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1
p. 191-199
RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
Début :
La frégate du Roi la Syrene, partie de Québec le 8 Novembre, & arrivée [...]
Mots clefs :
Canada, Vaisseaux anglais, Combat terrestre, Belle-Rivière, Sa Majesté anglaise, Troupes canadiennes, Attaques, Les sauvages, Baron de Dieskaw, Frontières
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
RELATION de ce qui s'eft paffé cette année
en Canada.
La frégate du Roi la Syrene , partie de Québec
le 8 Novembre , & arrivée à Brest le 10 Décembre
, a apporté des lettres qui contiennent les détails
de ce qui s'eft paffé cette année en Canada ,
rélativement aux entreprifes des Anglois contre
cette Colonie.
Indépendamment des forces navales que les
Anglois ont envoyées dès le commencement du
printemps dans les mers de l'Amérique feptentrionale
, afin d'intercepter les Vaiffeaux François
qui feroient destinés pour le Canada & pour l'ife
Royale ; ils avoient raffemblé dans leurs Colonies
plufieurs corps de troupes , pour attaquer le
Canada tout à la fois par les frontieres de l'Acadie ,
par le Lac Champlain , par le Lac Ontario , & du
côté de la Belle Riviere.
Le corps de troupes deſtiné à agir contre les
frontieres du côté de l'Acadie , & compolé d'environ
dix-huit cens hommes , fe rendit dans les
premiers jours du mois de Juin avec un train confidérable
d'artillerie de toute efpece , au fond de la
Baye Françoiſe , & attaqua tout d'un coup le Fort
de Beauféjour , qui , par les effets du canon & des
bombes , fe trouva en peu de jours hors d'état de
défenſe. La garnifon , qui n'étoit que de deux
compagnies de einquante hommes chacune , fur
obligée de capituler , aux conditions qu'elle forti
192 MERCURE DE FRANCE.
roit avec armes & bagages , tambour battant ;
qu'elle feroit tranfportée à Louisbourg , & qu'elle
ne porteroit point les armes en Amérique pendant
le terme de fix mois . Les Anglois fommerent
tout de fuite l'Officier François qui commandoit
à Gafpareaux , pofte fitué à quelques lieues de
Beauféjour , & où il n'y avoit qu'un détachement
de vingt hommes , & cet Officier fe rendit aux
mêmes conditions de la capitulation de Beauféjour.
Après cette expédition , les Anglois marcherent
du côté de la riviere Saint -Jean. Il n'y avoit
fur cette riviere qu'un petit Fort très-anciennement
bâti . L'Officier qui y commandoit & qui
n'avoit que quelques foldats , prit le parti de le
brûler & de fe retirer chez des habitans établis
dans ce canton , où il s'eft maintenu ; & il n'y a
eu de ce côté là que quelques efcarmouches , dans
lefquelles les Anglois ont toujours été battus par
les François & les Sauvages qui ont joint cet
Officier.
Le corps de troupes qui avoit été raffemblé
pour agir du côté de la Belle Riviere , étoit compofé
des Régimens de troupes reglées , qui avoient
été envoyés d'Angleterre à la Virginie , & des régimens
de Milices , qui avoient été formés tant
dans cette Colonie que dans les Colonies voisines.
Il fe trouvoit compofé de trois mille hommes ,
lorfque le Général Braddock en prit le commandement
pour marcher contre le Fort du Quefne.
Le fieur de Contrecoeur , Capitaine dans les troupes
du Canada , qui commandoit dans ce Fort ,
avoit été informé qu'on faifoit des préparatifs en
Virginie ; mais il ne s'attendoit pas à devoir être
attaqué par des forces fi confidérables . Ayant envoyé
différens détachemens fur la route des Anglois,
il apprit le & Juillet qu'ils n'étoient qu'à
fix
JANVIER. 1756. 193
Gx lieues du Fort , & qu'ils marchoient fur trois
colonnes. Il forma fur le champ un détachement
de tout ce qu'il crut pouvoir mettre hors du Fort
pour aller à leur rencontre. Ce détachement fe
trouva compofé de deux cens cinquante François
& de fix cens cinquante Sauvages ; & M. de
Beaujeu qui le commandoit , avoit avec lui
MM. Dumas & Ligneris , tous deux Capitaines ,
& quelques autres Officiers fubalternes . Il partit
à huit heures du matin , & dès midi & demi , il
fe trouva en préſence des Anglois à environ trois
lieues du Fort. Il les attaqua fur le champ avec
beaucoup de vivacité . Les deux premieres décharges
de leur artillerie firent un peu reculer fa petite
troupe ; mais à la troifieme où il eut le malheur
d'être tué , M. Dumas , qui prit le commandement
, M. de Ligneris & les autres Officiers
, fuivis des François & des Sauvages , tomberent
avec tant de vigueur fur les Anglois , qu'ils
les firent plier à leur tour. Ceux-ci le défendirent
encore quelque tems en faifant très-bonne contenance
; mais enfin après quatre heures d'un grand
feu , ils fe débanderent , & la déroute fut générale .
On les pourfuivit pendant quelque tems ; mais
M. Dumas ayant appris que le Général Braddock
avoit laiffé à quelques lieues de - là un corps de
fept cens hommes fous les ordres du Colonel
Dumbar , il fit ceffer la pourfuite. Les Anglois
ont perdu dans cette affaire près de dix- fept cens
hommes. Prefque tous leurs Officiers ont été tués ,
& le Général Braddock eft mort peu de jours après
de fes bleffures . On a pris tous leurs équipages
qui étoient fort confidérables , leurs vivres , leur
artillerie , qui étoit compofée de huit pieces de
canon , fept mortiers & uftenciles de toute efpece
, beaucoup d'armes & de munitions de guerre ,
I,Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
leur caiffe militaire , & généralement toutes leurs
provisions . On a trouvé auffi les inftructions qui
avoient été données en Angleterre au Général
Braddock , avec plufieurs lettres qu'il avoit écrites
aux Miniftres du Roi de la Grande- Bretagne , pour
leur rendre compte des difpofitions qu'il faifoit
pour l'exécution des projets dont il avoit été
chargé en fa qualité de Commandant en chef
de toutes les troupes de Sa Majesté Britannique
dans l'Amérique feptentrionale. M. de Contrecoeur
eft resté enfuite fur la défenfive dans fon
Fort , après s'être affuré de la retraite du corps
de troupes du Colonel Dumbar . Mais quelques
partis Sauvages ont fait des incurfions fur les
frontieres des Colonies Angloifes.
