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1
p. 71-87
DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Début :
Ce que l'on nous conte du Phenix est-ce une verité [...]
Mots clefs :
Phénix, Nature, Esprit humain, Créatures, Âme, Oiseau, Prodige, Auteurs, Plumes, Ailes, Miracles, Mystère, Espèces, Monarque, Victoire, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
DU PHENIX.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
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Résumé : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Le texte aborde l'existence du Phénix, un oiseau légendaire, en discutant de sa réalité ou de sa fiction. L'auteur explore diverses hypothèses sur sa nature et sa localisation, soulignant que l'homme crée souvent des êtres imaginaires pour satisfaire sa curiosité. Il examine les arguments contre l'existence du Phénix, tels que son absence dans l'Arche de Noé et la nécessité de reproduction conventionnelle, mais suggère que l'âme humaine peut distinguer le réel de l'imaginaire. Il mentionne également des phénomènes rares en nature et la possibilité que Dieu préserve des créatures uniques. Le Phénix est décrit avec une apparence majestueuse : une tête couronnée de plumes, un collier d'or et de plumes blanches, un corps bleu comme des saphirs, et des ailes pourpres ornées de pierreries. Il meurt après mille ans, se sacrifiant sur un bûcher de bois odoriférants, et renaît de ses cendres, un processus respecté par la nature et observé en Égypte. Le texte compare ensuite le roi de France au Phénix, soulignant ses qualités exceptionnelles et ses actions modérées malgré ses victoires militaires. Les autres souverains suivent son exemple, et l'Europe se pacifie grâce à son initiative de paix. Le roi est ainsi vu comme ayant vaincu la victoire elle-même en choisissant de régner par ses vertus plutôt que par la force.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 27-87
EXTRAIT du discours de Mr de Reaumur.
Début :
Il convient d'abord avec Mr Bon, que la nourriture [...]
Mots clefs :
Araignées, Soie, Vers à soie, Coques, Fils, Oeufs, Nourriture, Mamelons, Insectes, Espèces, Toiles, Réaumur, Bon
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du discours de Mr de Reaumur.
EXTRAIT
du discours de Mrde
Reaumur.
Il convint d'abord avec
Mr Bon ,que la nourriture
la plus ordinaire des Araignées
,
cest la Mouche
mais il ne remarquer que
quand on pourroit prendre
facilement toutes les Mouches
qu'on voit, il y en auroit
à peine assez dans tout
le Royaume pour nourrir
assez d'Araignées pour faire
une quantité de soyeun peu
çonfidcrable.
Ayant ensuite observé
que les Araignées mangent
également les autres Infectes
qui s'embarassent dans
leurs toiles.
Ilnes'agit plus, dit-il,que
de trouver une cfpece d'Insecte,
dont on pût avoir com
modement autant qu'on
voudroit. Les seuls vers de
terre me parurent avoir cet
avantage;il y ena des quantirez
prodigieuses; les Jardins,
les Champs en sont
remplis:il n'y a personne qui
n'ait remarquéqu'aprés des
nuits pluvieuses, les Allées
des Jardins sont couvertes
de divers petitsmonceaux de
terre de figure ronde, &
tournez en spirales. Ils cachent
autant de trous par
lesquels sont sortis les vers
de terre pendant la nuit. Il
n'est aussi rien de plus facile
qued'avoir de ces insectes,
pourvû qu'on aille les chercher
pendant la nuit avec
une chandelle; observant
seulement d'y aller dans des
temps qui n'ont pas esté
precedez d'une longue sécheresse.
A la verité je n'avois
jamais trouvé de vers
de terre dans les toiles, ni
dans les trous d'Araignées,
mais ces infectes rampant
sur la terre, & ayant assez
de force Se de pesanteur
il cftoit également impoffi-,
ble qu'ils se fussentjettez
dans ces filets & dans ces
trous,& que les Araignées
les y eussent transportez.
Ilme parut qu'il n'y avoic
point de nourriture dont
je dusse me promettre davantage.
Lesuccés ne trompa
pas mon attente. Ayant
donc renfermé dans des
boetes plusieurs grosses A.
raignées de diverses especes.
qui avoient passé l'Hyver
, car il y en a qui vivent
plusieurs années
-,
je leur
donnay des morceaux de
Vers, & les conservay en
vie par ce moyen.
Il ne m'auroit pas fufïi
pour me persuaderquecette
nourriture estoit convenable
aux Araignées, de
les avoir veu vivre pendant
plusieurs mois après la leur
avoir donnée. Une experienque
j'avois faite autrefois
m'auroit laissé un doute tresbien
fondé. J'avois gardé
une Araignée de maison en
vie pendant plus de trois
mois sans lui donner aucune
nourriture. On sçait
d'ailleurs que les petites Araignées
qui éclosent dans
le mois de Septembre vivent
environ huit ou neuf
mois sans manger. Mais
comme j'avoisrenfermé ces
Araignées dans des boetes
que j'avois couvertes de
verre, j'obfervois aisément
si elles s'attachoient à la
nourriture que je leur avois
donnée ,& je les voyois attaquer
les morceaux de vers
qu'onsçait se remuer malgré
leur féparatfon du reste
du corps- , comme on les
voit attaquer les Infectes à
qui il reste encore quelque
force aprèss'estrelaissez.
prendre dans leurs filets. Les
divers mouvements de ces
morceaux de vers excitoienr
ces Infectes de proye. Dailleurs
elles conservoient leur
grosseur & leur vivacité,ce
qui n'arrivoit point à celles
que je laissois sans nourriture.
Enfin ce qui est plus
decisif, plusieurs firent. des
coques, dans lesquelles plusieurs
oeufsestoient renfermez.
Je tentay ensuité diverses
fortes de viandes pour voir
si elles ne seroient pas également
propres à les nourrir,
car quelque commodes que
soient les Vers, la viande
l'auroit esté davantage ?
mais je vis qu'elles ne la recherchoient
point, & que
lorsqu'elleslarencontroient
elles s'apliquoient rarement
dessus, parce que le naturel
feroce des Araignées veut
estre excité pas des animaux
vivans.
J'imaginay cependant une
autre nourriturequi suplée
peut estre à cet avantage par
legoût exquis que les Araignées
y trouvent. Les jeunes
Araignées qui ne font que
d'abandonner leur coques le
preferent à toutes autres.
Je ne l'employai qu'à
cause du raport qu'il me
parut avoir avec la chair
tendre & molle des infectes
que les Araignées succent
; elle consiste dans cette
substance molle quiremplit
les plumes des jeunes oyseaux
avant qu'elles soient
venuës à leur parfait accroissement.
On a remarqué sans doute,
que lorsqu'on arrache
de ces jeunes plumes, elles
font sanglantes par le bout
&que le tuyau cil: mol. Alors
ceux qui se feront de plus
donné la peine de presser ce
tuyau, ou de le dissequer
l'auront trouvéremply
d'une substance rendre, &
garnyd'un grand nombre
de petits Vaisseaux qui taitsent
échaper du fang lorsqu'on
les coupe.Après avoir
arraché de ces. plumes à de
jeunes Pigeons ou à des
vieuxausquelsj'avois osté
quelque temps auparavant
les grosses plumes de la
queuë&des aites, je lesdivisay
en divers petits morceaux
d'une ligne ou d'une
demie ligne de longueur ;
je donnay ces petits morceaux
aux Araignées
,
qui
s'en accomoderent,les jeunes
Araignées sur tout: j'entends celles que j'avois
gardées dans leurs coques,
&qui les avoienc abandonnées
depuis peu, sembloient
les préserer à toute autre
nourriture.J'en voyois quelques
fois cinq ou six assemblées
sur un mêmepetit
morceau de plume que chacune
sucçoit du costé où il
avoit cité coupé.
Jusqu'icy tout semble
aller à merveilles pour les
Araignées;voicy desnourrituressimples,
dont il semblc
qu'il eftojc (cuicmcnt
question. Peut estre en trouvera
t on d'autresaussi commode
, mêmeparmy les
InCc:aes) pendant qu'on se
serviroit de celles là qui ne
sont pas plus difficiles à trouver
que lesfeuilles deMeurier
qu'on donne auxvers,& qui
ont quelque chose de plus
commode.On peut les avoir
sans aucun foin, & dans
tous les Pays,sans craindre
pour elles les plus rudes Hyvers.
Les Rorisseursfourniraient
une grande quantité
de ces jeunes plumes,où
l'on en auroit de resteen
nourrissant des poulets ou
des pigeons
,
ausquels on
les arracheroit detemps en
temps, & qui n'en feroient
pas moins leurs oeufs& leurs
petits,comme je l'ay experimenté
; mais nous allons
voir qu'il y aura beaucoup
à decompter lorsqu'il s'agira
d'éleverassez d'Araignées
pour fournir de foye des
Manufactures.
D'abord que les jeunes ¡
Araignées abandonnent la
foye qui les envelopoit
,
j
elles paroissent parfaitement
dacord,elles travaillent de
concert a une même toile ;
les unes étendent de nouveaux
fils sur ceux que les
autres avoient déja fournis;
mais cette parfaire union
ne dure pas long-temps. Je
distribuay en différentes
boëtes quatre à cinq mille
Araignées, ausquelles j'avois
veu abandonner leurs
coques; j'en mis deux ou
trois cens dans de certaines
boëtes,dans d'autres cent
ou cinquante ou même
moins. Ces boëtes avoient
à peu prés la longueur d'une
carte a joüer, & la largeur
d'une semblable carte ;
c'estoit un assez grand espace
pour de si petits animaux
;mêmej'avoisobfervé
qu'elles s'attachoient au
verre qui couvroit ces boëtes.
Je leur avois fait à chacune
une ouverture à une
ligne de distance de ce verre,
par laquelle je faisois entrer
une carte qui estoit appuyée
sur la largeur de laboete;cette
carte bouchoit assez exactement
l'ouverture pour
empêcher les Araignées de
s'échaper. C'est sur cette
carte que je mettois lanourriture
que j'avois trouvé
leur cilre propre. Je la pofois
ainsi prés de la furfacc
interieure de la boëte ou
du verre ,
afin que les Araignées
fussent plus proches
de cette nourriture,& afin
que celles qui estoient au
fond de la boëte, ou sur
ses costez, pussent venir la
chercher. J'avois eu la précaution
de lui faire faire un
grand nombre de trous. On
pouvoir parce moyen donner
à manger à beaucoup
d'Araignées en peu de
temps. On les voyoit les
premiers jouts chercher cette
nourriture avecempressement,
plusieurss'attachoient
amu meêm,e morceau de plu-
-
Mais leur naturel feroce
se déclara: les plus grosses
& les plus fortes prirent,
goust à manger les
plus petites êc les plus foibles;
chaque fois que je les
regardois,j'en voyois une
petite qui estoit devenue la
proye d'une un peu plus
grosse, & au bout de quelque
temps à peine m'en res-
•
ta en une ou deux dans
chaque boëte.
Je sçavois bien que les
grosses Araignées se battent
quelques fois lorsqu'elles se
rencontrent; maisilyavoit
quelque apparence qu'estant
élevées ensemble,elles pourroient
venir plus sociables,
comme nous voyons que les
Poulets, les Dindons élevez
dans une même Bassecourt
vivent fort bien ensemble
,
quoi qu'ils fassent
la guerre aux nouveaux venus
jusqu'à les tuer. Les
grosses Araignées même, se
mangent beaucoup moins
les unes les autres que les
petites,soit parce qu'elles
ontbienmoins besoin de
nourriture, ou qu'estant
plus pesantes elles aiment
moins à se remuer. C'est
aparemment que cette inclination
qu'elles ont à se mangermutuellement,
est partie
cause de ce qu'il y a si
peu d'Araignées à proportion
de ce qu'il devroit yen
avoir,faisant une quantité
d'oeufs aussi prodigieuse
qu'elles enfont.
Je sçay bien qu'il y a divertes
fortes d'infectes qui
les mangent. Pline parle de.
quelques especes de Frelons
& de Lezards qui s'en nourrissent.
J'ay veu de petits Le.
zards en attraperavec beaucoup
d'adresse; mais malgré
cela je crois que nous en
verrions incomparablement
davantage sielles ne semangeoient
point.
Il ne sembleroit donc rester
d'autre party à prendre
si l'on vouloitélever des Araignées
qu'à les loger fcparement
; on pouroit par
exemple avoir des boëtes
divisées en plusieurs petits
compartimens où l'on formeroit
plusieurs Cellules,&
jel'ay fait comme cela;mais
de donner à manger à chacune
de ses Araignées separement
cela engageroit à des
dépenses peu proportionnéesau
profitqu'on en pourroit
cirer.On pourroit en venir
là si nous n'avions la foye
des Vers d'une maniéré infiniment
plus commode.
-
Je sçay qu'on pouroit
trouver des moyens d'abroger
cette maniéré de leur
donner à manger, & j'en
ay
ay même imaginé quelques
uns où l'on employeroit
beaucoup moins de
temps qu'on en met à donner
la nourriture aux Vers.
La necessité où l'on cfl;
de distribuer les Araignées
dans des Cellules se parées,
jette encore dans un nouvel
embarras qui ne diminuë
pas peu l'avantage qu'ellesont
sur les Vers du costé
de leur fecondité
, car pour
profiter de cet avantage,il
faut pouvoir garder un
grand nombre d'oeufs qui
ayent esté fecondez par 1accouplement
,
& pour cela
il faut mettre necessairement
des Araignées ensemble.
Je sçay bien qu'il est un
temps où il se doit faire chez
ces Infectes une douce fermentation
qui leuroste leur
ferocité naturelle, & qu'QI}
pourroit alors les mettre ensemble
sans aucun risque ;
mais comment connoistre
précisement ce temps qui
doit préceder de peu celui
où elles ont envie de faire
leurs oeufs. Il seroit aisé à
trouver si elles les faifoienc
toutes à peu prés dans le
* -
même temps. Mais il y a
plusieurs mois de difference
entre le temps que les uncs
pondent, de celui où les autres
pondent à leur tour.
La fecondité des Araignées
est prodigieuse, comme
Mr Bon l'a parfaitement
observé;mais après tout les
Vers font feconds de reste
quand on fuppofcroit qu'ils
ne font qu'environ cent
oeufs, desquels à peine quarante
donnent des vers qui
fassent leurs coques, au lieu
que les Araignéesfont 6.
à 700. oeufs, quoy que j'aye
remarqué danstousles Vers
quej'ay élevez de faire une
exactecomparaison de leur
foye avec celle des Araignées,
ayent toûjours donné
au moins 3. à400. oeufs. Il
est aisé de voir qu'on peuc
multiplier le nombre des
Versautantquonle voudra,
cela dépendoit seulement
de la quantité de leurs oeaft,
il n'en faut d'autre preuve
que la quantité de foye qu'ils
fournissent aujourd'huy à
l'Europe, où il n'y avoit
autre fois aucuns Vers. Il
seroit donc aisé avec le
temps d avoir des quantitez
de Versqui surpassassentautant
ce que nous en avons
à present, que ce que nous
en avons, surpasse le petit
nombre d'oeufs qu'on aporta
d'Orient en Europe;mais
c'est qu'il est necessaire de
les loger
,
soigner, nourrir,
ce qui fait qu'on n'en éleve
pas davantage, parce qu'en
augmentant la quantité de
la soye,onendiminuëroitle
prix,& les soins qu'on prend
pour élever les Vers ne seroient
plus payezassez cher.
Il semble jusqu'icy que
les Vers l'emportent beaucoup
sur les Araignées par
la facilité qu'on a à les élever)&
par consequent qu'on
doit peu se promettre de la
nouvelle foye
,
si elle n'a
quelque avantage sur l'ancienne,
soit par sa beauté
ou sa force,ou par la quan- titéqu'on en peut tirer;
c'est ce que nous allons examiner
dans le deuxième article.
Comme toures les especes
d'Araignées ne donnent pas
une foye qu'on puisse mettre
en oeuvre, & que celles
qui fournissent cette soyela
filent feulement pour formerles
coques qui envelopent
leursoeufs, il m'a paru
necessaire de donner une
idée generale des diverses
especes d'Araignées au squelles
on peut ramener toutes
les autres, & de la différente
maniere donc les coques de
ces différentes especes sont
faites, afin de faire connoître
celles dont on peut tirer
de la foye dans le Royaume.&
c. Mr de Reaumur dit que
Mr Bon avoit distinguê les
Araignées en deux ci peces
principales, sçavoir les Araignées
à jambes longues, &
lesAraignées à jambes courtes
, & quecestoit la derniere
qui fournissoitla nouvelle
foye. Il fie un grand détail
de toutes les especes d'Araignées
comprises dans ces
deux pricipales,& expliqua
celles dont on pourroit tirer
de la soye, & celles qui
n'en donnent point. Il expliquaaussi
la maniere donc
chaque espece d'Araignées
faisoient leurs coques, &
dit qu'on pourroit avoir des.
soyesd Araignées plus differentes
par leur couleur na.
turelle, quenel'est celle des
Vers quiest toûjours aurore
ou blanche, au lieu que les
coques d'Araignées en donneroient
de jaune, de blanche
,
de grise
,
d'un fort
beau bleu celeste
,
& d'un
beau brun caffé
; mais que
les Araignées qui donnent
la foye couleur de caffé étoient
rares , & qu'il n'en
avoir rencontré que dans
quelques champs de Genets,
oùil avoit aussi trouvé de.
leurs coques, donc la [oic:
estoit tres forte & iits-belle;
que ces coques estoient faites
d'une maniere differente
de toutes les autres coques
d'Araignées dont il avoit
parlé. &c. Ildit en suite,que les Araignées
faisoient leurs oeufs,
ou la foye qui les enveloppe
dans plusieurs mois de l'année,
non feulement dans les
seuls inoisdaoutl & de Septembre,
qui est le seul temps
que Mr Bon donne pour cela
; mais aussi dans le mois
de May & les suivants; que
les Araignéesfiloient deux
sortes de n:s
,
etonc les uns
servent à ourdir les toilles
qu'elles tendent aux Infectes,&
les autres à euveloper
leursoeufs,&quecesfils
-
ne differoient entr'eux que
par le plus ou le moins de
force ; ce qu'il expliqua de
cettemaniere, - Je suppose qu'on sçair que
les Araignées ont
-
auprès de
leur Anus divers mamellons
quisont autant defilieres dans
lesquelles semoule la liqueur
qui doit devenir de la foyc
lorsqu'elle fc fera
-
féchéc
après en estre sortie. Les
Araignées dont il s'agiticy;
c'est à dire celles dontla foye
est propre aux ouvrages ,
ont six de ces mamellons,
donc quatre sont très sensibles,
mais les deux autres le
font moins, & on ne les
distingue pas aisément sans
le secoursde la Loupe. Ces
deux petits mamellons sont
posez chacun proche de la
baze des deux gros qui sont
les plus prés de l'Anus. Chacun
de ces six mamellons
sensibles sont composez
euxmêmes de divers petits
mamellons ou filieresinsenfibles
; c'est. dequoy on est
aisément persuadé, si cependant
on presse avec deux
des doigts d'une même main
le ventre d'une Araignée
pour obliger la liqueur de
couler de ces mamellons
?
on appliquera le doigt sur
l'un d'eux
,
& qu'on le presse
doucement on en tire plusieursfils
distinctement separez
les uns des autres dés
leur sortie, qui par confequent
avoient parte par différentstrous.
Ces fils sont
trop fins pour qu'on puisse
les compter tous d'une ma,-
niere leure ; rn^ib ce que je
sçai de certain; c'est que j'en
ay pu souvent compter
plus de six à sept. On tire
plus ou moins de ces fils
d'un même mamellon si
l'on applique de doigt plus
fortemenr, ou sur une plus
grande partie de ce mamellon.
Ainsi il est aisé à present
de comprendre comment
les Araignées font des fils
plus ou moins gros quand
il leur plaist, car non seulement
,lorsqu'avant de commencer
à filer, elles appliquent
contre quelques corps
plus ou moins des mamellons
sensibles de leur Anus;
mais selon qu'elles appliquent
plus fortement
, ou
une plus grandepartie de
chacun de ces mamellons
,
elles font des fils composez
d'un plus grand nombre
d'autres fils & par confequents
plus sorts & plus
gros.
Il doit y avoir environ
dix-huit fois plus de fils qui
composent un des fils des
Coques qu'il n'yen a dans
ceux des Toiles, si la quantité
des filsquicompoienc
les uns ôc les autres est proportionnée
à leur force,car
ayant collé un poids de deux
grains à un fil de toile, il l'a
ordinairement soûtenu sans
rompre, & s'est ordinairement
rompu lorsque j'yen
ay attaché un de trois
grains, au lieu que les fils
de coque soûtiennent environ
trente six grains; mais
ils se cafient lorsqu'on les
charge d'un plus grand
poids.
Mais si les fils des coques
des Araignées sont plus
forts que les fils des Toiles,
ils font aussiplus foibles que
ceux des coques de Vers,
quoy que dans une moindre
proportion. La force. des
fils que je devidois de dessus
ces dernieres coques a esté
ordinairement jusqu'a soûtenir
un poids de deux gros
& demi. Ainsi la force d'un
fil de coque d'Araignée est
à celle d'un fil de coque de
Vers environ comme un à
cinq, & c'efi; peut -
estre
encore là un des endroits
par lesquels l'ancienne foye
pourroic avoir quelque avantage
sur la nouvelle.
A la verité chaque fil de
coque d'Araignée est à peu
prés moins gros qu'un
fil de foye dans la même
proportion qu'il est plus
foible ; mais cela ne compense
pas entieremcnt ce
desavantage
, car il est plus
difficile de joindre ensemble
plusieurs brins, car sans
compter que c'est une peine
de plus
,
il est toujours à
craindre que lesfilsnetirent
pas tous également, & par
conséquent que leur assemblage
n'ait pas la somme
des forces que chaque fil au..
roit separement. Cettemultiplicité
de brins qui composent
chaque fil de foye
d'Araignée pour le faireaussi
gros qu'un fil de foye de
Vers, contribue peut -
être
en partie à rendre les ouvtages
faits de cette foye moins
lustrez que ceux de la soye de
Vers,car leur luftreefl: effectivement
moins beau, comme
un sçavant Académicien
le remarqua lorsque les Mitaines
furent apportées à
l'Academie; ce qu'on appelle
lustre dans une étoffe ne
me paroissant proven ir
que de ce qu'elleréfléchit
plus de lumiere colorée d'une
certaine façon qu'une
autre étoffe qui paroist de
même couleur. Plus un brin
de foye aura donc de petits
vuides qu'un autre brin de
soye, moinsilparoîtra lustrè
, car il refléchira moins
de lumiere. Or ces petits vuides
feront évidemment en
plus grand nombre dans un
fil composéluy-même de
plusieurs fils differens & réellement
séparez, que dans
celuy qui estant de même
grosseur n'est point compode
differens brins,les parties
de la liqueur visqueuse
qui le composent estant
sans doute appliquées plus
aisément les unes proche
des autres devant se toucher
en plus d'endroits que divers
filsréellement séparez.
Ainsien supposant quechaque
fil de foye d'Araignéc
n'est pas plus lustré naturel- t lement qu'un fil de foye de'
Vers, il est clair que lors
qu'on aura joint cinq de ces filspourencomposerunautre
de même grosseur que- L fccftlefil deVersnaturelles
ment, que ce fil composé &
l'ouvrage qu'on en formera
paroistront moins lustrez
que le fil de foye de Vers,
& l'ouvrage qui en fera
formé.
Cecy seroit vray , en
suposant, comme je viens
dele dire, que le fil simple
d'Araignée est naturellement
aussi lustré qu'un fil
simple de foye ; mais cette
suposition même seroit
peut-estre trop favorable
à la foye d'Araignée
, car
on peut remarquer que les
fils les plus crespez ont
moins de lustre que ceux
qui le sont moins. Aussi
voyons nous que la lainesr
dont chaque brin est naturellement
pluscrespé qu'un
brin de foye
,
est aussi
moins lustrée, si chaque
brin de soye d'Araignée
est naturellement plus crêpé
qu'un brin de foye de
Vers, il doit donc aussi
avoir moins de lufire,&
c'est ce qui ca tres-aisé à
observer. Il n'est gueres
plus dificile de trouver la
raison pour laquelle ces
fils font plus crespez que
les autres. Lamanieredont
ils sont devidez les uns & les
autresen est apparemment
la cause; car on conçoit
d'abord qu'en devidant
desfils d'une manière lâche
on laisse la liberté au redore
de toutes les petites parties
quilescomposent,d'agir de
toutes leurs forces pour
les plieroules friser en plusieurs
sens differents, au
lieu qu'en devidant ces fils
d'une maniere plus serrée,
comme font les Vers, on
empêche l'action du ressort
de ces petites parties. Lo
redore*
ressort luy même s'use dans
cette situation violente,
ou du moins il s'affaiblit.
On demeurera plus volontiers
d'accord de cecy lors
que l'on fera attention que
les premiers fils de coques
desVers à foye
,
qui sont
eux mêmes entortillez autour
de la coque d'une maniere
lâche sont bien moins
beaux,&moins lustrez, que
ceux qui forment le corps
de la coque, & qui sont
devidez d'une maniere tresserrée.
Quand on s'apperçoit
qu'il n'ya eu que deux des
mamellonsqui ayent four-
-
ny des fils pour en faire un
de toile d'Araignée & que
chacun de ces mamellons
qui fournirent eux mêmes
unfilcomposé de plusieurs
autres en auroient fouiiiy)
un simple
,
les fils de toiles
estant dix huit fois plus
foibles qu'un fil de coque ,t
ce dernier fil que nous avons
dit estre environ cinq foIS2
plus petit qu'un de foye des
Vers, devroic estre composé
de trente six brins au
moins. Peutestrequecette
réflexion pourra servir à
soutenir l'imagination lors
qu'elletâche à comprendre
laprodigieuse divisibilitéde
la matiere,car qu'elle doit
estre la petitesse d'un fil
que les yeux pourtantaperçoivent
& qui n'etf pas plus
gros que la centquatrevingtième
partie d'un fil
de foye simple, lequel fil de
foye simple n'estluymême
que la deux centiéme partie
d'un fil desoye telle qu'on
s'en sert pour coudre
, car
:;, j'ay souvent divisé ces brins
de foye en deux cent fils ou
à peu pres; de sorte quufli
brin de soye d'Araignée de
la grosseur d'un brin de
foye dont on se sert pour
coudre seroit réellement
composé d'environ trente
six milfils, & on pouroic
le diviser actuellement en
mille.
Mais enfin venons au
dernier point essentiel,c'està-
dire voyons quel raport
a la quantité de foye que
chaque Araignée donne
par an , avec celle qu'on
tire des Vers à foye. J'ay
pesé avec grand soin diverses
coques de Vers; j'ay.
trouvé que les plus fortes,
c'est-à-dire, l'ouvraged'une
année d'un Vers, pesoient
quatre grains,& que les
plusfoiblesen pesoient plus
de trois; de forte qu'en prenant
la livre de seize onces
il faut du moins 2304. Vers,
pour avoir une livre de soye.
Lors qu'on porte des habits
de soye,on ne s'avise gueres
de penser que plusieurs mille
Vers ont travaillé toute
leur vie pour en fournir la
matiere.
J'ay pesé avec le même
soin un grand nombre de
coques d'Araignées, & j'ay
toujours trouvé qu'il enfalloit
environ quatre des
plus grosses pour égaler le
poids d'une de Vers
, &
qu'elles pefoient chacune
environ un grain, de sorte
qu'il faudroit quatre des
plus grosses Araignées pour
donner autant de foye
qu'un Vers, s'il n'y avoit
pas plus de déchet sur la
foye des uns que sur celle
des autres, mais le déchet
des coques d'Araignées , les diminuë de plus des deux
tiers,puisquede 13. onces
de soye sale
,
Mr Bon n'en
sa retiré que quarre de foye
mette , ce qui cause ce déchet
dans les coques dÂraignées
,cfl: qu'on les pese
rempliesde toutes lescoques
des oeufs des petites Araignéesavant
qu'elles fussent
écloses,&dediversesordudures
qui Ce trouvent mêlées
parmi la foye. Celles des
Vers n'ont point un pareil
déchet, ou il cil: si petit)
.qu'on peut le compenser
enprenant seulementle déchet
de la foye des Araignecs
aux deux tiers.
