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1
p. 186-192
Extrait du Traité de Paix entre la France & le Portugal, conclu à Utrecht le 11. Avril.
Début :
Article premier. Paix perpetuelle entre S. M. Trés Chrétienne, & [...]
Mots clefs :
Paix, Amnistie, Prisonniers, Colonies, Commerce, Vaisseaux, Territoires , Navigation, Esclaves, Garantie
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Traité de Paix entre la France & le Portugal, conclu à Utrecht le 11. Avril.
Extrait duTtdite de Paixentre
* laFrance &lePoriug l, conclu àUtrechtle 11. Ivril.*nGArticle
premier.
Paix perpetuelleentre S.
M.TrésChrétienne,&S.M.
Portugaise, successeurs, heritiers,&
c.Etats&sujets,&c.
** Art.2. ,Q',"'l :"
•' Oubli &amniftieehfrelés
sujets de part&d'autre,&c.
Arc. 3.
Prisonniers de guerre mis
en libertésans rançon. ':
Art. 4.
Si dans les Colonies ou
autres Domaines de leurs
Majestez on a pris quelque
place, fore ou porte, le tout
fera rendu au premier posfesseur,
en l'état où on l'aura
trouvé au temps de la publication
de la paix.
Art.5.&c6.
ti Dans lecontinent deFrance
& de Portugalle commerce
rétabli comme avat
L1 guerre, chacune des parties
se reservant la liberté de
regler les conditions, du
commercepar un traite particulier
qu'on pourra faireà
ce sujet, avec mêmes privileges
& exemptions reciproquement
accordez aux
sujets l'un de l'autre, comme
aux siens propres.
-
Art. 7.
Entrée reciproque des
vaisseaux demarchandise&
de guerre, comme par le
passé
,
pourvu que ceux-ci'
n'excedent tous ensemble le
nombre de six,à l'égard des
ports d'une plus grande
capacité,
& de trois dans les
moindres: & pour un plus
grand nombre demanderont
une permission aux
GouverneursouMagistrats,
ainsi que pour le temps du
séjour, quand leurs vaisseaux
y auront été portez
par le gros temps ou autre
necessité pressante, &c.
Art.8. 9.10. & II.
Et pour l'union & concorde
des deux nations, Sa M.
Trés-Chrétiennc se desiste
de toutes pretentions surles
terresduCap du Nort,entre
la riviere desAmasones &
celles de Japol, ou de Vincent
Pinson
; & en consequenceS.
M. Portug.pourra
faire rebâtir les forts d'Arguais
& de Camau, ou Massapa,
&les autres démolis
par le traité de Lisbonne le
4. Mars 1700. & reconnoît
5. M. Trés-Chrét.queles
deux bords de la rivieredes
Amasones,domaine,souveraineté&
navigation apartiennent
au Roy de Portu-
,,
gal. Arc. 12.
A l'égard du commerce
queleshabitans de Cayenne
pourroiententreprendre
1
dans le Maragnan, & dans
l'embouchure de la riviere
des Amasonesdéfense de
part & d'autre de passer la
riviere de Vincent Pinson
pour negocier,acheter des
esclaves dans les terres du
Cap du Nort, & aux Portugais
d'aller commercer à
Cayenne.
': ,- Arc. 1 3. &14.
S.M.Trés Chrét.empêchera
qdue'siMl ni'sysiaointndaairness lesdites terres
François, &c.
en laissant les missions aux Mir..
sionnaires Portugais. .', Art. •f»Encas de rupture entre les
François& lesPofcugais,ce qu'à
Dieu ne plaise, six moisdepart
& d'autre pour transporter leii
,
effets. f.
: Arc. 16.17.18.&19: -1
Et parce que la Reine de lai
Grande Bretagne offre d'être
garante de l'execution de ces
traité,le Roy de France & celui
de Portugal acceptent cette
garantie,&que tous les Rois-t
Princes&Républiques qui voudront
entrer dans lamêm egarantie,
puissent donner leurs
promçflès, oBligatips^&ç.Tous
:
lesart.ci-dessuspassez entre les
Ambassadeurs Plenipotentiaires,&
c.ratifications données
de part&d'autre,&c.&ont ligné
à Utrech^le.Àvriliyiji
etS.Huxel.i LS.J.C.de Tarouça.
LS.Menag. LS.D.L.de Cunha.
* laFrance &lePoriug l, conclu àUtrechtle 11. Ivril.*nGArticle
premier.
Paix perpetuelleentre S.
M.TrésChrétienne,&S.M.
Portugaise, successeurs, heritiers,&
c.Etats&sujets,&c.
** Art.2. ,Q',"'l :"
•' Oubli &amniftieehfrelés
sujets de part&d'autre,&c.
Arc. 3.
Prisonniers de guerre mis
en libertésans rançon. ':
Art. 4.
Si dans les Colonies ou
autres Domaines de leurs
Majestez on a pris quelque
place, fore ou porte, le tout
fera rendu au premier posfesseur,
en l'état où on l'aura
trouvé au temps de la publication
de la paix.
Art.5.&c6.
ti Dans lecontinent deFrance
& de Portugalle commerce
rétabli comme avat
L1 guerre, chacune des parties
se reservant la liberté de
regler les conditions, du
commercepar un traite particulier
qu'on pourra faireà
ce sujet, avec mêmes privileges
& exemptions reciproquement
accordez aux
sujets l'un de l'autre, comme
aux siens propres.
-
Art. 7.
Entrée reciproque des
vaisseaux demarchandise&
de guerre, comme par le
passé
,
pourvu que ceux-ci'
n'excedent tous ensemble le
nombre de six,à l'égard des
ports d'une plus grande
capacité,
& de trois dans les
moindres: & pour un plus
grand nombre demanderont
une permission aux
GouverneursouMagistrats,
ainsi que pour le temps du
séjour, quand leurs vaisseaux
y auront été portez
par le gros temps ou autre
necessité pressante, &c.
Art.8. 9.10. & II.
Et pour l'union & concorde
des deux nations, Sa M.
Trés-Chrétiennc se desiste
de toutes pretentions surles
terresduCap du Nort,entre
la riviere desAmasones &
celles de Japol, ou de Vincent
Pinson
; & en consequenceS.
M. Portug.pourra
faire rebâtir les forts d'Arguais
& de Camau, ou Massapa,
&les autres démolis
par le traité de Lisbonne le
4. Mars 1700. & reconnoît
5. M. Trés-Chrét.queles
deux bords de la rivieredes
Amasones,domaine,souveraineté&
navigation apartiennent
au Roy de Portu-
,,
gal. Arc. 12.
A l'égard du commerce
queleshabitans de Cayenne
pourroiententreprendre
1
dans le Maragnan, & dans
l'embouchure de la riviere
des Amasonesdéfense de
part & d'autre de passer la
riviere de Vincent Pinson
pour negocier,acheter des
esclaves dans les terres du
Cap du Nort, & aux Portugais
d'aller commercer à
Cayenne.
': ,- Arc. 1 3. &14.
S.M.Trés Chrét.empêchera
qdue'siMl ni'sysiaointndaairness lesdites terres
François, &c.
en laissant les missions aux Mir..
sionnaires Portugais. .', Art. •f»Encas de rupture entre les
François& lesPofcugais,ce qu'à
Dieu ne plaise, six moisdepart
& d'autre pour transporter leii
,
effets. f.
: Arc. 16.17.18.&19: -1
Et parce que la Reine de lai
Grande Bretagne offre d'être
garante de l'execution de ces
traité,le Roy de France & celui
de Portugal acceptent cette
garantie,&que tous les Rois-t
Princes&Républiques qui voudront
entrer dans lamêm egarantie,
puissent donner leurs
promçflès, oBligatips^&ç.Tous
:
lesart.ci-dessuspassez entre les
Ambassadeurs Plenipotentiaires,&
c.ratifications données
de part&d'autre,&c.&ont ligné
à Utrech^le.Àvriliyiji
etS.Huxel.i LS.J.C.de Tarouça.
LS.Menag. LS.D.L.de Cunha.
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Résumé : Extrait du Traité de Paix entre la France & le Portugal, conclu à Utrecht le 11. Avril.
Le traité de paix entre la France et le Portugal, signé à Utrecht le 11 avril, instaure une paix perpétuelle entre les deux monarchies et leurs successeurs. Les points clés incluent l'amnistie des sujets des deux nations, la libération des prisonniers de guerre sans rançon, et la restitution des territoires conquis. Le commerce entre les deux pays est rétabli comme avant la guerre, avec la possibilité de régler les conditions par un traité particulier. Les vaisseaux de commerce et de guerre peuvent accéder aux ports des deux nations, sous certaines limitations. La France renonce à ses prétentions sur les terres du Cap du Nord entre les rivières des Amazones et de Vincent Pinson, permettant au Portugal de reconstruire des forts et de reconnaître sa souveraineté sur les deux rives de la rivière des Amazones. Les habitants de Cayenne et les Portugais sont interdits de commercer au-delà de certaines limites. En cas de rupture du traité, six mois sont accordés pour transporter les effets. La reine de Grande-Bretagne offre de garantir l'exécution du traité, garantie acceptée par les rois de France et de Portugal et ouverte à d'autres souverains ou républiques. Les ratifications ont été signées à Utrecht le 11 avril.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 153-167
A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
Début :
L'Homme est naturellement né curieux ; il est avide de / M[onsieur], Nous sommes enfin arrivez ici depuïs deux jours ; [...]
Mots clefs :
Pérou, Navigation, Expédition, Nouveau monde, Capitaine, Sauvages, Descriptions physiques, Îles, Colonies, Tour du monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
L'H
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
M. & c.
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
M. & c.
Fermer
3
p. 167-173
A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
Début :
Aprés avoir promené le Lecteur dans l'Amérique Méridionale, Occidentale, / M[onsieur], Nous sortons d'une expédition contre les Sauvages [...]
Mots clefs :
Expédition, Sauvages, Fort, Peuple, Québec, Fleuve, Artillerie, Colonies, Gouverneur
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texteReconnaissance textuelle : A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
APrés avoir promené leLecteur
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
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4
p. 133-143
Voyages du Capitaine Lade, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
VOYAGES du Capitaine Robert Lade en differentes parties de l'Afrique, [...]
Mots clefs :
Anglais, Mer, Commerce, Continent, Pays, Lecteurs, Voyages, Europe, Amérique, Colonies, Abbé Prévost, Robert Lade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyages du Capitaine Lade, Extrait, [titre d'après la table]
V
DES BEAUX- ARTS , &c.
OYAGES du Capitaine Robert Lade
en differentes parties de l'Afrique ,
de l'Afie & de l'Amerique , contenant
l'Histoire de ſa fortune & fes obfervations
fur les colonies & le commerce des Eſpagnols
, des Anglois , des Hollandois , &c.
AParis , chés Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or , 1744 , 2 vol. in - 12 .
:
Ce Livre eſt traduit de l'Anglois parM.
P'Abbé Prevoſt , Auteur de pluſieurs excellens
Ouvrages. Ce n'eſt pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit ſon Pays
des tréſors de la Litterature Angloiſe. Le
Public a lû avec plaifir la Vie de Ciceron ,
&pluſieurs autres Traductions que M. Prevoſt
lui a préſentées ; c'eſt ſurtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglois une moiffon:
abondante :la moitié deleurNation eſt ſans
ceffe en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées ,& Londres eſt
la Ville de l'Univers , où il paroît le plus
1
134 MERCURE DE FRANCE.
de Relations & de Journaux de Mer
Notre Litterature le céde donc en ce point
à la Litterature Angloiſe , qui à tout autre
égard ne peut pas lui être comparée. J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéreſſent plus généralement toutes fortes
de Lecteurs. La curioſité qu'ils piquent
& qu'ils fatisfont ſoûtient l'attention de
ceux qui ne liſent que pour s'amufer ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en ſe
livrant à des lectures purement agréables ,
trouvent dans les Voyageurs dequoi s'inftruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrément qu'ils trouvent dans cette
lecture. Quoi de plus digne en effet d'un
eſprit éclairé , que de confiderer les differentes
manieres dont la Nature a traité les
hommes , & combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur adonné à tous
de ſemblable ? Malheureuſement ce n'eſt
pas dans cet eſprit que liſent la plupart des
hommes , même de ceux qu'on reconnoît
pour gens ſenſes & raisonnables. Des faits
finguliers , des Deſcriptions de Pays , de
Peuples , des Phénoménes extraordinaires ,
ſouvent incroyables , font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des lecteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'eſt pas
fans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philoſophiques ; elle apprend mille
.
NOVEMBRE. 1744. 13
choſes qu'il eſt fort avantageux de ſçavoir
&qu'il feroit honteux d'ignorer ; ſi cette
lecture eſt auſſi utile qu'agréable pour tou
tes fortes de lecteurs , elle est abfolument
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent ou à voyager
eux mêmes , ou à faire de leur cabinet
le commerce de la Mer ; il faut qu'ils connoiſſent
les differentes poſitions des lieux
de commerce , & qu'ils en poſſedent l'Hiftoire
, comme il est néceſſaire à nos Ambaffadeurs
de connoître la Topographie de
l'Europe , & l'Hiſtoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 go ans. :
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces fingularités incroyables ,
qui n'exiſtent ſouvent que dans l'imagination
des Voyageurs , plus attentifs à pi
quer la curiofité des lecteurs , qu'à refpecter
la vérité ; mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort inſtructifs fur les colonies
Eſpagnoles &Angloiſes. Les ſtratagêmes
dont lesAnglois ſe ſont ſervis fi longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Eſpagnols , font ici peints au naturel , &
l'ony voit les fémences des diffenfions &
des quérelles qui ont enfin allumé entre les
deuxNations une guerre dont l'embrafement
s'eſt communiqué au reſte de l'Europe.
Le ſouvenir de ce qui s'eſt paffé à Car136
MERCURE DE FRANCE.
thagene il y a 3 ans , rend bien intéreſſant
le Mémoire qui eſt inféré ici ſur cette Place
célébre & importante. C'eſt dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Efperance , de Batavia ,
de la Jamaïque , de la Georgie , de la Barbade
, des Bermudes , de Juan d'Ulva , & de
VeraCruz , où les négocians ſont ſi riches
que l'on regarde commepauvre un homme
dont le bien n'excede pas cent mille livres
ſterlings ; c'est- à-dire , environ deux millions
trois cent mille livres de notre monnoye.
2
Robert Lade ne ſe contente pas de donner
au public la relation de ſes voyages ; it
a ramaffé les Mémoires de fon fils , & de
pluſieurs autres , & l'on trouve ici rapprochées
beaucoup de particularités ſur les
tentatives qui ont été faites pour trouver
un paſſage de la Mer Glaciale dans laMer
du Sud ;cette collection forme une eſpece
d'Hiſtoire de cette navigation , qui juſqu'à
préſent a fi peu réüfli , & quoiqu'en diſe le
Voyageur , vraiſemblablement ne réüffira
jamais. Cette recherche importante a longtems
occupé les Anglois & les Hollandois
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sud fans paffer ſous les Forts des Eſpagnols ,
&parconféquent auroient partagé avec eux
ce riche commerce .
>
3
NOVEMBRE. 1744 . 137
En 1576 , le Capitaine Martin Frobisher
entreprit ſon premier voyage par le Nord-
Eſt , & le 12 de Juin ayant découvert la
Terre de L. brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné fon
nom. Il eſſaya fans ſuccès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays , qui
penſerent le faire périr ; cependant il ne fut
point découragé ; trois fois il tenta ce dangereux
voyage , mais toujours avec autant
de danger , & aufli peu de fruit.
Jean David , qui forma fix ans après ,
( en 1585 ) la même entrepriſe ne fut ni
moins conftant , ni plus heureux. Il alla dans
ſon ſecond voyage juſqu'à 66 deg. 26 m.
Ce deffein paroiſſoit abandonné lorfqu'en
1607 le Capitaine Henri Hudfon
s'avança juſqu'à 80 deg. 23 m. il palla encore
cent lieuës plus loin dans un troifiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il paſſât l'hyver dans ces
terribles lieux , mais il y périt enfin avec
tous ſes gens , payant bien cher l'honneur
d'avoir donné fon nom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudſon .
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte ; ils avoient navigué de ce
côté vers l'entrée du détroit avant Henri
Hudſon , mais celui-ci eſt le premier qui
138 MERCURE DE FRANCE.
ait pénétré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois , ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoiſe , & que les Sau
vages nomment Manotcouſibi ou riviere des
Etrangers , mais ils périrent tous de mifere
&de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
furpris , lorſqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
ſuivant , ils virent tant de corps morts , &
des hommes d'une figure ſi differente de la
leur. Malheureuſement il y avoit de la poudre
parmi les proviſions des Danois , dont
les débris ſubſiſtoient encore , ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter .
Les Anglois , les Hollandois , & les Danois
ne font pas les ſeuls qui ayent cherché
à paſſer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la Salle François tenta cette entrepriſe
en 1668 , mais il y périt malheureuſement.
Quelques Anglois de la Virginie ont prétendu
avoir traverſé tout le continent au
travers des terres ; mais ce n'eſt pas là ce
dont il s'agit , il eſt queſtion de trouver une
voye qui ſoit propre au commerce , ſans
quoi il ſert pen de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverſer le continent de l'Amerique.
Cequ'ils ont raconté de la fertilité des
terres&dela multitude des Nations qu'on
NOVEMBRE. 1744. 139
trouve dans ce Continent doit flater d'autant
plus la curioſité des lecteurs , qu'il
s'accorde parfaitement avec les relations
de pluſieurs autres Voyageurs ; notre Anglois
cite de longs & intéreſſans détails de
celle du P. Hennequin , Miſſionnaire Jefuite.
>>Ce ne ſont point des Pays déſerts &
>>fans culture , tels que les François & les
>>>Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
>>leurs premieres colonies. Des fruits &
>> des grains de toute eſpece y enrichiffent
>>les campagnes ; pluſieurs peuples y font
>>policés juſqu'à ſe vêtir d'étoffes très- fines,
>>ils ont l'uſage des chevaux avec des ſel-
>> les ; leurs Villes font bien bâties & régu-
>>>lierement fortifiées ; enfin la Nouvelle
>> France , la Virginie & la Caroline ſeme
>> blent n'être ſuivant ces relations que des
>> limites ſtériles & défertes d'une immenfe
> étenduë de Pays auquel toutes les fa-
>> veurs de la Nature ont été prodiguées , à
>>peu près comme la Mofcovie & la Tarta-
>>rie à l'égard des autres parties de l'Eu-
>rope.
Entre plufieurs obfervations , nous choifiſſons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti
nent.
>>On trouva des peuples qui n'ont riende
140 MERCURE DE FRANCE.
Barbare * que le nom : un de ces Sauva
>> ges , qui fut le premier qu'on rencon-
>>>tra , revenoit de la Chaffe avec ſa famille ,
>>>il fit préfent au Chefdes François d'un de
>> fes chevaux , & de quelque viande , le
priant par ſignes d'aller chés lui avec tous
>> ſes gens ; enfin pour les mieux engager ,
il leur laiſſa ſa femme , ſa famille & fa
>> chaffe , comme pour leur ſervir de gages ,
"& cependant il ſe rendit au Village, pour
faire ſçavoir leur arrivée ; au bout de deux
> jours il revint avec des chevaux chargés
>>de proviſions , & pluſieurs Chefs des Sau-
>> vages qui l'accompagnoient ; ils étoient
>> ſuivis de guerriers , habillés fort propre-
>ment de peaux paſſées , & ornées de plu-
>>>mes ; on les rencontra à trois lieuës de
>>l'habitation. Les François y furent reçus
>comme en triomphe & furent logés chés.
>> le grand Capitaine ; c'étoit un concours
• ſurprenant de peuple , dont la jeuneſſe
>>étoit rangée fous les armes. Elle ſe releva
>jour&nuit pour les garder , les comblant
>>de biens , & de toutes fortes de vivres.
Ce Village qu'on appelle le Cenis , eſt un
>>des plus confiderables de l'Amerique par
>>ſa grandeur , & par le nombre de ſes ha-
>>bitans ; il a bien 20 lieuës de long au
*Nous les appellons Sauvages & non pas Barbares.
NOVEMBRE. 1744. 141
moins ; ce n'eſt pas qu'il ſoit contigûment
>>>habité ; les maiſons font diftribuées par
» dix ou douze , qui font comme des Can-
>> tons , & qui ont chacun des noms diffe-
> rens. Elles font belles , longues de 40 ou
» 50 pieds , dreffées en maniere de ruches
» àmiel , & environnées d'arbres qui ſe
» rejoignent en haut par les branches ; nous
>>trouvámes chés ces Cenis pluſieurs chofes
>>qui viennent indubitablement des Eſpa-
>>gnols , comme des piastres , & d'autres
»monnoyes , des cuilliers d'argent , de la
>>dentelle ,des habits , &c. Nous y vîmes
» entr'autres une Bulle du Pape , qui exemp-
» te du jeûne les Eſpagnols du Mexique
>> pendant l'Eté. Les chevaux y ſont ſi com-
>>>muns , qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache ; un Cenis voulut donner
»un cheval pour le capuchon d'un Récollet
>>de la troupe dont il avoit envie.
Les obſervations que cite l'Auteur ſur les
Ianchus , ne font ni moins curieuſes ni
moins capables de donner une idée avantageuſe
du Continent; ſon deſſein en donnant
ces extraits , a été de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de
>>l'Amerique , comme de celui de l'Europe ,
>>>ouplus ou peut- être plus on trouve d'o-
>>pulence & de politeſſe , deſorte que de
2
l'aveu de tout le monde , la France , l'An
142 MERCURE DE FRANCE.
>>gleterre , la Hollande & l'Allemagne qui
>>font réellement au centre , l'emportent
»affés clairement ſur les autres Nations. Si
cette comparaiſon étoit la ſeule preuve de
l'aſſertion du Voyageur , elle feroit bientôt
renverſée ; en effet , peut-on dire que la
France , l'Italie , la Hollande , &c. font au
centre du Continent de l'Europe , lorſque
cesdifferentes Régions font toutes bordées
par la Mer ? Un Voyageur qui aborderoit à
Veniſe , & qui de-là tirant vers le Nord gagneroit
la Suéde ou la Moſcovie , ſeroit
bien éloigné de trouver plus d'opulence ,
àmeſure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe ; cette legere remarque n'empêche
pas que dans le fond la réflexion de
l'Auteur ne foit fort judicieuse ,& il a fans
doute raiſon de dire >> que quand l'eſperan-
> ce de trouver la Mer du Sud par la com-
> municationdes rivieres , comme on a déja
>>>trouvé le Golphe du Mexique par celle
>>d'Ouabache & de Miffiffipi , ne fuffiroit
>> pas pour faire entreprendre ſérieuſement
>>de pénétrer cette vaſte étenduë de Pays.
>D'autres vûës , preſqu'aufli importantes
» pour le commerce ,& la ſeule curiofité
>>même devroient porter les François & les
>>>Anglois , que cette entrepriſe ſemble re-
>garder par la ſituation de leurs colonies
> à pouffer de ce côté-là leurs découvertes.
NOVEMBRE. 1744. 143
On trouve à la ſuite de cette relation une
Deſcription de la Nouvelle Eſpagne , depuis
Panama juſques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord , fort curieuſe
, & bien détaillée. J'obſerverai qu'il
s'y eſt gliſſé une très-legere erreur. Le Voyageur
dit que les pluyes commencent à
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
juſqu'aumois deMai ; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre , c'eſt
ainſi que l'a rapporté M. Bouguer , l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou , pour
déterminer la figure de la Terre,
La relation de Robert Lade eſt ornée de
deux Cartes qui étoient néceſſaires pour lire
ce Livre avec fruit , & même avec agrément,
DES BEAUX- ARTS , &c.
OYAGES du Capitaine Robert Lade
en differentes parties de l'Afrique ,
de l'Afie & de l'Amerique , contenant
l'Histoire de ſa fortune & fes obfervations
fur les colonies & le commerce des Eſpagnols
, des Anglois , des Hollandois , &c.
AParis , chés Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or , 1744 , 2 vol. in - 12 .
:
Ce Livre eſt traduit de l'Anglois parM.
