Résultats : 1588 texte(s)
Détail
Liste
151
p. 60-66
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Il y a eu depuis peu de temps plusieurs Morts considérables, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Madame, Duchesse, Capitaine, Maisons, Décès, Conseiller, Monsieur de Manicamp
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texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Il y a eu depuis peu de temps
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte évoque plusieurs décès récents de personnalités notables. Jean Louis l'Étang de Fromentières, évêque d'Aire, provenait d'une famille illustre du Maine et était réputé pour ses talents de prédicateur à Paris et à la cour. Monsieur de Manicamp, frère de la maréchale d'Estrées, appartenait à la maison de Longueval, une ancienne et distinguée famille picarde. Il est décédé après avoir reçu les sacrements. Jacques Despériers, professeur au Collège de Lisieux et docteur en théologie à la Sorbonne, est également décédé. Jacques Charton, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris, a été remplacé par l'abbé Robert. Louis de Faure, baron de Dampmard et conseiller au Parlement de Paris, laisse derrière lui cinq enfants et une importante fortune. Jacques Pouffet, ancien avocat au Parlement et échevin de Paris, était connu pour ses tragédies théâtrales. Le texte mentionne également une œuvre littéraire intitulée 'Les Hyvers comme des Printemps', écrite par un maître habile avec des paroles de Monsieur Diéreville.
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152
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
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Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
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153
p. 89-94
INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Ces petits Tableaux contiennent plusieurs Actions celebres de Sa Majesté, [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Galerie, Versailles, Tableaux, Actions, Sa Majesté, Réparations, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
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Résumé : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document présente une série de dix-huit petits tableaux dans la galerie de Versailles, illustrant des actions célèbres du roi. Ces tableaux sont organisés en six bandes de trois tableaux chacune, placés entre les grands tableaux de la voûte. La première bande montre le soulagement du peuple pendant la famine de 1662, l'aide apportée à la Hollande contre l'évêque de Munster, et la réparation d'un outrage fait à Rome. La deuxième bande illustre l'abolition des duels, la délivrance de l'Empire des Turcs, et la préférence accordée à la France sur l'Espagne. La troisième bande traite de la première guerre contre l'Espagne pour les droits de la reine, l'établissement de la navigation, et la réformation de la justice. La quatrième bande montre la paix conclue à Aix-la-Chapelle, la réorganisation des finances, et la protection des beaux-arts. La cinquième bande représente l'acquisition de Dunkerque, la création de l'Hôtel Royal des Invalides, et les ambassades des nations éloignées. Enfin, la sixième bande illustre la sûreté de Paris, le renouvellement de l'alliance avec les Suisses, et la fonction des Deux Mers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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154
p. 141-143
SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Début :
Cet Article m'engage à vous faire part de deux Sonnets, qui / Lors qu'Auguste eut calmé les tempestes civiles, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Roi, Ennemis, Tempêtes, Peuples, Indocile, Fertile
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
SUR LA PAIX
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
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Résumé : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Le texte célèbre la paix accordée par le roi à l'Europe, comparant ses actions à celles d'Auguste, qui apaisa les troubles civils et soumit l'univers à son règne. Louis, maître du monde par ses victoires, choisit de limiter ses conquêtes et de se présenter comme le dieu de la Paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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155
p. 76-87
INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Début :
Le plaisir que vous avez eu, Madame, de lire les Inscriptions / 1660. Entreveüe de Loüis XIV Roy de France & [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Règne, Roi de France, Marbre, Ornements, Louis XIV, Mariage, Naissance, Victoire, Armes, Conquête, Paix, Armée, Siège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Le plaifir que vous avez eu,
Madame , de lire les Infcriptions
Françoiſes de la Galerie
de Verſailles , fera augmenté
fans doute, quand vous
fçaurez que l'ufage s'en établit
de jour à autre , & que
deformais tous lesMonumens
GALANT. 77
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Infcriptions
Françoifes
. Nous en avons un
exemple magnifique , dans
l'Hoſtel de Ville de Paris , où
l'on a mis depuis peu par
l'or
dre de Mle Prevolt des
Marchands , quantité de ces
Infcriptions , contenant les
principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la
Paix des Pyrenées , juſqu'à
l'année derniere. Elles font
écrites für de grandes Tables
de Marbre noir , qui regnent
tout autour de la Cour , au
G iij
78 MERCURE
deffus des Feneftres , ce qui
adjouſte un riche Ornement
à toutes les autres beautez de
ce fuperbe Edifice . La premiere
& la derniere , ont plus
d'étendue que les autres , &
font au deffus de la Porte
principale par où l'on, forr .
Quoy que les grandes
Actions de Sa Majesté
foient fortement imprimées
dans l'efprit de tous les François
, il n'y en a pas un néanmoins
qui ne foit bien aife
de s'en rafraîchir la mémoire
par cette lecture , d'autant
plus qu'ils en gouftent toute
GALANT. 79
la joye , dans la naïveté des
expreffions de leur Langue'
naturelle , fans partager leur
attention avec les conftructions
obfcures & embaraf
fées d'une Langue Etrangere.
Voftre Approbation caufera
bien du plaifir à celuy qui les
a faites , mais il ne m'eft
permis de vous le nommer.
pas>
G iiij
80 MERCURE
255 :22222 2522:2222
INSCRIPTIONS
FRANÇOISES,
3.
MISES
DANS L'HÔTEL DE VILLE
DE PARIS,
Contenant en abregé les principaux
Evenemens du Regne
de Louis LE GRAND.
E
1660.
Ntreveuë de Louis XIV.
Roy de France & de Philippes
IV . Roy d'Espagne , dans
Ifle des Faifans , où la Paix.
"
GALANT. 81
fut jurée entre les deux Roys.
Mariage du Roy avec Marie
Therefe d'Autriche , Infante
d'Espagne. Entrée folemnelle de
leurs Majeftez dans la Ville de
Paris , au milieu des Acclamations
des Peuples .
1661 .
Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin à Fontainebleau le
premier Novembre.
1662.
Le Roy d'Espagne defavouë
I Action de fon Ambaſſadeur en
Angleterre , & céde la Préfeance
à la France.
82 MERCURE
-
1663 .
Redition de Marfal . Renou
vellement d'Alliance avec les
Suiffes.
1664
Le Legat vientfaire Satisfaetion
au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambaſſadeur dans
Rome.
1665.
Victoire remportée contre les
Corfaires de Thunis & d'Alger,
fur les Coftes d'Afrique..
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre..
GALANT. 83
16.67.
Le Roy porte fes Armes en
Flandre , pour la défense des
Droits de la Reyne , & prend
plufieurs Villes.
16.68.
Conquefte de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu
de l'Hyver
.
166.9.
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle
, le Roy employe fes forces de
Mer contre les Turcs.
1.670.-
Prife de Pont à Mouſſon &
autres Places . Toute la Lorraine
foumise à l'obeiffance du Roy..
84 MERCURE
1671.
Le Roy vifite & fait fortifier
toutes les Places qu'il a conquifes
en Flandre.
་
1672.
Le Roy juftement irrité contre
les Hollandois , entre dans leur
Pais s'en rend Maiftre.
1673.
Le Roy Affiege Maftrich &
l'emporte en treize jours. Les
Flottes de France & d'Angleter
re , défont celle d'Hollande.
1674.
Seconde Conquefte de la Franthe-
Comté. Victoire fur les Imperiaux
, les Espagnols & les
Hollandois
à Senef.
GALANT. 85
1675.
L'Armée Imperiale chaffée de
l'Alface , forcée de repaffer le
Rhin.
par
1676
.
Levée du Siege de Maftrick
le Prince d'Orange. Les
Flottes d'Espagne & de Hollande
, brûlées dans le Port de Pa
lerme .
1677.
Prife de Valenciennes de
Cambray Bataille de Mont-
Caffel , fuivie de la Réduction
de S. Omer.
1678%
Prife de Gand d'Ypre par
86 MERCURE
le Roy en perfonne. Prife de
Puy- Cerda en Catalogne.
1679.
Le Roy fait reftituer àſes Alliez
les Villes qui leur avoient
efté prifes. Paix Generale.
1680.
Mariage de Monfeigneur le
Dauphin , avec la Princeffe
Anne- Marie- Chriftine - Victoire
de Baviere.
1681.
En un mefme jour Strasbourg
Cazal reçoivent les Troupes,
& la protection du Roy.
1682 .
Naiffance de Monseigneur le
GALANT. 87
Duc de Bourgogne. Alger fou
droyé par les Vaiffeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Efclaves François. Prife
de Courtray & de Dixmude.
1684.
Le Roy accorde la Paix aux
Algeriens , punit les Génois,
prend Luxembourg , force les
Ennemis d'accepter une Tréve de
vingt ans , & remet à la priere
des Espagnols trois millions cing
cens mille livres de Contribu
tions.
Madame , de lire les Infcriptions
Françoiſes de la Galerie
de Verſailles , fera augmenté
fans doute, quand vous
fçaurez que l'ufage s'en établit
de jour à autre , & que
deformais tous lesMonumens
GALANT. 77
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Infcriptions
Françoifes
. Nous en avons un
exemple magnifique , dans
l'Hoſtel de Ville de Paris , où
l'on a mis depuis peu par
l'or
dre de Mle Prevolt des
Marchands , quantité de ces
Infcriptions , contenant les
principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la
Paix des Pyrenées , juſqu'à
l'année derniere. Elles font
écrites für de grandes Tables
de Marbre noir , qui regnent
tout autour de la Cour , au
G iij
78 MERCURE
deffus des Feneftres , ce qui
adjouſte un riche Ornement
à toutes les autres beautez de
ce fuperbe Edifice . La premiere
& la derniere , ont plus
d'étendue que les autres , &
font au deffus de la Porte
principale par où l'on, forr .
Quoy que les grandes
Actions de Sa Majesté
foient fortement imprimées
dans l'efprit de tous les François
, il n'y en a pas un néanmoins
qui ne foit bien aife
de s'en rafraîchir la mémoire
par cette lecture , d'autant
plus qu'ils en gouftent toute
GALANT. 79
la joye , dans la naïveté des
expreffions de leur Langue'
naturelle , fans partager leur
attention avec les conftructions
obfcures & embaraf
fées d'une Langue Etrangere.
Voftre Approbation caufera
bien du plaifir à celuy qui les
a faites , mais il ne m'eft
permis de vous le nommer.
pas>
G iiij
80 MERCURE
255 :22222 2522:2222
INSCRIPTIONS
FRANÇOISES,
3.
MISES
DANS L'HÔTEL DE VILLE
DE PARIS,
Contenant en abregé les principaux
Evenemens du Regne
de Louis LE GRAND.
E
1660.
Ntreveuë de Louis XIV.
Roy de France & de Philippes
IV . Roy d'Espagne , dans
Ifle des Faifans , où la Paix.
"
GALANT. 81
fut jurée entre les deux Roys.
Mariage du Roy avec Marie
Therefe d'Autriche , Infante
d'Espagne. Entrée folemnelle de
leurs Majeftez dans la Ville de
Paris , au milieu des Acclamations
des Peuples .
1661 .
Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin à Fontainebleau le
premier Novembre.
1662.
Le Roy d'Espagne defavouë
I Action de fon Ambaſſadeur en
Angleterre , & céde la Préfeance
à la France.
82 MERCURE
-
1663 .
Redition de Marfal . Renou
vellement d'Alliance avec les
Suiffes.
1664
Le Legat vientfaire Satisfaetion
au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambaſſadeur dans
Rome.
1665.
Victoire remportée contre les
Corfaires de Thunis & d'Alger,
fur les Coftes d'Afrique..
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre..
GALANT. 83
16.67.
Le Roy porte fes Armes en
Flandre , pour la défense des
Droits de la Reyne , & prend
plufieurs Villes.
16.68.
Conquefte de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu
de l'Hyver
.
166.9.
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle
, le Roy employe fes forces de
Mer contre les Turcs.
1.670.-
Prife de Pont à Mouſſon &
autres Places . Toute la Lorraine
foumise à l'obeiffance du Roy..
84 MERCURE
1671.
Le Roy vifite & fait fortifier
toutes les Places qu'il a conquifes
en Flandre.
་
1672.
Le Roy juftement irrité contre
les Hollandois , entre dans leur
Pais s'en rend Maiftre.
1673.
Le Roy Affiege Maftrich &
l'emporte en treize jours. Les
Flottes de France & d'Angleter
re , défont celle d'Hollande.
1674.
Seconde Conquefte de la Franthe-
Comté. Victoire fur les Imperiaux
, les Espagnols & les
Hollandois
à Senef.
GALANT. 85
1675.
L'Armée Imperiale chaffée de
l'Alface , forcée de repaffer le
Rhin.
par
1676
.
Levée du Siege de Maftrick
le Prince d'Orange. Les
Flottes d'Espagne & de Hollande
, brûlées dans le Port de Pa
lerme .
1677.
Prife de Valenciennes de
Cambray Bataille de Mont-
Caffel , fuivie de la Réduction
de S. Omer.
1678%
Prife de Gand d'Ypre par
86 MERCURE
le Roy en perfonne. Prife de
Puy- Cerda en Catalogne.
1679.
Le Roy fait reftituer àſes Alliez
les Villes qui leur avoient
efté prifes. Paix Generale.
1680.
Mariage de Monfeigneur le
Dauphin , avec la Princeffe
Anne- Marie- Chriftine - Victoire
de Baviere.
1681.
En un mefme jour Strasbourg
Cazal reçoivent les Troupes,
& la protection du Roy.
1682 .
Naiffance de Monseigneur le
GALANT. 87
Duc de Bourgogne. Alger fou
droyé par les Vaiffeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Efclaves François. Prife
de Courtray & de Dixmude.
1684.
Le Roy accorde la Paix aux
Algeriens , punit les Génois,
prend Luxembourg , force les
Ennemis d'accepter une Tréve de
vingt ans , & remet à la priere
des Espagnols trois millions cing
cens mille livres de Contribu
tions.
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Résumé : INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Le texte évoque l'intérêt croissant pour la lecture des inscriptions françaises de la Galerie de Versailles, dont l'usage se répand. Ces inscriptions accompagnent désormais les monuments publics dédiés à la gloire du roi. Un exemple marquant est l'Hôtel de Ville de Paris, où des inscriptions relatant les principaux événements du règne de Louis XIV, de la Paix des Pyrénées à l'année précédente, ont été ajoutées sur des tables de marbre noir. Ces inscriptions, écrites en français, permettent aux Français de se remémorer les grandes actions du roi dans leur langue maternelle, sans être distraits par des constructions obscures d'une langue étrangère. Les inscriptions de l'Hôtel de Ville de Paris couvrent plusieurs événements significatifs. Elles mentionnent la rencontre entre Louis XIV et Philippe IV d'Espagne en 1660, le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, et la naissance du Dauphin en 1661. Elles relatent également diverses victoires militaires et conquêtes territoriales, telles que la prise de Marsfal en 1663, la victoire contre les corsaires de Tunis et d'Alger en 1665, et la conquête de la Franche-Comté en 1668. Les inscriptions font état d'actions diplomatiques, comme le secours apporté aux Hollandais contre l'Angleterre en 1666 et la visite du légat pour satisfaire le roi après un attentat contre l'ambassadeur en 1664. Les événements mentionnés se poursuivent jusqu'en 1684, incluant des mariages royaux, des prises de villes, et des traités de paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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156
p. 312-316
Benédiction des Drapeaux des Gardes Françoises, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait icy une Marche aussi éclatante & superbe, [...]
Mots clefs :
Marche, Nations, Préparatifs , Officiers, Soldats, Régiments, Drapeaux, Bénédiction, Église Notre-Dame, Tambours
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texteReconnaissance textuelle : Benédiction des Drapeaux des Gardes Françoises, [titre d'après la table]
Il s'eft fait icy une Marcheauffi
éclatante & fuperbe,.
que guerriere ; & je ne croy
pas qu'on en ait jamais veu
de pareille chez aucune Nation
GALANT. 313
tion Etrangere , fans qu'on
en ait répandu le bruit ,
long- temps auparavant , &
qu'on ait travaillé pour cela
à de grands préparatifs. En
effet , il femble qu'un affemblage
pareil à celuy qui s'eſt
veu dans cette Marche , demande
qu'on ait recours à
beaucoup de lieux étrangers ,
pour avoir les chofes qui y
peuvent eftre néceffaires.
Elle n'eftoit compoſée que
d'Officiers & de Soldats , &
vous ne douterez point que
tout ny fuft extrémement
magnifique , lors que vous
Mars 1685.
Dd
314 MERCURE
fçaurez qu'ils font du Regiment
des Gardes Françoifes.
Ce Corps eft depuis peu habillé
de neuf. L'Or & l'Argent
brillent à l'ordinaire fur
les Habits de tous les Officiers
, & ceux des ſimples
Soldats font fi bien entendus
, qu'on diroit qu'ils en
font auffi couverts . Le fujet
de leur Marche eftoit pour
porter Benir quelques Drapeaux
neufs de ce Regiment,
à l'Eglife Noftre-Dame , ce
qu'on fait de temps en temps.
Comme la Marche de tout ce
Regiment auroit efté trop
GALANT. 315
grande , il n'y avoit que les
Capitaines , les Lieutenans ,
les Sous -Lieutenans , les Enfeignes
, les Sergens , & ceux
du Regiment qu'on appelle
Porte . Enſeignes , car les
Officiers ne portent leurs
Drapeaux que devant le
Roy , dans des jours de Bataille,
& en montant la Garde;
dans les Routes où il n'y a
nul danger à craindre , ils
'font portez par ces Portes-
Enfeignes. Outre tous ceux
que je viens de vous mar
quer , ily avoit encore à cette
Marche quatre- vingt Tam-
Dd ij
316 MERCURE
bours du Regiment , & plufieurs
Hautbois , veftus des
Livrées du Roy. On fe rendit
en cet équipage dans le
Choeur de Noftre-Dame , où
les Drapeaux furent portez
au bruit de tous ces Inftrumens
, & les Enſeignes les
ayant pris des mains des
Porte-Enſeignes , les mirent
aux pieds de M' l'Archeve
que de Paris , qui fit la Cere
monie de les Benir.
éclatante & fuperbe,.
que guerriere ; & je ne croy
pas qu'on en ait jamais veu
de pareille chez aucune Nation
GALANT. 313
tion Etrangere , fans qu'on
en ait répandu le bruit ,
long- temps auparavant , &
qu'on ait travaillé pour cela
à de grands préparatifs. En
effet , il femble qu'un affemblage
pareil à celuy qui s'eſt
veu dans cette Marche , demande
qu'on ait recours à
beaucoup de lieux étrangers ,
pour avoir les chofes qui y
peuvent eftre néceffaires.
Elle n'eftoit compoſée que
d'Officiers & de Soldats , &
vous ne douterez point que
tout ny fuft extrémement
magnifique , lors que vous
Mars 1685.
Dd
314 MERCURE
fçaurez qu'ils font du Regiment
des Gardes Françoifes.
Ce Corps eft depuis peu habillé
de neuf. L'Or & l'Argent
brillent à l'ordinaire fur
les Habits de tous les Officiers
, & ceux des ſimples
Soldats font fi bien entendus
, qu'on diroit qu'ils en
font auffi couverts . Le fujet
de leur Marche eftoit pour
porter Benir quelques Drapeaux
neufs de ce Regiment,
à l'Eglife Noftre-Dame , ce
qu'on fait de temps en temps.
Comme la Marche de tout ce
Regiment auroit efté trop
GALANT. 315
grande , il n'y avoit que les
Capitaines , les Lieutenans ,
les Sous -Lieutenans , les Enfeignes
, les Sergens , & ceux
du Regiment qu'on appelle
Porte . Enſeignes , car les
Officiers ne portent leurs
Drapeaux que devant le
Roy , dans des jours de Bataille,
& en montant la Garde;
dans les Routes où il n'y a
nul danger à craindre , ils
'font portez par ces Portes-
Enfeignes. Outre tous ceux
que je viens de vous mar
quer , ily avoit encore à cette
Marche quatre- vingt Tam-
Dd ij
316 MERCURE
bours du Regiment , & plufieurs
Hautbois , veftus des
Livrées du Roy. On fe rendit
en cet équipage dans le
Choeur de Noftre-Dame , où
les Drapeaux furent portez
au bruit de tous ces Inftrumens
, & les Enſeignes les
ayant pris des mains des
Porte-Enſeignes , les mirent
aux pieds de M' l'Archeve
que de Paris , qui fit la Cere
monie de les Benir.
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Résumé : Benédiction des Drapeaux des Gardes Françoises, [titre d'après la table]
En mars 1685, une marche militaire exceptionnelle et somptueuse a eu lieu. Le régiment des Gardes Françaises, récemment vêtu de nouveaux uniformes ornés d'or et d'argent, a participé à cette procession. L'objectif était de porter des drapeaux neufs à l'église Notre-Dame pour les faire bénir par l'archevêque de Paris. La marche comprenait uniquement des officiers et des soldats, incluant des capitaines, lieutenants, sous-lieutenants, enseignes, sergents et porte-enseignes. Quatre-vingts tambours et plusieurs hautbois, vêtus des livrées du roi, accompagnaient également la procession. Les drapeaux ont été bénis au chœur de Notre-Dame, au son des instruments de musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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157
p. 187-212
Suite des Actions du Roy, qui n'ont pu avoir place dans le Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Quoy que j'ay commencé ma Lettre par un grand nombre [...]
Mots clefs :
Actions, Roi, Revue de la garde, Régiments, Habits, Gratification, Soldats, Officiers, Conquérant, Amour du roi, Ouvrages, Mendiants, Déclaration, Bonté, Succès, Punition, Règlement, Ateliers, Détention, Peines, Bien du peuple, Gardiens, Bannissement, Condamnation , Justice, Arrêts, Voies d'eau, Exploitation, Eaux et forêts, Marine, Arrêt du Conseil d'État, Compagnie des Indes, Naufrages, Intendants, Ordres, Dettes, Créancier, Remboursement
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Actions du Roy, qui n'ont pu avoir place dans le Prélude, [titre d'après la table]
Quoy quej'aye commencé
ma Lettre par ungrand nom
bre d'Actions du Roy , &
que je me propoſe ſouvent
Qij
188 MERCURE.
de n'en parler que dans ce
commencement , le nombre
en eſt neanmoins quelquefois
ſi grand en un ſeul mois,
que je me trouve obligé de
rompre cette régle , & de
mettre encore dans le Corps
de ma Lettre , un de ces Articles
à la maniere du Prélude
, qui en contiennent
pluſieurs autres. C'eſt un de
ceux- là que vous allez voir.
Lors que le Roy fit la Reveuë
du Régiment de ſes.
Gardes Françoiſes , dont je
vous ay parlé en vous mar
quant la propreté de leurs
+
GALANT. 189
Habits , ainſi que la magni.
ficence de ceux de leurs Officiers
, Sa Majefté donna des
gratifications à tous les Capitaines
qui avoient des Soldats
dans leur Compagnie
audelà du nombre compler,
On remarqua que ce Mo
narque avoit pris ce jour- là
un Habit pareil à ceux des
Officiers. Il n'y a rien qui
foit plus capable de gagner
les coeurs , que des manieres
auſſi obligeantes que celleslà
. Ce que je dis eft fi vray,
que quand les grands Conquérans
vouloient autrefois
190 MERCURE
s'acquérir les eſprits des Nations
qu'ils avoient ſoûmiſes,
ils paroiffoient devant les
Peuples avec les Habits or
dinaires à ces Nations . On
fçait que le Roy n'a beſoin
'd'aucun de ces moyens pour
"fe faire aimer ; mais il eſt fr
naturellement porté à faire
des chofes obligeantes pour
fes Sujets , qu'il les fait fans
avoir d'autre veue que celle
de leur montrer qu'il les aime
; & en effet , quand on
eſt auſſi aimable , auffi puif
fant, & auffi redouté que ce
Monarque , on n'eſt obligé
L
GALANT. 191
à nuls égards , de quelque
nature , & pour qui que ce
foit que ce puiffe eftre. Ce
grand Prince , qui ſe couche
rarement ſans avoir fait
des heureux , donna, ces
jours paffez une gratification
de cent mille livres à M² le
Maréchal de Humieres , en
confideration des ſervices
qu'il en a receus .
Je vous ay parlé au commencement
de cette Lettre
de divers Ouvrages entrepris
pour donner moyen de travailler
à ceux , qui ſans cela
manqueroient de ſubſiſtan192
MERCURE
ce. Vous connoiſtrez par la
Déclaration du Roy concernant
L'ordre des Ateliers publics ,
la punition des Mandians valides
, & Faineants , que c'eſt
ſeulement à Sa Majesté que
tant de malheureux doivent
cette grace. Le ſujet de cette
Déclaration eſt amplement
expliqué dans les paroles
ſuivantes qui luy ſervent de
Prélude. La bonté que nous
avons pour tous nos Sujets nous
engageant à procurer les moyens
de gagner leur vie à ceux qui
ont la volonté de s'employer aux
Ouvrages dont ils font capabless
1
GALANT. 193
le bon ordre que nous defirons
maintenirdans notre Royaume
, obligeant de contraindre à
travailler ceux qui parfaineantise
&par déreglement ne veulent
pasſeſervir utilement pour
eux , & pour leur Patrie , des
forces qu'il a plû à Dieu de leur
donner , Nous avons fait commencer
differens Ouvrages dans
les Provinces de nostre Etat ,
Nous avons appris avec beaucoup
de plaifir le fuccés que ces
entrepriſes ont eu juſques à cette
heure ; & comme il est juste que
ceux de nos Sujets de noſtre bonne
Ville de Paris , &de ses envi-
Avril 1685. R
194 MERCURE
rons , qui n'ont pas de Métier,
reçoivent la mesme grace , &
que rien ne peut estre plus effi
cace poury maintenir une bonne
Police , que d'occuper ainſi les
Faineants que sa grandeuryattire
, Nous avons ordonnéà nos
chers & bien amez les Prevoft
des Marchands ,
squi
Echevins
d'icelle , d'y faire continuer les
Ouvrages qui ont esté commen
cez pour ſon embelliffement ,
ſa commodité. Mais comme il
feroit impoffible que ce deſſein pust
réussir auſſi avantageusement que
nous defirons , fi nous n'établiſ
fions un ordre certain pour fon
GALANT. 195
execution ; d'ailleurs la pareffe
de ceux qui ne voudroient
pas y travailler dans un temps
où nous leurprocurons les moyens
de le faire avec utilité , meritant
encore une punition plus
fevere , nous avons estimé neceffaire
d'y pourvoirpar un Reglement
, qui aura lieu ſeule.
ment durant que les Ateliers
Publics feront ouverts. Ce Reglement
qui eſt expliqué fort
au long aprés ce Prélude ,
porte, Que tous Mandians valliiddeess,,
qquuooyy qu'ils ayent unMé..
tier, &tous Faineants & Va
gabonds,Sans Métier &fans
Rij
196 MERCURE
Employ , qui ne font pas natifs
de Paris, & de douze lieuës aux
environs , feront obligez de fe
retirer dans leur païs poury travailler
dans les Ateliers que l'on
ya établis د ou ailleurs , aux
Ouvrages dont ils feront capables
, à peine d'estre enfermez
durant un mois dans les Maifons
de Bicêtre de la Salpêtriere
pour la premiere fois , &
pour la seconde des Galeres durant
cinq ans , & du foüet
du carquan à l'égard des Femmes
,qui feront âgez les uns &
les autres de quinze ans of au
deſſus , & du foüet & d'une
i
GALANT. 197
plus longue détention dans les
mesmes Maiſons de Bicêtre
de la Salpétriere , pour les Garçons
& les Filles qui auront moins
de quinze ans. Il eſt enjoint
par le meſme Reglement à
tous Mandians valides , tant
Hommes & Femmes , qu'Enfans
au deffus de douze ans ,
natifs de Paris , & de douze
lieuës aux environs , ou qui s'y
font habituez depuis trois ans,
er qui auront la ſanté & la
force neceffaire pour travailler
aux Ouvrages Publics , ſoir
qu'ils ayent un Métier , foit
qu'ils n'en ayent pas , d'aller
RRi.iijij,
198 MERCURE
fier
bravailler aux Ateliers qui ont
efté ouverts , de s'enrolerà cet
effet fur le Registre quifera tenu
en l'Hostel de Ville par leGrefou
autre Officier commis
pour cela , avec défenſe à ceux
qui feront enrôlez de vaquer par
la Ville durant les heures qui
feront reglées pour le travail,
ny de quitter les Ateliers fans
un congé exprés de l'Officier préposé,
à peine pour les Contrevenans
, &c. Ces peines font
amplement expliquées , &
empefcheront qu'on ne voye
à l'avenir ce grand nombre
de Mandians dont on eſtoit
accablé.
i
GALANT. 199
)
Sa Majesté veillant ſans
ceſſe au bien de ſes Peuples,
a auſſi donné un Arreſt du
Confeil d'Estat concernant
le Contrôle des Exploits.
Cet Arreft porte , Que Sa
Majesté ayant esté informée que
quelques Commis an Controle
Pretendote
prétendoientse faire payer deux
droits de Contrôle pour chaque
Exploit de Saifie & Execution
de meubles qui font faites à la
requeſte des Receveurs des Tailles
, &des Collecteurs des Paroiſſes
; l'un pour la fignification
à celuy fur lequel la Saifie
a esté faite , l'autre pour
;
Riiij
200 MERCURE
celle qui se fait au Gardien de
ces meubles , Elle défend tresexpreffément
à Maistre Jean
Fauconnet, Fermier genéral des
Domaines , ſes Procureurs ,Commis
& Préposez , de percevoir
qu'un ſeul droit de Contrôle pour
chaque procés verbal de Saifie
Execution de Meubles
pour la fignification faite à la
Partie ſaiſie , que pour celle qui
Sera faite au Gardien & Dépoſitaire
de ces mesmes Meubles.
7
د
tant
Comme pluſieurs ne s'abſtiennent
de mal faire que
1
1
:
GALANT. 201
1
par la crainte qu'ils ont d'être
punis , la honte d'eſtre
condamnez à quelque peine
feroit peu capable de les
retenir , fi cette peine leur
ſembloit facile à éviter. 11
n'y a que celle du Bannifſement
qu'on trouve moyen
de ne fubir pas dans ſonentiere
rigueur. Ceux qui y
ſont condamnez ſont peu
reguliers à garder leur ban ;
& afin de remedier à cer
abus , il a eſtéordonné qu'a.
pres
prés leur condamnation on
leur liroit à l'avenir la Décla
ration du Roy , du 31. May
202. MERCURE
1682. faite fur ce ſujet : ce qui
fait connoiftre que ce Monarque
ne s'applique pas
moins à faire obſerver ce
que la Juſtice a reglé, qu'à
la faire rendre.
Il a auſſi paru depuis peu un
'Arrest du Conseil d'Estat touchant
la Vente & Exploitation
des Bois de haute- Fuſtaye appar
tenans aux Particuliers. Voicy
le commencement de cet
Arreft. Le Roy estant informé
qu'au préjudice de l' Article III.
duTitre des Bois appartenans aux
Particuliers , de l'Ordonnance de
l'année 1669. concernant lesEaux
GALANT. 203
à
Forests , &de l'Arrestdu 9..
Novembre 1683. portant défenſes
à ceux qui poffedent des Bois de
haute-Fuftaye fituezà fix lieuës
des Rivieres navigables ,
quinze lieuës de la Mer , de
les vendre & faire exploiter ,
qu'ils n'en ayent donné avis fix
mois auparavant au Contrôleur
genéral des Finances , & au
Grand - Maistredes Eaux &
Forests , aux peines portées par
ladite Ordonnance &Arreft, la
pluſpart des Proprietaires desBois
de haute-Fuftaye fituez à cette
distance de la Mer des Ri.
vieres navigables , les vendent,
204 MERCURE
qui
&les font exploiter ſans en don
ner avis , ce fait qu'on a de
la peine à trouver des bois propres
pour la conſtruction des
Vaiſſeaux dans les Ports &
Arcenaux de Marine de SaMajesté,
&que d'un autre costé les
Proprietaires deflits Bois qui
veulent executer l'Ordonnance
ne ſpachant pas précisément à
quoy elle les engage , font fouvent
troublez dans la vente &
exploitation de leurs Bois par les
obstacles qu'y apportent les Offi
ciers de la Marine , ou ceux des
Eaux & Forests , & estant
neceſſaire d'y pourvoir, Sa MaGALANT.
205
jesté , &c. Quoy que dans
la ſuite de l'Arreſt tout ſoit
reglé d'une maniere avantageuſe
pour la Marine , les
Particuliers qui ont des Bois
de haute- Fuſtaye ne laiſſent
pas d'avoir lieu d'eſtre contens.
Ainſi le Roy a trouvé
moyen de ſatisfaire au bien
de l'Estat ſans chagriner le
Particulier.
On a publié un autre Arreſt
du Conſeil d'Eftat , concernant
les Engagiſtes , Ufufruitiers
, & autres qui pof.
ſedent des Bois dépendans du
Domaine de Sa Majesté , à
206 MERCURE
titre de conceffion ou d'alienation.
Il porte , Que conformément
à l'Ordonnance de 1669.
ils ne pourront faire abatre à
l'avenir aucuns Bois de Fuſtaye.
ny Baliveaux fur Taillis , ny
aucuns autres Arbres , ſous quelque
prétexte que ce soit , qu'en
vertu de Lettres Patentes regi
ftrées aux Parlemens (t) aux
Chambres des Comptes , fur les
avis Procés verbaux des
Grands Maistres des Eaux &
Forests.
Il y a eu une nouvelle Déclaration
, qui regarde la
Compagnie des Indes Orien
GALANT. 207
tales. Je vous ay déja parlé
de pluſieurs choſes ſur ce
meſme ſujer. Cette derniere
Déclaration en eſt une ſuite,
& fait connoiftre que le Roy
continuë de s'intereſſer pour
le bien de ſon Eftat en genéral
, & pour celuy de ſes
Sujets en particulier.
Sa Majeſte fait encore paroiſtre
ſes ſoins pour la tranquillité
de ſon Peuple , par
-l'Arreſt du Conseil d'Eſtat
rendu le 8. de ce mois , fur
ce qu'elle a eſté informée
qu'il arrive journellement des
Naufrages deBarques & au
208 MERCURE
tres Bâtimens fur la Riviere
du Roſne , cauſez par des
Arbres qui ſe détachent des
Ifies & Iflots, qui ſe ſont formez
le long de cette Riviere
pat les Courans & les changemens
de Lits ; mefme qu'-
une Barque chargée de bleds,
deſtinez pour les Vivres de
Marine , a fait naufrage depuis
peu prés de Viviers. Pour
empefcher de ſemblables accidens
, Il est ordonné aux Particuliers
& Proprietaires de ces
Isles & Islots formez le long de
laRiviere du Rofne, dans l'étenduë
des Provinces de Languedoc,
1
GALANT. 209
Provence , & Dauphine , de
faire ôrer les gros Arbres quise
détacheront des Isles & Islots
qui leur appartiennent , énforte
que la Navigation n'enfoit pas
interrompuë ; & en cas de Naufrages
, &autres accidens caufez
parle détachement de ces Arbres,
les Confuls & Communautez
des lieux , vis-à- vis desquels ces
Isles & Slots sont fituez , en
demeureront reſponſables en leurs
propres & privez noms.
L'Arreft qui fuit , donné à
Verſailles le 14. de ce mois ,,
n'eſt pas moins utile aux Su--
jets du Roy. Ce Monarque
Avril 1685. S
210 MERCURE
ayant employé les Intendans.
&Commiſſaires départis pour
l'execution de fes ordres dans
les Provinces & Generalitez
du Royaume , à travailler à
la verification & liquidation
des Dettes deuës par les Vil
les& Communautez , en forteque
la plus grande partie
de ces Dettes qui estoient
tres- confiderables , fe trouvent
prefque aquitées , il eſt
arrivé que quelques Créan-
*ciers qui ont receu le rembourſement
de ce qui leur
eſtoit dû en tout ou en partie,
ſont venus tout de nouGALANT.
211
veau demander le payement
de leurs Créances; & par une
intelligence pratiquée avec
les Officiers des Villes &
Communautez , ont recelé
&cachéles Quittances, Comptes
, & autres Pieces qui
auroient pû ſervir à décou
vrir cette fraude. Sa Majeſté
avertie de ce defordre , a ordonnéQiue
les Créanciers , ou
autres estant en leurs draits , qui
demanderont aux Communautez
le payement des Dettes ,
tres choses à eux deuës , dont ils
auront este rembourſez ſuivant
lés Arrests de liquidation ,
au
;
:
S
Sij
212 MERCURE
qui auront esté paſſées en la dé
penſe des Comptes qui ont esté
rendus , des revenus & affaires
des Communautez auſquelles la
demande en ſera faite , feront
condamnez à la peine du quadruple
au profit desdites Communautez
, par les Intendans
Commiffaires départis dans les
Provinces & Genéralitez du
Royaume, &contraints au payement
comme pour les deniers&
affaires de Sa Majesté,ſans que
cette peine du quadruple puiſſe
estre réduite ny moderée pour
quelque cause
cefoit.
ma Lettre par ungrand nom
bre d'Actions du Roy , &
que je me propoſe ſouvent
Qij
188 MERCURE.
de n'en parler que dans ce
commencement , le nombre
en eſt neanmoins quelquefois
ſi grand en un ſeul mois,
que je me trouve obligé de
rompre cette régle , & de
mettre encore dans le Corps
de ma Lettre , un de ces Articles
à la maniere du Prélude
, qui en contiennent
pluſieurs autres. C'eſt un de
ceux- là que vous allez voir.
Lors que le Roy fit la Reveuë
du Régiment de ſes.
Gardes Françoiſes , dont je
vous ay parlé en vous mar
quant la propreté de leurs
+
GALANT. 189
Habits , ainſi que la magni.
ficence de ceux de leurs Officiers
, Sa Majefté donna des
gratifications à tous les Capitaines
qui avoient des Soldats
dans leur Compagnie
audelà du nombre compler,
On remarqua que ce Mo
narque avoit pris ce jour- là
un Habit pareil à ceux des
Officiers. Il n'y a rien qui
foit plus capable de gagner
les coeurs , que des manieres
auſſi obligeantes que celleslà
. Ce que je dis eft fi vray,
que quand les grands Conquérans
vouloient autrefois
190 MERCURE
s'acquérir les eſprits des Nations
qu'ils avoient ſoûmiſes,
ils paroiffoient devant les
Peuples avec les Habits or
dinaires à ces Nations . On
fçait que le Roy n'a beſoin
'd'aucun de ces moyens pour
"fe faire aimer ; mais il eſt fr
naturellement porté à faire
des chofes obligeantes pour
fes Sujets , qu'il les fait fans
avoir d'autre veue que celle
de leur montrer qu'il les aime
; & en effet , quand on
eſt auſſi aimable , auffi puif
fant, & auffi redouté que ce
Monarque , on n'eſt obligé
L
GALANT. 191
à nuls égards , de quelque
nature , & pour qui que ce
foit que ce puiffe eftre. Ce
grand Prince , qui ſe couche
rarement ſans avoir fait
des heureux , donna, ces
jours paffez une gratification
de cent mille livres à M² le
Maréchal de Humieres , en
confideration des ſervices
qu'il en a receus .
Je vous ay parlé au commencement
de cette Lettre
de divers Ouvrages entrepris
pour donner moyen de travailler
à ceux , qui ſans cela
manqueroient de ſubſiſtan192
MERCURE
ce. Vous connoiſtrez par la
Déclaration du Roy concernant
L'ordre des Ateliers publics ,
la punition des Mandians valides
, & Faineants , que c'eſt
ſeulement à Sa Majesté que
tant de malheureux doivent
cette grace. Le ſujet de cette
Déclaration eſt amplement
expliqué dans les paroles
ſuivantes qui luy ſervent de
Prélude. La bonté que nous
avons pour tous nos Sujets nous
engageant à procurer les moyens
de gagner leur vie à ceux qui
ont la volonté de s'employer aux
Ouvrages dont ils font capabless
1
GALANT. 193
le bon ordre que nous defirons
maintenirdans notre Royaume
, obligeant de contraindre à
travailler ceux qui parfaineantise
&par déreglement ne veulent
pasſeſervir utilement pour
eux , & pour leur Patrie , des
forces qu'il a plû à Dieu de leur
donner , Nous avons fait commencer
differens Ouvrages dans
les Provinces de nostre Etat ,
Nous avons appris avec beaucoup
de plaifir le fuccés que ces
entrepriſes ont eu juſques à cette
heure ; & comme il est juste que
ceux de nos Sujets de noſtre bonne
Ville de Paris , &de ses envi-
Avril 1685. R
194 MERCURE
rons , qui n'ont pas de Métier,
reçoivent la mesme grace , &
que rien ne peut estre plus effi
cace poury maintenir une bonne
Police , que d'occuper ainſi les
Faineants que sa grandeuryattire
, Nous avons ordonnéà nos
chers & bien amez les Prevoft
des Marchands ,
squi
Echevins
d'icelle , d'y faire continuer les
Ouvrages qui ont esté commen
cez pour ſon embelliffement ,
ſa commodité. Mais comme il
feroit impoffible que ce deſſein pust
réussir auſſi avantageusement que
nous defirons , fi nous n'établiſ
fions un ordre certain pour fon
GALANT. 195
execution ; d'ailleurs la pareffe
de ceux qui ne voudroient
pas y travailler dans un temps
où nous leurprocurons les moyens
de le faire avec utilité , meritant
encore une punition plus
fevere , nous avons estimé neceffaire
d'y pourvoirpar un Reglement
, qui aura lieu ſeule.
ment durant que les Ateliers
Publics feront ouverts. Ce Reglement
qui eſt expliqué fort
au long aprés ce Prélude ,
porte, Que tous Mandians valliiddeess,,
qquuooyy qu'ils ayent unMé..
tier, &tous Faineants & Va
gabonds,Sans Métier &fans
Rij
196 MERCURE
Employ , qui ne font pas natifs
de Paris, & de douze lieuës aux
environs , feront obligez de fe
retirer dans leur païs poury travailler
dans les Ateliers que l'on
ya établis د ou ailleurs , aux
Ouvrages dont ils feront capables
, à peine d'estre enfermez
durant un mois dans les Maifons
de Bicêtre de la Salpêtriere
pour la premiere fois , &
pour la seconde des Galeres durant
cinq ans , & du foüet
du carquan à l'égard des Femmes
,qui feront âgez les uns &
les autres de quinze ans of au
deſſus , & du foüet & d'une
i
GALANT. 197
plus longue détention dans les
mesmes Maiſons de Bicêtre
de la Salpétriere , pour les Garçons
& les Filles qui auront moins
de quinze ans. Il eſt enjoint
par le meſme Reglement à
tous Mandians valides , tant
Hommes & Femmes , qu'Enfans
au deffus de douze ans ,
natifs de Paris , & de douze
lieuës aux environs , ou qui s'y
font habituez depuis trois ans,
er qui auront la ſanté & la
force neceffaire pour travailler
aux Ouvrages Publics , ſoir
qu'ils ayent un Métier , foit
qu'ils n'en ayent pas , d'aller
RRi.iijij,
198 MERCURE
fier
bravailler aux Ateliers qui ont
efté ouverts , de s'enrolerà cet
effet fur le Registre quifera tenu
en l'Hostel de Ville par leGrefou
autre Officier commis
pour cela , avec défenſe à ceux
qui feront enrôlez de vaquer par
la Ville durant les heures qui
feront reglées pour le travail,
ny de quitter les Ateliers fans
un congé exprés de l'Officier préposé,
à peine pour les Contrevenans
, &c. Ces peines font
amplement expliquées , &
empefcheront qu'on ne voye
à l'avenir ce grand nombre
de Mandians dont on eſtoit
accablé.
i
GALANT. 199
)
Sa Majesté veillant ſans
ceſſe au bien de ſes Peuples,
a auſſi donné un Arreſt du
Confeil d'Estat concernant
le Contrôle des Exploits.
Cet Arreft porte , Que Sa
Majesté ayant esté informée que
quelques Commis an Controle
Pretendote
prétendoientse faire payer deux
droits de Contrôle pour chaque
Exploit de Saifie & Execution
de meubles qui font faites à la
requeſte des Receveurs des Tailles
, &des Collecteurs des Paroiſſes
; l'un pour la fignification
à celuy fur lequel la Saifie
a esté faite , l'autre pour
;
Riiij
200 MERCURE
celle qui se fait au Gardien de
ces meubles , Elle défend tresexpreffément
à Maistre Jean
Fauconnet, Fermier genéral des
Domaines , ſes Procureurs ,Commis
& Préposez , de percevoir
qu'un ſeul droit de Contrôle pour
chaque procés verbal de Saifie
Execution de Meubles
pour la fignification faite à la
Partie ſaiſie , que pour celle qui
Sera faite au Gardien & Dépoſitaire
de ces mesmes Meubles.
7
د
tant
Comme pluſieurs ne s'abſtiennent
de mal faire que
1
1
:
GALANT. 201
1
par la crainte qu'ils ont d'être
punis , la honte d'eſtre
condamnez à quelque peine
feroit peu capable de les
retenir , fi cette peine leur
ſembloit facile à éviter. 11
n'y a que celle du Bannifſement
qu'on trouve moyen
de ne fubir pas dans ſonentiere
rigueur. Ceux qui y
ſont condamnez ſont peu
reguliers à garder leur ban ;
& afin de remedier à cer
abus , il a eſtéordonné qu'a.
pres
prés leur condamnation on
leur liroit à l'avenir la Décla
ration du Roy , du 31. May
202. MERCURE
1682. faite fur ce ſujet : ce qui
fait connoiftre que ce Monarque
ne s'applique pas
moins à faire obſerver ce
que la Juſtice a reglé, qu'à
la faire rendre.
Il a auſſi paru depuis peu un
'Arrest du Conseil d'Estat touchant
la Vente & Exploitation
des Bois de haute- Fuſtaye appar
tenans aux Particuliers. Voicy
le commencement de cet
Arreft. Le Roy estant informé
qu'au préjudice de l' Article III.
duTitre des Bois appartenans aux
Particuliers , de l'Ordonnance de
l'année 1669. concernant lesEaux
GALANT. 203
à
Forests , &de l'Arrestdu 9..
Novembre 1683. portant défenſes
à ceux qui poffedent des Bois de
haute-Fuftaye fituezà fix lieuës
des Rivieres navigables ,
quinze lieuës de la Mer , de
les vendre & faire exploiter ,
qu'ils n'en ayent donné avis fix
mois auparavant au Contrôleur
genéral des Finances , & au
Grand - Maistredes Eaux &
Forests , aux peines portées par
ladite Ordonnance &Arreft, la
pluſpart des Proprietaires desBois
de haute-Fuftaye fituez à cette
distance de la Mer des Ri.
vieres navigables , les vendent,
204 MERCURE
qui
&les font exploiter ſans en don
ner avis , ce fait qu'on a de
la peine à trouver des bois propres
pour la conſtruction des
Vaiſſeaux dans les Ports &
Arcenaux de Marine de SaMajesté,
&que d'un autre costé les
Proprietaires deflits Bois qui
veulent executer l'Ordonnance
ne ſpachant pas précisément à
quoy elle les engage , font fouvent
troublez dans la vente &
exploitation de leurs Bois par les
obstacles qu'y apportent les Offi
ciers de la Marine , ou ceux des
Eaux & Forests , & estant
neceſſaire d'y pourvoir, Sa MaGALANT.
205
jesté , &c. Quoy que dans
la ſuite de l'Arreſt tout ſoit
reglé d'une maniere avantageuſe
pour la Marine , les
Particuliers qui ont des Bois
de haute- Fuſtaye ne laiſſent
pas d'avoir lieu d'eſtre contens.
Ainſi le Roy a trouvé
moyen de ſatisfaire au bien
de l'Estat ſans chagriner le
Particulier.
On a publié un autre Arreſt
du Conſeil d'Eftat , concernant
les Engagiſtes , Ufufruitiers
, & autres qui pof.
ſedent des Bois dépendans du
Domaine de Sa Majesté , à
206 MERCURE
titre de conceffion ou d'alienation.
Il porte , Que conformément
à l'Ordonnance de 1669.
ils ne pourront faire abatre à
l'avenir aucuns Bois de Fuſtaye.
ny Baliveaux fur Taillis , ny
aucuns autres Arbres , ſous quelque
prétexte que ce soit , qu'en
vertu de Lettres Patentes regi
ftrées aux Parlemens (t) aux
Chambres des Comptes , fur les
avis Procés verbaux des
Grands Maistres des Eaux &
Forests.
Il y a eu une nouvelle Déclaration
, qui regarde la
Compagnie des Indes Orien
GALANT. 207
tales. Je vous ay déja parlé
de pluſieurs choſes ſur ce
meſme ſujer. Cette derniere
Déclaration en eſt une ſuite,
& fait connoiftre que le Roy
continuë de s'intereſſer pour
le bien de ſon Eftat en genéral
, & pour celuy de ſes
Sujets en particulier.
Sa Majeſte fait encore paroiſtre
ſes ſoins pour la tranquillité
de ſon Peuple , par
-l'Arreſt du Conseil d'Eſtat
rendu le 8. de ce mois , fur
ce qu'elle a eſté informée
qu'il arrive journellement des
Naufrages deBarques & au
208 MERCURE
tres Bâtimens fur la Riviere
du Roſne , cauſez par des
Arbres qui ſe détachent des
Ifies & Iflots, qui ſe ſont formez
le long de cette Riviere
pat les Courans & les changemens
de Lits ; mefme qu'-
une Barque chargée de bleds,
deſtinez pour les Vivres de
Marine , a fait naufrage depuis
peu prés de Viviers. Pour
empefcher de ſemblables accidens
, Il est ordonné aux Particuliers
& Proprietaires de ces
Isles & Islots formez le long de
laRiviere du Rofne, dans l'étenduë
des Provinces de Languedoc,
1
GALANT. 209
Provence , & Dauphine , de
faire ôrer les gros Arbres quise
détacheront des Isles & Islots
qui leur appartiennent , énforte
que la Navigation n'enfoit pas
interrompuë ; & en cas de Naufrages
, &autres accidens caufez
parle détachement de ces Arbres,
les Confuls & Communautez
des lieux , vis-à- vis desquels ces
Isles & Slots sont fituez , en
demeureront reſponſables en leurs
propres & privez noms.
L'Arreft qui fuit , donné à
Verſailles le 14. de ce mois ,,
n'eſt pas moins utile aux Su--
jets du Roy. Ce Monarque
Avril 1685. S
210 MERCURE
ayant employé les Intendans.
&Commiſſaires départis pour
l'execution de fes ordres dans
les Provinces & Generalitez
du Royaume , à travailler à
la verification & liquidation
des Dettes deuës par les Vil
les& Communautez , en forteque
la plus grande partie
de ces Dettes qui estoient
tres- confiderables , fe trouvent
prefque aquitées , il eſt
arrivé que quelques Créan-
*ciers qui ont receu le rembourſement
de ce qui leur
eſtoit dû en tout ou en partie,
ſont venus tout de nouGALANT.
211
veau demander le payement
de leurs Créances; & par une
intelligence pratiquée avec
les Officiers des Villes &
Communautez , ont recelé
&cachéles Quittances, Comptes
, & autres Pieces qui
auroient pû ſervir à décou
vrir cette fraude. Sa Majeſté
avertie de ce defordre , a ordonnéQiue
les Créanciers , ou
autres estant en leurs draits , qui
demanderont aux Communautez
le payement des Dettes ,
tres choses à eux deuës , dont ils
auront este rembourſez ſuivant
lés Arrests de liquidation ,
au
;
:
S
Sij
212 MERCURE
qui auront esté paſſées en la dé
penſe des Comptes qui ont esté
rendus , des revenus & affaires
des Communautez auſquelles la
demande en ſera faite , feront
condamnez à la peine du quadruple
au profit desdites Communautez
, par les Intendans
Commiffaires départis dans les
Provinces & Genéralitez du
Royaume, &contraints au payement
comme pour les deniers&
affaires de Sa Majesté,ſans que
cette peine du quadruple puiſſe
estre réduite ny moderée pour
quelque cause
cefoit.
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Résumé : Suite des Actions du Roy, qui n'ont pu avoir place dans le Prélude, [titre d'après la table]
Le texte décrit diverses actions et décisions prises par le roi de France. Lors de la revue du Régiment des Gardes Françaises, le roi a distribué des gratifications aux capitaines ayant des effectifs supérieurs au nombre complet et a porté un habit similaire à celui des officiers, ce qui a été bien accueilli. Il a également accordé une gratification de cent mille livres au Maréchal de Humières pour ses services. Pour lutter contre la mendicité, le roi a mis en place des ateliers publics et puni les mendiants valides et les fainéants, tout en obligeant les non-natifs de Paris à retourner dans leur région d'origine pour y travailler. Le roi a également pris plusieurs mesures pour améliorer l'administration et la sécurité du royaume. Un arrêt a limité la perception des droits de contrôle à un seul droit par procès-verbal de saisie. Une déclaration royale a été lue aux condamnés pour renforcer l'application des peines de bannissement. Un autre arrêt a réglementé la vente et l'exploitation des bois de haute futaie, protégeant ainsi les intérêts de la marine royale et des propriétaires. Des mesures ont également été prises pour protéger la Compagnie des Indes Orientales et prévenir les naufrages sur le Rhône. En avril 1685, le roi a nommé des intendants et commissaires pour vérifier et liquider les dettes des villes et communautés. Pour lutter contre les fraudes, il a ordonné que les créanciers demandant le paiement de dettes déjà remboursées soient condamnés à payer le quadruple du montant dû, sans possibilité de réduction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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158
p. 14-23
Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Début :
Entre tous ceux qui employent les talens où ils excellent, [...]
Mots clefs :
Talents, Mr. Vander Meulen, Actions du Roi, Portraits, Combats, Sièges, Pinceau, Gloire, Gravure, Estampes
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texteReconnaissance textuelle : Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Entre tous ceux qui employent
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
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Résumé : Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Le texte met en avant les talents exceptionnels de M. Vander Meulen, un peintre renommé pour sa capacité à représenter avec précision les actions militaires et les événements publics. À la différence de nombreux artistes célèbres pour leurs portraits, Vander Meulen se distingue par son aptitude à dépeindre des scènes complexes telles que les combats, les sièges et les entrées publiques. Ses œuvres sont appréciées pour leur exactitude et leur réalisme, sans recourir à la fiction. Il a été sélectionné pour immortaliser les conquêtes du roi, dont plusieurs tableaux sont exposés dans des palais prestigieux comme Marly et Versailles. De plus, il a fait graver ses dessins par des graveurs compétents afin de permettre aux étrangers d'en bénéficier également. Le texte mentionne diverses œuvres récentes de Vander Meulen, incluant des vues de villes et de batailles, telles que l'arrivée du roi devant Douai, l'entrée de la reine à Arras, et la prise de Dole. Ces estampes, disponibles à Paris, sont louées pour leur beauté et leur grandeur, convenant parfaitement à l'ornementation de galeries et de grandes salles. Vander Meulen prévoit de poursuivre la production de nouvelles œuvres pour documenter les conquêtes du roi et enrichir les maisons royales de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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159
p. 109-115
LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
Début :
On a beau du Destin mépriser la puissance, [...]
Mots clefs :
Destin, Valeur, Prudence, Héros, Ambition, Rois, Prince, Vainqueur, Paix, Honneur, Alexandre, Soldats, Exploits, Espérance, Ennemis, Lauriers, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
LA DEFAITE
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
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Résumé : LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
Le texte décrit la défaite de Porus, roi des Indes, face à Alexandre le Grand lors d'une bataille sur les bords de l'Hydaspe. Cette confrontation est marquée par une grande violence, avec des eaux remplies de cadavres et l'engagement d'éléphants. Alexandre, animé par une noble espérance, surmonte les dangers et triomphe finalement. Porus, presque sans défense et entouré de morts, est vaincu. Le récit utilise cette bataille comme une allégorie pour célébrer les victoires du roi Louis, comparé à Alexandre, notamment en Flandre.
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160
p. 140-262
Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Début :
Je viens aux affaires d'Angleterre. Vous remarquerez, Madame, que toutes [...]
Mots clefs :
Angleterre, Roi, Rebelles, Déclaration, Parlement, Dieu, Vaisseaux, Infanterie, Dragons, Religion, Comtes, Ducs, Marquis, Jacques, Milord, Conseil, Communes, Seigneur, Religion protestante, Gouvernement, Sentence, Complices, Armes, Écosse, Couronne, Papisme, Chambre, Gentilhommes, Trahison, Banquet, Discours, Comte d'Argile, Duc de Monmouth
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Vous remarqueGALANT.
141
rez, Madame , que toutes les
Dates que j'employeray ,
font conformes au Calendrier
que l'on y obferve , &
qui eft moins avancé de dix
jours que le noftre . Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par
laires du Roy, s'eftant aſſem
bléle 19. de May à Weſtminfter
, le grand Huiffier à la
Verge noire , fut envoyé à la
Chambre des Communes
,
pour leur ordonner de fe
rendre à la Chambre des Seiles
Lettres circugneurs
, où Sa Majesté eftoit
affife fur fon Trône, revétuë
M.
Juillet 1685.
142 MERCURE
de fes Habits Royaux . Milord
North , Garde des Seaux,
faifant la fonction de Chancelier
, dont la Charge n'eſt
point encore remplie , leur
declara , que l'intention du
Roy eftoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preftaffent les Sermens
accouftumez , avant que Sa
Majefté s'expliquaſt ſur les
caufes de la convocation de
ce Parlement. Il ajoûta qu'-
Elle fouhaitoit que les Deputez
de la Chambre des
Communes fe retiraffent ,
pour proceder à l'élection
d'un Orateur , qu'ils luy preGALANT.
143
fenteroient à quatre heures
aprés midy. Les Communes
retournerent à leur Chambre
, & d'un confentement
unanime , le Chevalier Jean
Trevot , Avocat du Confeil
du Roy , fut choify. Dés le
foir mefme on le prefenta à
Sa Majefté, qui témoigna eftre
fatisfait de ce choix.
Le 22. du mefine mois , le
Roy fe rendit dans la Chambre
des Seigneurs , & s'étant
affis dans fon Trône , il fit venir
les Communes dans la
Chambre haute , & dit ,
Qu'auffi toft que Dieu l'eut pla-
Mij
144 MERCURE
-re ,
cé ,fans nulle oppofition , fut le
Trône de fes Anceftres , aprés avoir
difposé du feu Royfon Freil
avoit pris le deffein de convoquer
un Parlement , croyant
que c'eftoit le meilleur moyen d'établirfonRegne
fur desfondemens
qui puffent le rendre heureux pour
tous fes Sujets; Qu'il avoit declaré
fort au long àfon Confeil Privé,
lapremiere fois qu'il s'y eftoit rendu,
quels eftoient fes fentimens
touchant les principes de l'Eglife
d'Angleterre , dont les Membres
avoient toujours fait paroiftre une
fidelité fi inviolable dans les temps
les plus fâcheux , qu'il auroit toûGALANT.
145
t
jours foin de la proteger & de la
defendre ; Qu'il feroit tous fes efforts
pour conferver le Gouverne
ment de l'Eglife de l'Eftat ,
ainfi qu'il fe trouvoit étably ; &
que comme il n'abandonneroit jamais
les prérogatives de la Cou
ronne , auffi n'ofteroit- il jamais à
perfonne ce qui luy appartenoit ;
Que puifqu'il avoit fouvent hafardéfa
vie pour la defenfe de la
Nation , on ne devoit pas
qu'il nefit encore autant qu'aucun
autre pour luy conferver tous fes
Privileges ; Qu'il vouloit bien
leur donner ces affeurances dans
les meſmes termes dont il s'eftoit
douter
146 MERCURE
fervy àfon Avenement à la Con
ronne, afin de leurfaire voir qu'il
"ne les avoit pas employez alors
fans y avoirfait reflexion ;
qu'aprés une promeffe faite d'une
manierefi folemnelle , il croyoit
pouvoir attendre quelque reconnoiffance
de leur part , dans une
occafion où il s'agiffoitprincipalement
de luy affeurer un revenu
pendantfa vie, commeils avoient
fait à l'égarddu feu Roy Charles
11. Que l'entretien de la Flote ,
l'avantage du Commerce , les be
foins de la Couronne , & l'intereft
de l'Eftat qu'il ne devoit pas
gouverner en fuppliant , eftoient
GALANT. 147
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
pour leurfaire voir combien
Ja demande avoitde juftice ; mais
qu'il les connoiffoit tous fi raisonnables
, qu'il eftoit perfuadé que
leurs propres lumieres leur fuffi
foientpourpenetrer ce qu'il ne leur
difoit pas ; Qu'on pourroit luy oppofer
une raifon affez ordinaire ,
fçavoir l'inclination des Peuples
pour de frequens Parlemens , qu'on
affembleroit fouvent, fi on ne luy
accordoit
que
de temps en temps
les fecours qui luy feroient neceffaires
; mais que puifque c'estoit la
premierefois qu'il leurparloit comme
Roy , il eftoit bien aife de leur
148 MERCURE
declarer qu'il falloit agir avec luy
d'une autre forte ; & que le plus
feur moyen de l'obliger à refondre
ces frequentes Affemblées , eftoit
de le traiter toujours bien ; Que
cependant il croyoit devoir leur
dire , qu'il avoit efté averty qu’-
Argile avoit mis pied à terre dans
l'Ecoffe du cofté duCouchant, avec
tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande; Que ce Rebelle
avoit fait publier deuxDeclarations
, l'une fous fon nom, l'au
tre au nom des Revoltés qui étoient
en armes , & qu'on l'y traitoit
d'Ufurpateur de Tyran; Qu'il
• avoit donné ordre que la plus courte
des
ز
GALANT. 145
te des deux leurfuſt communiquée,
qu'ilprendroit tout lefoin poffible
pour ne pas laiffer la Declaration
des Rebelles fans le châtiment
qu'elle meritoit.
Le Roy fit enfuite communiquer
aux deux Chambres
la Declaration du Comte
d'Argile ; mais avant que
je vous en parle , vous ferez
bien aife de fçavoir au moins
en fubftance ce que contenoit
celle des Rebelles .
foûtenoient fon party . Elle
avoit pour titre : Declaration
& Apologie du Peuple Proteftant
, c'eft à dire des Seigneurs ,
Juillet 1685.
:
N
qui
146 MERCURE
des Barons , des Gentilshommes ,
des Bourgeois , & des Commune's
de toutes fortes , qui font preſentement
en armes au Royaume d'Ecoffe
, avec la concurrence des veritables
& fidelles Pafteurs , &
de plufieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mefme
caufe . Ils publioient par cette
infolente Declaration les
grands avantages que la Religion
Proteftante remporta,
tant en Ecoffe , que dans les
Païs étrangers ,par le bonfuccés
de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere
Sa Majefté ; lequel fuccés ils
GALANT. 147
avoient l'audace d'imputer
par une impieté execrable à
la benediction de Dieu fur la
bonté de leur caufe. Ils exaltoient
la fidelité des Ecoffois,
appellez Covenanters , qui aprés
avoir livré le Pere pour
eftre cruellement maſſacré
par leurs Freres en Angleterre,
avoient neanmoins admis
le Fils à regner , à certaines
conditions qui ne pouvoient
fubfifter avec la Monarchie,
pretendant prouver par là ,
que le feu Roy eftoit avec
beaucoup de juftice accufé
d'ingratitude , puiſque tout
Nij
148 MERCURE
ce qu'il avoit fait depuis fon
heureux rétabliffement , avoit
efté contre les Loix , arbitraire
, tyrannique , & que
tous les fermens impofez ,
aprés que l'on avoit aboly
la Ligue folemnelle ou le
Convenant , avoient efté des
parjures, & leGouvernement
mefme une Apoftafie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes,
d'avoir annulé les pernicieufes
Loix faites pendant
la Rebellion , & en particulier
, le Parlement d'Ecoffe ,
d'en avoir fait quelques-
7
!
GALANT. 149
unes , en vertu defquelles le
fang Proteftant avoit efté.
répandu, dont ils donnoient
pour exemple le defunt Marquis
d'Argile condamné en
Parlement ; & enfin d'avoir
chaffé les Miniftres Non-
Conformiftes
. Ils accufoient
auffi le Gouvernement
de
faire mourir les gens contre
les Loix , de defoler les Eglifes
, & de changer les Or
donnances
de Dieu en inventions
des hommes, favorifant
les Papiſtes , & entretenant
des Armées fur pied,
qu'ils appelloient la ruine
Niij
150 MERCURE
& la deftruction du Gouvernement
civil . Ils fe declaroient
contre la Suprematie
du Roy , & contre toutes les
guerres faites aux Etats Generaux
des Provinces-Unies ;
contre l'execution de ces
Scelerats , qui fe faifoient un
métier & un exercice d'affaffiner
les Sujets fidelles ,
fous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
fouffrir à Spence & à Carſtares
, par le moyen de laquelle
on découvrit la derniere
Confpiration , & enfin contre
la Sentence qui avoit
GALANT. 151
condamné Argile. Ils fe declaroient
auffi contre les recherches
qui furent faites à
Bothvvel- Bridge touchant
la Rebellion , par les Juges
des Affiſes , appellant toutes
ces procedures , fi neceſſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une
Tyrannie meflée avec le Papifme
; contre l'élevation du
Roy fur le Trône , qu'ils nommoiết
Jacques Duc d'Yorck,
qui avoit efté exclus de la
Couronne par les Communes
d'Angleterre ; & enfin
contre laChambre des Com
Niiij
152 MERCURE
munes alors affemblée, dont
ils difoient qu'on avoit choifyles
Deputez par cabale,
fraude & tromperie. Ils publioient
que pour toutes ces
raifons , ils fecoüoient entierement
tous engagemens de
fujetion, & prenoient les armes
contre Jacques Duc
d'Yorck , & contre tous fes
Complices, les appellát leurs
méchans & dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës,
fçavoir pour rétablirce qu'ils
appelloient la Religion Proteftante
; pour fupprimer &
exclurre à jamais le Papifme
& l'Epifcopat , fa racine & fa
1
1
GALANT. 153
fource
empoiſonnée ; pour
rétablir tous ceux qui avoiết
fouffert à caufe qu'ils avoiét
pris l'intereft de leur party ;
pour renverser le Gouvernement
preſent , & en établir
un autre felon leurs deffeins .
Ils protestoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation
, Traité ou Condition
evec le Roy ; mais
qu'au contraire ils continueroient
la guerre réellement,
vigoureuſement
& conftam
ment , jufqu'à ce qu'ils fuffent
venus à bout de leurs
fins , & qu'ils fe prefteroient
154 MERCURE
du fecours , & ſe maintiendroient
les uns les autres, &
particulierement leurs Freres
qui eftoient en Angle--
terre ou en Irlande , qui travailloient
dans la mefme
veuë. Enfin ils promettoient
l'indemnité à ceux qui avoiết
efté leurs Ennemis
, pourveu
qu'ils fe repentiffent fincerement
, qu'ils fe joigniffent
à eux , & les affiſtaffent avec
vigueur contre un Tyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoftat. C'eftoit
ainfi qu'ils traitoient Sa Majefté
, & fes fidelles Sujets.
GALANT. 155
Ils finiffoient par de grandes.
affeurances qu'ils donnoient
aux Révoltez , que Dieu les
affifteroit , & confondroit
leurs Ennemis.
La déclaration du Comte
d'Argile , qui qui fut communiquée
aux deux Chambres
ce jour là , avoit pour
Titre , Déclaration d'Archibald
Comte d'Argile , Seigneur de
Kinlyre , de Cambell , de Lorne ,
&c. Sherif hereditaire , Gonverneur,
& Fuge heréditaire
Genéral des Provinces d' Argile,
de Turben , avec ordre à fes
Vaffaux autres Habitans def156
MERCURE
dites Provinces , & autres qui
font fous fa Jurifdiction de concourir
avec luy pour la défenſe
de leur Religion , de leurs vies
de leurs biens. Cette Déclaration
portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
& publié en Latin &
en Flamand , & plus amplement
encore en Anglois, ny
de la Déclaration imprimée
& publiée par plufieurs Seigneurs,
Gentilhomes , & autres
Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes . Mais
que come il y étoit fait mention
de ce que fa famille &
GALANT. 157
luy avoient fouffert , il avoit
trouvé à propos de déclarer,
qu'ayant pris les armes avec
ceux qui l'avoient choiſi
pour eftre leur Chef , ce
n'avoit point efté pour aucunes
fins particulieres ou
perſonnelles ; mais ſeulement
pour celles qui eftoiét
contenues dans cette Déclaration
qu'il avoit concertée
avec eux , & qu'il approuvoit
, & qu'il ne prétendoit
faire valoir aucuns
autres droits que ceux qu'il
avoit avant la Sentence qui
le condánoit luy & fa Famil162
MERCURE
le, lefquels droits établiffoiét
fuffifamment
ſes prététions .
Que toutes les injures perfonnelles
faites à luy & à fa
Famille, il les pardonnoit vo
lontiers comme Chrétien ,à
ceux qui ne s'oppoferoient
point au party qu'il foûtetenoir
, mais qui fe joindroient
à luy pour faire
réüſſir ſon entrepriſe, & qu'il
s'obligeoit par cette prefente
Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice
. Qu'aprés qu'il auroit obtenu
la poffeffion paiſible
des biens qui appartenoieut
GALANT. 159
à fon Pere & à luy, avant les
prétenduësSentences qui les
avoient confifquez , il payeroit
toutes les dettes de fon
Pere & les fiennes . Que comme
fa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement
avoit fuffifamment paru
tous ceux qui n'eſtoient
pas prévenus injuftement
contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoit eu trop.de complaifance
, & de condefcendance
à l'égard des mesures que
l'on avoit prifes , pour amener
les chofes en l'état où
160 MERCURE
elles eftoient alors , quoy
que Dieu luy fuft témoin
témoin qu'il n'avoit jamais
eu de part à de tels deffeins.
Qu'il avoit fouffert patiemment
l'injufte Sentence rendue
contre luy , s'eſtant retiré
du Royaume
pendant
trois ans & demy , fans avoir
eu jamais la penſée ny d'exciter
des féditions , ny de
troubler la paix pour fes
interefts
particuliers , en
prenant les armes pout ſe
défendre ; mais que le Roy
eftant mort & le Duc
,
d'Yorc qui levoit le maſque,
GALANT. 161
ayant entrepris de ruiner la
Religion Proteftante
qu'il
avoit abandonnée
, & d'envahir
leurs libertez , dans la
réfolution d'exercer
contre
les Loix l'Autorité fouveraine,
il croyoit qu'il eftoit non
feulement
de la Juftice,mais
encore de fon devoir envers
Dieu & fa Patrie , de s'oppofer
par toutes fortés d'efforts
à fon Ufurpation
& à fa Tyrannie
. Qu'avec l'affittance
& le fecours
de plufieurs
bons Proteftans
de l'une &
de l'autre Nation qui l'avoient
prié d'eftre leur Chef,,
Fuillet 1685. O
162 MERCURE
il eftoit réfolu d'executer
autant que Dieu luy en donneroit
le pouvoir , les deffeins
qui eftoient amplement
expliquez dans la Déclaration
, & qu'il exhortoit
& prioit inftamment tous
les honneftes Proteftans , &
particulierement tous fes
Parens & Amis , de concourir
avec luy touchant ce
qu'elle portoit ; qu'ayant
écrit plufieurs Lettres , parce
qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire fçavoir
fes intentions , il ordonnoit
à tous fes Vaffaux , & à tous
GALANT. 163
ceux qui estoient dans fes
diverfes Jurifdictions
de
de fe
que
fa
prendre les armes
joindre à luy , ainfi
Déclaration portoit , & d'o
beir aux ordres particuliers
qu'il leur envoyeroit de
temps en temps , faute dequoy
ils en répondroient à
leurs perils & fortunes .
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
aprés la lecture de cette Déclaration
, la premiere chofe
que fit l'une & l'autreChambre
, fut de réfoudre qu'on
remercieroit le Roy de fon
O ij
164 MERCURE
obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il
leur àvoit faite . Les Communes
ayant enſuite examiné
ce que Sa Majeſté leur
avoit dit touchant l'établifſement
d'un revenu , qui puſt
luy aider à foûtenir les dépenfes
de l'Etat , réfolurent
tout d'une voix , que le Revenu
que l'on avoit accordé
au feu Roy , feroit continué
à Sa Majefté pendant fa vie ,
& que l'on en drefferoit un
Bill , qui feroit apporté à la
Chambre. L'aprefmidy
, les
deux Chibres allerent trouGALANT.
165
ver le Roy à VVithehall , &
luy firent leurs remerciemens.
Le lendemain vingttroifiéme
de May , les Seigneurs
s'eftant affemblez,
on fit une Adreffe ,, contenant
que le Roy ayant eu la
bonté de leur faire part de l'avis
qu'il avoit eu, qu'Archibald
cy-devant Comte d'Argile,
déclaré coupable de trahifon,
avoit faitune defcente
en Ecoffe avec plufieurs
de fes Complices qui fe déclaroient
Rebelles , il eftoit
ordonné par les Seigneurs
Ecclefiaftiques & Seculiers,
166 MERCURE
affemblez en Patlement,
que cette Chombre iroit
trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall
fur les cinq heures du foir
de ce mefme jour , pour remercier
tres-humblement
Sa Majefté , d'avoir bien
voulu faire part de cette af
faire à la Chambre &
pour luy offrir leurs vies &
leurs biens contre les Rebelles
, & fes autres Ennemis.
Les Communes réfolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la mefme
choſe ; ce qui fut executé
GALANT. 167
l'apreſdinée
par les deux
Chambres , qui s'eſtant renduës
à VVitheall , prefenterent
leurs Adreſſes au Roy.
On leut auffi ce jour là le
Bill , pour accorder à Sa
Majefté pendant ſa vie , le
Revenu dont joüiffoit le feu
Roy Charles II . On appelle
Bill toute affaire qu'on
propoſe, fans qu'elle foit rédigée
. On ordonne que des
Commiffaires l'examineront
, & ces Commiffaires
fe nomment
le Petit Comitté.
Lors qu'ils ont examiné l'affaire
, & qu'elle eft rédigée
168 MERCURE
par écrit , on dit alors que le
Bill eft formé , & il ne paffe
dans la Chambre où il a esté propofé , qu'aprésqu'e
l'a
leu trois fois . La premiere
des deux Chambres qui a
mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre
, & c'eft toûjours celle
des Communes qui fe rend
dans la Chambre Haute,
qu'on appelle des Seigneurs,
ou la Chambre Peinte .
Quoy que le Bill ait efté approuvé
par les deux Chambres
, il ne paffe point , fi le
Roy ne vient en Habits
Royaux.
GALANT. 169
Royaux , & ne le touche avec
fon Sceptre : ce qu'il fait en
difant , le Roy y confent. Lors
qu'il dit le Roy s'avifera , cela
fait entendre qu'il ne veut
pas le paffer , & alors le Bill
n'a aucun effet. Ce
qu'on appelle le grand Comitté
, c'est lors qu'aprés
avoir propofé une Affaire,
l'Orateur defcend de fa
Chaire pour laiffer chacun
dans la liberté de fe parler,
non pas en demeurant en fa
place , mais en ſe
promenant
avec ceux dont on veut
prendre l'avis. Aprés qu'on
Fuiller 1685.
Р
170 MERCURE
s'eft ainfi confulté les uns
les autres pendant quelque
temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend fa premiere
place. Il fe fait un filence,
& cela veut dire , eſtre en
Parlement. Chacun peut
alors parler à fon tour fur la
chofe propofée , & aufſi
long-temps qu'il veut , mais
feulement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le
Revenu de Sa Majeſté,ayant
eſté leu trois fois , le Roy fe
rendit à la Chambre des Seigneurs
le 30. de May , & fit
GALANT. 171
aux deux Chambres le Dif
cours fuivant.
M
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que
vous venez de me prefenter , &
je vous affeure que la maniere
obligeante avec lale
prompte
quelle vous l'avez expedié , ne
m'eft pas moins agreable que
Bill mefme. Vous devez croire ,
qu'aprés de fi heureux commencemens
, je ne vous ay pasfait venir
icy fans neceffité , pour vous
demander unfecours extraordinaireQuand
je vous diray que les
´Pij·
172 MERCURE
Magafins pour laFlote & l'Artillerie
font extrémement épuiſez;
Que les anticipations qui ont efté
faites fur plufieurs parties de la
Couronne , font grandes & importantes
; Que les debres du feu
Roy mon Frere, àfes Officiers
afes Domestiques, meritent qu'on
yait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
, fans l'exagerer , m'obligera
à une tres- grande dépense , je
fuis certain qu'en confiderant tou
tes ces chofes , vous vous croirez
engagez à me donner dequoy y
pourvoir, puis qu'il n'y a rien qui
regarde de plus prés le foulagement
, lafeureté, & le bonheur
GALANT. 173
·la
de mon Gouvernement. Mais je
dois vous recommander fur tout
le foin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous
mettiez en tel état que nous puiffions
eftre refpectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'intereft
que j'y prens , plus conformément
ma pensée , qu'en vous affen-
↑ rant que j'ay un coeur veritable-
~> ment Anglois , & que je fuis auffi
jaloux des avantages de la Nationque
vous pouvez l'estre . F'ef
· pere qu'avec la Benediction de
"Dien voftre afſiſtance , je
pourray porter plus haut la reputation
de l'Angleterre que mes
a
Piij
174 MERCURE
Anceftres ne l'ont portée ; & que
comme je ne vous demanderay des
fubfides , que lors qu'ilsferont neceffaires
pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager
ce que vous me donnerez en de
pareilles rencontres , qu'ils feront
toûjours employez aux usages pour
lefquels je vous les demanderay.
Les Communes eftant retournées
dans leur Chambre
, délibererent en grand
Comité fur la demande du
Roy, & conclurent aufſi-toſt
de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On refolut
pour cela d'établir une nouGALANT.
175
velle impofition fur le vin &
le vinaigre , telle qu'on l'avoit
accordée en 1670. au
feu Roy Charles II . & que le
Bill en feroit dreffé . Je paffe
à l'article des Seditieux.
Le 18. de May fur les onze
heures du matin , un petit
Baftiment venant d'lla au
Royaume d'Ecoffe , arriva à
Ballentoy. Il y avoit huit
hommes dedans, que la Garde
de ce lieu-là defarma . On
leur demanda d'où ils venoient
& ils répondirent
qu'ils fe retiroient en Irlande
, pour y eftre en feureté
;
Piiij
176 MERCURE
le Comte d'Argile & le Chevalier
Jean Cockram , qui avoient
mis pied à terre à Ila,
ayant avec eux cinq Vaiffeaux
chargez de munitions,
& fur lefquels on diſoit qu'il
y avoit prés de cinq cens
Hommes. Un de ces huit
Paffagers , nommé Friza , affeura
qu'il avoit veu Argile
avec Cockram , & un autre
vieux Gentilhomme dont il
ignoroit le nom ; qu'Argile,
dont le vifage luy eftoit tresbien
connu , parce qu'il l'avoit
veu difner en unlieu appellé
Killeru dans l'ille d'Ila,
GALANT. 177
luy avoit demandé des nouvelles
de l'Armée , entendant
parler de l'Armée du Roy ;
à quoy il avoit répondu ,
qu'elle eftoit allée à Kintire,
un peu avant qu'il fuft débarqué
; Que le mefme Argile
avoit enfuite envoyé
querir le Bailly d'Ila , qui
avoit refufé de fe foulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile
avoit repliqué , qu'il pouvoit
entrer dans fon party
fans contrevenir à fon Serment
, puis qu'on ne fçavoit
178 MERCURE
pas bien encore qui eftoit
Roy ; mais que ce Bailly ne
voulant pas recevoir fes ordres
, s'eftoit fauvé avec plufieurs
Gentilhommes ; Qu'-
Argile l'ayant appris , avoit
juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs
portes tous ceux qui ne voudroient
pas fe foulever avec
luy . Cet homme ajoûta, qu'il
avoit fait porter par tout le
Pays un Croftary, qui eft un
Tizon ardent, ancien Signal
des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du
GALANT. 179
feu & du pillage s'ils ne prenoient
les armes pour luy .
On eut nouvelles peu de
jours apres , que n'ayant pas
trouvé dans l'Ifle d'Ila ,ny en
d'autres lieux. circonvoifins,
les Peuples difpofez à la revolte
, il eftoit venu à Kintire,
pour tâcher de foûlever
les Habitans de ce quartierlà,
pendant que fes Fils Charles
& Jean en faifoient autant
en d'autres endroits du
Comté d'Argile . Cependant
une partie confiderable
des
Troupes du Roy , compofée
principalement
de Montagnards
, marcha avec toute
180 MERCURE
la diligence poffible de cè
cofté-h pour s'oppoſer aux
Rebelles ,fous les ordres du
"Duc de Gordon, du Marquis
d'Athol , & de quelques autres
Chefs . L'Armée de Sa
Majefté alla camper à Glaſ
covy & aux environs , pour
empêcher que les Peuples de
l'Ouest ne fe joigniffent aux
Seditieux. Il y eut une autre
partie des mefmes Troupes
poſtée fur la Frontiere, pour
difputer le paffage à ceux qui
pouvoient venir du Nord
d'Angleterre prendre le party
du Comte d'Argile. Il s'é
toit flaté qu'il luy viendroit
GALANT. 181
de grands fecours de ce cofté-
là , apres fon débarque-
,
4
1 ment en Ecoffe. Le 20. du
mefme mois il mit pied à terre
à Lockeal autrement
Campletovvn , à huit milles
de Mul-head de Kintire du
cofté du Midy, & deux jours
aprés il envoya par tout le
Pays la Sommation fuivante
, fignée de fa main.
De Campletovvn le 22. May 1685.
Eftant par la grace de Dieu ,
arrivé icy en feureté, avec la refolution
conforme à la Declara_
tion publiée pour la defenſe de la
Religion Proteftante , de nos li182
MERCURE
bertez, & de nos vies , d'agir
contre le Papifme le Gouver
nement arbitraire , & tous ceux
de l'Ifle d'Ila eftant venus juſqu'icy
à un Rendez- vous general
; celles- cy font pour requerir
tous les Proprietaires , Fermiers ,
✔autres , tous les gens capables
de porter les armes , depuis
l'âge defeize ans jufqu'à celuy de
foixante, dans la divifion de Cou
val, de fe trouver, fans manquer,
Rendez- vous le 26. du courant
à midy , ou plûtoft s'il eft poffible,
avec toutes leurs armes , & des
vivres pour quinze jours .
an
ARGILE.
GALANT. 183
Son Fils Charles voulant
appuyer cet ordre,alla àCou
val, & écrivit à plufieurs Gentilshommes
pour les obliger
à fe rendre auprés de luy ,
avec menace de mettre tout
à feu & à fang s'ils s'en excufoient.
En effet, il fit brûler
les maiſons de ceux qui joignirent
l'Armée du Roy.
Cette rigueur en attira quelques
- uns dans le
party du
Comte d'Argile, qui marcha
le 28. de May de Campletovvn
en Kentire , du cofté
de Tarbert,avec deux Compagnies
de Cavalerie , telles
184 MERCURE
qu'il put les trouver en ce
Pays -là, & fept cens Fantaſ
fins . Il rencontra là trois cens
hommes d'Ila , & deux cens
autres devoient y venir le
joindre. Le 29. il partit de
Tarbert, accompagné d'Auchinbreck
qui l'avoit joint ,
& vint à Rofa dans l'Ile de
Boot , où il prit des provifions
pour une nuit . Le 30 .
il fit voile tout autour de
l'Ifle , avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques . Le
plus grand de ces Vaiſſeaux
n'eftoit monté que de trente
pieces de Canon , le fecond
GALANT. 185
de douze , & le troifiéme de
fix. Il avoit avec luy un autre
petit Baftiment chargé
de bled , qu'il avoit pris fur
la cofte. Il revint à Rofa ,
apres qu'il eut fait le tour de
l'ifle, & fit tirer fept coups de
Canon lors qu'il débarqua,
Il n'avoit en tout que deux
mille cinq cens hommes ou
environ ; mais il croyoit obliger
les Peuples à fe revol
ter, en les affeurant qu'on fe
foulevoit déja de toutes parts
en Angleterre. Cela ſe voic
par une Lettre qu'il écrivit
de Campletovvn le 22. de
Juillet 1685. е
186 MERCURE
May , & qu'il adreffoit au
fieur de Lupe . En voicy les
termes.
CHER
AMY,
de
Il a pleu à Dieu de me faire
heureusement arriver icy, où plufieurs
Perfonnes de l'une
Tautre Nation m'ont joint pour la
défenſe de la Religion Proteftante
, de nos libertez , & de nos
vies , contre le Papifme & le
Gouvernement arbitraire . On en
peut voir les particularitez dans
deux Déclarations publiées ; la
premiere par ces Seigneurs, GenGALANT.
187
tilhommes & autres , & la feconde
par moy , pour moy mefme.
Nous avons vécu voftre Pere &
moy en grande amitié , & je fuis:
bien aife de vous fervir vous qui
eftes fon Fils , en défendant la
Religion Proteftante , ce que je
feray toûjours preft de faire dans
toutes les chofes qui vous regarderont
en particulier. Ie vous prie
de ne vous laiffer perfuader par
qui que ce foit, que ny la crainte
ny d'autres mauvais principes ne
vous engagent à négliger en ce
temps cy ce que vous devez à
à voftre Patrie. Gar Dieu
dez- vous de croire
que
le
Duc
Qij
188 MERCURE
d'York n'eft point Papiſte , on
qu'eftant tel il peut estre un juſte
Roy. Scachez que l'Angleterre
eft toute en armes en trois differens
le Duc de Monles
Provinces
Occidentales
les
endroits ; que
mouth
paroift
dans le mefme
temps
que nous ; qu'il y apeu de Places
en Ecoffe
qui ne fe joignent
ànôtre
party , & que
Meridionales
n'attendent
pour le faire , que
nouvelles
de mon
débarquement
,
car c'est
ce que nous
réfolumes
avant
mon départ
de Hollande
.
Te vous fupplie
donc
de ne point
tarder à vousfeparer
de ceux qui
vous
trompent
, & qui traGALANT.
189
vaillent à avancer le Papifme,
& de venir avec tous ceux qui
vous obeiffent pour défendre la
caufe de la Religion , & foyez
perfuadé que vousferez tres- bien
receu par voftre tres- voftre tres- affectionné
Amy pour vousfairefervice ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile . Cette
Lettre pourra eftre communiquée
au Ieune Logie , à Skipnage,
àCharles Mac Echan.
Le fecond de Juin un
Party des Troupes du Roy
que commandoit le Marquis
d'Athol , vint à Glenda190
MERCURE
rovval , où eftoit Charles
Campbel , Fils du Comte.
d'Argile , avec fix vingts
Hommes de pied & douze
Cavaliers , qui eurent bien
de la peine à fe retirer dans
leurs Vaiffeaux. On en fit
deux Prifonniers , & un autre
fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le
Chevalier Cockran & Polvvart
avec cent Hommes
& deux Vaiffeaux à Greenot,
où une Compagnie de Cavalerie
des Milices du Roy,
commandée par Milord
Cockran , tâcha de les emGALANT.
191
pefcher de débarquer , mais
elle ne put foûtenir longtemps
le feu du Canon , &
de la Moufqueterie des deux
Vaiffeaux. Ainfi les Rebelles
mirent pied à terre , &
entrerent dans la Ville , où
ils enleverent les Farines &
toutes les Proviſions qu'ils
purent trouver , aprés quoy
ils retournerent à l'Ile de
Boot où eftoit leur Camp.
Cependant les Vaiffeaux du
Roy eftant arrivez devant
cette Iſle , obligerent le
Comte d'Argile à quitter ce
Pofte. Il alla à Covval qui
192 MERCURE
eft une partie de la Province
d'Argile , & avant que
de partir , il fit brûler la
Maifon du Sherif de Boot,
& emporta tous fes meubles.
Il avoit réfolu d'envoyer fes
Vaiffeaux & fes Chaloupes à
Lochfine du cofté d'Inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à caufe des Vents contraires
, les Frégates de Sa
Majefté , l'Alcyon , & le
Faucon , vinrent à l'emboucheure
de Lochrovvan , où
les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette
arrivée impréveuë les étonna
GALANT. 193.
na tellement , qu'abandonnant
le deffein d'aller du côté
de Lochfine ils commencerent
le 10. de Juin à
fortifier un petit Chaſteau
appellé Ellengreg , & un
Rocher qui eſt auprés dans
une petite Ifle , pour affeurer
leurs
eftoient àà Lochrovvan.
Cela eftant fait , ils quitterent
cette Place , & le Comte
d'Argile marcha vers la
pointe de Lochfine , ayant
laiffé cent cinquante Hommes
pour la garde de fes
Vaiffeaux , & mis fon Ca-
-Juillet 1685.
R
Vaiffeaux qui
194 MERCURE
non , fes Armes , & fes Munitions
dans le Chafteau. Le
11. un Party des Troupes du
Roy d'environ trois cens
Hommes d'Infanterie, commandée
par le Marquis d'Athol
, en rencontra un de
Rebelles , compoſé de quatre
cens Fantaffins &
de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & il y en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles
, aprés cette défaite ,
retournerent
à Ellengreg
,
d'où ils partirent
le IS. &
ayat paffe Lochlong, ils marcherent
du cofté de Lenox
GALANT. 195
dans la Province de Dumbarton.
Le mefme jour les
Vaiffeaux du Roy vinrent
moüiller l'Anchre devant le
Chaſteau ,où eftoient encore
les Armes & les Munitions
des Rebelles. Ils fe préparoient
à le battre de leur
Canon, mais ils n'eurent pas
plûtoft tiré le premier coup,
que deux Hommes parurent
avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il
n'y avoit perfonne dans le
Chafteau , & que tous les
Rebelles avoient pris la fuite.
On envoya auffi- toft une
Rij
196 MERCURE
""
Chaloupe à terre , & l'on
trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainfi l'on s'empara
du Chafteau , de leurs,
Navires & de leurs Chalou_
pes. On trouva des armes
pour cinq mille' Hommes,
cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets, de la Méche, &
d'autres chofes à proportion ,
outre les Canons dont il y en
avoit quelques - uns montez
, & les autres au fond de
l'eau , mais faciles à retirer.
Le 16. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch,pour
aller chercher les endroits
GALANT. 197
Guéables de la Riviere Levin
, entre Lochlomond , &
la Ville de Dumbarton . Le
17. au matin le Comte de
Dumbarton , ayant eu avis
qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eftoient
entrez dans la Province qui
porte fon nom , envoya trois
Compagnies de Dragons
fous le commandement de
Milord Charles Murray ,
leur Lieutenant Colonel,
pour les empefcher de paffer
la Riviere de Blide , & il
partit en mefme temps de
Glafcovv pour les fuivre. Il
Liij
198 MERCURE
les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les
arreſterent juſqu'à ce que
l'Infanterie fuft arrivée, mais
ils eſtoient ſi avantageuſement
poftez , & il eſtoit fi
tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuft à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy
demeura toute la nuit rangée
en Bataille , pour eſtre
prefte à combattre , auffitoft
que le jour paroiftroit,
mais les Rebelles profiterent
de l'obscurité , pour
fe retirer fans bruit. Ils
pafferent la Riviere de
GALANT. 199
Clide à la nage avec leurs
Chevaux , & leur Infanterie
la paffa dans des Batteaux,
auprés d'un Village nommé
Kilpatrich . Ainfi ils ſe fauverent
à Renfrevy fans aucun
obſtacle . L'Armée du
Roy ne trouvant plus les
Rebelles le 18. au matin,
marcha avec toute la diligence
poffible du cofté de
Glafcovv , où aprés qu'elle
ſe fuft repofée deux heures,
le Comte de Dumbarton
partit avec la Cavalerie , &
les Dragons pour les fuivre ,
laiffant l'Infanterie derriere,
Riiij
2c0 MERCURE
1
avec ordre de le joindre en
grande hafte. Le Comte
d'Argile , & le Chevalier
Jean Cockran eſtant
à Renfrevv , ramafferent une
partie de leurs Troupes , &
prirent desGuides pour fe fai
re conduire par des fentiers
écartez dans la Province de
Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur
chemin, les engagerent dans
un Marais , où les Rebelles
ayant perdu leurs Chevaux
& leur Bagage , leur Infanterie
fe divifa en petits Partys
, ce qui obligea le ComGALANT.
201
ger
te de Dumbarton de partaauffi
fon Armé en petits
Corps pour les mieux pourfuivre.
Le Comte d'Argile
eftant retourné fur fes pas
feul à Cheval , du cofté de la
Riviere de Clide , fut attaqué
par deux Valets de
Greinock , qui fans le connoiſtre
, luy crierent qu'il fe
rendift. Il tira fur eux , &
fut bleffé d'un coup de piftolet
à la tefte. Alors ne fe
fiant plus à fon Cheval , qui
eftoit extrémement fatigué,
il init pied à terre , & creut
fe pouvoir cacher dans l'eau .
202 MERCURE
UnPayfan eftant accouru,fe
jetta dans l'eau aprés luy ,l'un
& l'autre en ayant prefque
jufques au col. Le Côte d'Argile
tira fur le Payfan , mais
fon piftolet ne fit pas feu , &
le Payfan l'ayant encore
bleffé à la tefte , ce fecond
coup le troubla fi fort qu'il
s'écria en tombant , Ah ! mal
heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour
ce qu'il eftoit , le Payfan &
les deux autres Hommes qui
l'avoient bleffé d'abord , le
retirerent de l'eau , & le menerent
à leur Commandant.
GALANT. 203
Un Party de quarante Chevaux
, commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez
par le Capitaine Cleland
, en attaquerent un des
Rebelles que commandoit
le Chevalier Jean Cockran.
Il alloit du coté de la Mer.
Ceux- cy voyant venir le
Party du Roy , fe pofterent
dans un petit Clos où ils
eftoient à couvert juſqu'aux
épaules , ce qui n'empefcha
pas Milord Roffde les charger
, mais le Terrain eſtant
trop fort pour eftre rompu
204 MERCURE
par la Cavalerie , le Capitai
ne des Dragons fut tué en
approchant , Milord Roffreceut
une bleffeure legere , le
Chevalier Adam Blair un
coup de Moufquet dans le
col , & le Chevalier Guillaume
Wollace de Craigie , un
autre das le cofté, aprés quoy
lés Rebelles fe retirerent
dans un Bois , qui eftoit derriere
ce Clos , avant que les
Dragons euffent pû venir à
eux. Un Party de cinq Hom
mes des Milices de Clefdale
commandé par le Comte
d'Arran , prit Rumbold &
GALANT. 205
fon Valet , qui fe battirent
en defefperez . Rumbold eſt
celuy dans la Maiſon duquel
les Conjurez avoient tenu
les Affemblées, où ils avoient
réfolu de tuer le feu Roy fur
le chemin de Neumarket .
Le Colonel Aylof fut mené
prifonnier à Glafcovv , avec
plus de deux cens autres .
Ce fut de ce lieu là que l'on
amena le Comte d'Argile à
Edimbourg le 21. de Juin . Il
la Porte du cofté
entra par
de l'eau. Toutes
les Ruës
jufques
au Chafteau
où il
fut mis prifonnier
, eſtoient
206 MERCURE
gardées par la Compagnie
du Roy qui eftoit dans cette
Ville là. Il avoit les mains
liées derriere le dos , & la
teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof cuſt eſté
amené avec luy , mais la
nuit avant qu'il deuft partir
de Glafcovv , il s'ouvrit le
ventre avec un Canif.
26. on fit le Procez à Rumbold
, qui fut condamné
comme Criminel de Haute
Trahifon , & l'aprefdifnée
on le traifna fur la claye
à la grande Place d'Edim-
Le
GALANT. 207
bourg , où il fut pendu , &
mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en
la mefine Place , où un Echafaut
avoit efté élevé. Il eut la
Tefte coupée, en vertu de la
Sentence prononcée contre
luy il y a quelques années,
fans qu'on luy euft fait ſon
Procez de nouveau pour fa
derniere révolte . On ordóna
feulement que fa Tête feroit
miſe fur la Priſon appellée
Tolbooth.Son corps fut portédans
la Chapelle de Sainte
Madeleine auprés de Covvgate.
Il ne fit aucun Dif
208 MERCURE
.
1
cours fur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains
du Doyen de la Cathédrale
d'Edimbourg , qui l'affiſta à
la mort avec le Sieur Charrers
, pour eftre rendu à Milord
Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiffé aucun
autre touchant les Affaires
des Rebelles. Quelques heures
aprés l'execution , on eut
nouvelles que le Chevalier
Jean Cochran & fon Fils
avoient efté pris dans un Village
appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier ou
ils s'eftoient cachez .
GALANT. 209
Tandis l'on
pourfuique
voit les Rebelles en Ecoffe
13.
le Roy eut avis d'un autre
Soulevement. Un Courier
exprés que luy envoya le
Maire de Lime , arriva le
de Juin au matin, & luy rap
porta que le 11. du mefme
mois, trois Vaiffeaux avoient
paru à la hauteur de cette
Place, & que le Duc de Mon
mouth avoit mis pied à terre
fur les fept heures du foir ,
avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eftant entré
dans la Ville , il s'en eftoit
rendu Maiſtre , & qu'il avoit
Juillet 1685.
t
S
210 MERCURE .
envoyé quelques-uns de fes
Complices dans les Provinces
voifines
, pour engager
les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majefté fit affembler auffitoft
fon Confeil Privé , & ordonna
que la Proclamation
fuivante feroit publiée.
ACQUES , ROY.
JA
Comme Nous avons receu
avis certain , que Jacques , Duc
de Monmouth , Ford autrefois
Lord Grey , profcrit ou condamné
par Contumace pour crime
de Haute trabifon , ont mis pied
GALANT. 211
à terre depuis peu à Lime , dans
noftre Province de Dorfet , d'une
maniere ennemie, avec divers autres
Traitres & Gens condamnez
auffi par Contumace ; qu'ils fe
font emparez de noftredite Ville
de Lime , ont difpersé quel &
ques uns de leurs Complices dans
les Provinces circonvoisines , pour
exciter ces Pays- là à ſe joindre à
eux dans une Rebellion ouverte
contre Nous : Nous de l'avis de
noftre Confeil Privé, publions &
declarons Jacques , Duc de Monmouth
, & tous fes Complices ,
Adherents, Fauteurs & Confeil
lers , traitres & rebelles , &
S. ij
212 MERCURE
Nous commandons & enjoignons
à tous Gouverneurs , Lieutenans
Gouverneurs , Sherifs , Inges de
Paix , Maires , Baillis ,
tous nos autres Officiers, tant de la
Iuftice que de la Milice , de faire
rous leurs efforts pourfaiſir & apprehender
ledit Tacques Duc de
Monmouth, Ford cy- devant Lord
Grey , & tousfes Confederez
Adherens ; comme auffi tous antres
qui aideront , affifteront , ou
fouftiendront lefdits Traiftres &
Rebelles , de s'affeurer de tous,
& d'un chacun d'eux , jufqu'à ce
que noftre volonté leur foir plus
amplement connue , faute dequoy
L
GALANT. 213
ils en répondront à leurs perils
fortunes. Donné à noftre Cour de
Voitheall
le 13. de Tuin 1685.
de noftre Regne le premier. Dieu
conferve le Roy.