Or nous venons de voir
que le poids d'une coque
d'Araignée avant d'estre
nettoyéeefl:au poids d'une
coque de Vers à foye comme
I. està 4.ainsi estant
néttoyée
,
son poids fera au
poids decellecy comme I.
estàiz. Il faudroir donc
déjà11. des plus grosses
Araignées peur donner autant
de foye qu'un Vers.
Mais chaqueVers fait
une coque , parce que les
leurs pour se metamorphoser,
au lieu que les Araignées
ne faisant les leurs que
pour envelopper leurs oeufs,
ils n'y a que les Araignées
femelles qui en fassent d'où il s'ensuit quesi , on
supose que l'on a autant
d'Araignées femelles que
de malles,ce qui doit arriver
à peu pres,24. des
plus grosses Araignées
, ne
donneront pas plus de soye
qu'un seul Vers.
Ilfaudroit donc environ
55296.Araignées des plus
grosses pour avoir une livre
de foye
,
lesquelles Araignées
il auroitesténecessaire
de nourrir separement pen^
dant plusieurs mois
,
d'où
l'on voit combien il est à
craindre que la foye qu'on
en retireroit n'engageast
dans des dépenses peu proportionnées
à sa valeur, puis
qu'elle couteroit24,fois
autant que celle des Vers,
si l'on supposoit mefine
qu'on n'est pas obligé de
mettre les Araignées separement
,
& que chaque
Araignée n'occuperoit pas
plusde place qu'un Vers,
ce quiseroitaussiunesuposition
fausse ,car il faut leur
19 en donner assez à chacune
afin qu'elles puissent faire
leurs toiles. Mais si on
vouloit entrer dans le détail
du calcul des fraisqu'elles
couteroientestant obligé de
les nourrir separement ,&.
de leur donner des espaces
assez grands pour les loger
chacune commodement,
on verra d'une maniere trèsclaire
que la foye des Araignéc,
cousteroit incomparablementplus
quecelle des
Vers.
Qu'on ne croye pas, au
reste, quetout ce que j'ay
dit ne regarde queles Araignées
d'une grosseur commune,
car si on vouloir sça- 1
Voir ce que donnent de foyo
celles qu'on trouve communement
dans les Jardins de
ce Pays, & qui paroissent
tres grosses, on vcrroit qu'il
en faut12. decellecy pour
avoir autant de foye qu'on
en retire d'une des coques
de celles dontj'ay parlé,
& que 28 8. ne donneroient
que le même poids de foye 1
que fournit une seule coque
de Vers,par consequent
qu'à peine 663551. Arai-
-
gnées pourroient faire une
livre de soye.
On aura sans doute regret
de ce qu'il nous reste
si peu d'esperance de prositer
d'une découverte siingenieufe.
Aprés tout ilya
peut-estre encore quelque
ressource. Il pourra se faire
que l'on trouve des Araignées
plus grosses que celles
que nous voyons communement
dans le Royaume.
Il est déja certain
, par le
raport de tous les Voyageurs,
quecelles de l'Amerique
le sont beaucoup plus
que les nostres
,
d'où il
semble aussi qu'elles devroient
donner plus de foye.
Les Vers, qui, quoy qu'originaires
de Pays éloignez,
ont si forr peuplé en Europe,
nous aideroient même à
cfpercr que les Araignées de
l'Amérique, pourroient vivre
dans ceuxcy. Quoy
qu'il en soit, il faut experiïncntcr
; c'est la feule voye
de découvrir des choses
curieuses & utiles. Je ne
negligeray rien de ce qui,
peut avoir raport à la recherche
dont il s'agit icy, dans
1 laquelle si l'on découvre
jamais quelque chose d'utile,
la premiere gloire en fera
due àMr Bon.
du discours de Mrde
Reaumur.
Il convint d'abord avec
Mr Bon ,que la nourriture
la plus ordinaire des Araignées
,
cest la Mouche
mais il ne remarquer que
quand on pourroit prendre
facilement toutes les Mouches
qu'on voit, il y en auroit
à peine assez dans tout
le Royaume pour nourrir
assez d'Araignées pour faire
une quantité de soyeun peu
çonfidcrable.
Ayant ensuite observé
que les Araignées mangent
également les autres Infectes
qui s'embarassent dans
leurs toiles.
Ilnes'agit plus, dit-il,que
de trouver une cfpece d'Insecte,
dont on pût avoir com
modement autant qu'on
voudroit. Les seuls vers de
terre me parurent avoir cet
avantage;il y ena des quantirez
prodigieuses; les Jardins,
les Champs en sont
remplis:il n'y a personne qui
n'ait remarquéqu'aprés des
nuits pluvieuses, les Allées
des Jardins sont couvertes
de divers petitsmonceaux de
terre de figure ronde, &
tournez en spirales. Ils cachent
autant de trous par
lesquels sont sortis les vers
de terre pendant la nuit. Il
n'est aussi rien de plus facile
qued'avoir de ces insectes,
pourvû qu'on aille les chercher
pendant la nuit avec
une chandelle; observant
seulement d'y aller dans des
temps qui n'ont pas esté
precedez d'une longue sécheresse.
A la verité je n'avois
jamais trouvé de vers
de terre dans les toiles, ni
dans les trous d'Araignées,
mais ces infectes rampant
sur la terre, & ayant assez
de force Se de pesanteur
il cftoit également impoffi-,
ble qu'ils se fussentjettez
dans ces filets & dans ces
trous,& que les Araignées
les y eussent transportez.
Ilme parut qu'il n'y avoic
point de nourriture dont
je dusse me promettre davantage.
Lesuccés ne trompa
pas mon attente. Ayant
donc renfermé dans des
boetes plusieurs grosses A.
raignées de diverses especes.
qui avoient passé l'Hyver
, car il y en a qui vivent
plusieurs années
-,
je leur
donnay des morceaux de
Vers, & les conservay en
vie par ce moyen.
Il ne m'auroit pas fufïi
pour me persuaderquecette
nourriture estoit convenable
aux Araignées, de
les avoir veu vivre pendant
plusieurs mois après la leur
avoir donnée. Une experienque
j'avois faite autrefois
m'auroit laissé un doute tresbien
fondé. J'avois gardé
une Araignée de maison en
vie pendant plus de trois
mois sans lui donner aucune
nourriture. On sçait
d'ailleurs que les petites Araignées
qui éclosent dans
le mois de Septembre vivent
environ huit ou neuf
mois sans manger. Mais
comme j'avoisrenfermé ces
Araignées dans des boetes
que j'avois couvertes de
verre, j'obfervois aisément
si elles s'attachoient à la
nourriture que je leur avois
donnée ,& je les voyois attaquer
les morceaux de vers
qu'onsçait se remuer malgré
leur féparatfon du reste
du corps- , comme on les
voit attaquer les Infectes à
qui il reste encore quelque
force aprèss'estrelaissez.
prendre dans leurs filets. Les
divers mouvements de ces
morceaux de vers excitoienr
ces Infectes de proye. Dailleurs
elles conservoient leur
grosseur & leur vivacité,ce
qui n'arrivoit point à celles
que je laissois sans nourriture.
Enfin ce qui est plus
decisif, plusieurs firent. des
coques, dans lesquelles plusieurs
oeufsestoient renfermez.
Je tentay ensuité diverses
fortes de viandes pour voir
si elles ne seroient pas également
propres à les nourrir,
car quelque commodes que
soient les Vers, la viande
l'auroit esté davantage ?
mais je vis qu'elles ne la recherchoient
point, & que
lorsqu'elleslarencontroient
elles s'apliquoient rarement
dessus, parce que le naturel
feroce des Araignées veut
estre excité pas des animaux
vivans.
J'imaginay cependant une
autre nourriturequi suplée
peut estre à cet avantage par
legoût exquis que les Araignées
y trouvent. Les jeunes
Araignées qui ne font que
d'abandonner leur coques le
preferent à toutes autres.
Je ne l'employai qu'à
cause du raport qu'il me
parut avoir avec la chair
tendre & molle des infectes
que les Araignées succent
; elle consiste dans cette
substance molle quiremplit
les plumes des jeunes oyseaux
avant qu'elles soient
venuës à leur parfait accroissement.
On a remarqué sans doute,
que lorsqu'on arrache
de ces jeunes plumes, elles
font sanglantes par le bout
&que le tuyau cil: mol. Alors
ceux qui se feront de plus
donné la peine de presser ce
tuyau, ou de le dissequer
l'auront trouvéremply
d'une substance rendre, &
garnyd'un grand nombre
de petits Vaisseaux qui taitsent
échaper du fang lorsqu'on
les coupe.Après avoir
arraché de ces. plumes à de
jeunes Pigeons ou à des
vieuxausquelsj'avois osté
quelque temps auparavant
les grosses plumes de la
queuë&des aites, je lesdivisay
en divers petits morceaux
d'une ligne ou d'une
demie ligne de longueur ;
je donnay ces petits morceaux
aux Araignées
,
qui
s'en accomoderent,les jeunes
Araignées sur tout: j'entends celles que j'avois
gardées dans leurs coques,
&qui les avoienc abandonnées
depuis peu, sembloient
les préserer à toute autre
nourriture.J'en voyois quelques
fois cinq ou six assemblées
sur un mêmepetit
morceau de plume que chacune
sucçoit du costé où il
avoit cité coupé.
Jusqu'icy tout semble
aller à merveilles pour les
Araignées;voicy desnourrituressimples,
dont il semblc
qu'il eftojc (cuicmcnt
question. Peut estre en trouvera
t on d'autresaussi commode
, mêmeparmy les
InCc:aes) pendant qu'on se
serviroit de celles là qui ne
sont pas plus difficiles à trouver
que lesfeuilles deMeurier
qu'on donne auxvers,& qui
ont quelque chose de plus
commode.On peut les avoir
sans aucun foin, & dans
tous les Pays,sans craindre
pour elles les plus rudes Hyvers.
Les Rorisseursfourniraient
une grande quantité
de ces jeunes plumes,où
l'on en auroit de resteen
nourrissant des poulets ou
des pigeons
,
ausquels on
les arracheroit detemps en
temps, & qui n'en feroient
pas moins leurs oeufs& leurs
petits,comme je l'ay experimenté
; mais nous allons
voir qu'il y aura beaucoup
à decompter lorsqu'il s'agira
d'éleverassez d'Araignées
pour fournir de foye des
Manufactures.
D'abord que les jeunes ¡
Araignées abandonnent la
foye qui les envelopoit
,
j
elles paroissent parfaitement
dacord,elles travaillent de
concert a une même toile ;
les unes étendent de nouveaux
fils sur ceux que les
autres avoient déja fournis;
mais cette parfaire union
ne dure pas long-temps. Je
distribuay en différentes
boëtes quatre à cinq mille
Araignées, ausquelles j'avois
veu abandonner leurs
coques; j'en mis deux ou
trois cens dans de certaines
boëtes,dans d'autres cent
ou cinquante ou même
moins. Ces boëtes avoient
à peu prés la longueur d'une
carte a joüer, & la largeur
d'une semblable carte ;
c'estoit un assez grand espace
pour de si petits animaux
;mêmej'avoisobfervé
qu'elles s'attachoient au
verre qui couvroit ces boëtes.
Je leur avois fait à chacune
une ouverture à une
ligne de distance de ce verre,
par laquelle je faisois entrer
une carte qui estoit appuyée
sur la largeur de laboete;cette
carte bouchoit assez exactement
l'ouverture pour
empêcher les Araignées de
s'échaper. C'est sur cette
carte que je mettois lanourriture
que j'avois trouvé
leur cilre propre. Je la pofois
ainsi prés de la furfacc
interieure de la boëte ou
du verre ,
afin que les Araignées
fussent plus proches
de cette nourriture,& afin
que celles qui estoient au
fond de la boëte, ou sur
ses costez, pussent venir la
chercher. J'avois eu la précaution
de lui faire faire un
grand nombre de trous. On
pouvoir parce moyen donner
à manger à beaucoup
d'Araignées en peu de
temps. On les voyoit les
premiers jouts chercher cette
nourriture avecempressement,
plusieurss'attachoient
amu meêm,e morceau de plu-
-
Mais leur naturel feroce
se déclara: les plus grosses
& les plus fortes prirent,
goust à manger les
plus petites êc les plus foibles;
chaque fois que je les
regardois,j'en voyois une
petite qui estoit devenue la
proye d'une un peu plus
grosse, & au bout de quelque
temps à peine m'en res-
•
ta en une ou deux dans
chaque boëte.
Je sçavois bien que les
grosses Araignées se battent
quelques fois lorsqu'elles se
rencontrent; maisilyavoit
quelque apparence qu'estant
élevées ensemble,elles pourroient
venir plus sociables,
comme nous voyons que les
Poulets, les Dindons élevez
dans une même Bassecourt
vivent fort bien ensemble
,
quoi qu'ils fassent
la guerre aux nouveaux venus
jusqu'à les tuer. Les
grosses Araignées même, se
mangent beaucoup moins
les unes les autres que les
petites,soit parce qu'elles
ontbienmoins besoin de
nourriture, ou qu'estant
plus pesantes elles aiment
moins à se remuer. C'est
aparemment que cette inclination
qu'elles ont à se mangermutuellement,
est partie
cause de ce qu'il y a si
peu d'Araignées à proportion
de ce qu'il devroit yen
avoir,faisant une quantité
d'oeufs aussi prodigieuse
qu'elles enfont.
Je sçay bien qu'il y a divertes
fortes d'infectes qui
les mangent. Pline parle de.
quelques especes de Frelons
& de Lezards qui s'en nourrissent.
J'ay veu de petits Le.
zards en attraperavec beaucoup
d'adresse; mais malgré
cela je crois que nous en
verrions incomparablement
davantage sielles ne semangeoient
point.
Il ne sembleroit donc rester
d'autre party à prendre
si l'on vouloitélever des Araignées
qu'à les loger fcparement
; on pouroit par
exemple avoir des boëtes
divisées en plusieurs petits
compartimens où l'on formeroit
plusieurs Cellules,&
jel'ay fait comme cela;mais
de donner à manger à chacune
de ses Araignées separement
cela engageroit à des
dépenses peu proportionnéesau
profitqu'on en pourroit
cirer.On pourroit en venir
là si nous n'avions la foye
des Vers d'une maniéré infiniment
plus commode.
-
Je sçay qu'on pouroit
trouver des moyens d'abroger
cette maniéré de leur
donner à manger, & j'en
ay
ay même imaginé quelques
uns où l'on employeroit
beaucoup moins de
temps qu'on en met à donner
la nourriture aux Vers.
La necessité où l'on cfl;
de distribuer les Araignées
dans des Cellules se parées,
jette encore dans un nouvel
embarras qui ne diminuë
pas peu l'avantage qu'ellesont
sur les Vers du costé
de leur fecondité
, car pour
profiter de cet avantage,il
faut pouvoir garder un
grand nombre d'oeufs qui
ayent esté fecondez par 1accouplement
,
& pour cela
il faut mettre necessairement
des Araignées ensemble.
Je sçay bien qu'il est un
temps où il se doit faire chez
ces Infectes une douce fermentation
qui leuroste leur
ferocité naturelle, & qu'QI}
pourroit alors les mettre ensemble
sans aucun risque ;
mais comment connoistre
précisement ce temps qui
doit préceder de peu celui
où elles ont envie de faire
leurs oeufs. Il seroit aisé à
trouver si elles les faifoienc
toutes à peu prés dans le
* -
même temps. Mais il y a
plusieurs mois de difference
entre le temps que les uncs
pondent, de celui où les autres
pondent à leur tour.
La fecondité des Araignées
est prodigieuse, comme
Mr Bon l'a parfaitement
observé;mais après tout les
Vers font feconds de reste
quand on fuppofcroit qu'ils
ne font qu'environ cent
oeufs, desquels à peine quarante
donnent des vers qui
fassent leurs coques, au lieu
que les Araignéesfont 6.
à 700. oeufs, quoy que j'aye
remarqué danstousles Vers
quej'ay élevez de faire une
exactecomparaison de leur
foye avec celle des Araignées,
ayent toûjours donné
au moins 3. à400. oeufs. Il
est aisé de voir qu'on peuc
multiplier le nombre des
Versautantquonle voudra,
cela dépendoit seulement
de la quantité de leurs oeaft,
il n'en faut d'autre preuve
que la quantité de foye qu'ils
fournissent aujourd'huy à
l'Europe, où il n'y avoit
autre fois aucuns Vers. Il
seroit donc aisé avec le
temps d avoir des quantitez
de Versqui surpassassentautant
ce que nous en avons
à present, que ce que nous
en avons, surpasse le petit
nombre d'oeufs qu'on aporta
d'Orient en Europe;mais
c'est qu'il est necessaire de
les loger
,
soigner, nourrir,
ce qui fait qu'on n'en éleve
pas davantage, parce qu'en
augmentant la quantité de
la soye,onendiminuëroitle
prix,& les soins qu'on prend
pour élever les Vers ne seroient
plus payezassez cher.
Il semble jusqu'icy que
les Vers l'emportent beaucoup
sur les Araignées par
la facilité qu'on a à les élever)&
par consequent qu'on
doit peu se promettre de la
nouvelle foye
,
si elle n'a
quelque avantage sur l'ancienne,
soit par sa beauté
ou sa force,ou par la quan- titéqu'on en peut tirer;
c'est ce que nous allons examiner
dans le deuxième article.
Comme toures les especes
d'Araignées ne donnent pas
une foye qu'on puisse mettre
en oeuvre, & que celles
qui fournissent cette soyela
filent feulement pour formerles
coques qui envelopent
leursoeufs, il m'a paru
necessaire de donner une
idée generale des diverses
especes d'Araignées au squelles
on peut ramener toutes
les autres, & de la différente
maniere donc les coques de
ces différentes especes sont
faites, afin de faire connoître
celles dont on peut tirer
de la foye dans le Royaume.&
c. Mr de Reaumur dit que
Mr Bon avoit distinguê les
Araignées en deux ci peces
principales, sçavoir les Araignées
à jambes longues, &
lesAraignées à jambes courtes
, & quecestoit la derniere
qui fournissoitla nouvelle
foye. Il fie un grand détail
de toutes les especes d'Araignées
comprises dans ces
deux pricipales,& expliqua
celles dont on pourroit tirer
de la soye, & celles qui
n'en donnent point. Il expliquaaussi
la maniere donc
chaque espece d'Araignées
faisoient leurs coques, &
dit qu'on pourroit avoir des.
soyesd Araignées plus differentes
par leur couleur na.
turelle, quenel'est celle des
Vers quiest toûjours aurore
ou blanche, au lieu que les
coques d'Araignées en donneroient
de jaune, de blanche
,
de grise
,
d'un fort
beau bleu celeste
,
& d'un
beau brun caffé
; mais que
les Araignées qui donnent
la foye couleur de caffé étoient
rares , & qu'il n'en
avoir rencontré que dans
quelques champs de Genets,
oùil avoit aussi trouvé de.
leurs coques, donc la [oic:
estoit tres forte & iits-belle;
que ces coques estoient faites
d'une maniere differente
de toutes les autres coques
d'Araignées dont il avoit
parlé. &c. Ildit en suite,que les Araignées
faisoient leurs oeufs,
ou la foye qui les enveloppe
dans plusieurs mois de l'année,
non feulement dans les
seuls inoisdaoutl & de Septembre,
qui est le seul temps
que Mr Bon donne pour cela
; mais aussi dans le mois
de May & les suivants; que
les Araignéesfiloient deux
sortes de n:s
,
etonc les uns
servent à ourdir les toilles
qu'elles tendent aux Infectes,&
les autres à euveloper
leursoeufs,&quecesfils
-
ne differoient entr'eux que
par le plus ou le moins de
force ; ce qu'il expliqua de
cettemaniere, - Je suppose qu'on sçair que
les Araignées ont
-
auprès de
leur Anus divers mamellons
quisont autant defilieres dans
lesquelles semoule la liqueur
qui doit devenir de la foyc
lorsqu'elle fc fera
-
féchéc
après en estre sortie. Les
Araignées dont il s'agiticy;
c'est à dire celles dontla foye
est propre aux ouvrages ,
ont six de ces mamellons,
donc quatre sont très sensibles,
mais les deux autres le
font moins, & on ne les
distingue pas aisément sans
le secoursde la Loupe. Ces
deux petits mamellons sont
posez chacun proche de la
baze des deux gros qui sont
les plus prés de l'Anus. Chacun
de ces six mamellons
sensibles sont composez
euxmêmes de divers petits
mamellons ou filieresinsenfibles
; c'est. dequoy on est
aisément persuadé, si cependant
on presse avec deux
des doigts d'une même main
le ventre d'une Araignée
pour obliger la liqueur de
couler de ces mamellons
?
on appliquera le doigt sur
l'un d'eux
,
& qu'on le presse
doucement on en tire plusieursfils
distinctement separez
les uns des autres dés
leur sortie, qui par confequent
avoient parte par différentstrous.
Ces fils sont
trop fins pour qu'on puisse
les compter tous d'une ma,-
niere leure ; rn^ib ce que je
sçai de certain; c'est que j'en
ay pu souvent compter
plus de six à sept. On tire
plus ou moins de ces fils
d'un même mamellon si
l'on applique de doigt plus
fortemenr, ou sur une plus
grande partie de ce mamellon.
Ainsi il est aisé à present
de comprendre comment
les Araignées font des fils
plus ou moins gros quand
il leur plaist, car non seulement
,lorsqu'avant de commencer
à filer, elles appliquent
contre quelques corps
plus ou moins des mamellons
sensibles de leur Anus;
mais selon qu'elles appliquent
plus fortement
, ou
une plus grandepartie de
chacun de ces mamellons
,
elles font des fils composez
d'un plus grand nombre
d'autres fils & par confequents
plus sorts & plus
gros.
Il doit y avoir environ
dix-huit fois plus de fils qui
composent un des fils des
Coques qu'il n'yen a dans
ceux des Toiles, si la quantité
des filsquicompoienc
les uns ôc les autres est proportionnée
à leur force,car
ayant collé un poids de deux
grains à un fil de toile, il l'a
ordinairement soûtenu sans
rompre, & s'est ordinairement
rompu lorsque j'yen
ay attaché un de trois
grains, au lieu que les fils
de coque soûtiennent environ
trente six grains; mais
ils se cafient lorsqu'on les
charge d'un plus grand
poids.
Mais si les fils des coques
des Araignées sont plus
forts que les fils des Toiles,
ils font aussiplus foibles que
ceux des coques de Vers,
quoy que dans une moindre
proportion. La force. des
fils que je devidois de dessus
ces dernieres coques a esté
ordinairement jusqu'a soûtenir
un poids de deux gros
& demi. Ainsi la force d'un
fil de coque d'Araignée est
à celle d'un fil de coque de
Vers environ comme un à
cinq, & c'efi; peut -
estre
encore là un des endroits
par lesquels l'ancienne foye
pourroic avoir quelque avantage
sur la nouvelle.
A la verité chaque fil de
coque d'Araignée est à peu
prés moins gros qu'un
fil de foye dans la même
proportion qu'il est plus
foible ; mais cela ne compense
pas entieremcnt ce
desavantage
, car il est plus
difficile de joindre ensemble
plusieurs brins, car sans
compter que c'est une peine
de plus
,
il est toujours à
craindre que lesfilsnetirent
pas tous également, & par
conséquent que leur assemblage
n'ait pas la somme
des forces que chaque fil au..
roit separement. Cettemultiplicité
de brins qui composent
chaque fil de foye
d'Araignée pour le faireaussi
gros qu'un fil de foye de
Vers, contribue peut -
être
en partie à rendre les ouvtages
faits de cette foye moins
lustrez que ceux de la soye de
Vers,car leur luftreefl: effectivement
moins beau, comme
un sçavant Académicien
le remarqua lorsque les Mitaines
furent apportées à
l'Academie; ce qu'on appelle
lustre dans une étoffe ne
me paroissant proven ir
que de ce qu'elleréfléchit
plus de lumiere colorée d'une
certaine façon qu'une
autre étoffe qui paroist de
même couleur. Plus un brin
de foye aura donc de petits
vuides qu'un autre brin de
soye, moinsilparoîtra lustrè
, car il refléchira moins
de lumiere. Or ces petits vuides
feront évidemment en
plus grand nombre dans un
fil composéluy-même de
plusieurs fils differens & réellement
séparez, que dans
celuy qui estant de même
grosseur n'est point compode
differens brins,les parties
de la liqueur visqueuse
qui le composent estant
sans doute appliquées plus
aisément les unes proche
des autres devant se toucher
en plus d'endroits que divers
filsréellement séparez.
Ainsien supposant quechaque
fil de foye d'Araignéc
n'est pas plus lustré naturel- t lement qu'un fil de foye de'
Vers, il est clair que lors
qu'on aura joint cinq de ces filspourencomposerunautre
de même grosseur que- L fccftlefil deVersnaturelles
ment, que ce fil composé &
l'ouvrage qu'on en formera
paroistront moins lustrez
que le fil de foye de Vers,
& l'ouvrage qui en fera
formé.
Cecy seroit vray , en
suposant, comme je viens
dele dire, que le fil simple
d'Araignée est naturellement
aussi lustré qu'un fil
simple de foye ; mais cette
suposition même seroit
peut-estre trop favorable
à la foye d'Araignée
, car
on peut remarquer que les
fils les plus crespez ont
moins de lustre que ceux
qui le sont moins. Aussi
voyons nous que la lainesr
dont chaque brin est naturellement
pluscrespé qu'un
brin de foye
,
est aussi
moins lustrée, si chaque
brin de soye d'Araignée
est naturellement plus crêpé
qu'un brin de foye de
Vers, il doit donc aussi
avoir moins de lufire,&
c'est ce qui ca tres-aisé à
observer. Il n'est gueres
plus dificile de trouver la
raison pour laquelle ces
fils font plus crespez que
les autres. Lamanieredont
ils sont devidez les uns & les
autresen est apparemment
la cause; car on conçoit
d'abord qu'en devidant
desfils d'une manière lâche
on laisse la liberté au redore
de toutes les petites parties
quilescomposent,d'agir de
toutes leurs forces pour
les plieroules friser en plusieurs
sens differents, au
lieu qu'en devidant ces fils
d'une maniere plus serrée,
comme font les Vers, on
empêche l'action du ressort
de ces petites parties. Lo
redore*
ressort luy même s'use dans
cette situation violente,
ou du moins il s'affaiblit.
On demeurera plus volontiers
d'accord de cecy lors
que l'on fera attention que
les premiers fils de coques
desVers à foye
,
qui sont
eux mêmes entortillez autour
de la coque d'une maniere
lâche sont bien moins
beaux,&moins lustrez, que
ceux qui forment le corps
de la coque, & qui sont
devidez d'une maniere tresserrée.
Quand on s'apperçoit
qu'il n'ya eu que deux des
mamellonsqui ayent four-
-
ny des fils pour en faire un
de toile d'Araignée & que
chacun de ces mamellons
qui fournirent eux mêmes
unfilcomposé de plusieurs
autres en auroient fouiiiy)
un simple
,
les fils de toiles
estant dix huit fois plus
foibles qu'un fil de coque ,t
ce dernier fil que nous avons
dit estre environ cinq foIS2
plus petit qu'un de foye des
Vers, devroic estre composé
de trente six brins au
moins. Peutestrequecette
réflexion pourra servir à
soutenir l'imagination lors
qu'elletâche à comprendre
laprodigieuse divisibilitéde
la matiere,car qu'elle doit
estre la petitesse d'un fil
que les yeux pourtantaperçoivent
& qui n'etf pas plus
gros que la centquatrevingtième
partie d'un fil
de foye simple, lequel fil de
foye simple n'estluymême
que la deux centiéme partie
d'un fil desoye telle qu'on
s'en sert pour coudre
, car
:;, j'ay souvent divisé ces brins
de foye en deux cent fils ou
à peu pres; de sorte quufli
brin de soye d'Araignée de
la grosseur d'un brin de
foye dont on se sert pour
coudre seroit réellement
composé d'environ trente
six milfils, & on pouroic
le diviser actuellement en
mille.
