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1
p. 136-185
Arras [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils disnerent à Sarbret, & ce qu'il y a de surprenant, [...]
Mots clefs :
Arras, Ville, Roi, Ambassadeurs, Comté, France, Dames, Ambassadeur, L'Arbret, Aix-Noulette, Temps, Église cathédrale, Place, Officiers, Actions, Armes, Magnificence, Fortifications, Régiment, Villeneuve, Gloire, Guerre, Prince, Citadelle, Mains, Lieutenant, Honneurs, Capitaine, Monarque, Merveilles
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texteReconnaissance textuelle : Arras [titre d'après la table]
Le 19. ils difnerent à Sarbret
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
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Résumé : Arras [titre d'après la table]
Le 19, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Sarbret, où ils furent reçus avec magnificence malgré l'absence de commodités. Ils se dirigèrent ensuite vers Arras, capitale de l'Artois, située sur la rivière de Scarpe. Arras est une ville ancienne, ayant été donnée en dot par Charles le Chauve à Judith, épouse de Baudouin Bras de Fer en 863, et réunie à la France en 1180 par le mariage de Philippe Auguste avec Isabelle de Hainaut. La ville possède des fortifications régulières et plusieurs édifices religieux notables, dont la cathédrale Notre-Dame et l'abbaye de Saint-Vaast. Les ambassadeurs furent accueillis par une cavalerie composée de douze compagnies du régiment de Conigsmark et reçus par le comte de Villeneuve, lieutenant du roi d'Arras. Ils entrèrent dans la ville au bruit du canon et au travers d'une haie d'infanterie. Les magistrats de la ville leur adressèrent un discours, soulignant la loyauté d'Arras envers le roi de France et l'estime portée aux ambassadeurs. Ces derniers répondirent en exprimant leur gratitude et en soulignant que leur visite n'avait pas de but diplomatique, mais visait à honorer le roi de France. Les ambassadeurs visitèrent la citadelle d'Arras, où ils assistèrent à un exercice militaire et reçurent une collation. Ils se rendirent également à la cathédrale Notre-Dame, où ils furent accueillis par le chapitre. Leur séjour à Arras fut marqué par des réceptions et des visites officielles, témoignant de l'importance accordée à leur mission. Les ambassadeurs assistèrent à un concert à Arras, accueillis par Madame de Préfontaine, épouse du Président du Conseil d'Artois, et les principales dames de la ville. Malgré les mesures pour éviter la foule, une grande affluence se rassembla dans la salle. Les ambassadeurs apprécièrent le concert et exprimèrent leur satisfaction à Madame de Préfontaine. De retour chez eux, ils trouvèrent une compagnie suisse en garde à leur porte. Le Major Bissetz leur apporta un plan de la ville, que le premier ambassadeur examina avec intérêt, démontrant ses connaissances en fortifications. Bissetz demanda le mot de passe, et les ambassadeurs mentionnèrent les actions militaires remarquables lors des sièges d'Arras. Le lendemain, les ambassadeurs furent salués par le Lieutenant du Roi et les officiers majors avant de quitter Arras en carrosse, escortés par les troupes et accompagnés par le canon et le carillon de la ville. Ils se rendirent à Aisse pour dîner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 65-67
Lettre d'Arras.
Début :
Le onze Avril Mr le Compte de Lille Commandant dans [...]
Mots clefs :
Arras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Arras.
Lettre d'Arras,
Le
onze Avril Mr le
Comte de Lille Commandant
dans Arras,détacha
Mr du Clos avec cinquante
Grenadiers
, & Mr Sersosi
avec 50. Hussarts pour
aller en parti. En revenant
ils trouverent à trois lieues
d'Arras au Village de Vimy
un Party des Ennemis
de cinq cents Chevaux,
qu'ils désirententierement
avec leurs cent Maistres
feulement. Ils ont ramené
quarante prisonniers
, un
Capitaine& deux Lieutenants,
avec trente chevaux,
outre environ deux cent
chevaux qui se sont ccha-"
pez dans la campagne 6e
dont les Paysans ontprofité.
C'est là le premier coup
demain de l'ouverture de
cette campagne Mr Duclos
est le mesme quia
arrestéle nommé la Ha,e
à la teste des traistres qu'il
vouloir introduire dans
Peronne, dont je vous écrivis
l'aventure le mois pasle.
Le
onze Avril Mr le
Comte de Lille Commandant
dans Arras,détacha
Mr du Clos avec cinquante
Grenadiers
, & Mr Sersosi
avec 50. Hussarts pour
aller en parti. En revenant
ils trouverent à trois lieues
d'Arras au Village de Vimy
un Party des Ennemis
de cinq cents Chevaux,
qu'ils désirententierement
avec leurs cent Maistres
feulement. Ils ont ramené
quarante prisonniers
, un
Capitaine& deux Lieutenants,
avec trente chevaux,
outre environ deux cent
chevaux qui se sont ccha-"
pez dans la campagne 6e
dont les Paysans ontprofité.
C'est là le premier coup
demain de l'ouverture de
cette campagne Mr Duclos
est le mesme quia
arrestéle nommé la Ha,e
à la teste des traistres qu'il
vouloir introduire dans
Peronne, dont je vous écrivis
l'aventure le mois pasle.
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Résumé : Lettre d'Arras.
Le 11 avril, le comte de Lille, commandant à Arras, a envoyé M. du Clos et M. Sersosi avec des grenadiers et des hussards. Ils ont vaincu cinq cents cavaliers ennemis près de Vimy, capturant quarante prisonniers et trente chevaux. Deux cents chevaux ennemis ont été récupérés par les paysans. M. du Clos a aussi arrêté un individu nommé La Haie à Péronne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 52-90
NOUVELLES de divers endroits.
Début :
De Venise le 14. Novembre. On a fait icy pendant [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Bataillon, Madrid, Courtrai, Arras, La Haye, Fort-Louis, Bayonne, Huningue, Milan, Naples, Angleterre, Grenoble, Gênes, Rome, Londres, Paix, Lisbonne, Venise, Cadix, Vaisseaux, Deuil, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de divers endroits.
NOUVELLES
de divers endroits.
De Venise le 14. Novembre,
On a fait icy pendant
trois jours des Prieres publiques
dans les Eglisesde
S. Marc, & de S. Roch,
avec l'Exposition du Saine
Sacrement, pour demander
à Dieu qu'illuy plaise faire
cesser le lféau dela mortalité
sur les Bestiaux qui continue
avec une grande violence.
-
Tous les Corps & toutes les
Communautez ont ercé en
Procession à ces Eglises,
; pendant ces trois jours,
durant lesquels les assemblées
particulieres ont elle
dessendues
)
& les Theatres
fermez. Cette maladie s'est
communiquée dans le Mantoüan,
dans la Stirie, &dans
la Carinthie,oùelle fait de
grands ravages.
De Milan le 11. Novembre,
Les Ambassadeurs de Venise
eurent le 7. Audiancc
de l'Archiduc. Le Comte
Antonio Rainoldi alla les
prendre au CollegeHelvetique
où ils étoient logez,
avec un Carrosse à quatre
Chevaux. Ils étoient en habit
de deüil, ainsi que toute
leur Livrée; mais les jours
suivants, ils parurent vêrus
magnifiquement,ainsi que
toote leur suite.
Le 8. le Cardinal Impenalc
Legat à Latere , envo yé
par le Pape pour complimenter
ce Prince, fit son
entréepublique. Le Comte
Rainoldi alla le prendreavec
plusieurs Carrosses à six
Chevaux au Monastere de
Castellazzo,&leconduisit
jusqu'au dehors de la Porte
Romaine où s'etant mis
sous un Dais, il donna la
Benediction au Clergé.
L'Archiduc arriva ensuite,
& après des compliments
reciproques,ils monterent àcheval
, & entrerent dans
laVille. LeClergéseculier
& regulier commençoit la
marche; les Gardes à pied
& à cheval marchoient ensuite;
puis vingt- quatre
Mulets du Legat avec de
riches couvertures,ungrand
Carrosse, & une Litiere;
douze Estafiers de l'Archiduc,
avec chacun un cheval
de main; les Valets de
Chambre du Legat avec
deux Masses; les Principaux
de sa fuite à cheval, ses
Estafiers vestus de sa livrée:
ceux de l'Archiduc étoient
en deüil. Ce Prince étoit
fous un Dais de Toiled'or
ayant le Legat à sa gauche.
Pluficurs Seigneursmarchoient
devant eux & ils
étoient suivis de douze
Evesques ouPrelats àcheval.
Le Senat venoit ensuite,
suivi des Tribunaux & des
soixante Decurions de la
Ville. Ils arriverent en cet
ordre devant l'Eglise Metropolitaine;
mais L'Archiduc
n'y entra pas, & il alla
droit au Palais. Le Legat y
entra, & fut reçu par
le
Cardinal Archinto qui en
est Archevesque;il fut ensuite
conduit au Palais dans
un Carrosse à six chevaux, ÔC
de-là au logement qui luy
avoitesté pre paré. Le lendemain
il rendit encore visite
à l'Archiduc qui le reçut à
la seconde Anti -chambre,
& le reconduisitjusqu'à la
troisiéme.
Les Ambassadeurs de la
Republique de Genes, firent
aussi leur Entrée le mesme
jour; & curent Audiance;
& le lendemain matin 10.
ceux de la Republique de
Lucques eurent aussi Audiance
, & l'aprésdînée du
mesme jour l'Archiduc
partit puur aller coucher à
Lodi.
DeLisbone le 9.Novembre.
La nouvelle qui s'étoir
répanduë depuis huit jours
que laPaix se traitoit en AnJgleterre,
a été confirmée par
un Exprés dépeché par nôtre
Ambassadeur en cette:
Cour là, qui a apporté les
Préliminaires. Le Comte do
Portmore , a reçu ordre do
remener en Angleterre les
Troupes de cette Couronne,
excepté deux Bataillons
pour remplacer les Soldats
qui manquent à la Garnison,
de Gibraltar ; sept Vaisseaux
de guerre Ancrloisqui
toient dans nostre Port, en
partirent hier pour retourneren
Angleterre. Le pain
est toujours très -
cher icy,
&on estfort en peine des
Bâtimens qui sont allez charger
des grains en Barbarie.
De Naples le 10 Novembre.
Le 3. de ce moison commença
les réjoüissances publiques
, pour l'Elcction de
Archiduc à l'Empire. Elles
levoient durer trois jours;
nais le foir du troisiémeà
ine demi- heure de nuit,il
omba une si grande pluye
qu'elle éteignit toutes les iluminations,
gasta les Tenures
qui étoient en plusieurs
endroits, & trempa tellenent
les Artifices,qu'ayant
econnu le lendemain qu'ils
le pourroient plus servir
)nIes abandonna , au pillage
tinÍi que toutes les Machines.
Le Vice-Roy qui dévoit
aller ce foir
-
là visiter les
Feux d'Artifice, préparez
sur la Mer avec de grandes
Machines chargées de
fruits
,
donna unBal dans
le Salon duPalais,pour supléer
à l'execution de ces
grands préparatifs, qu'on
renouvellera après le Couronnement.
Le S. il fitchanter
le Te Deurn dans l'Eglise
du grand Convent des,
Dominicains ,& il y tint
Chapelle; pendant laquelle
l'Infanterie Allemande qui
étoit dans la Place fit trois
décharges de Mousqueterie,
& les Canonniers des !
Chasteaux
,
firent trois salves
de toute l'Artillerie. Il
le fie chanter hier dans l'Eg'ife
des Theatins,&doit de
main le faire chanterdans
celle de la MaisonProfesse
des Jesuites,
De Cadiz le 12.Novembre.
Des Armateurs François
amenèrent avant-hier icy
trois Vaisseaux Hollandois.
qui venoient du Levant. Ils
sont chargez de Soye
,
de
Cottonfilé, deCaffé&d'autres
riches Marchandises,
letout estimé prés d'uai
million.
¡Une: FrégateFrançoise
ayant attaqué sur les costes
de Galice, un Vaisseau de
Guerre Portugais,montede
60.pieces de canon, étoit
sur le point de s'en emparer
après quatre heures de combat,
lors que le feu ayant
pris au Vaisseau, il sauta en
l'air avec tout l'Equipage,
dont on ne put sauver que
trois personnes.
Ilest encore venu quarante
sept Deserteurs de Gibraltar
)
presque tous Hollandois
,& qui continuent.
de dire que laGarnison n'est
point payée, & que les vivres
y sont à untrès- haut
prix.
De Rome le 14. Novembre,
Le trois de ce mois, la
Marquise de Prié
, comme
Ambassadrice de la Cour
de Vienne, quitta le deüil
& reçue les compliments sur
l'Election de l'Archiduc à
l'Empire. Il y eut le foir une
grande Assemblée chez elle
où se touverent la Connéta
ble Colonne,Dona Maria
Bernardina
,
les Neveux du
Pape,l'Envoyé de Portugal,
& plusîeurs autres -Perronnes
distinguées
: Le Prince
d'Avellino
,
avoit mandé à
ses principaux Domestiques
de donner part aux Cardinaux
de l'Election de l'Archiduc,
& de faire des illuminations
pendant rTois1
soirs ; mais les Maistres desj
Ceremonies ayant reprefenté
qu'il étoit contre l'ordre i
qu'il se fie fous les yeux dirr
Pape,desréjoüissances pour
une nouvelle dont on n.1avoit
point donné part à Sa|
Sainteté
>
ces
réjouifTanccsjji
ont elle differées.
110 ",
De Venise le zi. Novembre.
L'Archiducayant passéle
14. à Bussolengo
,
sur les
Frontières de l'EtatVenitien
sur sa route de Milan à Inspruch
,
les Procurateurs Pisani
& da-Lezze,Ambassadeurs
Extraordinaires de la
République,le complimencerent.
Ce Prince futconduit
au Palais qui luy avoit
été prepare; & qui étoit
magnifiquement meublé & -
illuminé,&où il trouva une
garde de deuxmille Cava -
liers ou Dragons tous habillez
de neuf Le lendemain les
Ambassadeurs luy presenterent
un Régale de Cire
,
de
Miroirs, de Crstaux, de
Confitures, &de plusieurs
autres choses galantes: On
luy servit un repas magnifi.
que après lequel il alla à Roveredo,
accompagné par les
mêmes Ambassadeurs, &
pardeuxmille Cavaliers
ou Dragons,quine le quitterent
que sur les Frontières
du Trentin. Ce Prince fie
present aux Ambassadeurs
de chacun une Boeste à portrait,
garnies de pierreries , D
& estimées nulle Pisto- les.
DtLjhonne le 13.Novembre
On esticy dans de grandes
inquiétudes, sur l'avis qu'on
a eu , que Mr du Gué-
Troüin,avoit. débarqué des
Troupes aux lsles du Cap
Vert ; & qu'érant entrée
dans la Baye de Tous -
les,.
Saints,il avoi t pillé la Ville
de San Salvador, Capitale
du Brésil
,
ainsiqu'unautre
Port, où il avoitbrûlé tous
les Vaisseaux qui y étoient.
De Londres le 24. Novembre.
Mr l'Evêque de Bristo,
Garde du Sceau Privé se prépare
à partir pour la Hollande
en qualitéd'Ambassadeur-
Pîenipotentaire pour
les Négociations de la Paix,
que tous les Pcules des trois.
Royaumes souhaitoient
avec tant d'empressement ;
qu'il avoit esté resolu en
plusieurs endroits de pre- 1
senter des Adresses à la Reine
pour la supliet de la con- 1 clure aux conditions qu'El- j
le & sonConseil jugeroienc
à propos; mais on s'en est
abstenu de crainte qu'il ne
parust qu'on voudroit donner
atteinte au pouvoirabsolu
qu'a le Souverain defaire
la Paix & la Guerre, quand
illuy plaist.
¡ Trois cens prisonniers
François ont été transportezà
Calais
, pour estre
échangez.
La Foudre étant tombée
la nuit du 16. au 17. sur l'EglisedeSouthwel
,
dansle
Comté de Nottingham.
).'
cette Eglise aété brûlée 3-
vec l'Ecole quien étoit prdche,&
les Cloches fonduës.
DupremierDécembre.
Le 25. Novembre il arriva
un Courrier du Comte
de Strafford, qui apporta le
consentement des Etats Géncraux
pour traiter de la
Paix sur le pied des Prelimi
mires,&les Passeports pour
les Ambassadeurs du Roy ]
Tres -
Chrestien. Outre les
vingt - cinq gros Vaifleatffc-«
de guerre qui ont été desarmez,
on en desarme encore
plusieurs autres.
Le28. jour de la naissance
de la Reine Elisabeth
, auquel
le menupeupleavoit
coutume, avant le regne de
JacquesII. de célebrer la
memoire de cette Princesse
en brulant l'Effigiedu Pape,
&celles de plusieurs Cardinaux
& Religieux,je Conseil
fut averti que quelques mal
intentionnez
,
avoient fait
faire secrettement de grands
préparatifs, dans le dessein
de causer quelque tulmute.
On envoya des Huissiers,
avec un Détachement de
Grenadiers commandé par
un Officier
,
dans l'endroit
qu'un avoit indiqué, & ils y
trouverent une figure du
Pape,avec plusicurs autres
de Cardinaux,& Religieux,
& même du Diable dans un
Chariot, qui fut brisé ainsi
que toutes les Figures. Le
foir du mêmejour,&la nuit
suivante on fit prendre les
armesaux Milices, qui firent
des patroüilles dans les ruës;
mais il ne se passa pas J:
moindre désordre.
De Cents le 26. Novembre.
Monsieur le Marquis de
Monteleon
,
Ambassadeur
d'Espagne ayant reçû ordre
de se rendre à Madrid pour
y recevoir ses instructions
sur les Congrez de la Paix
ausquels il doit assister
, en
qualité de Plenipotentiaire,
prit hier son Audiance de
de congé du Sénat.
Les Gx mille Allemands
qui s'étoient avancez sur
nôtre Frontiere pour y prendredesQuartiers
d'hiver,
marchent dans le Mantoüan
où ils occuperont les Quartiers
qui étoient destinez
aux Troupes. de BranSebourg
qui retournent en
Allemagne,
Il est entré h1uit mille-
Allemands sur lesTerres du
Grand DucOU\ il prennent
des Quartiers, ce Prince ayant
refusé de fournir aux
Commissaires Impériaux
les huit cens mille livres que
l'Archiduc luy avoit fais
demander,
De Grenoble30.Novembre.
Il parut il y a quelques
jours de ce costé. cy un gros
party delaGarnisondeSuze
qui étoit venu par Exiles.
Aussi tost qu'on en eut avis
on fit sortir trente Dragons
avec chacun un fantassin en
croupe: Ils trouverent les
Ennemis qui rafraichifsoient
dans un Village;Les
Fantassins yentrerent criant
qui vive, & au premier feu
que nos gens firent sur eux,
ils se retirerent. Les Dragons
qui les observoient les poursuivirent
& mirent en désordre
; cinq furent tuez &
trente cinq faits prisonnires.
De Huninguele 4. Decembre,
Nôtre garnisona faitune
course dans la Forest Noire
sans aucune oppoficion
,
&
a ramené un gros butin.
Les Lettres de Hombourg
,
portent que soixante Husfars
ennemis étant entrez
dans le Pays, avoient commencé
à piller & brûler;
mais quedesDétachemens
de certe Place & de Saar
sa Loüis, ayant été à leur poucsuite,
les avoient battus;
& repris le butin qu'ils
avoient fait.
De Bayone le 4. Décembre.
Il y a presentement icy
18 Bastimens Anglois qui
ont apporté diverses Marchandées
pour les vendre,
& ensuite chargerdes Vins
& des Eaux
-
de- vie.
Une Fregate du Roy de
34. canons a pris un Flessingois
de 32. canons & de
150. hommes d'équipage ,
dont plus de 60ont été tuez
dans le combat qui a duré
cinq heures.
Des Lettres de Gibraltar
du 20. du passé portent que
la disette y étoit si grande
que le Commandant de la
Place étoit obligé de tenir
les Portes fermées pour
empêcher la desertion:que
quatreBastimens Portugais
étant entrez dans la Baye
pour se mettre à couvert
d'un gros temps qui auroit
pû les jetter sur les costes
de Barbarie, on leur avoir
fait décharger le grains qu'ils
avoient à leur bord
, de
remboursé l'argent qu'il
leur avoit couité.
On a aussiappris que les
Maures qui sont devant
Ceuta ayant voulu emporter
parEscalade le Bastion de
S. Pierre avoient esté vivementrepoussezjusques
dans
leur Camp avec perte de
plusde 1200 hommes; &
qu'il écoit arrivé de Carthagene
à cette Place, un tenfort
de 400. hommes &
beaucoup de munitions de
guerre & de bouche.
," Du Fort-Louis le10.
DéCembrr.P
;
Le Commandant de
Lauterbourg ayant eu avis
que le 6. au foir il devoit
sortir un Bataillon de Philisbourg
pour aller a Landau
,envoya un party de
Dragons & de Grenadiers
xjui se porterent sur le chemin
en des lieux couverts.
Les Ennemisétant tombez
dans l'Embuscade, furent
envelopez; le Commandant
fut tué avec plusieurs Soldats,
& le reste pris. Ce
bataillon étoit des Troupes
de Souabe & de Franconie,
& alloit relever un autre
bataillon des mêmes Trou- pesquiestàLandau.?
De la Haye le 8. Décembre9
Le Courier que le Comte
de Goes, Envoyéde la
Cour de Vienne avoit dé*
pêche à Milan pour porter àl'Archiducles Préliminairesde
la Paix, en revint le
2.1 Novembre. Il apporta
uneLettre par laquelle cc
Prince prie les Etats Gcné-.,
raux de n'avoir point d'égard
à ces Preliminaires,
qu'il les avoir rejettez, &
qu'il protestoit contre
toutes les Assemblées&les
Negotiations qu'on pouroit
faire sur cesujet.
On a appris depuis que ce
Prince persiste dans la résolution
de ne point envoyer
de Plenipotentiaires pour
traiter de la Paix sur le pied
des Preliminaires.
Hier le Comte de Strafr!
ford
,
Ambassadeur Plenipotentiaire
d'Angleterre
communiqua aux Ministres
detous les Alliez dans une
Assemblée que l'on tint exprés,
que la Reine sa Maitrciïc
avoit nommé la Ville
d'Utrecht pour le lieu où se
tiendroient les Conferences
pour laPaix, & que l'ouverture
s'en feroit le 12, Janvier
prochain. Il remit enfuite
à chacun de ces Ministres
une Lettre de la Reine
de la Grande Bretagne
qu'elle écrivoit à leurs Maîtres
pour les inviter à y envoyer
leurs Plénipotentiaires..
D'Arras le ii. Décembre.
Monsieur le Marechal de
Montcfquiau, partit d'icy
avanthier avec la plus grande
partie de notre Garnison
pour se mettre à la teste
d'un Darachemem de trois
cens hommes par bataillon,
& de centhommes parRe- -
giment de Cavalerie & de
Dragons de. toutes lcs.,
Troupes qui sont depuis la
Meuse juiqu'àla Mer. Leur
rendez vous étoit le long de
la Scarpe depuis Douay
jusqu'à Mortagne, & le
long du Canal & de la Deule,
Ces Troupes n'ont point de
bagages, & n'ont porté des
vivres que pour quatre
jours, & des outils à remues
laterre; elles travaillent à
combler le canal en quelques
endroits, à rüiner les
Ponts, les Ecluses & les Digues
de cemême Canal
,
de
la Scarpe, & de la Deule
afin d'ôter , aux Ennemisle
moyen d'établir leurs Magasins
de vivres & de munitions
à Douay pour la Canv»
pagne prochaine,ainsi quils
l'avoient projetté.
Pendant qu'une partie de
ce gros Détachement commençoitces
travaux, Mr de
Goëbriant marchoit à la
petiteVille deLillers, où les
Ennemis avoient cinq cens
hommes qui ont esté faits
prisonniers; &les Fortifications
qu'ils y avoient faites
ont esté démolies.
