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1
p. 126-137
Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay souvent parlé des Arts, que les soins, [...]
Mots clefs :
Soins, Médecine, Remèdes, Apothicaire, Thériaque, Composition, Hôpitaux, Abeilles, Boeuf, Excréments, Peuple, Monarque, Animal solaire, Âme, Planètes, Astres, Morsure, Mort
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texteReconnaissance textuelle : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Je vous ay fouvent
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
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Résumé : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Le texte aborde la médecine et la thériaque, un remède spécifique. La médecine est décrite comme un art long, difficile et inélégant, mais elle émerge d'une période d'oubli grâce à la préparation de remèdes spécifiques, notamment la thériaque. À Paris, des apothicaires tels que Jos. Froy, Jauffon et Bolduc ont préparé publiquement cette composition devant la Faculté de Médecine, en présence de M. le Lieutenant Général de Police et de M. le Procureur du Roy. M. de Rouvière, apothicaire du Roy, a également entrepris cette composition et a publié des thèses à ce sujet. Le texte inclut une description d'un emblème énigmatique lié à la thériaque. Cet emblème représente des abeilles sortant des entrailles d'un bœuf mort, symbolisant la royauté et le gouvernement monarchique des abeilles. L'emblème utilise des symboles astronomiques et animaux pour illustrer la noblesse et le bonheur sous un roi. Parmi les éléments mentionnés figurent le bélier, le lézard, la vipère et le serpent, chacun ayant une signification spécifique dans le contexte de la médecine et de la royauté. L'emblème vise à montrer que les peuples seraient heureux sous la domination du monarque français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 137-151
Discours prononcé sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
A l'ouverture de cette These, Mr de Rouviere fit le / MESSIEURS, J'enreprens aujourd'huy une Composition, qui depuis plus de [...]
Mots clefs :
Thèse, Thériaque, Remède, Docteurs, Composition, Réputation, Galien, Peste, Guérison, Mérite, Efficacité, Empereurs, Baume, Louis le Grand, Honneur, Applaudissements, Approbation, Médecins, Doyens, Apothicaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcé sur ce sujet, [titre d'après la table]
A l'ouverture de cette The .
fe , M' de Rouviere fit le Dif
cours que vous allez lire , en :
prefence de M les Doyen
& Profeffeurs de la Faculté,,
Mars 1685 M
138 MERCURE
tous en Robes & en Chape--
rons , qui font les marques .
qui les diftinguent des autres
Docteurs Regens . M' de la .
Reynie , & M le Procureur
du Roy y affifterent auffi .
MESS
ESSIEURS,
F'entreprens aujourd'huy une
Compofition , qui depuis plus defeize
fiecles tient un rang honorable
dans la Medecine. Onpeut
Mithridate * en a eftéle
dire
que
premier Inventeur , puifque les
augmentations qu'on y a faites
* Roy de Pont .
GALANT. 139
fous le Regne de Neron n'empéchent
pas qu'on n'y remarque
beaucoup de conformité ; Andromachus
le Pere ajoûtant les Viperes
à cette Compofition , luy a
donné le nom qu'elle porte : Les
Romains en admiroient les proprietez.
Jamais Remede n'eut une
fi belle deftinée ; il trouva des 5
Partifans parmy les Vainquents•
de la Terre , malgré les red
volutions qui font arrivées dans
l'Univers fa reputation s'eft
confervée, entiere ,pure , inalterée,
jufques au Regne de notre Invincible
Monarque. Marc Au- .
7
Il eftoit premier Medecin de Neron , -
Meij
140 MERCURE
rele Antonin , furnommé le Philofophe
, qui eftoit affis fur le
Trône des Cefars , avec Lucius
Verus fonfrere , charmé des Ecrits
de Galien * , qui apres plufeurs
Voyages s'eftoit retiré à
Pergame , lieu de fa naiſſance,
le fit folliciter de paffer en Italie,
crût qu'il ne pouvoit mieux
témoigner l'eftime qu'il avoit pour
luy , qu'en luy confiant la prépa
ration de la Theriaque . Sa prévoyance
ne fut pas "inutile. La
prefence de Galien luy fut neceffairepourfe
garantir de la Pefte* ,
* Galien fe rendit à Rome l'An de Noftre
Seigneur 164. âgé de 34. ans .
* Cette Pefte arriva en 166, & dura- prés
de quatre années .
GALANT: 140
que Capitolinus & d'autres Hiftoriens
décrivent dans la Vie de
Lucius. La Theriaque fut for
antidote; poffedant deux grands.
biens enfemble , un Remede excellent
pour la confervation de fa
Perfonne Augufte , & un Medecin
tres-babile pour en ordonner
l'ufage , il connut que l'eftime
qu'ilfaifoit de tous les deux;
eftoit infiniment au deffous de leur
merite. Apresfa mort la Theria .
que fut negligée fous trois de fes
Succeffeurs , dont l'un * fut auffi
méprisé pour ses débauches , que
* Commode Succeffeur d'Antonin mourut
1831. jour de Decembre l'An 182..
142 MERCURE
fon Pere avoit efté recommanda_ -
ble pourfes vertus. Et les autres
regnerent fi peu de temps * , qu'ils
n'eurent pas le loifir de fuivre les
traces de l'incomparable Antonins
mais enfin aprés tant de changemens
de difgraces , l'Empereur
Severe rendit à Rome fon
premier éclat. Il fit des honneurs
extraordinaires à Galien ; &
pour le retenir à la Cour , il rétablit
les Laboratoires ,
Theriaque devint en ufage plus
qu'elle n'avoit jamais efté. Galien
rentra dans fon employ ; & quoy
la
* Helvius Pertinax ne regna qu'environ trois -
mois aprés Commode . Et Didie Julien deux
mois & cinq jours aprés Pertinax..
GALANT. 143
quefon genie l'appellat à des chofes
plus difficiles , il continua de
préparer la Theriaque jusques à
L'an de Notre Seigneur 200, qui
fut le dernier de fa vie. Veritablement
ceux qui aprés luy en
eurent la commiffion , luy cederent
en reputation & en merite;
mais le deftin de la Theriaque ne
dépendoit
pas d'un feul homme.
Dans tous les Temps , dans tous
les Regnes , chez toutes les Nations
qui ont eu du difcernement
,
la Theriaque a efté célébrée . Il
feroir aife de le prouver , fi quelqu'un
en pouvoit douter ; mais
laiffant à ceux qui fçavent mieux
..
144 MERCURE
faire valoir les chofes , à repre
fenter l'empreffement qu'ont tou
jours eu les Princes & les Re
publiques pour l'exate compofi
tion de ce Remede . Je me contente
de n'avoir rien oublié pour mon
deffein , d'avoir affemblé avec·
desfoins particuliers tous les Medicamens
neceffaires pour y réuf
fir , & d'eftre en estat de renou
veller l'ancienne Préparation
d'Andromachus , fans eftre affer
vy aux Remedes que l'on fubfti
tuë ordinairement en la place des
originaux. F'efpere de les avoir,
je les foumets à toutes les
épreuves ; j'ay difpenfè les uns é
less
GALANT. 145
les autres pour les employer felon
que la Faculté en voudra déterminer.
On a vûdes Empereurs*
enfermer dans leurs Trefors un
peu de Cinnamome , par la difficulté
qu'ils avoient d'en recouvrer.
On a crú le Baume de Judée
perdu ; le Chalcitis a fait de
L'embaras à des perfonnes d'ailleurs
fort éclairées. Nousfommes
délivrez de toutes ces peines : il
femble que les Regions les plus
éloignées rendent hommage à la
France de ce qu'elles ont de meilleure
de plus rare, Nylefroyable
* Cela eft rapporté par Galien au Livre I.
das Contrepoifons.
Mars 1685.
N
146 MERCURE
étendue des Mers , ny les folitus
des affreufes , ny les deferts inha
bitez , ny les perils où l'on s'expoſe
pour les traverſer , ne font
capables de nous arrêter. Louis
LE GRAND étend fes rayons
jufques aux Climats les plus barbares
, plus brillant encore parfes
vertus , qu'il n'eft redoutable par
fa puiffance. Il fe fait voir an
prés des autres Souverains ce que
le Soleil paroît au milieu des Etoiles
; & de méme que rien dans
le Monde n'approche de la gloire
qu'il s'eft acquiſe , rien n'approche
auffi du bonheur qu'il procure à
ceux qui font foumis àfa DomiGALANT.
147
د
nation. Les Sujets dont il fait
choix pour maintenir l'autorité
des Loix & de la Justice , font
autant de Vaiffeaux précieux qui
partent d'une fource toute pure
qui répandent l'ordre & l'abondance
parmy les Peuples.
L'Illuftre Magiftrat qui préfide à
la Police dans la premiere Ville
du Royaume , balance les mouve
mens de ce grand Corps , & entre
dans tous fes befoins. Il dirige par
fon exemple , auffi bien que par
fes Ordonnances. Il punit fans
paſſion , & recompenfe fans prévention.
Il adoucit la rigueur des
Saifons; il repare lafterilité des
Nij
148 MERCURE
Campagnes ; & fe donnant tout
entier aufervice du Roy, an
bien du Public , il trouve Dien
dans tout ce qu'il fait , & n'en
peur eftre détourné par aucune
confidération. Il nefaut pas s'étonner
aprés cela , Meffieur Meffieurs , que
Paris foit le centre où toutes les
merveilles fe réuniffent. Mais
comme je nefuis pas icypour vous
fatiguer par mes difcours , j'abuferois
de l'honneur que je reçois
de votre préfence , fi je differois
davantage d'entrer en matiere.
Quoy que je n'aye rien à craindre
fur l'élection , préparation , &
mixtion des Medicamens, en me
GALANT. 149
conformant aux décifions de la
Faculté , je ne laiſſe pas d'avoir
befoin de vos complaisancesfur la
maniere de m'expliquer : & je
vous les demande avec d'autant
plus de confiance , que m'attachant
uniquement à ce qui regarde
ma Profeffion , j'efpere que mes
operations meriteront vos attentions,
fi mesparoles n'ont pas affez
de force pour vous engager.
M ' de Rouviere a eu tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit fouhaiter de fon travail
, & l'on voit plufieurs-
Approbations au bas de la
N iij ,
150 MERCURE
Thefe , dont je vous ay donné
lá Figure Emblematique.
La premiere eft fignée de M
Dieuxivoye , Doyen de la Faculté
de Paris ; de M' Pouret ,
ancien Profeffeur , & Medecin
Ordinaire de Monfieur ;
de M' Bonnet , Profeffeur &
Medecin Ordinaire de la Reyne
, de M de Sainction , Medecin
Ordinaire de Sa Majefté,
& de M ' Boudin , Docteur
en Medecine . M' Boudin,l'un
des premiers Apoticaires du
Roy , & premier Apoticaire
de la Reyne , ayant eu ordre
d'affifter à la compoſition de
GALANT. 151
ce Remede , y a auffi donné
fon Approbation , auſſi - bien
que M's Maillard , & de Colmes
, Apoticaires de la Maifon
Royale
.
fe , M' de Rouviere fit le Dif
cours que vous allez lire , en :
prefence de M les Doyen
& Profeffeurs de la Faculté,,
Mars 1685 M
138 MERCURE
tous en Robes & en Chape--
rons , qui font les marques .
qui les diftinguent des autres
Docteurs Regens . M' de la .
Reynie , & M le Procureur
du Roy y affifterent auffi .
MESS
ESSIEURS,
F'entreprens aujourd'huy une
Compofition , qui depuis plus defeize
fiecles tient un rang honorable
dans la Medecine. Onpeut
Mithridate * en a eftéle
dire
que
premier Inventeur , puifque les
augmentations qu'on y a faites
* Roy de Pont .
GALANT. 139
fous le Regne de Neron n'empéchent
pas qu'on n'y remarque
beaucoup de conformité ; Andromachus
le Pere ajoûtant les Viperes
à cette Compofition , luy a
donné le nom qu'elle porte : Les
Romains en admiroient les proprietez.
Jamais Remede n'eut une
fi belle deftinée ; il trouva des 5
Partifans parmy les Vainquents•
de la Terre , malgré les red
volutions qui font arrivées dans
l'Univers fa reputation s'eft
confervée, entiere ,pure , inalterée,
jufques au Regne de notre Invincible
Monarque. Marc Au- .
7
Il eftoit premier Medecin de Neron , -
Meij
140 MERCURE
rele Antonin , furnommé le Philofophe
, qui eftoit affis fur le
Trône des Cefars , avec Lucius
Verus fonfrere , charmé des Ecrits
de Galien * , qui apres plufeurs
Voyages s'eftoit retiré à
Pergame , lieu de fa naiſſance,
le fit folliciter de paffer en Italie,
crût qu'il ne pouvoit mieux
témoigner l'eftime qu'il avoit pour
luy , qu'en luy confiant la prépa
ration de la Theriaque . Sa prévoyance
ne fut pas "inutile. La
prefence de Galien luy fut neceffairepourfe
garantir de la Pefte* ,
* Galien fe rendit à Rome l'An de Noftre
Seigneur 164. âgé de 34. ans .
* Cette Pefte arriva en 166, & dura- prés
de quatre années .
GALANT: 140
que Capitolinus & d'autres Hiftoriens
décrivent dans la Vie de
Lucius. La Theriaque fut for
antidote; poffedant deux grands.
biens enfemble , un Remede excellent
pour la confervation de fa
Perfonne Augufte , & un Medecin
tres-babile pour en ordonner
l'ufage , il connut que l'eftime
qu'ilfaifoit de tous les deux;
eftoit infiniment au deffous de leur
merite. Apresfa mort la Theria .
que fut negligée fous trois de fes
Succeffeurs , dont l'un * fut auffi
méprisé pour ses débauches , que
* Commode Succeffeur d'Antonin mourut
1831. jour de Decembre l'An 182..
142 MERCURE
fon Pere avoit efté recommanda_ -
ble pourfes vertus. Et les autres
regnerent fi peu de temps * , qu'ils
n'eurent pas le loifir de fuivre les
traces de l'incomparable Antonins
mais enfin aprés tant de changemens
de difgraces , l'Empereur
Severe rendit à Rome fon
premier éclat. Il fit des honneurs
extraordinaires à Galien ; &
pour le retenir à la Cour , il rétablit
les Laboratoires ,
Theriaque devint en ufage plus
qu'elle n'avoit jamais efté. Galien
rentra dans fon employ ; & quoy
la
* Helvius Pertinax ne regna qu'environ trois -
mois aprés Commode . Et Didie Julien deux
mois & cinq jours aprés Pertinax..
GALANT. 143
quefon genie l'appellat à des chofes
plus difficiles , il continua de
préparer la Theriaque jusques à
L'an de Notre Seigneur 200, qui
fut le dernier de fa vie. Veritablement
ceux qui aprés luy en
eurent la commiffion , luy cederent
en reputation & en merite;
mais le deftin de la Theriaque ne
dépendoit
pas d'un feul homme.
Dans tous les Temps , dans tous
les Regnes , chez toutes les Nations
qui ont eu du difcernement
,
la Theriaque a efté célébrée . Il
feroir aife de le prouver , fi quelqu'un
en pouvoit douter ; mais
laiffant à ceux qui fçavent mieux
..
144 MERCURE
faire valoir les chofes , à repre
fenter l'empreffement qu'ont tou
jours eu les Princes & les Re
publiques pour l'exate compofi
tion de ce Remede . Je me contente
de n'avoir rien oublié pour mon
deffein , d'avoir affemblé avec·
desfoins particuliers tous les Medicamens
neceffaires pour y réuf
fir , & d'eftre en estat de renou
veller l'ancienne Préparation
d'Andromachus , fans eftre affer
vy aux Remedes que l'on fubfti
tuë ordinairement en la place des
originaux. F'efpere de les avoir,
je les foumets à toutes les
épreuves ; j'ay difpenfè les uns é
less
GALANT. 145
les autres pour les employer felon
que la Faculté en voudra déterminer.
On a vûdes Empereurs*
enfermer dans leurs Trefors un
peu de Cinnamome , par la difficulté
qu'ils avoient d'en recouvrer.
On a crú le Baume de Judée
perdu ; le Chalcitis a fait de
L'embaras à des perfonnes d'ailleurs
fort éclairées. Nousfommes
délivrez de toutes ces peines : il
femble que les Regions les plus
éloignées rendent hommage à la
France de ce qu'elles ont de meilleure
de plus rare, Nylefroyable
* Cela eft rapporté par Galien au Livre I.
das Contrepoifons.
Mars 1685.
N
146 MERCURE
étendue des Mers , ny les folitus
des affreufes , ny les deferts inha
bitez , ny les perils où l'on s'expoſe
pour les traverſer , ne font
capables de nous arrêter. Louis
LE GRAND étend fes rayons
jufques aux Climats les plus barbares
, plus brillant encore parfes
vertus , qu'il n'eft redoutable par
fa puiffance. Il fe fait voir an
prés des autres Souverains ce que
le Soleil paroît au milieu des Etoiles
; & de méme que rien dans
le Monde n'approche de la gloire
qu'il s'eft acquiſe , rien n'approche
auffi du bonheur qu'il procure à
ceux qui font foumis àfa DomiGALANT.
147
د
nation. Les Sujets dont il fait
choix pour maintenir l'autorité
des Loix & de la Justice , font
autant de Vaiffeaux précieux qui
partent d'une fource toute pure
qui répandent l'ordre & l'abondance
parmy les Peuples.
L'Illuftre Magiftrat qui préfide à
la Police dans la premiere Ville
du Royaume , balance les mouve
mens de ce grand Corps , & entre
dans tous fes befoins. Il dirige par
fon exemple , auffi bien que par
fes Ordonnances. Il punit fans
paſſion , & recompenfe fans prévention.
Il adoucit la rigueur des
Saifons; il repare lafterilité des
Nij
148 MERCURE
Campagnes ; & fe donnant tout
entier aufervice du Roy, an
bien du Public , il trouve Dien
dans tout ce qu'il fait , & n'en
peur eftre détourné par aucune
confidération. Il nefaut pas s'étonner
aprés cela , Meffieur Meffieurs , que
Paris foit le centre où toutes les
merveilles fe réuniffent. Mais
comme je nefuis pas icypour vous
fatiguer par mes difcours , j'abuferois
de l'honneur que je reçois
de votre préfence , fi je differois
davantage d'entrer en matiere.
Quoy que je n'aye rien à craindre
fur l'élection , préparation , &
mixtion des Medicamens, en me
GALANT. 149
conformant aux décifions de la
Faculté , je ne laiſſe pas d'avoir
befoin de vos complaisancesfur la
maniere de m'expliquer : & je
vous les demande avec d'autant
plus de confiance , que m'attachant
uniquement à ce qui regarde
ma Profeffion , j'efpere que mes
operations meriteront vos attentions,
fi mesparoles n'ont pas affez
de force pour vous engager.
M ' de Rouviere a eu tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit fouhaiter de fon travail
, & l'on voit plufieurs-
Approbations au bas de la
N iij ,
150 MERCURE
Thefe , dont je vous ay donné
lá Figure Emblematique.
La premiere eft fignée de M
Dieuxivoye , Doyen de la Faculté
de Paris ; de M' Pouret ,
ancien Profeffeur , & Medecin
Ordinaire de Monfieur ;
de M' Bonnet , Profeffeur &
Medecin Ordinaire de la Reyne
, de M de Sainction , Medecin
Ordinaire de Sa Majefté,
& de M ' Boudin , Docteur
en Medecine . M' Boudin,l'un
des premiers Apoticaires du
Roy , & premier Apoticaire
de la Reyne , ayant eu ordre
d'affifter à la compoſition de
GALANT. 151
ce Remede , y a auffi donné
fon Approbation , auſſi - bien
que M's Maillard , & de Colmes
, Apoticaires de la Maifon
Royale
.
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Résumé : Discours prononcé sur ce sujet, [titre d'après la table]
En mars 1685, M. de Rouvière a prononcé un discours devant les docteurs régents, le doyen, les professeurs de la Faculté de Médecine, ainsi que M. de La Reynie et le procureur du roi. Ce discours portait sur la composition de la thériaque, un remède célèbre en médecine depuis des siècles. La thériaque, initialement attribuée à Mithridate, roi du Pont, a été améliorée par Andromachus, qui y a ajouté des vipères. Les Romains admiraient ses propriétés, et elle a conservé sa réputation jusqu'au règne de Louis XIV. Sous les empereurs Néron, Marc Aurèle et Lucius Verus, Galien, un médecin célèbre, a été chargé de préparer la thériaque. Sa préparation a été cruciale pour lutter contre une peste qui a frappé Rome en 166. Après la mort de Marc Aurèle, la thériaque a été négligée, mais l'empereur Septime Sévère l'a rétablie, rendant à Galien les honneurs et les responsabilités qu'il méritait. Galien a continué à préparer la thériaque jusqu'à sa mort en l'an 200. Le discours met en avant l'importance de la thériaque à travers les époques et les nations. L'orateur exprime son désir de renouveler la préparation ancienne d'Andromachus en utilisant des médicaments authentiques. Il mentionne les efforts de Louis XIV pour obtenir des ingrédients rares et précieux, soulignant la grandeur et la générosité du roi. Le discours se conclut par des remerciements aux autorités médicales et royales pour leur approbation et leur soutien.
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3
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, COurt Neuve du palais, au Dauphin.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, [...]
Mots clefs :
Dissertations , Composition, Dialogues, Lettres, Sentiments, Volumes, Traités
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texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, COurt Neuve du palais, au Dauphin.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart, Court Newve
du Palais , au Dauphin .
R
Echerches curieufes d'Antiquité ,
contenues en plufieurs Differtations
, fur des Médailles , Bas-reliefs ,
Statues , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4 .
Heures en Vers , par feu Mr de Cor
neille, 30 f..
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
71.
: Lettres diverfes de M. le Chevalier
30 f.
30
f.
30
f
Nouveaux Dialogues des Morts
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. Indouze.
Morts. Indouzes.
Seconde Partie des Dialogues des
30f.
Jugement de Pluton fur les deux Par
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts ,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
30 f..
Deux
40 f
20 f.
30 f
10 f.
LeNapolitain,Nouv.Inlouze
Académie Galante, I. Partie,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fesamours
dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30.f. n.or,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
31.
in douze, 30 f.
L'Illuftre Génoiſe, in douze, 30 f
Le Serafkier, in douze, 30 f.ር
Fables Nouvelles en Vers, 20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30 f.
Relation Hiftorique de tout cequi s'eft
fait devant Génes par l'Arinée Navale
du Roy, 30 f..
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
30 f
is f.
15f.
Io f.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M. Gilly&Courdil . 20f.
Cent quarante- ciuq Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chreftienne
Victoire de Baviere.
LeVoyagedu Royen Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiffances
qui le font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Ducde Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement jufqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt
pallé au Carroufel qui s'eft fait à Vers
failles par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui reprefentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant- Court de Verfailles ; La
Comparſe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courfes;
L'Ordre de Bataille des deux Qua
drilles pour fortir de la Carriere. 45-
Traité de la Tranfpiration des hu--
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
fans le trifte fecours de la fréquente
aignée , Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , con
tiennent plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur lá
maniere dont chacun forme fon Ecri
ture. Des Devifes , Emblèmes , & Revers
de Médailles. De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture, De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans . , De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale.
Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diférentes efpeces . De ce qui contribuë
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de les effets . Du'fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire. Des effets
1
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires. Dela Chaffe.
Des Metéores, & de la Comete apparuë
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France. Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention, trespropre
à eſtre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte , l'un
& l'autre d'un ufage facilepour la communication
des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préſent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin. De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'Abregé
du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret.
De la Converſation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains. Du bon &
du mauvais ufage dela Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens.
On fera une bonne compoſition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt - cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux.
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart, Court Newve
du Palais , au Dauphin .
R
Echerches curieufes d'Antiquité ,
contenues en plufieurs Differtations
, fur des Médailles , Bas-reliefs ,
Statues , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4 .
Heures en Vers , par feu Mr de Cor
neille, 30 f..
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
71.
: Lettres diverfes de M. le Chevalier
30 f.
30
f.
30
f
Nouveaux Dialogues des Morts
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. Indouze.
Morts. Indouzes.
Seconde Partie des Dialogues des
30f.
Jugement de Pluton fur les deux Par
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts ,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
30 f..
Deux
40 f
20 f.
30 f
10 f.
LeNapolitain,Nouv.Inlouze
Académie Galante, I. Partie,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fesamours
dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30.f. n.or,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
31.
in douze, 30 f.
L'Illuftre Génoiſe, in douze, 30 f
Le Serafkier, in douze, 30 f.ር
Fables Nouvelles en Vers, 20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30 f.
Relation Hiftorique de tout cequi s'eft
fait devant Génes par l'Arinée Navale
du Roy, 30 f..
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
30 f
is f.
15f.
Io f.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M. Gilly&Courdil . 20f.
Cent quarante- ciuq Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chreftienne
Victoire de Baviere.
LeVoyagedu Royen Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiffances
qui le font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Ducde Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement jufqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt
pallé au Carroufel qui s'eft fait à Vers
failles par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui reprefentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant- Court de Verfailles ; La
Comparſe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courfes;
L'Ordre de Bataille des deux Qua
drilles pour fortir de la Carriere. 45-
Traité de la Tranfpiration des hu--
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
fans le trifte fecours de la fréquente
aignée , Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , con
tiennent plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur lá
maniere dont chacun forme fon Ecri
ture. Des Devifes , Emblèmes , & Revers
de Médailles. De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture, De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans . , De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale.
Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diférentes efpeces . De ce qui contribuë
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de les effets . Du'fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire. Des effets
1
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires. Dela Chaffe.
Des Metéores, & de la Comete apparuë
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France. Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention, trespropre
à eſtre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte , l'un
& l'autre d'un ufage facilepour la communication
des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préſent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin. De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'Abregé
du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret.
De la Converſation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains. Du bon &
du mauvais ufage dela Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens.
On fera une bonne compoſition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt - cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux.
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, COurt Neuve du palais, au Dauphin.
Le document est un catalogue de livres proposés par la venue Blageart, située au Court Neuve du Palais, au Dauphin. Il présente une large sélection d'ouvrages classés par thèmes et genres. Les catégories incluent des recherches sur l'antiquité, des recueils de poèmes, des lettres, des dialogues philosophiques, des histoires et des récits historiques, ainsi que des traités scientifiques et médicaux. Le catalogue comprend également des comédies, des fables, et des relations historiques détaillées sur divers événements, tels que des mariages royaux, des sièges militaires, et des cérémonies officielles. Les prix des ouvrages varient en fonction du format et du contenu, avec des offres spéciales pour les achats en gros. Les livraisons sont gratuites pour les particuliers et les libraires de province, ces derniers n'ayant à payer que le port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 136-138
AIR NOUVEAU.
Début :
Je vous envoye un Air nouveau de la composition de / Dans ces lieux révons à loisir, [...]
Mots clefs :
Composition, Berger, Génie
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texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je vousenvoyeun Air nouveau de la composition de
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
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Résumé : AIR NOUVEAU.
Monsieur Martin compose un nouvel air dont les vers sont écrits par Mademoiselle des Houlières. La chanson évoque un lieu propice aux rêves et regrette l'indifférence d'un berger aimé. Martin a publié des airs sérieux et bacchiques, ainsi que des impromptus pour violons et flûtes, disponibles chez le sieur Guerout.
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5
p. 3-62
Dissertation sur la Musique Italienne & Françoise.
Début :
C'est apparemment, Monsieur, pour m'éprouver & nous connoître ce que [...]
Mots clefs :
Musique italienne, Harmonie, Chant, Paroles, Musique française, Expression, Goût naturel, Composition, Ornementation, Genres musicaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertation sur la Musique Italienne & Françoise.
Dissertationsur la Musique
Italienne &Françoise.
,P,ar M. de L. T. ) - -E1 S\.- ,T apparemment,
Monsieur,
pourm'éprouver
& DOUÇ connoître ce que
je puissçavoir en musique,
que
vous me demandez
mon sentiment
sur le goût Italien qui yregneapresent plus
quejamais. Il n'y a personnequipuisse
decider
avec plus de justesse sur
cet a t que vous,qui le
possedez parfaitement,
& quijoignez au beau
naturel une science profonde
dans l'harmonie.
Je vous obeïs donc. Ce
ne fera point comme
Musicien prevenu en saveurde
l'uneoude l'autre
que je vous dirai
mon sentiment ; je parlerai
suivant le goût naturel
qui m'est échû en
naissant pour cette fcience
, & qui doit peu de
choses à l'art: & laissant
là les termes dont les
Musiciens font obligez
de charger leurs traitez
demusîque, & qui loin
d'instruire ne fervent
souvent qu'à embroüil1er
les idées deslesteurs
]c-râcheraydemerendre
sensîble à ceux qui me
liront, en fortequ'ils me
pourront comprend re
sans scavoirlamusique.
J'essayerai donc de vous
faire une peinture de l'une
Sede^ l'autre,ainsi
qu'elles m'ont frapéaprés
les avoir pratiquées
toutes le^sdeùx^.b
n IL y a presentement
icideux partis formez
dans làMusique : Tun
admirateur outré de la
Musique Italienne, proscrit
absolument la Musique
Françoise, comme
fade & sans goût;l'autre,
fidele au goût de sa patrie,
ne peut souffrir sans
indignation que l'on méprise
le bon goût François
, & traite la Muse
Italienne de bizarre &
de capricieuse. Il y a à
tout cela un milieu plus
raisonnable, qui est de
rendre justice à l'une & à
J'ay^re., & delesprendre
cthaecunre deans.leur carac-
-v^ll faudroic être dépourvu
de goût & de
conoissance,pournepas
avoüer que la bonne Musique
Italienne renferme
en general ce qu'il y a de
plussçavant & deplus
recherché dans cet art;
que nous lui devons une
grande partie des agrémensde
lanôtre;que les
Italiens font nos maîtres
pour les Cãcates &: pour
les Sonnattes. J'admire
dans ces picces les desfeins
nouveaux de leurs
figures,si bien imaginez
& si heureusement conduits,
la vivacitépetillantede
leurs imitations
redoublées,lavariétéde
leurs chants, la diversité
de leurs tons & de leurs
modes si bien enchaînez
les uns aux autres, leur
harmonie recherchée S£
sçavante: mais si nous
leur cedons lascience &I
l'invention, ne doiventils
pas nous ceder le bon
goût naturel dont nous
sommes en possession,&
l'execution tendre & noble
où nous excellons?les
enrichissement que nous
y avonsajoutez de nôtre
propre fond ne doiventils
pas prévaloir? & ne
sommes-nous pas de ces
écoliers qui ayant bien
profité des leçons denos
maîtres, sommes à la fin
devenus plus sçavans
qu'eux? Ne pourroit-on
pas dire, sansossenser les
sectateurs de laMusique
Italienne, que leurs ornemenstropfrequens
&
déplacez en étouffent
l'expression,qu'ils ne caracterisent
point assez
leurs ouvrages? semblables
en cela à cette arc hitecture
gothique, qui
trop chargéed'ornemens
en est obscurcie
,
& où
l'oni~ démêle plus le
corpsde louvrage.,Que
laMusique Italienne ressemble
encorea une coquette
aimable pleine de
rouge & de mouches
y toujours vive, toujours
le pied en l'air, qui chercheàbriller
partout sans
raison & sans sçavoir
pourquoy, toujours emportée
dans quelques sujets
qu'elle traite;que l'amour
tendre y danse le
plussouvent la gavotte
ou la gigue. Ne diroiton
pas que le serieuxdevient
comique entre ses
mains, &qu'elle est plus
propre auxarietes St aux
chansonnettes qu'à traiter
de grands sujets? fem- - blableen celaàces Comédiens
quin'ayant que
du talent pour le ÇOOIH
que, reüssissentfort mal
,t>-
&tournentletragiqueenridicule
quànçl
ils veulent s'erî mêler.
Il faut avoüer que la
majestéde le Musique
Françoisetraiteles sujets
heroïques avec plus de
noblesse, & convient
bien mieux au cothurne
DanslaMusiqueItalienne
tout y paroît uniforme,
la joye, la colere,
la douleurl'amourheureuxv
bb t ou quiespere:tout y semblepeintaveclesmêmes
traits&dumêmecaractere,
c'estunegiguecontinuelle,
toujours petit
ki\tfcy LreujoLWs bondisante
; la voix commence
eule, l'instrument repee
ce chant en écho. Ce
esseinsouvent d'un chat
bizarrese promene noneulement
sur toutes les
cordes du mode,mais en-
:orc sur toutes lesétrangeres
où ils peuvents'accrocher
bien ou mal, telement
queleurs pieces
roulent sur tous les tons,
& changent de mode à
chaque instant, en forte
que l'on nesçauroitdire
à la fin duquel ils font.
Après avoir fait cette
longue promenade, où
l'on repete vingt fois le
même changeant la voix
que l'instrument, il faut
encore retourner da cfr
po. Ce passage est quelquefois
très-rude à l'oreille,
étant souvent de
deux cordes, voisines:
mais il arrive souvent
quel'on passe outre,pour
éviter à prolixité&pour
eix/iiminuCerl'e'nenusi.t
C'est un grand défaut
dans tous les ouvrages
d'espit, 8C principalement,
en musique, de ne
pouvoir finir: il faut sçavoir
se modérer. Un bon
ouvrage perd la moitié
de son merite quand il
est trop diffus.
-
Nous avons peine encoreànous
accoutumer
aux intervales bizarres
des chants de leurs recits
qui passent quelquefois
l'étenduëde l'odave»éc
que les. plus habiles ont
peine àentonner juste;les
tenuessurtout,yimpatientent
l'audireur,pour
estredéplacées. Ces tenuës,
qlle nous neiaifons
&i qui ne conviennent
gueres que surles mots
de repos &quelques autees,
sy font indifferemmenusurtouslesmots
qui finissent par des
voyelles. Je ne dispas
qu'il; n'y ait beaucoup
d'art à faire badiner un
violon & une baffe Sous
une de ceslongues tenues
: mais quel rapport
a la liberté avec ce son
qui dure un quart-d'heure
?où cft le goût & l'expression
de tout cela? Il
arrive même souvét que
la Musique Italienne exprime
toute autre chofc
que ceque les paroles
signifient ; j'entens un
prelude vif & emporté.
Je crois que quelque amant
rebuté des rigueurs
de sa belleva se livrer au
dépit &chanter poüiller
à l'amour, pointdu tout.
C'est un amant tendre
qui vante le prix de sa
cpn stance, qui appelle
l'esperance à son secours,
ou qui fait une declaration
à sa bien-aimée.les
„J Passe encore à ceux
qui travaillent pour le
violon, de se livrer tout
entiers dans leurs Sonnatesau
feu de leurimagination,
&de promenet
leurs fugues &leurs
imitations par tous les
modes, eux qui ne font
point gamez par l'expression
des paroles,
qui doit faire la regle
des compositeurs. Nous
sommes redevables à Fttaliede
ces fortes de pieces;
les Corelli,lesAlbinoni,
les Miquels, ÔC
plusieurs autres ont produit
dans ce caractere
despieces qui feront immortelles,
& où peu de
gens peuvent atteindre.
Cependant mille autres
veulent les imiter. J'ai
vû deces pieces d'un
chant si bizarre&d'une
composition si extraordinaire,
qu'on auroit dit
qu'on eustjetté au hazard
des pâtezd'encre
sur du papier reglé, qu'
on y eust ensuite ajouté
des queuës & divisé par
mcfures.
La musique de leurs
Cantates paroît plutôt
convenir aux concerts
de chambrequ'à nos spectacles;
leurs Sonnates
à deux partiesnedoivent
êtrejoüéesqu'à violon
seul ,qui frise & qui
pretintaille autant qu'il
luyplaît, &deviendroient
trèsconfu ses si
la même partie étoit executéeparplusieurs
instrumens
-,
qui feroient
des diminutions differentes,
8k ainsi doit être
bannie d'une grande orchestre.
L'on n'entend en gêneral
dans la musique
qu'une basse continuë
toujours doublée, qui
souvent est une espece
de batterie d'accord,&
un harpegnement qui
jette de la poudre aux
yeux de ceux qui ne s'y
connoissent pas, & qui
reduites au simple reviendroient
aux nôtres.
CesB. C. ne font bonnes
qu'à faire briller la
vîtesse de la main de
ceux
ceux qui accompagnentou
du clavecin ou de la viole;
encore pour rencherir sur
ces; basses déjà trop doublées
d'elles-mêmes,ils les
doublent encore, & c'est
ce quidoublera le plus, de
sorte qu'on n'entend plus
le sujet, quiparoît trop nud
auprès de ce grandbrillant,
& demeureenseveli fous un
cahos de fons tricotez ôc
petillans, qui passant trop
legerement, ne peuvent
faire d'harmonie contre le
sujet.Ilfaudrait donc que
des deuxinstrumens il y
en eût un qui jouât le simple
de la baffe, & l'autre le
double ; ces B. C. passeroient
plûtôt pour des pieces
de viole que. pour un
accompagnement, qui doit
être soûmis au sujet & ne
point, prévaloir. Il faut que
la voix domine & attire la
principale atttention. Tout
le contrairearrive ici, l'on
n'entend que la B. C. qui
petille roûjours, la voix en
est étouffée. Ille trouve un
inconvenient dans les bassesen
batteries &doublées
sur le champ;c'estqu'il est
,
difficile qu'un clavecin,une
viole&une theorbe se puissent
rencontrer juste dans
la même maniere de doubler
; l'un prend un tour &
l'aurre un autre: ce qui
cause une cacophonie extraordinaire.
