rentes , qui seront
dûs au jour du decès de chacun des Rentiers , seront
payez à leurs veuves , enfans et héritiers, en
rapportant , outre l'Extrait mortuaire en bonne
forme , bien et dûëment légalisé , la Grosse du
Contrat de constitution.
XVI . Les peres et meres qui auront acquis
desdites Rentes viageres sous le nom d'aucun de
leurs enfans , jouiront des arrérages , sans être
tenus d'en rendre aucun compte ,jusqu'à ce qu'ils
en ayent disposé au profit de leursdits enfans.
XVII . Ceux de nos Sujets caillables, qui acquereront
desdites Rentes , ne pourront être imposez
à la Taille à plus grande somme , pour raison
de ladite acquisition , ni même pour l'accroissement
dont ils pourront joüir dans la suite .
XVIII
2642 MERCURE DE FRANCE
XVIII. Les acquereurs desdites Rentes pourfont
faire passer les Contrats sous le nom de telles
personnes qu'ils voudront choisir , pour en jouir
tant par eux , que par ceux qu'ils nommeront sur
leurs quittances , dont il sera fait mention dans
les quittances du Garde de notre Trésor Royal , er
dans lesdits Contracts ; et l'existence des personnes
nommées par lesdits acquereurs , sera justi—
fiée pour recevoir les arrerages et accroissemens,
dans les formes ci - dessus.
XIX. Voulons que s'il arrive quelques contestations
pour raison du payement desdites Rentes
viageres , forme ou validité des quittances
des rentiers , ou touchant quelque autre chose
concernant lesdites rentes , la connoissance en
appartienne aux Prevôt des Marchands et Echevins
de notre bonne ville de Paris ,ausquels Nous
en avons attribué toute Cour ,Jurisdiction et connoissance
; pour être par eux lesdites contestations
decidées sommairement et sans frais , en
premiere instance , et par appel en notre Cour de
Parlement de Paris ; nonobstant et sans prejudice
duquel appel , les jugemens rendus par lesdits
Prevôt des Marchands et Echevins , seront executez
par provision. Si donuons en mandement à
nos amez et feaux Conseillers les Gens tenans notre
Cour de Parlement, Chambre des Comptes et
Cour des Aydes à Paris , que notre present Edit
ils ayent à faire lire, publier et registrer , et le contenu
en iceluy garder et observer de point en
point , selon sa forme et teneur , nonobstant tous
Edits , Declarations , Arrêts , Reglemens et autres
choses à ce contraires , ausquels Nous avons
dérogé et derogeons par le present Edit ; aux copies
duquel , collationnées par l'un de nos amez
et feaux Conseillers-Secretaires , voulons que foy
soit adjoûtée comme à l'original : Car tel est notre
plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et staNOVEMBRE.
1733. 2543
ble à toûjours , Nous y avons fait mettre notre
scel . Donné à Fontainebleau &c.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En octobre 1733, le roi a examiné deux imprimés anonymes intitulés 'Mandement de M. l'Évêque Duc de Laon', qui critiquaient des arrêts du Parlement et remettaient en question des déclarations royales. Ces écrits étaient jugés dangereux car ils pouvaient ranimer des disputes et troubler la tranquillité publique. Le roi a donc ordonné la suppression de ces imprimés et interdit leur diffusion. Il a également interdit aux imprimeurs, libraires et colporteurs de les distribuer sous peine de punition. En novembre 1733, plusieurs ordonnances royales ont été publiées. Parmi elles, une ordonnance permettait aux capitaines de régiments en Italie de recruter des hommes de nationalité étrangère. D'autres ordonnances augmentaient les effectifs des troupes, des régiments d'infanterie, de cavalerie, de dragons, et des compagnies franches. Une ordonnance concernant la milice prévoyait l'augmentation des bataillons et la réorganisation des compagnies. Un édit royal créait des rentes viagères en forme de tontine, subdivisées en classes et parties, afin de permettre à un plus grand nombre de sujets de bénéficier de revenus considérables avec une somme modique. Les rentes ne sont éteintes qu'après le décès du dernier rentier de chaque subdivision de classe, qui perçoit alors seul le revenu de tous les capitaux de cette subdivision. Les acquéreurs doivent justifier leur âge par des extraits baptistaires ou des actes de notoriété, et les étrangers doivent fournir des certificats de nos ambassadeurs ou consuls. Le Bureau pour recevoir les capitaux des rentes ouvre huit jours après l'enregistrement de l'édit. Les rentes acquises avant le 1er janvier ou le 1er avril permettent de jouir des revenus dès le 1er octobre précédent ou le 1er janvier. Le paiement des arrérages est effectué par des payeurs désignés, et les fonds sont remis annuellement par les fermiers des aides et gabelles. La tontine est dirigée de la même manière que les précédentes, avec des syndics honoraires nommés par le Prévôt des marchands de Paris. Des mesures sont prises pour empêcher la fraude, notamment par la vérification de la vie des rentiers par des notaires ou des certificats légalisés. Les arrérages des rentes ne peuvent être saisis, même pour les affaires royales, et les rentes acquises par des étrangers sont exemptes de lettres de marque et de représailles. En cas de décès d'un rentier, les arrérages dus sont payés à ses veuves, enfants ou héritiers. Les parents acquérant des rentes pour leurs enfants en jouissent sans en rendre compte jusqu'à disposition. Les contestations relatives aux rentes sont de la compétence du Prévôt des marchands et des échevins de Paris, avec appel possible au Parlement de Paris. L'édit est publié et enregistré par les autorités compétentes, et toute dérogation est annulée.
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65
p. 157-161
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On apprend de Londres, que le 28. de ce mois, vers les deux heures après midi, le [...]
Mots clefs :
Chambre des pairs, Chambre des communes, Roi, Guerre, Honneur, Couronne, Peuple, Parlement, Attention, Nation
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
7
N append de Londres , que le 28. de ce
mois , vers les deux heures après midi , lė
Roi s'étoit rendu à la Chambre des Pairs avec les
ceremonies accoûtumées , et S. M. après avoir
mandé la Chambre des Communes , à fait le
Discours suivant.
MYLORDS ET MISSIEURS.
La guerre commencée depuis peu, et qui est poussée
avec tant de vigueur contre l'Empereur par les
Puissances réunies de France , d'Espagne et de Sardaigne
, est devenue l'objet de l'attenion de l'Europ
.Quoique je ne m'y sois engagé en aucune maniere,
et que je n'y aye de part que par mes bons officesdans
les négociations qu'on a citées comme les principales
causes et les motifs de cette guerre , je ne peus
me dispenser sur cet évenement , ni être indifferent
sur les conséquences d'une guerre entreprise es
soutenuepar des Alliez si puissants . Si jamais une
occasion a demandé quelque chose de plus qu'une
prudence et une circonspection ordinaire , c'est celle
qui se présente , et nous force d'user de la derniere
précaution , pour ne nous pas déterminer trop précipitamment
dans une conjoncture si critique et si
importante : elle demande que nous examinions à
fond ce que l'honneur et la dignité de ma Couronne
et de mes Royaumes , le veritable interét de
mon Peuple , et les engagemens que nous avons pris
avec diverses puissances dont nous sommes alliez .
peuvent exiger de nous avec justice . C'est par cette
raison que j'ai crû qu'il convenoit de prendre du
temps pour examiner les faits alleguez de part et
d'autre , et d'attendre le résultat des Conseils des
Puissances qui sont le plus interessées à cette guerre,
Hij
158 MERCURE DE FRANCE
et de concert avec celles qui ont des engagemens
avec moi, et qui n'ont point pris part à la guerre ,
plus ( particulierement avec les Etats generaux des
Provinces- Unies ) les mesures qui paroîtront les plus
convenables à notre sûreté commune et les plus propres
à rétablir la paix daus l'Europe. Les résolutions
du Parlement de la Grande-Bretagne sont
d'une trop grande importance dans une conjoncture
si délicate, pour ne pas exciter l'attention et l'impatience
de ceux qui esperent tirer avantage de nos
résolutions , et de s'en servir au préjudice de ce
Royaume ; ainsi nous devons déliberer avec une
grande précaution, et examiner avec toute la prudence
imaginable toutes les circonstances , avant que
de nous déterminer à prendre un parti . Comme dans
toutes mes reflexions sur cette importante affaire ,
J'aurai principalement égard à l'honneur de ma
Couronne et à l'interêt de mon Peuple , et que je ne
me gouvernerai que par ces vûës , je ne doute pas
que je ne puisse compter entierement sur l'appui et
assistance de mon Parlement , sans m'exposer par
gtune Déclaration précipuée à des inconveniens
op'on deix éviter autant qu'il est possible . En attendivot
je suis persuadé que vous prendrez les précautions
nécessaires pour mettre mes Royaumes , mes
droits et mes possessions à couvert de tous dangers et
de toute insulte , et pour conserver à la Nation Bri
tannique les égards qui lui sont dûs.Quel que soit le
parti auquel nous nous déterminerons , il est très-raisonnable
de nous mettre en état de deffense, sur tout
dans le temps que toute l'Europe est armée . Par la
nous conserverons mieux la paix dans ce Royaume ,
et nous donnerons plus de poids aux mesures qu'il
conviendra de prendre avec nos Alliez ; sans cette
précaution nous nous ferioms mépriser au- dehors ,
et nousferions naître la tentation et l'encouragement
AUX
JANVIER 1734 159
Bux ves dangereuses de ceux qui se flatttent toujours
de tirer quelque avantage des troubles et des
désordres publics.
MESSIEURS de la Chambre des Communes.
Je ferai remettre devant vous l'état des dépenses
qui exigent de vous une attention actuelle et immé
diate ; l'augmentation qu'on vous proposera pour te
service de Mer , sera tres - considerable , mais je suis
assuré qu'elle vous paroîtra raisonnable et necessaire.
Je dois particulierement recommander à vos
soins les Dettes de la Marine , qui vous ont été présentées
tous les ans . La circonstance présente me
fait croire que vous penserez qu'il est nécessaire d'y
pourvoir , et que le service public souffriroit d'un plus
long retardement à prendre une résolution sur cette
affaire. Comme ces Charges et dépenses sont inévi
tables , je ne fais aucun doute que vous ne leviez les
secours d'argent qui sont nécessaires, avec beaucoup
de diligence et avec le zéle que ce Parlement a
marqué dans toutes les occasions pour les véritables
interêts de mon penple.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Si on a toujours souhaité que les affaires du Parlementy
fussent traitées sans chaleur et sans animosité
, mais avec la modération qui fait connoître
la justice de la sagesse de la Nation ; c'est à present
qu'on doit le desirer plus particulierement, afin
que cette session ne soit point prolongée par des dér
fais inutiles , lorsque tout le Royaume paroît préparé
par l'élection d'un nouveau Parlement , évenement
quifait l'attention de toute l'Europe. Je suis tressatisfait
que le choix des nouveaux Deputez soit
une occasion pour moi de connoître les veritables
sentimens de mon Peuple, et de faire voir qu'ils ont
Hiiij été
1 MERCURE DE FRANCE
été mal rendus et déguisez. On peut aisement en
imposer à ceux qui ne voient et n'entendent les choses
que de loin , et les exposer à concevoir defausses
esperances ou à se livrer à des craintes peu fondées ;
mais j'espere qu'un peu de temps détruira ces opiniens
et qu'on reconnoîtra que la Grande Bretagne
est toujours disposée à faire ce que l'honneur et l'in
terêt de la Nation exigent d'elle.
Le Roy s'étant retiré de la Chambre des Pairs,
après que le Grand Chancelier eut prononcé au
nom de S. M. la Harangue aux deux Chambres;
les Seigneurs résolurent de présenter une adresse
au Roy pour le remercier , ils s'assemblerent le
lendemain , et après s'être ajournez au 30 , ils se
rendirent au Palais de Saint James , où ils présenterent
leur adresse , par laquelle ils assurerent
le Roy qu'ils entreroient avec autant de zéle que
de confiance dans toutes les vûës que S. M. leur
avoit expliquées dans sa Harangue . Le Roy leas
répondit :
MYLORDS ,
Je vous remercie de cette respectueuse et fidele
adresse ; la satisfaction que vous me témoignez de
mon attention et de mes efforts continuels à conserver
la paix et la tranquillité publique , m'est_extrémement
agreable, et comme je n'ai autre chose en vuë
que l'honneur et la dignité de ma Couronne et lø
bien de mes Royaumes , vous pouvez être assurez
de la continuation de mes soins et de ma vigilance
pour parvenir à ces fins desirables , et de la ferme
resolution où je suis , quelques evenemens qui_arrivent
de prendre les mesures les plus capables de repondre
à la confiance que vous avez en moi , et de
procurer la sureté et le bonheur de la Nation.
La
JANVIER . 1734. 161
La Chambre des Communes a aussi présenté
son adresse au Roy , qui y a fait la réponse suivante.
MESSIEURS ,
Je vous remercie de cette respectueuse et fidele adres
se et de la confiance que vous avez en moi , vous
pouvez être assurez que je ne m'en servirai quepour
Phonneur de la Couronne et le veritable interét de
mon peuple.
7
N append de Londres , que le 28. de ce
mois , vers les deux heures après midi , lė
Roi s'étoit rendu à la Chambre des Pairs avec les
ceremonies accoûtumées , et S. M. après avoir
mandé la Chambre des Communes , à fait le
Discours suivant.
MYLORDS ET MISSIEURS.
La guerre commencée depuis peu, et qui est poussée
avec tant de vigueur contre l'Empereur par les
Puissances réunies de France , d'Espagne et de Sardaigne
, est devenue l'objet de l'attenion de l'Europ
.Quoique je ne m'y sois engagé en aucune maniere,
et que je n'y aye de part que par mes bons officesdans
les négociations qu'on a citées comme les principales
causes et les motifs de cette guerre , je ne peus
me dispenser sur cet évenement , ni être indifferent
sur les conséquences d'une guerre entreprise es
soutenuepar des Alliez si puissants . Si jamais une
occasion a demandé quelque chose de plus qu'une
prudence et une circonspection ordinaire , c'est celle
qui se présente , et nous force d'user de la derniere
précaution , pour ne nous pas déterminer trop précipitamment
dans une conjoncture si critique et si
importante : elle demande que nous examinions à
fond ce que l'honneur et la dignité de ma Couronne
et de mes Royaumes , le veritable interét de
mon Peuple , et les engagemens que nous avons pris
avec diverses puissances dont nous sommes alliez .
peuvent exiger de nous avec justice . C'est par cette
raison que j'ai crû qu'il convenoit de prendre du
temps pour examiner les faits alleguez de part et
d'autre , et d'attendre le résultat des Conseils des
Puissances qui sont le plus interessées à cette guerre,
Hij
158 MERCURE DE FRANCE
et de concert avec celles qui ont des engagemens
avec moi, et qui n'ont point pris part à la guerre ,
plus ( particulierement avec les Etats generaux des
Provinces- Unies ) les mesures qui paroîtront les plus
convenables à notre sûreté commune et les plus propres
à rétablir la paix daus l'Europe. Les résolutions
du Parlement de la Grande-Bretagne sont
d'une trop grande importance dans une conjoncture
si délicate, pour ne pas exciter l'attention et l'impatience
de ceux qui esperent tirer avantage de nos
résolutions , et de s'en servir au préjudice de ce
Royaume ; ainsi nous devons déliberer avec une
grande précaution, et examiner avec toute la prudence
imaginable toutes les circonstances , avant que
de nous déterminer à prendre un parti . Comme dans
toutes mes reflexions sur cette importante affaire ,
J'aurai principalement égard à l'honneur de ma
Couronne et à l'interêt de mon Peuple , et que je ne
me gouvernerai que par ces vûës , je ne doute pas
que je ne puisse compter entierement sur l'appui et
assistance de mon Parlement , sans m'exposer par
gtune Déclaration précipuée à des inconveniens
op'on deix éviter autant qu'il est possible . En attendivot
je suis persuadé que vous prendrez les précautions
nécessaires pour mettre mes Royaumes , mes
droits et mes possessions à couvert de tous dangers et
de toute insulte , et pour conserver à la Nation Bri
tannique les égards qui lui sont dûs.Quel que soit le
parti auquel nous nous déterminerons , il est très-raisonnable
de nous mettre en état de deffense, sur tout
dans le temps que toute l'Europe est armée . Par la
nous conserverons mieux la paix dans ce Royaume ,
et nous donnerons plus de poids aux mesures qu'il
conviendra de prendre avec nos Alliez ; sans cette
précaution nous nous ferioms mépriser au- dehors ,
et nousferions naître la tentation et l'encouragement
AUX
JANVIER 1734 159
Bux ves dangereuses de ceux qui se flatttent toujours
de tirer quelque avantage des troubles et des
désordres publics.
MESSIEURS de la Chambre des Communes.
Je ferai remettre devant vous l'état des dépenses
qui exigent de vous une attention actuelle et immé
diate ; l'augmentation qu'on vous proposera pour te
service de Mer , sera tres - considerable , mais je suis
assuré qu'elle vous paroîtra raisonnable et necessaire.
Je dois particulierement recommander à vos
soins les Dettes de la Marine , qui vous ont été présentées
tous les ans . La circonstance présente me
fait croire que vous penserez qu'il est nécessaire d'y
pourvoir , et que le service public souffriroit d'un plus
long retardement à prendre une résolution sur cette
affaire. Comme ces Charges et dépenses sont inévi
tables , je ne fais aucun doute que vous ne leviez les
secours d'argent qui sont nécessaires, avec beaucoup
de diligence et avec le zéle que ce Parlement a
marqué dans toutes les occasions pour les véritables
interêts de mon penple.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Si on a toujours souhaité que les affaires du Parlementy
fussent traitées sans chaleur et sans animosité
, mais avec la modération qui fait connoître
la justice de la sagesse de la Nation ; c'est à present
qu'on doit le desirer plus particulierement, afin
que cette session ne soit point prolongée par des dér
fais inutiles , lorsque tout le Royaume paroît préparé
par l'élection d'un nouveau Parlement , évenement
quifait l'attention de toute l'Europe. Je suis tressatisfait
que le choix des nouveaux Deputez soit
une occasion pour moi de connoître les veritables
sentimens de mon Peuple, et de faire voir qu'ils ont
Hiiij été
1 MERCURE DE FRANCE
été mal rendus et déguisez. On peut aisement en
imposer à ceux qui ne voient et n'entendent les choses
que de loin , et les exposer à concevoir defausses
esperances ou à se livrer à des craintes peu fondées ;
mais j'espere qu'un peu de temps détruira ces opiniens
et qu'on reconnoîtra que la Grande Bretagne
est toujours disposée à faire ce que l'honneur et l'in
terêt de la Nation exigent d'elle.
Le Roy s'étant retiré de la Chambre des Pairs,
après que le Grand Chancelier eut prononcé au
nom de S. M. la Harangue aux deux Chambres;
les Seigneurs résolurent de présenter une adresse
au Roy pour le remercier , ils s'assemblerent le
lendemain , et après s'être ajournez au 30 , ils se
rendirent au Palais de Saint James , où ils présenterent
leur adresse , par laquelle ils assurerent
le Roy qu'ils entreroient avec autant de zéle que
de confiance dans toutes les vûës que S. M. leur
avoit expliquées dans sa Harangue . Le Roy leas
répondit :
MYLORDS ,
Je vous remercie de cette respectueuse et fidele
adresse ; la satisfaction que vous me témoignez de
mon attention et de mes efforts continuels à conserver
la paix et la tranquillité publique , m'est_extrémement
agreable, et comme je n'ai autre chose en vuë
que l'honneur et la dignité de ma Couronne et lø
bien de mes Royaumes , vous pouvez être assurez
de la continuation de mes soins et de ma vigilance
pour parvenir à ces fins desirables , et de la ferme
resolution où je suis , quelques evenemens qui_arrivent
de prendre les mesures les plus capables de repondre
à la confiance que vous avez en moi , et de
procurer la sureté et le bonheur de la Nation.
La
JANVIER . 1734. 161
La Chambre des Communes a aussi présenté
son adresse au Roy , qui y a fait la réponse suivante.
MESSIEURS ,
Je vous remercie de cette respectueuse et fidele adres
se et de la confiance que vous avez en moi , vous
pouvez être assurez que je ne m'en servirai quepour
Phonneur de la Couronne et le veritable interét de
mon peuple.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 28 janvier 1734, le roi de Grande-Bretagne a adressé un discours à la Chambre des Pairs et à la Chambre des Communes pour aborder la guerre en cours entre l'Empereur et les Puissances réunies de France, d'Espagne et de Sardaigne. Bien que la Grande-Bretagne ne soit pas directement impliquée dans ce conflit, le roi a souligné l'importance de cette guerre pour l'Europe et la nécessité de prendre des précautions pour éviter des décisions hâtives. Il a mis en avant l'honneur de sa couronne, l'intérêt de son peuple et les engagements avec diverses puissances alliées. Le roi a également insisté sur la nécessité de se préparer à la défense, surtout dans un contexte où toute l'Europe est en état d'alerte. Il a recommandé aux Communes de lever les fonds nécessaires pour les dépenses de la marine et de traiter les affaires parlementaires avec modération pour éviter des prolongations inutiles. En réponse, les Chambres ont présenté des adresses au roi pour le remercier de ses efforts en faveur de la paix et de la tranquillité publique. Le roi a assuré de sa continuité dans ces efforts.
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66
p. 785-790
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On mande de Londres, qu'un Officier de Marine, commis pour prendre de force des [...]
Mots clefs :
Chambre des communes, Roi, Prince de Nassau, Princesse de Nassau, Seigneurs, Dépenses, Honneur, Parlement, Augmentation, Grande-Bretagne
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres , qu'un Officier de
Marine , commis pour prendre de force des
Matelots , entra dernierement à main armée avec
sa Suite chez M. Imberti , Résident de la République
de Venise,et qu'il enleva quelques Matelots
Etrangers , malgré l'opposition des Domestiques
de ce Ministre, qui en a porté ses plaintes à S. M.
Le Prince de Nassau dîna le 18 du mois dernier
chez le Chevalier Hans- Sloane , & après
avoir vu le Cabinet de ce Medecin , il se rendit
à la Societé Royale dont il fût reçû Membre le
du même mois.
24
Le 26 Mars à six heures du soir , le Prince de
Nassau, accompagné du Chevalier Clement Cotterel
Maître des cérémonies , qui étoit allé le
prendre au Palais de Sommerset dans les Carosses
du Roy , se rendit au Palais de Saint James ; le
Carosse de Sa Majesté dans lequel étoit le Prince
étoit précedé de plusieurs autres , remplis par les
Gentilshommes de sa suite , et il étoit suivi des
Carosses de la Reine , du Prince de Galles , du
DC
786 MERCURE DE FRANCE
Duc de Cumberland , et de la Princesse Royale.
Vers les huit heures , les Grands Officiers de la
Couronne , les Pairs d'Angleterre , ceux d'Ecosse
et les autres personnes de distinction , qui par
leurs charges ou par leur rang ont droit d'assister
aux Mariages des Princes et des Princesses
de la Grande Bretagne,commencerent à se mettre
en marche pour aller à la Chapelle Françoise où
ils se rendirent par une galerie qu'on avoit construite
depuis le Palais jusqu'à cette Chapelle . Le
Roy y étant arrivé un peu avant neuf heures
on celebra le Mariage de la Princesse Royale ,
avec le Prince de Nassau , et l'Evêque de Londres
leur donna la Benediction Nuptiale, au bruit
des Salves réïterées du Canon du Parc et de la
Tour.
Après la cérémonie , leurs Majestez précedées
du même cortege , retournerent au Palais avec le
Prince et la Princesse de Nassau, qui étant entrez
dans la Chambre du Roy , se mirent à genoux
devant leurs Majestez pour recevoir leur benediction
.
A onze heures , le Roy et la Famille Royale
souperent en public dans la grande chambre du
Bal Leurs Majestez étoient placées au haut de
la table sous un Dais ; à leur droite étoient le
Prince de Galles , le Duc de Cumberland , etj le
Prince de Nassau , et à la gauche , la Princesse
de Nassau , et les Princesses Amelie , Caroline ,
et Marie.
Pendant toute la nuit , il y eût des feux et
des illuminations dans les rues , et le peuple
donna de très grandes démonstrations de joye .
Aucun Pair d'Irlande n'a assisté au Mariage
de la Princesse de Nassau , parce que le Comte
de Tilney , les Vicomtes de Gallouway , Brundell
,
>
AVRIL. 1724. 787
dell , Gage , Grimston et Vane , les Lords Kingsale
, Southowel , Ranelagh , et les autres Seigneurs
Irlandois, qui étoient à Londres, n'avoient
point été invitez à se trouver à cette cérémonie
en qualité de Pairs d'Irlande , et qu'ils ont
prétendus qu'ils ne pouvoient sans déroger à
leurs prérogatives , y assister comme simples.
spectateurs , et qu'ils devoient avoir rang dans
la marche et à la Chapelle , immédiatement
après les Pairs d'Ecosse .
Le 26 , le Roy et la Reine reçûrent les Compliments
des Ministres Etrangers , des Ministres
d'Etat et des Seigneurs ; toute la Cour se rendit
ensuite chez la Princesse de Nassau qui
trouva sur sa toillette une Corbeille d'or , remplie
de fleurs , sous lesquelles il y avoit plusieurs
bijoux enrichis de diamants d'un prix
considérable , dont le Prince son Epoux lui a fait
présent.
La Chambre des Pairs s'assembla le 29 , et il
y fût résolu que les Seigneurs à Baguettes blanches
iroient feliciter le Roy de la part de la
Chambre sur le Mariage de la Princesse de
Nassau ; que les Comtes de Chesterfield , et de
Scarborough , et le Lord Hardwick porteroient
un Message à la Reine sur le même sujet , et
qu'on en envoyeroit un au Prince de Nassau , et
a la Princesse de Nassau par le Comte de Cholmondeley
, et le Lord de Lawar : on ordonna
ensuite de porter un Bill pour naturaliser le
Prince de Nassau , et le Lord Chef de Justice
de la Cour des Communs Plaidoyers fût chargé
d'en dresser le Proer
Le premier d'Avril le Roy se rendit à la
Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtumées
, et Sa Majesté ayant mandé la Chambre
des
788 MERCURE DE FRANCE
des Communes , donna son consentement Royal
au Bill pour naturaliser Guillaume- Charles-
Henry , Prince de Nassau .
Ce Prince doit être créé Duc de Glocester
êt îl prendra place dans la Chambre des Pairs
après les Princes du Sang.
Le 8 de ce mois , le Duc de Newcastle ICmit
de la part du Roy à la Chambre un Message
, lequel contient , que Sa Majesté a vû avec
beaucoup de plaisir le zele et l'affection que les
Seigneurs ont fait paroître dans l'Expedition des
affaires , qu'elle n'a rien plus à coeur que de voir
la Paix rétablie en Europe , et d'éviter , s'il est
possible , d'engager ses sujets dans les dépenses
et les hazards de la Guerre , et qu'elle desire en
même temps de ne donner aucune juste allarme
aux autres Nations ; qu'il est convenable de prendre
des mesures afin que les efforts de S. M. et ceux
de ses Alliez pour procurer un accommodement,
puissent avoir l'effet desiré; et afin qu'elle soit en
état de contracter et de remplir les engagemens
que l'honneur,la justice, et la prudence exigeront,
et d'empêcher que ses Royaumes ne demeurent
exposez aux insultes imprévues lorsqu'il ne lui
sera plus possible d'avoir sur le champ dans chacune
des occafions qui naîtront de la conjoncture
presente des affaires , et qui interesseront la sûreté
de la Grande Bretagne , l'avis et l'assistance
de son Parlement ; que Sa Majesté espere que le
Parlement lui fournira les secours nécessaires
pour cet effet , en ordonnant une augmentation
des forces de Terre et de mer , telle qu'il conviendra
pour l'honneur et la deffense de la nation
, que les dépenses que cette augmentation
pourra occafionner, seront faites avec le plus d'oesonomie
qu'il sera possible, et qu'il en sera remis
un
AVRIL 1734. 789
un compte devant le prochain Parlement.
Le 9 , les Seigneurs ayant deliberé sur le
Message du Roy , résolurent à la pluralité de
101 voix , contre 58 , de présenter une Adresse
à Sa Majesté pour l'assurer de leur respect et
de leur fidelité , de la reconnoissance que leur
inspirent ses soins , et son attention pour l'honneur
et la sureté de ses Etats , et de la disposi
tion où ils sont de concourir de tout leur pouvoir
à ses vues pour la Paix , et d'augmenter
les forces de la nation autant qu'il sera nécessaire
pour la mettre à couvert de toute insulte
et pour remercier Sa Majesté de la promesse
qu'Elle a faite d'ordonner qu'on remette devant
le prochain Parlement un compte des dépenses
que l'augmenration des Troupes rendra nécessaires.
¿ Le 10. Les Seigneurs présenterent leur Adresse
au Roy , qui rêpondit en ces termes : Je reçois
cette Adresse comme une grande marque de vôtre
zele, et de vôtre affection pour ma Perfonne et pour
mon Gouvernement. Je vous remercie de la confiance
que vous avez en moi , et vous pouvez
être
assurez que je ne m'en servirai que pour les fins
que vous vous proposez et avec tout l'égard possible
pour les veritables interêts de mon Peuple.
de
Le 8 Avril , la Chambre des Communes recut
par le Chancelier de l'Echiquier un Message
du Roy semblable à celui que Sa Majesté avoit
envoyé à la Chambre des Pairs , et il fut résolu
à la pluralité de 248 voix contre 147 ,
présenter une Adresse à Sa Majesté pour lui
faire de très-humbles remercimens de son application
continuelle au bien Public , et pour la
prier de faire dans les Troupes l'augmentation
qu'elle jugera nécessaire , et d'être persuadée que
H la
I
795 MERCURE DE FRANCE
la Chambre approuvera toutes les dépenses que
Sa Majesté fera pour l'honneur , l'interêt et la
deffense de ses Royaumes.
Le 12 , la Chambre alla présenter son Adresse
au Roy ; Sa Majesté y fit la réponse suivante :
Messieurs , Je vous remercie de çes assurances de
vôtre respect et de votre fidelité pour ma personne et
pour mon Gouvernement , et de la confiance que
Vous avez en moi. Je desire seulement de pouvoir
être en état de soutenir l'honneur et l'interét de ma
Couronne et de mon Peuple , et je n'employerai jamais
dans d'autres vûës le pouvoir que vous m'avez
donné.
> Le 1s on lut dans la Chambre
pour la troisiéme
fois , et l'on passa sans aucun changement
Le Bill pour accorder
une indemnité
à ceux qui
ont été obligez
de se démettre
de leurs Emplois
,
parce qu'ils n'ont pas voulu
prêter
les serments
ordinaires
.
que
La veille la Chambre des Communes délibera
en grand Commité si l'on porteroit un Bill pour
donner pouvoir au Roy de prendre les mesures
Sa Majesté jugera nécessaires à la sureté et
ala deffense de la Grande Bretagne , et de tirer
de la Caisse du fonds d'amortissement les sommes
dont Sa Majesté aura besoin pour l'augmentation
des foices de terre et de mer , et Paffirmative
l'emporta à la pluralité de 155 voix contre
60.
Le 16 , la Chambre passa le Bill pour autori
ser le Roy à employer 120000 livres sterlings ,
aux dépenses qu'exige le service de l'année coutante.
33 Signeurs ont fait inserer dans les Registres?
de la Chamb e ars ans une protestation contre
PAdresse que cente Chambre présenta le zo
au Roy au sujet du Message de Sa Majesté.
N mande de Londres , qu'un Officier de
Marine , commis pour prendre de force des
Matelots , entra dernierement à main armée avec
sa Suite chez M. Imberti , Résident de la République
de Venise,et qu'il enleva quelques Matelots
Etrangers , malgré l'opposition des Domestiques
de ce Ministre, qui en a porté ses plaintes à S. M.
Le Prince de Nassau dîna le 18 du mois dernier
chez le Chevalier Hans- Sloane , & après
avoir vu le Cabinet de ce Medecin , il se rendit
à la Societé Royale dont il fût reçû Membre le
du même mois.
24
Le 26 Mars à six heures du soir , le Prince de
Nassau, accompagné du Chevalier Clement Cotterel
Maître des cérémonies , qui étoit allé le
prendre au Palais de Sommerset dans les Carosses
du Roy , se rendit au Palais de Saint James ; le
Carosse de Sa Majesté dans lequel étoit le Prince
étoit précedé de plusieurs autres , remplis par les
Gentilshommes de sa suite , et il étoit suivi des
Carosses de la Reine , du Prince de Galles , du
DC
786 MERCURE DE FRANCE
Duc de Cumberland , et de la Princesse Royale.
Vers les huit heures , les Grands Officiers de la
Couronne , les Pairs d'Angleterre , ceux d'Ecosse
et les autres personnes de distinction , qui par
leurs charges ou par leur rang ont droit d'assister
aux Mariages des Princes et des Princesses
de la Grande Bretagne,commencerent à se mettre
en marche pour aller à la Chapelle Françoise où
ils se rendirent par une galerie qu'on avoit construite
depuis le Palais jusqu'à cette Chapelle . Le
Roy y étant arrivé un peu avant neuf heures
on celebra le Mariage de la Princesse Royale ,
avec le Prince de Nassau , et l'Evêque de Londres
leur donna la Benediction Nuptiale, au bruit
des Salves réïterées du Canon du Parc et de la
Tour.
Après la cérémonie , leurs Majestez précedées
du même cortege , retournerent au Palais avec le
Prince et la Princesse de Nassau, qui étant entrez
dans la Chambre du Roy , se mirent à genoux
devant leurs Majestez pour recevoir leur benediction
.
A onze heures , le Roy et la Famille Royale
souperent en public dans la grande chambre du
Bal Leurs Majestez étoient placées au haut de
la table sous un Dais ; à leur droite étoient le
Prince de Galles , le Duc de Cumberland , etj le
Prince de Nassau , et à la gauche , la Princesse
de Nassau , et les Princesses Amelie , Caroline ,
et Marie.
Pendant toute la nuit , il y eût des feux et
des illuminations dans les rues , et le peuple
donna de très grandes démonstrations de joye .
Aucun Pair d'Irlande n'a assisté au Mariage
de la Princesse de Nassau , parce que le Comte
de Tilney , les Vicomtes de Gallouway , Brundell
,
>
AVRIL. 1724. 787
dell , Gage , Grimston et Vane , les Lords Kingsale
, Southowel , Ranelagh , et les autres Seigneurs
Irlandois, qui étoient à Londres, n'avoient
point été invitez à se trouver à cette cérémonie
en qualité de Pairs d'Irlande , et qu'ils ont
prétendus qu'ils ne pouvoient sans déroger à
leurs prérogatives , y assister comme simples.
spectateurs , et qu'ils devoient avoir rang dans
la marche et à la Chapelle , immédiatement
après les Pairs d'Ecosse .
Le 26 , le Roy et la Reine reçûrent les Compliments
des Ministres Etrangers , des Ministres
d'Etat et des Seigneurs ; toute la Cour se rendit
ensuite chez la Princesse de Nassau qui
trouva sur sa toillette une Corbeille d'or , remplie
de fleurs , sous lesquelles il y avoit plusieurs
bijoux enrichis de diamants d'un prix
considérable , dont le Prince son Epoux lui a fait
présent.
La Chambre des Pairs s'assembla le 29 , et il
y fût résolu que les Seigneurs à Baguettes blanches
iroient feliciter le Roy de la part de la
Chambre sur le Mariage de la Princesse de
Nassau ; que les Comtes de Chesterfield , et de
Scarborough , et le Lord Hardwick porteroient
un Message à la Reine sur le même sujet , et
qu'on en envoyeroit un au Prince de Nassau , et
a la Princesse de Nassau par le Comte de Cholmondeley
, et le Lord de Lawar : on ordonna
ensuite de porter un Bill pour naturaliser le
Prince de Nassau , et le Lord Chef de Justice
de la Cour des Communs Plaidoyers fût chargé
d'en dresser le Proer
Le premier d'Avril le Roy se rendit à la
Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtumées
, et Sa Majesté ayant mandé la Chambre
des
788 MERCURE DE FRANCE
des Communes , donna son consentement Royal
au Bill pour naturaliser Guillaume- Charles-
Henry , Prince de Nassau .
Ce Prince doit être créé Duc de Glocester
êt îl prendra place dans la Chambre des Pairs
après les Princes du Sang.
Le 8 de ce mois , le Duc de Newcastle ICmit
de la part du Roy à la Chambre un Message
, lequel contient , que Sa Majesté a vû avec
beaucoup de plaisir le zele et l'affection que les
Seigneurs ont fait paroître dans l'Expedition des
affaires , qu'elle n'a rien plus à coeur que de voir
la Paix rétablie en Europe , et d'éviter , s'il est
possible , d'engager ses sujets dans les dépenses
et les hazards de la Guerre , et qu'elle desire en
même temps de ne donner aucune juste allarme
aux autres Nations ; qu'il est convenable de prendre
des mesures afin que les efforts de S. M. et ceux
de ses Alliez pour procurer un accommodement,
puissent avoir l'effet desiré; et afin qu'elle soit en
état de contracter et de remplir les engagemens
que l'honneur,la justice, et la prudence exigeront,
et d'empêcher que ses Royaumes ne demeurent
exposez aux insultes imprévues lorsqu'il ne lui
sera plus possible d'avoir sur le champ dans chacune
des occafions qui naîtront de la conjoncture
presente des affaires , et qui interesseront la sûreté
de la Grande Bretagne , l'avis et l'assistance
de son Parlement ; que Sa Majesté espere que le
Parlement lui fournira les secours nécessaires
pour cet effet , en ordonnant une augmentation
des forces de Terre et de mer , telle qu'il conviendra
pour l'honneur et la deffense de la nation
, que les dépenses que cette augmentation
pourra occafionner, seront faites avec le plus d'oesonomie
qu'il sera possible, et qu'il en sera remis
un
AVRIL 1734. 789
un compte devant le prochain Parlement.
Le 9 , les Seigneurs ayant deliberé sur le
Message du Roy , résolurent à la pluralité de
101 voix , contre 58 , de présenter une Adresse
à Sa Majesté pour l'assurer de leur respect et
de leur fidelité , de la reconnoissance que leur
inspirent ses soins , et son attention pour l'honneur
et la sureté de ses Etats , et de la disposi
tion où ils sont de concourir de tout leur pouvoir
à ses vues pour la Paix , et d'augmenter
les forces de la nation autant qu'il sera nécessaire
pour la mettre à couvert de toute insulte
et pour remercier Sa Majesté de la promesse
qu'Elle a faite d'ordonner qu'on remette devant
le prochain Parlement un compte des dépenses
que l'augmenration des Troupes rendra nécessaires.
¿ Le 10. Les Seigneurs présenterent leur Adresse
au Roy , qui rêpondit en ces termes : Je reçois
cette Adresse comme une grande marque de vôtre
zele, et de vôtre affection pour ma Perfonne et pour
mon Gouvernement. Je vous remercie de la confiance
que vous avez en moi , et vous pouvez
être
assurez que je ne m'en servirai que pour les fins
que vous vous proposez et avec tout l'égard possible
pour les veritables interêts de mon Peuple.
de
Le 8 Avril , la Chambre des Communes recut
par le Chancelier de l'Echiquier un Message
du Roy semblable à celui que Sa Majesté avoit
envoyé à la Chambre des Pairs , et il fut résolu
à la pluralité de 248 voix contre 147 ,
présenter une Adresse à Sa Majesté pour lui
faire de très-humbles remercimens de son application
continuelle au bien Public , et pour la
prier de faire dans les Troupes l'augmentation
qu'elle jugera nécessaire , et d'être persuadée que
H la
I
795 MERCURE DE FRANCE
la Chambre approuvera toutes les dépenses que
Sa Majesté fera pour l'honneur , l'interêt et la
deffense de ses Royaumes.
Le 12 , la Chambre alla présenter son Adresse
au Roy ; Sa Majesté y fit la réponse suivante :
Messieurs , Je vous remercie de çes assurances de
vôtre respect et de votre fidelité pour ma personne et
pour mon Gouvernement , et de la confiance que
Vous avez en moi. Je desire seulement de pouvoir
être en état de soutenir l'honneur et l'interét de ma
Couronne et de mon Peuple , et je n'employerai jamais
dans d'autres vûës le pouvoir que vous m'avez
donné.
> Le 1s on lut dans la Chambre
pour la troisiéme
fois , et l'on passa sans aucun changement
Le Bill pour accorder
une indemnité
à ceux qui
ont été obligez
de se démettre
de leurs Emplois
,
parce qu'ils n'ont pas voulu
prêter
les serments
ordinaires
.
que
La veille la Chambre des Communes délibera
en grand Commité si l'on porteroit un Bill pour
donner pouvoir au Roy de prendre les mesures
Sa Majesté jugera nécessaires à la sureté et
ala deffense de la Grande Bretagne , et de tirer
de la Caisse du fonds d'amortissement les sommes
dont Sa Majesté aura besoin pour l'augmentation
des foices de terre et de mer , et Paffirmative
l'emporta à la pluralité de 155 voix contre
60.
Le 16 , la Chambre passa le Bill pour autori
ser le Roy à employer 120000 livres sterlings ,
aux dépenses qu'exige le service de l'année coutante.
33 Signeurs ont fait inserer dans les Registres?
de la Chamb e ars ans une protestation contre
PAdresse que cente Chambre présenta le zo
au Roy au sujet du Message de Sa Majesté.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En 1724, plusieurs événements marquants ont eu lieu en Grande-Bretagne. Un officier de marine a forcé l'entrée chez M. Imberti, Résident de la République de Venise, pour enlever des matelots étrangers. Le Prince de Nassau a été accueilli au sein de la Société Royale et a dîné chez le Chevalier Hans-Sloane. Le 26 mars, le mariage de la Princesse Royale avec le Prince de Nassau a été célébré au Palais de Saint James, en présence de la famille royale et des pairs. Aucun pair d'Irlande n'a assisté à la cérémonie en raison de l'absence d'invitation officielle. Le même jour, le roi et la reine ont reçu les compliments des ministres étrangers et des seigneurs. La Chambre des Pairs a décidé d'envoyer des félicitations au roi et à la reine pour le mariage et a approuvé un bill pour naturaliser le Prince de Nassau, qui devait devenir Duc de Gloucester. Le roi a exprimé son désir de maintenir la paix en Europe et d'augmenter les forces de terre et de mer. La Chambre des Pairs et la Chambre des Communes ont approuvé des adresses au roi pour augmenter les troupes et les dépenses nécessaires à la défense du royaume. La Chambre des Communes a également approuvé un bill pour accorder une indemnité à ceux qui ont dû démissionner de leurs emplois pour refus de prêter serment. Enfin, la Chambre des Communes a voté pour autoriser le roi à utiliser 120 000 livres sterling pour les dépenses de l'année en cours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 914-918
« INSTRUCTION sur le Jubilé de l'Eglise Primatiale de S. Jean de Lyon, [...] »
Début :
INSTRUCTION sur le Jubilé de l'Eglise Primatiale de S. Jean de Lyon, [...]
Mots clefs :
Parlement, Jubilé de l'église primatiale de Saint-Jean de Lyon, Jardinier solitaire, Philosophie moderne, Traité de perspective, Vie des saints pères des déserts, Lettres édifiantes et curieuses, Traité de la communauté entre mari et femme, Vie des saints, Amours de Clitophon et de Leucippe, Plaidoyers de M. Erard, Histoire des conquêtes et découvertes des Portugais dans le nouveau monde, Phénix conjugal, Traité de chimie, Paysan parvenu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « INSTRUCTION sur le Jubilé de l'Eglise Primatiale de S. Jean de Lyon, [...] »
NSTRUCTION sur le Jubilé de l'E
Iglise Primatiale de S. Jean de Lyon ,
à l'occasion du concours de la Fête- Dieu
avec celle de la Nativité de S. Jean- Baptiste
, qui arrive le 24. de Juin de cette
année 1734. imprimée par ordre de
M. l'Archevêque. A Lyon , chez Pierre
Valfray , in 12. de 161. pages , et se trouve
à Paris , chez Antoine Chippier , Libraire
, rue du Foin.
LE
-M A Y. 1734.
915
LE JARDINIER SOLITAIRE , contenant
la Méthode de faire et cultiver un Jar-,
din Fruitier et Potager ; et plusieurs Experiences
nouvelles , avec des Refléxions
sur la culture des Arbres , cinquième
Edition , augmentée . Rue S. Jacques ,
chez le Mercier , fils , in 12. avec figu
res , 2. livres.
LA PHILOSOPHIE MODERNE , par Demandes
et par Réponses ; avec un Traité
de l'Art de persuader. Par M. de Lelevel
, Chez le même , 3. volumes in 12 .
4. livres ro. sols .
TRAITE DE PERSPECTIVE , où sont
contenus les fondemens de la Peinture ,
par le Pere Lamy , de l'Oratoire. Chez
le même , in 8. avec figures , 5. livres .
LES VIES DES SAINTS PERES DES DESERTS
, et de quelques Saintes , écrites
par des Peres de l'Eglise et autres anciens
Auteurs Ecclesiastiques , Grecs et
Latins. Traduites en François par M. Arnauld
d'Andilly. Nouv lle Edition . Chez
Louis Josse , rue S. Jacques , 1733. in 8 .
3. volumes .
LETTRES EDIFIANTES ET CURIEUSES ,
écrites
916 MERCURE DE FRANCE
&
écrites des Missions Etrangeres , par quel
ques Missionnaires de la Compagnie de
Jesus. XXIe Recueil , 1734. in 12. Chez
Nicolas le Clerc , rue de la vieille Bouclerie
, et chez le Mercier , ruë S. Jacques.
TRAITE' de la Communauté entre
Mary et Femme , avec un Traité des
Communautez ou Societez tacites ; par
Maître Denis le Brun , Avocat au Parlement
, Ouvrage posthume , donné d'abord
au Public par les soins de Louis
Hideux , Avocat au Parlement. Nouvelle
Edition , augmentée considerablement
de nouvelles Décisions et de Notes Critiques
, par Me .... et M .... Avocats
au Parlement. A Paris , chez Claude Robustel
, rue S. Jacques , 1733. in folio de
648. pages pour le Traité de la Communauté
entre Mary et Femme , et 58 .
pages pour le Traité des Communautez
ou Societez tacites .
LES VIES DES SAINTS pour tous les
jours de l'année , avec l'Histoire des Mysteres
de N. S. Nouvelle Edition , augmentée
à la fin de chaque Vie , de differentes
Pratiques et Prieres , tirées des
principales actions des Saints. Chez Lotin ;
rue S. Jacques , et Dessaint , ruë S. Jean
de Beauvais. 2. vol. in 4.
LES
MAY 1734 917
LES AMOURS de Clitophon et de Leucippe
, Traduction libre du Grec d'Achilles
Tatius, avec des Notes . Par le sieur
D.... D .... A Paris , rue de la Harpe ,
chez André- François le Breton , in 12.
J
PLAIDOYERS DE M. ERARD , Avocat
au Parlement , avec les Arrêts du Parlement
donnez en interpretation des Articles
282. et 283. de la Coûtume de
Paris , touchant les avantages indirects
faits par l'un des Conjoints à l'autre , et
un Extrait du Testament de la Dame
Marquise de Torcy , contenant un Legs
universel au profit de la Dame de la Tour,
Mere de son Mary , et les Factums de
M. Erard , pour les Heritiers de ladite
Dame de Torcy , qui ont obtenu cet
Arrêt. Seconde Edition . Chez Mesnier ,
ruë S. Severin et au Palais , au Soleil
d'or , 1734. in 8.
HISTOIRE des Conquêtes et Découverres
des Portuguais dans le nouveau Monde
, avec des figures en taille - douce . Par
le R. P. J. F. Lafitau , de la Compagnie
de Jesus. A Paris , chez Saugrain , Pere ,
Quay des Augustins , et J. B. Coignard .
fils , rue S. Jacques , 1733. Grande Edition
, in 4. 2. volumes ; petite, in 12
4. volumes.
18 MERCURE DE FRANCE
LE PHENIX CONJUGAL , Nouvelle
du Temps . A Paris , Quay des Augus→
tins , chez le Breton , fils , 1734. brochure
in 12. de 94. pages .
TRAITE DE CHIMIE , contenant l'a
maniere de préparer les Remedes qui
sont les plus en usage dans la pratique
de la Médecine. Par M. Malouin , Docteur-
Regent de la Faculté de Medecine
de Paris . Chez G. Cavelier , ruë S. Jacques
, an Lys d'or , 1734. in 12.
, LE PAYSAN PARVENU ou les Memoires
de M ... Par M. de Marivaux. Chez
Prault , pere , Quay de Gêvres , $ 734. in 12 .
Iglise Primatiale de S. Jean de Lyon ,
à l'occasion du concours de la Fête- Dieu
avec celle de la Nativité de S. Jean- Baptiste
, qui arrive le 24. de Juin de cette
année 1734. imprimée par ordre de
M. l'Archevêque. A Lyon , chez Pierre
Valfray , in 12. de 161. pages , et se trouve
à Paris , chez Antoine Chippier , Libraire
, rue du Foin.
LE
-M A Y. 1734.
915
LE JARDINIER SOLITAIRE , contenant
la Méthode de faire et cultiver un Jar-,
din Fruitier et Potager ; et plusieurs Experiences
nouvelles , avec des Refléxions
sur la culture des Arbres , cinquième
Edition , augmentée . Rue S. Jacques ,
chez le Mercier , fils , in 12. avec figu
res , 2. livres.
LA PHILOSOPHIE MODERNE , par Demandes
et par Réponses ; avec un Traité
de l'Art de persuader. Par M. de Lelevel
, Chez le même , 3. volumes in 12 .
4. livres ro. sols .
TRAITE DE PERSPECTIVE , où sont
contenus les fondemens de la Peinture ,
par le Pere Lamy , de l'Oratoire. Chez
le même , in 8. avec figures , 5. livres .
LES VIES DES SAINTS PERES DES DESERTS
, et de quelques Saintes , écrites
par des Peres de l'Eglise et autres anciens
Auteurs Ecclesiastiques , Grecs et
Latins. Traduites en François par M. Arnauld
d'Andilly. Nouv lle Edition . Chez
Louis Josse , rue S. Jacques , 1733. in 8 .
3. volumes .
LETTRES EDIFIANTES ET CURIEUSES ,
écrites
916 MERCURE DE FRANCE
&
écrites des Missions Etrangeres , par quel
ques Missionnaires de la Compagnie de
Jesus. XXIe Recueil , 1734. in 12. Chez
Nicolas le Clerc , rue de la vieille Bouclerie
, et chez le Mercier , ruë S. Jacques.
TRAITE' de la Communauté entre
Mary et Femme , avec un Traité des
Communautez ou Societez tacites ; par
Maître Denis le Brun , Avocat au Parlement
, Ouvrage posthume , donné d'abord
au Public par les soins de Louis
Hideux , Avocat au Parlement. Nouvelle
Edition , augmentée considerablement
de nouvelles Décisions et de Notes Critiques
, par Me .... et M .... Avocats
au Parlement. A Paris , chez Claude Robustel
, rue S. Jacques , 1733. in folio de
648. pages pour le Traité de la Communauté
entre Mary et Femme , et 58 .
pages pour le Traité des Communautez
ou Societez tacites .
LES VIES DES SAINTS pour tous les
jours de l'année , avec l'Histoire des Mysteres
de N. S. Nouvelle Edition , augmentée
à la fin de chaque Vie , de differentes
Pratiques et Prieres , tirées des
principales actions des Saints. Chez Lotin ;
rue S. Jacques , et Dessaint , ruë S. Jean
de Beauvais. 2. vol. in 4.
LES
MAY 1734 917
LES AMOURS de Clitophon et de Leucippe
, Traduction libre du Grec d'Achilles
Tatius, avec des Notes . Par le sieur
D.... D .... A Paris , rue de la Harpe ,
chez André- François le Breton , in 12.
J
PLAIDOYERS DE M. ERARD , Avocat
au Parlement , avec les Arrêts du Parlement
donnez en interpretation des Articles
282. et 283. de la Coûtume de
Paris , touchant les avantages indirects
faits par l'un des Conjoints à l'autre , et
un Extrait du Testament de la Dame
Marquise de Torcy , contenant un Legs
universel au profit de la Dame de la Tour,
Mere de son Mary , et les Factums de
M. Erard , pour les Heritiers de ladite
Dame de Torcy , qui ont obtenu cet
Arrêt. Seconde Edition . Chez Mesnier ,
ruë S. Severin et au Palais , au Soleil
d'or , 1734. in 8.
HISTOIRE des Conquêtes et Découverres
des Portuguais dans le nouveau Monde
, avec des figures en taille - douce . Par
le R. P. J. F. Lafitau , de la Compagnie
de Jesus. A Paris , chez Saugrain , Pere ,
Quay des Augustins , et J. B. Coignard .
fils , rue S. Jacques , 1733. Grande Edition
, in 4. 2. volumes ; petite, in 12
4. volumes.
18 MERCURE DE FRANCE
LE PHENIX CONJUGAL , Nouvelle
du Temps . A Paris , Quay des Augus→
tins , chez le Breton , fils , 1734. brochure
in 12. de 94. pages .
TRAITE DE CHIMIE , contenant l'a
maniere de préparer les Remedes qui
sont les plus en usage dans la pratique
de la Médecine. Par M. Malouin , Docteur-
Regent de la Faculté de Medecine
de Paris . Chez G. Cavelier , ruë S. Jacques
, an Lys d'or , 1734. in 12.
, LE PAYSAN PARVENU ou les Memoires
de M ... Par M. de Marivaux. Chez
Prault , pere , Quay de Gêvres , $ 734. in 12 .
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Résumé : « INSTRUCTION sur le Jubilé de l'Eglise Primatiale de S. Jean de Lyon, [...] »
Le document présente une liste d'ouvrages publiés en 1733 et 1734. Parmi les publications notables, figure une instruction sur le Jubilé de l'Église Primatiale de Saint-Jean de Lyon, à l'occasion de la Fête-Dieu et de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste, imprimée par ordre de l'archevêque. Plusieurs autres ouvrages sont mentionnés, couvrant divers domaines. 'Le Jardinier Solitaire' est une méthode de jardinage fruitier et potager. 'La Philosophie Moderne' est un traité de l'art de persuader, écrit par M. de Lelevel. Le document liste également des traités sur la perspective, des vies des saints, des lettres édifiantes des missions étrangères, et des plaidoyers juridiques. Des œuvres littéraires comme 'Les Amours de Clitophon et de Leucippe' et 'Le Paysan Parvenu' sont également mentionnées. Les publications couvrent des domaines variés tels que l'agriculture, la philosophie, la religion, le droit, et la littérature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 988-991
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le 22. du mois dernier, la Populace s'étant assemblée tumultueusement dans divers endroits [...]
Mots clefs :
Peuple, Parlement, Droits, Roi, Intérêt, Chambre des communes, Établissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
2
E 22. du mois dernier , la Populace s'étant
Lassemblée cumultueusement dans divers en
droits de Londres , aliuma des feux dans les ruës
pour témoigner sa joye de ce que l'année derniere
à pareil jour , la Chambre des Communes
rejetta le Bill pour augmenter les droits sur les
Boissons fortes , et pour établir une nouvelle maniere
de les percevoir. Elle cassa les vitres de
P'Hôtel du Lord- Maire et de toutes les maisons,
de ceux qui refuserent de mettre des lumieres sur
leurs fenêtres , et les efforts que firent les Officiers
chargez de la Police , pour faire cesser le désor
dre , furent inutiles.
Le 27. Avril , à 3. heures après midy , le Roy
se rendit à la Chambre des Pairs avec les ceremonies
accoutumées , et S. M. ayant mandé la
Chambre des Communes , donna son consentement
à divers Bills , et fit ensuite le Discours
suivant.
MY LORDS ET MESSIEURS.
>
Je vous remercie d'avoir dépêché si promptement
les affaires publiques , et de la confiance que vous
avez prise en moi pour l'honneur et la seureté de mon
Royaume. Une Session si courte terminée avec
tant d'unanimité et de si justes égards pour le veritable
interêt de la Nation dans une conjoncture si dé-
"
licate
MAY. 7734-
34
licate , donnera beaucoup de poids et de crédit à tou
tes nos démarches , et assurera au Parlement le respect
et la confiance si nécessaires pour maintenir
Phonneur et l'interêt de la Grande-Bretagne , tant
au dedans qu'en dehors.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES
Je dois reconnoître d'une maniere particuliere le Zele
et la promptitude que vous avez montrez dans ce
qui concerna la levée des subsides nécessaires pour le
service de cette année . L'attention que vous avez
eue d'assigner des fonds pour acquitter une grande
partie des dettes de la Marine , dettes qu'on a été
nécessairement et inévitablement obligé de contracter
, et qui portant un interêt plus fort que les anciennes
dettes de la Nation , et étant sujettes à un
décomte , augmentoient la dépense dans tous les
Contracts pour la Flote et pour l'avituaillement ,
doit certainement être regardée comme un servicê
essentiel rendu au Public.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Le temps limitépour l'expiration de ce Parlemens
étant prochain , j'ai resolu de faire publier une Proclamation
pour le dissoudre et pour convoquer un
nouveau Parlement, afin de mettre fin aussi -tôt qu'il
sera possible aux inconveniens qui sont les suites inévitables
d'une Election generale , mais je me croirois
inexcusable si je quittois ce Parlement sans lui
faire la justice de reconnoître toutes les preuves écla
tantes que durant le cours de 7 années il a donné
de son fidele attachement pour ma Personne et pour
mon Gouvernement et de ses égards constants pour
le veritable interêt de la Patrie. La prosperité et
La gloire de mon Regne dépendent de l'affection et
du bonheur de mon Peuple , et le bonheur de mon
Peuple
990 MERCURE DE FRANCE
Peuple dépend de la conservation de tous ses legitimes
droits et Privileges , tels qu'ils sont assurez par
l'établissement présent de la Couronne dans la Ligne
Protestante. L'exacte observation et la juste
execution des Loix sont la meilleure et l'unique sireté,
tant pour le Souverain que pour les Sujets ;
leur interêt est mutuel et indivisible , et par consequent
leurs efforts pour se soutenir mutuellement doivent
être égaux et réciproques ; toute usurpation des
droits du Roy ou de ceux du Peuple , est une diminution
du pouvoir de l'un et de l'autre, qui étant tenu
des deux parts dans ses justes bornes ,fait la balance
qui est si nécessaire pour l'honneur et la dignité
de la Couronne et pour la prosperité du Peuple.
J'observerai religieusement pout cet effet tout ce qui
dépendra de moi , ne doutant point d'un juste retour
de soumission et de reconnoissance de mes Sujeis . Je
dois vous recommander particulierement , et j'attends
cette marque de votre affection si connue , de
faire tous vos efforts pour faire cesser les malheu
reuses divisions de cette Nation , et pour concilier
les esprits de tous ceux qui souhaitent sincerement
la sûreté et la prosperité du Royaume. Ce me seroit
une très-grande satisfaction de voir une parfaite
harmonie rétablie parmi ceux qui n'ont et ne doi→
vent avoir à coeur qu'un même objet , afin qu'il n'y
ait plus de distinction qu'entre ceux qui souhaitent
le maintien de notre heureux établissement présent
dans l'Eglise et dans l'Etat , et ceux qui voudroient
renverser l'une et l'autre ; c'est la seule distinction
qui devroit être remarquée dans un pays où l'interêt
du Roy et du Peuple est le même. Si dans aucun
temps les Droits de la Religion , de la liberté
et de la proprieté , n'ont été maintenus avec plus
d'ardeur de la part du Gouvernement , et si jamais
le Peuple n'en ajoui plus pleinement , qu'on ne met
te doac
MAY. 1734. 991
że donc plus en usage ces noms sacrez comme des
prétextes artificieux etplausibles pour renverser l'établissement
présent sous lequel elles sont à couvert.
Je n'ai rien à souhaiter si non que mon Peuple ne
se laisse point surprendre. J'en appelle à sa conscience
pour ma conduite et j'espere que la Providence
divine le dirigera dans le choix de Deputez
dignes , que le soin et la conservation de la Religion
Protestante , de l'établissement présent et de
tous les Droits Religieux et Civils de la Grande-
Bretagne leur soient confiez .
Le Duc de Buckingham , à qui le Roy a permis
de servir dans l'Armée Françoise , sur le
Rhin , en qualité d'Ayde de Camp du Maréchal
de Berwick , partit le 28. du mois dernier pour
s'y rendre .
Le 3. de ce mois , le Prince et la Princesse
d'Orange, s'étant rendus en Chaises à Porteurs à
Whitehall , s'embarquerent sur une des Berges
du Roy , et descendirent la Tamise jusqu'à Lambeth
, pour y prendre les Carosses du Roy , qui
les ont conduits à Gravesend , d'où le Yacht le
Fubbs doit les transporter en Hollande , sous
l'escorte de cinq Vaisseaux de Guerre.
On apprend en dernier lieu de Londres , qu'il
y a déja 350. Membres du Parlement élûs , ét
dans ce nombre on en compte plus de 200. qui
étoient du dernier Parlement. Plusieurs Habitans
de Douvres ont été accusez d'avoir reçû des
sommes considerables pour donner leurs voix à
certaines personnes dans l'Election qu'ils ont faite
dernierement de leurs Députez au Parlement ,
les Magistrats doivent les poursuivre juridiquemont
, en execution de l'Acte du Parlement contre
ceux qui se laissent corrompre.
2
E 22. du mois dernier , la Populace s'étant
Lassemblée cumultueusement dans divers en
droits de Londres , aliuma des feux dans les ruës
pour témoigner sa joye de ce que l'année derniere
à pareil jour , la Chambre des Communes
rejetta le Bill pour augmenter les droits sur les
Boissons fortes , et pour établir une nouvelle maniere
de les percevoir. Elle cassa les vitres de
P'Hôtel du Lord- Maire et de toutes les maisons,
de ceux qui refuserent de mettre des lumieres sur
leurs fenêtres , et les efforts que firent les Officiers
chargez de la Police , pour faire cesser le désor
dre , furent inutiles.
Le 27. Avril , à 3. heures après midy , le Roy
se rendit à la Chambre des Pairs avec les ceremonies
accoutumées , et S. M. ayant mandé la
Chambre des Communes , donna son consentement
à divers Bills , et fit ensuite le Discours
suivant.
MY LORDS ET MESSIEURS.
>
Je vous remercie d'avoir dépêché si promptement
les affaires publiques , et de la confiance que vous
avez prise en moi pour l'honneur et la seureté de mon
Royaume. Une Session si courte terminée avec
tant d'unanimité et de si justes égards pour le veritable
interêt de la Nation dans une conjoncture si dé-
"
licate
MAY. 7734-
34
licate , donnera beaucoup de poids et de crédit à tou
tes nos démarches , et assurera au Parlement le respect
et la confiance si nécessaires pour maintenir
Phonneur et l'interêt de la Grande-Bretagne , tant
au dedans qu'en dehors.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES
Je dois reconnoître d'une maniere particuliere le Zele
et la promptitude que vous avez montrez dans ce
qui concerna la levée des subsides nécessaires pour le
service de cette année . L'attention que vous avez
eue d'assigner des fonds pour acquitter une grande
partie des dettes de la Marine , dettes qu'on a été
nécessairement et inévitablement obligé de contracter
, et qui portant un interêt plus fort que les anciennes
dettes de la Nation , et étant sujettes à un
décomte , augmentoient la dépense dans tous les
Contracts pour la Flote et pour l'avituaillement ,
doit certainement être regardée comme un servicê
essentiel rendu au Public.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Le temps limitépour l'expiration de ce Parlemens
étant prochain , j'ai resolu de faire publier une Proclamation
pour le dissoudre et pour convoquer un
nouveau Parlement, afin de mettre fin aussi -tôt qu'il
sera possible aux inconveniens qui sont les suites inévitables
d'une Election generale , mais je me croirois
inexcusable si je quittois ce Parlement sans lui
faire la justice de reconnoître toutes les preuves écla
tantes que durant le cours de 7 années il a donné
de son fidele attachement pour ma Personne et pour
mon Gouvernement et de ses égards constants pour
le veritable interêt de la Patrie. La prosperité et
La gloire de mon Regne dépendent de l'affection et
du bonheur de mon Peuple , et le bonheur de mon
Peuple
990 MERCURE DE FRANCE
Peuple dépend de la conservation de tous ses legitimes
droits et Privileges , tels qu'ils sont assurez par
l'établissement présent de la Couronne dans la Ligne
Protestante. L'exacte observation et la juste
execution des Loix sont la meilleure et l'unique sireté,
tant pour le Souverain que pour les Sujets ;
leur interêt est mutuel et indivisible , et par consequent
leurs efforts pour se soutenir mutuellement doivent
être égaux et réciproques ; toute usurpation des
droits du Roy ou de ceux du Peuple , est une diminution
du pouvoir de l'un et de l'autre, qui étant tenu
des deux parts dans ses justes bornes ,fait la balance
qui est si nécessaire pour l'honneur et la dignité
de la Couronne et pour la prosperité du Peuple.
J'observerai religieusement pout cet effet tout ce qui
dépendra de moi , ne doutant point d'un juste retour
de soumission et de reconnoissance de mes Sujeis . Je
dois vous recommander particulierement , et j'attends
cette marque de votre affection si connue , de
faire tous vos efforts pour faire cesser les malheu
reuses divisions de cette Nation , et pour concilier
les esprits de tous ceux qui souhaitent sincerement
la sûreté et la prosperité du Royaume. Ce me seroit
une très-grande satisfaction de voir une parfaite
harmonie rétablie parmi ceux qui n'ont et ne doi→
vent avoir à coeur qu'un même objet , afin qu'il n'y
ait plus de distinction qu'entre ceux qui souhaitent
le maintien de notre heureux établissement présent
dans l'Eglise et dans l'Etat , et ceux qui voudroient
renverser l'une et l'autre ; c'est la seule distinction
qui devroit être remarquée dans un pays où l'interêt
du Roy et du Peuple est le même. Si dans aucun
temps les Droits de la Religion , de la liberté
et de la proprieté , n'ont été maintenus avec plus
d'ardeur de la part du Gouvernement , et si jamais
le Peuple n'en ajoui plus pleinement , qu'on ne met
te doac
MAY. 1734. 991
że donc plus en usage ces noms sacrez comme des
prétextes artificieux etplausibles pour renverser l'établissement
présent sous lequel elles sont à couvert.
Je n'ai rien à souhaiter si non que mon Peuple ne
se laisse point surprendre. J'en appelle à sa conscience
pour ma conduite et j'espere que la Providence
divine le dirigera dans le choix de Deputez
dignes , que le soin et la conservation de la Religion
Protestante , de l'établissement présent et de
tous les Droits Religieux et Civils de la Grande-
Bretagne leur soient confiez .
Le Duc de Buckingham , à qui le Roy a permis
de servir dans l'Armée Françoise , sur le
Rhin , en qualité d'Ayde de Camp du Maréchal
de Berwick , partit le 28. du mois dernier pour
s'y rendre .
Le 3. de ce mois , le Prince et la Princesse
d'Orange, s'étant rendus en Chaises à Porteurs à
Whitehall , s'embarquerent sur une des Berges
du Roy , et descendirent la Tamise jusqu'à Lambeth
, pour y prendre les Carosses du Roy , qui
les ont conduits à Gravesend , d'où le Yacht le
Fubbs doit les transporter en Hollande , sous
l'escorte de cinq Vaisseaux de Guerre.
On apprend en dernier lieu de Londres , qu'il
y a déja 350. Membres du Parlement élûs , ét
dans ce nombre on en compte plus de 200. qui
étoient du dernier Parlement. Plusieurs Habitans
de Douvres ont été accusez d'avoir reçû des
sommes considerables pour donner leurs voix à
certaines personnes dans l'Election qu'ils ont faite
dernierement de leurs Députez au Parlement ,
les Magistrats doivent les poursuivre juridiquemont
, en execution de l'Acte du Parlement contre
ceux qui se laissent corrompre.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 22 du mois précédent, la population de Londres a célébré le rejet par la Chambre des Communes d'un projet de loi visant à augmenter les droits sur les boissons fortes et à modifier leur perception. Cette célébration s'est manifestée par des feux dans les rues et des bris de vitres chez ceux refusant de mettre des lumières à leurs fenêtres. Les efforts de la police pour rétablir l'ordre ont été inutiles. Le 27 avril, le roi s'est rendu à la Chambre des Pairs pour donner son consentement à divers projets de loi. Dans son discours, il a remercié les parlementaires pour leur promptitude et leur unanimité dans la gestion des affaires publiques. Il a souligné l'importance de maintenir l'honneur et l'intérêt de la Grande-Bretagne, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du royaume. Le roi a également reconnu les efforts des Communes pour lever les subsides nécessaires et acquitter une partie des dettes de la Marine. Le roi a annoncé la dissolution du Parlement et la convocation d'un nouveau Parlement pour éviter les inconvénients des élections générales. Il a exprimé sa gratitude pour l'attachement et les égards constants du Parlement envers sa personne et le gouvernement. Il a insisté sur la nécessité de conserver les droits et privilèges légitimes du peuple et de maintenir l'observation des lois pour la sécurité mutuelle du souverain et des sujets. Le Duc de Buckingham est parti le 28 du mois précédent pour servir dans l'armée française sur le Rhin. Le Prince et la Princesse d'Orange ont quitté Londres pour la Hollande, escortés par des vaisseaux de guerre. À ce jour, 350 membres du nouveau Parlement ont été élus, dont plus de 200 étaient membres du dernier Parlement. Plusieurs habitants de Douvres ont été accusés de corruption lors des élections et doivent être poursuivis en justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 1423-1424
GRANDE BRETAGNE.
Début :
L'Election des seize Pairs Ecossois qui doivent avoir séance dans le Parlement de la Grande [...]
Mots clefs :
Grande-Bretagne, Élection, Parlement, Duc, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
L'Election des seize Pairs Ecossois qui doivent
avoir séance dans le Parlement de la GranH*- Bretagne, se fit le 1f. Juin à Edimbourg pluralité des suffrages et la se déclara poulie Duc
d Athol, le Marquis de Lothian
.
les Comteç
À.JEioptoun
, d'Ilay
,
de Cra\vford
,
d'Orknevr
1424 MERCURE DE FRANCE
de Selkirck , de Moreton et de Dunmore , qui
étoient du dernier Parlement et pour le Duc
de Buccleugh , les Comtes de Finlater , de Portmore
, de Balcarras , de Loudown et de Sowtherlard
et le ord Cathéart. Les Ducs d'Hamilton,
de Queensbury , de Montrose , de Roxburgh , le
Marquis de Twedale et vingt autres Seigneurs
du Royaume d'Ecosse , ont protesté contre cette
Election , qu'ils prétendent n'avoir pas été faite
selon les Loix.
Le feu prit le 25. au matin à la maison que
M. de Chavigni , Ministre du Roy de France en
cette Cour , occupoit à Twickenham , qui fut
entierement brulée , on n'a pû sauver aucun des
Meubles et des autres Effets qui y étoient.
L'Election des seize Pairs Ecossois qui doivent
avoir séance dans le Parlement de la GranH*- Bretagne, se fit le 1f. Juin à Edimbourg pluralité des suffrages et la se déclara poulie Duc
d Athol, le Marquis de Lothian
.
les Comteç
À.JEioptoun
, d'Ilay
,
de Cra\vford
,
d'Orknevr
1424 MERCURE DE FRANCE
de Selkirck , de Moreton et de Dunmore , qui
étoient du dernier Parlement et pour le Duc
de Buccleugh , les Comtes de Finlater , de Portmore
, de Balcarras , de Loudown et de Sowtherlard
et le ord Cathéart. Les Ducs d'Hamilton,
de Queensbury , de Montrose , de Roxburgh , le
Marquis de Twedale et vingt autres Seigneurs
du Royaume d'Ecosse , ont protesté contre cette
Election , qu'ils prétendent n'avoir pas été faite
selon les Loix.
Le feu prit le 25. au matin à la maison que
M. de Chavigni , Ministre du Roy de France en
cette Cour , occupoit à Twickenham , qui fut
entierement brulée , on n'a pû sauver aucun des
Meubles et des autres Effets qui y étoient.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 1er juin, seize pairs écossais, dont le Duc d'Athol et le Marquis de Lothian, ont été élus pour le Parlement de Grande-Bretagne à Édimbourg. Plusieurs Ducs et Marquis ont protesté, estimant l'élection illégale. Le 25 juin, un incendie a détruit la maison de M. de Chavigni, ministre français à Twickenham, sans sauver aucun bien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 77-124
Eloge de M. le Président de Montesquieu.
Début :
L'intérêt que les bons citoyens prennent à l'Encyclopédie, & le grand nombre de [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Encyclopédie, Gloire, Moeurs, Ouvrage, Auteur, Esprit, Hommes, Académie, Parlement de Bordeaux, Académie française, Éloge, De l'esprit des lois, Lettres persanes, Amour, Nations, Malheur, Commerce, Intérêt, Honneur, Étude, Citoyen, Philosophie, Religion, Gouvernement, Roi, Sciences, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge de M. le Président de Montesquieu.
Ous ne pouvons mieux ouvrir cet arpar
volume de l'Encyclopédie. Qui ſe diſtribue
depuis quelques jours chez Briaffon , David
l'aîné , le Breton , & Durand. Il doit être
d'autant plus intéreffant que M. de Voltaire
y a travaillé les mots , efprit , éloquence
, élégance. Qui pouvoit mieux en
parler ? Le morceau qui paroît à la tête du
même volume , acheve de le rendre précieux
. C'eſt l'éloge de M. de Montesquieu
par M. d'Alembert . On peut dire fans
fadeur que le Panégyrifte eft digne du
héros . Cet éloge nous a paru d'une fi grande
beauté , que nous croyons obliger le
Lecteur de l'inférer ici dans fon entier.
Quant à la note qui fe trouve à la page
huit , comme elle contient elle - feule une
excellente analyſe de l'Efprit des Loix ,
nous avons craint de prodiguer à la fois
tant de richeffes , & par une jufte économie,
nous l'avons réfervée pour en décorer
le premier Mercure de Décembre . Ceux
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
qui n'auront pas le Dictionnaire , feront
charmés de trouver cette piece complette
dans mon Journal , où ils pourront même
la lire plus commodément , puifqu'il eſt
portatif.
Eloge de M. le Préſident de Montefquien.
L'intérêt que les bons citoyens prennent
à l'Encyclopédie, & le grand nombre de
gens de Lettres qui lui confacrent leurs
travaux , femblent nous permettre de la
regarder comme un des monumens les
plus propres à être dépofitaires des fentimens
de la patrie , & des hommages
qu'elle doit aux hommes célebres qui l'ont
honorée . Perfuadés néanmoins que M.
de Montesquieu étoit en droit d'attendre
d'autres Panégyriftes que nous , & que la
douleur publique eût mérité des interpretes
plus éloquens , nous euflions renfermé
au- dedans de nous-mêmes nos juftes
regrets & notre refpect pour fa mémoire ;
mais l'aveu de ce que nous lui devons ,
nous eft trop précieux pour en laiffer le
foin à d'autres. Bienfaicteur de l'humanité
par fes écrits , il a daigné l'être auffi de
cet ouvrage , & notre reconnoiffance ne
veut que tracer quelques lignes au pied de
fa ftatue .
Charles de Secondat , Baron de la Brede
NOVEMBRE. 1755. 79
& de Montesquieu , ancien Préfident à
Mortier au Parlement de Bordeaux , de
l'Académie Françoife, de l'Académie royale
des Sciences & des Belles - Lettres de
Pruffe , & de la Société de Londres , naquit
au Château de la Brede , près de Bordeaux
, le 18 Janvier 1689 , d'une famille
noble de Guyenne. Son trifayeul , Jean de
Secondat , Maître d'Hôtel de Henri II ,
Roi de Navarre , & enfuite de Jeanne ,
fille de ce Roi , qui époufa Antoine de
Bourbon , acquit la terre de Montesquieu
d'une fomme de 10000 livres que cette
Princeffe lui donna par un acte authentique
, en récompenfe de fa probité & de
fes fervices. Henri III , Roi de Navarre ,
depuis Henri IV , Roi de France , érigea
en Baronie la terre de Montefquieu , en
faveur de Jacob de Secondat , fils de Jean ,
d'abord Gentilhomme ordinaire de la
Chambre de ce Prince , & enfuite Meftre
de camp du Régiment de Châtillon.
Jean Gafton de Secondat , fon fecond fils ,
ayant époufé la fille du Premier Préfident
du Parlement de Bordeaux , acquit dans
cette Compagnie une charge de Préfident
à Mortier. Il eut plufieurs enfans , dont
un entra dans le fervice , s'y diftingua ,
& le quitta de fort bonne heure. Ce fut
pere de Charles de Secondat , auteur Le
Div
So MERCURE DE FRANCE.
de l'Efprit des Loix . Ces détails paroîtront
peut- être déplacés à la tête de l'éloge
d'un philofophe dont le nom a fi peu
befoin d'ancêtres ; mais n'envions point
à leur mémoire l'éclat que ce nom répand
fur elle.
Les fuccès de l'enfance préfage quelquefois
fi trompeur , ne le furent point
dans Charles de Secondat : il annonça de
bonne heure ce qu'il devoit être ; & fon
pere donna tous fes foins à cultiver ce génie
naiffant , objet de fon efpérance &
de fa tendreſſe . Dès l'âge de vingt ans , le
jeune Montefquieu préparoit déja les matériaux
de l'Esprit des Loix , par un extrait
raifonné des immenfes volumes qui compofent
le corps du Droit civil ; ainfi autrefois
Newton avoit jetté dès fa premiere
jeuneffe les fondemens des ouvrages qui
l'ont rendu immortel . Cependant l'étude
de la Jurifprudence , quoique moins aride
pour M. de Montefquieu que pour la
plupart de ceux qui s'y livrent , parce qu'il
la cultivoit en philofophe , ne fuffifoit pas
à l'étendue & à l'activité de fon génie ; il
approfondiffoit dans le même temps des
matieres encore plus importantes & plus
délicates , & les difcutoit dans le filence
avec la fageffe , la décence , & l'équité
qu'il a depuis montrées dans fes ouvrages .
NOVEMBRE. 1755 . 81
Un oncle paternel , Préfident à Mortier
au Parlement de Bordeaux , Juge éclairé
& citoyen vertueux , l'oracle de fa compagnie
& de fa province , ayant perdu un
fils unique , & voulant conferver dans fon
Corps l'efprit d'élevation qu'il avoit tâché
d'y répandre , laiffa fes biens & fa charge
à M. de Montefquieu ; il étoit Confeiller
au Parlement de Bordeaux , depuis le 24
Février 1714 , & fut reçu Préſident à
Mortier le 13 Juillet 1716. Quelques années
après , en 1722 , pendant la minorité
du Roi , fa Compagnie le chargea de préfenter
des remontrances à l'occafion d'un
nouvel impôt. Placé entre le thrône & le
peuple , il remplit en fujet refpectueux &
en Magiftrat plein de courage , l'emploi fi
noble & fi peu envié , de faire parvenir
au Souverain le cri des malheureux ; & la
mifere publique repréfentée avec autant
d'habileté que de force , obtint la justice.
qu'elle demandoit . Ce fuccès , il eft vrai ,
par malheur l'Etat bien plus que pour
pour
lui , fut auffi paffager que s'il eût été injufte
; à peine la voix des peuples eût- elle
ceffé de le faire entendre , que l'impôt
fupprimé fut remplacé par un autre ; mais
le citoyen avoit fait fon devoir.
