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1
p. 191-192
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Début :
Vous n'ignorez pas M. que dans la distribution des graces, il [...]
Mots clefs :
Grâces, Régent, Marquis, Maréchal, Régiment, Compagnie, Mousquetaires, Corrections
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texteReconnaissance textuelle : Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
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2
p. 81-84
PROVISIONS DONNÉES en Juin 1717.
Début :
Le premier du mois, le Brevet de Second Enseigne de la Premiere [...]
Mots clefs :
Mousquetaires, Brevet, Chevalier, Provisions, Charges, Gouverneur, Commissions, Cavalerie
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texteReconnaissance textuelle : PROVISIONS DONNÉES en Juin 1717.
PROVISIONS DONNE'ES
en Juin 1717.
Le premier du mois,le Brcvet
de Second Enseigne de'
la Premiere Compagnie des
Mousquetaires,a été accorde à
Mr le Chevalier du Creuzel ,
par la démission de Mr de la
Roque.
Idem. Le Brevet de Cornette
dans la premiere Compagnie des
Mousqnetaires,pour Mr le Comte
de Treville,vacante par la démission
de Mr le Chevalier dit
Creuzel.
Idem. Les Provisons de la
Charge de Gouverneur de Dax
& S. Sever ,Pays & Sénéchaussées
des Launes, pour Mr le Marquis
de Poyanne,par la démission
de MrleMarquis de Gassion.
Idem. Les Provisions de la
Charge de Gouverneur des Ville
Château & Viguerie de Sommieres,
pour le Sieur d'Harling,
Capitaine dès Gardes du Corps
de MADAME, Colonel du Régiment
de Guienne Infamerie,& Brigadier
des Armées du Roy, par
ledcccs du sieur de Monpezac.
Idem. Les Provisions de Viguier
des Ville & Viguerie de
Sommieres, pourle même.
Idem. Une Commission qui
donne Rang de Mestre de Camp
de Civallerie
,
à Mr du Bofcq
Aide-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Idem. Deux autres Commissions
pour le Sieur de Peyrelongue
, Ayde
- Major de la Seconde
Compagnie des Mousquetaires,
& pour le Sieur
-
de Laniziere,
Ayde-Majorde ladite Seconde
Compagnie.
ide,,- Les Provisions de Gouverneur
des Ville & Château de
Vannes&Auray
, en faveur, de
Mr le Comte deLannion
, Baron
&Pair de Bretagne, Vicomte de
Rennes, Marquis de Pinay, Brigadier
des Armées du Roy, &
Colonel du Régiment de Xaintonge
; cette Chargeétant vacante
par le décés de Mr le Marquis de
Lannion son père.
Juem. Les Provisions de la Char
r- de Gouverneur des Ville &
Château de Saint Malo, pour.M:
le Marquis de Coetquen, par le
décés de Mrle Marquis de La
nion. |
Le 5e, une Commission.
donne rang de Mestre de C deCavallerie
, au Sieur Dusort
Ayde-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Le 7e. les Provisionsen survis
vance, sur la nomination deM
le Duc d'Orléans, de la Chargé
de Gouverneur des Ville & Duché
de Nemours, en faveur de
Mr de Monliart dont le pere cft
actuellement pourvu. -
Le 14. les Provisions de la*
Charge de Gouverneur de l'Isle
d'Oüessant, pour Mr Je Comtedela
Sauldraye de Nizon
,
sur la
nomination de MdUc de Rieux,
comme Dame & Marquise de
ladite Isle.
en Juin 1717.
Le premier du mois,le Brcvet
de Second Enseigne de'
la Premiere Compagnie des
Mousquetaires,a été accorde à
Mr le Chevalier du Creuzel ,
par la démission de Mr de la
Roque.
Idem. Le Brevet de Cornette
dans la premiere Compagnie des
Mousqnetaires,pour Mr le Comte
de Treville,vacante par la démission
de Mr le Chevalier dit
Creuzel.
Idem. Les Provisons de la
Charge de Gouverneur de Dax
& S. Sever ,Pays & Sénéchaussées
des Launes, pour Mr le Marquis
de Poyanne,par la démission
de MrleMarquis de Gassion.
Idem. Les Provisions de la
Charge de Gouverneur des Ville
Château & Viguerie de Sommieres,
pour le Sieur d'Harling,
Capitaine dès Gardes du Corps
de MADAME, Colonel du Régiment
de Guienne Infamerie,& Brigadier
des Armées du Roy, par
ledcccs du sieur de Monpezac.
Idem. Les Provisions de Viguier
des Ville & Viguerie de
Sommieres, pourle même.
Idem. Une Commission qui
donne Rang de Mestre de Camp
de Civallerie
,
à Mr du Bofcq
Aide-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Idem. Deux autres Commissions
pour le Sieur de Peyrelongue
, Ayde
- Major de la Seconde
Compagnie des Mousquetaires,
& pour le Sieur
-
de Laniziere,
Ayde-Majorde ladite Seconde
Compagnie.
ide,,- Les Provisions de Gouverneur
des Ville & Château de
Vannes&Auray
, en faveur, de
Mr le Comte deLannion
, Baron
&Pair de Bretagne, Vicomte de
Rennes, Marquis de Pinay, Brigadier
des Armées du Roy, &
Colonel du Régiment de Xaintonge
; cette Chargeétant vacante
par le décés de Mr le Marquis de
Lannion son père.
Juem. Les Provisions de la Char
r- de Gouverneur des Ville &
Château de Saint Malo, pour.M:
le Marquis de Coetquen, par le
décés de Mrle Marquis de La
nion. |
Le 5e, une Commission.
donne rang de Mestre de C deCavallerie
, au Sieur Dusort
Ayde-Major de la Premiere Compagnie
des Mousquetaires.
Le 7e. les Provisionsen survis
vance, sur la nomination deM
le Duc d'Orléans, de la Chargé
de Gouverneur des Ville & Duché
de Nemours, en faveur de
Mr de Monliart dont le pere cft
actuellement pourvu. -
Le 14. les Provisions de la*
Charge de Gouverneur de l'Isle
d'Oüessant, pour Mr Je Comtedela
Sauldraye de Nizon
,
sur la
nomination de MdUc de Rieux,
comme Dame & Marquise de
ladite Isle.
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3
p. 165-170
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le Portrait du Roy, que le Sieur Rigaud avoit commencé [...]
Mots clefs :
Portrait du roi, Peintre, Argentier, Gentilhommes, Charge, Arrêts, Parlement, Actes, Roi, Duc d'Orléans, Conseil, Diamant, Mousquetaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DU JOURNAL de Paris. LE Portrait du Roy, que le
Sieur Piyaucl avoitcommencé
dés le moisde Septembre 1715, &:.
qu'il n'a fini que depuis quelques
jours, fut présenté le sept, par ce
Peintre célébre, à Mgrle Duc Regent.
On le portale 10 à S. M. qui
parût fort aise de le trouver dans
son Cabiner, parce qu'il est tresbeau
& très
-
ressemblant.
Mr le Grand ayant interdit ces
jours passésl'Argentier de la petite
Ecurie, sur le refus qu'il lui
avoit fait, de lui apporter ses comptes.
Mr le Premier est entré en
cause, prétendant qu'à lui seul appattient
le droit de les (igner,
comme il l'a toûjours fait,du vivantdu
Roy;ce qui a élevé entre
ces deux Seigneurs, unecontestation
qui fera décidéepar le Conseil
de Régence.
Le 16. la grande Chapelle du
Roy forma une opposition contre
les Feüillans, qui, par un ordre
particulier de Mr le Grand Aumonier
, avoient entrepris de
chanter Vêpres, & faire la Priere,
les Dimanches& Fêtes, sur le modéle
de la Chapelle de Versailles.
Mr de Cazau Neveu deMrdu
-
Mont Ecuyer de seu MONSEIGNEUR,
a vendu à Mr Charon
rdlhargè de Gentil-homme Ordre
du Roy, qui lui avoir étédonrée
à la mortde Mr deBourdelin.
MADAME, dont la santéparoitentieren
ent rérablie,est venue cematin,
de Saint Cloud salüer le Roy.
Le22.onpublia l'Arrestsuivant
de i Cour de Parlement, qui fait
défenses à toutes per sonnes de
s'assembler sans permissionduRoy.
Du Vendredy 18. Juin 1717. du
matin.
Ce jour, toutes les Chambresassemblées
, les Gens du Roy sont
entrez&ont apporté,s à la Cour les
copies d'un Aâc sous signature
privée, datté de Paris le onziéme
Juin présent mois 1717, qui paroît
signé ppaarr tcrreennctee - neuf personnes y
-neufpérsonnes.dénommées, lesdites copies signifiées
le 17dud. mois, à laRequête
des dénommés ausdites copies,
comme ayant figné l'original dudit
Acte, l'une par Estienne LesguillierHuissier
à Verge au Châtelet
( dans ces termes) à Nosseigneurs
du Parlement, en la personne de
Maistre Nicolas Dongois Greffier
en Chef dudit Parlement; & l'autre
par le même Lefguillier au
Procureur General du Roy, &ils
ont requisqu'ilplût à la Cour y
pourvoir par les raisons qu'ils lui
ont expliquées
,
fuivant les Conclusions
par écrit du Procureur
General du Roy, qu'ils ont laissées
sur le Bureau, avec les copies dudit
Actesignifié:Eux retirez. Veu
les copies dudit Alte) fous signature
privée,du onziéme Juin 1717,
signifiées le 17 dudit mois, les Ordonnances
& Arrests de lad.Cour,
au sujet des assemblées illicites,
ensemble lesConclusions du Procureur
General du Roy; la matiere
mise en déliberation.
LA COURa ordonné & ordonne
, que les deux significations
faites par led. Estienne Lesguillier
Huissier à Verge au Chastelet
,
tant au Greffier en Chefde ladite
Cour, qu'au Procureur General
du Roy,le 17 Juin pleinemois,
demeureront supprimées, interdit
ledit Lesguillier des fonctions de
sa Charge pendant six mois. Fait
tres-expresses inhibitions& défenses
à toutes personnes, de quelque
estat, qualité& condition qu'elles
soient, de s'assembler sans permission
expresse du Roy,fous les peires
portées par les Ordonnances
!6t:AnCÍts de ladite Cour.
Le~. Ce matin, Mg le Duc
d'Orleans entrant au Conseil, a demandé ce que faisoit le Roy ; sur ce qu'on luia répondu qu'il
étoit aux études. S. A. R. aréplique
je ne veux pas le détour-
»
ner ,
mais après le Conseil, S. M.
aura leplaisir devoir le plus gros
& le plus, parfait Diamant qu'ily
ait dans le monde. En effet, c'est
un brillant gros comme un petit
oeuf, qui pese plus de 600 grains,
d'une trés-belle eau,&sans désauts.
Il a coûté pour le tailler en
-
facettes 6000 Guinées, !&"1'oo en
a retiré 7000,des rognures ;le Capitaine
Pitt de qui il vient,avoit
voulu le vendre au feu Roy, 4.
millions. Le marché s'est cependant
concluavec Mgr leRegent, à2000000.On a déja compté
700000. livres, & l'on s'est
engagé de donner pour les
1500000 livres restans, 200000.
livres par an. On est convenu de
remettre pour nantissement à Mr
.pKi & à Mr Stanhope son beaufrere,
des Diamans de la Couronne
,dont ils seront dépositaires
&garands;& qu'ilsrendront àmesure
qu'on les payera. La France
a maintenant un Diamant à opposer
à la Perle d'Espagne, au
gros Diamant du Grandt>Duc de
Florence, au petit Plarfait d'une
feule Eméraude, dela République
de Gênes, & au fameux Diamant
du Mogol.
Mr de Vaux Ecuyer de la grande
Ecurie,a vendu sa Charge 50000.
livres,à Mr de Nesmond.
Le 25. 4. Mousquetairesayant
prisquérelle à 5. heures du matin
avec 4. Archers du Guet,àla Porte
S. Honoré, Mr de Nizon un
desMousquetairesa û lemalheur
d'y perdre la vie, & un de ses
Camaradesaété blessé. On porta
le mort chez lfCOlumitfaireThienaut,
où il fut ouvert en présence
du Lieutenant Criminel & de plu- -
sieurs Officiers de l'Hôtel.
Sieur Piyaucl avoitcommencé
dés le moisde Septembre 1715, &:.
qu'il n'a fini que depuis quelques
jours, fut présenté le sept, par ce
Peintre célébre, à Mgrle Duc Regent.
On le portale 10 à S. M. qui
parût fort aise de le trouver dans
son Cabiner, parce qu'il est tresbeau
& très
-
ressemblant.
Mr le Grand ayant interdit ces
jours passésl'Argentier de la petite
Ecurie, sur le refus qu'il lui
avoit fait, de lui apporter ses comptes.
Mr le Premier est entré en
cause, prétendant qu'à lui seul appattient
le droit de les (igner,
comme il l'a toûjours fait,du vivantdu
Roy;ce qui a élevé entre
ces deux Seigneurs, unecontestation
qui fera décidéepar le Conseil
de Régence.
Le 16. la grande Chapelle du
Roy forma une opposition contre
les Feüillans, qui, par un ordre
particulier de Mr le Grand Aumonier
, avoient entrepris de
chanter Vêpres, & faire la Priere,
les Dimanches& Fêtes, sur le modéle
de la Chapelle de Versailles.
Mr de Cazau Neveu deMrdu
-
Mont Ecuyer de seu MONSEIGNEUR,
a vendu à Mr Charon
rdlhargè de Gentil-homme Ordre
du Roy, qui lui avoir étédonrée
à la mortde Mr deBourdelin.
MADAME, dont la santéparoitentieren
ent rérablie,est venue cematin,
de Saint Cloud salüer le Roy.
Le22.onpublia l'Arrestsuivant
de i Cour de Parlement, qui fait
défenses à toutes per sonnes de
s'assembler sans permissionduRoy.
Du Vendredy 18. Juin 1717. du
matin.
Ce jour, toutes les Chambresassemblées
, les Gens du Roy sont
entrez&ont apporté,s à la Cour les
copies d'un Aâc sous signature
privée, datté de Paris le onziéme
Juin présent mois 1717, qui paroît
signé ppaarr tcrreennctee - neuf personnes y
-neufpérsonnes.dénommées, lesdites copies signifiées
le 17dud. mois, à laRequête
des dénommés ausdites copies,
comme ayant figné l'original dudit
Acte, l'une par Estienne LesguillierHuissier
à Verge au Châtelet
( dans ces termes) à Nosseigneurs
du Parlement, en la personne de
Maistre Nicolas Dongois Greffier
en Chef dudit Parlement; & l'autre
par le même Lefguillier au
Procureur General du Roy, &ils
ont requisqu'ilplût à la Cour y
pourvoir par les raisons qu'ils lui
ont expliquées
,
fuivant les Conclusions
par écrit du Procureur
General du Roy, qu'ils ont laissées
sur le Bureau, avec les copies dudit
Actesignifié:Eux retirez. Veu
les copies dudit Alte) fous signature
privée,du onziéme Juin 1717,
signifiées le 17 dudit mois, les Ordonnances
& Arrests de lad.Cour,
au sujet des assemblées illicites,
ensemble lesConclusions du Procureur
General du Roy; la matiere
mise en déliberation.
LA COURa ordonné & ordonne
, que les deux significations
faites par led. Estienne Lesguillier
Huissier à Verge au Chastelet
,
tant au Greffier en Chefde ladite
Cour, qu'au Procureur General
du Roy,le 17 Juin pleinemois,
demeureront supprimées, interdit
ledit Lesguillier des fonctions de
sa Charge pendant six mois. Fait
tres-expresses inhibitions& défenses
à toutes personnes, de quelque
estat, qualité& condition qu'elles
soient, de s'assembler sans permission
expresse du Roy,fous les peires
portées par les Ordonnances
!6t:AnCÍts de ladite Cour.
Le~. Ce matin, Mg le Duc
d'Orleans entrant au Conseil, a demandé ce que faisoit le Roy ; sur ce qu'on luia répondu qu'il
étoit aux études. S. A. R. aréplique
je ne veux pas le détour-
»
ner ,
mais après le Conseil, S. M.
aura leplaisir devoir le plus gros
& le plus, parfait Diamant qu'ily
ait dans le monde. En effet, c'est
un brillant gros comme un petit
oeuf, qui pese plus de 600 grains,
d'une trés-belle eau,&sans désauts.