Un compositeur
ne reconnoît point au
milieu de tout cela son pauvre
ouvrage tout défiguré,
& se contente d'admirer la
vîtesse de la main de ceux
qui l'executent. Voila cependantle
goût de l'executionde
la Musique Italienne.
iCe
nétoit point celui de
Lully,sectateur du beau ôc
du vrai
,
qui auroit banni
de son orchestre un violon
qui eût gâté son harmonie
par quelque diminution ôc
quelque miaulement mal placé.
Ne peut-on pas s'assujettir
àjoüer la musique
comme elle est? est-ce le
goût Italien de faire de faux
accords à tout bout de
champ? J'ai vû des Musiciens
si amoureux des vîtesses
& de ces basses figu.
rées, qu'ils ne pouvoient
souffrir les adagio, c'est à
dire les endroits de recitatifs
lents, ëc. passoient ces
morceaux comme ennuyeux.
C'est cependant
dans ces endroits oùl'harmonie
peut se faire mieux
sentir que dans ces vivacitez,
où, comme je viens de
dire, la baffe passant trop
legerement, & ne faisant
que friser le dessus,ne peut
faire d'harmonie.
Mais si cette musique figurée
convient aux paroles
Italiennes & Latines, pourquoy
y veut-on assujettir la
Langue Françoise ?Un Italien
se gouverne-t-ilcomme
un François? Leurs
goûts, leurs habits, leurs
moeurs, leurs manieres leurs plaisirs , ne sont-ils pas
differens ? Pourquoy ne
veut,on pas qu'ils le soient
aussi dans leurs chants?Un
Italien chante-t-il comme
le François?Pourquoy veuton
que le François chante
comme l'Italien? Chaque
pays, chaque guise, il faut
que chacun demeure chez
soy. Pourquoy veut-on ha- 1* ~ndo tris Rome more tu vivito Roma; 10- nido tris alibi, vivito sientibi.
biller la Mufe Françoise en
masque
, & la rendre extravagante,
elle dont la
langue est si sage & si naïve,
& ne peut souffrir la
moindre violence, est en-
-
nemie des fréquentes repetitions,
de ces grands roulemens,
de ces longues tenuës
que l'on supporte dans
la Musique Italienne ou
Latine ?
On peut ici comparer la
Musique Françoise à une
belle
femme
dont la beauté
simple naturelle & sans art,
attire les coeurs de tous ceux
qui la regardent, quin'a
qu'à se montrer pour plaire,
sans craindre d'être défaite
par les minauderies affectées
d'une coquette outrée- v
qui cherche à mettre les
gens-dans son parti à quelque
prix que ce soit, à qui
nous avons comparé la
Musique Italienne. .j! u* Je pourrois encore ici,
rapporter l'autorité du beau
sexe, auprés de qui la Muse
Italienne a peine à trouver
grâce, quis'ennuye
d'un quart-d'heurede fonnates
, & qui aime mieux
entendre chanter Sangaride
ce jour,& jouer les songes
agreables, que toutes les
batteries & les harpegnemens
d'un violon touché
sçavamment auquel elles
ne connoissent rien, & ne
sentent rien qui les attire:
on a beau lui dire que cela
est sçavant,beau, sublime,
que c'est un tel auteur Italien
qui les à faits, cela est
fort beau,disent les Dames,
mais - nous n'en voulons
plus, ce font pourtant elles
qui decident du mérite 6c
du dessin des ouvrages, ôc
a qui. nous devons chercher
à plaire, & sur-tout
dans cet art qui semble être,
fait pour elles. Ilfautcependantavouer
que quelques-uns de nos
habilesMaîtres ont trouvé
le secret d'allier fort sçavamment
le goût naturel
du François avec le brillant
&.le sçavant de l'Italien,
dans des cantates qui font
entre les mains de tout le
monde, & qui font des
chef-d'oeuvres en cette espece,&
pour la Musique-
& pourlaPoësie, qu'il leur
suffise donc d'avoir montré
aux Italiens que les François
pouvoient porter aussi loin
qu'eux le génie&;le sçavoir
tant dans les cantates
que dans les sonnates:mais
pour cela le bon goût simple
& naturel du François
doit-il être méprisé, quand
les Italiens pour le perfectionnercommencent
euxmêmes
à l'imiter?
Ces sortes d'ouvrages en
ont produit une infinité
d'autres ,les cantates & les
sonnates naissent ici fous
les pas, un Musicienn'arrive
plus que la sonnate ou
la cantate en poche, il n'y
en a point qui neveuillefaire
son livre, être buriné, &
ne pretende faire assaut
contre les Italiens, & leur
damer le pion, à peinele
Poëte y peut-il suffire;il y
a même telles paroles qui
ont souffertplus d'une fois
Ja torture, de la Musique
Italienne, enfin les cantates
nous étouffent ici: j'en ai
entendu qui duroient une
heure, montre sur la table,
ensorte qu'on étoit obligé
de demander quartier, ou
de quitter la place.Qu'est
donc devenu le bon goût t
faudra-t-il qu'il expire ainsi
sous le fatras de toutes ces
cantates? que diroient les
Lambert, les Boësset, les
le Camus, les Babtistes,s'ils
revenoient au monde, de
voir le chant françois si
changé, si avili & si défiguré?
Je suis persuadé que
nos illustres Maistres ont
trop de goût & trop de
science pour l'abandonner
comme il paroist par leurs
propres ouvrages, dont les
endroits les plus gracieux,
& qui plaisent le plus, font
traitez dans le goust fran- * çois, où ils ont sçû mélanger
le bon des Italiens,'
&en ont laissé là le mauvais
, qu'ils rendent justice
au héros & au Ciceron de
la Musique francoise, je
veux dire à Lully *,qu'ils
admirent la grandeur ôc
l'élevation de son genie
au milieude cette naïve
simplicitédépourvûë de
tous ornemens étrangers,
& qui semble devoir tomber
fous les sens de tout Ic
'*l\ogtitLully.
monde. A-t-il voulu peindre
l'amour rendre, quel
coeur ne s'attendrit-il pas,
quel chant, quel naturel,
quelle harmonie dans ses
duo? ne devineroit-on pas
les paroles de ses recits à
en entendre feulement les
chants? ôc n'est-ce pas une
veritable declamation que
son récitatif? A-t-il voulu
exprimer la douleur, les
rochers ne gemissent-ils pas
avec lui? a-t-il voulu peindre
la fureur, lavengeance
,quel coeur ne ressent
pas de secrets fremissemens
? quel feu & quelle
vivacité dans ses airs de vid
Ion, quand il a voulu exprimer
la vitesse dessougueux
aquilons ou des
transports des furies? Si la
joye s'empare de la scene,
tous les peuples, tous les
bergers fautent & dansent
au
son
de ses musettes;l'horreur
& l'effroy s'empare de
nôtreame,s'il veut faire
quelque enchantement ou
evoquer les manes des enfers
; quelle tranquilitéassoupissante
nese répand
pas dans l'ame s'il veut endormir
dormir ou calmer ses heros
agitez ? s'il fait sonner la
trompette l'humeur martialle
ne saisit-elle pas ses
auditeurs, & n'est-on pas
prêt de courir aux armes
& de monter à l'assaut?s'il
veut préparer ou annoncer
quelque oracle,quelle gravité
ou quelle noblesse dans
ses fimphonies ? on diroit
que comme un scavant
Peintre il a scû avec ses
fons peindre pour ainsidire
les mouvemens de toutes
les passions du coeur de
l'homme. A t, il eu recours
pour. cela à tous ces faux
brillans & les ornemens deplacez
de la Musique Italienne
? rien n'est il plus
simple & plus naturel que
sa composition qui est à la
portée de tout le monde, &
en même temps riens desi
élevé, de si noble, & de si
spirituelle pour l'expres.
fion ? Quoy qu'il soit fort
scavant, le goût seul & le ,
genie semblent avoir été
ses guides, lk capable de
préscrire des regles nouvelles
àceux qui les suivroient
il semble quelquefois
avoir negligé les anciennes
, & s'être mis audessus
d'elles. Il faut avouer
aussiquec'est ce qui fait la
meilleure partie du Musicien
que le génie,c'est lui
qui fait aussi les Peintres
& les Poëtes ; car on peut
dire queces trois sciences
se donnent la main,&
peuventpasser pour trois
soeurs:onvoit peu de Peintresqui
nesoientaussi uti
peu ., Musiciens, &.;; qui
n'ayent du goût pour ces
deuxarts; la Musique n'est
elle pas une poësie &une
peinture sonore & harmonieufe?
la peinture & la poësie
ne sont-elles pas conu
posées d'une aimable harmonie
, d'un mélange &
d'un contraste de couleurs,
& de pensées melodieusement
enchaînées? J.
?'J
Il nesuffit doncpas seulement
de régles dans les
arts; il faut être encore inspiré&
animé dece beau
feu quelamaigrenedonne
pasà tout le monde,&qui
àfaitles Titiens & les Lebrun,
lesCorneilles & les
Racines, lesCarissimi &
les Babtistes, & tant d'autres.
Il faut dans ces arts
sçavoir inventer bercer,
outre qu'il faut qu'un CQm-,
positeur possede parfaitement
la langue dans laquelle
il travaille, connoisse
les syllabes rudes surlesquelles
il faut passer legerement
, & celles qui sont
harmonieuses & amies du
chant.Il seroit même àsouhaiter
que le Musicien fût
aussiPoëte pour ajusterles
paroles à on chant,&que
tour, l'ouvrage coulât, de source.
Ce n'est point assez de
sçavoir préparer ou sauver
des dissonances; il faut encore
sçavoir les placer à
propos ou elles conviennent
pour l'expression, les
mettre dans leur jour pour
qu'elles fassent leur effet,
ôc qu'elles fervent comme
d'ombres au tableau, en
faisant valoir les consonances
par opposition, n'en pas
diminuer la force par le.
trop frequent usage, comme
font les Italiens, dont
la musique trop rempliede
dissonances revolte quelquefois
les oreilles: mais
se garder de tomber dans
la monotomie
,
qui est le
vice contraire, & que les
Italiens pourroient plûtôt
nous reprocher.
Les réglés de l'harmonie
ne montrent pas àfaire un
beau chant, qui en est l'ame,
à imaginer un dessein,
à bien rendre l'expression
des paroles, à sçavoir placer
les cadences aux sens
finis, comme les points &
les virgules dans le discours;
à sçavoir changer de
mode quand les paroles
changent decaractere &
de sentiment. Un bon Matematicien
possède à fonds
les regles de la composition&
est un fort mauvais
compositeur. J'ai composé
jadis sans regle & sans science
; & ayantacquis depuis
quelques connoissances,j'ai
revu mes premiers ouvrages,
& j'ai trouve quej'aurois
peine à mieux faire
avec des regles. Il y en a
cependant d'essentielles,&
dont la connoissance est necessaire
: mais lesveritables
ôc lesmeilleures sont celles
que
que le goût &l'oreille vous
inspire. Vous trouvez dans
ces regles beaucoup de con- traditions, & les Italiens
n'en paroissent pas de fort
rigides observateurs : elles
ne font la plûpart fondées
que sur le caprice. J'ai vû
quelques-uns de ces traitez
de musique, & quoique
fort profonds & sçavans,
je n'ensuis pas devenu plus
habile en les lisant
; au contraire
j'en fuis forci plus embarassé.
Ils vous apprennent
bien ce qu'il faut éviter,
qui sont desinconveniens.
où l'oreille feule
nous défend de tomber
mais ils ne nous instruisent
point comment il faut s'y
prendre pour faire une
compoficion gracieuse &
de bon goût C'est donc le
genie naturel seul qui fait
le Musicien.
Si l'on reproche à Lully
d'avoir employé rarement
les tons transposez, ce n'est
pas qu'ilen ignorât l'usage:
mais c'est qu'il s'accommodoit
aux
lujets qu'il avoir
& au goût du temps;qu'il
sentoit qu'un chant n'en
étoit pasplus beau pour être
transposé d'un demi ton
plus haut ou plus bas; &
qu'une musique difficile ou
recherchée, quoique belle,
ne laisse pas que d'avoir un
défaut, qui est que rarement
elle est bien executée,
parce que le nombre
des sçavans est rare, & ainsi
rejettée; au lieu qu'une
bonne musique en est encore
meilleure quand elle
est facile, puis qu'elle est
susceptible d'une meilleure
execution, qui est l'ame de
lamusique; qu'elle invite
d'elle-même à être chantées
quelle est plus de commerce
dans le monde
, étant
plus à laportée des honnêtes
gens qui l'executent ce
qui doit être son but& sa
recompense
; au lieu que
la musique difficile effarouche
& dégoûte
,
ôc n'est
bonne que pour les Musiciens
de profession.
Peut-être auroit-ilsuivi
une autre route ,
maintenant
que tous les Musiciens
sont autant d'illustres compofiteurs
,
& que tousles
écoliers sont autantde maîtres.
:.;.
Cependant ceux qui sont
aujourd'hui entêtez de la
MusiqueItalienne ne peuvent
souffrir la Musique
Françoise, & la regardent
comme une musique fade
,&; sans goût: les Opera anciens
les endorment, ils n'y
sentent rien qui les rappelle,
ils n'y trouvent que des
tons naturels, des mouvemens
faciles;ils veulent
quela clefsoit surchargée
de dieses ou de b mois;que
la B. C.soit brodée & remplie
de tous les chiffres d'arithmetique;
qu'on invente
pour eux des tons transposez,&,
nouveaux ,&,,des
mouvemens extraordinaires;
que la baffe herissée
d'harpegnemes &d'acords
coure toûjours la poste ;enfin
ne trouvent pas une musique
bonne qu'elle ne soit
difficile. A peine peuventils
se resoudre à la regarder
quand il n'y a quedes blanches
ou des noires,& des
mouvemensà2 &a3temps,
cw.o» mme si toutes les mesu-
'"-- .t t »
,
res Italiennes ne revenoient
pas à ces deux mesures. Ne
va-t-on pas reduire la mesure
à deux temps à celle de
quatre, en renfermant deux
mesures en uneseule? Le 4
pour 8 nerevient-il pas à
nos deux temps legers? ôc
les mesures de 6 pour 8,
de 3 pour 8 & de 12 pour
8 ne reviennent-elles pas
toutes à la mesure de trois
temps, battuë plus ou moins
vîte, quoy qu'elles se battent
a 2 & à 4 temps,dont
chaque temps renferme
une de nos mesures à trois
temps?Ce n'est donc qu'une
maniere differente de
s'exprimer, qui est bonne
en soy <3e donne le caractere
de la piece pour la lenteur
ou la legereté, & a plus
defacilité pour être battuë;
carcommeil n'y a en general
que 2. modes differens,
le mineur & le majeur,ilny
a aussi en general que 2.mesures
,
celle à 2. temps ôc
celle à
3. Envainvoudroiton
en imaginer d'autres. Il
seroit aisé, pour contenter
ceux qui, aimentle ragoût
sduesrteosnesxttrraanosrpdoinsaezir,else&s mlees^
basses doublées, de transposer
un de nos Operaun
demi-ton plus bas ou plus
haut, doubler leurs basses
continuës ';& en reduire les
mesures à la maniere Italienne.
- Ils deviendroient
alors deplus difficile execution
,
mais perdroient la
moitié de leur beauté.Un
compositeur n'est-il pas
bien glorieux d'avoir fait
une piecesitransposée,pleine
de si & de mi b quatre,
& d'une si grande vîtesse,
que personnenesçauroit y
mordre,qu'il déchiffre à
peine lui-même. Voila une
piece, dit-il, que je défie à ,
tous les violonsd'execucer
y & à tous les clavecins d'en
trouver les accords sur le
champ; gardez -la donc
pour vous, mon ami: ces
forces de pieces ne font bonnes
qu'à renfermer dansle
cabinet pour la rareté, &
pour montrer qu on en peut
faire
: mais ne peuvent être
d'aucun usage que parmi
- les maîtres de l'art.
Les chants en deviennent-
ils plus beaux & plus
harmonieux pour être sur
des tons transposez ? l'harmonie
en est-elle meillcure
? Au contraire, on peut
dire qu'elleest forcée, que
ces tons ont peu de justesse
sur les instrumens
,
& princi
palement sur le clavecin,
où les seintes devroient être
coupées pour y donner le
veritable temperament;
car quelle apparence qu'une
touche serve de b mol &
deb quarre dans l'autre,
sans perdre de sa justesse?
l'asse encore sur les autres
instrumens comme sur le
violon, où avançant plus
ou moins le doigt sur la
corde,on peutmodifierces
sortes de demi-tons & les
rendre plus justes. J'ai entendu
un de nos illustres
preluder sur son violon, de
quelque maniere qu'ilfût
accordé, &ne suivre, pour
tirerses sons,d'autre regle
que son oreille, & non celle
du manche qui se trouvoit
alors dérangé.
Enfin de ces deux partis
differens il en resulte un
troisiéme plus raisonnable,
& moins entêté que ces
deuxautres, qui est celui
des gens sages & des gens
de goût, qui ne se laissant
point prévenir ni pour l'un
ni pour l'autre, vrais amateurs
de la musique, goûtent
l'une & l'autre composition,
quandelle est bonne
& bien executée,& sans
donner dansle goût pedant
&sçavant, ne vont point
épiloguer sur deux octaves
de [ujrc, sur une septiéme
ou une neuviéme bien ou
mal preparéeou sauvée;ne
méprisent point une musque
,parce qu'elle est trop
aisée, ou parce qu'elle est :
trop difficile
} ne la condamnent
point commepillée,
parce qu'il y aura quelques
bouts de chant que
ressembleront
: mais rendent
justice à la Musique
Françoise dans son caractere
& à la Musique Italienne
dans le sien, & conviennent
que l'on pourroit
faire ungenre de musique
parfait, si l'on pouvoit joindre
le goût sçavant & ingenieux
de l'Italien au bon
goût naturel Ôc simple du
François: mais cependant
qu'un Italien doit chanter
en Italien,&leFrançois
enFrançois. Je suis,&c.
Italienne &Françoise.
,P,ar M. de L. T. ) - -E1 S\.- ,T apparemment,
Monsieur,
pourm'éprouver
& DOUÇ connoître ce que
je puissçavoir en musique,
que
vous me demandez
mon sentiment
sur le goût Italien qui yregneapresent plus
quejamais. Il n'y a personnequipuisse
decider
avec plus de justesse sur
cet a t que vous,qui le
possedez parfaitement,
& quijoignez au beau
naturel une science profonde
dans l'harmonie.
Je vous obeïs donc. Ce
ne fera point comme
Musicien prevenu en saveurde
l'uneoude l'autre
que je vous dirai
mon sentiment ; je parlerai
suivant le goût naturel
qui m'est échû en
naissant pour cette fcience
, & qui doit peu de
choses à l'art: & laissant
là les termes dont les
Musiciens font obligez
de charger leurs traitez
demusîque, & qui loin
d'instruire ne fervent
souvent qu'à embroüil1er
les idées deslesteurs
]c-râcheraydemerendre
sensîble à ceux qui me
liront, en fortequ'ils me
pourront comprend re
sans scavoirlamusique.
J'essayerai donc de vous
faire une peinture de l'une
Sede^ l'autre,ainsi
qu'elles m'ont frapéaprés
les avoir pratiquées
toutes le^sdeùx^.b
n IL y a presentement
icideux partis formez
dans làMusique : Tun
admirateur outré de la
Musique Italienne, proscrit
absolument la Musique
Françoise, comme
fade & sans goût;l'autre,
fidele au goût de sa patrie,
ne peut souffrir sans
indignation que l'on méprise
le bon goût François
, & traite la Muse
Italienne de bizarre &
de capricieuse. Il y a à
tout cela un milieu plus
raisonnable, qui est de
rendre justice à l'une & à
J'ay^re., & delesprendre
cthaecunre deans.leur carac-
-v^ll faudroic être dépourvu
de goût & de
conoissance,pournepas
avoüer que la bonne Musique
Italienne renferme
en general ce qu'il y a de
plussçavant & deplus
recherché dans cet art;
que nous lui devons une
grande partie des agrémensde
lanôtre;que les
Italiens font nos maîtres
pour les Cãcates &: pour
les Sonnattes. J'admire
dans ces picces les desfeins
nouveaux de leurs
figures,si bien imaginez
& si heureusement conduits,
la vivacitépetillantede
leurs imitations
redoublées,lavariétéde
leurs chants, la diversité
de leurs tons & de leurs
modes si bien enchaînez
les uns aux autres, leur
harmonie recherchée S£
sçavante: mais si nous
leur cedons lascience &I
l'invention, ne doiventils
pas nous ceder le bon
goût naturel dont nous
sommes en possession,&
l'execution tendre & noble
où nous excellons?les
enrichissement que nous
y avonsajoutez de nôtre
propre fond ne doiventils
pas prévaloir? & ne
sommes-nous pas de ces
écoliers qui ayant bien
profité des leçons denos
maîtres, sommes à la fin
devenus plus sçavans
qu'eux? Ne pourroit-on
pas dire, sansossenser les
sectateurs de laMusique
Italienne, que leurs ornemenstropfrequens
&
déplacez en étouffent
l'expression,qu'ils ne caracterisent
point assez
leurs ouvrages? semblables
en cela à cette arc hitecture
gothique, qui
trop chargéed'ornemens
en est obscurcie
,
& où
l'oni~ démêle plus le
corpsde louvrage.,Que
laMusique Italienne ressemble
encorea une coquette
aimable pleine de
rouge & de mouches
y toujours vive, toujours
le pied en l'air, qui chercheàbriller
partout sans
raison & sans sçavoir
pourquoy, toujours emportée
dans quelques sujets
qu'elle traite;que l'amour
tendre y danse le
plussouvent la gavotte
ou la gigue. Ne diroiton
pas que le serieuxdevient
comique entre ses
mains, &qu'elle est plus
propre auxarietes St aux
chansonnettes qu'à traiter
de grands sujets? fem- - blableen celaàces Comédiens
quin'ayant que
du talent pour le ÇOOIH
que, reüssissentfort mal
,t>-
&tournentletragiqueenridicule
quànçl
ils veulent s'erî mêler.
Il faut avoüer que la
majestéde le Musique
Françoisetraiteles sujets
heroïques avec plus de
noblesse, & convient
bien mieux au cothurne
DanslaMusiqueItalienne
tout y paroît uniforme,
la joye, la colere,
la douleurl'amourheureuxv
bb t ou quiespere:tout y semblepeintaveclesmêmes
traits&dumêmecaractere,
c'estunegiguecontinuelle,
toujours petit
ki\tfcy LreujoLWs bondisante
; la voix commence
eule, l'instrument repee
ce chant en écho. Ce
esseinsouvent d'un chat
bizarrese promene noneulement
sur toutes les
cordes du mode,mais en-
:orc sur toutes lesétrangeres
où ils peuvents'accrocher
bien ou mal, telement
queleurs pieces
roulent sur tous les tons,
& changent de mode à
chaque instant, en forte
que l'on nesçauroitdire
à la fin duquel ils font.
Après avoir fait cette
longue promenade, où
l'on repete vingt fois le
même changeant la voix
que l'instrument, il faut
encore retourner da cfr
po. Ce passage est quelquefois
très-rude à l'oreille,
étant souvent de
deux cordes, voisines:
mais il arrive souvent
quel'on passe outre,pour
éviter à prolixité&pour
eix/iiminuCerl'e'nenusi.t
C'est un grand défaut
dans tous les ouvrages
d'espit, 8C principalement,
en musique, de ne
pouvoir finir: il faut sçavoir
se modérer. Un bon
ouvrage perd la moitié
de son merite quand il
est trop diffus.
-
Nous avons peine encoreànous
accoutumer
aux intervales bizarres
des chants de leurs recits
qui passent quelquefois
l'étenduëde l'odave»éc
que les. plus habiles ont
peine àentonner juste;les
tenuessurtout,yimpatientent
l'audireur,pour
estredéplacées. Ces tenuës,
qlle nous neiaifons
&i qui ne conviennent
gueres que surles mots
de repos &quelques autees,
sy font indifferemmenusurtouslesmots
qui finissent par des
voyelles. Je ne dispas
qu'il; n'y ait beaucoup
d'art à faire badiner un
violon & une baffe Sous
une de ceslongues tenues
: mais quel rapport
a la liberté avec ce son
qui dure un quart-d'heure
?où cft le goût & l'expression
de tout cela? Il
arrive même souvét que
la Musique Italienne exprime
toute autre chofc
que ceque les paroles
signifient ; j'entens un
prelude vif & emporté.
Je crois que quelque amant
rebuté des rigueurs
de sa belleva se livrer au
dépit &chanter poüiller
à l'amour, pointdu tout.
C'est un amant tendre
qui vante le prix de sa
cpn stance, qui appelle
l'esperance à son secours,
ou qui fait une declaration
à sa bien-aimée.les
„J Passe encore à ceux
qui travaillent pour le
violon, de se livrer tout
entiers dans leurs Sonnatesau
feu de leurimagination,
&de promenet
leurs fugues &leurs
imitations par tous les
modes, eux qui ne font
point gamez par l'expression
des paroles,
qui doit faire la regle
des compositeurs. Nous
sommes redevables à Fttaliede
ces fortes de pieces;
les Corelli,lesAlbinoni,
les Miquels, ÔC
plusieurs autres ont produit
dans ce caractere
despieces qui feront immortelles,
& où peu de
gens peuvent atteindre.
Cependant mille autres
veulent les imiter. J'ai
vû deces pieces d'un
chant si bizarre&d'une
composition si extraordinaire,
qu'on auroit dit
qu'on eustjetté au hazard
des pâtezd'encre
sur du papier reglé, qu'
on y eust ensuite ajouté
des queuës & divisé par
mcfures.
La musique de leurs
Cantates paroît plutôt
convenir aux concerts
de chambrequ'à nos spectacles;
leurs Sonnates
à deux partiesnedoivent
êtrejoüéesqu'à violon
seul ,qui frise & qui
pretintaille autant qu'il
luyplaît, &deviendroient
trèsconfu ses si
la même partie étoit executéeparplusieurs
instrumens
-,
qui feroient
des diminutions differentes,
8k ainsi doit être
bannie d'une grande orchestre.
L'on n'entend en gêneral
dans la musique
qu'une basse continuë
toujours doublée, qui
souvent est une espece
de batterie d'accord,&
un harpegnement qui
jette de la poudre aux
yeux de ceux qui ne s'y
connoissent pas, & qui
reduites au simple reviendroient
aux nôtres.
CesB. C. ne font bonnes
qu'à faire briller la
vîtesse de la main de
ceux
ceux qui accompagnentou
du clavecin ou de la viole;
encore pour rencherir sur
ces; basses déjà trop doublées
d'elles-mêmes,ils les
doublent encore, & c'est
ce quidoublera le plus, de
sorte qu'on n'entend plus
le sujet, quiparoît trop nud
auprès de ce grandbrillant,
& demeureenseveli fous un
cahos de fons tricotez ôc
petillans, qui passant trop
legerement, ne peuvent
faire d'harmonie contre le
sujet.Ilfaudrait donc que
des deuxinstrumens il y
en eût un qui jouât le simple
de la baffe, & l'autre le
double ; ces B. C. passeroient
plûtôt pour des pieces
de viole que. pour un
accompagnement, qui doit
être soûmis au sujet & ne
point, prévaloir. Il faut que
la voix domine & attire la
principale atttention. Tout
le contrairearrive ici, l'on
n'entend que la B. C. qui
petille roûjours, la voix en
est étouffée. Ille trouve un
inconvenient dans les bassesen
batteries &doublées
sur le champ;c'estqu'il est
,
difficile qu'un clavecin,une
viole&une theorbe se puissent
rencontrer juste dans
la même maniere de doubler
; l'un prend un tour &
l'aurre un autre: ce qui
cause une cacophonie extraordinaire.
Un compositeur
ne reconnoît point au
milieu de tout cela son pauvre
ouvrage tout défiguré,
& se contente d'admirer la
vîtesse de la main de ceux
qui l'executent. Voila cependantle
goût de l'executionde
la Musique Italienne.
iCe
nétoit point celui de
Lully,sectateur du beau ôc
du vrai
,
qui auroit banni
de son orchestre un violon
qui eût gâté son harmonie
par quelque diminution ôc
quelque miaulement mal placé.
Ne peut-on pas s'assujettir
àjoüer la musique
comme elle est? est-ce le
goût Italien de faire de faux
accords à tout bout de
champ? J'ai vû des Musiciens
si amoureux des vîtesses
& de ces basses figu.
rées, qu'ils ne pouvoient
souffrir les adagio, c'est à
dire les endroits de recitatifs
lents, ëc. passoient ces
morceaux comme ennuyeux.
C'est cependant
dans ces endroits oùl'harmonie
peut se faire mieux
sentir que dans ces vivacitez,
où, comme je viens de
dire, la baffe passant trop
legerement, & ne faisant
que friser le dessus,ne peut
faire d'harmonie.
Mais si cette musique figurée
convient aux paroles
Italiennes & Latines, pourquoy
y veut-on assujettir la
Langue Françoise ?Un Italien
se gouverne-t-ilcomme
un François? Leurs
goûts, leurs habits, leurs
moeurs, leurs manieres leurs plaisirs , ne sont-ils pas
differens ? Pourquoy ne
veut,on pas qu'ils le soient
aussi dans leurs chants?Un
Italien chante-t-il comme
le François?Pourquoy veuton
que le François chante
comme l'Italien? Chaque
pays, chaque guise, il faut
que chacun demeure chez
soy. Pourquoy veut-on ha- 1* ~ndo tris Rome more tu vivito Roma; 10- nido tris alibi, vivito sientibi.
biller la Mufe Françoise en
masque
, & la rendre extravagante,
elle dont la
langue est si sage & si naïve,
& ne peut souffrir la
moindre violence, est en-
-
nemie des fréquentes repetitions,
de ces grands roulemens,
de ces longues tenuës
que l'on supporte dans
la Musique Italienne ou
Latine ?
On peut ici comparer la
Musique Françoise à une
belle
femme
dont la beauté
simple naturelle & sans art,
attire les coeurs de tous ceux
qui la regardent, quin'a
qu'à se montrer pour plaire,
sans craindre d'être défaite
par les minauderies affectées
d'une coquette outrée- v
qui cherche à mettre les
gens-dans son parti à quelque
prix que ce soit, à qui
nous avons comparé la
Musique Italienne. .j! u* Je pourrois encore ici,
rapporter l'autorité du beau
sexe, auprés de qui la Muse
Italienne a peine à trouver
grâce, quis'ennuye
d'un quart-d'heurede fonnates
, & qui aime mieux
entendre chanter Sangaride
ce jour,& jouer les songes
agreables, que toutes les
batteries & les harpegnemens
d'un violon touché
sçavamment auquel elles
ne connoissent rien, & ne
sentent rien qui les attire:
on a beau lui dire que cela
est sçavant,beau, sublime,
que c'est un tel auteur Italien
qui les à faits, cela est
fort beau,disent les Dames,
mais - nous n'en voulons
plus, ce font pourtant elles
qui decident du mérite 6c
du dessin des ouvrages, ôc
a qui. nous devons chercher
à plaire, & sur-tout
dans cet art qui semble être,
fait pour elles. Ilfautcependantavouer
que quelques-uns de nos
habilesMaîtres ont trouvé
le secret d'allier fort sçavamment
le goût naturel
du François avec le brillant
&.le sçavant de l'Italien,
dans des cantates qui font
entre les mains de tout le
monde, & qui font des
chef-d'oeuvres en cette espece,&
pour la Musique-
& pourlaPoësie, qu'il leur
suffise donc d'avoir montré
aux Italiens que les François
pouvoient porter aussi loin
qu'eux le génie&;le sçavoir
tant dans les cantates
que dans les sonnates:mais
pour cela le bon goût simple
& naturel du François
doit-il être méprisé, quand
les Italiens pour le perfectionnercommencent
euxmêmes
à l'imiter?
Ces sortes d'ouvrages en
ont produit une infinité
d'autres ,les cantates & les
sonnates naissent ici fous
les pas, un Musicienn'arrive
plus que la sonnate ou
la cantate en poche, il n'y
en a point qui neveuillefaire
son livre, être buriné, &
ne pretende faire assaut
contre les Italiens, & leur
damer le pion, à peinele
Poëte y peut-il suffire;il y
a même telles paroles qui
ont souffertplus d'une fois
Ja torture, de la Musique
Italienne, enfin les cantates
nous étouffent ici: j'en ai
entendu qui duroient une
heure, montre sur la table,
ensorte qu'on étoit obligé
de demander quartier, ou
de quitter la place.Qu'est
donc devenu le bon goût t
faudra-t-il qu'il expire ainsi
sous le fatras de toutes ces
cantates? que diroient les
Lambert, les Boësset, les
le Camus, les Babtistes,s'ils
revenoient au monde, de
voir le chant françois si
changé, si avili & si défiguré?
Je suis persuadé que
nos illustres Maistres ont
trop de goût & trop de
science pour l'abandonner
comme il paroist par leurs
propres ouvrages, dont les
endroits les plus gracieux,
& qui plaisent le plus, font
traitez dans le goust fran- * çois, où ils ont sçû mélanger
le bon des Italiens,'
&en ont laissé là le mauvais
, qu'ils rendent justice
au héros & au Ciceron de
la Musique francoise, je
veux dire à Lully *,qu'ils
admirent la grandeur ôc
l'élevation de son genie
au milieude cette naïve
simplicitédépourvûë de
tous ornemens étrangers,
& qui semble devoir tomber
fous les sens de tout Ic
'*l\ogtitLully.
monde. A-t-il voulu peindre
l'amour rendre, quel
coeur ne s'attendrit-il pas,
quel chant, quel naturel,
quelle harmonie dans ses
duo? ne devineroit-on pas
les paroles de ses recits à
en entendre feulement les
chants? ôc n'est-ce pas une
veritable declamation que
son récitatif? A-t-il voulu
exprimer la douleur, les
rochers ne gemissent-ils pas
avec lui? a-t-il voulu peindre
la fureur, lavengeance
,quel coeur ne ressent
pas de secrets fremissemens
? quel feu & quelle
vivacité dans ses airs de vid
Ion, quand il a voulu exprimer
la vitesse dessougueux
aquilons ou des
transports des furies? Si la
joye s'empare de la scene,
tous les peuples, tous les
bergers fautent & dansent
au
son
de ses musettes;l'horreur
& l'effroy s'empare de
nôtreame,s'il veut faire
quelque enchantement ou
evoquer les manes des enfers
; quelle tranquilitéassoupissante
nese répand
pas dans l'ame s'il veut endormir
dormir ou calmer ses heros
agitez ? s'il fait sonner la
trompette l'humeur martialle
ne saisit-elle pas ses
auditeurs, & n'est-on pas
prêt de courir aux armes
& de monter à l'assaut?s'il
veut préparer ou annoncer
quelque oracle,quelle gravité
ou quelle noblesse dans
ses fimphonies ? on diroit
que comme un scavant
Peintre il a scû avec ses
fons peindre pour ainsidire
les mouvemens de toutes
les passions du coeur de
l'homme. A t, il eu recours
pour. cela à tous ces faux
brillans & les ornemens deplacez
de la Musique Italienne
? rien n'est il plus
simple & plus naturel que
sa composition qui est à la
portée de tout le monde, &
en même temps riens desi
élevé, de si noble, & de si
spirituelle pour l'expres.
fion ? Quoy qu'il soit fort
scavant, le goût seul & le ,
genie semblent avoir été
ses guides, lk capable de
préscrire des regles nouvelles
àceux qui les suivroient
il semble quelquefois
avoir negligé les anciennes
, & s'être mis audessus
d'elles. Il faut avouer
aussiquec'est ce qui fait la
meilleure partie du Musicien
que le génie,c'est lui
qui fait aussi les Peintres
& les Poëtes ; car on peut
dire queces trois sciences
se donnent la main,&
peuventpasser pour trois
soeurs:onvoit peu de Peintresqui
nesoientaussi uti
peu ., Musiciens, &.;; qui
n'ayent du goût pour ces
deuxarts; la Musique n'est
elle pas une poësie &une
peinture sonore & harmonieufe?
la peinture & la poësie
ne sont-elles pas conu
posées d'une aimable harmonie
, d'un mélange &
d'un contraste de couleurs,
& de pensées melodieusement
enchaînées? J.
?'J
Il nesuffit doncpas seulement
de régles dans les
arts; il faut être encore inspiré&
animé dece beau
feu quelamaigrenedonne
pasà tout le monde,&qui
àfaitles Titiens & les Lebrun,
lesCorneilles & les
Racines, lesCarissimi &
les Babtistes, & tant d'autres.
