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1
p. 237-273
Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Début :
Rien ne marquant mieux la grandeur du Roy, & le [...]
Mots clefs :
Troupes, Maintenon, Pieds, Hauteur, Aqueduc , Terre, Roi, Rivière, Nivellements, Arcades, Maçonnerie, Canal, Talus, Berchères, Rivière d'Eure, Revue des troupes, Travaux, Eaux, Versailles, Louvois, La Hire
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Rien ne marquant
mieux la grandeur du
- Roy , & le glorieux eftat
où eſt la France , que les
travaux qu'on fait pour
conduire laRiviere d'Fure
à Versailles,& les Ambaffadeurs
ſouhaitant avec
ardeur de voir quelques
Troupes de Sa Majesté ,
2
238 Voyage des Amb.
و
on les a menez à Maintenon
pour leur faire
voir en bataille celles qui
travaillent à l'Aqueduc ,
&pour fatisfaire en mefme
temps leur curioſité
fur ce grand Ouvrage.
Comme c'eſt icy une occafion
de vous en parler à
fond, jeprendray la choſe
dés ſon origine .
Toutes les meſures
7
qu'on avoit priſes , & tous
les nivellemens qui avoient
eſté faits ily a plu
de Siam. 239
2
ſieurs années , pour faire
venir des Eaux vives à
Verfailles , fans y employer
des Pompes ou
d'autres Machines femblables
, avoient fait voir
qu'il eſtoit impoffible d'en
avoir que de la Riviere de
Loire , mais pour la conduire
en cette Maiſon
Royale , il auroit fallu la
détourner au deſſus de la
Charité, ce qui avoit paru
d'une fi grande difficulté,
pour la longueur du che
240 Voyage des Amb.
min , & à caufe des lieux
bas par où l'on auroit efté
contraint de paffer , que
Sa Majesté avoit entierement
abandonné ce deffein
, eftant d'ailleurs tresperfuadée
de la juſteſſe
avec laquelle feu M.Picard
de l'Academie des
Sciences , avoit pris tous
les niveaux , quoy qu'on
vouluſt affcurer qu'un
ruiſſeau de cette Riviere
étant dérournéàOrleans ,
,
pouvoit eſtre conduit jufque
de Siam . 241
que fur la Montagne de
Sataury , qui eft de pluſieurs
toiſes plus haute
que le dessus duChaſteau .
Il n'y avoit point d'apparence
qu'on pût trouver
quelqueautre Riviere, ou
quelques eaux vives pour
eſtre conduites à Verſailles
, puis que par ſes nivellemens
on ſçavoit que la
Seine étoit beaucoup plus
baſse que la Loire, & que
par confequent tout le
terrein entre ces deux Ri
X
242 Voyage des Amb.
vieres ne pouvoit fournir
que quelques eaux qui
n'avoient pas assez de
hauteur pour ce qu'on avoit
deſsein de faire ; &
comme il y a de l'apparence
que plus on s'approche
de la Mer, plus les terreins
vont en defcendant,
il ſembloit que c'eſtoit
inutilementqu'on croyoit
trouver des eaux aſsez
hautes dans les terres
qui font au Couchant
à l'égard de Verſailles,
de Siam.
243
puis que c'eſt vers ce côtélà
queles Rivieres de Loire
& de Seine ont leur
cours . Cependant fur la
fin de l'année 1684. M² de
Louvois ayant confideré
que la Riviere d'Eure devoit
avoir beaucoup de
hauteur, puis que tous les
terreins depuis Verſailles
en tirant versMaintenon,
où elle paſſe , estoient extrémement
hauts,& qu'il
y avoit vers ce coſté-là
des eaux que l'on foute
X ij
244 Voyage des Amb.
noit dans des canaux avec
une tres - grande hauteur
, il jugea que cette
Riviere , qui étoit fort rapide
dans ſa courſe , en
pouvoit au moins avoir
aſſez pour eftre élevée
commodement par le fecours
de quelque petite
Machine juſque dans les
Eſtangs de Trape & des
environs , qui ſervoient
de refervoir aux eaux
de ces Quartiers - là. Il
donna ordre à M de la
deSiam.
245
Hire, Profeffeur Royal en
Mathematique , & de
l'Academie des Sciencès ,
à qui il avoit déja confié
pluſieurs nivellemens importans
pour Fontainebleau
&Verfailles , d'aller
reconnoiſtre la hauteur
de la Riviere d'Eure dans
fa courſe en remontant
depuis Maintenon , &
de chercher vers le Perche
quellesen étoient leseaux
& quelles hauteurs elles
avoient. M' de la Hire
r
25
Xij
246 Voyagedes Amb.
partit de Versailles dans
le mois d'Octobre de la
mefme année ; & en nivellant
toûjours juſqu'à
Maintenon , il y trouva
la Riviere d'Eure plus bafſe
que le deſſus du Chafteau
de Versailles d'environ
cent cinquante pieds,
& remontant cette Riviere
, il trouva enfin qu'à
Pontgüoin, qui eft à ſept
lieuës au deffus de Chartres
, elle estoit plus haute
que ce Chaſteau de prés
de Siam. 247
de quatre - vingt pieds.
Cette découverte luy
donna d'abord beaucoup
de joye , mais auffi beaucoup
de crainte de quelque
erreur , qui pouvoit
s'eftre infenfiblement gliffée
dans les operations
quifont tres difficiles dans
des nivellemens de plus
de trente lieues . Il verifia
toutes fes obfervations ,
autant que la ſaiſon le luy
pût permettre , à cauſe du
mauvais remps , & fur
Xinj
248 Voyagedes Amb.
tout des grands vents, qui
nuifent fort aux nivellemens
, & il trouva qu'il
ne pouvoit y avoir que
tres - peu d'erreur. Le Roy
eſtant alors à Fontainebleau
, il apporta cette
nouvelle à M'de Louvois,
qui témoigna en eſtre fort
fatisfait . Cependant M. de
la Hire luy ayant remontré
les difficultez des operarions
pendant l'Hiver ,
M'de Louvois luy donna
ordre de retourner dans
de Siam.
249
ces meſmes lieux vers le
Printemps , pour faire les
verifications des hauteurs
qu'il avoit trouvées dans
tous les points principaux
où il avoit marqué que
l'eau devoit paffer , de la
maniere que l'on comence
à l'executer preſentement
. Il trouva dans la
verification des premiers
nivellemens , un pied ou
deux plus de hauteur que
la premiere fois , & il reconnut
par des nivelle
250 Voyage des Amb.
mens un peu plus longs
queles premiers , que les
eaux des Rivieres qui paffent
à Verneuil & à Breteüil,
pouvoient eftre conduites
dans des canaux
fur terrejuſqu'à l'emboucheure
de l'Aqueduc qui
devoit porter les eaux de
la Riviere d'Eure pardeffus
le valon de Maintenon
. On travaille prefentement
à cette grande
Entrepriſe qui furpaffera
en magnificence tout ce
de Siam.
251
que les Empereurs Romains
ont fait dans l'étenduë
de pluſieurs Siecles..
Tous les canaux fur la fuperficie
de la terre font achevez
; l'eau que l'on y a
fait couler a confirméla
juſteſfedes nivellemens,&
l'Aqueduc qui doit paffer
dans le valon de Maintenon
eft fort avancé. La
partie de cet Aqueduc qui
eſt dans le plus profond
du valon doit eftre de
pierre,& le reſte des deux
252 Voyage des Amb.
C
coftez , où la hauteur est
mediocre , paffera fur de
grandes Terraffes élevées
pour ce ſujet . Voicy les
meſures & le détail de
cetOuvrage.
Ily a environ vingt mille
toiſes de Canal depuis
Pontgoüin, où l'on prend
laRiviere, juſque àBercherelaMangor.
CeCanal, qui
eft conduit fur la fuperficie
de la terre , felon fon
niveau , a par bas quinze
pieds , & plus ou moins
de Siam.
253
de hauteur felon le terrein
;& le Talus des bords
eſt double de la profondeur.
Dans le fond de
Berchere, où devoit commencer
l'Aqueduc de maçonnerie
, on fait une Levée
ou Aqueduc de terre,
rapportée à l'Aqueduc de
maçonnerie pendant trois
mille fix cens ſept toiſes.
- Cet Aqueduc de terre a
comme le Canal quinze
pieds de large par le fond,
de haut fix , ſept, ou huit
هللا
254 Voyage des Amb.
pieds ,&de talus le double
de la hauteur ; les
bords font fortifiez de
chauffées de neuf pieds
de large. Le talus de la
Levée eſt auſſi double de
ſa hauteur , pour empefcher
que les terres ne s'éboulent.
Dans le fond de
Berchere la Levée de terrea
cent pieds, & en d'autres
endroits foixante &
dix, cinquante , quarante
&vingt de hauteur.
A l'endroit où cette lede
Siam.
255
vée de terre joint l'Aqueduc
de Maçonnerie qui
eft vers Maintenon , elle
a 79. pieds de haut. Cét
Aqueduc de Maçonnerie
à 2960. toiſes de longueur
en 242. Arcades qui ont
40. pieds de large. Leurs
piles en ont vingt- quatre,
& de longueur quaranteſepta
quarante-huit pieds ,
avec des pilliers boutans
de onze pieds de large , aprés
les retraites , & de
faillie fix pieds. Il a dans
256 Voyage des Amb.
le plus profond trois Ar
cades l'une fur l'autre .
Du coſté de Berchere,
le nombre des Arcades
ſimples eftde trente- trois.
De doubles foixante-
& onze.
De triples quarante- fix.
Puis de doubles , foixante
& douze .
Et enfin de ſimples ,
vingt.
Leſquelles réjoignent
l'Aqueduc de terre rap.
portée du coſté de Ver
de Siam
257
&
failles afoixante cinq pieds
environ de hauteur , qui
continuë en. diminuant:
pendant fix mille cinquante
cinq , juſqu'à ce qu'il
vienne à la hauteur du
terrain , & depuis la juf
ques à Verfailles , il continue
fur terre de meſme
qu'entre Pontgouin &
Berchere pendant vingtcinq
mille toiſes , horſmis :
qu'en quelques endrois il
y aura dans terre unAque--
duc de Maçonnerie. La
298 Voyage des Amb.
plus grande hauteur de
l'Aqueduc dans le fondde
Maintenon , où paſſent
les Rivieres d'Eure & de
Gallardon , & où font les
triples arcades , eft de216.
pieds 6. pouces , juſqu'au
pavé des Corridors , ſans
les fondemens qui doivent
avoir 15. ou 16. pieds
de profondeur , & fans le
Parapet qui a trois pieds
fix pouces.
La hauteur des premieresArcades
juſque ſous la
de Siam. 252
voûte eſt de foixante &
ſeize pieds ,& juſqu'au pavé
des ſecondes quatre--
vingt-un pied fix pouces.
Les fecondes arcades
ont juſque ſous la voûte
foixante&dix pieds ,&jufqu'au
pavédes troiſiemes ,
quatre-vingt- cinq pieds.
Les troifiémes arcades
ont juſque ſous la voure
trente pieds trois pouces,
& juſqu'aux Corridors
neuf pieds neuf pouces,
fur leſquels font les Para
Yij
260 Voyage desAmb.
pets de trois pieds fix pou
ces .
Le Canal à ſept pieds
de large par bas , & s'élargit
juſqu'à ſept pieds fix
pouces , à la hauteur de
quatre pieds où commence
lavoute à plein ceintre.
Il y a de coſté & d'autre
du Canal un Corridor
-de trois pieds , & un Parapet
de dix- fept pouces de
large.
Les piles font à plomb
par le dedans hors de ter
de Siam. 261
re ,& par les coſtez . Il y
a par tout l'Aquedue un
pouce pour toiſe de talus,
mais les piliers bourans
en ont davantage au deffus
des premieres Arcades .
Il ſe fait de part & d'autre
une retraite d'environ
-ſept pieds , & au deffus
des fecondes , de prés de
fix pieds .
Ily a une porte au milieu
de chaque pile pour
pouvoir paffer tout du
long de l'Aqueduc , tant
262 Voyage des Amb.
aux ſecondes Arcades
qu'aux troifiémes. Lesportes
des fecondes ont quatre
pieds de large ,& celles
des troifiémes trois pieds
fix pouces , fur ſept pieds
dehaut.
Il y a des Eſcaliers qui
montent de terre au premier
étage par le dehors.
Ceux qui montent au
ſecond ſont pratiquez
dans l'épaiffeur des piles,
& ceux qui montent au
troifiéme font partie de
de Siam. 263
dans , partie dehors.
Voilà l'eſtat où eftoient
ces Ouvrages il y a fix
mois. Ils doivent eftre prefentement
bien plus avancez,
puisque plus de trente
mille hommes n'ont point
ceffé d'y travailler pendat
ce temps- là. De ces trente
mille hommes, il y en
a une partie de Maçons,
d'Apareilleurs , & d'autres
gens neceſſaires pour
les choſes qui ne peuvent
être faites par lesTroupes.
264 Vyage des Amb.
Elles font employées tant
l'Aqueduc qu'aux CarrieresdeGallardon
&d'Epernon
, & aux Ouvrages de
terre & fe montent à
vingt - deux mille hommes
où environ. Voicy les
noms des Regimens qui
les compoſent. Je ne vous
les envoye pas felon leur
rang.
REGIMENS.
Picardie.
Champagne..point
Royal
de Siam. 265
Royal des Vaiſſeaux.
Languedoc.
Navarre.
Feuquieres.
Cruffol.
La Fare .
Fufiliers du Roy.
Alface.
Vaubecour.
Lyonnois.
Dauphin .
La Reyne .
Anjou.
Vermandois.
Il y a outre cela trois
Z
266 Voyage des Amb.
Efcadrons de Dragons .
Le Logis des Ambaffadeurs
fut gardé par une
Compagnie dont le Capitaine
, le Lieutenant &
1 ' Enſeigne étoient en
Hauſſe - Col , pour leur
faire plus d'honneur. M
le Marquis d'Uxelles qui
commande toutes ces
Troupes , alla luy- meſme
le premier jour demander
le mot aux Ambaſſadeurs ,
&ils donnerent pour mot
Prosperité. Le Major Ge
deSiam. 267
neraly alla le prendre les
deuxjours fuivans , & les
motsqu'ils luy donnerent
furent l'Alliance Royale,
& Deux contre tous . Je
ne vous dis point qu'ils
entendoient parler des
Rois de France & de
Siam Ils admirerent les
Travaux dont je viens
de vous faire la defcription.
Le premier Ambaffadeur
les conçeut fi bien,
& en donna des marques
fi convaincantes , qu'iln'y
Zij
268 Voyage des Amb.
a point d'Architecte ny
d'Ingenieur qui euft pû les
mieux comprendre . Il dit
auffi , Qu'il ne croyoit pas
que tous les Rois de l' Europe
ensemble en puſſentfaire
autant. On leur fit voir
toutes les Troupes qui bátirent
aux Champs , &
falüerent du Drapeau.
Elles firent l'Exercice au
fon du Tambour, & montrerent
la parfaite intelligence
qu'elles ontdu Mêtier
de la Guerre.Il y avoit
de Siam. 269
douze Chevaux de l'Ecurie
du Roy que l'Ambaffadeur
& les Mandarins
monterent. Le premier
Ambaffadeur montra
d'un air fort déliberé ,
de quelle maniere les Siamois
ſe battent avec la
Lance. On luy demanda
s'il trouvoit les Troupes
du Roy belles , & il répondit,
qu'il ne croyoit pas
en avoir veu Cette réponfe
furprit , mais il tira bientoſt
d'embarras ceux qui
Z iij
270 Voyage des Amb.
l'avoient entenduë ,&dit
Qu'il ne croyoit pas avoir
vû des Troupes, maisfeulement
des Officiers , parce
qu'ils en avoient tous l'air,
&& l'adreſſe . M' le Marquis
d'Uxelles luy don.
na un magnifique Repas,
avec les Princes d'Hano
ver
, d'Holſtein , d'Harmeſtein
& d'Hanau. On
y but la Santédu Roy , &
l'on peut dire que c'eſt
la ſcule choſe dont il ait
efté ſurpris en France ,
de Siam.
27
ayant toûjours dit , Que
comme on devoit tout attendre
des François il n'étoit
étonné de rien ; mais
il eut de la peine à ſe perfuader
qu'on puft boire à
la Santé du Roy ſans manquer
de reſpect. On luy
dit que les diftinctions
qu'on faiſoit en la beuvant,
marquoient le refpect
, & qu'enfin le Roy
donnoit cette liberté ,
parce qu'elle faiſoit voir le
zele , & l'amour qu'on a-
Zij
272 Voyage des Amb.
'voit pour luy. Il joüa aprés
leRepas à toute table
avec Mª d'Uxelles , & le
gagna. Il dit lors qu'il eut
vû les Ouvrages , & les
Troupes , Qu'il ne s'éton
noit point de la grandeur,
&de la prosperité du Roy ,
& que beaucoup de choſes
ycontribuoient,Scavoir l'union
de la Famille Royale ,
l'avantage qu'il avoit de
gouverner par luy-mesme,
lafidelité , la ponctualité ,
Pintelligence, &la vigilande
Siam. 273
ce de ſes Ministres , es la
bonté deſes Troupes remplies
de jeuneſfe adroite,
& propre à tout.
mieux la grandeur du
- Roy , & le glorieux eftat
où eſt la France , que les
travaux qu'on fait pour
conduire laRiviere d'Fure
à Versailles,& les Ambaffadeurs
ſouhaitant avec
ardeur de voir quelques
Troupes de Sa Majesté ,
2
238 Voyage des Amb.
و
on les a menez à Maintenon
pour leur faire
voir en bataille celles qui
travaillent à l'Aqueduc ,
&pour fatisfaire en mefme
temps leur curioſité
fur ce grand Ouvrage.
Comme c'eſt icy une occafion
de vous en parler à
fond, jeprendray la choſe
dés ſon origine .
Toutes les meſures
7
qu'on avoit priſes , & tous
les nivellemens qui avoient
eſté faits ily a plu
de Siam. 239
2
ſieurs années , pour faire
venir des Eaux vives à
Verfailles , fans y employer
des Pompes ou
d'autres Machines femblables
, avoient fait voir
qu'il eſtoit impoffible d'en
avoir que de la Riviere de
Loire , mais pour la conduire
en cette Maiſon
Royale , il auroit fallu la
détourner au deſſus de la
Charité, ce qui avoit paru
d'une fi grande difficulté,
pour la longueur du che
240 Voyage des Amb.
min , & à caufe des lieux
bas par où l'on auroit efté
contraint de paffer , que
Sa Majesté avoit entierement
abandonné ce deffein
, eftant d'ailleurs tresperfuadée
de la juſteſſe
avec laquelle feu M.Picard
de l'Academie des
Sciences , avoit pris tous
les niveaux , quoy qu'on
vouluſt affcurer qu'un
ruiſſeau de cette Riviere
étant dérournéàOrleans ,
,
pouvoit eſtre conduit jufque
de Siam . 241
que fur la Montagne de
Sataury , qui eft de pluſieurs
toiſes plus haute
que le dessus duChaſteau .
Il n'y avoit point d'apparence
qu'on pût trouver
quelqueautre Riviere, ou
quelques eaux vives pour
eſtre conduites à Verſailles
, puis que par ſes nivellemens
on ſçavoit que la
Seine étoit beaucoup plus
baſse que la Loire, & que
par confequent tout le
terrein entre ces deux Ri
X
242 Voyage des Amb.
vieres ne pouvoit fournir
que quelques eaux qui
n'avoient pas assez de
hauteur pour ce qu'on avoit
deſsein de faire ; &
comme il y a de l'apparence
que plus on s'approche
de la Mer, plus les terreins
vont en defcendant,
il ſembloit que c'eſtoit
inutilementqu'on croyoit
trouver des eaux aſsez
hautes dans les terres
qui font au Couchant
à l'égard de Verſailles,
de Siam.
243
puis que c'eſt vers ce côtélà
queles Rivieres de Loire
& de Seine ont leur
cours . Cependant fur la
fin de l'année 1684. M² de
Louvois ayant confideré
que la Riviere d'Eure devoit
avoir beaucoup de
hauteur, puis que tous les
terreins depuis Verſailles
en tirant versMaintenon,
où elle paſſe , estoient extrémement
hauts,& qu'il
y avoit vers ce coſté-là
des eaux que l'on foute
X ij
244 Voyage des Amb.
noit dans des canaux avec
une tres - grande hauteur
, il jugea que cette
Riviere , qui étoit fort rapide
dans ſa courſe , en
pouvoit au moins avoir
aſſez pour eftre élevée
commodement par le fecours
de quelque petite
Machine juſque dans les
Eſtangs de Trape & des
environs , qui ſervoient
de refervoir aux eaux
de ces Quartiers - là. Il
donna ordre à M de la
deSiam.
245
Hire, Profeffeur Royal en
Mathematique , & de
l'Academie des Sciencès ,
à qui il avoit déja confié
pluſieurs nivellemens importans
pour Fontainebleau
&Verfailles , d'aller
reconnoiſtre la hauteur
de la Riviere d'Eure dans
fa courſe en remontant
depuis Maintenon , &
de chercher vers le Perche
quellesen étoient leseaux
& quelles hauteurs elles
avoient. M' de la Hire
r
25
Xij
246 Voyagedes Amb.
partit de Versailles dans
le mois d'Octobre de la
mefme année ; & en nivellant
toûjours juſqu'à
Maintenon , il y trouva
la Riviere d'Eure plus bafſe
que le deſſus du Chafteau
de Versailles d'environ
cent cinquante pieds,
& remontant cette Riviere
, il trouva enfin qu'à
Pontgüoin, qui eft à ſept
lieuës au deffus de Chartres
, elle estoit plus haute
que ce Chaſteau de prés
de Siam. 247
de quatre - vingt pieds.
Cette découverte luy
donna d'abord beaucoup
de joye , mais auffi beaucoup
de crainte de quelque
erreur , qui pouvoit
s'eftre infenfiblement gliffée
dans les operations
quifont tres difficiles dans
des nivellemens de plus
de trente lieues . Il verifia
toutes fes obfervations ,
autant que la ſaiſon le luy
pût permettre , à cauſe du
mauvais remps , & fur
Xinj
248 Voyagedes Amb.
tout des grands vents, qui
nuifent fort aux nivellemens
, & il trouva qu'il
ne pouvoit y avoir que
tres - peu d'erreur. Le Roy
eſtant alors à Fontainebleau
, il apporta cette
nouvelle à M'de Louvois,
qui témoigna en eſtre fort
fatisfait . Cependant M. de
la Hire luy ayant remontré
les difficultez des operarions
pendant l'Hiver ,
M'de Louvois luy donna
ordre de retourner dans
de Siam.
249
ces meſmes lieux vers le
Printemps , pour faire les
verifications des hauteurs
qu'il avoit trouvées dans
tous les points principaux
où il avoit marqué que
l'eau devoit paffer , de la
maniere que l'on comence
à l'executer preſentement
. Il trouva dans la
verification des premiers
nivellemens , un pied ou
deux plus de hauteur que
la premiere fois , & il reconnut
par des nivelle
250 Voyage des Amb.
mens un peu plus longs
queles premiers , que les
eaux des Rivieres qui paffent
à Verneuil & à Breteüil,
pouvoient eftre conduites
dans des canaux
fur terrejuſqu'à l'emboucheure
de l'Aqueduc qui
devoit porter les eaux de
la Riviere d'Eure pardeffus
le valon de Maintenon
. On travaille prefentement
à cette grande
Entrepriſe qui furpaffera
en magnificence tout ce
de Siam.
251
que les Empereurs Romains
ont fait dans l'étenduë
de pluſieurs Siecles..
Tous les canaux fur la fuperficie
de la terre font achevez
; l'eau que l'on y a
fait couler a confirméla
juſteſfedes nivellemens,&
l'Aqueduc qui doit paffer
dans le valon de Maintenon
eft fort avancé. La
partie de cet Aqueduc qui
eſt dans le plus profond
du valon doit eftre de
pierre,& le reſte des deux
252 Voyage des Amb.
C
coftez , où la hauteur est
mediocre , paffera fur de
grandes Terraffes élevées
pour ce ſujet . Voicy les
meſures & le détail de
cetOuvrage.
Ily a environ vingt mille
toiſes de Canal depuis
Pontgoüin, où l'on prend
laRiviere, juſque àBercherelaMangor.
CeCanal, qui
eft conduit fur la fuperficie
de la terre , felon fon
niveau , a par bas quinze
pieds , & plus ou moins
de Siam.
253
de hauteur felon le terrein
;& le Talus des bords
eſt double de la profondeur.
Dans le fond de
Berchere, où devoit commencer
l'Aqueduc de maçonnerie
, on fait une Levée
ou Aqueduc de terre,
rapportée à l'Aqueduc de
maçonnerie pendant trois
mille fix cens ſept toiſes.
- Cet Aqueduc de terre a
comme le Canal quinze
pieds de large par le fond,
de haut fix , ſept, ou huit
هللا
254 Voyage des Amb.
pieds ,&de talus le double
de la hauteur ; les
bords font fortifiez de
chauffées de neuf pieds
de large. Le talus de la
Levée eſt auſſi double de
ſa hauteur , pour empefcher
que les terres ne s'éboulent.
Dans le fond de
Berchere la Levée de terrea
cent pieds, & en d'autres
endroits foixante &
dix, cinquante , quarante
&vingt de hauteur.
A l'endroit où cette lede
Siam.
255
vée de terre joint l'Aqueduc
de Maçonnerie qui
eft vers Maintenon , elle
a 79. pieds de haut. Cét
Aqueduc de Maçonnerie
à 2960. toiſes de longueur
en 242. Arcades qui ont
40. pieds de large. Leurs
piles en ont vingt- quatre,
& de longueur quaranteſepta
quarante-huit pieds ,
avec des pilliers boutans
de onze pieds de large , aprés
les retraites , & de
faillie fix pieds. Il a dans
256 Voyage des Amb.
le plus profond trois Ar
cades l'une fur l'autre .
Du coſté de Berchere,
le nombre des Arcades
ſimples eftde trente- trois.
De doubles foixante-
& onze.
De triples quarante- fix.
Puis de doubles , foixante
& douze .
Et enfin de ſimples ,
vingt.
Leſquelles réjoignent
l'Aqueduc de terre rap.
portée du coſté de Ver
de Siam
257
&
failles afoixante cinq pieds
environ de hauteur , qui
continuë en. diminuant:
pendant fix mille cinquante
cinq , juſqu'à ce qu'il
vienne à la hauteur du
terrain , & depuis la juf
ques à Verfailles , il continue
fur terre de meſme
qu'entre Pontgouin &
Berchere pendant vingtcinq
mille toiſes , horſmis :
qu'en quelques endrois il
y aura dans terre unAque--
duc de Maçonnerie. La
298 Voyage des Amb.
plus grande hauteur de
l'Aqueduc dans le fondde
Maintenon , où paſſent
les Rivieres d'Eure & de
Gallardon , & où font les
triples arcades , eft de216.
pieds 6. pouces , juſqu'au
pavé des Corridors , ſans
les fondemens qui doivent
avoir 15. ou 16. pieds
de profondeur , & fans le
Parapet qui a trois pieds
fix pouces.
La hauteur des premieresArcades
juſque ſous la
de Siam. 252
voûte eſt de foixante &
ſeize pieds ,& juſqu'au pavé
des ſecondes quatre--
vingt-un pied fix pouces.
Les fecondes arcades
ont juſque ſous la voûte
foixante&dix pieds ,&jufqu'au
pavédes troiſiemes ,
quatre-vingt- cinq pieds.
Les troifiémes arcades
ont juſque ſous la voure
trente pieds trois pouces,
& juſqu'aux Corridors
neuf pieds neuf pouces,
fur leſquels font les Para
Yij
260 Voyage desAmb.
pets de trois pieds fix pou
ces .
Le Canal à ſept pieds
de large par bas , & s'élargit
juſqu'à ſept pieds fix
pouces , à la hauteur de
quatre pieds où commence
lavoute à plein ceintre.
Il y a de coſté & d'autre
du Canal un Corridor
-de trois pieds , & un Parapet
de dix- fept pouces de
large.
Les piles font à plomb
par le dedans hors de ter
de Siam. 261
re ,& par les coſtez . Il y
a par tout l'Aquedue un
pouce pour toiſe de talus,
mais les piliers bourans
en ont davantage au deffus
des premieres Arcades .
Il ſe fait de part & d'autre
une retraite d'environ
-ſept pieds , & au deffus
des fecondes , de prés de
fix pieds .
Ily a une porte au milieu
de chaque pile pour
pouvoir paffer tout du
long de l'Aqueduc , tant
262 Voyage des Amb.
aux ſecondes Arcades
qu'aux troifiémes. Lesportes
des fecondes ont quatre
pieds de large ,& celles
des troifiémes trois pieds
fix pouces , fur ſept pieds
dehaut.
Il y a des Eſcaliers qui
montent de terre au premier
étage par le dehors.
Ceux qui montent au
ſecond ſont pratiquez
dans l'épaiffeur des piles,
& ceux qui montent au
troifiéme font partie de
de Siam. 263
dans , partie dehors.
Voilà l'eſtat où eftoient
ces Ouvrages il y a fix
mois. Ils doivent eftre prefentement
bien plus avancez,
puisque plus de trente
mille hommes n'ont point
ceffé d'y travailler pendat
ce temps- là. De ces trente
mille hommes, il y en
a une partie de Maçons,
d'Apareilleurs , & d'autres
gens neceſſaires pour
les choſes qui ne peuvent
être faites par lesTroupes.
264 Vyage des Amb.
Elles font employées tant
l'Aqueduc qu'aux CarrieresdeGallardon
&d'Epernon
, & aux Ouvrages de
terre & fe montent à
vingt - deux mille hommes
où environ. Voicy les
noms des Regimens qui
les compoſent. Je ne vous
les envoye pas felon leur
rang.
REGIMENS.
Picardie.
Champagne..point
Royal
de Siam. 265
Royal des Vaiſſeaux.
Languedoc.
Navarre.
Feuquieres.
Cruffol.
La Fare .
Fufiliers du Roy.
Alface.
Vaubecour.
Lyonnois.
Dauphin .
La Reyne .
Anjou.
Vermandois.
Il y a outre cela trois
Z
266 Voyage des Amb.
Efcadrons de Dragons .
Le Logis des Ambaffadeurs
fut gardé par une
Compagnie dont le Capitaine
, le Lieutenant &
1 ' Enſeigne étoient en
Hauſſe - Col , pour leur
faire plus d'honneur. M
le Marquis d'Uxelles qui
commande toutes ces
Troupes , alla luy- meſme
le premier jour demander
le mot aux Ambaſſadeurs ,
&ils donnerent pour mot
Prosperité. Le Major Ge
deSiam. 267
neraly alla le prendre les
deuxjours fuivans , & les
motsqu'ils luy donnerent
furent l'Alliance Royale,
& Deux contre tous . Je
ne vous dis point qu'ils
entendoient parler des
Rois de France & de
Siam Ils admirerent les
Travaux dont je viens
de vous faire la defcription.
Le premier Ambaffadeur
les conçeut fi bien,
& en donna des marques
fi convaincantes , qu'iln'y
Zij
268 Voyage des Amb.
a point d'Architecte ny
d'Ingenieur qui euft pû les
mieux comprendre . Il dit
auffi , Qu'il ne croyoit pas
que tous les Rois de l' Europe
ensemble en puſſentfaire
autant. On leur fit voir
toutes les Troupes qui bátirent
aux Champs , &
falüerent du Drapeau.
Elles firent l'Exercice au
fon du Tambour, & montrerent
la parfaite intelligence
qu'elles ontdu Mêtier
de la Guerre.Il y avoit
de Siam. 269
douze Chevaux de l'Ecurie
du Roy que l'Ambaffadeur
& les Mandarins
monterent. Le premier
Ambaffadeur montra
d'un air fort déliberé ,
de quelle maniere les Siamois
ſe battent avec la
Lance. On luy demanda
s'il trouvoit les Troupes
du Roy belles , & il répondit,
qu'il ne croyoit pas
en avoir veu Cette réponfe
furprit , mais il tira bientoſt
d'embarras ceux qui
Z iij
270 Voyage des Amb.
l'avoient entenduë ,&dit
Qu'il ne croyoit pas avoir
vû des Troupes, maisfeulement
des Officiers , parce
qu'ils en avoient tous l'air,
&& l'adreſſe . M' le Marquis
d'Uxelles luy don.
na un magnifique Repas,
avec les Princes d'Hano
ver
, d'Holſtein , d'Harmeſtein
& d'Hanau. On
y but la Santédu Roy , &
l'on peut dire que c'eſt
la ſcule choſe dont il ait
efté ſurpris en France ,
de Siam.
27
ayant toûjours dit , Que
comme on devoit tout attendre
des François il n'étoit
étonné de rien ; mais
il eut de la peine à ſe perfuader
qu'on puft boire à
la Santé du Roy ſans manquer
de reſpect. On luy
dit que les diftinctions
qu'on faiſoit en la beuvant,
marquoient le refpect
, & qu'enfin le Roy
donnoit cette liberté ,
parce qu'elle faiſoit voir le
zele , & l'amour qu'on a-
Zij
272 Voyage des Amb.
'voit pour luy. Il joüa aprés
leRepas à toute table
avec Mª d'Uxelles , & le
gagna. Il dit lors qu'il eut
vû les Ouvrages , & les
Troupes , Qu'il ne s'éton
noit point de la grandeur,
&de la prosperité du Roy ,
& que beaucoup de choſes
ycontribuoient,Scavoir l'union
de la Famille Royale ,
l'avantage qu'il avoit de
gouverner par luy-mesme,
lafidelité , la ponctualité ,
Pintelligence, &la vigilande
Siam. 273
ce de ſes Ministres , es la
bonté deſes Troupes remplies
de jeuneſfe adroite,
& propre à tout.
Fermer
Résumé : Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Le texte décrit les travaux entrepris pour approvisionner en eau le château de Versailles en utilisant la rivière d'Eure. Initialement, des projets visant à utiliser la Loire furent jugés impraticables en raison de la longueur du trajet et des difficultés topographiques. Le roi abandonna cette idée après avoir été convaincu par les relevés de Picard de l'Académie des Sciences. En 1684, Louvois, en considérant la hauteur de la rivière d'Eure et les terrains élevés entre Versailles et Maintenon, ordonna à La Hire, professeur en mathématiques et membre de l'Académie des Sciences, de vérifier la hauteur de cette rivière. La Hire découvrit que l'Eure était suffisamment haute à Pontgouin pour alimenter Versailles. Après vérifications, les travaux commencèrent, incluant la construction de canaux et d'un aqueduc en maçonnerie et en terre. L'aqueduc, long de 2960 toises avec 242 arcades, fut décrit en détail avec des hauteurs variées selon les sections. Les travaux impliquèrent plus de 30 000 hommes, incluant des régiments de troupes et des artisans spécialisés. Les ambassadeurs étrangers, impressionnés par les travaux et les troupes, admirèrent la grandeur du projet et la discipline des soldats français. Par ailleurs, le texte relate la surprise d'un ambassadeur de Siam en France face à une coutume locale. Cet ambassadeur, bien que toujours admiratif des Français, eut du mal à comprendre comment on pouvait porter un toast à la santé du roi sans manquer de respect. On lui expliqua que les distinctions faites en buvant à la santé du roi montraient le respect et que cette liberté était accordée par le roi pour démontrer l'ardeur et l'amour du peuple à son égard. Après le repas, l'ambassadeur joua à des jeux de table avec Madame d'Uxelles et la gagna. Il exprima ensuite son admiration pour les œuvres et les troupes françaises, soulignant que la grandeur et la prospérité du roi étaient dues à plusieurs facteurs, notamment l'union de la famille royale, la capacité du roi à gouverner personnellement, la fidélité, la ponctualité, l'intelligence et la vigilance de ses ministres, ainsi que la qualité des troupes, composées de jeunes gens adroits et compétents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 31-70
Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le lendemain à l'Observatoire, & ils furent [...]