De Courtray le 18. Decembre.
Un Parti de cènehommes
de la garnisond'Ipres
ayant rencontréplusieurs
Détachements de cinq Rements,
lesadéfaits l'unaprés
l'autre
,
& en a fait la plus
part prisonniers.
Le mêmejoursoixante
Hussards, furent surpris la
nuit dans un Village à deux
lieuës de Cologne
) par un
party de trente Fantassins
François qui leur enleverent
trente chevaux,
A Madrid le 3. Décembre.
Le Conséil envoyaVeridredy
dernier des instructions
aux Plénipotentiaires
qui doivent partir incessamment
pour les Conferences
de la Paix Le Roya donné
la Charge de President du
Conseil de Guerre à Mr
le Marquis de Bedmar : Les
Lettres de Malaga portent
qu'il y étoit arrivé un Bastinient
venant de Gibraltar
où il y avoit quatre - vingt
six Soldats de la Garnison ;
de cettePlace, qui ayant
monté de nuit dans ce Vais-
-
seau obligerent lesMatelots
f de mettre à la voile, aprést
avoir eux mêmes coupé les f
cables *>
de divers endroits.
De Venise le 14. Novembre,
On a fait icy pendant
trois jours des Prieres publiques
dans les Eglisesde
S. Marc, & de S. Roch,
avec l'Exposition du Saine
Sacrement, pour demander
à Dieu qu'illuy plaise faire
cesser le lféau dela mortalité
sur les Bestiaux qui continue
avec une grande violence.
-
Tous les Corps & toutes les
Communautez ont ercé en
Procession à ces Eglises,
; pendant ces trois jours,
durant lesquels les assemblées
particulieres ont elle
dessendues
)
& les Theatres
fermez. Cette maladie s'est
communiquée dans le Mantoüan,
dans la Stirie, &dans
la Carinthie,oùelle fait de
grands ravages.
De Milan le 11. Novembre,
Les Ambassadeurs de Venise
eurent le 7. Audiancc
de l'Archiduc. Le Comte
Antonio Rainoldi alla les
prendre au CollegeHelvetique
où ils étoient logez,
avec un Carrosse à quatre
Chevaux. Ils étoient en habit
de deüil, ainsi que toute
leur Livrée; mais les jours
suivants, ils parurent vêrus
magnifiquement,ainsi que
toote leur suite.
Le 8. le Cardinal Impenalc
Legat à Latere , envo yé
par le Pape pour complimenter
ce Prince, fit son
entréepublique. Le Comte
Rainoldi alla le prendreavec
plusieurs Carrosses à six
Chevaux au Monastere de
Castellazzo,&leconduisit
jusqu'au dehors de la Porte
Romaine où s'etant mis
sous un Dais, il donna la
Benediction au Clergé.
L'Archiduc arriva ensuite,
& après des compliments
reciproques,ils monterent àcheval
, & entrerent dans
laVille. LeClergéseculier
& regulier commençoit la
marche; les Gardes à pied
& à cheval marchoient ensuite;
puis vingt- quatre
Mulets du Legat avec de
riches couvertures,ungrand
Carrosse, & une Litiere;
douze Estafiers de l'Archiduc,
avec chacun un cheval
de main; les Valets de
Chambre du Legat avec
deux Masses; les Principaux
de sa fuite à cheval, ses
Estafiers vestus de sa livrée:
ceux de l'Archiduc étoient
en deüil. Ce Prince étoit
fous un Dais de Toiled'or
ayant le Legat à sa gauche.
Pluficurs Seigneursmarchoient
devant eux & ils
étoient suivis de douze
Evesques ouPrelats àcheval.
Le Senat venoit ensuite,
suivi des Tribunaux & des
soixante Decurions de la
Ville. Ils arriverent en cet
ordre devant l'Eglise Metropolitaine;
mais L'Archiduc
n'y entra pas, & il alla
droit au Palais. Le Legat y
entra, & fut reçu par
le
Cardinal Archinto qui en
est Archevesque;il fut ensuite
conduit au Palais dans
un Carrosse à six chevaux, ÔC
de-là au logement qui luy
avoitesté pre paré. Le lendemain
il rendit encore visite
à l'Archiduc qui le reçut à
la seconde Anti -chambre,
& le reconduisitjusqu'à la
troisiéme.
Les Ambassadeurs de la
Republique de Genes, firent
aussi leur Entrée le mesme
jour; & curent Audiance;
& le lendemain matin 10.
ceux de la Republique de
Lucques eurent aussi Audiance
, & l'aprésdînée du
mesme jour l'Archiduc
partit puur aller coucher à
Lodi.
DeLisbone le 9.Novembre.
La nouvelle qui s'étoir
répanduë depuis huit jours
que laPaix se traitoit en AnJgleterre,
a été confirmée par
un Exprés dépeché par nôtre
Ambassadeur en cette:
Cour là, qui a apporté les
Préliminaires. Le Comte do
Portmore , a reçu ordre do
remener en Angleterre les
Troupes de cette Couronne,
excepté deux Bataillons
pour remplacer les Soldats
qui manquent à la Garnison,
de Gibraltar ; sept Vaisseaux
de guerre Ancrloisqui
toient dans nostre Port, en
partirent hier pour retourneren
Angleterre. Le pain
est toujours très -
cher icy,
&on estfort en peine des
Bâtimens qui sont allez charger
des grains en Barbarie.
De Naples le 10 Novembre.
Le 3. de ce moison commença
les réjoüissances publiques
, pour l'Elcction de
Archiduc à l'Empire. Elles
levoient durer trois jours;
nais le foir du troisiémeà
ine demi- heure de nuit,il
omba une si grande pluye
qu'elle éteignit toutes les iluminations,
gasta les Tenures
qui étoient en plusieurs
endroits, & trempa tellenent
les Artifices,qu'ayant
econnu le lendemain qu'ils
le pourroient plus servir
)nIes abandonna , au pillage
tinÍi que toutes les Machines.
Le Vice-Roy qui dévoit
aller ce foir
-
là visiter les
Feux d'Artifice, préparez
sur la Mer avec de grandes
Machines chargées de
fruits
,
donna unBal dans
le Salon duPalais,pour supléer
à l'execution de ces
grands préparatifs, qu'on
renouvellera après le Couronnement.
Le S. il fitchanter
le Te Deurn dans l'Eglise
du grand Convent des,
Dominicains ,& il y tint
Chapelle; pendant laquelle
l'Infanterie Allemande qui
étoit dans la Place fit trois
décharges de Mousqueterie,
& les Canonniers des !
Chasteaux
,
firent trois salves
de toute l'Artillerie. Il
le fie chanter hier dans l'Eg'ife
des Theatins,&doit de
main le faire chanterdans
celle de la MaisonProfesse
des Jesuites,
De Cadiz le 12.Novembre.
Des Armateurs François
amenèrent avant-hier icy
trois Vaisseaux Hollandois.
qui venoient du Levant. Ils
sont chargez de Soye
,
de
Cottonfilé, deCaffé&d'autres
riches Marchandises,
letout estimé prés d'uai
million.
¡Une: FrégateFrançoise
ayant attaqué sur les costes
de Galice, un Vaisseau de
Guerre Portugais,montede
60.pieces de canon, étoit
sur le point de s'en emparer
après quatre heures de combat,
lors que le feu ayant
pris au Vaisseau, il sauta en
l'air avec tout l'Equipage,
dont on ne put sauver que
trois personnes.
Ilest encore venu quarante
sept Deserteurs de Gibraltar
)
presque tous Hollandois
,& qui continuent.
de dire que laGarnison n'est
point payée, & que les vivres
y sont à untrès- haut
prix.
De Rome le 14. Novembre,
Le trois de ce mois, la
Marquise de Prié
, comme
Ambassadrice de la Cour
de Vienne, quitta le deüil
& reçue les compliments sur
l'Election de l'Archiduc à
l'Empire. Il y eut le foir une
grande Assemblée chez elle
où se touverent la Connéta
ble Colonne,Dona Maria
Bernardina
,
les Neveux du
Pape,l'Envoyé de Portugal,
& plusîeurs autres -Perronnes
distinguées
: Le Prince
d'Avellino
,
avoit mandé à
ses principaux Domestiques
de donner part aux Cardinaux
de l'Election de l'Archiduc,
& de faire des illuminations
pendant rTois1
soirs ; mais les Maistres desj
Ceremonies ayant reprefenté
qu'il étoit contre l'ordre i
qu'il se fie fous les yeux dirr
Pape,desréjoüissances pour
une nouvelle dont on n.1avoit
point donné part à Sa|
Sainteté
>
ces
réjouifTanccsjji
ont elle differées.
110 ",
De Venise le zi. Novembre.
L'Archiducayant passéle
14. à Bussolengo
,
sur les
Frontières de l'EtatVenitien
sur sa route de Milan à Inspruch
,
les Procurateurs Pisani
& da-Lezze,Ambassadeurs
Extraordinaires de la
République,le complimencerent.
Ce Prince futconduit
au Palais qui luy avoit
été prepare; & qui étoit
magnifiquement meublé & -
illuminé,&où il trouva une
garde de deuxmille Cava -
liers ou Dragons tous habillez
de neuf Le lendemain les
Ambassadeurs luy presenterent
un Régale de Cire
,
de
Miroirs, de Crstaux, de
Confitures, &de plusieurs
autres choses galantes: On
luy servit un repas magnifi.
que après lequel il alla à Roveredo,
accompagné par les
mêmes Ambassadeurs, &
pardeuxmille Cavaliers
ou Dragons,quine le quitterent
que sur les Frontières
du Trentin. Ce Prince fie
present aux Ambassadeurs
de chacun une Boeste à portrait,
garnies de pierreries , D
& estimées nulle Pisto- les.
DtLjhonne le 13.Novembre
On esticy dans de grandes
inquiétudes, sur l'avis qu'on
a eu , que Mr du Gué-
Troüin,avoit. débarqué des
Troupes aux lsles du Cap
Vert ; & qu'érant entrée
dans la Baye de Tous -
les,.
Saints,il avoi t pillé la Ville
de San Salvador, Capitale
du Brésil
,
ainsiqu'unautre
Port, où il avoitbrûlé tous
les Vaisseaux qui y étoient.
De Londres le 24. Novembre.
Mr l'Evêque de Bristo,
Garde du Sceau Privé se prépare
à partir pour la Hollande
en qualitéd'Ambassadeur-
Pîenipotentaire pour
les Négociations de la Paix,
que tous les Pcules des trois.
Royaumes souhaitoient
avec tant d'empressement ;
qu'il avoit esté resolu en
plusieurs endroits de pre- 1
senter des Adresses à la Reine
pour la supliet de la con- 1 clure aux conditions qu'El- j
le & sonConseil jugeroienc
à propos; mais on s'en est
abstenu de crainte qu'il ne
parust qu'on voudroit donner
atteinte au pouvoirabsolu
qu'a le Souverain defaire
la Paix & la Guerre, quand
illuy plaist.
¡ Trois cens prisonniers
François ont été transportezà
Calais
, pour estre
échangez.
La Foudre étant tombée
la nuit du 16. au 17. sur l'EglisedeSouthwel
,
dansle
Comté de Nottingham.
).'
cette Eglise aété brûlée 3-
vec l'Ecole quien étoit prdche,&
les Cloches fonduës.
DupremierDécembre.
Le 25. Novembre il arriva
un Courrier du Comte
de Strafford, qui apporta le
consentement des Etats Géncraux
pour traiter de la
Paix sur le pied des Prelimi
mires,&les Passeports pour
les Ambassadeurs du Roy ]
Tres -
Chrestien. Outre les
vingt - cinq gros Vaifleatffc-«
de guerre qui ont été desarmez,
on en desarme encore
plusieurs autres.
Le28. jour de la naissance
de la Reine Elisabeth
, auquel
le menupeupleavoit
coutume, avant le regne de
JacquesII. de célebrer la
memoire de cette Princesse
en brulant l'Effigiedu Pape,
&celles de plusieurs Cardinaux
& Religieux,je Conseil
fut averti que quelques mal
intentionnez
,
avoient fait
faire secrettement de grands
préparatifs, dans le dessein
de causer quelque tulmute.
On envoya des Huissiers,
avec un Détachement de
Grenadiers commandé par
un Officier
,
dans l'endroit
qu'un avoit indiqué, & ils y
trouverent une figure du
Pape,avec plusicurs autres
de Cardinaux,& Religieux,
& même du Diable dans un
Chariot, qui fut brisé ainsi
que toutes les Figures. Le
foir du mêmejour,&la nuit
suivante on fit prendre les
armesaux Milices, qui firent
des patroüilles dans les ruës;
mais il ne se passa pas J:
moindre désordre.
De Cents le 26. Novembre.
Monsieur le Marquis de
Monteleon
,
Ambassadeur
d'Espagne ayant reçû ordre
de se rendre à Madrid pour
y recevoir ses instructions
sur les Congrez de la Paix
ausquels il doit assister
, en
qualité de Plenipotentiaire,
prit hier son Audiance de
de congé du Sénat.
Les Gx mille Allemands
qui s'étoient avancez sur
nôtre Frontiere pour y prendredesQuartiers
d'hiver,
marchent dans le Mantoüan
où ils occuperont les Quartiers
qui étoient destinez
aux Troupes. de BranSebourg
qui retournent en
Allemagne,
Il est entré h1uit mille-
Allemands sur lesTerres du
Grand DucOU\ il prennent
des Quartiers, ce Prince ayant
refusé de fournir aux
Commissaires Impériaux
les huit cens mille livres que
l'Archiduc luy avoit fais
demander,
De Grenoble30.Novembre.
Il parut il y a quelques
jours de ce costé. cy un gros
party delaGarnisondeSuze
qui étoit venu par Exiles.
Aussi tost qu'on en eut avis
on fit sortir trente Dragons
avec chacun un fantassin en
croupe: Ils trouverent les
Ennemis qui rafraichifsoient
dans un Village;Les
Fantassins yentrerent criant
qui vive, & au premier feu
que nos gens firent sur eux,
ils se retirerent. Les Dragons
qui les observoient les poursuivirent
& mirent en désordre
; cinq furent tuez &
trente cinq faits prisonnires.
De Huninguele 4. Decembre,
Nôtre garnisona faitune
course dans la Forest Noire
sans aucune oppoficion
,
&
a ramené un gros butin.
Les Lettres de Hombourg
,
portent que soixante Husfars
ennemis étant entrez
dans le Pays, avoient commencé
à piller & brûler;
mais quedesDétachemens
de certe Place & de Saar
sa Loüis, ayant été à leur poucsuite,
les avoient battus;
& repris le butin qu'ils
avoient fait.
De Bayone le 4. Décembre.
Il y a presentement icy
18 Bastimens Anglois qui
ont apporté diverses Marchandées
pour les vendre,
& ensuite chargerdes Vins
& des Eaux
-
de- vie.
Une Fregate du Roy de
34. canons a pris un Flessingois
de 32. canons & de
150. hommes d'équipage ,
dont plus de 60ont été tuez
dans le combat qui a duré
cinq heures.
Des Lettres de Gibraltar
du 20. du passé portent que
la disette y étoit si grande
que le Commandant de la
Place étoit obligé de tenir
les Portes fermées pour
empêcher la desertion:que
quatreBastimens Portugais
étant entrez dans la Baye
pour se mettre à couvert
d'un gros temps qui auroit
pû les jetter sur les costes
de Barbarie, on leur avoir
fait décharger le grains qu'ils
avoient à leur bord
, de
remboursé l'argent qu'il
leur avoit couité.
On a aussiappris que les
Maures qui sont devant
Ceuta ayant voulu emporter
parEscalade le Bastion de
S. Pierre avoient esté vivementrepoussezjusques
dans
leur Camp avec perte de
plusde 1200 hommes; &
qu'il écoit arrivé de Carthagene
à cette Place, un tenfort
de 400. hommes &
beaucoup de munitions de
guerre & de bouche.
," Du Fort-Louis le10.
DéCembrr.P
;
Le Commandant de
Lauterbourg ayant eu avis
que le 6. au foir il devoit
sortir un Bataillon de Philisbourg
pour aller a Landau
,envoya un party de
Dragons & de Grenadiers
xjui se porterent sur le chemin
en des lieux couverts.
Les Ennemisétant tombez
dans l'Embuscade, furent
envelopez; le Commandant
fut tué avec plusieurs Soldats,
& le reste pris. Ce
bataillon étoit des Troupes
de Souabe & de Franconie,
& alloit relever un autre
bataillon des mêmes Trou- pesquiestàLandau.?
De la Haye le 8. Décembre9
Le Courier que le Comte
de Goes, Envoyéde la
Cour de Vienne avoit dé*
pêche à Milan pour porter àl'Archiducles Préliminairesde
la Paix, en revint le
2.1 Novembre. Il apporta
uneLettre par laquelle cc
Prince prie les Etats Gcné-.,
raux de n'avoir point d'égard
à ces Preliminaires,
qu'il les avoir rejettez, &
qu'il protestoit contre
toutes les Assemblées&les
Negotiations qu'on pouroit
faire sur cesujet.
On a appris depuis que ce
Prince persiste dans la résolution
de ne point envoyer
de Plenipotentiaires pour
traiter de la Paix sur le pied
des Preliminaires.
Hier le Comte de Strafr!
ford
,
Ambassadeur Plenipotentiaire
d'Angleterre
communiqua aux Ministres
detous les Alliez dans une
Assemblée que l'on tint exprés,
que la Reine sa Maitrciïc
avoit nommé la Ville
d'Utrecht pour le lieu où se
tiendroient les Conferences
pour laPaix, & que l'ouverture
s'en feroit le 12, Janvier
prochain. Il remit enfuite
à chacun de ces Ministres
une Lettre de la Reine
de la Grande Bretagne
qu'elle écrivoit à leurs Maîtres
pour les inviter à y envoyer
leurs Plénipotentiaires..
D'Arras le ii. Décembre.
Monsieur le Marechal de
Montcfquiau, partit d'icy
avanthier avec la plus grande
partie de notre Garnison
pour se mettre à la teste
d'un Darachemem de trois
cens hommes par bataillon,
& de centhommes parRe- -
giment de Cavalerie & de
Dragons de. toutes lcs.,
Troupes qui sont depuis la
Meuse juiqu'àla Mer. Leur
rendez vous étoit le long de
la Scarpe depuis Douay
jusqu'à Mortagne, & le
long du Canal & de la Deule,
Ces Troupes n'ont point de
bagages, & n'ont porté des
vivres que pour quatre
jours, & des outils à remues
laterre; elles travaillent à
combler le canal en quelques
endroits, à rüiner les
Ponts, les Ecluses & les Digues
de cemême Canal
,
de
la Scarpe, & de la Deule
afin d'ôter , aux Ennemisle
moyen d'établir leurs Magasins
de vivres & de munitions
à Douay pour la Canv»
pagne prochaine,ainsi quils
l'avoient projetté.
Pendant qu'une partie de
ce gros Détachement commençoitces
travaux, Mr de
Goëbriant marchoit à la
petiteVille deLillers, où les
Ennemis avoient cinq cens
hommes qui ont esté faits
prisonniers; &les Fortifications
qu'ils y avoient faites
ont esté démolies.
De Courtray le 18. Decembre.
Un Parti de cènehommes
de la garnisond'Ipres
ayant rencontréplusieurs
Détachements de cinq Rements,
lesadéfaits l'unaprés
l'autre
,
& en a fait la plus
part prisonniers.
Le mêmejoursoixante
Hussards, furent surpris la
nuit dans un Village à deux
lieuës de Cologne
) par un
party de trente Fantassins
François qui leur enleverent
trente chevaux,
A Madrid le 3. Décembre.
Le Conséil envoyaVeridredy
dernier des instructions
aux Plénipotentiaires
qui doivent partir incessamment
pour les Conferences
de la Paix Le Roya donné
la Charge de President du
Conseil de Guerre à Mr
le Marquis de Bedmar : Les
Lettres de Malaga portent
qu'il y étoit arrivé un Bastinient
venant de Gibraltar
où il y avoit quatre - vingt
six Soldats de la Garnison ;
de cettePlace, qui ayant
monté de nuit dans ce Vais-
-
seau obligerent lesMatelots
f de mettre à la voile, aprést
avoir eux mêmes coupé les f
cables *>
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Résumé : NOUVELLES de divers endroits.
À la fin de l'année 1700, divers événements politiques et militaires ont marqué l'Europe. À Venise, des prières publiques ont été organisées pour lutter contre une épidémie affectant le bétail, qui s'est également propagée dans le Mantouan, la Styrie et la Carinthie. À Milan, les ambassadeurs de Venise ont été reçus par l'Archiduc, et le cardinal Impérial a fait une entrée publique. Les ambassadeurs de Gênes et de Lucques ont également été accueillis. À Lisbonne, la paix en Angleterre a été confirmée par des préliminaires apportés par un ambassadeur. À Naples, les réjouissances pour l'élection de l'Archiduc à l'Empire ont été perturbées par la pluie. À Cadix, des navires hollandais chargés de marchandises ont été capturés par des armateurs français, et une frégate française a attaqué un vaisseau portugais. Des déserteurs de Gibraltar continuaient d'arriver. À Rome, la marquise de Prié a reçu des compliments pour l'élection de l'Archiduc. À Lisbonne, des inquiétudes ont surgi concernant des troupes débarquées aux îles du Cap-Vert. À Londres, des préparatifs pour la paix ont été mentionnés, et des prisonniers français ont été transportés à Calais. Des troubles ont été évités lors de la célébration de la naissance de la reine Élisabeth. À Cents, l'ambassadeur d'Espagne a pris congé du Sénat pour se rendre à Madrid. Des troupes allemandes ont occupé des quartiers d'hiver dans le Mantouan et sur les terres du Grand-Duc. À Grenoble, des dragons ont repoussé une garnison ennemie. À Huningue, une garnison a fait une course dans la Forêt-Noire. À Bayonne, des navires anglais ont apporté des marchandises, et une frégate française a capturé un vaisseau flessingois. À Gibraltar, la disette était grande, et des Maures ont été repoussés lors d'une attaque. À Fort-Louis, un bataillon ennemi a été pris en embuscade. Sur le plan militaire, un bataillon de Souabe et de Franconie se dirigeait vers Landau pour relever un autre bataillon. Le 21 novembre, le comte de Goes, envoyé de la Cour de Vienne, est revenu de Milan avec des préliminaires de paix, que l'archiduc a rejetés et contre lesquels il a protesté. L'Angleterre a proposé Utrecht comme lieu pour les conférences de paix, prévues pour le 12 janvier. Le maréchal de Montreuil a quitté Arras avec des troupes pour des travaux de défense le long de la Scarpe et du canal, afin d'empêcher les ennemis d'établir des magasins. Mr de Goëbriant a capturé des ennemis à Lillers. À Courtray, des détachements ennemis ont été défaits et des hussards ont été surpris près de Cologne. À Madrid, des instructions ont été envoyées aux plénipotentiaires pour les conférences de paix, et un bastiment est arrivé à Malaga avec des soldats de Gibraltar.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 102-117
Dernieres Nouvelles.
Début :
De Lisbonne le 4. Decembre. [...]
Mots clefs :
Madrid, Strasbourg, Arras, Hambourg, Bender, Lisbonne
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texteReconnaissance textuelle : Dernieres Nouvelles.
Dernieres Nouvelles.
De Lisbonne le 4. Decembre.
> Le Roy assemble fouvenc
son Conseil pour prendre
des mesures convenables
aux conjondures presentes,&
un Exprés partiehier
pour l'Angleterre t
avec des Dépesches qui
portent, à ce que l'on af-;
feurc
, que Sa Majesté re-
- met à la Reine sesinterests
ausujet de la Paix,& nos
Envoyez à Londres & à la
Haye, sont nommez pour
assisterauCongrezenqua*
litéde Pleni potentiaires.
La nouvelle qu'on a eutt
icy de l'expedition des
François dans le Bresil
,
noms a esté confirmée par
un Bastiment arrive de San
Salvador, & l'on y adjouste
d'autant plus de foy ,que
nous n'avons point de nou":
•
evnelles de la Flotte que nous attendons.