Les deux autres corps de troupes Angloifes s'étoient
auffi mis en marche , l'un compofé d'environ
cinq mille hommes vers le Lac Ontario
pour attaquer le Fort de Niagara & le Fort Frontenac
, & l'autre encore plus confidérable vers le
Lac Champlain pour affiéger le Fort Saint -Fréderic
. M. de Vaudreuil , Gouverneur & Lieutenant
Général de la Nouvelle France , ayant d'abord
été informé que le fieur Shirley , Gouver
neur de la Nouvelle Angleterre , étoit déja rendu
avec une partie du premier de ces deux corps à
Choueguen , pofte Anglois établi depuis quelques
années au Sud du Lac Ontario , il prit le parti de
faire marcher un Détachement des Troupes &
des Milices de Canada , les quatre Bataillons de la
Reine , de Languedoc , de Guyenne & de Béarn ,
que le Roi a fait paffer cette année à Quebec , &
un certain nombre de Sauvages , pour aller couvrir
les Forts de Niagara & de Frontenac , & il
donna le commandement du tout au Baron de
Dieskaw , Maréchal de Camp. Mais ayant été
JANVIER. 1756. 195
inftruit peu de jours après , que le Colonel
Jonhlon étoit en pleine marche à la tête de
L'autre Corps , pour attaquer le Fort Saint- Frederic
, & qu'il avoit même déja établi plufieurs poftes
d'entrepôt fur la route , il envoya un courier
au Baron de Dieskaw, pour l'informer de ces avis ,
& du parti qu'il prenoit de faire marcher en diligence
un Detachement de Troupes & de Milices
avec des Sauvages , pour aller au fecours du
Fort Saint- Frederic. Le Baron de Dieskaw y marcha
lui -même , & amena avec lui les Bataillons
de la Reine & de Languedoc , qui ne ſe trouvoient
compofés que de neuf Compagnies chacun. A
fon arrivée au Fort Saint- Frederic , il jugea à propos
d'aller au-devant des Anglois , & le 1r de Septembre
il fe trouva à huit lieues en avant de ce
Fort , à un endroit appellé Carillon . Il s'arrêtalà
, & ayant envoyé à la découverte de différens
côtés , il apprit que les Anglois étoient occupés
à conftruire un Fort à quelques lieues de - là ;
qu'il y avoit déja dans ce Fort , qui fe trouvoit
très- avancé , une Garnifon de cinq cens hommes;
qu'on y attendoit inceffamment un renfort
confidérable de troupes ; & que le Colonel
Jonhlon étoit avec fon Corps d'armée au fond
du Lac Saint-Sacrement. Sur ce rapport le Baron
de Dieskaw prit le parti de marcher en diligence
, pour tâcher de furprendre ce même Fort à
la tête de quinze cens hommes ; fçavoir , fix cens
Sauvages fous les ordres de M. de Saint - Pierre ,
fix cens Canadiens fous les ordres de M. de Repentigny
, & trois cens hommes de troupes , y
compris les deux Compagnies de Grenadiers des
Bataillons de la Reine & de Languedoc avec
trois Piquets de la Compagnie de Canonniers
de la Colonic. Il envoya le refte de ces deux
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Bataillons fous les ordres de M. de Roquemaure
, Commandant de celui de la Reine , à
l'endroit nommé les Deux Rochers , afin de fe replier
fur lui en cas qu'il fût obligé de ſe retirer
; & il fit marcher M. de Celoron Major ,
commandant les Troupes & Milices de la Colonie
, avec le reftant de fon Corps , vers la chute
du Lac Saint - Sacrement , pour empêcher les
Anglois de tenter une entreprife de ce côté- là.
En conféquence de ces difpofitions , il marcha
depuis le 4 jufqu'au 7 Septembre qu'il fe trouva
à environ une lieue du Fort Anglois . Comme la
fin du jour approchoit , il s'arrêta avec la troupe
, & envoya un Détachement de Sauvages
commandé par le fieur de Saint - Pierre , pour reconnoître
les lieux . Les Sauvages tuerent un
courier que le Colonel Jonhfon envoyoit au
Commandant du Fort pour l'avertir de la marche
des François. Ils s'emparerent auffi de quelques
charriots, qui y portoient de l'artillerie & des munitions
, mais dont quelques-uns des conducteurs
fe fauverent. Comme il n'étoit plus douteux que
le Fort Anglois étoit averti , le Baron de Diefkaw
fit propofer aux Sauvages l'option , ou de
fuivre le projet d'aller attaquer ce Fort , ou de
marcher contre le Camp du Colonel Jonhion ,
n'étoit qui ,fuivant tous les avis qu'on avoit eus ,
qu'à cinq ou fix lieues de- là avec un Corps de
troupes de trois mille hommes . Les Sauvages
opinerent tous pour cette derniere entrepriſe.
Le 8 on partit de grand matin fur cinq colonnes
dans l'ordre fuivant ; les troupes de France ,
& les canonniers au centre , une colonne de Canadiens
, & une autre de Sauvages à la droite ,
deux autres Colonnes femblables à la gauche.
Dès dix heures du matin , on ne fe trouva qu'à
&
JANVIER. 1756. 197
une lieue du Camp . Des prifonniers qui furent
faits par les Sauvages , déclarerent que , par le
chemin où marchoit l'Armée , il venoit des charriots
que les Anglois envoyoient à leur Fort , &
que ces chatriots étoient efcortés par un Détachement
confidérable. Le Baron de Dieskaw fit paffer
fur la gauche du chemin les Canadiens & les
Sauvages , avec ordre de laiffer engager les Anglois
, & de ne tirer fur eux que lorfque les troupes
reglées , qui continueroient leur marche par
le chemin , auroient commencé l'attaque . Quelques
minutes après , on entendit des coups de fufil
, & le feu s'anima entre les Sauvages qui marchoient
devant , & les Anglois. Les Canadiens
coururent fur le champ à leur fecours . Les Anglois
prirent la fuite. On les pourfuivit juſqu'à la
vae de leurs tentes ; & ce détachement qui étoit
de buit à neuf cens hommes , fut prefque tout détrait
: il en rentra fort peu dans le Camp ; & c'eſt
dans ce choc que M. de Saint - Pierre fut tué.
Le Baron de Dieskaw marchoit toujours par le
chemin , pendant que l'Ennemi fe battoit en retraite.
Quoique les Canadiens & les Sauvages fe
trouvaffent fort fatigués , il crut que le meilleur
moyen de les engager à le fuivre étoit de hâter fa
marche , pour profiter de la confufion que la défaite
de ce détachement devoit occafionner parmi
les troupes du Camp du Colonel Jonhfon. Il ne
fut pas longtems fans être en préfence . On lui
fit remarquer qu'il n'avoit point de colonne à la
droite pour le foutenir. Alors une petite troupe
de Canadiens s'étendit de ce côté-là , & fit un trèsgrand
feu fur les Anglois . Mais le Camp fe trouvant
retranché avec des bateaux , des charriots &
de gros arbres : l'infanterie des François , qui étoit
en front , eut un fi grand feu d'artillerie & de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
moufqueterie à effuyer, qu'elle fut obligée de reculer,
& de s'emparer de quelques arbres : elle y
refta pendant deux heures à fufiller avec le refte
des troupes , qui ne confiftoit pas en plus de cinq
cens hommes dans cette attaque , parce qu'il n'y
avoit qu'une partie des Canadiens , qui avoit fuivi,
& que les Sauvages s'étoient arrêtés. Ce fut- là que
le Baron de Dieskaw fut d'abord bleflé à la jambe ,
& que peu de tems après il reçut une balle qui lui
perça le genouil droit , & lui paffa dans les chairs
de la cuiffe gauche ; ce qui l'obligea de fe laiffer
porter à quelques pas de - là pour s'affeoir. Il ordonna
au Chevalier de Montreuil , Major général,
& Commandant en fecond , de le laiffer là , &
d'aller voir fi on ne pouvoit pas pénétrer dans le
Camp. Le Chevalier de Montreuil en vit l'impoffibilité
:les troupes étoient trop fatiguées , en trop
petit nombre , & trop maltraitées par le feu qu'elles
avoient effuyé. Il prit le parti de la retraite.