Sa Majesté ayant fait
part de cette nouvelle à
fes deux Chambres du Parlement
, elles refolurent
de faire chacune une Adreffe
, & de les luy prefenter
féparement. Voicy celle
que la Chambre des Seigneurs
luy prefenta à Witheall
, dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant en la bonté de
214 MERCURE
que·
communiquer à cette Chambre
l'Avis qu'il a receu ce matin
le Duc de Monmouth a mis pied
à terre à Lime dans la Province
de Dorfet , en Ennemy , & avec
plufieurs defes Adherens, qu'il
s'eft emparéde cette Ville - là , cet
te Chambre a refolu de fe rendre
auprés de Sa Majesté , pour luy
faire fes tres - humbles remercimens
de luy avoir fait part de cet
avis , & pour offrir à Sa Majeftéde
fe tenir attachée à Elle , &
de l'affifter de fes vies de fes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
Traiftres , & tous les autres EnGALANT.
215
nemis de Sa Majesté.
L'Adreffe que la Chambre
des Communes luy prefenta
dans la mefine Salle des
Banquets , eftoit conceuë en
ces termes.
IRE ,
STR
en
Nous, les tres -fidelles Sujets
de Vostre Majefté , les Communes
d'Angleterre affemblées e
Parlement , la remercions treshumblement
, de tout noftre
coeur , comme noftre devoir nous
y oblige , du Meffage qu'Elle a
eu la bonté de nous envoyer, pour
nous faire fçavoir que l'ingrat
216 MERCURE
eft
que
Jacques , Duc de Monmouth ,
entré dans ce Royaume en Rebelle
. Nous affeurons Voftre Majefté
, avec toute l'obeiſſance & la
fidelité que nous luy devons ,
nous fommes & ferons toûjours
prefts de nous attacher à Elle , &
de l'aßifter de nos vies & de nos
biens contre ledit Iacques Duc de
Monmouth , fes Adherens , &
Correfpondans, & contre tous autres
Rebelles & Traitres quelconques
qui les affifteront , ou aucun
d'eux: Et comme la confervation
de la Perfonne facrée de Voftre
Majefté eft de la derniere impor.
sance pour la paix & pour le
bonheur
GALANT. 217
bonheur du Royaume ; Nous , les
tres obeiffans tres fidelles Sujets
de Voflre Majefté , la fupplions
tres - humblement de prendre
un foin extraordinaire de fa
Perfonne Royale
que
nous
prions Dieu de conferver longtemps.
Leis.le Parlement s'eftant
affemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre
des Communes
, que le Roy
leur avoit communiqué
un
Manifefte publié au nom du
Duc de Monmouth ; & qu'ils
y avoiết trouvé des maximes
fi execrables & fi injurieuſes
Juillet 1685.
Ꭲ .
218 MERCURE
pour Sa Majefté , qu'ils avoient
refolu de le faire brûler
par la main du Boureau.
Ce Manifefte fut leu enfuite
avec la Sentence des Seigneurs
. La Chambre baſſe
fut du mefme avis, & ce jourlà
mefme cette Sentence fut
executée . On lut dans la
même Chambre le Bill, pour
faire le procez au Duc de
Monmouth . On le mit au
net , & on le leut juſques à
trois fois dans cette mefme
Seance . La Chambre l'ayant
approuvé , on l'envoya aux
Seigneurs qui l'approuveGALANT.
219
rent auffi par un confentement
general . Le Comité ,
qui eftoit chargé de dreffer
un Bill pour la feureté de la
Perfonne du Roy , eut ordre
d'y inferer cette claufe; Que
tous ceux qui maintiendroient
que le Duc de Monmouth
eſtoit né en legitime
Mariage , ou qu'il pouvoit
pretendre legitimement à la
Couronne, feroient declarez
coupables de Haute - trahifon.
On ne fe
de fe contenta pas
faire brûler fon Manifefte
par la main du Boureau , les
Tij
220 MERCURE
Particuliers en pouvoient
garder quelques copies , &
pour l'empefcher, on publia
dés ce mefme jour la Proclamation
fuivante.
JA
'ACQUES , ROY.
Dautant que Jacques , Duc
de Monmouth
, pour exciter nos
Sujets à fe joindre à luy dans fa
revolte contre Nous , a depuis peu
fait publier & difperfer contre nôtre
Perfonne & noftre Gouver
nement , par fes Emiffaires Complices
de fa Rebellion , le plus infame
& le plus perfide de tous les
Ecrits , intitulé: Declaration
•
GALANT. 221
de Jacques , Duc de Monmouth
, & des Seigneurs ,
Gentilshommes
, & autres
prefentement en armes pour
la defenfe & la juftification
de la Religion Proteftante ,
& des Loix , Droits & Privileges
d'Angleterre ; contre
l'Invaſion & la Tyrannie de
Jacques , Duc d'York . Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
Seculiers affemblez en
Parlement, ont juftement condamné
à eftre brûlé par la main du
Bourean , veu qu'il contient la
plus haute trabifon , que
stable malice des plus implacables
la dete-
Tiij
222 MERCURE
de nos Ennemis puft inventer contre
nous ; Nous , eftant meus de
bonté &
“
አ
pour nos Sujets,
craignantque quelques-uns
d'entre eux nefeachant pas le danger
auquel ils s'expoferoient , ne
fuffent portez à recevoir àgarder
ledit Ecrit , ou à en faire part
à d'autres , Avons trouvé à propos
de l'avis de noftre Confeil
Privé, d'en informer tous nos bons
Sujets. C'eft pourquoy nous commandons
& ordonnons expreßément
par ces Prefentes , à tous
Gouverneurs , Lieutenans , Sherifs
, Juges de Paix , Maires ,
Baillis , Prevofts , grands peGALANT.
223
que
tits Conneftables , à tous nos autres
Officiers , tant de la Milice
de laJustice ; comme auffi à
tous nos Amez Sujets de noftre
Royaume d'Angleterre , de noftre
Principauté de Galles , & de la
Ville deBervvick fur la Toveed,
defaifir & apprehender , & de
faire arrefter toute perſonne ou
perfonnes , qui publieront , difperferont
, ou garderont ledit Écrit,
fans le découvrir au plus prochain
luge de Paix , afin que
Coupable ou les Coupables puiffent
eftre poursuivis comme Traitres
envers Nous , & envers nô.
rre Couronne & Dignité ; faute
le
Tiiij
224 MERCURE
dequoy ils en répondront à leurs
perils fortune. Donné à noftre
Cour de Vvitheall , le 15. de Iuin
1685. de noftre Regne le premier.
Dieu conferve le Roy.
Le lendemain on publia
une autre Proclamation , en
ces termes.
JAC
ACQUES , ROY.
Nos Communes affemblées
en Parlement , nous ayant prié
par leur humble Adreſſe , de promettre
une recompenfe de cing
mille livres Sterling à celuy ou
ceux qui livreront la Perfonne de
Jacques , Duc de Monmouth ,
GALANT. 225
vif; & ledit Jacques , mort on vif;
Ducde Monmouth , estant condamné
par Acte du Parlement ,
pour crime de Haute - trahison ,
Nous de l'Avis de nostre Confeil
Privé , publions & declarons
par ces Prefentes nostre Promeffe
Royale , que nostre plaifir &
volonté est , que quiconque livrera
le Corps duditJacques , Duc de
Monmouth, mort ou vif, recevra
aura la recompenfe de cinq
mille livres Sterling pour ce fervice
, laquelle fomme luyfera inceffamment
payée par notre grand
Treforier d'Angleterre . Donné
le 16.Juin 1685. &c.
226 MERCURE
Le Duc de Monmouth ef
tant entré à Lime le 1. de
Juin , comme je vous l'ay
marqué , en fortit le 14. à
trois heures du matin avec
foixate Chevaux & fix vingts
Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux
milles,il les laiffa fous le commandement
deMilord Grey,
qui s'avança jufques à Bridport,
petite Place à fix milles
de Lime. Les Rebelles y entrerent
, en faisant un feu
continuel de leurs Pistolets
& de leurs Moufquets . Quelques-
uns d'entre-eux attaGALANT.
227
querent une Hoftellerie
, où
ils trouverent
environ dix
Cavaliers. Ils tuerent les
fieurs Wadham
, Strangvvais
,
& Edouard Coaker , & blefferent
le fieur Harvey
. Pendant
ce temps, les Habitans
coururent
aux armes , & chargerent
les Rebelles, defquels
ils tuerent fept , & firent
vingt- trois prifonniers
. Les
autres prirent la fuite, & l'on
trouva plus de quarante
de
leursMoufquets
qu'ils avoiét
laiffez dans la campagne
.
eurent pourtant le foin d'emporter
le corps d'un de leurs
Ils
228 MERCURE
Officiers qui avoit eſté tué.
Milord Grey eut fon cheval
tué fous luy ; & eftant demeuré
à pied, il fut contraint
de fe deboter, afin de fe fauver
plus aifément. Le 18. Milord
Churchil fe rendit à
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le
Lieutenant Monaux accompagné
de vingt hommes , &
d'un Maréchal des Logis du
Regiment d'Oxford , pour
obferver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un
pareil nombre, à deux milles
de Taunton. Ils le chargeGALANT.
229
rent , en tuerent douze , &
blefferent prefque tous les
autres; mais ayant apperceu
un autre party , ils fe retirerent
. Le Lieutenant Monaux
fut bleffé à la tefte d'un
coup de Moufquet . Dans ce
mefme temps le Capitaine
Trevanion , qui commande
un Vaiffeau de guerre nommé
le Suadados , eftant arrivé
à Lime avec les Vaiffeaux du
Roy qu'il commande , y trou
va deux Navires des Rebelles
, une Pinaffe , & un petit
Heu ,avec quarante barils de
Poudre , & des Cuiraffes pour
230 MERCURE
quatre à cinq mille hommes
. Il s'en empara , ainſi
que des deux Baftimens
. Les
Rebelles avoient fait mettre
en Priſon les Principaux
de
la Communauté
, fur le refus
qu'ils avoient fait de fe joindre
à eux . De Daunton
ils s'avancerent
à Bridgvvater
,
& de là aux environs de Glaffenbury
. Milord Churchil
qui les obfervoit de prés, envoya
le 22. un party de quarante
Cavaliers
, qui en ayant
rencontré quatre- vingt , les
obligea de fe retirer dansleur
Camp. Le mefme jour , MiGALANT.
231
lord Duras de Féversham ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majeſté , arriva à
Chippenham, avec un Détachement
des Gardes du
Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford
, & des Dragons. Le
Comte de Pembroc l'y joignit,
avec la Milice du Comté
de Vilts , dont il eft Gouverneur
.
Le 25. un Party de cent
Chevaux , commandé par par le
Colonel Oglethorp, attaqua
les Rebelles au Pont de Canisham
,entre Bristol & Bath ,
T
232 MERCURE
& défit deux Compagnies de
leur meilleure Cavalerie . Il
y en eut prés de cent tuez .
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois,
qui foûtenoit le party
du Roy , receut un coup
de Moufquet dans le ventre.
Il tomba de cheval , & euſt
efté pris , fi ayant encore le
Piſtolet à la main , il n'euft
tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre ,
ce qui donna moyen à ceux
de fon party de le délivrer .
Cependant le Comte de
Pembrock ayant fceu que le
Prevoft de Frome avoit fait
GALANT. 233
afficher la Declaration du
Duc de Monmouth, s'y rendit
avec cent foixante Cavaliers
, dont quelques- uns avoient
fait monter derriere
eux des Soldats au nombre
de trente - fix. Eftant arrivé
auprés de la Place , il enten
dit quantité de coups de
Moufquets , & un grand
bruit de tambours ; & apprit
que les Seditieux ayant eu
avis qu'il venoit , s eſtoient
affemblez au nombre de
deux à trois mille , accourus
de Warmifter & de Weftbu
ry , les uns armez de Mouf
Juillet 1685.
V
Y
234 MERCURE
quets , les autres de Piſtolets
& de Piques , de Faux & de
Fourches
. Quoy que ceComte
n'euft avec luy qu'un petit
nombre
de gens , il ne
laiffa pas de s'avancer à la tefte
de fes Soldats , fuivis de fa
Cavalerie. Les Rebelles firent
paroiſtre d'abord beaucoup
de refolution , & un
d'entr'eux tira auffi-toft un
coup de Moufquet fur luy ,
ordonnat aux autres de tirer
lors que le Comte feroit arrivé
à un lieu qu'il leur marqua
; mais la crainte les faifit
incontinent. Ils jetterent
GALANT 235
tous leurs armes , & prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla jufques à la Place
où la Declaration avoit
efté affichée . Il la fit arracher
& le Prevoft de ce
Bourg fut contraint d'écrire
de fa propre main qu'il
la deteftoit , & qu'il declaroit
le Duc de Monmouth
Traiftre . Il fit afficher au
mefme endroit cette Declaration
du Prevost , qu'il
envoya enfuite en Prifon.
Le 26. il marcha du coſté
de Bath felon les ordres
;
qu'il avoit receus
2
avec
V ij
236 MERCURE
trois Régimens d'Infanterie
des Milices du Comté de
Vilts , fa Cavalerie ayant
eu ordre d'aller joindre le
Duc de Grafton. A peipeine
eut-il fait deux milles
dans une Plaine entre Trobridge
& Clarkin , qu'il fencontra
les Rebelles qui firent
alte au bout de la Plaine
à un mille de luy ou environ.
Il mit fes trois Regimens
en un Corps , entremefla
les Piquiers & les
Moufquetaires , & demeura
deux heures dans le mefme
endroit. Toutes les fois
GALANT. 237
qu'il divifoit fes Troupes ,
comme pour marcher , les
Rebelles s'avançoient vers
luy , mais fans ofer l'attaquer.
Ils fe retirerent enfin
en defordre , eftant pourfuivis
par les Troupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok
en prit un qu'il fit pendre
fur le champ .
Le 27. Milord Duras ayant
eſté averty que les Rebelles
prenoient le chemin de Philipsnorton
, partit de fort
grand matin dans le deffein
d'attaquer leur arriere-gar238
MERCURE
>
de. Il s'avança avec un détachement
de cinq cens
Hommes d'Infanterie que
commandoit le Duc de Graf,
ton & quelques Dragons
& Grenadiers & Cheval , laiffant
le reſte des Troupes
pour le fuivre avec le Ĉanon.
Eftant venu à un Défilé
ou chemin étroit qui
conduit à Philipsnorton , il
entendit des coups de Moufquet
, ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers
à pied , du Regiment
du Duc de Grafton , qu'il
GALANT. 239
envoya dans ce petit chemin
, afin de découvrir ce
que c'eftoit . Ils n'y furent
pas plûtoft qu'ils le virent
bordé des deux coftez de Cavalerie
& d'Infanterie derriere
les Hayes . Elles firent
fur eux un fort grand feu . Le
Duc de Grafton qui eftoit à
la tefte des Troupes du Roy
s'avança jufqu'à l'entrée du
Village , avec beaucoup de
réfolution , mais les Rebelles
l'obligerent à fe retirer
par le feu continuel qu'ils
firent. Quelques Cavaliers.
l'arrefterent dans fa retraite,
•
wy
240 MERCURE
& il ſe fit un paſſage malgré
tout l'obftacle qu'ils y mirent.
Le Capitaine Vau
ghan qui fe trouva dans
cette action tua de fa
main le Colonel Mathevvs
qui les commandoit.
Il y eut huit ou neuf Hommes
tuez & trente bleffez
du Party du Roy , parmy
lefquels furent les Sieurs
May & Seymont Volontaires
, mais on n'y perdit aucun
Officier. Le refte de
l'Armée du Roy eftant arrivé
, Milord Duras fit pofter
fes Troupes fur une Eminen
ce,
GALANT. 241
ce , où l'on mit quelques
Pieces de Campagne en batterie
. Les Rebelles en drefferent
une de fix pieces de
Canon , & tirerent fans relafche
pendant deux heures
, fans faire aucun dommage
aux Troupes du Roy,
qui demeurerent en ce lieula
jufqu'à fix heures du foir,
malgré une forte & continuelle
pluye. Milord Duras
ne voyant plus rien à faire,
marcha du cofté de Bradford
, où il demeura tout le
jour fuivant, pour faire repofer
fes Troupes, Il envoya le
Juillet 1685.
X
242 MERCURE
Colonel Oglethorp
avec
cent Chevaux pour les obferver
, & il rapporta qu'ils
eftoient allez à Frome. Ils y
demeurerent le 28. commencerent
à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du cofté de Shepton-
Mallet. Ils allerent de
là à Welts , & y firent toutes
fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale. La
Table de l'Autel leur fervit
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerent
la Ville , violerent les
Femmes , & firent ce qui fe
GALANT. 243
commet de plus affreux dans
une Place que l'on prend
d'affaut. De Welts ils vinrent
à Glaffenbury , & le fecond
de Juillet ils arriverent
à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit
fuivy les Rebelles à Frome,
en partit le mefme jour
avec l'Armée du Roy , alla
à Shepton-Mallet , & le lendemain
à Somerton . Le 5.
il arriva à Weſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater
, où les Ennemis fembloient
vouloir fe défendre.
Il logea fa Cavalerie & fes
X ij
244 MERCURE
Dragons dans ce Village , &
fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais.
Le Pofte eftoit d'autant plus
avantageux , qu'elle avoit
un Foffé devant elle. Il fut
averty le foir que les Rebelles
fortoient de la Ville , ce
qui l'obligea de tenir fes
Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour
découvrir leur deffein. Ils
concerterét fi bien leur marche
, & garderent un filence
fi profond , qu'ils s'avan-
-cerent fans aucun obſtacle
GALANT. 245
ils
juſqués au Marais , où ils
trouverent
un paffage libre ,
de forte que le matin
rangerent
leur Infanterie
en
Bataille. Elle faifoit cinq à
fix milles Hommes . Le Duc
de Monmouth
eftoit à leur
tefte , & il la fit avancer auprés
du lieu où eftoit campée
l'Armée du Roy. Milord
Duras. qui en eut avis ,
fit mettre auffi-toft fes Troupes
en état de bien recevoir
les Ennemis. Elles confiftoient
en deux mille Hommes
de pied , & fept cens
tant Cavaliers , que Grena-
X iij
246 MERCURE
diers & Dragons. On fera
furpris qu'elles fe foient
trouvées d'abord en fr petit
nombre , cela venoit de ce
que le Roy voulant épargner
le fang , faifoit entourer
le Duc de Monmouth,
comme une Ville affiegée.
Ainfi les Troupes qui vinrent
joindre Milord Duras
eftoient des autres Quartiers.
Les Rebelles ayant
réfolu de hazarder le Combat,
commencerét l'attaque
par de grands cris, & par une
volée de coups deMoufquer.
On leur répondit de meſme.
GALANT. 247
Leur Cavalerie s'avança
pour foûtenir leur Infanterie
, mais le Colonel Oglethorp
qui commandoit
un
Party de Cavaliers , lesempefcha
de fe joindre , & il
les stint en haleine jufqu'à
ce que le Régiment d'Oxford
, & un détachement
des
Gardes l'euffent joint pour
former une ligne. Leur Cavalerie
eftoit de mille ou -
douze cens Hommes , commandez
par Milord Grey,
& comme elle ne put
rangée en un Corps pendant
tout ce temps là , elle
eftre
X iiij
248 MERCURE
fit fort peu
de réſiſtance , &
• commençant
auffi- toft à
fuir devant
, ceux qui la
chargeoient
, elle abandonna
le Champ de Bataille.
L'Infanterie
demeura
ferme , & on fit grand feu
de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant
empefchée
de venir
mains. Le Canon qu'attendoit
Milord Duras eftantarrivé
, & fa Cavalerie
s'eftant .
jettée fur les Fantaffins
du
Duc de Monmouth
, ils furent
entierement
défaits , &
on leur prit trois pieces de
aux
GALANT. 249
Canon , c'eftoit tout ce qu'ils
en avoient en ce lieu là . Prés
de deux mille Hommes des
leurs furent tuez , & l'on fir
un grand nombre de Prifonniers
, parmy lefquels fe
trouverent le Colonel Holmes
, Perrot ſon Major , le
Conneftable de Crookborne
, & le nommé Guillaume ,
Domeſtique du Duc de
Monmouth qui avoit fur
luy deux cens Guinées . Il
dit que c'eftoit tout l'argent
que fon Maiftre avoit
de refte . Une Guinée vaut
environ douze francs & de250
MERCURE
my de noftre Monnoye . If
y eut environ trois cens
Hommes tuez dans les Troupes
du Roy , & un pareil
nombre de bleffez , mais l'on
n'y perdit aucune perfonne
confiderable. Milord Duras
fe trouva par tout pendant
le Combat , donnant
les ordres néceffaires avec
beaucoup de conduite . Milord
Churchil qui commandoit
fous luy , fit paroître
une fort grande bravou
& le Duc de Grafton ſe
fignala ainfi que les autres
Chefs. Lors qu'on fut dere
,
"
GALANT. 251
meuré Maiſtre du Champ
de Bataille , Milord Duras
marcha avec cinq cens
Hommes , quelque Ĉavalerie
& fes Dragons vers
Bridgyvater
dont il ſe rendit
Maiftre , les Rebelles
qui y eftoient ayant pris la
fuite , & s'eftant difperfez
en divers endroits . Il laiffa
fes Troupes dans la Ville,
fous le commandement
du
Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ
cinquante Cavaliers , qui
eftoit le plus grand nombre
252 MERCURE
de Rebelles qu'il y euft enfemble
, il envoya plufieurs
Partis pour le pourſuivre luy
& Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le mefme jour à
Ringvvord , fur la frontiere
de la Province de Dorfet. Il
eftoit déguifé en Berger . On
le mena auffi-toft à Milord
Lumley. Le Duc de Monmouth
voyant que les Chevaux
avec lefquels il fuyoit,
faifoient un gros dont il
eftoit mal aifé de cacher la
marche , réfolut de les quitter.
Ils fe feparerent en differens
Pelotons , afin qu'ils
GALANT. 253
>
fuffent moins expofez à eftre
yeus & qu'ils puffent fe
fauver plus aifément . Le foir
de ce mefme jour quelques
Bergers dirent à ceux qui les
pourfuivoient, qu'ils avoient
vû deux Fuyards entrer dans
un Bois voifin , dont on fit
border les avenues , pour y
chercher le lendemain ceux
qui pouvoient s'y eftre cachez.
On fe fervit de Limiers
felon la coûtume
d'Angleterre , où l'on employe
des Chiens pour découvrir
les Voleurs qui fe
font fauvez dans les Foreſts.
254 MERCURE
Ces Limiers s'arrefterent à
un Fofféen aboyant , & on
trouva un Homme couché
fous une Haye fort épaiffe.
C'eftoit un Allemand , qui
en demandant quartier, promit
de montrer l'endroit où
le Duc de Monmouth s'étoit
retiré. Ce Duc avoit
fait toute la diligence poffible
pour gagner la Mer , où
il efperoit trouver quelque
Barque , mais fon Cheval
luy ayant manqué , il avoit
efté contraint de fe mettre à
pied , & de prendre un méchant
habit pour n'eftre pas
GALANT. 255
reconnu. On le trouva fous
un Buiffon fort épais dans un
Foffe , ayant dans fes poches
fon Collier de l'Ordre de la
Jarretiere , une Montre , &
environ foixante Guinées.
Lors que les Soldats du Roy
l'eurent tiré du Foffé , il tomba
en défaillance , & fut
quelque temps à revenir . Sa
Majefté ayant fceu cette
nouvelle, ordonna qu'on diftribuaft
à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres
Sterlin de
récompenfe
, promifes
par fa proclamation
,
& à ceux qui avoient pris
258 MERCURE
Milord Grey , la fomme de
cinq cens livres Sterlin , fuivant
la proclamation du feu
Roy , publiée le 28. Juin 1683 .
Sa Majefté avoit déja ordóné
que la récompenfe promiſe
par la mefme Proclamation
du feu Roy à ceux qui prendroient
Rumbold , fuft diftribuée
entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte
d'Arran , qui l'avoient pris
en Ecoffe , & que fi quelqu'un
de ces Soldats avoit
efté tué , où eftoit mort de
fes bleffeures
, fa part fuft
donnée à ſa Veuve , ou à fes
GALANT. 257
Enfans ou à fes plus proches
Parens s'il n'eftoit pas
marié. Le Duc de Monmouth
&MilordGrey furent
amenez à Londres le 13. c'eft
à dire le 23. felon nous. On
les interrogea d'abord au
Confeil , & enfuite on les
conduifit par eau à la Tour,
où la Ducheffe de Monmouth
avoit efté déja menée
avec fes Enfans.
Quant au Parlement , on
y a paffé divers Actes , dont
les principaux ont efté, pour
accorder un Subfide au Roy,
en impofant une Taxe pen-
Juillet 1685.
Y
258 MERCURE
dant cinq années fur toutes
fortes de toiles de France &
des Indes Orientales , & fur
plufieurs autres Manufacturés
des Indes , fur toutes for- .
tes d'eaux de vie qui feront
apportées en Angleterre ,
pour fournir au Roy les charois
ou voitures dont Sa Majefté
a befoin dans ſes voyages
; pour renouveller un autre
Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa
Majefté , tant par eau que
le fervice de
par terre pour
fa Flote & de fon Artillerie ;
pour réünir au Domaine du
GALANT. 259
Roy les revenus de la Pofte,
& 24000. livres fterlin de
rente du revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authoriſer
le Roy à donner des Baux &
autres droits , terres ou he-,
ritages de fon Duché de Cor--
nuaille , & pour confirmer
ceux qui auroient eſté déja
donnez ; pour renouveller
un Acte cy - devant paffé ,qui
donne permiffion de tranf
porter des cuirs ; pour continuer
trois autres Actes, qui
donnent ordre à empefcher
les vols fur les Frontieres du
Nord d'Angleterre , pour
Y ij
260 MERCURE
nettoyer , conferver , maintenir
& reparer le Havre &
le Mole du grád Yarmouth ;
pour rebâtir , finir & embellir
l'Eglife Cathedrale de
Saint Paul de Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy
fe rendit à la Chambre des
Seigneurs , reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eftant affis
dans fon Trône , il manda la
Chambre
des Communes
, &
donna encore fon confentement
à quelques Actes , fçavoir
pour hafter la conftruation
des Vaiffeaux en Angleterre
; pour faire valoir
GALANT. 261
les Terres labourables ; pour
ériger une nouvelle Eglife,
qui fera appellée la Paroiffe
de Saint Jacques dans la liberté
de Weftminſter , &
pour reparer l'Egliſe Cathedrale
de Bangor , pour en
entretenir le Choeur, & pour
augmenter le revenu de l'Evefché
de Bangor, & de plufieurs
Cures du mefme Dio .
cefe . Aprés cela , Milord
Garde des Seaux, fignifia aux
deux Chambres , que Sa Majefté
fouhaitoit qu'elles fe feparaffent
jufqu'au 4. du mois
d'Aouft prochain , & leur fit
262 MERCURE
connoiftre en mefme temps,
que ce n'eftoit pourtant pas
l'intention du Roy que le
Parlement s'affemblaſt en ce
temps-là ; mais que cette
Seance fuft continuée jufques
àl'Hyver , par ajournemens
qui feroient faits par
ceux des Deputez qui fe trouveroient
à Londres ou aux
environs, à moins que le fervice
de Sa Majeſté ne demandaft
leur Affemblée, auquel
cas Sa Majeſté les en
feroit avertir de bonne heure
par fa Proclamation , afin
que tous les Deputez s'y rendiffent.
Fermer
Résumé : Journal de tout ce qui s'est passé au Parlement d'Angleterre assemblé à Londres, depuis de son ouverture, jusques au jours de sa separation. Avec l'histoire entière de la Rebellion du Duc de Monmouth, & du Comte d'Argile. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le roi convoque le Parlement anglais à Westminster et demande aux membres des deux chambres de prêter serment afin de protéger l'Église d'Angleterre et le gouvernement existant. Il évoque la menace des rebelles en Écosse, notamment le comte d'Argyll, qui le déclare usurpateur et tyran. Les rebelles, connus sous le nom de Covenanters, critiquent les actions du roi et appellent à rétablir la religion protestante. En Écosse, une révolte contre le papisme et le gouvernement arbitraire vise à défendre la religion protestante et les libertés. Le comte d'Argyll mobilise des troupes, mais est finalement capturé. En Angleterre, une conjuration pour assassiner le roi est découverte, entraînant l'exécution de Rumbold et du comte d'Argyll pour haute trahison. Le duc de Monmouth débarque dans le Dorset et incite à la rébellion, mais est repoussé et proclamé traître. Plusieurs affrontements opposent les troupes royales aux rebelles, notamment à Bristol et Bridgwater, où Monmouth est capturé et conduit à la Tour de Londres. Le Parlement approuve des subsides et des taxes pour soutenir le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
161
p. 334-341
Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Début :
Je ne puis finir ma Lettre, sans vous faire part des dernieres nouvelles [...]
Mots clefs :
Angleterre, Victoires, Rebelles, Proclamation, Actions grâces, Royaume, Duc de Monmouth, Ministre, Conseil, Prison, Ennemis, Lettres, Cavalerie, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
Je ne puis finir ma Lettre,
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
fans vous faire part des dera
nieres nouvelles que nous!
avons euës d'Angleterre . Lel
Roy ayant eu avis des Victoires
remportées fur les Rebelles
, fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation, par
laquelle il ordonna que le
26. de ce mefme mois , feroit
obfervé comme un jour public
,, pour rendre à Dieu les
actions de graces qui luy
font deuës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû
d'ufer envers les Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe , en
GALANT. 335
étouffant la Rebellion . Le 13 .
le Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à
Londres, Le premier demanda
fiinftamment à parler au
Roy , qu'au lieu de le conduire
à la Tour , on le conduifit
d'abord à Witheal , où
eftoit Sa Majefté, qui eut encore
la bonté de luy accorder
cette grace .
vert d'un grand manteau de
velours , & avoit les mains,
liées deffous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il
1 ne paruft point lié devant ce
Il eftoit cou336
MERCURE………..
>
Prince , ce qui n'eft pas un
fpectacle qui foit ordinaire
aux Rois. Il eftoit d'ailleurs
indigne de toute compaf
fion , & il euft efté difficile
que Sa Majefté l'euft veu en
cet eftat fans en prendre. Il
demanda pardon & la vie au
Roy , & la demanda juſqu'à
la baffeffe. Ce n'eft pas qu'il
y en ait à demander pardon
un Roy , quand on eft auffi
coupable que ce Duc l'ef
toit , mais on peut dire qu'on
fait une baffeffe lorfqu'on
demande la vie avec autant
d'inftance & de foibleffe
qu'il
GALANT: 337
qu'il fit , puis que cela fait
connoiftre la crainte qu'on
a de la mort. Il protefta qu'il
n'avoit point cu intention
de fe faire Roy , & que c'eftoit
le Miniftre Ferguſon ,
mort dans le combat , qui
l'excitoit . Il fut interrogé.
par le Confeil de Sa Majefté,
affemblé au mefme lieu .
Je n'ay pas fceu ce qui s'y
paffa . Je fçay feulement que
le temps qu'il demeura à Witheal
, fut de trois heures ;
aprés quoy on le mena à la
Tourpar eau dans une Berge
duroy,accompagnée de Ber
Juillet 1685.
Ff
338 MERCURE
ges armées. Ceux qui le virent
fortir du Palais , remarquerent
qu'il pleuroit. Il
avoit les yeux fi rouges, qu'il
fut aifé de connoiftre que ce
n'eftoient pas là les premieres
larmes qu'il répandoit.
Depuis ce temps , il n'oublia
rien pour obtenir une prifon
perpetuelle. Il chercha les
moyens de faire parler la
Reine pour luy. Il écrivit &
fit écrire au Chancelier, & à
d'autres , & implora jufqu'à
L'affiftance de fes Ennemis.
Quoy qu'il ait dit qu'il n'avoit
jamais afpiré à la CouGALANT.
339
ན ronne, il eft certain qu'il fut
proclamé
Roy a Glaſſembury.
Voicy ce qu'il écrivit
auffi- tolt aprés au Duc d'Al
bermale
.
MILORD.
ILORD
Comme nous avons efté in
formez que vous commandez
de la Cavalerie & de l'Infanteriepour
Jacques , Duc d'Yorck,
que ces Troupes ont efté lervées
pour refifter & s'oppoſer à noftre
Authorité Royale , Nous avons
trouvé à propos de vous fairefça,
voir le reffentiment que nous en
Ffij
340 MERCURE
avons, nous nous promettons
que ce que vous avez fait en cela
à efté par mépriſe & inadvertancer
que vous prendrez d'au
tres mesures quand vousfçaurez
que j'ay efté proclamé Roy , pour
fucceder au Roy mon Pere , mort
depuis peu. C'est pourquoy nous
vous avons envoyé ce Meſſager
expres pour vous le fignifier.
C'est donc noftre bon plaifir
Royal & noftre volonté, nous
vous affignons expreflément ,
commandons par ces Prefentes,
qu'auffi tot leur reception , vous
ceffiez tour Acte d'hoftilité &
force d'armes contre Naus & nos
GALANT. 341
• bien aimez Sujets , & que vous
vous rendiez inceffamment dans
• noftre Camp, où vous ferez receu
de nous avec bonté & affection .
Que fi vous ne vous acquittez de
ce que deffus , nous ferons obligez
de vous proclamer Rebelle ,
traiter ainfi ceux qui font
&
રસો
fous voftre commandement , &
nous lespourfuivrons eux & vous
comme tels. Nous efperons pourtant
que vous obeirez promptement
, c'est pourquoy nous vous
difons adien, JACQUES.
Ily avoit
à la
Subcription. A
noftre
cher bien amé & fidelle
Confeiller
&
245 Confin
, Chriſtophe
, Duc d' Albermale
.
Fermer
Résumé : Suite des Affaires du Duc de Montmouth. [titre d'après la table]
En juillet 1685, en Angleterre, le roi a été informé des victoires contre les rebelles et a publié une proclamation ordonnant un jour de remerciement public le 26 juillet. Le duc de Monmouth et lord Grey ont été conduits à Londres. Monmouth a demandé à s'entretenir avec le roi, qui a accepté de le recevoir à Whitehall. Lors de cette rencontre, Monmouth, les mains liées et couvert d'un manteau, a imploré le pardon et la clémence du roi, affirmant qu'il n'avait jamais eu l'intention de se proclamer roi et accusant son ministre Ferguson de l'avoir incité à agir ainsi. Après un interrogatoire par le conseil royal, Monmouth a été transféré à la Tour de Londres. Malgré ses premières déclarations, il a tenté diverses démarches pour obtenir une peine de prison à perpétuité. Par ailleurs, Monmouth avait été proclamé roi à Glassembury et avait écrit au duc d'Albemarle pour lui ordonner de cesser les hostilités et de se rendre à son camp, sous peine d'être traité comme un rebelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
162
p. 33-41
Sujet du different des Habitans d'Andaye & de Fontarabie. [titre d'après la table]
Début :
Puis que les Nouvelles publiques qui parlent de temps / Sa Majesté pour maintenir ses Sujets d'Andaye dans une possession [...]
Mots clefs :
Hendaye, Fontarabie, Combats, Français, Espagnols, Couronne, Possessions, Rivière, Chevalier, Capitaine, Vaisseaux, Officiers, Pêcheurs, Attaque, Fort, Canons, Bombes, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sujet du different des Habitans d'Andaye & de Fontarabie. [titre d'après la table]
Puis que les Nouvelles publiques
qui parlent de temps
en temps des Differens furvenus
entre les Habitans
d'Andaye , & ceux de Fontarabie,
ne vous en ont point
donnéun affez entier éclairciffement
, je vay vous apprendre
d'où provient ce
Démeflé , qui a efté cauſe de
tant de petits Combats . Les
Habitans de Fontarabie pretendent
que la Riviere de
Bidaffoa ne foit pas commune
entre les François & les
Efpagnols , quoy que la feparation
qu'elle fait des deux:
34 MERCURE
Royaumes,& l'Ile de laConferéce,
foient des Titres qu'-
ils ne fçauroient contefter .
Ces pretentions font fi éloignées
de la vray -femblance ,
qu'il fuffit de les marquer
,
pour faire connoiftte qu'il y
à de la juftice à s'y oppofer.
C'eft ce que fait le Roy , &
ce que les Droits de fa Cou
ronne l'obligent de faire
pour les maintenir . Voicy
une Lettre , qui vous fera
voir l'eftat preſent de l'Af
faire.
f
GALANT. 35
A
A Andaye , ce 12. Juillet 1685.
Sa Majestépour maintenir fes Sujets d'Andaye dans
une poffeffion auffi jufte que celle
qu'ils ont de la Riviere de Bidaffea
, qui a toûjours efté commune
entre les deux Nations , a
envoyé trois Fregates fous le
commandement de M. le Chevalier
de Perinet , Capitaine de
Vaiffeau ; qui eftant arrivé le
de May fous le Canon de Fontarabie
, ne falüa cette Place , ny
n'en voya aucun Officier. Don Aguftin
de Robles, qui en eft le Gouverneur
, ne laiffa pas dés le lendemain
d'envoyer le Major de la
9.
36 MERCURE
Place avec deux Officiers de fa
Garniſon , pour offrir au Com
mandant tout ce qui dépendoit de
·buy. Fugez s'ilfut agreablement
furpris , en recevant
en recevant des avances
que les Efpagnols n'avoient jamais
faites. Ainfi poury répondre
, il envoya dés le mefme jour
M. de Roffel, Officier de Ma
rine , furfon Bord. Il eftoit accompagné
de Gardes Marines ,
fut receu dans la Place auffsbien
qu'il pouvoit l'eftre . Malgré
ce commerce de part & d'autre
comme ceux de Fontarabie ont
empeſché depuis peu une Cha
Loupe d'Andaye de fortir de la
*
GALANT.
37
Riviere , M. le Chevalier de
Perinet employe tous fesfoins &
une vigilance extraordinaire pour
faire qu'aucune de leurs Chalonpes
n'entre ny ne forte ; & il a
bloqué par mer cette Place , d'u
ne maniere qui l'affamera bientoft
, puis qu'elle eft privée de la
Pefche , qui eft l'endroit par où
elle fubfifie l'Efté.
Nos Pefcheurs François fe
voyant fi bien favoriſez par la
prefence des Vaiffeaux de guerre,
ne partent de cette Rade- là , où
ils prennent unefortgrande quantité
de Poiffon , & ils tendent
leurs filets jufque fous le Fort
38 MERCURE
du Figuier; ce que les Espagnols
n'ont pû endurer long-temps fans
en témoigner leur reffentiment,
juſque - là que
le 23. de May,
ils firent deuxdécharges de Mouf
queterie furune Chaloupe des Sujets
du Roy. Incontinent M. le
Chevalier de Perinet preſenta le
cofté au Fort ; & ayant fait preordonné
parer fes Batteries ,
aux deux autres Fregates d'en
faire autant , il commença
à les
chaftier rudement de leur infolence
par un feu continuel , qui
eut bien-toft délabré le Fort , &
démonté les pieces de Canon quiy
eftoient. Aprés qu'on eut canonné
GALANT. 39
une groffe heure , le Commandant
fit ceffer le feu , pourfaire armer
deux Chaloupes , dont il donna
le commandement à M. de Rof
fel , en luy ordonnant d'aller lever
les filets , que les Pefcheurs
avoient laiffez tendus à une portée
de Piftolet du Fort. Les Gens
qui eftoient dedans`, voyant
-ces deux Chaloupes fi bien armées
crurent nager vers eux
qu'elles s'avançoient
pour les infulter.
L'Officier en fit lever plus
de quatre cens braffes ,fans qu'ils
ofaffent tirer un coup de Moufquet.
Dés le lendemain
les Efpagnols
commencerent
à travail
40 MERCURE
ler dans leur Fort , pour mettre
leur Canon en eftat , & beaucoup
mieux àcouvert qu'il n'eftoit
auparavant. Cependant les Fregates
du Royfont toûjours moüil_
Tées au mefme endroit , & continuent
à donner aux Habitans
d'Andaye une entiere protection
pour la Pefche , les Espagnols
n'ofant fortir de deffous les Baftions
de Fontarabie pour
y aller.
Depuis que cette Relation
a efté receuë icy , on mande
que le Roy a envoyé neuf
Fluftes chargées de cent Canons
, de Mortiers, Bombes,
GALANT. 4r
Carcaffes , & autres muni
tions de guerre. Tout cela
doit débarquer à Bayonne..
qui parlent de temps
en temps des Differens furvenus
entre les Habitans
d'Andaye , & ceux de Fontarabie,
ne vous en ont point
donnéun affez entier éclairciffement
, je vay vous apprendre
d'où provient ce
Démeflé , qui a efté cauſe de
tant de petits Combats . Les
Habitans de Fontarabie pretendent
que la Riviere de
Bidaffoa ne foit pas commune
entre les François & les
Efpagnols , quoy que la feparation
qu'elle fait des deux:
34 MERCURE
Royaumes,& l'Ile de laConferéce,
foient des Titres qu'-
ils ne fçauroient contefter .
Ces pretentions font fi éloignées
de la vray -femblance ,
qu'il fuffit de les marquer
,
pour faire connoiftte qu'il y
à de la juftice à s'y oppofer.
C'eft ce que fait le Roy , &
ce que les Droits de fa Cou
ronne l'obligent de faire
pour les maintenir . Voicy
une Lettre , qui vous fera
voir l'eftat preſent de l'Af
faire.
f
GALANT. 35
A
A Andaye , ce 12. Juillet 1685.
Sa Majestépour maintenir fes Sujets d'Andaye dans
une poffeffion auffi jufte que celle
qu'ils ont de la Riviere de Bidaffea
, qui a toûjours efté commune
entre les deux Nations , a
envoyé trois Fregates fous le
commandement de M. le Chevalier
de Perinet , Capitaine de
Vaiffeau ; qui eftant arrivé le
de May fous le Canon de Fontarabie
, ne falüa cette Place , ny
n'en voya aucun Officier. Don Aguftin
de Robles, qui en eft le Gouverneur
, ne laiffa pas dés le lendemain
d'envoyer le Major de la
9.
36 MERCURE
Place avec deux Officiers de fa
Garniſon , pour offrir au Com
mandant tout ce qui dépendoit de
·buy. Fugez s'ilfut agreablement
furpris , en recevant
en recevant des avances
que les Efpagnols n'avoient jamais
faites. Ainfi poury répondre
, il envoya dés le mefme jour
M. de Roffel, Officier de Ma
rine , furfon Bord. Il eftoit accompagné
de Gardes Marines ,
fut receu dans la Place auffsbien
qu'il pouvoit l'eftre . Malgré
ce commerce de part & d'autre
comme ceux de Fontarabie ont
empeſché depuis peu une Cha
Loupe d'Andaye de fortir de la
*
GALANT.
37
Riviere , M. le Chevalier de
Perinet employe tous fesfoins &
une vigilance extraordinaire pour
faire qu'aucune de leurs Chalonpes
n'entre ny ne forte ; & il a
bloqué par mer cette Place , d'u
ne maniere qui l'affamera bientoft
, puis qu'elle eft privée de la
Pefche , qui eft l'endroit par où
elle fubfifie l'Efté.
Nos Pefcheurs François fe
voyant fi bien favoriſez par la
prefence des Vaiffeaux de guerre,
ne partent de cette Rade- là , où
ils prennent unefortgrande quantité
de Poiffon , & ils tendent
leurs filets jufque fous le Fort
38 MERCURE
du Figuier; ce que les Espagnols
n'ont pû endurer long-temps fans
en témoigner leur reffentiment,
juſque - là que
le 23. de May,
ils firent deuxdécharges de Mouf
queterie furune Chaloupe des Sujets
du Roy. Incontinent M. le
Chevalier de Perinet preſenta le
cofté au Fort ; & ayant fait preordonné
parer fes Batteries ,
aux deux autres Fregates d'en
faire autant , il commença
à les
chaftier rudement de leur infolence
par un feu continuel , qui
eut bien-toft délabré le Fort , &
démonté les pieces de Canon quiy
eftoient. Aprés qu'on eut canonné
GALANT. 39
une groffe heure , le Commandant
fit ceffer le feu , pourfaire armer
deux Chaloupes , dont il donna
le commandement à M. de Rof
fel , en luy ordonnant d'aller lever
les filets , que les Pefcheurs
avoient laiffez tendus à une portée
de Piftolet du Fort. Les Gens
qui eftoient dedans`, voyant
-ces deux Chaloupes fi bien armées
crurent nager vers eux
qu'elles s'avançoient
pour les infulter.
L'Officier en fit lever plus
de quatre cens braffes ,fans qu'ils
ofaffent tirer un coup de Moufquet.
Dés le lendemain
les Efpagnols
commencerent
à travail
40 MERCURE
ler dans leur Fort , pour mettre
leur Canon en eftat , & beaucoup
mieux àcouvert qu'il n'eftoit
auparavant. Cependant les Fregates
du Royfont toûjours moüil_
Tées au mefme endroit , & continuent
à donner aux Habitans
d'Andaye une entiere protection
pour la Pefche , les Espagnols
n'ofant fortir de deffous les Baftions
de Fontarabie pour
y aller.
Depuis que cette Relation
a efté receuë icy , on mande
que le Roy a envoyé neuf
Fluftes chargées de cent Canons
, de Mortiers, Bombes,
GALANT. 4r
Carcaffes , & autres muni
tions de guerre. Tout cela
doit débarquer à Bayonne..
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Résumé : Sujet du different des Habitans d'Andaye & de Fontarabie. [titre d'après la table]
Le texte décrit un conflit entre les habitants d'Andaye et ceux de Fontarabie au sujet de la rivière de Bidasoa. Les Espagnols affirment que cette rivière n'appartient pas aux deux nations. Pour protéger les droits de ses sujets, le roi de France envoie trois frégates commandées par le Chevalier de Perinet. À son arrivée, Perinet est reçu par des officiers espagnols, mais malgré les salutations courtoises, les Espagnols interdisent aux chaloupes d'Andaye de quitter la rivière. En réponse, Perinet bloque Fontarabie par mer, empêchant ainsi la ville de pêcher. Les pêcheurs français, sous la protection des navires de guerre, exploitent abondamment les ressources près du fort espagnol. Le 23 mai, les Espagnols ouvrent le feu sur une chaloupe française, ce qui pousse Perinet à riposter par un bombardement intense. Suite à cet incident, les Espagnols renforcent leurs fortifications. En réaction, le roi de France envoie neuf flûtes chargées de munitions à Bayonne pour renforcer la présence militaire française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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163
p. 52-92
Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
Début :
J'ay ramassé avec soin toutes les Lettres qui parlent de [...]
Mots clefs :
Tripoli, Flotte, Amiral, Marquis, Chaloupes, Muraille, Vaisseaux, Armée, Guerres, Charles Quint, Turcs, Gouvernement, Grand seigneur, Forteresse, Mer, Bombardement, Galiotes, Ennemis, Bombes, Port, Cavalerie, Lieutenant, Funeste, Marchands, Otages, Trésors, Diamant, Joyaux, Argent, Ornements, Signature de paix, Blessés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
J'ay ramaffé avec foin tou
tes les Lettres qui parlent
de l'affaire de Tripoli, afin de
vous en donner uneRelation
plus ample que celles qui ont
efté veuës ; c'est ce que je fais
toûjours , quand jay à traiter
quelque matiere importante
. La Flote commandée
par M. le Maréchal d'EGALANT.
53
ftrées Vice-Amiral de Fran
ce , eftant partie le 17. de
Juin de l'Ifle de Lampedouze
, arriva le 19. devant Tripoli
, où M. le Marquis
d'Anfreville croifoit avecM.
de Nefmond. L'on moüilla
avec un tres-beau temps, environà
deux lieues au large
de la Ville ; mais lefond s'étant
trouvéfort méchant,M.
de Tourville, fuivy de quelques
Chaloupes armées , alla
la nuit pour fonder jufque
fous les Murailles de Tripoli
; & ayant trouvé un plus
beau fond , M. d'Anfreville
E iij
54 MERCURE
leva l'Ancre , & alla moüiller
avec un autre Vaiffeau à
une lieuë de la Ville . Enfui
te le refte de l'Armée appareilla
pour venir moüiller
fur la mefme ligne. L'on
ne fçauroit découvrir que
les Murailles & les Fortereffes
, parce que la Ville eft
baffe , auffi bien que toute la
Cofte , qui eft fi dangereufe
, qu'il y a eu quelques-uns
de leurs Vaiffeaux qui s'y
font perdus. Cette Ville
qu'on appelle Tripoli de
Barbarie , eft grande , fort
ancienne , & la Capitale
f
1
GALANT. 55
d'un Royaume de ce nom .
Elle a efté baſtie par les Romains
fous le Régne de Trajan
, dont on voit encore diverfes
antiquitez. Elle porte
le nom de Tripoli , à caufe
de trois grands Ecueils ou
Rochers à fleur d'eau , qui
font à l'entrée de fon Port.
Elle a efté aux Genois qui
en furent chaffez par les Efpagnols.
Ce fut Dom Pedro
Navarro qui la prit en
1503. Ce Capitaine Efpagnol
eft celuy qui s'eſt ſignalé
dans les Guerres que
nous avons eues en Italie..
F iiij
56 MERCURE
L'Empereur Charles Quint,
donna Tripoli aux Chevaliers
de Jerufalem en 1525.
aprés qu'ils eurent perdu l'Ifle
de Rhodes
en 1522. Sinam
Bafla & Dragut Amiraux
de Soliman Empereur des
Turcs, ayant affiegé Malthe
inutilement , prirent Tripoli
en 1551. avec une Armée
Navale de cent cinquante
Vaiffeaux. Les Turcs en
eftant les maiſtres , en firent
un Gouvernement , où ils
envoyerent un Bacha ; mais
les Peuples s'eftant apperceus
que ces Bachas qui n'y
GALANT. $7
demeuroient que trois ou
quatre ans , emportoient des
fommes confiderables , ce
qui leur eſtoit d'un grand
>
préjudice
de ce dangereux Gouvernement
& fe mirent fur le
pied de Republique , commandée
par un d'entr'eux,
comme Tunis & Alger , ce
qui s'eft maintenu jufqu'à
prefent fous la protection du
Grand Seigneur. La principale
de leurs Fortereffes , &
qui avance le plus dans la
mer , s'appelle le Mandry.
C'est une groffe Tour gars'affranchirent
58 MERCURE
nie de Canon , & bien bâtie.
Il y en a plufieurs autres
fur le bord de la Mer.Le
Corps de la Place eft caché
par deux grands Baſtions
affez forts , fur lesquels il y
a plufieurs embrafeures . On
y compte foixante quatre
pieces de Canon en batterie.
L'Etat eft affez grand
entre la Mer & le Royaume
de Tunis , mais il y a peu
de Villes. Outre une premiére
Ville de Tripoli auffi
en Afrique , nommée Tripoli
Vecchio , qui eft l'ancienne
Sabrata fur la Mer MediterGALANT.
59
ranée , & dont l'air eft fi
mauvais , qu'elle eft prefque
demeurée fans Habitans , il
fe trouve encore deux autres
Villes de ce mefme
nom , qui appartiennent au
Turc. L'une eft Tripoli de
Natolie , Ville de la Turquie
d'Afie fur la Mer noire , &
l'autre Tripoli de Surie , Ville
& Port de Mer d'Afie, fur
la Mediterranée .
M. le Maréchal d'Eftrées.
ayant mouillé devant Tripoli
, & le mauvais temps
ne permettant pas d'abord
de rien entreprendre , on fe
60 MERCURE
contenta d'envoyer toutes
les nuits quelques Chaloupes
en garde , avec d'autres
petits Baftimens , où les Genéraux
s'embarquerent pour
reconnoiftre l'entrée du
Port , & faire prendre un
Plan de la Place qui fuft regulier.
Cela ſe fit juſqu'au 22 .
de Juin , que l'on donna ordre
aux cinq Bombardes
de fe préparer. Les Capitaines
firent démâter leurs
Huniers , & mirent leurs
Mortiers en place. Les
Chaloupes des Vaiffeaux de
Guerre allerent moüiller
GALANT. 61
des Ancres à portée de Canon
de la Ville , afin de ſe
pouvoir haler fur ces Ancres
pour tirer. On travailloit
avec une extréme diligence
lors qu'on découvrit fur la
Cofte trois Galiotes à Rames
, commandées par M.
le Motheux . M. du Mené,
& M. de Septemes qui
avoient quitté l'Armée par
ordre la
rejoignirent ce
mefme jour , & fournirent
des
détachemens pour le
foir. Ils furent compoſez de
quatorze grandes Chaloupes
à Rames ; des trois Ga
62 MERCURE
liotes , & de plufieurs autres
Baſtimens pour le ſervice
des Bombardes , qui commencerent
àfe haler fur les
huit heures du foir. M. de
Tourville qui commandoit
l'attaque , fit pofter les Baſtimens
armez à l'entrée du
Port , pour empefcher les
entrepriſes des Ennemis , &
les Galiotes à Bombes eftant
poftées à l'endroit marqué,
commencerent de jetter des
Bombes dans la Ville vers
les dix heures de ce mefme
foir. M. de Landoüillet,
Commiffaire Genéral , &
GALANT. 63
commandant une Compagnie
de Bombardiers , & M.
de Pointy commandant les
Galiotes à Bombes , avoient
fi bien mis toutes chofes en
état , qu'elles réüffirent comme
on fe l'eftoit promis .
Les Bombardiers tirerent
fort jufte ; mais cette Ville
qui les autres nuits avoit
fait un feu confiderable de
Moufqueterie fur nos Chaloupes
, qui n'en pouvoient
eſtre endommagées , changea
de conduite , & ne tira
pas un feul coup fur les
Bombardes qui en eſtoient
64 MERCURE
fort proches , & dont elle eftoit
tres-incommodée . L'on
continua de rirer juſqu'au
lendemain 23. à fix heures
du matin , que les détachemens'
fe retirerent avec les
Bomb.rdes , aprés avoir jetté
cinq cens Bombes . Pendant
tout ce temps , foit
que le feu de ces Bombes
qui tomboient dans les Batteries
des Tripolins, les empeſchaft
d'y refter,foit qu'ils
fuffent perfuadez qu'il eftoit
inutile de tirer , ils furent
toûjours dans une égale tran
quilité.
GALANT. 65
Les Bombardes demeurerent
au Poſte du Moüillage
jufques au foir qu'elles eurent
ordre de fe préparer avec
les Détachemens ordinaires
. Elles prirent chacu--
ne cent Bombes , &
du
leur eftoit neceffaires
le vent s'eftant rafraifchy ,
elles ne purent tirer que fur
les deux heures aprés minuit
24. ce qu'elles firent, fans
eftre incommodées du Canon
de la Ville , non plus
que le jour précedent, quoy
que les Bombes y fuffent jetrées
fi jufte , qu'on y vit le
Louſt 1685.
F
66 MERCURE
feu en plufieurs endroits.
M. le Maréchal d'Eftrées
ayant un autre deffein que
de leur jetter des Bombes,
commanda un détachement
pour aller fonder jufdans
le Port le fond
qu il pouvoit avoir , & defcendre
fur l'écueil le plus
proche de la Ville , afin de
voir s'il y auroit affez de terrain
pour y dreffer une Batterie
, d'où l'on puſt ruiner
la Place & les Fortereffes.
M. de Landoüillet , & M. de
Pointy s'embarquerent dans
une Chaloupe , & partirent
GALANT. 67
›
à dix heures du matin pour
aller au Port avec une Ga--
liote à Rames , commandée
par M. le Motheux , & cinq
Chaloupes
armées. Les Tripolins
commencerent
alors
à faire un grand feu ; mais ,
leur
Canon , quoy que
bien fervy ,
n'empefcha pas
que l'on n'abordaft
l'Ecueil,,
qui eft à une portée de
Moufquet de la Ville , & par
confequent
exposé à toutes
leurs Batteries M'S de Lán--
doüillet & de Pointy mi--
rent pied à terre fur l'Ecueil ,
&
connurent tout qui pou
E ij
68 MERCURE
voit fervir au deffein qu'on
- avoit pris. Pendant que les
cinq Chaloupes , malgré le
feu violent que faifoient les
Ennemis , fonderent dans le
Port , & à l'entour de l'Ecueil
, où l'on trouva un
beau fond , on vit au bord
de la Mer quantité de Troupes
de Cavalerie & d'Infanterie
, fur lesquelles M. de la
Guiche Lieutenant de Vaif
feau , commandant la premiere
des cinq Chaloupes,
tìra quelques coups de Canon
; ce qui furprit d'autant
plus les Ennemis , qu'ils n'aGALANT.
69
voient jamais veu que des
Chaloupes euffent du Canon.
Ceux qui eſtoient fur
l'Ecueil
, ayant remarqué
tout ce qu'ils vouloient fçavoir
, fe rembarquerent
, &
revinrent avec le détachement
. Plufieurs Boulets de
Canon porterent dans la
Galiote à Rames , de l'éclat
de l'un defquels , M. le Motheux
qui la commandoit
,
eut la cuiffe fracaffée . Trois
Soldats ou Matelots
y furent
auffi bleffez. Il y eut
plufieurs coups de Canon
dans les autres Chaloupes
;
70 MERCURE
mais elles n'en receurent au
cun dommage. M. le Comte
d'Eftrées , commandant
le Capable qui eftoit à la voile
pendant cette affaire , re--
vira de bord fur les Fortereffes
pour les canonner ;;
mais les Chaloupes s'eftant
retirées de deffous le feu
de la Ville , & le Vent s'étant
rafraiſchy , il revint :
moüiller auffi bien que la
Galiote qui avoit tiré
des Bombes jufqu'alors. Il
en tomba quelques - unes
dans la Ville , tandis que
le :
Peuple eftoit affemblé. Elless
GALANT. 71
tuerent environ trente
Hommes , & ce fracas fit
pouffer des cris épouventables.
Les Tripolins déconcertez
par l'effet des Bombes
, & incertains de ce
qu'on vouloit entreprendre
dans leur Port , fongerent
à fe garantir d'une Guerre,
dont la fin ne leur pouvoit
eftre que funefte , ce qu'ils
jugeoient aisément par l'intrépidité
de ceux qui en
plein jour , & malgré un feu
continuel , avoient abordé
un endroit , dont ils fe
croyoient entierement maî72
MERCURE
'
tres.
-
Ainfi ils réfolurent
d'envoyer demander la Paix,
& fur le midy on vit fortir
une Chaloupe avec un Pavillon
blanc. Elle vint à
bord de M. le Maréchal d'E
ftrées , & il parut un Vieillard
âgé de quatre – vingt
quatorze ans , qui aprés l'avoir
falué, luy dit. Jefuis l'infortuneTrik
, Beaupere de Babahaffan,
chaffe d' Alger ily a deux
ans, aprésy en avoir regné vingt
en qualité de Dey, & toujours
Amydes François .Je viens de la
du Divan de Tripoli , pour
Sçavoir ce que vous souhaitez,
part
&
GALANT. 73
eftre Médiateur de la Paix.
Cette propofition fut fort
bien receuë. M. le Maréchal
d'Eftrées répondit
, que
les Tripolins n'ignorant pas
les raiſons qui obligeoient
les François à les attaquer,
pouvoient aisément s'imaginer
de quelle façon il fal-
Toit agir pour faire finir la
Guerre ; qu'il vouloit bien
faire dreffer des Articles, fur
lefquels ils auroient à prendre
leurs meſures , & que
pour leur en faciliter les
moyens , non feulement il
leur accordoit une Tréve
Aoust 1685.
G
74 MERCURE
jufqu'au lendemain midy;
mais mefme qu'il leur envoyeroit
des Officiers auf
quels ils pourroient déclarer
leurs fentimens , mais
que s'ils vouloient profiter
d'une occafion fi favorable,
il falloit le faire fans aucun
delay , parce qu'il n'avoit
pas envie de perdre un feul
moment de beau temps.
Trik promit de leur faire
entendre ponctuellement
ces circonftances , & aprés
avoir affeuré M. le Maréchal
d'Eftrées qu'il avoit laiffé la
Villle dans une entiere dif
GALANT. 75
pofition à la Paix , il partit
du Vaiffeau laiffant pour
Oftage un des principaux
de Tripoli , qui eftoit venu
avec luy , pendant que M.
de Reymond , Major de
l'Armée , & M. de la Croix
Interprete, iroient à la Ville.
On tira cinq coups de Canon
pour le falüer à fon départ
, ce qui raffeura les Habitans
, que l'effet des Bombes
avoit jettez dans une
confternation
ble.M.de Reymond y partit
dans le mefme temps avec
M. de la Croix , & eſtant arinexprima-
Gij
76 MERCURE
rivé à la Ville , il fe rendit
chez le Dey, auquel il dit de
la part de M.le Vice- Amiral,
que l'on eftoit informé du
deffein que les Tripolins
avoient de faire la Paix , &
que s'il vouloit fçavoir à
quelles conditions on la
pouvoit obtenir , il n'avoit
qu'à préparer fon Confeil,
auquel on viendroit les expliquer
le lendemain . Le
Dey témoigna beaucoup de
joye d'une déclaration fi
avantageufe ; il affeura qu'il
employeroit tous les foins
pour mettre les Affaires en
GALANT. 77
état d'eſtre concluës au plûtoft
, & comme les honneftetez
font toûjours d'un
bon préfage dans le commencement
d'un Traité , il
en fit beaucoup à M. de
Reymond , qui en s'embar--
fut falué de plufieurs
quant y
coups de Canon .
Trix qui eftoit refté la nuit
dans la Ville , vint dés le ma---
tindu 25.à bord des Vaiffeaux , ›
pour prendre les Officiers
chargez des Conditions fous
lefquelles M. le Maréchal
d'Eftrées accordoit la Paix
aux Tripolins . Ils allerent
78 MERCURE
chez leDey ; & les plus confiderables
de Tripoli s'y eftant
rendus , on leut des articles .
Les principaux confiſtoient
à donner deux cens mille
écus pour le dédommagement
des prifes qu'ils avoiét
faites fur les Marchands Fráçois
, & à rendre tous les Efclaves
Chreftiens ; non feulement
les François , mais les
autres pris fous la Baniere
de France. Ils parurent étonnez
de ce qu'on leur demandoit
pour ce dédommagement.
Ils dirent qu'à la veri- ›
té ils avoient fait quelques
GALANT. 79
priſes , mais qu'il s'en falloit
beaucoup qu'elles n'allaſſent
à une fomme fi confiderable .
Ils ajoûterent qu'il leur feroit
entierement impoffible
de la trouver ; & ayant of
fert cent mille écus , ils prierent
avec tant de foûmiffion
& d'inftance qu'on diminuaft
la fomme qui leur ef
toit demandée
, que pour fi
nir toute conteftation , on la
modera à celle de cinq cens
mille livres ; ils tomberent
d'accord de la donner , avec
tous les Efclaves François
, &
dirent qu'à l'égard de la fom-
•
Giiij
80 MERCURE
me , ils en payeroient une
partie dés le lendemain , &
qu'ils fourniroient le refte
dans le terme de vingt jours.
On leur en accorda quinze,.
à condition que pendant ce
temps , ils envoyeroient des
Boeufs chaque jour pour la
fubfiftance des Equipages.
Pour ce qui eft des Efclaves,
ils affeurèrent qu'ils alloient ,
commencer à rendre tous
ceux qu'ils avoient dans la
Ville & fes Dépendances ,
environ au nombre de deux
cens, & que quatre cens autres
eftant partis dans les fept
GALANT. 8t
Vaiffeaux qu'ils avoient au
fervice du Grand Seigneur
contre les Venitiens , ils envoyeroient
dix des Principaux
d'entr'eux pour Oftage
en France , juſqu'à ce que
le retour de ces Vaiffeaux
les mift en pouvoir de renvoyer
ces Efclaves . Ils en
rendirent cent quatre -vingtdés
le lendemain 26. & envoyerent
deux Oltages. M..
Robert Commiffaire de la
Marine , alla ce mefme jour
à la Ville avec M. Biet , Secretaire
de M. le Maréchal
d'Etrées, pour recevoir cent
82 MERCURE
cinquante mille livres , qu'ils
avoient promis de donner.
Ils manquerent de parole ,
& n'apporterent que fort
peu de chofe , alleguant des
difficultez que le Peuple avoit
fait naiftre . C'eſtoient
autant de fauffes raifons ,
pour voir s'il n'y auroit pas
moyen de diminuer la fomme.
Cette conduite penfa
leur coûter de nouvelles pertes
. Les Galiotes à Bombes
s'eftoient retirées d'auprés
de la Ville. On les avoit fait
remafter de leurs Mafts de :
Hunes , & elles avoient reGALANT.
83
pris leurs voiles , & tout ce
qu'elles avoient quitté pour
tirer. M. le Vice - Amiral
voyant les Tripolins en balance,
leur fit dire qu'il trouveroit
les moyens de fe faire
tenir parole. En mefme teps
il ordonna aux Bombardes
de fe tenir preftes pour jetter
des Bombes au premier
fignal . En effet, elles mirent
bas leurs Mafts de Hune , &
s'approcherent de la Ville.
Cette difpofition effraya les
Tripolins . Ils avoient éprouvé
à leurs dépens ce qu'ils
avoient à craindre des Bom84
MERCURE
bes ; & le Dey voyant qu'on
alloit recommencer tout de
bon à en jetter , refolut de
tout remettre en uſage pour
en détourner l'effet. Le peuple
fe laiffa perfuader aiſément
, & offrit de contribuer
autant qu'il pourroit au
payement d'une fomme qui
devoir finir la guerre . On
impofa une taxe , & quelques
- uns des principaux
ayant dit qu'il eftoit honteux
d'accepter la Paix, & de
rendre les Efclaves , le Dey
fit couper la tefte à
des al riches ; &
quatre
par cet
GALANT. 85
1
I
exemple , cruel à la verité ,
mais fort neceffaire , il donna
lieu à la contribution de
la fomme que les Tripolins
avoient accordée. C'eft ce
qu'on apprit d'une Chaloupe
qu'ils envoyerent à bord.
Le 27. outre l'argent monnoyé,
& les lingots , ils apporterent
des bagues , des
colliers, des diamans , & plufieurs
autres joyaux de prix,
qu'ils ne faifoient point difficulté
d'ofter à leurs fem
mes , pour affeurer leur repos.
Ils rendirent auffi un
Vaiffeau Marchand du Ca86
MERCURE
pitaine Jean Carle de Marfeille
, qu'ils avoient pris
quelque temps auparavant.
Ils eurent jufqu'au 9. de Juillet
, à fournir la fomme entiere
, foit en argent , foit en
marchandiſe ; & ils donnerent
jufqu'aux Lampes d'argent
de la Sinagogue des
Juifs , aufquelles ils ajoûterent
des Harnois enrichis
d'argent , les ornemens des
Mitres des Janiffaires , & la
Pomme d'argent doré du
grand Etendard . M. le Vice-
Amiral avoit refolu de ne
point figner la Paix qu'aprés
GALANT. 87
ce temps-là ; mais ayant appris
que le Peuple qui avoit
abandonné la Ville , ne vouloit
point y rentrer qu'on ne
l'euft mis hors d'eftat de
craindre les Bombes , envoya
fon Secretaire à la maifon
du Dey , qui de fon coſté
luy envoya un Chaoux pour
ratifier la Paix . Ainſi M. de
la Croix, qui en avoit mis les
Articles en langue Turque ,
les leut en plein Divan ; &
aprés cette lecture , les Tripolins
la fignerent , & y mirent
le Sceau . Ils tirerent
vingt- cinq coups de Canon ,
88 MERCURE
pour faire paroiftre leur rẻ-
joüiffance ; & ils en tirerent
enfuite un pareil nombre
pour falüer M. le Maréchal
d'Eftrées. Un Patron Maltois,
forty de leur Port, avoit
affeuré qu'il y avoit plufieurs
maifons abattuës , plus de
trois cens perfonnes tuées ,
& que tous les Habitans ef
toient fi épouvantez
, qu'il
n'y a rien qu'ils n'euffent
donné pour avoir la Paix . Ils
demanderent un Conful de
la Nation Françoiſe , & M.
Martinet fut nommé pour
cet Employ , en attendant
GALANT. 89
les ordres de Sa Majesté. Si-
I toft que le Pavillon de Fran- -
ce parut fur la Maiſon , les
Tripolins tirerent encore
vingt-cinq coups de Canon
pour le falüer.
3
Cette Relation vous fem
bleroit imparfaite, fi je la finiffois
fans vous dire quel--
que chofe de particulier
de M. le Motheux , Capitai--
ne de Fregate legere , qui a
efté le feul Officier bleffe . Il
eut la cuiffe caffée en deux
endroits d'un éclat de boulet
de Canon, qui donna dans
la Galiote qu'il comman
Aguſt1685
H.
90 MERCURE
-
doit, comme je vous l'ay dé
ja marqué. M. le Motheux
eft tres diftingué dans le
Corps de la Marine. Il n'a
trouvé aucune occafion de
fe fignaler , qu'il n'ait embraffée
avec une ardeur digne
de fon zele. Il commandoit
une Galiote à l'affaire
d'Alger ; & il s'expoſoit avec
tant d'intrepidité & de valeur
, que les Officiers Generaux
furent obligez de luy
envoyer dire qu'il fe retiraft ;
à quoy il répondit , qu'il ef
toit neceffaire qu'il occupaft
le Poſte où il eftoit pour le
1
GALANT. GT
fervice de Sa Majesté . A la
defcente qui fut faite à Ge
nes , il fe trouva à la tefte des
Grenadiers , qui chafferent
tout ce qu'il y avoit de Troupes
dans Saint Pierre d'Are
ne ; & le refte de la Campagne
, il eut le commande--
ment de trois Galiotes à Ra-+
mes , avec lesquelles il pritt
dans la Riviere de Gehes
plufieurs petits Baftimens ,
qu'il aima mieux brûler que
d'écouter aucune ' dest propofitions
que luy firent lest
Proprietaires de ces Baftia !
mens, qui fe foûmettoient ài
Hij
92 MERCURE
luy payer tout ce qu'il voudroit
leur demander pour les
rendre . Il leur répondit , que
les Officiers qui avoient l'ho
neur de commander les Vaiffeaux
du Roy, eftoient incapables
de confentir à des
compofitions qui leur fuf
fent perfonnelles , & fit mettre
le feu à leurs Baftimens.
en leur preſence.
tes les Lettres qui parlent
de l'affaire de Tripoli, afin de
vous en donner uneRelation
plus ample que celles qui ont
efté veuës ; c'est ce que je fais
toûjours , quand jay à traiter
quelque matiere importante
. La Flote commandée
par M. le Maréchal d'EGALANT.
53
ftrées Vice-Amiral de Fran
ce , eftant partie le 17. de
Juin de l'Ifle de Lampedouze
, arriva le 19. devant Tripoli
, où M. le Marquis
d'Anfreville croifoit avecM.
de Nefmond. L'on moüilla
avec un tres-beau temps, environà
deux lieues au large
de la Ville ; mais lefond s'étant
trouvéfort méchant,M.
de Tourville, fuivy de quelques
Chaloupes armées , alla
la nuit pour fonder jufque
fous les Murailles de Tripoli
; & ayant trouvé un plus
beau fond , M. d'Anfreville
E iij
54 MERCURE
leva l'Ancre , & alla moüiller
avec un autre Vaiffeau à
une lieuë de la Ville . Enfui
te le refte de l'Armée appareilla
pour venir moüiller
fur la mefme ligne. L'on
ne fçauroit découvrir que
les Murailles & les Fortereffes
, parce que la Ville eft
baffe , auffi bien que toute la
Cofte , qui eft fi dangereufe
, qu'il y a eu quelques-uns
de leurs Vaiffeaux qui s'y
font perdus. Cette Ville
qu'on appelle Tripoli de
Barbarie , eft grande , fort
ancienne , & la Capitale
f
1
GALANT. 55
d'un Royaume de ce nom .
Elle a efté baſtie par les Romains
fous le Régne de Trajan
, dont on voit encore diverfes
antiquitez. Elle porte
le nom de Tripoli , à caufe
de trois grands Ecueils ou
Rochers à fleur d'eau , qui
font à l'entrée de fon Port.
Elle a efté aux Genois qui
en furent chaffez par les Efpagnols.
Ce fut Dom Pedro
Navarro qui la prit en
1503. Ce Capitaine Efpagnol
eft celuy qui s'eſt ſignalé
dans les Guerres que
nous avons eues en Italie..
F iiij
56 MERCURE
L'Empereur Charles Quint,
donna Tripoli aux Chevaliers
de Jerufalem en 1525.
aprés qu'ils eurent perdu l'Ifle
de Rhodes
en 1522. Sinam
Bafla & Dragut Amiraux
de Soliman Empereur des
Turcs, ayant affiegé Malthe
inutilement , prirent Tripoli
en 1551. avec une Armée
Navale de cent cinquante
Vaiffeaux. Les Turcs en
eftant les maiſtres , en firent
un Gouvernement , où ils
envoyerent un Bacha ; mais
les Peuples s'eftant apperceus
que ces Bachas qui n'y
GALANT. $7
demeuroient que trois ou
quatre ans , emportoient des
fommes confiderables , ce
qui leur eſtoit d'un grand
>
préjudice
de ce dangereux Gouvernement
& fe mirent fur le
pied de Republique , commandée
par un d'entr'eux,
comme Tunis & Alger , ce
qui s'eft maintenu jufqu'à
prefent fous la protection du
Grand Seigneur. La principale
de leurs Fortereffes , &
qui avance le plus dans la
mer , s'appelle le Mandry.
C'est une groffe Tour gars'affranchirent
58 MERCURE
nie de Canon , & bien bâtie.
Il y en a plufieurs autres
fur le bord de la Mer.Le
Corps de la Place eft caché
par deux grands Baſtions
affez forts , fur lesquels il y
a plufieurs embrafeures . On
y compte foixante quatre
pieces de Canon en batterie.
L'Etat eft affez grand
entre la Mer & le Royaume
de Tunis , mais il y a peu
de Villes. Outre une premiére
Ville de Tripoli auffi
en Afrique , nommée Tripoli
Vecchio , qui eft l'ancienne
Sabrata fur la Mer MediterGALANT.
59
ranée , & dont l'air eft fi
mauvais , qu'elle eft prefque
demeurée fans Habitans , il
fe trouve encore deux autres
Villes de ce mefme
nom , qui appartiennent au
Turc. L'une eft Tripoli de
Natolie , Ville de la Turquie
d'Afie fur la Mer noire , &
l'autre Tripoli de Surie , Ville
& Port de Mer d'Afie, fur
la Mediterranée .
M. le Maréchal d'Eftrées.
ayant mouillé devant Tripoli
, & le mauvais temps
ne permettant pas d'abord
de rien entreprendre , on fe
60 MERCURE
contenta d'envoyer toutes
les nuits quelques Chaloupes
en garde , avec d'autres
petits Baftimens , où les Genéraux
s'embarquerent pour
reconnoiftre l'entrée du
Port , & faire prendre un
Plan de la Place qui fuft regulier.
Cela ſe fit juſqu'au 22 .
de Juin , que l'on donna ordre
aux cinq Bombardes
de fe préparer. Les Capitaines
firent démâter leurs
Huniers , & mirent leurs
Mortiers en place. Les
Chaloupes des Vaiffeaux de
Guerre allerent moüiller
GALANT. 61
des Ancres à portée de Canon
de la Ville , afin de ſe
pouvoir haler fur ces Ancres
pour tirer. On travailloit
avec une extréme diligence
lors qu'on découvrit fur la
Cofte trois Galiotes à Rames
, commandées par M.
le Motheux . M. du Mené,
& M. de Septemes qui
avoient quitté l'Armée par
ordre la
rejoignirent ce
mefme jour , & fournirent
des
détachemens pour le
foir. Ils furent compoſez de
quatorze grandes Chaloupes
à Rames ; des trois Ga
62 MERCURE
liotes , & de plufieurs autres
Baſtimens pour le ſervice
des Bombardes , qui commencerent
àfe haler fur les
huit heures du foir. M. de
Tourville qui commandoit
l'attaque , fit pofter les Baſtimens
armez à l'entrée du
Port , pour empefcher les
entrepriſes des Ennemis , &
les Galiotes à Bombes eftant
poftées à l'endroit marqué,
commencerent de jetter des
Bombes dans la Ville vers
les dix heures de ce mefme
foir. M. de Landoüillet,
Commiffaire Genéral , &
GALANT. 63
commandant une Compagnie
de Bombardiers , & M.
de Pointy commandant les
Galiotes à Bombes , avoient
fi bien mis toutes chofes en
état , qu'elles réüffirent comme
on fe l'eftoit promis .
Les Bombardiers tirerent
fort jufte ; mais cette Ville
qui les autres nuits avoit
fait un feu confiderable de
Moufqueterie fur nos Chaloupes
, qui n'en pouvoient
eſtre endommagées , changea
de conduite , & ne tira
pas un feul coup fur les
Bombardes qui en eſtoient
64 MERCURE
fort proches , & dont elle eftoit
tres-incommodée . L'on
continua de rirer juſqu'au
lendemain 23. à fix heures
du matin , que les détachemens'
fe retirerent avec les
Bomb.rdes , aprés avoir jetté
cinq cens Bombes . Pendant
tout ce temps , foit
que le feu de ces Bombes
qui tomboient dans les Batteries
des Tripolins, les empeſchaft
d'y refter,foit qu'ils
fuffent perfuadez qu'il eftoit
inutile de tirer , ils furent
toûjours dans une égale tran
quilité.
GALANT. 65
Les Bombardes demeurerent
au Poſte du Moüillage
jufques au foir qu'elles eurent
ordre de fe préparer avec
les Détachemens ordinaires
. Elles prirent chacu--
ne cent Bombes , &
du
leur eftoit neceffaires
le vent s'eftant rafraifchy ,
elles ne purent tirer que fur
les deux heures aprés minuit
24. ce qu'elles firent, fans
eftre incommodées du Canon
de la Ville , non plus
que le jour précedent, quoy
que les Bombes y fuffent jetrées
fi jufte , qu'on y vit le
Louſt 1685.
F
66 MERCURE
feu en plufieurs endroits.
M. le Maréchal d'Eftrées
ayant un autre deffein que
de leur jetter des Bombes,
commanda un détachement
pour aller fonder jufdans
le Port le fond
qu il pouvoit avoir , & defcendre
fur l'écueil le plus
proche de la Ville , afin de
voir s'il y auroit affez de terrain
pour y dreffer une Batterie
, d'où l'on puſt ruiner
la Place & les Fortereffes.
M. de Landoüillet , & M. de
Pointy s'embarquerent dans
une Chaloupe , & partirent
GALANT. 67
›
à dix heures du matin pour
aller au Port avec une Ga--
liote à Rames , commandée
par M. le Motheux , & cinq
Chaloupes
armées. Les Tripolins
commencerent
alors
à faire un grand feu ; mais ,
leur
Canon , quoy que
bien fervy ,
n'empefcha pas
que l'on n'abordaft
l'Ecueil,,
qui eft à une portée de
Moufquet de la Ville , & par
confequent
exposé à toutes
leurs Batteries M'S de Lán--
doüillet & de Pointy mi--
rent pied à terre fur l'Ecueil ,
&
connurent tout qui pou
E ij
68 MERCURE
voit fervir au deffein qu'on
- avoit pris. Pendant que les
cinq Chaloupes , malgré le
feu violent que faifoient les
Ennemis , fonderent dans le
Port , & à l'entour de l'Ecueil
, où l'on trouva un
beau fond , on vit au bord
de la Mer quantité de Troupes
de Cavalerie & d'Infanterie
, fur lesquelles M. de la
Guiche Lieutenant de Vaif
feau , commandant la premiere
des cinq Chaloupes,
tìra quelques coups de Canon
; ce qui furprit d'autant
plus les Ennemis , qu'ils n'aGALANT.
69
voient jamais veu que des
Chaloupes euffent du Canon.
Ceux qui eſtoient fur
l'Ecueil
, ayant remarqué
tout ce qu'ils vouloient fçavoir
, fe rembarquerent
, &
revinrent avec le détachement
. Plufieurs Boulets de
Canon porterent dans la
Galiote à Rames , de l'éclat
de l'un defquels , M. le Motheux
qui la commandoit
,
eut la cuiffe fracaffée . Trois
Soldats ou Matelots
y furent
auffi bleffez. Il y eut
plufieurs coups de Canon
dans les autres Chaloupes
;
70 MERCURE
mais elles n'en receurent au
cun dommage. M. le Comte
d'Eftrées , commandant
le Capable qui eftoit à la voile
pendant cette affaire , re--
vira de bord fur les Fortereffes
pour les canonner ;;
mais les Chaloupes s'eftant
retirées de deffous le feu
de la Ville , & le Vent s'étant
rafraiſchy , il revint :
moüiller auffi bien que la
Galiote qui avoit tiré
des Bombes jufqu'alors. Il
en tomba quelques - unes
dans la Ville , tandis que
le :
Peuple eftoit affemblé. Elless
GALANT. 71
tuerent environ trente
Hommes , & ce fracas fit
pouffer des cris épouventables.
Les Tripolins déconcertez
par l'effet des Bombes
, & incertains de ce
qu'on vouloit entreprendre
dans leur Port , fongerent
à fe garantir d'une Guerre,
dont la fin ne leur pouvoit
eftre que funefte , ce qu'ils
jugeoient aisément par l'intrépidité
de ceux qui en
plein jour , & malgré un feu
continuel , avoient abordé
un endroit , dont ils fe
croyoient entierement maî72
MERCURE
'
tres.
-
Ainfi ils réfolurent
d'envoyer demander la Paix,
& fur le midy on vit fortir
une Chaloupe avec un Pavillon
blanc. Elle vint à
bord de M. le Maréchal d'E
ftrées , & il parut un Vieillard
âgé de quatre – vingt
quatorze ans , qui aprés l'avoir
falué, luy dit. Jefuis l'infortuneTrik
, Beaupere de Babahaffan,
chaffe d' Alger ily a deux
ans, aprésy en avoir regné vingt
en qualité de Dey, & toujours
Amydes François .Je viens de la
du Divan de Tripoli , pour
Sçavoir ce que vous souhaitez,
part
&
GALANT. 73
eftre Médiateur de la Paix.
Cette propofition fut fort
bien receuë. M. le Maréchal
d'Eftrées répondit
, que
les Tripolins n'ignorant pas
les raiſons qui obligeoient
les François à les attaquer,
pouvoient aisément s'imaginer
de quelle façon il fal-
Toit agir pour faire finir la
Guerre ; qu'il vouloit bien
faire dreffer des Articles, fur
lefquels ils auroient à prendre
leurs meſures , & que
pour leur en faciliter les
moyens , non feulement il
leur accordoit une Tréve
Aoust 1685.
G
74 MERCURE
jufqu'au lendemain midy;
mais mefme qu'il leur envoyeroit
des Officiers auf
quels ils pourroient déclarer
leurs fentimens , mais
que s'ils vouloient profiter
d'une occafion fi favorable,
il falloit le faire fans aucun
delay , parce qu'il n'avoit
pas envie de perdre un feul
moment de beau temps.
Trik promit de leur faire
entendre ponctuellement
ces circonftances , & aprés
avoir affeuré M. le Maréchal
d'Eftrées qu'il avoit laiffé la
Villle dans une entiere dif
GALANT. 75
pofition à la Paix , il partit
du Vaiffeau laiffant pour
Oftage un des principaux
de Tripoli , qui eftoit venu
avec luy , pendant que M.
de Reymond , Major de
l'Armée , & M. de la Croix
Interprete, iroient à la Ville.
On tira cinq coups de Canon
pour le falüer à fon départ
, ce qui raffeura les Habitans
, que l'effet des Bombes
avoit jettez dans une
confternation
ble.M.de Reymond y partit
dans le mefme temps avec
M. de la Croix , & eſtant arinexprima-
Gij
76 MERCURE
rivé à la Ville , il fe rendit
chez le Dey, auquel il dit de
la part de M.le Vice- Amiral,
que l'on eftoit informé du
deffein que les Tripolins
avoient de faire la Paix , &
que s'il vouloit fçavoir à
quelles conditions on la
pouvoit obtenir , il n'avoit
qu'à préparer fon Confeil,
auquel on viendroit les expliquer
le lendemain . Le
Dey témoigna beaucoup de
joye d'une déclaration fi
avantageufe ; il affeura qu'il
employeroit tous les foins
pour mettre les Affaires en
GALANT. 77
état d'eſtre concluës au plûtoft
, & comme les honneftetez
font toûjours d'un
bon préfage dans le commencement
d'un Traité , il
en fit beaucoup à M. de
Reymond , qui en s'embar--
fut falué de plufieurs
quant y
coups de Canon .
Trix qui eftoit refté la nuit
dans la Ville , vint dés le ma---
tindu 25.à bord des Vaiffeaux , ›
pour prendre les Officiers
chargez des Conditions fous
lefquelles M. le Maréchal
d'Eftrées accordoit la Paix
aux Tripolins . Ils allerent
78 MERCURE
chez leDey ; & les plus confiderables
de Tripoli s'y eftant
rendus , on leut des articles .
Les principaux confiſtoient
à donner deux cens mille
écus pour le dédommagement
des prifes qu'ils avoiét
faites fur les Marchands Fráçois
, & à rendre tous les Efclaves
Chreftiens ; non feulement
les François , mais les
autres pris fous la Baniere
de France. Ils parurent étonnez
de ce qu'on leur demandoit
pour ce dédommagement.
Ils dirent qu'à la veri- ›
té ils avoient fait quelques
GALANT. 79
priſes , mais qu'il s'en falloit
beaucoup qu'elles n'allaſſent
à une fomme fi confiderable .
Ils ajoûterent qu'il leur feroit
entierement impoffible
de la trouver ; & ayant of
fert cent mille écus , ils prierent
avec tant de foûmiffion
& d'inftance qu'on diminuaft
la fomme qui leur ef
toit demandée
, que pour fi
nir toute conteftation , on la
modera à celle de cinq cens
mille livres ; ils tomberent
d'accord de la donner , avec
tous les Efclaves François
, &
dirent qu'à l'égard de la fom-
•
Giiij
80 MERCURE
me , ils en payeroient une
partie dés le lendemain , &
qu'ils fourniroient le refte
dans le terme de vingt jours.
On leur en accorda quinze,.
à condition que pendant ce
temps , ils envoyeroient des
Boeufs chaque jour pour la
fubfiftance des Equipages.
Pour ce qui eft des Efclaves,
ils affeurèrent qu'ils alloient ,
commencer à rendre tous
ceux qu'ils avoient dans la
Ville & fes Dépendances ,
environ au nombre de deux
cens, & que quatre cens autres
eftant partis dans les fept
GALANT. 8t
Vaiffeaux qu'ils avoient au
fervice du Grand Seigneur
contre les Venitiens , ils envoyeroient
dix des Principaux
d'entr'eux pour Oftage
en France , juſqu'à ce que
le retour de ces Vaiffeaux
les mift en pouvoir de renvoyer
ces Efclaves . Ils en
rendirent cent quatre -vingtdés
le lendemain 26. & envoyerent
deux Oltages. M..
Robert Commiffaire de la
Marine , alla ce mefme jour
à la Ville avec M. Biet , Secretaire
de M. le Maréchal
d'Etrées, pour recevoir cent
82 MERCURE
cinquante mille livres , qu'ils
avoient promis de donner.
Ils manquerent de parole ,
& n'apporterent que fort
peu de chofe , alleguant des
difficultez que le Peuple avoit
fait naiftre . C'eſtoient
autant de fauffes raifons ,
pour voir s'il n'y auroit pas
moyen de diminuer la fomme.
Cette conduite penfa
leur coûter de nouvelles pertes
. Les Galiotes à Bombes
s'eftoient retirées d'auprés
de la Ville. On les avoit fait
remafter de leurs Mafts de :
Hunes , & elles avoient reGALANT.
83
pris leurs voiles , & tout ce
qu'elles avoient quitté pour
tirer. M. le Vice - Amiral
voyant les Tripolins en balance,
leur fit dire qu'il trouveroit
les moyens de fe faire
tenir parole. En mefme teps
il ordonna aux Bombardes
de fe tenir preftes pour jetter
des Bombes au premier
fignal . En effet, elles mirent
bas leurs Mafts de Hune , &
s'approcherent de la Ville.
Cette difpofition effraya les
Tripolins . Ils avoient éprouvé
à leurs dépens ce qu'ils
avoient à craindre des Bom84
MERCURE
bes ; & le Dey voyant qu'on
alloit recommencer tout de
bon à en jetter , refolut de
tout remettre en uſage pour
en détourner l'effet. Le peuple
fe laiffa perfuader aiſément
, & offrit de contribuer
autant qu'il pourroit au
payement d'une fomme qui
devoir finir la guerre . On
impofa une taxe , & quelques
- uns des principaux
ayant dit qu'il eftoit honteux
d'accepter la Paix, & de
rendre les Efclaves , le Dey
fit couper la tefte à
des al riches ; &
quatre
par cet
GALANT. 85
1
I
exemple , cruel à la verité ,
mais fort neceffaire , il donna
lieu à la contribution de
la fomme que les Tripolins
avoient accordée. C'eft ce
qu'on apprit d'une Chaloupe
qu'ils envoyerent à bord.
Le 27. outre l'argent monnoyé,
& les lingots , ils apporterent
des bagues , des
colliers, des diamans , & plufieurs
autres joyaux de prix,
qu'ils ne faifoient point difficulté
d'ofter à leurs fem
mes , pour affeurer leur repos.
Ils rendirent auffi un
Vaiffeau Marchand du Ca86
MERCURE
pitaine Jean Carle de Marfeille
, qu'ils avoient pris
quelque temps auparavant.
Ils eurent jufqu'au 9. de Juillet
, à fournir la fomme entiere
, foit en argent , foit en
marchandiſe ; & ils donnerent
jufqu'aux Lampes d'argent
de la Sinagogue des
Juifs , aufquelles ils ajoûterent
des Harnois enrichis
d'argent , les ornemens des
Mitres des Janiffaires , & la
Pomme d'argent doré du
grand Etendard . M. le Vice-
Amiral avoit refolu de ne
point figner la Paix qu'aprés
GALANT. 87
ce temps-là ; mais ayant appris
que le Peuple qui avoit
abandonné la Ville , ne vouloit
point y rentrer qu'on ne
l'euft mis hors d'eftat de
craindre les Bombes , envoya
fon Secretaire à la maifon
du Dey , qui de fon coſté
luy envoya un Chaoux pour
ratifier la Paix . Ainſi M. de
la Croix, qui en avoit mis les
Articles en langue Turque ,
les leut en plein Divan ; &
aprés cette lecture , les Tripolins
la fignerent , & y mirent
le Sceau . Ils tirerent
vingt- cinq coups de Canon ,
88 MERCURE
pour faire paroiftre leur rẻ-
joüiffance ; & ils en tirerent
enfuite un pareil nombre
pour falüer M. le Maréchal
d'Eftrées. Un Patron Maltois,
forty de leur Port, avoit
affeuré qu'il y avoit plufieurs
maifons abattuës , plus de
trois cens perfonnes tuées ,
& que tous les Habitans ef
toient fi épouvantez
, qu'il
n'y a rien qu'ils n'euffent
donné pour avoir la Paix . Ils
demanderent un Conful de
la Nation Françoiſe , & M.
Martinet fut nommé pour
cet Employ , en attendant
GALANT. 89
les ordres de Sa Majesté. Si-
I toft que le Pavillon de Fran- -
ce parut fur la Maiſon , les
Tripolins tirerent encore
vingt-cinq coups de Canon
pour le falüer.
3
Cette Relation vous fem
bleroit imparfaite, fi je la finiffois
fans vous dire quel--
que chofe de particulier
de M. le Motheux , Capitai--
ne de Fregate legere , qui a
efté le feul Officier bleffe . Il
eut la cuiffe caffée en deux
endroits d'un éclat de boulet
de Canon, qui donna dans
la Galiote qu'il comman
Aguſt1685
H.
90 MERCURE
-
doit, comme je vous l'ay dé
ja marqué. M. le Motheux
eft tres diftingué dans le
Corps de la Marine. Il n'a
trouvé aucune occafion de
fe fignaler , qu'il n'ait embraffée
avec une ardeur digne
de fon zele. Il commandoit
une Galiote à l'affaire
d'Alger ; & il s'expoſoit avec
tant d'intrepidité & de valeur
, que les Officiers Generaux
furent obligez de luy
envoyer dire qu'il fe retiraft ;
à quoy il répondit , qu'il ef
toit neceffaire qu'il occupaft
le Poſte où il eftoit pour le
1
GALANT. GT
fervice de Sa Majesté . A la
defcente qui fut faite à Ge
nes , il fe trouva à la tefte des
Grenadiers , qui chafferent
tout ce qu'il y avoit de Troupes
dans Saint Pierre d'Are
ne ; & le refte de la Campagne
, il eut le commande--
ment de trois Galiotes à Ra-+
mes , avec lesquelles il pritt
dans la Riviere de Gehes
plufieurs petits Baftimens ,
qu'il aima mieux brûler que
d'écouter aucune ' dest propofitions
que luy firent lest
Proprietaires de ces Baftia !
mens, qui fe foûmettoient ài
Hij
92 MERCURE
luy payer tout ce qu'il voudroit
leur demander pour les
rendre . Il leur répondit , que
les Officiers qui avoient l'ho
neur de commander les Vaiffeaux
du Roy, eftoient incapables
de confentir à des
compofitions qui leur fuf
fent perfonnelles , & fit mettre
le feu à leurs Baftimens.
en leur preſence.
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
En juin, le maréchal d'Estrées, vice-amiral de France, mena une expédition contre Tripoli. La flotte, partie de Lampedouse, atteignit Tripoli le 19 juin. Cette ville, ancienne capitale romaine, était alors sous contrôle ottoman dirigé par un bacha. En raison du mauvais temps, la flotte française envoya des chaloupes pour explorer le port. Le 22 juin, les bombardes françaises commencèrent à bombarder la ville. Les défenseurs de Tripoli ne répondirent pas aux tirs. Les Français réussirent à aborder un écueil près du port et à le sonder, ce qui impressionna les habitants de Tripoli, les incitant à entamer des négociations de paix. Un représentant tripolin, Trik, proposa une médiation, et une trêve fut accordée jusqu'au lendemain midi. Les négociations aboutirent à un accord stipulant que Tripoli devait verser 500 000 livres pour compenser les prises faites sur les marchands français et libérer les esclaves chrétiens. Initialement, les Tripolitains ne respectèrent pas leur promesse, mais ils finirent par payer la somme totale en argent et en biens précieux. La paix fut officiellement signée le 9 juillet. Les Tripolitains demandèrent la nomination d'un consul français, et Monsieur Martinet fut désigné pour ce poste. Le capitaine Motheux, blessé lors de l'incident, était reconnu pour son courage et son dévouement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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164
p. 41-44
Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay il y a un an de beaucoup de nouveaux Regimens [...]
Mots clefs :
Régiments, Roi, Création, Provinces, Compagnies, Services, Capitaine, Gloire, Intendant, Cardinal, Officiers, Troupes
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texteReconnaissance textuelle : Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
Je vous parlay il y aun am
de beaucoup de nouveaux
Regimens que le Roy fit
Septembre 168 .
*
D
42 MERCURE
fous le nom de plufieurs Provinces
de France. Sa Majefté
vient encore d'en créer
deux , fous le nom de Ponthieu
& de Beaujolois. Ils
font compofez de plufieurs.
Compagnies tirées des vieux
Corps . Le Regiment de Ponthieu
a efté donné à M. le
Comte de Lomont , Capitaine
du Regiment Royal d'Infanterie
, en confideration
des fervices qu'il a rendus
dans un Corps , où l'on a occafion
d'acquerir beaucoup
de gloire lors qu'on y fait fon
devoir , puis qu'on y eft fou
GALANT. 43
vent exposé aux perils de la
Guerre. M. de Berulle , Capitaine
dans le Regiment du
Roy , a eu le Regiment de
Beaujolois . Il eft Frere de M ..
de Berulle, Intendant de Juftice
en Auvergne . Cette Fa
mille a donné un Cardinal ,,
& plufieurs Perfonnes qui
ont poffedé les plus eminentes
Dignitez de la Robe ; &
ce qu'il y a de remarquable,
c'eſt qu'elle a toûjours efté
en reputation d'une grande
probité. Le Roy ne recom
penfe pas feulement des gens
de diftinction & de merite ,
Dij
44 MERCURE
en créant ces deux nouveaux
Regimens ; mais Sa Majesté,
qui n'ignore rien de tout ce
qui peut eftre utile à fon Etat
, & à qui l'art de la Guerre
n'eft pas moins connu que
Part de regner, fçait que plus
il y a d'Officiers dans des
Troupes , plus on doit s'en
promettre , & compter fur
feur bonté ; non feulement
parce que l'exemple des Of
ficiers les anime, mais enco
re parce qu'il eft plus aifé de
leur faire obferver la difci
pline militaire.
de beaucoup de nouveaux
Regimens que le Roy fit
Septembre 168 .
*
D
42 MERCURE
fous le nom de plufieurs Provinces
de France. Sa Majefté
vient encore d'en créer
deux , fous le nom de Ponthieu
& de Beaujolois. Ils
font compofez de plufieurs.