Il fut reçu le 3 Avril 1716 dans l'Académie
de Bordeaux , qui ne faifoit que de
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
naître . Le gout pour la Mufique & pour
les ouvrages de pur agrément , avoit d'abord
raflemblé les membres qui la for
moient. M. de Montefquieu crut avec raifon
que l'ardeur naiffante & les talens de
fes confieres pourroient s'exercer avec encore
plus d'avantage fur les objets de la
Phyfique. Il étoit perfuadé que la nature ,
digne d'être obfervée par -tout , trouvoit
aufli par tout des yeux dignes de la voir ;
qu'au contraire les ouvrages de goût ne
fouffrant point de médiocrité , & la Capitale
étant en ce genre le centre des lumieres
& des fecours , il étoit trop difficile de
rafferobler loin d'elle un affez grand nombre
d'écrivains diftingués ; il regardoit les
Sociétés de bel efprit , fi étrangement multipliées
dans nos provinces , comme une
efpece , ou plutôt comme une ombre de
luxe littéraire qui nuit à l'opulence réelle
fans même en offrir l'apparence . Heureufement
M. le Duc de la Force , par un prix
qu'il venoit de fonder à Bordeaux , avoit
fecondé des vues fi éclairées & fi juftes.
On jugea qu'une expérience bien faite
feront préférable à un difcours foible , ou
à un mauvais poëme ; & Bordeaux eut
une Académie des Sciences .
M. de Montefquieu nullement empreffé
de fe montrer au public , fembloit attenNOVEMBRE.
1755. 83
dre , felon l'expreffion d'un grand génie ,
un âge mur pour écrire ; ce ne fut qu'en
1721 , c'eft -à- dire âgé de trente - deux ans,
qu'il mit au jour les Lettres Perfannes. Le
Siamois des amufemens ferieux & comiques
pouvoit lui en avoir fourni l'idée ; mais
il furpaffa fon modele . La peinture des
moeurs orientales réelles ou fuppofées , de
l'orgueil & du flegme de l'amour aliatique
, n'eft que le moindre objet de ces
Lettres ; elle n'y fert , pour ainfi dire , que
de prétexte à une fatyre fine de nos moeurs,
& à des matieres importantes que l'Auteur
approfondit en paroiffant gliffer fur
elles. Dans cette efpèce de tableau mouvant
, Ufbek expofe fur-tout avec autant
de légereté que d'énergie ce qui a le plus
frappé parmi nous fes yeux pénétrans ;
notre habitude de traiter férieufement les
chofes les plus futiles , & de tourner les
plus importantes en plaifanterie ; nos converfations
fi bruyantes & fi frivoles ; notre
ennui dans le fein du plaifir même ;
nos préjugés & nos actions en contradiction
continuelle avec nos lumieres ; tant
d'amour pour la gloire joint à tant de
refpect pour l'idole de la faveur ; nos
Courtifans fi rampans & fi vains ; notre
politeffe extérieure & notre mépris réel
pour les étrangers , ou notre prédilection
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
affectée pour eux ; la bifarrerie de nos
gouts , qui n'a rien au- deffous d'elle que
l'empreffement de toute l'Europe à les
adopter ; notre dédain barbare pour deux
des plus refpectables occupations d'un citoyen
, le commerce & la magiftrature ;
nos difputes littéraires fi vives & fi inuti
les ; notre fureur d'écrire avant que de
penfer , & de juger avant que de connoître.
A cette peinture vive , mais fans
fiel , il oppofe dans l'apologue des Troglodites
, le tableau d'un peuple vertueux ,
devenu fage par le malheur , morceau
digne du Portique : ailleurs il montre la
philofophie long-tems étouffée , reparoiffant
tout-à- coup , regagnant par les progrès
le tems qu'elle a perdu , pénétrant
jufques chez les Ruffes à la voix d'un génie
qui l'appelle , tandis que chez d'autres
peuples de l'Europe , la fuperftition , femblable
à une atmoſphere épaiffe , empêche
la lumiere qui les environne de toutes
parts d'arriver jufqu'à eux. Enfin , par les
principes qu'il établit fur la nature des
gouvernemens anciens & modernes , il
préfente le germe de ces idées lumineufes
développées depuis par l'Auteur dans fon
grand ouvrage.
Ces différens fujets , privés aujourd'hui
des graces de la nouveauté qu'ils avoient
8
NOVEMBRE. 1755. 85
dans la naiffance des Lettres Perfannes , y
conferveront toujours le mérite du caractere
original qu'on a fçu leur donner ;
mérite d'autant plus réel , qu'il vient ici
du génie feul de l'écrivain , & non du
voile étranger dont il s'eft couvert ; car
Ufbek a pris durant fon féjour en France ,
non feulement une connoiffance fi parfaite
de nos moeurs , mais une fi forte teinture
de nos manieres mêmes , que fon
ftyle fait fouvent oublier fon pays . Ce
léger défaut de vraisemblance peut n'être
fans deffein & fans adreffe : en relevant
nos ridicules & nos vices , il a voulu
fans doute auffi rendre juftice à nos
avantages ; il a fenti toute la fadeur d'un
éloge direct & il s'en eft plus finement
acquitté , en prenant fi fouvent notre ton
pour médire plus agréablement de nous.
pas
Malgré le fuccès de cet ouvrage , M.
de Montefquieu ne s'en étoit point déclaré
ouvertement l'auteur. Peut - être
croyoit- il échapper plus aifément par ce
moyen à la fatyre littéraire , qui épargne
plus volontiers les écrits anonymes , parce
que c'est toujours la perfonne & non l'ouvrage
qui eft le but de fes traits ; peut- être
craignoit- il d'être attaqué fur le prétendu
contrafte des Lettres Perfannes avec l'auférité
de fa place ; efpece de reproche ,
86 MERCURE DE FRANCE.
difoit il , que les critiques ne manquent
jamais, parce qu'il ne demande aucun effort
d'efprit. Mais fon fecret étoit découvert ,
& déja le public le montroit à l'Académie
Françoife. L'événement fit voir combien
le filence de M. de Montefquieu avoit été
fage . Ufbek s'exprime quelquefois affez
librement , non fur le fonds du Chriftianiſme
, mais fur des matieres que trop de
perfonnes affectent de confondre avec le
Chriftianifme même , fur l'efprit de
perfécution
dont tant de Chrétiens ont été
animés ; fur les ufurpations temporelles
de la puiffance eccléfiaftique ; fur la multiplication
exceffive des monafteres , qui
enleve des fujets à l'Etat , fans donner à
Dieu des adorateurs ; fur quelques opinions
qu'on a vainement tenté d'ériger
en dogmes ; fur nos difputes de religion ,
toujours violentes , & fouvent funeftes.
S'il paroît toucher ailleurs à des questions
plus délicates , & qui intéreffent de plus
près la religion chrétienne , fes réflexions
appréciées avec juftice , font en effet trèsfavorables
à la révélation , puifqu'il fe
borne à montrer combien la raifon humaine
, abandonnée à elle-même , eft peu
éclairée fur ces objets. Enfin , parmi les
véritables lettres de M. de Montefquieu ,
l'Imprimeur étranger en avoit inféré quel
NOVEMBRE. 1755. 87
ques -unes d'une autre main , & il eût
fallu du moins , avant que de condamner
l'auteur , démêler ce qui lui appartenoit
en propre. Sans égard à ces confidérations
, d'un côté la haine fous le rom
de zéle , de l'autre le zéle fans difcernement
ou fans lumieres , fe fouleverent &
fe réunirent contre les Lettres Perfannes.
Des délateurs , efpece d'hommes dangereufe
& lâche , que même dans un gouvernement
fage on a quelquefois le malheur
d'écouter , allarmerent par un extrait
infidele la piété du miniftere. M. de Montefquieu
, par le confeil de fes amis , foutenu
de la voix publique , s'étant préſenté
pour la place de l'Académie Françoiſe vacante
par la mort de M. de Sacy , le Miniftre
écrivit à cette Compagnie qué S. M.
ne donneroit jamais fon agrément à l'auteur
des Lettres Perfannes ; qu'il n'avoit
point lu ce livre , mais que des perfonnes
en qui il avoit confiance , lui en avoient
fait connoître le poifon & le danger . M.
de Montefquieu fentit le coup qu'une pareille
accufation pouvoit porter à fa perfonne
, à la famille , à la tranquillité de
fa vie. Il n'attachoit pas affez de prix aux
honneurs littéraires , ni pour les rechercher
avec avidité , ni pour affecter de les
dédaigner quand ils fe préfentoient à lui ,
88 MERCURE DE FRANCE.
:
ni enfin pour en regarder la fimple privation
comme un malheur ; mais l'exclufion
perpétuelle , & fur - tout les motifs de
l'exclufion lui paroiffoient une injure. Il vit
le Miniftre , lui déclara que par des raifons
particulieres il n'avouoit point les
Lettres Perfannes , mais qu'il étoit encore
plus éloigné de defavouer un ouvrage
dont il croyoit n'avoir point à rougir , &
qu'il devoit être jugé d'après une lecture ,
& non fur une délation le Miniftre prit
enfin le parti par où il auroit dû commencer
; il lut le livre , aima l'Auteur , & apprit
à mieux placer fa confiance ; l'Académie
Françoife ne fut point privée d'un de
fes plus beaux ornemens , & la France eut
le bonheur de conferver un fujet que la fuperftition
ou la calomnie étoient prêtes à
lui faire perdre : car M. de Montefquieu
avoit déclaré au Gouvernement qu'après
l'efpece d'outrage qu'on alloit lui faire ,
il iroit chercher chez les étrangers qui lui
tendoient les bras , la fureté , le repos , &
peut-être les recompenfes qu'il auroit dû
efperer dans fon pays. La nation eût déploré
cette perte , & la honte en fut pourtant
retombée fur elle.
Feu M. le Maréchal d'Eftrées , alors Directeur
de l'Académie Françoife , fe conduifit
dans cette circonftance en courtiſan
NOVEMBRE . 1755 . 89
vertueux , & d'une ame vraiment élevée ;
il ne craignit ni d'abufer de fon crédit ni
de le compromettre ; il foutint fon ami &
juftifia Socrate. Ce trait de courage fi précieux
aux Lettres , fi digne d'avoir aujourd'hui
des imitateurs , & fi honorable à
la mémoire de M. le Maréchal d'Eftrées ,
n'auroit pas dû être oublié dans fon éloge.
M. de Montefquieu fut reçu le 24 Janvier
1728. Son difcours eft un des meilleurs
qu'on ait prononcés dans une pareille
occafion ; le mérite en eft d'autant
plus grand , que les Récipiendaires gênés
jufqu'alors par ces formules & ces éloges
d'ufage auxquels une efpece de prefcription
les affujettit , n'avoient encore ofé
franchir ce cercle pour traiter d'autres fujets
, ou n'avoient point penfé du moins à
les y renfermer ; dans cet état même de
contrainte il eut l'avantage de réuffir . Entre
plufieurs traits dont brille fon difcours ,
on reconnoîtroit l'écrivain qui penſe , au
feul portrait du Cardinal de Richelieu
qui apprit à la France le fecret de fes forces ,
& à l'Espagne celui de fa foibleffe , qui ôta
à l'Allemagne fes chaînes , & lui en donna
de nouvelles. Il faut admirer M. de Montefquieu
d'avoir fçu vaincre la difficulté
de fon fujet, & pardonner à ceux qui n'ont
pas eu le même fuccès .
›
90 MERCURE DE FRANCE.
Le nouvel Académicien étoit d'autant
plus digne de ce titre , qu'il avoit peu de
tems auparavant renoncé à tout autre travail
, pour fe livrer entierement à fon
génie & à fon goût . Quelque importante
que fût la place qu'il occupoit , avec quelques
lumieres & quelque intégrité qu'il
en eût rempli les devoirs , il fentoit qu'il
y avoit des objets plus dignes d'occuper
fes talens ; qu'un citoyen eft redevable à
fa nation & à l'humanité de tout le bien
qu'il peut leur faire ; & qu'il feroit plus
utile à l'une & à l'autre , en les éclairant
par fes écrits , qu'il ne pouvoit l'être en
difcutant quelques conteftations particulieres
dans l'obfcurité . Toutes ces réflexions
le déterminerent à vendre fa charge
; il ceffa d'être Magiftrat , & ne fut plus
qu'homme de Lettres .
Mais pour fe rendre utile par fes ouvra
ges aux différentes nations , il étoit néceffaire
qu'il les connût ; ce fut dans cette
vue qu'il entreprit de voyager. Son but
étoit d'examiner partout le phyfique & le
moral , d'étudier les loix & la conftitution
de chaque pays , de vifiter les fçavans , les
écrivains , les artiftes célebres , de chercher
fur- tout ces hommes rares & finguliers
dont le commerce fupplée quelquefois à
plufieurs années d'obfervations & de féNOVEMBRE.
1755. 91
jour. M. de Montefquieu eût pu dire comme
Démocrite. Je n'ai rien oublié pour
» m'inftruire ; j'ai quitté mon pays , & parcouru
l'univers pour mieux connoître
» la vérité : j'ai vu tous les perfonnages
» illuftres de mon tems ; mais il y eût
cette différence entre le Démocrite François
& celui d'Abdere , que le premier
voyageoit pour inftruire les hommes , &
le fecond pour s'en moquer,
Il alla d'abord à Vienne , où il vit fouvent
le célebre Prince Eugene ; ce Héros
fi funefte à la France ( à laquelle il auroit
pû être fi utile ) , après avoir balancé la
fortune de Louis XIV. & humilié la fierté
Ottomane , vivoit fans fafte durant la paix,
aimant & cultivant les Lettres dans une
Cour où elles font peu en honneur , &
donnant à ſes maîtres l'exemple de les protéger.
M. de Montefquieu crut entrevoir
dans fes difcours quelques reftes d'intérêt
pour fon ancienne patrie ; le Prince Eugene
en laiffoit voir furtout , autant que le
peut faire un ennemi , für les fuites funeftes
de cette divifion inteftine qui trouble
depuis fi longtems l'Eglife de France :
l'Homme d'Etat en prévoyoit la durée &
les effets , & les prédit au Philofophe.
M. de Montefquieu partit de Vienne
pour voir la Hongrie , contrée opulente &
92 MERCURE DE FRANCE.
fertile, habitée par une nation fiere & généreufe
, le fléau de fes Tyrans & l'appui de
fes Souverains. Comme peu de perfonnes
connoiffent bien ce pays , il a écrit avec
foin cette partie de fes voyages.
D'Allemagne , il paffa en Italie ; il vit à
Venife le fameux Law , à qui il ne reftoit
de fa grandeur paffée que des projets heureufement
deftinés à mourir dans fa tête ,
& un diamant qu'il engageoit pour jouer
aux jeux de hafard . Un jour la converfation
rouloit fur le fameux fyftème que Law
avoit inventé ; époque de tant de malheurs
& de fortunes , & furtout d'une dépravation
remarquable dans nos moeurs . Comme
le Parlement de Paris , dépofitaire immédiat
des Loix dans les tems de minorité ,
avoit fait éprouver au Miniftre Ecoffois
quelque réfiftance dans cette occafion
M. de Montefquieu lui demanda pourquoi
on n'avoit pas effayé de vaincre cette réfiftance
par un moyen prefque toujours infaillible
en Angleterre , par le grand mobile
des actions des hommes , en un mot
par l'argent : Ce ne font pas , répondit Law,
desgénies auffi ardens & auf dangereux que
mes compatriotes , mais ils font beaucoup plus
incorruptibles. Nous ajouterons fans aucun
préjugé de vanité nationale , qu'un Corps
libre pour quelques inftans , doit mieux
NOVEMBRE. 1755. 93
résister à la corruption que celui qui l'eft
toujours ; le premier , en vendant fa liberté,
la perd ; le fecond ne fait , pour ainfi
dire , que la prêter , & l'exerce même en
l'engageant ; ainfi les circonftances & la
nature du Gouvernement font les vices &
les vertus des Nations.
Un autre perfonnage non moins fameux
que M. de Montefquieu vit encore plus .
fouvent à Venife , fut le Comte de Bonneval
. Cet homme fi connu par fes aventures
, qui n'étoient pas encore à leur terme,
& flatté de converfer avec un juge digne
de l'entendre , lui faifoit avec plaifir le détail
fingulier de fa vie , le récit des actions.
militaires où il s'étoit trouvé , le portrait
des Généraux & des Miniftres qu'il avoit
connus . M. de Montefquieu fe rappelloit,
fouvent ces converfations & en racontoit
différens traits à fes amis.
Il alla de Venife à Rome : dans cette ancienne
Capitale du monde , qui l'eft encore
à certains égards , il s'appliqua furtour
à examiner ce qui la diftingue aujourd'hui
le plus , les ouvrages des Raphaëls ,
des Titiens , & des Michel- Anges : il n'avoit
point fait une étude particuliere des
beaux arts ; mais l'expreffion dont brillent
les chef-d'oeuvres en ce genre , faifit infailliblement
tout homme de génie . Accoutu94
MERCURE DE FRANCE.
mé à étudier la nature , il la reconnoît
quand elle eft imitée , comme un portrait
reffemblant frappe tous ceux à qui l'original
eft familier : malheur aux productions
de l'art dont toute la beauté n'eſt que
pour les Artiſtes.
Après avoir parcouru l'Italie , M. de
Montefquieu vint en Suiffe ; il examina
foigneufement les vaſtes pays arrofés par
le Rhin ; & il ne lui refta plus rien à voir
en Allemagne ; car Frédéric ne regnoit pas
encore. Il s'arrêta enfuite quelque tems
dans les Provinces-Unies , monument admirable
de ce que peut l'induftrie humaine
animée par l'amour de la liberté. Enfin il
fe rendit en Angleterre où il demeura deux
ans : digne de voir & d'entretenir les plus
grands hommes , il n'eut à regretter que
de n'avoir pas fait plutôt ce voyage : Locke
& Newton étoient morts. Mais il eut fouvent
l'honneur de faire fa cour à leur protectrice
, la célebre Reine d'Angleterre ,
qui cultivoit la Philofophie fur le thrône ,
& qui goûta , comme elle devoit , M. de
Montefquieu. Il ne fut pas moins accueilli
par la Nation , qui n'avoit pas befoin fur
cela de prendre le ton de fes maîtres . Il
forma à Londres des liaifons intimes avec
des hommes exercés à méditer , & à ſe préparer
aux grandes chofes par des études
NOVEMBRE. 1755. 95
profondes ; il s'inftruifit avec eux de la nature
du Gouvernement , & parvint à le
bien connoître. Nous parlons ici d'après
les témoignages publics que lui en ont rendu
les Anglois eux-mêmes , fi jaloux de
nos avantages , & fi peu difpofés à reconnoître
en nous aucune fupériorité.
Comme il n'avoit rien examiné ni avec
la prévention d'un enthouſiaſte , ni avec
l'austérité d'un Cynique , il n'avoit rapporté
de les voyages ni un dédain outrageant
pour les étrangers , ni un mépris
encore plus déplacé pour fon propre pays.
Il réfultoit de fes obfervations que l'Allemagne
étoit faite pour y voyager , l'Italie
pour y féjourner , l'Angleterre pour y penfer
, & la France pour y vivre.
De retour enfin dans fa Patrie , M de
Montefquieu fe retira pendant deux ans à
fa terre de la Brede : il y jouit en paix de
cette folitude que le fpectacle & le tumulte
du monde fert à rendre plus agréable ;
il vécut avec lui-même , après en être forti
fi long-tems ; & ce qui nous intéreſſe le
plus , il mit la derniere main à fon ouvrage
fur la caufe de la grandeur & de la déca
dence des Romains , qui parut en 1734.
Les Empires , ainfi que les hommes
doivent croître , dépérir & s'éteindre ; mais
cette révolution néceffaire a fouvent des
96 MERCURE DE FRANCE.
caufes cachées que la nuit des tems nous
dérobe , & que le myftere où leur petiteffe
apparente a même quelquefois voilées aux
yeux des contemporains ; rien ne reſſemble
plus fur ce point à l'Hiftoire moderne
que l'Hiftoire ancienne. Celle des Romains
mérite néanmoins à cet égard quelque exception
; elle préfente une politique raifonnée
, un fyftème fuivi d'aggrandiffement
, qui ne permet pas d'attribuer la
fortune de ce peuple à des refforts obfcurs
& fubalternes. Les caufes de la grandeur
Romaine fe trouvent donc dans l'Hiftoire ,
& c'eft au Philofophe à les y découvrir.
D'ailleurs il n'en eft pas des fyftêmes dans
cette étude comme dans celle de la Phyfique
; ceux-ci font prefque toujours précipités
, parce qu'une obfervation nouvelle
& imprévue peut les renverfer en un inftant
; au contraire , quand on recueille
avec foin les faits que nous tranfmet l'Hif
toire ancienne d'un pays , fi on ne raffemble
pas toujours tous les matériaux qu'on
peut défirer , on ne fçauroit du moins ef
pérer d'en avoir un jour davantage . L'étude
réfléchie de l'Hiftoire , étude fi importante
& fi difficile , confifte à combiner
de la maniere la plus parfaite , ces matériaux
défectueux : tel feroit le métire d'un
Architecte , qui , fur des ruines fçavantes ,
traceroit ,
NOVEMBRE. 1755 . 97
traceroit , de la maniere la plus vraiſemblable
, le plan d'un édifice antique , en
fuppléant , par le génie & par d'heureuſes
conjectures , à des reftes informes & tronqués.
C'eſt fous ce point de vue qu'il faut envifager
l'ouvrage de M. de Montefquieu :
il trouve les caufes de la grandeur des Romains
dans l'amour de la liberté , du travail
& de la patrie , qu'on leur infpiroit
dès l'enfance ; dans la févérité de la difcipline
militaire ; dans ces diffenfions intef
tines qui donnoient du reffort aux efprits ,
& qui ceffoient tout -à coup à la vue de
l'ennemi ; dans cette conftance après le
malheur qui ne défefpéroit jamais de la
république dans le principe où ils furent
toujours de ne faire jamais la paix qu'après
des victoires ; dans l'honneur du triomphe,
fujet d'émulation pour les Généraux ; dans
la protection qu'ils accordoient aux peuples
révoltés contre leurs Rois ; dans l'excellente
politique de laiffer aux vaincus leurs
Dieux & leurs coutumes ; dans celle de
n'avoir jamais deux puiffans ennemis fur
les bras , & de tout fouffrir de l'un juſqu'à
ce qu'ils euffent anéanti l'autre . Il trouve les
caufes de leur décadence dans l'agrandiffement
même de l'Etat , qui changea en
guerres civiles les tumultes populaires ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
dans les guerres éloignées qui forçant les
citoyens à une trop longue abfence , leur
faifoient perdre infenfiblement l'efprit républicain
; dans le droit de Bourgeoifie
accordé à tant de Nations , & qui ne fit
plus du peuple Romain qu'une espece de
monftre à plufieurs têtes ; dans la corrup
tion introduite par le luxe de l'Afie ; dans
les profcriptions de Sylla qui avilirent l'efprit
de la Nation , & la préparerent à l'eſclavage
; dans la néceflité où les Romains
fe trouverent de fouffrir des maîtres , lorfque
leur liberté leur fut devenue à charge ;
dans l'obligation où ils furent de changer
de maximes , en changeant de gouvernement
; dans cette fuite de monftres qui
régnerent , prefque fans interruption , depuis
Tibere jufqu'à Nerva , & depuis Commode
jufqu'à Conftantin ; enfin , dans la
tranflation & le partage de l'Empire , qui
périt d'abord en Occident par la puiffance
des Barbares , & qui après avoir langui plufieurs
ficcles en Orient fous des Empereurs
imbéciles ou féroces , s'anéantit infenfiblement
comme ces fleuves qui difparoiffent
dans des fables.
Un affez petit volume a fuffi à M. de
Montefquieu pour développer un tableau
fi intérellant & fi vafte. Comme l'Auteur
ne s'appefantit point fur les détails , & ne
NOVEMBRE. 1755. 92
faifit que les branches fécondes de fon
ſujet , il a ſçu renfermer en très - peu d'efpace
un grand nombre d'objets diftinctement
apperçus & rapidement préfentés fans
fatigue pour le Lecteur ; en laiffant beaucoup
voir , il laifle encore plus à penſer ,
& il auroit pu intituler fon Livre , Hiftoire
Romaine à l'ufage des Hommes d'Etat & des
Philofophes.
Quelque réputation que M. de Montefquieu
fe fût acquife par ce dernier ouvrage
& par ceux qui l'avoient précédé , il
n'avoit fait que fe frayer le chemin à une
plus grande entreprife , à celle qui doit
immortalifer fon nom & le rendre refpectable
aux fiecles futurs. Il en avoit dès
longtems formé le deffein , il en médita
pendant vingt ans l'exécution ; ou , pour
parler plus exactement , toute fa vie en
avoit été la méditation continuelle . D'abord
il s'étoit fait en quelque façon étranger
dans fon propre pays , afin de le mieux
connoître ; il avoit enfuite parcouru toute
l'Europe , & profondément étudié les différens
peuples qui l'habitent . L'Ifle fameufe
qui fe glorifie tant de fes loix , &
qui en profite fi mal , avoit été pour lui
dans ce long voyage , ce que l'ifle de Crete
fut autrefois pour Lycurgue , une école
où il avoit fçu s'inftruire fans tout approu-
E ij
100
MERCURE DE
FRANCE.
ver ; enfin , il avoit , fi on peut parler ainfi ,
interrogé & jugé les nations & les hommes
célebres qui
n'exiftent plus aujour
d'hui que dans les annales du monde. Ce
fut ainfi qu'il s'éleva par dégrés au plus
beau titre qu'un fage puiffe mériter , celui
de Légiflateur des Nations .
S'il étoit animé par
l'importance de la
matiere , il étoit effrayé en même tems par
fon
étendue il
l'abandonna , & y revint
:
à plufieurs repriſes ; il fentit plus d'une fois,
comme il l'avoue lui- même , tomber les
mains
paternelles .
Encouragé enfin
amis , il ramaffa toutes fes forces , & donfes
par
na l'Esprit des Loix.
Dans cet important ouvrage , M. de
Montefquieu , fans
s'appefantir , à l'exemple
de ceux qui l'ont précédé , fur des difcuffions
métaphyfiques relatives à l'hom
me fuppofé dans un état
d'abſtraction ,
fans fe borner , comme d'autres , à confidérer
certains peuples dans quelques relations
ou
circonftances
particulieres , envifage
les habitans de l'univers dans l'état réel
où ils font , & dans tous les rapports qu'ils
peuvent avoir entr'eux. La plupart des
autres Ecrivains en ce genre font prefque
toujours ou de fimples Moraliftes , ou de
fimples
Jurifconfultes , ou même quelquefois
de fimples
Théologiens;pour lui, l'hom
NOVEMBRE. 1755 . ΙΟΥ
perme
de tous les Pays & de toutes les Nations,
il s'occupe moins de ce que le devoir exige
de nous , que des moyens par lefquels on
peut nous obliger de le remplir , de la
fection métaphyfique des loix , que de celle
dont la nature humaine les rend fufceptibles
, des loix qu'on a faites que de celles
qu'on a dû faire , des loix d'un peuple particulier
que de celles de tous les peuples,
Ainfi en fe comparant lui -mêine à ceux
qui ont couru avant lui cette grande &
noble carriere , il a pu dire comme le Correge
, quand il eut vu les ouvrages de fes
rivaux , & moi auffi je fuis Peintre.
Rempli & pénétré de fon objet , l'Auteur
de l'Efprit des Loix y embraſſe un fi
grand nombre de matieres , & les traite
avec tant de brieveté & de profondeur ,
qu'une lecture affidue & méditée peut feule
faire fentir le mérite ce livre . Elle fervira
fur- tout , nous ofons le dire , à faire difparoître
le prétendu défaut de méthode
dont quelques lecteurs ont accufé M. de
Montefquieu ; avantage qu'ils n'auroient
pas dû le taxer légerement d'avoir négligé
dans une matiere philofophique & dans
un ouvrage de vingt années . Il faut diftinguer
le défordre réel de celui qui n'eft
qu'apparent. Le défordre eft réel , quand
l'analogie & la fuite des idées n'eft point
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
obfervée ; quand les conclufions font érigées
en principes , ou les précedent ; quand
le lecteur , après des détours fans nombre ,
fe retrouve au point d'où il eft parti . Le
defordre n'eft qu'apparent , quand l'Auteur
mettant à leur véritable place les idées dont
il fait ufage , laiffe à fuppléer aux lecteurs
les idées intermédiaires : & c'eſt ainfi que
M. de Montefquieu a cru pouvoir & devoir
en ufer dans un livre deſtiné à des
hommes qui penfent , dont le génie doit
fuppléer à des omiffions volontaires & raifonnées
.
L'ordre qui fe fait appercevoir dans les
grandes parties de l'Efprit des Loix , ne
regne pas moins dans les détails : nous
croyons que plus on approfondira l'ouvrage
, plus on en fera convaincu . Fidele à
fes divifions générales , l'Auteur rapporte
à chacune les objets qui lui appartiennent
exclufivement ; & à l'égard de ceux qui
par différentes branches appartiennent à
plufieurs divifions à la fois , il a placé fous
chaque divifion la branche qui lui appartient
en propre ; par- là on apperçoit ailément
& fans confufion , l'influence que
les différentes parties du fujet ont les unes
fur les autres , comme dans un arbre qu
fyftême bien entendu des connoiffances
humaines , on peut voir le rapport mutuel
NOVEMBRE. 1755. 103
des Sciences & des Arts. Cette comparaifon
d'ailleurs eft d'autant plus jufte , qu'il
en eft du plan qu'on peut fe faire dans
l'examen philofophique des Loix , comme
de l'ordre qu'on peut obferver dans un
arbre Encyclopédique des Sciences : il y
reftera toujours de l'arbitraire ; & tout ce
qu'on peut exiger de l'Auteur , c'eſt qu'il
fuive fans détour & fans écart le fyfteme
qu'il s'eft une fois formé.
Nous dirons de l'obfcurité qu'on peut
fe permetrre dans un tel ouvrage , la même
chofe que du défaut d'ordre ; ce qui feroit
obfcur pour les lecteurs vulgaires , ne l'eft
pas pour ceux que l'Auteur a eu en vue.
D'ailleurs l'obfcurité volontaire n'en eft
point une M. de Montefquieu ayant à
préfenter quelquefois des vérités impor
tantes , dont l'énoncé abfolu & direct auroit
pu
bleffer fans fruit , a eu la prudence
louable de les envelopper , & par cet innocent
artifice , les a voilées à ceux à qui
elles feroient nuifibles , fans qu'elles fuffent
perdues pour les fages.
Parmi les ouvrages qui lui ont fourni
des fecours , & quelquefois des vues pour
le fien , on voit qu'il a furtout profité des
deux hiftoriens qui ont penfé le plus ,
Tacite & Plutarque ; mais quoiqu'un Philofophe
qui a fait ces deux lectures , foit
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
difpenfé de beaucoup d'autres , il n'avoit
pas cru devoir en ce genre rien négliger ni
dédaigner de ce qui pouvoit être utile à
fon objet . La lecture que fuppofe l'Espric
des Loix , eft immenſe ; & l'ufage raiſonné
que l'Auteur a fait de cette multitude pro
digieufe de matériaux , paroîtra encore
plus furprenant , quand on fçaura qu'il
étoit prefqu'entierement privé de la vue ,
& obligé d'avoir recours à des yeux étrangers.
Cette vafte lecture contribue nonfeulement
à l'utilité , mais à l'agrément de
l'ouvrage fans déroger à la majefté de fon
fujet. M. de Montefquieu fçait en tempérer
l'austérité , & procurer aux lecteurs
des momens de repos , foit par des faits
finguliers & peu connus , foit par des allufions
délicates , foit par ces coups de pinceau
énergiques & brillans , qui peignent
d'un feul trait les peuples & les hommes .
Enfin , car nous ne voulons pas jouer ici
le rôle des Commentateurs d'Homere , il
y a fans doute des fautes dans l'efprit des
Loix , comme il y en a dans tout ouvrage
de génie , dont l'Auteur a le premier ofé
fe frayer des routes nouvelles. M. de Montefquieu
a été parmi nous , pour l'étude
des loix , ce que Defcartes a été pour la
Philofophie ; il éclaire fouvent , & fe trompe
quelquefois , & en fe trompant même ,
NOVEMBRE. 1755. 105
il inftruit ceux qui fçavent lire. La pouvelle
édition qu'on prépare , montrera par
les additions & corrections qu'il y a faites,
que s'il eft tombé de tems en tems , il a
fçu le reconnoître & fe relever ; par- là , il
acquerra du moins le droit à un nouvel
examen , dans les endroits où il n'aura pas
été de l'avis de fes cenfeurs ; peut- être
même ce qu'il aura jugé le plus digne de
correction , leur a - t-il abfolument échappé
, tant l'envie de nuire eft ordinairement
aveugle.
Mais ce qui eft à la portée de tout le
monde dans l'Eſprit des Loix , ce qui doit
rendre l'Auteur cher à toutes les Nations ,
ce qui ferviroit même à couvrir des fautes
plus grandes que les fiennes , c'eft l'efprit
de citoyen qui l'a dicté. L'amour du bien
public , le defir de voir les hommes heureux
s'y montrent de toutes parts ; & n'eûtil
que ce mérite fi rare & fi précieux , il
feroit digne par cet endroit feul , d'être
la lecture des peuples & des Rois . Nous
voyons déja , par une heureuſe expérience,
que les fruits de cet ouvrage ne fe bornent
pas dans fes lecteurs à des fentimens ſtériles.
Quoique M. de Montefquieu ait peu
furvécu à la publication de l'Efprit des
Loix , il a eu la fatisfaction d'entrevoir
les effets qu'il commence à produire parmi
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
nous ; l'amour naturel des François pour
leur patrie , tourné vers fon véritable objet
; ce goût pour le Commerce , pour l'Agriculture
, & pour les Arts utiles , qui
fe répand infenfiblement dans notre Nation
; cette lumiere générale fur les principes
du gouvernement , qui rend les peuples
plus attachés à ce qu'ils doivent aimer .
Ceux qui ont fi indécemment attaqué cet
ouvrage , lui doivent peut-être plus qu'ils
ne s'imaginent l'ingratitude , au refte ,
eft le moindre reproche qu'on ait à leur
faire. Ce n'eft pas fans regret , & fans
honte pour notre fiecle , que nous allons
les dévoiler ; mais cette hiftoire importe
trop à la gloire de M. de Montefquieu , &
à l'avantage de la Philofophie , pour être
paffée fous filence. Puiffe l'opprobre qui
couvre enfin fes ennemis , leur devenir
falutaire !
A peine l'Efprit des Loix parut- il , qu'il
fut recherché avec empreffement , fur la
réputation de l'Auteur ; mais quoique
M. de Montesquieu eût écrit pour le bien
du peuple , il ne devoit pas avoir le peuple
pour juge ; la profondeur de l'objet
étoit une fuite de fon importance même.
Cependant les traits qui étoient répandus
dans l'ouvrage , & qui auroient été déplacés
s'ils n'étoient pas nés du fond du fuNOVEMBRE.
1755. 107
jet , perfuaderent à trop de perfonnes qu'il
étoit écrit pour elles : on cherchoit un
Livre agréable , & on ne trouvoit qu'un
Livre utile , dont on ne pouvoit d'ailleurs
fans quelque attention faifir l'enſemble &
les détails. On traita légerement l'Esprit
des Loix ; le titre même fut un fujet de
plaifanterie enfin l'un des plus beaux
monumens littéraires qui foient fortis de
notre Nation, fut regardé d'abord par elle
avec affez d'indifférence. Il fallut que les
véritables juges euffent eu le tems de lire :
bientôt ils ramenerent la multitude toujours
prompte à changer d'avis ; la partie
du Public qui enfeigne , dicta à la partie
qui écoute ce qu'elle devoit penfer & dire ;
& le fuffrage des hommes éclairés , joint
aux échos qui le répéterent , ne forma plus
qu'une voix dans toute l'Europe.
Ce fut alors que les ennemis publics &
fecrets des Lettres & de la Philofophie ( car
elles en ont de ces deux efpeces ) réunirent
leurs traits contre l'ouvrage. De-là cette
foule de brochures qui lui furent lancées
de toutes parts , & que nous ne tirerons
pas de l'oubli où elles font déja plongées.
Sisleurs auteurs n'avoient pas pris de bonnes
mefures pour être inconnus à la poftérité
, elle croiroit que l'Efprit des Loix a
été écrit au milieu d'un peuple de barbares.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
M. de Montefquieu méprifa fans peine
les Critiques ténébreufes de ces auteurs
fans talent , qui foit par une jaloufie qu'ils
n'ont pas droit d'avoir , foit pour fatisfaire
la malignité du Public qui aime la fatyre
& la méprife , outragent ce qu'ils ne peuvent
atteindre ; & plus odieux par le mal
qu'ils veulent faire , que
redoutables par
celui qu'ils font , ne réuffiffent pas même
dans un genre d'écrire que fa facilité &
fon objet rendent également vil. Il mettoit
les ouvrages de cette efpece fur la
même ligne que ces Nouvelles hebdomadaires
de l'Europe , dont les éloges font
fans autorité & les traits fans effet , que
des Lecteurs oififs parcourent fans y ajouter
foi , & dans lefquelles les Souverains.
font infultés fans le fçavoir , ou fans daigner
fe venger. IIll nnee ffuutt pas auffi indifférent
fur les principes d'irréligion qu'on
l'accufa d'avoir femé dans l'Eſprit des Loix .
En méprifant de pareils reproches , il auroit
cru les mériter , & l'importance de
l'objet lui ferma les yeux fur la valeur de
fes adverfaires. Ces hommes également
dépourvus de zele & également empreffés
d'en faire paroître , également effrayés de
la lumiere que les Lettres répandent , non
au préjudice de la Religion , mais à leur
défavantage , avoient pris différentes forNOVEMBRE.
1755. 109
mes pour lui porter atteinte. Les uns , par
unftratagême auffi puérile que pufillanime,
s'étoient écrit à eux- mêmes ; les autres ,
après l'avoir déchiré fous le mafque de
P'Anonyme , s'étoient enfuite déchirés entr'eux
à fon occafion . M. de Montesquieu,
quoique jaloux de les confondre , ne jugea
pas à propos de perdre un tems précieux à
les combattre les uns après les autres : il fe
contenta de faire un exemple fut celui qui
s'étoit le plus fignalé par fes excès.
par
C'étoit l'auteur d'une feuille anonyme
& périodique , qui croit avoir fuccédé à
Pafcal , parce qu'il a fuccédé à fes opinions;
panégyrifte d'ouvrages que perfonne ne
lit , & apologiſte de miracles que l'autorité
féculiere a fait ceffer dès qu'elle l'a
voulu ; qui appelle impiété & fcandale le
peu
d'intérêt que les gens de Lettres prennent
à fes querelles , & s'eft aliéné ,
une adreffe digne de lui , la partie de la
Nation qu'il avoit le plus d'intérêt de ménager.
Les coups de ce redoutable athlete
furent dignes des vues qui l'infpirerent ; il
accufa M. de Montefquieu & de Spinoffme
& de Déifine ( deux imputations incompatibles
) ; d'avoir fuivi le ſyſtème de
Pope ( dont il n'y avoit pas un mot dans
l'ouvrage ) ; d'avoir cité Plutarque qui n'eft
pas un Auteur Chrétiens de n'avoir point
110 MERCURE DE FRANCE.
parlé du péché originel & de la Grace , Il
prétendit enfin que l'Efprit des Loix étoit
une production de la Conftitution Unigenitus;
idée qu'on nous foupçonnera peut-être
de prêter par dérifion au critique. Ceux
qui ont connu M. de Montefquieu , l'ouvrage
de Clément XI & le fien , peuvent
juger par cette accufation de toutes les
autres.
Le malheur de cet écrivain dut bien le
décourager : il vouloit perdre un fage par
l'endroit le plus fenfible à tout citoyen , il
ne fit que lui procurer une nouvelle gloire
comme homme de Lettres ; la Défense de
l'Esprit des Loix parut. Cet ouvrage , par
la modération , la vérité , la fineffe de
plaifanterie qui y regnent , doit être regardé
comme un modele en ce genre. M.
de Montefquieu , chargé par fon adverfaire
d'imputations atroces , pouvoit le
rendrejodieux fans peine ; il fit mieux , il
le rendit ridicule . S'il faut tenir compte à
l'agreffeur d'un bien qu'il a fait fans le
vouloir , nous lui devons une éternelle
reconnoiffance de nous avoir procuré ce
chef-d'oeuvre : Mais ce qui ajoute encore
au mérite de ce morceau précieux , c'eſt
que l'auteur s'y eft peint lui- même fans y
penfer ; ceux qui l'ont connu , croyent
Î'entendre , & la poſtérité s'affurera , en
NOVEMBRE. 1755 111
lifant fa Défenfe , que fa converfation n'étoit
pas inférieure à fes écrits ; éloge que
bien peu de grands hommes ont mérité.
Une autre circonftance lui affure pleinement
l'avantage dans cette difpute : le
critique qui , pour preuve de fon attachement
à la religion , en déchire les Miniftres
, accufoit hautement le Clergé de
France , & fur-tout la Faculté de Théolo
gie , d'indifférence pour la caufe de Dieu ,
en ce qu'ils ne profcrivoient pas authentiquement
un fi pernicieux ouvrage . La Faculté
étoit en droit de méprifer le repro
che d'un écrivain fans aveu ; mais il s'agif
foit de la religion ; une délicateffe louable
lui a fait prendre le parti d'examiner l'Ef
prit des Loix. Quoiqu'elle s'en occupe depuis
plufieurs années , elle n'a rien prononcé
jufqu'ici ; & fût- il échappé à M. de
Montefquieu quelques inadvertences lé--
geres , prefque inevitables dans une carriere
fi vafte , l'attention longue & fcrupuleufe
qu'elles auroient demandée de la
part du Corps le plus éclairé de l'Eglife ,
prouveroit au moins combien elles feroient
excufables. Mais ce Corps , plein de prudence
, ne précipitera rien dans une fi
importante matiere : il connoit les bornes
de la raifon & de la foi ; il fçait que l'ouvrage
d'un homme de lettres ne doit point
112 MERCURE DE FRANCE.
être examiné comme celui d'un Théologien
que les mauvaifes conféquences
auxquelles une propofition peut donner
lieu par des interprétations odieufes , ne
rendent point blamable la propofition en
elle -même ; que d'ailleurs nous vivons
dans un fiécle malheureux , où les intérêts
de la religion ont befoin d'être ménagés ,
& qu'on peut lui nuire auprès des fimples,
en répandant mal - à - propos fur des genies
du premier ordre le foupçon d'incrédulité;
qu'enfin , malgré cette accufation injuſte ,
M. de Montefquien fut toujours eſtimé ,
recherché & accueilli par tout ce que l'Eglife
a de plus refpectable & de plus grand ;
eût-il confervé auprès des gens de bien la
confidération dont il jouiffoit , s'ils l'euffent
regardé comme un écrivain dangéreux
?
Pendant que des infectes le tourmentoient
dans fon propre pays , l'Angleterre
élevoit un monument à fa gloire. En 1752 ,
M. Daffier , célebre par les médailles qu'il
a frappées à l'honneur de plufieurs hommes
illuftres , vint de Londres à Paris pour
frapper la fienne. M. de la Tour , cet attifte
fi fupérieur par fon talent , & fi eftimable
par fon defintéreffement & l'élévation
de fon ame , avoit ardemment defiré
de donner un nouveau luftre à fon pinNOVEMBRE.
1755. 113
ceau , en tranfmettant à la poftérité le
portrait de l'auteur de l'Efprit des Loix ;
il ne vouloit que la fatisfaction de le peindre
, & il méritoit , comme Apelle , que
cet honneur lui fût réfervé ; mais M. de
Montefquieu , d'autant plus avare du tems
de M. de la Tour que celui - ci en étoit plus
prodigue , fe refufa conftamment & poliment
à fes preffantes follicitations. M. Daf
fier effuya d'abord des difficultés femblables
: Croyez-vous , dit-il enfin à M. de
Montefquieu , » qu'il n'y ait pas autant
d'orgueil à refufer ma propofition qu'à
» l'accepter » ? Defarmé par cette plaifanterie
, il laiffa faire à M. Daflier tout ce
qu'il voulut.
»
L'auteur de l'Esprit des Loix jouiffoit
enfin paisiblement de fa gloire , lorfqu'il
tomba malade au commencement de Février.
Sa fanté , naturellement délicate ,
commençoit à s'altérer depuis long- tems
par l'effet lent & prefque infaillible des
études profondes , par les chagrins qu'on
avoit cherché à lui fufciter fur fon ouvra- ge ; enfin
par le genre
de vie qu'on
le forçoit
de mener
à Paris
, & qu'il
fentoit
lui
être
funefte
. Mais
l'empreffement
avec
le-`
quel
on recherchoit
fa focieté
, étoit
trop
vif pour
n'être
pas
quelquefois
indifcret
on vouloit
, fans
s'en
appercevoir
, jouir
114 MERCURE DE FRANCE.
de lui aux dépens de lui -même. A peine la
nouvelle du danger où il étoit fe fût- elle
répandue , qu'elle devint l'objet des converfations
& de l'inquiétude publique ; fa
maifon ne défempliffoit point de perfonnes
de tout rang qui venoient s'informer
de fon état , les unes par un intérêt véritable
, les autres pour s'en donner l'apparence
, ou pour fuivre la foule. Sa Majefté ,
pénétrée de la ppeerrttee qquuee fon royaume alloit
faire , en demanda plufieurs fois des
nouvelles ; témoignage de bonté & de juftice
qui n'honore pas moins le Monarque
que le fujet. La fin de M. de Montefquieu
ne fut point indigne de fa vie. Accablé de
douleurs cruelles , éloigné d'une famille
à qui il étoit cher , & qui n'a pas eu la
confolation de lui fermer les yeux , entouré
de quelque amis & d'un plus grand
nombre de fpectateurs , il conferva jufqu'au
dernier moment la paix & l'égalité
de fon ame. Enfin , après avoir fatisfait
avec décence à tous fes devoirs , plein de
confiance en l'Etre éternel auquel il alloit.
fe rejoindre , il mourut avec la tranquillité
d'un homme de bien , qui n'avoit jamais
confacré fes talens qu'à l'avantage.
de la vertu & de l'humanité. La France &
l'Europe le perdirent le 10 Février 1755 ,
à l'âge de foixante- fix ans révolus.
NOVEMBRE 1755. 115
Toutes les nouvelles publiques ont annoncé
cet événement comme une calamité.
On pourroit appliquer à M. de Montefquieu
ce qui a été dit autrefois d'un
illuftre Romain ; que perfonne en apprenant
fa mort n'en témoigna de joie , que
perfonne même ne l'oublia dès qu'il ne fut
plus. Les étrangers s'emprefferent de faire
éclater leurs regrets ; & Milord Chefterfield
, qu'il fuffit de nommer , fit imprimer
dans un des papiers publics de Londres
un article à fon honneur , article digne
de l'un & de l'autre ; c'eft le portrait
d'Anaxagore tracé par Périclès . L'Académie
royale des Sciences & des Belles -Lettres
de Pruffe , quoiqu'on n'y foit point
dans l'ufage de prononcer l'éloge des affociés
étrangers , a cru devoir lui faire cet
honneur , qu'elle n'a fait encore qu'à l'illuftre
Jean Bernouilli ; M. de Maupertuis,
tout malade qu'il étoit , a rendu lui-même
à fon ami ce dernier devoir , & n'a voulu
fe repofer fur perfonne d'un foin fi cher &
fi trifte. A tant de fuffrages éclatans en faveur
de M. de Montefquieu , nous croyons
pouvoir joindre fans indifcrétion les éloges
que lui a donné , en préfence de l'un
de nous , le Monarque même auquel cette.
Académie célebre doit fon luftre , Prince
fait pour fentir les pertes de la Philofa116
MERCURE DE FRANCE.
phie , & pour l'en confoler.
Le 17 Février , l'Académie Françoiſe
lui fit , felon l'ufage , un fervice folemnel
, auquel , malgré la rigueur de la faifon
, prefque tous les gens de Lettres de
ce Corps , qui n'étoient point abfens de
Paris , fe firent un devoir d'affifter. On
auroit dû dans cette trifte cérémonie placer
l'Esprit des Loix fur fon cercueil , comme
on expofa autrefois vis - à-vis le cercueil
de Raphaël fon dernier tableau de la
Transfiguration . Cet appareil fimple &
touchant eût été une belle oraifon funébre.
Jufqu'ici nous n'avons confidéré M. de
Montefquieu que comme écrivain & philofophe
; ce feroit lui dérober la moitié
de fa gloire que de paffer fous filence fes
agrémens & fes qualités perfonnelles.
Il étoit dans le commerce d'une douceur
& d'une gaieté toujours égale . Sa
converfation étoit légere , agréable , &
instructive par le grand nombre d'hommes
& de peuples qu'il avoit connus. Elle étoit
coupée comme fon ftyle , pleine de fel &
de faillies , fans amertunie & fans fatyre
; perfonne ne racontoit plus vivement ,
plus promptement , avec plus de grace &
moins d'apprêt. Il fçavoit que la fin d'une
hiftoire plaifante en eft toujours le but ;-
NOVEMBRE. 1755. 117
il fe hâtoit donc d'y arriver , & produifoit
l'effet fans l'avoir promis.
Ses fréquentes diftractions ne le rendoient
que plus aimable ; il en fortoit
toujours par quelque trait inattendu qui
réveilloit la converfation languiffante ;
d'ailleurs elles n'étoient jamais , ni jouées,
ni choquantes , ni importunes : le feu de
fon efprit , le grand nombre d'idées dont
il étoit plein , les faifoient naître , mais il
n'y tomboit jamais au milieu d'un entretien
intéreffant ou férieux ; le defir de
plaire à ceux avec qui il fe trouvoit , le
rendoit alors à eux fans affectation & fans
effort.
Les agrémens de fon commerce tenoient
non feulement à fon caractere & à
fon efprit , mais à l'efpece de régime qu'il
obfervoit dans l'étude. Quoique capable
d'une méditation profonde & long- tems
foutenue , il n'épuifoit jamais fes forces , il
quitroit toujours le travail avant que d'en
reffentir la moindre impreffion de fatigue.
Il étoit fenfible à la gloire , mais il ne
vouloit y parvenir qu'en la méritant ; jamais
il n'a cherché à augmenter la fienne
par ces manoeuvres fourdes , par ces voyes
obfcures & honteufes, qui deshonorent la
perfonne fans ajouter au nom de l'auteur .
Digne de toutes les diftinctions & de
IIS MERCURE DE FRANCE.
toutes les récompenfes , il ne demandoit
rien , & ne s'étonnoit point d'être oublié ;
mais il a ofé , même dans des circonftances
délicates, protéger à la Cour des hommes
de Lettres perfécutés , célebres &
malheureux , & leur a obtenu des graces.
Quoiqu'il vecût avec les grands , foit
par néceffité , foit par convenance , foit
par gout , leur fociété n'étoit pas néceffaire
à fon bonheur. Il fuyoit dès qu'il le
pouvoit à fa terre ; il y retrouvoit avec
joie fa philofophie , fes livres & le repos.
Entouré de gens de la campagne dans fes
heures de loifir , après avoir étudié l'homme
dans le commerce du monde & dans
l'hiftoire des nations , il l'étudioit encore
dans ces ames fimples que la nature feule
a inftruites , & il y trouvoit à apprendre ;
il converfoit gayement avec eux ; il leur
cherchoit de l'efprit comme Socrate ; il
paroiffoit fe plaire autant dans leur entretien
que dans les fociétés les plus brillantes
, furtout quand il terminoit leurs différends
, & foulageoit leurs peines par fes
bienfaits.
Rien n'honore plus fa mémoire que
l'économie avec laquelle il vivoit , &
qu'on a ofé trouver exceffive dans un
monde avare & faftueux , peu fait pour
en pénétrer les motifs , & encore moins
NOVEMBRE. 1755. 119
pour les fentir. Bienfaifant , & par conféqnent
jufte, M. de Montesquieu ne vouloit
rien prendre fur fa famille , ni des
fecours qu'il donnoit aux malheureux ,
ni des dépenfes confidérables auxquels fes
longs voyages , la foibleffe de fa vue &
l'impreffion de fes ouvrages l'avoient
obligé . Il a tranfmis à fes enfans , fans
diminution ni augmentation , l'héritage
qu'il avoit reçu de fes peres ; il n'y a rien
ajouté que la gloire de fon nom & l'exemple
de fa vie.
Il avoit époufé en 1715 Demoifelle
Jeanne de Lartigue, fille de Pierre de Lartigue
, Lieutenant Colonel au Régiment
de Maulévrier ; il en a eu deux filles &
un fils , qui par fon caractere , fes moeurs
& fes ouvrages s'eft montré digne d'un
tel pere.
Ĉeux qui aiment la vérité & la patrie,
ne feront pas fâchés de trouver ici quelques
unes de fes maximes : il penfoit ,
Que chaque portion de l'Etat doit être
également foumife aux loix , mais que
les privileges de chaque portion de l'Etat
doivent être respectés , lorfque leurs effets
n'ont rien de contraire au droit naturel
, qui oblige tous les citoyens à concourir
également au bien public ; que la
poffellion ancienne étoit en ce genre le
120 MERCURE DE FRANCE.
premier des titres & le plus inviolable des
droits , qu'il étoit toujours injufte & quel
quefois dangereux de vouloir ébranler ;
Que les Magiftrats , dans quelque circonftance
& pour quelque grand intérêt
de corps que ce puiffe être , ne doivent
jamais être que Magiftrats , fans parti &
fans paffion , comme les Loix , qui abſolvent
& puniffent fans aimer ni hair.
Il difoit enfin à l'occafion des difputes
eccléfiaftiques qui ont tant occupé les Empereurs
& les Chrétiens Grecs , que les
querelles théologiques, lorfqu'elles ceffent
d'être renfermées dans les écoles , deshonorent
infailliblement une nation aux
yeux des autres en effet , le mépris même
des fages pour ces querelles ne la juftifie
pas , parce que les fages faifant partout
le moins de bruit & le plus petit
nombre , ce n'est jamais fur eux qu'une
nation eft jugée .
L'importance des ouvrages dont nous
avons eu à parler dans cet éloge , nous
en a fait paffer fous filence de moins confidérables
, qui fervoient à l'auteur comme
de délaffement , & qui auroient fuffi
l'éloge d'un autre ; le plus remarquable
eft le Temple de Gnide , qui fuivit d'affez
près les Lettres Perfannes. M. de Montefquieu
, après avoir été dans celle- ci Hopour
race ,
NOVEMBRE . 1755. 121
race , Théophrafte & Lucien , fut Ovide
& Anacréon dans ce nouvel effai : ce n'eſt
plus l'amour defpotique de l'Orient qu'il
fe propofe de peindre , c'eft la délicateffe
& la naïveté de l'amour paftoral , tel qu'il
eſt dans une ame neuve, que le commerce
des hommes n'a point encore corrompue.
L'Auteur craignant peut - être qu'un tableau
fi étrangerà nos moeurs ne parût
trop languiffant & trop uniforme , a cherché
à l'animer par les peintures les plus
riantes ; il tranfporte le lecteur dans des
lieux enchantés , dont à la vérité le fpectacle
intéreffe peu l'amant heureux , mais
dont la defcription flatte encore l'imagination
quand les defirs font fatisfaits . Emporté
par fon fujet , il a répandu dans ſa
profe ce ftyle animé , figuré & poétique ,
dont le roman de Thélemaque a fourni
parmi nous le premier modele. Nous ignorons
pourquoi quelques cenfeurs du temple
de Gnide ont dit à cette occaſion , qu'il
auroit eu befoin d'être en vers. Le ſtyle
poétique , fi on entend , comme on le
doit , par ce mot , un ftyle plein de chaleur
& d'images , n'a pas befoin , pour être
agréable , de la marche uniforme & cadencée
de la verfification ; mais fi on ne
fait confifter ce ftyle que dans une diction
chargée d'épithetes oifives , dans les pein
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tures froides & triviales des aîles & du
carquois de l'amour , & de femblables
objets , la verfication n'ajoutera prefqu'aucun
mérite à ces ornemens ufés ; on
y cherchera toujours en vain l'ame & la
vie. Quoiqu'il en foit , le Temple de Gnide
étant une espece de poëme en profe
c'est à nos écrivains les plus célebres en ce
genre à fixer le rang qu'il doit occuper :
il merite de pareils juges ; nous croyons
du moins que les peintures de cet ouvrage
foutiendroient avec fuccès une des
principales épreuves des defcriptions poétiques
, celle de les repréfenter fur la toile.
Mais ce qu'on doit fur- tout remarquer
dans le Temple de Gnide , c'eft qu'Anacréon
même y est toujours obfervateur &
philofophe. Dans le quatrieme chant , il
paroît décrire les moeurs des Sibarites , &
on s'apperçoit aifément que ces moeurs
font les nôtres. La préface porte fur - tout
l'empreinte de l'auteur des Lettres Perfannes.
En préfentant le Temple de Gnide
comme la traduction d'un manufcrit grec ,
plaifanterie défigurée depuis par tant de
mauvais copiſtes , il en prend occafion de
peindre d'un trait de plume l'ineptie des
critiques & le pédantifme des traducteurs,
& finit par ces paroles dignes d'être rapportées
» Si les gens graves defiroient
NOVEMBRE. 1755. 123
33
de moi quelque ouvrage moins frivole ,
je fuis en état de les fatisfaire : il y a
» trente ans que je travaille à un livre de
» douze pages , qui doit contenir tout ce
que nous fçavons fur la Métaphyfique ,
» la Politique & la Morale , & tout ce
que de très grands auteurs ont oublié
» dans les volumes qu'ils ont publiés fur
» ces matieres » .
Nous regardons comme une des plus
honorables récompenfes de notre travail
l'intérêt particulier que M. de Monteſquieu
prenoit à ce dictionnaire , dont toutes
les reffources ont été jufqu'à préfent
dans le courage & l'émulation de fes auteurs
. Tous les gens de Lettres , felon lui,
devoient s'empreffer de concourir à l'exécution
de cette entrepriſe utile ; il en a
donné l'exemple avec M. de Voltaire , &
plufieurs autres écrivains célebres. Peutêtre
les traverfes que cet ouvrage a ef
fuyées , & qui lui rappelloient les fiennes
propres , l'intéreffoient-elles en notre faveur,
Peut-être étoit- il fenfible , fans s'en
appercevoir , à la juftice que nous avions
ofé lui rendre dans le premier volume de
l'Encyclopédie , lorfque perfonne n'ofoit
encore élever fa voix pour le défendre.
Il nous deftinoit un article fur le Goût, qui
a été trouvé imparfait dans fes papiers ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
nous le donnerons en cet état au public ,
& nous le traiterons avec le même refpect
que l'antiquité témoigna autrefois pour
les dernieres paroles de Séneque . La mort
l'a empêché d'étendre plus loin fes bienfaits
à notre égard ; & en joignant nos
propres regrets à ceux de l'Europe entiere ,
nous pourrions écrire fur fon tombeau :
Finis vita cjus nobis luctuofus , Patriæ
triftis , extraneis etiam ignotifque non fine
curâ fuit.
Tacit. in Agricol. c. 43 .
volume de l'Encyclopédie. Qui ſe diſtribue
depuis quelques jours chez Briaffon , David
l'aîné , le Breton , & Durand. Il doit être
d'autant plus intéreffant que M. de Voltaire
y a travaillé les mots , efprit , éloquence
, élégance. Qui pouvoit mieux en
parler ? Le morceau qui paroît à la tête du
même volume , acheve de le rendre précieux
. C'eſt l'éloge de M. de Montesquieu
par M. d'Alembert . On peut dire fans
fadeur que le Panégyrifte eft digne du
héros . Cet éloge nous a paru d'une fi grande
beauté , que nous croyons obliger le
Lecteur de l'inférer ici dans fon entier.
Quant à la note qui fe trouve à la page
huit , comme elle contient elle - feule une
excellente analyſe de l'Efprit des Loix ,
nous avons craint de prodiguer à la fois
tant de richeffes , & par une jufte économie,
nous l'avons réfervée pour en décorer
le premier Mercure de Décembre . Ceux
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
qui n'auront pas le Dictionnaire , feront
charmés de trouver cette piece complette
dans mon Journal , où ils pourront même
la lire plus commodément , puifqu'il eſt
portatif.
Eloge de M. le Préſident de Montefquien.
L'intérêt que les bons citoyens prennent
à l'Encyclopédie, & le grand nombre de
gens de Lettres qui lui confacrent leurs
travaux , femblent nous permettre de la
regarder comme un des monumens les
plus propres à être dépofitaires des fentimens
de la patrie , & des hommages
qu'elle doit aux hommes célebres qui l'ont
honorée . Perfuadés néanmoins que M.
de Montesquieu étoit en droit d'attendre
d'autres Panégyriftes que nous , & que la
douleur publique eût mérité des interpretes
plus éloquens , nous euflions renfermé
au- dedans de nous-mêmes nos juftes
regrets & notre refpect pour fa mémoire ;
mais l'aveu de ce que nous lui devons ,
nous eft trop précieux pour en laiffer le
foin à d'autres. Bienfaicteur de l'humanité
par fes écrits , il a daigné l'être auffi de
cet ouvrage , & notre reconnoiffance ne
veut que tracer quelques lignes au pied de
fa ftatue .
Charles de Secondat , Baron de la Brede
NOVEMBRE. 1755. 79
& de Montesquieu , ancien Préfident à
Mortier au Parlement de Bordeaux , de
l'Académie Françoife, de l'Académie royale
des Sciences & des Belles - Lettres de
Pruffe , & de la Société de Londres , naquit
au Château de la Brede , près de Bordeaux
, le 18 Janvier 1689 , d'une famille
noble de Guyenne. Son trifayeul , Jean de
Secondat , Maître d'Hôtel de Henri II ,
Roi de Navarre , & enfuite de Jeanne ,
fille de ce Roi , qui époufa Antoine de
Bourbon , acquit la terre de Montesquieu
d'une fomme de 10000 livres que cette
Princeffe lui donna par un acte authentique
, en récompenfe de fa probité & de
fes fervices. Henri III , Roi de Navarre ,
depuis Henri IV , Roi de France , érigea
en Baronie la terre de Montefquieu , en
faveur de Jacob de Secondat , fils de Jean ,
d'abord Gentilhomme ordinaire de la
Chambre de ce Prince , & enfuite Meftre
de camp du Régiment de Châtillon.
Jean Gafton de Secondat , fon fecond fils ,
ayant époufé la fille du Premier Préfident
du Parlement de Bordeaux , acquit dans
cette Compagnie une charge de Préfident
à Mortier. Il eut plufieurs enfans , dont
un entra dans le fervice , s'y diftingua ,
& le quitta de fort bonne heure. Ce fut
pere de Charles de Secondat , auteur Le
Div
So MERCURE DE FRANCE.
de l'Efprit des Loix . Ces détails paroîtront
peut- être déplacés à la tête de l'éloge
d'un philofophe dont le nom a fi peu
befoin d'ancêtres ; mais n'envions point
à leur mémoire l'éclat que ce nom répand
fur elle.
Les fuccès de l'enfance préfage quelquefois
fi trompeur , ne le furent point
dans Charles de Secondat : il annonça de
bonne heure ce qu'il devoit être ; & fon
pere donna tous fes foins à cultiver ce génie
naiffant , objet de fon efpérance &
de fa tendreſſe . Dès l'âge de vingt ans , le
jeune Montefquieu préparoit déja les matériaux
de l'Esprit des Loix , par un extrait
raifonné des immenfes volumes qui compofent
le corps du Droit civil ; ainfi autrefois
Newton avoit jetté dès fa premiere
jeuneffe les fondemens des ouvrages qui
l'ont rendu immortel . Cependant l'étude
de la Jurifprudence , quoique moins aride
pour M. de Montefquieu que pour la
plupart de ceux qui s'y livrent , parce qu'il
la cultivoit en philofophe , ne fuffifoit pas
à l'étendue & à l'activité de fon génie ; il
approfondiffoit dans le même temps des
matieres encore plus importantes & plus
délicates , & les difcutoit dans le filence
avec la fageffe , la décence , & l'équité
qu'il a depuis montrées dans fes ouvrages .
NOVEMBRE. 1755 . 81
Un oncle paternel , Préfident à Mortier
au Parlement de Bordeaux , Juge éclairé
& citoyen vertueux , l'oracle de fa compagnie
& de fa province , ayant perdu un
fils unique , & voulant conferver dans fon
Corps l'efprit d'élevation qu'il avoit tâché
d'y répandre , laiffa fes biens & fa charge
à M. de Montefquieu ; il étoit Confeiller
au Parlement de Bordeaux , depuis le 24
Février 1714 , & fut reçu Préſident à
Mortier le 13 Juillet 1716. Quelques années
après , en 1722 , pendant la minorité
du Roi , fa Compagnie le chargea de préfenter
des remontrances à l'occafion d'un
nouvel impôt. Placé entre le thrône & le
peuple , il remplit en fujet refpectueux &
en Magiftrat plein de courage , l'emploi fi
noble & fi peu envié , de faire parvenir
au Souverain le cri des malheureux ; & la
mifere publique repréfentée avec autant
d'habileté que de force , obtint la justice.
qu'elle demandoit . Ce fuccès , il eft vrai ,
par malheur l'Etat bien plus que pour
pour
lui , fut auffi paffager que s'il eût été injufte
; à peine la voix des peuples eût- elle
ceffé de le faire entendre , que l'impôt
fupprimé fut remplacé par un autre ; mais
le citoyen avoit fait fon devoir.
Il fut reçu le 3 Avril 1716 dans l'Académie
de Bordeaux , qui ne faifoit que de
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
naître . Le gout pour la Mufique & pour
les ouvrages de pur agrément , avoit d'abord
raflemblé les membres qui la for
moient. M. de Montefquieu crut avec raifon
que l'ardeur naiffante & les talens de
fes confieres pourroient s'exercer avec encore
plus d'avantage fur les objets de la
Phyfique. Il étoit perfuadé que la nature ,
digne d'être obfervée par -tout , trouvoit
aufli par tout des yeux dignes de la voir ;
qu'au contraire les ouvrages de goût ne
fouffrant point de médiocrité , & la Capitale
étant en ce genre le centre des lumieres
& des fecours , il étoit trop difficile de
rafferobler loin d'elle un affez grand nombre
d'écrivains diftingués ; il regardoit les
Sociétés de bel efprit , fi étrangement multipliées
dans nos provinces , comme une
efpece , ou plutôt comme une ombre de
luxe littéraire qui nuit à l'opulence réelle
fans même en offrir l'apparence . Heureufement
M. le Duc de la Force , par un prix
qu'il venoit de fonder à Bordeaux , avoit
fecondé des vues fi éclairées & fi juftes.
On jugea qu'une expérience bien faite
feront préférable à un difcours foible , ou
à un mauvais poëme ; & Bordeaux eut
une Académie des Sciences .
M. de Montefquieu nullement empreffé
de fe montrer au public , fembloit attenNOVEMBRE.
1755. 83
dre , felon l'expreffion d'un grand génie ,
un âge mur pour écrire ; ce ne fut qu'en
1721 , c'eft -à- dire âgé de trente - deux ans,
qu'il mit au jour les Lettres Perfannes. Le
Siamois des amufemens ferieux & comiques
pouvoit lui en avoir fourni l'idée ; mais
il furpaffa fon modele . La peinture des
moeurs orientales réelles ou fuppofées , de
l'orgueil & du flegme de l'amour aliatique
, n'eft que le moindre objet de ces
Lettres ; elle n'y fert , pour ainfi dire , que
de prétexte à une fatyre fine de nos moeurs,
& à des matieres importantes que l'Auteur
approfondit en paroiffant gliffer fur
elles. Dans cette efpèce de tableau mouvant
, Ufbek expofe fur-tout avec autant
de légereté que d'énergie ce qui a le plus
frappé parmi nous fes yeux pénétrans ;
notre habitude de traiter férieufement les
chofes les plus futiles , & de tourner les
plus importantes en plaifanterie ; nos converfations
fi bruyantes & fi frivoles ; notre
ennui dans le fein du plaifir même ;
nos préjugés & nos actions en contradiction
continuelle avec nos lumieres ; tant
d'amour pour la gloire joint à tant de
refpect pour l'idole de la faveur ; nos
Courtifans fi rampans & fi vains ; notre
politeffe extérieure & notre mépris réel
pour les étrangers , ou notre prédilection
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
affectée pour eux ; la bifarrerie de nos
gouts , qui n'a rien au- deffous d'elle que
l'empreffement de toute l'Europe à les
adopter ; notre dédain barbare pour deux
des plus refpectables occupations d'un citoyen
, le commerce & la magiftrature ;
nos difputes littéraires fi vives & fi inuti
les ; notre fureur d'écrire avant que de
penfer , & de juger avant que de connoître.
A cette peinture vive , mais fans
fiel , il oppofe dans l'apologue des Troglodites
, le tableau d'un peuple vertueux ,
devenu fage par le malheur , morceau
digne du Portique : ailleurs il montre la
philofophie long-tems étouffée , reparoiffant
tout-à- coup , regagnant par les progrès
le tems qu'elle a perdu , pénétrant
jufques chez les Ruffes à la voix d'un génie
qui l'appelle , tandis que chez d'autres
peuples de l'Europe , la fuperftition , femblable
à une atmoſphere épaiffe , empêche
la lumiere qui les environne de toutes
parts d'arriver jufqu'à eux. Enfin , par les
principes qu'il établit fur la nature des
gouvernemens anciens & modernes , il
préfente le germe de ces idées lumineufes
développées depuis par l'Auteur dans fon
grand ouvrage.
Ces différens fujets , privés aujourd'hui
des graces de la nouveauté qu'ils avoient
8
NOVEMBRE. 1755. 85
dans la naiffance des Lettres Perfannes , y
conferveront toujours le mérite du caractere
original qu'on a fçu leur donner ;
mérite d'autant plus réel , qu'il vient ici
du génie feul de l'écrivain , & non du
voile étranger dont il s'eft couvert ; car
Ufbek a pris durant fon féjour en France ,
non feulement une connoiffance fi parfaite
de nos moeurs , mais une fi forte teinture
de nos manieres mêmes , que fon
ftyle fait fouvent oublier fon pays . Ce
léger défaut de vraisemblance peut n'être
fans deffein & fans adreffe : en relevant
nos ridicules & nos vices , il a voulu
fans doute auffi rendre juftice à nos
avantages ; il a fenti toute la fadeur d'un
éloge direct & il s'en eft plus finement
acquitté , en prenant fi fouvent notre ton
pour médire plus agréablement de nous.
pas
Malgré le fuccès de cet ouvrage , M.
de Montefquieu ne s'en étoit point déclaré
ouvertement l'auteur. Peut - être
croyoit- il échapper plus aifément par ce
moyen à la fatyre littéraire , qui épargne
plus volontiers les écrits anonymes , parce
que c'est toujours la perfonne & non l'ouvrage
qui eft le but de fes traits ; peut- être
craignoit- il d'être attaqué fur le prétendu
contrafte des Lettres Perfannes avec l'auférité
de fa place ; efpece de reproche ,
86 MERCURE DE FRANCE.
difoit il , que les critiques ne manquent
jamais, parce qu'il ne demande aucun effort
d'efprit. Mais fon fecret étoit découvert ,
& déja le public le montroit à l'Académie
Françoife. L'événement fit voir combien
le filence de M. de Montefquieu avoit été
fage . Ufbek s'exprime quelquefois affez
librement , non fur le fonds du Chriftianiſme
, mais fur des matieres que trop de
perfonnes affectent de confondre avec le
Chriftianifme même , fur l'efprit de
perfécution
dont tant de Chrétiens ont été
animés ; fur les ufurpations temporelles
de la puiffance eccléfiaftique ; fur la multiplication
exceffive des monafteres , qui
enleve des fujets à l'Etat , fans donner à
Dieu des adorateurs ; fur quelques opinions
qu'on a vainement tenté d'ériger
en dogmes ; fur nos difputes de religion ,
toujours violentes , & fouvent funeftes.
S'il paroît toucher ailleurs à des questions
plus délicates , & qui intéreffent de plus
près la religion chrétienne , fes réflexions
appréciées avec juftice , font en effet trèsfavorables
à la révélation , puifqu'il fe
borne à montrer combien la raifon humaine
, abandonnée à elle-même , eft peu
éclairée fur ces objets. Enfin , parmi les
véritables lettres de M. de Montefquieu ,
l'Imprimeur étranger en avoit inféré quel
NOVEMBRE. 1755. 87
ques -unes d'une autre main , & il eût
fallu du moins , avant que de condamner
l'auteur , démêler ce qui lui appartenoit
en propre. Sans égard à ces confidérations
, d'un côté la haine fous le rom
de zéle , de l'autre le zéle fans difcernement
ou fans lumieres , fe fouleverent &
fe réunirent contre les Lettres Perfannes.
Des délateurs , efpece d'hommes dangereufe
& lâche , que même dans un gouvernement
fage on a quelquefois le malheur
d'écouter , allarmerent par un extrait
infidele la piété du miniftere. M. de Montefquieu
, par le confeil de fes amis , foutenu
de la voix publique , s'étant préſenté
pour la place de l'Académie Françoiſe vacante
par la mort de M. de Sacy , le Miniftre
écrivit à cette Compagnie qué S. M.
ne donneroit jamais fon agrément à l'auteur
des Lettres Perfannes ; qu'il n'avoit
point lu ce livre , mais que des perfonnes
en qui il avoit confiance , lui en avoient
fait connoître le poifon & le danger . M.
de Montefquieu fentit le coup qu'une pareille
accufation pouvoit porter à fa perfonne
, à la famille , à la tranquillité de
fa vie. Il n'attachoit pas affez de prix aux
honneurs littéraires , ni pour les rechercher
avec avidité , ni pour affecter de les
dédaigner quand ils fe préfentoient à lui ,
88 MERCURE DE FRANCE.
:
ni enfin pour en regarder la fimple privation
comme un malheur ; mais l'exclufion
perpétuelle , & fur - tout les motifs de
l'exclufion lui paroiffoient une injure. Il vit
le Miniftre , lui déclara que par des raifons
particulieres il n'avouoit point les
Lettres Perfannes , mais qu'il étoit encore
plus éloigné de defavouer un ouvrage
dont il croyoit n'avoir point à rougir , &
qu'il devoit être jugé d'après une lecture ,
& non fur une délation le Miniftre prit
enfin le parti par où il auroit dû commencer
; il lut le livre , aima l'Auteur , & apprit
à mieux placer fa confiance ; l'Académie
Françoife ne fut point privée d'un de
fes plus beaux ornemens , & la France eut
le bonheur de conferver un fujet que la fuperftition
ou la calomnie étoient prêtes à
lui faire perdre : car M. de Montefquieu
avoit déclaré au Gouvernement qu'après
l'efpece d'outrage qu'on alloit lui faire ,
il iroit chercher chez les étrangers qui lui
tendoient les bras , la fureté , le repos , &
peut-être les recompenfes qu'il auroit dû
efperer dans fon pays. La nation eût déploré
cette perte , & la honte en fut pourtant
retombée fur elle.
Feu M. le Maréchal d'Eftrées , alors Directeur
de l'Académie Françoife , fe conduifit
dans cette circonftance en courtiſan
NOVEMBRE . 1755 . 89
vertueux , & d'une ame vraiment élevée ;
il ne craignit ni d'abufer de fon crédit ni
de le compromettre ; il foutint fon ami &
juftifia Socrate. Ce trait de courage fi précieux
aux Lettres , fi digne d'avoir aujourd'hui
des imitateurs , & fi honorable à
la mémoire de M. le Maréchal d'Eftrées ,
n'auroit pas dû être oublié dans fon éloge.
M. de Montefquieu fut reçu le 24 Janvier
1728. Son difcours eft un des meilleurs
qu'on ait prononcés dans une pareille
occafion ; le mérite en eft d'autant
plus grand , que les Récipiendaires gênés
jufqu'alors par ces formules & ces éloges
d'ufage auxquels une efpece de prefcription
les affujettit , n'avoient encore ofé
franchir ce cercle pour traiter d'autres fujets
, ou n'avoient point penfé du moins à
les y renfermer ; dans cet état même de
contrainte il eut l'avantage de réuffir . Entre
plufieurs traits dont brille fon difcours ,
on reconnoîtroit l'écrivain qui penſe , au
feul portrait du Cardinal de Richelieu
qui apprit à la France le fecret de fes forces ,
& à l'Espagne celui de fa foibleffe , qui ôta
à l'Allemagne fes chaînes , & lui en donna
de nouvelles. Il faut admirer M. de Montefquieu
d'avoir fçu vaincre la difficulté
de fon fujet, & pardonner à ceux qui n'ont
pas eu le même fuccès .
›
90 MERCURE DE FRANCE.
Le nouvel Académicien étoit d'autant
plus digne de ce titre , qu'il avoit peu de
tems auparavant renoncé à tout autre travail
, pour fe livrer entierement à fon
génie & à fon goût . Quelque importante
que fût la place qu'il occupoit , avec quelques
lumieres & quelque intégrité qu'il
en eût rempli les devoirs , il fentoit qu'il
y avoit des objets plus dignes d'occuper
fes talens ; qu'un citoyen eft redevable à
fa nation & à l'humanité de tout le bien
qu'il peut leur faire ; & qu'il feroit plus
utile à l'une & à l'autre , en les éclairant
par fes écrits , qu'il ne pouvoit l'être en
difcutant quelques conteftations particulieres
dans l'obfcurité . Toutes ces réflexions
le déterminerent à vendre fa charge
; il ceffa d'être Magiftrat , & ne fut plus
qu'homme de Lettres .
Mais pour fe rendre utile par fes ouvra
ges aux différentes nations , il étoit néceffaire
qu'il les connût ; ce fut dans cette
vue qu'il entreprit de voyager. Son but
étoit d'examiner partout le phyfique & le
moral , d'étudier les loix & la conftitution
de chaque pays , de vifiter les fçavans , les
écrivains , les artiftes célebres , de chercher
fur- tout ces hommes rares & finguliers
dont le commerce fupplée quelquefois à
plufieurs années d'obfervations & de féNOVEMBRE.
1755. 91
jour. M. de Montefquieu eût pu dire comme
Démocrite. Je n'ai rien oublié pour
» m'inftruire ; j'ai quitté mon pays , & parcouru
l'univers pour mieux connoître
» la vérité : j'ai vu tous les perfonnages
» illuftres de mon tems ; mais il y eût
cette différence entre le Démocrite François
& celui d'Abdere , que le premier
voyageoit pour inftruire les hommes , &
le fecond pour s'en moquer,
Il alla d'abord à Vienne , où il vit fouvent
le célebre Prince Eugene ; ce Héros
fi funefte à la France ( à laquelle il auroit
pû être fi utile ) , après avoir balancé la
fortune de Louis XIV. & humilié la fierté
Ottomane , vivoit fans fafte durant la paix,
aimant & cultivant les Lettres dans une
Cour où elles font peu en honneur , &
donnant à ſes maîtres l'exemple de les protéger.