Il faut dans ces arts
sçavoir inventer bercer,
outre qu'il faut qu'un CQm-,
positeur possede parfaitement
la langue dans laquelle
il travaille, connoisse
les syllabes rudes surlesquelles
il faut passer legerement
, & celles qui sont
harmonieuses & amies du
chant.Il seroit même àsouhaiter
que le Musicien fût
aussiPoëte pour ajusterles
paroles à on chant,&que
tour, l'ouvrage coulât, de source.
Ce n'est point assez de
sçavoir préparer ou sauver
des dissonances; il faut encore
sçavoir les placer à
propos ou elles conviennent
pour l'expression, les
mettre dans leur jour pour
qu'elles fassent leur effet,
ôc qu'elles fervent comme
d'ombres au tableau, en
faisant valoir les consonances
par opposition, n'en pas
diminuer la force par le.
trop frequent usage, comme
font les Italiens, dont
la musique trop rempliede
dissonances revolte quelquefois
les oreilles: mais
se garder de tomber dans
la monotomie
,
qui est le
vice contraire, & que les
Italiens pourroient plûtôt
nous reprocher.
Les réglés de l'harmonie
ne montrent pas àfaire un
beau chant, qui en est l'ame,
à imaginer un dessein,
à bien rendre l'expression
des paroles, à sçavoir placer
les cadences aux sens
finis, comme les points &
les virgules dans le discours;
à sçavoir changer de
mode quand les paroles
changent decaractere &
de sentiment. Un bon Matematicien
possède à fonds
les regles de la composition&
est un fort mauvais
compositeur. J'ai composé
jadis sans regle & sans science
; & ayantacquis depuis
quelques connoissances,j'ai
revu mes premiers ouvrages,
& j'ai trouve quej'aurois
peine à mieux faire
avec des regles. Il y en a
cependant d'essentielles,&
dont la connoissance est necessaire
: mais lesveritables
ôc lesmeilleures sont celles
que
que le goût &l'oreille vous
inspire. Vous trouvez dans
ces regles beaucoup de con- traditions, & les Italiens
n'en paroissent pas de fort
rigides observateurs : elles
ne font la plûpart fondées
que sur le caprice. J'ai vû
quelques-uns de ces traitez
de musique, & quoique
fort profonds & sçavans,
je n'ensuis pas devenu plus
habile en les lisant
; au contraire
j'en fuis forci plus embarassé.
Ils vous apprennent
bien ce qu'il faut éviter,
qui sont desinconveniens.
où l'oreille feule
nous défend de tomber
mais ils ne nous instruisent
point comment il faut s'y
prendre pour faire une
compoficion gracieuse &
de bon goût C'est donc le
genie naturel seul qui fait
le Musicien.
Si l'on reproche à Lully
d'avoir employé rarement
les tons transposez, ce n'est
pas qu'ilen ignorât l'usage:
mais c'est qu'il s'accommodoit
aux
lujets qu'il avoir
& au goût du temps;qu'il
sentoit qu'un chant n'en
étoit pasplus beau pour être
transposé d'un demi ton
plus haut ou plus bas; &
qu'une musique difficile ou
recherchée, quoique belle,
ne laisse pas que d'avoir un
défaut, qui est que rarement
elle est bien executée,
parce que le nombre
des sçavans est rare, & ainsi
rejettée; au lieu qu'une
bonne musique en est encore
meilleure quand elle
est facile, puis qu'elle est
susceptible d'une meilleure
execution, qui est l'ame de
lamusique; qu'elle invite
d'elle-même à être chantées
quelle est plus de commerce
dans le monde
, étant
plus à laportée des honnêtes
gens qui l'executent ce
qui doit être son but& sa
recompense
; au lieu que
la musique difficile effarouche
& dégoûte
,
ôc n'est
bonne que pour les Musiciens
de profession.
Peut-être auroit-ilsuivi
une autre route ,
maintenant
que tous les Musiciens
sont autant d'illustres compofiteurs
,
& que tousles
écoliers sont autantde maîtres.
:.;.
Cependant ceux qui sont
aujourd'hui entêtez de la
MusiqueItalienne ne peuvent
souffrir la Musique
Françoise, & la regardent
comme une musique fade
,&; sans goût: les Opera anciens
les endorment, ils n'y
sentent rien qui les rappelle,
ils n'y trouvent que des
tons naturels, des mouvemens
faciles;ils veulent
quela clefsoit surchargée
de dieses ou de b mois;que
la B. C.soit brodée & remplie
de tous les chiffres d'arithmetique;
qu'on invente
pour eux des tons transposez,&,
nouveaux ,&,,des
mouvemens extraordinaires;
que la baffe herissée
d'harpegnemes &d'acords
coure toûjours la poste ;enfin
ne trouvent pas une musique
bonne qu'elle ne soit
difficile. A peine peuventils
se resoudre à la regarder
quand il n'y a quedes blanches
ou des noires,& des
mouvemensà2 &a3temps,
cw.o» mme si toutes les mesu-
'"-- .t t »
,
res Italiennes ne revenoient
pas à ces deux mesures. Ne
va-t-on pas reduire la mesure
à deux temps à celle de
quatre, en renfermant deux
mesures en uneseule? Le 4
pour 8 nerevient-il pas à
nos deux temps legers? ôc
les mesures de 6 pour 8,
de 3 pour 8 & de 12 pour
8 ne reviennent-elles pas
toutes à la mesure de trois
temps, battuë plus ou moins
vîte, quoy qu'elles se battent
a 2 & à 4 temps,dont
chaque temps renferme
une de nos mesures à trois
temps?Ce n'est donc qu'une
maniere differente de
s'exprimer, qui est bonne
en soy <3e donne le caractere
de la piece pour la lenteur
ou la legereté, & a plus
defacilité pour être battuë;
carcommeil n'y a en general
que 2. modes differens,
le mineur & le majeur,ilny
a aussi en general que 2.mesures
,
celle à 2. temps ôc
celle à
3. Envainvoudroiton
en imaginer d'autres. Il
seroit aisé, pour contenter
ceux qui, aimentle ragoût
sduesrteosnesxttrraanosrpdoinsaezir,else&s mlees^
basses doublées, de transposer
un de nos Operaun
demi-ton plus bas ou plus
haut, doubler leurs basses
continuës ';& en reduire les
mesures à la maniere Italienne.
- Ils deviendroient
alors deplus difficile execution
,
mais perdroient la
moitié de leur beauté.Un
compositeur n'est-il pas
bien glorieux d'avoir fait
une piecesitransposée,pleine
de si & de mi b quatre,
& d'une si grande vîtesse,
que personnenesçauroit y
mordre,qu'il déchiffre à
peine lui-même. Voila une
piece, dit-il, que je défie à ,
tous les violonsd'execucer
y & à tous les clavecins d'en
trouver les accords sur le
champ; gardez -la donc
pour vous, mon ami: ces
forces de pieces ne font bonnes
qu'à renfermer dansle
cabinet pour la rareté, &
pour montrer qu on en peut
faire
: mais ne peuvent être
d'aucun usage que parmi
- les maîtres de l'art.
Les chants en deviennent-
ils plus beaux & plus
harmonieux pour être sur
des tons transposez ? l'harmonie
en est-elle meillcure
? Au contraire, on peut
dire qu'elleest forcée, que
ces tons ont peu de justesse
sur les instrumens
,
& princi
palement sur le clavecin,
où les seintes devroient être
coupées pour y donner le
veritable temperament;
car quelle apparence qu'une
touche serve de b mol &
deb quarre dans l'autre,
sans perdre de sa justesse?
l'asse encore sur les autres
instrumens comme sur le
violon, où avançant plus
ou moins le doigt sur la
corde,on peutmodifierces
sortes de demi-tons & les
rendre plus justes. J'ai entendu
un de nos illustres
preluder sur son violon, de
quelque maniere qu'ilfût
accordé, &ne suivre, pour
tirerses sons,d'autre regle
que son oreille, & non celle
du manche qui se trouvoit
alors dérangé.
Enfin de ces deux partis
differens il en resulte un
troisiéme plus raisonnable,
& moins entêté que ces
deuxautres, qui est celui
des gens sages & des gens
de goût, qui ne se laissant
point prévenir ni pour l'un
ni pour l'autre, vrais amateurs
de la musique, goûtent
l'une & l'autre composition,
quandelle est bonne
& bien executée,& sans
donner dansle goût pedant
&sçavant, ne vont point
épiloguer sur deux octaves
de [ujrc, sur une septiéme
ou une neuviéme bien ou
mal preparéeou sauvée;ne
méprisent point une musque
,parce qu'elle est trop
aisée, ou parce qu'elle est :
trop difficile
} ne la condamnent
point commepillée,
parce qu'il y aura quelques
bouts de chant que
ressembleront
: mais rendent
justice à la Musique
Françoise dans son caractere
& à la Musique Italienne
dans le sien, & conviennent
que l'on pourroit
faire ungenre de musique
parfait, si l'on pouvoit joindre
le goût sçavant & ingenieux
de l'Italien au bon
goût naturel Ôc simple du
François: mais cependant
qu'un Italien doit chanter
en Italien,&leFrançois
enFrançois. Je suis,&c.
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Résumé : Dissertation sur la Musique Italienne & Françoise.
L'auteur d'une dissertation sur la musique italienne et française exprime son opinion sur la prédominance actuelle du goût italien. Il reconnaît la supériorité de la musique italienne dans la science et l'invention, notamment dans les cantates et les sonates, admirant la vivacité des imitations, la variété des chants et l'harmonie savante des Italiens. Cependant, il critique les ornements trop fréquents et déplacés de la musique italienne, qui étouffent l'expression et rendent les œuvres obscures. L'auteur compare la musique italienne à une coquette, toujours en mouvement et cherchant à briller sans raison. Il note que la musique italienne traite souvent des sujets sérieux de manière comique et est plus adaptée aux ariettes et aux chansonnettes qu'aux grands sujets. En revanche, la musique française traite les sujets héroïques avec plus de noblesse et convient mieux au cothurne. Il critique également les intervalles bizarres et les tenues des chants italiens, difficiles à entonner juste et impatientes pour l'auditeur. L'auteur apprécie les sonates italiennes pour le violon mais les trouve inadaptées à une grande orchestration. Il conclut en comparant la musique française à une belle femme naturelle et sage, contrairement à la musique italienne, coquette et affectée. Il reconnaît que certains maîtres français ont su allier le goût naturel français au brillant italien, créant ainsi des chefs-d'œuvre. Cependant, il déplore que la mode des cantates et des sonates en France ait conduit à une surproduction d'œuvres imitant les Italiens, souvent au détriment du bon goût français. L'auteur exprime son admiration pour les maîtres français comme Lully, dont la musique est simple, naturelle et expressive. Lully sait mélanger le bon des Italiens tout en évitant leurs excès. Sa musique est capable de peindre toutes les passions humaines avec une grande simplicité et noblesse. Le texte se termine par un appel à un genre de musique parfait, combinant le goût italien et le naturel français, tout en respectant les caractéristiques de chaque tradition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2459-2464
« RELATION HISTORIQUE & Apologetique des Sentimens & de la conduite du [...] »
Début :
RELATION HISTORIQUE & Apologetique des Sentimens & de la conduite du [...]
Mots clefs :
Composition, Public
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texteReconnaissance textuelle : « RELATION HISTORIQUE & Apologetique des Sentimens & de la conduite du [...] »
RELATION HISTORIQUE & Apologetique
des Sentimens & de la conduite du
P. le Courayer , Chanoine Regulier de
fainte Geneviève. Avec les preuves juftificatives
des faits avancez dans l'ouvrage .
A Amfterdam , aux dépens de la Compagnie
, 17.29. 2 vol. in 12. de plus de 800.
pages.
LES VOYAGES DE CYRUS , HOuvelle édition.
A Londres , chez Jacques Bertenham.
1730. in 4° .
TRAITE' DE L'UNIVERS materiel ou Aftronomie
Phyfique , continuation de la
troifiéme Pattie , contenant les Tables du
Flux & du Reflux de la Mer Oceane , les
aspects des Planetes avec la Lune , les
vents qui pourront être caufés par fa preffion.
Avec les Tables du paffage de quel-
F vj 1.
ques
f
1
2460 MERCURE DE FRANCE
ques Etoiles fixes par le premier Méri
dien , pendant l'année 1731 Par M. Petit,
Arpenteur à Blois. A Paris , chez J.Villette,
fils , rue S. Jacques . 1731 .
Quoiqu'il ait paru depuis quelques années un
nombre prodigicus d'Almanachs ,& même d'une
efpece toute nouvelle , il ne s'en est pourtant
point encore trouvé où l'on ſe foit avifé de faire
en faveur des Etrangers qui , voyagent ce qu'a
entrepris de faire P'Auteur d'un petit ouvrage qui
va paroître fous le titre de l'Agenda du i oyagear
, ou le Calender des Fêtes & Solennitez
de la Cour de la Ville , dreffé en faveur des
Etrangers , pour l'année 1731. A Paris , chez
Simon Langlois , rue S. Etienne d'Egrès . in 16.
Il fe trouvera encore rue S. Jacques, chez Pierre
Kvitte ; & à l'entrée du Quai des Auguſtins , dur
côté du Tont S, Michel , chez Jean Mufier.
Le fecond volume du Dictionaire Geographique
, de M. Bruzen de la Martiniere , vient d'être
achevé d'imprimer , à la Haye , & l'on en
délivre actuellement icy les Exemplaires aux Soufchivans
, chez Jean Mariette, Libraire, rue faint,
Jacques , aux Colonnes d'Hercule. Les deux Volumes
de cet Ouvrage qui ont déja paru, ont me
rité une approbation univerfelle , & celui - ci ne
fera pas moins bien reçû, par la mukitude des recherches
curieufes , & la favante Critique dont ,
P'Autur a enrichi fon travail. Il l'a infenfiblement
pouffé fi loin, que ce fecond volume , compofé
feulement ds Lettres B & C, ne pouvant fe
relier en un , à caufe de fa groffeur , on a été
obligé de le aivifer en deux parties,dont une occupe
la lettre B , & l'autre la lettre C.
Од
NOVEMBRE. 1730. 246.1
On nous écrit de Conftantinople , du 23 Septembre
dernier, qu'on y imprimoit actuellement ,:
dans la nouvelle Imprimerie du Serail , par les
foins du R. P. Holdermar , Jéfuite une Grammaire
Turque, dont les Préceptes font François.
Tous les mots Turcs qui y font employez , fe-
ກ
ront en caracteers Turcs & en caracteres François
avec la traduction françoiſe.Lorfque ce Livre
fera imprimé , ajoûte l'Auteur de la Lettre , je
ne vous promets pas de vous envoyer le Plan de
la Méthode qui y aura été observée , mais je
vous promets un des premiers Exemplaires de
cet Ouvrage.
Une Lettre écrite de Caen , le 31 Octobre
marque ce qui fait. La mort d'un jeune Poëte de
cette Ville , caufe la douleur publique . C'eft Jean-
Baptifle Gedeon Faguet , dont vous avez imprimé
plufieurs Piéces La Mer , cette année , un
Sonnet , en bouts rimez , l'année paffée , dans le
Mercure de Septembre. Il a fait imprimer icy une
Cantate , fur la naiffance du Dauphin , une Ode
fur l'arrivée de M. de Luynes , notre Evêque. It
avoit tous les talens pour être Poete un corps
bien compofé , un efprit vif & aifé , avec beaucoup
de feu. Il.fe noya dans notre Riviere d'Orne
en fe baignant le foir du 26 Aouft dernier , âgé
feulement de 21 ans . Je vous aurois écrit plutôt
La mort en vous envoyant une Ode de fa façon
intitulée l'Esprit , corrigée par lui un peu avant
fon malheur , mais je n'ay pû encore l'avoir de
M. fon pere , dont la douleur ne fera pas fi - tôt
calmée. On doit lui ériger un Tombeau , & on a
déja fait plufieurs Epitaphes.
On apprend de Naples que les Comédies de
IB de la Porte , Poëte Napolitain , étant devenues
2462 MERCURE DE FRANCE
venues tres- rares , Mario , Libraire , les a réimprimées
en 4 vol. in 12. 1730. Elles ont pour
titre : La Curiofa , Laftrologo , Il Moro ,la Chiappinaria
, la Cintia, i due Fratelli Rivali, i due
Fratelli Simili , la Trappolaria , la Sorella , la
Turca , l'Olimpia , la Fantefca , la Tabernaria
& la CarbonarA.
On écrit de Firizano en Tofcane que le 7. du
mois dernier on y avoit reffenti quatre fecouffes
de tremblement de terre affez violentes ; mais
fans caufer aucun dommage.
La nuit du 8 au 9. d'Octobre , on apperçût à
Rome une Aurore Boreale qui dura près de 4.
heures.
Les Lettres d'Arles en Provence du commen
cement de ce mois , portent que depuis le mois
d'Août dernier , on y avoit reffenti plus de vingt
fecouffes de tremblemens de terre , celle du 11.
du mois dernier à 4. heures après - midi fut trèsfenfible
, & le 28. il y en eut cinq dans la mati
née , une defquelles fut très-violente.
Les Marchands Apoticaires de Paris connoiffant
la prévention du Public en faveur des Thétiaques
étrangeres telles que celles de Venife &c.
ont voulu le détromper en lui failant connoître
qu'on pouvoit compofer ce remede à Paris auffi
bien que dans aucune Ville du Royaume , & mieux
que dans aucun Pays Etranger par la facilite
qu'on a depuis plufieurs années de recouvrer les
drogues les plus rares . Ces Meffieurs ayant fait
un choix très exact de toutes celles qui entrent
dans la compofition de ce celebre Antidote , ils
en firent le 25. du mois dernier l'expofition pu
blique
NOVEMBRE . 1730. 2463
Blique dans leur Maifon de la rue de l'Arbalêtre
en préfence des Magiftrats aufquels la fûreté pu
blique eft confiée , & de la Faculté de Medecine
de cette Ville , l'une des plus celebres de l'Europe.
M. Baron , Docteur de cette Faculté , & Profeffeur
de Pharmacie , prononça un Difcours Hif
torique de cette compofition , & M. Piat , le premier
des Gardes en charge du Corps des Apoticaires
, en fit un autre fur le même fujet. Enfuite
it fit connoître chaque drogue en particulier aux
Magiftrats qui avoient honoré cette Affemblée
de leur préfence. L'après- midi & les jours fuivans
cette expofition attira un concours prodigieux
de fpectateurs aufquels il a été permis d'être
préfens au mélange de toutes les drogues pour
la compofition de la Thériaque , ces M M. ne
voulant pas qu'il pût refter aucun doute fur l'exactitude
& fur la fidelité de ce mélange qui a
été fait fcrupuleufement , fuivant la difpenfation
d'Andromaque le vieillard , qui eft celle que les
plus celebres Facultés de Medecine ont approuvée
de tous les tems.
Le Public eft averti que le veritable fuc de Res
gliffe & Guimauve blanc , fi eftimé pour toutes
les maladies du poulmon , inflammations , enrouëmens
,toux , rhumes , pituite , afthme , poul
monie , continue à fe débiter depuis plus de trente
ans , de l'aveu & approbation de M. le Premier
Medecin du Roi , chez Mlle Desmoulins
qui eft la feule qui en a le fecret de deffunte Mile
Guy , quoique depuis quelques années des particuliers
ayent voulu le contrefaire , lefquels fe.
font dits Enfans de M. Guy , ce qui eft une fuppofition
, & la difference s'en connoîtra aisément
par la comparaifon qu'on en pourra faire. On
peut s'en fervir en tout tems , le traifporter par
tour
2464 MERCURE DE FRANCE
tout & le garder fi long-tems que l'on veut fans
jamais le gater , ni rien perdre de fa qualité.
Mile Defmoulins demeure rue Guenegaud ,
Eauxbourg S Germain , du côté de la ruë Mazarine
, chez le Boulanger , au premier appar
tement.
Le fieur Rivot donne avis au Public .qu'il vient
d'obtenir des Commiffaires du Confeil pour l'examen
des Remedes fpecifiques , topiques & autres
, le privilege pour faire vendre & diftribuer
dans toutes les Provinces du Royaume , excepté ,
Paris , fon Opiate Febrifuge pour toutes fortes
de fièvres quartes. On en trouvera dans les principales
Villes de chaque Province , & l'endroit
où elle fe débitera fera indiqué.
Ledit feur Rivot demeure à Paffi , chez Madame
Gorge , aux anciennes Eaux Minerales , fur
le Chemin de Paris à Verfailles , où eft fon enfeigne,
auquel on pourra écrire, & il en envoyera
à ceux defdites Provinces qui lui en demanderont
ou qui iront chez lui en demander..
Les Pots de ladite Opiate feront vendus depuis
quatre franes jufqu'à buit , douze i feize :
fçavoir , le Pot de quatre francs , c'eſt ia dofe
pour les Enfans depuis deux ans jufqu'à cinq ,
contenant une once deux gros d'Opiate.
Le Pot de huit francs eft la dole pour ceux
depuis cinq ans jufqu'à dix , contenant deux onces
& demie d'Opiate.
Le Pot de douze francs eft la dofe pour ceux
depuis dix ans jufqu'à quinze , contenant trois
onces fix gros d'Opiate .
Le Pot de feize francs eft la dofe pour ceux
depuis quinze ans jufqu'à foixante & dix , contenant
cinq onces d'Opiate.
A la délivrance defdits Pots on trouvera y joint
la maniere de s'en fervir.
des Sentimens & de la conduite du
P. le Courayer , Chanoine Regulier de
fainte Geneviève. Avec les preuves juftificatives
des faits avancez dans l'ouvrage .
A Amfterdam , aux dépens de la Compagnie
, 17.29. 2 vol. in 12. de plus de 800.
pages.
LES VOYAGES DE CYRUS , HOuvelle édition.
A Londres , chez Jacques Bertenham.
1730. in 4° .
TRAITE' DE L'UNIVERS materiel ou Aftronomie
Phyfique , continuation de la
troifiéme Pattie , contenant les Tables du
Flux & du Reflux de la Mer Oceane , les
aspects des Planetes avec la Lune , les
vents qui pourront être caufés par fa preffion.
Avec les Tables du paffage de quel-
F vj 1.
ques
f
1
2460 MERCURE DE FRANCE
ques Etoiles fixes par le premier Méri
dien , pendant l'année 1731 Par M. Petit,
Arpenteur à Blois. A Paris , chez J.Villette,
fils , rue S. Jacques . 1731 .
Quoiqu'il ait paru depuis quelques années un
nombre prodigicus d'Almanachs ,& même d'une
efpece toute nouvelle , il ne s'en est pourtant
point encore trouvé où l'on ſe foit avifé de faire
en faveur des Etrangers qui , voyagent ce qu'a
entrepris de faire P'Auteur d'un petit ouvrage qui
va paroître fous le titre de l'Agenda du i oyagear
, ou le Calender des Fêtes & Solennitez
de la Cour de la Ville , dreffé en faveur des
Etrangers , pour l'année 1731. A Paris , chez
Simon Langlois , rue S. Etienne d'Egrès . in 16.
Il fe trouvera encore rue S. Jacques, chez Pierre
Kvitte ; & à l'entrée du Quai des Auguſtins , dur
côté du Tont S, Michel , chez Jean Mufier.
Le fecond volume du Dictionaire Geographique
, de M. Bruzen de la Martiniere , vient d'être
achevé d'imprimer , à la Haye , & l'on en
délivre actuellement icy les Exemplaires aux Soufchivans
, chez Jean Mariette, Libraire, rue faint,
Jacques , aux Colonnes d'Hercule. Les deux Volumes
de cet Ouvrage qui ont déja paru, ont me
rité une approbation univerfelle , & celui - ci ne
fera pas moins bien reçû, par la mukitude des recherches
curieufes , & la favante Critique dont ,
P'Autur a enrichi fon travail. Il l'a infenfiblement
pouffé fi loin, que ce fecond volume , compofé
feulement ds Lettres B & C, ne pouvant fe
relier en un , à caufe de fa groffeur , on a été
obligé de le aivifer en deux parties,dont une occupe
la lettre B , & l'autre la lettre C.
Од
NOVEMBRE. 1730. 246.1
On nous écrit de Conftantinople , du 23 Septembre
dernier, qu'on y imprimoit actuellement ,:
dans la nouvelle Imprimerie du Serail , par les
foins du R. P. Holdermar , Jéfuite une Grammaire
Turque, dont les Préceptes font François.
Tous les mots Turcs qui y font employez , fe-
ກ
ront en caracteers Turcs & en caracteres François
avec la traduction françoiſe.Lorfque ce Livre
fera imprimé , ajoûte l'Auteur de la Lettre , je
ne vous promets pas de vous envoyer le Plan de
la Méthode qui y aura été observée , mais je
vous promets un des premiers Exemplaires de
cet Ouvrage.
Une Lettre écrite de Caen , le 31 Octobre
marque ce qui fait. La mort d'un jeune Poëte de
cette Ville , caufe la douleur publique . C'eft Jean-
Baptifle Gedeon Faguet , dont vous avez imprimé
plufieurs Piéces La Mer , cette année , un
Sonnet , en bouts rimez , l'année paffée , dans le
Mercure de Septembre. Il a fait imprimer icy une
Cantate , fur la naiffance du Dauphin , une Ode
fur l'arrivée de M. de Luynes , notre Evêque. It
avoit tous les talens pour être Poete un corps
bien compofé , un efprit vif & aifé , avec beaucoup
de feu. Il.fe noya dans notre Riviere d'Orne
en fe baignant le foir du 26 Aouft dernier , âgé
feulement de 21 ans . Je vous aurois écrit plutôt
La mort en vous envoyant une Ode de fa façon
intitulée l'Esprit , corrigée par lui un peu avant
fon malheur , mais je n'ay pû encore l'avoir de
M. fon pere , dont la douleur ne fera pas fi - tôt
calmée. On doit lui ériger un Tombeau , & on a
déja fait plufieurs Epitaphes.
On apprend de Naples que les Comédies de
IB de la Porte , Poëte Napolitain , étant devenues
2462 MERCURE DE FRANCE
venues tres- rares , Mario , Libraire , les a réimprimées
en 4 vol. in 12. 1730. Elles ont pour
titre : La Curiofa , Laftrologo , Il Moro ,la Chiappinaria
, la Cintia, i due Fratelli Rivali, i due
Fratelli Simili , la Trappolaria , la Sorella , la
Turca , l'Olimpia , la Fantefca , la Tabernaria
& la CarbonarA.
On écrit de Firizano en Tofcane que le 7. du
mois dernier on y avoit reffenti quatre fecouffes
de tremblement de terre affez violentes ; mais
fans caufer aucun dommage.
La nuit du 8 au 9. d'Octobre , on apperçût à
Rome une Aurore Boreale qui dura près de 4.
heures.
Les Lettres d'Arles en Provence du commen
cement de ce mois , portent que depuis le mois
d'Août dernier , on y avoit reffenti plus de vingt
fecouffes de tremblemens de terre , celle du 11.
du mois dernier à 4. heures après - midi fut trèsfenfible
, & le 28. il y en eut cinq dans la mati
née , une defquelles fut très-violente.
Les Marchands Apoticaires de Paris connoiffant
la prévention du Public en faveur des Thétiaques
étrangeres telles que celles de Venife &c.
ont voulu le détromper en lui failant connoître
qu'on pouvoit compofer ce remede à Paris auffi
bien que dans aucune Ville du Royaume , & mieux
que dans aucun Pays Etranger par la facilite
qu'on a depuis plufieurs années de recouvrer les
drogues les plus rares . Ces Meffieurs ayant fait
un choix très exact de toutes celles qui entrent
dans la compofition de ce celebre Antidote , ils
en firent le 25. du mois dernier l'expofition pu
blique
NOVEMBRE . 1730. 2463
Blique dans leur Maifon de la rue de l'Arbalêtre
en préfence des Magiftrats aufquels la fûreté pu
blique eft confiée , & de la Faculté de Medecine
de cette Ville , l'une des plus celebres de l'Europe.
M. Baron , Docteur de cette Faculté , & Profeffeur
de Pharmacie , prononça un Difcours Hif
torique de cette compofition , & M. Piat , le premier
des Gardes en charge du Corps des Apoticaires
, en fit un autre fur le même fujet. Enfuite
it fit connoître chaque drogue en particulier aux
Magiftrats qui avoient honoré cette Affemblée
de leur préfence. L'après- midi & les jours fuivans
cette expofition attira un concours prodigieux
de fpectateurs aufquels il a été permis d'être
préfens au mélange de toutes les drogues pour
la compofition de la Thériaque , ces M M. ne
voulant pas qu'il pût refter aucun doute fur l'exactitude
& fur la fidelité de ce mélange qui a
été fait fcrupuleufement , fuivant la difpenfation
d'Andromaque le vieillard , qui eft celle que les
plus celebres Facultés de Medecine ont approuvée
de tous les tems.
Le Public eft averti que le veritable fuc de Res
gliffe & Guimauve blanc , fi eftimé pour toutes
les maladies du poulmon , inflammations , enrouëmens
,toux , rhumes , pituite , afthme , poul
monie , continue à fe débiter depuis plus de trente
ans , de l'aveu & approbation de M. le Premier
Medecin du Roi , chez Mlle Desmoulins
qui eft la feule qui en a le fecret de deffunte Mile
Guy , quoique depuis quelques années des particuliers
ayent voulu le contrefaire , lefquels fe.
font dits Enfans de M. Guy , ce qui eft une fuppofition
, & la difference s'en connoîtra aisément
par la comparaifon qu'on en pourra faire. On
peut s'en fervir en tout tems , le traifporter par
tour
2464 MERCURE DE FRANCE
tout & le garder fi long-tems que l'on veut fans
jamais le gater , ni rien perdre de fa qualité.
Mile Defmoulins demeure rue Guenegaud ,
Eauxbourg S Germain , du côté de la ruë Mazarine
, chez le Boulanger , au premier appar
tement.
Le fieur Rivot donne avis au Public .qu'il vient
d'obtenir des Commiffaires du Confeil pour l'examen
des Remedes fpecifiques , topiques & autres
, le privilege pour faire vendre & diftribuer
dans toutes les Provinces du Royaume , excepté ,
Paris , fon Opiate Febrifuge pour toutes fortes
de fièvres quartes. On en trouvera dans les principales
Villes de chaque Province , & l'endroit
où elle fe débitera fera indiqué.
Ledit feur Rivot demeure à Paffi , chez Madame
Gorge , aux anciennes Eaux Minerales , fur
le Chemin de Paris à Verfailles , où eft fon enfeigne,
auquel on pourra écrire, & il en envoyera
à ceux defdites Provinces qui lui en demanderont
ou qui iront chez lui en demander..
Les Pots de ladite Opiate feront vendus depuis
quatre franes jufqu'à buit , douze i feize :
fçavoir , le Pot de quatre francs , c'eſt ia dofe
pour les Enfans depuis deux ans jufqu'à cinq ,
contenant une once deux gros d'Opiate.
Le Pot de huit francs eft la dole pour ceux
depuis cinq ans jufqu'à dix , contenant deux onces
& demie d'Opiate.
Le Pot de douze francs eft la dofe pour ceux
depuis dix ans jufqu'à quinze , contenant trois
onces fix gros d'Opiate .
Le Pot de feize francs eft la dofe pour ceux
depuis quinze ans jufqu'à foixante & dix , contenant
cinq onces d'Opiate.
A la délivrance defdits Pots on trouvera y joint
la maniere de s'en fervir.
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Résumé : « RELATION HISTORIQUE & Apologetique des Sentimens & de la conduite du [...] »
En 1730, plusieurs publications et événements historiques marquants sont rapportés. Parmi les ouvrages notables, on trouve 'Relation historique & apologétique des Sentiments & de la conduite du P. le Courayer', publié à Amsterdam en 1729, et 'Les Voyages de Cyrus', édité à Londres en 1730. Le 'Traité de l'Univers matériel ou Astronomie Physique' de M. Petit, incluant des tables astronomiques pour l'année 1731, est également mentionné. Un nouvel almanach, 'L'Agenda du Voyageur', est annoncé pour aider les étrangers à connaître les fêtes et solennités en France. Le second volume du 'Dictionnaire Géographique' de M. Bruzen de la Martinière est achevé et disponible à la Haye. À Constantinople, une grammaire turque avec des préceptes français est en cours d'impression. Le document rapporte également la mort du jeune poète Jean-Baptiste Gedeon Faguet à Caen. À Naples, les comédies de I.B. de la Porte sont réimprimées. Des tremblements de terre sont signalés à Firenzano en Toscane et à Arles en Provence. Une aurore boréale est observée à Rome. Les apothicaires de Paris présentent publiquement la composition de la thériaque, un antidote célèbre. Des informations sur des remèdes spécifiques, comme le suc de réglisse et de guimauve blanc, et un opiate fébrifuge de M. Rivot, sont également fournies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1498-1514
RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
Début :
MR. Gaullyer se plaint de ce que ceux qu'il appelle les Charlatans de la [...]
Mots clefs :
Méthode, Professeur, Collège, Littérature, Charlatans, Déclinaisons, Grammaire, Composition, Explication, Philosophie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
REFLEXIONS sur la Methode de
M. le Fevre de Saumur , et sur les Notes
de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme
au College du Plessis - Sorbonne.
M
R. Gaullyer se plaint de ce que ceux
qu'il appelle les Charlatans de la
menue Litterature ne font aucune ré
ponse aux déclamations qu'il vient de
faire contre eux sans aucune distinction .
Il attribuë ce silence à la même cause qui
a fait taire le sage M. Rollin : mais les
prétendus Charlatans ne présument pas
assés d'eux- mêmes pour se mettre de ni
veau avec M. Rollin : ainsi pour faire
connoître à M. Gaullyer le profond res
pect qu'ils ont pour lui , ils feront ici
quelques réflexions sur ses Notes .
7
Iº. Ils sont surpris que pour justifier
II. Vol. la
JUIN. 1731 1499
la pratique vulgaire , M. Gaullyer ait
fait imprimer la Methode de M. le Févre
qui condamne cette pratique ; mais après
tout quand nous sommes appelés à faire
imprimer , et que le public ne se prête
pas à notre vocation , que pouvons-nous
faire de mieux pour la remplir , que de
faire imprimer les Livres des autres ?
II° La Methode de M. le Fevre con
siste ,
1. A ne parlerde Grec ni de Latin aux
Enfans qu'ils n'ayent atteint au moins la
dixième année. ( pag. 4. )
2. Avant ce temps là , faire apprendre
à lire et à écrire sans se mettre fort en peine
de la beauté du caractère , ( pag. 4. ) il suf
fit qu'il lise bien son écriture. ( pag. 6. )
3. Quand l'Enfant a atteint l'âge de
dix ans , il est tems de commencer ,
pour moý , dit M. le Fevre , ( page 6. ).
je n'eusse appris Musa qu'à douze ans ,
mais je m'imaginai qu'avec le secours d'un
Précepteur, comme moi, il pourroit bien com
mencer deux ans devant.
quoyque
IC
4. Faire apprendre les déclinaisons &c.
et cela en grand papier , plié in 4 ° . et relié
proprement. ( pag. 9. )
5. Quand la Grammaire latine est ache
vée , qu'il est question de venir à la pratique
de cette Grammaire ; je me gardai bien , die
I I. Vol.
M.
1500 MERCURE DE FRANCE
que
M. le Fevre , ( pag. 20. ) de suivre la ma
niere l'on suit ordinairement , qui est de
commencer par la composition , c'est-à-dire ,
par les Thèmes, il n'y a rien , selon mon sens ,
qui nuise si fort à un enfant. M. le Fevre
s'étend beaucoup pour faire voir le peu
de raison qu'il y a dans cette pratique
des Thèmes , et soutient qu'il faut com
mencer par l'explication , c'est-à dire , par
une version de vive voix, qui soit nette , sim
ple , et sans aucune circonlocution . M. le
Fevre fait donc expliquer , et expliquer
jusqu'à extinction de chaleur naturelle.
Ce sont là les points principaux , telle
est , pour ainsi - dire , la charpente de la
Méthode de M. le Fevre : les réflexions
détaillées , dont chacun de ces points est
accompagné , ne changent rien au fond
de la Méthode.
Il ne seroit pas difficile de faire voir
que les Méthodes des prétendus Charla
tans de la menuë Litterature sont plus
conformes à celle de M. le Fevre , que
ne l'est celle de M. Gaullyer .
M. le Fevre dit avec raison , ( pag. 2 )
que sa Méthode ne s'accommode nullememt
avec la pratique des Colleges. Ceux qui di
ront cela , ajoute t'il , diront vray.
M. Gaullyer fait une Note pour
répondre à cet article ; mais sa réponse
II. Vol. RC
JUIN. 1731. I sor
ne satisfait pas ceux qui sçavent réduire les
difficultés à leur veritable point.