P'Abbé Prevoſt , Auteur de pluſieurs excellens
Ouvrages. Ce n'eſt pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit ſon Pays
des tréſors de la Litterature Angloiſe. Le
Public a lû avec plaifir la Vie de Ciceron ,
&pluſieurs autres Traductions que M. Prevoſt
lui a préſentées ; c'eſt ſurtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglois une moiffon:
abondante :la moitié deleurNation eſt ſans
ceffe en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées ,& Londres eſt
la Ville de l'Univers , où il paroît le plus
1
134 MERCURE DE FRANCE.
de Relations & de Journaux de Mer
Notre Litterature le céde donc en ce point
à la Litterature Angloiſe , qui à tout autre
égard ne peut pas lui être comparée. J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéreſſent plus généralement toutes fortes
de Lecteurs. La curioſité qu'ils piquent
& qu'ils fatisfont ſoûtient l'attention de
ceux qui ne liſent que pour s'amufer ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en ſe
livrant à des lectures purement agréables ,
trouvent dans les Voyageurs dequoi s'inftruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrément qu'ils trouvent dans cette
lecture. Quoi de plus digne en effet d'un
eſprit éclairé , que de confiderer les differentes
manieres dont la Nature a traité les
hommes , & combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur adonné à tous
de ſemblable ? Malheureuſement ce n'eſt
pas dans cet eſprit que liſent la plupart des
hommes , même de ceux qu'on reconnoît
pour gens ſenſes & raisonnables. Des faits
finguliers , des Deſcriptions de Pays , de
Peuples , des Phénoménes extraordinaires ,
ſouvent incroyables , font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des lecteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'eſt pas
fans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philoſophiques ; elle apprend mille
.
NOVEMBRE. 1744. 13
choſes qu'il eſt fort avantageux de ſçavoir
&qu'il feroit honteux d'ignorer ; ſi cette
lecture eſt auſſi utile qu'agréable pour tou
tes fortes de lecteurs , elle est abfolument
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent ou à voyager
eux mêmes , ou à faire de leur cabinet
le commerce de la Mer ; il faut qu'ils connoiſſent
les differentes poſitions des lieux
de commerce , & qu'ils en poſſedent l'Hiftoire
, comme il est néceſſaire à nos Ambaffadeurs
de connoître la Topographie de
l'Europe , & l'Hiſtoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 go ans. :
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces fingularités incroyables ,
qui n'exiſtent ſouvent que dans l'imagination
des Voyageurs , plus attentifs à pi
quer la curiofité des lecteurs , qu'à refpecter
la vérité ; mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort inſtructifs fur les colonies
Eſpagnoles &Angloiſes. Les ſtratagêmes
dont lesAnglois ſe ſont ſervis fi longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Eſpagnols , font ici peints au naturel , &
l'ony voit les fémences des diffenfions &
des quérelles qui ont enfin allumé entre les
deuxNations une guerre dont l'embrafement
s'eſt communiqué au reſte de l'Europe.
Le ſouvenir de ce qui s'eſt paffé à Car136
MERCURE DE FRANCE.
thagene il y a 3 ans , rend bien intéreſſant
le Mémoire qui eſt inféré ici ſur cette Place
célébre & importante. C'eſt dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Efperance , de Batavia ,
de la Jamaïque , de la Georgie , de la Barbade
, des Bermudes , de Juan d'Ulva , & de
VeraCruz , où les négocians ſont ſi riches
que l'on regarde commepauvre un homme
dont le bien n'excede pas cent mille livres
ſterlings ; c'est- à-dire , environ deux millions
trois cent mille livres de notre monnoye.
2
Robert Lade ne ſe contente pas de donner
au public la relation de ſes voyages ; it
a ramaffé les Mémoires de fon fils , & de
pluſieurs autres , & l'on trouve ici rapprochées
beaucoup de particularités ſur les
tentatives qui ont été faites pour trouver
un paſſage de la Mer Glaciale dans laMer
du Sud ;cette collection forme une eſpece
d'Hiſtoire de cette navigation , qui juſqu'à
préſent a fi peu réüfli , & quoiqu'en diſe le
Voyageur , vraiſemblablement ne réüffira
jamais. Cette recherche importante a longtems
occupé les Anglois & les Hollandois
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sud fans paffer ſous les Forts des Eſpagnols ,
&parconféquent auroient partagé avec eux
ce riche commerce .
>
3
NOVEMBRE. 1744 . 137
En 1576 , le Capitaine Martin Frobisher
entreprit ſon premier voyage par le Nord-
Eſt , & le 12 de Juin ayant découvert la
Terre de L. brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné fon
nom. Il eſſaya fans ſuccès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays , qui
penſerent le faire périr ; cependant il ne fut
point découragé ; trois fois il tenta ce dangereux
voyage , mais toujours avec autant
de danger , & aufli peu de fruit.
Jean David , qui forma fix ans après ,
( en 1585 ) la même entrepriſe ne fut ni
moins conftant , ni plus heureux. Il alla dans
ſon ſecond voyage juſqu'à 66 deg. 26 m.
Ce deffein paroiſſoit abandonné lorfqu'en
1607 le Capitaine Henri Hudfon
s'avança juſqu'à 80 deg. 23 m. il palla encore
cent lieuës plus loin dans un troifiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il paſſât l'hyver dans ces
terribles lieux , mais il y périt enfin avec
tous ſes gens , payant bien cher l'honneur
d'avoir donné fon nom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudſon .
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte ; ils avoient navigué de ce
côté vers l'entrée du détroit avant Henri
Hudſon , mais celui-ci eſt le premier qui
138 MERCURE DE FRANCE.
ait pénétré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois , ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoiſe , & que les Sau
vages nomment Manotcouſibi ou riviere des
Etrangers , mais ils périrent tous de mifere
&de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
furpris , lorſqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
ſuivant , ils virent tant de corps morts , &
des hommes d'une figure ſi differente de la
leur. Malheureuſement il y avoit de la poudre
parmi les proviſions des Danois , dont
les débris ſubſiſtoient encore , ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter .
Les Anglois , les Hollandois , & les Danois
ne font pas les ſeuls qui ayent cherché
à paſſer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la Salle François tenta cette entrepriſe
en 1668 , mais il y périt malheureuſement.
Quelques Anglois de la Virginie ont prétendu
avoir traverſé tout le continent au
travers des terres ; mais ce n'eſt pas là ce
dont il s'agit , il eſt queſtion de trouver une
voye qui ſoit propre au commerce , ſans
quoi il ſert pen de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverſer le continent de l'Amerique.
Cequ'ils ont raconté de la fertilité des
terres&dela multitude des Nations qu'on
NOVEMBRE. 1744. 139
trouve dans ce Continent doit flater d'autant
plus la curioſité des lecteurs , qu'il
s'accorde parfaitement avec les relations
de pluſieurs autres Voyageurs ; notre Anglois
cite de longs & intéreſſans détails de
celle du P. Hennequin , Miſſionnaire Jefuite.
>>Ce ne ſont point des Pays déſerts &
>>fans culture , tels que les François & les
>>>Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
>>leurs premieres colonies. Des fruits &
>> des grains de toute eſpece y enrichiffent
>>les campagnes ; pluſieurs peuples y font
>>policés juſqu'à ſe vêtir d'étoffes très- fines,
>>ils ont l'uſage des chevaux avec des ſel-
>> les ; leurs Villes font bien bâties & régu-
>>>lierement fortifiées ; enfin la Nouvelle
>> France , la Virginie & la Caroline ſeme
>> blent n'être ſuivant ces relations que des
>> limites ſtériles & défertes d'une immenfe
> étenduë de Pays auquel toutes les fa-
>> veurs de la Nature ont été prodiguées , à
>>peu près comme la Mofcovie & la Tarta-
>>rie à l'égard des autres parties de l'Eu-
>rope.
Entre plufieurs obfervations , nous choifiſſons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti
nent.
>>On trouva des peuples qui n'ont riende
140 MERCURE DE FRANCE.
Barbare * que le nom : un de ces Sauva
>> ges , qui fut le premier qu'on rencon-
>>>tra , revenoit de la Chaffe avec ſa famille ,
>>>il fit préfent au Chefdes François d'un de
>> fes chevaux , & de quelque viande , le
priant par ſignes d'aller chés lui avec tous
>> ſes gens ; enfin pour les mieux engager ,
il leur laiſſa ſa femme , ſa famille & fa
>> chaffe , comme pour leur ſervir de gages ,
"& cependant il ſe rendit au Village, pour
faire ſçavoir leur arrivée ; au bout de deux
> jours il revint avec des chevaux chargés
>>de proviſions , & pluſieurs Chefs des Sau-
>> vages qui l'accompagnoient ; ils étoient
>> ſuivis de guerriers , habillés fort propre-
>ment de peaux paſſées , & ornées de plu-
>>>mes ; on les rencontra à trois lieuës de
>>l'habitation. Les François y furent reçus
>comme en triomphe & furent logés chés.
>> le grand Capitaine ; c'étoit un concours
• ſurprenant de peuple , dont la jeuneſſe
>>étoit rangée fous les armes. Elle ſe releva
>jour&nuit pour les garder , les comblant
>>de biens , & de toutes fortes de vivres.
Ce Village qu'on appelle le Cenis , eſt un
>>des plus confiderables de l'Amerique par
>>ſa grandeur , & par le nombre de ſes ha-
>>bitans ; il a bien 20 lieuës de long au
*Nous les appellons Sauvages & non pas Barbares.
NOVEMBRE. 1744. 141
moins ; ce n'eſt pas qu'il ſoit contigûment
>>>habité ; les maiſons font diftribuées par
» dix ou douze , qui font comme des Can-
>> tons , & qui ont chacun des noms diffe-
> rens. Elles font belles , longues de 40 ou
» 50 pieds , dreffées en maniere de ruches
» àmiel , & environnées d'arbres qui ſe
» rejoignent en haut par les branches ; nous
>>trouvámes chés ces Cenis pluſieurs chofes
>>qui viennent indubitablement des Eſpa-
>>gnols , comme des piastres , & d'autres
»monnoyes , des cuilliers d'argent , de la
>>dentelle ,des habits , &c. Nous y vîmes
» entr'autres une Bulle du Pape , qui exemp-
» te du jeûne les Eſpagnols du Mexique
>> pendant l'Eté. Les chevaux y ſont ſi com-
>>>muns , qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache ; un Cenis voulut donner
»un cheval pour le capuchon d'un Récollet
>>de la troupe dont il avoit envie.
Les obſervations que cite l'Auteur ſur les
Ianchus , ne font ni moins curieuſes ni
moins capables de donner une idée avantageuſe
du Continent; ſon deſſein en donnant
ces extraits , a été de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de
>>l'Amerique , comme de celui de l'Europe ,
>>>ouplus ou peut- être plus on trouve d'o-
>>pulence & de politeſſe , deſorte que de
2
l'aveu de tout le monde , la France , l'An
142 MERCURE DE FRANCE.
>>gleterre , la Hollande & l'Allemagne qui
>>font réellement au centre , l'emportent
»affés clairement ſur les autres Nations. Si
cette comparaiſon étoit la ſeule preuve de
l'aſſertion du Voyageur , elle feroit bientôt
renverſée ; en effet , peut-on dire que la
France , l'Italie , la Hollande , &c. font au
centre du Continent de l'Europe , lorſque
cesdifferentes Régions font toutes bordées
par la Mer ? Un Voyageur qui aborderoit à
Veniſe , & qui de-là tirant vers le Nord gagneroit
la Suéde ou la Moſcovie , ſeroit
bien éloigné de trouver plus d'opulence ,
àmeſure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe ; cette legere remarque n'empêche
pas que dans le fond la réflexion de
l'Auteur ne foit fort judicieuse ,& il a fans
doute raiſon de dire >> que quand l'eſperan-
> ce de trouver la Mer du Sud par la com-
> municationdes rivieres , comme on a déja
>>>trouvé le Golphe du Mexique par celle
>>d'Ouabache & de Miffiffipi , ne fuffiroit
>> pas pour faire entreprendre ſérieuſement
>>de pénétrer cette vaſte étenduë de Pays.
>D'autres vûës , preſqu'aufli importantes
» pour le commerce ,& la ſeule curiofité
>>même devroient porter les François & les
>>>Anglois , que cette entrepriſe ſemble re-
>garder par la ſituation de leurs colonies
> à pouffer de ce côté-là leurs découvertes.
NOVEMBRE. 1744. 143
On trouve à la ſuite de cette relation une
Deſcription de la Nouvelle Eſpagne , depuis
Panama juſques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord , fort curieuſe
, & bien détaillée. J'obſerverai qu'il
s'y eſt gliſſé une très-legere erreur. Le Voyageur
dit que les pluyes commencent à
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
juſqu'aumois deMai ; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre , c'eſt
ainſi que l'a rapporté M. Bouguer , l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou , pour
déterminer la figure de la Terre,
La relation de Robert Lade eſt ornée de
deux Cartes qui étoient néceſſaires pour lire
ce Livre avec fruit , & même avec agrément,
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5
p. 230-232
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On fait monter à plusieurs millions sterlings les pertes que les sujets [...]
Mots clefs :
Londres, Traite avec la Prusse, Amiral, Navires, Amérique, Colonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 9 Février.
On fait monter à plufieurs millions fterlings
les pertes que les fujets du Roi ont effuyées par
le défaftre de Lisbonne. Toutes les lettres d'Amérique
ne parlent que des ravages caufés par les
Sauvages dans quelques unes des Colonies Angloifes.
Si l'on en croit les bruits publics , il a été ftipulé
par le Traité qui vient d'être conclu entre
cette Cour & celle de Berlin , que la Grande-
Bretagne payeroit au Roi de Pruffe vingt mille
livres fterlings pour indemnité des prifes illégitimes
faites fur les Prufliens par les Anglois pendant
la derniere guerre , & qu'en conféquence
Sa Majesté Pruffienne acquitteroit le refte des
dettes hypothéquées fur la Silésie.
On parle de former un camp dans la plaine de
Finchley. Le bruit court que le Corps de troupes
Heffoifes à la folde de la Grande- Bretagne , doit
être transporté inceffamment en Angleterre. Le
Gouvernement paroît être dans le deffein de
lever encore fix nouveaux Régimens. Les Amiraur
Ofborne , Moftyn & Townshend , firent voile
de Spithéad le 31 du mois dernier avec quinze
vaiffeaux de ligne & quatre frégates . Ils feront
joints à Plymouth par une Efcadre de fix vaiffeaux
& de huit frégates, que commande l'Amiral Weft.
Ces Amiraux prendront fous leur convoi une flotte
de deux cens navires marchands , qu'ils eſcorteront
jufqu'à une certaine hauteur . L'Amiral Holbourne
n'attend que fes derniers ordres pour
partir de Portſmouth avec fon Efcadre. Il a arboré
fon pavillon à bord du vaiffeau le Prince Geor
ges , de quatre -vingt - dix canons. Sur la nouvelle
MARS. 1756. 231
que
le Roi Très- Chrétien a fait arrêter tous les
bâtimens Anglois qui fe font trouvés dans fes
ports , la Cour a envoyé ordre dans les différens
perts de la Grande- Bretagne aux navires chargés
pour la France , de fufpendre leur départ.
Il paroît qu'on ne fera paffer d'abord en Angleterre
qu'une partie des troupes Heffoifes qui
ont été prifes à la folde de la Grande - Bretagne.
Le Gouvernement eft dans la réfolution d'augmenter
l'Infanterie en Irlande , jufqu'à douze
mille hommes . On y a envoyé ordre au Régiment
du Lord Jean Murray , à celui du Général
Orway , & à un Bataillon de Royal Ecoffois de fe
tenir prêts à s'embarquer pour la nouvelle Angleterre
. Les lettres qu'on reçoit de cette colonie ,
marquent que trois Officiers font partis de Philadelphie
pour faire conftruire dix Forts depuis la
riviere de Delawar jufqu'à Wills- Creek , ce qui
comprend une étendue de deux cens cinquante
milles. Ces avis ajoutent que les Gouverneurs
des différens établiffemens de l'Amérique Septentrionale
fe font raffemblés à la nouvelle Yorck ,
afin de concerter enfemble les opérations de la
campagne prochaine. Si l'on en croit les mêmes
avis , les fix Nations Iroquoifes fe font rangées
du côté des François. Hier l'Amiral Boscawen
partit pour Postmouth , où il va prendre le commandement
d'une Eſcadre. Celle qui eft fous les
ordres des Amiraux Oſborne , Mostyn & Townshend
, arriva le 3 à Plymouth , & y fut jointe lemême
jour par celle de l'Amiral Weft. Elles mirent
enfuite à la voile avec un vent favorable
pour leurs deftinations . Sa Majefté a nommé le
Comte d'Albemarle , Major Général .
Deux Juifs , dont l'un ſe nomme Wolf Iſaac
Liebman , & l'autre Jacob de Nadan Lévi Son232
MERCURE DE FRANCE.
fino , ont fait ici deux banqueroutes très - conf
dérables. La difette d'argent commence à être
telle ,que fideux navires chargés de piaftres qu'on
attend de Cadix n'arrivent pas bientôt , la confternatiod
fera générale.
DE LONDRES , le 9 Février.
On fait monter à plufieurs millions fterlings
les pertes que les fujets du Roi ont effuyées par
le défaftre de Lisbonne. Toutes les lettres d'Amérique
ne parlent que des ravages caufés par les
Sauvages dans quelques unes des Colonies Angloifes.
Si l'on en croit les bruits publics , il a été ftipulé
par le Traité qui vient d'être conclu entre
cette Cour & celle de Berlin , que la Grande-
Bretagne payeroit au Roi de Pruffe vingt mille
livres fterlings pour indemnité des prifes illégitimes
faites fur les Prufliens par les Anglois pendant
la derniere guerre , & qu'en conféquence
Sa Majesté Pruffienne acquitteroit le refte des
dettes hypothéquées fur la Silésie.
On parle de former un camp dans la plaine de
Finchley. Le bruit court que le Corps de troupes
Heffoifes à la folde de la Grande- Bretagne , doit
être transporté inceffamment en Angleterre. Le
Gouvernement paroît être dans le deffein de
lever encore fix nouveaux Régimens. Les Amiraur
Ofborne , Moftyn & Townshend , firent voile
de Spithéad le 31 du mois dernier avec quinze
vaiffeaux de ligne & quatre frégates . Ils feront
joints à Plymouth par une Efcadre de fix vaiffeaux
& de huit frégates, que commande l'Amiral Weft.
Ces Amiraux prendront fous leur convoi une flotte
de deux cens navires marchands , qu'ils eſcorteront
jufqu'à une certaine hauteur . L'Amiral Holbourne
n'attend que fes derniers ordres pour
partir de Portſmouth avec fon Efcadre. Il a arboré
fon pavillon à bord du vaiffeau le Prince Geor
ges , de quatre -vingt - dix canons. Sur la nouvelle
MARS. 1756. 231
que
le Roi Très- Chrétien a fait arrêter tous les
bâtimens Anglois qui fe font trouvés dans fes
ports , la Cour a envoyé ordre dans les différens
perts de la Grande- Bretagne aux navires chargés
pour la France , de fufpendre leur départ.
Il paroît qu'on ne fera paffer d'abord en Angleterre
qu'une partie des troupes Heffoifes qui
ont été prifes à la folde de la Grande - Bretagne.
Le Gouvernement eft dans la réfolution d'augmenter
l'Infanterie en Irlande , jufqu'à douze
mille hommes . On y a envoyé ordre au Régiment
du Lord Jean Murray , à celui du Général
Orway , & à un Bataillon de Royal Ecoffois de fe
tenir prêts à s'embarquer pour la nouvelle Angleterre
. Les lettres qu'on reçoit de cette colonie ,
marquent que trois Officiers font partis de Philadelphie
pour faire conftruire dix Forts depuis la
riviere de Delawar jufqu'à Wills- Creek , ce qui
comprend une étendue de deux cens cinquante
milles. Ces avis ajoutent que les Gouverneurs
des différens établiffemens de l'Amérique Septentrionale
fe font raffemblés à la nouvelle Yorck ,
afin de concerter enfemble les opérations de la
campagne prochaine. Si l'on en croit les mêmes
avis , les fix Nations Iroquoifes fe font rangées
du côté des François. Hier l'Amiral Boscawen
partit pour Postmouth , où il va prendre le commandement
d'une Eſcadre. Celle qui eft fous les
ordres des Amiraux Oſborne , Mostyn & Townshend
, arriva le 3 à Plymouth , & y fut jointe lemême
jour par celle de l'Amiral Weft. Elles mirent
enfuite à la voile avec un vent favorable
pour leurs deftinations . Sa Majefté a nommé le
Comte d'Albemarle , Major Général .
Deux Juifs , dont l'un ſe nomme Wolf Iſaac
Liebman , & l'autre Jacob de Nadan Lévi Son232
MERCURE DE FRANCE.
fino , ont fait ici deux banqueroutes très - conf
dérables. La difette d'argent commence à être
telle ,que fideux navires chargés de piaftres qu'on
attend de Cadix n'arrivent pas bientôt , la confternatiod
fera générale.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En février 1756, la Grande-Bretagne fait face à divers événements politiques et militaires. Les pertes britanniques dues au séisme de Lisbonne sont évaluées à plusieurs millions de sterlings. Les colonies américaines signalent des attaques de tribus indigènes. Un traité entre la Grande-Bretagne et la Prusse prévoit que la Grande-Bretagne paiera 20 000 livres sterlings pour des prises illégitimes, tandis que la Prusse remboursera des dettes hypothéquées sur la Silésie. Des préparatifs militaires sont en cours, incluant la formation d'un camp à Finchley et le transport de troupes hessoises en Angleterre. Plusieurs amiraux, tels Osborne, Mostyn, Townshend et West, préparent leurs escadres pour escorter une flotte de navires marchands. Le gouvernement britannique a ordonné l'arrêt des départs des navires à destination de la France après l'arrestation de bâtiments britanniques par le roi de France. Des troupes doivent être augmentées en Irlande et des régiments se préparent à partir pour la Nouvelle-Angleterre. Les gouverneurs des colonies américaines se réunissent à New York pour planifier la campagne prochaine, tandis que les nations iroquoises s'allient aux Français. L'amiral Boscawen prend le commandement d'une escadre à Portsmouth et le comte d'Albemarle est nommé major général. Deux banqueroutes importantes ont lieu à Londres, aggravant la pénurie d'argent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 221-224
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On prépare à Wolwich dix mille bombes, dont le public ignore la destination. [...]
Mots clefs :
Londres, Bombes, Maladies, Amérique, Bataillons, Commerce du blé, Discours du roi, Parlement, Colonies, Chambre des communes, La Haye, Ordonnance, Vaisseaux, Secousses
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 7 Décembre.
On prépare à Wolwich dix mille bombes , dont
le public ignore la deſtination . Il n'y a eu aucun
moyen d'engager les habitans des Provinces de
Kent & de Hampſhire , à recevoir dans les Villes ,
même dans les Villages , les troupes de Hanovre
& de Heffe.
Des dépêches qu'on recut le 20 Novembre
de la Nouvelle Yorck , marquent qu'il regne
beaucoup de maladies parmi les troupes que commande
le Lord Loudon. On a été informé par
les mêmes avis , que ce Lord avoit fait marcher
plufieurs détachemens , pour tâcher d'arrêter les
courfes des Sauvages , qui répandent la terreur dans
toutes les Colonies Angloifes de l'Amérique Septentrionale
.
Les Vaiffeaux de guerre le Kennington & le
Sutherland, partirent le 6 de Corck pour ces Colonies
. Ils ont fous leur convoi quatorze Bâtimens
de tranfport, à bord defquels on a fait embarquer
le Régiment d'Offarel , & les détachemens tirés
des Régimens d'Infanterie fur l'établiſſement d'Irlande.
Quatre Bataillons des troupes Hanoveriennes
s'embarquerent le 24 du mois dernier , pour retourner
en Allemagne. On y fera repaffer fucceffivement
en deux autres divifions le refte de ces troupes
, qui eft encore actuellement campé près de
Maidstone malgré la rigueur de la faifon . Plufieurs
Frégates croiferont cet hyver dans la Manche.L'Amiral
Byng , & le fieur Shirley , ci - devant Gouverneur
de la Nouvelle Angleterre , fubiront dans
peu leurs interrogatoires . Il s'eft tenu ces jours-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
1
ci un grand Confeil à Whitehall , pour délibérer
fur les moyens de faire baiffer le prix du bled.
Conformément aux réfolutions prifes dans ce Confeil
, on publia le 26 une Proclamation , pour
défendre l'exportation des grains. En plufieurs endroits
ils étoient d'une telle rareté , que la populace
, craignant de manquer de pain , s'eft attroupée
tumultueufement , & a commis de grands défordres.
On n'eft parvenu à la calmer , qu'en recherchant
les perfonnes qui avoient fait fécrettement
des magaſins , & en les contraignant de vendre
à un prix modique tout le bled qu'elles y
avoient amaffé . Le 27 , le Roi nomma le Géné–
ral Blakeney Chevalier de l'Ordre du Bain. Sa
Majefté le même jour , créa ce Général Pair d'Irlande
, fous le titre de Vicomte d'Innitkilling .
L'ouverture du Parlement fe fit le 2 Décembre
avec les cérémonies accoutumées .