[
De Gironne le 10. Decembre,
Les dix huit Bataillons,
&les douze Escadrons qu'-
on attendoitdeDauphiné
estant arrivez, Monsieur le
Marquis de Fiennes s'est
mis en marche pour aller
faire le siege d'Ostalric.
Les Ennemis en ayant esté
informez, s'avancerentau
nombre de 400. Chevaux,
• de deux Bataillons, & d'un
gros corps de Miquelets
pour luy disputer le paffage
entre Bazola & Caftelfollit;
mais Monsieur de
Fiennes ayant marché à
eux avec son Avantgarde
seulement,ils seretirèrent
avec beaucoup de précipitation,
abandonnant tous
les postes qu'ils occupoient
dans les montagnes.
De Httmbourglc 11Decembre.
Les dernieres Lettres
qu'on a receuës du Camp
devant Wifmar
, portent
que la nuit du 4. au 5. trois
mille hommes d'Infanterie
,& trois cens Dragons,
eftoienc forcis de la Place
avec neuf petites pieces de
canon pour surprendre les
Troupes du Blocus; que le
General Ranrzaw qui y
commande en ayant esté
informé, avoir envoyé une
Trou pe de Cavallerie devant
chacune des portes,
pour observer les mouvements
de la Garnison
, &
donna en mesme temps les
ordres necessairespourdisposer
toutes ses Troupes de
maniere qu'elles pussent
marcher promptement où
il seroit necessaire:queles
Suédois en sortant de la
Ville, avoient repoussé la
Cavallerie Danoise; qu'ils
pousserent ensuitela Garde
avancée & le Piquet de
deux cens Chevaux , aprés
quoy ils attaquerent le Regiment
de Dragons de Bulau
, qui ayant esté soustenu
par trois autresRegiments
)
le combat dura
deux heures, ce qui donna
le temps au General Rantzaw
defaire avancer des
Troupes qui prirent les
Suedois en flanc des deux
Costez, & marcha en-ntef;
me temps avec un autre
Corps pour leur cou per la
retraite, ensorte que l'infanterie
fut obligée de former
un Bataillon quarré
pour se retirer
9.
mais que
ce Bataillon ayant esté
rompu, il n'estoit rentre
dans la Ville qu'environ
seize cens hommes, le reste
avoit esté tué ou pris
avec les neufpieces de Canon.
Extrait de Lettres de Bender
du 16. Octobre.
Mr Funck nostre Envoyé,
mande parunExpres
qui vient d'arriver
quele Grand Visir fait à,
brcfent des merveilles, 8c
promet au Roy de Suede
cout ce qu'illuy demande-
'a en Troupes & en argent.
Les Moscovitesontem-
)loyé plusieursartifices
tour éluder & retarder l'éxecution
de la Paix faite
avec la Porte. Le dernier
erme fixé pour la reddi-
~iond'Asas, & la démoli-
~ion de TaganroK expirera
dansquelques jours, & :-
ls cherchent encore à gagner
une prolongation,
mais nous avons de tresgrandes
raisons pour croire
que la Porte ne se laissera
plusamuser
, & qu'elle
reprendra les armes incessamment.
Cependant de
quelque manière que la
chose tourne, le Roy de
Suede demeure ferme dans
la resolution qu'il a prise
de partir cet hiver, & de
se porter en Pologne.
UArrtts le 20. Decembre.
,
Les Troupes qui ont
jjfte employées à combler
e canal de la Deule, & ce-
~uyde Douay;à ~ompre les
:clu(es, les Ponts & les
Digues
,
sont rerournées
dans leurs quartiers dans
~voir perdu un seul homneon
a aussi ruiné le Pont-
Vendin
,
& enfoncé des
~acteaux &abbatu des ar-
~res dans la haute Scarpe
~u dessus de Doüay., de
orte que les munitions qui
~ontàGand & destinées
)our lesmagasinsdecette
place
,
n'y pourronr tstre
transportées que par charrois,
ce qui sera tres difficile
à executer,tant à cause
des grossès sommes qu'il
en coustera aux Ennemis.
qu'à cause des forces escortes
pour chaque convoy.
Les cinq hommes qui
ont esté faits prisonniersa
Lillers,&qui sont de Troupes
Hollandoises ont esté
amenez icy. k
D'autres Lettres portent
que dès que les Ennemis
furent informez de
ce qui sepassoit, ils assemblerent
toutes les Garnisons
de la frontiere;mais
que
que n'ayant pu le raire
assez promptement, les
nostres se retiroient lorsque
les Gouverneurs de
Lille & deDoüai parurent à
une lieuë& demie d'Arras,
à la teste de trente Escadrons,
qui après quelques
escarmouches avec l'arriere
garde de nosTroupes,
commandée par Mr le
Comte de Broglio,se retirerent,
crainte d'estre coupez.
De Strasbourg le 17Decembre.
Les Ennemis ont tenté
de nouveau de conduire de
Philisbourg à Landau, un
gros Convoy de bled & de
Farine; mais ur l'avis qu'ils
ont eu que nos Troupes
estoient en mouvement
pour l'enlever,ils l'ont fait
rentrer dans cette Place.
Il deserte beaucoup de
leurs soldats, il en est venu
en unjour vingt- sixà Lauterbourg
,
qui disent qu'ils
ne sont point payez.
Un party de la Garnison
de BrifacK estant en
course le 14. rencontra
quarante cinq Hussards ennemis,
en tua treize & en
prit dix-neuf qui ont esté
amenez tous montez à Bru
sack.
DeMadrid le 14. Decembre
Les dernieres Lettres
qu'onareceuës de Catalogne,
portent que le Comte
de Staremberg ayant fait
un détachement de TroupesAllemandes
pourchanger
la Garnison de Tarragone
,
les Officiers des
Troupes Angloises qui y
sont, avoient refusé d'éva•
cuer cette Place,&avoient
fait dire au Comte de Staremberg,
qu'ils en respondoient.
Le 10 Décembre, le Pere
Athanase de Megrigny,
Capucin, fut sacré Evesque
de Graffe, dans l'Eglise des
Capucins de la rue saint
Honoré, par Monsieur
l'Evesque de Strasbourg assistédeMessieurs les E-,
vesques de Toul ôc d'Evreux.
Le 21.Mrl'AbbélePilleur
fut sacre Evesque de
Saintes., dans la Chapelle
de l'Archevesché
.,
parMon-
Geur le Cardinal de Noailes,
assisté de Messieurs les
Evesques de Tournay
)
&
le Seez.
De Lisbonne le 4. Decembre.
> Le Roy assemble fouvenc
son Conseil pour prendre
des mesures convenables
aux conjondures presentes,&
un Exprés partiehier
pour l'Angleterre t
avec des Dépesches qui
portent, à ce que l'on af-;
feurc
, que Sa Majesté re-
- met à la Reine sesinterests
ausujet de la Paix,& nos
Envoyez à Londres & à la
Haye, sont nommez pour
assisterauCongrezenqua*
litéde Pleni potentiaires.
La nouvelle qu'on a eutt
icy de l'expedition des
François dans le Bresil
,
noms a esté confirmée par
un Bastiment arrive de San
Salvador, & l'on y adjouste
d'autant plus de foy ,que
nous n'avons point de nou":
•
evnelles de la Flotte que nous attendons.
[
De Gironne le 10. Decembre,
Les dix huit Bataillons,
&les douze Escadrons qu'-
on attendoitdeDauphiné
estant arrivez, Monsieur le
Marquis de Fiennes s'est
mis en marche pour aller
faire le siege d'Ostalric.
Les Ennemis en ayant esté
informez, s'avancerentau
nombre de 400. Chevaux,
• de deux Bataillons, & d'un
gros corps de Miquelets
pour luy disputer le paffage
entre Bazola & Caftelfollit;
mais Monsieur de
Fiennes ayant marché à
eux avec son Avantgarde
seulement,ils seretirèrent
avec beaucoup de précipitation,
abandonnant tous
les postes qu'ils occupoient
dans les montagnes.
De Httmbourglc 11Decembre.
Les dernieres Lettres
qu'on a receuës du Camp
devant Wifmar
, portent
que la nuit du 4. au 5. trois
mille hommes d'Infanterie
,& trois cens Dragons,
eftoienc forcis de la Place
avec neuf petites pieces de
canon pour surprendre les
Troupes du Blocus; que le
General Ranrzaw qui y
commande en ayant esté
informé, avoir envoyé une
Trou pe de Cavallerie devant
chacune des portes,
pour observer les mouvements
de la Garnison
, &
donna en mesme temps les
ordres necessairespourdisposer
toutes ses Troupes de
maniere qu'elles pussent
marcher promptement où
il seroit necessaire:queles
Suédois en sortant de la
Ville, avoient repoussé la
Cavallerie Danoise; qu'ils
pousserent ensuitela Garde
avancée & le Piquet de
deux cens Chevaux , aprés
quoy ils attaquerent le Regiment
de Dragons de Bulau
, qui ayant esté soustenu
par trois autresRegiments
)
le combat dura
deux heures, ce qui donna
le temps au General Rantzaw
defaire avancer des
Troupes qui prirent les
Suedois en flanc des deux
Costez, & marcha en-ntef;
me temps avec un autre
Corps pour leur cou per la
retraite, ensorte que l'infanterie
fut obligée de former
un Bataillon quarré
pour se retirer
9.
mais que
ce Bataillon ayant esté
rompu, il n'estoit rentre
dans la Ville qu'environ
seize cens hommes, le reste
avoit esté tué ou pris
avec les neufpieces de Canon.
Extrait de Lettres de Bender
du 16. Octobre.
Mr Funck nostre Envoyé,
mande parunExpres
qui vient d'arriver
quele Grand Visir fait à,
brcfent des merveilles, 8c
promet au Roy de Suede
cout ce qu'illuy demande-
'a en Troupes & en argent.
Les Moscovitesontem-
)loyé plusieursartifices
tour éluder & retarder l'éxecution
de la Paix faite
avec la Porte. Le dernier
erme fixé pour la reddi-
~iond'Asas, & la démoli-
~ion de TaganroK expirera
dansquelques jours, & :-
ls cherchent encore à gagner
une prolongation,
mais nous avons de tresgrandes
raisons pour croire
que la Porte ne se laissera
plusamuser
, & qu'elle
reprendra les armes incessamment.
Cependant de
quelque manière que la
chose tourne, le Roy de
Suede demeure ferme dans
la resolution qu'il a prise
de partir cet hiver, & de
se porter en Pologne.
UArrtts le 20. Decembre.
,
Les Troupes qui ont
jjfte employées à combler
e canal de la Deule, & ce-
~uyde Douay;à ~ompre les
:clu(es, les Ponts & les
Digues
,
sont rerournées
dans leurs quartiers dans
~voir perdu un seul homneon
a aussi ruiné le Pont-
Vendin
,
& enfoncé des
~acteaux &abbatu des ar-
~res dans la haute Scarpe
~u dessus de Doüay., de
orte que les munitions qui
~ontàGand & destinées
)our lesmagasinsdecette
place
,
n'y pourronr tstre
transportées que par charrois,
ce qui sera tres difficile
à executer,tant à cause
des grossès sommes qu'il
en coustera aux Ennemis.
qu'à cause des forces escortes
pour chaque convoy.
Les cinq hommes qui
ont esté faits prisonniersa
Lillers,&qui sont de Troupes
Hollandoises ont esté
amenez icy. k
D'autres Lettres portent
que dès que les Ennemis
furent informez de
ce qui sepassoit, ils assemblerent
toutes les Garnisons
de la frontiere;mais
que
que n'ayant pu le raire
assez promptement, les
nostres se retiroient lorsque
les Gouverneurs de
Lille & deDoüai parurent à
une lieuë& demie d'Arras,
à la teste de trente Escadrons,
qui après quelques
escarmouches avec l'arriere
garde de nosTroupes,
commandée par Mr le
Comte de Broglio,se retirerent,
crainte d'estre coupez.
De Strasbourg le 17Decembre.
Les Ennemis ont tenté
de nouveau de conduire de
Philisbourg à Landau, un
gros Convoy de bled & de
Farine; mais ur l'avis qu'ils
ont eu que nos Troupes
estoient en mouvement
pour l'enlever,ils l'ont fait
rentrer dans cette Place.
Il deserte beaucoup de
leurs soldats, il en est venu
en unjour vingt- sixà Lauterbourg
,
qui disent qu'ils
ne sont point payez.
Un party de la Garnison
de BrifacK estant en
course le 14. rencontra
quarante cinq Hussards ennemis,
en tua treize & en
prit dix-neuf qui ont esté
amenez tous montez à Bru
sack.
DeMadrid le 14. Decembre
Les dernieres Lettres
qu'onareceuës de Catalogne,
portent que le Comte
de Staremberg ayant fait
un détachement de TroupesAllemandes
pourchanger
la Garnison de Tarragone
,
les Officiers des
Troupes Angloises qui y
sont, avoient refusé d'éva•
cuer cette Place,&avoient
fait dire au Comte de Staremberg,
qu'ils en respondoient.
Le 10 Décembre, le Pere
Athanase de Megrigny,
Capucin, fut sacré Evesque
de Graffe, dans l'Eglise des
Capucins de la rue saint
Honoré, par Monsieur
l'Evesque de Strasbourg assistédeMessieurs les E-,
vesques de Toul ôc d'Evreux.
Le 21.Mrl'AbbélePilleur
fut sacre Evesque de
Saintes., dans la Chapelle
de l'Archevesché
.,
parMon-
Geur le Cardinal de Noailes,
assisté de Messieurs les
Evesques de Tournay
)
&
le Seez.
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Résumé : Dernieres Nouvelles.
Le roi a convoqué son conseil pour adopter des mesures en réponse aux circonstances actuelles. Un émissaire a été envoyé en Angleterre pour informer la reine que Sa Majesté remet ses intérêts concernant la paix. Des plénipotentiaires ont été nommés à Londres et à La Haye pour participer au congrès. La confirmation de l'expédition française au Brésil est arrivée par un navire de San Salvador. À Gironne, le marquis de Fiennes a dirigé dix-huit bataillons et douze escadrons vers Ostalric. Les ennemis, prévenus, ont avancé avec 400 chevaux, deux bataillons et des miquelets, mais se sont retirés face à l'avant-garde de Fiennes. À Humbourg, des troupes suédoises ont tenté une sortie de Wismar, repoussant la cavalerie danoise et attaquant des régiments de dragons. Le combat a duré deux heures, permettant au général Rantzaw de disposer ses troupes. Environ seize cents Suédois sont rentrés en ville, le reste étant tué ou capturé. À Bender, l'envoyé Funck rapporte que le Grand Visir promet au roi de Suède des troupes et de l'argent. Les Moscovites utilisent des artifices pour retarder la paix avec la Porte ottomane, mais celle-ci semble prête à reprendre les armes. Le roi de Suède prévoit de partir pour la Pologne cet hiver. En Artois, des troupes ont saboté des infrastructures pour empêcher le transport de munitions. Des prisonniers hollandais ont été capturés à Lillers. Les ennemis ont rassemblé des garnisons frontalières, mais se sont retirés face à l'arrière-garde commandée par le comte de Broglio. À Strasbourg, les ennemis ont tenté de conduire un convoi de blé à Landau, mais l'ont fait rentrer en ville face à la menace des troupes françaises. Des déserteurs ennemis rapportent ne pas être payés. Un détachement de Brisack a engagé et capturé des hussards ennemis. À Madrid, le comte de Starhemberg a tenté de changer la garnison de Tarragone, mais les officiers anglais ont refusé. En France, deux sacres épiscopaux ont eu lieu : le père Athanase de Megrigny a été sacré évêque de Graffe et l'abbé Le Pilleur évêque de Saintes.
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5
p. 265-270
Lettre d'Arras du 3. de Mars 1712.
Début :
La nuit du premier au 2. de Mars à la [...]
Mots clefs :
Arras, Heures, Magasins, Ennemis, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Arras du 3. de Mars 1712.
Lettre d'Arras du 3. de
Mars 1712.
La nuit du premier au t.
de Mars à la faveur de l'obscurité les ennemiss'approcherent d'Arras.
Lesécondsurlessept heures
du matinayant ouvert lu.
portes de la Ville à l'ordinaire,
les Paysansavertirent que la
ennemis travaillaient autour
de la Place, Mr le Mareschal
de Montesquiou fit AujJiroft
mettre toute la Garnison fous
les Armes, c-fitsortir lt
Cavalierie, les Grenadiers &
cinq Bataillons par la porte
.Rou'viul nous apperçûmes
les ennemis qui travailloient à
quatre censsoixante toises de
la Place, & mesmeétoient
déjà à moitié couverts dans
leur tranchées. Monsieur le
Mareschalayant envoyéreconnoijlre, apprit qu'ilsn'asoientinvesty la Ville que
depuis la rivière de Scarpe
jusquau Crinchon., il resolut
de faire attaquer les ennemis
quis'étoient rendus maistres du
Fatixbourg de Bapaume. On
leur tua baycoup de mondee
mais le combat estans trop
opiniâtre
,
nous Jugeames à
propos de mettre le feu au
Fauxbourg
en nous retirans.
Nous y avons perdu trois
braves Officiers; (9" le Colonel
du Regiment de Belsan
,
qui
commandoit cette attaque,fut
fait prisonnier. Sur les onze
heures les deserteurs affurérent
MrleMareschalque ce n'estoit
point pour assieger la Place
;
mais seulement pour brusler
les Magasins que les ennemis
stoient venus. Aussitost on
occupa la moitié de la Garnison
*défaire les Mules de soin
pour les transporter plus loin,
0* les mettre le long de la rivière
,
mais malgré les Canons de
la Ville &de la Citadelle ,sur
les quatre heures après midy ils
commencerent a jetter des Bombes & des Pots à feusur les
Magasins&sur la Citadelle;
ensuiteJur les dix heures ils tirèrent à Boulets rougessur nos
Magasins. Voyantque son éteignoit toujours le feu de leurs
bombes (7 de leurspots àfeu
a une
heure aprèsminuit, il ne
fut plus possibled'éteindre le
feu qu'ilsfaisoientavec leurs
bouletsrouges quiperçoient en.,.
tierement nos Magasins;
d'ailleurssur les dix heures du
Joir ils commencèrent à bombarder la Ville
3
ce qui obligea de relâcher tous les Bourgeois que l'onretenoit depuis
midy aux Magasins. Sur les
quatre heures de
ce matin
loyans quelques uns de nos
Magasins en feu cm quantité
de paille quonavoit allumée
exprésd'un autre costé,ils
crurent tout bruslé&craignant
quelque sortiesur des Troupes
qui s'étoient débandées
,
les
rassemblerent, ils se font retite^ cette nuit à
quatre heures.
Ily a
environ cinquante mille rations de fourages brulées ou gaflées. Il est, tombe
tant dans la Ville que dans 14
Citadelle environ deux cens
cinquante bombes & cent pots
A feu
,
ils ont esté contraints
de laisser dans leurs retranche.
ments environ trois cens bombes. On a
rasé les travaux
qu'ils ont faits, ils ont perdu
environ troiscens hommes, &
nous cent.
Mars 1712.
La nuit du premier au t.
de Mars à la faveur de l'obscurité les ennemiss'approcherent d'Arras.
Lesécondsurlessept heures
du matinayant ouvert lu.
portes de la Ville à l'ordinaire,
les Paysansavertirent que la
ennemis travaillaient autour
de la Place, Mr le Mareschal
de Montesquiou fit AujJiroft
mettre toute la Garnison fous
les Armes, c-fitsortir lt
Cavalierie, les Grenadiers &
cinq Bataillons par la porte
.Rou'viul nous apperçûmes
les ennemis qui travailloient à
quatre censsoixante toises de
la Place, & mesmeétoient
déjà à moitié couverts dans
leur tranchées. Monsieur le
Mareschalayant envoyéreconnoijlre, apprit qu'ilsn'asoientinvesty la Ville que
depuis la rivière de Scarpe
jusquau Crinchon., il resolut
de faire attaquer les ennemis
quis'étoient rendus maistres du
Fatixbourg de Bapaume. On
leur tua baycoup de mondee
mais le combat estans trop
opiniâtre
,
nous Jugeames à
propos de mettre le feu au
Fauxbourg
en nous retirans.
Nous y avons perdu trois
braves Officiers; (9" le Colonel
du Regiment de Belsan
,
qui
commandoit cette attaque,fut
fait prisonnier. Sur les onze
heures les deserteurs affurérent
MrleMareschalque ce n'estoit
point pour assieger la Place
;
mais seulement pour brusler
les Magasins que les ennemis
stoient venus. Aussitost on
occupa la moitié de la Garnison
*défaire les Mules de soin
pour les transporter plus loin,
0* les mettre le long de la rivière
,
mais malgré les Canons de
la Ville &de la Citadelle ,sur
les quatre heures après midy ils
commencerent a jetter des Bombes & des Pots à feusur les
Magasins&sur la Citadelle;
ensuiteJur les dix heures ils tirèrent à Boulets rougessur nos
Magasins. Voyantque son éteignoit toujours le feu de leurs
bombes (7 de leurspots àfeu
a une
heure aprèsminuit, il ne
fut plus possibled'éteindre le
feu qu'ilsfaisoientavec leurs
bouletsrouges quiperçoient en.,.
tierement nos Magasins;
d'ailleurssur les dix heures du
Joir ils commencèrent à bombarder la Ville
3
ce qui obligea de relâcher tous les Bourgeois que l'onretenoit depuis
midy aux Magasins. Sur les
quatre heures de
ce matin
loyans quelques uns de nos
Magasins en feu cm quantité
de paille quonavoit allumée
exprésd'un autre costé,ils
crurent tout bruslé&craignant
quelque sortiesur des Troupes
qui s'étoient débandées
,
les
rassemblerent, ils se font retite^ cette nuit à
quatre heures.
Ily a
environ cinquante mille rations de fourages brulées ou gaflées. Il est, tombe
tant dans la Ville que dans 14
Citadelle environ deux cens
cinquante bombes & cent pots
A feu
,
ils ont esté contraints
de laisser dans leurs retranche.
ments environ trois cens bombes. On a
rasé les travaux
qu'ils ont faits, ils ont perdu
environ troiscens hommes, &
nous cent.
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Résumé : Lettre d'Arras du 3. de Mars 1712.
Le 3 mars 1712, les ennemis approchèrent d'Arras durant la nuit et commencèrent à travailler autour de la ville. À sept heures du matin, les paysans avertirent de leur activité. Le maréchal de Montesquiou mobilisa la garnison et envoya la cavalerie et les grenadiers. Les ennemis avaient investi la ville depuis la rivière de Scarpe jusqu'au Crinchon. Une attaque fut lancée contre les ennemis au faubourg de Bapaume, causant de lourdes pertes, mais les forces françaises durent mettre le feu au faubourg en se retirant. Trois officiers furent tués et un colonel fut fait prisonnier. Vers onze heures, des déserteurs informèrent le maréchal que les ennemis visaient à brûler les magasins plutôt qu'à assiéger la ville. La garnison fut déployée pour protéger les magasins, mais les ennemis lancèrent des bombes et des pots à feu sur les magasins et la citadelle. Le feu ne put être éteint, et les bombardements continuèrent jusqu'au lendemain matin. Les ennemis se retirèrent à quatre heures du matin. Environ cinquante mille rations de fourrage furent brûlées ou gâchées. Environ deux cent cinquante bombes et cent pots à feu tombèrent dans la ville et la citadelle. Les ennemis laissèrent trois cents bombes dans leurs retranchements. Les travaux ennemis furent rasés, et ils perdirent environ trois cents hommes, tandis que les forces françaises perdirent cent hommes.
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6
p. 290-292
Nouvelles diverses.
Début :
On a dissipé quinze mille hommes des Ennemis qui s'estoient [...]
Mots clefs :
Arras, Ingénieur
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles diverses.
Nouvellesdiverses.