Il a coûté pour le tailler en
-
facettes 6000 Guinées, !&"1'oo en
a retiré 7000,des rognures ;le Capitaine
Pitt de qui il vient,avoit
voulu le vendre au feu Roy, 4.
millions. Le marché s'est cependant
concluavec Mgr leRegent, à2000000.On a déja compté
700000. livres, & l'on s'est
engagé de donner pour les
1500000 livres restans, 200000.
livres par an. On est convenu de
remettre pour nantissement à Mr
.pKi & à Mr Stanhope son beaufrere,
des Diamans de la Couronne
,dont ils seront dépositaires
&garands;& qu'ilsrendront àmesure
qu'on les payera. La France
a maintenant un Diamant à opposer
à la Perle d'Espagne, au
gros Diamant du Grandt>Duc de
Florence, au petit Plarfait d'une
feule Eméraude, dela République
de Gênes, & au fameux Diamant
du Mogol.
Mr de Vaux Ecuyer de la grande
Ecurie,a vendu sa Charge 50000.
livres,à Mr de Nesmond.
Le 25. 4. Mousquetairesayant
prisquérelle à 5. heures du matin
avec 4. Archers du Guet,àla Porte
S. Honoré, Mr de Nizon un
desMousquetairesa û lemalheur
d'y perdre la vie, & un de ses
Camaradesaété blessé. On porta
le mort chez lfCOlumitfaireThienaut,
où il fut ouvert en présence
du Lieutenant Criminel & de plu- -
sieurs Officiers de l'Hôtel.
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4
p. 182-205
Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
Début :
Dans la Relation que je fis imprimer à part, le mois passé, touchant [...]
Mots clefs :
Tsar, Prince, Dîner, Chasse, Duc, Remparts, Abbaye, Monarque, Jardins, Sérénade, Marquis, Versailles, Médailles, Visites, Cortège, Cavalerie, Duc, Infanterie, Invalides, Audience, Académie, Messe, Mousquetaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
DAnJlaRelarion quejefis imprimer
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
Fermer
5
p. 2045-2054
POLOGNE. / Du Camp de Villa-Nova. Suite du Journal.
Début :
Le bruit est commun à Warsovie, que les Maisons de Saxe et de Baviere avoient signé [...]
Mots clefs :
Pologne, Camp de Villanova, Mousquetaires, Armée, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE. / Du Camp de Villa-Nova. Suite du Journal.
POLOGNE.
E bruit est commun à Warsovie , que les
Maisons de Saxe et de Baviere avoient signé
depuis peu un nouveau Traité d'amitié pour la sûreté de leurs interêts communs.
Du Camp de Villa - Nova.
Suite du Journal.
'Armée n'ayant fait aucun mouvement le s
L'Armée, fain ufu 1 pairel'exercice
à la Cavalerie. Les grands Mousquetaires étant
venus se ranger au front du Centre de l'Armée
et la Cavalerie des 2 aîles s'étant mise en Bataille par Compagnie , à la tête de son Camp , alla
se joindre aux grands Mousquetaires par une
contre-marche , à droite et à gauche. Le Regiment de Nassau , qui formoit la gauche de Paîle
droite , prit la gauche de toute la Cavalerie , et
fut remplacé par 4 Escadrons détachez.
Tout étant en ordre, le Regimentaire en donna
le signal par 2 coups de Canon; sur quoi le Roy
en fit tirer un, qui donna le signal pour l'exercice de la Cavalerie , rangée par Compagnies.
Celles qui étoient impaires , ayant marché 100
pas en avant , la Cavalerie parut sur 2 lignes , et ! les
2016 MERCURE DE FRANCE
les Compagnies paires ayant passé dans les in
tervalles de la premiere Ligne , formerent la leur
110 pas devant celle- ci. Chaque Ligne ayant fait
3 fois ce mouvement , la 2 Ligne remplit au
3e mouvement ; les intervalles de la premiere , et
les Compagnies paires ayant fait demi- tour à
droite , sur le même terrain , formerent la premiere ligne en retournant vers le Camp.
Les Compagnies impaires firent le même demitour à droite , passant dans les intervalles de la
premiere Ligne ; en sorte que les deux Lignes
s'entrepasserent , comme elles avoient fait , en
venant vers le Pavillon , et à chaque fois qu'elfes s'arrêterent , elles firent demi - tour à droite
sur la Place, pour faire face au Pavillon du Roy, "
qui est scitué sur une Butte , dite des Lapins ; il
est occupé par S. M. depuis que ce Camp est formé.
Les Compagnies impaires de la 2e Ligne , ne passerent en retournant que 2 fois dans les Intervalles , afia de rester derricre les Compagnies
paires , qui alors formoient la premiere Ligne
laquelle ayant fait demi- tour à droite , rentra
dans le Pavillon ; et par ce dernier mouvement ,
la Cavalerie se retrouva sur une Ligne , comme
elle avoit été au commencement.
Les 8 Escadrons de la droite ayant ensuite fait
un mouvement à droite par Compagnies , & les
8 Escadrons de la gauche en ayant fait un autre
à gauche , ils marcherent quelques pas ; après
quoi la droite fit la conversion à gauche , et la
gauche à droite, pour venir en 2 colones vers le
Pavillon. Les grands Mousquetaires resterent à
leur place , et y furent dans l'inaction jusqu'au mouvement du centre. Les 2 Colones étant arrivées à une certaine distance , par une conversion
SEPTEMBRE. 1732. 2047
sion à droite et à gauche , formerent deux Lignes
qui se faisoient face et avoient le Flanc au Pavillon. Les Compagnies impaires de chaque Ligne ayant marché 80 pas en avant , chaque Ligne se partagea en 2 Lignes.
Les Trompettes ayant sonné la Charge , les 2
premieres Lignes marcheient l'une contre l'autres
elles s'entrepasserent dans les Intervalles , firent
demi tour à droite, se rechargerent une seconde
fois , et passerent dans les Intervalles des secondes I ignes, qui étoient déja en mouvement pour
se charger , et qui firent la même manœuvre
que ces premieres. Cette manoeuvre fut répétée
une seconde fois par l'une et l'autre Ligne. Les
secondes rentrerent ensuite dans les premieres ,
et par une conversion de chaque Ligne sur le
centre , elle se joignirent aux grands Mousque
taires , qui avoient marché en même temps en
avant ; en sorte que toute la Cavalerie se retrouva sur une même Ligne,faisant face au Pavillon.
·
Toute la Cavalerie , excepté les Mousquetaires qui resterent en place , ayant ensuite fait la
conversion à gauche par 4 Escadrons , où huit
Compagnies,forma 4 Lignes , qui marcherent en
avant , ayant le Pavillon à droite , qu'elles pas- serent, et ayant fait une conversion à droite elles
marcherent encore en avant jusqu'à une certaine
distance , où ces 4 Lignes ayant fait une autre
conversion à droite par Compagnies , formefent
4 Colones qui marcherent en avant , ayant le
Pavillon à gauche , et par une conversion par
Compagnie, formerent de nouveau 4 Lignes vis- à- vis du Pavillon. Les grands Mousquetaires
s'étoient avancez avant la marche des Colones
à une distance marquée pour se trouver au centre
des 4 Colones et des 4 Lignes.
Leg
2048 MERCURE DE FRANCE
Les 4 Lignes par un mouvement formerent un
Quarré, au Centre duquel étoient les Mousquetaires , et par une conversion à droite et à gau- che par Compagnie, les Troupes qui formoient le
Quarré se remirent en ordre pour le rompre , ce
qui se fit par une marche des Mousquetaires dans
Fenceinte. Ils furent suivis par le Regiment de Gog
tha, qui le fut du reste de la Cavalerie , et par plu
sieurs Marches en Coloñes faites dans l'enceinte ;
ils donnerent le temps au Quarté de se développer
et en sortirent pour passer devant le Pavillon.
Les Officiers saluerent le Roy et reconduisirent
leurs Troupes au Camp.
Le 8 , jour destiné pour l'exercice des Grenadiers , les deux Compagnies de Rutowki et ide
Promnitz, qui pendant tout l'exercice demeurerent unies , furent jointes à droite et à gauche
par les 8 Compagnies des deux Bataillons des
Grenadiers , et chaque Corps détacha ses Char
pentiers qui se rangerent à trois de hauteur , et formerent 4 Pelotons , 20 pas devant les Compagnies de Rutowki et de Promnitz.Les 10 Com,
pagnies de Grenadiers se rangerent sur 2 Lignes;
4 de ces Compagnies ; sçavoir , 3 des Cardes de
la Couronne , et une de celles de Lithuanie , s'ésant jointes à la droite et à la gauche de celles
de Rutowki et de Promnitz , firent la premiere
Ligne' ; et les 4 autres ; sçavoir , celles de Flemming, de Lublin , de Campenhausen et de Denhoff , formerent la seconde. Ce Corps étoit com mandé par le Major General le Prince de Czartoriski.
Au premier signal ordinaire , pour avertir le
Roy que tout étoit rangé , S. M. donna le sien
pour former la Phalange sur la droite. Les Charpentiers qui faisoient la pointe de la Phalange ,
ayant
SEPTEMBRE. 1732. 2049
Ayant marché en avant , les Compagnies de Rutowki et de Promnitz formerent la premiere
Ligne de la Phalange,celles de Lublin et de Campenhausen la seconde ; celles du second et du
troisiéme Bataillon des Gardes de la Couronne
la troisiéme , celles de Denhoff et de Flemining
la 4 , et celle du premier Bataillon des Gardes
de la Couronne avec celle des Gardes de Lithuanie la cinquième. La Phalange ainsi formée , elle
marcha dans cet ordre , vers le Pavillon , jusqu'à
une certaine distance,
Par un second signal , la Phalange se forma en
triangle par un demi-quart de conversion à gau- che et à droite des Corps qui la composoient, et
les Charpentiers passerent en même- temps à la
droite et à la gauche des Compagnies de Rutowki et de Promnitz qui marcherent en avant pour
prendre leur terrain. On fit ensuite le feu coulant
qui commença par l'Angle de la droite , et fut
répété par l'Angle de la gauche.
Par le troisiéme signal , les Troupes se remirent en Phalange , et chaque ligne fit une Salve
P'une après l'autre.
Au quatriéme signal , la Phalange se rompit
pour former 2 Lignes , ce qui s'exécuta ainsi.Les
4 Compagnies des Gardes marcherent en avant ,
et vinrent s'alligner avec celles de Rutowki et de
Promnitz , ce qui forma la premiere Ligne. Les
4 autres Compagnies marcherent aussi en avant
pour s'alligner avec les Charpentiers, ce qui forma la seconde Ligne ; et par une contre- imarche
à droite et à gauche , vers le Centre , les Compa
gnies qui formoient cette seconde Ligne, se trou- verent vis à- vis les Intervalles de la premiere, qui
cominença ensuite son feu par demi Compa
gnies , dont 2 rangs tirerent à la fois , ce qui se
Tépeta trois fois.
En
2050 MERCURE DE FRANCE
En même-temps que la premiere Ligne commençoit son feu , la seconde avança pas pas , et
ayant passé dans les Intervalles de la premiere
elle fit , 30 pas en avant , le même feu qu'avoit
fait la premiere Ligne ; celle- cy ayant repassé dans les Intervalles de la seconde Ligne , 30 pas
en avant , elle se prépara pour jetter les Grenanades , ce qui se fit par pelotons. Pendant cette
manœuvre , la seconde Ligue passa dans les Intervalles de la premiere , 20 pas en avant , et
jetta les Grenades de la même maniere.
Par le cinquiéme signal , les deux lignes formerent trois Brigades ; ce qui s'executa ainsi. La
Compagnie de la droite de la premiere Ligne
vint remplir l'Intervalle des deux Compagnies
de la droite de la seconde , ce qui forma la Brigade de la droite, La Compagnie de la droite de
la seconde ligne fit la même chose à l'égard de
la premiere , et forma ainsi la Brigade de la gauche ; ces 2 Brigades marcherent 40 pas en avant.
Les 2 autres Compagnies de la seconde ligne ,
joignirent la droite et la gauche de celles de Rutowki et de Promnitz , ce qui forma la Brigade
du Centre , qui passa dans l'Intervalle des deux
autres , 30 pas en avant , et les trois Brigades
s'étant mises sur une même ligne , toutes les
Compagnies jetterent en même-temps leurs Grenades , les Charpentiers s'étant placez à la droite
et à la gauche de ligne,
Au sixiéme signal , la ligne forma un zig-zag
à dix faces , avec un Drapeau sur chaque Angle.
Les Grenadiers ainsi rangez , firent le feu de
Haye , qui fut suivi d'une décharge generale ;
enfin les dix Compagnies s'étant remises sur une ligne par une conversion à droite par pelotons ,
se mirent en marche pour passer devant le Pavillon , et retourner au Camp.
LS
I
C
10
SEPTEMBRE. 1732. 2051
Le 9 , il n'y eut point de mouvement dans
l'Armée , et le 10 , jour destiné à l'exercice des
Piquiers,l'Infanterie ayant formé 9 Bataillons de
256 chacun , avec un Drapeau , un Officier de
P'Etat Major, 2 Capitaines , 6 Subalternes , 16
bas Officiers et 8 Tambours , chaque Bataillon se
rangea à la tête du Camp , en 8 pelotons , à 4 de
hauteur , de 32 hommes chacun. Les 2 Pelotons
du centre étoient de Piquiers. Ensuite chaque
Bataillon forma un Quarré plein , à 16 de hauteur et 16 de front , de sorte que les 64 Piquiers
formoient un Quarré dans le centre de celui du
Bataillon ,
par le
Les neuf Bataillons s'étant joints , se range,
rent à trois de hauteur et 8 de front ; ce qui forma un Quarré plein de 48 hommes de hauteur
et de 48 de front , chaque Bataillon ayant ses Piquiers au centre , et chaque file et chaque rang
étant à 3 pas de distance . Outre les Officiers
commandez à chaque Bataillon, il y avoit 4 Majors et 4 Ajudans. Les Majors se placerent aux
Angles du Quarré , qui étoit commandé
Major Ceneral Campenhausen.
Au signal donné du Quartier du Roy,le Quar
ré marcha dans cet ordre vers le Pavillon , jusqu'à une certaine distance , où le General Com- mandant ordonna les feux autour dn Quarré ,
qui se firent par les quatre premiers rangs , dont
le quatrième , qui s'étoit doublé dans le premier,
commença le feu ; s'étant retiré, il fut remplacé
par le troisiéme Rang; ensuite par le second , et puis par le premier ; ce qui se répeta trois fois
Après ce feu , le General fit occuper les 2 premiers Rangs autour du Quarré par les Piquiers
des coins et des faces des 8 Bataillons ; ce qui se
fir par une contre- marche de ceux- cy, et par unede
2052 MERCURE DE FRANCE
de ceux qui occuperent ces deux Rangs , et qui vinrent se ranger à la place des Piquiers. Le rèste de ces Piquiers , par une autre contre- marche
qui se fit en même-temps , formerent 2 Rangs
autour du Bataillon du Centre , celui cy gardant
ses Piquiers ne fit aucun mouvement.
Les Piquiers ainsi rangez , le General ordonna
le feu qui se fit par les 12 premiers Kangs , dont
doublerent dans les Rangs des Piquiers du tour
du Quarré , qui pendant les Salves , baisserent
tous leurs Piques , excepté ceux qui étoient dans
le centre ; ce feu se repeta 3 fois , et après le feu
des Rangs , on commanda la Salve generale de
tout le Quarré; ensuite on fit remettre les Piquiers
leur premiere place par les mêmes contie
marches qui la leur avoient fait quitter.
Par un second signal du Pavillon , le Quarré
se rompit en cette maniere ; Les 4 Bataillons des
coins ayant fait une contre- marche à droite et à
gauche , marcherent sur la ligne de la face qui
regardoit le Pavillon , et celle qui lui étoit op÷
posée , jusqu'à ce que leurs dernieres files fussent
3 pas hors du Quarre.