Mais enfin venons au
dernier point essentiel,c'està-
dire voyons quel raport
a la quantité de foye que
chaque Araignée donne
par an , avec celle qu'on
tire des Vers à foye. J'ay
pesé avec grand soin diverses
coques de Vers; j'ay.
trouvé que les plus fortes,
c'est-à-dire, l'ouvraged'une
année d'un Vers, pesoient
quatre grains,& que les
plusfoiblesen pesoient plus
de trois; de forte qu'en prenant
la livre de seize onces
il faut du moins 2304. Vers,
pour avoir une livre de soye.
Lors qu'on porte des habits
de soye,on ne s'avise gueres
de penser que plusieurs mille
Vers ont travaillé toute
leur vie pour en fournir la
matiere.
J'ay pesé avec le même
soin un grand nombre de
coques d'Araignées, & j'ay
toujours trouvé qu'il enfalloit
environ quatre des
plus grosses pour égaler le
poids d'une de Vers
, &
qu'elles pefoient chacune
environ un grain, de sorte
qu'il faudroit quatre des
plus grosses Araignées pour
donner autant de foye
qu'un Vers, s'il n'y avoit
pas plus de déchet sur la
foye des uns que sur celle
des autres, mais le déchet
des coques d'Araignées , les diminuë de plus des deux
tiers,puisquede 13. onces
de soye sale
,
Mr Bon n'en
sa retiré que quarre de foye
mette , ce qui cause ce déchet
dans les coques dÂraignées
,cfl: qu'on les pese
rempliesde toutes lescoques
des oeufs des petites Araignéesavant
qu'elles fussent
écloses,&dediversesordudures
qui Ce trouvent mêlées
parmi la foye. Celles des
Vers n'ont point un pareil
déchet, ou il cil: si petit)
.qu'on peut le compenser
enprenant seulementle déchet
de la foye des Araignecs
aux deux tiers.
Or nous venons de voir
que le poids d'une coque
d'Araignée avant d'estre
nettoyéeefl:au poids d'une
coque de Vers à foye comme
I. està 4.ainsi estant
néttoyée
,
son poids fera au
poids decellecy comme I.
estàiz. Il faudroir donc
déjà11. des plus grosses
Araignées peur donner autant
de foye qu'un Vers.
Mais chaqueVers fait
une coque , parce que les
leurs pour se metamorphoser,
au lieu que les Araignées
ne faisant les leurs que
pour envelopper leurs oeufs,
ils n'y a que les Araignées
femelles qui en fassent d'où il s'ensuit quesi , on
supose que l'on a autant
d'Araignées femelles que
de malles,ce qui doit arriver
à peu pres,24. des
plus grosses Araignées
, ne
donneront pas plus de soye
qu'un seul Vers.
Ilfaudroit donc environ
55296.Araignées des plus
grosses pour avoir une livre
de foye
,
lesquelles Araignées
il auroitesténecessaire
de nourrir separement pen^
dant plusieurs mois
,
d'où
l'on voit combien il est à
craindre que la foye qu'on
en retireroit n'engageast
dans des dépenses peu proportionnées
à sa valeur, puis
qu'elle couteroit24,fois
autant que celle des Vers,
si l'on supposoit mefine
qu'on n'est pas obligé de
mettre les Araignées separement
,
& que chaque
Araignée n'occuperoit pas
plusde place qu'un Vers,
ce quiseroitaussiunesuposition
fausse ,car il faut leur
19 en donner assez à chacune
afin qu'elles puissent faire
leurs toiles. Mais si on
vouloit entrer dans le détail
du calcul des fraisqu'elles
couteroientestant obligé de
les nourrir separement ,&.
de leur donner des espaces
assez grands pour les loger
chacune commodement,
on verra d'une maniere trèsclaire
que la foye des Araignéc,
cousteroit incomparablementplus
quecelle des
Vers.
Qu'on ne croye pas, au
reste, quetout ce que j'ay
dit ne regarde queles Araignées
d'une grosseur commune,
car si on vouloir sça- 1
Voir ce que donnent de foyo
celles qu'on trouve communement
dans les Jardins de
ce Pays, & qui paroissent
tres grosses, on vcrroit qu'il
en faut12. decellecy pour
avoir autant de foye qu'on
en retire d'une des coques
de celles dontj'ay parlé,
& que 28 8. ne donneroient
que le même poids de foye 1
que fournit une seule coque
de Vers,par consequent
qu'à peine 663551. Arai-
-
gnées pourroient faire une
livre de soye.
On aura sans doute regret
de ce qu'il nous reste
si peu d'esperance de prositer
d'une découverte siingenieufe.
Aprés tout ilya
peut-estre encore quelque
ressource. Il pourra se faire
que l'on trouve des Araignées
plus grosses que celles
que nous voyons communement
dans le Royaume.
Il est déja certain
, par le
raport de tous les Voyageurs,
quecelles de l'Amerique
le sont beaucoup plus
que les nostres
,
d'où il
semble aussi qu'elles devroient
donner plus de foye.
Les Vers, qui, quoy qu'originaires
de Pays éloignez,
ont si forr peuplé en Europe,
nous aideroient même à
cfpercr que les Araignées de
l'Amérique, pourroient vivre
dans ceuxcy. Quoy
qu'il en soit, il faut experiïncntcr
; c'est la feule voye
de découvrir des choses
curieuses & utiles. Je ne
negligeray rien de ce qui,
peut avoir raport à la recherche
dont il s'agit icy, dans
1 laquelle si l'on découvre
jamais quelque chose d'utile,
la premiere gloire en fera
due àMr Bon.
Fermer
Résumé : EXTRAIT du discours de Mr de Reaumur.
Le discours de Réaumur aborde les défis liés à l'alimentation et à l'élevage des araignées pour la production de soie. Il observe que les mouches, bien que constituant la nourriture ordinaire des araignées, sont insuffisantes en quantité pour nourrir un grand nombre d'araignées. Réaumur propose d'utiliser des vers de terre, abondants et faciles à collecter, comme alternative. Après des expériences réussies, il constate que les araignées se nourrissent bien de morceaux de vers et conservent leur vitalité. Cependant, les araignées, par nature féroces, se mangent mutuellement, compliquant ainsi leur élevage en groupe. Réaumur tente également d'autres types de nourriture, comme des substances molles trouvées dans les plumes des jeunes oiseaux, mais constate que les araignées préfèrent les proies vivantes. Réaumur explore ensuite les défis pratiques de l'élevage des araignées, notamment leur tendance à se dévorer entre elles et la nécessité de les loger séparément, ce qui augmente les coûts. Il compare la fécondité des araignées à celle des vers, soulignant que les vers sont plus faciles à élever en grande quantité. Enfin, il mentionne la nécessité d'examiner les avantages potentiels de la soie d'araignée par rapport à celle des vers, en termes de beauté, de force et de quantité. Mr Bon avait classé les araignées en deux catégories principales : celles à jambes longues et celles à jambes courtes, ces dernières fournissant la nouvelle soie. Réaumur a détaillé les différentes espèces d'araignées, expliquant celles qui produisent de la soie et celles qui n'en produisent pas. Il a également décrit la manière dont chaque espèce d'araignée fabrique ses cocons, mentionnant que les cocons d'araignées peuvent avoir diverses couleurs naturelles, contrairement à la soie des vers qui est toujours aurore ou blanche. Réaumur a observé que les araignées produisent de la soie à différents moments de l'année, pas seulement en août et septembre comme le pensait Mr Bon. Il a également noté que les araignées filent deux types de fils : ceux utilisés pour les toiles et ceux pour envelopper leurs œufs. Ces fils diffèrent par leur force et sont produits par des mamelons situés près de l'anus de l'araignée. Le texte compare la force des fils d'araignées avec ceux des vers à soie. Les fils de cocons d'araignées sont plus forts que ceux des toiles mais plus faibles que ceux des cocons de vers. La structure des fils d'araignées, composée de nombreux brins, rend les tissus moins lustres que ceux fabriqués à partir de la soie des vers. Enfin, Réaumur a pesé les cocons d'araignées et de vers pour comparer la quantité de soie produite. Il a conclu qu'il faudrait environ 55 296 araignées pour produire une livre de soie, ce qui rend la production de soie d'araignée beaucoup plus coûteuse que celle des vers à soie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1128-1135
EXTRAIT du Memoire de M. de Reaumur, lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 23. Avril dernier, sur la Teigne des feüilles des Arbres.
Début :
Nous avons déja donné dans d'autres Mercures, les Extraits [...]
Mots clefs :
M. de Réaumur, Teigne des feuilles, Membranes, Espèces, Substance, Fourreau, Habits, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire de M. de Reaumur, lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 23. Avril dernier, sur la Teigne des feüilles des Arbres.
EXTRAIT du Memoire de M.. de·
Raumur, lû à l'Assemblée publique de·
Académie Royale des Sciences , du 23
Avril dernier,sur la Teigne des feuilles,
des A bres.
Ous avons déja donné dans d'autres
ercures, les Extraits des deux Mé..
mones de M. de Reaumur , sur ces Insectes industrieux qui , comme nous
naissent nuds , et qui , comine nous , sçavent se faire de veritables habits. Ceux
2
I.Vol.
dont
JUIN. 1732. II29
dont les procedez y sont décrits , sont
les Teignes des Laines et des Pelleteries.
M. de Reaumur , après avoir expliqué
l'art avec lequel elles travaillent les fourreaux qui les couvrent , a cherché et a
trouvé des moyens surs d'arrêter les désordres qu'elles font dans les Etoffes de
Laines de toute espece , et dans les Fou- fures.
Le troisiéme Memoire et celui dont
il s'agit à présent , a pour objet des
Teignes qui ne sont pas aussi à craindre que les premieres , mais qui ne sont
pas moins admirables par leur industrie.
Elles se tiennent sur les arbres ; elles sont
ordinairement appliquées contre le dessous de leurs feuilles ; elles sont logées:
dans des especes d'Etuis de couleur de
feuille seche , ce qui fait qu'on remarque rarement ces Etuits , quoi qu'ils
soient assez communs , et longs de sept à
huit lignes. Un grand nombre d'especes.
d'arbres , citez dans le Memoire , nourrissent differentes especes de Teignes.
Mais il n'est point d'arbres où elles soient
plus communes que sur les Ormes ; les
fourreaux de celles-cy sont des plus remarquables pour leur forme; ils ont quelque ressemblance avec celle de l'exterieur
de divers Poissons , tels que les Carpes..
L.. Vol Lai D vj
1130 MERCURE DE FRANCE
A
,
La partie superieure du fourreau , celle
qui est tout du long du dessous du dos de
l'Insecte , est ornée de dentellures , faites
et posées à peu près comme les aillerons
que divers Poissons portent sur leur dos.
Le fourreau a une ouverture à chaque
bout celle par où l'Insecte fait sortir
sa tête et ses jambes quand il veut marcher , est circulaire ; là , le fourreau est cilindrique et un peu recourbé vers le
ventre , l'autre bout est applati ; il est
composé de lames plates , qui par leurs
contours imitent les queues de Poisson.
Ces lames n'y sont qu'appliquées l'une contre l'autre , elles s'écartent l'une de
l'autre , toutes les fois, que l'Insecte veut
jetter ses excremens ; il avance son der
riere entr'elles pour les forcer de s'entr'ouvrir , il se retire lorsqu'il a dardé
ses excrémens , et aussi- tôt les deux lames se raprochent par leur ressort.
>
Par tout où la Teigne va , elle porte
son fourreau avec elle ; lors même qu'elle
marche , il n'y a que sa tête et ses jambes qui en soient proches , qui sont à découvert. On ne peut voir marcher cet
Insecte avec une espece d'habit si singuier par la forme et la matiere dont la
ualité ne paroît pas aisée à reconnoître ,
sans quelque envie de sçavoir comment.
1. Vol. il
JUIN. 17322 1131
il le fair et de quoi il le fait, M. de Reaumur ayoüe que toutes ses conjectures ne
lui ont pû faire deviner en quoi consistent les procedez de cet Insecte , que ce
n'est qu'après l'avoir dépouillé en certaines circonstances favorables et après l'a- voir mis dans la necessité de se vétir
qu'il a reconnu l'art avec lequel il prépare l'étoffe convenable et avec lequel il
la met en œuvre ; mais pour pouvoir
faire entendre comment il s'habille , il
faut avoir expliqué comment il se nourrit.
La Teigne vit de feuilles , mais elle
ne les ronge pas de part en part , comme
font tant d'autres Insectes ; elle laisse même leur forme à celles dont elle tire son
aliment. Une feuille d'Orme , par exemple , quoique mince , est composée de
deux membranes , entre lesquelles est
renfermée une substance charnuë ; la Teigne ne se nourrit que de cette substance
charnue. Quand elle veut manger , elle
fait sortir sa tête de son fourreau , et avec
deux crochets dont elle est armée , elle
perce la membrane du dessous de la feüille; elle détache toute la substance charnuë qui est vis - à - vis le trou circulaire.
qu'elle a commencé ; elle la mange à mesure qu'elle la détache ; mais elle ne creuse
ce trou que jusqu'à la membrane superieu1. Vol re ,
#132 MERCURE DE FRANCE
re ; elle laisse celle-cy saine et entiere.
Quand elle a avancé jusques-là sa tête
elle la recourbe et commence à miner
entre les deux membranes ; elle détacher
la substance charnuë qui est entre celles
du côté où la tête s'est dirigée , et en
même temps elle écarte les deux membranes l'une de l'autre beaucoup plus.
qu'elles ne le sont naturellement ; par là
elle's'y fait une place où la tête puisse
être contenue , et être en état d'aller miner plus loin. Ainsi successivement elle:
mine dans tout le contour du trou , et
toûjours de plus loin en plus loins à
mesure qu'elle avance plus loin dans
la feuille , une plus grande partie du
corps est hors du fourreau , et se trouve entre deux membranes.
Pendant que diverses Teignes étoient
ainsi occupées à manger , et cramponnées
entre les deux membranes de la feuille ,
M. de Reaumur a retiré promptement
leurs fourreaux ; ainsi surprises , elles se
sont trouvées hors d'état d'y rentrer , elles ont donc été dépouillées sans qu'on
leur ait fait aucun autre mal et mises dans
la necessité de se vétir.
Une Teigne ainsi nuë , tâte à droit et
à gauche tout autour du trou , pour
chercher son habit ; après avoir tâté in- utilement "
L. Vel..
JUIN. 1732. 1133
utilement , elle prend le parti de conti
nuer de miner entre les deux membranes , afin d'y faire une place où elle puisse être contenuë toute entiere. A force:
de miner , de manger et d'écarter les
deux membranes , elle se trouve dans peu
entierement logće entr'elles . La voilà déja
à couvert ; et ayant des alimens tout autour de soi , bien- tôt elle recommence à
miner , et cela parce qu'en minant elle
prépare l'étoffe necessaire pour se faire:
un habit. Les portions de membranes
d'où toute la substance charnüe a été détachée , sont cette étoffe ; il n'en faut pass
de grandes pieces pour couvrir une Teigne , il en faut pourtant plus que l'état
actuel de son corps ne semble le demander, pour n'avoir pas à recommencer si
souvent ; elle fait chaque habit une fois
plus grand que le corps qu'il doit couvrir..
Les morceaux de membranes ainsi préparez, dégagez dè toute substance char
nue , sont pour elle ce qu'est pour un
Tailleur une piece de drap , et un Tailleur ne s'y prendroitpas autrement qu'elle va faire. Son habit doir être composé
de deux pieces égales et semblables , les
pieces employées à faire le devant ou le
derriere de nos juste-au- corps n'ont pas
des figures plus contournées , et contour
J. Volo. néest
1134 MERCURE DE FRANCE
nées plus bizarement , que chacune de
celles de l'habit de la Teigne. Elle les
coupe pourtant l'une et l'autre aussi régulierement que si elle étoir conduite par
un patron, elle semble nous vouloir prouver qu'elle a l'idée de leur figure ; c'est
avec les deux Serres qu'elle a au- dessous
de la tête qu'elle les coupe.
Après que les deux pieces ont été coupées , elles restent encore dans la feuille,
elles y tiennent par de petits engrainemens ; il ne s'agit plus que de les assembler et elles sont en place pour cela ,
étant l'une vis-à- vis l'autre. L'art de coudre n'est pas connu des Teignes , mais
elles sçavent filer. Les fils nouvellement
sortis de la filiore , sont gluants , ils se
collent aisément aux corps contre lesquels
ils sont appliquez. C'est avec ces fils
gluants qu'elle réunit les bords d'une des
pieces avec ceux de l'autre , par tout où
ils doivent être assemblez; ces endroits
se trouvent par la suite au dessus du dos
et au dessous du ventre ; la réunion en
est si bien faite , que quoi qu'on sçache
les endroits où elle a été faite , on ne peut
les reconnoître même avec la loupe.
Enfin, quand les deux pieces de l'habit
sont assemblées , la Teigne frotte leurs
surfaces interieures avec sa tête pour les
. 1. Vol. anir
JUIN. 1732. 1135
unir , pour les lisser ; ensuite elle les fortifie par une doublure de Soye. Alors
l'habit est fini , elle les desengraine de
l'espece d'établis où il est resté. Jusqueslà elle se met à marcher et l'emporte
avec soi sur une autre feüille où elle va
prendre de la nourriture. Il faudroit rapporter le Memoire de M. de Reaumur ,
tout au long pour faire entendre les differentes manieres dont les Teignes s'y pren-,
nent pour faire leurs habits en differentes
circonstances , lorsqu'elles se les font de
bon gré , ou lorsqu'elles se les font après
y avoir été forcées ; pour expliquer en
quel cas elles se font des habits neufs ,
et combien de fois en leur vie ; comment
elles réparent quelquefois les déchirures
ou les morceaux emportez. En quoi les
habits des differentes especes de Teignes
different entierement , et pour apprendre le reste de leur Histoire ; c'est dans
le Memoire même , lorsqu'il sera imprimé, qu'on lira tous ces faits , qui sont des
plus singuliers que fournisse l'Histoire
naturelle des Insectes , quelque féconde
qu'elle soit en merveilles.
Raumur, lû à l'Assemblée publique de·
Académie Royale des Sciences , du 23
Avril dernier,sur la Teigne des feuilles,
des A bres.
Ous avons déja donné dans d'autres
ercures, les Extraits des deux Mé..
mones de M. de Reaumur , sur ces Insectes industrieux qui , comme nous
naissent nuds , et qui , comine nous , sçavent se faire de veritables habits. Ceux
2
I.Vol.
dont
JUIN. 1732. II29
dont les procedez y sont décrits , sont
les Teignes des Laines et des Pelleteries.
M. de Reaumur , après avoir expliqué
l'art avec lequel elles travaillent les fourreaux qui les couvrent , a cherché et a
trouvé des moyens surs d'arrêter les désordres qu'elles font dans les Etoffes de
Laines de toute espece , et dans les Fou- fures.
Le troisiéme Memoire et celui dont
il s'agit à présent , a pour objet des
Teignes qui ne sont pas aussi à craindre que les premieres , mais qui ne sont
pas moins admirables par leur industrie.
Elles se tiennent sur les arbres ; elles sont
ordinairement appliquées contre le dessous de leurs feuilles ; elles sont logées:
dans des especes d'Etuis de couleur de
feuille seche , ce qui fait qu'on remarque rarement ces Etuits , quoi qu'ils
soient assez communs , et longs de sept à
huit lignes. Un grand nombre d'especes.
d'arbres , citez dans le Memoire , nourrissent differentes especes de Teignes.
Mais il n'est point d'arbres où elles soient
plus communes que sur les Ormes ; les
fourreaux de celles-cy sont des plus remarquables pour leur forme; ils ont quelque ressemblance avec celle de l'exterieur
de divers Poissons , tels que les Carpes..
L.. Vol Lai D vj
1130 MERCURE DE FRANCE
A
,
La partie superieure du fourreau , celle
qui est tout du long du dessous du dos de
l'Insecte , est ornée de dentellures , faites
et posées à peu près comme les aillerons
que divers Poissons portent sur leur dos.
Le fourreau a une ouverture à chaque
bout celle par où l'Insecte fait sortir
sa tête et ses jambes quand il veut marcher , est circulaire ; là , le fourreau est cilindrique et un peu recourbé vers le
ventre , l'autre bout est applati ; il est
composé de lames plates , qui par leurs
contours imitent les queues de Poisson.
Ces lames n'y sont qu'appliquées l'une contre l'autre , elles s'écartent l'une de
l'autre , toutes les fois, que l'Insecte veut
jetter ses excremens ; il avance son der
riere entr'elles pour les forcer de s'entr'ouvrir , il se retire lorsqu'il a dardé
ses excrémens , et aussi- tôt les deux lames se raprochent par leur ressort.
>
Par tout où la Teigne va , elle porte
son fourreau avec elle ; lors même qu'elle
marche , il n'y a que sa tête et ses jambes qui en soient proches , qui sont à découvert. On ne peut voir marcher cet
Insecte avec une espece d'habit si singuier par la forme et la matiere dont la
ualité ne paroît pas aisée à reconnoître ,
sans quelque envie de sçavoir comment.
1. Vol. il
JUIN. 17322 1131
il le fair et de quoi il le fait, M. de Reaumur ayoüe que toutes ses conjectures ne
lui ont pû faire deviner en quoi consistent les procedez de cet Insecte , que ce
n'est qu'après l'avoir dépouillé en certaines circonstances favorables et après l'a- voir mis dans la necessité de se vétir
qu'il a reconnu l'art avec lequel il prépare l'étoffe convenable et avec lequel il
la met en œuvre ; mais pour pouvoir
faire entendre comment il s'habille , il
faut avoir expliqué comment il se nourrit.
La Teigne vit de feuilles , mais elle
ne les ronge pas de part en part , comme
font tant d'autres Insectes ; elle laisse même leur forme à celles dont elle tire son
aliment. Une feuille d'Orme , par exemple , quoique mince , est composée de
deux membranes , entre lesquelles est
renfermée une substance charnuë ; la Teigne ne se nourrit que de cette substance
charnue. Quand elle veut manger , elle
fait sortir sa tête de son fourreau , et avec
deux crochets dont elle est armée , elle
perce la membrane du dessous de la feüille; elle détache toute la substance charnuë qui est vis - à - vis le trou circulaire.
qu'elle a commencé ; elle la mange à mesure qu'elle la détache ; mais elle ne creuse
ce trou que jusqu'à la membrane superieu1. Vol re ,
#132 MERCURE DE FRANCE
re ; elle laisse celle-cy saine et entiere.
Quand elle a avancé jusques-là sa tête
elle la recourbe et commence à miner
entre les deux membranes ; elle détacher
la substance charnuë qui est entre celles
du côté où la tête s'est dirigée , et en
même temps elle écarte les deux membranes l'une de l'autre beaucoup plus.
qu'elles ne le sont naturellement ; par là
elle's'y fait une place où la tête puisse
être contenue , et être en état d'aller miner plus loin. Ainsi successivement elle:
mine dans tout le contour du trou , et
toûjours de plus loin en plus loins à
mesure qu'elle avance plus loin dans
la feuille , une plus grande partie du
corps est hors du fourreau , et se trouve entre deux membranes.
Pendant que diverses Teignes étoient
ainsi occupées à manger , et cramponnées
entre les deux membranes de la feuille ,
M. de Reaumur a retiré promptement
leurs fourreaux ; ainsi surprises , elles se
sont trouvées hors d'état d'y rentrer , elles ont donc été dépouillées sans qu'on
leur ait fait aucun autre mal et mises dans
la necessité de se vétir.
Une Teigne ainsi nuë , tâte à droit et
à gauche tout autour du trou , pour
chercher son habit ; après avoir tâté in- utilement "
L. Vel..
JUIN. 1732. 1133
utilement , elle prend le parti de conti
nuer de miner entre les deux membranes , afin d'y faire une place où elle puisse être contenuë toute entiere. A force:
de miner , de manger et d'écarter les
deux membranes , elle se trouve dans peu
entierement logće entr'elles . La voilà déja
à couvert ; et ayant des alimens tout autour de soi , bien- tôt elle recommence à
miner , et cela parce qu'en minant elle
prépare l'étoffe necessaire pour se faire:
un habit. Les portions de membranes
d'où toute la substance charnüe a été détachée , sont cette étoffe ; il n'en faut pass
de grandes pieces pour couvrir une Teigne , il en faut pourtant plus que l'état
actuel de son corps ne semble le demander, pour n'avoir pas à recommencer si
souvent ; elle fait chaque habit une fois
plus grand que le corps qu'il doit couvrir..
Les morceaux de membranes ainsi préparez, dégagez dè toute substance char
nue , sont pour elle ce qu'est pour un
Tailleur une piece de drap , et un Tailleur ne s'y prendroitpas autrement qu'elle va faire. Son habit doir être composé
de deux pieces égales et semblables , les
pieces employées à faire le devant ou le
derriere de nos juste-au- corps n'ont pas
des figures plus contournées , et contour
J. Volo. néest
1134 MERCURE DE FRANCE
nées plus bizarement , que chacune de
celles de l'habit de la Teigne. Elle les
coupe pourtant l'une et l'autre aussi régulierement que si elle étoir conduite par
un patron, elle semble nous vouloir prouver qu'elle a l'idée de leur figure ; c'est
avec les deux Serres qu'elle a au- dessous
de la tête qu'elle les coupe.
Après que les deux pieces ont été coupées , elles restent encore dans la feuille,
elles y tiennent par de petits engrainemens ; il ne s'agit plus que de les assembler et elles sont en place pour cela ,
étant l'une vis-à- vis l'autre. L'art de coudre n'est pas connu des Teignes , mais
elles sçavent filer. Les fils nouvellement
sortis de la filiore , sont gluants , ils se
collent aisément aux corps contre lesquels
ils sont appliquez. C'est avec ces fils
gluants qu'elle réunit les bords d'une des
pieces avec ceux de l'autre , par tout où
ils doivent être assemblez; ces endroits
se trouvent par la suite au dessus du dos
et au dessous du ventre ; la réunion en
est si bien faite , que quoi qu'on sçache
les endroits où elle a été faite , on ne peut
les reconnoître même avec la loupe.
Enfin, quand les deux pieces de l'habit
sont assemblées , la Teigne frotte leurs
surfaces interieures avec sa tête pour les
. 1. Vol. anir
JUIN. 1732. 1135
unir , pour les lisser ; ensuite elle les fortifie par une doublure de Soye. Alors
l'habit est fini , elle les desengraine de
l'espece d'établis où il est resté. Jusqueslà elle se met à marcher et l'emporte
avec soi sur une autre feüille où elle va
prendre de la nourriture. Il faudroit rapporter le Memoire de M. de Reaumur ,
tout au long pour faire entendre les differentes manieres dont les Teignes s'y pren-,
nent pour faire leurs habits en differentes
circonstances , lorsqu'elles se les font de
bon gré , ou lorsqu'elles se les font après
y avoir été forcées ; pour expliquer en
quel cas elles se font des habits neufs ,
et combien de fois en leur vie ; comment
elles réparent quelquefois les déchirures
ou les morceaux emportez. En quoi les
habits des differentes especes de Teignes
different entierement , et pour apprendre le reste de leur Histoire ; c'est dans
le Memoire même , lorsqu'il sera imprimé, qu'on lira tous ces faits , qui sont des
plus singuliers que fournisse l'Histoire
naturelle des Insectes , quelque féconde
qu'elle soit en merveilles.
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Résumé : EXTRAIT du Memoire de M. de Reaumur, lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 23. Avril dernier, sur la Teigne des feüilles des Arbres.
Le mémoire de M. de Reaumur, présenté à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences le 23 avril précédent, traite des teignes des feuilles et des arbres. Reaumur, ayant déjà étudié les teignes des laines et des pelleteries, se concentre ici sur celles des arbres, notamment celles des ormes. Ces teignes, bien que moins nuisibles, sont remarquables par leur industrie. Les teignes des arbres vivent souvent sous les feuilles, dans des étuis de couleur feuille sèche, mesurant sept à huit lignes de long. Ces fourreaux sont ornés de dentellures et imitent la forme de certains poissons. Les teignes portent leur fourreau en marchant, ne laissant apparaître que leur tête et leurs pattes. Reaumur observe que les teignes se nourrissent de la substance charnue des feuilles sans les détruire entièrement. Elles percent les membranes des feuilles avec des crochets pour accéder à cette substance. Pour étudier leur processus de fabrication des fourreaux, Reaumur a dépouillé les teignes et les a observées en train de se revêtir. Les teignes préparent l'étoffe de leur fourreau en minant entre les membranes des feuilles, détachant la substance charnue. Elles coupent ensuite des morceaux de membranes pour former deux pièces égales, qu'elles assemblent avec des fils gluants. Elles lissent et renforcent leur fourreau avec une doublure de soie avant de le détacher et de le porter sur une autre feuille. Le mémoire de Reaumur détaille les différentes manières dont les teignes fabriquent leurs fourreaux et d'autres aspects de leur histoire naturelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 2792-2806
LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
Début :
Plusieurs personnes de mes amis m'ont apporté le Mercure du mois [...]
