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1
p. 176-182
Belle action, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay mandé, Madame, dans l'un des Articles de cette [...]
Mots clefs :
Abbesse, Esprit, Abbaye, Archevêque, Honneur, Communauté, Prière, Désolation, Religieuses, Abjuration, Admiration
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texteReconnaissance textuelle : Belle action, [titre d'après la table]
Je vous ay mandé , madame,
dans l'un des Articles de cette
Lettre , que Madame de Harlay
de Chanvalon , Abbeffe de la
Virginité dans le Vendômois ,
illuftre par fa naiffance , par fon
efprit , & par la vertu , avoit eſté
nommée par le Roy à l'Abbaïe
de Port Royal de Paris. Cependant
cette Abbaie eft encore
vacante. Quoy qu'elle foit plus
confidérable & plus riche que
celle de Madame de la Virginité ,
dans la Ville Capitale du Royaume
, & fous la Jurifdiction de
Monfieur l'Archevefque de Paris
fon Frere , de fi puiffantes raisons
GALANT. 177
ont efté fans force pour ébranler
fa conftance . Elle a triomphe de
l'ambition , & des tendreffes du
fang , c'est à dire , de ce qui flate
davantage l'efprit & le coeur.
Elle a fuplié Monfieur de Paris,
de faire agréer au Roy fes treshumbles
excufes , & de luy témoigner
la douleur qu'elle a de
n'eftre pas en état d'obeïr à Sa
Majefté , & de recevoir le bienfait
dont il luy plaifoit de l'honorer
; Que fon âge qui paffe foixante
ans , & fa mauvaiſe fanté,
ne luy permettoient pas d'embraffer
l'étroite Obfervance établie
à Port Royal ; Qu'elle ne
croyoit pas pouvoir en lûreté de
confcience & avec honneur , fe
mettre à la tefte d'une Communauté
qu'elle ne prefcheroit que
de parole, & non pas d'exemple
Qu'elle auroit peur de tomber
HS
178 MERCURE
dans le blâme des Pharifiens , à
qui le Sauveur du Monde reproche,
qu'ils chargeoient les Hommes
de fardeaux pefans qu'ils
n'auroient pas voulu toucher du
bout du doigt. Elle a enfin reprefenté
à Monfieur l'Archevefque,
Qu'il y avoit cinquante ans qu'el
le eftoit dans l'Abbaïe de la Virginité
; trente , qu'elle en eftoit
Abbeffe ; Que la douleur & les
larmes de quarante Filles qu'elle
avoit toutes élevées , la touchoient
, & qu'elle ne pouvoir fe
refoudre à les abandonner. En
effet , auffi -toft qu'elles fçûrent.
Ja nomination du Roy , elles allerent
ſe jetter aux pieds de Madame
de la Virginité , pour la fuplier
de demeurer avec elles .
C'eftoit une defolation fi generale
, qu'il fembloit que chacune
eûr perdu ce qu'elle avoit de plus
GALAN T. 179
proche. Elles redoublérent leurs
Prieres , leurs Communions , leurs
Jeûnes,leurs Difciplines, & toutes
leurs mortifications , pour obtenir
de Dieu qu'il leur laiffaft leur incomparable
Abbeffe . C'eſt une
Communauté où il y a grand
nombre de Religieufes forties de
Maiſons nobles & confiderables .
La reputation,la vertu , la civilité ,
& toutes les manieres engageantes
de Madame de la Virginité,
ont porté plufieurs Perfonnes de
qualité à mettre leurs Filles fous
fa conduite , qui eft admirable .
Elle a étably dans fon Abbaïe une
exacte clôture, le frequent ufage
des Sacremens , l'exercice de l'Oraiſon
mentale , les Retraites annuelles
de dix jours , la pratique
du filence , l'éloignement des converfations
du monde, & plufieurs
Obfervances regulieres.On y fait
>
H 6
180 MERCURE
des aumônes qui ſemblent furpaffer
le revenu de la Maiſon .
C'est l'Azile des Filles qui veulent
quiter la Religion Pretenduë
Reformée , pour fe faire Catholiques.
Toutes celles qui fe font
converties dans le Vendômois depuis
qu'elle eft Abbeffe , s'y font
venues faire inftruire , y ont fait
leur Abjuration , y ont demeuré
les unes plufieurs mois , les autres
plufieurs années gratuitement ;
il y en a toûjours eu , & il y en a
encore en cette maniere . Les Religieufes
de la Virginité font tresvertueules,
& ont beaucoup d'efprit.
Après avoir efté ſenſibles à
la douleur , elles ne l'ont pas moins
efté à la joye de conferver leur
tréfor.Auffi toft qu'elles (çeurent
que Roy avoit la bonté de leur
laiffer leur illuftre & chere Abbeffe
, elles allérent à l'Eglife
le
GALANT. 181
chanter le Te Deum en Mufique
tres- folemnellement , au fon des
Cloches & au bruit du Canon .
Il y eût des Feux de joye allumez ,
depuis fept heures du matin , jufques
au foir , & le lendemain
la Meffe d'action de graces fut
chantée par Monfieur l'Abbé de
Château Renault , Frere de Monfeur
le Chevalier de Château-
Renault , Commandeur d'une
Efcadre de Vaiffeaux , & Oncle
de Monfieur le Marquis de Château-
Renault , Colonel du Regiment
de Cambrefis , qui y eftoit
prefent , avec plufieurs Gentilshommes
du Païs . Tout le refte de
la Nobleffe du Vendômois & des
Provinces voisines , eft venu les
jours fuivans à la Virginité , feliciter
cette Abbeffe fur fa genereuſe
reſolution , auffi bien que
Meffieurs les Curez & Ecclefiafti182
MERCURE
ques. Les Communautez de Religieux
en ont deputé de leurs
Corps , pour luy rendre leurs devoirs.
Le Bailly de Vendôme , tous
les Officiers de la Juftice de Vendôme
& de Montoire , luy font
venus faire compliment , fur la
joye de voir qu'elle demeuroit ,
de même qu'ils étoient venus luy
témoigner leur douleur de la
perdre , & avec elle l'édification
& l'admiration de toute la Province.
dans l'un des Articles de cette
Lettre , que Madame de Harlay
de Chanvalon , Abbeffe de la
Virginité dans le Vendômois ,
illuftre par fa naiffance , par fon
efprit , & par la vertu , avoit eſté
nommée par le Roy à l'Abbaïe
de Port Royal de Paris. Cependant
cette Abbaie eft encore
vacante. Quoy qu'elle foit plus
confidérable & plus riche que
celle de Madame de la Virginité ,
dans la Ville Capitale du Royaume
, & fous la Jurifdiction de
Monfieur l'Archevefque de Paris
fon Frere , de fi puiffantes raisons
GALANT. 177
ont efté fans force pour ébranler
fa conftance . Elle a triomphe de
l'ambition , & des tendreffes du
fang , c'est à dire , de ce qui flate
davantage l'efprit & le coeur.
Elle a fuplié Monfieur de Paris,
de faire agréer au Roy fes treshumbles
excufes , & de luy témoigner
la douleur qu'elle a de
n'eftre pas en état d'obeïr à Sa
Majefté , & de recevoir le bienfait
dont il luy plaifoit de l'honorer
; Que fon âge qui paffe foixante
ans , & fa mauvaiſe fanté,
ne luy permettoient pas d'embraffer
l'étroite Obfervance établie
à Port Royal ; Qu'elle ne
croyoit pas pouvoir en lûreté de
confcience & avec honneur , fe
mettre à la tefte d'une Communauté
qu'elle ne prefcheroit que
de parole, & non pas d'exemple
Qu'elle auroit peur de tomber
HS
178 MERCURE
dans le blâme des Pharifiens , à
qui le Sauveur du Monde reproche,
qu'ils chargeoient les Hommes
de fardeaux pefans qu'ils
n'auroient pas voulu toucher du
bout du doigt. Elle a enfin reprefenté
à Monfieur l'Archevefque,
Qu'il y avoit cinquante ans qu'el
le eftoit dans l'Abbaïe de la Virginité
; trente , qu'elle en eftoit
Abbeffe ; Que la douleur & les
larmes de quarante Filles qu'elle
avoit toutes élevées , la touchoient
, & qu'elle ne pouvoir fe
refoudre à les abandonner. En
effet , auffi -toft qu'elles fçûrent.
Ja nomination du Roy , elles allerent
ſe jetter aux pieds de Madame
de la Virginité , pour la fuplier
de demeurer avec elles .
C'eftoit une defolation fi generale
, qu'il fembloit que chacune
eûr perdu ce qu'elle avoit de plus
GALAN T. 179
proche. Elles redoublérent leurs
Prieres , leurs Communions , leurs
Jeûnes,leurs Difciplines, & toutes
leurs mortifications , pour obtenir
de Dieu qu'il leur laiffaft leur incomparable
Abbeffe . C'eſt une
Communauté où il y a grand
nombre de Religieufes forties de
Maiſons nobles & confiderables .
La reputation,la vertu , la civilité ,
& toutes les manieres engageantes
de Madame de la Virginité,
ont porté plufieurs Perfonnes de
qualité à mettre leurs Filles fous
fa conduite , qui eft admirable .
Elle a étably dans fon Abbaïe une
exacte clôture, le frequent ufage
des Sacremens , l'exercice de l'Oraiſon
mentale , les Retraites annuelles
de dix jours , la pratique
du filence , l'éloignement des converfations
du monde, & plufieurs
Obfervances regulieres.On y fait
>
H 6
180 MERCURE
des aumônes qui ſemblent furpaffer
le revenu de la Maiſon .
C'est l'Azile des Filles qui veulent
quiter la Religion Pretenduë
Reformée , pour fe faire Catholiques.
Toutes celles qui fe font
converties dans le Vendômois depuis
qu'elle eft Abbeffe , s'y font
venues faire inftruire , y ont fait
leur Abjuration , y ont demeuré
les unes plufieurs mois , les autres
plufieurs années gratuitement ;
il y en a toûjours eu , & il y en a
encore en cette maniere . Les Religieufes
de la Virginité font tresvertueules,
& ont beaucoup d'efprit.
Après avoir efté ſenſibles à
la douleur , elles ne l'ont pas moins
efté à la joye de conferver leur
tréfor.Auffi toft qu'elles (çeurent
que Roy avoit la bonté de leur
laiffer leur illuftre & chere Abbeffe
, elles allérent à l'Eglife
le
GALANT. 181
chanter le Te Deum en Mufique
tres- folemnellement , au fon des
Cloches & au bruit du Canon .
Il y eût des Feux de joye allumez ,
depuis fept heures du matin , jufques
au foir , & le lendemain
la Meffe d'action de graces fut
chantée par Monfieur l'Abbé de
Château Renault , Frere de Monfeur
le Chevalier de Château-
Renault , Commandeur d'une
Efcadre de Vaiffeaux , & Oncle
de Monfieur le Marquis de Château-
Renault , Colonel du Regiment
de Cambrefis , qui y eftoit
prefent , avec plufieurs Gentilshommes
du Païs . Tout le refte de
la Nobleffe du Vendômois & des
Provinces voisines , eft venu les
jours fuivans à la Virginité , feliciter
cette Abbeffe fur fa genereuſe
reſolution , auffi bien que
Meffieurs les Curez & Ecclefiafti182
MERCURE
ques. Les Communautez de Religieux
en ont deputé de leurs
Corps , pour luy rendre leurs devoirs.
Le Bailly de Vendôme , tous
les Officiers de la Juftice de Vendôme
& de Montoire , luy font
venus faire compliment , fur la
joye de voir qu'elle demeuroit ,
de même qu'ils étoient venus luy
témoigner leur douleur de la
perdre , & avec elle l'édification
& l'admiration de toute la Province.
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Résumé : Belle action, [titre d'après la table]
Madame de Harlay de Chanvalon, abbesse de l'abbaye de la Virginité dans le Vendômois, a été désignée par le roi pour diriger l'abbaye de Port Royal de Paris. Elle a toutefois décliné cette nomination malgré les pressions exercées. Madame de Harlay a justifié son refus en invoquant son âge avancé et sa mauvaise santé, qui l'empêchaient de suivre la stricte observance de Port Royal. Elle a également exprimé son refus de quitter les quarante filles qu'elle avait élevées, ces dernières étant en détresse à l'idée de la perdre. La communauté de la Virginité, composée de religieuses issues de familles nobles et respectées, a accueilli favorablement la décision du roi d'accepter le refus de Madame de Harlay. Elles ont célébré cet événement par des prières, des jeûnes et des actions de grâce. La réputation de Madame de Harlay pour sa vertu et sa conduite exemplaire a attiré de nombreuses personnes de qualité à confier leurs filles à son abbaye. L'abbaye de la Virginité sert également de refuge pour les filles souhaitant se convertir au catholicisme. La communauté a exprimé sa joie par des célébrations solennelles, des feux de joie et des messes d'action de grâce, en présence de la noblesse locale et des ecclésiastiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 208-225
Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je n'ay point douté que vous ne fussiez contente du second Article [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Officiers, Repas, Marquis, Audience, Prince, Galeries, Compliments, Conquêtes, Carrosses, Saint-Cloud, Jardins, Réception, Cérémonie, Peuple, Amitié, Discours, Admiration, Bénédictions du ciel, Sa Majesté, Bonté, Adoration, Opéra, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Je n'ay point douté que vous
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
Fermer
Résumé : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
En octobre, deux mandarins envoyés par le roi de Siam sont arrivés à Calais avec six domestiques. Ils ont été accueillis par le major de la place et ont ensuite voyagé jusqu'à Paris, où ils ont reçu des honneurs militaires et civils. Leur interprète était le fils d'un Portugais né à Siam. Malgré leur sobriété alimentaire, ils ont été bien traités et ont pu observer diverses cérémonies et lieux prestigieux. À Paris, les mandarins ont rencontré plusieurs personnalités françaises, dont les marquis de Seignelay et de Vachet. Ils ont exprimé leur admiration pour la France et ont été impressionnés par la grandeur et la richesse des lieux visités, tels que le Palais-Royal, Chantilly et Versailles. Ils ont également assisté à des représentations théâtrales et à des cérémonies religieuses. La mission des mandarins était de s'informer sur les ambassadeurs envoyés par le roi de Siam à la cour française, présumés perdus. Ils ont rencontré le ministre Colbert de Croissy, qui leur a transmis les condoléances du roi de France et a exprimé le désir de renforcer les liens entre les deux royaumes. Ils ont également été reçus par le roi de France, qui les a honorés malgré leur statut non officiel d'ambassadeurs. Pendant leur séjour, les mandarins ont été surpris par le froid et la neige, éléments inconnus dans leur pays. Ils ont également été impressionnés par la liberté de parole et la diversité des gens en France. Avant leur départ, ils ont pris congé des ministres Colbert de Croissy et Seignelay. Une lettre sera envoyée en février pour discuter des préfets, des actions qu'ils ont entreprises et reçues, ainsi que de leur départ. Cette lettre mentionnera également le départ de Monsieur le Chevalier de Chaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 162-181
Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Comme tout ce qui regarde la santé est toûjours fort bien receu, [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Avantages, Mr Rouvière, Discours, Médecins, Faculté de médecine de Paris, Galien, Admiration, Ouvrages, Magistrats, Monarques, Traité, Antidote, Sciences, Remède, Pharmacie, Charlatans, Gloire, Professeurs, Critiques, Drogues, Doyen, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Comme tout ce quiregarde
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
Fermer
Résumé : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le texte traite de la réception favorable d'une lettre précédente concernant la thériaque, un remède médical, qui a suscité un grand intérêt. Cette lettre contenait des informations historiques et curieuses sur la préparation de la thériaque. Les discours de M. de Rouvière, approuvés par M. de la Reynie et M. Galant, ainsi que celui de M. Liénard, médecin du roi et professeur de pharmacie à la Faculté de Médecine de Paris, sont mis en avant comme essentiels pour l'histoire de la thériaque à Paris. Le texte compare l'attention des grands magistrats français à celle de l'empereur romain Galien, louant leurs efforts pour une composition exacte et fidèle du remède. Le roi Louis XIV est particulièrement salué pour son engagement envers ses sujets, inspirant les professeurs à atteindre l'excellence dans la préparation de la thériaque. À Paris, quatre apothicaires préparent ce remède, marquant une renaissance de cet art. La vigilance des magistrats de police assure la qualité et l'authenticité de la thériaque, protégée contre les falsifications. Le professeur de pharmacie de la Faculté de Médecine de Paris exprime sa reconnaissance et met en garde contre les perturbations possibles. Le 12 mars, M. de Rouvière présente les drogues utilisées pour la thériaque devant une assemblée nombreuse, et M. Pilon, doyen de la Faculté, conclut avec un discours élogieux. La préparation de la thériaque à Venise, en présence du Sénat, est également mentionnée pour souligner son importance et sa solennité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1-13
Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Quelque éclat qui ait accompagné le grand nombre de Victoires [...]
Mots clefs :
Victoires, Europe, Roi de France, Gloire, Admiration, Actions, Monarque, Sujets, Ministres, Affaires, Bonté, Arrêt du conseil, Malheureux, Éloges, Louis le Grand, Devises, Inscriptions, Dictionnaire, Palais de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
UELQUE éclat qui
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
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Résumé : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
En mai 1685, le roi Louis XIV a accordé une remise annuelle de plus de sept cent mille livres pendant trois ans à plusieurs fermiers généraux, démontrant ainsi sa générosité. Cette décision, examinée personnellement par le roi pour garantir son équité, concernait plus de quarante personnes mentionnées dans un arrêt du Conseil d'État. La réputation du roi est souvent comparée à celle des grands princes de l'histoire, comme le montre l'ouvrage 'Parallèle de Louis le Grand avec les autres Princes qui ont été surnommés Grands' par M. de Verton. Un dictionnaire historique des conquêtes du roi de 1643 à 1679 témoigne également de ses réalisations. Louis XIV est décrit comme modeste face aux éloges, préférant être moins loué. Le texte évoque également des inscriptions poétiques destinées à orner les palais de Versailles et du Louvre, soulignant la supériorité du roi sur la nature et l'art. Une inscription anonyme, destinée au Louvre, est portée par une figure allégorique de la Renommée tenant le portrait du roi et une trompette. Les vers de cette inscription comparent la grandeur et la majesté du roi à celles des empereurs romains, affirmant : 'Monde, viens voir ce que je vois, Et ce que le Soleil admire, Rome dans un Palais, dans Paris un Empire, Et tous les Césars dans un Roy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 81-85
Montre à eau. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay dans ma Lettre du mois de Mars 1678 [...]