ע
Le Roi fit ce difcours : « Milord & Meffieurs ,
je vous ai fait affembler dans une conjoncture
qui requiert particuliérement les délibérations ,
» les avis & le fecours du Parlement , & je me
flatte, moyennant la protection de la divine Pro-
>> vidence , que l'union & la fermeté qui regnent
»parmi mes fideles Sujets , me feront fortir avec
>> honneur de toutes les difficultés , & feront triom-
» pher enfin de l'ancien ennemi de ces Royaumes ,
la dignité de ma Couronne & fes droits incon-
>> teftables. Un des principaux objets de mon at-
>>tention & de mon inquiétude , eft la défenſe &
>> la confervation de nos poffeffions en Amérique.
» Le danger éminent , auquel nos Colonies font
exposées , exige des réfolutions auffi promptes
>>que vigoureufes. Le foin de pourvoir à la fûreté
» de ces trois Royaumes n'occupe pas moins mon
efprit. Dans l'occurrence préfente , je n'ai rien
JANVIER. 1757. 223
»tant à coeur que de ne laiffer à mon peuple fur
>> cet article aucun fujet de mécontentement. A
>> cette fin , une Milice nationale , établie propor-
>>tionnellement aux forces & aux befoins de l'Ewtat
, peut devenir une avantageuſe reſſource
»dans le péril général . Je recommande l'établiffe-
>> ment de cette Milice au zele & à la vigilance de
>> mon Parlement. L'alliance peu naturelle que ,
>> contre toute attente , ont contractée des Puiffan-
>> ces étrangeres ; les malheurs qui , en conféquen-
» ce de cette dangereufe alliance , peuvent , par
» l'entrée de troupes étrangeres dans l'Empire ,
>>porter une funefte atteinte aux conftitutions du
»Corps Germanique , renverfer fon fyftême &
Dentrainer l'oppreffion du parti Proteftant , font
» des événemens qui ont fixé les yeux de l'Europe
>> fur cette nouvelle & dangereufe crife , & qui
»doivent affliger fenfiblement tous les Ordres de
>> la Nation Britannique . J'ai ordonné au corps de
»mes troupes Electorales , que j'avois fait venir
à la réquifition de mon Parlement , de retourner
» dans mes Etats d'Allemagne , me repofant avec
plaifir fur l'affection de mon peuple , & fur fon
» zele pour la défenfe de ma perfonne & de mes
>>Royaumes . Meffieurs de la Chambre des Com-
»munes : Je ferai remettre devant vous , lorfqu'il
» en fera temps , l'état des dépenfes . J'attends de
>>votre fageffe que vous préférerez le parti de ne
» rien épargner pour foutenir la guerre avec vi-
»gueur , au parti de vous expofer à la rendre plus
»coûteufe par la fuite , en employant pour le
»préfent des efforts moins efficaces . Je vous ai
>>montré les dangers & les befoins de l'Etat . C'eſt
Ȉ votre prudence de chercher les moyens de
»rendre à mon peuple , les moins onéreux qu'il
»fera poffible , les fardeaux que vous jugerez
K iv
224 MERCURE DE FRANCE.
indifpenfables de lui impofer. Mylords & Meffieurs
, Je ne puis négliger de mettre devant
>vos yeux tout ce que les pauvres fouffrent de la
»cherté des grains , & les inconvéniens qui en
>>peuvent réfulter. Je vous recommande de pren-
>>dre les mesures convenables , pour prévenir à
» cet égard dans la fuite les mauvaiſes mancupvres.
Mes Sujets , à l'occafion du malheureux
»fuccès de nos armes dans la Méditerranée ,
» m'ont donné des preuves éclatantes de l'intérêt
qu'ils prennent à mon honneur & à celui de ma
>> Couronne. Ils éprouveront de ma part un jufle
>> retour par mes foins infatiguables & mes efforts
>> continuels pour la gloire & le bonheur de la
>>>Nation . >>
DE LA HAYE , le 22 Novembre.
Une nouvelle Ordonnance des Etats Généraux
enjoint à tous les Vaiffeaux de guerre & Armateurs
étrangers , qui relâcheront dans les Ports & Rades
de cette République , d'arborer en s'y préfentant
le Pavillon de la Puiffance à laquelle ils
appartiennent ; de ne point y entrer fans une
permiffion de l'Amirauté du lieu , & de n'y donner
ni aux habitans , ni aux étrangers aucun fujet
de fe plaindre. Il eft défendu par la même Ordonnance
aux sujets de la République , d'acheter
aucuns effets des prifes qui feront faites par les
Armateurs , & les contrevenans feront condamnés
à mille florins d'amende.
On apprend de Cologne qu'il y eût le 19 de ce
mois , à trois heures du matin , une fecouffe de
tremblement de terre , qui ne dura qu'environ
trente fecondes , mais qui fut très - violente . Elle
s'eft fait fentir à Bonn , à Limbourg , à Malmedy,
& dans plufieurs autres lieux.
DE LONDRES , le 7 Décembre.
On prépare à Wolwich dix mille bombes , dont
le public ignore la deſtination . Il n'y a eu aucun
moyen d'engager les habitans des Provinces de
Kent & de Hampſhire , à recevoir dans les Villes ,
même dans les Villages , les troupes de Hanovre
& de Heffe.
Des dépêches qu'on recut le 20 Novembre
de la Nouvelle Yorck , marquent qu'il regne
beaucoup de maladies parmi les troupes que commande
le Lord Loudon. On a été informé par
les mêmes avis , que ce Lord avoit fait marcher
plufieurs détachemens , pour tâcher d'arrêter les
courfes des Sauvages , qui répandent la terreur dans
toutes les Colonies Angloifes de l'Amérique Septentrionale
.
Les Vaiffeaux de guerre le Kennington & le
Sutherland, partirent le 6 de Corck pour ces Colonies
. Ils ont fous leur convoi quatorze Bâtimens
de tranfport, à bord defquels on a fait embarquer
le Régiment d'Offarel , & les détachemens tirés
des Régimens d'Infanterie fur l'établiſſement d'Irlande.
Quatre Bataillons des troupes Hanoveriennes
s'embarquerent le 24 du mois dernier , pour retourner
en Allemagne. On y fera repaffer fucceffivement
en deux autres divifions le refte de ces troupes
, qui eft encore actuellement campé près de
Maidstone malgré la rigueur de la faifon . Plufieurs
Frégates croiferont cet hyver dans la Manche.L'Amiral
Byng , & le fieur Shirley , ci - devant Gouverneur
de la Nouvelle Angleterre , fubiront dans
peu leurs interrogatoires . Il s'eft tenu ces jours-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
1
ci un grand Confeil à Whitehall , pour délibérer
fur les moyens de faire baiffer le prix du bled.
Conformément aux réfolutions prifes dans ce Confeil
, on publia le 26 une Proclamation , pour
défendre l'exportation des grains. En plufieurs endroits
ils étoient d'une telle rareté , que la populace
, craignant de manquer de pain , s'eft attroupée
tumultueufement , & a commis de grands défordres.
On n'eft parvenu à la calmer , qu'en recherchant
les perfonnes qui avoient fait fécrettement
des magaſins , & en les contraignant de vendre
à un prix modique tout le bled qu'elles y
avoient amaffé . Le 27 , le Roi nomma le Géné–
ral Blakeney Chevalier de l'Ordre du Bain. Sa
Majefté le même jour , créa ce Général Pair d'Irlande
, fous le titre de Vicomte d'Innitkilling .
L'ouverture du Parlement fe fit le 2 Décembre
avec les cérémonies accoutumées .
ע
Le Roi fit ce difcours : « Milord & Meffieurs ,
je vous ai fait affembler dans une conjoncture
qui requiert particuliérement les délibérations ,
» les avis & le fecours du Parlement , & je me
flatte, moyennant la protection de la divine Pro-
>> vidence , que l'union & la fermeté qui regnent
»parmi mes fideles Sujets , me feront fortir avec
>> honneur de toutes les difficultés , & feront triom-
» pher enfin de l'ancien ennemi de ces Royaumes ,
la dignité de ma Couronne & fes droits incon-
>> teftables. Un des principaux objets de mon at-
>>tention & de mon inquiétude , eft la défenſe &
>> la confervation de nos poffeffions en Amérique.
» Le danger éminent , auquel nos Colonies font
exposées , exige des réfolutions auffi promptes
>>que vigoureufes. Le foin de pourvoir à la fûreté
» de ces trois Royaumes n'occupe pas moins mon
efprit. Dans l'occurrence préfente , je n'ai rien
JANVIER. 1757. 223
»tant à coeur que de ne laiffer à mon peuple fur
>> cet article aucun fujet de mécontentement. A
>> cette fin , une Milice nationale , établie propor-
>>tionnellement aux forces & aux befoins de l'Ewtat
, peut devenir une avantageuſe reſſource
»dans le péril général . Je recommande l'établiffe-
>> ment de cette Milice au zele & à la vigilance de
>> mon Parlement. L'alliance peu naturelle que ,
>> contre toute attente , ont contractée des Puiffan-
>> ces étrangeres ; les malheurs qui , en conféquen-
» ce de cette dangereufe alliance , peuvent , par
» l'entrée de troupes étrangeres dans l'Empire ,
>>porter une funefte atteinte aux conftitutions du
»Corps Germanique , renverfer fon fyftême &
Dentrainer l'oppreffion du parti Proteftant , font
» des événemens qui ont fixé les yeux de l'Europe
>> fur cette nouvelle & dangereufe crife , & qui
»doivent affliger fenfiblement tous les Ordres de
>> la Nation Britannique . J'ai ordonné au corps de
»mes troupes Electorales , que j'avois fait venir
à la réquifition de mon Parlement , de retourner
» dans mes Etats d'Allemagne , me repofant avec
plaifir fur l'affection de mon peuple , & fur fon
» zele pour la défenfe de ma perfonne & de mes
>>Royaumes . Meffieurs de la Chambre des Com-
»munes : Je ferai remettre devant vous , lorfqu'il
» en fera temps , l'état des dépenfes . J'attends de
>>votre fageffe que vous préférerez le parti de ne
» rien épargner pour foutenir la guerre avec vi-
»gueur , au parti de vous expofer à la rendre plus
»coûteufe par la fuite , en employant pour le
»préfent des efforts moins efficaces . Je vous ai
>>montré les dangers & les befoins de l'Etat . C'eſt
Ȉ votre prudence de chercher les moyens de
»rendre à mon peuple , les moins onéreux qu'il
»fera poffible , les fardeaux que vous jugerez
K iv
224 MERCURE DE FRANCE.
indifpenfables de lui impofer. Mylords & Meffieurs
, Je ne puis négliger de mettre devant
>vos yeux tout ce que les pauvres fouffrent de la
»cherté des grains , & les inconvéniens qui en
>>peuvent réfulter. Je vous recommande de pren-
>>dre les mesures convenables , pour prévenir à
» cet égard dans la fuite les mauvaiſes mancupvres.
Mes Sujets , à l'occafion du malheureux
»fuccès de nos armes dans la Méditerranée ,
» m'ont donné des preuves éclatantes de l'intérêt
qu'ils prennent à mon honneur & à celui de ma
>> Couronne. Ils éprouveront de ma part un jufle
>> retour par mes foins infatiguables & mes efforts
>> continuels pour la gloire & le bonheur de la
>>>Nation . >>
DE LA HAYE , le 22 Novembre.
Une nouvelle Ordonnance des Etats Généraux
enjoint à tous les Vaiffeaux de guerre & Armateurs
étrangers , qui relâcheront dans les Ports & Rades
de cette République , d'arborer en s'y préfentant
le Pavillon de la Puiffance à laquelle ils
appartiennent ; de ne point y entrer fans une
permiffion de l'Amirauté du lieu , & de n'y donner
ni aux habitans , ni aux étrangers aucun fujet
de fe plaindre. Il eft défendu par la même Ordonnance
aux sujets de la République , d'acheter
aucuns effets des prifes qui feront faites par les
Armateurs , & les contrevenans feront condamnés
à mille florins d'amende.
On apprend de Cologne qu'il y eût le 19 de ce
mois , à trois heures du matin , une fecouffe de
tremblement de terre , qui ne dura qu'environ
trente fecondes , mais qui fut très - violente . Elle
s'eft fait fentir à Bonn , à Limbourg , à Malmedy,
& dans plufieurs autres lieux.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En décembre 1756, plusieurs événements marquants se sont produits en Grande-Bretagne et en Europe. À Londres, la préparation de dix mille bombes, dont la destination reste inconnue, est en cours. Dans les provinces de Kent et de Hampshire, les habitants refusent d'accueillir les troupes de Hanovre et de Hesse. En Nouvelle-York, des dépêches signalent des maladies parmi les troupes du Lord Loudon, qui a envoyé des détachements pour contrer les attaques des Amérindiens. Les vaisseaux de guerre Kennington et Sutherland, accompagnés de quatorze bâtiments de transport, ont quitté Cork pour l'Amérique du Nord avec des régiments embarqués. Quatre bataillons de troupes hanovriennes sont rentrés en Allemagne, et d'autres divisions suivront. Plusieurs frégates patrouilleront dans la Manche. L'amiral Byng et l'ancien gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, Shirley, doivent subir des interrogatoires. Un grand conseil à Whitehall a délibéré sur la hausse du prix du blé, menant à une proclamation interdisant l'exportation des grains. Des émeutes ont éclaté en raison de la rareté du blé, calmées par la vente forcée des réserves. Le roi a nommé le général Blakeney chevalier de l'Ordre du Bain et pair d'Irlande. Le Parlement a été ouvert le 2 décembre, et le roi a prononcé un discours sur la défense des possessions américaines, la sécurité des royaumes, et la création d'une milice nationale. Il a également mentionné l'alliance dangereuse des puissances étrangères et les menaces pour le Corps Germanique. Le roi a ordonné le retour des troupes électorales en Allemagne, se reposant sur l'affection de son peuple. Il a recommandé au Parlement de soutenir la guerre avec vigueur et de prendre des mesures contre la cherté des grains. À La Haye, une ordonnance des États Généraux régule l'entrée des vaisseaux étrangers dans les ports. Un tremblement de terre a été ressenti à Cologne et dans les environs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 197-220
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 5 Juin, Leurs Majestés & la Famille Royale signerent le contrat de mariage [...]
Mots clefs :
Contrats de mariage, Maison de Sorbonne, Portrait, Pape, Roi de France, Famille royale, Compagnie des Mousquetaires, Déserteurs, Électeur palatin, Convention, Articles, Soldats, Officiers, Nouvelle frégate, Armée, Commandement, Ducs, Marquis, Comtes, Madame la Dauphine, Canada, Ennemis, Colonies, Approvisionnement, Bataillons, Forts, Mouvements des troupes, Combats, Français et Anglais, Marquis de Vaudreuil, Expéditions, Maréchal, Victoire, Hamelin, Capitulation, Corsaires, Marchandises, Voyages, Capitaines, Navires
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
B5 Juin , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage de M. le Marquis de
Caumont , feul héritier de la maiſon de la Force ,
avec Mademoiſelle Galard de Braffac de Bearn ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
petite- fille du Duc de la Force ; & celui de M. le
Comte de Lorda avec Mademoiſelle de Seignelay.
La maison de Sorbonne fit le 6 une députation
folemnelle au Nonce du Pape , à l'occafion du
préfent que Sa Sainteté a fait de fon Portrait à
cette Maiſon. Le Curé de la Paroiffe de Saint
Paul porta la parole Le Portrait du Pape eft l'original
fait en 1741 par Subleiras , célebre Peintre
François , mort à Rome. Ce préſent eſt d'autant
plus flatteur pour la Maifon de Sorbonne ,
que les Souverains Pontifes ne font point dans l'u
fage de donner leurs Portraits à qui que ce foit.
Sa Sainteté , dans le bref qu'elle a adreflé à la
maiſon , dit « qu'Elle veut bien lui accorder certe
» marque de diftinction , comme un témoignage
» extraordinaire & nouveau de fa bienveillance
» & comme un gage affuré de fon eſtime , afin ,
ajoute-t'elle , que placé au milieu de vous à
côté du Roi Très -Chrétien , Nous foyons con-
» tinuellement fous vos yeux , comme vous êtes
» toujours préfens à notre coeur » . On voit ce tableau
en Sorbonne dans la grande falle des actes,
Il a été mis entre le Portrait du Roi & celui du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar. Sa
Sainteté avoit envoyé précédemment à la Sorbonne
toutes les éditions de fes ouvrages , & en
particulier le Recueil complet de fes Euvres en
15 vol. in fol.
Le 12 Juin Leurs Majeftés & la Famille
Royale fignerent le contrat de mariage de M. le
Marquis de Marbeuf, Meftre de Camp d'un Régiment
de Dragons de fon nom , avec Mademoifelle
Michel , fille de M. Michel , Directeur de la
Compagnie des Indes .
Le Roi fit le 14 dans la cour du Château la
revue des deux Compagnies des Moufquetaires de
SEPTEMBRE. 1757. 199
fa Garde ordinaire. Sa Majefté paffa dans les
rangs , & après que les deux Compagnies eurent
fait l'exercice , Elle les vit défiler tant à pied qu'à
cheval . Monfeigneur le Dauphin accompagna le
Roi à cette revue .
Le temps fixé par la convention du 4 Juillet
1746 , entre le Roi & l'Electeur Palatin , pour la
reftitution réciproque des Déferteurs , étant expiré
le 3 Juillet de l'année derniere : Sa Majefté vient
de conclure pour le même objet avec Son Alteffe
Electorale Palatine une nouvelle convention >
portant ce qui fuit : « ART. I. Les Cavaliers , Dra-
» gons & Fantaffins , qui déferteront des troupes
>> Françoiſes ou Palatines , & qui pafferont des
» pays ou places d'une domination dans les pays
» ou places de l'autre , feront refpectivement ar-
» rêtés pour être rendus , auquel effet il fera
» donné avis de leur détention , le plutôt que
faire fe pourra , au Gouverneur ou Comman-
» dant de la plus prochaine place de guerre de la
» domination d'où ils auront déferté , afin qu'on
» envoie les chercher . ART. II. Le Gouverneur
≫ou Commandant d'une place , qui aura été averti
» de la détention de quelque déferteur , l'enverra
>> auffi-tôt chercher , & fera payer les frais de la
» prifon & la fimple fubfiftance du prifonnier , à
>> raifon de deux livres de pain par jour pour cha-
» que Cavalier , Dragon ou Fantaffin au prix
» courant de la place où le déferteur fera retenu .
» ART. III . Les déferteurs feront rendus dans le
» même état qu'ils auront été arrêtés , c'eſt- à-
» dire avec leurs chevaux , équipages , habits &
» armes ; & le fourrage qui aura été fourni à leurs
>> chevaux , fera payé de gré à gré fuivant le prix
>> courant des lieux . ART. IV. Les Officiers de
part & d'autre ne pourront pourfuivre ni enle-
>
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
» ver lesdits déſerteurs hors des terres de l'obéif-
» fance de leur Souverain : pourront cependant
» requérir en ce cas les Officiers & habitans des
» terres de la domination du Roi ou de S. A. Elec-
» torale Palatine , où lesdits déferteurs fe trouve-
>> ront , de les arrêter & conduire dans la place
» la plus prochaine de la domination fur laquelle
» ils auront été arrêtés. ART. V. Après la ratification
& publication de la préfente convention ,
» il fera fait très - expreffe défenſe aux habitans du
» plat- pays dans l'étendue des gouvernemens qui
>font fur les frontieres des deux dominations , &
» à tous autres, d'acheter les chevaux , armes , équi-
» pages , habits , & généralement quelque chofe
» que ce puiffe être defdits défetteurs , & même
» de leur donner aucun afyle ou fecours , ni de les
» receler ou de faciliter leur évafion , à peine
» contre les contrevenans de trente livres , mon-
> noie de France , d'amende pour un déferteur à
pied , & de foixante livres pour un Cavalier ou
» Dragon qui défertera à cheval. ART. VI. Pour
» engager les habitans & fujets de part & d'autre
» d'arrêter les déferteurs , & de les conduire dans
la place la plus prochaine de la domination fur
» laquelle ils auront été arrêtés , on eft convenu
» qu'il fera donné trente livres de récompenfe à
» celui ou ceux qui auront arrêté & conduit dans
ladite place un déferteur à pied , & foixante li-
» vres pour un déferteur à cheval , lefquelles
» fommes leur feront payées fur le champ par le
» Gouverneur ou Commandant de ladite place
» lequel fera remboursé par l'Officier qui viendra
» chercher le déferteur. ART. VII. Il est en outre
» convenu que les criminels , qui auront commis
» quelque crime dans l'une des deux dominations ,
» & qui chercheront à fe réfugier dans l'autre
SEPTEMBRE. 1757. 201
» feront arrêtés & rendus à la premiere réquifi-
» tion , moyennant la reftitution des frais qu'ils
>> auront caufés pendant le temps de leur déten-
» tion , fuppofé qu'ils aient été mis en priſon .
» ART. VIII. La préſente convention durera dix
» années , à commencer du 26 Avril de cette an-
» née , & fera publiée & obſervée immédiatement
après l'échange des ratifications dans l'Alface ,
» les trois Evêchés , à Sarre- Louis & autres lieux
» de la Sarre , & dans toute l'étendue des Villes &
» Bailliages de l'Electorat Palatin , & des deux
» Duchés de Bergues & de Juliers , & leurs dépendances
jufqu'au Rhin , & à dix lieues au delà
» de ce fleuve. »
Cette Convention a été fignée le 26 Avril , an
nom du Roi, parM.le Marquis de Paulmy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ayant le département de la
guerre , & au nom de l'Electeur Palatin , par M.
le Baron de Grevenbroch , Confeiller d'Etat de ce
Prince , & fon Miniftre Plénipotentiaire à la Cour
de France.
Le Roi étant informé qu'il y a plufieurs Déferteurs
de fes troupes qui ont pris parti dans
celles qui font actuellement dans le Royaume
fans être connus pour tels , & qui par conféquent
ne pourroient , fans commettre une nouvelle défertion
, fatisfaire à l'obligation impofée par
l'Ordonnance d'amniftie , rendue le 20 Avril dernier
, de s'engager dans l'armée que Sa Majeſté a
fait paffer en Allemagne ; Sa Majesté ordonne
tous Soldats , Cavaliers & Dragons qui , aiant déferté
de fes troupes avant le premier Février dernier
, auront pris parti dans d'autres Compagnies
avant le 20 Avril dernier , ne pourront être pour
fuivis pour ladite défertion : Voulant Sa Majeſté ,
qu'ils foient compris dans l'amnistie qu'Elle a
que
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
accordée par fon Ordonnance dudit jour 20 Avril
dernier , à condition qu'ils continueront de fervir
dans lefdites troupes où ils fe trouvent actuellement
engagés , jufqu'à ce que Sa Majefté ayant
rétabli la diftribution des congés d'ancienneté , ils
foient dans le cas d'être renvoyés à leur tour.
Sa Majesté a fait expédier un brevet de Lieutenant
de Frégate au Capitaine Canon .
afin
Selon les avis reçus de Marfeille , M. Couturier
, Echevin de la Ville , y fait conftruire dans
l'Arcenal du Roi une Frégate fur les proportions.
d'un vaiffeau de de Elle eft 54 canons.. guerre
percée fur fon pont pour 26 canons de 18 livres
de balle , & elle aura un entre- deux ponts volant
pour y placer la vogue de 60 avirons , que
dans un temps calme elle puiffe au befoin faire
ufage de fes avirons auffi légérement qu'une galere
. On compte que ce fera le bâtiment le plus
fort , le plus léger & le meilleur voilier , qui ait
été conftruit dans les proportions qu'on lui a
données .
* Le 16 & le 19 Juillet , le Roi tint à Compiegne
le Sceau pour la dixieme & onzième fois .
le
Le même jour 16 , M. le Maréchal Duc de Richelieu
prit congé du Roi , & le lendemain il partit
pour fe rendre à l'armée qu'il va commander fur le
Mein. Les Lieutenans - Généraux , qui feront employés
fous les ordres de ce Général , font le
Comte de Noailles , le Marquis du Mefnil ,
Baron de Montmorency , le Chevalier de Muy ,
le Duc de Duras , le Comte d'Andlau , le Comte
de la Vauguyon , & le Duc d'Havré. Les Maréchaux
de Camp , qui ferviront dans la même
armée , font MM. le Chevalier du Châtelet , de
Planta , le Marquis de Laſtic , le Comte de Lutzelbourg,
le Comte du Luc , le Comte de Vence
SEPTEMBRE. 1757. 203
le Marquis de Voyer , le Marquis de Laval , le
Prince de Beauvau , le Comte de la Guiche , le
Marquis de Béthune , le Marquis de Roquépine ,
le Marquis de Traifnel & le Comte d'Egmond.
Le Marquis de Monteynard eft nommé Maréchal
Général des Logis de cette armée. Le Chevalier
de Redmond fera les fonctions de Maréchal des
Logis de la Cavalerie , & le Comte de Rochambeau
celles de Major Général de l'Infanterie.