Mots clefs :
Greffe, Duhamel du Monceau, Écorce, Écusson, Union, Lettre, Mémoire, Bois, Fibres, Greffes, Observations, Espèces, Cicatrice, Portion ligneuse
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
LETTRE du Jardinier Solitaire , à
M. *** au sujet d'une Lettre sur la
Greffe , inserée dans le Mercure de
P
France.
Lusieurs personnes de mes amis
m'ont apporté le Mercure du mois
d'Octobre dernier , pour me faire voir
une Lettre au sujet de la Greffe , qui
paroît m'être adressée , et qu'ils croyoient
m'interesser à cause de l'application que
je donne à tout ce qui regarde l'Agricul
ture , sur tout depuis quinze ans que je
suis chargé du soin de notre Jardin ; mais
je les ai assurez que cette Lettre ne me
regardoit en aucune maniere ; je n'en connois
pas l'Auteur qui me paroît supposé;
je vous dirai même que je n'ambitionne
pas de le connoître , tant j'ai été choqué
de la malignité de son stile ; je souhaite
seulement de me conformer , autant qu'il
me sera possible , aux grands principes
qu'il a mis au commencement et à la
II. Vol. fin
DECEMBRE . 1733. 2793
fin de sa Lettre ; c'est uniquement dans
cette vûë que je ne crois obligé de vous
dire ce que je pense de cet Ouvrage , pour,
rendre justice à M. Duhamel , qui m'a
tnujours communiqué son travail sur
l'Agriculture , peut - être par une espece
de reconnoissance des secours que notre
Jardin peut lui fournir de tems en tems
pour faire les experiences dont il croit
tirer quelque avantage.
Je distingue deux pa ties dans la Lettre
en question ; l'une qui renferme des
Observations sur l'union de la greffe avec
son sujet , et l'autre qui est une Critique
d'un Memoire de M. Duhamel , ou qui
en est plutôt une Parodie.
La premiere Partie m'a parû assez bonne
et m'a fait plaisir à lire , quoiqu'elle
n'ait rien de nouveau pour moi , puisqu'il
y a plus d'un an que M. D. m'a
fait voir les préparations qu'il avoit faites
au sujet de la greffe , et qu'il venoit
de démontrer à l'Académie...
bois
1 °. Que jamais le bois des greffes , en
fente ou en couronne , ne s'unit au
du sujet,non - plus que le bois des écussons
quand de mauvais Jardiniers y en laissent.
2°. Que l'union de la greffe avec son
sujet se fait dans la portion de l'écorce
qui doit devenir bois , c'est-à-dire, dans
11. Vol.
cette
2794 MERCURE DE FRANCE
cette partie interieure de l'écorce dont
les fibres ont une direction longitudinale,
ce que M. D. regarde comme du bois en
herbe , de telle sorte que l'union se fait
principalement par la jonction des fibres
herbaces , tant de la greffe, que du sujet,
qui correspondent les unes aux autres ,
d'abord et plus intimement par en bas ,
ensuite par en haut , même par les côtez ,
&c. mais rarement du corps de l'écusson .
avec le bois du sujet je dis rarement ,
car M. Duhamel m'a fait remarquer des
cas où cela arrive .
3º . J'ai vû avec beaucoup de plaisir
dans plusieurs préparations que M. D.
a faites sur les greffes que l'union étoit
toûjours plus intime entre certaines especes
, qui constamment réussissent bien
dans nos Pépinieres , comme le Bon Chritien
d'hyver sur Coignassier, qu'entre d'autres
qui ont toujours de la peine à s'allier
comme la Merveille d'hyver sur le
Coignassier , ce qui nous a donné lieu
de remarquer qu'assez souvent les fibres
s'inclinent et se replient pour s'aboucher,
pendant que dans d'autes cas ces fibres
se joignent sans aucune infléxion .
4. Par des dissections du Guy , il m'a
fait remarquer , tantôt la conformité , et
tantôt le peu de ressemblance qu'il y a
II. Vol. entre
DECEMBRE. 1733. 2795
entre l'union que le Guy contracte avec
les arbres et l'union de la greffe avec leurs
sujets .
5. Nous avons fait ensemble des playes
à plusieurs arbres pour en observer la
réunion ou la formation de la cicatrice ,
ce qui a encore fourni à M. D. des lumieres
sur la greffe.
6°. Enfin M. D. m'a fait voir plusieurs
fois une suite curieuse de greffes de tous
les âges , preparées de maniere à faire voir
très- clairement les progrès de leur union
avec leurs sujets.
Il est fâcheux pour le prétendu Solitaire
, que M; D. soit nanti de toutes ces
choses depuis plus d'un an , et qu'il en aft
fait la démonstration à l'Académie , et
en mon particulier je n'ai point fait de
mystere de m'en entretenir avec tous
les Curieux qui sont venus se promener
dans notre Jardin , il faut cependant
l'avouer , il y a quelque chose de nouveau
dans les Observations qui sont au
commencement de la Lettre , mais dont
je crois que M. D. ne conviendra pass
on y Tit que
dins
, la greffe
en
écusson
,
la greffe fait toujours avec le sujet un an-
-gle plus ou moins considerable , selon que
sa situation avec le sujet est plus ou moins
oblique. Comme si l'on pouvoit placer
II. Vol.
un
2/90 IVIL
un écusson plus ou moins obliquement
à l'égard de son su et . L'obliquité de la
pousse ne dépend donc pas de la situation
plus ou moins oblique de la greffe ,
puisque la situation d'une greffe en écusson
ne peut varier , mais elle dépend de la
situation du bouton ou de ce que nous appellons
l'oeil , par rapport aux autres parties
de l'écusson; et la situation de cet oeil
dépend de la situation què la branche sur
laquelle on a levé cet écusson , avoit sur
l'arbre dont on l'a coupée.
Quelques lignes après il dit : Alors la
couche de l'écorce qui est exierieure à la
couche interieure du Livre , commence à
Pousser dans celle du sujet qui lui correspond.
M. Duhamel croit que les fibres
de la greffe et celles du sujet s'allongent
mutuellement , ce qu'il avance après
* C'est pour cela que M. de la Quintinie et
mon Prédecesseur , ont recommandé de lever
toujours des écussons sur des branches droites ,
sur tout quand il s'agit de greffer des beaux Presents
ou des Inconnues , Cheneau , &c. qui sont
fort sujettes à pousser de travers, quelquefois cependant
par une fausse position des écussons , il
peut arriver que les fibres de l'écusson soient un
peu inclinez par rapport à celles du sujet et alors
la pousse fera d'abord un petit coude qui se redressera
en peu de temps , je ne sçai pas si c'est
de cette obliquité que l'Auteur de la Lettre veut
parler.
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1733. 2797
des observations dont il a fait part à l Académie.
Il ajoûte : Mais la portion ligneuse du
sujet périt d'abord , cela est faux , et si
l'on n'a pas soin d'étêter les arbres écussonnez
, ils poussent comme si on ne leur
avoit rien fait.
On lit ensuite Pareillement la portion
ligneuse de la greffe , & c. C'est une mau
vaise méthode que de laisser du bois
dans la greffe en écusson . Quelques lignes
après il dir : Que cette portion ligneuse
ne s'unit avec aucune partie du sujet ; cola
est vrai et a été bien prouvé par M. D.
Elles cessent même de croître , continue-t'il
cela est bien necessaire , puisqu'elle meurt :
cependant il le prouve ainsi , car la por
tion ligneuse de la greffe étant parvenuë
presque vis-à- vis celle du sujet , elles font
un petit détour. Elles cessent de croître ;
pour preuve de cela : C'est qu'elles parviennent
vis - à- vis de celles du sujet , et
qu'elles font un détour. Voila ce que je
n'entends pas. Il parle ensuite assez obscurément
de la formation de la cicatrice
sur l'argot, ou de la maniere dont se ferme
la playe qu'on a faite en retranchant
la tige du sujet ; mais s'apercevant de
son obscurité , et pour se rendre plus clair
es plus intelligible dans ce qui lui reste à
II. Val. dire
2798 MERCURE DE FRANCE
c'est
dire sur la greffe en écusson , voici ce qu'il
dit : Il est bon de regarder l'écorce qui environne
la greffe , comme divisée en deux por
tions , séparées par la partie ligneuse qui en
occupe le centre. Il y a bien de la métho-
оссире
de là - dedans, mais point du tout de clatté.
Qui a jamais entendu parler de portion
ligneuse qui sépare en deux l'écorce,
qui environne un écusson ? Encore un
coup , il ne doit point rester de bois for
mé dans un écusson bien fait . Si je veux
faire entendre à quelqu'un ce que
qu'un écusson , je le distinguerai avec
M. D. en deux parties principales ; l'une
sera le bouton qui en occupe le milieu ,
l'autre l'écorce qui l'environne. Le bouton
est formé exterieurement par des
écailles membraneuses , et interieurement
par ce qu'on appelle l'oeil ou le racourci
d'une jeune branche qui est tendre et
herbassée . L'écorce qui appartient à l'écusson
se peut aussi diviser en deux parties
, l'écorce , proprement dite , est la
plus exterieure , elle est mince , membraneuse
et sert d'enveloppe à l'autre ,
qu'on appelle improprement écorce , et
qui doit devenir dans peu une couche
ligneuse.
Maintenant que nous lui avons donné
une idée claire de la greffe , nous pou
11. Vol.
YOUS
DECEMBRE . 1733. 2799
vons distinguer avec lui l'écorce qui environne
l'oeil de l'écusson en deux portions
, l'une superieure et l'autre inferieure.
La portion superieure de l'écorce ,
suivant lui , forme le plus souvent un bourelet
, qui peu peu recouvre la tige qui a
été coupée, Nous avons trop
bien vû que
le recouvrement dont il est question est
formé partie par l'écorce de la greffe et
en plus grande partie par celle du sujet,
pour que M. Duhamel convienne que
ce recouvrement soit fait le plus souvent
par un bourelet formé par un prolongement
de la greffe , qui peu à peu recouvre la tige
qui a été coupées cependant le prétendu
Solitaire persiste dans son sentiment , en
disant ; lly a des greffes où cette écorce après
avoirfait cette espece de calotte pour reconvrir
entierement le bois coupé , s'unit tellement
avec l'écorce du sujet , qu'on ne voit
aucune marque de jonction. Il n'est pas
surprenant qu'après s'être mis dans la
tête que l'argot étoit entierement recouvert
par l'écorce de la greffe , il n'y reconnoisse
plus d'union , puisqu'il la
cherche où elle n'est pas , cependant il
est sûr que cette union est quelquefois
peu apparente. Il rapporte ensuite un
exemple qui n'est pas fort interessant ,
d'un arbre qui a poussé une branche de
II, Vol.
cet
2800 MERCURE DE FRANCE
; cet endroit quelle raison y auroit il
pour qu'il n'en poussât pas de- là , comme
d'ailleurs ?
Ce que notre Solitaire dit de la greffe
en fente , revient , à peu de cbose près ,
à ce qu'il a dit de l'écusson ; ainsi nous
nous contenterons d'inviter les curieux à
aller voir une greffe de Pommier , âgée
de 14. ans , c'est , selon lui , une piece
fort précieuse , qu'il conserve avec soin
dans son Cabinet : on sera bien dédommagé
du voyage d'Auxerre.
Voilà , M. où se terminent les Observations
du Solitaire , et où commence
la Parodie du Memoire de M Duhamel ,
que je n'aurois jamais reconnu dans ceux
de l'Académie , si l'Auteur de la Lettre
ne l'avoit pas indiqué dans le Tome
de l'Année 1728 .
Premierement , il dit avoir lû dans
le Volume de cette année un Memoire
de M. D. sur la greffe , ce qui est faux ,
puisqu'il n'y a que deux Memoires de
M. D. en 1728. l'un où il découvre la
source d'une maladie du Saffran , et l'autre
où il recherche la cause phisique des
nouvelles especes de fruits ; il est vrai
que cette recherche l'a engagé à dire un
mot de la greffe , mais ce n'est que par
occasion et dans l'espace tout au plus
II. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2801
de deux feuilles , * ce qui dispense M.Duhamel
de l'exactitude que j'espere qu'on
trouvera dans les derniers Memoires qu'il
a faits sur cette pratique d'Agriculture ,
et où il traite en particulier de la maniere
dont la greffe s'unit au sujet ; ainsi
le Memoire cité pa Auteur de la Lettre
n'a pas la greffe pour objet principal.
Secondement , l'Auteur de la Lettre essaye
en raprochant plusieurs morceaux
détachez du Mémoire de M. D. de forcer
le vrai sens du Mémoire , pour avoir
occasion ensuite de le tourner en ridicule.
En effet , suivant la Lettre il semble
que M. D. annonce la découverte
d'une vraie glande à laquelle il attribuë
de grands avantages , pendant qu'il n'a
d'autre but que de prouver que la greffe
ne change pas les especes ; pour cela M.
D. commence par rapporter tout ce qui
* Dans le Tome de 1730. M. D. dit , j'eus occasion
l'année derniere dans un Memoire qui
avoit pour titre , Recherche sur les causes , & c.
d'examiner en passant l'Anatomie de la greffe ..
Cet examen des parties de la greffe ne m'ayant
pas paru suffisant pour détruire un sentiment assez
generalement adopté , à moins que les Observations
Anatomiques ne fussent soutenues
par des Experiences exactes et plusieurs fois réïterées
, j'ai rapporté plusieurs greffes que l'on
pratique tous les jours , &c...
11. Vol. C pa
2892 MERCURE DE FRANCE
paroît favorable à li greffe ou plutôt au
Systême qu'il combat ; il avoue qu'on ne
peut gueres concevoir que deux Arbres
de differente espece se joignent sans qu'il
en arrive une cicatrice qui soit d'un tissu
plus serré que le tissu des Bois qui se
sont joints , il ajoute qu'on voit assez
souvent des infléxions ou changemens de
directions dans les fibres et qu'il peut
bien y avoir quelque chose qui approche
de la Méchanique des gandes ; il
croît même qu'on peut attribuer à cette
nouvelle organisation la petite perfection
qu'acquerrent les fuits par la greffe , et
suppose que cette perfection sera plus
considérabe à proportion que la cicatrice
sera d un tissu plus serré , et qu'ain.
si on ne peut pas esperer que la greffe
affranchisse beaucoup les especes quand
y ayant trop de rapport entre la greffe et
le sujet l'union est si intime qu'il n'y a
presque pas de cicatrice ( 1 ) , après tout
ce sont- là de ces points de Physique où il
n'y a que de la vrai- semblance , et sur
lesquels chacun peut avoir son sentimen
; mais M, Duhamel revient bien tột
au but principal de son Mémoire , et il
dit qu'il ne voit rien dans cette organi
&
( 1 ) Ce qu'on peut voir dans un de ses Mémoires
, imprimé en 17319
LI, Vol Zie
DECEMBRE. 1733 . 2803
sation qui puisse changer les especes :
Voici comme il termine cet article.
Si en effet la glande,le filtre ou le noud
qui est produit par l'application de la
greffe , étoit capable de changer si considérablement
la séve il en naîtroit un fruit
totalement different de celui qu'on auroit
greffé ; ce qui n'arrive pas , il donne seulement
une petite perfection à la séve ,
et quelque petite que soit cette perfec
tion , elle ne laisse pas de se faire remar
quer dans le fruit ; ce que M. D. ach ve
de prouver par plusieurs expériences de
pratique,
A l'égard de l'union des fibres de la
greffe avec le Bois déja formé ; quoique
cela arrive quelquefois , je n'ai point
vû que M. D. l'eut avancé dans son Mémoire
; au contraire , il y a plus d'un an
qu'il m'a fait voir que cette union n'arrivoit
que rarement ; mais quand il seroit
vrai que M. Duhamel se seroit trompé
dans ce Mémoire au sujet de la greffe ,
ne seroit- il pas en droit d'en appeller à
la suite de son rravail sur cette matiere ?
Puisqu'on ne continue à observer que
pour acquerir de nouvelles connoissances
et rectifier les anciennes , et je n'ai rien de
mieux à faire pour l'entiere justification
de M.D. que d'exhorter ceux qui auront
II. Vol. Cij lû
2804 MERCURE DE FRANCE
lû la Lettre du prétendu Frere , à lire le
Mémoire qui a été l'objet de la critique ,
en attendant que la suite de ses Observations
soit imprimée.
Cependant comme l'ami du prétendu
Solitaire , suivant l'usage de tous les Critiques
de mauvaise humeur , ne manque
pas de taxer M. D, de Plagiaire. J'ai été
curieux de m'assurer par moi- même , si
effectivement les Auteurs citez avoient
échapé à M. D. comme cela auroit pû
arriver. Mais cette recherche n'a servi qu'à
me faire voir combien l'envie et la jalousie
déguisent les objets aux yeux
de ceux
qui sont susceptibles de ces passions.
Voici le passage de M.Tournefort: Pour
remplir le dénombrement des causes auxquelles
l'on araporté les maladies des Plantes ;
Il nous reste, à parler des bosses qui naissent
autour des greffes comme les Vaisseaux de
la greffe ne répondent pas bout à bout aux
Vaissaux du sujet sur lequel on l'a appliquée
, il n'est pas possible que le suc nourrissier
les enfile en ligne droite , si-bien
que le
cal bossu est inévitable ; d'ailleurs il se trouve
bien de la matiere inutile dans la filtration
qui se fait du sujet dans la greffe , et cette
matiere qui ne sçauroit être vuidée par aucun
Vaisseau , ni defferens ni extrotoires , ne
laisse pas d'augmenter la Bosse,
II, Vol On
DECEMBRE. 1733. 2805
On voit par le passage
de M. de Tournefort
que l'objet
de cet Illustre
Académicien
, étant
d'expliquer
comment
se
forment
les Louppes
qui se rencontrent
au lieu de l'application
de certaines
greffes
, il a recours
à l'extravasion
du suc
ligueux
; mais examine
- t-il si le noeud
,
la cicatrice
ou le cal qui naît de l'union
des deux Bois , est capable'de
changer
les
especes
c'est cependant
là le but de
M. Duhamel
, dit-il , que cette nouvelle
organisation
peut
produire
les petites
perfections
que les fruits
acquerent
par la
greffe , comme
le soupçonne
M. D. Ce
n'est point du tout l'objet
de M.de Tournefort
; ainsi tout ce que l'on peut dire >
c'est
les deux
Académiciens
ne se
que
trouvent
point
en contrariété
de sentimens
; ce qui ne peut faire que plaisir
à
M. D. H. Le sentiment
d'Agricola
ne
ressemble
pas beaucoup
plus à celui de
M: Duhamel
, mais je ne m'arrêterai
pas
à établir
cette différence
, il me fuffit de
faire remarquer
que l'Agriculture
parfaite
d'Agricola
est un Livre Allemand
,
assez nouveau
, et qui n'a été imprimé
en
François
qu'en
1732. ce qui le rend bien
postérieur
au Mémoire
de M. Duhamel
,
qui a été imprimé
en 1728. Vous voyez ,
Monsieur
, combien
le reproche
que l'on
.II. Vol. C iij
fait
2806 MERCURE DE FRANCE
fait à M.D. est ridicule , et le cas que l'on
peut faire des Critiques d'humeur ; on ne
peut que déplorer la misérable inclination
de ceux qui employent leur esprit et
leurs talens à altérer la réputation des
autres , et à les traverser dans leur travail.
J'ai l'honneur d'être , &c .
M. *** au sujet d'une Lettre sur la
Greffe , inserée dans le Mercure de
P
France.
Lusieurs personnes de mes amis
m'ont apporté le Mercure du mois
d'Octobre dernier , pour me faire voir
une Lettre au sujet de la Greffe , qui
paroît m'être adressée , et qu'ils croyoient
m'interesser à cause de l'application que
je donne à tout ce qui regarde l'Agricul
ture , sur tout depuis quinze ans que je
suis chargé du soin de notre Jardin ; mais
je les ai assurez que cette Lettre ne me
regardoit en aucune maniere ; je n'en connois
pas l'Auteur qui me paroît supposé;
je vous dirai même que je n'ambitionne
pas de le connoître , tant j'ai été choqué
de la malignité de son stile ; je souhaite
seulement de me conformer , autant qu'il
me sera possible , aux grands principes
qu'il a mis au commencement et à la
II. Vol. fin
DECEMBRE . 1733. 2793
fin de sa Lettre ; c'est uniquement dans
cette vûë que je ne crois obligé de vous
dire ce que je pense de cet Ouvrage , pour,
rendre justice à M. Duhamel , qui m'a
tnujours communiqué son travail sur
l'Agriculture , peut - être par une espece
de reconnoissance des secours que notre
Jardin peut lui fournir de tems en tems
pour faire les experiences dont il croit
tirer quelque avantage.
Je distingue deux pa ties dans la Lettre
en question ; l'une qui renferme des
Observations sur l'union de la greffe avec
son sujet , et l'autre qui est une Critique
d'un Memoire de M. Duhamel , ou qui
en est plutôt une Parodie.
La premiere Partie m'a parû assez bonne
et m'a fait plaisir à lire , quoiqu'elle
n'ait rien de nouveau pour moi , puisqu'il
y a plus d'un an que M. D. m'a
fait voir les préparations qu'il avoit faites
au sujet de la greffe , et qu'il venoit
de démontrer à l'Académie...
bois
1 °. Que jamais le bois des greffes , en
fente ou en couronne , ne s'unit au
du sujet,non - plus que le bois des écussons
quand de mauvais Jardiniers y en laissent.
2°. Que l'union de la greffe avec son
sujet se fait dans la portion de l'écorce
qui doit devenir bois , c'est-à-dire, dans
11. Vol.
cette
2794 MERCURE DE FRANCE
cette partie interieure de l'écorce dont
les fibres ont une direction longitudinale,
ce que M. D. regarde comme du bois en
herbe , de telle sorte que l'union se fait
principalement par la jonction des fibres
herbaces , tant de la greffe, que du sujet,
qui correspondent les unes aux autres ,
d'abord et plus intimement par en bas ,
ensuite par en haut , même par les côtez ,
&c. mais rarement du corps de l'écusson .
avec le bois du sujet je dis rarement ,
car M. Duhamel m'a fait remarquer des
cas où cela arrive .
3º . J'ai vû avec beaucoup de plaisir
dans plusieurs préparations que M. D.
a faites sur les greffes que l'union étoit
toûjours plus intime entre certaines especes
, qui constamment réussissent bien
dans nos Pépinieres , comme le Bon Chritien
d'hyver sur Coignassier, qu'entre d'autres
qui ont toujours de la peine à s'allier
comme la Merveille d'hyver sur le
Coignassier , ce qui nous a donné lieu
de remarquer qu'assez souvent les fibres
s'inclinent et se replient pour s'aboucher,
pendant que dans d'autes cas ces fibres
se joignent sans aucune infléxion .
4. Par des dissections du Guy , il m'a
fait remarquer , tantôt la conformité , et
tantôt le peu de ressemblance qu'il y a
II. Vol. entre
DECEMBRE. 1733. 2795
entre l'union que le Guy contracte avec
les arbres et l'union de la greffe avec leurs
sujets .
5. Nous avons fait ensemble des playes
à plusieurs arbres pour en observer la
réunion ou la formation de la cicatrice ,
ce qui a encore fourni à M. D. des lumieres
sur la greffe.
6°. Enfin M. D. m'a fait voir plusieurs
fois une suite curieuse de greffes de tous
les âges , preparées de maniere à faire voir
très- clairement les progrès de leur union
avec leurs sujets.
Il est fâcheux pour le prétendu Solitaire
, que M; D. soit nanti de toutes ces
choses depuis plus d'un an , et qu'il en aft
fait la démonstration à l'Académie , et
en mon particulier je n'ai point fait de
mystere de m'en entretenir avec tous
les Curieux qui sont venus se promener
dans notre Jardin , il faut cependant
l'avouer , il y a quelque chose de nouveau
dans les Observations qui sont au
commencement de la Lettre , mais dont
je crois que M. D. ne conviendra pass
on y Tit que
dins
, la greffe
en
écusson
,
la greffe fait toujours avec le sujet un an-
-gle plus ou moins considerable , selon que
sa situation avec le sujet est plus ou moins
oblique. Comme si l'on pouvoit placer
II. Vol.
un
2/90 IVIL
un écusson plus ou moins obliquement
à l'égard de son su et . L'obliquité de la
pousse ne dépend donc pas de la situation
plus ou moins oblique de la greffe ,
puisque la situation d'une greffe en écusson
ne peut varier , mais elle dépend de la
situation du bouton ou de ce que nous appellons
l'oeil , par rapport aux autres parties
de l'écusson; et la situation de cet oeil
dépend de la situation què la branche sur
laquelle on a levé cet écusson , avoit sur
l'arbre dont on l'a coupée.
Quelques lignes après il dit : Alors la
couche de l'écorce qui est exierieure à la
couche interieure du Livre , commence à
Pousser dans celle du sujet qui lui correspond.
M. Duhamel croit que les fibres
de la greffe et celles du sujet s'allongent
mutuellement , ce qu'il avance après
* C'est pour cela que M. de la Quintinie et
mon Prédecesseur , ont recommandé de lever
toujours des écussons sur des branches droites ,
sur tout quand il s'agit de greffer des beaux Presents
ou des Inconnues , Cheneau , &c. qui sont
fort sujettes à pousser de travers, quelquefois cependant
par une fausse position des écussons , il
peut arriver que les fibres de l'écusson soient un
peu inclinez par rapport à celles du sujet et alors
la pousse fera d'abord un petit coude qui se redressera
en peu de temps , je ne sçai pas si c'est
de cette obliquité que l'Auteur de la Lettre veut
parler.
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1733. 2797
des observations dont il a fait part à l Académie.
Il ajoûte : Mais la portion ligneuse du
sujet périt d'abord , cela est faux , et si
l'on n'a pas soin d'étêter les arbres écussonnez
, ils poussent comme si on ne leur
avoit rien fait.
On lit ensuite Pareillement la portion
ligneuse de la greffe , & c. C'est une mau
vaise méthode que de laisser du bois
dans la greffe en écusson . Quelques lignes
après il dir : Que cette portion ligneuse
ne s'unit avec aucune partie du sujet ; cola
est vrai et a été bien prouvé par M. D.
Elles cessent même de croître , continue-t'il
cela est bien necessaire , puisqu'elle meurt :
cependant il le prouve ainsi , car la por
tion ligneuse de la greffe étant parvenuë
presque vis-à- vis celle du sujet , elles font
un petit détour. Elles cessent de croître ;
pour preuve de cela : C'est qu'elles parviennent
vis - à- vis de celles du sujet , et
qu'elles font un détour. Voila ce que je
n'entends pas. Il parle ensuite assez obscurément
de la formation de la cicatrice
sur l'argot, ou de la maniere dont se ferme
la playe qu'on a faite en retranchant
la tige du sujet ; mais s'apercevant de
son obscurité , et pour se rendre plus clair
es plus intelligible dans ce qui lui reste à
II. Val. dire
2798 MERCURE DE FRANCE
c'est
dire sur la greffe en écusson , voici ce qu'il
dit : Il est bon de regarder l'écorce qui environne
la greffe , comme divisée en deux por
tions , séparées par la partie ligneuse qui en
occupe le centre. Il y a bien de la métho-
оссире
de là - dedans, mais point du tout de clatté.
Qui a jamais entendu parler de portion
ligneuse qui sépare en deux l'écorce,
qui environne un écusson ? Encore un
coup , il ne doit point rester de bois for
mé dans un écusson bien fait . Si je veux
faire entendre à quelqu'un ce que
qu'un écusson , je le distinguerai avec
M. D. en deux parties principales ; l'une
sera le bouton qui en occupe le milieu ,
l'autre l'écorce qui l'environne. Le bouton
est formé exterieurement par des
écailles membraneuses , et interieurement
par ce qu'on appelle l'oeil ou le racourci
d'une jeune branche qui est tendre et
herbassée . L'écorce qui appartient à l'écusson
se peut aussi diviser en deux parties
, l'écorce , proprement dite , est la
plus exterieure , elle est mince , membraneuse
et sert d'enveloppe à l'autre ,
qu'on appelle improprement écorce , et
qui doit devenir dans peu une couche
ligneuse.