Au troisiéme signal , les deux Bataillons qui
étoient à droite et à gauche de celui du Centre ,
sortirent du Quarré par une contre - marche à
droite et à gauche , et marcherent jusqu'à ce que
leurs dernieers Files fussent 3 pas au delà des premieres Files des Bataillons des coins ; les 3 autres
Bataillons resterent en place , et après chaque
mouvement , les Bataillons faisoient face au Pavillon.
Au quatriéme signal , les 2 Bataillons des coins
qui faisoient face au Pavillon , ayant fait une
contre marche à droite et à gauche , marcherent
de nouveau sur la même ligne, jusqu'à ce que leurs
SEPTEMBRE. 1732. 2053
leurs dernieres Files fussent 3 pas au delà des 2
Bataillons , qui avoienr fait le dernier mouve ment.
Au cinquiéme signal , les 2 autres Bataillons
des Coins ayant marché en avant , jusqu'à ce
qu'ils fussent sur la ligne, qui faisoit face au Pa- villon , et le Batalllon du Centre , avec celui qui
étoit derriere , étant venu par une contre- marche se placer derriere les Intervalles de la droite
et de la gauche du Bataillon du Centre de la premiere ligne , en formerent une seconde avec les
deux autres Bataillons qui étoient demeurez cn
place.
Par un sixième signal , les 9 Bataillons se préparerent à se mettre à 8 de hauteur , ce qui se fit
ainsi : Les 4 Bataillons des aîles de la premiere
ligne , et les 4 qui formoient la seconde , gagne- rent , par une contre- marche à droite et à gauche,le terrain necessaire pour faire un plus grand
front , observant de garder toujours leurs trois
pas de distance ; après quoi , tous les Pelotons de
chaque Bataillon qui avoient doublé , se rangerent sur les Angles de leur Bataillon , et ceux de derriere ayant marché pour se joindre au Corps
dePiquiers, ils se trouverent à 8 de hauteur, ayant
ensuite doublé leurs rangs en avant , ils se trouverent à quatre de hauteur , les Officiers étant
à leurs places ordinaires. Au septiéme signal, les
4 Bataillons de la seconde ligne , ayant rempli
les Intervalles de la premiere , paiurent sur une
ligne, et le General ayant fait mettre les Piquiers
dans le quatrième rang , on commença les feux
qui finirent par une décharge geaerale ; les Piquiers présenterent leurs Piques pendant le feu.
Ces derniers étant ensuite rentrés dans le Centre,
toute la ligne fit la conversion à droite par PeloH tons
"
2054 MERCURE DE FRANCE
tons pour venir passer devant le Pavillon du
Roy, et s'enretourna au Camp , par la ligne da Centre.
E bruit est commun à Warsovie , que les
Maisons de Saxe et de Baviere avoient signé
depuis peu un nouveau Traité d'amitié pour la sûreté de leurs interêts communs.
Du Camp de Villa - Nova.
Suite du Journal.
'Armée n'ayant fait aucun mouvement le s
L'Armée, fain ufu 1 pairel'exercice
à la Cavalerie. Les grands Mousquetaires étant
venus se ranger au front du Centre de l'Armée
et la Cavalerie des 2 aîles s'étant mise en Bataille par Compagnie , à la tête de son Camp , alla
se joindre aux grands Mousquetaires par une
contre-marche , à droite et à gauche. Le Regiment de Nassau , qui formoit la gauche de Paîle
droite , prit la gauche de toute la Cavalerie , et
fut remplacé par 4 Escadrons détachez.
Tout étant en ordre, le Regimentaire en donna
le signal par 2 coups de Canon; sur quoi le Roy
en fit tirer un, qui donna le signal pour l'exercice de la Cavalerie , rangée par Compagnies.
Celles qui étoient impaires , ayant marché 100
pas en avant , la Cavalerie parut sur 2 lignes , et ! les
2016 MERCURE DE FRANCE
les Compagnies paires ayant passé dans les in
tervalles de la premiere Ligne , formerent la leur
110 pas devant celle- ci. Chaque Ligne ayant fait
3 fois ce mouvement , la 2 Ligne remplit au
3e mouvement ; les intervalles de la premiere , et
les Compagnies paires ayant fait demi- tour à
droite , sur le même terrain , formerent la premiere ligne en retournant vers le Camp.
Les Compagnies impaires firent le même demitour à droite , passant dans les intervalles de la
premiere Ligne ; en sorte que les deux Lignes
s'entrepasserent , comme elles avoient fait , en
venant vers le Pavillon , et à chaque fois qu'elfes s'arrêterent , elles firent demi - tour à droite
sur la Place, pour faire face au Pavillon du Roy, "
qui est scitué sur une Butte , dite des Lapins ; il
est occupé par S. M. depuis que ce Camp est formé.
Les Compagnies impaires de la 2e Ligne , ne passerent en retournant que 2 fois dans les Intervalles , afia de rester derricre les Compagnies
paires , qui alors formoient la premiere Ligne
laquelle ayant fait demi- tour à droite , rentra
dans le Pavillon ; et par ce dernier mouvement ,
la Cavalerie se retrouva sur une Ligne , comme
elle avoit été au commencement.
Les 8 Escadrons de la droite ayant ensuite fait
un mouvement à droite par Compagnies , & les
8 Escadrons de la gauche en ayant fait un autre
à gauche , ils marcherent quelques pas ; après
quoi la droite fit la conversion à gauche , et la
gauche à droite, pour venir en 2 colones vers le
Pavillon. Les grands Mousquetaires resterent à
leur place , et y furent dans l'inaction jusqu'au mouvement du centre. Les 2 Colones étant arrivées à une certaine distance , par une conversion
SEPTEMBRE. 1732. 2047
sion à droite et à gauche , formerent deux Lignes
qui se faisoient face et avoient le Flanc au Pavillon. Les Compagnies impaires de chaque Ligne ayant marché 80 pas en avant , chaque Ligne se partagea en 2 Lignes.
Les Trompettes ayant sonné la Charge , les 2
premieres Lignes marcheient l'une contre l'autres
elles s'entrepasserent dans les Intervalles , firent
demi tour à droite, se rechargerent une seconde
fois , et passerent dans les Intervalles des secondes I ignes, qui étoient déja en mouvement pour
se charger , et qui firent la même manœuvre
que ces premieres. Cette manoeuvre fut répétée
une seconde fois par l'une et l'autre Ligne. Les
secondes rentrerent ensuite dans les premieres ,
et par une conversion de chaque Ligne sur le
centre , elle se joignirent aux grands Mousque
taires , qui avoient marché en même temps en
avant ; en sorte que toute la Cavalerie se retrouva sur une même Ligne,faisant face au Pavillon.
·
Toute la Cavalerie , excepté les Mousquetaires qui resterent en place , ayant ensuite fait la
conversion à gauche par 4 Escadrons , où huit
Compagnies,forma 4 Lignes , qui marcherent en
avant , ayant le Pavillon à droite , qu'elles pas- serent, et ayant fait une conversion à droite elles
marcherent encore en avant jusqu'à une certaine
distance , où ces 4 Lignes ayant fait une autre
conversion à droite par Compagnies , formefent
4 Colones qui marcherent en avant , ayant le
Pavillon à gauche , et par une conversion par
Compagnie, formerent de nouveau 4 Lignes vis- à- vis du Pavillon. Les grands Mousquetaires
s'étoient avancez avant la marche des Colones
à une distance marquée pour se trouver au centre
des 4 Colones et des 4 Lignes.
Leg
2048 MERCURE DE FRANCE
Les 4 Lignes par un mouvement formerent un
Quarré, au Centre duquel étoient les Mousquetaires , et par une conversion à droite et à gau- che par Compagnie, les Troupes qui formoient le
Quarré se remirent en ordre pour le rompre , ce
qui se fit par une marche des Mousquetaires dans
Fenceinte. Ils furent suivis par le Regiment de Gog
tha, qui le fut du reste de la Cavalerie , et par plu
sieurs Marches en Coloñes faites dans l'enceinte ;
ils donnerent le temps au Quarté de se développer
et en sortirent pour passer devant le Pavillon.
Les Officiers saluerent le Roy et reconduisirent
leurs Troupes au Camp.
Le 8 , jour destiné pour l'exercice des Grenadiers , les deux Compagnies de Rutowki et ide
Promnitz, qui pendant tout l'exercice demeurerent unies , furent jointes à droite et à gauche
par les 8 Compagnies des deux Bataillons des
Grenadiers , et chaque Corps détacha ses Char
pentiers qui se rangerent à trois de hauteur , et formerent 4 Pelotons , 20 pas devant les Compagnies de Rutowki et de Promnitz.Les 10 Com,
pagnies de Grenadiers se rangerent sur 2 Lignes;
4 de ces Compagnies ; sçavoir , 3 des Cardes de
la Couronne , et une de celles de Lithuanie , s'ésant jointes à la droite et à la gauche de celles
de Rutowki et de Promnitz , firent la premiere
Ligne' ; et les 4 autres ; sçavoir , celles de Flemming, de Lublin , de Campenhausen et de Denhoff , formerent la seconde. Ce Corps étoit com mandé par le Major General le Prince de Czartoriski.
Au premier signal ordinaire , pour avertir le
Roy que tout étoit rangé , S. M. donna le sien
pour former la Phalange sur la droite. Les Charpentiers qui faisoient la pointe de la Phalange ,
ayant
SEPTEMBRE. 1732. 2049
Ayant marché en avant , les Compagnies de Rutowki et de Promnitz formerent la premiere
Ligne de la Phalange,celles de Lublin et de Campenhausen la seconde ; celles du second et du
troisiéme Bataillon des Gardes de la Couronne
la troisiéme , celles de Denhoff et de Flemining
la 4 , et celle du premier Bataillon des Gardes
de la Couronne avec celle des Gardes de Lithuanie la cinquième. La Phalange ainsi formée , elle
marcha dans cet ordre , vers le Pavillon , jusqu'à
une certaine distance,
Par un second signal , la Phalange se forma en
triangle par un demi-quart de conversion à gau- che et à droite des Corps qui la composoient, et
les Charpentiers passerent en même- temps à la
droite et à la gauche des Compagnies de Rutowki et de Promnitz qui marcherent en avant pour
prendre leur terrain. On fit ensuite le feu coulant
qui commença par l'Angle de la droite , et fut
répété par l'Angle de la gauche.
Par le troisiéme signal , les Troupes se remirent en Phalange , et chaque ligne fit une Salve
P'une après l'autre.
Au quatriéme signal , la Phalange se rompit
pour former 2 Lignes , ce qui s'exécuta ainsi.Les
4 Compagnies des Gardes marcherent en avant ,
et vinrent s'alligner avec celles de Rutowki et de
Promnitz , ce qui forma la premiere Ligne. Les
4 autres Compagnies marcherent aussi en avant
pour s'alligner avec les Charpentiers, ce qui forma la seconde Ligne ; et par une contre- imarche
à droite et à gauche , vers le Centre , les Compa
gnies qui formoient cette seconde Ligne, se trou- verent vis à- vis les Intervalles de la premiere, qui
cominença ensuite son feu par demi Compa
gnies , dont 2 rangs tirerent à la fois , ce qui se
Tépeta trois fois.
En
2050 MERCURE DE FRANCE
En même-temps que la premiere Ligne commençoit son feu , la seconde avança pas pas , et
ayant passé dans les Intervalles de la premiere
elle fit , 30 pas en avant , le même feu qu'avoit
fait la premiere Ligne ; celle- cy ayant repassé dans les Intervalles de la seconde Ligne , 30 pas
en avant , elle se prépara pour jetter les Grenanades , ce qui se fit par pelotons. Pendant cette
manœuvre , la seconde Ligue passa dans les Intervalles de la premiere , 20 pas en avant , et
jetta les Grenades de la même maniere.
Par le cinquiéme signal , les deux lignes formerent trois Brigades ; ce qui s'executa ainsi. La
Compagnie de la droite de la premiere Ligne
vint remplir l'Intervalle des deux Compagnies
de la droite de la seconde , ce qui forma la Brigade de la droite, La Compagnie de la droite de
la seconde ligne fit la même chose à l'égard de
la premiere , et forma ainsi la Brigade de la gauche ; ces 2 Brigades marcherent 40 pas en avant.
Les 2 autres Compagnies de la seconde ligne ,
joignirent la droite et la gauche de celles de Rutowki et de Promnitz , ce qui forma la Brigade
du Centre , qui passa dans l'Intervalle des deux
autres , 30 pas en avant , et les trois Brigades
s'étant mises sur une même ligne , toutes les
Compagnies jetterent en même-temps leurs Grenades , les Charpentiers s'étant placez à la droite
et à la gauche de ligne,
Au sixiéme signal , la ligne forma un zig-zag
à dix faces , avec un Drapeau sur chaque Angle.
Les Grenadiers ainsi rangez , firent le feu de
Haye , qui fut suivi d'une décharge generale ;
enfin les dix Compagnies s'étant remises sur une ligne par une conversion à droite par pelotons ,
se mirent en marche pour passer devant le Pavillon , et retourner au Camp.
LS
I
C
10
SEPTEMBRE. 1732. 2051
Le 9 , il n'y eut point de mouvement dans
l'Armée , et le 10 , jour destiné à l'exercice des
Piquiers,l'Infanterie ayant formé 9 Bataillons de
256 chacun , avec un Drapeau , un Officier de
P'Etat Major, 2 Capitaines , 6 Subalternes , 16
bas Officiers et 8 Tambours , chaque Bataillon se
rangea à la tête du Camp , en 8 pelotons , à 4 de
hauteur , de 32 hommes chacun. Les 2 Pelotons
du centre étoient de Piquiers. Ensuite chaque
Bataillon forma un Quarré plein , à 16 de hauteur et 16 de front , de sorte que les 64 Piquiers
formoient un Quarré dans le centre de celui du
Bataillon ,
par le
Les neuf Bataillons s'étant joints , se range,
rent à trois de hauteur et 8 de front ; ce qui forma un Quarré plein de 48 hommes de hauteur
et de 48 de front , chaque Bataillon ayant ses Piquiers au centre , et chaque file et chaque rang
étant à 3 pas de distance . Outre les Officiers
commandez à chaque Bataillon, il y avoit 4 Majors et 4 Ajudans. Les Majors se placerent aux
Angles du Quarré , qui étoit commandé
Major Ceneral Campenhausen.
Au signal donné du Quartier du Roy,le Quar
ré marcha dans cet ordre vers le Pavillon , jusqu'à une certaine distance , où le General Com- mandant ordonna les feux autour dn Quarré ,
qui se firent par les quatre premiers rangs , dont
le quatrième , qui s'étoit doublé dans le premier,
commença le feu ; s'étant retiré, il fut remplacé
par le troisiéme Rang; ensuite par le second , et puis par le premier ; ce qui se répeta trois fois
Après ce feu , le General fit occuper les 2 premiers Rangs autour du Quarré par les Piquiers
des coins et des faces des 8 Bataillons ; ce qui se
fir par une contre- marche de ceux- cy, et par unede
2052 MERCURE DE FRANCE
de ceux qui occuperent ces deux Rangs , et qui vinrent se ranger à la place des Piquiers. Le rèste de ces Piquiers , par une autre contre- marche
qui se fit en même-temps , formerent 2 Rangs
autour du Bataillon du Centre , celui cy gardant
ses Piquiers ne fit aucun mouvement.
Les Piquiers ainsi rangez , le General ordonna
le feu qui se fit par les 12 premiers Kangs , dont
doublerent dans les Rangs des Piquiers du tour
du Quarré , qui pendant les Salves , baisserent
tous leurs Piques , excepté ceux qui étoient dans
le centre ; ce feu se repeta 3 fois , et après le feu
des Rangs , on commanda la Salve generale de
tout le Quarré; ensuite on fit remettre les Piquiers
leur premiere place par les mêmes contie
marches qui la leur avoient fait quitter.
Par un second signal du Pavillon , le Quarré
se rompit en cette maniere ; Les 4 Bataillons des
coins ayant fait une contre- marche à droite et à
gauche , marcherent sur la ligne de la face qui
regardoit le Pavillon , et celle qui lui étoit op÷
posée , jusqu'à ce que leurs dernieres files fussent
3 pas hors du Quarre.