Compagnies tirées des vieux
Corps . Le Regiment de Ponthieu
a efté donné à M. le
Comte de Lomont , Capitaine
du Regiment Royal d'Infanterie
, en confideration
des fervices qu'il a rendus
dans un Corps , où l'on a occafion
d'acquerir beaucoup
de gloire lors qu'on y fait fon
devoir , puis qu'on y eft fou
GALANT. 43
vent exposé aux perils de la
Guerre. M. de Berulle , Capitaine
dans le Regiment du
Roy , a eu le Regiment de
Beaujolois . Il eft Frere de M ..
de Berulle, Intendant de Juftice
en Auvergne . Cette Fa
mille a donné un Cardinal ,,
& plufieurs Perfonnes qui
ont poffedé les plus eminentes
Dignitez de la Robe ; &
ce qu'il y a de remarquable,
c'eſt qu'elle a toûjours efté
en reputation d'une grande
probité. Le Roy ne recom
penfe pas feulement des gens
de diftinction & de merite ,
Dij
44 MERCURE
en créant ces deux nouveaux
Regimens ; mais Sa Majesté,
qui n'ignore rien de tout ce
qui peut eftre utile à fon Etat
, & à qui l'art de la Guerre
n'eft pas moins connu que
Part de regner, fçait que plus
il y a d'Officiers dans des
Troupes , plus on doit s'en
promettre , & compter fur
feur bonté ; non feulement
parce que l'exemple des Of
ficiers les anime, mais enco
re parce qu'il eft plus aifé de
leur faire obferver la difci
pline militaire.
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Résumé : Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
En septembre 1680, le roi de France a créé deux nouveaux régiments d'infanterie : Ponthieu et Beaujolais, formés à partir de compagnies existantes. Le régiment de Ponthieu a été confié à M. le Comte de Lomont, capitaine du Régiment Royal d'Infanterie, en reconnaissance de ses services. Le régiment de Beaujolais a été attribué à M. de Bérulle, capitaine dans le Régiment du Roi et frère de M. de Bérulle, intendant de justice en Auvergne. La famille Bérulle est réputée pour sa probité et compte parmi ses membres un cardinal et plusieurs personnalités ayant occupé des postes importants dans la magistrature. Par ces nominations, le roi récompense des individus distingués et méritants, tout en renforçant la discipline et l'efficacité militaire par une augmentation du nombre d'officiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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165
p. 267-296
Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous écrirois tous les jours, au lieu que je [...]
Mots clefs :
Combat, Allemagne, Charles de Lorraine, Prince, Armée, Camp général, Ennemis, Escarmouche, Turcs, Bataille, Électeur de Bavière, Mouvements des troupes, Cavaliers, Honneur, Grenadiers, Héros, Empereur Constantin, Édifices
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texteReconnaissance textuelle : Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
Quand je vous écrirois
tous les jours , au lieu que je
ne le fais qu'à la fin de cha
que mois , je ne fçay fi je
pourrois avoir l'avantage
de vous apprendre les
grands évenemens , avant
que vous en fuſſiez inſtruite,
Z ij
268 ย MERCURE
puis que par l'éclat qu'ils
font lors qu'ils arrivent , le
bruit s'en répand par tout
avec tant de promptitude,
que tout le monde les fçait
prefque en mefme temps.
Telle a efté la priſe de Nevvhaufel
, dont je dévrois aujourd'huy
vous mander les
,
circonftances ; mais comme
les Hiftoires genérales ne les
marqueront peut-eſtre de
plufieurs années je croy
pouvoir differer d'un mois à
vous en parler , afin de ne
vous laiffer rien à fouhaiter
fur cét article . Cependant
GALANT. 269
je vous envoye le Plan de la
Place , & vais vous faire part
du Combat qui s'eſt donné
avant fa prife entre les
Troupes
Chrétiennes
&
celles des Turcs. Le Prince
Charles de Lorraine ayant
appris que les Ennemis au
nombre de cinquante à foixante
mille , affiegeoient la
Ville de Gran , autrement
deux a
Strigonie , dont je vous parlay
il y ans , lors que
ce Prince la prit , réfolut
d'aller au fecours de cette
Place . Il laiffa feize mille
Hommes devant Nevvhau-
Z iij
270 MERCURE
Bataille aux
fel , fous le Commandement
du Comte Caprara , Maréchal
de Camp Genéral , &
marchant avec trente - cinq
mille , il arriva le 12. du der
nier mois à la veuë de Gran,
& des Ennemis , qui réfolus
de donner
Chrétiens , leverent auffi
- toft le Siege , & vinrent fe
pofter dans l'endroit le plus
avantageux qu'ils purent
choifir. Ils avoient le Danube
à leur droite , une longue
chaîne de Montagnes
efcarpées à leur gauche , le
chemin de Bude derriere
GALANT. 271
eux , & devant, un Marais
fort difficile , & au paffage
duquel ils attendoient l'Armée
des Chrétiens . On fit
reconnoiftre ce Marais , &
on ne jugea pas à propos de
le paffer en défilé devant une
Armée nombreuſe & en
Bataille. On campa à la portée
du Canon de ce Marais,
où l'on demeura quatre
jours en prefence . Ces qua
tre jours ſe paſſerent en efcarmouches
, où lesChrétiens
eurent prefque toûjours
l'avantage ; ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eſt
Z iiij
272 MERCURE
que les Turcs n'oferent - jamais
paffer le Marais pour
venir efcarmoucher du côté
des Allemans , & queles
Allemans le paffoient toûjours
devant eux. Enfin la
nuit du 15. au 16. les Genéraux
Allemans réfolurent
de décamper , foit pour
prendre un Pofte plus commode
, foit pour attirer les
Ennemis. Ils firent marcher
à dix heures du foir leur gros
bagage , l'Armée étant en Bataille.
Les Turcs s'apperceu
rent de ce mouvement , & le
prenant pour une fuite vouGALANT.
273
lurent en profiter.Ils avoient
déja travaillé à pouffer des retranchemens
fur les Montagnes
de leur gauche , qui
eftoient à la droite des Chré
tiens. Ils avancerent avec
beaucoup de chaleur, &pafferent
leMarais avec une grande
précipitation
, pour venir
charger les Troupes qui fe
retiroient. Ils donnerent d'abord
fur l'aifle gauche commandée
par Monfieur l'Electeur
de Baviere , où ils
furent vivement repouſſez,
avec perte de beaucoup de
Janiffaires. Les Chrétiens
274 MERCURE
n'eurent qu'un Gentilhomme
de tué , qui combattoit
à cofté de Mr le Prince
Eugéne de Savoye , dont le
Régiment de Dragons eftoit
à la tefte de l'aifle gauche.
Les Turcs firent de grands
cris toute la nuit , & travaillerent
à avancer , & à affeurer
leur retranchement qui
eftoit fur les Montagnes
,
parce qu'ils prétendoient
faire leur principal effort de
ce cofté là , à cauſe que la
cheute des Montagnes leur
donnoit moyen de prendre
l'Armée Ennemie en flanc..
GALANT. 275
Les Chrétiens de leur cofté
marcherent avec beaucoup
de filence , & gagnerent un
pofte plus reculé , & plus avantageux
, où l'on avoit
deffein d'attendre les Ennemis
. On leur fit volte-face
de temps en temps pour les
arrefter , & on les trouva en
Bataille à la pointe du jour
au Pofte qu'on avoit voulu
gagner. Il s'éleva en mefme
temps un Broüillard fi épais,
que les Ennemis ne pouvoient
voir l'Armée , ny
l'Armée les Ennemis , quoy
qu'on entendift de part &
276 MERCURE
d'autre le bruit des Tambours
& des Trompettes.
Le Soleil parut qui diffipa ce
Broüillard. On fit encore
volte-face , & l'on marcha
en pleineBataille aux Turcs,
qui ayant tous paſſé le Marais
, eftoient auffi en Bataille
. Meffieurs les Princes
de Conty & de la Roche
Sur-Yon qui attendoient depuis
long- temps le jour de
cette Bataille ,pour terminer
leur Campagne auffi glorieufement
qu'ils l'avoient
commencée , choiſirent la
droite commandée par le
GALANT. 277
Prince Charles . Ils creurent
que le fort de la Bataille ſeroit
de ce cofté là , & ils ne
ſe tromperent pas . Les Enmis
deſcendirent avec une
impetuofité terrible , & des
cris épouventables , de deffus
les Montagnes , & vinrent
fondre fur l'Efcadron
où eftoient ces deux Princes
; c'eftoit celuy de Lanthiery
, du Régiment de Saxe
Lavembourg. On vit ce
qu'on n'avoit encore jamais
veu dans les Armées d'Allemagne
,
deux Princes du
Sang de France , qui ayant
A
278 MERCURE
+
refufé tous les Commandemens
qu'on leur avoit
voulurent comofferts
,
battre comme fimples Volontaires
. Ils eftoient au
premier rang de cet Eſcadron
, qui eftoit à la teſte de
l'Armée ; ils avoient auprés
d'eux quelques- uns de leurs
Gentilshommes d'un cofté,
& de l'autre les Cavaliers
du Regiment où ils come
battoient , fi fiers de voir
ces deux Princes meflez par
my eux , qui les animoient
par leur exemple , que leurs
Officiers ravis de l'honneur
x
GALANT. 279
que recevoit leur Regiment,
& de voir tant de courage &
tant d'ardeur de combattre
dans le coeur de leurs Soldats
, dirent hautement ,
Quuee toute l'Armée Turque ne
feroit pas plierce feul Eſcadron.
Ils ne fe tromperent point ;
les Turcs tomberent fur cet
Efcadron jufques à trois fois,
avec cette fureur & ces cris
qui les rendent fi terribles ,
& ils le trouverent fi iné.
branlable , que la fermeté
de cette feule Troupe , qui
eftoit la premiere qu'ils rencontroient
, ne contribua
,
280 MERCURE
pas peu à les étonner, & à leur
faire prendre la fuite ; ce qui
caufa la déroute de leur Ármée.
Les deux Princes , quoy .
que leurs Gentilshommes
les euffent preffez de s'armer
de leurs Cuiraffes , à l'exemple
de tous les Generaux , &
de tous les Colonels de l'Empire,
eftoient en fimples Jufte-
au - corps, à la tefte de ces
Colonels tout cuiraffez , &
tout couverts de fer. Ils ef
fuyerent en cet eſtat tout le
feu du Canon & de la Mouf
queterie des Tucrs , & attendirent
leurs Sabres avec un
GALANT: 281
viſage qui raffuroit les moins
hardis. Les Turcs s'abandonnerent
entierement à la fuite
, aprés eftre venus deux ou
trois fois à la charge fans.
pouvoir rompre l'Armée
Chretienne
. On les pourfuivit
jufqu'au Marais qu'ils
pafferent en defordre , la viteffe
de leurs Chevaux les dérobant
aux Chreftiens. Le
Serafkier tâcha de les rallier
derriere le Marais , à la tefte
de ſon Camp , où une partie
fe remit en bataille , tandis
que les Generaux de l'Armée
victorieufe , qui avoit déja
Septembre 1685.
A a
282 MERCURE
pris tout le Canon , déliberoient
s'ils pourſuivroient
ce
avantage.Monfieur premier
Î'Electeur de Baviere paffa le
Marais , avec Meffieurs les
Princes & leurs Gentilshommes,
pour obferver la contenance
des Ennemis ; & le
peu d'affeurance & de fermeté
qu'ils leur remarquerent
, obligea Monfieur de
Baviere à faire paſſer l'aile
qu'il commandoit. Monfieur
le Prince Charles fit
la mefme chofe de fon cofté,
& les Ennemis épouvantez
prirent la fuite encore une
GALANT. 283
fois fans les attendre . Ils a--
bandonnerent leur Camp &
leur Bagage , & ſe fauverent
par trois chemins differens ,,
fi intimidez & fi troublez ,,
que les Janiffaires tuoient les
Spahis afin d'avoir leurs che
vaux ; de forte que les Turcs
n'ayant perdu que trois ou
quatre mille hommes dans ›
la premiere action , en per--
dirent encore beaucoup par
la terreur & le defordre . de :
leurs propres Troupes dans ›
cette feconde déroute. Aprésla
Bataille , Monfieur le Prin--
ce de Conty envoya Mr de
Aaij ;
284 MERCURE
la Chapelle Secretaire de fes
Commandemens
, porter cét
cinquante Ducats aux Cavaliers
de l'Eſcadron dans
lequel il avoit combattu , &
dix en particulier au Cavalier
qui s'eftoit trouvé à fon
cofté, Cette liberalité fut receuë
avec des marques de
joye & d'admiration, qui durerent
tout le refte du jour ,
& au bruit des Trompettes
& des Timbales. Les Generaux
& les Officiers affure,
rent ce Prince , que fon nom
feroit immortel dans les Archives
de l'Empire
, ou parGALANT:
285
my les choſes extraordinaires
qui fe font faites dans
cette derniere guerre , on
marqueroit comme la plus
grande , la refolution & la
valeur avec laquelle deux
Princes du Sang de France
avoient combattu contre les
Ennemis de la Foy.
J'ay oublié de vous dire,
Lors que
que que Monfieur l'Electeur
de Baviere eut fait
paffer le Marais à ſes Troupes
, elles fe trouverent fans
Grenadiers, parce qu'ils n'avoient
point eu ordre de fuivre.
Cela fut caufe que Mon286
MERCURE
fieur le Prince de la Rochefur-
Yon les alla querir , de
forte qu'il paffa & repaffa
deux fois le Marais, avec une
chaleur qui faifoit connoître
l'impatience que ce Prince
avoit de combattre. J'ajoûteray
une choſe dont aucune
Relation n'a parlé , &
qu'on affeure avec certitude;;
c'eſt que Monfieur l'Electeur
de Baviere & le Prince
Charles commandoient alternativement
l'Avant-garde,
& que ce dernier devant
la commander le jour que fe:
donna la Bataille , ce fut par :
GALANT 287
>
cette feule raiſon qu'il eut
l'Aile droite ce jour -là . Meffieurs
les Princes de Conty
& de la Roche -fur-Yon prévoyant
que l'Aile gauche
feroit la premiere attaquée,
refolurent d'y combattre avec
Monfieur l'Electeur de
Baviere , & la fuite fit voir
qu'ils en avoient jugé, comme
auroient pû faire les Capitaines
les plus experimentez
, puifque tout l'effort tomba
de ce cofté-là . Leur intrepidité
fait bien connoiſtre
qu'ils font nez de l'augufte
Sang de Bourbon, puifqu'ils
288 MERCURE
ont combattu fans eftre couverts
d'aucunes armes , &
qu'ils ont eu à cofté d'eux
les fimples Cavaliers du Regiment
où ils ont fait éclater
leur valeur ; ce qui marque
qu'ils n'ont voulu fe faire
diftinguer que par leur
courage , auquel ils doivent
toute la gloire qu'ils ont acquife
en cette perilleufe occafion.
Ils n'ont pas efté
moins admirez , par la maniere
dont ils ont vefcu à
l'Armée. Ils y ont toûjours
foûtenu avec éclat le Caractere
de Princes du Sang de
France
GALANT. 289
France ; & quand ils en font
partis , ils y ont fait des Prefens
qui font connoiftre que
la liberalité a toûjours eſté
une des vertus de Monfieur
le Prince de Conty.
Tant que ces deux Princes
ont efté à l'Armée , on
leur a rendu tous les honneurs
qu'on devoit à leur
naiffance & à leur merite
particulier. Avant que Monfieur
l'Electeur de Baviere
fuft arrivé , ils eftoient gardez
par des Troupes de l'Em..
pereur , dont il y avoit des
Sentinelles pofées autour de
Septembre 1685.
Bb
290 MERCURE
leurs Tentes ; & quand cet
Electeur fut au Camp , ces !
Princes ayant efté dans fon
Quartier , ils eurent la meſme
garde que luy , & des
Sentinelles de fes Gardes du
Corps . Jamais Volontaires
n'ont efté fi expoſez , & jamais
on n'a pouffé plus loin
l'intrepidité , & la refolution
d'acquerir cette veritable
gloire qui fait les Heros .
Vous en ferez convaincuë
,
quand vous aurez fceu qu'au
commencement de la Ĉampagne,
lesTurcs propoferent
de faire bonne guerre
, en
GALANT. 29r
gardant de part & d'autre
les prifonniers qu'on feroit ,
pour les échanger ; & que
les Allemans preffentant
les
avantages qu'ils devoient
remporter, &fiers par avance
des fuccés dont ils ſe croyoiét
affeurez
, répondirent
que
en fimm
comme ils ne vouloient aucun
quartier, ils n'en feroiết
point. Ainfi ces Princes ,
en combattant
ples Volontaires , étoient
prefque affeurez de perir , fi
Ies Chreftiens euffent eu du
defavantage , puifque rien
ne marquant leur naiſſance,
Bb ij
292 MERCURE
¡
on ne leur auroit point
fait de quartier dans un
temps où à peine l'auroiton
donné aux principaux
Chefs de l'Armée . Voilà
ce qui n'a point encore
efté fceu , & qui fait voir
que Meffieurs les Princes
de Conty & de la Rochefur
yon ont eſté animez
en ce Combat de ce Sang
guerrier , dont la gene
reufe & bouillante ardeur
a fait fi fouvent gagner
des Batailles.
·
Le gain de celle qui fut
donnée le feiziéme d'Aouft
GALANT. 293
dernier , avoit efté precedé
de pluſieurs avantages reinportez
par le Comte de Lef-
Jé prés du Pont d'Effex, dont
il brufla onze cens pas le 13.
du mefme mois . Il prit la
Ville d'Effex qu'il fit piller,
& il y trouva beaucoup de
vivres dont il avoit un befoin
extréme ; mais n'ayant
pû fe rendre Maistre du
Chaſteau , il ſe retira prefque
auffi-toft qu'on eut faccagé
la Ville. Le Pont d'Effex
eft un ouvrage fi confiderable
, & il en eft fi fouvent
parlé dans les Rela
Bb iij
294 MERCURE
tions des Guerres que les
Chrétiens ont contre les
Turcs , que je croy vous en
devoir dire quelque chofe.
On l'appelloit anciennemét
Murfa. C'eft où Conſtance,
Fils de l'Empereur Conſtantin,
défit le Tyran Magnence
J'an 359. Ce Pont eft le plus
beau de tous ceux qui foit en
ces quartiers là , & fur les
autres Rivieres. Il eſt baſty
en partie fur le Drave , & en
partie fur la Riviere de Femis
, qui fe débordent fouvent
l'une & l'autre . Il a environ
deux lieuës de long
GALANT. 295
II
y a cinq Tours baſties def
fus , & il eft tres- bien entretenu
', & foûtenu
par de
grands Arbres qui forment
fes Arches. Le Comte Ni
colas Serin fit abattre une
partie de ce Pont en 1664.
mais on y a fait depuis un
Pont de Bateaux
, un peu
plus bas que n'eftoit le
mier. Les Turcs n'ont pas
voulu le rebaftir dans la
mefme place , parce que les
Poutres qui le foûtenoient
& qui eftoient dans l'eau,
s'attacherent
fi fort aprés
que le feu fe fut éteint, qu'ils
Bb iiij
pre
296 MERCURE
auroient eu trop de peine à
les retirer. C'eft fur ce Pont
que paffent toutes les Armées
qui viennent en Hongrie
, & ce fut en cét endroit
que le malheureux Roy
Louis creut avoir arrefté les
Turcs qui marchoient fous
la conduite de Soliman en
1521.
tous les jours , au lieu que je
ne le fais qu'à la fin de cha
que mois , je ne fçay fi je
pourrois avoir l'avantage
de vous apprendre les
grands évenemens , avant
que vous en fuſſiez inſtruite,
Z ij
268 ย MERCURE
puis que par l'éclat qu'ils
font lors qu'ils arrivent , le
bruit s'en répand par tout
avec tant de promptitude,
que tout le monde les fçait
prefque en mefme temps.
Telle a efté la priſe de Nevvhaufel
, dont je dévrois aujourd'huy
vous mander les
,
circonftances ; mais comme
les Hiftoires genérales ne les
marqueront peut-eſtre de
plufieurs années je croy
pouvoir differer d'un mois à
vous en parler , afin de ne
vous laiffer rien à fouhaiter
fur cét article . Cependant
GALANT. 269
je vous envoye le Plan de la
Place , & vais vous faire part
du Combat qui s'eſt donné
avant fa prife entre les
Troupes
Chrétiennes
&
celles des Turcs. Le Prince
Charles de Lorraine ayant
appris que les Ennemis au
nombre de cinquante à foixante
mille , affiegeoient la
Ville de Gran , autrement
deux a
Strigonie , dont je vous parlay
il y ans , lors que
ce Prince la prit , réfolut
d'aller au fecours de cette
Place . Il laiffa feize mille
Hommes devant Nevvhau-
Z iij
270 MERCURE
Bataille aux
fel , fous le Commandement
du Comte Caprara , Maréchal
de Camp Genéral , &
marchant avec trente - cinq
mille , il arriva le 12. du der
nier mois à la veuë de Gran,
& des Ennemis , qui réfolus
de donner
Chrétiens , leverent auffi
- toft le Siege , & vinrent fe
pofter dans l'endroit le plus
avantageux qu'ils purent
choifir. Ils avoient le Danube
à leur droite , une longue
chaîne de Montagnes
efcarpées à leur gauche , le
chemin de Bude derriere
GALANT. 271
eux , & devant, un Marais
fort difficile , & au paffage
duquel ils attendoient l'Armée
des Chrétiens . On fit
reconnoiftre ce Marais , &
on ne jugea pas à propos de
le paffer en défilé devant une
Armée nombreuſe & en
Bataille. On campa à la portée
du Canon de ce Marais,
où l'on demeura quatre
jours en prefence . Ces qua
tre jours ſe paſſerent en efcarmouches
, où lesChrétiens
eurent prefque toûjours
l'avantage ; ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eſt
Z iiij
272 MERCURE
que les Turcs n'oferent - jamais
paffer le Marais pour
venir efcarmoucher du côté
des Allemans , & queles
Allemans le paffoient toûjours
devant eux. Enfin la
nuit du 15. au 16. les Genéraux
Allemans réfolurent
de décamper , foit pour
prendre un Pofte plus commode
, foit pour attirer les
Ennemis. Ils firent marcher
à dix heures du foir leur gros
bagage , l'Armée étant en Bataille.
Les Turcs s'apperceu
rent de ce mouvement , & le
prenant pour une fuite vouGALANT.
273
lurent en profiter.Ils avoient
déja travaillé à pouffer des retranchemens
fur les Montagnes
de leur gauche , qui
eftoient à la droite des Chré
tiens. Ils avancerent avec
beaucoup de chaleur, &pafferent
leMarais avec une grande
précipitation
, pour venir
charger les Troupes qui fe
retiroient. Ils donnerent d'abord
fur l'aifle gauche commandée
par Monfieur l'Electeur
de Baviere , où ils
furent vivement repouſſez,
avec perte de beaucoup de
Janiffaires. Les Chrétiens
274 MERCURE
n'eurent qu'un Gentilhomme
de tué , qui combattoit
à cofté de Mr le Prince
Eugéne de Savoye , dont le
Régiment de Dragons eftoit
à la tefte de l'aifle gauche.
Les Turcs firent de grands
cris toute la nuit , & travaillerent
à avancer , & à affeurer
leur retranchement qui
eftoit fur les Montagnes
,
parce qu'ils prétendoient
faire leur principal effort de
ce cofté là , à cauſe que la
cheute des Montagnes leur
donnoit moyen de prendre
l'Armée Ennemie en flanc..
GALANT. 275
Les Chrétiens de leur cofté
marcherent avec beaucoup
de filence , & gagnerent un
pofte plus reculé , & plus avantageux
, où l'on avoit
deffein d'attendre les Ennemis
. On leur fit volte-face
de temps en temps pour les
arrefter , & on les trouva en
Bataille à la pointe du jour
au Pofte qu'on avoit voulu
gagner. Il s'éleva en mefme
temps un Broüillard fi épais,
que les Ennemis ne pouvoient
voir l'Armée , ny
l'Armée les Ennemis , quoy
qu'on entendift de part &
276 MERCURE
d'autre le bruit des Tambours
& des Trompettes.
Le Soleil parut qui diffipa ce
Broüillard. On fit encore
volte-face , & l'on marcha
en pleineBataille aux Turcs,
qui ayant tous paſſé le Marais
, eftoient auffi en Bataille
. Meffieurs les Princes
de Conty & de la Roche
Sur-Yon qui attendoient depuis
long- temps le jour de
cette Bataille ,pour terminer
leur Campagne auffi glorieufement
qu'ils l'avoient
commencée , choiſirent la
droite commandée par le
GALANT. 277
Prince Charles . Ils creurent
que le fort de la Bataille ſeroit
de ce cofté là , & ils ne
ſe tromperent pas . Les Enmis
deſcendirent avec une
impetuofité terrible , & des
cris épouventables , de deffus
les Montagnes , & vinrent
fondre fur l'Efcadron
où eftoient ces deux Princes
; c'eftoit celuy de Lanthiery
, du Régiment de Saxe
Lavembourg. On vit ce
qu'on n'avoit encore jamais
veu dans les Armées d'Allemagne
,
deux Princes du
Sang de France , qui ayant
A
278 MERCURE
+
refufé tous les Commandemens
qu'on leur avoit
voulurent comofferts
,
battre comme fimples Volontaires
. Ils eftoient au
premier rang de cet Eſcadron
, qui eftoit à la teſte de
l'Armée ; ils avoient auprés
d'eux quelques- uns de leurs
Gentilshommes d'un cofté,
& de l'autre les Cavaliers
du Regiment où ils come
battoient , fi fiers de voir
ces deux Princes meflez par
my eux , qui les animoient
par leur exemple , que leurs
Officiers ravis de l'honneur
x
GALANT. 279
que recevoit leur Regiment,
& de voir tant de courage &
tant d'ardeur de combattre
dans le coeur de leurs Soldats
, dirent hautement ,
Quuee toute l'Armée Turque ne
feroit pas plierce feul Eſcadron.
Ils ne fe tromperent point ;
les Turcs tomberent fur cet
Efcadron jufques à trois fois,
avec cette fureur & ces cris
qui les rendent fi terribles ,
& ils le trouverent fi iné.
branlable , que la fermeté
de cette feule Troupe , qui
eftoit la premiere qu'ils rencontroient
, ne contribua
,
280 MERCURE
pas peu à les étonner, & à leur
faire prendre la fuite ; ce qui
caufa la déroute de leur Ármée.
Les deux Princes , quoy .
que leurs Gentilshommes
les euffent preffez de s'armer
de leurs Cuiraffes , à l'exemple
de tous les Generaux , &
de tous les Colonels de l'Empire,
eftoient en fimples Jufte-
au - corps, à la tefte de ces
Colonels tout cuiraffez , &
tout couverts de fer. Ils ef
fuyerent en cet eſtat tout le
feu du Canon & de la Mouf
queterie des Tucrs , & attendirent
leurs Sabres avec un
GALANT: 281
viſage qui raffuroit les moins
hardis. Les Turcs s'abandonnerent
entierement à la fuite
, aprés eftre venus deux ou
trois fois à la charge fans.
pouvoir rompre l'Armée
Chretienne
. On les pourfuivit
jufqu'au Marais qu'ils
pafferent en defordre , la viteffe
de leurs Chevaux les dérobant
aux Chreftiens. Le
Serafkier tâcha de les rallier
derriere le Marais , à la tefte
de ſon Camp , où une partie
fe remit en bataille , tandis
que les Generaux de l'Armée
victorieufe , qui avoit déja
Septembre 1685.
A a
282 MERCURE
pris tout le Canon , déliberoient
s'ils pourſuivroient
ce
avantage.Monfieur premier
Î'Electeur de Baviere paffa le
Marais , avec Meffieurs les
Princes & leurs Gentilshommes,
pour obferver la contenance
des Ennemis ; & le
peu d'affeurance & de fermeté
qu'ils leur remarquerent
, obligea Monfieur de
Baviere à faire paſſer l'aile
qu'il commandoit. Monfieur
le Prince Charles fit
la mefme chofe de fon cofté,
& les Ennemis épouvantez
prirent la fuite encore une
GALANT. 283
fois fans les attendre . Ils a--
bandonnerent leur Camp &
leur Bagage , & ſe fauverent
par trois chemins differens ,,
fi intimidez & fi troublez ,,
que les Janiffaires tuoient les
Spahis afin d'avoir leurs che
vaux ; de forte que les Turcs
n'ayant perdu que trois ou
quatre mille hommes dans ›
la premiere action , en per--
dirent encore beaucoup par
la terreur & le defordre . de :
leurs propres Troupes dans ›
cette feconde déroute. Aprésla
Bataille , Monfieur le Prin--
ce de Conty envoya Mr de
Aaij ;
284 MERCURE
la Chapelle Secretaire de fes
Commandemens
, porter cét
cinquante Ducats aux Cavaliers
de l'Eſcadron dans
lequel il avoit combattu , &
dix en particulier au Cavalier
qui s'eftoit trouvé à fon
cofté, Cette liberalité fut receuë
avec des marques de
joye & d'admiration, qui durerent
tout le refte du jour ,
& au bruit des Trompettes
& des Timbales. Les Generaux
& les Officiers affure,
rent ce Prince , que fon nom
feroit immortel dans les Archives
de l'Empire
, ou parGALANT:
285
my les choſes extraordinaires
qui fe font faites dans
cette derniere guerre , on
marqueroit comme la plus
grande , la refolution & la
valeur avec laquelle deux
Princes du Sang de France
avoient combattu contre les
Ennemis de la Foy.
J'ay oublié de vous dire,
Lors que
que que Monfieur l'Electeur
de Baviere eut fait
paffer le Marais à ſes Troupes
, elles fe trouverent fans
Grenadiers, parce qu'ils n'avoient
point eu ordre de fuivre.
Cela fut caufe que Mon286
MERCURE
fieur le Prince de la Rochefur-
Yon les alla querir , de
forte qu'il paffa & repaffa
deux fois le Marais, avec une
chaleur qui faifoit connoître
l'impatience que ce Prince
avoit de combattre. J'ajoûteray
une choſe dont aucune
Relation n'a parlé , &
qu'on affeure avec certitude;;
c'eſt que Monfieur l'Electeur
de Baviere & le Prince
Charles commandoient alternativement
l'Avant-garde,
& que ce dernier devant
la commander le jour que fe:
donna la Bataille , ce fut par :
GALANT 287
>
cette feule raiſon qu'il eut
l'Aile droite ce jour -là . Meffieurs
les Princes de Conty
& de la Roche -fur-Yon prévoyant
que l'Aile gauche
feroit la premiere attaquée,
refolurent d'y combattre avec
Monfieur l'Electeur de
Baviere , & la fuite fit voir
qu'ils en avoient jugé, comme
auroient pû faire les Capitaines
les plus experimentez
, puifque tout l'effort tomba
de ce cofté-là . Leur intrepidité
fait bien connoiſtre
qu'ils font nez de l'augufte
Sang de Bourbon, puifqu'ils
288 MERCURE
ont combattu fans eftre couverts
d'aucunes armes , &
qu'ils ont eu à cofté d'eux
les fimples Cavaliers du Regiment
où ils ont fait éclater
leur valeur ; ce qui marque
qu'ils n'ont voulu fe faire
diftinguer que par leur
courage , auquel ils doivent
toute la gloire qu'ils ont acquife
en cette perilleufe occafion.
Ils n'ont pas efté
moins admirez , par la maniere
dont ils ont vefcu à
l'Armée. Ils y ont toûjours
foûtenu avec éclat le Caractere
de Princes du Sang de
France
GALANT. 289
France ; & quand ils en font
partis , ils y ont fait des Prefens
qui font connoiftre que
la liberalité a toûjours eſté
une des vertus de Monfieur
le Prince de Conty.
Tant que ces deux Princes
ont efté à l'Armée , on
leur a rendu tous les honneurs
qu'on devoit à leur
naiffance & à leur merite
particulier. Avant que Monfieur
l'Electeur de Baviere
fuft arrivé , ils eftoient gardez
par des Troupes de l'Em..
pereur , dont il y avoit des
Sentinelles pofées autour de
Septembre 1685.
Bb
290 MERCURE
leurs Tentes ; & quand cet
Electeur fut au Camp , ces !
Princes ayant efté dans fon
Quartier , ils eurent la meſme
garde que luy , & des
Sentinelles de fes Gardes du
Corps . Jamais Volontaires
n'ont efté fi expoſez , & jamais
on n'a pouffé plus loin
l'intrepidité , & la refolution
d'acquerir cette veritable
gloire qui fait les Heros .
Vous en ferez convaincuë
,
quand vous aurez fceu qu'au
commencement de la Ĉampagne,
lesTurcs propoferent
de faire bonne guerre
, en
GALANT. 29r
gardant de part & d'autre
les prifonniers qu'on feroit ,
pour les échanger ; & que
les Allemans preffentant
les
avantages qu'ils devoient
remporter, &fiers par avance
des fuccés dont ils ſe croyoiét
affeurez
, répondirent
que
en fimm
comme ils ne vouloient aucun
quartier, ils n'en feroiết
point. Ainfi ces Princes ,
en combattant
ples Volontaires , étoient
prefque affeurez de perir , fi
Ies Chreftiens euffent eu du
defavantage , puifque rien
ne marquant leur naiſſance,
Bb ij
292 MERCURE
¡
on ne leur auroit point
fait de quartier dans un
temps où à peine l'auroiton
donné aux principaux
Chefs de l'Armée . Voilà
ce qui n'a point encore
efté fceu , & qui fait voir
que Meffieurs les Princes
de Conty & de la Rochefur
yon ont eſté animez
en ce Combat de ce Sang
guerrier , dont la gene
reufe & bouillante ardeur
a fait fi fouvent gagner
des Batailles.
·
Le gain de celle qui fut
donnée le feiziéme d'Aouft
GALANT. 293
dernier , avoit efté precedé
de pluſieurs avantages reinportez
par le Comte de Lef-
Jé prés du Pont d'Effex, dont
il brufla onze cens pas le 13.
du mefme mois . Il prit la
Ville d'Effex qu'il fit piller,
& il y trouva beaucoup de
vivres dont il avoit un befoin
extréme ; mais n'ayant
pû fe rendre Maistre du
Chaſteau , il ſe retira prefque
auffi-toft qu'on eut faccagé
la Ville. Le Pont d'Effex
eft un ouvrage fi confiderable
, & il en eft fi fouvent
parlé dans les Rela
Bb iij
294 MERCURE
tions des Guerres que les
Chrétiens ont contre les
Turcs , que je croy vous en
devoir dire quelque chofe.
On l'appelloit anciennemét
Murfa. C'eft où Conſtance,
Fils de l'Empereur Conſtantin,
défit le Tyran Magnence
J'an 359. Ce Pont eft le plus
beau de tous ceux qui foit en
ces quartiers là , & fur les
autres Rivieres. Il eſt baſty
en partie fur le Drave , & en
partie fur la Riviere de Femis
, qui fe débordent fouvent
l'une & l'autre . Il a environ
deux lieuës de long
GALANT. 295
II
y a cinq Tours baſties def
fus , & il eft tres- bien entretenu
', & foûtenu
par de
grands Arbres qui forment
fes Arches. Le Comte Ni
colas Serin fit abattre une
partie de ce Pont en 1664.
mais on y a fait depuis un
Pont de Bateaux
, un peu
plus bas que n'eftoit le
mier. Les Turcs n'ont pas
voulu le rebaftir dans la
mefme place , parce que les
Poutres qui le foûtenoient
& qui eftoient dans l'eau,
s'attacherent
fi fort aprés
que le feu fe fut éteint, qu'ils
Bb iiij
pre
296 MERCURE
auroient eu trop de peine à
les retirer. C'eft fur ce Pont
que paffent toutes les Armées
qui viennent en Hongrie
, & ce fut en cét endroit
que le malheureux Roy
Louis creut avoir arrefté les
Turcs qui marchoient fous
la conduite de Soliman en
1521.
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Résumé : Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
En septembre 1685, la bataille de Neuhäusel opposa les troupes chrétiennes, dirigées par le Prince Charles de Lorraine, aux forces turques assiégeant Gran (Esztergom). Le Prince Charles, après avoir laissé une partie de ses troupes devant Neuhäusel, avança vers Gran avec 35 000 hommes. Les Turcs, estimés entre 50 000 et 60 000, levèrent le siège et se positionnèrent près du Danube et des montagnes. Après des escarmouches favorables aux chrétiens, les Turcs attaquèrent mais furent repoussés par l'aile gauche commandée par l'Électeur de Bavière. Le lendemain, malgré un brouillard initial, les deux armées s'affrontèrent. Les Turcs lancèrent plusieurs attaques contre l'escadron de Lanthiery, mais furent repoussés par la résistance chrétienne. Les princes français, dépourvus de cuirasses, montrèrent un grand courage. Après plusieurs charges infructueuses, les Turcs prirent la fuite, abandonnant leur camp et leurs bagages. Les généraux chrétiens, observant les ennemis, provoquèrent leur déroute. La bataille causa des pertes significatives parmi les Turcs. Les princes français furent récompensés pour leur bravoure. Les Turcs proposèrent d'échanger les prisonniers, mais les Allemands refusèrent, préférant exploiter leurs avantages. Avant cette bataille, le comte de Lestrange avait pris la ville d'Essex, mais n'avait pu s'emparer du château. Le Pont d'Essex, stratégique pour les armées se rendant en Hongrie, fut le théâtre de divers affrontements historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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166
p. 309-317
Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Début :
Les nouvelles publiques vous ont informée des avantages que [...]
Mots clefs :
Coron, Armée vénitienne, Assaut, Escarmouche, Attaque, Corsaires, Étendard, Victoire, Turcs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Les nouvelles publiques
vous ont informée des avantages
que l'Armée Venitienne
baremportez
fur les
Turcs , par la priſe de Coron
dans la Morée . Voicy
ce qui a efté traduit fur un
imprimé de Veniſe.
310 MERCURE
de
Les Lettres du Generaliffime
Morofini écrites le 10. d'Aouft ,
portent que les Affiegez ſe défendoient
obftinement dans Corony
à la veuë de plus de dix mille
Turcs , qui s'étoient avancez
plufieurs endroits de la Morée ,
avec du Canon , & toute forte
d'apprefts , afin d'attaquer nos li
gnes. Les noftres au contraire ,
aprés un continuel travail dans
les Mines qu'ils avoient fait
jouer , n'eurent pas le fuccés qu'ils
avoient attendu de la principale ,
ce qui empefcha de donner l'Affaut.
Dans ce mefme temps , les
Turcs firent une vigoureufe irGALANT
311
ruption fur une Redoute avancée
des noftres ; mais un Corps de gens
de delà les Monts , y eftant ac
couru , & une forte Efcarmouche
s'eftantfaite , nos Dragons y furvinrent
avec le Bataillon des
Maltois , commandé par le Com
mandeur de la Tour ; de forte
qu'aprés trois heures de combat ,
le pofte fut recouvrépar les nôtres
avec grand carnage des
>
Turcs , & le gain gain de
17 Etendards
, à la veuë des Affiegez ;
les Turcs attaquerent encore plu
fieurs fois nos Lignes de divers
coftez, & furent repouſſez avec
vigueur dans ces diverfes atta
ques.
312 MERCURE
›
Le matin du 7. le Genera
liffine refolut de donner une fauffe
alarme pourfurprendre les Ent
nemis dans la confufion. Ainfi
ayant ramaẞé un Corps de quin-
Ze cens tant Mariniers
Francs que Corfaires , que
fit paffer fecretement pendant la
nuit aux flancs de l'Ennemy ,
aprés avoir fait voler un peu.
de poudre , au fignal de laquelle
tous les Chefs devoient fairefeu,
que
l'on
le mouvement
concerté
de bruit
>
que
par
impréveu , accompagné de tant
dans le fommeil & tous en del'on
fir , bien
les nostres , fut fi
les Turcs furpris
fordre,
GALANT. 313
fordre , prirent auffitoft la fuite,
abandonnant toutes les provifions
qu'ils avoient en abondance pour
la fubfiftance de l'Armée , beaucoup
de munitions de guerre , &
un tres-riche bagage , fix groffes
pieces de Canon de Bronze, plufieurs
Chevaux , Armes , &
mefme l'Etendard Royal orné
faftuenfement de Queues ordinai
res de Cheval. La perte
tres n'a pú eftre plus legere. Ainfi
unfuccés fi important animant le
courage des Affiegeans , on s'ap.
plique par toutesfortes de moyens
àla conqueste de la Place, dont on
donne de tres-grandes esperances.
Dd
Septembre 1685.
des nô314
MERCURE
Je vous envoye la Figure
de l'Etendard dont il eft parlé
dans cette Lettre. Cette
Victoire fut fuivie quatre
jours aprés de la priſe de Coron.
Les Turcs avoient arboré
un Drapeau blanc, pour
demander à capituler ; mais
pendant qu'on envoyoit des
Oftages de part & d'autre
un Turc ayant mis le feu à
un Canon chargé de Cartouches
, qui tua quelques
Soldats , les Affiegeans furent
tellement perfuadez ,
que le Commandant ne les
avoit amufez que pour les
GALANT
315
faire perir, qu'ils donnerent
dans les retranchemens avec
vigueur, & en peu de temps
fe rendirent maiftres de la
Place. Les Soldats n'ayant
pû eftre retenus par les Officiers
, tuerent plus de trois
mille Turcs , & n'épargnerent
ny âge ny fexe.
Coron , appellée par les
Anciens , Corone , eft dans
la Morée , à douze milles de
Modon, vers le Cap Maina,
autrement Bravio de Maina.
C'eſt une Ville marchande
à caufe de fa fituation , elle
a un Port capable de rece-
Dd ij
316 MERCURE
voir plufieurs Vaiſſeaux , elle
a la Mer d'un cofté , & du
cofté de terre un Mur fortifié
de fix Tours à l'antique,
Les Grecs & les Juifs demeu
rent dans la Baffe Ville , &
les Turcs dans un Chafteau
qui eft la Ville Haute. Les
Venitiens en ont efté les
Maiftres dans le quinziéme
Siecle. Bajazet Empereur
des Turcs la prit fur eux,
auffi bien que la Ville de
Modon en 1499. Le Prince
Doria Genois, qui comman
doit l'Armée Navale des Ef
pagnols , la prit fur les Turcs
GALANT. 317
pour Com- en 1533. il y laiffa
mandant
Mendoza
, avec
quelques
Efpagnols
, qui l'abandonnerent
aux Turcs
peu d'années
aprés . Ceuxcy
connoiffant
l'importan
ce de cette Place , la repri
rent , & elle eftoit demeu
rée depuis ce temps là entre
leurs mains.
vous ont informée des avantages
que l'Armée Venitienne
baremportez
fur les
Turcs , par la priſe de Coron
dans la Morée . Voicy
ce qui a efté traduit fur un
imprimé de Veniſe.
310 MERCURE
de
Les Lettres du Generaliffime
Morofini écrites le 10. d'Aouft ,
portent que les Affiegez ſe défendoient
obftinement dans Corony
à la veuë de plus de dix mille
Turcs , qui s'étoient avancez
plufieurs endroits de la Morée ,
avec du Canon , & toute forte
d'apprefts , afin d'attaquer nos li
gnes. Les noftres au contraire ,
aprés un continuel travail dans
les Mines qu'ils avoient fait
jouer , n'eurent pas le fuccés qu'ils
avoient attendu de la principale ,
ce qui empefcha de donner l'Affaut.
Dans ce mefme temps , les
Turcs firent une vigoureufe irGALANT
311
ruption fur une Redoute avancée
des noftres ; mais un Corps de gens
de delà les Monts , y eftant ac
couru , & une forte Efcarmouche
s'eftantfaite , nos Dragons y furvinrent
avec le Bataillon des
Maltois , commandé par le Com
mandeur de la Tour ; de forte
qu'aprés trois heures de combat ,
le pofte fut recouvrépar les nôtres
avec grand carnage des
>
Turcs , & le gain gain de
17 Etendards
, à la veuë des Affiegez ;
les Turcs attaquerent encore plu
fieurs fois nos Lignes de divers
coftez, & furent repouſſez avec
vigueur dans ces diverfes atta
ques.
312 MERCURE
›
Le matin du 7. le Genera
liffine refolut de donner une fauffe
alarme pourfurprendre les Ent
nemis dans la confufion. Ainfi
ayant ramaẞé un Corps de quin-
Ze cens tant Mariniers
Francs que Corfaires , que
fit paffer fecretement pendant la
nuit aux flancs de l'Ennemy ,
aprés avoir fait voler un peu.
de poudre , au fignal de laquelle
tous les Chefs devoient fairefeu,
que
l'on
le mouvement
concerté
de bruit
>
que
par
impréveu , accompagné de tant
dans le fommeil & tous en del'on
fir , bien
les nostres , fut fi
les Turcs furpris
fordre,
GALANT. 313
fordre , prirent auffitoft la fuite,
abandonnant toutes les provifions
qu'ils avoient en abondance pour
la fubfiftance de l'Armée , beaucoup
de munitions de guerre , &
un tres-riche bagage , fix groffes
pieces de Canon de Bronze, plufieurs
Chevaux , Armes , &
mefme l'Etendard Royal orné
faftuenfement de Queues ordinai
res de Cheval. La perte
tres n'a pú eftre plus legere. Ainfi
unfuccés fi important animant le
courage des Affiegeans , on s'ap.
plique par toutesfortes de moyens
àla conqueste de la Place, dont on
donne de tres-grandes esperances.
Dd
Septembre 1685.
des nô314
MERCURE
Je vous envoye la Figure
de l'Etendard dont il eft parlé
dans cette Lettre. Cette
Victoire fut fuivie quatre
jours aprés de la priſe de Coron.
Les Turcs avoient arboré
un Drapeau blanc, pour
demander à capituler ; mais
pendant qu'on envoyoit des
Oftages de part & d'autre
un Turc ayant mis le feu à
un Canon chargé de Cartouches
, qui tua quelques
Soldats , les Affiegeans furent
tellement perfuadez ,
que le Commandant ne les
avoit amufez que pour les
GALANT
315
faire perir, qu'ils donnerent
dans les retranchemens avec
vigueur, & en peu de temps
fe rendirent maiftres de la
Place. Les Soldats n'ayant
pû eftre retenus par les Officiers
, tuerent plus de trois
mille Turcs , & n'épargnerent
ny âge ny fexe.
Coron , appellée par les
Anciens , Corone , eft dans
la Morée , à douze milles de
Modon, vers le Cap Maina,
autrement Bravio de Maina.
C'eſt une Ville marchande
à caufe de fa fituation , elle
a un Port capable de rece-
Dd ij
316 MERCURE
voir plufieurs Vaiſſeaux , elle
a la Mer d'un cofté , & du
cofté de terre un Mur fortifié
de fix Tours à l'antique,
Les Grecs & les Juifs demeu
rent dans la Baffe Ville , &
les Turcs dans un Chafteau
qui eft la Ville Haute. Les
Venitiens en ont efté les
Maiftres dans le quinziéme
Siecle. Bajazet Empereur
des Turcs la prit fur eux,
auffi bien que la Ville de
Modon en 1499. Le Prince
Doria Genois, qui comman
doit l'Armée Navale des Ef
pagnols , la prit fur les Turcs
GALANT. 317
pour Com- en 1533. il y laiffa
mandant
Mendoza
, avec
quelques
Efpagnols
, qui l'abandonnerent
aux Turcs
peu d'années
aprés . Ceuxcy
connoiffant
l'importan
ce de cette Place , la repri
rent , & elle eftoit demeu
rée depuis ce temps là entre
leurs mains.
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Résumé : Nouvelles de Coron. [titre d'après la table]
Le texte décrit les événements militaires entre l'Armée Venitienne et les Turcs à Coron, en Morée, en 1685. Les lettres du généralissime Francesco Morosini datées du 10 août 1685 relatent la résistance des assiégés de Coron face à plus de dix mille Turcs équipés de canons et d'autres armes. Après des tentatives de sape infructueuses, les Vénitiens repoussèrent une attaque turque sur une redoute avancée, récupérant 17 étendards après trois heures de combat. Les Turcs lancèrent plusieurs assauts sur les lignes vénitiennes, tous repoussés avec vigueur. Le 7 septembre, Morosini organisa une fausse alarme pour surprendre les Turcs. Les Vénitiens, soutenus par des marins francs et des corsaires, attaquèrent les Turcs endormis, provoquant leur fuite et capturant des provisions, munitions, bagages, canons, chevaux, armes et l'étendard royal turc. Quatre jours plus tard, les Turcs demandèrent à capituler sous un drapeau blanc, mais un incident déclencha une attaque des assiégés qui prirent le contrôle de la place, tuant plus de trois mille Turcs sans distinction d'âge ou de sexe. Coron, anciennement Corone, est une ville marchande située en Morée, près du Cap Maina. Elle possède un port capable d'accueillir plusieurs vaisseaux et est protégée par un mur fortifié. Les Grecs et les Juifs habitent la basse ville, tandis que les Turcs occupent le château. Historiquement, les Vénitiens en ont été les maîtres au quinzième siècle, mais Bajazet la reprit en 1499. En 1533, le prince Doria la reconquit pour les Espagnols, mais elle revint rapidement aux Turcs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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167
p. 55-75
Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, que le Roy donnant sa protection aux [...]
Mots clefs :
Prix, Compagnies, Chevalier, Provinces, Honneur, Duc, Maréchal, Arquebusiers, Officiers, Instruments, Procession, Symphonie, Chant, Messe, Marquis, Capitaine, Architecture, Monseigneur le Dauphin, Devises, Sonnet, Gloire, Illustre, Chevalier, Lauriers, Armes, Grandeur, Épée, Suffrages, Piédestal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Vous sçavez, Madame,,
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
Fermer
Résumé : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
En juin 1685, la ville de Sézanne a reçu le privilège d'accueillir le Bouquet à Épernay, officialisant sa victoire sur Vitry grâce à un rapport du maréchal duc de Vivonne et de Monsieur de Croissy. Les villes voisines, telles que Reims, Châlons, Meaux et Provins, ont été invitées et ont offert des présents comme du vin, des jambons et de la venaison. Le 1er septembre, ces villes se sont rassemblées à Sézanne pour une procession musicale et une messe solennelle, suivie d'un repas où des prix en argenterie étaient exposés. La journée s'est conclue par un banquet et un bal. Le lendemain, une compétition de tir a été organisée par le Duc d'Anjou pour regagner la Toison d'Or. Les participants, nommés 'Chevaliers,' ont montré leur habileté au tir sur plusieurs jours. La Compagnie de Château-Thierry a remporté le premier prix, un grand bassin d'argent avec une épée, pour un coup de broche remarquable. D'autres prix ont été décernés aux Compagnies de Reims et de Provins, ainsi qu'à divers Chevaliers pour leurs coups de noir. Le samedi soir, la Compagnie de Reims a obtenu le Bouquet, une statue d'argent représentant une Paix ou une Pallas, après délibération. La remise du prix a eu lieu publiquement, accompagnée de festivités et de collations. Les Chevaliers de Reims ont été particulièrement acclamés pour leur organisation et les festivités offertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
168
p. 187-239
Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Début :
Je vous envoyay le dernier Mois une Lettre du Generalissime / L'Escadre de Malte, composée de huit Galeres, & commandée [...]
Mots clefs :
Général, Bataillon, Malte, Troupes, Chevaliers, Vénitiens, Ennemis, Galères, Siège, Étendard, Canon, Capitaine, Camp, Pape, Résistance, Éminence, Attaque, Morts, Blessés, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Je vous envoyay le dernier
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
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Résumé : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
En 1687, le général Morosini reçut une lettre annonçant la prise de la place de Coron en Morée. Une flotte composée de galères de Malte, du pape, de Venise et du Grand Duc se dirigea vers le port de Dragoffire. Morosini décida de mettre le siège devant Coron plutôt que Modon en raison de la situation défavorable des alliés Maïnotes. Le 25 juillet, environ huit mille hommes, incluant des troupes vénitiennes, esclavones, des soldats du prince de Brunswick, un bataillon maltais, et des bataillons du pape et du grand duc, débarquèrent sans opposition. Les travaux de siège commencèrent le 26 juillet avec des escarmouches et la construction de batteries. Les Turcs, renforcés par le bacha de la Morée, installèrent des canons et lancèrent des attaques régulières, repoussées par les chrétiens. Ces derniers élevèrent une batterie de quatre pièces de canon et un mortier. Les Turcs, bien défendus par une garnison de 700 à 800 hommes et 80 pièces de canon, résistèrent efficacement. Les assiégeants préparèrent des mines pour ouvrir une brèche, mais celles-ci échouèrent initialement. Le 24 juillet, le bacha attaqua une redoute chrétienne, repoussé par une contre-attaque menée par le Commandeur de la Tour-Maubourg, qui fut tué. Le 30 juillet, une nouvelle attaque turque fut repoussée par les troupes du Pape et de Venise. Le 7 août, les troupes chrétiennes attaquèrent et capturèrent les retranchements et canons turcs. Après cette victoire, les assiégés refusèrent de se rendre, menant à la préparation d'un assaut général le 11 août. La mine des Vénitiens explosa avec succès, permettant aux Chevaliers de Malte, soutenus par les troupes du Pape et de Brunswick, de prendre d'assaut la brèche. Le siège dura quarante-sept jours, avec des pertes significatives parmi les forces chrétiennes, notamment le comte de Fénelon et le commandeur de la Tour Maubourg. Plusieurs unités militaires subirent des pertes et des blessures, incluant des soldats français, espagnols, et allemands.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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169
p. 311-315
Prise du Comte de Tekeli, avec les avantages remportez par les Polonois. [titre d'après la table]
Début :
Il y a quelques années que je vous envoyay toute l'Histoire [...]
Mots clefs :
Comte Tekely, Conspiration , Sujets, Travestissement, Rébellion, Turcs, Vienne, Soulèvement, Armée, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise du Comte de Tekeli, avec les avantages remportez par les Polonois. [titre d'après la table]
ΗIl y a quelques années que je
yous envoyay toute l'Hiftoire du
Comte Texely dans une de mes
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Confpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Mar
quis de Frangipany , ont voulu
fe faifir du Chafteau & des biens
de fon Pere , non qu'il eut trem
312 MERCURE
pé dans cette Confpiration , mais
parce que d'auffi puiffans Sujets
que luy eftans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre fufpect , le Pere de Teke.
ly fit fauver fon Fils déguiſé en
Fillé , & mourut bien- toft aprés.
Les Proteftans de Hongrie fe
fouleverent , & Tcxely fe trouva
à leur tefte à l'âge de dix- fept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'efprit de Tekely la rendit affez
heureuſe . Enfin , foit que les
Turcs fuffent appcl'ez en Hongrie
par ces Rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euft fait croire
qu'ils én feroient mieux leurs af
faires en Allemagne , ils y fondi
rent ,comme vous avez fceu . Ils
eurent du defavantage devant
Vienne ,
GALANT. 313
Vienne , & l'année fuivante les
Allemans en eurent devant Bude
. Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la caufe de Dieu , ont
eu des avantages fi grands dans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs , & contre les Mécontens ,
que le Grand Seigneur voyant
murmurer ſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eftre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaifer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte ,
& c'est pour cela què les Turcs
quifont adroits luy ont tendu les
pieges que vous avez fceu , pour
le faire tomber entre leurs mains.
Novembre 1685. Dd
314 MERCURE
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays interefts, puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovie , ce qu'il auroit fait le
lendemain , mais les chofes ont
tourné tout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Texely , qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au fecours
de Caffovie. Ce Comte au lieu
d'aller trouver les Rebelles , envoya
un Député au Comte Ca.
prara pour le prier d'obtenir fa
grace de l'Empereur , & le mefmejour
qui estoit le 25 d'Octobre
, il fit rendre Caffovie. Les
Rebelles furent enfuite incorporez
dans les Troupes de Sa MaGALANT.
3 : 5
jesté Imperiale , & l'on marcha
du cofté de Mongats . Cette Fortereffe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la prife rendroit
'Empereur Maiftre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas efté plus heureux du cofté de
ala Pologne, quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez , foit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pi
jetter aucun fecours dans Kaminiek
, & ont mefine cfté pouffez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois . C'eftoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle de
leurs Ennemis.
yous envoyay toute l'Hiftoire du
Comte Texely dans une de mes
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Confpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Mar
quis de Frangipany , ont voulu
fe faifir du Chafteau & des biens
de fon Pere , non qu'il eut trem
312 MERCURE
pé dans cette Confpiration , mais
parce que d'auffi puiffans Sujets
que luy eftans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre fufpect , le Pere de Teke.
ly fit fauver fon Fils déguiſé en
Fillé , & mourut bien- toft aprés.
Les Proteftans de Hongrie fe
fouleverent , & Tcxely fe trouva
à leur tefte à l'âge de dix- fept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'efprit de Tekely la rendit affez
heureuſe . Enfin , foit que les
Turcs fuffent appcl'ez en Hongrie
par ces Rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euft fait croire
qu'ils én feroient mieux leurs af
faires en Allemagne , ils y fondi
rent ,comme vous avez fceu . Ils
eurent du defavantage devant
Vienne ,
GALANT. 313
Vienne , & l'année fuivante les
Allemans en eurent devant Bude
. Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la caufe de Dieu , ont
eu des avantages fi grands dans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs , & contre les Mécontens ,
que le Grand Seigneur voyant
murmurer ſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eftre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaifer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte ,
& c'est pour cela què les Turcs
quifont adroits luy ont tendu les
pieges que vous avez fceu , pour
le faire tomber entre leurs mains.
Novembre 1685. Dd
314 MERCURE
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays interefts, puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovie , ce qu'il auroit fait le
lendemain , mais les chofes ont
tourné tout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Texely , qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au fecours
de Caffovie. Ce Comte au lieu
d'aller trouver les Rebelles , envoya
un Député au Comte Ca.
prara pour le prier d'obtenir fa
grace de l'Empereur , & le mefmejour
qui estoit le 25 d'Octobre
, il fit rendre Caffovie. Les
Rebelles furent enfuite incorporez
dans les Troupes de Sa MaGALANT.
3 : 5
jesté Imperiale , & l'on marcha
du cofté de Mongats . Cette Fortereffe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la prife rendroit
'Empereur Maiftre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas efté plus heureux du cofté de
ala Pologne, quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez , foit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pi
jetter aucun fecours dans Kaminiek
, & ont mefine cfté pouffez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois . C'eftoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle de
leurs Ennemis.
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Résumé : Prise du Comte de Tekeli, avec les avantages remportez par les Polonois. [titre d'après la table]
Le texte décrit les événements liés au comte Tekely et les conflits en Hongrie et en Pologne. Initialement, une conspiration visait les biens du père de Tekely en raison de sa puissance et des suspicions. Ce dernier sauva Tekely en le déguisant en fille avant de mourir. À dix-sept ans, Tekely rejoignit les protestants hongrois révoltés et contribua à leurs succès. Les Turcs, attirés par les troubles, envahirent l'Allemagne mais subirent des défaites devant Vienne et Buda. Les Allemands, soutenus par le pape, remportèrent des victoires contre les Turcs et les mécontents. En novembre 1685, les Turcs décidèrent de capturer Tekely pour apaiser leur peuple. Cependant, ils négligèrent leurs intérêts lorsque le comte Caprara reçut l'ordre de lever le siège de Cassovie. Le bacha de Varadin demanda au comte Petrozzy, allié de Tekely, de secourir Cassovie, mais Petrozzy négocia la grâce de Tekely avec Caprara. Cassovie fut rendue le 25 octobre et les rebelles furent intégrés dans les troupes impériales. Ils marchèrent ensuite vers Mongats, une forteresse de Tekely, dont la prise aurait donné à l'empereur le contrôle de la haute Hongrie. En Pologne, les Turcs et leurs alliés échouèrent à secourir Kamieniec Podolski malgré leur supériorité numérique.
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170
p. 185-325
Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Début :
Je viens au détail du Voyage de Mr le Chevalier [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier de Chaumont, Siam, Ambassadeur, Hollandais, Mandarins, Eau, Roi de Siam, Terre, Vaisseau, Pays, Banten, Bord, Canon, Tigre, Mer, Rivière, Batavia, Maisons, Côte, Royaume, Constance, Abbé, Vaisseaux, Cap, Général, Gouverneur, Loge, France, Pagode, Frégate, Malades, Europe, Indes, Siamois, Ballon, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Je viensau détail du VoyaJ.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
ge de Mr le Chevalier
de Chaumont. Sa Majesté
l'ayant nommé son Ambasfadeur
vers leRoy de Siam.
Il se rendit à Brest avec Mr
l'Abbé de Choisy, sur la fin
de Fevrier de l'année der-
,
niere, & ils s'embarquerent
dans un des Vaisseaux du
Roy,appellél'Oiseau. Mrde
Vaudricourt qui le commandoit
fit mettreà la Voile
le3. de Mars & partit de
Brest avec la Fregate la Maligne,
commandéepar Mr de v
Joyeux. Le vent leur fut toû-
« jours assez favorable, ôc :
comme il y avoit dans le !
Vaisseaudes Millionnaires&
six Jesuites, ce n'estoit tous
les jours qu'Exercices de
pieté, & l'on y vivoitavec
la mesme regularité que
dans unConvent.Ilss'appliquoient
tour à tour à faire
des Exhortations à tout
Equipage. On disoit lar
Messe, on chantoitVespres,
& on passa fort heureufenent
la Ligne le 6. d'Aril
sans souffrir beaucoup
le lachaleur. Ce fut alors
su'il fut question de faire ce
u'on appelle la Ceremonie
u Bàptesme. Ceux qui n'ont
mais passé la Ligne, sont obligez
de souffrir qu'on leur
jette sur le corps certain
nombre de seaux d'eau, à
moins qu'ils ne donnent
quelque argent pour racheter
cette peine. Il n'y a personne
qui puisse s'en exempter
, de quelque condition
quel'on puisse estre, & on
fait jurer tout le monde sur
le Livre des Evangiles, pour
sçavoir si on a fait ce passage.
Mr le Chevalier de Chaumont
ne voulut point endurer
que l'on jurast sur les Evangiles.
Il fit faire ce Serment
sur une Mapemonde,
& mit de l'argent dans un
bassin
, ce que firent après
luy toutes les personnes considerables
du Vaisseau, pour
s'épargner la Ceremonie. La
somme montaà soixanteescus
quifurent distribuezaux
Matelots. Le reste de la traversée
fut tres heureux jusquesau
Cap de bonne Esperance.
On y arriva le 31. de
May,&l'on y receut les Saluts
ordinaires de quatre
Vaisseaux Hollandoisqu'on
y trouva. Ils portoient a Batavia
le Commissaire Generalde
laCompagnie des IiW
des
, avec Mr de S. Martin
François, Major Général.
M. le Chevalier de Chaumonts'arresta
sept jours à
ce Cap afin d'yfaire de l'eau,
& de prendre desrafraichisfemens.
Le Gouverneur qui
eA Hollandois
,
luy en envoya
de toutes fortes, aprés
l'avoir fait complimenter
par le Neveu&par le Secretaire
du Commissaire. Tous:
ceux du Vaisseau mirent pied
a, ~erre lIes urns a,près 1lesautres.
Ils'en trouva quelquesuns
qui estoient malades d&
Scorbut, & ils furent gueris
en quatre jours. La Forteresse
que les Hollandais ont.
fait bastir en ce lieu là
,
est
toute revestuë de pierres,
&a quatre bastions. Elle n'a.
point de fossez, mais elleest
Ilterès- bien garnie de Canon, Havre est fort seur
,
ôc
peut contenirungrand nom- bre de Vaisseaux. Il y a déja
quantité de Maisons qui forment
une espece de Ville.
^Cequ'ilya de plus remar-
,
quable est un Jardin fort
grand & fort spacieux avec
des allées à perte de veuë.
On y a planté tout cequ'il
ya de bons fruits en Europe
& dans les Indes. Les uns
sont d'un costé,les autres de
l'autre
,
& tous y viennent
fort bien. Celuy qui a foin
de ce beau Jardinest unFrançoisqui
est grand Seigneur
en ce Pays-là. Il reconnut
Mr le Chevalier de Chaumont,
qu'il avoit veu chez
Monsieur
, ou il avoit esté
Jardinier.
La terre que les Hollandoisoccupenr,
a esté achetée
d'un petit Roy du Pays, pour
des bagatelles de l'Europe.
Plus on avance en s'éloignant
gnant de la Mer, plus elle
est bonne & fertile, &sur
tout la Chasse y en merveilleuse
; mais on y doit craindre
les Bestes farouches,
comme Lyons,Tygres,Elephans,
& autres. Ces belles
s'écartent à mesure que le
Pays se découvre, & qu'on
y fair de nouvelles habitations.
Les Hollandoisont
déjàcommencé d'en faire
en plusieurs endroits. Pendant
le séjour de Mr l'Ambassadeurau
Cap, deux d'enreeuxestantallezàla
Chase
furent rencontrez & attaquez
par un Tigre. Il le
jetta sur l'un de ces Hollandois,
l'autrele tira & le blessa.
Le Tigre tout en fureur
vint à celuy qui l'avoir blessé,
& il l'auroit devoré sans
doute, si son Camarade qu'il
avoit jetté par terre, ne Ce
fust promptement relevé
pour tirer aussi son coup. Il
le tira si heureusement qu'il
cassa la teste au Tigre. On
l'apporta pour le faire voir.
Il estoit d'une grandeur effroyable.
On mit le Blessé à
un Hospital, qui est là tresbien
fondé, & oùl'on est
rtraité avec tous les soins imaginables.
Tous les Vaisseaux
Hollandois qui viennent
d'Europe, & ceux qui s'yen
retournent, laissent leurs
Malades en ce lieu là
,
& ils
y recouvrent incontinent
leur santé
,
l'air & les eaux
estant admirables.
Les Habitans y sont doux,
assez bien faisans, & il n'est
pas difficile de s'accommoier
de leurs manieres, mais
Ils sont laids, mal-faits, de
petite taille,& ont plus de
rapport à la façon de vivre
les bestes qu'à celle des hommes.
Leurvisageest tout ridé,
ils ont les cheveux remplis
de graisse
;
& comme ils
se frottent le corps d'huile
de Baleine,& qu'ilsne mangent
que de lachaircruë,ils
sont si puans qu'on les sent
de loin. Ils ne mangentleur
Betail que lorsqu'il est mort
de maladie
,
& ce leur est
un fort grand ragoust qu'une
Baleine morte ,
jettée par la
Mer sur le rivage, ou les
tri pes chaudes d'une Bê-
-
te. Ils les secoüent fort legerement
,
& les mangent
avec les ordures
,
aprés en
avoir osté les excremens,
dont quelques-uns se servent
pour se froter le visage. On
leur - a donné le nom de Cafres,&
les hommes &les femmes
n'ont qu'une peau coupée
en triangle pour se couvrir
ce que la nature apprend
à cacher. Ils se l'attachent
avec une ceintire de cuir au
milieu du corps. Quelquesuns
se couvrent les hanches
d'une peau de Boeuf ou de
Lyon. D'autres portent une
peau qui leur descend depuis
les épaules jusque sur les
hanches,& plusieurs se dé-
coupent le visage3 les bras:
& lescuisses
, & achevent
de se défigurer parlescaracteres
étranges qu'ilsy font.
LesFemmes portent aux bras
& aux jambes des Cercles de
fer ou de cuivre, que les Etrangers
troquent avec elles
toujours à leur avantage. Ils
demeurentende petites hûtes
où ils vivent avec leur
bétail fous un mesme couvert.
Ils n'ont ny lit,nysieges,
ny meubles, & s'asseient
sur leurs talons pous se reposer.
Ils nevont vers la Mer
,
que lors qu'ils sçaventqu'il
est arrivé quelque Navire,
& qu'ils peuvent troquer
leur betail. Ils ont aussides
peaux de Lyon, de Boeuf, de
Leopard, & de Tigre, qu'ils
donnent pour des Miroirs,
des Couteaux
,
des Cloux,
des Marteaux,des Haches,
& autres vieilles ferrailles..
Il est malaisé de découvrir
l'estat du Païs au dedans, ôc
les richesses qu'on y peut
trouver,àcause que les GouverneurHollandoisont
fait
faire ferment à tous ceux
qu'ils ont menez avant dans
les Terres, de n'en reveleraucune
chose,On a sçeud'un
Homme quia demeurelongtemps
dans la Forteresse que
depuis quelques années le
Gouverneur avoir esté avec
bonne escorte à plus de deux
cens cinquante lieuës pour
faire la découverte du Pays;
qu'ilavoir trouvé par tout
des Peu ples traitables, ôc
assezbienfaits, les Terres
fort bonnes & ca pables de
-
toute sorte de cu lture, ôc
qu'il y avoit ~desMi d'or,
de fer, & d'une espece de
cuivre où il entroit une septiéme
partie d'or. Onles
trouva chantans & dançans
& ilsavoient des manieres
de Flustes qui estoient sans
trous. Elles estoient creuses,
& une espece de coulisse
-
qu'ils haussoient ou baissoient
avec leurs doigts, faisoit
la diference des tons.
Ce Gouverneur avoit esté
conduit par un Cafre, & ce
Cafre ayant aperçeu deux
hommes de grande taille fqouri.s ven.oien,t à eux, s écria
alarmé
y
qu'ils estoient
perdus, & qu'il voyoit les
deux plus grands Magiciens
du Pays. Le Gouverneur
4
répondit qu'il estoit encore
plus grand Magicien qu'eux,
& qu'il ne s'étonnait point.
Les pretendus Magiciens s'étant
avancez, il sir aporter
un verre remply d'eau de
vie.On y mit le feu,& il lavala.
Ces Malheureux furent si
épouvantez d'un pareil prodige,
qu'ils prirent le Gouverneur
pour un Dieu, & Ce
mirent à genoux pour luy
demander la vie. Les Hollandois
ont fait un nouvel
établissèment au Cap. Il est
au bord de la Mer; mais ils.
le tiennent secret, ne vouIant
pas que les autres Nations
quiviennent s'y rafraischir,
en ayent connoissance.
Ce Cap est l'extremité de la
terre ferme d'Afrique, qui
avance dans la Mer vers le
Sud, à trente-six degrez au
delà de la Ligne.Cette extremité
de terre fut nommée
Cabo de Boa Speranza
, par
Jean II. Roy de Portugal,
fous lequel Barthélémy Dias
la découvriten1493 Ce Prince
la fit appeller ainsi à cause
qu'il esperoit découvrir
en fuite les richesses des Indes
Orientales, & les autres
Nations luy ont confirmé,
ce nom, parce qu a près que
l'ona doubléle Cap, quiest,
presque en distance égale de
deux mille cinq cens lieuës,
entre l'Europe & la Coste la
plus Orientale desIndes,on
a toute forte d'esperance de
pouvoirachever ce grand
Voyage.
Les Malades estant guéris
-' on fit du bois& de l'eau, on
acheta toutes les provisions
que l'onjugea necessaires
- pour aller à Batavia,& l'on
remit à laVoile le 7. de Juin,
après les Saluts donnez &
rendus de part & d'autre
comme onavaitfait en arrivant.
Cette seconde traver- senefut pas si douce que
la premiere. Les vents furent
violens,& la tempeste separa
la Fregate la Maligne du
Vaisseau de Mr l'Ambassadeur
,sans quelle pust le rejoindre
qu'auprés de Batavia.
Le 5. de Juilleton découvrit
l'Isle de Java,
-
& le 16. on
moüilla prés de Bantam. La
longueur del'Isle de Java est
de cent cinquante lieuës,
mais on n'a pas encore bien
sceu quelle est sa largeur.
C'est ce qui a fait croire à
quelques uns quecen'estoit
pas une Ble; mais qu'elle faisoit
partie du Continent que
l'on connoist fous le nom de
terre Australe au près du Détroit
de Magellanes. Les Habitans
pretendent que leurs
Predecesseurs estoient Chinois,&
que ne pouvant sousfrir
la trop severe domination
du Roy de la Chine, ils
passerent dans l'Isle de Java.
Ontrouveeneffet que les Ja- 1
vansontle front& les. machoires
larges,& les yeux pe- l
tits comme lesChinois. Il n'y t
àpresquepoint de Ville dans
Java qui n'ait son Roy, &
tous ces Rois obeissoient autrefoisà
un Empereur mais
depuis environ quatre-vingt
ans,ils ont aboly cette Souveraineté
,
& chacun d'eux
est indépendant. Celuy de
Bantam est le plus puissant.
de tous. La Ville qui porte ce
nom, estau pied d'une Montagne
de laquelle sortent
trois Rivieres,dont l'une traverse
Bantam
,
& les deux
autres lavent ses murailles y
mais elles ont si peu d'eau.
qu'aucune des trois n'est lia.
vigable.LesHollandois sont
maistres de cette Place depuis
peu d'années. Le Roy
de Bantam ayant cedé le
Royaume à son Fils, ce Fils
maltraita d'abord tous ceux
qui avoient esté considerez
de son Pere. Le vieux Roy
l'ayant appris luy en fit faire
des reprimandes, & le Fils
pour s'en vanger, fit massacrer
tous ces malheureux. Ce
différentalluma la guerre
entre le Pere & le Fils, & ce
dernier fut chassé. Dans cette
disgrace
,
il demanda du
secours aux Hollandois qui
le rétablirent & mirent le
vieux Roy dans une Prison
où ils le tiennent encore.
Tout se faitaunom du jeune
Roy
,
qui ay ant une grosse
GardeHollandoisetoujours
avec luy pour l'observer, n'a
pc pouvoirqu'autant que les
Hollandoisluy en laissent.
Le Vaisseau de Mrl'Ambassadeurn'entra
point dans le
Havre de Bantam, mais on
le laissa pas de prendre tous
es rafraichissemens. dont on
ut besoin
,
& ils furent apportez
à bord par ceux du
Pays. - -¡"., -,,-'-'f.
Le 18. on arriva devant Batavia
,
où l'on demeura sept
jours pour soulager les Malades
que l'on mit à terre.
Cette Ville est située à douze
lieuës de Bantam
, vers le
Levant dans une Baye
,
qui
estant couverte de quelques
petites Isles du costé de la
Mer, fait une des plus belles
rades de toutes les Indes.
Ce n'estoit d'abord qu'une
Loge que les Hollandois avoient
à Jacatra
,
& que le
Roy de ce nom leur avoir:
permis de bastir à causedes
avantages qu'il tiroit du de j
bit des Epiceries qu'ils y venoient
acheter. Le Roy de
Bantam leur avoit aussi permis
de bastir une Maison ou
Loge dans son Royaume,
pour y laisser les Facteurs qui
devoient veiller à la conservation
des Marchandises
dont ils trafiquoient. La
mesme permission avoit esté :
donnée aux Anglois, malgré
la repugnance qu'avoient les
Javans de souffrir aucun établissement
aux Estrangers
dans leur Isle, par lacrainte:
où ils estoient qu'ils ne les
traitassentavecla mesme rugueur
que les Portugais avoient
exercée contre les
Rois Indiens qui les avoient
receus chez eux. Les Traitez
que les Hollandois avoient
faits avec ceux de Jacatra &
de Bantam
,
regloient les
Droits d'Entrée &de Sorcier
mais comme ils haussoient
ces Droits àmesurequ'ils
voyoient que le Commerce
devenoit necessaire aux Etrangers,
la mauvaise foy
qu'ils eurent
5
obligea les
Hollandois à fortifier peu à
peu leur Loge de
-
Jacatra,
pour se mettre à couvert de I
la violence que leur pourroient
faire les Barbares
quand ils voudroient se
mettre à couvert de ces injustices.
LesIndiensnes'en
apperçeurent que lors que
la Loge futen estar de desense,
& ne pouvant plus se
décharger des Hollandois
par laforcey ils se servirent
de l'occasion de la mauvaise
ntelligence où ils les virent
Lvec les Anglois, & quiéclaa
principalement batNaval au Com- qui se donna entre
ux le 2. Janvier 1619. entre
acatra & Bantam. LaFlote
Angloise qui estoit d'onze
Ramberges
,
maltraita la
Hollandonise j , qui n'estoit,
composée que de sept Navires.
LesHollandoiss'étantretirez,
le Roy de Jacatra assiegea
leur Fort, auquel ils avoientdonné
le nom de Batavia.
Il se servit des Troupes
Angloises,qui après un Siege
de sixmois,furent contraintes
de l'ab andonnerles Hollandois
ayant renforce leur Flote,
des Navires qu'ils avoient
dans les Moluques. Le Roy
de Jacatrarejetta inutilement
sur lesAnglois la cause de ces
desordres, Le General Hollandois
se paya point de ces
excuses; Il fit débarquer ses
gens au nombre d'onze cens
hommes, attaqua la Ville de
Jacatray la prit de force, &
y fit mettre le feu. Aprés ce
succez,les Hollandoisacheverent
les Fortifications de
leur Loge, & en firent une
Place reguliere, à quatre Bâstionsrevestus
de pierre,bien
fossoyée&palissadée avec
ses demy-lunes, redoutes, ôc
autres Ouvrages. Le Royde
Matran
,
quiestoitcomme
l'Empereur de toute rIfle..
assiegea le Fort en 1628.& s'étant
logé fous le Canon, fit
donner plusieurs assauts à la
Place, mais il fut enfin contraint
de lever le Siege, aussibien
que l'année suivante,
& depuiscetemps là les Hollandois
y akr- étably leur
-
commerceavec lesChinois,
Japonois, Siamois, & autres
Peuples Voisins
,
se failanc
payer dix pour cent pour les
droits de laTraite-Foraine,
de toutes les Marchandises
qui s'y débitent. Ils sont
maistres de toute la Canelle
&du Clou deGirofle quiest
dans I
dans le monde,&envoyent
tous les deux ans un Vaisseau.
au Japon; mais ils n'ont presque
point de liberté en ce
lieu là. Si-tost queleurs Vaiffeaux
y sont arrivez, on 1.
prend leurs Voiles, leurs Agrés,
& tous lesMasts qu'on
met ians unMagasin &
quelque
tempsqu'il
puisse
Faire,on les oblige à partir au
OUI; qui leur est marqué.
Le Directeur du Comptoir
l'y peut estre que trois ans. 1
^.infi il y en a toujours trois,
'un quiva,l'autre qui revient,
( le dernier qui demeure.
On ne souffre point qu'ils
aillent dans le Pays, mais Us?
en rapportent tantde riches
ses, qu'ilssesoûmettent sans
peine à ce qu'on exige d'eux.
Le General Hollandois qui ij
està Batavia,n'est pas moins
puissant qu'un Roy. Quoy
qu'on ne l'élise General que 3
pour trois ans, l'élection se 5
confirme
,
& il est toujours 2
continué. Il a une Garde à i
pied & à cheval. Ses apoin- -
temens sont de quarre mille
francs par mois, & il prend h
tout ce qu'il veut dans les
Magasins sans rendre comp- -
se de rien. Il y a six Conseillers
ordinaires qui font toules
choses
,
& quand il en
meurt quelqu'un,c'est luy
qui luy nomme un Succes-
,- seur fous le bon plaisir de la
Compagnie.Son choix en elt
toujoursapprouve. Il yaaussi
des Conseillers extraordinaires
,mais quand on prend
leurs avis, on ne compte
point leurs voix, si ce n'est
sqeuil'lielrms anque un des six Conordinaires.
Ils sont
tous logez dans la Forteresse.
La Compagnie a dans ce
Pays-là plus de deux cens
Vaisseaux qui font tout le tra- 1 fie de l'Orient.Ondit que
les Hollandois y peuvent l
faireune armée de plus, de
cinquanteVaisseauxdeGuer- '-
re. Ils ont six Gouyernemens
Généraux, desquels dépendent
tous les Gouvernemens
particuliers de leurs Places,
& par consequent tous les
Comptoirs & Loges qu'ils
ont la en tresgrand nombre,
& dans tous les lieux où ils
croyent pouvoir trafiquer.
Mr l'Ambassadeur receut
toutes les honnestetez possibles
de ce General des Hbllandois,
quil'envoya visiter
à bord 7 j , &luy -Et porter toutes
fortes de rafraichissemens.
Quoy qu'il se fust excusé
de sortir de sonVaisseau,
comme il l'en, avoir fait
prier, il ne laissa pas de defcendre
à terre Incognito, ôc
d'aller voir les beaurez de
Batavia. Après avoir donné
quelques jours aux Malades
que l'air de la terre guerit en
fort peu de tem ps, il resolut
de poursuivre son Voyage;
mais comme aucun des Pilotes
n'avoit esté à Siam, il en
prit un du Payspour passer
le Détroit de Banca qui est
dangereux. Ce fut là que la
Fregate la Maligne le rejoignit
, ce qui fut à tous un
fort grand sujet de joye. Peu
de jours aprés, Mr d'Arbouville
Gentilhomme de Normandie
,mourut dans cette
Fregate, & il fut jetté à la.
Mer avec les ceremonies ordinaires
dans ces-tristes occa
fions. Les deux Mandarins
que l'on remenoit de France
à Siam
,
n'avoient sorty que
deux fois du trou où ils s'etoient
mis dans le Vaisseau
pendant tout y ce long Voyage
,
mais lors que l'on commença
a voirdeshommes
noirs vers ce Détroitde Banca,
ils monterentsur letillac,
& donnerent de grandes
marques de joye.
Le 3. de Septembre on repassa
la Ligne, & enfin le 14.
du mesme mois on moüilla
à la Barre de la Riviere de
Siam, qui est une des plus
grandes de toutes les Indes.
On l'appelle Menam, c'est à
dire, Mere des Eaux Elle
n'est pas bien. large , mais
elle est si longue, qu'on dit
qu'on n'a pû encore monter
jusqu'a sa source. Son cours
est du Nord au Sud.Elle f
passe par les Royaumes de
Pegu & d'Auva, & en suite
parceluy de Siam. Elle a
cela de commun avec le Nil,
qu'elle se déborde tous les
ans, & couvre la terre pen
dant quatremois. En s'en
retirant, elle y laisse un limonquiluy
donne lagraisse
& l'humidité dont elle a be.
foin pour la production du
Ris. Elle se dégorge dans le
Golse de Siam par trois grandes
embouchures, dont la
plus commode pour les Navires
& pour les Barques est
la plus orientale, mais ce qui
la rend presque inutile,c'est
uu Banc de sable d'une lieuë
d'étenduë, qui est vis-à-vis
de laRiviere,& qui n'a que
cinq ou six pieds d'eau avec
la basse Marée.Lahaute y
en amene jusqu'à quinze ou
seize; maiscen'e st pasassez
pour les grandsNavires qui
demeurent ordinairement à
la rade à deux lieuës de ce
Banc. Ils y sont en seureté,
& ont en tout temps six
brasses d'eau.Ainsi le Vaisseau
de Mrl'Ambassideur
demeura à cette rade, & la
Fregate qui prenoit moins
d'eau, passa sur le Banc avec
la Marée. Quand on l'apafsé
on peut entrer dans la Riviere
jusques à BancoK, qui
est une Ville éloignée dela
Mer de six lieuës. Celle de
Siam en cil: à vingt-quatre,
Si-tost qu'on eut mouillé à
cette embouchure, Mr le
Chevalier de Chaumont envoya
Mr Vachet, Miffionnaire
Apostolique, qui estoit
venu en France avec les
Mandarins de Siam
,
donner
avisdeson arrivéeàMr l'Evêque
de Metellopolis. Cette
nouvelle causa une extrême
joye au Roy de Siam. Il ordonna
aussi-tost qu'on prearast
toutes choses pour saie
une magnifiquereception
L Mr l'Ambassadeur, & nomna
deux Mandarins du prenier
Ordre pour luy venir
aire com pliment à bord.
C'est ce qu'apprit MrleChevalier
de Chaumont par Mr
Evesque de Metellopolis,
qui vint à bord le 29. avec
Mrl'Abbé de Lyonne. Cét
Abbé estoit passé à Siam en
581. avec Mr l'Evesque d'Heliopolis,
dont il y a quelques 1
mois que je vous appris la
mort. Son zeleestconnue,&
l'on peut juger par là dufruit
qu'il a fait en travaillant à la
Conversion desInfidelles.Le
lendemain les deux Mandarins
vinrentsaluer Mr l'Ambassadeur.
Il les receut dans
sa Chambre
,
assis dans un
Fauteüil
,
&ils s'assirent à la
mode du Pays sur des Carreaux
qui étoiét surle Tapis
de pied. Ilsluy marquerent
1 la joy e que le Roy leur Maîtreavoit
de sonarrivée,& dirent
qu'on luy avoir donné
une agréable Nouvelle,en
luy apprenant quele Roy de
France avoit vaincu tous ses
Ennemis, & donné ensuite
la Paix à l'Europe. Cette Audience
finie, on apporta du
Thé& des Confitures,& l'on
tira neufcoups de Canon à
leur sortie du Vaisseau.
Le I. d'Octobre,MrConstanceFavory
duRoy,envoya
son Secretaire avec des rafraichissemens
en si grand
nombre, qu'il y en eut pour
nourrir tout l'Equipage pendant
quatre jours. Mr Constance
est un homme d'un
fort grand merite, qui s'est
élevé par sa vertu au porte
où il est. Il est Grec,de Mie
de Cefalonie
,
& fut pris petit
Garçon par un Vaisseau,
où il fut fait Mousse. C'est
le nom qu'on donne à de
jeunes Matelots qui fervent
les gens de l'Equipage. On
le mena en Angleterre,&
il continua le service dans
les Vaisseaux. Il passa aux Indes,&
de degré en degré, il
devint enfin Capitaine de
Vaisseau. Il alloit à la Chine,
& au Japon, où il trafiquoit
pour le compte des Marchands.
La tempesteluy
ayant fait faire naufrage à la
Coste de Siam
,
il fut contraint
de semettreau service
du Barcalon, qui est un des
six grands Officiers de ce
Royaume. Son employ consiste
dans l'administration
des Finances. Le Roy de
Siam avoit alors un grand
démeslé avec ses voisins,
touchant un compte par lequel
on pretendoit qu'il demeuroit
redevable de fort
grosses sommes Les Siamois
n'entendent pas bien l'Arithmetique.
Mr Constance de-
-
manda à examiner tous les
Papiers que le Barcalon a-
, voit entre ses mains
,
& il
rendit le compte sinet, qu'il
fit connoistre non seulement
que le Roy de
-
Siam ne devoit
rien
,
mais que l'autre
Roy luy devoit des sommes
tres -
considera bles. Vous
pouvez juger dans quellefaveur
il se mit par là. Le Barcalon
estant mort peu de
temps aprés, le Roy le prit
JL son service ,&il est presentement
tout puissant dans
cet Estat. Il n'a voulu accepter
aucune des six grandes
Charges
,
mais il est sort diffusde au
tous ceux qui les
exercent
,
& il seroit dangereux
dene luy pas obeïr. Il
parle au Roy quand il veut, -
c'est un privilege qui luyest
particulier. Laprincipalede
ces grandes Charges rend
celuy qui la possede comme
Viceroy de tout le Rovau--»
me.elleest presentement
exercée par un Vieillard pour
cjm le Roy mesme a grand
:*e{peâ.-Il est son Oncle & a"
ïsté son Tuteur. Ce Vieilard
estsourd
,
& on luy par- eparile moyen d'uniennp
homme que l'on sait entrer,
& quien criantfort haut,
luy fait entendre ce qu'il faut
qu'il sçache. C'est un homme
de tres-bon sens, & on
s'est toûjours bien trouvé de
ses avis.
Le 8. Mr l'Evesque de Metellopolis
revint à bord avec
deux Mandarins plus qualifiez
que les premiers, qui furent
receus & saluez de la
>•
mesme forte. Ils venoient j
s'informer au nom du Roy
de la santé deMrl'Ambassadeur,
& l'inviter de descendre
à terre. Aprèsqu'ils furent
sortis du Vaisseau, cet
A mbassadeur se mit dans son
Canot, & sur le soir il entra
dans la Riviere avec les per-
»
sonnes de sa fuite, qui avoient
trouvédes Bateaux du
Roy pour les amener. A l'entrée
de cette Riviere estoient
cinqBalons sortmagnifiques
que le Roy avoit envoyez
pour le conduire à Siam. Ce
sont des Bastimens faits d'un
seul arbre. Il y ena qui ont.
cent pieds de longueur, &,
qui n'en ont que huit on
neufpar le milieu,quiest
l'endroit le plus large,& dans
lequel il y auneespece de
Trône couvert. Mrl'Ambassadeur
coucha ce soirlaà
bord de la Maligne, qui étoit
entrée dansla Riviere quelques
jours auparavant.
-
Le 9. deux nouveaux Mandarins
vinrent recevoir ses
ordres. Ils estoienthabillez
comme les autres, avec une
maniere d'écharpe fort large
depuis la peinture jusqu'aux
genoux, sans estre plissée.
Elle estoit de toile peinte,
& tomboitcomme une culote
Il y avoit au bas une
bordure fort bien travaillée,
!& des deux bouts de l'écharpe,
l'un passoit entre leurs
jambes, l'autre par derriere.
- Depuislaceinturejusqu'en
haut,ilsavoient une maniere
de chemise deMousseline
assez ample, tombant par
dessus l'écharpe, & toute ouverte
par le devant. Les
manches venoient un peu
au dessous du cou de
,
& étoient
passablement larges.
~ls avoient la teste nuë
,
ôc
~stoient sans bas & sans souiers.
La plus part de leurs
~alets n'avoient que l'éharpe
& point de chemise.
Onze Bateaux arriverent dej
Siam chargez de toutes sor- ni
tes de vivres. Mr Constance j
les envoyoit de la part du j
Roy,qui luy avoit ordonné t
de faire fournir aux Equipagestoutes
leschoses dontils
auroietbesoin pour leur sub- fl
sistance,pendant leur séjour.
Mr l'Ambassadeur s'étant "a
i < -
mis dans un Balon partità *'j
sept heures du marin, & apres
avoir fait cinqlieuës,
il arriva dans une Maison
bastie de Bambous, qui est
un Bois fort leger, & couverte
de Nates assez propresm
Il y avoir plusieurs Chambres
toutes tapissées de toiles.
peintes. Les Meubles en estoient
fort riches, & tous les
Planchers estoient couverts
de tres-beauxTapis. La
Chambre deMrl'Ambassadeur
estoit meublée plus
magnifiquement que les autres.
Il y avoir un Dais de
toile d'or, un Fauteüil doré,
&un tres- beau Lit. Deux
Mandarins, & les Gouververneurs
de BancoK& de
Pipely le receurent en cette
Maison, qui avoir esté bâtie
expres, ainsique toutes les
autres-où il logea jusqu'àson
arrivée à Siam. Il fautaussi
remarquer que les Meubles 1
de toutes ces Maisons estoient
neufs, & n'avoient
jamais servy. Il y eut un
grand Repas, aussi abondant
en viandes qu'en fruits.
Apres que l'on eut disné, Mr
l'Ambassadeur se remit dans
sonBalon, & arriva le soir à
BancoK, qui est la premiere
Place du Royaume de Siam
sur la Riviere. Un Navire~
Anglois qui se trouva à la
rade, le falüa de 21. coups de
Canon, & les deux Forteresses
ses qui sont des deux costez
de cette Riviere, tirerent
l'une 31. coups de Canon &
l'autre29. Il logea dans l'une
de ces Forteresses, en unf
Maison fort bien bastie, &",
que l'on avoit richement
meublée. Il y fut traité avec
la mefime magnificence.
Il partit le 10. à huitheures
du marin, & receut des Forteresses
le mesme salut qu'à
on arrivée. Il fut complimenté
avant son départ, par
eux nouveaux Mandarins
ui l'accompagnerent avec
~us les autres,auffi- bien que
le Gouverneur de Bancok.
Il trouva de cinq lieuës enn
cinq lieuës de nouvelles
Maisons toujours tres-commodes
,& fort richement
meublées
,
& arriva le 12. à"É
deux lieues de la Ville de
Siam. Il avoit plus de cinquante
Balons à sa suite, de i
cinquante jusqu'à cent pieds
de longueur, & depuis trente
jusqu'à six-vingt Rameurs..
Ilssontassis deux sur chaque *
banc,l'un d'un costé, & l'au-
-
tre de l'autre, le visage vers 2
le lieu où ilsveulent arriver..
Leurs rames sont longues de *
quatre pieds, lapluspart dorées,&
ils fatiguét beaucou p
enramant de cette forte. Il
- faut cependant fort peu de
chose pour les contenter.On
leur donne du ris qu'ils font
cuire avecde l'eau, &quand
on y ajoûte un peu de poisson,
on leur fait grand' chere.
Dans tout ce passageon rendit
à Mr l'Ambassadeur les
mesmes honneurs que l'on
rend au Roy. Il ne demeura
pei sonne dans les Maisons,
& comme toute la Campagne
estoit a lors inondée,tout
le monde estoit prosterné
dans desBalons, ou ssir<
des monceaux de terre élevez
à fleur d'eau,& chacun
avoir les mains jointes proche
le front. Devant toutes
les Maisons & Villages, il y
avoir une espece de parapet,
élevé de sept ou huit pieds
hors de l'eau avec des nates.
C'est ce qu'ils observent lors
que leRoy passe. Ils se jettent
le ventre contre terre, & par
respect ils n' osentjetter les
yeux sur luy. J'ayoublié de
vous dire que toutes les
Maisons où Mr l'Ambassadeur
logea, estoient peintes
derouge,ce qui est particu
lier aux Maisons du Roy.
On y faisoitgarde pendant
lanuit, & ilyavoit des feux
tout autour.
Le 13. Mr m'Ambassadeur
fit prier le Roy de luy vouloir
envoyer quelque personne
de confiance avec
qui il pust s'expliquer, parce
que les manieres de recevoir
les Ambassadeurs des Roys
d'Orient
,
estoient differentes
des Ceremonies que l'on
devoit observer en recevant
un Ambassadeur du Roy de
France. Mr Constance vint
à bord le lendemain
,
& ils
convinrent ensemble de
toutes choses.
Le 15 tout le Seminaire
de Siam vint saluer Mr le
Cheualier de Chaumont. Il
y avoit plusieurs Prestres venerables
par leur grande
barbe, & quantitéde jeunes
Chinois, Japonois, Cochinchinois,
Siamois & autres,
tous en long habit, & avec
une modestietres-édisiante.
Les uns sont dans les Ordres
Sacrez,&les autres aspirent
a y entrer.
Le 16. les Deputez de toutes
les Nations établies à
Siam au nombre de quarante
deux, le vinrentcomplimenter.
Ilsestoient tous habillez
à leur maniere, ce qui
faisoit un effet tres. agréable.
Lesunsavoient desTurbans,
les autres des Bonnetsàl'Arménienne,
ceux-cy des Calotes,&
quelques-uns des Babouches
comme les Turcs,
Il y en avoit qui estoient
teste nuë ainsi que les Siamois,
parmy lesquels ceux
qui font d'une qualité distingllée,
ont un Bonnetcomme
celuy d'un Dragon. Ilest
faitde Mousseline blanche,
& se tient toutdroit. Ils l'arrestent
avec un ruban qu'ils
passent tous leur menton.
Le 17. Mr Constance vint
voirles Presens que Sa Majesté
envoyait nu Roy son
Maistre
,
&il amena quatre
Ballons magnifiques pour
les porteràSiam.
Le 18. Feste de S. Luc,
M l'Ambassadeur sedisposa
à son entrée dés le matin, &
il commença par offrir à
Dieu son Ambassade
,
puisqu'elle
n'avoit esté resoluë
que pour sa gloire. Il fit ses
Dévorions avec sa pieté ordinaire
,
& ensuite il alla
:rouver deuxOyas& quaante
Mandarins qui l'attenloienc
dans la Salie. Les
Dyas sont comme les Ducs -
n France. Il prit la Lettre
lu Roy, & la mit dans une
Boëte d'or, cette Boëte dans
ne Coupe d'or, la Coupe
~DUS une sous-Coupe d'or, &
exposa ainsi sur la table, ou
stoitun richeDais. LesOyas
les Mandarins se profernerent
les mains jointes
11* lefront, levisage contre
rre, & salüerent trois fois
la Lettre en cette posture-
C'est un honneur qui n'avait
jamais esté rendu dans
ces fortes de Ceremonies.
Cela estant fait, Mr l'Ambassadeur
prit la Lettre avec
le Vase, le porta septouhuit
pas & l'ayant donné
à Mrl'Abbé de Choisyqui
marchoit un peu derriere.à
sa gauche,
il alla jusqu'a la
Riviere, où il trouva un Ba-
Ion très-doré
,
dans lequel
estoient deux grands Mandarins.
Alors il reprit la Lettre
du Roy, des mains de M
l'AbbédeChoisy,laportajusue
dans ce Balon & l'ayant
onnée à l'un desdeux Man-
~arins, ce Mandarin la mit
iixs un Dais fort élevé en
pince & tout brillant d'or.
* Balon où cette Lettre tmise
,
suivit ceux qui
~rtoient les Presens du Royeux
autres estoient de cha-
~e cofté
, & il y avoit.
~ux Mandarins dans chaa
pour garder la Lettre.
~tit autres Balons de l'Estat
Siam, tous fort magnifies
,
suivoient ceuxcy ,
Ôc
cedoient un tres -
super-
Balon où Mr l'Ambassadeurestoit
seul. Mrl'Abbé
de Choisy estoit aussi feullli,
dans un autre, & il y en avoit
de vuides qui servoient
d'escorte à droit& à gauche.
-
En suite parurenr quatreautres
Balons, où estoient les
Gentilshommes & les Officiers
de Mr l'Ambassadeur.
Dans d'autres estoientles
Gens de saisuite, tous fort
propres, & accompagnez de 3)
Trompettes & de dix-huit
hommJ.es de livrée. Elle cftoit
fort magnifique,&frap- -<j
pa les Siamois plus que l'or n
des Juste-au-corps. LesNations
étrangeres furent du
Cortege, & l'on ne voyoit
que Balons sur la Riviere.
Les grands Mandarins marchoient
à la teste en deux
colomnes. Le Balon oùef-
~oit la Lettre du Roy & les
leux Balons qui la garloient
avec celuy de Mr
»Ambassadeur
,
tenoient le
milieu. Si tostqu'il fut arrivé
terre, la Ville le salüa
, ce
qui ne s'estoit jamais fait
pour aucun Ambassadeur. Il
~ortit de son Balon,& ayant
~epris laLettre du Roy, illa
pic sur un Char de Triomphe
qui l'attendoit, & quiu
estoit encore plus magnifï--que
que que le Balon. On le ~fiéd
monter dans une Chaise ~déJj
couverte, toute d'or, & ~quoi,
dix hommes porterent. M"i\
l'Abbé de Choisy fut ~portôr
dans uneautre. Les~Gentils-?
hommes & les ~Mandainen
suivoient à cheval, & les/j
Trompettes, & tous les ~Genen
de laMaison de Mr~l'Am-rr
bassadeur alloient à ~piecVj
en fort bon ordre. Les Na~x,l
tions suivirent aussi à ~piedhz
On marcha de cette ~fortor;
dans une ruë assez longue, &&
largeà peu pres comme la
ruëdeS Honoré.Elleestoit
bordée d'arbres, & dune
double file deSoldats, le Pot
enrested'un metaldoré, leBouclier & ferentes au bras avec dif- armes, Sabres, Piques,
Dards, Mousquets,
Arcs & Lances. Ils estoient
nuds pieds., & avoient une Chemise rouge, avec une Echarpe de toile peinte qui leur servoit de culote, com-
~me j'ay déja marqué. Des Tambours sonnant comme des Timbales, des Musettes,
des manieres de petites Cloches,&
des Trompettes qui
nerendoient qu'un son des
Cornet,formoient une har- -
monieaussibizarre qu'extraordinaire.