M. de Montefquieu crut entrevoir
dans fes difcours quelques reftes d'intérêt
pour fon ancienne patrie ; le Prince Eugene
en laiffoit voir furtout , autant que le
peut faire un ennemi , für les fuites funeftes
de cette divifion inteftine qui trouble
depuis fi longtems l'Eglife de France :
l'Homme d'Etat en prévoyoit la durée &
les effets , & les prédit au Philofophe.
M. de Montefquieu partit de Vienne
pour voir la Hongrie , contrée opulente &
92 MERCURE DE FRANCE.
fertile, habitée par une nation fiere & généreufe
, le fléau de fes Tyrans & l'appui de
fes Souverains. Comme peu de perfonnes
connoiffent bien ce pays , il a écrit avec
foin cette partie de fes voyages.
D'Allemagne , il paffa en Italie ; il vit à
Venife le fameux Law , à qui il ne reftoit
de fa grandeur paffée que des projets heureufement
deftinés à mourir dans fa tête ,
& un diamant qu'il engageoit pour jouer
aux jeux de hafard . Un jour la converfation
rouloit fur le fameux fyftème que Law
avoit inventé ; époque de tant de malheurs
& de fortunes , & furtout d'une dépravation
remarquable dans nos moeurs . Comme
le Parlement de Paris , dépofitaire immédiat
des Loix dans les tems de minorité ,
avoit fait éprouver au Miniftre Ecoffois
quelque réfiftance dans cette occafion
M. de Montefquieu lui demanda pourquoi
on n'avoit pas effayé de vaincre cette réfiftance
par un moyen prefque toujours infaillible
en Angleterre , par le grand mobile
des actions des hommes , en un mot
par l'argent : Ce ne font pas , répondit Law,
desgénies auffi ardens & auf dangereux que
mes compatriotes , mais ils font beaucoup plus
incorruptibles. Nous ajouterons fans aucun
préjugé de vanité nationale , qu'un Corps
libre pour quelques inftans , doit mieux
NOVEMBRE. 1755. 93
résister à la corruption que celui qui l'eft
toujours ; le premier , en vendant fa liberté,
la perd ; le fecond ne fait , pour ainfi
dire , que la prêter , & l'exerce même en
l'engageant ; ainfi les circonftances & la
nature du Gouvernement font les vices &
les vertus des Nations.
Un autre perfonnage non moins fameux
que M. de Montefquieu vit encore plus .
fouvent à Venife , fut le Comte de Bonneval
. Cet homme fi connu par fes aventures
, qui n'étoient pas encore à leur terme,
& flatté de converfer avec un juge digne
de l'entendre , lui faifoit avec plaifir le détail
fingulier de fa vie , le récit des actions.
militaires où il s'étoit trouvé , le portrait
des Généraux & des Miniftres qu'il avoit
connus . M. de Montefquieu fe rappelloit,
fouvent ces converfations & en racontoit
différens traits à fes amis.
Il alla de Venife à Rome : dans cette ancienne
Capitale du monde , qui l'eft encore
à certains égards , il s'appliqua furtour
à examiner ce qui la diftingue aujourd'hui
le plus , les ouvrages des Raphaëls ,
des Titiens , & des Michel- Anges : il n'avoit
point fait une étude particuliere des
beaux arts ; mais l'expreffion dont brillent
les chef-d'oeuvres en ce genre , faifit infailliblement
tout homme de génie . Accoutu94
MERCURE DE FRANCE.
mé à étudier la nature , il la reconnoît
quand elle eft imitée , comme un portrait
reffemblant frappe tous ceux à qui l'original
eft familier : malheur aux productions
de l'art dont toute la beauté n'eſt que
pour les Artiſtes.
Après avoir parcouru l'Italie , M. de
Montefquieu vint en Suiffe ; il examina
foigneufement les vaſtes pays arrofés par
le Rhin ; & il ne lui refta plus rien à voir
en Allemagne ; car Frédéric ne regnoit pas
encore. Il s'arrêta enfuite quelque tems
dans les Provinces-Unies , monument admirable
de ce que peut l'induftrie humaine
animée par l'amour de la liberté. Enfin il
fe rendit en Angleterre où il demeura deux
ans : digne de voir & d'entretenir les plus
grands hommes , il n'eut à regretter que
de n'avoir pas fait plutôt ce voyage : Locke
& Newton étoient morts. Mais il eut fouvent
l'honneur de faire fa cour à leur protectrice
, la célebre Reine d'Angleterre ,
qui cultivoit la Philofophie fur le thrône ,
& qui goûta , comme elle devoit , M. de
Montefquieu. Il ne fut pas moins accueilli
par la Nation , qui n'avoit pas befoin fur
cela de prendre le ton de fes maîtres . Il
forma à Londres des liaifons intimes avec
des hommes exercés à méditer , & à ſe préparer
aux grandes chofes par des études
NOVEMBRE. 1755. 95
profondes ; il s'inftruifit avec eux de la nature
du Gouvernement , & parvint à le
bien connoître. Nous parlons ici d'après
les témoignages publics que lui en ont rendu
les Anglois eux-mêmes , fi jaloux de
nos avantages , & fi peu difpofés à reconnoître
en nous aucune fupériorité.
Comme il n'avoit rien examiné ni avec
la prévention d'un enthouſiaſte , ni avec
l'austérité d'un Cynique , il n'avoit rapporté
de les voyages ni un dédain outrageant
pour les étrangers , ni un mépris
encore plus déplacé pour fon propre pays.
Il réfultoit de fes obfervations que l'Allemagne
étoit faite pour y voyager , l'Italie
pour y féjourner , l'Angleterre pour y penfer
, & la France pour y vivre.
De retour enfin dans fa Patrie , M de
Montefquieu fe retira pendant deux ans à
fa terre de la Brede : il y jouit en paix de
cette folitude que le fpectacle & le tumulte
du monde fert à rendre plus agréable ;
il vécut avec lui-même , après en être forti
fi long-tems ; & ce qui nous intéreſſe le
plus , il mit la derniere main à fon ouvrage
fur la caufe de la grandeur & de la déca
dence des Romains , qui parut en 1734.
Les Empires , ainfi que les hommes
doivent croître , dépérir & s'éteindre ; mais
cette révolution néceffaire a fouvent des
96 MERCURE DE FRANCE.
caufes cachées que la nuit des tems nous
dérobe , & que le myftere où leur petiteffe
apparente a même quelquefois voilées aux
yeux des contemporains ; rien ne reſſemble
plus fur ce point à l'Hiftoire moderne
que l'Hiftoire ancienne. Celle des Romains
mérite néanmoins à cet égard quelque exception
; elle préfente une politique raifonnée
, un fyftème fuivi d'aggrandiffement
, qui ne permet pas d'attribuer la
fortune de ce peuple à des refforts obfcurs
& fubalternes. Les caufes de la grandeur
Romaine fe trouvent donc dans l'Hiftoire ,
& c'eft au Philofophe à les y découvrir.
D'ailleurs il n'en eft pas des fyftêmes dans
cette étude comme dans celle de la Phyfique
; ceux-ci font prefque toujours précipités
, parce qu'une obfervation nouvelle
& imprévue peut les renverfer en un inftant
; au contraire , quand on recueille
avec foin les faits que nous tranfmet l'Hif
toire ancienne d'un pays , fi on ne raffemble
pas toujours tous les matériaux qu'on
peut défirer , on ne fçauroit du moins ef
pérer d'en avoir un jour davantage . L'étude
réfléchie de l'Hiftoire , étude fi importante
& fi difficile , confifte à combiner
de la maniere la plus parfaite , ces matériaux
défectueux : tel feroit le métire d'un
Architecte , qui , fur des ruines fçavantes ,
traceroit ,
NOVEMBRE. 1755 . 97
traceroit , de la maniere la plus vraiſemblable
, le plan d'un édifice antique , en
fuppléant , par le génie & par d'heureuſes
conjectures , à des reftes informes & tronqués.
C'eſt fous ce point de vue qu'il faut envifager
l'ouvrage de M. de Montefquieu :
il trouve les caufes de la grandeur des Romains
dans l'amour de la liberté , du travail
& de la patrie , qu'on leur infpiroit
dès l'enfance ; dans la févérité de la difcipline
militaire ; dans ces diffenfions intef
tines qui donnoient du reffort aux efprits ,
& qui ceffoient tout -à coup à la vue de
l'ennemi ; dans cette conftance après le
malheur qui ne défefpéroit jamais de la
république dans le principe où ils furent
toujours de ne faire jamais la paix qu'après
des victoires ; dans l'honneur du triomphe,
fujet d'émulation pour les Généraux ; dans
la protection qu'ils accordoient aux peuples
révoltés contre leurs Rois ; dans l'excellente
politique de laiffer aux vaincus leurs
Dieux & leurs coutumes ; dans celle de
n'avoir jamais deux puiffans ennemis fur
les bras , & de tout fouffrir de l'un juſqu'à
ce qu'ils euffent anéanti l'autre . Il trouve les
caufes de leur décadence dans l'agrandiffement
même de l'Etat , qui changea en
guerres civiles les tumultes populaires ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
dans les guerres éloignées qui forçant les
citoyens à une trop longue abfence , leur
faifoient perdre infenfiblement l'efprit républicain
; dans le droit de Bourgeoifie
accordé à tant de Nations , & qui ne fit
plus du peuple Romain qu'une espece de
monftre à plufieurs têtes ; dans la corrup
tion introduite par le luxe de l'Afie ; dans
les profcriptions de Sylla qui avilirent l'efprit
de la Nation , & la préparerent à l'eſclavage
; dans la néceflité où les Romains
fe trouverent de fouffrir des maîtres , lorfque
leur liberté leur fut devenue à charge ;
dans l'obligation où ils furent de changer
de maximes , en changeant de gouvernement
; dans cette fuite de monftres qui
régnerent , prefque fans interruption , depuis
Tibere jufqu'à Nerva , & depuis Commode
jufqu'à Conftantin ; enfin , dans la
tranflation & le partage de l'Empire , qui
périt d'abord en Occident par la puiffance
des Barbares , & qui après avoir langui plufieurs
ficcles en Orient fous des Empereurs
imbéciles ou féroces , s'anéantit infenfiblement
comme ces fleuves qui difparoiffent
dans des fables.
Un affez petit volume a fuffi à M. de
Montefquieu pour développer un tableau
fi intérellant & fi vafte. Comme l'Auteur
ne s'appefantit point fur les détails , & ne
NOVEMBRE. 1755. 92
faifit que les branches fécondes de fon
ſujet , il a ſçu renfermer en très - peu d'efpace
un grand nombre d'objets diftinctement
apperçus & rapidement préfentés fans
fatigue pour le Lecteur ; en laiffant beaucoup
voir , il laifle encore plus à penſer ,
& il auroit pu intituler fon Livre , Hiftoire
Romaine à l'ufage des Hommes d'Etat & des
Philofophes.
Quelque réputation que M. de Montefquieu
fe fût acquife par ce dernier ouvrage
& par ceux qui l'avoient précédé , il
n'avoit fait que fe frayer le chemin à une
plus grande entreprife , à celle qui doit
immortalifer fon nom & le rendre refpectable
aux fiecles futurs. Il en avoit dès
longtems formé le deffein , il en médita
pendant vingt ans l'exécution ; ou , pour
parler plus exactement , toute fa vie en
avoit été la méditation continuelle . D'abord
il s'étoit fait en quelque façon étranger
dans fon propre pays , afin de le mieux
connoître ; il avoit enfuite parcouru toute
l'Europe , & profondément étudié les différens
peuples qui l'habitent . L'Ifle fameufe
qui fe glorifie tant de fes loix , &
qui en profite fi mal , avoit été pour lui
dans ce long voyage , ce que l'ifle de Crete
fut autrefois pour Lycurgue , une école
où il avoit fçu s'inftruire fans tout approu-
E ij
100
MERCURE DE
FRANCE.
ver ; enfin , il avoit , fi on peut parler ainfi ,
interrogé & jugé les nations & les hommes
célebres qui
n'exiftent plus aujour
d'hui que dans les annales du monde. Ce
fut ainfi qu'il s'éleva par dégrés au plus
beau titre qu'un fage puiffe mériter , celui
de Légiflateur des Nations .
S'il étoit animé par
l'importance de la
matiere , il étoit effrayé en même tems par
fon
étendue il
l'abandonna , & y revint
:
à plufieurs repriſes ; il fentit plus d'une fois,
comme il l'avoue lui- même , tomber les
mains
paternelles .
Encouragé enfin
amis , il ramaffa toutes fes forces , & donfes
par
na l'Esprit des Loix.
Dans cet important ouvrage , M. de
Montefquieu , fans
s'appefantir , à l'exemple
de ceux qui l'ont précédé , fur des difcuffions
métaphyfiques relatives à l'hom
me fuppofé dans un état
d'abſtraction ,
fans fe borner , comme d'autres , à confidérer
certains peuples dans quelques relations
ou
circonftances
particulieres , envifage
les habitans de l'univers dans l'état réel
où ils font , & dans tous les rapports qu'ils
peuvent avoir entr'eux. La plupart des
autres Ecrivains en ce genre font prefque
toujours ou de fimples Moraliftes , ou de
fimples
Jurifconfultes , ou même quelquefois
de fimples
Théologiens;pour lui, l'hom
NOVEMBRE. 1755 . ΙΟΥ
perme
de tous les Pays & de toutes les Nations,
il s'occupe moins de ce que le devoir exige
de nous , que des moyens par lefquels on
peut nous obliger de le remplir , de la
fection métaphyfique des loix , que de celle
dont la nature humaine les rend fufceptibles
, des loix qu'on a faites que de celles
qu'on a dû faire , des loix d'un peuple particulier
que de celles de tous les peuples,
Ainfi en fe comparant lui -mêine à ceux
qui ont couru avant lui cette grande &
noble carriere , il a pu dire comme le Correge
, quand il eut vu les ouvrages de fes
rivaux , & moi auffi je fuis Peintre.
Rempli & pénétré de fon objet , l'Auteur
de l'Efprit des Loix y embraſſe un fi
grand nombre de matieres , & les traite
avec tant de brieveté & de profondeur ,
qu'une lecture affidue & méditée peut feule
faire fentir le mérite ce livre . Elle fervira
fur- tout , nous ofons le dire , à faire difparoître
le prétendu défaut de méthode
dont quelques lecteurs ont accufé M. de
Montefquieu ; avantage qu'ils n'auroient
pas dû le taxer légerement d'avoir négligé
dans une matiere philofophique & dans
un ouvrage de vingt années . Il faut diftinguer
le défordre réel de celui qui n'eft
qu'apparent. Le défordre eft réel , quand
l'analogie & la fuite des idées n'eft point
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
obfervée ; quand les conclufions font érigées
en principes , ou les précedent ; quand
le lecteur , après des détours fans nombre ,
fe retrouve au point d'où il eft parti . Le
defordre n'eft qu'apparent , quand l'Auteur
mettant à leur véritable place les idées dont
il fait ufage , laiffe à fuppléer aux lecteurs
les idées intermédiaires : & c'eſt ainfi que
M. de Montefquieu a cru pouvoir & devoir
en ufer dans un livre deſtiné à des
hommes qui penfent , dont le génie doit
fuppléer à des omiffions volontaires & raifonnées
.
L'ordre qui fe fait appercevoir dans les
grandes parties de l'Efprit des Loix , ne
regne pas moins dans les détails : nous
croyons que plus on approfondira l'ouvrage
, plus on en fera convaincu . Fidele à
fes divifions générales , l'Auteur rapporte
à chacune les objets qui lui appartiennent
exclufivement ; & à l'égard de ceux qui
par différentes branches appartiennent à
plufieurs divifions à la fois , il a placé fous
chaque divifion la branche qui lui appartient
en propre ; par- là on apperçoit ailément
& fans confufion , l'influence que
les différentes parties du fujet ont les unes
fur les autres , comme dans un arbre qu
fyftême bien entendu des connoiffances
humaines , on peut voir le rapport mutuel
NOVEMBRE. 1755. 103
des Sciences & des Arts. Cette comparaifon
d'ailleurs eft d'autant plus jufte , qu'il
en eft du plan qu'on peut fe faire dans
l'examen philofophique des Loix , comme
de l'ordre qu'on peut obferver dans un
arbre Encyclopédique des Sciences : il y
reftera toujours de l'arbitraire ; & tout ce
qu'on peut exiger de l'Auteur , c'eſt qu'il
fuive fans détour & fans écart le fyfteme
qu'il s'eft une fois formé.
Nous dirons de l'obfcurité qu'on peut
fe permetrre dans un tel ouvrage , la même
chofe que du défaut d'ordre ; ce qui feroit
obfcur pour les lecteurs vulgaires , ne l'eft
pas pour ceux que l'Auteur a eu en vue.
D'ailleurs l'obfcurité volontaire n'en eft
point une M. de Montefquieu ayant à
préfenter quelquefois des vérités impor
tantes , dont l'énoncé abfolu & direct auroit
pu
bleffer fans fruit , a eu la prudence
louable de les envelopper , & par cet innocent
artifice , les a voilées à ceux à qui
elles feroient nuifibles , fans qu'elles fuffent
perdues pour les fages.
Parmi les ouvrages qui lui ont fourni
des fecours , & quelquefois des vues pour
le fien , on voit qu'il a furtout profité des
deux hiftoriens qui ont penfé le plus ,
Tacite & Plutarque ; mais quoiqu'un Philofophe
qui a fait ces deux lectures , foit
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
difpenfé de beaucoup d'autres , il n'avoit
pas cru devoir en ce genre rien négliger ni
dédaigner de ce qui pouvoit être utile à
fon objet . La lecture que fuppofe l'Espric
des Loix , eft immenſe ; & l'ufage raiſonné
que l'Auteur a fait de cette multitude pro
digieufe de matériaux , paroîtra encore
plus furprenant , quand on fçaura qu'il
étoit prefqu'entierement privé de la vue ,
& obligé d'avoir recours à des yeux étrangers.
Cette vafte lecture contribue nonfeulement
à l'utilité , mais à l'agrément de
l'ouvrage fans déroger à la majefté de fon
fujet. M. de Montefquieu fçait en tempérer
l'austérité , & procurer aux lecteurs
des momens de repos , foit par des faits
finguliers & peu connus , foit par des allufions
délicates , foit par ces coups de pinceau
énergiques & brillans , qui peignent
d'un feul trait les peuples & les hommes .
Enfin , car nous ne voulons pas jouer ici
le rôle des Commentateurs d'Homere , il
y a fans doute des fautes dans l'efprit des
Loix , comme il y en a dans tout ouvrage
de génie , dont l'Auteur a le premier ofé
fe frayer des routes nouvelles. M. de Montefquieu
a été parmi nous , pour l'étude
des loix , ce que Defcartes a été pour la
Philofophie ; il éclaire fouvent , & fe trompe
quelquefois , & en fe trompant même ,
NOVEMBRE. 1755. 105
il inftruit ceux qui fçavent lire. La pouvelle
édition qu'on prépare , montrera par
les additions & corrections qu'il y a faites,
que s'il eft tombé de tems en tems , il a
fçu le reconnoître & fe relever ; par- là , il
acquerra du moins le droit à un nouvel
examen , dans les endroits où il n'aura pas
été de l'avis de fes cenfeurs ; peut- être
même ce qu'il aura jugé le plus digne de
correction , leur a - t-il abfolument échappé
, tant l'envie de nuire eft ordinairement
aveugle.
Mais ce qui eft à la portée de tout le
monde dans l'Eſprit des Loix , ce qui doit
rendre l'Auteur cher à toutes les Nations ,
ce qui ferviroit même à couvrir des fautes
plus grandes que les fiennes , c'eft l'efprit
de citoyen qui l'a dicté. L'amour du bien
public , le defir de voir les hommes heureux
s'y montrent de toutes parts ; & n'eûtil
que ce mérite fi rare & fi précieux , il
feroit digne par cet endroit feul , d'être
la lecture des peuples & des Rois . Nous
voyons déja , par une heureuſe expérience,
que les fruits de cet ouvrage ne fe bornent
pas dans fes lecteurs à des fentimens ſtériles.
Quoique M. de Montefquieu ait peu
furvécu à la publication de l'Efprit des
Loix , il a eu la fatisfaction d'entrevoir
les effets qu'il commence à produire parmi
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
nous ; l'amour naturel des François pour
leur patrie , tourné vers fon véritable objet
; ce goût pour le Commerce , pour l'Agriculture
, & pour les Arts utiles , qui
fe répand infenfiblement dans notre Nation
; cette lumiere générale fur les principes
du gouvernement , qui rend les peuples
plus attachés à ce qu'ils doivent aimer .
Ceux qui ont fi indécemment attaqué cet
ouvrage , lui doivent peut-être plus qu'ils
ne s'imaginent l'ingratitude , au refte ,
eft le moindre reproche qu'on ait à leur
faire. Ce n'eft pas fans regret , & fans
honte pour notre fiecle , que nous allons
les dévoiler ; mais cette hiftoire importe
trop à la gloire de M. de Montefquieu , &
à l'avantage de la Philofophie , pour être
paffée fous filence. Puiffe l'opprobre qui
couvre enfin fes ennemis , leur devenir
falutaire !
A peine l'Efprit des Loix parut- il , qu'il
fut recherché avec empreffement , fur la
réputation de l'Auteur ; mais quoique
M. de Montesquieu eût écrit pour le bien
du peuple , il ne devoit pas avoir le peuple
pour juge ; la profondeur de l'objet
étoit une fuite de fon importance même.
Cependant les traits qui étoient répandus
dans l'ouvrage , & qui auroient été déplacés
s'ils n'étoient pas nés du fond du fuNOVEMBRE.
1755. 107
jet , perfuaderent à trop de perfonnes qu'il
étoit écrit pour elles : on cherchoit un
Livre agréable , & on ne trouvoit qu'un
Livre utile , dont on ne pouvoit d'ailleurs
fans quelque attention faifir l'enſemble &
les détails. On traita légerement l'Esprit
des Loix ; le titre même fut un fujet de
plaifanterie enfin l'un des plus beaux
monumens littéraires qui foient fortis de
notre Nation, fut regardé d'abord par elle
avec affez d'indifférence. Il fallut que les
véritables juges euffent eu le tems de lire :
bientôt ils ramenerent la multitude toujours
prompte à changer d'avis ; la partie
du Public qui enfeigne , dicta à la partie
qui écoute ce qu'elle devoit penfer & dire ;
& le fuffrage des hommes éclairés , joint
aux échos qui le répéterent , ne forma plus
qu'une voix dans toute l'Europe.
Ce fut alors que les ennemis publics &
fecrets des Lettres & de la Philofophie ( car
elles en ont de ces deux efpeces ) réunirent
leurs traits contre l'ouvrage. De-là cette
foule de brochures qui lui furent lancées
de toutes parts , & que nous ne tirerons
pas de l'oubli où elles font déja plongées.
Sisleurs auteurs n'avoient pas pris de bonnes
mefures pour être inconnus à la poftérité
, elle croiroit que l'Efprit des Loix a
été écrit au milieu d'un peuple de barbares.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
M. de Montefquieu méprifa fans peine
les Critiques ténébreufes de ces auteurs
fans talent , qui foit par une jaloufie qu'ils
n'ont pas droit d'avoir , foit pour fatisfaire
la malignité du Public qui aime la fatyre
& la méprife , outragent ce qu'ils ne peuvent
atteindre ; & plus odieux par le mal
qu'ils veulent faire , que
redoutables par
celui qu'ils font , ne réuffiffent pas même
dans un genre d'écrire que fa facilité &
fon objet rendent également vil. Il mettoit
les ouvrages de cette efpece fur la
même ligne que ces Nouvelles hebdomadaires
de l'Europe , dont les éloges font
fans autorité & les traits fans effet , que
des Lecteurs oififs parcourent fans y ajouter
foi , & dans lefquelles les Souverains.
font infultés fans le fçavoir , ou fans daigner
fe venger. IIll nnee ffuutt pas auffi indifférent
fur les principes d'irréligion qu'on
l'accufa d'avoir femé dans l'Eſprit des Loix .
En méprifant de pareils reproches , il auroit
cru les mériter , & l'importance de
l'objet lui ferma les yeux fur la valeur de
fes adverfaires. Ces hommes également
dépourvus de zele & également empreffés
d'en faire paroître , également effrayés de
la lumiere que les Lettres répandent , non
au préjudice de la Religion , mais à leur
défavantage , avoient pris différentes forNOVEMBRE.
1755. 109
mes pour lui porter atteinte. Les uns , par
unftratagême auffi puérile que pufillanime,
s'étoient écrit à eux- mêmes ; les autres ,
après l'avoir déchiré fous le mafque de
P'Anonyme , s'étoient enfuite déchirés entr'eux
à fon occafion . M. de Montesquieu,
quoique jaloux de les confondre , ne jugea
pas à propos de perdre un tems précieux à
les combattre les uns après les autres : il fe
contenta de faire un exemple fut celui qui
s'étoit le plus fignalé par fes excès.
par
C'étoit l'auteur d'une feuille anonyme
& périodique , qui croit avoir fuccédé à
Pafcal , parce qu'il a fuccédé à fes opinions;
panégyrifte d'ouvrages que perfonne ne
lit , & apologiſte de miracles que l'autorité
féculiere a fait ceffer dès qu'elle l'a
voulu ; qui appelle impiété & fcandale le
peu
d'intérêt que les gens de Lettres prennent
à fes querelles , & s'eft aliéné ,
une adreffe digne de lui , la partie de la
Nation qu'il avoit le plus d'intérêt de ménager.
Les coups de ce redoutable athlete
furent dignes des vues qui l'infpirerent ; il
accufa M. de Montefquieu & de Spinoffme
& de Déifine ( deux imputations incompatibles
) ; d'avoir fuivi le ſyſtème de
Pope ( dont il n'y avoit pas un mot dans
l'ouvrage ) ; d'avoir cité Plutarque qui n'eft
pas un Auteur Chrétiens de n'avoir point
110 MERCURE DE FRANCE.
parlé du péché originel & de la Grace , Il
prétendit enfin que l'Efprit des Loix étoit
une production de la Conftitution Unigenitus;
idée qu'on nous foupçonnera peut-être
de prêter par dérifion au critique. Ceux
qui ont connu M. de Montefquieu , l'ouvrage
de Clément XI & le fien , peuvent
juger par cette accufation de toutes les
autres.
Le malheur de cet écrivain dut bien le
décourager : il vouloit perdre un fage par
l'endroit le plus fenfible à tout citoyen , il
ne fit que lui procurer une nouvelle gloire
comme homme de Lettres ; la Défense de
l'Esprit des Loix parut. Cet ouvrage , par
la modération , la vérité , la fineffe de
plaifanterie qui y regnent , doit être regardé
comme un modele en ce genre. M.
de Montefquieu , chargé par fon adverfaire
d'imputations atroces , pouvoit le
rendrejodieux fans peine ; il fit mieux , il
le rendit ridicule . S'il faut tenir compte à
l'agreffeur d'un bien qu'il a fait fans le
vouloir , nous lui devons une éternelle
reconnoiffance de nous avoir procuré ce
chef-d'oeuvre : Mais ce qui ajoute encore
au mérite de ce morceau précieux , c'eſt
que l'auteur s'y eft peint lui- même fans y
penfer ; ceux qui l'ont connu , croyent
Î'entendre , & la poſtérité s'affurera , en
NOVEMBRE. 1755 111
lifant fa Défenfe , que fa converfation n'étoit
pas inférieure à fes écrits ; éloge que
bien peu de grands hommes ont mérité.
Une autre circonftance lui affure pleinement
l'avantage dans cette difpute : le
critique qui , pour preuve de fon attachement
à la religion , en déchire les Miniftres
, accufoit hautement le Clergé de
France , & fur-tout la Faculté de Théolo
gie , d'indifférence pour la caufe de Dieu ,
en ce qu'ils ne profcrivoient pas authentiquement
un fi pernicieux ouvrage . La Faculté
étoit en droit de méprifer le repro
che d'un écrivain fans aveu ; mais il s'agif
foit de la religion ; une délicateffe louable
lui a fait prendre le parti d'examiner l'Ef
prit des Loix. Quoiqu'elle s'en occupe depuis
plufieurs années , elle n'a rien prononcé
jufqu'ici ; & fût- il échappé à M. de
Montefquieu quelques inadvertences lé--
geres , prefque inevitables dans une carriere
fi vafte , l'attention longue & fcrupuleufe
qu'elles auroient demandée de la
part du Corps le plus éclairé de l'Eglife ,
prouveroit au moins combien elles feroient
excufables. Mais ce Corps , plein de prudence
, ne précipitera rien dans une fi
importante matiere : il connoit les bornes
de la raifon & de la foi ; il fçait que l'ouvrage
d'un homme de lettres ne doit point
112 MERCURE DE FRANCE.
être examiné comme celui d'un Théologien
que les mauvaifes conféquences
auxquelles une propofition peut donner
lieu par des interprétations odieufes , ne
rendent point blamable la propofition en
elle -même ; que d'ailleurs nous vivons
dans un fiécle malheureux , où les intérêts
de la religion ont befoin d'être ménagés ,
& qu'on peut lui nuire auprès des fimples,
en répandant mal - à - propos fur des genies
du premier ordre le foupçon d'incrédulité;
qu'enfin , malgré cette accufation injuſte ,
M. de Montefquien fut toujours eſtimé ,
recherché & accueilli par tout ce que l'Eglife
a de plus refpectable & de plus grand ;
eût-il confervé auprès des gens de bien la
confidération dont il jouiffoit , s'ils l'euffent
regardé comme un écrivain dangéreux
?
Pendant que des infectes le tourmentoient
dans fon propre pays , l'Angleterre
élevoit un monument à fa gloire. En 1752 ,
M. Daffier , célebre par les médailles qu'il
a frappées à l'honneur de plufieurs hommes
illuftres , vint de Londres à Paris pour
frapper la fienne. M. de la Tour , cet attifte
fi fupérieur par fon talent , & fi eftimable
par fon defintéreffement & l'élévation
de fon ame , avoit ardemment defiré
de donner un nouveau luftre à fon pinNOVEMBRE.
1755. 113
ceau , en tranfmettant à la poftérité le
portrait de l'auteur de l'Efprit des Loix ;
il ne vouloit que la fatisfaction de le peindre
, & il méritoit , comme Apelle , que
cet honneur lui fût réfervé ; mais M. de
Montefquieu , d'autant plus avare du tems
de M. de la Tour que celui - ci en étoit plus
prodigue , fe refufa conftamment & poliment
à fes preffantes follicitations. M. Daf
fier effuya d'abord des difficultés femblables
: Croyez-vous , dit-il enfin à M. de
Montefquieu , » qu'il n'y ait pas autant
d'orgueil à refufer ma propofition qu'à
» l'accepter » ? Defarmé par cette plaifanterie
, il laiffa faire à M. Daflier tout ce
qu'il voulut.
»
L'auteur de l'Esprit des Loix jouiffoit
enfin paisiblement de fa gloire , lorfqu'il
tomba malade au commencement de Février.
Sa fanté , naturellement délicate ,
commençoit à s'altérer depuis long- tems
par l'effet lent & prefque infaillible des
études profondes , par les chagrins qu'on
avoit cherché à lui fufciter fur fon ouvra- ge ; enfin
par le genre
de vie qu'on
le forçoit
de mener
à Paris
, & qu'il
fentoit
lui
être
funefte
. Mais
l'empreffement
avec
le-`
quel
on recherchoit
fa focieté
, étoit
trop
vif pour
n'être
pas
quelquefois
indifcret
on vouloit
, fans
s'en
appercevoir
, jouir
114 MERCURE DE FRANCE.
de lui aux dépens de lui -même. A peine la
nouvelle du danger où il étoit fe fût- elle
répandue , qu'elle devint l'objet des converfations
& de l'inquiétude publique ; fa
maifon ne défempliffoit point de perfonnes
de tout rang qui venoient s'informer
de fon état , les unes par un intérêt véritable
, les autres pour s'en donner l'apparence
, ou pour fuivre la foule. Sa Majefté ,
pénétrée de la ppeerrttee qquuee fon royaume alloit
faire , en demanda plufieurs fois des
nouvelles ; témoignage de bonté & de juftice
qui n'honore pas moins le Monarque
que le fujet. La fin de M. de Montefquieu
ne fut point indigne de fa vie. Accablé de
douleurs cruelles , éloigné d'une famille
à qui il étoit cher , & qui n'a pas eu la
confolation de lui fermer les yeux , entouré
de quelque amis & d'un plus grand
nombre de fpectateurs , il conferva jufqu'au
dernier moment la paix & l'égalité
de fon ame. Enfin , après avoir fatisfait
avec décence à tous fes devoirs , plein de
confiance en l'Etre éternel auquel il alloit.
fe rejoindre , il mourut avec la tranquillité
d'un homme de bien , qui n'avoit jamais
confacré fes talens qu'à l'avantage.
de la vertu & de l'humanité. La France &
l'Europe le perdirent le 10 Février 1755 ,
à l'âge de foixante- fix ans révolus.
NOVEMBRE 1755. 115
Toutes les nouvelles publiques ont annoncé
cet événement comme une calamité.
On pourroit appliquer à M. de Montefquieu
ce qui a été dit autrefois d'un
illuftre Romain ; que perfonne en apprenant
fa mort n'en témoigna de joie , que
perfonne même ne l'oublia dès qu'il ne fut
plus. Les étrangers s'emprefferent de faire
éclater leurs regrets ; & Milord Chefterfield
, qu'il fuffit de nommer , fit imprimer
dans un des papiers publics de Londres
un article à fon honneur , article digne
de l'un & de l'autre ; c'eft le portrait
d'Anaxagore tracé par Périclès . L'Académie
royale des Sciences & des Belles -Lettres
de Pruffe , quoiqu'on n'y foit point
dans l'ufage de prononcer l'éloge des affociés
étrangers , a cru devoir lui faire cet
honneur , qu'elle n'a fait encore qu'à l'illuftre
Jean Bernouilli ; M. de Maupertuis,
tout malade qu'il étoit , a rendu lui-même
à fon ami ce dernier devoir , & n'a voulu
fe repofer fur perfonne d'un foin fi cher &
fi trifte. A tant de fuffrages éclatans en faveur
de M. de Montefquieu , nous croyons
pouvoir joindre fans indifcrétion les éloges
que lui a donné , en préfence de l'un
de nous , le Monarque même auquel cette.
Académie célebre doit fon luftre , Prince
fait pour fentir les pertes de la Philofa116
MERCURE DE FRANCE.
phie , & pour l'en confoler.
Le 17 Février , l'Académie Françoiſe
lui fit , felon l'ufage , un fervice folemnel
, auquel , malgré la rigueur de la faifon
, prefque tous les gens de Lettres de
ce Corps , qui n'étoient point abfens de
Paris , fe firent un devoir d'affifter. On
auroit dû dans cette trifte cérémonie placer
l'Esprit des Loix fur fon cercueil , comme
on expofa autrefois vis - à-vis le cercueil
de Raphaël fon dernier tableau de la
Transfiguration . Cet appareil fimple &
touchant eût été une belle oraifon funébre.
Jufqu'ici nous n'avons confidéré M. de
Montefquieu que comme écrivain & philofophe
; ce feroit lui dérober la moitié
de fa gloire que de paffer fous filence fes
agrémens & fes qualités perfonnelles.
Il étoit dans le commerce d'une douceur
& d'une gaieté toujours égale . Sa
converfation étoit légere , agréable , &
instructive par le grand nombre d'hommes
& de peuples qu'il avoit connus. Elle étoit
coupée comme fon ftyle , pleine de fel &
de faillies , fans amertunie & fans fatyre
; perfonne ne racontoit plus vivement ,
plus promptement , avec plus de grace &
moins d'apprêt. Il fçavoit que la fin d'une
hiftoire plaifante en eft toujours le but ;-
NOVEMBRE. 1755. 117
il fe hâtoit donc d'y arriver , & produifoit
l'effet fans l'avoir promis.
Ses fréquentes diftractions ne le rendoient
que plus aimable ; il en fortoit
toujours par quelque trait inattendu qui
réveilloit la converfation languiffante ;
d'ailleurs elles n'étoient jamais , ni jouées,
ni choquantes , ni importunes : le feu de
fon efprit , le grand nombre d'idées dont
il étoit plein , les faifoient naître , mais il
n'y tomboit jamais au milieu d'un entretien
intéreffant ou férieux ; le defir de
plaire à ceux avec qui il fe trouvoit , le
rendoit alors à eux fans affectation & fans
effort.
Les agrémens de fon commerce tenoient
non feulement à fon caractere & à
fon efprit , mais à l'efpece de régime qu'il
obfervoit dans l'étude. Quoique capable
d'une méditation profonde & long- tems
foutenue , il n'épuifoit jamais fes forces , il
quitroit toujours le travail avant que d'en
reffentir la moindre impreffion de fatigue.
Il étoit fenfible à la gloire , mais il ne
vouloit y parvenir qu'en la méritant ; jamais
il n'a cherché à augmenter la fienne
par ces manoeuvres fourdes , par ces voyes
obfcures & honteufes, qui deshonorent la
perfonne fans ajouter au nom de l'auteur .
Digne de toutes les diftinctions & de
IIS MERCURE DE FRANCE.
toutes les récompenfes , il ne demandoit
rien , & ne s'étonnoit point d'être oublié ;
mais il a ofé , même dans des circonftances
délicates, protéger à la Cour des hommes
de Lettres perfécutés , célebres &
malheureux , & leur a obtenu des graces.
Quoiqu'il vecût avec les grands , foit
par néceffité , foit par convenance , foit
par gout , leur fociété n'étoit pas néceffaire
à fon bonheur. Il fuyoit dès qu'il le
pouvoit à fa terre ; il y retrouvoit avec
joie fa philofophie , fes livres & le repos.
Entouré de gens de la campagne dans fes
heures de loifir , après avoir étudié l'homme
dans le commerce du monde & dans
l'hiftoire des nations , il l'étudioit encore
dans ces ames fimples que la nature feule
a inftruites , & il y trouvoit à apprendre ;
il converfoit gayement avec eux ; il leur
cherchoit de l'efprit comme Socrate ; il
paroiffoit fe plaire autant dans leur entretien
que dans les fociétés les plus brillantes
, furtout quand il terminoit leurs différends
, & foulageoit leurs peines par fes
bienfaits.
Rien n'honore plus fa mémoire que
l'économie avec laquelle il vivoit , &
qu'on a ofé trouver exceffive dans un
monde avare & faftueux , peu fait pour
en pénétrer les motifs , & encore moins
NOVEMBRE. 1755. 119
pour les fentir. Bienfaifant , & par conféqnent
jufte, M. de Montesquieu ne vouloit
rien prendre fur fa famille , ni des
fecours qu'il donnoit aux malheureux ,
ni des dépenfes confidérables auxquels fes
longs voyages , la foibleffe de fa vue &
l'impreffion de fes ouvrages l'avoient
obligé . Il a tranfmis à fes enfans , fans
diminution ni augmentation , l'héritage
qu'il avoit reçu de fes peres ; il n'y a rien
ajouté que la gloire de fon nom & l'exemple
de fa vie.
Il avoit époufé en 1715 Demoifelle
Jeanne de Lartigue, fille de Pierre de Lartigue
, Lieutenant Colonel au Régiment
de Maulévrier ; il en a eu deux filles &
un fils , qui par fon caractere , fes moeurs
& fes ouvrages s'eft montré digne d'un
tel pere.
Ĉeux qui aiment la vérité & la patrie,
ne feront pas fâchés de trouver ici quelques
unes de fes maximes : il penfoit ,
Que chaque portion de l'Etat doit être
également foumife aux loix , mais que
les privileges de chaque portion de l'Etat
doivent être respectés , lorfque leurs effets
n'ont rien de contraire au droit naturel
, qui oblige tous les citoyens à concourir
également au bien public ; que la
poffellion ancienne étoit en ce genre le
120 MERCURE DE FRANCE.
premier des titres & le plus inviolable des
droits , qu'il étoit toujours injufte & quel
quefois dangereux de vouloir ébranler ;
Que les Magiftrats , dans quelque circonftance
& pour quelque grand intérêt
de corps que ce puiffe être , ne doivent
jamais être que Magiftrats , fans parti &
fans paffion , comme les Loix , qui abſolvent
& puniffent fans aimer ni hair.
Il difoit enfin à l'occafion des difputes
eccléfiaftiques qui ont tant occupé les Empereurs
& les Chrétiens Grecs , que les
querelles théologiques, lorfqu'elles ceffent
d'être renfermées dans les écoles , deshonorent
infailliblement une nation aux
yeux des autres en effet , le mépris même
des fages pour ces querelles ne la juftifie
pas , parce que les fages faifant partout
le moins de bruit & le plus petit
nombre , ce n'est jamais fur eux qu'une
nation eft jugée .
L'importance des ouvrages dont nous
avons eu à parler dans cet éloge , nous
en a fait paffer fous filence de moins confidérables
, qui fervoient à l'auteur comme
de délaffement , & qui auroient fuffi
l'éloge d'un autre ; le plus remarquable
eft le Temple de Gnide , qui fuivit d'affez
près les Lettres Perfannes. M. de Montefquieu
, après avoir été dans celle- ci Hopour
race ,
NOVEMBRE . 1755. 121
race , Théophrafte & Lucien , fut Ovide
& Anacréon dans ce nouvel effai : ce n'eſt
plus l'amour defpotique de l'Orient qu'il
fe propofe de peindre , c'eft la délicateffe
& la naïveté de l'amour paftoral , tel qu'il
eſt dans une ame neuve, que le commerce
des hommes n'a point encore corrompue.
L'Auteur craignant peut - être qu'un tableau
fi étrangerà nos moeurs ne parût
trop languiffant & trop uniforme , a cherché
à l'animer par les peintures les plus
riantes ; il tranfporte le lecteur dans des
lieux enchantés , dont à la vérité le fpectacle
intéreffe peu l'amant heureux , mais
dont la defcription flatte encore l'imagination
quand les defirs font fatisfaits . Emporté
par fon fujet , il a répandu dans ſa
profe ce ftyle animé , figuré & poétique ,
dont le roman de Thélemaque a fourni
parmi nous le premier modele. Nous ignorons
pourquoi quelques cenfeurs du temple
de Gnide ont dit à cette occaſion , qu'il
auroit eu befoin d'être en vers. Le ſtyle
poétique , fi on entend , comme on le
doit , par ce mot , un ftyle plein de chaleur
& d'images , n'a pas befoin , pour être
agréable , de la marche uniforme & cadencée
de la verfification ; mais fi on ne
fait confifter ce ftyle que dans une diction
chargée d'épithetes oifives , dans les pein
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tures froides & triviales des aîles & du
carquois de l'amour , & de femblables
objets , la verfication n'ajoutera prefqu'aucun
mérite à ces ornemens ufés ; on
y cherchera toujours en vain l'ame & la
vie. Quoiqu'il en foit , le Temple de Gnide
étant une espece de poëme en profe
c'est à nos écrivains les plus célebres en ce
genre à fixer le rang qu'il doit occuper :
il merite de pareils juges ; nous croyons
du moins que les peintures de cet ouvrage
foutiendroient avec fuccès une des
principales épreuves des defcriptions poétiques
, celle de les repréfenter fur la toile.
Mais ce qu'on doit fur- tout remarquer
dans le Temple de Gnide , c'eft qu'Anacréon
même y est toujours obfervateur &
philofophe. Dans le quatrieme chant , il
paroît décrire les moeurs des Sibarites , &
on s'apperçoit aifément que ces moeurs
font les nôtres. La préface porte fur - tout
l'empreinte de l'auteur des Lettres Perfannes.
En préfentant le Temple de Gnide
comme la traduction d'un manufcrit grec ,
plaifanterie défigurée depuis par tant de
mauvais copiſtes , il en prend occafion de
peindre d'un trait de plume l'ineptie des
critiques & le pédantifme des traducteurs,
& finit par ces paroles dignes d'être rapportées
» Si les gens graves defiroient
NOVEMBRE. 1755. 123
33
de moi quelque ouvrage moins frivole ,
je fuis en état de les fatisfaire : il y a
» trente ans que je travaille à un livre de
» douze pages , qui doit contenir tout ce
que nous fçavons fur la Métaphyfique ,
» la Politique & la Morale , & tout ce
que de très grands auteurs ont oublié
» dans les volumes qu'ils ont publiés fur
» ces matieres » .
Nous regardons comme une des plus
honorables récompenfes de notre travail
l'intérêt particulier que M. de Monteſquieu
prenoit à ce dictionnaire , dont toutes
les reffources ont été jufqu'à préfent
dans le courage & l'émulation de fes auteurs
. Tous les gens de Lettres , felon lui,
devoient s'empreffer de concourir à l'exécution
de cette entrepriſe utile ; il en a
donné l'exemple avec M. de Voltaire , &
plufieurs autres écrivains célebres. Peutêtre
les traverfes que cet ouvrage a ef
fuyées , & qui lui rappelloient les fiennes
propres , l'intéreffoient-elles en notre faveur,
Peut-être étoit- il fenfible , fans s'en
appercevoir , à la juftice que nous avions
ofé lui rendre dans le premier volume de
l'Encyclopédie , lorfque perfonne n'ofoit
encore élever fa voix pour le défendre.
Il nous deftinoit un article fur le Goût, qui
a été trouvé imparfait dans fes papiers ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
nous le donnerons en cet état au public ,
& nous le traiterons avec le même refpect
que l'antiquité témoigna autrefois pour
les dernieres paroles de Séneque . La mort
l'a empêché d'étendre plus loin fes bienfaits
à notre égard ; & en joignant nos
propres regrets à ceux de l'Europe entiere ,
nous pourrions écrire fur fon tombeau :
Finis vita cjus nobis luctuofus , Patriæ
triftis , extraneis etiam ignotifque non fine
curâ fuit.
Tacit. in Agricol. c. 43 .
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Résumé : Eloge de M. le Président de Montesquieu.
Le texte présente un volume de l'Encyclopédie, dans lequel Voltaire a travaillé sur les articles concernant les mots 'esprit', 'éloquence' et 'élégance'. Ce volume inclut également un éloge de Montesquieu écrit par d'Alembert, jugé d'une grande beauté. Une note analysant 'L'Esprit des Lois' est réservée pour le premier Mercure de décembre. Montesquieu, bienfaiteur de l'humanité par ses écrits, a contribué à cet ouvrage, motivant ainsi la reconnaissance des auteurs. Charles de Secondat, Baron de la Brede et de Montesquieu, naquit au Château de la Brede près de Bordeaux le 18 janvier 1689. Sa famille, noble de Guyenne, acquit la terre de Montesquieu grâce à des services rendus à la couronne. Dès son jeune âge, Montesquieu montra des aptitudes remarquables, cultivées par son père. Il préparait déjà les matériaux de 'L'Esprit des Lois' à vingt ans. En parallèle de ses études juridiques, il approfondissait des matières philosophiques. En 1716, il devint Président à Mortier au Parlement de Bordeaux et se distingua par ses remontrances courageuses contre un nouvel impôt. Il fut également membre de l'Académie de Bordeaux et contribua à la création de l'Académie des Sciences. En 1721, il publia les 'Lettres persanes', un ouvrage satirique des mœurs françaises sous le prétexte de la peinture des mœurs orientales. Malgré le succès de cet ouvrage, Montesquieu resta discret sur son authorship pour éviter les critiques littéraires. Les 'Lettres persanes' furent attaquées pour leurs réflexions sur des sujets religieux et ecclésiastiques, provoquant des réactions hostiles. Montesquieu fut accusé et réhabilité concernant ses 'Lettres persanes'. Il rencontra le ministre, déclarant qu'il n'avouait pas les 'Lettres persanes' mais ne les désavouait pas non plus, et demanda que l'ouvrage soit jugé sur sa lecture plutôt que sur des délations. Le ministre lut le livre, apprécia l'auteur et permit à Montesquieu d'être reçu à l'Académie française. Le maréchal d'Estrées soutint Montesquieu avec courage et intégrité. Montesquieu fut reçu à l'Académie le 24 janvier 1728 avec un discours remarquable, où il évita les formules conventionnelles pour traiter de sujets plus larges. Il entreprit des voyages pour étudier les lois et constitutions de divers pays, rencontrer des savants et des artistes célèbres. Ses voyages l'amenèrent en Autriche, en Hongrie, en Italie, en Suisse, aux Provinces-Unies et en Angleterre. De retour en France, Montesquieu se retira à la Brede pour achever son ouvrage sur 'La grandeur et la décadence des Romains', publié en 1734. Il analysa les causes de la grandeur et de la décadence de Rome, mettant en avant des facteurs comme l'amour de la liberté, la discipline militaire et la politique d'expansion. Le texte loue ensuite l'œuvre de Montesquieu, notamment 'L'Esprit des Lois', qui offre une analyse approfondie et vaste de la politique et des lois. Montesquieu a préparé cet ouvrage pendant vingt ans, étudiant divers peuples et lois à travers l'Europe. 'L'Esprit des Lois' est présenté comme un livre destiné aux hommes d'État et aux philosophes, embrassant un grand nombre de matières avec brièveté et profondeur. Le texte défend la structure et la clarté de l'ouvrage, affirmant que l'apparente absence de méthode est en réalité une invitation à la réflexion. Il souligne également l'importance des sources utilisées par Montesquieu, notamment Tacite et Plutarque, et la manière dont il a su rendre l'ouvrage à la fois utile et agréable. Enfin, le texte mentionne les critiques et les attaques subies par 'L'Esprit des Lois' lors de sa publication, mais note que l'œuvre a finalement été reconnue pour sa valeur et son impact sur la pensée politique et philosophique. Montesquieu est accusé d'irréligion et de semer des principes d'irréligion dans son œuvre. Il est comparé à des auteurs de nouvelles hebdomadaires sans autorité ni effet. Ses adversaires, dépourvus de zèle mais cherchant à en montrer, ont utilisé diverses stratégies pour le discréditer. Montesquieu décide de répondre à l'un de ses critiques les plus virulents, auteur d'une feuille anonyme périodique, en le rendant ridicule plutôt que furieux.
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72
p. 225
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Il n'y aura rien de décidé avant l'ouverture du Parlement sur [...]
Mots clefs :
Londres, Parlement, Destitutions, Régiments, Prince héréditaire du Maroc, Menace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 9 Octobre.
Il n'y aura rien de décidé avant l'ouverture du
Parlement fur le parti que le Gouvernement pren
dra par rapport à fes différends avec la France.
Le Chevalier Robinfon s'étant démis de la
charge de Secrétaire d'Etat , le Roi en à difpofé
en faveur du fieur Fox , Secrétaire de la guerre.
Ces jours - ci , le Comte de Colloredo & le Knés
Galliczin , Envoyés extraordinaires des Cours de
Vienne & de Petersbourg , ont eu quelques conférences
avec les Miniftres de Sa Majesté.
Tous les Officiers des Régimens qui font en
Angleterre , ont ordre de rejoindre au plutôt leurs
Corps. Les penfionnaires externes de l'hôpital de
Chelſea en état de fervir , feront envoyés en garnifon
dans les places le long des côtes . On y fera
marcher auffi quelques nouvelles troupes. Le
Gouvernement fe propofe d'augmenter de deux
Compagnies plufieurs des Régimens d'Infanterie ,
& d'ajouter quinze hommes à chaque Escadron
des Régimens de Dragons.
Selon des avis reçus d'Afrique , le Prince héré
ditaire de Maroc marchoit à la tête de quarante
mille hommes pour réduire fous fon obéiffance les
villes de Salé , de Tétuan & de Tanger. Ce Prince
paroît être dans le deffein de chaffer les Anglois
de tout le pays où il commande .Il a fait expirer fous
la baftonnide un Gentilhomme de cette nation ,
nommé Montenai . Dès que le chef d'Efcadre Edgecumbe
en a été informé , il a envoyé un vaiffeau
de guerre à Tétuan , pour en retirer le fieur
Pettigrew qui y réfide en qualité de Conful de la
Grande- Bretagne.
DE LONDRES , le 9 Octobre.
Il n'y aura rien de décidé avant l'ouverture du
Parlement fur le parti que le Gouvernement pren
dra par rapport à fes différends avec la France.
Le Chevalier Robinfon s'étant démis de la
charge de Secrétaire d'Etat , le Roi en à difpofé
en faveur du fieur Fox , Secrétaire de la guerre.
Ces jours - ci , le Comte de Colloredo & le Knés
Galliczin , Envoyés extraordinaires des Cours de
Vienne & de Petersbourg , ont eu quelques conférences
avec les Miniftres de Sa Majesté.
Tous les Officiers des Régimens qui font en
Angleterre , ont ordre de rejoindre au plutôt leurs
Corps. Les penfionnaires externes de l'hôpital de
Chelſea en état de fervir , feront envoyés en garnifon
dans les places le long des côtes . On y fera
marcher auffi quelques nouvelles troupes. Le
Gouvernement fe propofe d'augmenter de deux
Compagnies plufieurs des Régimens d'Infanterie ,
& d'ajouter quinze hommes à chaque Escadron
des Régimens de Dragons.
Selon des avis reçus d'Afrique , le Prince héré
ditaire de Maroc marchoit à la tête de quarante
mille hommes pour réduire fous fon obéiffance les
villes de Salé , de Tétuan & de Tanger. Ce Prince
paroît être dans le deffein de chaffer les Anglois
de tout le pays où il commande .Il a fait expirer fous
la baftonnide un Gentilhomme de cette nation ,
nommé Montenai . Dès que le chef d'Efcadre Edgecumbe
en a été informé , il a envoyé un vaiffeau
de guerre à Tétuan , pour en retirer le fieur
Pettigrew qui y réfide en qualité de Conful de la
Grande- Bretagne.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 9 octobre à Londres, aucune décision n'est prise concernant les différends avec la France avant l'ouverture du Parlement. Le chevalier Robinfon démissionne de son poste de Secrétaire d'État, remplacé par le sieur Fox, Secrétaire de la guerre. Le comte de Colloredo et le prince Galliczin, envoyés des cours de Vienne et de Petersbourg, ont des conférences avec les ministres britanniques. Les officiers des régiments en Angleterre reçoivent l'ordre de rejoindre leurs corps. Les pensionnaires externes de l'hôpital de Chelsea en état de servir seront envoyés en garnison le long des côtes, accompagnés de nouvelles troupes. Le gouvernement prévoit d'augmenter plusieurs régiments d'infanterie de deux compagnies et d'ajouter quinze hommes à chaque escadron des régiments de dragons. Au Maroc, le prince héritier marche à la tête de quarante mille hommes pour soumettre les villes de Salé, Tétuan et Tanger, cherchant à chasser les Anglais du pays. Il a fait exécuter un gentilhomme anglais nommé Montenai. Informé, le chef d'escadre Edgecumbe envoie un vaisseau de guerre à Tétuan pour retirer le sieur Pettigrew, consul de Grande-Bretagne.
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73
p. 226-228
« Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...] »
Début :
Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Chevalier, Directeur des monnaies, Arrêt du Conseil d'État, Parlement, Louis-Auguste de Bourbon, Offices des chancelleries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...] »
E Comte Dubois de la Mothe , chef d'Eſcadre
7
rent le 25 d'Août avec les vaiffeaux l'Entrepre→
nant , l'Algonkin , l'Actif, l'Illuftre l'Opiniâtre ,
le Léopard & l'Apollon , eft entré avec quatre de
ces vaiffeaux le 21 Septembre à Breft , les trois
autres y font arrivés quelques jours après.
Le Roi a nommé le Chevalier de Crefnay Vice
-Amiral de France , le Marquis de la Galiffonniere
& le Comte Dubois de la Mothe Lieutenans-
Généraux de fes armées navales ; & M. de la
Clue , le Chevalier de Beauffremont & le Marquis
du Quefne , chefs d'Efcadre.
Sa Majesté a auffi donné la grande Croix de
P'Ordre de Saint Louis au Chevalier de Crefnay ,
& a fait Commandeur de cet Ordre M. Perrier
l'aîné , chef d'Eſcadre des armées navales.
Depuis le premier Septembre , il eft ordonné
aux Directeurs des Monnoies , par un Arrêt du
Confeil d'Etat , de payer , tant aux changeurs
qu'aux commerçans , huir deniers pour livre audelà
du prix fixé par les tarifs , fur toutes les efpeces
& matieres d'or & d'argent qu'on portera aux
Hôtels des Monnoies , à quelques fommes que
puiffent monter lefdites efpeces & matieres.
M. Moreau de Sechelles , Miniftre d'Etat , &
Controlleur Général des Finances , a été nommé
honoraire de l'Académie royale des Sciences .
Le 22 Septembre , l'Académie Françoiſe élut
P'Abbé de Boifmont pour remplir la place vacante
NOVEMBRE. 1755. 227
dans cette Compagnie par la mort de l'ancien
Evêque de Mirepoix.
Le nommé Jacques Bats , dit Moncrabeau , eft
mort dans la Paroiffe de Lauffignan , Sénéchauf
fée de Nerac , âgé de cent douze ans.
Monfeigneur le Dauphin arriva à Fontainebleau
, de Verfailles le 26 Septembre fur les fept
heures du foir.
Le même jour , les Députés du Parlement eurent
audience du Roi. Ils furent préſentés à Sa
Majefté par le Comte d'Argenfon , Miniftre &
Secrétaire d'Etat . La députation étoit compofée
de M.de Maupeou , premier Préfident , qui porta
la parole , & des Préfidens Molé & de Novion.
Louis - Augufte de Bourbon , Prince Souverain
de Dombes , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de fes armées , Colonel - Général
des Suiffes & Grifons , Général des Carabiniers
, Gouverneur & Lieutenant- Général pour Sa
Majefté dans les provinces de haut & bas Languedoc
, mourut à Fontainebleau la nuit du
trente Septembre au premier Octobre entre mi.
nuit & une heure du matin . Ce Prince étoit âgé
de cinquante-cinq ans fix mois & vingt- fix jours ,
étant né le 4 Mars 1700. Il étoit fils de Louis-
Augufte de Bourbon , Duc du Maine , Prince légitimé
de France , Prince Souverain de Dombes ,
Comte d'Eu , Duc d'Aumale , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant- Général des Armées de
Sa Majefté , Gouverneur des provinces de haut &
bas Languedoc , Grand Maître de l'Artillerie de
France , Colonel- Général des Suiffes & Grifons ,
& Général des Carabiniers , mort le 14 Mai 1736 ;
& de Louife- Bénédicte de Bourbon- Condé , Princeffe
du Sang , morte le 23 Janvier 1753.
La nommée Hyppolite le Tullier , yeuve de
K vj
228 MERCURE DE FRANCE:
Guillaume du Hamel qu'elle avoit épousé en fea
condes nôces , eft morte le 19 Septembre , dans
la Paroiffe de Riville , Diocèfe de Rouen , âgée
de cent huit ans . Elle n'avoit eu pendant le cours
de fa vie aucune infirmité. Son fecond mari étoit
dans la cent deuxieme année de fon âge , lorfque
la mort l'enleva. Ils avoient vêcu enſemble foixante
ans.
La Reine & Mefdames de France arriverent de
Fontainebleau à Verſailles le 13 Octobre au foir.
Le Roi revint le 17.
Par Edit du mois de Décembre 1743 , Sa Majefté
avoit fixé à cent dix mille livres la finance
de chacun des Offices des Confeillers - Secrétaires
du Roi , Maiſon & Couronne de France , de la
grande Chancellerie. Mais le prix auquel les attributions
attachées à ces Offices les font monter
de jour en jour , faifant connoître que ladite finance
n'eft nullement proportionnée à leur valeur.
Sa Majesté a réfolu de l'augmenter de quarante
mille livres , pour , avec la fomme ci -deffus
de cent dix mille livres , former la fomme de
cinquante mille écus .
A l'égard des Offices des Chancelleries près les
Parlemens & les Confeils Supérieurs des Provinces
du Royaume , le Roi fixe la finance des Gardes
des Sceaux , des Audienciers , des Controlleurs
& des Payeurs des Gages , à foixante - cinq mille
livres ; & celle des Confeillers- Secrétaires , à cinquante
- cinq mille.
7
rent le 25 d'Août avec les vaiffeaux l'Entrepre→
nant , l'Algonkin , l'Actif, l'Illuftre l'Opiniâtre ,
le Léopard & l'Apollon , eft entré avec quatre de
ces vaiffeaux le 21 Septembre à Breft , les trois
autres y font arrivés quelques jours après.
Le Roi a nommé le Chevalier de Crefnay Vice
-Amiral de France , le Marquis de la Galiffonniere
& le Comte Dubois de la Mothe Lieutenans-
Généraux de fes armées navales ; & M. de la
Clue , le Chevalier de Beauffremont & le Marquis
du Quefne , chefs d'Efcadre.
Sa Majesté a auffi donné la grande Croix de
P'Ordre de Saint Louis au Chevalier de Crefnay ,
& a fait Commandeur de cet Ordre M. Perrier
l'aîné , chef d'Eſcadre des armées navales.
Depuis le premier Septembre , il eft ordonné
aux Directeurs des Monnoies , par un Arrêt du
Confeil d'Etat , de payer , tant aux changeurs
qu'aux commerçans , huir deniers pour livre audelà
du prix fixé par les tarifs , fur toutes les efpeces
& matieres d'or & d'argent qu'on portera aux
Hôtels des Monnoies , à quelques fommes que
puiffent monter lefdites efpeces & matieres.
M. Moreau de Sechelles , Miniftre d'Etat , &
Controlleur Général des Finances , a été nommé
honoraire de l'Académie royale des Sciences .
Le 22 Septembre , l'Académie Françoiſe élut
P'Abbé de Boifmont pour remplir la place vacante
NOVEMBRE. 1755. 227
dans cette Compagnie par la mort de l'ancien
Evêque de Mirepoix.
Le nommé Jacques Bats , dit Moncrabeau , eft
mort dans la Paroiffe de Lauffignan , Sénéchauf
fée de Nerac , âgé de cent douze ans.
Monfeigneur le Dauphin arriva à Fontainebleau
, de Verfailles le 26 Septembre fur les fept
heures du foir.
Le même jour , les Députés du Parlement eurent
audience du Roi. Ils furent préſentés à Sa
Majefté par le Comte d'Argenfon , Miniftre &
Secrétaire d'Etat . La députation étoit compofée
de M.de Maupeou , premier Préfident , qui porta
la parole , & des Préfidens Molé & de Novion.
Louis - Augufte de Bourbon , Prince Souverain
de Dombes , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de fes armées , Colonel - Général
des Suiffes & Grifons , Général des Carabiniers
, Gouverneur & Lieutenant- Général pour Sa
Majefté dans les provinces de haut & bas Languedoc
, mourut à Fontainebleau la nuit du
trente Septembre au premier Octobre entre mi.
nuit & une heure du matin . Ce Prince étoit âgé
de cinquante-cinq ans fix mois & vingt- fix jours ,
étant né le 4 Mars 1700. Il étoit fils de Louis-
Augufte de Bourbon , Duc du Maine , Prince légitimé
de France , Prince Souverain de Dombes ,
Comte d'Eu , Duc d'Aumale , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant- Général des Armées de
Sa Majefté , Gouverneur des provinces de haut &
bas Languedoc , Grand Maître de l'Artillerie de
France , Colonel- Général des Suiffes & Grifons ,
& Général des Carabiniers , mort le 14 Mai 1736 ;
& de Louife- Bénédicte de Bourbon- Condé , Princeffe
du Sang , morte le 23 Janvier 1753.
La nommée Hyppolite le Tullier , yeuve de
K vj
228 MERCURE DE FRANCE:
Guillaume du Hamel qu'elle avoit épousé en fea
condes nôces , eft morte le 19 Septembre , dans
la Paroiffe de Riville , Diocèfe de Rouen , âgée
de cent huit ans . Elle n'avoit eu pendant le cours
de fa vie aucune infirmité. Son fecond mari étoit
dans la cent deuxieme année de fon âge , lorfque
la mort l'enleva. Ils avoient vêcu enſemble foixante
ans.
La Reine & Mefdames de France arriverent de
Fontainebleau à Verſailles le 13 Octobre au foir.
Le Roi revint le 17.
Par Edit du mois de Décembre 1743 , Sa Majefté
avoit fixé à cent dix mille livres la finance
de chacun des Offices des Confeillers - Secrétaires
du Roi , Maiſon & Couronne de France , de la
grande Chancellerie. Mais le prix auquel les attributions
attachées à ces Offices les font monter
de jour en jour , faifant connoître que ladite finance
n'eft nullement proportionnée à leur valeur.
Sa Majesté a réfolu de l'augmenter de quarante
mille livres , pour , avec la fomme ci -deffus
de cent dix mille livres , former la fomme de
cinquante mille écus .
A l'égard des Offices des Chancelleries près les
Parlemens & les Confeils Supérieurs des Provinces
du Royaume , le Roi fixe la finance des Gardes
des Sceaux , des Audienciers , des Controlleurs
& des Payeurs des Gages , à foixante - cinq mille
livres ; & celle des Confeillers- Secrétaires , à cinquante
- cinq mille.
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Résumé : « Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...] »
En août 1755, le Comte Dubois de la Mothe, chef d'escadre, revint avec plusieurs vaisseaux, dont l'Entreprenant, l'Algonkin, l'Actif, l'Illustre, l'Opiniâtre, le Léopard et l'Apollon. Quatre de ces vaisseaux arrivèrent à Brest le 21 septembre, les trois autres quelques jours plus tard. Le Roi nomma le Chevalier de Crefnay Vice-Amiral de France, le Marquis de la Galissonnière et le Comte Dubois de la Mothe Lieutenants-Généraux des armées navales, et M. de la Clue, le Chevalier de Beauffremont et le Marquis du Quesne chefs d'escadre. Le Chevalier de Crefnay reçut la grande Croix de l'Ordre de Saint Louis, et M. Perrier l'aîné, chef d'escadre, fut fait Commandeur de cet Ordre. Un arrêté du Conseil d'État ordonna aux Directeurs des Monnoies de payer huit deniers pour livre au-delà du prix fixé par les tarifs pour toutes les espèces et matières d'or et d'argent portées aux Hôtels des Monnoies. M. Moreau de Séchelles, Ministre d'État et Contrôleur Général des Finances, fut nommé honoraire de l'Académie royale des Sciences. L'Académie Française élut l'Abbé de Boisfont pour remplacer l'ancien Évêque de Mirepoix. Jacques Bats, dit Moncrabeau, mourut à l'âge de cent douze ans dans la paroisse de Laussignan. Le Dauphin arriva à Fontainebleau le 26 septembre, et les Députés du Parlement eurent audience du Roi le même jour. Louis-Auguste de Bourbon, Prince Souverain de Dombes, mourut à Fontainebleau la nuit du 30 septembre au 1er octobre à l'âge de cinquante-cinq ans. Hyppolite le Tullier, veuve de Guillaume du Hamel, mourut à l'âge de cent huit ans dans la paroisse de Riville. La Reine et Mesdames de France arrivèrent à Versailles le 13 octobre, et le Roi y revint le 17. Un édit de décembre 1743 fixait la finance des Offices des Conseillers-Secrétaires du Roi à cent dix mille livres. En 1755, le Roi décida d'augmenter cette somme de quarante mille livres, portant ainsi la finance à cent cinquante mille livres. Pour les Offices des Chancelleries près les Parlements et les Conseils Supérieurs des Provinces, la finance des Gardes des Sceaux, des Audienciers, des Contrôleurs et des Payeurs des Gages fut fixée à soixante-cinq mille livres, et celle des Conseillers-Secrétaires à cinquante-cinq mille livres.
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74
p. 245-248
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Aujourd'hui, le Roi s'est rendu à la Chambre des Pairs [...]
Mots clefs :
Londres, Parlement, Sa Majesté, Discours, Colonies américaines, Adresse au roi, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 13 novembre, le roi de Grande-Bretagne a ouvert le Parlement en présence des Chambres des Pairs et des Communes. Il a mis en lumière la situation critique des affaires et la nécessité de protéger les possessions en Amérique, menacées par des empiètements ou des invasions. Pour ce faire, des mesures ont été prises pour renforcer les forces maritimes et terrestres, et des encouragements ont été fournis aux colonies pour leur défense. Le roi a exprimé son désir d'éviter la guerre tout en se préparant à des accommodements honorables, mais la France n'a proposé aucune voie raisonnable. Il a également mentionné les efforts pour empêcher de nouvelles usurpations françaises et pour garantir les droits de la Grande-Bretagne. Le roi d'Espagne a assuré son soutien pacifique. Le Parlement a été informé de l'augmentation des armements et des forces terrestres, ainsi que de la conclusion de traités avec l'Impératrice de Russie et le Landgrave de Hesse-Cassel. Le roi a demandé des subsides pour soutenir les entreprises en cours et a assuré une gestion économique des fonds. Les Chambres ont résolu de présenter des adresses au roi, et des préparatifs militaires ont été annoncés, incluant la nomination de hauts gradés pour une éventuelle armée. Des augmentations de troupes dans les régiments d'infanterie et de cavalerie ont également été proposées. L'Amiral Boscawen hivernera en Amérique, et deux vaisseaux ont été envoyés vers la France avec des prisonniers.
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75
p. 203-223
« Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
Début :
Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...]
Mots clefs :
Naissance du Duc de Bourbon, Prince de Condé, Fête, Feux d'artifice, Démission, Charges, Franche-Comté, Orage, Ouragan, Monseigneur le Dauphin, Révision du régiment, Sa Majesté, Ordonnance du roi, Académie royale des sciences, Accession à des charges, Lit de justice, Ambassadeurs, Comtes, Marquis, Duc d'Orléans, Comte de Clermont, Cérémonie, M. le Chancelier, Discours du roi, Fiscalité, Parlement, Canada, Combats, Vaisseaux anglais, Succès, Duc de Gesvres, Corsaire anglais, Maréchal duc de Richelieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
LEE premier Août , vingt- quatre des principaux
habitans de Chantilly ont fignalé leur zele & leur
attachement pour le Prince de Condé , en donnant
une très- belle fête à l'occafion de la naiffance du
Duc de Bourbon , & de la convalefcence de Mile
de Bourbon. La fête a commencé par un Te
Deum folemnel , chanté dans l'Eglife de la Paroiffe
, au bruit de trente- fix pieces de canon . A
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
neuf heures du foir , on tira vis-à-vis de la façade
du petit Château , où étoient le Prince & la
Princeffe de Condé , un feu d'artifice dont le deſfein
& l'exécution furent également applaudis.
Dès que le Prince eut donné le fignal , on vit pároître
trois Bateaux fur la piece d'eau , qui eft visà-
vis du petit Château . Ils venoient de trois côtés
différens , & ils fe réunirent pour attaquer un
Fort qu'on avoit conftruit fur le bord de l'eau.
Pendant près de trois quarts d'heure , il firent
pleuvoir une infinité de fufées & de bombes fur
cette efpece de Citadelle. Dans le temps qu'on
croyoit le Fort réduit en cendres , il foudroya
d'artifice les trois Bateaux ; & toute la piece
d'eau devint un étang de feu. A cette attaque fuccéderent
plufieurs caſcades , gerbes , foleils , &c.
Un bruit de trompettes & de cors de chaffe annonça
la victoire remportée par les affiégés . Le
ficur Coufinet , Sculpteur du Frince de Condé
a donné l'idée du fiege , & a conduit le feu des
Bateaux. Le refte du feu a été dirigé par les fieurs
Caftain & Maurice , Artificiers du Roi . Lorſque
l'artifice a ceffé , neuf grands Portiques , ornés
de verdure , qu'on avoit placés en perſpective du
petit Château , furent illuminés. Celui du milieu ,
plus élevé que les autres , étoit furmonté par le
Chiffre couronné du Prince & de la Princeffe de
Condé. Au pied de ces Portiques , une Salle de
verdure , de cent trente pieds en quarré , contenoit
une table de foixante couverts , préparée
pour les époufes des principaux habitans . Sur la
fin du fouper , le Prince & la Princeffe de Condé
fe rendirent dans cette Salle . Ils y furent reçus au
fon des trompettes , cors de chaffe , violons &
autres inftrumens. Le Bal fuivit le fouper. Leurs
Akteffes Séréniffimes danferent indifféremment
OCTOBRE. 1756. 205
avec ceux qui fe préfenterent. Vers les deux
heures du matin , le Prince & la Princeffe retournerent
au Château précédés d'un grand nombre
d'inftrumens , & de douze habitans , qui portoient
chacun un falot devant Leurs Alteffes Séréniffimes.
M. le Maréchal Duc de Richelieu s'eft démis
de fa charge de premier Gentilhomme de la Chambre
en faveur de M. le Duc de Fronfac , fon fils ,
& a obtenu la furvivance de cette Charge.
Le Roi a accordé à M. de Fremeur , Lieutenant
- Général des Armées de Sa Majefté , le Ġouvernement
de Monmédy , vacant par la mort du
Comte de la Claviere , auffi Lieutenant- Général.
M. le Marquis de Talaru , Brigadier d'Infante
rie , & Colonel du Régiment de fon nom , a été
nommé Gouverneur des Villes & Châteaux de
Phaltzbourg & de Saltzbourg , fur la démiffion
de M. le Marquis de Chalmazel fon pere.
Le 9 Août , le Roi fit la cérémonie de recevoir
Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis , M. le Comte
d'Egmont , Maréchal de Camp , & M. le Comte
de Balbi , Brigadier , Colonel réformé à la fuite du
Régiment Royal Italien.
Selon les lettres de Franche-Comté, on a effuyé
vers la fin du mois de Juillet , tant à Saint- Claude
que dans les environs , une orage des plus terribles.
Le bruit & les éclats du tonnerre étoient
fi violens , qu'ils faifoient trembler les perſonnes
les plus hardies. Les animaux dans la campagne
cherchoient en mugiffant , quelque retraite affurée.
A chaque éclat , la foudre tomboit en différentes
manieres & dans plufieurs endroits. Les
eaux deſcendoient de la montagne avec tant d'abondance
& de rapidité , qu'elles entraînoîent
rout ce qu'elles rencontroient dans leur paffage.
206 MERCURE DE FRANCE.
Vergers , Maifons , Moulins , Ecluses , rien n'a
refifté . Le 6 Août , la Ville de Saint - Claude
& les campagnes voifines ont prouvé un nouveau
fléau. Un ouragan épouvantable a ruiné dans les
campagnes tout ce que l'orage précédent avoit
épargné. Dans la Ville , la plupart des toits ont
été enlevés , & prefque toutes les cheminées abattues.
Le Clocher des Religieufes de l'Annonciade
a été renversé . Trente des plus gros arbres de la
promenade publique ont été déracinés , & tous
les autres ont été dépouillés de leurs feuilles .
Monfeigneur le Dauphin fit le 11 Août , la
revue de fon Régiment de Cavalerie , dans la
Plaine de Favieres , à cinq lieues de Compiegne.
M. le Comte de Perigord , Meftre de Camp , Lieutenant
de ce Régiment , le fit efcadronner & manoeuvrer.
M. le Marquis de Paulmy , Secretaire
d'Etat au Département de la Guerre en furvivance
du Comte d'Argenfon , accompagna Monfeigneur
le Dauphin.
Le 13 , Sa Majefté fit la revue du Régiment
Royal , Cavalerie , dans la Plaine dite du Moulin
, près de la même Ville. M. le Marquis d'Equevilly,
Meftre de Camp , Lieutenant de ce Régiment
, lui fit faire différentes évolutions . Enfuite
ce Régiment fe porta au lieu nommé le puits
de Berne , où il fit , devant le Roi , l'exercice à
pied , en bufle & en bonnet. Le fils de M. le Marquis
d'Ecquevilly , âgé de dix ans , paſſa au rang
des Cavaliers. Il fit , comme eux , le maniement
des armes & les évolutions à cheval , ainfi
que
l'exercice à pied. Sa Majefté parut très - fatisfaite .
Par une Ordonnance du 15 Fevrier 1749 , le
Roi avoit établi un Aide- Major dans chacune des
quatre Brigades du Régiment des Grenadiers de
France. Sa Majefté ayant reconnu qu'un feul
OCTOBRE. 1756. 207
Officier Major par Brigade ne pouvoit fuffire aux
différens détails de la difcipline & du fervice , a
réglé que l'Etat Major de chaque Brigade feroit à
Pavenir compofé d'un Sergent Major & d'un Aide-
Major. Les emplois de Sergens Majors feront
remplis par les Aides- Majors actuels , pour en
jouir aux honneurs & prérogatives attachés aux
autres Majors de l'Infanterie . Entend Sa Majeſté ,
que M. de Lanjamet , actuellement Major dudit
Régiment , & qui ne peut en conferver le titre
ni les fonctions au moyen de la nouvelle difpofition,
ait le commandement en fecond du Corps.
Le Roi a ordonné que les Régimens d'Infanterie
Irlandoife , de Bulkeley , de Clare , de Dillon
, de Roth , de Berwick & de Lally , fuffent
portés de quatre cens foixante - cinq hommes à
cinq cens vingt - cinq.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle , qui fe
fait tous les ans à pareil jour en exécution du Voeu
de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies accoutu
mées. L'Abbé de Saint -Exupery , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de Ville
tint le 16 , M. de Bernage fut continué Prevôt
des Marchands. M. Lempereur , Quartinier , &
-M Tribard , Avocat , ont été élus Echevins.
Sa Majesté a accordé à M. de Martigny & à M.
le Chevalier de Mazieres , Maréchaux des Logis de
la premier Compagnie des Moufquetaires , deux
Commiffions de Meftres de Camp , & à MM. de
Pille , de Savigny & de la Foreft , les places de
Maréchaux des Logis , vacantes dans la même
Compagnie. Elle a difpofé des Brigades qu'avoient
208 MERCURE DE FRANCE.
ces trois derniers Officiers , en faveur de MM.
d'Ormençey , de Rouville & de Mondollot. MM .
d'Elevemont , de Caffaignere & Démazet , ont
été fait Sous-Brigadiers. Le Chevalier de Monneron
, & MM. de Beaumont & de Guiry ont -
obtenu la Croix de Saint Louis. Il y a eu plufieurs
penfions , gratifications , & Commiffions de Capitaines
données à divers Moufquetaires.
Le Corfaire commandé par le Capitaine Gaftin
, de Marſeille , a fait dans l'intervalle de
quinze jours deux prifes eftimées cinquante mille
écus. Un des Corfaires de M. Roux , de Corfe , en
a fait auffi une .
L'Académie Royale des Sciences, dans fon Affemblée
du 23 Juin , propofa au Roi pour remplir la
place d'Adjoint- Géometre, vacante par la promotion
de M. de Parcieux au grade d'Affocié , M. le
Chevalier de Borda , Chevau- leger de la Garde
du Roi , & M. Bezout , Cenſeur Royal & Maître
de Mathématiques. M. le Comte d'Argenfon
a écrit le 30 à l'Académie que le Roi avoit choiſi
M. de Borda.
Dans la même Affemblée du 23 , M. Necker ,
Citoyen de Geneve , fut élu Correſpondant de
l'Académie .
Le 23 Août , les Députés des Etats de Languedoc
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
à Sa Majesté par M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte de Saint Florentin
, Miniftre & Sécretaire d'Etat ; & conduits
par M. de Gifeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance de M. Defgranges. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de l'Evêque de
Viviers qui porta la parole ; du Vicomte de Polignac
, pour la Nobleffe , & de Meſſieurs Valet
Député de Saint- Pons , & Montcabrier , Député
OCTOBRE . 1756. 209
de Toulouſe , pour le Tiers-Etat ; ainfi que de
M. de Montferrier , Syndic Général de la Province.
Ces Députés eurent enſuite audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Madame , & de Mefdames Victoire
, Sophie & Louife.