Maintenant que nous lui avons donné
une idée claire de la greffe , nous pou
11. Vol.
YOUS
DECEMBRE . 1733. 2799
vons distinguer avec lui l'écorce qui environne
l'oeil de l'écusson en deux portions
, l'une superieure et l'autre inferieure.
La portion superieure de l'écorce ,
suivant lui , forme le plus souvent un bourelet
, qui peu peu recouvre la tige qui a
été coupée, Nous avons trop
bien vû que
le recouvrement dont il est question est
formé partie par l'écorce de la greffe et
en plus grande partie par celle du sujet,
pour que M. Duhamel convienne que
ce recouvrement soit fait le plus souvent
par un bourelet formé par un prolongement
de la greffe , qui peu à peu recouvre la tige
qui a été coupées cependant le prétendu
Solitaire persiste dans son sentiment , en
disant ; lly a des greffes où cette écorce après
avoirfait cette espece de calotte pour reconvrir
entierement le bois coupé , s'unit tellement
avec l'écorce du sujet , qu'on ne voit
aucune marque de jonction. Il n'est pas
surprenant qu'après s'être mis dans la
tête que l'argot étoit entierement recouvert
par l'écorce de la greffe , il n'y reconnoisse
plus d'union , puisqu'il la
cherche où elle n'est pas , cependant il
est sûr que cette union est quelquefois
peu apparente. Il rapporte ensuite un
exemple qui n'est pas fort interessant ,
d'un arbre qui a poussé une branche de
II, Vol.
cet
2800 MERCURE DE FRANCE
; cet endroit quelle raison y auroit il
pour qu'il n'en poussât pas de- là , comme
d'ailleurs ?
Ce que notre Solitaire dit de la greffe
en fente , revient , à peu de cbose près ,
à ce qu'il a dit de l'écusson ; ainsi nous
nous contenterons d'inviter les curieux à
aller voir une greffe de Pommier , âgée
de 14. ans , c'est , selon lui , une piece
fort précieuse , qu'il conserve avec soin
dans son Cabinet : on sera bien dédommagé
du voyage d'Auxerre.
Voilà , M. où se terminent les Observations
du Solitaire , et où commence
la Parodie du Memoire de M Duhamel ,
que je n'aurois jamais reconnu dans ceux
de l'Académie , si l'Auteur de la Lettre
ne l'avoit pas indiqué dans le Tome
de l'Année 1728 .
Premierement , il dit avoir lû dans
le Volume de cette année un Memoire
de M. D. sur la greffe , ce qui est faux ,
puisqu'il n'y a que deux Memoires de
M. D. en 1728. l'un où il découvre la
source d'une maladie du Saffran , et l'autre
où il recherche la cause phisique des
nouvelles especes de fruits ; il est vrai
que cette recherche l'a engagé à dire un
mot de la greffe , mais ce n'est que par
occasion et dans l'espace tout au plus
II. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2801
de deux feuilles , * ce qui dispense M.Duhamel
de l'exactitude que j'espere qu'on
trouvera dans les derniers Memoires qu'il
a faits sur cette pratique d'Agriculture ,
et où il traite en particulier de la maniere
dont la greffe s'unit au sujet ; ainsi
le Memoire cité pa Auteur de la Lettre
n'a pas la greffe pour objet principal.
Secondement , l'Auteur de la Lettre essaye
en raprochant plusieurs morceaux
détachez du Mémoire de M. D. de forcer
le vrai sens du Mémoire , pour avoir
occasion ensuite de le tourner en ridicule.
En effet , suivant la Lettre il semble
que M. D. annonce la découverte
d'une vraie glande à laquelle il attribuë
de grands avantages , pendant qu'il n'a
d'autre but que de prouver que la greffe
ne change pas les especes ; pour cela M.
D. commence par rapporter tout ce qui
* Dans le Tome de 1730. M. D. dit , j'eus occasion
l'année derniere dans un Memoire qui
avoit pour titre , Recherche sur les causes , & c.
d'examiner en passant l'Anatomie de la greffe ..
Cet examen des parties de la greffe ne m'ayant
pas paru suffisant pour détruire un sentiment assez
generalement adopté , à moins que les Observations
Anatomiques ne fussent soutenues
par des Experiences exactes et plusieurs fois réïterées
, j'ai rapporté plusieurs greffes que l'on
pratique tous les jours , &c...
11. Vol. C pa
2892 MERCURE DE FRANCE
paroît favorable à li greffe ou plutôt au
Systême qu'il combat ; il avoue qu'on ne
peut gueres concevoir que deux Arbres
de differente espece se joignent sans qu'il
en arrive une cicatrice qui soit d'un tissu
plus serré que le tissu des Bois qui se
sont joints , il ajoute qu'on voit assez
souvent des infléxions ou changemens de
directions dans les fibres et qu'il peut
bien y avoir quelque chose qui approche
de la Méchanique des gandes ; il
croît même qu'on peut attribuer à cette
nouvelle organisation la petite perfection
qu'acquerrent les fuits par la greffe , et
suppose que cette perfection sera plus
considérabe à proportion que la cicatrice
sera d un tissu plus serré , et qu'ain.
si on ne peut pas esperer que la greffe
affranchisse beaucoup les especes quand
y ayant trop de rapport entre la greffe et
le sujet l'union est si intime qu'il n'y a
presque pas de cicatrice ( 1 ) , après tout
ce sont- là de ces points de Physique où il
n'y a que de la vrai- semblance , et sur
lesquels chacun peut avoir son sentimen
; mais M, Duhamel revient bien tột
au but principal de son Mémoire , et il
dit qu'il ne voit rien dans cette organi
&
( 1 ) Ce qu'on peut voir dans un de ses Mémoires
, imprimé en 17319
LI, Vol Zie
DECEMBRE. 1733 . 2803
sation qui puisse changer les especes :
Voici comme il termine cet article.
Si en effet la glande,le filtre ou le noud
qui est produit par l'application de la
greffe , étoit capable de changer si considérablement
la séve il en naîtroit un fruit
totalement different de celui qu'on auroit
greffé ; ce qui n'arrive pas , il donne seulement
une petite perfection à la séve ,
et quelque petite que soit cette perfec
tion , elle ne laisse pas de se faire remar
quer dans le fruit ; ce que M. D. ach ve
de prouver par plusieurs expériences de
pratique,
A l'égard de l'union des fibres de la
greffe avec le Bois déja formé ; quoique
cela arrive quelquefois , je n'ai point
vû que M. D. l'eut avancé dans son Mémoire
; au contraire , il y a plus d'un an
qu'il m'a fait voir que cette union n'arrivoit
que rarement ; mais quand il seroit
vrai que M. Duhamel se seroit trompé
dans ce Mémoire au sujet de la greffe ,
ne seroit- il pas en droit d'en appeller à
la suite de son rravail sur cette matiere ?
Puisqu'on ne continue à observer que
pour acquerir de nouvelles connoissances
et rectifier les anciennes , et je n'ai rien de
mieux à faire pour l'entiere justification
de M.D. que d'exhorter ceux qui auront
II. Vol. Cij lû
2804 MERCURE DE FRANCE
lû la Lettre du prétendu Frere , à lire le
Mémoire qui a été l'objet de la critique ,
en attendant que la suite de ses Observations
soit imprimée.
Cependant comme l'ami du prétendu
Solitaire , suivant l'usage de tous les Critiques
de mauvaise humeur , ne manque
pas de taxer M. D, de Plagiaire. J'ai été
curieux de m'assurer par moi- même , si
effectivement les Auteurs citez avoient
échapé à M. D. comme cela auroit pû
arriver. Mais cette recherche n'a servi qu'à
me faire voir combien l'envie et la jalousie
déguisent les objets aux yeux
de ceux
qui sont susceptibles de ces passions.
Voici le passage de M.Tournefort: Pour
remplir le dénombrement des causes auxquelles
l'on araporté les maladies des Plantes ;
Il nous reste, à parler des bosses qui naissent
autour des greffes comme les Vaisseaux de
la greffe ne répondent pas bout à bout aux
Vaissaux du sujet sur lequel on l'a appliquée
, il n'est pas possible que le suc nourrissier
les enfile en ligne droite , si-bien
que le
cal bossu est inévitable ; d'ailleurs il se trouve
bien de la matiere inutile dans la filtration
qui se fait du sujet dans la greffe , et cette
matiere qui ne sçauroit être vuidée par aucun
Vaisseau , ni defferens ni extrotoires , ne
laisse pas d'augmenter la Bosse,
II, Vol On
DECEMBRE. 1733. 2805
On voit par le passage
de M. de Tournefort
que l'objet
de cet Illustre
Académicien
, étant
d'expliquer
comment
se
forment
les Louppes
qui se rencontrent
au lieu de l'application
de certaines
greffes
, il a recours
à l'extravasion
du suc
ligueux
; mais examine
- t-il si le noeud
,
la cicatrice
ou le cal qui naît de l'union
des deux Bois , est capable'de
changer
les
especes
c'est cependant
là le but de
M. Duhamel
, dit-il , que cette nouvelle
organisation
peut
produire
les petites
perfections
que les fruits
acquerent
par la
greffe , comme
le soupçonne
M. D. Ce
n'est point du tout l'objet
de M.de Tournefort
; ainsi tout ce que l'on peut dire >
c'est
les deux
Académiciens
ne se
que
trouvent
point
en contrariété
de sentimens
; ce qui ne peut faire que plaisir
à
M. D. H. Le sentiment
d'Agricola
ne
ressemble
pas beaucoup
plus à celui de
M: Duhamel
, mais je ne m'arrêterai
pas
à établir
cette différence
, il me fuffit de
faire remarquer
que l'Agriculture
parfaite
d'Agricola
est un Livre Allemand
,
assez nouveau
, et qui n'a été imprimé
en
François
qu'en
1732. ce qui le rend bien
postérieur
au Mémoire
de M. Duhamel
,
qui a été imprimé
en 1728. Vous voyez ,
Monsieur
, combien
le reproche
que l'on
.II. Vol. C iij
fait
2806 MERCURE DE FRANCE
fait à M.D. est ridicule , et le cas que l'on
peut faire des Critiques d'humeur ; on ne
peut que déplorer la misérable inclination
de ceux qui employent leur esprit et
leurs talens à altérer la réputation des
autres , et à les traverser dans leur travail.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Fermer
Résumé : LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
Le Jardinier Solitaire répond à une lettre publiée dans le Mercure de France, qui traite de la greffe des plantes. Plusieurs amis lui ont montré cette lettre, pensant qu'elle l'intéresserait en raison de son expertise en agriculture. Cependant, le Jardinier Solitaire affirme que la lettre ne lui est pas adressée et qu'il ne connaît pas son auteur, dont le style l'a choqué. La lettre est divisée en deux parties. La première contient des observations sur l'union de la greffe avec son sujet. Le Jardinier Solitaire trouve cette partie intéressante, bien qu'elle ne contienne rien de nouveau pour lui, car M. Duhamel lui a déjà montré ses préparations et démonstrations sur la greffe à l'Académie. Les observations incluent : le bois des greffes ne s'unit jamais au bois du sujet, l'union se fait principalement par les fibres herbacées de l'écorce, certaines espèces s'unissent mieux que d'autres, des dissections du gui montrent des similitudes et des différences avec l'union des greffes, des expériences sur la cicatrisation des plaies des arbres ont fourni des lumières sur la greffe, et M. Duhamel a montré des séries de greffes préparées pour illustrer les progrès de leur union. Le Jardinier Solitaire critique certaines affirmations de la lettre, notamment sur l'obliquité des greffes en écusson et la formation de la cicatrice, soulignant que certaines observations sont incorrectes ou mal interprétées. La seconde partie de la lettre est une critique d'un mémoire de M. Duhamel, que l'auteur de la lettre présente de manière erronée. Le Jardinier Solitaire corrige ces erreurs et explique que le mémoire de M. Duhamel ne traite pas principalement de la greffe, mais mentionne la greffe de manière incidente. Il dénonce également les tentatives de l'auteur de la lettre de tourner en ridicule le mémoire de M. Duhamel. Le texte traite également des observations de M. Duhamel sur la greffe des plantes, publiées dans un mémoire en 1731. Duhamel affirme que la greffe n'affranchit pas les espèces et que l'union entre la greffe et le sujet est si intime qu'il n'y a presque pas de cicatrice. Il explique que la greffe améliore légèrement la sève, ce qui se remarque dans le fruit, mais ne change pas l'espèce. Le texte mentionne des critiques adressées à Duhamel, notamment l'accusation de plagiat. Cependant, il est souligné que les travaux de Tournefort et Agricola, cités par les critiques, ne contredisent pas les observations de Duhamel et que ces critiques sont motivées par l'envie et la jalousie. Le mémoire de Duhamel, imprimé en 1728, précède la publication des œuvres mentionnées, invalidant ainsi les accusations de plagiat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1750-1789
LETTRE de M. Lefevre, Marchand Grainier, Fleuriste et Botaniste, à l'enseigne du Cocq de la bonne foy, au milieu du Quay de la Megisserie, à Paris. Contenant un Catalogue instructif des meilleurs fruits, &c.
Début :
J'espere, Monsieur, de vous mettre bientôt en état de rendre bon compte [...]
Mots clefs :
Fruits, Espèces, Poire, Pomme, Prune, Abricot, Cerise, Pêche, Plantation, Rouge, Arbres, Espaliers, Goût, Chair, Couleur, Terres, Vent, Air, Temps, Eau, Figues, Raisin, Saison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Lefevre, Marchand Grainier, Fleuriste et Botaniste, à l'enseigne du Cocq de la bonne foy, au milieu du Quay de la Megisserie, à Paris. Contenant un Catalogue instructif des meilleurs fruits, &c.
LETTREde M. Lefevre , Marchand
Grainier, Fleuriste et Botaniste , à l'en
seigne du Cocq de la bonnefoy,au mi
lieu du Quay de la Megisserie, à Paris.
Contenant un Catalogue instructif des
meilleursfruits , &c.
'Espere , Monsieur , de vous mettre
bientôt en état de rendre bon
de ma conduite , au sujet de la petite
fleur nommée Oreille d'Ours ; mais en at
tendant il sera plus utile pour le Public
que je lui fasse part danscette saison d'un
Catalogue nouveau des meilleurs fruits
avec les temps justes de leur maturité.
Ouvrage important,que M. le Normand,
Directeur du Potager du Roy , qui enest
l'Auteur , et de qui je le tiens , ne trou
vera pas mauvais que je communique au
Public , qui lui sera redevable d'une ins
truction d'autant plus nécessaire , que
presque tout le monde a des fruits sans
sçavoir ni leurs noms,ni dans quel temps
on doitles manger, &c. Je suis , &c.
Catalogue
AOUST. 1735. 1751
2
Catalogue des meilleursfruits,avec les temps
les plus ordinaires de leur maturité.
POIRES. A la my-Juillet.
ETITMUSCAT,
Poires de sept en
Prucule.Excellente et fort estince mal
gré sa petitesse , à cause de la finesse de
son musc. Pour l'avoir fort bonne ilfaut
que l'arbresoit en plein vent , dans un
terrain sec, et même qu'il soit vieux, c'est
la premiere Poire quimeurisse.
AURATE,Poire fort estimée,elle n'estpas
encore fort connue,elle est presque aussi
hâtive que la précedente , et sept ou huit
fois plus grosse , et d'un gout presque
aussi délicat.
A lafin de Fuillet.
POIRESDE MAGDELAINE OU Citrons des
Carmes , d'un assez bon goût , mais su
jettes àdevenir cotoneuses.
Aucommencement d'Aoust.
MUSCAT ROBERT ou Poire Dambre;
on àla Reine, Poire cassante, mais excel
lente au sucre , à cause de son musc , et
parce qu'elle n'a point de marc.
CUISSE MADAME , connue en Flandre
sous le nom de Poire de Fusée , fort bon
D v ne*
1752 MERCURE DE FRANCE
ne son defaut est qu'elle tombe de l'ar
bre fort aisement , et qu'elle est trop mû
re près de la queue lorsqu'elle est encore
verte à la tête.
BLANQUETTE à longue queue. Elle est
de beaucoup meilleure que les autres es
peces de Blanquettes. Son goût est vi
neux , et sachair tendre.
" EPARGNE ou Poire de Samson ou de
Beau present, fort belle , passablement
bonne, un peu âpre.
POIRE DE CIPRE , ou Rousselet hâtif.
Fort bonne , mais sujette à devenir mol
le ; elle ressemble assés au Rousselet
de Septembre par sa figure et un peu mê
me par songoût, maisquin'est pourtant
passi fin à beaucoup près.
Alany-Aòùst.
POIRE SANS PEAU. Excellente , très
beurée , et d'une eau parfumée.
OIGNONET. Assés bonne,platte , à peu
près de la figure d'un Oignon.
GROS BLANQUET ET PETIT BLANQUET.
Cassantes, fort bonnes au sucre,mais insi
pides crues.
BELLISSIME OU Suprême , belle à pein
dre , mais cotoneuse et sans goût.
Cassolette,
AOUST. 1735. 1753
Alafin d'Aoust.
CASSOLETTE. Poire cassante , mais d'un
musc agreable et sans marc , pour cela
excellente au sucre.
SALVIATI, Poire musquéeetsans marc,
>
excellente au sucre : on en faitde fortbom
Fatafia.
POIRE DE ROSE ou Epine Rose , assés
bonne mais d'une chair grossiere
ayant beaucoup demarc.
BON CHRETIEN D'ETE' , ou Grassioli.
Belle Poire , mais peu estimée, si ce n'est
pour les compotes , ou pour monter des
plats.
BON CHRETIEN D'ETE" musqué. Belle,
musquée etcassante ,mais non pas seche,
elle est plus estimée que la precedente et
neréussit point greffée sur Coignassier.
ROBINE Ou Royale musquée , ouà verat,
ou Muscat d'Aoust. Très estimée , quoi
que cassante, parce qu'elle a de l'eau et
qu'elle est d'un parfum excellent..
MILANBLANC ou Poire aux Mouches12
ou Bergamotte d'Eté. Tendre et douce
mais cotoneuse.
20
BOURDON MUSQUE", et Poire d'Orange.
Elles ont de l'odeur , mais elles sont cas
santes et seches,et pour cela peu estimées..
Ex
Dvj
1754 MERCURE DE FRANCE
En Septembre.
ROUSSELET. Poire excellente , tout le
mondele connoît. C'est une erreur que
de faire deux especes du gros et du
petit. Le sujetsur lequel la greffe est po
sée , la vigueur de l'arbre , son âge , le
terrain, sec ou humide, dans lequel il est
planté , sont les seules causes du plus ou
du moinsde grosseur , de couleur et de
goût.
EPINE D'ETE' , en Italien Bujarda. Ex
cellente Poire , très fondante etd'un musc
très fin ; elle ressemble assés à l'Epine
d'Hiver par sa figure , si ce n'est qu'elle
est un peu plus allongée vers la queuë,
une marque de son excellence est qu'on
l'estime , quoiqu'elle meurisse dans le
tems desPêches, qui bannissenttoutes les
Poires de leur saison , hors celle-ci et le
Rousselet.
INCONNUE CHENEAU OU Fondante de
Bresse. C'est à tort qu'on l'a nommée
Fondante , elle ne l'est pas , mais elle est
d'une fort bonne eau , et quoiqu'on net
puisse pas la compter parmi les excellen
tes Poires , cependant il est à propos d'en
planter quelques arbres dans les Jardins
d'une grandeur raisonnable, pour ne se
trouver pas sans fruits entro les Pêches
et le Beuré.
AOUST. 1735. 1755
ANGLETERRE OU Beuré d'Angleterre.
Poire très fondante et d'un goût relevé ,
mais elle mollit extrémement vîte. C'est .
la seule avec l'inconnue Cheneau , qui
puisse garnir le vuide dont on vient de
parler entre les Pêches et le Beuré.
En Octobre.
BEURE'. Excellent , tout le monde le
connoît ;le vert , le gris , le rouge, le
doré sont tous de la même espece. Ces
differences ne viennent que des mêmes
causes qui ont été raportées ci-devant à
l'occasion du Rousselet.
VERTE LONGUE ouMonille bouche d'Au
tomne.Poire fort bonne, fondante et fine,
elle seroit beaucoup plus estimée si elle
meurissoit avant le Beuré dont lacompa
gnie lui est fort désavantageuse.
VERTE LONGUE SUISSEOU MouilleBouche
Panachée.Elle n'est differente de la précé
dente , qu'en ce que celle-ci est rayée de
jaune et de vert ; le bois est panachécom
mele fruit.
BERGAMOTTE D'AUTOMNE. Poire excel
lente , très beurée , pleine d'eau et d'un
parfum fort agréable dans les terres se
ches et legeres , elle est cependant su
jette à devenir cotoneuse.
BERGAMOTTE SUISSE. Elle n'est diffe
rente
1756 MERCURE DE FRANCE
rente de la précedente que par la couleur,
celle ci est rayée dejaune.
DOYENNE'. Poire de S. Michel , Poire
de Neige , ou Poire debonne ente , fort
belle et assés bonne , mais sujette à mol
lir et à devenir cotoneuse ; elle seroit
plus estimée , si elle meurissoit dans une
autre saison , le Beuré lui fait tort.
BEZY DE LA MOTTE. Poire excellente
et fort estimée, parce qu'elle est très-fon
dante,sonarbrechargebeaucoup en plein
vent à haute tige, etson fruit y est meil
leur qu'en aucune autre situation. C'é
toit la Poire favorite de Louis XIV
EnNovembre.
MESSIRE JEAN D'un goût exquis
mais dont lachair est fort grossiere etfort
pierreuse.
POIRE DE VIGNE , de Damoiselle , longue
queue, ou Grise Brune. Petite Poire très
fondante et d'un goût relevé , mais qui
mollit trop vite.
LANSAC OU DAUPHINE. Cette Poire fut
présentée au Roy LouisXV.lorsqu'il étoit
Dauphin,Madame de Lansac étant pour
lors sa Gouvernante. Elle est tendre et
douce avec un petit fumet qui la fait es
timer.
SUCRE VERT. Petite Poire verte, Bew
rée et très-bonne
AOUST. 1735. 1757
CRASANE. Excellente , très fondante et
d'un goût très relevé , tellement que
quelques-uns l'accusent d'être âpre, mais
fort estimée dela plûpart, à cause de ce
goût vineux.
MARQUISE. Excellente,Beurée et d'une
fort bonne eau.
BONCHRETIEN D'EPARGNE. Beaucoup
plus beau que bon ; on s'en sert pour les
compotes.
En Decembre.
PETIT OIN ou Merveille d'Hiver. Beu
rée et bonne.
S. GERMAIN , autrefois inconnuë , la
Faze. Excellente et fort estimée , quoi
quesujette àêtre pierreuse , parce qu'elle
est fondante,d'un goût exquis , et qu'elle
se garde long-temps mûre sans mollir ,
qualité qui n'appartient qu'à elle seule
de toutes les Poires fondantes.
LOUISE BONNE. Plus belle ordinaire
mentquebonnes cependantil s'en trouve
de fort bonnes , provenues de vieux ar
bres en plein vent.
ECHASSERIF. Excellente ; c'est grand
dommage qu'elle mollisse si vîte;celles de
plein vent se gardent plus long-temps ,
et sont d'un goût exquis.
AMBRETTE. Excellente et fondante dans
les terrains secs, mais mauvaise pourl'or
dinaire
1758 MERCURE DE FRANCE
dinaire dans les lieux humides et froids.
MARTINSEC. Cassant, peuestimé crû,
mais excellent cuit.
VIRGOULEUSE
en Angoumois Buja
leuf, en Limouzin Chambrette , en Gas
cogne Poire de glace. Excellente , très
Beurée et fort estimée, tant poursabeauté
que pour sa bonté.
EPINE D'HIVER. Poire très fondante ,
et d'un musctrès fin. On convient qu'une
bonne Epine est la meilleure et la plus
fine de toutes les Poires , mais il est très
rare de la trouver,etil enfaut souvent'ou
vrir beaucoup avantque de larencontrer,
Janvier et mois suivans.
ROYALE D'HIVER , en Italie Spina de
Carpi. Belle et bonne , quand elle pro
vient d'un vieux arbre , planté en ter
rain sec, mais sans cela insipide et de
peu de valeur.
COLMART. Excellente , fort beurée et
d'un goût très exquis , elle se garde long
temps , et c'est la derniere Poire Beurée
qui se mange.
BON CHRETIEN D'HIVER. Très beau
cassant , et d'une eau sucrée , excellent
pour les compotes, et pour ladécoration
d'une Table.
ANGELIQUE DE BORDEAUX ,
ou Saint
Martial
AO UST. 17337 1759
de
Martial. Assés grosse et bienfaite , mais
peu de valeur , quoique quelques uns
assurent l'avoir mangé bonne en cer
taines années.
BERGAMOTE DE BUGI. Grosse et bonne
›
en Touraine , où elle est connue sous le
nom de Poire de Ministre ; mais à Paris
onne s'en sert que pour les compotes.
FRANC REAL, double fleur Cadillac ,
Poire de Livre. Nesemangentque cuites.
Remarques Generales surlesPoires.
Les Poires en general se greffent sur
le Coignassier ou sur le Franc qui est le
Sauvageon de Poirier , soit de bouture
soir de pepin.
Le Franc est extremement vigoureux,
et pour cette raison fait des arbres très
grands qui sont tardifs à porter du fruit,
et qui ledonnentmoins coloréetde moin
dre goût que ceux qui sont sur Coignas
sier. En recompense ces arbres sur Franc
durentlong-tems , et étant fort grands
ils donnent une prodigieuse quantité de
fruits quand l'âge a moderé leur vigueur
excessive , mais il faut les attendre. Au
contraire les Poiriers greffés sur Coignas
sier,nedeviennent ni si grands nisi vieux;
mais comme ils donnent leurs fruits plus
colorés et de meilleur goût , et qu'ils
sont
1760 MERCURE DE FRANCE
sontd'un raport beaucoup plus prompt,
(ce qui flate ceux qui plantent) on ne
s'avise guere de planter du Francque dans
les terres où leCoignassier ne peut pas
reussir.
res ,
Ces terrains sont ceux qui sont fort
brulans et qui se dessechent assés, avant
et pendant les chaleurs de l'Eté ; les ra
cines du Coignassier ne s'enfonçant gue
ne fontque couler entre deuxterres
assés proche de la superficie , où elles ne
seroient pas en sûreté contre la seche
resse dans ces sortes de terres au lieu
que les racines du Franc, piquent , s'en
foncent , et se mettent ainsi hors de la
portée de la secheresse.
,
Ce qu'on vient de dire doit s'entendre
seulementpour lesarbres àplanter en con
tre espaliers , palissés en buisson et en
espaliers ; car pour ceux quel'on plante
en plein vent à haute tige , il faut qu'ils
soient greffés sur Franc. Les racines du
Coignassier sont trop foibles et trop peu
profondes pour soutenir ces grands ar
bres contre les vents auxquelsils sont ex
posés. D'ailleurs commeon ne retranche
presque rien à cette sorte d'arbres que
P'on ne taille
comme les autres , l'a
pas
bondance de la seve se trouve bientôt
partagée dans une si grande quantité
de branches, qu'elle est moderée dans
chacune,
AOUST. 1735. 1757
chacune , et par consequent ne les em
pêche pas de se mettre àfruit.
LesPoiriers se plantent en espaliers,en
contre espaliers, palisés , en buissons , et
en plein vent de haute tige ; à l'égard des
espaliers , il faut distinguer les bonnes ex
positions qui sont celles du Levant et du
Midy; la médiocrequi est celle du Cou
chant, et la mauvaise qui est celle du
Nord.
On ne peut gueres avoir aux environs
de Parisde beau bon Chrétien d'Hyver,
ni de bonnes Bergamotes qu'en espaliers
aux bonnes expositions ; ainsi il faut y
planter ces deux especes de Poires; mais
on neconseille pas d'y en planter aucu
nes autres qui peuvent fort bien réussir
ailleurs, et quioccuperoient ici des places
qui sont précieuses par lebesoin qu'on en
a pour les Pêches , les Cerises précoces ,
quelques especes de Prunes, et les Rai
sins muscats, tous fruits à qui ces bonnes
expositions sont nécessaires.
