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Liste
1
p. 241-244
« On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
Début :
On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...]
Mots clefs :
Madrid, Tremblement de terre, Catastrophe naturelle, Dégâts, Espagne, Portugal, Victimes, Famille royale
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texteReconnaissance textuelle : « On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
DE MADRID , le 10 Novembre .
ON effuya ici , le premier de ce mois , un des
plus violens tremblemens de terre qu'on y eût
éprouvé depuis long-tems. Il commença à dix
heures vingt minutes du matin , & il dura huit
minutes . Čet évenement répandit partout une
telle épouvante , que la plupart des habitans prirent
la fuite , & que les Prêtres même qui étoient
à l'Autel le quitterent. Cependant il n'eft arrivé
d'autre malheur que la perte de deux enfans tués
par une croix de pierre qui eft tombée du portail
de l'églife de Bon Succès. L'églife de S. André a
fouffert un tel ébranlement , qu'il s'eft fait plu
freurs lézardes dans la voûte & dans les murailles.
La partie fupérieure du portail de la paroiffe de
S. Louis s'eft fendue . {
Les fecouffes ont été auffi très - fortes à l'Efcu
rial , & l'on y eut la premiere à dix heures dix
minutes. La proximité des montagnes donnant
lieu de craindre que , s'il furvenoit un nouveau
tremblement , les fecouffes ne fuffent plus dangereufes
qu'à Madrid , leurs Majeftés partirent
après leur diner pour revenir ici . Elles y arriverent
à huit heures & demie du foir. Le lendemain ,
par égard pour les allarmes d'une partie de la
Cour , leurs Majeftés pafferent toute la matinée
fous une tente hors de la ville . Le foir , le Roi fit
chanter le Te Deum dans l'églife des Hieronymi-
I. Vol. L
242 MERCURE DE FRANCE.
tes , en actions de graces de ce que ce tremble
ment n'a point eu de fuites plus fâcheufes pour
cette capitale.
» Ce tremblement de terre a caufé beaucoup
» plus de dommage dans quelques autres villes
» d'Epagne , & il a fait des ravages affreux en
» Portugal. A l'égard de l'Espagne , nous avons
» appris par un courier venu de Séville le 8 , que
» la cathédrale , la plus belle églife du Royaume ,
» avoit été tellement ébranlée , qu'on avoit pris
la précaution de la fermer, que fa fameuse tour,
» appellé la Giralda étoit ouverte ; qu'on avoit
» fermé une autre églife , que plufieurs maiſons
» étoient tombées . L'Intendant de cette ville qui
» a mandé ces nouvelles , ajoute , qu'il n'avoit été
» informé jufqu'a préfent que de la mort de huit
perfonnes; qu'il étoit occupé à faire étayer plu-
» fieurs maifons qui avoient fouffert , & qu'il fai-
>> four former plufieurs rues. Le même tremble-
» ment s'est fait fentir en beaucoup d'autres villes
d'Efpagne , comme à San-Lucar de Barrameda,
à Salamanque , à Ségovie , à Valence , & jufqu'à
» Bilbao , & autres lieux. Mais on n'a aucun dé-
» tail de ces différends endroits , ce qui fait juger
que le dommage eft peu confidérable.
» Nous apprenons par les lettres de Cadix du '
» 4 , arrivées aujourd'hui par le courier ordinaire,
» que le tremblement de terre y a eu lieu ; qu'il a
> caulé peu de dommage , mais que la crue de la
» mer a fait craindre que la ville ne fût fubmer-
» gée : les caux ont abattu le parapet de la muraille
, depuis la porte de la Galette , juſqu'au
Fort de Sainte - Catherine . Le plus grand mal
» qu'ayent effuyé les environs de la ville , eft que
la chauffée qui conduit à l'Ifle , a été emportée
depuis la porte de terre jufqu'à la Cantarelle
DECEMBRE. 1755. 243
par les coups de mer qui ont enlevé tous ceux
» qui étoient deffus , foit en voitures , foit autre-
» ment. On fait monter à deux cens le nombre des
>> perfonnes qui ont péri fur cette chauffée. On
>> affure que le Gouvernement a pris les plus juftes
>> meſures pour préferver les habitans de Cadix
» en cas de récidive du tremblement , & que la
>> Caraca n'a point fouffert. C'est le lieu où font
» les vaiffeaux , & les magafins de la Marine d'Ef-
>> pagne.
"
» Pour ce qui regarde le Portugal , on a été in-
» formé par un courier dépêché de Liſbonne , &
» qui eft arrivé à Madrid le 8 du courant à 4 heu
» fes après-midi , que le 1er de ce mois , vers les
>> neuf heures du matin , le tremblement s'y eft
» fait fentir d'une façon terrible. Il a renversé
» la moitié de la ville , toutes les églifes & le pa-
« lais du Roi. Heureufement il n'eft arrivé aucun
accident à la Famille Royale qui étoit à Belem.