Au troisiéme signal , les deux Bataillons qui
étoient à droite et à gauche de celui du Centre ,
sortirent du Quarré par une contre - marche à
droite et à gauche , et marcherent jusqu'à ce que
leurs dernieers Files fussent 3 pas au delà des premieres Files des Bataillons des coins ; les 3 autres
Bataillons resterent en place , et après chaque
mouvement , les Bataillons faisoient face au Pavillon.
Au quatriéme signal , les 2 Bataillons des coins
qui faisoient face au Pavillon , ayant fait une
contre marche à droite et à gauche , marcherent
de nouveau sur la même ligne, jusqu'à ce que leurs
SEPTEMBRE. 1732. 2053
leurs dernieres Files fussent 3 pas au delà des 2
Bataillons , qui avoienr fait le dernier mouve ment.
Au cinquiéme signal , les 2 autres Bataillons
des Coins ayant marché en avant , jusqu'à ce
qu'ils fussent sur la ligne, qui faisoit face au Pa- villon , et le Batalllon du Centre , avec celui qui
étoit derriere , étant venu par une contre- marche se placer derriere les Intervalles de la droite
et de la gauche du Bataillon du Centre de la premiere ligne , en formerent une seconde avec les
deux autres Bataillons qui étoient demeurez cn
place.
Par un sixième signal , les 9 Bataillons se préparerent à se mettre à 8 de hauteur , ce qui se fit
ainsi : Les 4 Bataillons des aîles de la premiere
ligne , et les 4 qui formoient la seconde , gagne- rent , par une contre- marche à droite et à gauche,le terrain necessaire pour faire un plus grand
front , observant de garder toujours leurs trois
pas de distance ; après quoi , tous les Pelotons de
chaque Bataillon qui avoient doublé , se rangerent sur les Angles de leur Bataillon , et ceux de derriere ayant marché pour se joindre au Corps
dePiquiers, ils se trouverent à 8 de hauteur, ayant
ensuite doublé leurs rangs en avant , ils se trouverent à quatre de hauteur , les Officiers étant
à leurs places ordinaires. Au septiéme signal, les
4 Bataillons de la seconde ligne , ayant rempli
les Intervalles de la premiere , paiurent sur une
ligne, et le General ayant fait mettre les Piquiers
dans le quatrième rang , on commença les feux
qui finirent par une décharge geaerale ; les Piquiers présenterent leurs Piques pendant le feu.
Ces derniers étant ensuite rentrés dans le Centre,
toute la ligne fit la conversion à droite par PeloH tons
"
2054 MERCURE DE FRANCE
tons pour venir passer devant le Pavillon du
Roy, et s'enretourna au Camp , par la ligne da Centre.
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Résumé : POLOGNE. / Du Camp de Villa-Nova. Suite du Journal.
En septembre 1732, des événements militaires significatifs se déroulent en Pologne, notamment à Varsovie, où circulent des rumeurs concernant un nouveau traité d'amitié entre les Maisons de Saxe et de Bavière. L'armée, stationnée au camp de Villa Nova, effectue divers exercices militaires sous la supervision du roi. Les manœuvres impliquent plusieurs unités, dont la cavalerie dirigée par les grands Mousquetaires. La cavalerie exécute des formations en lignes et en colonnes, des charges simulées et des conversions. Les grenadiers, sous le commandement du Prince de Czartoryski, pratiquent des formations en phalange et en triangle, ainsi que des tirs de salve et des lancers de grenades. Les piquiers, organisés en bataillons, forment des carrés et exécutent des feux autour du carré. Les exercices sont minutieusement supervisés par le roi depuis un pavillon situé sur une butte. Les mouvements sont précis et coordonnés, avec des signaux donnés par le roi pour indiquer les changements de formation. Les manœuvres impliquent neuf bataillons. Initialement, deux bataillons avancent jusqu'à une ligne face au pavillon, tandis que deux autres effectuent une contre-marche pour se placer derrière les intervalles des bataillons de la première ligne, formant ainsi une seconde ligne. À un sixième signal, les neuf bataillons se préparent à former une ligne de huit de hauteur. Les bataillons des ailes de la première ligne et ceux de la seconde ligne gagnent du terrain par une contre-marche pour élargir le front tout en conservant une distance de trois pas. Les pelotons doublent ensuite leurs rangs, se rangeant sur les angles de leur bataillon, et se joignent aux piquiers pour atteindre une hauteur de huit. Après avoir doublé leurs rangs en avant, ils se trouvent à quatre de hauteur, avec les officiers à leurs places. Au septième signal, les quatre bataillons de la seconde ligne comblent les intervalles de la première ligne et se mettent en ligne. Les piquiers, placés dans le quatrième rang, présentent leurs piques pendant les feux, qui se terminent par une décharge générale. Les piquiers rentrent ensuite au centre, et toute la ligne effectue une conversion à droite par pelotons pour passer devant le pavillon du roi et retourne au camp par la ligne du centre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 208-214
« Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
Début :
Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...]
Mots clefs :
Roi, Lieutenant, Mousquetaires, Marquis, Garde du corps, Dauphin, Capitaine, Nominations, Charges, Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
LE Roi fit le 6 juin , au Champ de Mars dans -le
parc de Marly , la revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de celles des Gendarmes &
des Chevaux- Legers de la Garde de Sa Majesté ,
des deux Compagnies des Moufquetaires , & de
celle des Grenadiers à Cheval . Sa Majefté paffa
dans les rangs , & les vit défiler . La Reine , Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , Madame & Mefdames
de France affifterent à cette revue. Madame
la Dauphine qui avance heureufement dans
fa groffeffe , ne s'eft point trouvée indifpofée de
cette promenade .
Nous joignons ici l'état de la revue du Roi ,
pour les deux Compagnies de fes Moufquetaires ,
tel qu'il nous a été envoyé.
JUILLET. 1755. 209
PREMIERE COMPAGNIE.
LE ROI, Capitaine
M. DE JUMILHAC , Capitaine -Lieutenant.
M. DE PERUSSY , premier Sous- Lieutenant.
M. DE CARVOISIN , fecond Sous-Lieutenant.
M. DE LA CHEZE , premier Enfeigne.
M. DE CUCÉ , fecond Enſeigne.
M. DE LA VAUPAILLERE , premier Cornette.
M. DE MONTILLET , fecond Cornette .
Maréchaux des Logis.
M. de Banne , premier Aide-major.
M. de Brunville.
M. de Chavigny.
M. de Bulftrode , fecond Aide- major.
M. du Rouret.
M. Huet.
M. de Nacquart.
M. de Beauclair.
M. de la Brulerie.
M. Dorvilliers.
M. La Foreft,
M. Roberic, Sous Aides- majors:
· Moufquetaires préfens
Surnuméraires , abfens ou malades
Total de la Compagnie
286
88
· • · 374
SECONDE COMPAGNIE.
LE ROI , Capitaine.
M. LE COMTE LE LA RIVIERE , Capitaine-Lieute
nant
210 MERCURE DE FRANCE.
M. DE MONTBOISSIER , premier Sous - Lieutenant.
M. DE CHABANNES , fecond Sous- Lieutenant .
M. DE BISSY , premier Enſeigne.
M. DE VILLEGAGNON , fecond Enfeigne.
M. DE LA GRANGE , premier Cornette.
M. LE CHEVALIER DE VATAN , fecond Cornette,
Maréchaux des Logis.
M. de Savoify.
M. de Pidoux , abfent malade.
M. de Kerravel .
M. de Ja Gohiere , abfent malade.
M. de Garriffon ; premier Aide- major.
M. de Montfort , abfent malade.
M. de Neufont.
M. de Vervan , abfent malade.
M. Dufou.
M. Ancelet , fecond Aide- major.
:
195
S
Moufquetaires en pied préfens ..
Moufquetaires en pied abfens malades ,
Moufquetaires furnuméraires préfens , 143
Total 343 1
On apprend par les lettres de Moulins, du 6 Juin ,
que la nuit du 2 au 3 le feu y a pris au château,
dans l'appartement occupé par le Marquis des
Gouttes , Capitaine des vaiffeaux du Roi. Les fecours
n'ont pû être auffi promts que l'exigeoit la
circonftance ; & le corps du château a été prefque
totalement réduit en cendres . On ne fçait pas
encore à quoi peut monter la perte caufée par cet
incendie. Il y a eu deux hommes tués , & plufieurs
bleffés , par l'écroulement des charpentes.
Le 6, au départ du courier , le feu étoit encore
JUILLET . 1755. 251
dans les bas
appartemens , mais il n'y avoit aucun
danger pour le refte du château. Si le vent qui
fouffloit avec violence dans le commencement
de
l'embrasement , eût continué , une partie de la
ville eût couru un très - grand rifque. M. de
Lherbouché , un des Aumôniers de la Gendarmerie
, dont l'Etat -Major eft en quartier à Moulins ,
a rendu en cette occafion des fervices importans.
Touché des cris de la Marquife des Gouttes , qui
demandoit qu'on fauvât fes enfans , il fe rendit
courageufement
avec un feul domestique
à leur
appartement qui étoit déja tout en feu ; & il les
retira du milieu des flammes. Il s'eft porté avec la
même intrépidité dans tous les lieux les plus périlleux
, ou fa préfence pouvoit être de quelque
utilité.
Le 7 , le Roi revint de Trianon où il étoit allé
le s .
Le Comte de Sartirane , Ambaſſadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le 8 une audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Marquis de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
La Marquife de la Ferté fut préſentée le même
jour à leurs Majeftés & à la Famille royale
par la Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans
de France. Le même jour , la Marquife de
Lhopital préſenta la Marquife de Merinville.
Le Roi partit le 9 pour Crecy od Sa Majesté
demeura jufqu'au 14 ; elle y retourna le 16 , & en
revint le 21 .
Sa Majefté a accordé les honneurs de Grands-
Croix de l'Ordre royal & militaire de S. Louis
au Comte de la Riviere , Capitaine- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires ; an
Baron de Zurlauben , Coloneldu Régiment des
212 MERCURE DE FRANCE.
Gardes-Suiffes ; & au Vicomte du Suzy , Major
des Gardes du Corps.
M. de Buffy , premier Commis des Affaires
étrangeres , a été nommé par le Roi , pour fe
rendre à Hanovre en qualité de Miniftre de Sa
Majefté auprès du Roi de la Grande-Bretagne.
M. L'Abbé , Comte de Bernis , Ambaſſadeur du
Roi auprès de la République de Veniſe , eſt arrivé
depuis quelques jours ; & il a eu l'honneur
de rendre fes refpects à Sa Majesté.
Dom Jean-François de Brezillac , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , a préſenté au
Roi le fecond volume de l'hiftoire des Gaules &
des conquêtes des Gaulois.
L'Affemblée générale du Clergé a accordé par
une délibération unanime le fecours de feize millions
, demandé de la part du Roi par les Commiffaires
de Sa Majesté.
Sa Majefté a accordé au fieur de Senozan , fils
du Président de Senozan , & petit - fils de M. de
Lamoignon , Chancelier de France , l'agrément de
la charge d'Avocat général au Grand Confeil ,
qu'avoit M. Seguier, Avocat général au Parlement.
Monfeigneur le Dauphin vint le 16 de ce mois
fur les fix heures du foir , fe promener à cheval
dans le Cours .
Madame la Dauphine fut faignée le 21 par
précaution.
Le 24 , le Baron Wan Eyck , Envoyé extraor
dinaire de l'Electeur de Baviere , eut fa premiere
audience publique du Roi.
Le Marquis du Châtelet Lomont , Lieutenant
général des armées du Roi , a obtenu le Gouver
nement de Toul qui vaquoit par la mort du Comte
de Caſteja.
Sa Majefté a nommé Commandeur de l'Ordre
JUILLET. 1755. 213
royal & militaire de S. Louis le Marquis de Balin-
Court , Lieutenant général de ſes armées , & Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroi.
Le Roi a difpofé du Régiment d'Infanterie allemande
, vacant par la mort du Maréchal-Comte
de Lowendalh, en faveur du Comte de Lowendalhfon
fils , Capitaine dans le même Régiment.
En même-tems Sa Majesté a déclaré qu'elle
augmentoit de quatorze mille livres la penfion
de deux mille écus , dont jouiffoit déja la Marée
chale de Lowendalh .
+
La Brigade des Gardes du Corps , que le feu
Marquis de Varneville commandoit dans la Compagnie
de Villeroi , a été donnée au fieur de la
Ferriere , Maréchal de camp , Exempt dans cette
Compagnie , & Aide-major des Gardes du Corps.
M. de Cherifey fuccede à M. de la Ferrière
dans la place d'Aide- major.
Le marquis de Calvieres , Lieutenant - général
des armées du Roi , Commandeur de l'Ordre de S.
Louis , & Lieutenant des Gardes du Corps , ayant
demandé la permiffion de fe demettre de fa Brigade
; Sa Majefté en a difpofé en faveur du Chevalier
de Scepeaux , Mestre de camp de Cavalerie.
Le Roi a accordé au Marquis de Calvieres ,
outre la retraite ordinaire , l'expectative d'une
place de Grand-Croix dans l'Ordre de S. Louis.
Les vaiffeaux le Duc de Bourgogne & le Duc
d'Orléans , appartenans à la Compagnie des Indes
, font arrivés , l'un le 8 , l'autre le 21 , au port
de l'Orient. M. Dupleix , ci -devant Gouverneur
général des établiffemens de la Compagnie dans
Plade , eft de retour par le dernier de ces deux
vaiffeaux.
Le nommé Songeux , Maître Maçon , eft mort
214 MERCURE DE FRANCE.
à Fontainebleau , âgé de cent cinq ans.
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens foixante- dix-fept livres
dix fols ; les billets de la feconde lotterie royale ,
à fept cens cinquante-deux. Les billets de la pres
miere lotterie étoient à huit cinquante-deux.
parc de Marly , la revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de celles des Gendarmes &
des Chevaux- Legers de la Garde de Sa Majesté ,
des deux Compagnies des Moufquetaires , & de
celle des Grenadiers à Cheval . Sa Majefté paffa
dans les rangs , & les vit défiler . La Reine , Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , Madame & Mefdames
de France affifterent à cette revue. Madame
la Dauphine qui avance heureufement dans
fa groffeffe , ne s'eft point trouvée indifpofée de
cette promenade .
Nous joignons ici l'état de la revue du Roi ,
pour les deux Compagnies de fes Moufquetaires ,
tel qu'il nous a été envoyé.
JUILLET. 1755. 209
PREMIERE COMPAGNIE.
LE ROI, Capitaine
M. DE JUMILHAC , Capitaine -Lieutenant.
M. DE PERUSSY , premier Sous- Lieutenant.
M. DE CARVOISIN , fecond Sous-Lieutenant.
M. DE LA CHEZE , premier Enfeigne.
M. DE CUCÉ , fecond Enſeigne.
M. DE LA VAUPAILLERE , premier Cornette.
M. DE MONTILLET , fecond Cornette .
Maréchaux des Logis.
M. de Banne , premier Aide-major.
M. de Brunville.
M. de Chavigny.
M. de Bulftrode , fecond Aide- major.
M. du Rouret.
M. Huet.
M. de Nacquart.
M. de Beauclair.
M. de la Brulerie.
M. Dorvilliers.
M. La Foreft,
M. Roberic, Sous Aides- majors:
· Moufquetaires préfens
Surnuméraires , abfens ou malades
Total de la Compagnie
286
88
· • · 374
SECONDE COMPAGNIE.
LE ROI , Capitaine.
M. LE COMTE LE LA RIVIERE , Capitaine-Lieute
nant
210 MERCURE DE FRANCE.
M. DE MONTBOISSIER , premier Sous - Lieutenant.
M. DE CHABANNES , fecond Sous- Lieutenant .
M. DE BISSY , premier Enſeigne.
M. DE VILLEGAGNON , fecond Enfeigne.
M. DE LA GRANGE , premier Cornette.
M. LE CHEVALIER DE VATAN , fecond Cornette,
Maréchaux des Logis.