M. Gaullyer prétend 1 ° . que du tems
de M. le Fevre , c'est-à - dire , depuis l'an
1651 jusqu'en l'an 1672. les Colleges
étoient mal montés , c'est-à-dire , comme
il l'explique , remplis de Régens peu ha
biles. 2 ° . que les Auteurs Grecs et Latins
sont bien mieux distribués aujourd'huy
dans les six Classes d'humanité des Colle
ges , qu'ils ne l'étoient du tems de M. le
Fevre . Voilà en quoy consiste la répon
se de M. Gaullycr à cet article de M. le
Fevre. Un des Agresseurs des nouvelles
Méthodes , prétend que les Ecoliers du
siécle passé étoient au moins aussi habiles
que ceux d'aujourd'hui , et qu'à mesure
qu'on a vû des Méthodes nouvelles , on
a vû le nombre des Sçavans décroître ,
réflexions, ajoute - t'il ,du célébre M. Huet :
mais accordons à M. Gaullyer , puisque
tel est son bon plaisir, que les Regens d'au
jourd'huy sont plus habiles qu'ils ne
l'étoient du tems de M. le Fevre ; en effet
M. Gaullyer n'étoit pas de ce tems- là ,
il n'en sera pas plus avancé ; car la ques
tion se réduit à sçavoir si la Méthode que
l'on suit aujourd'hui , n'est pas au fond
* Mémoires de Trevoux ,May 1723.
}
II Vol.
la
1502 MERCURE DE FRANCÉ
la même que celle que l'on suivoit du
tems de M. le Fevre : faire expliquer Ho
race avant Virgile , ou Virgile avant Ho
race ; Ciceron avant Homére , ou Homé
re avant Ciceron , ce n'est pas en cela que
consiste la difference qu'il y avoit entre
la Méthode de M. le Fevre et celle des
Colleges de son tems : la principale diffe
rence étoit la Méthode commune
que
menoit au Latin par la composition des
Thèmes , et que M. le Fevre y menoit par
l'explication. Or cette différence éssen
tiéle subsiste encore aujourd'hui , donc
quand M. Gaullyer sera monté en Philo
sophie , on pourra luy faire ce raison
nement:
On ne peut pas dire, selon M. Gaullyer,
que la Méthode de M. le Fevre ne sait pas
bonne , elle est fondée sur la raison et l'expe
rience. Or ce qui distingue principalement
cette Méthode de celle des Colleges du
siécle passé et de ceux d'aujourd'hui , c'est
de mener à l'intelligence du Latin par la
voye de l'explication, plutôt que par celle
de la composition : donc la Méthode des
Colleges d'aujourd'hui , aussi bien que
celle des Colleges du siécle passé, n'est pas
la bonne en ce point essentiel , et est con
traire à celle de M. le Fevre , quoique
les Colleges soient mieux montés que ceux
de son tems .
En
JUIN. 1731. 1503
En un mot, on soutient que la Méthode
des Colleges d'aujourd'hui est la mème,
quant au fond , que celle des Colleges de
1672. Or M. le Fevre qui connoissoit sans
doute l'étendue et l'esprit de saMéthode ,
déclare d'abord que sa Méthode ne s'ac
commode nullement avec la pratique des
Colleges : donc il faut convenir que M.
Gaullyer n'a compris ni l'esprit ni l'éten- :
duë de la Methode de M. le Fevre. Car
enfin s'il l'a comprise , dans quelle vuë
osera- t'on le soupçonner de l'avoir fait
imprimer à ses dépens ?
A l'égard du tems qu'on doit commen
cer à étudier le Latin , M. le Fevre , com
me nous l'avons déja remarqué , ne veut
l'on commence avant
pas que
que l'enfant
ait atteint l'âge de dix ans. M. Gaullyer
remarque sçavament ( pag. 76. ) que comme
on dressé de bonne heure les jeunes Veaux
et les petits poulains pour l'exercice de la
Campagne , de même dès que les Enfans
peuvent parler , on doit leur enseigner à
lire ensuite à écrire , et même plusieurs
choses qui sont à leur portée , par exemple
ce qu'il y a de plusfacile dans la Géographie
la Chronologie , et l'Histoire . Ce sentiment ,
dit-il , ( pag. 77. ) n'est pas contraire pour
le fonds à celui de M. le Fevre ; car tout
se que prétend M. le Fevre , c'est qu'on ne
.
II.Vol.
commerce
1504 MERCURE DE FRANCE
›
commence qu'à dix ou douze ans , c'est-à
dire , qu'on ne leur fasse pas apprendre plû
tôt les principes du Latin et du Grec ; ainsy
en commençant la sixième à dix ans , les
Enfans seront en Rétorique , dit- il , à quin
Ze à seize et à dix-sept ans. Ils y seront
encore assés-tôt , ajoute - t'il , peut- être mê
me trop- tôt à l'âge de dix-sept à dix- huit
ans. ainsi à dix- neuf ou vingt ans un jeu
ne homme aura fait sa Philosophie. Les
Parens impatiens de donner à leurs enfans
des emplois militaires , ou des charges
de robe , ne doivent - ils pas sçavoir gré à
M. Gaullyer d'adopter en ce point la
pensée de M. le Fevre ? car si l'on y veut
faire attention , c'est encore trop- tôt que
dix ou douze ans pour commencer une
étude que la Methode vulgaire a renduë
si penible et si embarassée. Quel effort de
mémoire et quelle justesse ne faut-il point
dans l'application de tant de régles si peu
claires , si peu fondées dans la nature , et
sujettes à tant d'exceptions ! les préten
dus charlatans , quoyqu'en dise M. Gaul
lyer , ont ici un grand avantage , du moins
ceux à qui le seul M. Gaullyer donne
le nom de Charlatans , la Methode du
Bureau Typographique, par exemple, met
les enfans en état de profiter des années
dont la Methode vulgaire fait un si mau
C
II. Vol.
vais
JUIN. 1731 1505
vais usage , parceque la Methode de ce
Bureau est fondée sur des principes pro
portionés à l'enfance . M. Gaullyer peut
s'en convaincre dans son propre College
s'il est capable d'être convaincu. Le petit
Rémilly,Pensionnaire au College du Ples
sis , et qui n'est âgé que de six ans , y étu
die selon cette Methode , M. Gaullyer
exigera- t'il qu'il y travaille encore au
moins quatre ans avant que d'aller en si
xiéme ?
Cet empressement des Charlatans , dit
M. Gaullyer ,est nuisible à la santé des en
fans , sur quoy je me contenteray d'ob
server que toute Methode qui instruit
les enfans agréablement , sans les forcer ,
sans les passionner , allant toujours du
connu à l'inconnu , c'est- à-dire , liant les
impressions nouvelles à celles qui sont
déja gravées dans le Cerveau , n'est nul
lement contraire à la santé des enfans :
mais il faut du rélâche , du sommeil , et
éviter sur tout de les forcer, et de les pas
sionner. Je suis persuadé que le grand
travail M. le Fevre a fait faire à son
fils ., peut avoir contribué à la perte de
cet enfant précieux , quoiqu'il soit diffi
cile en ces occasions qu'on ne prenne
pour cause ce qui n'est pas cause .
que
Ce n'est pas le sçavoir qui tue un en
\
II. Vol. fant
506 MERCURE DE FRANCE
fant , c'est l'éffort , c'est de ne point gar
der de proportion entre sa capacité et
ce qu'on veut lui faire apprendre ; les
enfans élevés dans les grandes Villes ap
prennent par l'usage de la vie une infiz
nité de choses sans qu'ils s'en portent
plus mal que les enfans de la Campagne
qui ignorent toutes ces choses : combien
de mots n'apprennent-ils point de leur
langue naturelle ? combien d'objets , com
bien de personnes ne connoissent- ils pas ?
c'est donc de la maniere d'apprendre que
vient tout le bien ou tout le mal. Sur ces
príncipes, il seroit aisé de faire voir que la
Methode vulgaire est bien plus contraire
à la santé des enfans , que celles contre
lesquelles M. Gaullyer fait des déclama
tions si pathétiques . On pourroit aussi
faire voir que quelque Methode que l'on
suive il y a des differences à observer ,
qu'ainst n'en déplaise à M. Gaullyer ,
M. le Feyre a grande raison de dire que
sa maniere d'enseigner n'est pas ce qu'il faut
pour des personnes qui ont peu de bien , mais
tous ces points demanderoient un détail
dans lequel je n'ai pas le temps d'entrer
maintenant.
On ne veut point approfondir d'où
vient le zele de M. Gaullyer contre cer
taines personnes à qui assurément le pu
II. Vol.
blic
JUIN. 1731.
1507
ܐܫܟܗ
Llic ne donne point les noms dont il plaît
à M. Gaullyer de les qualifier. Il traite
leurs idées de folles et d'extravagantes ,
quoiqu'elles soient assurément bien plus
conformes au sistême de M. le Fevre :
il les appelle des Charlatans et des Avan
turiers de la menuë Litterature ; on pourroit
fort bien , dit-il , ( pag. 78. ) lesforcer à
se taire et les chasser des grandes Villes :
et pourquoy ne pas les chasser aussi des
petites les livres de M. Gaullyer ne se
débitent- ils point dans celles - ci ? leurs
ridicules imaginations , poursuit-il , de
vraient au moins les faire bannir des Colleges,
ou plutôt on ne devroit on ne devroit pas leury laisser
mettre le pied. Ce n'est-là ni la pensée ,
pour ainsi dire , ni le langage de la raison .
Qui ne riroit , dit M. Gaullyer , ( p. 83. )
de voir ces bonnes gens nous proposer sérieu
sement , celui - là son Imprimerie en colom
bier avecses logetes ou boulins. M. Gaullyer
peut en rire tout à son aise , et c'est mê
me ce qu'il fera de mieux ; mais il en ri
ra tout seul. La Cour , la Ville , et mê
me les Colleges en pensent plus serieu
sement. Mais rions un moment avec M.
Gaullyer. L'autre , poursuit- il , nous pro
pose serieusement ses gloses interlinéaires ;
comme si c'étoit quelque chose de bien rare ,
et qui fut utile à d'autres qu'à des enfans.
4
II. Vol. Le
1508 MERCURE DE FRANCE.
Le dessein de celui - ci n'a pas été de tra 3
vailler des Vicillards. M. Gaullyer
pour
a d'autant plus de tort de confondre ce
dernier avec les autres dont il parle ,
que celui -ci n'a jamais rien dit contre les
Colleges , qu'il a même l'honneur d'avoir
fait les dernieres années de ses études dans
l'Université de Paris , et d'y avoir pris
des degrés ; il vient de donner au Public
un ouvrage qui a été réçû avec une Apro
bation singuliere dans les Colleges mê
me , il n'y a rien dans cet ouvrage ni dans
tout le reste de sa Methode , qui ne puis
se parfaitement s'accorder avec la prati
que des Colleges , et cet ouvrage n'a pas
été regardé comme une production d'une
menuë Litterature .
Cet autre , continuë M. Gaullyer , nous
propose ses propres Livres. Quel est celui
ci ? seroit- ce M. Gaullyer lui- même ? En
effet au versò du titre de la Methode de
M. le Fevre , M. Gaullyer a pris soin de
faire imprimer le Catalogue de ses pro
pres Livres. LIVRES DE M. GAULLYER.
Régles pour la Langue Latine , Rudiment
Methode , Régles d'élégance , Régles de
Traduction , Régles de Versification , Gram
maire Françoise , Feuille de François . &c
Ceux qui voudront avoir un nombre de ces
Livres sont priés de s'addresser à la V. Bro
د
II. Vol.
GAS
JUIN. 1731. 1509
sas. On leurfera les remises convenables & c.
Dans toutes cès Notes , M. Gaullyer ne
propose que ses propres Livres. Quel
nom donnerons - nous à ce langage ? Il ne
manque plus que de crier , tout le monde
l'a vũ , tout le monde l'a voulu voir. Quoy
qu'il en soit j'avouerai ingenûment , conti
nue M. Gaullyer , qu'il m'est venu souvent
à leur sujet une pensée que je crois vraye ,
pourvû qu'on ne la prenne pas à la rigueurs
c'est qu'ils sont , dit-il , ( pag. 84. ) ou
HERETIQUES on Fous : héretiques , s'ils ne
croyent pas le peché originel ; fous , si en le
croyant ils s'imaginent qu'on puisse guerir fá
cilement une des playes , les plus grandes qu'il
aitfaites à la nature humaine ; et cette playe
c'est l'ignorance.
J'ai lu dans les vies des Peres du dé
sert , qu'un pieux Solitaire fut un jour
extrémement maltraité de paroles par
quelques personnes : vous êtes un fou
lui disoit- on , un médisant , un calom
niateur , un emporté , un fanatique
un charlatan , peut- être lui dit-on aussi
vous n'êtes qu'un homme de la menuë Litte
rature : à tout cela le pieux Solitaire ne ré
pondit rien ; il imita le silence sage de
M. Rollin : mais ces personnes ayant dit
au Solitaire qu'il étoit hérétique , il prit
la parole , et se justifia , parce que
II. Vol. are E
1510 MERCURE DE FRANCE
ore confessio fit ad salutem. Nous déclarons
donc que nous reconnoissons le peché
originel et ses effets dans tous les hom
mes , en notre personne , et même en
celle de M. Gaullyer ; nous croyons aussi
que M. Gaullyer est très bon catholique ,
et qu'il est soumis comme nous à toutes
les décisions de l'Eglise ; mais si au lieu .
de lui retorquer cette premiere partie de
son dilemme , on lui reprochoit et on
lui prouvoit la seconde par ses discours
et par ses livres , imiteroit- il la conduite
du Saint Solitaire ?
M. Gaullyer se plaint , ( pag. 84. ) que
nous trouvons quelques dupes , par LA
REGLÉ qu'un sot trouve toujours un plus
sot qui l'admire. Que M. Gaullyer est ad
mirable !
Voici , entre tant d'autres , une Note où
brille une très- grosse Litterature , M. le
Fevre parlant de Longin , l'appelle Cassius
Longinus. M. Gaullyer à la page 100. fait
cette remarque modeste : je ne connoispoint,
dit- il , le Rhéteur Cassius Longinus, mais le
célebre Denis Longin. Il est vray que M.
Boileau et les Notes du Traité du subli
me , ont supprimé le nom de Cassius ,
mais Suidas , M. Baillet , Jugem. des Sça
vans , Tom. 2. 1. part . in 12. 1685. et
les autres Bibliothequaires nomment Lon
11. Vol.
gin
JUIN 1731. ISII
gin Dionysius Cassius Longinus. Si M. le
Fevre avoit dit Tullius Ciceron , M. Gaul
lyer nous auroit peut-être fait une sça
vante note, pour nous dire : je ne connois
point Tullius Ciceron , mais je connois
bien Marcus Ciceron.
M. Gaullyer remarque ( pag. 83. ) que
le seul moyen d'apprendre les belles Lettres ,
c'est la lecture qu'on fait assidûment pen
dant plusieurs années des Auteurs, et qu'ain
si les Charlatans qui suivent , dit - il ,
d'autres routes n'ont pas grand commerce
avec la raison et l'experience : mais où
sont les Charlatans qui ont prétendu
qu'il ne faloit point lire les Auteurs ? les
Charlatans dont parle M. Gaullyer , ne
different que dans les préliminaires et
dans la Methode , ils sont d'accord avec
M. le Fevre , ils disent avec ce grand hom
me , qu'il ne faut point perdrele tems à
faire des Thèmes , surtout dans les pre
miers commencemens , qu'il faut voir les
Originaux avant que de faire des copies :
un homme qui délibere là-dessus , dit M. le
Fevre , ( pag. 21. ) n'a pas grand com
merce avec la saine raison. Ainsi expli
quons les Auteurs , facilitons d'abord
cette explication , disent nos Charla
tans ; s'ils ne parlent pas comme M. Gaul
lyer encore un coup , ils parlent comme
II. Vol. E ij MA
1512 MERCURE DE FRANCE
M. le Fevre ; mais il suffit à M. Gaullyer
de dire beaucoup de mal des autres , et
beaucoup de bien de lui-même : justice ,
équité , discernement , raison , justesse ;
il n'a pas été en ces Classes-là.
M. le Fevre dit ( pag . 8. et 9. ) qu'il
donna à son fils le gros Alphabet de Robert
Estienne , et veut qu'on se serve de grand
papier plié in 4º . l'Auteur du Bureau
Typographique conseille aussi les grands
livres pour l'usage des enfans , parceque
ses livres se tiennent ouverts , ils laissent
les enfans plus libres, et facilitent la lectu
re : mais M. Gaullyer nous renvoye à
ses petits livres chez la V. Brocas , c'est
dit-il ,
que
l'on trouvera les ouvrages
que nous avons fait imprimer pour l'usage des
Classes. Ces ouvrages sont imprimés en
lettres fort menuës , pour ne pas dire en
menuë Litterature ; il seroit inutile d'en par
ler ici plus au long , le Public sçait assés
l'usage qu'on en fait.
Entre un grand nombre d'observation:
que je pourrois faire sur les Notes d
M. Gaullyer, je me réduis à ces deux der
nieres.
là
,
1. M. Gaullyer n'imite pas les Pane
gyristes qui élevent au dessus des autres
Saints ceux dont il font l'éloge , pour lui
il blâme M. le Fevre ; mais en quelles
11. Vol.
occasions ?
JUIN. 1731 . 1513
Occasions ? c'est uniquement quand M. le
Fevre est contraire aux usages et aux
livres de notre critique ; on voit par tout
que M. Gaullyer ne cherche qu'à faire
valoir ses propres ouvrages . Si j'avois à
instruire un enfant , dit- il , ( pag . 109. )
je lui mettrois entre les mains six on sept pe
tites feuilles que j'ai fait imprimer , lafeuille
de Grammairefrançoise , celle du Rudiment ,
celle des Préterits et Supins &c. de la feuille
du françois je passerois à la feuille du La
tin , je distilerois mes paroles goutte à goutte
dans ses oreilles et dans son esprit , qui
est d'une étroite embouchure , ( c'est de l'es
prit de l'enfant et non du sien dont il par
le ) j'imiterois les bonnes nourrices qui four
rent dans la bouche des petits enfans des
morceaux très-menus. Ce stile ne reveillé
t'il
pas l'idée d'une grande Litterature ?
2. M. Gaullyer employe presque une
page en citations , pour nous apprendre
où nous pourrons aller chercher ce que
c'est que Pedant et Pedanterie . Il fait fort
bien de ne pas le définir , il n'y a rien
de si difficile que la connoissance
de
soy- même.
Voilà quelques-unes des réfléxions que
nous n'avons faites que pour donner à
M. Gaullyer la satisfaction qu'il a de
mandée , nous sçavons d'ailleurs qu'il
II. Vol.
E iij persistera
114 MERCURE DE FRANCE
.
persistera dans le même sentiment . Nous
le soutenons, dit- il dans sa belle Preface de
ses Régles innombrables , page XVIII
nous le soutenons , nous l'avons déja soutenu
et nous le soutiendrons encore. Que M.
Gaullyer sçait bien conjuguer ! voilà le
présent , le passé , le futur. Pour nous
gens à menue Litterature , entierement vui
des de science et de bon sens , & c. nous
tâcherons de profiter des lumieres des
autres quand on voudra bien nous
en faire part ; mais si M. Gaullyer n'a
que des déclamations à faire contre
nous , nous lui déclarons que nous ne
voulions , nous ne voulons , ni ne vou
drons pas perdre le tems à lui répondre.
Si quis est qui delictum in se inclementiùs
Existimavit esse , sic existimet ,
Responsum, non dictum esse , quia lasit prior .
Ter. Eun. Prol .
M. le Fevre de Saumur , et sur les Notes
de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme
au College du Plessis - Sorbonne.
M
R. Gaullyer se plaint de ce que ceux
qu'il appelle les Charlatans de la
menue Litterature ne font aucune ré
ponse aux déclamations qu'il vient de
faire contre eux sans aucune distinction .
Il attribuë ce silence à la même cause qui
a fait taire le sage M. Rollin : mais les
prétendus Charlatans ne présument pas
assés d'eux- mêmes pour se mettre de ni
veau avec M. Rollin : ainsi pour faire
connoître à M. Gaullyer le profond res
pect qu'ils ont pour lui , ils feront ici
quelques réflexions sur ses Notes .
7
Iº. Ils sont surpris que pour justifier
II. Vol. la
JUIN. 1731 1499
la pratique vulgaire , M. Gaullyer ait
fait imprimer la Methode de M. le Févre
qui condamne cette pratique ; mais après
tout quand nous sommes appelés à faire
imprimer , et que le public ne se prête
pas à notre vocation , que pouvons-nous
faire de mieux pour la remplir , que de
faire imprimer les Livres des autres ?
II° La Methode de M. le Fevre con
siste ,
1. A ne parlerde Grec ni de Latin aux
Enfans qu'ils n'ayent atteint au moins la
dixième année. ( pag. 4. )
2. Avant ce temps là , faire apprendre
à lire et à écrire sans se mettre fort en peine
de la beauté du caractère , ( pag. 4. ) il suf
fit qu'il lise bien son écriture. ( pag. 6. )
3. Quand l'Enfant a atteint l'âge de
dix ans , il est tems de commencer ,
pour moý , dit M. le Fevre , ( page 6. ).
je n'eusse appris Musa qu'à douze ans ,
mais je m'imaginai qu'avec le secours d'un
Précepteur, comme moi, il pourroit bien com
mencer deux ans devant.
quoyque
IC
4. Faire apprendre les déclinaisons &c.
et cela en grand papier , plié in 4 ° . et relié
proprement. ( pag. 9. )
5. Quand la Grammaire latine est ache
vée , qu'il est question de venir à la pratique
de cette Grammaire ; je me gardai bien , die
I I. Vol.
M.
1500 MERCURE DE FRANCE
que
M. le Fevre , ( pag. 20. ) de suivre la ma
niere l'on suit ordinairement , qui est de
commencer par la composition , c'est-à-dire ,
par les Thèmes, il n'y a rien , selon mon sens ,
qui nuise si fort à un enfant. M. le Fevre
s'étend beaucoup pour faire voir le peu
de raison qu'il y a dans cette pratique
des Thèmes , et soutient qu'il faut com
mencer par l'explication , c'est-à dire , par
une version de vive voix, qui soit nette , sim
ple , et sans aucune circonlocution . M. le
Fevre fait donc expliquer , et expliquer
jusqu'à extinction de chaleur naturelle.
Ce sont là les points principaux , telle
est , pour ainsi - dire , la charpente de la
Méthode de M. le Fevre : les réflexions
détaillées , dont chacun de ces points est
accompagné , ne changent rien au fond
de la Méthode.
Il ne seroit pas difficile de faire voir
que les Méthodes des prétendus Charla
tans de la menuë Litterature sont plus
conformes à celle de M. le Fevre , que
ne l'est celle de M. Gaullyer .
M. le Fevre dit avec raison , ( pag. 2 )
que sa Méthode ne s'accommode nullememt
avec la pratique des Colleges. Ceux qui di
ront cela , ajoute t'il , diront vray.
M. Gaullyer fait une Note pour
répondre à cet article ; mais sa réponse
II. Vol. RC
JUIN. 1731. I sor
ne satisfait pas ceux qui sçavent réduire les
difficultés à leur veritable point.
M. Gaullyer prétend 1 ° . que du tems
de M. le Fevre , c'est-à - dire , depuis l'an
1651 jusqu'en l'an 1672. les Colleges
étoient mal montés , c'est-à-dire , comme
il l'explique , remplis de Régens peu ha
biles. 2 ° . que les Auteurs Grecs et Latins
sont bien mieux distribués aujourd'huy
dans les six Classes d'humanité des Colle
ges , qu'ils ne l'étoient du tems de M. le
Fevre . Voilà en quoy consiste la répon
se de M. Gaullycr à cet article de M. le
Fevre. Un des Agresseurs des nouvelles
Méthodes , prétend que les Ecoliers du
siécle passé étoient au moins aussi habiles
que ceux d'aujourd'hui , et qu'à mesure
qu'on a vû des Méthodes nouvelles , on
a vû le nombre des Sçavans décroître ,
réflexions, ajoute - t'il ,du célébre M. Huet :
mais accordons à M. Gaullyer , puisque
tel est son bon plaisir, que les Regens d'au
jourd'huy sont plus habiles qu'ils ne
l'étoient du tems de M. le Fevre ; en effet
M. Gaullyer n'étoit pas de ce tems- là ,
il n'en sera pas plus avancé ; car la ques
tion se réduit à sçavoir si la Méthode que
l'on suit aujourd'hui , n'est pas au fond
* Mémoires de Trevoux ,May 1723.
}
II Vol.
la
1502 MERCURE DE FRANCÉ
la même que celle que l'on suivoit du
tems de M. le Fevre : faire expliquer Ho
race avant Virgile , ou Virgile avant Ho
race ; Ciceron avant Homére , ou Homé
re avant Ciceron , ce n'est pas en cela que
consiste la difference qu'il y avoit entre
la Méthode de M. le Fevre et celle des
Colleges de son tems : la principale diffe
rence étoit la Méthode commune
que
menoit au Latin par la composition des
Thèmes , et que M. le Fevre y menoit par
l'explication. Or cette différence éssen
tiéle subsiste encore aujourd'hui , donc
quand M. Gaullyer sera monté en Philo
sophie , on pourra luy faire ce raison
nement:
On ne peut pas dire, selon M. Gaullyer,
que la Méthode de M. le Fevre ne sait pas
bonne , elle est fondée sur la raison et l'expe
rience. Or ce qui distingue principalement
cette Méthode de celle des Colleges du
siécle passé et de ceux d'aujourd'hui , c'est
de mener à l'intelligence du Latin par la
voye de l'explication, plutôt que par celle
de la composition : donc la Méthode des
Colleges d'aujourd'hui , aussi bien que
celle des Colleges du siécle passé, n'est pas
la bonne en ce point essentiel , et est con
traire à celle de M. le Fevre , quoique
les Colleges soient mieux montés que ceux
de son tems .
En
JUIN. 1731. 1503
En un mot, on soutient que la Méthode
des Colleges d'aujourd'hui est la mème,
quant au fond , que celle des Colleges de
1672. Or M. le Fevre qui connoissoit sans
doute l'étendue et l'esprit de saMéthode ,
déclare d'abord que sa Méthode ne s'ac
commode nullement avec la pratique des
Colleges : donc il faut convenir que M.
Gaullyer n'a compris ni l'esprit ni l'éten- :
duë de la Methode de M. le Fevre. Car
enfin s'il l'a comprise , dans quelle vuë
osera- t'on le soupçonner de l'avoir fait
imprimer à ses dépens ?
A l'égard du tems qu'on doit commen
cer à étudier le Latin , M. le Fevre , com
me nous l'avons déja remarqué , ne veut
l'on commence avant
pas que
que l'enfant
ait atteint l'âge de dix ans. M. Gaullyer
remarque sçavament ( pag. 76. ) que comme
on dressé de bonne heure les jeunes Veaux
et les petits poulains pour l'exercice de la
Campagne , de même dès que les Enfans
peuvent parler , on doit leur enseigner à
lire ensuite à écrire , et même plusieurs
choses qui sont à leur portée , par exemple
ce qu'il y a de plusfacile dans la Géographie
la Chronologie , et l'Histoire . Ce sentiment ,
dit-il , ( pag. 77. ) n'est pas contraire pour
le fonds à celui de M. le Fevre ; car tout
se que prétend M. le Fevre , c'est qu'on ne
.
II.Vol.
commerce
1504 MERCURE DE FRANCE
›
commence qu'à dix ou douze ans , c'est-à
dire , qu'on ne leur fasse pas apprendre plû
tôt les principes du Latin et du Grec ; ainsy
en commençant la sixième à dix ans , les
Enfans seront en Rétorique , dit- il , à quin
Ze à seize et à dix-sept ans. Ils y seront
encore assés-tôt , ajoute - t'il , peut- être mê
me trop- tôt à l'âge de dix-sept à dix- huit
ans. ainsi à dix- neuf ou vingt ans un jeu
ne homme aura fait sa Philosophie. Les
Parens impatiens de donner à leurs enfans
des emplois militaires , ou des charges
de robe , ne doivent - ils pas sçavoir gré à
M. Gaullyer d'adopter en ce point la
pensée de M. le Fevre ? car si l'on y veut
faire attention , c'est encore trop- tôt que
dix ou douze ans pour commencer une
étude que la Methode vulgaire a renduë
si penible et si embarassée. Quel effort de
mémoire et quelle justesse ne faut-il point
dans l'application de tant de régles si peu
claires , si peu fondées dans la nature , et
sujettes à tant d'exceptions ! les préten
dus charlatans , quoyqu'en dise M. Gaul
lyer , ont ici un grand avantage , du moins
ceux à qui le seul M. Gaullyer donne
le nom de Charlatans , la Methode du
Bureau Typographique, par exemple, met
les enfans en état de profiter des années
dont la Methode vulgaire fait un si mau
C
II. Vol.
vais
JUIN. 1731 1505
vais usage , parceque la Methode de ce
Bureau est fondée sur des principes pro
portionés à l'enfance . M. Gaullyer peut
s'en convaincre dans son propre College
s'il est capable d'être convaincu. Le petit
Rémilly,Pensionnaire au College du Ples
sis , et qui n'est âgé que de six ans , y étu
die selon cette Methode , M. Gaullyer
exigera- t'il qu'il y travaille encore au
moins quatre ans avant que d'aller en si
xiéme ?
Cet empressement des Charlatans , dit
M. Gaullyer ,est nuisible à la santé des en
fans , sur quoy je me contenteray d'ob
server que toute Methode qui instruit
les enfans agréablement , sans les forcer ,
sans les passionner , allant toujours du
connu à l'inconnu , c'est- à-dire , liant les
impressions nouvelles à celles qui sont
déja gravées dans le Cerveau , n'est nul
lement contraire à la santé des enfans :
mais il faut du rélâche , du sommeil , et
éviter sur tout de les forcer, et de les pas
sionner. Je suis persuadé que le grand
travail M. le Fevre a fait faire à son
fils ., peut avoir contribué à la perte de
cet enfant précieux , quoiqu'il soit diffi
cile en ces occasions qu'on ne prenne
pour cause ce qui n'est pas cause .
que
Ce n'est pas le sçavoir qui tue un en
\
II. Vol. fant
506 MERCURE DE FRANCE
fant , c'est l'éffort , c'est de ne point gar
der de proportion entre sa capacité et
ce qu'on veut lui faire apprendre ; les
enfans élevés dans les grandes Villes ap
prennent par l'usage de la vie une infiz
nité de choses sans qu'ils s'en portent
plus mal que les enfans de la Campagne
qui ignorent toutes ces choses : combien
de mots n'apprennent-ils point de leur
langue naturelle ? combien d'objets , com
bien de personnes ne connoissent- ils pas ?
c'est donc de la maniere d'apprendre que
vient tout le bien ou tout le mal. Sur ces
príncipes, il seroit aisé de faire voir que la
Methode vulgaire est bien plus contraire
à la santé des enfans , que celles contre
lesquelles M. Gaullyer fait des déclama
tions si pathétiques . On pourroit aussi
faire voir que quelque Methode que l'on
suive il y a des differences à observer ,
qu'ainst n'en déplaise à M. Gaullyer ,
M. le Feyre a grande raison de dire que
sa maniere d'enseigner n'est pas ce qu'il faut
pour des personnes qui ont peu de bien , mais
tous ces points demanderoient un détail
dans lequel je n'ai pas le temps d'entrer
maintenant.
On ne veut point approfondir d'où
vient le zele de M. Gaullyer contre cer
taines personnes à qui assurément le pu
II. Vol.
blic
JUIN. 1731.
1507
ܐܫܟܗ
Llic ne donne point les noms dont il plaît
à M. Gaullyer de les qualifier. Il traite
leurs idées de folles et d'extravagantes ,
quoiqu'elles soient assurément bien plus
conformes au sistême de M. le Fevre :
il les appelle des Charlatans et des Avan
turiers de la menuë Litterature ; on pourroit
fort bien , dit-il , ( pag. 78. ) lesforcer à
se taire et les chasser des grandes Villes :
et pourquoy ne pas les chasser aussi des
petites les livres de M. Gaullyer ne se
débitent- ils point dans celles - ci ? leurs
ridicules imaginations , poursuit-il , de
vraient au moins les faire bannir des Colleges,
ou plutôt on ne devroit on ne devroit pas leury laisser
mettre le pied. Ce n'est-là ni la pensée ,
pour ainsi dire , ni le langage de la raison .
Qui ne riroit , dit M. Gaullyer , ( p. 83. )
de voir ces bonnes gens nous proposer sérieu
sement , celui - là son Imprimerie en colom
bier avecses logetes ou boulins. M. Gaullyer
peut en rire tout à son aise , et c'est mê
me ce qu'il fera de mieux ; mais il en ri
ra tout seul. La Cour , la Ville , et mê
me les Colleges en pensent plus serieu
sement. Mais rions un moment avec M.
Gaullyer. L'autre , poursuit- il , nous pro
pose serieusement ses gloses interlinéaires ;
comme si c'étoit quelque chose de bien rare ,
et qui fut utile à d'autres qu'à des enfans.
4
II. Vol. Le
1508 MERCURE DE FRANCE.
Le dessein de celui - ci n'a pas été de tra 3
vailler des Vicillards. M. Gaullyer
pour
a d'autant plus de tort de confondre ce
dernier avec les autres dont il parle ,
que celui -ci n'a jamais rien dit contre les
Colleges , qu'il a même l'honneur d'avoir
fait les dernieres années de ses études dans
l'Université de Paris , et d'y avoir pris
des degrés ; il vient de donner au Public
un ouvrage qui a été réçû avec une Apro
bation singuliere dans les Colleges mê
me , il n'y a rien dans cet ouvrage ni dans
tout le reste de sa Methode , qui ne puis
se parfaitement s'accorder avec la prati
que des Colleges , et cet ouvrage n'a pas
été regardé comme une production d'une
menuë Litterature .
Cet autre , continuë M. Gaullyer , nous
propose ses propres Livres. Quel est celui
ci ? seroit- ce M. Gaullyer lui- même ? En
effet au versò du titre de la Methode de
M. le Fevre , M. Gaullyer a pris soin de
faire imprimer le Catalogue de ses pro
pres Livres. LIVRES DE M. GAULLYER.
Régles pour la Langue Latine , Rudiment
Methode , Régles d'élégance , Régles de
Traduction , Régles de Versification , Gram
maire Françoise , Feuille de François . &c
Ceux qui voudront avoir un nombre de ces
Livres sont priés de s'addresser à la V. Bro
د
II. Vol.
GAS
JUIN. 1731. 1509
sas. On leurfera les remises convenables & c.
Dans toutes cès Notes , M. Gaullyer ne
propose que ses propres Livres. Quel
nom donnerons - nous à ce langage ? Il ne
manque plus que de crier , tout le monde
l'a vũ , tout le monde l'a voulu voir. Quoy
qu'il en soit j'avouerai ingenûment , conti
nue M. Gaullyer , qu'il m'est venu souvent
à leur sujet une pensée que je crois vraye ,
pourvû qu'on ne la prenne pas à la rigueurs
c'est qu'ils sont , dit-il , ( pag. 84. ) ou
HERETIQUES on Fous : héretiques , s'ils ne
croyent pas le peché originel ; fous , si en le
croyant ils s'imaginent qu'on puisse guerir fá
cilement une des playes , les plus grandes qu'il
aitfaites à la nature humaine ; et cette playe
c'est l'ignorance.
J'ai lu dans les vies des Peres du dé
sert , qu'un pieux Solitaire fut un jour
extrémement maltraité de paroles par
quelques personnes : vous êtes un fou
lui disoit- on , un médisant , un calom
niateur , un emporté , un fanatique
un charlatan , peut- être lui dit-on aussi
vous n'êtes qu'un homme de la menuë Litte
rature : à tout cela le pieux Solitaire ne ré
pondit rien ; il imita le silence sage de
M. Rollin : mais ces personnes ayant dit
au Solitaire qu'il étoit hérétique , il prit
la parole , et se justifia , parce que
II. Vol. are E
1510 MERCURE DE FRANCE
ore confessio fit ad salutem. Nous déclarons
donc que nous reconnoissons le peché
originel et ses effets dans tous les hom
mes , en notre personne , et même en
celle de M. Gaullyer ; nous croyons aussi
que M. Gaullyer est très bon catholique ,
et qu'il est soumis comme nous à toutes
les décisions de l'Eglise ; mais si au lieu .
de lui retorquer cette premiere partie de
son dilemme , on lui reprochoit et on
lui prouvoit la seconde par ses discours
et par ses livres , imiteroit- il la conduite
du Saint Solitaire ?
M. Gaullyer se plaint , ( pag. 84. ) que
nous trouvons quelques dupes , par LA
REGLÉ qu'un sot trouve toujours un plus
sot qui l'admire. Que M. Gaullyer est ad
mirable !
Voici , entre tant d'autres , une Note où
brille une très- grosse Litterature , M. le
Fevre parlant de Longin , l'appelle Cassius
Longinus. M. Gaullyer à la page 100. fait
cette remarque modeste : je ne connoispoint,
dit- il , le Rhéteur Cassius Longinus, mais le
célebre Denis Longin. Il est vray que M.