Madame la Dauphine apprit le 31 Juillet , par
un Courier que lui dépêcha le Roi , la victoire
Haftembecke. L'émotion que caufe une pareille
nouvelle , fit voir toute fa bonté & ſon humanité.
Cette Princeffe ne s'occupa , dans ce moment critique
, que des inquiétudes des perſonnes de fa
cour , qui ayant de proches parens à cette affaire
pouvoient craindre pour eux quelqu'accident ;
aucune de celles qu'elle pût tranquillifer ou confoler
n'échappa à fon attention.
Le lendemain Madame la Dauphine envoya a
Compiegne M. de Goy- de Didogne , fon Ecuyer
de main en quartier , porter au Roi des lettres de
complimens fur cet heureux événement , & à fon
retour M. de Didogne fut chargé des lettres de
Sa Majefté & de la Famille Royale pour Madame
Ja Dauphine.
T
Le Roi a fait préfent d'une épée au Capitaine la
Fargue , commandant le Corfaire l'Aigle , de
Bayonne en confidération de la prife que ce Capitaine
a faite d'un Corfaire Anglois après un combat
des plus opiniâtres , dans lequel M. la Fargue
a été griévement bleffé . Sa Majesté a accordé
la même marque de diftinction à M. Forestier ,
qui après la bleffure de M. la Fargue a pris le commandement
, & a continué le combat .
On a reçu des lettres du Canada , qui contien-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
nent le détail de ce qui s'eft paffé dans ce Pays- l
durant l'hyver , relativement à la guerre.
Indépendamment des Partis de Canadiens & de
Sauvages , qui ont été continuellement en campagne
durant l'hyver , & qui , dans les incurfions
qu'ils ont faites fur les ennemis , leur ont tué
beaucoup de monde , & donné l'allarme dans les
Colonies Angloifes , le Marquis de Vaudreuil a
exécuté une expédition , dont l'objet étoit trèsimportant..
Il avoit été informé au mois de Janvier , que
les ennemis avoient raffemblé au Fort Georges ,
fitué fur le Lac Saint - Sacrement , une quantité
très- confidérable d'approvifionnemens de toutes
les efpeces , & qu'ils avoient fait conftruire fous.
le canon de ce Fort un grand nombre de Barques ,
de Bateaux , & d'autres Bâtimens , non feulement
pour le tranfport de ces approvifionnemens
mais encore pour s'affurer la navigation de ce Lac.
Jugeant que tous ces préparatifs étoient deſtinés .
pour les entreprifes que les ennemis fe propo-.
foient d'exécuter au printemps , il forma le projet
de leur en ôter les moyens.
Dans cette vue , il fit un détachement de 1500
hommes , compofé des Piquets des Bataillons
des troupes de terre , dont un de Grenadiers ,
300 Soldats des troupes de la Colonie , 150 Miliciens
, dont une Compagnie de so Volontaires,
& 300 Sauvages. Ce détachement
ayant été
promptement
raffemblé au Fort Saint -Jean , M.
de Rigaud de Vaudreuil , Gouverneur des Trois
Rivieres , qui le commandoit , le fit marcher en
quatre divifions. La premiere partit le 20 Février::
elle étoit compofée de 6 Compagnies mêlées dés
troupes & des Milices de la Colonie avec quelques.
Sauvages Abenakis , & elle étoit commandée par
SEPTEMBRE. 1757. 205
M. de Saint-Martin , Lieutenant de ces troupes.
La feconde que commandoit M. du Chat , Capitaine
au Régiment de Languedoc , étoit compofée
de deux Piquets de troupes de terre , de trois
Compagnies mêlées de la Colonie & de quelques
Sauvages , & elle fe mit en marche le 21. Elle fut
fuivie le lendemain par la troifieme , qui étoit
commandée par M. Coni , Capitaine au Régiment
de Royal Rouffillon , & qui étoit compofée,
comme la feconde. M. de Rigaud devoit partit
le 23 avec le Piquet de Grenadiers , la Compagnie
des Volontaires Canadiens , & le reste des
Sauvages , qui compofoient la quatrieme Divifion;
mais fon départ fut retardé par le dégel
juſqu'au 2 s .
Les quatre Divifions s'étant réunies au Fort de
Carillon , toute la troupe en partit le 15 de Mars ,
la Compagnie de Volontaires Canadiens faifant
l'avant-garde ; & le 17 à fept heures du foir, on fe
trouva à une lieue & demie du Fort Georges.
Le 18 , M. de Rigaud détacha M. Poullariez
Capitaine de Grenadiers du Régiment de Royal
Rouffillon , avec deux autres Officiers , pour aller
reconnoître le Fort , d'une hauteur qui le domine
à environ une demi-lieue de diftance . Quoique
fur le rapport que lui fit M. Poullariez , il ne
pût pas douter que les ennemis ne fuffent informés
defa marche, il fit fes difpofitions pour l'exécution.
des ordres dont il étoit chargé..
Il fe mit en mouvement avec toute fa troupe
l'entrée de la nuit du 18 au 19. Il détacha M. Dumas
, Capitaine , avec deux autres Officiers &
quelques Grenadiers , pour aller reconnoître les
approches du Fort . Le bruit qu'ils ne pouvoient
s'empêcher de faire , en marchant fur la glace ,,
les fit bientôt découvrir ; & ils furent obligés de
206 MERCURE DE FRANCE
rejoindre la troupe. M. de Rigaud prit cependant
le parti de faire mettre le feu aux Bateaux qui
étoient fous le Fort ; mais il n'y en eut qu'un petit
nombre de brûlés . Les ennemis tuerent deux
hommes , & en bleſſerent un autre. Le 20 , M.
de Rigaud fit inveftir le Fort , afin d'en impoſer à
la Garnifon , qu'il fçavoit être de 5 à 6co hommes
d'élite ; & il envoya un détachement de Sauvages
fur le chemin du Fort Lidius , pour en couper
la communication . Il fit même fommer le
Commandant de fe rendre . Cette fommation fixa
l'attention du Commandant aux difpofitions relatives
à la défenſe du Fort ; enforte que la nuit fuivante
il ne fit tirer que quelques coups de canon &
quelques bombes , qui n'empêcherest pas qu'on
ne brûlât beaucoup d'effers.
Le Fort refta encore inveſti le 21 , fans que les
ennemis oſaflent faire aucune fortie . Ils demeurerent
également tranquilles toute la nuit , mais il
tomba en même temps une fi prodigieufe quantité
de neige fondue, qu'il ne fut pas poſſible de mettre
le feu aux dehors . Le temps fut plus favorable la
nuit ſuivante , & l'on en profita pour biûler tout
ce qui étoit dans le Lac & aux environs du Fort ,
malgré le feu d'artillerie & de moufqueterie que
les ennemis firent de leur côté , & qui tua trois
Soldats , & bleſſa un Officier .
Les ennemis ont perdu par cet incendie quatre
Brigantins de 10 à 14 canons , & deux Galeres à
so rames , qu'ils deftinoient pour la navigation
des Lacs ; plus de trois cens cinquante Bateaux de
tranfport ; une quantité confidérable de bois de
conſtruction ; beaucoup d'affûts de campagne ;
un moulin à fcier des planches ; les hangards &
les magafins qui étoient entourés d'un Fort de
pieux , & où il y avoit plus de 4 mille quarts de
SEPTEMBRE . 1757. 207
farine , & d'autres vivres de toute espece à proportion
, des armes , des habillemens , & génétalement
toutes fortes d'uftenciles de campagne ;
les hôpitaux ; plus de 20 maiſons qui étoient tant
en dedans qu'en dehors du Fort de pieux ; & enfin
toute leur provifion de bois de chauffage. Le
Fort eft refté ifolé ; il n'a même été préfervé du
feu , que parce qu'il n'a point fait de vent durant
tout l'incendie .
Dans cette expédition , qui eft une des plus importantes
qu'on pût entreprendre en Canada durant
l'hyver , il n'y a eu que 5 François tués , un
Officier & un Sauvage bleffés , quoiqu'elle ait
été exécutée fous le feu de l'artillerie & de la
moufqueterie du Fort Georges. On ignore lenombre
d'hommes que les ennemis y ont perdu
mais les Canadiens & les Sauvages avoient été pla
cés , de maniere que par le feu de leur moufquete
rie , ils faifoient fouvent ceffer celui des ennemis ..
Ce fuccès eft principalement dû à la fageffe des
difpofitions que M. de Rigaud a faites , à l'attention
avec laquelle il en a fuivi l'exécution , & à la conftance
avec laquelle il a fupporté les fatigues exceffives
du voyage dans une faifon fi rigoureuſe.
Les différens Corps des troupes & des Milices s'y
font également diftingués à tous égards ; & M. de
Rigaud a été infiniment content de la conduite des
Sauvages qui y étoient employés..
On a lieu de l'être pareillement des difpofitions
de toutes les Nations Sauvages de la Colonie . Celles
qui ont de tout temps été fes alliées , donnent
tous les jours de nouvelles preuves de leur fidélité ,
& font continuellement en parti contre les ennemis.
Il y a d'ailleurs quelques Nations affez nombreufes
, & entr'autres les Tétes-plates , qui font X
208 MERCURE DE FRANCE.
entrées nouvellement dans cette alliance , & quí
ont pris part à la guerre. Les Cinq Nations Iroquoifes
ont envoyé une députation des plus folemnelles
au Marquis de Vaudreuil , pour renouveller
leurs anciens engagemens avec la France. Ils ont
promis non feulement de renoncer à tout commerce
avec les ennemis , mais même de fe joindre aux
autres Nations amies de la France pour agir contr'eux.
Les ennemis de leur côté n'ont tenté qu'une expédition
durant l'hyver. Ayant été informés qu'on
devoit faire paffer du Fort Saint-Frédéric au Fort
de Carillon quelques provifions fous l'eſcorte
d'un petit détachement , ils en envoyerent un de
80 hommes , qui enleva les premieres traînes de
ce convoi , & 7 Soldats . Mais le Commandant
du Fort Saint -Frédéric fit marcher un nouveau
détachement , pour couper celui des ennemis
dans fon chemin . Ils tomberent effectivement
dans l'embuſcade . Le combat fut des plus vifs &
des plus opiniâtres. Il refta du côté des ennemis ,
fur le champ de bataille , 40 hommes dont 3 Offi
ciers . On fit & prifonniers , & le refte du détachement
fe fauva dans les bois , où il a péri de
fes bleffures , de maniere qu'il n'en rentra que 3
hommes dans le Fort Georges. Les François en
eurent 11 de tués , & 26 de bleffés . Ils reprirent
les traînes dont les ennemis s'étoient emparés ; &
à l'égard des 7 Soldats que les ennemis avoient
enlevés , il ne s'en trouva que 3 , les 4 autres ayant
été tués. Cette action s'eſt paſſée le 22 Janvier.
M. le Comte de Gifors qui eft arrivé ici le 31 de
Juillet , a apporté au Roi la nouvelle d'une victoire
, que les troupes de Sa Majefté , commandées
par M. le Maréchal d'Eftrées, ont remportée le 26
de ce mois fur l'armée du Duc de Cumberland. M
SEPTEMBRE. 1757. 209
le Maréchal d'Eftrées ayant fait reconnoître le 25
au foir la poſition des ennemis , réfolut de les attaquer
le lendemain. Ils avoient leur droite vers
Hamelen. Devant leur front étoit un marais impraticable.
Leur gauche étoit appuyée à des montagnes
très- hautes , couvertes de bois , & traverfées
par fept ou huits ravins de vingt pieds de
profondeur. Elle avoit à gauche une redoute , &
droite le village de Haftembecke. Dans cette
fituation , les ennemis ne pouvoient être attaqués
que par leur flanc gauche fur un front de
deux cens toifes ou environ , & après que nous
aurions tourné les fommités des montagnes. M.
de Chevert fut détaché pour cet effet le 25 avant
minuit , avec quatre Brigades d'Infanterie. Mais
ayant quatre lieues à faire , il ne put arriver que
le lendemain 26 à neuf heures du matin. Le canon
de l'ennemi commença à tirer dès fix heures. On
y répondit de notre part jufqu'à huit que fe fit la
véritable attaque , & les batteries des ennemis
furent détruites fucceffivement. M. le Marquis
d'Armentieres & M. de Chevert , chacun avec un
corps féparé , chafferent l'ennemi de la montagne
après un feu très-vif. M. le Comte de Montmorency-
Laval , Colonel du Régiment de Guyenne ,
& qui fervoit dans l'armée en qualité d'Aide-
Maréchal Général des Logis , y fut tué. M. le Marquis
du Châtelet , Colonel du Régiment de Navarre
, y fut dangereufement bleffé d'un coup de
fufil au travers du corps , & M. le Marquis de
Belfunce eut le bras percé d'une balle . Cette attaque
ouvrit le chemin aux troupes de notre aîle
droite , compofée de la brigade Autrichienne ; de
celles de Picardie , de Champagne , de Navarre &
de la Marine ; du Régiment du Roi , & des Grenadiers
de France. Ces troupes ont montré la plus
210 MERCURE DE FRANCE..
οι
grande valeur , & particuliérement celles de l'Impératrice
Reine fe font diftinguées dans l'action .
La Cavalerie & la plus grande partie de l'Infanterie
n'ont pu aborder l'ennemi. La brigade de
Champagne a forcé une batterie retranchée ,
il y avoit huit pieces de canon & deux haubits ,
dont elle s'eft emparé ; & l'ennemi , après avoir
eu plus de trois mille hommes tués ou bleffés , a
été obligé d'abandonner fucceffivement tous fes
poftes , pour gagner les gorges qui menent vers
Hanovre. Sa perte auroit été beaucoup plus confidérable
fans un accident qui a mis quelque interruption
dans l'attaque , & qui a retardé la
pourfuite des fuyards. Plufieurs de nos bataillons
marchant dans la montagne à travers des bois , fe
font fufiliés fans fe reconnoître , & c'eft où nous
avons le plus perdu , ayant environ quinze cens
bleffés , quoique le nombre des morts ne monte
pas à cinq cens .
On attend un plus grand détail de cette action .
L'armée du Roi , lorfque M. le Comte de Gifors
en eft parti , étoit établie fort au-delà de l'ancien
camp des ennemis.
Le même jour que le Roi reçut la nouvelle de
cette victoire , Leurs Majeftés affifterent dans la
Chapelle , au Te Deum qui y fut chanté en action
de graces. M. l'Abbé de Gandras , Chapelain du
Roi , y officia. Le Motet étoit de la compofition ,
& fut exécuté ſous la directión de M. Colin- de
Blamont , Surintendant de la Mufique de la Chambre.
Il y eut le foir trois décharges d'artillerie ,
& toute la ville fut illuminée .
Le 7 Août , la Cour a pris le deuil pour trois
femaines , à l'occaſion de la mort de la Reine
Douairiere de Pruffe.
Le même jour , Sa Majefté reçut M. le Comte
SEPTEMBRE. 1757 . 211
de Gifors Chevalier de l'Ordre de S. Louis.
La ville de Hamelen s'étant rendue le 28 Juil
let , il a été ftipulé par la Capitulation , que la
garnifon , compofée de fept cens Heffois , fortiroit
le 30 avec les honneurs de la guerre , mais
fans canon , & qu'elle feroit conduite à Hanovre
avec tous les chevaux & équipages , fans pouvoir
néanmoins emmener ceux appartenans au refte
de l'armée ennemie ; que les Invalides & les Miliciens
, faifant partie de la garniſon , feroient
renvoyés chez eux , & ne pourroient fervir pendant
tout le temps de la guerre ; que le Major
Général Hodemberg , & tous les autres bleflés &
malades renfermés dans la place , feroient prifonniers
de guerre. Ils font au nombre de huit
cens. Les articles de cette Capitulation ont été
réglés entre M. le Maréchal d'Eftrées & le fieur
Brunck , Major Général des troupes Hanovrien-
- nes .
On a trouvé à Hamelen cinquante- quatre canons
de fonte , & dix- neuf de fer ; dix mortiers
de fonte , trois haubits , vingt - huit mille boulets
, & quatre mille bombes ; deux mille fufils ,
cent cinquante - cinq milliers de poudre , deux
cens mille livres de plomb , & des bateaux qui
étoient deftinés à former un pont fur le Wefer .
Selon l'état que le Roi a reçu de la perte faite
par les troupes à la bataille de Haftembecke , il
y a eu dix -fept Officiers tués & cent dix -huit
bleffés. Le nombre des foldats tués monte à mille
trente-huit , & celui des bleffés à onze cens cinquante-
neuf.
L'armée eft demeurée dans fon camp près de
Hamelen, jufqu'au 31 Juillet : l'ennemi étoit alors
à Minden , qui eft à neuf lieuès de cette place . Le
31 , l'armée s'étant miſe en marche paſſa la ri212
MERCURE DE FRANCE.
viere de Hamel ; la referve du Duc de Randan ſe
tenant à Bifphrode , & le corps du Duc de Broglie
à la hauteur de Hamelen. On fut informé le premier
de ce mois , que le Duc de Cumberland
avoit quitté Minden , pour fe retirer à Niembourg
Les Magiftrats de Minden envoyerent des
Députés offrir les clefs de leur Ville. Le 3 Août , le
Duc de Broglie , après avoir fait occuper cette place
par un détachement , repaffa le Wefer avec
fon corps , & fe dirigea fur Remen. Le corps du
Marquis d'Armentieres s'avança vers Harienbourg
à trois lieues de Minden , & celui du Duc
de Randan fe porta près de Hallerfprinck fur le
grand chemin de Hanovre. Le 4 , jour du départ
du courier qui a apporté ces détails , les habitans
de cette derniere Ville n'attendoient que les troùpes
du Roi pour ouvrir leurs portes . M. le Comte
de Platen étoit chargé de venir traiter des contributions
de l'Electorat. M. le Maréchal- Duc de Richelieu
eft arrivé le 3 au foir au quartier général
d'Oldendorff, &, comme l'ancien de M. le Maréchal
d'Eftrées , il a pris le commandement de l'armée.
Il y eut le 27 Juillet à Saint-Dié , en Lorraine ,
un incendie , qui a réduit en cendres l'Hôtel de
Ville , le Couvent des Capucins , les prifons , &
cent feize maifons , dans lefquelles on comptoir
près de trois cens ménages.
Le Corfaire l'Hobereau , de Calais , comman
dé par le Capitaine Jacques Bonvarlet , s'eft emparé
du Brigantin le Molley , de Linn , de 120
tonneaux , chargé de fer & de planches ; & il l'a
ranconné pour 630 livres fterlings.
Le même Corfaire s'eft rendu maître des Navires
Anglois le Samuel & le Thomas : le premier ,
armé de 6 canons , a pour cargaiſon 6 12 facs de
SEPTEMBRE. 1757. 213
farine , & des légumes ; le fecond eft chargé de
charbon de terre.
Le Bateau la Princeffe de Galles , de Carmar
then , de 70 tonneaux , chargé d'avoine & de
quelques barrils de beurre , dont le Corfaire le
+ Prince de Condé , de Boulogne , s'eft emparé ,
a été conduit à Calais.
La Corvette la Diligente a pris & conduit à la
Hougue , le petit Corfaire Anglois le Duc de
Marlborough , de Grenezey , armé de 4 canons
10 pierriers , & de 23 hommes d'équipage.
•
Il eft arrivé à Cherbourg un Navire d'environ
300 tonneaux , chargé d'huile fine , que le Corfaire
la Comteffe de Bentheim , de Saint-Malo ,
enlevé aux Anglois qui s'en étoient emparés.
Par des lettres écrites de Marfeille , on a été
informé de l'arrivée en ce port des Navires Anglois
la Tofcane , de 350 tonneaux , chargé de
faie & de raifins de Corinthe ; la Sirene & le
Guillaume Elizabeth , n'ayant pour cargaifon
que des raifins de Corinthe. Ces priſes ont été faites
, les deux premieres par le Capitaine Megy
commandant le Corfaire la Marie Défirée , la
troifieme par le Corfaire l'Heureufe Therefe.
Le Vicomte de Rochechouart , Capitaine de
Vaiffeau , commandant la Frégate du Roi la Thétis
, ayant avec lui la Frégate la Pomone , commandée
par le fieur Hector , s'eft rendu maître du
Corfaire Anglois le Boscawen , ( ci- devant le
Mefnil- Montant , de Nantes , ) armé de 22 ca
nons , & de 102 hommes déquipages ; il l'a fait
conduire à Saint- Nazaire au bas de la riviere de
Nantes .
Le Corfaire la Comteffe de Bentheim , de Saints
Malo , y eft rentré avec deux Navires Anglois ,
l'un de 200 tonneaux , qui venoit de la Caroling
214 MERCURE DE FRANCE.
avec une cargaifon d'indigo , de café , de peau
de caftor , de riz & de bois de Campeche ; l'au
tre de 150 tonneaux , chargé de falaiſons . Le même
Corfaire a fait une autre priſe de 120 tonneaux
, qui a été conduite à Perros , & dont le
chargement confifte en huile de Baleine , & en
taffia.
Le Tavignon , autre Corfaire de Saint -Malo ,
a pris & fait conduire au Port Louis le Navire Anglois
le Baal , de Londres , de 160 tonneaux ,
chargé de fucre , de coton , de gingembre , &
de taffia.
Le Navire Anglois le Gorges , chargé de riz , a
été pris par le Corfaire la Nouvelle Saxonne , de
Bordeaux , & conduit à Breft.
Le Corfaire la Bafquaife , de Saint-Jean- de-
Luz , y a conduit le Navire Anglois le Falmouth ,
de Glafcow , dont le chargement confifte en ballots
, & en une caifle contenant diveries marchandifes
.
Le Capitaine Louis Simon , commandant le
Corfaire le Bien -Aimé , de Marſeille , s'eft rendu :
maître du Corſaire Anglois le Blackney , de 16
canons , 24 pierriers , & 71 hommes d'équipa
ge. Il s'eft auffi emparé du Navire la Jeanne Sara,
chargé d'huile & de raifins .
La Sainte-Barbe , le Jefus Maria , Sainte-An=
ne , & la Junon , autres Corfaires de Marſeille
y ont auffi fait conduire les Navires Anglois le
Patfey chargé de bled , le Préfervé , ayant pour
chargement des raifins de Corinthe & d'autres
marchandifes , & la Galere Stapleton , qui n'a
fon left.
que
Le Capitaine Morel , qui commande le Cor
faire l'Actif, de Dunkerque , s'eft emparé des
Bateaux Anglois la Sufanne , de Montroff , le
SEPTEMBRE. 1757. 215
Bon Accord , de Petershead , la Catherine , de
Montroff , & l'Elizabeth , d'Airth en Ecoffe , &
il les a rançonnés pour 12720 livres . Il s'eft auffi
rendu maître des Navires le Dodgfon , de 120 tonneaux
, chargé d'indigo , de fucre , de café , de
quinquina , de tabac & de riz ; la Jeanne , de
Leith , dont la cargaifon eft compofée de fucre ,
de cuirs & de laine ; & l'Escap , de Portfoy , chargé
de charbon de terre & de fel.
Le Saint-Louis , autre Corfaire de Dunkerque ,
dont eft Capitaine le fieur Bachelier , a rançonné
pour 9600 livres les Navires Anglois le Thomus
Elizabeth & le Guillaume , dont il s'étoit emparé.
Les Navires Anglois , la Charmante Marthe
chargé de 30 futailles d'indigo , d'un boucaut &
onze paquets de pelleteries , de riz , &c. & le
Jean-Jofeph , chargé de falaifons , ont été pris
par le Corfaire le Comte de Grammont , & font arrivés
à Bayonne.
Le même Corfaire a fait , conjointement avec
le Corfaire le Maréchal de Richelieu , de Nantes ,
une autre prife chargée de fucre & de tabac , qui
a été conduite à Guetaris près de Saint- Sébaſtien.
Le Corfaire la Comteſſe de Grammont a fait conduire
à Bayonne les Navires Anglois le Grampes,
de Liverpool , fur lequel on a trouvé 8000 livres
en piaftres , & dont la cargaiſon confiſte en diverfes
marchandiſes propres pour la traite des Negres
, & le Triton , de Rodyland , armé de 6 canons
& 6 pierriers , qui a pour chargement des
balloteries.
Il eft auffi arrivê à Bayonne un Navire Anglois,
appellé l'Antelope , qui a été pris par le Corfaire
la Bafquaife , de ce Port , & qui eft chargé de
viandes falées.
La Goëlette la Surpriſe a pris un Brigantin Ang
216 MERCURE DE FRANCE.
glois de 100 tonneaux , dont la cargaiſon eſt com .
pofé de balloteries , & de deux rangs de futailles
dont on ignoroit encore le contenu .