M. de Savoify.
M. de Pidoux , abfent malade.
M. de Kerravel .
M. de Ja Gohiere , abfent malade.
M. de Garriffon ; premier Aide- major.
M. de Montfort , abfent malade.
M. de Neufont.
M. de Vervan , abfent malade.
M. Dufou.
M. Ancelet , fecond Aide- major.
:
195
S
Moufquetaires en pied préfens ..
Moufquetaires en pied abfens malades ,
Moufquetaires furnuméraires préfens , 143
Total 343 1
On apprend par les lettres de Moulins, du 6 Juin ,
que la nuit du 2 au 3 le feu y a pris au château,
dans l'appartement occupé par le Marquis des
Gouttes , Capitaine des vaiffeaux du Roi. Les fecours
n'ont pû être auffi promts que l'exigeoit la
circonftance ; & le corps du château a été prefque
totalement réduit en cendres . On ne fçait pas
encore à quoi peut monter la perte caufée par cet
incendie. Il y a eu deux hommes tués , & plufieurs
bleffés , par l'écroulement des charpentes.
Le 6, au départ du courier , le feu étoit encore
JUILLET . 1755. 251
dans les bas
appartemens , mais il n'y avoit aucun
danger pour le refte du château. Si le vent qui
fouffloit avec violence dans le commencement
de
l'embrasement , eût continué , une partie de la
ville eût couru un très - grand rifque. M. de
Lherbouché , un des Aumôniers de la Gendarmerie
, dont l'Etat -Major eft en quartier à Moulins ,
a rendu en cette occafion des fervices importans.
Touché des cris de la Marquife des Gouttes , qui
demandoit qu'on fauvât fes enfans , il fe rendit
courageufement
avec un feul domestique
à leur
appartement qui étoit déja tout en feu ; & il les
retira du milieu des flammes. Il s'eft porté avec la
même intrépidité dans tous les lieux les plus périlleux
, ou fa préfence pouvoit être de quelque
utilité.
Le 7 , le Roi revint de Trianon où il étoit allé
le s .
Le Comte de Sartirane , Ambaſſadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le 8 une audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Marquis de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
La Marquife de la Ferté fut préſentée le même
jour à leurs Majeftés & à la Famille royale
par la Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans
de France. Le même jour , la Marquife de
Lhopital préſenta la Marquife de Merinville.
Le Roi partit le 9 pour Crecy od Sa Majesté
demeura jufqu'au 14 ; elle y retourna le 16 , & en
revint le 21 .
Sa Majefté a accordé les honneurs de Grands-
Croix de l'Ordre royal & militaire de S. Louis
au Comte de la Riviere , Capitaine- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires ; an
Baron de Zurlauben , Coloneldu Régiment des
212 MERCURE DE FRANCE.
Gardes-Suiffes ; & au Vicomte du Suzy , Major
des Gardes du Corps.
M. de Buffy , premier Commis des Affaires
étrangeres , a été nommé par le Roi , pour fe
rendre à Hanovre en qualité de Miniftre de Sa
Majefté auprès du Roi de la Grande-Bretagne.
M. L'Abbé , Comte de Bernis , Ambaſſadeur du
Roi auprès de la République de Veniſe , eſt arrivé
depuis quelques jours ; & il a eu l'honneur
de rendre fes refpects à Sa Majesté.
Dom Jean-François de Brezillac , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , a préſenté au
Roi le fecond volume de l'hiftoire des Gaules &
des conquêtes des Gaulois.
L'Affemblée générale du Clergé a accordé par
une délibération unanime le fecours de feize millions
, demandé de la part du Roi par les Commiffaires
de Sa Majesté.
Sa Majefté a accordé au fieur de Senozan , fils
du Président de Senozan , & petit - fils de M. de
Lamoignon , Chancelier de France , l'agrément de
la charge d'Avocat général au Grand Confeil ,
qu'avoit M. Seguier, Avocat général au Parlement.
Monfeigneur le Dauphin vint le 16 de ce mois
fur les fix heures du foir , fe promener à cheval
dans le Cours .
Madame la Dauphine fut faignée le 21 par
précaution.
Le 24 , le Baron Wan Eyck , Envoyé extraor
dinaire de l'Electeur de Baviere , eut fa premiere
audience publique du Roi.
Le Marquis du Châtelet Lomont , Lieutenant
général des armées du Roi , a obtenu le Gouver
nement de Toul qui vaquoit par la mort du Comte
de Caſteja.
Sa Majefté a nommé Commandeur de l'Ordre
JUILLET. 1755. 213
royal & militaire de S. Louis le Marquis de Balin-
Court , Lieutenant général de ſes armées , & Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroi.
Le Roi a difpofé du Régiment d'Infanterie allemande
, vacant par la mort du Maréchal-Comte
de Lowendalh, en faveur du Comte de Lowendalhfon
fils , Capitaine dans le même Régiment.
En même-tems Sa Majesté a déclaré qu'elle
augmentoit de quatorze mille livres la penfion
de deux mille écus , dont jouiffoit déja la Marée
chale de Lowendalh .
+
La Brigade des Gardes du Corps , que le feu
Marquis de Varneville commandoit dans la Compagnie
de Villeroi , a été donnée au fieur de la
Ferriere , Maréchal de camp , Exempt dans cette
Compagnie , & Aide-major des Gardes du Corps.
M. de Cherifey fuccede à M. de la Ferrière
dans la place d'Aide- major.
Le marquis de Calvieres , Lieutenant - général
des armées du Roi , Commandeur de l'Ordre de S.
Louis , & Lieutenant des Gardes du Corps , ayant
demandé la permiffion de fe demettre de fa Brigade
; Sa Majefté en a difpofé en faveur du Chevalier
de Scepeaux , Mestre de camp de Cavalerie.
Le Roi a accordé au Marquis de Calvieres ,
outre la retraite ordinaire , l'expectative d'une
place de Grand-Croix dans l'Ordre de S. Louis.
Les vaiffeaux le Duc de Bourgogne & le Duc
d'Orléans , appartenans à la Compagnie des Indes
, font arrivés , l'un le 8 , l'autre le 21 , au port
de l'Orient. M. Dupleix , ci -devant Gouverneur
général des établiffemens de la Compagnie dans
Plade , eft de retour par le dernier de ces deux
vaiffeaux.
Le nommé Songeux , Maître Maçon , eft mort
214 MERCURE DE FRANCE.
à Fontainebleau , âgé de cent cinq ans.
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens foixante- dix-fept livres
dix fols ; les billets de la feconde lotterie royale ,
à fept cens cinquante-deux. Les billets de la pres
miere lotterie étoient à huit cinquante-deux.
Fermer
Résumé : « Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
Le 6 juin, le Roi passa en revue les Compagnies des Gardes du Corps, des Gendarmes, des Chevaux-Légers, des Mousquetaires et des Grenadiers à Cheval au Champ de Mars dans le parc de Marly. La Reine, le Dauphin, la Dauphine, le Duc de Bourgogne et d'autres membres de la famille royale assistèrent à cette revue. La Dauphine, enceinte, ne fut pas incommodée par cette promenade. La revue des Mousquetaires détailla les officiers et le nombre de Mousquetaires présents, absents ou malades. La première Compagnie comptait 374 membres, tandis que la seconde en comptait 343. Dans la nuit du 2 au 3 juin, un incendie détruisit une partie du château de Moulins, causant la mort de deux hommes et blessant plusieurs personnes. M. de Lherbouché, aumônier de la Gendarmerie, sauva les enfants du Marquis des Gouttes, capitaine des vaisseaux du Roi. Le Roi effectua plusieurs déplacements, se rendant à Trianon et à Crecy. Il accorda des honneurs et des nominations, notamment les honneurs de Grands-Croix de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis à plusieurs officiers. M. de Buffy fut nommé ministre auprès du Roi de Grande-Bretagne. L'Abbé Comte de Bernis, ambassadeur auprès de la République de Venise, rendit visite au Roi. L'Assemblée générale du Clergé accorda un secours de seize millions au Roi. Plusieurs présentations et audiences eurent lieu, notamment celle du Comte de Sartirane, ambassadeur du Roi de Sardaigne, et des Marquises de la Ferté et de Merinville. Le Roi nomma également divers officiers à des postes importants et augmenta la pension de la Maréchale de Lowendahl.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
s. p.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
Début :
M. De Saint-Foix va donner incessamment un Supplément à ses Essais [...]
Mots clefs :
Mousquetaires, Ouvrage, Ennemi, Attaque, Cavalerie, Gouverneur, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
M.De Saint-Foixva donner inceffamment
un Supplément à fes Effais
hiftoriques fur Paris . On étoit étonné
qu'ayant fait mention de tant de palais
& d'hôtels de cette Capitale , il n'eût pas
parlé des deux hôtels des Moufquetaires ;
voici l'article qu'il nous a communiqué .
Quelle clarté , quelle netteté , quel ton
fimple , naturel & facile ! D'autres ont
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
marré ; M. de Saint- Foix peint. D'ail
leurs , il cite fes garans , à chaque fair
qu'il rapporté.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES
DES MOUSQUETAÍRES .
Un Spartiate vantoit à un étranger
l'intrépidité avec laquelle les jeunes
gens de Sparte combattoient & s'expofoient
à tous les dangers : je ferois étonné
(a) , lui répondit cet étranger , qu'ils
ne cherchaffent pas la mort , attendu la
vie trifte , ennuyeufe & dure qu'ils menent
& que vous menez tous dans votre
république. On ne dira pas que les plaifirs
manquent à Paris ; qu'on y eft trifte
& morne comme à Lacédémone , &
que la nobleffe Françoife n'eft brave
que par mauvaiſe humeur contre la
vie.
9
La première Compagnie des Moufquétaires
fut créée en 1622, Elle fe
diftingua dans toutes les occafions. Ce
fut au pas de Suze , dont elle força les
trois retranchemens , l'épée à la main ,
que Louis XIII , qui y étoit en perfonne
, dit que ce qui lui plaifoit tou-
( a ) Vid. Craggium de Republ. Laced. Lib. 3.
Inftit. 8.
FEVRIER. 1763 . 7
jours dans fes Moufquetaires , c'étoit
cette gayeté célére avec laquelle ils marchoient
à tout ce qu'on leur difoit d'attaquer.
A la bataille des Dunes , le grand
Condé , qui fervoit alors contre la
France , les fit charger quatre fois par
des corps bien fupérieurs en nombre
fans pouvoir les dépofter du terrein
qu'ils occupoient.
La feconde Compagnie ne fut mife
fur le même pied que la première , & le
Roi ne s'en déclara le Capitaine qu'en
1665 .
2
La guerre entre la France & l'Efpagne
ayant recommencé en 1667`, à
Poccafion des droits de la Reine , les
Moufquetaires fuivirent le Roi en Flandres
, & continuerent d'y faire le fervice
à pied & à cheval à tous les fiéges. A
celui de Lille ils furent commandés
pour l'attaque de la demie-lune & l'emporterent
en moins d'un quart-d'heure .
Le lendemain le Gouverneur battit la
chamade ; & lorfque la capitulation fut
fignée , & que les Moufquetaires fe
furent emparés de la porte qu'il livroit ,
il fut étonné de voir que la plupart
étoient des jeunes gens de dix - fept , dixhuit
ou vingt ans .
En 1668 ils marcherent en Franche-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Comté : Dole fut la feule ville qui parut
vouloir foutenir un fiége ; mais à peine
avions -nous ouvert la tranchée
, que
trente ou quarante Moufquetaires (b)fe
jetterent dans le chemin couvert ; le
grand Condé arriva dans l'inftant &
voyant que leur audacieufe témérité en
avoit impofé à l'ennemi qui fuyoit , il
les fit foutenir par de l'infanterie &
réuffir dans une attaque où ils auroient
dû payer de leurs vies l'imprudence de
leur courage. Dole fe rendit le lendemain
.
,
En 1669 , Louis XIV joignit un
détachement de cent Moufquetaires aux
autres troupes qu'il envoyoit en Candie.
Ils fe fignalerent par tous les efforts
de la plus grande valeur dans la fortie
que fit le Duc de Navailles , & où la
cavalerie Turque fut mife dans une entiere
déroute . Deux jours après , ils défendirent
la brêche du côté de la Sabionnaire
, & repoufferent les Turcs à
tous les affauts qu'ils y donnerent. Deux
Maréchaux des logis & trente Moufquetaires
y furent bleffés , & deux Brigadiers
tués.
En. 1672 Louis XIV déclara la guerre
( b ) Journal de la conquête de la Franche- Comté
en 1668 .
FEVRIER. 1763. 9
la Hollande , & le 12 Juin les Moufquetaires
pafferent le Rhin à la nage
avec les autres efcadrons de la Maiſon.
Au fiége de Maſtrick , en 1673 , la
premiere Compagnie fut commandée
pour l'attaque de la demie-lune féche ,
tandis que la feconde attaqueroit les paliffades
entre cette demie-lune & l'ouvrage
à corne. On donne le fignal , elles
marchent ; & malgré la vigoureuſe réfiftance
de l'ennemi , malgré le feu des
fournaux qu'il fait jouer & les éclats terribles
des grenades qu'il jette fans ceffe ,
ces ouvrages furent emportés prefqu'en
même temps . L'action du lendemain fut
encore plus vive & plus meurtrière ; on
croyoit les logemens affurés & les
Moufquetaires étoient rentrés dans le
camp ;l'ennemi fit jouer tout-à- coup un
fourneau que nous n'avions pas découvert
dans la demie-lune ; on. dut crain --
dre qu'il n'y en eût d'autres. Farjaux ,
Gouverneur de la Place , qui s'étoit mis
à la tête des meilleures , troupes de fa
garnifon , profitant de ce moment d'al-
Farme , rentra dans cet ouvrage , en
chaffa nos foldats on commanda de
nouveau les Moufquétaires (c) pour le
2*
( o) Relation du Duc de Montmouth à Charles
II. Recueil depièces . p . 139.
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
reprendre , & ils le reprirent ; mais
après un combat des plus fanglans &
des plus opiniâtres ; cinquante-trois
Moufquetaires y furent bleffés , trente .
fept tués avec le Comte d'Artagnan
Commandant de la première Compagnie.
Les Moufquetaires qui en revinrent
, dit Peliffon ( d ) , avoient tous
leurs épées fanglantes jufqu'aux gardes
, & fauffées des coups qu'ils avoient
donnés .
Deux fortes barricades & un retranchement
autour de l'Eglife de S. Etienne
, défendoient les approches de la citadelle
de Befançon ; les Moufquetaires ,
le 20 Mai 1674 , à dix heures du matin ,
marchent deux cens pas à découvert
fous tout le feu du canon & de la moufqueterie
de l'ennemi , forcent ces deux
barricades & ce retranchement , &
mettent nos travailleurs en état de commencer
le logement fur le glacis .
Louis XIV, le 21 Avril 1676, affiégea
Condé , une des plus fortes places du
Hainaut ; le prince d'Orange marcha
auffitôt pout la fecourir ; la communication
entre nos quartiers étoit très-difficile
à caufe de l'inondation , & nos
lignes embraffoient une fi grande éten-
( d ) T. 1. p. 325.
9
FEVRIER. 1763. 11
,
due de terrein , qu'il n'étoit pas poffible
de les défendre contre une armée , fut
elle-même bien inférieure à la nôtre ;
il falloit donc , ou marcher au devant de
l'ennemi & le combattre , ou preffer le
fiége par une attaque fi vive , que la
place fut obligée de fe rendre avant l'arrivée
du fecours. La nuit du 25 au 26
Avril , les deux Compagnies des Moufquetaires
, à la tête de plufieurs détachemens
d'infanterie , furent commandées
pour cette attaque ; fi jamais leur
valeur & l'émulation qu'elle infpire ;
ont rendu un fervice important , ce fut
en cette occafion : un jour de plus ou
de moins , dit Peliffon (e) , étoit de la
plus grande conféquence dans la conjoncture
des chofes ; ainfi les nôtres
ajoute-t-il , avoient ordre de ne fe point
arrêter , s'il fe pouvoit , que tout nefût
emporté. Tout le fut , les paliffades , le
foffé , la contrefcarpe , l'ouvrage avancé
, la feconde contrefcarpe avec des
redoutes fur fes angles faillans , & des
fourneaux au-deffous , les deux baſtions
détachés & leur courtine ; l'ennemi ,
dans aucun de ces ouvrages , ne put
foutenir l'impétuofité de nos affauts ;
( e) T. 3. p. 20 & 21 .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
les (f) Moufquetaires , fuivis des Grenadiers
des régimens d'Artois & du
Maine , pénétrerent jufques dans lá
baffe ville ; le Gouverneur confterné fit
battre la chamade , envoya promptement
des ôtages , & fe rendit à difcrétion.