Mots clefs :
Muse, Mathématique, Parnasse, Montre, Ouvrage, Invention , Eau, Aiguilles, Cadran, Étui, Décors, Saisons, Pyramide, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Montre à eau. [titre d'après la table]
Je vous parlay dans ma Lettre
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
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Résumé : Montre à eau. [titre d'après la table]
Le texte décrit deux inventions horlogères remarquables. La première montre, mentionnée en mars et juillet 1678, fonctionne sans remontage pendant un an grâce à des principes naturels. La seconde invention est une montre à eau, alimentée par une chopine d'eau, capable de fonctionner pendant vingt-six heures. L'eau, mue par la pression atmosphérique et la gravité, fait tourner l'aiguille de manière fluide et imperceptible. Cette montre a une forme pyramidale, mesure un pied carré, et son étui ionique est décoré de coquillages, portraits et paysages. Les quatre saisons sont représentées par des figures d'émail aux coins, chacune tenant un symbole approprié : une fleur pour le printemps, une gerbe de blé pour l'été, un raisin pour l'automne et un fagot pour l'hiver. Au sommet, les cinq sens sont illustrés, avec la vue tenant une lunette. Une inscription latine, 'Si cut aquæ dilabimur', figure à la base. Plusieurs experts en mathématiques hydrauliques ont admiré cette montre sans réussir à en percer le secret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1-7
PRelude. [titre d'après la table]
Début :
Ce que vous me dites, Madame, que vous avez senty en lisant le [...]
Mots clefs :
Princes, Souverains, Puissances, Admiration, Divan d'Alger, Esclaves, Tripoli, Madrigal, Religion catholique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRelude. [titre d'après la table]
E que vous me dites
, Madame
, que
vous avez fenty en
lifant le commencement de
ma Lettre de Juillet , a efté
commun à la plus part de
ceux qui l'ont leue . Ce pre-
Aoust 1685.
A
2 MERCURE
mier Article leur a fait verfer
des larmes de joye ; &
j'ajoûterois qu'il a redoublé
dans leurs coeurs , ces vifs
fentimens d'amour que les
Sujets ont naturellement
pour leurs Princes, s'il eftoit
poffible que celuy que tous
les François ont pour le Roy,
fuft encore capable de quelque
augmentation . Je ne
doute point que cette mefme
action que je vous ay décrite
la derniere fois, & dont
vous avez efté fi fortement
pénetrée , n'ait produit le
mefme effet dans les coeurs
GALANT.
3
d'une partie des Sujets de
tous les Souverains de l'Europe,
puis qu'il y a dans les Etats
de toutes ces Puiffances
d'heureux infortunez, qui ſe
feront un plaifir toute leur
vie de publier les louanges
de l'incomparable Monarque
, auquel ils doivent une
liberté , que par toutes les
raifons que
que je vous ay déja
expliquées , ils eftoient hors
d'efperance de trouver jamais
les moyens de recouvrer
. Ainfi leur malheur ne
pouvoit croiftre , puis qu'il
n'y en a point de plus grand
A ij
4 MERCURE
que celuy de ne pouvoir efperer
aucun foulagement à
fes peines. Mais le Roy ne
faifant rien que de grand
,
l'étonnement doit ceffer
pour faire place à tout ce
que l'admiration peut produire
de plus fort . En effet ,
on n'en
en fçauroit trop avoir
pour une action auffi ſurprenante
que cette derniere
qui a touché le Divan d'Alger
, c'eft à dire , une Affemblée
de coeurs endurcis , &
qui n'avoient jamais connu
ces émotions , qu'on ne reffent
que lors qu'un parfait
GALANT. 5
merite , & des vertus vrayment
extraordinaires lesfont
naître. Les bontez du Roy
n'en font pas demeurées à ce
que je vous ay dit, touchant
les Efclaves de toutes les Nations
de l'Europe , qu'il a
voulu que les Algeriens ayet
rendus. L'affaire de Tripoli
en eſt une fuite glorieuſe ,
meſme pour les malheureux
qui nefont pas nezfes Sujets .
C'est ce qui a obligé M. Vignier
à faire le Madrigal fuivant.
Il eft adreffé aux Peres
de la Mercy , que leur Inftitution
engage à employer
a
A iij
6 MERCURE
le
ratous
leurs foins
chapt des Efclaves.
Mc
pour
Es Peres , vivez en repos ,
Cherchez un plus doux exercice
;
Ne vous expofez plus à la mercy
des flots ,
LOUIS LE GRANDfait voftre
office.
Alger de fon deffein vit le commen
cement ;
A Tripoli prefentement ,
Des Efclavas Chretiens il a finy les
peines ;
Ses Bombes fes Canons ,
Scavent bien mieux rompre leurs
chaifnes ,
Qne ne faifoient vos Patagons.
GALANT. 7
Je devrois icy ,fuivant ma
coûtume , vous dire ce qui
s'eſt paffé à Tripoli , & enfuite
vous entretenir des Arrefts,
Edits , Declarations, &
generalement de tout ce
que le Roy a fait depuis un
mois , pour le bien de fes Sujets
, & pour l'avancement
de la Religion Catholique;
mais comme j'attens encore
quelque éclairciffement fur
ces diverfes matieres , vous
ne trouverez toutes ces cho
fur la fin de ma Let- fes
tre.
, Madame
, que
vous avez fenty en
lifant le commencement de
ma Lettre de Juillet , a efté
commun à la plus part de
ceux qui l'ont leue . Ce pre-
Aoust 1685.
A
2 MERCURE
mier Article leur a fait verfer
des larmes de joye ; &
j'ajoûterois qu'il a redoublé
dans leurs coeurs , ces vifs
fentimens d'amour que les
Sujets ont naturellement
pour leurs Princes, s'il eftoit
poffible que celuy que tous
les François ont pour le Roy,
fuft encore capable de quelque
augmentation . Je ne
doute point que cette mefme
action que je vous ay décrite
la derniere fois, & dont
vous avez efté fi fortement
pénetrée , n'ait produit le
mefme effet dans les coeurs
GALANT.
3
d'une partie des Sujets de
tous les Souverains de l'Europe,
puis qu'il y a dans les Etats
de toutes ces Puiffances
d'heureux infortunez, qui ſe
feront un plaifir toute leur
vie de publier les louanges
de l'incomparable Monarque
, auquel ils doivent une
liberté , que par toutes les
raifons que
que je vous ay déja
expliquées , ils eftoient hors
d'efperance de trouver jamais
les moyens de recouvrer
. Ainfi leur malheur ne
pouvoit croiftre , puis qu'il
n'y en a point de plus grand
A ij
4 MERCURE
que celuy de ne pouvoir efperer
aucun foulagement à
fes peines. Mais le Roy ne
faifant rien que de grand
,
l'étonnement doit ceffer
pour faire place à tout ce
que l'admiration peut produire
de plus fort . En effet ,
on n'en
en fçauroit trop avoir
pour une action auffi ſurprenante
que cette derniere
qui a touché le Divan d'Alger
, c'eft à dire , une Affemblée
de coeurs endurcis , &
qui n'avoient jamais connu
ces émotions , qu'on ne reffent
que lors qu'un parfait
GALANT. 5
merite , & des vertus vrayment
extraordinaires lesfont
naître. Les bontez du Roy
n'en font pas demeurées à ce
que je vous ay dit, touchant
les Efclaves de toutes les Nations
de l'Europe , qu'il a
voulu que les Algeriens ayet
rendus. L'affaire de Tripoli
en eſt une fuite glorieuſe ,
meſme pour les malheureux
qui nefont pas nezfes Sujets .
C'est ce qui a obligé M. Vignier
à faire le Madrigal fuivant.
Il eft adreffé aux Peres
de la Mercy , que leur Inftitution
engage à employer
a
A iij
6 MERCURE
le
ratous
leurs foins
chapt des Efclaves.
Mc
pour
Es Peres , vivez en repos ,
Cherchez un plus doux exercice
;
Ne vous expofez plus à la mercy
des flots ,
LOUIS LE GRANDfait voftre
office.
Alger de fon deffein vit le commen
cement ;
A Tripoli prefentement ,
Des Efclavas Chretiens il a finy les
peines ;
Ses Bombes fes Canons ,
Scavent bien mieux rompre leurs
chaifnes ,
Qne ne faifoient vos Patagons.
GALANT. 7
Je devrois icy ,fuivant ma
coûtume , vous dire ce qui
s'eſt paffé à Tripoli , & enfuite
vous entretenir des Arrefts,
Edits , Declarations, &
generalement de tout ce
que le Roy a fait depuis un
mois , pour le bien de fes Sujets
, & pour l'avancement
de la Religion Catholique;
mais comme j'attens encore
quelque éclairciffement fur
ces diverfes matieres , vous
ne trouverez toutes ces cho
fur la fin de ma Let- fes
tre.
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Résumé : PRelude. [titre d'après la table]
En août 1685, une lettre évoque la réaction du public à une action récente du roi de France. Le début de cette lettre, écrite en juillet, a provoqué des larmes de joie chez ses lecteurs, renforçant leur amour pour le souverain. Cette action royale a également ému les sujets de divers souverains européens, notamment les esclaves libérés par le roi. Ce dernier a en effet affranchi des esclaves de toutes les nations européennes détenus à Alger et à Tripoli, une initiative qualifiée de surprenante et admirable. L'auteur mentionne un madrigal adressé aux Pères de la Mercy, soulignant que le roi a pris en charge leur mission de libérer les esclaves chrétiens. La lettre promet de fournir plus de détails sur les événements récents et les actions royales visant le bien-être de ses sujets et l'avancement de la religion catholique.
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7
p. 2-52
Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui m'oblige à commencer cette Lettre par le / Qu'attendez-vous de moy, Messieurs ? Avez-vous esperé que je [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Panégyrique, Histoire, Troupes, Éloges, Vainqueur, Ennemis, Éloquence, Statue, Admiration, Sagesse, Trône, Guerre, Passion, Justice, Conquérant, Sujets, Modération, Empire, Piété, Zèle, Monde chrétien, Merveilles, Hérésie, Prodiges, Bataille, Héros, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
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Résumé : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Le texte est une lettre relatant un panégyrique du roi Louis XIV prononcé par le père Fejacq à Caen le 5 septembre lors de l'inauguration d'une statue en son honneur. Le discours souligne la grandeur et les exploits de Louis XIV, le présentant comme celui qui assure le bonheur de la France, influence la destinée de l'Europe et suscite l'admiration universelle. Le père Fejacq reconnaît la difficulté de louer un prince aussi exceptionnel, mais accepte cette tâche par respect pour le roi et pour plaire à son auditoire. Louis XIV est décrit comme un souverain dévoué au bien de ses sujets et de son pays, ayant maintenu la paix et protégé la France contre les menaces extérieures. Ses réalisations incluent l'établissement du commerce, la sécurité maritime, la réforme des lois, l'ordre judiciaire et la discipline des armées, rendant ainsi la France prospère et respectée. Le roi est également loué pour ses lois visant à maintenir la tranquillité et à promouvoir la vertu, ainsi que pour sa sollicitude envers les malheureux. Ses conquêtes dans les Pays-Bas, ses actions humanitaires en Afrique et en Palestine, et son rôle de défenseur des vérités orthodoxes sont également soulignés. Le texte invite l'Église à reconnaître les services rendus par Louis XIV. Le roi est présenté comme un conquérant juste, cherchant la justice et la protection de ses sujets. Le texte met en garde contre l'arrogance, en prenant l'exemple d'Alexandre le Grand, et présente Louis XIV comme un modèle de vertu, privilégiant le repos de ses sujets et la paix à la gloire militaire. Ses réalisations incluent des armées prêtes au combat, des flottes puissantes, des fortifications, des richesses immenses et des palais magnifiques. Le texte loue également ses œuvres de bienfaisance, comme l'accueil des malheureux et le soutien aux jeunes guerriers. Le physique et le caractère de Louis XIV sont décrits avec admiration, soulignant sa grâce, sa majesté, et son mélange de douceur et de fermeté. Le texte se conclut par des prières pour la longévité de son règne et pour qu'il continue à bénéficier des grâces divines, afin qu'il puisse achever ses projets pour la gloire de Dieu et le bien de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
s. p.
A MONSEIGNEUR / MONSEIGNEUR LE COMTE DE THOULOUSE, GRAND ADMIRAL D[E] FRANCE.
Début :
MONSEIGNEUR, Entre les merveilles que les Ambassadeurs de Siam ont [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Comte de Toulouse, Sang, Monde, Admiration, Rang, Éclat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR / MONSEIGNEUR LE COMTE DE THOULOUSE, GRAND ADMIRAL D[E] FRANCE.
A MONSEIGNEUR
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE
THOULOUSE ,
* GRAND ADMIRAL
M
DE FRANCE.
ONSEIGNEUR ,
Entre les merveilles que les Ambas-
Sadeurs de Siam ont vûës en France',
rien ne les a Surpris davantage que
a ij
EPITRE.
V. A. Apeine furent ils arrivez à
Clagny , où ils devoient loger pendant
leur séjour à Versailles , que leur cu
riofité les porta dans le fardin. Vous
vous y promeniez , MONSEIGNEUR ,
ils vous virent ,& demeurerent dans
une admiration qu'ilferoit difficile de
bien exprimer. Ils ne sçavoien: point
que vous fortiez da plus auguste ,
du plus beau Sang du monde ; mais
vous ne laiſſâtes pas d'imprimer dans
leurs coeurs la veneration qui luy eft
deuë. S'estant ensuite avancez vers
V. A. ils furent d'abord frapezde certains
traits vifs qui les charmerent.
Ils vous prirent presque pour un Dieu
&une crainte reſpectueuse les empescha
de vous aborder. Mais comme ils
curent lieu de mieux remarquer toute
voſtre Personne , parce qu'ils estoient
alors plus prés de V. A. vostre beauté
leur caufa une nouvelle ſurpriſe , dont
ils ne fortirent qu'après avoirſceuvô
EPITRE .
t
5
د
S
tre Naiſſance. Ils se Sceurent bon gré
d'avoir cru que vous ne pouviez estre
- forty que d'un Sang dont l'éclat a cau
s ſe de l'admiration à toute la terre ,&
demanderent qu'il leur fust permis d'avoir
l'honneur de vous faluër ; mais
leur furprise augmenta pour la troifié.
me fois , lors qu'avec un air de grandeur
qui brilloit parmy les traits d'une
vive jeunesse , & toute la beautéde
l'Amour, ils trouverent un esprit beauf
coup au deſſus de vos années , avec des
manieres toutes engageantes , quoy que
- foûtenues de cette noble fierté qui fied
- fi bien à tous ceux de vostre rang. Il
t
s
S
S
4
S
e
est impoſſible d'entrer affez dans les
- fentimens que V.A.leur inspira. Ils mirent
tous leurs yeux & toute leur atten
tion à vous confiderer , toutes les forces
de leur imagination à bien concevoir ce
é qu'ils voyoient,& tout leur eſprit àvous
admirer.Ainsi tout agiſſant eneux avec
- force,& en même temps, ils auroient es
t
t
EPITRE.
beaucoup de peine àdire eux-mêmes ce
qu'ils pensoient en ce moment , parce
qu'ils estoient trop remplis de tout ce
qu'ils trouvoient digned'admiration en
V.A.Vous n'avez qu'à croiſtre , MONSEIGNEUR
, & nous entendrons parler
de vous d'une maniere qui fera biendu
bruit dans le monde. Vous ne jetterez
pas seulement de l'effroy dans les coeurs
des Ennemis de Sa Majesté , les Belles
craindront , les Maris trembleront, &
les Armans auront grand peur. Combien
alors de jaloux au deſeſpoir ! mais vOUS
ne joüirez qu'imparfaitement du plai
fir de la victoire , estant certain que
quand mesme vous auriez tous les Rois
du monde pour Rivaux , il n'y en auroit
arcun qui ofaft vous l'avoüer. Afin que
vous fuffiez tout- à-fait heureux, il fe
roit à fouhaiter qu'ils se déclaraſſent ,
puis que vous auriez la ſenſiblefatisfaction
den triompher de toutes manie
res. Tout se trouve dans vostre Sang
EPITRE.
5
5
S
e
Lanaiſſance,la beauté,la valeur& l'efprit
,&pardeſſus toutes ces chofes , une
éducation digne de ce que vous estes
né , & de la Perſonne qui en prend
foin , met le comble à tout ce que la
Nature vous a liberalement donné..
Vous voyez dans ce mesme Sang tout
ce qu'ily a de plus grand au monde ;
Vous y remarquez le bon & le grand
goust,& le juste discernement pourtout
ce qui en demande , & tout cela joint à
une pieté d'autant plus veritable , que
l'Hypocrifie n'y ayant aucune part ,
n'a rien de l'austerité qui la rendroit
ridicule , & pen pratiquable à la Cour.
Vous voyez tout ce qu'un rang élevé
demande de magnificence , tout ceque
la generosité & la parfaite connoisfancede
toutes choses , exigent pour la
faire briller , tout l'esprit qu'il faut
avoir pourſoûtenir avec dignité l'éclat
d'un rang si baut &fi glorieux;& en
fin toutce qui fait l'accomplisſſement dus
elle
a iij
EPITRE..
vray merite. Tout ce que je vous dis ,
MONSEIGNEUR , vous doit faire affez
connoistre que je ne parle que d'une
partie du Sang qui vous aformé,puis
que l'autre n'est pas moins au deſſus
des loüanges,qu'elle est au deſſus de tous
les Souverains de la Terre. Jefçay que
je n'aurois pas à craindre de 'vous en
nuyer , ſi j'ofois me hazarder à vous en
entretenir , mais ce n'estpas icy le lien
d'entrer dans une matiere si vaste
Comme on ne la peut quitter quand
on en a une fois commencé l'ébauche ,
elle m'empefcheroit trop long-temps de
vous affeurer que je suis avec un tresprofond
respect
MONSEIGNEUR ,
De V. A.