Il y eut d'abord quelque confufion ; mais la Troupe
fe rendit en bon ordre au lieu où l'on avoit laiffé
les bateaux. La perte des Anglois a été de plus
de fept cens hommes dans le détachement qui a
été attaqué par les Sauvages & les Canadiens , fans
compter les bleffés qui font rentrés dans le camp ,
& l'on ignore la perte qu'ils ont dû faire dans les
retranchemens . Celle des François n'a été que de
quatre-vingt-quinze hommes tués , tant officiers ,
feldats , que Canadiens & Sauvages , & cent- trente
bleffés de tous ces différens corps. Le Baron de
Dieskaw a été pris & conduit à Orange avec le
fieur Bernier fon Aide- de - Camp , & deux officiciers
de milice , tous trois bleffés comme lui.
Il ne s'est rien paffé depuis de ce côté-là . La
perte que le Colonel Jonshfon avoit faite , & la
préfence des troupes Françoifes , qui fe font enJANVIER.
1756. 199
fuite retranchées aux environs du FortSaint- Frédéric
, lui ont fait abandonner l'exécution de fon
projet contre ce Fort.
Les fecours que M. de Vaudreuil avoit envoyés
aux Forts Frontenac & de Niagara , en ont
impofé auffi au Gouverneur Shirley , qui s'eft retiré
avec les troupes , à l'exception d'une Garnifon
nombreufe qu'il a laiffée à Chouegen avec un
train confidérable d'artillerie. La défaite du Général
Braddok , & le mauvais fuccès du Colonel
Jonshfon doivent avoir contribué à lui faire prendre
ce parti ; car toutes ces différentes entrepriſes
avoient été combinées enfemble.
en Canada.
La frégate du Roi la Syrene , partie de Québec
le 8 Novembre , & arrivée à Brest le 10 Décembre
, a apporté des lettres qui contiennent les détails
de ce qui s'eft paffé cette année en Canada ,
rélativement aux entreprifes des Anglois contre
cette Colonie.
Indépendamment des forces navales que les
Anglois ont envoyées dès le commencement du
printemps dans les mers de l'Amérique feptentrionale
, afin d'intercepter les Vaiffeaux François
qui feroient destinés pour le Canada & pour l'ife
Royale ; ils avoient raffemblé dans leurs Colonies
plufieurs corps de troupes , pour attaquer le
Canada tout à la fois par les frontieres de l'Acadie ,
par le Lac Champlain , par le Lac Ontario , & du
côté de la Belle Riviere.
Le corps de troupes deſtiné à agir contre les
frontieres du côté de l'Acadie , & compolé d'environ
dix-huit cens hommes , fe rendit dans les
premiers jours du mois de Juin avec un train confidérable
d'artillerie de toute efpece , au fond de la
Baye Françoiſe , & attaqua tout d'un coup le Fort
de Beauféjour , qui , par les effets du canon & des
bombes , fe trouva en peu de jours hors d'état de
défenſe. La garnifon , qui n'étoit que de deux
compagnies de einquante hommes chacune , fur
obligée de capituler , aux conditions qu'elle forti
192 MERCURE DE FRANCE.
roit avec armes & bagages , tambour battant ;
qu'elle feroit tranfportée à Louisbourg , & qu'elle
ne porteroit point les armes en Amérique pendant
le terme de fix mois . Les Anglois fommerent
tout de fuite l'Officier François qui commandoit
à Gafpareaux , pofte fitué à quelques lieues de
Beauféjour , & où il n'y avoit qu'un détachement
de vingt hommes , & cet Officier fe rendit aux
mêmes conditions de la capitulation de Beauféjour.
Après cette expédition , les Anglois marcherent
du côté de la riviere Saint -Jean. Il n'y avoit
fur cette riviere qu'un petit Fort très-anciennement
bâti . L'Officier qui y commandoit & qui
n'avoit que quelques foldats , prit le parti de le
brûler & de fe retirer chez des habitans établis
dans ce canton , où il s'eft maintenu ; & il n'y a
eu de ce côté là que quelques efcarmouches , dans
lefquelles les Anglois ont toujours été battus par
les François & les Sauvages qui ont joint cet
Officier.
Le corps de troupes qui avoit été raffemblé
pour agir du côté de la Belle Riviere , étoit compofé
des Régimens de troupes reglées , qui avoient
été envoyés d'Angleterre à la Virginie , & des régimens
de Milices , qui avoient été formés tant
dans cette Colonie que dans les Colonies voisines.
Il fe trouvoit compofé de trois mille hommes ,
lorfque le Général Braddock en prit le commandement
pour marcher contre le Fort du Quefne.
Le fieur de Contrecoeur , Capitaine dans les troupes
du Canada , qui commandoit dans ce Fort ,
avoit été informé qu'on faifoit des préparatifs en
Virginie ; mais il ne s'attendoit pas à devoir être
attaqué par des forces fi confidérables . Ayant envoyé
différens détachemens fur la route des Anglois,
il apprit le & Juillet qu'ils n'étoient qu'à
fix
JANVIER. 1756. 193
Gx lieues du Fort , & qu'ils marchoient fur trois
colonnes. Il forma fur le champ un détachement
de tout ce qu'il crut pouvoir mettre hors du Fort
pour aller à leur rencontre. Ce détachement fe
trouva compofé de deux cens cinquante François
& de fix cens cinquante Sauvages ; & M. de
Beaujeu qui le commandoit , avoit avec lui
MM. Dumas & Ligneris , tous deux Capitaines ,
& quelques autres Officiers fubalternes . Il partit
à huit heures du matin , & dès midi & demi , il
fe trouva en préſence des Anglois à environ trois
lieues du Fort. Il les attaqua fur le champ avec
beaucoup de vivacité . Les deux premieres décharges
de leur artillerie firent un peu reculer fa petite
troupe ; mais à la troifieme où il eut le malheur
d'être tué , M. Dumas , qui prit le commandement
, M. de Ligneris & les autres Officiers
, fuivis des François & des Sauvages , tomberent
avec tant de vigueur fur les Anglois , qu'ils
les firent plier à leur tour. Ceux-ci le défendirent
encore quelque tems en faifant très-bonne contenance
; mais enfin après quatre heures d'un grand
feu , ils fe débanderent , & la déroute fut générale .