M. le Comte de Merle , Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde,
eft défigné pour fuccéder à M. le Comte de Baſchi
en qualité d'Ambaffadeur du Roi auprès du Roi
de Portugal.
Sa Majefté a fait Brigadier de Cavalerie M. le
Comte de Perigord , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment de Monfeigneur le Dauphin ;
Brigadier de Dragons , M. le Duc de Coigny ,
Meftre de Camp Général de ce Corps ; & Brigadier
d'Infanterie , M. le Chevalier de Gramont
Lieutenant-Colonel du Régiment de Vermandois.
Le Roi ayant réfolu de tenir fon Lit de Juftice,
Sa Majefté avant fon départ de Compiegne , ordonna
de faire dans le Château de Verfailles , les
préparatifs néceffaires pour cette cérémonie . La
grande Salle des Gardes fut choifie comme le lieu
qui y étoit le plus propre. M. Defgranges , Maître
des Cérémonies , après avoir reçu les ordres
du Roi , porta au Parlement le 20 Août au matin ,
une Lettre de Sa Majefté pour que le Parlement
fe rendît le lendemain à Verſailles en Corps de
Cour & en Robes rouges. Les Princes du Sang
furent avertis de la part du Roi par M. Defgranges
, qui envoya des Billets d'invitation aux Pairs ,
tant Eccléfiaftiques que Laïques ; aux Maréchaux
de France , aux Chevaliers des Ordres , aux Gouverneurs
& aux Lieutenans Généraux des Provinces.
Le 21 , le Parlement arriva fur les onze heures
à Versailles , & s'affembla dans les deux Salles
210 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaffadeurs & du Confeil , d'où il fe rendit
à la Salle préparée pour le Lit de Juſtice . Lorfque
le Parlement eut pris fa féance en la maniere
accoutumée, il fit une Députation de quatre Préfidens
& de fix Confeillers , pour aller au - devant du
Roi. Sa Majesté en habit de cérémonie , fortit de
fon appartement , & la marche fe fit en cet ordre.
Les Tambours , Fifres , Haut- bois & Trompettes
de la Chambre. I es Lieutenans Généraux des Provinces
. Les Gouverneurs de Provinces. Les Chevaliers
des Ordres. Les Maréchaux de France . Les
Hérauts d'Armes . Les Princes du Sang . Le Maître
des Cérémonies . Deux Huiffiers de la Chambre
du Roi , portant leurs Maffes. M. le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance de
M. le Duc de Bouillon ; & à la gauche du Prince
de Turenne le Comte de Brionne , Grand Ecuyer,
portant l'Epée de Parement du Roi . Le Marquis
de Mon mirel , Capitaine de la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde de Sa Majesté. Sur les
aîles près de la perfonne du Roi , les Préfidens &
Confellers Députés , & fix Gardes de la Manche
avec leurs Cortes d'armes & leurs Pertuifanes.
Derriere Sa Majefté , les quatre Capitaines des
Gardes du Corps . Le Chancelier de France fuivoit
le Roi , étant accompagné d'une partie des Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes. Sa Majefté
fe plaça fur fon Trône. Elle avoit à la droite
Monfeigneur le Dauphin , dont le fiege (C ) étoit
placé fur le tapis de Sa Majefté . Aux hauts fieges
(D) du même côté , étoient le Duc d'Orléans , le
Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty & le Comte de la Marche
Princes du Sang. Sur le refte du banc , & fur un
banc en retour (G) , qui alloit juſqu'à la place du
dernier Prince du Sang ; les Ducs de Luynes , de
•
OCTOBRE . 1756 . 211
Briffac, de la Force , de Rohan , de Saint- Aignan ,
de Gefvres , le Maréchal Duc de Noailles , les
Ducs d'Aumont , de Bethune , de Fitzjames , d'Antin
, de Chaulnes , de Villars- Brancas de Lauraguais
, le Prince de Monaco , Duc de Valentinois
les Ducs de Biron , de la Valliere , & le Maréchal
de Belle -Ifle , Duc de Gifors , Pairs Laïcs . A la
gauche du Roy, aux bauis fieges ( H ) ; l'Evêque Duc
de Laon , l'Evêque Comte de Châlons , l'Evêque
Comte de Noyon , Pairs Eccléfiaftiques ; & les
Maréchaux de Coigny & de Balincourt , ( ces
deux Maréchaux de France étant venus avec le
Roi ) Aux pieds de Sa Majesté ( E ) ; le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance du
Duc de Bouillon. A droite, fur un tabouret (F) , auprès
des degrés du Siege Royal , le Comte de Brionne
, Grand Ecuyer , portant au col l'Epée de Pa
rement du Roi. A gauche , fur un banc ( K ) au❤
deffous de celui des Pairs Ecclefiaftiques ; les qua
tre Capitaines des Gardes du Corps du Roi , & le
Marquis de Montmirel , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde. Plus bas étoit affis fur le
petit degré ( 2 ), par lequel on defcendoit dans le Parquet
, le fieur de Segur , Prevôt de Paris , tenant
un bâton blanc en fa main. Sur une chaise à bras
(L) couverte de l'extrêmité du tapis de velours violet
, femé de fleurs de lys d'or , fervant de drap de
pieds au Roi , Meflite Guillaume de Lamoignon ,
Chancelier de France , vêtu d'une robe de velours
violet , doublée de fatin cramoifi. Sur le banc (P)
répondant à celui où fiéent les Préfidens au Confeil
en la Chambre du Parlement ; Meffire René-
Charles de Maupeou , Premier Préfident ; MM .
Molé , Potier , le Peletier de Rozambo , de Maupeou
, de Lamoignon de Montrevault , d'Aligre ,
le Fevre- d'Ormeflon , & Bochart - de Saron , Sur
212 MERCURE DE FRANCE.
les trois bancs (QR ) couverts de tapisserie , formant
l'enceinte du Parquet ; les Confeillers d'Honneur,
les Préfidens des Enquêtes & des Requêtes , & les
Confeillers de la Grand'Chambre , mêlés . Dans le
Parquet , devant le Chancelier , étoient placés deux
tabourets , celui de la droite (M ) vacant par l'abfence
du Marquis de Dreux , Grand Maître des
Cérémonies , & celui de la gauche (N) occupé par
le fieur Defgranges , Maître des Cérémonies . Au
milieu du Parquet ( i ) & à genoux devant le Roi ,
deux Huiffiers de la Chambre de Sa Majesté ,
tenant leurs Maffes d'argent doré , & à quelque
diſtance ( k ) , fix Hérauts d'armes. Au côté droit ,
Sur les deux bancs ( SS ) couverts de tapis femés de
fleurs de lys ; les Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes , vêtus en robe de fatin noir , venus avec
le Chancelier. Sur une forme ( a ) à gauche , en entrant
, vis- à-vis des Préfidens ; le Comte de Saint
Florentin , le Comte d'Argenfon , M. Rouillé &
le Marquis de Paulmy , Secretaires d'Etat . Sur
trois autres bancs ( TVX ) à gauche dans le Parquet
, vis- a-vis des Confeillers d'Etat ; le Marquis
de Beringhen , le Comte de Lautrec , le Marquis
de Puyzieulx , le Comte de Vaulgrenant , le Marquis
de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron
de Montmorency , le Marquis de Chalmazel , le
Comte de la Vauguion , le Marquis d'Armentieres
, & le Marquis de l'Hopital , Chevaliers des
Ordres ; le Comte de Gifors , le Comte de Périgord
, le Marquis de la Tour-Dupin , & le Marquis
de la Salle , Gouverneurs de Provinces ; le
le Marquis de Montalambert , le Comte de Teffé ,
le Marquis de Beaupreau , le Comte de Valentinois
, le Comte de Choifeul , & le Marquis de
Brancas , Lieutenans Généraux de Provinces . A
côté de la forme où étoient les Sécretaires d'Etat ;
OCTOBRE. 1756. 213
le fieur Dufranc , Secretaire de la Cour , faifant
les fonctions de Greffier en Chef, & à côté de lui ,
un des trois principaux Commis pour la Grand'-
Chambre , tenant la plume ; ayant chacun devant
eux un bureau (66) couvert de velours violet . Sur
une autre forme (b) derriere ; le fieur Richard ,
Greffier en Chef Criminel , & les fieurs Yfabeau
& Héron-de Courgis , Secretaires de la Cour. Sur
une autreforme ( d ) , le Marquis de Sourches ,
Grand Prevôt de l'Hôtel . Sur un fiege (m) à l'entrée
du Parquet , le fieur Angely , premier Huiffier.
En la place (f) répondante à celle qu'ils occu
pent , toutes les Chambres aſſemblées , le fieur Joly
de Fleury, Avocat du Roi ; le fieur Joly de Fleury,
Procureur Général , & le fieur Seguier , auffi Avocat
du Roi. Sur le furplus des bancs ( gh , YZ) les
Confeillers des Enquêtes & Requêtes.
Le Roi s'étant affis & couvert , M. le Chancelier
dit , par ordre de Sa Majefté , qu'Elle commandoit
qu'on prêt féance : après quoi , le Roi ,
ayant ôté & remis fon chapeau , dit : « Meffieurs ,
» Je vous ai affemblés ici , pour vous faire fçavoir
» mes intentions & mes volontés ; mon Chance-
» lier va vous les expliquer » .
M. le Chancelier étant monté vers le Roi , &
s'étant agenouillé aux pieds de Sa Majesté pour
recevoir les ordres ; puis étant defcendu , remis
en fa place , affis & couvert , après avoir dit que
le Roi permettoit qu'on le couvrît , prononça le
Difcours fuivant .
MESSIEURS ,
« Pendant qu'une Nation , de tout temps enne-
» mie de la France , fait les derniers efforts pour
» enlever aux habitans de nos Colonies , des pof-
» feffions qui leur appartiennent par les titres les
plus légitimes ; qu'au milieu de la paix la plus
214 MERCURE DE FRANCE.
» profonde , elle ne craint point de violer les trai
tés les plus folemnels ; & que pour détruire no-
>> tre Commerce , elle emploie les voies les plus
» odieufes & les plus contraires à l'humanité , le
Roi ne peut voir qu'avec une extrême ſurpriſe
la réfiftance qu'apporte fon Parlement à la pu-
>> blication de trois de fes Déclarations , dont l'exé-
» cution doit procurer à Sa Majesté des fecours
» néceffaires pour le foutien de nos Colonies & le
> rétabliffement de notre Commerce.
>> On fçait que le Roi ne fait la guerre que
» pour l'intérêt de fes Sujets. Occupé du foin de
» les venger des hoftilités injuftes & continuelles
» qu'ils éprouvoient , il l'étoit encore plus de la
crainte d'être forcé de leur impofer des charges
» extraordinaires malheureuſement indifpenfables
» pour le foutien d'une guerre .
Après avoir oppofé longtemps la patience &
la modération aux entreprifes de fes ennemis , il
» s'eft enfin déterminé à repouffer par la voie des
>> armes leurs infultes multipliées ; & dans la né-
» ceffité d'établir des impôts , il a fait choix de
» ceux qui lui ont paru le moins onéreux . Tel eft
» le motif qui a donné lieu aux trois Déclarations
» que le Roi entend faire publier en fon Lit de
>> Juftice.
» Par la première , le Roi établit un nouveau
» Vingrieme pareil à celui qui fubfifte depuis l'an-
» née 1749 , & dont le produit eſt affecté au paie-
» ment des dettes de la derniere guerre. La per-
>> ception de ce nouveau Vingtieme ceffera trois
» mois après la publication de la Paix. Cette na-
»ture d'impofition fera moins à charge aux Peuples
que toute autre , parce qu'elle fe répartit
»fut tous les Sujets , chacun à proportion de fa
>> fortune..
OCTOBRE . 1756. 215
»
>> La feconde Déclaration ordonne la continua-
» tion pendant dix ans des Deux fols pour livre du
Dixieme , à commencer du dernier jour de l'an-
» née préfente. Le terme de cette impofition &
» de celui du premier Vingrieme , quo que fixé
>> d'une maniere certaine , n'eft pas auffi proche
» que Sa Majesté le defireroit ; mais il faut confi
>> dérer que P'un & l'autre étant deftinés à l'acquit
» des dettes de l'Etat , ils doivent fubfifter julqu'i
» ce que les dettes de l'Etat foient acquittées.
» C'eſt à tort & vainement qu'on cherche à
» jetter l'allarme dans les efprits , en faifant en-
>> tendre que l'incertitude de la durée & la lon-
»gueur de ces deux impofitions font capables dedis
>> minuer le courage des fujets du Roi , & d'altérer
» la confiance qui font la véritable force du Sou-
» verain & de l'Etat. Le témoignage que Sa Ma
» jeſté ſe rend à Elle-même de la tendre affection
» pour les peuples , lui eft un gage affuré de leur
» confiance , en même-temps que les preuves
» qu'il leur a tant de fois données de fon empref-
» fement à les foulager , ſoutiendront toujours &
>> animeront leur courage , furtout dans ce mo-
➤ment où leur honneur & leur fûreté ſont égale-
» ment intéreffés.
» Enfin , par la troifieme Déclaration , le Roi
» proroge pour un certain temps , plufieurs droits
» qui fe perçoivent dans la ville de Paris . Sa Ma-
» jefté n'a pu fe difpenfer d'ordonner cette proro-
» gation qui ne peut être regardée comme pré-
» maturée , parce qu'elle eft néceffaire pour affurer
les engagemens que les conjonctures ont
» forcé de contracter . Quelque onéreux que ces
» droits paroiffent être pour les habitans de la
» Capitale , ils en font en partie dédommagés par
l'ordre & la regle que ceux qui font chargés do
216 MERCURE DE FRANCE.
» les percevoir établiffent dans les marchés pour
faciliter le débit des denrées , & pour en pro-
фу
» curer Pabondance : on voit d'ailleurs par le tarif
» attaché à la Déclaration , l'attention qu'a eu le
» Roi de diminuer , & même de fupprimer entié-
>> rement plufieurs de ces droits fur les denrées les
» plus néceffaires à la vie.
» Le Roi veut donc , que nonobftant les repré-
» fentations réitérées de fon Parlement , fes Déclarations
foient exécutées dans toute leur éten-
» due & fans délai , afin de ne pas interrompre
ni retarder les opérations néceffaires pour
» profiter des fuccès que le Ciel vient d'accorder
» à fes armes.
» Ces heureux événemens dont le Roi n'eft
» flatté que parce qu'il les regarde comme le pré-
» fage d'une paix glorieufe , doivent redoubler
> notre zele. Pourrions-nous regretter des ſecours
» que Sa Majefté ne veut employer que pour
» notre défenfe , fans manquer à ce que nous lui
રે
» devons & à ce que nous nous devons à nous-
» mêmes ! »
Après que M. le Chancelier eut ceffé de parler,
M.le Premier Préfident & tous les Préfidens & Confeillers
mirent un genou en terre. Le Chancelier
leur dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez. Ils
fe leverent , & demeurerent debout & découverts.
Alors M.le Premier Préfident parla, & fon Diſcours
fini , le Chancelier monta vers le Roi pour prendre
fes ordres , un genou en terre . Remis en fa
place , affis & découvert , il fit ouvrir les portes ,
& il ordonna au fieur Dufranc de lire les trois
Déclarations. Les portes furent ouvertes , & le
fieur Dufranc ayant lu les Déclarations debout &
découvert , le Chancelier dit aux Gens du Roi
qu'ils pouvoient parler. Aufli -tôt les Gens du Roi
fc
OCTOBRE. 1756. 217
fe mirent à genoux . M. le Chancelier leur dit que le
Roi ordonnoit qu'ils fe levaflent . Ils fe leverent ,'
& debout & découverts , après un Difcours prononcé
par M. Joly de Fleury , Avocat du Roi ,
portant la parole , ils requirent qu'il plût à Sa
Majefté ordonner que fur le repli des trois Déclarations
il fût mis qu'elles avoient été lues &
publiées , Sa Majeſté léante en fon lit de Juſtice ,
& régiítrées au Greffe de la Cour pour être exécu
tées felon leur forme & teneur ; & qu'à l'égard
des deux premieres , Copies collationnées en feroient
envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être pareillement lues , publiées
& enrégiftrées , avec injonction à leurs Subftituts
d'y tenir la main , & d'en certifier la Cour dans le
mois.
Après quoi M. le Chancelier monta vers le Roi ,
mit un genou en terre pour recevoir les ordres ,
& alla prendre l'avis de Monfeigneur le Dauphin ,
des Princes du Sang , des Pairs Laïcs , du Grand
Ecuyer & du Grand Chambellan . Il paffa devant
le Roi , lui fit une profonde révérence , & prit
l'avis des Pairs Eccléfiaftiques , des Maréchaux de
France venus avec le Roi , & des quatre Capitaines
des Gardes du Corps de Sa Majesté . Puis il defcendit
dans le parquet pour prendre les avis du Premier
Préfident , des Préfidens du Parlement , des
Confeillers d'Etats & des Maî res des Requêtes
des Confeillers d'honneur , des Préfidens des Enquêtes
& des Requêtes , & des Confeillers du
Parlement. Il remonta vers le Roi , mit un genou
en terre , redefcendit , & étant affis & couvert , il
prononça :
« Le Roi , féant en fon Lit de Juſtice , a or-
»donné & ordonne que les Déclarations , qui
viennent d'être lues, feront enrégiftrées au Greffe
I. Vol. Κ
218 MERCURE DE FRANCE.
»>de fon Parlement , & que fur le repli d'icelles ;
nil foit mis que lecture en a été faite , & l'enré-
»giftrement ordonné ; ce requérant fon Procu-
»reur Général , pour être le contenu en icelles
>> exécuté felon leur forme & teneur ; & Copies
>>collationnées des deux Déclarations , l'une por-
>> tant établiſſement d'un fecond vingtieme , l'au-
»tre portant prorogation du droit de deux fols
>>pour livre du dizieme , envoyées aux Bailliages
& Sénéchauffées du reffort , pour y être pareik
plement lucs , publiées & régiftrées . Enjoint aux
>>Subftituts de fon Procureur Général d'y tenir la
»main , & d'en certifier la Cour au mois. >>
Enfuite M. le Chancelier dit , que pour la plus
prompte exécution de ce qui venoit d'être or
donné , le Roi vouloit que par le Secretaire de la
Cour , faifant les fonctions de Greffier en Chef
de fon Parlement , il fût mis dans l'inftant même
fur le repli des trois Déclarations qui avoient été
publiées , ce que Sa Majesté avoit ordonné qu'on
y mit. Ce qui ayant été exécuté , le Roi fe leva ,
& fortit dans le même ordre qu'il étoit entré.
Le 25 Août , le Corps de Ville alla à Versailles ,
& ayant à la tête M. le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris , il eut audience du Roi. Il fut préfenté
à Sa Majesté par M. le Comte d'Argenlon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par M.
Defgranges , Maître des Cérémonies . M. de Ber
nage qui a été continué Prevôt des Marchands , &
MM. Lempereur & Tribard , nouveaux Echevins ,
prêterent entre les mains du Roi le ferment de
fidélité , dont M. le Comte d'Argenſon fit la lecture
, ainfi que du fcrutin qui fut préfenté par M.
de la Live de la Briche , Avocat du Roi au Châtelet.
Après cette audience , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre les refpects à la Reine & àla
Famille Royale .
OCTOBRE . 1756. 219
On apprend par des Lettres de l'Ifle Royale
les circonftances fuivantes d'un combat de M.
Beauffier , qui commande l'Efcadre du Roi , partie
de Breft au mois d'Avril dernier , avec les troupes
que Sa Majesté a fait paffer en Canada. M. Beauf
fier revenant de Québec , faifoit route pour Louifbourg
, lorfque le 16 Juillet il apperçut à la diftance
d'environ trois lieues dans le Sud de ce
dernier Port , deux Vaiffeaux Anglois avec deux
Frégates , qui portoient au plus près du vent pour
le reconnoître. M. Beauffier avoit alors avec le
Vaiffeau le Héros qu'il monte , l'illuftre , commandé
par M. de Montalais , Capitaine de Vaiffeau
, & les Frégates la Lycorne & la Syrene , que
commandent MM. de la Rigaudiere & de Brougnon
, Lieutenans de Vaiffeaux. Profitant du vent
du Nord qui fouffloit , il arriva fur le champ
grand fargue fur les Anglois , qui revirerent
promptement de bord , & prirent chaffe. La
crainte de tomber trop fous le vent de Louisbourg,
où il avoit ordre de remettre des provifions deftinées
pour cette Colonie , l'empêcha de poursuivre
long-temps les Anglois , & il entra le même jour
dans ce Port. Il fe preffa d'y débarquer les effets
dont il étoit chargé , ainfi que quelques malades
de fes équipages ; & le lendemain dès cinq heures
du matin , il fe trouva fous voile , & appareilla
pour aller chercher les ennemis. Vers midi il
reconnut les deux Vaiffeaux qu'il avoit chaffés là
veille , & qui n'avoient plus qu'une Frégate avec
& eux. Il força de voiles pour les joindre , & ils firent
la même maneuvre pour l'éviter. M. de
Breugnon joignit bientôt la Frégate Angloife , &
l'attaqua fi vivement , qu'elle fe replia fous le
canon des deux Vaiffeaux , dont le feu ralentit la
pourfuite de M. de Breugnon , qui fut même
M
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
obligé de s'écarter un peu . Sa manoeuvre fervit
cependant à donner à M. Beauffier le temps d'ap
procher les deux Vaiffeaux Anglois , dont l'un
étoit de 74 & l'autre de 64 canons. Il tira d'abord
fur l'un , comptant que l'autre qui étoit fur fa
hanche alloit être attaqué par M. de Montalais.
Mais le calme qui furvint en ce moment , rendit
inutiles tous les efforts que celui - ci put faire
pour s'approcher ; enforte que M. Beauflier eut à
combattre les deux Vaiffeaux Anglois. Le combat
fut très-vif de part & d'autre jufqu'à fept heures
du foir , qu'un petit vent qui s'éleva , ayant donné
à M. de Montalais occafion de faire de la voile ,
les ennemis en profiterent pour s'éloigner. Le
Vaiffeau le Héros fe trouvant prefque défemparé ,
M. Beauffier fut hors d'état de les pourfuivre.
Il s'occupa durant la nuit à faire changer les
voiles & les manoeuvres qui avoient été coupées
dans le Vaiffeau , & il efpéroit de pouvoir rejoin.
dre les ennemis. Mais le lendemain 20 , à huit
heures du matin , il les apperçut , forçant toujours
de voiles , & à une telle dittance , que ne pou
vant pas fe flatter de les approcher , malgré le
mauvais état où ils paroiffoient être , il prit le
parti de retourner à Louifbourg , pour y réparer
entiérement le dommage que le Vaiffeau le Héros
avoit fouffert. Ce Vaiffeau a reçu dans le combat
plus de deux cens coups de canon , foit dans fes
oeuvres- mortes , foit dans fa mâture , fans compter
ceux qui ont porté au deffous de la flottaifon .
Il y a eu dix-huit hommes tués , quarante buit de
bleffés du nombre des derniers font M. de Faget
, Enfeigne de Vaiffeau , qui a une bleffure
confidérable d'un coup de canon à la cuiffe , &
M. Beauffier lui - même , d'un éclat qui a porré
fur la jambe gauche. Cet Officier eſt arrivé au
OCTOBRE. 1756. 211
les
Port Louis le 9 Septembre , avec les Vaiffeaux le
Héros qu'il commande , PIlluftre & la Frégate
la Sirenne. Il étoit parti de Louifbourg le 13
Août , & il avoit alors avec lui la Frégate la Licorne
, commandée par M. Froger de la Rigaudiere
, laquelle s'étant féparée le jour du départ
dans une brume , eft arrivée à Breft quelques jours
avant ces autres Bâtimens. Pendant leur traverfée
, M. Beauflier a fait huit différentes prifes ,
dont trois font chargées de fucre & d'autres denrées
des Iles de l'Amérique. Il a amené avec lui
quatre cens prifonniers , dans le nombre defquels.
font deux Officiers & cent foixante - un foldats
Allemands , qui étoient deftinés pour le Régiment
Royal Américain.
Les Lettres qu'on a reçues par cette occafion ,
portent que, fuivant les rapports faits par les Capitaines
de deux Goëlettes arrivées depuis peu de
Quebec à Louisbourg , M. de Villiers , Capitaine
dans les troupes du Canada , Commandant
un Détachement compofé de Soldats , Canadiens
& Sauvages , avoit attaqué fur la riviere de
Choueguen un convoi confidérable de Bateaux
Anglois , dont il avoit tué 4 à 500 hommes , fait
60 ou 80 prifonniers , & pris tous les Bateaux ,
que les Anglois avoient abandonnés pour ſe ſauver
à terre.
M. l'Evêque d'Autun fut élût le 19 Août , pour
premplir la place qui vaquoit dans l'Académie
Françoife par la mort du Cardinal de Soubize.
La joie que le fuccès de nos armes a repandu
Fa dans tous les coeurs a été d'autant plus vive , que·
Le l'Europe entiere ne croyoit pas notre marine en
& état de former des entreprifes auffi confidérables .
La Cour a témoigné ſa ſatisfaction à l'occaſion de
ala prife du Fort Saint- Philippe , par les illumina-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
tions les plus galantes . M. le Duc de Gefvres tou
jours magnifique , après s'être uni au public par
Pillumination de fon Hôtel le jour du Te Deum
chanté à la Chapelle du Roi , & le vingt- cinq
Juillet , jour du feu de joie de la ville de Compiegne
qu'il avoit ordonné comme Gouverneur de
la Province , & après avoir fait couler à la porte
de fon Hôtel des fontaines de vin , s'eft diftingué
le 6 Août par une Fête particuliere , où la magnificence
a répondu au bon goût fi reconnu de ce
Seigneur. Il fit fuccéder à un fouper fomptueux
un Feu d'artifice Italien en plufieurs décorations.
La façade & l'intérieur de fon Hôtel & des Jardins
furent fuperbement illuminés fous divers formes
d'architecture . La Fête fut terminée par un bal
où se trouverent les Princes , les Miniftres , les
Etrangers de diftinction , & toutes les Dames de
la Cour .
Le Roi chaffa le 31 Août dans la Plaine de Grenelle
, & foupa à Mont - Rouge chez M. le Duc de
la Valliere.
Meffieurs de Reillans & de Teffieres , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Mirepoix
, ayant obtenu leur retraite , le Roi a difpofé
de leurs emplois en faveur de M. le Chevalier de
Flahaut & de M. le Marquis de Vexin. Sa Majefté a
nommé MM . de la Villeneuve & de la Seunniere ,
Brigadiers de la même Compagnie , à la place de
MM. de la Ripiere & de Chateauroy , qui ont
auffi obtenu leur retraite . MM . de Beaupine & de
´la Boire ont été faits fous - Brigadiers. Des Commiffions
de Capitaines de Cavalerie ont été expédiées
à plufieurs Gardes du Corps .
On a arrêté deux Anglois , accufés d'être les
incendiaires , qui ont mis le feu , il y a quelque
temps , à un magaſin de Rochefort.
OCTOBRE. 1756. 223
Des Armateurs de Marſeille y ont conduit fiz
prifes eftimées fix cens mille livres.
Un petit Bâtiment à rames de huit canons ,
forti du même Port , & commandé par le Capitaine
Gaffen , s'eft battu pendant trois heures à
la vue du Port de Livourne , contre un Corfaire
Anglois de vingt canons. On eft informé par
des Lettres de ce dernier Port , que le Corfaire a
eu dix-neuf hommes de tués , & un grand nombre
de bleffés . De fon propre aveu , il étoit prêt à fe
rendre , lorfque l'équipage du Capitaine Gaffen ,
aqui étoit mêlé d'étrangers , refufa de fe préſenter
une quatrieme fois à l'abordage. Ce Capitaine n'a
perdu qu'un homme. Depuis que le Corfaire Anglois
eft retourné à Livourne , où le mauvais état
de fon Vaiffeau l'a obligé de relâcher , on y travaille
à lui faire fon procès , fur ce qu'il a défobéï
à une Ordonnance de l'Empereur , en fortant de
-ce Port avec plus de quatre canons.
M. le Maréchal Duc de Richelieu arriva le premier
de Septembre à Paris , & le même jour il eut
P'honneur de faluer le Roi à Choify . Le , M. le
-Duc de Fronsac eut à Verſailles le même honneur.
Le Roi a nommé M. l'Abbé Comte de Bernis ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Vienne ; & M. le
Marquis d'Aubeterre eft défigné pour réfider
avec le même caractere à la Cour de Madrid.
habitans de Chantilly ont fignalé leur zele & leur
attachement pour le Prince de Condé , en donnant
une très- belle fête à l'occafion de la naiffance du
Duc de Bourbon , & de la convalefcence de Mile
de Bourbon. La fête a commencé par un Te
Deum folemnel , chanté dans l'Eglife de la Paroiffe
, au bruit de trente- fix pieces de canon . A
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
neuf heures du foir , on tira vis-à-vis de la façade
du petit Château , où étoient le Prince & la
Princeffe de Condé , un feu d'artifice dont le deſfein
& l'exécution furent également applaudis.
Dès que le Prince eut donné le fignal , on vit pároître
trois Bateaux fur la piece d'eau , qui eft visà-
vis du petit Château . Ils venoient de trois côtés
différens , & ils fe réunirent pour attaquer un
Fort qu'on avoit conftruit fur le bord de l'eau.
Pendant près de trois quarts d'heure , il firent
pleuvoir une infinité de fufées & de bombes fur
cette efpece de Citadelle. Dans le temps qu'on
croyoit le Fort réduit en cendres , il foudroya
d'artifice les trois Bateaux ; & toute la piece
d'eau devint un étang de feu. A cette attaque fuccéderent
plufieurs caſcades , gerbes , foleils , &c.
Un bruit de trompettes & de cors de chaffe annonça
la victoire remportée par les affiégés . Le
ficur Coufinet , Sculpteur du Frince de Condé
a donné l'idée du fiege , & a conduit le feu des
Bateaux. Le refte du feu a été dirigé par les fieurs
Caftain & Maurice , Artificiers du Roi . Lorſque
l'artifice a ceffé , neuf grands Portiques , ornés
de verdure , qu'on avoit placés en perſpective du
petit Château , furent illuminés. Celui du milieu ,
plus élevé que les autres , étoit furmonté par le
Chiffre couronné du Prince & de la Princeffe de
Condé. Au pied de ces Portiques , une Salle de
verdure , de cent trente pieds en quarré , contenoit
une table de foixante couverts , préparée
pour les époufes des principaux habitans . Sur la
fin du fouper , le Prince & la Princeffe de Condé
fe rendirent dans cette Salle . Ils y furent reçus au
fon des trompettes , cors de chaffe , violons &
autres inftrumens. Le Bal fuivit le fouper. Leurs
Akteffes Séréniffimes danferent indifféremment
OCTOBRE. 1756. 205
avec ceux qui fe préfenterent. Vers les deux
heures du matin , le Prince & la Princeffe retournerent
au Château précédés d'un grand nombre
d'inftrumens , & de douze habitans , qui portoient
chacun un falot devant Leurs Alteffes Séréniffimes.
M. le Maréchal Duc de Richelieu s'eft démis
de fa charge de premier Gentilhomme de la Chambre
en faveur de M. le Duc de Fronfac , fon fils ,
& a obtenu la furvivance de cette Charge.
Le Roi a accordé à M. de Fremeur , Lieutenant
- Général des Armées de Sa Majefté , le Ġouvernement
de Monmédy , vacant par la mort du
Comte de la Claviere , auffi Lieutenant- Général.
M. le Marquis de Talaru , Brigadier d'Infante
rie , & Colonel du Régiment de fon nom , a été
nommé Gouverneur des Villes & Châteaux de
Phaltzbourg & de Saltzbourg , fur la démiffion
de M. le Marquis de Chalmazel fon pere.
Le 9 Août , le Roi fit la cérémonie de recevoir
Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis , M. le Comte
d'Egmont , Maréchal de Camp , & M. le Comte
de Balbi , Brigadier , Colonel réformé à la fuite du
Régiment Royal Italien.
Selon les lettres de Franche-Comté, on a effuyé
vers la fin du mois de Juillet , tant à Saint- Claude
que dans les environs , une orage des plus terribles.
Le bruit & les éclats du tonnerre étoient
fi violens , qu'ils faifoient trembler les perſonnes
les plus hardies. Les animaux dans la campagne
cherchoient en mugiffant , quelque retraite affurée.
A chaque éclat , la foudre tomboit en différentes
manieres & dans plufieurs endroits. Les
eaux deſcendoient de la montagne avec tant d'abondance
& de rapidité , qu'elles entraînoîent
rout ce qu'elles rencontroient dans leur paffage.
206 MERCURE DE FRANCE.
Vergers , Maifons , Moulins , Ecluses , rien n'a
refifté . Le 6 Août , la Ville de Saint - Claude
& les campagnes voifines ont prouvé un nouveau
fléau. Un ouragan épouvantable a ruiné dans les
campagnes tout ce que l'orage précédent avoit
épargné. Dans la Ville , la plupart des toits ont
été enlevés , & prefque toutes les cheminées abattues.
Le Clocher des Religieufes de l'Annonciade
a été renversé . Trente des plus gros arbres de la
promenade publique ont été déracinés , & tous
les autres ont été dépouillés de leurs feuilles .
Monfeigneur le Dauphin fit le 11 Août , la
revue de fon Régiment de Cavalerie , dans la
Plaine de Favieres , à cinq lieues de Compiegne.
M. le Comte de Perigord , Meftre de Camp , Lieutenant
de ce Régiment , le fit efcadronner & manoeuvrer.
M. le Marquis de Paulmy , Secretaire
d'Etat au Département de la Guerre en furvivance
du Comte d'Argenfon , accompagna Monfeigneur
le Dauphin.
Le 13 , Sa Majefté fit la revue du Régiment
Royal , Cavalerie , dans la Plaine dite du Moulin
, près de la même Ville. M. le Marquis d'Equevilly,
Meftre de Camp , Lieutenant de ce Régiment
, lui fit faire différentes évolutions . Enfuite
ce Régiment fe porta au lieu nommé le puits
de Berne , où il fit , devant le Roi , l'exercice à
pied , en bufle & en bonnet. Le fils de M. le Marquis
d'Ecquevilly , âgé de dix ans , paſſa au rang
des Cavaliers. Il fit , comme eux , le maniement
des armes & les évolutions à cheval , ainfi
que
l'exercice à pied. Sa Majefté parut très - fatisfaite .
Par une Ordonnance du 15 Fevrier 1749 , le
Roi avoit établi un Aide- Major dans chacune des
quatre Brigades du Régiment des Grenadiers de
France. Sa Majefté ayant reconnu qu'un feul
OCTOBRE. 1756. 207
Officier Major par Brigade ne pouvoit fuffire aux
différens détails de la difcipline & du fervice , a
réglé que l'Etat Major de chaque Brigade feroit à
Pavenir compofé d'un Sergent Major & d'un Aide-
Major. Les emplois de Sergens Majors feront
remplis par les Aides- Majors actuels , pour en
jouir aux honneurs & prérogatives attachés aux
autres Majors de l'Infanterie . Entend Sa Majeſté ,
que M. de Lanjamet , actuellement Major dudit
Régiment , & qui ne peut en conferver le titre
ni les fonctions au moyen de la nouvelle difpofition,
ait le commandement en fecond du Corps.
Le Roi a ordonné que les Régimens d'Infanterie
Irlandoife , de Bulkeley , de Clare , de Dillon
, de Roth , de Berwick & de Lally , fuffent
portés de quatre cens foixante - cinq hommes à
cinq cens vingt - cinq.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle , qui fe
fait tous les ans à pareil jour en exécution du Voeu
de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies accoutu
mées. L'Abbé de Saint -Exupery , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de Ville
tint le 16 , M. de Bernage fut continué Prevôt
des Marchands. M. Lempereur , Quartinier , &
-M Tribard , Avocat , ont été élus Echevins.
Sa Majesté a accordé à M. de Martigny & à M.
le Chevalier de Mazieres , Maréchaux des Logis de
la premier Compagnie des Moufquetaires , deux
Commiffions de Meftres de Camp , & à MM. de
Pille , de Savigny & de la Foreft , les places de
Maréchaux des Logis , vacantes dans la même
Compagnie. Elle a difpofé des Brigades qu'avoient
208 MERCURE DE FRANCE.
ces trois derniers Officiers , en faveur de MM.
d'Ormençey , de Rouville & de Mondollot. MM .
d'Elevemont , de Caffaignere & Démazet , ont
été fait Sous-Brigadiers. Le Chevalier de Monneron
, & MM. de Beaumont & de Guiry ont -
obtenu la Croix de Saint Louis. Il y a eu plufieurs
penfions , gratifications , & Commiffions de Capitaines
données à divers Moufquetaires.
Le Corfaire commandé par le Capitaine Gaftin
, de Marſeille , a fait dans l'intervalle de
quinze jours deux prifes eftimées cinquante mille
écus. Un des Corfaires de M. Roux , de Corfe , en
a fait auffi une .
L'Académie Royale des Sciences, dans fon Affemblée
du 23 Juin , propofa au Roi pour remplir la
place d'Adjoint- Géometre, vacante par la promotion
de M. de Parcieux au grade d'Affocié , M. le
Chevalier de Borda , Chevau- leger de la Garde
du Roi , & M. Bezout , Cenſeur Royal & Maître
de Mathématiques. M. le Comte d'Argenfon
a écrit le 30 à l'Académie que le Roi avoit choiſi
M. de Borda.
Dans la même Affemblée du 23 , M. Necker ,
Citoyen de Geneve , fut élu Correſpondant de
l'Académie .
Le 23 Août , les Députés des Etats de Languedoc
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
à Sa Majesté par M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte de Saint Florentin
, Miniftre & Sécretaire d'Etat ; & conduits
par M. de Gifeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance de M. Defgranges. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de l'Evêque de
Viviers qui porta la parole ; du Vicomte de Polignac
, pour la Nobleffe , & de Meſſieurs Valet
Député de Saint- Pons , & Montcabrier , Député
OCTOBRE . 1756. 209
de Toulouſe , pour le Tiers-Etat ; ainfi que de
M. de Montferrier , Syndic Général de la Province.
Ces Députés eurent enſuite audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Madame , & de Mefdames Victoire
, Sophie & Louife.
M. le Comte de Merle , Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde,
eft défigné pour fuccéder à M. le Comte de Baſchi
en qualité d'Ambaffadeur du Roi auprès du Roi
de Portugal.
Sa Majefté a fait Brigadier de Cavalerie M. le
Comte de Perigord , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment de Monfeigneur le Dauphin ;
Brigadier de Dragons , M. le Duc de Coigny ,
Meftre de Camp Général de ce Corps ; & Brigadier
d'Infanterie , M. le Chevalier de Gramont
Lieutenant-Colonel du Régiment de Vermandois.
Le Roi ayant réfolu de tenir fon Lit de Juftice,
Sa Majefté avant fon départ de Compiegne , ordonna
de faire dans le Château de Verfailles , les
préparatifs néceffaires pour cette cérémonie . La
grande Salle des Gardes fut choifie comme le lieu
qui y étoit le plus propre. M. Defgranges , Maître
des Cérémonies , après avoir reçu les ordres
du Roi , porta au Parlement le 20 Août au matin ,
une Lettre de Sa Majefté pour que le Parlement
fe rendît le lendemain à Verſailles en Corps de
Cour & en Robes rouges. Les Princes du Sang
furent avertis de la part du Roi par M. Defgranges
, qui envoya des Billets d'invitation aux Pairs ,
tant Eccléfiaftiques que Laïques ; aux Maréchaux
de France , aux Chevaliers des Ordres , aux Gouverneurs
& aux Lieutenans Généraux des Provinces.
Le 21 , le Parlement arriva fur les onze heures
à Versailles , & s'affembla dans les deux Salles
210 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaffadeurs & du Confeil , d'où il fe rendit
à la Salle préparée pour le Lit de Juſtice . Lorfque
le Parlement eut pris fa féance en la maniere
accoutumée, il fit une Députation de quatre Préfidens
& de fix Confeillers , pour aller au - devant du
Roi. Sa Majesté en habit de cérémonie , fortit de
fon appartement , & la marche fe fit en cet ordre.
Les Tambours , Fifres , Haut- bois & Trompettes
de la Chambre. I es Lieutenans Généraux des Provinces
. Les Gouverneurs de Provinces. Les Chevaliers
des Ordres. Les Maréchaux de France . Les
Hérauts d'Armes . Les Princes du Sang . Le Maître
des Cérémonies . Deux Huiffiers de la Chambre
du Roi , portant leurs Maffes. M. le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance de
M. le Duc de Bouillon ; & à la gauche du Prince
de Turenne le Comte de Brionne , Grand Ecuyer,
portant l'Epée de Parement du Roi . Le Marquis
de Mon mirel , Capitaine de la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde de Sa Majesté. Sur les
aîles près de la perfonne du Roi , les Préfidens &
Confellers Députés , & fix Gardes de la Manche
avec leurs Cortes d'armes & leurs Pertuifanes.
Derriere Sa Majefté , les quatre Capitaines des
Gardes du Corps . Le Chancelier de France fuivoit
le Roi , étant accompagné d'une partie des Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes. Sa Majefté
fe plaça fur fon Trône. Elle avoit à la droite
Monfeigneur le Dauphin , dont le fiege (C ) étoit
placé fur le tapis de Sa Majefté . Aux hauts fieges
(D) du même côté , étoient le Duc d'Orléans , le
Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty & le Comte de la Marche
Princes du Sang. Sur le refte du banc , & fur un
banc en retour (G) , qui alloit juſqu'à la place du
dernier Prince du Sang ; les Ducs de Luynes , de
•
OCTOBRE . 1756 . 211
Briffac, de la Force , de Rohan , de Saint- Aignan ,
de Gefvres , le Maréchal Duc de Noailles , les
Ducs d'Aumont , de Bethune , de Fitzjames , d'Antin
, de Chaulnes , de Villars- Brancas de Lauraguais
, le Prince de Monaco , Duc de Valentinois
les Ducs de Biron , de la Valliere , & le Maréchal
de Belle -Ifle , Duc de Gifors , Pairs Laïcs . A la
gauche du Roy, aux bauis fieges ( H ) ; l'Evêque Duc
de Laon , l'Evêque Comte de Châlons , l'Evêque
Comte de Noyon , Pairs Eccléfiaftiques ; & les
Maréchaux de Coigny & de Balincourt , ( ces
deux Maréchaux de France étant venus avec le
Roi ) Aux pieds de Sa Majesté ( E ) ; le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance du
Duc de Bouillon. A droite, fur un tabouret (F) , auprès
des degrés du Siege Royal , le Comte de Brionne
, Grand Ecuyer , portant au col l'Epée de Pa
rement du Roi. A gauche , fur un banc ( K ) au❤
deffous de celui des Pairs Ecclefiaftiques ; les qua
tre Capitaines des Gardes du Corps du Roi , & le
Marquis de Montmirel , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde. Plus bas étoit affis fur le
petit degré ( 2 ), par lequel on defcendoit dans le Parquet
, le fieur de Segur , Prevôt de Paris , tenant
un bâton blanc en fa main. Sur une chaise à bras
(L) couverte de l'extrêmité du tapis de velours violet
, femé de fleurs de lys d'or , fervant de drap de
pieds au Roi , Meflite Guillaume de Lamoignon ,
Chancelier de France , vêtu d'une robe de velours
violet , doublée de fatin cramoifi. Sur le banc (P)
répondant à celui où fiéent les Préfidens au Confeil
en la Chambre du Parlement ; Meffire René-
Charles de Maupeou , Premier Préfident ; MM .
Molé , Potier , le Peletier de Rozambo , de Maupeou
, de Lamoignon de Montrevault , d'Aligre ,
le Fevre- d'Ormeflon , & Bochart - de Saron , Sur
212 MERCURE DE FRANCE.
les trois bancs (QR ) couverts de tapisserie , formant
l'enceinte du Parquet ; les Confeillers d'Honneur,
les Préfidens des Enquêtes & des Requêtes , & les
Confeillers de la Grand'Chambre , mêlés . Dans le
Parquet , devant le Chancelier , étoient placés deux
tabourets , celui de la droite (M ) vacant par l'abfence
du Marquis de Dreux , Grand Maître des
Cérémonies , & celui de la gauche (N) occupé par
le fieur Defgranges , Maître des Cérémonies . Au
milieu du Parquet ( i ) & à genoux devant le Roi ,
deux Huiffiers de la Chambre de Sa Majesté ,
tenant leurs Maffes d'argent doré , & à quelque
diſtance ( k ) , fix Hérauts d'armes. Au côté droit ,
Sur les deux bancs ( SS ) couverts de tapis femés de
fleurs de lys ; les Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes , vêtus en robe de fatin noir , venus avec
le Chancelier. Sur une forme ( a ) à gauche , en entrant
, vis- à-vis des Préfidens ; le Comte de Saint
Florentin , le Comte d'Argenfon , M. Rouillé &
le Marquis de Paulmy , Secretaires d'Etat . Sur
trois autres bancs ( TVX ) à gauche dans le Parquet
, vis- a-vis des Confeillers d'Etat ; le Marquis
de Beringhen , le Comte de Lautrec , le Marquis
de Puyzieulx , le Comte de Vaulgrenant , le Marquis
de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron
de Montmorency , le Marquis de Chalmazel , le
Comte de la Vauguion , le Marquis d'Armentieres
, & le Marquis de l'Hopital , Chevaliers des
Ordres ; le Comte de Gifors , le Comte de Périgord
, le Marquis de la Tour-Dupin , & le Marquis
de la Salle , Gouverneurs de Provinces ; le
le Marquis de Montalambert , le Comte de Teffé ,
le Marquis de Beaupreau , le Comte de Valentinois
, le Comte de Choifeul , & le Marquis de
Brancas , Lieutenans Généraux de Provinces . A
côté de la forme où étoient les Sécretaires d'Etat ;
OCTOBRE. 1756. 213
le fieur Dufranc , Secretaire de la Cour , faifant
les fonctions de Greffier en Chef, & à côté de lui ,
un des trois principaux Commis pour la Grand'-
Chambre , tenant la plume ; ayant chacun devant
eux un bureau (66) couvert de velours violet . Sur
une autre forme (b) derriere ; le fieur Richard ,
Greffier en Chef Criminel , & les fieurs Yfabeau
& Héron-de Courgis , Secretaires de la Cour. Sur
une autreforme ( d ) , le Marquis de Sourches ,
Grand Prevôt de l'Hôtel . Sur un fiege (m) à l'entrée
du Parquet , le fieur Angely , premier Huiffier.
En la place (f) répondante à celle qu'ils occu
pent , toutes les Chambres aſſemblées , le fieur Joly
de Fleury, Avocat du Roi ; le fieur Joly de Fleury,
Procureur Général , & le fieur Seguier , auffi Avocat
du Roi. Sur le furplus des bancs ( gh , YZ) les
Confeillers des Enquêtes & Requêtes.
Le Roi s'étant affis & couvert , M. le Chancelier
dit , par ordre de Sa Majefté , qu'Elle commandoit
qu'on prêt féance : après quoi , le Roi ,
ayant ôté & remis fon chapeau , dit : « Meffieurs ,
» Je vous ai affemblés ici , pour vous faire fçavoir
» mes intentions & mes volontés ; mon Chance-
» lier va vous les expliquer » .
M. le Chancelier étant monté vers le Roi , &
s'étant agenouillé aux pieds de Sa Majesté pour
recevoir les ordres ; puis étant defcendu , remis
en fa place , affis & couvert , après avoir dit que
le Roi permettoit qu'on le couvrît , prononça le
Difcours fuivant .
MESSIEURS ,
« Pendant qu'une Nation , de tout temps enne-
» mie de la France , fait les derniers efforts pour
» enlever aux habitans de nos Colonies , des pof-
» feffions qui leur appartiennent par les titres les
plus légitimes ; qu'au milieu de la paix la plus
214 MERCURE DE FRANCE.
» profonde , elle ne craint point de violer les trai
tés les plus folemnels ; & que pour détruire no-
>> tre Commerce , elle emploie les voies les plus
» odieufes & les plus contraires à l'humanité , le
Roi ne peut voir qu'avec une extrême ſurpriſe
la réfiftance qu'apporte fon Parlement à la pu-
>> blication de trois de fes Déclarations , dont l'exé-
» cution doit procurer à Sa Majesté des fecours
» néceffaires pour le foutien de nos Colonies & le
> rétabliffement de notre Commerce.
>> On fçait que le Roi ne fait la guerre que
» pour l'intérêt de fes Sujets. Occupé du foin de
» les venger des hoftilités injuftes & continuelles
» qu'ils éprouvoient , il l'étoit encore plus de la
crainte d'être forcé de leur impofer des charges
» extraordinaires malheureuſement indifpenfables
» pour le foutien d'une guerre .
Après avoir oppofé longtemps la patience &
la modération aux entreprifes de fes ennemis , il
» s'eft enfin déterminé à repouffer par la voie des
>> armes leurs infultes multipliées ; & dans la né-
» ceffité d'établir des impôts , il a fait choix de
» ceux qui lui ont paru le moins onéreux . Tel eft
» le motif qui a donné lieu aux trois Déclarations
» que le Roi entend faire publier en fon Lit de
>> Juftice.
» Par la première , le Roi établit un nouveau
» Vingrieme pareil à celui qui fubfifte depuis l'an-
» née 1749 , & dont le produit eſt affecté au paie-
» ment des dettes de la derniere guerre. La per-
>> ception de ce nouveau Vingtieme ceffera trois
» mois après la publication de la Paix. Cette na-
»ture d'impofition fera moins à charge aux Peuples
que toute autre , parce qu'elle fe répartit
»fut tous les Sujets , chacun à proportion de fa
>> fortune..
OCTOBRE . 1756. 215
»
>> La feconde Déclaration ordonne la continua-
» tion pendant dix ans des Deux fols pour livre du
Dixieme , à commencer du dernier jour de l'an-
» née préfente. Le terme de cette impofition &
» de celui du premier Vingrieme , quo que fixé
>> d'une maniere certaine , n'eft pas auffi proche
» que Sa Majesté le defireroit ; mais il faut confi
>> dérer que P'un & l'autre étant deftinés à l'acquit
» des dettes de l'Etat , ils doivent fubfifter julqu'i
» ce que les dettes de l'Etat foient acquittées.
» C'eſt à tort & vainement qu'on cherche à
» jetter l'allarme dans les efprits , en faifant en-
>> tendre que l'incertitude de la durée & la lon-
»gueur de ces deux impofitions font capables dedis
>> minuer le courage des fujets du Roi , & d'altérer
» la confiance qui font la véritable force du Sou-
» verain & de l'Etat. Le témoignage que Sa Ma
» jeſté ſe rend à Elle-même de la tendre affection
» pour les peuples , lui eft un gage affuré de leur
» confiance , en même-temps que les preuves
» qu'il leur a tant de fois données de fon empref-
» fement à les foulager , ſoutiendront toujours &
>> animeront leur courage , furtout dans ce mo-
➤ment où leur honneur & leur fûreté ſont égale-
» ment intéreffés.
» Enfin , par la troifieme Déclaration , le Roi
» proroge pour un certain temps , plufieurs droits
» qui fe perçoivent dans la ville de Paris . Sa Ma-
» jefté n'a pu fe difpenfer d'ordonner cette proro-
» gation qui ne peut être regardée comme pré-
» maturée , parce qu'elle eft néceffaire pour affurer
les engagemens que les conjonctures ont
» forcé de contracter . Quelque onéreux que ces
» droits paroiffent être pour les habitans de la
» Capitale , ils en font en partie dédommagés par
l'ordre & la regle que ceux qui font chargés do
216 MERCURE DE FRANCE.
» les percevoir établiffent dans les marchés pour
faciliter le débit des denrées , & pour en pro-
фу
» curer Pabondance : on voit d'ailleurs par le tarif
» attaché à la Déclaration , l'attention qu'a eu le
» Roi de diminuer , & même de fupprimer entié-
>> rement plufieurs de ces droits fur les denrées les
» plus néceffaires à la vie.
» Le Roi veut donc , que nonobftant les repré-
» fentations réitérées de fon Parlement , fes Déclarations
foient exécutées dans toute leur éten-
» due & fans délai , afin de ne pas interrompre
ni retarder les opérations néceffaires pour
» profiter des fuccès que le Ciel vient d'accorder
» à fes armes.
» Ces heureux événemens dont le Roi n'eft
» flatté que parce qu'il les regarde comme le pré-
» fage d'une paix glorieufe , doivent redoubler
> notre zele. Pourrions-nous regretter des ſecours
» que Sa Majefté ne veut employer que pour
» notre défenfe , fans manquer à ce que nous lui
રે
» devons & à ce que nous nous devons à nous-
» mêmes ! »
Après que M. le Chancelier eut ceffé de parler,
M.le Premier Préfident & tous les Préfidens & Confeillers
mirent un genou en terre. Le Chancelier
leur dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez. Ils
fe leverent , & demeurerent debout & découverts.
Alors M.le Premier Préfident parla, & fon Diſcours
fini , le Chancelier monta vers le Roi pour prendre
fes ordres , un genou en terre . Remis en fa
place , affis & découvert , il fit ouvrir les portes ,
& il ordonna au fieur Dufranc de lire les trois
Déclarations. Les portes furent ouvertes , & le
fieur Dufranc ayant lu les Déclarations debout &
découvert , le Chancelier dit aux Gens du Roi
qu'ils pouvoient parler. Aufli -tôt les Gens du Roi
fc
OCTOBRE. 1756. 217
fe mirent à genoux . M. le Chancelier leur dit que le
Roi ordonnoit qu'ils fe levaflent . Ils fe leverent ,'
& debout & découverts , après un Difcours prononcé
par M. Joly de Fleury , Avocat du Roi ,
portant la parole , ils requirent qu'il plût à Sa
Majefté ordonner que fur le repli des trois Déclarations
il fût mis qu'elles avoient été lues &
publiées , Sa Majeſté léante en fon lit de Juſtice ,
& régiítrées au Greffe de la Cour pour être exécu
tées felon leur forme & teneur ; & qu'à l'égard
des deux premieres , Copies collationnées en feroient
envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être pareillement lues , publiées
& enrégiftrées , avec injonction à leurs Subftituts
d'y tenir la main , & d'en certifier la Cour dans le
mois.
Après quoi M. le Chancelier monta vers le Roi ,
mit un genou en terre pour recevoir les ordres ,
& alla prendre l'avis de Monfeigneur le Dauphin ,
des Princes du Sang , des Pairs Laïcs , du Grand
Ecuyer & du Grand Chambellan . Il paffa devant
le Roi , lui fit une profonde révérence , & prit
l'avis des Pairs Eccléfiaftiques , des Maréchaux de
France venus avec le Roi , & des quatre Capitaines
des Gardes du Corps de Sa Majesté . Puis il defcendit
dans le parquet pour prendre les avis du Premier
Préfident , des Préfidens du Parlement , des
Confeillers d'Etats & des Maî res des Requêtes
des Confeillers d'honneur , des Préfidens des Enquêtes
& des Requêtes , & des Confeillers du
Parlement. Il remonta vers le Roi , mit un genou
en terre , redefcendit , & étant affis & couvert , il
prononça :
« Le Roi , féant en fon Lit de Juſtice , a or-
»donné & ordonne que les Déclarations , qui
viennent d'être lues, feront enrégiftrées au Greffe
I. Vol. Κ
218 MERCURE DE FRANCE.
»>de fon Parlement , & que fur le repli d'icelles ;
nil foit mis que lecture en a été faite , & l'enré-
»giftrement ordonné ; ce requérant fon Procu-
»reur Général , pour être le contenu en icelles
>> exécuté felon leur forme & teneur ; & Copies
>>collationnées des deux Déclarations , l'une por-
>> tant établiſſement d'un fecond vingtieme , l'au-
»tre portant prorogation du droit de deux fols
>>pour livre du dizieme , envoyées aux Bailliages
& Sénéchauffées du reffort , pour y être pareik
plement lucs , publiées & régiftrées . Enjoint aux
>>Subftituts de fon Procureur Général d'y tenir la
»main , & d'en certifier la Cour au mois. >>
Enfuite M. le Chancelier dit , que pour la plus
prompte exécution de ce qui venoit d'être or
donné , le Roi vouloit que par le Secretaire de la
Cour , faifant les fonctions de Greffier en Chef
de fon Parlement , il fût mis dans l'inftant même
fur le repli des trois Déclarations qui avoient été
publiées , ce que Sa Majesté avoit ordonné qu'on
y mit. Ce qui ayant été exécuté , le Roi fe leva ,
& fortit dans le même ordre qu'il étoit entré.
Le 25 Août , le Corps de Ville alla à Versailles ,
& ayant à la tête M. le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris , il eut audience du Roi. Il fut préfenté
à Sa Majesté par M. le Comte d'Argenlon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par M.
Defgranges , Maître des Cérémonies . M. de Ber
nage qui a été continué Prevôt des Marchands , &
MM. Lempereur & Tribard , nouveaux Echevins ,
prêterent entre les mains du Roi le ferment de
fidélité , dont M. le Comte d'Argenſon fit la lecture
, ainfi que du fcrutin qui fut préfenté par M.
de la Live de la Briche , Avocat du Roi au Châtelet.
Après cette audience , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre les refpects à la Reine & àla
Famille Royale .
OCTOBRE . 1756. 219
On apprend par des Lettres de l'Ifle Royale
les circonftances fuivantes d'un combat de M.
Beauffier , qui commande l'Efcadre du Roi , partie
de Breft au mois d'Avril dernier , avec les troupes
que Sa Majesté a fait paffer en Canada. M. Beauf
fier revenant de Québec , faifoit route pour Louifbourg
, lorfque le 16 Juillet il apperçut à la diftance
d'environ trois lieues dans le Sud de ce
dernier Port , deux Vaiffeaux Anglois avec deux
Frégates , qui portoient au plus près du vent pour
le reconnoître. M. Beauffier avoit alors avec le
Vaiffeau le Héros qu'il monte , l'illuftre , commandé
par M. de Montalais , Capitaine de Vaiffeau
, & les Frégates la Lycorne & la Syrene , que
commandent MM. de la Rigaudiere & de Brougnon
, Lieutenans de Vaiffeaux. Profitant du vent
du Nord qui fouffloit , il arriva fur le champ
grand fargue fur les Anglois , qui revirerent
promptement de bord , & prirent chaffe. La
crainte de tomber trop fous le vent de Louisbourg,
où il avoit ordre de remettre des provifions deftinées
pour cette Colonie , l'empêcha de poursuivre
long-temps les Anglois , & il entra le même jour
dans ce Port. Il fe preffa d'y débarquer les effets
dont il étoit chargé , ainfi que quelques malades
de fes équipages ; & le lendemain dès cinq heures
du matin , il fe trouva fous voile , & appareilla
pour aller chercher les ennemis. Vers midi il
reconnut les deux Vaiffeaux qu'il avoit chaffés là
veille , & qui n'avoient plus qu'une Frégate avec
& eux. Il força de voiles pour les joindre , & ils firent
la même maneuvre pour l'éviter. M. de
Breugnon joignit bientôt la Frégate Angloife , &
l'attaqua fi vivement , qu'elle fe replia fous le
canon des deux Vaiffeaux , dont le feu ralentit la
pourfuite de M. de Breugnon , qui fut même
M
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
obligé de s'écarter un peu . Sa manoeuvre fervit
cependant à donner à M. Beauffier le temps d'ap
procher les deux Vaiffeaux Anglois , dont l'un
étoit de 74 & l'autre de 64 canons. Il tira d'abord
fur l'un , comptant que l'autre qui étoit fur fa
hanche alloit être attaqué par M. de Montalais.
Mais le calme qui furvint en ce moment , rendit
inutiles tous les efforts que celui - ci put faire
pour s'approcher ; enforte que M. Beauflier eut à
combattre les deux Vaiffeaux Anglois. Le combat
fut très-vif de part & d'autre jufqu'à fept heures
du foir , qu'un petit vent qui s'éleva , ayant donné
à M. de Montalais occafion de faire de la voile ,
les ennemis en profiterent pour s'éloigner. Le
Vaiffeau le Héros fe trouvant prefque défemparé ,
M. Beauffier fut hors d'état de les pourfuivre.
Il s'occupa durant la nuit à faire changer les
voiles & les manoeuvres qui avoient été coupées
dans le Vaiffeau , & il efpéroit de pouvoir rejoin.
dre les ennemis. Mais le lendemain 20 , à huit
heures du matin , il les apperçut , forçant toujours
de voiles , & à une telle dittance , que ne pou
vant pas fe flatter de les approcher , malgré le
mauvais état où ils paroiffoient être , il prit le
parti de retourner à Louifbourg , pour y réparer
entiérement le dommage que le Vaiffeau le Héros
avoit fouffert. Ce Vaiffeau a reçu dans le combat
plus de deux cens coups de canon , foit dans fes
oeuvres- mortes , foit dans fa mâture , fans compter
ceux qui ont porté au deffous de la flottaifon .
Il y a eu dix-huit hommes tués , quarante buit de
bleffés du nombre des derniers font M. de Faget
, Enfeigne de Vaiffeau , qui a une bleffure
confidérable d'un coup de canon à la cuiffe , &
M. Beauffier lui - même , d'un éclat qui a porré
fur la jambe gauche. Cet Officier eſt arrivé au
OCTOBRE. 1756. 211
les
Port Louis le 9 Septembre , avec les Vaiffeaux le
Héros qu'il commande , PIlluftre & la Frégate
la Sirenne. Il étoit parti de Louifbourg le 13
Août , & il avoit alors avec lui la Frégate la Licorne
, commandée par M. Froger de la Rigaudiere
, laquelle s'étant féparée le jour du départ
dans une brume , eft arrivée à Breft quelques jours
avant ces autres Bâtimens. Pendant leur traverfée
, M. Beauflier a fait huit différentes prifes ,
dont trois font chargées de fucre & d'autres denrées
des Iles de l'Amérique. Il a amené avec lui
quatre cens prifonniers , dans le nombre defquels.
font deux Officiers & cent foixante - un foldats
Allemands , qui étoient deftinés pour le Régiment
Royal Américain.
Les Lettres qu'on a reçues par cette occafion ,
portent que, fuivant les rapports faits par les Capitaines
de deux Goëlettes arrivées depuis peu de
Quebec à Louisbourg , M. de Villiers , Capitaine
dans les troupes du Canada , Commandant
un Détachement compofé de Soldats , Canadiens
& Sauvages , avoit attaqué fur la riviere de
Choueguen un convoi confidérable de Bateaux
Anglois , dont il avoit tué 4 à 500 hommes , fait
60 ou 80 prifonniers , & pris tous les Bateaux ,
que les Anglois avoient abandonnés pour ſe ſauver
à terre.
M. l'Evêque d'Autun fut élût le 19 Août , pour
premplir la place qui vaquoit dans l'Académie
Françoife par la mort du Cardinal de Soubize.
La joie que le fuccès de nos armes a repandu
Fa dans tous les coeurs a été d'autant plus vive , que·
Le l'Europe entiere ne croyoit pas notre marine en
& état de former des entreprifes auffi confidérables .
La Cour a témoigné ſa ſatisfaction à l'occaſion de
ala prife du Fort Saint- Philippe , par les illumina-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
tions les plus galantes . M. le Duc de Gefvres tou
jours magnifique , après s'être uni au public par
Pillumination de fon Hôtel le jour du Te Deum
chanté à la Chapelle du Roi , & le vingt- cinq
Juillet , jour du feu de joie de la ville de Compiegne
qu'il avoit ordonné comme Gouverneur de
la Province , & après avoir fait couler à la porte
de fon Hôtel des fontaines de vin , s'eft diftingué
le 6 Août par une Fête particuliere , où la magnificence
a répondu au bon goût fi reconnu de ce
Seigneur. Il fit fuccéder à un fouper fomptueux
un Feu d'artifice Italien en plufieurs décorations.
La façade & l'intérieur de fon Hôtel & des Jardins
furent fuperbement illuminés fous divers formes
d'architecture . La Fête fut terminée par un bal
où se trouverent les Princes , les Miniftres , les
Etrangers de diftinction , & toutes les Dames de
la Cour .
Le Roi chaffa le 31 Août dans la Plaine de Grenelle
, & foupa à Mont - Rouge chez M. le Duc de
la Valliere.
Meffieurs de Reillans & de Teffieres , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Mirepoix
, ayant obtenu leur retraite , le Roi a difpofé
de leurs emplois en faveur de M. le Chevalier de
Flahaut & de M. le Marquis de Vexin. Sa Majefté a
nommé MM . de la Villeneuve & de la Seunniere ,
Brigadiers de la même Compagnie , à la place de
MM. de la Ripiere & de Chateauroy , qui ont
auffi obtenu leur retraite . MM . de Beaupine & de
´la Boire ont été faits fous - Brigadiers. Des Commiffions
de Capitaines de Cavalerie ont été expédiées
à plufieurs Gardes du Corps .
On a arrêté deux Anglois , accufés d'être les
incendiaires , qui ont mis le feu , il y a quelque
temps , à un magaſin de Rochefort.
OCTOBRE. 1756. 223
Des Armateurs de Marſeille y ont conduit fiz
prifes eftimées fix cens mille livres.
Un petit Bâtiment à rames de huit canons ,
forti du même Port , & commandé par le Capitaine
Gaffen , s'eft battu pendant trois heures à
la vue du Port de Livourne , contre un Corfaire
Anglois de vingt canons. On eft informé par
des Lettres de ce dernier Port , que le Corfaire a
eu dix-neuf hommes de tués , & un grand nombre
de bleffés . De fon propre aveu , il étoit prêt à fe
rendre , lorfque l'équipage du Capitaine Gaffen ,
aqui étoit mêlé d'étrangers , refufa de fe préſenter
une quatrieme fois à l'abordage. Ce Capitaine n'a
perdu qu'un homme. Depuis que le Corfaire Anglois
eft retourné à Livourne , où le mauvais état
de fon Vaiffeau l'a obligé de relâcher , on y travaille
à lui faire fon procès , fur ce qu'il a défobéï
à une Ordonnance de l'Empereur , en fortant de
-ce Port avec plus de quatre canons.
M. le Maréchal Duc de Richelieu arriva le premier
de Septembre à Paris , & le même jour il eut
P'honneur de faluer le Roi à Choify . Le , M. le
-Duc de Fronsac eut à Verſailles le même honneur.
Le Roi a nommé M. l'Abbé Comte de Bernis ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Vienne ; & M. le
Marquis d'Aubeterre eft défigné pour réfider
avec le même caractere à la Cour de Madrid.
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Résumé : « Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
En août 1756, plusieurs événements marquants eurent lieu en France. Le 1er août, les habitants de Chantilly célébrèrent la naissance du Duc de Bourbon et la convalescence de Mademoiselle de Bourbon par une fête en l'honneur du Prince de Condé. La fête débuta par un Te Deum solennel suivi de trente-six coups de canon. Un feu d'artifice fut tiré devant le petit Château, et des bateaux sur la pièce d'eau simulèrent une attaque contre un fort, avec des fusées et des bombes. Le sculpteur Coufinet dirigea l'attaque des bateaux, tandis que les sieurs Capitain et Maurice dirigèrent le reste du feu d'artifice. Après l'artifice, neuf portiques illuminés furent révélés, et un souper suivi d'un bal fut organisé. Le Maréchal Duc de Richelieu céda sa charge de premier Gentilhomme de la Chambre à son fils, le Duc de Fronsac. Le Roi nomma M. de Fremeur gouverneur de Monmédy et le Marquis de Talaru gouverneur des villes et châteaux de Phaltzbourg et de Saltzbourg. Le 9 août, le Roi reçut les comtes d'Egmont et de Balbi comme Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis. Des orages violents causèrent des dégâts en Franche-Comté, et le Dauphin passa en revue son régiment de cavalerie à Favières. Le Roi revit également le Régiment Royal, Cavalerie, près de Compiègne. Des ordonnances royales modifièrent l'état-major des brigades du Régiment des Grenadiers de France et augmentèrent les effectifs de plusieurs régiments d'infanterie. Le 15 août, une procession solennelle pour l'Assomption de la Sainte Vierge eut lieu à Paris. Le Roi accorda diverses promotions et pensions à des officiers des Mousquetaires. L'Académie Royale des Sciences choisit le Chevalier de Borda comme Adjoint-Géomètre et élut M. Necker comme Correspondant. Les députés des États de Languedoc furent reçus par le Roi et la famille royale. Le Comte de Merle fut désigné ambassadeur auprès du Roi de Portugal. Le Roi nomma plusieurs brigadiers et fit les préparatifs pour tenir son Lit de Justice à Versailles, où le Parlement et les pairs se rassemblèrent le 21 août. Le 25 août, le Corps de Ville se rendit à Versailles et prêta serment de fidélité au roi. Le Comte d'Argenson présenta un scrutin rédigé par M. de la Live de la Briche, Avocat du Roi au Châtelet. Le Corps de Ville rendit ensuite hommage à la Reine et à la Famille Royale. Des lettres de l'Île Royale rapportèrent un combat impliquant M. Beaufier, commandant une escadre partie de Brest en avril 1756 pour le Canada. Beaufier engagea un combat contre deux vaisseaux anglais près de Louisbourg, subissant de lourds dommages et plusieurs blessés. Il captura huit navires ennemis et amené quatre cents prisonniers. M. de Villiers attaqua un convoi anglais sur la rivière de Choueguen, tuant plusieurs centaines d'hommes et capturant des bateaux. En France, M. l'Évêque d'Autun fut élu à l'Académie Française pour remplacer le Cardinal de Soubize. La Cour célébra les succès militaires par des illuminations et des fêtes. Le Roi nomma l'Abbé Comte de Bernis ambassadeur à Vienne et le Marquis d'Aubeterre à Madrid.
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76
p. 221-222
GRANDE BRETAGNE.
Début :
La garde qui veille sur la personne de l'Amiral Byng, vient d'être [...]
Mots clefs :
Amiral Byng, Hôpital Greenwich, Parlement, Jugement, Amiral Hawke, Scorbut des marins, Négociants, Armateurs français, Corsaires , Rançon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BREETTAAGGNNE.
DE LONDRES , le 14 Septembre.
La garde qui veille fur la perfonne de l'Amiral
Byng , vient d'être doublée , & l'on a grillé les
fenêtres de la chambre où il eft logé dans l'Hôpital
de Greenwich. Il paroît qu'il fera jugé par
le Parlement , & non par un Confeil de guerre.
On a fait la vifite du Vaiffeau de guerre Hollandois
, & des vingt-cinq Navires de la même Nation
, qui furent amenés le 17 du mois dernier
aux Dunes. Comme on n'y a trouvé aucune marchandiſe
de contrebande , on leur a notifié qu'ils
pouvoient continuer leur navigation. Le bois de
coaftruction , qu'ils avoient à bord , a été retenu
pour le compte de Sa Majefté , & payé argent
Comptant. Trois bataillons des Gardes , & huir
Régimens d'Infanterie , ont ordre de fe tenir prêts
à s'embarquer.
Selon les nouvelles de la Méditerranée , l'Amiral
Hawke a quitté les parages de l'Ile Minorque
, & a fait voile vers l'Eft . L'efcadre de cet
Amiral , ainfi que celle de l'Amital Boscawen
font réduites à un très - fâcheux état par le fcorbut
& par d'autres maladies. Le Gouvernement vient
d'envoyer ordre à Portsmouth , à Plymouth , à
3
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Chatham & à Wolwich , que tous les Vaiſſeaux de
guerre , qui s'y trouvent , fe préparent à fe mettre
en mer , pour aller renforcer l'une & l'autre
Efcadre. On prétend que l'Amiral Knowls doit
relever inceffamment l'Amiral Boscawen.
Divers Négocians de cette Ville font en peine
pour les Navires qu'ils attendent de la Mer Baltique.
Leur inquiétude eft d'autant mieux fondée ,
que les Armateurs François croiſent actuellement
en grand nombre fur les côtes d'Angleterre. Depuis
quelques jours , ces Armateurs ont pris plufieurs
Bâtimens dont les uns ont été conduits en
France , & les autres ont été rançonnés. Comme
le nombre des Corfaires ennemis augmente de
jour en jour , on a ordonné à quelques Vaiffeaux
de guerre , de leur donner la chaffe. On fe propofe
d'accorder à nos Armateurs les mêmes gratifications
, qui font promifes aux Capitaines &
aux Equipages des Vaiffeaux & des Frégates de
Sa Majefté , pour les prifes faites fur les François.
DE LONDRES , le 14 Septembre.
La garde qui veille fur la perfonne de l'Amiral
Byng , vient d'être doublée , & l'on a grillé les
fenêtres de la chambre où il eft logé dans l'Hôpital
de Greenwich. Il paroît qu'il fera jugé par
le Parlement , & non par un Confeil de guerre.
On a fait la vifite du Vaiffeau de guerre Hollandois
, & des vingt-cinq Navires de la même Nation
, qui furent amenés le 17 du mois dernier
aux Dunes. Comme on n'y a trouvé aucune marchandiſe
de contrebande , on leur a notifié qu'ils
pouvoient continuer leur navigation. Le bois de
coaftruction , qu'ils avoient à bord , a été retenu
pour le compte de Sa Majefté , & payé argent
Comptant. Trois bataillons des Gardes , & huir
Régimens d'Infanterie , ont ordre de fe tenir prêts
à s'embarquer.
Selon les nouvelles de la Méditerranée , l'Amiral
Hawke a quitté les parages de l'Ile Minorque
, & a fait voile vers l'Eft . L'efcadre de cet
Amiral , ainfi que celle de l'Amital Boscawen
font réduites à un très - fâcheux état par le fcorbut
& par d'autres maladies. Le Gouvernement vient
d'envoyer ordre à Portsmouth , à Plymouth , à
3
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Chatham & à Wolwich , que tous les Vaiſſeaux de
guerre , qui s'y trouvent , fe préparent à fe mettre
en mer , pour aller renforcer l'une & l'autre
Efcadre. On prétend que l'Amiral Knowls doit
relever inceffamment l'Amiral Boscawen.
Divers Négocians de cette Ville font en peine
pour les Navires qu'ils attendent de la Mer Baltique.
Leur inquiétude eft d'autant mieux fondée ,
que les Armateurs François croiſent actuellement
en grand nombre fur les côtes d'Angleterre. Depuis
quelques jours , ces Armateurs ont pris plufieurs
Bâtimens dont les uns ont été conduits en
France , & les autres ont été rançonnés. Comme
le nombre des Corfaires ennemis augmente de
jour en jour , on a ordonné à quelques Vaiffeaux
de guerre , de leur donner la chaffe. On fe propofe
d'accorder à nos Armateurs les mêmes gratifications
, qui font promifes aux Capitaines &
aux Equipages des Vaiffeaux & des Frégates de
Sa Majefté , pour les prifes faites fur les François.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 14 septembre, la garde de l'Amiral Byng a été renforcée et ses fenêtres grillées. Il sera jugé par le Parlement plutôt que par un conseil de guerre. Une inspection de navires hollandais aux Dunes n'a révélé aucune contrebande, mais le bois de construction à bord a été retenu et payé par la couronne. Trois bataillons des Gardes et huit régiments d'infanterie sont prêts à s'embarquer. En Méditerranée, l'Amiral Hawke a quitté Minorque et navigue vers l'Est. Les escadres des Amiraux Hawke et Boscawen sont affaiblies par le scorbut et d'autres maladies. Le gouvernement ordonne aux vaisseaux de guerre de Portsmouth, Plymouth, Chatham et Woolwich de renforcer ces escadres. L'Amiral Knowls doit remplacer l'Amiral Boscawen. À Londres, les négociants s'inquiètent des navires attendus de la Mer Baltique en raison des armateurs français. Plusieurs bâtiments ont été capturés ou rançonnés. Des vaisseaux de guerre ont été envoyés pour contrer cette menace. On envisage d'accorder aux armateurs britanniques les mêmes gratifications promises aux capitaines et équipages des vaisseaux de Sa Majesté pour les prises faites sur les Français.
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77
p. 221-224
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On prépare à Wolwich dix mille bombes, dont le public ignore la destination. [...]
Mots clefs :
Londres, Bombes, Maladies, Amérique, Bataillons, Commerce du blé, Discours du roi, Parlement, Colonies, Chambre des communes, La Haye, Ordonnance, Vaisseaux, Secousses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 7 Décembre.
On prépare à Wolwich dix mille bombes , dont
le public ignore la deſtination . Il n'y a eu aucun
moyen d'engager les habitans des Provinces de
Kent & de Hampſhire , à recevoir dans les Villes ,
même dans les Villages , les troupes de Hanovre
& de Heffe.
Des dépêches qu'on recut le 20 Novembre
de la Nouvelle Yorck , marquent qu'il regne
beaucoup de maladies parmi les troupes que commande
le Lord Loudon. On a été informé par
les mêmes avis , que ce Lord avoit fait marcher
plufieurs détachemens , pour tâcher d'arrêter les
courfes des Sauvages , qui répandent la terreur dans
toutes les Colonies Angloifes de l'Amérique Septentrionale
.
Les Vaiffeaux de guerre le Kennington & le
Sutherland, partirent le 6 de Corck pour ces Colonies
. Ils ont fous leur convoi quatorze Bâtimens
de tranfport, à bord defquels on a fait embarquer
le Régiment d'Offarel , & les détachemens tirés
des Régimens d'Infanterie fur l'établiſſement d'Irlande.
Quatre Bataillons des troupes Hanoveriennes
s'embarquerent le 24 du mois dernier , pour retourner
en Allemagne. On y fera repaffer fucceffivement
en deux autres divifions le refte de ces troupes
, qui eft encore actuellement campé près de
Maidstone malgré la rigueur de la faifon . Plufieurs
Frégates croiferont cet hyver dans la Manche.L'Amiral
Byng , & le fieur Shirley , ci - devant Gouverneur
de la Nouvelle Angleterre , fubiront dans
peu leurs interrogatoires . Il s'eft tenu ces jours-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
1
ci un grand Confeil à Whitehall , pour délibérer
fur les moyens de faire baiffer le prix du bled.
Conformément aux réfolutions prifes dans ce Confeil
, on publia le 26 une Proclamation , pour
défendre l'exportation des grains. En plufieurs endroits
ils étoient d'une telle rareté , que la populace
, craignant de manquer de pain , s'eft attroupée
tumultueufement , & a commis de grands défordres.
On n'eft parvenu à la calmer , qu'en recherchant
les perfonnes qui avoient fait fécrettement
des magaſins , & en les contraignant de vendre
à un prix modique tout le bled qu'elles y
avoient amaffé . Le 27 , le Roi nomma le Géné–
ral Blakeney Chevalier de l'Ordre du Bain. Sa
Majefté le même jour , créa ce Général Pair d'Irlande
, fous le titre de Vicomte d'Innitkilling .
L'ouverture du Parlement fe fit le 2 Décembre
avec les cérémonies accoutumées .