>
Le Vicomte de Rochechouart , Capitaine de
Vaiffeau commandant la Frégate du Roi la
Thétis , ayant avec lui la Frégate la Pomone ,
commandée par le fieur Hector , s'eft emparé le
26 du mois dernier des Corfaires Anglois le Volcan
, de Londres , & le Bofcawen , de Jerzey ,
armés , l'un de 20 canons , 10 pierriers , & 59
hommes ; l'autre de 4 canons , 8 pierriers , &
32 hommes d'équipage. Ces deux Corfaires , pris
à 4 lieues au Nord- Ouest des Glenans , ont été
conduits au Port - Louis .
Le Corfaire le Prince de Condé , de Boulogne ,
a pris & conduit à Calais un Brigantin Anglois ,
de 70 tonneaux , chargé d'avoine.
Le Capitaine Papin , qui commande le Corfaire
l'Hyver , du Havre , a rançonné pour 26000
livres le Navire le Molly , dont il s'étoit rendu
maître ; & il a conduit à Breft un Bâtiment chargé
de chandelle & de falaifons.
Le Corfaire le Machault , de Granville , a pris
& fait conduire dans la Rade de l'Ile de Bas un
Brigantin Anglois , qui eft auffi chargé de falaifons
& de chandelle .
On mande de Nantes , que le Corfaire le Maréchal
de Richelieu , de ce port , y eft rentré avec
un Navire Anglois dont il s'eft emparé , & dont
la cargaiſon confifte en 250 barriques de fucre.
Le Corfaire le Machault , de Saint - Malo , a enlevé
au Corfaire Anglois le Duc de Bedfort , de
Dublin , une Barque Efpagnole , chargée de 150
balles de café de moka , 100 demi - balles de café
de Bourbon , 16 balles de marchandiſes des Indes
, & de quelques bois de teinture,
Le
1
+
SEPTEMBRE . 1757. 217
Le Saint - Florentin & le Puyzieulx , autres
Corfaires de Saint- Malo , fe font emparé , l'un
d'un Navire Anglois venant de la Caroline , avec
un chargement compofé de 900 barriques de riz ,
& de quelques dents d'Eléphant ; l'autre du Corfaire
la Mary-Galley , de Guernezey , armé de 4
canons , 6 pierriers , & 41 hommes d'équipage.
Les Navires Anglois le Dehel , de 70 tonneaux,
chargé de charbon de terre , & le Falmouth , dont
la cargaifon confifte en fel & autres marchandifes
, ont été pris par le Corfaire le Comte d'Hé
rouville, de Bordeaux , & conduits à Breft.
Le Corfaire l'aimable Françoife , de Bayonne ,
s'eft rendu maître des Navires Anglois la Marthe
Anne , chargé de boeuf , petit- falé , beurre &
fromage ; & la Charmante Nancy , de la nouvelle
Yorck , qui a pour cargaifon des toiles , du
fil de carret , & autres marchandiſes . Ces deux
priſes font arrivées , l'une à Saint - Sébaſtien , l'au
tre à Saint- Jean - de- Luz.
Le Navire Anglois le Dauphin , de Juingmouth
, allant à Terre - Neuve , avec 150 hommes
d'équipage , & une partie affez confidérable
de boeuf, de tan & de fuif, a été pris par le Corfaire
la Bafquaife , de Saint -Jean-de - Luz.
On apprend par des lettres écrites de Marſeille ,
que le Corfaire le Tigre , de ce Port , a pris & y
a fait conduire le Navire Anglois le Guillaume,
chargé d'huile.
On a été informé que M. du Reveft , commandant
une des Efcadres que le Roi a fait armer à
Toulon , s'eft rendu maître du Navire Anglois
Les deux Freres , armé de 16 canons , 25 hommes
d'équipage , & chargé de fucre , de café &
d'indigo . Le conducteur de cette priſe , qui eft
arrivée à Cadix , a rapporté que M. du Revest
K
218 MERCURE DE FRANCE.
s'eft emparé d'un autre Bâtiment Anglois , appellé
le Dobbs- Galley , de 190 tonneaux , dont la
cargaifon confiftoit en goudron , tabac & quelques
paquets de pelleteries , & qu'on a mis le feu
à ce dernier Navire , qui n'étoit pas en état de naviger.
Les Corfaires le Machault de Dunkerque , &
L'Amaranthe , de Dieppe , fe font emparé de huit
Bâtimens Anglois , chargés de charbon de terre
& de meules de moulin . Une de ces prifes eft arri
vée à Dunkerque quatre autres ont relâché à
Oftende , & l'on a eu avis de Terveer , qu'il en
eft entré deux dans ce Port.
Le Corfaire la Princeſſe de Soubize a pris un Ba
teau Anglois , chargé de boeuf falé , & il l'a fait
conduire à Breft..
Le Senaw Anglois l'Edward , qui alloit de la
Caroline à Londres avec une cargaiſon compofée
d'indigo , de café , de fucre , de brai & de pelleteries
, a été pris par le Coifaire le Vainqueur ,
de Bayonne. de çe
Les Corfaires le Comte de Grammont ,
Port , & le Maréchal de Richelieu , de Nantes ,
ont enlevé au Corfaire Anglois la Défiance , de
Briſtol , un Navire dont il s'étoit emparé , & qui
a pour chargement du fucre , du tabac & du bois
de bréfil .
" Le Capitaine Marfans-Haraneder , qui commande
le Corfaire la Bafquaife , de Saint Jeande
Luz , a rançonné pour 290 livres sterlings un
Navire Anglois , dont il s'étoit rendu maître , &
il a conduit dans ce Port un autre Bâtiment Anglois
nommé le Lady - Strauge , de Liverpool ,
chargé de balloteries.
Le Navire le Mari , de Waterford , chargé de
fel , de beurre , de lard & de farine , a été pris
SEPTEMBRE . 1757. 219
par le Corfaire le Mars , & conduit à Bayonne.
Le Capitaine Danglade , commandant le Corfaire
la Françoife , de ce Port , s'eft rendu maître
du Navire Anglois l'Industrie , chargé de 300
boucauts de tabac. Ce Bâtiment eft arrivé par relâche
à Saint- Sébastien .
Le Corfaire le Comte de Maurepas , commandé
par le Capitaine Jean- Baptifte de Cock , a rançonné
quinze Bâtimens ennemis pendant les deux
mois de fa feconde courſe. Le fieur de Cock a
conduit dans le port de Dunkerque les ôtages, qui
lui ont été remis pour la fûreté de ces différentes
rançons. Ce Capitaine eft le même , qui dans le
mois d'Octobre de l'année derniere n'ayant que
16 canons , foutint un combat devant Calais , contre
un Vaiffeau Anglois de 36 , & qui à la fin de
Décembre fe défendit près d'Oftende contre qua
tre Corfaires , dont un de 16 canons , un de 12 ,
& les deux autres de 8. Dans ces deux actions , il
montoit le même Corfaire le Comte de Mau-.
repas.
Le fieur de Kerfaint & le fieur de Caumont ,
Capitaines de Vaiffeaux , qui étoient partis de
Breft à la fin du mois de Novembre dernier , avec
trois Vaiffeaux & trois Frégates , font arrivés à la
Martinique le 17 & le 20 Mai , après avoir croisé
féparément fur différentes parties de la côte d'Afrique
. Il fe font emparés fur cette côte de plufieurs
Navires Anglois, qui y faifoient la traite des
Negres , & le fieur de Kerfaint avoit pris dans fa
route au Cap Verd le Corfaire le Boscawen , de
Londres , & les Navires le Sphinx & le Wilkinton
Il a conduit à la Martinique , tant fur les Vaiffeaux
de Sa Majefté , que fur trois Bâtimens qu'il a confervés
des prifes qu'il a faites , onze cens Negres ,
indépendamment de ceux que le fieur de Cau
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
mont a enlevés , & qu'il y a conduits également.
A l'égard des prifonniers , le fieur de Kerfaint en
a débarqué 94 à l'Ile de Bonneviſte , & 71 au
grand Jonk , fur les inftances que les uns & les
autres lui en ont faites , & il a mené le ſurplus à
la Martinique .
Le fieur de l'Ile de Beauchefne , Capitaine de
Vaiffeau commandant la Frégate du Roi le
Zéphyr , s'eft rendu maître du Corfaire Anglois le
Roi de Pruffe , de Briſtol , armé de 20 canons
16 pierriers , 90 hommes d'équipage , & il l'a fait
conduire à Rochefort .
Un autre Corſaire Anglois , appellé le Saint-
Olive , de Londres , de 18 canons , 20 pierriers
& 97 hommes d'équipage , a été pris & conduit
à Breft par le fieur de Longueval , Lieutenant de
Vaiffeau , commandant la Corvette du Roi l'EScarboucle.
Le Corfaire l'Hobereau , de Calais , s'eft emparé
du Brigantin Anglois le Dauphin , chargé de
bois de campêche , & il l'a rançonné pour 19200
livres.
Le Corfaire la Marquise de Beringhen a auffi
rançonné pour 45 livres fterlings un petit Bâtiment
Anglois,
LE
B5 Juin , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage de M. le Marquis de
Caumont , feul héritier de la maiſon de la Force ,
avec Mademoiſelle Galard de Braffac de Bearn ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
petite- fille du Duc de la Force ; & celui de M. le
Comte de Lorda avec Mademoiſelle de Seignelay.
La maison de Sorbonne fit le 6 une députation
folemnelle au Nonce du Pape , à l'occafion du
préfent que Sa Sainteté a fait de fon Portrait à
cette Maiſon. Le Curé de la Paroiffe de Saint
Paul porta la parole Le Portrait du Pape eft l'original
fait en 1741 par Subleiras , célebre Peintre
François , mort à Rome. Ce préſent eſt d'autant
plus flatteur pour la Maifon de Sorbonne ,
que les Souverains Pontifes ne font point dans l'u
fage de donner leurs Portraits à qui que ce foit.
Sa Sainteté , dans le bref qu'elle a adreflé à la
maiſon , dit « qu'Elle veut bien lui accorder certe
» marque de diftinction , comme un témoignage
» extraordinaire & nouveau de fa bienveillance
» & comme un gage affuré de fon eſtime , afin ,
ajoute-t'elle , que placé au milieu de vous à
côté du Roi Très -Chrétien , Nous foyons con-
» tinuellement fous vos yeux , comme vous êtes
» toujours préfens à notre coeur » . On voit ce tableau
en Sorbonne dans la grande falle des actes,
Il a été mis entre le Portrait du Roi & celui du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar. Sa
Sainteté avoit envoyé précédemment à la Sorbonne
toutes les éditions de fes ouvrages , & en
particulier le Recueil complet de fes Euvres en
15 vol. in fol.
Le 12 Juin Leurs Majeftés & la Famille
Royale fignerent le contrat de mariage de M. le
Marquis de Marbeuf, Meftre de Camp d'un Régiment
de Dragons de fon nom , avec Mademoifelle
Michel , fille de M. Michel , Directeur de la
Compagnie des Indes .
Le Roi fit le 14 dans la cour du Château la
revue des deux Compagnies des Moufquetaires de
SEPTEMBRE. 1757. 199
fa Garde ordinaire. Sa Majefté paffa dans les
rangs , & après que les deux Compagnies eurent
fait l'exercice , Elle les vit défiler tant à pied qu'à
cheval . Monfeigneur le Dauphin accompagna le
Roi à cette revue .
Le temps fixé par la convention du 4 Juillet
1746 , entre le Roi & l'Electeur Palatin , pour la
reftitution réciproque des Déferteurs , étant expiré
le 3 Juillet de l'année derniere : Sa Majefté vient
de conclure pour le même objet avec Son Alteffe
Electorale Palatine une nouvelle convention >
portant ce qui fuit : « ART. I. Les Cavaliers , Dra-
» gons & Fantaffins , qui déferteront des troupes
>> Françoiſes ou Palatines , & qui pafferont des
» pays ou places d'une domination dans les pays
» ou places de l'autre , feront refpectivement ar-
» rêtés pour être rendus , auquel effet il fera
» donné avis de leur détention , le plutôt que
faire fe pourra , au Gouverneur ou Comman-
» dant de la plus prochaine place de guerre de la
» domination d'où ils auront déferté , afin qu'on
» envoie les chercher . ART. II. Le Gouverneur
≫ou Commandant d'une place , qui aura été averti
» de la détention de quelque déferteur , l'enverra
>> auffi-tôt chercher , & fera payer les frais de la
» prifon & la fimple fubfiftance du prifonnier , à
>> raifon de deux livres de pain par jour pour cha-
» que Cavalier , Dragon ou Fantaffin au prix
» courant de la place où le déferteur fera retenu .
» ART. III . Les déferteurs feront rendus dans le
» même état qu'ils auront été arrêtés , c'eſt- à-
» dire avec leurs chevaux , équipages , habits &
» armes ; & le fourrage qui aura été fourni à leurs
>> chevaux , fera payé de gré à gré fuivant le prix
>> courant des lieux . ART. IV. Les Officiers de
part & d'autre ne pourront pourfuivre ni enle-
>
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
» ver lesdits déſerteurs hors des terres de l'obéif-
» fance de leur Souverain : pourront cependant
» requérir en ce cas les Officiers & habitans des
» terres de la domination du Roi ou de S. A. Elec-
» torale Palatine , où lesdits déferteurs fe trouve-
>> ront , de les arrêter & conduire dans la place
» la plus prochaine de la domination fur laquelle
» ils auront été arrêtés. ART. V. Après la ratification
& publication de la préfente convention ,
» il fera fait très - expreffe défenſe aux habitans du
» plat- pays dans l'étendue des gouvernemens qui
>font fur les frontieres des deux dominations , &
» à tous autres, d'acheter les chevaux , armes , équi-
» pages , habits , & généralement quelque chofe
» que ce puiffe être defdits défetteurs , & même
» de leur donner aucun afyle ou fecours , ni de les
» receler ou de faciliter leur évafion , à peine
» contre les contrevenans de trente livres , mon-
> noie de France , d'amende pour un déferteur à
pied , & de foixante livres pour un Cavalier ou
» Dragon qui défertera à cheval. ART. VI. Pour
» engager les habitans & fujets de part & d'autre
» d'arrêter les déferteurs , & de les conduire dans
la place la plus prochaine de la domination fur
» laquelle ils auront été arrêtés , on eft convenu
» qu'il fera donné trente livres de récompenfe à
» celui ou ceux qui auront arrêté & conduit dans
ladite place un déferteur à pied , & foixante li-
» vres pour un déferteur à cheval , lefquelles
» fommes leur feront payées fur le champ par le
» Gouverneur ou Commandant de ladite place
» lequel fera remboursé par l'Officier qui viendra
» chercher le déferteur. ART. VII. Il est en outre
» convenu que les criminels , qui auront commis
» quelque crime dans l'une des deux dominations ,
» & qui chercheront à fe réfugier dans l'autre
SEPTEMBRE. 1757. 201
» feront arrêtés & rendus à la premiere réquifi-
» tion , moyennant la reftitution des frais qu'ils
>> auront caufés pendant le temps de leur déten-
» tion , fuppofé qu'ils aient été mis en priſon .
» ART. VIII. La préſente convention durera dix
» années , à commencer du 26 Avril de cette an-
» née , & fera publiée & obſervée immédiatement
après l'échange des ratifications dans l'Alface ,
» les trois Evêchés , à Sarre- Louis & autres lieux
» de la Sarre , & dans toute l'étendue des Villes &
» Bailliages de l'Electorat Palatin , & des deux
» Duchés de Bergues & de Juliers , & leurs dépendances
jufqu'au Rhin , & à dix lieues au delà
» de ce fleuve. »
Cette Convention a été fignée le 26 Avril , an
nom du Roi, parM.le Marquis de Paulmy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ayant le département de la
guerre , & au nom de l'Electeur Palatin , par M.
le Baron de Grevenbroch , Confeiller d'Etat de ce
Prince , & fon Miniftre Plénipotentiaire à la Cour
de France.
Le Roi étant informé qu'il y a plufieurs Déferteurs
de fes troupes qui ont pris parti dans
celles qui font actuellement dans le Royaume
fans être connus pour tels , & qui par conféquent
ne pourroient , fans commettre une nouvelle défertion
, fatisfaire à l'obligation impofée par
l'Ordonnance d'amniftie , rendue le 20 Avril dernier
, de s'engager dans l'armée que Sa Majeſté a
fait paffer en Allemagne ; Sa Majesté ordonne
tous Soldats , Cavaliers & Dragons qui , aiant déferté
de fes troupes avant le premier Février dernier
, auront pris parti dans d'autres Compagnies
avant le 20 Avril dernier , ne pourront être pour
fuivis pour ladite défertion : Voulant Sa Majeſté ,
qu'ils foient compris dans l'amnistie qu'Elle a
que
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
accordée par fon Ordonnance dudit jour 20 Avril
dernier , à condition qu'ils continueront de fervir
dans lefdites troupes où ils fe trouvent actuellement
engagés , jufqu'à ce que Sa Majefté ayant
rétabli la diftribution des congés d'ancienneté , ils
foient dans le cas d'être renvoyés à leur tour.
Sa Majesté a fait expédier un brevet de Lieutenant
de Frégate au Capitaine Canon .
afin
Selon les avis reçus de Marfeille , M. Couturier
, Echevin de la Ville , y fait conftruire dans
l'Arcenal du Roi une Frégate fur les proportions.
d'un vaiffeau de de Elle eft 54 canons.. guerre
percée fur fon pont pour 26 canons de 18 livres
de balle , & elle aura un entre- deux ponts volant
pour y placer la vogue de 60 avirons , que
dans un temps calme elle puiffe au befoin faire
ufage de fes avirons auffi légérement qu'une galere
. On compte que ce fera le bâtiment le plus
fort , le plus léger & le meilleur voilier , qui ait
été conftruit dans les proportions qu'on lui a
données .
* Le 16 & le 19 Juillet , le Roi tint à Compiegne
le Sceau pour la dixieme & onzième fois .
le
Le même jour 16 , M. le Maréchal Duc de Richelieu
prit congé du Roi , & le lendemain il partit
pour fe rendre à l'armée qu'il va commander fur le
Mein. Les Lieutenans - Généraux , qui feront employés
fous les ordres de ce Général , font le
Comte de Noailles , le Marquis du Mefnil ,
Baron de Montmorency , le Chevalier de Muy ,
le Duc de Duras , le Comte d'Andlau , le Comte
de la Vauguyon , & le Duc d'Havré. Les Maréchaux
de Camp , qui ferviront dans la même
armée , font MM. le Chevalier du Châtelet , de
Planta , le Marquis de Laſtic , le Comte de Lutzelbourg,
le Comte du Luc , le Comte de Vence
SEPTEMBRE. 1757. 203
le Marquis de Voyer , le Marquis de Laval , le
Prince de Beauvau , le Comte de la Guiche , le
Marquis de Béthune , le Marquis de Roquépine ,
le Marquis de Traifnel & le Comte d'Egmond.
Le Marquis de Monteynard eft nommé Maréchal
Général des Logis de cette armée. Le Chevalier
de Redmond fera les fonctions de Maréchal des
Logis de la Cavalerie , & le Comte de Rochambeau
celles de Major Général de l'Infanterie.
Madame la Dauphine apprit le 31 Juillet , par
un Courier que lui dépêcha le Roi , la victoire
Haftembecke. L'émotion que caufe une pareille
nouvelle , fit voir toute fa bonté & ſon humanité.
Cette Princeffe ne s'occupa , dans ce moment critique
, que des inquiétudes des perſonnes de fa
cour , qui ayant de proches parens à cette affaire
pouvoient craindre pour eux quelqu'accident ;
aucune de celles qu'elle pût tranquillifer ou confoler
n'échappa à fon attention.
Le lendemain Madame la Dauphine envoya a
Compiegne M. de Goy- de Didogne , fon Ecuyer
de main en quartier , porter au Roi des lettres de
complimens fur cet heureux événement , & à fon
retour M. de Didogne fut chargé des lettres de
Sa Majefté & de la Famille Royale pour Madame
Ja Dauphine.
T
Le Roi a fait préfent d'une épée au Capitaine la
Fargue , commandant le Corfaire l'Aigle , de
Bayonne en confidération de la prife que ce Capitaine
a faite d'un Corfaire Anglois après un combat
des plus opiniâtres , dans lequel M. la Fargue
a été griévement bleffé . Sa Majesté a accordé
la même marque de diftinction à M. Forestier ,
qui après la bleffure de M. la Fargue a pris le commandement
, & a continué le combat .
On a reçu des lettres du Canada , qui contien-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
nent le détail de ce qui s'eft paffé dans ce Pays- l
durant l'hyver , relativement à la guerre.
Indépendamment des Partis de Canadiens & de
Sauvages , qui ont été continuellement en campagne
durant l'hyver , & qui , dans les incurfions
qu'ils ont faites fur les ennemis , leur ont tué
beaucoup de monde , & donné l'allarme dans les
Colonies Angloifes , le Marquis de Vaudreuil a
exécuté une expédition , dont l'objet étoit trèsimportant..
Il avoit été informé au mois de Janvier , que
les ennemis avoient raffemblé au Fort Georges ,
fitué fur le Lac Saint - Sacrement , une quantité
très- confidérable d'approvifionnemens de toutes
les efpeces , & qu'ils avoient fait conftruire fous.
le canon de ce Fort un grand nombre de Barques ,
de Bateaux , & d'autres Bâtimens , non feulement
pour le tranfport de ces approvifionnemens
mais encore pour s'affurer la navigation de ce Lac.
Jugeant que tous ces préparatifs étoient deſtinés .
pour les entreprifes que les ennemis fe propo-.
foient d'exécuter au printemps , il forma le projet
de leur en ôter les moyens.
Dans cette vue , il fit un détachement de 1500
hommes , compofé des Piquets des Bataillons
des troupes de terre , dont un de Grenadiers ,
300 Soldats des troupes de la Colonie , 150 Miliciens
, dont une Compagnie de so Volontaires,
& 300 Sauvages. Ce détachement
ayant été
promptement
raffemblé au Fort Saint -Jean , M.
de Rigaud de Vaudreuil , Gouverneur des Trois
Rivieres , qui le commandoit , le fit marcher en
quatre divifions. La premiere partit le 20 Février::
elle étoit compofée de 6 Compagnies mêlées dés
troupes & des Milices de la Colonie avec quelques.
Sauvages Abenakis , & elle étoit commandée par
SEPTEMBRE. 1757. 205
M. de Saint-Martin , Lieutenant de ces troupes.
La feconde que commandoit M. du Chat , Capitaine
au Régiment de Languedoc , étoit compofée
de deux Piquets de troupes de terre , de trois
Compagnies mêlées de la Colonie & de quelques
Sauvages , & elle fe mit en marche le 21. Elle fut
fuivie le lendemain par la troifieme , qui étoit
commandée par M. Coni , Capitaine au Régiment
de Royal Rouffillon , & qui étoit compofée,
comme la feconde. M. de Rigaud devoit partit
le 23 avec le Piquet de Grenadiers , la Compagnie
des Volontaires Canadiens , & le reste des
Sauvages , qui compofoient la quatrieme Divifion;
mais fon départ fut retardé par le dégel
juſqu'au 2 s .
Les quatre Divifions s'étant réunies au Fort de
Carillon , toute la troupe en partit le 15 de Mars ,
la Compagnie de Volontaires Canadiens faifant
l'avant-garde ; & le 17 à fept heures du foir, on fe
trouva à une lieue & demie du Fort Georges.
Le 18 , M. de Rigaud détacha M. Poullariez
Capitaine de Grenadiers du Régiment de Royal
Rouffillon , avec deux autres Officiers , pour aller
reconnoître le Fort , d'une hauteur qui le domine
à environ une demi-lieue de diftance . Quoique
fur le rapport que lui fit M. Poullariez , il ne
pût pas douter que les ennemis ne fuffent informés
defa marche, il fit fes difpofitions pour l'exécution.
des ordres dont il étoit chargé..
Il fe mit en mouvement avec toute fa troupe
l'entrée de la nuit du 18 au 19. Il détacha M. Dumas
, Capitaine , avec deux autres Officiers &
quelques Grenadiers , pour aller reconnoître les
approches du Fort . Le bruit qu'ils ne pouvoient
s'empêcher de faire , en marchant fur la glace ,,
les fit bientôt découvrir ; & ils furent obligés de
206 MERCURE DE FRANCE
rejoindre la troupe. M. de Rigaud prit cependant
le parti de faire mettre le feu aux Bateaux qui
étoient fous le Fort ; mais il n'y en eut qu'un petit
nombre de brûlés . Les ennemis tuerent deux
hommes , & en bleſſerent un autre. Le 20 , M.
de Rigaud fit inveftir le Fort , afin d'en impoſer à
la Garnifon , qu'il fçavoit être de 5 à 6co hommes
d'élite ; & il envoya un détachement de Sauvages
fur le chemin du Fort Lidius , pour en couper
la communication . Il fit même fommer le
Commandant de fe rendre . Cette fommation fixa
l'attention du Commandant aux difpofitions relatives
à la défenſe du Fort ; enforte que la nuit fuivante
il ne fit tirer que quelques coups de canon &
quelques bombes , qui n'empêcherest pas qu'on
ne brûlât beaucoup d'effers.