On a
dissipé quinze mille
hommes des Ennemis qui
s'estoient assemblez aux environs d'Arras, où il ne s'est
trouvé au juste que cent mil
nations de foin pour toute
perte. A l'égard dudomma-
ge qu'ils ont fait sur la Sambre, un Ingénieur a
évalué
la reparation des travaux ruinez, à quatre journéesde
travail & à mille livres de
dépense.
-
Un grand nombre de
Troupes marche de tous côtez ; mais sur tout du côté
de la Sarre en Flandre. Les
Officiers Generaux ont or- dre de s'y rendre incessamment pour prévenir les En*
nemis, & se mettre enestat
d'empescher qu'ils ne trou- blent les Négociations dela
Paix. On dit qu'au cinq du
mois prochain on fera réponse aux propositions des
Ministres de t'Archiduc
de quelquesAlliez
On a
dissipé quinze mille
hommes des Ennemis qui
s'estoient assemblez aux environs d'Arras, où il ne s'est
trouvé au juste que cent mil
nations de foin pour toute
perte. A l'égard dudomma-
ge qu'ils ont fait sur la Sambre, un Ingénieur a
évalué
la reparation des travaux ruinez, à quatre journéesde
travail & à mille livres de
dépense.
-
Un grand nombre de
Troupes marche de tous côtez ; mais sur tout du côté
de la Sarre en Flandre. Les
Officiers Generaux ont or- dre de s'y rendre incessamment pour prévenir les En*
nemis, & se mettre enestat
d'empescher qu'ils ne trou- blent les Négociations dela
Paix. On dit qu'au cinq du
mois prochain on fera réponse aux propositions des
Ministres de t'Archiduc
de quelquesAlliez
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Résumé : Nouvelles diverses.
Quinze mille hommes ennemis ont été dispersés près d'Arras. Les dommages sur la Sambre sont évalués à quatre journées de travail et mille livres. Des troupes se déplacent en Flandre et près de la Sarre. Les officiers généraux doivent perturber les négociations de paix. Une réponse aux propositions des ministres de l'Archiduc est attendue pour le cinq du mois prochain.
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7
p. 49-52
Nouvelle de Flandres.
Début :
Le Prince Eugene arriva le 25. a Tournay, où il a [...]
Mots clefs :
Ennemis, Arras, Cavalerie, Infanterie, Flandre
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle de Flandres.
Nouvelle de Flandres,
SHO
Le Prince Eugene artiva
de 25. à Tournay, où il a
mandé tous les Officiers
generaux pour tenir confeil de guerre Les ennemis
font affemblez vers le Vvarde , leur droite eft à Ferin ,
& leur gauche à Pequencourt , & Douay derriere
eux. Les Anglois font campez ſeparément à Pont à
Rache, enattendant le Duc
d'Ormond, Lestroupes des
alliez font à portée de ſe
May1712.
E
30 MERCURE
joindre, à la referve de celles de l'Archiduc qui ne
font pas encore arrivées.
Nôtre armée s'affemble
vers Oily pour camper en
front de bandiere: elle étoit
avant cela diſperſée de la
maniere fuivante.
-La cavalerie pour la com
modité des fourrages étoit
diftribuée depuis le Careler
jufqu'à Couturel , entre A
vefne-le- Comte & Dour
lans , ayant ordre de mar
cher au fignal de trois
coups de canon.boomOS
L'infanterié étoit cahA
I
GALANT.
tonnée dans les villages
depuis Etrun fur l'Escaut,
prés de Bouchain , juſqu'à
Montenencourt : elle occupoit tous les paffages de la
Senfée , de la Scarpe , & des
lignes qui font au - delà
d'Arras elle s'étend en
core juſqu'à Arras , afin de
s'opposer aux mouvemens
des ennemis. Il y a eu plu
fieurs petits chocs , ou les
troupes du Roy ont toûjours repouflé les ennemis.
Unparti de Huffars ayant
paſſé l'Eſcaut a été tout fait
priſonnier : un autre parti
Eij
$2 MERCURE
ennemi a été défait vers
Peronne.
SHO
Le Prince Eugene artiva
de 25. à Tournay, où il a
mandé tous les Officiers
generaux pour tenir confeil de guerre Les ennemis
font affemblez vers le Vvarde , leur droite eft à Ferin ,
& leur gauche à Pequencourt , & Douay derriere
eux. Les Anglois font campez ſeparément à Pont à
Rache, enattendant le Duc
d'Ormond, Lestroupes des
alliez font à portée de ſe
May1712.
E
30 MERCURE
joindre, à la referve de celles de l'Archiduc qui ne
font pas encore arrivées.
Nôtre armée s'affemble
vers Oily pour camper en
front de bandiere: elle étoit
avant cela diſperſée de la
maniere fuivante.
-La cavalerie pour la com
modité des fourrages étoit
diftribuée depuis le Careler
jufqu'à Couturel , entre A
vefne-le- Comte & Dour
lans , ayant ordre de mar
cher au fignal de trois
coups de canon.boomOS
L'infanterié étoit cahA
I
GALANT.
tonnée dans les villages
depuis Etrun fur l'Escaut,
prés de Bouchain , juſqu'à
Montenencourt : elle occupoit tous les paffages de la
Senfée , de la Scarpe , & des
lignes qui font au - delà
d'Arras elle s'étend en
core juſqu'à Arras , afin de
s'opposer aux mouvemens
des ennemis. Il y a eu plu
fieurs petits chocs , ou les
troupes du Roy ont toûjours repouflé les ennemis.
Unparti de Huffars ayant
paſſé l'Eſcaut a été tout fait
priſonnier : un autre parti
Eij
$2 MERCURE
ennemi a été défait vers
Peronne.
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Résumé : Nouvelle de Flandres.
En mai 1712, le Prince Eugène se rend à Tournai et réunit les officiers généraux pour un conseil de guerre. Les forces ennemies sont positionnées près du Wardre, avec leur droite à Ferin et leur gauche à Pequencourt, Douai étant derrière elles. Les Anglais sont campés à Pont-à-Rache, en attente du Duc d'Ormond. Les troupes alliées sont situées à May. Le 30 mai, l'armée française se rassemble près d'Oily pour camper en formation. Auparavant, la cavalerie était dispersée entre le Careler et Couturel, prête à avancer au signal de trois coups de canon. L'infanterie était cantonnée dans les villages entre Etrun sur l'Escaut et Montenencourt, occupant les passages stratégiques de la Sensée, de la Scarpe et des lignes au-delà d'Arras. Plusieurs escarmouches ont eu lieu, durant lesquelles les troupes du Roi ont toujours repoussé les ennemis. Un groupe de hussards ayant traversé l'Escaut a été capturé, et un autre parti ennemi a été défait près de Péronne.
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8
p. 290-300
Nouvelles de Flandres.
Début :
Les armées de Flandres sont assez tranquilles de part & [...]
Mots clefs :
Flandre, Armées, Bouchain, Arras, Tournay, Ypres, Utrecht
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Flandres.
Nouvelles de Flandres.
Les armées de Flandres ſont aſſez tranquilles de part & d'autre ; ce
qu'on attribue à la di-
GALANT. 291
1 ne
fette de fourrages , & à
ce que toutes les troupes
n'étoient point encore.
arrivées. Les regimens
de cuiraffiers de Lobkovvitz & defainte Croix,
qui font la tête des troupes Auftrichiennes ,
partirent que le 9. de ce
mois des environs de
Bruxelles , où elles ont
fejourné, étant fatiguées
de leur longue marche
& du mauvais temps.
Ceux qui la fuivent n'éBb ij
292 MERCURE
tant gueres en meilleur
état , fejournent auffi
prés la même ville. On
necroit pas qu'elles puiſ
fent joindre l'armée avant le vingt - cinq du
mois. holandish
Le Duc d'Ormond
partit le neuf de Gand
pour l'armée. Les lettres
de Lifle & de Tournay
affurent que les Anglois
étoient encore campeż
à Bailieu que le Prince
Eugene n'est parti de
GALANT 293
Tournay , pour aller
joindre l'armée , que le
dix. ch
:
On écrit de Bouchain,
que l'armée des Alliez
étoit toûjours tranquille neanmoins on croit
qu'elle ſe mettra bientôt en mouvement , à
caufe que l'artillerie &
les munitions y font arrivées , & que le reſte
des troupes de l'Electeur Palatin & de l'Archiduc doivent joindre
B biij
294 MERCURE
avant la fin de ce mois.
On mande d'Arras ,
望
qu'on continuë de voiturer en cette ville des
farines , de l'avoine , &
du fourrage fec. L'armée du Royoccupe tou
jours les mêmes poftes
le long de l'Efcaut , de
la Senfée , & de la Scarpe. LeMaréchal de Villars afait faire deux éclufes à Cambray : l'une
pour remplir les foffez
de l'eau de l'Escaut ; l'au-
GALANT. 295
tre pour retenir l'eau de
cette riviere , qui innonde & fe répand des deux
côtez un quart de lieuë
au- deffus de la ville.
On écrit de Tournay,
que le Duc d'Ormond a
affifté aux confeils de
guerre qui s'y font tenus. Il a fait la revuë
des troupes Angloiſes ,
quicampoient entre Baifieu , fur le chemin de
Tournay à Lifle , d'où
elles allerent le 19 joinBb iiij
296 MERCURE
dre la grande armée
qui eft toujours campée
à la Vvarde & à Lieu
faint Amand , prés de
Bouchain. Le Prince
Eugene , le Duc d'Ormond , & les autres Generaux s'y rendirent le
vingt.
On écrit d'Ypres, qu'-
un detachement de la
garniſon a battu quelques partis des ennemis ,
dont l'un conduifoit à
leur armée un grand
GALANT 297
nombre de beftiaux ,
qu'on leur a enlevez.
Les lettres d'Utrecht
affurent qu'il n'y a point
eu d'affemblée generale
le trente Avril , ni le
quatre de ce mois , à
caufe que les Plenipotentiaires de France n'avoient point receu d'inftructions pour répondre aux demandes fpecifiques des Alliez.
Le Sieur Menager eut
le vingt- neuf une con-
298 MERCURE
ference particuliere avec
le Sieur Buis , l'un des
Plenipotentiaires
Provinces Unies.
des
Le Maréchal d'Uxelles eut une autre conference avec le Comte de
Sinzendorf, Plenipotentiaire de l'Archiduc.
Le Comte de la Corfana , fecond Plenipotentiaire de l'Archiduc ,
fe rendit àUtrecht le 5,
où les Miniftres des deux
partis fe vifitent fre-
GALANT. 299
quemment. Il y a eudes
conferences entre ceux
des Alliez mais il n'y
en a point eu de generale le quatre , le fept ,
& le onze. On croit qu'-
il n'y en aura point jufqu'à ce que les Plenipotentiaires de France
ayent receu de nouveaux
ordres.
Les lettres d'Utrecht
affurent qu'il n'y a point.
eu de conference generale le quatorze , ni le
300 MERCURE
dix - huit , à cause que
les Plenipotentiaires de
France n'avoient point
encore receu de nouveaux ordres.
Les armées de Flandres ſont aſſez tranquilles de part & d'autre ; ce
qu'on attribue à la di-
GALANT. 291
1 ne
fette de fourrages , & à
ce que toutes les troupes
n'étoient point encore.
arrivées. Les regimens
de cuiraffiers de Lobkovvitz & defainte Croix,
qui font la tête des troupes Auftrichiennes ,
partirent que le 9. de ce
mois des environs de
Bruxelles , où elles ont
fejourné, étant fatiguées
de leur longue marche
& du mauvais temps.
Ceux qui la fuivent n'éBb ij
292 MERCURE
tant gueres en meilleur
état , fejournent auffi
prés la même ville. On
necroit pas qu'elles puiſ
fent joindre l'armée avant le vingt - cinq du
mois. holandish
Le Duc d'Ormond
partit le neuf de Gand
pour l'armée. Les lettres
de Lifle & de Tournay
affurent que les Anglois
étoient encore campeż
à Bailieu que le Prince
Eugene n'est parti de
GALANT 293
Tournay , pour aller
joindre l'armée , que le
dix. ch
:
On écrit de Bouchain,
que l'armée des Alliez
étoit toûjours tranquille neanmoins on croit
qu'elle ſe mettra bientôt en mouvement , à
caufe que l'artillerie &
les munitions y font arrivées , & que le reſte
des troupes de l'Electeur Palatin & de l'Archiduc doivent joindre
B biij
294 MERCURE
avant la fin de ce mois.
On mande d'Arras ,
望
qu'on continuë de voiturer en cette ville des
farines , de l'avoine , &
du fourrage fec. L'armée du Royoccupe tou
jours les mêmes poftes
le long de l'Efcaut , de
la Senfée , & de la Scarpe. LeMaréchal de Villars afait faire deux éclufes à Cambray : l'une
pour remplir les foffez
de l'eau de l'Escaut ; l'au-
GALANT. 295
tre pour retenir l'eau de
cette riviere , qui innonde & fe répand des deux
côtez un quart de lieuë
au- deffus de la ville.
On écrit de Tournay,
que le Duc d'Ormond a
affifté aux confeils de
guerre qui s'y font tenus. Il a fait la revuë
des troupes Angloiſes ,
quicampoient entre Baifieu , fur le chemin de
Tournay à Lifle , d'où
elles allerent le 19 joinBb iiij
296 MERCURE
dre la grande armée
qui eft toujours campée
à la Vvarde & à Lieu
faint Amand , prés de
Bouchain. Le Prince
Eugene , le Duc d'Ormond , & les autres Generaux s'y rendirent le
vingt.
On écrit d'Ypres, qu'-
un detachement de la
garniſon a battu quelques partis des ennemis ,
dont l'un conduifoit à
leur armée un grand
GALANT 297
nombre de beftiaux ,
qu'on leur a enlevez.
Les lettres d'Utrecht
affurent qu'il n'y a point
eu d'affemblée generale
le trente Avril , ni le
quatre de ce mois , à
caufe que les Plenipotentiaires de France n'avoient point receu d'inftructions pour répondre aux demandes fpecifiques des Alliez.
Le Sieur Menager eut
le vingt- neuf une con-
298 MERCURE
ference particuliere avec
le Sieur Buis , l'un des
Plenipotentiaires
Provinces Unies.
des
Le Maréchal d'Uxelles eut une autre conference avec le Comte de
Sinzendorf, Plenipotentiaire de l'Archiduc.
Le Comte de la Corfana , fecond Plenipotentiaire de l'Archiduc ,
fe rendit àUtrecht le 5,
où les Miniftres des deux
partis fe vifitent fre-
GALANT. 299
quemment. Il y a eudes
conferences entre ceux
des Alliez mais il n'y
en a point eu de generale le quatre , le fept ,
& le onze. On croit qu'-
il n'y en aura point jufqu'à ce que les Plenipotentiaires de France
ayent receu de nouveaux
ordres.
Les lettres d'Utrecht
affurent qu'il n'y a point.
eu de conference generale le quatorze , ni le
300 MERCURE
dix - huit , à cause que
les Plenipotentiaires de
France n'avoient point
encore receu de nouveaux ordres.
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Résumé : Nouvelles de Flandres.
Le texte décrit la situation militaire et diplomatique dans les Flandres. Les armées des deux camps sont relativement calmes en raison de la pénurie de fourrages et de l'arrivée progressive des troupes. Les régiments de cuirassiers de Lobkowitz et de la Fainte Croix ont quitté Bruxelles le 9 du mois pour se reposer. Le duc d'Ormond a quitté Gand pour rejoindre l'armée, tandis que les Anglais étaient encore campés à Bailieu. Le prince Eugène est parti de Tournai pour rejoindre l'armée le 10. À Bouchain, l'armée des Alliés attend les troupes de l'Électeur Palatin et de l'Archiduc, prévues avant la fin du mois. L'armée du Roi occupe toujours les mêmes positions le long de l'Escaut, de la Senne et de la Scarpe. Le maréchal de Villars a effectué des écluses à Cambray pour réguler l'eau de l'Escaut. Le duc d'Ormond a participé aux conseils de guerre à Tournai et a revu les troupes anglaises. Un détachement d'Ypres a battu des partisans ennemis. À Utrecht, les conférences générales entre les plénipotentiaires sont suspendues en attendant de nouvelles instructions des plénipotentiaires français, mais plusieurs conférences particulières ont eu lieu entre les ministres des deux parties.
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9
p. 257-264
Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
Début :
Je vais, par exemple, vous conter, Messieurs, une Histoire vraye [...]
Mots clefs :
Histoire, Auberge, Jeune homme, Tante, Lettre, Neveu, Paris, Champ, Arras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
Je vais ,
par exemple , vous conter ,
Meffieurs , une Hiſtoire vraye
& originale , qui ne plaira pas
à tout le monde , mais qui me
plaît , quelque triſte & quelque
extraordinaire qu'elle ſoit,
parce qu'elle eſt du nombre
de celles que je recherche avec
le plus de foin.
Ily a environ quinze jours,
plus ou moins , jenem'en embarraffe
pas , auffi - bien le
temps ne fait rien à la choſe ,
Decembre 1714. Y
258 MERCURE
ilya , disje , environ quinze
jours , qu'un jeune homme
natif d'Arras arriva à Paris par
le Carroffe de voiture.
Le Fauxbourg S. Germain ,
où il ſe fit conduire avec ſa
valize , fût le quartier où il
prit l'Auberge que ſon conducteur
jugea à propos de luy
choiſir. En y entrant ,il demanda
à fouper , & il ſoupa ;
il ſe coucha enſuite , comme
de raiſon :uneheurė aprés s'être
couché , il ſe trouva mal ,
mais fi mal , qu'aprés avoir
baillé , ſoupiré , & râllé toute
la nuit, le matin une ſervante
GALANT. 259
de l'Auberge pallant devant
la porte de la chambre , comporte
de fa
prit , au bruit qu'elle y entendit
, qu'apparemment ce pauvre
jeune homme eſtoit malade
; elle y entra , & le vit
dans un estat fi pitoyable ,
qu'elle cria au ſecours : à fes
cris , l'hoſteſſe , les hoftes , les
voiſins , &les Chirurgiens accoururent
; mais ils arriverent
trop tard ,& le malade expira.
Un Etranger , de l'âge à
peu prés du deffunt , qui demeuroitdans
la même Auberge
,& que le bruit qu'il avoit
entendu , avoit attiré dans la
Yij
260 MERCURE
1
,
chambre du mort , auſſi bierni
qu'un tas de perſonnes qui y
étoient inutiles comme luy
foüilla adroitementdans lava
lize du Flamand trepaffé, dont
il tira un paquet de papiers
qu'il alla lire dans ſa chambre.
La lecture de ces papiers luy
apprit que le jeune homme
eftoit d'une bonne famille
d'Arras ; qu'il avoit à Paris
une tante qu'il n'avoit jamais
vcuë ; que cette tante eſtoit
une fort jolie femme ,&tresaimée
d'un Capitaine d'Infanterie
de la Garniſon d'Arras
même; que ceCapitaine, amy
GALANT. 261
du deffunt , l'avoit prié avant
de partir de ſe charger d'une
Lettre ,& qu'il luy avoit promis
de la luyremettre en mains
propres. La Lettre estoit tendre
, & le Cavalier qui l'avoit
'écrite , prioit avec inſtance la
Dame de ſe rendre préciſément
un certain jour , à certaine
heure , au rendez-vous
qu'il luy marquoit.
L'indifcret jeune homme
qui avoit découvert tout ce
myſtere , part fur le champ de
l'Auberge , avec la Lettre de
l'Officier bien recachetée. Il va
chez la Dame à qui elle étoit
262 MERCURE
adreſſée ; il parle àunDomef.
tique par qui il ſe fait annoncer
pour le neveu de Madame.
Sous ce beau nom , le même
Domeſtique l'introduit dans
la chambre de fa maitreſſe ,
qui court auffitoſt à luy les
bras ouverts , pour embraffer
ce cher neveu ; mais loin de
recevoir ſes carreſſes , il luy dit
fur le champ d'un ton effroyable
,& en ſe reculant , arreftez
maTante,ne me touchez pas ?
écoutez moy ſeulement ? je
n'ay pas voulu partir pour
l'autre monde , ſans vous
avoir donné la Lettre de M.
1.
GALANT. 263
de.. que vous aimez. Je vous
ladonne : voilà ma commiffion
faite. Au reſte je ſuis arrivé
hier au foir à Paris , j'ay
defcendu à telle Auberge
j'y ay ſoupé , j'y ay couché
je m'y ſuis trouvé mal cette
nuit , je ſuis mort ce matin ,
& l'on m'attend à preſent
pour m'enterrer. Adicu ma
Tante , adieu.
La tante effrayée de la
viſion , ſe pâme , & le mort
s'enva. Peu de temps aprés
cependant elle revient de fon
évanoüiſſement ; auſſi- toft elle
envoye à l'Auberge de fon
264 MERCURE
neveu ſçavoir s'il eſtoit vray
qu'il fut mort. Le valet chargé
de cette commiffion s'informe
de tout à la lettre ; &
ſadépoſition ſe trouve en tout
fi conforme a celle du deffunt
que ſur le champ Madame ſa
tante en meurt elle-même.
par exemple , vous conter ,
Meffieurs , une Hiſtoire vraye
& originale , qui ne plaira pas
à tout le monde , mais qui me
plaît , quelque triſte & quelque
extraordinaire qu'elle ſoit,
parce qu'elle eſt du nombre
de celles que je recherche avec
le plus de foin.
Ily a environ quinze jours,
plus ou moins , jenem'en embarraffe
pas , auffi - bien le
temps ne fait rien à la choſe ,
Decembre 1714. Y
258 MERCURE
ilya , disje , environ quinze
jours , qu'un jeune homme
natif d'Arras arriva à Paris par
le Carroffe de voiture.
Le Fauxbourg S. Germain ,
où il ſe fit conduire avec ſa
valize , fût le quartier où il
prit l'Auberge que ſon conducteur
jugea à propos de luy
choiſir. En y entrant ,il demanda
à fouper , & il ſoupa ;
il ſe coucha enſuite , comme
de raiſon :uneheurė aprés s'être
couché , il ſe trouva mal ,
mais fi mal , qu'aprés avoir
baillé , ſoupiré , & râllé toute
la nuit, le matin une ſervante
GALANT. 259
de l'Auberge pallant devant
la porte de la chambre , comporte
de fa
prit , au bruit qu'elle y entendit
, qu'apparemment ce pauvre
jeune homme eſtoit malade
; elle y entra , & le vit
dans un estat fi pitoyable ,
qu'elle cria au ſecours : à fes
cris , l'hoſteſſe , les hoftes , les
voiſins , &les Chirurgiens accoururent
; mais ils arriverent
trop tard ,& le malade expira.
Un Etranger , de l'âge à
peu prés du deffunt , qui demeuroitdans
la même Auberge
,& que le bruit qu'il avoit
entendu , avoit attiré dans la
Yij
260 MERCURE
1
,
chambre du mort , auſſi bierni
qu'un tas de perſonnes qui y
étoient inutiles comme luy
foüilla adroitementdans lava
lize du Flamand trepaffé, dont
il tira un paquet de papiers
qu'il alla lire dans ſa chambre.
La lecture de ces papiers luy
apprit que le jeune homme
eftoit d'une bonne famille
d'Arras ; qu'il avoit à Paris
une tante qu'il n'avoit jamais
vcuë ; que cette tante eſtoit
une fort jolie femme ,&tresaimée
d'un Capitaine d'Infanterie
de la Garniſon d'Arras
même; que ceCapitaine, amy
GALANT. 261
du deffunt , l'avoit prié avant
de partir de ſe charger d'une
Lettre ,& qu'il luy avoit promis
de la luyremettre en mains
propres. La Lettre estoit tendre
, & le Cavalier qui l'avoit
'écrite , prioit avec inſtance la
Dame de ſe rendre préciſément
un certain jour , à certaine
heure , au rendez-vous
qu'il luy marquoit.
L'indifcret jeune homme
qui avoit découvert tout ce
myſtere , part fur le champ de
l'Auberge , avec la Lettre de
l'Officier bien recachetée. Il va
chez la Dame à qui elle étoit
262 MERCURE
adreſſée ; il parle àunDomef.
tique par qui il ſe fait annoncer
pour le neveu de Madame.