Boileau et les Notes du Traité du subli
me , ont supprimé le nom de Cassius ,
mais Suidas , M. Baillet , Jugem. des Sça
vans , Tom. 2. 1. part . in 12. 1685. et
les autres Bibliothequaires nomment Lon
11. Vol.
gin
JUIN 1731. ISII
gin Dionysius Cassius Longinus. Si M. le
Fevre avoit dit Tullius Ciceron , M. Gaul
lyer nous auroit peut-être fait une sça
vante note, pour nous dire : je ne connois
point Tullius Ciceron , mais je connois
bien Marcus Ciceron.
M. Gaullyer remarque ( pag. 83. ) que
le seul moyen d'apprendre les belles Lettres ,
c'est la lecture qu'on fait assidûment pen
dant plusieurs années des Auteurs, et qu'ain
si les Charlatans qui suivent , dit - il ,
d'autres routes n'ont pas grand commerce
avec la raison et l'experience : mais où
sont les Charlatans qui ont prétendu
qu'il ne faloit point lire les Auteurs ? les
Charlatans dont parle M. Gaullyer , ne
different que dans les préliminaires et
dans la Methode , ils sont d'accord avec
M. le Fevre , ils disent avec ce grand hom
me , qu'il ne faut point perdrele tems à
faire des Thèmes , surtout dans les pre
miers commencemens , qu'il faut voir les
Originaux avant que de faire des copies :
un homme qui délibere là-dessus , dit M. le
Fevre , ( pag. 21. ) n'a pas grand com
merce avec la saine raison. Ainsi expli
quons les Auteurs , facilitons d'abord
cette explication , disent nos Charla
tans ; s'ils ne parlent pas comme M. Gaul
lyer encore un coup , ils parlent comme
II. Vol. E ij MA
1512 MERCURE DE FRANCE
M. le Fevre ; mais il suffit à M. Gaullyer
de dire beaucoup de mal des autres , et
beaucoup de bien de lui-même : justice ,
équité , discernement , raison , justesse ;
il n'a pas été en ces Classes-là.
M. le Fevre dit ( pag . 8. et 9. ) qu'il
donna à son fils le gros Alphabet de Robert
Estienne , et veut qu'on se serve de grand
papier plié in 4º . l'Auteur du Bureau
Typographique conseille aussi les grands
livres pour l'usage des enfans , parceque
ses livres se tiennent ouverts , ils laissent
les enfans plus libres, et facilitent la lectu
re : mais M. Gaullyer nous renvoye à
ses petits livres chez la V. Brocas , c'est
dit-il ,
que
l'on trouvera les ouvrages
que nous avons fait imprimer pour l'usage des
Classes. Ces ouvrages sont imprimés en
lettres fort menuës , pour ne pas dire en
menuë Litterature ; il seroit inutile d'en par
ler ici plus au long , le Public sçait assés
l'usage qu'on en fait.
Entre un grand nombre d'observation:
que je pourrois faire sur les Notes d
M. Gaullyer, je me réduis à ces deux der
nieres.
là
,
1. M. Gaullyer n'imite pas les Pane
gyristes qui élevent au dessus des autres
Saints ceux dont il font l'éloge , pour lui
il blâme M. le Fevre ; mais en quelles
11. Vol.
occasions ?
JUIN. 1731 . 1513
Occasions ? c'est uniquement quand M. le
Fevre est contraire aux usages et aux
livres de notre critique ; on voit par tout
que M. Gaullyer ne cherche qu'à faire
valoir ses propres ouvrages . Si j'avois à
instruire un enfant , dit- il , ( pag . 109. )
je lui mettrois entre les mains six on sept pe
tites feuilles que j'ai fait imprimer , lafeuille
de Grammairefrançoise , celle du Rudiment ,
celle des Préterits et Supins &c. de la feuille
du françois je passerois à la feuille du La
tin , je distilerois mes paroles goutte à goutte
dans ses oreilles et dans son esprit , qui
est d'une étroite embouchure , ( c'est de l'es
prit de l'enfant et non du sien dont il par
le ) j'imiterois les bonnes nourrices qui four
rent dans la bouche des petits enfans des
morceaux très-menus. Ce stile ne reveillé
t'il
pas l'idée d'une grande Litterature ?
2. M. Gaullyer employe presque une
page en citations , pour nous apprendre
où nous pourrons aller chercher ce que
c'est que Pedant et Pedanterie . Il fait fort
bien de ne pas le définir , il n'y a rien
de si difficile que la connoissance
de
soy- même.
Voilà quelques-unes des réfléxions que
nous n'avons faites que pour donner à
M. Gaullyer la satisfaction qu'il a de
mandée , nous sçavons d'ailleurs qu'il
II. Vol.
E iij persistera
114 MERCURE DE FRANCE
.
persistera dans le même sentiment . Nous
le soutenons, dit- il dans sa belle Preface de
ses Régles innombrables , page XVIII
nous le soutenons , nous l'avons déja soutenu
et nous le soutiendrons encore. Que M.
Gaullyer sçait bien conjuguer ! voilà le
présent , le passé , le futur. Pour nous
gens à menue Litterature , entierement vui
des de science et de bon sens , & c. nous
tâcherons de profiter des lumieres des
autres quand on voudra bien nous
en faire part ; mais si M. Gaullyer n'a
que des déclamations à faire contre
nous , nous lui déclarons que nous ne
voulions , nous ne voulons , ni ne vou
drons pas perdre le tems à lui répondre.
Si quis est qui delictum in se inclementiùs
Existimavit esse , sic existimet ,
Responsum, non dictum esse , quia lasit prior .
Ter. Eun. Prol .
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Résumé : RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
Le texte présente une critique de la méthode pédagogique de M. le Fèvre de Saumur et des notes de M. Gaullyer, professeur au Collège du Plessis - Sorbonne. M. Gaullyer accuse des 'charlatans de la menue Littérature' de ne pas répondre à ses critiques. Les auteurs anonymes du texte, se présentant comme ces 'charlatans', expriment leur surprise que M. Gaullyer ait imprimé la méthode de M. le Fèvre, qui condamne la pratique vulgaire. Ils détaillent la méthode de M. le Fèvre, qui consiste à ne pas enseigner le grec et le latin aux enfants avant l'âge de dix ans, à apprendre à lire et à écrire sans se soucier de la beauté du caractère, et à commencer l'apprentissage des déclinaisons en grand papier. M. le Fèvre recommande également de commencer par l'explication des textes plutôt que par la composition de thèmes. Les auteurs soutiennent que la méthode des 'charlatans' est plus conforme à celle de M. le Fèvre que celle de M. Gaullyer. Les auteurs critiquent la réponse de M. Gaullyer, qui affirme que les collèges sont mieux montés aujourd'hui et que les auteurs grecs et latins sont mieux distribués. Ils argumentent que la principale différence entre la méthode de M. le Fèvre et celle des collèges réside dans l'approche pédagogique, et non dans l'ordre des auteurs étudiés. Ils concluent que la méthode des collèges actuels est fondamentalement la même que celle de 1672, et que M. Gaullyer n'a pas compris l'esprit de la méthode de M. le Fèvre. Ils soulignent également que la méthode vulgaire est plus nuisible à la santé des enfants que les méthodes alternatives. Le texte mentionne également les ouvrages de M. Gaullyer sur la langue latine et française, tels que 'Règles pour la Langue Latine', 'Rudiment', 'Méthode', 'Règles d'élégance', 'Règles de Traduction', 'Règles de Versification', et 'Grammaire Françoise'. Il critique M. Gaullyer pour ne proposer que ses propres livres et pour son langage excessif. Gaullyer affirme que ses critiques sont soit hérétiques, soit fous, selon qu'ils croient ou non au péché originel et à la difficulté de guérir l'ignorance. Il cite un exemple d'un solitaire pieux qui reste silencieux face aux insultes mais se justifie lorsqu'on l'accuse d'hérésie. Gaullyer se plaint également de trouver des dupes parmi ses admirateurs. Le texte mentionne une erreur de Gaullyer concernant l'identité de Longin et critique son approche pédagogique, qui privilégie ses propres ouvrages. Gaullyer est décrit comme quelqu'un qui parle beaucoup de mal des autres et de bien de lui-même, sans justice ni équité. Le texte conclut en soulignant que Gaullyer ne cherche qu'à valoriser ses propres ouvrages et en refusant de perdre du temps à répondre à ses déclamations.
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8
p. 816-817
« Le Jeudy Saint 2. Avril, le Concert Spirituel continua au Château des Tuilleries. Le sieur Bononcini, [...] »
Début :
Le Jeudy Saint 2. Avril, le Concert Spirituel continua au Château des Tuilleries. Le sieur Bononcini, [...]
Mots clefs :
Composition, Musique, Maure, Compagnie, Reine, Concert spirituel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Jeudy Saint 2. Avril, le Concert Spirituel continua au Château des Tuilleries. Le sieur Bononcini, [...] »
Le Jeudy Saint 2. Avril , le Concert Spirituel
continua au Château des Tuilleries. Le sieur Bo
noncini , dont on a déja parlé , fit chanter un,
Miserere de sa composition , dans lequel la Dlle,
Erremens chanta differens Récits dans le goût ,
Italien , qui firent plaisir . La Dlle le Maure chanta
aussi un nouveau Pange lingua , alternativement
avec les Choeurs , sur la Sarabande du quatriéme
Acte de Jephté , dont les paroles sont
Nous vivons dans l'innocence , et sur le chant de
la Bergerie de Roland , quand on vient dans ce
Bocage , &c. M. Mouret y a ajoûté quelques
Versets en Musique.de sa composition. Cette
nouveauté a été très - applaudie .
Le même Concert fut interrompu pendant trois
jours à l'occasion de la mort du Duc d'Anjou ,
et fut continué le reste de la Semaine , jusques et
compris le Dimanche de Quasimodo. Les Diles
Erremens , Le Maure , Courvasier et Lenner , de
la Musique de la Reine , y ont chanté pendant
les trois semaines , differents petits Motets nouveaux
, à une et à deux voix , de la composition
des sieurs Mouret , le Maire et du Bousset , qui
ont été très- goûtez. Le sieur Massé , qui a une
très-belle voix de haute -contre et qui est de la Musique
de la Reine , a chanté pour la premiere fois
differens Récits avec justesse et applaudissement,
Le sieur Sommis , fameux joueur de Violon du
Roy de Sardaigne , y a executé differentes Son
nates et des Concerto , dans la derniere perfection,
et
AVKI L. 1733 . 817
et a été très- applaudi par de nombreuses Assem
blées , que la justesse et la brillante execution de
ce grand Maître y a attirées.
Le Pseaume , Exultate justi , à grand Choeur et
Symphonie, de la composition du sieur Bordier,
Maître de Musique de S. Innocent , executé lé
10. Avril , fut generalement applaudi .
Le 25. Mars , l'Abbé de Fitzjames , fils du Ma
réchal de Berwik , Abbé de l'Abbaye Royale de
S. Victor , y chanta solemnellement sa premierę
Messe , plusieurs Prélats et quantité de Personnes
de distinction , assisterent à cette Ceremonie
après laquelle M. l'Abbé donna un splendide
Repas.
Le 25. Avril , La Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée à l'Hôtel
de la Compagnie. La Liste des Numero gagnans
des Actions etDixiémes d'Actions qui doi
vent être remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 314. Actions.
continua au Château des Tuilleries. Le sieur Bo
noncini , dont on a déja parlé , fit chanter un,
Miserere de sa composition , dans lequel la Dlle,
Erremens chanta differens Récits dans le goût ,
Italien , qui firent plaisir . La Dlle le Maure chanta
aussi un nouveau Pange lingua , alternativement
avec les Choeurs , sur la Sarabande du quatriéme
Acte de Jephté , dont les paroles sont
Nous vivons dans l'innocence , et sur le chant de
la Bergerie de Roland , quand on vient dans ce
Bocage , &c. M. Mouret y a ajoûté quelques
Versets en Musique.de sa composition. Cette
nouveauté a été très - applaudie .
Le même Concert fut interrompu pendant trois
jours à l'occasion de la mort du Duc d'Anjou ,
et fut continué le reste de la Semaine , jusques et
compris le Dimanche de Quasimodo. Les Diles
Erremens , Le Maure , Courvasier et Lenner , de
la Musique de la Reine , y ont chanté pendant
les trois semaines , differents petits Motets nouveaux
, à une et à deux voix , de la composition
des sieurs Mouret , le Maire et du Bousset , qui
ont été très- goûtez. Le sieur Massé , qui a une
très-belle voix de haute -contre et qui est de la Musique
de la Reine , a chanté pour la premiere fois
differens Récits avec justesse et applaudissement,
Le sieur Sommis , fameux joueur de Violon du
Roy de Sardaigne , y a executé differentes Son
nates et des Concerto , dans la derniere perfection,
et
AVKI L. 1733 . 817
et a été très- applaudi par de nombreuses Assem
blées , que la justesse et la brillante execution de
ce grand Maître y a attirées.
Le Pseaume , Exultate justi , à grand Choeur et
Symphonie, de la composition du sieur Bordier,
Maître de Musique de S. Innocent , executé lé
10. Avril , fut generalement applaudi .
Le 25. Mars , l'Abbé de Fitzjames , fils du Ma
réchal de Berwik , Abbé de l'Abbaye Royale de
S. Victor , y chanta solemnellement sa premierę
Messe , plusieurs Prélats et quantité de Personnes
de distinction , assisterent à cette Ceremonie
après laquelle M. l'Abbé donna un splendide
Repas.
Le 25. Avril , La Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée à l'Hôtel
de la Compagnie. La Liste des Numero gagnans
des Actions etDixiémes d'Actions qui doi
vent être remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 314. Actions.
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Résumé : « Le Jeudy Saint 2. Avril, le Concert Spirituel continua au Château des Tuilleries. Le sieur Bononcini, [...] »
Le 2 avril, un concert du Concert Spirituel eut lieu au Château des Tuileries. Bononcini présenta un Miserere, avec la demoiselle Erremens interprétant des récits au goût italien. La demoiselle Le Maure chanta un nouveau Pange lingua, alternant avec les chœurs sur des extraits de Jephté et de la Bergerie de Roland. M. Mouret ajouta des versets musicaux, acclamés par le public. Le concert fut interrompu trois jours en raison du décès du Duc d'Anjou, puis reprit jusqu'au dimanche de Quasimodo. Les demoiselles Erremens, Le Maure, Courvasier et Lenner, ainsi que le sieur Massé, chantèrent divers motets nouveaux. Le sieur Sommis, violoniste du Roi de Sardaigne, exécuta des sonates et concertos avec maîtrise. Le 10 avril, le psaume Exultate justi de Bordier fut exécuté et applaudi. Le 25 mars, l'Abbé de Fitzjames chanta sa première messe à l'Abbaye Royale de Saint-Victor. Le 25 avril, la loterie de la Compagnie des Indes fut tirée à l'Hôtel de la Compagnie, remboursant 314 actions.
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9
p. 1875-1880
« Le Roy a nommé le Maréchal Duc de Berwick, pour commander depuis [...] »
Début :
Le Roy a nommé le Maréchal Duc de Berwick, pour commander depuis [...]
Mots clefs :
Roi, Général, Académie française, Cérémonies, Motet, Musique, Composition, Audience, Compte, Députés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a nommé le Maréchal Duc de Berwick, pour commander depuis [...] »
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E Roy a nommé le Maréchal Duc
de Berwick , pour commander depuis
la Meuse jusqu'au Rhin ; il a pris
congé de Sa Majesté , et il est pirti
17. de ce mois pour se rendre à Metz .
le
S. M. a accordé au Marquis de Conflans
, l'agrément du Régiment d'Auxerrois
, dont le Marquis d'Oisy étoit Colon.
l.
Le Chapitre General des Benedictins
de
1876 MERCURE DE FRANCE
de la Congrégation de S. Maur , assem
blé à Marmoutier , a élû le 2. Juillet le
R. P. Dom Hervé Ménard , pour Géneral
. Il étoit cy - devant Premier Assistant
, puis Vicaire general depuis la mort
du dernier General. Le R. P. Dom Claude
du Pré , Grand - Prieur de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez , a été
fait premier Assistant , le R. P. Dom
René Lanau , second Assistant , et le.
R. P. Dom Pierre Maloet , a été nommé
Prieur de S. Germain des Prez.
Le 16. Août après midy , le Roy par-.
tit de Compiegne , et S. M. vint coucher
au Château de Chantilly. Elle prit
le divertissement de la Chasse du Sanglier
et du Cerf, le 17. et le 18 ; et le 19.
le Roy en partit et arriva à Versailles
vers les huit heures du soir.
Le 17. le Corps de Ville fit l'Election
des deux nouveaux Echevins , qui sont-
Mrs de Vildé , Conseiller de Ville , et
M. Josset.
Le 23. le Corps de Ville alla à Versailles
, et le Duc de Gesvres , Gouver
neur de Paris , étant à la tête ; il eut
audience du Roy avec les ceremonies
accoûtumées. Il fut présenté à S. M. par
le
A O UST. 1733 1877
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat
, et conduit par le Grand-Maître et
Maître des Ceremonies . Les deux nouveaux
Echevins préterent le Serment de
fidelité , dont le Comte de Maurepas fit
la lecture ; le Scrutin avant été présenté
par le sieur du Tillet de la Bussiere ,
Conseiller au Parlement , qui parla avec
beaucoup d'éloquence.
Le 24. les Députez des Etats de Languedoc
, eurent audience du Roy , étant
présentez par le Prince de Dombes
Gouverneur de la Province , en survivance
du Duc du Maine , son Pere , et
par le Comte de S. Florentin , Secretaire
d'Etat , et conduits en la maniere accoûtumée
, par le Grand- Maître et le Maître
des Céremonies. La Députation étoit
composée de l'Evêque d'Agde , pour le
Clergé , qui porta la parole ; du Vicomte
de Polignac pour la Noblesse , des sieurs
de Saint Sébastien et Brigaud , Députez
du Tiers Etat , et du sieur de Montferrier
, Syndic general de la Province.
Ces Députez eurent ensuite audience de
la Reine avec les mêmes Ceremonies.
L'Académie Françoise celebra le 252
de ce mois la Fête de S, Louis , dans la
Cha18-
8 MERCURE DE FRANCE
Chapelle du Louvre. Pendant la Messe
on chanta un très -beau Motet en Musique
, de la composition du sieur Dornel
. Le R. P. Tournemine , de la Compa
gnie de Jesus , prononça le Panégyrique
du Saint , avec autant d'onction que dé-
Loquence. Son Discours fut fort applau
di . L'après midi l'Académie adjugea e
Prix d Eloquence rés rvé de l'année derniere
à une Piece qui fut luë par M.l'Abbé
Sallier ; l'Auteur qu'on dit être Provençal
, ne s'est point encore fait connoître
. Elle donna ensuite le Prix de
Poësie à M. Isnard , de l'Oratoire ,
aussi Provençal , Professeur d'Eloquence
au College de Soissons , présent à l'Assemblée.
Sa Piece est une Ode , dont la
lecture par M. Danchet , fit beaucoup de
plaisir . Les Prix dont on vient de parler
sont une Médaille d'or , la derniere qui
a été frappée pour le Roy et dont nou
avons donné la gravûr dans le Mercure
du mo's de Février dernier , p . 34 La
Séance finit par le Tribut de l'Académie
de Soissons . qui fut une Ode lû : par
M. l'Abbé Gédouin , imitée de celle d'Horace
, sur les innocens plaisirs de la Campagne.
Le même jour l'Académie des Inscriptions
et Belles- Lettres , et celle des Sciences
C
1879
AOUST. 1733.
Jes
Мо
Dot
lat
des
Ab
de
ees , celebrerent la même Fête dans l'Eglise
des P P. de l'Oratoire . Il y eut aussi
un beau Motet pendant la Messe , de la
composition du sieur du Bousset , après
laquelle le R.P.Coulomb , Dominiquain du
Noviciat , prononça , avec beaucoup de
succès , le Panegyrique de S. Louis.
Le 15. Août , Fête de l'Assomption de la
Vierge , il y eur Concert Spirituel au Château
des Tuilleries , où l'on chanta le Lauda Jerusa-
Po lem , Motet de M. de la Lande , après lequel la
Dlle Petitpas chanta seule un Moter du sieur le
Maire , avec beaucoup d'applaudissement. Le
sieur Jeliot , dont la belle voix fait tant de plaisir
, en chanta un autre seul , de la composition
de M. Mouret , qui fut goûté et applaudi d'une
très - nombreuse Assemblée , et après plusieurs
Pieces de Simphonie , executées par les sieurs le
de Clerc et Blavet , le Concert fut terminé par le
Dominus Regnavit , Motet de M. de la Lande.
те
ie
11.
Il y a eu plusieurs Concerts chez la Reine
endant le mois de Juillet dernier , M. de Blamont
, Sur- Intendant de la Musique du Roy ,
a fait chanter les Lundis et Mercredis les Opera
d'Atys , de Roland et d'Iphigenie , dont l'exécu¬
tion a fait beaucoup de plaisir.
Le 3. le I2. et le 18. Août , on concerta le
Balet de l'Europe Galante , dont les principaux
Rôles et ceux des Concerts précedens , ont ét
chantez par les meilleurs Sujets de la Musiqu
du Roy et par ceux de l'Académie Royale´d
Musique.
5
Le I
1380 MERCURE DE FRANCE
·
Le 25. Fête de S. Louis , les Vingt - quatre
Violons de la Chambre du Roy executerent
pendant le dîner de S. M. plusieurs Suites de
Simphonies , de la composition de M. de Bla
mont , Sur- Intendant de la Musique du Roy.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E Roy a nommé le Maréchal Duc
de Berwick , pour commander depuis
la Meuse jusqu'au Rhin ; il a pris
congé de Sa Majesté , et il est pirti
17. de ce mois pour se rendre à Metz .
le
S. M. a accordé au Marquis de Conflans
, l'agrément du Régiment d'Auxerrois
, dont le Marquis d'Oisy étoit Colon.
l.
Le Chapitre General des Benedictins
de
1876 MERCURE DE FRANCE
de la Congrégation de S. Maur , assem
blé à Marmoutier , a élû le 2. Juillet le
R. P. Dom Hervé Ménard , pour Géneral
. Il étoit cy - devant Premier Assistant
, puis Vicaire general depuis la mort
du dernier General. Le R. P. Dom Claude
du Pré , Grand - Prieur de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez , a été
fait premier Assistant , le R. P. Dom
René Lanau , second Assistant , et le.
R. P. Dom Pierre Maloet , a été nommé
Prieur de S. Germain des Prez.
Le 16. Août après midy , le Roy par-.
tit de Compiegne , et S. M. vint coucher
au Château de Chantilly. Elle prit
le divertissement de la Chasse du Sanglier
et du Cerf, le 17. et le 18 ; et le 19.
le Roy en partit et arriva à Versailles
vers les huit heures du soir.
Le 17. le Corps de Ville fit l'Election
des deux nouveaux Echevins , qui sont-
Mrs de Vildé , Conseiller de Ville , et
M. Josset.
Le 23. le Corps de Ville alla à Versailles
, et le Duc de Gesvres , Gouver
neur de Paris , étant à la tête ; il eut
audience du Roy avec les ceremonies
accoûtumées. Il fut présenté à S. M. par
le
A O UST. 1733 1877
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat
, et conduit par le Grand-Maître et
Maître des Ceremonies . Les deux nouveaux
Echevins préterent le Serment de
fidelité , dont le Comte de Maurepas fit
la lecture ; le Scrutin avant été présenté
par le sieur du Tillet de la Bussiere ,
Conseiller au Parlement , qui parla avec
beaucoup d'éloquence.
Le 24. les Députez des Etats de Languedoc
, eurent audience du Roy , étant
présentez par le Prince de Dombes
Gouverneur de la Province , en survivance
du Duc du Maine , son Pere , et
par le Comte de S. Florentin , Secretaire
d'Etat , et conduits en la maniere accoûtumée
, par le Grand- Maître et le Maître
des Céremonies. La Députation étoit
composée de l'Evêque d'Agde , pour le
Clergé , qui porta la parole ; du Vicomte
de Polignac pour la Noblesse , des sieurs
de Saint Sébastien et Brigaud , Députez
du Tiers Etat , et du sieur de Montferrier
, Syndic general de la Province.
Ces Députez eurent ensuite audience de
la Reine avec les mêmes Ceremonies.
L'Académie Françoise celebra le 252
de ce mois la Fête de S, Louis , dans la
Cha18-
8 MERCURE DE FRANCE
Chapelle du Louvre. Pendant la Messe
on chanta un très -beau Motet en Musique
, de la composition du sieur Dornel
. Le R. P. Tournemine , de la Compa
gnie de Jesus , prononça le Panégyrique
du Saint , avec autant d'onction que dé-
Loquence. Son Discours fut fort applau
di . L'après midi l'Académie adjugea e
Prix d Eloquence rés rvé de l'année derniere
à une Piece qui fut luë par M.l'Abbé
Sallier ; l'Auteur qu'on dit être Provençal
, ne s'est point encore fait connoître
. Elle donna ensuite le Prix de
Poësie à M. Isnard , de l'Oratoire ,
aussi Provençal , Professeur d'Eloquence
au College de Soissons , présent à l'Assemblée.
Sa Piece est une Ode , dont la
lecture par M. Danchet , fit beaucoup de
plaisir . Les Prix dont on vient de parler
sont une Médaille d'or , la derniere qui
a été frappée pour le Roy et dont nou
avons donné la gravûr dans le Mercure
du mo's de Février dernier , p . 34 La
Séance finit par le Tribut de l'Académie
de Soissons . qui fut une Ode lû : par
M. l'Abbé Gédouin , imitée de celle d'Horace
, sur les innocens plaisirs de la Campagne.
Le même jour l'Académie des Inscriptions
et Belles- Lettres , et celle des Sciences
C
1879
AOUST. 1733.
Jes
Мо
Dot
lat
des
Ab
de
ees , celebrerent la même Fête dans l'Eglise
des P P. de l'Oratoire . Il y eut aussi
un beau Motet pendant la Messe , de la
composition du sieur du Bousset , après
laquelle le R.P.Coulomb , Dominiquain du
Noviciat , prononça , avec beaucoup de
succès , le Panegyrique de S. Louis.
Le 15. Août , Fête de l'Assomption de la
Vierge , il y eur Concert Spirituel au Château
des Tuilleries , où l'on chanta le Lauda Jerusa-
Po lem , Motet de M. de la Lande , après lequel la
Dlle Petitpas chanta seule un Moter du sieur le
Maire , avec beaucoup d'applaudissement. Le
sieur Jeliot , dont la belle voix fait tant de plaisir
, en chanta un autre seul , de la composition
de M. Mouret , qui fut goûté et applaudi d'une
très - nombreuse Assemblée , et après plusieurs
Pieces de Simphonie , executées par les sieurs le
de Clerc et Blavet , le Concert fut terminé par le
Dominus Regnavit , Motet de M. de la Lande.
те
ie
11.
Il y a eu plusieurs Concerts chez la Reine
endant le mois de Juillet dernier , M. de Blamont
, Sur- Intendant de la Musique du Roy ,
a fait chanter les Lundis et Mercredis les Opera
d'Atys , de Roland et d'Iphigenie , dont l'exécu¬
tion a fait beaucoup de plaisir.
Le 3. le I2. et le 18. Août , on concerta le
Balet de l'Europe Galante , dont les principaux
Rôles et ceux des Concerts précedens , ont ét
chantez par les meilleurs Sujets de la Musiqu
du Roy et par ceux de l'Académie Royale´d
Musique.
5
Le I
1380 MERCURE DE FRANCE
·
Le 25. Fête de S. Louis , les Vingt - quatre
Violons de la Chambre du Roy executerent
pendant le dîner de S. M. plusieurs Suites de
Simphonies , de la composition de M. de Bla
mont , Sur- Intendant de la Musique du Roy.
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Résumé : « Le Roy a nommé le Maréchal Duc de Berwick, pour commander depuis [...] »
En août 1733, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le roi a nommé le Maréchal Duc de Berwick pour commander les troupes depuis la Meuse jusqu'au Rhin, et ce dernier a quitté Paris pour Metz le 17 août. Le Marquis de Conflans a reçu l'agrément du Régiment d'Auxerrois, précédemment dirigé par le Marquis d'Oisy. Le Chapitre Général des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, réuni à Marmoutier, a élu le R. P. Dom Hervé Ménard comme Général le 2 juillet, et d'autres nominations ont été effectuées au sein de la congrégation. Le roi a quitté Compiègne pour Chantilly le 16 août, où il a chassé le sanglier et le cerf les 17 et 18 août, avant de retourner à Versailles le 19 août. Le 17 août, deux nouveaux échevins, Messieurs de Vildé et Josset, ont été élus. Le 23 août, le Corps de Ville s'est rendu à Versailles pour prêter serment de fidélité en présence du roi. Le 24 août, les députés des États de Languedoc ont été reçus par le roi et la reine, présentés par le Prince de Dombes et le Comte de Saint-Florentin. L'Académie Française a célébré la fête de Saint-Louis le 25 août dans la Chapelle du Louvre. Un motet composé par le sieur Dornel a été chanté, et le R. P. Tournemine a prononcé un panégyrique du saint. Les prix d'éloquence et de poésie ont été attribués à l'Abbé Sallier et à M. Isnard, respectivement. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ainsi que celle des Sciences, ont également célébré la fête dans l'église des Pères de l'Oratoire. Le 15 août, à la fête de l'Assomption de la Vierge, un concert spirituel a eu lieu au Château des Tuileries. Plusieurs concerts ont été organisés chez la reine en juillet, et des ballets et opéras ont été joués en août. Le 25 août, les Vingt-quatre Violons de la Chambre du roi ont exécuté des suites de symphonies pendant le dîner du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 2036-2037
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît une nouvelle Estampe d'après Wauvermans, faite sur le Tableau Original du Cabinet [...]
Mots clefs :
Estampe, Composition, Roman comique, Surugue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Il paroît une nouvelle Estampe d'après Wauvermans
, faite sur le Tableau Original du Cabinets
? SEPTEMBRE. 1733. 2037
binet de M. Hallée , de 19. pouces de large , sur
15. représentant une Course de Bague , d'une
très- belle ordonnance et d'une composition riche
et ingénieuse. Le sieur Moyreaus , qui a grave
"cette Estampe , la vend chez lui , ruë Galande ,
vis- à- vis S. Blaise.
Deux autres nouvelles Estampes en large , de
la suite du Roman Comique de Scarron , paroissent
chez Surugue , rue des Noyers , d'après les
Tableaux du sieur Pater ; la composition en est
heureuse et bien executée. Le premier Sujet gravé
par le sieur Lépicié , est tiré du Chap. 10. du
2. Tome du Roman Comique , et représente la
Piramide d'ailes et de cuisses de Poulets , élevée sur
l'assiete du Destin par Mad . Bouvillon.
Le second Sujet , gravé par le sieur Surugue
représente Mad. Bouvillon , qui , pour tenter le
Destin , le prie de lui chercher une puce , tiré du
même second Tome , Chap . XI ,
, faite sur le Tableau Original du Cabinets
? SEPTEMBRE. 1733. 2037
binet de M. Hallée , de 19. pouces de large , sur
15. représentant une Course de Bague , d'une
très- belle ordonnance et d'une composition riche
et ingénieuse. Le sieur Moyreaus , qui a grave
"cette Estampe , la vend chez lui , ruë Galande ,
vis- à- vis S. Blaise.
Deux autres nouvelles Estampes en large , de
la suite du Roman Comique de Scarron , paroissent
chez Surugue , rue des Noyers , d'après les
Tableaux du sieur Pater ; la composition en est
heureuse et bien executée. Le premier Sujet gravé
par le sieur Lépicié , est tiré du Chap. 10. du
2. Tome du Roman Comique , et représente la
Piramide d'ailes et de cuisses de Poulets , élevée sur
l'assiete du Destin par Mad . Bouvillon.
Le second Sujet , gravé par le sieur Surugue
représente Mad. Bouvillon , qui , pour tenter le
Destin , le prie de lui chercher une puce , tiré du
même second Tome , Chap . XI ,
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
En septembre 1733, une estampe de Wauvermans représentant une course de bague est publiée. Elle est gravée par Moyreaus et vendue rue Galande. Deux autres estampes du Roman Comique de Scarron, inspirées des tableaux de Pater, sont disponibles chez Surugue rue des Noyers. Elles illustrent des scènes du deuxième tome, gravées par Lépicié et Surugue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2369-2380
MEMOIRE sur la question proposée dans le Mercure de Juin 1733. seconde Partie, pag. 1410.
Début :
La question est proposée en ces termes : Si les Musiciens peuvent et doivent [...]
Mots clefs :
Musique, Plain-chant, Goût, Musiciens, Composition, Règles, Ouvrages, Office, Offices, Anciens, Nouveaux, Chant ecclésiastique, Maîtres, Antiphonaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur la question proposée dans le Mercure de Juin 1733. seconde Partie, pag. 1410.
MEMOIRE sur la question proposée
dans le Mercure de Juin 1733. seconde
Partie , pag. 1410.
LA
A question est proposée en ces teres
mes : Si les Musiciens peuvent et doivent
être écoutez, et suivis dans les raisonnemens
qu'ils tiennent sur le Plain - chant
ou chant d'Eglise , s'ils sont en état de raisonner
et d'être crûs sur les manieres dont il
est varié dans les Eglises différentes ; et s'ils
en sont juges tout- à -fait compétens et irréfragables
? S'il n'y a pas deux extrêmitez à
éviter ; l'une de ne les croire juges en rien
l'autre de les crcire juges en tout , et en quoi
donc ils peuvent être consultez et écoutez ?
>
Il ne me seroit pas aisé de répondre à
toutes les parties de cette question . Je ne
suis pas instruit de tous les raisonnemens
que tiennent les Musiciens sur le Plainchant.
Il peut y en avoir de mauvais , il
peut aussi y en avoir de bons ; il y a quel-'
que chose que je n'entends pas bien dans
ce qui suit , s'ils sont en état de raisonner
et d'être crûs sur les différentes maniéres
dont il est varié dans les différentes Eglises.
Je m'en tiendrai donc à la derniere partie
de la question , que je réduits à ces
ter
2370. MERCURE DE FRANCE
termes fort simples , jusqu'à quel point on
doit déférer à l'autorité des Musiciens en
matiére de Chant Ecclesiastique ?
C'est un préjugé presque universellement
répandu , que la science du Plainchant
est inséparable de celle de la Musique
, et que tout homme qui est assez
hable pour réussir dans la composition
des Piéces de Musique d'Eglise , réussira
à plus forte raison à composer du Plainchant,
qui est sans comparaison plus simple
et plus aisé ; ainsi dès qu'il s'agit de
mettre en chant de nouveaux Offices , it
est ordinaire qu'on en charge quelques
Musiciens , et qu'on adopte leurs Ouvrages
sans beaucoup d'examen : Je dis sansbeaucoup
d'examen, mais je pourrois dire
absolument , sans examen ; car on croit
ne pouvoir rien faire de mieux , que de
s'en rapporter entierement au goût et au
jugement de ce qu'on appelle les Gens
du métier.
A la faveur de ce préjugé , les Musi
ciens se sont emparez presque par tout du
Chant Ecclésiastique,ils l'ajustent à leurs
idées ; ils changent , ils ajoûtent , ils retranchent
tout ce qu'il leur plaît , et leur
goût décide seul dans les choses mêmes
où les régles et les usages de l'antiquité
devroient seuls être écoutez et suivis.
Pour
NOVEMBRE. 1733. 2371.
Pour sçavoir si le préjugé commun est
bien fondé , il n'y a qu'à prendre la pluspart
des Chants nouveaux , qui sont de
la composition des Musiciens , et examinet
s'ils sont selon les regles et dans le
goût de l'ancien Plain- chant , ou Chant
Grégorien ; car c'est à ces deux choses ,
les regles et le goût, qu'il faut faire attention
dans l'examen des Ouvrages de
Plain chant ; et c'est sur ce pied là qu'on
doit juger de leur mérite.
Premiérement , les regles de la composition
y sont elles exactement suivies &
Conserve t on à chaque Ton ses proprié
tez? Y fait-on sentir la différence du Ton
Plagal ou Pair , d'avec l'Authente ou Impair
? Les chûtes et les repos quadrent-ils
avec la ponctuation? Les Antiennes et lest
Modes de psalmodie sont- ils en proportion
réciproque ? Le Chant est - il varié
selon la diversité des Piéces et selon ce qui
est propre à chacune? Y voit- on une dif
férence bien marquée , non seulement entre
les Antiennes et les Répons , entre
les Chants de la Messe et ceux des autres
Offices ; mais encore entre les diverses ,
Parties de la Messe , dont chacune a sa
propriété , et, pour ainsi dire , son gé
nie particulier
Secondement , la Mélodie de ces nouvelles
SEA
372 MERCURE DE FRANCE
velles Piéces est- elle dans le goût de l'antiquité
et dans celui des Chants modernes
, dont les Auteurs se sont attachez à
prendre pour modéles les Ouvrages des
anciens Maîtres ? A- t'elle la gravité , la
simplicité , la modestie , la douceur que
tout le monde admire dans les Chants
des Offices du Saint Sacrement , ( 1 ) de la
Trinité , et dans plusieurs autres ? Du
moins en approche - t-elle ? Et peut - on
dire, en comparant ces nouvelles compositions
avec les anciennes, que quoiqu'elles
leur soient inférieures en beauté, il paroît
néanmoins que leurs Auteurs ont
travaillé dans le même goût.