Le tres-humble& tres-
> obeiffant Serviteur ..
DEVIZE
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE
THOULOUSE ,
* GRAND ADMIRAL
M
DE FRANCE.
ONSEIGNEUR ,
Entre les merveilles que les Ambas-
Sadeurs de Siam ont vûës en France',
rien ne les a Surpris davantage que
a ij
EPITRE.
V. A. Apeine furent ils arrivez à
Clagny , où ils devoient loger pendant
leur séjour à Versailles , que leur cu
riofité les porta dans le fardin. Vous
vous y promeniez , MONSEIGNEUR ,
ils vous virent ,& demeurerent dans
une admiration qu'ilferoit difficile de
bien exprimer. Ils ne sçavoien: point
que vous fortiez da plus auguste ,
du plus beau Sang du monde ; mais
vous ne laiſſâtes pas d'imprimer dans
leurs coeurs la veneration qui luy eft
deuë. S'estant ensuite avancez vers
V. A. ils furent d'abord frapezde certains
traits vifs qui les charmerent.
Ils vous prirent presque pour un Dieu
&une crainte reſpectueuse les empescha
de vous aborder. Mais comme ils
curent lieu de mieux remarquer toute
voſtre Personne , parce qu'ils estoient
alors plus prés de V. A. vostre beauté
leur caufa une nouvelle ſurpriſe , dont
ils ne fortirent qu'après avoirſceuvô
EPITRE .
t
5
د
S
tre Naiſſance. Ils se Sceurent bon gré
d'avoir cru que vous ne pouviez estre
- forty que d'un Sang dont l'éclat a cau
s ſe de l'admiration à toute la terre ,&
demanderent qu'il leur fust permis d'avoir
l'honneur de vous faluër ; mais
leur furprise augmenta pour la troifié.
me fois , lors qu'avec un air de grandeur
qui brilloit parmy les traits d'une
vive jeunesse , & toute la beautéde
l'Amour, ils trouverent un esprit beauf
coup au deſſus de vos années , avec des
manieres toutes engageantes , quoy que
- foûtenues de cette noble fierté qui fied
- fi bien à tous ceux de vostre rang. Il
t
s
S
S
4
S
e
est impoſſible d'entrer affez dans les
- fentimens que V.A.leur inspira. Ils mirent
tous leurs yeux & toute leur atten
tion à vous confiderer , toutes les forces
de leur imagination à bien concevoir ce
é qu'ils voyoient,& tout leur eſprit àvous
admirer.Ainsi tout agiſſant eneux avec
- force,& en même temps, ils auroient es
t
t
EPITRE.
beaucoup de peine àdire eux-mêmes ce
qu'ils pensoient en ce moment , parce
qu'ils estoient trop remplis de tout ce
qu'ils trouvoient digned'admiration en
V.A.Vous n'avez qu'à croiſtre , MONSEIGNEUR
, & nous entendrons parler
de vous d'une maniere qui fera biendu
bruit dans le monde. Vous ne jetterez
pas seulement de l'effroy dans les coeurs
des Ennemis de Sa Majesté , les Belles
craindront , les Maris trembleront, &
les Armans auront grand peur. Combien
alors de jaloux au deſeſpoir ! mais vOUS
ne joüirez qu'imparfaitement du plai
fir de la victoire , estant certain que
quand mesme vous auriez tous les Rois
du monde pour Rivaux , il n'y en auroit
arcun qui ofaft vous l'avoüer. Afin que
vous fuffiez tout- à-fait heureux, il fe
roit à fouhaiter qu'ils se déclaraſſent ,
puis que vous auriez la ſenſiblefatisfaction
den triompher de toutes manie
res. Tout se trouve dans vostre Sang
EPITRE.
5
5
S
e
Lanaiſſance,la beauté,la valeur& l'efprit
,&pardeſſus toutes ces chofes , une
éducation digne de ce que vous estes
né , & de la Perſonne qui en prend
foin , met le comble à tout ce que la
Nature vous a liberalement donné..
Vous voyez dans ce mesme Sang tout
ce qu'ily a de plus grand au monde ;
Vous y remarquez le bon & le grand
goust,& le juste discernement pourtout
ce qui en demande , & tout cela joint à
une pieté d'autant plus veritable , que
l'Hypocrifie n'y ayant aucune part ,
n'a rien de l'austerité qui la rendroit
ridicule , & pen pratiquable à la Cour.
Vous voyez tout ce qu'un rang élevé
demande de magnificence , tout ceque
la generosité & la parfaite connoisfancede
toutes choses , exigent pour la
faire briller , tout l'esprit qu'il faut
avoir pourſoûtenir avec dignité l'éclat
d'un rang si baut &fi glorieux;& en
fin toutce qui fait l'accomplisſſement dus
elle
a iij
EPITRE..
vray merite. Tout ce que je vous dis ,
MONSEIGNEUR , vous doit faire affez
connoistre que je ne parle que d'une
partie du Sang qui vous aformé,puis
que l'autre n'est pas moins au deſſus
des loüanges,qu'elle est au deſſus de tous
les Souverains de la Terre. Jefçay que
je n'aurois pas à craindre de 'vous en
nuyer , ſi j'ofois me hazarder à vous en
entretenir , mais ce n'estpas icy le lien
d'entrer dans une matiere si vaste
Comme on ne la peut quitter quand
on en a une fois commencé l'ébauche ,
elle m'empefcheroit trop long-temps de
vous affeurer que je suis avec un tresprofond
respect
MONSEIGNEUR ,
De V. A.
Le tres-humble& tres-
> obeiffant Serviteur ..
DEVIZE
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Résumé : A MONSEIGNEUR / MONSEIGNEUR LE COMTE DE THOULOUSE, GRAND ADMIRAL D[E] FRANCE.
Le texte est une épître adressée à Monseigneur le Comte de Thoulouse, Grand Admiral de France. Lors de leur séjour à Clagny et à Versailles, les ambassadeurs de Siam sont profondément impressionnés par Monseigneur. Ils le voient se promener et sont frappés par sa majesté et sa beauté, le prenant presque pour un dieu. Les ambassadeurs admirent sa naissance illustre, sa beauté, son esprit et ses manières engageantes. Monseigneur est décrit comme ayant une éducation digne de son rang et de la personne qui en prend soin. Son sang est loué pour réunir la naissance, la beauté, la valeur, l'esprit et une piété véritable. Le texte souligne également sa magnificence, sa générosité et son discernement. L'auteur exprime son admiration pour Monseigneur et son sang, tout en reconnaissant que l'autre partie de son sang est également au-dessus des louanges et des souverains de la Terre. L'épître se conclut par une assurance de respect profond.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
s. p.
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
Début :
MONSEIGNEUR, S'il n'y a rien de plus difficile [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Roi, Siège, Prince, Ennemis, Place, Vie, Temps, Ordres, Âge, Lieux, Monarque, Places, Guerre, Troupes, Combat, Reine, Admiration, Actions, Attaque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
ASON ALTESSE ROYALE
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
Fermer
Résumé : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
L'épître est adressée à Monseigneur le Duc d'Orléans, frère unique du roi, et met en lumière les vertus et les exploits du Duc. L'auteur reconnaît la difficulté de décrire une vie aussi glorieuse et vertueuse, tout en soulignant que les bonnes inclinations d'un prince peuvent se manifester dès l'enfance, bien que l'histoire offre des exemples contraires. Le Duc d'Orléans est loué pour son respect et sa tendresse envers la reine, sa mère, ainsi que pour son attachement au roi. Il a souvent préféré la compagnie de la reine aux plaisirs habituels de son âge, et son chagrin était visible lorsqu'il croyait lui avoir déplu. La reine souhaitait qu'il se rapproche du roi, ce qui fut réalisé. Leur relation est marquée par une respectueuse amitié et une parfaite intelligence, renforcée par des divertissements et des spectacles où ils brillaient ensemble. Lors des divertissements martiaux, le Duc et le roi se distinguaient dans les carrousels et les fêtes guerrières. Leur union a été admirée par le roi de Siam, qui y voyait une clé du bonheur et de la prospérité de l'État français. L'épître détaille également les exploits militaires du Duc, notamment lors de la guerre contre une puissance inférieure. Le Duc a joué un rôle crucial dans la prise de plusieurs places fortes, comme Orsoy, Zutphen, et Bouchain, montrant un courage et une détermination exceptionnels, souvent au péril de sa vie. Il a également participé à la bataille de Cassel, où il a mené les troupes avec ardeur et stratégie. Sa conduite sage et brave a été saluée par tous. Enfin, l'épître souligne la magnificence du Duc, visible dans ses bâtiments superbes, ses meubles magnifiques, et la richesse de ses pierreries, tout en notant que ces richesses n'entravent pas sa noblesse et sa générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 287-316
Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Début :
Ils retournerent à Versailles deux jours aprés pour prendre leur [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Ambassadeurs, Audience de congé, Audiences, Harangues, Prince, Maître, Duc, France, Majesté, Qualités, Duc, Congé, Apprendre, Admiration, Honneur, Audience, Vertus, Amitié, Ordres, Orient, Roi de Siam, Ciel, Retour
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texteReconnaissance textuelle : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Ils retournerent àVerſailles
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
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Résumé : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam retournèrent à Versailles deux jours après leur première audience pour prendre congé du roi. Lors de cette audience, l'ambassadeur et le duc de la Feuillade discutèrent des figures de bronze en France et des métaux utilisés à Siam. Le duc affirma sa maîtrise en fonte des métaux. La conversation porta ensuite sur les émotions de l'ambassadeur, qui exprima sa joie à l'idée de voir le roi et sa tristesse à l'idée de partir, mais aussi sa détermination à raconter les magnificences et les vertus du roi de France au roi de Siam. L'audience de congé se déroula avec les mêmes cérémonies que la première audience. L'ambassadeur fit un compliment en siamois, traduit par l'abbé de Lionne. Il demanda la permission de retourner auprès de leur roi, exprimant l'impatience de ce dernier d'apprendre le succès de l'ambassade et les merveilles à raconter. Les ambassadeurs soulignèrent les qualités extraordinaires du roi de France, sa majesté, sa douceur et son affabilité, et exprimèrent leur admiration et leur reconnaissance. Après cette harangue, qui reçut de grands applaudissements, les ambassadeurs eurent seize autres audiences le même jour, commençant par celle de Monseigneur. Ils adressèrent des compliments à divers membres de la famille royale, louant leurs qualités et exprimant leur admiration. Ils promirent de rapporter ces compliments et ces admiractions à leur roi et de publier les vertus du roi de France dans l'Orient. Les ambassadeurs rencontrèrent également Mademoiselle d'Orléans, Madame la Princesse, Monsieur le Duc, Madame la Princesse de Conti et Monsieur le Prince de Conti. Les compliments échangés reflétaient l'affection pour le roi de Siam et l'estime pour les ambassadeurs. Le même jour, ils prirent congé de Monsieur de Croissy, qui parla de la religion chrétienne de manière éloquente et persuasive, suscitant l'admiration des présents. Ils se rendirent également chez Monsieur de Seignelay, qui les complimenta sur la réputation qu'ils emportaient de France avant de discuter d'affaires.
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11
p. 7-11
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Je ne dis rien de nouveau, Madame, en vous disant [...]
Mots clefs :
Académie royale d'Angers, Prix de poésie, Roi, Peuples éloignés, Admiration, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
Ene dis rien de
nouveau, Madame,
en vous disant
que toute la Terre
est remplie de la reputation
du Roy. Mille actions qui
ébloüissent jusques aux Jaloux
de sa grandeur
,
leur
arrachent les loüanges qu'il
est impossible de refuser à
la vérité. Elles font dans la
bouche des Peuples les plus
éloignez,dont les Souverains
luy ont envoyé des Ambassadeurs
pour estretémoins
des merveilles de sa vie. Ses
Sujets qui luy doivent plus
que les Nations Etran gères;
parlent à toute heure avec
admiration de ses grandes
qualitez; mais quelques justes
que soient les divers Eloges
qui luy font donnez de toutes
parts, il est certain que
l'on n'en voit point de meilleur
goust, que ceux qu'on
trouve employez dans les
Ouvrages qui remportent les
Prix proposez par les Academies
des Gens de Lettres. Il
n'y en a aucune aujourd'huy,
qui ne choisisse quelque action
de ce grand Monarque
pour le sujet de ces Prix
, &
comme la matiere est toûjours
belle, que l'émulation
de ceux qui travaillent est
grande, &que les Juges font
fort éclairez, il ne faut pas
s'étonner si les Ouvrages de
cette nature sont plus reguliers
& plusachevez que
beaucoup d'autres. Voicy celuy
qui a remporté cette année
le prix dePoësiepar le jugement
de l'Academie Royale
d'Angers. Elle avoit marqué
pour sujet,les sentimens
de respect & d'admiration
dont les Peuples les plus
éloignez ont donné des témoignages
au Roy par de
celebres Ambassades. La
Priere que vous trouverez à
la fin de cette Piece, est
d'une obligation indispensable,
& c'est par là que doiventfinir
tous ceux qui veulent
entrer dans cette forte
de lice.
nouveau, Madame,
en vous disant
que toute la Terre
est remplie de la reputation
du Roy. Mille actions qui
ébloüissent jusques aux Jaloux
de sa grandeur
,
leur
arrachent les loüanges qu'il
est impossible de refuser à
la vérité. Elles font dans la
bouche des Peuples les plus
éloignez,dont les Souverains
luy ont envoyé des Ambassadeurs
pour estretémoins
des merveilles de sa vie. Ses
Sujets qui luy doivent plus
que les Nations Etran gères;
parlent à toute heure avec
admiration de ses grandes
qualitez; mais quelques justes
que soient les divers Eloges
qui luy font donnez de toutes
parts, il est certain que
l'on n'en voit point de meilleur
goust, que ceux qu'on
trouve employez dans les
Ouvrages qui remportent les
Prix proposez par les Academies
des Gens de Lettres. Il
n'y en a aucune aujourd'huy,
qui ne choisisse quelque action
de ce grand Monarque
pour le sujet de ces Prix
, &
comme la matiere est toûjours
belle, que l'émulation
de ceux qui travaillent est
grande, &que les Juges font
fort éclairez, il ne faut pas
s'étonner si les Ouvrages de
cette nature sont plus reguliers
& plusachevez que
beaucoup d'autres. Voicy celuy
qui a remporté cette année
le prix dePoësiepar le jugement
de l'Academie Royale
d'Angers. Elle avoit marqué
pour sujet,les sentimens
de respect & d'admiration
dont les Peuples les plus
éloignez ont donné des témoignages
au Roy par de
celebres Ambassades. La
Priere que vous trouverez à
la fin de cette Piece, est
d'une obligation indispensable,
& c'est par là que doiventfinir
tous ceux qui veulent
entrer dans cette forte
de lice.
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Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière la renommée du roi, dont les actions admirables suscitent l'admiration, même parmi ses détracteurs. Sa grandeur est reconnue par des peuples lointains, qui lui envoient des ambassadeurs pour témoigner de ses exploits. Les sujets du roi ainsi que les nations étrangères louent ses qualités exceptionnelles. Les éloges les plus authentiques proviennent des œuvres littéraires primées par les académies. Chaque année, ces académies choisissent une action du roi comme sujet pour leurs prix littéraires, assurant ainsi des œuvres de haute qualité grâce à l'émulation des auteurs et à la sagacité des juges. Cette année, l'Académie Royale d'Angers a décerné le prix de poésie pour un ouvrage sur les sentiments de respect et d'admiration exprimés par des ambassades célèbres. Le texte se termine par une prière, indispensable pour ceux qui souhaitent participer à cette compétition littéraire.
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12
p. 158-164
Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est si commun que les Vers, rien n'est si rare / Permettez-moy Madame, de vous dire, que je suis [...]
Mots clefs :
Héros, Idées brillantes, Madame, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Rien n'eft fi.commun que
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy unc infinité de per-
GALANT. 159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M' de Senecé , premier Valet de Chambre de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre. Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention , qui eft une des prin-
160 MERCURE 1
cipales parties de la Poëfie.
Ses pensées font belles`, bien
foutenues , & noblement exprimées , & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluftfaire fouvent, Il eſt à
Mafcon, d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres , en luy écrivant ce
que vous allez lire. Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit enVers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez-moy , Madame,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie , qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, &la fermeté
de leur courage. Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit, & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais oublier ; mais , Madame,
Novembre 1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy, je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins que tout charméque j'en
fuis , je le ferois encore davantage, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy.
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust, pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement aux Gouverneurs de fes
Provinces , quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes, pour tirer de leur reConnoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange, qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie de ce quejefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration de reſpects
Voftre tres, &c.
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy unc infinité de per-
GALANT. 159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M' de Senecé , premier Valet de Chambre de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre. Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention , qui eft une des prin-
160 MERCURE 1
cipales parties de la Poëfie.
Ses pensées font belles`, bien
foutenues , & noblement exprimées , & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluftfaire fouvent, Il eſt à
Mafcon, d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres , en luy écrivant ce
que vous allez lire. Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit enVers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez-moy , Madame,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie , qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, &la fermeté
de leur courage. Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit, & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais oublier ; mais , Madame,
Novembre 1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy, je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins que tout charméque j'en
fuis , je le ferois encore davantage, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy.
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust, pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement aux Gouverneurs de fes
Provinces , quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes, pour tirer de leur reConnoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange, qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie de ce quejefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration de reſpects
Voftre tres, &c.
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Résumé : Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Le texte souligne la rareté des bons poètes parmi les nombreux auteurs. Il met en lumière M. de Sencé, premier valet de chambre de la reine défunte, comme un exemple de poète talentueux. Son idylle est appréciée pour son inventivité, ses pensées bien formulées et ses vers agréables. L'auteur espère que M. de Sencé écrira plus fréquemment. Une lettre de M. de Sencé à Madame Deshoulières, datée du 16 novembre 1690, est également mentionnée. Dans cette lettre, M. de Sencé compare sa situation à celle des héros de comédie conservant leur dignité malgré les adversités. Il exprime son honneur d'être connu et estimé par Madame Deshoulières et son désir de recevoir des nouvelles directes d'elle. Il lui envoie une idylle de sa composition, espérant en retour un présent littéraire de sa part. La lettre se conclut par des marques de respect et d'admiration.