On les pourfuivit pendant quelque tems ; mais
M. Dumas ayant appris que le Général Braddock
avoit laiffé à quelques lieues de - là un corps de
fept cens hommes fous les ordres du Colonel
Dumbar , il fit ceffer la pourfuite. Les Anglois
ont perdu dans cette affaire près de dix- fept cens
hommes. Prefque tous leurs Officiers ont été tués ,
& le Général Braddock eft mort peu de jours après
de fes bleffures . On a pris tous leurs équipages
qui étoient fort confidérables , leurs vivres , leur
artillerie , qui étoit compofée de huit pieces de
canon , fept mortiers & uftenciles de toute efpece
, beaucoup d'armes & de munitions de guerre ,
I,Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
leur caiffe militaire , & généralement toutes leurs
provisions . On a trouvé auffi les inftructions qui
avoient été données en Angleterre au Général
Braddock , avec plufieurs lettres qu'il avoit écrites
aux Miniftres du Roi de la Grande- Bretagne , pour
leur rendre compte des difpofitions qu'il faifoit
pour l'exécution des projets dont il avoit été
chargé en fa qualité de Commandant en chef
de toutes les troupes de Sa Majesté Britannique
dans l'Amérique feptentrionale. M. de Contrecoeur
eft resté enfuite fur la défenfive dans fon
Fort , après s'être affuré de la retraite du corps
de troupes du Colonel Dumbar . Mais quelques
partis Sauvages ont fait des incurfions fur les
frontieres des Colonies Angloifes.
Les deux autres corps de troupes Angloifes s'étoient
auffi mis en marche , l'un compofé d'environ
cinq mille hommes vers le Lac Ontario
pour attaquer le Fort de Niagara & le Fort Frontenac
, & l'autre encore plus confidérable vers le
Lac Champlain pour affiéger le Fort Saint -Fréderic
. M. de Vaudreuil , Gouverneur & Lieutenant
Général de la Nouvelle France , ayant d'abord
été informé que le fieur Shirley , Gouver
neur de la Nouvelle Angleterre , étoit déja rendu
avec une partie du premier de ces deux corps à
Choueguen , pofte Anglois établi depuis quelques
années au Sud du Lac Ontario , il prit le parti de
faire marcher un Détachement des Troupes &
des Milices de Canada , les quatre Bataillons de la
Reine , de Languedoc , de Guyenne & de Béarn ,
que le Roi a fait paffer cette année à Quebec , &
un certain nombre de Sauvages , pour aller couvrir
les Forts de Niagara & de Frontenac , & il
donna le commandement du tout au Baron de
Dieskaw , Maréchal de Camp. Mais ayant été
JANVIER. 1756. 195
inftruit peu de jours après , que le Colonel
Jonhlon étoit en pleine marche à la tête de
L'autre Corps , pour attaquer le Fort Saint- Frederic
, & qu'il avoit même déja établi plufieurs poftes
d'entrepôt fur la route , il envoya un courier
au Baron de Dieskaw, pour l'informer de ces avis ,
& du parti qu'il prenoit de faire marcher en diligence
un Detachement de Troupes & de Milices
avec des Sauvages , pour aller au fecours du
Fort Saint- Frederic. Le Baron de Dieskaw y marcha
lui -même , & amena avec lui les Bataillons
de la Reine & de Languedoc , qui ne ſe trouvoient
compofés que de neuf Compagnies chacun. A
fon arrivée au Fort Saint- Frederic , il jugea à propos
d'aller au-devant des Anglois , & le 1r de Septembre
il fe trouva à huit lieues en avant de ce
Fort , à un endroit appellé Carillon . Il s'arrêtalà
, & ayant envoyé à la découverte de différens
côtés , il apprit que les Anglois étoient occupés
à conftruire un Fort à quelques lieues de - là ;
qu'il y avoit déja dans ce Fort , qui fe trouvoit
très- avancé , une Garnifon de cinq cens hommes;
qu'on y attendoit inceffamment un renfort
confidérable de troupes ; & que le Colonel
Jonhlon étoit avec fon Corps d'armée au fond
du Lac Saint-Sacrement. Sur ce rapport le Baron
de Dieskaw prit le parti de marcher en diligence
, pour tâcher de furprendre ce même Fort à
la tête de quinze cens hommes ; fçavoir , fix cens
Sauvages fous les ordres de M. de Saint - Pierre ,
fix cens Canadiens fous les ordres de M. de Repentigny
, & trois cens hommes de troupes , y
compris les deux Compagnies de Grenadiers des
Bataillons de la Reine & de Languedoc avec
trois Piquets de la Compagnie de Canonniers
de la Colonic. Il envoya le refte de ces deux
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Bataillons fous les ordres de M. de Roquemaure
, Commandant de celui de la Reine , à
l'endroit nommé les Deux Rochers , afin de fe replier
fur lui en cas qu'il fût obligé de ſe retirer
; & il fit marcher M. de Celoron Major ,
commandant les Troupes & Milices de la Colonie
, avec le reftant de fon Corps , vers la chute
du Lac Saint - Sacrement , pour empêcher les
Anglois de tenter une entreprife de ce côté- là.
En conféquence de ces difpofitions , il marcha
depuis le 4 jufqu'au 7 Septembre qu'il fe trouva
à environ une lieue du Fort Anglois . Comme la
fin du jour approchoit , il s'arrêta avec la troupe
, & envoya un Détachement de Sauvages
commandé par le fieur de Saint - Pierre , pour reconnoître
les lieux . Les Sauvages tuerent un
courier que le Colonel Jonhfon envoyoit au
Commandant du Fort pour l'avertir de la marche
des François. Ils s'emparerent auffi de quelques
charriots, qui y portoient de l'artillerie & des munitions
, mais dont quelques-uns des conducteurs
fe fauverent. Comme il n'étoit plus douteux que
le Fort Anglois étoit averti , le Baron de Diefkaw
fit propofer aux Sauvages l'option , ou de
fuivre le projet d'aller attaquer ce Fort , ou de
marcher contre le Camp du Colonel Jonhion ,
n'étoit qui ,fuivant tous les avis qu'on avoit eus ,
qu'à cinq ou fix lieues de- là avec un Corps de
troupes de trois mille hommes . Les Sauvages
opinerent tous pour cette derniere entrepriſe.
Le 8 on partit de grand matin fur cinq colonnes
dans l'ordre fuivant ; les troupes de France ,
& les canonniers au centre , une colonne de Canadiens
, & une autre de Sauvages à la droite ,
deux autres Colonnes femblables à la gauche.
Dès dix heures du matin , on ne fe trouva qu'à
&
JANVIER. 1756. 197
une lieue du Camp . Des prifonniers qui furent
faits par les Sauvages , déclarerent que , par le
chemin où marchoit l'Armée , il venoit des charriots
que les Anglois envoyoient à leur Fort , &
que ces chatriots étoient efcortés par un Détachement
confidérable. Le Baron de Dieskaw fit paffer
fur la gauche du chemin les Canadiens & les
Sauvages , avec ordre de laiffer engager les Anglois
, & de ne tirer fur eux que lorfque les troupes
reglées , qui continueroient leur marche par
le chemin , auroient commencé l'attaque . Quelques
minutes après , on entendit des coups de fufil
, & le feu s'anima entre les Sauvages qui marchoient
devant , & les Anglois. Les Canadiens
coururent fur le champ à leur fecours . Les Anglois
prirent la fuite. On les pourfuivit juſqu'à la
vae de leurs tentes ; & ce détachement qui étoit
de buit à neuf cens hommes , fut prefque tout détrait
: il en rentra fort peu dans le Camp ; & c'eſt
dans ce choc que M. de Saint - Pierre fut tué.