Sous ce beau nom , le même
Domeſtique l'introduit dans
la chambre de fa maitreſſe ,
qui court auffitoſt à luy les
bras ouverts , pour embraffer
ce cher neveu ; mais loin de
recevoir ſes carreſſes , il luy dit
fur le champ d'un ton effroyable
,& en ſe reculant , arreftez
maTante,ne me touchez pas ?
écoutez moy ſeulement ? je
n'ay pas voulu partir pour
l'autre monde , ſans vous
avoir donné la Lettre de M.
1.
GALANT. 263
de.. que vous aimez. Je vous
ladonne : voilà ma commiffion
faite. Au reſte je ſuis arrivé
hier au foir à Paris , j'ay
defcendu à telle Auberge
j'y ay ſoupé , j'y ay couché
je m'y ſuis trouvé mal cette
nuit , je ſuis mort ce matin ,
& l'on m'attend à preſent
pour m'enterrer. Adicu ma
Tante , adieu.
La tante effrayée de la
viſion , ſe pâme , & le mort
s'enva. Peu de temps aprés
cependant elle revient de fon
évanoüiſſement ; auſſi- toft elle
envoye à l'Auberge de fon
264 MERCURE
neveu ſçavoir s'il eſtoit vray
qu'il fut mort. Le valet chargé
de cette commiffion s'informe
de tout à la lettre ; &
ſadépoſition ſe trouve en tout
fi conforme a celle du deffunt
que ſur le champ Madame ſa
tante en meurt elle-même.
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Résumé : Histoire originale qu'on lira peut-estre. [titre d'après la table]
En décembre 1714, un jeune homme d'Arras arrive à Paris et séjourne dans une auberge du Faubourg Saint-Germain. Après avoir dîné et s'être couché, il meurt subitement. Un étranger trouve dans ses bagages une lettre adressée à la tante parisienne du jeune homme, écrite par un capitaine d'infanterie exprimant des sentiments tendres et fixant un rendez-vous. L'étranger se présente chez la tante en se faisant passer pour le neveu et lui remet la lettre. Il révèle ensuite la mort du jeune homme et les circonstances de celle-ci. Terrifiée, la tante s'évanouit. À son réveil, elle envoie un domestique vérifier les faits à l'auberge, confirmant ainsi le décès. La tante décède peu après, sous le choc de la nouvelle.
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10
p. 1904-1911
ARRIVÉE & séjour du Roi à Arras.
Début :
Le Roi arriva le 21 Juillet sur les dix heures du matin à la Ville d'Arras. Le chemin, [...]
Mots clefs :
Roi, Ville, Magistrat, Armes, Arras, Échevins, Hôtel de ville, Cité, Joie, Lanternes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRIVÉE & séjour du Roi à Arras.
ARRIVEE & féjour du Roi à Arras,
Le Roi arriva le 21 Juillet fur les dix heures
du matin à la Ville d'Arras. Le chemin ,
qui fe trouve entre la Porte de Meaulens &
le Fauxbourg , étoit bordé par les Archers
& les Arbalètriers , habillés uniformement ,
avec leurs Drapeaux & leurs Tambours. On
y avoit aufli fait rraannggeerr en haye le Corps
des Bouchers & celui des Portefaix , qui font
en poffeffion d'escorter le Magiftrat dans les
grandes Cérémonies. Les uns & les autres
étoient vêtus proprement, & armés de fufils,
A O UST. 1744 . 1905
à l'exception d'un certain nombre de Bouchers
, qui , outre leurs habits finguliers ,
portoient de grands couteaux au lieu d'épées
, & des haches au lieu de moufquets .
On avoit placé près de la Barriere tous les
Joueurs d'Inftrumens qu'on avoit pû raffembler.
Au pied du Glacis étoit le Corps de
Ville en Robes noires & en Boucles , * qui
fut préfenté au Roi par M, de la Roque ,
Commandant de la Place , en l'abſence
du Gouverneur & du Lieutenant Général
de la Province , ainfi que du Gouverneur
Particulier de la Ville. A la vûë du Roi,
qui fit fon entrée à cheval , les Echevins &
les autres Officiers du Magiftrat , mirent un
genou en terre , & M. Anfart , Confeiller-
Penfionnaire , complimenta S. M, en ces
termes.
SIRE ,
» Permettez qu'au nom des Habitans de
« votre Ville d'Arras , nous nous jettions
» aux pieds de V. M. pour lui renouveller
» les proteftations de notre fincere obéïffan-
» ce & de notre inviolable fidelité. La joye
» que nous infpire votre augufte préfence ,
» eft d'autant plus vive , que nous pouvons
aujourd'hui par nous -mêmes vous offrir
»
La Boucle eft une bande de velours rouge, brodée
d'or , que le Mayeur , les Echevins & les Affeffeurs
portent fur l'épaule.
I » nos
1906 MERCURE DE FRANCE.
و ر
> nos coeurs , nos fortunes & notre vie ,
» & admirer en la Perfonne facrée de V. M.
l'éclat de fes nouvelles victoires . Tels font,
« SIRE , les vrais fentimens d'un Peuple,
» qui vous eft inviolablement attaché , &
» qui ne ceffera de former des voeux pour la
» confervation de V. M, & pour la profpé-
» rité de fes armes,
La Harangue finie , M. Boucquel du Valhuon
, Moufquetaire de la Garde du Roi, &
Mayeur de la Ville , remit au Commandant
un Baffin d'argent , où étoient deux clefs du
même métail , fur lefquelles étoient gravées
les Armes de la Ville . Le Commandant préfenta
ce Baffin à S. M. qui prit les Clefs , &
les remit au Duc de Villeroi.
Enfuite le Roi entra dans la Ville au fon
des Violons , des Hautbois , des Tambours ,
& au bruit des acclamations du Peuple
; on fonna auffi toutes les cloches , &
il fe fit une triple décharge de l'artillerie
des Remparts.
Le Roi ayant traverſé une partie de la Ville
, prit fa route par la Porte de la Cité , *
dont les Echevins rendirent en cet endroit
leurs refpects à S. M. De-là elle alla faire ſa
priere à l'Eglife Cathédrale , où elle fut
* La Cité eft un Quartier féparé du reste de la Ville
ar une muraille & un foffé. Elle eft ſoumise à la Juifdiction
de l'Evêque , qui en nomme les Echevins,
comAO
UST. 1744. 1907
complimentée par l'Evêque & par le Prévôt
du Chapitre.
Ce Prince étant rentré dans la Ville , fe
rendit au Gouvernement , que le Magiftrat
avoit fait meubler , & S. M. y reçût, fuivant
l'ancien ufage , les préfens de la Ville , confiftant
en quatre douzaines de pains , & en
autant de bouteilles de vin de Bourgogne.
Le lendemain 22 Juillet , le Confeil Provincial
& Supérieur d'Artois fut admis à
l'audience du Roi , M. Palifor d'Incourt .
Premier Préfident , porta la parole en ces .
termes .
SIRE ,
» La guerre , qui attire après elle tant de
» malheurs , procure aujourd'hui à votre
» Confeil Supérieur d'Artois le plus grand
» de tous les bonheurs , celui de vous préfenter
fes plus refpectueux hommages , &
» de porter devant V. M. les voeux ardens ,
que chaque jour nous faifons pour elle
» aux pieds du Trône de l'Eternel.
"
»
L'Europe, aveugle jufqu'à ce jour fur fes
» véritables intérêts & fur toutes les vûës
"pacifiques de V. M. j'ajoûte , SIRE ,
» l'Europe étonnée du progrès glorieux de
» de vos armes , reconnoît avec furpriſe par
» la conquête rapide de Furnes , Ypres &
» Menin , qu'il n'y a pas d'ennemis qui
» ofent foutenir la force de votre bras, quand
I ij » vous
1908 MERCURE DE FRANCE.
» vous portez vous- même les coups dont
» vous les terraffez, La Juftice , qui marche
» à la tête de toutes vos entreprifes le lui
» fait fentir de plus en plus ; elle l'en con-
» vaincra encore davantage , en continuant
» d'accroître vos victoires & vos triomphes .
و ر
» Parmi la joye que caufent dans les coeurs
» de tous vos Sujets vos glorieux Exploits ,
»V.M. nous permettra de l'affûrer qu'il n'y
»en a pas de plus pure & de plus fincere
» que celle que les Habitans de cette Province
reflentent aujourd'hui de poffeder
» votre Perfonne facrée dans la Capitale.
» Le caractere de votre Peuple d'Artois ,
SIRE , eft de refpecter , d'aimer, de fer-
>> vir & d'adorer en quelque forte fon Sou-
» verain , fans le voir. Que ne ferons-nous
point , après avoir contemplé les graces ,
»fenti les bontés , & admiré les vertus de
» V.M !
"
Le Magiftrat avoit fait fabler toutes les
rues où le Roi devoit paffer. La plupart
des maiſons étoient ornées de Tapifleries ,
de Peintures , d'Inſcriptions , de fleurs & de
feuillages.
On éleva au carrefour de S. Aubert un Arc
de triomphe à deux faces . L'une étoit décorée
d'un Ordre Dorique, furmonté d'un Attique
, avec une Balustrade , au- deffus de laquelle
on avoit placé les Armes du Roi dans
le
A O UST. 1744. 1909
le milieu , & aux côtés , des Palmiers por
tant des Drapeaux & toutes fortes d'Inftru
mens Militaires. L'autre face étoit compo
fée d'un Ravalement , fur lequel étoit auffi
un Attique en Baluftrade , dont le milieu of
froit les Armes de la Ville d'Arras ; on voyoit
au-deffus le Chiffre du Roi , accompagné
de Trophées.
Cet Edifice , qui étoit chargé de differens
Emblêmes à la louange de S. M. a été
dreffé fur les Deffeins & exécuté par les foins
du Sr d'Huez , Peintre de l'Académie de
Rome , Sculpteur & Architecte.
Le 21 au foir & les deux jours fuivans ,
la façade de l'Hôtel de Ville fut illuminée
d'une quantité prodigieufe de Lampions, difpofés
en forme de Soleils , d'Etoiles , de
Fleurs - de- Lys , de Lettres de cinq pieds de
hauteur , qui compofoient plufieurs Vive le
Ri , &c. Dix grandes Niches vuides , qui
fe trouvent à ce Bâtiment , étoient remplies
de Lanternes de toile fort bien éclairées . On
avoit peint fur cinq de ces Lanternes , plus
élevées que les autres, des Perfonnages fymboliques
, repréfentant les principales Vertus
du Roi , fçavoir la Religion , la Bonté , la
Justice , la Val: ur & la Prudence . L'une des
cinq Figures d'en bas offroit la Victoire , tenant
une Palme & une branche d'Olivier ,
avec ces mots : Pariet victoria Pacem. D'un
I iij côté
1910 MERCURE DE FRANCE.
côté étoit une Renommée , embouchant fa
Trompette , dont la banderole portoit Proavum
aquavit , & aux pieds de la Figure étoit
écrit Nuntia veri. On avoit mis de l'autre
côté une feconde Renommée , qui préfentoit
fur fa banderole les noms des quatre
Places fortes , conquiſes en Flandre par
le
Roi , Menin , Ypres , la Kenoque & Furnes :
Au bas étoit cette Infcription , Uno hæc omnia
menfe. L'Hiftoire paroiffoit plus loin ,fous
la forme d'une femme tenant une plume &
un Livre , & regardant fixement le Portrait
du Roi , avec ces paroles , Hiftoria quanta
materies ! Enfin on voyoit un Apollon , touchant
fa Lyre , aux pieds duquel étoit le
Vers fuivant.
Vix rapidos poterit Regis cantare triumphos .
Il y avoit encore à l'Hôtel de Ville plu
feurs Cartouches illuminés , où on lifoit entre
autres ces Infcriptions :
LV DOVICI regls VISV eX V Ltat
atrebatVM. reX IVLIO SIMILIS VenIt ,
VIDet , atqVe VInCIt.
Tot vix Ipra dies quot reftitit Ilion annos.
Le Béfroi , Clocher remarquable par ſa
hauteur , par fa délicateffe & par fon Architecture
, quoique Gothique, fut auffi éclairé
d'un
A O UST. 1744. 1911
•
d'un grand nombre de lanternes & de ter
rines remplies de gaudron .
De plus ,le Magiftrat fit conftruire dans les
trois Places de la Ville , de grandes Piramides
, qui furent entierement garnies de
Lampions.
Il y eut outre cela de très belles Illumina
tions à l'Hôtel des Etats , au Confeil d'Artois
, à la Cathédrale & à l'Hôtel des Echevins
de la Cité , fans compter celles de toutes
les maifons particulieres , entre lefquelles
il s'en eft trouvé beaucoup de frappantes
par le nombre , l'arrangement & la vivacité
des lumieres. On fit des Feux par toute la
Ville & la Cité ; enfin les Habitans n'ont
rien épargné pour témoigner la joye qu'ils
reffentoient de la préfence de leur Souverain;
les rues les plus écartées & , pour ainf
dire, les plus pauvres , retentiffoient des mêmes
acclamations , brilloient des mêmes, fignes
de réjouiffance , que les quartiers les
plus beaux & les mieux habités.
Le Roi,pendant fon féjour à Arras, donna
plufieurs marques de fatisfaction & de
bonté.
Ce Prince partit le 24 vers les fix heures
du matin. Le Magiftrat en Corps l'attendoit
depuis quatre heures à la Barriere de Ronville
, avec le même cortége , dont il étoit
accompagné à l'entrée de S. M. qui prit le
chemin de Bapaume. I iiij VERS
Le Roi arriva le 21 Juillet fur les dix heures
du matin à la Ville d'Arras. Le chemin ,
qui fe trouve entre la Porte de Meaulens &
le Fauxbourg , étoit bordé par les Archers
& les Arbalètriers , habillés uniformement ,
avec leurs Drapeaux & leurs Tambours. On
y avoit aufli fait rraannggeerr en haye le Corps
des Bouchers & celui des Portefaix , qui font
en poffeffion d'escorter le Magiftrat dans les
grandes Cérémonies. Les uns & les autres
étoient vêtus proprement, & armés de fufils,
A O UST. 1744 . 1905
à l'exception d'un certain nombre de Bouchers
, qui , outre leurs habits finguliers ,
portoient de grands couteaux au lieu d'épées
, & des haches au lieu de moufquets .
On avoit placé près de la Barriere tous les
Joueurs d'Inftrumens qu'on avoit pû raffembler.
Au pied du Glacis étoit le Corps de
Ville en Robes noires & en Boucles , * qui
fut préfenté au Roi par M, de la Roque ,
Commandant de la Place , en l'abſence
du Gouverneur & du Lieutenant Général
de la Province , ainfi que du Gouverneur
Particulier de la Ville. A la vûë du Roi,
qui fit fon entrée à cheval , les Echevins &
les autres Officiers du Magiftrat , mirent un
genou en terre , & M. Anfart , Confeiller-
Penfionnaire , complimenta S. M, en ces
termes.
SIRE ,
» Permettez qu'au nom des Habitans de
« votre Ville d'Arras , nous nous jettions
» aux pieds de V. M. pour lui renouveller
» les proteftations de notre fincere obéïffan-
» ce & de notre inviolable fidelité. La joye
» que nous infpire votre augufte préfence ,
» eft d'autant plus vive , que nous pouvons
aujourd'hui par nous -mêmes vous offrir
»
La Boucle eft une bande de velours rouge, brodée
d'or , que le Mayeur , les Echevins & les Affeffeurs
portent fur l'épaule.
I » nos
1906 MERCURE DE FRANCE.
و ر
> nos coeurs , nos fortunes & notre vie ,
» & admirer en la Perfonne facrée de V. M.
l'éclat de fes nouvelles victoires . Tels font,
« SIRE , les vrais fentimens d'un Peuple,
» qui vous eft inviolablement attaché , &
» qui ne ceffera de former des voeux pour la
» confervation de V. M, & pour la profpé-
» rité de fes armes,
La Harangue finie , M. Boucquel du Valhuon
, Moufquetaire de la Garde du Roi, &
Mayeur de la Ville , remit au Commandant
un Baffin d'argent , où étoient deux clefs du
même métail , fur lefquelles étoient gravées
les Armes de la Ville . Le Commandant préfenta
ce Baffin à S. M. qui prit les Clefs , &
les remit au Duc de Villeroi.
Enfuite le Roi entra dans la Ville au fon
des Violons , des Hautbois , des Tambours ,
& au bruit des acclamations du Peuple
; on fonna auffi toutes les cloches , &
il fe fit une triple décharge de l'artillerie
des Remparts.
Le Roi ayant traverſé une partie de la Ville
, prit fa route par la Porte de la Cité , *
dont les Echevins rendirent en cet endroit
leurs refpects à S. M. De-là elle alla faire ſa
priere à l'Eglife Cathédrale , où elle fut
* La Cité eft un Quartier féparé du reste de la Ville
ar une muraille & un foffé. Elle eft ſoumise à la Juifdiction
de l'Evêque , qui en nomme les Echevins,
comAO
UST. 1744. 1907
complimentée par l'Evêque & par le Prévôt
du Chapitre.
Ce Prince étant rentré dans la Ville , fe
rendit au Gouvernement , que le Magiftrat
avoit fait meubler , & S. M. y reçût, fuivant
l'ancien ufage , les préfens de la Ville , confiftant
en quatre douzaines de pains , & en
autant de bouteilles de vin de Bourgogne.
Le lendemain 22 Juillet , le Confeil Provincial
& Supérieur d'Artois fut admis à
l'audience du Roi , M. Palifor d'Incourt .
Premier Préfident , porta la parole en ces .
termes .
SIRE ,
» La guerre , qui attire après elle tant de
» malheurs , procure aujourd'hui à votre
» Confeil Supérieur d'Artois le plus grand
» de tous les bonheurs , celui de vous préfenter
fes plus refpectueux hommages , &
» de porter devant V. M. les voeux ardens ,
que chaque jour nous faifons pour elle
» aux pieds du Trône de l'Eternel.
"
»
L'Europe, aveugle jufqu'à ce jour fur fes
» véritables intérêts & fur toutes les vûës
"pacifiques de V. M. j'ajoûte , SIRE ,
» l'Europe étonnée du progrès glorieux de
» de vos armes , reconnoît avec furpriſe par
» la conquête rapide de Furnes , Ypres &
» Menin , qu'il n'y a pas d'ennemis qui
» ofent foutenir la force de votre bras, quand
I ij » vous
1908 MERCURE DE FRANCE.
» vous portez vous- même les coups dont
» vous les terraffez, La Juftice , qui marche
» à la tête de toutes vos entreprifes le lui
» fait fentir de plus en plus ; elle l'en con-
» vaincra encore davantage , en continuant
» d'accroître vos victoires & vos triomphes .
و ر
» Parmi la joye que caufent dans les coeurs
» de tous vos Sujets vos glorieux Exploits ,
»V.M. nous permettra de l'affûrer qu'il n'y
»en a pas de plus pure & de plus fincere
» que celle que les Habitans de cette Province
reflentent aujourd'hui de poffeder
» votre Perfonne facrée dans la Capitale.
» Le caractere de votre Peuple d'Artois ,
SIRE , eft de refpecter , d'aimer, de fer-
>> vir & d'adorer en quelque forte fon Sou-
» verain , fans le voir. Que ne ferons-nous
point , après avoir contemplé les graces ,
»fenti les bontés , & admiré les vertus de
» V.M !
"
Le Magiftrat avoit fait fabler toutes les
rues où le Roi devoit paffer. La plupart
des maiſons étoient ornées de Tapifleries ,
de Peintures , d'Inſcriptions , de fleurs & de
feuillages.
On éleva au carrefour de S. Aubert un Arc
de triomphe à deux faces . L'une étoit décorée
d'un Ordre Dorique, furmonté d'un Attique
, avec une Balustrade , au- deffus de laquelle
on avoit placé les Armes du Roi dans
le
A O UST. 1744. 1909
le milieu , & aux côtés , des Palmiers por
tant des Drapeaux & toutes fortes d'Inftru
mens Militaires. L'autre face étoit compo
fée d'un Ravalement , fur lequel étoit auffi
un Attique en Baluftrade , dont le milieu of
froit les Armes de la Ville d'Arras ; on voyoit
au-deffus le Chiffre du Roi , accompagné
de Trophées.
Cet Edifice , qui étoit chargé de differens
Emblêmes à la louange de S. M. a été
dreffé fur les Deffeins & exécuté par les foins
du Sr d'Huez , Peintre de l'Académie de
Rome , Sculpteur & Architecte.
Le 21 au foir & les deux jours fuivans ,
la façade de l'Hôtel de Ville fut illuminée
d'une quantité prodigieufe de Lampions, difpofés
en forme de Soleils , d'Etoiles , de
Fleurs - de- Lys , de Lettres de cinq pieds de
hauteur , qui compofoient plufieurs Vive le
Ri , &c. Dix grandes Niches vuides , qui
fe trouvent à ce Bâtiment , étoient remplies
de Lanternes de toile fort bien éclairées . On
avoit peint fur cinq de ces Lanternes , plus
élevées que les autres, des Perfonnages fymboliques
, repréfentant les principales Vertus
du Roi , fçavoir la Religion , la Bonté , la
Justice , la Val: ur & la Prudence . L'une des
cinq Figures d'en bas offroit la Victoire , tenant
une Palme & une branche d'Olivier ,
avec ces mots : Pariet victoria Pacem. D'un
I iij côté
1910 MERCURE DE FRANCE.
côté étoit une Renommée , embouchant fa
Trompette , dont la banderole portoit Proavum
aquavit , & aux pieds de la Figure étoit
écrit Nuntia veri. On avoit mis de l'autre
côté une feconde Renommée , qui préfentoit
fur fa banderole les noms des quatre
Places fortes , conquiſes en Flandre par
le
Roi , Menin , Ypres , la Kenoque & Furnes :
Au bas étoit cette Infcription , Uno hæc omnia
menfe. L'Hiftoire paroiffoit plus loin ,fous
la forme d'une femme tenant une plume &
un Livre , & regardant fixement le Portrait
du Roi , avec ces paroles , Hiftoria quanta
materies ! Enfin on voyoit un Apollon , touchant
fa Lyre , aux pieds duquel étoit le
Vers fuivant.
Vix rapidos poterit Regis cantare triumphos .
Il y avoit encore à l'Hôtel de Ville plu
feurs Cartouches illuminés , où on lifoit entre
autres ces Infcriptions :
LV DOVICI regls VISV eX V Ltat
atrebatVM. reX IVLIO SIMILIS VenIt ,
VIDet , atqVe VInCIt.
Tot vix Ipra dies quot reftitit Ilion annos.
Le Béfroi , Clocher remarquable par ſa
hauteur , par fa délicateffe & par fon Architecture
, quoique Gothique, fut auffi éclairé
d'un
A O UST. 1744. 1911
•
d'un grand nombre de lanternes & de ter
rines remplies de gaudron .
De plus ,le Magiftrat fit conftruire dans les
trois Places de la Ville , de grandes Piramides
, qui furent entierement garnies de
Lampions.
Il y eut outre cela de très belles Illumina
tions à l'Hôtel des Etats , au Confeil d'Artois
, à la Cathédrale & à l'Hôtel des Echevins
de la Cité , fans compter celles de toutes
les maifons particulieres , entre lefquelles
il s'en eft trouvé beaucoup de frappantes
par le nombre , l'arrangement & la vivacité
des lumieres. On fit des Feux par toute la
Ville & la Cité ; enfin les Habitans n'ont
rien épargné pour témoigner la joye qu'ils
reffentoient de la préfence de leur Souverain;
les rues les plus écartées & , pour ainf
dire, les plus pauvres , retentiffoient des mêmes
acclamations , brilloient des mêmes, fignes
de réjouiffance , que les quartiers les
plus beaux & les mieux habités.
Le Roi,pendant fon féjour à Arras, donna
plufieurs marques de fatisfaction & de
bonté.