Apres avoir passé
-
u
par cette ruë, on arriva dans 21
une assez grande Place. C'es- -
toit celle du Palais. On ~n
voy oit des deux costez plumesieurs
Elefans de guerre, & :),
des hommes à cheval habil- - lez à la moresque avec la
-
Lance à la main. Les Na- ~-
tions avec tout le restedu Il
Cortege,quitterent M'l'Am- -e
bassadeur en ce lieu là , à la Li
reserve de ses Gentilshom- -1
mes. Avant que d'entrer ij
dans lePalais, il prit la Lettre
du Roy qu'il remit entre les
mains de Mrl'Abbé de Choi-
(y. En suite on marcha à
pied fort gravement. Les
Gentilshommes & les Ovas
alloient devant en bon ordre.
On traversa plusieurs
Courts. Dans la premiereil
y avoit deux mille Soldats le
Pot en reste, & le Bouclier
lOfé) ayant devant eux leurs
Mousquetsfichez en terre;
ls estoient assis sur leurs taons.
Dans la seconde par~
uurreenntt tcrrooiiss cens CChheevvaauuxx-.
~en Escadron, avec plus de
quatre-vingts Elefans, & :
dans la derniere estoient : quantité de Mandarins le
visage en terre, & soute-
-
nu sur leurs coudes. Il y >
avoit six Chevaux dont 3
tout le harnois estoit d'une e
richesse que l'on auroit peine
à exprimer. Brides,Poitrails,
( Crou pieres,Courroyes
, tout 3
estoit garny d'or,& par des- -
sus il y avoit un nombre infiny
de Perles,de Rubis&de 3
Diamans, en sorte qu'on ne s
pouvoit voir le cuir. Les 2:
Estriers estoient d'or,& les v
Selles d'or ou d'argent. Ils EJ
avoient des anneaux d'or
aux pieds de devant
, &
estoient tenus chacun pardeux
Mandarins.On y voioit
aussi plusieurs Elephans richement
enharnachez,comme
des Chevaux de Carrosse.
Leur harnois estoit de velours
cramoisy avec des boucles
doréesLorsquel'on fut
arri vé auxdegrez de la Salle
destinée pour l' Audience,
Mr l'Ambassadeur s'arresta
avec Mr Constance qui l'cf---
toit venu trouver, pour donner
le tem ps à ses Gentilshommes
d'entrer avant luy
dans cette Salle. Ils y entrerent
à la Françoise, & s'assirent
sur de superbes Tapis,
dont tout le plancher estoit
couvert. Les Mandarins &
tous les Gens de la Garde se
placerent de l'autre costé, &
pendant ce temps le Barca-
Ion dont on n'avoit point
encore entendu parler, entretenoit
Mr l'Ambassadeur
au bas du degré. Il luy dit
qu'a la nouvelle de son arrivée
ala Barre de Siam, il avoit
eu envie de l'aller trouver,
mais que les Affaires de
l'Estat ne luy en avoient
point laissé le temps. Ce
compliment estoit à peine
~Un y
>
qu'on entendit les
Tronl pettes&les Tambours
~lu dedans. Les Trompettes
lu dehors répondirent à ~niit,quifaisoitconnoistcree
~ue le Roy montoit à son
~trône. En effetil parut dans
e moment, & à mesme
~nips tous les Mandarins se
~ofternerent" pat terre les
ains jointes, suivant leur
~»ultumé.' Les François le
~üerenr, mais sans se le.
~r de leurs places. Alors
~Confiance&leBarcalpn.
entrerent dans la Salle les
pieds nuds
,
& en rampant
sur les mains & sur les genoux.
Mr l'Ambassadeur les
suivit
, ayant à sa droite Mr
l'Evesque de Merellopolis,
&à (a gauche M l'Abbé de
Choisy
,
qui portoit le Vase
où estoit la Lettre du Roy.
On tient qu'il pesoit du
moins cent livres, & il l'avoit,
toûjours eu entre les.
mains depuis qu'on l'avoir
tiré du Char de Triomphe.
Il estoit en habit longavec
un Rochet, & son ~manteaux
par dessus.Mrl'Ambassadeurs
osta son chapeau sur le dernier
degré dela Salle, & appercevant
le Roy dés qu'il
fut entré,il fit une profonde
\- reverence. Mr l'Abbé de
Choisynefalüa pas , parce
qu'il portoit la Lettre du
Roy.Ilsmarcherent jusqu'au
milieu de la Salle
, entre les
François assis sur les ta pis dit
Plancher & deux rangs de
grands Mandarins prosternez,
parmy lesquels il y avoit
deux Fils du Roy de
Chiampa
,
& un Frere du
Roy de Camboie, Mr l'Ambassadeur
fit une seconde reverence
,& s'avançant toujours
vers le Trône; lors
qu'il fut proche du lieu où
estoituneChaise à bras
qu'on luy avoir preparée, il
en fit une troisième, & commença
sa Harangue,ne s'asseiant
Ôc ne mettant ion chapeau
qu'aprés en avoir prononcéle
premier mot. Il dit
au Roy de Siam
,
£hte le Roy
son Maistre, fameux par tant de
Victoires, & par la paix qu'il
avoit accordée tant de fois à jes
Ennemis, luy avoit commandé
de venir trouver Sa Majesté aux
extremitez de l'Univers
, pour
luyi
w
wy pfeflnter des marques de jon
ejftme, er l'afj-rcr de son amitié
; mais que rien nefloit plus ca..
fable d'unir deux sigrands Princes
t que de vivre dam les fntinjem
dune mtfrne croyance; que cestoitparticulièremint ce que le
Roy son Maiflreluyavot recommandé
de rrpYl/ enter à Sa
Al.siesté
;
Quele Royleconjuroit
Par l'interef}quilpi non: à ra
véritable gloire
)
de co?1.fidrer
tjue cettesuprême A/fcjefit dont il
ijloit revcjîu sur Li Tcrre
, ne
wàuvoit venirque 'u vr yT)iru dire, du Di u Tout puiss
ant ,
Eternel Infiny
,
tel que
Ses Cbreftiens le reconnoijfent*
qui seulfait regner les Roys,&
réglé lafortune de tous les Peuples
; Que c'efloit à ce Dieu du
Ciel & de la Terre qu'ilfalloit
soumettre toutessesgrandeurs,
non a ces 'Vi'Vinitez qu'on adore
dins l'Orient,rItr dont Sa Maje/
lequi avoittantde lumierese
de pénétration
, ne pouvoit manquer
de voir l'impmjfance. Il finieen
disant,quelaplus agreableNouvelle
quil pourroit porter
au Roy [on Maigre
y
feroit que
Sa Majeftéperfuadée dela veri.
té,sifaisoitinstruire dms la ReligionCbrejhenne
; que cela cimenterott
a jamais iejnme &
iamitié entre les deux Rays ; que
iesFrançoisviendraient dans fort
Royaume avec plus d'empreffimentg)
de confiance,&quâinfi
ea Majefié s'attireroit un honheur
eternel dans le Ciel, après a.
suoit régnéavec rant de prosperité
surla Terre.
- Mr TAmbassadeurprononça
cette Harangue toûjours
assis,& sans oster son Chapeau
, que lors qu'il nommoit
quelqu'un des deux
Roys. Mr Confiance en fut
l'Interprete, & se prosterna
trois fois avant que de corn»
mencer. Aprés quoy M41le
Chevalier deChaumont prit
la Lettre de Sa Majesté des
mainsde Mrl'AbbédeChoisy.
Le Vase où onl'avoitenfermée,
estoit soustenu d'un
grand manche d'or de plus
de trois pieds de long. Ils'avança
jusqu'au Trône, qui
estoitune manieredeTribune
assez élevée dans une fenestre
de la Salle,& il presenta
le Vase sans hausser la
main. Mr Constance luy dit
qu'il prist la Coupe par le
baston, mais il n'en voulut
rien faire. Le Roy se mit à
rire
,
& s'estant levé pour
prendre le Vase, il se baissade
maniere qu'on luy vit
plus de la moitiédu corps. Il
regarda la Lettre qui estoit
dans une autre Boëte d'or
que ce Princeouvrit. Il avoir
une Couronne toute brillante
de gros Diamans, avec un
Bonnet comme celuy d'un
Dragon, qui se tenoit droit,
artaché à la Couronne. Son
Habit estoit une maniere de
Juste-au-corps d'un Brocart
d'or, dont le fond estoit UEP
rouge enfoncé. Ce Juste-aucorps
luy serroit le col & les
poignets, & aux bords il y avoitde
l'or&desDiamans,qui
faisoient comme un collier
& des bracelets.. Il avoit aux
doigts quantitéde Diamans.
LaSalle de l'Audience étoit
elevée de douze ou quinze
degrez.Elle estoit quarrée &
assez grande, avec des fenestres
fort baffes de chaque
coste. Les murs estoient
peints, & il y avoit de grandes
Fleurs d'or depuis le
haut jusqu'au bas. Le platfond
estoit orné de quantité
de Festonsdorez, Deux
Escaliers conduisoient dans,
une Chambre ouestoit le
Roy, & au milieu de ces Escaliers
estoit une fenestre
brisée, devant laquelle on
voyoit troisgrands Parasols
par étages qui alloient jusqu'auPlat
fond,l'étoffe estoit
d'or,& une feüille d'or couvroit
le baston. L'un de ces
trois Parasols estoit au milieu
de la fenestre, & les deux:
autres aux costez. Ce fut par
cette fenêtreque leRoyparla,
Mr le Chevalier de Chaumont
estant retourné en [a'v
place, apres avoir donné la
Lettre de SaMajesté, ce qui:
futune grande marque de
distinction pour l'Ambassadeur
du Roy de France, les
Roisd'Orient ne prenant
aucune Lettre desmains des
Ambassadeurs, Sa Majesté
Siamoiseluyditqu'Elle recevoit
avec grande joye desmarques
de l'estime&del'amitié
du Roy & qu'il luy
seroit fort agréable de luy
faire voir en sa personne
combien elles luy estoient
cheres. Apres celaMrl'Am-
-
bassadeur luy montra quelques
Presens du nombre de
ceux que le Roy luy enroyoit,
& luy- presenta Mr
'AbbédeCkoify5&lesGen-
- iishommes. Ce Prince luy
larIa des Ambassadeurs qu'il
voit envoyez dans le Soleil
Orient, & demanda des
ouTelles de la Maison
.oyale, & ce qui se passoit
n Europe. Mr FAmbanaeur
répondit que Sa Mailsatcée,
apresavoir pris la forte
de Luxembourg avoit
oligél'Empereur,, les Espanols,
les Hollandois, & tous
s Princes d'Allemagne à
gner avec luy une Tréve
3 *
: vingtans. Il fit encore
d'autres Questions sur lesquelles
Mr l'Evesque de Metellopolis
servit d'Interprete,
& apres que M l'Ambassadeur
y eut répondu, on tiraun
Rideau devant la Fenestre
de la Tribune. Ce fut par
là que l' Audience finit. Elle
dura plus d'une heure, &
les Mandarins demeurerent.
prosternez pendant tout cor
temps. Ils avoient tous un.
Bonnet,mais sansCouronne,
& chacun d'eux tenoit une
Boëte, pleine de Betel &
d'Areque, dont ils usentencore
plus que nous ne faions
icy de Tabac, C'estpar
diference de ces Boëtes.
u'on peut distinguer leurs
ualitez.
Au sortir de l'Au dience,
Mr l'Ambassadeur fut conuit
dans le Palais, où il vit,
Elefant blanc. On luy rend
e grands honneurs, & on.
regarde comme une Diviité.
Quatre Mandarins sont
ûjours aupresde luy. Deux
ennent un Eventail pour
nasser les Mouches, & les
eux autres un Parasol, afin,
empescherqu'il ne soit inommodé
du Soleil.Ilest
servyen Vaisselle d'or.
-
One
en éleve un petit qui sert
son Successeur.. Lors qu'il 1
besoin de se laver, on le .me-si
ne à la Riviere, & alors les
Tambours &les Trompetes
marchentdevantluy. Dans
l'endroit où on le lave, il )(
a une espece deSale couverte,
destinée pour cet usage
Il y a eu autrefois de grandesGuerres
pour l'Eléphant
bbllanc '1 f1. 1 1 ,v,
,
& il a cousté la vie iî i
plus de six cens mille personnes.
Le Roy de Pegu
ayant appris que cet,Animal
estoit possedé par le Roy
e Siam,luy envoya une
mbassade des plus solembiles
pour le prier de le
lettre à prix, s'offrant d'en
lyer ce qu'il voudroit. Ce
t en 1568. Le Roy de Siam
rant refusédes'en défaire
luydePegu leva une Arée
d'unmillion d'hommes
en aguerris
,
dans laquelle
y avoit deux cens mille
hevaux
,
nans cinq mille Ele- ,
& trois mille Chaeaux.
Quoy que Pegu soit
Digne de Siam de soixante
cinqjournées de Chaeau
,
il ne laissa pas avec
cetteredoutable Armée, de
venir amener son Ennemi
dans laVille Capitale. Il
prit& laruinaentierement
s'estant rendu Maistre de se
Trésors, de sa Femme & db
ses Enfans, qu'il emmena i
Peguavecl'Eléphant blancs
Le Roy de Siam se défen
dit jusques à l'extremité, &
voyant sa Ville prise
,
il fl
jetta du haut de son Palais
en bas, d'où il fut tiré crû
pieces. Quelques-uns écrin
vent que le Siege dura vingt
deuxmois,&que cette guerre
re couta plus de cinq cen
mille hommes au Roy de
Pegu. Jugezcombien il en
dût perir ducosté des Siamois.
Les Indiens trouventquelque
chose de Divindans l'Elesant
blanc. Ils disent que
ce n'est pas feulement à
cause de sa couleur qu'ils le
respectent, mais que sa fierté
leur fait connoistre qu'il veut
qu'on le traite en Prince,
Sr. qu'ils ont remarqué plurieurs
fois qu'il se fâche,
quand les autres Elefans
nanquent à luy rendre
'honneur qu'ils luy doivent.
Apres que l'on eut fait
voir cet Elefant à M l'Am—r
bassadeur, il fut conduit àssi
l'Hostel qu'on luy avoitpreparé.
Par toutoù il passa, illi
trouva des Elefans avec les
Soldats qui bordoient les
chemins en tres-bel ordre,s
Quelques Troupes,& plusieurs
Mandarins montez sur
des Chevaux ou sur des Elesans
magnifiquementenharnachez,
marchoient devant
luy, & grand nombres
d'autres suivoient par hon- -c
neur, Ainsi il ne manqua &r
rien à cette Entrée pour la d
rendre très superbe. Tous
Siam joüit de ce grand Spectacle,&
ce qu'il y eut de surprenant,
c'est que tout le
monde estoit prosterné,comime
si le Roy eust passé luymesme,&
cela sefitavecun
si grand respect, que l'onnentendoit
personne cracher,
tousser, ny parler. Les
ordres du Roy avoient elle
donnez pour cela, ce qu'il
n'avoit jamais fait pour d'autres
Ambassadeurs. Il est remarquable
que les Siamois,
Rapportent aucun desous en
laissant, & qu'on ne voir
parmy eux, ny Boiteux, ny
Bossus, ny Borgnes. S'il y a
quelques Aveugles, ils ne le 1
font que pour avoir estécon- j damnez à cette peine pour
quelque crime commis.
La Ville de Siam, que î
quelques uns apellentIndia J
d'autres Iudia, est la Capitale
du Royaume, & l'une des j
plus grandes & des plus peuplées
de toutes les Indes. Ses 1
Remparts sont environ de z
trois toises de hauteur,&elle
a des Bastions de toutes les aj
sortesde plats, de coupez & al
desolides. La Riviere deMenam
qui y coule enhuit enadroits,
y forme deux Isles,
Elle a plusieurs belles Ruës,
& des Canaux qui sont assez
regulierement tirez. La plus
belle est celledesMores. Ce - qu'ils a ppellent le Quartier
de la Chine est aussi tresbeau.
LesMaisons ne sont
pas laides, & il y en a sort
peu où l'on ne puissealler
enBatcau. Surtout les Temples
& les Monasteres sont
tres-bienbattis. Ils ont tous
les Pyramides dorées qui
ontun très bel effet de loin
;zs, Faux-bourgs, des deux
costez de la Riviere sont
pour le moins aussi grands
& aussi ornez de Morquées
& de Palais que la Ville mesme.
Celuy du Roy est d'une
si grande estenglue, qu'on
le pourroit prendre pour une
seconde Ville. Il ases Remparts
separez ,& les Tours
qui l'environnent en grand
nombre sontfort élevées,
& très-magnifiques..
Mr le Chevalier de Chaumont
trouva au lieu où il sur
conduit,des Mandarins qui
estoient degarde
,
& que
l'on avoit chargez defaire
fournir tout ce qui luy seroit
necessaire pour sa dépense.
Le 19. Mr Confiance fit assembler
tous les Mandarins
Etrangers
,
& leur declara
que le Roy son Maistre vouloit
qu'ils se rendissent tous àl'Hostel de Mrl'Ambassadeur
,
afin qu'ils fussenttémoins
de la distinction avec
laquelle il traitoit le Roy de
France, comme estant un
Monarque tout- puissant, &
qui sçavoit reconnoistre les.
donneurs qu'on luy faifoir.
Ces Mandarins répondirent
qu'ilsn'avoient jamais veu
d'Ambassadeur de France;
mais qu'ils estoient fort persuadez
que cette distinction
estoit deuë à un Prince aussi
grand, aussi puissant, &
aussi victorieux que celuy
qui regnoit sur les François,
puisqu'il y avoit long-temps
que ses Victoires estoient
connuës par tout l'Orient.
Ils allerent aussi-tost salüer
Mr l'Ambassadeur, & le mesme
jour Mr l'Evesque de
Metellopolis se rendit au
Palais où le Roy l'avoit mandé
pour interpreter la Lettreque
Mr le Chevalier de
Chaumont luy avoir donnée
e jour precedent. Envoicy
es termes.
LETTRE
DU ROY
TAU ROY DE SIAM. RES HAFT, TRES PVISSANT,
TRES. EXCELLENT,
ET TRESMAGNANIMEPRINCE,
ET NOSTRE
;H'ER ET BON AMr, DIEV
rEVIllEAUGMENTER VOS-
-RE GRANDEVR AVEC YNE.
rIN HEVREYSE.
Nous 4ious appris avec déplaisir
la perte des mbfadeurSI
que :~ nous envoyajîa en1681. -
&Nous avons cflé informe^par
ItiPreflres Mijjionnaires quifont 1
njen;$ deSian
, C. par les Letj
très nueno?Adimlhts ont reteuës j
de h p.irt de celiiya qui vous 1
confia VO) pnncipules affaires e>rijffpm-nr 3, avec leCjnA vous
Joubair.'XnojhramneRoyale.
Ccflpouryfartsfa'rcque nous
avons choisy le Sieur Chevalier'
de Chaumontpouy nolire Ambaf-
Jadeur,quivous apprendra plusparticulièrement
nos intentions9
sur tout ce qui peut contribuer àK
ejldlirpout toujours cette amitié
fi/ide
fllidr entre nous.CependantAlc,
ferons tres-ais de trouver les
occûfons de tous témoigner la
reconnoijjance avec laqui lie nous
avons appris que vous conrznuez
a donner voflre protcfhon aux E-
'Vesques, cm euxautres ÀdiJJionnaires^
potfohcj'ei, quitravaillenta
linflrufliondetosSujets
ians laRetio-ion Cbjeflien,,,e,
lotreefiimep meulièreincurvons
Wus fait desirer ardernn em que
}OKS 'Vur¡fluZ bien vous-mfmc
k écouter) Çj7 apprendre d\u,x ïvéritables À^aximas @r les
fistres f^cre-^dune si fat.te
9y, dans laquelle un a la LulMijfance
du vray Dieu,qui Jîufa
peutJaprés TOUS avoirfait rtgnem
long temps & glorieusement (un
vos Sujets ,
101.$combler d'u
bon heur eternel. Nous avenui
chargénoflreAmb^Qaieur dese
choses les plus curreujes de noftrt
Royaume, qu'il vous prejenter
comme unemarque de noflre ePi_j
me
y
& il vous expliquera aussi
ce que nous pouvons Jfjinr dt
voui pour l'avantage du Com-A
merce de nos Sujets.Sur ce,Afousm
prions Dieu qu'ilvueilleaugmentas
tervoftre Grandeur avec toute fin^\
heureuse. Ecrit en Noflre Cha.X
(eaU Royal le u. Janvier168
Vostre tres cher & bon Amy,
LO VIS, & plus bas COLBERT.
Quelques jours a pres,
le Roy envoya des Presens
à Mr l'Ambassadeur,
sçavoir plusieurs pieces de
Brocart, des Robes du Japon,
une garniture de Boutons
d'or, & diverses curiositez
du Pays. Il y en eut
aussi pour Mr l'Abbé de
Choisy
,
& pour les Gentilshommes
François.
Le 2,5. il fut mené à une seconde
Audience dans une
Salle à costéd'uneautre où
,eHoir l-e Roy. Le disçours étant
tombé sur la Famille
Royale, Mr l' Ambassadeur *>
dit au Roy de Stam que lu-
- nion y estoit sigrande, que
Monsieur,Frere unique de Sa
Majesté,avoitgagné une
grande Bataille pour le Roy v
sonFrere, contre les Ennemis
liguez,& commandez s
par le General des Hollandois
, qui avoient le plus de s
Troupes danscette Armée;à
quoy le Roy de Siam répondità
peu prés en ces termes.
Je ne m'étonne point que le Roy \(
de France ait réüssidanstoutesses
r entreprises,puis qu'ilaun Frere
l
si bien uny avec luy.La desunion
ejb ce qui renverse les Etats. lec"
sçay les malheurs qu'elle a causez
dans la Famille Royale de Matran
, & dans celle de Bantam,
&sçache le Grand Dieu du Ciel
ce qui arrivera de la mienne.Ce-
Roy a deux Freres ,dont lais-
Xïéfiir tout est tres-remuant.
Il a trente-sept ans, & est
fort incommodé de sa Perfodne.
Peut-estre l'a t'on mis
en cétestat afin de tenir (on.
ambition dans l'impuissance
d'agir. Le plus jeune est
moins âgé de dixans. Il est
muet , ou il fait semblant de
l'estre. Ils ont chacun leur
Palais,& leurs Domestiques,
& ne voyent le Roy leur
Frere que deux fois l'année.
Le Roy peut avoir cinquante
cinq ans. Il est bazanné
de , moyenne taille, & a les
yeux noirs, petits
,
& fort
vifs. Outre deux Oncles qui
sont fort vieux, & dont l'un
luy a servy de Tuteur, il a
des Tantes qui n'ont jamais
esté mariées. Cette seconde
Audience dont j'ay déja
commencé à vous parl er , finit par une matiere de Religion
qui n'eut point de suite.
Mr l'Ambassadeur dit au
Roy, que le Roy son Maître
ne souhaitoit rienavec
plus d'ardeur que d'apprendre
qu'il consentist à se faire
instruire par les Evesques &
Missionnaires qui estoient
dans ses Etats. Il se leva, ôc
ne fit point de réponse. Lors
qu'il se fut retiré, Mr Constance
mena Mrle Chevalier
de Chaumont dans le Jardin
du Palais, où le disner
estoit preparé, Son Couvert.
estoit en Vaisselle d'or; tous
les autres furent servis en
Vaisselle d'argent. Le Grand-
Trésorier, le Capitaine des
Gardes, & d'autres grands
Mandarins servirent à table.
Lerepas dura trois heures,
& l'on allavoir delà l'Estang
du Jardin
,
où il se trouve
plusieurs poissons curieux.
Ilsenvirentun entre autres
avec un virage d'homme.
Le 26. Mr Constancerenditvisite
à Mr l'Ambassadeur.
La Conversion du Roy
fut le sujet de leur entretien.
Mr Constance yfit paroistre
de grandes difficultez
,
sur
ce qu'il seroit tresdangereux
de donner pretexte à
une revolte, en voulant
changer une Religion establie
& professéedepuis tant
de Siecles. Illuy fit connoîue
que leRoyavoit un Frere
quine cherchoitqu'à broüiller;
que c'estoit toûjours
beaucoup que Sa Majesté
permist qu'on enseignast la
Religion Chrestienne dans
son Royaume; qu'illafalloit
laisser embrasser aux Peuples
&aux Mandarins mesme,
si quelqu'un d'entr'eux
vouloit se faireChrestien,
8c qu'avec le temps les choses
pourroient prendre une
autre face.
Le29. Mr le Chevalier de
Chaumont alla visiter le Barcalon,
qui dans les honneurs.
qu'il luy Et rendre le distingua
desautresAmbassadeurs,
ainsi qu'avoit fait le Roy. Mr
l'Evesque de Metellopolis
l'accompagna dans cette visite
, & leur servit dInterprete.
Le 30. on alla au Palais
pour voir ta grande Pagode.
C'est ainsi que les Siamois
appellent leurs Temples
mais ils ne laissent pas de
donner aussi le nom de Paggooddeess
àà leurs Idoles. En pas- Isant
par la premiere Court,
Mr l'Ambassadeur eut le divertissement
d'un combat de
deux Elephans On les avoit
attachez ensemble par les
jambes de derriere
,
& deux
hommes estoient sur chacun,
de ces Animaux, l'un sur le
col
,
l'autre sur la crou pe. Ils
esanimoientavec un croc, lui leur servant d'aiguillon,
es faisoit tourner comme ils
ouloient. Ce Combat ne
onsista qu'en des coups de
ent & de trom pe. On dit
ue le Roy y estoit present
mais il ne se laissa pointvoir.
Les Elephans ont beaucoup
d'intelligence& onleur fait
comprendre aisément tout
ce qu'on leur dit. De cette
Court on passa dans plusieurs.
autres avant que de trouver
la Pagode. Le Portail en est
antique, de assez bien travail.
lé.C'estuntres-beau bastimens
, dont l'Architécture
est presque semblable à celle
de nos Eglises. Les yeux
furent fra ppez enentrant,de
plu sieurs Statuës - de cuivre
doré, qui semblent offrirun
Sacrifice à une grande Idole
qui est touted'or.Elle a quarante
pieds de longueur,
douze de largeur
,
& trois
pouces d'épaisseur. Son poids
est de plus de douze millions
d'or Dans-une guerre où
ceux de Pegu conquirent
presque tout leRoyaume de
Siam, ils couperent une
main à cette Idole. Elle a
icihe remplacée depuis. Aux
deux costezdecette Pagode,
il y a plusieurs autres petites
Idoles dont la plus grande
partie est d'or. Des Lampes
Allumées depuis le haut jusqu'au
bas, font voir dans
quelleveneration elles sont Au fond est une autre Idole
en forme de Mausolée. Elle
est d'un prix extraordinaire.
Parmy ce grand nombre on
en voit une qui bien qu'assise
les jambes en croix,asoixante
pieds de haut. De cette
Pagode M"1"Ambassadeur
alla dans une autre qui en
dépend, & pour y aller, il
passasous une voûte qui est
en forme de Cloistre. D'un
costé de cette voûte,il y avoit
de deux pieds en deux
pieds des Idoles toutes dorées
,& devant chacune bruloituneLampe
queles Talapoins
ont soin d'allulller
0,«Zous les soirs. Dans cette seconde
Pagode Mr l'Ambasfadeur
vit le Mausolée de la
Reyne dccedée depuis quatre
ans, & celuy d'un Roy
de Siam, representé par une
grande Statuü couchée sur
le costé. Il est habillé comme
le sont les Roys de ce
Pays là aux jours de Ceremonies.
Cette Statuë qui est de
cuivre doré
, .a vingtcinq
piedsde longueur. En d'autres
endroits font quantité
de Statuesd'or & d'argent,
avec des Rubis & des Diamans
aux doigts, La princi- pale - beau ré de toutcelaconsiste
dans les richesses,la-plus
grande partiede cequ'il y a s
de plus precieux dans le
Royaume, estantrenfermée
dans les Pagodes. Au sortir
de là, Mr l'Ambassadeur vit i
les ElephansduRoy qu'il fait i
nourrir au nombre de plus 2
de dix mille. Il vit aussi une i
piece de Canon de fonte q
fonduë à Siam qui est de s
vingt-quatre pieds, & qui a j
quatorze pouces de diamet-
-
tre par l'embouchure.
-
Le 3I. - on fit de fort grandies
réjoüissance pourle coueiincirient.
du. Roy de Portugal.
On tira quantitéde
f J
coups de Canon,&il y eut le
f*ir un feu d' Artifice.Cesréiouiflincesfurentcontinue'es
»
u lendemain,premierjour.
[^Novembre
, par Mr Con- rance qui donna un grand
'dhrT, où MrAmbassadeur
.le invité. Il s'y trouva avec
put ce qu'il y avoit d'Euroéens
dans la Ville. On n'enfndit
que coups de Canon
ifqua la nuit,& on tira
ujourssans discontinuer.
Tous les Bastimens qui é- -
toient sur la Rivierre
,
tirerent
aussi après le repas,
qui fut suivye d'uneComedie
de Chinois,&: d'un autre
Divertissement,façon de -j
Marionnettes. Il y eut quelque
chose d'assez surprenant
& de singulier dans cette
Feste. î
Le 4. de Novembre Mr
Constanceavertit Mr l'Ambassadeurque
leRoy devoit
sortir pour se rendre àune
Pagode,où il a accoûtumé
d'aller tous les ans. Comme
ce jour estoit un de ceux Otli
il se montre à ses Peuples,la
mSeremonie meritoit qu,'on
empressa pour la voir. On
e conduisit dans une Salle
ue l'on-avoir pre parée sur
eau pour luy donner ce
laisir. D'abord il passaun
rand Balontout doré,dans
quel estoit un Mandarin
si venoit voir si toutestoit
en dans l'ordre. Il fut suisde
plusieurs Balons rem- des plus qualifiez des
andarins, tous habillez de
ap rouge. Ils doiventestre
tus de mesme couleuren
pareils jours, & c'estle
y qui choisit cette couleur.
Ils avoient des bonnets <
blancs dont la pointe estoit j
fort élevée.Les Oyas étoient
distinguez par un bord d'or
qu'ils avoient a leurs Bon- J
nets. Je ne parle point de a
leur écharpe;elleestoit telle b
- que je l'ay déjàdécrite. On 11
vit paroistre aprés eux quan- titédeMandarins du second J]
ordre, des Gardes du Corps,
&piusieurs Soldatsqui oc<~
cuperent les ailles. Le Roy
estoit dansun Balonmagnisique,
à chaque collé duque
il yen avoit un autre qui nC.
-
toit pas moins brillant. Ce
trois Balons estoient plis rem- de Sculpture,& dorez
jusque sous l'eau. Je
1
vous
en a y déja tant parlé que
vous ne ferez pas fachéed'en
voir quelques uns dans cette
Planche, où j'en ay fait graver
quatre. Vous vous fou.
viendrez que je vous ay dit
qu'ils estoient fort longs, &
aits d'un seul arbre. Leur
ongueur est cause qu'il y a
n grand nombre de Raleurs
,
& qu'ils vont fort
ste. Quand les Rameurs
nantent , ce qu'ils fontsouet,
ilsemble que leurs rames
s'accordentavecleurs voix, JI
& qu'ils battent la mesure *
dans l'eau. Le Balon que
vousvoyez gravé le premier,
est celuy dans lequel estoit la
Lertre de Sa Majesté. Il eitJ
ce qu'ils appellent à trois
T'oirs, & ceux-là sont les
plus considerables. Je croy
mesme qu'ils sont particuliers
pour le Roy, & qu'il
n'est permis à personned'en
avoir. Vosyeux vous feront
voir aisément la diference
des autres, qui n'est
que dans le plus ou moins 1
d'élevation de l'espece de. I
petite Loge qui est au miieu.
Quand il pleut, on (e
netdans cet endroit qui approche
beaucoup des Bans
avec quoy l'on jouë iCYh
les Rameurs du Balon où
stoit le Roy, & des deux
utres qui luyservoientd'act)
i-n-pacrniement,efloienthaillez
comme les Soldats, h
reserve qu'ils avoient une.
aniere de Cuirasse, &de
asque enteste,quel'ondiit
estre d'or. Ils estoient
t nombre de cent quatrengt
sur chacun de cestrois
lons, a,yec-- des Rames.
toutes dorées, & sur ceux
des Mandarins il y en avoit
cent ou six-vingts. D'autres
Gardes du Corps suivoient
dans d'autres Balons, & alloient
devant d'autres Mandarins
qui faisoient l' Arriere
garde, de forte que le Cortege
estoit du moins de deux
cens Balôns. Toute la
Riviere enestoitcouverte,
& il y avoit plusde cent
mille personnesprosternées
& dans un profond silence,
pour joüir de la permission
qu'on avoit de voir le Roy
ce jourla; car en d'autres
temps
temps il faut qu'on s'éloigne
par respect, & ceux qui se
trouveroient à son passage
seroientpunis fort severement.
Ilavoit un Habit tressomptueux,
& tout parsemé
de pierreries, avec un Bonnet
rouge un peu élevé, &
une Aigrette enrichie aussi
de Pierreries. Mr l'Ambassadeur
entra sur le soir dans
ses Balons pour voir revenir
le Roy. Ilavoit changé de
Balon, & promis un Prix à
celuy qui arriveroit au Palais
avant les autres. Ce fut
le sien qui arriva le premier.
Il récompensa ses Rameurs
en Roy, en leur donnant à
chacun la valeur de cinquante
escus. Ce mesme soir
il y eut un Feu d'artifice, &
l'on tira quantité de cou ps
de Canon pour le Couronnement
du Roy d'Angeterre.
Cette Feste fut continuée
le lendemain. Mr Constance
donna encore à disner
à Mr l'Ambassadeur avec
beaucoup de magnisicence,
& tous les Européens 2
furent invitez à ce Repas.
Le Roy qui se montre au
Peuple deux ou trois fois
cous les ans, va aussi quelquefois
par terre faire ses
Offrandes à quelque Mosquée.
Deux cens Elefans, ou
environ, commencent la
marche, portant chacun
trois Hommes armez Apres
eeuuxxvvieienntltala MM-usique. Elle
est composée de Timbales,
de Tambours, & de Hautbois.
Millehommes de pied
armez paroissent ensuite,distribuez
en diverses Compagnies,
qui ont leurs Drapeaux
& leurs Bannieres.
Tout cela precede les grands
Mandarins qui sont à cheval.
Il y en a qui ont une j
Couronne d'or sur la teste, i
ôc une fuite de soixante, ! j
quatre-vingts ôc cent per- 1
sonnes à pied. Entre lesGar- -|
des du Corps & ces Manda-
-
rins marchent deux cens
Soldats Japonois, en équipage
fort leste. Apres eux on f\
voit les Chevaux & les Ele- -j
sans qui ne fervent que pour aPersonne du RtÜY: Leurs zi
Harnois sont magnifiques.
Ils sont chargez de boucles 21
8c de lames d' or, & les dia- -4
mans & les pierreries y brillent
de toutes parts. Ceux
qui portent les Presenschoisis
pourl'Offrande,marchent
devant les plus qualifiez du
Royaume, parmy lesquels
il y en a deux, dont l'untient
l'Etendart du Roy,& l'autre
le Sceptre de Justice. Ils marchent
tous deux à pied immediatement
devant leRoy,
qui est monté sur un Elefant
magnifiquement enharnaché.
Il est porté sur son dos,
assis dans une Chaise d'or.
Cet Elefant marche gravement
tout fier de sa charge.
Il semble connoistre l'honneur
qu'il reçoit,puis qu'il
le met à genoux quand le
Roy s'appreste à monter sur
luy, & qu'il ne soufriroit pas
qu'un autre y montast.Lors
quele Roy a un Fils,ce Prince
le fuit, & apres luy la
Reyne & sesautres Femmes.
Elles sont aussi sur des Elefans
, mais enfermées dans
des manieres de Guerites de
bois doré, en forte qu'il est
impossible de les voir. La
marche tH: fermée par d'autres
Gardes, environ au nombre
de six cens, & tout le
Cortege est composé de
quinze ou seize mille personnes.
La vie du Rov est allez
réglée.
(
Il Ce leve à quatre
heures tous les jours, & la
premiere chose qu'il fait
c'est de donner l'aumosne à
des Talapoins, quine manquent
pas de se montrer devant
luy si tostqu'il paroist.
Ces Talapoins sont comme
nos Religieux Mendians.
Apres celail donne Audience,
dans l'intérieur de [on:
Palais,à. ses Concubines, aux.
Esclaves & aux Eunuques,
& ensuite à un Magistrat
qui luy vient montrer tous
les Procez que l'on a jugez.
Il les approuve ou infirme
comme il luy plaist. Lors
que ce Magistratest forty,
1 Audience est ouverte à
tout le monde jusqu'à l'heure
du Disner. Il disne avec
la Princesse sa Fille, que l'en.L
appelle la Princesse Reyne.,
& dontje vous parleray dans
unautre endroit. La Reyne -
qui est morte depuis peu
d'annees ne'luy a la~ aue
cette Fille. Le Medecin qui
està la porte, visite toutes
les Viandes, & renvoye celles
qu'illuy croit nuisibles.
Pendant ce Repas,qui estle
seul qu'il sait chaque jour,
on luy lit les Procez criminels,&
il ordonne du fort -
de chacun. Apres le Disné,
il entre dans une Salle, oùil
se met sur quelque Lit de
Repos. Il est suivy d'un
Lecteur qui luy lit ordinairement
la Vie de quelqu'un
des Rois qui ont
regné avant luy
,
& lors
qu'il s'endort
,
le Lecteur
paisse la voix, & peu a prés se
etire. Ce mesme Lecteur
entre dans la Salle sur les
quatre heures, & il recomnence
à lire d'un ton si aigu,
qu'il faut neceffiirciiie-ilt
que le Roy s'éveille. Alors il
donne Audience à chacun,
de ses six grands Officiers,
& sur les dix heures le Conseil
s'a ssemble. Il dure ordi-;
nairement jusques à minuit.
MrConfianceaussison Au-j
dience particuliere
,
& si l
toutcela va tropavant dans
la nuit,le Medecin luy vient
dire qu'il faut qu'il se couche.
Ce Medecin est receu
dans le Conseil, mais il ne
fait qu'écouter, & l'on n'y
prend jamais son avis.
Je m'apperçois de la longueur
de ma Lettre ; mais
comment songer à la finir,
ayant encore tant de choses
curieuses à vous a pprendre
touchant le Royaume de
Siam? Je n'ay pas encore
conduit M le Chevalier de
Chaumont à Louvo
,
qui est
une Maison de Plaisance du
Roy, où il alla prendre son
Audience de Congé, & ce
qui s'y est passé pendant le
séjourqu'ily a fait, fournit
la matiere d'un tres-long
Article. Ainsi, Madame,en
vous envoyant cette prernle.
re - Partie de ma Lettre ,je
vous en promets une seconde
quevous aurez dans fort peu
dejours. Je joindray à ce qui |
me reste à vous dire du }
Royaume deSiam les autres V
Nouvelles que vous atten- ;.
dez de moy. Ce sont celles;
quiregardent les Venitiens |
& la Hongrie. Cette seconde j
Partie finira par deuxEnigmes
nouvelles, & par les
noms de ceux qui ont expliqué
les deux dernieres. i
Onvient de m'apprendre ;
que ce que je vous ay dit au
commencement de cette
Rèlation, touchant des Ambassadeurs
que le Roy J de
Slam avoit envoyez à Sa
Majesté par le Portugal,
n'est point véritable. Cesont
des Envoyez de Siam qui
rie vont qu'en Portugal
,
8c
que l'on a chargez des Presens
, dont vous avez trouvé
une Lifte dans ma Lettre
de May. Ainsi cette Liste
est vraye ,
& ils ont ordre
d'envoyer en France les Presens
qu'elle contient.
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Résumé : Journal du Voyage de M. le Chevalier de Chaumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage du Chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi de France, vers le roi de Siam, accompagné de l'Abbé de Choisy. Ils embarquent à Brest le 3 mars sur le vaisseau 'L'Oiseau' et la frégate 'La Maligne'. La traversée jusqu'à la ligne équatoriale se déroule sans incident, marquée par des exercices de piété quotidiens. Chaumont refuse de jurer sur les Évangiles lors de la cérémonie du baptême équatorial et paie pour éviter cette obligation. Le voyage continue jusqu'au Cap de Bonne Espérance, où ils font escale pour se ravitailler et soigner les malades. Le Cap est décrit comme un lieu bien fortifié avec un jardin luxuriant et des habitants locaux appelés Cafres, vivant de manière primitive. Les Hollandais y ont établi une forteresse et des habitations. Après sept jours, ils repartent vers Batavia, mais la traversée est plus difficile. Ils arrivent à Java, une île dont les habitants prétendent descendre des Chinois. Ils font escale à Bantam, où les Hollandais contrôlent le royaume après une guerre civile. Enfin, ils atteignent Batavia, où ils restent sept jours pour soigner les malades. Batavia est décrite comme une ville bien située et protégée. Le texte mentionne également les conflits entre les Hollandais, les Anglais, et les Indiens dans les Indes orientales au début du XVIIe siècle. En 1619, les Indiens profitent de la mauvaise entente entre les Hollandais et les Anglais pour se libérer de la domination hollandaise. Une bataille navale entre les flottes anglaise et hollandaise a lieu le 2 janvier 1619, et les Hollandais reprennent le fort de Batavia après six mois de siège. Ils consolident leur position en construisant des fortifications et en établissant des relations commerciales avec les Chinois, les Japonais, et les Siamois. À Siam, l'ambassadeur est accueilli avec magnificence et loge dans des maisons neuves et richement meublées. Il reçoit des saluts canoniques et est traité avec honneur. Il rencontre des dignitaires siamois et présente la lettre du roi de France de manière solennelle. La salle de l'audience est richement décorée, et le roi du Siam exprime sa joie de recevoir les marques d'estime et d'amitié du roi de France. L'ambassadeur visite également plusieurs pagodes, dont une contenant une grande idole d'or endommagée lors d'une guerre contre Pegu. Il observe les éléphants du roi et une pièce de canon de fonte. Des réjouissances sont organisées pour célébrer le couronnement du roi de Portugal. Le roi de Siam mène une vie réglée, se levant tôt pour donner l'aumône et recevoir des audiences. Le texte se termine par la mention de la visite de l'ambassadeur à Louvo, une maison de plaisance du roi, et promet une seconde partie avec d'autres nouvelles sur le royaume de Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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171
p. 1-54
RELATION DE L'AMBASSADE de Mr le Chevalier DE CHAUMONT A LA COUR DU ROY DE SIAM, Avec ce qui s'est passé de plus remarquable durant son voyage.
Début :
Je partis de Brest le troisiéme Mars 1685. sur le [...]
Mots clefs :
Fort, Siam, Roi, Mandarins, Hollandais, Maisons, Lettre du roi, Quantité, Manière, Fruits, Rivière, Mer, Vent, Détroit, Île de Java, Ballons, Vaisseaux, Roi de Siam, Abbé de Choisy, Frégate La Maligne, Île, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : RELATION DE L'AMBASSADE de Mr le Chevalier DE CHAUMONT A LA COUR DU ROY DE SIAM, Avec ce qui s'est passé de plus remarquable durant son voyage.
RELATΙΟΝ
DE
L'AMBASSADE
de M le Chevalier ™
DE CHAUMONT
A LA COUR DU ROY
DE SIAM ,
Avec ce qui s'est paßé de plus
remarquable durant fon
voyage.
E partis de Breſt le troifiéme
Mars 1685. fur le
Vaiſſeau du Roy , nommé
l'Oiseau , accompagné d'une Fre-
A
2 RELATION
,
gate de ſa Majesté , appellée la
Maline ; & ce fut avec un vent fi
favorable , qu'en ſept jours je me
trouvay par le travers des Iſles de
Madere : j'eus ce même bonheur
juſques à quatre ou cinq degrez
Nord de la Ligne Equinoxiale , où
nous eûmes quelque calme , & fentîmes
d'aſſez grandes chaleurs
mais pourtant pas incommodes ; le
vent revint bon , & nous paſsâmes
la Ligne par les trois cens cinquante
degrez cinq minuttes de longi.
tude trente- trois jours aprês nôtre
depart , & l'eau du fond de cale
étoit auſſi bonne & auſſi fraiche
que ſi elle venoit de la fontaine ;
ce qui fit que nous quittâmes celle
de nos jarres pour en boire. A
cinq degrez Sud de la Ligne nous
trouvâmes des vents fort variables
, mais les chaleurs point incommodes
, & je ne quittay point
mon habit d'hyver dans toute cette
DU VOYAGE DE SIAM. 3
route. Les vents quoique variables
ne laiſſerent pas de nous porter à
nôtre route , ſi bien que nous arri .
vâmes au Cap de Bonne Eſperance
le 31. May , poury faire de l'eau ,
& y prendre des rafraichiſſemens ,
quoique j'euſſe encore de l'eau pour
plus de quarantejours.J'y moüillay
le foir fort tard , &je trouvay dans
cette rade quatre Vaiſſeaux Hol.
landois , dont l'un portoit le Pavillon
au grand maſt ; ils venoient
d'Hollande , & conduiſoient un
Commiſſaire de la Compagnie qui
rend cet Etat- là ſi puiſſant dans
les Indes , & où il alloit pour ordonner
dans les Places qui y appartiennent
à cette Republique.
Monfieur de ſaint Martin Major
General , François de nation , qui
eſt au ſervice des Hollandois depuis
trente ans , & dont ils font
tres- contens , alloit à Batavia y
exercer ſa Charge. Le Commif
Aij
4 RELATION
faire General m'envoya faire compliment
le jour de mon arrivée , &
le lendemain matin il m'envoya fon
neveu & fon Secretaire me faire
offre de tout ce que j'avois affaire.
Des Habitans du lieu vinrent avec
des preſens de fruits , herbages ,
& moutons , & il me fit ſaluer par
ſes quatre Vaiſſeaux : on ne peut
recevoir plus d'honnêtetez que j'en
ay reçû de ces Meſſieurs .
Les Hollandois ont dans cette
plage un petit Fort à cinq baſtions ,
&environ cent maiſons d'Habitans
éloignées d'une portée de
mouſquet du Fort , qui font auſſi
propres dedans & dehors que celles
de Hollande ,& la plupart des
Habitans y font Catholiques, quoiqu'ils
n'ayent pas la liberté d'y
exercer leur Religion. La ſituation
en eſt belle , bien qu'il y ait une
groffe montagne qui la borne du
côté de la terre , où il y a une ex
DU VOYAGE DE SIAM.
trême quantité de gros Singes qui
viennent juſques dans leurs jardins
manger les fruits. Ils ont pluſieurs
maiſons de plaiſance à deux , trois
& quatre lieuës ; & au -delà de cette
groffe montagne il y a une plaine
de prés de dix lieuës , où ils ont
fait bâtir une habitation , & où il
y a pluſieurs maiſons , & quantité
d'Habitans qui s'augmentent journellement.
Le climat y eſt aſſez
doux ; leur Printemps commence
en Octobre , & finit en Decembre;
leur Eſté dure Janvier , Fevrier &
Mars ; l'Automne eſt en Avril ,
May & Juin , & leur Hyver en
Juillet , Aouft & Septembre ; les
chaleurs y font extrêmes , mais il y
a toujours du vent. La Compagnie
Hollandoiſe des Indes Orientales
y a un tres beau jardin , & de belles
paliſſades d'un bois qui eſt toujours
verd ; la grande allée a de
long quatorze cens cinquante pas ,
A iij
6 RELATION
elle eſt preſque toute plantée de
citronniers ; ce jardin eſt par compartimens
: on y voit dans l'un des
arbres fruitiers & des plantes les
plus rares d'Afie ; dans l'autre des
plantes & des fruits les plus exquis
d'Affrique; dans le troiſième des
arbres à fruits , & des plantes les
plus eſtimées en Europe ; & enfin
dans le quatriéme on y trouve auffi
des fruits & des plantes qui viennent
de l'Amerique. Ce jardin eſt
tres- bien entretenu , & eſt fort
utile aux Hollandois par la grande
quantité d'herbages & de legumes
qu'il fournit pour le rafraichiſſement
de leurs Flottes , lorſqu'elles
paſſent en ce lieu , allant aux Indes
, ou retournant dans leur païs.
J'y trouvay un Jardinier François,
qui avoit autrefois appris fon métier
dans les Jardins de Monfieur
à ſaint Cloud. La terre y eſt tresbonne
, & rapporte beaucoup de
:
7 DU VOYAGE DE SIAM.
bled , & tous les grains y viennent
en abondance. Un homme digne
de foy m'a dit qu'il avoit vû cent
ſoixante épis de bled ſur une même
tige. Les naturels du païs ont
la phyſionomie fine , mais en cela
fort trompeuſe , car ils font tresbêtes
; ils vont tout nuds à la re.
ſerve d'une méchante peau dont
ils couvrent une partie de leur
corps ; ils ne cultivent pas la terre ;
ils ont beaucoup de beſtiaux , comme
moutons , boeufs , vaches &
cochons. Ils ne mangent preſque
pointde ces animaux, &ne ſe nour
riſſent quaſi que de laict & de
beure qu'ils font dans des peaux
de mouton. Ils ont une racine qui
a le goût de noiſette , qu'ils mangent
au lieu de pain. Ils ont la
connoiffance de beaucoup de fimples
, dont ils ſe ſervent pour guerir
leurs maladies &leurs bleffures .
Les plus grands Seigneurs font ceux
A nij
RELATION
qui ont le plus de beſtiaux ; ils les
vont garder eux mêmes ; ils ont le
plus ſouvent des guerres les uns
contre les autres ſur le ſujet de
leurs paturages . Ils font fort tourmentez
des bêtes ſauvages , y ayant
une grande quantité de lions , leopards
, tigres , loups , chiens ſauvages
, elans , elephans : tous ces animaux
là leur font la guerre , & à
leurs beftiaux. Ils ont pour toutes
armes une maniere de lance qu'ils
empoiſonnent pour faire mourir
ces animaux quand ils les ont blefſez;
ils ont des eſpeces de filets
avec lesquels ils enferment leurs
beſtiaux la nuit . Ils n'ont point de
Religion ; à la verité dans la plaine
Lune ils font quelques ceremonies ,
mais qui ne fignifient rien.Leur Langue
eſt fort difficile à apprendre. Il
y a une grande quantité de gibier,
comme faifans , de trois ou quatre
fortes de perdrix , paons , lievres ,
1
RELATION
qui ont le plus de beftiaux ; ils les
vont garder eux mêmes ; ils ont le
plus ſouvent des guerres les uns
contre les autres ſur le ſujet de
leurs paturages. Ils font fort tourmentez
des bêtes ſauvages , y ayant
une grande quantité de lions , leopards,
tigres , loups , chiens ſauvages
, elans , elephans : tous ces animaux-
là leur font la guerre , & à
leurs beftiaux . Ils ont pour toutes
armes une maniere de lance qu'ils
empoiſonnent pour faire mourir
ces animaux quand ils les ont bleffez;
ils ont des eſpeces de filets
avec lesquels ils enferment leurs
beftiaux la nuit. Ils n'ont point de
Religion ; à la verité dans la plaine
Lune ils font quelques ceremonies ,
mais qui ne ſignifient rien.Leur Langue
eft fort difficile à apprendre. Il
y a une grande quantité de gibier,
comme faifans , de trois ou quatre
fortes de perdrix , paons , lievres ,
:
ول
AD
LA
;
J
K
$
DU VOYAGE DE SIAM. 9
lapins , chevreüils , cerfs & fangliers;
les cerfs y font en ſi grande
abondance , que l'on en voit des
vingt mille enſemble dans des plaines
, ce qui m'a été aſſeuré par des
gens dignes de foy. Nous avons
mangé d'une partie de ce gibier ,
qui est tres bon & d'un goût admirable.
Les moutonsy font en ce
lieu d'une groſſeur prodigieuſe ,
peſans ordinairement quatre-vingts
Jivres. Il y a auſſi grand nombre
de boeufs & de vaches. La mer en
cette Baye eſt fort poiſſonneuſe ,
& le poiffon y eſt tres-bon ; il y en
a un qui a le goût du ſaumon , &
qui eſt fort gros ; il y a quantité
de loups marins , & en nous promenant
ils venoient faire cent tours
devant la poupe de nôtre canot ;
on tira deſſus ſans en pouvoir tuer
aucun. Il y a quantité de chevaux
fauvages, qui font les plus beaux du
monde , ils font rayez de rayes
10 RELATION
blanches & noires ( j'en ay apporté
la peau d'un ; ) on ne les ſçauroit
qu'à grande peine dompter . Comme
ce païs eſt tres bon , les Hollandois
y feront de grande Colonies
; ils envoyent tous les ans faire
de nouvelles découvertes dans les
terres . On dit qu'ils y ont trouvé
des mines d'or & d'argent , mais
qu'ils ſe gardent bien de le vouloir
dire. Les eaux y font admirables ,
& on y trouve des ſources en abondance;
les rivieres qui y font en
grand nombre y ont abondance de
poiffons.
Nous partîmes de cette rade
le ſeptième jour de Juin avec un
vent ſi favorable de Nord , & de
Nord Nord Oueſt , qu'il nous mit
au large , & le foir nous nous mîmes
en route pour Bantam: nous
eûmes beaucoup de pluyes , & la
mer fut fort groſſe juſques par le
travers des Ifles de Madagascar
DU VOYAGE DE SIAM. II
Nord & Sud , où je me trouvay le
dix- neuviéme Juin. Il y a en ces
mers là quantité d'oiſeaux , mais
point de poiffon. Depuis ce temps
juſqu'au vingtiéme Juillet nous
trouvâmes des mers fort rudes &
des vents fort variables , qui nous
obligerent de courirjuſqu'aux quarante
degrez Sud , où nous rencontrâmes
des vents de Oueſt , qui nous
firent faire un tres-grand chemin .
Le 24. ſuivant la Fregate la Maline
ſe ſepara de nous par un temps
fort rude , & la mer fort groſſe
courant au Nord. Le troiſieme
Aouſt nous trouvâmes la mer moins
agitée & le temps plus doux; à la
pointe du jour nous découvrîmes
une Iſle à ſept ou huit lieuës au
devant de nous , ce qui nous furprit
, cette Ifle n'étant point marquée
ſur nos Cartes : elle eſt ſituée
par les dix degrez dix - neuf minuttes
latitude Sud, & par eſtime par
12 RELATION
les cent vingt degrez quarante une
minuttes longitude. Cette Ifle eſt
une belle connoiſſance pour aller
trouver l'Ifle de Java , qui n'en eſt
éloignée que de cent cinquante
lieuës , & depuis nous avons reconnu
qu'elle est appellée l'Iſle de Mo.
ny , étant mal marquée ſur nos
Cartes qui la mettent proche celle
de Java ; cette Ifle eſt tres -haute.
Nous courûmes encore deux jours
d'un vent aſſez frais , & le cinquié .
me ſur les huit heures du matin
nous découvrîmes l'Iſle de Java ,
qui nous donna beaucoup de joye,
ainſi que de nous trouver au vent
du Détroit de Sonda ; nous fîmes
vent arriere terre à terre de l'Ifle ,
& le ſeptiéme enſuivant nous nous
trouvâmes entre l'ifle du Prince &
celle de l'Empereur qui fait l'entrée
du Détroit. L'Iſle de l'Empereur
eſt du côté de l'Iſle de Sumatra
, & l'Ifle du Prince du côté de
DƯ VOYAGE DE SIAM . 13
Java. Nous fûmes quatrejours entre
ces deux Ifles , les vents & les
courans nous étant contraires & fi
grands , que ce que nous gagnions
en douze heures , nous le perdions
en quatre , à cauſe des calmes qui
venoient quelquefois. Avantd'en .
trer dans ce Détroit la Fregate qui
m'avoit perdu le vingt-quatriéme
Juin s'y trouva ce même jour , &
nous nous vîmes d'abord ſans nous
reconnoître . Le treiziéme nous doublâmes
toutes ces Ifles , & nous
moüillâmes à une lieuë de l'Iſle de
Java : il en vint diverſes perſonnes
à mon bord dans de petits batteaux;
elles nous apporterent des
fruits du païs , comme cocos, dont
l'eau qui y eſt renfermée eſt extrê
mement bonne à boire , bananes ,
melons , citrons , & pluſieurs au.
tres de ces fortes de rafraichiſſe.
mens; ils firentdu bien à l'équipage
fort fatigué de la mer , & beau
14
RELATION
coup incommodé du ſcorbut.
Le ſeiziéme au matin nous moüillâmes
devant Bantam , où je trouvay
la Fregate la Maline , qui m'y
attendoit depuis deux jours : le
Capitaine qui la commandoit me
vint dire que le Gouverneur Hollandois
de Bantam ne luy avoit
point voulu donner d'entrée , &
qu'il luy avoit envoyé ſeulement
quelques vollailles & quelques
fruits : auſſi- tôt je fis partir Monfieur
de Forbin Lieutenant de mon
Navire , pour faire compliment de
ma part à ce Gouverneur , & le
prier de me donner la liberté d'envoyer
des malades à terre , de faire
de l'eau , & de prendre des rafraichiſſemens
. Il fit réponſe qu'il n'étoit
pas le maître à Bantam , qu'il
n'y étoit que comme conduiſant
des Troupes auxiliaires , & que c'étoit
le Roy de Bantam qui com.
mandoit , & qui ne vouloit donner
DU VOYAGE DE SIAM. 15
entrée à qui que ce ſoit. Les Hollandois
ſe ſervent du nom de ce
Roy, parce qu'ils ne veulent pas recevoir
des Vaiſſeaux étrangers ,
principalement ceux qui viennent
d'Europe. Depuis qu'ils font maîtres
de cette Place ils en ont chaſſé
toutes les autres Nations. C'eſt
une grande Ville & fort peuplée
de naturels du païs. Avant que les
Hollandois en fuſſent maîtres , c'étoit
la Place des Indes du plus
grand commerce; on y venoit d'Europe
, de Perſe , de la Chine , du
Japon , de l'Empire du Mogol , &
des autres Regions des Indes ; à
preſent les Hollandois en font tout
le commerce , qui leur est d'un
tres -grand profit , & l'on pouvoit
autrefois comparer cette Place à
Cadix en Eſpagne. Aufſi- tôt que
j'eus reçû la réponſe du Gouverneur
, qui me fit neanmoins dire
que ſi je voulois aller à Batavia j'y
16 RELATION
ferois tres-bien reçû , je levay l'ancre
& jeme mis à la voile pour m'y
rendre ; il n'y a que quinze lieuës
de l'un à l'autre . Je fus trois jours
avant que d'y arriver , à cauſe que
n'ayant point de Pilote qui y eût
été , je rencontray diverſes Ifles &
des bas fonds qui m'obligeoient à
moüiller toutes les nuits , &d'aller
le jour à petites voiles & à la fonde:
j'y arrivay le dix- huitiéme au
foir. Auffi -tôt que j'y eus moüillé
j'envoyay Monfieur de Forbin au
General luy faire compliment , &
luy demander la liberté de faire
deſcendre tous mes malades à terre ,
faire de l'eau , & prendre des rafraichiſſemens.
Il reçut fort bien
mon compliment , & il fit réponſe
qu'il donneroit ordre pour tout ce
qui me feroit neceſſaire , & à ceux
des deux Vaiſſeaux. J'envoyay le
lendemain foixante- cing malades
à terre , qui furent preſque tous
gueris
DU VOYAGE DE SIAM . 17
,
gueris en ſept jours que je demeuray
à Batavia , par le bon traitement
& les rafraichiſſemens que je
leur fis faire . Le dix- neuviéme au
matin le General m'envoya faire
compliment par trois Officiers
m'offrit tout ce dont j'aurois affaire
, & me pria de ſa part de deſcen.
dre à terre pour me délaſſer des
fatigues de la mer , avec offre de
ſon logis , dont je ſerois le maître
abſolu. Après les remerciemens que
je devois , je leur dis que j'aurois
ſouhaité n'avoir pas d'ordre qui
m'empêchât de deſcendre à terre ,
& que fans cela j'euſſe accepté avec
joye une pareille honnêteté : je ré.
pondis de la forte , outre pluſieurs
autres raiſons , pour éviter les ceremonies
qu'il auroit fallu faire
dans une ſemblable occafion. Le
General m'envoya une grande Chalouppe
pleine de toutes fortes de
fruits des Indes , d'herbes , de pain
B
18 RELATION
frais , deux boeufs , deux moutons,
& continua ainſi de nous donner
tous les deux jours de pareils rafraichiſſemens
. Le vingt- deuxième
j'allay à terre incognito , je me promenay
dans toute la Ville dans un
petit bateau. Cette Ville eſt à peu
prês comme Veniſe , elle a des canaux
qui traverſent toutes les ruës ,
& qui font bordez de grands arbres
qui font un ombrage fort
agreable , tant ſur les canaux que
fur les ruës ; les maiſons y font bâties
comme en Hollande , & de la
même propreté ; il y a une Citadelle
à quatre baſtions ; cette Ville
eſt entourée d'une muraille & d'un
grand foſſé fort large , mais peu
profond ; les entours en ſont tresbeaux
, ce ſont toutes maiſons de
plaiſance avec fort jolis jardins, &
des refervoirs où il y a des poiſſons
extraordinaires &de pluſieurs couleurs
, beaucoup de dorez & d'ar
DU VOYAGE DE SIAM . 19
gentez: il y a dans la Ville des Marchands
extrêmement riches , & qui
n'épargnent rien pour leurs plaiſirs :
la liberté y eſt comme en Hollande
, principalement à l'égard des
femmes ; je parlay avec quatre ou
cinq en me promenant dans des
Jardins ; elles font habillées à la
Françoiſe . Il y a dans Batavia environ
cinquante Carroſſes , j'en ay
vû quelques-uns fort propres & a
la mode de France ; leurs chevaux
ne font pas grands , mais en recom.
penſe ils font fort vifs . Cette Ville
eſt d'un tres-grand commerce,& fes
richeſſes font qu'on y ménage peu
l'or & l'argent ; elle eſt extraordinairement
peuplée ; les Hollandois
y entretiennent une groffe garnifon
; ils y ont pour eſclaves plus
de trois mille Maures des côtes de
Malabar & pluſieurs des naturels
du païs , qu'ils font vivre avec difcipline
aux environs de la Ville.
Bij
20 RELATION
L'Iſle de Java dans laquelle cette
Ville eſt ſituée eſt fort peuplée ,
elle a deux cens lieuës de long , &
quarante de large ; il y a cinq Rois
dont les Hollandois font les maîtres
; tous ces peuples font Maho .
metans. Je fis demander au General
un Pilote pour Siam , les miens
n'y ayant jamais été , il m'en fit
donner un qui avoit fait cette navigation
quatre fois : aprês toutes
ces honnêtetez j'envoyay Monfieur
de Forbin le remercier.
Le Dimanche vingt- fixieme
Aouſt à fix heures du matin nous
mîmes à la voile , & nous prîmes
la route pour paſſer le Détroit de
Banca ; nous fîmes ce jour- là d'un
petit vent dix lieuës ,& le foir fur
les neuf heures on me vint dire qu'il
y avoit au vent de nous un Vaifſeau
qui arrivoit ſur l'Oiseau oùj'étois
; je dis à l'Officier qu'on ſe
tint ſur ſes gardes ; un moment
DU VOYAGE DE SIAM. 21
-
aprês je vis par ma fenêtre ce Navire
qui nous abordoit : on cria
d'où étoit le Navire , mais on ne
répondit rien , & montant fur le
Pont je trouvay tout mon monde
fous les armes , & le Beaupré de ce
Navire fur la Poupe du mien ; je
luy fis tirer une vingtaine de coups
de fufils qui le firent déborder , &
il fit vent arriere s'en allant à toutes
voiles ;nous ne ſçûmes de quelle
nation il étoit , car perſonne de ce
Navire ne dît jamais une parole ,
&nous ne remarquâmes que trespeu
de monde dans ce Vaiſſeau :
je crois que c'étoit quelque Navire
Marchand qui faiſoit fa route ,
&qui fit une méchante manoeuvre;
il rompit quelque choſe du couronnement
de mon Vaiſſeau , qui
fut racommodé le lendemain .
Le Mardy vingt - huitiéme au
foir nous vîmes l'entrée du Détroit
de Banca , & le vingt-neuf au ma
Bij
2.2 RELATION
tin nous y entrâmes. Quoique nous
euſſions unbon Pilote Hollandois ,
nous ne laiſſames pas d'échoüer
fur un banc de ſable vazeux ; mais
comme il y a beaucoup de bancs
de cette même forte dans ce Détroit
, & qu'il arrive à pluſieurs
Vaiſſeaux d'y échoüer ſans grand
peril , cela ne me donna pas d'inquietude
; je fis porter un petit
ancre à la mer du côté de Sumatra
, & en moins de deux heures
jeme tiray de deſſus ce banc. Nous
fumes quatre jours à paſſer ce Détroit.
L'Ifle de Sumatra eſt à la
gauche, qui a plus de deux cens cinquante
lieuës de long ,& cinquante
où elle eſt plus large : les Hollandois
y ont quatre ou cinq fortereſſes;
les peuples y font tous
Mahometans , & elle est habitée
des naturels du Païs , qui obeïſſent
à quatre ou cinq Rois. La Reine
d'Achem en a un des plus grands
4
DU VOYAGE DE SIAM. 23
Royaumes , & y regne avec une
grande autorité , elle gouverne
tres-bien fes peuples : les Hollandois
font preſque maîtres de tous
ces Rois , ils traitent avec eux des
choſes qui croiffent dans l'Ifle , où
il y a des mines d'or , beaucoup de
poivre , quantité de ris , toutes fortes
de beſtiaux : en quelques cantons
les peuples ſont fort barbares ,
& les Rois ſe font ſouvent la guerre.
Ceux qui prennent la protection
des Hollandois ſont toujours
les plus forts , à cauſe des Troupes
& des Vaiſſeaux qu'ils leur envoyent
: ils font la même choſe
dans l'Ifle de Java , & trois cens
Européens battent toûjours cinq
à fix mille hommes de ces Nations,
qui ne ſçavent pas faire la guerre.
Elle est à quatre degré Sud de la
Ligne Equinoxiale. Les Hollandois
ont un Fort du côté du Détroit de
Banca , où il y a vingt - quatre
a
24 RELATION
pieces de canon ; le Fort eſt au
bord d'une grande riviere que l'on
appelle Palembane , elle ſe jette
avec tant de violence dans la mer,
que trois ou quatre mois de l'année
au temps des pluyes , l'eau quoyqu'entrant
dans la mer eſt encore
douce.
L'Iſle de Banca nous reſta à la
droite , elle a environ quarante
lieuës de long ; les Hollandois y
ont un Fort , & ontcommerce avec
les naturels de l'Iſle ; on dit qu'elle
eſt tres fertile & tres-bonne : dans
le temps que j'ay paffé devant la
riviere de Palembane , les Hollandois
y avoient deux Vaiſſeaux qui
y chargeoient des poivres . Le troifiéme
Septembre nous repaſſames
la Ligne par un temps le plus beau
& le plus favorable qui ſe puiſſe
voir , c'est - à-dire fans chaleur , un
air temperé , & pas plus chaud que
dans ce même mois en France ; de
forte
DU VOYAGE DE SIAM. 25
7
forte que je ne quittay point encore
non plus mon habit de drap ,
que lorſque je l'avois paſſée vers
les côtes d'Affrique. Nous allâmes
paſſer devant le Détroit de Malaca,
qui a trois ou quatre paſſes ou entrées
; les courans, y font fort
grands , & ſe trouverent tantôt
pour nous , & tantôt contre , се
qui nous fit moüiller fort ſouvent ;
car quand le calme nous prenoit ,
les courans nous emportoient fort
au large, & nous ne quittâmes pas
cette côte à cauſe des vents qui regnent
toujours du côté de la terre,
& qui nous pouſſoient à nôtre route.
Je croy que l'air de ce païs- là
eſt fort bon , car nous avions beaucoup
de malades ,& ils furent tous
gueris.
Le cinquiéme nous nous trouvâmes
par le travers de l'Iſle de
Polimon , qui eft habitée de Malais
, peuples Mahometans. Elle eſt
C
26 RELATION
tres bonne & tres -fertile,elle obeït
à un Prince qui la gouverne. La
Reine d'Achin y a des pretentions ,
& pour cet effet elle y envoye tous
les ans quelques Vaiſſeaux ; mais
comme ce Prince ne veut point
avoir de guerre avec elle , ſes peuples
luy payent quelque tribut. Il
en vint à nôtre bord un petit canot
, qui nous apporta quelques
poiſſons & quelques fruits . Cette
Ifle eſt éloignée de la terre ferme
d'environ fix lieuës ; une partie de
ſa côte a été autrefois ſoumiſe au
Roy de Siam , mais elle eſt poſſedée
depuis quelques années par
deux ou trois Rois , dont l'un eft
le Roy des Malais. Cette nation
eſt fort inſociable , & on n'a point
de commerce avec elle .
Du cinquiéme au quinze nous
n'eûmes que de petits vents forr
variables , & des calmes qui nous
faifoient moüiller ſouvent , à caus
DU VOYAGE DE SIAM. 27
ſe des courans qu'il y a le long
de cette côte. Depuis le Détroit
de Banca juſqu'à Siam , on ne
quitte point la terre , & on ne
s'en éloigne que depuis quinze juſfqu'à
vingt- cinq braſſes , le fonds
vaſe.
Le même jour nous nous trouvâmes
devant Ligor , qui eſt la
premiere Place du Roy de Siam.
Les Hollandois y ont une habitation
, & y font commerce. Il eſt
dificile d'exprimer la joye que les
Siamois que nous ramenions eurent
de ſe voir proche des terres de leur
Roy, & elle eſt ſeulement comparable
à celle que nous avons refſentie
à nôtre retour , quand Dieu
nous a fait la grace de retoucher
Breſt. Il mourut là du flux de ſang
aprês cinq mois de maladie un jeune
Gentil-homme nommé d'Herbouville
, l'un des Gardes de Marine
, que le Roy m'avoit donné
Cij
28 RELATION
pour m'accompagner ; il étoit fort
honnête homme , & je le regretay
extrêmement.
Enfin ( graces à Dieu ) le vingtquatrième
nous moüillâmes devant
la riviere de Siam, Toutmon
monde & mon équipage étoit en
bonne ſanté. J'envoyay versMonſieur
l'Evêque de Metellopolis
Monfieur le Vacher Miſſionaire ,
qui étoit venu avec les Mandarins
en France , & que je ramenois
avec eux , avec charge de le
prier de me venir trouver pour
m'inſtruire de ce qui s'étoit paſſé
depuis dix- huit mois que le Roy
de Siam avoit envoyé en France.
Le vingt - neuviéme Monfieur
l'Evêque vint à bord avec Mon.
fieur l'Abbé de Lionne : ils m'informerent
de tout ce qui s'étoit
paffé ; ils me dirent que le Royde
Siam ayant appris ſur la minuit mon
arrivée par Monfieur Conſtance
DU VOYAGE DE SIAM. 29
un de ſes Miniſtres , il en témoigna
une tres-grande joye , & luy donna
ordre d'en aller avertir Monſieur
l'Evêque , & de dépêcher
deux Mandarins du premier Ordre,
qui ſont comme les premiers Gentilshommes
de la Chambre du
Roy en France , pour me venir
témoigner la joye qu'il avoit de
mon arrivée. Ils vinrent deuxjours
aprês à mon bord ; je les reçûs
dans ma chambre aſſis dans un
fauteüil , Monfieur l'Evêque ſur un
petit fiege proche de moy , & eux
de même qu'une partie des perſonnes
du Vaiſſeau qui s'y trouverent
, s'affirent ſur les tapis dont
le plancher de ma chambre étoit
couvert , étant la mode dans ce
Royaume de s'aſſeoir de cettema.
niere , & qu'aucune perſonne , hor
mis celles qu'ils veulent traiter avec
une grande diſtinction , ne ſoit élevée
au deſſus d'eux.
Giij
30 RELATION
Ils me dirent que le Roy leur
Maître les avoit chargez deme ve
nir témoigner la joye qu'il avoit
demon arrivée , & d'avoir appris
que le Roy de France ayant vaincu
tous ſes ennemis , étoit maître
abſolu dans ſon Royaume , joüif
fant de la paix qu'il avoit accordée
à toute l'Europe. Après leur avoir
marqué combien je me fentois obligé
aux bontez du Roy leur maître
, & leur avoir répondu ſur le
ſujet de ſa Majesté ,je leur dis que
j'étois extrêmement fatisfait du
Gouverneur de Bancok , de la maniere
dont il avoit reçû ceux que
je luy avois envoyez , ainſi que des
preſens qu'il m'avoit fait. Ils me ré.
pondirent qu'il avoit fait ſon devoir
, puiſqu'en France on avoit fi
bien reçû les Envoyez du Roy leur
maître, & que d'ailleurs ce bon trai.
tement m'étoit dû par mes anciens
merites , pour avoir autrefois mé
DU VOYAGE DE SIAM. 31
nagé l'union entre le Royaume de
Siam&celuy de France. Ce ſont
leurs manieres de parler , qui tiennentbeaucoup
du figuré. Après les
avoir traitez avec les honneurs &
les civilitez qui ſont en uſage en pareils
rencontres dans ce Royaumelà,
je leur fis preſenter du Thé &
des confitures. Ces deux Mandarins
étoient bien faits , âgez d'environ
vingt- cinq ans , & habillez à
leur mode ; ils étoient nuds têtes ,
pieds nuds , ſans bas, & ayant une
maniere d'écharpe fort large , qui
leur prenoit depuis la ceinture jufqu'aux
genoux , ſans être pliſſée ,
qui leur paſſoit entre les jambes ,
ſe ratachant par derriere, & retombant
comme des haudechauſſes qui
n'auroient point de fonds. Cette
écharpe étoit de toile peinte des
plus belles du païs , ayant par en
bas une bordure bien travaillée, largede
quatre doigts,& qui leur tom-
Ciiij
32 RELATION
,
boit ſur les genoüils : de la ceinture
en haut ils n'avoient rien qu'une
maniere de chemiſe de mouſſeline
qu'ils laiſſent tomber par deſſus
cette écharpe , les manches ne leur
venant qu'un peu au deſſous du
coude paſſablement larges.Ils reſterent
prês d'une heure dans le Vaifſeau
,je les fis ſalüer de neuf coups
decanon quand ils s'en allerent.
Le premier Octobre Monfieur
Conſtance , ce Miniſtre du Roy de
Siam dont j'ay déja parlé , & qui
pour tout dire , bien qu'étranger ,
eſt parvenu par ſon merite juſqu'à
la premiere place dans la faveur du
Roy de Siam , m'envoya faire compliment
par ſon Secretaire qui étoit
parfaitement honnête homme , &
il m'offrit de ſa part un ſi grand
preſent de fruits , boeufs , cochons,
poulles , canards, & pluſieurs autres
choſes, que tout l'équipage du Vaiſ
ſeau en fut nourry durant quatre
DU VOYAGE DE SIAM. 33
jours. Ces rafraichiſſemens ſont
agreables , quand il y a ſept mois
que l'on eſt à la mer.
Le huitiéme Monfieur l'Evêque
de Metellopolis qui s'en étoit retourné
à la Ville capitale de Siam ,
revint à bord avec deux Mandarins
s'informer de la part du Roy de
l'état de ma ſanté, & me dire qu'il
étoit dans l'impatience de me voir,
me priant de deſcendre à terre. Je
leur témoignay combienj'étois touché
de lacontinuation des bontez
du Roy leur maître , & je leur dis
que je m'allois preparer pour aller
àterre.Je reçus ces Mandarins comme
les premiers , & je les fis ſalüer
en s'en retournant de neuf coups
de canon. Sur les deux heures du
même jour j'entray dans mon canot
, & ceux de ma ſuite dans des
batteaux que le Roy envoya ; & étant
arrivé ſur le ſoir dans la riviere,
j'y trouvay cinq balons tres- pro34
RELATION
пра-
pres , l'un pour moy , fort magnifique
, & quatre autres pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
, avec un grand nombre
d'autres pour charger les hardes &
tous les gens de ma ſuite. Deux
Mandarins me vinrent complimenter
de la part du Roy. Je ne pûs
aller cette nuit au lieu qu'on avoit
deſtiné pour me recevoir , ce qui
m'obligea de paſſer du balon où
j'étois dans la Fregate la Maline ,
qui étoit entrée dans la riviere deux
jours auparavant,&oùje couchay.
Le même ſoir le Commis que j'avois
envoyé à Siam pour acheter les
proviſions neceſſaires pour les équipages
du Vaiſſeau &de la Fregate,
me vint dire que Monfieur Conftance
luy avoit mis entre les mains
de la part du Roy onze Barques
chargées de boeufs , cochons,veaux,
poulles , canards , & arrek ou eau
de vie faite de ris, pour nourrir les
DU VOYAGE DE SIAM. 35
:
équipages des deux Navires ,& qu'il
luy avoit dit de demander tout ce
qui ſeroit neceſſaire , le Roy voulant
défrayer les deux Vaiſſeaux de
ſa Majesté pendant tout le temps
qu'ils feroient en ſon Royaume.
Le neuviéme il vint deux Mandarins
àmon balon de la part du
Roy , qui me dirent qu'ils venoient
pour recevoir mes ordres , & je
partis de ce lieu ſur les ſept heures
du matin. Aprês avoir fait environ
cinq lieuës j'arrivay dans une maiſon
qui avoit été bâtie pour me
recevoir , où deux Mandarins & les
Gouverneurs de Bancok & de Pipely
avec pluſieurs autres me vinrent
complimenter ſur mon arrivée,
me ſouhaitant une longue vie . Cette
maiſon étoit faite de banbous , qui
'eſt un bois fort leger , & couverte
de nattes aſſez propres. Tous les
meubles en étoient neufs , il y avoit
pluſieurs chambres tapiffées de
36 RELATION
toile peinte fort belle : la mien
ne avoit de tres-beaux tapis ſur le
plancher , j'y trouvay un dais d'une
étoffe d'or fort riche , un fauteüil
tout doré , des carreaux de velours
tres -beaux , une table avec un tapis
brodé d'or , des lits magnifiques ;
j'y fus ſervy de viandes & de fruits
en quantité. Aprés-dîné je partis ,
& tous les Mandarins me ſuivirent.
J'allay à Bancok, qui eſt la premiere
Place du Roy de Siam dans cette
riviere , éloignée d'environ douze
lieuës de la mer. Je trouvay à la radeun
Navire Anglois , qui me ſalua
de vingt & un coups de canon iles
Fortereſſes du lieu qui gardent les
deux côtez de la riviere me ſaluërent
, l'une de vingt- neuf coups, &
l'autre de trente un .Ces Fortereſſes
font aſſez regulieres & fournies de
gros canons de fonte; je logeay dans
Ia Fortereſſe d'à main gauche, dans
une maiſon aſſez bien bâtie &bien
DU VOYAGE DE SIAM. 37
meublée , & où je fus traité à la
mode du païs .
Le lendemain dixiéme j'en partis
fur les huit heures du matin accompagné
de tous les Mandarins& de
tous les Gouverneurs qui m'étoient
venu faire compliment ; il y vint
deux autres Mandarins me complimenter.
A mon départ je fus falué
de la même maniere que la veille
, & j'arrivay ſur le midy dans une
maiſon bâtie exprês pour moy , &
ayant des meubles auffi beaux que
dans la premiere. Il y avoit prês
de là deux Fortereſſes qui me faluërent
de toute leur artillerie , &
deux Mandarins me vinrent rece.
voir. A dîner je fus tres -bien fervy
, & j'en partis ſur les trois heures
; les Fortereſſes me ſaluërent
comme auparavant , & ce fut lorfque
le Gouverneur de Bancok prit
congé de moy pour s'en retourner
en ſon Gouvernement. Pourſui.
38 RELATION
vant ma route je rencontray deux
Navires , l'un Anglois , & l'autre
Hollandois , à l'ancre , qui me ſaluërent
de toute leur artillerie, &j'arrivay
fur les ſept heures du ſoir dans
une maiſon faite & meublée de la
même maniere que les precedentes,
j'y fus reçu par de nouveaux Mandarins
, & fort bien traité.
Le 11. aumatin je partis &j'allay
dîner dans une autre maiſon ; le
foir j'arrivay dans une maiſon faite
à peu près comme les autres , &
fort bien meublée , où je trouvay
deux Mandarins qui m'y reçurent.
Le 12.j'en partis , &j'allay coucher
à deux lieües de Siam, où deux
Mandarins me recurent encore.
LesChefs des Compagnies Angloi .
fes & Hollandoiſes m'y vinrent faluër
; à l'égard des François , ils
m'étoient venu trouver à mon
bord , & m'accompagnerent toujours
depuis. Je reſtay en ce lieu- là
DU VOYAGE DE SIAM. 39
juſqu'à ce que je fis mon entrée.
La Riviere de Siam nomméeMe.
nan eſt fort belle & fort large ,
elle a partout au moins quatrebraf.
ſes d'eau , & fept & huit en la plûpartdes
endroits; elle eſt toutebordéede
tres beaux arbres : mais trois
ou quatre mois de l'année tous ſes
rivages font innondez , ce qui fait
que toutes les maiſons qu'on yrencontre
ſont bâties ſur des pilotis,&
faites toutes de banbous. Ce bois
fert aux Siamois àfaire tant les fondemens
& les planchers , que le
deſſus de leurs maiſons ; ils s'en fervent
auſſi pour faire ce dontils ont
beſoin dans leur ménage , n'ayant
preſque rien qu'ils ne faffent de ce
bois, juſqu'à en allumer du feu, s'en
ſervant comme de pierres à fufil ,
ils n'ont qu'à racler un peu de ce
bois,& le frotter enfuite l'un contre
l'autre , il s'allume d'abord .
Tous les peuples de ces endroits ont
40 RELATION
depetits canaux&des barques pour
aller de maiſons en maiſons faire
leur commerce. On n'y voit prefque
travailler que les femmes , les
hommes étant le plus ſouvent employez
au ſervice du Roy , de qui
ils font comme les eſclaves . On
m'y fit les mêmes honneurs que l'on
a accoutumé de faire au Roy quand
il paſſe ſur la riviere . Je n'y vis perſonne
dans les maiſons, tout le monde
étoit dans les balons , ou ſur les
bords, le ventre à terre , & les mains
jointes contre le front. Au devant
des maiſons & des villages il y avoit
une eſpece de parapet élevé de ſept
àhuits pieds hors de l'eau , fait avec
des nattes. Ils reſpectent tant leur
Roy, qu'ils n'ofent pas lever les yeux
pour le regarder. Je remarquay que
lesmaiſons où j'avois logé étoient
peintes de rouge, afin de me traiter
comme ſa perſonne , n'y ayant que
les maiſons Royales de cette couleur-
là. Tous
1
DU VOYAGE DE SIAM. 41
Tous les Mandarins qui ſont venusme
recevoir ſur la riviere, m'ont
toujours accompagné ; les premiers
étoient comme les Gentilshommes
de la Chambre, & les autres par de
gré. Les Princes y vinrent auſſi . Ils
ont tous des balons tres propres ,
dans le milieu deſquels il y a une efpece
de thrône où ils s'aſſiſent ; &
ils ne vont ordinairement qu'un
dans chaque balon , à leurs côtez
font leurs armes , comme ſabres ,
lances , épées , fleches, plaſtrons, &
même des fourches. Ils font tous
habillez de la même maniere que
j'ay déja dit. Un Portugais que le
Roy avoit faitGeneral des Troupes
de Bancok m'a toujours accompagné,
& donnoit les ordres pour toutes
choſes. Il y eut environ so. ου
60 balons à ma ſuite, dont pluſieurs
avoient 50. 60. 70. & 80. pieds de
long, ayant des rameurs depuis 20.
juſques à cent. Ils ne rament pas à
D
42 RELATION
notre maniere, ils font aſſis deux fur
chaque banc , l'un d'un côté & l'autre
de l'autre , le viſage tourné du
côté où l'on va , & tiennent une rame
qui s'appelle pagais , d'environ
quatre pieds de long , & font force
du corps pourpagaier.Ces rameurs
fatiguent beaucoup , & fe contentent
pour toute nourriture de ris
cuit avec de l'eau , & quand ils ont
un morceau de poiſſon , ils croyent
faire un tres-grand regal. Ils mangent
d'une feüille qu'ils appellent
betel , qui eft comme du lierre , &
d'une eſpece de gland de cheſne ,
qu'ils appellent arrek , mettant de
la chaux fur la feüille , & c'eſt ce qui
donne le goût. Ils mangent du tabac
du païs, qui eſt bien fort ; tout cela
leur rend les dents noires,qu'ils eſtiment
les plus belles . Un homme
peut vivre de cette maniere pour 15.
ou 20. ſols par mois , car ils ne boivent
ordinairement que de l'eau. Ils
DU VOYAGE DE SIAM. 43
ont une eſpece d'eau de vie tresforte,
qu'ils appellent racque, qu'ils
font avec du ris . Lorſque j'arrivay
dans les maiſons qu'on m'avoit preparées,
tous les Mandarins qui m'accompagnoient
, & ceux qui me recevoient
ſe mettoient en haye juf.
qu'à la porte de ma chambre.
Le 13. je fis dire au Roy par les
Mandarins qui étoient avec moy,
quej'avois été informé de la maniere
dont on avoit accoutumé de recevoir
les Ambaſſadeurs en fon
Royaume ,& que comme elle étoit
fort differentede celle de France,
je le ſuppliois de m'envoyer quelqu'un
pour traiter avec luy ſur le
ſujet de mon entrée .
Le 14. il m'envoya Mª Conſtans,
avec lequelj'eus une longue converſation.
Me l'Eveſque fut l'interprete.
Nous diſputâmes long temps , &je
ne voulus rien relâcher des manieres
dont on a coutume de recevoir lcs
Dij
44
RELATION
Ambaſſadeurs en France , ce qu'il
m'accorda.
Le 15. les Tunquinois me vinrent
complimenter ſur mon arrivée .
Le 16. les Cochinchinois firent
la même choſe.
Le 17. Mª Conſtans me vint trouver
, & emmena avec luy quatre balons
tres - beaux pour charger les
preſens que Sa Majesté envoyoit au
Roy de Siam . Ce mêmejour le Roy
donna ordre à toutes les Nations
des Indes qui reſident à Siam , deme
venir témoigner la joye qu'ils ref
ſentoient de mon arrivée , &de me
rendre tous les honneurs qui étoient
dûs à un An baſſadeur du plus grand
Roy du Monde Ils y vinrent fur
les fix heures du ſoir , tous habillez
àlamodede leur païs ; il y en avoit
de quarante differentes Nations , &
toutes de Royaumes indépendans
les uns des autres ; & ce qu'il y avoit
detres- particulier étoit , que parmy
DU VOYAGE DE SIAM. 43
ce nombre il yavoit le fils d'un Roy
qui avoit été chaſſe de ſes Etats , &
qui s'étant refugié dans celuy de
Siam , demandoit du ſecours pour
ſe rétablir. Leurs habits étoient
preſque tout de meſme que ceux
des Siamois , à la reſerve de quelques-
uns , dont la coëffure étoit differente
, les uns ayans des turbans ,
les autres des bonnets à l'Arme .
nienne , ou des calottes , & d'autres
enfin étans nuë tête comme les
moindres des Siamois, les perſonnes
de qualité ayant un bonnet de la
formedeceluyde nos Dragons, qui
ſe tient droit , fait de mouſſeline
blanche , qu'ils font obligez de faire
tenir avec un cordon qui paſſe au
deſſous de leur menton , étant d'ailleurs
tous nuds pieds , à la reſerve
de quelques uns qui ont des babouches
comme celles que portent les
Turcs.
Le Roy me fit dire ce mêmejour
Dij
46 RELATION
par M. Conftans , qu'il me vouloit
recevoir le lendemain 18. Je partis
fur les ſept heures du matin en la ma
niere que je raconteray aprês avoir
recité les honneurs que le Roy de
Siam fit rendre à la Lettre de Sa Majeſté.
Il est vray qu'il a de coutume
de rendre honneur aux Lettres des
Potentats qu'il reçoit par leurs Am.
baſſadeurs;mais il a voulu avec juſtice
faire une distinction de cellede
notre grand Monarque. Il vint quaranteMandarins
des premiers de fa
Cour , dont deux qui étoient Oyas ,
c'eſt à dire comme ſont les Ducs en
France , qui me dirent que tous les
balons étoient à ma porte pour
prendre la Lettre de Sa Majesté , &
memener au Palais . La Lettre étoit
dans ma chambre en un vaſe d'or
couvertd'un voile de brocard tresriche.
Les Mandarins étant entrez
ils ſe proſternerent les mains jointes
fur le front, le viſage contre terre,&
DU VOYAGE DE SIAM. 47
faluërent en cette poſture la Lettre
du Roy par trois fois. Moy
étant aſſis ſur un fauteüil auprés
de la Lettre , je reçus cet honneur ,
qui n'a jamais été rendu qu'à celle
de Sa Majesté. Cette ceremonie
finie , je pris la Lettre avec le vaſe
d'or , & après l'avoir portée ſeptou
huit pas , je la donnay à Monſieur
l'Abbé de Choiſy , qui étoit
venu de France avec moy. Il marchoit
à ma gauche un peu derriere, .
&il la porta juſqu'au bord de la
riviere , où je trouvay un balon extremement
beau , fort doré , dans
lequel étoient deux Mandarins du
premier ordre . Je pris la Lettredes
mains de Monfieurl'Abbé de Choiſy
, & l'ayant portée dans le balon,
je la remis entre les mains d'un de
ces Mandarins , qui la poſa ſous un
dais fait en pointe , fort élevé , &
tout doré. J'entray dans un autre
fort magnifique , qui ſuivoit imme
3
48 RELATION
diatement celuy où étoit la Lettre
de Sa Majeſté. Deux autres auſſi
beaux que le mien , dans lesquels
étoient des Mandarins , étoient aux
deux côtez de celuy où l'on avoit
mis la Lettre. Le mien , comme je
viens de dire , le ſuivoit ; Monfieur
l'Abbé de Choiſy étoit dans un autre
balon immediatement derriere,
& les Gentilshommes qui m'accompagnoient
,& les gens de ma ſuite,
dans d'autres balons , ceux des
grands Mandarins pareillement fort
beaux , étoient àla tête. Il y avoit
environ douze balons tout dorez ,
& prês de deux cens autres qui voguoient
fous deux colomnes. La
Lettre du Roy , les deux balons de
garde& le mien étoient dans le milieu.
Toutes les Nations de Siam
étoient à ce cortege ; &toute la ri.
viere quoique tres large étoit toute
couverte de balons. Nous marchâmes
de cette forte juſqu'à la ville,
dont
DU VOYAGE DE SIAM. 49
dont les canons me ſaluërent ,
ce qui ne s'étoit jamais fait a
aucun autre Ambaſſadeur , tous
les Navires me ſaluërent auſſi ,
& en arrivant à terre je trouvay
un grand Char tout doré,
qui n'avoit jamais ſervi qu'au
Roy.
Je pris la Lettre de ſa Majefté
, &je la mis dans ce Char ,
qui étoit traîné par des chevaux
, & pouffé par des hommes;
J'entray enſuite dans une
chaiſedorée portéepar dixhom.
mes ſur leurs épaules ; Monfieur
l'Abbé de Choiſy étoit dans
une autre moins belle ; Les Gentils-
hommes & les Mandarins
qui m'accompagnoient étoient
à cheval , toutes les Nations
-differentes qui demeurent à Siam
marchant à pied derriere ; La
marche fut de cette forte jufqu'au
Château du Gouverneur ,
E
50 RELATION
où je trouvay en haye des Soldats
des deux côtez de la ruë
qui avoient des chapeaux de
métail doré , une chemife rouge
, & une eſpece d'écharpe de
toile peinte , qui leur ſervoit de
culotte, fans bas ny foüilliers ;
Les uns étoient arniez de Mouf
quets , les autres de Lances ;
D'autres d'Arcs , & de fléches,
d'autres de picques .
Il y avoit beaucoup d'inſtrumens
comme Trompettes,Tambours
, Timbales , Muſettes , des
manieres de petites cloches ,&
de petits cors dont le bruit refſembloit
à ceux des paſteurs en
France. Toute cette Muſique,
faiſoit affez de bruit , nous mar-.
châmes de cette façon le long
d'ure grande ruë bordée des
deux côtez d'une grande quanme
de peuples & toutes les places
remplies de même. Nous
DU VOYAGE DE SIAM. 11
arrivâmes enfin dans une grande
place qui étoit devant le Palais
du Roi , ou étoient rangés
des deux côtés des Eléphans de
guerre , enfuite nous entiâmes
dans la premiére cour du Palais
, où je trouvay environ deux
milles Soldats afſis fur leur der
riére la croſſe de leurs Moufquets
fur terre & tout droits ,
rangés en droite ligne à fix de
hauteur , il y avoit des éléphans
fur la gauche apelés éléphans
armés en guerre. Nous vimes
enfuite cent hommes à cheval
pieds nuds & habités à la Morefque
une lance àla main, tous
des Soldats étoient habillé conme
j'ai dit cy-devant , dans cet
endroit les nations & tous ceux
qui me ſuivoient me quitterent
à la referve des Gentilshommes
quim'accompagnoient, J. paffai
dans deux autres cours qui
(
E ij
52
RELATION
étoient garnies de la même maniére
& j'entray dans une autre
où étoit un grand nombre de
Mandarins tous proſternés contre
terre , il y avoit en cet endroit
fix chevaux qui étoient tenus
chacun par deux Mandarins ,
tres -bien barnachés , leurs brides
, poitraïls , croupieres & couroyes
d'étriers étoient garnies
d'or & d'argent couverts de pluſieurs
perles , rubis & diamans ,
en forte qu'on ne pouvoit en
voir le cuir , leurs étriers & leurs
ſelles étoient d'or & d'argent ,
les chevaux avoient des anneaux
d'or aux pieds de devant , il y
avoit là auffi pluſieurs éléphans
harnachés de même que le ſont
des chevaux de caroſſes , leurs
harnois étoient de velours cramoiſy
avec des boucles dorées ,
Les Gentilshommes entrérent
dans la Salle d'audiance & fe
DO VOYAGE DE SIAM.
placerent avant que le Roy ft
dans ſon Throne , & quand il y
fut entré accompagné de Monfieur
Conftans , du Barcalon &
de Monfieur l'Abbé de Choiſy
qui portoit la Lettre du Roy ,
je fus furpris de voir le Roy dans
une tribune fort élevée, car Monfeur
Conftans étoit demeuré
d'accord avec moi que le Roy
ne feroit qu'à la hauteur d'un
homme dans ſa tribune & que
je luy pourrois donner la Lettre
du Roy de la main à la main;
Alors je dis à Monfieur l'Abbé
de Choify , on a oublié ce que
l'on m'a promis , mais aſſeurément
je ne donneray point la
Lettre du Roi qu'à ma hauteur,
le vaſe d'or ou on l'avoit mife
avoit un grand manche d'or de
plus de trois pieds de long , on
avoit crû que je prendrois ce
vaſe par le boutdu manche pour
E iij
54
RELATION
F'élever juſques à la hauteur du
thrône ou étoit le Roy , mais je
pris fur le champ mon party &
je reſolus de préſenter au Roy
la Lettre de Sa Majesté tenant
en ma main la couppe d'or où
elle étoit , étant donc arrivé à la
porte je ſalüay le Roy , j'en fis
demême à moitié chemin & lors
que je fus proche de l'endroit ou
je devois m'affeoir après avoir
prononcé deux paroles de ma
Harangue je remis mon chapeau
à la tête & je m'affis , je
continüaymondiſcours qui étoit
en ces termes.
DE
L'AMBASSADE
de M le Chevalier ™
DE CHAUMONT
A LA COUR DU ROY
DE SIAM ,
Avec ce qui s'est paßé de plus
remarquable durant fon
voyage.
E partis de Breſt le troifiéme
Mars 1685. fur le
Vaiſſeau du Roy , nommé
l'Oiseau , accompagné d'une Fre-
A
2 RELATION
,
gate de ſa Majesté , appellée la
Maline ; & ce fut avec un vent fi
favorable , qu'en ſept jours je me
trouvay par le travers des Iſles de
Madere : j'eus ce même bonheur
juſques à quatre ou cinq degrez
Nord de la Ligne Equinoxiale , où
nous eûmes quelque calme , & fentîmes
d'aſſez grandes chaleurs
mais pourtant pas incommodes ; le
vent revint bon , & nous paſsâmes
la Ligne par les trois cens cinquante
degrez cinq minuttes de longi.
tude trente- trois jours aprês nôtre
depart , & l'eau du fond de cale
étoit auſſi bonne & auſſi fraiche
que ſi elle venoit de la fontaine ;
ce qui fit que nous quittâmes celle
de nos jarres pour en boire. A
cinq degrez Sud de la Ligne nous
trouvâmes des vents fort variables
, mais les chaleurs point incommodes
, & je ne quittay point
mon habit d'hyver dans toute cette
DU VOYAGE DE SIAM. 3
route. Les vents quoique variables
ne laiſſerent pas de nous porter à
nôtre route , ſi bien que nous arri .
vâmes au Cap de Bonne Eſperance
le 31. May , poury faire de l'eau ,
& y prendre des rafraichiſſemens ,
quoique j'euſſe encore de l'eau pour
plus de quarantejours.J'y moüillay
le foir fort tard , &je trouvay dans
cette rade quatre Vaiſſeaux Hol.
landois , dont l'un portoit le Pavillon
au grand maſt ; ils venoient
d'Hollande , & conduiſoient un
Commiſſaire de la Compagnie qui
rend cet Etat- là ſi puiſſant dans
les Indes , & où il alloit pour ordonner
dans les Places qui y appartiennent
à cette Republique.
Monfieur de ſaint Martin Major
General , François de nation , qui
eſt au ſervice des Hollandois depuis
trente ans , & dont ils font
tres- contens , alloit à Batavia y
exercer ſa Charge. Le Commif
Aij
4 RELATION
faire General m'envoya faire compliment
le jour de mon arrivée , &
le lendemain matin il m'envoya fon
neveu & fon Secretaire me faire
offre de tout ce que j'avois affaire.