Le Baron de Dieskaw marchoit toujours par le
chemin , pendant que l'Ennemi fe battoit en retraite.
Quoique les Canadiens & les Sauvages fe
trouvaffent fort fatigués , il crut que le meilleur
moyen de les engager à le fuivre étoit de hâter fa
marche , pour profiter de la confufion que la défaite
de ce détachement devoit occafionner parmi
les troupes du Camp du Colonel Jonhfon. Il ne
fut pas longtems fans être en préfence . On lui
fit remarquer qu'il n'avoit point de colonne à la
droite pour le foutenir. Alors une petite troupe
de Canadiens s'étendit de ce côté-là , & fit un trèsgrand
feu fur les Anglois . Mais le Camp fe trouvant
retranché avec des bateaux , des charriots &
de gros arbres : l'infanterie des François , qui étoit
en front , eut un fi grand feu d'artillerie & de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
moufqueterie à effuyer, qu'elle fut obligée de reculer,
& de s'emparer de quelques arbres : elle y
refta pendant deux heures à fufiller avec le refte
des troupes , qui ne confiftoit pas en plus de cinq
cens hommes dans cette attaque , parce qu'il n'y
avoit qu'une partie des Canadiens , qui avoit fuivi,
& que les Sauvages s'étoient arrêtés. Ce fut- là que
le Baron de Dieskaw fut d'abord bleflé à la jambe ,
& que peu de tems après il reçut une balle qui lui
perça le genouil droit , & lui paffa dans les chairs
de la cuiffe gauche ; ce qui l'obligea de fe laiffer
porter à quelques pas de - là pour s'affeoir. Il ordonna
au Chevalier de Montreuil , Major général,
& Commandant en fecond , de le laiffer là , &
d'aller voir fi on ne pouvoit pas pénétrer dans le
Camp. Le Chevalier de Montreuil en vit l'impoffibilité
:les troupes étoient trop fatiguées , en trop
petit nombre , & trop maltraitées par le feu qu'elles
avoient effuyé. Il prit le parti de la retraite.
Il y eut d'abord quelque confufion ; mais la Troupe
fe rendit en bon ordre au lieu où l'on avoit laiffé
les bateaux. La perte des Anglois a été de plus
de fept cens hommes dans le détachement qui a
été attaqué par les Sauvages & les Canadiens , fans
compter les bleffés qui font rentrés dans le camp ,
& l'on ignore la perte qu'ils ont dû faire dans les
retranchemens . Celle des François n'a été que de
quatre-vingt-quinze hommes tués , tant officiers ,
feldats , que Canadiens & Sauvages , & cent- trente
bleffés de tous ces différens corps. Le Baron de
Dieskaw a été pris & conduit à Orange avec le
fieur Bernier fon Aide- de - Camp , & deux officiciers
de milice , tous trois bleffés comme lui.
Il ne s'est rien paffé depuis de ce côté-là . La
perte que le Colonel Jonshfon avoit faite , & la
préfence des troupes Françoifes , qui fe font enJANVIER.
1756. 199
fuite retranchées aux environs du FortSaint- Frédéric
, lui ont fait abandonner l'exécution de fon
projet contre ce Fort.
Les fecours que M. de Vaudreuil avoit envoyés
aux Forts Frontenac & de Niagara , en ont
impofé auffi au Gouverneur Shirley , qui s'eft retiré
avec les troupes , à l'exception d'une Garnifon
nombreufe qu'il a laiffée à Chouegen avec un
train confidérable d'artillerie. La défaite du Général
Braddok , & le mauvais fuccès du Colonel
Jonshfon doivent avoir contribué à lui faire prendre
ce parti ; car toutes ces différentes entrepriſes
avoient été combinées enfemble.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
En 1755, les Britanniques ont entrepris plusieurs offensives contre le Canada, mobilisant des forces navales et terrestres. En juin, environ 1 800 soldats britanniques ont pris les forts Beauséjour et Gaspareaux. Des escarmouches ont eu lieu entre Français et Britanniques dans la région de la rivière Saint-Jean. Le général Braddock, à la tête de 3 000 hommes, a été vaincu près du Fort Duquesne par une coalition franco-autochtone, subissant des pertes lourdes, dont sa propre mort. Parallèlement, deux autres contingents britanniques se dirigeaient vers le lac Ontario. En janvier 1756, le gouverneur de la Nouvelle-France, Vaudreuil, a été informé des préparatifs du gouverneur Shirley pour attaquer les forts français. Vaudreuil a envoyé des troupes sous le commandement du baron de Dieskau. Dieskau a réussi à vaincre les Britanniques près du fort Saint-Frédéric, capturant ou tuant une grande partie de leurs forces. Cependant, lors d'une bataille ultérieure, Dieskau a été blessé et capturé. Malgré des pertes significatives, les renforts envoyés aux forts Frontenac et Niagara ont contraint Shirley à se retirer. Les précédentes défaites britanniques, notamment celle de Braddock, ont également influencé cette décision.
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2
p. 221-223
ALLEMAGNE.
Début :
Une nouvelle secousse de tremblement de terre, qui s'est fait [...]
Mots clefs :
Prague, Berlin, Bonn, Tremblement de terre, Dégâts, Convention, Roi, Sa Majesté anglaise, Troubles, Amérique
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE PRAGUE , le 4 Février.
UNB nouvelle fecouffe de tremblement de
terre , qui s'est fait fentir le 12 du mois dernier
en plufieurs endroits de la frontiere de ce Royaume,
a eu une fuite fâcheufe. Il a fallu fufpendie
le travail des mines , à caufe des eaux dont elles
fe font remplies , & des exhalaifons fulfureufes
dont les ouvriers fe font trouvés incommodés .
DE
BERLIN , le 14 Février.
Jufqu'ici on n'avoit eu que des copies infidelles
de la Convention conclue le mois dernier entre
le Roi & Sa Majefté Britannique. Voici les termes
dans lefquels cette Convention eft annoncée par
la Gazette de cette Ville. « Sa Majefté le Roi de
» Pruffe & Sa Majefté le Roi de la Grande- Breta-
>> gne , ayant mûrement confideré que les trou-
» bles qui fe font élevés depuis peu en Amérique ,
» pourroient facilement être étendus plus loin &
» même tranſportés en Europe ; les Hautes Puif-
>> fances Contractantes ayant d'ailleurs pris tou-
» jours fortement à coeur le falut & le bien être
» de l'Allemagne , leur patrie commune , & dé-
>> firant extrêmement d'y maintenir furtout la
paix & la tranquillité , Elles ont cru ne pouvoir
Kinj
222 MERCURE DE FRANCE.
>> mieux faire pour parvenir à un but auffi falu-
» taire , que d'arrêter entr'Elles & de faire figner
>> par leurs Miniftres le 16 Janvier , une Conven-
» tion, de Neutralité, regardant purement l'Alle-
>> magne , & ne tendant à l'offenfe de perfonne ;
» en vertu de laquelle Convention leurfdites Ma-
» jeftés fe font engagées réciproquement de ne
» pas permettre que des troupes étrangeres , de
quelque Nation qu'elles puiffent être en-
» traffent en Allemagne , ou y paffaffent auffi
long-tems que les fufdits troubles , & les fuites
» qui pourront en réfulter dureront ; mais de s'y
>> oppofer dans tous les cas le plus vigoureufe-
>> ment qu'il leur fera poffible , afin de garantir
» par- là l'Allemagne des inconvéniens d'une
» guerre funefte , de maintenir fes Loix fonda-
>> mentales & fes Conftitutions , & de la faire
>> jouir d'une paix non interrompue ; ce qui fait
l'unique objet de la Convention fufmentionnée.