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13
p. 266-309
Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Début :
Quoiqu'il en soit, je crois qu'il en est même d'excellents dont [...]
Mots clefs :
Harangues, Académie française, Hommes, Mérite, Public, Lettres, République des Lettres, Langue, Éloquence, Admiration, Roi, Discours, Cardinal de Richelieu, Esprit, Académie royale des médailles et inscriptions, Académie, Jean-Roland Mallet, Guillaume Massieu, Académie des sciences, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Quoiqu'il en soit,je crois qu'il
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
Fermer
Résumé : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Lors de son discours d'admission à l'Académie Française le 29 décembre précédent, l'abbé Massieu exprime sa gratitude envers l'Académie et ses membres, soulignant la valeur des honneurs reçus. Il rend hommage à plusieurs figures influentes, telles que M. de Tourreil, l'Abbé Bignon, M. de Bercy et le ministre, qui ont soutenu sa carrière académique. Massieu évoque également son prédécesseur, l'abbé de Clerambault, reconnu pour son érudition. Le discours met en lumière les qualités exceptionnelles d'un théologien et érudit, admiré pour sa vaste connaissance en histoire, sciences et religion, ainsi que pour sa mémoire prodigieuse. L'orateur admire l'Académie française pour son rôle dans la préservation de la langue française contre les dégénérescences. Il compare les dangers de l'affectation et du raffinement excessif dans la langue à la vigilance de l'Académie pour maintenir la pureté et la simplicité de la langue française. M. Mallet, nouvellement élu, prononce un discours où il exprime son respect pour les grands hommes de l'Académie et pour M. de Tourreil, connu pour ses traductions et ses écrits. Il aborde la difficulté de juger équitablement les anciens et les modernes sans comprendre leurs contextes culturels. Il met en avant l'importance de préserver et de promouvoir les lettres et les arts, s'inspirant des modèles antiques d'Athènes et de Rome. Le texte souligne la contribution du Cardinal de Richelieu et du Chancelier Séguier à la fondation de l'Académie française, ainsi que la protection continue de l'Académie par le roi Louis XIV. Le discours compare le règne de Louis XIV à celui d'Auguste, soulignant les efforts pour maintenir la pureté du langage et la perfection des arts. Il mentionne l'élection de nouveaux membres, notamment l'Abbé Fleuriau, louant ses contributions aux lettres et ses dissertations érudites. Le nouvel académicien est encouragé à promouvoir les richesses et les beautés de la langue tout en cultivant la leur avec succès. Le discours se conclut par un éloge du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 3-39
CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
Début :
Il y a environ six semaines que je vois au coin [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Homère, M. de la Motte, Jugement, Ouvrages, Traduction, Livre, Chevaux, Traduction, Critique, Examen, Auteur, Esprit, Génie, Lettres, Pacificateur, Homme, Langues, Admiration, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
CRITIQUE
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
Fermer
15
p. 66-78
Extrait de l'Iliade travestie. [titre d'après la table]
Début :
M. de Marivaux plein d'une burlesque audace, vient de nous [...]
Mots clefs :
Audace, Poète, Iliade, Burlesque, Épître, Duc de Noailles, Virgile travesti, Comique, Lecteur, Achille, Agamemnon, Héros, Homère, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Iliade travestie. [titre d'après la table]
.de Marivauxplein d'uneburlefque
audace , vient de nous donner
envers,l'Homere trauesti.Qui auroitcrû
qu'aprés M. Scaron, il dut s'élever
de nos jours un autre Poëtë alfez
boufon , pour tenter de faire de ·
nouvelles découvertes dans ce Pays
comique ? Ce jeune Auteur fe declare
cependant aujourd'hui fon rival dans
ce genre d'écrire ; & fans trop s'embaraffer
du prejugé favorable, où l'on
eſt pour le Chantre du Typhon ; il a
crû qu'il ne luy eeffttooiitt pas défendu
d'eflayer de faire rire encore une fois,
on peut aflurer qu'il y a parfaitement
réuffi .
d'en ex-
Il a choisi dans ce deffein la fameuſe
Iliade , pour l'oppoſer à l'Æneide de
M. Scaron ; mais avant que
traire quelques morceaux , ne feroitil
pas convenable que je file ici un
petit avant-propos fur ce que l'on
doit entendre par les termes de Burlefque
& de Macaronique , que l'on
confond fouvent l'un avec l'autre.
Burlesque est un mot allez moderne
, puifque Sarafin le vante d'en
avoir.ufe le premier ; il prefente l'i .
MERCURE.
67.1
dée de plaifant , gaillard , tirant fur
le ridicule ; il nous eft venu a'Italie ,
Pays aflez abondant en Farccurs &
en Poëtes burlesques . Bernica a efté
- le premier qui a écrit dans ce ftile
enfuite Lalli , Caporali &c . Vers lemilieu
de l'autre Siecle cette Poëfie
batarde eftoit fi fort à la mode qu'en
1649 , il parut un livre avec ce titre,
la Paffion de Noftre Seigneur en vers
burlesques ; mais la trop grande licence
des Poëtes ayant indifpofé les
efprits , on la bannit bien - toft de la
Cour & de la Ville ; elle fut obligé
de fe refugier dans les Provinces ; &
bien - toft aprés de fe taire entierement
; elle trouva enfin fon tombeau ,
dans le Virgile travesti , qui fera
peut - eftre le feul monument qui
nous reftera dans ce genre ; à moins
que noftre nouvel Auteur ne merite
les mêmes honneurs en la refufcitant .
M. Defpreaux a lancé de terribles
traits contre cette forte de Pocke
témoins ces vers fi bien frapez.
En dépit du bon fens le burlesque effronté
,
Trompa les yeux d'abord: Plutpar fa
Fiiij
68 LE NOUTEAU
nouveauté ;
Mais dece ftile enfin la Cour defabu-.
fee,
Dedaigna de ces vers l'extravagance..
aifée ;
Distingua le naïf, dn plat & du ..
boufon;
Et laifa la Province admirer le Typhon,
Que ce style jamais ne fouille võtre
ouvrage
Imitons de Marot l'elegant badinage-
Et laißons le burlesque aux Plaifants
du pont- Neuf.
Il y aencore une autre efpece de
Poëfie burlefque Macaronique , faite
de mots forgez du Latin & de la langue
maternelle. Par exemple ces vers
fi connus , citez par Rabelais dans le
Chapitre 13 du L. 4.
Hic eft de patria natusde gente beliftza,
Quifolet antiquo bribas portare bifacso
Ou bien ces deux autres tirez d'un
Poëme Macaronique de bello Hugonotice
, où parlant des cruautez que
MERCURE தே
les Huguenots exerçoient fur les
Moines , on ajoûte :
De que illisfaciunt auciffos atque
bodinos ,
Nunquam vifafuit canailla bri.
gandior ifta..
Ce fut Theophile Folengi , Moine
Benedictin de Mantonë , qui mit les
vers Macaroniques en crédit parfon
Hiftoire de Merlin. Cocaye au
commencement du feiziéme fécle ›
il mourut en 15 44. On fçait
que Macarone , chez les Italiens
fignifioit un homme groffier & ruf
tique ce qui vient des Macarons
d'Italie , qui font de petits Gateaux
faits de farine non blutée , d'oeufs
& de fromage , mets exquis pour
les Paifans ; ce que fignifie propre.
ment le mot de Macoroni prononcé
avec tant d'appétit , par l'Harlequin
da Theatre Italien. Ceci bien entendu.
Il eft têms préfentement de ré-.
prendre l'Iliade Traveftie.
70 LE NOUVEAU
1
L'Auteur débute par une Epître
à Monfeigneur le Duc de Noailles :
Elle eft fur le ton qui convient à un
Auteur auffi enjoüé ; en voilà la
la preuve,
GRAND Due , à vos pareils ,
quand on offre un ouvrage ,
» La coutume eft de les louer ;
Celui que j'ofe vous vouer
" M'obligeroit à ce langage ,
» Et cependant , Grand Duc , je ne
vons lonerai
ן כ
pas.
" Mettre les vertus en un tas
»Vous jetter le tas à la jête,
» Vous celebrer comme une Fête
Rien ne me feroit plus dife ;
» Mais tout bien vù , tout bien
pefé ,
plus je vois qu'il eft ordinaire
» De louer en pareille affaire ;
plus l'ufage en afait une necefité ,
• Moins icy vous ferés Fêté.
On trouve plufieurs traits de cette
efpéce dans le reste de l'Epitre Dé.
dicatoire. Aprés quoi fuit une Préface
dans laquelle l'Auteur prétend
MER CURE. 71
démontrer que fon Iliade Travestie
n'eft point mafquée dans le gout du
Virgile travefti de M. Scaron ; il
convient bien qu'il a travaillé dans
le même genre ; mais avec cette différence
, qu'il a choifi une autre efpéce
de comique , pour le prouver
-il donne une comparaifon digne d'un
Auteur Burleſque en s'exprimant
ainfi .
Fe uous dirois fans façon qu'un Epagneul
& qu'un Bichon font tous deux
du genre des chiens , & cependant
d'une differene espece ; mais fans lo
Jecours de ces deux chiens ; vous écom -
prenes fans doute ce que je veux dire .
Non content de cet exemple fenfible
, il montre enfuite par la raifon
, en quoy fon comique eft different
de celui de fon Predeceffeur ; felon
lui le Burleſque ou le Pfaifant de
M. Scaron eft plus dépendant de la
boufonerie des termes , que de la
pentée ; c'eſt la façon dont il exprime
fa penfée , qui divertit plus que
fa penfée même ; les termes font
vraiment burlesques ; mais fes recits
depouillez de cette expreffion
72 LE NOUVEAU
[
poliffone qu'il polledoit au fouverain
degré , lui donnent lieu de douter
qu'ils paruffent divertiflants par
>>eux -mêmes .
Voyons à préfent la methode dif.
ferente que notre Auteur a fuivie ;
j'ai tâché , dit- il , de divertir par
unecombinaifon depensées ,quifut
comique & facetienfe , & qui fans
le fecours des termes , eût unfond
plaifant, &fit une image réjouif
fante .
Cette forte de comique , quand on
Fattrape , eft bien plus fenfible à
J'efprit , qu'un mot boufon , l'efprit
eftant ples occupé par ce burlefque,,
que par celui qui eft dans les termes.
C'est au Lecteurà decider, s'il l'a
emporté à cet égard fur M. Scaron .
Quoi qu'il en foit , on ne peut lui
refufer la louange d'avoir mis fes perfonages
en action , il eft vrai qu'il
- la doit , cette action , en partie à
Homere , chez qui les Heros parlent
prefque toûjours & non le Poëte ;
-au lieu que dans Virgile , c'eft le
Poëte ordinairement , & non les
perfonages
MERCURE. 73
perfonages ; c'eft ce qui a engagé M.
Scaron , en fuivant de trop prés fon
original , de tomber neceflairement
dans le recit.
On croit découvrir de plus , dans
M. de Marivaux , certains traits de
morale , tirez heureuſement de la
plaifanterie , c'eft ce que M. Scaron
n'a pas çû employer .
Il feroit à fouhaiter qu'ils fusfent
plus frequens dans notre Auteur , fon
ouvrage en feroit encore plus efti .
mé.
J'en rapporterai ici quelques fragmens
, fur lefquels le Lecteur pourra
porter jugement . Junon allarmée dans
le deuxième livre , de la refolution
où elle voit l'armée Grecque , de ſe
rembarquer.
A Pallas elle couras viste ,
Et cette pucelle hypocrite ,
A qui tout mâle deplait tant,
Alors fe decraffoit pourtant ;
Et admirant fa toilette ,
Baiffoit , hauffoit fa gorgerette
D'une maniere que l'on pût ,
Février 171 > G
LE NOUVEAU
74
Sans penfer quelle le voulut ,
De fa gorge entrevoir les char
mes
›
Etpuis que l'on rendit les armes ,
C'est ainsi que la vanité .
Fait olftacle à la chafteté ;
Et que lafille la plus lage
Cherche pourtant un tendre
hommage ,
Et dit aprés quand on luy rend
Mais voyez
donc l'impertinent
!
Peut - on rien de plus plaifant &
en même tems une réflexion mieux
pife de fon fujet que le commencement
du quatriéme Livre.
Dans la Salle du Firmament
Les Dieux eftoient en ce moment,
Et là le ventre à table ronde
Parloient des affaires du monde.
Hbé , la bouteille à la main ,
Difoit ; qui vem, un doigt de vin?
Le vin , quand on boit chopine ,
Ragaillardit l'humeur divine
MERCURE
-75
On vint a parler d'Ilion ;
L'un en s'effuyant le menton ,
Dit , avant de vuider fon verre,
Que je plains cette pauvre Terre !
Moyje voudrois que la cité ,
Difoit l'autre , fut vigne ou Pré.
De ces difcours la difference
Fait voir, que malgré leur puiſſance,
Ils ont pour tout droit plus que nous,
D'eftre deplus durables fons .
Dans le premier livre, Achille s'emportant
violemment contre Agamemnon
, en vient aux expreffions les
plus dures.
Et là deffus quelques murmures
,
Firent maistre encore des inju
res .
>
Sansfaçon , alors les Heros
Se lachoient de fort vilains
mots .
Nos grands Seigneurs ont un
langage
Gij
76 LE NOUVEAU
Nettoyé de tout brusque outrage
,
Mais fi leur langage eft plus .
pur,
Leur coeur eft plus fourbe , &
moins fûr,
Et tout bien comptéje prefere
Les Ruftiques Heros d'Homere.
L'endroit de la ceinture de Venus
eft trop remarquable, pour eftre mis
dans cet Extrait.
Lecteur, vous demandezpeutêtre
1
Ce que ce tiffupouvoit être
Mais la Motte , Auteur delicat,
Nous enfait unfort joliplat ,
Il le definit un fymbole :
Moi, je l'euffe appelle la cole ,
Quifaitque le coeurd'un amant,
MERCURE. 77.
A l'amour s'attache aisément
C'est pour ce tissu fifripon
Que l'on faitpleurer fans oi
gnon,
C'est par lui qu'une femme adroite
,
Difant, oftez - vous, vous arrefte,
De lui , nous viennent ces
mots-là .
Fy , donc , Monfieur , laiſſez
cela •
fort
Je finirai cet extrait par l'évocation
de l'ombre d' Homere qui m'a paru
comique.
Il feint qu'elle fe prefente à lui.
Afon apparition, notre Auteur lui
parle ainfi ,
Illuſtre Trepaff .
Fe defirefavoir de vous;
Si mon ftile boufon vous a mis en cour
TOUX
Gj
78 LE NOUVEAU
Certaine troupe icy ... Bonbon ! reprit
Homere ,
C'est une gente vifionnaire
Quim'a pris en affection,
Ne fçais-tu pas qu'un chacun a fafo.
lie ?
Celle de ces. Meffieurs, eft l'admiration ;
Ecrire un pot pourri d'imagination ,
Fut autrefois mafrenefie ;
La tienne eft de nous railler tous ;
Va ton train , les rieurs font les moins.
fous.
L'Homere travefti fe vend chez
Pierre Prault , à l'entrée du Quay
de Gefvres , au Paradis.
audace , vient de nous donner
envers,l'Homere trauesti.Qui auroitcrû
qu'aprés M. Scaron, il dut s'élever
de nos jours un autre Poëtë alfez
boufon , pour tenter de faire de ·
nouvelles découvertes dans ce Pays
comique ? Ce jeune Auteur fe declare
cependant aujourd'hui fon rival dans
ce genre d'écrire ; & fans trop s'embaraffer
du prejugé favorable, où l'on
eſt pour le Chantre du Typhon ; il a
crû qu'il ne luy eeffttooiitt pas défendu
d'eflayer de faire rire encore une fois,
on peut aflurer qu'il y a parfaitement
réuffi .
d'en ex-
Il a choisi dans ce deffein la fameuſe
Iliade , pour l'oppoſer à l'Æneide de
M. Scaron ; mais avant que
traire quelques morceaux , ne feroitil
pas convenable que je file ici un
petit avant-propos fur ce que l'on
doit entendre par les termes de Burlefque
& de Macaronique , que l'on
confond fouvent l'un avec l'autre.
Burlesque est un mot allez moderne
, puifque Sarafin le vante d'en
avoir.ufe le premier ; il prefente l'i .
MERCURE.
67.1
dée de plaifant , gaillard , tirant fur
le ridicule ; il nous eft venu a'Italie ,
Pays aflez abondant en Farccurs &
en Poëtes burlesques . Bernica a efté
- le premier qui a écrit dans ce ftile
enfuite Lalli , Caporali &c . Vers lemilieu
de l'autre Siecle cette Poëfie
batarde eftoit fi fort à la mode qu'en
1649 , il parut un livre avec ce titre,
la Paffion de Noftre Seigneur en vers
burlesques ; mais la trop grande licence
des Poëtes ayant indifpofé les
efprits , on la bannit bien - toft de la
Cour & de la Ville ; elle fut obligé
de fe refugier dans les Provinces ; &
bien - toft aprés de fe taire entierement
; elle trouva enfin fon tombeau ,
dans le Virgile travesti , qui fera
peut - eftre le feul monument qui
nous reftera dans ce genre ; à moins
que noftre nouvel Auteur ne merite
les mêmes honneurs en la refufcitant .
M. Defpreaux a lancé de terribles
traits contre cette forte de Pocke
témoins ces vers fi bien frapez.
En dépit du bon fens le burlesque effronté
,
Trompa les yeux d'abord: Plutpar fa
Fiiij
68 LE NOUTEAU
nouveauté ;
Mais dece ftile enfin la Cour defabu-.
fee,
Dedaigna de ces vers l'extravagance..
aifée ;
Distingua le naïf, dn plat & du ..
boufon;
Et laifa la Province admirer le Typhon,
Que ce style jamais ne fouille võtre
ouvrage
Imitons de Marot l'elegant badinage-
Et laißons le burlesque aux Plaifants
du pont- Neuf.
Il y aencore une autre efpece de
Poëfie burlefque Macaronique , faite
de mots forgez du Latin & de la langue
maternelle. Par exemple ces vers
fi connus , citez par Rabelais dans le
Chapitre 13 du L. 4.