Ce Prince partit le 24 vers les fix heures
du matin. Le Magiftrat en Corps l'attendoit
depuis quatre heures à la Barriere de Ronville
, avec le même cortége , dont il étoit
accompagné à l'entrée de S. M. qui prit le
chemin de Bapaume. I iiij VERS
Fermer
11
p. 2152-2189
MÉMOIRE pour servir à l'Histoire de la Ville d'Arras, depuis le commencement de l'année 1477, suivant le nouveau Style, jusqu'au mois de Mai 1484 ; lû par M. Harduin, Avocat, à l'Assemblée solemnelle de la Société Litt[é]raire de cette Ville, tenuë le 29 Fevrier 1744.
Début :
Charles le Hardi, Comte d'Artois, & dernier Duc de Bourgogne, fut tué à [...]
Mots clefs :
Arras, Roi, Louis XI, Ville, Marie de Bourgogne, Province d'Artois, Cité, Bourgeois, Philippe de Crèvecoeur, Guerre, Rats, Mariage, Français, Arrageois, 1477, Duc de Bourgogne, Gouverneur, Habitants, Magistrat, Seigneur de Lude, Siège, Flandre, Historiens, Échevins, Archiduc, Province
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE pour servir à l'Histoire de la Ville d'Arras, depuis le commencement de l'année 1477, suivant le nouveau Style, jusqu'au mois de Mai 1484 ; lû par M. Harduin, Avocat, à l'Assemblée solemnelle de la Société Litt[é]raire de cette Ville, tenuë le 29 Fevrier 1744.
ME' MOIRE pour fervir à l'Histoire de
la Ville d' Arras , depuis le commencement
de l'année 1477 , ſuivant le nouveau Style,
jusqu'au mois de Mai 1484; * lù parM.
Harduin, Avocat , à l' Affemblée folemnelle
de la Societé Litt raire de cette Ville, tenue
le 29 Fevrier 1744.
CHarles le
Hardi , Comte d'Artois , &
dernier Duc de Bourgogne , fut tué à
la Bataille de Nanci les Janvier 1477 , &
laiſſa pour héritiere Marie , ſa fille unique.
Quelques - uns des Pays qui lui appartenoient
, devoient retourner à la Couronne
de France , au défaut de mâles dans la Maifon
de Bourgogne , mais le Comté d'Artois
n'étoit point ſujet à cette regle ; pluſieurs
Femmes en avoient joiii ; Mahaut , fille de
Robert II, l'avoit même poſſedé , à l'excluſion
du fils de ſon frere , parce que la Repréſentation
n'a jamais eu lieu dans cette
Province. MA
Cependant Louis XI , Roi de France ,
profitant du trouble que la mort du Duc répanditdans
tous ſes Etats, ne fongea qu'aux
* Les Faits contenus dans ce Mémoire , font fondés
fur quantité de bonnes preuves , que la forme duMereure
nepermetpas de citer.
2.
moyens
OCTOBRE.
1744. 2153
moyens de s'en emparer. Il fit partir auffi
tôt , pour commencer l'exécution de fon
projet , l'Amiral de Bourbon & Philippe de
Comines , Seigneur d'Argenton , qui ſe
tranſporterent à Abbeville, puis à Dourlens,
d'où ils envoyerent fommer Arras de ſe
foumettre au Roi.
Philippe de Crevecoeur , Seigneur d'Efquerides
ou des Cordes , étoit alors Gouverneur
de la Cité; la Ville avoit pour le
ſien Adolphe de Cleves , Seigneur de Raveſtein.
Ces deux Officiers , pour répondre
à la ſommation des Envoyés du Roi , demanderent
une entrevûë , qui ſe fit dans
l'Abbaye du Mont S. Eloi , à deux lieuës
d'Arras . Jean de la Vacquerie , Conſeiller-
Penſionnaire de la Ville, y expofa les droits
incontestables de Marie de Bourgogne fur
la Province d'Artois. Il étoit impoflible à
Comines, de réfuter les preuves qu'on lui
objectoir. Lui- même avoue dans ſes Mémoires
, qu'il s'y étoit bien attendu , mais il fai
fit cette occafion,pour gagner pluſieursGentilshommes
, & les attirer au parti du Roi.
Crevecoeur , déja venduà la France , au
roit voulu pouvoir dès ce moment livrer la
Place confiée à la garde;mais la fermeté
des Arrageois , * encouragés par la préfence
de Raveſtein , lui fit remettre à un autre
* Ce motſe trouve dans le Dictionnaire de Trévoux,
Av tems
2154 MERCURE DE FRANCE.
tems l'effet de ſa trahifon. Raveſtein partit
quelques jours après , pour aller trouver à
Gand la Ducheffe de Bourgogne , ſon départ
favorifa le projet de Crevecoeur , dont
la fidélité lui étoit d'autant moins ſuſpecte ,
qu'il l'avoit vû tout récemment prêter un
nouveau ferment à cette Princeſſe .
Louis XI ayant appris que les Négociations
de fes Miniſtres avoient un heureux
fuccès ,& que plus d'une Ville s'étoit déja
renduë , prit lui-même la route des Pays-
Bas. Etant à Pérone , il vit arriver Guillau
me Hugonet , Chancelier de Bourgogne ,
Gui de Brimau , Comte de Mege , &Humbercourt
ou Imbercourt , & d'autres perfonnes
de conféquence , que Marie deBourgogne
avoit députés , pour lui demander la
paix. S'il en faut croire ce que rapporte le
P. Daniel , d'après quelques Ecrivains François
, cette Duchefle , furmontant , pour
fauver ſes Etats , la répugnance qu'elle devoit
fentir à époufer le Dauphin ,Enfant de
huit ans , infirme & contrefait , offrir de lui
donner ſa main , perfuadée que c'étoit une
voye infaillible pour contenter le Roi. Err
effet, diſent les mêmes Auteurs , il avoit
paru ſouhaiter ce mariage , mais comme fon
ſyſtème étoit changé , les Ambaſſadeurs de
la Princeſſe ne reçûrent qu'une réponſe ambiguë
; ſans découvrir ſes véritables inten
tions,
OCTOBRE. 1744. 2155
tions , il leur fit un accueil trés-gracieux, &
employa toute fon adreſſe, pour les faire entrerdans
fes intérêts. Pluſieurs ne voulurent
prendre aucun engagement , mais Humbercourt&
le Chancelier , moins difficiles à
ébranler , promirent au Roi de paſſer à fon
ſervice , dès que le mariage ſeroit conclu.
Ce Prince leur propoſa une choſe , qui les
embarraſſa beaucoup , ce fut qu'ils écriviffent
à Crevecoeur de lui ouvrir la Cité d'Arras.
Il leur fit entendre que l'Artois étant
un Fief de la Couronne , il avoit droit de
le mettre enſa main,juſqu'à- ce que Marie de
Bourgogne lui eût fait hommage. Le Chancelier&
Humbercourt , après avoir confideré
que le Roi étoit près d'Arras , qu'il avoit
une armée nombreuſe , que la Ducheffe , au
contraire , étoit preſque fans troupes ,&
que leur refus pourroit avoir des fuites fatales
, crurent devoir confentir à la propoſition
du Roi , & fur le champ il envoya
prendre poffeffion de la Cité. * Le Peuple
deGand , irrité contre ces deux Seigneurs ,
leur fit couper la tête fur un Echaffaut ,
malgré les follicitations , les prieres & les
larmes de la Ducheffe , dont ces Bourgeois
infolens mépriſoient l'autorité. Le corps
* Le 4Mars 1477 ,suivant la Chroniquefcandaleufe.
A vj d'Hum2156
MERCURE DEFRANCE .
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreſſé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deffas duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Eglife tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reffentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeffe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qut mihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſoſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata , forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enfe virum :
• Il étois Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège & d'Outremuſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2-157
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus ad Atrebates ,fumantibus undique todis
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
Cui Mausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
Cette Proſopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , quia continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, afſſure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit le Gouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
àLouis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujetde ce Mariage.
En effet , s'il m'eft permis de hazarder ici
mes conjectures , je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſon Royaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès ſon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien , &
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras; il foûtient
que Crevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autoriſer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité , & en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville
, fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garnifon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE. 1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
que Marie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les.Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitularion aux autres Villes de la Province
,afin de les porter à fe foûmettre aux mêmes
conditions.
LeRoi , de fon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes
; il les rétablit dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dûdes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés ; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès- lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ;il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chan
celier de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bofchage
, le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné & quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S. Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence.On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lai
inſpiroitune telle injure , partit de la Ciré
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Duchefſe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
ufant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon
feignirent que leur deſſein étoit d'envoyer
د
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffe
port ,
OCTOBRE. 1744. 2168
port , leurs Députés au nombre de vingt ou
environ , prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral,informé du ſtraragême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance ,
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que , parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés ,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince fir mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'é-
-carlate , & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin,
avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniftere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliage d'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion :on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville,mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la ChambreMunicipale.
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux fuffiſoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaſſer les
François , qu'on avoit laiſſés dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffe avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
CeCapitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais , malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers & imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ouBourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués ou faits prifonniers.
L'action ſe paſſa prèsdu Fauxbourg
S.
1
OCTOBRE. 1744. 2165
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufieurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
laCité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites ,Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers ,pour intimider les habitans
de la Ville& le petit nombre de gens
de guerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
6
:
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées . Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siège avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'inſulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ilsplanterent en differens endroits
des potences, où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanchie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion , montroient du haut des murs une
partie de leur corps , qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours diftingués
, c'eſt-à-dire , une affection ſans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malheureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
1
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclara d'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent i-bien le pitoyable état
de la Place& le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tout oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois ,dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Mariede Bourgogne.
Un Anonymedit , que les Portes ayant
été ouvertes , ce Prince refuſa d'y paſſer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans une Brochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats , imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selonune Tradition fort accréditée ,l'Infcription
fut placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien , Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront lesChats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François, quelqu'un dit qu'il falloit effa-
1 cer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettre du mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſionun trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats , avec ces Vers :
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné , au bas de laquelle on
avoitécrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé , qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives duMagiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite & priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de
*Cofmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François , Tome 2 .
vant
2468 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat fanglant , qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lir
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ce que tous vos Ayeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureux Rats.
Avotre barbe enfin ,de cette forte Place
Nous nous rendons les pofſeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.cesMatoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petit Rat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Ils ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
avoit ſignée en faveur des Arrageois . Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiſtrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneur du Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
Ala derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE EFRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers .
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abſens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat&
les principaux d'entre les Bourgeois
. Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné fauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE . 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûté la priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la fituation ."
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyen de les y réſoudre ,
& les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi aſſigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Queue de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes
. Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
2172 MERCURE DE FRANCE.
1
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé. * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1 477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par proviſion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens. Le Magiſtrat complimenta
ce Prince , & lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze ou feize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſe voit àpréſent.
pour
OCTOBRE. A
1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger,qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hôtel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
1
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , & même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impoſé par le feu Duc de Bourgogne ,
& dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établieſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province...
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénechauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
fe
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne ,
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , levoyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 *. Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoftilités. Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voiſinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long-tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête -Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale, qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſeinde
ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines ,&
refermer les Portes , quand elles ſferoient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
: Biiij hors
$
2156 MERCURE DEFRANCE.
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreffé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deſſus-duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Egliſe tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reſſentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeſſe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qutmihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſo ſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata ,forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enſe virum :
• Il étoit Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège d'Outreme ſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2157
'e
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus adAtrebates ,fumantibus undique todis,
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
CuiMausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
.:
Cette Profopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , qui a continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, affure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit leGouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
à Louis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujet de ce Mariage .
En effet , s'il m'eſt permis de hazarder ici
mes conjectures ,je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſonRoyaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès fon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien ,&
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras, il foûtient
queCrevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autorifer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité ,& en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville,
fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garniſon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE.
1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
queMarie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les. Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitulation aux autres Villes de la Provinee
, afin de les porter à fe foûmettre aux memes
conditions.
LeRoi , de ſon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes;
il les rétablir dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dudes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès-lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ; il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chancelier
de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bof.
chage , le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné &quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S.Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence. On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lui
inſpiroit une telle injure, partie de la Cité
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Ducheffe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
uſant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon ,
feignirent que leur deffein étoit d'envoyer
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffeport
,
OCTOBRE. 1744. 2168
,
port, leurs Députés au nombre de vingt ou
environ, prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral, informé du ſtratagême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que, parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince for mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'écarlate
, & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin
, avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniſtere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliaged'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion : on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville, mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la Chambre Municipale.
"
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux ſuffifoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
1
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaffer les
François , qu'on avoit laiſſes dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffle avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
Ce Capitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais ,malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers& imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité ,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ou Bourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués on faits prifonniers.
L'action ſe paſſa près du Fauxbourg
S
1
1
OCTOBRE. 1744. 2163
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufleurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
la Cité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi ,
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites , Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers , pour intimider les habitans
de la Ville & le petit nombre de gens
deguerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées. Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siége avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'infulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ils planterent en differens endroits
des potences,où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanclie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion ,montroient du haut des murs une
partie de leur corps ,qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours dif
tingués , c'est-à-dire , une affection fans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malreureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon ,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclarad'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent -bien le pitoyable état
de la Place&le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tour oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois , dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Marie de Bourgogne.
Un Anonyme dit , que les Portes ayant
étéouvertes , cePrince refuſa d'y paffer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans uneBrochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats, imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selon une Tradition fort accréditée , l'Infcriptionfut
placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien, Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
:
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront les Chats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François , quelqu'un dit qu'il falloit effacer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettredu mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſion un trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats, avec cesVers: ٢٠
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
1
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné au bas de laquelle on
avoit écrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé, qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives du Magiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de-
*Coſmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François, Tome 2 .
vant
2768 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat ſanglant, qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lit
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ceque tous vosAyeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureuxRats.
Avotre barbe enfin , de cette forte Place
Nous nous rendons les poffeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.ces Matoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petitRat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Its ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
2
avoit ſignée en faveur des Arrageois. Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiftrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneurdu Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
A la derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE DE FRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers.
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abfens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat
& les principaux d'entre les Bourgeois.
Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné ſauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE. 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûtéla priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la ſituation .
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyende les y réſoudre ,
&les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi affigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Quenë de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes.
Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
:
2172 MERCUREDE FRANCE.
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé . * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par provifion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens . Le Magiſtrat complimenta
ce Prince ,& lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze oufeize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſevoit àpréſent,
pour
OCTOBRE. 1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger, qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hotel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , &même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impofé par le feu Duc de Bourgogne ,
&dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établie ſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province..
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénéchauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne , fe
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , le voyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 * . Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoſtilités . Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voisinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long- tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête-Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale , qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſein
de ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines , &
refermer les Portes , quand elles ſeroient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
B iiij hors
:
2176 MERCURE DE FRANCE.
hors de la Ville. D'autres Soldats bien armés
s'étoient introduits dans cette Place en habits
de Payſans , & devoient ſeconder ceux
qui s'empareroient des Portes. Quelques
Arrageois, informés du projet des François ,
en avertirent le Magiſtrat de Douai par des
Lettres , qu'ils confierent à une femme ,
dont ils connoiffoient l'attachement pour la
Maiſon de Bourgogne. Le Magistrat porta
fur le champ cette nouvelle aux Chefs de la
garniſon. Comme le nombre des François
étoit trop grand pour riſquer une ſortie, on
réſolut de ne point ouvrir la Porte qui mene
à Arras , mais on plaça en cet endroit de
groffes pièces de canon , qui accablerent les
Soldats mis en embuſcade & une partie de
ceux qui s'étoient avancés vers la Porte. Le
refte fut obligé de prendre la fuite.
On voit dans les Mémoriaux que deux
ans auparavant un nommé de le Ruelle
avoit été banni par les Echevins d'Arras ,
parce qu'il étoit ſoupçonné d'écrire ſouvent
auxHabitans de Douai , pour leur communiquer
ce qu'on faiſoit & ce qu'on diſoit
dans la Ville.
Louis XI apprit que des Arrageois avoient
fait échoüer l'entrepriſe de ſes gens : il en
reffentit la plus vive colere , & ce fut fans
doute à cette occafion que , confondant l'innocent
avec le coupable , il les chaſſa tous
de
OCTOBRE. 1744 2177 .
de la Ville & de la Cité , ſans diftinguer
ſexe ni condition. Il fixa pour Lieux de leur
exil Paris , Rouen & Tours , & fit venir
pour les remplacer une Colonie Françoiſe.
Les Archers & les Arbalêtriers demeurerent
àArras quelque-tems après les autres , mais
ils furent auſſi bannis avant la fin de l'année
1479. Il n'y eut pas juſqu'aux Religieux de
S. Vaaſt , qui éprouverent les effets de cette
proſcription rigoureuſe. Charles de Bourbon
, Archevêque de Lyon , avoit été gratifiéde
leur Abbaye : voyant que ces Moines
déſaprouvoient ſes maximes & fes
moeurs corrompuës , & fâché de ce qu'ils
refuſoient de lui obéir aveuglément , il obtint
un ordre pour les faire fortir du Monaftere
, où il appella d'autres Moines d'un
caractere plus conforme au ſien ,& qui lui
permirent de diſſiper à ſon gré les revenus
de la Maiſon .
Tous les Hiſtoriens que j'ai lûs ſe ſont
trompés fur les véritables caufes & fur l'époque
de cette révolution :ils ont cru qu'elle
avoit ſuivide fort près les infultes reçuës
par Louis XI au Siége d'Arras , mais les Archives
de la Ville fourniffent mille preuves
de leur erreur. Il ſuffira de joindre ici les
plus frappantes à celles que j'ai déja rap
portéesdans le cours de ce Mémoire.
Le 12 Juin 1479 , cinq jours ſeulement
By avant
2178 MERCURE DE FRANCE.
avant l'Expedition de Douai , le Seigneur
de Baudricourt , qui étoit alors Lieutenant
Général en Artois , exempta les habitans
d'Arras pour un an duſervice de guerre , en
confideration des maux qu'ils avoient foufferts.
D'ailleurs , les Regiſtres de la Ville ne
contiennent aucun veſtige de ce qui arriva
durant l'éxil des Arrageois ,& l'interruption
de ces Journaux ne commence qu'au 14
Juillet 1479. On n'y trouve point de nomination
d'Echevins pour cette année : on y
voit au contraire que le Magiſtrat fut renouvellé
les deux années précédentes la
veille de la Touſſaint , felon la forme ordinaire
, & ceux qu'on élut pour compoſer ce
Corps , furent certainement tirés d'entre les
anciens Habitans ; la plupart même avoient
déja exercé l'Echevinage , avant la mort du
Duc de Bourgogne .
Une preuve encore plus convainquante ,
eſt celle qu'on remarque dans la Chartre
émanée deCharles VIII , fils de Louis XI ,
&dont je parlerai amplement. Ce Prince y
dit expreffément que les habitans d'Arras
furent bannis environ deux ans après qu'ils
eurent fait pleine & entiere obéiffance au Roi
fon Pere. En voilà fans doute affés pour démontrer
l'anachroniſme , où ſont tombés les
Auteurs , qui ont écrit ſur cette matiere.
Après
OCTOBRE . 1744 2179
Après la fameuſe Bataille d'Enguinegate ,
qui ſe donna le 7 Août 1479 , l'Archiduc
Maximilien prit d'aſſaut le Château de Malannoy
, ſitué proche l'Abbaye de Ham , &
en fit pendre leCommandant avec cinquante
de ſes Soldats. Louis uſa de repreſailles ;
il fit choiſir un pareil nombre de Priſonniers
de guerre , ordonna d'en pendre dix à l'endroit
même où les François avoient été exécutés
, dix fur le bord des foſſés d'Arras ,
dix aux Portes de S. Omer , autant à celles
de Douai , & les dix autres à Lille.
Au mois de Juillet 1481 , le Roi fit paroître
une Chartre , qui mit le comble au
châtiment des Arrageois. Il ydéclare que ſa
volonté eſt d'abolir entierement le nom
d'Arras , & défend , ſous peine de punition
exemplaire , que certe Ville ſoit jamais ainſi
appellée de bouche ni par écrit. Franchise ,
fut le nouveau nom qu'il lui impofa , non
pour exprimer le caractere ſincere & naif
des anciens Habitans , puiſqu'il les avoit
déja expulfés de leur Patrie : ce mot ne fignifioit
pas non plus Ville Françoise , comme
divers Auteurs ſe le ſont imaginés. Le
Roi dit lui-même dans ſa Chartre,qu'il donne
à cette Ville & à la Cité le nom de Franchife
, afin qu'on ſe ſouvienne à jamais des
grandes franchiſes & libertés , qu'il accorde
aux nouveaux Citoyens , ce qui introdui-
B vj
fit
2180 MERCURE DE FRANCE.
fit les termes de Civitas Libertinensis , Ee
clefia , Epifcopus , Officialis Libertinenfis ,
qu'on lit dans un Arrêt rendu au Parlement
de Paris en 1482 .
En effet , non content de confirmer en faveur
de la Colonie Françoiſe les Priviléges
octroyés anciennement à la Ville par les
Comtes de Flandre & d'Artois, par lesDucs
de Bourgogne & par les Rois de France ,
Louis en ajouta une infinité d'autres , pour
exciter un grand nombre de François à y
venir habiter volontairement : jedis volontairement
, car il réſulte de ſon Ordonnance
que pluſieurs perſonnes avoient été forcées
d'entrer dans la Colonie. Aufſi-tôt que le
Roi eut réfolu de chaſſer les anciens Habitans
, il fit tenir des aſſemblées à Paris , à
Rouën , à Tours , à Lyon , & en d'autres
Villes de France. Les Officiers de ces Lieux
y élûrent une bonne quantité de Marchands
& d'Artiſans , & les envoyerent à Arras ,
où ils étoient reçûs avec certaines formalités
par les Commiſſaires du Roi , qui leur diftribuoient
des maiſons , ſuivant leur état .
Pluſieurs Négocians , ainſi nommés malgré
eux , pour ſervir au repeuplement de
cette Ville , eurent beaucoup de peine à s'en
diſpenſer. Les uns furent obligés d'alleguer
leur vieilleſſe, ou de prétexter des maladies :
les autres donnerent ou prêterent des ſommes
OCTOBRE. 1744. 2181
mes d'argent à quelques-uns de leurs Com
patriotes , pour les engager à partir en leur
place. Il y a dans cette même Chartre un
article , par où le Roi annulle toutes les
Promeffes & lesObligations contractées par
les nouveaux Habitans,pour les prêts qu'on
leur avoit faits à ce ſujet , & cela attendu
les dépenſes & les embarras qu'ils avoient,
eſſuyés , en formant leur établiſſement à
Franchise.
Il ſe plaint dans un autre article de ce
que nombre d'Arrageois , qu'il appelle fes
adverſaires , rebelles & désobéifſans Sujets ,
après avoir juré de lui demeurer fidéles ,
font pourtant rentrés dans le Parti ennemi .
Il défend au Lieutenant de Roi , au Gouverneur
& aux Echevins de les ſouffrir dans
la Ville & Cité de Franchiſe : il les charge
néanmoins de recevoir ceux qui reviendroient
pour faire un nouveau Serment ,
mais de les releguer auffi- tôt par de-là la
riviere de Somme.
Cette Chartre contient plufieurs Reglemens
pour la Police de la Ville : le Roi y
change la maniere ordinaire de nommer le
Maire & les Echevins ; il accorde à ceux
qu'il avoit déja pourvûs de ces Emplois, ou
qui devoient l'être dans la ſuite,le Privilége
de Nobleſſe , tant pour eux que pour leur
poſterité maſculine & féminine ;il les exémte
1
2182 MERCURE DE FRANCE.
te du droit de Franc-Fief , & leur permet de
commercer , même en détail , ſans déroger
à leur condition .