Mots clefs :
Observatoire, Description, Voir, Pieds, Machine, Tour, Verre, Lunettes, Hauteur, Ambassadeur, Bâtiment, Air, Machines, Soleil, Cassini, Paris, Ciel, Longueur, Tuyaux, Lune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Ils allerent le lendemain à
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
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Résumé : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité l'Observatoire Royal de Paris, situé à l'extrémité sud de la ville. Cet observatoire, conçu pour offrir une vue dégagée des astres, évite les vapeurs de la Seine et les fumées des maisons. Le bâtiment est de forme carrée avec trois tours : deux octogonales aux coins sud et une carrée au nord. Ces tours abritent des lunettes astronomiques pour observer les planètes et les étoiles. La tour nord est équipée d'une plateforme pour les observations et d'une terrasse élevée pour les instruments. L'Observatoire comprend deux étages voûtés et un puits profond de 147 pieds, utilisé pour diverses expériences scientifiques, comme observer les étoiles au zénith ou tester la résistance des tuyaux. Les ambassadeurs ont admiré les instruments et les expériences, notamment un miroir ardent et un planisphère. Ils ont également vu des lunettes de différentes longueurs et ont appris l'utilisation des lunettes sans tuyaux pour découvrir de nouveaux satellites de Saturne. L'Observatoire abrite également une machine astronomique et un anneau astronomique pour déterminer l'heure et la déclinaison magnétique. Une grande carte géographique, basée sur les observations des éclipses et des satellites de Jupiter, est gravée sur le pavé. Les ambassadeurs ont reconnu leur royaume et d'autres parties du monde sur cette carte. L'architecte de l'Observatoire, Monsieur Perrault, a intégré des connaissances en médecine et en mathématiques dans la construction. Les observations astronomiques et les corrections apportées à la géographie et à l'hydrographie par M. de Cassini ont réduit la distance entre le Siam et les Azores, ainsi qu'entre le Siam et les côtes de France, confirmées par les éclipses de lune de 1683 et 1685. Les pères jésuites De Fontenay et Tachard ont joué un rôle clé dans ces observations, ce qui a conduit le roi de Siam à établir un observatoire et à demander des jésuites pour les observations. Les ambassadeurs ont également visité Paris et ont été impressionnés par les machines et les observations astronomiques. Ils ont vu des machines montrant les éclipses et les mouvements des planètes, construites par Me Thuret. Les ambassadeurs ont également examiné diverses machines mécaniques et pneumatiques, et ont été impressionnés par les trompetes parlantes capables de communiquer à distance. L'ambassadeur a exprimé sa satisfaction et a promis de revenir pour discuter davantage. Il a également fait des remarques sur les taches solaires, comparant les taches sur le visage des femmes à celles du Soleil.
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3
p. 223-230
Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
Début :
On leur fit voir le jour même l'Aqueduc du [...]
Mots clefs :
Réservoirs, Aqueduc , Butte Montbauron, Montagne de Picardie, Pieds, Toises, Bassins, Machine de Marly, Petit bassin, Louvois
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texteReconnaissance textuelle : Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
On leur fit
voir le jour même l'Aqueduc
du Buc , les Refervoirs qu'ils.
trouverent tres-profonds , &
l'Etang de Creffé. Ils virent
auffi les Reſervoirs qui font
au lieu que l'on appelloit auparavant
, la Butte de Monbauron.
Elle est en face du
و
des Amb. de Siam. 215
LS
גנ
Château de Versailles , derfriere
le Chenil. Avant que
fle Roy y fift travailler , elle
s'élevoit en pointe , & faifoit
un mauvais aſpect à la veuë
du Château. On en a coupé
la cime environ juſqu'à la
hauteur du comble des Ecuries
, & de la terre qu'on a
répandue à l'entour avec ce
qui reſtoitdu hautde laButte,
on en a fait une grande efplanade
ou plate forme , où
l'on a conſtruit cinq grands
Reſervoirs pour conferver
ait l'eau , tant de la Machine de
Marly , que de la Riviere
d'Eure. Ces cinq baffins con
qu
vir
Sij
216 SaiteduVoyage
fiftent en quatre quarrez
longs à pans par les angles
exterieurs , & au milieu des
quatre eſt un petit baſſin rond
de dix toiſes de diamettre ,
appelle le receptacle des eaux ,
c'est-à-dire l'endroit ou les
canaux & les conduits viennent
fe rendre'; & ce petit
baſſin diſtribuë ſes eaux aux
quatre grands par les coins
échancrez en portion circulaire.
Ces cinq baſſins ſont
ſeparez par des allées de dixhuit
pieds chacune , &à l'en
tour eſt une allée de huit toiſes
qui regne depuis le bord
exterieur des baſſins , jul
des Amb. de Stam. 217
qu'au glacis de terres , qui
au pied de ce glacis & au bas
dela Butte , doivent eftre entourées
d'un mur de clôture.
Les grands baffins ontochacun
85. toiſes de longueur
dans oeuvre , fur 54. de large ;
le pan à l'angle exterieur eſt
de 18. toiſes. Ils ont de profondeur
18. pieds , pour avoir
22. pieds d'eau: de forte que
chaque baffin contient 8000.
toiſes cubes d'eau , qui font
224000. muids d'eau pour
chaque baffin . Ainfiles quatre
contiendront 8.96000.
muids d'eau. La conſtruction
eſt un mur de quatre pieds ,
Siij
218 Suite du Voyage
qui eſt le vray mur du Reſervoir
, & pour retenir l'eau
eſt un coroy de glaiſe de dixhuit
pouces d'épaiffeur , tant
au fondde ces baffins, qu'autour
des bords ;&cette glai
fe des bords eſt retenuë par
un murde quatre pieds par
en haut,&de cinq pieds par
en bas , fondé ſur une grille
de bois ſur la glaife , avec des
plates- formes. Ce mur fait
en talu d'un pied au dedans
du Reſervoir , eſt appellé mur
de douve. Il y a deux de ces
baffins achevez , & remplis
de l'eau de la Machine de
Marly qui eft conduite par
des Amb. de Siam.. 219
Fun Aqueduc depuis la mon-
It tagne de Picardie , juſqu'aux
ed Reſervoirs. Cét Aqueduc eft
long de soo. toiſes , & dans
ut fa plus grande hauteur il en
eg a 14. à 15. il a 24. pieds d'empattement
, qui revient à fix
s -pieds en haut , dont le Cadst
nal en occupe trois. Il doit
ga donner fur cette largeur de
rect trois pieds 648. pouces d'eau.
Comme les Ambaſſadeurs,
eds dont je vous décris aujour-
Iles d'huy l'hiſtoire de l'Ambaſſadetde,
s'attachent ſur tout à conempefiderer
les choſes qui marne
#quent particulierement la
ite grande puiſſance du Roy, ils
1
220 Suite du Voyage
examinerent cét Ouvrage ,
qui eſt digne d'être compare
à ceux de l'ancienne Rome ,
& auſquels des Armées enticres
( fi l'on peut parler ainfi )
ont travaillé, puiſqu'outre les
Ouvriers neceffaires pour inftruire
& pour conduire les autres
pluſieurs Regimens y
ont efté employez. Je ne
vous dis rien de ſa beauté
puiſque la ſeule deſcription
que vous en venez de voir ,
doit vous en avoir donné une
idée plus grande que vous ne
P'auriez de tout ce que je vous
en pourrois dire. Cependant
c'eſt le premier Ouvrage que
د
Mon
des Amb, de Siam. 2 221
Mr de Louvóis ait fait faire ,
aprés avoir eſté nommé Sur-
Intendant des Bâtimens. On
pourroit juger par des pareils
#coups d'effay dequoy ce Miniftre
eft capable , fi l'on n'en
ou eſtoit pas déja convaincu par
tout ce qu'ila faireni
voir le jour même l'Aqueduc
du Buc , les Refervoirs qu'ils.
trouverent tres-profonds , &
l'Etang de Creffé. Ils virent
auffi les Reſervoirs qui font
au lieu que l'on appelloit auparavant
, la Butte de Monbauron.
Elle est en face du
و
des Amb. de Siam. 215
LS
גנ
Château de Versailles , derfriere
le Chenil. Avant que
fle Roy y fift travailler , elle
s'élevoit en pointe , & faifoit
un mauvais aſpect à la veuë
du Château. On en a coupé
la cime environ juſqu'à la
hauteur du comble des Ecuries
, & de la terre qu'on a
répandue à l'entour avec ce
qui reſtoitdu hautde laButte,
on en a fait une grande efplanade
ou plate forme , où
l'on a conſtruit cinq grands
Reſervoirs pour conferver
ait l'eau , tant de la Machine de
Marly , que de la Riviere
d'Eure. Ces cinq baffins con
qu
vir
Sij
216 SaiteduVoyage
fiftent en quatre quarrez
longs à pans par les angles
exterieurs , & au milieu des
quatre eſt un petit baſſin rond
de dix toiſes de diamettre ,
appelle le receptacle des eaux ,
c'est-à-dire l'endroit ou les
canaux & les conduits viennent
fe rendre'; & ce petit
baſſin diſtribuë ſes eaux aux
quatre grands par les coins
échancrez en portion circulaire.
Ces cinq baſſins ſont
ſeparez par des allées de dixhuit
pieds chacune , &à l'en
tour eſt une allée de huit toiſes
qui regne depuis le bord
exterieur des baſſins , jul
des Amb. de Stam. 217
qu'au glacis de terres , qui
au pied de ce glacis & au bas
dela Butte , doivent eftre entourées
d'un mur de clôture.
Les grands baffins ontochacun
85. toiſes de longueur
dans oeuvre , fur 54. de large ;
le pan à l'angle exterieur eſt
de 18. toiſes. Ils ont de profondeur
18. pieds , pour avoir
22. pieds d'eau: de forte que
chaque baffin contient 8000.
toiſes cubes d'eau , qui font
224000. muids d'eau pour
chaque baffin . Ainfiles quatre
contiendront 8.96000.
muids d'eau. La conſtruction
eſt un mur de quatre pieds ,
Siij
218 Suite du Voyage
qui eſt le vray mur du Reſervoir
, & pour retenir l'eau
eſt un coroy de glaiſe de dixhuit
pouces d'épaiffeur , tant
au fondde ces baffins, qu'autour
des bords ;&cette glai
fe des bords eſt retenuë par
un murde quatre pieds par
en haut,&de cinq pieds par
en bas , fondé ſur une grille
de bois ſur la glaife , avec des
plates- formes. Ce mur fait
en talu d'un pied au dedans
du Reſervoir , eſt appellé mur
de douve. Il y a deux de ces
baffins achevez , & remplis
de l'eau de la Machine de
Marly qui eft conduite par
des Amb. de Siam.. 219
Fun Aqueduc depuis la mon-
It tagne de Picardie , juſqu'aux
ed Reſervoirs. Cét Aqueduc eft
long de soo. toiſes , & dans
ut fa plus grande hauteur il en
eg a 14. à 15. il a 24. pieds d'empattement
, qui revient à fix
s -pieds en haut , dont le Cadst
nal en occupe trois. Il doit
ga donner fur cette largeur de
rect trois pieds 648. pouces d'eau.
Comme les Ambaſſadeurs,
eds dont je vous décris aujour-
Iles d'huy l'hiſtoire de l'Ambaſſadetde,
s'attachent ſur tout à conempefiderer
les choſes qui marne
#quent particulierement la
ite grande puiſſance du Roy, ils
1
220 Suite du Voyage
examinerent cét Ouvrage ,
qui eſt digne d'être compare
à ceux de l'ancienne Rome ,
& auſquels des Armées enticres
( fi l'on peut parler ainfi )
ont travaillé, puiſqu'outre les
Ouvriers neceffaires pour inftruire
& pour conduire les autres
pluſieurs Regimens y
ont efté employez. Je ne
vous dis rien de ſa beauté
puiſque la ſeule deſcription
que vous en venez de voir ,
doit vous en avoir donné une
idée plus grande que vous ne
P'auriez de tout ce que je vous
en pourrois dire. Cependant
c'eſt le premier Ouvrage que
د
Mon
des Amb, de Siam. 2 221
Mr de Louvóis ait fait faire ,
aprés avoir eſté nommé Sur-
Intendant des Bâtimens. On
pourroit juger par des pareils
#coups d'effay dequoy ce Miniftre
eft capable , fi l'on n'en
ou eſtoit pas déja convaincu par
tout ce qu'ila faireni
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Résumé : Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité plusieurs ouvrages hydrauliques près du Château de Versailles, notamment l'Aqueduc du Buc, des réservoirs profonds et l'Étang de Creffé. Ils ont également observé des réservoirs situés sur l'ancienne Butte de Monbauron, transformée en esplanade par le roi. Cinq grands réservoirs y ont été construits pour stocker l'eau de la Machine de Marly et de la rivière d'Eure. Chaque réservoir mesure 85 toises de longueur sur 54 de largeur et contient 8000 toises cubes d'eau, soit 224000 muids. La construction inclut un mur de quatre pieds et un revêtement de glaise pour retenir l'eau. Deux réservoirs étaient achevés et remplis d'eau. Un aqueduc de 500 toises de long, avec une hauteur maximale de 14 à 15 pieds, alimente ces réservoirs. Les ambassadeurs ont comparé cet ouvrage aux réalisations de l'ancienne Rome et ont noté l'implication de plusieurs régiments dans sa construction. Cet aqueduc est le premier grand ouvrage réalisé par Mr de Louvois après sa nomination comme Surintendant des Bâtiments.
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4
p. 258-268
Description de la machine de Marly qui conduit la Riviere de Seine à Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Ils virent le mesme jour la Machine qui conduit l'eau [...]
Mots clefs :
Machine de Marly, Seine, Versailles, Eau, Balanciers, Tuyaux, Rivière, Colline, Tour, Pieds, Pièces, Digue, Réservoirs, Diamètre, Pistons
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texteReconnaissance textuelle : Description de la machine de Marly qui conduit la Riviere de Seine à Versailles, [titre d'après la table]
Ils virent le meſme jour
la Machine qui conduit l'eau
de la Seine à Verſailles , faite
par Me le Chevalier de Ville ,
& qu'on appelle Machine de
Marly , ou la Machine , ſans
rien adjoûter ; ce qui marque
encore plus une choſe qui
doit eſtre connuë par l'eſtime
où elle eſt.
L'invention de cette Machine
, & les effets qu'elle produit
, ſurprennent tous ceux
qui la voyent , ou qui en entendent
parler. Aufſi a-t-il
fallu des foreſts entieres pour
faire la digue & les galeries
de charpente qui ſont depuis
des Amb. de Siam.
249
17
al
10
0
d
la riviere , le long de la colline
, juſques au haut de la
tour de pierre. Sous ces galeries
ſont par intervales fur
le terrain de la coſte , des reſervoirs
, les uns ſuperieurs
aux autres. Le plus bas ayant
receu immediatement l'eau
de la riviere , contient fon
corps de pompe , qui la repouffe
par des tuyaux couchez
le long de la colline ,
dans les refervoirs ſuperieurs ,
& ainſi par repriſes juſqu'au
refervoir qui eſt ſur la tour
de pierre. Les corps de pomfpes
ont 4 pouces de diamétre
, & quelques- uns 6. & les
X iij
250 Suite du Voyage
piſtons par leur jeu de 4. pieds
aprés avoir puisé l'cay , larefoulent
& la forcent à monter
dans les refervoirs ſuperieurs.
Tous ces mouvemens
ſe font par le moyen de cent
balanciers verticalement poſez
, qui font joints l'un à
l'autre par des tirants , aufquels
d'autres eſpeces de balanciers
fervent de ſupports.
Ainſi lorſque la partie eft fuperieure
des balanciers s'épanchent
vers la riviere , &
leurs parties inferieures
montant vers le haut de la
recolline
,tirent les piſtons , &
puiſent de l'eau dans les corps
des Amb. de Siam .
251
1
C
des pompes , d'où ils la refoulent
lorſque la partie ſupericure
des balanciers vient à
remonter verticalement , &
qu'elle s'incline vers le haut
de la coline. Le premier
mobile de cette Machine eft
' un bras de la riviere de Seine
qu'on a barré par une
digue. Cette digue eſt ouverte
par deux endroits , par
leſquels l'eau eftant retenue
& plus élevée , & coulant avec
rapidité , fait tourner dans
chaque pertuis une rouë de
30. pieds de diametre , & de
55. à 6. pieds de longueur d'aîles.
Les extrémitez des axes
01
X iiij
252 Suite du Voyage
de chaque rouë fortent hors
de leurs appuis , & font tournez
en manivelles. La manivelle
qui eſt du côté de la
montagne , puife & refoule
l'eau dans les premiers corps
de pompe ; & l'autre mani
velle fert à faire mouvoir le
balancier. Il y antreize rouës
neuf deſquelles agiffent ordinairement
, & ſouvent les
treize toutes enſemble , &
fourniffent 200 pouces d'eau
à Verſailles , en faiſant mouvoir
2 500 pieces de bois verticales
, dont il n'y en a que
1000 qui ſoient veritablement
des balanciers , les au-
7
des Amb. de Siam.
253
0
tres pieces ne fervant que de
ſupport à leurs tirants, &toutes
ces pieces ne ſervent qu'à
faire mouvoir les mille balanciers
ou leviers" , leſquels
à chaque tour de rouë , s'inclinent
d'un côté & d'autre ;
& aprés avoir retiré les piftons
des corps des pompes
qui reçoivent une colomne
d'eau de 4 pieds de hauteur ,
& de 4 pouces de diamétre ,
la refoulent auffi- toſt. Treize
de ces balanciers ſont de
front , & par le moyen de 62
autres qui font le long de la
colline , ils ſervent à puiſer
l'eau du plus haut Reſervoir
1
X v
254 Suite du Voyage
dans le corps des Pompes ,
& à la refouler & forcer par
les piſtons à monter dans des
tuyaux verticalement poſez
dans la Tour de pierre , & à
dégorger dans le Reſervoir
qui eſt au plus haut étage ,
d'où l'eau defcendant par
d'autres tuyaux poſez à
plomb , & enfermez dans des
tuyaux enterrez , va fortir par
des tuyaux à plomb , dans le
plus haut refervoir du Château
de Versailles , d'où elle
eſt enſuite diftribuée .
Je ne ſçaurois vous donner
une plus haute idée de
cette Machine , qu'en vous
des Amb. de Siam.
2255
-
diſant , qu'elle éleve l'eau
qu'elle fournit à Versailles ,
prés de 64. toiſes de haut ce
qui devroit étonner toute la
terre , fi le Roy ne nous avoit
point accoutumé à de ſi grandes
choſes que l'on n'eſt plus
furpris que du nombre.co
La curioſté du premier
Ambaſſadeur eſtant auſſi
grande que ſon intelligence
eft vive , il examina autant
qu'il luy fut poffible cette
grande Machine , qui en contient
un millier d'autres. 11
en viſita pluſieurs endroits
&mania pluſieurs pieces ; &
comme on avoit tenu des
,
236 Suite du Voyage
Chevaux preſts afin qu'il pút
fatisfaire pleinement ſa curioſité
, il monta à cheval avec
les deux autres Ambaffadeurs
, & vifita tous les Ouvrages
qui font le long de la
Colline. Enfin aprés que le
premier Ambaſſadeur cut vû
tous les Refervoirs ; & penetré
autant qu'il luy fut poffible
le mouvant cahos d'ouvrages
differens , il dit : Eftce
un Homme , ou un Demon qui
a fait cette Machine ? C'est un
Homme ; mais cependant cét
Homme y a bien moins de part
qu'il ne croit. Cét Ouvrage eft
dû à la grandeur du Roy , à fa
des Amb. de Siam.
: 257
1
reputation qui attire en France
tout ce qu'il y a d'habiles Gens
au Monde pour les Arts , à la
maniere dont il recompense ceux
qui le fervent enfin au plaisir
qu'on a de travailler pour luy.
Voilà ce qui eft cause que nous
voyons aujourd'huy ce grand
Ouvrage,voilà ce qui l'a fait ,
& non pas l'Ouvrier qui le croit
tout de luy , parce qu'il y a travaillé.
la Machine qui conduit l'eau
de la Seine à Verſailles , faite
par Me le Chevalier de Ville ,
& qu'on appelle Machine de
Marly , ou la Machine , ſans
rien adjoûter ; ce qui marque
encore plus une choſe qui
doit eſtre connuë par l'eſtime
où elle eſt.
L'invention de cette Machine
, & les effets qu'elle produit
, ſurprennent tous ceux
qui la voyent , ou qui en entendent
parler. Aufſi a-t-il
fallu des foreſts entieres pour
faire la digue & les galeries
de charpente qui ſont depuis
des Amb. de Siam.
249
17
al
10
0
d
la riviere , le long de la colline
, juſques au haut de la
tour de pierre. Sous ces galeries
ſont par intervales fur
le terrain de la coſte , des reſervoirs
, les uns ſuperieurs
aux autres. Le plus bas ayant
receu immediatement l'eau
de la riviere , contient fon
corps de pompe , qui la repouffe
par des tuyaux couchez
le long de la colline ,
dans les refervoirs ſuperieurs ,
& ainſi par repriſes juſqu'au
refervoir qui eſt ſur la tour
de pierre. Les corps de pomfpes
ont 4 pouces de diamétre
, & quelques- uns 6. & les
X iij
250 Suite du Voyage
piſtons par leur jeu de 4. pieds
aprés avoir puisé l'cay , larefoulent
& la forcent à monter
dans les refervoirs ſuperieurs.
Tous ces mouvemens
ſe font par le moyen de cent
balanciers verticalement poſez
, qui font joints l'un à
l'autre par des tirants , aufquels
d'autres eſpeces de balanciers
fervent de ſupports.
Ainſi lorſque la partie eft fuperieure
des balanciers s'épanchent
vers la riviere , &
leurs parties inferieures
montant vers le haut de la
recolline
,tirent les piſtons , &
puiſent de l'eau dans les corps
des Amb. de Siam .
251
1
C
des pompes , d'où ils la refoulent
lorſque la partie ſupericure
des balanciers vient à
remonter verticalement , &
qu'elle s'incline vers le haut
de la coline. Le premier
mobile de cette Machine eft
' un bras de la riviere de Seine
qu'on a barré par une
digue. Cette digue eſt ouverte
par deux endroits , par
leſquels l'eau eftant retenue
& plus élevée , & coulant avec
rapidité , fait tourner dans
chaque pertuis une rouë de
30. pieds de diametre , & de
55. à 6. pieds de longueur d'aîles.
Les extrémitez des axes
01
X iiij
252 Suite du Voyage
de chaque rouë fortent hors
de leurs appuis , & font tournez
en manivelles. La manivelle
qui eſt du côté de la
montagne , puife & refoule
l'eau dans les premiers corps
de pompe ; & l'autre mani
velle fert à faire mouvoir le
balancier. Il y antreize rouës
neuf deſquelles agiffent ordinairement
, & ſouvent les
treize toutes enſemble , &
fourniffent 200 pouces d'eau
à Verſailles , en faiſant mouvoir
2 500 pieces de bois verticales
, dont il n'y en a que
1000 qui ſoient veritablement
des balanciers , les au-
7
des Amb. de Siam.
253
0
tres pieces ne fervant que de
ſupport à leurs tirants, &toutes
ces pieces ne ſervent qu'à
faire mouvoir les mille balanciers
ou leviers" , leſquels
à chaque tour de rouë , s'inclinent
d'un côté & d'autre ;
& aprés avoir retiré les piftons
des corps des pompes
qui reçoivent une colomne
d'eau de 4 pieds de hauteur ,
& de 4 pouces de diamétre ,
la refoulent auffi- toſt. Treize
de ces balanciers ſont de
front , & par le moyen de 62
autres qui font le long de la
colline , ils ſervent à puiſer
l'eau du plus haut Reſervoir
1
X v
254 Suite du Voyage
dans le corps des Pompes ,
& à la refouler & forcer par
les piſtons à monter dans des
tuyaux verticalement poſez
dans la Tour de pierre , & à
dégorger dans le Reſervoir
qui eſt au plus haut étage ,
d'où l'eau defcendant par
d'autres tuyaux poſez à
plomb , & enfermez dans des
tuyaux enterrez , va fortir par
des tuyaux à plomb , dans le
plus haut refervoir du Château
de Versailles , d'où elle
eſt enſuite diftribuée .
Je ne ſçaurois vous donner
une plus haute idée de
cette Machine , qu'en vous
des Amb. de Siam.
2255
-
diſant , qu'elle éleve l'eau
qu'elle fournit à Versailles ,
prés de 64. toiſes de haut ce
qui devroit étonner toute la
terre , fi le Roy ne nous avoit
point accoutumé à de ſi grandes
choſes que l'on n'eſt plus
furpris que du nombre.co
La curioſté du premier
Ambaſſadeur eſtant auſſi
grande que ſon intelligence
eft vive , il examina autant
qu'il luy fut poffible cette
grande Machine , qui en contient
un millier d'autres. 11
en viſita pluſieurs endroits
&mania pluſieurs pieces ; &
comme on avoit tenu des
,
236 Suite du Voyage
Chevaux preſts afin qu'il pút
fatisfaire pleinement ſa curioſité
, il monta à cheval avec
les deux autres Ambaffadeurs
, & vifita tous les Ouvrages
qui font le long de la
Colline. Enfin aprés que le
premier Ambaſſadeur cut vû
tous les Refervoirs ; & penetré
autant qu'il luy fut poffible
le mouvant cahos d'ouvrages
differens , il dit : Eftce
un Homme , ou un Demon qui
a fait cette Machine ? C'est un
Homme ; mais cependant cét
Homme y a bien moins de part
qu'il ne croit. Cét Ouvrage eft
dû à la grandeur du Roy , à fa
des Amb. de Siam.
: 257
1
reputation qui attire en France
tout ce qu'il y a d'habiles Gens
au Monde pour les Arts , à la
maniere dont il recompense ceux
qui le fervent enfin au plaisir
qu'on a de travailler pour luy.
Voilà ce qui eft cause que nous
voyons aujourd'huy ce grand
Ouvrage,voilà ce qui l'a fait ,
& non pas l'Ouvrier qui le croit
tout de luy , parce qu'il y a travaillé.
Fermer
Résumé : Description de la machine de Marly qui conduit la Riviere de Seine à Versailles, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite de la Machine de Marly, une construction remarquable réalisée par le Chevalier de Ville. Cette machine, située à Marly, a pour fonction de conduire l'eau de la Seine jusqu'au château de Versailles. Elle est particulièrement admirée pour son ingéniosité et son efficacité. La Machine de Marly utilise des quantités considérables de bois pour les digues et les galeries de charpente. Elle comprend plusieurs réservoirs situés à différents niveaux le long d'une colline. L'eau est pompée depuis la rivière et refoulée dans des réservoirs supérieurs grâce à des pistons et des balanciers. Le mouvement est initié par des roues hydrauliques actionnées par l'eau de la Seine, dont le cours est barré par une digue. En général, treize roues sont en fonctionnement simultanément, permettant de fournir 200 pouces d'eau à Versailles. La machine est capable d'élever l'eau à une hauteur proche de 64 toises. Les ambassadeurs de Siam, connus pour leur curiosité et leur intelligence, ont examiné en détail cette machine complexe. Ils ont admiré son fonctionnement et son utilité, attribuant cette réalisation à la grandeur du roi, qui sait attirer et récompenser les meilleurs artisans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 272-285
Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
Début :
On les mena ensuite voir la Galerie, & le grand [...]
Mots clefs :
Galerie, Grand appartement du roi, Description, Argent, Roi, Pieds, Charles Le Brun, Vases, Brancards, Ambassadeur, Appartement, Guéridons, Girandoles, Chandeliers, Bronze doré, Peintures, Premier ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
On
les mena enſuite voir la Ga-
แว lerie ,& le grand & petit appartement
de Sa Majefté. Ce
feroit icy le lieu de vous faire
une ample deſcription de la
Galerie;mais comme je vous
en ay déja donné en détail
✓ dans ma Lettre de Septembre
1684. je vous diray ſeulement
qu'elle a quarante toiſes de
long , & trente-fix pieds de
large ; Que Me le Brun y a
peint l'hiſtoire du Roy depuis
la Paix des Pyrenées , juſqu'à
celle de Nimegue ; & que
toutes les actions de ce Monarque
y font repreſentées
Y
262 Suite da Voyage
fous des Figuresallégoriques.
Mr le Brun a travaillé pendant
quatre année à gétOu
vrage , qui eſt tout de ſa main.
Il y a huit Figures antiques
dans huit niches de cette
Galerie , qui font l'Apollon
& la Venus de Smirne , la
Venus d'Arles , la Diane d'Epheſe
, le Bachus ,le Sommeil
, & deux Senateurs. Les
trois premieres de ces Figures
ont eſte reſtaurées par M
Girardon ; il a auffi accommodé
en buſtes avec des draperies
de Bronze doré douze
Têtes de Porphire , qui repre
fentent les douze Cefars , &
des Amb, de Siam.
263
quatre autres de pierre de
Touche ou pierre noire , qui
font des Têtes d'Hommes Illuftres.
Toutes ces Statuës
& toutes ces Buſtes ne font
pas le ſeul ornement de la
Galerie ; on y voit auffi beaucoup
de Vazes , de Brancards,
ide Quaiffes d'Orangers , de
Cuvettes , de Bancs de Tor
| cheres , de Gueridons d'ar
gent , garnis de Girandoles &
de Chandeliers de même ma
tiere , ainſi que pluſieurs Vazes
& Navichelles de Porphire
de formes differentes fort
delicatement travaillez &
Yij
264 Suite du Voyage
tres bien foüillez . Ces Vazes
font poſez deſſus & deſſous
des Tables qui font auffi de
Pierres precieuſes , & que les
Glaces dont pluſieurs grands
ceintres de ce Lieu ſont remplis,
multiplient encore .
Comme Mr le Brun fe
trouva dans cette Galerie , il
fatisfit les Ambaſſadeurs fur
tout ce que leur curiofité les
porta à luy demander. Le
premier Ambaſſadeur s'attacha
a confiderer tous les Portraits
du Roy , qu'il remarqua.
Mª le Brún luy expliqua
l'endroit de la priſe de
Gand , & luy dit que le Roy
des Amb. de Siam.
265
voulant affieger cette Place , avoit
efté d'abord ſur les Frontieres
d'Allemagne pour empescber
ſes Ennemis de s'en douter ;
qu'ensuite des Troupes difpersées
en divers endroits , &
auſquelles on ne pensoit pas
ayant foudain affiegé Gand , le
- Roy qu'on en croyoit bien éloigné
, avoit pris la poſte , & s'étoit
trouvé tout- à-coup devant
cette Place. L'Ambaſſadeur
>
répondit , Que l'action estant
d'un Dien , il ne s'étonnoit pas
fi dans ce Tableau le Roy paroiffoit
dans cette posture. Ce
que cét Ambaſſadeur voyoit
alors , & tout ce qu'il avoit
Y uj
266 Suite du Voyage
déja veu de Me le Brun , fut
cauſe qu'il luy dit , qu'il estoit
Le Roy des Peintres. Ce qu'il
a ſouvent dit depuis. Il trouva
les Bancs d'argent que
M² de Launay Orphévre du
Roy a fait dans cette Galerie,
tres-bien travaillez , & en
leva un par les deux bouts
pour en connoître à peu prés
la peſanteur & dit qu'en les
faisant si lourds , on avoit trouvé
une bonne invention pour
empefcher les Voleurs de les emporter.
L'Ambaſſfadeur avant
que de ſortir de cette Galerie
, examina les ornemens
qui en accompagnent la peine
des Amb: de Siam. 267
ture qui conſiſtent en des
Trophées de relief qui font
fur la corniche qui eſt dorée
auffi-bien que la frife & l'architrave
des chapiteaux , &
des bazes de Bronze doré ,
& des pilaftres d'un tres -beau
Marbre , ainſi que le reſte de
L'Architecture S
Ils pafferent enfuite dans le
Salon de la,Galerie,, par le
quel on entre dans le grand
Appartement du Roy On
le nomme Le Salon de Mars ,
par rapport aux peintures
que Me la Brun y achevoit
alors. Les échafaux qui en
couvroient le Plafonds , y
.
268 Suite du Voyage
eftoient encore. Ce Salon
ne laiſſoit pas d'eſtre orné de
Brancards d'argent , portant
des Chandeliers de deux pieds
de haut , & de quantité de
Vazesd'argent entre ces Brancards
Ils entrerent de làdans le
grand Appartement , qui
contient une longue enfilade
de Pieces. La premiere
qu'ils virent eſt celle du
Trône. La Tapifferie eſtoit
d'une broderie or & argent ,
& d'un ſi grand relief, qu'on
remarquoit en pluſieurs endroits
des morceaux d'argent
cizelé Le Dais estoit de
même.
des Amb. de Siam. 269
même. Au deſſous de ce Daix
ſur une eſtrade couverte d'un
Tapis de Perle à fonds d'or ,
eſtoit un Trône d'argent de
huit pieds de haut. Quatre
Enfans portant des Corbeilles
de fleurs , en ſoutiennent
le fiege & le doffier. Sur le
haut du ſiege que forme le
doffier Apollon eſt en pied, avec
une Couronne de Laurier
ſur la tête , & tenant ſa Lyre.
La Juſtice & la Force font
affiſes ſur les deux tournans.
Aux deux côtez du Trône
deux ſcabelons d'argent portent
des Carreaux , aux deux
angles ſont des Torcheres de
Z
270 Suite du Voyage
huit pied de haut. Quatre
Girandoles portées par des
Gueridons d'argent de fix
pieds de haut, parent les quatre
coins de la Chambre .
Celle qui fuit eſt la Chambre
de Mercure , toutes ayant leur
nom par rapport aux peintures
qu'on y voit. Il y avoit
dedans un Lit tout de Point
d'Eſpagne , dont le ciel finit
en dôme C'eſt l'ouvrage le
plus beau & le plus grand
de cette Nature qu'on ait encore
fait . On voit enfuite la
Chambre de Mars ; puis celle
deDiane ; aprés quoy on trouve
la Salle de Venus , & celle
des Amb. de Siam.