Voilà , si je ne me trompe , les princi
pés suivant lesquels nous devons juger
des nouveaux Ouvrages de Plain- chant.
Si tous , ou du moins la plûpart , y sont
conformes; je souscris au sentiment commun
; et je reconnois avec plaisir que la
composition du Plain - chant ne peut- être
dans de meilleures mains que dans celles
de nos Musiciens. Si au contraire ces Ouvrages
montrent le plus souvent dans
leurs Auteurs une ignorance inexcusable
( 1 )Je regarde principalement eet Office comme
il est aujourd'hui dans l'Antiphonaire de Paris , où
l'on a été attentif à faire quadrer les repos des
Chant avec la ponctuation de la Lettre.
ou
NOVEMBRE . 1733. 2371
ou un mépris formel des régles ; si j'y vol
regner une dépravation de goût, qui tend
évidemment à faire disparoître des Offices
divins l'ancien Chant Grégorien , pour
y substituer une composition guindée et
bizarre , qui n'est ni Plain- chant ni Musique
; j'en conclurai que c'est mal-à- propos
qu'on défére sans discernement une
autorité absolue aux Musiciens dans cesmatieres,
Qu'on prenne donc les Offices
propres
de la Paroisse de S. Eustache , du Séminaire
des Bons Enfans , de S. Etienne du
Mont , les nouveaux Chants qu'on a
insérez dans le Rituel de Paris , l'Office
des Morts du prétendu nouveau Manuel
de Beauvais , dont le Chant est d'un
tres-habile Maître de Musique . Qu'on
prenne l'Antiphonaire de l'Ordre de Cluny
, qui est de la composition de Nivers,
le Graduel du même Ordre , qu'on imprime
actuellement ; les nouvelles Hymnes
de l'Antiphonaire , et plusieurs Proses
du Graduel de Rouen, Qu'on examine
, sans prévention , tous ces Ouvrages
de Plain - chant moderne , et qu'on les
compare avec l'ancien Chant ; je m'assure
qu'il n'y a personne parmi ceux qui s'y
connoissent tant soit peu , à qui la diffe
rence , ou plutôt l'opposition de l'un à
Pau2374
MERCURE DE FRANCE
l'autre ne saute aux yeux . Les uns pêchent
contre les régles , les autres contre le bon
goût , plusieurs contre les deux ensémble.
Il me seroit aisé de justifier par des
exemples ce que j'avance ; mais ces sortes
de démonstrations ne peuvent se faire
qu'en représentant les Piéces mêmes , qui
ne peuvent entrer icy . J'y renvoye donc
ceux qui sçavent les régles et qui ont étudié
le vrai caractére du Plain- chant.
Il paroît d'abord étonnant que des
gens nourris dès l'enfance dans l'étude et
dans l'exercice du Chant , contribuent
plus que tous les autres à le gâter. Cependant
rien n'est plus vrai , et il n'est pas ,
ce me semble , bien difficile d'en appercevoir
les raisons ; elles se tirent du génie
même de la Musique moderne et de l'éducation
qu'on donne aux Enfans de
Choeur dans les Maîtrises ou Ecoles de
Chant , d'où sont sortis la plupart des
Musiciens.
Le Plain- chant et la Musique ont les
mêmes principes , et , pour ainsi dire , la
même origine et le même berceau ; mais
à cela près , ils se ressemblent fort peu ,
sur tout dans ces derniers temps , où la
Musique , qui autrefois ne différoit guére
du Plain-chant que par la mesure et
l'harmonie , est aussi différente d'ellemême
NOVEMBRE . 1733. 2375
même, que la seroit une femme, qui après
avoir paru dans le monde , vétuë et coëffée
très- simplement et avec une contenance
modeste et sérieuse , se montreroit
parée de riches étoffes , la tête chargée
des ornemens les plus recherchez , avec
-la démarche affectée , et les airs enjouez
-d'une Coquette.
Doit-on être surpris que des Gens qui
sont élevez dans l'estime et dans le goût
-d'une telle Musique , qui passent toute
leur jeunesse à l'étudier , et à s'y perfectionner
; qui enchérissént les uns sur les
autres pour trouver de nouveaux raffinemens
dans cet Art ; doit - on , ' dis -je , être
surpris que de telles gens ne puissent
communément revenir à cette noble sim,
plicité , qui fait le caractére essentiel du
Plain - chant. Les idées de Musique dont
ils sont pleins , se présentent à chaque
moment ; tout se montre à eux sous cette
forme. S'ils s'abandonnent à leur génie ,
ils ne peuvent produire qu'un Chant
musical . S'ils font effort pour se contraindre
, leur composition se sent presque pár
tour de la gêne où est leur esprit , elle
est dure , inégale et n'a rien de cet air
aisé , simple et naturel , qu'on admire
dans les Chants anciens ; marchant sans
régle , sans dessein, sans autre art qu'une
froide
1376 MERCURE DE FRANCE
•
froide expression , qui consiste le plus
souvent à appliquer au hazard certains
tons sur certaines paroles , sans s'embar
rasser de l'effet que cela peut produire ,
avec ce qui peut précéder ou ce qui suit.
Je m'imagine voir un Cheval fougueux
à qui l'on tient la bride courte ; son allure
n'a rien de réglé , il va à droit , à gau
che , il avance , il recule , parce qu'il est
contraint et qu'on ne lui permet pas de
suivre sa fougue. Une imagination livrée
de longue main à ses caprices et exercée ,
pour ainsi dire , à des sauts périlleux , se
trouve à la gêne , lorsqu'on veut la faire
marcher d'un pas égal dans un chemin
droit et uni; elle s'échappe , malgré qu'on
en ait , ou , si elle est retenuë , tous ses
mouvemens sont forcez et de mauvaise
grace.
D'ailleurs les Musiciens sçavent peu les
regles et les respectent encore moins ; ils
les sçavent peu , parce qu'on n'a pas eu
soin de les en instruire, et qu'eux- mêmes
tout occupez de leur grand objet qui est
la Musique , négligent de les apprendre.
Il y a à la tête de l'Antiphonaire Parisien
plusieurs observations tres-utiles , sur tout
en ce qui regarde les usages de l'Eglise de
Paris ; mais il y a tres - peu de gens , même
parmi les Maîtres , qui prennent la peine
de
NOVEMBRE. , 1733. 2377
de les lire. Celui qui a composé le Chant
du Propre de S. Germain l'Auxerrois ,
està Paris depuis près de trente ans, chargé
d'apprendre le Chant aux Enfans , et c'est
peut-être le plus sçavant Musicien qu'il
yait en France. Il ne paroît pas cependant
qu'il ait jamais lû les observations
dont je parle ; ou , s'il les a lûës , il s'est
peu soucié de les réduire en pratique ;
car ces Messieurs traitent le Plain- chant
cavalierement , et ne se mettent pas fort
en peine de marcher sur les traces des anciens
Maîtres. Ils cherchent de nouvelles
routes et des beautez d'un autre genre ;
et dédaignant d'être de bons et de judicieux
imitateurs , ils deviennent de mauvais
originaux.
Il y a donc peu de Musiciens , même
parmi les Maîtres , à qui on puisse confier
sûrement la composition du Chant
Ecclésiastique ; et un homme tel que feu
M. l'Abbé Chastelain , Auteur de l'Antiphonaire
Parisien , qui avec quelque
teinture de Musique , a bien étudié et
médité les bons Ouvrages de Plain- chant,
et qui s'est rempli des justes et nobles
idées des anciens Maîtres , est plus capaẻ
ble de faire d'excellentes compositions
dans ce genre , que plusieurs de ceux qui
passent pour les meilleurs Musicien ,
C Ja
2378 MERCURE DE FRANCE
4
ges
Je ne prétens pas , au reste , les récuser
absolument pour juges dans cette matiére;
et je suis bien éloigné de penser qu'il
ne doivent pas être consultez ; ils sentent.
parfaitement les beautez d'une Piéce de
Chant ; ils ne sont pas moins que nous ,
passionnez admirateurs des bons Ouvraanciens
et modernes . L'Office du saint
Sacrement , l'ancien Office de la Trinité ;
le Chant Parisien de l'Hymne Deus tuorum
militum , celui du dernier Répons de
l'Office nocturne du Samedi Saint ; l'Antienne
, Qui docti fuerint ; les Répons de
l'Office des Morts ; les Hymnes O quam
glorifica . Ave maris stella.Ut queant laxis;
les Proses Veni sancte Spiritus. Mittit ad
Virginem , et plusieurs autres Piéces les
charment et les enlevent, J'ai oui dire
que le fameux Lully ne trouvoit rien de
plus beau ni de plus touchant que la
modulation si simple de la Préface de la
Messe . La bénédiction du Cierge Paschal
, selon l'usage de Rouen , paroissoit
à un habile Organiste de la Cathédrale
de cette Ville un chef d'oeuvre inimitable.
J'ajoûte que la Musique donne à co
Messieurs une grande délicatesse de dis
cernement pour appercevoir dans ur-
Piéce , de petites négligences qui échaj:
pent à d'autres moins habiles qu'eux da
la science des sons, }
NOVEMBRE . 1733. 2379
Ils sont donc en état de juger par le
sentiment et le goût du mérite d'une
Piéce ; et par conséquent on doit les consulter
pour ce qui regarde la mélodie et
profiter de leurs avis.
Je suis même persuadé qu'il y a des
Musiciens , dont l'heureux génie réünit
ensemble le goût du Plain - chant et celui
de la Musique, sans mélange et sans confusion
. Il est bien sûr qu'avec la connoissance
de l'histoire du Chant et des anciens
usages, et l'attention aux Régles, de
tels Musiciens feroient de très - beaux
Ouvrages dans le genre de Chant Ecclésiastique.
Mais je persiste à croire que la qualité
de Musicien et d'habile Musicien , ne
donne point par elle- même à ceux de cette
profession la capacité de bien composer
en Plain- chant , ni le droit de juger
souverainement de ces matiéres. Qu'ils
donnent leurs avis , à la bonne heure ,
sur les compositions des autres , pour ce
qui ne dépend que d'un certain goût que
la Musique peut donner.Mais on ne peut,
sans risque d'altérer le Chant Ecclésiastique,
ni leur abandonner la composition
des nouveaux Offices , ni s'en rapporter à
leur jugement dans les choses qui dépendent
de la connoissance des régles et des
Cij
usi2330
MERCURE DE FRANCE
usages ; à moins qu'ils n'ayent fait preuve
qu'ils sçavent ces régles , qu'ils les respectent,
et qu'ils sont capables d'une compo
sition sage , modeste , grave , conforme
au génie et au goût des Anciens.
Par M ***
dans le Mercure de Juin 1733. seconde
Partie , pag. 1410.
LA
A question est proposée en ces teres
mes : Si les Musiciens peuvent et doivent
être écoutez, et suivis dans les raisonnemens
qu'ils tiennent sur le Plain - chant
ou chant d'Eglise , s'ils sont en état de raisonner
et d'être crûs sur les manieres dont il
est varié dans les Eglises différentes ; et s'ils
en sont juges tout- à -fait compétens et irréfragables
? S'il n'y a pas deux extrêmitez à
éviter ; l'une de ne les croire juges en rien
l'autre de les crcire juges en tout , et en quoi
donc ils peuvent être consultez et écoutez ?
>
Il ne me seroit pas aisé de répondre à
toutes les parties de cette question . Je ne
suis pas instruit de tous les raisonnemens
que tiennent les Musiciens sur le Plainchant.
Il peut y en avoir de mauvais , il
peut aussi y en avoir de bons ; il y a quel-'
que chose que je n'entends pas bien dans
ce qui suit , s'ils sont en état de raisonner
et d'être crûs sur les différentes maniéres
dont il est varié dans les différentes Eglises.
Je m'en tiendrai donc à la derniere partie
de la question , que je réduits à ces
ter
2370. MERCURE DE FRANCE
termes fort simples , jusqu'à quel point on
doit déférer à l'autorité des Musiciens en
matiére de Chant Ecclesiastique ?
C'est un préjugé presque universellement
répandu , que la science du Plainchant
est inséparable de celle de la Musique
, et que tout homme qui est assez
hable pour réussir dans la composition
des Piéces de Musique d'Eglise , réussira
à plus forte raison à composer du Plainchant,
qui est sans comparaison plus simple
et plus aisé ; ainsi dès qu'il s'agit de
mettre en chant de nouveaux Offices , it
est ordinaire qu'on en charge quelques
Musiciens , et qu'on adopte leurs Ouvrages
sans beaucoup d'examen : Je dis sansbeaucoup
d'examen, mais je pourrois dire
absolument , sans examen ; car on croit
ne pouvoir rien faire de mieux , que de
s'en rapporter entierement au goût et au
jugement de ce qu'on appelle les Gens
du métier.
A la faveur de ce préjugé , les Musi
ciens se sont emparez presque par tout du
Chant Ecclésiastique,ils l'ajustent à leurs
idées ; ils changent , ils ajoûtent , ils retranchent
tout ce qu'il leur plaît , et leur
goût décide seul dans les choses mêmes
où les régles et les usages de l'antiquité
devroient seuls être écoutez et suivis.
Pour
NOVEMBRE. 1733. 2371.
Pour sçavoir si le préjugé commun est
bien fondé , il n'y a qu'à prendre la pluspart
des Chants nouveaux , qui sont de
la composition des Musiciens , et examinet
s'ils sont selon les regles et dans le
goût de l'ancien Plain- chant , ou Chant
Grégorien ; car c'est à ces deux choses ,
les regles et le goût, qu'il faut faire attention
dans l'examen des Ouvrages de
Plain chant ; et c'est sur ce pied là qu'on
doit juger de leur mérite.
Premiérement , les regles de la composition
y sont elles exactement suivies &
Conserve t on à chaque Ton ses proprié
tez? Y fait-on sentir la différence du Ton
Plagal ou Pair , d'avec l'Authente ou Impair
? Les chûtes et les repos quadrent-ils
avec la ponctuation? Les Antiennes et lest
Modes de psalmodie sont- ils en proportion
réciproque ? Le Chant est - il varié
selon la diversité des Piéces et selon ce qui
est propre à chacune? Y voit- on une dif
férence bien marquée , non seulement entre
les Antiennes et les Répons , entre
les Chants de la Messe et ceux des autres
Offices ; mais encore entre les diverses ,
Parties de la Messe , dont chacune a sa
propriété , et, pour ainsi dire , son gé
nie particulier
Secondement , la Mélodie de ces nouvelles
SEA
372 MERCURE DE FRANCE
velles Piéces est- elle dans le goût de l'antiquité
et dans celui des Chants modernes
, dont les Auteurs se sont attachez à
prendre pour modéles les Ouvrages des
anciens Maîtres ? A- t'elle la gravité , la
simplicité , la modestie , la douceur que
tout le monde admire dans les Chants
des Offices du Saint Sacrement , ( 1 ) de la
Trinité , et dans plusieurs autres ? Du
moins en approche - t-elle ? Et peut - on
dire, en comparant ces nouvelles compositions
avec les anciennes, que quoiqu'elles
leur soient inférieures en beauté, il paroît
néanmoins que leurs Auteurs ont
travaillé dans le même goût.
Voilà , si je ne me trompe , les princi
pés suivant lesquels nous devons juger
des nouveaux Ouvrages de Plain- chant.
Si tous , ou du moins la plûpart , y sont
conformes; je souscris au sentiment commun
; et je reconnois avec plaisir que la
composition du Plain - chant ne peut- être
dans de meilleures mains que dans celles
de nos Musiciens. Si au contraire ces Ouvrages
montrent le plus souvent dans
leurs Auteurs une ignorance inexcusable
( 1 )Je regarde principalement eet Office comme
il est aujourd'hui dans l'Antiphonaire de Paris , où
l'on a été attentif à faire quadrer les repos des
Chant avec la ponctuation de la Lettre.
ou
NOVEMBRE . 1733. 2371
ou un mépris formel des régles ; si j'y vol
regner une dépravation de goût, qui tend
évidemment à faire disparoître des Offices
divins l'ancien Chant Grégorien , pour
y substituer une composition guindée et
bizarre , qui n'est ni Plain- chant ni Musique
; j'en conclurai que c'est mal-à- propos
qu'on défére sans discernement une
autorité absolue aux Musiciens dans cesmatieres,
Qu'on prenne donc les Offices
propres
de la Paroisse de S. Eustache , du Séminaire
des Bons Enfans , de S. Etienne du
Mont , les nouveaux Chants qu'on a
insérez dans le Rituel de Paris , l'Office
des Morts du prétendu nouveau Manuel
de Beauvais , dont le Chant est d'un
tres-habile Maître de Musique . Qu'on
prenne l'Antiphonaire de l'Ordre de Cluny
, qui est de la composition de Nivers,
le Graduel du même Ordre , qu'on imprime
actuellement ; les nouvelles Hymnes
de l'Antiphonaire , et plusieurs Proses
du Graduel de Rouen, Qu'on examine
, sans prévention , tous ces Ouvrages
de Plain - chant moderne , et qu'on les
compare avec l'ancien Chant ; je m'assure
qu'il n'y a personne parmi ceux qui s'y
connoissent tant soit peu , à qui la diffe
rence , ou plutôt l'opposition de l'un à
Pau2374
MERCURE DE FRANCE
l'autre ne saute aux yeux . Les uns pêchent
contre les régles , les autres contre le bon
goût , plusieurs contre les deux ensémble.
Il me seroit aisé de justifier par des
exemples ce que j'avance ; mais ces sortes
de démonstrations ne peuvent se faire
qu'en représentant les Piéces mêmes , qui
ne peuvent entrer icy . J'y renvoye donc
ceux qui sçavent les régles et qui ont étudié
le vrai caractére du Plain- chant.
Il paroît d'abord étonnant que des
gens nourris dès l'enfance dans l'étude et
dans l'exercice du Chant , contribuent
plus que tous les autres à le gâter. Cependant
rien n'est plus vrai , et il n'est pas ,
ce me semble , bien difficile d'en appercevoir
les raisons ; elles se tirent du génie
même de la Musique moderne et de l'éducation
qu'on donne aux Enfans de
Choeur dans les Maîtrises ou Ecoles de
Chant , d'où sont sortis la plupart des
Musiciens.
Le Plain- chant et la Musique ont les
mêmes principes , et , pour ainsi dire , la
même origine et le même berceau ; mais
à cela près , ils se ressemblent fort peu ,
sur tout dans ces derniers temps , où la
Musique , qui autrefois ne différoit guére
du Plain-chant que par la mesure et
l'harmonie , est aussi différente d'ellemême
NOVEMBRE . 1733. 2375
même, que la seroit une femme, qui après
avoir paru dans le monde , vétuë et coëffée
très- simplement et avec une contenance
modeste et sérieuse , se montreroit
parée de riches étoffes , la tête chargée
des ornemens les plus recherchez , avec
-la démarche affectée , et les airs enjouez
-d'une Coquette.
Doit-on être surpris que des Gens qui
sont élevez dans l'estime et dans le goût
-d'une telle Musique , qui passent toute
leur jeunesse à l'étudier , et à s'y perfectionner
; qui enchérissént les uns sur les
autres pour trouver de nouveaux raffinemens
dans cet Art ; doit - on , ' dis -je , être
surpris que de telles gens ne puissent
communément revenir à cette noble sim,
plicité , qui fait le caractére essentiel du
Plain - chant. Les idées de Musique dont
ils sont pleins , se présentent à chaque
moment ; tout se montre à eux sous cette
forme. S'ils s'abandonnent à leur génie ,
ils ne peuvent produire qu'un Chant
musical . S'ils font effort pour se contraindre
, leur composition se sent presque pár
tour de la gêne où est leur esprit , elle
est dure , inégale et n'a rien de cet air
aisé , simple et naturel , qu'on admire
dans les Chants anciens ; marchant sans
régle , sans dessein, sans autre art qu'une
froide
1376 MERCURE DE FRANCE
•
froide expression , qui consiste le plus
souvent à appliquer au hazard certains
tons sur certaines paroles , sans s'embar
rasser de l'effet que cela peut produire ,
avec ce qui peut précéder ou ce qui suit.
Je m'imagine voir un Cheval fougueux
à qui l'on tient la bride courte ; son allure
n'a rien de réglé , il va à droit , à gau
che , il avance , il recule , parce qu'il est
contraint et qu'on ne lui permet pas de
suivre sa fougue. Une imagination livrée
de longue main à ses caprices et exercée ,
pour ainsi dire , à des sauts périlleux , se
trouve à la gêne , lorsqu'on veut la faire
marcher d'un pas égal dans un chemin
droit et uni; elle s'échappe , malgré qu'on
en ait , ou , si elle est retenuë , tous ses
mouvemens sont forcez et de mauvaise
grace.
D'ailleurs les Musiciens sçavent peu les
regles et les respectent encore moins ; ils
les sçavent peu , parce qu'on n'a pas eu
soin de les en instruire, et qu'eux- mêmes
tout occupez de leur grand objet qui est
la Musique , négligent de les apprendre.
Il y a à la tête de l'Antiphonaire Parisien
plusieurs observations tres-utiles , sur tout
en ce qui regarde les usages de l'Eglise de
Paris ; mais il y a tres - peu de gens , même
parmi les Maîtres , qui prennent la peine
de
NOVEMBRE. , 1733. 2377
de les lire. Celui qui a composé le Chant
du Propre de S. Germain l'Auxerrois ,
està Paris depuis près de trente ans, chargé
d'apprendre le Chant aux Enfans , et c'est
peut-être le plus sçavant Musicien qu'il
yait en France. Il ne paroît pas cependant
qu'il ait jamais lû les observations
dont je parle ; ou , s'il les a lûës , il s'est
peu soucié de les réduire en pratique ;
car ces Messieurs traitent le Plain- chant
cavalierement , et ne se mettent pas fort
en peine de marcher sur les traces des anciens
Maîtres. Ils cherchent de nouvelles
routes et des beautez d'un autre genre ;
et dédaignant d'être de bons et de judicieux
imitateurs , ils deviennent de mauvais
originaux.
Il y a donc peu de Musiciens , même
parmi les Maîtres , à qui on puisse confier
sûrement la composition du Chant
Ecclésiastique ; et un homme tel que feu
M. l'Abbé Chastelain , Auteur de l'Antiphonaire
Parisien , qui avec quelque
teinture de Musique , a bien étudié et
médité les bons Ouvrages de Plain- chant,
et qui s'est rempli des justes et nobles
idées des anciens Maîtres , est plus capaẻ
ble de faire d'excellentes compositions
dans ce genre , que plusieurs de ceux qui
passent pour les meilleurs Musicien ,
C Ja
2378 MERCURE DE FRANCE
4
ges
Je ne prétens pas , au reste , les récuser
absolument pour juges dans cette matiére;
et je suis bien éloigné de penser qu'il
ne doivent pas être consultez ; ils sentent.
parfaitement les beautez d'une Piéce de
Chant ; ils ne sont pas moins que nous ,
passionnez admirateurs des bons Ouvraanciens
et modernes . L'Office du saint
Sacrement , l'ancien Office de la Trinité ;
le Chant Parisien de l'Hymne Deus tuorum
militum , celui du dernier Répons de
l'Office nocturne du Samedi Saint ; l'Antienne
, Qui docti fuerint ; les Répons de
l'Office des Morts ; les Hymnes O quam
glorifica . Ave maris stella.Ut queant laxis;
les Proses Veni sancte Spiritus. Mittit ad
Virginem , et plusieurs autres Piéces les
charment et les enlevent, J'ai oui dire
que le fameux Lully ne trouvoit rien de
plus beau ni de plus touchant que la
modulation si simple de la Préface de la
Messe . La bénédiction du Cierge Paschal
, selon l'usage de Rouen , paroissoit
à un habile Organiste de la Cathédrale
de cette Ville un chef d'oeuvre inimitable.
J'ajoûte que la Musique donne à co
Messieurs une grande délicatesse de dis
cernement pour appercevoir dans ur-
Piéce , de petites négligences qui échaj:
pent à d'autres moins habiles qu'eux da
la science des sons, }
NOVEMBRE . 1733. 2379
Ils sont donc en état de juger par le
sentiment et le goût du mérite d'une
Piéce ; et par conséquent on doit les consulter
pour ce qui regarde la mélodie et
profiter de leurs avis.
Je suis même persuadé qu'il y a des
Musiciens , dont l'heureux génie réünit
ensemble le goût du Plain - chant et celui
de la Musique, sans mélange et sans confusion
. Il est bien sûr qu'avec la connoissance
de l'histoire du Chant et des anciens
usages, et l'attention aux Régles, de
tels Musiciens feroient de très - beaux
Ouvrages dans le genre de Chant Ecclésiastique.
Mais je persiste à croire que la qualité
de Musicien et d'habile Musicien , ne
donne point par elle- même à ceux de cette
profession la capacité de bien composer
en Plain- chant , ni le droit de juger
souverainement de ces matiéres. Qu'ils
donnent leurs avis , à la bonne heure ,
sur les compositions des autres , pour ce
qui ne dépend que d'un certain goût que
la Musique peut donner.Mais on ne peut,
sans risque d'altérer le Chant Ecclésiastique,
ni leur abandonner la composition
des nouveaux Offices , ni s'en rapporter à
leur jugement dans les choses qui dépendent
de la connoissance des régles et des
Cij
usi2330
MERCURE DE FRANCE
usages ; à moins qu'ils n'ayent fait preuve
qu'ils sçavent ces régles , qu'ils les respectent,
et qu'ils sont capables d'une compo
sition sage , modeste , grave , conforme
au génie et au goût des Anciens.
Par M ***
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Résumé : MEMOIRE sur la question proposée dans le Mercure de Juin 1733. seconde Partie, pag. 1410.
Le texte discute de la question de savoir si les musiciens doivent être écoutés et suivis dans leurs raisonnements sur le plain-chant ou chant d'Église. L'auteur reconnaît qu'il n'est pas suffisamment informé pour répondre à toutes les parties de la question et se concentre sur la portée de l'autorité des musiciens en matière de chant ecclésiastique. Le mémoire critique un préjugé selon lequel la science du plain-chant est inséparable de celle de la musique. Les musiciens sont souvent chargés de composer de nouveaux offices sans examen approfondi, car on croit qu'ils sont les mieux placés pour cette tâche. Cependant, l'auteur affirme que les musiciens modifient souvent le chant ecclésiastique selon leurs propres idées, au détriment des règles et des usages anciens. Pour évaluer la validité de ce préjugé, l'auteur propose d'examiner les chants nouveaux composés par les musiciens en fonction des règles et du goût de l'ancien plain-chant grégorien. Il souligne l'importance de respecter les propriétés de chaque ton, la ponctuation, la proportion des antiennes et des modes de psalmodie, ainsi que la variété du chant selon les pièces et les offices. L'auteur conclut que si les nouveaux ouvrages de plain-chant respectent ces principes, il reconnaîtra l'autorité des musiciens. Sinon, il estime que leur autorité ne doit pas être déférée sans discernement. Il cite plusieurs exemples de chants modernes qui montrent une ignorance des règles ou un mépris des traditions. Le mémoire explique également que les musiciens, formés dans la musique moderne, ont du mal à revenir à la simplicité du plain-chant. Leur éducation et leur goût pour la musique moderne influencent leurs compositions, les rendant souvent guindées et bizarres. Enfin, l'auteur reconnaît que certains musiciens peuvent avoir un goût pour le plain-chant et la musique, et qu'ils peuvent être consultés pour juger de la mélodie. Cependant, il insiste sur le fait que la qualité de musicien ne garantit pas automatiquement une compétence en matière de plain-chant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 29-30
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
Début :
Je vous prie d'agréer le Memoire que je vous addresse, fidelement transcrit [...]
Mots clefs :
Mémoire, Plain-chant, Question, Goût, Musique, Composition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , suivie d'un Memoire
qui répond à la question proposée dans
celui du mois de Juin dernier , au sujet
du Plainchant & c.
E vous prie d'agréer le Memoire que
je vous addresse vous , fidelement transcrit
sur l'original , qui me fut communiqué
l'année passée à Auxerre , où Mrs du
Clergé de Langres m'avoient envoyé
pour y déposer les Préjugez de la Musique
, et mettre en leur place le gout du
Plainchant , et la belle varieté qui doit
regner là - dessus dans une Eglise Cathedrale.
Il m'a parû que ce Memoire répond
décisivement au fond de la question
qui a été proposée , laquelle tend à prescrire
de justes limites aux Musiciens , et
à détromper le Public de la
trop bonne
opinion qu'il a d'eux. Je ne vous cellerai
point qu'avant mon voyage à Auxerre
, ( quoique Musicien et élevé dans
une célébre Maîtrise pendant plus de 12
ans , ) j'étois dans le Préjugé commun ,
mais
ཐབ MERCURE DE FRANCE
mais j'en suis entierement revenu , et je
reconnois aujourd'hui que le gout de la
Musique , et le gout du Plainchant sont
deux gouts bien differens ; que pour être
habile dans la composition de l'une on ne
l'est pas pour cela dans la composition
de l'autre , qu'il y a certains enchaînemens,
certaines manieres de traitter, certaine
tournure , en un mot une Mechanique
particuliere dans l'Art du Plainchant
, qui n'est reconnoissable que par
ceux qui ont étudié les Ecrits des anciens
Compilateurs comme de Guy
Aretin , ou par ceux qui ont conversé
quelque temps avec ceux qui les ont bien
lus ; laquelle mécanique n'est pas même
fort aisée à attraper après qu'on a reconnu
qu'elle existe.
Il est vrai que le Memoire cy joint ne
répond pas à tous les membres de la
question proposée dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. parce qu'il y
a déja quatre ans qu'il est composé; mais
je ne doute pas que l'Auteur à qui on
renvoye l'affaire ne donne bientôt un
supplement , et ne rende aussi à chacun
ce qui lui appartient. Je suis &c.
du Mercure , suivie d'un Memoire
qui répond à la question proposée dans
celui du mois de Juin dernier , au sujet
du Plainchant & c.
E vous prie d'agréer le Memoire que
je vous addresse vous , fidelement transcrit
sur l'original , qui me fut communiqué
l'année passée à Auxerre , où Mrs du
Clergé de Langres m'avoient envoyé
pour y déposer les Préjugez de la Musique
, et mettre en leur place le gout du
Plainchant , et la belle varieté qui doit
regner là - dessus dans une Eglise Cathedrale.
Il m'a parû que ce Memoire répond
décisivement au fond de la question
qui a été proposée , laquelle tend à prescrire
de justes limites aux Musiciens , et
à détromper le Public de la
trop bonne
opinion qu'il a d'eux. Je ne vous cellerai
point qu'avant mon voyage à Auxerre
, ( quoique Musicien et élevé dans
une célébre Maîtrise pendant plus de 12
ans , ) j'étois dans le Préjugé commun ,
mais
ཐབ MERCURE DE FRANCE
mais j'en suis entierement revenu , et je
reconnois aujourd'hui que le gout de la
Musique , et le gout du Plainchant sont
deux gouts bien differens ; que pour être
habile dans la composition de l'une on ne
l'est pas pour cela dans la composition
de l'autre , qu'il y a certains enchaînemens,
certaines manieres de traitter, certaine
tournure , en un mot une Mechanique
particuliere dans l'Art du Plainchant
, qui n'est reconnoissable que par
ceux qui ont étudié les Ecrits des anciens
Compilateurs comme de Guy
Aretin , ou par ceux qui ont conversé
quelque temps avec ceux qui les ont bien
lus ; laquelle mécanique n'est pas même
fort aisée à attraper après qu'on a reconnu
qu'elle existe.
Il est vrai que le Memoire cy joint ne
répond pas à tous les membres de la
question proposée dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. parce qu'il y
a déja quatre ans qu'il est composé; mais
je ne doute pas que l'Auteur à qui on
renvoye l'affaire ne donne bientôt un
supplement , et ne rende aussi à chacun
ce qui lui appartient. Je suis &c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, suivie d'un Memoire qui répond à la question proposée dans celui du mois de Juin dernier, au sujet du Plainchant &c.
L'auteur transmet un mémoire aux rédacteurs du Mercure, reçu à Auxerre, rédigé par le clergé de Langres. Ce mémoire vise à remplacer les préjugés sur la musique par une appréciation du plain-chant et de sa variété dans une église cathédrale. Il répond à une question posée dans le Mercure de juin précédent, qui cherchait à définir les limites des musiciens et à corriger l'opinion publique à leur sujet. Avant son voyage à Auxerre, l'auteur, musicien formé pendant plus de douze ans dans une maîtrise célèbre, partageait les préjugés communs. Cependant, il a depuis changé d'avis, reconnaissant que le goût pour la musique et celui pour le plain-chant sont distincts. Il souligne que la composition du plain-chant nécessite une mécanique particulière, accessible seulement à ceux ayant étudié les anciens compilateurs comme Guy Aretin. Le mémoire ne répond pas entièrement à la question posée dans le Mercure de juin 1733, car il a été écrit quatre ans auparavant. L'auteur espère que l'auteur du mémoire fournira bientôt un supplément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 1835-1842
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Beaux Arts de la Ville de Lyon, du quatre Décembre 1743.
Début :
M. Borde, président, rapporta l'Extrait suivant des Mémoires qui avoient été lûs à l'Académie, / Discours sur l'inutilité du Systême des Génies. M Rey combat, dans ce Discours, le sentiment [...]
Mots clefs :
Anciens, Modernes, Mémoire, Corps, Discours, Eaux, Mouvements de la lune, Planètes, Réflexions, Théâtres, Composition, Salubrité de l'air, Années climatériques, Génération, Physique moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Beaux Arts de la Ville de Lyon, du quatre Décembre 1743.
ASSEMBLE'E publique de l'Académie dès
Beaux Arts de la Ville de Lyon , du quatre
Décembre 1743 .
M des Mémoiresqui avoient été lús à l'Acadé-
Borde , préfident , rapporta l'Extrait fuivant
mie , depuis la précédente Affemblée publique.
Difcours fur l'inutilité du Systême des Génies.
M Rey combat , dans ce Difcours , le fentiment
de quelques anciens qui donnoient à chaque Aftre
un Génie , pour le conduire ; & ne croyoient pas
les Loix Méchaniques fuffifantes , pour maintenir
l'Univers dans l'état où nous le voyons . Les Phyficiens
modernes font bien éloignés d'avoir recours
à de telles explications ; les loix du mouvement , la
configuration des corps . la différente difpofition de
leurs parties,font les feuls refforts qu'ils employent.
Differtation fur les trois inégalités des mouvêmens
de la Lune.
Le P. Béraud examine , dans la premiere Partie
de cet Ouvrage , les différentes hypotéfes ; propofe
une Méthode fimple , pour déterminer les deux dernieres
inégalités des mouvemens lunaires , & croit
pouvoir prouver dans la fuite , par des obfervations
sûres & récentes , qu'il s'en faut de beaucoup qu'elles
s'accordent avec le calcul fondé fur les Tables
Aftronomiques.
Dans la feconde Partie , il cherche la caufe Phyfi
que de ces irrégularités conftantes , & penfe qu'avec
l'aide des découvertes de M. Newton , on peut
démontrer qu'elle eft dans lesLoix du mouvement,
établies par le Créateur.
Fij Nous
1836 MERCURE DE FRANCE.
Nous voyons , avec étonnement , les progrès de
P'Aftronomie , depuis environ un Siécle ; cependant
il lui reste encore bien des ténébres à percer ; les
grands hommes qui ont inventé des hypotéfes ,
pour rendre raifon des inégalités des mouvemens
de la Lune & des autres Planettes , n'ont point levé
les difficultés .L'hypotéfe circulaire donne l'acceleration
des Planettes , en raifon des diamétres apparens
, tandis que par les obfervations , elle devroit
être en raifon double des diamétres L'hypotéfe Elliptique
de Kepler corrige ce défaut ; mais pour éviter
une erreur de calcul , ce grand homme s'eft jetté
dans une erreur de fait , en fuppofant l'excentricité
de la Lune,moindre qu'elle n'eft réellement . M. de
la Hyre , en adoptant les Ellipfes de Kepler , a reconnu
cette erreur , & a cru pouvoir la détruire .
Il place pour cela le centre du mouvement des Planettes
dans un point éloigné des foyers , mais ce
point ne peut le trouver que par l'ufage des Tables
des anciens , qui font défectueules . La Courbe de
M. Caffini détermine aifément le Lieu des Planettes
, mais elle eft différente de l'Ellipfe ; l'une &
l'autre hypotéfe place le centre de la Lune , dans
le même inftant, dans des Lieux différens , qui ofera
décider laquelle eft la vraye ?
Differtation fur la falubrité de l'air.