ע
Le Roi fit ce difcours : « Milord & Meffieurs ,
je vous ai fait affembler dans une conjoncture
qui requiert particuliérement les délibérations ,
» les avis & le fecours du Parlement , & je me
flatte, moyennant la protection de la divine Pro-
>> vidence , que l'union & la fermeté qui regnent
»parmi mes fideles Sujets , me feront fortir avec
>> honneur de toutes les difficultés , & feront triom-
» pher enfin de l'ancien ennemi de ces Royaumes ,
la dignité de ma Couronne & fes droits incon-
>> teftables. Un des principaux objets de mon at-
>>tention & de mon inquiétude , eft la défenſe &
>> la confervation de nos poffeffions en Amérique.
» Le danger éminent , auquel nos Colonies font
exposées , exige des réfolutions auffi promptes
>>que vigoureufes. Le foin de pourvoir à la fûreté
» de ces trois Royaumes n'occupe pas moins mon
efprit. Dans l'occurrence préfente , je n'ai rien
JANVIER. 1757. 223
»tant à coeur que de ne laiffer à mon peuple fur
>> cet article aucun fujet de mécontentement. A
>> cette fin , une Milice nationale , établie propor-
>>tionnellement aux forces & aux befoins de l'Ewtat
, peut devenir une avantageuſe reſſource
»dans le péril général . Je recommande l'établiffe-
>> ment de cette Milice au zele & à la vigilance de
>> mon Parlement. L'alliance peu naturelle que ,
>> contre toute attente , ont contractée des Puiffan-
>> ces étrangeres ; les malheurs qui , en conféquen-
» ce de cette dangereufe alliance , peuvent , par
» l'entrée de troupes étrangeres dans l'Empire ,
>>porter une funefte atteinte aux conftitutions du
»Corps Germanique , renverfer fon fyftême &
Dentrainer l'oppreffion du parti Proteftant , font
» des événemens qui ont fixé les yeux de l'Europe
>> fur cette nouvelle & dangereufe crife , & qui
»doivent affliger fenfiblement tous les Ordres de
>> la Nation Britannique . J'ai ordonné au corps de
»mes troupes Electorales , que j'avois fait venir
à la réquifition de mon Parlement , de retourner
» dans mes Etats d'Allemagne , me repofant avec
plaifir fur l'affection de mon peuple , & fur fon
» zele pour la défenfe de ma perfonne & de mes
>>Royaumes . Meffieurs de la Chambre des Com-
»munes : Je ferai remettre devant vous , lorfqu'il
» en fera temps , l'état des dépenfes . J'attends de
>>votre fageffe que vous préférerez le parti de ne
» rien épargner pour foutenir la guerre avec vi-
»gueur , au parti de vous expofer à la rendre plus
»coûteufe par la fuite , en employant pour le
»préfent des efforts moins efficaces . Je vous ai
>>montré les dangers & les befoins de l'Etat . C'eſt
Ȉ votre prudence de chercher les moyens de
»rendre à mon peuple , les moins onéreux qu'il
»fera poffible , les fardeaux que vous jugerez
K iv
224 MERCURE DE FRANCE.
indifpenfables de lui impofer. Mylords & Meffieurs
, Je ne puis négliger de mettre devant
>vos yeux tout ce que les pauvres fouffrent de la
»cherté des grains , & les inconvéniens qui en
>>peuvent réfulter. Je vous recommande de pren-
>>dre les mesures convenables , pour prévenir à
» cet égard dans la fuite les mauvaiſes mancupvres.
Mes Sujets , à l'occafion du malheureux
»fuccès de nos armes dans la Méditerranée ,
» m'ont donné des preuves éclatantes de l'intérêt
qu'ils prennent à mon honneur & à celui de ma
>> Couronne. Ils éprouveront de ma part un jufle
>> retour par mes foins infatiguables & mes efforts
>> continuels pour la gloire & le bonheur de la
>>>Nation . >>
DE LA HAYE , le 22 Novembre.
Une nouvelle Ordonnance des Etats Généraux
enjoint à tous les Vaiffeaux de guerre & Armateurs
étrangers , qui relâcheront dans les Ports & Rades
de cette République , d'arborer en s'y préfentant
le Pavillon de la Puiffance à laquelle ils
appartiennent ; de ne point y entrer fans une
permiffion de l'Amirauté du lieu , & de n'y donner
ni aux habitans , ni aux étrangers aucun fujet
de fe plaindre. Il eft défendu par la même Ordonnance
aux sujets de la République , d'acheter
aucuns effets des prifes qui feront faites par les
Armateurs , & les contrevenans feront condamnés
à mille florins d'amende.
On apprend de Cologne qu'il y eût le 19 de ce
mois , à trois heures du matin , une fecouffe de
tremblement de terre , qui ne dura qu'environ
trente fecondes , mais qui fut très - violente . Elle
s'eft fait fentir à Bonn , à Limbourg , à Malmedy,
& dans plufieurs autres lieux.
DE LONDRES , le 7 Décembre.
On prépare à Wolwich dix mille bombes , dont
le public ignore la deſtination . Il n'y a eu aucun
moyen d'engager les habitans des Provinces de
Kent & de Hampſhire , à recevoir dans les Villes ,
même dans les Villages , les troupes de Hanovre
& de Heffe.
Des dépêches qu'on recut le 20 Novembre
de la Nouvelle Yorck , marquent qu'il regne
beaucoup de maladies parmi les troupes que commande
le Lord Loudon. On a été informé par
les mêmes avis , que ce Lord avoit fait marcher
plufieurs détachemens , pour tâcher d'arrêter les
courfes des Sauvages , qui répandent la terreur dans
toutes les Colonies Angloifes de l'Amérique Septentrionale
.
Les Vaiffeaux de guerre le Kennington & le
Sutherland, partirent le 6 de Corck pour ces Colonies
. Ils ont fous leur convoi quatorze Bâtimens
de tranfport, à bord defquels on a fait embarquer
le Régiment d'Offarel , & les détachemens tirés
des Régimens d'Infanterie fur l'établiſſement d'Irlande.
Quatre Bataillons des troupes Hanoveriennes
s'embarquerent le 24 du mois dernier , pour retourner
en Allemagne. On y fera repaffer fucceffivement
en deux autres divifions le refte de ces troupes
, qui eft encore actuellement campé près de
Maidstone malgré la rigueur de la faifon . Plufieurs
Frégates croiferont cet hyver dans la Manche.L'Amiral
Byng , & le fieur Shirley , ci - devant Gouverneur
de la Nouvelle Angleterre , fubiront dans
peu leurs interrogatoires . Il s'eft tenu ces jours-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
1
ci un grand Confeil à Whitehall , pour délibérer
fur les moyens de faire baiffer le prix du bled.
Conformément aux réfolutions prifes dans ce Confeil
, on publia le 26 une Proclamation , pour
défendre l'exportation des grains. En plufieurs endroits
ils étoient d'une telle rareté , que la populace
, craignant de manquer de pain , s'eft attroupée
tumultueufement , & a commis de grands défordres.
On n'eft parvenu à la calmer , qu'en recherchant
les perfonnes qui avoient fait fécrettement
des magaſins , & en les contraignant de vendre
à un prix modique tout le bled qu'elles y
avoient amaffé . Le 27 , le Roi nomma le Géné–
ral Blakeney Chevalier de l'Ordre du Bain. Sa
Majefté le même jour , créa ce Général Pair d'Irlande
, fous le titre de Vicomte d'Innitkilling .
L'ouverture du Parlement fe fit le 2 Décembre
avec les cérémonies accoutumées .
ע
Le Roi fit ce difcours : « Milord & Meffieurs ,
je vous ai fait affembler dans une conjoncture
qui requiert particuliérement les délibérations ,
» les avis & le fecours du Parlement , & je me
flatte, moyennant la protection de la divine Pro-
>> vidence , que l'union & la fermeté qui regnent
»parmi mes fideles Sujets , me feront fortir avec
>> honneur de toutes les difficultés , & feront triom-
» pher enfin de l'ancien ennemi de ces Royaumes ,
la dignité de ma Couronne & fes droits incon-
>> teftables. Un des principaux objets de mon at-
>>tention & de mon inquiétude , eft la défenſe &
>> la confervation de nos poffeffions en Amérique.
» Le danger éminent , auquel nos Colonies font
exposées , exige des réfolutions auffi promptes
>>que vigoureufes. Le foin de pourvoir à la fûreté
» de ces trois Royaumes n'occupe pas moins mon
efprit. Dans l'occurrence préfente , je n'ai rien
JANVIER. 1757. 223
»tant à coeur que de ne laiffer à mon peuple fur
>> cet article aucun fujet de mécontentement. A
>> cette fin , une Milice nationale , établie propor-
>>tionnellement aux forces & aux befoins de l'Ewtat
, peut devenir une avantageuſe reſſource
»dans le péril général . Je recommande l'établiffe-
>> ment de cette Milice au zele & à la vigilance de
>> mon Parlement. L'alliance peu naturelle que ,
>> contre toute attente , ont contractée des Puiffan-
>> ces étrangeres ; les malheurs qui , en conféquen-
» ce de cette dangereufe alliance , peuvent , par
» l'entrée de troupes étrangeres dans l'Empire ,
>>porter une funefte atteinte aux conftitutions du
»Corps Germanique , renverfer fon fyftême &
Dentrainer l'oppreffion du parti Proteftant , font
» des événemens qui ont fixé les yeux de l'Europe
>> fur cette nouvelle & dangereufe crife , & qui
»doivent affliger fenfiblement tous les Ordres de
>> la Nation Britannique . J'ai ordonné au corps de
»mes troupes Electorales , que j'avois fait venir
à la réquifition de mon Parlement , de retourner
» dans mes Etats d'Allemagne , me repofant avec
plaifir fur l'affection de mon peuple , & fur fon
» zele pour la défenfe de ma perfonne & de mes
>>Royaumes . Meffieurs de la Chambre des Com-
»munes : Je ferai remettre devant vous , lorfqu'il
» en fera temps , l'état des dépenfes . J'attends de
>>votre fageffe que vous préférerez le parti de ne
» rien épargner pour foutenir la guerre avec vi-
»gueur , au parti de vous expofer à la rendre plus
»coûteufe par la fuite , en employant pour le
»préfent des efforts moins efficaces . Je vous ai
>>montré les dangers & les befoins de l'Etat . C'eſt
Ȉ votre prudence de chercher les moyens de
»rendre à mon peuple , les moins onéreux qu'il
»fera poffible , les fardeaux que vous jugerez
K iv
224 MERCURE DE FRANCE.
indifpenfables de lui impofer. Mylords & Meffieurs
, Je ne puis négliger de mettre devant
>vos yeux tout ce que les pauvres fouffrent de la
»cherté des grains , & les inconvéniens qui en
>>peuvent réfulter. Je vous recommande de pren-
>>dre les mesures convenables , pour prévenir à
» cet égard dans la fuite les mauvaiſes mancupvres.
Mes Sujets , à l'occafion du malheureux
»fuccès de nos armes dans la Méditerranée ,
» m'ont donné des preuves éclatantes de l'intérêt
qu'ils prennent à mon honneur & à celui de ma
>> Couronne. Ils éprouveront de ma part un jufle
>> retour par mes foins infatiguables & mes efforts
>> continuels pour la gloire & le bonheur de la
>>>Nation . >>
DE LA HAYE , le 22 Novembre.
Une nouvelle Ordonnance des Etats Généraux
enjoint à tous les Vaiffeaux de guerre & Armateurs
étrangers , qui relâcheront dans les Ports & Rades
de cette République , d'arborer en s'y préfentant
le Pavillon de la Puiffance à laquelle ils
appartiennent ; de ne point y entrer fans une
permiffion de l'Amirauté du lieu , & de n'y donner
ni aux habitans , ni aux étrangers aucun fujet
de fe plaindre. Il eft défendu par la même Ordonnance
aux sujets de la République , d'acheter
aucuns effets des prifes qui feront faites par les
Armateurs , & les contrevenans feront condamnés
à mille florins d'amende.
On apprend de Cologne qu'il y eût le 19 de ce
mois , à trois heures du matin , une fecouffe de
tremblement de terre , qui ne dura qu'environ
trente fecondes , mais qui fut très - violente . Elle
s'eft fait fentir à Bonn , à Limbourg , à Malmedy,
& dans plufieurs autres lieux.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En décembre 1756, plusieurs événements marquants se sont produits en Grande-Bretagne et en Europe. À Londres, la préparation de dix mille bombes, dont la destination reste inconnue, est en cours. Dans les provinces de Kent et de Hampshire, les habitants refusent d'accueillir les troupes de Hanovre et de Hesse. En Nouvelle-York, des dépêches signalent des maladies parmi les troupes du Lord Loudon, qui a envoyé des détachements pour contrer les attaques des Amérindiens. Les vaisseaux de guerre Kennington et Sutherland, accompagnés de quatorze bâtiments de transport, ont quitté Cork pour l'Amérique du Nord avec des régiments embarqués. Quatre bataillons de troupes hanovriennes sont rentrés en Allemagne, et d'autres divisions suivront. Plusieurs frégates patrouilleront dans la Manche. L'amiral Byng et l'ancien gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, Shirley, doivent subir des interrogatoires. Un grand conseil à Whitehall a délibéré sur la hausse du prix du blé, menant à une proclamation interdisant l'exportation des grains. Des émeutes ont éclaté en raison de la rareté du blé, calmées par la vente forcée des réserves. Le roi a nommé le général Blakeney chevalier de l'Ordre du Bain et pair d'Irlande. Le Parlement a été ouvert le 2 décembre, et le roi a prononcé un discours sur la défense des possessions américaines, la sécurité des royaumes, et la création d'une milice nationale. Il a également mentionné l'alliance dangereuse des puissances étrangères et les menaces pour le Corps Germanique. Le roi a ordonné le retour des troupes électorales en Allemagne, se reposant sur l'affection de son peuple. Il a recommandé au Parlement de soutenir la guerre avec vigueur et de prendre des mesures contre la cherté des grains. À La Haye, une ordonnance des États Généraux régule l'entrée des vaisseaux étrangers dans les ports. Un tremblement de terre a été ressenti à Cologne et dans les environs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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78
p. 222-228
Seconde Déclaration du Roi, pour la Discipline du Parlement.
Début :
Louis, &c. la réduction que nous avons ordonnée du nombre des Officiers de notre [...]
Mots clefs :
Parlement, Discipline, Déclaration du roi, Fonctions, Magistratures, Assemblées, Chambres, Articles
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texteReconnaissance textuelle : Seconde Déclaration du Roi, pour la Discipline du Parlement.
Seconde Déclaration du Roi , pour la Discipline du
Parlement .
Louis , &c. la réduction que nous avons ordonnée
du nombre des Officiers de notre Parlement
de Paris , en nous procurant l'avantage de
choiſir parmi ceux qui ſe préfenteront pour y entrer
, les Sujets qui nous paroîtront les plus propres
à remplir les fonctions de la Magiftrature , ne
fera qu'aſſurer de plus en plus l'adminiſtration la
plus exacte de la Juſtice dans ce Tribunal : mais
ayant reconnu que le défaut de la difcipline qui
s'obſerve dans l'intérieur de cette Compagnie , en
ce qui concerne ſingulièrement les matieres d'ordre
public , nuit le plus ſouvent à l'expédition des
affaires qui y font relatives , ſoit en confondant
les objets qui peuvent ou qui doivent être traités
dans l'aſſemblée des Chambres , ſoit en multipliant
ces aſſemblées , au préjudice de l'expédition
des affaires des particuliers ; nous avons en
même temps conſidéré que ſi la nature des affaires
ordinaires a exigé que la décifion n'en fût confiée
qu'à des Magiſtrats d'un expérience reconnue ,
ces mêmes conſidérations devenoient encore plus
effentielles & plus néceffaires pour les affaires
d'un ordre fupérieur , qui ne ſe déliberent que
dans les Chambres aſſemblées , & que le poids &
la dignité des délibérations qui doivent s'y prendre
, demandoient que les nouveaux Magiſtrats ne
JANVIER. 1757 . 22.3
puſſent déſormais y être admis , qu'après s'être
formes par le ſervice d'un certain nombre d'années
; nous avons donc jugé que l'admiſſion à l'afſemblée
des Chambres , la convocation de ces afſemblées
& la diſcuſſion des matieres qui y font
portées, doivent être ſoumiſes à des regles ,& nous
ne pouvons mieux veiller à leur obſervation , qu'en
nous repoſant du ſoin d'une partie de ces objets ,
fur les perſonnes mêmes de notre Parlement , dont
la maturité , la capacité & l'expérience , ſont propres
à leur concilier la vénération de nos peuples ,
&à leur mériter notre confiance & la leur. C'eſt
par une ſuite de cette même confiance , que nous
ferons toujours diſpoſés à écouter favorablement
les remontrances que le zele de notre Parlement
pour le bien de notre Etat pourra lui inſpirer :
mais ſi l'uſagede ces remontrances n'étoit lui -même
réglé par la prudence & le reſpect pour nos
ordres , il dégénéreroit dans un abus contraire à
notre autorité. Le droit législatif qui réſide en notre
Couronne ſeule , ne s'étend pas moins ſur les
Magiftrats que ſur les peuples auxquels nous les
avons chargés de rendre la juſtice en notre nom ;
& le premier de leurs devoirs eſt de donner à nos
Sujets l'exemple de la ſoumiſſion & de l'obéifſance.
Aces cauſes , & autres à ce nous mouvant , de
l'avis de notre Conſeil , &de notre certaine ſcience
, pleine puiſſance & autorité royale , nous
avons dit , déclaré & ordonné , & par ces préſentes
ſignées de notre main , diſons , déclarons &
ordonnons , voulons & nous plaît ce qui fuit :
ART. I. Tout ce qui concerne la police générale
dans les matieres civiles ou eccléſiaſtiques , ſera &
demeurera ſpécialement attribué à la Grand Chambre
de notre Parlement , qui ſeule en pourra
connoître , foit par appel ſimple ou comme d'a-1
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
bus , foit en premiere instance , ſans que fous
aucun prétexte , les Officiers des Chambres des
Enquêtes & Requêtes de notredit Parlement puifſent
en prendre connoiſſance , fi ce n'eſt dans les
cas où l'affemblée des Chambres auroit été jugée
néceſſaire , ainſi qu'il fera dit ci-après ; n'entendons
néanmoins empêcher que les appels comme
d'abus incident aux procès qui ſeroient pendans
en l'une des trois Chambres des Enquêtes , ne
puiffent y être jugés en la maniere accoutumée.
II. Pour lejugement des cauſes &matieres énoncées
dans l'article précédent , tous les Préfidens
de notre Parlement , & les Confeillers ayant féance
en la Grand Chambre pourront y affifter , encore
qu'aucunsd'eux fufſent de ſervice en laChambre
de la Tournelle , & généralement tous ceux
qui ont le droit de fiéger en la Grand Chambre.
III. Les Chambres ne pourront être aſſemblées
pour le jugement deſdites cauſes & matieres
qu'au préalable le Premier Préſident , ou celui
qui, en ſon abſence , préſidera la Compagnie ,
n'ait été inſtruit des motifs pour leſquels ſera demandée
ladite aſſemblée , & des objets ſur lefquels
on ſe propoſe de délibérer.
IV. Le Premier Préſident , ou celui qui , en fon
abfence , préſidera , communiquera aux Préfidens
du Parlement & à la Grand Chambre aſſemblée ,
la demande qui lui ſera faite de l'aſſemblée des
Chambres & les motifs d'icelle , pour , fur le
tout , être par toute ladite Chambre délibéré s'il
y a lieu à aſſembler les Chambres ; & dans le cas
où à la pluralité des ſuffrages il auroit été arrêté
d'aſſembler leſdites Chambres , il y ſera procédé
en la forme ordinaire & accoutumée.
V. Dans le cas où il auroit été délibéré qu'il n'y a
lieu à affembler les Chambres , défendons à tous
JANVIER . 1757 . 225
& chacun des Officiers des Enquêtes & Requêtes ,
de venir prendre place en la Grand Chambre , &
de troubler & interrompre les audiences & fervices
ordinaires; le toutà peine de deſobéiſſance ,
même de privation d'office .
VI. Ne pourront dans aucun cas être faites aucunes
dénonciations à notre Parlement que par le
miniftere de notre Procureur général , Lauf néanmoins
à ceux qui ſeroient inſtruits de quelques
faits qu'ils regarderoient comme ſujets à dénonciation
, d'en informer le Premier Préſident , ou
celui qui en fon abſence , préſidera , pour ,
ſur le compte qu'il en rendra en la Grand Chambre
, être enjoint au Procureur général de faire
ladite dénonciation , s'il y a lieu , ſans même que
ſous prétexte d'aſſemblée pour la réception d'aucuns
officiers ayant féance en ladite Cour , il puifſe
en être ufé autrement.
,
VII. La délibération preſcrite par l'article IV
de notre préſente declaration , pour déterminer
par ladite Grand Chambre aſſemblée les cas efquels
il conviendra d'aſſembler les Chambres , aura
lieu en toute matiere , ſauf néanmoins à l'égard
de nos ordonnances , édits , déclarations ou lettres
patentes concernant Padminiſtration général
de la justice , les impoſitions nouvelles , les créations
de rentes & d'office , à l'enregiſtrement defquelles
il ne pourra être procédé qu'aux Chambres
aſſemblées , comme par le paſſe .
VIII . En procédant à l'enregiſtrement deſdites
ordonnances , édits , déclarations ou lettres patentes
, pourra notredite Cour de Parlement arrêter
qu'il nous foit fait telles remontrances& repréſentations
qu'elle eſtimera convenables au bien
de notre ſervice & à l'intérêt public .
Kv :
226 MERCURE DE FRANCE.
IX. Notredite Cour de Parlement ſera tenue
de vaquer à la confection deſdites remontrances
ou repréſentations , auffi-tôt qu'elles auront été
arrêtées , en ſorte qu'elles puiſſent nous être préſentées
dans la quinzaine , au plus tard , du jour
que leſdites ordonnances , édits , déclarations ou
lettres patentes auront été remiſes à ladite Cour
par nos Avocats & Procureur généraux , lequel
delà ne pourra être prorogé ſans notre congé &
permiſſion ſpéciale.
,
X. Lorſqu'il nous aura plu de répondre auxdites
remontrances ou repréſentations , notre Parlement
ſera tenu d'enregiſtrer dans le lendemain duz
jour de notre réponſe lefdites ordonnances ,
édits , déclarations ou lettres patentes , ſaufànotredite
Cour , après ledit enregiſtrement , à nous
repréſenter ce qu'elle aviſera bon être ſur l'exécu
tion d'icelles , poury être par nous pourvu ainfi
que nous le jugerons à propos , ſans néanmoins
queleſdites repréſentations puiſſent ſuſpendre l'éxécutionde
noſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , juſqu'à ce que nous
ayons de nouveau expliqué nos intentions.
XI. Faute par notre Cour de Parlement de procéder
à l'enregistrement preſcrit par l'article précédent
deſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , dans le jour qui ſuivra celui
de la réponſeque nous aurons faite à ces remontrances
ou répréſentations , voulons & ordonnons
que nofdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes foient tenues pour publiées &
enrégiſtrées , qu'elles ſoient gardées & obfervées ,
&qu'elles foient envoyées par notre Procureur
général aux Bailliages , Sénéchauffées & Sieges
du reffort , pour y être pareillement gardées &
obſervées.
JANVIER. 1757. 227
XII. Les Conſeillers en notre Cour de Parle-
,
ment , foit clercs ou lais , qui y feront reçus à
l'avenir , à compter du jour de l'enregiſtrement
de notre préſente déclaration ne pourront
avoir entrée , féance & voix délibérative en l'afſemblée
des Chambres dudit Parlement , qu'après
qu'ils auront ſervi dix ans dans ladite Compagnie
a compter du jour de leurs réceptions , dont ſera
fait mention expreſſe dans les provifions qu'ils
obtiendront deſdits offices: exceptons néanmoins
les aſſemblées qui fe tiennent pour la lecture des
ordonnances , pour les mercuriales & la réception
des officiers , en ce qui concerne ſeulement
l'objet ordinaire de la lecture deſdites ordonnances
, deſdites mercuriales & réceptions des Officiers
ayant féance audit Parlement.
XIII. Voulons pareillement qu'il ne ſoit accordé
aucunes lettres de diſpenſe , ſous quelque prétexte
que ce puiſſe être , à l'effet de donner voix
délibérative avant l'âge de vingt- cinq ans ; n'entendons
néanmoins abroger l'uſage dans lequel eſt
notredit Parlement de Paris de compter la voix
des Rapporteurs dans les affaires dont ils font le
rapport , encore qu'ils n'ayent pas l'âge de vingtcinq
ans.
XIV. Faifons très-expreſſes inhibitions & dé
fenfes à tous & chacun des officiers de notredite
Cour de Parlement de Paris , de ceſſer , fufpendre
ou interrompre , pour quelque caufe & fous
quelque prétexte que ce ſoit, leurs fonctions &
le ſervice ordinaire & accoutumé , auquel ils font
obligés , tant envers nous qu'envers nos fujers ,
ni de former ou propoſer ſous aucun prétexte ,
aucune délibération contraire au préſent art ce ,
fous peine de deſobéiflance & de privation de
leurs offices.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
XV. Ordonnons que tout le contenu en la pré
ſente déclaration , ſoit à toujours gardé & obfervé
dans notredite Cour de Parlement. Défendons
au Premier Préſident & aux autres Préfidens de
notre Parlement , de permettre aucune affemblée
ou déliberation à ce ſujet , d'y préſider , même
d'y affifter , à peine de deſobéiffance ; déclarons
nulles toute aſſemblée & délibération contraires à
la préſente diſpoſition. Si donnons en Mandement
à nos amés & féaux Conſeillers les Gens tenant
notre Cour de Parlement à Paris , que ces
préſentes ils aient à faire lire & régiſtrer , & le
contenu en icelles garder & obſerver ſelon leur
forme &teneur : Car tel eſt notre plaiſir. En témoin
de quoi nous avons fait mettre notre ſcelàceſdites
préſentes. Donné à Verſailles le dixieme jour de
Décembre , l'an de grace mil ſept cent cinquantefix
,& de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
LOUIS . Et plus bas , par le Roi , M. P. de Voyer
d'Argenſon. Et ſcellé du grand ſceau de cire jaune.
Lue publiée , le Roiféant enſon Lit dejustice,
de régistrée , oui , & ce requérant le Procureur
général du Roi , pour être exécutée selonsaforme
teneur . A Paris , en Parlement , le Roi tenant
Son Lit de Justice , le treize Décembre milſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Nous donnerons l'Edit, portant fuppreffion
de deux Chambres des Enquêtes
dans le Mercure prochain .
Parlement .
Louis , &c. la réduction que nous avons ordonnée
du nombre des Officiers de notre Parlement
de Paris , en nous procurant l'avantage de
choiſir parmi ceux qui ſe préfenteront pour y entrer
, les Sujets qui nous paroîtront les plus propres
à remplir les fonctions de la Magiftrature , ne
fera qu'aſſurer de plus en plus l'adminiſtration la
plus exacte de la Juſtice dans ce Tribunal : mais
ayant reconnu que le défaut de la difcipline qui
s'obſerve dans l'intérieur de cette Compagnie , en
ce qui concerne ſingulièrement les matieres d'ordre
public , nuit le plus ſouvent à l'expédition des
affaires qui y font relatives , ſoit en confondant
les objets qui peuvent ou qui doivent être traités
dans l'aſſemblée des Chambres , ſoit en multipliant
ces aſſemblées , au préjudice de l'expédition
des affaires des particuliers ; nous avons en
même temps conſidéré que ſi la nature des affaires
ordinaires a exigé que la décifion n'en fût confiée
qu'à des Magiſtrats d'un expérience reconnue ,
ces mêmes conſidérations devenoient encore plus
effentielles & plus néceffaires pour les affaires
d'un ordre fupérieur , qui ne ſe déliberent que
dans les Chambres aſſemblées , & que le poids &
la dignité des délibérations qui doivent s'y prendre
, demandoient que les nouveaux Magiſtrats ne
JANVIER. 1757 . 22.3
puſſent déſormais y être admis , qu'après s'être
formes par le ſervice d'un certain nombre d'années
; nous avons donc jugé que l'admiſſion à l'afſemblée
des Chambres , la convocation de ces afſemblées
& la diſcuſſion des matieres qui y font
portées, doivent être ſoumiſes à des regles ,& nous
ne pouvons mieux veiller à leur obſervation , qu'en
nous repoſant du ſoin d'une partie de ces objets ,
fur les perſonnes mêmes de notre Parlement , dont
la maturité , la capacité & l'expérience , ſont propres
à leur concilier la vénération de nos peuples ,
&à leur mériter notre confiance & la leur. C'eſt
par une ſuite de cette même confiance , que nous
ferons toujours diſpoſés à écouter favorablement
les remontrances que le zele de notre Parlement
pour le bien de notre Etat pourra lui inſpirer :
mais ſi l'uſagede ces remontrances n'étoit lui -même
réglé par la prudence & le reſpect pour nos
ordres , il dégénéreroit dans un abus contraire à
notre autorité. Le droit législatif qui réſide en notre
Couronne ſeule , ne s'étend pas moins ſur les
Magiftrats que ſur les peuples auxquels nous les
avons chargés de rendre la juſtice en notre nom ;
& le premier de leurs devoirs eſt de donner à nos
Sujets l'exemple de la ſoumiſſion & de l'obéifſance.
Aces cauſes , & autres à ce nous mouvant , de
l'avis de notre Conſeil , &de notre certaine ſcience
, pleine puiſſance & autorité royale , nous
avons dit , déclaré & ordonné , & par ces préſentes
ſignées de notre main , diſons , déclarons &
ordonnons , voulons & nous plaît ce qui fuit :
ART. I. Tout ce qui concerne la police générale
dans les matieres civiles ou eccléſiaſtiques , ſera &
demeurera ſpécialement attribué à la Grand Chambre
de notre Parlement , qui ſeule en pourra
connoître , foit par appel ſimple ou comme d'a-1
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
bus , foit en premiere instance , ſans que fous
aucun prétexte , les Officiers des Chambres des
Enquêtes & Requêtes de notredit Parlement puifſent
en prendre connoiſſance , fi ce n'eſt dans les
cas où l'affemblée des Chambres auroit été jugée
néceſſaire , ainſi qu'il fera dit ci-après ; n'entendons
néanmoins empêcher que les appels comme
d'abus incident aux procès qui ſeroient pendans
en l'une des trois Chambres des Enquêtes , ne
puiffent y être jugés en la maniere accoutumée.
II. Pour lejugement des cauſes &matieres énoncées
dans l'article précédent , tous les Préfidens
de notre Parlement , & les Confeillers ayant féance
en la Grand Chambre pourront y affifter , encore
qu'aucunsd'eux fufſent de ſervice en laChambre
de la Tournelle , & généralement tous ceux
qui ont le droit de fiéger en la Grand Chambre.
III. Les Chambres ne pourront être aſſemblées
pour le jugement deſdites cauſes & matieres
qu'au préalable le Premier Préſident , ou celui
qui, en ſon abſence , préſidera la Compagnie ,
n'ait été inſtruit des motifs pour leſquels ſera demandée
ladite aſſemblée , & des objets ſur lefquels
on ſe propoſe de délibérer.
IV. Le Premier Préſident , ou celui qui , en fon
abfence , préſidera , communiquera aux Préfidens
du Parlement & à la Grand Chambre aſſemblée ,
la demande qui lui ſera faite de l'aſſemblée des
Chambres & les motifs d'icelle , pour , fur le
tout , être par toute ladite Chambre délibéré s'il
y a lieu à aſſembler les Chambres ; & dans le cas
où à la pluralité des ſuffrages il auroit été arrêté
d'aſſembler leſdites Chambres , il y ſera procédé
en la forme ordinaire & accoutumée.
V. Dans le cas où il auroit été délibéré qu'il n'y a
lieu à affembler les Chambres , défendons à tous
JANVIER . 1757 . 225
& chacun des Officiers des Enquêtes & Requêtes ,
de venir prendre place en la Grand Chambre , &
de troubler & interrompre les audiences & fervices
ordinaires; le toutà peine de deſobéiſſance ,
même de privation d'office .
VI. Ne pourront dans aucun cas être faites aucunes
dénonciations à notre Parlement que par le
miniftere de notre Procureur général , Lauf néanmoins
à ceux qui ſeroient inſtruits de quelques
faits qu'ils regarderoient comme ſujets à dénonciation
, d'en informer le Premier Préſident , ou
celui qui en fon abſence , préſidera , pour ,
ſur le compte qu'il en rendra en la Grand Chambre
, être enjoint au Procureur général de faire
ladite dénonciation , s'il y a lieu , ſans même que
ſous prétexte d'aſſemblée pour la réception d'aucuns
officiers ayant féance en ladite Cour , il puifſe
en être ufé autrement.
,
VII. La délibération preſcrite par l'article IV
de notre préſente declaration , pour déterminer
par ladite Grand Chambre aſſemblée les cas efquels
il conviendra d'aſſembler les Chambres , aura
lieu en toute matiere , ſauf néanmoins à l'égard
de nos ordonnances , édits , déclarations ou lettres
patentes concernant Padminiſtration général
de la justice , les impoſitions nouvelles , les créations
de rentes & d'office , à l'enregiſtrement defquelles
il ne pourra être procédé qu'aux Chambres
aſſemblées , comme par le paſſe .
VIII . En procédant à l'enregiſtrement deſdites
ordonnances , édits , déclarations ou lettres patentes
, pourra notredite Cour de Parlement arrêter
qu'il nous foit fait telles remontrances& repréſentations
qu'elle eſtimera convenables au bien
de notre ſervice & à l'intérêt public .
Kv :
226 MERCURE DE FRANCE.
IX. Notredite Cour de Parlement ſera tenue
de vaquer à la confection deſdites remontrances
ou repréſentations , auffi-tôt qu'elles auront été
arrêtées , en ſorte qu'elles puiſſent nous être préſentées
dans la quinzaine , au plus tard , du jour
que leſdites ordonnances , édits , déclarations ou
lettres patentes auront été remiſes à ladite Cour
par nos Avocats & Procureur généraux , lequel
delà ne pourra être prorogé ſans notre congé &
permiſſion ſpéciale.
,
X. Lorſqu'il nous aura plu de répondre auxdites
remontrances ou repréſentations , notre Parlement
ſera tenu d'enregiſtrer dans le lendemain duz
jour de notre réponſe lefdites ordonnances ,
édits , déclarations ou lettres patentes , ſaufànotredite
Cour , après ledit enregiſtrement , à nous
repréſenter ce qu'elle aviſera bon être ſur l'exécu
tion d'icelles , poury être par nous pourvu ainfi
que nous le jugerons à propos , ſans néanmoins
queleſdites repréſentations puiſſent ſuſpendre l'éxécutionde
noſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , juſqu'à ce que nous
ayons de nouveau expliqué nos intentions.
XI. Faute par notre Cour de Parlement de procéder
à l'enregistrement preſcrit par l'article précédent
deſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , dans le jour qui ſuivra celui
de la réponſeque nous aurons faite à ces remontrances
ou répréſentations , voulons & ordonnons
que nofdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes foient tenues pour publiées &
enrégiſtrées , qu'elles ſoient gardées & obfervées ,
&qu'elles foient envoyées par notre Procureur
général aux Bailliages , Sénéchauffées & Sieges
du reffort , pour y être pareillement gardées &
obſervées.
JANVIER. 1757. 227
XII. Les Conſeillers en notre Cour de Parle-
,
ment , foit clercs ou lais , qui y feront reçus à
l'avenir , à compter du jour de l'enregiſtrement
de notre préſente déclaration ne pourront
avoir entrée , féance & voix délibérative en l'afſemblée
des Chambres dudit Parlement , qu'après
qu'ils auront ſervi dix ans dans ladite Compagnie
a compter du jour de leurs réceptions , dont ſera
fait mention expreſſe dans les provifions qu'ils
obtiendront deſdits offices: exceptons néanmoins
les aſſemblées qui fe tiennent pour la lecture des
ordonnances , pour les mercuriales & la réception
des officiers , en ce qui concerne ſeulement
l'objet ordinaire de la lecture deſdites ordonnances
, deſdites mercuriales & réceptions des Officiers
ayant féance audit Parlement.
XIII. Voulons pareillement qu'il ne ſoit accordé
aucunes lettres de diſpenſe , ſous quelque prétexte
que ce puiſſe être , à l'effet de donner voix
délibérative avant l'âge de vingt- cinq ans ; n'entendons
néanmoins abroger l'uſage dans lequel eſt
notredit Parlement de Paris de compter la voix
des Rapporteurs dans les affaires dont ils font le
rapport , encore qu'ils n'ayent pas l'âge de vingtcinq
ans.
XIV. Faifons très-expreſſes inhibitions & dé
fenfes à tous & chacun des officiers de notredite
Cour de Parlement de Paris , de ceſſer , fufpendre
ou interrompre , pour quelque caufe & fous
quelque prétexte que ce ſoit, leurs fonctions &
le ſervice ordinaire & accoutumé , auquel ils font
obligés , tant envers nous qu'envers nos fujers ,
ni de former ou propoſer ſous aucun prétexte ,
aucune délibération contraire au préſent art ce ,
fous peine de deſobéiflance & de privation de
leurs offices.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
XV. Ordonnons que tout le contenu en la pré
ſente déclaration , ſoit à toujours gardé & obfervé
dans notredite Cour de Parlement. Défendons
au Premier Préſident & aux autres Préfidens de
notre Parlement , de permettre aucune affemblée
ou déliberation à ce ſujet , d'y préſider , même
d'y affifter , à peine de deſobéiffance ; déclarons
nulles toute aſſemblée & délibération contraires à
la préſente diſpoſition. Si donnons en Mandement
à nos amés & féaux Conſeillers les Gens tenant
notre Cour de Parlement à Paris , que ces
préſentes ils aient à faire lire & régiſtrer , & le
contenu en icelles garder & obſerver ſelon leur
forme &teneur : Car tel eſt notre plaiſir. En témoin
de quoi nous avons fait mettre notre ſcelàceſdites
préſentes. Donné à Verſailles le dixieme jour de
Décembre , l'an de grace mil ſept cent cinquantefix
,& de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
LOUIS . Et plus bas , par le Roi , M. P. de Voyer
d'Argenſon. Et ſcellé du grand ſceau de cire jaune.
Lue publiée , le Roiféant enſon Lit dejustice,
de régistrée , oui , & ce requérant le Procureur
général du Roi , pour être exécutée selonsaforme
teneur . A Paris , en Parlement , le Roi tenant
Son Lit de Justice , le treize Décembre milſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Nous donnerons l'Edit, portant fuppreffion
de deux Chambres des Enquêtes
dans le Mercure prochain .
Fermer
Résumé : Seconde Déclaration du Roi, pour la Discipline du Parlement.
En janvier 1757, Louis XV émit une déclaration royale visant à réformer et discipliner le Parlement de Paris. Le roi ordonna la réduction du nombre d'officiers pour ne conserver que les plus aptes à administrer la justice. Il souligna que le manque de discipline au sein du Parlement entravait l'expédition des affaires publiques et privées. Pour remédier à cette situation, il imposa des règles strictes pour l'admission des nouveaux magistrats aux assemblées des Chambres, stipulant qu'ils ne pourraient y participer qu'après dix années de service. La déclaration attribua la police générale des matières civiles et ecclésiastiques à la Grand Chambre, interdisant aux officiers des Chambres des Enquêtes et Requêtes de s'en occuper sauf en cas d'assemblée nécessaire. Le Premier Président ou son remplaçant devait être informé des motifs des assemblées et des objets de délibération. La déclaration interdit également toute dénonciation au Parlement sans passer par le Procureur général. Elle régula les remontrances du Parlement concernant les ordonnances royales, imposant un délai de quinzaine pour leur présentation après leur remise. En cas de non-respect de ces règles, les ordonnances seraient considérées comme publiées et enregistrées. Les conseillers ne pourraient avoir voix délibérative en assemblée des Chambres qu'après dix années de service et ne pourraient obtenir de dispense avant l'âge de vingt-cinq ans. Enfin, le roi interdit aux officiers du Parlement d'interrompre leurs fonctions et de proposer des délibérations contraires à la déclaration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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79
p. 204-216
Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
Début :
Louis, &c. A tous présens & à venir ; Salut. Nous avons toujours regardé [...]
Mots clefs :
Édit du roi, Offices, Enquêtes, Chambres, Parlement, Conseillers, Présidents, Commissaires, Prix, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
Edit du Roi , portantfuppreſſion de deux Chambres
des Enquêtes , & de plusieurs Offices dans le
Parlement de Paris.
LOUIS , &c. A tous préſens & à venir ; Salut.
Nous avons toujours régardé l'adminiſtration de
la justice comme la fonction la plus auguſte de
notre puiſſance ſouveraine , &la plus importante
pour le bonheur & la tranquillité de nos ſujets.
Nous fentons tout ce qu'elle exige de notre attentiondans
le choix des Magiſtrats auxquels nous
confions le ſoinde la rendre , & qui deviennent
en cette partie , dépositaires de notre autorité.
Rien ne nous a jamais paru plus contraire au bien
de la justice , que le relâchement dans ce choix ,
&riende plus propre à l'introduire , que la multiplicité
desoffices dejudicature : auſſi nous avons
dans tous les temps envisagé la réduction de leur
nombre comme un véritable bien , & comme
unmoyen de conferver l'honneur & la dignité
de la Magiftrature , que nous avons à coeur
de maintenir. Ces mêmes ſentimens ont animé
les Rois nos prédéceſſeurs ; & fi la difficulté
des circonstances les a quelquefois obligés de
multiplier le nombre des offices, les édits mêmes
de leur création ſont autant de monumens qui
conferveront à jamais le regret qu'ils ont eude
faire uſage de ces reſſources , & qui rappelleront
fans ceſſe la néceflité de le réduire. Nous avons
FEVRIER. 1757 . 205
déja , dans cette vue , ſupprimé un grand nombre
de juridictions inférieures; & quoique les circonftances
actuelles euſſent pu nous engager à ſuſpendre
un ouvrage ſi utile , nous n'avons pu nous
refuſer plus long-temps au voeu des anciennes ordonnances
, & au defir que nous avons de procurer
cet avantage à notre Parlement de Paris.
Nous avons été également touché des viciffitudes
qu'ont éprouvé les prix des offices de notredit
Parlement; elles font ſentir la ſageſſe des ordonnances
, qui avoient pourvu à la fixation du prix
de ces offices , & la néceſſité d'en renouveller les
diſpoſitions. Enfin , ayant reconnu que le droit de
préſider appartient detoute anciennetéà nos Préſidens
du Parlement , dans tous les ſervices ou bureaux
denotredit Parlement , & que les offices de
Préſidens aux Enquêtes , qui n'étoient dans leur
origine que des commiſſions , n'ont été crées en
titre d'office que par l'édit du mois de Mai 1704 ,
Nous voulons rétablir nos Préſidens du Parlement
danslaplénitude des fonctions qui appartiennent
à leurs offices , avec d'autant plus de raiſon ,
que leur nombre , tel qu'il eſt fixé actuellement
&qu'il le demeure irrevocablement, nous femble
ſuffifant pour remplir avec exactitude toutes
les fonctions de la préſidence dans les différens fervices
de notredit Parlement. A ces cauſes , & autres
conſidérations à ce nous mouvant, de l'avis de
notre Conſeil, &de notre certaine ſcience , pleine
puiffance & autorité royale , Nous avons ,
par notre préſent édit perpétuel & irrévocable ,
dit, ſtatué & ordonné , diſons , ſtatuons & ordonnons
, voulons & nous plaît ce qui ſuit.
ART. I. Notre Cour de Parlement ſera com
poſée à l'avenir , & à comptes de ce jour , des
Grand-Chambre & Tournelle , de trois Chambres
206 MERCURE DE FRANCE .
des Enquêtes , &de deux Chambres des Requêtes
du Palais . Avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons , à compter pareillement de ce
jour , la quatrieme &lacinquieme Chambre des
Enquêtes; en conféquence , défendons à tous les
Prétidens & Confeillers ſervant actuellement dans
lefdites quatrieme & cinquieme Chambres des
Enquêtes , de s'y aſſembler ſous quelque prétexte
que ce puifle être , déclarant nuls toute délibération
, jugemens , arrêts & procédures qui
pourroient y intervenir , comme contraires à la
preſente diſpoſitions ſaufà être par Nous ſtatué
ci-après ſur le ſervice & la diſtribution des Préfidens&
Confeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes.
II. Nous avons pareillement éteint &fupprimé,
éteignons & fupprimons par le préſent édit , à
compter de ce jour , deux offices de Préſidens
aux Enquêtes actuellement vacans par le décès des
titulaires. Eteignons pareillement & fupprimons
par le préſent édit , & fans qu'il en ſoit beſoin
d'autre, le ſurplus des offices de Préſidens aux
Enquêtes , créés par l'édit du mois de Mai 1604 ,
lorſque leſdits offices viendront à vaquer par mort
ou par démiſſion.
III. Nous avons auſſi éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons foixante offices de Confeillers
laïcs ,& quatre offices de Confeillers clercs en
notredit Parlement de Paris , & une Commiflion
aux Requêtes du Palais ; laquelle fuppreffion aura
lieu dès-à-préſent &à compter de ce jour pour
ceux deſdits offices de Conſeillers laïcs & Conſeillers
cleres , & pour ladite Commiffion , qui
vaquent actuellement; & ne fera effectuée pour
leſurplus que dans les cas de vacance deſdits offi
ees, par mortou par démiſſion ; Nous réſervam
FEVRIER. 1757 . 207
!
1
1
:
1
F
néanmoins la liberté de pourvoir alternativement
àun de deux deſdits offices de Conſeillers laïcs ou
clercs qui viendront à vaquer dans la fuite , & ce ,
juſqu'à ce que la ſuppreſſion par Nous ordonnée
ait eu fon plein&entier effet. :
IV. La Grand-Chambre ſera compoſée du Premier
Préſident , des neufPréfidens du Parlement ,
auquel nombre nous avons fixé irrévocablement
leurs offices , ſans que , ſous prétexte des diſpoſitions
du préſent édit , ou de tout autre , le
nombre deſdits offices puiſſe être augmenté: de
vingt-cinq Conſeillers laïcs , &de douze Conſeillers
clercs ; àl'effet de quoi les quatre plus anciensConſeillers
laïcs des Enquêtes , pafferont actuellement
au ſervice de la Grand-Chambre ; &
pourront leſdits quatre Conſeillers rapporter pendant
une année les procès qui leur auroient été
diftribués dans la Chambre où ils étoientde fervice
, conformément à l'uſage obſervé dans notredit
Parlement de Paris , ſi ce n'est qu'ils fortiffent
de la quatrieme ou cinquieme Chambre des Enquêtes
, ſupprimées par notre préſent édit : au
quel cas ils pourront rapporter leſdits procès pendant
ledit temps d'une année dans l'une des trois
Chambres deſdites Enquêtes.
V. Le Premier Préſident & trois des Préſidens
du Parlement feront toujours de ſervice à la
Grand Chambre , trois deſdits Préfidens du Parlement
ſerviront dans laChambre de la Tournelle,
avec douze Conſeillers laïcs de ladite Grand
Chambre, quatre Confeillers auffi laïcs de chacunedes
trois Chambres des Enquêtes qui y feront
le ſervice pendant les temps accoutumés ; & les
trois autres Préſidens du Parlement préſideront
à chacune deſdites trois Chambres des Enquêtes.
Autoriſons à cet effet lefdits neuf Préſidens du Par
208 MERCURE DE FRANCE.
lement à faire entr'eux, de concert avec le premier
Préſident , tous les ans à la Saint-Martin , la diftribution
de leur ſervice dans lesdites Grand-
Chambre , Tournelle & Chambres des Enquêtes ,
*ainſi qu'ils aviſeront bon être ; & néanmoins ,
voulons & ordonnons que , pour le temps ſeulement
qui reſte à expirer de la tenue actuelle de
notredit Parlement , le Premier Préſident , le ſecond,
le ſeptieme & le huitieme deſdits Préſidens
denotre Parlement , en ordre de réception , fervent
en laGrand-Chambre ; que le troiſieme préfide
en la Tournelle , & que les deux derniers ,
aufli en ordre de réception , y faſſent le ſervice ;
que le quatrieme , dans le même ordre , préſide
enlapremiere Chambre des Enquêtes, le cinquie
me en la ſeconde Chambre des Enquêtes , & le
fixieme en la troiſieme Chambre des Enquêtes :
leur enjoignons de ſe conformer à la diſpotion du
préſent article , à compter de ce jour.
: VI. LesConſeillersde la quatrieme &de la cinquieme
Chambre des Enquêtes paſſeront en nombre
égal dans la premiere , deuxieme & troifieme
Chambre des enquêtes , à l'effet d'y continuer
leurs fonctions , d'y prendre ſéance ſuivant
P'ordre de leur réception , d'y avoir voix & opinion
délibérative , même d'y rapporter les procès
qui leur auroient été diſtribuésdans les Chambres
dans leſquelles ils étoient de ſervice , & d'avoir
part à la diſtribution des procès qui feront échus
auxdites Chambres. Voulons que les Doyens des
Conſeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes continuent dejouirchacunde
la penſion de mille livres dont ilsjouiffoient
, juſqu'a ce qu'ils ſoient en tour de monter
en la Grand-Chambre.
VII. Après que la ſuppreſſion ordonnée par no
FEVRIER. 1757. 209
1
f
f
tre préſent édit , de ſoixante offices deConſeillers
laïcs , de quatre de Conſeillers clercs, &d'une
commiſſion aux Requêtes du Palais , aura eu
ſa pleine& entiere exécution , chacune des trois
Chambres des Enquêtes , préſidées par l'un des
Préſidens du Parlement , ainſi qu'il eſt porté par
l'article V du préſent édit , ſera compoſée detrente-
quatre Conſeillers tant laïcs que clercs , & les
deux Chambres des Requêtes du Palais feront
compoſées chacune de trois Préſidens auxdites
Requêtes , & de quatorze Conſeillers-Commiſſaires
aux Requêtes du Palais.
VIII. Voulons , en conféquence de la diſpoſitiondes
articles V & VII du préſent édit , que les
Préſidens de la premiere , ſeconde & troiſieme
Chambre des Enquêtes , ſoient tenus , à compter
de ce jour , de céder la préſidence dans lesdites
Chambres à nos Préſidens de notredit Parlement
, tant aux audiences , qu'aux jugemens des
procès derapport & viſite des procés de petit ou de
grand Commiſſaire , auxquels néanmoins ils
continueront , fi bon leur ſemble , d'aſſiſter ,
ſans toutefois faire partie du nombre deſdits
Commiffaires, lequel ,pour la viſite des procès de
petit Commiſſaire, ſera compoſé de notredit Préfident
du Parlement , & des quatre plus anciens
Conſeillers deſdites trois Chambres des Enquêtes
&pour ceux des procès qui ſe jugent par Commiſſaires
, le nombre deſdits Commiſſaires ſera
rempli par les dix anciens Conſeillers de chacune
deſdites Chambres & notredit Préſident ; en telle
forte que noſdits Préſidens des Enquêtes ne puiſſent
dorénavant qu'aſſiſter & intervenir dans les
-jugemens eſdites Chambres , ſans y exercer aucune
préſidence , mais ſeulement y conſerver la
ſéance qu'ils y ont eue juſqu'à ce jour. Mainte
210 MERCURE DE FRANCE.
nons & gardons au ſurplus noſdits Préſidens des
Enquêtes dans le rang & féance qui leur ont été
attribués par leur édit de création , du mois de
Mai 1704 , tant aux affemblées de Chambres ,
qu'aux cérémonies publiques & accoutumées.
IX. Les Préfidens de la quatrieme & cinquieme
Chambre des Enquêtes , fupprimées par l'article
premier du préſent édit , pourront choiſir celle
defdites Chambres des Enquêtes qui leur agréera
le plus , pour ycontinuer leur ſervice , conformément
à la diſpoſition de l'article précédent : Et
voulant traiter favorablement tous les Préſidens
des Enquêtes , & les dédommager des droits d'affiſtance&
de la viſite des procès de grand & petit
Commiſſaire, attribuons à tous leſdits Préſidens les
mêmes gages qui avoient été fixés par ledit édit du
mois de Mai 1704 , pour le troiſieme Préſident
ſeulement de chacune des Chambres deſdites Enquêtes.
Ordonnons en conféquence qu'ils foient
tous employés pour leſdits gages dans l'état an.
nuel des gages de notredit Parlement de Paris ;
defquels néanmoins feront retranchés dudit état,
avenant le cas de vacance de chacun deſdits offices
par mort ou par démiſſion : confervons pareillement
aux deux anciens Préſidens des Enquêtes ,
leur vie durant , la penſion de quinze cens livres
que nous leur avons ci-devant accordée .
X. Et dans le cas où aucuns deſdits Préſidens
préféreroient de ſe démettre actuellement de leurs
offices , ordonnons qu'ils en ſoient remboursés ,
fuivant qu'il fera dit ci - après ; & dans ledit cas ſeront
expédiées auxdits Préſidens des Lettres d'Honoraires
, encore même qu'ils n'euſſent exercé
leurs offices pendant l'eſpace de vingt années ,
dont nous les difpenfons , pour , en vertu defdites
lettres , jouir pareux , leurs veuves & eй-
FEVRIER. 1757. : 211
1
E
1
1
$
fans des honneurs , féances & privileges y attachés.
XI . Les Conſeillers qui , après avoir ſervi dans la
quatrieme & cinquieme Chambre des Enquêtes ,
auront obtenu des lettres d'Honoraires pour continuer
d'y prendre place , feront tenus d'opter de
la premiere , de la ſeconde ou de la troiſfieme
Chambre des enquêtes , pour continuer leur fervice
dans l'une deſdites trois Chambres , juſqu'à
ce qu'ils foient en tour de monter à la Grand-
Chambre, fans qu'après ladite option ils puiffent
paffer dans une autre deſdites trois Chambres.
XII . Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les offices de Commis aux
greffes & de Buvetiers des quatrieme & cinquteme
Chambres des Enquêtes , enſemble les offices
des huiffiers ſervans près leſdites Chambres ;
maintenons néanmoins leſditsCommis aux greffes ,
Huiffiers & Buvetiers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes dans tous les
privileges attribués à leurs offices , deſquels privileges
voulons qu'ils jouiffent pendant leur vie :
autoriſons notre Cour de Parlement à faire tel
reglement qu'elle jugera convenable pour la ſûreté
& conſervation des minutes , pieces , effets
ou deniers qui pourroient ſe trouver dans les
greffes deſdites deux Chambres fupprimées.
XIII. Au cas que leſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes aient contracté
quelques dettes , par conſtitution de rente ou
autre ſemblable emprunt; deſquelles rentes ou
dettes les créanciers auroient coutume de percevoir
les arrérages ſur les deniers communs appartenans
auxdites Chambres ; nous déclarons que
nous entendons nous charger de l'acquittement
defdites rentes& dettes; à l'effet de quoi ſera par
212 MERCURE DE FRANCE .
l'ancien Préſident actuel deſdites Chambres , &
les Doyens des Conſeillers d'icelles , remis ès
mains du fieur Contrôleur général de nos finances
un état ſigné d'eux , contenant la qualité &
quotité deſdites dettes , & le nom deſdits créanciers
, pour , ſur ledit état ainſi ſigné&certifié
véritable , être fait fonds ès mains du Payeur des
gages de notredit Parlement , du montant annuel
des arrérages deſdites rentes ou dettes , lefquels
feront par ledit payeur délivrés aux créanciers
ſur leurs quittances, en la forme accoutumée,
tant& fi longuement que leſdites rentes auront
cours , &juſqu'à ce qu'il nous ait plu d'en ordonner
le rembourſement : voulons en outreque tous
les Préſidens & Conſeillers deſdites deux Chambres
demeurent déchargés , comme nous les déchargeons
par notre préſent édit , de tout acquittement
deſdites dettes ; faiſons défenſes de faire à ce
ſujet aucune demande & pourſuite contr'eux ,
àpeine nullité.
XIV. Les offices de Préſidens aux Enquêtes actuellement
vacans , enſemble ceux qui vaqueront
foit par mort ou par démiſſion , feront rembourfés
, ledit cas avenant , ſur le pied de deux cens
mille livres pour chacun deſdits offices , conformément
au prix porté par l'édit de création d'iceux
du mois de Mai 1704 , ou ſur le prix porté
par le contrat d'acquifition , pour ceux qui les auront
acquis àun prix inférieur à celui de ladite
fixation& création. Les offices de Conſeillers laïcs
& clercs , & commiſſions aux Requêtes du Palais
qui vaquent actuellement , & qui ſont ſupprimés
par notre préſent édit, feront rembourſés ſur le
pieddu prix du dernier contrat de vente de ſemblables
offices & commiffions ; & pour ceux qui
viendront à vaquer dans la ſuite , juſqu'à ce que
FEVRIER . 1757 . 213
ladite ſuppreſſion ſoit entièrement effectuée ,
-voulons qu'ils foient rembourſés ſur le pied du prix
du contrat d'acquiſition de chacun d'iceux, pourvu
- que ledit prix n'excede pas la ſomme de cinquante
mille livres. Les offices de Commis aux greffes ,
d'Huiſſiers & de Buvetiers deſdites quatrieme, cinquieme
Chambres des Enquêtes , ſupprimés par
notre préſent édit , feront remboursés aux titulaires
ou repréſentans , ſur le pied du prix des con
trats d'acquifition d'iceux ; même leur ferontpa
reillement rembourſés les frais de réception , à
l'effet de quoi les titulaires ou propriétaires defdits
offices ſupprimés feront tenus de remettre
leurs quittances de finance , contrats d'acquiſition
&autres titres de propriété de leurs offices
entre les mains du ſieur Contrôleur général de nos
finances , pour par eux recevoir leur rembourſement
des deniers qui ſeront par nous deſtinés à cet
effet.
Che
تا
de
XV. Ordonnons que les gages , augmenta
tions de gages attachés aux offices , fi aucuny
a, franc- falés& autres droits attribués aux offices
ſupprimés par notre édit , feront rejettés de nos
états à compter de ce jour ; ce qui n'aura lieu
toutefois à l'égard deſdits offices de Préſidens aux
Enquêtes, de Conſeillers laïes & clercs qui ne font
pas actuellement vacans , que lors de la vacance
d'iceux , juſqu'à la réductiondu nombre fixé par
le préſent édit pour leſdits officesde Conſeillers.
XVI. Defirant de fixer le prix des offices de notre
Parlement de Paris , nous avons ordonné &
ordonnons que le prix des offices de Préſidens de
notredit Parlement, demeurera fixé à la ſomme
de cinq cens mille livres , ſans que , ſous quelque
prétexte que ce ſoit , le prix deſdits offices puiffe
tre augmenté ; celui des offices dePréſidens aux
214 MERCURE DE FRANCE.
Requêtes du Palais , à celle de deux cens mille lilivres;
le prix des offices de Conſeillers laïcs , à la
ſomme de cinquante mille livres ; celui des offices
de Confeillers clercs , à la ſomme de quarante
mille livres ; celui des commiſſions aux Requêtes
du Palais , àcellede vingt mille livres; & le prix
des offices de nos Avocats généraux , à la ſomme
detrois cens mille livres ; révoquant à cet effet
les fixations faites deſdits offices , tant par nous
que par les Rois nos prédéceſſeurs .
,
XVII. Ceux qui defireront être pourvus d'offices
de Préfidens du Parlement Préſidens ès
Chambres des Requêtes du Palais , Conſeillers
laïcs ou clercs , de commiſſions aux Requêtes du
Palais , & d'offices d'Avocats généraux en notre
Parlement de Paris , après en avoir de nous obtenu
l'agrément , ſeront tenus , pour obtenir des
proviſions , de remettre ès mains de notre trèscher
& féal Chevalier Chancelier de France , une
copie en forme du contrat d'acquiſition qu'ils auroient
fait deſdits offices , avec une déclaration
également en forme , ſignée tant de l'acquéreur
que du vendeur deſdits offices , contenant que
le prix porté audit contrat eſt ſincere& véritable ,
qu'il n'y a enaucune façon été contrevenu au préſent
édit , & qu'il n'eſt ni excédant ni au deſſous
de celui porté par la préſente fixation , le tout à
peine de nullité des contrats d'acquifition , & d'êtredéchus
de notre agrément pour leſdits offices ;
en conféquence, défendons à tous Notaires & Tabellions
de paſſer aucun contrat deſdits offices , ni
ftipuler aucun autre prix que celui fixé par le préfent
édit, comme auſſi de recevoir aucune déclaration
ou contre- lettre tendante à diminuer ou augmenter
ledit prix , à peine de nullité deſdits actes
, & d'interdictions contre leſdits Notaires&
Tabellions.
FEVRIER . 1757 . 215
!
XVIII . Voulons & ordonnons que les Conſeillers.
Commiſſaires aux Requêtes du Palais , puiffent à
l'avenir , & à compter de ce jour , monter à la
Grand-Chambre , en ſuivant la date de leur réception
, & ce concurremment avec les Confeillers
des trois Chambres des Enquêtes ; à la charge
néanmoins par ceux deſdits Confeillers- Commiffaires
aux Requêtes du Palais qui voudront monter
à la Grand-Chambre , de ſe démettre de leur
commiſſion trois années avant qu'ils puiſſent
monter à ladite Grand-Chambre , & de venir pendant
leſdites trois années ſervir en l'une des
Chambres des Enquêtes , ou ils ſeront diftribués
en la maniere ordinaire ; & au cas que celui des
Conſeillers Commiſſaires aux Requêtes du Palais ,
qui, par ſon rangde réception, ſeroit naturellement
endroitdemonter à la Grand Chambre, ſe trouvât,
avenant la vacance d'une place en ladite Chambre,
poſſéder encore ſa commiſſion aux Requêtes du
Palais , il perdra pour cette fois ſon rang , ſauf
à le reprendre quand il aura ſervi , comme dit eſt ,
trois années en une Chambre des Enquêtes. Si donnons
en Mandement à nos amés & féaux Conſeillers
les Gens tenant notre Cour de Parlement à
Paris ; que notre préſent édit ils aient à faire lire ,
publier & régiſtrer , & le contenu en icelui garder,
obſerver& exécuter ſelon ſa forme&teneur.
Cartel eſt notre plaiſir. Et afin que ce ſoit choſe
ferme & ſtable àtoujours, nousy avons fait mettre
notre ſcel . Donné à Versailles au mois de Décembre
, l'an de grace mil ſept cent cinquante- fix ,
&de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
Louis. Et plus bas , par le Roi , M.P. De Voyer
d'Argenſon. Visa Machault. Vu au Conſeil ,
Peirenc de Moras. Et ſcellé du grand ſceau de cise
verte , en lacs de foie rouge & verte .
?
>
216 MERCURE DE FRANCE.
:
Lu & publié , le Roiſéant enſon Lit de Justice,
& registré , oui , & ce requérant le Procureurgénéral
du Roi , pour être exécuté ſelonsa forme&
teneur. A Paris , en Parlement , le Roi tenantfon
Lit de Justice , le treize Décembre mil ſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
des Enquêtes , & de plusieurs Offices dans le
Parlement de Paris.
LOUIS , &c. A tous préſens & à venir ; Salut.
Nous avons toujours régardé l'adminiſtration de
la justice comme la fonction la plus auguſte de
notre puiſſance ſouveraine , &la plus importante
pour le bonheur & la tranquillité de nos ſujets.
Nous fentons tout ce qu'elle exige de notre attentiondans
le choix des Magiſtrats auxquels nous
confions le ſoinde la rendre , & qui deviennent
en cette partie , dépositaires de notre autorité.
Rien ne nous a jamais paru plus contraire au bien
de la justice , que le relâchement dans ce choix ,
&riende plus propre à l'introduire , que la multiplicité
desoffices dejudicature : auſſi nous avons
dans tous les temps envisagé la réduction de leur
nombre comme un véritable bien , & comme
unmoyen de conferver l'honneur & la dignité
de la Magiftrature , que nous avons à coeur
de maintenir. Ces mêmes ſentimens ont animé
les Rois nos prédéceſſeurs ; & fi la difficulté
des circonstances les a quelquefois obligés de
multiplier le nombre des offices, les édits mêmes
de leur création ſont autant de monumens qui
conferveront à jamais le regret qu'ils ont eude
faire uſage de ces reſſources , & qui rappelleront
fans ceſſe la néceflité de le réduire. Nous avons
FEVRIER. 1757 . 205
déja , dans cette vue , ſupprimé un grand nombre
de juridictions inférieures; & quoique les circonftances
actuelles euſſent pu nous engager à ſuſpendre
un ouvrage ſi utile , nous n'avons pu nous
refuſer plus long-temps au voeu des anciennes ordonnances
, & au defir que nous avons de procurer
cet avantage à notre Parlement de Paris.
Nous avons été également touché des viciffitudes
qu'ont éprouvé les prix des offices de notredit
Parlement; elles font ſentir la ſageſſe des ordonnances
, qui avoient pourvu à la fixation du prix
de ces offices , & la néceſſité d'en renouveller les
diſpoſitions. Enfin , ayant reconnu que le droit de
préſider appartient detoute anciennetéà nos Préſidens
du Parlement , dans tous les ſervices ou bureaux
denotredit Parlement , & que les offices de
Préſidens aux Enquêtes , qui n'étoient dans leur
origine que des commiſſions , n'ont été crées en
titre d'office que par l'édit du mois de Mai 1704 ,
Nous voulons rétablir nos Préſidens du Parlement
danslaplénitude des fonctions qui appartiennent
à leurs offices , avec d'autant plus de raiſon ,
que leur nombre , tel qu'il eſt fixé actuellement
&qu'il le demeure irrevocablement, nous femble
ſuffifant pour remplir avec exactitude toutes
les fonctions de la préſidence dans les différens fervices
de notredit Parlement. A ces cauſes , & autres
conſidérations à ce nous mouvant, de l'avis de
notre Conſeil, &de notre certaine ſcience , pleine
puiffance & autorité royale , Nous avons ,
par notre préſent édit perpétuel & irrévocable ,
dit, ſtatué & ordonné , diſons , ſtatuons & ordonnons
, voulons & nous plaît ce qui ſuit.
ART. I. Notre Cour de Parlement ſera com
poſée à l'avenir , & à comptes de ce jour , des
Grand-Chambre & Tournelle , de trois Chambres
206 MERCURE DE FRANCE .
des Enquêtes , &de deux Chambres des Requêtes
du Palais . Avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons , à compter pareillement de ce
jour , la quatrieme &lacinquieme Chambre des
Enquêtes; en conféquence , défendons à tous les
Prétidens & Confeillers ſervant actuellement dans
lefdites quatrieme & cinquieme Chambres des
Enquêtes , de s'y aſſembler ſous quelque prétexte
que ce puifle être , déclarant nuls toute délibération
, jugemens , arrêts & procédures qui
pourroient y intervenir , comme contraires à la
preſente diſpoſitions ſaufà être par Nous ſtatué
ci-après ſur le ſervice & la diſtribution des Préfidens&
Confeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes.
II. Nous avons pareillement éteint &fupprimé,
éteignons & fupprimons par le préſent édit , à
compter de ce jour , deux offices de Préſidens
aux Enquêtes actuellement vacans par le décès des
titulaires. Eteignons pareillement & fupprimons
par le préſent édit , & fans qu'il en ſoit beſoin
d'autre, le ſurplus des offices de Préſidens aux
Enquêtes , créés par l'édit du mois de Mai 1604 ,
lorſque leſdits offices viendront à vaquer par mort
ou par démiſſion.
III. Nous avons auſſi éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons foixante offices de Confeillers
laïcs ,& quatre offices de Confeillers clercs en
notredit Parlement de Paris , & une Commiflion
aux Requêtes du Palais ; laquelle fuppreffion aura
lieu dès-à-préſent &à compter de ce jour pour
ceux deſdits offices de Conſeillers laïcs & Conſeillers
cleres , & pour ladite Commiffion , qui
vaquent actuellement; & ne fera effectuée pour
leſurplus que dans les cas de vacance deſdits offi
ees, par mortou par démiſſion ; Nous réſervam
FEVRIER. 1757 . 207
!
1
1
:
1
F
néanmoins la liberté de pourvoir alternativement
àun de deux deſdits offices de Conſeillers laïcs ou
clercs qui viendront à vaquer dans la fuite , & ce ,
juſqu'à ce que la ſuppreſſion par Nous ordonnée
ait eu fon plein&entier effet. :
IV. La Grand-Chambre ſera compoſée du Premier
Préſident , des neufPréfidens du Parlement ,
auquel nombre nous avons fixé irrévocablement
leurs offices , ſans que , ſous prétexte des diſpoſitions
du préſent édit , ou de tout autre , le
nombre deſdits offices puiſſe être augmenté: de
vingt-cinq Conſeillers laïcs , &de douze Conſeillers
clercs ; àl'effet de quoi les quatre plus anciensConſeillers
laïcs des Enquêtes , pafferont actuellement
au ſervice de la Grand-Chambre ; &
pourront leſdits quatre Conſeillers rapporter pendant
une année les procès qui leur auroient été
diftribués dans la Chambre où ils étoientde fervice
, conformément à l'uſage obſervé dans notredit
Parlement de Paris , ſi ce n'est qu'ils fortiffent
de la quatrieme ou cinquieme Chambre des Enquêtes
, ſupprimées par notre préſent édit : au
quel cas ils pourront rapporter leſdits procès pendant
ledit temps d'une année dans l'une des trois
Chambres deſdites Enquêtes.
V. Le Premier Préſident & trois des Préſidens
du Parlement feront toujours de ſervice à la
Grand Chambre , trois deſdits Préfidens du Parlement
ſerviront dans laChambre de la Tournelle,
avec douze Conſeillers laïcs de ladite Grand
Chambre, quatre Confeillers auffi laïcs de chacunedes
trois Chambres des Enquêtes qui y feront
le ſervice pendant les temps accoutumés ; & les
trois autres Préſidens du Parlement préſideront
à chacune deſdites trois Chambres des Enquêtes.
Autoriſons à cet effet lefdits neuf Préſidens du Par
208 MERCURE DE FRANCE.
lement à faire entr'eux, de concert avec le premier
Préſident , tous les ans à la Saint-Martin , la diftribution
de leur ſervice dans lesdites Grand-
Chambre , Tournelle & Chambres des Enquêtes ,
*ainſi qu'ils aviſeront bon être ; & néanmoins ,
voulons & ordonnons que , pour le temps ſeulement
qui reſte à expirer de la tenue actuelle de
notredit Parlement , le Premier Préſident , le ſecond,
le ſeptieme & le huitieme deſdits Préſidens
denotre Parlement , en ordre de réception , fervent
en laGrand-Chambre ; que le troiſieme préfide
en la Tournelle , & que les deux derniers ,
aufli en ordre de réception , y faſſent le ſervice ;
que le quatrieme , dans le même ordre , préſide
enlapremiere Chambre des Enquêtes, le cinquie
me en la ſeconde Chambre des Enquêtes , & le
fixieme en la troiſieme Chambre des Enquêtes :
leur enjoignons de ſe conformer à la diſpotion du
préſent article , à compter de ce jour.
: VI. LesConſeillersde la quatrieme &de la cinquieme
Chambre des Enquêtes paſſeront en nombre
égal dans la premiere , deuxieme & troifieme
Chambre des enquêtes , à l'effet d'y continuer
leurs fonctions , d'y prendre ſéance ſuivant
P'ordre de leur réception , d'y avoir voix & opinion
délibérative , même d'y rapporter les procès
qui leur auroient été diſtribuésdans les Chambres
dans leſquelles ils étoient de ſervice , & d'avoir
part à la diſtribution des procès qui feront échus
auxdites Chambres. Voulons que les Doyens des
Conſeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes continuent dejouirchacunde
la penſion de mille livres dont ilsjouiffoient
, juſqu'a ce qu'ils ſoient en tour de monter
en la Grand-Chambre.
VII. Après que la ſuppreſſion ordonnée par no
FEVRIER. 1757. 209
1
f
f
tre préſent édit , de ſoixante offices deConſeillers
laïcs , de quatre de Conſeillers clercs, &d'une
commiſſion aux Requêtes du Palais , aura eu
ſa pleine& entiere exécution , chacune des trois
Chambres des Enquêtes , préſidées par l'un des
Préſidens du Parlement , ainſi qu'il eſt porté par
l'article V du préſent édit , ſera compoſée detrente-
quatre Conſeillers tant laïcs que clercs , & les
deux Chambres des Requêtes du Palais feront
compoſées chacune de trois Préſidens auxdites
Requêtes , & de quatorze Conſeillers-Commiſſaires
aux Requêtes du Palais.
VIII. Voulons , en conféquence de la diſpoſitiondes
articles V & VII du préſent édit , que les
Préſidens de la premiere , ſeconde & troiſieme
Chambre des Enquêtes , ſoient tenus , à compter
de ce jour , de céder la préſidence dans lesdites
Chambres à nos Préſidens de notredit Parlement
, tant aux audiences , qu'aux jugemens des
procès derapport & viſite des procés de petit ou de
grand Commiſſaire , auxquels néanmoins ils
continueront , fi bon leur ſemble , d'aſſiſter ,
ſans toutefois faire partie du nombre deſdits
Commiffaires, lequel ,pour la viſite des procès de
petit Commiſſaire, ſera compoſé de notredit Préfident
du Parlement , & des quatre plus anciens
Conſeillers deſdites trois Chambres des Enquêtes
&pour ceux des procès qui ſe jugent par Commiſſaires
, le nombre deſdits Commiſſaires ſera
rempli par les dix anciens Conſeillers de chacune
deſdites Chambres & notredit Préſident ; en telle
forte que noſdits Préſidens des Enquêtes ne puiſſent
dorénavant qu'aſſiſter & intervenir dans les
-jugemens eſdites Chambres , ſans y exercer aucune
préſidence , mais ſeulement y conſerver la
ſéance qu'ils y ont eue juſqu'à ce jour. Mainte
210 MERCURE DE FRANCE.
nons & gardons au ſurplus noſdits Préſidens des
Enquêtes dans le rang & féance qui leur ont été
attribués par leur édit de création , du mois de
Mai 1704 , tant aux affemblées de Chambres ,
qu'aux cérémonies publiques & accoutumées.
IX. Les Préfidens de la quatrieme & cinquieme
Chambre des Enquêtes , fupprimées par l'article
premier du préſent édit , pourront choiſir celle
defdites Chambres des Enquêtes qui leur agréera
le plus , pour ycontinuer leur ſervice , conformément
à la diſpoſition de l'article précédent : Et
voulant traiter favorablement tous les Préſidens
des Enquêtes , & les dédommager des droits d'affiſtance&
de la viſite des procès de grand & petit
Commiſſaire, attribuons à tous leſdits Préſidens les
mêmes gages qui avoient été fixés par ledit édit du
mois de Mai 1704 , pour le troiſieme Préſident
ſeulement de chacune des Chambres deſdites Enquêtes.
Ordonnons en conféquence qu'ils foient
tous employés pour leſdits gages dans l'état an.
nuel des gages de notredit Parlement de Paris ;
defquels néanmoins feront retranchés dudit état,
avenant le cas de vacance de chacun deſdits offices
par mort ou par démiſſion : confervons pareillement
aux deux anciens Préſidens des Enquêtes ,
leur vie durant , la penſion de quinze cens livres
que nous leur avons ci-devant accordée .
X. Et dans le cas où aucuns deſdits Préſidens
préféreroient de ſe démettre actuellement de leurs
offices , ordonnons qu'ils en ſoient remboursés ,
fuivant qu'il fera dit ci - après ; & dans ledit cas ſeront
expédiées auxdits Préſidens des Lettres d'Honoraires
, encore même qu'ils n'euſſent exercé
leurs offices pendant l'eſpace de vingt années ,
dont nous les difpenfons , pour , en vertu defdites
lettres , jouir pareux , leurs veuves & eй-
FEVRIER. 1757. : 211
1
E
1
1
$
fans des honneurs , féances & privileges y attachés.
XI . Les Conſeillers qui , après avoir ſervi dans la
quatrieme & cinquieme Chambre des Enquêtes ,
auront obtenu des lettres d'Honoraires pour continuer
d'y prendre place , feront tenus d'opter de
la premiere , de la ſeconde ou de la troiſfieme
Chambre des enquêtes , pour continuer leur fervice
dans l'une deſdites trois Chambres , juſqu'à
ce qu'ils foient en tour de monter à la Grand-
Chambre, fans qu'après ladite option ils puiffent
paffer dans une autre deſdites trois Chambres.
XII . Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les offices de Commis aux
greffes & de Buvetiers des quatrieme & cinquteme
Chambres des Enquêtes , enſemble les offices
des huiffiers ſervans près leſdites Chambres ;
maintenons néanmoins leſditsCommis aux greffes ,
Huiffiers & Buvetiers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes dans tous les
privileges attribués à leurs offices , deſquels privileges
voulons qu'ils jouiffent pendant leur vie :
autoriſons notre Cour de Parlement à faire tel
reglement qu'elle jugera convenable pour la ſûreté
& conſervation des minutes , pieces , effets
ou deniers qui pourroient ſe trouver dans les
greffes deſdites deux Chambres fupprimées.
XIII. Au cas que leſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes aient contracté
quelques dettes , par conſtitution de rente ou
autre ſemblable emprunt; deſquelles rentes ou
dettes les créanciers auroient coutume de percevoir
les arrérages ſur les deniers communs appartenans
auxdites Chambres ; nous déclarons que
nous entendons nous charger de l'acquittement
defdites rentes& dettes; à l'effet de quoi ſera par
212 MERCURE DE FRANCE .
l'ancien Préſident actuel deſdites Chambres , &
les Doyens des Conſeillers d'icelles , remis ès
mains du fieur Contrôleur général de nos finances
un état ſigné d'eux , contenant la qualité &
quotité deſdites dettes , & le nom deſdits créanciers
, pour , ſur ledit état ainſi ſigné&certifié
véritable , être fait fonds ès mains du Payeur des
gages de notredit Parlement , du montant annuel
des arrérages deſdites rentes ou dettes , lefquels
feront par ledit payeur délivrés aux créanciers
ſur leurs quittances, en la forme accoutumée,
tant& fi longuement que leſdites rentes auront
cours , &juſqu'à ce qu'il nous ait plu d'en ordonner
le rembourſement : voulons en outreque tous
les Préſidens & Conſeillers deſdites deux Chambres
demeurent déchargés , comme nous les déchargeons
par notre préſent édit , de tout acquittement
deſdites dettes ; faiſons défenſes de faire à ce
ſujet aucune demande & pourſuite contr'eux ,
àpeine nullité.