271
,
de l' Abondance. Je n'entreray
point dans le détail de l'Argenteric
qui eſt dans toutes
ces Chambres. Il y en a pour
pluſieurs millions confiftant
en Balustrades d'argent de
douze pieds de haut , & des
Chandeliers deſſus de même
hauteur , Scabelons , Caffoletes
, Baffins de trois à quatre
pieds de diametre , Vazes ,
Cheners , Foyers , garnitures
de Cheminées , Luftres d'ar
gent , Tables , bordures de
Miroirs , Gueridons , groupes
de Figures d'argent , Cuvettes
, Sceaux , Buires , Gue
ridons , quaiſſes d'Orangers
Zij
272 Suite du Voyage
Brancards & Girandoles.Tous
ces Ouvrages font hiftoriez &
remplis de Figures bien travaillées.
Il ſeroit impoffible
de vous dire avec combien
d'application toutes ces choſes
furent regardées ; mais il
eſt plus aiſe de ſe l'imaginer ,
ſçachant l'efprit & la curioſité
des Ambaſſadeurs , qui ne
laiſſent rien échaper ſans l'examiner
, & qui demandent
des éclairciſſemens fur tout
ce qu'ils ne connoiffent pas.
Le premier Ambaſſadeur prit
beaucoup de plaifir à regarder
deux Tableaux de Raphaël
, dont l'un reprefente
des Amb. de Siam. 273
د la Sainte Famille & l'autre
un Saint Michel. Aprés qu'on
luy eut dit qu'ils eſtoient
d'un même Maître , & également
beaux , on luy demanda
lequel il aimoit le mieux.
Il répondit , Que puisque le
travail estoit égal , il aimoit
mieux celuy qui estoit remply de
Figures , parce que les beautez
y devoient estre en plus grand
nombre.
les mena enſuite voir la Ga-
แว lerie ,& le grand & petit appartement
de Sa Majefté. Ce
feroit icy le lieu de vous faire
une ample deſcription de la
Galerie;mais comme je vous
en ay déja donné en détail
✓ dans ma Lettre de Septembre
1684. je vous diray ſeulement
qu'elle a quarante toiſes de
long , & trente-fix pieds de
large ; Que Me le Brun y a
peint l'hiſtoire du Roy depuis
la Paix des Pyrenées , juſqu'à
celle de Nimegue ; & que
toutes les actions de ce Monarque
y font repreſentées
Y
262 Suite da Voyage
fous des Figuresallégoriques.
Mr le Brun a travaillé pendant
quatre année à gétOu
vrage , qui eſt tout de ſa main.
Il y a huit Figures antiques
dans huit niches de cette
Galerie , qui font l'Apollon
& la Venus de Smirne , la
Venus d'Arles , la Diane d'Epheſe
, le Bachus ,le Sommeil
, & deux Senateurs. Les
trois premieres de ces Figures
ont eſte reſtaurées par M
Girardon ; il a auffi accommodé
en buſtes avec des draperies
de Bronze doré douze
Têtes de Porphire , qui repre
fentent les douze Cefars , &
des Amb, de Siam.
263
quatre autres de pierre de
Touche ou pierre noire , qui
font des Têtes d'Hommes Illuftres.
Toutes ces Statuës
& toutes ces Buſtes ne font
pas le ſeul ornement de la
Galerie ; on y voit auffi beaucoup
de Vazes , de Brancards,
ide Quaiffes d'Orangers , de
Cuvettes , de Bancs de Tor
| cheres , de Gueridons d'ar
gent , garnis de Girandoles &
de Chandeliers de même ma
tiere , ainſi que pluſieurs Vazes
& Navichelles de Porphire
de formes differentes fort
delicatement travaillez &
Yij
264 Suite du Voyage
tres bien foüillez . Ces Vazes
font poſez deſſus & deſſous
des Tables qui font auffi de
Pierres precieuſes , & que les
Glaces dont pluſieurs grands
ceintres de ce Lieu ſont remplis,
multiplient encore .
Comme Mr le Brun fe
trouva dans cette Galerie , il
fatisfit les Ambaſſadeurs fur
tout ce que leur curiofité les
porta à luy demander. Le
premier Ambaſſadeur s'attacha
a confiderer tous les Portraits
du Roy , qu'il remarqua.
Mª le Brún luy expliqua
l'endroit de la priſe de
Gand , & luy dit que le Roy
des Amb. de Siam.
265
voulant affieger cette Place , avoit
efté d'abord ſur les Frontieres
d'Allemagne pour empescber
ſes Ennemis de s'en douter ;
qu'ensuite des Troupes difpersées
en divers endroits , &
auſquelles on ne pensoit pas
ayant foudain affiegé Gand , le
- Roy qu'on en croyoit bien éloigné
, avoit pris la poſte , & s'étoit
trouvé tout- à-coup devant
cette Place. L'Ambaſſadeur
>
répondit , Que l'action estant
d'un Dien , il ne s'étonnoit pas
fi dans ce Tableau le Roy paroiffoit
dans cette posture. Ce
que cét Ambaſſadeur voyoit
alors , & tout ce qu'il avoit
Y uj
266 Suite du Voyage
déja veu de Me le Brun , fut
cauſe qu'il luy dit , qu'il estoit
Le Roy des Peintres. Ce qu'il
a ſouvent dit depuis. Il trouva
les Bancs d'argent que
M² de Launay Orphévre du
Roy a fait dans cette Galerie,
tres-bien travaillez , & en
leva un par les deux bouts
pour en connoître à peu prés
la peſanteur & dit qu'en les
faisant si lourds , on avoit trouvé
une bonne invention pour
empefcher les Voleurs de les emporter.
L'Ambaſſfadeur avant
que de ſortir de cette Galerie
, examina les ornemens
qui en accompagnent la peine
des Amb: de Siam. 267
ture qui conſiſtent en des
Trophées de relief qui font
fur la corniche qui eſt dorée
auffi-bien que la frife & l'architrave
des chapiteaux , &
des bazes de Bronze doré ,
& des pilaftres d'un tres -beau
Marbre , ainſi que le reſte de
L'Architecture S
Ils pafferent enfuite dans le
Salon de la,Galerie,, par le
quel on entre dans le grand
Appartement du Roy On
le nomme Le Salon de Mars ,
par rapport aux peintures
que Me la Brun y achevoit
alors. Les échafaux qui en
couvroient le Plafonds , y
.
268 Suite du Voyage
eftoient encore. Ce Salon
ne laiſſoit pas d'eſtre orné de
Brancards d'argent , portant
des Chandeliers de deux pieds
de haut , & de quantité de
Vazesd'argent entre ces Brancards
Ils entrerent de làdans le
grand Appartement , qui
contient une longue enfilade
de Pieces. La premiere
qu'ils virent eſt celle du
Trône. La Tapifferie eſtoit
d'une broderie or & argent ,
& d'un ſi grand relief, qu'on
remarquoit en pluſieurs endroits
des morceaux d'argent
cizelé Le Dais estoit de
même.
des Amb. de Siam. 269
même. Au deſſous de ce Daix
ſur une eſtrade couverte d'un
Tapis de Perle à fonds d'or ,
eſtoit un Trône d'argent de
huit pieds de haut. Quatre
Enfans portant des Corbeilles
de fleurs , en ſoutiennent
le fiege & le doffier. Sur le
haut du ſiege que forme le
doffier Apollon eſt en pied, avec
une Couronne de Laurier
ſur la tête , & tenant ſa Lyre.
La Juſtice & la Force font
affiſes ſur les deux tournans.
Aux deux côtez du Trône
deux ſcabelons d'argent portent
des Carreaux , aux deux
angles ſont des Torcheres de
Z
270 Suite du Voyage
huit pied de haut. Quatre
Girandoles portées par des
Gueridons d'argent de fix
pieds de haut, parent les quatre
coins de la Chambre .
Celle qui fuit eſt la Chambre
de Mercure , toutes ayant leur
nom par rapport aux peintures
qu'on y voit. Il y avoit
dedans un Lit tout de Point
d'Eſpagne , dont le ciel finit
en dôme C'eſt l'ouvrage le
plus beau & le plus grand
de cette Nature qu'on ait encore
fait . On voit enfuite la
Chambre de Mars ; puis celle
deDiane ; aprés quoy on trouve
la Salle de Venus , & celle
des Amb. de Siam.
271
,
de l' Abondance. Je n'entreray
point dans le détail de l'Argenteric
qui eſt dans toutes
ces Chambres. Il y en a pour
pluſieurs millions confiftant
en Balustrades d'argent de
douze pieds de haut , & des
Chandeliers deſſus de même
hauteur , Scabelons , Caffoletes
, Baffins de trois à quatre
pieds de diametre , Vazes ,
Cheners , Foyers , garnitures
de Cheminées , Luftres d'ar
gent , Tables , bordures de
Miroirs , Gueridons , groupes
de Figures d'argent , Cuvettes
, Sceaux , Buires , Gue
ridons , quaiſſes d'Orangers
Zij
272 Suite du Voyage
Brancards & Girandoles.Tous
ces Ouvrages font hiftoriez &
remplis de Figures bien travaillées.
Il ſeroit impoffible
de vous dire avec combien
d'application toutes ces choſes
furent regardées ; mais il
eſt plus aiſe de ſe l'imaginer ,
ſçachant l'efprit & la curioſité
des Ambaſſadeurs , qui ne
laiſſent rien échaper ſans l'examiner
, & qui demandent
des éclairciſſemens fur tout
ce qu'ils ne connoiffent pas.
Le premier Ambaſſadeur prit
beaucoup de plaifir à regarder
deux Tableaux de Raphaël
, dont l'un reprefente
des Amb. de Siam. 273
د la Sainte Famille & l'autre
un Saint Michel. Aprés qu'on
luy eut dit qu'ils eſtoient
d'un même Maître , & également
beaux , on luy demanda
lequel il aimoit le mieux.
Il répondit , Que puisque le
travail estoit égal , il aimoit
mieux celuy qui estoit remply de
Figures , parce que les beautez
y devoient estre en plus grand
nombre.
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Résumé : Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
Le texte décrit une visite de la Galerie et des appartements royaux. La Galerie, mesurant quarante toises de longueur et trente-six pieds de largeur, est décorée de peintures de Charles Le Brun illustrant l'histoire du roi depuis la Paix des Pyrénées jusqu'à la Paix de Nimègue, accompagnées de figures allégoriques. Le Brun a consacré quatre années à cet ouvrage. La Galerie abrite également huit statues antiques restaurées par Girardon et douze bustes en porphyre représentant les douze Césars. Divers objets d'art, tels que des vases, des brancards, des girandoles et des tables en pierres précieuses, y sont exposés. Les ambassadeurs, curieux et attentifs, ont examiné chaque détail et ont été impressionnés par la qualité des œuvres, notamment les bancs d'argent et les trophées de relief dorés. La visite s'est poursuivie dans le Salon de Mars, puis dans le grand appartement du roi, incluant la chambre du Trône, la chambre de Mercure, celle de Mars, celle de Diane et la salle de l'Abondance. Chaque chambre est richement décorée d'argenterie et de peintures. Les ambassadeurs ont manifesté un grand intérêt pour les tableaux de Raphaël, en particulier ceux représentant la Sainte Famille et Saint Michel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 115-171
LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
Début :
Je vous envoyay il y a deux mois une Lettre fort curieuse / Vous demandez, Monsieur, bien des choses à la fois à un [...]
Mots clefs :
Eau, Canal, Rivière, Niveau, Lieues, Bout, Terre, Toises, François Bernier, Claude Comiers, Pente, Longueur, Versailles, Pieds, Ligne, Pouces, Eaux, Lignes, Point, Eure, Cercle de la terre, Hauteur, Centre, Lettre, Mers, Plan, Milieu, Conduite, Languedoc, Nivellement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
Ie vous envoyay il y a deux
mois une Lettre fort curieuſe
du fameux Monfieur Bernier.
Elle a trouvé des Admirateurs
&des Critiques , mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ſes parties , ils en combattent
ſeulement quelquesunes
, & ils le font de cette
maniere honneſte,qui fait ſouvent
plaiſir à ceux qui font attaquez
, puis qu'elle leurdonne
lieu de faire paroiſtre ce
qu'ils ſçavent. Ainſi l'on peue
dire que les querelles qui arri
GALANT.
83
১
ces
vent entre les gens de Lettres,
ſont preſque toûjours à l'avantage
, & des Aggreffeurs, &de
ceux qui ſe defendent
fortes de differends eftant pour
les uns & pour les autres de
favorables occaſions de faire
briller leurs differentes lumieres
. Ce que je vous envoye eſt
du celebre Monfieur de Comiers
, dont l'érudition eft
connue , & qui eſt eſtimé de
tous les Sçavansde l'Europe.
:
D65
84 MERCURE
LETTRE DE M. COMIER ,,
à M. Hardy , Seigneur de
Beaulieu, contenantla Conduite
, l'Elevation des Eaux
&tout ce qui concerne les
-letsd'eau.
pauvre
Ous demandez, Monsieur,bien
des choses à lafois à un
aveugle ; premierement , mes reflexions
ſur la Lettre de Monsieur
Bernier inferée dans leMercure de
Février dernier , dans laquelle il
fare que l'eauparſaſeule volubilité&
pesanteurcoule d'un bout à
L'autre d'un canal parfaitement à
niveaudefix àsept lieuës de lonqueursans
aucune pente ;secondement
, tous les moyensde trouver les
Sources d'can , & ensuite ce qui est
A
THEQUE DE
BIBLIOT
NOAI
84
LE
xio
Ber
Fer
lite
D'ai
nir
BUL
me
GALANT.
85
neceſſaire desçavoir pour la conduíte
des eaux ; les Machines pour les
éleverdans des Refervoirs , &mon
abregéde tout ce qui concerne les
Lets d'eau , leur hauteur & leur
dépense.
mouvement
Bien que vous ayezune parfaite
connoiſſance de toutes ces choses,&ب
meſme la pratique dansvostre belle
maison de Beaulieu prés Chartres ..
où vous élevez vos eaux de fources
vives par la Machine d'une nou
velle application du principe de
, qui se trouve enfin
dans la derniere perfection , plus
parvostre propre connoissance &
penetration d'esprit , quepar aucun
de mes avisfondezsur mes longues
experiences & sur celles de few
Monsieur de Francine nôtre bom
amy , ( car vostre machine estant
Sans manivelle ny frotement des
parties elle est incomparablement
86 MERCURE
plus belle , & avec une moindre
puissance,elle a un plus grand effet
qu'aucune desMachinesqui ayent
encore paru à Versailles ou ailleurs
je veux neantmoins vous fatisfaire
, afin qu'on ne croye pas
gu' ayant perdu la veue jefois tombédans
Loiſivetèfans lettres, qui est
le Sepulchre des hommes vivans ,
Otium fine litteris ſupultura
hominis viventis . le commence
par l'examen de ce que Monfieur
Bernier Chefdes Philofophes Gaffendiſtes
, a debité au sujet du
grand Canalde Languedoc,qui fait
lacommunication des deux Mers
où ildit , qu'ily a un canalde fix
àfept lieuës de longueur de pur niveau,
où l'eau coule d'un bout àl'au
trefansaucune pente. Ie dis ,que la
Phyſico - Mathematique n'est pas
Seulement la plus belle étude des
veritables Scavants , elle est encore
GALANT. 87
tres utile & même neceſſaire au
bien de l'Etat ,& avantageuse à
chaque particulier. Ils'agit icy de
Lefaire connoistrepar la conduite des
caux,laquelle depend d'un parfait
nivellement , ſans lequel les
deffeins les plus importans avorteroient
aprés la dépense inutile de
pluſieurs millions ,si on entreprend
ces grands Ouvrages furle dire de
Monsieur Bernier , qui aſſure
qu'il n'estpas necessaire de donner
de la pente àl'eau pourla conduire
où l'on desire..
2
Monsieur Bernier ne parle pas.
en Maîtreen la conduite des Eaux..
Voicyfes termes. Je ſuis icy , ditil
, où ſe rendentles Eaux de la
Montagne noire , pour faire la
communication des deux Mers ,
de ce fameux Canal , qui eft
ſoutenu à my - côte pendant
40. lieuës delong
88 MERCURE
CommeMonfieur Berniernefait
pas autrement la defcription de
ce fameux Canal , je veux bien y
Suppléer.
i
L'execution de ce grand ouvrage
medité par les Empereurs
Romains , & examiné pendant
tant de Siecles , étoit refervée au
regne de LOVIS LE GRAND , à
qui rien n'est impoſſible , qui agit
par tout en mesme temps , dont
l'esprit éclate comme le Soleil dans
tous lescoins de l'Univers , & dont
Lapuiſſance peut estre comparéeà
l'Ocean , qui estant immense en
foy - mesme , avance ſes bras par
tous les endroits de la Terre. Vous
neferezdonc pas faché, queparla
生necessité de faire mes justes reflexions
sur la Lettre de Monfieur
Bernier , ie fois obligé de vous envoyerenpeu
de mots tout ce qui
concerne cegrand Canal artificiel,
GALANT. 89
qui fait la communication des deux
Mers , puisque par son moyen tes
plus grandes Barquespeuvent pas.
fer en quatorze jours au plus , de la
Mer Oceane dans laMediterranée.
Monsieur Riquet ayant étudie
lapoſſibilité& les moyens de faire
cette communication , reconnut que
la petite Eminence de Naurouſſe ,
qui eſtålateste des deux Valons ,
Seroit le point de partage, par le
moyen des deux petites Rivieres ,
qui ont leurs fources à latestede ces
deux Valons à demy - lieüe l'une
de l'autre. La Riviere de Fresque
coule àl'Orient dans l'Aude & la
Riviere de Lers au couchant .
Monfieur Colbert dont l'application
estoit infatigable pour faire
fleurir les Arts , les Sciences ,& le
Commerce , ayant esté convaincu de
la poſſibilité de cette lonction des
१० MERCVRE
deux Mers, on commença àytra
vailleren 1666. Les Eaux de fix
Rivieres dela Montagnenoire ont
eſté conduites par des Canaux au
Refervoirde Saint Feriel, qui estun
Etangd'un Valon,la Chauffée allant
d'une Montagne à l'autre. Il est à
demy- lieuë au deſſus de la Ville de
Revel. Cet Etangen fournit le
Baffin de Naurouffe , point de partage,
d'oùl'eau defcend par deux
Canauxdans lesſources de Frefque
de Lcrs.
Ce Baffin eft de pierre de taille,
fafigure eſt octogone ovale ,fongrand
diametre eft de deux cens toiſes,&
lepetit de cent cinquante.
Le Canal d'Occidenta dix - huit
Ecluſes tant doubles que simples ,
qui font vingt-sept Corps d'Eclu-
Jes dans l'espace de 28142. toises ,
qui font douze licies communes de
France de 25. au Degré.Apres ces
GALANT.
91
te longueur depuis le point de partage,
le Canal entre dans la Garonne
. Le Canal d'Orient à 99443 .
toises jusqu'à l'Etang de Thau ,
quiſont 43. lieues & demie , plus
89. toiſes , & dans cette longueur
ily a 46. Ecluſes tant doubles ,
triples , &c. Depuis l'Etang de
Thau on entre dans le Port de Cete
prés de Frontignan par un Canul
de 800. toiſes de longueur ,fait à
Travers la Plage.
CeCanalfut commencé en 1666-
&achevé en 1681 .
La premiere navigationfut commencée
par l'ordre du Roy le 15.
May 1681. par Monsieur d'Aguesseau
, Intendant de Languedoc.
Il partit de Toulouſe avec quelques
Meſſieurs des Etats , & s'estant
rendu àl'embouchure du Canaldans
La Garonne it le monta dans و
une Barque Royale le 17. May
ſuivy de vingt- trois Barques da
92
MERCVRE
Bordeaux, chargées de marchandi-
Sespourla Foirede Beaucaire. Le
19. il arriva à Castelnaudari , oùse
rendit Monsieurle Cardinal de
Bonzi , President né des Etats de
Languedoc.
Les Eclufes font au nombre de
59. dans la longueur de 76645 .
toiſes , qui font 33. lieues & demie
plus 131. toises. Le 13. toutes
ces Barques navigerentfur le Pont
de Repudre , qui a soixante . Sept
toiſes de longueur , ayant esté fait
pour donnerpaffage au deſſous à un
torrent de mesme nom , qui croife
le Canal.
On navigea ensuite le longde la
Digue ou Chauffée de Ceffe du nom
de la Riviere qu'elle arreste . Elle
a 112. toifes de longueur , cinq de
hauteur , & quatre & demie de
largeur.
Le 24. onpaſſale Mal- paffe.
GALAN T.
93
C'est une voûte de quatre - vingt
toiſes de longueur , de quatre &
demie de hauteurfur quatre toises
de largeur de Canal , outre une
Banquette de chaque costé large de
trois pieds pour le tirage des Barques.
Cette voûte eft taillée dans
LeRoc d'une montagne à une
lieuë de Befiers. Cette Ville& fon
paysagefontfibeaux , qu'ils femblent
qu'ils agent estéfaits pourla
demeure des Dieux , ce qui a donné
lieuà ce Proverbe Latin ,
SiDeus in terris vellet habitare
, Biterris .
Au fortir de cette voûte on se
trouvaàlapremiere des huit Eclu-
Ses ascolées , c'est à dire faites de
Suite, quifontparconsequent com
me autant de degrezou marches
d'une montagne d'eau . Pour bien
comprendre la maniere des Ecluſes ,
jevons envoye le Livre de Simon
94
MERCVRE
Stevin de Bruges , & vous renvoye
àcellesdu Canal de Briare.
Ces Ecluſes estantpaffées,la Compagnieſeſepara
à causedes Festes
de la Pentecoste , mais Monsieur
l'Intendant defcenditparle Canal
dans la Riviere d'Herau par l'Ecluſe
ronde ,& ayant traversé l'Etangde
Thau & le Canal , il arriva
au Portde Cete le 25. May .
sourdela Pentecofte 1681. deforte
que Monsieur l'Intendant nefutfur
le Canal que neuf jours ;sçavoir,
deux jours depuis fon embouchure
dans la Garonne iusqu'à Castelnaudari
, &delà enſept iours ilfut
danslePortde Cete. Et comme de
L'Oceanon peut en fix iours entrer
par la Garonne dans le Canal,la
navigationd'une Merà l'autre ne
fera au plus que de quatorze à
quinze jours en paſſant par cent
quatre Ecluſes, dont plusieurs estant
GALANT.
95
accolées , c'est à dire ,faites defuite&
prés àprés ,font 65.stations ,
quine retardent quede trente heu
res au plus la navigation.
Ie reprens la Lettre de Monfieur
Bernier. Je ne veux pas , dit - il,
oublier une circonſtance tresconfiderable
, en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à
la conduite des Eaux . Le fait
eſt , qu'entre ce grand nombre
de differens Canaux , qui font
le Canal entier , il y en a un de
6.à 7.licuës de lõg dans lequel
l'Eau coule d'un bout à l'autre
depur niveau , ſans qu'il y ait
aucune pente ; & cela , à mon
avis , par fon poids & par fa
volubité , plûtoſt que par le
pouſſement, cequi eſt contraire
aux fentimens de feu Mefſieurs
Picard & Mariotte , &
de quelques -uns de nos Amis
1
96 MERCURE
qui font encore pleins de vie ;
car je les ay toûjours vû demander
une certaine pente
ſenſible , comme par exemple,
un pied tout au moins fur chaquelieuë
; mais leur ſentiment
n'empeſche pas que ce que je
dis ne foit veritable . Or cela
eftant , ajoûte- t- il , il n'euſt pas
eſté beſoin de ſe mettre ſi fort
en peine , comme on a fait , de
faire venirla Riviere d'Eure à
Verſailles ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
Iefais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la Riviere
d'ourgue ont toûjours paſſéſous les
Ponts de Paris , mais aprés s'eftre
meſlées aux Eaux de la Marne&
de la Seine. Le deffeinde Monſicur
Riquet estoit de la conduire par un
Canal artificiel au pied du Troue
ou Art de triomphe ,Superbepar la
Statuë
GALANT.
97
Statüe de LOUIS LE GRAND ,
auquelsujet j'ayfait ces diſtiques.
Quis fuper ? eſt Mavors magni
fub imagine Regis ,
Teſtatur Facies , magnaque
facta probant.
Legrand Dieu des Combats anime
ce grandRoy ,
Son grand airle fait voir , fes
grandsfait en fontfoy.
Puisqueje vous ay fait un petit
détaildu Canal de Languedoc , il
est bien iuste que je vous diſe icy
quelque chose de l'Aqueduc Royal
de la Riviere d'Eure à Versailies.
Il ne manquoit au plus beau lieu
du monde , c'est à dire à Versailles,
qu'uneprodigieuse quantité d'eau
pourfourniràla depenſe d'un mil
lion de Iets , de Fontaines & de
Avril 1688 . E
98 MERCURE
Cafcades . Monseigneur de Louvois,
vir fupra titulos , qui a une parfaite
connoissance de tout ce qui est
de grand dans les Sciences ayant
conſideré luy-meſme le cours de la
Riviere d'Eure qui entre dans la
Seine vers le Pont - de- l'Arche aprés
avoir roulé les eaux de ſes ſources
avec rapidité pendant 45. lieuës
conclud d'abord qu'on pouvoit prendre
fes eaux a quelques lieñes au
deſſus de Chartres , & les conduire
à Versailles . Ilordonna à Monfieur
de la Hire , de l' Academie Royale
des Sciences d'enfaire le nivellement.
Ce grand Philofophe - Mathematicien
fi connu dans l'Empire
des Lettres , reconnut que lateste du
Canal devoit eftre au Chateau de
Pongoin , qui est à sept lieues au
dessus de Chartres , & 22. lieues
de Versailles , & paffer par Maintrouva
par son nivelle-
IVON
GALANT.
LYD
17
ment que la Riviere d'Eurefe
à Pongoin estoit I110. piedsplus élevée
que le rez de chauffée de la
plus haute partie du Chasteau de
Versailles. Tout l'Empire Romain
depuis sa Fondation n'auroit encore
ozé entreprendre ce qu'on voit d'achevé
depuis quatre ans de cefurprenant
Aqueduc ; aussi est- ce un
échantillon des Merveilles de
LOUIS LE GRAND .
Monfieur Bernier pour blâmer la
grande exactitude avec laquelle on
-a nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles , dit qu'il n'étoit
pas beſoin de ſe mettre ſi
fort en peine, comme on a fait;
puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroitfuffi . Il eſt vray que l'eau
ne coulera pas ſi viſte ; mais
faites le canal plus large à proportion
de la pente & de la vi100
MERCURE
ſteſſe que vous ſouhaiteriez ,
donnant ainſi plus de face à
l'eau , & vous aurez remedié
à l'Inconvenient ; du reſte , je
croirois bien qu'il faudroit enfin
dans une grande longueur
donner quelque choſe à la
ſphericité de la terre. Mais ſept
lieuës , mais trente ou quarante
lieuës qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou
de Liſi à Paris , qu'est - ce que
cela fur neuf à dix millequ'en
peut avoit le Globe de la terre?
Voicy , Monfieur, mes reflexions ,
article par article,fur les point de
la Letire de Monfieur Bernier, qui
obligeroit Quintilien de s'écrier ,
Fælices effent Artes , fi de illis
foli Artifices judicarent.
Premierement , il devoit expliquer
ce qu'ilentend par ces termes
GALANT. 101
de pur niveau dece Canalde cing
àfixlieuës fans aucune pente , car
une ligne purement à niveau est
un Arc d'un grand Cercle de la
Terre , & tous fes pointsfont par
confequent également distants du
centre des Graves. Ainsi dans un
Canal de pur niveau , l'eau auroit
tous les points deſaſuperficieSpheriphe
également distants du centre
de la terre ,& l'ean demeureroit
fans mouvement puis qu'il n'y
auroit pas plus de raison qu'elle
coulaſt d'un bout à l'autre.
Si lefond du Canal est un plan
droit, ou ce planfera tangent par
un bout,ou vers le milieu à un grand
Cercle delaterre . S'il est tangent
à un bout , l'autre bout fera plus
élevé, par conſequent l'eau coulerade
ce bout au plus bas , ou le
plan aurade la pente..
Si le point d'attouchement est
E3 3
102 MERCURE
4
au milieu du plan du Canal ,
Jes deux parties seront deux
tangentes , &le point d'attouchement
ou le milieu de la longueur
du Canalfera plus bas estant plus
près du centre de la terre , & par
confequent l'eau de chaque bout
du Canalcouleroit vers ce milieu ,
pour prendreſa ſphericité , qui est
le pur& veritable niveau . Tout ce
que deffus eft d'une verité Geometrique
, Ainfi il eſt du tout impoſſible
que l'eau dans un Canal coule par
un bout , si le plan du Canaln'està
ce bout plus bas que l'autre bout
que le Canal estant rempli,& l'eau
foutenue élevée à chaque bout , on
ouvre l'un des bouts , auquel cas
l'eau coulera par cette cuverture ,
par ce que l'eau qui est audeſſus de
l'ouverture , tombe en bas n'estant
plusfoutenue , & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal ,jusqu'a tant
que ce qui restera d'eau dans le
,
016
GALANT . 103
Canal faſſeune superficie Spherique
estant à ces deux bouts égale
ment éloignée du centre de la terre,
Il est vray que pour avoir un plus
grand cours d'eau nous demandons
avec Vitruve dans fon huitiéme
Livre Chap.fept , une plus grande
pente , & comme j'ay dit en 2684.
dans mon Traité du Nivellement
inferédans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. Il faut
toûjours quelque peu de pentes afin
que l'eau puiſſe couler, ce que Scammozzi
dans la premiere partie
d' Architecture Chap . 27. confirme
en ce termes , Nel condur , o
fopra , o ſotto terra , è biſogno
darle qualche poco di decaduta
, & Philanderde Chatillon fur-
Seine dansſes Annotationsfur Vi
truve disoit en 1940. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de pente
fuffit pour fix cent pieds , longe
E 4
104 MER CURE
aliter noſtre ztatis libellatores,
nam in ſexcentos peder, unum
tantum pollicem deprimunt ,
afin que l'eau puiſſe couler. Enfin
Petrus Cataneus dit , qu'ilsuffit de
donner quatre onces , c'est à dire
guatre pouces de pente fur mil-
Lepas. Ainsi ilfaut deneceſſité que
Leplan d'un Canalait quelque penze
du coſtéque l'eau coule ,& cela
principalement lors que l'eau n'a
Pasun long cours , ce que Scammoz-
Li entend par ces mots , ħabbiamo
offervato i fiumi de Poleſſini ,
che vannocon mezzo piede de
caduta maſſime ſi hanno ſeguitodi
aqua .
L'erreur de Mr Bernier vient
d'avoir prispour le pur &veritable
niveau , qui est un Arc d'un
grand cercle de la Terre , le niveau
apparent du Canal , qui eft
un plan touchant au grand cercle
de la terre ,&par confequent l'ex
GALANT.
1051
tremitédu Canalde fept lieuës de
longueur cflant du point de Partage
plus éloigné de 39. toises 4. pouces..
& huitlignes du centre de la terre,
que l'autre bout , l'eau y defcend
mesme avec rapidité à cause de la
gradepente du Canal & de la fuite
de l'eau; auſſi voit- on que le cours
des Rivieres est plus rapide amefure
de leur pente & de la crue
des eaux.
Quand mesme par impossible
l'eau couleroit d'un bout à l'autre
d'un Canal de pur niveau & Sans
aucune pente, on n'auroit , n'endéplaiſe
à Mr Bernier , fçeu trop
prendredeſoin & tropsemettre en
peine de niveler depuis la Riviere
d'Eurejusqu'à Versailles ,pour ſcavoirlequel
des deux lieux est le plus
élevé..
Puis mesme qu'il s'agiſſoit du
Service du Roy, & que dans lave
S
106 MERCVRE
Sainte Ecriture Ieremie chapitre 4.
verſet 10. prononce , Maledictus,
qui facit opus Domini negligenter
, il falloit sçavoirsi Pongoin
& Versailles estoient de pur
niveau , c'est à dire , autant éloignez'un
que l'autre du centre de
laterre ; auquel casficequeMon
fiear Bernier debite estoit verita...
ble , que l'eau dans un Canal de
fix à sept lieuës de pur niveau ,...
coulefans aucune pente d'un bout à
l'autre , l'eau de Versailles auroit
pu s'écoulerdans la Riviered'Eure,
aussi-toft que l'eau de la Riviere
d'Eure venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus , il falloit toû
jours reconnoiſtre le niveau de ces:
deuxlieux carfi Versailles s'estoit
trouvé plus haut quela Riviere
d'Eure , l'eau n'yseroit jamais mon
tée. Ainsi tres - neceffairement ,
quay qu'en dife MonfieurBernier
F
GALAN T.
107
il estoit beſoin de se mettre enpeine
comme on a fait , pour faire venir
la Riviere d'Eure à Versailles , afin
de ne hazarder pas la dépense de
pluſieurs millions, Partantles Arts
feront heureux , comme dit Quintilien
, lors qu'il n'y aura que les
Maistres qui s'enmélent.
L'expedient que donne Monsieur
Bernier , pour avoir avec peu de
penteune grande quantité d'eau,
est d'une rave imaginative. Fai
tes , dit- il , le Canal plus large,
donnantplus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la viteſſe que vous ſouhaite
riez. Ainsiàfon sentiment , pour..
avoir la mesme quantité d'eau que
fourniroit un Canalde quatre pieds
de large &de quatre pieds dehauteur,
qui font seize pieds de face?
d'eau dans fa fection , il faud
droit fairele Canal de Seize
E6
108 MERCVRE
pieds de large & un pied de hauteur;
mais la quantioé d'eau qui
coulera , fera beancoup moindrepar
le manque de hauteur ,& de plus
dans la longueurde quarante lieuës
qu'ildit estrela Riviere d'Eure à..
Versailles, le terrain échauffépar le
Soleil d'Esté ,& la partie qu'il en
feroit évaporer dans la faiſon où
l'on auroit plus beſoin d'eau à Ver...
Jailles,en diminueroït la plus gran.
de partie , outre que la dépensede
lalargeurde l'Aqueduc feroit quatre
foisplus grande.Voila quelfruit
on tireroit , pour remedier à l'in
convenient d'unepentesuffisante.
Donc nonobstant le dire de Mon
fieur Bernier, il fera à perpetui
sé d'une verité notoire , & purement
Geometrique, qu'il est absolu
ment neceffaire , que pour faire
couler l'eau du bout d'un Canal
àl'autre sily ait de la pente&
GALANT. 109
1
que leniveau apparent, qui est une
lignedroite tangente augrand cercle
de la terre , ait du hauffement
par deſſus leveritable niveau , qui
estun arcdumefme cercle , qui est
lepur&naturelniveau. En voicy
des exemples.