» Le Palais qu'elle habite dans ce lieu , a fouffert.
Au départ du courier elle étoit encore fous des
» baraques , elle couchoit dans des carroffes , &
» elle avoit été près de vingt - quatre heures fans
» Officiers , & fans avoir prefque rien à manger.
» Le feu a pris dans la partie de la ville , qui n'a
» pas été renversée . Il duroit encore , lorfque le
courier eft parti. Le Comte de Perelada , Am➡
» baffadeur d'Efpagne à la Cour de Portugal , a
» été écrasé par la chûte du portail de fon hôtel ,
» en voulant fe fauver. Neuf de fes domeftiques
» ont été tués . Le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
» de France , qui demeure vis - à - vis l'Ambaffadeur
» d'Espagne , a fauvé le fils unique du Comte de
» Perelada , & s'eft retiré heureufement avec la
» Comteffe fon époufe , & avec les enfans , dans
» une maison de campagne , où il a reçu tout le
L
244 MERCURE DE FRANCE.
refte des gens de l'Ambaffadeur d'Espagne.
» Le Nonce en Portugal a écrit par le même
courier , au Nonce de Madrid. Il lui mande
» qu'il a eu trois perfonnes écrasées dans fon palais
, & il date ainfi fa lettre : Du lieu où exiſtoit
» ci-devant Lisbonne.
»Comme ce courier a été uniquement dépêché
pour informer leurs Majeftés Catholiques,
» qu'il n'étoit arrivé aucun malheur à la Famille
Royale , on ne fçait pas d'autres particularités .
Le Comte d'Ognao , Ambaſſadeur du Roi de
Portugal à Madrid , à qui on a adreflé ces funef-
» tes nouvelles , ignore le fort du Comte d'Ognao
>> fon pere , & du refte de fa famille . Les mêmes
» lettres marquent que le Tage a eu une crue trèsconfidérable
, qui a précédé le tremblemer t. II
» faut qu'elle ait été bien grande , puifqu'à Tolede
» où il paffe , & qui eft à plus de cent lieues de
» Liſbonne , en fuivant les contours de ce fleuve ,
» élévation de l'eau a été d'environ dix pieds.
» Plufieurs autres villes de Portugal ont beau-
» coup fouffert , entr'autres Cafcaes & Setuval ,
D
qui font deux ports de mer fitués de l'un &
» Pautre côté du Tage , & peu éloignés de Lisbonne.
Il y a eu auffi de grands dommages dans
le Royaume des Algarves. Des gens prétendent
» qu'il a péri cinquante mille habitans dans Lis-
» bonne. Le tremblement à eu différentes repri-
» fes pendant dix heures ; on fentoit encore des
>> mouvemens au départ du courier.
» Il paroît par ce que le Roi de Portugal écrit
à la Reine d'Efpagne , que Sa Majesté Très-Fi
» dele eft pénétrée de la plus vive douleur , &
» n'eft occupée qu'à procurer des fecours à tous
» les fujets échappés d'un fi affreux déſaſtre. ».
ON effuya ici , le premier de ce mois , un des
plus violens tremblemens de terre qu'on y eût
éprouvé depuis long-tems. Il commença à dix
heures vingt minutes du matin , & il dura huit
minutes . Čet évenement répandit partout une
telle épouvante , que la plupart des habitans prirent
la fuite , & que les Prêtres même qui étoient
à l'Autel le quitterent. Cependant il n'eft arrivé
d'autre malheur que la perte de deux enfans tués
par une croix de pierre qui eft tombée du portail
de l'églife de Bon Succès. L'églife de S. André a
fouffert un tel ébranlement , qu'il s'eft fait plu
freurs lézardes dans la voûte & dans les murailles.
La partie fupérieure du portail de la paroiffe de
S. Louis s'eft fendue . {
Les fecouffes ont été auffi très - fortes à l'Efcu
rial , & l'on y eut la premiere à dix heures dix
minutes. La proximité des montagnes donnant
lieu de craindre que , s'il furvenoit un nouveau
tremblement , les fecouffes ne fuffent plus dangereufes
qu'à Madrid , leurs Majeftés partirent
après leur diner pour revenir ici . Elles y arriverent
à huit heures & demie du foir. Le lendemain ,
par égard pour les allarmes d'une partie de la
Cour , leurs Majeftés pafferent toute la matinée
fous une tente hors de la ville . Le foir , le Roi fit
chanter le Te Deum dans l'églife des Hieronymi-
I. Vol. L
242 MERCURE DE FRANCE.
tes , en actions de graces de ce que ce tremble
ment n'a point eu de fuites plus fâcheufes pour
cette capitale.