» Leurs Majeftés le Roi de Pruffe & le Roi de la
» Grande-Bretagne , ayant au furplus faifi cette
» occafion favorable , pour applanir les différends
» qui ont fubfifté jufqu'à préfent entr'Elles , pår
» rapport au reftant des dettes hypothéquées for
» la Siléfie , & payables aux fujets de Sa Majefté
Britannique , auffi -bien qu'à l'égard d'un
» dédommagement à accorder aux fujets de Sa
» Majefté Pruffienne pour les pertes qu'ils ont
» faites far mer pendant la derniere guerre , lés
» deux Hautes Puiffances Contractantes ont heu-
>> reuſement terminé ces deux objets à leur fatis-
» faction réciproque ; de façon que l'arrêt mis il
» y a quelque tems fur lefdites dettes , fera levé
» auffi tôt que la ratification de Sa Majesté Britan-
» nique de la fufdite Convention de Neutralité
» pour l'Allemagne fera arrivée ici .
AVRIL. 1756 . 223
DE BONN , le 23 Février.
Le 18 , à huit heures fix minutes du matin , le
vent étant Sud- Oueft , & l'air légérement chargé ,
on effuya ici une fecouffe de tremblement de
terre , plus violente de beaucoup que celles des
26 & 27 Décembre & du 26 Janvier. Dans la
Ville de Cologne plus de cent cheminées font
tombées. Quelques maiſons ont été confidérablement
endommagées dans leurs murs & dans leur
charpente. Les Bateaux qui étoient fur le Rhin ,
ont éprouvé une agitation extraordinaire , & plufieurs
ont couru rifque de périr . Un peu avant
neuf heures & vingt minutes après , il y eut encore
deux autres fecouffes , Ce tremblement , à ce
qu'on apprend , s'eft fait auffi fentir à Paderborn ,
à Olnabruck , à Arenſberg , à Darmſtadt , à Wetzlar
, à Caffel , à Worms & à Manheim . Les lettres
de Liege confirment qu'il y a cauſé de grands
dommages. Elles marquent qu'entr'autres accidens
une malfe énorme de pierres s'eft détachée
d'une Tour de la Cathédrale , & a enfoncé les
planchers de plufieurs maiſons voifines.
DE PRAGUE , le 4 Février.
UNB nouvelle fecouffe de tremblement de
terre , qui s'est fait fentir le 12 du mois dernier
en plufieurs endroits de la frontiere de ce Royaume,
a eu une fuite fâcheufe. Il a fallu fufpendie
le travail des mines , à caufe des eaux dont elles
fe font remplies , & des exhalaifons fulfureufes
dont les ouvriers fe font trouvés incommodés .
DE
BERLIN , le 14 Février.
Jufqu'ici on n'avoit eu que des copies infidelles
de la Convention conclue le mois dernier entre
le Roi & Sa Majefté Britannique. Voici les termes
dans lefquels cette Convention eft annoncée par
la Gazette de cette Ville. « Sa Majefté le Roi de
» Pruffe & Sa Majefté le Roi de la Grande- Breta-
>> gne , ayant mûrement confideré que les trou-
» bles qui fe font élevés depuis peu en Amérique ,
» pourroient facilement être étendus plus loin &
» même tranſportés en Europe ; les Hautes Puif-
>> fances Contractantes ayant d'ailleurs pris tou-
» jours fortement à coeur le falut & le bien être
» de l'Allemagne , leur patrie commune , & dé-
>> firant extrêmement d'y maintenir furtout la
paix & la tranquillité , Elles ont cru ne pouvoir
Kinj
222 MERCURE DE FRANCE.
>> mieux faire pour parvenir à un but auffi falu-
» taire , que d'arrêter entr'Elles & de faire figner
>> par leurs Miniftres le 16 Janvier , une Conven-
» tion, de Neutralité, regardant purement l'Alle-
>> magne , & ne tendant à l'offenfe de perfonne ;
» en vertu de laquelle Convention leurfdites Ma-
» jeftés fe font engagées réciproquement de ne
» pas permettre que des troupes étrangeres , de
quelque Nation qu'elles puiffent être en-
» traffent en Allemagne , ou y paffaffent auffi
long-tems que les fufdits troubles , & les fuites
» qui pourront en réfulter dureront ; mais de s'y
>> oppofer dans tous les cas le plus vigoureufe-
>> ment qu'il leur fera poffible , afin de garantir
» par- là l'Allemagne des inconvéniens d'une
» guerre funefte , de maintenir fes Loix fonda-
>> mentales & fes Conftitutions , & de la faire
>> jouir d'une paix non interrompue ; ce qui fait
l'unique objet de la Convention fufmentionnée.
» Leurs Majeftés le Roi de Pruffe & le Roi de la
» Grande-Bretagne , ayant au furplus faifi cette
» occafion favorable , pour applanir les différends
» qui ont fubfifté jufqu'à préfent entr'Elles , pår
» rapport au reftant des dettes hypothéquées for
» la Siléfie , & payables aux fujets de Sa Majefté
Britannique , auffi -bien qu'à l'égard d'un
» dédommagement à accorder aux fujets de Sa
» Majefté Pruffienne pour les pertes qu'ils ont
» faites far mer pendant la derniere guerre , lés
» deux Hautes Puiffances Contractantes ont heu-
>> reuſement terminé ces deux objets à leur fatis-
» faction réciproque ; de façon que l'arrêt mis il
» y a quelque tems fur lefdites dettes , fera levé
» auffi tôt que la ratification de Sa Majesté Britan-
» nique de la fufdite Convention de Neutralité
» pour l'Allemagne fera arrivée ici .
AVRIL. 1756 . 223
DE BONN , le 23 Février.