Des Habitans du lieu vinrent avec
des preſens de fruits , herbages ,
& moutons , & il me fit ſaluer par
ſes quatre Vaiſſeaux : on ne peut
recevoir plus d'honnêtetez que j'en
ay reçû de ces Meſſieurs .
Les Hollandois ont dans cette
plage un petit Fort à cinq baſtions ,
&environ cent maiſons d'Habitans
éloignées d'une portée de
mouſquet du Fort , qui font auſſi
propres dedans & dehors que celles
de Hollande ,& la plupart des
Habitans y font Catholiques, quoiqu'ils
n'ayent pas la liberté d'y
exercer leur Religion. La ſituation
en eſt belle , bien qu'il y ait une
groffe montagne qui la borne du
côté de la terre , où il y a une ex
DU VOYAGE DE SIAM.
trême quantité de gros Singes qui
viennent juſques dans leurs jardins
manger les fruits. Ils ont pluſieurs
maiſons de plaiſance à deux , trois
& quatre lieuës ; & au -delà de cette
groffe montagne il y a une plaine
de prés de dix lieuës , où ils ont
fait bâtir une habitation , & où il
y a pluſieurs maiſons , & quantité
d'Habitans qui s'augmentent journellement.
Le climat y eſt aſſez
doux ; leur Printemps commence
en Octobre , & finit en Decembre;
leur Eſté dure Janvier , Fevrier &
Mars ; l'Automne eſt en Avril ,
May & Juin , & leur Hyver en
Juillet , Aouft & Septembre ; les
chaleurs y font extrêmes , mais il y
a toujours du vent. La Compagnie
Hollandoiſe des Indes Orientales
y a un tres beau jardin , & de belles
paliſſades d'un bois qui eſt toujours
verd ; la grande allée a de
long quatorze cens cinquante pas ,
A iij
6 RELATION
elle eſt preſque toute plantée de
citronniers ; ce jardin eſt par compartimens
: on y voit dans l'un des
arbres fruitiers & des plantes les
plus rares d'Afie ; dans l'autre des
plantes & des fruits les plus exquis
d'Affrique; dans le troiſième des
arbres à fruits , & des plantes les
plus eſtimées en Europe ; & enfin
dans le quatriéme on y trouve auffi
des fruits & des plantes qui viennent
de l'Amerique. Ce jardin eſt
tres- bien entretenu , & eſt fort
utile aux Hollandois par la grande
quantité d'herbages & de legumes
qu'il fournit pour le rafraichiſſement
de leurs Flottes , lorſqu'elles
paſſent en ce lieu , allant aux Indes
, ou retournant dans leur païs.
J'y trouvay un Jardinier François,
qui avoit autrefois appris fon métier
dans les Jardins de Monfieur
à ſaint Cloud. La terre y eſt tresbonne
, & rapporte beaucoup de
:
7 DU VOYAGE DE SIAM.
bled , & tous les grains y viennent
en abondance. Un homme digne
de foy m'a dit qu'il avoit vû cent
ſoixante épis de bled ſur une même
tige. Les naturels du païs ont
la phyſionomie fine , mais en cela
fort trompeuſe , car ils font tresbêtes
; ils vont tout nuds à la re.
ſerve d'une méchante peau dont
ils couvrent une partie de leur
corps ; ils ne cultivent pas la terre ;
ils ont beaucoup de beſtiaux , comme
moutons , boeufs , vaches &
cochons. Ils ne mangent preſque
pointde ces animaux, &ne ſe nour
riſſent quaſi que de laict & de
beure qu'ils font dans des peaux
de mouton. Ils ont une racine qui
a le goût de noiſette , qu'ils mangent
au lieu de pain. Ils ont la
connoiffance de beaucoup de fimples
, dont ils ſe ſervent pour guerir
leurs maladies &leurs bleffures .
Les plus grands Seigneurs font ceux
A nij
RELATION
qui ont le plus de beſtiaux ; ils les
vont garder eux mêmes ; ils ont le
plus ſouvent des guerres les uns
contre les autres ſur le ſujet de
leurs paturages . Ils font fort tourmentez
des bêtes ſauvages , y ayant
une grande quantité de lions , leopards
, tigres , loups , chiens ſauvages
, elans , elephans : tous ces animaux
là leur font la guerre , & à
leurs beftiaux. Ils ont pour toutes
armes une maniere de lance qu'ils
empoiſonnent pour faire mourir
ces animaux quand ils les ont blefſez;
ils ont des eſpeces de filets
avec lesquels ils enferment leurs
beſtiaux la nuit . Ils n'ont point de
Religion ; à la verité dans la plaine
Lune ils font quelques ceremonies ,
mais qui ne fignifient rien.Leur Langue
eſt fort difficile à apprendre. Il
y a une grande quantité de gibier,
comme faifans , de trois ou quatre
fortes de perdrix , paons , lievres ,
1
RELATION
qui ont le plus de beftiaux ; ils les
vont garder eux mêmes ; ils ont le
plus ſouvent des guerres les uns
contre les autres ſur le ſujet de
leurs paturages. Ils font fort tourmentez
des bêtes ſauvages , y ayant
une grande quantité de lions , leopards,
tigres , loups , chiens ſauvages
, elans , elephans : tous ces animaux-
là leur font la guerre , & à
leurs beftiaux . Ils ont pour toutes
armes une maniere de lance qu'ils
empoiſonnent pour faire mourir
ces animaux quand ils les ont bleffez;
ils ont des eſpeces de filets
avec lesquels ils enferment leurs
beftiaux la nuit. Ils n'ont point de
Religion ; à la verité dans la plaine
Lune ils font quelques ceremonies ,
mais qui ne ſignifient rien.Leur Langue
eft fort difficile à apprendre. Il
y a une grande quantité de gibier,
comme faifans , de trois ou quatre
fortes de perdrix , paons , lievres ,
:
ول
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LA
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DU VOYAGE DE SIAM. 9
lapins , chevreüils , cerfs & fangliers;
les cerfs y font en ſi grande
abondance , que l'on en voit des
vingt mille enſemble dans des plaines
, ce qui m'a été aſſeuré par des
gens dignes de foy. Nous avons
mangé d'une partie de ce gibier ,
qui est tres bon & d'un goût admirable.
Les moutonsy font en ce
lieu d'une groſſeur prodigieuſe ,
peſans ordinairement quatre-vingts
Jivres. Il y a auſſi grand nombre
de boeufs & de vaches. La mer en
cette Baye eſt fort poiſſonneuſe ,
& le poiffon y eſt tres-bon ; il y en
a un qui a le goût du ſaumon , &
qui eſt fort gros ; il y a quantité
de loups marins , & en nous promenant
ils venoient faire cent tours
devant la poupe de nôtre canot ;
on tira deſſus ſans en pouvoir tuer
aucun. Il y a quantité de chevaux
fauvages, qui font les plus beaux du
monde , ils font rayez de rayes
10 RELATION
blanches & noires ( j'en ay apporté
la peau d'un ; ) on ne les ſçauroit
qu'à grande peine dompter . Comme
ce païs eſt tres bon , les Hollandois
y feront de grande Colonies
; ils envoyent tous les ans faire
de nouvelles découvertes dans les
terres . On dit qu'ils y ont trouvé
des mines d'or & d'argent , mais
qu'ils ſe gardent bien de le vouloir
dire. Les eaux y font admirables ,
& on y trouve des ſources en abondance;
les rivieres qui y font en
grand nombre y ont abondance de
poiffons.
Nous partîmes de cette rade
le ſeptième jour de Juin avec un
vent ſi favorable de Nord , & de
Nord Nord Oueſt , qu'il nous mit
au large , & le foir nous nous mîmes
en route pour Bantam: nous
eûmes beaucoup de pluyes , & la
mer fut fort groſſe juſques par le
travers des Ifles de Madagascar
DU VOYAGE DE SIAM. II
Nord & Sud , où je me trouvay le
dix- neuviéme Juin. Il y a en ces
mers là quantité d'oiſeaux , mais
point de poiffon. Depuis ce temps
juſqu'au vingtiéme Juillet nous
trouvâmes des mers fort rudes &
des vents fort variables , qui nous
obligerent de courirjuſqu'aux quarante
degrez Sud , où nous rencontrâmes
des vents de Oueſt , qui nous
firent faire un tres-grand chemin .
Le 24. ſuivant la Fregate la Maline
ſe ſepara de nous par un temps
fort rude , & la mer fort groſſe
courant au Nord. Le troiſieme
Aouſt nous trouvâmes la mer moins
agitée & le temps plus doux; à la
pointe du jour nous découvrîmes
une Iſle à ſept ou huit lieuës au
devant de nous , ce qui nous furprit
, cette Ifle n'étant point marquée
ſur nos Cartes : elle eſt ſituée
par les dix degrez dix - neuf minuttes
latitude Sud, & par eſtime par
12 RELATION
les cent vingt degrez quarante une
minuttes longitude. Cette Ifle eſt
une belle connoiſſance pour aller
trouver l'Ifle de Java , qui n'en eſt
éloignée que de cent cinquante
lieuës , & depuis nous avons reconnu
qu'elle est appellée l'Iſle de Mo.
ny , étant mal marquée ſur nos
Cartes qui la mettent proche celle
de Java ; cette Ifle eſt tres -haute.
Nous courûmes encore deux jours
d'un vent aſſez frais , & le cinquié .
me ſur les huit heures du matin
nous découvrîmes l'Iſle de Java ,
qui nous donna beaucoup de joye,
ainſi que de nous trouver au vent
du Détroit de Sonda ; nous fîmes
vent arriere terre à terre de l'Ifle ,
& le ſeptiéme enſuivant nous nous
trouvâmes entre l'ifle du Prince &
celle de l'Empereur qui fait l'entrée
du Détroit. L'Iſle de l'Empereur
eſt du côté de l'Iſle de Sumatra
, & l'Ifle du Prince du côté de
DƯ VOYAGE DE SIAM . 13
Java. Nous fûmes quatrejours entre
ces deux Ifles , les vents & les
courans nous étant contraires & fi
grands , que ce que nous gagnions
en douze heures , nous le perdions
en quatre , à cauſe des calmes qui
venoient quelquefois. Avantd'en .
trer dans ce Détroit la Fregate qui
m'avoit perdu le vingt-quatriéme
Juin s'y trouva ce même jour , &
nous nous vîmes d'abord ſans nous
reconnoître . Le treiziéme nous doublâmes
toutes ces Ifles , & nous
moüillâmes à une lieuë de l'Iſle de
Java : il en vint diverſes perſonnes
à mon bord dans de petits batteaux;
elles nous apporterent des
fruits du païs , comme cocos, dont
l'eau qui y eſt renfermée eſt extrê
mement bonne à boire , bananes ,
melons , citrons , & pluſieurs au.
tres de ces fortes de rafraichiſſe.
mens; ils firentdu bien à l'équipage
fort fatigué de la mer , & beau
14
RELATION
coup incommodé du ſcorbut.
Le ſeiziéme au matin nous moüillâmes
devant Bantam , où je trouvay
la Fregate la Maline , qui m'y
attendoit depuis deux jours : le
Capitaine qui la commandoit me
vint dire que le Gouverneur Hollandois
de Bantam ne luy avoit
point voulu donner d'entrée , &
qu'il luy avoit envoyé ſeulement
quelques vollailles & quelques
fruits : auſſi- tôt je fis partir Monfieur
de Forbin Lieutenant de mon
Navire , pour faire compliment de
ma part à ce Gouverneur , & le
prier de me donner la liberté d'envoyer
des malades à terre , de faire
de l'eau , & de prendre des rafraichiſſemens
. Il fit réponſe qu'il n'étoit
pas le maître à Bantam , qu'il
n'y étoit que comme conduiſant
des Troupes auxiliaires , & que c'étoit
le Roy de Bantam qui com.
mandoit , & qui ne vouloit donner
DU VOYAGE DE SIAM. 15
entrée à qui que ce ſoit. Les Hollandois
ſe ſervent du nom de ce
Roy, parce qu'ils ne veulent pas recevoir
des Vaiſſeaux étrangers ,
principalement ceux qui viennent
d'Europe. Depuis qu'ils font maîtres
de cette Place ils en ont chaſſé
toutes les autres Nations. C'eſt
une grande Ville & fort peuplée
de naturels du païs. Avant que les
Hollandois en fuſſent maîtres , c'étoit
la Place des Indes du plus
grand commerce; on y venoit d'Europe
, de Perſe , de la Chine , du
Japon , de l'Empire du Mogol , &
des autres Regions des Indes ; à
preſent les Hollandois en font tout
le commerce , qui leur est d'un
tres -grand profit , & l'on pouvoit
autrefois comparer cette Place à
Cadix en Eſpagne. Aufſi- tôt que
j'eus reçû la réponſe du Gouverneur
, qui me fit neanmoins dire
que ſi je voulois aller à Batavia j'y
16 RELATION
ferois tres-bien reçû , je levay l'ancre
& jeme mis à la voile pour m'y
rendre ; il n'y a que quinze lieuës
de l'un à l'autre . Je fus trois jours
avant que d'y arriver , à cauſe que
n'ayant point de Pilote qui y eût
été , je rencontray diverſes Ifles &
des bas fonds qui m'obligeoient à
moüiller toutes les nuits , &d'aller
le jour à petites voiles & à la fonde:
j'y arrivay le dix- huitiéme au
foir. Auffi -tôt que j'y eus moüillé
j'envoyay Monfieur de Forbin au
General luy faire compliment , &
luy demander la liberté de faire
deſcendre tous mes malades à terre ,
faire de l'eau , & prendre des rafraichiſſemens.
Il reçut fort bien
mon compliment , & il fit réponſe
qu'il donneroit ordre pour tout ce
qui me feroit neceſſaire , & à ceux
des deux Vaiſſeaux. J'envoyay le
lendemain foixante- cing malades
à terre , qui furent preſque tous
gueris
DU VOYAGE DE SIAM . 17
,
gueris en ſept jours que je demeuray
à Batavia , par le bon traitement
& les rafraichiſſemens que je
leur fis faire . Le dix- neuviéme au
matin le General m'envoya faire
compliment par trois Officiers
m'offrit tout ce dont j'aurois affaire
, & me pria de ſa part de deſcen.
dre à terre pour me délaſſer des
fatigues de la mer , avec offre de
ſon logis , dont je ſerois le maître
abſolu. Après les remerciemens que
je devois , je leur dis que j'aurois
ſouhaité n'avoir pas d'ordre qui
m'empêchât de deſcendre à terre ,
& que fans cela j'euſſe accepté avec
joye une pareille honnêteté : je ré.
pondis de la forte , outre pluſieurs
autres raiſons , pour éviter les ceremonies
qu'il auroit fallu faire
dans une ſemblable occafion. Le
General m'envoya une grande Chalouppe
pleine de toutes fortes de
fruits des Indes , d'herbes , de pain
B
18 RELATION
frais , deux boeufs , deux moutons,
& continua ainſi de nous donner
tous les deux jours de pareils rafraichiſſemens
. Le vingt- deuxième
j'allay à terre incognito , je me promenay
dans toute la Ville dans un
petit bateau. Cette Ville eſt à peu
prês comme Veniſe , elle a des canaux
qui traverſent toutes les ruës ,
& qui font bordez de grands arbres
qui font un ombrage fort
agreable , tant ſur les canaux que
fur les ruës ; les maiſons y font bâties
comme en Hollande , & de la
même propreté ; il y a une Citadelle
à quatre baſtions ; cette Ville
eſt entourée d'une muraille & d'un
grand foſſé fort large , mais peu
profond ; les entours en ſont tresbeaux
, ce ſont toutes maiſons de
plaiſance avec fort jolis jardins, &
des refervoirs où il y a des poiſſons
extraordinaires &de pluſieurs couleurs
, beaucoup de dorez & d'ar
DU VOYAGE DE SIAM . 19
gentez: il y a dans la Ville des Marchands
extrêmement riches , & qui
n'épargnent rien pour leurs plaiſirs :
la liberté y eſt comme en Hollande
, principalement à l'égard des
femmes ; je parlay avec quatre ou
cinq en me promenant dans des
Jardins ; elles font habillées à la
Françoiſe . Il y a dans Batavia environ
cinquante Carroſſes , j'en ay
vû quelques-uns fort propres & a
la mode de France ; leurs chevaux
ne font pas grands , mais en recom.
penſe ils font fort vifs . Cette Ville
eſt d'un tres-grand commerce,& fes
richeſſes font qu'on y ménage peu
l'or & l'argent ; elle eſt extraordinairement
peuplée ; les Hollandois
y entretiennent une groffe garnifon
; ils y ont pour eſclaves plus
de trois mille Maures des côtes de
Malabar & pluſieurs des naturels
du païs , qu'ils font vivre avec difcipline
aux environs de la Ville.
Bij
20 RELATION
L'Iſle de Java dans laquelle cette
Ville eſt ſituée eſt fort peuplée ,
elle a deux cens lieuës de long , &
quarante de large ; il y a cinq Rois
dont les Hollandois font les maîtres
; tous ces peuples font Maho .
metans. Je fis demander au General
un Pilote pour Siam , les miens
n'y ayant jamais été , il m'en fit
donner un qui avoit fait cette navigation
quatre fois : aprês toutes
ces honnêtetez j'envoyay Monfieur
de Forbin le remercier.
Le Dimanche vingt- fixieme
Aouſt à fix heures du matin nous
mîmes à la voile , & nous prîmes
la route pour paſſer le Détroit de
Banca ; nous fîmes ce jour- là d'un
petit vent dix lieuës ,& le foir fur
les neuf heures on me vint dire qu'il
y avoit au vent de nous un Vaifſeau
qui arrivoit ſur l'Oiseau oùj'étois
; je dis à l'Officier qu'on ſe
tint ſur ſes gardes ; un moment
DU VOYAGE DE SIAM. 21
-
aprês je vis par ma fenêtre ce Navire
qui nous abordoit : on cria
d'où étoit le Navire , mais on ne
répondit rien , & montant fur le
Pont je trouvay tout mon monde
fous les armes , & le Beaupré de ce
Navire fur la Poupe du mien ; je
luy fis tirer une vingtaine de coups
de fufils qui le firent déborder , &
il fit vent arriere s'en allant à toutes
voiles ;nous ne ſçûmes de quelle
nation il étoit , car perſonne de ce
Navire ne dît jamais une parole ,
&nous ne remarquâmes que trespeu
de monde dans ce Vaiſſeau :
je crois que c'étoit quelque Navire
Marchand qui faiſoit fa route ,
&qui fit une méchante manoeuvre;
il rompit quelque choſe du couronnement
de mon Vaiſſeau , qui
fut racommodé le lendemain .
Le Mardy vingt - huitiéme au
foir nous vîmes l'entrée du Détroit
de Banca , & le vingt-neuf au ma
Bij
2.2 RELATION
tin nous y entrâmes. Quoique nous
euſſions unbon Pilote Hollandois ,
nous ne laiſſames pas d'échoüer
fur un banc de ſable vazeux ; mais
comme il y a beaucoup de bancs
de cette même forte dans ce Détroit
, & qu'il arrive à pluſieurs
Vaiſſeaux d'y échoüer ſans grand
peril , cela ne me donna pas d'inquietude
; je fis porter un petit
ancre à la mer du côté de Sumatra
, & en moins de deux heures
jeme tiray de deſſus ce banc. Nous
fumes quatre jours à paſſer ce Détroit.
L'Ifle de Sumatra eſt à la
gauche, qui a plus de deux cens cinquante
lieuës de long ,& cinquante
où elle eſt plus large : les Hollandois
y ont quatre ou cinq fortereſſes;
les peuples y font tous
Mahometans , & elle est habitée
des naturels du Païs , qui obeïſſent
à quatre ou cinq Rois. La Reine
d'Achem en a un des plus grands
4
DU VOYAGE DE SIAM. 23
Royaumes , & y regne avec une
grande autorité , elle gouverne
tres-bien fes peuples : les Hollandois
font preſque maîtres de tous
ces Rois , ils traitent avec eux des
choſes qui croiffent dans l'Ifle , où
il y a des mines d'or , beaucoup de
poivre , quantité de ris , toutes fortes
de beſtiaux : en quelques cantons
les peuples ſont fort barbares ,
& les Rois ſe font ſouvent la guerre.
Ceux qui prennent la protection
des Hollandois ſont toujours
les plus forts , à cauſe des Troupes
& des Vaiſſeaux qu'ils leur envoyent
: ils font la même choſe
dans l'Ifle de Java , & trois cens
Européens battent toûjours cinq
à fix mille hommes de ces Nations,
qui ne ſçavent pas faire la guerre.
Elle est à quatre degré Sud de la
Ligne Equinoxiale. Les Hollandois
ont un Fort du côté du Détroit de
Banca , où il y a vingt - quatre
a
24 RELATION
pieces de canon ; le Fort eſt au
bord d'une grande riviere que l'on
appelle Palembane , elle ſe jette
avec tant de violence dans la mer,
que trois ou quatre mois de l'année
au temps des pluyes , l'eau quoyqu'entrant
dans la mer eſt encore
douce.
L'Iſle de Banca nous reſta à la
droite , elle a environ quarante
lieuës de long ; les Hollandois y
ont un Fort , & ontcommerce avec
les naturels de l'Iſle ; on dit qu'elle
eſt tres fertile & tres-bonne : dans
le temps que j'ay paffé devant la
riviere de Palembane , les Hollandois
y avoient deux Vaiſſeaux qui
y chargeoient des poivres . Le troifiéme
Septembre nous repaſſames
la Ligne par un temps le plus beau
& le plus favorable qui ſe puiſſe
voir , c'est - à-dire fans chaleur , un
air temperé , & pas plus chaud que
dans ce même mois en France ; de
forte
DU VOYAGE DE SIAM. 25
7
forte que je ne quittay point encore
non plus mon habit de drap ,
que lorſque je l'avois paſſée vers
les côtes d'Affrique. Nous allâmes
paſſer devant le Détroit de Malaca,
qui a trois ou quatre paſſes ou entrées
; les courans, y font fort
grands , & ſe trouverent tantôt
pour nous , & tantôt contre , се
qui nous fit moüiller fort ſouvent ;
car quand le calme nous prenoit ,
les courans nous emportoient fort
au large, & nous ne quittâmes pas
cette côte à cauſe des vents qui regnent
toujours du côté de la terre,
& qui nous pouſſoient à nôtre route.
Je croy que l'air de ce païs- là
eſt fort bon , car nous avions beaucoup
de malades ,& ils furent tous
gueris.
Le cinquiéme nous nous trouvâmes
par le travers de l'Iſle de
Polimon , qui eft habitée de Malais
, peuples Mahometans. Elle eſt
C
26 RELATION
tres bonne & tres -fertile,elle obeït
à un Prince qui la gouverne. La
Reine d'Achin y a des pretentions ,
& pour cet effet elle y envoye tous
les ans quelques Vaiſſeaux ; mais
comme ce Prince ne veut point
avoir de guerre avec elle , ſes peuples
luy payent quelque tribut. Il
en vint à nôtre bord un petit canot
, qui nous apporta quelques
poiſſons & quelques fruits . Cette
Ifle eſt éloignée de la terre ferme
d'environ fix lieuës ; une partie de
ſa côte a été autrefois ſoumiſe au
Roy de Siam , mais elle eſt poſſedée
depuis quelques années par
deux ou trois Rois , dont l'un eft
le Roy des Malais. Cette nation
eſt fort inſociable , & on n'a point
de commerce avec elle .
Du cinquiéme au quinze nous
n'eûmes que de petits vents forr
variables , & des calmes qui nous
faifoient moüiller ſouvent , à caus
DU VOYAGE DE SIAM. 27
ſe des courans qu'il y a le long
de cette côte. Depuis le Détroit
de Banca juſqu'à Siam , on ne
quitte point la terre , & on ne
s'en éloigne que depuis quinze juſfqu'à
vingt- cinq braſſes , le fonds
vaſe.
Le même jour nous nous trouvâmes
devant Ligor , qui eſt la
premiere Place du Roy de Siam.
Les Hollandois y ont une habitation
, & y font commerce. Il eſt
dificile d'exprimer la joye que les
Siamois que nous ramenions eurent
de ſe voir proche des terres de leur
Roy, & elle eſt ſeulement comparable
à celle que nous avons refſentie
à nôtre retour , quand Dieu
nous a fait la grace de retoucher
Breſt. Il mourut là du flux de ſang
aprês cinq mois de maladie un jeune
Gentil-homme nommé d'Herbouville
, l'un des Gardes de Marine
, que le Roy m'avoit donné
Cij
28 RELATION
pour m'accompagner ; il étoit fort
honnête homme , & je le regretay
extrêmement.
Enfin ( graces à Dieu ) le vingtquatrième
nous moüillâmes devant
la riviere de Siam, Toutmon
monde & mon équipage étoit en
bonne ſanté. J'envoyay versMonſieur
l'Evêque de Metellopolis
Monfieur le Vacher Miſſionaire ,
qui étoit venu avec les Mandarins
en France , & que je ramenois
avec eux , avec charge de le
prier de me venir trouver pour
m'inſtruire de ce qui s'étoit paſſé
depuis dix- huit mois que le Roy
de Siam avoit envoyé en France.
Le vingt - neuviéme Monfieur
l'Evêque vint à bord avec Mon.
fieur l'Abbé de Lionne : ils m'informerent
de tout ce qui s'étoit
paffé ; ils me dirent que le Royde
Siam ayant appris ſur la minuit mon
arrivée par Monfieur Conſtance
DU VOYAGE DE SIAM. 29
un de ſes Miniſtres , il en témoigna
une tres-grande joye , & luy donna
ordre d'en aller avertir Monſieur
l'Evêque , & de dépêcher
deux Mandarins du premier Ordre,
qui ſont comme les premiers Gentilshommes
de la Chambre du
Roy en France , pour me venir
témoigner la joye qu'il avoit de
mon arrivée. Ils vinrent deuxjours
aprês à mon bord ; je les reçûs
dans ma chambre aſſis dans un
fauteüil , Monfieur l'Evêque ſur un
petit fiege proche de moy , & eux
de même qu'une partie des perſonnes
du Vaiſſeau qui s'y trouverent
, s'affirent ſur les tapis dont
le plancher de ma chambre étoit
couvert , étant la mode dans ce
Royaume de s'aſſeoir de cettema.
niere , & qu'aucune perſonne , hor
mis celles qu'ils veulent traiter avec
une grande diſtinction , ne ſoit élevée
au deſſus d'eux.
Giij
30 RELATION
Ils me dirent que le Roy leur
Maître les avoit chargez deme ve
nir témoigner la joye qu'il avoit
demon arrivée , & d'avoir appris
que le Roy de France ayant vaincu
tous ſes ennemis , étoit maître
abſolu dans ſon Royaume , joüif
fant de la paix qu'il avoit accordée
à toute l'Europe. Après leur avoir
marqué combien je me fentois obligé
aux bontez du Roy leur maître
, & leur avoir répondu ſur le
ſujet de ſa Majesté ,je leur dis que
j'étois extrêmement fatisfait du
Gouverneur de Bancok , de la maniere
dont il avoit reçû ceux que
je luy avois envoyez , ainſi que des
preſens qu'il m'avoit fait. Ils me ré.
pondirent qu'il avoit fait ſon devoir
, puiſqu'en France on avoit fi
bien reçû les Envoyez du Roy leur
maître, & que d'ailleurs ce bon trai.
tement m'étoit dû par mes anciens
merites , pour avoir autrefois mé
DU VOYAGE DE SIAM. 31
nagé l'union entre le Royaume de
Siam&celuy de France. Ce ſont
leurs manieres de parler , qui tiennentbeaucoup
du figuré. Après les
avoir traitez avec les honneurs &
les civilitez qui ſont en uſage en pareils
rencontres dans ce Royaumelà,
je leur fis preſenter du Thé &
des confitures. Ces deux Mandarins
étoient bien faits , âgez d'environ
vingt- cinq ans , & habillez à
leur mode ; ils étoient nuds têtes ,
pieds nuds , ſans bas, & ayant une
maniere d'écharpe fort large , qui
leur prenoit depuis la ceinture jufqu'aux
genoux , ſans être pliſſée ,
qui leur paſſoit entre les jambes ,
ſe ratachant par derriere, & retombant
comme des haudechauſſes qui
n'auroient point de fonds. Cette
écharpe étoit de toile peinte des
plus belles du païs , ayant par en
bas une bordure bien travaillée, largede
quatre doigts,& qui leur tom-
Ciiij
32 RELATION
,
boit ſur les genoüils : de la ceinture
en haut ils n'avoient rien qu'une
maniere de chemiſe de mouſſeline
qu'ils laiſſent tomber par deſſus
cette écharpe , les manches ne leur
venant qu'un peu au deſſous du
coude paſſablement larges.Ils reſterent
prês d'une heure dans le Vaifſeau
,je les fis ſalüer de neuf coups
decanon quand ils s'en allerent.
Le premier Octobre Monfieur
Conſtance , ce Miniſtre du Roy de
Siam dont j'ay déja parlé , & qui
pour tout dire , bien qu'étranger ,
eſt parvenu par ſon merite juſqu'à
la premiere place dans la faveur du
Roy de Siam , m'envoya faire compliment
par ſon Secretaire qui étoit
parfaitement honnête homme , &
il m'offrit de ſa part un ſi grand
preſent de fruits , boeufs , cochons,
poulles , canards, & pluſieurs autres
choſes, que tout l'équipage du Vaiſ
ſeau en fut nourry durant quatre
DU VOYAGE DE SIAM. 33
jours. Ces rafraichiſſemens ſont
agreables , quand il y a ſept mois
que l'on eſt à la mer.
Le huitiéme Monfieur l'Evêque
de Metellopolis qui s'en étoit retourné
à la Ville capitale de Siam ,
revint à bord avec deux Mandarins
s'informer de la part du Roy de
l'état de ma ſanté, & me dire qu'il
étoit dans l'impatience de me voir,
me priant de deſcendre à terre. Je
leur témoignay combienj'étois touché
de lacontinuation des bontez
du Roy leur maître , & je leur dis
que je m'allois preparer pour aller
àterre.Je reçus ces Mandarins comme
les premiers , & je les fis ſalüer
en s'en retournant de neuf coups
de canon. Sur les deux heures du
même jour j'entray dans mon canot
, & ceux de ma ſuite dans des
batteaux que le Roy envoya ; & étant
arrivé ſur le ſoir dans la riviere,
j'y trouvay cinq balons tres- pro34
RELATION
пра-
pres , l'un pour moy , fort magnifique
, & quatre autres pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
, avec un grand nombre
d'autres pour charger les hardes &
tous les gens de ma ſuite. Deux
Mandarins me vinrent complimenter
de la part du Roy. Je ne pûs
aller cette nuit au lieu qu'on avoit
deſtiné pour me recevoir , ce qui
m'obligea de paſſer du balon où
j'étois dans la Fregate la Maline ,
qui étoit entrée dans la riviere deux
jours auparavant,&oùje couchay.
Le même ſoir le Commis que j'avois
envoyé à Siam pour acheter les
proviſions neceſſaires pour les équipages
du Vaiſſeau &de la Fregate,
me vint dire que Monfieur Conftance
luy avoit mis entre les mains
de la part du Roy onze Barques
chargées de boeufs , cochons,veaux,
poulles , canards , & arrek ou eau
de vie faite de ris, pour nourrir les
DU VOYAGE DE SIAM. 35
:
équipages des deux Navires ,& qu'il
luy avoit dit de demander tout ce
qui ſeroit neceſſaire , le Roy voulant
défrayer les deux Vaiſſeaux de
ſa Majesté pendant tout le temps
qu'ils feroient en ſon Royaume.
Le neuviéme il vint deux Mandarins
àmon balon de la part du
Roy , qui me dirent qu'ils venoient
pour recevoir mes ordres , & je
partis de ce lieu ſur les ſept heures
du matin. Aprês avoir fait environ
cinq lieuës j'arrivay dans une maiſon
qui avoit été bâtie pour me
recevoir , où deux Mandarins & les
Gouverneurs de Bancok & de Pipely
avec pluſieurs autres me vinrent
complimenter ſur mon arrivée,
me ſouhaitant une longue vie . Cette
maiſon étoit faite de banbous , qui
'eſt un bois fort leger , & couverte
de nattes aſſez propres. Tous les
meubles en étoient neufs , il y avoit
pluſieurs chambres tapiffées de
36 RELATION
toile peinte fort belle : la mien
ne avoit de tres-beaux tapis ſur le
plancher , j'y trouvay un dais d'une
étoffe d'or fort riche , un fauteüil
tout doré , des carreaux de velours
tres -beaux , une table avec un tapis
brodé d'or , des lits magnifiques ;
j'y fus ſervy de viandes & de fruits
en quantité. Aprés-dîné je partis ,
& tous les Mandarins me ſuivirent.
J'allay à Bancok, qui eſt la premiere
Place du Roy de Siam dans cette
riviere , éloignée d'environ douze
lieuës de la mer. Je trouvay à la radeun
Navire Anglois , qui me ſalua
de vingt & un coups de canon iles
Fortereſſes du lieu qui gardent les
deux côtez de la riviere me ſaluërent
, l'une de vingt- neuf coups, &
l'autre de trente un .Ces Fortereſſes
font aſſez regulieres & fournies de
gros canons de fonte; je logeay dans
Ia Fortereſſe d'à main gauche, dans
une maiſon aſſez bien bâtie &bien
DU VOYAGE DE SIAM. 37
meublée , & où je fus traité à la
mode du païs .
Le lendemain dixiéme j'en partis
fur les huit heures du matin accompagné
de tous les Mandarins& de
tous les Gouverneurs qui m'étoient
venu faire compliment ; il y vint
deux autres Mandarins me complimenter.
A mon départ je fus falué
de la même maniere que la veille
, & j'arrivay ſur le midy dans une
maiſon bâtie exprês pour moy , &
ayant des meubles auffi beaux que
dans la premiere. Il y avoit prês
de là deux Fortereſſes qui me faluërent
de toute leur artillerie , &
deux Mandarins me vinrent rece.
voir. A dîner je fus tres -bien fervy
, & j'en partis ſur les trois heures
; les Fortereſſes me ſaluërent
comme auparavant , & ce fut lorfque
le Gouverneur de Bancok prit
congé de moy pour s'en retourner
en ſon Gouvernement. Pourſui.
38 RELATION
vant ma route je rencontray deux
Navires , l'un Anglois , & l'autre
Hollandois , à l'ancre , qui me ſaluërent
de toute leur artillerie, &j'arrivay
fur les ſept heures du ſoir dans
une maiſon faite & meublée de la
même maniere que les precedentes,
j'y fus reçu par de nouveaux Mandarins
, & fort bien traité.
Le 11. aumatin je partis &j'allay
dîner dans une autre maiſon ; le
foir j'arrivay dans une maiſon faite
à peu près comme les autres , &
fort bien meublée , où je trouvay
deux Mandarins qui m'y reçurent.
Le 12.j'en partis , &j'allay coucher
à deux lieües de Siam, où deux
Mandarins me recurent encore.
LesChefs des Compagnies Angloi .
fes & Hollandoiſes m'y vinrent faluër
; à l'égard des François , ils
m'étoient venu trouver à mon
bord , & m'accompagnerent toujours
depuis. Je reſtay en ce lieu- là
DU VOYAGE DE SIAM. 39
juſqu'à ce que je fis mon entrée.
La Riviere de Siam nomméeMe.
nan eſt fort belle & fort large ,
elle a partout au moins quatrebraf.
ſes d'eau , & fept & huit en la plûpartdes
endroits; elle eſt toutebordéede
tres beaux arbres : mais trois
ou quatre mois de l'année tous ſes
rivages font innondez , ce qui fait
que toutes les maiſons qu'on yrencontre
ſont bâties ſur des pilotis,&
faites toutes de banbous. Ce bois
fert aux Siamois àfaire tant les fondemens
& les planchers , que le
deſſus de leurs maiſons ; ils s'en fervent
auſſi pour faire ce dontils ont
beſoin dans leur ménage , n'ayant
preſque rien qu'ils ne faffent de ce
bois, juſqu'à en allumer du feu, s'en
ſervant comme de pierres à fufil ,
ils n'ont qu'à racler un peu de ce
bois,& le frotter enfuite l'un contre
l'autre , il s'allume d'abord .
Tous les peuples de ces endroits ont
40 RELATION
depetits canaux&des barques pour
aller de maiſons en maiſons faire
leur commerce. On n'y voit prefque
travailler que les femmes , les
hommes étant le plus ſouvent employez
au ſervice du Roy , de qui
ils font comme les eſclaves . On
m'y fit les mêmes honneurs que l'on
a accoutumé de faire au Roy quand
il paſſe ſur la riviere . Je n'y vis perſonne
dans les maiſons, tout le monde
étoit dans les balons , ou ſur les
bords, le ventre à terre , & les mains
jointes contre le front. Au devant
des maiſons & des villages il y avoit
une eſpece de parapet élevé de ſept
àhuits pieds hors de l'eau , fait avec
des nattes. Ils reſpectent tant leur
Roy, qu'ils n'ofent pas lever les yeux
pour le regarder. Je remarquay que
lesmaiſons où j'avois logé étoient
peintes de rouge, afin de me traiter
comme ſa perſonne , n'y ayant que
les maiſons Royales de cette couleur-
là. Tous
1
DU VOYAGE DE SIAM. 41
Tous les Mandarins qui ſont venusme
recevoir ſur la riviere, m'ont
toujours accompagné ; les premiers
étoient comme les Gentilshommes
de la Chambre, & les autres par de
gré. Les Princes y vinrent auſſi . Ils
ont tous des balons tres propres ,
dans le milieu deſquels il y a une efpece
de thrône où ils s'aſſiſent ; &
ils ne vont ordinairement qu'un
dans chaque balon , à leurs côtez
font leurs armes , comme ſabres ,
lances , épées , fleches, plaſtrons, &
même des fourches. Ils font tous
habillez de la même maniere que
j'ay déja dit. Un Portugais que le
Roy avoit faitGeneral des Troupes
de Bancok m'a toujours accompagné,
& donnoit les ordres pour toutes
choſes. Il y eut environ so. ου
60 balons à ma ſuite, dont pluſieurs
avoient 50. 60. 70. & 80. pieds de
long, ayant des rameurs depuis 20.
juſques à cent. Ils ne rament pas à
D
42 RELATION
notre maniere, ils font aſſis deux fur
chaque banc , l'un d'un côté & l'autre
de l'autre , le viſage tourné du
côté où l'on va , & tiennent une rame
qui s'appelle pagais , d'environ
quatre pieds de long , & font force
du corps pourpagaier.Ces rameurs
fatiguent beaucoup , & fe contentent
pour toute nourriture de ris
cuit avec de l'eau , & quand ils ont
un morceau de poiſſon , ils croyent
faire un tres-grand regal. Ils mangent
d'une feüille qu'ils appellent
betel , qui eft comme du lierre , &
d'une eſpece de gland de cheſne ,
qu'ils appellent arrek , mettant de
la chaux fur la feüille , & c'eſt ce qui
donne le goût. Ils mangent du tabac
du païs, qui eſt bien fort ; tout cela
leur rend les dents noires,qu'ils eſtiment
les plus belles . Un homme
peut vivre de cette maniere pour 15.
ou 20. ſols par mois , car ils ne boivent
ordinairement que de l'eau. Ils
DU VOYAGE DE SIAM. 43
ont une eſpece d'eau de vie tresforte,
qu'ils appellent racque, qu'ils
font avec du ris . Lorſque j'arrivay
dans les maiſons qu'on m'avoit preparées,
tous les Mandarins qui m'accompagnoient
, & ceux qui me recevoient
ſe mettoient en haye juf.
qu'à la porte de ma chambre.
Le 13. je fis dire au Roy par les
Mandarins qui étoient avec moy,
quej'avois été informé de la maniere
dont on avoit accoutumé de recevoir
les Ambaſſadeurs en fon
Royaume ,& que comme elle étoit
fort differentede celle de France,
je le ſuppliois de m'envoyer quelqu'un
pour traiter avec luy ſur le
ſujet de mon entrée .
Le 14. il m'envoya Mª Conſtans,
avec lequelj'eus une longue converſation.
Me l'Eveſque fut l'interprete.
Nous diſputâmes long temps , &je
ne voulus rien relâcher des manieres
dont on a coutume de recevoir lcs
Dij
44
RELATION
Ambaſſadeurs en France , ce qu'il
m'accorda.
Le 15. les Tunquinois me vinrent
complimenter ſur mon arrivée .
Le 16. les Cochinchinois firent
la même choſe.
Le 17. Mª Conſtans me vint trouver
, & emmena avec luy quatre balons
tres - beaux pour charger les
preſens que Sa Majesté envoyoit au
Roy de Siam . Ce mêmejour le Roy
donna ordre à toutes les Nations
des Indes qui reſident à Siam , deme
venir témoigner la joye qu'ils ref
ſentoient de mon arrivée , &de me
rendre tous les honneurs qui étoient
dûs à un An baſſadeur du plus grand
Roy du Monde Ils y vinrent fur
les fix heures du ſoir , tous habillez
àlamodede leur païs ; il y en avoit
de quarante differentes Nations , &
toutes de Royaumes indépendans
les uns des autres ; & ce qu'il y avoit
detres- particulier étoit , que parmy
DU VOYAGE DE SIAM. 43
ce nombre il yavoit le fils d'un Roy
qui avoit été chaſſe de ſes Etats , &
qui s'étant refugié dans celuy de
Siam , demandoit du ſecours pour
ſe rétablir. Leurs habits étoient
preſque tout de meſme que ceux
des Siamois , à la reſerve de quelques-
uns , dont la coëffure étoit differente
, les uns ayans des turbans ,
les autres des bonnets à l'Arme .
nienne , ou des calottes , & d'autres
enfin étans nuë tête comme les
moindres des Siamois, les perſonnes
de qualité ayant un bonnet de la
formedeceluyde nos Dragons, qui
ſe tient droit , fait de mouſſeline
blanche , qu'ils font obligez de faire
tenir avec un cordon qui paſſe au
deſſous de leur menton , étant d'ailleurs
tous nuds pieds , à la reſerve
de quelques uns qui ont des babouches
comme celles que portent les
Turcs.
Le Roy me fit dire ce mêmejour
Dij
46 RELATION
par M. Conftans , qu'il me vouloit
recevoir le lendemain 18. Je partis
fur les ſept heures du matin en la ma
niere que je raconteray aprês avoir
recité les honneurs que le Roy de
Siam fit rendre à la Lettre de Sa Majeſté.
Il est vray qu'il a de coutume
de rendre honneur aux Lettres des
Potentats qu'il reçoit par leurs Am.
baſſadeurs;mais il a voulu avec juſtice
faire une distinction de cellede
notre grand Monarque. Il vint quaranteMandarins
des premiers de fa
Cour , dont deux qui étoient Oyas ,
c'eſt à dire comme ſont les Ducs en
France , qui me dirent que tous les
balons étoient à ma porte pour
prendre la Lettre de Sa Majesté , &
memener au Palais . La Lettre étoit
dans ma chambre en un vaſe d'or
couvertd'un voile de brocard tresriche.
Les Mandarins étant entrez
ils ſe proſternerent les mains jointes
fur le front, le viſage contre terre,&
DU VOYAGE DE SIAM. 47
faluërent en cette poſture la Lettre
du Roy par trois fois. Moy
étant aſſis ſur un fauteüil auprés
de la Lettre , je reçus cet honneur ,
qui n'a jamais été rendu qu'à celle
de Sa Majesté. Cette ceremonie
finie , je pris la Lettre avec le vaſe
d'or , & après l'avoir portée ſeptou
huit pas , je la donnay à Monſieur
l'Abbé de Choiſy , qui étoit
venu de France avec moy. Il marchoit
à ma gauche un peu derriere, .
&il la porta juſqu'au bord de la
riviere , où je trouvay un balon extremement
beau , fort doré , dans
lequel étoient deux Mandarins du
premier ordre . Je pris la Lettredes
mains de Monfieurl'Abbé de Choiſy
, & l'ayant portée dans le balon,
je la remis entre les mains d'un de
ces Mandarins , qui la poſa ſous un
dais fait en pointe , fort élevé , &
tout doré. J'entray dans un autre
fort magnifique , qui ſuivoit imme
3
48 RELATION
diatement celuy où étoit la Lettre
de Sa Majeſté. Deux autres auſſi
beaux que le mien , dans lesquels
étoient des Mandarins , étoient aux
deux côtez de celuy où l'on avoit
mis la Lettre. Le mien , comme je
viens de dire , le ſuivoit ; Monfieur
l'Abbé de Choiſy étoit dans un autre
balon immediatement derriere,
& les Gentilshommes qui m'accompagnoient
,& les gens de ma ſuite,
dans d'autres balons , ceux des
grands Mandarins pareillement fort
beaux , étoient àla tête. Il y avoit
environ douze balons tout dorez ,
& prês de deux cens autres qui voguoient
fous deux colomnes. La
Lettre du Roy , les deux balons de
garde& le mien étoient dans le milieu.
Toutes les Nations de Siam
étoient à ce cortege ; &toute la ri.
viere quoique tres large étoit toute
couverte de balons. Nous marchâmes
de cette forte juſqu'à la ville,
dont
DU VOYAGE DE SIAM. 49
dont les canons me ſaluërent ,
ce qui ne s'étoit jamais fait a
aucun autre Ambaſſadeur , tous
les Navires me ſaluërent auſſi ,
& en arrivant à terre je trouvay
un grand Char tout doré,
qui n'avoit jamais ſervi qu'au
Roy.
Je pris la Lettre de ſa Majefté
, &je la mis dans ce Char ,
qui étoit traîné par des chevaux
, & pouffé par des hommes;
J'entray enſuite dans une
chaiſedorée portéepar dixhom.
mes ſur leurs épaules ; Monfieur
l'Abbé de Choiſy étoit dans
une autre moins belle ; Les Gentils-
hommes & les Mandarins
qui m'accompagnoient étoient
à cheval , toutes les Nations
-differentes qui demeurent à Siam
marchant à pied derriere ; La
marche fut de cette forte jufqu'au
Château du Gouverneur ,
E
50 RELATION
où je trouvay en haye des Soldats
des deux côtez de la ruë
qui avoient des chapeaux de
métail doré , une chemife rouge
, & une eſpece d'écharpe de
toile peinte , qui leur ſervoit de
culotte, fans bas ny foüilliers ;
Les uns étoient arniez de Mouf
quets , les autres de Lances ;
D'autres d'Arcs , & de fléches,
d'autres de picques .
Il y avoit beaucoup d'inſtrumens
comme Trompettes,Tambours
, Timbales , Muſettes , des
manieres de petites cloches ,&
de petits cors dont le bruit refſembloit
à ceux des paſteurs en
France. Toute cette Muſique,
faiſoit affez de bruit , nous mar-.
châmes de cette façon le long
d'ure grande ruë bordée des
deux côtez d'une grande quanme
de peuples & toutes les places
remplies de même. Nous
DU VOYAGE DE SIAM. 11
arrivâmes enfin dans une grande
place qui étoit devant le Palais
du Roi , ou étoient rangés
des deux côtés des Eléphans de
guerre , enfuite nous entiâmes
dans la premiére cour du Palais
, où je trouvay environ deux
milles Soldats afſis fur leur der
riére la croſſe de leurs Moufquets
fur terre & tout droits ,
rangés en droite ligne à fix de
hauteur , il y avoit des éléphans
fur la gauche apelés éléphans
armés en guerre. Nous vimes
enfuite cent hommes à cheval
pieds nuds & habités à la Morefque
une lance àla main, tous
des Soldats étoient habillé conme
j'ai dit cy-devant , dans cet
endroit les nations & tous ceux
qui me ſuivoient me quitterent
à la referve des Gentilshommes
quim'accompagnoient, J. paffai
dans deux autres cours qui
(
E ij
52
RELATION
étoient garnies de la même maniére
& j'entray dans une autre
où étoit un grand nombre de
Mandarins tous proſternés contre
terre , il y avoit en cet endroit
fix chevaux qui étoient tenus
chacun par deux Mandarins ,
tres -bien barnachés , leurs brides
, poitraïls , croupieres & couroyes
d'étriers étoient garnies
d'or & d'argent couverts de pluſieurs
perles , rubis & diamans ,
en forte qu'on ne pouvoit en
voir le cuir , leurs étriers & leurs
ſelles étoient d'or & d'argent ,
les chevaux avoient des anneaux
d'or aux pieds de devant , il y
avoit là auffi pluſieurs éléphans
harnachés de même que le ſont
des chevaux de caroſſes , leurs
harnois étoient de velours cramoiſy
avec des boucles dorées ,
Les Gentilshommes entrérent
dans la Salle d'audiance & fe
DO VOYAGE DE SIAM.
placerent avant que le Roy ft
dans ſon Throne , & quand il y
fut entré accompagné de Monfieur
Conftans , du Barcalon &
de Monfieur l'Abbé de Choiſy
qui portoit la Lettre du Roy ,
je fus furpris de voir le Roy dans
une tribune fort élevée, car Monfeur
Conftans étoit demeuré
d'accord avec moi que le Roy
ne feroit qu'à la hauteur d'un
homme dans ſa tribune & que
je luy pourrois donner la Lettre
du Roy de la main à la main;
Alors je dis à Monfieur l'Abbé
de Choify , on a oublié ce que
l'on m'a promis , mais aſſeurément
je ne donneray point la
Lettre du Roi qu'à ma hauteur,
le vaſe d'or ou on l'avoit mife
avoit un grand manche d'or de
plus de trois pieds de long , on
avoit crû que je prendrois ce
vaſe par le boutdu manche pour
E iij
54
RELATION
F'élever juſques à la hauteur du
thrône ou étoit le Roy , mais je
pris fur le champ mon party &
je reſolus de préſenter au Roy
la Lettre de Sa Majesté tenant
en ma main la couppe d'or où
elle étoit , étant donc arrivé à la
porte je ſalüay le Roy , j'en fis
demême à moitié chemin & lors
que je fus proche de l'endroit ou
je devois m'affeoir après avoir
prononcé deux paroles de ma
Harangue je remis mon chapeau
à la tête & je m'affis , je
continüaymondiſcours qui étoit
en ces termes.
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Résumé : RELATION DE L'AMBASSADE de Mr le Chevalier DE CHAUMONT A LA COUR DU ROY DE SIAM, Avec ce qui s'est passé de plus remarquable durant son voyage.
Le texte relate le voyage de l'ambassadeur français, le Chevalier de Chaumont, à la cour du roi de Siam, parti de Brest le 3 mars 1685 à bord du vaisseau royal 'l'Oiseau', accompagné de la frégate 'la Maline'. Le voyage débuta favorablement, atteignant les îles de Madère en sept jours. Après avoir traversé la ligne équinoxiale, ils rencontrèrent des vents variables mais navigables, arrivant au Cap de Bonne Espérance le 31 mai pour se ravitailler en eau et en rafraîchissements. Ils y rencontrèrent quatre vaisseaux hollandais, dont un portant le pavillon d'un commissaire de la Compagnie hollandaise des Indes Orientales. Les Hollandais offrirent leur aide et des présents. La région était peuplée de singes et de bêtes sauvages, et les Hollandais y avaient établi un fort et des habitations, cultivant un jardin riche en plantes et fruits exotiques. Les habitants locaux, bien que nus et ne cultivant pas la terre, possédaient des bestiaux et utilisaient des remèdes naturels. Le climat était doux, avec des saisons bien définies. Après avoir quitté le Cap de Bonne Espérance le 7 juin, ils affrontèrent des mers agitées et des vents variables jusqu'à Madagascar. Ils découvrirent ensuite une île non marquée sur leurs cartes, nommée l'île de Mony, et atteignirent finalement l'île de Java. Ils mouillèrent devant Bantam, où ils reçurent des fruits et des rafraîchissements. Cependant, le gouverneur hollandais refusa l'entrée à la frégate 'la Maline', contraignant Chaumont à se diriger vers Batavia. À Batavia, ils demandèrent et obtinrent la permission de débarquer leurs malades, qui guérirent rapidement grâce aux soins et aux rafraîchissements. Le général de Batavia offrit son aide et des rafraîchissements, mais Chaumont déclina une invitation à descendre à terre pour éviter les cérémonies. Batavia est décrite comme une ville prospère avec des canaux, des maisons propres, et une forte garnison hollandaise. Après avoir obtenu un pilote pour Siam, ils repartirent et rencontrèrent un navire mystérieux. Ils passèrent ensuite le détroit de Banca et l'île de Sumatra, notant les fortifications hollandaises et les conflits locaux. Ils traversèrent la ligne équatoriale dans des conditions favorables et passèrent devant le détroit de Malaca. Le voyage continua avec des vents variables et des calmes, obligeant souvent à mouiller. Ils arrivèrent devant Ligor, une place du roi de Siam, où les Siamois ramenés exprimèrent leur joie. Finalement, ils mouillèrent devant la rivière de Siam. L'auteur rencontra l'évêque de Metellopolis et l'abbé de Lionne, qui l'informèrent des réactions du roi de Siam à son arrivée. Deux mandarins vinrent à bord pour témoigner de la joie du roi et discuter des relations entre la France et le Siam. Les habitants locaux, vêtus de manière spécifique avec des écharpes de toile peinte et des chemises de mousseline, furent reçus à bord du vaisseau et salués par neuf coups de canon. Le 1er octobre, Monsieur Constance, ministre du roi de Siam, envoya des compliments et des provisions abondantes pour nourrir l'équipage pendant quatre jours. Le 8 octobre, l'évêque de Metellopolis et deux mandarins vinrent s'informer de la santé de l'auteur et l'invitèrent à descendre à terre. L'auteur fut accueilli avec des honneurs royaux, y compris des salves de canon et des balons magnifiques pour le transport. Le 9 octobre, deux mandarins vinrent recevoir les ordres de l'auteur, qui partit ensuite pour une maison préparée à son intention. La rivière de Siam, nommée Menan, est décrite comme large et bordée d'arbres, avec des maisons construites sur pilotis en raison des inondations saisonnières. Les habitants respectent profondément leur roi et rendent des honneurs spécifiques lors de son passage. Les mandarins et princes accompagnèrent l'auteur, chacun dans des balons ornés d'armes et de trônes. Le 13 octobre, l'auteur demanda au roi de Siam de traiter des modalités de son entrée, ce qui fut accordé après une longue discussion. Les jours suivants, diverses nations vinrent complimenter l'auteur sur son arrivée. Le 18 octobre, le roi de Siam reçut la lettre du roi de France avec des honneurs particuliers, soulignant la distinction accordée à cette lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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172
p. 59-110
« Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Début :
Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Siam, Éléphants, Constantin Phaulkon, Mandarins, Audience, Manière, Royaume, Pères, Palais, Évêque, Chine, Pagode, Éléphant, Argent, Ballons, Lettre, Maison, Hommes, Présent, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Cette Harangue fur interpretée
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
Fermer
Résumé : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Le texte relate un voyage au Siam (actuelle Thaïlande) et les interactions avec le roi de Siam et les dignitaires locaux. Un ambassadeur français est reçu en audience par le roi de Siam, qui accepte une lettre du roi de France après un moment de tension. Le roi de Siam, âgé de cinquante-cinq ans, est décrit comme un monarque courageux, politique, magnifique et libéral. Il est vêtu richement, portant une couronne de diamants et des vêtements ornés d'or et de pierres précieuses. L'audience se déroule dans une salle richement décorée, avec des mandarins prosternés. L'ambassadeur visite ensuite le palais, y voyant des éléphants et des objets précieux, et reçoit des présents conformément à la coutume locale. Le roi de Siam s'intéresse aux nouvelles de la cour de France et aux récentes conquêtes, notamment celle du Luxembourg. Il exprime sa satisfaction des victoires françaises et de la paix en Europe. L'ambassadeur assiste à divers événements, y compris des combats d'éléphants, des visites de pagodes et des réjouissances pour l'avènement du roi de Portugal. Il participe également à un festin organisé par Monsieur Conftans, où des spectacles de théâtre et de marionnettes sont présentés. Le roi de Siam visite une pagode, accompagné d'une procession en barques décorées. Le texte décrit également une cérémonie où le roi du Siam, accompagné de 140 bateaux dorés, chacun avec 185 rameurs, change de bateau et offre un prix au bateau arrivant premier au palais. La rivière est remplie de bateaux de particuliers venus voir le roi. Le soir, un feu d'artifice célèbre le couronnement du roi d'Angleterre, suivi de tirs de canon toute la journée. Le roi se rend ensuite à Louvo, une maison de plaisance, où le narrateur assiste à un combat d'éléphants. Le roi offre des sabres et des chaînes en or aux capitaines français Vaudricourt et Joyeuse en signe de distinction. Le narrateur reçoit un vase d'or appelé Boffette, une marque d'honneur équivalente au Cordon bleu en France. Il reçoit également des porcelaines, des paravents, des tapis, et un crucifix en or et en tambacq. Le roi du Siam demande au narrateur de visiter les fortifications et de proposer des améliorations. Le narrateur rencontre des jésuites, dont les pères Fontenay, Tachart, et Gerbillon, qui sont chargés de faire des observations mathématiques en Chine. Le roi, impressionné par leurs compétences, leur offre des présents et propose de construire des observatoires et des églises. Le texte mentionne également les difficultés rencontrées par certains compagnons du narrateur lors de leur retour en bateau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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173
p. 1-70
ETAT Du Gouvernement, des Moeurs, de la Religion, & du Commerce du Royaume de Siam, dans les pays voisins, & plusieurs autres particularités.
Début :
TOUS les jours les Mandarins qui sont destinez pour rendre [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Royaume, Ambassadeur, Siamois, Argent, Commerce, Nation, Chine, Manière, Marchandises, Officiers, Femmes, Fille, Pays, Étrangers, Terre, Talpoins, Corps, Ville, Fruit, Mandarins, Palais, Éléphants, Pagodes, Ministres, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT Du Gouvernement, des Moeurs, de la Religion, & du Commerce du Royaume de Siam, dans les pays voisins, & plusieurs autres particularités.
ETAT
Du Gouvernement , des
Moeurs, de la Religion ,
& du Commerce du
Royaume de Siam, dans
les pays voisins , &plufieurs
autres particularités.
OUS les jours les
Mandarins qui font
deſtinez pour rendre
la juſtice s'aſſemblent
dans une falle où ils
donnent audiance , c'eſt comme
1a Cour du Palais à Paris ,& elle
2 RELATION
eſt dans le Palais du Roy , où
ceux qui ont quelque requête à
preſenter ſe tiennent à la porte
juſqu'à ce qu'on les appellé , &
quand on le fait ils entrent leur
requête à la main & la prefentent.
Les Etrangers qui intentent
procés au ſujet des marchandiſes,
la preſentent au Barcalon , c'eſt
le premier Miniſtre du Roy ,
qui juge toutes les affaires concernant
les Marchands & les
Etrangers ; en ſon abſence , c'eſt
ſon Lieutenant , & en l'absence
des deux , une maniere d'Eſche
wins. Il y a un Officier prépoſé
pour les tailles & tributs auquel
on s'adreſſe , & ainſi des autres
Officiers. Aprés que les affaires
font difcutées on les fait ſçavoir
aux Officiers du dedans du Palais
, qui en avertiſſent le Roy
eſtant lors ſur un Trône élevé
DU VOYAGE DE SIAM . 3
de trois braffes , tous les Mandarins
ſe proſternent la face contre
terre , & le Barcalon ou autres
des premiers Oyas , rapportent
au Roy les affaires & leurs jugemens
, il les confirme , ou il les
change ſuivant ſa volonté , c'eſt
à l'égard des principaux procés ,
& tres- ſouvent il ſe fait apporter
les procés au dedans du Palais
, & leur envoye ſon jugementpar
écrit.
Le Roy eſt tres- abſolu , on diroit
quaſi qu'il eſt le Dieu des
Siamois , ils n'ofent pas l'appeller
de ſon nom. Il châtie tres-feverement
le moindre crime ; car
ſes Sujets veulent eſtre gouvernez
la verge à la main , il ſeſert même
quelquefois des Soldats de ſa
garde pour punir les coupables
quand leur crime eſt extraordinaire
& fuffisamment prouvé.
Ceux qui font ordinairement ema
ij
4 RELATION
ployez ces fortes d'executions
font 150. Soldats ou environ qui
ont les bras peints depuis l'épaule
juſqu'au poignet ; les châtimens
ordinaires ſont des coups
de rottes , trente, quarante , cinquante
& plus , ſur les épaules des
criminels , felon la grandeur du
crime , aux autres il fait piquer
la tête avec un fer pointu : à l'égard
des complices d'un crime
digne de mort , aprés avoir fait
couper la tête au veritable criminel
, il la fait attacher au col
du complice , & on la laiſſe pourir
expoſée au Soleil fans couvrir
la tête pendant trois jours
&trois nuits , ce qui cauſe à celui
qui la porteune grande puantour,
Dans ce Royaume , la peine
du talion eſt fort en uſage , le
dernier des fupplices eſtoit , il n'y
a pas long-temps, de les condamDU
VOYAGE DE SIAM. یک
ner à la Riviere , qui eſt proprement
comme nos Forçats de Galere
, & encorepis ; mais maintenant
on les punit de mort. Le
Roy fait travailler plus qu'aucun
Roy de ſes predeceffeurs, en bâ
timens , à reparer les murs des
Villes , à édifier des Pagodes , à
embellir fon Palais , à bâtir des
Maiſons pour les Etrangers , & à
conſtruire des Navires à l'Euro .
peane , il eſt fort favorable aux
Etrangers , il en a beaucoup à
fon ſervice,& en prend quand il
en trouve .
Les Roys de Siam n'avoient'
pas accoûtumé de ſe faire voir
auſſi ſouvent que celui-cy. Ils
vivoient preſque ſeuls , celuy
d'apreſent vivoit comme les autres
: mais Monfieur de Berithe
Vicaire Apoftolique , s'eſtant ſer
vi d'un certain Brame , qui faifant
le plaiſant avoit beaucoup
1
a iij
6 RELATION
de liberté de parler à ce Monarque
, trouva le moyen de faire
connoître à ce Prince , la puif
fance & la maniere de gouverner
de nôtre grand Roy , & en même
temps les coûtumes de tous
les Roys d'Europe , de ſe faire
voir à leurs Sujets & aux Etrangers
; de maniere qu'ayant un
auffi grand ſens que je l'ay déja
remarqué , il jugea à propos de
voir Monfieur de Berithe , & enfuite
pluſieurs autres ; depuis ce
temps- là il s'eſt rendu affable &
acceſſible à tous les Etrangers.
On appelle ceux qui rendent la
justice ſuivant leurs differentes
fonctions , Oyas Obrat , Oyas
Momrat , Oyas Campheng, Oyas
Ricchou , Oyas Shaynan , Opran,
Oluan ; Oeun , Omun .
Comme autrefois les Roys ne
ſe faisoient point voir , les Miniftres
faifoient ce qu'ils vouloient,
DU VOYAGE DE SIAM. 7
mais le Roy d'apreſent qui a un
tres-grand jugement , & eſt un
grand Politique,veut ſçavoir tout;
il a attaché auprés de luy le Sei
gneur Conftans dont j'ay déja
parlé diverſes fois , il eſt Grec
de nation , d'une grande penetration
, & vivacité d'eſprit
&d'une prudence toute extraordinaire
, il peut & fait tout
fous l'autorité du Roy dans le
Royaume , mais ce Miniſtre n'a
jamais voulu accepter aucune des
premieres Charges que leRoyluy
a fait offrir pluſieurs fois. Le Barcalon
qui mourut ily a deux ans ,&
qui par le droit de ſa Charge
avoit le gouvernement de toutes
les affaires del'Etat , eſtoit homme
d'un tres-grand eſprit , qui
gouvernoit fort bien , & fe faifoit
fort aimer , celuy quiluy fucce
da eſtoit Malais de nation, qui eft
un pays voiſin de Siam , il ſe fera
iiij
8 RELATION
vit de Monfieur Baron , Anglois.
de nation , pour mettre mal Monſieur
Conftans dans l'eſprit du
Roy , & le luy rendre ſuſpect ,
mais le Roy reconnut ſa malice ,
il le fit battre juſqu'à le laiſſer
pour mort , & le dépoſſeda de ſa
Charge , celui qui l'occupe preſentement
vit dans une grande
intelligence avec Monfieur Conſtans
.
Comme par les loix introduites
par les Sacrificateurs des Idoles
qu'on nomme Talapoins , il
n'eſt pas permis de tuer , on condamnoit
autrefois les grands criminels
ou à la chaîne pour leur
vie , ou à les jetter dans quelques
deferts pout y mourir de faim ;
mais le Roy d'apreſent leur fait
maintenant trancher la teſte &
les livre aux Elephans .
Le Roy a des Eſpions pour
ſcavoir ſi on luy cache quelque
DU VOYAGE DE SIAM .
choſe d'importance , il fait châtier
tres - rigoureuſement ceux qui
abuſent de leur autorité . Chaque
Nation étrangere établie dans le
Royaume de Siam a ſes Officiers
particuliers , & le Roy prend de
toutes ces Nations- là des gens
qu'il fait Officiers generaux pour
tout ſon Royaume. Il y a dans
fon Etat beaucoup de Chinois ,
& il y avoit autrefois beaucoup
de Maures ; mais les années pafſées
il découvrit de ſi noires trahiſons
, des concuffions & des
tromperies ſi grandes dans ceux
de cette nation , qu'il en a obligé
un fort grand nombre à déferter
, & à s'en aller en d'autres.
Royaumes.
Le commerce des Marchands
Etrangers y eſtoit autrefois tresbon
, on y en trouvoit de toutes
parts ; mais depuis quelques années
,les diverſes revolutions qui
ΟΙ RELATION
font arrivées à la Chine , au Japon
& dans les Indes , ont empeſché
les Marchands Etrangers
de venir en ſi grand nombre.
On eſpere neanmoins, que puif
que tousces troubles font appaiſez
, le commerce recommencera
comme auparavant , & que le
Roy de Siam par le moyen de fon
Miniſtre envoyera fes Vaiſſeaux
pour aller prendre les Marchandi
ſes les plus precieuſes , & les
plus rares de tous les Royaumes
d'Orient,&remettra toutes chofes
en leur premier & fleuriſſant état.
Ils font la guerre d'une maniere
bien differente de celle de la plûpart
des autres nations , c'eſt à
dire à pouſſer leurs ennemis hors
de leurs places ſans pourtant
leur faire d'autre mal que de les
rendre eſclaves , & s'ils portent
des armes , c'eſt ce ſemble plûtôt
pour leur faire peur en les tirant
,
DU VOYAGE DE SIAM. II
contre terre , ou en l'air, que pour
les tuër , & s'ils le font c'eſt tout
au plus pour ſe deffendre dans la
neceſſité ; mais cette neceſſité
de tuër arrive rarement parce
que prefque tous leurs ennenemis
qui en uſent comme eux,ne
tendent qu'aux mêmes fins . Il ya
des Compagnies & des Regimens
qui ſe détachentde l'arméependát
la nuit,&vont enlever tous leshabitans
des Villages ennemis , &
font marcher hommes, femmes &
enfans que l'on fait eſclaves , &
le Roy leur donne des terres&
des bufles pour les labourer , &
quand le Roy en a beſoin il s'en
fert. Ces dernieres années , le
Roi a fait la guerre contre les
Cambogiens revoltez , aidez des
Chinois & Cochinchinois , où il
a fallu ſe battre tout de bon , & il
y a eu pluſieurs Soldats tuez de
part &d'autre ; il a eu pluſieurs
21 RELATION
Chefs d'Europeans qui les inſtrui
fent àcombattre en nôtre maniere .
Ils ont une continuelle guerre
contre ceux du Royaume de
Laos , qui eſt venuë , de ce qu'un
Maure tres-riche allant en ce
Royaume- là pour le compte du
Royde Siam,y reſta avec de grandes
ſommes , le Roy de Siam , le
demanda auRoy de Laos , mais
celui-cile luy refuſa, ce qui a obligé
le Roy de Siam de luydeclarer
la guerre.
Avant cette guerre ily avoit un
grand commerce entre leurs Etats,
& celuy de Siam en tiroit de
grands profits par l'extrême
quantité d'or , de muſc , de benjoüin
, de dents d'Elephant &
autres marchandiſes qui lui venoient
de Laos , en échange des
toiles & autres marchandiſes .
Le Roy de Siam a encore guerre
contre celui de Pegu ; il y a quanDU
VOYAGE DE SIAM . 13
tité d'Eſclaves de cette Nation .
Il y a pluſieurs Nations Etrangeres
dans ſon Royaume , les
Maures y estoient , comme j'ay
dit , en tres-grand nombre , mais
maintenant il y en a pluſieurs qui
font refugiez dans le Royaume
de Colconde, ils eſtoient au ſervice
du Roy , & ils luy ont emporté
plus de vingt mille catis , chaque
catis vallant cinquante écus , le
Roy de Siam écrivit au Roy de
Colconde de luy rendre ces perſonnes
ou de les obliger à luy
payer cette ſomme , mais le Roy
de Colconden'en voulutrien faire
, ny même écouter les Ambafſadeurs
qu'il luy envoya ; ce quia
fait que le Roy de Siam luy a
declaré la guerre & luy a pris
dans le tems que j'étois à Siam ,
un Navire dont la charge valloit
plus de centmille écus . Il y a fix
Fregates commandées par des
14
RELATION
François & des Anglois qui
croiſent ſur ſes côtes .
Depuis quelque temps l'Empereur
de la Chine a donné liberté
à tous les Etrangers de venir
negocier en ſon Royaume ;
cette liberté n'eſt donnée que
pour cinq ans , mais on efpere
qu'elle durera , puiſque c'eſt un
grand avatage pour ſon Royaume .
Ce Prince a grand nombre de
Malais dans ſon Royaume , ils
font Mahometans , & bons Soldats
, mais il y a quelque difference
de leur Religion à celle
des Maures. Les Pegovans font
dans ſon Etat preſque en auſſi
grande quantité queles Siamois
originaires du pays .
Les Laos y font en tres-grande
quantité , principalement vers
le Nort.
Il y a dans cet Etat huit ou neuf
familles de Portugais veritables ,
DU VOYAGE DE SIAM.
mais de ceux que l'on nomme
Meſties , plus de mille , c'eſt à dire
de ceux qui naiſſent d'un Portugais
& d'une Siamoiſe .
Les Hollandois n'y ont qu'une
facturie.
Les Anglois de même.
Les François de même.
Les Cochinchinois ſont environ
cent familles , la plupart
Chreftiens.
Parmy les Tonquinois ily en a
ſeptou huit familles Chrétiennes .
Les Malais y font en afſez grand
nombre,qui font la plupart eſclaves,&
qui par conſequent ne font
pointde corps .
Les Macaſſars & pluſieurs des
peuples de l'Iſle de Java y font
établis, de meſme que les Maures:
ſous le nom de ces derniers ſont
compris en ce pays- là, les Turcs,
les Perfans les Mogols les
Colcondois & ceux de Bengala .
, د
16 RELATION
Les Armeniens font un corps
à part , ils font quinze ou ſeize
familles toutes Chrétiennes , Catholiques
, la plupart ſont Cavaliers
de la garde du Roy.
A l'égard des moeurs des Siamois
ils font d'une grande docilité
qui procede plûtoſt de leur
naturel amoureux du repos que
de toute autre cauſe , c'eſt pourquoi
les Talapoins qui fontprofeffion
de cette apparente vertu ,
defendentpour cela de tuër toutes
fortes d'animaux ; cependant lorfque
tout autre qu'eux tuë des
poules & des canards , ils en mangentla
chair ſans s'informer qui
les a tués , ou pourquoi on les a
tués , & ainſi des autres animaux .
Les Siamois font ordinairement
chaſtes , ils n'ont qu'une femme ,
mais les riches comme les Mandarins
ont des Concubines , qui
demeurent enfermées toute leur
vie
DU VOYAGE DE SIAM. 17
vie. Le peuple eſt aſſez fidele &
ne volle point ; mais il n'en eft
pas de même de quelques-uns des
Mandarins , les Malais qui font
en tres-grand nombre dans ce
Royaume- là font tres- méchants
&grands voleurs .
Dans ce grand Royaume il y
a beaucoup de Pegovans qui
ont eſté pris en guerre , ils font
plus remuants que les Siamois
& font d'ordinaire plus vigoureux
, il y a parmy les femmes du
libertinage , leur converſation eft
perilleuſe.
Les Laos peuplent la quatriéme
partie du Royaume de Siam",
comme ils font à demy Chinois ,
ils tiennent de leur humeur , de
leur adreſſe& de l'inclination a
voller par fineſſe; leurs femmes
font blanches & belles , tres - familieres
& par confequent dangereuſes.
Dans le Royaume de
b
18 RELATION
Laos , un homme qui rencontre
une femme pour la falüer avec
la civilité accoûtumée , la baife
publiquement ; & s'il ne le faiſoit
pas il l'offenferoit .
Les Siamois tant Officiers que
Mandarins ſont ordinairement
riches , parce qu'ils ne dépenfent
preſque rien , le Roy leur
donnant des valets pour les fervir
, ces valets font obligez de ſe
nourir à leurs dépens, eſtant com--
me efclaves,ils font en obligation
de les ſervir pour rien pendant:
la moitié de l'année : & comme
cesMeſſieurs-làen ontbeaucoup,
ils ſe ſervent d'une partie pendant
que l'autre ſe repoſe ; mais
ceux qui ne les ſervent point:
leur payent une fomme tous les
ans , leurs vivres font à bon marché
, car ce n'eſt que duris , du
poiffon , & tres -peu de viande, &
tout cela eft en abondance dans
DU VOYAGE DE SIAM . 19
leur pays ; leurs vêtemens leur
fervent long- temps , ce ne font
que des pieces d'étoffes toutes
entieres qui ne s'uſent pas fi faci
lement que nos habits &ne coutent
que tres-peu : la plupart des
Siamois font Maſſons ou Charpentiers
, & il y en a de tres habiles,
imitant parfaitement bien les
beaux ouvrages de l'Europe en
Sculpture& en dorure. Pour ce
qui eſt de la peinture ils ne ſçavent
point s'en ſervir , il y a des
ouvrages en Sculpture dans leurs
Pagodes , & dans leurs Mauſolées
fort polis & tres-beaux.
Ils en font auſſi de tres -beaux
avec de la chaux , qu'ils détrempent
dans de l'eau qu'ils tirent de
l'écorce d'un arbre qu'on trouve
dans les Forefts , quilarend ſi forte,
qu'elle dure des cent& deux
cens ans , quoi qu'ils foient expoſés
aux injures du temps ..
bij
20 RELATION
1
i
1.
i
Leur Religion n'eſt à parler proprement
qu'un grand ramas
d'Hiſtoires fabuleuſes , qui ne
tend qu'à faire rendre des hommages
& deshonneurs auxTalapoins,
qui ne recommandent tant:
aucune vertu que celle de leur
faire l'aumône , ils ont des loix
qu'ils obfervent exactement au
moins dans l'exterieur ; leur fin
dans toutes leurs bonnes oeuvres
eſt l'eſperance d'une heureuſe
tranfmigration aprés leur mort ,
dans le corps d'un homme riche ,..
d'un Roy , d'un grand Seigneur
ou d'un animal docile , comme
font les Vaches & les Moutons :
car ces peuples-là croyent la Metempſicoſe
; ils eſtiment pour cette
raiſonbeaucoup ces animaux ,
&n'ofent, comme je l'ai déja dit,
en tuër aucun , craignant de donner
la mort à leur Pere ou à leur
Mere , ou à quelqu'un de leurs
DU VOYAGE DE SIAM . 2
parens . Ils croyent un enfer où les
énormes pechez ſont ſeverement .
punis , ſeulement pour quelque
temps , ainſi qu'un Paradis , dans
lequel les vertus fublimes ſont
recompenſées dans le Ciel , où aprés
eſtre devenus des Anges
pour quelque temps , ils retournent
dans quelque corps d'hom--
me ou d'animal .
L'occupation des Talapoins .
eſt de lire , dormir, manger, chan--
ter , & demander l'aumône ; de
cette forte , ils vont tous les matins
ſe preſenter devant la porte
ou balon des perſonnes qu'ils connoiffent
,&ſe tiennent-là unmométavecunegrande
modeſtie ſans
rien dire, tenant leur évantail , de
maniere qu'il leur couvre la moitié
du viſage , s'ils voyent qu'on ſe
diſpoſe àleur donner quelque choſe
, ils attendent juſqu'à ce qu'ils
l'ayent receuë ; ils mangent de
biij
22 RELATION
د
3
tout ce qu'on leur donne même
des poulles & autres viandes
mais ils ne boiventjamais de vin ,
au moins en prefence des gens du
monde; ils ne font point d'office
ny de prieres à aucune Divinité.
Les Siamois croyent qu'il y a eu
trois grands Talapoins , qui par
leurs merites tres-fublimes acquis
dans pluſieurs milliers de tranſmigrations
ſont devenus des Dieux ,
&aprés avoir eſté faits Dieux ,
ils ont encore acquis de ſi grands
merites qu'ils ont eſté tous aneantis
, ce qui eſt le terme du plus .
grand merite & la plus grande recompenſe
qu'on puiffe acquerir ,
pour n'eſtre plus fatigué en changeant
ſi ſouventde corps dans un
autre; le dernier de ces trois Ta--
lapoins eſt le plus grand Dieu appellé
Nacodon , parce qu'il a eſté
dans cinq mille corps , dans l'une
de ces tranfmigrations , de Talapoin
il devint vache , fon frere le
DU VOYAGE DE SIAM .
23
voulut tuër pluſieurs fois ; mais il
faudroit un gros livre pour décrire
les grands miracles qu'ils difent
que la nature& non pasDieu,
fit pour le proteger : enfin ce frere
fut precipité en Enfer pour ſes
grands pechez , où Nacodon le
fit crucifier ; c'eſt pour cette raifon
qu'ils ont en horreur l'Image
de Jeſus-Chriſt crucifié , diſant
que nous adorons l'Image de ce
frere de leur grand Dieu , qui
avoit eſté crucifié pour ſes crimes ..
CeNacodon eſtant doncaneanti,
il ne leur reſte plus de Dieu à
preſent , ſaloy ſubſiſte pourtant ;
mais ſeulement parmi les Talapoins
qui diſent qu'aprés quelques
fiecles il y aura un Ange qui
viendra ſe faire Talapoin ,& enfuite
Dieu Souverain , qui par ſes
grands merites pourra être anean
ti : voilà le fondement de leur
creance ; car il ne faut pas s'imaginer
qu'ils adorent les Idoles
24 RELATION
"
1
qui font dans leurs Pagodes comme
des Divinitez , mais ils leur
rendent ſeulement des honneurs'
comme à des hommes d'un grand
merite , dont l'ame eſt à preſent
en quelque Roy , vache ou Talapoin
: voilà en quoi conſiſte leur
Religion , qui à proprement parler
ne reconnoît aucun Dieu , &
qui n'attribuë toute la recompenſede
la vertu qu'à la vertumême ,
qui a par elle le pouvoir de rendre
heureux celuy dont elle fair
paſſer l'ame dans le corps de quelque
puiſſant & riche Seigneur
ou dans celuy de quelque vache ,
levice ,diſent-ils, porte avec ſoy
ſon châtiment , en faiſant paffer
l'ame dans le corps de quelque
méchant homme , de quelque
Pourceau , de quelque Corbeau ,
Tigre ou autre animal. Ils admetrent
des Anges , qu'ils croyent
eſtre les ames des juſtes & des
bons
2
L
L
DUVOYAGE DE SIAM. 25
bons Talapoins; pour ce qui eſt des
Demons , ils eſtiment qu'ils font
les ames des méchans .
Les Talapoins font tres-refpe-
Etés de tout le peuple , & même
du Roy, ils ne ſe profternent point
lorſqu'ils luy parlent comme le
font les plusgrands du Royaume ,
& le Roy & les grands Seigneurs
les ſaluënt les premiers ; lorſque
ces Talapoins remercient quelqu'un,
ils mettentla main proche
leur front , mais pour ce qui eſt du
petit peuple, ils ne le ſalüent point ;
leurs vêtemens ſont ſemblables à
ceux des Siamois ,àla referve que
la toile eſt jaune , ils font nuds
jambes & nuds pieds fans chapeau
, ils portent ſur leur tête un
évantail fait d'une fcüille de palme
fort grande pour ſe garantir
du Soleil , qui eſt fort brûlant ;
ils ne font qu'un veritable repas
par jour, à ſçavoir le matin , & ils
G
26 RELATION
ne mangent le ſoir que quelques
bananes ou quelques figues ou
d'autres fruits ; ils peuvent quitter
quand ils veulent l'habit de
Talapoin pour ſe marier , n'ayant
aucun engagement que celuy de
porter l'habit jaune , & quand ils
le quittentils deviennent libres ;
cela fait qu'ils font en ſi grand
nombre qu'ils font preſque le tiers
du Royaume de Siam . Ce qu'ils
chantent dans les Pagodes font
quelques Hiſtoires fabuleuſes.,
entremêlées de quelques Sentences;
celles qu'ils chantent pendant
les funerailles des Morts font ,
nous devons tous mourir , nous
ſommes tous mortels ; on brûle les
corps morts au ſon des muſettes
& autres Inſtrumens , on dépenſe
beaucoup à ces funerailles , &
aprés qu'on a brûlé les corps de
ceux qui font morts , l'on met
leurs cendres ſous de grandes piramides
toutes dorées , élevées à
DU VOYAGE DE SIAM. 27
l'entour de leur Pagodes. Les
Talapoins pratiquent une eſpece
de Confeſſion ; car les Novices
vont au Soleil levantſe proſterner
ou s'affeoir fur leurs talons & marmottent
quelques paroles , aprés
quoy le vieux Talapoin leve la
main à côté deſa joie & lui donne
une forte de benediction , aprés
laquelle le Novice ſe retire.
Quand ils prêchent, ils exhortent
de donner l'aumône au Talapoin ,
& ſe creyent fort ſçavants , lorfqu'ils
citent quelques paſſages
de leurs Livres anciens en Langue
Baly , qui eft comme le Latin
chez nous; cette Langue eſt tresbelle
& emphatique , elle a ſes
conjuguaiſons comme la Latine.
Lorſqueles Siamois veulent ſe
marier , les parens de l'homme
vont premierement ſonder la volontéde
ceux de la fille, & quand
ils ont fait leur accord entr'eux
cij
28 RELATION
les parens du garçon vont preſenter
ſept boſſettes ou boiſtes de
betel & d'arest à ceux de la fille ,
& quoy qu'ils les acceptent &
qu'on les regarde déja comme
mariez le mariage ſe peut rompre
, & on ne peut encore асси-
fer devant le Juge , ny les uns ny
les autres , s'ils le ſeparent aprés
cette ceremonie .
Quelques jours aprés les parens
de l'homme le vont preſenter , &
il offre luy-même plus de boſſettes
qu'auparavant ; l'ordinaire eft
qu'il y en ait dix ou quatorze ,
& lors celuy qui ſe marie demeure
dans la maiſon de ſon beaupere,
ſans pourtant qu'il y ait conſommation
, & ce n'eſt que pour
voir la fille & pour s'accoûtumer
peu à peu à vivre avec elle durant
un ou deux mois ; aprés cela
tous les parens s'aſſemblent
avec les plus anciens de la caſte
ou nation ; ils mettent dans une
DU VOYAGE DE SIAM. 2.9
bourſe, l'un un anneau & l'autre
des bracelets , l'autre de l'argent ,
il y en a d'autres qui mettentdes
pieces d'étoffes au milieu de la table
: enſuite le plus ancien prend
une bougie allumée & la paffe
ſept fois au tour de ces prefens,
pendant que toute l'aſſemblée
crie en ſouhaitant aux Epoux un
heureux mariage , une parfaite
ſanté &une longue vie , ils mangent
& boivent enfuite , & voilà
le mariage achevé. Pour le dot
c'eſt comme en France , finon
que les parens du garçon portent
ſon argent aux parens de la fille ,
mais tout cela revient à un ; car
le dot de la fille eſt auſſi mis à
part , & tout eſt donné aux nouveaux
mariez pour le faire valoir.
Si le mary repudie ſa femme ſans
forme de Juſtice , it perd l'argent
qu'onluy a donné, s'illarepudie
par Sentence de Juge , qui
č iij
30
RELATION
ne la refuſe jamais, les parensde
la fille luy rendent ſon bien ; s'il
y a des enfans , ſi c'eſt un garçon
ou une fille , le garçon fuit la mere
, & la fille le pere , s'il y a deux
garçons & deux filles , un garçon
&une fille vont avec le pere, &
un garçon & une fille vont avec
lamere.
,
Al'égarddes monnoyes ilsn'en
ontpoint d'or , la plus groſſe d'argent
s'appelle tical , & vaut environ
quarante ſols , la ſeconde
mayon qui péſe la quatriéme partie
d'un tical , & vaux dix fols
la troiſieme eſt un foüen , qui
vaut cinq ſols , la quatriéme eſt
un fontpaye qui vaut deux fols
&demy, enfin les plus baſſes monnoyes
font les coris qui font des
coquillages que les Hollandois
leur portent des Maldives , ouυ
qui leur viennent des Malais &
des Cochinchinois ou d'autres
DU VOYAGE DE SIAM. 31
côtez , donthuit cens valent un
fouën qui eſt cinq fols .
le
Al'égard des Places fortes dur
Royaume , il ya Bancoc qui eft
environ dix lieuës dans la Riviere
de Siam , où il y a deux Forterefſes
, comme j'ay déja dit. Il y a la
Ville Capitale nommée Juthia ,
autrement nommée Siam , qu'on
fortifie de nouveau par une enceinte
de murailles de bricque ;
Corfuma frontiere contre
Royaume de Camboye eſt peu
forte; Tanaferin à l'oppoſite de la
côte de Malabar eft peu fortifiée .
Merequi n'eſt pas fortifiée, mais
ſe pouroit fortifier , & on y pouroit
faire un bon Port. Porcelut
frontiere de Laos eſt auſſi peu
fortifiée . Chenat n'a que le nom
de Ville , & il reſte quelque apparence
de barrieres , qui autrefois
faifoient fon mur. Louvo où
le Roy demeure neuf mois de
c iiij
32 RELATION
l'année , pour prendre le plaiſir
de la chaſſe del'Elephant & du
Tygre , étoit autrefois un aſſem-
Blage de Pagodes entouré de
terraffes , mais à preſent le Roy
l'arendu incomparablement plus
beau par les Edifices qu'il y fait
faire , & quant au Palais qu'il ya
it l'a extrêmement embelli par les
caux qu'il y fait venir des Montagnes.
Patang eſt un Port des plus
beaux du côté des Malais , où
l'on peut faire grand commerce.
LeRoy de Siam a refuſé aux Compagnies
Angloiſes & Hollandoiſes
de s'y établir : l'on y pourroit
faire un grand établiſſement qui
feroit plus avantageux que Siam
àcausede la ſituation du lieu ; les
Chinois y vont& pluſieurs autres
Nations , on peut s'y fortifier aifément
fur le bord de la Riviere .
CettePlace appartient àune Rey
DU VOYAGE DE SIAM. 33
nequi eſt tributaire du Roy de
Siam , qui à parler proprement en
eſt quaſi le maître .
Quant à leurs Soldats ce n'étoit
point lacoûtume de les payer;
le Roy d'apreſent ayant ouy dire
que les Roys d'Europe payoient
leurs troupes , voulut faire la ſupputationà
combien monteroit la
paye d'un foüen par jour , qui eſt
cinq fols ; mais les Controlleurs
luy firent voir qu'il falloit des
ſommes immenfes , à cauſe de la
multitude de ſes Soldats , de forte
qu'il changea cette paye en ris
qu'il leur fait diſtribuer , du depuis
, il y en a ſuffisamment pour
Ieurs nourritures, &cela lesrend
tres- contens ; car autrefois il falloit
que chaque Soldat ſe fournit
de ris , & qu'il le portât avec ſes
armes, ce qui leur peſoitbeaucoup .
A l'égard de leurs Bâteaux &
Vaiſſeaux , leurs Balons d'Etat ou
34
RELATION
Bâteaux que nous appellons font
les plus beauxdu monde; ils font
d'un ſeul arbre , &d'une longueur
prodigieuſe , il y ena qui tiennent
cinquante juſqu'à cent & cent
quatre-vingt rameurs ; les deux
pointes font tres- relevées , & celuy
qui les gouverne donnant du
pied ſur lapoupefait branler tout
le Balon , & l'on diroit que c'eſt
un Cheval qui ſaute,touty eft doré
avec des Sculptures tres- belles
, & au milieu il y a un Siege
fait en forme de Trône en piramide
, d'une Sculpture tres- belle
& toute dorée , & il y en a de
plus de cent ornemens differents,
mais tous bien dorez &tres-beaux.
Autrefois ils n'avoient que des
Navires faits comme ceux de la
Chine , qu'on nomme Somme ; il
y ena encore pour aller auJapon,
à la Chine , à Tonquin ; mais le
Roy a fait faire pluſieurs Vaif-
1
DU VOYAGE DE SIAM. 35
feaux à l'Europeenne , & en a
acheté des Anglois quelques-uns,
tous agréés & appareillés . Il y a
environ cinquante Galeres pour
garder la Riviere & la côte ; ſes
Galeres ne font pas comme ceux
de France , il n'y a qu'un homme
àchâque Rame , & font environ
quarante ou cinquante au plus fur
chacune ; les Rameurs fervent de
Soldats , le Royne ſe ſert que des
Mores , des Chinois&des Malabars
pour naviger , & s'il y met
quelque Siamois pour Matelots,
cen'eſt qu'en petit nombre,& afin
qu'ils apprennent la navigation.
LesCommandants de ſes Navires
font Anglois ou François , parce
que les autres Nations font tresméchants
navigateurs .
Il envoye tous les ans cinq ou
fix de ces Vaiſſeaux appellez
Sommes à la Chine , dont il y en
a de mille juſqu'à quinze cens
36 RELATION
Tonneaux chargés de quelques
draps , corail , de diverſes marchandiſes
de la côte de Coromandel
& de Suratte , du ſalpêtre , de
l'étain &de l'argent; il en tire des
ſoyes cruës , des étoffes de ſoye ,
des ſatin's de Thé , dumufc , de la
rubarbe , des poureelines , des
ouvrages vernis , du bois de la
Chine , de l'or , & des rubis . Ils
ſe ſervent de pluſieurs racines
pour la Medecine , entr'autres de
la couproſe , ce qui leur apporte
de grands profits .
Le Roy envoye au Japon deux
ou trois Sommes , mais plus petites
que les autres , chargées des
mêmes marchandises , & il n'eſt
pas neceſſaire d'y envoyer de
l'argent ; les marchandiſes que
L'ony porte ſont des moindres ,
&au meilleur marché , les cuirs
de toutes fortes d'animaux y font
bons , & c'eſt la meilleure marDU
VOYAGE DE SIAM. 37
chandiſe que l'on y peut porter ;
on en tire de l'or , de l'argent en
barre , du cuivre rouge , toutes
fortes d'ouvrages d'Orphevrerie ,
des paravants , des Cabinets vernis
,des porcelines , du Thé &
autres choſes ; il en envoye quelquefois
un , deux & trois au
Tonquin de deux à trois cent tonneaux
au plus , avec des draps ,
de corail , de l'Etain , de l'Ivoire ,
du poivre , du ſalpêtre , du bois
de ſapin, & quelques autres marchandiſes
des Indes & de l'argent
au moins le tiers du capital,
on en tire du muſc , des étoffes
de ſoye , de la ſoye crüe , & jaune,
des Camelots , de pluſieurs fortes
de ſatins , du velours , toutes fortes
de bois vernis , des porcelines
propres pour les Indes , & de l'ar
-en barre , à Macao , le Roy envoye
un Navire au plus chargé
de pareilles Marchandiſes qu'à la
38
RELATION
•
Chine. On y peut encore envoyer
quelque mercerie , des dentelles
d'or , d'argent & de foye & des
armes , on en tire des mêmes
marchandiſes que de la Chine ,
mais pas à ſi bon compte.
A Labs le commerce ſe fait par
terre ou par la Riviere , ayant des
bâteaux plats , on y envoye des
draps & des toiles de Surate , &
de la côte , & on en tire des rubis
, du muſc , de la gomme ,
des dents d'Elephans, du Canfre ,
des cornes de Rinocerot , des
peaux de Buffes & d'Elans , à
tres-bon marché , & il y a grand
profit à ce commerce que l'on
fait ſans riſque.
ACamboye on envoye des petites
barques avec quelques draps,
des toiles de Surate & de la côte,
des uſtenciles de cuiſine qui viennent
de la Chine , on en tire des
dents d'Elephans , du benjoüin ,
DU VOYAGE DE SIAM. 39
trois fortes de gomes gutte , des
peaux de Buffes , & d'Elans , des
nids d'oiſeaux pour la Chine dont
je parleray bien- toft & des nerfs
de Cerfs .
On envoye auſſi à la Cochinchine
, mais rarement : car de peuple
n'eſt pas bien traitable , parce
qu'ils font la plupart de méchante
foy , ce qui empéche le commerce
, on y porte de l'argent
du Japon où l'on profite confiderablement
, du laurier rouge ,
de la cire jaune, duris , du plomb,
du ſalpêtre , quelques draps rouges&
noirs , quelques toiles blanches
, de la terre rouge , du vermillon
& vif argent.
On en tire de la ſoye cruë , du
fucre candy , & de la cafſonnade
, peu de poivre , des nids
d'oiſeaux qui ſont faits comme
ceux des Irondelles qu'on trouve
fur des Rochers au bord de
J
40 RELATION
la mer , ils font de tres-bon commerce
pour la Chine & pour pluſieurs
autres endroits ; car aprés
avoir bien lavé ces nids & les
avoir bien feichés ils deviennent
durs comme de la corne , & on
les met dans des boüillons ; ils
font admirables pour les maladies
de langueur &pour les maux d'eftomach
, j'en ay apporté quelques-
uns en France , du bois d'aigle
&de Calamba , du cuivre &
autres marchandises qu'on y apporte
du Japon , de l'or de plufieurs
touches , & du bois de fapan.
Lorſqu'on ne trouve pas de
Navire à Fret , on en envoye un
à Surate , chargé avec du cuivre ,
de l'étain , du ſalpêtre , de l'alun ,
des dents d'Elephants , du bois
de ſapan , &pluſieurs autres marchandiſes
qui viennent des autres
parts des Indes , on en tire des
toiles
DU VOYAGE DE- SIAM. 41
& autres marchandifes d'Europe,
quand il n'en vient point à Siam .
On envoye à la côte de Coromandel
, Malabar , & Bengala
&de Tanaferin , des Elephans
de l'étein , du ſalpêtre , du, cuivre
du plomb , & l'on en tire des toiles
de toutes fortes ,
,
On envoye à Borneo rarement ;
c'eſt une Iſle qui eſt proche de
celle de Java , d'où l'on tire du
poivre . du ſangde Dragon , camphre
blanc , cire jaune ,bois d'aigle
, du bray , de l'or , des perles,
&desdiamans les plus beaux du
monde ; on y envoye des marchandiſes
de Surate , c'eſt à dire
des toiles , quelques pieces de
drap rouge & vert , & de l'argent
d'Eſpagne..
Le Prince qui poffede cette Ifle
ne fouffre qu'avec peine le commerce
, & il craint toûjours d'êtte
ſurpris ; il ne veut pas permetd
42
RELATION
tre à aucune Nation Europeenne
de s'établir chez luy. Il y a cu
des François qui y ont commercé
, il ſe fie plus à eux qu'à aucune
autre Nation .
On envoye encore à Timor
Ifle proche des Molucques , d'où
l'on tire de la cire jaune & blanche
, de l'or de trois touches , des
eſclaves, du gamouty noir , dont
on ſe ſett pour faire des cordages
, & on y envoye des toiles de
Surate , du plomb, des dents d'Elephans,
de la poudre, de l'eau-devie
, quelques armes , peu de drap
rouge & noir , & de l'argent. Le
peuple y eſt paiſible , & negocie
fort bien . Il y a grand nombre
de Portugais.
Al'égard des Marchandiſes du
crû de Siam , il n'y a que de l'étain
, du plomb , du bois de fapan,
de l'Ivoire , des cuirs d'Elans.
& d'Elephans ; il y aura quantité
1
1
!
DU VOYAGE DE SIAM. 43
de poivre en peu de temps , c'eſt
à dire l'année prochaine ,de larrek
, du fer en petits morceaux ,
du ris en quantité , mais l'on y
trouve des marchandises de tous
les lieux ſpecifiés ci-deſfus , & à
affez bon compte. On y apporte
quelques draps & ferges d'Angleterre,
peu de corail &d'ambre,
des toiles de la côte de Coromandel
& de Surate , de l'argent en
piaſtre que l'on trocque ; mais
comme je l'ai dit maintenant ,
que la plupart des Marchands ont
quitté depuis que le Roi a voulu
faire le commerce , les Etrangers
n'y apportent que tres-peu de
choſes ,que les Navires qui ont
accoûtumé d'yvenir n'y font pas
venus l'année derniere , &on n'y
trouve rien , & fi peu qu'il y en
a , il eſt entre les mains du Roi ,
& ſes Miniſtres les vendent au
prix qu'ils veulent.
dij
44
RELATION
Le Roïaume de Siam a prés de
trois cens lieuës de long , fans y
comprendre les Roïaumes tributaires
, à ſçavoir Camboges ,
Gelior , Patavi , Queda , &c . du
Septentrion au Midi , il eſt plus
étroit de l'Orient à l'Occident. Il
eſt borné du côté du Septentrion
par le Roïaume de Pegu & parla
Mer du Gange du côté du Couchant,
du Midi par le petit détroit
de Maláca , qui fut enlevé au Roi
de Siam par les Portugais ils l'ont
poſſedé plus de foixante ans . Les
Hollandois le leur ont pris , &
le poffedent encore ; du côté
d'Orient , il eſt borné par la Mer
& par les Montagnes qui le ſeparent
de. Camboges & de Laos ..
La fituation de ce Roïaume eſt
avantageuſe à cauſe de la grande
étenduë de ſes côtes , ſe trouvant
comme entre deux Mers qui
lui ouvrent le paſſage à tant de.