XIV. Les offices de Préſidens aux Enquêtes actuellement
vacans , enſemble ceux qui vaqueront
foit par mort ou par démiſſion , feront rembourfés
, ledit cas avenant , ſur le pied de deux cens
mille livres pour chacun deſdits offices , conformément
au prix porté par l'édit de création d'iceux
du mois de Mai 1704 , ou ſur le prix porté
par le contrat d'acquifition , pour ceux qui les auront
acquis àun prix inférieur à celui de ladite
fixation& création. Les offices de Conſeillers laïcs
& clercs , & commiſſions aux Requêtes du Palais
qui vaquent actuellement , & qui ſont ſupprimés
par notre préſent édit, feront rembourſés ſur le
pieddu prix du dernier contrat de vente de ſemblables
offices & commiffions ; & pour ceux qui
viendront à vaquer dans la ſuite , juſqu'à ce que
FEVRIER . 1757 . 213
ladite ſuppreſſion ſoit entièrement effectuée ,
-voulons qu'ils foient rembourſés ſur le pied du prix
du contrat d'acquiſition de chacun d'iceux, pourvu
- que ledit prix n'excede pas la ſomme de cinquante
mille livres. Les offices de Commis aux greffes ,
d'Huiſſiers & de Buvetiers deſdites quatrieme, cinquieme
Chambres des Enquêtes , ſupprimés par
notre préſent édit , feront remboursés aux titulaires
ou repréſentans , ſur le pied du prix des con
trats d'acquifition d'iceux ; même leur ferontpa
reillement rembourſés les frais de réception , à
l'effet de quoi les titulaires ou propriétaires defdits
offices ſupprimés feront tenus de remettre
leurs quittances de finance , contrats d'acquiſition
&autres titres de propriété de leurs offices
entre les mains du ſieur Contrôleur général de nos
finances , pour par eux recevoir leur rembourſement
des deniers qui ſeront par nous deſtinés à cet
effet.
Che
تا
de
XV. Ordonnons que les gages , augmenta
tions de gages attachés aux offices , fi aucuny
a, franc- falés& autres droits attribués aux offices
ſupprimés par notre édit , feront rejettés de nos
états à compter de ce jour ; ce qui n'aura lieu
toutefois à l'égard deſdits offices de Préſidens aux
Enquêtes, de Conſeillers laïes & clercs qui ne font
pas actuellement vacans , que lors de la vacance
d'iceux , juſqu'à la réductiondu nombre fixé par
le préſent édit pour leſdits officesde Conſeillers.
XVI. Defirant de fixer le prix des offices de notre
Parlement de Paris , nous avons ordonné &
ordonnons que le prix des offices de Préſidens de
notredit Parlement, demeurera fixé à la ſomme
de cinq cens mille livres , ſans que , ſous quelque
prétexte que ce ſoit , le prix deſdits offices puiffe
tre augmenté ; celui des offices dePréſidens aux
214 MERCURE DE FRANCE.
Requêtes du Palais , à celle de deux cens mille lilivres;
le prix des offices de Conſeillers laïcs , à la
ſomme de cinquante mille livres ; celui des offices
de Confeillers clercs , à la ſomme de quarante
mille livres ; celui des commiſſions aux Requêtes
du Palais , àcellede vingt mille livres; & le prix
des offices de nos Avocats généraux , à la ſomme
detrois cens mille livres ; révoquant à cet effet
les fixations faites deſdits offices , tant par nous
que par les Rois nos prédéceſſeurs .
,
XVII. Ceux qui defireront être pourvus d'offices
de Préfidens du Parlement Préſidens ès
Chambres des Requêtes du Palais , Conſeillers
laïcs ou clercs , de commiſſions aux Requêtes du
Palais , & d'offices d'Avocats généraux en notre
Parlement de Paris , après en avoir de nous obtenu
l'agrément , ſeront tenus , pour obtenir des
proviſions , de remettre ès mains de notre trèscher
& féal Chevalier Chancelier de France , une
copie en forme du contrat d'acquiſition qu'ils auroient
fait deſdits offices , avec une déclaration
également en forme , ſignée tant de l'acquéreur
que du vendeur deſdits offices , contenant que
le prix porté audit contrat eſt ſincere& véritable ,
qu'il n'y a enaucune façon été contrevenu au préſent
édit , & qu'il n'eſt ni excédant ni au deſſous
de celui porté par la préſente fixation , le tout à
peine de nullité des contrats d'acquifition , & d'êtredéchus
de notre agrément pour leſdits offices ;
en conféquence, défendons à tous Notaires & Tabellions
de paſſer aucun contrat deſdits offices , ni
ftipuler aucun autre prix que celui fixé par le préfent
édit, comme auſſi de recevoir aucune déclaration
ou contre- lettre tendante à diminuer ou augmenter
ledit prix , à peine de nullité deſdits actes
, & d'interdictions contre leſdits Notaires&
Tabellions.
FEVRIER . 1757 . 215
!
XVIII . Voulons & ordonnons que les Conſeillers.
Commiſſaires aux Requêtes du Palais , puiffent à
l'avenir , & à compter de ce jour , monter à la
Grand-Chambre , en ſuivant la date de leur réception
, & ce concurremment avec les Confeillers
des trois Chambres des Enquêtes ; à la charge
néanmoins par ceux deſdits Confeillers- Commiffaires
aux Requêtes du Palais qui voudront monter
à la Grand-Chambre , de ſe démettre de leur
commiſſion trois années avant qu'ils puiſſent
monter à ladite Grand-Chambre , & de venir pendant
leſdites trois années ſervir en l'une des
Chambres des Enquêtes , ou ils ſeront diftribués
en la maniere ordinaire ; & au cas que celui des
Conſeillers Commiſſaires aux Requêtes du Palais ,
qui, par ſon rangde réception, ſeroit naturellement
endroitdemonter à la Grand Chambre, ſe trouvât,
avenant la vacance d'une place en ladite Chambre,
poſſéder encore ſa commiſſion aux Requêtes du
Palais , il perdra pour cette fois ſon rang , ſauf
à le reprendre quand il aura ſervi , comme dit eſt ,
trois années en une Chambre des Enquêtes. Si donnons
en Mandement à nos amés & féaux Conſeillers
les Gens tenant notre Cour de Parlement à
Paris ; que notre préſent édit ils aient à faire lire ,
publier & régiſtrer , & le contenu en icelui garder,
obſerver& exécuter ſelon ſa forme&teneur.
Cartel eſt notre plaiſir. Et afin que ce ſoit choſe
ferme & ſtable àtoujours, nousy avons fait mettre
notre ſcel . Donné à Versailles au mois de Décembre
, l'an de grace mil ſept cent cinquante- fix ,
&de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
Louis. Et plus bas , par le Roi , M.P. De Voyer
d'Argenſon. Visa Machault. Vu au Conſeil ,
Peirenc de Moras. Et ſcellé du grand ſceau de cise
verte , en lacs de foie rouge & verte .
?
>
216 MERCURE DE FRANCE.
:
Lu & publié , le Roiſéant enſon Lit de Justice,
& registré , oui , & ce requérant le Procureurgénéral
du Roi , pour être exécuté ſelonsa forme&
teneur. A Paris , en Parlement , le Roi tenantfon
Lit de Justice , le treize Décembre mil ſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Fermer
Résumé : Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
En février 1757, le roi Louis promulgue un édit visant à réformer l'administration de la justice en supprimant deux Chambres des Enquêtes et plusieurs offices au Parlement de Paris. Le roi considère la justice comme une fonction souveraine essentielle pour le bonheur et la tranquillité de ses sujets. Il souligne l'importance de la sélection rigoureuse des magistrats et la nécessité de réduire le nombre d'offices pour maintenir l'honneur et la dignité de la magistrature. L'édit supprime la quatrième et la cinquième Chambre des Enquêtes, ainsi que deux offices de Présidents aux Enquêtes vacants. Il supprime également soixante offices de Conseillers laïcs, quatre offices de Conseillers clercs, et une commission aux Requêtes du Palais. Les Conseillers et Présidents des Chambres supprimées sont redistribués dans les Chambres restantes. Le Premier Président et les Présidents du Parlement sont rétablis dans leurs fonctions de présidence, avec une répartition annuelle de leurs services. Les Conseillers des Chambres supprimées intègrent les Chambres restantes en conservant leurs droits et pensions. Les offices de Commis aux greffes, huissiers et buvetiers des Chambres supprimées sont également supprimés, mais leurs titulaires conservent leurs privilèges. L'édit est présenté comme perpétuel et irrévocable, visant à améliorer l'efficacité et la dignité de l'administration judiciaire. Le roi prend en charge le remboursement des dettes contractées par les Chambres supprimées, via un état signé par l'ancien Président et les Doyens des Conseillers, remis au Contrôleur général des finances. Les créanciers recevront les arrérages annuels jusqu'à ce que le roi ordonne le remboursement complet. Les Présidents et Conseillers sont déchargés de toute responsabilité concernant ces dettes. Les modalités de remboursement des offices vacants ou supprimés sont précisées. Les offices de Présidents aux Enquêtes seront remboursés à 200 000 livres, conformément à l'édit de mai 1704 ou au prix d'acquisition. Les offices de Conseillers laïcs et clercs, ainsi que les commissions aux Requêtes du Palais, seront remboursés au prix du dernier contrat de vente, avec une limite de 50 000 livres. Les offices de Commis aux greffes, d'Huissiers et de Buvetiers seront remboursés au prix d'acquisition, incluant les frais de réception. Les gages et autres droits attachés aux offices supprimés seront rejetés des états à compter de la date de l'édit, sauf pour les offices non vacants, qui le seront lors de leur vacance. Le prix des différents offices du Parlement de Paris est fixé, notamment ceux de Présidents, Conseillers laïcs et clercs, et Avocats généraux, avec interdiction d'augmenter ces prix. Enfin, les Conseillers Commissaires aux Requêtes du Palais pourront monter à la Grand-Chambre en suivant la date de leur réception, à condition de se démettre de leur commission trois années auparavant et de servir dans une Chambre des Enquêtes pendant cette période. L'édit est signé par le roi Louis et enregistré au Parlement de Paris le 13 décembre 1756.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
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p. 183-184
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le 8 Février, la Chambre des Communes résolut de supplier le Roi de lui [...]
Mots clefs :
Londres, Chambre des communes, Ile de Minorque, Amiral Byng, Enquête , Bureau de la guerre, Régiments, Amérique, Fortifications anglaises, Bill, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le premier Mars.
Le 8 Février , la Chambre des Communes ré…
folut de fupplier le Roi de lui faire remettre des
copies des différens avis reçus touchant le deffein
des François contre l'Ifle Minorque ; une lifte des
Vaiffeaux de guerre envoyés au fecours de cette
Ifle fous les ordres de l'Amiral Byng ; la copie des
ordres donnés à cet Amiral ; les lettres qu'on a
reçues de lui , & celles que P'Amirauté lui a écri
tes ; un état de la Garnifon du Fort Saint - Philippe
, & des munitions dont cette Place étoit
pourvue . Afin d'approfondir les caufes de toutes
les difgraces que la Nation a fouffertes l'année
derniere , la Chambre doit demander auffi communication
de toutes les pieces concernant les
fournitures faites aux troupes en Amérique pendant
les années 1755 & 1756.
Le Bureau de la Guerre a ordonné aux Régimens
de Saint- Claire , de Richbell , de Blakeney
, de Kennedy , Murray , de Bragge & de
Perry, d'être rendus le 18 à Cork en Irlande ,
où ils doivent s'embarquer. On prépare avec toute
la diligence poffible l'Eſcadre deſtinée à les con184
MERCURE DE FRANCE.
duire en Amérique , & elle fera commandée par.
le Contre-Amiral Holbourne , qui arborera fon
Pavillon à bord du Vaiffeau le Newark. Trois
cens hommes ont été détachés du Corps de l'Artillerie
, pour accompagner les trente pieces de canon
, que le Gouvernement fe propoſe de faire
tranfporter en Acadie. Suivant divers avis , les
Espagnols ont démoli quelques fortifications que
les Anglois avoient élevées dans les environs du
Golfe de Honduras ; & la Cour de Madrid fait .
exécuter à la rigueur les ordres qu'elle a donnés
contre les Interlopres . Un Vaiffeau Garde - Côte
de Sa Majefté Catholique s'eft emparé de deux
Navires Anglois , qui avoient chargé en fraude
du bois de teinture à la Baye de Campeche.
témoi-
Le 26 , le fieur Pitt , Secrétaire d'Etat , préfenta
un Meffage , par lequel le Roi informoit la
Chambre , qu'un des Membres du Confeil de
Guerre , qui a jugé l'Amiral Byng , ayant
gné avoir quelque déclarations à faire fur le jugement
qui avoit été porté , & demandant pour cet
effet d'être dégagé du ferment du fecret impofé
aux Officiers qui compofent les Confeils de Guer.
re , Sa Majefté avoit cru devoir fufpendre pour
quinze jours l'exécution de la fentence prononcée
contre le fieur Byng. Après plufieurs débats , il
fut ordonné de dreffer un Bill pour difpenfer les
Juges de cet Amiral , du fecret qu'ils avoient juré
d'obferver. Ce Bill fut la pour la premiere & la
feconde fois. La Chambre en fit hier la troifieme
lecture , & il paffa àla pluralité de cent cinquante-
trois voix, contre vingt trois. Le Roi fe rendra
cette ſemaine au Parlement , pour donner fon ар-
probation à ce Bill . On entendra enfuite ce que
les Juges de l'Amiral Byng ont à déclarer , ou
pour infirmer , ou pour juftifier fa condamnation
DE LONDRES , le premier Mars.
Le 8 Février , la Chambre des Communes ré…
folut de fupplier le Roi de lui faire remettre des
copies des différens avis reçus touchant le deffein
des François contre l'Ifle Minorque ; une lifte des
Vaiffeaux de guerre envoyés au fecours de cette
Ifle fous les ordres de l'Amiral Byng ; la copie des
ordres donnés à cet Amiral ; les lettres qu'on a
reçues de lui , & celles que P'Amirauté lui a écri
tes ; un état de la Garnifon du Fort Saint - Philippe
, & des munitions dont cette Place étoit
pourvue . Afin d'approfondir les caufes de toutes
les difgraces que la Nation a fouffertes l'année
derniere , la Chambre doit demander auffi communication
de toutes les pieces concernant les
fournitures faites aux troupes en Amérique pendant
les années 1755 & 1756.
Le Bureau de la Guerre a ordonné aux Régimens
de Saint- Claire , de Richbell , de Blakeney
, de Kennedy , Murray , de Bragge & de
Perry, d'être rendus le 18 à Cork en Irlande ,
où ils doivent s'embarquer. On prépare avec toute
la diligence poffible l'Eſcadre deſtinée à les con184
MERCURE DE FRANCE.
duire en Amérique , & elle fera commandée par.
le Contre-Amiral Holbourne , qui arborera fon
Pavillon à bord du Vaiffeau le Newark. Trois
cens hommes ont été détachés du Corps de l'Artillerie
, pour accompagner les trente pieces de canon
, que le Gouvernement fe propoſe de faire
tranfporter en Acadie. Suivant divers avis , les
Espagnols ont démoli quelques fortifications que
les Anglois avoient élevées dans les environs du
Golfe de Honduras ; & la Cour de Madrid fait .
exécuter à la rigueur les ordres qu'elle a donnés
contre les Interlopres . Un Vaiffeau Garde - Côte
de Sa Majefté Catholique s'eft emparé de deux
Navires Anglois , qui avoient chargé en fraude
du bois de teinture à la Baye de Campeche.
témoi-
Le 26 , le fieur Pitt , Secrétaire d'Etat , préfenta
un Meffage , par lequel le Roi informoit la
Chambre , qu'un des Membres du Confeil de
Guerre , qui a jugé l'Amiral Byng , ayant
gné avoir quelque déclarations à faire fur le jugement
qui avoit été porté , & demandant pour cet
effet d'être dégagé du ferment du fecret impofé
aux Officiers qui compofent les Confeils de Guer.
re , Sa Majefté avoit cru devoir fufpendre pour
quinze jours l'exécution de la fentence prononcée
contre le fieur Byng. Après plufieurs débats , il
fut ordonné de dreffer un Bill pour difpenfer les
Juges de cet Amiral , du fecret qu'ils avoient juré
d'obferver. Ce Bill fut la pour la premiere & la
feconde fois. La Chambre en fit hier la troifieme
lecture , & il paffa àla pluralité de cent cinquante-
trois voix, contre vingt trois. Le Roi fe rendra
cette ſemaine au Parlement , pour donner fon ар-
probation à ce Bill . On entendra enfuite ce que
les Juges de l'Amiral Byng ont à déclarer , ou
pour infirmer , ou pour juftifier fa condamnation
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 8 février, la Chambre des Communes a sollicité des documents concernant les attaques françaises contre l'île de Minorque, les vaisseaux envoyés à son secours, les ordres donnés à l'amiral Byng, et l'état de la garnison et des munitions du Fort Saint-Philippe. Elle a également demandé des informations sur les fournitures aux troupes en Amérique en 1755 et 1756. Le Bureau de la Guerre a ordonné à plusieurs régiments de se rendre en Irlande pour embarquer vers l'Amérique, sous le commandement du contre-amiral Holbourne. Trois cents hommes de l'artillerie et trente pièces de canon doivent être transportés en Acadie. Des rapports signalent des démolitions de fortifications britanniques et des saisies de navires anglais par les Espagnols. Le 26 février, le Secrétaire d'État Pitt a informé la Chambre que l'exécution de la sentence contre l'amiral Byng a été suspendue pour quinze jours. Un Bill pour dispenser les juges de Byng de leur serment de secret a été adopté à la majorité de 153 voix contre 23.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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81
p. 184-196
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
M. l'Abbé d'Agoult, Chanoine & nouveau Doyen de l'Eglise de Paris, [...]
Mots clefs :
Cérémonies, Famille royale, Église, Parlement, Déclaration du roi, Fêtes religieuses, Siège de Minden, Armée, Lieutenant, Mouvements des troupes, Ennemis, Duc, Comte, Audience du roi, Gendarmerie, Officiers, Nominations, Vaisseaux, Corsaires , Navires anglais, Marchandises
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
M. l'Abbé Agoult , Chanoine & nouveaut
Doyen de l'Eglife de Paris , fut préſenté au Rož
le 17 Mars.
Le 19 , Dimanche des Rameaux , le Roi , ac
compagné de Monfeigneur le Dauphin , de Ma→
dame la Dauphine , de Madame Infante , de Ma
dame , & de Mefdames Victoire , Sophie & Louife
, affifta à la Bénédiction des Palmes . Cette céré
honie fut faite par M. l'Abbé Gergoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle- Mufique , qui préfenta
ane palme à Sa Majefté. Le Roi affifta de même à
la Proceffion & à l'adoration de la Croix. Enfuite
Sa Majesté entendit la grand'Meffe , qui fut aufft
célébrée par M. l'Abbé Gergoy , & chantée par la
Mufique.
La Reine affifta dans fa tribune à l'Office.
Le Roi ayant donné fon agrément à M. le Marquis
de Gefvres pour fon mariage avec Damoifelle
Françoife-Marie du Guefclin , Leurs Majeftés & la
Famille Royale, en fignerent le contrat le 19 Mars.
Le Roi a accordé à M. le Marquis de Gefvres la
furvivance du Gouvernement de l'Ile de France
de la Capitainerie Royale de Montceaux , & dis
Brevet de retenue de cinquante mille écus accor
dé au Duc de Trefmes fon pere.
AVRIL. 1758. 189
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
auffi le même jour le contrat de mariage de M.
Hérault de Séchelles , Colonel du Régiment de
Rouergue , avec la Demoiſelle de la Lande-
Magon,
Le jeudi-faint , M. l'Evêque de Dol ayant fait
l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon de
la Cêne du Pere Boule , Religieux Cordelier , Sa
Majefté à lavé les pieds à douze pauvres , & les a
fervis à table. M. le Prince de Condé , Grand-
Maître de la Maiſon du Roi , étoit à la tête des
Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le fervice. Les
plats étoient portés par Monfeigneur le Dauphin ,
MM. le Duc d'Orléans , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche , le Comte d'Eu , le Duc de
Penthievre , & par les principaux Officiers de Sa
Majefté . Après cette cérémonie , le Roi & la Reine
fe font rendus à la Chapelle , où Leurs Majeftés
ont entendu la grand'Meffe , & ont enfuite affifté
à la Proceffion.
Le Roi a accordé à M. le Marquis de Mont
mort , Major de fes Gardes , l'expectative de Comi
mandeur honoraire de l'Ordre de Saint Louis . Sa
Majefté lui a donné , en attendant , la permiffion
d'en porter les honneurs.
Quatre Bataillons des Gardes Françoiſes font
partis d'ici les 9, 11 , 13 & 15 de Mars pour Saint.
Omer , où ils doivent être rendus en dix jours , &
deux Bataillons des Gardes Suiffes le font mis en
marche le 9 & le 11 pour la ville d'Aire , où ils
ont dû être rendus dans le même eſpace de
temps.
Le Parlement a enrégiftré le ro de Mars deux
nouvelles Déclarations du Roi : la premiere , por
tant Réglement fur la diftribution & le jugement
des procès ou inftances qui étoient pendans dans
186 MERCURE DE FRANCE:
:
les quatrieme & cinquieme Chambres des Enquée
tes du Parlement de Paris , lors de la fuppreffion
d'icelles la feconde , concernant le rembourfement
de foixante Offices de Confeillers Laïcs , de
quatre Offices de Confeillers - Clercs , & d'une
Commiffion des Requêtes du Palais , vacans ou
fupprimés en exécution de l'Edit du mois de Décembre
1756.
La difette exceffive des fourrages a déterminé
M. le Comte de Clermont à paffer le Wefer, pour
fe porter fur Paderbon , & ce Prince s'eft mis en
marche le 17 de Mars.
Le 23 , la Reine entendit le Sermon de la
Cêne de M. l'Abbé d'Eſpiard , Chanoine de la
Métropole de Befançon , & Confeiller Clerc au
Parlement de la même Ville. M. l'Evêque de Dol
fit enfuite l'Abfoute , après laquelle Sa Majefté
lava les pieds à douze pauvres filles & les fervit à
table .M. le Marquis de Chalmazel , premier Maî
tre d'Hôtel de la Reine , précédoit le ſervice , dont
les plats étoient portés par Madame la Dauphine ,
Madame Infante , Madame , Madame Sophie ,
Madame la Princeffe de Condé , les Dames du Palais
, & plufieurs autres Dames de la Cour .
LeursMajeftés & la Famille Royale ſe rendirent
le même jour für les dix heures du ſoir à la Chapelle
du Château , & firent leurs prieres devant
'Autel où le Saint Sacrement étoit en dépôt.
Le 24 , jour du vendredi - faint , le Roi & la
Reine , accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
, Madame la Dauphine , Madame Infante ;
Madame , & de Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , entendirent le fermon de la paffion du
Pere Chapelain , Jéfaite .
Le 26 , Fête de Pâques , le Roi , la Reine &
la Famille Royale , entendirent la grande Meffe
AVRIL. 1758. 187
célébrée pontificalement par M. l'Evêque de Dol';
& chantée par la mufique.
Le 28 , le Roi , la Reine & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage de M. le Marquis
de Damas- Dantlezy avec Demoifelle Tillieres , &
celui de M. de Lamoignon de Baville , avec la
Demoiſelle Berryer .
Le même jour , le Roi tint le Sceau
vingt-fixieme fois.
pour la
Sa Majesté a donné le Régiment de la Couronne
, vacant par la démiffion du Comte de Pólaftron
, au Comte de Montbarey , Colonel dans le
Régiment des Grenadiers de France , & la place
de Colonel dans le même Régiment , à M. le Mar
quis de Montefquiou , Capitaine dans le Régiment
du Roi , Cavalerie.
Voici le détail qu'on a reçu du fiége de Minden
Le 4 du mois de Mars , l'armée Hanovrienne
déboucha des bois de Thaudozen & y campa le
lendemain 5.Le Prince Héréditaire de Brunſwick
& M. Dauberg , Lieutenant- Colonel , chargés du
fiége , envoyerent fommer M. le Marquis de Morangies
, Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
qui commandoit dans Minden , de ſe rendre , en
lui offrant la capitulation qu'il pourroit défirer ..
M. le Marquis de Morangies refufa toute propofition
, & répondit qu'il vouloit fe défendre. Le
même jour , la place fut inveftie par toute l'armée.
Le 6 , le Prince Ferdinand de Brunſwick s'empara
des gorges en avant de Minden , & établit fon
Quartier Général à Hill . La nuit du 6 au 7 , Pennemi
ouvrit la tranchée devant la place hors de la
portée du canon , & dans la nuit du 7 il perfectionna
la premiere parallele. Le 8 , M. le Marquis
de Morangies ordonna une fortie de so Volontaires
d'Infanterie & de sa Volontaires de Hay
188 MERCURE DE FRANCE.
nault à cheval , pour aller enlever dans les Villa
ges voisins , où l'ennemi avoit des poftes de ca
valerie , des moutons , des boeufs , des , vaches &
d'autres provifions ; ce qui fut exécuté fans peine ,
parce que les ennemis fe retirerent à l'approche
du détachement qu'ils crurent plus nombreux:
ainfi le convoi entra dans la place fans aucun inconvénient.
Le 9 , les affiégeans poufferent deux
zigzags en avant dans la premiere parallele. Le
10 , ils formerent la feconde parallele & acheverent
d'embraffer le front de l'attaque. Le même
jour , M. le Marquis de Morangies ordonna une
fortie de 100 hommes , pour faire entrer du bois
dans la place , dont la garnifon paffoit toutes les
nuits au bivouac , ainfi que pour reconnoître en
même temps les travaux des ennemis & les tâter.
Le feu fut affez vif de part & d'autre ; on leur tua
10 à 12 hommes , & les deux objets furent remplis.
Le 11 , les ennemis poufferent deux zigzags
en avant de la feconde parallele , & ils établirent
deux batteries de trois pieces de canon chacune ,
qui tirerent avec fi peu de fuccès , qu'ils firent
ceffer. Dans l'après-midi du même jour , ils éta
blirent une autre batterie de trois pieces de canon
qui tira fur la place : cette batterie fut bientôt
éteinte par le feu fupérieur de notre artillerie . Lé
12 , les ennemis établirent cinq batteries de fix
pieces de canon de 17 & de 33 , & une batterie
de fix mortiers , qui jettoient des bombes de huit
pouces. Toutes ces batteries furent en état de tirer
Le matin , à la réſerve d'une feule qu'ils ne démaf
querent point : quelques maifons du rempart furent
endommagées ; cependant leur feu n'eut pas.
un grand fuccès , parce qu'on leur oppofa un feu
d'artillerie qui les incommoda beaucoup . Le mê
me jour , on commanda cinq Compagnies de Gre↓
AVRIL. 1758. 189
nadiers & cinquante Volontaires , pour faire une
fortie & pour attaquer la tranchée. L'ennemi fa
trouva partout en force , parce que précisément
alors on relevoit la tranchée. Le 13 , les ennemis
firent la troisieme parallele & rapprocherent leurs
batteries à so toifes de la contrefcarpe ; ils firent
pendant toute la journée un feu terrible , & ils jetterent
une fi prodigieufe quantité de bombes dans
la Ville , qu'ils y mirent feu . Le foir , nos batte
ries fe trouverent en mauvais ordre & la poudre
manqua. Dans cette extrêmité , les Commandans
des Corps s'affemblerent chez M. le Marquis de
Morangies , où il fut conclu de rendre la place.
Pat la capitulation , qui fut fignée le 14 , la Garni
fon a été faite prifonniere de guerre.
M. le Duc de Broglie a évacué Caffel , & il s'eft
mis en marche le 23 avec toutes les Troupes qui
fent fous les ordres , pour joindre l'armée de M.
le Comte de Clermont. Il n'y a aucun Corps ennemi
à portée de s'opposer à cette jonction.
Le onzième tirage de la premiere Loterie
Royale , fe fit le 16 du mois dernier & les jours
faivans. Le principal lot eft échu au numero 376393
le fecond lot au numero 27416 , & la prime de
20000 livres au numero 19214.
Le Roi , la Reine , & la Famille Royale fignerent
le 2 d'Avril , le contrat de mariage de M.
le Marquis de Chauvelin , Lieutenant- Général
des Armées de Sa Majefté , & fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , avec la Demoiſelle
Mazade d'Argeville , & celui de M. le Marquis
d'Avarey , avec Angélique- Adélaïde Sophie de
Mailly-de Rubempre.
Le trois Avril , le Duc d'Aumont , Premier
Gentilhomme de la Chambre , & la Ducheffe de
Luynes , Dame d'Honneur de la Reine , tinrent
190 MERCURE DE FRANCE.
au nom du Roi & de la Reine fur les fonts de Bap
tême , à la Paroiffe du Château , l'enfant du fieur
Chatelain , Contrôleur ordinaire de la Bouche du
Roi.
Le cinq , le Baron de Lichtenſtein , Miniſ
tre Plénipotentiaire du Duc de Saxe-Gotha , eur
une audience particuliére du Roi , dans laquelle il
préfenta à Sa Majefté ſes Lettres de rappel. Il fut
conduit à cette audience , ainſi qu'à celles de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Monfeigneur le Duc de Bourgo
gne , de Monſeigneur le Duc de Berry , de Monfeigneur
le Comte de Provence , de Madame Infante
, de Madame , & de Meſdames Victoire , So.
phie & Louife , par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le même jour , M. l'Evêque d'Orleans prêta ferment
entre les mains du Roi , pour l'Evêché de
Condom ; & M. l'Evêque de Digne , pour l'Evê,
ché d'Orleans.
Suivant la difpofition faite par le Roi des emplois
de la Gendarmerie , la Soulieutenance des
Gendarmes de Flandres eſt donnée à M. le Cointe
de Saint-Chamans, premier Cornette ; la premiere
Cornette des Chevaux- Légers de Bourgogne, à M.
le Baron de Breteuil , Guidon ; le Guidon des Gendarmes
d'Orléans , à M. le Comte de Noé , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de Viefville ;
la Soulieutenance des Chevaux- Légers d'Orléans ,
à M. le Comte de Fougieres , Enſeigne ; l'Enfeigne
des Gendarmes d'Orléans , à M. le Comte de
Choifeul-Savigny , fecond Cornette ; la feconde
Cornette des Chevaux - Légers de la Reine , à M.
de Marquis de Crenolles , Lieutenant dans le Régiment
d'Infanterie du Roi,; .la Compagnie des
Chevaux-Légers de Bourgogne , à M. le Comte
A VRIL. 1758. 191
Herbouville , Soulieutenant ; la Soulieutenance
des Gendarmes d'Aquitaine , à M. le Comte de Cuf
tines de Guermnage, Enfeigne; l'Enſeigne des Gendarmes
de Flandres , à M.le Comte de Roncé fecond
Cornette; la feconde Cornette des Chevaux - Légers
d'Orléans , à M. le Baron de Choiſeul- Buffiere
Lieutenant dans le Régiment du Roi , Infanterie ;
le Guidon des Gendarmes Ecoffois , à M. le Comte
de Saiffeval , Guidon des Gendarmes de Berry ;
le Guidon des Gendarmes de Berry , à M. le Mar
quis le Veneur , Moufquetaire ; le Guidon des
Gendarmes Bourguignons , à M. le Marquis de
Valençay , Capitaine dans le Régiment du Commiffaire
Général de la Cavalerie ; la Soulieute
nance des Gendarmes Bourguignons , à M. le
Marquis de Carvoifin d'Achy , Enſeigne ; l'Enfeigne
des Gendarmes Dauphins , à M. le Comte
de Caftellane , fecond Cornette ; l'Enfeigne des
Gendarmes de Bourgogne , à M. le Marquis de
Seran , Guidon ; le Guidon des Gendarmes Dauphins
, à M. le Comte Dauvet , Aide- Major dans
le Régiment des Gardes Françoifes ; la feconde
Cornette des Chevaux- Légers d'Aquitaine , à M.
le Marquis de Lambertie , Moufquetaire , & le.
Guidon des Gendarmes de Flandres , à M. le Mar
quis d'Houdetot , Lieutenant en fecond dans le
Régiment du Roi , Infanterie.
Sa Majesté vient d'accorder des Croix de Saint
Louis & différentes graces aux Officiers qui ſe font
diftingués à l'attaque du pont de Weiffenfels , fous
les ordres de M. le Marquis de Crillon . Les Gre
nadiers des deux Compagnies du Régiment de
Saint Chamond , qui dans cette action ont mar
qué beaucoup de valeur , ont auffi reçu du Roi
chacun une gratification.
Le Roi a nommé Brigadier d'Infanterie M. de
2192 MERCURE DE FRANCE.
Buffy , qui , depuis fept ans , commande en chef
les Troupes Françoifes dans le Dekan aux Indes
Occidentales.
L'Armée du Comte de Clermont eſt arrivée à
Wezel , fans avoir été inquiétée dans fa marche.
Les Troupes qui étoient dans Caffel & dans le
pays de Hefle , font actuellement à Duffeldorp ,
Capitale du Duché de Bergues , & dans les environs
de cette Ville . Elles s'y font rendues , fans
rencontrer le moindre obſtacle de la part des ennemis.
La nuit du 3 Mars au premier Avril , M. le
Comte de Clermont fut attaqué d'une violente &
douloureuſe efquinancie , qui a mis ſa vie en danger.
Il a été faigné trois fois dans le même jour ,
& on a employé fi à propos les remedes convenables
, que la fanté de ce Prince eft parfaitement
Tétablie.
Les Gazettes d'Angleterre font monter le nombre
des vaiffeaux que les François leur ont pris ,
depuis le 29 Octobre 1757 , juſqu'au 10 Janvier
dernier , à cent cinquante-deux , non compris
plufieurs autres bâtimens , comme chaloupes &
Bateaux de Pêcheurs , & le nombre des vailleaux
François pris par les Anglois , pendant le même
temps , à cent navires. Ainfi , felon eux , nos prifes
excedent les leurs d'environ foixante vaiffeaux.
Le Capitaine Guitton , commandant le Corfaire
le Don de Dieu , de Calais , a rançonné pour
125 guinées deux bâteaux Anglois dont il s'étoit
emparé!
Le Corfaire le Machault , de Granville , a pris
& conduit à Saint- Malo le Navire Anglois le Sa-
Pisbary , de Liverpool, qui alloit à la côte de
Guinée avec une cargaifon d'eau - de- vie , de fer ,
de poudre de guerre , de fufils , de pistolets de
toiles
AVRIL. 1758. 193
toiles peintes , & autres marchandifes propres
pour la traite des Negres.
Le même Corfaire s'eft rendu maître des Navites
Anglois le Recovry & l'Europe , & il les a rançonnés
pour 19 mille livres.
Le Capitaine le Tourneur , commandant le
Mefny , autre Corſaire du même port , y a conduit
un Bateau Anglois chargé de vin de Florence ,
d'huile d'olive & de raiſins .
Le Navire Anglois le Samuel , de 300 tonneaux ,
allant de Saint - Chriftophe à Londres , avec un
chargement compofé de 366 boucaurs de fucre ,
& de 10 bottes de vin de Madere , a été pris par
le Capitaine le Roi , commandant.le Corfaire le
Comte de Langeron de Saint- Malo , où il a été
conduit.
Le Navire Anglois le Laurier, pris par le Cor
faire la Revanche de Dunkerque , a été conduit
dans le port d'Abreuvaç en Bretagne. Il eſt chargé
de tabac , de favon & d'autres marchandiſes.
Les Frégates du Roi , la Calypfo & l'Eclair , ſe
font emparés du Corfaire Anglois le Tartare , de
Briftol , armé de 12 canons , 10 pierriers , 71
hommes d'équipage , & elles l'ont conduit dans
la rade de l'ile Daix.
Le Corfaire la Comteffe de la Serre , de Dunkerque
, y a conduit le Navire Anglois lá Lady-
Liveſtown , de 60 tonneaux , chargé de vin , d'eaude-
vie & de graine de lin.
Le Senaw Anglois la Providence , de 120 tonneaux
, ayant pour cargaifon 8 à 10 barriques
d'eau- de-vie , go barriqués de vieux fer , 7 balles
de lin , & 30 petits barrils de falpêtre , a été pris
par le Corfaire le Moiffonneur , de Calais.
Deux autres Corfaires de ce port , appellés ;
P'un le Don de Dieu , l'autre le Bart, ont remis à
11. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
Dunkerque les ôtages qu'ils ont pris , pour affu
rer le paiement de quatre rançons montant enfemble
à 375 guinées .
Le Navire Anglois les Amis , de 200 tonneaux ,
chargé de farine , de biere , & d'autres vivres &
marchandifes deftinées pour Gibraltar , a été pris
par le Corfaire la Revanche , de Dunkerque , qui
l'a fait conduire au Havre.
Le Corfaire la Bellone , de Saint - Malo , a pris
& conduit à Cherbourg le Navire Anglois le Butterfly
, de 70 tonneaux , chargé de 130 futailles
de vin de Madere .
Il est arrivé à Saint -Malo deux prifes faites par
le Corfaire l'Augufte , de ce port : l'une eft le Senaw
l'Anne , de 120 tonneaux , chargé de riz ,
d'indigo & de bois d'Acajou ; l'autre eft le Sloup
l'Endeavour , de so tonneaux , allant de Briſtol
à la nouvelle Angleterre , avec un chargement de
vivres & d'autres denrées , deſtinés pour cette Colonie.
Le Capitaine Naguille , commandant le Corfaire
le Labourt , de Saint- Jean-de-Luz , a pris &
conduit à Bayonne le Navire Anglois la Liffe , de
Liverpool , ayant pour cargaison 296 boucauts de
fucre , 12 barriques de taffia , 10 barriques d'indigo
, 10 barriques de café , &c. & un autre bâtiment
chargé de goudron.
Le Chevalier Barrot , autre Corſaire de Bayonne
, a conduit à Saint-Sébaſtien un Navire Anglois
chargé de 450 barrils de riz & de quelques pelleteries.
1 I
On écrit du Havre de Grace , que le Corſaire
la Comteffe de Filtz-James , de 30 canons , a relâché
à Granville , après s'être longtemps battu
contre un Vaiffeau de guerre ennemi de o cas
Aons , qui n'a pu s'en rendre maître.
AVRIL. 1758. 195
eLe Capitaine Robert , commandant le Corfairela
Comtelle de la Serre , de Dunkerque , y a fait
conduire un Bâtiment , dont la cargaifon compofée
d'indigo , de fucre , de café & d'autres marchandiſes
, eft eftimée plus de trois cents mille
livres.
Le Navire Anglois la Prospérité , de Dublin , a
été pris par le Corfaire la Marquise de Mazelet ,
de Boulogne , qui l'a rançonné pour fept mille
deux cents livres.
Le Comte de Valence , autre Corſaire du même
port , a pris & conduit à Cherbourg un Bâtiment
Anglois chargé de laine , de fer , de taffia , & de
quelques barriques de fucre.
Il est arrivé à Saint- Malo un Corfaire Anglois
appellé la Défiance , de Jerzey, armé de 6 canons ,
6 pierriers & 74 hommes d'équipages : c'eft le
Corfaire la Bellone , de ce port , qui s'en eft rendu
maître.
On mande de Bayonne , que les Capitaines
Guillaume Lavernis & Pierre-Denis Labat , commandant
les Corfaires l'Aurore & le Chevalier
Barrau , de ce port , y ont fait conduire , l'un
le Navire Anglois le Guillaume , dont la cargaifon
confifte en huile de poiffon & en merrains ;
Pautre , un Bâtiment appellé le Tom , de Philadelphie
, chargé de riz.
1.
Le Capitaine de Laire , commandant le Corfaire
la Marquife de Nazelle , de Boulogne , s'eft
emparé des Bateaux Anglois le Moineau & la Bonne-
Amie, & il les a rançonnés , l'un pour so ,
l'autre pour 60 livres fterlings.
Les Corfaires le Comte de Valence & le Comte
d'Ayen , de Boulogne , ont fait conduire à Cherbourg
un petit Navire Anglois chargé de bled.
Le Navire Anglois la Providence , de Bristol ,
I ij
196 , MERCURE DE FRANCE.
armné de 8 canons , & ayant pour chargement 210
boucauts de fucre blanc , 20 tonneaux de gingem
bre , & 200 dents d'éléphant , a été pris par le
Corfaire le Macbault, de Grandville , & conduit
à Morlaix. 2
Le Capitaine Deftouches , commandant le Mara
quis de Marigny , autre Corfaire de Granville , a
rançonné pour 17000 livres un Navire Anglois
dont il s'étoit emparé.
Le Corfaire le Moras , de S. Malo , s'eft rendu
maître du Navire Anglois le Bafton , de 199 100-
neaux , dont la cargaison confifte en 1400 barrils
de goudron , so barrils de brai , & quelques doug
velles .
On mande de Bayonne qu'il y eft arrivé un Nad
vire Anglois appellé le Pemberton , de 450 ton
neaux , armé de 18 canons & de 4s hommes d'é
quipage , dont le Corfaire le Machault , de ce
Port , s'eft rendu maître .
M. l'Abbé Agoult , Chanoine & nouveaut
Doyen de l'Eglife de Paris , fut préſenté au Rož
le 17 Mars.
Le 19 , Dimanche des Rameaux , le Roi , ac
compagné de Monfeigneur le Dauphin , de Ma→
dame la Dauphine , de Madame Infante , de Ma
dame , & de Mefdames Victoire , Sophie & Louife
, affifta à la Bénédiction des Palmes . Cette céré
honie fut faite par M. l'Abbé Gergoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle- Mufique , qui préfenta
ane palme à Sa Majefté. Le Roi affifta de même à
la Proceffion & à l'adoration de la Croix. Enfuite
Sa Majesté entendit la grand'Meffe , qui fut aufft
célébrée par M. l'Abbé Gergoy , & chantée par la
Mufique.
La Reine affifta dans fa tribune à l'Office.
Le Roi ayant donné fon agrément à M. le Marquis
de Gefvres pour fon mariage avec Damoifelle
Françoife-Marie du Guefclin , Leurs Majeftés & la
Famille Royale, en fignerent le contrat le 19 Mars.
Le Roi a accordé à M. le Marquis de Gefvres la
furvivance du Gouvernement de l'Ile de France
de la Capitainerie Royale de Montceaux , & dis
Brevet de retenue de cinquante mille écus accor
dé au Duc de Trefmes fon pere.
AVRIL. 1758. 189
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
auffi le même jour le contrat de mariage de M.
Hérault de Séchelles , Colonel du Régiment de
Rouergue , avec la Demoiſelle de la Lande-
Magon,
Le jeudi-faint , M. l'Evêque de Dol ayant fait
l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon de
la Cêne du Pere Boule , Religieux Cordelier , Sa
Majefté à lavé les pieds à douze pauvres , & les a
fervis à table. M. le Prince de Condé , Grand-
Maître de la Maiſon du Roi , étoit à la tête des
Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le fervice. Les
plats étoient portés par Monfeigneur le Dauphin ,
MM. le Duc d'Orléans , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche , le Comte d'Eu , le Duc de
Penthievre , & par les principaux Officiers de Sa
Majefté . Après cette cérémonie , le Roi & la Reine
fe font rendus à la Chapelle , où Leurs Majeftés
ont entendu la grand'Meffe , & ont enfuite affifté
à la Proceffion.
Le Roi a accordé à M. le Marquis de Mont
mort , Major de fes Gardes , l'expectative de Comi
mandeur honoraire de l'Ordre de Saint Louis . Sa
Majefté lui a donné , en attendant , la permiffion
d'en porter les honneurs.
Quatre Bataillons des Gardes Françoiſes font
partis d'ici les 9, 11 , 13 & 15 de Mars pour Saint.
Omer , où ils doivent être rendus en dix jours , &
deux Bataillons des Gardes Suiffes le font mis en
marche le 9 & le 11 pour la ville d'Aire , où ils
ont dû être rendus dans le même eſpace de
temps.
Le Parlement a enrégiftré le ro de Mars deux
nouvelles Déclarations du Roi : la premiere , por
tant Réglement fur la diftribution & le jugement
des procès ou inftances qui étoient pendans dans
186 MERCURE DE FRANCE:
:
les quatrieme & cinquieme Chambres des Enquée
tes du Parlement de Paris , lors de la fuppreffion
d'icelles la feconde , concernant le rembourfement
de foixante Offices de Confeillers Laïcs , de
quatre Offices de Confeillers - Clercs , & d'une
Commiffion des Requêtes du Palais , vacans ou
fupprimés en exécution de l'Edit du mois de Décembre
1756.
La difette exceffive des fourrages a déterminé
M. le Comte de Clermont à paffer le Wefer, pour
fe porter fur Paderbon , & ce Prince s'eft mis en
marche le 17 de Mars.
Le 23 , la Reine entendit le Sermon de la
Cêne de M. l'Abbé d'Eſpiard , Chanoine de la
Métropole de Befançon , & Confeiller Clerc au
Parlement de la même Ville. M. l'Evêque de Dol
fit enfuite l'Abfoute , après laquelle Sa Majefté
lava les pieds à douze pauvres filles & les fervit à
table .M. le Marquis de Chalmazel , premier Maî
tre d'Hôtel de la Reine , précédoit le ſervice , dont
les plats étoient portés par Madame la Dauphine ,
Madame Infante , Madame , Madame Sophie ,
Madame la Princeffe de Condé , les Dames du Palais
, & plufieurs autres Dames de la Cour .
LeursMajeftés & la Famille Royale ſe rendirent
le même jour für les dix heures du ſoir à la Chapelle
du Château , & firent leurs prieres devant
'Autel où le Saint Sacrement étoit en dépôt.
Le 24 , jour du vendredi - faint , le Roi & la
Reine , accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
, Madame la Dauphine , Madame Infante ;
Madame , & de Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , entendirent le fermon de la paffion du
Pere Chapelain , Jéfaite .
Le 26 , Fête de Pâques , le Roi , la Reine &
la Famille Royale , entendirent la grande Meffe
AVRIL. 1758. 187
célébrée pontificalement par M. l'Evêque de Dol';
& chantée par la mufique.
Le 28 , le Roi , la Reine & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage de M. le Marquis
de Damas- Dantlezy avec Demoifelle Tillieres , &
celui de M. de Lamoignon de Baville , avec la
Demoiſelle Berryer .
Le même jour , le Roi tint le Sceau
vingt-fixieme fois.
pour la
Sa Majesté a donné le Régiment de la Couronne
, vacant par la démiffion du Comte de Pólaftron
, au Comte de Montbarey , Colonel dans le
Régiment des Grenadiers de France , & la place
de Colonel dans le même Régiment , à M. le Mar
quis de Montefquiou , Capitaine dans le Régiment
du Roi , Cavalerie.
Voici le détail qu'on a reçu du fiége de Minden
Le 4 du mois de Mars , l'armée Hanovrienne
déboucha des bois de Thaudozen & y campa le
lendemain 5.Le Prince Héréditaire de Brunſwick
& M. Dauberg , Lieutenant- Colonel , chargés du
fiége , envoyerent fommer M. le Marquis de Morangies
, Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
qui commandoit dans Minden , de ſe rendre , en
lui offrant la capitulation qu'il pourroit défirer ..
M. le Marquis de Morangies refufa toute propofition
, & répondit qu'il vouloit fe défendre. Le
même jour , la place fut inveftie par toute l'armée.
Le 6 , le Prince Ferdinand de Brunſwick s'empara
des gorges en avant de Minden , & établit fon
Quartier Général à Hill . La nuit du 6 au 7 , Pennemi
ouvrit la tranchée devant la place hors de la
portée du canon , & dans la nuit du 7 il perfectionna
la premiere parallele. Le 8 , M. le Marquis
de Morangies ordonna une fortie de so Volontaires
d'Infanterie & de sa Volontaires de Hay
188 MERCURE DE FRANCE.
nault à cheval , pour aller enlever dans les Villa
ges voisins , où l'ennemi avoit des poftes de ca
valerie , des moutons , des boeufs , des , vaches &
d'autres provifions ; ce qui fut exécuté fans peine ,
parce que les ennemis fe retirerent à l'approche
du détachement qu'ils crurent plus nombreux:
ainfi le convoi entra dans la place fans aucun inconvénient.
Le 9 , les affiégeans poufferent deux
zigzags en avant dans la premiere parallele. Le
10 , ils formerent la feconde parallele & acheverent
d'embraffer le front de l'attaque. Le même
jour , M. le Marquis de Morangies ordonna une
fortie de 100 hommes , pour faire entrer du bois
dans la place , dont la garnifon paffoit toutes les
nuits au bivouac , ainfi que pour reconnoître en
même temps les travaux des ennemis & les tâter.
Le feu fut affez vif de part & d'autre ; on leur tua
10 à 12 hommes , & les deux objets furent remplis.
Le 11 , les ennemis poufferent deux zigzags
en avant de la feconde parallele , & ils établirent
deux batteries de trois pieces de canon chacune ,
qui tirerent avec fi peu de fuccès , qu'ils firent
ceffer. Dans l'après-midi du même jour , ils éta
blirent une autre batterie de trois pieces de canon
qui tira fur la place : cette batterie fut bientôt
éteinte par le feu fupérieur de notre artillerie . Lé
12 , les ennemis établirent cinq batteries de fix
pieces de canon de 17 & de 33 , & une batterie
de fix mortiers , qui jettoient des bombes de huit
pouces. Toutes ces batteries furent en état de tirer
Le matin , à la réſerve d'une feule qu'ils ne démaf
querent point : quelques maifons du rempart furent
endommagées ; cependant leur feu n'eut pas.
un grand fuccès , parce qu'on leur oppofa un feu
d'artillerie qui les incommoda beaucoup . Le mê
me jour , on commanda cinq Compagnies de Gre↓
AVRIL. 1758. 189
nadiers & cinquante Volontaires , pour faire une
fortie & pour attaquer la tranchée. L'ennemi fa
trouva partout en force , parce que précisément
alors on relevoit la tranchée. Le 13 , les ennemis
firent la troisieme parallele & rapprocherent leurs
batteries à so toifes de la contrefcarpe ; ils firent
pendant toute la journée un feu terrible , & ils jetterent
une fi prodigieufe quantité de bombes dans
la Ville , qu'ils y mirent feu . Le foir , nos batte
ries fe trouverent en mauvais ordre & la poudre
manqua. Dans cette extrêmité , les Commandans
des Corps s'affemblerent chez M. le Marquis de
Morangies , où il fut conclu de rendre la place.
Pat la capitulation , qui fut fignée le 14 , la Garni
fon a été faite prifonniere de guerre.
M. le Duc de Broglie a évacué Caffel , & il s'eft
mis en marche le 23 avec toutes les Troupes qui
fent fous les ordres , pour joindre l'armée de M.
le Comte de Clermont. Il n'y a aucun Corps ennemi
à portée de s'opposer à cette jonction.
Le onzième tirage de la premiere Loterie
Royale , fe fit le 16 du mois dernier & les jours
faivans. Le principal lot eft échu au numero 376393
le fecond lot au numero 27416 , & la prime de
20000 livres au numero 19214.
Le Roi , la Reine , & la Famille Royale fignerent
le 2 d'Avril , le contrat de mariage de M.
le Marquis de Chauvelin , Lieutenant- Général
des Armées de Sa Majefté , & fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , avec la Demoiſelle
Mazade d'Argeville , & celui de M. le Marquis
d'Avarey , avec Angélique- Adélaïde Sophie de
Mailly-de Rubempre.
Le trois Avril , le Duc d'Aumont , Premier
Gentilhomme de la Chambre , & la Ducheffe de
Luynes , Dame d'Honneur de la Reine , tinrent
190 MERCURE DE FRANCE.
au nom du Roi & de la Reine fur les fonts de Bap
tême , à la Paroiffe du Château , l'enfant du fieur
Chatelain , Contrôleur ordinaire de la Bouche du
Roi.
Le cinq , le Baron de Lichtenſtein , Miniſ
tre Plénipotentiaire du Duc de Saxe-Gotha , eur
une audience particuliére du Roi , dans laquelle il
préfenta à Sa Majefté ſes Lettres de rappel. Il fut
conduit à cette audience , ainſi qu'à celles de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Monfeigneur le Duc de Bourgo
gne , de Monſeigneur le Duc de Berry , de Monfeigneur
le Comte de Provence , de Madame Infante
, de Madame , & de Meſdames Victoire , So.
phie & Louife , par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le même jour , M. l'Evêque d'Orleans prêta ferment
entre les mains du Roi , pour l'Evêché de
Condom ; & M. l'Evêque de Digne , pour l'Evê,
ché d'Orleans.
Suivant la difpofition faite par le Roi des emplois
de la Gendarmerie , la Soulieutenance des
Gendarmes de Flandres eſt donnée à M. le Cointe
de Saint-Chamans, premier Cornette ; la premiere
Cornette des Chevaux- Légers de Bourgogne, à M.
le Baron de Breteuil , Guidon ; le Guidon des Gendarmes
d'Orléans , à M. le Comte de Noé , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de Viefville ;
la Soulieutenance des Chevaux- Légers d'Orléans ,
à M. le Comte de Fougieres , Enſeigne ; l'Enfeigne
des Gendarmes d'Orléans , à M. le Comte de
Choifeul-Savigny , fecond Cornette ; la feconde
Cornette des Chevaux - Légers de la Reine , à M.
de Marquis de Crenolles , Lieutenant dans le Régiment
d'Infanterie du Roi,; .la Compagnie des
Chevaux-Légers de Bourgogne , à M. le Comte
A VRIL. 1758. 191
Herbouville , Soulieutenant ; la Soulieutenance
des Gendarmes d'Aquitaine , à M. le Comte de Cuf
tines de Guermnage, Enfeigne; l'Enſeigne des Gendarmes
de Flandres , à M.le Comte de Roncé fecond
Cornette; la feconde Cornette des Chevaux - Légers
d'Orléans , à M. le Baron de Choiſeul- Buffiere
Lieutenant dans le Régiment du Roi , Infanterie ;
le Guidon des Gendarmes Ecoffois , à M. le Comte
de Saiffeval , Guidon des Gendarmes de Berry ;
le Guidon des Gendarmes de Berry , à M. le Mar
quis le Veneur , Moufquetaire ; le Guidon des
Gendarmes Bourguignons , à M. le Marquis de
Valençay , Capitaine dans le Régiment du Commiffaire
Général de la Cavalerie ; la Soulieute
nance des Gendarmes Bourguignons , à M. le
Marquis de Carvoifin d'Achy , Enſeigne ; l'Enfeigne
des Gendarmes Dauphins , à M. le Comte
de Caftellane , fecond Cornette ; l'Enfeigne des
Gendarmes de Bourgogne , à M. le Marquis de
Seran , Guidon ; le Guidon des Gendarmes Dauphins
, à M. le Comte Dauvet , Aide- Major dans
le Régiment des Gardes Françoifes ; la feconde
Cornette des Chevaux- Légers d'Aquitaine , à M.
le Marquis de Lambertie , Moufquetaire , & le.
Guidon des Gendarmes de Flandres , à M. le Mar
quis d'Houdetot , Lieutenant en fecond dans le
Régiment du Roi , Infanterie.
Sa Majesté vient d'accorder des Croix de Saint
Louis & différentes graces aux Officiers qui ſe font
diftingués à l'attaque du pont de Weiffenfels , fous
les ordres de M. le Marquis de Crillon . Les Gre
nadiers des deux Compagnies du Régiment de
Saint Chamond , qui dans cette action ont mar
qué beaucoup de valeur , ont auffi reçu du Roi
chacun une gratification.
Le Roi a nommé Brigadier d'Infanterie M. de
2192 MERCURE DE FRANCE.
Buffy , qui , depuis fept ans , commande en chef
les Troupes Françoifes dans le Dekan aux Indes
Occidentales.
L'Armée du Comte de Clermont eſt arrivée à
Wezel , fans avoir été inquiétée dans fa marche.
Les Troupes qui étoient dans Caffel & dans le
pays de Hefle , font actuellement à Duffeldorp ,
Capitale du Duché de Bergues , & dans les environs
de cette Ville . Elles s'y font rendues , fans
rencontrer le moindre obſtacle de la part des ennemis.
La nuit du 3 Mars au premier Avril , M. le
Comte de Clermont fut attaqué d'une violente &
douloureuſe efquinancie , qui a mis ſa vie en danger.
Il a été faigné trois fois dans le même jour ,
& on a employé fi à propos les remedes convenables
, que la fanté de ce Prince eft parfaitement
Tétablie.
Les Gazettes d'Angleterre font monter le nombre
des vaiffeaux que les François leur ont pris ,
depuis le 29 Octobre 1757 , juſqu'au 10 Janvier
dernier , à cent cinquante-deux , non compris
plufieurs autres bâtimens , comme chaloupes &
Bateaux de Pêcheurs , & le nombre des vailleaux
François pris par les Anglois , pendant le même
temps , à cent navires. Ainfi , felon eux , nos prifes
excedent les leurs d'environ foixante vaiffeaux.
Le Capitaine Guitton , commandant le Corfaire
le Don de Dieu , de Calais , a rançonné pour
125 guinées deux bâteaux Anglois dont il s'étoit
emparé!
Le Corfaire le Machault , de Granville , a pris
& conduit à Saint- Malo le Navire Anglois le Sa-
Pisbary , de Liverpool, qui alloit à la côte de
Guinée avec une cargaifon d'eau - de- vie , de fer ,
de poudre de guerre , de fufils , de pistolets de
toiles
AVRIL. 1758. 193
toiles peintes , & autres marchandifes propres
pour la traite des Negres.
Le même Corfaire s'eft rendu maître des Navites
Anglois le Recovry & l'Europe , & il les a rançonnés
pour 19 mille livres.
Le Capitaine le Tourneur , commandant le
Mefny , autre Corſaire du même port , y a conduit
un Bateau Anglois chargé de vin de Florence ,
d'huile d'olive & de raiſins .
Le Navire Anglois le Samuel , de 300 tonneaux ,
allant de Saint - Chriftophe à Londres , avec un
chargement compofé de 366 boucaurs de fucre ,
& de 10 bottes de vin de Madere , a été pris par
le Capitaine le Roi , commandant.le Corfaire le
Comte de Langeron de Saint- Malo , où il a été
conduit.
Le Navire Anglois le Laurier, pris par le Cor
faire la Revanche de Dunkerque , a été conduit
dans le port d'Abreuvaç en Bretagne. Il eſt chargé
de tabac , de favon & d'autres marchandiſes.
Les Frégates du Roi , la Calypfo & l'Eclair , ſe
font emparés du Corfaire Anglois le Tartare , de
Briftol , armé de 12 canons , 10 pierriers , 71
hommes d'équipage , & elles l'ont conduit dans
la rade de l'ile Daix.
Le Corfaire la Comteffe de la Serre , de Dunkerque
, y a conduit le Navire Anglois lá Lady-
Liveſtown , de 60 tonneaux , chargé de vin , d'eaude-
vie & de graine de lin.
Le Senaw Anglois la Providence , de 120 tonneaux
, ayant pour cargaifon 8 à 10 barriques
d'eau- de-vie , go barriqués de vieux fer , 7 balles
de lin , & 30 petits barrils de falpêtre , a été pris
par le Corfaire le Moiffonneur , de Calais.
Deux autres Corfaires de ce port , appellés ;
P'un le Don de Dieu , l'autre le Bart, ont remis à
11. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
Dunkerque les ôtages qu'ils ont pris , pour affu
rer le paiement de quatre rançons montant enfemble
à 375 guinées .
Le Navire Anglois les Amis , de 200 tonneaux ,
chargé de farine , de biere , & d'autres vivres &
marchandifes deftinées pour Gibraltar , a été pris
par le Corfaire la Revanche , de Dunkerque , qui
l'a fait conduire au Havre.
Le Corfaire la Bellone , de Saint - Malo , a pris
& conduit à Cherbourg le Navire Anglois le Butterfly
, de 70 tonneaux , chargé de 130 futailles
de vin de Madere .
Il est arrivé à Saint -Malo deux prifes faites par
le Corfaire l'Augufte , de ce port : l'une eft le Senaw
l'Anne , de 120 tonneaux , chargé de riz ,
d'indigo & de bois d'Acajou ; l'autre eft le Sloup
l'Endeavour , de so tonneaux , allant de Briſtol
à la nouvelle Angleterre , avec un chargement de
vivres & d'autres denrées , deſtinés pour cette Colonie.
Le Capitaine Naguille , commandant le Corfaire
le Labourt , de Saint- Jean-de-Luz , a pris &
conduit à Bayonne le Navire Anglois la Liffe , de
Liverpool , ayant pour cargaison 296 boucauts de
fucre , 12 barriques de taffia , 10 barriques d'indigo
, 10 barriques de café , &c. & un autre bâtiment
chargé de goudron.
Le Chevalier Barrot , autre Corſaire de Bayonne
, a conduit à Saint-Sébaſtien un Navire Anglois
chargé de 450 barrils de riz & de quelques pelleteries.
1 I
On écrit du Havre de Grace , que le Corſaire
la Comteffe de Filtz-James , de 30 canons , a relâché
à Granville , après s'être longtemps battu
contre un Vaiffeau de guerre ennemi de o cas
Aons , qui n'a pu s'en rendre maître.
AVRIL. 1758. 195
eLe Capitaine Robert , commandant le Corfairela
Comtelle de la Serre , de Dunkerque , y a fait
conduire un Bâtiment , dont la cargaifon compofée
d'indigo , de fucre , de café & d'autres marchandiſes
, eft eftimée plus de trois cents mille
livres.
Le Navire Anglois la Prospérité , de Dublin , a
été pris par le Corfaire la Marquise de Mazelet ,
de Boulogne , qui l'a rançonné pour fept mille
deux cents livres.
Le Comte de Valence , autre Corſaire du même
port , a pris & conduit à Cherbourg un Bâtiment
Anglois chargé de laine , de fer , de taffia , & de
quelques barriques de fucre.
Il est arrivé à Saint- Malo un Corfaire Anglois
appellé la Défiance , de Jerzey, armé de 6 canons ,
6 pierriers & 74 hommes d'équipages : c'eft le
Corfaire la Bellone , de ce port , qui s'en eft rendu
maître.
On mande de Bayonne , que les Capitaines
Guillaume Lavernis & Pierre-Denis Labat , commandant
les Corfaires l'Aurore & le Chevalier
Barrau , de ce port , y ont fait conduire , l'un
le Navire Anglois le Guillaume , dont la cargaifon
confifte en huile de poiffon & en merrains ;
Pautre , un Bâtiment appellé le Tom , de Philadelphie
, chargé de riz.
1.
Le Capitaine de Laire , commandant le Corfaire
la Marquife de Nazelle , de Boulogne , s'eft
emparé des Bateaux Anglois le Moineau & la Bonne-
Amie, & il les a rançonnés , l'un pour so ,
l'autre pour 60 livres fterlings.
Les Corfaires le Comte de Valence & le Comte
d'Ayen , de Boulogne , ont fait conduire à Cherbourg
un petit Navire Anglois chargé de bled.
Le Navire Anglois la Providence , de Bristol ,
I ij
196 , MERCURE DE FRANCE.
armné de 8 canons , & ayant pour chargement 210
boucauts de fucre blanc , 20 tonneaux de gingem
bre , & 200 dents d'éléphant , a été pris par le
Corfaire le Macbault, de Grandville , & conduit
à Morlaix. 2
Le Capitaine Deftouches , commandant le Mara
quis de Marigny , autre Corfaire de Granville , a
rançonné pour 17000 livres un Navire Anglois
dont il s'étoit emparé.
Le Corfaire le Moras , de S. Malo , s'eft rendu
maître du Navire Anglois le Bafton , de 199 100-
neaux , dont la cargaison confifte en 1400 barrils
de goudron , so barrils de brai , & quelques doug
velles .
On mande de Bayonne qu'il y eft arrivé un Nad
vire Anglois appellé le Pemberton , de 450 ton
neaux , armé de 18 canons & de 4s hommes d'é
quipage , dont le Corfaire le Machault , de ce
Port , s'eft rendu maître .
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En mars 1758, plusieurs événements significatifs se déroulèrent à la cour de France. Le 17 mars, l'abbé Agoult fut présenté au roi en tant que nouveau doyen de l'église de Paris. Le 19 mars, jour des Rameaux, le roi et la famille royale assistèrent à la bénédiction des palmes et à la grand-messe célébrée par l'abbé Gergoy. Le roi approuva le mariage du marquis de Gesvres avec Françoise-Marie du Guesclin et signa leur contrat de mariage. Il accorda également au marquis de Gesvres la survivance du gouvernement de l'Île-de-France et de la capitainerie royale de Montceaux, ainsi qu'un brevet de retenue de cinquante mille écus au duc de Trémoïlle. Le 18 avril, la famille royale signa le contrat de mariage de M. Hérault de Séchelles avec la demoiselle de la Lande-Magon. Le jeudi saint, le roi lava les pieds de douze pauvres et assista à la grand-messe. Quatre bataillons des Gardes Françaises et deux bataillons des Gardes Suisses furent envoyés en renfort à Saint-Omer et Aire. Le Parlement enregistra deux déclarations royales concernant la distribution des procès et le remboursement d'offices vacants. Le 23 mars, la reine écouta le sermon de la Cène de l'abbé d'Espiard et lava les pieds de douze pauvres filles. Le 24 mars, le roi et la reine assistèrent au sermon de la Passion. Le 26 mars, à Pâques, ils assistèrent à la grand-messe célébrée par l'évêque de Dol. Le 28 mars, ils signèrent les contrats de mariage du marquis de Damas-Dantelzy et de M. de Lamoignon de Baville. Le roi nomma le comte de Montbarey au régiment de la Couronne et le marquis de Montesquiou au régiment des Grenadiers de France. Sur le front militaire, le siège de Minden fut marqué par des échanges intenses entre les forces françaises et hanovriennes. La place fut capitulée le 14 avril. Le duc de Broglie évacua Cassel et rejoignit l'armée du comte de Clermont à Wezel. Diverses nominations et distinctions furent accordées aux officiers pour leurs actions distinguées. Le roi nomma également plusieurs officiers à des postes dans la gendarmerie. Sur le front maritime, les troupes françaises se déplacèrent à Duffeldorp, capitale du Duché de Bergues, sans rencontrer de résistance. Le comte de Clermont fut gravement malade le 3 mars mais fut soigné avec succès. Les gazettes anglaises rapportèrent que les Français avaient capturé 152 vaisseaux britanniques entre le 29 octobre 1757 et le 10 janvier 1758, tandis que les Britanniques en avaient capturé 100. Plusieurs corsaires français réalisèrent des prises notables, notamment le capitaine Guitton qui rançonna deux bateaux anglais pour 125 guinées. Divers corsaires capturèrent des navires britanniques chargés de marchandises variées, telles que de l'eau-de-vie, du fer, des armes, du sucre, du tabac, et des denrées alimentaires. Plusieurs de ces prises furent conduites dans des ports français comme Saint-Malo, Cherbourg, et Bayonne. Les frégates royales françaises capturèrent également un corsaire anglais, le Tartare. Plusieurs corsaires français rançonnèrent ou conduisirent à port des navires anglais, augmentant ainsi les prises françaises.
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82
p. 198-203
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 9 du mois d'Avril, M. le Marquis de Paulmy, Ministre d'Etat, [...]
Mots clefs :
Marquis, Maréchal, Roi de France, Parlement, Escadre anglaise, Vaisseaux, Canons, Marchandises, Frégates, Attaque, Princesse, Ducs, Serment, Chevalier, Évêques, Mademoiselle de Charolois, Cérémonie funèbre, Édit du roi, Rentes, Taxes, Capitaines, Corsaires , Combat naval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &G.
Lag du mois d'Avril, M. le Marquis de Paulmy,
Miniftre d'Etat , prêta ferment entre les mains du
Roi , pour la charge de Tréforier de l'Ordre du
Saint-Efprit.
Les deux nouveaux Maréchaux de France ( MM.
les Comces de Bercheny & de Conflans ) prêterent
auffi ferment le même jour en cette qualité.
Le Roi ayant fait choix de M. le Maréchal Duc
de Befle- Ifle pour remplir la charge de Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre , Sa Majefté
a appellé près de fa perfonne M. de Crémille ,
Lieutenant- Général de fes Armées , pour aider
M. le Maréchal de Belle-Ifle dans les fonctions &
dans les détails de fon Département , & fous les
ordres.
La Vacance du Parlement ayant obligé de remettre
la Proceffion qui fe fait tous les ans le 22
de Mars , en mémoire de la réduction de certe
Capitale fous Pobéiffance de Henry IV , elle fe
fr en la maniere accoutumée le 7 de ce mois. Les
Lettres du Roi avoient été portées la veille aux
Compagnies , dont la préfence y eft requiſe , fuivant
l'ufage , par M. de Gizeux , Maître des cérémonies
de France en furvivance.
L'Efcadre Angloife , commandée par l'Amiral
Hawke , eft entrée le 4 Avril après-midi aux ra
des de la Rochelle , & a mouillé le 5 dans celle
de l'Ifle. Daix . Elle en eft repartie le 7 au matin
M A 1. 1758. 199
Cette Efcadre étoit compofée de fept Vaiffeaux de
ligne le Ramillies , de yo canons , le Royal-
Georges & le Royal- Guillaume , de 100 canons
chacun ; le Torbay , de 74 ; le Bedford , de 70 ;
l'Intrépide , de 64 ; & le Windſor , de 60 , avec
trois Frégates & un Senaw. L'Amiral Hauke a fait
débarquer quelque monde à l'ifle Daix , & y a
fait brûler les plattes formes , outils de travailleurs
, tombereaux , charettes , fauciffons , fafcinages
, ponts , & généralement tout ce qui s'eft
trouvé de combuftible dans les fortifications provifionnelles
que l'on y exécutoir. Tous les habitans
& ouvriers qui étoient à l'Iſle Daix , s'en étoient
retirés à Fouras dans le moment où l'Eſcadre Angloife
a paru , & il n'y étoit resté que quelques
Soldats. Les Anglois en ont emmené fept ou huit
avec eux. Les Vaiffeaux du Roi le Floriffant , le
Dragón , le Sphinx , le Hardy & le Warwick , qui
étoient en rade avec quelques Frégates , n'étant
point en état de réfilter à des forces fi fupérieures ,
fe font réfugiés dans la Charente entre Fouras &
l'Iſle Madame , & ils s'y font entraversé de maniere
à empêcher Pentrée de la riviere à l'Efcadre
Angloife , fi elle eût fair quelques tentatives pour
forcer le paffage. On avoit fait des difpofitions à
Rochefort , pour nuire par tous les moyens praticables
aux Vaiffeaux Anglois , s'ils n'en avoient
pas prévenu l'effet par leur retraite . Cependant les
Chaloupes canonnieres Anguille & l'Aventure ,
armées chacune d'un canon de 24 , & comman→
dées par les fieurs de Kergariou & de Camiran
Enfeignes de Vaiffeau, ont fort incommodé le
Vaiffeau Anglois l'Intrépide , qui étoit échoué fur
le banc de Boyard , & qui attendoit la haute mer
pour le mettre à flor. Nos Chaloupes feroient même
parvenues à le défemparer , fans le Vaiffeau le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Windfor & quelques Frégates qui ont mis fours
voile pour le dégager . Les Fregates . la Thetis
l'Anemone & l'Ecureuil , commandées par les
fieurs de Goimpy , de Feuquieres , Lieutenant de
Vaiffeau , du Guafpern & de Queralbeau , Enfeignes
, conduifoient un convoi de Navires de commerce
de Breft à Rochefort . L'Anemone a gagné
l'entrée de la Charente avec une partie du convoi
, & le refte s'eft mis fous la protection de la
Citadelle de Saint-Martin de Ré , avec les Fregates
la Thetis & l'Ecureuil. Cette premiere s'eft même
emparé dans le Pertuis - Breton du Corſaire Anglois
le Franc-Maçon , de 10 carrons & de 70 hommes
d'équipage , & l'a fait entrer à Saint -Martin
de Ré à la vue de l'Efcadre Angloiſe.
Le 14 Avril , le Roi tint le Sceau pour la vingtfeptieme
fois.
Sa Majefté , à l'occafion de la mort de Mademoiſelle
de Charolois , alla le même jour rendre
vifite à la Princeffe de Conty , & à Mademoiſelle
de Sens , chez qui fe trouverent le Prince & la
Princeffe de Condé .
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
Monſeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame Infante , Madame
& Mefdames Victoire & Louiſe , vifiterent auffi
ces Princeffes .
Le 15 , la Princeffe de Conty & Mademoiſelle
de Sens , allerent faire leurs révérences au Roi , à
la Reine & à la Famille Royale.
Le même jour , Madame Louife donna le voile
à la Dame de Ziner , dans l'Abbaye de Saint Cyr.
Le 19 , MM. l'Evêque de Digne & l'Evêquè
d'Aire prêterent ferment entre les mains du Roi .
Les fieurs Guyot de Saint- Amand & de Gangy
MA 1.1758. 201
4
prêterent ferment entre les mains du Roi le 9 du
même mois ; le premier , pour la charge de Lieutenant
de Roi de la Province du Chalonnois ; le
fecond , pour la charge de Lieutenant de Roi au
Département & Sénéchauffée de Poitiers & de Lu
fignan.
Le Roi reçut le même jour Chevaliers de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , M. le Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , Menin de Monfeigneur le
Dauphin , & MM. les ) Comtes de Biernay , Soulieutenant
des Gendarmes de Berry ; de Lordat ,
Soulieutenant des Chevaux- Légers de Bretagne ;
de Murinais , premier Cornette des Chevaux - Legers
d'Aquitaine ; de Noé & de Saiffeval , Guidons
de Gendarmerie.
M. PEyêque de Digne a été facré le 16 Avril
dans l'Eglife des Miffions Etrangeres , par M.
l'Archevêque d'Embrun , affifté des Evêques de
Dol & de Vence,
M. l'Evêque d'Aire,a été facré le même jour à
Meaux par l'Evêque de cette derniere Ville , affifté
de l'ancien Evêque de Troyes & de celui de
Condom.
L'Académie Royale des Sciences ayant élu le
feur Bezout & le Comte de Lauragais , pour remplir
les deux places d'Adjoints - Méchaniciens , va
cantes par la promotion de M. le Chevalier d'Arcy
& de M. Yaucanfon à celles d'Affociés Ordinaires
, le Roi a bien voulu agréer fon choix.
Le Corps de Mademoiſelle de Charolois , après
avoir été embaumé , a été expofé pendant plufeurs
jours dans une Chambre de parade , éclairée.
par un grand nombre de lumieres , & tendue de
blanc. Il fut porté le 13 Avril au Couvent des
Carmelites du Fauxbourg Saint Jacques , pour y
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
être inhumé. Le cortège du Convoi étoit compoft
de cent Pauvres , couverts de draps gris , & tenant
chacun un fambeau ; des Officiers , des Suiffes &
des Valets de Chambre de la Princeffe à cheval
de plus de cent cinquante Valers de pieds , de fept
Carroffes drapés à fix chevaux harnachés & capa
raçonnés de noir , qui étoient remplis par les
Ecuyers , les Gentilshommes , les principaux Of
heiers , & les Femmes de Chambres ; & de deux
Carroles à huit chevaux. Dans le premier de ces
deux Carroffes , étoit le Corps de la Princeffe
avec les deur Aumôniers. La Princeffe de Condé
étoit dans le fecond avec la Princeffe de Rohan
la Dame de Renty , fa Dame d'Honneur , la Dame
du Guefelin , fa Dame de Compagnie , & les
Dames attachées à la Princeffe défunte. Lorsqu'on
fut aux Carmelites , le Corps fat defcendu du Carroffe
par les huit Valers de Chambre, & porté fous
le portique intérieur de l'Eglife , ou les Religieufes
, tenant chacune un cierge à la main , étoient
rangées à droite & à gauche avec trente Eeclefiafriques
, le Supérieur de la Maifon à leur tête. L'Evêque
de Valence en camail & en rochet , accom
pagné du Curé de Saint Sulpice en étole ; en préfentant
le Corps & le Coeur de la Princeffe aux
Carmelites , leur fit un difcours auquel le Supé
rieur répondit , enfuite ces Religieufes commencerent
l'Office des Morts. Les prietes finies , les
hair Valets de Chambre porterent le Corps près de
la foffe , & Py ayant defeende , le Ceur fur pofe
fur la croix du cerceuil . La Princeffe de Condé qui
menoit le deuil , étoit en longue mante , dont la
queue étoit portée par le fieur de Tourailles , for
fecond Ecuyer.
On vient de publier un Edit du Roi portant
création de trois millions deur cens mille livres
MAI. 1758.
203
actuelles & effectives de Rentes héréditaires à
quatre pour cent fur les Aydes & Gabelles , par
forme de remplacement des Rentes créées par
l'Edit de Juin 1720. Chaque conſtitution particuliere
defdites Rentes ne pourra être moindre que
de mille livres de principal , qui produiront quarante
livres de rente. Il n'y aura fur ces Rentes
aucune retenue de vingtieme ni des deux fols pour
livre du dixieme , & de toutes autres impofitions.
Les Communautés Eccléfiaftiques , les Hôpitaux ,
& tous gens de main- morte , ainfi que les Etran
gers non-naturalifés & ceux mêmes qui demeure-
Font hots du Royaume , pourront acquérir lefdites
Rentes & en jouir , fans être obligés à aucune
formalité, ni payer aucuns droits d'amortiffemens.
On pourra en tranfmettre la propriété à d'autres
par voie de réconftitution. A commencer du premier
Janvier 1760 , on remboursera tous les ans
en deniers comptans une partie des capitaux defdites
Rentes jufqu'à leur extinétion totale , & ce
remboursement fe fera par la voie du fort , en
forme de Loterie , en la maniere qu'il eft porté &
expliqué par l'Edit . Les capitaux desdites Rentes
feront fournis moitié en argent, moitié en contrats .
Les lettres de Livourne annoncent que la Frégate
la Rofe , de 16 canons , commandée par le
feur de Sade , Capitaine de Vaiffeau , a conduit
à Malte le 9 Mars le Corſaire Anglois le Léopard,
de 36 canons , dont elle s'eft emparé après um
long combat.
•
Le Capitaine Ferdinand de Renaud , qui commande
le Corfaire le Duc d'Ayen , de Boulogne ,
s'eft rendu maître des Brigantins Anglois le Sal
tens, chargéd'orge & de farine,& laFortune, ayant
pour cargaifon du fucre ,du fel , des vins , des fruits,
&c. & il les a fait conduire à Dunkerque. Le mê-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
me Corfaire a pris un troifieme Bâtiment Anglois
chargé de charbon de terre , qui s'est échoué aux
environs d'Oftende .
Le Navire Anglois le Thomlefon , d'Antigues ,
'de 200 tonneaux , chargé de fucre & de coton
eft arrivé à Morlaix : il a été pris par le Corfaire
le Comte de Langeron , de Saint -Malo..
On mande de Marfeille , qu'il y a été conduit
un Brigantin Anglois appellé le Conftant , chargé
raifins fecs , qui a été pris par les Corfaires la
Conftance & le Charron , de ce port .
Le Corfaire la Ville- Helio , de Vannes , ayant
rencontré le 17 Juillet dernier au Cap Finiſtere
le Navire Anglois l'Elifabeth , forti de Roterdam
le 2 du même mois fous pavillon Hollandois , le
fomma d'amener & d'exhiber fes papiers . Ce Bâtiment
ayant refuſé d'amener , le Corſaire François
l'attaqua , & après un combat fanglant , s'en rendit
maître à l'abordage . Cette prife fi légitime a
fait l'objet d'une conteftation qui a été jugée le 8
de ce mois au Confeil des Prifes , en faveur du
Corfaire de Vannes. Elle eft eftimée plus de quatre
cens mille livres.
Le Capitaine Adrien de Lille , commandant le
Corfaire la Fulvie , de Dunkerque , s'eft rendu
maître des Navires Anglois l'Ellis , de Liverpool ,
de 200 tonneaux , armé de 4 canons & de 15 hommes
, & la Providence , de Briſtol , de 350 tonneaux
, armé de 24 canons & de 60 hommes. Ces
deux Bâtimens , qui alloient à la Jamaïque chacun
avec un chargement confiftant en vivres & en
marchandifes feches , ont été conduits à Morlaix .