Toutes sortes de Poires s'accommo
dent assés de l'exposition du Couchant ,
mais on croit à propos de ne planter en
espaliers que desgros fruits qui sontsujets
à tomber en plein vent , comme Beurée
S. Germain, Crasane , Virgouleuse , &c.
on nedoit pas pour cela se dispenser de
planter
1761 MERCURE DE FRANCE
planter de ces mêmes especes en plein air,
soit enbuissons , soit en contre espaliers
palissés , parce qu'en general les fruits
venus en plein air, sont de bien meilleur
goût que ceux de l'espalier.
Pour l'exposition du Nord , il y apeu
d'especes de Poires qui y donnent du
fruit,ces especes sont le Beuré,la Crasanne,
S.Germain,le MessireJean,et le Doyenné.
Cesfruits y deviennent gros,sans couleur,
et on doit les employer à faire des com
potes , avant qu'ils soient murs , car la
plupart mollissent avant leur parfaite ma
turité , et ceux qui y parviennent sont
insipides et pâteux.
Les contre espalliers pallissés et lesbuis
sons ,sont propres pour toutes les espe
ces de Poires , excepté le bon Chrétien
d'Hyver qui y seroit
peu
coloré , et
par conséquent privé de son principal
merite , et les Bergamotes, dont les ar
bres réussissent ordinairement très mal.
Pourles pleins vents à hautes tiges , on
doit choisir les especes dont les fruits sont
petits , et par consequent moins sujets à
être abatus par les vents , et quelques
especes , comme le Bezy de lamotte,qui
n'étant pas naturellement d'un goût très
relevé , ont besoin de cette disposition
pour le leur augmenter; car parmi les
fruits
A OUST. 1785. 1763
fruits en plein air , qui ont tous plus de
goût que ceux des espaliers , ceux de
hautes tiges se distinguent considerable
ment.
POMMES , àlamу-Aoust.
CALVIL D'ETE'. Grosse Pomme rouge ;
qui a la chair legere comme les autres
Calvils , d'un bon goût , mais sujette à
être cotoneuse ,lorsqu'elle est bien mûre.
Elle est fort agreable pour la décoration
des Tables , sur tout dans les années ou
les Pêches manqueut.
En Novembre.
CALVIL BLANC à côtes. Très belle Pom
me, bonne et qu'on garde quelquefois
jusqu'à Pâques.
,
Decembre , et lesmois suivans.
CALVIL ROUGE. Très belle et bonne
Pomme dontla chair est rouge , lors
qu'elle provient de vieux arbres en ter
rain sec. Elle se garde long-tems , et
fait l'ornement desTables à la fin de l'Hi
ver.
REINETTE FRANCHE. Fort connuë et
fort estiméepar tout pour sa bonté , tant
cruë que cuite , et parce qu'elle se con
serve long-tems.
REINETTE
1764 MERCURE DE FRANCE
REINETTE GRISE. Excellente à manger
cruë , lorsqu'elle est fannée , elle a au
moins autant de goût que la précedente ,
et se garde aussi long-temps.
REINETTE D'ANGLETERRE ou Pomme
d'or. Petite Pomme fort jaune, plusplatte
et plus seche que la Reinette franche ;
elle se garde long-tems,
POMME DE VIOLETTE. Grosse Pomme
d'un rouge foncé , dont la chair a le goût
aprochant de l'odeur de la Violette
mais cotoneuse.
FENOUILLET GRIS. Pomme grise qui a
le goût d'anis , excellente lorsqu'elle est
fannée.
FENOUILLET ROUGE,Ou Bardin. Comme
la precedente , hors qu'elle est d'un gris
plus sombre avec quelques grandes
taches d'un rouge pourpre ; elle a la
chair plus ferme que la précedente , et
quelque chose de plus fin dans le goût.
,
APY. Petite Pomme fort jolie pour sa
couleur , d'un rouge vif , sur un fond
blanc clair , on en monte des piramides
magnifiques pour les tables pendant l'HI
ver.
POMME ROSE. Elle ressemble fort parle
dehors à l'Apy. Elle est ordinairement un
peu plus grosse, maiselle ne se garde pas
si long-tems , sa chair est moins seche ,et
sent un peu la Rose.
Remarques
AOUST 1735. 1765
Remarques generales.
Les Pommes se greffent surle Franc de
Pommier,qui est le Sauvageon de Pepin,
sur le Doussin et sur le Paradis , qui sont
deux autres especes de sauvageon.
Le Franc de Pommier , comme celui
de Poirier , fait des Arbres vigoureux ,
tardifs à porter du fruit , mais qui vivent
long-tems; on ne s'en sert que pour les
Arbres en plein ventde hautetige.
Le Paradis ne faisant pas de grosses
Racines , fait des Arbres qui poussent
peu ,qui donnent dufruit très prompte.
ment , et pour cela sont propres à être
plantés enContre espaliers palissés, ou en
buissons , dans les endroits où on craint
dese borner la vûë.
Le Doussin tient le milieu pour la vi
gueur , entre les deux Sauvageons préce
dens ; c'est-à- dire , que les Arbres qu'il
fait , poussent moins que ceux sur Franc,
et plus que ceux sur Paradis , qu'ils se
mettent à fruit plutôt que les uns , et
plûtard que les autres ; enfin qu'ils sub
sistent moinslong-temps que ceux-là , et
beaucoup plus que ceux-ci.
Les Arbresgreffes sur ce Sauvageon ,
sont les plus propres à faire de beaux
buissons ; car ceux sur Franc deviennent
d'une
1766 MERCURE DE FRANCI
d'unegrandeur prodigieuse , et ne don
nent du fruit que lorsqu'ils sont vieux ;
et ceux sur Paradis poussent si peu de
bois , qu'on ne peut presque pas leur fai
re prendre forme. Ils viventtrop peu, et
sont trop chiffons pour un Jardin d'une
grandeur raisonnable , si ce n'est pourles
endroits où des Arbres plus grands bor
neroient quelque vûë que l'on veutcons
server.
Les Pommiers greffez surces troisSau
vageons , réussissent assez bien dans tou
tes sortes de terres passablementbonnes
même dans celles où les Poiriers languis
sent par trop de secheresse.
>
Ontrouve communémentdans lesJar
dins bien d'autres especes de Pommes,
que celles qui sont énoncées au Catalo
gue ci-dessus ; mais loin de s'attacher à
ce grand nombre d'especes médiocres
on conseille volontiers de s'en tenir à la
,
Reinette franche , à la Reinette grise,
aux Calvils , aux Fenouillets , à l'Apy,
et à la Pomme rose, qui sont sans_con
tredit , les meilleures especes ; et de re
jetter les autres qui sont inférieures à cel
les-ci , et qui meurissent dans le même
temps,posant pour maxime,qu'on nedoit
souffrir de fruits médiocres , que dans les
saisons où on n'ena point de fortbons.
CERISES
A OUST. 1735. 1767
CERISES vers lafin de May.
CERISES PRECOCES , ne sont considéra
bles, que par leur primeur ; et par consé
quent ne doivent se planter qu'à un Es
palier au Midi ou auLevant , et jamais à
une mauvaise exposition
ni en plein
pas hâtives.
vent , où elles ne seroient
Ala my-Juin.
CERISES COMMUNES , sont plus belles
et meilleures que les précedentes , mais
moins belles et moins bonnes que les sui
vantes ; il n'en faut que pour garnir le
vuidé quise trouveroit entre les Precoces
et celles de Montmorenci.
Vers lafinde fuin.
CERISES DE MONTMORENCY , sontbel
les et bonnes , on s'ensert pour les Con
fitures et pour les Ratafiats.
GUIGNES BLANCHES ET NOIRES. Les
blanches sont plus estimées que les noi
,
res il ne faut des unes et des autres
que pour attendre les Bigareaux qui sont
beaucoup plus beaux etmeilleurs.
Vers la my-fuillet.
CERSIES ROYALES oud'Angleterre, sont
très-grosses et très-douces , l'Arbre fleu
E
rit
1768 MERCURE DE FRANCE
rit beaucoup , charge peu, et ressemble
fort au Griottier.
GRIOTTES , c'est une espece de grosse
Cerise noire , fort estimée , parce qu'elle
est fort douce ; son Arbre charge fort
peu , quoiqu'il fleurisse beaucoup.
BIGAREAUX. C'est à tort que quelques
uns les divisent en deux especes ; sça
voir , gros et petits, il se trouve toujours
des deux especes sur le même Arbre ; et
si un Arbre les donnegeneralement plus
gros qu'un autre,on ne doitimputer cela
qu'à la vigueurde l'Arbre , et non pas
multiplierles especes faussement.
REMARQUES sur les Cerises.
En Italie , et en quelques Provinces
du Royaume , comme en Dauphiné ,ce
qu'on apelle Griottes , ce sont nos Ceri
ses , et ce que nous apellons Griottes en
France
›
ils le nomment Cerises. En
Poitou eten Angoumois , on apelleGui
gnes ce que nous apellons Cerises ; on
apelle Cerises ce que nous apellons Me
rises ; et on apelle Guindoux ce que nous
apellons Griottes.
Tous les Cerisiers en general se gref
fent sur le sauvageon de Cerisier , ou sur
le Merisier , en fente ou en écusson ;
mais ils s'accommodent ordinairement
mieux
A O UST. 1735. 1769
pous
mieux de la greffe en écusson à la
se , c'est-à dire , de celle qui se fait avant
la S. Jean.
Ils réussissent assés bien dans toutes
les terres qui ne sont pas absolument
mauvaises ; mais mieux dans celles qui
sont legeres et sabloneuses.
Les Cerisiers de Cerises Royales , et
les Griottiers , sont si semblables par leur
bois , la maniere de le pousser , la gran
deur et l'épaisseur de leurs feuilles , par
la quantité extraordinaire de leurs fleurs
disposées sur l'une et sur l'autre de la
le
même maniere ; enfin
›
par peu defruit
qui y tient en comparaison de cette
quantité defleurs , mêmepar la grosseur,
la figure et la douceur de leurs fruits
qu'on croit volontiers que ce sont deux
especes de Griottes , dont l'une est rouge
,
et l'autre noire.
PRUNES aucommencement de Juillet.
JAUNE HATIVE , ou Prune de Catalo
gne. C'est la plus hâtive de toutes les
Prunes , elle est très douce et assés es
timée , parce qu'on n'en a point encore
de meilleures dans cette Saison.
VIOLETTE HATIVE , ou Grosse noire de
Montreuil. Grosse et très-belle Prune ,
presque aussi hâtive que la Jaune ; mais
E ij
sa
1770 MERCURE DE FRANCE
sa beauté et sa primeur fonttout son me
rite ; car elle n'est pas bonne.
Ala my-Juillet.
PERDRIGON HATIF , ressemble assés au
Perdrigon violet par sa figure et par sa
couleur , mais n'en aproche pas par sa
bonté , quoiqu'elle soit meilleure
précedente.
A lafin de Juillet.
GROSSE MIRABELLE , ou double Mira
belle , ou Mirabelle perlée. Très bonne
Prune,pleine d'eau et fort sucrée ; c'est
de toutes ces prunes , celle qui aproche
le plus de la bonté des trois excellentes
dont on va parler ; et ce quilui est avan
tageux , c'est qu'elle meurit avant elles
dans une Saison où elle est sans concur
rente,
En Aoust.
PRUNE DEMONSIEUR,que quelques-uns
déguisentsous le nom de Damas de Tours.
→
Assés belle prune , fort commune, pas
sablement bonne lorsqu'elle est bien
meure.
DAMAS VIOLET et Damas rouge, sont
deux especes de Prunes passablement
bonnes , qui quittent le noyau bien net,
comme
quela
suivent.
AOUST. 1735. 1771
comme tous les Damas ; mais qui ne va
lent pas les trois especes de Damas qui
Damas
DAMAS BLANC ,Damas vert
de Maugeron , sont les trois meilleures
especes de Damas , qui étoient autrefois
les plus estimées de toutes les Prunes
lorsqu'on ne faisoit cas que de celles qui
quittoient bien le noyau.
PETITE MIRABELLE. Petite Prunefort
connue, elle est d'unfort bongoût ; mais
elle est séche , et pour cela propre aux
confitures.
MIRABELLE ROUGE n'est differente
>
de la précedente , que par sa couleur.
IMPERIALE VIOLETTE. Grosse Prune ,
de la grosseur etde la forme d'un œufde
poule , très-belle , mais insipide.
IMPERIALE BLANCHE ou Dardonne ,
ne differe de la précedente , que par sa
couleur.
PRUNE D'ABRICOT. Belle er bonne
Prune quiala chair jaune , presque com
meun Abricot commun.
REINE-CLAUDE , àTours Prune d'A
bricot vert. A Vitry sur Seine , Dauphine.
C'est la meilleure de toutes les Prunes,
elle garde toujours sa couleur verte,quoi
qu'elle soit meure ; celles qui ont été
bien découvertes sont fouettées de rouge,
E iij
1772 MERCURE DE FRANCE
à cause du Soleil; elle n'est pas belle ,
mais elle dédommage bien la vûë par le
goût ; on en envoye tous les ans une
grosse quantité de Tours à Paris , par
présent, dans des coffrets garnis de co
ton.
ROYALE, ou Perdrigon d'Italie
,
très.
belle et excellente ; sa couleur est d'un
rouge unpeu foncé ; mais elle est ordi
nairement si fleurie , qu'elle paroît toute
blanche, elle a moins d'eau que la Reine
Claude ; mais elle est cependant excel
lente.
PERDRIGON VIOLET. Excellente Prune
longuette , très-fleurie , plus petite que
la précedente , mais qui fait avec elleet
la Reine-Claude , une classe de Prunes
que les autres ne suiventque de loin
>
pour
ne,
la bonté.
PERDRIGON BLANC. Fort bonne Pru
semblable au Perdrigon violet par la
figure , mais qui lui est inferieure par sa
bonté.
DIAPRE'E. Bonne Prune violette , lon
quette , qui a la chair jaunatre , elle est
fort estimée pour faire des Pruneaux.
SAINTE CATHERINE. Fort bonne Pru
ne , sur tout lorsqu'on la laisse meurir,
jusqu'à cequ'elle soit ridée vers la queuë,
mais ilfaut pour cela qu'elle soit en es
palier
AOUS T.
1735:
palier ; car en plein vent , elle est sujette
à être abatue par les vents.
1773
EnSeptembre.
DAMAS DE SEPTEMBRE, ou Prune de
Prune violette , qui meurit
,
vacances.
après les autres
merite.
et c'est son principal
Vers la my-Octobre.
IMPERATRICE , er en Flandres Prune
d'Altesse , est beaucoup meilleure que la
précedente , quoique plus tardive , on en
mange jusqu'en Novembre ; elle a la
chairjaune , et est assés bonne pour faire
plaisir en cette Saison.
REMARQUES sur les Prunes.
Toutes les especes de Prunes se gref
fent en fente ou en écusson, sur des sau
vageons de Pruniers , soit de boutures ,
soit de noyau.
La jaune et la violette hâtive , n'étant
considerables que par leur primeur ; on
doit en planter enespalier auxbonnes ex
positions ; on peut cependant en planter
au Couchant quelques Arbres,qui empê
cheront qu'il n'y ait d'intervale entre ces
especes et les autres.
LesPerdrigonsviolets etblancs réussis
sent
1774 MERCURE DE FRANCE
sent ordinairement plus mal ailleurs que
dans ces espaliers bien exposez , et ce
sont d'assés bonnes especes pour meriter
qu'on leur ydonne place.
Pour avoir la Sainte-Catherine fort
bonne , il fautaussi en planter quelques
Arbres à ces bonnes expositions, pour les
raisons raportées ci-dessus.
Toutes les autres especes de Prunes
réussissent fortbien en plein air , et n'ont
point besoin du secours de l'espalier.
Ainsi on ne doit pas leur prodiguer les
bonnes expositions ;on peut bien enmet
tre à l'espalier au Couchant, lorsque par
le
la qualité de la terre cette exposition ne
peut pas segarnir dePêches.
Les Pruniers se plantent enplein air;
en buisson ou à hautes tiges; mais les
contreespaliers palissés ne leur convien
nent gueres; parce qu'en general ils sont
trop vigoureux pour être contenus dans
peu de hauteur qu'on donne commu
nément à ces contreespaliers,pour ne pas
borner la vûë, et en retranchanttoujours
ces Pruniers , comme on y seroit obligé,
afin qu'ils n'excedassent pas le treillage;
ils ne feroient toujours que pousser de
gros bois , et ne se mettroient point à
fruit.
Il fautfaire attention que dans lesPe
pinica
A O UST. 1735. 1775
pinieres de Vitry sur Seine , qui sont les
plus considerables des environs deParis,
pour les Arbres fruitiers
›
l'excellente
Prune qui est connue à la Cour sous le
nom deReine-Claude , n'y est connue
que sous celui de Dauphine, et il faut l'y
demander sous ce nom ; car les Mar
chands d'Arbres de ce Pays-là fourni
roient pour Reine-Claude une espece de
Damasblanc à qui ils donnent ce nom ;
c'est une Prune seche , et qui n'aproche
pas de la bonté de celle que l'on auroit
dessein d'avoir , et qu'ils nomment Dau
phine.
ABRICOTSau commencement deJuillet
ABRICOTS HATIFS ou musqués . Petits,
ronds , ayant la chair blanche et le noyau
rond , on ne l'estime qu'à cause de sa
primeur.
Ala finde Juillet.
ABRICOTS COMMUNS , ou gros Abricots,
ils sont plus plats , plus gros et beau
coup meilleurs que les hâtifs. Ils ont la
chair jaune.
Remarques sur les Abricots.
L'Abricotier se greffe ordinairement
sur l'Amandier et sur le Prunier, com
F y me
1776 MERCURE DE FRANCE
me les Pêchés dont il sera parlé ci-après.
Les expositions du Levant ou du Midi
sont necessaires aux Abricots hâtifs ; par
ce qu'il n'y a qu'elles qui puissent leur
procurer la primeur qui fait tout leur
merite ; elles sont aussi très-favorables
aux communs ; mais ils ne laissent pas
de réussir aussi au Couchant , sur tout
dans les terres chaudes et seches.
Les Abricotiers communs réussissent
mêmeen plein air en buissons,ou àhautes
tiges, et leurs fruits y sont incomparable
ment meilleurs que ceux des espaliers ;
ensorte qu'on n'en planteroit point en es
palier, si le raport de ceux de plein air
toit aussi certain que celui des espaliers;
mais il est fort ordinaire aux fleurs de
ceux-là , de périr par les gelées du Prin
temps , parce qu'on ne peut pas les cou
vrir comme les espaliers pendant cette
saison , quoiqu'ils soient beaucoup plus
exposés , n'ayant pas l'abri des murail
les ; mais quand le Printemps est favora
ble , et que ces Abricots de plein vent se
conservent , ils font mépriser ceux des
espaliers qu'on abandonne aux Confitu
riers.
Quoique les Abricots réussissent mieux
dans les terres legeres , que dans celles
qui sont fortes , ils s'accommodent ce
реп:
AO UST. 1735. 1777
pendant assés bien de celles-ci , sur tout
en éspaliers aux bonnes expositions ; on
doit seulement observer de planter sur
Amandier dans les Terres fort legeres ,
et sur Prunier dans celles qui sont pé
santes pour les raisons qui seront apor
tées ci-après , en parlant des Pêches.-9.b s
PECHES en Juillet.
AVANT PECHE BLANCHE , Pêche de
Troyes , ou Avant Pêche rouge , ne sont
estimées qu'à cause de leur primeur ; la
blanche l'est plus que la rouge.
Au commencement d'Aoust.
PETITE MIGNONNE,Ou Double de Troyes,
est fort bonne, plus grosse , et meilleure
"que les précédentes.
Vers la my-A›ût.
MAGDELAINE BLANCHE et Magdelaine
rouge excellentes , et ne sont differentes
qu'en ce que la rouge est beaucoup plus
colorée, tant dehors, que dedans autour
du noyau ; leurs feuilles qui sont beau
celles des au
coup plus dentelles que
tres especes de Pêches , font aisement
distinguer leurs Arbres sans y voir le
fruit.
GROSSE MIGNONNE, excellente , et la
E vj
plus
1778 MERCURE DE FRANCE
plus belle de toutes les Pêches; aussi est
elle la plus estimée , et celle donton doit
planter le plus.
Vers la fin d'Aoust.
ROSSANE. Elle a la peaujaune , et d'un
rouge pourpré du côté du Soleil ,sa chair
est jaune , assés séche, et sujette à deve
nir cotoneuse; son Arbre charge beau
coup.
CHEVREUSE HATIVE. Elle est très-belle
pour sa grosseur et sa couleur sa forme
,
est un peu allongée , elle est fort sujette
àdevenir cotoneuse ; l'Arbre portebeau
coup defruit.
BELLEGARDE, ou Galande. BellePêche,
quoiqu'unpeu longuette , elle est la meil
leure pourfournir avec la violette , l'in
tervale qui se trouve entre les Mignon
nes et les Admirables.
VIOLETTE HATIVE. Pêche, lisse excel
lente et très estimée pour son goût ex
quis , et plus vineux
bonnes Pêches.
celui des autres
que
BRUGNON C'est un Pavy lisse,comme la
Pêche violette
et qui ne se distingue
d'elle , que parce qu'il ne quitte pas le
noyau.
Ye
AOUST 1735. 1779
Vers la my-Septembre.
'ADMIRABLE ROYALE. Deux belles et ex
cellentes Pêches , qui meurissent en mê
metemps, assés semblables dans leurs fi
gures , si ce n'est que la Royale a com
munément comme une petite tête.
PAVY-MAGDELAINE , est fort beau et
assés gros ; sa couleur est d'un rouge clair
comme celle d'une Pêche-Magdelaine ,
et ses feuilles sont dentelées comme celles
de cette Pêche.
POURPREE, ou Chevreuse tardive , très
belle et très bonne Pêche , un peu plus
tardive que les précedentes , elle a la fi
gure et la beauté de la Chevreuse hâti
ve, et n'est pas cotoneuse comme elle ;
son rouge est foncé , et cela lui a fait
donnerle nom de Pourprée.
spot
En Octobre.
NIVETTE. Grosse Pêche allongée , mal
unie , et d'une figure assés irréguliere ,
belle et assés bonne , lorsqu'elle meurit
bien ; mais elle a peine à meurir dans les
terrains froids et humides , à moins que,
l'année ne soit favorable.
BLANCHE D'ANDELY. Pêche toute
blanche dedans et dehors , peu estimée.
ADMIRABLE JAVNE. Grosse Pêchefort
tar
1780 MERCURE DE FRANCE
tardive , qui a la chair jaune , elle meu
rit rarement aux environs de Paris, etn'y
est pas estimée.
VIOLETTE TARDIVE ou Pêche marbrée:
Pêche lisse , jaune, fouettée de rouge, qui
meurit rarement en cePays ; elle est fort
sujette à se crevasser.
PAVY DE POMPONNE ou Pavy Mons
trueux. Très-gros et très-beau Pavy , de
la forme et de la couleur d'une belle
Pêche Royale ; il ne meurit que dans
les années et dans les terres avantageuses.
Remarques sur les Pêches.
Les Pêchers se greffent ordinaire
ment en Ecussons sur Amandier ou
sur Prunier ; les racines de l'Aman
dier piquent fort avant dans terre,
au lieu que celles du Prunier s'enfon
cent beaucoup moins , c'est sur ce fon
dement qu'on plante les arbres greffés
sur Amandier , dans les terres qui sont si
seches et si brulantes , que les racines du
Prunier ne seroient pas en sureté con
tre la secheresse , et au contrairé dans
les terres humides,et dans lesquelles l'eau
n'est pas éloignée de la superficie, on
ne doit planter que sur Prunier , parce
que les racines de l'Amandier en s'en
fonçant trouveroient l'eau qui les pour
Tiroit.
AOUST. 1735. 1781
Les Pêchers s'accommodent beaucoup
mieux d'une terre legere que de celles
qui sont froides et pesantes , où la gom.
me lesestropie et souvent même les fait
périr. Il n'y a gueres que les Espaliers
au Levant et au Midy , qui leur con
viennent, et ils ne réussissent au Cou
chant que dans les terrains fort chauds
et secs. Dans les Jardins d'une grandeur
raisonnable , on doit planter quelques.
arbres d'avant Pêches et de petite Mi
gnonne, qui annoncent, pour ainsi-dire,
celles qui les suivent, et qui valent beau
coup mieux qu'elles mais dans les pe
tits Jardins on doit les suprimer et ré
server le peu de bonnes expositions que
l'on a pour les suivantes.
3
Detoutes lesPêches la grosse Mignonne
est la meilleure et la plus belle, si elledu
roit pendant toute la saison des Pêches ,
on se passeroit volontiers des autres es
peces, excepté la Violette qui est d'une
beauté et d'une bonté differente des au
tres Pêchés.
1
Les Magdelaines meurissent dans le mê
metemps que la grosse Mignonne , elles
ne valent pas mieux au goût , sont beau
coup moins belles, et par conséquent ne
se font pas admirer en sa compagnie,
outre cela elles quittent l'arbre si faci
lement
1782 MERCURE DE FRANCE
lement dans le temps de la maturité ,
qu'on a le désagrément d'en perdre une
grande partie qui se meurtrit en tom
bant, ainsi il faut en planter peu. Tout
ce qui détermine à planter des Magde
laines , c'est que les feuilles de leurs ar
bres ne se recoquillent point par les
froids du Printems , comme celles des
autres especes,dont les arbres et les fruits
souffrent beaucoup dans ces temps-là.
La Bellegarde et la Violette se lient
par leur commencement auxMagdelaines
et à la Mignonne, et par leurfin àl'ad
mirable et à la Royale , qui sont elles
mê.nes suivies par la Pourprée; en sor
te que ces especes produisent pendant six
semaines , sans interruption , une suite
de très bonnes Pêches ,à la fin desquel
les vient la Nivette , qui est fort bonne,
lorsque l'Automne est favorable.
On neconseille point de planter d'espe
ces plus tardives , si ce n'est le Pavy de
Pomponne,à cause de sa beauté; car les
Pêches ne valent plus rien dès que les
nuits deviennent froides. Il est inutile
aussi d'employer son Jardin en especes
médiocres , qui meurissent pendant cette
suite de très bonnes Pêches dont on vient
de parler , suivant la maxime déja ra
portée , que les fruits médiocres ne doi
vent
A OUST. 1735. 1783
vent se tolerer que dans les saisons où
on manque des bons.
Les Pavis ont plus de goûr que les Pê
ches dans les Pays chauds; le climat de
Paris ne leur est pas si avantageux et
ne leur fournit ni le goût ni la délicatesse
des Pêches. Ils y ont toujours la chair
grossiere et coriasse ; le seul avantage
qu'ils y ontsur lesPêches,c'est qu'ils sont
propres à être pochetés sans s'écraser ,
ce qui plaît beaucoup aux Dames. Les
trois especes inserées dans le Catalogue
sont les meilleures qui meurissent ordi
nairement aux environs de Paris, en
core s'en sert-t'on plus pour les Compo
tes qu'à les manger cruds.
FIGUES au commencement d'Août.
FIGUE BLANCHE RONDE ; c'est la plus
estimée de toutes les Figues pour ce Pays
cy; elle est fort belle, fort bonne , et
celle dont le fruit d'Automne meurit le
plus aisément.
FIGUE BLANCHE LONGUE , estfortbelle
et fort bonne ; mais outre que son fruit
d'Automne a plus de peineà meurir que
celui de la précédente, son fruit d'Eté
a moins d'eau que la ronde , et quelque
fois même il seche sur l'arbre , lors
qu'il se trouve tropdécouvertde feuilles.
Ces
1784 MERCURE DE FRANCE
Ces deux especes de Figues sont les
seules dont on doive planter en ce Pays
cy, toutes les autres especesfort estimées
dans les Pays chauds , donnent si peu
de contentement aux environs de Paris,
qu'on n'en trouve presque plus que dans
les Jardins de quelques Curieux , qui
veulent absolument avoir de tout , sans
distinction.