Dans ces différentes attaques , qui
furent fi vives qu'elles femblerent n'en
faire qu'une , il n'y eut qu'onze Moufquetaires
tués , & dix-fept bleffés ; la
Hoguette , Enfeigne de la premiere
Compagnie , y reçut un coup de pique
dans la cuiffe ; un des fourneaux fit
fauter Jauvelle , Capitaine-Lieutenant
de la feconde , & de Vins Sous- Lieutenant
; il en furent quittes pour quelques
meurtriffures.
De bonnes fortifications & bien entretenues
, des munitions de guerre &
des vivres en abondance ; une artillerie
des plus formidables für les remparts
& dans chaque ouvrage ; trois à quatre
mille hommes de garnifon ; la haine
des bourgeois contre la France , & leur
affection pour le gouvernement Efpagnol
tout fembloit annoncer que le
fiége de Valenciennes feroit long , pénible
& très-meurtrier. Le côté de la
( fJourna! du Maréchald'Humieres. Recueil de
pieces . p. 147.
FEVRIER. 1763. 13
étoit
ville qu'embraffoit notre attaque ,
défendu par une demie-lune à droite ,
& une autre à gauche , en avant d'un
ouvrage couronné , paliffadé , fraizé
& dont le foffé étoit coupé de plufieurs
traverſes. Dans cet ouvrage couronné ,
il y avoit encore une demie - lune avec
un bon foffé , le tout bien revêtu ; audelà
de cette demie-lune , un bras de
l'Eſcaut ; enfuite un ouvrage apellé le
pâté , & enfin le grand cours de l'Efcaut
, profond , rapide , coulant &
fervant de foflé entre le pâté & la muraille
de la ville dont les remparts , beaux
& larges , protégeoient par leur canon ,
& celui de deux baftions , toutes ces
défenſes extérieures . Le 9 Mars 1677
on avoit ouvert la tranchée. Le 16 au
foir , les Moufquetaires furent commandés
avec (g ) les Grenadiers de la Maifon
, & de gros détachemens du régiment
des Gardes & de celui de Picardie.
Le 17 , à neuf heures du matin ,
ils marcherent à l'attaque de l'ouvrage (h)
(g ) Les Grenadiers à Cheval , créés à la fin de
l'année 1676 , & unis à la Maifon du Roi. Cette
Compagnie ne fut d'abord que de quatre-vingtquatre
Maîtres . On les appelloit les Riotors du
nom de leur commandant.
( h) On palla derrière les deux demies- lunes
14 MERCURE DE FRANCE.
peu couronné , & l'emporterent en affez
de temps. Bientôt après , dit Peliffon
le Roi, à leurs habits rouges , diftingua
fort bien fes Moufquetaires (i) qui étoient
dans la demie-lune enfermée dans l'ouvrage
couronné ; cela paroiſſoit incroyable
, ajoute-t-il , car l'ordre étoit de fe
loger dans l'ouvrage couronné & de
s'arrêter là ; de quoi le Roi fe contentoit
pour cette fois. Si ce commencement
d'action parut incroyable , on dut être
encore bien plus étonné de la fuite. Il y
avoit , fur le petit bras de l'Eſcaut , un
pont qui communiquoit de cette demie
-lune au pâté , & à l'entrée de ce
pont , une barriere de groffes piéces de
bois pointues , avec un guichet au milieu
où il ne pouvoit paffer qu'un homme à la
fois. Tandis qu'une partie de ceux des
Moufquetaires qui y arriverent les premiers,
tâchoit d'en forcer l'entrée , les
autres monterent au haut de la barriere ,
bravant les coups de piques & de fufils ,
& fauterent de l'autre côté , l'épée à la
main ; l'ennemi épouvanté s'enfuit
avancées , fans les attaquer , parce qu'elles tomboient
d'elles- mêmes , & qu'on en devenoit les
maîtres en prenant l'ouvrage couronné qui les
dominoit.
( i ) T. 3. p. 172 .
FEVRIER. 1763. 15
.
abandonnant la défenfe du guichet ; on
le pourfuit fur le pont , on arrive au
pâté , on attaque cet ouvrage , & il fut
auffi rapidement emporté que l'ouvrage
couronné & la demie-lune ; mais on
alloit y être infailliblement écrasé par le
canon du rempart ; les Moufquetaires (k)
blancs apperçurent une petite porte qu'ils
enfoncerent ( 1) , & ils virent un
efcalier dérobé , pratiqué dans l'épaiffeur
du mur , & par lequel ils monterent
au haut du pâté ; ils y trouverent
une autre porte qui donnoit entrée dans
une galerie , conftruite fur le grand canal
de l'Efcaut , & qui les conduifit au
rempart , d'où ils defcendirent dans la
ville & enfilerent une rue au milieu
de laquelle étoit un pont fur un troifiéme
bras de l'Efcaut qui la traverſoit.
Moiffac , cornette , & la Barre , maréchal
des logis , qui étoient à leur tête
en logerent une partie dans les maifons
les plus proches , afin qu'ils puffent , des
fenêtres , protéger par leur feu ceux qui
défendroient le pont , & qui le défendirent
en effet avec une valeur incroyable
; la cavalerie de la garniſon ,
( k ) Ibid. 192 .
( 4 ) On les appelloit alors ainſi , à cauſe de
leurs chevaux blancs.
16 MERCURE DE FRANCE.
qui les affaillit jufqu'à trois fois , ne put
jamais les ébranler ni les enfoncer , mal--
gré leur petit nombre ; l'infanterie pou--
voit venir les prendre par derriere , en
paffant par le rempart ; mais elle y trouva
la plus grande partie des Moufquetaires
noirs , & les Grenadiers de la :
Maifon , qui la repoufferent vigoureufement.
La bourgeoifie s'étonnoit ;
l'Hôtel-de-Ville s'affembloit ; on entra
en quelque pour-parler avec Moiffac
qui reçut & donna des ôtages ; on députa
vers le Roi ; il en étoit temps
pour empêcher que la ville ne fut
pillée ; les foldats du régiment des Gardes
Françoifes , & de celui de Picardie
commençoient à y entrer en foule
quelques grenadiers de la Maiſon ayant
baiffé le (m) pont-levis du grand canal
de l'Efcaut. Je ne fais fi l'hiftoire , dit
Larrey , fournit bien des exemples d'une:
action fi brufque & fi heureufe , & de la
prife , en fi peu de temps , d'une grande
& forte ville qui ne manquoit de rien
(m ) J'ai dit que le grand cours ou canal de
l'Efcaut couloit & fervoit de follé entre la muraille
de la ville & le pâté ; les Moufquetaires ,.
ayant pris le pâté , feroient entrés dans la ville
pêle-mêle avec les fuyards , fi les affiégés n'avoient
pas promptement levé ce pont- levis·
17 FEVRIER. 1763.
pour fa défenfe. Tout en tient du prodige
, ajoute-t-il , & tout enfut attribué
à l'heureufe témérité des Moufquetaires.
Elle fut heureufe , parce que le fens
froid & la prudence acheverent ce que
l'ardeur & le feu du courage avoient
commencé. Tout y caractériſe la vraie
valeur , cette valeur qui éléve l'homme
au-deffus de lui-même , & qui fouvent
le fait triompher contre toute apparence .
& malgré le danger évident où il femble
s'être précipité.
Le 17 Mars 1677 , les Moufquetaires
avoient pris Valenciennes ; le 11 Avril
ils déciderent du gain de la bataille à
Caffel. Notre armée étoit commandée
par Monfieur , frere du Roi ; le Prin
ce d'Orange commandoit celle des ennemis
. Nous les prévînmes au paffage
d'un ruiffeau , & nous enfonçames &
mîmes en fuite les premieres troupes
qui fe préfenterent ; mais nous trouvâmes
aprèsplus de difficulté , dit (n) Peliffon ;
car quelques régimens d'infanterie , &
particulierement celui des gardes duPrince
d'Orange , fe firent tailler en pièces ,
fans que pas un foldat quitát fa place
&fon rang. Notre cavalerie , ajoute- t- il ,
qu'ils attendoient derriere des hayes , les
( a) T. 3.p.231.
18 MERCURE DE FRANCE.
piques baiffées , s'avanca , mais n'ofa
jamais les joindre , jufqu'à ce que les
Moufquetaires , pied à terre , deux bataillons
de Navarre & deux d'Humieres,
les allerent tous tuer , l'épée à la main.
Il dit dans une autre lettre que les Mouf
quetaires (o) étant defcendus de cheval ,
firent des merveilles , mais qu'en fe retirant
pour aller reprendre leurs chevaux,
ilsfaillirent à faire reculer quelques-
uns de nos bataillons qui lesfuivoient
, & qui crurent qu'ils avoient été
repouffés. Atravers cette narration féche
& peu exacte , repréfentons nous les
gardes du Prince d'Orange , foutenus
de deux autres bataillons , ayant devant
eux un foffé & des haies , leur premier
rang compofé de piquiers , & les
autres faifant un feu terrible fur notre
cavalerie qui tente de franchir le foffé
fe rompt deux fois & fe rebute ; on
commande les Moufquetaires , reffource
ordinaire (p) dans ces fortes d'occa-
( 0) T. 3. p. 289.
(p ) Au fiége d'Ypres , en 1678 , a l'attaque
de la contrefcarpe , nos troupes , dit Peliffon 2
( T. 3. p. 337. ) n'allerent point avec leur vigueur
ordinaire ; un détachement des Mousquetaires
ajoute- t-il , de cinquante feulement , rétablit l'affaire
; ilsfe mirent au-devant de tous , fans dire
FEVRIER. 1763. 19
fions ils mettent pied à terre , marchent
, & il femble que le foffé s'eft
applani , que les haies ont difparu devant
eux , & que leur impétueufe célérité
a devancé & rendu fans effet le feu
de l'ennemi ; ils joignent ces coloffes
armés de piques , les enfoncent , les terraffent
& font voir que la véritable
force dépend de la fupériorité de l'ame.
Laiffant enfuite achever la défaite & le
carnage aux bataillons qui les ont fuivis
, ils retournent promptement reprendre
leurs chevaux , & fe montrer
prêts à exécuter les nouveaux ordres
qu'on voudra leur donner. Ils ne tarderent
pas à en recevoir ; ils chargerent
& mirent en fuite ( q ) un corps affez
autre chofe que gare , comme s'il n'eût été queftion
que de paffer quelque chemin . Ils fe jetterent
dans la contrefcarpe , l'épée à la main , & forcerent
l'ennemi de l'abandonner. Ypres capitula le
lendemain .
En 1691 , au fiége de Mons , les deux batailfons
chargés de l'attaque de l'ouvrage à corhe ,
ayant été repouffés & paroiffant rebutés , Louis
XIV dit , avec quelque dépit , qu'il y enverroit
des troupes qui ne reculeroient pas. En effet les
Moufqueraires qu'il y envoya le lendemain , prirent
cet ouvrage.
(q ) Mémoires des expéditions Militaires de la
guerre de Hollande.
20 MERCURE DE FRANCE.
confidérable de cavalerie qui faifoit
différens mouvemens für leur gauche ,
& dont l'objet étoit de s'approcher de
S. Omer (r) & d'y jetter du fecours.
Le lendemain de cette mémorable
journée , Monfieur , en envoyant quelques
ordres aux commandans des deux
Compagnies , leur écrivit qu'elles avoient
ébauché la victoire & donné le branle à
toute l'affaire.
Je ne les fuivrai point aux fiéges d'Ypres
, de Courtrai , de Philifbourg , de
Mons , ( s ) de Namur ; les actions qu'ils
y firent ne méritent pas moins d'être
confacrées dans les faftes militaires de
la nation , que celles que je viens de
rapporter , mais mon deffein n'a pas été
d'entreprendre leur hiftoire , & il ne me
refte qu'à les confidérer dans ces momens
malheureux , ces circonstances fa→
tales qui font peut-être l'épreuve la plus
fure du vrai courage. La bataille de Ra-
( r ) Monfieur affiégeoit S. Omer , & avoit
marché au-devant du Prince d'Orange qui venoit
pour fecourir cette Place.
(s ) A l'attaque de la caffotte , M, de Mau--
pertuis leur dit que fi quelqu'un d'eux , avant
L'action engagée , fe précipitoit & avançoit hors de
fon rang , il avoit ordre de le tuer . le Roisi ayant
remarqué avec une extrême fenfibilité , que leur trop
Lardeur leur étoit quelquefois funefte.
FEVRIER. 1763 . 21
millies ſe donna le 23 Mai 1706, jour de
la Pentecôte. Notre armée étoit de quarante
mille hommes; celle des ennemis(t)
de foixante-cinq mille . LesGardes duRoi ,
les Gendarmes , les Chevaux- Légers
les Moufquetaires & les Grenadiers à
cheval compofoient la premiere ligne
de notre aîle droite ; ( u ) ils percerent
& enfoncerent quatre lignes de l'aîle
gauche des ennemis , firent des priſonniers
& prirent fix piéces de canon ;
mais il n'étoit que trop facile à Milord
Malboroug de leur arracher la victoire
en profitant des mauvaifes difpofitions
qu'avoient faites nos Généraux &
des fautes qu'il firent encore pendant
l'action fix bataillons , avec quelques
régimens de dragons , qu'ils avoient mis
dans le vallon de Tavieres , ne pouvoient
que foiblement protéger & couvrir
le flanc de notre aîle droite : un
marais impraticable entre notre aîle
gauche & l'aile droite de l'ennemi ,
empêchoit qu'elles ne puffent réciproquement
agir l'une contre l'autre : ainfi
Malboroug ne rifquant rien en dégarniffant
cette aîle droite , qui ne pouvoit
( t) Larrey.
(u ) Rapin de Toiras , continuat.
22 MERCURE DE FRANCE.
être attaquée , en tira cinquante eſcadrons
pour fortifier fon aîle gauche ; de
forte que la Maifon du Roi , qui avoit
percé & enfoncé , comme je l'ai dit ,
quatre lignes de cette aîle gauche , vit
tout-à-coup fe former devant elle des
efcadrons tout frais & derriere lefquels
fe rallioient les quatre lignes qu'elle
avoit battues & difperfées. Malboroug
fit en même temps attaquer , par toute
fa réſerve , les fix bataillons que nous
avions dans le vallon de Tavieress ;; ils ne
purent réfifter à la fupériorité du nombre
, & par leur déroute , tout le côté
de notre aile droite fe trouva découvert ;
la cavalerie qui compofoit la feconde
ligne de cette aîle , derriere la Maifon
du Roi , tenta de préfenter le front
en appuyant fur fa droite , & faifant un
mouvement par fa gauche ; mais cette
évolution ne put pas être affez prompte
devant un ennemi qui s'avançoit avec
rapidité & qui la prenoit en flanc ; les
efcadrons les plus proches furent culbutés
; les autres prirent la fuite ; la Maiſon
du Roi , attaquée de front , en flanc &
par derriere , fe fit jour & joignit notre
aile gauche. On voit que tandis que
Malboroug tiroit des troupes de fon
aile droite pour les porter à fon aîle
FEVRIER. 1763 . 23
>
gauche , fi nos généraux en avoient pareillement
tiré de leur aîle gauche pour
fortifier leur aîle droite , & furtout les
fix bataillons qui étoient dans le vallon
de Tavieres il y a toute apparence
que la victoire nous feroit demeurée . On
voit encore , par les relations mêmes
des ennemis , que la perte étoit à-peuprès
égale de part & d'autre ; qu'ils ne
penfoient point à nous pourſuivre; qu'ils
n'auroient donc remporté de toute cette
action que le ftérile honneur d'avoir
gagné le champ de bataille ; que notre
aîle gauche, avec la Maifon du Roi , fit
tranquillement fa retraite & ne fut
point entamée ; que même l'infanterie
& la cavalerie de l'aîle droite , quoique
battues , fe retiroient en affez bon
ordre , ( x ) lorsqu'un accident imprévu
rendit cette journée une des
plus funeftes pour la France ; quelques
chariots ayant rompu dans un
défilé , & le paffage étant embarraffé
elles crurent entendre l'ennemi qui les
pourſuivoit ; la difparution de leurs généraux
& le peu d'eftime qu'elles avoient
pour eux , ajouterent fans doute à cette
terreur panique ; elles fe débandent
& fuyent de tous côtés ; Malboroug
( x) Rapin de Toiras, continuat,
24
MERCURE
DE FRANCE
.