Le Capitaine de Lille , en fociété avec le Corſaire
le Maurepas , de Dunkerque , a fait de plus pour
environ cinquante mille livres de rançons.
Le Navire Anglois l'Ulyffe , de la Nouvelle .
MA I. 1758 . 203
Yorck, d'où il venoit avec un chargement compofé
de bois de campêche, & de 80 barrils de goudron
, a été pris par le Corfaire l'Espérance , de
Bayonne, où il eft arrivé.
Le Capitaine Durbecq- de la Ciotat , commandant
la Galliote la Curieufe , qui a été armée en
courſe à Marſeille au mois de Janvier dernier , s'eft
rendu maître à la hauteur de Malaga , d'un Navire
Anglois dont le Capitaine a offert deux mille livres
fterlings pour fa rançon .
Lag du mois d'Avril, M. le Marquis de Paulmy,
Miniftre d'Etat , prêta ferment entre les mains du
Roi , pour la charge de Tréforier de l'Ordre du
Saint-Efprit.
Les deux nouveaux Maréchaux de France ( MM.
les Comces de Bercheny & de Conflans ) prêterent
auffi ferment le même jour en cette qualité.
Le Roi ayant fait choix de M. le Maréchal Duc
de Befle- Ifle pour remplir la charge de Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre , Sa Majefté
a appellé près de fa perfonne M. de Crémille ,
Lieutenant- Général de fes Armées , pour aider
M. le Maréchal de Belle-Ifle dans les fonctions &
dans les détails de fon Département , & fous les
ordres.
La Vacance du Parlement ayant obligé de remettre
la Proceffion qui fe fait tous les ans le 22
de Mars , en mémoire de la réduction de certe
Capitale fous Pobéiffance de Henry IV , elle fe
fr en la maniere accoutumée le 7 de ce mois. Les
Lettres du Roi avoient été portées la veille aux
Compagnies , dont la préfence y eft requiſe , fuivant
l'ufage , par M. de Gizeux , Maître des cérémonies
de France en furvivance.
L'Efcadre Angloife , commandée par l'Amiral
Hawke , eft entrée le 4 Avril après-midi aux ra
des de la Rochelle , & a mouillé le 5 dans celle
de l'Ifle. Daix . Elle en eft repartie le 7 au matin
M A 1. 1758. 199
Cette Efcadre étoit compofée de fept Vaiffeaux de
ligne le Ramillies , de yo canons , le Royal-
Georges & le Royal- Guillaume , de 100 canons
chacun ; le Torbay , de 74 ; le Bedford , de 70 ;
l'Intrépide , de 64 ; & le Windſor , de 60 , avec
trois Frégates & un Senaw. L'Amiral Hauke a fait
débarquer quelque monde à l'ifle Daix , & y a
fait brûler les plattes formes , outils de travailleurs
, tombereaux , charettes , fauciffons , fafcinages
, ponts , & généralement tout ce qui s'eft
trouvé de combuftible dans les fortifications provifionnelles
que l'on y exécutoir. Tous les habitans
& ouvriers qui étoient à l'Iſle Daix , s'en étoient
retirés à Fouras dans le moment où l'Eſcadre Angloife
a paru , & il n'y étoit resté que quelques
Soldats. Les Anglois en ont emmené fept ou huit
avec eux. Les Vaiffeaux du Roi le Floriffant , le
Dragón , le Sphinx , le Hardy & le Warwick , qui
étoient en rade avec quelques Frégates , n'étant
point en état de réfilter à des forces fi fupérieures ,
fe font réfugiés dans la Charente entre Fouras &
l'Iſle Madame , & ils s'y font entraversé de maniere
à empêcher Pentrée de la riviere à l'Efcadre
Angloife , fi elle eût fair quelques tentatives pour
forcer le paffage. On avoit fait des difpofitions à
Rochefort , pour nuire par tous les moyens praticables
aux Vaiffeaux Anglois , s'ils n'en avoient
pas prévenu l'effet par leur retraite . Cependant les
Chaloupes canonnieres Anguille & l'Aventure ,
armées chacune d'un canon de 24 , & comman→
dées par les fieurs de Kergariou & de Camiran
Enfeignes de Vaiffeau, ont fort incommodé le
Vaiffeau Anglois l'Intrépide , qui étoit échoué fur
le banc de Boyard , & qui attendoit la haute mer
pour le mettre à flor. Nos Chaloupes feroient même
parvenues à le défemparer , fans le Vaiffeau le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Windfor & quelques Frégates qui ont mis fours
voile pour le dégager . Les Fregates . la Thetis
l'Anemone & l'Ecureuil , commandées par les
fieurs de Goimpy , de Feuquieres , Lieutenant de
Vaiffeau , du Guafpern & de Queralbeau , Enfeignes
, conduifoient un convoi de Navires de commerce
de Breft à Rochefort . L'Anemone a gagné
l'entrée de la Charente avec une partie du convoi
, & le refte s'eft mis fous la protection de la
Citadelle de Saint-Martin de Ré , avec les Fregates
la Thetis & l'Ecureuil. Cette premiere s'eft même
emparé dans le Pertuis - Breton du Corſaire Anglois
le Franc-Maçon , de 10 carrons & de 70 hommes
d'équipage , & l'a fait entrer à Saint -Martin
de Ré à la vue de l'Efcadre Angloiſe.
Le 14 Avril , le Roi tint le Sceau pour la vingtfeptieme
fois.
Sa Majefté , à l'occafion de la mort de Mademoiſelle
de Charolois , alla le même jour rendre
vifite à la Princeffe de Conty , & à Mademoiſelle
de Sens , chez qui fe trouverent le Prince & la
Princeffe de Condé .
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
Monſeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame Infante , Madame
& Mefdames Victoire & Louiſe , vifiterent auffi
ces Princeffes .
Le 15 , la Princeffe de Conty & Mademoiſelle
de Sens , allerent faire leurs révérences au Roi , à
la Reine & à la Famille Royale.
Le même jour , Madame Louife donna le voile
à la Dame de Ziner , dans l'Abbaye de Saint Cyr.
Le 19 , MM. l'Evêque de Digne & l'Evêquè
d'Aire prêterent ferment entre les mains du Roi .
Les fieurs Guyot de Saint- Amand & de Gangy
MA 1.1758. 201
4
prêterent ferment entre les mains du Roi le 9 du
même mois ; le premier , pour la charge de Lieutenant
de Roi de la Province du Chalonnois ; le
fecond , pour la charge de Lieutenant de Roi au
Département & Sénéchauffée de Poitiers & de Lu
fignan.
Le Roi reçut le même jour Chevaliers de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , M. le Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , Menin de Monfeigneur le
Dauphin , & MM. les ) Comtes de Biernay , Soulieutenant
des Gendarmes de Berry ; de Lordat ,
Soulieutenant des Chevaux- Légers de Bretagne ;
de Murinais , premier Cornette des Chevaux - Legers
d'Aquitaine ; de Noé & de Saiffeval , Guidons
de Gendarmerie.
M. PEyêque de Digne a été facré le 16 Avril
dans l'Eglife des Miffions Etrangeres , par M.
l'Archevêque d'Embrun , affifté des Evêques de
Dol & de Vence,
M. l'Evêque d'Aire,a été facré le même jour à
Meaux par l'Evêque de cette derniere Ville , affifté
de l'ancien Evêque de Troyes & de celui de
Condom.
L'Académie Royale des Sciences ayant élu le
feur Bezout & le Comte de Lauragais , pour remplir
les deux places d'Adjoints - Méchaniciens , va
cantes par la promotion de M. le Chevalier d'Arcy
& de M. Yaucanfon à celles d'Affociés Ordinaires
, le Roi a bien voulu agréer fon choix.
Le Corps de Mademoiſelle de Charolois , après
avoir été embaumé , a été expofé pendant plufeurs
jours dans une Chambre de parade , éclairée.
par un grand nombre de lumieres , & tendue de
blanc. Il fut porté le 13 Avril au Couvent des
Carmelites du Fauxbourg Saint Jacques , pour y
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
être inhumé. Le cortège du Convoi étoit compoft
de cent Pauvres , couverts de draps gris , & tenant
chacun un fambeau ; des Officiers , des Suiffes &
des Valets de Chambre de la Princeffe à cheval
de plus de cent cinquante Valers de pieds , de fept
Carroffes drapés à fix chevaux harnachés & capa
raçonnés de noir , qui étoient remplis par les
Ecuyers , les Gentilshommes , les principaux Of
heiers , & les Femmes de Chambres ; & de deux
Carroles à huit chevaux. Dans le premier de ces
deux Carroffes , étoit le Corps de la Princeffe
avec les deur Aumôniers. La Princeffe de Condé
étoit dans le fecond avec la Princeffe de Rohan
la Dame de Renty , fa Dame d'Honneur , la Dame
du Guefelin , fa Dame de Compagnie , & les
Dames attachées à la Princeffe défunte. Lorsqu'on
fut aux Carmelites , le Corps fat defcendu du Carroffe
par les huit Valers de Chambre, & porté fous
le portique intérieur de l'Eglife , ou les Religieufes
, tenant chacune un cierge à la main , étoient
rangées à droite & à gauche avec trente Eeclefiafriques
, le Supérieur de la Maifon à leur tête. L'Evêque
de Valence en camail & en rochet , accom
pagné du Curé de Saint Sulpice en étole ; en préfentant
le Corps & le Coeur de la Princeffe aux
Carmelites , leur fit un difcours auquel le Supé
rieur répondit , enfuite ces Religieufes commencerent
l'Office des Morts. Les prietes finies , les
hair Valets de Chambre porterent le Corps près de
la foffe , & Py ayant defeende , le Ceur fur pofe
fur la croix du cerceuil . La Princeffe de Condé qui
menoit le deuil , étoit en longue mante , dont la
queue étoit portée par le fieur de Tourailles , for
fecond Ecuyer.
On vient de publier un Edit du Roi portant
création de trois millions deur cens mille livres
MAI. 1758.
203
actuelles & effectives de Rentes héréditaires à
quatre pour cent fur les Aydes & Gabelles , par
forme de remplacement des Rentes créées par
l'Edit de Juin 1720. Chaque conſtitution particuliere
defdites Rentes ne pourra être moindre que
de mille livres de principal , qui produiront quarante
livres de rente. Il n'y aura fur ces Rentes
aucune retenue de vingtieme ni des deux fols pour
livre du dixieme , & de toutes autres impofitions.
Les Communautés Eccléfiaftiques , les Hôpitaux ,
& tous gens de main- morte , ainfi que les Etran
gers non-naturalifés & ceux mêmes qui demeure-
Font hots du Royaume , pourront acquérir lefdites
Rentes & en jouir , fans être obligés à aucune
formalité, ni payer aucuns droits d'amortiffemens.
On pourra en tranfmettre la propriété à d'autres
par voie de réconftitution. A commencer du premier
Janvier 1760 , on remboursera tous les ans
en deniers comptans une partie des capitaux defdites
Rentes jufqu'à leur extinétion totale , & ce
remboursement fe fera par la voie du fort , en
forme de Loterie , en la maniere qu'il eft porté &
expliqué par l'Edit . Les capitaux desdites Rentes
feront fournis moitié en argent, moitié en contrats .
Les lettres de Livourne annoncent que la Frégate
la Rofe , de 16 canons , commandée par le
feur de Sade , Capitaine de Vaiffeau , a conduit
à Malte le 9 Mars le Corſaire Anglois le Léopard,
de 36 canons , dont elle s'eft emparé après um
long combat.
•
Le Capitaine Ferdinand de Renaud , qui commande
le Corfaire le Duc d'Ayen , de Boulogne ,
s'eft rendu maître des Brigantins Anglois le Sal
tens, chargéd'orge & de farine,& laFortune, ayant
pour cargaifon du fucre ,du fel , des vins , des fruits,
&c. & il les a fait conduire à Dunkerque. Le mê-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
me Corfaire a pris un troifieme Bâtiment Anglois
chargé de charbon de terre , qui s'est échoué aux
environs d'Oftende .
Le Navire Anglois le Thomlefon , d'Antigues ,
'de 200 tonneaux , chargé de fucre & de coton
eft arrivé à Morlaix : il a été pris par le Corfaire
le Comte de Langeron , de Saint -Malo..
On mande de Marfeille , qu'il y a été conduit
un Brigantin Anglois appellé le Conftant , chargé
raifins fecs , qui a été pris par les Corfaires la
Conftance & le Charron , de ce port .
Le Corfaire la Ville- Helio , de Vannes , ayant
rencontré le 17 Juillet dernier au Cap Finiſtere
le Navire Anglois l'Elifabeth , forti de Roterdam
le 2 du même mois fous pavillon Hollandois , le
fomma d'amener & d'exhiber fes papiers . Ce Bâtiment
ayant refuſé d'amener , le Corſaire François
l'attaqua , & après un combat fanglant , s'en rendit
maître à l'abordage . Cette prife fi légitime a
fait l'objet d'une conteftation qui a été jugée le 8
de ce mois au Confeil des Prifes , en faveur du
Corfaire de Vannes. Elle eft eftimée plus de quatre
cens mille livres.
Le Capitaine Adrien de Lille , commandant le
Corfaire la Fulvie , de Dunkerque , s'eft rendu
maître des Navires Anglois l'Ellis , de Liverpool ,
de 200 tonneaux , armé de 4 canons & de 15 hommes
, & la Providence , de Briſtol , de 350 tonneaux
, armé de 24 canons & de 60 hommes. Ces
deux Bâtimens , qui alloient à la Jamaïque chacun
avec un chargement confiftant en vivres & en
marchandifes feches , ont été conduits à Morlaix .
Le Capitaine de Lille , en fociété avec le Corſaire
le Maurepas , de Dunkerque , a fait de plus pour
environ cinquante mille livres de rançons.
Le Navire Anglois l'Ulyffe , de la Nouvelle .
MA I. 1758 . 203
Yorck, d'où il venoit avec un chargement compofé
de bois de campêche, & de 80 barrils de goudron
, a été pris par le Corfaire l'Espérance , de
Bayonne, où il eft arrivé.
Le Capitaine Durbecq- de la Ciotat , commandant
la Galliote la Curieufe , qui a été armée en
courſe à Marſeille au mois de Janvier dernier , s'eft
rendu maître à la hauteur de Malaga , d'un Navire
Anglois dont le Capitaine a offert deux mille livres
fterlings pour fa rançon .
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En avril 1758, plusieurs événements significatifs se sont déroulés à la cour de France. Le Marquis de Paulmy a prêté serment pour la charge de Trésorier de l'Ordre du Saint-Esprit. Les Comtes de Bercheny et de Conflans ont été nommés Maréchaux de France et ont également prêté serment. Le Roi a nommé le Maréchal Duc de Belle-Isle au Département de la Guerre et a appelé M. de Crémille pour l'assister. La procession annuelle en mémoire de la réduction de Paris sous Henri IV a été reportée au 7 avril. Sur le plan militaire, l'escadre anglaise commandée par l'Amiral Hawke est entrée dans la rade de l'île d'Aix le 4 avril, composée de sept vaisseaux de ligne et de trois frégates. Les vaisseaux français se sont réfugiés dans la Charente pour éviter un affrontement. Les chaloupes canonnières françaises ont attaqué le vaisseau anglais l'Intrépide, échoué sur le banc de Boyard. Plusieurs frégates françaises ont protégé un convoi de navires de commerce. Le Roi a tenu le Sceau pour la vingt-septième fois le 14 avril. À l'occasion de la mort de Mademoiselle de Charolois, le Roi et la famille royale ont rendu visite à la Princesse de Conty et à Mademoiselle de Sens. Le corps de Mademoiselle de Charolois a été inhumé au couvent des Carmélites du Faubourg Saint-Jacques. Des nominations et promotions ont eu lieu, notamment celles des Évêques de Digne et d'Aire, et de plusieurs officiers. L'Académie Royale des Sciences a élu les sieurs Bezout et le Comte de Lauragais comme Adjoints-Mécaniciens. Un édit royal a créé trois millions de livres de rentes héréditaires à quatre pour cent. En mer, plusieurs prises de navires anglais par des corsaires français ont été signalées, notamment par le Capitaine de Renaud et le Capitaine Adrien de Lille. Ces prises ont été conduites à Dunkerque et à Morlaix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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83
p. 203-205
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On va faire embarquer pour Embden quatre Compagnies d'anciennes Troupes [...]
Mots clefs :
Londres, Compagnies, Parlement, Dettes nationales, Dépenses, Soldats, Commandement, Tribunaux de l'Amirauté, Amérique, Pêche à la baleine, Commerce du nord, Corsaires , Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES, le 16 Juillet.
On va faire embarquer pour Embdem quatre
Compagnies d'anciennes Troupes qui remplaceront
le Régiment Anglois de Brudenell , actuellement
engarnison dans cette Place , & que l'on envoye
à l'armée d'Hanovre.
Suivant l'état remis au Parlement dans la derniere
ſéance,nos dettes nationales montoient le 11
Janvier dernier à ſoixante- dix- ſept millions ſeptcens
quatre-vingt mille trois cens quatre-vingtfix
livres ſterlings. Elles ont été augmentées depuis
decinq millions de livres , pour les dépenſes extraordinaires
de cette campagne. Ainfielles montent
actuellement à quatre-vingt-deux millions
fept cens quatre-vingt mille trois cens quatrevingt-
fix livres ſterlings , le tout non compris less
dettes de la Marine qui font ſeules un objet d'enron
deux millions de livres ſterlings .
Il paroît décidé que la Cour ne fera paſſer en
Allemagne que dix mille hommes , au lieu de
trente ou de vingt mille qu'on s'étoit d'abord propoſé
de joindre à l'armée d'Hanovre
Lecommandement de ces troupes é tant deſtiné
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
au Duc de Marlborough , on croit que le Comte
d'Ancram commandera celles qu'on a deſſein de
renvoyer ſur les côtes de France. On aſſure même
que le Prince Edouard Augufte , frere du Prince
de Galles , a obtenu de Sa Majesté la permiſſion
d'aller ſervir , en qualité de volontaire , dans l'expédition
qu'on doit tenter de nouveau ſur ces mêmes
côtes , & qu'il s'embarquera ſur la flotte du
Chefd'eſcadre Howe.
Les Tribunaux de l'Amirauté , établis dans nos
Iſles de l'Amérique , ont pris le parti , pour abréger
les procédures, de déclarer de bonne priſe tous
les vaiſſeaux Hollandois qu'on trouve munis de
permiffions données par les François. Ces permiffions
, ſuivant leur Jurisprudence , naturaliſent les
vaiſſeaux , & les rendent ſujets à confiſcation ,
comme s'ils appartenoient véritablement à l'ennemi.
La pêche de la Baleine a mal réuſſi cette année
dans les mers du Nord. Six vaiſſeaux Hollandois ,
& cinq des nôtres , y ont péri ; pluſieurs autres ont
beaucoup fouffert , & quelques-uns auront de la
peine à ſe dégager des glaces.
Notre commerce du Nord commence à ſe reſſentir
de la méſintelligence ſurvenue entre cette
Cour & celle de Suede. Aux priſes que nos Corſaires
ont faites de pluſieurs Navires Suédois , qui
n'ont point été reſtitués , on oppoſe ici le refus
que la Cour de Suede a fait d'admettre, en qualité
deMiniſtre , le Chevalier Goodrick, envoyé par le
Roi pour réſider à Stockolm. Mais dans un Mémoire
que le ſieur Wynants , Secretaire de Légation
de Suede , préſenta au Roi , avant que de ſe
retirer , on obſerve que le Chevalier Goodrick
ayant pris ſa route par Breſlaw , & ayant eu pluſieurs
conférences avec les ennemis des Puiſſances
AOUST. 1758 . 109
auxquelles eſt alliée la Suede , il étoit devenu juftement
ſuſpect ; que d'ailleurs , pendant tout le
temps que le ſieur Goodrick avoit mis au voyage
de Suede, la Cour de Londres avoit gardé le filence
ſur la miffion de ſon Miniſtre , & qu'on n'avoit
été inſtruit de ſa deſtination à Stockholm que par
des voies indirectes ; qu'au reſte , outre ces motifs
d'excluſion , ſuffiſamment juſtifiés par les circonftances,
le refus de ſa Majesté Suédoiſe étoit fondé
ſur le droit que tous les Souverains ont à cet
égard, & fur l'exemple qu'en a donné la Cour de
Londres à l'occaſion d'un Miniftre nommé il y a
quelques années par le Roi de Suede , & qu'elle
ne voulut point recevoir , quoique le cas fut bien
différent de celui qui ſe préſente aujourd'hui.
DE LONDRES, le 16 Juillet.
On va faire embarquer pour Embdem quatre
Compagnies d'anciennes Troupes qui remplaceront
le Régiment Anglois de Brudenell , actuellement
engarnison dans cette Place , & que l'on envoye
à l'armée d'Hanovre.
Suivant l'état remis au Parlement dans la derniere
ſéance,nos dettes nationales montoient le 11
Janvier dernier à ſoixante- dix- ſept millions ſeptcens
quatre-vingt mille trois cens quatre-vingtfix
livres ſterlings. Elles ont été augmentées depuis
decinq millions de livres , pour les dépenſes extraordinaires
de cette campagne. Ainfielles montent
actuellement à quatre-vingt-deux millions
fept cens quatre-vingt mille trois cens quatrevingt-
fix livres ſterlings , le tout non compris less
dettes de la Marine qui font ſeules un objet d'enron
deux millions de livres ſterlings .
Il paroît décidé que la Cour ne fera paſſer en
Allemagne que dix mille hommes , au lieu de
trente ou de vingt mille qu'on s'étoit d'abord propoſé
de joindre à l'armée d'Hanovre
Lecommandement de ces troupes é tant deſtiné
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
au Duc de Marlborough , on croit que le Comte
d'Ancram commandera celles qu'on a deſſein de
renvoyer ſur les côtes de France. On aſſure même
que le Prince Edouard Augufte , frere du Prince
de Galles , a obtenu de Sa Majesté la permiſſion
d'aller ſervir , en qualité de volontaire , dans l'expédition
qu'on doit tenter de nouveau ſur ces mêmes
côtes , & qu'il s'embarquera ſur la flotte du
Chefd'eſcadre Howe.
Les Tribunaux de l'Amirauté , établis dans nos
Iſles de l'Amérique , ont pris le parti , pour abréger
les procédures, de déclarer de bonne priſe tous
les vaiſſeaux Hollandois qu'on trouve munis de
permiffions données par les François. Ces permiffions
, ſuivant leur Jurisprudence , naturaliſent les
vaiſſeaux , & les rendent ſujets à confiſcation ,
comme s'ils appartenoient véritablement à l'ennemi.
La pêche de la Baleine a mal réuſſi cette année
dans les mers du Nord. Six vaiſſeaux Hollandois ,
& cinq des nôtres , y ont péri ; pluſieurs autres ont
beaucoup fouffert , & quelques-uns auront de la
peine à ſe dégager des glaces.
Notre commerce du Nord commence à ſe reſſentir
de la méſintelligence ſurvenue entre cette
Cour & celle de Suede. Aux priſes que nos Corſaires
ont faites de pluſieurs Navires Suédois , qui
n'ont point été reſtitués , on oppoſe ici le refus
que la Cour de Suede a fait d'admettre, en qualité
deMiniſtre , le Chevalier Goodrick, envoyé par le
Roi pour réſider à Stockolm. Mais dans un Mémoire
que le ſieur Wynants , Secretaire de Légation
de Suede , préſenta au Roi , avant que de ſe
retirer , on obſerve que le Chevalier Goodrick
ayant pris ſa route par Breſlaw , & ayant eu pluſieurs
conférences avec les ennemis des Puiſſances
AOUST. 1758 . 109
auxquelles eſt alliée la Suede , il étoit devenu juftement
ſuſpect ; que d'ailleurs , pendant tout le
temps que le ſieur Goodrick avoit mis au voyage
de Suede, la Cour de Londres avoit gardé le filence
ſur la miffion de ſon Miniſtre , & qu'on n'avoit
été inſtruit de ſa deſtination à Stockholm que par
des voies indirectes ; qu'au reſte , outre ces motifs
d'excluſion , ſuffiſamment juſtifiés par les circonftances,
le refus de ſa Majesté Suédoiſe étoit fondé
ſur le droit que tous les Souverains ont à cet
égard, & fur l'exemple qu'en a donné la Cour de
Londres à l'occaſion d'un Miniftre nommé il y a
quelques années par le Roi de Suede , & qu'elle
ne voulut point recevoir , quoique le cas fut bien
différent de celui qui ſe préſente aujourd'hui.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En 1758, la Grande-Bretagne prépare plusieurs opérations militaires. Quatre compagnies de troupes anciennes doivent se rendre à Emden pour remplacer le régiment de Brudenell à Hanovre. La dette nationale britannique a augmenté de 15 millions de livres sterling, atteignant 82 millions 780 000 livres sterling, sans inclure les dettes de la Marine, estimées à 2 millions de livres. La Cour britannique prévoit d'envoyer 10 000 hommes en Allemagne sous le commandement du Duc de Marlborough, tandis que le Comte d'Ancram dirigera les troupes sur les côtes de France. Le Prince Édouard Auguste, frère du Prince de Galles, s'embarquera avec la flotte du Chef d'escadre Howe. Les tribunaux de l'Amirauté en Amérique déclarent de bonne prise les vaisseaux hollandais munis de permissions françaises. La pêche à la baleine dans les mers du Nord a été désastreuse, avec la perte de vaisseaux hollandais et britanniques. Le commerce britannique avec la Suède est affecté par des tensions diplomatiques, notamment le refus de la Suède d'accepter le Chevalier Goodrick comme ministre britannique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 211-214
De Paris, le 2 Décembre.
Début :
Le Roi voulant constater d'une maniere fixe & certaine, le montant [...]
Mots clefs :
Dettes, Colonies, Service de la marine, Arrêt du Conseil d'État, Créances, Ordonnance du roi, Compagnie des dragons, Officiers, Fusils, Château, Marquis de Castries, Artillerie, Troupes, Parlement, Déclaration du roi, Notaires, Trésor royal, Rentes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris, le 2 Décembre.
De Paris , le 2 Décembre.
Le Roi voulant conftater d'une maniere fixe &
certaine , le montant des dettes contractées pour
le Service de la Marine & des Colonies , afin de
parvenir à les acquitter , a rendu un Arrèt dans
fon Confeil d'Etat , par lequel Sa Majefté or212
MERCURE DE FRANCE.
donne , que dans trois mois pour tout délai , les
Créanciers ou leurs Tuteurs & Curateurs , foient
tenus de repréfenter les Titres fur lesquels ils
fondent leur créance , pardevant les fieurs de
Fontanieu & de la Bourdonnaye , Conſeillers
d'Etat , Silhouette & de Boullongne , Maître des
Requêtes , & de Cotte , Maître des Requêtes &
Intendant du Commerce , pour être procédé à la
vérification des créances , & pourvû enfuite au
payement , & que les créances demeurent éteintes,
fi elles ne font pas répréſentées dans le terme
prefcrit.
Par un autre Arrêt de fon Confeil d'Etat , le
Roia preferit la forme dans laquelle les Créanciers,
leurs Repréfentans , ou leurs Fondés de procuration
fpéciale , doivent faire la repréfentation de
leurs Titres.
Il paroît une Ordonnance du Roi , en date du
21 Octobre dernier , pour établir une nouvelle
forme dans la compofition des Compagnies détachées
des Dragons , Gardes- Côtes de la Province
de Guyenne. Sa Majesté ordonne , qu'il y aura
dans cette Province 18 Compagnies de Dragons
de so hommes , qui formeront 9 Eſcadrons, & que
ces Dragons feront placés pendant le tems de la,
Guerre , de diftance en diſtance , & feront chargés
de fe rendre , de main en main , les Lettres &
les Avis concernant le Service , pour les faire parvenir
, fans retard , au Commandant Général
& à l'Intendant de la Province.
Dans une feconde Ordonnance , en date du 31
du même mois , Sa Majesté ordonne que les Of
ficiers & Sergents des Compagnies de Fufiliers de
fes Troupes d'Infanterie , foient dorénavant armés
de fufils avec leurs bayonnettes , ainfi que
ceux des Compagnies de Grenadiers.
Le Château de Rhinfels eft une des plus fortes
Places qui foit fur le Rhin. Il eft auprès de Saint
JANVIER. 1759. 213
foar , & lui fert de Citadelle . Cette Place nous
tant abſolument néceffaire pour allurer la liberté
e la navigation du Rhin , le Maréchal de Soubife
chargé le Marquis de Caftries , de s'en rendre
aître ; ce qu'il a exécuté avec tout le fuccès qu'on
ouvoit delirer. La Ville de Saint- Goar a été
Icaladée en même tems , par les Régimens de
aint-Germain & de la Féronnaye. Le Comte de
cey , à la tête de fon Régiment , s'eſt emparé de
chuartz -Haufen , & du Château de Calze. La
arniſon a été faite Priſonniere de Guerre , ainfi
ue celle de Saint- Goar , qui en voulant fe retirer
ans le Château , a été coupée & forcée de fe
endre. Le Gouverneur de ce Château a été fomé
& contraint de capituler. Les Troupes du
oi y font entrées . On y a trouvé une Artil
rie confiderable , dont on donnera le détail ,
orfque le Maréchal de Soubife aura envoyé les
Articles de la Capitulation.
Le Marquis de Caftries a acquis beaucoup
Phonneur , par fa prévoyance , & fon activité dans
oute la conduite de cette entrepriſe. Cette Place
It d'autant plus importante ,, qu'étant pourvue
l'une bonne Garnifon & de toutes les Munitions
éceffaires , elle peut tenir plus de fix femaines ,
u cas qu'elle foit attaquée.
Cette Nouvelle a été apportée par un Courrier
que le Maréchal de Soubife a dépêché , & qui eſt
Arrivé le 6. de ce mois.
Du 9.
Le 2. de ce mois , le Parlement enregistra une
Déclaration du Roi , donnée a Verſailles , le 29
Octobre de la préfente année,portant acceptation
des offres faites par les Notaires de Paris , d'acquérir
27120 liv. de rente au denier 2 , faifant partie
des 3002000 livres de rentes , créées par Edis
du mois d'Avril , fur les Aydes & Gabelles , en
214 MERCURE DE FRANCE.
payant au Tréfor Royal la fomme de 678000 liv.
enconféquence Sa Majefté ordonne que les Notaires
de Paris feront diftraits de l'Etat annéxé
à l'Edit du mois d'Août fuivant , portant création
d'un million effectif d'augmentation de gages.
Du 16.
Le 12 de ce mois , le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregiſtra un Edit du Roi ,
portant création de 3006000 liv . de Rentes viageres
fur les Aydes & Gabelles. Il eſt ſtatué par
cet Edit , que les Conſtitutions particulieres de ces
Rentes , ne pourront être moindres , fur une
feule tête , de so livres , & fur deux têtes , de
40 livres de jouiffance annuelle , que les Rentes
acquifes fur une feule tête , feront reparties en fix
Claffes ; la premiere , depuis la naiſſance juſqu'à
so ans accomplis , à dix pour cent ; la feconde ,
depuis so , jufqu'à ƒs , à dix & demi ; la troifiéme
, depuis 55 , jufqu'à 60 , à onze ; la quatriéme
, depuis 60 , juſqu'à 65 , à douze ; la cinquiéme
, depuis 65 , juſqu'à 70 , à treize ; la fixiéme
depuis 70 , jufqu'à 75 , ans , & au- deffus ,
à quatorze pour cent , & que les Rentes fur deux
têtes feront acquifes fans diftinction d'âge & de
claffe , à huit pour cent.
On a trouvé dans la Citadelle de Rhinfels 72
piéces de canon , 35 mortiers , & beaucoup de
munitions de Guerre. On y a fait s 30 Priſonniers,
dont 20 Officiers & un Colonel .
Le Roi voulant conftater d'une maniere fixe &
certaine , le montant des dettes contractées pour
le Service de la Marine & des Colonies , afin de
parvenir à les acquitter , a rendu un Arrèt dans
fon Confeil d'Etat , par lequel Sa Majefté or212
MERCURE DE FRANCE.
donne , que dans trois mois pour tout délai , les
Créanciers ou leurs Tuteurs & Curateurs , foient
tenus de repréfenter les Titres fur lesquels ils
fondent leur créance , pardevant les fieurs de
Fontanieu & de la Bourdonnaye , Conſeillers
d'Etat , Silhouette & de Boullongne , Maître des
Requêtes , & de Cotte , Maître des Requêtes &
Intendant du Commerce , pour être procédé à la
vérification des créances , & pourvû enfuite au
payement , & que les créances demeurent éteintes,
fi elles ne font pas répréſentées dans le terme
prefcrit.
Par un autre Arrêt de fon Confeil d'Etat , le
Roia preferit la forme dans laquelle les Créanciers,
leurs Repréfentans , ou leurs Fondés de procuration
fpéciale , doivent faire la repréfentation de
leurs Titres.
Il paroît une Ordonnance du Roi , en date du
21 Octobre dernier , pour établir une nouvelle
forme dans la compofition des Compagnies détachées
des Dragons , Gardes- Côtes de la Province
de Guyenne. Sa Majesté ordonne , qu'il y aura
dans cette Province 18 Compagnies de Dragons
de so hommes , qui formeront 9 Eſcadrons, & que
ces Dragons feront placés pendant le tems de la,
Guerre , de diftance en diſtance , & feront chargés
de fe rendre , de main en main , les Lettres &
les Avis concernant le Service , pour les faire parvenir
, fans retard , au Commandant Général
& à l'Intendant de la Province.
Dans une feconde Ordonnance , en date du 31
du même mois , Sa Majesté ordonne que les Of
ficiers & Sergents des Compagnies de Fufiliers de
fes Troupes d'Infanterie , foient dorénavant armés
de fufils avec leurs bayonnettes , ainfi que
ceux des Compagnies de Grenadiers.
Le Château de Rhinfels eft une des plus fortes
Places qui foit fur le Rhin. Il eft auprès de Saint
JANVIER. 1759. 213
foar , & lui fert de Citadelle . Cette Place nous
tant abſolument néceffaire pour allurer la liberté
e la navigation du Rhin , le Maréchal de Soubife
chargé le Marquis de Caftries , de s'en rendre
aître ; ce qu'il a exécuté avec tout le fuccès qu'on
ouvoit delirer. La Ville de Saint- Goar a été
Icaladée en même tems , par les Régimens de
aint-Germain & de la Féronnaye. Le Comte de
cey , à la tête de fon Régiment , s'eſt emparé de
chuartz -Haufen , & du Château de Calze. La
arniſon a été faite Priſonniere de Guerre , ainfi
ue celle de Saint- Goar , qui en voulant fe retirer
ans le Château , a été coupée & forcée de fe
endre. Le Gouverneur de ce Château a été fomé
& contraint de capituler. Les Troupes du
oi y font entrées . On y a trouvé une Artil
rie confiderable , dont on donnera le détail ,
orfque le Maréchal de Soubife aura envoyé les
Articles de la Capitulation.
Le Marquis de Caftries a acquis beaucoup
Phonneur , par fa prévoyance , & fon activité dans
oute la conduite de cette entrepriſe. Cette Place
It d'autant plus importante ,, qu'étant pourvue
l'une bonne Garnifon & de toutes les Munitions
éceffaires , elle peut tenir plus de fix femaines ,
u cas qu'elle foit attaquée.
Cette Nouvelle a été apportée par un Courrier
que le Maréchal de Soubife a dépêché , & qui eſt
Arrivé le 6. de ce mois.
Du 9.
Le 2. de ce mois , le Parlement enregistra une
Déclaration du Roi , donnée a Verſailles , le 29
Octobre de la préfente année,portant acceptation
des offres faites par les Notaires de Paris , d'acquérir
27120 liv. de rente au denier 2 , faifant partie
des 3002000 livres de rentes , créées par Edis
du mois d'Avril , fur les Aydes & Gabelles , en
214 MERCURE DE FRANCE.
payant au Tréfor Royal la fomme de 678000 liv.
enconféquence Sa Majefté ordonne que les Notaires
de Paris feront diftraits de l'Etat annéxé
à l'Edit du mois d'Août fuivant , portant création
d'un million effectif d'augmentation de gages.
Du 16.
Le 12 de ce mois , le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregiſtra un Edit du Roi ,
portant création de 3006000 liv . de Rentes viageres
fur les Aydes & Gabelles. Il eſt ſtatué par
cet Edit , que les Conſtitutions particulieres de ces
Rentes , ne pourront être moindres , fur une
feule tête , de so livres , & fur deux têtes , de
40 livres de jouiffance annuelle , que les Rentes
acquifes fur une feule tête , feront reparties en fix
Claffes ; la premiere , depuis la naiſſance juſqu'à
so ans accomplis , à dix pour cent ; la feconde ,
depuis so , jufqu'à ƒs , à dix & demi ; la troifiéme
, depuis 55 , jufqu'à 60 , à onze ; la quatriéme
, depuis 60 , juſqu'à 65 , à douze ; la cinquiéme
, depuis 65 , juſqu'à 70 , à treize ; la fixiéme
depuis 70 , jufqu'à 75 , ans , & au- deffus ,
à quatorze pour cent , & que les Rentes fur deux
têtes feront acquifes fans diftinction d'âge & de
claffe , à huit pour cent.
On a trouvé dans la Citadelle de Rhinfels 72
piéces de canon , 35 mortiers , & beaucoup de
munitions de Guerre. On y a fait s 30 Priſonniers,
dont 20 Officiers & un Colonel .
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Résumé : De Paris, le 2 Décembre.
Le 2 décembre, le roi de France a pris plusieurs mesures administratives et militaires. Pour régler les dettes de la Marine et des Colonies, il a ordonné aux créanciers de représenter leurs titres dans un délai de trois mois auprès de conseillers d'État et maîtres des requêtes, sous peine de voir leurs créances éteintes. Un autre arrêt a précisé la forme de représentation des titres. Sur le plan militaire, le roi a réorganisé les compagnies de dragons et de fusiliers en Guyenne. Il a créé 18 compagnies de dragons formant 9 escadrons, chargés de transmettre les lettres et avis concernant le service. Une autre ordonnance a stipulé que les officiers et sergents des compagnies de fusiliers doivent être armés de fusils avec baïonnettes, comme ceux des compagnies de grenadiers. Le maréchal de Soubise a pris le contrôle du château de Rhinfels et de la ville de Saint-Goar, capturant les garnisons et une artillerie considérable. Le marquis de Castries a joué un rôle clé dans cette opération, acquérant ainsi beaucoup d'honneur. La nouvelle de cette prise a été apportée par un courrier du maréchal de Soubise, arrivé le 6 janvier. Le 2 janvier, le Parlement a enregistré une déclaration royale acceptant les offres des notaires de Paris d'acquérir des rentes. Le 12 janvier, le Parlement a enregistré un édit créant 3 006 000 livres de rentes viagères sur les aides et gabelles, avec des constitutions particulières selon l'âge et le nombre de têtes. Dans la citadelle de Rhinfels, on a trouvé 72 pièces de canon, 35 mortiers, beaucoup de munitions de guerre, et fait 30 prisonniers, dont 20 officiers et un colonel.
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85
p. 200-203
De Londres, le 5 Décembre.
Début :
Le 28 du mois dernier, la Chambre des Communes approuva unanimement [...]
Mots clefs :
Chambre des communes, Subside, Parlement, Augmentation des taxes, Denrées, Commerce, Taxes sur les terres, Enrôlement, Ordonnance, Jamaïque, Attaques, Canons, Soldats déserteurs, Campagnes militaires, Opérations maritimes, Amiral, Escadre, Méditerranée, Indes orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 5 Décembre.
De Londres , les Décembre.
Le 28 du mois dernier , la Chambre des,
Communes approuva unanimement la réfolution
prife la veille , d'accorder un Subfide au Roi.
Enfuite dans un Comité Particulier , on procéda.
à l'examen des Actes de la derniere Séance du
Parlement. Il fut décidé que celui qui a pour obje
d'interdire la fortie & la diftillation des Grains , &
d'augmenter les Droits établis fur la Dreche ,
la Farine , le Bifcuit & l'Empoix , feroit continué
jufqu'au 24 Décembre 1759. On arrêta en:
même temps que l'Acte qui fufpend le payement.
des Droits d'Entrée fur les Bleds & Farines enlevés
à l'Ennemi , ne feroit point renouvellé. Le
29 , la Chambre ordonna qu'on drefferoit un Bill
pour approuver les réfolutions du Comité. On
ordonna la continuation de la Taxe de quatre
Schellings fur les Terres , fur les Penfions , Liza
JANVIER. 1759 . 201
tous les Revenus de quelqu'efpéce qu'ils foient ,
& des Droits fur les boiffons différentes . On fupputa
que ces diverfes Impofitions pourroient rapporter
environ deux millions fept cent cinquante
mille livres fterlings. On fera donc obligé de
recourir à de nouvelles taxes pour fournir le Subfide
pour l'entretien de foixante mille Hommes
qui feront employés fur les Valleiaux du Roi
dans le courant de l'année prochaine . Ce Subfide
fut établi fur le même pied qu'il l'a été
pour l'année qui vient de finir ; car il fait un
objet de trois millions cent vingt mille livres
fterlings.
On continue d'enlever par force les Matelots ,
pour remplir les vuides que la Campagne der
niere a laiffés dans notre Marine , & pour completer
les Equipages des nouveaux Vailleaux qu'on
doit lancer à l'eau le Printems prochain.
Pour donner aux Hollandois une fatisfaction
apparente , on vient de publier une Ordonnance
qui affigne une récompenfe de cinq cens livres
fterling à ceux qui dénonceront les perfonnes
coupables de pirateries dont on fe plaint , & les
complices qui leur donnent fecours , ou qui procurent
le débit de leurs effets.
Le Roi fe propofe d'envoyer à Paris un Colonel
qui eft chargé de régler avec les Miniftres
de France l'échange des prifonniers.
Le 20. de ce mois fur le minuit , on a fenti
dans cette Ville & dans les environs , une légére.
fecouffe de tremblement de terre.
Les dernieres Nouvelles de la Jamaïque Nous
ont appris que le Vaiffeau François le Palmier
de foixante- quatorze Canons , qui croifoit à la
hauteur de S. Domingue , fut attaqué le 5. Septembre
par deux de nos Vaiffeaux de haut bord.
Le combat dura très-longtems. Un de nos Vaif-
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
feaux fur mis hors de combat , & fut fur le point
d'être pris ; mais un heureux accident contraignit
l'Ennemi de fe retirer. Comme il étoit obligé de
forcer fon feu pour foutenir le combat , un de fes
Canons de trente- fix livres de balles créva , & mit
le défordre dans fon Equipage. Nos deux Vailſeaux
étoient ſi maltraités , qu'ils ne purent pas
le pourfuivre.
Quoiqu'on ait beaucoup parlé de la facilité que
notre miniſtere trouvoit à effectuer les emplois
coutidérables qui ont été propofés ; il a été queftion
dernierement d'établir une Capitation , ou
un don gratuit , pour le fervice de l'année prochaine.
On ne fçait point fi cette infinuation trouvera
les efprits favorablement difpofés.
Du 23. Décembre.
Le 1s de ce mois , la Chambre des Com
munes approuva le Bill qui régle la punition des
Soldats Déferteurs.
Les préparatifs pour la Campagne prochaine
continuent avec beaucoup de vivacité. On fait
dans tout le Royaume de nouvelles levées pour
le fervice de terre & de mer. On forme en Irlande
treize nouvelles Compagnies de Marine
qui feront chacune de cent hommes . On travaille
dans tous nos Ports à tenir toutes chofes prêtes
pour l'exécution des différentes entreprifes qui
entrent dans le Plan de nos opérations mariti
mes pour l'année prochaine. On a lancé a l'eau
à Southampton un Vaiffeau de foixante - quatorze
canons. A Deptford on en a lancé un de même
force , & un autre de foixante canons. On
en doit lancer bientôt plufieurs autres dans les
différents Ports . On conftruit en même temps
un grand nombre de Batteaux plats , pour le débarquement
des troupes.
L'Amiral Holmes partit le 16.pour Portmourki
JANVIER. 1759. 203
"
Пly va prendre le commandement d'une Efca
dre qui doit relever celle de l'Amiral Saunders'
far la Côte de France . Ce dernier commandera
une autre Efcadre qui mettra à la voile dans
le courant du mois prochain , pour aller croifer
dans la Méditerranée. Le Chef d'Efcadre Geari
eft l'Officier que la Cour a choifi , pour conduire
les renforts que l'on doit envoyer aux :
Indes Orientales.
Le 28 du mois dernier , la Chambre des,
Communes approuva unanimement la réfolution
prife la veille , d'accorder un Subfide au Roi.
Enfuite dans un Comité Particulier , on procéda.
à l'examen des Actes de la derniere Séance du
Parlement. Il fut décidé que celui qui a pour obje
d'interdire la fortie & la diftillation des Grains , &
d'augmenter les Droits établis fur la Dreche ,
la Farine , le Bifcuit & l'Empoix , feroit continué
jufqu'au 24 Décembre 1759. On arrêta en:
même temps que l'Acte qui fufpend le payement.
des Droits d'Entrée fur les Bleds & Farines enlevés
à l'Ennemi , ne feroit point renouvellé. Le
29 , la Chambre ordonna qu'on drefferoit un Bill
pour approuver les réfolutions du Comité. On
ordonna la continuation de la Taxe de quatre
Schellings fur les Terres , fur les Penfions , Liza
JANVIER. 1759 . 201
tous les Revenus de quelqu'efpéce qu'ils foient ,
& des Droits fur les boiffons différentes . On fupputa
que ces diverfes Impofitions pourroient rapporter
environ deux millions fept cent cinquante
mille livres fterlings. On fera donc obligé de
recourir à de nouvelles taxes pour fournir le Subfide
pour l'entretien de foixante mille Hommes
qui feront employés fur les Valleiaux du Roi
dans le courant de l'année prochaine . Ce Subfide
fut établi fur le même pied qu'il l'a été
pour l'année qui vient de finir ; car il fait un
objet de trois millions cent vingt mille livres
fterlings.
On continue d'enlever par force les Matelots ,
pour remplir les vuides que la Campagne der
niere a laiffés dans notre Marine , & pour completer
les Equipages des nouveaux Vailleaux qu'on
doit lancer à l'eau le Printems prochain.
Pour donner aux Hollandois une fatisfaction
apparente , on vient de publier une Ordonnance
qui affigne une récompenfe de cinq cens livres
fterling à ceux qui dénonceront les perfonnes
coupables de pirateries dont on fe plaint , & les
complices qui leur donnent fecours , ou qui procurent
le débit de leurs effets.
Le Roi fe propofe d'envoyer à Paris un Colonel
qui eft chargé de régler avec les Miniftres
de France l'échange des prifonniers.
Le 20. de ce mois fur le minuit , on a fenti
dans cette Ville & dans les environs , une légére.
fecouffe de tremblement de terre.
Les dernieres Nouvelles de la Jamaïque Nous
ont appris que le Vaiffeau François le Palmier
de foixante- quatorze Canons , qui croifoit à la
hauteur de S. Domingue , fut attaqué le 5. Septembre
par deux de nos Vaiffeaux de haut bord.
Le combat dura très-longtems. Un de nos Vaif-
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
feaux fur mis hors de combat , & fut fur le point
d'être pris ; mais un heureux accident contraignit
l'Ennemi de fe retirer. Comme il étoit obligé de
forcer fon feu pour foutenir le combat , un de fes
Canons de trente- fix livres de balles créva , & mit
le défordre dans fon Equipage. Nos deux Vailſeaux
étoient ſi maltraités , qu'ils ne purent pas
le pourfuivre.
Quoiqu'on ait beaucoup parlé de la facilité que
notre miniſtere trouvoit à effectuer les emplois
coutidérables qui ont été propofés ; il a été queftion
dernierement d'établir une Capitation , ou
un don gratuit , pour le fervice de l'année prochaine.
On ne fçait point fi cette infinuation trouvera
les efprits favorablement difpofés.
Du 23. Décembre.
Le 1s de ce mois , la Chambre des Com
munes approuva le Bill qui régle la punition des
Soldats Déferteurs.
Les préparatifs pour la Campagne prochaine
continuent avec beaucoup de vivacité. On fait
dans tout le Royaume de nouvelles levées pour
le fervice de terre & de mer. On forme en Irlande
treize nouvelles Compagnies de Marine
qui feront chacune de cent hommes . On travaille
dans tous nos Ports à tenir toutes chofes prêtes
pour l'exécution des différentes entreprifes qui
entrent dans le Plan de nos opérations mariti
mes pour l'année prochaine. On a lancé a l'eau
à Southampton un Vaiffeau de foixante - quatorze
canons. A Deptford on en a lancé un de même
force , & un autre de foixante canons. On
en doit lancer bientôt plufieurs autres dans les
différents Ports . On conftruit en même temps
un grand nombre de Batteaux plats , pour le débarquement
des troupes.
L'Amiral Holmes partit le 16.pour Portmourki
JANVIER. 1759. 203
"
Пly va prendre le commandement d'une Efca
dre qui doit relever celle de l'Amiral Saunders'
far la Côte de France . Ce dernier commandera
une autre Efcadre qui mettra à la voile dans
le courant du mois prochain , pour aller croifer
dans la Méditerranée. Le Chef d'Efcadre Geari
eft l'Officier que la Cour a choifi , pour conduire
les renforts que l'on doit envoyer aux :
Indes Orientales.
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Résumé : De Londres, le 5 Décembre.
Le 28 décembre précédent, la Chambre des Communes a approuvé à l'unanimité une résolution accordant un subside au Roi. Un comité a décidé de prolonger jusqu'au 24 décembre 1759 l'acte interdisant la sortie et la distillation des grains, ainsi que l'augmentation des droits sur la drêche, la farine, le biscuit et l'empois. Il a également été décidé de ne pas renouveler l'acte suspendant le paiement des droits d'entrée sur les blés et farines enlevés à l'ennemi. Le 29 décembre, la Chambre a ordonné la rédaction d'un bill pour approuver les résolutions du comité et la continuation de diverses taxes, dont une taxe de quatre schellings sur les terres, les pensions, et tous les revenus, ainsi que des droits sur les boissons diverses. Ces impôts devraient rapporter environ deux millions sept cent cinquante mille livres sterling. Un subside de trois millions cent vingt mille livres sterling a été établi pour l'entretien de soixante mille hommes employés sur les vaisseaux du Roi en 1759. Les matelots continuent d'être enlevés de force pour combler les vides laissés par la campagne précédente et compléter les équipages des nouveaux vaisseaux. Une ordonnance offre une récompense de cinq cents livres sterling pour la dénonciation des pirates et de leurs complices. Le Roi envisage d'envoyer un colonel à Paris pour régler l'échange des prisonniers avec les ministres français. Un léger tremblement de terre a été ressenti à Londres le 20 janvier. Des nouvelles de la Jamaïque rapportent un combat entre le vaisseau français Le Palmier et deux vaisseaux britanniques le 5 septembre. Les préparatifs pour la campagne prochaine incluent de nouvelles levées de troupes en Irlande et la construction de vaisseaux et de bateaux plats dans divers ports. L'amiral Holmes a pris le commandement d'une escadre pour remplacer celle de l'amiral Saunders sur la côte de France, tandis que l'amiral Saunders commandera une autre escadre en Méditerranée. Le chef d'escadre Geari a été choisi pour conduire les renforts vers les Indes Orientales.
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86
p. 209-210
DE PARIS, le 13 Janvier.
Début :
Le 11. de ce mois le Duc de la Vauguyon fut reçu & prit séance au Parlement, [...]
Mots clefs :
Duc, Comte, Audience, Parlement, Ministre
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 13 Janvier.
DE PARIS le 13 Janvier.
Le 11. de ce mois le Duc de la Vauguyon fut
reçu & prit féance au Parlement , en qualité de
Pair de France.
Le 8 le Comte de Saint Florentin fut harangué
, à fon Audience au Louvre , par une jeune
fille de fa terre de Châteauneuf , âgée de neuf
ans , fourde & muette de naiffance , que la charité
de ce Miniftre fait inftruire par le fieur Pereire
Fenfionnaire du Roi , connu par fon talent d'ap
210 MERCURE DE FRANCE.
prendre à parler aux muets . Elle prononça fon
compliment d'un ton aífuré .
Le 11. de ce mois le Duc de la Vauguyon fut
reçu & prit féance au Parlement , en qualité de
Pair de France.
Le 8 le Comte de Saint Florentin fut harangué
, à fon Audience au Louvre , par une jeune
fille de fa terre de Châteauneuf , âgée de neuf
ans , fourde & muette de naiffance , que la charité
de ce Miniftre fait inftruire par le fieur Pereire
Fenfionnaire du Roi , connu par fon talent d'ap
210 MERCURE DE FRANCE.
prendre à parler aux muets . Elle prononça fon
compliment d'un ton aífuré .
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Résumé : DE PARIS, le 13 Janvier.
Le 13 janvier, le Duc de la Vauguyon a prêté serment au Parlement comme Pair de France. Le 8 janvier, le Comte de Saint Florentin a été salué par une jeune fille sourde et muette de neuf ans, originaire de Châteauneuf, instruite par le sieur Pereire. Elle a prononcé un compliment avec assurance.
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87
p. 212-213
De Paris, le 27 Janvier.
Début :
Le 25 de ce mois, le Duc de Choiseul fut reçu & prit séance au Parlement, en qualité [...]
Mots clefs :
Parlement, Séance, Escadre, Capitaine des dragons, Régiments, Promotions, Officiers, Banquier de la cour
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texteReconnaissance textuelle : De Paris, le 27 Janvier.
De Paris , le
27 Janvier.
Le 25 de ce mois , le Duc de Choifeul fut reçu
& prit féance au Parlement , en qualité de Pair
de France.
Le Sieur de Bompar , Chef d' fcadre , commandant
l'Eſcadre du Roi armée a Breſt , mit à
la voile le 21.
MARS . 1759 . 213
Le Comte de Vibraye , Capitaine de Dragons
dans le Régiment de Languedoc , fils aîné du Marquis
de Vibraye , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , & employé en Baffe-Alface , a obtenu
l'agrément du Régiment Dauphin Etranger , Cavalerie
.
Du 10 Février.
L'age & la fanté du Sieur de Montmartel
Confeiller d'Etat , & ci- devant Garde du Tréfor
Royal , ne lui permettant plus de remplir les
fonctions de Banquier de la Cour , dont il s'eſt
acquitté avec diftinction pendant un grand nombre
d'années ; Sa Majefté a choifi pour le remplacer
, le Sieur de la Borde , Secrétaire du Roi ,
connu depuis longtemps par fon crédit & fes
talens , ainfi que par la confiance qu'il a méritée
de la part du Gouvernement .
La Gazette de France a donné la nouvelle promotion
d'Officiers Généraux . Je l'inférerai dans
le prochain Mercure.
27 Janvier.
Le 25 de ce mois , le Duc de Choifeul fut reçu
& prit féance au Parlement , en qualité de Pair
de France.
Le Sieur de Bompar , Chef d' fcadre , commandant
l'Eſcadre du Roi armée a Breſt , mit à
la voile le 21.
MARS . 1759 . 213
Le Comte de Vibraye , Capitaine de Dragons
dans le Régiment de Languedoc , fils aîné du Marquis
de Vibraye , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , & employé en Baffe-Alface , a obtenu
l'agrément du Régiment Dauphin Etranger , Cavalerie
.
Du 10 Février.
L'age & la fanté du Sieur de Montmartel
Confeiller d'Etat , & ci- devant Garde du Tréfor
Royal , ne lui permettant plus de remplir les
fonctions de Banquier de la Cour , dont il s'eſt
acquitté avec diftinction pendant un grand nombre
d'années ; Sa Majefté a choifi pour le remplacer
, le Sieur de la Borde , Secrétaire du Roi ,
connu depuis longtemps par fon crédit & fes
talens , ainfi que par la confiance qu'il a méritée
de la part du Gouvernement .
La Gazette de France a donné la nouvelle promotion
d'Officiers Généraux . Je l'inférerai dans
le prochain Mercure.
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Résumé : De Paris, le 27 Janvier.
En janvier 1759, plusieurs événements marquants eurent lieu en France. Le 25 janvier, le Duc de Choiseul fut reçu et prêta serment au Parlement en tant que Pair de France. Le 21 janvier, le Sieur de Bompar, Chef d'escadre, quitta Brest avec l'escadre du Roi. En mars, le Comte de Vibraye, Capitaine de Dragons dans le Régiment de Languedoc et fils aîné du Marquis de Vibraye, obtint l'agrément pour le Régiment Dauphin Etranger, Cavalerie. Le 10 février, le Sieur de Montmartel, Conseiller d'État et ancien Garde du Trésor Royal, cessa ses fonctions de Banquier de la Cour en raison de son âge et de sa santé. Le Roi désigna le Sieur de la Borde, Secrétaire du Roi, pour le remplacer, en raison de son crédit, de ses talents et de la confiance qu'il avait gagnée auprès du Gouvernement. La Gazette de France annonça également la promotion d'Officiers Généraux, qui serait publiée dans le prochain Mercure.
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88
p. 197-198
DE LONDRES, le 1 Avril.
Début :
L'ancien projet de tenter le passage à la Mer du Sud par [...]
Mots clefs :
Passage maritime, Navigation, Parlement, Dettes nationales, Amiral Hawke, Escadre, Guadeloupe, Gouverneur, Provisions, Attaques, Equipage, Recrutement, Violence
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texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 1 Avril.
DE L o » p n es , le 1 Avril. -
, L'ancien projet de tenter le paſſage à la Mer
du Sud par le Nord-oueſt, vient de ſe renouvel
ler. Un particulier habile & accrédité, & qui
eſt fort au fait de la navigation & du commerce,
s'eſt offert d'aller à la découverte de cette route.
On préſenta ces jours derniers aux deux Cham
bres du Parlement un état de nos dettes nationa
les, elles montoient au commencement de cette
• année à 82 millions 776 mille 586 livres ſter
lings, ſans y comprendre les nouveaux ſubſides
accordés pour les dépenſes de la campagne pro
chaine. -
· L'Amiral Hawke doit partir au premier jour
pour ſe rendre à Portſmouth, où il prendra le
commandement de l'Eſcadre deſtinée à agir ſur
les côtes de France. On compte que cette Eſcadre
ſera bientôt en état de mettre a la voile.
Dans les derniers détails qui nous ſont venus
de la Guadeloupe il étoit dit que le Gouverneur
François s'étoit retiré avec ſa Garniſon dans des
lieux entierement inacceſſibles'; que cent hom
mes ſuffiroient peur arrêter & détruire une armée
qui entreprendroit d'y pénétrer ; que les Habi
tans ont été occupés depuis trois mois à y tranſ
porter des proviſions & leurs meilleurs effets ;
que toutes les nuits les Négres deſcendoient des
montagnes, pour attaquer nos poſtes avancés,
où ils nous tuoient continuellement des Soldats;
qu'il y avoit beaucoup de malades dans notre Ar
nnée , & que l'impofſibilité de ſoumettre ces ha
bitans, mettoit bientôt dans la néceſſité d'aban
donner l'Iſle.
Du 3. - *
On a beaucoup de peine à trouver des Mate
I iij
198 M E R CURE DE FRANCE.
lots pour compléter les équipages des eſcadres
qu'on arme dans nos Ports. On enléve de force
tout ce qui ſe préſente. Cette violence eſt formel
lement autoriſée par les Commiſſaires de l'Ami
rauté qui ſont chargés de cette partie de l'admi
niſtration. Il eſt ordonné d'arrêter tous les vaga
bonds & gens ſans aveu. On en a déjà raſſemblé
un grand nombre, & on les a envoyés à bord des
vailleaux du Roi.
, L'ancien projet de tenter le paſſage à la Mer
du Sud par le Nord-oueſt, vient de ſe renouvel
ler. Un particulier habile & accrédité, & qui
eſt fort au fait de la navigation & du commerce,
s'eſt offert d'aller à la découverte de cette route.
On préſenta ces jours derniers aux deux Cham
bres du Parlement un état de nos dettes nationa
les, elles montoient au commencement de cette
• année à 82 millions 776 mille 586 livres ſter
lings, ſans y comprendre les nouveaux ſubſides
accordés pour les dépenſes de la campagne pro
chaine. -
· L'Amiral Hawke doit partir au premier jour
pour ſe rendre à Portſmouth, où il prendra le
commandement de l'Eſcadre deſtinée à agir ſur
les côtes de France. On compte que cette Eſcadre
ſera bientôt en état de mettre a la voile.
Dans les derniers détails qui nous ſont venus
de la Guadeloupe il étoit dit que le Gouverneur
François s'étoit retiré avec ſa Garniſon dans des
lieux entierement inacceſſibles'; que cent hom
mes ſuffiroient peur arrêter & détruire une armée
qui entreprendroit d'y pénétrer ; que les Habi
tans ont été occupés depuis trois mois à y tranſ
porter des proviſions & leurs meilleurs effets ;
que toutes les nuits les Négres deſcendoient des
montagnes, pour attaquer nos poſtes avancés,
où ils nous tuoient continuellement des Soldats;
qu'il y avoit beaucoup de malades dans notre Ar
nnée , & que l'impofſibilité de ſoumettre ces ha
bitans, mettoit bientôt dans la néceſſité d'aban
donner l'Iſle.
Du 3. - *
On a beaucoup de peine à trouver des Mate
I iij
198 M E R CURE DE FRANCE.
lots pour compléter les équipages des eſcadres
qu'on arme dans nos Ports. On enléve de force
tout ce qui ſe préſente. Cette violence eſt formel
lement autoriſée par les Commiſſaires de l'Ami
rauté qui ſont chargés de cette partie de l'admi
niſtration. Il eſt ordonné d'arrêter tous les vaga
bonds & gens ſans aveu. On en a déjà raſſemblé
un grand nombre, & on les a envoyés à bord des
vailleaux du Roi.
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Résumé : DE LONDRES, le 1 Avril.
Le 1er avril, un projet de découverte d'une route vers la Mer du Sud par le Nord-Ouest a été relancé. Un expert en navigation et commerce s'est porté volontaire pour cette expédition. Les dettes nationales s'élèvent à 82 millions 776 mille 586 livres sterling au début de l'année, sans inclure les nouveaux subsides pour la campagne prochaine. L'Amiral Hawke doit se rendre à Portsmouth pour commander une escadre destinée à agir sur les côtes de France. En Guadeloupe, le gouverneur François s'est retiré avec sa garnison dans des lieux inaccessibles. Les habitants attaquent régulièrement les postes avancés, causant des pertes parmi les soldats. L'armée, confrontée à de nombreux malades et à l'impossibilité de soumettre les habitants, envisage l'abandon de l'île. Le 3 avril, il est difficile de trouver des matelots pour compléter les équipages des escadres en armement. Les commissaires de l'Amirauté autorisent l'enlèvement forcé de personnes, y compris les vagabonds, pour les envoyer à bord des vaisseaux du Roi.
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89
p. 209-211
De Londres le 18 Avril.
Début :
L'escadre de l'Amiral Cornish, composée de quatre vaisseaux de guerre & de sept [...]
Mots clefs :
Escadre, Amiral, Vaisseaux, Guadeloupe, Port, Équipages, Recrutement, Violences, Députés, Ministres, Corsaires , Armements, Envoyé extraordinaire, Invasion, Général, Parlement, Emprunt
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texteReconnaissance textuelle : De Londres le 18 Avril.
DE LONDRES le 18 Avril.
L'efcadre de l'Amiral Cornish , compofée de
quatre vaiffeaux de guerre & de fept vaiffeaux de
la Compagnie des Indes , partit le 14 du port de
Sainte-Helene. Nous ignorons abfolument le
fuccès de l'entrepriſe fur la Guadeloupe.
L'Amiral Bofcawen eft parti de Portsmouth
avec fix vaiffeaux de guerre pour le rendre à Plymouth
, où fon efcadre doit fe renforcer de quelques
autres bâtimens. Enfuite il mettra à la voile
& ira établir fa croifiere à la hauteur de Breft ,
pour obferver les mouvemens de la flote nombreufe
que les François arment dans ce port , &
qu'on affure devoir inceffamment mettre en
mer.
Du 20,
La néceffité de completter promptement les équi
pages de nos efcadres , continue de rencontrer de
grandes difficultés , & donne lieu à des violences
anouies. Comme on ne trouve plus perfonne à
enlever fur terre , on a pris le parti de fe jetter fur
tous les navires qui arrivent , pour en prendre de
force les matelots. Cette conduite a déja occafioné
du tumulte en divers endroits...
210 MERCURE DE FRANCE.
Du 4 Mai.
Lés Députés extraordinaires des Etats Généraux
ont de fréquentes conférences avec nos Miniftres.
Ils preffent vivement la reftitution des prifes. Elle
a été promife ; mais elle ne s'effectue point. Il s'eft
formé ici un parti confidérable pour foutenir les
intérêts des Corfaires Anglois , contre les plaintes
& les follicitations des propriétaires des navires,
enlevés à la Hollande.
La fâcheufe nouvelle de la bataille de Berghen ,
nous fut apportée le 24. Elle a répandu ici une
vraie confternation .
On continue à Portsmouth l'armement de la
flotte qui doit agir fur les côtes de France , & dont
l'Amiral Anfon prendra le commandement. C'eſt
fur le Royal-Georges que cet Amiral doit arborer,
fon pavilion . Ce vaiffeau de cent canons n'eft pas
encore tout-à-fait équipé , non - plus que quelques
autres qui feront partie de cette flotte . On efpere
cependant qu'elle fera en état de mettre à la voile
le 20 de ce mois.
Le Baron de Kniphaufen , Envoyé extraordinaire
du Roi de Pruffe , propofa dernierement
aux Miniftres du Roi de faire paffer en Allemagne
douze bataillons de nos troupes pour renforcer
l'armée des Alliés. Mais cette propofition fut rejettée
d'une maniere affez vive , par la raison que
l'Angleterre a befoin de toutes les forces pour les
oppofer aux projets d'invaſion dont elle eft me-
!
nacée.
On mande d'Edimbourg , qu'on y a reçu avis
que le Général Hopfon , après avoir détruit les
fortifications de Baffeterre dans l'Ifle de la Guadeloupe
, avoit fait rembarquer les troupes , & qu'il
fe difpofoit à les ramener en Angleterre.
On affure que le Parlement fera obligé de re
voquer la foufcription qui a été ouverte pour un
JUIN 1759 :
21 f
emprunt de fix millions fix cent mille livres fterlings.
On fe propofe de lui fubftituer un emprunt
રે quatre pour cent d'intérêt.
L'efcadre de l'Amiral Cornish , compofée de
quatre vaiffeaux de guerre & de fept vaiffeaux de
la Compagnie des Indes , partit le 14 du port de
Sainte-Helene. Nous ignorons abfolument le
fuccès de l'entrepriſe fur la Guadeloupe.
L'Amiral Bofcawen eft parti de Portsmouth
avec fix vaiffeaux de guerre pour le rendre à Plymouth
, où fon efcadre doit fe renforcer de quelques
autres bâtimens. Enfuite il mettra à la voile
& ira établir fa croifiere à la hauteur de Breft ,
pour obferver les mouvemens de la flote nombreufe
que les François arment dans ce port , &
qu'on affure devoir inceffamment mettre en
mer.
Du 20,
La néceffité de completter promptement les équi
pages de nos efcadres , continue de rencontrer de
grandes difficultés , & donne lieu à des violences
anouies. Comme on ne trouve plus perfonne à
enlever fur terre , on a pris le parti de fe jetter fur
tous les navires qui arrivent , pour en prendre de
force les matelots. Cette conduite a déja occafioné
du tumulte en divers endroits...
210 MERCURE DE FRANCE.
Du 4 Mai.
Lés Députés extraordinaires des Etats Généraux
ont de fréquentes conférences avec nos Miniftres.
Ils preffent vivement la reftitution des prifes. Elle
a été promife ; mais elle ne s'effectue point. Il s'eft
formé ici un parti confidérable pour foutenir les
intérêts des Corfaires Anglois , contre les plaintes
& les follicitations des propriétaires des navires,
enlevés à la Hollande.
La fâcheufe nouvelle de la bataille de Berghen ,
nous fut apportée le 24. Elle a répandu ici une
vraie confternation .
On continue à Portsmouth l'armement de la
flotte qui doit agir fur les côtes de France , & dont
l'Amiral Anfon prendra le commandement. C'eſt
fur le Royal-Georges que cet Amiral doit arborer,
fon pavilion . Ce vaiffeau de cent canons n'eft pas
encore tout-à-fait équipé , non - plus que quelques
autres qui feront partie de cette flotte . On efpere
cependant qu'elle fera en état de mettre à la voile
le 20 de ce mois.
Le Baron de Kniphaufen , Envoyé extraordinaire
du Roi de Pruffe , propofa dernierement
aux Miniftres du Roi de faire paffer en Allemagne
douze bataillons de nos troupes pour renforcer
l'armée des Alliés. Mais cette propofition fut rejettée
d'une maniere affez vive , par la raison que
l'Angleterre a befoin de toutes les forces pour les
oppofer aux projets d'invaſion dont elle eft me-
!
nacée.
On mande d'Edimbourg , qu'on y a reçu avis
que le Général Hopfon , après avoir détruit les
fortifications de Baffeterre dans l'Ifle de la Guadeloupe
, avoit fait rembarquer les troupes , & qu'il
fe difpofoit à les ramener en Angleterre.
On affure que le Parlement fera obligé de re
voquer la foufcription qui a été ouverte pour un
JUIN 1759 :
21 f
emprunt de fix millions fix cent mille livres fterlings.
On fe propofe de lui fubftituer un emprunt
રે quatre pour cent d'intérêt.
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Résumé : De Londres le 18 Avril.
Le 18 avril, l'escadre de l'Amiral Cornish a quitté Sainte-Hélène pour la Guadeloupe, tandis que l'Amiral Boscawen s'est dirigé vers Plymouth pour renforcer son escadre et surveiller la flotte française au large de Brest. Le 20 avril, des difficultés ont surgi pour compléter les équipages, entraînant des violences et des enlèvements forcés de matelots. Le 4 mai, les députés des États Généraux ont pressé la restitution des prises promises mais non effectuées, et la nouvelle de la bataille de Berghen a causé une consternation générale. À Portsmouth, l'armement de la flotte pour agir sur les côtes de France continue, sous le commandement de l'Amiral Anson à bord du Royal-Georges, avec une date de départ prévue le 20 mai. Le Baron de Kniphausen a proposé de transférer des troupes anglaises en Allemagne, mais cette proposition a été rejetée en raison des besoins de défense nationale. Le Général Hopkins a détruit les fortifications de Basse-Terre en Guadeloupe et se prépare à ramener ses troupes en Angleterre. Enfin, le Parlement envisage de révoquer un emprunt de six millions six cent mille livres sterling pour un emprunt à quatre pour cent d'intérêt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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90
p. 217-220
DE VERSAILLES le 24 Mai.
Début :
Le Roi a disposé du Régiment des Volontaires Etrangers de [...]
Mots clefs :
Roi, Baron, Régiment, Marquis, Famille royale, Comte, Parlement, Cavalerie, Abbé, Abbaye, Diocèse, Ordre, Colonel, Nominations, Ambassadeur
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texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES le 24 Mai.
DE VERSAILLES le 24. Mai.
LERoi a difpofé du Régiment des Volontaires
Etrangers de Clermont-Prince , vacant par
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
la promotion du Baron du Blaizel au grade de
Maréchal de Camp , en faveur du fieur de Commeiras.
Le 19 de ce mois le Marquis de Montalembert
prit congé du Roi & de la Famille Royale ,
pour aller à Petersbourg , & de là à l'Armée
Ruffe où il doit faire la campagne prochaine.
Le Roi ayant agréé le choix que S. A. R. l'In-
Fant Duc de Parme a fait du Comte d'Argental ,
Confeiller d'honneur au Parlement de Paris, pour
fon Miniftre plénipotentiaire auprès de Sa Majefté
, il eut fes audiences du Roi & de la Famille
Royale le 22 de ce mois , où il fut conduit par
le fieur Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs,
Du 31 Mai,
Le Roi a difpofé du Régiment de Xaintonges,
Infanterie , vacant par la démiffion du fieur de la
Grandville , en faveur du Comte Deffalles.
De celui d'Harcourt , Cavalerie , vacant par la
promotion du Marquis de Beuvron à la charge
de Commiffaire général de la Cavalerie , en faveur
du Comte de Preyffac de Cadilhac.
en faveur
De celui d'Henrichemont , Cavalerie , vacant
par la démiffion du Prince de ce nom ,
du Marquis d'Efcouloubre.
Et de celui des Volontaires de Flandre , en faveur
du Chevalier de Jaucourt,
Sa Majesté a donné la majorité de la Gendar
merie , vacante par la démiffion du Vicomte de
Sabran , au Comte de Lordat,
Et un Guidon de Gendarmerie au Comte de
Mauroy.
Le Comte de Beffe de la Richardje eft monté à
la Sous- Lieutenance.
Le Roi a donné l'Evêché de Toulon à l'Abbé
Lafcaris de Vintimille , Aumônier dy Roi,
JUILLET. 1759 ..
219
La Prévôté de Pignan à l'Abbé de Jarente ,
Chanoine honoraire de la Cathédrale de Marfeille.
L'Abbaye de Longues , Ordre de S. Benoît
Dioceſe de Bayeux , à l'Abbé de Cugnac , Chenoine
de l'Eglife de Paris , Vicaire - Général d ♫
Diocéle de Bayeux.
L'Abbaye de l'Iſle de Medoc , Ordre de Š. Auguftin
, Diocéle de Bordeaux , à l'Evêque de
Bazas.
L'Abbaye d'Iffoire , Ordre de S. Benoît , Diocéſe
de Clermont , à l'Abbé de Retz , de Fraiſſinet ,
Grand-Vicaire du Diocèfe de Mende.
Et l'Abbaye de S. Leonard de Chaume , Ordre
de Citeaux , Diocéfe de la Rochelle , à l'Abbé Dupuy
de Montmejan , Vicaire- Général du Diocéfe
de Bellay.
Du Juin.
Le Roi a accordé dès le 20 Mars dernier , la
Commiffion de Colonel de Cavalerie au Baron de
Breteuil , fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
l'Electeur de Cologne.
Du 14.
Le Roi a accordé le Gouvernement de Belle-
Ifle , vacant par la mort du Marquis de Saint-
Sernin , au fieur de Chevert , Lieutenant- général
des Armées du Roi , commandant les troupes de
Sa Majesté en Flandre & en Artois.
Hier la Cour prit le deuil pour quatre jours à
Poccafion de la mort de la Princeffe de Sultz→
bach.
Du 21.
Le Roi a nommé le Marquis de Paulmy , cl
devant Miniftre & Secrétaire d'Etat au Départe
ment de la guerre , ſon Ambaſſadeur auprès da
Roi & de la République de Pologne.
Sa Majeſté à admis au nombre de fes Aumo-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
niers l'Abbé de Clugny , Chanoine de l'Eglife &
Comte de Lyon , à la place de l'Abbé de Laſçaris,
nommé à l'Evêché de Toulon .
LERoi a difpofé du Régiment des Volontaires
Etrangers de Clermont-Prince , vacant par
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
la promotion du Baron du Blaizel au grade de
Maréchal de Camp , en faveur du fieur de Commeiras.
Le 19 de ce mois le Marquis de Montalembert
prit congé du Roi & de la Famille Royale ,
pour aller à Petersbourg , & de là à l'Armée
Ruffe où il doit faire la campagne prochaine.
Le Roi ayant agréé le choix que S. A. R. l'In-
Fant Duc de Parme a fait du Comte d'Argental ,
Confeiller d'honneur au Parlement de Paris, pour
fon Miniftre plénipotentiaire auprès de Sa Majefté
, il eut fes audiences du Roi & de la Famille
Royale le 22 de ce mois , où il fut conduit par
le fieur Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs,
Du 31 Mai,
Le Roi a difpofé du Régiment de Xaintonges,
Infanterie , vacant par la démiffion du fieur de la
Grandville , en faveur du Comte Deffalles.
De celui d'Harcourt , Cavalerie , vacant par la
promotion du Marquis de Beuvron à la charge
de Commiffaire général de la Cavalerie , en faveur
du Comte de Preyffac de Cadilhac.
en faveur
De celui d'Henrichemont , Cavalerie , vacant
par la démiffion du Prince de ce nom ,
du Marquis d'Efcouloubre.
Et de celui des Volontaires de Flandre , en faveur
du Chevalier de Jaucourt,
Sa Majesté a donné la majorité de la Gendar
merie , vacante par la démiffion du Vicomte de
Sabran , au Comte de Lordat,
Et un Guidon de Gendarmerie au Comte de
Mauroy.
Le Comte de Beffe de la Richardje eft monté à
la Sous- Lieutenance.
Le Roi a donné l'Evêché de Toulon à l'Abbé
Lafcaris de Vintimille , Aumônier dy Roi,
JUILLET. 1759 ..
219
La Prévôté de Pignan à l'Abbé de Jarente ,
Chanoine honoraire de la Cathédrale de Marfeille.
L'Abbaye de Longues , Ordre de S. Benoît
Dioceſe de Bayeux , à l'Abbé de Cugnac , Chenoine
de l'Eglife de Paris , Vicaire - Général d ♫
Diocéle de Bayeux.
L'Abbaye de l'Iſle de Medoc , Ordre de Š. Auguftin
, Diocéle de Bordeaux , à l'Evêque de
Bazas.
L'Abbaye d'Iffoire , Ordre de S. Benoît , Diocéſe
de Clermont , à l'Abbé de Retz , de Fraiſſinet ,
Grand-Vicaire du Diocèfe de Mende.
Et l'Abbaye de S. Leonard de Chaume , Ordre
de Citeaux , Diocéfe de la Rochelle , à l'Abbé Dupuy
de Montmejan , Vicaire- Général du Diocéfe
de Bellay.
Du Juin.
Le Roi a accordé dès le 20 Mars dernier , la
Commiffion de Colonel de Cavalerie au Baron de
Breteuil , fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
l'Electeur de Cologne.
Du 14.
Le Roi a accordé le Gouvernement de Belle-
Ifle , vacant par la mort du Marquis de Saint-
Sernin , au fieur de Chevert , Lieutenant- général
des Armées du Roi , commandant les troupes de
Sa Majesté en Flandre & en Artois.
Hier la Cour prit le deuil pour quatre jours à
Poccafion de la mort de la Princeffe de Sultz→
bach.
Du 21.
Le Roi a nommé le Marquis de Paulmy , cl
devant Miniftre & Secrétaire d'Etat au Départe
ment de la guerre , ſon Ambaſſadeur auprès da
Roi & de la République de Pologne.
Sa Majeſté à admis au nombre de fes Aumo-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
niers l'Abbé de Clugny , Chanoine de l'Eglife &
Comte de Lyon , à la place de l'Abbé de Laſçaris,
nommé à l'Evêché de Toulon .
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Résumé : DE VERSAILLES le 24 Mai.