» Ce tremblement de terre a caufé beaucoup
» plus de dommage dans quelques autres villes
» d'Epagne , & il a fait des ravages affreux en
» Portugal. A l'égard de l'Espagne , nous avons
» appris par un courier venu de Séville le 8 , que
» la cathédrale , la plus belle églife du Royaume ,
» avoit été tellement ébranlée , qu'on avoit pris
la précaution de la fermer, que fa fameuse tour,
» appellé la Giralda étoit ouverte ; qu'on avoit
» fermé une autre églife , que plufieurs maiſons
» étoient tombées . L'Intendant de cette ville qui
» a mandé ces nouvelles , ajoute , qu'il n'avoit été
» informé jufqu'a préfent que de la mort de huit
perfonnes; qu'il étoit occupé à faire étayer plu-
» fieurs maifons qui avoient fouffert , & qu'il fai-
>> four former plufieurs rues. Le même tremble-
» ment s'est fait fentir en beaucoup d'autres villes
d'Efpagne , comme à San-Lucar de Barrameda,
à Salamanque , à Ségovie , à Valence , & jufqu'à
» Bilbao , & autres lieux. Mais on n'a aucun dé-
» tail de ces différends endroits , ce qui fait juger
que le dommage eft peu confidérable.
» Nous apprenons par les lettres de Cadix du '
» 4 , arrivées aujourd'hui par le courier ordinaire,
» que le tremblement de terre y a eu lieu ; qu'il a
> caulé peu de dommage , mais que la crue de la
» mer a fait craindre que la ville ne fût fubmer-
» gée : les caux ont abattu le parapet de la muraille
, depuis la porte de la Galette , juſqu'au
Fort de Sainte - Catherine . Le plus grand mal
» qu'ayent effuyé les environs de la ville , eft que
la chauffée qui conduit à l'Ifle , a été emportée
depuis la porte de terre jufqu'à la Cantarelle
DECEMBRE. 1755. 243
par les coups de mer qui ont enlevé tous ceux
» qui étoient deffus , foit en voitures , foit autre-
» ment. On fait monter à deux cens le nombre des
>> perfonnes qui ont péri fur cette chauffée. On
>> affure que le Gouvernement a pris les plus juftes
>> meſures pour préferver les habitans de Cadix
» en cas de récidive du tremblement , & que la
>> Caraca n'a point fouffert. C'est le lieu où font
» les vaiffeaux , & les magafins de la Marine d'Ef-
>> pagne.
"
» Pour ce qui regarde le Portugal , on a été in-
» formé par un courier dépêché de Liſbonne , &
» qui eft arrivé à Madrid le 8 du courant à 4 heu
» fes après-midi , que le 1er de ce mois , vers les
>> neuf heures du matin , le tremblement s'y eft
» fait fentir d'une façon terrible. Il a renversé
» la moitié de la ville , toutes les églifes & le pa-
« lais du Roi. Heureufement il n'eft arrivé aucun
accident à la Famille Royale qui étoit à Belem.
» Le Palais qu'elle habite dans ce lieu , a fouffert.
Au départ du courier elle étoit encore fous des
» baraques , elle couchoit dans des carroffes , &
» elle avoit été près de vingt - quatre heures fans
» Officiers , & fans avoir prefque rien à manger.
» Le feu a pris dans la partie de la ville , qui n'a
» pas été renversée . Il duroit encore , lorfque le
courier eft parti. Le Comte de Perelada , Am➡
» baffadeur d'Efpagne à la Cour de Portugal , a
» été écrasé par la chûte du portail de fon hôtel ,
» en voulant fe fauver. Neuf de fes domeftiques
» ont été tués . Le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
» de France , qui demeure vis - à - vis l'Ambaffadeur
» d'Espagne , a fauvé le fils unique du Comte de
» Perelada , & s'eft retiré heureufement avec la
» Comteffe fon époufe , & avec les enfans , dans
» une maison de campagne , où il a reçu tout le
L
244 MERCURE DE FRANCE.
refte des gens de l'Ambaffadeur d'Espagne.
» Le Nonce en Portugal a écrit par le même
courier , au Nonce de Madrid. Il lui mande
» qu'il a eu trois perfonnes écrasées dans fon palais
, & il date ainfi fa lettre : Du lieu où exiſtoit
» ci-devant Lisbonne.
»Comme ce courier a été uniquement dépêché
pour informer leurs Majeftés Catholiques,
» qu'il n'étoit arrivé aucun malheur à la Famille
Royale , on ne fçait pas d'autres particularités .