Hic eft de patria natusde gente beliftza,
Quifolet antiquo bribas portare bifacso
Ou bien ces deux autres tirez d'un
Poëme Macaronique de bello Hugonotice
, où parlant des cruautez que
MERCURE தே
les Huguenots exerçoient fur les
Moines , on ajoûte :
De que illisfaciunt auciffos atque
bodinos ,
Nunquam vifafuit canailla bri.
gandior ifta..
Ce fut Theophile Folengi , Moine
Benedictin de Mantonë , qui mit les
vers Macaroniques en crédit parfon
Hiftoire de Merlin. Cocaye au
commencement du feiziéme fécle ›
il mourut en 15 44. On fçait
que Macarone , chez les Italiens
fignifioit un homme groffier & ruf
tique ce qui vient des Macarons
d'Italie , qui font de petits Gateaux
faits de farine non blutée , d'oeufs
& de fromage , mets exquis pour
les Paifans ; ce que fignifie propre.
ment le mot de Macoroni prononcé
avec tant d'appétit , par l'Harlequin
da Theatre Italien. Ceci bien entendu.
Il eft têms préfentement de ré-.
prendre l'Iliade Traveftie.
70 LE NOUVEAU
1
L'Auteur débute par une Epître
à Monfeigneur le Duc de Noailles :
Elle eft fur le ton qui convient à un
Auteur auffi enjoüé ; en voilà la
la preuve,
GRAND Due , à vos pareils ,
quand on offre un ouvrage ,
» La coutume eft de les louer ;
Celui que j'ofe vous vouer
" M'obligeroit à ce langage ,
» Et cependant , Grand Duc , je ne
vons lonerai
ן כ
pas.
" Mettre les vertus en un tas
»Vous jetter le tas à la jête,
» Vous celebrer comme une Fête
Rien ne me feroit plus dife ;
» Mais tout bien vù , tout bien
pefé ,
plus je vois qu'il eft ordinaire
» De louer en pareille affaire ;
plus l'ufage en afait une necefité ,
• Moins icy vous ferés Fêté.
On trouve plufieurs traits de cette
efpéce dans le reste de l'Epitre Dé.
dicatoire. Aprés quoi fuit une Préface
dans laquelle l'Auteur prétend
MER CURE. 71
démontrer que fon Iliade Travestie
n'eft point mafquée dans le gout du
Virgile travefti de M. Scaron ; il
convient bien qu'il a travaillé dans
le même genre ; mais avec cette différence
, qu'il a choifi une autre efpéce
de comique , pour le prouver
-il donne une comparaifon digne d'un
Auteur Burleſque en s'exprimant
ainfi .
Fe uous dirois fans façon qu'un Epagneul
& qu'un Bichon font tous deux
du genre des chiens , & cependant
d'une differene espece ; mais fans lo
Jecours de ces deux chiens ; vous écom -
prenes fans doute ce que je veux dire .
Non content de cet exemple fenfible
, il montre enfuite par la raifon
, en quoy fon comique eft different
de celui de fon Predeceffeur ; felon
lui le Burleſque ou le Pfaifant de
M. Scaron eft plus dépendant de la
boufonerie des termes , que de la
pentée ; c'eſt la façon dont il exprime
fa penfée , qui divertit plus que
fa penfée même ; les termes font
vraiment burlesques ; mais fes recits
depouillez de cette expreffion
72 LE NOUVEAU
[
poliffone qu'il polledoit au fouverain
degré , lui donnent lieu de douter
qu'ils paruffent divertiflants par
>>eux -mêmes .
Voyons à préfent la methode dif.
ferente que notre Auteur a fuivie ;
j'ai tâché , dit- il , de divertir par
unecombinaifon depensées ,quifut
comique & facetienfe , & qui fans
le fecours des termes , eût unfond
plaifant, &fit une image réjouif
fante .
Cette forte de comique , quand on
Fattrape , eft bien plus fenfible à
J'efprit , qu'un mot boufon , l'efprit
eftant ples occupé par ce burlefque,,
que par celui qui eft dans les termes.
C'est au Lecteurà decider, s'il l'a
emporté à cet égard fur M. Scaron .
Quoi qu'il en foit , on ne peut lui
refufer la louange d'avoir mis fes perfonages
en action , il eft vrai qu'il
- la doit , cette action , en partie à
Homere , chez qui les Heros parlent
prefque toûjours & non le Poëte ;
-au lieu que dans Virgile , c'eft le
Poëte ordinairement , & non les
perfonages
MERCURE. 73
perfonages ; c'eft ce qui a engagé M.
Scaron , en fuivant de trop prés fon
original , de tomber neceflairement
dans le recit.
On croit découvrir de plus , dans
M. de Marivaux , certains traits de
morale , tirez heureuſement de la
plaifanterie , c'eft ce que M. Scaron
n'a pas çû employer .
Il feroit à fouhaiter qu'ils fusfent
plus frequens dans notre Auteur , fon
ouvrage en feroit encore plus efti .
mé.
J'en rapporterai ici quelques fragmens
, fur lefquels le Lecteur pourra
porter jugement . Junon allarmée dans
le deuxième livre , de la refolution
où elle voit l'armée Grecque , de ſe
rembarquer.
A Pallas elle couras viste ,
Et cette pucelle hypocrite ,
A qui tout mâle deplait tant,
Alors fe decraffoit pourtant ;
Et admirant fa toilette ,
Baiffoit , hauffoit fa gorgerette
D'une maniere que l'on pût ,
Février 171 > G
LE NOUVEAU
74
Sans penfer quelle le voulut ,
De fa gorge entrevoir les char
mes
›
Etpuis que l'on rendit les armes ,
C'est ainsi que la vanité .
Fait olftacle à la chafteté ;
Et que lafille la plus lage
Cherche pourtant un tendre
hommage ,
Et dit aprés quand on luy rend
Mais voyez
donc l'impertinent
!
Peut - on rien de plus plaifant &
en même tems une réflexion mieux
pife de fon fujet que le commencement
du quatriéme Livre.
Dans la Salle du Firmament
Les Dieux eftoient en ce moment,
Et là le ventre à table ronde
Parloient des affaires du monde.
Hbé , la bouteille à la main ,
Difoit ; qui vem, un doigt de vin?
Le vin , quand on boit chopine ,
Ragaillardit l'humeur divine
MERCURE
-75
On vint a parler d'Ilion ;
L'un en s'effuyant le menton ,
Dit , avant de vuider fon verre,
Que je plains cette pauvre Terre !
Moyje voudrois que la cité ,
Difoit l'autre , fut vigne ou Pré.
De ces difcours la difference
Fait voir, que malgré leur puiſſance,
Ils ont pour tout droit plus que nous,
D'eftre deplus durables fons .
Dans le premier livre, Achille s'emportant
violemment contre Agamemnon
, en vient aux expreffions les
plus dures.
Et là deffus quelques murmures
,
Firent maistre encore des inju
res .
>
Sansfaçon , alors les Heros
Se lachoient de fort vilains
mots .
Nos grands Seigneurs ont un
langage
Gij
76 LE NOUVEAU
Nettoyé de tout brusque outrage
,
Mais fi leur langage eft plus .
pur,
Leur coeur eft plus fourbe , &
moins fûr,
Et tout bien comptéje prefere
Les Ruftiques Heros d'Homere.
L'endroit de la ceinture de Venus
eft trop remarquable, pour eftre mis
dans cet Extrait.
Lecteur, vous demandezpeutêtre
1
Ce que ce tiffupouvoit être
Mais la Motte , Auteur delicat,
Nous enfait unfort joliplat ,
Il le definit un fymbole :
Moi, je l'euffe appelle la cole ,
Quifaitque le coeurd'un amant,
MERCURE. 77.
A l'amour s'attache aisément
C'est pour ce tissu fifripon
Que l'on faitpleurer fans oi
gnon,
C'est par lui qu'une femme adroite
,
Difant, oftez - vous, vous arrefte,
De lui , nous viennent ces
mots-là .
Fy , donc , Monfieur , laiſſez
cela •
fort
Je finirai cet extrait par l'évocation
de l'ombre d' Homere qui m'a paru
comique.
Il feint qu'elle fe prefente à lui.
Afon apparition, notre Auteur lui
parle ainfi ,
Illuſtre Trepaff .
Fe defirefavoir de vous;
Si mon ftile boufon vous a mis en cour
TOUX
Gj
78 LE NOUVEAU
Certaine troupe icy ... Bonbon ! reprit
Homere ,
C'est une gente vifionnaire
Quim'a pris en affection,
Ne fçais-tu pas qu'un chacun a fafo.
lie ?
Celle de ces. Meffieurs, eft l'admiration ;
Ecrire un pot pourri d'imagination ,
Fut autrefois mafrenefie ;
La tienne eft de nous railler tous ;
Va ton train , les rieurs font les moins.
fous.
L'Homere travefti fe vend chez
Pierre Prault , à l'entrée du Quay
de Gefvres , au Paradis.
Fermer
16
p. 93-106
CE PETIT OUVRAGE fut fait après la maladie du Roi, & à son retour de l'armée :
Début :
UN jeune Prince qui fait les délices d'une Nation puissante, & qui est le [...]
Mots clefs :
Francus, Gloire, Prince, Hermas, Héros, Gloires, Temps, Dieux, Roi, Terre, Pays, Orgueil, Admiration, Minerve, Peuples, Alexandre
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texteReconnaissance textuelle : CE PETIT OUVRAGE fut fait après la maladie du Roi, & à son retour de l'armée :
CE PETIT OUVRAGE futfait après
la maladie du Roi , & à son retour de
l'armée:
UN jeune Prince qui fait les délices
d'une Nation puiſſante , & qui eſt le
fils d'un des plus grands Rois de la Terre,
s'entretenoit il y a quelque tems ſur differentes
matières avec deux ou trois Seigneurs
de ſa Cour.
L'un deux en parlant de l'Empereur Auguſte
rapporta de lui une actiongénéreuſe ,
qui , comme il arrive affés ſouvent en pareil
cas, fut comparée à des actions à peu - près
du même genre , & qui inſenſiblement fit
naître une queſtionbien intéreſſante..
Il s'agiſſoit de ſçavoir en quoi conſiſtoit
la véritable grandeur d'un Prince , & le quel
;
94 MERCURE DE FRANCE.
de tous les Rois que nous vante l'Hiſtoire ,
étoit celui dont lamémoire méritoit le plus
de reſpect & de vénération : Chacun penſe
àſa maniere , & il paroiſſoit que les ſentimens
alloient être affés partagés là-deſſus,
forſqu'on vit entrer un autre Seigneur qui
tenoit des papiers à ſa main : je viens, ditil
au Prince , de rencontrer un inconnu qui
m'a prié avec inſtancede vous préſenter ce
Manufcrit , & qui s'eſt retiré enſuite ſans
merien dire davantage. Je n'ai pas crû devoic
vous le donner ſans ſçavoir à peu près dequoi
il s'agiſſoit ; j'en ai lû les premieres
feuillesqui m'ont aflés amuſé ,&je vous l'ap
porte; il n'eſt pas long , Prince , & fi vous
ſouhaitez d'en entendre la lecture , je vais
vous la faire moi - même: le Prince y conſentit;
on ne ſongea plus à la queſtion qu'on
avoit voulu d'abord agiter ; on lut , & voici
mot pour mot ce qui étoit contenu dans le
Manufcrit dont j'ai une copie & que l'Auteur
lui - même m'a permis de donner au
public.
כ ১ Le fils d'Uliſſe n'eſt pas le ſeul Prince
>> avec qui Minerve , la Déeſſe de la Sageſſe,
ait bien voulu voyager pour l'inſtruire : on
ſçait par d'anciennes relations qu'elle a
> pris autrefois le mêmeſoin du fils d'un Roi
désGaules.
>>Ce fut ſous la figure de Mentorqu'elle
ΜΑΙ 1746.
accompagna Télémaques ce fut ſous
■ celle du ſage Hermas qu'elle ſuivit Francus
- ( c'eſt le nom du jeune Prince dont
>>nous parlons , qui n'étoit point encore for.
> ti du lieu de ſa naiſſance , & que fon pere
>>envoyoit à la Cour d'un Roi fort âgé , qui
» en qualité de parent demandoit à le con-
>>noitre , qui n'ayant point d'enfans luidef
.. tinoit ſa ſucceſſion , & qui vouloit le mon-
>>trer à ſes peuples avant que de mourir. )
>>Francus partit donc avec le ſage Her-
>mas qui fut chargé de le conduire. Ce
>>Prince avoit naturellement beaucoup
•d'eſprit& les inclinations lesplus nobles;
il n'y avoit rien de grand &de vertueux
qu'on ne dût attendre de lui , pourvû qu'il
>ne ſe méprit point dans le choix des Vertus
; car il yen a de faufſes qui ne font que
>>des vices impoſans&fuperbes ; enun mot
>> l'orgueil a les ſiennes , & c'eſt précisément
avec une ame haute , qu'un jeune Prince
>>ſans expérience peut s'y tromper; mais
> c'eſt à quoi Francus n'étoit pas expoſé avec
ſon guide qui avoit de grandes vues ſur lui,
»& qui n'artendoit que l'occaſion de les lui
»déclarer. Ils étoient au dixiéme jour de
>> leur départ , & ils traverſoient le matin
une vaſte plaine où l'on pouvoit voir en-
>core affes diſtinctement la forme d'un
- camp. Francus s'arrêta & parut examiner
96MERCURE DE FRRANCE.
>avec attention. Voici un lieu célébre ;
>>mais que l'humanité rend triſte à voir ,
25tout intérêt de Patrie à part , lui dit Her-
-mas; du tems de votre ayeul, deux nom-
১১ breuſes armées s'y ſont trouvées affem-
,blées l'une contre l'autre ; elles en vinrent
» aux mains ; le carnage y fut terrible , &
>>votre ayeul après bien du ſang répandu
yremporta une victoire complette qui lui
ſoumit toute une Province.
>Que ce fut un beau jourpour lui , s'écria
Francus avec uneſpéce de tranſport !
quand me verrai-je à mon tour à la tête
d'une armée? Hermas ſourit de ce difcours.
> Il vous tarde donc déja de conquérir &de
vaincre ? lui dit-il , eſt- ce là la gloire qui
>> vous touche le plus? Oui , je ľavoue , ré-
> pondit Francus ; je n'en connois point de
>>plus digne de charmerun Prince , ni de
>>plus convenable au rang que nous renons
• fur laTerre. Ily ad'autres gloires pour le
reſte des hommes; celle-ci n'eſt ſpéciale-
»ment accordée qu'à nous ; les Dieux en ont
,, fait l'appanage de notre fortune. La gloire
» de Cyrus , d'Alexandre , de Céfar , celle
>>>de tous les Héros , voilà la mienne. Je
>> ne me ſens point au-deſſous d'eux par mon
.. courage , & quand je lis leurHiſtoire , je
>>brûle de les égaler par mes actions :
Francus , lui repartit Hermas , en
jettant
ΜΑΙ 1746. 97
33
» en jettant ſur lui un regard qui le pénétra :
>>vous dites vrai , ceux dont vous parlez
» n'ont pas eû plus de courage que vous ,
»&cela ſeul leur a ſuffi pour acquérir cette
> gloire qui vous charme ; mais il en eſtune
infiniment plus rare , & fans comparaiſon
>>plus reſpectable , qui ne s'acquiert qu'avec
>>des vertus que ces ſimples Conquéransn'a-
>>voient pas & que vous avez : cette gloire
» cherie du Ciel & de la Terre & que la rai-
» ſon même appelle gloire , voilà la votre ,
.,voilà celle dont les Dieux n'ont réſervé la
>>plénitude qu'à vospareils , celle qui les fait
»reſſembler à ces Dieux même.
Oùeſt elle donc , lui dit Francus ? en quoi
conſiſte - t - elle ? vous me ſurprenez , je ne
connois que celle des Heros que je viens de
citer , c'eſt la ſeule gloire qui ait fait retentir
le monde d'un bruit& d'une admiration qui
durent encore : Je vous ai nommé mes Heros,
Hermas, nommez moi les votres dont je
n'ai point entendu parler. »
De ceux que vous appellez les votres , ou
du moins de leurs ſemblables , on en a vû
preſque dans tous les ſiècles , lui dit Hermas;
à peine tous les tems en ont-ils montré quelques
uns des miens.
On parle encore avec étonnement des
votres; il eſt vrai ; on ſe plaît à conſidérer
leur gloire ſuperbe & formidable; tout a
E
98 MERCURE DE FRANCE.
1.
pliéſous eux; on ſe met à leur place ; c'eſt
de là qu'on les admire , & fi à leur exem.
ple vous ne voulez etre grand qu'aujugement
de notre orgueil , il ne vous ſera pas difcile
d'être admiré comme eux.
Mais vos Heros puniſſent eux-mêmes la
Terre de cette imprudente admiration qu'elle
a pour eux , & loin de l'en punir à votre
tour, c'eſt à vous , Francus , à l'en guérir pour
jamais , à la déſabuſer de ces Heros qui la
ſéduiſent , à lui montrer à quelle gloire elle
doit ſes hommages ; il faut que la votre
apprenne aux hommes à ne plus eſtimer
dans les Princes que la véritable.
La gloire dont vous me parlez , mérite
ſans doute qu'on la préfere , dès que vous
l'eſtimez tant , lui dit Francus, le ſageHermas
ne ſçauroit s'y méprendre , mais encore
une fois je ne la connois point, & vous ne
m'en dites pas affés pour achever de m'inftruire.
Il n'eſt pas néceſſaire de m'expliquet
mieux , répondit Hermas , vous la verrez
Francus , vous la verrez avec celle de vos
Heros , & je ſuis fûr que votre coeur vous
avertira de ce qu'elle vaut ; vous n'aurezbe
foin que de lui pour ſçavoir la diftinguer vou
même.
Je la verrai , dites -vous, repartit Francu
avec ſurpriſe, je ne vous entends point , le
ΜΑΙ وو . 1746
differentes eſpéces de gloire dont nous parlons
peuvent- elles ſe voit autrement que
dans l'Hſtoire ?