Le Fort refta encore inveſti le 21 , fans que les
ennemis oſaflent faire aucune fortie . Ils demeurerent
également tranquilles toute la nuit , mais il
tomba en même temps une fi prodigieufe quantité
de neige fondue, qu'il ne fut pas poſſible de mettre
le feu aux dehors . Le temps fut plus favorable la
nuit ſuivante , & l'on en profita pour biûler tout
ce qui étoit dans le Lac & aux environs du Fort ,
malgré le feu d'artillerie & de moufqueterie que
les ennemis firent de leur côté , & qui tua trois
Soldats , & bleſſa un Officier .
Les ennemis ont perdu par cet incendie quatre
Brigantins de 10 à 14 canons , & deux Galeres à
so rames , qu'ils deftinoient pour la navigation
des Lacs ; plus de trois cens cinquante Bateaux de
tranfport ; une quantité confidérable de bois de
conſtruction ; beaucoup d'affûts de campagne ;
un moulin à fcier des planches ; les hangards &
les magafins qui étoient entourés d'un Fort de
pieux , & où il y avoit plus de 4 mille quarts de
SEPTEMBRE . 1757. 207
farine , & d'autres vivres de toute espece à proportion
, des armes , des habillemens , & génétalement
toutes fortes d'uftenciles de campagne ;
les hôpitaux ; plus de 20 maiſons qui étoient tant
en dedans qu'en dehors du Fort de pieux ; & enfin
toute leur provifion de bois de chauffage. Le
Fort eft refté ifolé ; il n'a même été préfervé du
feu , que parce qu'il n'a point fait de vent durant
tout l'incendie .
Dans cette expédition , qui eft une des plus importantes
qu'on pût entreprendre en Canada durant
l'hyver , il n'y a eu que 5 François tués , un
Officier & un Sauvage bleffés , quoiqu'elle ait
été exécutée fous le feu de l'artillerie & de la
moufqueterie du Fort Georges. On ignore lenombre
d'hommes que les ennemis y ont perdu
mais les Canadiens & les Sauvages avoient été pla
cés , de maniere que par le feu de leur moufquete
rie , ils faifoient fouvent ceffer celui des ennemis ..
Ce fuccès eft principalement dû à la fageffe des
difpofitions que M. de Rigaud a faites , à l'attention
avec laquelle il en a fuivi l'exécution , & à la conftance
avec laquelle il a fupporté les fatigues exceffives
du voyage dans une faifon fi rigoureuſe.
Les différens Corps des troupes & des Milices s'y
font également diftingués à tous égards ; & M. de
Rigaud a été infiniment content de la conduite des
Sauvages qui y étoient employés..
On a lieu de l'être pareillement des difpofitions
de toutes les Nations Sauvages de la Colonie . Celles
qui ont de tout temps été fes alliées , donnent
tous les jours de nouvelles preuves de leur fidélité ,
& font continuellement en parti contre les ennemis.
Il y a d'ailleurs quelques Nations affez nombreufes
, & entr'autres les Tétes-plates , qui font X
208 MERCURE DE FRANCE.
entrées nouvellement dans cette alliance , & quí
ont pris part à la guerre. Les Cinq Nations Iroquoifes
ont envoyé une députation des plus folemnelles
au Marquis de Vaudreuil , pour renouveller
leurs anciens engagemens avec la France. Ils ont
promis non feulement de renoncer à tout commerce
avec les ennemis , mais même de fe joindre aux
autres Nations amies de la France pour agir contr'eux.
Les ennemis de leur côté n'ont tenté qu'une expédition
durant l'hyver. Ayant été informés qu'on
devoit faire paffer du Fort Saint-Frédéric au Fort
de Carillon quelques provifions fous l'eſcorte
d'un petit détachement , ils en envoyerent un de
80 hommes , qui enleva les premieres traînes de
ce convoi , & 7 Soldats . Mais le Commandant
du Fort Saint -Frédéric fit marcher un nouveau
détachement , pour couper celui des ennemis
dans fon chemin . Ils tomberent effectivement
dans l'embuſcade . Le combat fut des plus vifs &
des plus opiniâtres. Il refta du côté des ennemis ,
fur le champ de bataille , 40 hommes dont 3 Offi
ciers . On fit & prifonniers , & le refte du détachement
fe fauva dans les bois , où il a péri de
fes bleffures , de maniere qu'il n'en rentra que 3
hommes dans le Fort Georges. Les François en
eurent 11 de tués , & 26 de bleffés . Ils reprirent
les traînes dont les ennemis s'étoient emparés ; &
à l'égard des 7 Soldats que les ennemis avoient
enlevés , il ne s'en trouva que 3 , les 4 autres ayant
été tués. Cette action s'eſt paſſée le 22 Janvier.
M. le Comte de Gifors qui eft arrivé ici le 31 de
Juillet , a apporté au Roi la nouvelle d'une victoire
, que les troupes de Sa Majefté , commandées
par M. le Maréchal d'Eftrées, ont remportée le 26
de ce mois fur l'armée du Duc de Cumberland. M
SEPTEMBRE. 1757. 209
le Maréchal d'Eftrées ayant fait reconnoître le 25
au foir la poſition des ennemis , réfolut de les attaquer
le lendemain. Ils avoient leur droite vers
Hamelen. Devant leur front étoit un marais impraticable.
Leur gauche étoit appuyée à des montagnes
très- hautes , couvertes de bois , & traverfées
par fept ou huits ravins de vingt pieds de
profondeur. Elle avoit à gauche une redoute , &
droite le village de Haftembecke. Dans cette
fituation , les ennemis ne pouvoient être attaqués
que par leur flanc gauche fur un front de
deux cens toifes ou environ , & après que nous
aurions tourné les fommités des montagnes. M.
de Chevert fut détaché pour cet effet le 25 avant
minuit , avec quatre Brigades d'Infanterie. Mais
ayant quatre lieues à faire , il ne put arriver que
le lendemain 26 à neuf heures du matin. Le canon
de l'ennemi commença à tirer dès fix heures. On
y répondit de notre part jufqu'à huit que fe fit la
véritable attaque , & les batteries des ennemis
furent détruites fucceffivement. M. le Marquis
d'Armentieres & M. de Chevert , chacun avec un
corps féparé , chafferent l'ennemi de la montagne
après un feu très-vif. M. le Comte de Montmorency-
Laval , Colonel du Régiment de Guyenne ,
& qui fervoit dans l'armée en qualité d'Aide-
Maréchal Général des Logis , y fut tué. M. le Marquis
du Châtelet , Colonel du Régiment de Navarre
, y fut dangereufement bleffé d'un coup de
fufil au travers du corps , & M. le Marquis de
Belfunce eut le bras percé d'une balle . Cette attaque
ouvrit le chemin aux troupes de notre aîle
droite , compofée de la brigade Autrichienne ; de
celles de Picardie , de Champagne , de Navarre &
de la Marine ; du Régiment du Roi , & des Grenadiers
de France. Ces troupes ont montré la plus
210 MERCURE DE FRANCE..
οι
grande valeur , & particuliérement celles de l'Impératrice
Reine fe font diftinguées dans l'action .
La Cavalerie & la plus grande partie de l'Infanterie
n'ont pu aborder l'ennemi. La brigade de
Champagne a forcé une batterie retranchée ,
il y avoit huit pieces de canon & deux haubits ,
dont elle s'eft emparé ; & l'ennemi , après avoir
eu plus de trois mille hommes tués ou bleffés , a
été obligé d'abandonner fucceffivement tous fes
poftes , pour gagner les gorges qui menent vers
Hanovre. Sa perte auroit été beaucoup plus confidérable
fans un accident qui a mis quelque interruption
dans l'attaque , & qui a retardé la
pourfuite des fuyards. Plufieurs de nos bataillons
marchant dans la montagne à travers des bois , fe
font fufiliés fans fe reconnoître , & c'eft où nous
avons le plus perdu , ayant environ quinze cens
bleffés , quoique le nombre des morts ne monte
pas à cinq cens .
On attend un plus grand détail de cette action .
L'armée du Roi , lorfque M. le Comte de Gifors
en eft parti , étoit établie fort au-delà de l'ancien
camp des ennemis.
Le même jour que le Roi reçut la nouvelle de
cette victoire , Leurs Majeftés affifterent dans la
Chapelle , au Te Deum qui y fut chanté en action
de graces. M. l'Abbé de Gandras , Chapelain du
Roi , y officia. Le Motet étoit de la compofition ,
& fut exécuté ſous la directión de M. Colin- de
Blamont , Surintendant de la Mufique de la Chambre.
Il y eut le foir trois décharges d'artillerie ,
& toute la ville fut illuminée .
Le 7 Août , la Cour a pris le deuil pour trois
femaines , à l'occaſion de la mort de la Reine
Douairiere de Pruffe.
Le même jour , Sa Majefté reçut M. le Comte
SEPTEMBRE. 1757 . 211
de Gifors Chevalier de l'Ordre de S. Louis.
La ville de Hamelen s'étant rendue le 28 Juil
let , il a été ftipulé par la Capitulation , que la
garnifon , compofée de fept cens Heffois , fortiroit
le 30 avec les honneurs de la guerre , mais
fans canon , & qu'elle feroit conduite à Hanovre
avec tous les chevaux & équipages , fans pouvoir
néanmoins emmener ceux appartenans au refte
de l'armée ennemie ; que les Invalides & les Miliciens
, faifant partie de la garniſon , feroient
renvoyés chez eux , & ne pourroient fervir pendant
tout le temps de la guerre ; que le Major
Général Hodemberg , & tous les autres bleflés &
malades renfermés dans la place , feroient prifonniers
de guerre. Ils font au nombre de huit
cens. Les articles de cette Capitulation ont été
réglés entre M. le Maréchal d'Eftrées & le fieur
Brunck , Major Général des troupes Hanovrien-
- nes .
On a trouvé à Hamelen cinquante- quatre canons
de fonte , & dix- neuf de fer ; dix mortiers
de fonte , trois haubits , vingt - huit mille boulets
, & quatre mille bombes ; deux mille fufils ,
cent cinquante - cinq milliers de poudre , deux
cens mille livres de plomb , & des bateaux qui
étoient deftinés à former un pont fur le Wefer .
Selon l'état que le Roi a reçu de la perte faite
par les troupes à la bataille de Haftembecke , il
y a eu dix -fept Officiers tués & cent dix -huit
bleffés. Le nombre des foldats tués monte à mille
trente-huit , & celui des bleffés à onze cens cinquante-
neuf.
L'armée eft demeurée dans fon camp près de
Hamelen, jufqu'au 31 Juillet : l'ennemi étoit alors
à Minden , qui eft à neuf lieuès de cette place . Le
31 , l'armée s'étant miſe en marche paſſa la ri212
MERCURE DE FRANCE.
viere de Hamel ; la referve du Duc de Randan ſe
tenant à Bifphrode , & le corps du Duc de Broglie
à la hauteur de Hamelen. On fut informé le premier
de ce mois , que le Duc de Cumberland
avoit quitté Minden , pour fe retirer à Niembourg
Les Magiftrats de Minden envoyerent des
Députés offrir les clefs de leur Ville. Le 3 Août , le
Duc de Broglie , après avoir fait occuper cette place
par un détachement , repaffa le Wefer avec
fon corps , & fe dirigea fur Remen. Le corps du
Marquis d'Armentieres s'avança vers Harienbourg
à trois lieues de Minden , & celui du Duc
de Randan fe porta près de Hallerfprinck fur le
grand chemin de Hanovre. Le 4 , jour du départ
du courier qui a apporté ces détails , les habitans
de cette derniere Ville n'attendoient que les troùpes
du Roi pour ouvrir leurs portes . M. le Comte
de Platen étoit chargé de venir traiter des contributions
de l'Electorat. M. le Maréchal- Duc de Richelieu
eft arrivé le 3 au foir au quartier général
d'Oldendorff, &, comme l'ancien de M. le Maréchal
d'Eftrées , il a pris le commandement de l'armée.
Il y eut le 27 Juillet à Saint-Dié , en Lorraine ,
un incendie , qui a réduit en cendres l'Hôtel de
Ville , le Couvent des Capucins , les prifons , &
cent feize maifons , dans lefquelles on comptoir
près de trois cens ménages.
Le Corfaire l'Hobereau , de Calais , comman
dé par le Capitaine Jacques Bonvarlet , s'eft emparé
du Brigantin le Molley , de Linn , de 120
tonneaux , chargé de fer & de planches ; & il l'a
ranconné pour 630 livres fterlings.
Le même Corfaire s'eft rendu maître des Navires
Anglois le Samuel & le Thomas : le premier ,
armé de 6 canons , a pour cargaiſon 6 12 facs de
SEPTEMBRE. 1757. 213
farine , & des légumes ; le fecond eft chargé de
charbon de terre.
Le Bateau la Princeffe de Galles , de Carmar
then , de 70 tonneaux , chargé d'avoine & de
quelques barrils de beurre , dont le Corfaire le
+ Prince de Condé , de Boulogne , s'eft emparé ,
a été conduit à Calais.
La Corvette la Diligente a pris & conduit à la
Hougue , le petit Corfaire Anglois le Duc de
Marlborough , de Grenezey , armé de 4 canons
10 pierriers , & de 23 hommes d'équipage.
•
Il eft arrivé à Cherbourg un Navire d'environ
300 tonneaux , chargé d'huile fine , que le Corfaire
la Comteffe de Bentheim , de Saint-Malo ,
enlevé aux Anglois qui s'en étoient emparés.
Par des lettres écrites de Marfeille , on a été
informé de l'arrivée en ce port des Navires Anglois
la Tofcane , de 350 tonneaux , chargé de
faie & de raifins de Corinthe ; la Sirene & le
Guillaume Elizabeth , n'ayant pour cargaifon
que des raifins de Corinthe. Ces priſes ont été faites
, les deux premieres par le Capitaine Megy
commandant le Corfaire la Marie Défirée , la
troifieme par le Corfaire l'Heureufe Therefe.
Le Vicomte de Rochechouart , Capitaine de
Vaiffeau , commandant la Frégate du Roi la Thétis
, ayant avec lui la Frégate la Pomone , commandée
par le fieur Hector , s'eft rendu maître du
Corfaire Anglois le Boscawen , ( ci- devant le
Mefnil- Montant , de Nantes , ) armé de 22 ca
nons , & de 102 hommes déquipages ; il l'a fait
conduire à Saint- Nazaire au bas de la riviere de
Nantes .
Le Corfaire la Comteffe de Bentheim , de Saints
Malo , y eft rentré avec deux Navires Anglois ,
l'un de 200 tonneaux , qui venoit de la Caroling
214 MERCURE DE FRANCE.
avec une cargaifon d'indigo , de café , de peau
de caftor , de riz & de bois de Campeche ; l'au
tre de 150 tonneaux , chargé de falaiſons . Le même
Corfaire a fait une autre priſe de 120 tonneaux
, qui a été conduite à Perros , & dont le
chargement confifte en huile de Baleine , & en
taffia.
Le Tavignon , autre Corfaire de Saint -Malo ,
a pris & fait conduire au Port Louis le Navire Anglois
le Baal , de Londres , de 160 tonneaux ,
chargé de fucre , de coton , de gingembre , &
de taffia.
Le Navire Anglois le Gorges , chargé de riz , a
été pris par le Corfaire la Nouvelle Saxonne , de
Bordeaux , & conduit à Breft.
Le Corfaire la Bafquaife , de Saint-Jean- de-
Luz , y a conduit le Navire Anglois le Falmouth ,
de Glafcow , dont le chargement confifte en ballots
, & en une caifle contenant diveries marchandifes
.
Le Capitaine Louis Simon , commandant le
Corfaire le Bien -Aimé , de Marſeille , s'eft rendu :
maître du Corſaire Anglois le Blackney , de 16
canons , 24 pierriers , & 71 hommes d'équipa
ge. Il s'eft auffi emparé du Navire la Jeanne Sara,
chargé d'huile & de raifins .
La Sainte-Barbe , le Jefus Maria , Sainte-An=
ne , & la Junon , autres Corfaires de Marſeille
y ont auffi fait conduire les Navires Anglois le
Patfey chargé de bled , le Préfervé , ayant pour
chargement des raifins de Corinthe & d'autres
marchandifes , & la Galere Stapleton , qui n'a
fon left.
que
Le Capitaine Morel , qui commande le Cor
faire l'Actif, de Dunkerque , s'eft emparé des
Bateaux Anglois la Sufanne , de Montroff , le
SEPTEMBRE. 1757. 215
Bon Accord , de Petershead , la Catherine , de
Montroff , & l'Elizabeth , d'Airth en Ecoffe , &
il les a rançonnés pour 12720 livres . Il s'eft auffi
rendu maître des Navires le Dodgfon , de 120 tonneaux
, chargé d'indigo , de fucre , de café , de
quinquina , de tabac & de riz ; la Jeanne , de
Leith , dont la cargaifon eft compofée de fucre ,
de cuirs & de laine ; & l'Escap , de Portfoy , chargé
de charbon de terre & de fel.
Le Saint-Louis , autre Corfaire de Dunkerque ,
dont eft Capitaine le fieur Bachelier , a rançonné
pour 9600 livres les Navires Anglois le Thomus
Elizabeth & le Guillaume , dont il s'étoit emparé.
Les Navires Anglois , la Charmante Marthe
chargé de 30 futailles d'indigo , d'un boucaut &
onze paquets de pelleteries , de riz , &c. & le
Jean-Jofeph , chargé de falaifons , ont été pris
par le Corfaire le Comte de Grammont , & font arrivés
à Bayonne.
Le même Corfaire a fait , conjointement avec
le Corfaire le Maréchal de Richelieu , de Nantes ,
une autre prife chargée de fucre & de tabac , qui
a été conduite à Guetaris près de Saint- Sébaſtien.
Le Corfaire la Comteſſe de Grammont a fait conduire
à Bayonne les Navires Anglois le Grampes,
de Liverpool , fur lequel on a trouvé 8000 livres
en piaftres , & dont la cargaiſon confiſte en diverfes
marchandiſes propres pour la traite des Negres
, & le Triton , de Rodyland , armé de 6 canons
& 6 pierriers , qui a pour chargement des
balloteries.
Il eft auffi arrivê à Bayonne un Navire Anglois,
appellé l'Antelope , qui a été pris par le Corfaire
la Bafquaife , de ce Port , & qui eft chargé de
viandes falées.
La Goëlette la Surpriſe a pris un Brigantin Ang
216 MERCURE DE FRANCE.
glois de 100 tonneaux , dont la cargaiſon eſt com .
pofé de balloteries , & de deux rangs de futailles
dont on ignoroit encore le contenu .
>
Le Vicomte de Rochechouart , Capitaine de
Vaiffeau commandant la Frégate du Roi la
Thétis , ayant avec lui la Frégate la Pomone ,
commandée par le fieur Hector , s'eft emparé le
26 du mois dernier des Corfaires Anglois le Volcan
, de Londres , & le Bofcawen , de Jerzey ,
armés , l'un de 20 canons , 10 pierriers , & 59
hommes ; l'autre de 4 canons , 8 pierriers , &
32 hommes d'équipage. Ces deux Corfaires , pris
à 4 lieues au Nord- Ouest des Glenans , ont été
conduits au Port - Louis .
Le Corfaire le Prince de Condé , de Boulogne ,
a pris & conduit à Calais un Brigantin Anglois ,
de 70 tonneaux , chargé d'avoine.
Le Capitaine Papin , qui commande le Corfaire
l'Hyver , du Havre , a rançonné pour 26000
livres le Navire le Molly , dont il s'étoit rendu
maître ; & il a conduit à Breft un Bâtiment chargé
de chandelle & de falaifons.
Le Corfaire le Machault , de Granville , a pris
& fait conduire dans la Rade de l'Ile de Bas un
Brigantin Anglois , qui eft auffi chargé de falaifons
& de chandelle .
On mande de Nantes , que le Corfaire le Maréchal
de Richelieu , de ce port , y eft rentré avec
un Navire Anglois dont il s'eft emparé , & dont
la cargaiſon confifte en 250 barriques de fucre.
Le Corfaire le Machault , de Saint - Malo , a enlevé
au Corfaire Anglois le Duc de Bedfort , de
Dublin , une Barque Efpagnole , chargée de 150
balles de café de moka , 100 demi - balles de café
de Bourbon , 16 balles de marchandiſes des Indes
, & de quelques bois de teinture,
Le
1
+
SEPTEMBRE . 1757. 217
Le Saint - Florentin & le Puyzieulx , autres
Corfaires de Saint- Malo , fe font emparé , l'un
d'un Navire Anglois venant de la Caroline , avec
un chargement compofé de 900 barriques de riz ,
& de quelques dents d'Eléphant ; l'autre du Corfaire
la Mary-Galley , de Guernezey , armé de 4
canons , 6 pierriers , & 41 hommes d'équipage.
Les Navires Anglois le Dehel , de 70 tonneaux,
chargé de charbon de terre , & le Falmouth , dont
la cargaifon confifte en fel & autres marchandifes
, ont été pris par le Corfaire le Comte d'Hé
rouville, de Bordeaux , & conduits à Breft.
Le Corfaire l'aimable Françoife , de Bayonne ,
s'eft rendu maître des Navires Anglois la Marthe
Anne , chargé de boeuf , petit- falé , beurre &
fromage ; & la Charmante Nancy , de la nouvelle
Yorck , qui a pour cargaifon des toiles , du
fil de carret , & autres marchandiſes . Ces deux
priſes font arrivées , l'une à Saint - Sébaſtien , l'au
tre à Saint- Jean - de- Luz.
Le Navire Anglois le Dauphin , de Juingmouth
, allant à Terre - Neuve , avec 150 hommes
d'équipage , & une partie affez confidérable
de boeuf, de tan & de fuif, a été pris par le Corfaire
la Bafquaife , de Saint -Jean-de - Luz.
On apprend par des lettres écrites de Marſeille ,
que le Corfaire le Tigre , de ce Port , a pris & y
a fait conduire le Navire Anglois le Guillaume,
chargé d'huile.
On a été informé que M. du Reveft , commandant
une des Efcadres que le Roi a fait armer à
Toulon , s'eft rendu maître du Navire Anglois
Les deux Freres , armé de 16 canons , 25 hommes
d'équipage , & chargé de fucre , de café &
d'indigo . Le conducteur de cette priſe , qui eft
arrivée à Cadix , a rapporté que M. du Revest
K
218 MERCURE DE FRANCE.
s'eft emparé d'un autre Bâtiment Anglois , appellé
le Dobbs- Galley , de 190 tonneaux , dont la
cargaifon confiftoit en goudron , tabac & quelques
paquets de pelleteries , & qu'on a mis le feu
à ce dernier Navire , qui n'étoit pas en état de naviger.
Les Corfaires le Machault de Dunkerque , &
L'Amaranthe , de Dieppe , fe font emparé de huit
Bâtimens Anglois , chargés de charbon de terre
& de meules de moulin . Une de ces prifes eft arri
vée à Dunkerque quatre autres ont relâché à
Oftende , & l'on a eu avis de Terveer , qu'il en
eft entré deux dans ce Port.
Le Corfaire la Princeſſe de Soubize a pris un Ba
teau Anglois , chargé de boeuf falé , & il l'a fait
conduire à Breft..
Le Senaw Anglois l'Edward , qui alloit de la
Caroline à Londres avec une cargaiſon compofée
d'indigo , de café , de fucre , de brai & de pelleteries
, a été pris par le Coifaire le Vainqueur ,
de Bayonne. de çe
Les Corfaires le Comte de Grammont ,
Port , & le Maréchal de Richelieu , de Nantes ,
ont enlevé au Corfaire Anglois la Défiance , de
Briſtol , un Navire dont il s'étoit emparé , & qui
a pour chargement du fucre , du tabac & du bois
de bréfil .
" Le Capitaine Marfans-Haraneder , qui commande
le Corfaire la Bafquaife , de Saint Jeande
Luz , a rançonné pour 290 livres sterlings un
Navire Anglois , dont il s'étoit rendu maître , &
il a conduit dans ce Port un autre Bâtiment Anglois
nommé le Lady - Strauge , de Liverpool ,
chargé de balloteries.
Le Navire le Mari , de Waterford , chargé de
fel , de beurre , de lard & de farine , a été pris
SEPTEMBRE . 1757. 219
par le Corfaire le Mars , & conduit à Bayonne.
Le Capitaine Danglade , commandant le Corfaire
la Françoife , de ce Port , s'eft rendu maître
du Navire Anglois l'Industrie , chargé de 300
boucauts de tabac. Ce Bâtiment eft arrivé par relâche
à Saint- Sébastien .