DU VOYAGE DE SIAM. 45
vaſtes Regions , ſes côtes ont
cinq cens lieuës de tour ; on y
aborde de toutes parts , du Japon
, de la Chine , des Iſles Philippines
, du Tonquin , de la Cochinchine
, de Siampa , de Camboge
, des Ifles de Java , de Sumatra
, de Colconde , de Bengala
, de toute la côte de Coromandel
, de Perſe , de Surate , de Lameque,
de l'Arabie ,& d'Europe
c'eſtpourquoi l'on y peut faire un
grand commerce , ſuppoſé que le
Roi permette à tous les MarchandsEtrangers
d'y revenir comme
ils le faifoient autrefois .
Le Roïaume ſe diviſe en onze
Provinces , ſçavoir celle de Siam ,
de Mitavin , de Tanaferin , de
Jonſalam, de Reda, de Pra, d'Ior,
de Paam, de Parana , de Ligor ,
de Siama . Ces Provinces - là
avoient autrefois la qualité de
Roïaume ; mais elles ſont aujour
46 RELATION
d'hui ſous ladomination du Roide
Siam qui leur donne des Gouverneurs
. Il y en a telles qui peuvent
retenir le nomde Principauté;mais
les Gouverneurs dépendent du
Roy& lui payent tribut. Siam eft
la principale Province de ce
Royaume , la Ville Capitale eſt ſituée
à quatorze degrez & demy
de latitude du Nort , fur le bord
d'une tres-grande & belle riviere ,
& les Vaiſſeaux tous chargés la
paſſent juſqu'aux portes de la Ville,
qui eſt éloignée de la Mer de
plus de quarante lieuës , & s'étend
àplus de deux cens lieuës dans le
pays , & parce moyen elle conduit
dans une partie des Provinces,
dontj'ai parlé ci- deſſus.Cette
Riviere eſt fort poiſſonneuſe &
fes rivages font affez bien peuplez
, quoiqu'ils demeurentinondésune
partie de l'année. Le terroir
y eſt paſſablement fertile 3
DU VOYAGE DE SIAM . 47
mais tres-mal cultivé , l'inondation
provient des grandes pluyes
qu'il y tombe durant trois ou quatre
mois de l'année ; ce qui fait
beaucoup croître leur ris ; en forte
que plus l'inondation dure ,
plus les recoltes du ris ſont en
abondance , & loin des'en plaindre
ils ne craignent que la trop
grande ſeichereſſe. Il y a beaucoup
de terre en friche ,& faute
d'habitans elles ont eſté dépeu--
plées par les guerres precedentes,
& comme ils font ennemis du
travail , ils n'aiment à faire que
les choſes aiſées. Ces plaines abandonnées
& ces épaiſſes Fo--
rets qu'on voit ſur les Montagnes
ſervent de retraite aux Elephans,
aux Tygres , aux Boeufs & Vaches
ſauvages , aux Cerfs , aux Biches,
Rinoceros & autres animaux
que l'ony trouve en quantité.
Al'égard des plantes & des
د
48 RELATION
fruits , il y en a pluſieurs dans le
païs ; mais qui ne font pas rares.
& qui ne ſe peuvent porter que,
difficilement en France , à cauſe
de lalongueur de la navigation .
Il n'y a point d'oiſeaux particuliers
qui ne foient en France , à
la referve d'un oiſeau fait comme
un merle ,qui contrefa it l'homme
à l'égard du rire , du chanter &
du fiffler , les fruits les plus eſtimés
y font les durions ;ils ont
une odeur tres- forte qui n'agrée
pas à pluſieurs, mais à l'égard du
goût il eſt tres- excellent. Ce fruit
eſt tres chaud & tres -dangereux
pour lafanté , quand on en mange
beaucoup; il ya un gros noyau,
à l'entour duquel eſt une eſpece
de creme renfermée dans une écorce
environnée de pluſieurs piquants
, & qui eft faite en pointe
de diamant ; mon goût n'a ja
mais pu s'y accommoder. La mangue
:
DU VOYAGE DE SIAM . 49
gue en ce pays-là eſt en prodigieuſe
quantité , & c'eſt le meil
leur fruit des Indes , d'un goût
exquis , n'incommodant aucunement,
àmoins que d'en manger en
trop grande quantité , alors elle
pouroit bien cauſer la fiévre ; elle
a la figure d'une amande , mais
auffi groſſe qu'une poire de Mef
fire-Jean; ſa peau eſt aſſés mince
& a la chair jaune ; le mangoûstan
eſt un fruit reſſemblant à
une noix verte , qui a dedans un
fruit blanc d'un goût aigret &
agreable , & qui approche fort
deceluide la pêche &de la prune,
il est tres- froid & reſtraintif.
LeJacques eſtun gros fruit qui
eſt bon , mais tres- chaud & indigefte
, & cauſe le flus de ventre
quand on en mange avec excés .
La nana eft preſque comme le
durion , c'eſt à dire à l'égard de
la peau ; il a au bout une courone
50
RELATION
ne de feüilles comme celle de
l'artichaud ; la chair en eſt tresbonne
& a le goût de la pêche
& de l'abricot tout enſemble ; il
eft tres-chaud & furieux ; ce qui
fait que l'on le mange ordinairement
trempé dans le vin.
La figue eſtun fruit tres -doux,
fuave&bien faiſant ; cependant
un peu flegmatique , il y en a pendant
toute l'année .
L'ate eſt un fruit doux & tresbon
, & ne fait point de mal ; il
y en a qui l'eſtiment plus que
tous les fruits des Indes. Il y a
des oranges en tres - grande
quantité de pluſieurs fortes tresbonnes
& fort douces .
La pataïe eſt un fruit tres-bon,
mais l'arbre qui le porte ne dure
que deux ans.
Il y a de toute forte d'oranges
en quantité & de tres - bon goût .
La penplemouſe eſt un fruit
tres-bon pour la ſanté à peu prés
DU VOYAGE DE SIAM . SI
comme l'orange,mais qui a un petit
goût aigret. Il y a pluſieurs
autres fruits qui ne font pas fort
bons.
On a commencé il y a quelques
années à ſemer beaucoup
de bleds dans le pays haut proche
des montagnes qui y vient
bien & eft tres - bon .
On y a planté pluſieurs fois
des vignes qui y viennent bien ,
mais qui ne peuventdurer, à cauſe
d'une eſpece de fourmy blanc
qui la mange juſqu'à la racine.
Il y a beaucoup de canes de
fucre qui rapportent extrémement
; il y a auſſi du tabac en
quantité que les Siamois mangent
avec l'arrek & la chaud .
A l'égard de l'arrek, les Siamois
eſliment ce fruit plus que tout
autre , & c'eſt leur manger ordi
naire ; il y en a une ſi grande
quantité que les marchés en
e ij
52 RELATION
font pleins , & un Siamois croiroit
faire une grande incivilité
s'il parloit à quelqu'un ſans avoir
la bouche pleine de darek , de
betel , de chaud ou de tabac .
,
Il y a grande quantité de ris
dans tout le Roïaume & à tresbon
compte ,& comme ce païs
eſt toûjours inondé , cela fait
qu'il eſt plus abondant , car le ris
ſe nourrit dans l'eau & à meſure
que l'eau croît , le ris croît pareillement
,& fil'eau croît d'un pied
en vingt-quatre heures ce qui
arrive quelquefois , le ris croît
aufli àproportion &a toûjours fa
tige au deſſus de l'eau , il ne reſte
que cinq ou fix mois au plus en
terre , il vient comme l'avoine,
Il n'y a point de ville dans l'Orient
où l'on voye plus de Nations
differentes , que dans la Ville
Capitale de Siam , & où l'on
parle de tant de langues differentes
, elle a deux lieuës de
DU VOYAGE DE SIAM .
53
tour & une demie lieuë de large,
elle eſt tres- peuplée , quoi qu'elle
ſoit preſque toûjours inondée ,
enfortequ'elle reſſemble plûtoſtà
une Ifle , il n'y a que des Maures
, des Chinois , des François
& des Anglois , qui demeurent
dans la Ville , toutes les autres
Nations eſtant logées aux environspar
camps ; c'eſt à dire chaque
nation enſemble , ſi elles estoient
affemblées elles occuperoient
autant d'eſpace que la Ville qui
eſtoit autrefois tres- marchande ,
mais les raiſons que j'ay dites cydevant
empêchent la plupartdes
Nations Etrangeres d'y venir &
d'y rien porter.
Le peuple eſt obligé de ſervir
le Roy quatre mois de l'année
regulierement , & durant toute
l'année , s'il en a beſoin ; il ne leur
donne pas un fol de paye, eſtant
obligez de ſe nourir eux-mêmes
e iij
54 RELATION
& de s'entretenir ; c'eſt ce qui
a faitque les femmes travaillent
afin de nourir leurs maris .
A l'égard des Officiers depuis
les plus grands Seigneurs de la
Cour juſqu'au plus petit du
Royaume, le Roy neleur donne
que de tres- petits appointemens,
ils font auſſi eſclaves que les autres
, & c'eſt ce qui luy épargne
beaucoup d'argent. Les Provinces
éloignées dont les habitans
ne le ſervent point actuellement,
luy payent un certain tribut par
teſte. J'arrivay dans le temps que
le pays eſtoit tout-à-fait inondé
, la Ville en paroît plus agreable,
les ruës en ſont extremement
longues , larges & fort droites,
il y a aux deux côtez des
maiſons bâties ſur des pilotis &
des arbres plantés tout à l'entour
, ce qui fait une verdeur
admirable , & on n'y peut aller
DU VOYAGE DE SIAM. 55
qu'en ballon ; en la regardant l'on
croiroit voir d'un coup d'oeil ,
une ville , une mer & une vaſte
foreſt , où l'on trouve quantité
de Pagodes qui font leurs Eglifes
, & la plupart font fort dorées,
à l'entour de ces Pagodes', il ya
comme des Cemetieres plantés
d'arbres la plupart fruitiers , les
maiſons des Talapoins font les
plus grandes& les plus belles&
font en tres-grand nombre .
Ce païs-là eſt plus ſain que les
autres des Indes ,les Siamois ſont
communément affez bien-faits ,
quoi qu'ils ayent tous le viſage
bazanné , leur taille eſt affez
grande , leurs cheveux font
noirs , ils les portent aſſez courts
àcauſe de la chaleur , ils ſe baignent
ſouvent , ce qui contribuë
àla conſervation de leur ſanté
les Europeans qui y demeurent
en font de même pour éviter les
a
e iiij
56 RELATION
maladies ; ils tiennent leurs marchés
ſur des places inondées dans
leurs balons pendant fix ou ſept
mois de l'année que l'inondation
dure.
Le Roy ſe leve du matin &
tient un grand Conſeil vers les
dix heures ,où l'on parle de toutes
fortes d'affaires, qui dure juſqu'à
midy , aprés qu'il eſt fini ſes Medecins
s'aſſemblent pour ſçavoir
l'état de ſa ſanté , & enſuite il
va dîner ; il ne fait qu'un repas
par jour , l'aprés-dînée il ſe retire
dans ſon appartement où il dort
deux ou trois heures , & l'on ne
ſçait pas à quoyil employe le reſte
dujour, n'étant permis pas même
à ſes Officiers d'entrer dans ſa
chambre . Sur les dix heures du
foir, il tient un autre Conſeil ſecret
, où il y a ſept ou huit Mandarins
de ceux qu'il favoriſe le
plus , ce Conſeil dure juſqu'à
DU VOYAGE DE SIAM . 57
minuit . Enſuite on luy lit des
hiſtoires ou des vers qui ſont faits
à leurs manieres , pour le divertir
& d'ordinaire après ce Conſeil ,
Monfieur Conſtans demeure ſeul
aveclui , auquel il parle à coeur
ouvert , comme le Roy luy trouve
un eſprit tout-à- fait vaſte , ſa
converſation luy plaît , & il luy
communique toutes ſes plus fecrettes
penſées ; il ne ſe retire
d'ordinaire qu'à trois heures aprés
minuit pour s'aller coucher , voilà
la maniere dontle Roy vît toûjours
, & de cette forte toutes les
affaires de ſon Royaume paſſent
devant luy ; dans de certains
tempsil prend plaiſir à la chaſſe ,
comme j'ay dit ; il aime fort les
bijoux même ceux d'émail & de
verre , il eſt toûjours fort proprement
vêtu , il n'a d'enfans qu'une
fille , que l'on appelle la Princef
ſeReyne , âgée d'environ vingt58
RELATION
fept ou vingt-huit ans le Roi
l'aime beaucoup , on m'a dit qu'elle
étoit bien faite ; mais jamais les
hommes ne la voyent, elle mange
dans le même lieu & à même
tems que le Roy,mais à une table
feparée ; & ce ſont des femmes
qui les ſervent qui ſont toûjours
proſternées.
Cette Princeſſe a ſa Cour compoſéedes
femmes des Mandarins
qui la voyent tous les jours , &
elletientConſeil avec ſes femmes
de toutes ſes affaires , elle rend
juſticeà ceux qui luy appartiennent
, &leRoy luy ayant donné
desProvinces dont elle tire le revenu&
en entretient fa Maiſon ,
elle a ſes châtimens & exerce la
juſtice. Il y eſt arrivé quelquefois
que lorſque quelques femmes de
ſamaiſon ont eſté convaincuës de
mediſances d'extrême confideration
, ou d'avoir revelé des ſecrets
DU VOYAGE DE SIAM. 59
de tres-grende importance , elle
leur a fait coudre la bouche .
Avant la mort de la Reyne ſa
mere, elle avoit à ce que l'on dit
du penchant à faire punir avec
plus de ſeverité , mais du depuis
qu'elle l'a perduë elle en uſe avec
beaucoup plus de douceur ; elle
va quelquefois àla chaſſe avec le
Roy , mais c'eſt dans une fort
belle chaiſe placée ſur un Elephant
& où quoy qu'on ne la
voye point elle voit neanmoins
tout ce qui s'y paſſe. Il y a des Cavaliers
qui marchent devant elle
pour faire retirer le monde , & fi
par hazard il ſe trouvoit quelque
homme ſur ſon chemin qui ne pût
pas ſe retirer,il ſe proſterne en terre
& luy tourne le dos. Elle eſt
tout le jour enfermée avec ſes
femmes ne ſe divertiſſantà faire
aucun ouvrage , ſon habillement
eſt affez ſimple & fort leger , elle
60 RELATION'
eſt nuë jambe , elle a à ſes pieds
des petites mulles ſans talons
d'un autre façon que celles de
France ; ce qui lui fertdejuppe eſt
une piece d'étoffe de ſoye ou de
coton qu'on appelle paigne , qui
l'enveloppe depuis la ceinture
en bas & s'atrache par les deux
bouts, qui n'eſt point plicée , de
la ſceinture en haut elle n'a rien
qu'une chemiſe de mouſſeline
qui luy tombe deſſus cette maniere
de juppe , & qui eſt faite
de meſme que celle des hommes,
elle a une écharpe fur la gorge
qui luy couvre le col & qui paffe
par deſſous les bras , elle eſt toûjours
nuë teſte , & n'a pas les
cheveux plus longs que de quatre
ou cinq doigts , ils lui font comme
une tête naiſſante ; elle aime
fort les odeurs , elle fe met de
P'huileà la teſte ; car il faut en ces
lieux-là que les cheveux foient
DU VOYAGE DE SIAM . 61
luifans , pour eſtre beaux , elle
ſe baigne tous les jours meſme
plus d'une fois qui eſt la coûtume
de toutes les Indes , tant à l'égard
deshommes quedes femmes ;j'ay
apris tout ceci de Madame Conſtans
qui va ſouvent luy faire ſa
Cour. Toutes les femmes qui
font dans ſa Chambre ſont toûjours
proſternées & par rang ,
c'eſt à dire les plus vieilles ſont
les plus proches d'elle , & elles
ont la liberté de regarder la Princeffe
, ce que les hommes n'ont
point avec le Roy de quelque
qualité qu'ils foient , car tant
qu'ils font devant luy , ils ſont
profternez & meſme en luy parlant.
Le Roy a deux freres , les freres
du Roy heritent de la Couronne
de Siam preferablement à
fes enfans . Quand le Roy fort
pour aller à la Chaſſe ou à la
62 RELATION
promenade, on fait avertir tous
les Européens de ne ſe point trouver
ſur ſon chemin , à moins qu'ils
ne veulent ſe profterner un moment:
avant qu'il forte de fon Palais
on entend des trompettes &
des tambours qui avertiſſent &
qui marchent devant le Roy , à
ce bruit les Soldats qui font en
haye ſe proſternent le front contre
terre & tiennent leurs moufquets
ſous eux ; ils font en cette
poſture autant de temps que
le Roy les peut voirde deſſus ſon
Elephant , où il eſt aſſis dans une
chaiſe d'or couverte , la garde à
cheval qui l'accompagne & qui
eſt compoſée de Maures eſt environ
quarante Maiſtres marchant
fur les aîles ; toute la Maiſon du
Roy eſt à pied devant , derriere
&à côté , tenant les mains jointes,&
elle le ſuit de cette maniere.
Il y a quelques Mandarins des
DUVOYAGE DE SIAM. 63
principaux qui le fuivent ſur des
Elephans , dix ou douze Officiers
qui portent de grands paraſſols
tout à l'entour du Roy , & il n'y
a que ceux- là qui ne ſe proſternent
point ; car dés le moment
que le Roy s'arreſte tous les autres
ſe proſternent , & mefme
ceux qui ſont ſur les Elephans.
Quant à la maniere que le Roy
de Siam obſerve à la reception
des Ambaſſadeurs , comme ceux
de la Cochinchine , de Tonquin,
de Colconda , des Malais , de
Java & des autres Roys , il les
reçoit dans une Salle couverte de
tapis , les grands & principaux
du Roïaume font dans une autre
ſalleun peu plus baffe , & les autres
Officiers de moindre qualité
dans une autre ſalle encore plus
baſſe, tous proſternés ſur des tapis
en attendant que le Roy pa
64 RELATION
roiſſe par une feneſtre qui eſt visà-
vis; la ſalle où doivent eſtre les
Ambaſſadeurs eſt élevée d'environ
dix ou douze pieds & diſtante
de cette falle de trente pieds ;
l'on ſçait que le Roy va paroître
par le bruit des trompettes , des
tambours & des autres Inſtrumens
; les Ambaſſadeurs font derriere
une muraille qui renferme
cette ſalle qui attendent la fortie
du Roy , & ordre des Miniſtres
que le Roy envoye appeller par
un des Officiers de ſa Chambre,
ſuivant la qualité des Ambaſſadeurs
, & fes Officiers fervent en
telles occaſions; aprés queles Miniſtres
ont la permiffion du Roy
on ouvre la porte de la ſalle &
auſſi- tôt les Ambaſſadeurs paroifſent
avec leur Interprete , &
l'Officier de la Chambre du Roi
qui ſert de Maiſtre de Ceremonies&
marchent devant eux profternez
DU VOYAGE DE SIAM. 65
ternez ſur des tapis qui ſont ſur
la terre , faiſant trois reverences
la teſte en bas à leur maniere
aprés quoy le Maiſtre des Ceremonie
marche à genoux les mains
jointes , l'Ambaſſadeur avec fes
Interprettes le ſuit en la même
poſture avec beaucoup de modeſtie
juſques au milieu de la
diſtance d'où il doit aller , & fait
trois reverences en la meſme forme
; il continue à marcher jufqu'au
coin le plus proche des falles
où les Grands font , & il recommence
à faire des reverences
où il s'arrête ; il y a une table
entre le Roy & l'Ambaſſadeur ,
diſtante de huit pieds , où ſont
les preſens que l'Ambaſſadeur apporte
au Roy , & entre cette table
& les Ambaſſadeurs il ya un
Mandarin qui reçoit les paroles
de ſa Majesté , & dans cette Salle
ſont les Miniſtres du Roy diff
66 RELATION
tants de l'Ambaſſadeur d'environ
trois pas , & le Capitaine qui
gouverne la Nation d'où eſt l'Ambaffadeur
eft entre luy & les Miniſtres
; le Roy commence à parler
le premier & non l'Ambaffadeur
, ordonnant à ſes Miniſtres
de s'informer de l'Ambaffadeur
quand il eſt party de la preſence
duRoy ſon Maiſtre , file Roy
& toute la famille Royale eſtoit
en ſanté , auquel l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt par fon Interprete
, l'Interprete le dit au
Capitaine de la Nation d'où eſt
l'Ambaſſadeur , le Capitaine au
Barcalon & leBarcalon au Roy.
Aprés cela le Roy fait quelque
demande fur deux ou trois points
concernant l'Ambaſſadeur ; enfuitele
Roy ordonne à l'Officier
qui eſt proche la table de donner
du betel àl'Ambaſſadeur , ce
qui ſert de ſignal pour que l'on
DU VOYAGE DE SIAM. 67
luy preſente une veſte , & incontinent
le Roy ſe retire au bruit
des tambours, des trompettes&
des autres inſtrumens. La premiereAudiencede
l'Ambaſſadeur
ſe paſſe entreluy & le Ministre ,
qui examine la Lettre &les prefens
du Prince qui l'a envoyés
l'Ambaſſadeur ne preſente point
la Lettre au Roy , mais au Miniſtre
, aprés quelques jours du
Conſeil tenu ſur ce ſujet.
Quand ce font des Ambaſſadeurs
des Roys indépendans de
quelque Couronne , que ce ſoit
de ſes pays , commePerſe , grand
Mogol , l'Empereur de la Chine ,
de Japon , on les reçoit enlamaniere
ſuivanre.
Les Grands du premier & du
ſecond Ordre vont aupied de la
feneſtre où eſt le Roy ſe proſter-:
ner ſuivant leurs qualitez ſur des
tapis , & ceux du troiſieme , quafij
68 RELATION
triéme & cinquiéme , ſont dans
une ſalle plus baffe & attendent
la fortie du Roy qui paroiſt par
une feneſtre qui eſt enfoncée
dans la muraille , & élevée de
dix pieds ; les Ambaſſadeurs font
dans un lieuhors du Palais , en
attendant le Maiſtre des Ceremonies
qui les vient recevoir , &
l'on fait les meſmes ceremonies
dont j'ay parlé cy -deſſus : l'Ambaſſadeur
entrant dans le Palais
leve les mains ſur ſa teſte & marche
entre deux Salles qu'il ya &
monte des degrez qui font visà-
vis la feneſtre où eſtle Roy , &
quand il eſtau haut il poſe un genou
en terre , & auffi-tôt on
ouvre une porte pour qu'il puiſſe
paroître devant le Roy ; enſuite
on pratique les mêmes ceremonies
qui viennent d'eſtre marquées
cy-devant. Ily a un bandege
ou plat d'or ſur la table où
DU VOYAGE DE SIAM. 69
eſt la Lettre traduite & ouverte ,
ayant été receuë par les Miniſtres
quelques jours auparavant dans
une ſalle deſtinée à cet uſage ;
quand l'Ambaſſadeur eſt dans ſa
place le Lieutenant du Miniſtre
prend laLettre& la lit tout haut;
aprés qu'il l'a leuë , le Roy fait
faire quelque demande à l'Ambaſſadeur
par ſon Miniſtre , fon
Miniſtre par le Capitaine de la
Nation , & le Capitaine par l'Interprete
, & l'Interprete enfin
parle à l'Ambaſſadeur. Ces demandes
ſont ſile Roy ſon Maître
& la famille Royale font en ſanté
, & s'il la chargé de quelqu'au
tre choſe qui ne fût pas dans la
Lettre , à quoy l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt ; leRoy luy
fait encore troisou quatre deman.
des , & donne ordre qu'on luy
donne une veſte & du betel : aprés
quoy le Roy ſe retire au bruit des
70 RELATION
tambours & des trompettes ,&
l'Ambaſſadeur reſte un peu de
temps , & ceux qui l'ont reccu
le reconduiſent juſqu'à fon logis
fans autre accompagnement ; &
comme j'appris cette manierede
recevoir les Ambaſſadeurs qui ne
me parût pas répondre à la grandeur
du Monarque de la part
de qui je venois , j'envoyay au
Roy de Siam deux Mandarins
qui estoientavec moy de ſa part ,
pour ſçavoir ce que je ſouhaitterois
, pour le prier de me faire la
mefme reception que l'on a accoûtumé
de faire en France , ce
qu'il m'accorda de la maniere
queje l'ay raconté cy-devant.
Du Gouvernement , des
Moeurs, de la Religion ,
& du Commerce du
Royaume de Siam, dans
les pays voisins , &plufieurs
autres particularités.
OUS les jours les
Mandarins qui font
deſtinez pour rendre
la juſtice s'aſſemblent
dans une falle où ils
donnent audiance , c'eſt comme
1a Cour du Palais à Paris ,& elle
2 RELATION
eſt dans le Palais du Roy , où
ceux qui ont quelque requête à
preſenter ſe tiennent à la porte
juſqu'à ce qu'on les appellé , &
quand on le fait ils entrent leur
requête à la main & la prefentent.
Les Etrangers qui intentent
procés au ſujet des marchandiſes,
la preſentent au Barcalon , c'eſt
le premier Miniſtre du Roy ,
qui juge toutes les affaires concernant
les Marchands & les
Etrangers ; en ſon abſence , c'eſt
ſon Lieutenant , & en l'absence
des deux , une maniere d'Eſche
wins. Il y a un Officier prépoſé
pour les tailles & tributs auquel
on s'adreſſe , & ainſi des autres
Officiers. Aprés que les affaires
font difcutées on les fait ſçavoir
aux Officiers du dedans du Palais
, qui en avertiſſent le Roy
eſtant lors ſur un Trône élevé
DU VOYAGE DE SIAM . 3
de trois braffes , tous les Mandarins
ſe proſternent la face contre
terre , & le Barcalon ou autres
des premiers Oyas , rapportent
au Roy les affaires & leurs jugemens
, il les confirme , ou il les
change ſuivant ſa volonté , c'eſt
à l'égard des principaux procés ,
& tres- ſouvent il ſe fait apporter
les procés au dedans du Palais
, & leur envoye ſon jugementpar
écrit.
Le Roy eſt tres- abſolu , on diroit
quaſi qu'il eſt le Dieu des
Siamois , ils n'ofent pas l'appeller
de ſon nom. Il châtie tres-feverement
le moindre crime ; car
ſes Sujets veulent eſtre gouvernez
la verge à la main , il ſeſert même
quelquefois des Soldats de ſa
garde pour punir les coupables
quand leur crime eſt extraordinaire
& fuffisamment prouvé.
Ceux qui font ordinairement ema
ij
4 RELATION
ployez ces fortes d'executions
font 150. Soldats ou environ qui
ont les bras peints depuis l'épaule
juſqu'au poignet ; les châtimens
ordinaires ſont des coups
de rottes , trente, quarante , cinquante
& plus , ſur les épaules des
criminels , felon la grandeur du
crime , aux autres il fait piquer
la tête avec un fer pointu : à l'égard
des complices d'un crime
digne de mort , aprés avoir fait
couper la tête au veritable criminel
, il la fait attacher au col
du complice , & on la laiſſe pourir
expoſée au Soleil fans couvrir
la tête pendant trois jours
&trois nuits , ce qui cauſe à celui
qui la porteune grande puantour,
Dans ce Royaume , la peine
du talion eſt fort en uſage , le
dernier des fupplices eſtoit , il n'y
a pas long-temps, de les condamDU
VOYAGE DE SIAM. یک
ner à la Riviere , qui eſt proprement
comme nos Forçats de Galere
, & encorepis ; mais maintenant
on les punit de mort. Le
Roy fait travailler plus qu'aucun
Roy de ſes predeceffeurs, en bâ
timens , à reparer les murs des
Villes , à édifier des Pagodes , à
embellir fon Palais , à bâtir des
Maiſons pour les Etrangers , & à
conſtruire des Navires à l'Euro .
peane , il eſt fort favorable aux
Etrangers , il en a beaucoup à
fon ſervice,& en prend quand il
en trouve .
Les Roys de Siam n'avoient'
pas accoûtumé de ſe faire voir
auſſi ſouvent que celui-cy. Ils
vivoient preſque ſeuls , celuy
d'apreſent vivoit comme les autres
: mais Monfieur de Berithe
Vicaire Apoftolique , s'eſtant ſer
vi d'un certain Brame , qui faifant
le plaiſant avoit beaucoup
1
a iij
6 RELATION
de liberté de parler à ce Monarque
, trouva le moyen de faire
connoître à ce Prince , la puif
fance & la maniere de gouverner
de nôtre grand Roy , & en même
temps les coûtumes de tous
les Roys d'Europe , de ſe faire
voir à leurs Sujets & aux Etrangers
; de maniere qu'ayant un
auffi grand ſens que je l'ay déja
remarqué , il jugea à propos de
voir Monfieur de Berithe , & enfuite
pluſieurs autres ; depuis ce
temps- là il s'eſt rendu affable &
acceſſible à tous les Etrangers.
On appelle ceux qui rendent la
justice ſuivant leurs differentes
fonctions , Oyas Obrat , Oyas
Momrat , Oyas Campheng, Oyas
Ricchou , Oyas Shaynan , Opran,
Oluan ; Oeun , Omun .
Comme autrefois les Roys ne
ſe faisoient point voir , les Miniftres
faifoient ce qu'ils vouloient,
DU VOYAGE DE SIAM. 7
mais le Roy d'apreſent qui a un
tres-grand jugement , & eſt un
grand Politique,veut ſçavoir tout;
il a attaché auprés de luy le Sei
gneur Conftans dont j'ay déja
parlé diverſes fois , il eſt Grec
de nation , d'une grande penetration
, & vivacité d'eſprit
&d'une prudence toute extraordinaire
, il peut & fait tout
fous l'autorité du Roy dans le
Royaume , mais ce Miniſtre n'a
jamais voulu accepter aucune des
premieres Charges que leRoyluy
a fait offrir pluſieurs fois. Le Barcalon
qui mourut ily a deux ans ,&
qui par le droit de ſa Charge
avoit le gouvernement de toutes
les affaires del'Etat , eſtoit homme
d'un tres-grand eſprit , qui
gouvernoit fort bien , & fe faifoit
fort aimer , celuy quiluy fucce
da eſtoit Malais de nation, qui eft
un pays voiſin de Siam , il ſe fera
iiij
8 RELATION
vit de Monfieur Baron , Anglois.
de nation , pour mettre mal Monſieur
Conftans dans l'eſprit du
Roy , & le luy rendre ſuſpect ,
mais le Roy reconnut ſa malice ,
il le fit battre juſqu'à le laiſſer
pour mort , & le dépoſſeda de ſa
Charge , celui qui l'occupe preſentement
vit dans une grande
intelligence avec Monfieur Conſtans
.
Comme par les loix introduites
par les Sacrificateurs des Idoles
qu'on nomme Talapoins , il
n'eſt pas permis de tuer , on condamnoit
autrefois les grands criminels
ou à la chaîne pour leur
vie , ou à les jetter dans quelques
deferts pout y mourir de faim ;
mais le Roy d'apreſent leur fait
maintenant trancher la teſte &
les livre aux Elephans .
Le Roy a des Eſpions pour
ſcavoir ſi on luy cache quelque
DU VOYAGE DE SIAM .
choſe d'importance , il fait châtier
tres - rigoureuſement ceux qui
abuſent de leur autorité . Chaque
Nation étrangere établie dans le
Royaume de Siam a ſes Officiers
particuliers , & le Roy prend de
toutes ces Nations- là des gens
qu'il fait Officiers generaux pour
tout ſon Royaume. Il y a dans
fon Etat beaucoup de Chinois ,
& il y avoit autrefois beaucoup
de Maures ; mais les années pafſées
il découvrit de ſi noires trahiſons
, des concuffions & des
tromperies ſi grandes dans ceux
de cette nation , qu'il en a obligé
un fort grand nombre à déferter
, & à s'en aller en d'autres.
Royaumes.
Le commerce des Marchands
Etrangers y eſtoit autrefois tresbon
, on y en trouvoit de toutes
parts ; mais depuis quelques années
,les diverſes revolutions qui
ΟΙ RELATION
font arrivées à la Chine , au Japon
& dans les Indes , ont empeſché
les Marchands Etrangers
de venir en ſi grand nombre.
On eſpere neanmoins, que puif
que tousces troubles font appaiſez
, le commerce recommencera
comme auparavant , & que le
Roy de Siam par le moyen de fon
Miniſtre envoyera fes Vaiſſeaux
pour aller prendre les Marchandi
ſes les plus precieuſes , & les
plus rares de tous les Royaumes
d'Orient,&remettra toutes chofes
en leur premier & fleuriſſant état.
Ils font la guerre d'une maniere
bien differente de celle de la plûpart
des autres nations , c'eſt à
dire à pouſſer leurs ennemis hors
de leurs places ſans pourtant
leur faire d'autre mal que de les
rendre eſclaves , & s'ils portent
des armes , c'eſt ce ſemble plûtôt
pour leur faire peur en les tirant
,
DU VOYAGE DE SIAM. II
contre terre , ou en l'air, que pour
les tuër , & s'ils le font c'eſt tout
au plus pour ſe deffendre dans la
neceſſité ; mais cette neceſſité
de tuër arrive rarement parce
que prefque tous leurs ennenemis
qui en uſent comme eux,ne
tendent qu'aux mêmes fins . Il ya
des Compagnies & des Regimens
qui ſe détachentde l'arméependát
la nuit,&vont enlever tous leshabitans
des Villages ennemis , &
font marcher hommes, femmes &
enfans que l'on fait eſclaves , &
le Roy leur donne des terres&
des bufles pour les labourer , &
quand le Roy en a beſoin il s'en
fert. Ces dernieres années , le
Roi a fait la guerre contre les
Cambogiens revoltez , aidez des
Chinois & Cochinchinois , où il
a fallu ſe battre tout de bon , & il
y a eu pluſieurs Soldats tuez de
part &d'autre ; il a eu pluſieurs
21 RELATION
Chefs d'Europeans qui les inſtrui
fent àcombattre en nôtre maniere .
Ils ont une continuelle guerre
contre ceux du Royaume de
Laos , qui eſt venuë , de ce qu'un
Maure tres-riche allant en ce
Royaume- là pour le compte du
Royde Siam,y reſta avec de grandes
ſommes , le Roy de Siam , le
demanda auRoy de Laos , mais
celui-cile luy refuſa, ce qui a obligé
le Roy de Siam de luydeclarer
la guerre.
Avant cette guerre ily avoit un
grand commerce entre leurs Etats,
& celuy de Siam en tiroit de
grands profits par l'extrême
quantité d'or , de muſc , de benjoüin
, de dents d'Elephant &
autres marchandiſes qui lui venoient
de Laos , en échange des
toiles & autres marchandiſes .
Le Roy de Siam a encore guerre
contre celui de Pegu ; il y a quanDU
VOYAGE DE SIAM . 13
tité d'Eſclaves de cette Nation .
Il y a pluſieurs Nations Etrangeres
dans ſon Royaume , les
Maures y estoient , comme j'ay
dit , en tres-grand nombre , mais
maintenant il y en a pluſieurs qui
font refugiez dans le Royaume
de Colconde, ils eſtoient au ſervice
du Roy , & ils luy ont emporté
plus de vingt mille catis , chaque
catis vallant cinquante écus , le
Roy de Siam écrivit au Roy de
Colconde de luy rendre ces perſonnes
ou de les obliger à luy
payer cette ſomme , mais le Roy
de Colconden'en voulutrien faire
, ny même écouter les Ambafſadeurs
qu'il luy envoya ; ce quia
fait que le Roy de Siam luy a
declaré la guerre & luy a pris
dans le tems que j'étois à Siam ,
un Navire dont la charge valloit
plus de centmille écus . Il y a fix
Fregates commandées par des
14
RELATION
François & des Anglois qui
croiſent ſur ſes côtes .
Depuis quelque temps l'Empereur
de la Chine a donné liberté
à tous les Etrangers de venir
negocier en ſon Royaume ;
cette liberté n'eſt donnée que
pour cinq ans , mais on efpere
qu'elle durera , puiſque c'eſt un
grand avatage pour ſon Royaume .
Ce Prince a grand nombre de
Malais dans ſon Royaume , ils
font Mahometans , & bons Soldats
, mais il y a quelque difference
de leur Religion à celle
des Maures. Les Pegovans font
dans ſon Etat preſque en auſſi
grande quantité queles Siamois
originaires du pays .
Les Laos y font en tres-grande
quantité , principalement vers
le Nort.
Il y a dans cet Etat huit ou neuf
familles de Portugais veritables ,
DU VOYAGE DE SIAM.
mais de ceux que l'on nomme
Meſties , plus de mille , c'eſt à dire
de ceux qui naiſſent d'un Portugais
& d'une Siamoiſe .
Les Hollandois n'y ont qu'une
facturie.
Les Anglois de même.
Les François de même.
Les Cochinchinois ſont environ
cent familles , la plupart
Chreftiens.
Parmy les Tonquinois ily en a
ſeptou huit familles Chrétiennes .
Les Malais y font en afſez grand
nombre,qui font la plupart eſclaves,&
qui par conſequent ne font
pointde corps .
Les Macaſſars & pluſieurs des
peuples de l'Iſle de Java y font
établis, de meſme que les Maures:
ſous le nom de ces derniers ſont
compris en ce pays- là, les Turcs,
les Perfans les Mogols les
Colcondois & ceux de Bengala .
, د
16 RELATION
Les Armeniens font un corps
à part , ils font quinze ou ſeize
familles toutes Chrétiennes , Catholiques
, la plupart ſont Cavaliers
de la garde du Roy.
A l'égard des moeurs des Siamois
ils font d'une grande docilité
qui procede plûtoſt de leur
naturel amoureux du repos que
de toute autre cauſe , c'eſt pourquoi
les Talapoins qui fontprofeffion
de cette apparente vertu ,
defendentpour cela de tuër toutes
fortes d'animaux ; cependant lorfque
tout autre qu'eux tuë des
poules & des canards , ils en mangentla
chair ſans s'informer qui
les a tués , ou pourquoi on les a
tués , & ainſi des autres animaux .
Les Siamois font ordinairement
chaſtes , ils n'ont qu'une femme ,
mais les riches comme les Mandarins
ont des Concubines , qui
demeurent enfermées toute leur
vie
DU VOYAGE DE SIAM. 17
vie. Le peuple eſt aſſez fidele &
ne volle point ; mais il n'en eft
pas de même de quelques-uns des
Mandarins , les Malais qui font
en tres-grand nombre dans ce
Royaume- là font tres- méchants
&grands voleurs .
Dans ce grand Royaume il y
a beaucoup de Pegovans qui
ont eſté pris en guerre , ils font
plus remuants que les Siamois
& font d'ordinaire plus vigoureux
, il y a parmy les femmes du
libertinage , leur converſation eft
perilleuſe.
Les Laos peuplent la quatriéme
partie du Royaume de Siam",
comme ils font à demy Chinois ,
ils tiennent de leur humeur , de
leur adreſſe& de l'inclination a
voller par fineſſe; leurs femmes
font blanches & belles , tres - familieres
& par confequent dangereuſes.
Dans le Royaume de
b
18 RELATION
Laos , un homme qui rencontre
une femme pour la falüer avec
la civilité accoûtumée , la baife
publiquement ; & s'il ne le faiſoit
pas il l'offenferoit .
Les Siamois tant Officiers que
Mandarins ſont ordinairement
riches , parce qu'ils ne dépenfent
preſque rien , le Roy leur
donnant des valets pour les fervir
, ces valets font obligez de ſe
nourir à leurs dépens, eſtant com--
me efclaves,ils font en obligation
de les ſervir pour rien pendant:
la moitié de l'année : & comme
cesMeſſieurs-làen ontbeaucoup,
ils ſe ſervent d'une partie pendant
que l'autre ſe repoſe ; mais
ceux qui ne les ſervent point:
leur payent une fomme tous les
ans , leurs vivres font à bon marché
, car ce n'eſt que duris , du
poiffon , & tres -peu de viande, &
tout cela eft en abondance dans
DU VOYAGE DE SIAM . 19
leur pays ; leurs vêtemens leur
fervent long- temps , ce ne font
que des pieces d'étoffes toutes
entieres qui ne s'uſent pas fi faci
lement que nos habits &ne coutent
que tres-peu : la plupart des
Siamois font Maſſons ou Charpentiers
, & il y en a de tres habiles,
imitant parfaitement bien les
beaux ouvrages de l'Europe en
Sculpture& en dorure. Pour ce
qui eſt de la peinture ils ne ſçavent
point s'en ſervir , il y a des
ouvrages en Sculpture dans leurs
Pagodes , & dans leurs Mauſolées
fort polis & tres-beaux.
Ils en font auſſi de tres -beaux
avec de la chaux , qu'ils détrempent
dans de l'eau qu'ils tirent de
l'écorce d'un arbre qu'on trouve
dans les Forefts , quilarend ſi forte,
qu'elle dure des cent& deux
cens ans , quoi qu'ils foient expoſés
aux injures du temps ..
bij
20 RELATION
1
i
1.
i
Leur Religion n'eſt à parler proprement
qu'un grand ramas
d'Hiſtoires fabuleuſes , qui ne
tend qu'à faire rendre des hommages
& deshonneurs auxTalapoins,
qui ne recommandent tant:
aucune vertu que celle de leur
faire l'aumône , ils ont des loix
qu'ils obfervent exactement au
moins dans l'exterieur ; leur fin
dans toutes leurs bonnes oeuvres
eſt l'eſperance d'une heureuſe
tranfmigration aprés leur mort ,
dans le corps d'un homme riche ,..
d'un Roy , d'un grand Seigneur
ou d'un animal docile , comme
font les Vaches & les Moutons :
car ces peuples-là croyent la Metempſicoſe
; ils eſtiment pour cette
raiſonbeaucoup ces animaux ,
&n'ofent, comme je l'ai déja dit,
en tuër aucun , craignant de donner
la mort à leur Pere ou à leur
Mere , ou à quelqu'un de leurs
DU VOYAGE DE SIAM . 2
parens . Ils croyent un enfer où les
énormes pechez ſont ſeverement .
punis , ſeulement pour quelque
temps , ainſi qu'un Paradis , dans
lequel les vertus fublimes ſont
recompenſées dans le Ciel , où aprés
eſtre devenus des Anges
pour quelque temps , ils retournent
dans quelque corps d'hom--
me ou d'animal .
L'occupation des Talapoins .
eſt de lire , dormir, manger, chan--
ter , & demander l'aumône ; de
cette forte , ils vont tous les matins
ſe preſenter devant la porte
ou balon des perſonnes qu'ils connoiffent
,&ſe tiennent-là unmométavecunegrande
modeſtie ſans
rien dire, tenant leur évantail , de
maniere qu'il leur couvre la moitié
du viſage , s'ils voyent qu'on ſe
diſpoſe àleur donner quelque choſe
, ils attendent juſqu'à ce qu'ils
l'ayent receuë ; ils mangent de
biij
22 RELATION
د
3
tout ce qu'on leur donne même
des poulles & autres viandes
mais ils ne boiventjamais de vin ,
au moins en prefence des gens du
monde; ils ne font point d'office
ny de prieres à aucune Divinité.
Les Siamois croyent qu'il y a eu
trois grands Talapoins , qui par
leurs merites tres-fublimes acquis
dans pluſieurs milliers de tranſmigrations
ſont devenus des Dieux ,
&aprés avoir eſté faits Dieux ,
ils ont encore acquis de ſi grands
merites qu'ils ont eſté tous aneantis
, ce qui eſt le terme du plus .
grand merite & la plus grande recompenſe
qu'on puiffe acquerir ,
pour n'eſtre plus fatigué en changeant
ſi ſouventde corps dans un
autre; le dernier de ces trois Ta--
lapoins eſt le plus grand Dieu appellé
Nacodon , parce qu'il a eſté
dans cinq mille corps , dans l'une
de ces tranfmigrations , de Talapoin
il devint vache , fon frere le
DU VOYAGE DE SIAM .
23
voulut tuër pluſieurs fois ; mais il
faudroit un gros livre pour décrire
les grands miracles qu'ils difent
que la nature& non pasDieu,
fit pour le proteger : enfin ce frere
fut precipité en Enfer pour ſes
grands pechez , où Nacodon le
fit crucifier ; c'eſt pour cette raifon
qu'ils ont en horreur l'Image
de Jeſus-Chriſt crucifié , diſant
que nous adorons l'Image de ce
frere de leur grand Dieu , qui
avoit eſté crucifié pour ſes crimes ..
CeNacodon eſtant doncaneanti,
il ne leur reſte plus de Dieu à
preſent , ſaloy ſubſiſte pourtant ;
mais ſeulement parmi les Talapoins
qui diſent qu'aprés quelques
fiecles il y aura un Ange qui
viendra ſe faire Talapoin ,& enfuite
Dieu Souverain , qui par ſes
grands merites pourra être anean
ti : voilà le fondement de leur
creance ; car il ne faut pas s'imaginer
qu'ils adorent les Idoles
24 RELATION
"
1
qui font dans leurs Pagodes comme
des Divinitez , mais ils leur
rendent ſeulement des honneurs'
comme à des hommes d'un grand
merite , dont l'ame eſt à preſent
en quelque Roy , vache ou Talapoin
: voilà en quoi conſiſte leur
Religion , qui à proprement parler
ne reconnoît aucun Dieu , &
qui n'attribuë toute la recompenſede
la vertu qu'à la vertumême ,
qui a par elle le pouvoir de rendre
heureux celuy dont elle fair
paſſer l'ame dans le corps de quelque
puiſſant & riche Seigneur
ou dans celuy de quelque vache ,
levice ,diſent-ils, porte avec ſoy
ſon châtiment , en faiſant paffer
l'ame dans le corps de quelque
méchant homme , de quelque
Pourceau , de quelque Corbeau ,
Tigre ou autre animal. Ils admetrent
des Anges , qu'ils croyent
eſtre les ames des juſtes & des
bons
2
L
L
DUVOYAGE DE SIAM. 25
bons Talapoins; pour ce qui eſt des
Demons , ils eſtiment qu'ils font
les ames des méchans .
Les Talapoins font tres-refpe-
Etés de tout le peuple , & même
du Roy, ils ne ſe profternent point
lorſqu'ils luy parlent comme le
font les plusgrands du Royaume ,
& le Roy & les grands Seigneurs
les ſaluënt les premiers ; lorſque
ces Talapoins remercient quelqu'un,
ils mettentla main proche
leur front , mais pour ce qui eſt du
petit peuple, ils ne le ſalüent point ;
leurs vêtemens ſont ſemblables à
ceux des Siamois ,àla referve que
la toile eſt jaune , ils font nuds
jambes & nuds pieds fans chapeau
, ils portent ſur leur tête un
évantail fait d'une fcüille de palme
fort grande pour ſe garantir
du Soleil , qui eſt fort brûlant ;
ils ne font qu'un veritable repas
par jour, à ſçavoir le matin , & ils
G
26 RELATION
ne mangent le ſoir que quelques
bananes ou quelques figues ou
d'autres fruits ; ils peuvent quitter
quand ils veulent l'habit de
Talapoin pour ſe marier , n'ayant
aucun engagement que celuy de
porter l'habit jaune , & quand ils
le quittentils deviennent libres ;
cela fait qu'ils font en ſi grand
nombre qu'ils font preſque le tiers
du Royaume de Siam . Ce qu'ils
chantent dans les Pagodes font
quelques Hiſtoires fabuleuſes.,
entremêlées de quelques Sentences;
celles qu'ils chantent pendant
les funerailles des Morts font ,
nous devons tous mourir , nous
ſommes tous mortels ; on brûle les
corps morts au ſon des muſettes
& autres Inſtrumens , on dépenſe
beaucoup à ces funerailles , &
aprés qu'on a brûlé les corps de
ceux qui font morts , l'on met
leurs cendres ſous de grandes piramides
toutes dorées , élevées à
DU VOYAGE DE SIAM. 27
l'entour de leur Pagodes. Les
Talapoins pratiquent une eſpece
de Confeſſion ; car les Novices
vont au Soleil levantſe proſterner
ou s'affeoir fur leurs talons & marmottent
quelques paroles , aprés
quoy le vieux Talapoin leve la
main à côté deſa joie & lui donne
une forte de benediction , aprés
laquelle le Novice ſe retire.
Quand ils prêchent, ils exhortent
de donner l'aumône au Talapoin ,
& ſe creyent fort ſçavants , lorfqu'ils
citent quelques paſſages
de leurs Livres anciens en Langue
Baly , qui eft comme le Latin
chez nous; cette Langue eſt tresbelle
& emphatique , elle a ſes
conjuguaiſons comme la Latine.
Lorſqueles Siamois veulent ſe
marier , les parens de l'homme
vont premierement ſonder la volontéde
ceux de la fille, & quand
ils ont fait leur accord entr'eux
cij
28 RELATION
les parens du garçon vont preſenter
ſept boſſettes ou boiſtes de
betel & d'arest à ceux de la fille ,
& quoy qu'ils les acceptent &
qu'on les regarde déja comme
mariez le mariage ſe peut rompre
, & on ne peut encore асси-
fer devant le Juge , ny les uns ny
les autres , s'ils le ſeparent aprés
cette ceremonie .
Quelques jours aprés les parens
de l'homme le vont preſenter , &
il offre luy-même plus de boſſettes
qu'auparavant ; l'ordinaire eft
qu'il y en ait dix ou quatorze ,
& lors celuy qui ſe marie demeure
dans la maiſon de ſon beaupere,
ſans pourtant qu'il y ait conſommation
, & ce n'eſt que pour
voir la fille & pour s'accoûtumer
peu à peu à vivre avec elle durant
un ou deux mois ; aprés cela
tous les parens s'aſſemblent
avec les plus anciens de la caſte
ou nation ; ils mettent dans une
DU VOYAGE DE SIAM. 2.9
bourſe, l'un un anneau & l'autre
des bracelets , l'autre de l'argent ,
il y en a d'autres qui mettentdes
pieces d'étoffes au milieu de la table
: enſuite le plus ancien prend
une bougie allumée & la paffe
ſept fois au tour de ces prefens,
pendant que toute l'aſſemblée
crie en ſouhaitant aux Epoux un
heureux mariage , une parfaite
ſanté &une longue vie , ils mangent
& boivent enfuite , & voilà
le mariage achevé. Pour le dot
c'eſt comme en France , finon
que les parens du garçon portent
ſon argent aux parens de la fille ,
mais tout cela revient à un ; car
le dot de la fille eſt auſſi mis à
part , & tout eſt donné aux nouveaux
mariez pour le faire valoir.
Si le mary repudie ſa femme ſans
forme de Juſtice , it perd l'argent
qu'onluy a donné, s'illarepudie
par Sentence de Juge , qui
č iij
30
RELATION
ne la refuſe jamais, les parensde
la fille luy rendent ſon bien ; s'il
y a des enfans , ſi c'eſt un garçon
ou une fille , le garçon fuit la mere
, & la fille le pere , s'il y a deux
garçons & deux filles , un garçon
&une fille vont avec le pere, &
un garçon & une fille vont avec
lamere.
,
Al'égarddes monnoyes ilsn'en
ontpoint d'or , la plus groſſe d'argent
s'appelle tical , & vaut environ
quarante ſols , la ſeconde
mayon qui péſe la quatriéme partie
d'un tical , & vaux dix fols
la troiſieme eſt un foüen , qui
vaut cinq ſols , la quatriéme eſt
un fontpaye qui vaut deux fols
&demy, enfin les plus baſſes monnoyes
font les coris qui font des
coquillages que les Hollandois
leur portent des Maldives , ouυ
qui leur viennent des Malais &
des Cochinchinois ou d'autres
DU VOYAGE DE SIAM. 31
côtez , donthuit cens valent un
fouën qui eſt cinq fols .
le
Al'égard des Places fortes dur
Royaume , il ya Bancoc qui eft
environ dix lieuës dans la Riviere
de Siam , où il y a deux Forterefſes
, comme j'ay déja dit. Il y a la
Ville Capitale nommée Juthia ,
autrement nommée Siam , qu'on
fortifie de nouveau par une enceinte
de murailles de bricque ;
Corfuma frontiere contre
Royaume de Camboye eſt peu
forte; Tanaferin à l'oppoſite de la
côte de Malabar eft peu fortifiée .
Merequi n'eſt pas fortifiée, mais
ſe pouroit fortifier , & on y pouroit
faire un bon Port. Porcelut
frontiere de Laos eſt auſſi peu
fortifiée . Chenat n'a que le nom
de Ville , & il reſte quelque apparence
de barrieres , qui autrefois
faifoient fon mur. Louvo où
le Roy demeure neuf mois de
c iiij
32 RELATION
l'année , pour prendre le plaiſir
de la chaſſe del'Elephant & du
Tygre , étoit autrefois un aſſem-
Blage de Pagodes entouré de
terraffes , mais à preſent le Roy
l'arendu incomparablement plus
beau par les Edifices qu'il y fait
faire , & quant au Palais qu'il ya
it l'a extrêmement embelli par les
caux qu'il y fait venir des Montagnes.
Patang eſt un Port des plus
beaux du côté des Malais , où
l'on peut faire grand commerce.
LeRoy de Siam a refuſé aux Compagnies
Angloiſes & Hollandoiſes
de s'y établir : l'on y pourroit
faire un grand établiſſement qui
feroit plus avantageux que Siam
àcausede la ſituation du lieu ; les
Chinois y vont& pluſieurs autres
Nations , on peut s'y fortifier aifément
fur le bord de la Riviere .
CettePlace appartient àune Rey
DU VOYAGE DE SIAM. 33
nequi eſt tributaire du Roy de
Siam , qui à parler proprement en
eſt quaſi le maître .
Quant à leurs Soldats ce n'étoit
point lacoûtume de les payer;
le Roy d'apreſent ayant ouy dire
que les Roys d'Europe payoient
leurs troupes , voulut faire la ſupputationà
combien monteroit la
paye d'un foüen par jour , qui eſt
cinq fols ; mais les Controlleurs
luy firent voir qu'il falloit des
ſommes immenfes , à cauſe de la
multitude de ſes Soldats , de forte
qu'il changea cette paye en ris
qu'il leur fait diſtribuer , du depuis
, il y en a ſuffisamment pour
Ieurs nourritures, &cela lesrend
tres- contens ; car autrefois il falloit
que chaque Soldat ſe fournit
de ris , & qu'il le portât avec ſes
armes, ce qui leur peſoitbeaucoup .
A l'égard de leurs Bâteaux &
Vaiſſeaux , leurs Balons d'Etat ou
34
RELATION
Bâteaux que nous appellons font
les plus beauxdu monde; ils font
d'un ſeul arbre , &d'une longueur
prodigieuſe , il y ena qui tiennent
cinquante juſqu'à cent & cent
quatre-vingt rameurs ; les deux
pointes font tres- relevées , & celuy
qui les gouverne donnant du
pied ſur lapoupefait branler tout
le Balon , & l'on diroit que c'eſt
un Cheval qui ſaute,touty eft doré
avec des Sculptures tres- belles
, & au milieu il y a un Siege
fait en forme de Trône en piramide
, d'une Sculpture tres- belle
& toute dorée , & il y en a de
plus de cent ornemens differents,
mais tous bien dorez &tres-beaux.
Autrefois ils n'avoient que des
Navires faits comme ceux de la
Chine , qu'on nomme Somme ; il
y ena encore pour aller auJapon,
à la Chine , à Tonquin ; mais le
Roy a fait faire pluſieurs Vaif-
1
DU VOYAGE DE SIAM. 35
feaux à l'Europeenne , & en a
acheté des Anglois quelques-uns,
tous agréés & appareillés . Il y a
environ cinquante Galeres pour
garder la Riviere & la côte ; ſes
Galeres ne font pas comme ceux
de France , il n'y a qu'un homme
àchâque Rame , & font environ
quarante ou cinquante au plus fur
chacune ; les Rameurs fervent de
Soldats , le Royne ſe ſert que des
Mores , des Chinois&des Malabars
pour naviger , & s'il y met
quelque Siamois pour Matelots,
cen'eſt qu'en petit nombre,& afin
qu'ils apprennent la navigation.
LesCommandants de ſes Navires
font Anglois ou François , parce
que les autres Nations font tresméchants
navigateurs .
Il envoye tous les ans cinq ou
fix de ces Vaiſſeaux appellez
Sommes à la Chine , dont il y en
a de mille juſqu'à quinze cens
36 RELATION
Tonneaux chargés de quelques
draps , corail , de diverſes marchandiſes
de la côte de Coromandel
& de Suratte , du ſalpêtre , de
l'étain &de l'argent; il en tire des
ſoyes cruës , des étoffes de ſoye ,
des ſatin's de Thé , dumufc , de la
rubarbe , des poureelines , des
ouvrages vernis , du bois de la
Chine , de l'or , & des rubis . Ils
ſe ſervent de pluſieurs racines
pour la Medecine , entr'autres de
la couproſe , ce qui leur apporte
de grands profits .
Le Roy envoye au Japon deux
ou trois Sommes , mais plus petites
que les autres , chargées des
mêmes marchandises , & il n'eſt
pas neceſſaire d'y envoyer de
l'argent ; les marchandiſes que
L'ony porte ſont des moindres ,
&au meilleur marché , les cuirs
de toutes fortes d'animaux y font
bons , & c'eſt la meilleure marDU
VOYAGE DE SIAM. 37
chandiſe que l'on y peut porter ;
on en tire de l'or , de l'argent en
barre , du cuivre rouge , toutes
fortes d'ouvrages d'Orphevrerie ,
des paravants , des Cabinets vernis
,des porcelines , du Thé &
autres choſes ; il en envoye quelquefois
un , deux & trois au
Tonquin de deux à trois cent tonneaux
au plus , avec des draps ,
de corail , de l'Etain , de l'Ivoire ,
du poivre , du ſalpêtre , du bois
de ſapin, & quelques autres marchandiſes
des Indes & de l'argent
au moins le tiers du capital,
on en tire du muſc , des étoffes
de ſoye , de la ſoye crüe , & jaune,
des Camelots , de pluſieurs fortes
de ſatins , du velours , toutes fortes
de bois vernis , des porcelines
propres pour les Indes , & de l'ar
-en barre , à Macao , le Roy envoye
un Navire au plus chargé
de pareilles Marchandiſes qu'à la
38
RELATION
•
Chine. On y peut encore envoyer
quelque mercerie , des dentelles
d'or , d'argent & de foye & des
armes , on en tire des mêmes
marchandiſes que de la Chine ,
mais pas à ſi bon compte.
A Labs le commerce ſe fait par
terre ou par la Riviere , ayant des
bâteaux plats , on y envoye des
draps & des toiles de Surate , &
de la côte , & on en tire des rubis
, du muſc , de la gomme ,
des dents d'Elephans, du Canfre ,
des cornes de Rinocerot , des
peaux de Buffes & d'Elans , à
tres-bon marché , & il y a grand
profit à ce commerce que l'on
fait ſans riſque.
ACamboye on envoye des petites
barques avec quelques draps,
des toiles de Surate & de la côte,
des uſtenciles de cuiſine qui viennent
de la Chine , on en tire des
dents d'Elephans , du benjoüin ,
DU VOYAGE DE SIAM. 39
trois fortes de gomes gutte , des
peaux de Buffes , & d'Elans , des
nids d'oiſeaux pour la Chine dont
je parleray bien- toft & des nerfs
de Cerfs .
On envoye auſſi à la Cochinchine
, mais rarement : car de peuple
n'eſt pas bien traitable , parce
qu'ils font la plupart de méchante
foy , ce qui empéche le commerce
, on y porte de l'argent
du Japon où l'on profite confiderablement
, du laurier rouge ,
de la cire jaune, duris , du plomb,
du ſalpêtre , quelques draps rouges&
noirs , quelques toiles blanches
, de la terre rouge , du vermillon
& vif argent.
On en tire de la ſoye cruë , du
fucre candy , & de la cafſonnade
, peu de poivre , des nids
d'oiſeaux qui ſont faits comme
ceux des Irondelles qu'on trouve
fur des Rochers au bord de
J
40 RELATION
la mer , ils font de tres-bon commerce
pour la Chine & pour pluſieurs
autres endroits ; car aprés
avoir bien lavé ces nids & les
avoir bien feichés ils deviennent
durs comme de la corne , & on
les met dans des boüillons ; ils
font admirables pour les maladies
de langueur &pour les maux d'eftomach
, j'en ay apporté quelques-
uns en France , du bois d'aigle
&de Calamba , du cuivre &
autres marchandises qu'on y apporte
du Japon , de l'or de plufieurs
touches , & du bois de fapan.
Lorſqu'on ne trouve pas de
Navire à Fret , on en envoye un
à Surate , chargé avec du cuivre ,
de l'étain , du ſalpêtre , de l'alun ,
des dents d'Elephants , du bois
de ſapan , &pluſieurs autres marchandiſes
qui viennent des autres
parts des Indes , on en tire des
toiles
DU VOYAGE DE- SIAM. 41
& autres marchandifes d'Europe,
quand il n'en vient point à Siam .
On envoye à la côte de Coromandel
, Malabar , & Bengala
&de Tanaferin , des Elephans
de l'étein , du ſalpêtre , du, cuivre
du plomb , & l'on en tire des toiles
de toutes fortes ,
,
On envoye à Borneo rarement ;
c'eſt une Iſle qui eſt proche de
celle de Java , d'où l'on tire du
poivre . du ſangde Dragon , camphre
blanc , cire jaune ,bois d'aigle
, du bray , de l'or , des perles,
&desdiamans les plus beaux du
monde ; on y envoye des marchandiſes
de Surate , c'eſt à dire
des toiles , quelques pieces de
drap rouge & vert , & de l'argent
d'Eſpagne..
Le Prince qui poffede cette Ifle
ne fouffre qu'avec peine le commerce
, & il craint toûjours d'êtte
ſurpris ; il ne veut pas permetd
42
RELATION
tre à aucune Nation Europeenne
de s'établir chez luy. Il y a cu
des François qui y ont commercé
, il ſe fie plus à eux qu'à aucune
autre Nation .
On envoye encore à Timor
Ifle proche des Molucques , d'où
l'on tire de la cire jaune & blanche
, de l'or de trois touches , des
eſclaves, du gamouty noir , dont
on ſe ſett pour faire des cordages
, & on y envoye des toiles de
Surate , du plomb, des dents d'Elephans,
de la poudre, de l'eau-devie
, quelques armes , peu de drap
rouge & noir , & de l'argent. Le
peuple y eſt paiſible , & negocie
fort bien . Il y a grand nombre
de Portugais.
Al'égard des Marchandiſes du
crû de Siam , il n'y a que de l'étain
, du plomb , du bois de fapan,
de l'Ivoire , des cuirs d'Elans.
& d'Elephans ; il y aura quantité
1
1
!
DU VOYAGE DE SIAM. 43
de poivre en peu de temps , c'eſt
à dire l'année prochaine ,de larrek
, du fer en petits morceaux ,
du ris en quantité , mais l'on y
trouve des marchandises de tous
les lieux ſpecifiés ci-deſfus , & à
affez bon compte. On y apporte
quelques draps & ferges d'Angleterre,
peu de corail &d'ambre,
des toiles de la côte de Coromandel
& de Surate , de l'argent en
piaſtre que l'on trocque ; mais
comme je l'ai dit maintenant ,
que la plupart des Marchands ont
quitté depuis que le Roi a voulu
faire le commerce , les Etrangers
n'y apportent que tres-peu de
choſes ,que les Navires qui ont
accoûtumé d'yvenir n'y font pas
venus l'année derniere , &on n'y
trouve rien , & fi peu qu'il y en
a , il eſt entre les mains du Roi ,
& ſes Miniſtres les vendent au
prix qu'ils veulent.
dij
44
RELATION
Le Roïaume de Siam a prés de
trois cens lieuës de long , fans y
comprendre les Roïaumes tributaires
, à ſçavoir Camboges ,
Gelior , Patavi , Queda , &c . du
Septentrion au Midi , il eſt plus
étroit de l'Orient à l'Occident. Il
eſt borné du côté du Septentrion
par le Roïaume de Pegu & parla
Mer du Gange du côté du Couchant,
du Midi par le petit détroit
de Maláca , qui fut enlevé au Roi
de Siam par les Portugais ils l'ont
poſſedé plus de foixante ans . Les
Hollandois le leur ont pris , &
le poffedent encore ; du côté
d'Orient , il eſt borné par la Mer
& par les Montagnes qui le ſeparent
de. Camboges & de Laos ..
La fituation de ce Roïaume eſt
avantageuſe à cauſe de la grande
étenduë de ſes côtes , ſe trouvant
comme entre deux Mers qui
lui ouvrent le paſſage à tant de.
DU VOYAGE DE SIAM. 45
vaſtes Regions , ſes côtes ont
cinq cens lieuës de tour ; on y
aborde de toutes parts , du Japon
, de la Chine , des Iſles Philippines
, du Tonquin , de la Cochinchine
, de Siampa , de Camboge
, des Ifles de Java , de Sumatra
, de Colconde , de Bengala
, de toute la côte de Coromandel
, de Perſe , de Surate , de Lameque,
de l'Arabie ,& d'Europe
c'eſtpourquoi l'on y peut faire un
grand commerce , ſuppoſé que le
Roi permette à tous les MarchandsEtrangers
d'y revenir comme
ils le faifoient autrefois .
Le Roïaume ſe diviſe en onze
Provinces , ſçavoir celle de Siam ,
de Mitavin , de Tanaferin , de
Jonſalam, de Reda, de Pra, d'Ior,
de Paam, de Parana , de Ligor ,
de Siama . Ces Provinces - là
avoient autrefois la qualité de
Roïaume ; mais elles ſont aujour
46 RELATION
d'hui ſous ladomination du Roide
Siam qui leur donne des Gouverneurs
. Il y en a telles qui peuvent
retenir le nomde Principauté;mais
les Gouverneurs dépendent du
Roy& lui payent tribut. Siam eft
la principale Province de ce
Royaume , la Ville Capitale eſt ſituée
à quatorze degrez & demy
de latitude du Nort , fur le bord
d'une tres-grande & belle riviere ,
& les Vaiſſeaux tous chargés la
paſſent juſqu'aux portes de la Ville,
qui eſt éloignée de la Mer de
plus de quarante lieuës , & s'étend
àplus de deux cens lieuës dans le
pays , & parce moyen elle conduit
dans une partie des Provinces,
dontj'ai parlé ci- deſſus.Cette
Riviere eſt fort poiſſonneuſe &
fes rivages font affez bien peuplez
, quoiqu'ils demeurentinondésune
partie de l'année. Le terroir
y eſt paſſablement fertile 3
DU VOYAGE DE SIAM . 47
mais tres-mal cultivé , l'inondation
provient des grandes pluyes
qu'il y tombe durant trois ou quatre
mois de l'année ; ce qui fait
beaucoup croître leur ris ; en forte
que plus l'inondation dure ,
plus les recoltes du ris ſont en
abondance , & loin des'en plaindre
ils ne craignent que la trop
grande ſeichereſſe. Il y a beaucoup
de terre en friche ,& faute
d'habitans elles ont eſté dépeu--
plées par les guerres precedentes,
& comme ils font ennemis du
travail , ils n'aiment à faire que
les choſes aiſées. Ces plaines abandonnées
& ces épaiſſes Fo--
rets qu'on voit ſur les Montagnes
ſervent de retraite aux Elephans,
aux Tygres , aux Boeufs & Vaches
ſauvages , aux Cerfs , aux Biches,
Rinoceros & autres animaux
que l'ony trouve en quantité.
Al'égard des plantes & des
د
48 RELATION
fruits , il y en a pluſieurs dans le
païs ; mais qui ne font pas rares.
& qui ne ſe peuvent porter que,
difficilement en France , à cauſe
de lalongueur de la navigation .
Il n'y a point d'oiſeaux particuliers
qui ne foient en France , à
la referve d'un oiſeau fait comme
un merle ,qui contrefa it l'homme
à l'égard du rire , du chanter &
du fiffler , les fruits les plus eſtimés
y font les durions ;ils ont
une odeur tres- forte qui n'agrée
pas à pluſieurs, mais à l'égard du
goût il eſt tres- excellent. Ce fruit
eſt tres chaud & tres -dangereux
pour lafanté , quand on en mange
beaucoup; il ya un gros noyau,
à l'entour duquel eſt une eſpece
de creme renfermée dans une écorce
environnée de pluſieurs piquants
, & qui eft faite en pointe
de diamant ; mon goût n'a ja
mais pu s'y accommoder. La mangue
:
DU VOYAGE DE SIAM . 49
gue en ce pays-là eſt en prodigieuſe
quantité , & c'eſt le meil
leur fruit des Indes , d'un goût
exquis , n'incommodant aucunement,
àmoins que d'en manger en
trop grande quantité , alors elle
pouroit bien cauſer la fiévre ; elle
a la figure d'une amande , mais
auffi groſſe qu'une poire de Mef
fire-Jean; ſa peau eſt aſſés mince
& a la chair jaune ; le mangoûstan
eſt un fruit reſſemblant à
une noix verte , qui a dedans un
fruit blanc d'un goût aigret &
agreable , & qui approche fort
deceluide la pêche &de la prune,
il est tres- froid & reſtraintif.
LeJacques eſtun gros fruit qui
eſt bon , mais tres- chaud & indigefte
, & cauſe le flus de ventre
quand on en mange avec excés .
La nana eft preſque comme le
durion , c'eſt à dire à l'égard de
la peau ; il a au bout une courone
50
RELATION
ne de feüilles comme celle de
l'artichaud ; la chair en eſt tresbonne
& a le goût de la pêche
& de l'abricot tout enſemble ; il
eft tres-chaud & furieux ; ce qui
fait que l'on le mange ordinairement
trempé dans le vin.
La figue eſtun fruit tres -doux,
fuave&bien faiſant ; cependant
un peu flegmatique , il y en a pendant
toute l'année .
L'ate eſt un fruit doux & tresbon
, & ne fait point de mal ; il
y en a qui l'eſtiment plus que
tous les fruits des Indes. Il y a
des oranges en tres - grande
quantité de pluſieurs fortes tresbonnes
& fort douces .
La pataïe eſt un fruit tres-bon,
mais l'arbre qui le porte ne dure
que deux ans.
Il y a de toute forte d'oranges
en quantité & de tres - bon goût .
La penplemouſe eſt un fruit
tres-bon pour la ſanté à peu prés
DU VOYAGE DE SIAM . SI
comme l'orange,mais qui a un petit
goût aigret. Il y a pluſieurs
autres fruits qui ne font pas fort
bons.
On a commencé il y a quelques
années à ſemer beaucoup
de bleds dans le pays haut proche
des montagnes qui y vient
bien & eft tres - bon .
On y a planté pluſieurs fois
des vignes qui y viennent bien ,
mais qui ne peuventdurer, à cauſe
d'une eſpece de fourmy blanc
qui la mange juſqu'à la racine.
Il y a beaucoup de canes de
fucre qui rapportent extrémement
; il y a auſſi du tabac en
quantité que les Siamois mangent
avec l'arrek & la chaud .
A l'égard de l'arrek, les Siamois
eſliment ce fruit plus que tout
autre , & c'eſt leur manger ordi
naire ; il y en a une ſi grande
quantité que les marchés en
e ij
52 RELATION
font pleins , & un Siamois croiroit
faire une grande incivilité
s'il parloit à quelqu'un ſans avoir
la bouche pleine de darek , de
betel , de chaud ou de tabac .
,
Il y a grande quantité de ris
dans tout le Roïaume & à tresbon
compte ,& comme ce païs
eſt toûjours inondé , cela fait
qu'il eſt plus abondant , car le ris
ſe nourrit dans l'eau & à meſure
que l'eau croît , le ris croît pareillement
,& fil'eau croît d'un pied
en vingt-quatre heures ce qui
arrive quelquefois , le ris croît
aufli àproportion &a toûjours fa
tige au deſſus de l'eau , il ne reſte
que cinq ou fix mois au plus en
terre , il vient comme l'avoine,
Il n'y a point de ville dans l'Orient
où l'on voye plus de Nations
differentes , que dans la Ville
Capitale de Siam , & où l'on
parle de tant de langues differentes
, elle a deux lieuës de
DU VOYAGE DE SIAM .
53
tour & une demie lieuë de large,
elle eſt tres- peuplée , quoi qu'elle
ſoit preſque toûjours inondée ,
enfortequ'elle reſſemble plûtoſtà
une Ifle , il n'y a que des Maures
, des Chinois , des François
& des Anglois , qui demeurent
dans la Ville , toutes les autres
Nations eſtant logées aux environspar
camps ; c'eſt à dire chaque
nation enſemble , ſi elles estoient
affemblées elles occuperoient
autant d'eſpace que la Ville qui
eſtoit autrefois tres- marchande ,
mais les raiſons que j'ay dites cydevant
empêchent la plupartdes
Nations Etrangeres d'y venir &
d'y rien porter.
Le peuple eſt obligé de ſervir
le Roy quatre mois de l'année
regulierement , & durant toute
l'année , s'il en a beſoin ; il ne leur
donne pas un fol de paye, eſtant
obligez de ſe nourir eux-mêmes
e iij
54 RELATION
& de s'entretenir ; c'eſt ce qui
a faitque les femmes travaillent
afin de nourir leurs maris .
A l'égard des Officiers depuis
les plus grands Seigneurs de la
Cour juſqu'au plus petit du
Royaume, le Roy neleur donne
que de tres- petits appointemens,
ils font auſſi eſclaves que les autres
, & c'eſt ce qui luy épargne
beaucoup d'argent. Les Provinces
éloignées dont les habitans
ne le ſervent point actuellement,
luy payent un certain tribut par
teſte. J'arrivay dans le temps que
le pays eſtoit tout-à-fait inondé
, la Ville en paroît plus agreable,
les ruës en ſont extremement
longues , larges & fort droites,
il y a aux deux côtez des
maiſons bâties ſur des pilotis &
des arbres plantés tout à l'entour
, ce qui fait une verdeur
admirable , & on n'y peut aller
DU VOYAGE DE SIAM. 55
qu'en ballon ; en la regardant l'on
croiroit voir d'un coup d'oeil ,
une ville , une mer & une vaſte
foreſt , où l'on trouve quantité
de Pagodes qui font leurs Eglifes
, & la plupart font fort dorées,
à l'entour de ces Pagodes', il ya
comme des Cemetieres plantés
d'arbres la plupart fruitiers , les
maiſons des Talapoins font les
plus grandes& les plus belles&
font en tres-grand nombre .
Ce païs-là eſt plus ſain que les
autres des Indes ,les Siamois ſont
communément affez bien-faits ,
quoi qu'ils ayent tous le viſage
bazanné , leur taille eſt affez
grande , leurs cheveux font
noirs , ils les portent aſſez courts
àcauſe de la chaleur , ils ſe baignent
ſouvent , ce qui contribuë
àla conſervation de leur ſanté
les Europeans qui y demeurent
en font de même pour éviter les
a
e iiij
56 RELATION
maladies ; ils tiennent leurs marchés
ſur des places inondées dans
leurs balons pendant fix ou ſept
mois de l'année que l'inondation
dure.
Le Roy ſe leve du matin &
tient un grand Conſeil vers les
dix heures ,où l'on parle de toutes
fortes d'affaires, qui dure juſqu'à
midy , aprés qu'il eſt fini ſes Medecins
s'aſſemblent pour ſçavoir
l'état de ſa ſanté , & enſuite il
va dîner ; il ne fait qu'un repas
par jour , l'aprés-dînée il ſe retire
dans ſon appartement où il dort
deux ou trois heures , & l'on ne
ſçait pas à quoyil employe le reſte
dujour, n'étant permis pas même
à ſes Officiers d'entrer dans ſa
chambre . Sur les dix heures du
foir, il tient un autre Conſeil ſecret
, où il y a ſept ou huit Mandarins
de ceux qu'il favoriſe le
plus , ce Conſeil dure juſqu'à
DU VOYAGE DE SIAM . 57
minuit . Enſuite on luy lit des
hiſtoires ou des vers qui ſont faits
à leurs manieres , pour le divertir
& d'ordinaire après ce Conſeil ,
Monfieur Conſtans demeure ſeul
aveclui , auquel il parle à coeur
ouvert , comme le Roy luy trouve
un eſprit tout-à- fait vaſte , ſa
converſation luy plaît , & il luy
communique toutes ſes plus fecrettes
penſées ; il ne ſe retire
d'ordinaire qu'à trois heures aprés
minuit pour s'aller coucher , voilà
la maniere dontle Roy vît toûjours
, & de cette forte toutes les
affaires de ſon Royaume paſſent
devant luy ; dans de certains
tempsil prend plaiſir à la chaſſe ,
comme j'ay dit ; il aime fort les
bijoux même ceux d'émail & de
verre , il eſt toûjours fort proprement
vêtu , il n'a d'enfans qu'une
fille , que l'on appelle la Princef
ſeReyne , âgée d'environ vingt58
RELATION
fept ou vingt-huit ans le Roi
l'aime beaucoup , on m'a dit qu'elle
étoit bien faite ; mais jamais les
hommes ne la voyent, elle mange
dans le même lieu & à même
tems que le Roy,mais à une table
feparée ; & ce ſont des femmes
qui les ſervent qui ſont toûjours
proſternées.
Cette Princeſſe a ſa Cour compoſéedes
femmes des Mandarins
qui la voyent tous les jours , &
elletientConſeil avec ſes femmes
de toutes ſes affaires , elle rend
juſticeà ceux qui luy appartiennent
, &leRoy luy ayant donné
desProvinces dont elle tire le revenu&
en entretient fa Maiſon ,
elle a ſes châtimens & exerce la
juſtice. Il y eſt arrivé quelquefois
que lorſque quelques femmes de
ſamaiſon ont eſté convaincuës de
mediſances d'extrême confideration
, ou d'avoir revelé des ſecrets
DU VOYAGE DE SIAM. 59
de tres-grende importance , elle
leur a fait coudre la bouche .
Avant la mort de la Reyne ſa
mere, elle avoit à ce que l'on dit
du penchant à faire punir avec
plus de ſeverité , mais du depuis
qu'elle l'a perduë elle en uſe avec
beaucoup plus de douceur ; elle
va quelquefois àla chaſſe avec le
Roy , mais c'eſt dans une fort
belle chaiſe placée ſur un Elephant
& où quoy qu'on ne la
voye point elle voit neanmoins
tout ce qui s'y paſſe. Il y a des Cavaliers
qui marchent devant elle
pour faire retirer le monde , & fi
par hazard il ſe trouvoit quelque
homme ſur ſon chemin qui ne pût
pas ſe retirer,il ſe proſterne en terre
& luy tourne le dos. Elle eſt
tout le jour enfermée avec ſes
femmes ne ſe divertiſſantà faire
aucun ouvrage , ſon habillement
eſt affez ſimple & fort leger , elle
60 RELATION'
eſt nuë jambe , elle a à ſes pieds
des petites mulles ſans talons
d'un autre façon que celles de
France ; ce qui lui fertdejuppe eſt
une piece d'étoffe de ſoye ou de
coton qu'on appelle paigne , qui
l'enveloppe depuis la ceinture
en bas & s'atrache par les deux
bouts, qui n'eſt point plicée , de
la ſceinture en haut elle n'a rien
qu'une chemiſe de mouſſeline
qui luy tombe deſſus cette maniere
de juppe , & qui eſt faite
de meſme que celle des hommes,
elle a une écharpe fur la gorge
qui luy couvre le col & qui paffe
par deſſous les bras , elle eſt toûjours
nuë teſte , & n'a pas les
cheveux plus longs que de quatre
ou cinq doigts , ils lui font comme
une tête naiſſante ; elle aime
fort les odeurs , elle fe met de
P'huileà la teſte ; car il faut en ces
lieux-là que les cheveux foient
DU VOYAGE DE SIAM . 61
luifans , pour eſtre beaux , elle
ſe baigne tous les jours meſme
plus d'une fois qui eſt la coûtume
de toutes les Indes , tant à l'égard
deshommes quedes femmes ;j'ay
apris tout ceci de Madame Conſtans
qui va ſouvent luy faire ſa
Cour. Toutes les femmes qui
font dans ſa Chambre ſont toûjours
proſternées & par rang ,
c'eſt à dire les plus vieilles ſont
les plus proches d'elle , & elles
ont la liberté de regarder la Princeffe
, ce que les hommes n'ont
point avec le Roy de quelque
qualité qu'ils foient , car tant
qu'ils font devant luy , ils ſont
profternez & meſme en luy parlant.
Le Roy a deux freres , les freres
du Roy heritent de la Couronne
de Siam preferablement à
fes enfans . Quand le Roy fort
pour aller à la Chaſſe ou à la
62 RELATION
promenade, on fait avertir tous
les Européens de ne ſe point trouver
ſur ſon chemin , à moins qu'ils
ne veulent ſe profterner un moment:
avant qu'il forte de fon Palais
on entend des trompettes &
des tambours qui avertiſſent &
qui marchent devant le Roy , à
ce bruit les Soldats qui font en
haye ſe proſternent le front contre
terre & tiennent leurs moufquets
ſous eux ; ils font en cette
poſture autant de temps que
le Roy les peut voirde deſſus ſon
Elephant , où il eſt aſſis dans une
chaiſe d'or couverte , la garde à
cheval qui l'accompagne & qui
eſt compoſée de Maures eſt environ
quarante Maiſtres marchant
fur les aîles ; toute la Maiſon du
Roy eſt à pied devant , derriere
&à côté , tenant les mains jointes,&
elle le ſuit de cette maniere.
Il y a quelques Mandarins des
DUVOYAGE DE SIAM. 63
principaux qui le fuivent ſur des
Elephans , dix ou douze Officiers
qui portent de grands paraſſols
tout à l'entour du Roy , & il n'y
a que ceux- là qui ne ſe proſternent
point ; car dés le moment
que le Roy s'arreſte tous les autres
ſe proſternent , & mefme
ceux qui ſont ſur les Elephans.
Quant à la maniere que le Roy
de Siam obſerve à la reception
des Ambaſſadeurs , comme ceux
de la Cochinchine , de Tonquin,
de Colconda , des Malais , de
Java & des autres Roys , il les
reçoit dans une Salle couverte de
tapis , les grands & principaux
du Roïaume font dans une autre
ſalleun peu plus baffe , & les autres
Officiers de moindre qualité
dans une autre ſalle encore plus
baſſe, tous proſternés ſur des tapis
en attendant que le Roy pa
64 RELATION
roiſſe par une feneſtre qui eſt visà-
vis; la ſalle où doivent eſtre les
Ambaſſadeurs eſt élevée d'environ
dix ou douze pieds & diſtante
de cette falle de trente pieds ;
l'on ſçait que le Roy va paroître
par le bruit des trompettes , des
tambours & des autres Inſtrumens
; les Ambaſſadeurs font derriere
une muraille qui renferme
cette ſalle qui attendent la fortie
du Roy , & ordre des Miniſtres
que le Roy envoye appeller par
un des Officiers de ſa Chambre,
ſuivant la qualité des Ambaſſadeurs
, & fes Officiers fervent en
telles occaſions; aprés queles Miniſtres
ont la permiffion du Roy
on ouvre la porte de la ſalle &
auſſi- tôt les Ambaſſadeurs paroifſent
avec leur Interprete , &
l'Officier de la Chambre du Roi
qui ſert de Maiſtre de Ceremonies&
marchent devant eux profternez
DU VOYAGE DE SIAM. 65
ternez ſur des tapis qui ſont ſur
la terre , faiſant trois reverences
la teſte en bas à leur maniere
aprés quoy le Maiſtre des Ceremonie
marche à genoux les mains
jointes , l'Ambaſſadeur avec fes
Interprettes le ſuit en la même
poſture avec beaucoup de modeſtie
juſques au milieu de la
diſtance d'où il doit aller , & fait
trois reverences en la meſme forme
; il continue à marcher jufqu'au
coin le plus proche des falles
où les Grands font , & il recommence
à faire des reverences
où il s'arrête ; il y a une table
entre le Roy & l'Ambaſſadeur ,
diſtante de huit pieds , où ſont
les preſens que l'Ambaſſadeur apporte
au Roy , & entre cette table
& les Ambaſſadeurs il ya un
Mandarin qui reçoit les paroles
de ſa Majesté , & dans cette Salle
ſont les Miniſtres du Roy diff
66 RELATION
tants de l'Ambaſſadeur d'environ
trois pas , & le Capitaine qui
gouverne la Nation d'où eſt l'Ambaffadeur
eft entre luy & les Miniſtres
; le Roy commence à parler
le premier & non l'Ambaffadeur
, ordonnant à ſes Miniſtres
de s'informer de l'Ambaffadeur
quand il eſt party de la preſence
duRoy ſon Maiſtre , file Roy
& toute la famille Royale eſtoit
en ſanté , auquel l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt par fon Interprete
, l'Interprete le dit au
Capitaine de la Nation d'où eſt
l'Ambaſſadeur , le Capitaine au
Barcalon & leBarcalon au Roy.
Aprés cela le Roy fait quelque
demande fur deux ou trois points
concernant l'Ambaſſadeur ; enfuitele
Roy ordonne à l'Officier
qui eſt proche la table de donner
du betel àl'Ambaſſadeur , ce
qui ſert de ſignal pour que l'on
DU VOYAGE DE SIAM. 67
luy preſente une veſte , & incontinent
le Roy ſe retire au bruit
des tambours, des trompettes&
des autres inſtrumens. La premiereAudiencede
l'Ambaſſadeur
ſe paſſe entreluy & le Ministre ,
qui examine la Lettre &les prefens
du Prince qui l'a envoyés
l'Ambaſſadeur ne preſente point
la Lettre au Roy , mais au Miniſtre
, aprés quelques jours du
Conſeil tenu ſur ce ſujet.
Quand ce font des Ambaſſadeurs
des Roys indépendans de
quelque Couronne , que ce ſoit
de ſes pays , commePerſe , grand
Mogol , l'Empereur de la Chine ,
de Japon , on les reçoit enlamaniere
ſuivanre.
Les Grands du premier & du
ſecond Ordre vont aupied de la
feneſtre où eſt le Roy ſe proſter-:
ner ſuivant leurs qualitez ſur des
tapis , & ceux du troiſieme , quafij
68 RELATION
triéme & cinquiéme , ſont dans
une ſalle plus baffe & attendent
la fortie du Roy qui paroiſt par
une feneſtre qui eſt enfoncée
dans la muraille , & élevée de
dix pieds ; les Ambaſſadeurs font
dans un lieuhors du Palais , en
attendant le Maiſtre des Ceremonies
qui les vient recevoir , &
l'on fait les meſmes ceremonies
dont j'ay parlé cy -deſſus : l'Ambaſſadeur
entrant dans le Palais
leve les mains ſur ſa teſte & marche
entre deux Salles qu'il ya &
monte des degrez qui font visà-
vis la feneſtre où eſtle Roy , &
quand il eſtau haut il poſe un genou
en terre , & auffi-tôt on
ouvre une porte pour qu'il puiſſe
paroître devant le Roy ; enſuite
on pratique les mêmes ceremonies
qui viennent d'eſtre marquées
cy-devant. Ily a un bandege
ou plat d'or ſur la table où
DU VOYAGE DE SIAM. 69
eſt la Lettre traduite & ouverte ,
ayant été receuë par les Miniſtres
quelques jours auparavant dans
une ſalle deſtinée à cet uſage ;
quand l'Ambaſſadeur eſt dans ſa
place le Lieutenant du Miniſtre
prend laLettre& la lit tout haut;
aprés qu'il l'a leuë , le Roy fait
faire quelque demande à l'Ambaſſadeur
par ſon Miniſtre , fon
Miniſtre par le Capitaine de la
Nation , & le Capitaine par l'Interprete
, & l'Interprete enfin
parle à l'Ambaſſadeur. Ces demandes
ſont ſile Roy ſon Maître
& la famille Royale font en ſanté
, & s'il la chargé de quelqu'au
tre choſe qui ne fût pas dans la
Lettre , à quoy l'Ambaſſadeur
répond ce qui en eſt ; leRoy luy
fait encore troisou quatre deman.
des , & donne ordre qu'on luy
donne une veſte & du betel : aprés
quoy le Roy ſe retire au bruit des
70 RELATION
tambours & des trompettes ,&
l'Ambaſſadeur reſte un peu de
temps , & ceux qui l'ont reccu
le reconduiſent juſqu'à fon logis
fans autre accompagnement ; &
comme j'appris cette manierede
recevoir les Ambaſſadeurs qui ne
me parût pas répondre à la grandeur
du Monarque de la part
de qui je venois , j'envoyay au
Roy de Siam deux Mandarins
qui estoientavec moy de ſa part ,
pour ſçavoir ce que je ſouhaitterois
, pour le prier de me faire la
mefme reception que l'on a accoûtumé
de faire en France , ce
qu'il m'accorda de la maniere
queje l'ay raconté cy-devant.
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Résumé : ETAT Du Gouvernement, des Moeurs, de la Religion, & du Commerce du Royaume de Siam, dans les pays voisins, & plusieurs autres particularités.
Le texte décrit l'organisation politique, judiciaire et sociale du Royaume de Siam. Les mandarins, responsables de la justice, se réunissent au palais royal pour entendre les requêtes. Les étrangers peuvent porter des plaintes concernant les marchandises auprès du Barcalon, premier ministre du roi, ou de son lieutenant. Le roi de Siam est décrit comme absolu et sévère, châtiant sévèrement les crimes. Les peines incluent des coups de rotte, la décapitation, et des supplices publics pour les complices de crimes capitaux. Le roi travaille intensément à des projets de construction et est favorable aux étrangers, qu'il emploie dans son service. Le roi actuel de Siam se distingue par sa volonté de se montrer à ses sujets et aux étrangers, influencé par les coutumes européennes. Il est assisté par un ministre grec, Monsieur Conftans, qui exerce une grande autorité. Les lois traditionnelles, influencées par les Talapoins, interdisent le meurtre, mais le roi actuel a introduit des peines plus sévères, comme la décapitation et la livraison aux éléphants. Le royaume de Siam est peuplé de diverses nations étrangères, chacune ayant ses officiers particuliers. Le commerce étranger a diminué en raison des troubles dans les régions voisines, mais il est espéré qu'il reprendra. Le royaume est en guerre avec plusieurs voisins, notamment les Cambogiens et le Royaume de Laos, en raison de conflits et de trahisons. Les Siamois sont décrits comme dociles et chastes, bien que les riches puissent avoir des concubines. Les mœurs varient selon les groupes ethniques, avec des différences notables entre Siamois, Pegovans, Laos, et Malais. Les étrangers présents dans le royaume incluent des Portugais, Hollandais, Anglais, Français, Cochinchinois, Tonquinois, Macassars, et Arméniens, chacun ayant des rôles et des statuts variés. Les valets sont contraints de servir les Siamois sans rémunération pendant la moitié de l'année et sont nourris à bas coût, principalement avec du riz et du poisson. Les Siamois sont souvent maçons ou charpentiers, et certains sont très habiles en sculpture et dorure, mais ils ne maîtrisent pas la peinture. Leur religion est marquée par des histoires fabuleuses et la croyance en la métempsycose, où l'âme se réincarne après la mort. Les Talapoins (moines) sont respectés et vivent de l'aumône, sans prier les divinités. Ils croient en trois grands Talapoins devenus dieux et anéantis après avoir acquis des mérites. Les navires siamois, autrefois similaires aux navires chinois appelés 'Sommes', ont été modernisés avec des vaisseaux européens. Le roi de Siam possède environ cinquante galères pour protéger la rivière et la côte, avec des rameurs soldats et des navigateurs principalement mores, chinois et malabars. Les commandants des navires sont souvent anglais ou français. Le commerce de Siam est vaste et diversifié, avec des échanges réguliers avec la Chine, le Japon, le Tonquin, et d'autres régions. Le royaume s'étend sur près de trois cents lieues et est divisé en onze provinces, chacune ayant autrefois été un royaume indépendant mais maintenant sous la domination du roi de Siam. La capitale est située sur une grande rivière, permettant aux vaisseaux de naviguer jusqu'aux portes de la ville. Le territoire est fertile mais mal cultivé, avec de vastes plaines et forêts abritant divers animaux. Les fruits et plantes du Siam sont nombreux, bien que certains soient difficiles à transporter en France. Les orangers produisent en abondance des fruits de bonne qualité, mais les arbres ne durent que deux ans. La pompelmouse est également appréciée pour sa valeur nutritive. Le pays cultive du blé et du riz en grande quantité, ce dernier profitant des inondations fréquentes. Les vignes, bien que prospères, sont détruites par des fourmis blanches. Le tabac et l'arrak sont consommés en grande quantité par les Siamois. La capitale du Siam est une ville très peuplée et cosmopolite, où résident des Maures, des Chinois, des Français et des Anglais. Les habitants doivent servir le roi quatre mois par an sans rémunération, ce qui oblige les femmes à travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Le roi tient des conseils matinaux et nocturnes pour gérer les affaires du royaume. Il a une fille, la princesse, qui exerce également des fonctions judiciaires et vit recluse avec ses femmes. Les cérémonies et les audiences avec les ambassadeurs suivent des protocoles rigoureux, incluant des prosternations et des révérences. Le roi et la princesse se baignent fréquemment pour des raisons de santé.
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174
s. p.
A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
Début :
MONSEIGNEUR, Quoy que l'usage soit de renfermer toutes les [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Altesse sérénissime, Roi, Siam
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texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
A SON ALTESSE
SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE DUC
ONSEIGNEUR,
Quy que l'usage foit
de renfermer toutes les plus
a ij
EPISTRE.
belles Actions des Princes
à qui on dédie un Livre,
dans l'Epiſtre qu'on met à
la teſte , il me seroit impoßible
en vous offrant cette
Relation, d'imiter ceux
qui ont fait de ces Eloges,
puisqu'ilfaudroit que l'Epiſtre
fust plus longue que
l'Ouvrage ; außi ne me
fuis- je proposé de prendre
pourſuj't de celle- cy , que
la Conve fation que Vos-
TRE ALTESSE SERENISSIME
a eue avec les Ambaf
EPISTR E.
fadeurs du Roy de Siam.
Elle n'a pas duré une heure,
&fi je voulois m'éten
dreſur tout ce que vous avez
dit enſi peu de temps,
J'aurois dequoy faire un
Panegyrique entier. Fay
eu l'avantage , MONSEIGNEUR,
d'en eftre
témoin, avec cent Per-
Sonnes de marque , qui ne
pouvant retenir les loüanges
qui vous estoient deuës,
les firent éclater pendant
l'Audience. F'entendis
EPISTRE .
mesme une voix qui dit,
Que les Ambaſſadeurs ,
quijuſque - là ne vous avoient
crû qu'unHomme ,
me,
ppoouurrrrooiieenntt vous prendre
pour quelque choſe de
plus , tant vous leur faifiez
paroiſtre d'efprit.
Vostre A. S. a fait voir
en moins d'une heure la
parfaiteintelligencequ Elle
a dans le mſter de la
Guerre, & qui eft herediditaire
à la Maifon de
Condé. Vous avez apris
EPISTRE.
'à ceux qui ont eu l'honneur
de vous écouter, comment
des Armées doivent
Secamper pour vaincre, 5
pour Soutenir les plus vigoureuſes
Attaques. Vous
avez marqué les inconveniens
qu'il y avoit à ſe
mettre en batailleSelon l'ordre
qu' obfervent les Siamois,
& vous avezpar là
donné des leçons aux Indiens
, à qui de Siecle en
Siecle leurs Ancestres doivent
avoir apris de quelle
EPISTRE .
maniere Alexandre combattoit.
Ainsi , ΜΟΝ-
SEIGNEUR, vous avez
montré par cette Converſation
, non ſeulement
que l' Art de la Guerre n'a
rien d'inconnu pour vous,
mais encore que vous ne
Sçavez pas moins bien la
Situation es les Coustumes
des Païs les plus éloignez ;
que dans les Histoires étrangeres
rien n'échape aux
vives lumieres de vostre
esprit ; que cet esprit est
EPISTRE.
univerſel , es qu' il n'y a
que vos bontez qui l'égalent.
Apres cela, MONSEIGNEVR,
ne peutan
pas dire qu' en moins
d'une heure de temps , V
A S. a fait bonneur à la
Francepar tous les endroits
qui font le grand & l'hon
neste Homme, puisque tou
tes ces choses estant rap--
portées au Royde Siam,
luy feront concevoir la plus
haute idée de tous les Prin
ces du Sang de Bourbon ?
EPISTRE.
Le bruit s'en répandra dans
les Indes, & vous n'yferez
pas moins connu que vous
l'estes dans toute l'Europe.
Pendant que ceux qui ont
eſté témoins de toutes ces
chofes , comme moy,les ont
publiées, j'ay crû, MONSEIGNEUR
, non seulement
les devoir écrire,
mais außi que c'estoit pour
moy une obligation indifpensable
de vous dédier un
Livre auquel l'entretien
que vous avez eu avec les
EPISTRE .
Ambaſſadeurs du Roy de
Siam, vous donne une part
fi glorieuse. Fe l'offre à V.
A. S. avec d'autant plus
de zele & de plasfir, que
jesçay que le Mercure &
les Ouvrages qui en dépendent
font traduits en plufieurs
Langues , & imprimez
chez les Nations étrangeres
, & que plusieurs
Relations dignes defoy af-
Seurent qu'ils se sont ou
vert un paffage , juſques
aux Indes poury aprendre
EPISTRE.
Xes merveilles de la Vie dis
Roy. Amfij auray l'avantage
de faire connoistre
dans les Païs les plus reculez
, le profond respect
avec lequel je ſuis,
MONSEIGNEUR,
De Vostre Altesse Seren ſſime,
Le tres-humble, tres- obeiſſant
& tres-fidele Serviteur ,
DEVIZE.
SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE DUC
ONSEIGNEUR,
Quy que l'usage foit
de renfermer toutes les plus
a ij
EPISTRE.
belles Actions des Princes
à qui on dédie un Livre,
dans l'Epiſtre qu'on met à
la teſte , il me seroit impoßible
en vous offrant cette
Relation, d'imiter ceux
qui ont fait de ces Eloges,
puisqu'ilfaudroit que l'Epiſtre
fust plus longue que
l'Ouvrage ; außi ne me
fuis- je proposé de prendre
pourſuj't de celle- cy , que
la Conve fation que Vos-
TRE ALTESSE SERENISSIME
a eue avec les Ambaf
EPISTR E.
fadeurs du Roy de Siam.
Elle n'a pas duré une heure,
&fi je voulois m'éten
dreſur tout ce que vous avez
dit enſi peu de temps,
J'aurois dequoy faire un
Panegyrique entier. Fay
eu l'avantage , MONSEIGNEUR,
d'en eftre
témoin, avec cent Per-
Sonnes de marque , qui ne
pouvant retenir les loüanges
qui vous estoient deuës,
les firent éclater pendant
l'Audience. F'entendis
EPISTRE .
mesme une voix qui dit,
Que les Ambaſſadeurs ,
quijuſque - là ne vous avoient
crû qu'unHomme ,
me,
ppoouurrrrooiieenntt vous prendre
pour quelque choſe de
plus , tant vous leur faifiez
paroiſtre d'efprit.