C
averti par les coureurs qu'il avoit en
avant , détache une partie de fa cavalerie
& fes dragons qui tombent fur
ces troupes en défordre , & ne font
des prifonniers que lorfqu'ils font las
de tuer ; bagages , artillerie , caiffons ,
tout fut pris.
Je n'entrerai en aucuns détails fur la
bataille de Malplaquet ; la Maifon du
Roi chargea quatre fois la cavalerie
des ennemis , & quatre fois la plia &
la renverfa fur fon infanterie ; quand
nous abandonnâmes le champ de bataille
, elle fit l'arriere- garde ; c'étoit le
lion bleffé qui fe retire ; dès que l'ennemi
qui nous fuivoit , s'avançoit de
trop près , elle fe retournoit , & auffitôt
il fe replioit. Les Moufquetaires firent
voir dans cette jonrnée à quel
point l'honneur fçait captiver le naturel
& commander au caractère ; cette troupe
qu'on peint fi vive fi ardente
toujours empreffée d'attaquer & frémiffant
d'impatience fous la main qui l'arrête
, refta pendant cinq heures expoſée
au feu d'une baterie de trente Piéces
de canon ; leur contenance parut toujours
ferme & tranquille dans cette
pofition & ces momens critiques où il
n'eft pas même permis de quitter fon
rang
FEVRIER . 1763. 25
rang pour s'élancer contre la foudre qui
s'allume , & n'en être du moins écrasé
qu'en marchant pour l'attaquer ; ce
mouvement fi naturel feroit regardé
comme un inftant de foibleffe ; il faut
refter immobile devant la mort , l'attendre
, l'enviſager , toujours prête à nous
frapper , & frappant fans ceffe autour
de nous. Au fiége de Philisbourg , en
1734 , quand on fit entrer la Maifon du
Roi dans les Lignes , les Moufquetaires
furent encore expofés à une canonade
très-vive , & la foutinrentavec le même
fang froid : cependant nous fortions
d'une longue paix , & la plupart voyoient
la guerre pour la première fois. Pourrions
- nous être avares d'éloges envers
une troupe dont l'honneur & la haute
réputation femblent s'imprimer dans
l'ame d'un jeune homme dès qu'il y
eft entré ? Lorfqu'à Ramillies , à Malplaquet
, à Etinguen , elle ramène fes
débris fanglans que l'ennemi n'oſe attaquer
, nous paroîtra-t-elle moins recommandable
que lorfqu'elle éleve des
trophées à fon Maître dans la plaine
de Fontenoi ?
un Supplément à fes Effais
hiftoriques fur Paris . On étoit étonné
qu'ayant fait mention de tant de palais
& d'hôtels de cette Capitale , il n'eût pas
parlé des deux hôtels des Moufquetaires ;
voici l'article qu'il nous a communiqué .
Quelle clarté , quelle netteté , quel ton
fimple , naturel & facile ! D'autres ont
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
marré ; M. de Saint- Foix peint. D'ail
leurs , il cite fes garans , à chaque fair
qu'il rapporté.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES
DES MOUSQUETAÍRES .
Un Spartiate vantoit à un étranger
l'intrépidité avec laquelle les jeunes
gens de Sparte combattoient & s'expofoient
à tous les dangers : je ferois étonné
(a) , lui répondit cet étranger , qu'ils
ne cherchaffent pas la mort , attendu la
vie trifte , ennuyeufe & dure qu'ils menent
& que vous menez tous dans votre
république. On ne dira pas que les plaifirs
manquent à Paris ; qu'on y eft trifte
& morne comme à Lacédémone , &
que la nobleffe Françoife n'eft brave
que par mauvaiſe humeur contre la
vie.
9
La première Compagnie des Moufquétaires
fut créée en 1622, Elle fe
diftingua dans toutes les occafions. Ce
fut au pas de Suze , dont elle força les
trois retranchemens , l'épée à la main ,
que Louis XIII , qui y étoit en perfonne
, dit que ce qui lui plaifoit tou-
( a ) Vid. Craggium de Republ. Laced. Lib. 3.
Inftit. 8.
FEVRIER. 1763 . 7
jours dans fes Moufquetaires , c'étoit
cette gayeté célére avec laquelle ils marchoient
à tout ce qu'on leur difoit d'attaquer.
A la bataille des Dunes , le grand
Condé , qui fervoit alors contre la
France , les fit charger quatre fois par
des corps bien fupérieurs en nombre
fans pouvoir les dépofter du terrein
qu'ils occupoient.
La feconde Compagnie ne fut mife
fur le même pied que la première , & le
Roi ne s'en déclara le Capitaine qu'en
1665 .
2
La guerre entre la France & l'Efpagne
ayant recommencé en 1667`, à
Poccafion des droits de la Reine , les
Moufquetaires fuivirent le Roi en Flandres
, & continuerent d'y faire le fervice
à pied & à cheval à tous les fiéges. A
celui de Lille ils furent commandés
pour l'attaque de la demie-lune & l'emporterent
en moins d'un quart-d'heure .
Le lendemain le Gouverneur battit la
chamade ; & lorfque la capitulation fut
fignée , & que les Moufquetaires fe
furent emparés de la porte qu'il livroit ,
il fut étonné de voir que la plupart
étoient des jeunes gens de dix - fept , dixhuit
ou vingt ans .
En 1668 ils marcherent en Franche-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Comté : Dole fut la feule ville qui parut
vouloir foutenir un fiége ; mais à peine
avions -nous ouvert la tranchée
, que
trente ou quarante Moufquetaires (b)fe
jetterent dans le chemin couvert ; le
grand Condé arriva dans l'inftant &
voyant que leur audacieufe témérité en
avoit impofé à l'ennemi qui fuyoit , il
les fit foutenir par de l'infanterie &
réuffir dans une attaque où ils auroient
dû payer de leurs vies l'imprudence de
leur courage. Dole fe rendit le lendemain
.
,
En 1669 , Louis XIV joignit un
détachement de cent Moufquetaires aux
autres troupes qu'il envoyoit en Candie.
Ils fe fignalerent par tous les efforts
de la plus grande valeur dans la fortie
que fit le Duc de Navailles , & où la
cavalerie Turque fut mife dans une entiere
déroute . Deux jours après , ils défendirent
la brêche du côté de la Sabionnaire
, & repoufferent les Turcs à
tous les affauts qu'ils y donnerent. Deux
Maréchaux des logis & trente Moufquetaires
y furent bleffés , & deux Brigadiers
tués.
En. 1672 Louis XIV déclara la guerre
( b ) Journal de la conquête de la Franche- Comté
en 1668 .
FEVRIER. 1763. 9
la Hollande , & le 12 Juin les Moufquetaires
pafferent le Rhin à la nage
avec les autres efcadrons de la Maiſon.
Au fiége de Maſtrick , en 1673 , la
premiere Compagnie fut commandée
pour l'attaque de la demie-lune féche ,
tandis que la feconde attaqueroit les paliffades
entre cette demie-lune & l'ouvrage
à corne. On donne le fignal , elles
marchent ; & malgré la vigoureuſe réfiftance
de l'ennemi , malgré le feu des
fournaux qu'il fait jouer & les éclats terribles
des grenades qu'il jette fans ceffe ,
ces ouvrages furent emportés prefqu'en
même temps . L'action du lendemain fut
encore plus vive & plus meurtrière ; on
croyoit les logemens affurés & les
Moufquetaires étoient rentrés dans le
camp ;l'ennemi fit jouer tout-à- coup un
fourneau que nous n'avions pas découvert
dans la demie-lune ; on. dut crain --
dre qu'il n'y en eût d'autres. Farjaux ,
Gouverneur de la Place , qui s'étoit mis
à la tête des meilleures , troupes de fa
garnifon , profitant de ce moment d'al-
Farme , rentra dans cet ouvrage , en
chaffa nos foldats on commanda de
nouveau les Moufquétaires (c) pour le
2*
( o) Relation du Duc de Montmouth à Charles
II. Recueil depièces . p . 139.
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
reprendre , & ils le reprirent ; mais
après un combat des plus fanglans &
des plus opiniâtres ; cinquante-trois
Moufquetaires y furent bleffés , trente .
fept tués avec le Comte d'Artagnan
Commandant de la première Compagnie.
Les Moufquetaires qui en revinrent
, dit Peliffon ( d ) , avoient tous
leurs épées fanglantes jufqu'aux gardes
, & fauffées des coups qu'ils avoient
donnés .
Deux fortes barricades & un retranchement
autour de l'Eglife de S. Etienne
, défendoient les approches de la citadelle
de Befançon ; les Moufquetaires ,
le 20 Mai 1674 , à dix heures du matin ,
marchent deux cens pas à découvert
fous tout le feu du canon & de la moufqueterie
de l'ennemi , forcent ces deux
barricades & ce retranchement , &
mettent nos travailleurs en état de commencer
le logement fur le glacis .
Louis XIV, le 21 Avril 1676, affiégea
Condé , une des plus fortes places du
Hainaut ; le prince d'Orange marcha
auffitôt pout la fecourir ; la communication
entre nos quartiers étoit très-difficile
à caufe de l'inondation , & nos
lignes embraffoient une fi grande éten-
( d ) T. 1. p. 325.
9
FEVRIER. 1763. 11
,
due de terrein , qu'il n'étoit pas poffible
de les défendre contre une armée , fut
elle-même bien inférieure à la nôtre ;
il falloit donc , ou marcher au devant de
l'ennemi & le combattre , ou preffer le
fiége par une attaque fi vive , que la
place fut obligée de fe rendre avant l'arrivée
du fecours. La nuit du 25 au 26
Avril , les deux Compagnies des Moufquetaires
, à la tête de plufieurs détachemens
d'infanterie , furent commandées
pour cette attaque ; fi jamais leur
valeur & l'émulation qu'elle infpire ;
ont rendu un fervice important , ce fut
en cette occafion : un jour de plus ou
de moins , dit Peliffon (e) , étoit de la
plus grande conféquence dans la conjoncture
des chofes ; ainfi les nôtres
ajoute-t-il , avoient ordre de ne fe point
arrêter , s'il fe pouvoit , que tout nefût
emporté. Tout le fut , les paliffades , le
foffé , la contrefcarpe , l'ouvrage avancé
, la feconde contrefcarpe avec des
redoutes fur fes angles faillans , & des
fourneaux au-deffous , les deux baſtions
détachés & leur courtine ; l'ennemi ,
dans aucun de ces ouvrages , ne put
foutenir l'impétuofité de nos affauts ;
( e) T. 3. p. 20 & 21 .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
les (f) Moufquetaires , fuivis des Grenadiers
des régimens d'Artois & du
Maine , pénétrerent jufques dans lá
baffe ville ; le Gouverneur confterné fit
battre la chamade , envoya promptement
des ôtages , & fe rendit à difcrétion.
Dans ces différentes attaques , qui
furent fi vives qu'elles femblerent n'en
faire qu'une , il n'y eut qu'onze Moufquetaires
tués , & dix-fept bleffés ; la
Hoguette , Enfeigne de la premiere
Compagnie , y reçut un coup de pique
dans la cuiffe ; un des fourneaux fit
fauter Jauvelle , Capitaine-Lieutenant
de la feconde , & de Vins Sous- Lieutenant
; il en furent quittes pour quelques
meurtriffures.
De bonnes fortifications & bien entretenues
, des munitions de guerre &
des vivres en abondance ; une artillerie
des plus formidables für les remparts
& dans chaque ouvrage ; trois à quatre
mille hommes de garnifon ; la haine
des bourgeois contre la France , & leur
affection pour le gouvernement Efpagnol
tout fembloit annoncer que le
fiége de Valenciennes feroit long , pénible
& très-meurtrier. Le côté de la
( fJourna! du Maréchald'Humieres. Recueil de
pieces . p. 147.
FEVRIER. 1763. 13
étoit
ville qu'embraffoit notre attaque ,
défendu par une demie-lune à droite ,
& une autre à gauche , en avant d'un
ouvrage couronné , paliffadé , fraizé
& dont le foffé étoit coupé de plufieurs
traverſes. Dans cet ouvrage couronné ,
il y avoit encore une demie - lune avec
un bon foffé , le tout bien revêtu ; audelà
de cette demie-lune , un bras de
l'Eſcaut ; enfuite un ouvrage apellé le
pâté , & enfin le grand cours de l'Efcaut
, profond , rapide , coulant &
fervant de foflé entre le pâté & la muraille
de la ville dont les remparts , beaux
& larges , protégeoient par leur canon ,
& celui de deux baftions , toutes ces
défenſes extérieures . Le 9 Mars 1677
on avoit ouvert la tranchée. Le 16 au
foir , les Moufquetaires furent commandés
avec (g ) les Grenadiers de la Maifon
, & de gros détachemens du régiment
des Gardes & de celui de Picardie.
Le 17 , à neuf heures du matin ,
ils marcherent à l'attaque de l'ouvrage (h)
(g ) Les Grenadiers à Cheval , créés à la fin de
l'année 1676 , & unis à la Maifon du Roi. Cette
Compagnie ne fut d'abord que de quatre-vingtquatre
Maîtres . On les appelloit les Riotors du
nom de leur commandant.
( h) On palla derrière les deux demies- lunes
14 MERCURE DE FRANCE.
peu couronné , & l'emporterent en affez
de temps. Bientôt après , dit Peliffon
le Roi, à leurs habits rouges , diftingua
fort bien fes Moufquetaires (i) qui étoient
dans la demie-lune enfermée dans l'ouvrage
couronné ; cela paroiſſoit incroyable
, ajoute-t-il , car l'ordre étoit de fe
loger dans l'ouvrage couronné & de
s'arrêter là ; de quoi le Roi fe contentoit
pour cette fois. Si ce commencement
d'action parut incroyable , on dut être
encore bien plus étonné de la fuite. Il y
avoit , fur le petit bras de l'Eſcaut , un
pont qui communiquoit de cette demie
-lune au pâté , & à l'entrée de ce
pont , une barriere de groffes piéces de
bois pointues , avec un guichet au milieu
où il ne pouvoit paffer qu'un homme à la
fois. Tandis qu'une partie de ceux des
Moufquetaires qui y arriverent les premiers,
tâchoit d'en forcer l'entrée , les
autres monterent au haut de la barriere ,
bravant les coups de piques & de fufils ,
& fauterent de l'autre côté , l'épée à la
main ; l'ennemi épouvanté s'enfuit
avancées , fans les attaquer , parce qu'elles tomboient
d'elles- mêmes , & qu'on en devenoit les
maîtres en prenant l'ouvrage couronné qui les
dominoit.
( i ) T. 3. p. 172 .
FEVRIER. 1763. 15
.
abandonnant la défenfe du guichet ; on
le pourfuit fur le pont , on arrive au
pâté , on attaque cet ouvrage , & il fut
auffi rapidement emporté que l'ouvrage
couronné & la demie-lune ; mais on
alloit y être infailliblement écrasé par le
canon du rempart ; les Moufquetaires (k)
blancs apperçurent une petite porte qu'ils
enfoncerent ( 1) , & ils virent un
efcalier dérobé , pratiqué dans l'épaiffeur
du mur , & par lequel ils monterent
au haut du pâté ; ils y trouverent
une autre porte qui donnoit entrée dans
une galerie , conftruite fur le grand canal
de l'Efcaut , & qui les conduifit au
rempart , d'où ils defcendirent dans la
ville & enfilerent une rue au milieu
de laquelle étoit un pont fur un troifiéme
bras de l'Efcaut qui la traverſoit.