Lalongueur duniveau apparent
estant de 87. toiſes , deux pouces
neufligues,son hauſſement par def--
fus le veritable niveau fera d'une
ligne..
A
Eſtantde 301. toiſes deux pieds
neufpouces & une ligne ,son hauf
Sementſeraunpouce..
Eſtant de 1044. toiſes un pieds
khuit pouces & demy son hauſſement :
Seraunpied.
Eſtant de 2567.toiſes g. pieds
9 pouces &5.lignes ,son hauffementfera
d'une toife..
N'eſtant que d'une lieuële
HO MERCURE
hauffementferade 4. pieds9. pouces
&4. lignes.
Eſtant de trois lieves fon hauffementfera
7. toifes un pied & 7 .
lignes.
Eſtant de cinq lieües ,fon haus-
Sement ferade 19. toiſes cingpieds.
Sept pouces .
Eſtant de ſept lieues ,fon hauf-
Semensfera de 39. toiſes 4. pouses
huit lignes.
Eſtant de dix lieües,fon bauf-
Sementfera de 79. toiſes 4. pieds
4. pouces& 2. lignes .
Eſtant de 20. licines ,font hauf
fementfera de 3.18 . toises 5.pieds
4. pouces &une ligne.
Enfin , la longueur du niveau
apparent estant de40. lieuës , fors
bauſſementferade 1275. toises 2.
pieds 3. pouces & deux lignes .
Tout ce que deſſus eftant d'une
muerite geometrique , je ne vois pas
GALANT.
"
comment Monsieur Bernier a osé
dire , que dans un Canalde pur niveau
de fept licües de longueur ,
L'eau coule d'un bout à l'autreſans
aucune pente , puis quefi ce Canal
eſtoit d'un veritable niveau , l'eau
y demeureroit immobile. Il reste
donc que ſon pur niveau dont parle
Monsieur Bernier , foit un niveau
apparent , dont le hauffement par
deffus le pur & veritable niveau
eft de 39. toises 4. pouces & 8. lignes
, & par consequent un bout de
ce Canal de 7. lieñes a plus de hau
teur pardeffus l'autre , que n'en ont
LesTours de Nostre - Dame , qui
n'ont que 34. toiſes de hauteur de
puis lepavéde l'Eglife iusqu'au pa
raper. Il est comme impossible de
deviner ce qu'il veut dire par ces
zermes ſurvans. Il fautdans une
grande longueur donner quelque
choſe à la ſphericité de la
terre
3122 MERCURE
Il est encore impoſſible depene
trer ce qui l'a obloged'ajoûter ,que
ſept, trente ou quarante lieuës
ne font rien fur neuf ou dixt
millelieuës que peut avoir le
Globe de la terre ; car puis qu'il
s'agit d'une ligne qui mefure la longueur
d'un Canal , on ne la peut
comparer àlafuperficie du Globe de
laterre , mais bien à la circonferen
ce d'un grand cercle. Deplus.Monfieur
Bernier n'a pasfait reflexion
que le rapport on raison de 40....
lieuës à neuf mille , qui est le ve
ritable circuit de la terre , est la
mesme raison qu'entre un & 225.
puis que 40. fois 225. lieuës font:
Its neufmille du circuitde la terre..
Orla 225. partie du grand tour de
laterre , est tres- confiderable. Exa..
minons maintenant tous les differens
fens& applications qu'on peut don
mer an termes de Monsieur Ber
GALANT.
113
!
nier , qu'est ce que quarante lieuës.
en comparaison de neuf mille du
Globe de la Terre ? Suppofons donc
qu'ilfut vray que la distance depuis
la teſte du Canal de la Riviere
d'ourgue, priſeà Lizijusqu'au pied
du Trône , ou Arc de triomphe , au
haut du Fauxbourg S. Antoine ,
fuft de quarante lieuës , comme le
debite M. Bernier.
1.Si ces quarante lievës font me-
Surées sur la circonference d'un
grand cercle dei terre ,cirsen
comprendront la 225. partie , c'est
àdire un arc d'un degré& trentefixminutes
; &fi le Canald'Ourgue
au Trône estoitfaitsuivant cetarc,
l'eau y demeureroit fans mouve
ment , ayant fon pur , parfait &
naturel niveau.
2. Si le Canal estoit fait suivant
la corde de cet arc , l'eau couleroit
de chaque bout au milieu defalon
114
MERCURE
gueur , & fi les bords du Canal y
estoient suffisamment hauts pour
Soûtenir l'eau , afin qu'elle pust
prendrefa Sphericité , elle s'y éléveroit
& accumuleroit jusqu'à la
hauteur perpendiculaire de 318 .
toiſes , 5. pieds 10. pouces 7.lignes.
Si ces 40. lieuës font en ligne
droite , en forte que le point dumi-
Lieu de fa longueur touche un grand
cercle de la terre , il y aura deux
niveaux apparents ou tangentes
d'egale longueur , & l'eau couleroit
de chaque bout de ce Canalvers le
milicu de sa longueur , ou fi les
bords estoient fuffisamment hauts ,
elle s'éleveroit jusqu'à la hauteur
perpendiculaire de 318. toiſes , J.
pieds , 4. pouces & une ligne.
Que si ces 40. lienës font mefurées
sur le niveau apparent on
ligne droite tangente , un Canal
GALANT .
115
faitsuivant cette ligne droite aura
un bout plus élevé que l'autre de la
hauteur de 1275. toiſes , 2. pieds
3. pouces & 2. lignes , & l'eau couk -
Lera avec tres-grande rapidité par
une fi grande pente.
Par ces calculsMonfieur Bernier
verra combien grande est la difference
du niveau apparent , aupur ,
veritable & naturel nivellement .
La verification de tout ce que
deſſus eft facile sur les principes
que j'ay établis dans mon Traité du
Nivellement ( inferé dans le 27 .
Tome du Mercure extraordinaire
quartier de fuillet 1684. ) qu'un
degré d'un grand cercle de la Terre
contient 57100. toiſes ou 25.lieuës
de 2284. toises chacune.
Vorcytrois Problemes importans.
I. Lehauffement de la tangente
estant donné , trouver la longueur
ou distance en ligne droitedu point
116 MERCVRE
de la Station au point miré.MultiplieZ5653305328
. Diametre de
la terre en lignes , par le nombre des
lignes du hauſſement. Auproduit ajoutez
le quarré du mesme bauffement.
Tirez la racine quarrée
detoute laſomme , vous aurez la
Longueur requise du nivean apparent.
I I. Trouver par quelle ligne reguliere
ayant fucceſſivement àchaque
point Mathematiqueune pente
infenfible, on potrroit par la voye
la plus courte , & dans un mesme
plan vertical ,faire couler la Riviere
d'Eure dans le Rerſervoir de
Versailles. Ie dis que c'est par un
Arcd'un cerele dont lefemidiametreferoitplus
grand que celuy du
grand cercle de la Terre, qui abou.
tiroit au Reservoir de Versailles .
Vous trouverezle centre de cet Arc,
Sidu milieu de la ligne droite duPonGALANT.
117
goin au Reservoir de Versailles ,
vous élevez une perpendiculaire
iuſqu'à la rencontre du Diametre
de la Terre , qui aboutiroit au Rea
Servoir.
III. Determiner si l'eau peut
coulerpar un Canal fait en ligne
droite d'un bout plus élevé au plus
bas. Ie dis 1. quefi lehauſſement est
ègalou plus grand que le hauffement
de la tangente du mesme arc ,
l'eau coulera avec rapidité.2. Que
ſi le hauſſement est moindre que ce
luy de la tangente , l'eau ne coulera
pas du plus haut au plus
bas de ce Canal fait en droite
ligne. Ainfifuppofant avec Monfieur
Bernier que de la Riviere
d'Ourgue priſe à Lisiily eust quavante
licuësiusqu'au pied du Trône,
& que la Riviere priſeà Lisi eust
go pieds de hauteur par deſſus le
pied du Trône , l'eau n'y pourroit
118 MERCVRE
arriver par un Canal fait en ligne
droite , que juſques à 5822. toiſes
5. pieds & 4. lignes , àcompter du
pied du Trône , parce que là le fond
de ce Canalseroit s.toiſes , unpied
un pouce & deux lignes plus bas que
le boutdu Canal au pied du Trône.
Le calculse trouve par la penultiéme
propofitiodu troiſiéme Livre des
Elemens d'Euclides . Enfin pourfinir
j'employe la Deviſe de Societé Royaled'
Angleterre,qui apour corps une
table blanche d'attente & pour
ame ces trois mots , Nullius in
verba ; qu'il nefaut croire legerement
aux Philofophes Geometres
fur leur parole , puis qu'ils ne peuvent
demeurer d'accord entr'eux ,
quoy qu'après tant de fiecles ils
ayentfaitfi grand bruit dans l'Ecole
,que les Paſſans croyoient que ,
Omnia , mors , miles , fanguis&
ignis erat .
GALANT.
119
C'est une guerreſans pareille ,
Les Armesfontde grands Ergos ,
Qui frappant l'air & les Echos
Bleffent le poumon & l'oreille.
l'ay finy avec M. Bernier , au
fuiet defon prétendu Canal de pur
- niveau fans pente , je vous parle
maintenant de la facile lonction
des deux Mers , en passant par la
Bourgogne, par le moyen des ſources
& Rivieres de Poulli en Auxois ,
par lafacile jonction de la Riviere
d' Armanfon à la Riviere d'Ouſche.
Cedeſſein avoit esté mis autrefois
Sur le tapis , & on l'avoit trouvé
fort faisable. Il faudroit couper
depuis la ſource d'Armanson iss
quedans le ruiſſeau d'Andeneſſe ,
ou bien dans la Riviere de Crugez,
qui tombe dans l'Ousche ; il n'ya
120 MERCURE
que demy lieue de terre à couper,
toutesterres labourables , & aisées
aremuer. Dans le plus haut entre
les deux Rivieres , le terraineſt de
niveau de cinqcens toiſes de longueur
; mais ily adela pente plus
avant du coſté d'Occident , aussibien
que du coſté d'Orient, nean
moinson peut trouver des moyens
pour cela , car en creuſant laprofondeur
d'environ dix toiſes,on pourra
faire un Canaldormant depuis la
Source de la Riviere d'Armanſon à
La Riviere de Crugez ; & pour
mille écus on fera la dépense neceffaire
poury amener la Fontaine de
Baume , laquelle en toutefaiſon
fait tourner trois moulins , & on
peutfaire un Baffin beaucoup plus
grand que le Baffin de Naurouffe
du Canalde Languedoc. Ie vous
envoye laplanche du projet de cette
communication des Mers par la
BourGALANT.
121
Bourgogne le l'avoisfaite pour l'eme
ployer dans mon histoire general
de la communication des Eaux,tant
parles Canaux naturels &fouterrains,
que par les Canaux artificiels
Sur lafurfacedelaterre. Ie m'aperçois
que ma Lettre commenceà
estre trop longue. Vousen aurez les
autres parties dans une autre occafion,
le ſuis, Monsieur, tout àvous
: L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
mois une Lettre fort curieuſe
du fameux Monfieur Bernier.
Elle a trouvé des Admirateurs
&des Critiques , mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ſes parties , ils en combattent
ſeulement quelquesunes
, & ils le font de cette
maniere honneſte,qui fait ſouvent
plaiſir à ceux qui font attaquez
, puis qu'elle leurdonne
lieu de faire paroiſtre ce
qu'ils ſçavent. Ainſi l'on peue
dire que les querelles qui arri
GALANT.
83
১
ces
vent entre les gens de Lettres,
ſont preſque toûjours à l'avantage
, & des Aggreffeurs, &de
ceux qui ſe defendent
fortes de differends eftant pour
les uns & pour les autres de
favorables occaſions de faire
briller leurs differentes lumieres
. Ce que je vous envoye eſt
du celebre Monfieur de Comiers
, dont l'érudition eft
connue , & qui eſt eſtimé de
tous les Sçavansde l'Europe.
:
D65
84 MERCURE
LETTRE DE M. COMIER ,,
à M. Hardy , Seigneur de
Beaulieu, contenantla Conduite
, l'Elevation des Eaux
&tout ce qui concerne les
-letsd'eau.
pauvre
Ous demandez, Monsieur,bien
des choses à lafois à un
aveugle ; premierement , mes reflexions
ſur la Lettre de Monsieur
Bernier inferée dans leMercure de
Février dernier , dans laquelle il
fare que l'eauparſaſeule volubilité&
pesanteurcoule d'un bout à
L'autre d'un canal parfaitement à
niveaudefix àsept lieuës de lonqueursans
aucune pente ;secondement
, tous les moyensde trouver les
Sources d'can , & ensuite ce qui est
A
THEQUE DE
BIBLIOT
NOAI
84
LE
xio
Ber
Fer
lite
D'ai
nir
BUL
me
GALANT.
85
neceſſaire desçavoir pour la conduíte
des eaux ; les Machines pour les
éleverdans des Refervoirs , &mon
abregéde tout ce qui concerne les
Lets d'eau , leur hauteur & leur
dépense.
mouvement
Bien que vous ayezune parfaite
connoiſſance de toutes ces choses,&ب
meſme la pratique dansvostre belle
maison de Beaulieu prés Chartres ..
où vous élevez vos eaux de fources
vives par la Machine d'une nou
velle application du principe de
, qui se trouve enfin
dans la derniere perfection , plus
parvostre propre connoissance &
penetration d'esprit , quepar aucun
de mes avisfondezsur mes longues
experiences & sur celles de few
Monsieur de Francine nôtre bom
amy , ( car vostre machine estant
Sans manivelle ny frotement des
parties elle est incomparablement
86 MERCURE
plus belle , & avec une moindre
puissance,elle a un plus grand effet
qu'aucune desMachinesqui ayent
encore paru à Versailles ou ailleurs
je veux neantmoins vous fatisfaire
, afin qu'on ne croye pas
gu' ayant perdu la veue jefois tombédans
Loiſivetèfans lettres, qui est
le Sepulchre des hommes vivans ,
Otium fine litteris ſupultura
hominis viventis . le commence
par l'examen de ce que Monfieur
Bernier Chefdes Philofophes Gaffendiſtes
, a debité au sujet du
grand Canalde Languedoc,qui fait
lacommunication des deux Mers
où ildit , qu'ily a un canalde fix
àfept lieuës de longueur de pur niveau,
où l'eau coule d'un bout àl'au
trefansaucune pente. Ie dis ,que la
Phyſico - Mathematique n'est pas
Seulement la plus belle étude des
veritables Scavants , elle est encore
GALANT. 87
tres utile & même neceſſaire au
bien de l'Etat ,& avantageuse à
chaque particulier. Ils'agit icy de
Lefaire connoistrepar la conduite des
caux,laquelle depend d'un parfait
nivellement , ſans lequel les
deffeins les plus importans avorteroient
aprés la dépense inutile de
pluſieurs millions ,si on entreprend
ces grands Ouvrages furle dire de
Monsieur Bernier , qui aſſure
qu'il n'estpas necessaire de donner
de la pente àl'eau pourla conduire
où l'on desire..
2
Monsieur Bernier ne parle pas.
en Maîtreen la conduite des Eaux..
Voicyfes termes. Je ſuis icy , ditil
, où ſe rendentles Eaux de la
Montagne noire , pour faire la
communication des deux Mers ,
de ce fameux Canal , qui eft
ſoutenu à my - côte pendant
40. lieuës delong
88 MERCURE
CommeMonfieur Berniernefait
pas autrement la defcription de
ce fameux Canal , je veux bien y
Suppléer.
i
L'execution de ce grand ouvrage
medité par les Empereurs
Romains , & examiné pendant
tant de Siecles , étoit refervée au
regne de LOVIS LE GRAND , à
qui rien n'est impoſſible , qui agit
par tout en mesme temps , dont
l'esprit éclate comme le Soleil dans
tous lescoins de l'Univers , & dont
Lapuiſſance peut estre comparéeà
l'Ocean , qui estant immense en
foy - mesme , avance ſes bras par
tous les endroits de la Terre. Vous
neferezdonc pas faché, queparla
生necessité de faire mes justes reflexions
sur la Lettre de Monfieur
Bernier , ie fois obligé de vous envoyerenpeu
de mots tout ce qui
concerne cegrand Canal artificiel,
GALANT. 89
qui fait la communication des deux
Mers , puisque par son moyen tes
plus grandes Barquespeuvent pas.
fer en quatorze jours au plus , de la
Mer Oceane dans laMediterranée.
Monsieur Riquet ayant étudie
lapoſſibilité& les moyens de faire
cette communication , reconnut que
la petite Eminence de Naurouſſe ,
qui eſtålateste des deux Valons ,
Seroit le point de partage, par le
moyen des deux petites Rivieres ,
qui ont leurs fources à latestede ces
deux Valons à demy - lieüe l'une
de l'autre. La Riviere de Fresque
coule àl'Orient dans l'Aude & la
Riviere de Lers au couchant .
Monfieur Colbert dont l'application
estoit infatigable pour faire
fleurir les Arts , les Sciences ,& le
Commerce , ayant esté convaincu de
la poſſibilité de cette lonction des
१० MERCVRE
deux Mers, on commença àytra
vailleren 1666. Les Eaux de fix
Rivieres dela Montagnenoire ont
eſté conduites par des Canaux au
Refervoirde Saint Feriel, qui estun
Etangd'un Valon,la Chauffée allant
d'une Montagne à l'autre. Il est à
demy- lieuë au deſſus de la Ville de
Revel. Cet Etangen fournit le
Baffin de Naurouffe , point de partage,
d'oùl'eau defcend par deux
Canauxdans lesſources de Frefque
de Lcrs.
Ce Baffin eft de pierre de taille,
fafigure eſt octogone ovale ,fongrand
diametre eft de deux cens toiſes,&
lepetit de cent cinquante.
Le Canal d'Occidenta dix - huit
Ecluſes tant doubles que simples ,
qui font vingt-sept Corps d'Eclu-
Jes dans l'espace de 28142. toises ,
qui font douze licies communes de
France de 25. au Degré.Apres ces
GALANT.
91
te longueur depuis le point de partage,
le Canal entre dans la Garonne
. Le Canal d'Orient à 99443 .
toises jusqu'à l'Etang de Thau ,
quiſont 43. lieues & demie , plus
89. toiſes , & dans cette longueur
ily a 46. Ecluſes tant doubles ,
triples , &c. Depuis l'Etang de
Thau on entre dans le Port de Cete
prés de Frontignan par un Canul
de 800. toiſes de longueur ,fait à
Travers la Plage.
CeCanalfut commencé en 1666-
&achevé en 1681 .
La premiere navigationfut commencée
par l'ordre du Roy le 15.
May 1681. par Monsieur d'Aguesseau
, Intendant de Languedoc.
Il partit de Toulouſe avec quelques
Meſſieurs des Etats , & s'estant
rendu àl'embouchure du Canaldans
La Garonne it le monta dans و
une Barque Royale le 17. May
ſuivy de vingt- trois Barques da
92
MERCVRE
Bordeaux, chargées de marchandi-
Sespourla Foirede Beaucaire. Le
19. il arriva à Castelnaudari , oùse
rendit Monsieurle Cardinal de
Bonzi , President né des Etats de
Languedoc.
Les Eclufes font au nombre de
59. dans la longueur de 76645 .
toiſes , qui font 33. lieues & demie
plus 131. toises. Le 13. toutes
ces Barques navigerentfur le Pont
de Repudre , qui a soixante . Sept
toiſes de longueur , ayant esté fait
pour donnerpaffage au deſſous à un
torrent de mesme nom , qui croife
le Canal.
On navigea ensuite le longde la
Digue ou Chauffée de Ceffe du nom
de la Riviere qu'elle arreste . Elle
a 112. toifes de longueur , cinq de
hauteur , & quatre & demie de
largeur.
Le 24. onpaſſale Mal- paffe.
GALAN T.
93
C'est une voûte de quatre - vingt
toiſes de longueur , de quatre &
demie de hauteurfur quatre toises
de largeur de Canal , outre une
Banquette de chaque costé large de
trois pieds pour le tirage des Barques.
Cette voûte eft taillée dans
LeRoc d'une montagne à une
lieuë de Befiers. Cette Ville& fon
paysagefontfibeaux , qu'ils femblent
qu'ils agent estéfaits pourla
demeure des Dieux , ce qui a donné
lieuà ce Proverbe Latin ,
SiDeus in terris vellet habitare
, Biterris .
Au fortir de cette voûte on se
trouvaàlapremiere des huit Eclu-
Ses ascolées , c'est à dire faites de
Suite, quifontparconsequent com
me autant de degrezou marches
d'une montagne d'eau . Pour bien
comprendre la maniere des Ecluſes ,
jevons envoye le Livre de Simon
94
MERCVRE
Stevin de Bruges , & vous renvoye
àcellesdu Canal de Briare.
Ces Ecluſes estantpaffées,la Compagnieſeſepara
à causedes Festes
de la Pentecoste , mais Monsieur
l'Intendant defcenditparle Canal
dans la Riviere d'Herau par l'Ecluſe
ronde ,& ayant traversé l'Etangde
Thau & le Canal , il arriva
au Portde Cete le 25. May .
sourdela Pentecofte 1681. deforte
que Monsieur l'Intendant nefutfur
le Canal que neuf jours ;sçavoir,
deux jours depuis fon embouchure
dans la Garonne iusqu'à Castelnaudari
, &delà enſept iours ilfut
danslePortde Cete. Et comme de
L'Oceanon peut en fix iours entrer
par la Garonne dans le Canal,la
navigationd'une Merà l'autre ne
fera au plus que de quatorze à
quinze jours en paſſant par cent
quatre Ecluſes, dont plusieurs estant
GALANT.
95
accolées , c'est à dire ,faites defuite&
prés àprés ,font 65.stations ,
quine retardent quede trente heu
res au plus la navigation.
Ie reprens la Lettre de Monfieur
Bernier. Je ne veux pas , dit - il,
oublier une circonſtance tresconfiderable
, en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à
la conduite des Eaux . Le fait
eſt , qu'entre ce grand nombre
de differens Canaux , qui font
le Canal entier , il y en a un de
6.à 7.licuës de lõg dans lequel
l'Eau coule d'un bout à l'autre
depur niveau , ſans qu'il y ait
aucune pente ; & cela , à mon
avis , par fon poids & par fa
volubité , plûtoſt que par le
pouſſement, cequi eſt contraire
aux fentimens de feu Mefſieurs
Picard & Mariotte , &
de quelques -uns de nos Amis
1
96 MERCURE
qui font encore pleins de vie ;
car je les ay toûjours vû demander
une certaine pente
ſenſible , comme par exemple,
un pied tout au moins fur chaquelieuë
; mais leur ſentiment
n'empeſche pas que ce que je
dis ne foit veritable . Or cela
eftant , ajoûte- t- il , il n'euſt pas
eſté beſoin de ſe mettre ſi fort
en peine , comme on a fait , de
faire venirla Riviere d'Eure à
Verſailles ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
Iefais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la Riviere
d'ourgue ont toûjours paſſéſous les
Ponts de Paris , mais aprés s'eftre
meſlées aux Eaux de la Marne&
de la Seine. Le deffeinde Monſicur
Riquet estoit de la conduire par un
Canal artificiel au pied du Troue
ou Art de triomphe ,Superbepar la
Statuë
GALANT.
97
Statüe de LOUIS LE GRAND ,
auquelsujet j'ayfait ces diſtiques.
Quis fuper ? eſt Mavors magni
fub imagine Regis ,
Teſtatur Facies , magnaque
facta probant.
Legrand Dieu des Combats anime
ce grandRoy ,
Son grand airle fait voir , fes
grandsfait en fontfoy.
Puisqueje vous ay fait un petit
détaildu Canal de Languedoc , il
est bien iuste que je vous diſe icy
quelque chose de l'Aqueduc Royal
de la Riviere d'Eure à Versailies.
Il ne manquoit au plus beau lieu
du monde , c'est à dire à Versailles,
qu'uneprodigieuse quantité d'eau
pourfourniràla depenſe d'un mil
lion de Iets , de Fontaines & de
Avril 1688 . E
98 MERCURE
Cafcades . Monseigneur de Louvois,
vir fupra titulos , qui a une parfaite
connoissance de tout ce qui est
de grand dans les Sciences ayant
conſideré luy-meſme le cours de la
Riviere d'Eure qui entre dans la
Seine vers le Pont - de- l'Arche aprés
avoir roulé les eaux de ſes ſources
avec rapidité pendant 45. lieuës
conclud d'abord qu'on pouvoit prendre
fes eaux a quelques lieñes au
deſſus de Chartres , & les conduire
à Versailles . Ilordonna à Monfieur
de la Hire , de l' Academie Royale
des Sciences d'enfaire le nivellement.
Ce grand Philofophe - Mathematicien
fi connu dans l'Empire
des Lettres , reconnut que lateste du
Canal devoit eftre au Chateau de
Pongoin , qui est à sept lieues au
dessus de Chartres , & 22. lieues
de Versailles , & paffer par Maintrouva
par son nivelle-
IVON
GALANT.
LYD
17
ment que la Riviere d'Eurefe
à Pongoin estoit I110. piedsplus élevée
que le rez de chauffée de la
plus haute partie du Chasteau de
Versailles. Tout l'Empire Romain
depuis sa Fondation n'auroit encore
ozé entreprendre ce qu'on voit d'achevé
depuis quatre ans de cefurprenant
Aqueduc ; aussi est- ce un
échantillon des Merveilles de
LOUIS LE GRAND .
Monfieur Bernier pour blâmer la
grande exactitude avec laquelle on
-a nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles , dit qu'il n'étoit
pas beſoin de ſe mettre ſi
fort en peine, comme on a fait;
puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroitfuffi . Il eſt vray que l'eau
ne coulera pas ſi viſte ; mais
faites le canal plus large à proportion
de la pente & de la vi100
MERCURE
ſteſſe que vous ſouhaiteriez ,
donnant ainſi plus de face à
l'eau , & vous aurez remedié
à l'Inconvenient ; du reſte , je
croirois bien qu'il faudroit enfin
dans une grande longueur
donner quelque choſe à la
ſphericité de la terre. Mais ſept
lieuës , mais trente ou quarante
lieuës qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou
de Liſi à Paris , qu'est - ce que
cela fur neuf à dix millequ'en
peut avoit le Globe de la terre?
Voicy , Monfieur, mes reflexions ,
article par article,fur les point de
la Letire de Monfieur Bernier, qui
obligeroit Quintilien de s'écrier ,
Fælices effent Artes , fi de illis
foli Artifices judicarent.
Premierement , il devoit expliquer
ce qu'ilentend par ces termes
GALANT. 101
de pur niveau dece Canalde cing
àfixlieuës fans aucune pente , car
une ligne purement à niveau est
un Arc d'un grand Cercle de la
Terre , & tous fes pointsfont par
confequent également distants du
centre des Graves. Ainsi dans un
Canal de pur niveau , l'eau auroit
tous les points deſaſuperficieSpheriphe
également distants du centre
de la terre ,& l'ean demeureroit
fans mouvement puis qu'il n'y
auroit pas plus de raison qu'elle
coulaſt d'un bout à l'autre.
Si lefond du Canal est un plan
droit, ou ce planfera tangent par
un bout,ou vers le milieu à un grand
Cercle delaterre . S'il est tangent
à un bout , l'autre bout fera plus
élevé, par conſequent l'eau coulerade
ce bout au plus bas , ou le
plan aurade la pente..
Si le point d'attouchement est
E3 3
102 MERCURE
4
au milieu du plan du Canal ,
Jes deux parties seront deux
tangentes , &le point d'attouchement
ou le milieu de la longueur
du Canalfera plus bas estant plus
près du centre de la terre , & par
confequent l'eau de chaque bout
du Canalcouleroit vers ce milieu ,
pour prendreſa ſphericité , qui est
le pur& veritable niveau . Tout ce
que deffus eft d'une verité Geometrique
, Ainfi il eſt du tout impoſſible
que l'eau dans un Canal coule par
un bout , si le plan du Canaln'està
ce bout plus bas que l'autre bout
que le Canal estant rempli,& l'eau
foutenue élevée à chaque bout , on
ouvre l'un des bouts , auquel cas
l'eau coulera par cette cuverture ,
par ce que l'eau qui est audeſſus de
l'ouverture , tombe en bas n'estant
plusfoutenue , & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal ,jusqu'a tant
que ce qui restera d'eau dans le
,
016
GALANT . 103
Canal faſſeune superficie Spherique
estant à ces deux bouts égale
ment éloignée du centre de la terre,
Il est vray que pour avoir un plus
grand cours d'eau nous demandons
avec Vitruve dans fon huitiéme
Livre Chap.fept , une plus grande
pente , & comme j'ay dit en 2684.
dans mon Traité du Nivellement
inferédans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. Il faut
toûjours quelque peu de pentes afin
que l'eau puiſſe couler, ce que Scammozzi
dans la premiere partie
d' Architecture Chap . 27. confirme
en ce termes , Nel condur , o
fopra , o ſotto terra , è biſogno
darle qualche poco di decaduta
, & Philanderde Chatillon fur-
Seine dansſes Annotationsfur Vi
truve disoit en 1940. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de pente
fuffit pour fix cent pieds , longe
E 4
104 MER CURE
aliter noſtre ztatis libellatores,
nam in ſexcentos peder, unum
tantum pollicem deprimunt ,
afin que l'eau puiſſe couler. Enfin
Petrus Cataneus dit , qu'ilsuffit de
donner quatre onces , c'est à dire
guatre pouces de pente fur mil-
Lepas. Ainsi ilfaut deneceſſité que
Leplan d'un Canalait quelque penze
du coſtéque l'eau coule ,& cela
principalement lors que l'eau n'a
Pasun long cours , ce que Scammoz-
Li entend par ces mots , ħabbiamo
offervato i fiumi de Poleſſini ,
che vannocon mezzo piede de
caduta maſſime ſi hanno ſeguitodi
aqua .
L'erreur de Mr Bernier vient
d'avoir prispour le pur &veritable
niveau , qui est un Arc d'un
grand cercle de la Terre , le niveau
apparent du Canal , qui eft
un plan touchant au grand cercle
de la terre ,&par confequent l'ex
GALANT.
1051
tremitédu Canalde fept lieuës de
longueur cflant du point de Partage
plus éloigné de 39. toises 4. pouces..
& huitlignes du centre de la terre,
que l'autre bout , l'eau y defcend
mesme avec rapidité à cause de la
gradepente du Canal & de la fuite
de l'eau; auſſi voit- on que le cours
des Rivieres est plus rapide amefure
de leur pente & de la crue
des eaux.
Quand mesme par impossible
l'eau couleroit d'un bout à l'autre
d'un Canal de pur niveau & Sans
aucune pente, on n'auroit , n'endéplaiſe
à Mr Bernier , fçeu trop
prendredeſoin & tropsemettre en
peine de niveler depuis la Riviere
d'Eurejusqu'à Versailles ,pour ſcavoirlequel
des deux lieux est le plus
élevé..
Puis mesme qu'il s'agiſſoit du
Service du Roy, & que dans lave
S
106 MERCVRE
Sainte Ecriture Ieremie chapitre 4.
verſet 10. prononce , Maledictus,
qui facit opus Domini negligenter
, il falloit sçavoirsi Pongoin
& Versailles estoient de pur
niveau , c'est à dire , autant éloignez'un
que l'autre du centre de
laterre ; auquel casficequeMon
fiear Bernier debite estoit verita...
ble , que l'eau dans un Canal de
fix à sept lieuës de pur niveau ,...
coulefans aucune pente d'un bout à
l'autre , l'eau de Versailles auroit
pu s'écoulerdans la Riviered'Eure,
aussi-toft que l'eau de la Riviere
d'Eure venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus , il falloit toû
jours reconnoiſtre le niveau de ces:
deuxlieux carfi Versailles s'estoit
trouvé plus haut quela Riviere
d'Eure , l'eau n'yseroit jamais mon
tée. Ainsi tres - neceffairement ,
quay qu'en dife MonfieurBernier
F
GALAN T.
107
il estoit beſoin de se mettre enpeine
comme on a fait , pour faire venir
la Riviere d'Eure à Versailles , afin
de ne hazarder pas la dépense de
pluſieurs millions, Partantles Arts
feront heureux , comme dit Quintilien
, lors qu'il n'y aura que les
Maistres qui s'enmélent.
L'expedient que donne Monsieur
Bernier , pour avoir avec peu de
penteune grande quantité d'eau,
est d'une rave imaginative. Fai
tes , dit- il , le Canal plus large,
donnantplus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la viteſſe que vous ſouhaite
riez. Ainsiàfon sentiment , pour..
avoir la mesme quantité d'eau que
fourniroit un Canalde quatre pieds
de large &de quatre pieds dehauteur,
qui font seize pieds de face?
d'eau dans fa fection , il faud
droit fairele Canal de Seize
E6
108 MERCVRE
pieds de large & un pied de hauteur;
mais la quantioé d'eau qui
coulera , fera beancoup moindrepar
le manque de hauteur ,& de plus
dans la longueurde quarante lieuës
qu'ildit estrela Riviere d'Eure à..
Versailles, le terrain échauffépar le
Soleil d'Esté ,& la partie qu'il en
feroit évaporer dans la faiſon où
l'on auroit plus beſoin d'eau à Ver...
Jailles,en diminueroït la plus gran.
de partie , outre que la dépensede
lalargeurde l'Aqueduc feroit quatre
foisplus grande.Voila quelfruit
on tireroit , pour remedier à l'in
convenient d'unepentesuffisante.
Donc nonobstant le dire de Mon
fieur Bernier, il fera à perpetui
sé d'une verité notoire , & purement
Geometrique, qu'il est absolu
ment neceffaire , que pour faire
couler l'eau du bout d'un Canal
àl'autre sily ait de la pente&
GALANT. 109
1
que leniveau apparent, qui est une
lignedroite tangente augrand cercle
de la terre , ait du hauffement
par deſſus leveritable niveau , qui
estun arcdumefme cercle , qui est
lepur&naturelniveau. En voicy
des exemples.
Lalongueur duniveau apparent
estant de 87. toiſes , deux pouces
neufligues,son hauſſement par def--
fus le veritable niveau fera d'une
ligne..
A
Eſtantde 301. toiſes deux pieds
neufpouces & une ligne ,son hauf
Sementſeraunpouce..
Eſtant de 1044. toiſes un pieds
khuit pouces & demy son hauſſement :
Seraunpied.
Eſtant de 2567.toiſes g. pieds
9 pouces &5.lignes ,son hauffementfera
d'une toife..
N'eſtant que d'une lieuële
HO MERCURE
hauffementferade 4. pieds9. pouces
&4. lignes.
Eſtant de trois lieves fon hauffementfera
7. toifes un pied & 7 .
lignes.
Eſtant de cinq lieües ,fon haus-
Sement ferade 19. toiſes cingpieds.
Sept pouces .
Eſtant de ſept lieues ,fon hauf-
Semensfera de 39. toiſes 4. pouses
huit lignes.