Vostre A. S. a fait voir
en moins d'une heure la
parfaiteintelligencequ Elle
a dans le mſter de la
Guerre, & qui eft herediditaire
à la Maifon de
Condé. Vous avez apris
EPISTRE.
'à ceux qui ont eu l'honneur
de vous écouter, comment
des Armées doivent
Secamper pour vaincre, 5
pour Soutenir les plus vigoureuſes
Attaques. Vous
avez marqué les inconveniens
qu'il y avoit à ſe
mettre en batailleSelon l'ordre
qu' obfervent les Siamois,
& vous avezpar là
donné des leçons aux Indiens
, à qui de Siecle en
Siecle leurs Ancestres doivent
avoir apris de quelle
EPISTRE .
maniere Alexandre combattoit.
Ainsi , ΜΟΝ-
SEIGNEUR, vous avez
montré par cette Converſation
, non ſeulement
que l' Art de la Guerre n'a
rien d'inconnu pour vous,
mais encore que vous ne
Sçavez pas moins bien la
Situation es les Coustumes
des Païs les plus éloignez ;
que dans les Histoires étrangeres
rien n'échape aux
vives lumieres de vostre
esprit ; que cet esprit est
EPISTRE.
univerſel , es qu' il n'y a
que vos bontez qui l'égalent.
Apres cela, MONSEIGNEVR,
ne peutan
pas dire qu' en moins
d'une heure de temps , V
A S. a fait bonneur à la
Francepar tous les endroits
qui font le grand & l'hon
neste Homme, puisque tou
tes ces choses estant rap--
portées au Royde Siam,
luy feront concevoir la plus
haute idée de tous les Prin
ces du Sang de Bourbon ?
EPISTRE.
Le bruit s'en répandra dans
les Indes, & vous n'yferez
pas moins connu que vous
l'estes dans toute l'Europe.
Pendant que ceux qui ont
eſté témoins de toutes ces
chofes , comme moy,les ont
publiées, j'ay crû, MONSEIGNEUR
, non seulement
les devoir écrire,
mais außi que c'estoit pour
moy une obligation indifpensable
de vous dédier un
Livre auquel l'entretien
que vous avez eu avec les
EPISTRE .
Ambaſſadeurs du Roy de
Siam, vous donne une part
fi glorieuse. Fe l'offre à V.
A. S. avec d'autant plus
de zele & de plasfir, que
jesçay que le Mercure &
les Ouvrages qui en dépendent
font traduits en plufieurs
Langues , & imprimez
chez les Nations étrangeres
, & que plusieurs
Relations dignes defoy af-
Seurent qu'ils se sont ou
vert un paffage , juſques
aux Indes poury aprendre
EPISTRE.
Xes merveilles de la Vie dis
Roy. Amfij auray l'avantage
de faire connoistre
dans les Païs les plus reculez
, le profond respect
avec lequel je ſuis,
MONSEIGNEUR,
De Vostre Altesse Seren ſſime,
Le tres-humble, tres- obeiſſant
& tres-fidele Serviteur ,
DEVIZE.
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Résumé : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
L'auteur adresse une épître à un duc, louant une conversation d'une heure entre le duc et les ambassadeurs du roi de Siam. Cette discussion a impressionné les témoins par la maîtrise du duc en art de la guerre et en stratégies militaires, comparant même les tactiques des Siamois à celles d'Alexandre le Grand. Le duc a également démontré une connaissance des coutumes et des situations des pays éloignés, ainsi qu'une intelligence des histoires étrangères. Cette performance a honoré la France et renforcé la réputation du duc en Europe et dans les Indes. L'épître se conclut par l'offrande d'un livre à Sa Sérénissime Altesse, destiné à être traduit et lu dans diverses langues et nations, contribuant ainsi à la renommée du duc.
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175
p. 70-73
Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Ils coucherent le 25. à Orleans. C'est la Capitale d'un [...]
Mots clefs :
Orléans, Pont, Titre, Paris, Ville, Églises, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Ils coucherent le 25. à
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
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Résumé : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte présente Orléans, capitale d'un duché située sur la Loire. La ville est connue pour son pont crucial pour le commerce, son université, son prélat et son évêque suffragant de Paris. Orléans est l'une des plus anciennes et des plus belles villes de France, ayant autrefois été un royaume sous les rois de Siam. Elle compte 70 rois de la première race. Les évêques d'Orléans possèdent des privilèges notables, tels que la libération de prisonniers à leur entrée et le port d'un siège à la cathédrale par des barons locaux. La ville est bien organisée avec des rues élégantes, des places spacieuses, des maisons et des églises magnifiques. La cathédrale abrite 59 chanoines et 12 dignités. Orléans possède également quatre églises collégiales et 22 paroisses. La ville est construite sur une colline en forme d'arc, protégée par une terrasse et une muraille avec 40 tours, 8 portes et un pont de 13 arches reliant un faubourg. Ce pont est orné de trois statues de bronze représentant la Vierge, Charles VII et Jeanne d'Arc. Les ambassadeurs ont achevé leur voyage dans des carrosses envoyés de Paris à Orléans.
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176
p. 171-225
Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy estant guery de la Fiévre-quarte, dont il [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Siam, Trône, Audience, Ambassadeur, Ambassadeurs, Gardes du corps, Prince, Galerie, Duc de La Feuillade, Dauphin, Gardes de la porte, Suisses, Bonnets, Fleurs, Inclinations, Religion, Parler, France, Officiers, Versailles, Gardes françaises, Louvre, Trompettes, Compliments, Cérémonies, Maison royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Le Roy estant guery de
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Après sa guérison de la fièvre quarte, le roi de France annonça qu'il recevrait les ambassadeurs siamois le 1er septembre. Le maréchal Duc de la Feuillade, accompagné de M. de Bonneuil et M. Giraut, se rendit à leur hôtel pour les escorter. Durant le trajet vers Versailles, les ambassadeurs discutèrent de la religion des Siamois, soulignant que chaque religion peut sembler ridicule à ceux qui en ignorent les détails. À Versailles, les ambassadeurs furent accueillis par des gardes en uniforme et traversèrent plusieurs cours avant d'être conduits dans la salle de descente. Ils refusèrent de déjeuner mais se préparèrent en mettant leurs bonnets de dignité ornés de couronnes d'or et de rubis. Escortés par plusieurs dignitaires, ils furent conduits à l'escalier du roi. La lettre du roi de Siam, portée par douze Suisses, fut accompagnée de tambours et de trompettes. Les ambassadeurs traversèrent les cours remplies de monde, montèrent l'escalier au son des fanfares et firent des inclinations profondes en entrant dans la galerie. Le roi, vêtu d'un habit brodé de pierreries, était entouré de princes et de grands officiers. Après la harangue de l'ambassadeur, traduite par l'abbé de Lionne, le roi reçut la lettre debout et découvert. Il demanda des nouvelles du roi de Siam et de la reine, puis invita l'ambassadeur à faire des propositions. Les ambassadeurs se retirèrent en faisant des inclinations et en marchant à reculons jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus voir le roi. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la beauté et la richesse des appartements royaux. Ils furent invités à un dîner somptueux, avec une table décorée de fleurs et de nombreux plats. Après le repas, ils rencontrèrent le Dauphin, qui répondit favorablement à leurs compliments. Ils rendirent également visite au duc de Bourgogne, au duc d'Anjou, et au duc de Berry, en leur adressant des compliments appropriés. Ils rencontrèrent également Monsieur et Madame, exprimant leur admiration pour leurs exploits et leur union avec le roi. Tout au long de leur visite, les ambassadeurs montrèrent une grande déférence et furent reçus avec des honneurs égaux pour toute la maison royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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177
p. 279-282
Ils vont voir le Magasin d'Armes à la Bastille. [titre d'après la table]
Début :
Ils ont esté à la Bastille voir le Magazin d'Armes, [...]
Mots clefs :
Magasin d'armes, Bastille, Armes, Magasins, Écrire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir le Magasin d'Armes à la Bastille. [titre d'après la table]
Ils ont eſté à la Baſtille
voir le Magazin d'Armes ,
280 Voyage des Amb.
où il y en a toujours de
preſtes pour armer trente
mille hommes. Je ne vous
en fais point ledétail. Imaginez
- vous toutes les fortes
d'Armes qui peuvent
eſtre employées dans une
Armée,& ce ſera vous repreſenter
tout ce qu'on
trouve dans ce Magazin.
Rien n'en égale le bon ordre
&la propreté. C'eſt un
effer des foins de M Thiton
, mais l'établiſſement
en eſt deu à M² de Lou
de Siam: 201
vois . Il n'y en avoit point
encore eu en France. Les
Ambaffadeurs ne fe contenterent
pas de l'admirer
, mais ils ſe donnerene
la peine d'écrire& de faire
écrire par leursSecretaires
tour ce qu'ilsy virent. Om
Ieur dit qu'il y avoit en
France encore vingt Magazins
qui n'eſtoient pass
moins remplis. Ainfi ea
quelque lieu qu'on puide
envoyer des Soldats fans
Armes ils en trouvent
Aa
2
282. Voyage des Amb.
dans ces Magazins , &
cela n'a pas peu contribué
aux Conqueſtes de Sa
Majefte.
voir le Magazin d'Armes ,
280 Voyage des Amb.
où il y en a toujours de
preſtes pour armer trente
mille hommes. Je ne vous
en fais point ledétail. Imaginez
- vous toutes les fortes
d'Armes qui peuvent
eſtre employées dans une
Armée,& ce ſera vous repreſenter
tout ce qu'on
trouve dans ce Magazin.
Rien n'en égale le bon ordre
&la propreté. C'eſt un
effer des foins de M Thiton
, mais l'établiſſement
en eſt deu à M² de Lou
de Siam: 201
vois . Il n'y en avoit point
encore eu en France. Les
Ambaffadeurs ne fe contenterent
pas de l'admirer
, mais ils ſe donnerene
la peine d'écrire& de faire
écrire par leursSecretaires
tour ce qu'ilsy virent. Om
Ieur dit qu'il y avoit en
France encore vingt Magazins
qui n'eſtoient pass
moins remplis. Ainfi ea
quelque lieu qu'on puide
envoyer des Soldats fans
Armes ils en trouvent
Aa
2
282. Voyage des Amb.
dans ces Magazins , &
cela n'a pas peu contribué
aux Conqueſtes de Sa
Majefte.
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Résumé : Ils vont voir le Magasin d'Armes à la Bastille. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs ont visité la Bastille et découvert un magasin d'armes capable d'équiper trente mille hommes. Le lieu, ordonné et propre, a été établi par Monsieur de Louv de Siam. Ils ont appris l'existence de vingt autres magasins similaires en France, facilitant l'équipement rapide des soldats et contribuant aux conquêtes royales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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178
p. 282-283
Ce qu'ils ont dit des Invalides. [titre d'après la table]
Début :
Lors qu'ils virent les Invalides, le premier Ambassadeur dit [...]
Mots clefs :
Invalides, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont dit des Invalides. [titre d'après la table]
Lors qu'ils virent
les Invalides , le premier
Ambaſſadeur dit en parlant
du Roy & de fes
Troupes ; Il les habille
les paye , & recompense
leurs belles act ons ; il les loge
, il les nourrit. Peut-il
manquer aprés cela d'eftre
toûjours Vainqueur ? Jamais
on n'a tant dit de
choſesen fi peude paroles,
de Siam 283
&je nefçay ti des Panegyriques
entiers pourroient
mieux louer le Roy.
les Invalides , le premier
Ambaſſadeur dit en parlant
du Roy & de fes
Troupes ; Il les habille
les paye , & recompense
leurs belles act ons ; il les loge
, il les nourrit. Peut-il
manquer aprés cela d'eftre
toûjours Vainqueur ? Jamais
on n'a tant dit de
choſesen fi peude paroles,
de Siam 283
&je nefçay ti des Panegyriques
entiers pourroient
mieux louer le Roy.
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179
p. 287-290
Ce qu'ils ont dit de Montmartre, de la Porte de S. Denis, de celle de S. Martin, & des nouveaux Ramparts. [titre d'après la table]
Début :
Comme ils veulent voir Paris par tous les endroits d'où [...]
Mots clefs :
Paris, Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin, Remparts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont dit de Montmartre, de la Porte de S. Denis, de celle de S. Martin, & des nouveaux Ramparts. [titre d'après la table]
Comme ils veulent voir
Paris par tous les endroits
d'où l'on en peut remarquer
quelques parties
principales , ils ont efté fur
la Montagne de Montmartre.
Ils ont dit Que
Siam avoit autant d'éten
due que Paris , mais que
288 Voyage des Amb.
cependant à cause de la
hauteur des Maisons,Paris
estoit fix fois außi grand
que Siam. Ils allerent au
Convent & firent compliment
à Madame de
Montmartre. Ils y entendirent
Vefpres , trouverent
beaucoup de dou
ceur dans le chant des Religieufes,&
remarquerent
qu'elles n'avoient point
levé leur Voile pour les
regarder Le premier Ambaſſadeur
dit , Qu'il les ad
miroit
de Siam. 289
miroitſans en estre étonné ,
&qu'on en devoit uſer ainfi
quand on avoit une fois
quité l'exterieur pour l'interieur.
Ils allerent enfuite
voir la Porte Saint Denis
&la Porte Saint Martin ,
qu'ils trouverent tres-belles
, mais ils dirent , qu'auprés
de ces grandsOuvrages
ilfalloit de plus belles Mai-
Sons. Ils virent enfuite le
Rempart qui s'étend jufques
à la Porte Saint Antoine
, & ils dirent , Que
Bb
290 Voyage des Amb.
quand cét Ouvrage ſeroit
achevé , ilferoit digne de
Paris.
Paris par tous les endroits
d'où l'on en peut remarquer
quelques parties
principales , ils ont efté fur
la Montagne de Montmartre.
Ils ont dit Que
Siam avoit autant d'éten
due que Paris , mais que
288 Voyage des Amb.
cependant à cause de la
hauteur des Maisons,Paris
estoit fix fois außi grand
que Siam. Ils allerent au
Convent & firent compliment
à Madame de
Montmartre. Ils y entendirent
Vefpres , trouverent
beaucoup de dou
ceur dans le chant des Religieufes,&
remarquerent
qu'elles n'avoient point
levé leur Voile pour les
regarder Le premier Ambaſſadeur
dit , Qu'il les ad
miroit
de Siam. 289
miroitſans en estre étonné ,
&qu'on en devoit uſer ainfi
quand on avoit une fois
quité l'exterieur pour l'interieur.
Ils allerent enfuite
voir la Porte Saint Denis
&la Porte Saint Martin ,
qu'ils trouverent tres-belles
, mais ils dirent , qu'auprés
de ces grandsOuvrages
ilfalloit de plus belles Mai-
Sons. Ils virent enfuite le
Rempart qui s'étend jufques
à la Porte Saint Antoine
, & ils dirent , Que
Bb
290 Voyage des Amb.
quand cét Ouvrage ſeroit
achevé , ilferoit digne de
Paris.
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Résumé : Ce qu'ils ont dit de Montmartre, de la Porte de S. Denis, de celle de S. Martin, & des nouveaux Ramparts. [titre d'après la table]
Des ambassadeurs ont visité Paris et ont gravi la Montagne de Montmartre pour observer la ville. Ils ont comparé Paris à Siam, notant que Paris était six fois plus grand en raison de la hauteur des bâtiments. Ils se sont ensuite rendus au couvent de Montmartre, où ils ont salué Madame de Montmartre et assisté aux vêpres. Ils ont apprécié le chant des religieuses, qui n'avaient pas levé leur voile pour les regarder. Un ambassadeur a admiré les religieuses de Siam, soulignant leur concentration sur l'intérieur plutôt que sur l'extérieur. Les ambassadeurs ont ensuite visité les portes Saint-Denis et Saint-Martin, les trouvant belles mais suggérant que des maisons plus belles devraient les entourer. Ils ont également observé le rempart jusqu'à la porte Saint-Antoine, estimant que cet ouvrage, une fois achevé, serait digne de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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180
p. 309-313
Description du Cabinet d'Armes du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Dans le mesme Logis où sont les Meubles, il y [...]
Mots clefs :
Cabinet d'armes du roi, Armes, Roi, Armure, Présent, Dauphin, Épée, Japon
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texteReconnaissance textuelle : Description du Cabinet d'Armes du Roy. [titre d'après la table]
Dans le meſme Logis
de Siam. 309
où font les Meubles , il y
a une fort grande chambre
, appellée le Cabinet
d' Armes du Roy . Elle en
eſt toute remplie , & ce
qui eft furprenant , c'eſt
qu'il n'y a rien que de rare
,& que ce font autant
de chefs d'oeuvres de l'Art.
On y voit l'Armure que
François I. porta au Siege
de Pavie , & fur laquelle
fes Conquestes font cizelées
; celle qu Henry II.
avoit lors que l'éclat de
310 Voyage des Amb.
la Lance du Comte de
Montgommery luy donna
dans la vifiere , au
Tournoy fur le Pont Noftre
Dame ; celle dont
Louis XIII . fe fervoit;
celle dont les Venitiens
ont fait preſent à Sa Majefté
, & où ſes Conqueſtes
font gravées ; celle
que le Roy a portée en
Flandre, & celle de Monſeigneur
le Dauphin . On
voit auſſi l'Epée d'Henry
I V. fur la garde de la
de Siam.
31
quelle eft fon Portrait; il
s'eſt ſervy de cette Epée
en quatre- vingt Batailles,
ou autres Occafions remarquables.
Il y a une
Armure du Japon , fort
legere , qui garantit des
fléches , & l'on y trouve
des Sabres de la pluſpart
des Nations du monde ,
&entre autres de Turquie
, du Japon , du Tonquin
, & de la Chine. Les
Ambaffadeursnommerent
d'abord tous les Païs
312 Voyage des Amb.
d'où cesSabresſontvenus .
Ily a auffi pluſieurs Arbaleftes,&
quantitéde Fufils
tres- rares,parmy leſquels
ils envirent un qui porte
juſqu'à neuf cens pas ; on
lepeut encore tirer deux
autres coups defuire,dont
T'un porte fix cens pas ,
& l'autre trois cens . On
leur en montra un autre
qui tire quatre coups dans
l'eau . Celuv dont la Ville
a fait preſent à Monfeigaeur
le Dauphin , & qui
eft
de Siam. 313
eft de Me Piraube, eſt tresbeau.
Il y a auſſi beaucoup
de Piques & de Maſſes
d'Armes , & mefme de
petites Coulevrines. Les
Ambaſſadeurs manierent
preſque tout ce qu'il y a
de plus curieux dans ce
Cabinet , &fe firent expliquer
beaucoup de chofes.
de Siam. 309
où font les Meubles , il y
a une fort grande chambre
, appellée le Cabinet
d' Armes du Roy . Elle en
eſt toute remplie , & ce
qui eft furprenant , c'eſt
qu'il n'y a rien que de rare
,& que ce font autant
de chefs d'oeuvres de l'Art.
On y voit l'Armure que
François I. porta au Siege
de Pavie , & fur laquelle
fes Conquestes font cizelées
; celle qu Henry II.
avoit lors que l'éclat de
310 Voyage des Amb.
la Lance du Comte de
Montgommery luy donna
dans la vifiere , au
Tournoy fur le Pont Noftre
Dame ; celle dont
Louis XIII . fe fervoit;
celle dont les Venitiens
ont fait preſent à Sa Majefté
, & où ſes Conqueſtes
font gravées ; celle
que le Roy a portée en
Flandre, & celle de Monſeigneur
le Dauphin . On
voit auſſi l'Epée d'Henry
I V. fur la garde de la
de Siam.
31
quelle eft fon Portrait; il
s'eſt ſervy de cette Epée
en quatre- vingt Batailles,
ou autres Occafions remarquables.
Il y a une
Armure du Japon , fort
legere , qui garantit des
fléches , & l'on y trouve
des Sabres de la pluſpart
des Nations du monde ,
&entre autres de Turquie
, du Japon , du Tonquin
, & de la Chine. Les
Ambaffadeursnommerent
d'abord tous les Païs
312 Voyage des Amb.
d'où cesSabresſontvenus .
Ily a auffi pluſieurs Arbaleftes,&
quantitéde Fufils
tres- rares,parmy leſquels
ils envirent un qui porte
juſqu'à neuf cens pas ; on
lepeut encore tirer deux
autres coups defuire,dont
T'un porte fix cens pas ,
& l'autre trois cens . On
leur en montra un autre
qui tire quatre coups dans
l'eau . Celuv dont la Ville
a fait preſent à Monfeigaeur
le Dauphin , & qui
eft
de Siam. 313
eft de Me Piraube, eſt tresbeau.
Il y a auſſi beaucoup
de Piques & de Maſſes
d'Armes , & mefme de
petites Coulevrines. Les
Ambaſſadeurs manierent
preſque tout ce qu'il y a
de plus curieux dans ce
Cabinet , &fe firent expliquer
beaucoup de chofes.
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Résumé : Description du Cabinet d'Armes du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente un cabinet d'armes situé dans un logis en Siam, renfermant des armes rares et précieuses. Parmi les pièces exposées figurent les armures de François I, Henri II et Louis XIII, ainsi que celles offertes par les Vénitiens et utilisées en Flandre et par le Dauphin. L'épée d'Henri IV, ayant servi dans quatre-vingts batailles, est également présente avec son portrait. Le cabinet abrite aussi une armure légère du Japon et des sabres provenant de la Turquie, du Japon, du Tonquin et de la Chine. Les ambassadeurs ont identifié les pays d'origine de ces sabres. On y trouve également plusieurs arbalètes et fusils rares, certains capables de tirer jusqu'à neuf cents pas. Des armes telles que des piques, des masses d'armes et des coulevrines complètent la collection. Les ambassadeurs ont examiné et manipulé les pièces les plus remarquables, se faisant expliquer leurs caractéristiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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181
p. 319-338
Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié à vous marquer que lors qu'ils allerent [...]
Mots clefs :
Monsieur le Duc, Roi, Troupes, Ambassadeur, Ordre de bataille, Prince, Mandarins, Rois, Inclinations, Plaisir, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Compliment, Bataille
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texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
J'ay oubliéà vous mar
quer que lors qu'ils alle
Dd iiij
320 Voyage des Amb.
rent chez Mademoiſelle
d'Orleans , ils demanderent
à voir Madame de
Guife. Cette Princeffe, qui
avoit alors quelque indifpoſition
, leur fit faire excuſe
de ce qu'elle ne pouvoit
les recevoir. Ils auroient
eſté dés ce temps
là chez Monfieur le Duc,
mais cePrince n'eſtantpas
àParis, ils attendirent fon
retour deVerſailles . Mrde
Bonneüilles conduifit , &
Son Alteffe Sereniffime
de Siam.
321
leurdonnaAudience dans
fon Appartement bas de
l'Hôtel deCondé. On leur
fit compliment de ſa part
lors qu'ils deſcendirent de
caroffe , & Monfieur le
Ducles reçût à la ſeconde
porte de l'Appartement.
Ils estoient reveſtus de
toutes les marques de leur
Dignité ,& tous les Mandarins
avoient leurs Bonnets
de Ceremonie.Si- toft
qu'ils apperceurent ce
Prince,ils firent trois incli322
Voyage des Amb.
nations tres - profondes ,
les mains jointes & élevées
juſques à leur front.
Il traverſa enfuire avec
cux ſept ou huit Antichambres
, & Chambres
magnifiquement meublées
, & ils trouverent
dans un grand Cabinet
deftiné pour l'Audience,
trois Fauteuils d'un coſté,
&un autre vis à vis . Avant
que de commencer
leur Complimeut , ils fi
rent encore trois inclinade
Siam.
323
tions comme ils avoient
fait en entrant , & aprés
un Compliment remply
d'éloges de Monfieur le
Duc , auquel fon Alteſſe
répondit , ils commencerent
une Converſation
qui fut admirée & louée
tout haut de tous ceux
qui l'entendirent .J'en parle
comme témoin , & vay
vous rapporter en peu de
paroles , ce qui ſe dit pendant
trois quart- d'heures
qu'elle dura. Monfieur le
324 Voyage des Amb.
Duc dit d'abord , que ce
que Mle Chevalier de
Chaumont avoit rapporté
à Sa Majefté du Roy
de Siam , joint aux honneurs
,& aux bons traitemens
qu'il luy avoit faits ,
augmenteroit l'amitié qui
eſtoit entre les deux Rois.
Ils ne répondirent à cela
que par de profondes inclinations
, comme ils avoient
fait , lorſque Monfieur
le Ducavoit parlé de
chaque Roy , ou des deux
de Siam.
325
イ
Rois enſemble. Ce Prince
leur dit enſuite qu'ils avoient
vù quelques Troupes
du Roy à Maintenon,
& leur demanda comment
ils les trouvoient.
Le premier Ambaſſadeur
répondit , qu'il ne croyoit
pas qu'on en puſt voir de
plus belles , mais que cepen--
dant elles ne l'avoient point
furpris , puis qu'on ne peut
penfer trop de bien desTroupes
à qui le Roy a apris à
vaincre. Monfieur le Duc
326 Voyagedes Amb.
repliqua , que puis qu'il
trouvoit ces Troupes fi
belles , il feroit à ſouhaiter
que Siam ne fuſt pas fi éloignéafin
qu'elles s'y pufſent
plus facilement tranfporter
en cas de beſoin .
L'Ambaſſadeur repartir ,
Que Dieu ayant déja fait
un miracle en liant les deux
Rois d'une étroite amitié,
malgré le grand éloignement
de leurs Etats , il en
pouvoit faire encore un autrepour
le transport de ces
de Siam.
327
-
1
Troupes. Son Alteſſe luy
demanda quel ordre de
Bataille obſervoient les
Siamois , & s'il eſtoit à
peu prés le meſme qu'en
ce Pays- cy . L'Ambaffadeur
fitalors avec ſa Cane
la demonstration d'une
Armée Siamoiſe en Bataille.
Monfieur le Duc luy
fit des objections fur les
défauts qu'il y trouva , &
luy fit voir que les aifles
d'une Armée en maniere
de croiffant , ainſi qu'il
1
328 Voyage des Amb.
les luy avoit marquées, é
toient preſque toûjours
batues en détail , parce
que peu de Soldats pouvoient
combatre à la fois,
au lieu que nos Troupes
eſtant de front ont beaucoup
plus de force . L'Ambaſſadeur
donna quelques
raiſons pour combattre
celles de Monfieur
le Duc Cependant comme
il ne trouva pas luymeſme
fes raiſons affez
fortes , il fe retrancha fur
de Siam.
320
ce qu'il n'avoit pas pr
tendu dire que leurs Ar
mées estoient tout à faic.
en croiffant & dit qu'elles
étoient bien plus en ovale.
Monfieur le Duc repartit
, que pour ſuivre cet
ordre de Bataille , il faloit
que les Armées euffent un
front égal , puiſque celle
qui en auroit un plus
grand envelopperoit l'autre.
L'Ambaſſadeur repliqua
, Que leur ordre de Bataille
n'estoit pas toûjours le
Ee
332 Voyage des Amb.
mesme , & qu'ils le changeoient
selon qu'ils Sçavoient
que leurs Ennemis
avoient plus ou moins de
Troupes ; qu'ils avoient des
ordres de Bataille pour les
Montagnes, pourles vallées
& pourles lieux étroits , &
qu'il y avoit en leur Pays
beaucoup de Livres qui
marquoient ces divers ordres.
Monfieur le Duc avant
que de pouffer plus
loin la matiere , leur fit
quelque excuſe de toutes
1
de Siam.
331
les queſtions qu'il faiſoir
&dit que c'eſtoit à cauſe
de l'eſtime qu'il avoit
pour le Roy leur Maiſtre ,
&pour les Ambaffadeurs,
& par le plaifir qu'il prenoit
à les entendre Ils firentune
profondeinclination
,& ce Prince pourfuivit
en demandant la
maniere d'armer les Elephans
L'Ambaffadeur la
luy expliqua , & luy die
meme qu'on y mettoir
du Canon. Monficut le
Ecij
332 Voyage des Amb.
,
Duc alla au devant de ce
qu'on luy dit là- deffus , &
expliqua luy-mefme plufieurs
chofes.Ce Princedemanda
enfuite combien il
y avoit à peu prés de chevaux
dans Siam , & d'où
ils venoient , ce qui les fir
entrer dans le détail d'une
Guerre , qui eft prefentement
dans le Royaume
de Camboie , Monſieur
le Duc luy fit plufieurs
queſtions qui firent
paroiſtre fon eſprit,& la
de Siam.
333
connoiſſance qu'il a de
de 1 Hiftoire . Ce Prince
demanda en ſuite s'ils
faifoient des Prifonniers
dans le Combat, ou s'ils
ne donnoient point de
quartier , & fi quand ils
avoient fait des Prifonniers
, en cas que ce fuft
leur maniere, ils les échangeoient.
L'Ambaſſadeur
répondit , Qu'ilsfaisoient
des Prisonniers , mais
qu'ils attendoient que la
Guerre fust finie pour les
334 Voyage des Amb.
rendre. Monfieur le Duc
eut la bonté de dire du
bien de deux Mandarins
qu'il avoit vûs àVerſailles,
lors qu'ils eſtoient allez y
conduire les Prefensavant
le jour de l'Audience des
Ambaſladeurs . Ils marquerent
que ces Mandarins
leur avoient rémoigné
l'honneur qu'il leur
avoit fait , dont ils le remercioient
tres-humblemenr.
Monfieur le Duc
leur dit enfuite qu'ils efde
Siam.
335
toient fur le point de partir
pour aller paffer quelques
jours à Verfailles ,&
qu'il avoit pris tant de
plaifir dans leur converfation
, qu'il vouloit les entretenir
encore quandsils
yferoient ,& fe promener
avec eux . L'Ambaſſadour
répondit , Qu'ils attendroient
ſes ordres là-deſſus,
& que c'estoit à luy à leur
faire sçavoir quand il luy
plairoit qu'ils euffent cet
bonneur. La converſation
336 Voyagedes Amb.
finit là, fans que perſonne
ſe levaſt , ce qui fut cauſe
que M' l'Abbé de Lionne,
qui avoit fervy d'Interprete
, dit à Monfieur le
Duc , que les Ambaffadeurs
ne feleveroient pas
qu'il ne felevaſt , & ils fe
leverent tous en meſme
temps. Ils firent encore
trois profondes inclinations
telles qu'ils les avoient
faites en entrant ,
& avant que de s'affeoir .
Monfieur le Duc voulut
les
de Siam.
337
Jes reconduirejuſques à la
meſme porte où il les avoit
reçeus , quelque inſtance
qu'ils fiffent pour
l'en empefcher. Ils firent
de pareilles inclinations
pareilles
en le quittant , & furent
reconduits par les Gentilshommes
de la Maiſon qui
lesavoient reçeus à la defcente.
Ils fortirent non
ſeulement charmez de
l'efprit de Monfieur le
Duc , mais encore ravis
de ce qu'il avoit eu la
Ff
338 Voyage des Amb.
bonté de les entretenir ,
& dirent que rien ne pouvoit
leur faire plus de plaifir
que cet honneur .
quer que lors qu'ils alle
Dd iiij
320 Voyage des Amb.
rent chez Mademoiſelle
d'Orleans , ils demanderent
à voir Madame de
Guife. Cette Princeffe, qui
avoit alors quelque indifpoſition
, leur fit faire excuſe
de ce qu'elle ne pouvoit
les recevoir. Ils auroient
eſté dés ce temps
là chez Monfieur le Duc,
mais cePrince n'eſtantpas
àParis, ils attendirent fon
retour deVerſailles . Mrde
Bonneüilles conduifit , &
Son Alteffe Sereniffime
de Siam.
321
leurdonnaAudience dans
fon Appartement bas de
l'Hôtel deCondé. On leur
fit compliment de ſa part
lors qu'ils deſcendirent de
caroffe , & Monfieur le
Ducles reçût à la ſeconde
porte de l'Appartement.
Ils estoient reveſtus de
toutes les marques de leur
Dignité ,& tous les Mandarins
avoient leurs Bonnets
de Ceremonie.Si- toft
qu'ils apperceurent ce
Prince,ils firent trois incli322
Voyage des Amb.
nations tres - profondes ,
les mains jointes & élevées
juſques à leur front.
Il traverſa enfuire avec
cux ſept ou huit Antichambres
, & Chambres
magnifiquement meublées
, & ils trouverent
dans un grand Cabinet
deftiné pour l'Audience,
trois Fauteuils d'un coſté,
&un autre vis à vis . Avant
que de commencer
leur Complimeut , ils fi
rent encore trois inclinade
Siam.
323
tions comme ils avoient
fait en entrant , & aprés
un Compliment remply
d'éloges de Monfieur le
Duc , auquel fon Alteſſe
répondit , ils commencerent
une Converſation
qui fut admirée & louée
tout haut de tous ceux
qui l'entendirent .J'en parle
comme témoin , & vay
vous rapporter en peu de
paroles , ce qui ſe dit pendant
trois quart- d'heures
qu'elle dura. Monfieur le
324 Voyage des Amb.
Duc dit d'abord , que ce
que Mle Chevalier de
Chaumont avoit rapporté
à Sa Majefté du Roy
de Siam , joint aux honneurs
,& aux bons traitemens
qu'il luy avoit faits ,
augmenteroit l'amitié qui
eſtoit entre les deux Rois.
Ils ne répondirent à cela
que par de profondes inclinations
, comme ils avoient
fait , lorſque Monfieur
le Ducavoit parlé de
chaque Roy , ou des deux
de Siam.
325
イ
Rois enſemble. Ce Prince
leur dit enſuite qu'ils avoient
vù quelques Troupes
du Roy à Maintenon,
& leur demanda comment
ils les trouvoient.
Le premier Ambaſſadeur
répondit , qu'il ne croyoit
pas qu'on en puſt voir de
plus belles , mais que cepen--
dant elles ne l'avoient point
furpris , puis qu'on ne peut
penfer trop de bien desTroupes
à qui le Roy a apris à
vaincre. Monfieur le Duc
326 Voyagedes Amb.
repliqua , que puis qu'il
trouvoit ces Troupes fi
belles , il feroit à ſouhaiter
que Siam ne fuſt pas fi éloignéafin
qu'elles s'y pufſent
plus facilement tranfporter
en cas de beſoin .
L'Ambaſſadeur repartir ,
Que Dieu ayant déja fait
un miracle en liant les deux
Rois d'une étroite amitié,
malgré le grand éloignement
de leurs Etats , il en
pouvoit faire encore un autrepour
le transport de ces
de Siam.
327
-
1
Troupes. Son Alteſſe luy
demanda quel ordre de
Bataille obſervoient les
Siamois , & s'il eſtoit à
peu prés le meſme qu'en
ce Pays- cy . L'Ambaffadeur
fitalors avec ſa Cane
la demonstration d'une
Armée Siamoiſe en Bataille.
Monfieur le Duc luy
fit des objections fur les
défauts qu'il y trouva , &
luy fit voir que les aifles
d'une Armée en maniere
de croiffant , ainſi qu'il
1
328 Voyage des Amb.
les luy avoit marquées, é
toient preſque toûjours
batues en détail , parce
que peu de Soldats pouvoient
combatre à la fois,
au lieu que nos Troupes
eſtant de front ont beaucoup
plus de force . L'Ambaſſadeur
donna quelques
raiſons pour combattre
celles de Monfieur
le Duc Cependant comme
il ne trouva pas luymeſme
fes raiſons affez
fortes , il fe retrancha fur
de Siam.
320
ce qu'il n'avoit pas pr
tendu dire que leurs Ar
mées estoient tout à faic.
en croiffant & dit qu'elles
étoient bien plus en ovale.
Monfieur le Duc repartit
, que pour ſuivre cet
ordre de Bataille , il faloit
que les Armées euffent un
front égal , puiſque celle
qui en auroit un plus
grand envelopperoit l'autre.
L'Ambaſſadeur repliqua
, Que leur ordre de Bataille
n'estoit pas toûjours le
Ee
332 Voyage des Amb.
mesme , & qu'ils le changeoient
selon qu'ils Sçavoient
que leurs Ennemis
avoient plus ou moins de
Troupes ; qu'ils avoient des
ordres de Bataille pour les
Montagnes, pourles vallées
& pourles lieux étroits , &
qu'il y avoit en leur Pays
beaucoup de Livres qui
marquoient ces divers ordres.
Monfieur le Duc avant
que de pouffer plus
loin la matiere , leur fit
quelque excuſe de toutes
1
de Siam.
331
les queſtions qu'il faiſoir
&dit que c'eſtoit à cauſe
de l'eſtime qu'il avoit
pour le Roy leur Maiſtre ,
&pour les Ambaffadeurs,
& par le plaifir qu'il prenoit
à les entendre Ils firentune
profondeinclination
,& ce Prince pourfuivit
en demandant la
maniere d'armer les Elephans
L'Ambaffadeur la
luy expliqua , & luy die
meme qu'on y mettoir
du Canon. Monficut le
Ecij
332 Voyage des Amb.
,
Duc alla au devant de ce
qu'on luy dit là- deffus , &
expliqua luy-mefme plufieurs
chofes.Ce Princedemanda
enfuite combien il
y avoit à peu prés de chevaux
dans Siam , & d'où
ils venoient , ce qui les fir
entrer dans le détail d'une
Guerre , qui eft prefentement
dans le Royaume
de Camboie , Monſieur
le Duc luy fit plufieurs
queſtions qui firent
paroiſtre fon eſprit,& la
de Siam.
333
connoiſſance qu'il a de
de 1 Hiftoire . Ce Prince
demanda en ſuite s'ils
faifoient des Prifonniers
dans le Combat, ou s'ils
ne donnoient point de
quartier , & fi quand ils
avoient fait des Prifonniers
, en cas que ce fuft
leur maniere, ils les échangeoient.
L'Ambaſſadeur
répondit , Qu'ilsfaisoient
des Prisonniers , mais
qu'ils attendoient que la
Guerre fust finie pour les
334 Voyage des Amb.
rendre. Monfieur le Duc
eut la bonté de dire du
bien de deux Mandarins
qu'il avoit vûs àVerſailles,
lors qu'ils eſtoient allez y
conduire les Prefensavant
le jour de l'Audience des
Ambaſladeurs . Ils marquerent
que ces Mandarins
leur avoient rémoigné
l'honneur qu'il leur
avoit fait , dont ils le remercioient
tres-humblemenr.
Monfieur le Duc
leur dit enfuite qu'ils efde
Siam.
335
toient fur le point de partir
pour aller paffer quelques
jours à Verfailles ,&
qu'il avoit pris tant de
plaifir dans leur converfation
, qu'il vouloit les entretenir
encore quandsils
yferoient ,& fe promener
avec eux . L'Ambaſſadour
répondit , Qu'ils attendroient
ſes ordres là-deſſus,
& que c'estoit à luy à leur
faire sçavoir quand il luy
plairoit qu'ils euffent cet
bonneur. La converſation
336 Voyagedes Amb.
finit là, fans que perſonne
ſe levaſt , ce qui fut cauſe
que M' l'Abbé de Lionne,
qui avoit fervy d'Interprete
, dit à Monfieur le
Duc , que les Ambaffadeurs
ne feleveroient pas
qu'il ne felevaſt , & ils fe
leverent tous en meſme
temps. Ils firent encore
trois profondes inclinations
telles qu'ils les avoient
faites en entrant ,
& avant que de s'affeoir .
Monfieur le Duc voulut
les
de Siam.
337
Jes reconduirejuſques à la
meſme porte où il les avoit
reçeus , quelque inſtance
qu'ils fiffent pour
l'en empefcher. Ils firent
de pareilles inclinations
pareilles
en le quittant , & furent
reconduits par les Gentilshommes
de la Maiſon qui
lesavoient reçeus à la defcente.
Ils fortirent non
ſeulement charmez de
l'efprit de Monfieur le
Duc , mais encore ravis
de ce qu'il avoit eu la
Ff
338 Voyage des Amb.
bonté de les entretenir ,
& dirent que rien ne pouvoit
leur faire plus de plaifir
que cet honneur .
Fermer
Résumé : Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
Le texte relate une audience accordée par Monsieur le Duc d'Orléans aux ambassadeurs de Siam. Initialement, les ambassadeurs souhaitaient rencontrer Madame de Guise, mais celle-ci était indisposée. Ils attendirent ensuite le retour de Monsieur le Duc de Versailles. L'audience se déroula à l'Hôtel de Condé, où les ambassadeurs furent reçus avec tous les honneurs dus à leur dignité et effectuèrent plusieurs inclinations profondes en signe de respect. Lors de l'audience, Monsieur le Duc souligna l'amitié entre les rois de France et de Siam, renforcée par les honneurs et les bons traitements accordés à l'ambassadeur Chevalier de Chaumont. Les ambassadeurs répondirent par des inclinations. La conversation porta ensuite sur les troupes françaises vues à Maintenon, que les ambassadeurs trouvèrent impressionnantes. Monsieur le Duc exprima le souhait que les troupes puissent être transportées plus facilement en Siam en cas de besoin. La discussion se poursuivit sur les ordres de bataille des armées siamoises et françaises. Les ambassadeurs expliquèrent les différentes formations utilisées en fonction du terrain et des ennemis. Monsieur le Duc fit des objections sur les faiblesses de certaines formations, mais les ambassadeurs défendirent leur efficacité. L'audience se conclut par des questions sur l'armement des éléphants, le nombre de chevaux en Siam, et les pratiques concernant les prisonniers de guerre. Monsieur le Duc exprima son désir de continuer la conversation à Versailles et les ambassadeurs acceptèrent avec gratitude. L'audience se termina par des inclinations profondes et des remerciements mutuels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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182
p. 1-216
HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Début :
Nous avons vû en moins d'une année deux choses [...]
Mots clefs :
Bude, Siège de Buda, Siège, Prince, Histoire, Comte, Troupes, Place, Hommes, Armée, Ville, Attaque, Canon, Assiéger, Place, Prince Charles, Charles V de Lorraine, Électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel de Bavière, Général, Camp, Assiégés, Brandebourg, Assiégeants, Pièces, Travaux, Soldats, Ennemis, Rondelle, Brèche, Nuit, Turcs, Bavarois, Lieutenant, Colonel, Janissaires, Lignes, Major, Régiment, Palissades, Côté
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
HISTOIRE
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
Fermer
Résumé : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Le siège de Buda, capitale stratégique du royaume de Hongrie, fut marqué par plusieurs événements militaires significatifs. En 1526, après la mort du roi Louis II à la bataille de Mohács, Jean de Zapolya et Ferdinand de Bohême se disputèrent le trône. Ferdinand, soutenu par Charles Quint, prit Buda mais dut la rendre en 1529 après l'intervention de Soliman le Magnifique, qui rétablit Jean de Zapolya. À la mort de ce dernier, sa veuve Élisabeth envoya leur fils Étienne à Soliman, qui s'empara de Buda en 1541 sans combat. La ville resta sous domination ottomane jusqu'en 1686. Plusieurs sièges eurent lieu par la suite. En 1598 et 1602, l'archiduc Mathias échoua à prendre la citadelle. En 1684, le prince Charles de Lorraine commença un siège mais dut se retirer. Le cinquième et dernier siège, en 1686, fut mené par une armée chrétienne confédérée et aboutit à la prise de Buda, rétablissant ainsi la domination chrétienne sur la ville. Les préparatifs du siège de 1686 inclurent la revue des troupes et les travaux de circonvallation. Les attaques impériales et bavaroises désorganisèrent les batteries des assiégés, ouvrant une brèche dans la muraille. Les combats furent intenses, avec des pertes des deux côtés. Le 2 septembre 1686, les troupes impériales entrèrent dans Buda après une résistance farouche. Les pertes furent lourdes : les troupes de Brandebourg perdirent 100 hommes, les forces adverses 400, et 3 000 hommes furent tués du côté des assiégés. Les corps des Turcs et des Juifs furent jetés dans la rivière, tandis que les chrétiens furent enterrés. La garnison comptait 10 000 janissaires, 5 000 Juifs et habitants armés. Plusieurs officiers ottomans furent capturés. La conquête de Buda eut lieu sous les yeux de l'armée ottomane, qui se retira sans intervenir. Dans la ville, on découvrit 400 pièces de canon, 60 mortiers et une grande quantité de munitions. Environ 2 000 prisonniers furent faits, dont plus de 100 Juifs réfugiés dans leur synagogue. Le Prince Charles et l'Électeur de Bavière se distinguèrent par leur bravoure, ainsi que le Prince Eugène de Savoie. Après la prise de la ville, un Te Deum fut chanté pour célébrer la victoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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183
p. 327-343
Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Début :
Pendant le sejour qu'ils ont fait à Versailles, ils ont [...]
Mots clefs :
Audiences, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Audience, Ordres, Plaisir, Flandres, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant le ſejour qu'ils ont
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant leur séjour à Versailles, les ambassadeurs du Siam ont rencontré à plusieurs reprises le marquis de Seignelay, qui les a également reçus à Clagny. Des audiences cérémonielles et des entretiens ont été organisés pour discuter des affaires. Les ambassadeurs ont exprimé leur gratitude envers Seignelay pour ses bons offices et les ordres donnés en leur faveur. Seignelay a assuré les ambassadeurs qu'il avait agi selon les ordres du roi de France pour veiller à leur bien-être. Les ambassadeurs ont loué l'intendant Decluzeaux à Brest et Monsieur Torf, ainsi que la prudence et la disposition favorable de Seignelay, qui renforcerait l'amitié entre les deux rois. Seignelay a répondu que l'amitié entre les rois s'accroîtrait, car le roi de France se plairait toujours à faire ce qui serait agréable au roi de Siam. Il a mentionné son intervention en leur faveur pour suivre les ordres du roi et par considération pour le roi de Siam. Les ambassadeurs ont marqué leur extrême reconnaissance et ont remercié Seignelay pour la bonne réception des mandarins deux ans auparavant. Une collation magnifique a été servie, à laquelle ont participé Madame la Princesse d'Espinoy et plusieurs duchesses. Lors d'une visite de Seignelay chez les ambassadeurs, ils ont discuté d'affaires en privé après avoir renvoyé leur entourage et les curieux. Les ambassadeurs ont ensuite rendu visite à Seignelay, qui les a informés qu'il n'aurait pas été présent sans l'ordre du roi. Ils ont discuté de la magnificence de Versailles, l'ambassadeur soulignant que seules les beautés dispersées dans l'Orient ne pouvaient égaler celles de Versailles. Seignelay a expliqué que Versailles était le plus bel endroit d'Europe et que son règne avait porté la magnificence à un niveau sans précédent, tout en menant une guerre glorieuse contre plusieurs puissances européennes. Seignelay a également parlé du voyage des ambassadeurs pour voir les conquêtes du roi, réduit à la Flandre pour éviter les fatigues d'une saison difficile. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir toutes les conquêtes, malgré les froids auxquels ils n'étaient pas habitués. Seignelay leur a conseillé de prendre des précautions contre le froid. Le texte mentionne également des détails sur le voyage des ambassadeurs à Versailles, leurs activités à Paris, et les réceptions qu'ils ont reçues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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184
s. p.
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
Début :
MONSEIGNEUR, S'il n'y a rien de plus difficile [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Roi, Siège, Prince, Ennemis, Place, Vie, Temps, Ordres, Âge, Lieux, Monarque, Places, Guerre, Troupes, Combat, Reine, Admiration, Actions, Attaque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
ASON ALTESSE ROYALE
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
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Résumé : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
L'épître est adressée à Monseigneur le Duc d'Orléans, frère unique du roi, et met en lumière les vertus et les exploits du Duc. L'auteur reconnaît la difficulté de décrire une vie aussi glorieuse et vertueuse, tout en soulignant que les bonnes inclinations d'un prince peuvent se manifester dès l'enfance, bien que l'histoire offre des exemples contraires. Le Duc d'Orléans est loué pour son respect et sa tendresse envers la reine, sa mère, ainsi que pour son attachement au roi. Il a souvent préféré la compagnie de la reine aux plaisirs habituels de son âge, et son chagrin était visible lorsqu'il croyait lui avoir déplu. La reine souhaitait qu'il se rapproche du roi, ce qui fut réalisé. Leur relation est marquée par une respectueuse amitié et une parfaite intelligence, renforcée par des divertissements et des spectacles où ils brillaient ensemble. Lors des divertissements martiaux, le Duc et le roi se distinguaient dans les carrousels et les fêtes guerrières. Leur union a été admirée par le roi de Siam, qui y voyait une clé du bonheur et de la prospérité de l'État français. L'épître détaille également les exploits militaires du Duc, notamment lors de la guerre contre une puissance inférieure. Le Duc a joué un rôle crucial dans la prise de plusieurs places fortes, comme Orsoy, Zutphen, et Bouchain, montrant un courage et une détermination exceptionnels, souvent au péril de sa vie. Il a également participé à la bataille de Cassel, où il a mené les troupes avec ardeur et stratégie. Sa conduite sage et brave a été saluée par tous. Enfin, l'épître souligne la magnificence du Duc, visible dans ses bâtiments superbes, ses meubles magnifiques, et la richesse de ses pierreries, tout en notant que ces richesses n'entravent pas sa noblesse et sa générosité.
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185
p. 121-131
Amiens. [titre d'après la table]
Début :
Ils arriverent à Amiens le soir de ce même jour, & ils [...]
Mots clefs :
Amiens, Ville, Roi, Armes, Canon, Coups, Porte, Évêché, Église cathédrale
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texteReconnaissance textuelle : Amiens. [titre d'après la table]
Ils arriverent à Amiens le
ſoir de ce même jour , & ils
y trouverent la Bourgeoifie
fous les Armes. Ils furent
receus au bruit de 20 volées
de Canon . C'eſt le nombre
de coups qui eſtoit porté par
les ordres du Roy. Ainfi
quand je parleray du Canon
qu'on a tiré dans toutes les
Villes où ils ont paffé , vous
vous ſouviendrez que l'on a
toûjours tiré 20 coups , ſoit
en entrant , ſoit en fortant.
C'eſt un uſage étably , &
L
122 III. P. du Voyage
toutes les fois que des Am
baſſadeurs entrent dans des
Citadelles , ou qu'ils en fortent
, on tire ce même nombre
de coups , les Citadelles
ayant eſté miſes fur le pied
des Places dont elles portent
le nom.
Amiens eft la Capitale de
Picardie. C'eſt une Ville
confiderable & fort ancienne
fur la Riviere de Somme.
Pluſieurs Empereurs , ſçavoir
Conftantin , Conftans , Julien,
Valentinien, Valens,Gratien
& Theodofe, la choifirent
pour le lieu de leur ſe
des Amb. de Siam. 123.
jour dans les Gaules. Cefar
y avoit fait auparavant un
Magaſin pour ſon Armée , &
Antonin le Debonnaire &
Marc Aurele fon fils avoient
contribué à l'orner. Edoüard
III . Roy d'Angleterre, y rendit
hommage au Roy Philippes
de Valois le fixieme Juin
1329. pour le Duché de
Guyenne & le Comté de
Ponthieu , en prefence des
Roys d'Aragon , de Navarre,
de Boheme & de Majorque.
Les Eſpagnols la furprirent
par ſtratagême en 1597. &
Henry IV. qui la reprit peu
Lij
124 III. P. du Voyage
de temps aprés , y fit bâtir
une Citadelle, qui paffe pour
une des plus regulieres de
l'Europe . La Ville eſt fort
renommée, a de grandes ruës,
de belles Maiſons, & des Places
qu'on eftime , parmy lefquelles
font celles des Fleurs,
& du grand Marché. Les
Ramparts y font une promenade
agreable , à cauſe des
allées d'Arbres qu'on y a plantez
. Il y a Generalité , Prefidial
& Bailliage . L'Evêché
eft fuffragant de Reims . L'Egliſe
Cathedrale de Noftre-
Dame eſt une des plus belles
des Amb. de Siam. 125
& des mieux ornées du
Royaume. On y conferve
le Chef de faint Jean-Baptiste .
Vvalon de Sarton Gentilhomme
de Picardie , qui s'étoit
croisé pour le voyage
d'Outre-mer , s'eſtant trouvé
en 1204. à la priſe de Conſtantinople,
en remporta cette
précieuſe Relique , qu'il
donna à l'Egliſe d'Amiens,
où il avoit un Frere Chanoine.
Ily a encore dans la Ville
d'autres belles Eglifes , avec
diverſes Maiſons Ecclefiaftiques
& Religieufes , & un
College de Jefuites.
Liij
126 III. P. du Voyage
Les Bourgeois , qui comme
je viens de vous marquer
eftoient ſous les Armes , conduifirent
les Ambaſſadeurs
Tambour battant juſqu'à la
porte du lieu qui avoit eſté
deſtiné pour leur logement.
On y poſa une Garde peu de
temps aprés. M. Fournier
Premier d'Amiens , accompagné
des Echevins , precedez
&ſuivis de tous les Officiers
de la Ville , leur vint faire
compliment , & offrir les
Prefens ordinaires . Il fit d'abord
un éloge du Roy de
Siam, & dit qu'ils refpectoient
des Amb. de Siam. 127
ce Monarque dans la perſonne
de ſes Ambassadeurs , & que le
bon accücil que Sa Majesté leur
avoit fait fuffiſoit pour leurfaire
connoiſtre la grandeur de leur
merite , dont ils avoient déja
oüy parler si avantageuſement.
Ilparla enfuite de l'abondance
de biens que le Commerce
produit , & fouhaita une longue
& heureuſe vie au Roy
de Siam , beaucoup de profperité
à tout fon Eftat , & la
joye d'un heureux retour à
leurs Excellences. Les Ambaſſadeurs
les remercierent avec
l'eſprit &l'honneſteté qui
Liiij
128 III. P. du Voyage
leur eſt ordinaire , & mar
querent qu'ils ſe ſouviendroient
de leur bonne reception.
Je vous ay dit que Mle
Premier d'Amiens porta la
parole. Ce nom de Premier
peut vous être nouveau. Nous
diſons icy Prevoſt des Marchands
; en d'autres Villes on
dit Premier , en d'autres
Mayeur, & il y en a qui employent
encore d'autres noms,
pour marquer la premiere dignité
de leur Ville. Ainſi
ſous quelques noms que je
vous parle de ceux qui au
des Amb. de Siam. 129
ront porté la parole , vous
devez croire qu'elle aura eſté
portée par celuy qui eſt à la
tête du Corps de Ville , à
moins que par quelques raifons
particulieres la Ville n'en
nomme d'autres ; ce qui arrive
quelquefois dans les Païs d'Eftats,
& ce qui ſe fit à Arras,
comme vous le verrez dans
la fuite.
Le lendemain 18. les
Compagnies deBourgeois ef
tant encore ſous les Armes ,
conduifirent les Ambaffadeurs
à l'Egliſe Cathedrale ,
afin d'arrêter une foule ing
130 III P. du Voyage
croyable de Peuple qui s'empreſſoit
pour les voir. Tout
leClergé les reçût, & les conduifit
juſqu'au Choeur, aprés
leur avoir fait compliment.
Lors qu'ils eurent conſideré
l'admirable ſtructure de cette
Eglife , ils pafferent à l'Evêché,
dont ils traverſerent tous
les Appartemens accompagnez
de Me l'Evêque , quiles
entretint toûjours avec l'efprit
dont il a ſi ſouvent don.
né d'éclatantes marques , &
par ſes diſcours publics , &
par ſes Ouvrages imprimez ,
Au fortir de l'Evêché les Am,
des Amb . de Siam. 131
baſſadeurs voulurent retourner
à l'Eglife , afin d'en examiner
encore toutes les beautez
, & fur tout la hauteur &
la delicateſſe de la Voûte ;
& ils dirent , que c'estoit une
des plus belles choses qu'ils euffent
veuës en France. Ils monterent
enfuite en Carroffe, &
fortirent de la Ville au bruit
du Canon des Ramparts , &
de celuy de la Citadelle.
ſoir de ce même jour , & ils
y trouverent la Bourgeoifie
fous les Armes. Ils furent
receus au bruit de 20 volées
de Canon . C'eſt le nombre
de coups qui eſtoit porté par
les ordres du Roy. Ainfi
quand je parleray du Canon
qu'on a tiré dans toutes les
Villes où ils ont paffé , vous
vous ſouviendrez que l'on a
toûjours tiré 20 coups , ſoit
en entrant , ſoit en fortant.
C'eſt un uſage étably , &
L
122 III. P. du Voyage
toutes les fois que des Am
baſſadeurs entrent dans des
Citadelles , ou qu'ils en fortent
, on tire ce même nombre
de coups , les Citadelles
ayant eſté miſes fur le pied
des Places dont elles portent
le nom.
Amiens eft la Capitale de
Picardie. C'eſt une Ville
confiderable & fort ancienne
fur la Riviere de Somme.
Pluſieurs Empereurs , ſçavoir
Conftantin , Conftans , Julien,
Valentinien, Valens,Gratien
& Theodofe, la choifirent
pour le lieu de leur ſe
des Amb. de Siam. 123.
jour dans les Gaules. Cefar
y avoit fait auparavant un
Magaſin pour ſon Armée , &
Antonin le Debonnaire &
Marc Aurele fon fils avoient
contribué à l'orner. Edoüard
III . Roy d'Angleterre, y rendit
hommage au Roy Philippes
de Valois le fixieme Juin
1329. pour le Duché de
Guyenne & le Comté de
Ponthieu , en prefence des
Roys d'Aragon , de Navarre,
de Boheme & de Majorque.
Les Eſpagnols la furprirent
par ſtratagême en 1597. &
Henry IV. qui la reprit peu
Lij
124 III. P. du Voyage
de temps aprés , y fit bâtir
une Citadelle, qui paffe pour
une des plus regulieres de
l'Europe . La Ville eſt fort
renommée, a de grandes ruës,
de belles Maiſons, & des Places
qu'on eftime , parmy lefquelles
font celles des Fleurs,
& du grand Marché. Les
Ramparts y font une promenade
agreable , à cauſe des
allées d'Arbres qu'on y a plantez
. Il y a Generalité , Prefidial
& Bailliage . L'Evêché
eft fuffragant de Reims . L'Egliſe
Cathedrale de Noftre-
Dame eſt une des plus belles
des Amb. de Siam. 125
& des mieux ornées du
Royaume. On y conferve
le Chef de faint Jean-Baptiste .
Vvalon de Sarton Gentilhomme
de Picardie , qui s'étoit
croisé pour le voyage
d'Outre-mer , s'eſtant trouvé
en 1204. à la priſe de Conſtantinople,
en remporta cette
précieuſe Relique , qu'il
donna à l'Egliſe d'Amiens,
où il avoit un Frere Chanoine.
Ily a encore dans la Ville
d'autres belles Eglifes , avec
diverſes Maiſons Ecclefiaftiques
& Religieufes , & un
College de Jefuites.
Liij
126 III. P. du Voyage
Les Bourgeois , qui comme
je viens de vous marquer
eftoient ſous les Armes , conduifirent
les Ambaſſadeurs
Tambour battant juſqu'à la
porte du lieu qui avoit eſté
deſtiné pour leur logement.
On y poſa une Garde peu de
temps aprés. M. Fournier
Premier d'Amiens , accompagné
des Echevins , precedez
&ſuivis de tous les Officiers
de la Ville , leur vint faire
compliment , & offrir les
Prefens ordinaires . Il fit d'abord
un éloge du Roy de
Siam, & dit qu'ils refpectoient
des Amb. de Siam. 127
ce Monarque dans la perſonne
de ſes Ambassadeurs , & que le
bon accücil que Sa Majesté leur
avoit fait fuffiſoit pour leurfaire
connoiſtre la grandeur de leur
merite , dont ils avoient déja
oüy parler si avantageuſement.
Ilparla enfuite de l'abondance
de biens que le Commerce
produit , & fouhaita une longue
& heureuſe vie au Roy
de Siam , beaucoup de profperité
à tout fon Eftat , & la
joye d'un heureux retour à
leurs Excellences. Les Ambaſſadeurs
les remercierent avec
l'eſprit &l'honneſteté qui
Liiij
128 III. P. du Voyage
leur eſt ordinaire , & mar
querent qu'ils ſe ſouviendroient
de leur bonne reception.
Je vous ay dit que Mle
Premier d'Amiens porta la
parole. Ce nom de Premier
peut vous être nouveau. Nous
diſons icy Prevoſt des Marchands
; en d'autres Villes on
dit Premier , en d'autres
Mayeur, & il y en a qui employent
encore d'autres noms,
pour marquer la premiere dignité
de leur Ville. Ainſi
ſous quelques noms que je
vous parle de ceux qui au
des Amb. de Siam. 129
ront porté la parole , vous
devez croire qu'elle aura eſté
portée par celuy qui eſt à la
tête du Corps de Ville , à
moins que par quelques raifons
particulieres la Ville n'en
nomme d'autres ; ce qui arrive
quelquefois dans les Païs d'Eftats,
& ce qui ſe fit à Arras,
comme vous le verrez dans
la fuite.
Le lendemain 18. les
Compagnies deBourgeois ef
tant encore ſous les Armes ,
conduifirent les Ambaffadeurs
à l'Egliſe Cathedrale ,
afin d'arrêter une foule ing
130 III P. du Voyage
croyable de Peuple qui s'empreſſoit
pour les voir. Tout
leClergé les reçût, & les conduifit
juſqu'au Choeur, aprés
leur avoir fait compliment.
Lors qu'ils eurent conſideré
l'admirable ſtructure de cette
Eglife , ils pafferent à l'Evêché,
dont ils traverſerent tous
les Appartemens accompagnez
de Me l'Evêque , quiles
entretint toûjours avec l'efprit
dont il a ſi ſouvent don.
né d'éclatantes marques , &
par ſes diſcours publics , &
par ſes Ouvrages imprimez ,
Au fortir de l'Evêché les Am,
des Amb . de Siam. 131
baſſadeurs voulurent retourner
à l'Eglife , afin d'en examiner
encore toutes les beautez
, & fur tout la hauteur &
la delicateſſe de la Voûte ;
& ils dirent , que c'estoit une
des plus belles choses qu'ils euffent
veuës en France. Ils monterent
enfuite en Carroffe, &
fortirent de la Ville au bruit
du Canon des Ramparts , &
de celuy de la Citadelle.
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Résumé : Amiens. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs arrivèrent à Amiens le soir même de leur départ et furent accueillis par la bourgeoisie armée. Leur entrée fut marquée par 20 coups de canon, une tradition pour l'arrivée ou le départ des ambassadeurs dans les citadelles. Amiens, capitale de la Picardie, est une ville ancienne et importante située sur la rivière Somme. Plusieurs empereurs romains et rois, comme Édouard III, y ont séjourné ou rendu hommage. En 1597, la ville fut surprise par les Espagnols avant d'être reprise par Henri IV, qui y fit construire une citadelle. Amiens est célèbre pour ses grandes rues, ses belles maisons et ses places, notamment celles des Fleurs et du Grand Marché. La cathédrale Notre-Dame, où est conservé le chef de saint Jean-Baptiste, est particulièrement remarquable. Les bourgeois, dirigés par M. Fournier, Premier d'Amiens, offrirent des présents aux ambassadeurs et les complimentèrent sur la grandeur de leur monarque. Le lendemain, les ambassadeurs visitèrent la cathédrale et l'évêché, admirant l'architecture et étant reçus par le clergé et l'évêque. Ils quittèrent la ville au son du canon des remparts et de la citadelle.
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186
p. 136-185
Arras [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils disnerent à Sarbret, & ce qu'il y a de surprenant, [...]
Mots clefs :
Arras, Ville, Roi, Ambassadeurs, Comté, France, Dames, Ambassadeur, L'Arbret, Aix-Noulette, Temps, Église cathédrale, Place, Officiers, Actions, Armes, Magnificence, Fortifications, Régiment, Villeneuve, Gloire, Guerre, Prince, Citadelle, Mains, Lieutenant, Honneurs, Capitaine, Monarque, Merveilles
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texteReconnaissance textuelle : Arras [titre d'après la table]
Le 19. ils difnerent à Sarbret
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
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Résumé : Arras [titre d'après la table]
Le 19, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Sarbret, où ils furent reçus avec magnificence malgré l'absence de commodités. Ils se dirigèrent ensuite vers Arras, capitale de l'Artois, située sur la rivière de Scarpe. Arras est une ville ancienne, ayant été donnée en dot par Charles le Chauve à Judith, épouse de Baudouin Bras de Fer en 863, et réunie à la France en 1180 par le mariage de Philippe Auguste avec Isabelle de Hainaut. La ville possède des fortifications régulières et plusieurs édifices religieux notables, dont la cathédrale Notre-Dame et l'abbaye de Saint-Vaast. Les ambassadeurs furent accueillis par une cavalerie composée de douze compagnies du régiment de Conigsmark et reçus par le comte de Villeneuve, lieutenant du roi d'Arras. Ils entrèrent dans la ville au bruit du canon et au travers d'une haie d'infanterie. Les magistrats de la ville leur adressèrent un discours, soulignant la loyauté d'Arras envers le roi de France et l'estime portée aux ambassadeurs. Ces derniers répondirent en exprimant leur gratitude et en soulignant que leur visite n'avait pas de but diplomatique, mais visait à honorer le roi de France. Les ambassadeurs visitèrent la citadelle d'Arras, où ils assistèrent à un exercice militaire et reçurent une collation. Ils se rendirent également à la cathédrale Notre-Dame, où ils furent accueillis par le chapitre. Leur séjour à Arras fut marqué par des réceptions et des visites officielles, témoignant de l'importance accordée à leur mission. Les ambassadeurs assistèrent à un concert à Arras, accueillis par Madame de Préfontaine, épouse du Président du Conseil d'Artois, et les principales dames de la ville. Malgré les mesures pour éviter la foule, une grande affluence se rassembla dans la salle. Les ambassadeurs apprécièrent le concert et exprimèrent leur satisfaction à Madame de Préfontaine. De retour chez eux, ils trouvèrent une compagnie suisse en garde à leur porte. Le Major Bissetz leur apporta un plan de la ville, que le premier ambassadeur examina avec intérêt, démontrant ses connaissances en fortifications. Bissetz demanda le mot de passe, et les ambassadeurs mentionnèrent les actions militaires remarquables lors des sièges d'Arras. Le lendemain, les ambassadeurs furent salués par le Lieutenant du Roi et les officiers majors avant de quitter Arras en carrosse, escortés par les troupes et accompagnés par le canon et le carillon de la ville. Ils se rendirent à Aisse pour dîner.
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187
p. 185-193
Bethune. [titre d'après la table]
Début :
Aprés un Repas aussi magnifique qu'on l'eût pû faire [...]
Mots clefs :
Béthune, Régiment, Ville, Fort, Lieutenant, Capitaine, Place, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bethune. [titre d'après la table]
Aprés un Repas auffi magnifique
qu'on l'eût pû faire
dans la plus grande &la plus
abondante Ville du Royaume
, ils partirent pour aller
coucher à Bethune. C'eſt
une Place du Pays - Bas dans
186 III . P. du Voyage
l'Artois , affez bien fortifiée.
Elle eſt ſur la petite Riviere
de Biette. Les François la
prirent en 1645. & elle leur
fut cedée en 1659. par leTraité
de la Paix des Pyrenées.
Elle a eu des Seigneurs particuliers
. Robert VII. Seigneur
de Bethune & deTenremonde
, maria Mahaud fa
Fille unique avec Guy de
Dampierre , Comte de Flandres
, dont elle cut Robert
VIII. dit de Bethune , Comte
de Flandres. Le Regiment
de Cavalerie de Chartres qui
eſtoit enGarniſon àBethune,
des Amb. de Siam. 187
fit un détachement pour aller
au devant des Ambafladeurs
, & le refte eſtant demeuré
en bataille ſur la Contreſcarpe,
les falua l'épée à la
main lorſqu'ils pafferent. Mr
de Limbeuf Lieutenant de
Roy de cette Place , les reçut
à la Porte de la Ville. Le
Regiment de Baffigny d'Infanterie
commandé par M
de Chanterene Lieutenant
Colonel, en l'absence de M
le Comte de Mailly qui en
eft Colonel , formoit deux
hayes juſqu'au Château où ils
logerent. M² de Chanter
12
r
Qij
188 III . P. du Voyage
3
rene tenoit la droite du pre
mier rang , & le premier Capitaine
la gauche. LesAmbaſſadeurs
qui en furent
falüez , ainſi que de tous
les autres Capitaines , trouverent
à la porte de leur Logis
une Garde du même Regiment
, avec un Capitaine,
un Lieutenant, un Enſeigne,
& deux Sergens. Auffi-tôt
qu'ils furent arrivez , ils reçûrent
les complimens de la
Ville , & les Prefens ordinaites
. Ils fortirent enfuite à
pied , pour voir le Regiment
que je vous ay dit qui s'eſtoit
e
desAmb. de Siam. 189
mis en bataille fur la Place ,
& demanderent qu'on luy
fiſt faire l'exercice au Tambour
; ce qui fut aufli - tôt
executé. Ils témoignerent
en eſtre fort fatisfaits , & aprés
pluſieurs queſtions qu'ils
firent , ils voulurent ſavoir
de combien d'Hommes ce
Regiment estoit compofé.
Onles fatisfit fur toutes leurs
demandes, & ils loüerent la
propreté de ce Regiment qui
eſtoit fort leſte. Tous lesSoldats
avoient des Chapeaux
neufs , & bordez d'or. Leurs
Bandolieres , Ceinturons , &
190 III. P. du Voyage
cordons de Poires , eſtoient
auffi fort propres ; le tour
garny de force Rubans, couleur
de feu & blancs . Leurs
Epées eſtoient toutes de même
maniere , & tous les Officiers
avoient des Habits fort
riches , & également ornez .
Aprés cela les Ambaſſadeurs
allerent fur les ramparts, dont
ils firent le tour à pied , &
aprés en avoir examiné toutes
les Fortifications , ils rentrerent
au Château où ils eftoient
logez. Ils en fortirent,
quelque temps aprés pour en
faire le tour ſur la Terraffe,
des Amb. de Siam. 191
Σ
r
& admirerent la ſituation de
laVille, qu'ils trouverent trésbelle
& fort à leur gré. M
de Limbeuf alla enfuite prendre
le mot , & ils donnerent
la valeur & la vigilance, parcequ'ils
avoient fceu que M
le Mareſchal de Crequy eftoit
Gouverneur de la Ville ,
& qu'il avoit pris des Places
importantes en commandant
en chef les Armées du Roy ;
ce qui ne ſe peut faire fans
vigilance & fans valeur. Ils
arreſterent le ſoir M de
Chanterene à ſouper, avec le
Capitaine qui commandoit
192 III . P. duVoyage
la Garde devant leur logis.
M de Chanterene fit venir
des Violons qui joüerent
pendant tout le Repas.
Quantité de Dames qui s'y
trouverent , & dont beaucoup
leur parurent belles, en
reçûrent autant de loüanges
que de Fruits & de Confitures
. On leur fit le lendemain
à leur départ les mêmes honneurs
qu'on leur avoit faits à
leur arrivée , & ils fortirent
de la Ville au bruit du Canon
comme ils y estoient entrez,
aprés avoir remercié avec les
termes obligeans qui leur font
des Amb . de Siam. 193
finaturels , M'le Lieutenant
de Roy , & les Officiers des
Troupes.
qu'on l'eût pû faire
dans la plus grande &la plus
abondante Ville du Royaume
, ils partirent pour aller
coucher à Bethune. C'eſt
une Place du Pays - Bas dans
186 III . P. du Voyage
l'Artois , affez bien fortifiée.
Elle eſt ſur la petite Riviere
de Biette. Les François la
prirent en 1645. & elle leur
fut cedée en 1659. par leTraité
de la Paix des Pyrenées.
Elle a eu des Seigneurs particuliers
. Robert VII. Seigneur
de Bethune & deTenremonde
, maria Mahaud fa
Fille unique avec Guy de
Dampierre , Comte de Flandres
, dont elle cut Robert
VIII. dit de Bethune , Comte
de Flandres. Le Regiment
de Cavalerie de Chartres qui
eſtoit enGarniſon àBethune,
des Amb. de Siam. 187
fit un détachement pour aller
au devant des Ambafladeurs
, & le refte eſtant demeuré
en bataille ſur la Contreſcarpe,
les falua l'épée à la
main lorſqu'ils pafferent. Mr
de Limbeuf Lieutenant de
Roy de cette Place , les reçut
à la Porte de la Ville. Le
Regiment de Baffigny d'Infanterie
commandé par M
de Chanterene Lieutenant
Colonel, en l'absence de M
le Comte de Mailly qui en
eft Colonel , formoit deux
hayes juſqu'au Château où ils
logerent. M² de Chanter
12
r
Qij
188 III . P. du Voyage
3
rene tenoit la droite du pre
mier rang , & le premier Capitaine
la gauche. LesAmbaſſadeurs
qui en furent
falüez , ainſi que de tous
les autres Capitaines , trouverent
à la porte de leur Logis
une Garde du même Regiment
, avec un Capitaine,
un Lieutenant, un Enſeigne,
& deux Sergens. Auffi-tôt
qu'ils furent arrivez , ils reçûrent
les complimens de la
Ville , & les Prefens ordinaites
. Ils fortirent enfuite à
pied , pour voir le Regiment
que je vous ay dit qui s'eſtoit
e
desAmb. de Siam. 189
mis en bataille fur la Place ,
& demanderent qu'on luy
fiſt faire l'exercice au Tambour
; ce qui fut aufli - tôt
executé. Ils témoignerent
en eſtre fort fatisfaits , & aprés
pluſieurs queſtions qu'ils
firent , ils voulurent ſavoir
de combien d'Hommes ce
Regiment estoit compofé.
Onles fatisfit fur toutes leurs
demandes, & ils loüerent la
propreté de ce Regiment qui
eſtoit fort leſte. Tous lesSoldats
avoient des Chapeaux
neufs , & bordez d'or. Leurs
Bandolieres , Ceinturons , &
190 III. P. du Voyage
cordons de Poires , eſtoient
auffi fort propres ; le tour
garny de force Rubans, couleur
de feu & blancs . Leurs
Epées eſtoient toutes de même
maniere , & tous les Officiers
avoient des Habits fort
riches , & également ornez .
Aprés cela les Ambaſſadeurs
allerent fur les ramparts, dont
ils firent le tour à pied , &
aprés en avoir examiné toutes
les Fortifications , ils rentrerent
au Château où ils eftoient
logez. Ils en fortirent,
quelque temps aprés pour en
faire le tour ſur la Terraffe,
des Amb. de Siam. 191
Σ
r
& admirerent la ſituation de
laVille, qu'ils trouverent trésbelle
& fort à leur gré. M
de Limbeuf alla enfuite prendre
le mot , & ils donnerent
la valeur & la vigilance, parcequ'ils
avoient fceu que M
le Mareſchal de Crequy eftoit
Gouverneur de la Ville ,
& qu'il avoit pris des Places
importantes en commandant
en chef les Armées du Roy ;
ce qui ne ſe peut faire fans
vigilance & fans valeur. Ils
arreſterent le ſoir M de
Chanterene à ſouper, avec le
Capitaine qui commandoit
192 III . P. duVoyage
la Garde devant leur logis.
M de Chanterene fit venir
des Violons qui joüerent
pendant tout le Repas.
Quantité de Dames qui s'y
trouverent , & dont beaucoup
leur parurent belles, en
reçûrent autant de loüanges
que de Fruits & de Confitures
. On leur fit le lendemain
à leur départ les mêmes honneurs
qu'on leur avoit faits à
leur arrivée , & ils fortirent
de la Ville au bruit du Canon
comme ils y estoient entrez,
aprés avoir remercié avec les
termes obligeans qui leur font
des Amb . de Siam. 193
finaturels , M'le Lieutenant
de Roy , & les Officiers des
Troupes.
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Résumé : Bethune. [titre d'après la table]
Après un repas somptueux, les ambassadeurs se rendirent à Béthune, une ville fortifiée de l'Artois située sur la rivière de Biette. Les Français s'emparèrent de Béthune en 1645 et elle leur fut cédée en 1659 par le traité des Pyrénées. La ville eut des seigneurs particuliers, dont Robert VII de Béthune, qui maria sa fille unique à Guy de Dampierre, Comte de Flandres. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par le régiment de cavalerie de Chartres et le régiment d'infanterie de Bassigny, commandé par M. de Chanterene. Ils furent logés au château et reçurent des honneurs militaires, incluant une démonstration de l'exercice du régiment. Les ambassadeurs admirèrent la propreté et la discipline des soldats, ainsi que la richesse de leurs uniformes. Ils visitèrent également les fortifications de la ville et apprécièrent sa situation. Le soir, ils invitèrent M. de Chanterene et le capitaine de la garde à souper, accompagné de musique et de la présence de nombreuses dames. Le lendemain, ils quittèrent Béthune avec les mêmes honneurs qu'à leur arrivée, remerciant les officiers des troupes.
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188
p. 193-199
Aire. [titre d'après la table]
Début :
Le 22. ils partirent pour aller coucher à Aire, & [...]
Mots clefs :
Aire, Fort, François de Calvo, Ville, Place
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Aire. [titre d'après la table]
Le 22. ils partirent pour
aller coucher à Aire &
mangerent auparavant à Bethune
, afin de ne ſe point arrêter
en chemin. Aire eſt dans
l'Artois fur les Frontieres de
Flandre . La Riviere de Lys
ſepare la Ville en deux.
C'eſt une Place extremement
forte avec un fort bon
Chaſteau. Les ruës en ſont
grandes , & l'on y voit de
belles Eglifes . La principale
eſt celle de S. Pierre qui eſt
R
194 III. P. duVoyage
Collegiale & fort ancienne.
Quatorze Prebendes y furent
fondées pour des Chanoines
en 1064. par Baudoüin de l'Iſle,
Comte de Flandre , & Philippe
d'Alface en augmenta le nombre
en 1186.Cette ville fut priſe
par les François en 1641. & repriſe
bien- toſt aprés par les Efpagnols
. Le Roy s'en rendit
Maiſtre en 1676. apres cinq
jours de tranchée ouverte . Les
Ambaſſadeurs trouverent affez
loin de la Place un Eſcadron
de Cravates , qui apres
les avoir faluez , les accompagna
juſques à la porte de la
Ville , où eſtoit M² de Calvo,
des Amb. de Siam. 195
au
qui mit pied à terre ſi toſt
qu'il les apperçût. Apres des
complimens reciproques , ils
entrerent dans la Ville
bruit du Canon , & pafferent
entre deux rangs d'Infanterie
qui estoit en haye juſques à
la porte du lieu , deſtiné pour
les loger , aprés quoy toute
cette Infanterie ſe mit en bataille.
Auſſi-tôt qu'ils furent
arrivez , M's du Magiſtrat
vinrent faire leur compliment,
& apporterent les Preſens accoûtumez
. M de Calvo leur
vint rendre viſite , & leur demanda
le Mot , ils donnerent
Rij
196 III. P. du Voyage
bien attaqué , mieux defendu ,
parce que Mr de Calvo ayant
eſté vigoureuſement attaqué
dans Maſtric , il s'étoit encore
mieux défendu , ayant fait
lever le Siege aux Troupes qui
l'avoient fort avancé. Ils allerent
le lendemain au Fort
de S. François avec M¹ de
Calvo. Ils y entrerent au bruit
duCanon;l'Infaterie étoit ſous
les armes pour les recevoir.
Ce Fort eft tres-beau & a
cinqBaſtions, ils virent l'Inondation
& les Ecluſes , ce qui
leur plût tellement , qu'ils dirent
, qu'ilssouhaiteroient avoir
د
des Amb. de Siam. 197
un ſemblable Fort aux Indes.
Ils firent le tour de la Place
avec Mode Calvo , admirant
toûjours la magnificence , &
la grande dépence du Roy.
Ils remarquerent qu'il y avoit
des ouvriers par tout , & dirent
qu'il fembloit que le Roy
voulût faire autant de Places
neuves , qu'il avoit fait de Conquestes.
Eſtant retournez à Aire,
M de S. Lo Major de la Place
, alla ſur le ſoir leur demander
le Mot , & ils donnerent,
Ma valeur est comme aux
Indes , parce que la levée du
Siege de Maſtric ,y a fait con
Riij
198 III. P. du Voyage
noître la valeur de M.de Calvo.
Ils retinrent ce ſoir là Mde
S. Lo à ſouper , & ils ne partirent
d'Aire que le 24. aprés
avoir dîné de bonne heure . Je
ne vous dis point que pendant
les 4. Repas qu'ils y ont faits,
toutes les principales Dames
de laVille les ontvûs manger,
&je ne vous repete nyles Preſens
qu'on leur a faits, ny leurs
civilitez , c'eſt ce que
pouvez aifément vous imaginer.
Je ne vous dis point non
plus qu'ils viſiterent tout ce
qu'il ya de remarquable dans
la Ville , & toutes les fortifi
vous
des Amb. de Siam. 199
cations , puiſque c'étoit le but
de leur voyage. Ils fortirent
fort fatisfaits de cette Place ,
toute la Garniſon eftant fous
les armes , & le Canon ayant
marqué leur fortie.
aller coucher à Aire &
mangerent auparavant à Bethune
, afin de ne ſe point arrêter
en chemin. Aire eſt dans
l'Artois fur les Frontieres de
Flandre . La Riviere de Lys
ſepare la Ville en deux.
C'eſt une Place extremement
forte avec un fort bon
Chaſteau. Les ruës en ſont
grandes , & l'on y voit de
belles Eglifes . La principale
eſt celle de S. Pierre qui eſt
R
194 III. P. duVoyage
Collegiale & fort ancienne.
Quatorze Prebendes y furent
fondées pour des Chanoines
en 1064. par Baudoüin de l'Iſle,
Comte de Flandre , & Philippe
d'Alface en augmenta le nombre
en 1186.Cette ville fut priſe
par les François en 1641. & repriſe
bien- toſt aprés par les Efpagnols
. Le Roy s'en rendit
Maiſtre en 1676. apres cinq
jours de tranchée ouverte . Les
Ambaſſadeurs trouverent affez
loin de la Place un Eſcadron
de Cravates , qui apres
les avoir faluez , les accompagna
juſques à la porte de la
Ville , où eſtoit M² de Calvo,
des Amb. de Siam. 195
au
qui mit pied à terre ſi toſt
qu'il les apperçût. Apres des
complimens reciproques , ils
entrerent dans la Ville
bruit du Canon , & pafferent
entre deux rangs d'Infanterie
qui estoit en haye juſques à
la porte du lieu , deſtiné pour
les loger , aprés quoy toute
cette Infanterie ſe mit en bataille.
Auſſi-tôt qu'ils furent
arrivez , M's du Magiſtrat
vinrent faire leur compliment,
& apporterent les Preſens accoûtumez
. M de Calvo leur
vint rendre viſite , & leur demanda
le Mot , ils donnerent
Rij
196 III. P. du Voyage
bien attaqué , mieux defendu ,
parce que Mr de Calvo ayant
eſté vigoureuſement attaqué
dans Maſtric , il s'étoit encore
mieux défendu , ayant fait
lever le Siege aux Troupes qui
l'avoient fort avancé. Ils allerent
le lendemain au Fort
de S. François avec M¹ de
Calvo. Ils y entrerent au bruit
duCanon;l'Infaterie étoit ſous
les armes pour les recevoir.
Ce Fort eft tres-beau & a
cinqBaſtions, ils virent l'Inondation
& les Ecluſes , ce qui
leur plût tellement , qu'ils dirent
, qu'ilssouhaiteroient avoir
د
des Amb. de Siam. 197
un ſemblable Fort aux Indes.
Ils firent le tour de la Place
avec Mode Calvo , admirant
toûjours la magnificence , &
la grande dépence du Roy.
Ils remarquerent qu'il y avoit
des ouvriers par tout , & dirent
qu'il fembloit que le Roy
voulût faire autant de Places
neuves , qu'il avoit fait de Conquestes.
Eſtant retournez à Aire,
M de S. Lo Major de la Place
, alla ſur le ſoir leur demander
le Mot , & ils donnerent,
Ma valeur est comme aux
Indes , parce que la levée du
Siege de Maſtric ,y a fait con
Riij
198 III. P. du Voyage
noître la valeur de M.de Calvo.
Ils retinrent ce ſoir là Mde
S. Lo à ſouper , & ils ne partirent
d'Aire que le 24. aprés
avoir dîné de bonne heure . Je
ne vous dis point que pendant
les 4. Repas qu'ils y ont faits,
toutes les principales Dames
de laVille les ontvûs manger,
&je ne vous repete nyles Preſens
qu'on leur a faits, ny leurs
civilitez , c'eſt ce que
pouvez aifément vous imaginer.
Je ne vous dis point non
plus qu'ils viſiterent tout ce
qu'il ya de remarquable dans
la Ville , & toutes les fortifi
vous
des Amb. de Siam. 199
cations , puiſque c'étoit le but
de leur voyage. Ils fortirent
fort fatisfaits de cette Place ,
toute la Garniſon eftant fous
les armes , & le Canon ayant
marqué leur fortie.
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Résumé : Aire. [titre d'après la table]
Le 22, un groupe se rendit à Aire, en Artois, près des frontières de la Flandre, traversée par la rivière Lys. Aire est une place forte avec un château robuste, des rues larges et de belles églises, dont la principale est la collégiale Saint-Pierre, fondée en 1064 et augmentée en 1186. La ville fut prise par les Français en 1641, reprise par les Espagnols, puis reconquise par le roi en 1676 après cinq jours de tranchée ouverte. À leur arrivée, les ambassadeurs furent escortés par des cavaliers et accueillis par M. de Calvo. Ils entrèrent en ville au bruit du canon, escortés par l'infanterie, et reçurent des présents du magistrat. Le lendemain, ils visitèrent le fort de Saint-François, admirant ses cinq bastions et les travaux en cours. Ils dînèrent tôt et partirent le 24, après avoir reçu divers présents et civilités des dames de la ville et avoir visité toutes les fortifications.
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189
p. 207-215
Calais. [titre d'après la table]
Début :
Ils dînerent à Regouge qui est un petit Village sur [...]
Mots clefs :
Calais, Fort, Ville, Roi, Place, Port, Porte, Ambassadeurs, Canon, Citadelle
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texteReconnaissance textuelle : Calais. [titre d'après la table]
Ils dînerent à
Regouge qui est un petit Vi
208 III. P du Voyage
lage ſur le chemin de Calais ,
&arriverent le ſoir à la Ville
de ce nom. C'eſt un Port de
Mer dans la partie de la Picardie,
appellée Païs reconquis.
La Ville eſt bien bâtie & beaucoup
peuplée , & a de fort belles
ruës. Ily en a une qui commence
à la Porte de Terce, &
qui traverſant la grande Place
où eſt la Maiſon de Ville , aboutit
au Port. C'eſt la plus
confiderable . On voit dans
Calais le Palais de l'Auditoire
la Tour du Guet , de magnifiques
Eglifes , plufieurs Monafteres
, & divers Forts . Edes
Anb. de Siam. 209
doüard III. Roy d'Angleterre
emporta cette Ville ſur les
François en 1347. aprés un
Siege de plus de dix mois. Les
Anglois la conſerverent jufques
en 1558. que le Duc de
Guiſe l'affiegea , & la prit dix
jours apres . L'Archiduc Albert
d'Autriche que le Roy
d'Eſpagne avoit fait Gouverneur
des Pays -bas , la reptit en
1596. & deux ans aprés , elle
fut renduë au Roy Henry IV.
par le Traité de Vervins . Depuis
ce temps-là , elle a eſté
fortifiée tres - regulierement ,
& eſt devenue une des plus
S
210 III. P. du Voyage
importantes Places du Royaume.
Les Ambaſſadeurs y furent
receus au bruit du Canon
& le Major qui commandoit
les Troupes , leur fit compliment
à la porte. Ils paſſerent
àtravers pour ſe rendre aulogis
qui leur avoit efté preparé
, &trouverent à la porte de
leur logement une Compagnie
de so. Hommes , avec unCapitaine
, un Lieutenant , & un
Enſeigne. Apres que Mrs du
Magiſtrat ſe furent acquitez
de leur compliment , en leur
offrant les Preſens de la Ville,
leMajor leur vint demander le
desAmb. de Siam . 211
mot , & celuy qu'il receut
fut , où la valeur reſiſte , la ruſe
fuccombe , parce qu'ils avoient
ſceu qu'on avoit tenté pluſieurs
fois de ſurprendre cette
Place , & que de telles entrepriſes
avoient toûjours
manqué de fuccez .
La pluye qui tomba le
lendemain en abondance, ne
les empeſcha point de viſiter
toutes les Fortifications de la
Ville, avec l'Ingenieur qui en
avoit le Plan , & de l'examiner
en meſme temps. Ils s'attacherent
fort à confiderer le
glacis qui regardeGravelines,
S ij
212 III. P. du Voyage
qu'ils trouverent tres-beau ,
ainſi que celuy d'où l'on peut
voir les Châteaux de Douvres
& les Dunes. Le Port leur parut
également beau &grand...
Il eſt fort feur & feparé en
deux bras pour recevoir les
Vaiſſeaux qu'on y voit toû--
jours en fort grand nombre.
Ils font deffendus par unFort
nommé le Fort de Risban, qui
eft à gauche du Port, & que
les Ambaſſadeurs examinerent
avec grand foin. Ils allerent
auffi à la Citadelle à
laquelle le Roy a fait beaucoup
travailler. Elle est fort
des Amb.de Siam. 213
grande & entourée de foſſez
profonds , & de marais qui
font tous remplis de l'eaude
la mer. Toutes les commoditez
qu'on peut ſouhaiter dans
une Place de guerre, font dans
cette Citadelle , & l'on peut
dire que cette Ville - là tire
encore beaucoup de force du
zéle & de la valeur de fes
Habitans, qui ont donné fort
ſouvent des marques de leur
affection pour la France. Les
Ambaſſadeurs qui avoient
efté receus au bruit du canon
du Fort par M. Vignon
qui en eſt Gouverneur , &
214 III . P. du Voyage
qui leur avoit rendu tous les
honneurs qu'ils pouvoient
attendre , ne le furent pas
moins bien à la Citadelle par
M. de Bouteville Lieutenant
de Roy , & tout s'y paſſa pour
les honneurs & pour l'examen
de la Place, comme dans
les autres Citadelles dont je
vous ay déja parlé. Lorſqu'ils
pafferent devant la Maiſon
de Ville , on tira du canon
qui estoit devant le Corps de
garde de la Place. Ils donnerent
ce foir-là pour mot , il
eſt revenu pour triompher, parce
que le Roy avoit eſté fort
des Amb . de Siam. 215
malade à Calais , & qu'il a
toujours triomphé depuis cette
maladie.
Regouge qui est un petit Vi
208 III. P du Voyage
lage ſur le chemin de Calais ,
&arriverent le ſoir à la Ville
de ce nom. C'eſt un Port de
Mer dans la partie de la Picardie,
appellée Païs reconquis.
La Ville eſt bien bâtie & beaucoup
peuplée , & a de fort belles
ruës. Ily en a une qui commence
à la Porte de Terce, &
qui traverſant la grande Place
où eſt la Maiſon de Ville , aboutit
au Port. C'eſt la plus
confiderable . On voit dans
Calais le Palais de l'Auditoire
la Tour du Guet , de magnifiques
Eglifes , plufieurs Monafteres
, & divers Forts . Edes
Anb. de Siam. 209
doüard III. Roy d'Angleterre
emporta cette Ville ſur les
François en 1347. aprés un
Siege de plus de dix mois. Les
Anglois la conſerverent jufques
en 1558. que le Duc de
Guiſe l'affiegea , & la prit dix
jours apres . L'Archiduc Albert
d'Autriche que le Roy
d'Eſpagne avoit fait Gouverneur
des Pays -bas , la reptit en
1596. & deux ans aprés , elle
fut renduë au Roy Henry IV.
par le Traité de Vervins . Depuis
ce temps-là , elle a eſté
fortifiée tres - regulierement ,
& eſt devenue une des plus
S
210 III. P. du Voyage
importantes Places du Royaume.
Les Ambaſſadeurs y furent
receus au bruit du Canon
& le Major qui commandoit
les Troupes , leur fit compliment
à la porte. Ils paſſerent
àtravers pour ſe rendre aulogis
qui leur avoit efté preparé
, &trouverent à la porte de
leur logement une Compagnie
de so. Hommes , avec unCapitaine
, un Lieutenant , & un
Enſeigne. Apres que Mrs du
Magiſtrat ſe furent acquitez
de leur compliment , en leur
offrant les Preſens de la Ville,
leMajor leur vint demander le
desAmb. de Siam . 211
mot , & celuy qu'il receut
fut , où la valeur reſiſte , la ruſe
fuccombe , parce qu'ils avoient
ſceu qu'on avoit tenté pluſieurs
fois de ſurprendre cette
Place , & que de telles entrepriſes
avoient toûjours
manqué de fuccez .
La pluye qui tomba le
lendemain en abondance, ne
les empeſcha point de viſiter
toutes les Fortifications de la
Ville, avec l'Ingenieur qui en
avoit le Plan , & de l'examiner
en meſme temps. Ils s'attacherent
fort à confiderer le
glacis qui regardeGravelines,
S ij
212 III. P. du Voyage
qu'ils trouverent tres-beau ,
ainſi que celuy d'où l'on peut
voir les Châteaux de Douvres
& les Dunes. Le Port leur parut
également beau &grand...
Il eſt fort feur & feparé en
deux bras pour recevoir les
Vaiſſeaux qu'on y voit toû--
jours en fort grand nombre.
Ils font deffendus par unFort
nommé le Fort de Risban, qui
eft à gauche du Port, & que
les Ambaſſadeurs examinerent
avec grand foin. Ils allerent
auffi à la Citadelle à
laquelle le Roy a fait beaucoup
travailler. Elle est fort
des Amb.de Siam. 213
grande & entourée de foſſez
profonds , & de marais qui
font tous remplis de l'eaude
la mer. Toutes les commoditez
qu'on peut ſouhaiter dans
une Place de guerre, font dans
cette Citadelle , & l'on peut
dire que cette Ville - là tire
encore beaucoup de force du
zéle & de la valeur de fes
Habitans, qui ont donné fort
ſouvent des marques de leur
affection pour la France. Les
Ambaſſadeurs qui avoient
efté receus au bruit du canon
du Fort par M. Vignon
qui en eſt Gouverneur , &
214 III . P. du Voyage
qui leur avoit rendu tous les
honneurs qu'ils pouvoient
attendre , ne le furent pas
moins bien à la Citadelle par
M. de Bouteville Lieutenant
de Roy , & tout s'y paſſa pour
les honneurs & pour l'examen
de la Place, comme dans
les autres Citadelles dont je
vous ay déja parlé. Lorſqu'ils
pafferent devant la Maiſon
de Ville , on tira du canon
qui estoit devant le Corps de
garde de la Place. Ils donnerent
ce foir-là pour mot , il
eſt revenu pour triompher, parce
que le Roy avoit eſté fort
des Amb . de Siam. 215
malade à Calais , & qu'il a
toujours triomphé depuis cette
maladie.
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Résumé : Calais. [titre d'après la table]
Le texte relate un voyage vers Calais, une ville portuaire en Picardie, célèbre pour ses rues et ses fortifications. Calais a été conquise par Édouard III d'Angleterre en 1347 après un siège de dix mois et est restée sous contrôle anglais jusqu'en 1558, date à laquelle le Duc de Guise la reprit. L'Archiduc Albert d'Autriche la reconquit en 1596, mais elle fut rendue à Henri IV par le Traité de Vervins en 1598. Depuis, Calais a été régulièrement fortifiée et est devenue une place stratégique du royaume. Les ambassadeurs de Siam y furent reçus avec des honneurs militaires, notamment des salves de canon. Ils visitèrent les fortifications, examinant le glacis vers Gravelines, les Châteaux de Douvres, le Port et le Fort de Risban. La Citadelle, renforcée par le roi, est entourée de fossés et de marais marins et est bien équipée pour la défense. Les habitants de Calais sont reconnus pour leur zèle et leur valeur. Les ambassadeurs reçurent également des honneurs à la Citadelle et passèrent devant la Maison de Ville, où des salves de canon furent tirées. Leur mot du jour fut 'il est revenu pour triompher', en référence à la guérison du roi après une maladie à Calais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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190
p. 215-217
Gravelines. [titre d'après la table]
Début :
Aprés avoir séjourné le 27. à Calais, ils en partirent le [...]
Mots clefs :
Gravelines, Calais, Dîner, Places, Place
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Gravelines. [titre d'après la table]
Aprés avoir féjourné le 27.
à Calais , ils en partirent le
lendemain pour aller dîner à
Gravelines . Cette Ville eſt
ſituée prés de la Mer ſur la
Riviere d'Aa , entre Calais
& Dunkerque. Charles-
Quint y fit bâtir un fort
Château en 1528. C'eſt aujourd'huy
une des plus fortes
& des plus regulieres Places
de l'Europe . Elle a eſté cedée
aux François par la Paix
des Pyrenées. Ils l'avoient
216 III. P. du Voyage
priſe en 1658. Quoy que les
Ambaſſadeurs ne dûfſſent s'y
arrêter que pour dîner ſeulement
, ils ne laifferent pas
d'y eſtre reçûs avec les mêmes
honneurs que dans toutes
les autres Villes où ils avoient
couché. Toutes les
Trcupes qui compoſent la
Garniſon eftoient ſous les Armes
, & ils trouverent une
Garde poſée à la porte de leur
Logis. Ils ne pûrent voir la
Place qu'en entrant , & en
ſortant ; mais ils envoyerent
plufieurs Mandarins pour en
viſiter les endroits qu'ils ne
pûrent
des Amb. de Siam. 217
pûrent voir. Pendant qu'ils
en examinerent le Plan avec
l'Ingenieur de la Place , ils
On
demanderent, s'ils ne verroient
plus d'auffi belles Places.
leur répondit , qu'ils jugeroient
eux-mefmes ſi celles qu'on avoit
encore à leur faire voir, estoient
auffi belles .