Le Corfaire le Comte de Maurepas , commandé
par le Capitaine Jean- Baptifte de Cock , a rançonné
quinze Bâtimens ennemis pendant les deux
mois de fa feconde courſe. Le fieur de Cock a
conduit dans le port de Dunkerque les ôtages, qui
lui ont été remis pour la fûreté de ces différentes
rançons. Ce Capitaine eft le même , qui dans le
mois d'Octobre de l'année derniere n'ayant que
16 canons , foutint un combat devant Calais , contre
un Vaiffeau Anglois de 36 , & qui à la fin de
Décembre fe défendit près d'Oftende contre qua
tre Corfaires , dont un de 16 canons , un de 12 ,
& les deux autres de 8. Dans ces deux actions , il
montoit le même Corfaire le Comte de Mau-.
repas.
Le fieur de Kerfaint & le fieur de Caumont ,
Capitaines de Vaiffeaux , qui étoient partis de
Breft à la fin du mois de Novembre dernier , avec
trois Vaiffeaux & trois Frégates , font arrivés à la
Martinique le 17 & le 20 Mai , après avoir croisé
féparément fur différentes parties de la côte d'Afrique
. Il fe font emparés fur cette côte de plufieurs
Navires Anglois, qui y faifoient la traite des
Negres , & le fieur de Kerfaint avoit pris dans fa
route au Cap Verd le Corfaire le Boscawen , de
Londres , & les Navires le Sphinx & le Wilkinton
Il a conduit à la Martinique , tant fur les Vaiffeaux
de Sa Majefté , que fur trois Bâtimens qu'il a confervés
des prifes qu'il a faites , onze cens Negres ,
indépendamment de ceux que le fieur de Cau
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
mont a enlevés , & qu'il y a conduits également.
A l'égard des prifonniers , le fieur de Kerfaint en
a débarqué 94 à l'Ile de Bonneviſte , & 71 au
grand Jonk , fur les inftances que les uns & les
autres lui en ont faites , & il a mené le ſurplus à
la Martinique .
Le fieur de l'Ile de Beauchefne , Capitaine de
Vaiffeau commandant la Frégate du Roi le
Zéphyr , s'eft rendu maître du Corfaire Anglois le
Roi de Pruffe , de Briſtol , armé de 20 canons
16 pierriers , 90 hommes d'équipage , & il l'a fait
conduire à Rochefort .
Un autre Corſaire Anglois , appellé le Saint-
Olive , de Londres , de 18 canons , 20 pierriers
& 97 hommes d'équipage , a été pris & conduit
à Breft par le fieur de Longueval , Lieutenant de
Vaiffeau , commandant la Corvette du Roi l'EScarboucle.
Le Corfaire l'Hobereau , de Calais , s'eft emparé
du Brigantin Anglois le Dauphin , chargé de
bois de campêche , & il l'a rançonné pour 19200
livres.
Le Corfaire la Marquise de Beringhen a auffi
rançonné pour 45 livres fterlings un petit Bâtiment
Anglois,
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En juin 1757, plusieurs contrats de mariage furent signés par la Famille Royale, notamment ceux du Marquis de Caumont, du Comte de Lorda et du Marquis de Marbeuf. Le 6 juin, la Sorbonne reçut une députation du Nonce du Pape, offrant un portrait du Pape et toutes les éditions de ses ouvrages. Le 14 juin, le Roi passa en revue les Mousquetaires de sa Garde. Le 26 avril, une convention fut signée entre le Roi et l'Électeur Palatin concernant la restitution des déserteurs. Le Roi ordonna également une amnistie pour les déserteurs ayant rejoint d'autres troupes avant le 20 avril. À Marseille, une frégate de 54 canons fut construite. Le 16 et 19 juillet, le Roi tint le Sceau à Compiègne, et le Maréchal Duc de Richelieu prit congé pour commander une armée. Madame la Dauphine apprit la victoire d'Hastembecke et envoya des lettres de compliments au Roi, qui décerna des épées pour bravoure. En Amérique du Nord, des opérations militaires furent menées contre les ennemis au Fort Georges sur le Lac Saint-Sacrement. Une troupe dirigée par M. de Rigaud attaqua le fort, détruisant des bateaux et des provisions ennemis. Les troupes françaises et alliées autochtones montrèrent discipline et efficacité. Une expédition ennemie contre un convoi français fut repoussée. En Allemagne, le Maréchal d'Estrées remporta une victoire. Des lettres détaillèrent les mouvements et les pertes des armées. En septembre 1757, des corsaires français capturèrent plusieurs navires anglais. Parmi les prises notables, le Prince de Condé captura un brigantin anglais à Calais, et la Diligente prit le Duc de Marlborough à la Hougue. La Comtesse de Bentheim reprit un navire chargé d'huile et ramena deux navires anglais à Saint-Malo. D'autres corsaires capturèrent des navires chargés de diverses marchandises, telles que du sucre, du coton, du riz, du café, et des pelleteries. Les prises furent conduites dans différents ports français, certaines étant rançonnées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 198-203
Détail de l'affaire qui s'est passée le 8 Juillet entre les Troupes du Roi, commandées par M. le Marquis de Montcalm, & celles d'Angleterre, aux ordre du Général Abercromby.
Début :
M. le Marquis de Montcalm ayant été envoyé par M. le Marquis de Vaudreuil, [...]
Mots clefs :
Marquis de Montcalm, Colonies, Canada, Protection, Troupes, Anglais, Chevalier, Renforts, Lac Saint-Sacrement, Mouvements des troupes, Grenadiers, Lieutenant colonel, Régiments, Détachement, Bataille, Colonnes milliaires, Munitions, Secours, Pertes ennemies, Les sauvages, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail de l'affaire qui s'est passée le 8 Juillet entre les Troupes du Roi, commandées par M. le Marquis de Montcalm, & celles d'Angleterre, aux ordre du Général Abercromby.
Détail de l'affaire qui s'eſt paſſsée le 8 Juillet entre
les Troupes du Roi , commandées par M. le Marquis
de Montcalm , & celles d'Angleterre , aux
ordres du Général Abercromby.
M. le Marquis de Montcalm ayant été envoyé
par M. le Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
Général du Canada, pour protéger la frontiere de
la Cólonie du côté du Lac Saint- Sacrement , fe
rendit à Carillon le 30 Juin. Il y trouva huit Bataillons
de troupes de terre , une compagnie de
Canonniers , deux à trois cens Ouvriers , & quelques
Sauvages. Il reçut quelques jours après un
renfort de quatre cens hommes des troupes de la
Colonie & des Canadiens , commandés par M. de
Remond , Capitaine. Il apprit à Carillon , que les
Anglois avoient aſſemblé au fonds du Lac Saint-
Sacrement , près des ruines du Fort Georges , une
armée compoſée de vingt mille hommes deMilice
, & de fix mille de troupes réglées , aux ordres
du Major Général Abercromby , & qu'elle devoit
ſe mettre en mouvement pour s'emparer du Fort
Carillon& envahir le Canada. Sur l'avis que M.
leMarquis de Montcalm en donna à M. le Marquisde
Vaudreuil ,& fur ceux que ce Gouverneur
en avoit déja reçus , il changea la deftination de
M. le Chevalier de Levis , qui avoit été détaché
du côté de Corlac ; il lui donna ordre de ſe joindre
à M. le Marquis de Montcalm , & fit les
diſpoſitions néceſſaires pour lui procurer d'autres
renforts.
M. le Marquis de Montcalm prit d'abord le
parti d'occuper le poſte de la Chute , fur le bord
du Lac Saint-Sacrement , pour retarder l'ennemi,
OCTOBRE. 1758.
ة ر و
Il y reſta juſqu'au 6 Juillet que les Anglois parurent
en force fur le Lac. M. le Marquis de Montcalm
repaſſa la riviere de la Chute avec toutes
fes troupes , pour venir camper ſous le Fort Carillon
, où il avoit déja fait tracer des retranchemens
. Il envoya en même temps différens détachemens
, pour harceler l'ennemi dans ſa deſcente.
Un de ces détachemens , commandé par MM. de
Trépezée & de Langis , s'étant égaré par la faure
des guides , tomba dans une colonne de l'armée
ennemie déja toute formée.
De ce détachement , qui étoit d'environ trois
cens hommes , il y eut deux Officiers tués , qua
tre Sauvages , & cent quatre-vingt- quatre foldats
desTroupes & Milices tués , ou priſonniers ; le
reſte joignit le corps de nos Troupes.
:
M. le Marquis de Montcalm n'avoit dans ſon
camp devant Carillon en y arrivant , qu'environ
deux mille huit cens hommes de troupes de France
, & quatre cens cinquante de la Colonie , encore
faut-il diſtraire de ce nombre un des batail
lons de Berry , lequel , à l'exception de ſa compagnie
deGrenadiers , fut occupé à la garde & au
ſervice du Fort .
2 Le 7 Juillet au masin , l'armée fut toute employé
au travail des abbatis , ſous la protection
des compagnies de Grenadiers & des Volontaires
qui la couvroient. Les Officiers , la hache à la
main, donnoient l'exemple , & les drapeaux étoient
plantés ſur l'ouvrage. La gauche occupée par les
bataillons de la Sarre & de Languedoc , étoit appuyée
à un eſcarpement diſtant de quatre- vingt
toiſes de la riviere de la Chute. Le fommet de
l'eſcarpement étoit couronné par un abbatis. Cet
abbatis flanquoit une trouée que gardoient de
front les deux compagnies de Volontaires de
1
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
me ,
Bernard&deDuprat. Derriere cette trouée , on
devoit placer fix pieces de canon. La droite gardée
par la Reine , Bearn &Guyenne, étoit également
appuyée à une hauteur dont la pente n'étoit pas
fi roide que celle de lagauche. Dans la plaine
entre cette hauteur & la riviere de Saint- Frederic
furent portés les Troupes de la Colonie & les
Canadiens , qui s'y retrancherent auſſi avec des
abbatis. Le canon du Fort étoit dirigé ſur cette
partie , ainſi que ſur le lieu où le débarquement
pouvoit ſe faire àla gauche de nos retranchemens.
Le centre ſuivoit les ſinuoſités du terrein , confervant
le ſommet des hauteurs , &toutes les parties
ſe flanquoient réciproquement. Ce centre étoit
formé par les bataillons de Royal Rouffillon &
par le premier bataillon de Berry. Dans tout le
front de la ligne , chaque bataillon avoit derriere
lui une compagnie de Grenadiers & un Piquet en
réſerve.
Ceseſpeces de retranchemens étoient faits de
zroncs d'arbres couchés les uns ſur les autres
ayant en avant des arbres renversés , dont les
branches coupées & pointues faifoient l'effet de
chevaux de frife .
Le 7 au foir , il arriva quatre cens hommes
d'élite des Troupes qui avoient d'abord eu une
deftination particuliere ſous les ordres de M. le
Chevalier de Levis. Leur arrivée répandit une
grande joie dans notte armée , & M. le Chevalier
de Levis arriva bientôt après avec M. de Sennezergues,
Lieutenant Colonel du Régiment de la Sarre.
M. le Marquis de Montcalm chargea le Chevalier
de Levis de la défenſe de la droite, le ſieur de
Bourlamaque de celle de la gauche , & il ſe réſerva
le commandement du centre , pour être plus à
portéede donner ſes ordres partout.
OCTOBRE. 1758. 201
L'armée coucha au bivouac. Le 8. à la pointe
du jour , on battit la générale , pour que toutes les
troupes puſſent connoître leurs poſtes. Après ce
mouvement , une partie fut employée à achever
l'abbatis , & l'autre à conſtruire les batteries .
Vers les dix heures du matin, les troupes legeres
des ennemis parurent de l'autre côté de la riviere
, & firent un grand feu , mais de fi loin , que
l'on continua le travail ſans leur répondre..
A midi & demi leur armée déboucha fur nous.
Nos gardes avancées , ainſi que les volontaires &
les compagnies de grenadiers , ſe replierent en bon
ordre,& rentrerent dans la ligne , ſans perdre un
ſeulhomme. Au moment même du ſignal convenu,
les travailleurs & toutes les troupes furent à leurs
armes& à leurs poſtes. La gauche fut la premiere
attaquée par deux colonnes , dont l'une cherchoit
à tourner le retranchement , & ſe trouva ſous le
feu du Régiment de la Sarre ; l'autre dirigea ſes
efforts ſur un angle ſaillant , entre Languedoc &
Berry. Le centre où étoit Royal Rouffillon , fut
attaqué preſqu'en même temps par une troiſieme
colonne,& une quatrieme porta ſon attaque vers
la droite , entre les Bataillons de Bearn & de la
Reine.
Comme les troupes de la Colonie & les Canadiens
, qui occupoient la plaine du côté de la riviere
de Saint - Frédéric ne furent point attaqués , ils
fortirent de leur retranchement , prirent en flanc
la colonne qui attaquoit notre droite ,& tomberent
deſſus avec la plus grande valeur ; çes troupes
étoient commandées par le ſieur de Remond , Capitaine.
Environ à cinq heures , la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de Royal Rouſillon , s'étoit
rejettée ſur l'angle ſaillant du retranchement , dé
Lv
202 MERCURE DE FRANCE.
fendu par le Bataillon de Guyenne & par la gauche
de celui de Bearn : la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de la Reine & de Bearn , s'y rejetta
auſſi , de forte que le danger devint très-grand
à cette attaque. M. le Chevalier de Levis s'y porta
avec quelques troupes de la droite : M. le Marquis
de Montcalm y accourut auſſi avec quelques
troupes de réſerve. Ils firent éprouver aux ennemis
une réſiſtance qui rallentit d'abord leur ardeur.
Le ſieur de Bourlamaque fut bleſſé à cette
attaque , & les ſieurs de Sennezergues & de Privat
, Lieutenans-Colonels , le ſuppléerent.
Vers les fix heures , les deux colonnes de la droite
abandonnerent leur attaque , vinrent faire encore
une tentative contre les Bataillons de Royal
Rouffillon & de Berry , &enfin tenterent un dernier
effort à la gauche.
Depuis fix heures juſqu'à ſept , l'armée ennemie
s'occupa de fa retraite , favoriſée par le feu de ſes
troupes légeres , qui dura juſqu'à la nuit.
Pendant l'action , le feu prit en pluſieurs endroits
; mais il fut éteint ſur le champ. On reçur
du Fort en munitions & en rafraîchiſſemens , tousles
ſecours néceſſaires .
L'obſcurité de la nuit , l'épuiſement & le petir
nombre de nos troupes , les forces de l'ennemi
qui , malgré ſa défaite , étoient encore bien ſupérieures
aux nôtres , la nature du pays dans lequel
on ne peut s'engager ſans guides , ne permirent
pas à nos troupes de pourſuivre lesAnglois. On
comptoit même qu'ils reviendroient le lendemain à
lacharge , mais ils avoient abandonné les poſtes
de la Chute & du Portage ; & M. le Chevalier de
Levis qui fut envoyé le lendemain pour les reconnoître
, ne trouva que des traces d'une fuite precipitée.
OCTOBRE. 1758 . 203
Ön eſtime la perte des ennemis d'après le rapport
de leurs priſonniers , à quatre mille hommes
tués ou bleſſés , parmi leſquels il y a pluſieurs
Officiers de marque. Le Lord How & le ſieur
Spitall , Major général des Troupes réglées , ont
été tués.
Cinq cens Sauvages qui étoient dans l'armée
Angloiſe , ſont toujours reſtés derriere , &n'ont
pas voulu prendre part à l'action .
Le ſuccès de cette journée eſt dû aux bonnes
diſpoſitions de M. le Marquis de Montcalm , &
à la valeur de nos troupes. MM. le Chevalier de
Levis & de Bourlamaque , ſe ſont diftingués dans
le commandement de la droite & de la gauche ;
le premier a eu pluſieurs coups de fufil dans fon
habit , & le ſecond a été bleſſé dangereuſement.
M. de Bougainville , Aide de Camp de M. le Marquis
de Montcalm & M. de Langis , ont été
bleſſés à ſes côtés. Tous les Officiers en général
méritent les plus grands éloges .
Nous avons perdu douze Officiers & quatrevingt-
douze foldats tués ſur le champ de bataille.
Il y a eu vingt- cinq Officiers , & deux cens quarante-
huit foldats bleſſés .
Le Corſaire le Moiſſonneur , eſt rentré dans le
port de Dunkerque avec une priſe Angloiſe eſtimée
vingt-deux mille livres , & une rançon de
deux cens cinquante guinées. Il va armer de nouveau
pour ſa troiſieme courſe , qui aura lieu à la
finde ce mois .
les Troupes du Roi , commandées par M. le Marquis
de Montcalm , & celles d'Angleterre , aux
ordres du Général Abercromby.
M. le Marquis de Montcalm ayant été envoyé
par M. le Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
Général du Canada, pour protéger la frontiere de
la Cólonie du côté du Lac Saint- Sacrement , fe
rendit à Carillon le 30 Juin. Il y trouva huit Bataillons
de troupes de terre , une compagnie de
Canonniers , deux à trois cens Ouvriers , & quelques
Sauvages. Il reçut quelques jours après un
renfort de quatre cens hommes des troupes de la
Colonie & des Canadiens , commandés par M. de
Remond , Capitaine. Il apprit à Carillon , que les
Anglois avoient aſſemblé au fonds du Lac Saint-
Sacrement , près des ruines du Fort Georges , une
armée compoſée de vingt mille hommes deMilice
, & de fix mille de troupes réglées , aux ordres
du Major Général Abercromby , & qu'elle devoit
ſe mettre en mouvement pour s'emparer du Fort
Carillon& envahir le Canada. Sur l'avis que M.
leMarquis de Montcalm en donna à M. le Marquisde
Vaudreuil ,& fur ceux que ce Gouverneur
en avoit déja reçus , il changea la deftination de
M. le Chevalier de Levis , qui avoit été détaché
du côté de Corlac ; il lui donna ordre de ſe joindre
à M. le Marquis de Montcalm , & fit les
diſpoſitions néceſſaires pour lui procurer d'autres
renforts.
M. le Marquis de Montcalm prit d'abord le
parti d'occuper le poſte de la Chute , fur le bord
du Lac Saint-Sacrement , pour retarder l'ennemi,
OCTOBRE. 1758.
ة ر و
Il y reſta juſqu'au 6 Juillet que les Anglois parurent
en force fur le Lac. M. le Marquis de Montcalm
repaſſa la riviere de la Chute avec toutes
fes troupes , pour venir camper ſous le Fort Carillon
, où il avoit déja fait tracer des retranchemens
. Il envoya en même temps différens détachemens
, pour harceler l'ennemi dans ſa deſcente.
Un de ces détachemens , commandé par MM. de
Trépezée & de Langis , s'étant égaré par la faure
des guides , tomba dans une colonne de l'armée
ennemie déja toute formée.
De ce détachement , qui étoit d'environ trois
cens hommes , il y eut deux Officiers tués , qua
tre Sauvages , & cent quatre-vingt- quatre foldats
desTroupes & Milices tués , ou priſonniers ; le
reſte joignit le corps de nos Troupes.
:
M. le Marquis de Montcalm n'avoit dans ſon
camp devant Carillon en y arrivant , qu'environ
deux mille huit cens hommes de troupes de France
, & quatre cens cinquante de la Colonie , encore
faut-il diſtraire de ce nombre un des batail
lons de Berry , lequel , à l'exception de ſa compagnie
deGrenadiers , fut occupé à la garde & au
ſervice du Fort .
2 Le 7 Juillet au masin , l'armée fut toute employé
au travail des abbatis , ſous la protection
des compagnies de Grenadiers & des Volontaires
qui la couvroient. Les Officiers , la hache à la
main, donnoient l'exemple , & les drapeaux étoient
plantés ſur l'ouvrage. La gauche occupée par les
bataillons de la Sarre & de Languedoc , étoit appuyée
à un eſcarpement diſtant de quatre- vingt
toiſes de la riviere de la Chute. Le fommet de
l'eſcarpement étoit couronné par un abbatis. Cet
abbatis flanquoit une trouée que gardoient de
front les deux compagnies de Volontaires de
1
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
me ,
Bernard&deDuprat. Derriere cette trouée , on
devoit placer fix pieces de canon. La droite gardée
par la Reine , Bearn &Guyenne, étoit également
appuyée à une hauteur dont la pente n'étoit pas
fi roide que celle de lagauche. Dans la plaine
entre cette hauteur & la riviere de Saint- Frederic
furent portés les Troupes de la Colonie & les
Canadiens , qui s'y retrancherent auſſi avec des
abbatis. Le canon du Fort étoit dirigé ſur cette
partie , ainſi que ſur le lieu où le débarquement
pouvoit ſe faire àla gauche de nos retranchemens.
Le centre ſuivoit les ſinuoſités du terrein , confervant
le ſommet des hauteurs , &toutes les parties
ſe flanquoient réciproquement. Ce centre étoit
formé par les bataillons de Royal Rouffillon &
par le premier bataillon de Berry. Dans tout le
front de la ligne , chaque bataillon avoit derriere
lui une compagnie de Grenadiers & un Piquet en
réſerve.
Ceseſpeces de retranchemens étoient faits de
zroncs d'arbres couchés les uns ſur les autres
ayant en avant des arbres renversés , dont les
branches coupées & pointues faifoient l'effet de
chevaux de frife .
Le 7 au foir , il arriva quatre cens hommes
d'élite des Troupes qui avoient d'abord eu une
deftination particuliere ſous les ordres de M. le
Chevalier de Levis. Leur arrivée répandit une
grande joie dans notte armée , & M. le Chevalier
de Levis arriva bientôt après avec M. de Sennezergues,
Lieutenant Colonel du Régiment de la Sarre.
M. le Marquis de Montcalm chargea le Chevalier
de Levis de la défenſe de la droite, le ſieur de
Bourlamaque de celle de la gauche , & il ſe réſerva
le commandement du centre , pour être plus à
portéede donner ſes ordres partout.
OCTOBRE. 1758. 201
L'armée coucha au bivouac. Le 8. à la pointe
du jour , on battit la générale , pour que toutes les
troupes puſſent connoître leurs poſtes. Après ce
mouvement , une partie fut employée à achever
l'abbatis , & l'autre à conſtruire les batteries .
Vers les dix heures du matin, les troupes legeres
des ennemis parurent de l'autre côté de la riviere
, & firent un grand feu , mais de fi loin , que
l'on continua le travail ſans leur répondre..
A midi & demi leur armée déboucha fur nous.
Nos gardes avancées , ainſi que les volontaires &
les compagnies de grenadiers , ſe replierent en bon
ordre,& rentrerent dans la ligne , ſans perdre un
ſeulhomme. Au moment même du ſignal convenu,
les travailleurs & toutes les troupes furent à leurs
armes& à leurs poſtes. La gauche fut la premiere
attaquée par deux colonnes , dont l'une cherchoit
à tourner le retranchement , & ſe trouva ſous le
feu du Régiment de la Sarre ; l'autre dirigea ſes
efforts ſur un angle ſaillant , entre Languedoc &
Berry. Le centre où étoit Royal Rouffillon , fut
attaqué preſqu'en même temps par une troiſieme
colonne,& une quatrieme porta ſon attaque vers
la droite , entre les Bataillons de Bearn & de la
Reine.
Comme les troupes de la Colonie & les Canadiens
, qui occupoient la plaine du côté de la riviere
de Saint - Frédéric ne furent point attaqués , ils
fortirent de leur retranchement , prirent en flanc
la colonne qui attaquoit notre droite ,& tomberent
deſſus avec la plus grande valeur ; çes troupes
étoient commandées par le ſieur de Remond , Capitaine.
Environ à cinq heures , la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de Royal Rouſillon , s'étoit
rejettée ſur l'angle ſaillant du retranchement , dé
Lv
202 MERCURE DE FRANCE.
fendu par le Bataillon de Guyenne & par la gauche
de celui de Bearn : la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de la Reine & de Bearn , s'y rejetta
auſſi , de forte que le danger devint très-grand
à cette attaque. M. le Chevalier de Levis s'y porta
avec quelques troupes de la droite : M. le Marquis
de Montcalm y accourut auſſi avec quelques
troupes de réſerve. Ils firent éprouver aux ennemis
une réſiſtance qui rallentit d'abord leur ardeur.
Le ſieur de Bourlamaque fut bleſſé à cette
attaque , & les ſieurs de Sennezergues & de Privat
, Lieutenans-Colonels , le ſuppléerent.
Vers les fix heures , les deux colonnes de la droite
abandonnerent leur attaque , vinrent faire encore
une tentative contre les Bataillons de Royal
Rouffillon & de Berry , &enfin tenterent un dernier
effort à la gauche.
Depuis fix heures juſqu'à ſept , l'armée ennemie
s'occupa de fa retraite , favoriſée par le feu de ſes
troupes légeres , qui dura juſqu'à la nuit.