Eſtant de dix lieües,fon bauf-
Sementfera de 79. toiſes 4. pieds
4. pouces& 2. lignes .
Eſtant de 20. licines ,font hauf
fementfera de 3.18 . toises 5.pieds
4. pouces &une ligne.
Enfin , la longueur du niveau
apparent estant de40. lieuës , fors
bauſſementferade 1275. toises 2.
pieds 3. pouces & deux lignes .
Tout ce que deſſus eftant d'une
muerite geometrique , je ne vois pas
GALANT.
"
comment Monsieur Bernier a osé
dire , que dans un Canalde pur niveau
de fept licües de longueur ,
L'eau coule d'un bout à l'autreſans
aucune pente , puis quefi ce Canal
eſtoit d'un veritable niveau , l'eau
y demeureroit immobile. Il reste
donc que ſon pur niveau dont parle
Monsieur Bernier , foit un niveau
apparent , dont le hauffement par
deffus le pur & veritable niveau
eft de 39. toises 4. pouces & 8. lignes
, & par consequent un bout de
ce Canal de 7. lieñes a plus de hau
teur pardeffus l'autre , que n'en ont
LesTours de Nostre - Dame , qui
n'ont que 34. toiſes de hauteur de
puis lepavéde l'Eglife iusqu'au pa
raper. Il est comme impossible de
deviner ce qu'il veut dire par ces
zermes ſurvans. Il fautdans une
grande longueur donner quelque
choſe à la ſphericité de la
terre
3122 MERCURE
Il est encore impoſſible depene
trer ce qui l'a obloged'ajoûter ,que
ſept, trente ou quarante lieuës
ne font rien fur neuf ou dixt
millelieuës que peut avoir le
Globe de la terre ; car puis qu'il
s'agit d'une ligne qui mefure la longueur
d'un Canal , on ne la peut
comparer àlafuperficie du Globe de
laterre , mais bien à la circonferen
ce d'un grand cercle. Deplus.Monfieur
Bernier n'a pasfait reflexion
que le rapport on raison de 40....
lieuës à neuf mille , qui est le ve
ritable circuit de la terre , est la
mesme raison qu'entre un & 225.
puis que 40. fois 225. lieuës font:
Its neufmille du circuitde la terre..
Orla 225. partie du grand tour de
laterre , est tres- confiderable. Exa..
minons maintenant tous les differens
fens& applications qu'on peut don
mer an termes de Monsieur Ber
GALANT.
113
!
nier , qu'est ce que quarante lieuës.
en comparaison de neuf mille du
Globe de la Terre ? Suppofons donc
qu'ilfut vray que la distance depuis
la teſte du Canal de la Riviere
d'ourgue, priſeà Lizijusqu'au pied
du Trône , ou Arc de triomphe , au
haut du Fauxbourg S. Antoine ,
fuft de quarante lieuës , comme le
debite M. Bernier.
1.Si ces quarante lievës font me-
Surées sur la circonference d'un
grand cercle dei terre ,cirsen
comprendront la 225. partie , c'est
àdire un arc d'un degré& trentefixminutes
; &fi le Canald'Ourgue
au Trône estoitfaitsuivant cetarc,
l'eau y demeureroit fans mouve
ment , ayant fon pur , parfait &
naturel niveau.
2. Si le Canal estoit fait suivant
la corde de cet arc , l'eau couleroit
de chaque bout au milieu defalon
114
MERCURE
gueur , & fi les bords du Canal y
estoient suffisamment hauts pour
Soûtenir l'eau , afin qu'elle pust
prendrefa Sphericité , elle s'y éléveroit
& accumuleroit jusqu'à la
hauteur perpendiculaire de 318 .
toiſes , 5. pieds 10. pouces 7.lignes.
Si ces 40. lieuës font en ligne
droite , en forte que le point dumi-
Lieu de fa longueur touche un grand
cercle de la terre , il y aura deux
niveaux apparents ou tangentes
d'egale longueur , & l'eau couleroit
de chaque bout de ce Canalvers le
milicu de sa longueur , ou fi les
bords estoient fuffisamment hauts ,
elle s'éleveroit jusqu'à la hauteur
perpendiculaire de 318. toiſes , J.
pieds , 4. pouces & une ligne.
Que si ces 40. lienës font mefurées
sur le niveau apparent on
ligne droite tangente , un Canal
GALANT .
115
faitsuivant cette ligne droite aura
un bout plus élevé que l'autre de la
hauteur de 1275. toiſes , 2. pieds
3. pouces & 2. lignes , & l'eau couk -
Lera avec tres-grande rapidité par
une fi grande pente.
Par ces calculsMonfieur Bernier
verra combien grande est la difference
du niveau apparent , aupur ,
veritable & naturel nivellement .
La verification de tout ce que
deſſus eft facile sur les principes
que j'ay établis dans mon Traité du
Nivellement ( inferé dans le 27 .
Tome du Mercure extraordinaire
quartier de fuillet 1684. ) qu'un
degré d'un grand cercle de la Terre
contient 57100. toiſes ou 25.lieuës
de 2284. toises chacune.
Vorcytrois Problemes importans.
I. Lehauffement de la tangente
estant donné , trouver la longueur
ou distance en ligne droitedu point
116 MERCVRE
de la Station au point miré.MultiplieZ5653305328
. Diametre de
la terre en lignes , par le nombre des
lignes du hauſſement. Auproduit ajoutez
le quarré du mesme bauffement.
Tirez la racine quarrée
detoute laſomme , vous aurez la
Longueur requise du nivean apparent.
I I. Trouver par quelle ligne reguliere
ayant fucceſſivement àchaque
point Mathematiqueune pente
infenfible, on potrroit par la voye
la plus courte , & dans un mesme
plan vertical ,faire couler la Riviere
d'Eure dans le Rerſervoir de
Versailles. Ie dis que c'est par un
Arcd'un cerele dont lefemidiametreferoitplus
grand que celuy du
grand cercle de la Terre, qui abou.
tiroit au Reservoir de Versailles .
Vous trouverezle centre de cet Arc,
Sidu milieu de la ligne droite duPonGALANT.
117
goin au Reservoir de Versailles ,
vous élevez une perpendiculaire
iuſqu'à la rencontre du Diametre
de la Terre , qui aboutiroit au Rea
Servoir.
III. Determiner si l'eau peut
coulerpar un Canal fait en ligne
droite d'un bout plus élevé au plus
bas. Ie dis 1. quefi lehauſſement est
ègalou plus grand que le hauffement
de la tangente du mesme arc ,
l'eau coulera avec rapidité.2. Que
ſi le hauſſement est moindre que ce
luy de la tangente , l'eau ne coulera
pas du plus haut au plus
bas de ce Canal fait en droite
ligne. Ainfifuppofant avec Monfieur
Bernier que de la Riviere
d'Ourgue priſe à Lisiily eust quavante
licuësiusqu'au pied du Trône,
& que la Riviere priſeà Lisi eust
go pieds de hauteur par deſſus le
pied du Trône , l'eau n'y pourroit
118 MERCVRE
arriver par un Canal fait en ligne
droite , que juſques à 5822. toiſes
5. pieds & 4. lignes , àcompter du
pied du Trône , parce que là le fond
de ce Canalseroit s.toiſes , unpied
un pouce & deux lignes plus bas que
le boutdu Canal au pied du Trône.
Le calculse trouve par la penultiéme
propofitiodu troiſiéme Livre des
Elemens d'Euclides . Enfin pourfinir
j'employe la Deviſe de Societé Royaled'
Angleterre,qui apour corps une
table blanche d'attente & pour
ame ces trois mots , Nullius in
verba ; qu'il nefaut croire legerement
aux Philofophes Geometres
fur leur parole , puis qu'ils ne peuvent
demeurer d'accord entr'eux ,
quoy qu'après tant de fiecles ils
ayentfaitfi grand bruit dans l'Ecole
,que les Paſſans croyoient que ,
Omnia , mors , miles , fanguis&
ignis erat .
GALANT.
119
C'est une guerreſans pareille ,
Les Armesfontde grands Ergos ,
Qui frappant l'air & les Echos
Bleffent le poumon & l'oreille.
l'ay finy avec M. Bernier , au
fuiet defon prétendu Canal de pur
- niveau fans pente , je vous parle
maintenant de la facile lonction
des deux Mers , en passant par la
Bourgogne, par le moyen des ſources
& Rivieres de Poulli en Auxois ,
par lafacile jonction de la Riviere
d' Armanfon à la Riviere d'Ouſche.
Cedeſſein avoit esté mis autrefois
Sur le tapis , & on l'avoit trouvé
fort faisable. Il faudroit couper
depuis la ſource d'Armanson iss
quedans le ruiſſeau d'Andeneſſe ,
ou bien dans la Riviere de Crugez,
qui tombe dans l'Ousche ; il n'ya
120 MERCURE
que demy lieue de terre à couper,
toutesterres labourables , & aisées
aremuer. Dans le plus haut entre
les deux Rivieres , le terraineſt de
niveau de cinqcens toiſes de longueur
; mais ily adela pente plus
avant du coſté d'Occident , aussibien
que du coſté d'Orient, nean
moinson peut trouver des moyens
pour cela , car en creuſant laprofondeur
d'environ dix toiſes,on pourra
faire un Canaldormant depuis la
Source de la Riviere d'Armanſon à
La Riviere de Crugez ; & pour
mille écus on fera la dépense neceffaire
poury amener la Fontaine de
Baume , laquelle en toutefaiſon
fait tourner trois moulins , & on
peutfaire un Baffin beaucoup plus
grand que le Baffin de Naurouffe
du Canalde Languedoc. Ie vous
envoye laplanche du projet de cette
communication des Mers par la
BourGALANT.
121
Bourgogne le l'avoisfaite pour l'eme
ployer dans mon histoire general
de la communication des Eaux,tant
parles Canaux naturels &fouterrains,
que par les Canaux artificiels
Sur lafurfacedelaterre. Ie m'aperçois
que ma Lettre commenceà
estre trop longue. Vousen aurez les
autres parties dans une autre occafion,
le ſuis, Monsieur, tout àvous
: L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
Fermer
Résumé : LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
La lettre adressée à Monsieur Hardy, Seigneur de Beaulieu, traite de divers aspects de l'hydraulique et des écrits de Monsieur Bernier. L'auteur a reçu une lettre de Bernier qui a suscité des réactions variées. Hardy demande des réflexions sur la lettre de Bernier publiée dans le Mercure de février et des conseils sur la recherche des sources d'eau et la conduite des eaux, incluant les machines pour les élever. L'auteur reconnaît l'expertise de Hardy en hydraulique, notamment grâce à une machine innovante utilisée à sa maison de Beaulieu. Le texte critique les propos de Bernier concernant le canal de Languedoc, construit entre 1666 et 1681, qui relie la Garonne à la Méditerranée sur environ 240 kilomètres et comprend 59 écluses. Il souligne l'importance de la physique mathématique pour la conduite des eaux, un domaine que Bernier ne maîtrise pas selon l'auteur. Le texte décrit également l'aqueduc de la rivière d'Eure à Versailles, conçu pour alimenter les fontaines et cascades du palais. Monsieur de la Hire a déterminé que la tête du canal devait être au château de Pongoin, à sept lieues au-dessus de Chartres et à vingt-deux lieues de Versailles. Bernier a critiqué la précision du nivellement, mais le texte insiste sur la nécessité d'une légère pente pour permettre l'écoulement de l'eau. Le texte explore la faisabilité d'un canal entre la rivière d'Ourgue à Lizy et Paris, en analysant diverses hypothèses sur la distance et la topographie. Il présente trois problèmes mathématiques relatifs au nivellement et à la construction de canaux. Un projet de jonction des deux mers via la Bourgogne est également mentionné, impliquant le creusement d'un canal dormant et l'utilisation des sources et rivières locales. L'auteur, 'L'Aveugle Comiers d'Ambrun', promet d'envoyer les autres parties du projet ultérieurement et mentionne l'inclusion de ces initiatives dans son ouvrage sur la communication des eaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 11-35
« Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Début :
Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...]
Mots clefs :
Duc de Bretagne, Peindre, Roi, Dire, Vertu, Duc de Bourgogne, Intercolonne, Versailles, Mots, Bruit, Beau, Faces, Cour, Pieds, Armes, Face, Paroles, Duchesse, Princesse, Feux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Le 25. du mois paſſé, Madame
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
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8
p. 187-191
Parodie de l'Enigme du mois passé, le Vers de la Poësie.
Début :
Le Vers, selon la rime, est ou mâle, ou femelle, [...]
Mots clefs :
Vers, Rime, Fruits, Pieds, Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de l'Enigme du mois passé, le Vers de la Poësie.
Article des Enigmes.
Parodie de l'Enigme du
mois passé, le Vers de
laPoëjîe.
L E Vers, selon larime;
est ou mâle, oufemelle,
Quiseseparent rarement,
Et pensent peu differemmtnt,
Tant l'un est pour l'autre
fidelle.
Selon leterroiroùjesuis,
Dit le Vers, jeproduis,
de bons oumauvais
fruits:
-
'Tantôt,tendre &galant,
&quelquefoitbarbare,
Jechemined'unpasinégal
, & bizarre,
^Tantôt triste &chagrin,
tantôt joyeux,plaifant,
Tantôtfaisant éloge,&
tantôt médisant.
Quand je suis serieux ,
quandj'ai dela trijr -
,
r tesie
sifors mon corps plusentendu
Sur plus de piedsest rè~
panai*:
Maisloin d'augmenter
mavtttfie,
je n'en vais que plus gravement.
Quandje suis gai,quand
j'ai de l'enjoûment,
Alors moncorps& ma
'- figure
Sontuneftrucr
ture,
Et ne marchentqu'à petit train. fers,dansïamoureufc.
peine
Lesfoins dutendre amour3,,. ledépit&lahaine>
Jt mords,je
pique,& répands du venin,
.,
Dont le poison a tant, de
violence,
Qu'il revient vivement
sur celui quile lance.
he buveurtransportédes
douceursde Baccus,
Vient chanter avec moy
la douceur de sonjus.
Cejlmoy qui fous laloy
,
de cette rime obscure
Te viens,cacher ici cette
sombre peinture.
C'est chercher trop longtemps, leffeur trop
curieux
,
QHOJ tu ne me vois pas ?
-
jefuis devanttes
yeux..
Parodie de l'Enigme du
mois passé, le Vers de
laPoëjîe.
L E Vers, selon larime;
est ou mâle, oufemelle,
Quiseseparent rarement,
Et pensent peu differemmtnt,
Tant l'un est pour l'autre
fidelle.
Selon leterroiroùjesuis,
Dit le Vers, jeproduis,
de bons oumauvais
fruits:
-
'Tantôt,tendre &galant,
&quelquefoitbarbare,
Jechemined'unpasinégal
, & bizarre,
^Tantôt triste &chagrin,
tantôt joyeux,plaifant,
Tantôtfaisant éloge,&
tantôt médisant.
Quand je suis serieux ,
quandj'ai dela trijr -
,
r tesie
sifors mon corps plusentendu
Sur plus de piedsest rè~
panai*:
Maisloin d'augmenter
mavtttfie,
je n'en vais que plus gravement.
Quandje suis gai,quand
j'ai de l'enjoûment,
Alors moncorps& ma
'- figure
Sontuneftrucr
ture,
Et ne marchentqu'à petit train. fers,dansïamoureufc.
peine
Lesfoins dutendre amour3,,. ledépit&lahaine>
Jt mords,je
pique,& répands du venin,
.,
Dont le poison a tant, de
violence,
Qu'il revient vivement
sur celui quile lance.
he buveurtransportédes
douceursde Baccus,
Vient chanter avec moy
la douceur de sonjus.
Cejlmoy qui fous laloy
,
de cette rime obscure
Te viens,cacher ici cette
sombre peinture.
C'est chercher trop longtemps, leffeur trop
curieux
,
QHOJ tu ne me vois pas ?
-
jefuis devanttes
yeux..
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Résumé : Parodie de l'Enigme du mois passé, le Vers de la Poësie.
Le texte 'Le Vers de la Poëjîe' est une parodie qui explore les caractéristiques du vers en poésie. Il distingue deux types de vers : mâle et femelle, qui se ressemblent beaucoup. Le vers affirme que sa qualité dépend de son terroir, produisant des fruits bons ou mauvais. Son comportement est variable : il peut être tendre et galant, barbare, triste, ou joyeux et plaisant. Sa forme change selon son état : sérieux ou gai. Lorsqu'il est sérieux, il s'étend sur plus de pieds, mais cela n'augmente pas sa valeur. Lorsqu'il est gai, il avance lentement. Le vers peut également mordre, piquer et répandre du venin, dont le poison revient sur celui qui le lance. Il accompagne le buveur sous l'influence de Bacchus. Le texte se conclut par une énigme : 'C'est chercher trop longtemps, le lecteur trop curieux, que tu ne me vois pas ? - je suis devant tes yeux.'
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 308
Avis au Public.
Début :
Le Sieur Garnesson demeurant chez M. le Président de la Garde, ruë de Berry au Marais, [...]
Mots clefs :
Pieds, Douleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis au Public.
Avis au Public.
Le Sieur Garnesson demeurant chez M. leprésident
de la Garde, ruë de Berry au Marais,
est presque le seul qui sçâche mieuxderaciver
les Corps des pieds, v guerrirentierement ceux
qui en ont~deuis un longtems
,
sans faire fei-
$n*r, ny souffrirlamoindre douleur
,
l'experience
qu''! a dans cetart, jointe aux différentes
opérations qu'ila faites avec futcês
,
n'ont pas
peu contribué à luy procurer la connoissance de :
fiùfîeurs personnes de qualité ; mais encore à
augmenter saréputation. Les Certificats
Le Sieur Garnesson demeurant chez M. leprésident
de la Garde, ruë de Berry au Marais,
est presque le seul qui sçâche mieuxderaciver
les Corps des pieds, v guerrirentierement ceux
qui en ont~deuis un longtems
,
sans faire fei-
$n*r, ny souffrirlamoindre douleur
,
l'experience
qu''! a dans cetart, jointe aux différentes
opérations qu'ila faites avec futcês
,
n'ont pas
peu contribué à luy procurer la connoissance de :
fiùfîeurs personnes de qualité ; mais encore à
augmenter saréputation. Les Certificats
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10
p. 296-297
AUTRE.
Début :
Le Sieur Garnesson, demeurant à present ruë du Batoir, en [...]
Mots clefs :
Pieds
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
JVTKE.
Le Sieur Garneflon, demeurant
à present ruedu Batoir,
en sa maison; est prefquc le
seulquisçache mieux déraciner
les Corps des pieds, &
guérir entièrement ceux qui en
ont depuis un long temps, sans
faire faigncr ny fouffnr la
moindre douleur. L'experience
quil a dans cet Art, jointes
aux différences operations qu'il
a faites, & qu'il fait encore
aujourd'huy avec succés,nont
pas peu contribué à luy procurer
la connoilîancc de plu-
Ceurs per sonnes de qualité
qu'il a gucrics; mais encore à
a. -
Le Sieur Garneflon, demeurant
à present ruedu Batoir,
en sa maison; est prefquc le
seulquisçache mieux déraciner
les Corps des pieds, &
guérir entièrement ceux qui en
ont depuis un long temps, sans
faire faigncr ny fouffnr la
moindre douleur. L'experience
quil a dans cet Art, jointes
aux différences operations qu'il
a faites, & qu'il fait encore
aujourd'huy avec succés,nont
pas peu contribué à luy procurer
la connoilîancc de plu-
Ceurs per sonnes de qualité
qu'il a gucrics; mais encore à
a. -
Fermer
11
p. 122-140
De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
Début :
Le sieur Robin, chargé des affaires du Consulat de la Nation [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Pompe funèbre, Couronne de laurier, Roi, Pieds, Charge, Fleurs, Hercule, Monarque, Pompe funèbre de Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
DDeCe aCJ~ixdi,le*'pleremier.Matsi
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
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12
p. 1575
ENIGME.
Début :
Deux freres de concert portent un édifice, [...]
Mots clefs :
Pieds
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
DEux freres de concert portent un édifice ,
Sans lequel ils ne seroitent pas ;
L'un d'eux ne peut sans l'autre faire un pas ;
La fin du jour interrompt leur office.
DEux freres de concert portent un édifice ,
Sans lequel ils ne seroitent pas ;
L'un d'eux ne peut sans l'autre faire un pas ;
La fin du jour interrompt leur office.
Fermer
13
p. 1797
« La Premiere Enigme du mois de Juillet, a été faite sur les pieds ; et la seconde, sur [...] »
Début :
La Premiere Enigme du mois de Juillet, a été faite sur les pieds ; et la seconde, sur [...]
Mots clefs :
Pieds, Vent, Liard, Meaux, Constantinople, Épingle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Premiere Enigme du mois de Juillet, a été faite sur les pieds ; et la seconde, sur [...] »
La Premiere Enigme du mois de Juillet,
a été faite sur les pieds ; et la second , sur
le vent. Les Logogryphes ont é é faits sur
Liard , Meaux , Constantinople , Epingle.
a été faite sur les pieds ; et la second , sur
le vent. Les Logogryphes ont é é faits sur
Liard , Meaux , Constantinople , Epingle.
Fermer
14
p. 2615-[2]621
MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Mr Dufay termina la Séance par un Mémoire sur l'Electricité ; il [...]
Mots clefs :
Corps électriques, Électricité, Pieds, Corde, Couleurs, M. Dufay, Planche, Tube, Enfant, Mémoire, Feuilles, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
MEMOIRE sur l'Electricité , lû à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
Fermer
Résumé : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Le mémoire de M. Dufay, présenté à l'Académie Royale des Sciences, explore les propriétés de l'électricité et les corps qu'elle affecte. Dans ce troisième mémoire, Dufay examine quels matériaux sont le plus attirés par les matières électriques et lesquels transmettent le mieux les écoulements électriques. Il réfute l'idée de M. Gray selon laquelle la couleur des corps influence leur capacité à devenir électriques, démontrant que les variations observées dépendent des ingrédients utilisés pour colorer les corps plutôt que des couleurs elles-mêmes. Dufay rapporte également des expériences sur la transmission de l'électricité à longue distance. Il a réussi à transmettre l'électricité sur une distance de 1256 pieds en utilisant une corde mouillée, dépassant ainsi les 886 pieds atteints par M. Gray. Il décrit également une expérience où un enfant, suspendu sur des cordes, devient électrique en approchant un tube frotté de ses pieds, rendant son visage et ses mains électriques. Dufay observe des phénomènes électriques singuliers, tels que des étincelles et des bruits de pétillement, lorsqu'une personne approche sa main de son corps pendant qu'il est sur une planche électrique. Ces phénomènes n'apparaissent pas avec des corps inanimés. Il conclut en annonçant la découverte de deux principes fondamentaux : les corps électriques attirent ceux qui ne le sont pas et repoussent ceux qui le sont par communication. De plus, il existe deux types d'électricité distincts et opposés. Ces principes seront détaillés dans un quatrième mémoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 1339-1349
PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Début :
La Ville de Paris ayant demandé au Roy la permission de présenter [...]
Mots clefs :
Dauphin, Armes, Ville de Paris, Main, Vertus, Couronne, France, Palmes, Pieds, Guerre, Fleurs, Boucliers, Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
PREMIERES ARMES
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
134
و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
134
و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
Fermer
Résumé : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Le 6 juin 1734, la Ville de Paris a reçu l'autorisation du roi de présenter au Dauphin ses premières armes, suivant un ancien usage interrompu. Le Corps de Ville, en robe de cérémonie, s'est rendu à Versailles où le Duc de Gesvres, Gouverneur de Paris, a conduit la délégation à l'audience du Dauphin. Le Président Turgot, Prévôt des Marchands, a porté les compliments et présenté une épée, un fusil et deux pistolets d'un travail parfait. Ce privilège permet à la Ville de Paris de présenter aux Dauphins de France leurs premières armes, soit en récompense de son zèle et de son affection envers les Princes, soit comme prérogative flatteuse pour la capitale du Royaume. La Ville de Paris a donc saisi cette occasion pour honorer le Dauphin et s'acquitter de ce devoir flateur et honorable. Les pistolets, entièrement en acier enrichi de reliefs et de ciselures, présentent des fonds d'or perlé et des bois ornés de figures en or gravées en taille-douce et de filigranes. Les canons des pistolets représentent des scènes symboliques : l'un montre un jeune enfant sur une colline au lever du soleil, l'autre un jeune Hercule écrasant des dragons. Les symboles de vertus et les cornes d'abondance sont également présents, ainsi que des représentations des quatre parties du monde. Le fusil arbore un Dauphin entouré de cornes d'abondance et de guirlandes de fleurs, ainsi que des scènes de chasse et des symboles maritimes. Les ornements incluent des génies guerriers, des trophées de guerre et des attributs divers. L'épée, entièrement en or, est composée d'un seul trophée d'armes. La garde est inspirée des boucliers utilisés sous le règne d'Alexandre le Grand et représente les vertus héroïques et la gloire des Princes. Les bas-reliefs montrent Hercule terrassant l'Hydre et une femme symbolisant la victoire et la générosité. La poignée de l'épée est ornée de palmes et de lys, et le fourreau est en écaille noire incrustée d'or. Ces œuvres, réalisées par le Sieur Laroche pour les pistolets et le fusil, et par M. Germain pour l'épée, témoignent d'une exécution admirable et d'une grande richesse artistique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 72-83
THELANIRE ET ISMENE.
Début :
Un Satyre pour célébrer son arrivée dans un bois, donnoit aux hôtes voisins [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Dieux, Bonheur, Amitié, Ciel, Yeux, Amant, Pieds, Nymphe, Plaisir, Oracle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THELANIRE ET ISMENE.
THELANIRE ET ISMENE.
N Satyre pour célébrer fon arrivée
UNdans un bois , donnoit aux hôtes voi
fins une fête l'habitant des forêts y invita
auffi le jeune Thelanire & la charmante
Ifmene. Thelanire , quoique citadin ,
ne dédaigna pas l'offre du Sylvain ; fon
refus eût pû l'affliger , c'étoit affez pour
déterminer Thelanire à s'y rendre. Le ciel
connoiffoit fon intention , & pour l'en récompenfer
il y envoya Ifmene. La Nymphe
ſe préfenta dans une noble fimplicité
, elle donnoit de l'éclat à fa parure :
elle n'étoit qu'Ifmene , mais elle étoit Ifmene.
Thelanire la vit , il l'aima . Un tendre
embarras s'empara de fon ame , tout
lui
DECEMBRE. 1754. 75
lui fembloit inftruit de fon amour : if
croyoit voir l'univers occupé de fa tendieffe
, & rire de fa timidité.
Grands Dieux ! difoit - il , de quoi me
puniffez vous n'ai je pas affermi votre
culte en travaillant à étouffer la fuperfti
tion ? ne vous ai - je pas rendu de continuels
hommages ? mon coeur n'a écouté
que le cri de l'humanité , & ma premiere
crainte a été d'affliger le foible & le malheureux.
Je ne vous demande pas de m'ôter
mon amour , mais de me rendre la parole.
Un grand bruit fe fit entendre ( les Sa
tyres prennent le tumulte pour la gaité ) ,
& on annonça à Thelanire' que l'heure du
répas étoit arrivée.
Les Satyres croyent que rien n'eft comparable
à un Satyre ; cependant Ifmene
étoit fi belle qu'ils la jugerent dignes d'eux.
Ils eurent la gloire de fervir la Nymphe ,
& Thelanire le chagrin de les voir au comble
du bonheur. Il aimoit , il falloit le
faire entendre : Thelanire étoit épris pour
la premiere fois ; Thelanire pour la premiere
fois étoit timide.
Votre bonheur s'accroît de jour en jour ,
difoit-il au Satyre voifin d'Ifmene ; hier
Cidalyfe vous adoroit , & maintenant vous
baifez les pieds d'Ifmene.
11. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Que vous êtes heureux ! difoit-il à un.
autre , vous obligez Ifmene , laiffez- moi
partager vos légeres peines & vos immenfes
plaifirs .
Cependant on voyoit la délicateffe prendre
la place de la profufion : on entendoit
les échos répeter les plus tendres fons ;
Thelanire feul ne voyoit & n'entendoit
qu'lfmene.
La Nymphe étoit fenfible , & Thelanire
lui plaifoit : elle croyoit n'aimer que fon
eſprit .
Tout s'efforçoit de contenter Ifmene ;
les Satyres épuifoient leur champêtre ga
lanterie. Cruels , difoit Thelanire , pourquoi
prenez-vous tant de peines ? pourquoi
m'ôtez- vous mes plaifirs ? La joie &
les flacons difparurent enfin , & le bonheur
de Thelanire commença. Affis aux
pieds d'Ifmene , Thelanire admira & fe
tût. Ifmene , dit Thelanire en foupirant :
Thelanire , reprit Ifmene en tremblant.
Ifmene .... eh bien : il baifoit fes mains ,
il les arrofoit de fes larmes. Que faitesvous
, lui dit Ifmene ? avez-vous perdu
l'ufage de la raifon hélas ! peu s'en faut ,
s'écria Thelanire , je fuis amoureux . Thelanire
trembla . Ifmene baiffa les yeux ,
& le filence fuccéda aux plus tendres em
braffemens. Ifmene n'ofoit jetter les yeux
DECEMBRE. 1754 75
far Thelanite , & Thelanire craignoit de
rencontrer les regards d'lfmene . Araminte
eft fans doute celle dont vous êtes épris ,
lui dit Ifmene en fouriant ; elle n'eſt pas ,
il est vrai , dans la premiere jeuneffe , mais
elle eft raisonnable .
Hélas ! reprit Thelanire , puiffe le ciel
pour punir les lâches adorateurs d'Araminte
, les condamner à n'aimer jamais que
des coeurs comme le fien.
Orphiſe & fes immenfes appas font donc
l'objet de vos'ardeurs ?
Hélas ! s'écria Thelanire , fi mon coeur
étoit affez bas pour foupiter après Orphi
fe , je fupplierois les Dieux de m'ôter le
plus précieux de leurs dons , je les prierois
de me rendre infenfible. De la beauté
qui m'enflamme , ajouta Thelanire , je vais
vous ébaucher le portrait ; je la peindrai
charmante , digne du plus grand des Dieux
ou d'un mortel fenfible & vertueux ; l'univers
à ces traits va la reconnoître , Ifmene
feule la méconnoîtra.
Elle n'eft point fille des Graces , elle
n'eft pas inême leur rivale , car les Graces
ne le lui difputent pas.
Talens , appas , la nature lui prodigua
tous les dons , jufqu'à celui d'ignorer qu'el
le eft aimable.
Qui la voit , foupire ; qui ceffe de la voir,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
gémit , pour l'adorer quand il la reverral
Grands Dieux ! dit Ifmene , en foupirant
, quelle erreur étoit la mienne ! je me
croyois aimée , le cruel vient de me defabufer.
Ifmene ! ma chere Ifmene , c'eft
vous , ce font vos traits que je viens de
tracer je vous adore , & vous feriez fenfible
? Non , reprit Ifmene , d'un air embarraffé
, je n'ai point d'amour pour vous :
fi vous parlez , il eft vrai , vous m'occupez ;
vous taifez- vous ? vous m'occupez encore ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
Sommes-nous feuls ? je vous écoute ; quelqu'un
furvient , il me paroît importun ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
L'amitié , ce fentiment qui fait honneur à
T'humanité , ce fentiment incapable d'affadir
mon coeur , eft le feul lien qui m'attache à
mon cher Thelanire. Cruelle amitié ! s'écria
Thelanire ; barbare Ifmene , le ciel
vous a faite pour l'amour ; laiffez au tems
le foin de vous faire pour l'amitié. Des
jours viendront où la charmante Ifmene
ne fera plus que la refpectable Ifinenc ,
c'eft alors que les douceurs de l'amitié vous
tiendront lieu des voluptés de l'amour.
Ifmene n'eût pas été difficile à perfua
der ; déja elle craignoit Thelanire, lorf
qu'elle difparut.
Déja depuis long- tems Thelanire ne
DECEMBRE. 1754. 77
pouvoit plus appercevoir Ifmene , que fon
amoureufe imagination la lui faifoit voir
encore. Inquiet , affligé , mille raifons le
portoient à interpréter en fa faveur cette
fuite précipitée ; une feule lui difoit le
contraire , c'étoit affez pour le rendre malheureux.
Cependant Thelanire confidéroit
le féjour qu'Ifmene venoit d'abandonner
, tout lui paroiffoit un motif de confolation
pour fon ame abattue ; le gazon ,
une fleur , tout étoit intéreffant pour Thelanire.
Içi , difoit- il , Ifmene me tendit
une main , que d'un air embarraſſé elle retira
à l'inftant. Là je la vis arracher une
fleur qu'elle s'amufoit à déchirer , pour me
cacher fon innocente timidité . C'étoit près
de ce feuillage qu'Ifmene , en foupirant ,
me regarda , pour baiffer fes yeux fi-tôt
qu'elle rencontra les miens. Ifmene , ajoû
toit-il , Ifmene , vous me fuyez parce que
j'ai dit je vous aime ; mais où pourrezvous
aller fans en entendre autant ? L'humble
habitant de ces deferts glacés , où le
re du jour ſemble porter à regret fa lumiere
, vous admirera parce qu'il n'aura jamais
vû de beauté. Le fuperbe Américain
s'empreffera à vos genoux , parce que mille
beautés qu'il aura vûes lui feront fentir
le mérite d'Ifmene.
pe-
Cependant Thelanire incertain réſolut
Dirj
78 MERCURE DE FRANCE.
d'aller confulter l'Oracle de Venus fur le
fuccès de fon amour. Il vole à Paphos là
fur les bords d'une onde tranquille dont
le murmure fe marie agréablement aux gazouillement
des oifeaux , eft un temple
commencé par la nature & embelli par le
tems. L'efpoir & le plaifir en font les foutiens
inébranlables : l'amour y peignit de
fa main fes victoires les plus fignalées. Ici
la timide Aricie enchaîne avec des fleurs
Hyppolite , qui n'ofe lui réfifter. Surpriſe
& fiere de fa victoire , elle le regarde , &
s'en applaudit.
Là Pénelope , au milieu de fes amans
empreffés , foupire pour Ulyffe fon époux.
Un jour avantageux , digne effet de la
puiffance de l'amour , prête des graces
aux mortels qui habitent ce palais ; tout y
paroît charmant. La Déeffe n'y tient pas la
foudre à la main. Ses regards n'annoncent
pas la fierté ; le badinage & l'enjouement
ne font pas bannis de ces lieux. C'eſt aux
pieds de Venus que Thelanire prononça
ces mots : Déeffe des Amours , je ne viens
pas vous demander fi j'aime , mon coeur
me le dit affez ; daignez m'apprendre feulement
que je fuis aimé d'Ifmene.