Ce Monarque ne ſe contenta point d'anéantir
le nom de la Ville d'Arras . Voulant
effacer juſqu'à la plus legere marque de fon
ancien état , il lui donna pour nouvelles
armes un Ecu d'azur, ſemé de fleurs-de-Lys
d'Or , au milieu deſquelles étoit l'image de
S. Denis Apôtre de France , portant ſa tête
entre ſes mains. Ces armoiries ont ſans doute
contribué à la mépriſe des Hiſtoriens ,
qui ont cru que Franchiſe vouloit dire Ville
Françoise. Quoiqu'il en ſoit , le Roi enjoignit
aux Echevins de faire peindre ou ſculpter
cet Ecuflon à toutes les Portes de la Ville
& de la Cité , & à celle de leur Hôtel commun.
Marie de Bourgogne , Archiducheſſe d'Autriche
, mourut d'une chute de cheval le 18
Mars 1482 , & laiſſa deux enfans , Philippe
&Marguerite d'Autriche. Cette mort rendit
les Gantois encore plus infolens qu'ils
ne l'avoient été juſques-là. Ils refuſerent à
l'Archiduc la tutelle de ſes enfans , ce qui
fit naître aux Pays-Bas des guerres longues
&cruelles .
Louis ſçut bien mettre à profit la difpoſition
de ces Bourgeois mutins. Depuis
quelque-tems iltraitoit ſourdement avec eux
fur
OCTOBRE. 1744. 2183
fur les moyens de conclure une Paix entre
la France & la Flandre , bien affûré qu'ils
contraindroient Maximilien d'accepter les
conditions qui leur plairoient. Il leur avoit
déja fait propoſer le Mariage du Dauphin
avec Marguerite fille de l'Archiduc , pourvû
qu'on donnât à cette Princeſſe les deux Provinces
de Bourgogne ,& afin de leur témoigner
qu'il n'avoit nul deſſein d'envahir la
Flandre , il offroit de leur rendre Arras , &
tout ce qu'il avoit pris du côté de l'Artois ,
pour leur fervir de barriere contre la France.
Dès que l'Archiducheſſe fut morte , il redoubla
ſes foins , & mit tout en uſage , pour
venir à bout de ſon entrepriſe. Philippe de
Crevecoeur , Seigneur d'Esquerdes , qui
paſſa en Flandre à cette occafion , négocia
avec beaucoup d'habileté & de ſuccès. Les
Communautés du Pays tinrent des Affemblées
, pour régler les affaires de l'Etat. En
vain les Députés de pluſieurs Villes voulurent
laiffer une autorité légitime à l'Archiduc
; ceux de Gand l'emporterent toûjours,
& même ils obligerent ce Prince de confentir
à la Paix & au Mariage de ſa fille avec le
Dauphin .
Lorſqu'on lui eut arraché ſon acquiefcement
, les Flamans firent demander au Roi
desConférences , pour travailler à un Traité.
Leurs Ambaſſadeurs furent écoutés favora2184
MERCURE DEFRANCE.
,
rablement , & on choiſit Arras pour liett
du Congrès. Louis n'y envoya que quatre
Plénipotentiaires , ſçavoir , le Seigneur
d'Eſquerdes , Olivier de Querman , Lieutenant
de Roi en cette Ville , Jean Guerin
Maître d'Hôtel de S. M. & Jean de la Vacquerie
, qui de Confeiller - Penfionnaire
d'Arras étoit devenu Premier Préſident. au
Parlement de Paris. Il s'y trouva au nom
des Flanians juſqu'à 48 Députés , à qui Maximilien
fut forcé de donner auſſi un pleinpouvoir
, tant pour lui que pour ſes enfans.
Le Traité de Paix , dans lequel cette Ville
eſt toûjours nonmée Franchiſe aliàs Arras ,
fut ſigné le 23 Décembre 1482 , & ratifié
par le Roi au mois de Janvier ſuivant. On
yconvint , entre autres chofes , que le
Dauphin épouſeroit Marguerite d'Autriche
, quand elle feroit en age : qu'après la
publication de la Paix , cette jeune Princeffe
feroit amenée à Arras& miſe entre les mains
d'un Prince du Sang , pour être conduire à
la Cour de France : qu'elle auroit pour dot
les Comtés d'Artois & de Bourgogne , le
Mâconnois , l'Auxerrois , Salins , Bar-fur-
Seine & Noyers : que s'il ne fortoit point
d'Enfans du Mariage , ces Etats retourneroient
au Duc Philippe, frere de Marguerite
ou à ſes héritiers : que la Princeſſe , en arri
vant
OCTOBRE, 1744. * 2185
vant à Arras , feroit déclarée par le Comte
de Beaujeu , Comteſſe d'Artois & de Bourgogne
, & Dame des autres Seigneuries qui
compoſoient ſa dot : que tous ces Pays ſeroient
gouvernés felon leurs droits , uſages,
coûtumes & priviléges ſous la main du Dauphin
, comme futur Mari Bail de Marguerite.
Les Envoyés de Maximilien & des
Etats demanderent que la Ville d'Arras pût
jouir des mêmes avantages , & qu'elle fût
remiſe en ſa premiere ſituation : àquoi l'on
répondit pour le Roi que les anciens Habitans
, même ceux qui s'étoient retirés ſous
ladomination de l'Archiduc , pourroient
rentrer dans leurs héritages , revenir en
cette Ville , & y faire leur Commerce ou
toute autre Profeſſion , de même qu'auparavant.
Du reſte , le Roi s'en remet au Dauphintouchant
la reſtauration de l'ancienne
Police. Il fut auſſi permis par un article ſéparé
aux Religieux de S. Vaaſt de retourner
dans leur Abbaye , & d'en reprendre les
biens.
Une autre clauſe accorde aux Villes & aux
Villages d'Artois , une exemption de l'aide
ordinaire pendant fix ans , & les décharge
de tous les arrérages échus au tems du
Traité.
Les Ambaſſadeurs Flamans prierent ceux
du Roi de ne point laiffer de gens de guerre
dans
4
2186 MERCURE DE FRANCE.
dans les Places frontieres. Il fut dit la-def
fus qu'on feroit fortir la garniſon des petites
Villes , telles que Lens & l'Ecluſe , mais
qu'on diminueroit ſeulement celle des grandes
, comme Arras , Bethune , Aire , Terouane
, S. Pol , Guiſe & S. Quentin .
fe-
Le Traité portoit encore que la Ville ,
Château & Bailliage de S. Omer , ne
roient mis en la poſſeſſion du Dauphin ,
qu'après fon mariage accompli : que juſqu'à
ce tems , ils ſeroient confiés à la garde des
Habitans , qui jureroient de n'y admettre ni
l'Archiduc ou ſon Fils , ni le Roi ou le Dauphin
: que ſi la Princeſſe Marguerite mouroit
avant la conſommation du mariage , S.
Omer & ſes dépendances feroient rendus
à Philippe d'Autriche ou à ſes héritiers : que
cette Ville garderoit une exacte neutralité ,
au cas que la guerre ſe renouvellât entre la
France & l'Archiduc.
Enfin il fut reglé , que ſi le Mariage projetté
ne ſe faiſoit point , les biens aſſignés à
Marguerite d'Autriche rentreroient au Domainede
fon frere , ſauf la Souveraineté
qui appartenoit de tout tems à la Couronne
deFrance.
On furpaſſa les eſperances du Roi, en donnant
tout à la fois à Marguerite les Comtés
d'Artois & de Bourgogne. Ce fut l'Ouvrage
desGantois , qui cherchoient à affoiblir
la
OCTOBRE. 1744. 2187
la puiſſance de leur Prince. Maximilien n'avoit
pas lieu d'être fort ſatisfait du Traité ,
quoiqu'il eût été ſigné en vertu de ſes pouvoirs.
Il fut même tenté d'enlever ſa fille
avant qu'on la mît en chemin pour la Fran-
се , mais les Gantois & les François employerent
de ſi bonnes précautions qu'il
n'oſa l'entreprendre. Cette Princeſſe , âgée
d'environ cinq ans , fut fiancée à Amboiſe
avec le Dauphin, au mois de Juillet 1483 .
Louis XI mourut le 30 Août , après avoir
fait pluſieurs legs pieux , entre leſquels je
n'oublierai pas un Tabernacle & une Image
de la Vierge en Argent, peſant 250 marcs ,
qu'il donna à la Cathédrale d'Arras ; il donna
de plus aux Dominicains de cette Ville ,
un cierge de 152 livres , qui faisoient le
poids de fon corps , pour être allumé devant
l'Autel de la Vierge. L'Egliſe Paroiffiale de
la Ville de S. Pol , fut auffi enrichie d'un
Calice d'or , par le Teftament de ce Prince.
Charles VIII , fon fucceffeur , n'oublia
point les promeſſes faites en faveur des Ar
rageois par le Traité, dont je viens de parler.
Dès le 13 Janvier 1484 , le Roi fit
dreffer une Chartre , par laquelle il permet
que les anciens Habitans d'Arras , de toute
condition , reviennent ydemeurer,& qu'ils
reclament leurs biens immeubles , en l'état
où
1188 MERCURE DE FRANCE.
où ils les trouveront. Cette Ordonnance
fait revivre la Police & la forme deGouvernement
qu'on obſervoit avant les troubles ;
elle ſupprime entierement les nouvelles
Loix établies durant l'exil . Le Roi donne
aux Marchands & Artiſans François le choix
de s'en retourner aux Lieux de leur naiſſance
, ou de reſter à Arras , mais en y louant
des maiſons , de l'aveu des perſonnes à qui
elles appartenoient auparavant.
,
Antoine de Crevecoeur Seigneur de
Thiennes , Sénéchal & Gouverneur d'Artois
, fut nommé par le Roi , pour mettre ſa
Chartre en exécution , avec toute la folemnité
que demandoit un tel événement.
Dès qu'il fut arrivé dans Arras , Pierre de
Ranchicourt , Evêque de cette Ville , ſuivi
de quelques Membres des trois Etats , alla
le prier de remplir inceſſamment limpotante
Commiflion , dont il étoit chargé.
Ce Gouverneur fit appeller à l'Hôtel-de-
Ville tous les Marchans &les Artiſans François
qui ſe trouvoient à Arras , leur notifia
les ordres du Souverain , & ne leur donna
que huit jours pour y fatisfaire volontairement
, avec menace de les y forcer après ce
tems. Enſuite il fit publier la Chartre à tous
les Carrefours de la Ville & de la Cité ,
pour en apprendre le contenu à ceux qui
n'aOCTOBRE.
1744. 2189
n'avoient pû aſſiſter à l'Aſſemblée. Le 4
Mai ſuivant , ce Seigneur choiſit douze
Echevins parmi les anciens Habitans : le
Conſeiller - Penſionnaire , le Procureur de
Ville & l'Argentier furent auſſi changés.
Les Etrangers furent dépoüillés des autres
Charges Municipales , qui font à la difpoſition
du Magiftrat , & on les rendit
aux perſonnes , qui les poſſédoient avant
le banniſſement. Ceux d'entre eux qui
étoient morts pendant l'adminiſtration des
François , furent remplacés par le Gouverneur
, avec le conſentement des Echevins.
Enfin , tout rentra dans l'ordre ancien
, & il ne reſta preſque nulle trace de
la ſévérité de Louis XI,
la Ville d' Arras , depuis le commencement
de l'année 1477 , ſuivant le nouveau Style,
jusqu'au mois de Mai 1484; * lù parM.
Harduin, Avocat , à l' Affemblée folemnelle
de la Societé Litt raire de cette Ville, tenue
le 29 Fevrier 1744.
CHarles le
Hardi , Comte d'Artois , &
dernier Duc de Bourgogne , fut tué à
la Bataille de Nanci les Janvier 1477 , &
laiſſa pour héritiere Marie , ſa fille unique.
Quelques - uns des Pays qui lui appartenoient
, devoient retourner à la Couronne
de France , au défaut de mâles dans la Maifon
de Bourgogne , mais le Comté d'Artois
n'étoit point ſujet à cette regle ; pluſieurs
Femmes en avoient joiii ; Mahaut , fille de
Robert II, l'avoit même poſſedé , à l'excluſion
du fils de ſon frere , parce que la Repréſentation
n'a jamais eu lieu dans cette
Province. MA
Cependant Louis XI , Roi de France ,
profitant du trouble que la mort du Duc répanditdans
tous ſes Etats, ne fongea qu'aux
* Les Faits contenus dans ce Mémoire , font fondés
fur quantité de bonnes preuves , que la forme duMereure
nepermetpas de citer.
2.
moyens
OCTOBRE.
1744. 2153
moyens de s'en emparer. Il fit partir auffi
tôt , pour commencer l'exécution de fon
projet , l'Amiral de Bourbon & Philippe de
Comines , Seigneur d'Argenton , qui ſe
tranſporterent à Abbeville, puis à Dourlens,
d'où ils envoyerent fommer Arras de ſe
foumettre au Roi.
Philippe de Crevecoeur , Seigneur d'Efquerides
ou des Cordes , étoit alors Gouverneur
de la Cité; la Ville avoit pour le
ſien Adolphe de Cleves , Seigneur de Raveſtein.
Ces deux Officiers , pour répondre
à la ſommation des Envoyés du Roi , demanderent
une entrevûë , qui ſe fit dans
l'Abbaye du Mont S. Eloi , à deux lieuës
d'Arras . Jean de la Vacquerie , Conſeiller-
Penſionnaire de la Ville, y expofa les droits
incontestables de Marie de Bourgogne fur
la Province d'Artois. Il étoit impoflible à
Comines, de réfuter les preuves qu'on lui
objectoir. Lui- même avoue dans ſes Mémoires
, qu'il s'y étoit bien attendu , mais il fai
fit cette occafion,pour gagner pluſieursGentilshommes
, & les attirer au parti du Roi.
Crevecoeur , déja venduà la France , au
roit voulu pouvoir dès ce moment livrer la
Place confiée à la garde;mais la fermeté
des Arrageois , * encouragés par la préfence
de Raveſtein , lui fit remettre à un autre
* Ce motſe trouve dans le Dictionnaire de Trévoux,
Av tems
2154 MERCURE DE FRANCE.
tems l'effet de ſa trahifon. Raveſtein partit
quelques jours après , pour aller trouver à
Gand la Ducheffe de Bourgogne , ſon départ
favorifa le projet de Crevecoeur , dont
la fidélité lui étoit d'autant moins ſuſpecte ,
qu'il l'avoit vû tout récemment prêter un
nouveau ferment à cette Princeſſe .
Louis XI ayant appris que les Négociations
de fes Miniſtres avoient un heureux
fuccès ,& que plus d'une Ville s'étoit déja
renduë , prit lui-même la route des Pays-
Bas. Etant à Pérone , il vit arriver Guillau
me Hugonet , Chancelier de Bourgogne ,
Gui de Brimau , Comte de Mege , &Humbercourt
ou Imbercourt , & d'autres perfonnes
de conféquence , que Marie deBourgogne
avoit députés , pour lui demander la
paix. S'il en faut croire ce que rapporte le
P. Daniel , d'après quelques Ecrivains François
, cette Duchefle , furmontant , pour
fauver ſes Etats , la répugnance qu'elle devoit
fentir à époufer le Dauphin ,Enfant de
huit ans , infirme & contrefait , offrir de lui
donner ſa main , perfuadée que c'étoit une
voye infaillible pour contenter le Roi. Err
effet, diſent les mêmes Auteurs , il avoit
paru ſouhaiter ce mariage , mais comme fon
ſyſtème étoit changé , les Ambaſſadeurs de
la Princeſſe ne reçûrent qu'une réponſe ambiguë
; ſans découvrir ſes véritables inten
tions,
OCTOBRE. 1744. 2155
tions , il leur fit un accueil trés-gracieux, &
employa toute fon adreſſe, pour les faire entrerdans
fes intérêts. Pluſieurs ne voulurent
prendre aucun engagement , mais Humbercourt&
le Chancelier , moins difficiles à
ébranler , promirent au Roi de paſſer à fon
ſervice , dès que le mariage ſeroit conclu.
Ce Prince leur propoſa une choſe , qui les
embarraſſa beaucoup , ce fut qu'ils écriviffent
à Crevecoeur de lui ouvrir la Cité d'Arras.
Il leur fit entendre que l'Artois étant
un Fief de la Couronne , il avoit droit de
le mettre enſa main,juſqu'à- ce que Marie de
Bourgogne lui eût fait hommage. Le Chancelier&
Humbercourt , après avoir confideré
que le Roi étoit près d'Arras , qu'il avoit
une armée nombreuſe , que la Ducheffe , au
contraire , étoit preſque fans troupes ,&
que leur refus pourroit avoir des fuites fatales
, crurent devoir confentir à la propoſition
du Roi , & fur le champ il envoya
prendre poffeffion de la Cité. * Le Peuple
deGand , irrité contre ces deux Seigneurs ,
leur fit couper la tête fur un Echaffaut ,
malgré les follicitations , les prieres & les
larmes de la Ducheffe , dont ces Bourgeois
infolens mépriſoient l'autorité. Le corps
* Le 4Mars 1477 ,suivant la Chroniquefcandaleufe.
A vj d'Hum2156
MERCURE DEFRANCE .
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreſſé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deffas duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Eglife tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reffentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeffe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qut mihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſoſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata , forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enfe virum :
• Il étois Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège & d'Outremuſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2-157
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus ad Atrebates ,fumantibus undique todis
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
Cui Mausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
Cette Proſopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , quia continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, afſſure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit le Gouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
àLouis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujetde ce Mariage.
En effet , s'il m'eft permis de hazarder ici
mes conjectures , je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſon Royaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès ſon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien , &
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras; il foûtient
que Crevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autoriſer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité , & en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville
, fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garnifon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE. 1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
que Marie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les.Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitularion aux autres Villes de la Province
,afin de les porter à fe foûmettre aux mêmes
conditions.
LeRoi , de fon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes
; il les rétablit dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dûdes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés ; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès- lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ;il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chan
celier de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bofchage
, le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné & quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S. Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence.On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lai
inſpiroitune telle injure , partit de la Ciré
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Duchefſe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
ufant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon
feignirent que leur deſſein étoit d'envoyer
د
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffe
port ,
OCTOBRE. 1744. 2168
port , leurs Députés au nombre de vingt ou
environ , prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral,informé du ſtraragême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance ,
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que , parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés ,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince fir mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'é-
-carlate , & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin,
avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniftere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliage d'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion :on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville,mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la ChambreMunicipale.
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux fuffiſoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaſſer les
François , qu'on avoit laiſſés dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffe avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
CeCapitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais , malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers & imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ouBourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués ou faits prifonniers.
L'action ſe paſſa prèsdu Fauxbourg
S.
1
OCTOBRE. 1744. 2165
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufieurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
laCité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites ,Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers ,pour intimider les habitans
de la Ville& le petit nombre de gens
de guerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
6
:
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées . Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siège avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'inſulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ilsplanterent en differens endroits
des potences, où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanchie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion , montroient du haut des murs une
partie de leur corps , qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours diftingués
, c'eſt-à-dire , une affection ſans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malheureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
1
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclara d'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent i-bien le pitoyable état
de la Place& le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tout oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois ,dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Mariede Bourgogne.
Un Anonymedit , que les Portes ayant
été ouvertes , ce Prince refuſa d'y paſſer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans une Brochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats , imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selonune Tradition fort accréditée ,l'Infcription
fut placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien , Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront lesChats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François, quelqu'un dit qu'il falloit effa-
1 cer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettre du mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſionun trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats , avec ces Vers :
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné , au bas de laquelle on
avoitécrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé , qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives duMagiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite & priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de
*Cofmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François , Tome 2 .
vant
2468 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat fanglant , qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lir
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ce que tous vos Ayeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureux Rats.
Avotre barbe enfin ,de cette forte Place
Nous nous rendons les pofſeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.cesMatoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petit Rat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Ils ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
avoit ſignée en faveur des Arrageois . Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiſtrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneur du Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
Ala derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE EFRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers .
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abſens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat&
les principaux d'entre les Bourgeois
. Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné fauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE . 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûté la priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la fituation ."
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyen de les y réſoudre ,
& les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi aſſigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Queue de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes
. Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
2172 MERCURE DE FRANCE.
1
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé. * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1 477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par proviſion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens. Le Magiſtrat complimenta
ce Prince , & lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze ou feize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſe voit àpréſent.
pour
OCTOBRE. A
1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger,qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hôtel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
1
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , & même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impoſé par le feu Duc de Bourgogne ,
& dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établieſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province...
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénechauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
fe
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne ,
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , levoyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 *. Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoftilités. Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voiſinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long-tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête -Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale, qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſeinde
ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines ,&
refermer les Portes , quand elles ſferoient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
: Biiij hors
$
2156 MERCURE DEFRANCE.
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreffé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deſſus-duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Egliſe tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reſſentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeſſe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qutmihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſo ſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata ,forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enſe virum :
• Il étoit Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège d'Outreme ſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2157
'e
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus adAtrebates ,fumantibus undique todis,
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
CuiMausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
.:
Cette Profopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , qui a continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, affure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit leGouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
à Louis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujet de ce Mariage .
En effet , s'il m'eſt permis de hazarder ici
mes conjectures ,je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſonRoyaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès fon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien ,&
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras, il foûtient
queCrevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autorifer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité ,& en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville,
fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garniſon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE.
1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
queMarie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les. Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitulation aux autres Villes de la Provinee
, afin de les porter à fe foûmettre aux memes
conditions.
LeRoi , de ſon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes;
il les rétablir dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dudes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès-lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ; il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chancelier
de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bof.
chage , le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné &quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S.Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence. On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lui
inſpiroit une telle injure, partie de la Cité
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Ducheffe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
uſant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon ,
feignirent que leur deffein étoit d'envoyer
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffeport
,
OCTOBRE. 1744. 2168
,
port, leurs Députés au nombre de vingt ou
environ, prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral, informé du ſtratagême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que, parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince for mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'écarlate
, & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin
, avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniſtere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliaged'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion : on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville, mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la Chambre Municipale.
"
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux ſuffifoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
1
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaffer les
François , qu'on avoit laiſſes dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffle avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
Ce Capitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais ,malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers& imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité ,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ou Bourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués on faits prifonniers.
L'action ſe paſſa près du Fauxbourg
S
1
1
OCTOBRE. 1744. 2163
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufleurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
la Cité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi ,
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites , Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers , pour intimider les habitans
de la Ville & le petit nombre de gens
deguerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées. Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siége avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'infulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ils planterent en differens endroits
des potences,où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanclie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion ,montroient du haut des murs une
partie de leur corps ,qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours dif
tingués , c'est-à-dire , une affection fans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malreureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon ,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclarad'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent -bien le pitoyable état
de la Place&le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tour oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois , dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Marie de Bourgogne.
Un Anonyme dit , que les Portes ayant
étéouvertes , cePrince refuſa d'y paffer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans uneBrochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats, imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selon une Tradition fort accréditée , l'Infcriptionfut
placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien, Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
:
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront les Chats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François , quelqu'un dit qu'il falloit effacer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettredu mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſion un trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats, avec cesVers: ٢٠
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
1
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné au bas de laquelle on
avoit écrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé, qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives du Magiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de-
*Coſmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François, Tome 2 .
vant
2768 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat ſanglant, qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lit
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ceque tous vosAyeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureuxRats.
Avotre barbe enfin , de cette forte Place
Nous nous rendons les poffeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.ces Matoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petitRat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Its ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
2
avoit ſignée en faveur des Arrageois. Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiftrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneurdu Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
A la derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE DE FRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers.
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abfens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat
& les principaux d'entre les Bourgeois.
Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné ſauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE. 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûtéla priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la ſituation .
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyende les y réſoudre ,
&les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi affigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Quenë de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes.
Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
:
2172 MERCUREDE FRANCE.
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé . * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par provifion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens . Le Magiſtrat complimenta
ce Prince ,& lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze oufeize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſevoit àpréſent,
pour
OCTOBRE. 1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger, qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hotel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , &même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impofé par le feu Duc de Bourgogne ,
&dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établie ſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province..