Pendant l'action , le feu prit en pluſieurs endroits
; mais il fut éteint ſur le champ. On reçur
du Fort en munitions & en rafraîchiſſemens , tousles
ſecours néceſſaires .
L'obſcurité de la nuit , l'épuiſement & le petir
nombre de nos troupes , les forces de l'ennemi
qui , malgré ſa défaite , étoient encore bien ſupérieures
aux nôtres , la nature du pays dans lequel
on ne peut s'engager ſans guides , ne permirent
pas à nos troupes de pourſuivre lesAnglois. On
comptoit même qu'ils reviendroient le lendemain à
lacharge , mais ils avoient abandonné les poſtes
de la Chute & du Portage ; & M. le Chevalier de
Levis qui fut envoyé le lendemain pour les reconnoître
, ne trouva que des traces d'une fuite precipitée.
OCTOBRE. 1758 . 203
Ön eſtime la perte des ennemis d'après le rapport
de leurs priſonniers , à quatre mille hommes
tués ou bleſſés , parmi leſquels il y a pluſieurs
Officiers de marque. Le Lord How & le ſieur
Spitall , Major général des Troupes réglées , ont
été tués.
Cinq cens Sauvages qui étoient dans l'armée
Angloiſe , ſont toujours reſtés derriere , &n'ont
pas voulu prendre part à l'action .
Le ſuccès de cette journée eſt dû aux bonnes
diſpoſitions de M. le Marquis de Montcalm , &
à la valeur de nos troupes. MM. le Chevalier de
Levis & de Bourlamaque , ſe ſont diftingués dans
le commandement de la droite & de la gauche ;
le premier a eu pluſieurs coups de fufil dans fon
habit , & le ſecond a été bleſſé dangereuſement.
M. de Bougainville , Aide de Camp de M. le Marquis
de Montcalm & M. de Langis , ont été
bleſſés à ſes côtés. Tous les Officiers en général
méritent les plus grands éloges .
Nous avons perdu douze Officiers & quatrevingt-
douze foldats tués ſur le champ de bataille.
Il y a eu vingt- cinq Officiers , & deux cens quarante-
huit foldats bleſſés .
Le Corſaire le Moiſſonneur , eſt rentré dans le
port de Dunkerque avec une priſe Angloiſe eſtimée
vingt-deux mille livres , & une rançon de
deux cens cinquante guinées. Il va armer de nouveau
pour ſa troiſieme courſe , qui aura lieu à la
finde ce mois .
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Résumé : Détail de l'affaire qui s'est passée le 8 Juillet entre les Troupes du Roi, commandées par M. le Marquis de Montcalm, & celles d'Angleterre, aux ordre du Général Abercromby.
Le 8 juillet, les troupes françaises dirigées par le Marquis de Montcalm affrontèrent les forces anglaises commandées par le Général Abercromby près du Fort Carillon. Montcalm, envoyé par le Gouverneur Général du Canada, le Marquis de Vaudreuil, avait pour mission de défendre la frontière du Lac Saint-Sacrement. Informé de l'approche d'une armée anglaise de vingt-cinq mille hommes, il prit position à la Chute et fit construire des retranchements autour du Fort Carillon. Le 7 juillet, les troupes françaises renforcèrent leurs défenses. Le 8 juillet, à l'aube, les Anglais lancèrent leur attaque. Les Français, bien positionnés, repoussèrent les assauts ennemis grâce à une défense organisée et à l'utilisation stratégique des abattis et des canons. Les Canadiens et les milices jouèrent un rôle crucial en prenant à revers une colonne ennemie. La bataille dura jusqu'au soir, avec des pertes importantes pour les Anglais, estimées à quatre mille hommes tués ou blessés, incluant plusieurs officiers de haut rang. Les Français perdirent douze officiers et quatre-vingt-douze soldats tués, et vingt-cinq officiers et deux cent quarante-huit soldats blessés. Après la bataille, les Anglais se retirèrent, laissant derrière eux des traces de fuite précipitée. Le succès français fut attribué aux stratégies de Montcalm et au courage des troupes.
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9
p. 211-214
De Paris, le 2 Décembre.
Début :
Le Roi voulant constater d'une maniere fixe & certaine, le montant [...]
Mots clefs :
Dettes, Colonies, Service de la marine, Arrêt du Conseil d'État, Créances, Ordonnance du roi, Compagnie des dragons, Officiers, Fusils, Château, Marquis de Castries, Artillerie, Troupes, Parlement, Déclaration du roi, Notaires, Trésor royal, Rentes
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texteReconnaissance textuelle : De Paris, le 2 Décembre.
De Paris , le 2 Décembre.
Le Roi voulant conftater d'une maniere fixe &
certaine , le montant des dettes contractées pour
le Service de la Marine & des Colonies , afin de
parvenir à les acquitter , a rendu un Arrèt dans
fon Confeil d'Etat , par lequel Sa Majefté or212
MERCURE DE FRANCE.
donne , que dans trois mois pour tout délai , les
Créanciers ou leurs Tuteurs & Curateurs , foient
tenus de repréfenter les Titres fur lesquels ils
fondent leur créance , pardevant les fieurs de
Fontanieu & de la Bourdonnaye , Conſeillers
d'Etat , Silhouette & de Boullongne , Maître des
Requêtes , & de Cotte , Maître des Requêtes &
Intendant du Commerce , pour être procédé à la
vérification des créances , & pourvû enfuite au
payement , & que les créances demeurent éteintes,
fi elles ne font pas répréſentées dans le terme
prefcrit.
Par un autre Arrêt de fon Confeil d'Etat , le
Roia preferit la forme dans laquelle les Créanciers,
leurs Repréfentans , ou leurs Fondés de procuration
fpéciale , doivent faire la repréfentation de
leurs Titres.
Il paroît une Ordonnance du Roi , en date du
21 Octobre dernier , pour établir une nouvelle
forme dans la compofition des Compagnies détachées
des Dragons , Gardes- Côtes de la Province
de Guyenne. Sa Majesté ordonne , qu'il y aura
dans cette Province 18 Compagnies de Dragons
de so hommes , qui formeront 9 Eſcadrons, & que
ces Dragons feront placés pendant le tems de la,
Guerre , de diftance en diſtance , & feront chargés
de fe rendre , de main en main , les Lettres &
les Avis concernant le Service , pour les faire parvenir
, fans retard , au Commandant Général
& à l'Intendant de la Province.
Dans une feconde Ordonnance , en date du 31
du même mois , Sa Majesté ordonne que les Of
ficiers & Sergents des Compagnies de Fufiliers de
fes Troupes d'Infanterie , foient dorénavant armés
de fufils avec leurs bayonnettes , ainfi que
ceux des Compagnies de Grenadiers.
Le Château de Rhinfels eft une des plus fortes
Places qui foit fur le Rhin. Il eft auprès de Saint
JANVIER. 1759. 213
foar , & lui fert de Citadelle . Cette Place nous
tant abſolument néceffaire pour allurer la liberté
e la navigation du Rhin , le Maréchal de Soubife
chargé le Marquis de Caftries , de s'en rendre
aître ; ce qu'il a exécuté avec tout le fuccès qu'on
ouvoit delirer. La Ville de Saint- Goar a été
Icaladée en même tems , par les Régimens de
aint-Germain & de la Féronnaye. Le Comte de
cey , à la tête de fon Régiment , s'eſt emparé de
chuartz -Haufen , & du Château de Calze. La
arniſon a été faite Priſonniere de Guerre , ainfi
ue celle de Saint- Goar , qui en voulant fe retirer
ans le Château , a été coupée & forcée de fe
endre. Le Gouverneur de ce Château a été fomé
& contraint de capituler. Les Troupes du
oi y font entrées . On y a trouvé une Artil
rie confiderable , dont on donnera le détail ,
orfque le Maréchal de Soubife aura envoyé les
Articles de la Capitulation.
Le Marquis de Caftries a acquis beaucoup
Phonneur , par fa prévoyance , & fon activité dans
oute la conduite de cette entrepriſe. Cette Place
It d'autant plus importante ,, qu'étant pourvue
l'une bonne Garnifon & de toutes les Munitions
éceffaires , elle peut tenir plus de fix femaines ,
u cas qu'elle foit attaquée.
Cette Nouvelle a été apportée par un Courrier
que le Maréchal de Soubife a dépêché , & qui eſt
Arrivé le 6. de ce mois.
Du 9.
Le 2. de ce mois , le Parlement enregistra une
Déclaration du Roi , donnée a Verſailles , le 29
Octobre de la préfente année,portant acceptation
des offres faites par les Notaires de Paris , d'acquérir
27120 liv. de rente au denier 2 , faifant partie
des 3002000 livres de rentes , créées par Edis
du mois d'Avril , fur les Aydes & Gabelles , en
214 MERCURE DE FRANCE.
payant au Tréfor Royal la fomme de 678000 liv.
enconféquence Sa Majefté ordonne que les Notaires
de Paris feront diftraits de l'Etat annéxé
à l'Edit du mois d'Août fuivant , portant création
d'un million effectif d'augmentation de gages.
Du 16.
Le 12 de ce mois , le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregiſtra un Edit du Roi ,
portant création de 3006000 liv . de Rentes viageres
fur les Aydes & Gabelles. Il eſt ſtatué par
cet Edit , que les Conſtitutions particulieres de ces
Rentes , ne pourront être moindres , fur une
feule tête , de so livres , & fur deux têtes , de
40 livres de jouiffance annuelle , que les Rentes
acquifes fur une feule tête , feront reparties en fix
Claffes ; la premiere , depuis la naiſſance juſqu'à
so ans accomplis , à dix pour cent ; la feconde ,
depuis so , jufqu'à ƒs , à dix & demi ; la troifiéme
, depuis 55 , jufqu'à 60 , à onze ; la quatriéme
, depuis 60 , juſqu'à 65 , à douze ; la cinquiéme
, depuis 65 , juſqu'à 70 , à treize ; la fixiéme
depuis 70 , jufqu'à 75 , ans , & au- deffus ,
à quatorze pour cent , & que les Rentes fur deux
têtes feront acquifes fans diftinction d'âge & de
claffe , à huit pour cent.
On a trouvé dans la Citadelle de Rhinfels 72
piéces de canon , 35 mortiers , & beaucoup de
munitions de Guerre. On y a fait s 30 Priſonniers,
dont 20 Officiers & un Colonel .
Le Roi voulant conftater d'une maniere fixe &
certaine , le montant des dettes contractées pour
le Service de la Marine & des Colonies , afin de
parvenir à les acquitter , a rendu un Arrèt dans
fon Confeil d'Etat , par lequel Sa Majefté or212
MERCURE DE FRANCE.
donne , que dans trois mois pour tout délai , les
Créanciers ou leurs Tuteurs & Curateurs , foient
tenus de repréfenter les Titres fur lesquels ils
fondent leur créance , pardevant les fieurs de
Fontanieu & de la Bourdonnaye , Conſeillers
d'Etat , Silhouette & de Boullongne , Maître des
Requêtes , & de Cotte , Maître des Requêtes &
Intendant du Commerce , pour être procédé à la
vérification des créances , & pourvû enfuite au
payement , & que les créances demeurent éteintes,
fi elles ne font pas répréſentées dans le terme
prefcrit.
Par un autre Arrêt de fon Confeil d'Etat , le
Roia preferit la forme dans laquelle les Créanciers,
leurs Repréfentans , ou leurs Fondés de procuration
fpéciale , doivent faire la repréfentation de
leurs Titres.
Il paroît une Ordonnance du Roi , en date du
21 Octobre dernier , pour établir une nouvelle
forme dans la compofition des Compagnies détachées
des Dragons , Gardes- Côtes de la Province
de Guyenne. Sa Majesté ordonne , qu'il y aura
dans cette Province 18 Compagnies de Dragons
de so hommes , qui formeront 9 Eſcadrons, & que
ces Dragons feront placés pendant le tems de la,
Guerre , de diftance en diſtance , & feront chargés
de fe rendre , de main en main , les Lettres &
les Avis concernant le Service , pour les faire parvenir
, fans retard , au Commandant Général
& à l'Intendant de la Province.
Dans une feconde Ordonnance , en date du 31
du même mois , Sa Majesté ordonne que les Of
ficiers & Sergents des Compagnies de Fufiliers de
fes Troupes d'Infanterie , foient dorénavant armés
de fufils avec leurs bayonnettes , ainfi que
ceux des Compagnies de Grenadiers.
Le Château de Rhinfels eft une des plus fortes
Places qui foit fur le Rhin. Il eft auprès de Saint
JANVIER. 1759. 213
foar , & lui fert de Citadelle . Cette Place nous
tant abſolument néceffaire pour allurer la liberté
e la navigation du Rhin , le Maréchal de Soubife
chargé le Marquis de Caftries , de s'en rendre
aître ; ce qu'il a exécuté avec tout le fuccès qu'on
ouvoit delirer. La Ville de Saint- Goar a été
Icaladée en même tems , par les Régimens de
aint-Germain & de la Féronnaye. Le Comte de
cey , à la tête de fon Régiment , s'eſt emparé de
chuartz -Haufen , & du Château de Calze. La
arniſon a été faite Priſonniere de Guerre , ainfi
ue celle de Saint- Goar , qui en voulant fe retirer
ans le Château , a été coupée & forcée de fe
endre. Le Gouverneur de ce Château a été fomé
& contraint de capituler. Les Troupes du
oi y font entrées . On y a trouvé une Artil
rie confiderable , dont on donnera le détail ,
orfque le Maréchal de Soubife aura envoyé les
Articles de la Capitulation.
Le Marquis de Caftries a acquis beaucoup
Phonneur , par fa prévoyance , & fon activité dans
oute la conduite de cette entrepriſe. Cette Place
It d'autant plus importante ,, qu'étant pourvue
l'une bonne Garnifon & de toutes les Munitions
éceffaires , elle peut tenir plus de fix femaines ,
u cas qu'elle foit attaquée.
Cette Nouvelle a été apportée par un Courrier
que le Maréchal de Soubife a dépêché , & qui eſt
Arrivé le 6. de ce mois.
Du 9.
Le 2. de ce mois , le Parlement enregistra une
Déclaration du Roi , donnée a Verſailles , le 29
Octobre de la préfente année,portant acceptation
des offres faites par les Notaires de Paris , d'acquérir
27120 liv. de rente au denier 2 , faifant partie
des 3002000 livres de rentes , créées par Edis
du mois d'Avril , fur les Aydes & Gabelles , en
214 MERCURE DE FRANCE.
payant au Tréfor Royal la fomme de 678000 liv.
enconféquence Sa Majefté ordonne que les Notaires
de Paris feront diftraits de l'Etat annéxé
à l'Edit du mois d'Août fuivant , portant création
d'un million effectif d'augmentation de gages.
Du 16.
Le 12 de ce mois , le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregiſtra un Edit du Roi ,
portant création de 3006000 liv . de Rentes viageres
fur les Aydes & Gabelles. Il eſt ſtatué par
cet Edit , que les Conſtitutions particulieres de ces
Rentes , ne pourront être moindres , fur une
feule tête , de so livres , & fur deux têtes , de
40 livres de jouiffance annuelle , que les Rentes
acquifes fur une feule tête , feront reparties en fix
Claffes ; la premiere , depuis la naiſſance juſqu'à
so ans accomplis , à dix pour cent ; la feconde ,
depuis so , jufqu'à ƒs , à dix & demi ; la troifiéme
, depuis 55 , jufqu'à 60 , à onze ; la quatriéme
, depuis 60 , juſqu'à 65 , à douze ; la cinquiéme
, depuis 65 , juſqu'à 70 , à treize ; la fixiéme
depuis 70 , jufqu'à 75 , ans , & au- deffus ,
à quatorze pour cent , & que les Rentes fur deux
têtes feront acquifes fans diftinction d'âge & de
claffe , à huit pour cent.
On a trouvé dans la Citadelle de Rhinfels 72
piéces de canon , 35 mortiers , & beaucoup de
munitions de Guerre. On y a fait s 30 Priſonniers,
dont 20 Officiers & un Colonel .
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Résumé : De Paris, le 2 Décembre.
Le 2 décembre, le roi de France a pris plusieurs mesures administratives et militaires. Pour régler les dettes de la Marine et des Colonies, il a ordonné aux créanciers de représenter leurs titres dans un délai de trois mois auprès de conseillers d'État et maîtres des requêtes, sous peine de voir leurs créances éteintes. Un autre arrêt a précisé la forme de représentation des titres. Sur le plan militaire, le roi a réorganisé les compagnies de dragons et de fusiliers en Guyenne. Il a créé 18 compagnies de dragons formant 9 escadrons, chargés de transmettre les lettres et avis concernant le service. Une autre ordonnance a stipulé que les officiers et sergents des compagnies de fusiliers doivent être armés de fusils avec baïonnettes, comme ceux des compagnies de grenadiers. Le maréchal de Soubise a pris le contrôle du château de Rhinfels et de la ville de Saint-Goar, capturant les garnisons et une artillerie considérable. Le marquis de Castries a joué un rôle clé dans cette opération, acquérant ainsi beaucoup d'honneur. La nouvelle de cette prise a été apportée par un courrier du maréchal de Soubise, arrivé le 6 janvier. Le 2 janvier, le Parlement a enregistré une déclaration royale acceptant les offres des notaires de Paris d'acquérir des rentes. Le 12 janvier, le Parlement a enregistré un édit créant 3 006 000 livres de rentes viagères sur les aides et gabelles, avec des constitutions particulières selon l'âge et le nombre de têtes. Dans la citadelle de Rhinfels, on a trouvé 72 pièces de canon, 35 mortiers, beaucoup de munitions de guerre, et fait 30 prisonniers, dont 20 officiers et un colonel.
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10
p. 195-197
DE LONDRES, le 11 Novembre.
Début :
L'expédition tentée contre Sutatte a eu le succès qu'on desiroit. [...]
Mots clefs :
Flotte anglaise, Bombay, Débarquement, Troupes, Attaque, Désertion, Parlement, Discours, Succès des armes, Sa Majesté anglaise, Caroline, Sauvages, Colonies, Attaques, Forts, Capitaine, New York, Français, Expéditions, Officiers, Québec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 11 Novembre.
DE LONDRES , le 11 Novembre.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
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Résumé : DE LONDRES, le 11 Novembre.
Le 11 novembre, une expédition contre Suratte a réussi. La flotte, partie de Bombay fin février, comprenait huit cents Européens et trois mille Cipayes. Après un débarquement réussi, les troupes ont rencontré des difficultés avec les gros vaisseaux pour avancer vers la ville. Un bâtiment de vingt pièces de canon et quatre galiotes à bombes ont été utilisés pour rompre la chaîne fermant l'entrée du port. Après un assaut intense de quatre heures, la garnison a capitulé le 2 mars, permettant aux troupes d'entrer dans la place. Le 16 novembre, le Parlement a été assemblé et les féances ont commencé par la lecture d'un discours du roi. Ce discours rappelait les succès militaires et exprimait le désir du roi de rétablir la paix de manière honorable. Le 30 novembre, des nouvelles de Charlestown en Caroline ont rapporté que les Français avaient incité la nation indienne des Cherokées à attaquer les colonies. Trois mille Sauvages ont pénétré dans les colonies, semant la peur parmi les habitants. Le Capitaine Stuart a été envoyé avec des troupes pour contrer cette menace. À New York, les troupes du Général Amherst ont fortifié la pointe de la Couronne et ont tenté de traverser le Lac Champlain. Cependant, des vents contraires ont obligé le Général à revenir. Un corps de dix mille troupes françaises occupe divers postes entre Québec et la pointe de la Couronne, posant une menace significative.
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11
p. 172-173
De PARIS, le 30 Septembre 1763.
Début :
Il paroît une Ordonnance du Roi, du 31 Juillet dernier, par laquelle Sa Majesté ordonne [...]
Mots clefs :
Ordonnance du roi, Colonies, Paquebots, Délinquants, Îles, Officier, Élection, Abbé, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Septembre 1763.
De PARIS , le 30 Septembre 1763 ,
du
3x
1 paroît une Ordonnance du Roi ,
Juillet dernier , par laquelle Sa Majesté ordonne
qu'il y ait à l'avenir neuf corvettes ou paquebots
dans le Port de Rochefort , deſtinés à porter
dans les Colonies les Ordres du Roi & en
rapporter les lettres de fes Gouverneurs , Intendans
, & autres perfonnes employées à l'admini
tration. Il partira tous les mois , & , autant que
faire fe pourra , le 10 , un de ces paquebots ;
l'Officier qui le commandera fera tenu de recevoir
à fon bord les jeunes gens de mauvaiſe
conduite qui lui feront remis par le Commandant
de la Marine à Rochefort. Il fe rendra en
JANVIER. 1764. 173
droiture à l'Ifle de Cayenne , de là à la Martinique,
& enfuite à S. Domingue , d'où il retourpera
directement à Rochefort. Il recevra fur
fon bord à Cayenne , à la Martinique & à S. Domingue
les Officiers & foldats qui auront obtenu
leurs congés pour revenir en France. Sa Majefté
permet que le Directeur de la Poſte à Rochefort
remette au Commandant de la Marine
en ce Port les lettres qui lui auront été adreflées
des différentes Provinces du Royaume pour les
Colonies , lefquelles feront remiſes à l'Oficier
qui commande le Paquebot.
Charles- François Delorme , qui a été élu il
a trois ans Abbé de Sainte Geneviève & Supérieur
Général de la Congrégation de France , a
été confirmé dans ces deux Places , le 15 de ce
mois , par le Chapitre Général de la Congré
gation .
་
Le trente-troifiéme tirage de la Loterie de
PHôtel- de-Ville s'eft fait le 24 de ce mois en
la manière accoutumée. Le lot de cinquante
mille livres eft échu au Numéro 11575 ; celui
de vingt mille livres au Numéro 2554 & les
denx lots de dix mille livres aux Numéros 99 $ 9
17451.
du
3x
1 paroît une Ordonnance du Roi ,
Juillet dernier , par laquelle Sa Majesté ordonne
qu'il y ait à l'avenir neuf corvettes ou paquebots
dans le Port de Rochefort , deſtinés à porter
dans les Colonies les Ordres du Roi & en
rapporter les lettres de fes Gouverneurs , Intendans
, & autres perfonnes employées à l'admini
tration. Il partira tous les mois , & , autant que
faire fe pourra , le 10 , un de ces paquebots ;
l'Officier qui le commandera fera tenu de recevoir
à fon bord les jeunes gens de mauvaiſe
conduite qui lui feront remis par le Commandant
de la Marine à Rochefort. Il fe rendra en
JANVIER. 1764. 173
droiture à l'Ifle de Cayenne , de là à la Martinique,
& enfuite à S. Domingue , d'où il retourpera
directement à Rochefort. Il recevra fur
fon bord à Cayenne , à la Martinique & à S. Domingue
les Officiers & foldats qui auront obtenu
leurs congés pour revenir en France. Sa Majefté
permet que le Directeur de la Poſte à Rochefort
remette au Commandant de la Marine
en ce Port les lettres qui lui auront été adreflées
des différentes Provinces du Royaume pour les
Colonies , lefquelles feront remiſes à l'Oficier
qui commande le Paquebot.
Charles- François Delorme , qui a été élu il
a trois ans Abbé de Sainte Geneviève & Supérieur
Général de la Congrégation de France , a
été confirmé dans ces deux Places , le 15 de ce
mois , par le Chapitre Général de la Congré
gation .
་
Le trente-troifiéme tirage de la Loterie de
PHôtel- de-Ville s'eft fait le 24 de ce mois en
la manière accoutumée. Le lot de cinquante
mille livres eft échu au Numéro 11575 ; celui
de vingt mille livres au Numéro 2554 & les
denx lots de dix mille livres aux Numéros 99 $ 9
17451.
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Résumé : De PARIS, le 30 Septembre 1763.
Le 30 septembre 1763, une ordonnance royale de juillet 1763 prévoit la création de neuf corvettes ou paquebots au port de Rochefort. Ces navires doivent partir chaque mois, idéalement le 10, pour transporter les ordres du roi vers les colonies et en rapporter les correspondances des gouverneurs, intendants et autres administrateurs. Leur itinéraire inclut l'île de Cayenne, la Martinique, Saint-Domingue, et le retour à Rochefort. Les officiers et soldats en congé peuvent embarquer à Cayenne, à la Martinique et à Saint-Domingue. Le directeur de la poste à Rochefort peut remettre les lettres destinées aux colonies au commandant de la marine, qui les transmet ensuite au commandant du paquebot. Par ailleurs, Charles-François Delorme a été confirmé comme abbé de Sainte-Geneviève et supérieur général de la Congrégation de France le 15 septembre. Le trente-troisième tirage de la loterie de l'Hôtel-de-Ville a eu lieu le 24 septembre, attribuant le lot de cinquante mille livres au numéro 11575, celui de vingt mille livres au numéro 2554, et les deux lots de dix mille livres aux numéros 998 et 17451.
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