Le 24 mai 1759, le roi a transféré le Régiment des Volontaires Étrangers de Clermont-Prince au sieur de Commeiras, suite à la promotion du Baron du Blaizel au grade de Maréchal de Camp. Le Marquis de Montalembert a quitté la cour pour se rendre à Petersbourg puis à l'Armée Russe. Le Comte d'Argental, Conseiller d'honneur au Parlement de Paris, a été nommé Ministre plénipotentiaire auprès du roi par l'Infant Duc de Parme et a eu ses audiences le 22 mai. Le 31 mai, plusieurs régiments ont été redistribués : le Régiment de Xaintonges au Comte Deffalles, le Régiment d'Harcourt au Comte de Preyffac de Cadilhac, le Régiment d'Henrichemont au Marquis d'Escouloubre, et le Régiment des Volontaires de Flandre au Chevalier de Jaucourt. Le Comte de Lordat a reçu la majorité de la Gendarmerie, et le Comte de Mauroy un Guidon de Gendarmerie. Le Comte de Besse de la Richardière a été promu à la Sous-Lieutenance. L'Abbé Lafcaris de Vintimille a été nommé à l'Évêché de Toulon. En juillet 1759, plusieurs abbayes et prévôtés ont été attribuées, notamment la Prévôté de Pignan à l'Abbé de Jarente et l'Abbaye de Longues à l'Abbé de Cugnac. En juin, le roi a accordé la commission de Colonel de Cavalerie au Baron de Breteuil et le Gouvernement de Belle-Isle au sieur de Chevert. La cour a observé le deuil pour la mort de la Princesse de Sulzbach. Le Marquis de Paulmy a été nommé Ambassadeur auprès du Roi et de la République de Pologne, et l'Abbé de Clugny a été admis parmi les Aumôniers du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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91
p. 213-216
DE VERSAILLES le 30 Août.
Début :
Le Roi a donné l'Abbaye de Massay, Ordre de S. Benoît, Diocèse de Bourges, [...]
Mots clefs :
Abbaye, Diocèse, Ordre, Abbé, Église, Chevalier, Baron, Comte, Conseiller d'État, Dresde, Capitulation, Garnison, Honneurs, Général, Édits, Parlement, Officiers, Arrêt du conseil
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texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES le 30 Août.
DE
VERSAILLES
le
30
Août
.
L
E
Roi
a
donné
l'Abbaye
de Maffay
,
Ordre
de
S.
Benoît
,
Diocèle
de
Bourges
,
à l'Abbé
deJubert
de
Bouville
,
Grand
Vicaire
de
Chartres
.
L'Abbaye de Balle-fontaine , Ordre de Pré-
montré , Diocèſe de Troyes , a l'Abbé de Lomienie
de Brienne , Grand Vicaire de Rouen.
Et la Prevôté de l'Eglife d'Alais , à l'Abbé de
Montolieu , Vicaire Général de ce Diocèfe.
Le 24 , le Roi tint le Sceau.
Le même jour , la Ducheffe de Grammont fur
préfentée aleurs Majeftés & a la Famille Royale,
& prit le tabouret chez la Reine.
Du
6
Septembre
.
Le
26
du
mois
dernier
,
le
Roi
reçut
Cheva-
liers
de
l'Ordre
du
mérite
Militaire le
Prince
de
Nallau
-
Saarbruck
,
L
eutenant général
des
armées
'
de Sa
Majeſté
,
les
Barons de
Wurmier
&
deTunderfeldt
,
le
Marquis de
Salis
de Mayentel
,
&
le
feur
Hirtzal
de
Saint Gratien
.
Le
même
jour
,
Sa
Majefté
nomma
le
Prince de Nallau-
Saarbruck
,
Grand'Croix
,
&
le
Baron de
Wurme
ler
,
Commandeur du même
ordre
.
"
214 MERCURE DE FRANCE.
Le
8
de
ce
mois
,
la
Cour
prendra
le
deuil
pour
un
mois
,
à
l'occafion
de
la
mort du
Roi
d'El-
pagne
.
Du
13
.
Le
Roi a
donné
la
place
de
Conſeiller
d'Etat
d'épée
,
vacante par
la
mort
du
Marquis
du
May
,
au
Marquis
d'Havrincourt
,
Ambaſſadeur de
Sa
Majefté
en Suéde
.
Le 8 de ce mois le Roi tint le Sceau.
Un Gentilhomme du Comte de Luface fut
dépêché par ce Prince pour apporter à Sa Ma-
jefté la nouvelle de la délivrance de Dreſde ,
dont l'armée de l'Empire s'eft emparée.
Le Prince de Deux-Ponts étant arrivé le 30
du mois d'Août devant Drefde , fit fommer fur
le champ le Comte de Schmettau. Ce Com-
mandant répondit qu'il fe défendroit jufqu'à la
derniere extrémité. Ce même jour , la groffe
artillerie qui avoit été embarquée à Leutmeritz
arriva à Pyrna on la fit defcendre jufqu'à une
lieue de Drefde , où elle fut débarquée.
>
Les trois jours fuivans, on fut occupé à conf-
truire les batteries. Ce travail fut pouffé fi vive-
ment , que le 2 de ce mois le Comte de Schmet-
tau le voyant fur le point d'être attaqué , fit
propofer au Comte de Maquire , qui comman-
doit dans la Ville neuve , une fufpenfion d'armes
de vingt- quatre heures , pour régler les articles.
préliminaires de la capitulation. Le Prince de
Deux-Ponts lui fit répondre qu'il pouvoit dreffer
ces articles ; qu'il les examineroit ; & que s'il
attendoit qu'on eût tiré contre lui le premier coup
de canon , il feroit prifonnier de guerre.
Le
3
,
le
Comte
de Macquire
apporta
au
Prince
de Deux
-
Ponts
les
propofitions
du
Commandantde Dreide
:
elles
parurent peu convenables
;
elles
furent renvoyées fur le
champ
;
&
les hoftilités
OCTOBRE
.
1759.
215
recommencerent
.
Les travaux
des
batteries
furent
achevés dans
la
journée
du
4.
On
y
plaça
le
ca-
non
pendant
la nuit
pour
être
en
état
de
tirer
les
à
la
pointe
du
jour
:
mais
une
heure avant
le
jour
le
Comte
de
Schmettau
demanda
à
capi-
tuler
.
On
employa
toute
la
journée
à régler
les
Articles
.
La
capitulation fut
fignée
le foir
;
on
fit
rafer
le
retranchement
qui
couvroit
la tête
du
pont
du
côté
de
la
vieille
Ville
,
&
deux
Compa➡
gnies
de
Grenadiers
en
prirent
poffeffion
.
La
garniſon a
obtenu de
fortir
avec
les
hon-
neurs
de
la
guerre
.
On
a
permis aux
régimens
d'emmener
leurs
canons
&
leur
caiffe
militaire
;
&
on
a exigé
qu'ils
fe
rendroient
à
Magdebourg
.
La
caille
du
Roi de
Pruffe
eft
restée
au
pouvoir
des
Vainqueurs
.
Les
prifonniers
&
les
ôtages qui
avoient
été
emmenés
de
différens
Pays ont
été
mis en
liberté
.
Les , le Général Wunschqui forçoit fa marche
dans le deflein de fecourir la Ville de Dreſde ,
ayant appris que la garnifon venoit de capituler ,
fe retira à l'entrée de la nuit. Il fut pourſuivi par
le Général de Vehla , qui l'atteignit le lende
main. Il l'attaqua conjointement avec les Croates
qui avoient été poftés la veille dans les bois. Il
lui tua fix cens hommes , lui prit dix pièces de
canon , & lui fit environ mille prifonniers.
Du
20
.
Le Roi ayant jugé à propos de faire enregif-
trer plufieurs Edits & Déclarations , a mandé à
fon Parlement de fe rendre aujourd'hui à Ver
failles pour prendre féance au Lit de Juſtice que
Sa Majesté à tenu en la maniere accoutumée. En
conféquence le Parlement eft arrivé ici à onze
heures. A midi le Lit de Juftice s'eft ouvert , & Sa
Majesté a ordonné l'enregistrement 1º de l'Edit
portant fuppreffion des Officiers crées fur les Ports,
216
MERCURE
DE
FRANCE
.
Quais
,
Halles
&
Marchés de
la
Ville
de
Paris
,
depuis
le
Janvier
1727
,
&
la fuppreffion
des
droits
fur le
beurre
,
les
oeufs
&
le
fromage
,
éta-
blis
par
Edit
du
mois
de Septembre
1743. 2
°.
de
l'Edit
portant
création
de
cent
Receveurs
des
rentes
crées fur l'Hôtel
-
de
-
Ville
de
Paris
,
&
autres
effets
publics
.
3
°
.
de
l'Edit
portant
établiſſement
d'une fubvention générale
dans
le
Royaume
,
pour
le
foutien
de
la
guerre
&
pour
l'acquitte-
ment
de
fes
charges
.
4.
d'une
Déclaration
por-
tant
que
la
prorogation
des féances
du
Parlement
ordonnée
par
celle
du
s
du
préfent
mois
,
ceflera
d'avoir
lieu
dès
-
a
-
préfent
.
Il paroît un Edit du Roi du mois d'Août , por-
tant fuppreffion des Offices de Jurés- Vendeurs ,
Prudhommes Contrôleurs , Marqueurs , Lotif-
feurs & Déchargeurs de cuirs , & autres, fous
quelque nom que ce foit , ainfi que des droits à
eux attribués : & établiſſement d'un droit unique
dans tout le Royaume fur les cuirs tanés & ap-
prêtés.
Il paroît auffi deux Arrêts du Confeil , l'un du
25 Août , qui modére les droits fur les fucres
bruts venant de l'étranger ; l'autre dus Sep-
tembre concernant les toiles de coton blanches &
les coiles peintes , teintés & imprimées
VERSAILLES
le
30
Août
.
L
E
Roi
a
donné
l'Abbaye
de Maffay
,
Ordre
de
S.
Benoît
,
Diocèle
de
Bourges
,
à l'Abbé
deJubert
de
Bouville
,
Grand
Vicaire
de
Chartres
.
L'Abbaye de Balle-fontaine , Ordre de Pré-
montré , Diocèſe de Troyes , a l'Abbé de Lomienie
de Brienne , Grand Vicaire de Rouen.
Et la Prevôté de l'Eglife d'Alais , à l'Abbé de
Montolieu , Vicaire Général de ce Diocèfe.
Le 24 , le Roi tint le Sceau.
Le même jour , la Ducheffe de Grammont fur
préfentée aleurs Majeftés & a la Famille Royale,
& prit le tabouret chez la Reine.
Du
6
Septembre
.
Le
26
du
mois
dernier
,
le
Roi
reçut
Cheva-
liers
de
l'Ordre
du
mérite
Militaire le
Prince
de
Nallau
-
Saarbruck
,
L
eutenant général
des
armées
'
de Sa
Majeſté
,
les
Barons de
Wurmier
&
deTunderfeldt
,
le
Marquis de
Salis
de Mayentel
,
&
le
feur
Hirtzal
de
Saint Gratien
.
Le
même
jour
,
Sa
Majefté
nomma
le
Prince de Nallau-
Saarbruck
,
Grand'Croix
,
&
le
Baron de
Wurme
ler
,
Commandeur du même
ordre
.
"
214 MERCURE DE FRANCE.
Le
8
de
ce
mois
,
la
Cour
prendra
le
deuil
pour
un
mois
,
à
l'occafion
de
la
mort du
Roi
d'El-
pagne
.
Du
13
.
Le
Roi a
donné
la
place
de
Conſeiller
d'Etat
d'épée
,
vacante par
la
mort
du
Marquis
du
May
,
au
Marquis
d'Havrincourt
,
Ambaſſadeur de
Sa
Majefté
en Suéde
.
Le 8 de ce mois le Roi tint le Sceau.
Un Gentilhomme du Comte de Luface fut
dépêché par ce Prince pour apporter à Sa Ma-
jefté la nouvelle de la délivrance de Dreſde ,
dont l'armée de l'Empire s'eft emparée.
Le Prince de Deux-Ponts étant arrivé le 30
du mois d'Août devant Drefde , fit fommer fur
le champ le Comte de Schmettau. Ce Com-
mandant répondit qu'il fe défendroit jufqu'à la
derniere extrémité. Ce même jour , la groffe
artillerie qui avoit été embarquée à Leutmeritz
arriva à Pyrna on la fit defcendre jufqu'à une
lieue de Drefde , où elle fut débarquée.
>
Les trois jours fuivans, on fut occupé à conf-
truire les batteries. Ce travail fut pouffé fi vive-
ment , que le 2 de ce mois le Comte de Schmet-
tau le voyant fur le point d'être attaqué , fit
propofer au Comte de Maquire , qui comman-
doit dans la Ville neuve , une fufpenfion d'armes
de vingt- quatre heures , pour régler les articles.
préliminaires de la capitulation. Le Prince de
Deux-Ponts lui fit répondre qu'il pouvoit dreffer
ces articles ; qu'il les examineroit ; & que s'il
attendoit qu'on eût tiré contre lui le premier coup
de canon , il feroit prifonnier de guerre.
Le
3
,
le
Comte
de Macquire
apporta
au
Prince
de Deux
-
Ponts
les
propofitions
du
Commandantde Dreide
:
elles
parurent peu convenables
;
elles
furent renvoyées fur le
champ
;
&
les hoftilités
OCTOBRE
.
1759.
215
recommencerent
.
Les travaux
des
batteries
furent
achevés dans
la
journée
du
4.
On
y
plaça
le
ca-
non
pendant
la nuit
pour
être
en
état
de
tirer
les
à
la
pointe
du
jour
:
mais
une
heure avant
le
jour
le
Comte
de
Schmettau
demanda
à
capi-
tuler
.
On
employa
toute
la
journée
à régler
les
Articles
.
La
capitulation fut
fignée
le foir
;
on
fit
rafer
le
retranchement
qui
couvroit
la tête
du
pont
du
côté
de
la
vieille
Ville
,
&
deux
Compa➡
gnies
de
Grenadiers
en
prirent
poffeffion
.
La
garniſon a
obtenu de
fortir
avec
les
hon-
neurs
de
la
guerre
.
On
a
permis aux
régimens
d'emmener
leurs
canons
&
leur
caiffe
militaire
;
&
on
a exigé
qu'ils
fe
rendroient
à
Magdebourg
.
La
caille
du
Roi de
Pruffe
eft
restée
au
pouvoir
des
Vainqueurs
.
Les
prifonniers
&
les
ôtages qui
avoient
été
emmenés
de
différens
Pays ont
été
mis en
liberté
.
Les , le Général Wunschqui forçoit fa marche
dans le deflein de fecourir la Ville de Dreſde ,
ayant appris que la garnifon venoit de capituler ,
fe retira à l'entrée de la nuit. Il fut pourſuivi par
le Général de Vehla , qui l'atteignit le lende
main. Il l'attaqua conjointement avec les Croates
qui avoient été poftés la veille dans les bois. Il
lui tua fix cens hommes , lui prit dix pièces de
canon , & lui fit environ mille prifonniers.
Du
20
.
Le Roi ayant jugé à propos de faire enregif-
trer plufieurs Edits & Déclarations , a mandé à
fon Parlement de fe rendre aujourd'hui à Ver
failles pour prendre féance au Lit de Juſtice que
Sa Majesté à tenu en la maniere accoutumée. En
conféquence le Parlement eft arrivé ici à onze
heures. A midi le Lit de Juftice s'eft ouvert , & Sa
Majesté a ordonné l'enregistrement 1º de l'Edit
portant fuppreffion des Officiers crées fur les Ports,
216
MERCURE
DE
FRANCE
.
Quais
,
Halles
&
Marchés de
la
Ville
de
Paris
,
depuis
le
Janvier
1727
,
&
la fuppreffion
des
droits
fur le
beurre
,
les
oeufs
&
le
fromage
,
éta-
blis
par
Edit
du
mois
de Septembre
1743. 2
°.
de
l'Edit
portant
création
de
cent
Receveurs
des
rentes
crées fur l'Hôtel
-
de
-
Ville
de
Paris
,
&
autres
effets
publics
.
3
°
.
de
l'Edit
portant
établiſſement
d'une fubvention générale
dans
le
Royaume
,
pour
le
foutien
de
la
guerre
&
pour
l'acquitte-
ment
de
fes
charges
.
4.
d'une
Déclaration
por-
tant
que
la
prorogation
des féances
du
Parlement
ordonnée
par
celle
du
s
du
préfent
mois
,
ceflera
d'avoir
lieu
dès
-
a
-
préfent
.
Il paroît un Edit du Roi du mois d'Août , por-
tant fuppreffion des Offices de Jurés- Vendeurs ,
Prudhommes Contrôleurs , Marqueurs , Lotif-
feurs & Déchargeurs de cuirs , & autres, fous
quelque nom que ce foit , ainfi que des droits à
eux attribués : & établiſſement d'un droit unique
dans tout le Royaume fur les cuirs tanés & ap-
prêtés.
Il paroît auffi deux Arrêts du Confeil , l'un du
25 Août , qui modére les droits fur les fucres
bruts venant de l'étranger ; l'autre dus Sep-
tembre concernant les toiles de coton blanches &
les coiles peintes , teintés & imprimées
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Résumé : DE VERSAILLES le 30 Août.
En août et septembre 1759, plusieurs événements et décisions royales ont marqué la cour. Le 30 août, le roi a attribué diverses abbayes et prévôtés à des abbés et vicaires. Le 24 août, le roi a tenu le sceau et la duchesse de Grammont a été présentée à la famille royale. Le 26 août, le roi a reçu des chevaliers de l'Ordre du mérite militaire et a nommé le prince de Nassau-Saarbruck Grand'Croix et le baron de Wurmer Commandeur du même ordre. Le 8 septembre, la cour a observé un deuil pour la mort du roi d'Espagne. Le 13 septembre, le roi a nommé le marquis d'Havrincourt conseiller d'État d'épée. Sur le front militaire, le 30 août, le prince de Deux-Ponts a assiégé Dresde, qui a capitulé le 5 septembre après des négociations. Les termes de la capitulation ont permis à la garnison de sortir avec les honneurs de la guerre. Le 20 octobre, le roi a tenu un lit de justice pour enregistrer plusieurs édits, notamment la suppression de certains offices et droits, et l'établissement de nouvelles subventions pour soutenir la guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 207-210
DE VERSAILLES le 8 Novembre.
Début :
Le 2 de ce mois, le Roi tint le Sceau. Sa Majesté a disposé en faveur [...]
Mots clefs :
Nominations, Comte, Abbaye, Diocèse, Ordre, Gouvernement, Maréchal, Arrêt du Conseil d'État, Monnaies, Remboursement, Finances, Parlement, Cérémonie d'ouverture, Vaisseaux, Escadre, Martinique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES le 8 Novembre.
DE VERSAILLES le 8 Novembre.
LE2
E 2 de ce mois , le Roi tint le Sceau.
Sa Majefté a difpofé en faveur du Comte d'Erce
de la charge de Sénéchal & Gouverneur du
Neboufan vacante par la mort du Marquis
d'Espagne.
>
-
Du 15.
Le Roi a accordé au fieur Fremyn de Fontenille
, Sous Brigadier de la feconde Compagnie
des Moufquetaires , le Gouvernement de
Rhetel Mazarin en Champagne , vacant par la
mort du fieur Fremyn de Fontenille , fon frere ,
Meftre - de- Camp & Capitaine au Régiment de
Marcieu , Cavalerie , tué à la bataille du premier
Août.
Sa Majefté a donné l'Abbaye d'Airveaux, Ordre
de S. Auguftin , Diocèle de la Rochelle ,
l'Abbé de Stoupy , Chanoine de l'Eglife de Liége
& Vicaire Général de ce Diocèfe.
Celle de Bugue , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Périgueux , à la Dame d'Aubullon , Religieufe
& Prieure de la même Abbaye..
Et celle de Fontaine- Guérard , Ordre de Citeaux
, Diocèle de Rouen , à la Dame de Chateaumo
rand , Religieufe aux Filles de Notre-Da
me de Linioges .
208 MERCURE DE FRANCE.
Les Maréchaux d'Eftrées & de Contades font
arrivés ici le ro de ce mois & ont eu l'hon
neur de faluer le Roi.
>
Le Grand - Maître de Malthe a accordé au
Comte de Maulevrier du Fay la permiffion de
porter la Croix de l'Ordre , en reconnoiffance des
Tervices rendus par les ancêtres en 1645 , lorf
que l'Ifle fur menacée d'être affiégée .
On lit dans le Mercure précédent que le
Grand - Maître de Malthe a accordé le même
honneur au Marquis de Montpefat ; il faut lire ,
au Duc de Montpefat. Il portoit le titre de Marquis
avant que le feu Pape dont il étoit fujet
fui eût accordé celui de Duc ou de Prince , de
même qu'à fes defcendans.
110 116 11 Du 17
On vient de publier un Arrêt du Confeil d'Etat
du Roi, en date du 6 de ce mois , où il eft dit
que Sa Majefté a vu avec la plus grande fenfibilité
le zèle & l'empreffement de les fidèles Sujets
à prévenir fes defirs , en portant leurs vaiffelles
à l'Hôtel des Monnoies , avant l'enregistrement
& la publication des Lettres patentes du 26 du
mois dernier & youlant pourvoir à ce qu'il
ne fe commette point d'abus au fujet des reconnoiffances
qui doivent être données par les Direc
teurs des Monnoies , & affurer d'une façon inva
fiable le remboursement de ces reconnoiffances
ainfi que le payement des indemnités qui y font
attribuées , le Roi ordonne qu'au 8 Janvier prochain
, l'état des vaiffelles & argenteries portées
dans chaque Monnoie , & des reconnoiffances
délivrées en conféquence , fera arrêté & figné par
les Directeurs & Contrôleurs , vife dans les Provinces
par les Juges- Gardes , & dans les Villes
de Paris & de Lyon , par les Premiers Prélidens
& Procureurs Généraux Commiffaires des Mon
DECEMBRE. 1759. 200
noies. Cet état fera envoyé au Contrôleur Géné
ral des Finances ; & l'Adjudicataire des Fermes
générales aura ordre de payer entre les mains
des Directeurs des Monnoies , en deniers comp
rans, fur le prix de fon bail , par préférence à
la partie du Tréfor Royal , les fommes néceſſai→
res pour le remboursement des reconnoiffances
& des indemnités qui y font attribuées , conformément
aux états qui feront arrêtés chaque
année au Conſeil de Sa Majeſté.
Le 8 les Docteurs de la maifon & fociété de
Sorbonne ont tenu affemblée pour l'élection de
leur Proviſeur , & ils ont élu unanimement l'Arthevêque
de Paris.
Le 12 , l'ouverture du Parlement fe fit avec
les cérémonies accoutumées par une meffe folemnelle
, à laquelle le fieur Molé , Premier Préfident
, & les Chambres affifterent , & qui fut cé
lébrée par l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte
Chapelle, & Aumônier de Madame la Dauphine.
On apprend de Breft que le vaiffeau du Roi,
l'Achille , commandé par le fieur de Marimires,
Capitaine de vailleau , eft arrivé dans ce porr
les de ce mois , avec les frégates le Zephire &
la Syrenne , commandées par les Sieurs Chevalier
de Graffe , de Bar & de Brofley du Maz , revenant
du Cap de Bonne- Efpérance & de la baye de tous
les Saints .
Le 7 l'efcadre commandée par le fieur de
Bompart , Chef d'Efcadre des armées navales , a
auffi mouillé à la rade de Breft . Elle eſt composée
des vaifleaux le Défenfeur , qu'il commande ; de
L'Hector, commandé par le Comte de Roquefeuille
; du Courageux , par le Comte de Coulage ;
du Diademe , par le fieur de Rofily de Meros ; du
Prothée , par le Chevalier Fouquet ; du Sage , par
le fieur Guichen , Capitaines de vailleau ; de Am
110 MERCURE DE FRANCE.
phion , par le fieur Riouffe ; & de la Fleur-de-lys ,
par le Chevalier d'Oify , Lieutenant de vailleau.
Cette efcadre qui revient de la Martinique & de
Saint Domingue , a apporté une quantité confidérable
de fucre , d'indigo & de caffé pour le
compte du commerce.
LE2
E 2 de ce mois , le Roi tint le Sceau.
Sa Majefté a difpofé en faveur du Comte d'Erce
de la charge de Sénéchal & Gouverneur du
Neboufan vacante par la mort du Marquis
d'Espagne.
>
-
Du 15.
Le Roi a accordé au fieur Fremyn de Fontenille
, Sous Brigadier de la feconde Compagnie
des Moufquetaires , le Gouvernement de
Rhetel Mazarin en Champagne , vacant par la
mort du fieur Fremyn de Fontenille , fon frere ,
Meftre - de- Camp & Capitaine au Régiment de
Marcieu , Cavalerie , tué à la bataille du premier
Août.
Sa Majefté a donné l'Abbaye d'Airveaux, Ordre
de S. Auguftin , Diocèle de la Rochelle ,
l'Abbé de Stoupy , Chanoine de l'Eglife de Liége
& Vicaire Général de ce Diocèfe.
Celle de Bugue , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Périgueux , à la Dame d'Aubullon , Religieufe
& Prieure de la même Abbaye..
Et celle de Fontaine- Guérard , Ordre de Citeaux
, Diocèle de Rouen , à la Dame de Chateaumo
rand , Religieufe aux Filles de Notre-Da
me de Linioges .
208 MERCURE DE FRANCE.
Les Maréchaux d'Eftrées & de Contades font
arrivés ici le ro de ce mois & ont eu l'hon
neur de faluer le Roi.
>
Le Grand - Maître de Malthe a accordé au
Comte de Maulevrier du Fay la permiffion de
porter la Croix de l'Ordre , en reconnoiffance des
Tervices rendus par les ancêtres en 1645 , lorf
que l'Ifle fur menacée d'être affiégée .
On lit dans le Mercure précédent que le
Grand - Maître de Malthe a accordé le même
honneur au Marquis de Montpefat ; il faut lire ,
au Duc de Montpefat. Il portoit le titre de Marquis
avant que le feu Pape dont il étoit fujet
fui eût accordé celui de Duc ou de Prince , de
même qu'à fes defcendans.
110 116 11 Du 17
On vient de publier un Arrêt du Confeil d'Etat
du Roi, en date du 6 de ce mois , où il eft dit
que Sa Majefté a vu avec la plus grande fenfibilité
le zèle & l'empreffement de les fidèles Sujets
à prévenir fes defirs , en portant leurs vaiffelles
à l'Hôtel des Monnoies , avant l'enregistrement
& la publication des Lettres patentes du 26 du
mois dernier & youlant pourvoir à ce qu'il
ne fe commette point d'abus au fujet des reconnoiffances
qui doivent être données par les Direc
teurs des Monnoies , & affurer d'une façon inva
fiable le remboursement de ces reconnoiffances
ainfi que le payement des indemnités qui y font
attribuées , le Roi ordonne qu'au 8 Janvier prochain
, l'état des vaiffelles & argenteries portées
dans chaque Monnoie , & des reconnoiffances
délivrées en conféquence , fera arrêté & figné par
les Directeurs & Contrôleurs , vife dans les Provinces
par les Juges- Gardes , & dans les Villes
de Paris & de Lyon , par les Premiers Prélidens
& Procureurs Généraux Commiffaires des Mon
DECEMBRE. 1759. 200
noies. Cet état fera envoyé au Contrôleur Géné
ral des Finances ; & l'Adjudicataire des Fermes
générales aura ordre de payer entre les mains
des Directeurs des Monnoies , en deniers comp
rans, fur le prix de fon bail , par préférence à
la partie du Tréfor Royal , les fommes néceſſai→
res pour le remboursement des reconnoiffances
& des indemnités qui y font attribuées , conformément
aux états qui feront arrêtés chaque
année au Conſeil de Sa Majeſté.
Le 8 les Docteurs de la maifon & fociété de
Sorbonne ont tenu affemblée pour l'élection de
leur Proviſeur , & ils ont élu unanimement l'Arthevêque
de Paris.
Le 12 , l'ouverture du Parlement fe fit avec
les cérémonies accoutumées par une meffe folemnelle
, à laquelle le fieur Molé , Premier Préfident
, & les Chambres affifterent , & qui fut cé
lébrée par l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte
Chapelle, & Aumônier de Madame la Dauphine.
On apprend de Breft que le vaiffeau du Roi,
l'Achille , commandé par le fieur de Marimires,
Capitaine de vailleau , eft arrivé dans ce porr
les de ce mois , avec les frégates le Zephire &
la Syrenne , commandées par les Sieurs Chevalier
de Graffe , de Bar & de Brofley du Maz , revenant
du Cap de Bonne- Efpérance & de la baye de tous
les Saints .
Le 7 l'efcadre commandée par le fieur de
Bompart , Chef d'Efcadre des armées navales , a
auffi mouillé à la rade de Breft . Elle eſt composée
des vaifleaux le Défenfeur , qu'il commande ; de
L'Hector, commandé par le Comte de Roquefeuille
; du Courageux , par le Comte de Coulage ;
du Diademe , par le fieur de Rofily de Meros ; du
Prothée , par le Chevalier Fouquet ; du Sage , par
le fieur Guichen , Capitaines de vailleau ; de Am
110 MERCURE DE FRANCE.
phion , par le fieur Riouffe ; & de la Fleur-de-lys ,
par le Chevalier d'Oify , Lieutenant de vailleau.
Cette efcadre qui revient de la Martinique & de
Saint Domingue , a apporté une quantité confidérable
de fucre , d'indigo & de caffé pour le
compte du commerce.
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Résumé : DE VERSAILLES le 8 Novembre.
En novembre 1759, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 2 novembre, le roi a nommé le Comte d'Erce au poste de Sénéchal et Gouverneur du Neboufan, succédant au Marquis d'Espagne décédé. Le 15 novembre, le Sieur Fremyn de Fontenille, Sous Brigadier des Mousquetaires, a été désigné Gouverneur de Rhetel Mazarin en Champagne, après le décès de son frère. Le roi a également attribué diverses abbayes : l'Abbaye d'Airveaux à l'Abbé de Stoupy, celle de Bugue à la Dame d'Aubullon, et celle de Fontaine-Guérard à la Dame de Chateaumorand. Les Maréchaux d'Estrées et de Contades ont été reçus par le roi le 10 novembre. Le Grand Maître de Malthe a autorisé le Comte de Maulevrier du Fay à porter la Croix de l'Ordre, en reconnaissance des services rendus par ses ancêtres en 1645. Un arrêt du Conseil d'État, daté du 6 novembre, a été publié pour réguler le dépôt des vaisselles à l'Hôtel des Monnoies et assurer le remboursement des reconnaissances. Le 8 novembre, les Docteurs de la maison et société de Sorbonne ont élu l'Archevêque de Paris comme leur Proviseur. Le 12 novembre, le Parlement a été ouvert par une messe solennelle célébrée par l'Abbé de Sailly. Par ailleurs, des vaisseaux royaux, l'Achille et une escadre commandée par le Sieur de Bompart, sont revenus de missions en Afrique et aux Antilles, apportant des marchandises pour le commerce.
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93
p. 195-197
DE LONDRES, le 11 Novembre.
Début :
L'expédition tentée contre Sutatte a eu le succès qu'on desiroit. [...]
Mots clefs :
Flotte anglaise, Bombay, Débarquement, Troupes, Attaque, Désertion, Parlement, Discours, Succès des armes, Sa Majesté anglaise, Caroline, Sauvages, Colonies, Attaques, Forts, Capitaine, New York, Français, Expéditions, Officiers, Québec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 11 Novembre.
DE LONDRES , le 11 Novembre.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
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Résumé : DE LONDRES, le 11 Novembre.
Le 11 novembre, une expédition contre Suratte a réussi. La flotte, partie de Bombay fin février, comprenait huit cents Européens et trois mille Cipayes. Après un débarquement réussi, les troupes ont rencontré des difficultés avec les gros vaisseaux pour avancer vers la ville. Un bâtiment de vingt pièces de canon et quatre galiotes à bombes ont été utilisés pour rompre la chaîne fermant l'entrée du port. Après un assaut intense de quatre heures, la garnison a capitulé le 2 mars, permettant aux troupes d'entrer dans la place. Le 16 novembre, le Parlement a été assemblé et les féances ont commencé par la lecture d'un discours du roi. Ce discours rappelait les succès militaires et exprimait le désir du roi de rétablir la paix de manière honorable. Le 30 novembre, des nouvelles de Charlestown en Caroline ont rapporté que les Français avaient incité la nation indienne des Cherokées à attaquer les colonies. Trois mille Sauvages ont pénétré dans les colonies, semant la peur parmi les habitants. Le Capitaine Stuart a été envoyé avec des troupes pour contrer cette menace. À New York, les troupes du Général Amherst ont fortifié la pointe de la Couronne et ont tenté de traverser le Lac Champlain. Cependant, des vents contraires ont obligé le Général à revenir. Un corps de dix mille troupes françaises occupe divers postes entre Québec et la pointe de la Couronne, posant une menace significative.
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94
p. 205-206
DE PARIS, le 22 Décembre.
Début :
Le 17 de ce mois le Parlement, toutes les Chambres assemblées, enregistra un Edit, [...]
Mots clefs :
Parlement, Édit, Rentes viagères, Vaisseaux anglais, Croisic, Officiers, Canons, Menace , Ennemis, Escarmouche, Canada, Tempête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 22 Décembre.
De PARIS , le 22 Décembre .
Le 17 de ce mois le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregistra un Edit , portant
création de trois millions de rentes viagè
res , en forme de Tontine , divifées en actions
de deux cens livres chacune , diſtribuées en huit
claffes & établies fur la Ferme Générale des Pof
tes & fur les Aydes & Gabelles .
On mande de Vannes , que plufieurs vaiſſeaux
Anglois ont paru à la hauteur du Croific. Le
Chef d'Efcadre qui les commande a envoyé un
Officier à terre, qui a demandé que l'on rendît
le canon des vailleaux de leur Nation qui ont
été brulés fur cette côte , avec menace de bombarder
le Croific fi on ne les rendoit pas . On a
rejetté la demande & mépriſé la menace. Au
fitôt les vaiffeaux ennemis ont commencé le
bombardement de cette Ville .
Suivant les dernieres nouvelles du 23 de ce
mois , l'armée d'Allemagne continue d'occuper
fes cantonnemens dans les environs de Friedberg
; celle des ennemis eft toujours dans la
même poſition . Il y a eu quelques eſcarmouches
entre les poftes avancés ; on a fait quelques
prifonniers aux ennemis.
Du s. Janvier.
Le feur Canon , Lieutenant de frégate , qui
étoit parti au mois de Mars de l'année derniere
avec un convoi pour le Canada , en eft de retour.
Suivant les dernieres Lettres de Cadix , on
ne défarme point les vaiffeaux ; on a reçu des
ordres contraires , ainfi que pour les troupes de
206 MERCURE DE FRANCE.
•
terre. Ces Lettres ajoutent qu'une tempête a difperfé
l'Efcadre Angloife qui croifoit dans ces parages
, & que trois de fes plus gros vaiffeaux ont
été démâtés , & mis hors d'état de tenir la mer.
Les cinq vaiffeaux François & les quatre frégates
qui étoient fortis du Portles , ont été obligés
d'y rentrer le 7 .
Le 17 de ce mois le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregistra un Edit , portant
création de trois millions de rentes viagè
res , en forme de Tontine , divifées en actions
de deux cens livres chacune , diſtribuées en huit
claffes & établies fur la Ferme Générale des Pof
tes & fur les Aydes & Gabelles .
On mande de Vannes , que plufieurs vaiſſeaux
Anglois ont paru à la hauteur du Croific. Le
Chef d'Efcadre qui les commande a envoyé un
Officier à terre, qui a demandé que l'on rendît
le canon des vailleaux de leur Nation qui ont
été brulés fur cette côte , avec menace de bombarder
le Croific fi on ne les rendoit pas . On a
rejetté la demande & mépriſé la menace. Au
fitôt les vaiffeaux ennemis ont commencé le
bombardement de cette Ville .
Suivant les dernieres nouvelles du 23 de ce
mois , l'armée d'Allemagne continue d'occuper
fes cantonnemens dans les environs de Friedberg
; celle des ennemis eft toujours dans la
même poſition . Il y a eu quelques eſcarmouches
entre les poftes avancés ; on a fait quelques
prifonniers aux ennemis.
Du s. Janvier.
Le feur Canon , Lieutenant de frégate , qui
étoit parti au mois de Mars de l'année derniere
avec un convoi pour le Canada , en eft de retour.
Suivant les dernieres Lettres de Cadix , on
ne défarme point les vaiffeaux ; on a reçu des
ordres contraires , ainfi que pour les troupes de
206 MERCURE DE FRANCE.
•
terre. Ces Lettres ajoutent qu'une tempête a difperfé
l'Efcadre Angloife qui croifoit dans ces parages
, & que trois de fes plus gros vaiffeaux ont
été démâtés , & mis hors d'état de tenir la mer.
Les cinq vaiffeaux François & les quatre frégates
qui étoient fortis du Portles , ont été obligés
d'y rentrer le 7 .
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Résumé : DE PARIS, le 22 Décembre.
Le 17 décembre, le Parlement de Paris enregistra un édit créant trois millions de rentes viagères sous forme de tontine, divisées en actions de 200 livres chacune, réparties en huit classes. Ces rentes étaient établies sur la Ferme Générale des Postes, les Aydes et les Gabelles. À Vannes, plusieurs vaisseaux anglais apparurent au large du Croisic. Leur chef demanda la restitution des canons des vaisseaux anglais brûlés sur la côte, menaçant de bombarder la ville en cas de refus. La demande fut rejetée, entraînant le bombardement de la ville par les vaisseaux ennemis. En Allemagne, l'armée continua d'occuper ses cantonnements près de Friedberg, tandis que l'armée ennemie resta en position. Quelques escarmouches eurent lieu entre les postes avancés, résultant en la capture de quelques prisonniers ennemis. Le 1er janvier, le lieutenant de frégate Canon, parti en mars précédent avec un convoi pour le Canada, revint. Selon les dernières lettres de Cadix, les vaisseaux ne furent pas désarmés et des ordres contraires furent reçus pour les troupes de terre. Une tempête dispersa l'escadre anglaise, démâtant trois de ses plus gros vaisseaux et les rendant inaptes à naviguer. Les cinq vaisseaux français et les quatre frégates fortifiant Portles durent y rentrer le 7.
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95
p. 193-195
De PARIS, le 22 Novembre.
Début :
Il paroît une Déclaration du Roi, en date du 18 Septembre dernier, [...]
Mots clefs :
Déclaration du roi, Officiers, Exemption, Taille, Évêque, Chanoines, Prieuré, Contrôleur général des finances, Parlement, Conseil, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 22 Novembre.
De PARIS , le 22 Novembre.
Il paroît une Déclaration du Roi , en date du
18 Septembre dernier , par laquelle Sa Majefté
rétablit les Officiers Commenfaux de fa Maiſon ,
& autres , à qui l'exemption de la Taille perfonnelle
eft accordée , dans la jouillance de cette
exemption , à commencer du premier Octobre de
cette année , nonobſtant la ſuſpenſion ordonnée
par la Délcaration du 17 Avril 1759.
Sa Majeſté informée par l'Evêque d'Orléans
de l'extrême modicité des revenus des Chanoines-
Comtes de Brioude , a confenti à l'union de la
Manfe Abbatiale de l'Abbaye de Charroux , Diocèle
de Poitiers , & de plufieurs Prieurés qui en dépendent
, pour en être les fruits & revenus unis
en leur faveur . Ces Chanoines Comtes de Brioude
, pénétrés de cette grace , fe font affemblés
capitulairement , & ils ont arrêté , pour perpétuer
leur refpectueuse reconnoiffance envers Sa
Majefté , de fonder une Grand'-Melle , qui fera
I
194 MERCURE DE FRANCE.
célébrée annuellement le lendemain de la Fête
de Saint Louis , afin de demander plus particulièrement
à Dieu la confervation de Sa Majefté &
de la Famille Royale. Ils ont auffi arrêté que le
Comte de Montmorillon feroit député pour faire
agréer , de la part du Chapitre , à l'Evêque d'Or
léans , des Lettres de Comte Honoraire de Briou
de , pour lui témoigner combien ils font fenfibles
aux repréſentations qu'il a faites à Sa Majeſté en
faveur de la Nobleffe qui compofe ce Corps.
Le fieur Bertin , Contrôleur général des Finances
, ayant préſenté au Roi le plan qu'il a formé
pour la difpenfation des revenus de Sa Majefté
dans l'année 1761 , le Roi l'a fait examiner en fon
Confeil , où il a été unanimement approuvé. Par
cet arrangement les fonds font faits pour les dépenfes
de la guerre de terre & de mer de la campagne
prochaine , pour celles de la Maifon de Sa
Majefté , pour le payement des rentes de l'Hôtelde-
Ville & de toutes les autres rentes quifont
payées jufqu'à préfent ; & cela fans nouveaux impôts
& emprunts.
Le douze de ce mois l'ouverture du Parlement
fe fit avec les Cérémonies accoutumées , par une
Mefle folemnelle , à laquelle le fieur Molé , Premier
Préſident , & les Chambres affiftérent , &
qui fut célébrée par l'Abbé de Sailly , Chantre de
la Sainte- Chapelle , & Aumônier de Madame la
Dauphine.
> La Cour des Aydes fit auffi , le 12 la rentrée
ordinaire de ſes Séances . Après la Meſſe , le fieur
de Lamoignon de Malesherbes , Premier Prédent
, fit un Diſcours ſur la Prudence dont le Magiftrat
doit ufer ; & le fieur Clément de Barville ',
Avocat Général , fit voir dans fa Harangue combien
le Magiftrat doit mettre d'âme dans fes
fonctions.
DECEMBRE. 1760: 195
Le 13 de ée mois , Dom Tilly , Abbé de l'Or
dre des Prémontrés , reçut , dans l'Eglife des
Carmelites de la rue Saint Jacques , l'abjuration
de la Dame veuve du brave Capitaine Thurot ,
à laquelle il fit un Difcours éloquent fur les Vérités
de la Religion.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait en la manière accoutumée , dans
l'Hôtel-de -Ville de Paris , le 6 de ce mois. Les
numéros fortis de la roue de fortune font , 6 ,
20 , 38 , 52 , 57 ; le prochain tirage fe fera le
ƒ du mois de Décembre.
Il paroît une Déclaration du Roi , en date du
18 Septembre dernier , par laquelle Sa Majefté
rétablit les Officiers Commenfaux de fa Maiſon ,
& autres , à qui l'exemption de la Taille perfonnelle
eft accordée , dans la jouillance de cette
exemption , à commencer du premier Octobre de
cette année , nonobſtant la ſuſpenſion ordonnée
par la Délcaration du 17 Avril 1759.
Sa Majeſté informée par l'Evêque d'Orléans
de l'extrême modicité des revenus des Chanoines-
Comtes de Brioude , a confenti à l'union de la
Manfe Abbatiale de l'Abbaye de Charroux , Diocèle
de Poitiers , & de plufieurs Prieurés qui en dépendent
, pour en être les fruits & revenus unis
en leur faveur . Ces Chanoines Comtes de Brioude
, pénétrés de cette grace , fe font affemblés
capitulairement , & ils ont arrêté , pour perpétuer
leur refpectueuse reconnoiffance envers Sa
Majefté , de fonder une Grand'-Melle , qui fera
I
194 MERCURE DE FRANCE.
célébrée annuellement le lendemain de la Fête
de Saint Louis , afin de demander plus particulièrement
à Dieu la confervation de Sa Majefté &
de la Famille Royale. Ils ont auffi arrêté que le
Comte de Montmorillon feroit député pour faire
agréer , de la part du Chapitre , à l'Evêque d'Or
léans , des Lettres de Comte Honoraire de Briou
de , pour lui témoigner combien ils font fenfibles
aux repréſentations qu'il a faites à Sa Majeſté en
faveur de la Nobleffe qui compofe ce Corps.
Le fieur Bertin , Contrôleur général des Finances
, ayant préſenté au Roi le plan qu'il a formé
pour la difpenfation des revenus de Sa Majefté
dans l'année 1761 , le Roi l'a fait examiner en fon
Confeil , où il a été unanimement approuvé. Par
cet arrangement les fonds font faits pour les dépenfes
de la guerre de terre & de mer de la campagne
prochaine , pour celles de la Maifon de Sa
Majefté , pour le payement des rentes de l'Hôtelde-
Ville & de toutes les autres rentes quifont
payées jufqu'à préfent ; & cela fans nouveaux impôts
& emprunts.
Le douze de ce mois l'ouverture du Parlement
fe fit avec les Cérémonies accoutumées , par une
Mefle folemnelle , à laquelle le fieur Molé , Premier
Préſident , & les Chambres affiftérent , &
qui fut célébrée par l'Abbé de Sailly , Chantre de
la Sainte- Chapelle , & Aumônier de Madame la
Dauphine.
> La Cour des Aydes fit auffi , le 12 la rentrée
ordinaire de ſes Séances . Après la Meſſe , le fieur
de Lamoignon de Malesherbes , Premier Prédent
, fit un Diſcours ſur la Prudence dont le Magiftrat
doit ufer ; & le fieur Clément de Barville ',
Avocat Général , fit voir dans fa Harangue combien
le Magiftrat doit mettre d'âme dans fes
fonctions.
DECEMBRE. 1760: 195
Le 13 de ée mois , Dom Tilly , Abbé de l'Or
dre des Prémontrés , reçut , dans l'Eglife des
Carmelites de la rue Saint Jacques , l'abjuration
de la Dame veuve du brave Capitaine Thurot ,
à laquelle il fit un Difcours éloquent fur les Vérités
de la Religion.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait en la manière accoutumée , dans
l'Hôtel-de -Ville de Paris , le 6 de ce mois. Les
numéros fortis de la roue de fortune font , 6 ,
20 , 38 , 52 , 57 ; le prochain tirage fe fera le
ƒ du mois de Décembre.
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Résumé : De PARIS, le 22 Novembre.
Le 22 novembre, une déclaration royale rétablit les officiers commensaux de la Maison du Roi et d'autres exemptés de la taille personnelle à partir du 1er octobre 1760. Le Roi, informé par l'évêque d'Orléans des faibles revenus des Chanoines-Comtes de Brioude, a autorisé l'union de la Manse Abbatiale de l'Abbaye de Charroux et de plusieurs prieurés en leur faveur. Les chanoines ont décidé de fonder une grand-messe annuelle pour la conservation du Roi et de la famille royale, et de nommer le Comte de Montmorillon comte honoraire de Brioude. Le Contrôleur général des Finances, Bertin, a présenté un plan pour la gestion des revenus royaux en 1761, approuvé par le Conseil du Roi, visant à financer les dépenses de guerre, la maison royale et le paiement des rentes sans nouveaux impôts ni emprunts. Le 12 novembre, le Parlement a ouvert sa session avec des cérémonies solennelles, et la Cour des Aydes a repris ses séances. Le Premier Président, Molé, et l'Avocat Général, Clément de Barville, ont prononcé des discours sur la prudence et l'engagement du magistrat. Le 13 novembre, Dom Tilly a reçu l'abjuration de la veuve du Capitaine Thurot dans l'église des Carmélites. Le tirage de la loterie de l'École Royale Militaire a eu lieu le 6 novembre avec les numéros 6, 20, 38, 52, 57, et le prochain tirage est prévu pour le 15 décembre.
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96
p. 128-129
RENTRÉE publique de l'Académie de BESANÇON, du 17 Novemb. 1762.
Début :
M. ATHALIN, Doyen des Professeurs de Médecine en l'Université de Besançon [...]
Mots clefs :
Président, Séance, Académie, Médecine, Parlement, Discours, Récipiendaires
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texteReconnaissance textuelle : RENTRÉE publique de l'Académie de BESANÇON, du 17 Novemb. 1762.
RENTRÉE publique de l'Académie de
BESANÇON , du 17 Novemb. 1762,
M. ATHALIN , Doyen des Profeffeurs
de Médecine en l'Univerfité de
Befançon , & Vice-Préfident de l'Académie
, ouvrit la Séance par des regrets
modeftes d'avoir à fuppléer en
l'abſence de M. de Frafne & à remplacer
fes talens dans une occafion , où
il fe flatoit de n'avoir qu'à les admirer
en filence. Il indiqua enfuite le retour de
la paix comme un double fujet d'allegreffe
& pour les bons Citoyens &
pour les Gens dé Lettres , à qui elle
doit fervir d'époque d'une nouvelle
émulation . Delà il paffa à l'annonce des
ouvrages préparés pour cette Séance ,'
dont la lecture fe fit dans l'ordre fuivant.
M. Binétruy de Grand-Fontaine ,
Secrétaire perpétuel , fit l'éloge hiftorique
de M. de Clevans, Marquis de Bou-"
clans , Confeiller Honoraire du Parlement
de Franche- Comté , & de M.
le Baron de Courbouffon , Préfident à
Mortier du même Parlement. M. Rougnon
, Profeffeur de Médecine en l'Unii
AVRIL. 1763. 129
verfité de Befançon difcuta dans fon
difcours de réception , les influences
du climat & de l'air , furtout par rapport
à la Franche-Comté. M. l'Abbé
Camus , Chanoine de l'illuftre Eglife
Métropolitaine de Befançon , développa
dans fon difcours de reception les
caractéres de la vraie grandeur qui difsingue
celui qui n'ufe de fa fortune &
de fon élevation que pour devenir meilleur.
M. Athalin termina la Séance par
la réponse qu'il fit en qualité de Vice-
Préfident aux Complimens des deux
Récipiendaires.
BESANÇON , du 17 Novemb. 1762,
M. ATHALIN , Doyen des Profeffeurs
de Médecine en l'Univerfité de
Befançon , & Vice-Préfident de l'Académie
, ouvrit la Séance par des regrets
modeftes d'avoir à fuppléer en
l'abſence de M. de Frafne & à remplacer
fes talens dans une occafion , où
il fe flatoit de n'avoir qu'à les admirer
en filence. Il indiqua enfuite le retour de
la paix comme un double fujet d'allegreffe
& pour les bons Citoyens &
pour les Gens dé Lettres , à qui elle
doit fervir d'époque d'une nouvelle
émulation . Delà il paffa à l'annonce des
ouvrages préparés pour cette Séance ,'
dont la lecture fe fit dans l'ordre fuivant.
M. Binétruy de Grand-Fontaine ,
Secrétaire perpétuel , fit l'éloge hiftorique
de M. de Clevans, Marquis de Bou-"
clans , Confeiller Honoraire du Parlement
de Franche- Comté , & de M.
le Baron de Courbouffon , Préfident à
Mortier du même Parlement. M. Rougnon
, Profeffeur de Médecine en l'Unii
AVRIL. 1763. 129
verfité de Befançon difcuta dans fon
difcours de réception , les influences
du climat & de l'air , furtout par rapport
à la Franche-Comté. M. l'Abbé
Camus , Chanoine de l'illuftre Eglife
Métropolitaine de Befançon , développa
dans fon difcours de reception les
caractéres de la vraie grandeur qui difsingue
celui qui n'ufe de fa fortune &
de fon élevation que pour devenir meilleur.
M. Athalin termina la Séance par
la réponse qu'il fit en qualité de Vice-
Préfident aux Complimens des deux
Récipiendaires.
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Résumé : RENTRÉE publique de l'Académie de BESANÇON, du 17 Novemb. 1762.
Lors de la rentrée publique de l'Académie de Besançon du 17 novembre 1762, M. Athalin, Doyen des Professeurs de Médecine et Vice-Président de l'Académie, ouvrit la séance en regrettant l'absence de M. de Frafne. Il souligna la joie apportée par le retour de la paix, marquant une nouvelle ère d'émulation. La séance se poursuivit avec la présentation des ouvrages préparés. M. Binétruy de Grand-Fontaine, Secrétaire perpétuel, rendit hommage à M. de Clevans, Marquis de Bouclans, et au Baron de Courbouffon, Président à Mortier du Parlement de Franche-Comté. M. Rougnon, Professeur de Médecine, discuta des influences du climat et de l'air en Franche-Comté. L'Abbé Camus, Chanoine de l'Église Métropolitaine de Besançon, développa les caractéristiques de la vraie grandeur, qui se manifeste par l'utilisation de la fortune et de l'élévation pour devenir meilleur. M. Athalin conclut la séance en répondant aux compliments des deux récipiendaires.
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97
p. 132
SÉANCE publique de l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts de PAU.
Début :
M. LE Baron de Navailles Pocyferre, Chevalier d'honneur au Parlement, ouvrit [...]
Mots clefs :
Académie, Discours, Directeur, Sciences, Arts, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts de PAU.
SÉANCE publique de l'Académie Royale
des Sciences & Beaux - Arts de
PAU.
M. LE Baron de Navailles Pocyferre,
Chevalier d'honneur au Parlement , ouvrit
la féance par un Difcours fur les
avantages que l'on retire à célébrer les
grands hommes. Avantages également
précieux au coeur & à l'efprit. Il étoit
écrit avec goût & avec éloquence.
On fit lecture enfuite d'un Poëme
qui a remporté le Prix. Le Sujet propofé
étoit le Pacte de famille . M. Le
Mefle , de l'Académie des Sciences
Belles-Lettres & Arts de Rouen en eft
l'Auteur.
M. de Bordenave Caffou , Confeiller
au Parlement , & M. Bourdier de Bauregard,
Directeur des Domaines du Roi
en Bearn, qui avoient été élus pour remplir
deux places vacantes, y prononcerent
leur difcours de remercîment. M. le Directeur
( Navailles Pocyferre ) y répondit
au nom de l'Académie. L'Affemblée
étoit brillante & nombreufe , & applaudit
généralement & au Difcours
AVRIL. 1763. 133.
des Récipiendaires & à ceux du Directeur
qui méritoient les plus juftes éloges.
des Sciences & Beaux - Arts de
PAU.
M. LE Baron de Navailles Pocyferre,
Chevalier d'honneur au Parlement , ouvrit
la féance par un Difcours fur les
avantages que l'on retire à célébrer les
grands hommes. Avantages également
précieux au coeur & à l'efprit. Il étoit
écrit avec goût & avec éloquence.
On fit lecture enfuite d'un Poëme
qui a remporté le Prix. Le Sujet propofé
étoit le Pacte de famille . M. Le
Mefle , de l'Académie des Sciences
Belles-Lettres & Arts de Rouen en eft
l'Auteur.
M. de Bordenave Caffou , Confeiller
au Parlement , & M. Bourdier de Bauregard,
Directeur des Domaines du Roi
en Bearn, qui avoient été élus pour remplir
deux places vacantes, y prononcerent
leur difcours de remercîment. M. le Directeur
( Navailles Pocyferre ) y répondit
au nom de l'Académie. L'Affemblée
étoit brillante & nombreufe , & applaudit
généralement & au Difcours
AVRIL. 1763. 133.
des Récipiendaires & à ceux du Directeur
qui méritoient les plus juftes éloges.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts de PAU.
En avril 1763, l'Académie Royale des Sciences et Beaux-Arts de Pau a organisé une séance publique. Le Baron de Navailles Pocyferre, Chevalier d'honneur au Parlement, a inauguré la séance par un discours sur les mérites de célébrer les grands hommes, bénéfiques pour le cœur et l'esprit. Ce discours a été salué pour son goût et son éloquence. Par la suite, un poème sur le Pacte de famille, rédigé par M. Le Mesle de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, a été lu et a remporté le prix. M. de Bordenave Caffou, Conseiller au Parlement, et M. Bourdier de Bauregard, Directeur des Domaines du Roi en Béarn, ont prononcé des discours de remerciement après leur élection pour occuper deux places vacantes. M. le Directeur, Navailles Pocyferre, a répondu au nom de l'Académie. L'assemblée, nombreuse et brillante, a applaudi les discours des récipiendaires et du directeur, jugés dignes des plus grands éloges.
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98
p. 204-208
De PARIS, le 13 Juin 1763.
Début :
Le 26 du mois dernier, le Roi fit dans la Plaine des Sablons la revue des [...]
Mots clefs :
Revue de la garde, Régiments, Comte, Monseigneur, Parlement, Conseillers, Prince, Lit de justice, Naissance, Princesse, Nominations, Inoculation, Débat, Petite vérole, Interdiction, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Loterie de l'école royale militaire
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 13 Juin 1763.
De PARIS , le 13 Juin 1763 .
Le 26 du mois dernier , le Roi fit dans la Plai
ne des Sablons la revue des Gardes Françoiſes &
des Gardes Suifles . Sa Majeſté paſſa dans les rangs,
& les deux Régimens défilérent devant Elle après.
avoir fait l'exercice. Madame la Dauphine , Mgr
le Duc de Berry , Mgr le Comte de Provence
Madame Adélaïde , Mefdames Sophie & Louiſe
ont affifté à cette revue , ainfi que le Prince de
Condé & le Prince de Lamballe .
Le Parlement ayant reçu , le 30 du mois der◄
nier , les Ordres du Roi par le Marquis de Dreux ,
Grand - Maître des Cérémonies , s'affembla le
lendemain 31 pour le Lit de Juſtice que Sa Majefté
avoir réfolu de tenir.
Vers les onze heures & demie du matin , le
Roi arriva ayant dans fon caroffe Monſeigneur
le Dauphin , Sa Majesté étoit accompagnée d'un
nombreux détachement de fes Gardes du Corps ,
du quartier des Gendarmes de fa Garde , de
celui des Chevaux-Légers & d'un détachement
JUILLET. 1763. 205
des Moufquetaires de chacune des deux Com
pagnies. Devant le Carroffe du Roi étoit le Vol
du Cabinet. Sa Majeſté deſcendit à là Sainte Chapelle
, où le Chancelier s'étoit rendu , Elle étoit
accompagnée du nombre ordinaire de Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes : les Maré
chaux de France y étoient pareillement affemblés
, ainfi que les Chevaliers des Ordres , les'
Gouverneurs & Lieutenans- Généraux de Province ,
nommés par Sa Majefté pour avoir l'honneur
de l'accompagner: Le Duc d'Orléans , le Duc
de Chartres , le Prince de Condé , le Comte de
Clermont , le Prince de Conti & le Comte de
la Marche y avoient auffi devancé Sa Majesté.
Le Roi précédé de fa Cour , du Roi d'Armes &
des Hérauts , monta les degrés au fon des trompettes
, Hautbois , Fifres & Tambours de l'Ecurie
& de la Chambre. Deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes devant Sa Majesté.
Lorfque le Roi eut entendu la Meffe , qui fut
célébrée par un de fes Chapelains , quatre Préfidens
& fix Confeillers , députés par le Parle
ment , vinrent recevoir Sa Majefté , & la conduifirent
à la Grand'Chambre. Le Roi s'étant
affis fur fon Trône , & les féances ayant été
prifes , Sa Majesté fit enregiftrer deux Edits &
une Déclaration . Le Roi fortit enfuite dans le
même ordre qu'il étoit entré.
Sa Majefté trouva , ainfi qu'à fon arrivée , les
Gardes Françoifes & Suiffes qui formoient une
double haye dans les rues , fur le Pont- Neuf
& fur les Quais , depuis le Palais jufqu'à l'extrémité
du Quai des Thuilleries .
Les Pairs qui ont affifté à ce Lit de Juftice ,
font l'Archevêque Duc de Rheims , l'Evêque Duc
de Langres , l'Evêque Comte de Noyon , les Ducs
206 MERCURE DE FRANCE .
de Sully , de Luynes , de Briffac , de Richelieu ,
de Rohan- Chabot , de Mortemart , de Trefmes
de Saint -Cloud , de Firs-James , de Chaulnes
de Rohan-Rohan , de Villars - Brancas , de Valentinois
, de Biron , de la Valliere , d'Aiguillon ,
de Fleury , de Duras . de la Vauguyon , de
Choifeul & de Praflin. Les Maréchaux de Balincourt
, Clermont - Tonnerre , d'Eftrées & de
Contades y ont eu féance
étant entrés avec
le Roi.
Le Prince de Rochefort nommé pour repréfenter
en cette occafion , le Grand Ecuyer de
France , a porté l'Epée Royale .
On a appris ici la mort de Marie- Victoire - Anne
de Savoye , titrée Mlle de Carignan , décédée
le 18 du mois dernier.
Cette Princefle née le 12 Février 1687 , étoit
fille d'Emmanuel- Philbert-Amédée de Savoye ,
Prince de Carignan en Piémont , mort le 23.
Avril 1709 , & d'Ange- Carherine d'Eft-Modene,
morte le 18 Juillet 1712 , & Soeur de Victor-
Amédée , Prince de Carignan , mort le 4 Août
1741 , Père de Louis - Victor-Amédée- Jofeph, aujourd'hui
Premier Prince du Sang de Sardaigne
& Prince de Carignan , & avoit pour Ayeul Thomas
François de Savoye , Prince de Carignan
l'un des fils de Charles- Emmanuel I. du nom ,
Duc de Savoye , furnommé le Grand , & Frère
pumé de Victor- Amédée , Duc de Savoye , Bif-
Ayeul de Sa Majefté le Roi de Sardaigne actuellement
régnant.
•
Le Lieutenant Général de Police & le Subfticus
du Procureur Général du Roi au Châteler , ayant .
repréſenté au Parlement , qu'il s'élevoit dans le
Public un murmure général , contre l'indifcrétion
de quelques-uns des partfans de l'inoculation de
JUILLET. 1763. 207
la petite vérole , contre les Inoculateurs & contreceux
qui , en attendant l'effet de l'Inoculation
qu'ils ont reçue, reftent fans précaution dans la
Société, le Parlement , d'après ces confidérations
& l'expofé des Gens du Roi fur le même fujet , la
rendu le 8 de ce mois un Arrêt qui ordonne que
la Faculté de Médecine de l'Univerfité de cette
Ville fera tenue de s'affembler pour donner
un avis précis fur l'inoculation , fes avantages ou
inconvéniens , & fur les précautions auxquelles
il conviendroit d'affujettir ceux qui pratiqueroient
l'inoculation ou qui la recevroient , fup-.
pofé qu'elle dût être permife ou tolérée ; que
cet avis feroit remis au Procureur Général du
Roi, pour être communiqué à la Faculté de Théologie
, qui s'affemblera en conféquence , & donnera
fuivant les ulages , fon avis fur le même objet ,
lequel fera de même remis au Procureur- Général,
pour être pris par la Cour , ſur ces avis ,
telles conclufions qu'il appartiendra : en attendant
, la Cour défend provifoirement à toutes
perfonnes de pratiquer l'inoculation , & de fe faire
inoculer dans les Villes & Fauxbourgs du reffort
du Parlement, & à celles qui auroient été inoculées,
de communiquer avec d'autres perfonnes que
celles qui font néceffaires à leur foulagement ,
depuis le jour qu'elles auront été inoculées jufqu'au
délai de fix femaines après leur guérifon.
Le vingt - neuviéme Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville , s'eft fait le 2 Mai en la maniere
accoutumée. Le Lot de cinquante mille liv.
eſt échu au Numéro 26161 , celui de vingt mille
livres au Numéro 39981 , & les deux de dix mille
livres aux Numéros 38880 & 37127 .
Le 6 Juin , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros fortis de la roue de for208
MERCURE DE FRANCE.
tune , font , 40 , 65 , 43 , 15 , 5s . Le prochain
tirage fe fera les Juillet.
Le 26 du mois dernier , le Roi fit dans la Plai
ne des Sablons la revue des Gardes Françoiſes &
des Gardes Suifles . Sa Majeſté paſſa dans les rangs,
& les deux Régimens défilérent devant Elle après.
avoir fait l'exercice. Madame la Dauphine , Mgr
le Duc de Berry , Mgr le Comte de Provence
Madame Adélaïde , Mefdames Sophie & Louiſe
ont affifté à cette revue , ainfi que le Prince de
Condé & le Prince de Lamballe .
Le Parlement ayant reçu , le 30 du mois der◄
nier , les Ordres du Roi par le Marquis de Dreux ,
Grand - Maître des Cérémonies , s'affembla le
lendemain 31 pour le Lit de Juſtice que Sa Majefté
avoir réfolu de tenir.
Vers les onze heures & demie du matin , le
Roi arriva ayant dans fon caroffe Monſeigneur
le Dauphin , Sa Majesté étoit accompagnée d'un
nombreux détachement de fes Gardes du Corps ,
du quartier des Gendarmes de fa Garde , de
celui des Chevaux-Légers & d'un détachement
JUILLET. 1763. 205
des Moufquetaires de chacune des deux Com
pagnies. Devant le Carroffe du Roi étoit le Vol
du Cabinet. Sa Majeſté deſcendit à là Sainte Chapelle
, où le Chancelier s'étoit rendu , Elle étoit
accompagnée du nombre ordinaire de Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes : les Maré
chaux de France y étoient pareillement affemblés
, ainfi que les Chevaliers des Ordres , les'
Gouverneurs & Lieutenans- Généraux de Province ,
nommés par Sa Majefté pour avoir l'honneur
de l'accompagner: Le Duc d'Orléans , le Duc
de Chartres , le Prince de Condé , le Comte de
Clermont , le Prince de Conti & le Comte de
la Marche y avoient auffi devancé Sa Majesté.
Le Roi précédé de fa Cour , du Roi d'Armes &
des Hérauts , monta les degrés au fon des trompettes
, Hautbois , Fifres & Tambours de l'Ecurie
& de la Chambre. Deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes devant Sa Majesté.
Lorfque le Roi eut entendu la Meffe , qui fut
célébrée par un de fes Chapelains , quatre Préfidens
& fix Confeillers , députés par le Parle
ment , vinrent recevoir Sa Majefté , & la conduifirent
à la Grand'Chambre. Le Roi s'étant
affis fur fon Trône , & les féances ayant été
prifes , Sa Majesté fit enregiftrer deux Edits &
une Déclaration . Le Roi fortit enfuite dans le
même ordre qu'il étoit entré.
Sa Majefté trouva , ainfi qu'à fon arrivée , les
Gardes Françoifes & Suiffes qui formoient une
double haye dans les rues , fur le Pont- Neuf
& fur les Quais , depuis le Palais jufqu'à l'extrémité
du Quai des Thuilleries .
Les Pairs qui ont affifté à ce Lit de Juftice ,
font l'Archevêque Duc de Rheims , l'Evêque Duc
de Langres , l'Evêque Comte de Noyon , les Ducs
206 MERCURE DE FRANCE .
de Sully , de Luynes , de Briffac , de Richelieu ,
de Rohan- Chabot , de Mortemart , de Trefmes
de Saint -Cloud , de Firs-James , de Chaulnes
de Rohan-Rohan , de Villars - Brancas , de Valentinois
, de Biron , de la Valliere , d'Aiguillon ,
de Fleury , de Duras . de la Vauguyon , de
Choifeul & de Praflin. Les Maréchaux de Balincourt
, Clermont - Tonnerre , d'Eftrées & de
Contades y ont eu féance
étant entrés avec
le Roi.
Le Prince de Rochefort nommé pour repréfenter
en cette occafion , le Grand Ecuyer de
France , a porté l'Epée Royale .
On a appris ici la mort de Marie- Victoire - Anne
de Savoye , titrée Mlle de Carignan , décédée
le 18 du mois dernier.
Cette Princefle née le 12 Février 1687 , étoit
fille d'Emmanuel- Philbert-Amédée de Savoye ,
Prince de Carignan en Piémont , mort le 23.
Avril 1709 , & d'Ange- Carherine d'Eft-Modene,
morte le 18 Juillet 1712 , & Soeur de Victor-
Amédée , Prince de Carignan , mort le 4 Août
1741 , Père de Louis - Victor-Amédée- Jofeph, aujourd'hui
Premier Prince du Sang de Sardaigne
& Prince de Carignan , & avoit pour Ayeul Thomas
François de Savoye , Prince de Carignan
l'un des fils de Charles- Emmanuel I. du nom ,
Duc de Savoye , furnommé le Grand , & Frère
pumé de Victor- Amédée , Duc de Savoye , Bif-
Ayeul de Sa Majefté le Roi de Sardaigne actuellement
régnant.
•
Le Lieutenant Général de Police & le Subfticus
du Procureur Général du Roi au Châteler , ayant .
repréſenté au Parlement , qu'il s'élevoit dans le
Public un murmure général , contre l'indifcrétion
de quelques-uns des partfans de l'inoculation de
JUILLET. 1763. 207
la petite vérole , contre les Inoculateurs & contreceux
qui , en attendant l'effet de l'Inoculation
qu'ils ont reçue, reftent fans précaution dans la
Société, le Parlement , d'après ces confidérations
& l'expofé des Gens du Roi fur le même fujet , la
rendu le 8 de ce mois un Arrêt qui ordonne que
la Faculté de Médecine de l'Univerfité de cette
Ville fera tenue de s'affembler pour donner
un avis précis fur l'inoculation , fes avantages ou
inconvéniens , & fur les précautions auxquelles
il conviendroit d'affujettir ceux qui pratiqueroient
l'inoculation ou qui la recevroient , fup-.
pofé qu'elle dût être permife ou tolérée ; que
cet avis feroit remis au Procureur Général du
Roi, pour être communiqué à la Faculté de Théologie
, qui s'affemblera en conféquence , & donnera
fuivant les ulages , fon avis fur le même objet ,
lequel fera de même remis au Procureur- Général,
pour être pris par la Cour , ſur ces avis ,
telles conclufions qu'il appartiendra : en attendant
, la Cour défend provifoirement à toutes
perfonnes de pratiquer l'inoculation , & de fe faire
inoculer dans les Villes & Fauxbourgs du reffort
du Parlement, & à celles qui auroient été inoculées,
de communiquer avec d'autres perfonnes que
celles qui font néceffaires à leur foulagement ,
depuis le jour qu'elles auront été inoculées jufqu'au
délai de fix femaines après leur guérifon.
Le vingt - neuviéme Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville , s'eft fait le 2 Mai en la maniere
accoutumée. Le Lot de cinquante mille liv.
eſt échu au Numéro 26161 , celui de vingt mille
livres au Numéro 39981 , & les deux de dix mille
livres aux Numéros 38880 & 37127 .
Le 6 Juin , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros fortis de la roue de for208
MERCURE DE FRANCE.
tune , font , 40 , 65 , 43 , 15 , 5s . Le prochain
tirage fe fera les Juillet.
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Résumé : De PARIS, le 13 Juin 1763.
Le 26 mai 1763, le roi passa en revue les Gardes Françaises et les Gardes Suisses à la Plaine des Sablons en présence de plusieurs membres de la famille royale, dont Madame la Dauphine, Mgr le Duc de Berry, Mgr le Comte de Provence, Madame Adélaïde, Mesdames Sophie et Louise, ainsi que le Prince de Condé et le Prince de Lamballe. Le 30 mai, le Parlement reçut les ordres du roi transmis par le Marquis de Dreux et se réunit le lendemain pour un Lit de Justice. Le roi, accompagné du Dauphin et d'un détachement de ses Gardes du Corps, des Gendarmes, des Chevaux-Légers et des Mousquetaires, fut accueilli par le Chancelier et divers dignitaires à la Sainte-Chapelle. Après une messe, il se rendit à la Grand'Chambre où il fit enregistrer deux édits et une déclaration. Les Pairs présents incluaient plusieurs archevêques, évêques et ducs, ainsi que les maréchaux de Balincourt, Clermont-Tonnerre, d'Estrées et de Contades. Le Prince de Rochefort porta l'Épée Royale. On annonça également la mort de Marie-Victoire-Anne de Savoie, titrée Mlle de Carignan, décédée le 18 mai. Elle était la fille d'Emmanuel-Philibert-Amédée de Savoie et d'Ange-Catherine d'Este-Modène. Le Lieutenant Général de Police et le Substitut du Procureur Général du Roi informèrent le Parlement des murmures publics contre l'inoculation de la petite vérole. Le Parlement ordonna à la Faculté de Médecine de se réunir pour évaluer les avantages et inconvénients de l'inoculation et les précautions à prendre. En attendant, l'inoculation fut provisoirement interdite. Le 2 mai, le vingt-neuvième tirage de la Loterie de l'Hôtel-de-Ville eut lieu, attribuant les lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres aux numéros 26161, 39981, 38880 et 37127. Le 6 juin, la Loterie de l'École Royale Militaire fut tirée, avec les numéros 40, 65, 43, 15 et 55 sortis de la roue de fortune.
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99
p. 194-195
De PARIS, le 23 Septembre 1763.
Début :
La bénédiction de la premiere des huit Cloches de la Paroisse de [...]
Mots clefs :
Bénédiction, Cloches, Paix, Parlement, Édit, Cadastres, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 23 Septembre 1763.
De PARIS , le 23 Septembre 1763 .
La bénédiction de la premiere des huitClo-.
ches de la Paroiſſe de S. Roch , ayant été remiſe
au temps de la Paix , la cérémonie s'en
eſt faite avec beaucoup de pompe , le 27 du
mois dernier , par l'Archevêque de Paris. Cette
Cloche a été nommée par Monſeigneur leDauphin
, repréſenté par le Duc de Duras , & par
Madame la Dauphine , repréſentée par la Ducheſſe
de Brancas , Dame d'Honneur de cette
Princeſſe.
Les Parlemens de Metz & de Douai , qui
rempliſſent , a pluſieurs égrrds , les Fonctions
des Cours desAides , ayant , ainſi que les Cours
des Aides de Montpellier & de Clermont Ferrand
, & quelques autres Cours , enregiſtré
l'Edit & la Déclaration du mois d'Avril dernier
; le Roi leur a fait écrire'de ſa part que ,
fatisfait de leur fidélité & de leur obéiſſance ,
il leur demandoit leurs Mémoires & leurs Réflexions
, fur les Réglemens qu'il convenoit de
faire pour la Confection du Cadastre général.
S. M. les a fait prévenir en même temps , que
lorique tous les Matériaux & les éclairciflemens
néceſſaires pour ce travail ſeroient ratlemblés ,
Elle demanderoit un Député de chacune de
DECEMBRE. 1763. 195
ces Cours , pour aſſiſter aux Aſſemblées qui ſe
tiendront à Paris , ſur cet objet.
Le trente-deuxième Tirage de la Lotteriede
THôtel de Ville s'est fait , le 23 Août , en la
maniere accoutumée. Le Lot de cinquante mille
livres eſt échu au numéro 99010 , celui de
vingt mille livaes au numéro 95528 , & les
deux de dix mille livres aux numeros 90769
& १०१००.
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les numéros ſortis de
la roue de fortune , font , 25 , 75 , 17 , 38 ,
82. Le prochain Tirage ſe fera les Octobre .
La bénédiction de la premiere des huitClo-.
ches de la Paroiſſe de S. Roch , ayant été remiſe
au temps de la Paix , la cérémonie s'en
eſt faite avec beaucoup de pompe , le 27 du
mois dernier , par l'Archevêque de Paris. Cette
Cloche a été nommée par Monſeigneur leDauphin
, repréſenté par le Duc de Duras , & par
Madame la Dauphine , repréſentée par la Ducheſſe
de Brancas , Dame d'Honneur de cette
Princeſſe.
Les Parlemens de Metz & de Douai , qui
rempliſſent , a pluſieurs égrrds , les Fonctions
des Cours desAides , ayant , ainſi que les Cours
des Aides de Montpellier & de Clermont Ferrand
, & quelques autres Cours , enregiſtré
l'Edit & la Déclaration du mois d'Avril dernier
; le Roi leur a fait écrire'de ſa part que ,
fatisfait de leur fidélité & de leur obéiſſance ,
il leur demandoit leurs Mémoires & leurs Réflexions
, fur les Réglemens qu'il convenoit de
faire pour la Confection du Cadastre général.
S. M. les a fait prévenir en même temps , que
lorique tous les Matériaux & les éclairciflemens
néceſſaires pour ce travail ſeroient ratlemblés ,
Elle demanderoit un Député de chacune de
DECEMBRE. 1763. 195
ces Cours , pour aſſiſter aux Aſſemblées qui ſe
tiendront à Paris , ſur cet objet.
Le trente-deuxième Tirage de la Lotteriede
THôtel de Ville s'est fait , le 23 Août , en la
maniere accoutumée. Le Lot de cinquante mille
livres eſt échu au numéro 99010 , celui de
vingt mille livaes au numéro 95528 , & les
deux de dix mille livres aux numeros 90769
& १०१००.
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les numéros ſortis de
la roue de fortune , font , 25 , 75 , 17 , 38 ,
82. Le prochain Tirage ſe fera les Octobre .
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Résumé : De PARIS, le 23 Septembre 1763.
Le 23 septembre 1763, la première des huit cloches de la paroisse de Saint-Roch a été bénie par l'archevêque de Paris. Cette cloche a été nommée par le Dauphin et la Dauphine, représentés respectivement par le Duc de Duras et la Duchesse de Brancas. Les parlements de Metz et de Douai, ainsi que les cours des Aides de Montpellier et de Clermont-Ferrand, ont enregistré un édit et une déclaration d'avril précédent. Le roi, satisfait de leur fidélité, a demandé leurs mémoires pour établir des règlements sur le cadastre général et a annoncé la convocation d'un député de chaque cour pour des assemblées à Paris. Le 23 août, le trente-deuxième tirage de la loterie de l'Hôtel de Ville a attribué des lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres. En décembre, la loterie de l'École Royale Militaire a révélé les numéros 25, 75, 17, 38 et 82, avec un prochain tirage prévu pour octobre.
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100
p. 191-192
De PARIS, le 28 Novembre 1763.
Début :
L'Ouverture du Parlement s'est faite le 12 de ce mois, avec les cérémonies ordinaires, [...]
Mots clefs :
Parlement, Cérémonies, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Gains, Loterie de l'école royale militaire, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 28 Novembre 1763.
De PARIS , le 28 Novembre 1763 .
L'Ouverture du Parlement s'eft faite le 12 de
(
192 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , avec les cérémonies ordinaires , par anè
Melle folemnelle . célébrée par l'Abbé de Sailly ,
Chantre de la Sainte Chapelle & Aumônier de
Madame la Dauphine. Le fieur de Maupeou ,
Premier Préfident , ayant été inftallé par le fieur
Turgot , Préfident du Parlement , y a affifté avec
toutes les Chambres.
Le trente-cinquiéme tirage de la Lotterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 de ce mois , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au Numéro 52552 , celui de vingt
mille livres au Numéro 53046 , & les deux de
dix mille livres aux Numéros 42051 & 56872.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les Numéros fortis de la roue de Fortune
, font 27 , 25 , 58 , 67 , 48 .
L'Ouverture du Parlement s'eft faite le 12 de
(
192 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , avec les cérémonies ordinaires , par anè
Melle folemnelle . célébrée par l'Abbé de Sailly ,
Chantre de la Sainte Chapelle & Aumônier de
Madame la Dauphine. Le fieur de Maupeou ,
Premier Préfident , ayant été inftallé par le fieur
Turgot , Préfident du Parlement , y a affifté avec
toutes les Chambres.
Le trente-cinquiéme tirage de la Lotterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 de ce mois , en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au Numéro 52552 , celui de vingt
mille livres au Numéro 53046 , & les deux de
dix mille livres aux Numéros 42051 & 56872.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire . Les Numéros fortis de la roue de Fortune
, font 27 , 25 , 58 , 67 , 48 .
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Résumé : De PARIS, le 28 Novembre 1763.
Le 28 novembre 1763, à Paris, l'ouverture du Parlement a eu lieu le 12 novembre. La cérémonie a été célébrée par l'Abbé de Sailly. René-Charles de Maupeou a été installé par Turgot. Le 24 novembre, la Lotterie de l'Hôtel de Ville a attribué des lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres. La Loterie de l'École Royale Militaire a sorti les numéros 27, 25, 58, 67 et 48.
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