Les deux especes de Figues blanches
donnent beaucoup de Figues-Fleurs , ou
Figues d'Eté qui meurissent toujours , à
moins de quelque accident particulier,
et beaucoup de secondes Figues ou Fi
gues d'Automne , qui ne meurissentque
lorsque l'Automne est favorable.
Les autres especes donnent peu de Fi
gues-Fleurs; et comme il est assés rare
qu'il fasse assés chaud pendant l'Autom
ne pour meurir les secondes, cette seule
considération suffiroit pour justifier que
c'est avec raison qu'on les a abandon
nées pour ne garder que les blanches.
On croit inutile de raporter les noms
de toutes ces Figues dont on ne conseille
point de planter. Les Figuiers se multi
plient aisément par les marcottes , ou
de bourures , ils se plantent en Espaliers
aux bonnes expositions ou en plein air,
soit en caisses , soit en pleine terre;
les
A OUST. 1735. 1785
les Figues de plein air ontbeaucoup plus
de goût que celles des espaliers , et celles
des caisses sont plus hâtives que celles
de pleine terre.
Le Figuier est un bois tendre , sujet
à périr dans les hyvers rudes par les for
tes gelées, et plus encore par les verglats;
c'estpourquoi ondoitserrer ceux quisont
encaisses, etcouvrir ceux qui sont en plei
ne terre, de fumier sec , de paille longue
ou de quelqu'autre matiere équivalente.
Il est vrai que ces couvertures ne se
roient pas nécessaires tous les ans, si on
pouvoit prévoir le degré de froid qui-doit venir pendant l'Hyver , on s'épar
gneroit souvent cette dépense et les ar
bres n'en feroient que mieux; car outre
que les rats et les mulots maltraitent sou
vent les Figuiers sous ces couvertures
le fruit est si tendre , lorsqu'on le decou
vre au Printems , qu'il est exposé à pé
rir par la moindre petite gelée , par un
grand hâle qui le desseche,ou par unSoleil
ardent qui le brule avant qu'il soit en
durci à l'air.
Les Figuiers en caisse se mettent fort
à la mode , tant à cause que leur fruit
est plus hârif et meilleur que celui de
pleine terre , que par la facilité qu'il y
àà les conserver l'Hyver, d'autant qu'il
leur
1786 MERCURE DE FRANCE
leur suffit d'avoir une Serre qui les mer
te à couvert des plus fortes gelées,
et qu'on peut en serrer un assés bon
nombre dans un petit endroit , parce
qu'il n'y a rien à leur faire pendant l'hy
ver ; joignez à cela qu'on est dispensé
par ces caisses d'employer en Figuiers
une partie des Espaliers bien exposés;
dont on n'a jamais trop pour les Pêches
et les autres fruits à qui ils sont abso
lument nécessaires.
Il est vrai qu'il faut à ces caisses d'am
ples et fréquentes moüillures pendant
Eté , mais en les rangeant proche de
l'eau lorsqu'on les sort de la Serre , ces
arrosemens nesont pas d'une fort gran
de dépense.
RAISINS à lafinde Juillet.
RAISIN PRECOCE , ou de la Magdelaines
tout son mérite est d'être hâtif.
Vers la fin d'Août.
CHASSELAS , beau et excellent Raisin,
qui meuritfacilement etqui esttrès-doux.
CIOUTA OuRaisin d'Autriche ; bon '
doux comme le Chasselas ; ses feuilles
sont découpées en feuilles de persil.
RAISIN DE CORINTHE blanc, et Raisin
de Corinthe violet , deux especes de petit
Raisin
A OUST. 1735. 1787
·
Raisin sans pepin , dont les grapes sont
ordinairement très grosses , les grains
très menus et fort pressés.
En Septembre.
MUSCAT BLANC; Muscat violet,et Mus
cat rouge. Ces trois especes de Muscat
sont peu differentes par le goût, cesont
de très beaux et très excellens Rai
sins , lorsqu'ils sont bien meurs , mais
dans la plupart des Jardins des environs
de Paris , ils ont besoin pour meurir d'ê
tre aidés , comme on le dira cy après ;
encore dans bien des années ces secours
ne leur suffisent pas.
En Octobre.
MUSCAT LONG, Passe musqué, ou
Muscat d'Alexandrie. C'est un très-gros
Raisin , long et très- excellent , lors
qu'il est planté dans un terrain assés
chaud pourpouvoir meurir; encore avec
cet avantage de terrain , il faut que l'an
née soit favorable ; ainsi il est inutile
d'en planter dans les terres froides , si
ce n'est pour les confitures.
VERJUS , ou Bourdelais , gros Raisin
dont on se sert avant qu'il soit mûr
pour la Cuisine et pour les Confitures.
La Vigne se multiplie aisément par
mar
1788 MERCURE DE FRANCE
marcottes ou de boutures , qui prennent
racine fort aisément , soit qu'elles soient
seulement du bois de l'année , ce qui
s'appelle simplement Boutures , soit qu'il
y tienne un peu de vieux bois , et pour
lors elle se nomment Crossettes.
Les Vignes se plantent en espalier ou
en plain air, soit pour les palisser sur
quelques Treillages ou Berceaux , soit
pour soutenir seulement chaqueSep avec
un Echalas , comme on fait communé
ment dans les Vignes de la Campagne.
Les Muscats , et sur tout le long, de
mandent absolument l'espalier à une
bonne exposition ; par la difficulté qu'il
Y àles faire meurir, il est aussi néces
saire au Raisin Précoce , pour lui pro
curer la primeur , qui fait tout son mé
rite.
Les espaliers bien exposés sont aussi
fort avantageux aux Chasselas Ciouta
et Corinthe , ils y deviennent plus beaux
etymeurissent plus sûrement qu'ailleurs,
cependant ces especes ne laissent pas de
meurir communément assés bienau Cou
chant et même en plein air , sur tout
dans les terres chaudes.
Pour le Bourdelais , comme on ne s'en
sert qu'avant qu'il soit meur , on ne le
plante qu'au Couchant ou au Nord, ou
en
A O UST. 1735. 1789
en plein air, sur quelques Berceaux.
Les Muscats meurissent difficilement
1º. parce que leurs grains sont ordinai-
rement si pressés sur les grapes , que
chacune de ces grapes fait comme une
masse qui ne peut pas être aisément pé
netrée par la chaleur du Soleil , 2°. parce
que
la
peau de ces grains est beaucoup
plus dure que celle des autres Raisins.
Pour remedier à ces accidens naturels
1º. dès que les grains sont gros comme
des pois , on doit avoir soin d'en ôter
la plus grande partie avec des cizeaux ,
n'en laissant que pour garnir la grape
sans que les grains puissent se presser
considérablement lorsqu'ils seront à leur
grosseur , 2º. lorsque ces Muscats com
mencent à s'attendrir et qu'on les a dé
couvert peu à peu de leurs feuilles
comme les autres Raisins , il faut les
moüiller soigneusement par dessus pen
dant la chaleur du Soleil, ces moüil
lures attendrissent la peau des Muscats
et leur procurent cette couleur d'Am
bre qui fait tant de plaisir à la vûë.
Grainier, Fleuriste et Botaniste , à l'en
seigne du Cocq de la bonnefoy,au mi
lieu du Quay de la Megisserie, à Paris.
Contenant un Catalogue instructif des
meilleursfruits , &c.
'Espere , Monsieur , de vous mettre
bientôt en état de rendre bon
de ma conduite , au sujet de la petite
fleur nommée Oreille d'Ours ; mais en at
tendant il sera plus utile pour le Public
que je lui fasse part danscette saison d'un
Catalogue nouveau des meilleurs fruits
avec les temps justes de leur maturité.
Ouvrage important,que M. le Normand,
Directeur du Potager du Roy , qui enest
l'Auteur , et de qui je le tiens , ne trou
vera pas mauvais que je communique au
Public , qui lui sera redevable d'une ins
truction d'autant plus nécessaire , que
presque tout le monde a des fruits sans
sçavoir ni leurs noms,ni dans quel temps
on doitles manger, &c. Je suis , &c.
Catalogue
AOUST. 1735. 1751
2
Catalogue des meilleursfruits,avec les temps
les plus ordinaires de leur maturité.
POIRES. A la my-Juillet.
ETITMUSCAT,
Poires de sept en
Prucule.Excellente et fort estince mal
gré sa petitesse , à cause de la finesse de
son musc. Pour l'avoir fort bonne ilfaut
que l'arbresoit en plein vent , dans un
terrain sec, et même qu'il soit vieux, c'est
la premiere Poire quimeurisse.
AURATE,Poire fort estimée,elle n'estpas
encore fort connue,elle est presque aussi
hâtive que la précedente , et sept ou huit
fois plus grosse , et d'un gout presque
aussi délicat.
A lafin de Fuillet.
POIRESDE MAGDELAINE OU Citrons des
Carmes , d'un assez bon goût , mais su
jettes àdevenir cotoneuses.
Aucommencement d'Aoust.
MUSCAT ROBERT ou Poire Dambre;
on àla Reine, Poire cassante, mais excel
lente au sucre , à cause de son musc , et
parce qu'elle n'a point de marc.
CUISSE MADAME , connue en Flandre
sous le nom de Poire de Fusée , fort bon
D v ne*
1752 MERCURE DE FRANCE
ne son defaut est qu'elle tombe de l'ar
bre fort aisement , et qu'elle est trop mû
re près de la queue lorsqu'elle est encore
verte à la tête.
BLANQUETTE à longue queue. Elle est
de beaucoup meilleure que les autres es
peces de Blanquettes. Son goût est vi
neux , et sachair tendre.
" EPARGNE ou Poire de Samson ou de
Beau present, fort belle , passablement
bonne, un peu âpre.
POIRE DE CIPRE , ou Rousselet hâtif.
Fort bonne , mais sujette à devenir mol
le ; elle ressemble assés au Rousselet
de Septembre par sa figure et un peu mê
me par songoût, maisquin'est pourtant
passi fin à beaucoup près.
Alany-Aòùst.
POIRE SANS PEAU. Excellente , très
beurée , et d'une eau parfumée.
OIGNONET. Assés bonne,platte , à peu
près de la figure d'un Oignon.
GROS BLANQUET ET PETIT BLANQUET.
Cassantes, fort bonnes au sucre,mais insi
pides crues.
BELLISSIME OU Suprême , belle à pein
dre , mais cotoneuse et sans goût.
Cassolette,
AOUST. 1735. 1753
Alafin d'Aoust.
CASSOLETTE. Poire cassante , mais d'un
musc agreable et sans marc , pour cela
excellente au sucre.
SALVIATI, Poire musquéeetsans marc,
>
excellente au sucre : on en faitde fortbom
Fatafia.
POIRE DE ROSE ou Epine Rose , assés
bonne mais d'une chair grossiere
ayant beaucoup demarc.
BON CHRETIEN D'ETE' , ou Grassioli.
Belle Poire , mais peu estimée, si ce n'est
pour les compotes , ou pour monter des
plats.
BON CHRETIEN D'ETE" musqué. Belle,
musquée etcassante ,mais non pas seche,
elle est plus estimée que la precedente et
neréussit point greffée sur Coignassier.
ROBINE Ou Royale musquée , ouà verat,
ou Muscat d'Aoust. Très estimée , quoi
que cassante, parce qu'elle a de l'eau et
qu'elle est d'un parfum excellent..
MILANBLANC ou Poire aux Mouches12
ou Bergamotte d'Eté. Tendre et douce
mais cotoneuse.
20
BOURDON MUSQUE", et Poire d'Orange.
Elles ont de l'odeur , mais elles sont cas
santes et seches,et pour cela peu estimées..
Ex
Dvj
1754 MERCURE DE FRANCE
En Septembre.
ROUSSELET. Poire excellente , tout le
mondele connoît. C'est une erreur que
de faire deux especes du gros et du
petit. Le sujetsur lequel la greffe est po
sée , la vigueur de l'arbre , son âge , le
terrain, sec ou humide, dans lequel il est
planté , sont les seules causes du plus ou
du moinsde grosseur , de couleur et de
goût.
EPINE D'ETE' , en Italien Bujarda. Ex
cellente Poire , très fondante etd'un musc
très fin ; elle ressemble assés à l'Epine
d'Hiver par sa figure , si ce n'est qu'elle
est un peu plus allongée vers la queuë,
une marque de son excellence est qu'on
l'estime , quoiqu'elle meurisse dans le
tems desPêches, qui bannissenttoutes les
Poires de leur saison , hors celle-ci et le
Rousselet.
INCONNUE CHENEAU OU Fondante de
Bresse. C'est à tort qu'on l'a nommée
Fondante , elle ne l'est pas , mais elle est
d'une fort bonne eau , et quoiqu'on net
puisse pas la compter parmi les excellen
tes Poires , cependant il est à propos d'en
planter quelques arbres dans les Jardins
d'une grandeur raisonnable, pour ne se
trouver pas sans fruits entro les Pêches
et le Beuré.
AOUST. 1735. 1755
ANGLETERRE OU Beuré d'Angleterre.
Poire très fondante et d'un goût relevé ,
mais elle mollit extrémement vîte. C'est .
la seule avec l'inconnue Cheneau , qui
puisse garnir le vuide dont on vient de
parler entre les Pêches et le Beuré.
En Octobre.
BEURE'. Excellent , tout le monde le
connoît ;le vert , le gris , le rouge, le
doré sont tous de la même espece. Ces
differences ne viennent que des mêmes
causes qui ont été raportées ci-devant à
l'occasion du Rousselet.
VERTE LONGUE ouMonille bouche d'Au
tomne.Poire fort bonne, fondante et fine,
elle seroit beaucoup plus estimée si elle
meurissoit avant le Beuré dont lacompa
gnie lui est fort désavantageuse.
VERTE LONGUE SUISSEOU MouilleBouche
Panachée.Elle n'est differente de la précé
dente , qu'en ce que celle-ci est rayée de
jaune et de vert ; le bois est panachécom
mele fruit.
BERGAMOTTE D'AUTOMNE. Poire excel
lente , très beurée , pleine d'eau et d'un
parfum fort agréable dans les terres se
ches et legeres , elle est cependant su
jette à devenir cotoneuse.
BERGAMOTTE SUISSE. Elle n'est diffe
rente
1756 MERCURE DE FRANCE
rente de la précedente que par la couleur,
celle ci est rayée dejaune.
DOYENNE'. Poire de S. Michel , Poire
de Neige , ou Poire debonne ente , fort
belle et assés bonne , mais sujette à mol
lir et à devenir cotoneuse ; elle seroit
plus estimée , si elle meurissoit dans une
autre saison , le Beuré lui fait tort.
BEZY DE LA MOTTE. Poire excellente
et fort estimée, parce qu'elle est très-fon
dante,sonarbrechargebeaucoup en plein
vent à haute tige, etson fruit y est meil
leur qu'en aucune autre situation. C'é
toit la Poire favorite de Louis XIV
EnNovembre.
MESSIRE JEAN D'un goût exquis
mais dont lachair est fort grossiere etfort
pierreuse.
POIRE DE VIGNE , de Damoiselle , longue
queue, ou Grise Brune. Petite Poire très
fondante et d'un goût relevé , mais qui
mollit trop vite.
LANSAC OU DAUPHINE. Cette Poire fut
présentée au Roy LouisXV.lorsqu'il étoit
Dauphin,Madame de Lansac étant pour
lors sa Gouvernante. Elle est tendre et
douce avec un petit fumet qui la fait es
timer.
SUCRE VERT. Petite Poire verte, Bew
rée et très-bonne
AOUST. 1735. 1757
CRASANE. Excellente , très fondante et
d'un goût très relevé , tellement que
quelques-uns l'accusent d'être âpre, mais
fort estimée dela plûpart, à cause de ce
goût vineux.
MARQUISE. Excellente,Beurée et d'une
fort bonne eau.
BONCHRETIEN D'EPARGNE. Beaucoup
plus beau que bon ; on s'en sert pour les
compotes.
En Decembre.
PETIT OIN ou Merveille d'Hiver. Beu
rée et bonne.
S. GERMAIN , autrefois inconnuë , la
Faze. Excellente et fort estimée , quoi
quesujette àêtre pierreuse , parce qu'elle
est fondante,d'un goût exquis , et qu'elle
se garde long-temps mûre sans mollir ,
qualité qui n'appartient qu'à elle seule
de toutes les Poires fondantes.
LOUISE BONNE. Plus belle ordinaire
mentquebonnes cependantil s'en trouve
de fort bonnes , provenues de vieux ar
bres en plein vent.
ECHASSERIF. Excellente ; c'est grand
dommage qu'elle mollisse si vîte;celles de
plein vent se gardent plus long-temps ,
et sont d'un goût exquis.
AMBRETTE. Excellente et fondante dans
les terrains secs, mais mauvaise pourl'or
dinaire
1758 MERCURE DE FRANCE
dinaire dans les lieux humides et froids.
MARTINSEC. Cassant, peuestimé crû,
mais excellent cuit.
VIRGOULEUSE
en Angoumois Buja
leuf, en Limouzin Chambrette , en Gas
cogne Poire de glace. Excellente , très
Beurée et fort estimée, tant poursabeauté
que pour sa bonté.
EPINE D'HIVER. Poire très fondante ,
et d'un musctrès fin. On convient qu'une
bonne Epine est la meilleure et la plus
fine de toutes les Poires , mais il est très
rare de la trouver,etil enfaut souvent'ou
vrir beaucoup avantque de larencontrer,
Janvier et mois suivans.
ROYALE D'HIVER , en Italie Spina de
Carpi. Belle et bonne , quand elle pro
vient d'un vieux arbre , planté en ter
rain sec, mais sans cela insipide et de
peu de valeur.
COLMART. Excellente , fort beurée et
d'un goût très exquis , elle se garde long
temps , et c'est la derniere Poire Beurée
qui se mange.
BON CHRETIEN D'HIVER. Très beau
cassant , et d'une eau sucrée , excellent
pour les compotes, et pour ladécoration
d'une Table.
ANGELIQUE DE BORDEAUX ,
ou Saint
Martial
AO UST. 17337 1759
de
Martial. Assés grosse et bienfaite , mais
peu de valeur , quoique quelques uns
assurent l'avoir mangé bonne en cer
taines années.
BERGAMOTE DE BUGI. Grosse et bonne
›
en Touraine , où elle est connue sous le
nom de Poire de Ministre ; mais à Paris
onne s'en sert que pour les compotes.
FRANC REAL, double fleur Cadillac ,
Poire de Livre. Nesemangentque cuites.
Remarques Generales surlesPoires.
Les Poires en general se greffent sur
le Coignassier ou sur le Franc qui est le
Sauvageon de Poirier , soit de bouture
soir de pepin.
Le Franc est extremement vigoureux,
et pour cette raison fait des arbres très
grands qui sont tardifs à porter du fruit,
et qui ledonnentmoins coloréetde moin
dre goût que ceux qui sont sur Coignas
sier. En recompense ces arbres sur Franc
durentlong-tems , et étant fort grands
ils donnent une prodigieuse quantité de
fruits quand l'âge a moderé leur vigueur
excessive , mais il faut les attendre. Au
contraire les Poiriers greffés sur Coignas
sier,nedeviennent ni si grands nisi vieux;
mais comme ils donnent leurs fruits plus
colorés et de meilleur goût , et qu'ils
sont
1760 MERCURE DE FRANCE
sontd'un raport beaucoup plus prompt,
(ce qui flate ceux qui plantent) on ne
s'avise guere de planter du Francque dans
les terres où leCoignassier ne peut pas
reussir.
res ,
Ces terrains sont ceux qui sont fort
brulans et qui se dessechent assés, avant
et pendant les chaleurs de l'Eté ; les ra
cines du Coignassier ne s'enfonçant gue
ne fontque couler entre deuxterres
assés proche de la superficie , où elles ne
seroient pas en sûreté contre la seche
resse dans ces sortes de terres au lieu
que les racines du Franc, piquent , s'en
foncent , et se mettent ainsi hors de la
portée de la secheresse.
,
Ce qu'on vient de dire doit s'entendre
seulementpour lesarbres àplanter en con
tre espaliers , palissés en buisson et en
espaliers ; car pour ceux quel'on plante
en plein vent à haute tige , il faut qu'ils
soient greffés sur Franc. Les racines du
Coignassier sont trop foibles et trop peu
profondes pour soutenir ces grands ar
bres contre les vents auxquelsils sont ex
posés. D'ailleurs commeon ne retranche
presque rien à cette sorte d'arbres que
P'on ne taille
comme les autres , l'a
pas
bondance de la seve se trouve bientôt
partagée dans une si grande quantité
de branches, qu'elle est moderée dans
chacune,
AOUST. 1735. 1757
chacune , et par consequent ne les em
pêche pas de se mettre àfruit.
LesPoiriers se plantent en espaliers,en
contre espaliers, palisés , en buissons , et
en plein vent de haute tige ; à l'égard des
espaliers , il faut distinguer les bonnes ex
positions qui sont celles du Levant et du
Midy; la médiocrequi est celle du Cou
chant, et la mauvaise qui est celle du
Nord.
On ne peut gueres avoir aux environs
de Parisde beau bon Chrétien d'Hyver,
ni de bonnes Bergamotes qu'en espaliers
aux bonnes expositions ; ainsi il faut y
planter ces deux especes de Poires; mais
on neconseille pas d'y en planter aucu
nes autres qui peuvent fort bien réussir
ailleurs, et quioccuperoient ici des places
qui sont précieuses par lebesoin qu'on en
a pour les Pêches , les Cerises précoces ,
quelques especes de Prunes, et les Rai
sins muscats, tous fruits à qui ces bonnes
expositions sont nécessaires.
Toutes sortes de Poires s'accommo
dent assés de l'exposition du Couchant ,
mais on croit à propos de ne planter en
espaliers que desgros fruits qui sontsujets
à tomber en plein vent , comme Beurée
S. Germain, Crasane , Virgouleuse , &c.
on nedoit pas pour cela se dispenser de
planter
1761 MERCURE DE FRANCE
planter de ces mêmes especes en plein air,
soit enbuissons , soit en contre espaliers
palissés , parce qu'en general les fruits
venus en plein air, sont de bien meilleur
goût que ceux de l'espalier.
Pour l'exposition du Nord , il y apeu
d'especes de Poires qui y donnent du
fruit,ces especes sont le Beuré,la Crasanne,
S.Germain,le MessireJean,et le Doyenné.
Cesfruits y deviennent gros,sans couleur,
et on doit les employer à faire des com
potes , avant qu'ils soient murs , car la
plupart mollissent avant leur parfaite ma
turité , et ceux qui y parviennent sont
insipides et pâteux.
Les contre espalliers pallissés et lesbuis
sons ,sont propres pour toutes les espe
ces de Poires , excepté le bon Chrétien
d'Hyver qui y seroit
peu
coloré , et
par conséquent privé de son principal
merite , et les Bergamotes, dont les ar
bres réussissent ordinairement très mal.
Pourles pleins vents à hautes tiges , on
doit choisir les especes dont les fruits sont
petits , et par consequent moins sujets à
être abatus par les vents , et quelques
especes , comme le Bezy de lamotte,qui
n'étant pas naturellement d'un goût très
relevé , ont besoin de cette disposition
pour le leur augmenter; car parmi les
fruits
A OUST. 1785. 1763
fruits en plein air , qui ont tous plus de
goût que ceux des espaliers , ceux de
hautes tiges se distinguent considerable
ment.
POMMES , àlamу-Aoust.
CALVIL D'ETE'. Grosse Pomme rouge ;
qui a la chair legere comme les autres
Calvils , d'un bon goût , mais sujette à
être cotoneuse ,lorsqu'elle est bien mûre.
Elle est fort agreable pour la décoration
des Tables , sur tout dans les années ou
les Pêches manqueut.
En Novembre.
CALVIL BLANC à côtes. Très belle Pom
me, bonne et qu'on garde quelquefois
jusqu'à Pâques.
,
Decembre , et lesmois suivans.
CALVIL ROUGE. Très belle et bonne
Pomme dontla chair est rouge , lors
qu'elle provient de vieux arbres en ter
rain sec. Elle se garde long-tems , et
fait l'ornement desTables à la fin de l'Hi
ver.
REINETTE FRANCHE. Fort connuë et
fort estiméepar tout pour sa bonté , tant
cruë que cuite , et parce qu'elle se con
serve long-tems.
REINETTE
1764 MERCURE DE FRANCE
REINETTE GRISE. Excellente à manger
cruë , lorsqu'elle est fannée , elle a au
moins autant de goût que la précedente ,
et se garde aussi long-temps.
REINETTE D'ANGLETERRE ou Pomme
d'or. Petite Pomme fort jaune, plusplatte
et plus seche que la Reinette franche ;
elle se garde long-tems,
POMME DE VIOLETTE. Grosse Pomme
d'un rouge foncé , dont la chair a le goût
aprochant de l'odeur de la Violette
mais cotoneuse.
FENOUILLET GRIS. Pomme grise qui a
le goût d'anis , excellente lorsqu'elle est
fannée.
FENOUILLET ROUGE,Ou Bardin. Comme
la precedente , hors qu'elle est d'un gris
plus sombre avec quelques grandes
taches d'un rouge pourpre ; elle a la
chair plus ferme que la précedente , et
quelque chose de plus fin dans le goût.
,
APY. Petite Pomme fort jolie pour sa
couleur , d'un rouge vif , sur un fond
blanc clair , on en monte des piramides
magnifiques pour les tables pendant l'HI
ver.
POMME ROSE. Elle ressemble fort parle
dehors à l'Apy. Elle est ordinairement un
peu plus grosse, maiselle ne se garde pas
si long-tems , sa chair est moins seche ,et
sent un peu la Rose.
Remarques
AOUST 1735. 1765
Remarques generales.
Les Pommes se greffent surle Franc de
Pommier,qui est le Sauvageon de Pepin,
sur le Doussin et sur le Paradis , qui sont
deux autres especes de sauvageon.
Le Franc de Pommier , comme celui
de Poirier , fait des Arbres vigoureux ,
tardifs à porter du fruit , mais qui vivent
long-tems; on ne s'en sert que pour les
Arbres en plein ventde hautetige.
Le Paradis ne faisant pas de grosses
Racines , fait des Arbres qui poussent
peu ,qui donnent dufruit très prompte.
ment , et pour cela sont propres à être
plantés enContre espaliers palissés, ou en
buissons , dans les endroits où on craint
dese borner la vûë.
Le Doussin tient le milieu pour la vi
gueur , entre les deux Sauvageons préce
dens ; c'est-à- dire , que les Arbres qu'il
fait , poussent moins que ceux sur Franc,
et plus que ceux sur Paradis , qu'ils se
mettent à fruit plutôt que les uns , et
plûtard que les autres ; enfin qu'ils sub
sistent moinslong-temps que ceux-là , et
beaucoup plus que ceux-ci.
Les Arbresgreffes sur ce Sauvageon ,
sont les plus propres à faire de beaux
buissons ; car ceux sur Franc deviennent
d'une
1766 MERCURE DE FRANCI
d'unegrandeur prodigieuse , et ne don
nent du fruit que lorsqu'ils sont vieux ;
et ceux sur Paradis poussent si peu de
bois , qu'on ne peut presque pas leur fai
re prendre forme. Ils viventtrop peu, et
sont trop chiffons pour un Jardin d'une
grandeur raisonnable , si ce n'est pourles
endroits où des Arbres plus grands bor
neroient quelque vûë que l'on veutcons
server.
Les Pommiers greffez surces troisSau
vageons , réussissent assez bien dans tou
tes sortes de terres passablementbonnes
même dans celles où les Poiriers languis
sent par trop de secheresse.
>
Ontrouve communémentdans lesJar
dins bien d'autres especes de Pommes,
que celles qui sont énoncées au Catalo
gue ci-dessus ; mais loin de s'attacher à
ce grand nombre d'especes médiocres
on conseille volontiers de s'en tenir à la
,
Reinette franche , à la Reinette grise,
aux Calvils , aux Fenouillets , à l'Apy,
et à la Pomme rose, qui sont sans_con
tredit , les meilleures especes ; et de re
jetter les autres qui sont inférieures à cel
les-ci , et qui meurissent dans le même
temps,posant pour maxime,qu'on nedoit
souffrir de fruits médiocres , que dans les
saisons où on n'ena point de fortbons.