Ifimene avoit été conduite au temple
par le même defir que fon amant. La fupercherie
ne déplaît pas à Venus. Ifmene
DECEMBRE . 1754 79
réfolut de profiter de l'occafion pour s'affurer
du coeur de Thelanire. Elle court fe
cacher derriere l'autel de la Déeffe , & elle
rend cette réponſe à fon amant . De quel
front ofes-tu , mortel impofteur , apporter
le menfonge jufques dans mon fanctuaire?
Ifmene te plaît , mais tu n'as pas
d'amour pour elle . Hélas ! dit Thelanire ,
puiffe le ciel pour me punir , fi je n'ai pas
dit la vérité , abandonner ma main au crime
, & mon coeur aux remords dévorans :
puiffent les Dieux m'ôter toutes mes confolations
, & me priver du plaifir de défendre
le foible opprimé par le puiffant.
Tu n'aimes point Ifmene , reprit la voix :
Ifmene t'écoute , tu n'ofes lui parler : Ilmene
fuit , & tu la laiffes échapper ; vas , tu
n'aimes point Ifmene.
Thelanire effrayé des premieres paroles
d'Ifmene , n'avoit pas reconnu fa voix . Ifmene
, c'est vous qui me parlez , dit- il , en
élevant fes yeux qui n'apperçurent que l'image
de Venus. Ifmene ! ... mais hélas !
je m'abuſe , tout me rappelle Ifmene , tout
la retrace à mon ame attendrie . Ifmene
que vous me caufez de peines ! Quand je
fuis avec vous , je tremble de voir arriver
l'inftant qui doit nous féparer. Me quittez-
vous ? je crains de ne vous revoir jamais.
Amour , je ne te demande pas
d'a-
D iiij
30 MERCURE DE FRANCE.
bandonner mon coeur , mais de dompter
le fien. Cependant Ifmene , qui croyoit
avoir été reconnue , avoit pris la fuite.
Thelanire , ennuyé d'interroger en vain
l'oracle qui ne répondoit plus , erroit à l'aventure
dans le temple , lorfqu'lfmene
s'offrit à fa vûe.
Ifmene , s'écria-t-il , Ifmene , non les
Dieux ne connoiffent pas le coeur des morrels
, les cruels m'ont dit ce que vous ne
croirez pas , ce que je ne crois pas moimême
; ils m'ont dit que je fuis un parjure ,
que le bonheur n'eſt pas fait pour moi ,
ont ofé me dire , tu n'as pas d'amour pour
Ifmene , & pour comble d'horreur les
barbares m'ont laiffé la vie.
ils
Ifmene jouiffoit du trouble de fon amant
fans ofer proférer une parole. Injufte Ifmene
, lui dit Thelanire , quoi ! vous ne
les accufez pas , ces Dieux ! ils font moins
injuftes que vous ; ils n'ont point vu Thelanire
interdit à leurs pieds. Thelanire n'a
pas pleuré lorfqu'il les a vûs , Thelanire
n'a pas pleuré lorsqu'il a ceffé de les voir.
Ingrate Ifmene , vous doutez de mon coeur,
parce que vous êtes für du vôtre ; & vous
jugez Thelanire impofteur , parce qu'lfmene
eft infenfible . Ifmene eût voulu
der plus long- tems le filence ; les reproches
de Thelanire développoient les fengarDECEMBRE.
81 1754.
timens de fon coeur : cependant elle l'interrompit
ainfi . Qui de nous a droit d'être
en courroux ? les Dieux ont dit que vous
ne m'aimez pas , mais ont - ils prononcé
qu'Ifmene n'a point d'amour pour vous ?
De quoi pouvez- vous m'accufer ? qu'exigez-
vous d'Ifmene ? Hélas ! reprit Thelanire
, je defire qu'elle foit plus juſte que
les Dieux , qu'elle en croye mon coeur &
non pas un oracle menfonger. Ifmene , dites-
moi , je vous aime , je n'irai pas interroger
les Dieux. Thelanire yous jure qu'il
vous adore , croyez- le , il en eft plus für
qu'un oracle infenfible. Venez , je veux
vous montrer aux Dieux , ils fentiront fi
l'on peut voir Ifmene fans en être épris.
F
La langueur de Thelanire paffoit dans
le coeur d'Ifmene . Attendrie & confuſe ,
elle oppofoit de foibles raiſons aux tranſports
de fon amant qu'elle ne vouloit pas
convaincre .
Notre amour finira , difoit - elle à The-
Janire ; qui peut répondre de la durée de
fon ardeur perfonne. Je ne le fens que
trop ; carje n'oferois jurer àmon cher Thelanire
que je l'aimerai éternellement.
-Encore fi nos ardeurs s'éteignoient en
même tems : mais non , Ifmene fidele verra
du fein des douleurs les plaiſirs affiéger
en foule Thelanire inconftant ; car The 12
·
D v
82 MERCURE DE FRANCE:
lanire changera le premier. Moi changer ,
chere Ifmene ! eh , le puis - je ! vos yeux
font de fûrs garans de mon amour ; votre
coeur vous répond de mon amitié ; elle
pourra s'accroître aux dépens de l'amour ,
mais jamais l'amour n'altérera notre amitié.
Thelanire cependant ferroit Ifmene entre
fes bras, il eut voulu la contenir toute enviere
dans fes mains . Vous m'aimez donc ,
lui dit Ifmene en foupirant ? Si je vous
aime ? reprit Thelanire , vous feule m'avez
fait voir que je n'avois jamais aimé ;
Philis me plaifoit , j'avois du goût pour
Cidalife ; mais je n'ai jamais aimé qu'lfmene.
Baifer fes mains . eft pour moi la
fource d'une volupté que je n'ai pas même
trouvée dans les dernieres faveurs des
autres. Mais vous , Ifmene , eft-il poffible
que Thelanire ait fçu vous plaire ? Hélas !
dit Ifmene ; Almanzor m'amufoit ; Daph
nis me faifoit rire ; je n'ai foupiré que pour
Thelanire , que j'ai évité. Ifmene , ma chere
Ifmene , ce jour eft le plus beau de ma vie ;
mais qu'il foit pour moi le dernier , s'il doit
coûter des pleurs à ma chère Imene ....
Ah ! Thelanire , fans doute , ce jour coût
tera des larmes à Ifmene ; car finene taimera
toujours: mais , Thelanire ! ...The
lanire comptera les jours de fon exiſtence
par ceux qu'il aura employés à faire le bon
DECEMBRE . 1754. 83
heur d'Ifmene . Un Roi , dira -t-il , pere de
fon peuple , plus amoureux du bien de fes
fujets que d'une gloire qui ira toujours audevant
de lui , leur procura les douceurs
de la paix le jour que Thelanire préféra
aux richeffes d'Elife la poffeffion tranquille
d'Ifmene. Le ciel donna à un peuple
de freres l'efpoir d'un maître & d'un
appui le jour que Thelanire aida Ifmene
à fecourir un infortuné. Ifmene , nos
amours feront éternels ; car vous ne changerez
pas. Ifmene s'efforçoit en vain de
répondre fa voix mourante fur fes levres
s'éteignoit dans les embraffemens de Thelanire
. La langueur avoit paffé dans fon
fein , elle gagna bientôt fon amant . Je vis
la tendreffe , l'amour , le plaifir & le bonheur
, mais je ne vis plus Thelanire ni If
mene : ils avoient ceffé d'exifter , ou plutôc
ils commençoient à fentir le bonheur d'être.
:
Depuis ce jour Thelanire foupire pour
Ifmene , qui l'adore ; Ifmene eft fans ceffe
occupée de Thelanire , qui ne pense qu'à
Ifmene.
Ifmene obligée de préfider aux Fêtes de
Bacchus , a quitté pour un tems fon cher
Thelanire. Ifmene pleure , Thelanire gé
mit , & ils trouvent du plaifir dans leurs
larmes.
1
D.
Par M. d'Igeon,
N Satyre pour célébrer fon arrivée
UNdans un bois , donnoit aux hôtes voi
fins une fête l'habitant des forêts y invita
auffi le jeune Thelanire & la charmante
Ifmene. Thelanire , quoique citadin ,
ne dédaigna pas l'offre du Sylvain ; fon
refus eût pû l'affliger , c'étoit affez pour
déterminer Thelanire à s'y rendre. Le ciel
connoiffoit fon intention , & pour l'en récompenfer
il y envoya Ifmene. La Nymphe
ſe préfenta dans une noble fimplicité
, elle donnoit de l'éclat à fa parure :
elle n'étoit qu'Ifmene , mais elle étoit Ifmene.
Thelanire la vit , il l'aima . Un tendre
embarras s'empara de fon ame , tout
lui
DECEMBRE. 1754. 75
lui fembloit inftruit de fon amour : if
croyoit voir l'univers occupé de fa tendieffe
, & rire de fa timidité.
Grands Dieux ! difoit - il , de quoi me
puniffez vous n'ai je pas affermi votre
culte en travaillant à étouffer la fuperfti
tion ? ne vous ai - je pas rendu de continuels
hommages ? mon coeur n'a écouté
que le cri de l'humanité , & ma premiere
crainte a été d'affliger le foible & le malheureux.
Je ne vous demande pas de m'ôter
mon amour , mais de me rendre la parole.
Un grand bruit fe fit entendre ( les Sa
tyres prennent le tumulte pour la gaité ) ,
& on annonça à Thelanire' que l'heure du
répas étoit arrivée.
Les Satyres croyent que rien n'eft comparable
à un Satyre ; cependant Ifmene
étoit fi belle qu'ils la jugerent dignes d'eux.
Ils eurent la gloire de fervir la Nymphe ,
& Thelanire le chagrin de les voir au comble
du bonheur. Il aimoit , il falloit le
faire entendre : Thelanire étoit épris pour
la premiere fois ; Thelanire pour la premiere
fois étoit timide.
Votre bonheur s'accroît de jour en jour ,
difoit-il au Satyre voifin d'Ifmene ; hier
Cidalyfe vous adoroit , & maintenant vous
baifez les pieds d'Ifmene.
11. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Que vous êtes heureux ! difoit-il à un.
autre , vous obligez Ifmene , laiffez- moi
partager vos légeres peines & vos immenfes
plaifirs .
Cependant on voyoit la délicateffe prendre
la place de la profufion : on entendoit
les échos répeter les plus tendres fons ;
Thelanire feul ne voyoit & n'entendoit
qu'lfmene.
La Nymphe étoit fenfible , & Thelanire
lui plaifoit : elle croyoit n'aimer que fon
eſprit .
Tout s'efforçoit de contenter Ifmene ;
les Satyres épuifoient leur champêtre ga
lanterie. Cruels , difoit Thelanire , pourquoi
prenez-vous tant de peines ? pourquoi
m'ôtez- vous mes plaifirs ? La joie &
les flacons difparurent enfin , & le bonheur
de Thelanire commença. Affis aux
pieds d'Ifmene , Thelanire admira & fe
tût. Ifmene , dit Thelanire en foupirant :
Thelanire , reprit Ifmene en tremblant.
Ifmene .... eh bien : il baifoit fes mains ,
il les arrofoit de fes larmes. Que faitesvous
, lui dit Ifmene ? avez-vous perdu
l'ufage de la raifon hélas ! peu s'en faut ,
s'écria Thelanire , je fuis amoureux . Thelanire
trembla . Ifmene baiffa les yeux ,
& le filence fuccéda aux plus tendres em
braffemens. Ifmene n'ofoit jetter les yeux
DECEMBRE. 1754 75
far Thelanite , & Thelanire craignoit de
rencontrer les regards d'lfmene . Araminte
eft fans doute celle dont vous êtes épris ,
lui dit Ifmene en fouriant ; elle n'eſt pas ,
il est vrai , dans la premiere jeuneffe , mais
elle eft raisonnable .
Hélas ! reprit Thelanire , puiffe le ciel
pour punir les lâches adorateurs d'Araminte
, les condamner à n'aimer jamais que
des coeurs comme le fien.
Orphiſe & fes immenfes appas font donc
l'objet de vos'ardeurs ?
Hélas ! s'écria Thelanire , fi mon coeur
étoit affez bas pour foupiter après Orphi
fe , je fupplierois les Dieux de m'ôter le
plus précieux de leurs dons , je les prierois
de me rendre infenfible. De la beauté
qui m'enflamme , ajouta Thelanire , je vais
vous ébaucher le portrait ; je la peindrai
charmante , digne du plus grand des Dieux
ou d'un mortel fenfible & vertueux ; l'univers
à ces traits va la reconnoître , Ifmene
feule la méconnoîtra.
Elle n'eft point fille des Graces , elle
n'eft pas inême leur rivale , car les Graces
ne le lui difputent pas.
Talens , appas , la nature lui prodigua
tous les dons , jufqu'à celui d'ignorer qu'el
le eft aimable.
Qui la voit , foupire ; qui ceffe de la voir,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
gémit , pour l'adorer quand il la reverral
Grands Dieux ! dit Ifmene , en foupirant
, quelle erreur étoit la mienne ! je me
croyois aimée , le cruel vient de me defabufer.
Ifmene ! ma chere Ifmene , c'eft
vous , ce font vos traits que je viens de
tracer je vous adore , & vous feriez fenfible
? Non , reprit Ifmene , d'un air embarraffé
, je n'ai point d'amour pour vous :
fi vous parlez , il eft vrai , vous m'occupez ;
vous taifez- vous ? vous m'occupez encore ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
Sommes-nous feuls ? je vous écoute ; quelqu'un
furvient , il me paroît importun ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
L'amitié , ce fentiment qui fait honneur à
T'humanité , ce fentiment incapable d'affadir
mon coeur , eft le feul lien qui m'attache à
mon cher Thelanire. Cruelle amitié ! s'écria
Thelanire ; barbare Ifmene , le ciel
vous a faite pour l'amour ; laiffez au tems
le foin de vous faire pour l'amitié. Des
jours viendront où la charmante Ifmene
ne fera plus que la refpectable Ifinenc ,
c'eft alors que les douceurs de l'amitié vous
tiendront lieu des voluptés de l'amour.
Ifmene n'eût pas été difficile à perfua
der ; déja elle craignoit Thelanire, lorf
qu'elle difparut.
Déja depuis long- tems Thelanire ne
DECEMBRE. 1754. 77
pouvoit plus appercevoir Ifmene , que fon
amoureufe imagination la lui faifoit voir
encore. Inquiet , affligé , mille raifons le
portoient à interpréter en fa faveur cette
fuite précipitée ; une feule lui difoit le
contraire , c'étoit affez pour le rendre malheureux.
Cependant Thelanire confidéroit
le féjour qu'Ifmene venoit d'abandonner
, tout lui paroiffoit un motif de confolation
pour fon ame abattue ; le gazon ,
une fleur , tout étoit intéreffant pour Thelanire.
Içi , difoit- il , Ifmene me tendit
une main , que d'un air embarraſſé elle retira
à l'inftant. Là je la vis arracher une
fleur qu'elle s'amufoit à déchirer , pour me
cacher fon innocente timidité . C'étoit près
de ce feuillage qu'Ifmene , en foupirant ,
me regarda , pour baiffer fes yeux fi-tôt
qu'elle rencontra les miens. Ifmene , ajoû
toit-il , Ifmene , vous me fuyez parce que
j'ai dit je vous aime ; mais où pourrezvous
aller fans en entendre autant ? L'humble
habitant de ces deferts glacés , où le
re du jour ſemble porter à regret fa lumiere
, vous admirera parce qu'il n'aura jamais
vû de beauté. Le fuperbe Américain
s'empreffera à vos genoux , parce que mille
beautés qu'il aura vûes lui feront fentir
le mérite d'Ifmene.
pe-
Cependant Thelanire incertain réſolut
Dirj
78 MERCURE DE FRANCE.
d'aller confulter l'Oracle de Venus fur le
fuccès de fon amour. Il vole à Paphos là
fur les bords d'une onde tranquille dont
le murmure fe marie agréablement aux gazouillement
des oifeaux , eft un temple
commencé par la nature & embelli par le
tems. L'efpoir & le plaifir en font les foutiens
inébranlables : l'amour y peignit de
fa main fes victoires les plus fignalées. Ici
la timide Aricie enchaîne avec des fleurs
Hyppolite , qui n'ofe lui réfifter. Surpriſe
& fiere de fa victoire , elle le regarde , &
s'en applaudit.
Là Pénelope , au milieu de fes amans
empreffés , foupire pour Ulyffe fon époux.
Un jour avantageux , digne effet de la
puiffance de l'amour , prête des graces
aux mortels qui habitent ce palais ; tout y
paroît charmant. La Déeffe n'y tient pas la
foudre à la main. Ses regards n'annoncent
pas la fierté ; le badinage & l'enjouement
ne font pas bannis de ces lieux. C'eſt aux
pieds de Venus que Thelanire prononça
ces mots : Déeffe des Amours , je ne viens
pas vous demander fi j'aime , mon coeur
me le dit affez ; daignez m'apprendre feulement
que je fuis aimé d'Ifmene.
Ifimene avoit été conduite au temple
par le même defir que fon amant. La fupercherie
ne déplaît pas à Venus. Ifmene
DECEMBRE . 1754 79
réfolut de profiter de l'occafion pour s'affurer
du coeur de Thelanire. Elle court fe
cacher derriere l'autel de la Déeffe , & elle
rend cette réponſe à fon amant . De quel
front ofes-tu , mortel impofteur , apporter
le menfonge jufques dans mon fanctuaire?
Ifmene te plaît , mais tu n'as pas
d'amour pour elle . Hélas ! dit Thelanire ,
puiffe le ciel pour me punir , fi je n'ai pas
dit la vérité , abandonner ma main au crime
, & mon coeur aux remords dévorans :
puiffent les Dieux m'ôter toutes mes confolations
, & me priver du plaifir de défendre
le foible opprimé par le puiffant.
Tu n'aimes point Ifmene , reprit la voix :
Ifmene t'écoute , tu n'ofes lui parler : Ilmene
fuit , & tu la laiffes échapper ; vas , tu
n'aimes point Ifmene.
Thelanire effrayé des premieres paroles
d'Ifmene , n'avoit pas reconnu fa voix . Ifmene
, c'est vous qui me parlez , dit- il , en
élevant fes yeux qui n'apperçurent que l'image
de Venus. Ifmene ! ... mais hélas !
je m'abuſe , tout me rappelle Ifmene , tout
la retrace à mon ame attendrie . Ifmene
que vous me caufez de peines ! Quand je
fuis avec vous , je tremble de voir arriver
l'inftant qui doit nous féparer. Me quittez-
vous ? je crains de ne vous revoir jamais.
Amour , je ne te demande pas
d'a-
D iiij
30 MERCURE DE FRANCE.
bandonner mon coeur , mais de dompter
le fien. Cependant Ifmene , qui croyoit
avoir été reconnue , avoit pris la fuite.
Thelanire , ennuyé d'interroger en vain
l'oracle qui ne répondoit plus , erroit à l'aventure
dans le temple , lorfqu'lfmene
s'offrit à fa vûe.
Ifmene , s'écria-t-il , Ifmene , non les
Dieux ne connoiffent pas le coeur des morrels
, les cruels m'ont dit ce que vous ne
croirez pas , ce que je ne crois pas moimême
; ils m'ont dit que je fuis un parjure ,
que le bonheur n'eſt pas fait pour moi ,
ont ofé me dire , tu n'as pas d'amour pour
Ifmene , & pour comble d'horreur les
barbares m'ont laiffé la vie.
ils
Ifmene jouiffoit du trouble de fon amant
fans ofer proférer une parole. Injufte Ifmene
, lui dit Thelanire , quoi ! vous ne
les accufez pas , ces Dieux ! ils font moins
injuftes que vous ; ils n'ont point vu Thelanire
interdit à leurs pieds. Thelanire n'a
pas pleuré lorfqu'il les a vûs , Thelanire
n'a pas pleuré lorsqu'il a ceffé de les voir.
Ingrate Ifmene , vous doutez de mon coeur,
parce que vous êtes für du vôtre ; & vous
jugez Thelanire impofteur , parce qu'lfmene
eft infenfible . Ifmene eût voulu
der plus long- tems le filence ; les reproches
de Thelanire développoient les fengarDECEMBRE.
81 1754.
timens de fon coeur : cependant elle l'interrompit
ainfi . Qui de nous a droit d'être
en courroux ? les Dieux ont dit que vous
ne m'aimez pas , mais ont - ils prononcé
qu'Ifmene n'a point d'amour pour vous ?
De quoi pouvez- vous m'accufer ? qu'exigez-
vous d'Ifmene ? Hélas ! reprit Thelanire
, je defire qu'elle foit plus juſte que
les Dieux , qu'elle en croye mon coeur &
non pas un oracle menfonger. Ifmene , dites-
moi , je vous aime , je n'irai pas interroger
les Dieux. Thelanire yous jure qu'il
vous adore , croyez- le , il en eft plus für
qu'un oracle infenfible. Venez , je veux
vous montrer aux Dieux , ils fentiront fi
l'on peut voir Ifmene fans en être épris.
F
La langueur de Thelanire paffoit dans
le coeur d'Ifmene . Attendrie & confuſe ,
elle oppofoit de foibles raiſons aux tranſports
de fon amant qu'elle ne vouloit pas
convaincre .
Notre amour finira , difoit - elle à The-
Janire ; qui peut répondre de la durée de
fon ardeur perfonne. Je ne le fens que
trop ; carje n'oferois jurer àmon cher Thelanire
que je l'aimerai éternellement.
-Encore fi nos ardeurs s'éteignoient en
même tems : mais non , Ifmene fidele verra
du fein des douleurs les plaiſirs affiéger
en foule Thelanire inconftant ; car The 12
·
D v
82 MERCURE DE FRANCE:
lanire changera le premier. Moi changer ,
chere Ifmene ! eh , le puis - je ! vos yeux
font de fûrs garans de mon amour ; votre
coeur vous répond de mon amitié ; elle
pourra s'accroître aux dépens de l'amour ,
mais jamais l'amour n'altérera notre amitié.
Thelanire cependant ferroit Ifmene entre
fes bras, il eut voulu la contenir toute enviere
dans fes mains . Vous m'aimez donc ,
lui dit Ifmene en foupirant ? Si je vous
aime ? reprit Thelanire , vous feule m'avez
fait voir que je n'avois jamais aimé ;
Philis me plaifoit , j'avois du goût pour
Cidalife ; mais je n'ai jamais aimé qu'lfmene.
Baifer fes mains . eft pour moi la
fource d'une volupté que je n'ai pas même
trouvée dans les dernieres faveurs des
autres. Mais vous , Ifmene , eft-il poffible
que Thelanire ait fçu vous plaire ? Hélas !
dit Ifmene ; Almanzor m'amufoit ; Daph
nis me faifoit rire ; je n'ai foupiré que pour
Thelanire , que j'ai évité. Ifmene , ma chere
Ifmene , ce jour eft le plus beau de ma vie ;
mais qu'il foit pour moi le dernier , s'il doit
coûter des pleurs à ma chère Imene ....
Ah ! Thelanire , fans doute , ce jour coût
tera des larmes à Ifmene ; car finene taimera
toujours: mais , Thelanire ! ...The
lanire comptera les jours de fon exiſtence
par ceux qu'il aura employés à faire le bon
DECEMBRE . 1754. 83
heur d'Ifmene . Un Roi , dira -t-il , pere de
fon peuple , plus amoureux du bien de fes
fujets que d'une gloire qui ira toujours audevant
de lui , leur procura les douceurs
de la paix le jour que Thelanire préféra
aux richeffes d'Elife la poffeffion tranquille
d'Ifmene. Le ciel donna à un peuple
de freres l'efpoir d'un maître & d'un
appui le jour que Thelanire aida Ifmene
à fecourir un infortuné. Ifmene , nos
amours feront éternels ; car vous ne changerez
pas. Ifmene s'efforçoit en vain de
répondre fa voix mourante fur fes levres
s'éteignoit dans les embraffemens de Thelanire
. La langueur avoit paffé dans fon
fein , elle gagna bientôt fon amant . Je vis
la tendreffe , l'amour , le plaifir & le bonheur
, mais je ne vis plus Thelanire ni If
mene : ils avoient ceffé d'exifter , ou plutôc
ils commençoient à fentir le bonheur d'être.
:
Depuis ce jour Thelanire foupire pour
Ifmene , qui l'adore ; Ifmene eft fans ceffe
occupée de Thelanire , qui ne pense qu'à
Ifmene.
Ifmene obligée de préfider aux Fêtes de
Bacchus , a quitté pour un tems fon cher
Thelanire. Ifmene pleure , Thelanire gé
mit , & ils trouvent du plaifir dans leurs
larmes.
1
D.
Par M. d'Igeon,
Fermer
Résumé : THELANIRE ET ISMENE.
Le texte raconte l'histoire d'amour entre Thelanire et Ismène, deux personnages invités à une fête dans un bois par un habitant des forêts. Thelanire, citadin, accepte l'invitation et y rencontre Ismène, qu'il trouve charmante. Il tombe amoureux d'elle, mais son amour le rend timide et embarrassé. Lors du repas, Thelanire observe Ismène et les Satyres qui la servent, ce qui accentue son chagrin. Ismène, sensible à Thelanire, croit d'abord n'aimer que son esprit. La fête se poursuit avec des moments de tendresse et de confusion. Thelanire, désespéré, finit par avouer son amour à Ismène, qui lui répond qu'elle n'a que de l'amitié pour lui. Malgré sa douleur, Thelanire continue de chercher des signes d'amour dans les actions d'Ismène. Il décide de consulter l'oracle de Vénus pour connaître les sentiments d'Ismène. Ismène, également présente, se cache et répond à l'oracle en feignant d'être une voix divine. Thelanire, troublé, finit par retrouver Ismène et lui avoue à nouveau son amour. Ismène, touchée, reconnaît finalement ses sentiments pour Thelanire. Ils discutent de la durée de leur amour et de la fidélité, et finissent par se réconcilier. Par la suite, le texte décrit l'amour profond entre Thelanire et Ismène, désormais nommée Ifmene. Thelanire choisit la paix et la tranquillité avec Ifmene plutôt que les richesses d'Élise. Leur amour est si profond qu'ils trouvent du bonheur même dans leurs séparations, comme lors des fêtes de Bacchus où Ifmene doit présider, laissant Thelanire en larmes. Leur amour est éternel et réciproque, chacun étant constamment préoccupé par le bien-être de l'autre. Leur passion est si intense qu'elle conduit à leur mort, où ils commencent à ressentir le bonheur d'exister ensemble. Leur amour transcende la vie terrestre, les rendant éternels dans leur tendresse et leur bonheur partagé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 168-184
Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Début :
Monsieur, je n'aurois jamais pensé à répondre aux remarques critiques [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Pieds, Eau, Coquillages, Fougère, Hauteur, Profondeur, Cascade, Puits, Roseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
L'Abbé J*** répond à des critiques formulées par un anonyme de Peronne concernant ses observations sur les pétrifications d'Albert. Il explique qu'il n'avait pas initialement l'intention de répliquer, mais il le fait à la demande du Chevalier de B***. L'Abbé conteste les accusations de faux et de trahison de la vérité, affirmant que le public judicieux saura lui rendre justice. L'Abbé examine les remarques de l'anonyme point par point. Premièrement, il corrige les erreurs de mesure de la profondeur de la carrière de pétrifications, expliquant que l'anonyme a confondu plusieurs carrières et n'a pas pris en compte la pente et les escaliers. Deuxièmement, il ignore les observations sur la hauteur des ponts et le cours de la rivière, car elles sont sans rapport avec ses observations. Troisièmement, il note que les différentes nuances des terres de pétrification ne contredisent pas ses observations. Quatrièmement, il clarifie qu'il n'a jamais affirmé que les coquillages trouvés dans la carrière étaient pétrifiés, mais qu'ils sont naturels. Cinquièmement, il réfute l'accusation de ne pas avoir bien visité les marais d'Albert pour y trouver de la fougère pétrifiée, jugeant la remarque ridicule et sans fondement. Le texte relate une discussion scientifique concernant des observations faites dans une carrière et une cascade à Albert. L'auteur affirme que ce qui a été pris pour de la fougère pétrifiée est en réalité de l'argentine, une conclusion soutenue par plusieurs visiteurs et un examen minutieux des feuilles. Un connaisseur a d'abord douté, mais ses doutes ont été dissipés par la présence de trous de fibres dans les pétrifications, distinguant ainsi l'argentine de la stalagmite. L'auteur mentionne également une controverse sur la hauteur de la cascade d'Albert. Il avait initialement mesuré environ soixante pieds, mais un anonyme de Peronne a contesté cette mesure. L'auteur a donc refait les mesures, trouvant cinquante-sept pieds de hauteur perpendiculaire et soixante-sept pieds en suivant la pente, confirmant ainsi ses précédentes observations. L'auteur rejette les critiques de l'anonyme, soulignant que ses remarques sont souvent fausses ou inutiles. Il note que, même si certaines observations de l'anonyme sont correctes, elles ne remettent pas en cause son système sur les pétrifications. Il mentionne également une découverte de roseliers en cours de pétrification, confirmant la présence d'un principe pétrifiant actif dans la carrière. L'auteur conclut en exprimant sa disponibilité à changer d'avis face à des remarques plus certaines et conséquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 126-131
GÉOMÉTRIE.
Début :
LA diversité des termes employés pour la mesure des Terres fait souvent une [...]
Mots clefs :
Pieds, Perche, Arpent, Arpenteur, Arpentage
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texteReconnaissance textuelle : GÉOMÉTRIE.
ARTICLE IIL
SCIENCES ETBELLÈS-LETTRES
---- GÉOMÉTRIE L
LA diverfiré des termes employés pour
la mefure des Terres fait fouvent une
difficulté embarraffante , aft
arpent , journal-
bacre , "fecter , faumac , & c , font
des termes pfités en parlant d'arpentage.
Mais fi ces noms font différens , les
mefures ou les quantités qu'ils expriment
ne le font guères moins. Il y a
plus , c'eft que le même terme ne fignifie
passtoujours la même chofe ; par
exemple , l'arpent eft plus ou moins
grand , fuivant les différentes Coutumes
; ce qui fait varier, la pratique de
l'arpentage , & le rend même plus difficile.
L'arpent eft ordinairement de cent
perches ; mais les perches varient beaucoup
: tantôt elles font à dix-huit pieds
en tout fens , ou pour mieux dire en
quarré tantôt de vingt . Ailleurs elles
7
JANVIER 1763 127
font de vingt- deux , de vingt- quatre ,
&c , fur quoi il feroit à defirer qu'on
pût établir dans le Royaume des mefures
& des dénominations qui fuffent
les mêmes dans toutes les Provinces. ;
l'art de mesurer les Terres deviendroit
plus uniforme & plus aifé.
7
Plufieurs Savans , amateurs d'agricul
ture , employent dans leurs calculs l'arpent
de cent perches , à vingt pieds
en quarré pour perche. Cette mefure
moyenne entre les extrêmes feroit fort
commode : elle donne des comptes
ronds faciles à entendre & à manier ,
& dès-lors elle mériteroit la préférence.
Si l'on admettoit la perche de vingt
pieds de quarré , en multipliant 20 par
20 pour la perche quarrée , son auroit
400 pieds quarrés pour la perche de
terre. En ajoutant à ce produit deux zéros
pour multiplier par cent , nombre
des perches dont l'arpent eft compofé ,
on auroit 40000 pieds quarrés pour l'arpent
total.
Du refte , pour faciliter les opérations
de l'Arpenteur , au lieu de fuivre les variétés
de la perche , on pourroit s'en tenir
à une mefure commune, & plus
conftante , je veux dire le pied de douze
pouces , qu'on appelle pied- de - rçi, Ainfi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
4
F'on n'auroit qu'à mefurer par pied les
deux côtés d'une piéce quelconque ,
piéce ou quarrée ou réduite en triangle ,
fuivant les procédés connus : pour lors
par une feule multiplication , dont les
moindres fujets font capables , on fauroit
le nombre de pieds quarrés contenus
dans une piéce de terre. Si l'on avoit
choifi l'arpent moyen dont nous avons
parlé , & il y a mille occafions où l'on
en pourroit convenir alors autant de
fois qu'on auroit quarante mille pieds
quarrés , autant on auroit d'arpens de la
grandeur convenue.
,
Quant aux fractions , autant de fois
qu'on auroit 20000 ou 10000 , autant
de fois on auroit des demis ou des
quarts ; & quant aux fractions ultérieures
, autant de fois qu'on auroit 400
pieds , autant on auroit de perches quarrées.
Il feroit aifé de faire pour cela des
tables qui ne feroient ni longues ni embarraffantes
, & qui rendroient l'arpentage
une opération fimple & à la portée
des moindres villageois ; aulieu qu'il faut
aujourd'hui pour ce travail de prétendus
-Experts , qui font les importans , & qui
font payer chérement leurs vacations.
Pour opérer dans cette méthode , on
prend une chaîne de vingt pieds où les
JANVIER. 1763. 129
demis & les quarts , les pieds même
font marqués ; on mefure les deux côtés
d'un quarré quelconque , le nombre des
chaînes contenues en chaque côté ſe
réduit aisément en centaine & en mille,
& on les porte féparément fur le papier
à mesure qu'on avance dans fon
opération ; & comme on l'a dit , autant
de fois qu'on a 40000 pieds , autant
on compte d'arpens ; bien entendu que
s'il y a quelque inégalité dans les côtés
correfpondans , on redreffe le tout , en
prenant un moyen proportionnel ; je
veux dire que fi un côté avoit 110
pieds , tandis que fon correfpondant
n'en auroit que 102 ; alors on additionneroit
ces deux nombres , & l'on en
prendroit la moitié 106 pour en faire
l'un des membres de la multiplication .
Mais du refte ce font là des notions
qu'on doit fuppofer dans tout homme
qui fe mêle d'arpentage.
Voici une table relative à la propofition
précédente.
400 pieds font une perche quarrée.
600 pieds font une perche & demie.
800 pieds font deux perches,
1000 pieds font deux perches & demie.
1200 pieds, font trois perches..
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
1600 pieds font quatre perchesel X nimch
2000 pieds font cinq perches.prem zie
3000 pieds font fept perches & demien
4000 pieds font dix perches . oo 29uiting
5ooo pieds font douze perches & demie.
6oco pieds font quinze perches:
7000 pieds font dix fept perches & demie.
8000 pieds font vingt perches. int
39000 pieds font vingt- deux perches & demie.
10000 pieds fontvingt-cinq perehes.
20000 pieds font cinquante perches.
30c00 pieds font foixante- quinze perches.
40000 pieds font roo perches ou l'arp, moyen.
60000 pieds font 150 perches.
* 8000 pieds font 200 perches ou deux arpens.
100000 pieds font 2 arpens & demi .
200000 pieds font ƒ arpens.
300000 pieds font 7 arpens & demi..
400000 pieds font 10 arpens.
500000 pieds font 12 arpens & deini.
600000 pieds font 15 arpens.
700000 pieds font 17 arpens & demi.
300000 pieds font zo arpens.
900000 pieds font 22 arpens & demi.
1000000 pieds font 24 arpens.