Ne vous étonnez point de mon diſcours ,
lui dit Hermas ; mes pareils ont des connoifſances
qui les mettent au-deſſus des autres
hommes ; il ne nous eſt pas toujours permis
de les manifeſter , mais les Dieux qui vous
aiment & qui veillent ſur vous m'ordonnent
aujourd'hui d'employer les miennes en
votre faveur.
Oui , Prince , je ſçais un lieu ſur la terre
où toutes les gloires de vos pareils exiſtent
perſonnifiées , mais où tous les hommes ne
les apperçoivent pas de même .
L'avantage de les voir telles qu'elles font ,
&de bien juger d'elles, n'eſt réſervé qu'aux
hommes vraiment généreux , qu'à ceux qui
ont une véritable élévation dans l'ame ;
tout mortel , ou tout Prince qui n'a que de
l'orgueil , & qui n'aſpire qu'aux fuffrages du
notre , qui eſt plus jaloux de ſurprendre
notre eſtime que de la mériter , & qui s'imagine
qu'on eſt grand quand on eft célébre,
celui- là voit mal les differentes fortes de
gloires c'eſt la vanité de ſes idées qui décide
dujugementqu'il en porte.
Ehbien ! lui dit Francus, ce lieu dont vous
parlez & où je dois m'inſtruire , puis-je me
Hater de le voir bien-tôt ? nous y allons ,
Eij
10 MERCURE DE FRANCE.
:
répondit Hermas , je vous y méne depuis
notre départ, & nous y arriverons demain ,
mais votre ſuite nous géneroit , & je lui al
déja donné ordre de votre part de refter
ce ſoiroù nous nous arrêterons, &de nous y
attendre.
Francus ne lui répondit qu'en l'embra
fant; je vous fuis , lui dit- il , je me livre
vous avec autant de confiance quej'en aurois
pourunDieumême , qui ſeroit mon guide;
c'étoit l'impreſſion de la Divinité preſente
qui le faiſoit parler ainfi , & le lendemain,
l'Aurore commençoit à peine à diſliper les
ombres de la nuit quand ils partirent.
Cen'étoit pasque la Déeſſe eût beſoin d'aller
loin ni deparcourir de grands eſpacespour
arriver où elle avoit deſſein de mener Francus;
les Dieux font ce quils veulent , & le
ſpectacle qu'elle lui deſtinoit pouvoit ſe trou
ver partout, elle étoit même rentrée ſans
l'en avertir dans les Etats de ſon pere , & ce
pendant la Déeſſe feignoit de le håter, pour
Jui cacher ſa puiſſance , & lui perfuade
qu'il s'agiffoit d'un vrai voyage,
Au fortir d'une allés grande forêt qui
avoit borné leur vûe , ils apperçurent d'affes
loin encore une enceinte qui contenoit de
vaſtes édifices d'une Architecture extrêmement
hardie quoiqu'irréguliere , mais dos
pluſieurs s'élevoient fi haut , qu'on ne conc
ΜΑΪ 1746. 101
voit pas que quelqu'un put y faire ſa demeure
? Que vois -je, dir Francus ? à quoi
ſervent ces bâtimens dont la hauteur va ſe
perdre dans les airs : Nous voici au ſéjour
des gloires , répartit Hermas , & ces Edifices
ſont autantde Palais dont les plus élévés
appartiennent, aux gloires les plus célébres ,
&qui ont fait le plus de bruit dans le monde.
Je ne ſçais ſi je me trompe , dit quelques
momens après Francus , mais il meſemble
que cesPalais contretout ordre naturel baifſent
à mesure que nous nous én approchons
; je ne les trouve plus ſi hauts.
Vous commencez à les bien voir , repartitHermas
, entrons , les gloires vous atteindent
pour ſe diſputer votre conquête.
En voici déja une qui s'avance avec tout
fon cortége , & qui paroît l'emporter fur
toutes les autres.
C'étoit celle d'Alexandre. Francus ſe
taiſoit. Il étoit faifi d'une admiration qui
ne lui permettoit pas de répondre.
Quelle est - belle , s'écria-t-il enfuite ,
quelle a d'éclat , & que ſa fierté m'enchante!
filsde Roi, lui cria t-elle alors à quelque
diſtance de lui, mais en s'approchant toujours,
ne vas pas plus loin , épargne toi un examen
inutile , toutes les gloires que tu vois font
inférieures àcelle qui t'appello, & c'eſt à moi
qu'il faut que tu te livres , viens, que je t'ani
Eiij
102 MERCURE DE FRANCÉ.
me de mon fouffle , & que j'imprime ſut
ton front le ſceau de l'immortalité.
Pendant qu'elle parloit , Francus qui la
conſidéroit de plus près , & qui déméloit
mieux tout ce qui l'entourroit , fentoit déja
diminuer ſon admiration pour elle ; ſaphyſionomie
fiére lui paroſſoit dure & même
un peu féroce , & dans le nombre des perſonnages
qui compoſoient ſa ſuite , il en obſervoit
quelques uns qui ne lui plaifoientpas:
Apprenez - moi , je vous prie , lui dit- il ,
quelles font ces figures hydeuſes que j'apperçois
parmi ces autres , & qui ſemblent
vouloir échapper à mes regards : alors une
de ces figures parla ; puiſque tu nous as remarquées
, dit - elle , il nous eft ordonné de
te répondre: Je m'appelle l'Orgueil effrené,
& celle-ci eſt la Cruauté inutile ; c'eſt par
moi qu'Alexandre alla ſubjuguer des peuples
éloignés & tranquilles , c'eſt elle qui les
égorgeoit dans leur fuite.
A quoi bon toutes ces queſtions, dit alors
laGloire dont ils'agiffoit? on ne te dit là que
la ſuite inévitable de mes avantures , je
n'exiſterois pas ſans cela : A ces mots une
autre figure terraſſée , à demi déchirée &
en pleurs , fit entendre quelques gémif-
' femens : Fuis , Prince , cria- t- elle enſuite
, ſauves toi du danger d'être tenté par certe
funeſte gloire , & vois l'état où tous ceux
MAI 1746. 103
qui l'ont ſuivie m'ont réduite ; fuis , ne l'écoute
point, c'eſt l'Humanité qui t'en conjure.
5
A peine achevoit- elle ces mots que la
porte du Palaisde cette Gloire s'ouvrit avec
fracas , & laiſſa voir un ſpectacle effroyable.
C'étoit une immenſe étendue de Pays où
triomphoient le ravage , la mort & les crimes.
Ah Ciel ! dit alors Francus en s'é
cartant , à quelle odieuſe Gloire m'arrêtoisje
ici ? une autre auffitôt l'acueillit ; c'étoit
la Gloire d'un Heros du Nord : Viens!
ſuis moi , lui dit- elle , je ſuis moins éten
due, mais je n'en ſuis pas moins étonnante :
Non , lui repliqua-t-il, ta ſuite eſt àpeu près
la même , ou ſi tu veux que je te connoiffe
mieux , ouvres auſſi la porte de ton Palais
avant que je t'écoute.
Cette porte s'ouvrit en effet ,& découvrit
unPays moins vaſte mais auſſi maltraité que
le premier ; à côté de ce pays on en voyoit
un autre qui paroiſſoit déſert , où tout étoit
triſte , languiſſant & dépouillé.
Quelle eft cette autre terre qui paroît , dit
Francus , quelle eſpéce de malheur a-t-elle
éprouvé ?
C'eſt la Patrie du Heros que j'ai illuſtré ,
répondit-elle. Sa Patrie ? reprit - il, a-t-il
donc fallu que ton Heros la ſubjuguât pour
en être le maître ? Non , répondit-elle , elle
ne te paroît un peu fatiguée que pour avoir
ſervià ſes exploits. Eiij
304 MERCURE DEFRANCE.
Sortons , dit alors Francus indigné , forsons
de ces lieux, jene puis les ſouffrir, je ne
demanderois pour toute gloire que celle de
venger la Terre de toutes les Gloires qui
fontici.
Il s'éloignoit en tenant ce diſcours,entrons
dans ce petit ſentier qui s'offre à nous , lui
ditHermas.
Ce ſentier quoique d'abord un peu ſombre
, s'éclairciſſfoit à meſure qu'on avançoit,
&il alloit enfin aboutir au plus beau Pays du
monde, & qui étoit ſous le plus beau Ciel .
A l'entrée de ce Pays ils virent une autre
Gloire qui ſourit avec douceur en les
voyant , qui ne ſe vanta point , qui cependant
avoir l'air noble & majestueux ,
& en même tems modeſte ; elle tenoit la
Valeur d'une main & la ſageſſe de l'autre;
tout ce qui l'entourroit étoit reſpectable ;
l'humanité que Francus venoit de voir ſi déſolée,
ſe retrouvoit ici , & n'y montroit qu'un
viſage où ſe peignoient la Paix, la ſatisfaction&
la Joye.
Vous m'enchantez , lui dit Francus en l'abordant;
on ceſſe d'aimer vos compagnes
en les voyant de près , & vous enflammez
ceux qui vous approchent.
Il ſe livroit donc au plaiſir de la regarder ,
quand tout à coup un nouveau ſpectacle vint
le frapper; c'étoit une foule de guerriers qui
ΜΑΙ 1746. τος
en accompagnoient un qui paroiſſoit . leur
maître; ſa courſe étoit ſi rapide qu'ils avoient
peine à le ſuivre , & il ſembloit aller punir
unennemi téméraire. Ce qui ſurprit le plus
Francus , ce fut de voir à côté du Guerrier
cette aimable Gloire à qui il venoit de parler
, mais dont les traits auparavant fi doux
avoient alors je ne ſçais quoi de menaçant
&de terrible.
Francus n'avoit pas eû le tems de reconnoitre
le Guerrier qu'il avoit vû paſſer. Il
avança dans le Pays , lorſque quelque tems
après il en fortit un cri général de douleur :
Qu'entens-je ?dit-il à Hermas, qu'elle confternation
ſubite ſe répand ici ? dequoi s'agit-
il ? où va ce peuple qui fond en larmes ?
Il interroge alors tous ceux qu'il rencontre;
que vous eſt il arrivé ? leur diſoit- il, je vous
vois troublez ; vous invoquez les Dieux ,
qu'elle eſt votre infortune
Hélas ! il ne vit peut-être plus, lui répondoient
les uns; nous allons le perdre;crioient
les autres : eh ! de qui donc parlez-vous ? répondoit-
il à fon tour : de lui ; eh ! de qui
pourroit-ce être ſi non de lui , de ce Roi notre
pere , notre ami ,& notre maître ? Que
l'ennemi eſt heureux , & que nous ſommes à
plaindre !
Francus à l'aſpect d'une affliction ſi univerſelle
, & dont il voyoit de ſi prodigieux
Ex
106 MERCURE DE FRANCE.
effets , ne pût s'empêcher de pleurer lui
même , & de partager une tendreſſe dont
il n'avoit pas eû encore la moindre idée.
Il continue d'avancer , & comme les inftructions
que lui donnoit Minerve devoient
être rapides , ſur la fin du jour, il vit la
joye fuccéder inſenſiblement à l'affliction ;
il entendit un cri d'allégreſſe aufli général
que l'avoit été le cri de douleur; il vit ce
méme peuple s'égarer dans les raviſſemens ;
il vit des tranſports qu'une joye , même en
démence, n'auroit pu imiter.
Francus étoit pénétré d'étonnement. Eh !
que! eſt donc ce Roiſicher , & en même
tems ſi intrépide& fi glorieux ? dit il dans ſa
ſurpriſe; quelle gloire que la ſienne ! je ne
l'imaginois pas ; puiſſent les Dieux m'en accorder
une pareille : C'eſt celle de ton pere
que tu choiſis , & tu es actuellement dans
ſon Empire , lui dit alors Minerve qui ſe manifeſta
: le Roi que tu allois trouver n'eſt
plus; des Ambaſſadeurs arrivent demain à
JaCour de ton pere, ils viennent de la part
des peuples t'y reconnoître pour leur Maî
tre; hâte - toi toi -même de rejoindre ton
pere & profites des leçons que tu as reçues.
la maladie du Roi , & à son retour de
l'armée:
UN jeune Prince qui fait les délices
d'une Nation puiſſante , & qui eſt le
fils d'un des plus grands Rois de la Terre,
s'entretenoit il y a quelque tems ſur differentes
matières avec deux ou trois Seigneurs
de ſa Cour.
L'un deux en parlant de l'Empereur Auguſte
rapporta de lui une actiongénéreuſe ,
qui , comme il arrive affés ſouvent en pareil
cas, fut comparée à des actions à peu - près
du même genre , & qui inſenſiblement fit
naître une queſtionbien intéreſſante..
Il s'agiſſoit de ſçavoir en quoi conſiſtoit
la véritable grandeur d'un Prince , & le quel
;
94 MERCURE DE FRANCE.
de tous les Rois que nous vante l'Hiſtoire ,
étoit celui dont lamémoire méritoit le plus
de reſpect & de vénération : Chacun penſe
àſa maniere , & il paroiſſoit que les ſentimens
alloient être affés partagés là-deſſus,
forſqu'on vit entrer un autre Seigneur qui
tenoit des papiers à ſa main : je viens, ditil
au Prince , de rencontrer un inconnu qui
m'a prié avec inſtancede vous préſenter ce
Manufcrit , & qui s'eſt retiré enſuite ſans
merien dire davantage. Je n'ai pas crû devoic
vous le donner ſans ſçavoir à peu près dequoi
il s'agiſſoit ; j'en ai lû les premieres
feuillesqui m'ont aflés amuſé ,&je vous l'ap
porte; il n'eſt pas long , Prince , & fi vous
ſouhaitez d'en entendre la lecture , je vais
vous la faire moi - même: le Prince y conſentit;
on ne ſongea plus à la queſtion qu'on
avoit voulu d'abord agiter ; on lut , & voici
mot pour mot ce qui étoit contenu dans le
Manufcrit dont j'ai une copie & que l'Auteur
lui - même m'a permis de donner au
public.
כ ১ Le fils d'Uliſſe n'eſt pas le ſeul Prince
>> avec qui Minerve , la Déeſſe de la Sageſſe,
ait bien voulu voyager pour l'inſtruire : on
ſçait par d'anciennes relations qu'elle a
> pris autrefois le mêmeſoin du fils d'un Roi
désGaules.
>>Ce fut ſous la figure de Mentorqu'elle
ΜΑΙ 1746.
accompagna Télémaques ce fut ſous
■ celle du ſage Hermas qu'elle ſuivit Francus
- ( c'eſt le nom du jeune Prince dont
>>nous parlons , qui n'étoit point encore for.
> ti du lieu de ſa naiſſance , & que fon pere
>>envoyoit à la Cour d'un Roi fort âgé , qui
» en qualité de parent demandoit à le con-
>>noitre , qui n'ayant point d'enfans luidef
.. tinoit ſa ſucceſſion , & qui vouloit le mon-
>>trer à ſes peuples avant que de mourir. )
>>Francus partit donc avec le ſage Her-
>mas qui fut chargé de le conduire. Ce
>>Prince avoit naturellement beaucoup
•d'eſprit& les inclinations lesplus nobles;
il n'y avoit rien de grand &de vertueux
qu'on ne dût attendre de lui , pourvû qu'il
>ne ſe méprit point dans le choix des Vertus
; car il yen a de faufſes qui ne font que
>>des vices impoſans&fuperbes ; enun mot
>> l'orgueil a les ſiennes , & c'eſt précisément
avec une ame haute , qu'un jeune Prince
>>ſans expérience peut s'y tromper; mais
> c'eſt à quoi Francus n'étoit pas expoſé avec
ſon guide qui avoit de grandes vues ſur lui,
»& qui n'artendoit que l'occaſion de les lui
»déclarer. Ils étoient au dixiéme jour de
>> leur départ , & ils traverſoient le matin
une vaſte plaine où l'on pouvoit voir en-
>core affes diſtinctement la forme d'un
- camp. Francus s'arrêta & parut examiner
96MERCURE DE FRRANCE.
>avec attention. Voici un lieu célébre ;
>>mais que l'humanité rend triſte à voir ,
25tout intérêt de Patrie à part , lui dit Her-
-mas; du tems de votre ayeul, deux nom-
১১ breuſes armées s'y ſont trouvées affem-
,blées l'une contre l'autre ; elles en vinrent
» aux mains ; le carnage y fut terrible , &
>>votre ayeul après bien du ſang répandu
yremporta une victoire complette qui lui
ſoumit toute une Province.
>Que ce fut un beau jourpour lui , s'écria
Francus avec uneſpéce de tranſport !
quand me verrai-je à mon tour à la tête
d'une armée? Hermas ſourit de ce difcours.
> Il vous tarde donc déja de conquérir &de
vaincre ? lui dit-il , eſt- ce là la gloire qui
>> vous touche le plus? Oui , je ľavoue , ré-
> pondit Francus ; je n'en connois point de
>>plus digne de charmerun Prince , ni de
>>plus convenable au rang que nous renons
• fur laTerre. Ily ad'autres gloires pour le
reſte des hommes; celle-ci n'eſt ſpéciale-
»ment accordée qu'à nous ; les Dieux en ont
,, fait l'appanage de notre fortune. La gloire
» de Cyrus , d'Alexandre , de Céfar , celle
>>>de tous les Héros , voilà la mienne. Je
>> ne me ſens point au-deſſous d'eux par mon
.. courage , & quand je lis leurHiſtoire , je
>>brûle de les égaler par mes actions :
Francus , lui repartit Hermas , en
jettant
ΜΑΙ 1746. 97
33
» en jettant ſur lui un regard qui le pénétra :
>>vous dites vrai , ceux dont vous parlez
» n'ont pas eû plus de courage que vous ,
»&cela ſeul leur a ſuffi pour acquérir cette
> gloire qui vous charme ; mais il en eſtune
infiniment plus rare , & fans comparaiſon
>>plus reſpectable , qui ne s'acquiert qu'avec
>>des vertus que ces ſimples Conquéransn'a-
>>voient pas & que vous avez : cette gloire
» cherie du Ciel & de la Terre & que la rai-
» ſon même appelle gloire , voilà la votre ,
.,voilà celle dont les Dieux n'ont réſervé la
>>plénitude qu'à vospareils , celle qui les fait
»reſſembler à ces Dieux même.