CERISES
A OUST. 1735. 1767
CERISES vers lafin de May.
CERISES PRECOCES , ne sont considéra
bles, que par leur primeur ; et par consé
quent ne doivent se planter qu'à un Es
palier au Midi ou auLevant , et jamais à
une mauvaise exposition
ni en plein
pas hâtives.
vent , où elles ne seroient
Ala my-Juin.
CERISES COMMUNES , sont plus belles
et meilleures que les précedentes , mais
moins belles et moins bonnes que les sui
vantes ; il n'en faut que pour garnir le
vuidé quise trouveroit entre les Precoces
et celles de Montmorenci.
Vers lafinde fuin.
CERISES DE MONTMORENCY , sontbel
les et bonnes , on s'ensert pour les Con
fitures et pour les Ratafiats.
GUIGNES BLANCHES ET NOIRES. Les
blanches sont plus estimées que les noi
,
res il ne faut des unes et des autres
que pour attendre les Bigareaux qui sont
beaucoup plus beaux etmeilleurs.
Vers la my-fuillet.
CERSIES ROYALES oud'Angleterre, sont
très-grosses et très-douces , l'Arbre fleu
E
rit
1768 MERCURE DE FRANCE
rit beaucoup , charge peu, et ressemble
fort au Griottier.
GRIOTTES , c'est une espece de grosse
Cerise noire , fort estimée , parce qu'elle
est fort douce ; son Arbre charge fort
peu , quoiqu'il fleurisse beaucoup.
BIGAREAUX. C'est à tort que quelques
uns les divisent en deux especes ; sça
voir , gros et petits, il se trouve toujours
des deux especes sur le même Arbre ; et
si un Arbre les donnegeneralement plus
gros qu'un autre,on ne doitimputer cela
qu'à la vigueurde l'Arbre , et non pas
multiplierles especes faussement.
REMARQUES sur les Cerises.
En Italie , et en quelques Provinces
du Royaume , comme en Dauphiné ,ce
qu'on apelle Griottes , ce sont nos Ceri
ses , et ce que nous apellons Griottes en
France
›
ils le nomment Cerises. En
Poitou eten Angoumois , on apelleGui
gnes ce que nous apellons Cerises ; on
apelle Cerises ce que nous apellons Me
rises ; et on apelle Guindoux ce que nous
apellons Griottes.
Tous les Cerisiers en general se gref
fent sur le sauvageon de Cerisier , ou sur
le Merisier , en fente ou en écusson ;
mais ils s'accommodent ordinairement
mieux
A O UST. 1735. 1769
pous
mieux de la greffe en écusson à la
se , c'est-à dire , de celle qui se fait avant
la S. Jean.
Ils réussissent assés bien dans toutes
les terres qui ne sont pas absolument
mauvaises ; mais mieux dans celles qui
sont legeres et sabloneuses.
Les Cerisiers de Cerises Royales , et
les Griottiers , sont si semblables par leur
bois , la maniere de le pousser , la gran
deur et l'épaisseur de leurs feuilles , par
la quantité extraordinaire de leurs fleurs
disposées sur l'une et sur l'autre de la
le
même maniere ; enfin
›
par peu defruit
qui y tient en comparaison de cette
quantité defleurs , mêmepar la grosseur,
la figure et la douceur de leurs fruits
qu'on croit volontiers que ce sont deux
especes de Griottes , dont l'une est rouge
,
et l'autre noire.
PRUNES aucommencement de Juillet.
JAUNE HATIVE , ou Prune de Catalo
gne. C'est la plus hâtive de toutes les
Prunes , elle est très douce et assés es
timée , parce qu'on n'en a point encore
de meilleures dans cette Saison.
VIOLETTE HATIVE , ou Grosse noire de
Montreuil. Grosse et très-belle Prune ,
presque aussi hâtive que la Jaune ; mais
E ij
sa
1770 MERCURE DE FRANCE
sa beauté et sa primeur fonttout son me
rite ; car elle n'est pas bonne.
Ala my-Juillet.
PERDRIGON HATIF , ressemble assés au
Perdrigon violet par sa figure et par sa
couleur , mais n'en aproche pas par sa
bonté , quoiqu'elle soit meilleure
précedente.
A lafin de Juillet.
GROSSE MIRABELLE , ou double Mira
belle , ou Mirabelle perlée. Très bonne
Prune,pleine d'eau et fort sucrée ; c'est
de toutes ces prunes , celle qui aproche
le plus de la bonté des trois excellentes
dont on va parler ; et ce quilui est avan
tageux , c'est qu'elle meurit avant elles
dans une Saison où elle est sans concur
rente,
En Aoust.
PRUNE DEMONSIEUR,que quelques-uns
déguisentsous le nom de Damas de Tours.
→
Assés belle prune , fort commune, pas
sablement bonne lorsqu'elle est bien
meure.
DAMAS VIOLET et Damas rouge, sont
deux especes de Prunes passablement
bonnes , qui quittent le noyau bien net,
comme
quela
suivent.
AOUST. 1735. 1771
comme tous les Damas ; mais qui ne va
lent pas les trois especes de Damas qui
Damas
DAMAS BLANC ,Damas vert
de Maugeron , sont les trois meilleures
especes de Damas , qui étoient autrefois
les plus estimées de toutes les Prunes
lorsqu'on ne faisoit cas que de celles qui
quittoient bien le noyau.
PETITE MIRABELLE. Petite Prunefort
connue, elle est d'unfort bongoût ; mais
elle est séche , et pour cela propre aux
confitures.
MIRABELLE ROUGE n'est differente
>
de la précedente , que par sa couleur.
IMPERIALE VIOLETTE. Grosse Prune ,
de la grosseur etde la forme d'un œufde
poule , très-belle , mais insipide.
IMPERIALE BLANCHE ou Dardonne ,
ne differe de la précedente , que par sa
couleur.
PRUNE D'ABRICOT. Belle er bonne
Prune quiala chair jaune , presque com
meun Abricot commun.
REINE-CLAUDE , àTours Prune d'A
bricot vert. A Vitry sur Seine , Dauphine.
C'est la meilleure de toutes les Prunes,
elle garde toujours sa couleur verte,quoi
qu'elle soit meure ; celles qui ont été
bien découvertes sont fouettées de rouge,
E iij
1772 MERCURE DE FRANCE
à cause du Soleil; elle n'est pas belle ,
mais elle dédommage bien la vûë par le
goût ; on en envoye tous les ans une
grosse quantité de Tours à Paris , par
présent, dans des coffrets garnis de co
ton.
ROYALE, ou Perdrigon d'Italie
,
très.
belle et excellente ; sa couleur est d'un
rouge unpeu foncé ; mais elle est ordi
nairement si fleurie , qu'elle paroît toute
blanche, elle a moins d'eau que la Reine
Claude ; mais elle est cependant excel
lente.
PERDRIGON VIOLET. Excellente Prune
longuette , très-fleurie , plus petite que
la précedente , mais qui fait avec elleet
la Reine-Claude , une classe de Prunes
que les autres ne suiventque de loin
>
pour
ne,
la bonté.
PERDRIGON BLANC. Fort bonne Pru
semblable au Perdrigon violet par la
figure , mais qui lui est inferieure par sa
bonté.
DIAPRE'E. Bonne Prune violette , lon
quette , qui a la chair jaunatre , elle est
fort estimée pour faire des Pruneaux.
SAINTE CATHERINE. Fort bonne Pru
ne , sur tout lorsqu'on la laisse meurir,
jusqu'à cequ'elle soit ridée vers la queuë,
mais ilfaut pour cela qu'elle soit en es
palier
AOUS T.
1735:
palier ; car en plein vent , elle est sujette
à être abatue par les vents.
1773
EnSeptembre.
DAMAS DE SEPTEMBRE, ou Prune de
Prune violette , qui meurit
,
vacances.
après les autres
merite.
et c'est son principal
Vers la my-Octobre.
IMPERATRICE , er en Flandres Prune
d'Altesse , est beaucoup meilleure que la
précedente , quoique plus tardive , on en
mange jusqu'en Novembre ; elle a la
chairjaune , et est assés bonne pour faire
plaisir en cette Saison.
REMARQUES sur les Prunes.
Toutes les especes de Prunes se gref
fent en fente ou en écusson, sur des sau
vageons de Pruniers , soit de boutures ,
soit de noyau.
La jaune et la violette hâtive , n'étant
considerables que par leur primeur ; on
doit en planter enespalier auxbonnes ex
positions ; on peut cependant en planter
au Couchant quelques Arbres,qui empê
cheront qu'il n'y ait d'intervale entre ces
especes et les autres.
LesPerdrigonsviolets etblancs réussis
sent
1774 MERCURE DE FRANCE
sent ordinairement plus mal ailleurs que
dans ces espaliers bien exposez , et ce
sont d'assés bonnes especes pour meriter
qu'on leur ydonne place.
Pour avoir la Sainte-Catherine fort
bonne , il fautaussi en planter quelques
Arbres à ces bonnes expositions, pour les
raisons raportées ci-dessus.
Toutes les autres especes de Prunes
réussissent fortbien en plein air , et n'ont
point besoin du secours de l'espalier.
Ainsi on ne doit pas leur prodiguer les
bonnes expositions ;on peut bien enmet
tre à l'espalier au Couchant, lorsque par
le
la qualité de la terre cette exposition ne
peut pas segarnir dePêches.
Les Pruniers se plantent enplein air;
en buisson ou à hautes tiges; mais les
contreespaliers palissés ne leur convien
nent gueres; parce qu'en general ils sont
trop vigoureux pour être contenus dans
peu de hauteur qu'on donne commu
nément à ces contreespaliers,pour ne pas
borner la vûë, et en retranchanttoujours
ces Pruniers , comme on y seroit obligé,
afin qu'ils n'excedassent pas le treillage;
ils ne feroient toujours que pousser de
gros bois , et ne se mettroient point à
fruit.
Il fautfaire attention que dans lesPe
pinica
A O UST. 1735. 1775
pinieres de Vitry sur Seine , qui sont les
plus considerables des environs deParis,
pour les Arbres fruitiers
›
l'excellente
Prune qui est connue à la Cour sous le
nom deReine-Claude , n'y est connue
que sous celui de Dauphine, et il faut l'y
demander sous ce nom ; car les Mar
chands d'Arbres de ce Pays-là fourni
roient pour Reine-Claude une espece de
Damasblanc à qui ils donnent ce nom ;
c'est une Prune seche , et qui n'aproche
pas de la bonté de celle que l'on auroit
dessein d'avoir , et qu'ils nomment Dau
phine.
ABRICOTSau commencement deJuillet
ABRICOTS HATIFS ou musqués . Petits,
ronds , ayant la chair blanche et le noyau
rond , on ne l'estime qu'à cause de sa
primeur.
Ala finde Juillet.
ABRICOTS COMMUNS , ou gros Abricots,
ils sont plus plats , plus gros et beau
coup meilleurs que les hâtifs. Ils ont la
chair jaune.
Remarques sur les Abricots.
L'Abricotier se greffe ordinairement
sur l'Amandier et sur le Prunier, com
F y me
1776 MERCURE DE FRANCE
me les Pêchés dont il sera parlé ci-après.
Les expositions du Levant ou du Midi
sont necessaires aux Abricots hâtifs ; par
ce qu'il n'y a qu'elles qui puissent leur
procurer la primeur qui fait tout leur
merite ; elles sont aussi très-favorables
aux communs ; mais ils ne laissent pas
de réussir aussi au Couchant , sur tout
dans les terres chaudes et seches.
Les Abricotiers communs réussissent
mêmeen plein air en buissons,ou àhautes
tiges, et leurs fruits y sont incomparable
ment meilleurs que ceux des espaliers ;
ensorte qu'on n'en planteroit point en es
palier, si le raport de ceux de plein air
toit aussi certain que celui des espaliers;
mais il est fort ordinaire aux fleurs de
ceux-là , de périr par les gelées du Prin
temps , parce qu'on ne peut pas les cou
vrir comme les espaliers pendant cette
saison , quoiqu'ils soient beaucoup plus
exposés , n'ayant pas l'abri des murail
les ; mais quand le Printemps est favora
ble , et que ces Abricots de plein vent se
conservent , ils font mépriser ceux des
espaliers qu'on abandonne aux Confitu
riers.
Quoique les Abricots réussissent mieux
dans les terres legeres , que dans celles
qui sont fortes , ils s'accommodent ce
реп:
AO UST. 1735. 1777
pendant assés bien de celles-ci , sur tout
en éspaliers aux bonnes expositions ; on
doit seulement observer de planter sur
Amandier dans les Terres fort legeres ,
et sur Prunier dans celles qui sont pé
santes pour les raisons qui seront apor
tées ci-après , en parlant des Pêches.-9.b s
PECHES en Juillet.
AVANT PECHE BLANCHE , Pêche de
Troyes , ou Avant Pêche rouge , ne sont
estimées qu'à cause de leur primeur ; la
blanche l'est plus que la rouge.
Au commencement d'Aoust.
PETITE MIGNONNE,Ou Double de Troyes,
est fort bonne, plus grosse , et meilleure
"que les précédentes.
Vers la my-A›ût.
MAGDELAINE BLANCHE et Magdelaine
rouge excellentes , et ne sont differentes
qu'en ce que la rouge est beaucoup plus
colorée, tant dehors, que dedans autour
du noyau ; leurs feuilles qui sont beau
celles des au
coup plus dentelles que
tres especes de Pêches , font aisement
distinguer leurs Arbres sans y voir le
fruit.
GROSSE MIGNONNE, excellente , et la
E vj
plus
1778 MERCURE DE FRANCE
plus belle de toutes les Pêches; aussi est
elle la plus estimée , et celle donton doit
planter le plus.
Vers la fin d'Aoust.
ROSSANE. Elle a la peaujaune , et d'un
rouge pourpré du côté du Soleil ,sa chair
est jaune , assés séche, et sujette à deve
nir cotoneuse; son Arbre charge beau
coup.
CHEVREUSE HATIVE. Elle est très-belle
pour sa grosseur et sa couleur sa forme
,
est un peu allongée , elle est fort sujette
àdevenir cotoneuse ; l'Arbre portebeau
coup defruit.
BELLEGARDE, ou Galande. BellePêche,
quoiqu'unpeu longuette , elle est la meil
leure pourfournir avec la violette , l'in
tervale qui se trouve entre les Mignon
nes et les Admirables.
VIOLETTE HATIVE. Pêche, lisse excel
lente et très estimée pour son goût ex
quis , et plus vineux
bonnes Pêches.
celui des autres
que
BRUGNON C'est un Pavy lisse,comme la
Pêche violette
et qui ne se distingue
d'elle , que parce qu'il ne quitte pas le
noyau.
Ye
AOUST 1735. 1779
Vers la my-Septembre.
'ADMIRABLE ROYALE. Deux belles et ex
cellentes Pêches , qui meurissent en mê
metemps, assés semblables dans leurs fi
gures , si ce n'est que la Royale a com
munément comme une petite tête.
PAVY-MAGDELAINE , est fort beau et
assés gros ; sa couleur est d'un rouge clair
comme celle d'une Pêche-Magdelaine ,
et ses feuilles sont dentelées comme celles
de cette Pêche.
POURPREE, ou Chevreuse tardive , très
belle et très bonne Pêche , un peu plus
tardive que les précedentes , elle a la fi
gure et la beauté de la Chevreuse hâti
ve, et n'est pas cotoneuse comme elle ;
son rouge est foncé , et cela lui a fait
donnerle nom de Pourprée.
spot
En Octobre.
NIVETTE. Grosse Pêche allongée , mal
unie , et d'une figure assés irréguliere ,
belle et assés bonne , lorsqu'elle meurit
bien ; mais elle a peine à meurir dans les
terrains froids et humides , à moins que,
l'année ne soit favorable.
BLANCHE D'ANDELY. Pêche toute
blanche dedans et dehors , peu estimée.
ADMIRABLE JAVNE. Grosse Pêchefort
tar
1780 MERCURE DE FRANCE
tardive , qui a la chair jaune , elle meu
rit rarement aux environs de Paris, etn'y
est pas estimée.
VIOLETTE TARDIVE ou Pêche marbrée:
Pêche lisse , jaune, fouettée de rouge, qui
meurit rarement en cePays ; elle est fort
sujette à se crevasser.
PAVY DE POMPONNE ou Pavy Mons
trueux. Très-gros et très-beau Pavy , de
la forme et de la couleur d'une belle
Pêche Royale ; il ne meurit que dans
les années et dans les terres avantageuses.
Remarques sur les Pêches.
Les Pêchers se greffent ordinaire
ment en Ecussons sur Amandier ou
sur Prunier ; les racines de l'Aman
dier piquent fort avant dans terre,
au lieu que celles du Prunier s'enfon
cent beaucoup moins , c'est sur ce fon
dement qu'on plante les arbres greffés
sur Amandier , dans les terres qui sont si
seches et si brulantes , que les racines du
Prunier ne seroient pas en sureté con
tre la secheresse , et au contrairé dans
les terres humides,et dans lesquelles l'eau
n'est pas éloignée de la superficie, on
ne doit planter que sur Prunier , parce
que les racines de l'Amandier en s'en
fonçant trouveroient l'eau qui les pour
Tiroit.
AOUST. 1735. 1781
Les Pêchers s'accommodent beaucoup
mieux d'une terre legere que de celles
qui sont froides et pesantes , où la gom.
me lesestropie et souvent même les fait
périr. Il n'y a gueres que les Espaliers
au Levant et au Midy , qui leur con
viennent, et ils ne réussissent au Cou
chant que dans les terrains fort chauds
et secs. Dans les Jardins d'une grandeur
raisonnable , on doit planter quelques.
arbres d'avant Pêches et de petite Mi
gnonne, qui annoncent, pour ainsi-dire,
celles qui les suivent, et qui valent beau
coup mieux qu'elles mais dans les pe
tits Jardins on doit les suprimer et ré
server le peu de bonnes expositions que
l'on a pour les suivantes.
3
Detoutes lesPêches la grosse Mignonne
est la meilleure et la plus belle, si elledu
roit pendant toute la saison des Pêches ,
on se passeroit volontiers des autres es
peces, excepté la Violette qui est d'une
beauté et d'une bonté differente des au
tres Pêchés.
1
Les Magdelaines meurissent dans le mê
metemps que la grosse Mignonne , elles
ne valent pas mieux au goût , sont beau
coup moins belles, et par conséquent ne
se font pas admirer en sa compagnie,
outre cela elles quittent l'arbre si faci
lement
1782 MERCURE DE FRANCE
lement dans le temps de la maturité ,
qu'on a le désagrément d'en perdre une
grande partie qui se meurtrit en tom
bant, ainsi il faut en planter peu. Tout
ce qui détermine à planter des Magde
laines , c'est que les feuilles de leurs ar
bres ne se recoquillent point par les
froids du Printems , comme celles des
autres especes,dont les arbres et les fruits
souffrent beaucoup dans ces temps-là.
La Bellegarde et la Violette se lient
par leur commencement auxMagdelaines
et à la Mignonne, et par leurfin àl'ad
mirable et à la Royale , qui sont elles
mê.nes suivies par la Pourprée; en sor
te que ces especes produisent pendant six
semaines , sans interruption , une suite
de très bonnes Pêches ,à la fin desquel
les vient la Nivette , qui est fort bonne,
lorsque l'Automne est favorable.
On neconseille point de planter d'espe
ces plus tardives , si ce n'est le Pavy de
Pomponne,à cause de sa beauté; car les
Pêches ne valent plus rien dès que les
nuits deviennent froides. Il est inutile
aussi d'employer son Jardin en especes
médiocres , qui meurissent pendant cette
suite de très bonnes Pêches dont on vient
de parler , suivant la maxime déja ra
portée , que les fruits médiocres ne doi
vent
A OUST. 1735. 1783
vent se tolerer que dans les saisons où
on manque des bons.
Les Pavis ont plus de goûr que les Pê
ches dans les Pays chauds; le climat de
Paris ne leur est pas si avantageux et
ne leur fournit ni le goût ni la délicatesse
des Pêches. Ils y ont toujours la chair
grossiere et coriasse ; le seul avantage
qu'ils y ontsur lesPêches,c'est qu'ils sont
propres à être pochetés sans s'écraser ,
ce qui plaît beaucoup aux Dames. Les
trois especes inserées dans le Catalogue
sont les meilleures qui meurissent ordi
nairement aux environs de Paris, en
core s'en sert-t'on plus pour les Compo
tes qu'à les manger cruds.
FIGUES au commencement d'Août.
FIGUE BLANCHE RONDE ; c'est la plus
estimée de toutes les Figues pour ce Pays
cy; elle est fort belle, fort bonne , et
celle dont le fruit d'Automne meurit le
plus aisément.
FIGUE BLANCHE LONGUE , estfortbelle
et fort bonne ; mais outre que son fruit
d'Automne a plus de peineà meurir que
celui de la précédente, son fruit d'Eté
a moins d'eau que la ronde , et quelque
fois même il seche sur l'arbre , lors
qu'il se trouve tropdécouvertde feuilles.
Ces
1784 MERCURE DE FRANCE
Ces deux especes de Figues sont les
seules dont on doive planter en ce Pays
cy, toutes les autres especesfort estimées
dans les Pays chauds , donnent si peu
de contentement aux environs de Paris,
qu'on n'en trouve presque plus que dans
les Jardins de quelques Curieux , qui
veulent absolument avoir de tout , sans
distinction.
Les deux especes de Figues blanches
donnent beaucoup de Figues-Fleurs , ou
Figues d'Eté qui meurissent toujours , à
moins de quelque accident particulier,
et beaucoup de secondes Figues ou Fi
gues d'Automne , qui ne meurissentque
lorsque l'Automne est favorable.
Les autres especes donnent peu de Fi
gues-Fleurs; et comme il est assés rare
qu'il fasse assés chaud pendant l'Autom
ne pour meurir les secondes, cette seule
considération suffiroit pour justifier que
c'est avec raison qu'on les a abandon
nées pour ne garder que les blanches.
On croit inutile de raporter les noms
de toutes ces Figues dont on ne conseille
point de planter. Les Figuiers se multi
plient aisément par les marcottes , ou
de bourures , ils se plantent en Espaliers
aux bonnes expositions ou en plein air,
soit en caisses , soit en pleine terre;
les
A OUST. 1735. 1785
les Figues de plein air ontbeaucoup plus
de goût que celles des espaliers , et celles
des caisses sont plus hâtives que celles
de pleine terre.
Le Figuier est un bois tendre , sujet
à périr dans les hyvers rudes par les for
tes gelées, et plus encore par les verglats;
c'estpourquoi ondoitserrer ceux quisont
encaisses, etcouvrir ceux qui sont en plei
ne terre, de fumier sec , de paille longue
ou de quelqu'autre matiere équivalente.
Il est vrai que ces couvertures ne se
roient pas nécessaires tous les ans, si on
pouvoit prévoir le degré de froid qui-doit venir pendant l'Hyver , on s'épar
gneroit souvent cette dépense et les ar
bres n'en feroient que mieux; car outre
que les rats et les mulots maltraitent sou
vent les Figuiers sous ces couvertures
le fruit est si tendre , lorsqu'on le decou
vre au Printems , qu'il est exposé à pé
rir par la moindre petite gelée , par un
grand hâle qui le desseche,ou par unSoleil
ardent qui le brule avant qu'il soit en
durci à l'air.
Les Figuiers en caisse se mettent fort
à la mode , tant à cause que leur fruit
est plus hârif et meilleur que celui de
pleine terre , que par la facilité qu'il y
àà les conserver l'Hyver, d'autant qu'il
leur
1786 MERCURE DE FRANCE
leur suffit d'avoir une Serre qui les mer
te à couvert des plus fortes gelées,
et qu'on peut en serrer un assés bon
nombre dans un petit endroit , parce
qu'il n'y a rien à leur faire pendant l'hy
ver ; joignez à cela qu'on est dispensé
par ces caisses d'employer en Figuiers
une partie des Espaliers bien exposés;
dont on n'a jamais trop pour les Pêches
et les autres fruits à qui ils sont abso
lument nécessaires.
Il est vrai qu'il faut à ces caisses d'am
ples et fréquentes moüillures pendant
Eté , mais en les rangeant proche de
l'eau lorsqu'on les sort de la Serre , ces
arrosemens nesont pas d'une fort gran
de dépense.
RAISINS à lafinde Juillet.
RAISIN PRECOCE , ou de la Magdelaines
tout son mérite est d'être hâtif.
Vers la fin d'Août.
CHASSELAS , beau et excellent Raisin,
qui meuritfacilement etqui esttrès-doux.
CIOUTA OuRaisin d'Autriche ; bon '
doux comme le Chasselas ; ses feuilles
sont découpées en feuilles de persil.
RAISIN DE CORINTHE blanc, et Raisin
de Corinthe violet , deux especes de petit
Raisin
A OUST. 1735. 1787
·
Raisin sans pepin , dont les grapes sont
ordinairement très grosses , les grains
très menus et fort pressés.
En Septembre.
MUSCAT BLANC; Muscat violet,et Mus
cat rouge. Ces trois especes de Muscat
sont peu differentes par le goût, cesont
de très beaux et très excellens Rai
sins , lorsqu'ils sont bien meurs , mais
dans la plupart des Jardins des environs
de Paris , ils ont besoin pour meurir d'ê
tre aidés , comme on le dira cy après ;
encore dans bien des années ces secours
ne leur suffisent pas.
En Octobre.
MUSCAT LONG, Passe musqué, ou
Muscat d'Alexandrie. C'est un très-gros
Raisin , long et très- excellent , lors
qu'il est planté dans un terrain assés
chaud pourpouvoir meurir; encore avec
cet avantage de terrain , il faut que l'an
née soit favorable ; ainsi il est inutile
d'en planter dans les terres froides , si
ce n'est pour les confitures.
VERJUS , ou Bourdelais , gros Raisin
dont on se sert avant qu'il soit mûr
pour la Cuisine et pour les Confitures.
La Vigne se multiplie aisément par
mar
1788 MERCURE DE FRANCE
marcottes ou de boutures , qui prennent
racine fort aisément , soit qu'elles soient
seulement du bois de l'année , ce qui
s'appelle simplement Boutures , soit qu'il
y tienne un peu de vieux bois , et pour
lors elle se nomment Crossettes.
Les Vignes se plantent en espalier ou
en plain air, soit pour les palisser sur
quelques Treillages ou Berceaux , soit
pour soutenir seulement chaqueSep avec
un Echalas , comme on fait communé
ment dans les Vignes de la Campagne.
Les Muscats , et sur tout le long, de
mandent absolument l'espalier à une
bonne exposition ; par la difficulté qu'il
Y àles faire meurir, il est aussi néces
saire au Raisin Précoce , pour lui pro
curer la primeur , qui fait tout son mé
rite.
Les espaliers bien exposés sont aussi
fort avantageux aux Chasselas Ciouta
et Corinthe , ils y deviennent plus beaux
etymeurissent plus sûrement qu'ailleurs,
cependant ces especes ne laissent pas de
meurir communément assés bienau Cou
chant et même en plein air , sur tout
dans les terres chaudes.
Pour le Bourdelais , comme on ne s'en
sert qu'avant qu'il soit meur , on ne le
plante qu'au Couchant ou au Nord, ou
en
A O UST. 1735. 1789
en plein air, sur quelques Berceaux.
Les Muscats meurissent difficilement
1º. parce que leurs grains sont ordinai-
rement si pressés sur les grapes , que
chacune de ces grapes fait comme une
masse qui ne peut pas être aisément pé
netrée par la chaleur du Soleil , 2°. parce
que
la
peau de ces grains est beaucoup
plus dure que celle des autres Raisins.
Pour remedier à ces accidens naturels
1º. dès que les grains sont gros comme
des pois , on doit avoir soin d'en ôter
la plus grande partie avec des cizeaux ,
n'en laissant que pour garnir la grape
sans que les grains puissent se presser
considérablement lorsqu'ils seront à leur
grosseur , 2º. lorsque ces Muscats com
mencent à s'attendrir et qu'on les a dé
couvert peu à peu de leurs feuilles
comme les autres Raisins , il faut les
moüiller soigneusement par dessus pen
dant la chaleur du Soleil, ces moüil
lures attendrissent la peau des Muscats
et leur procurent cette couleur d'Am
bre qui fait tant de plaisir à la vûë.
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