Au furplus la méthode que je propoſe
du pied-de-roi pour antique meture des
Arpenteurs conviendroit à toutes les
variétés admifes par nos Coutumes ; car
JANVIER. 1763. 131
fi l'entier qu'on cherche , foit journal),
acre ou faumac , & c , fi cet entier contient
par exemple : 36000 pieds quarrés ,
plus ou moins , peu importe , autant
de fois qu'on aura 36000 pieds quarrés ,
autant on aura des mefures dui des entiers
que l'on cherché , & à proportion
des moindres fractions ou quantités. Il
n'y aura qu'à faire des tables relatives à
ces différentes mefurés pour abréger les
opérations , & fur-tout pour les rendre
beaucoup plus faciles à tout le monde.
SCIENCES ETBELLÈS-LETTRES
---- GÉOMÉTRIE L
LA diverfiré des termes employés pour
la mefure des Terres fait fouvent une
difficulté embarraffante , aft
arpent , journal-
bacre , "fecter , faumac , & c , font
des termes pfités en parlant d'arpentage.
Mais fi ces noms font différens , les
mefures ou les quantités qu'ils expriment
ne le font guères moins. Il y a
plus , c'eft que le même terme ne fignifie
passtoujours la même chofe ; par
exemple , l'arpent eft plus ou moins
grand , fuivant les différentes Coutumes
; ce qui fait varier, la pratique de
l'arpentage , & le rend même plus difficile.
L'arpent eft ordinairement de cent
perches ; mais les perches varient beaucoup
: tantôt elles font à dix-huit pieds
en tout fens , ou pour mieux dire en
quarré tantôt de vingt . Ailleurs elles
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font de vingt- deux , de vingt- quatre ,
&c , fur quoi il feroit à defirer qu'on
pût établir dans le Royaume des mefures
& des dénominations qui fuffent
les mêmes dans toutes les Provinces. ;
l'art de mesurer les Terres deviendroit
plus uniforme & plus aifé.
7
Plufieurs Savans , amateurs d'agricul
ture , employent dans leurs calculs l'arpent
de cent perches , à vingt pieds
en quarré pour perche. Cette mefure
moyenne entre les extrêmes feroit fort
commode : elle donne des comptes
ronds faciles à entendre & à manier ,
& dès-lors elle mériteroit la préférence.
Si l'on admettoit la perche de vingt
pieds de quarré , en multipliant 20 par
20 pour la perche quarrée , son auroit
400 pieds quarrés pour la perche de
terre. En ajoutant à ce produit deux zéros
pour multiplier par cent , nombre
des perches dont l'arpent eft compofé ,
on auroit 40000 pieds quarrés pour l'arpent
total.
Du refte , pour faciliter les opérations
de l'Arpenteur , au lieu de fuivre les variétés
de la perche , on pourroit s'en tenir
à une mefure commune, & plus
conftante , je veux dire le pied de douze
pouces , qu'on appelle pied- de - rçi, Ainfi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
4
F'on n'auroit qu'à mefurer par pied les
deux côtés d'une piéce quelconque ,
piéce ou quarrée ou réduite en triangle ,
fuivant les procédés connus : pour lors
par une feule multiplication , dont les
moindres fujets font capables , on fauroit
le nombre de pieds quarrés contenus
dans une piéce de terre. Si l'on avoit
choifi l'arpent moyen dont nous avons
parlé , & il y a mille occafions où l'on
en pourroit convenir alors autant de
fois qu'on auroit quarante mille pieds
quarrés , autant on auroit d'arpens de la
grandeur convenue.
,
Quant aux fractions , autant de fois
qu'on auroit 20000 ou 10000 , autant
de fois on auroit des demis ou des
quarts ; & quant aux fractions ultérieures
, autant de fois qu'on auroit 400
pieds , autant on auroit de perches quarrées.
Il feroit aifé de faire pour cela des
tables qui ne feroient ni longues ni embarraffantes
, & qui rendroient l'arpentage
une opération fimple & à la portée
des moindres villageois ; aulieu qu'il faut
aujourd'hui pour ce travail de prétendus
-Experts , qui font les importans , & qui
font payer chérement leurs vacations.
Pour opérer dans cette méthode , on
prend une chaîne de vingt pieds où les
JANVIER. 1763. 129
demis & les quarts , les pieds même
font marqués ; on mefure les deux côtés
d'un quarré quelconque , le nombre des
chaînes contenues en chaque côté ſe
réduit aisément en centaine & en mille,
& on les porte féparément fur le papier
à mesure qu'on avance dans fon
opération ; & comme on l'a dit , autant
de fois qu'on a 40000 pieds , autant
on compte d'arpens ; bien entendu que
s'il y a quelque inégalité dans les côtés
correfpondans , on redreffe le tout , en
prenant un moyen proportionnel ; je
veux dire que fi un côté avoit 110
pieds , tandis que fon correfpondant
n'en auroit que 102 ; alors on additionneroit
ces deux nombres , & l'on en
prendroit la moitié 106 pour en faire
l'un des membres de la multiplication .
Mais du refte ce font là des notions
qu'on doit fuppofer dans tout homme
qui fe mêle d'arpentage.
Voici une table relative à la propofition
précédente.
400 pieds font une perche quarrée.
600 pieds font une perche & demie.
800 pieds font deux perches,
1000 pieds font deux perches & demie.
1200 pieds, font trois perches..
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
1600 pieds font quatre perchesel X nimch
2000 pieds font cinq perches.prem zie
3000 pieds font fept perches & demien
4000 pieds font dix perches . oo 29uiting
5ooo pieds font douze perches & demie.
6oco pieds font quinze perches:
7000 pieds font dix fept perches & demie.
8000 pieds font vingt perches. int
39000 pieds font vingt- deux perches & demie.
10000 pieds fontvingt-cinq perehes.
20000 pieds font cinquante perches.
30c00 pieds font foixante- quinze perches.
40000 pieds font roo perches ou l'arp, moyen.
60000 pieds font 150 perches.
* 8000 pieds font 200 perches ou deux arpens.
100000 pieds font 2 arpens & demi .
200000 pieds font ƒ arpens.
300000 pieds font 7 arpens & demi..
400000 pieds font 10 arpens.
500000 pieds font 12 arpens & deini.
600000 pieds font 15 arpens.
700000 pieds font 17 arpens & demi.
300000 pieds font zo arpens.
900000 pieds font 22 arpens & demi.
1000000 pieds font 24 arpens.
Au furplus la méthode que je propoſe
du pied-de-roi pour antique meture des
Arpenteurs conviendroit à toutes les
variétés admifes par nos Coutumes ; car
JANVIER. 1763. 131
fi l'entier qu'on cherche , foit journal),
acre ou faumac , & c , fi cet entier contient
par exemple : 36000 pieds quarrés ,
plus ou moins , peu importe , autant
de fois qu'on aura 36000 pieds quarrés ,
autant on aura des mefures dui des entiers
que l'on cherché , & à proportion
des moindres fractions ou quantités. Il
n'y aura qu'à faire des tables relatives à
ces différentes mefurés pour abréger les
opérations , & fur-tout pour les rendre
beaucoup plus faciles à tout le monde.
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Résumé : GÉOMÉTRIE.
Le texte aborde les défis liés à la mesure des terres en raison de la diversité des termes et des unités utilisés. Des termes tels que arpent, journal, acre, fecter et faumac varient selon les régions, compliquant ainsi les opérations d'arpentage. Par exemple, la taille de l'arpent diffère selon les coutumes locales, rendant la pratique plus complexe. L'arpent est généralement composé de cent perches, mais la taille des perches varie également, allant de dix-huit à vingt-quatre pieds en carré. Pour uniformiser les mesures, plusieurs savants proposent d'adopter une perche de vingt pieds en carré. Cette standardisation faciliterait les calculs et rendrait les mesures plus cohérentes. Ils suggèrent également d'utiliser le pied de douze pouces, appelé pied-de-roi, comme unité de base pour les mesures. Cela permettrait de simplifier les opérations d'arpentage en utilisant des chaînes de vingt pieds pour mesurer les côtés des parcelles de terre. Le texte propose également des tables de conversion pour faciliter les calculs, permettant de déterminer facilement le nombre d'arpents ou de perches à partir des pieds carrés mesurés. Cette méthode vise à rendre l'arpentage plus accessible et moins coûteux, en réduisant la nécessité de recourir à des experts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 159-162
ILLUMINATION de la Place de LOUIS XV, les 20 & 22 Juin 1763.
Début :
Les deux parties de cette Place, accompagnant son entrée du côté de la [...]
Mots clefs :
Illumination, Place, Lumières, Pieds, Façades
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texteReconnaissance textuelle : ILLUMINATION de la Place de LOUIS XV, les 20 & 22 Juin 1763.
ILLUMINATION de la Place de
LOUIS XV, les 20 & 22
Juin 1763.
-Les deux parties de cette Place ,
accompagnant fon entrée du côté de la
160 MERCURE DE FRANCE.
Rivière , étoient ornés de vingt luftres
de lanternes de verre. Les huit piedeftaux
des angles deſtinés à porter des
Figures , portoient des Piramides de
lumières de 25 pieds de hauteur fur.
9 pieds de baſe ; un cordon d'illumination
régnoit au Pourtour de la Place
au-deffus de. la balustrade des foffés
dont elle est enceinte à la hauteur de
la corniche des guérites ou piedeftaux
dont nous venons de parler , qui
ont 15 pieds de haut für 14 pieds en
quarré. A l'aplomb de chacun des focles
de la baluftrade , on avoit placé un
pot -à-feu qui , formant une très - forte
lumière , fe diftinguoit dans le cordon ,.
& traçoit ainfi aux yeux , tout le deffein
de cette Place: Les quatre principales
entrées étoient bordées par 16 Yfs ou
grandes girandoles de lumières portées
fur des piedeftaux où étoit peint le
chiffre du Roi. L'enceinte de la Statue
Equeftre du Roi étoit éclairée par douze
cens terrines qui , diftribuées artiſtement
au bas & fur les gradins du Piedeftal
, produifoient un très- bon effer en
repréfentant une bafe & des degrés de :
lumières.
Telle étoit l'illumination qui fut alluméelė20,
mais dont onjouit peu detemps
JUILLET. 1763.
161
à caufe de l'orage qui furvint le foir ,
& qui l'éteignit une heure après qu'elle
venoit d'être allumée. Elle fut répétée
le 22 avec l'illumination des façades des
grands bâtimens que les fix Corps des
Marchands , animés du même zèle que
la Ville , avoient fait préparer , pour ce
dernier jour , & qui formoit le plus
magnifique Spectacle de cette Fête.Pour
en prendre une jufte idée , il faut fçavoir
que chacune de ces deux facades.
a 48 toifes de longueur fur 75 pieds.
d'élévation , jufqu'à l'angle des frontons
; ce qui , réuni par un certain point
de vue , préfentoit une étendue de près
de cent toifes d'illumination . On avoit
profité des échafaux qui fervent à la
conftruction , & du milieu de ces charpentes
informes , on a vu naître un
deffein régulier qui répréfentoit en lumières
, tous les membres & tous les
ornemens de la riche architecture dont
ces façades font embellies. Les colomnes
étoient parfaitement exprimées dans
toutes leurs proportions , ainfi que les
autres parties de l'ordre corinthien qui
s'élève au-deffus du fousbaffement des façades,
& que l'on avoit laiffé obfcur, pour
ne point faire de confufion avec les cor162
MERCURE DE FRANCE.
dons de la Place ; dans les entre - colonnes
étoient des luftres de lanternes , dont
la différence de lumières & les formes
ornoient très agréablement toute cette
illumination , laquelle , ainfi que la difpofition
du Feu & fa décoration , a été
exécutée fur les projets & les deffeins de
M. Moreau , Archite &e de la Ville.
LOUIS XV, les 20 & 22
Juin 1763.
-Les deux parties de cette Place ,
accompagnant fon entrée du côté de la
160 MERCURE DE FRANCE.
Rivière , étoient ornés de vingt luftres
de lanternes de verre. Les huit piedeftaux
des angles deſtinés à porter des
Figures , portoient des Piramides de
lumières de 25 pieds de hauteur fur.
9 pieds de baſe ; un cordon d'illumination
régnoit au Pourtour de la Place
au-deffus de. la balustrade des foffés
dont elle est enceinte à la hauteur de
la corniche des guérites ou piedeftaux
dont nous venons de parler , qui
ont 15 pieds de haut für 14 pieds en
quarré. A l'aplomb de chacun des focles
de la baluftrade , on avoit placé un
pot -à-feu qui , formant une très - forte
lumière , fe diftinguoit dans le cordon ,.
& traçoit ainfi aux yeux , tout le deffein
de cette Place: Les quatre principales
entrées étoient bordées par 16 Yfs ou
grandes girandoles de lumières portées
fur des piedeftaux où étoit peint le
chiffre du Roi. L'enceinte de la Statue
Equeftre du Roi étoit éclairée par douze
cens terrines qui , diftribuées artiſtement
au bas & fur les gradins du Piedeftal
, produifoient un très- bon effer en
repréfentant une bafe & des degrés de :
lumières.
Telle étoit l'illumination qui fut alluméelė20,
mais dont onjouit peu detemps
JUILLET. 1763.
161
à caufe de l'orage qui furvint le foir ,
& qui l'éteignit une heure après qu'elle
venoit d'être allumée. Elle fut répétée
le 22 avec l'illumination des façades des
grands bâtimens que les fix Corps des
Marchands , animés du même zèle que
la Ville , avoient fait préparer , pour ce
dernier jour , & qui formoit le plus
magnifique Spectacle de cette Fête.Pour
en prendre une jufte idée , il faut fçavoir
que chacune de ces deux facades.
a 48 toifes de longueur fur 75 pieds.
d'élévation , jufqu'à l'angle des frontons
; ce qui , réuni par un certain point
de vue , préfentoit une étendue de près
de cent toifes d'illumination . On avoit
profité des échafaux qui fervent à la
conftruction , & du milieu de ces charpentes
informes , on a vu naître un
deffein régulier qui répréfentoit en lumières
, tous les membres & tous les
ornemens de la riche architecture dont
ces façades font embellies. Les colomnes
étoient parfaitement exprimées dans
toutes leurs proportions , ainfi que les
autres parties de l'ordre corinthien qui
s'élève au-deffus du fousbaffement des façades,
& que l'on avoit laiffé obfcur, pour
ne point faire de confufion avec les cor162
MERCURE DE FRANCE.
dons de la Place ; dans les entre - colonnes
étoient des luftres de lanternes , dont
la différence de lumières & les formes
ornoient très agréablement toute cette
illumination , laquelle , ainfi que la difpofition
du Feu & fa décoration , a été
exécutée fur les projets & les deffeins de
M. Moreau , Archite &e de la Ville.
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20
p. 154-166
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
Début :
CETTE Place est située entre le fossé qui termine le jardin des Tuileries, l'ancienne [...]
Mots clefs :
Place, Pieds, Jardin, Champs, Corps, Bronze, Tuileries, Marbre, Élysées
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATION8
.
t
THE
JEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
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LIBRARY
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, LENOX
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, LENOX
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FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
Fermer
21
p. 175-183
A la ROCHELLE, le 7 Juillet 1763.
Début :
J'ESPÉRE, Monsieur, que notre éloignement de la Capitale ne vous préviendra [...]
Mots clefs :
Dames, Pieds, Loges, Salle, Intendant, Amour, Peuple, Fêtes publiques, Citoyens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A la ROCHELLE, le 7 Juillet 1763.
A la ROCHELLE le Juillet 1763.
J'ESPÉRE , Monfieur , que notre
éloignement de la Capitale ne vous préviendra
pas contre la vérité du récit que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Vous
reconnoîtrez à mon ftyle que je n'ai pas
cherché à en orner les traits ; mais fi je
réuffis à en rendre le tableau parlant ,
vous conviendrez que tous les exemples
de magnificence & de bon goût , font
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
effacés par les Fêtes que viennent de
donner M. P'Intendant & Mde l'Intendan
te de cette Province. Les perfonnes de
qualité qui y ont affifté , ont partagé l'étonnement
& l'admiration des Citoyens.
L'amour de tous les Ordres de la Ville
pour un Magiftrat moins connu par fon
autorité que par fes bienfaits , afuppléé à
l'infuffifance de l'induftrie & à la rareté
des Artifans. Les préparatifs ont même
été précipités par l'arrivée de Meſdames
les Comteffe de Sene&terre & Marquife
de Villeroi que M. le Maréchal de Senecterre
notre Gouverneur avoit invitées
aux Réjouiffances publiques dont elles
ont fait le premier ornement.
La Paix fut publiée les 1 & 2 de
ce mois par tous les Corps , avec les
acclamations d'un Peuple paffionné
pour fon Roi & pour celui qui en repréfente
fi dignement la Bonté & la
Majefté. Le Te Deum fut chanté le 3 avec
toute la Pompe qui pouvoit rendre cette
Cérémonie plus augufte : M. le Gouverneur
, Mefdames de Sene&terre & de
Villeroi, M. l'Intendant & Mde l'Intendante,
l'Etat Militaire , les Compagnies & la
plupart des Citoyens y affifterent. Il y
eut le même jour fur la Place Royale un
AOUST. 1763: 177
feu de joie , une illumination en Amphithéâtre
, deux fontaines de vin qui
coulerent toute la nuit , féparées par une
eftrade garnie de Muficiens , & un concours
fi prodigieux de Peuple , que la
vafte étendue de la Place pouvoit à
peine le contenir. Les Dames placées
fur les balcons des Maifons qui l'entourent
ne quitterent ce Spectacle fingulier
que pour jouir des illuminations qui
éclairoient les rues. On admira furtout
celles du Gouvernement , de l'Intendance
& de l'Hôtel-de-Ville.
Le lendemain , M. le Maréchal , Mefdames
de Senecterre & de Villeroi ,
fuivies de plus de cent foixante Dames
parées , & de cinq cens Cavaliers , tant
Militaires que Citoyens & Etrangers , fe
rendirent à l'Intendance à cinq heures
du foir. M. & Madame Rouillé les reçurent
dans un fallon orné de glaces &
très - éclairé.
Ce fallon de Compagnie communique
par trois grandes croifées de plein pied
dans un Jardin de quatre - vingt pieds
de longueur & de cinquante pieds de
largeur , plus bas environ de quatre
pieds que le fallon & renfermé par les
Bâtimens de l'Hôtel , qu'on avoit deſti-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
né à la conftruction d'une falle de Spectacle.
Ce terrein étoit couvert par de
fortes toiles à voiles , fufpendues par
une mâture auffi folide que hardie , &
difpofées de manière que l'air rafraîchît
la falle , fans que la pluye pût y pénétrer.
Le plafond du milieu à la hauteur
de vingt-quatre pieds étoit formé par
des pavillons de couleurs bleues & jaucelui
des loges étoit mêlangé de
blanc & de rouge.
On voyoit dans l'enfoncement une
toile décorée des chiffres de M. le Ma
réchal , de Madame de Seneterre & de
Madame de Villeroi , enlacés & déffinés
en Fleurs ; l'Orcheftre & le Parterre
bordés de dix grandes Loges paffantes
occupoient le terrein entre la toile
& la fortie du fallon : un treillage de
verdure naturelle en forme de tapis
à la hauteur d'appui , fervoit de parement
aux loges au pied & en dehors
de ce treillage étoit pratiqué un
Amphitéâtre à deux rangs de fiéges ,
qui partageoit la diftance du Parterre
au niveau des Loges. Dix colonnes
torfes , ornées de guirlandes de fleurs
naturelles fortoient du treillage &
marquoient la coupure des loges ceinAOUST.
1763. 179
, trées en haut en forme d'Archivolte
& du milieu des clefs defcendoient les
luftres fufpendus par des guirlandes en
draperie. Chaque colonne étoit éclairée
par un bras à trois bougies ; trois
grands luftres à diftance égale tomboient
du plafond du milieu. Les bras & les
luftres étoient travaillés en fleurs afforties.
Auffi - tôt que les Dames furent placées
on leva la toile & le Temple
de l'Amour fe préfenta avec tout le
brillant de la plus élégante décoration .
On commença par une Comédie en
Vers & un Acte Intitulée Amour fans
Amour : un Citoyen diftingue par fon
efprit & par fes talens , joua le premier
Rôle ; mais l'Acteur trahit l'Auteur
& fa modeftie ne put échaper
aux applaudiffements réunis. Cette Piéce
fut fuivie de l'Opéra des Graces en
un Аđe , dont les paroles & la Mufique
charmantes firent ailément reconnoftre
la même main qui avoit deffiné
leur Temple : deux ballets brillants où
la galanterie & l'éclat des habits répondolent
à l'élégance de réxécution foutenne
par plus de trente Muficiens
d'orchestre tous amateurs , ouvrirent&
fermierent ce fecond Spectacle.
Y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Les Dames fuivirent Meſdames: de
Seneterre & de Villeroi & montérent
dans les Piéces préparées pour le foupé :
tout le plein-pied de l'Hôtel étoit couvert
de tables garnies avec une profufion
qui fembloit devoir en exclure
la délicateffe , mais qui ne la rendit
que plus furprenante. M. le Maréchal
qui fait fi bien tempérer l'éclat de
fon rang par la gayeté & la galanterie,
refufa de fe placer à la première table ;
il en fit le tour & parut à toutes les
autres pour y répandre les traits de fa
bonté& de fa politeffe: les Cavaliers fervoient
les Dames & trouvoient pour
eux , fur des Buffets dreffés dans les
angles de chaque Salle , des mets fervis
avec autant d'ordre & d'abondance
que les tables mêmes.
On avoit continué la gallerie dans
tout le contour du Jardin & pratiqué dans
les côtés & le derrière du Théâtre , dix
Loges de la dimenfion & du goût de
celles qui bordoient l'Orcheſtre & le
Parterre ; de façon qu'en faifant difparoître
les décorations du Théâtre &
en élevant le Parterre le même terrein
ne devoit plus préfenter qu'une Salle
de Bal entourée de Berceaux de verdure
de fept pieds de profondeur & deAOUST.
1763.
181
treize pieds de largeur , ornés dans leurs
fonds , de glaces d'une coupe égale &
de la plus exacte correfpondance , &
foutenus & partagés par vingt Colonnes
torfes ornées de guirlandes de fleurs.
Il ne fallut pas une heure au Machinifte
pour l'éxécution de ce changement.
Les Dames rentrérent après foupé
dans cette Salle enchantée , par le même
fallon de Compagnie où elles avoient
été reçues, & qui en devenoit le veftibule.
Leur furprife paffa l'efpérance du
Machinifte ; la perſpective avoit été fi
adroitement ménagée , par les rapports
des glaces qui couvroient les fonds de
la gallerie avec celles du fallon , que l'oeil
ne trouvoit plus de bornes & fe perdoit
dans la répétition des objets : on avoit
ménagé dans l'enfoncement un Amphitéâtre
rempli de Muficiens en domino .
Les Dames qui ne vouloient pas danfer
bordoient la gallerie , les autres fe
rangerent autour de la banquette audeffous
des premières. Cette ordonnance
qui fembloit l'effet du hafard , cinq cens
Cavaliers répandus dans la falle , douze
cercles de contredanfes formés à la fois
préfentoient le plus riche tableau.
Mefdames de Seneterre & de Ville182
MERCURE DE FRANCE .
roi ouvrirent le Bal par deux menuéts
avec M. l'Intendant. On danfa jufqu'à
cinq heures du matin ; & il ne fallut pas
moins que l'inquiétude fur la fanté de
M. l'Intendant & Madame l'Intendante
pour arracher les Conviés de ce féjour
délicieux .
On crut que M. & Madame Rouillé
avoient épuifé pendant douze heures
que dura la Fête , la politeffe , l'aménité
& l'attention qui les rendent fi chers à
la Ville ; il manquoit à leur gloire un
trait d'affabilité & de bonté qui prolongeât
les plaifirs & les fit partager au
Peuple. Les Portes de l'Intendance s'ouvrirent
à neuf heures du matin , & on
laiffa entrer tout le monde fans diftinction
dans cette Salle merveilleufe. On
y trouva des violons , & Mefdames
Rouillé, de Sene &terre & de Villeroi nè
dédaignerent pas d'y paffer une partie
de l'après- midi & d'y danfer. L'affluence
du Peuple fut fi grande , qu'il paffa dans
La Salle , ce jour- là , plus de dix mille
perfonnes,
Le lendemain , la Troupe des Comédiens
joua gratis au Théâtre public , &
la Salle de l'Intendance n'en fut pas
moins livrée à la cutiofité du Public.
Je fuis trop bon Citoyen , Monfieur ,
AOUST. 1763: 183
pour ne pas defirer ardemment que cette
Defcription foit inférée dans le prochain
Mercure , fi vous croyez qu'elle réponde
à l'idée qu'on doit fe faire d'une Fête
auffi magnifique. Je fuis charmé que
cette occafion me procure l'avantage de
vous affurer des fentimens avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , & c .
C. DENIS .
J'ESPÉRE , Monfieur , que notre
éloignement de la Capitale ne vous préviendra
pas contre la vérité du récit que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Vous
reconnoîtrez à mon ftyle que je n'ai pas
cherché à en orner les traits ; mais fi je
réuffis à en rendre le tableau parlant ,
vous conviendrez que tous les exemples
de magnificence & de bon goût , font
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
effacés par les Fêtes que viennent de
donner M. P'Intendant & Mde l'Intendan
te de cette Province. Les perfonnes de
qualité qui y ont affifté , ont partagé l'étonnement
& l'admiration des Citoyens.
L'amour de tous les Ordres de la Ville
pour un Magiftrat moins connu par fon
autorité que par fes bienfaits , afuppléé à
l'infuffifance de l'induftrie & à la rareté
des Artifans. Les préparatifs ont même
été précipités par l'arrivée de Meſdames
les Comteffe de Sene&terre & Marquife
de Villeroi que M. le Maréchal de Senecterre
notre Gouverneur avoit invitées
aux Réjouiffances publiques dont elles
ont fait le premier ornement.
La Paix fut publiée les 1 & 2 de
ce mois par tous les Corps , avec les
acclamations d'un Peuple paffionné
pour fon Roi & pour celui qui en repréfente
fi dignement la Bonté & la
Majefté. Le Te Deum fut chanté le 3 avec
toute la Pompe qui pouvoit rendre cette
Cérémonie plus augufte : M. le Gouverneur
, Mefdames de Sene&terre & de
Villeroi, M. l'Intendant & Mde l'Intendante,
l'Etat Militaire , les Compagnies & la
plupart des Citoyens y affifterent. Il y
eut le même jour fur la Place Royale un
AOUST. 1763: 177
feu de joie , une illumination en Amphithéâtre
, deux fontaines de vin qui
coulerent toute la nuit , féparées par une
eftrade garnie de Muficiens , & un concours
fi prodigieux de Peuple , que la
vafte étendue de la Place pouvoit à
peine le contenir. Les Dames placées
fur les balcons des Maifons qui l'entourent
ne quitterent ce Spectacle fingulier
que pour jouir des illuminations qui
éclairoient les rues. On admira furtout
celles du Gouvernement , de l'Intendance
& de l'Hôtel-de-Ville.
Le lendemain , M. le Maréchal , Mefdames
de Senecterre & de Villeroi ,
fuivies de plus de cent foixante Dames
parées , & de cinq cens Cavaliers , tant
Militaires que Citoyens & Etrangers , fe
rendirent à l'Intendance à cinq heures
du foir. M. & Madame Rouillé les reçurent
dans un fallon orné de glaces &
très - éclairé.
Ce fallon de Compagnie communique
par trois grandes croifées de plein pied
dans un Jardin de quatre - vingt pieds
de longueur & de cinquante pieds de
largeur , plus bas environ de quatre
pieds que le fallon & renfermé par les
Bâtimens de l'Hôtel , qu'on avoit deſti-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
né à la conftruction d'une falle de Spectacle.
Ce terrein étoit couvert par de
fortes toiles à voiles , fufpendues par
une mâture auffi folide que hardie , &
difpofées de manière que l'air rafraîchît
la falle , fans que la pluye pût y pénétrer.
Le plafond du milieu à la hauteur
de vingt-quatre pieds étoit formé par
des pavillons de couleurs bleues & jaucelui
des loges étoit mêlangé de
blanc & de rouge.
On voyoit dans l'enfoncement une
toile décorée des chiffres de M. le Ma
réchal , de Madame de Seneterre & de
Madame de Villeroi , enlacés & déffinés
en Fleurs ; l'Orcheftre & le Parterre
bordés de dix grandes Loges paffantes
occupoient le terrein entre la toile
& la fortie du fallon : un treillage de
verdure naturelle en forme de tapis
à la hauteur d'appui , fervoit de parement
aux loges au pied & en dehors
de ce treillage étoit pratiqué un
Amphitéâtre à deux rangs de fiéges ,
qui partageoit la diftance du Parterre
au niveau des Loges. Dix colonnes
torfes , ornées de guirlandes de fleurs
naturelles fortoient du treillage &
marquoient la coupure des loges ceinAOUST.
1763. 179
, trées en haut en forme d'Archivolte
& du milieu des clefs defcendoient les
luftres fufpendus par des guirlandes en
draperie. Chaque colonne étoit éclairée
par un bras à trois bougies ; trois
grands luftres à diftance égale tomboient
du plafond du milieu. Les bras & les
luftres étoient travaillés en fleurs afforties.
Auffi - tôt que les Dames furent placées
on leva la toile & le Temple
de l'Amour fe préfenta avec tout le
brillant de la plus élégante décoration .
On commença par une Comédie en
Vers & un Acte Intitulée Amour fans
Amour : un Citoyen diftingue par fon
efprit & par fes talens , joua le premier
Rôle ; mais l'Acteur trahit l'Auteur
& fa modeftie ne put échaper
aux applaudiffements réunis. Cette Piéce
fut fuivie de l'Opéra des Graces en
un Аđe , dont les paroles & la Mufique
charmantes firent ailément reconnoftre
la même main qui avoit deffiné
leur Temple : deux ballets brillants où
la galanterie & l'éclat des habits répondolent
à l'élégance de réxécution foutenne
par plus de trente Muficiens
d'orchestre tous amateurs , ouvrirent&
fermierent ce fecond Spectacle.
Y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Les Dames fuivirent Meſdames: de
Seneterre & de Villeroi & montérent
dans les Piéces préparées pour le foupé :
tout le plein-pied de l'Hôtel étoit couvert
de tables garnies avec une profufion
qui fembloit devoir en exclure
la délicateffe , mais qui ne la rendit
que plus furprenante. M. le Maréchal
qui fait fi bien tempérer l'éclat de
fon rang par la gayeté & la galanterie,
refufa de fe placer à la première table ;
il en fit le tour & parut à toutes les
autres pour y répandre les traits de fa
bonté& de fa politeffe: les Cavaliers fervoient
les Dames & trouvoient pour
eux , fur des Buffets dreffés dans les
angles de chaque Salle , des mets fervis
avec autant d'ordre & d'abondance
que les tables mêmes.
On avoit continué la gallerie dans
tout le contour du Jardin & pratiqué dans
les côtés & le derrière du Théâtre , dix
Loges de la dimenfion & du goût de
celles qui bordoient l'Orcheſtre & le
Parterre ; de façon qu'en faifant difparoître
les décorations du Théâtre &
en élevant le Parterre le même terrein
ne devoit plus préfenter qu'une Salle
de Bal entourée de Berceaux de verdure
de fept pieds de profondeur & deAOUST.
1763.
181
treize pieds de largeur , ornés dans leurs
fonds , de glaces d'une coupe égale &
de la plus exacte correfpondance , &
foutenus & partagés par vingt Colonnes
torfes ornées de guirlandes de fleurs.
Il ne fallut pas une heure au Machinifte
pour l'éxécution de ce changement.
Les Dames rentrérent après foupé
dans cette Salle enchantée , par le même
fallon de Compagnie où elles avoient
été reçues, & qui en devenoit le veftibule.
Leur furprife paffa l'efpérance du
Machinifte ; la perſpective avoit été fi
adroitement ménagée , par les rapports
des glaces qui couvroient les fonds de
la gallerie avec celles du fallon , que l'oeil
ne trouvoit plus de bornes & fe perdoit
dans la répétition des objets : on avoit
ménagé dans l'enfoncement un Amphitéâtre
rempli de Muficiens en domino .
Les Dames qui ne vouloient pas danfer
bordoient la gallerie , les autres fe
rangerent autour de la banquette audeffous
des premières. Cette ordonnance
qui fembloit l'effet du hafard , cinq cens
Cavaliers répandus dans la falle , douze
cercles de contredanfes formés à la fois
préfentoient le plus riche tableau.
Mefdames de Seneterre & de Ville182
MERCURE DE FRANCE .
roi ouvrirent le Bal par deux menuéts
avec M. l'Intendant. On danfa jufqu'à
cinq heures du matin ; & il ne fallut pas
moins que l'inquiétude fur la fanté de
M. l'Intendant & Madame l'Intendante
pour arracher les Conviés de ce féjour
délicieux .
On crut que M. & Madame Rouillé
avoient épuifé pendant douze heures
que dura la Fête , la politeffe , l'aménité
& l'attention qui les rendent fi chers à
la Ville ; il manquoit à leur gloire un
trait d'affabilité & de bonté qui prolongeât
les plaifirs & les fit partager au
Peuple. Les Portes de l'Intendance s'ouvrirent
à neuf heures du matin , & on
laiffa entrer tout le monde fans diftinction
dans cette Salle merveilleufe. On
y trouva des violons , & Mefdames
Rouillé, de Sene &terre & de Villeroi nè
dédaignerent pas d'y paffer une partie
de l'après- midi & d'y danfer. L'affluence
du Peuple fut fi grande , qu'il paffa dans
La Salle , ce jour- là , plus de dix mille
perfonnes,
Le lendemain , la Troupe des Comédiens
joua gratis au Théâtre public , &
la Salle de l'Intendance n'en fut pas
moins livrée à la cutiofité du Public.
Je fuis trop bon Citoyen , Monfieur ,
AOUST. 1763: 183
pour ne pas defirer ardemment que cette
Defcription foit inférée dans le prochain
Mercure , fi vous croyez qu'elle réponde
à l'idée qu'on doit fe faire d'une Fête
auffi magnifique. Je fuis charmé que
cette occafion me procure l'avantage de
vous affurer des fentimens avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , & c .
C. DENIS .
Fermer
22
p. 197-206
DESCRIPTION des Tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des Remarques. Par la Société des Amateurs.
Début :
VOILA la troisiéme fois que notre Société a occasion de s'occuper des [...]
Mots clefs :
Tableaux, Amour, Pieds, Pouce, Coloris, Grâces, Peintre, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des Tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des Remarques. Par la Société des Amateurs.
DESCRIPTION des Tableaux expofés
au Salon du Louvre , avec des
Remarques,
Par la Société des Amateurs.