M. Moëgling , l'un de nos Académiciens affociés
étrangers , Auteur de cette Differtation , nous
y préfente un examen des principes actifs répandus
dans l'air , fon action fur nos corps , & les effets
qu'elle y produit ; un grand nombre d'exemples ,
appuyés d'autorités refpectables , lui fervent à établir
, que l'air humide & froid eft extrêmement
nuifible à la fanté. La tention néceffaire aux fibres
de pos corps eft néceffairement relâchée par l'humidité
AOUST. 1744. 1837
dité de l'air , & le froid , en refferrant les pores ,
arrête la tranfpiration . Ces deux qualités nuifibles
de l'air , font elles réunies ? le danger augmente
& il eft difficile de fe défendre de fes impreffions. Il
fuit done , de cet examen , que l'air fec & chaud
eft le plus analogue à nos corps , & tel qu'il le
faut ,, pour entretenir le jeu de les parties.
7
Mémoire fur l'harmonie & fur les régles de la
compofition.
-M. Cheinet , dans la premiere Partie de ce Mémoire
, préfente des recherches Phyfiques fur le
principe de l'harmonie ; il établit le rapport des
confonnances qui la forment , l'origine des modes
principaux , quelles en doivent être les bornes ; & il
finit cette premiere Partie , par la néceffité du tempérament
, pour tous les inftrumens à touches.
M. Cheinet s'eft propofé , dans la feconde Partie ,
d'examiner quelles font les véritables régles de la
compofition , qu'il déduit des principes qu'il a établis
; quels doivent être les accords d'une bonne -
Mufique & leurs juftes bornes.
Difcours fur les Régules Métalliques.
M. Gavinet , après une explication du mot de
Régule , un détail des différentes efpéces & de leur
utilité , dans l'art de décompofer les Métaux & les
Minéraux , établit une nouvelle maniere de procéder
à l'opération du Régule Martial , qui abrege de
moitié le travail ordinaire. L'explication du Méchanifme
de cette opération y répand des lumieres
intéreffantes. L'Etoile qui paroît fur la furface de ce
Régule après la fufion , perd ici tous fes droits d'Af
tre bienfaifant , d'Etoile lumineufe , que lui avoit
Fiij donné
1838 MERCURE DE FRANCE.
donné l'imagination échauffée & peu habile de
quelques anciens Philofophes & Alchymiftes. I
préfente une expérience fur la chaux d'antimoine ,
qui n'eft la terre vitrefcible de cè minéral , déque
pouillée de fon huile & de fon fouffre , par le fel vo
lasil du Salpêtre à laquelle il a rendu la forme de
Régule. La maniere de procéder aux Régules d'étain
& de cuivre,& leur utilité dans la compofition
de l'Elixir Solaire , que Paracelfe & Vanhelmont
ont donné fous des noms mystérieux , terminent ce
difcours . Des Méthodes fimples , des expériences
bien conduites , tendent toutes également à la perfection
des Arts ; rien n'eft à négliger.
Mémoire fur les Théatres des anciens, comparés
à ceux des Modernes.
M. Clapaffon , après avoir fait dans ce Mémoire ,
une defcription exacte des Théatres des anciens ,
qu'il a tirée de Vitruve & des meilleurs Auteurs
qui en ont traité , les compare à ceux des Modernes
, & trouve dans cette comparaiſon , des raiſons
de préférence en faveur de ces derniers .
L'étendue , la folidité , la magnificence des Théatres
anciens , les marbres les plus précieux qu'on
employoit dans leur conftruction , & ces fuperbes
Portiques qu'on élevoit aux environs les rendoient
fupérieurs à ceux des Modernes , mais il en réfultoit
néceffairement des défauts , contre l'ufage auquel
on les deftinoit .
La grandeur de leur enceinte empêchoit la voix
des Acteurs de parvenir diftinctement aux oreilles
des Spectateurs , ou du moins ce n'étoit pas fans
altérer le naturel , qui en fait le plus grand charme.
Ils n'empruntoient pas le fecours des lumieres artificielles
, qui donnent aux Spectacles, des Modernes
A O UST. 1744. 1839
nes un air d'enchantement . Le genre de leur conf
truction ne leur permettoit pas , fans doute , l'artifice
de nos décorations , leur variété , l'entente de
la perfpective , & furtout la promptitude dans les
changemens de nos décorations , puifqu'ils étoient
en ufage de baiffer le rideau , toutes . les fois que la
Scéne devoit changer.
Nous avons fouvent l'occafion de comparer nos
ufages , nos coûtumes , nos découvertes à celles des ,
Anciens : fi nous y trouvons des raifons de préféren
ce , elles ne doivent pas altérer notre estime pour
eux , & nous faire regarder comme plus habiles ,
mais feulement plus heureux.
M. Colomb lut la Defcription Anatomique d'un
Enfant monftrueux né & mort , depuis quelques
mois , dans la Paroiffe de S. George , dont il avoit
fait la diffection . Il en expofa le réfultat ; ce n'eft
Pas là le feul exemple des bizarreries & des égaremens
de la Nature.
Differtationfur la fuperftition des nombres , ou
Les années Climatériques .
Le P. Tolomas préfente trois points de vûë inté
reflans , dans cet Ouvrage . Le premier contient des
recherches fur la prétendue vertu des nombres ,
P'origine de cette opinion ; & en remontant , par
des traces prefque effacées , à la plus haute Anti- .
quité , il fuit le fil des penfees, qui ont conduit les
hommes à regarder certaines années comme funef .
tes , ou du moins comme périlleuses. Le fecond:
point de vue nous offre une définition des années
Climatériques , un examen des raifons prétendues
des craintes que ces années avoient infpirées , &
dont bien des gens ne font pas encore affranchis .
Enfin , le troifiéme objet de ce Mémoire , eft de ré-
Fiij futer
1840 MERCURE DE FRANCE.
futer & détruire ces préjugés , qui tout frivoles &
déraisonnables qu'ils font , n'ont pas laiffé d'être
adoptés par les plus grands Philofophes de la
Gréce & de l'Italie , & mème par quelques Peres
de l'Eglife.
Quel doit être le but d'un Ouvrage de ce genre !
D'inftruire la raiſon humaine , en l'éclairant ; de
rendre fervice à la Société , en diffipant fes v . ines
terreurs , & de fortifier l'efprit contre les attaques
des préjugés.
Difcours fur les progrès de la Phyſique
moderne.
M. Dugas établit dans ce Difcours les avantages
confidérables que l'Anatomie , les Méchaniques &
l'Aftronomie ont retiré des nouvelles découvertes •
que la Phyfique ne fe laffe point de nous préfenter.
Il examine enfuite , d'où peut naître la différence
des progrès de la Phyſique moderne , comparée à
celle des Anciens . En fuivant les réfléxions de M.
Dugas , on doit chercher cette différence , & on la
trouvera infailliblement dans la maniere dont les
anciens faifoient ufage de leurs connoiffances . Ils
affujet iffoient la Nature à leurs idées & à leurs
fens ; les Modernes , au contraire , la cherchent en
elle même. Des faits certains , des expériences réiterées
, travaillent tous les jours au fondement d'un
Systême univerfel , lequel , s'il eft accordé aux connoiffances
humaines , ne peut être trouvé que par
gette voye.
Réfléxions fur la Génération.
M. Olivier fait fes premieres réfléxions fur la néceffité
de reconnoître les Loix de la création
dans
AOUST. 1744.
1841
dans la difproportion étonnante entre les parties de
l'Embrion , contenues dans l'oeuf , & les parties d'un
corps adulte.
L'accroiffement de l'Embrion , la nourriture qu'il
prend dans le fein de fa mere , & les fecours que là
Nature lui prête pour en fortis, font une fuite de ces
mêmes réfléxions qui étonnent plus la raiſon, qu'elles
n'éclairent l'efprit , auffi M. Olivier en fait ik
ufage , lorfqu'en comparant les fonctions & les divers
mouvemens du corps humain avec ceux
dont une machine , compofée avec tout l'art poffible
, feroit capable , il croit pouvoir conclure que
l'Edifice du corps humain eft véritablement leChef
d'oeuvre de l'Auteur de la Nature.
1
Hiftoire & Analyfe des Eaux de Hauterive
en Bourbonnois , par le P. Godin.
De toutes les maladies qui attaquent la vie de
l'homme , il n'en eft point de plus cruelle , que la
Pierre. Les Eaux Minérales d'Hauterive femblent
nous offrir les diffolvans propres à réfoudre la Pier
re. La diftiflation exacte de ces Eaux a préfenté au
P. Godin , un fel vitriolé fulphureux & nitreux ,
dont la mare , en ſe déffechant, eft devenu verdâtre.
Le hazard feul a part à la découverte de ces Eaux ,
dont les qualités bienfaifantes furent feulement con .
nuës à quelques Païfans du voifinage , pendant un affés
long- tems ; des expériences ont fuccedé à cette découverte
, on en- voit l'Hiftoire dans le Mémoire du
P. Godin. Quel bonheur , fi de nouvelles guérifons
viennent affûrer la réputation naiffante de ces .
Eaux !
M. Chriftin , Sécretaire perpétuel , prononça l'Elo
ge du P. Duclos Jéfuite , Académicien affocié , an
cien Ordinaire , mort dans le mois de Juillet 1743
F v étap
3842 MERCURE DE FRANCE
etam Recteur de la Mafon d'Ax . Il étoit né à
Lyon , il avoit profile la Phytique , & dans le même
tems qu' profit les Mathématiques au
gand College , il occupoit avec diftrction une
place d'Aftronome dans cette Académie . Il a donné
piafieurs Mémoires très intéreilans , truts de fes
grandes connoiffances dans ies Mathématiques. Il
avoit l'efprit vif & pénétrant , & les moeurs fort
douces ; il a été univerfe lement regretté .
M. Dugas lût un Mémoire fur les moyens de
conferver de la Lumiere pendant la nuit & la
Séance finit par la lecture d'un Mémoire du P.
Godin fur la Caufe & les effets de la Maladie des
Vapeurs.
Beaux Arts de la Ville de Lyon , du quatre
Décembre 1743 .
M des Mémoiresqui avoient été lús à l'Acadé-
Borde , préfident , rapporta l'Extrait fuivant
mie , depuis la précédente Affemblée publique.
Difcours fur l'inutilité du Systême des Génies.
M Rey combat , dans ce Difcours , le fentiment
de quelques anciens qui donnoient à chaque Aftre
un Génie , pour le conduire ; & ne croyoient pas
les Loix Méchaniques fuffifantes , pour maintenir
l'Univers dans l'état où nous le voyons . Les Phyficiens
modernes font bien éloignés d'avoir recours
à de telles explications ; les loix du mouvement , la
configuration des corps . la différente difpofition de
leurs parties,font les feuls refforts qu'ils employent.
Differtation fur les trois inégalités des mouvêmens
de la Lune.
Le P. Béraud examine , dans la premiere Partie
de cet Ouvrage , les différentes hypotéfes ; propofe
une Méthode fimple , pour déterminer les deux dernieres
inégalités des mouvemens lunaires , & croit
pouvoir prouver dans la fuite , par des obfervations
sûres & récentes , qu'il s'en faut de beaucoup qu'elles
s'accordent avec le calcul fondé fur les Tables
Aftronomiques.
Dans la feconde Partie , il cherche la caufe Phyfi
que de ces irrégularités conftantes , & penfe qu'avec
l'aide des découvertes de M. Newton , on peut
démontrer qu'elle eft dans lesLoix du mouvement,
établies par le Créateur.
Fij Nous
1836 MERCURE DE FRANCE.
Nous voyons , avec étonnement , les progrès de
P'Aftronomie , depuis environ un Siécle ; cependant
il lui reste encore bien des ténébres à percer ; les
grands hommes qui ont inventé des hypotéfes ,
pour rendre raifon des inégalités des mouvemens
de la Lune & des autres Planettes , n'ont point levé
les difficultés .L'hypotéfe circulaire donne l'acceleration
des Planettes , en raifon des diamétres apparens
, tandis que par les obfervations , elle devroit
être en raifon double des diamétres L'hypotéfe Elliptique
de Kepler corrige ce défaut ; mais pour éviter
une erreur de calcul , ce grand homme s'eft jetté
dans une erreur de fait , en fuppofant l'excentricité
de la Lune,moindre qu'elle n'eft réellement . M. de
la Hyre , en adoptant les Ellipfes de Kepler , a reconnu
cette erreur , & a cru pouvoir la détruire .
Il place pour cela le centre du mouvement des Planettes
dans un point éloigné des foyers , mais ce
point ne peut le trouver que par l'ufage des Tables
des anciens , qui font défectueules . La Courbe de
M. Caffini détermine aifément le Lieu des Planettes
, mais elle eft différente de l'Ellipfe ; l'une &
l'autre hypotéfe place le centre de la Lune , dans
le même inftant, dans des Lieux différens , qui ofera
décider laquelle eft la vraye ?
Differtation fur la falubrité de l'air.
M. Moëgling , l'un de nos Académiciens affociés
étrangers , Auteur de cette Differtation , nous
y préfente un examen des principes actifs répandus
dans l'air , fon action fur nos corps , & les effets
qu'elle y produit ; un grand nombre d'exemples ,
appuyés d'autorités refpectables , lui fervent à établir
, que l'air humide & froid eft extrêmement
nuifible à la fanté. La tention néceffaire aux fibres
de pos corps eft néceffairement relâchée par l'humidité
AOUST. 1744. 1837
dité de l'air , & le froid , en refferrant les pores ,
arrête la tranfpiration . Ces deux qualités nuifibles
de l'air , font elles réunies ? le danger augmente
& il eft difficile de fe défendre de fes impreffions. Il
fuit done , de cet examen , que l'air fec & chaud
eft le plus analogue à nos corps , & tel qu'il le
faut ,, pour entretenir le jeu de les parties.
7
Mémoire fur l'harmonie & fur les régles de la
compofition.
-M. Cheinet , dans la premiere Partie de ce Mémoire
, préfente des recherches Phyfiques fur le
principe de l'harmonie ; il établit le rapport des
confonnances qui la forment , l'origine des modes
principaux , quelles en doivent être les bornes ; & il
finit cette premiere Partie , par la néceffité du tempérament
, pour tous les inftrumens à touches.
M. Cheinet s'eft propofé , dans la feconde Partie ,
d'examiner quelles font les véritables régles de la
compofition , qu'il déduit des principes qu'il a établis
; quels doivent être les accords d'une bonne -
Mufique & leurs juftes bornes.
Difcours fur les Régules Métalliques.
M. Gavinet , après une explication du mot de
Régule , un détail des différentes efpéces & de leur
utilité , dans l'art de décompofer les Métaux & les
Minéraux , établit une nouvelle maniere de procéder
à l'opération du Régule Martial , qui abrege de
moitié le travail ordinaire. L'explication du Méchanifme
de cette opération y répand des lumieres
intéreffantes. L'Etoile qui paroît fur la furface de ce
Régule après la fufion , perd ici tous fes droits d'Af
tre bienfaifant , d'Etoile lumineufe , que lui avoit
Fiij donné
1838 MERCURE DE FRANCE.
donné l'imagination échauffée & peu habile de
quelques anciens Philofophes & Alchymiftes. I
préfente une expérience fur la chaux d'antimoine ,
qui n'eft la terre vitrefcible de cè minéral , déque
pouillée de fon huile & de fon fouffre , par le fel vo
lasil du Salpêtre à laquelle il a rendu la forme de
Régule. La maniere de procéder aux Régules d'étain
& de cuivre,& leur utilité dans la compofition
de l'Elixir Solaire , que Paracelfe & Vanhelmont
ont donné fous des noms mystérieux , terminent ce
difcours . Des Méthodes fimples , des expériences
bien conduites , tendent toutes également à la perfection
des Arts ; rien n'eft à négliger.
Mémoire fur les Théatres des anciens, comparés
à ceux des Modernes.
M. Clapaffon , après avoir fait dans ce Mémoire ,
une defcription exacte des Théatres des anciens ,
qu'il a tirée de Vitruve & des meilleurs Auteurs
qui en ont traité , les compare à ceux des Modernes
, & trouve dans cette comparaiſon , des raiſons
de préférence en faveur de ces derniers .
L'étendue , la folidité , la magnificence des Théatres
anciens , les marbres les plus précieux qu'on
employoit dans leur conftruction , & ces fuperbes
Portiques qu'on élevoit aux environs les rendoient
fupérieurs à ceux des Modernes , mais il en réfultoit
néceffairement des défauts , contre l'ufage auquel
on les deftinoit .
La grandeur de leur enceinte empêchoit la voix
des Acteurs de parvenir diftinctement aux oreilles
des Spectateurs , ou du moins ce n'étoit pas fans
altérer le naturel , qui en fait le plus grand charme.
Ils n'empruntoient pas le fecours des lumieres artificielles
, qui donnent aux Spectacles, des Modernes
A O UST. 1744. 1839
nes un air d'enchantement . Le genre de leur conf
truction ne leur permettoit pas , fans doute , l'artifice
de nos décorations , leur variété , l'entente de
la perfpective , & furtout la promptitude dans les
changemens de nos décorations , puifqu'ils étoient
en ufage de baiffer le rideau , toutes . les fois que la
Scéne devoit changer.
Nous avons fouvent l'occafion de comparer nos
ufages , nos coûtumes , nos découvertes à celles des ,
Anciens : fi nous y trouvons des raifons de préféren
ce , elles ne doivent pas altérer notre estime pour
eux , & nous faire regarder comme plus habiles ,
mais feulement plus heureux.
M. Colomb lut la Defcription Anatomique d'un
Enfant monftrueux né & mort , depuis quelques
mois , dans la Paroiffe de S. George , dont il avoit
fait la diffection . Il en expofa le réfultat ; ce n'eft
Pas là le feul exemple des bizarreries & des égaremens
de la Nature.
Differtationfur la fuperftition des nombres , ou
Les années Climatériques .
Le P. Tolomas préfente trois points de vûë inté
reflans , dans cet Ouvrage . Le premier contient des
recherches fur la prétendue vertu des nombres ,
P'origine de cette opinion ; & en remontant , par
des traces prefque effacées , à la plus haute Anti- .
quité , il fuit le fil des penfees, qui ont conduit les
hommes à regarder certaines années comme funef .
tes , ou du moins comme périlleuses. Le fecond:
point de vue nous offre une définition des années
Climatériques , un examen des raifons prétendues
des craintes que ces années avoient infpirées , &
dont bien des gens ne font pas encore affranchis .
Enfin , le troifiéme objet de ce Mémoire , eft de ré-
Fiij futer
1840 MERCURE DE FRANCE.
futer & détruire ces préjugés , qui tout frivoles &
déraisonnables qu'ils font , n'ont pas laiffé d'être
adoptés par les plus grands Philofophes de la
Gréce & de l'Italie , & mème par quelques Peres
de l'Eglife.
Quel doit être le but d'un Ouvrage de ce genre !
D'inftruire la raiſon humaine , en l'éclairant ; de
rendre fervice à la Société , en diffipant fes v . ines
terreurs , & de fortifier l'efprit contre les attaques
des préjugés.
Difcours fur les progrès de la Phyſique
moderne.
M. Dugas établit dans ce Difcours les avantages
confidérables que l'Anatomie , les Méchaniques &
l'Aftronomie ont retiré des nouvelles découvertes •
que la Phyfique ne fe laffe point de nous préfenter.
Il examine enfuite , d'où peut naître la différence
des progrès de la Phyſique moderne , comparée à
celle des Anciens . En fuivant les réfléxions de M.
Dugas , on doit chercher cette différence , & on la
trouvera infailliblement dans la maniere dont les
anciens faifoient ufage de leurs connoiffances . Ils
affujet iffoient la Nature à leurs idées & à leurs
fens ; les Modernes , au contraire , la cherchent en
elle même. Des faits certains , des expériences réiterées
, travaillent tous les jours au fondement d'un
Systême univerfel , lequel , s'il eft accordé aux connoiffances
humaines , ne peut être trouvé que par
gette voye.
Réfléxions fur la Génération.
M. Olivier fait fes premieres réfléxions fur la néceffité
de reconnoître les Loix de la création
dans
AOUST. 1744.
1841
dans la difproportion étonnante entre les parties de
l'Embrion , contenues dans l'oeuf , & les parties d'un
corps adulte.
L'accroiffement de l'Embrion , la nourriture qu'il
prend dans le fein de fa mere , & les fecours que là
Nature lui prête pour en fortis, font une fuite de ces
mêmes réfléxions qui étonnent plus la raiſon, qu'elles
n'éclairent l'efprit , auffi M. Olivier en fait ik
ufage , lorfqu'en comparant les fonctions & les divers
mouvemens du corps humain avec ceux
dont une machine , compofée avec tout l'art poffible
, feroit capable , il croit pouvoir conclure que
l'Edifice du corps humain eft véritablement leChef
d'oeuvre de l'Auteur de la Nature.
1
Hiftoire & Analyfe des Eaux de Hauterive
en Bourbonnois , par le P. Godin.
De toutes les maladies qui attaquent la vie de
l'homme , il n'en eft point de plus cruelle , que la
Pierre. Les Eaux Minérales d'Hauterive femblent
nous offrir les diffolvans propres à réfoudre la Pier
re. La diftiflation exacte de ces Eaux a préfenté au
P. Godin , un fel vitriolé fulphureux & nitreux ,
dont la mare , en ſe déffechant, eft devenu verdâtre.
Le hazard feul a part à la découverte de ces Eaux ,
dont les qualités bienfaifantes furent feulement con .
nuës à quelques Païfans du voifinage , pendant un affés
long- tems ; des expériences ont fuccedé à cette découverte
, on en- voit l'Hiftoire dans le Mémoire du
P. Godin. Quel bonheur , fi de nouvelles guérifons
viennent affûrer la réputation naiffante de ces .
Eaux !
M. Chriftin , Sécretaire perpétuel , prononça l'Elo
ge du P. Duclos Jéfuite , Académicien affocié , an
cien Ordinaire , mort dans le mois de Juillet 1743
F v étap
3842 MERCURE DE FRANCE
etam Recteur de la Mafon d'Ax . Il étoit né à
Lyon , il avoit profile la Phytique , & dans le même
tems qu' profit les Mathématiques au
gand College , il occupoit avec diftrction une
place d'Aftronome dans cette Académie . Il a donné
piafieurs Mémoires très intéreilans , truts de fes
grandes connoiffances dans ies Mathématiques. Il
avoit l'efprit vif & pénétrant , & les moeurs fort
douces ; il a été univerfe lement regretté .
M. Dugas lût un Mémoire fur les moyens de
conferver de la Lumiere pendant la nuit & la
Séance finit par la lecture d'un Mémoire du P.
Godin fur la Caufe & les effets de la Maladie des
Vapeurs.
Fermer
14
p. 177-187
PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
Début :
C'est à l'émulation que les artistes doivent leurs succès, mais c'est des [...]
Mots clefs :
Louvre, Tableaux, Ouvrage, Beauté, Portrait, Succès, Dessin, Composition, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
PEINTURE.
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
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Résumé : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
En 1755, le Louvre a accueilli des expositions de peintures, sculptures et gravures, où les artistes cherchaient l'émulation et la reconnaissance des connaisseurs, valorisant les critiques constructives et les éloges mérités. Plusieurs artistes ont été particulièrement remarqués pour leurs œuvres. M. Restout a été loué pour son tableau représentant Jésus-Christ lavant les pieds des Apôtres. M. Carlo Vanloo a été admiré pour ses tableaux du Baptême de Saint Augustin et de Saint Augustin prêchant devant Valère. M. Jeaurat a été apprécié pour ses scènes de la vie populaire. M. Halle a été salué pour son tableau des Disciples d'Emmaüs. M. Vien a été reconnu pour son tableau de Saint Germain et Saint Vincent. M. Chardin a impressionné avec son imitation de bas-relief en bronze. Les portraits de M. Elvetius par Louis-Michel Vanloo, de Madame Henriette de France par Nattier, et de Madame de Pompadour par La Tour ont également été remarqués pour leur ressemblance et leur qualité. M. Bachelier a été félicité pour son tableau en cire représentant la fable du cheval et du loup. M. Vernet a été acclamé pour ses tableaux de vues maritimes et de tempêtes. En sculpture, les œuvres de M. Falconet et de M. Michel-Ange Slodtz ont été admirées. Le texte déplore l'absence de certaines figures emblématiques comme Boucher et Pigalle, attribuant cela à des critiques malveillantes. La gravure a été saluée pour sa capacité à diffuser les œuvres des peintres et à contrer les critiques provinciales. Enfin, le texte célèbre un siècle où les arts sont cultivés, aimés, encouragés et récompensés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 212-213
Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
Début :
Quant un erreur est sur le point de s'accréditer sur un objet qui intéresse essentiellement l'humanité, [...]
Mots clefs :
Bougies, Médecine, Traité des tumeurs, Composition, Secret, Remède, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
Extrait d'une Lettre de M. Daran , Ecuyer, Confeiller,
Chirurgien ordinaire du Roi , fervantpar
quartier , & Maitre en Chirurgie de Paris ,
M*** Pour fervir de Réponse à un article du
Traité des tumeurs , où l'Auteur prétend que les
Bougies de M. Daran lui font connues , & croit
en donner la compoſition .
Quand une erreur eft fur le point de s'accréditer
fur un objet qui intéreſſe effentiellement
l'humanité , on ne fçauroit trop tôt la relever
pour en prévenir les fuites. L'Auteur anonyme
SEPTEMBRE . 1759. 213 .
du Traité des tumeurs & des ulcères , & c . annonce .
une manière de compofer des Bougies , avec ce
titre affirmatif : Bougies du Sieur Daran.
M. Daran protefte que ces Bougies ne font pas
les fiennes ; il affure qu'il n'entre pas dans les
fiennes un feul des ingrédients que l'Auteur de
ce Traité donne pour la compofition de celles
qu'il propofe. M. Daran n'a communiqué à perfonne
le fecret d'où dépend l'efficacité de fon
reméde. J'aurois cru être coupable , dit - il , de
garder le filence à ce fujet , n'ayant que trop
d'exemples du mal qu'a produit la confiance imprudente
de plufieurs malades aux promelles
dont on les a flattés à cet égard , & qui n'ont
été détrompés & guéris que lorsqu'ils fe font
adreffés directement à moi.
M. Fabre , Maître en Chirurgie , dans un effai
fur les maladies de ce genre , qui parut l'année
dernière , prétend que le topique des Bougies
étoit connu avant M, Daran ; & celui - ci n'en difconvient
pas , mais il nie que le fecret de la
compofition de fes Bougies ait été connu avant
lui : or l'efficacité de fon reméde dépend furtout
de fa compofition . M. Fabre prétend aufli que
M. Darand a confondu deux maladies , qui cependant
fe trouvent expreffément diftinguées dans
fon Traité de celles dont les Bougies font le reméde.
Il ne m'eft pas permis d'entrer dans un plus
grand détail , mais les différentes cures opérées
par M. Daran fuffifent à fon apologie.
Chirurgien ordinaire du Roi , fervantpar
quartier , & Maitre en Chirurgie de Paris ,
M*** Pour fervir de Réponse à un article du
Traité des tumeurs , où l'Auteur prétend que les
Bougies de M. Daran lui font connues , & croit
en donner la compoſition .
Quand une erreur eft fur le point de s'accréditer
fur un objet qui intéreſſe effentiellement
l'humanité , on ne fçauroit trop tôt la relever
pour en prévenir les fuites. L'Auteur anonyme
SEPTEMBRE . 1759. 213 .
du Traité des tumeurs & des ulcères , & c . annonce .
une manière de compofer des Bougies , avec ce
titre affirmatif : Bougies du Sieur Daran.
M. Daran protefte que ces Bougies ne font pas
les fiennes ; il affure qu'il n'entre pas dans les
fiennes un feul des ingrédients que l'Auteur de
ce Traité donne pour la compofition de celles
qu'il propofe. M. Daran n'a communiqué à perfonne
le fecret d'où dépend l'efficacité de fon
reméde. J'aurois cru être coupable , dit - il , de
garder le filence à ce fujet , n'ayant que trop
d'exemples du mal qu'a produit la confiance imprudente
de plufieurs malades aux promelles
dont on les a flattés à cet égard , & qui n'ont
été détrompés & guéris que lorsqu'ils fe font
adreffés directement à moi.
M. Fabre , Maître en Chirurgie , dans un effai
fur les maladies de ce genre , qui parut l'année
dernière , prétend que le topique des Bougies
étoit connu avant M, Daran ; & celui - ci n'en difconvient
pas , mais il nie que le fecret de la
compofition de fes Bougies ait été connu avant
lui : or l'efficacité de fon reméde dépend furtout
de fa compofition . M. Fabre prétend aufli que
M. Darand a confondu deux maladies , qui cependant
fe trouvent expreffément diftinguées dans
fon Traité de celles dont les Bougies font le reméde.
Il ne m'eft pas permis d'entrer dans un plus
grand détail , mais les différentes cures opérées
par M. Daran fuffifent à fon apologie.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
En septembre 1759, M. Daran, écuyer, conseiller et chirurgien ordinaire du Roi, conteste un article du Traité des tumeurs qui attribue à tort la paternité de ses bougies à un auteur anonyme. Il affirme que la composition décrite dans le traité est incorrecte et que le secret de leur fabrication n'a jamais été révélé. M. Daran met en garde contre la confiance imprudente des malades en des remèdes non vérifiés, soulignant que seuls ses propres remèdes ont prouvé leur efficacité. M. Fabre, maître en chirurgie, avait précédemment affirmé que le principe actif des bougies était connu avant M. Daran, ce que ce dernier ne conteste pas. Cependant, M. Daran nie que la composition exacte de ses bougies ait été connue avant lui, insistant sur l'importance de cette composition pour l'efficacité du remède. M. Fabre accuse également M. Daran d'avoir confondu deux maladies dans son traité, mais M. Daran ne commente pas en détail, se contentant de souligner les nombreuses guérisons réalisées grâce à ses bougies comme preuve de leur efficacité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
16
p. 234-236
LETTRE de M. Chavy De Mongerbet, Docteur en Médecine, à présent à l'Hôtel de Châtillon, rue Tournon, à Paris, à Messieurs les Goutteux.
Début :
Messieurs, j'ai voulu dissiper vos préjugés, & vous être réellement utile, [...]
Mots clefs :
Goutte, Remède, Composition, Médecin, Guérison, Découverte, Soulagement, Goût agréable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Chavy De Mongerbet, Docteur en Médecine, à présent à l'Hôtel de Châtillon, rue Tournon, à Paris, à Messieurs les Goutteux.
LETTRE de M. CHAVY DE MONGERBET ,
Docteur en Médecine , à préſent à l'Hôtel de
Châtillon , rue de Tournon , à Paris, à Methieurs
les Goutteux .
MESSIEU
E SIEURS , j'ai voulu diffiper vos préju
gés , & vous être réellement utile , en confiant la
compofition de mon Reméde au célèbre M. Morand,
Chirurgien du Collège de Paris , Docteur en Méde
cine , Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirur
gie , Membre de l'Académie des Sciences de Paris ,
& de plufieurs autres de l'Europe ; & à M. Peſtalozzi
, Médecin de Lyon , très-diftingué , & précédemment
celui de fon Eminence Mgr le Cardinal de
Tencin , Archevêque de Lyon . Jefouhaite que vous
recherchiez , dans mon travail & mes découvertes ,
les foulagemens que vous devez en attendre , & que
mes progrès far de très-grands Seigneurs , me mettent
en droit de vous annoncer. Ceffez d'être les triftes
victimes de vos préjugés , & jouiffez des fruits que
mes foibles lumières peuvent vous procurer : en attendant
un temps plus heureux , où quelque Mé
decin beaucoup plus éclairé pourra vous propofet
une cure radicale , profitez des douceurs que vous
pourrez trouver dans l'ufage de ma Ptifane , qui
n'eft formée que de Simples , que j'envoye en pou
die , & dont chaque prife forme une bouteille , con
AVRIL. 1760 .. 235
formément à mon Ordonnance imprimée . Vous trouverez
le tout chez mes Correfpondans , qui auront
foin de l'annoncer, pour la commodité des differentes
Provinces . Ce Reméde , d'un goût agréable , n'agit
que par l'infenfible tranfpiration & les urines , routes
ordinaires de la Nature , qui n'expofe jamais à
aucun danger , & qui tend à purifier le fangpeu à
peu. Meffieurs , me fera-t-il permis d'infifierfur le
régime que je prefcris dans mon Ordonnance ? il intereffe
votre fanté ; il eft de conféquence pour les
progrès de mon Reméde ; & une conduite oppofée
deviendroit funefte à une infinité de vos Confrères ,
qui , comme vous , effuyent des tourmens affreux ,
& n'attendent que les fuccès pour y avoir recours.
Meffieurs , jufqu'à ce jour, l'on a exigé de mon Reméde
des qualités prèfque miraculeufes , & l'on a
prétendu qu'il devoit agir également fur des perfonnes
dont le tempérament ufe , & les differentes complications
de maux , paroiffoient ne les plus rendre
fufceptibles d'aucun foulagement. Je vous prends
pour mes Juges, & je me flatte que la Médecine ,
dont j'ai eu l'honneur d'être un Membre , me renira
la justice qu'elle accorde à tous ceux qui ont d'oit
de l'attendre , & qui agiſſent de bonne foi & en faveur
de l'Humanité . J'ai l'honneur d'être , &c.
CHAVY DE MONGERBET , D. M.
Le prix commun pour chaque bouteille de ma
ptifane , eft de ; liv . Les Seigneurs & autres
perfonnes à qui je donnerai mes foins particu
liers pendant l'année , proportionneront mes
honoraires à mes fervices , & c . Je laiffe au rebur
les Lettres qui ne font pas affranchies ; mes correfpondans
feront de même. J'ai oublié de dire
dans mon Ordonnance , que je reçois des Lettres
de plufieurs Goutteux qui me marquent que le
lair , ou les affoiblit, ou s'aigrit , quoiqu'il ait bien
236 MERCURE DE FRANCE.
paffé pendant plufieurs mois , &c. Je ne le regarde
point avec indifférence , & je n'en confeille
l'ufage , que quand on aura fait attention à fon
tempérament , à la qualité de l'air , & au genre
de vie que l'on obferve.
Docteur en Médecine , à préſent à l'Hôtel de
Châtillon , rue de Tournon , à Paris, à Methieurs
les Goutteux .
MESSIEU
E SIEURS , j'ai voulu diffiper vos préju
gés , & vous être réellement utile , en confiant la
compofition de mon Reméde au célèbre M. Morand,
Chirurgien du Collège de Paris , Docteur en Méde
cine , Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirur
gie , Membre de l'Académie des Sciences de Paris ,
& de plufieurs autres de l'Europe ; & à M. Peſtalozzi
, Médecin de Lyon , très-diftingué , & précédemment
celui de fon Eminence Mgr le Cardinal de
Tencin , Archevêque de Lyon . Jefouhaite que vous
recherchiez , dans mon travail & mes découvertes ,
les foulagemens que vous devez en attendre , & que
mes progrès far de très-grands Seigneurs , me mettent
en droit de vous annoncer. Ceffez d'être les triftes
victimes de vos préjugés , & jouiffez des fruits que
mes foibles lumières peuvent vous procurer : en attendant
un temps plus heureux , où quelque Mé
decin beaucoup plus éclairé pourra vous propofet
une cure radicale , profitez des douceurs que vous
pourrez trouver dans l'ufage de ma Ptifane , qui
n'eft formée que de Simples , que j'envoye en pou
die , & dont chaque prife forme une bouteille , con
AVRIL. 1760 .. 235
formément à mon Ordonnance imprimée . Vous trouverez
le tout chez mes Correfpondans , qui auront
foin de l'annoncer, pour la commodité des differentes
Provinces . Ce Reméde , d'un goût agréable , n'agit
que par l'infenfible tranfpiration & les urines , routes
ordinaires de la Nature , qui n'expofe jamais à
aucun danger , & qui tend à purifier le fangpeu à
peu. Meffieurs , me fera-t-il permis d'infifierfur le
régime que je prefcris dans mon Ordonnance ? il intereffe
votre fanté ; il eft de conféquence pour les
progrès de mon Reméde ; & une conduite oppofée
deviendroit funefte à une infinité de vos Confrères ,
qui , comme vous , effuyent des tourmens affreux ,
& n'attendent que les fuccès pour y avoir recours.
Meffieurs , jufqu'à ce jour, l'on a exigé de mon Reméde
des qualités prèfque miraculeufes , & l'on a
prétendu qu'il devoit agir également fur des perfonnes
dont le tempérament ufe , & les differentes complications
de maux , paroiffoient ne les plus rendre
fufceptibles d'aucun foulagement. Je vous prends
pour mes Juges, & je me flatte que la Médecine ,
dont j'ai eu l'honneur d'être un Membre , me renira
la justice qu'elle accorde à tous ceux qui ont d'oit
de l'attendre , & qui agiſſent de bonne foi & en faveur
de l'Humanité . J'ai l'honneur d'être , &c.
CHAVY DE MONGERBET , D. M.