Oùeſt elle donc , lui dit Francus ? en quoi
conſiſte - t - elle ? vous me ſurprenez , je ne
connois que celle des Heros que je viens de
citer , c'eſt la ſeule gloire qui ait fait retentir
le monde d'un bruit& d'une admiration qui
durent encore : Je vous ai nommé mes Heros,
Hermas, nommez moi les votres dont je
n'ai point entendu parler. »
De ceux que vous appellez les votres , ou
du moins de leurs ſemblables , on en a vû
preſque dans tous les ſiècles , lui dit Hermas;
à peine tous les tems en ont-ils montré quelques
uns des miens.
On parle encore avec étonnement des
votres; il eſt vrai ; on ſe plaît à conſidérer
leur gloire ſuperbe & formidable; tout a
E
98 MERCURE DE FRANCE.
1.
pliéſous eux; on ſe met à leur place ; c'eſt
de là qu'on les admire , & fi à leur exem.
ple vous ne voulez etre grand qu'aujugement
de notre orgueil , il ne vous ſera pas difcile
d'être admiré comme eux.
Mais vos Heros puniſſent eux-mêmes la
Terre de cette imprudente admiration qu'elle
a pour eux , & loin de l'en punir à votre
tour, c'eſt à vous , Francus , à l'en guérir pour
jamais , à la déſabuſer de ces Heros qui la
ſéduiſent , à lui montrer à quelle gloire elle
doit ſes hommages ; il faut que la votre
apprenne aux hommes à ne plus eſtimer
dans les Princes que la véritable.
La gloire dont vous me parlez , mérite
ſans doute qu'on la préfere , dès que vous
l'eſtimez tant , lui dit Francus, le ſageHermas
ne ſçauroit s'y méprendre , mais encore
une fois je ne la connois point, & vous ne
m'en dites pas affés pour achever de m'inftruire.
Il n'eſt pas néceſſaire de m'expliquet
mieux , répondit Hermas , vous la verrez
Francus , vous la verrez avec celle de vos
Heros , & je ſuis fûr que votre coeur vous
avertira de ce qu'elle vaut ; vous n'aurezbe
foin que de lui pour ſçavoir la diftinguer vou
même.
Je la verrai , dites -vous, repartit Francu
avec ſurpriſe, je ne vous entends point , le
ΜΑΙ وو . 1746
differentes eſpéces de gloire dont nous parlons
peuvent- elles ſe voit autrement que
dans l'Hſtoire ?
Ne vous étonnez point de mon diſcours ,
lui dit Hermas ; mes pareils ont des connoifſances
qui les mettent au-deſſus des autres
hommes ; il ne nous eſt pas toujours permis
de les manifeſter , mais les Dieux qui vous
aiment & qui veillent ſur vous m'ordonnent
aujourd'hui d'employer les miennes en
votre faveur.
Oui , Prince , je ſçais un lieu ſur la terre
où toutes les gloires de vos pareils exiſtent
perſonnifiées , mais où tous les hommes ne
les apperçoivent pas de même .
L'avantage de les voir telles qu'elles font ,
&de bien juger d'elles, n'eſt réſervé qu'aux
hommes vraiment généreux , qu'à ceux qui
ont une véritable élévation dans l'ame ;
tout mortel , ou tout Prince qui n'a que de
l'orgueil , & qui n'aſpire qu'aux fuffrages du
notre , qui eſt plus jaloux de ſurprendre
notre eſtime que de la mériter , & qui s'imagine
qu'on eſt grand quand on eft célébre,
celui- là voit mal les differentes fortes de
gloires c'eſt la vanité de ſes idées qui décide
dujugementqu'il en porte.
Ehbien ! lui dit Francus, ce lieu dont vous
parlez & où je dois m'inſtruire , puis-je me
Hater de le voir bien-tôt ? nous y allons ,
Eij
10 MERCURE DE FRANCE.
:
répondit Hermas , je vous y méne depuis
notre départ, & nous y arriverons demain ,
mais votre ſuite nous géneroit , & je lui al
déja donné ordre de votre part de refter
ce ſoiroù nous nous arrêterons, &de nous y
attendre.
Francus ne lui répondit qu'en l'embra
fant; je vous fuis , lui dit- il , je me livre
vous avec autant de confiance quej'en aurois
pourunDieumême , qui ſeroit mon guide;
c'étoit l'impreſſion de la Divinité preſente
qui le faiſoit parler ainfi , & le lendemain,
l'Aurore commençoit à peine à diſliper les
ombres de la nuit quand ils partirent.
Cen'étoit pasque la Déeſſe eût beſoin d'aller
loin ni deparcourir de grands eſpacespour
arriver où elle avoit deſſein de mener Francus;
les Dieux font ce quils veulent , & le
ſpectacle qu'elle lui deſtinoit pouvoit ſe trou
ver partout, elle étoit même rentrée ſans
l'en avertir dans les Etats de ſon pere , & ce
pendant la Déeſſe feignoit de le håter, pour
Jui cacher ſa puiſſance , & lui perfuade
qu'il s'agiffoit d'un vrai voyage,
Au fortir d'une allés grande forêt qui
avoit borné leur vûe , ils apperçurent d'affes
loin encore une enceinte qui contenoit de
vaſtes édifices d'une Architecture extrêmement
hardie quoiqu'irréguliere , mais dos
pluſieurs s'élevoient fi haut , qu'on ne conc
ΜΑΪ 1746. 101
voit pas que quelqu'un put y faire ſa demeure
? Que vois -je, dir Francus ? à quoi
ſervent ces bâtimens dont la hauteur va ſe
perdre dans les airs : Nous voici au ſéjour
des gloires , répartit Hermas , & ces Edifices
ſont autantde Palais dont les plus élévés
appartiennent, aux gloires les plus célébres ,
&qui ont fait le plus de bruit dans le monde.
Je ne ſçais ſi je me trompe , dit quelques
momens après Francus , mais il meſemble
que cesPalais contretout ordre naturel baifſent
à mesure que nous nous én approchons
; je ne les trouve plus ſi hauts.
Vous commencez à les bien voir , repartitHermas
, entrons , les gloires vous atteindent
pour ſe diſputer votre conquête.
En voici déja une qui s'avance avec tout
fon cortége , & qui paroît l'emporter fur
toutes les autres.
C'étoit celle d'Alexandre. Francus ſe
taiſoit. Il étoit faifi d'une admiration qui
ne lui permettoit pas de répondre.
Quelle est - belle , s'écria-t-il enfuite ,
quelle a d'éclat , & que ſa fierté m'enchante!
filsde Roi, lui cria t-elle alors à quelque
diſtance de lui, mais en s'approchant toujours,
ne vas pas plus loin , épargne toi un examen
inutile , toutes les gloires que tu vois font
inférieures àcelle qui t'appello, & c'eſt à moi
qu'il faut que tu te livres , viens, que je t'ani
Eiij
102 MERCURE DE FRANCÉ.
me de mon fouffle , & que j'imprime ſut
ton front le ſceau de l'immortalité.
Pendant qu'elle parloit , Francus qui la
conſidéroit de plus près , & qui déméloit
mieux tout ce qui l'entourroit , fentoit déja
diminuer ſon admiration pour elle ; ſaphyſionomie
fiére lui paroſſoit dure & même
un peu féroce , & dans le nombre des perſonnages
qui compoſoient ſa ſuite , il en obſervoit
quelques uns qui ne lui plaifoientpas:
Apprenez - moi , je vous prie , lui dit- il ,
quelles font ces figures hydeuſes que j'apperçois
parmi ces autres , & qui ſemblent
vouloir échapper à mes regards : alors une
de ces figures parla ; puiſque tu nous as remarquées
, dit - elle , il nous eft ordonné de
te répondre: Je m'appelle l'Orgueil effrené,
& celle-ci eſt la Cruauté inutile ; c'eſt par
moi qu'Alexandre alla ſubjuguer des peuples
éloignés & tranquilles , c'eſt elle qui les
égorgeoit dans leur fuite.
A quoi bon toutes ces queſtions, dit alors
laGloire dont ils'agiffoit? on ne te dit là que
la ſuite inévitable de mes avantures , je
n'exiſterois pas ſans cela : A ces mots une
autre figure terraſſée , à demi déchirée &
en pleurs , fit entendre quelques gémif-
' femens : Fuis , Prince , cria- t- elle enſuite
, ſauves toi du danger d'être tenté par certe
funeſte gloire , & vois l'état où tous ceux
MAI 1746. 103
qui l'ont ſuivie m'ont réduite ; fuis , ne l'écoute
point, c'eſt l'Humanité qui t'en conjure.
5
A peine achevoit- elle ces mots que la
porte du Palaisde cette Gloire s'ouvrit avec
fracas , & laiſſa voir un ſpectacle effroyable.
C'étoit une immenſe étendue de Pays où
triomphoient le ravage , la mort & les crimes.
Ah Ciel ! dit alors Francus en s'é
cartant , à quelle odieuſe Gloire m'arrêtoisje
ici ? une autre auffitôt l'acueillit ; c'étoit
la Gloire d'un Heros du Nord : Viens!
ſuis moi , lui dit- elle , je ſuis moins éten
due, mais je n'en ſuis pas moins étonnante :
Non , lui repliqua-t-il, ta ſuite eſt àpeu près
la même , ou ſi tu veux que je te connoiffe
mieux , ouvres auſſi la porte de ton Palais
avant que je t'écoute.
Cette porte s'ouvrit en effet ,& découvrit
unPays moins vaſte mais auſſi maltraité que
le premier ; à côté de ce pays on en voyoit
un autre qui paroiſſoit déſert , où tout étoit
triſte , languiſſant & dépouillé.
Quelle eft cette autre terre qui paroît , dit
Francus , quelle eſpéce de malheur a-t-elle
éprouvé ?
C'eſt la Patrie du Heros que j'ai illuſtré ,
répondit-elle. Sa Patrie ? reprit - il, a-t-il
donc fallu que ton Heros la ſubjuguât pour
en être le maître ? Non , répondit-elle , elle
ne te paroît un peu fatiguée que pour avoir
ſervià ſes exploits. Eiij
304 MERCURE DEFRANCE.
Sortons , dit alors Francus indigné , forsons
de ces lieux, jene puis les ſouffrir, je ne
demanderois pour toute gloire que celle de
venger la Terre de toutes les Gloires qui
fontici.
Il s'éloignoit en tenant ce diſcours,entrons
dans ce petit ſentier qui s'offre à nous , lui
ditHermas.
Ce ſentier quoique d'abord un peu ſombre
, s'éclairciſſfoit à meſure qu'on avançoit,
&il alloit enfin aboutir au plus beau Pays du
monde, & qui étoit ſous le plus beau Ciel .
A l'entrée de ce Pays ils virent une autre
Gloire qui ſourit avec douceur en les
voyant , qui ne ſe vanta point , qui cependant
avoir l'air noble & majestueux ,
& en même tems modeſte ; elle tenoit la
Valeur d'une main & la ſageſſe de l'autre;
tout ce qui l'entourroit étoit reſpectable ;
l'humanité que Francus venoit de voir ſi déſolée,
ſe retrouvoit ici , & n'y montroit qu'un
viſage où ſe peignoient la Paix, la ſatisfaction&
la Joye.
Vous m'enchantez , lui dit Francus en l'abordant;
on ceſſe d'aimer vos compagnes
en les voyant de près , & vous enflammez
ceux qui vous approchent.
Il ſe livroit donc au plaiſir de la regarder ,
quand tout à coup un nouveau ſpectacle vint
le frapper; c'étoit une foule de guerriers qui
ΜΑΙ 1746. τος
en accompagnoient un qui paroiſſoit . leur
maître; ſa courſe étoit ſi rapide qu'ils avoient
peine à le ſuivre , & il ſembloit aller punir
unennemi téméraire. Ce qui ſurprit le plus
Francus , ce fut de voir à côté du Guerrier
cette aimable Gloire à qui il venoit de parler
, mais dont les traits auparavant fi doux
avoient alors je ne ſçais quoi de menaçant
&de terrible.
Francus n'avoit pas eû le tems de reconnoitre
le Guerrier qu'il avoit vû paſſer. Il
avança dans le Pays , lorſque quelque tems
après il en fortit un cri général de douleur :
Qu'entens-je ?dit-il à Hermas, qu'elle confternation
ſubite ſe répand ici ? dequoi s'agit-
il ? où va ce peuple qui fond en larmes ?
Il interroge alors tous ceux qu'il rencontre;
que vous eſt il arrivé ? leur diſoit- il, je vous
vois troublez ; vous invoquez les Dieux ,
qu'elle eſt votre infortune
Hélas ! il ne vit peut-être plus, lui répondoient
les uns; nous allons le perdre;crioient
les autres : eh ! de qui donc parlez-vous ? répondoit-
il à fon tour : de lui ; eh ! de qui
pourroit-ce être ſi non de lui , de ce Roi notre
pere , notre ami ,& notre maître ? Que
l'ennemi eſt heureux , & que nous ſommes à
plaindre !
Francus à l'aſpect d'une affliction ſi univerſelle
, & dont il voyoit de ſi prodigieux
Ex
106 MERCURE DE FRANCE.
effets , ne pût s'empêcher de pleurer lui
même , & de partager une tendreſſe dont
il n'avoit pas eû encore la moindre idée.
Il continue d'avancer , & comme les inftructions
que lui donnoit Minerve devoient
être rapides , ſur la fin du jour, il vit la
joye fuccéder inſenſiblement à l'affliction ;
il entendit un cri d'allégreſſe aufli général
que l'avoit été le cri de douleur; il vit ce
méme peuple s'égarer dans les raviſſemens ;
il vit des tranſports qu'une joye , même en
démence, n'auroit pu imiter.
Francus étoit pénétré d'étonnement. Eh !
que! eſt donc ce Roiſicher , & en même
tems ſi intrépide& fi glorieux ? dit il dans ſa
ſurpriſe; quelle gloire que la ſienne ! je ne
l'imaginois pas ; puiſſent les Dieux m'en accorder
une pareille : C'eſt celle de ton pere
que tu choiſis , & tu es actuellement dans
ſon Empire , lui dit alors Minerve qui ſe manifeſta
: le Roi que tu allois trouver n'eſt
plus; des Ambaſſadeurs arrivent demain à
JaCour de ton pere, ils viennent de la part
des peuples t'y reconnoître pour leur Maî
tre; hâte - toi toi -même de rejoindre ton
pere & profites des leçons que tu as reçues.
Fermer
17
p. 25-36
SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Début :
Les hommes naissent avec deux foiblesses contradictoires, la jalousie aveugle [...]
Mots clefs :
Hommes, Homme, Admiration, Jalousie, Modestie , Considération, Ambition, Gloire, Estime de soi, Estime, Vanité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
SUITE
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
DE L'ESTIME DE SOI - MESME
Ou l'art d'augmenter celle des autres ,
Par M. de Baftide.
>
Es hommes naiffent avec deux foibleffes
contradictoires , la jaloufie aveugle
& l'admiration rapide . Ces foibleffes
ont donné le mouvement au monde , tel
qu'il eft aujourd'hui . On les fait aifément
naître dans le même jour ; la nuance qui
les fépare eft prefque imperceptible. Il eft
toujours heureux de finir par être l'objet
de la derniere , mais on a rifqué de n'y
pas parvenir ; & fi cela fut arrivé , on
reftoit bien loin du dégré d'eftime , de
fortune , ou d'élévation que l'on devoit
attendre de fon mérite.
Il eſt un moyen d'affurer à fon ambition :
tout le fuccès qu'elle s'eft promis , c'eſt l'art
de fe faire valoir. Cet art paroît être partout,
aujourd'hui que les vices ont pris tant de crédit.
En effet , combien de gens réuffiffent , qui
n'auroient pas même ofe former des defirs,
fi le mérite étoit la feule clef des fuccès de ›
l'ambition. Soupleffes , trahifons , fauffes
confidences , faux fervices , fauffes louanges
, tous moyens heureux mais infâmes .
B
26
MERCURE DE FRANCE.
Cet art eft un crime, & fes motifs toujours
découverts font tôt ou tard le châtiment
de l'homme coupable qui les a lâchement
employés.
L'art dont je parle , & dont je vais effayer
de donner des leçons , eft toujours
innocent , & réuffit toujours mieux ; il
affure l'eftime des hommes fans laquelle il
n'eft point de vrai bonheur ; il n'eft jamais
un fujet de reproches pour le coeur même
le plus délicat ; tous les plaifirs qu'il procure
font vrais , on y trouve la fatisfaction
inexprimable d'être l'auteur du dégré de
confidération auquel on eft parvenu , on y
trouve encore le plaifirflateur d'être agréa
ble aux hommes en leur faifant fentir une
admiration tendre qui ne va jamais fans
leur attachement , & qui ne peut jamais être
fans plaifir pour eux.
En quoi confifte cet art fi utile & fi favorable
? fuffit-il d'être né avec du mérite &
d'éviter la modeftie pour le pofféder ? Eftce
en faifant adroitement valoir les autres
que l'on parvient à fe faire valoir ? Négliger
fes intérêts , paroître ignorer ce que
l'onvaut , être doux , careffant , docile ,
donner modeftement un confeil , demander
un avis avec cet air touchant qui fait
entrer la fimpatie dans le coeur de celui
qu'on confulte 3 montrer une fermeté noble
SEPTEMBRE . 1755. 27
lans toutes les occafions de concurrence &
le difpute où la gloire eft intéreffée ; doner
à tout ce que la vanité fait dire ou enreprendre
l'air de cette gloire fi refpectale
, dans laquelle les hommes les plus
vains ont toujours trouvé tant d'excufes ;
adoucir cet air par un regret apparent de
n'avoir pas pû éviter d'agir & de ne pouvoir
plus reculer ; être honnête dans la
concurrence & modefte dans le triomphe.
Eft- ce là l'art de fe faire valoir ? Il n'eft
point dans toutes ces chofes féparées ; il ſe
forme de toutes.
La modeſtie eſt une qualité refpectable ,
mais elle eſt le terme des avantages que le
mérite a droit de fe promettre dans le monde.