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénéchauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne , fe
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , le voyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 * . Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoſtilités . Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voisinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long- tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête-Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale , qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſein
de ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines , &
refermer les Portes , quand elles ſeroient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
B iiij hors
:
2176 MERCURE DE FRANCE.
hors de la Ville. D'autres Soldats bien armés
s'étoient introduits dans cette Place en habits
de Payſans , & devoient ſeconder ceux
qui s'empareroient des Portes. Quelques
Arrageois, informés du projet des François ,
en avertirent le Magiſtrat de Douai par des
Lettres , qu'ils confierent à une femme ,
dont ils connoiffoient l'attachement pour la
Maiſon de Bourgogne. Le Magistrat porta
fur le champ cette nouvelle aux Chefs de la
garniſon. Comme le nombre des François
étoit trop grand pour riſquer une ſortie, on
réſolut de ne point ouvrir la Porte qui mene
à Arras , mais on plaça en cet endroit de
groffes pièces de canon , qui accablerent les
Soldats mis en embuſcade & une partie de
ceux qui s'étoient avancés vers la Porte. Le
refte fut obligé de prendre la fuite.
On voit dans les Mémoriaux que deux
ans auparavant un nommé de le Ruelle
avoit été banni par les Echevins d'Arras ,
parce qu'il étoit ſoupçonné d'écrire ſouvent
auxHabitans de Douai , pour leur communiquer
ce qu'on faiſoit & ce qu'on diſoit
dans la Ville.
Louis XI apprit que des Arrageois avoient
fait échoüer l'entrepriſe de ſes gens : il en
reffentit la plus vive colere , & ce fut fans
doute à cette occafion que , confondant l'innocent
avec le coupable , il les chaſſa tous
de
OCTOBRE. 1744 2177 .
de la Ville & de la Cité , ſans diftinguer
ſexe ni condition. Il fixa pour Lieux de leur
exil Paris , Rouen & Tours , & fit venir
pour les remplacer une Colonie Françoiſe.
Les Archers & les Arbalêtriers demeurerent
àArras quelque-tems après les autres , mais
ils furent auſſi bannis avant la fin de l'année
1479. Il n'y eut pas juſqu'aux Religieux de
S. Vaaſt , qui éprouverent les effets de cette
proſcription rigoureuſe. Charles de Bourbon
, Archevêque de Lyon , avoit été gratifiéde
leur Abbaye : voyant que ces Moines
déſaprouvoient ſes maximes & fes
moeurs corrompuës , & fâché de ce qu'ils
refuſoient de lui obéir aveuglément , il obtint
un ordre pour les faire fortir du Monaftere
, où il appella d'autres Moines d'un
caractere plus conforme au ſien ,& qui lui
permirent de diſſiper à ſon gré les revenus
de la Maiſon .
Tous les Hiſtoriens que j'ai lûs ſe ſont
trompés fur les véritables caufes & fur l'époque
de cette révolution :ils ont cru qu'elle
avoit ſuivide fort près les infultes reçuës
par Louis XI au Siége d'Arras , mais les Archives
de la Ville fourniffent mille preuves
de leur erreur. Il ſuffira de joindre ici les
plus frappantes à celles que j'ai déja rap
portéesdans le cours de ce Mémoire.
Le 12 Juin 1479 , cinq jours ſeulement
By avant
2178 MERCURE DE FRANCE.
avant l'Expedition de Douai , le Seigneur
de Baudricourt , qui étoit alors Lieutenant
Général en Artois , exempta les habitans
d'Arras pour un an duſervice de guerre , en
confideration des maux qu'ils avoient foufferts.
D'ailleurs , les Regiſtres de la Ville ne
contiennent aucun veſtige de ce qui arriva
durant l'éxil des Arrageois ,& l'interruption
de ces Journaux ne commence qu'au 14
Juillet 1479. On n'y trouve point de nomination
d'Echevins pour cette année : on y
voit au contraire que le Magiſtrat fut renouvellé
les deux années précédentes la
veille de la Touſſaint , felon la forme ordinaire
, & ceux qu'on élut pour compoſer ce
Corps , furent certainement tirés d'entre les
anciens Habitans ; la plupart même avoient
déja exercé l'Echevinage , avant la mort du
Duc de Bourgogne .
Une preuve encore plus convainquante ,
eſt celle qu'on remarque dans la Chartre
émanée deCharles VIII , fils de Louis XI ,
&dont je parlerai amplement. Ce Prince y
dit expreffément que les habitans d'Arras
furent bannis environ deux ans après qu'ils
eurent fait pleine & entiere obéiffance au Roi
fon Pere. En voilà fans doute affés pour démontrer
l'anachroniſme , où ſont tombés les
Auteurs , qui ont écrit ſur cette matiere.
Après
OCTOBRE . 1744 2179
Après la fameuſe Bataille d'Enguinegate ,
qui ſe donna le 7 Août 1479 , l'Archiduc
Maximilien prit d'aſſaut le Château de Malannoy
, ſitué proche l'Abbaye de Ham , &
en fit pendre leCommandant avec cinquante
de ſes Soldats. Louis uſa de repreſailles ;
il fit choiſir un pareil nombre de Priſonniers
de guerre , ordonna d'en pendre dix à l'endroit
même où les François avoient été exécutés
, dix fur le bord des foſſés d'Arras ,
dix aux Portes de S. Omer , autant à celles
de Douai , & les dix autres à Lille.
Au mois de Juillet 1481 , le Roi fit paroître
une Chartre , qui mit le comble au
châtiment des Arrageois. Il ydéclare que ſa
volonté eſt d'abolir entierement le nom
d'Arras , & défend , ſous peine de punition
exemplaire , que certe Ville ſoit jamais ainſi
appellée de bouche ni par écrit. Franchise ,
fut le nouveau nom qu'il lui impofa , non
pour exprimer le caractere ſincere & naif
des anciens Habitans , puiſqu'il les avoit
déja expulfés de leur Patrie : ce mot ne fignifioit
pas non plus Ville Françoise , comme
divers Auteurs ſe le ſont imaginés. Le
Roi dit lui-même dans ſa Chartre,qu'il donne
à cette Ville & à la Cité le nom de Franchife
, afin qu'on ſe ſouvienne à jamais des
grandes franchiſes & libertés , qu'il accorde
aux nouveaux Citoyens , ce qui introdui-
B vj
fit
2180 MERCURE DE FRANCE.
fit les termes de Civitas Libertinensis , Ee
clefia , Epifcopus , Officialis Libertinenfis ,
qu'on lit dans un Arrêt rendu au Parlement
de Paris en 1482 .
En effet , non content de confirmer en faveur
de la Colonie Françoiſe les Priviléges
octroyés anciennement à la Ville par les
Comtes de Flandre & d'Artois, par lesDucs
de Bourgogne & par les Rois de France ,
Louis en ajouta une infinité d'autres , pour
exciter un grand nombre de François à y
venir habiter volontairement : jedis volontairement
, car il réſulte de ſon Ordonnance
que pluſieurs perſonnes avoient été forcées
d'entrer dans la Colonie. Aufſi-tôt que le
Roi eut réfolu de chaſſer les anciens Habitans
, il fit tenir des aſſemblées à Paris , à
Rouën , à Tours , à Lyon , & en d'autres
Villes de France. Les Officiers de ces Lieux
y élûrent une bonne quantité de Marchands
& d'Artiſans , & les envoyerent à Arras ,
où ils étoient reçûs avec certaines formalités
par les Commiſſaires du Roi , qui leur diftribuoient
des maiſons , ſuivant leur état .
Pluſieurs Négocians , ainſi nommés malgré
eux , pour ſervir au repeuplement de
cette Ville , eurent beaucoup de peine à s'en
diſpenſer. Les uns furent obligés d'alleguer
leur vieilleſſe, ou de prétexter des maladies :
les autres donnerent ou prêterent des ſommes
OCTOBRE. 1744. 2181
mes d'argent à quelques-uns de leurs Com
patriotes , pour les engager à partir en leur
place. Il y a dans cette même Chartre un
article , par où le Roi annulle toutes les
Promeffes & lesObligations contractées par
les nouveaux Habitans,pour les prêts qu'on
leur avoit faits à ce ſujet , & cela attendu
les dépenſes & les embarras qu'ils avoient,
eſſuyés , en formant leur établiſſement à
Franchise.
Il ſe plaint dans un autre article de ce
que nombre d'Arrageois , qu'il appelle fes
adverſaires , rebelles & désobéifſans Sujets ,
après avoir juré de lui demeurer fidéles ,
font pourtant rentrés dans le Parti ennemi .
Il défend au Lieutenant de Roi , au Gouverneur
& aux Echevins de les ſouffrir dans
la Ville & Cité de Franchiſe : il les charge
néanmoins de recevoir ceux qui reviendroient
pour faire un nouveau Serment ,
mais de les releguer auffi- tôt par de-là la
riviere de Somme.
Cette Chartre contient plufieurs Reglemens
pour la Police de la Ville : le Roi y
change la maniere ordinaire de nommer le
Maire & les Echevins ; il accorde à ceux
qu'il avoit déja pourvûs de ces Emplois, ou
qui devoient l'être dans la ſuite,le Privilége
de Nobleſſe , tant pour eux que pour leur
poſterité maſculine & féminine ;il les exémte
1
2182 MERCURE DE FRANCE.
te du droit de Franc-Fief , & leur permet de
commercer , même en détail , ſans déroger
à leur condition .
Ce Monarque ne ſe contenta point d'anéantir
le nom de la Ville d'Arras . Voulant
effacer juſqu'à la plus legere marque de fon
ancien état , il lui donna pour nouvelles
armes un Ecu d'azur, ſemé de fleurs-de-Lys
d'Or , au milieu deſquelles étoit l'image de
S. Denis Apôtre de France , portant ſa tête
entre ſes mains. Ces armoiries ont ſans doute
contribué à la mépriſe des Hiſtoriens ,
qui ont cru que Franchiſe vouloit dire Ville
Françoise. Quoiqu'il en ſoit , le Roi enjoignit
aux Echevins de faire peindre ou ſculpter
cet Ecuflon à toutes les Portes de la Ville
& de la Cité , & à celle de leur Hôtel commun.
Marie de Bourgogne , Archiducheſſe d'Autriche
, mourut d'une chute de cheval le 18
Mars 1482 , & laiſſa deux enfans , Philippe
&Marguerite d'Autriche. Cette mort rendit
les Gantois encore plus infolens qu'ils
ne l'avoient été juſques-là. Ils refuſerent à
l'Archiduc la tutelle de ſes enfans , ce qui
fit naître aux Pays-Bas des guerres longues
&cruelles .
Louis ſçut bien mettre à profit la difpoſition
de ces Bourgeois mutins. Depuis
quelque-tems iltraitoit ſourdement avec eux
fur
OCTOBRE. 1744. 2183
fur les moyens de conclure une Paix entre
la France & la Flandre , bien affûré qu'ils
contraindroient Maximilien d'accepter les
conditions qui leur plairoient. Il leur avoit
déja fait propoſer le Mariage du Dauphin
avec Marguerite fille de l'Archiduc , pourvû
qu'on donnât à cette Princeſſe les deux Provinces
de Bourgogne ,& afin de leur témoigner
qu'il n'avoit nul deſſein d'envahir la
Flandre , il offroit de leur rendre Arras , &
tout ce qu'il avoit pris du côté de l'Artois ,
pour leur fervir de barriere contre la France.
Dès que l'Archiducheſſe fut morte , il redoubla
ſes foins , & mit tout en uſage , pour
venir à bout de ſon entrepriſe. Philippe de
Crevecoeur , Seigneur d'Esquerdes , qui
paſſa en Flandre à cette occafion , négocia
avec beaucoup d'habileté & de ſuccès. Les
Communautés du Pays tinrent des Affemblées
, pour régler les affaires de l'Etat. En
vain les Députés de pluſieurs Villes voulurent
laiffer une autorité légitime à l'Archiduc
; ceux de Gand l'emporterent toûjours,
& même ils obligerent ce Prince de confentir
à la Paix & au Mariage de ſa fille avec le
Dauphin .
Lorſqu'on lui eut arraché ſon acquiefcement
, les Flamans firent demander au Roi
desConférences , pour travailler à un Traité.
Leurs Ambaſſadeurs furent écoutés favora2184
MERCURE DEFRANCE.
,
rablement , & on choiſit Arras pour liett
du Congrès. Louis n'y envoya que quatre
Plénipotentiaires , ſçavoir , le Seigneur
d'Eſquerdes , Olivier de Querman , Lieutenant
de Roi en cette Ville , Jean Guerin
Maître d'Hôtel de S. M. & Jean de la Vacquerie
, qui de Confeiller - Penfionnaire
d'Arras étoit devenu Premier Préſident. au
Parlement de Paris. Il s'y trouva au nom
des Flanians juſqu'à 48 Députés , à qui Maximilien
fut forcé de donner auſſi un pleinpouvoir
, tant pour lui que pour ſes enfans.
Le Traité de Paix , dans lequel cette Ville
eſt toûjours nonmée Franchiſe aliàs Arras ,
fut ſigné le 23 Décembre 1482 , & ratifié
par le Roi au mois de Janvier ſuivant. On
yconvint , entre autres chofes , que le
Dauphin épouſeroit Marguerite d'Autriche
, quand elle feroit en age : qu'après la
publication de la Paix , cette jeune Princeffe
feroit amenée à Arras& miſe entre les mains
d'un Prince du Sang , pour être conduire à
la Cour de France : qu'elle auroit pour dot
les Comtés d'Artois & de Bourgogne , le
Mâconnois , l'Auxerrois , Salins , Bar-fur-
Seine & Noyers : que s'il ne fortoit point
d'Enfans du Mariage , ces Etats retourneroient
au Duc Philippe, frere de Marguerite
ou à ſes héritiers : que la Princeſſe , en arri
vant
OCTOBRE, 1744. * 2185
vant à Arras , feroit déclarée par le Comte
de Beaujeu , Comteſſe d'Artois & de Bourgogne
, & Dame des autres Seigneuries qui
compoſoient ſa dot : que tous ces Pays ſeroient
gouvernés felon leurs droits , uſages,
coûtumes & priviléges ſous la main du Dauphin
, comme futur Mari Bail de Marguerite.
Les Envoyés de Maximilien & des
Etats demanderent que la Ville d'Arras pût
jouir des mêmes avantages , & qu'elle fût
remiſe en ſa premiere ſituation : àquoi l'on
répondit pour le Roi que les anciens Habitans
, même ceux qui s'étoient retirés ſous
ladomination de l'Archiduc , pourroient
rentrer dans leurs héritages , revenir en
cette Ville , & y faire leur Commerce ou
toute autre Profeſſion , de même qu'auparavant.
Du reſte , le Roi s'en remet au Dauphintouchant
la reſtauration de l'ancienne
Police. Il fut auſſi permis par un article ſéparé
aux Religieux de S. Vaaſt de retourner
dans leur Abbaye , & d'en reprendre les
biens.
Une autre clauſe accorde aux Villes & aux
Villages d'Artois , une exemption de l'aide
ordinaire pendant fix ans , & les décharge
de tous les arrérages échus au tems du
Traité.
Les Ambaſſadeurs Flamans prierent ceux
du Roi de ne point laiffer de gens de guerre
dans
4
2186 MERCURE DE FRANCE.
dans les Places frontieres. Il fut dit la-def
fus qu'on feroit fortir la garniſon des petites
Villes , telles que Lens & l'Ecluſe , mais
qu'on diminueroit ſeulement celle des grandes
, comme Arras , Bethune , Aire , Terouane
, S. Pol , Guiſe & S. Quentin .
fe-
Le Traité portoit encore que la Ville ,
Château & Bailliage de S. Omer , ne
roient mis en la poſſeſſion du Dauphin ,
qu'après fon mariage accompli : que juſqu'à
ce tems , ils ſeroient confiés à la garde des
Habitans , qui jureroient de n'y admettre ni
l'Archiduc ou ſon Fils , ni le Roi ou le Dauphin
: que ſi la Princeſſe Marguerite mouroit
avant la conſommation du mariage , S.
Omer & ſes dépendances feroient rendus
à Philippe d'Autriche ou à ſes héritiers : que
cette Ville garderoit une exacte neutralité ,
au cas que la guerre ſe renouvellât entre la
France & l'Archiduc.
Enfin il fut reglé , que ſi le Mariage projetté
ne ſe faiſoit point , les biens aſſignés à
Marguerite d'Autriche rentreroient au Domainede
fon frere , ſauf la Souveraineté
qui appartenoit de tout tems à la Couronne
deFrance.
On furpaſſa les eſperances du Roi, en donnant
tout à la fois à Marguerite les Comtés
d'Artois & de Bourgogne. Ce fut l'Ouvrage
desGantois , qui cherchoient à affoiblir
la
OCTOBRE. 1744. 2187
la puiſſance de leur Prince. Maximilien n'avoit
pas lieu d'être fort ſatisfait du Traité ,
quoiqu'il eût été ſigné en vertu de ſes pouvoirs.
Il fut même tenté d'enlever ſa fille
avant qu'on la mît en chemin pour la Fran-
се , mais les Gantois & les François employerent
de ſi bonnes précautions qu'il
n'oſa l'entreprendre. Cette Princeſſe , âgée
d'environ cinq ans , fut fiancée à Amboiſe
avec le Dauphin, au mois de Juillet 1483 .
Louis XI mourut le 30 Août , après avoir
fait pluſieurs legs pieux , entre leſquels je
n'oublierai pas un Tabernacle & une Image
de la Vierge en Argent, peſant 250 marcs ,
qu'il donna à la Cathédrale d'Arras ; il donna
de plus aux Dominicains de cette Ville ,
un cierge de 152 livres , qui faisoient le
poids de fon corps , pour être allumé devant
l'Autel de la Vierge. L'Egliſe Paroiffiale de
la Ville de S. Pol , fut auffi enrichie d'un
Calice d'or , par le Teftament de ce Prince.
Charles VIII , fon fucceffeur , n'oublia
point les promeſſes faites en faveur des Ar
rageois par le Traité, dont je viens de parler.
Dès le 13 Janvier 1484 , le Roi fit
dreffer une Chartre , par laquelle il permet
que les anciens Habitans d'Arras , de toute
condition , reviennent ydemeurer,& qu'ils
reclament leurs biens immeubles , en l'état
où
1188 MERCURE DE FRANCE.
où ils les trouveront. Cette Ordonnance
fait revivre la Police & la forme deGouvernement
qu'on obſervoit avant les troubles ;
elle ſupprime entierement les nouvelles
Loix établies durant l'exil . Le Roi donne
aux Marchands & Artiſans François le choix
de s'en retourner aux Lieux de leur naiſſance
, ou de reſter à Arras , mais en y louant
des maiſons , de l'aveu des perſonnes à qui
elles appartenoient auparavant.
,
Antoine de Crevecoeur Seigneur de
Thiennes , Sénéchal & Gouverneur d'Artois
, fut nommé par le Roi , pour mettre ſa
Chartre en exécution , avec toute la folemnité
que demandoit un tel événement.
Dès qu'il fut arrivé dans Arras , Pierre de
Ranchicourt , Evêque de cette Ville , ſuivi
de quelques Membres des trois Etats , alla
le prier de remplir inceſſamment limpotante
Commiflion , dont il étoit chargé.
Ce Gouverneur fit appeller à l'Hôtel-de-
Ville tous les Marchans &les Artiſans François
qui ſe trouvoient à Arras , leur notifia
les ordres du Souverain , & ne leur donna
que huit jours pour y fatisfaire volontairement
, avec menace de les y forcer après ce
tems. Enſuite il fit publier la Chartre à tous
les Carrefours de la Ville & de la Cité ,
pour en apprendre le contenu à ceux qui
n'aOCTOBRE.
1744. 2189
n'avoient pû aſſiſter à l'Aſſemblée. Le 4
Mai ſuivant , ce Seigneur choiſit douze
Echevins parmi les anciens Habitans : le
Conſeiller - Penſionnaire , le Procureur de
Ville & l'Argentier furent auſſi changés.
Les Etrangers furent dépoüillés des autres
Charges Municipales , qui font à la difpoſition
du Magiftrat , & on les rendit
aux perſonnes , qui les poſſédoient avant
le banniſſement. Ceux d'entre eux qui
étoient morts pendant l'adminiſtration des
François , furent remplacés par le Gouverneur
, avec le conſentement des Echevins.
Enfin , tout rentra dans l'ordre ancien
, & il ne reſta preſque nulle trace de
la ſévérité de Louis XI,
Fermer
11
12
p. 165-181
Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Début :
La joie que cet évènement a répandue dans l'Artois, ne s'est [...]
Mots clefs :
Fêtes, Arras, Monseigneur le Comte d'Artois, Naissance, Évêque d'Arras, Te Deum, Mandement, Heureux, Prince, Royaume, Secrétaire, Lettre du roi, Bonheur, Voeux, Providence, Banquets, Conseillers, Militaires, Religieux, Peuple, Vers d'un citoyen d'Arras, Représentations, Feux d'artifice, Destruction d'édifices, Chronographes, Peinture, Médaillons, Symboles, Histoire de l'Artois, Armes, Inscriptions latines, Arts et sciences, Royauté, Bal, Comtes, Comtesses, Marquis, Cérémonies, Sentiments, Vertus, Architecture, Décors, Concert de musique, Jésuites, Capitale, Villes de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Defcription des Fêtes données en la ville d'Arras ,
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
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Résumé : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
À l'occasion de la naissance du Comte d'Artois, Arras a organisé des festivités marquantes. Dès l'annonce de la nouvelle le 11 octobre, des illuminations et des salves d'artillerie ont exprimé la joie publique. L'évêque d'Arras a ordonné un Te Deum le 6 novembre, accompagné d'un mandement célébrant la naissance du prince et appelant à la prière pour sa conservation. Le roi a demandé la célébration du Te Deum dans toutes les églises du diocèse. Le jour de la fête, des cloches ont sonné, des salves d'artillerie ont retenti, et un dîner somptueux a été organisé à l'Hôtel de Ville, avec la présence de personnalités locales. Pendant le repas, de l'argent et des vivres ont été distribués au peuple. Une pièce poétique de M. Harduin a été lue, exprimant la joie et la reconnaissance des citoyens d'Arras. Un feu d'artifice et des illuminations étaient prévus, mais la pluie a perturbé leur réalisation. L'édifice pour le feu d'artifice, conçu par l'architecte Beffara, était orné des armes royales et de chronogrammes. La Société Littéraire a exposé des transparents avec des médaillons imaginés par M. Camp, dont le premier représentait l'histoire de l'Artois symbolisée par une femme tenant un médaillon aux armes du Comte d'Artois. Le 6 novembre, un bal a été organisé à l'Hôtel de Ville, décoré somptueusement, avec un buffet pour deux mille personnes. Les États d'Artois ont reporté leurs actions de grâce pour permettre à tous les membres de participer. Le 21 novembre, après une séance solennelle, un Te Deum a été chanté à l'église des Récollets, suivi d'un dîner pour deux cent vingt-cinq personnes. Des salves d'artillerie ont annoncé les santés du Roi, du Dauphin et du nouveau prince, et des pièces d'argent ont été jetées au peuple. Un feu d'artifice en forme de temple a été tiré sur la grande place, illustrant diverses vertus et emblèmes. Les façades de l'Hôtel des États ont été illuminées, et un concert ainsi qu'un bal ont clôturé la fête. Des soupers et distributions de vivres aux pauvres ont été organisés par l'évêque d'Arras et d'autres dignitaires. Le 30 novembre, les Jésuites ont chanté un Te Deum, et une harangue latine a félicité la province pour la naissance du nouveau Comte. D'autres villes de l'Artois ont également célébré cet événement. Par ailleurs, le Roi a nommé de nouveaux commandants pour les côtes de la Méditerranée, la Guyenne, et le Gouvernement de l'Orléannois.
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