Le prix commun pour chaque bouteille de ma
ptifane , eft de ; liv . Les Seigneurs & autres
perfonnes à qui je donnerai mes foins particu
liers pendant l'année , proportionneront mes
honoraires à mes fervices , & c . Je laiffe au rebur
les Lettres qui ne font pas affranchies ; mes correfpondans
feront de même. J'ai oublié de dire
dans mon Ordonnance , que je reçois des Lettres
de plufieurs Goutteux qui me marquent que le
lair , ou les affoiblit, ou s'aigrit , quoiqu'il ait bien
236 MERCURE DE FRANCE.
paffé pendant plufieurs mois , &c. Je ne le regarde
point avec indifférence , & je n'en confeille
l'ufage , que quand on aura fait attention à fon
tempérament , à la qualité de l'air , & au genre
de vie que l'on obferve.
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Résumé : LETTRE de M. Chavy De Mongerbet, Docteur en Médecine, à présent à l'Hôtel de Châtillon, rue Tournon, à Paris, à Messieurs les Goutteux.
M. Chavy de Mongerbet, docteur en médecine, adresse une lettre aux personnes souffrant de la goutte pour dissiper leurs préjugés et offrir un remède efficace. Ce remède, nommé 'Ptifane', a été élaboré par des experts renommés tels que M. Morand, chirurgien et membre de plusieurs académies, et M. Pestalozzi, médecin de Lyon. La Ptifane, présentée en poudre, agit par transpiration et urines pour purifier le sang sans danger. M. Chavy de Mongerbet souligne l'importance de suivre le régime prescrit pour maximiser les bénéfices du remède. Il reconnaît les attentes miraculeuses placées sur son remède mais invite les goutteux à juger de son efficacité. Il mentionne également le prix de la Ptifane et propose des honoraires proportionnels à ses services pour certains patients. Il note l'impact du climat sur les symptômes de la goutte et conseille de prendre en compte le tempérament et le mode de vie des patients.
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17
p. 202-206
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
DANS la semaine de la Passion il y a eu Concert le Dimanche, le Mardi suivant & le Vendredi [...]
Mots clefs :
Concerts, Chœur, Voix, Plaisir, Composition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
DANS la femaine de la Paffion il y a eu Concert
le Dimanche , le Mardi fuivant & le Vendredi
, Fête de l'Annonciation .
Dans le premier de ces Concerts on a exécuté
Lauda Jerufalem , Moter à grand Choeur de M.
AVRIL 1763.
203
DELALANDE , & le Confitebor de Pergolize . M.
BESCHE y a chanté & M. BALBATRE a éxécuté for
l'orgue plufieurs morceaux qui ont fait beaucoup
de plaifir.
Dans le Concert du Mardi on a éxécuté Inclina
Domine , Motet à grand Choeur de M. BLANCHARD,
Maître de Mufique de la Chapelle du Roi ,
dans lequel M. DUBUT , Ordinaire de la Chapelle
du Roi , a chanté un récit de deſſus . Ce jeune
talent qne l'on peut encore regarder comme
dans l'enfance , relativement à fon âge , ne doit
pas être regardé de même par rapport à l'ufage ,
à la préciſion & aux autres parties de la Mufique
ainsi que de l'art du chant. La voix du jeune M.
DUBUT est très agréable , & fon articulation
très-nette & très- correcte. Il a été fort applaudi
non ſeulement en faveur de fon âge , mais par le
plaifir qu'on a pris à l'entendre ; en le rappellant
celui dont avoit fait jouir longtemps M. RICHER
dans le même âge & dans le même genre de voix.
On reprit le Confitebor de Pergoléze .
-
Le Vendredi , on éxécuta Nifi Dominus , Motet
à grand Choeur de M. BELISSEN , & le Confitemini
de feu M. DE LA LANDE . Qu'il nous
foit permis de remarquer quelle impreffion fait
& fera toujours la fublime compofition de ce
célébre Muficien . Quelle majefté dans le caractère
général de fes chants ! Quelle analogie
avec la divine infpiratation qui régne dans les
Pleaumes ! Quel fentiment dans l'expreffion !
Quelle grandeur & quelle fagetle dans les images
que le génie de cet Auteur ne paroît point
chercher , mais qu'elles femblent venir faifir avec
une variété infinie & du meilleur goût , dans les
différentes parties de fes moters Quelle vérité
dans le coloris général ! Mérite rare dans prèf-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
que tous les ouvrages qui méritent notre adm
ration à d'autres égards..
Mlle HARDI , jeune Sujet , conduite par fon
père en Italie à l'âge de neuf ans , pour y
être
inftruite dans la Mufique ; & formée dans la
connoiffance de la Langue & du goût du chant
de cette Nation a chanté dans ces trois Concerts
différens airs Italiens avec beaucoup de fuccès.
Sa voix eft agréable , timbrée & flexible . Elle
chante cette Mufique purement dans le genre &
avec les feuls agrémens qui lui font propres , &
analogues à l'idiome du Pays. Nouvelle , & peutêtre
enfin utile leçon pour les Cantatrices , qui
n'ont appris en France que la caricature de ce
goûr.
Mlle FEL a chanté avec le fuccès & les applaudiflemens
ordinaires plufieurs Récits dans les
grands Motets , & n'a point chanté de petit Motet
Italien.
MM. GAVINIES , LE MIERE & LE DUC Ont
joué à ces trois Concerts des airs en trio de la
compofition de M. GAVINIÉS .
Dans les Concerts du Mardi & du Vendredi ,
M. DUPORT a joué feul des . Sonates & Concerto
de fa compofition..
·
Par tout ce que nous avons eu occafion de dire
précédemment à l'avantage du talent fi agréa
ble & fi fingulier de M. DUPORT , on doit juger
du plaifir que le Public a eu de l'entendre après.
quelques Concerts d'où il s'étoit abfenté , & des
applaudiffemens qu'il a reçus.
CONCERT du Dimanche des
RAMEAUX .
On a exécuté Confitemini , Motet à grand
choeur de M. l'Abbé GoULET , ancien Maître de
AVRIL. 1763. 20
Mufque de la Cathédrale de Paris. Ce Moter a
été applaudi en plufieurs endroits. Le jeune M.
DUBUT , dont nous venons de parler , a chan
té. Le Concert a fini par Dominus regnavit ,
Motet à grand choeur de feu M. DE LA LANDE ,
dans lequel Mile ARNOULD a chanté avec applaudiffement
le récit Adorate. Dans le même
Motet, Mile ROZET & M. GELIN , ont éxécutè un
Duo qui a été univerfellement applaudi & avec
la plus grande juftice..
MM. DUPORT & KOHUALT ont joué des airs
en Duo fur le Violoncelle & le Luth . C'est ici
précisément une de ces occafions où il n'y a point
d'expreffions pour les éloges mérités & pour rendre
le fentiment de plaifir des Auditeurs. Les airs
qu'ils éxécutoient étoient travaillés avec un goût
& un art infinis , fur des Sujets connus, agréables
& faciles , ce qui a beaucoup ajouté à l'extrême
Latisfaction du Public ; en forte qu'ils ont été pour
ainfi dire contraints par la vivacité des applaudillemens
, de céder à fes defirs & de continuer de
jouer , après le nombre d'airs déterminé pour
ce Concert. Nous ne pouvons nous diſpenſer à
ce fujer de renouveller aux grands talens , l'avis
qu'ils reçoivent en tant d'occafions de la part des
Auditeurs fur le genre de mufique qu'ils exécutent.
Quand voudront- ils enfin fe donner à
eux-mêmes la flatteufe fatisfaction , d'être toujours
agréables en étonnant & fe défendre du
penchant obftiné pour les feules difficultés ?
Mlle HARDI chanta très- bien un bel Air Italien
& avec une voix plus également foutenue que
dans les Concerts précédens.
M. GAVINIES a joué un Concerto de fa compofition
, dans lequel il a été fort applaudi .
Mlle FEL a chanté un petit Motet , dont la
206 MERCURE DE FRANCE.
Mufique n'eft pas entiérement dans le genre Italien
; elle y a reçu tous les applaudiffemens que
méritent la voix & fes talens.
On rendra compte dans le fecond volume de
ce mois des Concerts de la Semaine Sainte & de
celle de Pâques.
DANS la femaine de la Paffion il y a eu Concert
le Dimanche , le Mardi fuivant & le Vendredi
, Fête de l'Annonciation .
Dans le premier de ces Concerts on a exécuté
Lauda Jerufalem , Moter à grand Choeur de M.
AVRIL 1763.
203
DELALANDE , & le Confitebor de Pergolize . M.
BESCHE y a chanté & M. BALBATRE a éxécuté for
l'orgue plufieurs morceaux qui ont fait beaucoup
de plaifir.
Dans le Concert du Mardi on a éxécuté Inclina
Domine , Motet à grand Choeur de M. BLANCHARD,
Maître de Mufique de la Chapelle du Roi ,
dans lequel M. DUBUT , Ordinaire de la Chapelle
du Roi , a chanté un récit de deſſus . Ce jeune
talent qne l'on peut encore regarder comme
dans l'enfance , relativement à fon âge , ne doit
pas être regardé de même par rapport à l'ufage ,
à la préciſion & aux autres parties de la Mufique
ainsi que de l'art du chant. La voix du jeune M.
DUBUT est très agréable , & fon articulation
très-nette & très- correcte. Il a été fort applaudi
non ſeulement en faveur de fon âge , mais par le
plaifir qu'on a pris à l'entendre ; en le rappellant
celui dont avoit fait jouir longtemps M. RICHER
dans le même âge & dans le même genre de voix.
On reprit le Confitebor de Pergoléze .
-
Le Vendredi , on éxécuta Nifi Dominus , Motet
à grand Choeur de M. BELISSEN , & le Confitemini
de feu M. DE LA LANDE . Qu'il nous
foit permis de remarquer quelle impreffion fait
& fera toujours la fublime compofition de ce
célébre Muficien . Quelle majefté dans le caractère
général de fes chants ! Quelle analogie
avec la divine infpiratation qui régne dans les
Pleaumes ! Quel fentiment dans l'expreffion !
Quelle grandeur & quelle fagetle dans les images
que le génie de cet Auteur ne paroît point
chercher , mais qu'elles femblent venir faifir avec
une variété infinie & du meilleur goût , dans les
différentes parties de fes moters Quelle vérité
dans le coloris général ! Mérite rare dans prèf-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
que tous les ouvrages qui méritent notre adm
ration à d'autres égards..
Mlle HARDI , jeune Sujet , conduite par fon
père en Italie à l'âge de neuf ans , pour y
être
inftruite dans la Mufique ; & formée dans la
connoiffance de la Langue & du goût du chant
de cette Nation a chanté dans ces trois Concerts
différens airs Italiens avec beaucoup de fuccès.
Sa voix eft agréable , timbrée & flexible . Elle
chante cette Mufique purement dans le genre &
avec les feuls agrémens qui lui font propres , &
analogues à l'idiome du Pays. Nouvelle , & peutêtre
enfin utile leçon pour les Cantatrices , qui
n'ont appris en France que la caricature de ce
goûr.
Mlle FEL a chanté avec le fuccès & les applaudiflemens
ordinaires plufieurs Récits dans les
grands Motets , & n'a point chanté de petit Motet
Italien.
MM. GAVINIES , LE MIERE & LE DUC Ont
joué à ces trois Concerts des airs en trio de la
compofition de M. GAVINIÉS .
Dans les Concerts du Mardi & du Vendredi ,
M. DUPORT a joué feul des . Sonates & Concerto
de fa compofition..
·
Par tout ce que nous avons eu occafion de dire
précédemment à l'avantage du talent fi agréa
ble & fi fingulier de M. DUPORT , on doit juger
du plaifir que le Public a eu de l'entendre après.
quelques Concerts d'où il s'étoit abfenté , & des
applaudiffemens qu'il a reçus.
CONCERT du Dimanche des
RAMEAUX .
On a exécuté Confitemini , Motet à grand
choeur de M. l'Abbé GoULET , ancien Maître de
AVRIL. 1763. 20
Mufque de la Cathédrale de Paris. Ce Moter a
été applaudi en plufieurs endroits. Le jeune M.
DUBUT , dont nous venons de parler , a chan
té. Le Concert a fini par Dominus regnavit ,
Motet à grand choeur de feu M. DE LA LANDE ,
dans lequel Mile ARNOULD a chanté avec applaudiffement
le récit Adorate. Dans le même
Motet, Mile ROZET & M. GELIN , ont éxécutè un
Duo qui a été univerfellement applaudi & avec
la plus grande juftice..
MM. DUPORT & KOHUALT ont joué des airs
en Duo fur le Violoncelle & le Luth . C'est ici
précisément une de ces occafions où il n'y a point
d'expreffions pour les éloges mérités & pour rendre
le fentiment de plaifir des Auditeurs. Les airs
qu'ils éxécutoient étoient travaillés avec un goût
& un art infinis , fur des Sujets connus, agréables
& faciles , ce qui a beaucoup ajouté à l'extrême
Latisfaction du Public ; en forte qu'ils ont été pour
ainfi dire contraints par la vivacité des applaudillemens
, de céder à fes defirs & de continuer de
jouer , après le nombre d'airs déterminé pour
ce Concert. Nous ne pouvons nous diſpenſer à
ce fujer de renouveller aux grands talens , l'avis
qu'ils reçoivent en tant d'occafions de la part des
Auditeurs fur le genre de mufique qu'ils exécutent.
Quand voudront- ils enfin fe donner à
eux-mêmes la flatteufe fatisfaction , d'être toujours
agréables en étonnant & fe défendre du
penchant obftiné pour les feules difficultés ?
Mlle HARDI chanta très- bien un bel Air Italien
& avec une voix plus également foutenue que
dans les Concerts précédens.
M. GAVINIES a joué un Concerto de fa compofition
, dans lequel il a été fort applaudi .
Mlle FEL a chanté un petit Motet , dont la
206 MERCURE DE FRANCE.
Mufique n'eft pas entiérement dans le genre Italien
; elle y a reçu tous les applaudiffemens que
méritent la voix & fes talens.
On rendra compte dans le fecond volume de
ce mois des Concerts de la Semaine Sainte & de
celle de Pâques.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Durant la semaine de la Passion en avril 1763, trois concerts spirituels ont été organisés les dimanches, mardis et vendredis. Le premier concert a présenté 'Lauda Jerusalem' de Delalande et le 'Confitebor' de Pergolèse. M. Besche et M. Balbatre ont interprété plusieurs morceaux à l'orgue, suscitant beaucoup de plaisir. Le mardi, 'Inclina Domine' de M. Blanchard a été exécuté, avec M. Dubut, jeune talent de la Chapelle du Roi, chantant un récit. Sa performance a été acclamée pour sa voix agréable et son articulation nette. Le 'Confitebor' de Pergolèse a été repris. Le vendredi, 'Nisi Dominus' de M. Belissen et le 'Confitemini' de M. de La Lande ont été interprétés. La composition de ce dernier a été saluée pour sa majesté et son analogie avec les Psaumes. Mlle Hardi, formée en Italie, a chanté des airs italiens avec succès, offrant une leçon sur l'authenticité du chant italien. Mlle Fel a également chanté plusieurs récits dans les grands motets. MM. Gaviniès, Le Mière et Le Duc ont joué des airs en trio composés par M. Gaviniès. M. Duport a interprété des sonates et un concerto de sa composition lors des concerts du mardi et du vendredi, recevant des applaudissements pour son talent. Lors du concert du dimanche des Rameaux, 'Confitemini' de l'Abbé Goulet et 'Dominus regnavit' de M. de La Lande ont été exécutés. Mlle Arnould, Mlle Rozet et M. Gelin ont chanté des parties de ce dernier motet, recevant des applaudissements. MM. Duport et Kohualt ont joué des airs en duo sur le violoncelle et le luth, suscitant une grande satisfaction. Mlle Hardi a chanté un air italien avec une voix plus soutenue. M. Gaviniès a joué un concerto de sa composition, et Mlle Fel a chanté un petit motet, recevant des applaudissements pour sa voix et ses talents.
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18
p. 194-209
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Début :
Il y a long-temps que le goût a lieu d'être blessé des disparates de l'Orchestre [...]
Mots clefs :
Théâtre, Actes, Opéra, Musique, Anonymat, Ouvrages, Scène, Composition, Drame, Public, Comédiens, Auteur, Genre, Symphonies, Talents
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
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les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Le texte aborde les disparités dans l'orchestre pendant les entractes des tragédies et comédies françaises, un sujet déjà traité par un anonyme dans une lettre aux Comédiens Français. Cet anonyme critique l'utilisation du 'charivari' italien et propose d'adopter des morceaux d'opéras français plus adaptés aux situations scéniques. Cependant, cette solution présente des difficultés, notamment la sélection et la direction des morceaux, ainsi que l'opposition potentielle de l'Opéra, qui pourrait voir ses œuvres surutilisées. Pour résoudre ces problèmes, le texte suggère de composer de nouvelles symphonies spécifiques aux entractes des pièces tragiques et comiques. Cela offrirait une nouvelle carrière à l'harmonie et à la musique imitative, tout en étant bénéfique pour les jeunes compositeurs. L'adoption de cette musique intéressante pourrait augmenter la fréquentation des musiciens au théâtre français et améliorer la déclamation et le récitatif musical. Le texte souligne également l'importance de l'habitude et de l'émulation pour former et perfectionner les auteurs de musique. Il espère que cette révolution ramènera le public vers des spectacles dignes et encouragera les grands talents. Enfin, il prévient contre les excès de luxe dans les arts et la nécessité de distribuer équitablement les avantages pour éviter la décadence du goût. Le texte discute également de l'impact positif de la symphonie du combat entre le quatrième et le cinquième acte de l'œuvre 'Dardanus' sur le public, soulignant les applaudissements et l'admiration qu'elle a suscités. Il encourage les auteurs, notamment le célèbre auteur de 'Dardanus', à enrichir et perfectionner les entreacts des ouvrages modernes et des pièces remises au théâtre. Le texte reconnaît le génie durable de Jean-Philippe Rameau et sa capacité à composer des morceaux détachés pour les opéras. Il aborde également la division entre l'oreille et le cœur dans les spectacles, soulignant les conséquences funestes de cette séparation. Le projet de réintroduire des symphonies dans les entreacts est présenté comme utile et sans préjudice pour les spectacles de Paris. Le texte réfute l'objection selon laquelle les symphonies sont inutiles après la suppression des lustres, affirmant que des morceaux de musique bien composés seraient écoutés avec attention. Il critique la précipitation entre les actes, contraire à l'illusion théâtrale, et invite Rameau à donner son avis sur cette question. Enfin, il annonce la publication de la réponse à une lettre dans le prochain Mercure.
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19
p. 201-203
De PARIS, le 9 Novembre 1764.
Début :
Le Roi étant informé qu'il se fabrique depuis plusieurs années [...]
Mots clefs :
Royaume, Bonnets, Bâtiments, Cérémonie, Messe, Ordonnance, Officiers de la marine, Composition, Compagnie des gardes, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 9 Novembre 1764.
De PARIS , le 9 Novembre 1764.
Le Roi étant informé qu'il fe fabrique depuis
plufieurs années dans le Royanme notamment
à Marseille , à Nay en Béarn & dans l'Orléanois ,
des Bonnets à l'imitation de ceux de Thunis , qui:
ont été bien reçus dans le Levant ; voulant témoigner
aux Entrepreneurs ou Fabriquans fa fatisfaction
de leur zéle & de leur intelligence , & les
encourager ainfi que ceux qui fe propoferoient de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fuivre leur exemple , à étendre de plus en plas
cette Fabrication ; Sa Majefté a rendu un Arrêt
daté du 17 Septembre , par lequel Elle accorde
ane gratification de 10 fols par chaque douzaine
de Bonnets de cette espéce qui feront fabriqués
dans le Royaume.
Les bâtimens des Colléges de Louis- le - Grand ,
que le Roi a deſtinés à l'Univerfité. , s'étant trouvés
en état pour le 10 du mois dernier ,jour au
quel elle reprend le cours de fes Leçons , les Commilaires
députés par le Parlement, ont choifi ce
jour -là pour inftaler cette Compagnie dans ce
College ; la cérémonie s'en eſt faite avec beaucoup
d'appareil : on a chanté dans la Chapelle les
Te Deum , qui a été faivi de la Meffe du Saint
Efprits après quoi on s'eft rendu dans une des
Salles du Collège pour y entendre le Difcours .
Eatin qui le prononce , tous les ans à l'ouverture:
des Claffes.
Un Particulier anonyme ayant fait tenir à la
Faculté de Médecine une lomine de 300 liv. qu'il
deftinoit à former un prix pour quiconque, au
Jugement de la Compagnie auroit fait le meilleur
Hoge de Louis Durel , Médecin célébre fous les
Régnes de Charles IX & de Henri III ; les Com-.
millaires nommés pour examiner les Piéces qui
ons concouru , ont fait leur rapport , & en conĺéquence,
le prix a été adjugé au fieur Chomel ,
Médecin vétéran ordinaire du Roi , & ancien
Doyen de la Faculté.
1.Le Roi s'étant fait représenter l'Ordonnanceda
1 Janvier 1762 , portant Réglement ſur ap-.
pointemens des Officiers de la Marine , en a rendu
une autre datée du 14 Septembre , par laquelle ,
ndépendamment de plusieurs difpofitions nouvellee
, Sa Majesté rétablit l'emploi de Capitaine
DECEMBRE. 1764. 203
de Frégates pour en former un grade intermé
diaire entre celui de Capitaine de Vailleau & de
Lieutenant de Vaiffeau , & en fixe les appointemens
à la fomme de 2000 liv.
par an.
Sa Majesté a auffi rendu une Ordonnance datée
du même jour , par laquelle Elle a jugé à propos
de faire quelques changemens à la compofition
des Compagnies des Gardes de la Marine & du
Pavilion Amiral , & d'expliquer les intentions fur
Ge qui concerne leur inftruction .
Le Marquis de Paulmy , Protecteur de l'Acadé
mie de S. Luc , s'y eft tranfporté le 2 de ce mois ,
jour fixé pourjuger les modèles des Eléves qui ont
concouru au prix que le Protecteur y diftribue
tous les ans. Cet examen s'eſt fait en préſence du
fieur Moreau , Procureur du Roi au Châtelet , qui
le mêmê jour , a été reçu au nombre des Amaurs
de l'Académie.
Le Roi étant informé qu'il fe fabrique depuis
plufieurs années dans le Royanme notamment
à Marseille , à Nay en Béarn & dans l'Orléanois ,
des Bonnets à l'imitation de ceux de Thunis , qui:
ont été bien reçus dans le Levant ; voulant témoigner
aux Entrepreneurs ou Fabriquans fa fatisfaction
de leur zéle & de leur intelligence , & les
encourager ainfi que ceux qui fe propoferoient de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fuivre leur exemple , à étendre de plus en plas
cette Fabrication ; Sa Majefté a rendu un Arrêt
daté du 17 Septembre , par lequel Elle accorde
ane gratification de 10 fols par chaque douzaine
de Bonnets de cette espéce qui feront fabriqués
dans le Royaume.
Les bâtimens des Colléges de Louis- le - Grand ,
que le Roi a deſtinés à l'Univerfité. , s'étant trouvés
en état pour le 10 du mois dernier ,jour au
quel elle reprend le cours de fes Leçons , les Commilaires
députés par le Parlement, ont choifi ce
jour -là pour inftaler cette Compagnie dans ce
College ; la cérémonie s'en eſt faite avec beaucoup
d'appareil : on a chanté dans la Chapelle les
Te Deum , qui a été faivi de la Meffe du Saint
Efprits après quoi on s'eft rendu dans une des
Salles du Collège pour y entendre le Difcours .
Eatin qui le prononce , tous les ans à l'ouverture:
des Claffes.
Un Particulier anonyme ayant fait tenir à la
Faculté de Médecine une lomine de 300 liv. qu'il
deftinoit à former un prix pour quiconque, au
Jugement de la Compagnie auroit fait le meilleur
Hoge de Louis Durel , Médecin célébre fous les
Régnes de Charles IX & de Henri III ; les Com-.
millaires nommés pour examiner les Piéces qui
ons concouru , ont fait leur rapport , & en conĺéquence,
le prix a été adjugé au fieur Chomel ,
Médecin vétéran ordinaire du Roi , & ancien
Doyen de la Faculté.
1.Le Roi s'étant fait représenter l'Ordonnanceda
1 Janvier 1762 , portant Réglement ſur ap-.
pointemens des Officiers de la Marine , en a rendu
une autre datée du 14 Septembre , par laquelle ,
ndépendamment de plusieurs difpofitions nouvellee
, Sa Majesté rétablit l'emploi de Capitaine
DECEMBRE. 1764. 203
de Frégates pour en former un grade intermé
diaire entre celui de Capitaine de Vailleau & de
Lieutenant de Vaiffeau , & en fixe les appointemens
à la fomme de 2000 liv.
par an.
Sa Majesté a auffi rendu une Ordonnance datée
du même jour , par laquelle Elle a jugé à propos
de faire quelques changemens à la compofition
des Compagnies des Gardes de la Marine & du
Pavilion Amiral , & d'expliquer les intentions fur
Ge qui concerne leur inftruction .
Le Marquis de Paulmy , Protecteur de l'Acadé
mie de S. Luc , s'y eft tranfporté le 2 de ce mois ,
jour fixé pourjuger les modèles des Eléves qui ont
concouru au prix que le Protecteur y diftribue
tous les ans. Cet examen s'eſt fait en préſence du
fieur Moreau , Procureur du Roi au Châtelet , qui
le mêmê jour , a été reçu au nombre des Amaurs
de l'Académie.
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Résumé : De PARIS, le 9 Novembre 1764.
En novembre 1764, le Roi a appris la fabrication de bonnets imitant ceux de Tunis dans plusieurs régions, dont Marseille, Nay en Béarn et l'Orléanois. Pour encourager cette activité, il a accordé une gratification de 10 sols par douzaine de bonnets fabriqués. Le 10 octobre, les bâtiments des Collèges de Louis-le-Grand, destinés à l'Université, ont été inaugurés lors d'une cérémonie solennelle incluant un Te Deum et un discours d'ouverture. Un donateur anonyme a offert 300 livres à la Faculté de Médecine pour un prix récompensant le meilleur éloge de Louis Durel, attribué au sieur Chomel. Le Roi a également rétabli l'emploi de Capitaine de Frégates avec un appointement annuel de 2000 livres et modifié la composition des Compagnies des Gardes de la Marine et du Pavillon Amiral. Le Marquis de Paulmy a jugé les modèles des élèves de l'Académie de Saint-Luc pour le prix annuel, et le sieur Moreau a été reçu comme Amateur de l'Académie.
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20
p. 206
SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Début :
On a oublié de dire que M. Leclair avoit eu la Médaille de Lyon, [...]
Mots clefs :
Médaille, Ambassadeur extraordinaire, Composition, Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
SUPPLÉMENT à la Lettre inférée dans
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
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Résumé : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Le document, supplément à une lettre du Mercure de Novembre, mentionne Jean-Baptiste Leclair, premier symphoniste du Roi, qui a reçu la Médaille de Lyon grâce à l'Infant Don Philippe. Leclair a un élève, Geoffroy, qu'il forme au violon et à la composition. Geoffroy, appartenant à M. le Duc de Gramont, publiera bientôt l'ariette du Loup.
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21
p. 213-214
« Lariviere, renommé pour cette Boule d'une composition qui a la [...] »
Début :
Lariviere, renommé pour cette Boule d'une composition qui a la [...]
Mots clefs :
Boules, Composition, Rasoirs, Tranchant, Cuirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Lariviere, renommé pour cette Boule d'une composition qui a la [...] »
LARIVIERE , renommé pour cette Boule d'une
compofition qui a la propriété de mieux faire couper
les Rafoirs , tels gros qu'ils puiffent être en dix
ou douze tours , que fur la Pierre à Rafoirs en cinquante
, en les repaffant fur un Cuir qui aura été
frotté avec ladite Boule. Ce Cuir eft auffi utile
à ceux qui fe font rafer , qu'il l'eft pour ceux qui
fe rafent eux-mêmes , par la douceur que cette
Compofition donne au tranchant du Kaloir. Cette
Boule a été approuvée d'après l'expérience qu'en
ont faite MM. les Valets de Chambre Barbiers du
Roi , & MM. les Syndics de la Communauté des
Maîtres Perruquiers de Paris . L'on frotte cette
Boule tous les fix mois fur le Cuir : on l'unit enfuite
avec la lame d'un couteau. Il faut gratter
légérement ce qu'il y a fur le Cuir avant de frotter
la Boule ; & chaque fois que l'on frottera le
Cuir , il reprendra la première qualité , comme
s'il étoit neuf. Il vend enfemble la Boule & le
Cuir tout préparé trente fois. Ceux qui auront be214
MERCURE DE FRANCE.
foin de l'utilité de ſon ſecret , en lui mandant leurs
noms & demeure par la petite Pofte , pour éviter
leurs peines , il fe rendra à leurs ordres . Il demeare
rue du petit Carreau , chez le Marchand de
Vin, au coin de la rue de Bourbon , à Paris.
compofition qui a la propriété de mieux faire couper
les Rafoirs , tels gros qu'ils puiffent être en dix
ou douze tours , que fur la Pierre à Rafoirs en cinquante
, en les repaffant fur un Cuir qui aura été
frotté avec ladite Boule. Ce Cuir eft auffi utile
à ceux qui fe font rafer , qu'il l'eft pour ceux qui
fe rafent eux-mêmes , par la douceur que cette
Compofition donne au tranchant du Kaloir. Cette
Boule a été approuvée d'après l'expérience qu'en
ont faite MM. les Valets de Chambre Barbiers du
Roi , & MM. les Syndics de la Communauté des
Maîtres Perruquiers de Paris . L'on frotte cette
Boule tous les fix mois fur le Cuir : on l'unit enfuite
avec la lame d'un couteau. Il faut gratter
légérement ce qu'il y a fur le Cuir avant de frotter
la Boule ; & chaque fois que l'on frottera le
Cuir , il reprendra la première qualité , comme
s'il étoit neuf. Il vend enfemble la Boule & le
Cuir tout préparé trente fois. Ceux qui auront be214
MERCURE DE FRANCE.
foin de l'utilité de ſon ſecret , en lui mandant leurs
noms & demeure par la petite Pofte , pour éviter
leurs peines , il fe rendra à leurs ordres . Il demeare
rue du petit Carreau , chez le Marchand de
Vin, au coin de la rue de Bourbon , à Paris.
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Résumé : « Lariviere, renommé pour cette Boule d'une composition qui a la [...] »
Le document décrit la 'Boule de LARIVIERE', une innovation destinée à améliorer l'affûtage des rasoirs. Cette boule permet d'affûter les rasoirs plus efficacement que les pierres à rasoirs traditionnelles, nécessitant moins de tours. Elle est utilisée sur un cuir préalablement frotté, ce qui adoucit le tranchant du rasoir, bénéficiant ainsi aux personnes qui se rasent seules ou aux barbiers. La boule a été approuvée par les valets de chambre barbiers du Roi et les syndics de la Communauté des Maîtres Perruquiers de Paris. Il est recommandé de frotter la boule sur le cuir tous les six mois et de l'associer avec la lame d'un couteau. Avant chaque utilisation, il est conseillé de gratter légèrement le cuir pour restaurer sa qualité. La boule et le cuir préparé sont vendus ensemble à un prix trente fois supérieur à celui des méthodes traditionnelles. Pour plus d'informations, il est possible de contacter LARIVIERE en envoyant leurs noms et adresse par la petite poste. LARIVIERE réside rue du petit Carreau, chez le marchand de vin, au coin de la rue de Bourbon, à Paris.
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22
p. 192-195
Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Début :
Le Concert commença par une symphonie de M. BAMBINI. (I) Le premier Motet à grand Choeur [...]
Mots clefs :
Concert, Composition, Musique, Motet, Motet à grand choeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Du Dimanche de la Pentecôte , 26 Mai.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
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Résumé : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Le 26 mai, un concert a été organisé, débutant par une symphonie de M. Bambini. Le motet 'Confitebor' de M. Blainville a reçu de nombreux applaudissements. M. Hosbrücker, membre de la musique du Prince Louis de Rohan, a joué des duos de harpe et de violon avec M. Capron, ainsi que deux pièces de sa composition. M. Hosbrücker a été particulièrement salué pour son talent exceptionnel sur la harpe, notamment pour ses cadences parfaites. M. Capron a interprété un nouveau concerto de violon, apprécié pour ses airs agréables et son exécution gracieuse. Mlle Aveneaux a chanté 'Cantate Domino', un motet de feu M. Mouret, démontrant des progrès notables dans l'art du chant. Mlle Fel a répété un motet de J.J. Rousseau. Le concert s'est terminé par 'Benedic anima mea', un nouveau motet à grand chœur de M. Buée, maître de musique de la cathédrale de Dijon. Âgé de moins de vingt ans, M. Buée a été acclamé pour son œuvre, jugée digne des plus grands compositeurs. Élève de l'Abbé Doriot, M. Buée est destiné à prendre prochainement la maîtrise de la Sainte-Chapelle de Paris et celle de Dijon. Les directeurs des concerts ont été loués pour leurs efforts visant à varier les plaisirs des auditeurs et à attirer des talents européens. Un amateur a proposé de créer une société d'abonnements pour soutenir financièrement ces concerts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 181-182
II.
Début :
Première suite de douze Estampes, de format in-4o. gravées sous la direction [...]
Mots clefs :
Tableaux, Jean-Baptiste Pierre Lebrun, Estampes, Écoles, Collection, Amateurs, Composition, École flamande, École hollandaise
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texteReconnaissance textuelle : II.
I I.
Première fuite de douze Eftampes , de
format in- 4° . gravées fous la direction
du fieur le Brun , Peintre , d'après
différens Tableaux des plus célèbres
Peintres des Ecoles Flamande &
Hollandoife , prix 18 livres A Paris ,
chez Bafan & Poignant , Marchands
de Tableaux & d'Estampes , rue &
hôtel Serpente.
L'objet de M. le Brun , en publiant
ces Gravures , exécutées par d'habiles.
Artiftes , eft de former une Collection
qui puiffe rappeller aux Amateurs le gente
de compofition & le faire des meil
leurs Maîtres des Ecoles de Flandre &
de Hollande , dont les tableaux font
aujourd'hui fi ' fort recherchés ; & il
faut avouer qu'ils méritent cet empreffement
par la gaieté de la compofition
la vérité du coloris & le fini précieux
du pinceau. La fuite que nous venons
d'annoncer , préfente divers fujets de
Lingelbach , P. Potter , J. Steen , Terburg
, Rembrandt , Metzu , Berghem ,
Wouvermans , Winants , Cuyp , Van
182 MERCURE DE FRANCE.
dermeulen ces Tableaux font ou ont
été dans le Cabinet de M. le Brun ,
qui fe propofe de continuer cette Collection.
Le choix & le zèle qu'il y met,
ne peuvent qu'être agréables aux Amateurs.
Il eft dit à la tête de la première
livraiſon , que la feconde , auffi de douze
Eftampes , fe fera dans l'efpace de fix
mois environ.
Première fuite de douze Eftampes , de
format in- 4° . gravées fous la direction
du fieur le Brun , Peintre , d'après
différens Tableaux des plus célèbres
Peintres des Ecoles Flamande &
Hollandoife , prix 18 livres A Paris ,
chez Bafan & Poignant , Marchands
de Tableaux & d'Estampes , rue &
hôtel Serpente.
L'objet de M. le Brun , en publiant
ces Gravures , exécutées par d'habiles.
Artiftes , eft de former une Collection
qui puiffe rappeller aux Amateurs le gente
de compofition & le faire des meil
leurs Maîtres des Ecoles de Flandre &
de Hollande , dont les tableaux font
aujourd'hui fi ' fort recherchés ; & il
faut avouer qu'ils méritent cet empreffement
par la gaieté de la compofition
la vérité du coloris & le fini précieux
du pinceau. La fuite que nous venons
d'annoncer , préfente divers fujets de
Lingelbach , P. Potter , J. Steen , Terburg
, Rembrandt , Metzu , Berghem ,
Wouvermans , Winants , Cuyp , Van
182 MERCURE DE FRANCE.
dermeulen ces Tableaux font ou ont
été dans le Cabinet de M. le Brun ,
qui fe propofe de continuer cette Collection.
Le choix & le zèle qu'il y met,
ne peuvent qu'être agréables aux Amateurs.
Il eft dit à la tête de la première
livraiſon , que la feconde , auffi de douze
Eftampes , fe fera dans l'efpace de fix
mois environ.
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Résumé : II.
Le texte annonce la publication d'une série de douze estampes au format in-4°, gravées sous la direction de Charles Le Brun, d'après des tableaux de célèbres peintres flamands et hollandais. Ces estampes sont disponibles à Paris chez Basan & Poignant, marchands de tableaux et d'estampes, situés rue et hôtel Serpente, au prix de 18 livres. Le but de Le Brun est de rappeler aux amateurs le style et la composition des meilleurs maîtres flamands et hollandais, reconnus pour la gaieté, la vérité du coloris et la finesse du pinceau. La première série comprend des œuvres de Lingelbach, P. Potter, J. Steen, Terburg, Rembrandt, Metsu, Berghem, Wouvermans, Winants, Cuyp et Van der Meulen. Certains de ces tableaux proviennent de la collection personnelle de Le Brun. Une deuxième série de douze estampes est prévue pour être publiée dans les six mois suivants.
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