VOILA la troifiéme fois que notre
Société a occafion de s'occuper des
Tableaux expofés au Salon . Comme
nous n'avons jamais brigué lâchement
le trifte fuffrage de certains Lecteurs
qui ne cherchent dans les Ecrits publics
que ce qui peut nourrir leur fecret
penchant à déprimer le Siécle
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les Contemporains , nous ne nous
refuferons pas au plaifir d'annoncer
qu'en général , dans cette dernière
expofition la Peinture de l'École
Françoife paroît à tous les Connoiffeurs
être montée à un nouveau degré
de force & de grandeur , dans le
coloris ainfi que dans la compofition .
En confidérant ce pompeux Spectacle
de nos Arts en France , où tous les
deux ans fe renouvellent de fi abondantes
richeffes , nous oferons interroger
les fombres contempteurs de leur
âge & de leur Nation ; nous leur demanderons
dans quelle région du monde
& fous quel gouvernement on pourroit,
dans une même Ville, rencontrer ce
nombre de Talens raffemblés fourniffant
dans un auffi court efpace de temps
une pareille Collection de tous les
genres ?
*
Une émulation fi vive & fi univerfelle
dans nos Arts ne peut être que le fruit
de l'augufte protection du Souverain
& de la vigilance éclairée de celui qui eft
en même temps fur cette partie l'organe
d'un Monarque bienfaifant & le
fage difpenfateur de fes graces. (a)
( ) M. le Marquis de Marigni.
SEPTEMBRE. 1763. 199.
Les Arts , comme les Lettres , ne
peuvent s'acquitter envers leurs protecteurs
qu'en éternifant , pour ainfi dire
la mémoire le leurs bienfaits. Les monumens
des Arts ont , il faut en convenir
, des avantages pour cela , qui préfentent
d'abord quelque chofe de plus
éclatant ; mais ils font plus périffables
& bien moins étendus que ceux des
Lettres. Les unes & les autres doivent
donc fe prêter un mutuel fecours pour
un devoir auffi refpectable.
Ainfi loin de déférer au fentiment de
ceux qui croiroient que les écrivains ne
doivent point traiter de ce qui concer
-ne les Arts , il faut au contraire con
ferver, & même avec détails , dans tous
les Faftes littéraires, la gloire de leurs productions.
>
com-
D'après nos principes invariables , on
ne doit pas compter que nous foions.
jamais , dans nos obfervations
plices de la jaloufie des concurrens , de
la maligne caufticité de quelques uns
des Spectateurs , ou des fauffes façons
de voir de quelques autres : mais on ne
doit pas non plus s'attendre de notre
part , à des éloges indiftinctement prodigués
à la prévention ou même à la célébrité
des plus illuftres Artiſtes ; ainf
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
qu'aux prétentions fans bornes de l'amour-
propre .
Nous ferons en forte de donner une
idée auffi exacte.qu'il eft poffible de
ces précieuſes productions , à ceux de
nos Lecteurs qui ne font pas à portée de
les connoître par leurs propres yeux ; en
même temps , de guider & de fixer l'attention
de ceux qui partagent avec nous
le plaifir de ce Spectacle , fur les parties
que nous croirons qui diftinguent le
mérite de chaque ouvrage en particu
lier. Quant aux défauts réels , ( triſte
condition impofée à tout ouvrage hu
main ! ) fans les avoir indiqués par nos
obfervations , ceux qui auront vû le Salon
ne les auront que trop remarqués
eux-mêmes , & il doit être indifférent
aux autres d'en être informés par la voie
d'une critique amére. D'ailleurs il y a
toujours entre la fagacité du Lecteur
intelligent & la prudence de l'Ecrivain
moderé , un chiffre de correfpondance
qui eft fuffifamment intelligible .
Nous croyons n'avoir pas d'ordre
plus naturel à fuivre dans le compte
que nous allons rendre , que celui du
Catalogue imprimé , qui fe débite &
qui eft en même temps celui des rangs
académiques de tous les Artiftes qui
vi I
SEPTEMBRE . 1763. 201
ont contribué à enrichir cette expofition
publique .
M. CARLE VANLOO , premier Peintre
du Roi , a expofé plufieurs Tableaux.
On peut remarquer dans celui
des Grâces ( a ) enchaînées par l'Amour,
les efforts d'un grandPeintre , déja fi juftement
célébre par la beauté de fon coloris,
pour le monter(en s'exprimant felon l'art)
aun ton encore plus élevé & répondre par
là au voeu de plufieurs Connoiffeurs qui
fe plaignoient depuis quelque temps de
ce que ce ton paroiffoit en général s'être
un peu affoibli dans notre Ecole. Ce
Peintre a toujours confervé cependant
cette fraîcheur , cette fonte & cette forte
d'aménité qui caractériſent fon pinceau ,
même dans les plus fortes expreffions.
Il y a de belles maffes de lumières.
dans fon Tableau ; & l'Auteur a placé
ingénieufement un rideau qui en procu
rant d'autres belles maffes d'ombres, don
ne un effet très-piquant à fes trois figur
res , lefquelles fans ce moyen , auroient
pû devenir monotones par l'égalité des
tons dans les carnations . C'eft particu
(b) Tableau de pieds 6 pouces de haup
fur 6 pieds 3 pouces de large. Ce Tableau et
pour la Pologne.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
liérement dans ces effets en Peinture,
que ceux qui ne font pas attention aur
moyens propres de cet Art, devroient
être fort circonfpects à prononcer ſu
ce qu'ils croyent être en droit de juger
par rapport aux imitations de la Nature
Entre ces trois Figures des Grâces, celle
du milieu ſe diſtingue par la beauté des
proportions & par l'élégante manièr
dont elle eft deffinée .
par
On doit fçavoir gré auffi à M. Van
loo , du moyen agréable dont il s'ef:
fervi
,, pour voiler les mains de l'Amour
même , ce que la décence ne permettoit
pas d'offrir aux yeux , en difpo
fant adroitement les guirlandes dont cet
Amour enchaîne les Graces.
J
Dans un autre Tableau du même Auteur
, de trois pieds huit pouces de largeur
fur deux pieds fept pouces de hau
teur appartenant à M. le Marquis de
Marigny , l'invention allégorique &
l'exécution pittorefque fe difputent d'a
grément. Il repréfente le Dieu Cupidon,
ou un principal Amour commandant
l'exercice militaire à une troupe d'au
tres Amours placés en ligne, & en face de
lui , vus prefque de profil par le Spec
tateur. Ils font en cuiraffe, à la françoife,
Les ailes paffant à travers & le cafque
SEPTEMBRE . 1763. 203
en tête ; ils ont des fournimens , pareils
à ceux de nos troupes , fur lefquels eft
empreinte la figure d'un coeur.Cette trou
pe eft armée de fufils la bayonnette
au bout , & l'inftant de l'exercice dans
le tableau , eft celui où l'on préfente
dles armes . Un autre troupe d'Amours
armés de fabres , vêtus & coiffés en huffards
, avance de face au Spectateur fur
" un plan inférieur & plus éloigné que la
première troupe . Derriere le principal
Amour , il y en a d'autres en différentes
attitudes & tous occupés relativement
au fujet du tableau , dont le fond orné
d'un fort joli temple , produit un afpect
riche & agréable .
"
On remarque , avec plaifir , que le
Peintre s'eft attaché à répandre fur le
Chef des Amours un éclat qui le diftingue
& en défigne très - bien la fupériorité.
A l'égard des autres , fi notre
imagination conçoit les Amours comme
des Divinités , pour ainfi dire , d'une
même famille & d'une même forte de
beauté , feroit-on en droit de leur reprocher
un peu de conformité dans les
caractères de tête ?
. On voit auffi de M. VANLOO un
Tableau ovale peint en cire , repréſentant
à mi- corps , la Veftale qui porte
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
dans un crible l'eau du Tibre pour
prouver fon innocence. Cette figure
-vêtue en blanc eft d'un beau caractère
qui indique l'action merveilleuſe du
Sujet. (c )
Il y a auffi du même Auteur deux
petites Têtes peintes en cire , dont on
-ne peut trop louer l'agrément.
Loin que ce foit par refpe&t feulement
pour l'âge de M. Reftout , ancien Directeur
, c'eft par le mérite très-réel de
fes admirables ouvrages , que nous
avons été entraînés , pour ainfi dire, avec
fes Confrères & tous les Connoiffeurs,
à leur rendre un hommage qui n'eft
pas éloigné de la vénération .
Le premier de ces ouvrages , eft un
fort grand Tableau , pour le Roi , deſtiné
à être exécuté en tapifferie dans la Manufacture
des Gobelins. Il repréſente
Orphée defcendu aux enfers pour en
arracher Eurydice. Pluton & Proferpine
affis fur l'entrée d'une caverne , fermée
par de forts grillages , entre le Ténare &
les Champs Elyfées , font accompagnés
des trois Juges des Enfers. Les Parques
font groupées dans le bas. En devant
on voit Eurydice entre les mains d'un
(c) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame
de Pompadour.
SEPTEMBRE . 1763. 20$
·
Miniftre infernal fous la forme d'un
Spectre aîlé ; Orphée eft derriere elle ,
touchant fa lyre.
Le deuxième repréfente le repas donné
par Afuerus , aux Grands de fon
Royaume. On ne fçauroit affez applaudir
à la manière ingénieufe & fça-
-vante de la compofition de ce Sujet ,
dans une forme auffi ingratte que celle
d'un demi- ceintre , évidé dans la partie
inférieure , pour l'ouverture d'une porte,
& en tout abfolument pareil à la forme
d'éventail .
Le Sujet du troifiéme , de fept pieds
fept pouces de large fur neuf pieds de
haut , eft l'évanouiffement d'Efther en
approchant du Trône dAffuerus ( d) .
On ne peut trop inviter le Public à
reconnoître dans les nouvelles productions
de ce grand Maître , des beautés
que l'on feroit peut - être fondé à dire
qui le rendent aujourd'hui prèfque fupérieur
à lui-même, dans les plus beaux
jours de fon âge, & de fes talens . On
convient généralement qu'il réunit dans
ces trois Tableaux , au plus grand degré
de perfection , ce qui a toujours caracté
rifé fon grand talent. La plus belle &
( d ) Ces deux derniers Tableaux font pour la
maifon des Feuillans , rue Saint- Honoré,
266 MÈRCURE DE FRANCE.
•
tout
la plus grande harmonie dans tous les
effets de ces Tableaux les rendent d'une
jufteffe & d'une vérité qui fatisfont également
les yeux & le jugement . Les pofitions
des plans y font fi juftes , & fi
vraies, qu'à l'aide du parfait accord dans
le coloris , tout eft diftin&t
eft à fa véritable place , & tout eft cependant
uni & , pour ainfi dire, enchaîné
enfemble, par le grand art de cette harmonie
pittorefque. En un mot ,
Peintre aura la gloire d'avoir laiffé à
notre Ecole , les modéles des plus beaux
principes de compofition & des plus
juftes effets du coloris.
T
"
ce
'N. B. Les bornes de ce Journal obligent
à remettre la fuite de cette def
cription au prochain Mercure. Mais
pour fatisfaire fur cela le jufte empreffement
des Lecteurs , on la diftribuera
, féparément en entier dans l
courant de ce mois par une Brochure
d'extraordinaire, qui fe trouvera au Bureau
du Mercure , rue Ste Anne
chez les Libraires accoutumés.
au Salon du Louvre , avec des
Remarques,
Par la Société des Amateurs.
VOILA la troifiéme fois que notre
Société a occafion de s'occuper des
Tableaux expofés au Salon . Comme
nous n'avons jamais brigué lâchement
le trifte fuffrage de certains Lecteurs
qui ne cherchent dans les Ecrits publics
que ce qui peut nourrir leur fecret
penchant à déprimer le Siécle
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les Contemporains , nous ne nous
refuferons pas au plaifir d'annoncer
qu'en général , dans cette dernière
expofition la Peinture de l'École
Françoife paroît à tous les Connoiffeurs
être montée à un nouveau degré
de force & de grandeur , dans le
coloris ainfi que dans la compofition .
En confidérant ce pompeux Spectacle
de nos Arts en France , où tous les
deux ans fe renouvellent de fi abondantes
richeffes , nous oferons interroger
les fombres contempteurs de leur
âge & de leur Nation ; nous leur demanderons
dans quelle région du monde
& fous quel gouvernement on pourroit,
dans une même Ville, rencontrer ce
nombre de Talens raffemblés fourniffant
dans un auffi court efpace de temps
une pareille Collection de tous les
genres ?
*
Une émulation fi vive & fi univerfelle
dans nos Arts ne peut être que le fruit
de l'augufte protection du Souverain
& de la vigilance éclairée de celui qui eft
en même temps fur cette partie l'organe
d'un Monarque bienfaifant & le
fage difpenfateur de fes graces. (a)
( ) M. le Marquis de Marigni.
SEPTEMBRE. 1763. 199.
Les Arts , comme les Lettres , ne
peuvent s'acquitter envers leurs protecteurs
qu'en éternifant , pour ainfi dire
la mémoire le leurs bienfaits. Les monumens
des Arts ont , il faut en convenir
, des avantages pour cela , qui préfentent
d'abord quelque chofe de plus
éclatant ; mais ils font plus périffables
& bien moins étendus que ceux des
Lettres. Les unes & les autres doivent
donc fe prêter un mutuel fecours pour
un devoir auffi refpectable.
Ainfi loin de déférer au fentiment de
ceux qui croiroient que les écrivains ne
doivent point traiter de ce qui concer
-ne les Arts , il faut au contraire con
ferver, & même avec détails , dans tous
les Faftes littéraires, la gloire de leurs productions.
>
com-
D'après nos principes invariables , on
ne doit pas compter que nous foions.
jamais , dans nos obfervations
plices de la jaloufie des concurrens , de
la maligne caufticité de quelques uns
des Spectateurs , ou des fauffes façons
de voir de quelques autres : mais on ne
doit pas non plus s'attendre de notre
part , à des éloges indiftinctement prodigués
à la prévention ou même à la célébrité
des plus illuftres Artiſtes ; ainf
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
qu'aux prétentions fans bornes de l'amour-
propre .
Nous ferons en forte de donner une
idée auffi exacte.qu'il eft poffible de
ces précieuſes productions , à ceux de
nos Lecteurs qui ne font pas à portée de
les connoître par leurs propres yeux ; en
même temps , de guider & de fixer l'attention
de ceux qui partagent avec nous
le plaifir de ce Spectacle , fur les parties
que nous croirons qui diftinguent le
mérite de chaque ouvrage en particu
lier. Quant aux défauts réels , ( triſte
condition impofée à tout ouvrage hu
main ! ) fans les avoir indiqués par nos
obfervations , ceux qui auront vû le Salon
ne les auront que trop remarqués
eux-mêmes , & il doit être indifférent
aux autres d'en être informés par la voie
d'une critique amére. D'ailleurs il y a
toujours entre la fagacité du Lecteur
intelligent & la prudence de l'Ecrivain
moderé , un chiffre de correfpondance
qui eft fuffifamment intelligible .
Nous croyons n'avoir pas d'ordre
plus naturel à fuivre dans le compte
que nous allons rendre , que celui du
Catalogue imprimé , qui fe débite &
qui eft en même temps celui des rangs
académiques de tous les Artiftes qui
vi I
SEPTEMBRE . 1763. 201
ont contribué à enrichir cette expofition
publique .
M. CARLE VANLOO , premier Peintre
du Roi , a expofé plufieurs Tableaux.
On peut remarquer dans celui
des Grâces ( a ) enchaînées par l'Amour,
les efforts d'un grandPeintre , déja fi juftement
célébre par la beauté de fon coloris,
pour le monter(en s'exprimant felon l'art)
aun ton encore plus élevé & répondre par
là au voeu de plufieurs Connoiffeurs qui
fe plaignoient depuis quelque temps de
ce que ce ton paroiffoit en général s'être
un peu affoibli dans notre Ecole. Ce
Peintre a toujours confervé cependant
cette fraîcheur , cette fonte & cette forte
d'aménité qui caractériſent fon pinceau ,
même dans les plus fortes expreffions.
Il y a de belles maffes de lumières.
dans fon Tableau ; & l'Auteur a placé
ingénieufement un rideau qui en procu
rant d'autres belles maffes d'ombres, don
ne un effet très-piquant à fes trois figur
res , lefquelles fans ce moyen , auroient
pû devenir monotones par l'égalité des
tons dans les carnations . C'eft particu
(b) Tableau de pieds 6 pouces de haup
fur 6 pieds 3 pouces de large. Ce Tableau et
pour la Pologne.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
liérement dans ces effets en Peinture,
que ceux qui ne font pas attention aur
moyens propres de cet Art, devroient
être fort circonfpects à prononcer ſu
ce qu'ils croyent être en droit de juger
par rapport aux imitations de la Nature
Entre ces trois Figures des Grâces, celle
du milieu ſe diſtingue par la beauté des
proportions & par l'élégante manièr
dont elle eft deffinée .
par
On doit fçavoir gré auffi à M. Van
loo , du moyen agréable dont il s'ef:
fervi
,, pour voiler les mains de l'Amour
même , ce que la décence ne permettoit
pas d'offrir aux yeux , en difpo
fant adroitement les guirlandes dont cet
Amour enchaîne les Graces.
J
Dans un autre Tableau du même Auteur
, de trois pieds huit pouces de largeur
fur deux pieds fept pouces de hau
teur appartenant à M. le Marquis de
Marigny , l'invention allégorique &
l'exécution pittorefque fe difputent d'a
grément. Il repréfente le Dieu Cupidon,
ou un principal Amour commandant
l'exercice militaire à une troupe d'au
tres Amours placés en ligne, & en face de
lui , vus prefque de profil par le Spec
tateur. Ils font en cuiraffe, à la françoife,
Les ailes paffant à travers & le cafque
SEPTEMBRE . 1763. 203
en tête ; ils ont des fournimens , pareils
à ceux de nos troupes , fur lefquels eft
empreinte la figure d'un coeur.Cette trou
pe eft armée de fufils la bayonnette
au bout , & l'inftant de l'exercice dans
le tableau , eft celui où l'on préfente
dles armes . Un autre troupe d'Amours
armés de fabres , vêtus & coiffés en huffards
, avance de face au Spectateur fur
" un plan inférieur & plus éloigné que la
première troupe . Derriere le principal
Amour , il y en a d'autres en différentes
attitudes & tous occupés relativement
au fujet du tableau , dont le fond orné
d'un fort joli temple , produit un afpect
riche & agréable .
"
On remarque , avec plaifir , que le
Peintre s'eft attaché à répandre fur le
Chef des Amours un éclat qui le diftingue
& en défigne très - bien la fupériorité.
A l'égard des autres , fi notre
imagination conçoit les Amours comme
des Divinités , pour ainfi dire , d'une
même famille & d'une même forte de
beauté , feroit-on en droit de leur reprocher
un peu de conformité dans les
caractères de tête ?
. On voit auffi de M. VANLOO un
Tableau ovale peint en cire , repréſentant
à mi- corps , la Veftale qui porte
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
dans un crible l'eau du Tibre pour
prouver fon innocence. Cette figure
-vêtue en blanc eft d'un beau caractère
qui indique l'action merveilleuſe du
Sujet. (c )
Il y a auffi du même Auteur deux
petites Têtes peintes en cire , dont on
-ne peut trop louer l'agrément.
Loin que ce foit par refpe&t feulement
pour l'âge de M. Reftout , ancien Directeur
, c'eft par le mérite très-réel de
fes admirables ouvrages , que nous
avons été entraînés , pour ainfi dire, avec
fes Confrères & tous les Connoiffeurs,
à leur rendre un hommage qui n'eft
pas éloigné de la vénération .
Le premier de ces ouvrages , eft un
fort grand Tableau , pour le Roi , deſtiné
à être exécuté en tapifferie dans la Manufacture
des Gobelins. Il repréſente
Orphée defcendu aux enfers pour en
arracher Eurydice. Pluton & Proferpine
affis fur l'entrée d'une caverne , fermée
par de forts grillages , entre le Ténare &
les Champs Elyfées , font accompagnés
des trois Juges des Enfers. Les Parques
font groupées dans le bas. En devant
on voit Eurydice entre les mains d'un
(c) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame
de Pompadour.
SEPTEMBRE . 1763. 20$
·
Miniftre infernal fous la forme d'un
Spectre aîlé ; Orphée eft derriere elle ,
touchant fa lyre.
Le deuxième repréfente le repas donné
par Afuerus , aux Grands de fon
Royaume. On ne fçauroit affez applaudir
à la manière ingénieufe & fça-
-vante de la compofition de ce Sujet ,
dans une forme auffi ingratte que celle
d'un demi- ceintre , évidé dans la partie
inférieure , pour l'ouverture d'une porte,
& en tout abfolument pareil à la forme
d'éventail .
Le Sujet du troifiéme , de fept pieds
fept pouces de large fur neuf pieds de
haut , eft l'évanouiffement d'Efther en
approchant du Trône dAffuerus ( d) .
On ne peut trop inviter le Public à
reconnoître dans les nouvelles productions
de ce grand Maître , des beautés
que l'on feroit peut - être fondé à dire
qui le rendent aujourd'hui prèfque fupérieur
à lui-même, dans les plus beaux
jours de fon âge, & de fes talens . On
convient généralement qu'il réunit dans
ces trois Tableaux , au plus grand degré
de perfection , ce qui a toujours caracté
rifé fon grand talent. La plus belle &
( d ) Ces deux derniers Tableaux font pour la
maifon des Feuillans , rue Saint- Honoré,
266 MÈRCURE DE FRANCE.
•
tout
la plus grande harmonie dans tous les
effets de ces Tableaux les rendent d'une
jufteffe & d'une vérité qui fatisfont également
les yeux & le jugement . Les pofitions
des plans y font fi juftes , & fi
vraies, qu'à l'aide du parfait accord dans
le coloris , tout eft diftin&t
eft à fa véritable place , & tout eft cependant
uni & , pour ainfi dire, enchaîné
enfemble, par le grand art de cette harmonie
pittorefque. En un mot ,
Peintre aura la gloire d'avoir laiffé à
notre Ecole , les modéles des plus beaux
principes de compofition & des plus
juftes effets du coloris.
T
"
ce
'N. B. Les bornes de ce Journal obligent
à remettre la fuite de cette def
cription au prochain Mercure. Mais
pour fatisfaire fur cela le jufte empreffement
des Lecteurs , on la diftribuera
, féparément en entier dans l
courant de ce mois par une Brochure
d'extraordinaire, qui fe trouvera au Bureau
du Mercure , rue Ste Anne
chez les Libraires accoutumés.
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23
p. 212
« Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Début :
Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...]
Mots clefs :
Topique, Pieds, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Le Sr Rouffel donne avis au 'Public qu'il a
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
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24
p. 119-120
TRAITÉ de la Goute, augmenté de nouvelles Observations théoriques & pratiques pour calmer ses accès, empêcher ses révolutions, & en éloigner les retours.
Début :
M. de Mongerbet, Médecin ordinaire des Bâtimens du Roi, instruit par une [...]
Mots clefs :
Goutte, Accès, Pieds, Traité, Hydromel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ de la Goute, augmenté de nouvelles Observations théoriques & pratiques pour calmer ses accès, empêcher ses révolutions, & en éloigner les retours.
TRAITÉ de la Goute, augmenté de
nouvelles Observations théoriques &
pratiques pour calmer ses accès, empêcher
ses révolutions, & en éloigner
les retours.
M. de Mongerbet, Médecin ordinaire
des Bâtimens du Roi, instruit par une
pratique anffi heureufe que continuée
traite aujourd'hui la Goute par la mé-
thode la plus fimple & la plus relative à
cette humeur ; & ce traitement eſt pro-
pre à tout âge , à tout féxe , & à tous les
tempéramens.
Dans les accès , il en calme la vivacité
par la Poudre balfamique dont l'on fait
120 MERCURE DE FRANCE.
un Hydromel , qui procure une dépura-
tion par les urines , & par une tranſpira-
tion douce & égale. Cet Hydromel a des
qualités particulières pour l'eftomach. En
même temps il donne une Pâte que l'on
délaye dans de l'eau chaude , & c. qui
forme un bain des pieds , pour retirer la
Goute des parties fupérieures , & la faire
tranſpirer par les pieds. Ce bain eft un
fpécifique parfait , quand il faut une dé-
rivation aux pieds.
Hors des accès , il ordonne le Baume
végétal trois jours confécutifs de chaque
mois , pour tenir les premières voyes li-
bres , fortifier l'eftomac , faciliter les di-
geftions, & détruire peu-à-peu cet amas
d'humeurs , qui développent le principe
de la Goute , & forment les difpofitions
des maladies.
Il eft indifpenfable de lire fon Ouvrage
qui fe vend chez M. Pankoucke , Librai-
re, rue & près la Comédie Françoife ,
au Parnaffe , à Paris.
L'on peut le confulter fur les Rhuma-
tifmes & les Sciatiques les plus invétérés ;
il les guérit radicalement , par le moyen
d'un Ptifanne & d'une Pommade.
Il ne reçoit éxactement que les Lettres
affranchies : il loge petite rue S. Roch
quartier Montmartre , à Paris.
nouvelles Observations théoriques &
pratiques pour calmer ses accès, empêcher
ses révolutions, & en éloigner
les retours.
M. de Mongerbet, Médecin ordinaire
des Bâtimens du Roi, instruit par une
pratique anffi heureufe que continuée
traite aujourd'hui la Goute par la mé-
thode la plus fimple & la plus relative à
cette humeur ; & ce traitement eſt pro-
pre à tout âge , à tout féxe , & à tous les
tempéramens.
Dans les accès , il en calme la vivacité
par la Poudre balfamique dont l'on fait
120 MERCURE DE FRANCE.
un Hydromel , qui procure une dépura-
tion par les urines , & par une tranſpira-
tion douce & égale. Cet Hydromel a des
qualités particulières pour l'eftomach. En
même temps il donne une Pâte que l'on
délaye dans de l'eau chaude , & c. qui
forme un bain des pieds , pour retirer la
Goute des parties fupérieures , & la faire
tranſpirer par les pieds. Ce bain eft un
fpécifique parfait , quand il faut une dé-
rivation aux pieds.
Hors des accès , il ordonne le Baume
végétal trois jours confécutifs de chaque
mois , pour tenir les premières voyes li-
bres , fortifier l'eftomac , faciliter les di-
geftions, & détruire peu-à-peu cet amas
d'humeurs , qui développent le principe
de la Goute , & forment les difpofitions
des maladies.
Il eft indifpenfable de lire fon Ouvrage
qui fe vend chez M. Pankoucke , Librai-
re, rue & près la Comédie Françoife ,
au Parnaffe , à Paris.
L'on peut le confulter fur les Rhuma-
tifmes & les Sciatiques les plus invétérés ;
il les guérit radicalement , par le moyen
d'un Ptifanne & d'une Pommade.
Il ne reçoit éxactement que les Lettres
affranchies : il loge petite rue S. Roch
quartier Montmartre , à Paris.
Fermer
25
p. 210-211
« Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
Début :
Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...]
Mots clefs :
Remède, Topique, Pieds, Maux, Amputation, Vertus, Pansement, Guérison, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
LE fieur ROUSSEL donne avis au Public quila
trouvé un Reméde efficace pour les cors des
pieds. Juſqu'ici ces maux avoient paru ne pas
devoir mériter une attention particulière , &
Pon s'eſt contenté de chercher dans les ſecrets
douteux de quelques Empyriques un foulagement
, trop ſouvent inutilement attendu. Il ſuf
fifoit , en diminuant leur volume par l'amputation
d'en rendre les douleurs un peu plus fup
portables. Beaucoup de perſonnes , ou riſquoient
les inconvéniens dangereux qui réſultent tous les
jours de pareilles opérations , ou aimolent mieux
fouffrir les maux que cauſent les Cors , plutôt que
* Les actes qui la conſtituentfont des 13 Octobre
1763 & 6 Avril 1764.
AOUST. 1764. 211
d'endurer la compreſſion ou l'introduction d'aucun
corps étranger. Aujourd'hui l'expérience a fait
trouver un Topique auſſi sûr contre ce mal , qu'il
eſt aiſé à employer. Un morceau de toile noire ,
ou de foie , enduit du médicament dont il s'agit a,
la vertu d'ôter très-promptement la douleur des
Cors , de les amollir , & de les faire mourir par
fucceſſion de temps . On en forme une Emplâtre
un peu plus large que le mal , que l'on enveloppe
d'une bandelette. Au boutde huit jours on peut
lever cepremier appareil , & remettre une autre
Emplâtre pour autant de temps. Ce Reméde eft
auffi efficace pour les Verrues ou Poireaux , ayant
foin d'en relever l'Emplâtre , d'en fubſtituer une
autre à la place , tous les deux jours , pendant
l'eſpace de huit ou dix jours.
Un grand nombre de perſonnes ont été par
faitement guéries par l'ufage de ce Topique ; en
tr'autres
,
M. de la Place Auteur du Mercure , rue
Fromenteau.
-M. Baret , Maître de Langues de la Cour de
Munich , actuellement à Paris , rue S. Etienne
des Grès , près le Collège de Lyſieux .
M. David , Marchand Mercier & Négociant ,
rueBeaurepaire.
M. & Madame Thibault , Maître Plombier ,
rue S. Sauveur.
Madame de Mongeville , Maréchale de
rue Camp Couture Ste Catherine. 1
Mademoiſelle
vis le Maréchal.
Tumerie , rue de Limoge , vis-à-
La demeure du Sieur ROUSSEL eft rue Jeande-
l'Epine près la Grève , chez M. Dumon au S.
Efprit.
trouvé un Reméde efficace pour les cors des
pieds. Juſqu'ici ces maux avoient paru ne pas
devoir mériter une attention particulière , &
Pon s'eſt contenté de chercher dans les ſecrets
douteux de quelques Empyriques un foulagement
, trop ſouvent inutilement attendu. Il ſuf
fifoit , en diminuant leur volume par l'amputation
d'en rendre les douleurs un peu plus fup
portables. Beaucoup de perſonnes , ou riſquoient
les inconvéniens dangereux qui réſultent tous les
jours de pareilles opérations , ou aimolent mieux
fouffrir les maux que cauſent les Cors , plutôt que
* Les actes qui la conſtituentfont des 13 Octobre
1763 & 6 Avril 1764.
AOUST. 1764. 211
d'endurer la compreſſion ou l'introduction d'aucun
corps étranger. Aujourd'hui l'expérience a fait
trouver un Topique auſſi sûr contre ce mal , qu'il
eſt aiſé à employer. Un morceau de toile noire ,
ou de foie , enduit du médicament dont il s'agit a,
la vertu d'ôter très-promptement la douleur des
Cors , de les amollir , & de les faire mourir par
fucceſſion de temps . On en forme une Emplâtre
un peu plus large que le mal , que l'on enveloppe
d'une bandelette. Au boutde huit jours on peut
lever cepremier appareil , & remettre une autre
Emplâtre pour autant de temps. Ce Reméde eft
auffi efficace pour les Verrues ou Poireaux , ayant
foin d'en relever l'Emplâtre , d'en fubſtituer une
autre à la place , tous les deux jours , pendant
l'eſpace de huit ou dix jours.
Un grand nombre de perſonnes ont été par
faitement guéries par l'ufage de ce Topique ; en
tr'autres
,
M. de la Place Auteur du Mercure , rue
Fromenteau.
-M. Baret , Maître de Langues de la Cour de
Munich , actuellement à Paris , rue S. Etienne
des Grès , près le Collège de Lyſieux .
M. David , Marchand Mercier & Négociant ,
rueBeaurepaire.
M. & Madame Thibault , Maître Plombier ,
rue S. Sauveur.
Madame de Mongeville , Maréchale de
rue Camp Couture Ste Catherine. 1
Mademoiſelle
vis le Maréchal.
Tumerie , rue de Limoge , vis-à-
La demeure du Sieur ROUSSEL eft rue Jeande-
l'Epine près la Grève , chez M. Dumon au S.
Efprit.
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Résumé : « Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
Le document présente la découverte d'un remède efficace contre les cors des pieds par le Sieur ROUSSEL. Jusqu'alors, ces affections étaient souvent négligées ou traitées par des méthodes inefficaces, comme l'amputation. Le nouveau traitement consiste en un emplâtre fabriqué à partir d'un morceau de toile noire ou de foie, enduit d'un médicament spécifique. Cet emplâtre doit être appliqué sur le cor, enveloppé d'une bandelette, et changé tous les huit jours. Le remède est également efficace contre les verrues, nécessitant un changement de l'emplâtre tous les deux jours pendant huit à dix jours. Plusieurs personnes ont été guéries grâce à ce traitement, notamment M. de la Place, M. Baret, M. David, M. et Madame Thibault, Madame de Mongeville et Mademoiselle Tumerie. Le Sieur ROUSSEL réside rue Jean-de-l'Épine près la Grève, chez M. Dumon au Saint-Esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 74-75
AUTRE.
Début :
Nous sommes deux & nous sommes jumeaux, [...]
Mots clefs :
Pieds
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Nous fommes deux & nous ſommes jumeaux ,
Qui l'un & l'autre , avant de naître ,
Anotre mere en pleurs cauſons beaucoup demaux
Ami lecteur , ſi tu veux me connaître ,
Ne crois pas que , pour me trouver ,
Tu doives loin m'aller chercher.
Chaquejourje te rends ſervice ,
JUILLET. 1770 . 75
Toujours par moi tu peux guider tes pas ,
Je te conduis , même juſqu'au trépas ;
Mais ne crois point que ce foit par malice.
Cinq pieds , qui font mon exiſtence ,
Vont exercer ta patience;
En t'offrant un oiſeau dont l'ennuyeux caquet
Eſt comparé ſouvent au bavard indiſcret ;
Cequ'en latin nous annonce l'aurore ,
Et qu'on admire en le voyant éclore .
Cher lecteur , encore un inſtant ,
Et je vais te rendre content.
Ne pouvant être un objet odieux ,
Je ne crains pas d'exciter ta colere,
En te diſant queje viens... pour te plaire...
De me placer devant tes yeux.
Par Mlle de Paramé.
Nous fommes deux & nous ſommes jumeaux ,
Qui l'un & l'autre , avant de naître ,
Anotre mere en pleurs cauſons beaucoup demaux
Ami lecteur , ſi tu veux me connaître ,
Ne crois pas que , pour me trouver ,
Tu doives loin m'aller chercher.
Chaquejourje te rends ſervice ,
JUILLET. 1770 . 75
Toujours par moi tu peux guider tes pas ,
Je te conduis , même juſqu'au trépas ;
Mais ne crois point que ce foit par malice.
Cinq pieds , qui font mon exiſtence ,
Vont exercer ta patience;
En t'offrant un oiſeau dont l'ennuyeux caquet
Eſt comparé ſouvent au bavard indiſcret ;
Cequ'en latin nous annonce l'aurore ,
Et qu'on admire en le voyant éclore .
Cher lecteur , encore un inſtant ,
Et je vais te rendre content.
Ne pouvant être un objet odieux ,
Je ne crains pas d'exciter ta colere,
En te diſant queje viens... pour te plaire...
De me placer devant tes yeux.
Par Mlle de Paramé.
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