Le 18 , à huit heures fix minutes du matin , le
vent étant Sud- Oueft , & l'air légérement chargé ,
on effuya ici une fecouffe de tremblement de
terre , plus violente de beaucoup que celles des
26 & 27 Décembre & du 26 Janvier. Dans la
Ville de Cologne plus de cent cheminées font
tombées. Quelques maiſons ont été confidérablement
endommagées dans leurs murs & dans leur
charpente. Les Bateaux qui étoient fur le Rhin ,
ont éprouvé une agitation extraordinaire , & plufieurs
ont couru rifque de périr . Un peu avant
neuf heures & vingt minutes après , il y eut encore
deux autres fecouffes , Ce tremblement , à ce
qu'on apprend , s'eft fait auffi fentir à Paderborn ,
à Olnabruck , à Arenſberg , à Darmſtadt , à Wetzlar
, à Caffel , à Worms & à Manheim . Les lettres
de Liege confirment qu'il y a cauſé de grands
dommages. Elles marquent qu'entr'autres accidens
une malfe énorme de pierres s'eft détachée
d'une Tour de la Cathédrale , & a enfoncé les
planchers de plufieurs maiſons voifines.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En février 1756, plusieurs tremblements de terre ont frappé diverses régions d'Allemagne. Le 12 janvier, un séisme a perturbé les activités minières en raison d'inondations et d'exhalaisons sulfureuses. Le 18 février, un séisme plus violent a endommagé des bâtiments à Bonn et Cologne, et a été ressenti à Paderborn, Osnabrück, et Liège, où des dommages significatifs ont été signalés. Parallèlement, le 16 janvier, une convention de neutralité a été signée entre le roi de Prusse et le roi de Grande-Bretagne. Cette convention vise à préserver la paix en Allemagne en interdisant le passage de troupes étrangères tant que les troubles en Amérique perdureront. Elle assure aussi le respect des lois fondamentales et des constitutions allemandes. Les deux monarques ont également réglé des litiges concernant des dettes hypothécaires et des dédommagements liés à la dernière guerre. La levée de l'arrêt sur ces dettes est subordonnée à la ratification britannique de la convention.
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3
p. 234-236
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On est ici fort sensible à la prise de l'Isle de Minorque. [...]
Mots clefs :
Londres, Île de Minorque, Défaite anglaise, Dommages sur la navigation et le commerce, Amiral West, Amiral Byng, Sa Majesté anglaise, Général Fowke
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 10 Août .
On eft içi fort ſenſible à la priſe de l'Iſle Minor
que. La perte que la Nation fouffre par cet événement
, eft eftimée à plus d'un million de livres
fterlings , fans compter le dommage qui en réfultera
pour la navigation & pour le commerce. Il
paroît qu'on eft dans la ferme réfolution d'examiner
les caufes qui ont empêché que le Fort
Saint-Philippe n'ait été fecouru , & de punir felon
la rigueur des loix ceux qui feront reconnus avoir
défobéi aux ordres qu'ils avoient reçus relativement
à cet objet . Les Amiraux Byng & Weft
font arrivés à Spithéad , le premier ayant été
renvoyé fous arrêts par l'Amiral Hawke . Le
Public attend avec impatience les réponfes que
l'Amiral Byng fera fur les différens chefs d'accufation
intentés contre lui. Surtout on défire de
fçavoir pourquoi il a employé tant de temps à
retourner à Gibraltar après le combat du 20 Mai.
L'Amiral Weft s'eft rendu à Kenſington , pour
informer le Roi de toutes les circonftances du
combat naval du 20 Mai. Sa Majefté a témoigné
être parfaitement fatisfaite de la conduite qu'il a
tenue dans cette action . On garde étroitement
P'Amiral Byng. M. Edouard Byng , fon frere ,
quoique malade , alla le 28 à Portfmouth pour le
voir . Au moment qu'ils s'embraffoient , il arriva
SEPTEMBRE . 1756. 235
un Meffager d'Etat qui venoit prendre l'Amiral
fous fa garde. Cette vue fit une telle impreffion
fur le fieur Edouard Byng , qu'il expira fur le
champ fans proférer une feule parole . Les deux
principales fautes qu'on reproche à l'Amiral
Byng , font de n'avoir pas fait avancer plus de
Vaiffeaux à l'ordre de bataille de l'Amiral Weft ,
& de n'avoir pas tenté à tout hazard l'entrée du
Havre de Mahon , puifque fes ordres étoient pofitifs
à cet égard . Le Général Fowk , ci- devant
Gouverneur de Gibraltar , doit auffi fubir l'examen
d'un Confeil de Guerre , pour n'avoir pas
donné le Régiment que demandoit cet Amiral .
Le Chef d'Eſcadre Howe ayant fait une defcente
dans une petite Ine appartenante aux François,
& fituée à quelque diftance de l'ifle de Guarnefey
, cinquante hommes qui y étoient en garnifon
ont capitulé , & on leur a accordé les honneurs
de la guerre. On a reçu avis que l'Eſcadre ,
qui depuis quelque temps a établi fa croifiere devant
Louisbourg , s'eft emparé du Vaiffeau de
guerre François l'Arc-en - Ciel , de cinquante canons
, & qu'elle a enlevé aufli deux Navires de la
même Nation chargés de provifions , l'un pour
l'ifle Royale , l'autre pour celle de Saint- Jean.
Selon les nouvelles de la Caroline Méridionale ,
le feu a pris à Charles Town dans les magaſins ,
& a confumé une grande quantité de fucre , de
ris & de rhum. Il y a eu auffi un grand incendie à
Bridgeton dans l'Ile de la Barbade. Soixante-cinq
maiſons ont été réduites en cendres , ainfi qu'un
magafin rempli de coton , d'huile , de foufre , &
de plufieurs autres marchandiſes. Le dommage
monte à trois cens cinquante mille livres fterlings .
L'Amirauté a envoyé ordre à Portſmouth , à
Plymouth & à Douvres , de relâcher les Bâtimens
236 MERCURE DE FRANCE.
Hollandois , qui y ont été conduits depuis que la
Grande Bretagne a déclaré la guerre à la France.
Il eft parti ces jours - ci de Spithéad une nouvelle
Eſcadre de dix Vaiffeaux fous les ordres de l'Amiral
Holbourne , pour aller croiſer conjointement
avec l'Amiral Bofcawen fur les côtes de
Bretagne & du Pays d'Aunis. Le Gouvernement
vient de prendre à fon fervice un grand nombre
de Bâtimens de tranſport , dont les Capitaines ont
ordre de s'approvifionner pour un voyage de long
cours.
Aujourd'hui le Général Fowke a fubi un interrogatoire
devant un Confeil de guerre compofé
de quatorze Officiers Généraux . On avoit fait
partir l'Amiral Byng de Portſmouth pour le conduire
ici ; mais on a été obligé de lè remener કે
fon bord , afin de le fouftraire à la fureur de la
populace , qui s'étoit attroupée fur la route dans
le deffein de fe venger fur lui des avantages remportés
par les François.
DE LONDRES , le 10 Août .
On eft içi fort ſenſible à la priſe de l'Iſle Minor
que. La perte que la Nation fouffre par cet événement
, eft eftimée à plus d'un million de livres
fterlings , fans compter le dommage qui en réfultera
pour la navigation & pour le commerce. Il
paroît qu'on eft dans la ferme réfolution d'examiner
les caufes qui ont empêché que le Fort
Saint-Philippe n'ait été fecouru , & de punir felon
la rigueur des loix ceux qui feront reconnus avoir
défobéi aux ordres qu'ils avoient reçus relativement
à cet objet . Les Amiraux Byng & Weft
font arrivés à Spithéad , le premier ayant été
renvoyé fous arrêts par l'Amiral Hawke . Le
Public attend avec impatience les réponfes que
l'Amiral Byng fera fur les différens chefs d'accufation
intentés contre lui. Surtout on défire de
fçavoir pourquoi il a employé tant de temps à
retourner à Gibraltar après le combat du 20 Mai.