Une froide eftime eft tout ce que les
hommes lui accordent. Pour réuffir , il faut
s'annoncer & attirer les regards à foi . Le
monde, en cela , eft une image des fociétés
particulieres où l'homme le plus diftingué
par le mérite n'aura bientôt aucune forte
de diftinction , fi de tems en tems il ne fe
renouvelle dans les efprits , en y renouvellant
fa réputation par quelque trait de fa
vanité. Tout le monde fçait que ce n'eft
que fur la fin de fa vie que l'immortel
Corneille eut une penfion de Louis XIV .
Ce grand Roi aimoit pourtant à récom
penfer, & il y penfoit de lui- même ; mais
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
il étoit entouré de poëtes plus courtifans ,
qui rempliffoient fes oreilles du bruit de
leur génie & le trop modefte Corneille
laiffoit parler le fien.
Il est donc abfolument néceffaire de fe
montrer aux hommes fous un jour qui les
frappe , lorfque l'on veut repréfenter fur
la icene du monde. Mais les nuances qui
doivent former cet éclat , font délicates
difficiles à réunir , plus difficiles à placer.
Les hommes accordent volontiers leur admiration
, mais le mépris , la jaloufie & la
haine font le prix du defir de l'obtenir , fi
l'on n'a pas un cetain art de la faire naître ,
même en la méritant.
Parler trop fouvent de foi , en parler
trop bien , avoir l'air de fe careffer en fe
louant , fe louer dans des chofes que le
public a vu d'un oeil prévenu , attaquer la
réputation d'un homme eftimé pour affurer
la fienne , ce feroit choquer les hommes ,
trop préfumer de leur caprice, de leur foibleffe
ou de leur injuftice , & rifquer évidemment
de fe ruiner dans leur efprit , au
lieu de s'y bien établir. Mais fuivant les
circonftances dire de foi le bien que les
autres en ont déja dit , retracer certains
traits qui ont fait généralement honneur ,
ne paroître fe louer que par l'exigence du
cas préfent , prouver ce que l'on peut faire
SEPTEMBRE . 1755. 29
par ce que l'on a fait , &n'en parler que pour
juftifier fa prétention actuelle , voilà le vrai
moyen de le faire valoir. La modeftie nous
fait oublier des hommes , la préfomption
nous en fait hair ; une certaine vanité de
fituation prévient l'inconftance , écarte la
jaloufie , & fait naître la vraie eftime.
Sçavoir faire valoir les autres , eſt un
moyen infaillible de fe faire valoir foimême.
Quelques vains que foient les hommes
, ils ne fe jugent jamais avec affez de
complaifance pour n'avoir befoin que de
leur propre eftime. La voix du coeur fait
taire la voix de l'amour propre. Sçavoir
flatter cette avidité de louanges toujours
plus infurmontable à mefure qu'elle eft
moins véritablement fatisfaite , c'eft s'affurer
du reffort général qui fait mouvoir tous
les hommes , c'eft avoir trouvé l'art de
maîtriſer l'efprit & le coeur.
Le feul defir de plaire indique mille
moyens de flatter leur vanité , mais il eft
dangereux de n'en pas fçavoir régler l'ufage
, s'ils vous voyent trop frappés de leur
mérite , ils ne le feront plus du vôtre , il
faut fçavoir s'arrêter dans la louange comme
dans la plaifanterie. Les hommes font
naturellement ingrats. Ils haïffent qui ne
les loue pas affez , ils méprifent qui les
trop. Un homme d'efprit que l'on
loue
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
connoîtra pour n'être point louangeur &
pour avoir un goût très- difficile fera für
de s'être fait autant d'amis qu'il y aura de
perfonnes dans un cercle qu'il aura diftinguées.
On fe parera complaifamment de
cette diftinction , moins parce qu'elle fera
flatteufe par elle -même , que parce qu'on
la devra à un homme qui n'eft pas dans
l'habitude de flatter , & fi l'on eft contrarié
dans l'opinion qu'on aura prife de la qualité
dont on aura été loué , on dira M. un
tel m'en a fait compliment . Ce M. un tel
pourtant , cité comme un oracle , ne fera
qu'un homme de goût comme tant d'autres
; il n'aura rien fait que de très-fimple
en louant ce qui étoit bien & fe taifant fur
qui ne méritoit pas d'être loué , mais
c'eft que ce qui eft très- fimple devient trèsméritoire
& très- confidérable , lorfqu'on
a fçu fe faire une réputation .
Négliger fes intérêts , eft encore un de
ces moyens de fe faire valoir qu'on ne doit
employer qu'avec prudence. Il réuffit alors
parfaitement. Je fuppofe un homme d'efprit
aux prifes, dans une converſation , avec
un fat déja prefque vaincu ; que cet homme
fi fupérieur par le mérite & par l'avantage
actuel , renonce à fa victoire , qu'il
paroiffe avoir épuifé fes reffources en faifant
finir la difpute par un filence qui laifSEPTEMBRE.
1755. 31
que
fe la question indécidée ; tout le monde
admirera fa modération , & elle lui fera
plus d'honneur que fon triomphe ne lui en
eut fait. Mais pour pouvoir montrer fans
danger une pareille générofité , il faut
les fpectateurs connoiffent votre fupériorité
, & vous rendent juftice , il faut encore
& non moins neceffairement, que l'objet
de la difputé ne foit pas effentiel par
lui-même , & que votre défaite ou votre
victoire n'intéreffe que votre vanité. Si au
contraire de l'une ou de l'autre dépendoit
l'intérêt de votre gloire ou de celle de votre
ami , négliger vos avantages , ce feroit
mériter que l'on doutât de votre efprit , ou
qu'on vous accufât d'ignorer ce que l'on
doit à ſon ami ou à foi même.
Cette regle s'étend à la douceur , à la
docilité , &c. qualités qui nous rendent
tous les hommes favorables , lorfque nous
fçavons les montrer avec art, & qui peuvent
au contraire nous faire un tort confidérable
dans leur efprit , fi cet art précieux
n'en regle pas l'ufage .
Un honnête homme , qui vient vous
demander un confeil , mérite que l'attention
de ne pas bleffer fon amour propre
foit votre premier foin. Il est toujours humiliant
d'être contraint à s'éclairer des lumieres
des autres ; demander un confeil
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
7
c'eft faire l'aveu d'un befoin. Donner un
confeil eft donc faire une action par laquelle
votre vanité agit en quelque forte
contre l'amour propre de celui à qui vous
le donnez ; fi vous ne lui paroiffez pas
modefte , vous lui paroîtrez impertinent ,
vous ferez l'objet de fa haine immédiatement
après avoir été l'objet de fa confiance
; mais fi au contraire vos lumieres fe
cachent fous un air de modeftie , fi en le
confeillant vous paroiffez plus flaté du fervice
que vous pouvez lui rendre que de
l'honneur qu'il vous aura fait , fa vanité ·
reconnoiffante vous tiendra compte d'un
ménagement indifpenfable comme d'un
bienfait volontaire ; vous obtiendrez fon
amitié par votre confeil , & fon eftime par
votre procédé.
Il eft auffi néceffaire de demander un
confeil avec dignité , que de le donner
avec modeftie. On prévient l'injuftice de
la vanité en confultant avec un air touchant
, toujours affez flatteur pour contenir
l'orgueil qui voudroit agir . Celui qui
confulte a un fervice à obtenir & une offenfe
à éviter ; un fervice , parce qu'un bon
confeil donné avec cet air de ménagement
qui vient de la confidération , porte naturellement
ce nom ; une offenfe , parce que
l'homme naturellement vain abufe aifé-
1
SEPTEMBRE . 1755. 33
ment des fervices qu'il rend , & les tourne
toujours en offenfe lorfque la façon de les
demander n'a pas quelque chofe d'impofant
qui lui imprime la confidération. On
eft für d'obtenir l'un & d'éviter l'autre
par
l'art de demander .On réuffira même au -delà
de fes efpérances , fi l'on fçait tirer de cet art
tout ce que l'on peut en attendre . Celui
que vous confulterez , forcé à vous ſuppofer
de la nobleffe à proportion que vous en
aurez montré , jugera de fon mérite & de
votre eftime pour lui par votre démarche
qui les mettra dans tout leur jour ; fa vanité
careffée ; portera fes idées fur la préférence
que vous lui aurez donnée , & les détournera
du fervice qu'il vous aura rendų ;
il vous chérira , vous estimera , vous refpectera
. La reconnoiffance lui dictera des
remerciemens dont vous verrez facilement
la fincérité. Si dans ce moment vous lui
demandiez les plus grandes preuves de prédilection
, il feroit capable de vous les ac-
-corder & de vous en remercier de même.
Car que ne doit on pas attendre d'un homme
lorfqu'on a fçu flatter fa vanité ?
La plupart des concurrens font ou diffi-
-mulés avec baffefle , ou fermes avec infolence
, & il n'arrive que trop fouvent qu'ils
triomphent par l'un ou l'autre de ces défauts,
mais très - fouvent auffi leur victoire
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
les livre à la haine & au mépris publics.
L'on fent bien que , lorfqu'on demande
une préférence fur un rival , la gloire ne
fouffre pas que l'on manque , par fa faute,
de l'obtenir ; afficher fon ambition , c'eſt
afficher la préfomption fi l'on ne réuffit pas.
Mais pour réuflir n'y a-t- il point de moyens
innocens qui ne foient dangéreux ? Oui ,
fans doute , il en eft , & les voici. C'eſt à
'celui- là feul qui en fçait faire ufage , que
font réfervés le véritable fuccès & la véritable
gloire de réuffit . Que l'on foit ouvert
avec prudence & ferme avec nobleffe , que
l'on paroiffe n'avoir de l'ambition que par
-ce que l'on fe doit à foi- même d'en avoir
lorfqu'on eft fait pour parvenir , que cette
ambition n'ait pas l'air de la prétention ,
que l'opinion que l'on ade foi ne foit point
décélée par certain air de fuffifance , que
l'efpérance feule fe laiffe voir, mais qu'il
•paroiffe que foutenue du defir de la gloire,
elle fuffira pour donner la conftance de fol.
liciter ce que l'on demande, ou de pourſuivre
ce que l'on a entrepris.
Si l'on a pour concurrent un homme
abfolument fupérieur en rang ou en mérite
, on ne fçauroit réparer par trop d'é
gards l'audace de s'être mis à côté de lui ,
mais ces égards dégénéreroient en baſſeffe
s'ils ne laiffoient plus diftinguer cet air de
SEPTEMBRE . 1755. 35
C
réfolution qui marque une ame courageufe
, & qui fçait rendre aux autres ce qui
leur eſt dû fans oublier ce qu'elle fe doit à
elle-même.
Si celui dont on fe voit le rival eft un
homme médiocre mais modefte , s'il paroît
que fon ambition ait pris fa fource dans fa
mauvaiſe fortune , fi fon fort dépend de la
réuffite de fes idées ; le traiter avec humanité,
ne fe montrer à lui qu'avec la moitié
de fes moyens , foutenir fon efpérance en
lui fauvant les preuves de fon infériorité ,
defcendre jufqu'à lui & lui conferver fon
illufion , paroître regretter d'être fon compétiteur
, fans que ce regret ait rien d'humiliant
pour lui ; c'eft avoir le procédé d'un
homme généreux , d'un homme admirable
, d'un homme que tout le monde doit
aimer.
Voilà de fûrs moyens de fe faire valoir.
On les trouvé dans fon coeur lorfque l'on
penfe bien. J'ai pris dans le mien le deffein
de les expofer aux yeux des hommes
pour les tenter s'il eft poffible. Je fuis fûr
d'avoir bien fait , mais aurai- je aſſez bien
dit pour être écouté tout dépend aujourd'hui
de l'art de l'efprit. Un fermon même
eft ennuyeux s'il n'eft agréable ; il n'y a
plus de milieu. La raifon devroit pourtant
avoir confervé quelque privilege ; elle dit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
toujours des chofes & l'efprit en fait fouvent
fouhaiter. Je fçais que l'efprit est trèsaimable
, & que s'il joignoit à fes agrémens
l'appanage de la raifon , il vaudroit beaucoup
mieux qu'elle ; mais il n'a pas tout ,
ce n'eft prefque qu'une belle fleur ; pourquoi
s'y attacher uniquement le printems
eft bien court ; doit - on vivre fans provifions
pour les autres faifons de l'année ?
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Résumé : SUITE DE L'ESTIME DE SOI-MESME, Ou l'art d'augmenter celle des autres, Par M. de Bastide.
Le texte 'Suite de l'estime de soi-même' de M. de Baftide examine les contradictions humaines entre la jalousie et l'admiration, et comment ces traits influencent les succès mondains. L'auteur met en avant l'importance de l'art de se faire valoir pour atteindre ses ambitions, tout en distinguant cet art des pratiques immorales comme la flatterie ou la trahison. L'art de se faire valoir est décrit comme innocent et efficace. Il consiste à augmenter l'estime des autres sans susciter de reproches. Les moyens pour y parvenir incluent la modestie, la douceur, la docilité, et la capacité à donner des conseils avec tact. L'auteur insiste sur l'importance de ne pas négliger ses intérêts de manière imprudente et de savoir quand montrer de la générosité. Le texte met également en garde contre les dangers de la vanité excessive et de la présomption. Il recommande de savoir flatter la vanité des autres sans les offenser et de demander des conseils avec dignité. L'auteur souligne que les concurrents doivent éviter la bassesse et l'insolence, et qu'il existe des moyens innocents pour réussir et obtenir la véritable gloire. L'auteur décrit des stratégies pour se faire valoir en adoptant un comportement généreux et admirable. Il recommande de ne montrer à un compétiteur que la moitié de ses moyens, de lui épargner les preuves de son infériorité, de descendre à son niveau et de lui conserver son illusion, tout en regrettant d'être son compétiteur sans l'humilier. Ces moyens sont ceux d'un homme généreux et admirable, digne d'amour. L'auteur exprime sa décision d'exposer ces principes aux hommes pour les inciter à les adopter. Il doute cependant d'avoir suffisamment bien exprimé ses idées pour être écouté. Il souligne l'importance de l'art de l'esprit dans la communication, affirmant qu'un sermon, même raisonnable, est ennuyeux s'il n'est pas agréable. La raison devrait avoir un privilège, mais l'esprit, bien qu'aimable, manque souvent de profondeur. L'auteur compare l'esprit à une belle fleur éphémère, soulignant la nécessité de provisions pour les autres saisons de la vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 187-188
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Lundi 15 Août, Fête de l'Assomption, il y a eu Concert Spirituel. M. [...]
Mots clefs :
Fête de l'Assomption, Sonate, Admiration, Talent, Motet, Verset, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE
Lundi
E Lundi
15 Août
, Fête de l'Affomp-
IS
tion , il y a eu Concert
Spirituel
. M.
Duport
a exécuté
une Sonate
de Violoncelle
avec
les
applaudiffemens
&
l'admiration
que la fingularité
de fon
talent
eft en poffeffion
de mériter
. Mlle
Bernard
& Mlle
Hardi
ont chanté
. Le
Concert
a fini par le Te Deum
, nouveau
Motet
de M. Dauvergne
. De l'aveu
de
tous
les Maîtres
de l'Art , fans
aucune
reſtriction
, & fans les funeftes
mais qui
accompagnent
les éloges
les plus flatteurs
, ce Motet
a été le ſujet
d'une
admiration
& d'un plaifir
continuels
. Quoique
le Muficien
ait employé
tous les
verfets
de l'Hymne
, ce Motet
,felon tous
les Auditeurs
, a paru très- court. On ne
188 MERCURE DE FRANCE.
peut , d'après le rapport général du
Public , trouver réuni dans un même
Ouvrage , plus de variété , de grâces ,
de jufteffe & d'énergie d'expreffion.
Le verfet entre autres Judex crederis effe
venturus eft d'une beauté fublime . Il
paroît qu'il y a eu peu d'ouvrages de ce
genre , fur lequel les fuffrages ayent jamais
été fi unanimes.
LE
Lundi
E Lundi
15 Août
, Fête de l'Affomp-
IS
tion , il y a eu Concert
Spirituel
. M.
Duport
a exécuté
une Sonate
de Violoncelle
avec
les
applaudiffemens
&
l'admiration
que la fingularité
de fon
talent
eft en poffeffion
de mériter
. Mlle
Bernard
& Mlle
Hardi
ont chanté
. Le
Concert
a fini par le Te Deum
, nouveau
Motet
de M. Dauvergne
. De l'aveu
de
tous
les Maîtres
de l'Art , fans
aucune
reſtriction
, & fans les funeftes
mais qui
accompagnent
les éloges
les plus flatteurs
, ce Motet
a été le ſujet
d'une
admiration
& d'un plaifir
continuels
. Quoique
le Muficien
ait employé
tous les
verfets
de l'Hymne
, ce Motet
,felon tous
les Auditeurs
, a paru très- court. On ne
188 MERCURE DE FRANCE.
peut , d'après le rapport général du
Public , trouver réuni dans un même
Ouvrage , plus de variété , de grâces ,
de jufteffe & d'énergie d'expreffion.
Le verfet entre autres Judex crederis effe
venturus eft d'une beauté fublime . Il
paroît qu'il y a eu peu d'ouvrages de ce
genre , fur lequel les fuffrages ayent jamais
été fi unanimes.
Fermer
19
p. 209-212
RÉPONSE à l'ANONYME.
Début :
Monsieur, Que la nouvelle d'un Etablissement fait à Moscou [...]
Mots clefs :
Établissement, Moscou, Orphelins, Générosité, Honneur, Auguste souveraine, Écoles, Admiration, Estime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à l'ANONYME.
REPONSE à l'ANONYME.
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
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Résumé : RÉPONSE à l'ANONYME.
L'auteur répond à un anonyme ayant informé de la création à Moscou d'un établissement pour les enfants trouvés et les orphelins. Il exprime son admiration pour cette initiative et regrette de ne pas connaître l'auteur de cette nouvelle. Il respecte le désir de l'anonyme de rester caché mais souligne l'importance de reconnaître les actions vertueuses. L'auteur mentionne plusieurs projets humanitaires et éducatifs initiés par la souveraine, tels que la fondation d'une communauté pour jeunes filles nobles, la création d'une académie pour jeunes artistes, et l'établissement d'écoles publiques et d'asiles pour les infirmes dans toutes les provinces de l'empire. Il conclut en exprimant son zèle et son admiration pour les vertus de l'anonyme et son désir de voir plus d'hommes suivre son exemple.
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