Le Comte d'Ognao , Ambaſſadeur du Roi de
Portugal à Madrid , à qui on a adreflé ces funef-
» tes nouvelles , ignore le fort du Comte d'Ognao
>> fon pere , & du refte de fa famille . Les mêmes
» lettres marquent que le Tage a eu une crue trèsconfidérable
, qui a précédé le tremblemer t. II
» faut qu'elle ait été bien grande , puifqu'à Tolede
» où il paffe , & qui eft à plus de cent lieues de
» Liſbonne , en fuivant les contours de ce fleuve ,
» élévation de l'eau a été d'environ dix pieds.
» Plufieurs autres villes de Portugal ont beau-
» coup fouffert , entr'autres Cafcaes & Setuval ,
D
qui font deux ports de mer fitués de l'un &
» Pautre côté du Tage , & peu éloignés de Lisbonne.
Il y a eu auffi de grands dommages dans
le Royaume des Algarves. Des gens prétendent
» qu'il a péri cinquante mille habitans dans Lis-
» bonne. Le tremblement à eu différentes repri-
» fes pendant dix heures ; on fentoit encore des
>> mouvemens au départ du courier.
» Il paroît par ce que le Roi de Portugal écrit
à la Reine d'Efpagne , que Sa Majesté Très-Fi
» dele eft pénétrée de la plus vive douleur , &
» n'eft occupée qu'à procurer des fecours à tous
» les fujets échappés d'un fi affreux déſaſtre. ».
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Résumé : « On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
Le 1er novembre, Madrid a été frappée par un violent tremblement de terre d'une durée de huit minutes, débutant à dix heures vingt minutes du matin. Cet événement a provoqué la panique parmi les habitants, mais les dommages ont été limités à la mort de deux enfants tués par une croix de pierre tombant du portail de l'église de Bon Succès. Plusieurs églises et bâtiments, notamment l'église de Saint-André et le portail de la paroisse de Saint-Louis, ont subi des dommages. À l'Escurial, les secousses ont été très fortes, commençant à dix heures dix minutes. Par crainte d'un nouveau tremblement de terre, le roi et la reine ont quitté Madrid après dîner et sont revenus le soir. Le lendemain, ils ont passé la matinée sous une tente en dehors de la ville. Le surlendemain, le roi a fait chanter le Te Deum en action de grâce. Le tremblement de terre a causé plus de dommages dans d'autres villes d'Espagne, notamment à Séville où la cathédrale et plusieurs maisons ont été endommagées. À Cadix, la crue de la mer a causé des dégâts, entraînant la mort d'environ deux cents personnes sur une chaussée emportée par les vagues. Au Portugal, le tremblement de terre a été particulièrement dévastateur, renversant la moitié de Lisbonne, toutes les églises et le palais royal. La famille royale, qui se trouvait à Belem, a été épargnée. Un incendie a éclaté dans la partie de la ville non renversée, tuant ou blessant plusieurs ambassadeurs et dignitaires. Le Tage a connu une crue significative, atteignant environ dix pieds à Tolède. De nombreuses autres villes du Portugal, y compris Cascais et Setúbal, ont également souffert. On estime que cinquante mille habitants de Lisbonne ont péri. Le roi du Portugal a exprimé sa douleur et s'est engagé à secourir les survivants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 245-248
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Aujourd'hui, le Roi s'est rendu à la Chambre des Pairs [...]
Mots clefs :
Londres, Parlement, Sa Majesté, Discours, Colonies américaines, Adresse au roi, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 13 novembre, le roi de Grande-Bretagne a ouvert le Parlement en présence des Chambres des Pairs et des Communes. Il a mis en lumière la situation critique des affaires et la nécessité de protéger les possessions en Amérique, menacées par des empiètements ou des invasions. Pour ce faire, des mesures ont été prises pour renforcer les forces maritimes et terrestres, et des encouragements ont été fournis aux colonies pour leur défense. Le roi a exprimé son désir d'éviter la guerre tout en se préparant à des accommodements honorables, mais la France n'a proposé aucune voie raisonnable. Il a également mentionné les efforts pour empêcher de nouvelles usurpations françaises et pour garantir les droits de la Grande-Bretagne. Le roi d'Espagne a assuré son soutien pacifique. Le Parlement a été informé de l'augmentation des armements et des forces terrestres, ainsi que de la conclusion de traités avec l'Impératrice de Russie et le Landgrave de Hesse-Cassel. Le roi a demandé des subsides pour soutenir les entreprises en cours et a assuré une gestion économique des fonds. Les Chambres ont résolu de présenter des adresses au roi, et des préparatifs militaires ont été annoncés, incluant la nomination de hauts gradés pour une éventuelle armée. Des augmentations de troupes dans les régiments d'infanterie et de cavalerie ont également été proposées. L'Amiral Boscawen hivernera en Amérique, et deux vaisseaux ont été envoyés vers la France avec des prisonniers.
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