Moiffac , cornette , & la Barre , maréchal
des logis , qui étoient à leur tête
en logerent une partie dans les maifons
les plus proches , afin qu'ils puffent , des
fenêtres , protéger par leur feu ceux qui
défendroient le pont , & qui le défendirent
en effet avec une valeur incroyable
; la cavalerie de la garniſon ,
( k ) Ibid. 192 .
( 4 ) On les appelloit alors ainſi , à cauſe de
leurs chevaux blancs.
16 MERCURE DE FRANCE.
qui les affaillit jufqu'à trois fois , ne put
jamais les ébranler ni les enfoncer , mal--
gré leur petit nombre ; l'infanterie pou--
voit venir les prendre par derriere , en
paffant par le rempart ; mais elle y trouva
la plus grande partie des Moufquetaires
noirs , & les Grenadiers de la :
Maifon , qui la repoufferent vigoureufement.
La bourgeoifie s'étonnoit ;
l'Hôtel-de-Ville s'affembloit ; on entra
en quelque pour-parler avec Moiffac
qui reçut & donna des ôtages ; on députa
vers le Roi ; il en étoit temps
pour empêcher que la ville ne fut
pillée ; les foldats du régiment des Gardes
Françoifes , & de celui de Picardie
commençoient à y entrer en foule
quelques grenadiers de la Maiſon ayant
baiffé le (m) pont-levis du grand canal
de l'Efcaut. Je ne fais fi l'hiftoire , dit
Larrey , fournit bien des exemples d'une:
action fi brufque & fi heureufe , & de la
prife , en fi peu de temps , d'une grande
& forte ville qui ne manquoit de rien
(m ) J'ai dit que le grand cours ou canal de
l'Efcaut couloit & fervoit de follé entre la muraille
de la ville & le pâté ; les Moufquetaires ,.
ayant pris le pâté , feroient entrés dans la ville
pêle-mêle avec les fuyards , fi les affiégés n'avoient
pas promptement levé ce pont- levis·
17 FEVRIER. 1763.
pour fa défenfe. Tout en tient du prodige
, ajoute-t-il , & tout enfut attribué
à l'heureufe témérité des Moufquetaires.
Elle fut heureufe , parce que le fens
froid & la prudence acheverent ce que
l'ardeur & le feu du courage avoient
commencé. Tout y caractériſe la vraie
valeur , cette valeur qui éléve l'homme
au-deffus de lui-même , & qui fouvent
le fait triompher contre toute apparence .
& malgré le danger évident où il femble
s'être précipité.
Le 17 Mars 1677 , les Moufquetaires
avoient pris Valenciennes ; le 11 Avril
ils déciderent du gain de la bataille à
Caffel. Notre armée étoit commandée
par Monfieur , frere du Roi ; le Prin
ce d'Orange commandoit celle des ennemis
. Nous les prévînmes au paffage
d'un ruiffeau , & nous enfonçames &
mîmes en fuite les premieres troupes
qui fe préfenterent ; mais nous trouvâmes
aprèsplus de difficulté , dit (n) Peliffon ;
car quelques régimens d'infanterie , &
particulierement celui des gardes duPrince
d'Orange , fe firent tailler en pièces ,
fans que pas un foldat quitát fa place
&fon rang. Notre cavalerie , ajoute- t- il ,
qu'ils attendoient derriere des hayes , les
( a) T. 3.p.231.
18 MERCURE DE FRANCE.
piques baiffées , s'avanca , mais n'ofa
jamais les joindre , jufqu'à ce que les
Moufquetaires , pied à terre , deux bataillons
de Navarre & deux d'Humieres,
les allerent tous tuer , l'épée à la main.
Il dit dans une autre lettre que les Mouf
quetaires (o) étant defcendus de cheval ,
firent des merveilles , mais qu'en fe retirant
pour aller reprendre leurs chevaux,
ilsfaillirent à faire reculer quelques-
uns de nos bataillons qui lesfuivoient
, & qui crurent qu'ils avoient été
repouffés. Atravers cette narration féche
& peu exacte , repréfentons nous les
gardes du Prince d'Orange , foutenus
de deux autres bataillons , ayant devant
eux un foffé & des haies , leur premier
rang compofé de piquiers , & les
autres faifant un feu terrible fur notre
cavalerie qui tente de franchir le foffé
fe rompt deux fois & fe rebute ; on
commande les Moufquetaires , reffource
ordinaire (p) dans ces fortes d'occa-
( 0) T. 3. p. 289.
(p ) Au fiége d'Ypres , en 1678 , a l'attaque
de la contrefcarpe , nos troupes , dit Peliffon 2
( T. 3. p. 337. ) n'allerent point avec leur vigueur
ordinaire ; un détachement des Mousquetaires
ajoute- t-il , de cinquante feulement , rétablit l'affaire
; ilsfe mirent au-devant de tous , fans dire
FEVRIER. 1763. 19
fions ils mettent pied à terre , marchent
, & il femble que le foffé s'eft
applani , que les haies ont difparu devant
eux , & que leur impétueufe célérité
a devancé & rendu fans effet le feu
de l'ennemi ; ils joignent ces coloffes
armés de piques , les enfoncent , les terraffent
& font voir que la véritable
force dépend de la fupériorité de l'ame.
Laiffant enfuite achever la défaite & le
carnage aux bataillons qui les ont fuivis
, ils retournent promptement reprendre
leurs chevaux , & fe montrer
prêts à exécuter les nouveaux ordres
qu'on voudra leur donner. Ils ne tarderent
pas à en recevoir ; ils chargerent
& mirent en fuite ( q ) un corps affez
autre chofe que gare , comme s'il n'eût été queftion
que de paffer quelque chemin . Ils fe jetterent
dans la contrefcarpe , l'épée à la main , & forcerent
l'ennemi de l'abandonner. Ypres capitula le
lendemain .
En 1691 , au fiége de Mons , les deux batailfons
chargés de l'attaque de l'ouvrage à corhe ,
ayant été repouffés & paroiffant rebutés , Louis
XIV dit , avec quelque dépit , qu'il y enverroit
des troupes qui ne reculeroient pas. En effet les
Moufqueraires qu'il y envoya le lendemain , prirent
cet ouvrage.
(q ) Mémoires des expéditions Militaires de la
guerre de Hollande.
20 MERCURE DE FRANCE.
confidérable de cavalerie qui faifoit
différens mouvemens für leur gauche ,
& dont l'objet étoit de s'approcher de
S. Omer (r) & d'y jetter du fecours.
Le lendemain de cette mémorable
journée , Monfieur , en envoyant quelques
ordres aux commandans des deux
Compagnies , leur écrivit qu'elles avoient
ébauché la victoire & donné le branle à
toute l'affaire.
Je ne les fuivrai point aux fiéges d'Ypres
, de Courtrai , de Philifbourg , de
Mons , ( s ) de Namur ; les actions qu'ils
y firent ne méritent pas moins d'être
confacrées dans les faftes militaires de
la nation , que celles que je viens de
rapporter , mais mon deffein n'a pas été
d'entreprendre leur hiftoire , & il ne me
refte qu'à les confidérer dans ces momens
malheureux , ces circonstances fa→
tales qui font peut-être l'épreuve la plus
fure du vrai courage. La bataille de Ra-
( r ) Monfieur affiégeoit S. Omer , & avoit
marché au-devant du Prince d'Orange qui venoit
pour fecourir cette Place.
(s ) A l'attaque de la caffotte , M, de Mau--
pertuis leur dit que fi quelqu'un d'eux , avant
L'action engagée , fe précipitoit & avançoit hors de
fon rang , il avoit ordre de le tuer . le Roisi ayant
remarqué avec une extrême fenfibilité , que leur trop
Lardeur leur étoit quelquefois funefte.
FEVRIER. 1763 . 21
millies ſe donna le 23 Mai 1706, jour de
la Pentecôte. Notre armée étoit de quarante
mille hommes; celle des ennemis(t)
de foixante-cinq mille . LesGardes duRoi ,
les Gendarmes , les Chevaux- Légers
les Moufquetaires & les Grenadiers à
cheval compofoient la premiere ligne
de notre aîle droite ; ( u ) ils percerent
& enfoncerent quatre lignes de l'aîle
gauche des ennemis , firent des priſonniers
& prirent fix piéces de canon ;
mais il n'étoit que trop facile à Milord
Malboroug de leur arracher la victoire
en profitant des mauvaifes difpofitions
qu'avoient faites nos Généraux &
des fautes qu'il firent encore pendant
l'action fix bataillons , avec quelques
régimens de dragons , qu'ils avoient mis
dans le vallon de Tavieres , ne pouvoient
que foiblement protéger & couvrir
le flanc de notre aîle droite : un
marais impraticable entre notre aîle
gauche & l'aile droite de l'ennemi ,
empêchoit qu'elles ne puffent réciproquement
agir l'une contre l'autre : ainfi
Malboroug ne rifquant rien en dégarniffant
cette aîle droite , qui ne pouvoit
( t) Larrey.
(u ) Rapin de Toiras , continuat.
22 MERCURE DE FRANCE.
être attaquée , en tira cinquante eſcadrons
pour fortifier fon aîle gauche ; de
forte que la Maifon du Roi , qui avoit
percé & enfoncé , comme je l'ai dit ,
quatre lignes de cette aîle gauche , vit
tout-à-coup fe former devant elle des
efcadrons tout frais & derriere lefquels
fe rallioient les quatre lignes qu'elle
avoit battues & difperfées. Malboroug
fit en même temps attaquer , par toute
fa réſerve , les fix bataillons que nous
avions dans le vallon de Tavieress ;; ils ne
purent réfifter à la fupériorité du nombre
, & par leur déroute , tout le côté
de notre aile droite fe trouva découvert ;
la cavalerie qui compofoit la feconde
ligne de cette aîle , derriere la Maifon
du Roi , tenta de préfenter le front
en appuyant fur fa droite , & faifant un
mouvement par fa gauche ; mais cette
évolution ne put pas être affez prompte
devant un ennemi qui s'avançoit avec
rapidité & qui la prenoit en flanc ; les
efcadrons les plus proches furent culbutés
; les autres prirent la fuite ; la Maiſon
du Roi , attaquée de front , en flanc &
par derriere , fe fit jour & joignit notre
aile gauche. On voit que tandis que
Malboroug tiroit des troupes de fon
aile droite pour les porter à fon aîle
FEVRIER. 1763 . 23
>
gauche , fi nos généraux en avoient pareillement
tiré de leur aîle gauche pour
fortifier leur aîle droite , & furtout les
fix bataillons qui étoient dans le vallon
de Tavieres il y a toute apparence
que la victoire nous feroit demeurée . On
voit encore , par les relations mêmes
des ennemis , que la perte étoit à-peuprès
égale de part & d'autre ; qu'ils ne
penfoient point à nous pourſuivre; qu'ils
n'auroient donc remporté de toute cette
action que le ftérile honneur d'avoir
gagné le champ de bataille ; que notre
aîle gauche, avec la Maifon du Roi , fit
tranquillement fa retraite & ne fut
point entamée ; que même l'infanterie
& la cavalerie de l'aîle droite , quoique
battues , fe retiroient en affez bon
ordre , ( x ) lorsqu'un accident imprévu
rendit cette journée une des
plus funeftes pour la France ; quelques
chariots ayant rompu dans un
défilé , & le paffage étant embarraffé
elles crurent entendre l'ennemi qui les
pourſuivoit ; la difparution de leurs généraux
& le peu d'eftime qu'elles avoient
pour eux , ajouterent fans doute à cette
terreur panique ; elles fe débandent
& fuyent de tous côtés ; Malboroug
( x) Rapin de Toiras, continuat,
24
MERCURE
DE FRANCE
.
C
averti par les coureurs qu'il avoit en
avant , détache une partie de fa cavalerie
& fes dragons qui tombent fur
ces troupes en défordre , & ne font
des prifonniers que lorfqu'ils font las
de tuer ; bagages , artillerie , caiffons ,
tout fut pris.
Je n'entrerai en aucuns détails fur la
bataille de Malplaquet ; la Maifon du
Roi chargea quatre fois la cavalerie
des ennemis , & quatre fois la plia &
la renverfa fur fon infanterie ; quand
nous abandonnâmes le champ de bataille
, elle fit l'arriere- garde ; c'étoit le
lion bleffé qui fe retire ; dès que l'ennemi
qui nous fuivoit , s'avançoit de
trop près , elle fe retournoit , & auffitôt
il fe replioit. Les Moufquetaires firent
voir dans cette jonrnée à quel
point l'honneur fçait captiver le naturel
& commander au caractère ; cette troupe
qu'on peint fi vive fi ardente
toujours empreffée d'attaquer & frémiffant
d'impatience fous la main qui l'arrête
, refta pendant cinq heures expoſée
au feu d'une baterie de trente Piéces
de canon ; leur contenance parut toujours
ferme & tranquille dans cette
pofition & ces momens critiques où il
n'eft pas même permis de quitter fon
rang
FEVRIER . 1763. 25
rang pour s'élancer contre la foudre qui
s'allume , & n'en être du moins écrasé
qu'en marchant pour l'attaquer ; ce
mouvement fi naturel feroit regardé
comme un inftant de foibleffe ; il faut
refter immobile devant la mort , l'attendre
, l'enviſager , toujours prête à nous
frapper , & frappant fans ceffe autour
de nous. Au fiége de Philisbourg , en
1734 , quand on fit entrer la Maifon du
Roi dans les Lignes , les Moufquetaires
furent encore expofés à une canonade
très-vive , & la foutinrentavec le même
fang froid : cependant nous fortions
d'une longue paix , & la plupart voyoient
la guerre pour la première fois. Pourrions
- nous être avares d'éloges envers
une troupe dont l'honneur & la haute
réputation femblent s'imprimer dans
l'ame d'un jeune homme dès qu'il y
eft entré ? Lorfqu'à Ramillies , à Malplaquet
, à Etinguen , elle ramène fes
débris fanglans que l'ennemi n'oſe attaquer
, nous paroîtra-t-elle moins recommandable
que lorfqu'elle éleve des
trophées à fon Maître dans la plaine
de Fontenoi ?
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Résumé : HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
Un supplément aux Essais historiques sur Paris de M. de Saint-Foix a été publié, incluant un article sur les hôtels des Mousquetaires. L'auteur de ce texte salue la clarté et la précision de Saint-Foix, qui cite toujours ses sources. L'article aborde les deux compagnies des Mousquetaires, créées en 1622 et 1665. La première compagnie se distingua notamment au siège de Suze et à la bataille des Dunes. En 1667, lors de la guerre entre la France et l'Espagne, les Mousquetaires suivirent le roi en Flandres et participèrent à plusieurs sièges, comme ceux de Lille et de Dole. En 1669, ils combattirent en Candie aux côtés du duc de Navailles. En 1672, ils traversèrent le Rhin à la nage lors de la guerre contre la Hollande et participèrent à divers sièges, tels que ceux de Mastrick et de Besançon. En 1676, ils assiégèrent Condé et en 1677, Valenciennes, où ils montrèrent une grande bravoure et une stratégie efficace, permettant la prise rapide de la ville. Les Mousquetaires se distinguèrent par leur bravoure et leur discipline. Le 17 mars 1677, ils prirent Valenciennes et le 11 avril, ils jouèrent un rôle crucial dans la bataille de Cassel, où ils chargèrent à pied et repoussèrent les troupes ennemies malgré une forte résistance. Leur intervention permit de renverser le cours de la bataille. Ils se distinguèrent également lors des sièges d'Ypres, de Courtrai, de Philisbourg, de Mons et de Namur. Lors de la bataille de Ramillies en 1706, ils perçèrent les lignes ennemies mais furent finalement repoussés en raison de mauvaises dispositions stratégiques. À Malplaquet, ils montrèrent une grande discipline en restant immobiles sous le feu ennemi pendant cinq heures. Leur courage et leur dévouement furent également notables lors du siège de Philisbourg en 1734. Le texte met en avant leur valeur et leur capacité à surmonter les dangers, illustrant ainsi leur rôle essentiel dans les victoires militaires françaises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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