L'Amiral Weft s'eft rendu à Kenſington , pour
informer le Roi de toutes les circonftances du
combat naval du 20 Mai. Sa Majefté a témoigné
être parfaitement fatisfaite de la conduite qu'il a
tenue dans cette action . On garde étroitement
P'Amiral Byng. M. Edouard Byng , fon frere ,
quoique malade , alla le 28 à Portfmouth pour le
voir . Au moment qu'ils s'embraffoient , il arriva
SEPTEMBRE . 1756. 235
un Meffager d'Etat qui venoit prendre l'Amiral
fous fa garde. Cette vue fit une telle impreffion
fur le fieur Edouard Byng , qu'il expira fur le
champ fans proférer une feule parole . Les deux
principales fautes qu'on reproche à l'Amiral
Byng , font de n'avoir pas fait avancer plus de
Vaiffeaux à l'ordre de bataille de l'Amiral Weft ,
& de n'avoir pas tenté à tout hazard l'entrée du
Havre de Mahon , puifque fes ordres étoient pofitifs
à cet égard . Le Général Fowk , ci- devant
Gouverneur de Gibraltar , doit auffi fubir l'examen
d'un Confeil de Guerre , pour n'avoir pas
donné le Régiment que demandoit cet Amiral .
Le Chef d'Eſcadre Howe ayant fait une defcente
dans une petite Ine appartenante aux François,
& fituée à quelque diftance de l'ifle de Guarnefey
, cinquante hommes qui y étoient en garnifon
ont capitulé , & on leur a accordé les honneurs
de la guerre. On a reçu avis que l'Eſcadre ,
qui depuis quelque temps a établi fa croifiere devant
Louisbourg , s'eft emparé du Vaiffeau de
guerre François l'Arc-en - Ciel , de cinquante canons
, & qu'elle a enlevé aufli deux Navires de la
même Nation chargés de provifions , l'un pour
l'ifle Royale , l'autre pour celle de Saint- Jean.
Selon les nouvelles de la Caroline Méridionale ,
le feu a pris à Charles Town dans les magaſins ,
& a confumé une grande quantité de fucre , de
ris & de rhum. Il y a eu auffi un grand incendie à
Bridgeton dans l'Ile de la Barbade. Soixante-cinq
maiſons ont été réduites en cendres , ainfi qu'un
magafin rempli de coton , d'huile , de foufre , &
de plufieurs autres marchandiſes. Le dommage
monte à trois cens cinquante mille livres fterlings .
L'Amirauté a envoyé ordre à Portſmouth , à
Plymouth & à Douvres , de relâcher les Bâtimens
236 MERCURE DE FRANCE.
Hollandois , qui y ont été conduits depuis que la
Grande Bretagne a déclaré la guerre à la France.
Il eft parti ces jours - ci de Spithéad une nouvelle
Eſcadre de dix Vaiffeaux fous les ordres de l'Amiral
Holbourne , pour aller croiſer conjointement
avec l'Amiral Bofcawen fur les côtes de
Bretagne & du Pays d'Aunis. Le Gouvernement
vient de prendre à fon fervice un grand nombre
de Bâtimens de tranſport , dont les Capitaines ont
ordre de s'approvifionner pour un voyage de long
cours.
Aujourd'hui le Général Fowke a fubi un interrogatoire
devant un Confeil de guerre compofé
de quatorze Officiers Généraux . On avoit fait
partir l'Amiral Byng de Portſmouth pour le conduire
ici ; mais on a été obligé de lè remener કે
fon bord , afin de le fouftraire à la fureur de la
populace , qui s'étoit attroupée fur la route dans
le deffein de fe venger fur lui des avantages remportés
par les François.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
La prise de l'île de Minorque par les Français est considérée comme une perte majeure pour la Grande-Bretagne, évaluée à plus d'un million de livres sterling, avec des répercussions sur la navigation et le commerce. Une enquête est en cours pour déterminer pourquoi le Fort Saint-Philippe n'a pas été secouru, et des sanctions sont prévues pour les responsables. Les amiraux Byng et West sont arrivés à Spithead ; Byng a été arrêté par l'amiral Hawke. Le public attend les explications de Byng sur ses actions lors du combat du 20 mai, notamment le délai pris pour retourner à Gibraltar. L'amiral West a informé le roi de sa conduite, qui en a été satisfait. Byng est gardé sous surveillance stricte, et son frère Édouard est décédé en le voyant emmené sous garde. Les principales accusations contre Byng incluent le manque d'engagement de ses vaisseaux et l'échec à tenter l'entrée du port de Mahon. Le général Blow, ancien gouverneur de Gibraltar, sera également jugé pour ne pas avoir fourni le régiment demandé par Byng. L'escadre britannique a capturé un vaisseau français et deux navires de provisions près de Louisbourg. Des incendies ont détruit des biens à Charles Town et Bridgetown. L'Amirauté a ordonné la libération des bâtiments hollandais. Une nouvelle escadre, dirigée par l'amiral Holbourne, a été envoyée croiser au large des côtes bretonnes et du Pays d'Aunis. Le général Blow a subi un interrogatoire devant un conseil de guerre, tandis que Byng a été ramené à bord pour éviter la colère de la populace.
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4
p. 195-197
DE LONDRES, le 11 Novembre.
Début :
L'expédition tentée contre Sutatte a eu le succès qu'on desiroit. [...]
Mots clefs :
Flotte anglaise, Bombay, Débarquement, Troupes, Attaque, Désertion, Parlement, Discours, Succès des armes, Sa Majesté anglaise, Caroline, Sauvages, Colonies, Attaques, Forts, Capitaine, New York, Français, Expéditions, Officiers, Québec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 11 Novembre.
DE LONDRES , le 11 Novembre.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
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Résumé : DE LONDRES, le 11 Novembre.
Le 11 novembre, une expédition contre Suratte a réussi. La flotte, partie de Bombay fin février, comprenait huit cents Européens et trois mille Cipayes. Après un débarquement réussi, les troupes ont rencontré des difficultés avec les gros vaisseaux pour avancer vers la ville. Un bâtiment de vingt pièces de canon et quatre galiotes à bombes ont été utilisés pour rompre la chaîne fermant l'entrée du port. Après un assaut intense de quatre heures, la garnison a capitulé le 2 mars, permettant aux troupes d'entrer dans la place. Le 16 novembre, le Parlement a été assemblé et les féances ont commencé par la lecture d'un discours du roi. Ce discours rappelait les succès militaires et exprimait le désir du roi de rétablir la paix de manière honorable. Le 30 novembre, des nouvelles de Charlestown en Caroline ont rapporté que les Français avaient incité la nation indienne des Cherokées à attaquer les colonies. Trois mille Sauvages ont pénétré dans les colonies, semant la peur parmi les habitants. Le Capitaine Stuart a été envoyé avec des troupes pour contrer cette menace. À New York, les troupes du Général Amherst ont fortifié la pointe de la Couronne et ont tenté de traverser le Lac Champlain. Cependant, des vents contraires ont obligé le Général à revenir. Un corps de dix mille troupes françaises occupe divers postes entre Québec et la pointe de la Couronne, posant une menace significative.
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