à Calais , ils en partirent le
lendemain pour aller dîner à
Gravelines . Cette Ville eſt
ſituée prés de la Mer ſur la
Riviere d'Aa , entre Calais
& Dunkerque. Charles-
Quint y fit bâtir un fort
Château en 1528. C'eſt aujourd'huy
une des plus fortes
& des plus regulieres Places
de l'Europe . Elle a eſté cedée
aux François par la Paix
des Pyrenées. Ils l'avoient
216 III. P. du Voyage
priſe en 1658. Quoy que les
Ambaſſadeurs ne dûfſſent s'y
arrêter que pour dîner ſeulement
, ils ne laifferent pas
d'y eſtre reçûs avec les mêmes
honneurs que dans toutes
les autres Villes où ils avoient
couché. Toutes les
Trcupes qui compoſent la
Garniſon eftoient ſous les Armes
, & ils trouverent une
Garde poſée à la porte de leur
Logis. Ils ne pûrent voir la
Place qu'en entrant , & en
ſortant ; mais ils envoyerent
plufieurs Mandarins pour en
viſiter les endroits qu'ils ne
pûrent
des Amb. de Siam. 217
pûrent voir. Pendant qu'ils
en examinerent le Plan avec
l'Ingenieur de la Place , ils
On
demanderent, s'ils ne verroient
plus d'auffi belles Places.
leur répondit , qu'ils jugeroient
eux-mefmes ſi celles qu'on avoit
encore à leur faire voir, estoient
auffi belles .
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Résumé : Gravelines. [titre d'après la table]
Le 27, les ambassadeurs séjournèrent à Calais avant de partir pour Gravelines, située près de la mer sur la rivière d'Aa, entre Calais et Dunkerque. Charles Quint y fit construire un fort château en 1528. Gravelines est aujourd'hui l'une des places les plus fortes et régulières d'Europe. Elle fut cédée aux Français par la Paix des Pyrénées après avoir été prise en 1658. Bien que les ambassadeurs ne devaient s'y arrêter que pour dîner, ils furent reçus avec les mêmes honneurs que dans les autres villes. Toutes les troupes de la garnison étaient sous les armes, et une garde était postée à la porte de leur logis. Les ambassadeurs ne purent voir la place qu'en entrant et en sortant, mais ils envoyèrent plusieurs mandarins pour en visiter les endroits qu'ils ne purent voir. Pendant qu'ils examinaient le plan avec l'ingénieur de la place, ils demandèrent s'ils verraient d'autres places aussi belles. On leur répondit qu'ils jugeraient eux-mêmes si les places qu'on leur ferait encore voir étaient aussi belles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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191
p. 217-234
Dunkerque. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le même jour coucher à Dunkerque, Ville sur [...]
Mots clefs :
Dunkerque, Place, Intendant, Ville, Roi, Fort, Bergues, Comte, Ambassadeurs, Artillerie, Armes, Folie, Remparts, Du Verger, Mer, Citadelle, Ambassadeur, Mégron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dunkerque. [titre d'après la table]
Ils allerent le même jour
coucher à Dunkerque , Ville
fur la Mer dans le Comté de
Flandres . Le Comte Baudoüin
III . dit le Jeune, la fit
bâtir en 960. Elle a de fort
bellesRuës, unPort extrémement
frequenté , & des Ha-
T
218 III . P. du Voyage
bitans fort renommez pour
la Navigation. Marie de Luxembourg
, Comteſſe de S.
Paul, Dame de Dunkerque,
Fille unique de Pierre de Luxembourg
& de Marguerite
de Savoye, épouſa François de
Bourbon, Comte de Vendôme
, quatriéme Ayeul paternel
du Roy. C'eſt ſur cela
que font fondées les legitimes
pretentions qu'a Sa Majeſté
ſur la Ville de Dunkerque.
Les François la prirent
en 1558. Le Duc de Parme
la reprit en 1583. Monfieur
le Prince , alors Duc d'An-
1
des Amb. de Siam. 319
guien, s'en rendit Maiſtre en
1646. & les Eſpagnols qui
l'emporterent en 1652. lagarderent
juſqu'en 1658. que
Mr le Maréchal de Turenne
la leur ôta. Elle fut remiſe
aux Anglois , de qui le Roy
la racheta en 1662. La Citadelle
que Sa Majeſté y a fait
faire , eft tres - confiderable ,
auſſi - bien que les Fortifications.
Les Ambaſſadeurs aprés a
voir paſſé entre le Fort du
Bois &le Fort Mardic , qu'ils
confidererent , approcherent
de la Place au bruit d'une
Tij
220 III. P. du Voyage
groffe Artillerie. M Me
gron Major qui y commandoit
, les reçût à la Porte de
la Ville. Toute la Garniſon,
parmy laquelle il y avoit
beaucoup de Compagnies
Suiffes, eſtoit ſous les Armes.
Ils furent logez à l'Hoſtel de
Ville, où ils reçûrent les complimens
des Magiftrats, & les
Preſens ordinaires. Ils furent
auſſi complimentez par
pluſieurs Corps . Le foir tout
'Hoſtel de Ville ſe trouva
éclairé par l'ordre des Magiſtrats.
Ils donnerent ce
foir- là pour Mot , La clef eft
des Amb de Siam . 221
digne de la ferrure , fur ce
qu'on leur avoit dit que Dunkerque
eſt une Clef du
Royaume. Ils furent ravis
de trouver à Dunkerque Madame
la Princeſſe de Bournonville,
Me la Comteffe de
Sore , & Ms les Princes de
Bournonville & de Robec,
qu'ils avoient veus à Berny, &
dont ils avoient reçû de grandeshonnêtetez.
MadamePatoulet,
femmede M² l'Intendant
de la Marine à Dunkerque
, eſtoit de la Compagnie.
M Deſmadrit Intendant
de Juſtice , Police des
Tiij
222 III . P. du Voyage
Troupes , & Finances de Sa
Majesté, & M Patoulet, vinrent
auſſi les ſalüer . M Defmadrit
leur dit , qu'il alloit à
Ypres , où il auroit l'honneur de
les voir , & qu'il eſperoit qu'ils
luy feroient la grace de diſner
chez luy. Ils fouperent à l'ordinaire
en bonne Compagnie.
Le lendemain ils monterent
en Carroſſe pour aller
du côté de la Mer , où ils
trouverent des Chaloupes
fort propres, & virent les Jettées
& les Forts qui ſont def
ſus, qui les ſalüerent de toute
leur Artillerie. Ils meſurerent
desAmb. de Siam, 223
eux-mêmes les épaiſſeurs &
les hauteurs des murailles , les
hauteurs & les profondeurs
des foſſez , & examinerent
tous les ouvrages avancez. Ils
virent fortir à pleines voiles
un affez gros Vaiffeau, chargé
de tout ſon Canon. De là
ils allerent au Rifban , où ils
monterent & deſcendirent
dans tous les endroits qu'ils
jugerent dignes de leur curioſité.
Ils marquerent une
ſurpriſe qui ne ſe peut exprimer
, & crûrent voir une
des premieres merveilles du
Monde. Ils vinrent enſuite
Tiiij
224 III. P. du Voyage
à pied juſqu'à la Jettée, où
l'on ſe rembarqua pour regagner
le Carroffe. Le lendemain
ils allerent à la Citadelle
que le Roy a fait bâtir.
Ils furent receus au bruit du
Canon , & trouverent l'Infanterie
ſous les Armes ; ils
virent les Magaſins & les Arcenaux
, & dirent que non
Seulement cette Fortereffe leur
paroiſſoit imprenable , mais mefme
qu'ils ne croyoient pas que
l'on pût ſonger à l'attaquer ,
parce qu'on n'attaquoit pas ce
qu'on sçavoit qu'il estoit impoffible
de prendre. On tira une
des Amb. de Siam. 225
Coulevrine , appellée la grande
Coulevrine de Nancy. Comme
on leur avoit donné les
Violons , ce qui continua
tant qu'ils ſéjournerent à
Dunkerque , ils avoient demandé
les noms de pluſieurs
Airs , & même la raiſon des
noms qu'on leur avoit dits.
La Folie d'Eſpagne s'eſtant
trouvée de ce nombre , il ne
ſe rencontra perſonne qui
-leur pût apprendre pourquoy
cét Air avoit eu ce nom : ce
qui fut cauſe que M Megron
leur ayant demádé l'Ordre
, ils dirent la Folie d'Ef
r
226 III. P. du Voyage
pagne. M: Torf leur demanda
, pourquoy ils donnoient
ce mot. Ils répondirent, qu'ils
avoient peut- estre plus de raiſon
de le donner , que le Muſicien
n'en avoit eu de nommer
Folie un Air qui paroiffoit tresbeau
, puiſque c'en estoit une tresgrande
que d'avoir laiffé prendre
une Ville comme Dunkerque.
Lejour ſuivant (car ilsſéjournerent
deux jours àDunkerque
) ils firent le tour de
la Place avec M Megron ,
& trouverent les Ramparts
d'une propreté qui paſſe tout
des Amb. de Siam. 227
د
ce qu'on s'en peut imaginer.
On n'y voit aucune ordure
de quelque nature qu'elle
puiſſe eſtre , & les Jardins les
plus propres & les mieux entretenus
du Prince le plus curieux
ne pourroient qu'à
peine approcher de ce qu'ils
virent. Cela fait connoiftre
que Me Megron ſçaitbien ſe
faire obeïr , & qui fe fait obefr,
doit eſtre du nombre
des meilleurs Officiers . M du
Verger Ingenieur de la Place,
en fit le tour avec les Ambaſſadeurs.
Illeur apprit tout
cequ'ils ſouhaiterent ſçavoir
228 III. P. du Voyage
&répondit ſi bien à toutes
leurs queſtions , qu'ils conçûrentbeaucoup
d'eftime, &
prirent même quelque forte
d'amitié pour luy. Ils dirent,
que le Roy de Siam n'épargneroit
rien pour avoir un auffi habile
Homme qu'il eſtoit , & le
prierent de vouloir bien les accompagner
jusqu'à Bergues, par
où ils devoientpaffer pour aller à
Ypres. Enfin ils luy dirent ,
qu'il s'expliquoit si bien , que
tout marquoit en luy ce qu'il
vouloit dire , & que ceux àqui
il parloit n'avoient que faire de
fçavoirfa langue , pour concedes
Amb. de Siam. 229
voir ce qu'il vouloit faire entendre.
Ils ne quitterent les Ramparts
que pour aller voir l'Arcenal,
où ils ne laiſſerent rien
à viſiter : de forte qu'eſtant
tous remplis de la beauté de
la Place , &de la grandeur du
Roy , ils fortirent en difant,
qu'ils voyoient par tout des chofes
inoüies. M Patoulet Intendant
de Marine , ayant
fait charger pluſieurs Ecluſes,
vint ſur le ſoir les prier d'en
voir l'effet , & leur dit , que
cela ne dureroit qu'un instant.
Ils demanderent, fi leRoy les
avoit fait faire comme le reste.
230 III . P. du Voyage
On leur dit que oüy. Ils repartirent
auffi -toſt , qu'ils ne
doutoient pas que cela ne répon
diſt à la magnificence de Sa Majesté
, &qu'ilsypaſſeroient non
pas un instant , mais la nuit
entiere. Ils monterent dans le
Carroffe de Me l'Intendant,
qui en avoit fait amener
d'autres pour leur Suite. Dés
qu'ils furent arrivez , on ouvrit
les Ecluſes, qui firent les
effets qu'on en attendoit.
L'Ambaſſadeur dit qu'il estoit
caution de la netteté du Port,
tant qu'on entretiendroit cesEclufes-
là. Ils virent le nouveau
L
des Amb. de Siam. 231
Baffin pour les Vaiſſeaux du
Roy , qui eſt encore un des
Ouvrages qui répond le plus
à la grandeur de Sa Majefté.
On leur montra auſſi plufieurs
Vaiſſeaux fur le chantier.
Si je voulois vous faire
un détail entier de tout ce
que les Ambaſſadeurs ont vû
& dit à Dunkerque , & de la
maniere dont le Roy y eſt
ſervy, j'avoue qu'il me feroit
difficile de trouver la fin de
certe Relation . L'Ambaſſadeur
donna ce ſoir-là pour
mot , Nous triomphons par fa
victoire, & dit que c'eſtoit une
234 III . P. du Voyage
verité , puiſque l'état où ef
toit la Ville , depuis qu'elle
avoit eſté conquiſe par Sa
Majesté , & l'opulence des
Peuples , faifoient voir qu'ils
triomphoient par la victoire
de ce
de ce grand Monarque.
Aprés avoir ſejourné à
Dunkerque le 29. & le 30. ils
en partirent avec des honneurs
qui ne peuvent eſtre
comparez qu'à ceux qu'ils avoient
receus en y entrant.
Ils s'embarquerent dés ſept
heures du matin, ſur le canal
de Bergues , qui eſt hors la
Ville, dans un batteau coudes
Amb. de Siam. 233
vert bien meublé & vîtré,
que M Deſmadrit leur avoit
fait préparer. Ils avoient prié
de trop bonne grace M du
Verger de venir avec eux jufques
à Bergues , pour en eſtre
refufez. Il les accompagna
juſque- là, & ils parlerent pendant
tout le chemin de Fortifications
& des inondations
de Siam. L'Ambaſſadeur luy
dit qu'il croyoit qu'il estoit un
homme univerſel. Ils trouverent
fur le chemin de Dunkerque
à Bergues, le long du
Canal, le Fort Louis, & le Fort
S. François , qui font deux
V
234 III. P.du Voyage
Forts Royaux , & quelques
Redoutes . Ils en furent falüez
, & les Garniſons parurent
en bataille ſur les ramparts
. Eftant arrivez à Bergues
, Mª du Verger les quit
ta , dont ils témoignerent du
regret. Ils trouverent leurs
Carroffes , dans lesquels ils
monterent pour continuër
leur route. Ils furent falüez
par l'Artillerie de Bergues , &
trouverent la Garnifon fous
les armes , depuis une Porte
juſques à l'autre. Ils furent
meſme haranguez , & receurent
les Prefens de la Ville.
coucher à Dunkerque , Ville
fur la Mer dans le Comté de
Flandres . Le Comte Baudoüin
III . dit le Jeune, la fit
bâtir en 960. Elle a de fort
bellesRuës, unPort extrémement
frequenté , & des Ha-
T
218 III . P. du Voyage
bitans fort renommez pour
la Navigation. Marie de Luxembourg
, Comteſſe de S.
Paul, Dame de Dunkerque,
Fille unique de Pierre de Luxembourg
& de Marguerite
de Savoye, épouſa François de
Bourbon, Comte de Vendôme
, quatriéme Ayeul paternel
du Roy. C'eſt ſur cela
que font fondées les legitimes
pretentions qu'a Sa Majeſté
ſur la Ville de Dunkerque.
Les François la prirent
en 1558. Le Duc de Parme
la reprit en 1583. Monfieur
le Prince , alors Duc d'An-
1
des Amb. de Siam. 319
guien, s'en rendit Maiſtre en
1646. & les Eſpagnols qui
l'emporterent en 1652. lagarderent
juſqu'en 1658. que
Mr le Maréchal de Turenne
la leur ôta. Elle fut remiſe
aux Anglois , de qui le Roy
la racheta en 1662. La Citadelle
que Sa Majeſté y a fait
faire , eft tres - confiderable ,
auſſi - bien que les Fortifications.
Les Ambaſſadeurs aprés a
voir paſſé entre le Fort du
Bois &le Fort Mardic , qu'ils
confidererent , approcherent
de la Place au bruit d'une
Tij
220 III. P. du Voyage
groffe Artillerie. M Me
gron Major qui y commandoit
, les reçût à la Porte de
la Ville. Toute la Garniſon,
parmy laquelle il y avoit
beaucoup de Compagnies
Suiffes, eſtoit ſous les Armes.
Ils furent logez à l'Hoſtel de
Ville, où ils reçûrent les complimens
des Magiftrats, & les
Preſens ordinaires. Ils furent
auſſi complimentez par
pluſieurs Corps . Le foir tout
'Hoſtel de Ville ſe trouva
éclairé par l'ordre des Magiſtrats.
Ils donnerent ce
foir- là pour Mot , La clef eft
des Amb de Siam . 221
digne de la ferrure , fur ce
qu'on leur avoit dit que Dunkerque
eſt une Clef du
Royaume. Ils furent ravis
de trouver à Dunkerque Madame
la Princeſſe de Bournonville,
Me la Comteffe de
Sore , & Ms les Princes de
Bournonville & de Robec,
qu'ils avoient veus à Berny, &
dont ils avoient reçû de grandeshonnêtetez.
MadamePatoulet,
femmede M² l'Intendant
de la Marine à Dunkerque
, eſtoit de la Compagnie.
M Deſmadrit Intendant
de Juſtice , Police des
Tiij
222 III . P. du Voyage
Troupes , & Finances de Sa
Majesté, & M Patoulet, vinrent
auſſi les ſalüer . M Defmadrit
leur dit , qu'il alloit à
Ypres , où il auroit l'honneur de
les voir , & qu'il eſperoit qu'ils
luy feroient la grace de diſner
chez luy. Ils fouperent à l'ordinaire
en bonne Compagnie.
Le lendemain ils monterent
en Carroſſe pour aller
du côté de la Mer , où ils
trouverent des Chaloupes
fort propres, & virent les Jettées
& les Forts qui ſont def
ſus, qui les ſalüerent de toute
leur Artillerie. Ils meſurerent
desAmb. de Siam, 223
eux-mêmes les épaiſſeurs &
les hauteurs des murailles , les
hauteurs & les profondeurs
des foſſez , & examinerent
tous les ouvrages avancez. Ils
virent fortir à pleines voiles
un affez gros Vaiffeau, chargé
de tout ſon Canon. De là
ils allerent au Rifban , où ils
monterent & deſcendirent
dans tous les endroits qu'ils
jugerent dignes de leur curioſité.
Ils marquerent une
ſurpriſe qui ne ſe peut exprimer
, & crûrent voir une
des premieres merveilles du
Monde. Ils vinrent enſuite
Tiiij
224 III. P. du Voyage
à pied juſqu'à la Jettée, où
l'on ſe rembarqua pour regagner
le Carroffe. Le lendemain
ils allerent à la Citadelle
que le Roy a fait bâtir.
Ils furent receus au bruit du
Canon , & trouverent l'Infanterie
ſous les Armes ; ils
virent les Magaſins & les Arcenaux
, & dirent que non
Seulement cette Fortereffe leur
paroiſſoit imprenable , mais mefme
qu'ils ne croyoient pas que
l'on pût ſonger à l'attaquer ,
parce qu'on n'attaquoit pas ce
qu'on sçavoit qu'il estoit impoffible
de prendre. On tira une
des Amb. de Siam. 225
Coulevrine , appellée la grande
Coulevrine de Nancy. Comme
on leur avoit donné les
Violons , ce qui continua
tant qu'ils ſéjournerent à
Dunkerque , ils avoient demandé
les noms de pluſieurs
Airs , & même la raiſon des
noms qu'on leur avoit dits.
La Folie d'Eſpagne s'eſtant
trouvée de ce nombre , il ne
ſe rencontra perſonne qui
-leur pût apprendre pourquoy
cét Air avoit eu ce nom : ce
qui fut cauſe que M Megron
leur ayant demádé l'Ordre
, ils dirent la Folie d'Ef
r
226 III. P. du Voyage
pagne. M: Torf leur demanda
, pourquoy ils donnoient
ce mot. Ils répondirent, qu'ils
avoient peut- estre plus de raiſon
de le donner , que le Muſicien
n'en avoit eu de nommer
Folie un Air qui paroiffoit tresbeau
, puiſque c'en estoit une tresgrande
que d'avoir laiffé prendre
une Ville comme Dunkerque.
Lejour ſuivant (car ilsſéjournerent
deux jours àDunkerque
) ils firent le tour de
la Place avec M Megron ,
& trouverent les Ramparts
d'une propreté qui paſſe tout
des Amb. de Siam. 227
د
ce qu'on s'en peut imaginer.
On n'y voit aucune ordure
de quelque nature qu'elle
puiſſe eſtre , & les Jardins les
plus propres & les mieux entretenus
du Prince le plus curieux
ne pourroient qu'à
peine approcher de ce qu'ils
virent. Cela fait connoiftre
que Me Megron ſçaitbien ſe
faire obeïr , & qui fe fait obefr,
doit eſtre du nombre
des meilleurs Officiers . M du
Verger Ingenieur de la Place,
en fit le tour avec les Ambaſſadeurs.
Illeur apprit tout
cequ'ils ſouhaiterent ſçavoir
228 III. P. du Voyage
&répondit ſi bien à toutes
leurs queſtions , qu'ils conçûrentbeaucoup
d'eftime, &
prirent même quelque forte
d'amitié pour luy. Ils dirent,
que le Roy de Siam n'épargneroit
rien pour avoir un auffi habile
Homme qu'il eſtoit , & le
prierent de vouloir bien les accompagner
jusqu'à Bergues, par
où ils devoientpaffer pour aller à
Ypres. Enfin ils luy dirent ,
qu'il s'expliquoit si bien , que
tout marquoit en luy ce qu'il
vouloit dire , & que ceux àqui
il parloit n'avoient que faire de
fçavoirfa langue , pour concedes
Amb. de Siam. 229
voir ce qu'il vouloit faire entendre.
Ils ne quitterent les Ramparts
que pour aller voir l'Arcenal,
où ils ne laiſſerent rien
à viſiter : de forte qu'eſtant
tous remplis de la beauté de
la Place , &de la grandeur du
Roy , ils fortirent en difant,
qu'ils voyoient par tout des chofes
inoüies. M Patoulet Intendant
de Marine , ayant
fait charger pluſieurs Ecluſes,
vint ſur le ſoir les prier d'en
voir l'effet , & leur dit , que
cela ne dureroit qu'un instant.
Ils demanderent, fi leRoy les
avoit fait faire comme le reste.
230 III . P. du Voyage
On leur dit que oüy. Ils repartirent
auffi -toſt , qu'ils ne
doutoient pas que cela ne répon
diſt à la magnificence de Sa Majesté
, &qu'ilsypaſſeroient non
pas un instant , mais la nuit
entiere. Ils monterent dans le
Carroffe de Me l'Intendant,
qui en avoit fait amener
d'autres pour leur Suite. Dés
qu'ils furent arrivez , on ouvrit
les Ecluſes, qui firent les
effets qu'on en attendoit.
L'Ambaſſadeur dit qu'il estoit
caution de la netteté du Port,
tant qu'on entretiendroit cesEclufes-
là. Ils virent le nouveau
L
des Amb. de Siam. 231
Baffin pour les Vaiſſeaux du
Roy , qui eſt encore un des
Ouvrages qui répond le plus
à la grandeur de Sa Majefté.
On leur montra auſſi plufieurs
Vaiſſeaux fur le chantier.
Si je voulois vous faire
un détail entier de tout ce
que les Ambaſſadeurs ont vû
& dit à Dunkerque , & de la
maniere dont le Roy y eſt
ſervy, j'avoue qu'il me feroit
difficile de trouver la fin de
certe Relation . L'Ambaſſadeur
donna ce ſoir-là pour
mot , Nous triomphons par fa
victoire, & dit que c'eſtoit une
234 III . P. du Voyage
verité , puiſque l'état où ef
toit la Ville , depuis qu'elle
avoit eſté conquiſe par Sa
Majesté , & l'opulence des
Peuples , faifoient voir qu'ils
triomphoient par la victoire
de ce
de ce grand Monarque.
Aprés avoir ſejourné à
Dunkerque le 29. & le 30. ils
en partirent avec des honneurs
qui ne peuvent eſtre
comparez qu'à ceux qu'ils avoient
receus en y entrant.
Ils s'embarquerent dés ſept
heures du matin, ſur le canal
de Bergues , qui eſt hors la
Ville, dans un batteau coudes
Amb. de Siam. 233
vert bien meublé & vîtré,
que M Deſmadrit leur avoit
fait préparer. Ils avoient prié
de trop bonne grace M du
Verger de venir avec eux jufques
à Bergues , pour en eſtre
refufez. Il les accompagna
juſque- là, & ils parlerent pendant
tout le chemin de Fortifications
& des inondations
de Siam. L'Ambaſſadeur luy
dit qu'il croyoit qu'il estoit un
homme univerſel. Ils trouverent
fur le chemin de Dunkerque
à Bergues, le long du
Canal, le Fort Louis, & le Fort
S. François , qui font deux
V
234 III. P.du Voyage
Forts Royaux , & quelques
Redoutes . Ils en furent falüez
, & les Garniſons parurent
en bataille ſur les ramparts
. Eftant arrivez à Bergues
, Mª du Verger les quit
ta , dont ils témoignerent du
regret. Ils trouverent leurs
Carroffes , dans lesquels ils
monterent pour continuër
leur route. Ils furent falüez
par l'Artillerie de Bergues , &
trouverent la Garnifon fous
les armes , depuis une Porte
juſques à l'autre. Ils furent
meſme haranguez , & receurent
les Prefens de la Ville.
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Résumé : Dunkerque. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite des ambassadeurs de Siam à Dunkerque, une ville située en Flandres, fondée en 960 par le Comte Baudouin III. Dunkerque est réputée pour ses rues pittoresques, son port actif et ses habitants experts en navigation. Marie de Luxembourg, Comtesse de Saint-Pol et Dame de Dunkerque, a épousé François de Bourbon, Comte de Vendôme, ancêtre du roi de France, ce qui a justifié les prétentions royales sur la ville. Dunkerque a connu plusieurs changements de mains au fil des siècles. Elle a été prise par les Français en 1558, reprise par les Espagnols en 1583, conquise par le Duc d'Anjou en 1646, puis de nouveau par les Espagnols en 1652, avant d'être finalement rachetée par le roi de France en 1662. La citadelle et les fortifications de Dunkerque sont particulièrement remarquables. Lors de leur visite, les ambassadeurs de Siam ont été accueillis avec des honneurs militaires et civils. Ils ont été logés à l'Hôtel de Ville et ont reçu des présents. Ils ont visité les fortifications, les jetées et les forts, et ont été impressionnés par la propreté et la discipline des lieux. Ils ont également assisté à des démonstrations de l'artillerie et des écluses, exprimant leur admiration pour les ouvrages et la grandeur du roi. Après deux jours à Dunkerque, ils ont quitté la ville en bateau, accompagnés par des salves d'artillerie et des honneurs militaires.
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192
p. 235-242
Ipres. [titre d'après la table]
Début :
Aprés l'avoir traversée, ils allerent dîner à Rosbruck, qui [...]
Mots clefs :
Ypres, Roesbrugge, Ville, Fort, Roi, La Neuville, Ambassadeurs, Place, Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ipres. [titre d'après la table]
Aprés l'avoir traversée , ils allerent
dîner à Rolbruck , qui
eſt un Bourg ſur le chemin
d'Ipre , où ils coucherent
le 3r. Ipre eſt une Ville
fort riche & qui a pluſieurs
belles Eglifes, dont S. Martin
eft la Cathedrale. Paul IV. y
eftablit un Eveſché en 1550.
ſous la Jurisdiction de l'Archeveſché
de Malines. On y
voit de beaux Edifiors , des
Palais&diverſes Places, entre
leſquelles celle de la Seigneurie
eft confiderable. CerteVille
a foutenu pluſieurs Sieges,
&fut foumiſe à laFrance par
Vij
236 III. P. du Voyage
celuy qu'y mit le Roy en
1678. aprés la priſe de Gand.
M de la Neuville, Lieutenant
de Roy, qui commande dans
la Place , receut les Ambaſſadeurs
à leur arrivée , & leur
marqua qu'il executoit avec
plaifir les ordres qu'il en avoit
eus de Sa Majefté. Le canon
ſe fit entendre,& la Garnifon
leur parut auffi belle que
nombreuſe . Ils allerent defcendre
à la Châtellenie , que
la Ville avoit deſtinée pour
leur logement, &qu'elle avoit
pris ſoin de faire meubler.
Aprés que M de Ville les
desAmb de Siam. 237
eurent complimentez avec la
ceremonie ordinaire des Prefens
, M de la Neuville demanda
le mot. Le premier
Ambaſſadeur donna mauvais
voisin , parceque ceste Ville
eſt proche de Gand & de Bruges,&
que le Roy eſt un dangereux
voiſin quand on l'offenſe
. Le lendemain ils virent
en dehors le corps de la Place,
& tous les Travaux, où ils
trouverent une grande quantité
de Perdrix ; ce qui leur
donna beaucoup de plaifir,
& les obligea de dire qu'il
faloit que Mr de la Neuville
238 III. P. du Voyage
fust un homme d'un grand ordre,
puiſqu'il pouvoit venir à bout
de faire conſerver tout ce Gibier.
Les foffez eſtoient auſſi remplis
de Canards & de Sercelles,&
de toute forte de Gibier
ſauvage. Ils virent un trésgrand
nombre d'Ouvriers qui
travailloient en pluſieurs endroits,
& cela fut cauſe qu'ils
parlerent beaucoup de la
grandeur & de la puiſſance
du Roy , & de l'amour qu'il
avoit pour ſes Sujets , puifqu'il
faifoit tant de dépenſe
pour les mettre en ſeureté.
On dîna chez M Deſmadrit
1
N
des Amb. de Siam. 239
le repas fut propre , magnifique
& grand , & accompagné
de quantité d'inſtrumens ,
ainſi que de pluſieurs fortes
de Liqueurs , dont il y avoit
en abondance. On ſe mit enfuite
dans un bateau fort
propre pour aller voir les éclufes
qui font à une lieuë de S.
Omer . Il y avoit dans ce bateau
un grand nombre de
trompettes qui joüoient alternativement
, & fe repondoient
les uns aux autres. On
arriva aux Ecluſes, où l'on fit
monter deux bateaux chargez
de pierres , ce qui furprit
240 III. P. du Voyage
fort les Ambaſſadeurs , hors
le ſecond qui dit qu'il en avoit
vû de même à la Chine. Ils
prierent qu'on leur fiſt voir
juſques à la moindre partie
de ces écluſes ; on leur donna
cette fatisfaction , ce qui
fut cauſe qu'on rentra fort
tard ; le bruit des Inftrumens
annonça le retour des Ambaſſadeurs
. Ils donnerent ce
foir là pour mot , ſi l'on m'attaque
je rongeray mon bras ,
parce que M de la Neuville
Commandant de la Place chez
د
qui ils alloient ſouper eft
manchot. On ne peut rien
ajouter
des Amb. de Siam. 241
ajoûter à la propreté , & à la
magnificence de ce repas . On
y but la Santé de l'Alliance
Royale , & celle des deux
Rois avec un fi grand bruit
de Canon , que beaucoup de
vitres ſe reſſentirent de cette
grande joye. Ainſi les Ambaſſadeurs
qui chaque jour
eſtoient de plus en plus remplis
de la grandeur de Sa Majeſté
, s'en retournerent charmez
de la bonne reception
que ſes Sujets luy faifoient
par tout. Ils partirent le lendemain
2. deNovembre aprés
avoir fait de grands remer-
4
X
242 III. P. du Voyage
ciemens à ces Ms qui les a
voient fi magnifiquement regalez
, & ne s'éloignerent du
bruit du Canon qui les ſalua
à leur fortie , que pour aller
entendre celuy de Menin.
dîner à Rolbruck , qui
eſt un Bourg ſur le chemin
d'Ipre , où ils coucherent
le 3r. Ipre eſt une Ville
fort riche & qui a pluſieurs
belles Eglifes, dont S. Martin
eft la Cathedrale. Paul IV. y
eftablit un Eveſché en 1550.
ſous la Jurisdiction de l'Archeveſché
de Malines. On y
voit de beaux Edifiors , des
Palais&diverſes Places, entre
leſquelles celle de la Seigneurie
eft confiderable. CerteVille
a foutenu pluſieurs Sieges,
&fut foumiſe à laFrance par
Vij
236 III. P. du Voyage
celuy qu'y mit le Roy en
1678. aprés la priſe de Gand.
M de la Neuville, Lieutenant
de Roy, qui commande dans
la Place , receut les Ambaſſadeurs
à leur arrivée , & leur
marqua qu'il executoit avec
plaifir les ordres qu'il en avoit
eus de Sa Majefté. Le canon
ſe fit entendre,& la Garnifon
leur parut auffi belle que
nombreuſe . Ils allerent defcendre
à la Châtellenie , que
la Ville avoit deſtinée pour
leur logement, &qu'elle avoit
pris ſoin de faire meubler.
Aprés que M de Ville les
desAmb de Siam. 237
eurent complimentez avec la
ceremonie ordinaire des Prefens
, M de la Neuville demanda
le mot. Le premier
Ambaſſadeur donna mauvais
voisin , parceque ceste Ville
eſt proche de Gand & de Bruges,&
que le Roy eſt un dangereux
voiſin quand on l'offenſe
. Le lendemain ils virent
en dehors le corps de la Place,
& tous les Travaux, où ils
trouverent une grande quantité
de Perdrix ; ce qui leur
donna beaucoup de plaifir,
& les obligea de dire qu'il
faloit que Mr de la Neuville
238 III. P. du Voyage
fust un homme d'un grand ordre,
puiſqu'il pouvoit venir à bout
de faire conſerver tout ce Gibier.
Les foffez eſtoient auſſi remplis
de Canards & de Sercelles,&
de toute forte de Gibier
ſauvage. Ils virent un trésgrand
nombre d'Ouvriers qui
travailloient en pluſieurs endroits,
& cela fut cauſe qu'ils
parlerent beaucoup de la
grandeur & de la puiſſance
du Roy , & de l'amour qu'il
avoit pour ſes Sujets , puifqu'il
faifoit tant de dépenſe
pour les mettre en ſeureté.
On dîna chez M Deſmadrit
1
N
des Amb. de Siam. 239
le repas fut propre , magnifique
& grand , & accompagné
de quantité d'inſtrumens ,
ainſi que de pluſieurs fortes
de Liqueurs , dont il y avoit
en abondance. On ſe mit enfuite
dans un bateau fort
propre pour aller voir les éclufes
qui font à une lieuë de S.
Omer . Il y avoit dans ce bateau
un grand nombre de
trompettes qui joüoient alternativement
, & fe repondoient
les uns aux autres. On
arriva aux Ecluſes, où l'on fit
monter deux bateaux chargez
de pierres , ce qui furprit
240 III. P. du Voyage
fort les Ambaſſadeurs , hors
le ſecond qui dit qu'il en avoit
vû de même à la Chine. Ils
prierent qu'on leur fiſt voir
juſques à la moindre partie
de ces écluſes ; on leur donna
cette fatisfaction , ce qui
fut cauſe qu'on rentra fort
tard ; le bruit des Inftrumens
annonça le retour des Ambaſſadeurs
. Ils donnerent ce
foir là pour mot , ſi l'on m'attaque
je rongeray mon bras ,
parce que M de la Neuville
Commandant de la Place chez
د
qui ils alloient ſouper eft
manchot. On ne peut rien
ajouter
des Amb. de Siam. 241
ajoûter à la propreté , & à la
magnificence de ce repas . On
y but la Santé de l'Alliance
Royale , & celle des deux
Rois avec un fi grand bruit
de Canon , que beaucoup de
vitres ſe reſſentirent de cette
grande joye. Ainſi les Ambaſſadeurs
qui chaque jour
eſtoient de plus en plus remplis
de la grandeur de Sa Majeſté
, s'en retournerent charmez
de la bonne reception
que ſes Sujets luy faifoient
par tout. Ils partirent le lendemain
2. deNovembre aprés
avoir fait de grands remer-
4
X
242 III. P. du Voyage
ciemens à ces Ms qui les a
voient fi magnifiquement regalez
, & ne s'éloignerent du
bruit du Canon qui les ſalua
à leur fortie , que pour aller
entendre celuy de Menin.
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Résumé : Ipres. [titre d'après la table]
Le texte relate le voyage d'ambassadeurs de Siam à Ipre, une ville riche et fortifiée. Après avoir traversé une rivière, ils dînèrent à Rolbruck et passèrent la nuit à Ipre, où ils furent accueillis par M. de la Neuville, lieutenant du roi. Ipre, célèbre pour ses églises et édifices, avait connu plusieurs sièges et fut soumise à la France en 1678. Les ambassadeurs visitèrent les fortifications et admirèrent la gestion du gibier par M. de la Neuville. Ils furent impressionnés par les travaux de défense et la quantité d'ouvriers. Un dîner somptueux fut organisé chez M. Desmadrit, suivi d'une visite des écluses près de Saint-Omer. Les ambassadeurs furent surpris par les écluses chargées de pierres, similaires à celles de la Chine. Le soir, ils soupergèrent chez le commandant manchot de la place, M. de la Neuville, et firent des vœux pour l'alliance royale. Le lendemain, ils partirent après avoir remercié leurs hôtes et entendirent le canon de Menin.
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193
p. 242-244
Menin. [titre d'après la table]
Début :
Cette place est sur la Lys. Elle est forte, & la quantité de [...]
Mots clefs :
Menin, Depertuis, Place, Ville, Mot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Menin. [titre d'après la table]
Cette Place eſt ſur la Lys. Elle
eft forte , & la quantité de
biere & de draps que l'on y
fait , la rendent celebre dans
tout le Pays. La Cavalerie de
cette Ville- là, vint au devant
des Ambaffadeurs , & M
Depertuis qui en eftGouverneur
, les reçût à l'entrée de
la porte. Ils trouverent la garnifonqui
formoit deux hayes
Γ
des Amb.de Siam. 243
juſqu'à leur logis , & aprés
que Mrs de Ville eurent fair
leurs complimens &leurs Prefens
, M Depertuis alla leur
rendre vifite , & leur demander
le mot , qui fut, je brille de
à cauſe qu'ils avoient
ſceu que Menin n'étoit
qu'un Village il n'y a pas
long-temps , & qu'il devoit
au Roy tout l'éclat , & toute
la force qu'on luy voit prefentement.
fes -rayons ,
Ils eurent le plaiſir de fouper
devant de tres -belles Perſonnes
,& furent ſurpris d'une
Dame de qualité de Hollande
X ij
2.44 III. P. duVoyage
qui ſe trouva là avec ſa fille!
M Depertuis les alla voir le
lendemain , & fit amener avec
luy des chevaux de felle. Ils
monterent deſſus ainſi que les
Mandarins , & quelques-uns
de leur fuite . Ils firent le tour
de la Place en dehors , & plus
on l'examina , plus on trouva
que le Mot qu'ils avoient
donné le jour precedent eſtoit
juſte. Ils vinrent enſuite difner
, & partirent auſſi - toſt aprés.
Ils remercierent M² Depertuis,&
le prierent de venir
manger avec eux s'il venoit
à Paris avant leur départ.
eft forte , & la quantité de
biere & de draps que l'on y
fait , la rendent celebre dans
tout le Pays. La Cavalerie de
cette Ville- là, vint au devant
des Ambaffadeurs , & M
Depertuis qui en eftGouverneur
, les reçût à l'entrée de
la porte. Ils trouverent la garnifonqui
formoit deux hayes
Γ
des Amb.de Siam. 243
juſqu'à leur logis , & aprés
que Mrs de Ville eurent fair
leurs complimens &leurs Prefens
, M Depertuis alla leur
rendre vifite , & leur demander
le mot , qui fut, je brille de
à cauſe qu'ils avoient
ſceu que Menin n'étoit
qu'un Village il n'y a pas
long-temps , & qu'il devoit
au Roy tout l'éclat , & toute
la force qu'on luy voit prefentement.
fes -rayons ,
Ils eurent le plaiſir de fouper
devant de tres -belles Perſonnes
,& furent ſurpris d'une
Dame de qualité de Hollande
X ij
2.44 III. P. duVoyage
qui ſe trouva là avec ſa fille!
M Depertuis les alla voir le
lendemain , & fit amener avec
luy des chevaux de felle. Ils
monterent deſſus ainſi que les
Mandarins , & quelques-uns
de leur fuite . Ils firent le tour
de la Place en dehors , & plus
on l'examina , plus on trouva
que le Mot qu'ils avoient
donné le jour precedent eſtoit
juſte. Ils vinrent enſuite difner
, & partirent auſſi - toſt aprés.
Ils remercierent M² Depertuis,&
le prierent de venir
manger avec eux s'il venoit
à Paris avant leur départ.
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Résumé : Menin. [titre d'après la table]
Le texte relate la visite d'ambassadeurs de Siam à Menin, une ville réputée pour sa production de bière et de draps. À leur arrivée, la cavalerie de Menin les accueillit et le gouverneur, M. Depertuis, les reçut. La garnison forma deux haies jusqu'à leur logis. Après des échanges de compliments et de présents, M. Depertuis demanda le mot de passe, qui fut 'je brille de vos rayons', soulignant la prospérité et la force de Menin grâce au roi. Les ambassadeurs rencontrèrent également une dame hollandaise et sa fille. Le lendemain, M. Depertuis organisa une visite à cheval autour de la ville, confirmant la justesse du mot de passe. Les ambassadeurs quittèrent Menin peu après, remerciant M. Depertuis et l'invitant à les rejoindre à Paris.
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194
p. 245-269
Lille. [titre d'après la table]
Début :
Ce même jour 3. de Novembre ils allerent coucher à [...]
Mots clefs :
Lille, Ville, Fort, Sébastien Le Prestre de Vauban, Roi, La Rablière, Place, Hôtel de la monnaie, Flandre, Citadelle, Ambassadeurs, Monde, Argent, Gendarmes, France, Temps, Dames, Moulin, Peuple, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lille. [titre d'après la table]
Ce même jour 3. de Novembre
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
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Résumé : Lille. [titre d'après la table]
Le 3 novembre, les ambassadeurs séjournèrent à Lille, une ville située sur la rivière Deûle, célèbre pour ses eaux remplissant ses doubles fossés en forme de demi-lunes. Lille est une grande ville avec des églises magnifiques. Baudouin V de Lille, Comte de Flandre, y fonda la collégiale de Saint-Pierre. Lille, capitale de la Flandre gallicane, fut entourée de murailles par Baudouin V en 1046. Philippe le Hardy y établit une Chambre des Comtes en 1385. Le roi la soumit en 1667 et, selon la Paix d'Aix-la-Chapelle en 1668, elle resta à la France. Sa Majesté y fit construire une citadelle flanquée de cinq grands bastions royaux. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par une foule nombreuse et une gendarmerie commandée par M. Doleac. M. de la Rablière, commandant, les reçut et leur présenta les membres du magistrat. Ils entrèrent ensuite dans la ville, où la foule était si dense qu'ils crurent revivre leur entrée à Paris. Après avoir traversé plusieurs rues bordées de troupes, ils retrouvèrent la gendarmerie en bataille sur la place. Le lendemain, M. de la Rablière les conduisit à la citadelle, où ils furent reçus au bruit du canon. Ils visitèrent les remparts avec M. Morion, lieutenant du roi, et l'ingénieur. On leur expliqua que M. de Vauban était le gouverneur de cette citadelle, qu'il avait lui-même construite, et qu'il était réputé pour ses fortifications. Ils visitèrent également le jardin, une grotte, et l'arsenal. Dans l'après-midi, ils participèrent à une chasse et assistèrent à une comédie suivie d'un concert et d'une collation magnifique à l'hôtel de ville. Les ambassadeurs furent ensuite conduits à l'hôtel de la Monnoye, où ils virent la fabrication des monnaies, de la fonte des moules à la mise en circulation des pièces. Ils admirèrent les machines et les processus de fabrication. Ils exprimèrent leur admiration et leur souhait de voir plus de détails, mais le temps manquait. Ils visitèrent également l'hôpital Comtesse, où des religieuses soignaient les malades et les blessés. Elles leur offrirent des bouquets de leurs ouvrages. M. Doleac leur envoya un message pour leur montrer la gendarmerie, mais ils durent décliner en raison de leur emploi du temps chargé. Les ambassadeurs firent le tour de la place, visitèrent les arsenaux et les magasins, et furent impressionnés par leur organisation. Ils se rendirent ensuite chez les Jésuites, où ils virent un moulin à eau remarquable. Ils furent invités à une collation et exprimèrent leur gratitude pour l'accueil reçu. Le soir, ils souperèrent chez M. de la Rablière, où un grand bal fut organisé. Ils ne quittèrent la ville que le lendemain, après avoir dîné de bonne heure, en parlant des grandeurs du roi et des beautés de Lille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
195
p. 269-301
Tournay. [titre d'après la table]
Début :
Ce mesme jour qui estoit le 6. ils arriverent à Tournay. [...]
Mots clefs :
Tournai, Surmon, Pierre Paul Rubens, Édouard-François Colbert, Comte de Maulévrier, Ville, Ambassadeurs, Voir, Roi, Porte, Dames, Ville, Fort, Comtesse, Place, Citadelle, Table, France, Gouverneur, Fourneaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tournay. [titre d'après la table]
Ce meſme jour qui eſtoit
le 6. ils arriverent à Tournay.
C'eſt une Place tres-forte, défenduë
par un Chafteau, qu'on
dit que les Angiois ont bafty.
Elle eſt ſur l'Eſcaut , & Capitale
d'un petit Païs appellé
le Tournaiſis. Outre l'Eglife
Cathedrale de Nôtre-Dame
qui est tres-belle , elle a dix
Paroiſſes , deux Abbayes , &
diverſes autres Maiſons Religieuſes
. L'Empereur Charles
Zij
270 III . P. du Voyage
V. la prit en 1521. aux François
qui s'en eſtoient rendus
Maiſtres trois ans auparavant.
Elle eſt demeurée au Roy par
le Traité d'Aix la Chapelle.
Sa Majesté l'avoit priſe en
1667. Cette Ville est tres- ancienne.
L'Evêché eſt Suffragant
de Cambray. M le
Comte de Maulevrier , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur des Ville
&Citadelle de Tournay & du
Tournefis , avoit envoyé fur
le midy à une lieuë au devant
des Ambaſſadeurs vingt Maîtres
du Regiment des Cuiraf
r
des Amb. de Siam. 271
fiers qui eſt en garniſon dans
la Ville , commandez par un
Lieutenant , auquel il avoit
marqué le lieu où il devoit ſe
trouver avec ſa Troupe , &
donné ordre qu'aprés que ce
Lieutenant auroit ſalue les
Ambaſſadeurs , il marcheroit
àla teſte de leur Caroſſe avec
fix des ſiens , feroit marcher
les 14. autres derriere , qu'ils
eſcorteroient ainſi ju qu'au
Village de Markin , qui eft à
une demy-lieuë de Tournay ,
où il avoit reſolu de venir
avec un Eſcadron des Cuiraffiers.
Apres que ce Comte
272 III . P. du Voyage
les eût ſaluez , & qu'il leut cût
fait fon compliment au lieu
où il eſtoit venu les attendre,
il prit le devant , & ſe rendit
à la maiſon qu'il leur avoit
fait preparer , & qui estoit magnifiquement
meublée, pendant
que tout l'Eſcadron marchoit
devant & derriere leur
Caroffe. En approchant de la
Barriere , ils furent ſaluez de
vingt coups de Canon , &
paſſerent depuis la porte de
la Ville entre deux hayes d'Infanterie
juſqu'à leur logis , où
Mle Comte de Maulevrier
les receut
د &leur preſenta
des Amb. de Siam , 273
Mrs du Magiftrat. La harangue
qu'ils firent , fut prononcée
par M de Surmon Conſeiller
Penſionnaire, qui adrefſa
la parole au premier Ambaſſadeur
, & luy parla en ces
termes .
MONSEIGNEVR ,
La renommée nous avoit appris
les grandes qualitez du Roy de Siam,
&la grandeur de son genie pour la
conduite deſes Peuples, &nousſçavions
auſſiiessoins particuliers qu'il
y apporte. Nous admirons aujourd'huy
le zele qu'il a fait paroître
pour reconnoître les choses les plus
importantes de la terre , & nous
274 III . P. du Voyage
1
nous réjouiſſons en mesme temps
du bonheur qui a accompagné vôtre
Excellence pourfurmonter les perils
& les fatigues que luy ont causé
l'éloignement & les difficultez du
chemin. Nous avons bien de la joye,
Monseigneur ,du fuccez de ce voyage
que le Ciel a inspiré pour rechercher
l'amitié de nostre Auguste Mo.
narque , qui apres avoir vaincu tous
Ses ennemis,& pouvant encore pouffer
plus loinfes Conquestes,a missa
plus grande gloire , à donner la Paix
à toute l'Europe. Nous voyons pre-
Sentement que Sa Majesté cherche à
fairepart au Roy vostre Maistre de
toutes les lumieres dont ila besoin ,
pour reconnoistre & embrasfer la Foy
Chrétienne , qui ſeule est recenë en
tous ſes Royaumes , afin d'augmenter
par ce moyen le merite de fon zele.
des Amb . de Siam. 275
Nous venons , Monseigneur , de la
part du Magistrat de cette ville
rendre nos reſpects à voſtre Excellence
, & la ſuplier d'agréer l'offre
de nos tres-humbles fervices , & les
Vins honoraires de la Ville que luy
profententfes tres-humbles & tresobeiſſans
Serviteurs , Les Prevost ,
Iurez, Majeur, & Eſchevins de la
Villede Tournay.
Le Preſent de Ville fut de
fix douzaines de Bouteilles
de tres- excellent Vin. L'Ambaſſadeur
répondit ,
MESSIEVRS,
Le Roy de Siam notre Maistre
ayant esté informé de la grandeur
276 III . P. du Voyage
du Roy de France , & de toutes ses
Conquestes , luy a envoyé trois Ambassadeurs
, pour luy demander fon
amitié ; & afin d'estre instruit plus
particulierement de ſes Victoires ,
Sa Majesté nous a fait combler de
tres-grands honneurs dans tous les
endroits de fon Royaume où nous
avons pasé. Nous remercions ,
Meffieurs , la Ville de Tournay de
ceux qu'elle nous rend enfon particulier
, & de ſes Prefens.
Les Magiftrats ſe retirerent
aprés cette réponſe , &
M le Comte de Maulevrier
prit l'ordre des Ambaſſadeurs
, qui le luy donnerent
en ces mots , Aufſfi fidelle que
brave , ce qui s'applique à la
des Amb. de Siam. 277
perſonne de ce Gouverneur.
Sur les cinq heures du ſoir
Me l'Evêque de Tournay leur
rendit viſite, accompagné de
M de Mefgrigny , Gouverneur
de la Citadelle . Une
heure aprés on fit joüer un
Feu d'Artifice , que Mrs du
Magiſtrat avoient fait dreſſer
devant leurs feneftres . Il eftoit
de vingt - quatre pieds
en quarré, fur douze à quinze
d'élevation. Au milieu paroiſſoient
deux Elephans ſur
un Piedeftal , & entr'eux un
Soleil un peu plus élevé , le
tout gaudronné , de maniere
278 III. P. du Voyage
que les Elephans & le Soleil
demeurerent enflâmez pendant
que le Feu dura. Le
reſte eſtoit compofé de quantité
d'Artifice. On avoit cu
deſſein d'orner la machine de
ce Feu de quelques Deviſes
à la gloire des deux Roys ,
&pour cet effet on demanda
aux Ambaſſadeurs le nom du
Roy de Siam ; mais ils répondirent
qu'ils ignoroient le
nom de leurs Roys tant qu'ils
vivoient, & qu'ils ne l'apprenoient
jamais qu'aprés leur mort.
Le Feu finy , ils demanderent
à quoy ſervoient qua
د
des Amb. de Siam. 279
artre
Pompes que l'on avoit
fait mener aux quatre coins.
On leur dit , qu'elles fervoient
à jetter de l'eau dedans &fur
les Maiſons , en cas qu'ily
rivât quelque accidentpar lefeu.
Ils ſouhaiterent en voir l'effet.
On les fit joüer devant
eux ; & comme cela ne ſe
pouvoit fans moüiller le Peuple
, ce fut encore un plaifir
qu'ils eurent. Le troifiéme
Ambaſſadeur defcendit pour
examiner une de ces Machines
. Avant que l'on fiſt joüer
le Feu, il y eur une décharge
d'une trentaine de Boëtes
280 III . P. du Voyage
qu'on avoit rangées autour.
Sur les ſept heures les Ambaſſadeurs
envoyerent prier
Me le Comte de Maulevrier,
de permettre à M le Marquis
fon Fils de venir ſouper
avec eux . Ils ſe mirent à table
ſi- tôt qu'il fut arrivé , &
on ne laiſſa entrer que les
Dames pour les voir manger.
Le lendemain 7. à neuf
heures du matin, Male Comte
de Maulevrier leur envoya
ſes trois Carroſſes , qui les
conduiſirent à la Citadelle, à
l'entrée de laquelle Me de
desAmb de Siam. 281
Meſgrigny les fit faluër de
vingt coups de canon. Aprés
les avoir reçûs , il les mena
d'abord fur le Baſtion Dauphin.
Comme ils avoient en
main le Plan de la Ville &
de la Citadelle, ils ſe contenterent
de voir ce ſeul Baſtion,
& admirerent tous les Ouvrages
qu'ils découvtoient
de ce lieu. Monfieur de
Meſgrigny leur fit entendre
que tout ce qu'ils voyoient
&tous les environs de la Citadelle
estoient minez & contreminez
, & même qu'à la
pointe du glacis de ce Baf
Aa
282 III. P. du Voyage
tion ily avoit trois Fourneaux
chargez, qui estoient preſts à
fauter. Ils demanderent à
defcendre dans les Galeries
afin de mieux examiner ces
Fourneaux ; ce qu'ils firet fort
curieufement , & aprés quel
ques raiſonnemens & quelques
queſtions qu'ils firent à
M de Mefgrigny fur la Fortification
, ils remonterent ,
& fortirent à la Porte Dauphine.
Me de Meſgrigny
leur montra l'endroit où ef
toient les trois Fourneaux ,
que l'on fit ſauter en leur prefence.
L'un eftoit chargé d'un
r
des Amb. de Siam. 283
millier de Poudre , l'autre de
douze cens livres , & le troifiéme
de trois mille cinq cens
livres . Ces trois Fourneaux
eurent tout l'effet qu'on en
pouvoit efperer , & leur firent
un ſi grand plaiſir, qu'ils
demanderent à voir les Contremines
. M de Mefgrigny
les mena à l'Arcenal , où il
leur en fit voir le Plan. Ils
luy témoignerent quelque envie
de l'avoir ; mais il leur
fit entendre que ces Plans-là
eſtant le vray fecret d'une
Place, ils ne ſe donnoient ny
ne ſe montroient jamais à per-
A a ij
284 III . P. du Voyage
fonne. Aprés l'avoir bien
examiné , & demandé raiſon
de toutes chofes , ils allerent
voir faire l'Exercice à la Compagnie
des jeunes Gentilshommes
, qui fit fort bien à
fon ordinaire.Cela eſtant fait,
ils fortirent de la Citadelle, &
furent falüez par vingt autres
coups de Canon ; & enfuite
ils retournerent chez eux, où
toutes les Dames les virent
dîner. En ſortant de table,
ils monterent en Carroffe , &
allerent à la Porte S. Martin,
où ils trouverent des Chevaux
que Me le Comte de MaudesAmb.
de Siam. 285
levrier leur avoit fait tenir
preſts. Ils s'en ſervirent pour
aller viſiter les Ouvrages de
la Place. Comme ils en avoient
le Plan avec eux , ils
ſe contenterent d'en voir une
partie. Ils rentrerent par la
Porte de Lille , & vinrent à la
Comedie , où madame la
Comteſſe de maulevrier , &
Madame la Comteſſe de ме-
davy , les attendoient avec
une vingtaine de Dames des
mieux faites de la Ville. Ils
y donnerent l'ordre à m ' de
Jearny major de la Ville , en
ces mots : Ie m'appuiray du
د
286 III . P. du Voyage
bâton en combattant de l'épée.
Ce Mot ainſi que le precedent
, eft appliqué à la perfonne
de M le Comte de
Maulevrier . Ce n'eſt pas à
moy à raifonner fur ces mots,
& je n'en dois rien dire , finon
qu'ils furent fort applaudis.
On joüa une Piece
Comique ; mais afin de faire
voir de beaux Habits aux
Ambaſſadeurs , Male Comte
de maulevrier ordonna aux
Comediens de ſe veſtir à
la Romaine ; ce qui réüffit
fort bien. Aprés la Comedie,
ce Comte les fit mener dans
des Amb. de Siam. 287
ſes Carroffes fur l'Eſplanade,
où il leur avoit fait preparer
quatre mortiers , pour leur
faire voir l'effet de deux
Bombes , d'un Boulet rou-
,
ge , & d'une Carcaffe. Ils
admirerent ces machines ,
& en raiſonnerent fort par-
د
ticulierement , ſe faiſant inſtruire
de tout & mefme
des moindres chofes . Ils monterent
fur la muraille , & virent
jetter les bombes dans la
Campagne avec beaucoup
d'admiration. M le Comte
de Maulevrier les conduifit
enfuite dans ſa maiſon , dont
288 III. P. du Voyage
ils trouverent le devant de la
porte & la Cour fort illuminez.
Il les fit monter dans
l'Appartement de Madame la
Comteſſe de Maulevrier qui
les receut avec Madame la
Comteſſe de Medavy & plufieurs
Dames . En attendant
on leur
د l'heure du ſoupé
donna le divertiſſement d'un
Concert de Muſique , compoſé
de tres-belles voix , d'une
viole & de quelques flutes
douces . Ce Concert fut trouvé
bien executé & de bon
goût. L'heure du ſoupé venuë
, ils deſcendirent dans la
grande
desAmb. de Siam. 289
grande Sale , où ils trouverent
une table de vingt-quatre
couverts , remplie de viandes
les plus delicates & les
plus exquiſes. M le Comte de
Maulevrier leur en avoit fait
ſervir devant eux qui eſtoient
appreſtées à la Françoiſe & à
leurs manieres ce qui les fit
د
demeurer plus longtemps à
table qu'ils n'auroient fait.
Leurs trois places eſtoient de
ſuite ſeparées des autres , & à
droit & à gauche eſtoient Mme
la Comteſſe de maulevrier ,
Madame la Comteſſe de Medavy
, & fix Dames des mieux
Bb
290. III. P. du Voyage
faites de la Ville. Pendant le
foupé, on leur donna le divertiſſement
d'un autre Concert
compoſé de voix , de hautbois&
de violons. M. leComte
de maulevrier but à leurs
fantez, & ils luy firent raifon
chacun en particulier avec
toute l'honneſteté imaginable.
Ilbeut enſuite à l'Alliance
des deux Couronnes , &
lorſque les Ambaſſadeurs y
burent auſſi on entendit
une décharge de quantité de
boëttes. Elle fut fuivie prefque
auffi-tôt d'ungrand bruit
de Timbales & de Trompet-
د
des Amb. de Siam. 291
tes qui continua juſqu'à ce
que les Ambaſſadeurs buſſent
à la ſanté du Roy de France.
Pendant que m' le Comte de
Maulevrier leur en fit raifon ,
une autre décharge de boëttes
ſe fit entendre , & le bruit
des Timballes & des Trompettes
recommença. On but
enfuite à la ſanté du puiſſant
Roy de Siam , & pendant ce
temps , la meſme quantité de
boëttes , de Timballes & de
Trompettes fit encore le mê.
me bruit. Il continua lorſque
M. le Comte de Maulevrier
but à leur bonVoyage. Cette
Bb ij
292 III. P. du Voyage
Γ
ſanté leur fit beaucoup de
plaifir. Ils burent auſſi à celle
des Dames. Aprés que l'on
fut forty de table , M² le
Comte de maulevrier les conduifit
dans fon Appartement,
& leur demanda s'ils ne voudroient
point fumer , mais
comme apparemment ils ſçavoient
que cela ſe pratique
peu en France , & fur tout en
compagnie , ils l'en remercierent.
Peu de temps aprés
il les mena à la porte de fon
Jardin , au milieu duquel &
au tour du Baffin , il y avoit
un fort grand nombre de fu
des Amb. de Siam. 293
ſées volantes qu'ils virent tirer
avec beaucoup du plaifir.
Ils rentrerent dans la Sale
ils trouverent les Dames rangées
, & quantité de violons
qui joüoient. Comme ils avoient
ſceu que M. le Comte
de Maulevrier icur vouloit
donner le divertiſſement d'un
Bal , ils prirent les places qui
leur eſtoient preparées , & virent
dancer pendant deux
heures avec une joye qui faiſoit
connoître qu'ils eftoient
tres-fatisfaits de tous cesplaifirs
; aprés quoy ils prirent
congé de M. le Gouverneur ,
Bb iij
294 III P. du Voyage
auquel ils marqueret une tresgrande
reconnoiſſance de tous
les honneurs qu'il leur avoit
rendus. Ils luy firent dire entr'autres
chofes qu'il ſembloit
toute sa famille s'estoit fait
à l'envy un plaisir de les comblerde
toutes fortes d'honneſtetez .
Ils monterent dans ſes Carofſes
, & s'en retournerent à leur
logis. La court& le devant de
la porte eſtoient encore éclai
rez . Tous ces divertiſſemens ſe
pafferent ſans la moindre confufion
, & avec un ordre digne
des precautions que M
&Me la Comteſſe de Maы-
:
1
r
des Amb.de Siam. 295
levrier avoient priſes ſur toutes
choſes.
Le lendemain 8. fur les 9.
heures du matin, les Ambaſſadeurs
envoyerent querir M
le marquis de Maulevrier pour
déjeuner avec eux. Ils ſe mirent
à table ſi-toft qu'il fut
arrivé. Les Dames ; c'eſt à dire
celles qui pouvoient eſtre levées
, les virent encore pendant
ce temps , & apres qu'ils
eurent déjeuné , toutes chofes
eftant preparées pour leur départ
, &M le Comte deMaulevrier
eſtant venu prendre
congé d'eux , ils monterent
Bb iiij
296 III. P. du Voyage
en Caroffe ,& pafſferent entre
deux hayes au milieu d'un
Eſcadron de Cavallerie , &
d'un Bataillon d'Infanterie
rangez ſur la Place , & depuis
la Place juſqu'à la grande Egliſe
qu'ils voulurent voir. Ils y
trouverent M. l'Eveſque de
Tournay qui les y attendoit,&
lui firentdire que s'ils ne l'euffent
pas trouvé là , leur deſſein eſtoit
d'aller chezluy pouravoir l'honneur
de le voir. M² l'Eveſque
les remercia. Il parut qu'en
entrant dans ce magnifique
Temple , ils furent touchez de
quelque ſecret mouvement
des Amb. de Siam. 297
qui leur inſpirade faire dire à
ce Prelat qu'ils le prioient d'obtenir
du vray Dieu qu'ils le puſſent
connoître, & qu'illuy plût de les
tirer des Tenebres où ils pouvoient
estre pourprofeſſerla veritable Religion.
M l'Eveſque leur répondit
, que toute la France &
toute la Chrétienté prioit tous les
jours Dieu pour cela. Il les conduiſit
enſuite dans le Choeur
qui eſt un des plus beaux qu'il
y ait en France. Ils y trouverent
Ms du Chapitre rangez
chacun dans ſa place. Ils les
ſaluerent , & allerent juſqu'au
prés & derriere l'Autel , où
298 III. P du Voyage
ils furent quelque temps à admirer
deux excellens Tableaux
de Rubens, & quantité
de tres- beaux Ouvrages de
Marbre & d'Albatre nouvellement
faits autour de l'Autel.
Delà ils revinrent dans
le Choeur , où Ms du Chapitre
leur firent chanter un
Moret par leur Muſique, aprés
quoy les Ambaſſadeurs firent
repeter encore à M. l'Eveſque
qu'ils leprioient d'obtenir du vray
Dieu qu'il les daignaſt éclairer ,
& mettre en estat de profeffer la
veritable Religion. Ils prirent
enfuite congé de luy & de
des Amb . de Siam . 299
Mrs du Chapitre qu'ils remercierenr
. Eſtant remontez dans
leurs Caroffes , ils pafferent
encore entre deux hayes d'Infanterie
, depuis l'Egliſe jufqu'à
la Porte de Maruis , pour
prendre le chemin de Condé .
M le Comte de Maulevrier
les conduifit avec la meſme
quantité de Cavalerie , qui
avoit eſté au devant d'eux à
leur entrée . L'Artillerie les
ſalua de nouveau à la fortie
de la Barriere .
Le major du Regiment
d'Erlac eſtant venu avec les
Ambaſſadeurs depuis Grave
300 III . P. du Voyage
lines juſqu'à Tournay , où il
commande un Bataillon , ils
conçûrent de l'eftime pour
luy, &dans le chemin l'Ambaſſadeur
monta dans ſa
Chaiſe, pour eſſayer s'il conduiroit
bie cette forte de Voiture.
Il n'eut pas de peine à
faire connoître que fon adreſſe
égale fon eſprit. Ils
furent fi fatisfaits de се ма-
jor , que lorſqu'il prit congé
d'eux quand ils partirent de
Tournay, ils luydemáderent,
s'il ne pouvoitpas venir jusqu'à
Paris avec eux ; mais fon devoir
l'engageoit à demeurer
des Amb de Siam. 301
à Tournay. Ils virent fur le
chemin de Condé un Bourg
appellé Anthoin , qui appartient
à Madame la Princeffe
d'Epinoy , & ils ſe ſouvinrent
qu'ils avoient mangé avec
elle , à la Collation que M
de Seignelay leur donna le
jour qu'ils en eurent Audience.
le 6. ils arriverent à Tournay.
C'eſt une Place tres-forte, défenduë
par un Chafteau, qu'on
dit que les Angiois ont bafty.
Elle eſt ſur l'Eſcaut , & Capitale
d'un petit Païs appellé
le Tournaiſis. Outre l'Eglife
Cathedrale de Nôtre-Dame
qui est tres-belle , elle a dix
Paroiſſes , deux Abbayes , &
diverſes autres Maiſons Religieuſes
. L'Empereur Charles
Zij
270 III . P. du Voyage
V. la prit en 1521. aux François
qui s'en eſtoient rendus
Maiſtres trois ans auparavant.
Elle eſt demeurée au Roy par
le Traité d'Aix la Chapelle.
Sa Majesté l'avoit priſe en
1667. Cette Ville est tres- ancienne.
L'Evêché eſt Suffragant
de Cambray. M le
Comte de Maulevrier , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur des Ville
&Citadelle de Tournay & du
Tournefis , avoit envoyé fur
le midy à une lieuë au devant
des Ambaſſadeurs vingt Maîtres
du Regiment des Cuiraf
r
des Amb. de Siam. 271
fiers qui eſt en garniſon dans
la Ville , commandez par un
Lieutenant , auquel il avoit
marqué le lieu où il devoit ſe
trouver avec ſa Troupe , &
donné ordre qu'aprés que ce
Lieutenant auroit ſalue les
Ambaſſadeurs , il marcheroit
àla teſte de leur Caroſſe avec
fix des ſiens , feroit marcher
les 14. autres derriere , qu'ils
eſcorteroient ainſi ju qu'au
Village de Markin , qui eft à
une demy-lieuë de Tournay ,
où il avoit reſolu de venir
avec un Eſcadron des Cuiraffiers.
Apres que ce Comte
272 III . P. du Voyage
les eût ſaluez , & qu'il leut cût
fait fon compliment au lieu
où il eſtoit venu les attendre,
il prit le devant , & ſe rendit
à la maiſon qu'il leur avoit
fait preparer , & qui estoit magnifiquement
meublée, pendant
que tout l'Eſcadron marchoit
devant & derriere leur
Caroffe. En approchant de la
Barriere , ils furent ſaluez de
vingt coups de Canon , &
paſſerent depuis la porte de
la Ville entre deux hayes d'Infanterie
juſqu'à leur logis , où
Mle Comte de Maulevrier
les receut
د &leur preſenta
des Amb. de Siam , 273
Mrs du Magiftrat. La harangue
qu'ils firent , fut prononcée
par M de Surmon Conſeiller
Penſionnaire, qui adrefſa
la parole au premier Ambaſſadeur
, & luy parla en ces
termes .
MONSEIGNEVR ,
La renommée nous avoit appris
les grandes qualitez du Roy de Siam,
&la grandeur de son genie pour la
conduite deſes Peuples, &nousſçavions
auſſiiessoins particuliers qu'il
y apporte. Nous admirons aujourd'huy
le zele qu'il a fait paroître
pour reconnoître les choses les plus
importantes de la terre , & nous
274 III . P. du Voyage
1
nous réjouiſſons en mesme temps
du bonheur qui a accompagné vôtre
Excellence pourfurmonter les perils
& les fatigues que luy ont causé
l'éloignement & les difficultez du
chemin. Nous avons bien de la joye,
Monseigneur ,du fuccez de ce voyage
que le Ciel a inspiré pour rechercher
l'amitié de nostre Auguste Mo.
narque , qui apres avoir vaincu tous
Ses ennemis,& pouvant encore pouffer
plus loinfes Conquestes,a missa
plus grande gloire , à donner la Paix
à toute l'Europe. Nous voyons pre-
Sentement que Sa Majesté cherche à
fairepart au Roy vostre Maistre de
toutes les lumieres dont ila besoin ,
pour reconnoistre & embrasfer la Foy
Chrétienne , qui ſeule est recenë en
tous ſes Royaumes , afin d'augmenter
par ce moyen le merite de fon zele.
des Amb . de Siam. 275
Nous venons , Monseigneur , de la
part du Magistrat de cette ville
rendre nos reſpects à voſtre Excellence
, & la ſuplier d'agréer l'offre
de nos tres-humbles fervices , & les
Vins honoraires de la Ville que luy
profententfes tres-humbles & tresobeiſſans
Serviteurs , Les Prevost ,
Iurez, Majeur, & Eſchevins de la
Villede Tournay.
Le Preſent de Ville fut de
fix douzaines de Bouteilles
de tres- excellent Vin. L'Ambaſſadeur
répondit ,
MESSIEVRS,
Le Roy de Siam notre Maistre
ayant esté informé de la grandeur
276 III . P. du Voyage
du Roy de France , & de toutes ses
Conquestes , luy a envoyé trois Ambassadeurs
, pour luy demander fon
amitié ; & afin d'estre instruit plus
particulierement de ſes Victoires ,
Sa Majesté nous a fait combler de
tres-grands honneurs dans tous les
endroits de fon Royaume où nous
avons pasé. Nous remercions ,
Meffieurs , la Ville de Tournay de
ceux qu'elle nous rend enfon particulier
, & de ſes Prefens.
Les Magiftrats ſe retirerent
aprés cette réponſe , &
M le Comte de Maulevrier
prit l'ordre des Ambaſſadeurs
, qui le luy donnerent
en ces mots , Aufſfi fidelle que
brave , ce qui s'applique à la
des Amb. de Siam. 277
perſonne de ce Gouverneur.
Sur les cinq heures du ſoir
Me l'Evêque de Tournay leur
rendit viſite, accompagné de
M de Mefgrigny , Gouverneur
de la Citadelle . Une
heure aprés on fit joüer un
Feu d'Artifice , que Mrs du
Magiſtrat avoient fait dreſſer
devant leurs feneftres . Il eftoit
de vingt - quatre pieds
en quarré, fur douze à quinze
d'élevation. Au milieu paroiſſoient
deux Elephans ſur
un Piedeftal , & entr'eux un
Soleil un peu plus élevé , le
tout gaudronné , de maniere
278 III. P. du Voyage
que les Elephans & le Soleil
demeurerent enflâmez pendant
que le Feu dura. Le
reſte eſtoit compofé de quantité
d'Artifice. On avoit cu
deſſein d'orner la machine de
ce Feu de quelques Deviſes
à la gloire des deux Roys ,
&pour cet effet on demanda
aux Ambaſſadeurs le nom du
Roy de Siam ; mais ils répondirent
qu'ils ignoroient le
nom de leurs Roys tant qu'ils
vivoient, & qu'ils ne l'apprenoient
jamais qu'aprés leur mort.
Le Feu finy , ils demanderent
à quoy ſervoient qua
د
des Amb. de Siam. 279
artre
Pompes que l'on avoit
fait mener aux quatre coins.
On leur dit , qu'elles fervoient
à jetter de l'eau dedans &fur
les Maiſons , en cas qu'ily
rivât quelque accidentpar lefeu.
Ils ſouhaiterent en voir l'effet.
On les fit joüer devant
eux ; & comme cela ne ſe
pouvoit fans moüiller le Peuple
, ce fut encore un plaifir
qu'ils eurent. Le troifiéme
Ambaſſadeur defcendit pour
examiner une de ces Machines
. Avant que l'on fiſt joüer
le Feu, il y eur une décharge
d'une trentaine de Boëtes
280 III . P. du Voyage
qu'on avoit rangées autour.
Sur les ſept heures les Ambaſſadeurs
envoyerent prier
Me le Comte de Maulevrier,
de permettre à M le Marquis
fon Fils de venir ſouper
avec eux . Ils ſe mirent à table
ſi- tôt qu'il fut arrivé , &
on ne laiſſa entrer que les
Dames pour les voir manger.
Le lendemain 7. à neuf
heures du matin, Male Comte
de Maulevrier leur envoya
ſes trois Carroſſes , qui les
conduiſirent à la Citadelle, à
l'entrée de laquelle Me de
desAmb de Siam. 281
Meſgrigny les fit faluër de
vingt coups de canon. Aprés
les avoir reçûs , il les mena
d'abord fur le Baſtion Dauphin.
Comme ils avoient en
main le Plan de la Ville &
de la Citadelle, ils ſe contenterent
de voir ce ſeul Baſtion,
& admirerent tous les Ouvrages
qu'ils découvtoient
de ce lieu. Monfieur de
Meſgrigny leur fit entendre
que tout ce qu'ils voyoient
&tous les environs de la Citadelle
estoient minez & contreminez
, & même qu'à la
pointe du glacis de ce Baf
Aa
282 III. P. du Voyage
tion ily avoit trois Fourneaux
chargez, qui estoient preſts à
fauter. Ils demanderent à
defcendre dans les Galeries
afin de mieux examiner ces
Fourneaux ; ce qu'ils firet fort
curieufement , & aprés quel
ques raiſonnemens & quelques
queſtions qu'ils firent à
M de Mefgrigny fur la Fortification
, ils remonterent ,
& fortirent à la Porte Dauphine.
Me de Meſgrigny
leur montra l'endroit où ef
toient les trois Fourneaux ,
que l'on fit ſauter en leur prefence.
L'un eftoit chargé d'un
r
des Amb. de Siam. 283
millier de Poudre , l'autre de
douze cens livres , & le troifiéme
de trois mille cinq cens
livres . Ces trois Fourneaux
eurent tout l'effet qu'on en
pouvoit efperer , & leur firent
un ſi grand plaiſir, qu'ils
demanderent à voir les Contremines
. M de Mefgrigny
les mena à l'Arcenal , où il
leur en fit voir le Plan. Ils
luy témoignerent quelque envie
de l'avoir ; mais il leur
fit entendre que ces Plans-là
eſtant le vray fecret d'une
Place, ils ne ſe donnoient ny
ne ſe montroient jamais à per-
A a ij
284 III . P. du Voyage
fonne. Aprés l'avoir bien
examiné , & demandé raiſon
de toutes chofes , ils allerent
voir faire l'Exercice à la Compagnie
des jeunes Gentilshommes
, qui fit fort bien à
fon ordinaire.Cela eſtant fait,
ils fortirent de la Citadelle, &
furent falüez par vingt autres
coups de Canon ; & enfuite
ils retournerent chez eux, où
toutes les Dames les virent
dîner. En ſortant de table,
ils monterent en Carroffe , &
allerent à la Porte S. Martin,
où ils trouverent des Chevaux
que Me le Comte de MaudesAmb.
de Siam. 285
levrier leur avoit fait tenir
preſts. Ils s'en ſervirent pour
aller viſiter les Ouvrages de
la Place. Comme ils en avoient
le Plan avec eux , ils
ſe contenterent d'en voir une
partie. Ils rentrerent par la
Porte de Lille , & vinrent à la
Comedie , où madame la
Comteſſe de maulevrier , &
Madame la Comteſſe de ме-
davy , les attendoient avec
une vingtaine de Dames des
mieux faites de la Ville. Ils
y donnerent l'ordre à m ' de
Jearny major de la Ville , en
ces mots : Ie m'appuiray du
د
286 III . P. du Voyage
bâton en combattant de l'épée.
Ce Mot ainſi que le precedent
, eft appliqué à la perfonne
de M le Comte de
Maulevrier . Ce n'eſt pas à
moy à raifonner fur ces mots,
& je n'en dois rien dire , finon
qu'ils furent fort applaudis.
On joüa une Piece
Comique ; mais afin de faire
voir de beaux Habits aux
Ambaſſadeurs , Male Comte
de maulevrier ordonna aux
Comediens de ſe veſtir à
la Romaine ; ce qui réüffit
fort bien. Aprés la Comedie,
ce Comte les fit mener dans
des Amb. de Siam. 287
ſes Carroffes fur l'Eſplanade,
où il leur avoit fait preparer
quatre mortiers , pour leur
faire voir l'effet de deux
Bombes , d'un Boulet rou-
,
ge , & d'une Carcaffe. Ils
admirerent ces machines ,
& en raiſonnerent fort par-
د
ticulierement , ſe faiſant inſtruire
de tout & mefme
des moindres chofes . Ils monterent
fur la muraille , & virent
jetter les bombes dans la
Campagne avec beaucoup
d'admiration. M le Comte
de Maulevrier les conduifit
enfuite dans ſa maiſon , dont
288 III. P. du Voyage
ils trouverent le devant de la
porte & la Cour fort illuminez.
Il les fit monter dans
l'Appartement de Madame la
Comteſſe de Maulevrier qui
les receut avec Madame la
Comteſſe de Medavy & plufieurs
Dames . En attendant
on leur
د l'heure du ſoupé
donna le divertiſſement d'un
Concert de Muſique , compoſé
de tres-belles voix , d'une
viole & de quelques flutes
douces . Ce Concert fut trouvé
bien executé & de bon
goût. L'heure du ſoupé venuë
, ils deſcendirent dans la
grande
desAmb. de Siam. 289
grande Sale , où ils trouverent
une table de vingt-quatre
couverts , remplie de viandes
les plus delicates & les
plus exquiſes. M le Comte de
Maulevrier leur en avoit fait
ſervir devant eux qui eſtoient
appreſtées à la Françoiſe & à
leurs manieres ce qui les fit
د
demeurer plus longtemps à
table qu'ils n'auroient fait.
Leurs trois places eſtoient de
ſuite ſeparées des autres , & à
droit & à gauche eſtoient Mme
la Comteſſe de maulevrier ,
Madame la Comteſſe de Medavy
, & fix Dames des mieux
Bb
290. III. P. du Voyage
faites de la Ville. Pendant le
foupé, on leur donna le divertiſſement
d'un autre Concert
compoſé de voix , de hautbois&
de violons. M. leComte
de maulevrier but à leurs
fantez, & ils luy firent raifon
chacun en particulier avec
toute l'honneſteté imaginable.
Ilbeut enſuite à l'Alliance
des deux Couronnes , &
lorſque les Ambaſſadeurs y
burent auſſi on entendit
une décharge de quantité de
boëttes. Elle fut fuivie prefque
auffi-tôt d'ungrand bruit
de Timbales & de Trompet-
د
des Amb. de Siam. 291
tes qui continua juſqu'à ce
que les Ambaſſadeurs buſſent
à la ſanté du Roy de France.
Pendant que m' le Comte de
Maulevrier leur en fit raifon ,
une autre décharge de boëttes
ſe fit entendre , & le bruit
des Timballes & des Trompettes
recommença. On but
enfuite à la ſanté du puiſſant
Roy de Siam , & pendant ce
temps , la meſme quantité de
boëttes , de Timballes & de
Trompettes fit encore le mê.
me bruit. Il continua lorſque
M. le Comte de Maulevrier
but à leur bonVoyage. Cette
Bb ij
292 III. P. du Voyage
Γ
ſanté leur fit beaucoup de
plaifir. Ils burent auſſi à celle
des Dames. Aprés que l'on
fut forty de table , M² le
Comte de maulevrier les conduifit
dans fon Appartement,
& leur demanda s'ils ne voudroient
point fumer , mais
comme apparemment ils ſçavoient
que cela ſe pratique
peu en France , & fur tout en
compagnie , ils l'en remercierent.
Peu de temps aprés
il les mena à la porte de fon
Jardin , au milieu duquel &
au tour du Baffin , il y avoit
un fort grand nombre de fu
des Amb. de Siam. 293
ſées volantes qu'ils virent tirer
avec beaucoup du plaifir.
Ils rentrerent dans la Sale
ils trouverent les Dames rangées
, & quantité de violons
qui joüoient. Comme ils avoient
ſceu que M. le Comte
de Maulevrier icur vouloit
donner le divertiſſement d'un
Bal , ils prirent les places qui
leur eſtoient preparées , & virent
dancer pendant deux
heures avec une joye qui faiſoit
connoître qu'ils eftoient
tres-fatisfaits de tous cesplaifirs
; aprés quoy ils prirent
congé de M. le Gouverneur ,
Bb iij
294 III P. du Voyage
auquel ils marqueret une tresgrande
reconnoiſſance de tous
les honneurs qu'il leur avoit
rendus. Ils luy firent dire entr'autres
chofes qu'il ſembloit
toute sa famille s'estoit fait
à l'envy un plaisir de les comblerde
toutes fortes d'honneſtetez .
Ils monterent dans ſes Carofſes
, & s'en retournerent à leur
logis. La court& le devant de
la porte eſtoient encore éclai
rez . Tous ces divertiſſemens ſe
pafferent ſans la moindre confufion
, & avec un ordre digne
des precautions que M
&Me la Comteſſe de Maы-
:
1
r
des Amb.de Siam. 295
levrier avoient priſes ſur toutes
choſes.
Le lendemain 8. fur les 9.
heures du matin, les Ambaſſadeurs
envoyerent querir M
le marquis de Maulevrier pour
déjeuner avec eux. Ils ſe mirent
à table ſi-toft qu'il fut
arrivé. Les Dames ; c'eſt à dire
celles qui pouvoient eſtre levées
, les virent encore pendant
ce temps , & apres qu'ils
eurent déjeuné , toutes chofes
eftant preparées pour leur départ
, &M le Comte deMaulevrier
eſtant venu prendre
congé d'eux , ils monterent
Bb iiij
296 III. P. du Voyage
en Caroffe ,& pafſferent entre
deux hayes au milieu d'un
Eſcadron de Cavallerie , &
d'un Bataillon d'Infanterie
rangez ſur la Place , & depuis
la Place juſqu'à la grande Egliſe
qu'ils voulurent voir. Ils y
trouverent M. l'Eveſque de
Tournay qui les y attendoit,&
lui firentdire que s'ils ne l'euffent
pas trouvé là , leur deſſein eſtoit
d'aller chezluy pouravoir l'honneur
de le voir. M² l'Eveſque
les remercia. Il parut qu'en
entrant dans ce magnifique
Temple , ils furent touchez de
quelque ſecret mouvement
des Amb. de Siam. 297
qui leur inſpirade faire dire à
ce Prelat qu'ils le prioient d'obtenir
du vray Dieu qu'ils le puſſent
connoître, & qu'illuy plût de les
tirer des Tenebres où ils pouvoient
estre pourprofeſſerla veritable Religion.
M l'Eveſque leur répondit
, que toute la France &
toute la Chrétienté prioit tous les
jours Dieu pour cela. Il les conduiſit
enſuite dans le Choeur
qui eſt un des plus beaux qu'il
y ait en France. Ils y trouverent
Ms du Chapitre rangez
chacun dans ſa place. Ils les
ſaluerent , & allerent juſqu'au
prés & derriere l'Autel , où
298 III. P du Voyage
ils furent quelque temps à admirer
deux excellens Tableaux
de Rubens, & quantité
de tres- beaux Ouvrages de
Marbre & d'Albatre nouvellement
faits autour de l'Autel.
Delà ils revinrent dans
le Choeur , où Ms du Chapitre
leur firent chanter un
Moret par leur Muſique, aprés
quoy les Ambaſſadeurs firent
repeter encore à M. l'Eveſque
qu'ils leprioient d'obtenir du vray
Dieu qu'il les daignaſt éclairer ,
& mettre en estat de profeffer la
veritable Religion. Ils prirent
enfuite congé de luy & de
des Amb . de Siam . 299
Mrs du Chapitre qu'ils remercierenr
. Eſtant remontez dans
leurs Caroffes , ils pafferent
encore entre deux hayes d'Infanterie
, depuis l'Egliſe jufqu'à
la Porte de Maruis , pour
prendre le chemin de Condé .
M le Comte de Maulevrier
les conduifit avec la meſme
quantité de Cavalerie , qui
avoit eſté au devant d'eux à
leur entrée . L'Artillerie les
ſalua de nouveau à la fortie
de la Barriere .
Le major du Regiment
d'Erlac eſtant venu avec les
Ambaſſadeurs depuis Grave
300 III . P. du Voyage
lines juſqu'à Tournay , où il
commande un Bataillon , ils
conçûrent de l'eftime pour
luy, &dans le chemin l'Ambaſſadeur
monta dans ſa
Chaiſe, pour eſſayer s'il conduiroit
bie cette forte de Voiture.
Il n'eut pas de peine à
faire connoître que fon adreſſe
égale fon eſprit. Ils
furent fi fatisfaits de се ма-
jor , que lorſqu'il prit congé
d'eux quand ils partirent de
Tournay, ils luydemáderent,
s'il ne pouvoitpas venir jusqu'à
Paris avec eux ; mais fon devoir
l'engageoit à demeurer
des Amb de Siam. 301
à Tournay. Ils virent fur le
chemin de Condé un Bourg
appellé Anthoin , qui appartient
à Madame la Princeffe
d'Epinoy , & ils ſe ſouvinrent
qu'ils avoient mangé avec
elle , à la Collation que M
de Seignelay leur donna le
jour qu'ils en eurent Audience.
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Résumé : Tournay. [titre d'après la table]
Le 6, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Tournay, une ville forte située sur l'Escaut et capitale du Tournaisis. Tournay est protégée par un château et possède une cathédrale, dix paroisses, deux abbayes et diverses maisons religieuses. La ville avait été prise par l'empereur Charles III en 1521 et restituée au roi de France par le traité d'Aix-la-Chapelle après avoir été reprise en 1667. Le comte de Maulevrier, lieutenant général des armées du roi et gouverneur de la ville et de la citadelle, organisa une réception en leur honneur. Les ambassadeurs furent accueillis par vingt maîtres du régiment des cuirassiers et escortés jusqu'à leur logis, où le comte de Maulevrier les reçut et leur présenta les magistrats de la ville. M. de Surmon, Conseiller Pensionnaire, prononça une harangue louant les qualités du roi de Siam et exprimant la joie de voir ce dernier rechercher l'amitié du roi de France. L'ambassadeur de Siam répondit en remerciant pour les honneurs reçus et en exprimant le désir du roi de Siam de connaître les victoires du roi de France. Les magistrats offrirent un présent de vin, et les ambassadeurs visitèrent ensuite la citadelle, admirant les fortifications et assistant à des démonstrations de feu d'artifice et de bombardements. Le soir, ils furent invités à souper par le comte de Maulevrier, qui organisa divers divertissements, y compris un concert, une comédie et un bal. Les ambassadeurs exprimèrent leur grande satisfaction et leur reconnaissance envers le gouverneur pour les honneurs reçus. Le lendemain, ils invitèrent le marquis de Maulevrier à déjeuner. Après le déjeuner, ils montèrent en carrosse et passèrent entre des haies de cavalerie et d'infanterie jusqu'à une grande église, où ils rencontrèrent l'évêque de Tournay. Ils exprimèrent leur désir de connaître le vrai Dieu et de professer la véritable religion. L'évêque les conduisit dans le chœur, où ils admirèrent des tableaux et des œuvres d'art, écoutèrent un morceau de musique et répétèrent leur prière. Ils prirent ensuite congé et furent escortés jusqu'à la porte de Maruis par le comte de Maulevrier et une escorte militaire. Ils exprimèrent leur estime pour le major du régiment d'Erlac, qui les avait accompagnés depuis Gravelines jusqu'à Tournay. Sur le chemin de Condé, ils passèrent par un bourg appartenant à la princesse d'Epinoy, se souvenant d'un repas partagé avec elle.
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196
p. 301-306
Condé. [titre d'après la table]
Début :
Ce jour-là 8. Novembre ils arriverent à Condé. C'est [...]
Mots clefs :
Condé-sur-l'Escaut, Marie de Luxembourg, Princes de Condé, Nom de Condé, Bourbon, Ville, Place, Comte, Pétau, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Condé. [titre d'après la table]
Ce jour-là 8. Novembre ils
arriverent à Condé. C'eſt
une Ville dans le Hainaut
qui fut priſe par les François
en 1676. & où le Roy a fait
faire des Fortifications , qui
la rendent une Place tres
302 III. P. du Voyage
importante. Elle eſt ſur l'Efcaut
, & a une Egliſe Collegiale
fort ancienne. Cette
Ville eft celebre pour avoir
eu des Seigneurs d'un grand
merite , mais fur tout pour
avoir donné fon nom à pluſieurs
grands Princes de la
Royale Maiſon de Bourbon.
François de Bourbon , Comte
de Vendôme , épouſa en
1487. Marie de Luxembourg,
Fille aînée & principale heritiere
de Pierre de Luxembourg
II. du nom , Comte
de S. Paul , de Couverſan &
de Soiſſons. Elle estoit Vides
Amb. de Siam. 303
comteſſe de Meaux , Dame
d'Anguien , de Condé , &c .
Elle mourut à la Fére en 1547 .
aprés avoir eſté veuve 52. ans,
&ſes petits Enfans prirent le
nom de Princes de Condé.
Charles de Bourbon ſon Fils,
Comte & enſuite premier
Duc de Vendôme , fut Pere
d'Antoine de Bourbon , qui
eut pour Fils le Roy Henry
le Grand , & Loüis de Bourbon
Prince de Condé , qui a
fait la branche des Princes
qui portent ce nom. Lorfque
les Ambaſſadeurs approcherent
de Condé , ils trou
304 III . P. du Voyage
verent la Cavalerie de la Place
qui eſtoit venue au devant
d'eux. Aprés que le Canon
ſe fut fait entendre , M. Petau
Gouverneur de la Ville ,
parut pour les recevoir. Les
Ruës le trouverent bordées
d'Infanterie juſqu'à la porre
de leur Logis, & ils reçûrent
les complimens & les Prefens
comme dans les autres Villes .
Quoy que M' le Comte de
Sore ne fuſt pas à Condé ,
ils ne laifferent pas de loger
dans ſa maiſon qu'il leur avoit
offerte , & on leur en donna
les plus magnifiques Appardes
Amb. de Siam. 305
temens. M Petau alla prendre
l'ordre , & ils donnerent
pour Mot , le foûtiendray ſon
nom. Ils s'expliquerent là -
deffus , & dirent que le nom
de Condé eſtoit un nom fi
illuftre, qu'on feroit toûjours
beaucoup lorſqu'on en foûtiendroit
la gloire. Ainfi
vous voyez que c'eſt la Ville
qui parle , & qui dit qu'elle
foûtiendra le nom de Condé.
M Petau les traita le ſoir en
maigre , & le Repas fut magnifique.
Ils monterent à
cheval le lendemain de grand
matin, pour aller voir les For-
Cc
306 III. P. du Voyage
tifications de la Place, &M
Petau leur fit remarquer jufqu'aux
moindres endroits . Il
leur donna enſuite un fort
grand Dîner , n'ayant pas
voulu qu'ils ayent mangé ailleurs
que chez luy, tant qu'ils
ont demeuré dans la Place .
arriverent à Condé. C'eſt
une Ville dans le Hainaut
qui fut priſe par les François
en 1676. & où le Roy a fait
faire des Fortifications , qui
la rendent une Place tres
302 III. P. du Voyage
importante. Elle eſt ſur l'Efcaut
, & a une Egliſe Collegiale
fort ancienne. Cette
Ville eft celebre pour avoir
eu des Seigneurs d'un grand
merite , mais fur tout pour
avoir donné fon nom à pluſieurs
grands Princes de la
Royale Maiſon de Bourbon.
François de Bourbon , Comte
de Vendôme , épouſa en
1487. Marie de Luxembourg,
Fille aînée & principale heritiere
de Pierre de Luxembourg
II. du nom , Comte
de S. Paul , de Couverſan &
de Soiſſons. Elle estoit Vides
Amb. de Siam. 303
comteſſe de Meaux , Dame
d'Anguien , de Condé , &c .
Elle mourut à la Fére en 1547 .
aprés avoir eſté veuve 52. ans,
&ſes petits Enfans prirent le
nom de Princes de Condé.
Charles de Bourbon ſon Fils,
Comte & enſuite premier
Duc de Vendôme , fut Pere
d'Antoine de Bourbon , qui
eut pour Fils le Roy Henry
le Grand , & Loüis de Bourbon
Prince de Condé , qui a
fait la branche des Princes
qui portent ce nom. Lorfque
les Ambaſſadeurs approcherent
de Condé , ils trou
304 III . P. du Voyage
verent la Cavalerie de la Place
qui eſtoit venue au devant
d'eux. Aprés que le Canon
ſe fut fait entendre , M. Petau
Gouverneur de la Ville ,
parut pour les recevoir. Les
Ruës le trouverent bordées
d'Infanterie juſqu'à la porre
de leur Logis, & ils reçûrent
les complimens & les Prefens
comme dans les autres Villes .
Quoy que M' le Comte de
Sore ne fuſt pas à Condé ,
ils ne laifferent pas de loger
dans ſa maiſon qu'il leur avoit
offerte , & on leur en donna
les plus magnifiques Appardes
Amb. de Siam. 305
temens. M Petau alla prendre
l'ordre , & ils donnerent
pour Mot , le foûtiendray ſon
nom. Ils s'expliquerent là -
deffus , & dirent que le nom
de Condé eſtoit un nom fi
illuftre, qu'on feroit toûjours
beaucoup lorſqu'on en foûtiendroit
la gloire. Ainfi
vous voyez que c'eſt la Ville
qui parle , & qui dit qu'elle
foûtiendra le nom de Condé.
M Petau les traita le ſoir en
maigre , & le Repas fut magnifique.
Ils monterent à
cheval le lendemain de grand
matin, pour aller voir les For-
Cc
306 III. P. du Voyage
tifications de la Place, &M
Petau leur fit remarquer jufqu'aux
moindres endroits . Il
leur donna enſuite un fort
grand Dîner , n'ayant pas
voulu qu'ils ayent mangé ailleurs
que chez luy, tant qu'ils
ont demeuré dans la Place .
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Résumé : Condé. [titre d'après la table]
Le 8 novembre, des ambassadeurs arrivèrent à Condé, une ville du Hainaut prise et fortifiée par les Français en 1676. Condé, située sur l'Escaut, est connue pour son église collégiale ancienne et ses seigneurs méritants. En 1487, François de Bourbon, comte de Vendôme, épousa Marie de Luxembourg, héritière de Pierre de Luxembourg II. Marie, comtesse de Meaux et dame de Condé, mourut en 1547. Ses petits-enfants adoptèrent le nom de princes de Condé. Charles de Bourbon, fils de Marie, devint le premier duc de Vendôme et père d'Antoine de Bourbon, dont les fils furent le roi Henri IV et Louis de Bourbon, prince de Condé. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par les forces de la ville et reçus par M. Petau, gouverneur de Condé, qui leur offrit des logements et un dîner somptueux après une visite des fortifications.
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197
p. 306-321
Valenciennes. [titre d'après la table]
Début :
Ils en partirent le 9. pour aller coucher à Valencienne. [...]
Mots clefs :
Valenciennes, Monsieur Château, Toile, Bardo di Bardi Magalotti, Tableaux, Ville, Roi, Empereur, Hainaut, Maison de Bavière, Ambassadeur, Citadelle, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Valenciennes. [titre d'après la table]
Ils en partirent le 9. pour
aller coucher à Valencienne .
Il y a dans cette Ville - là &
dans ſes Fauxbourgs 4523 .
Maiſons , 21108. Perſonnes,
fans compter les Troupes du
Roy , 34. Eglifes , une Abbaye
, un Chapitre de Cha.
noines , 7. Paroiffes , 10.Con
desAnb. de Siam. 307
vens d'Hommes , & 11. de
Filles. La Ville eſt des plus
confiderables pour ſon antiquité.
Les Romains y établirent
diverſes Manufactures
; & ayant eſté ruinée pluſieurs
fois , l'Empereur Valentinien
la fit reparer , &
entourer de murailles vers
l'An 367. & luy donna fon
nom qu'elle retient encore
aujourd'huy. Elle demeura
fous la puiſſance Romaine
juſqu'à la venuë de Clodion,
qui la tranfmit aux Roys de
France ſes Succeſſeurs , &fut
ſous les deux premieres Races
Cc ij
308 III. P. du Voyage
de ſes Roys , comme Terre
diftinguée de limites , avec le
titre de Comté. Elle fut depuis
à des Princes qui la tenoient
en qualité de Seigneurs
, y faiſant battre de la
Monnoye à leur coin à titre
de Comtes de Valencienne.
Ce Comté comprenoit le
Païs d'Oſtrevant , de Burbant,
& l'eſpace qui eſt entre
Morchipont , Mortmal & la
Selle , qui relevoient en partie
de Lorraine & de France .
Le mariage de Matilde Comteſſe
de Valencienne , avec
Regnier IV. Fils d'Avide ,
des Amb. de Siam. 309
1
Fille de Huë- Capet Comte
de Hainaut , fit paffer cette
Ville à ſes Heritiers l'An 1030 .
à condition d'eſtre toûjours
diftinguée, & de n'eſtre point
confondue avec le Hainaut.
Par le mariage de Marguerite
d'Avefne Comteſſe de
Hainaut avec l'Empereur
Loüis de Baviere , elle paſſa à
la Maiſon de Baviere l'An
1346. juſqu'à ce que Jacqueline
de Baviere vint à mourir,
laiſſant Philippes le Bon, Duc
de Bourgogne, fon Heritier
en 1437. Elle demeura dans
ſa Famille juſqu'en 1452.
310 III . P. du Voyage
qu'elle paſſa à la Maiſon
d'Autriche par la mort de
Marie de Bourgogne Femme
de l'Empereur maximilien, à
qui elle fut juſqu'en 1677 .
que tout imprenable qu'on
la croyoit , elle fut priſe d'affaut
par les Armes invincibles
de LOUIS LE GRAND.
Ce qui eſt de remarquable,
c'eſt qu'elle peut ſe vanter
d'avoir eu deux Palais
Royaux , l'un où eſt à prefent
la Citadelle , l'autre où
eſt l'Eglife des Cordeliers ;
Que Charlemagne y tint ſes
Eftats Generaux pour la pre
des Amb. de Siam. 311
miere fois , & y reçût la Couronne
d'Auſtraſie aprés la
mort de fon Frere Carloman.
On dit que le Roy Pepin y
fonda l'Égliſe de Nôtre-Dame.
La Maiſon de Ville merite
d'y eſtre veuë. Les Ambaſſadeurs
trouverent en approchant
de cette Place, la
Cavalerie de 'la Garnifon
qui les vint recevoir , & enfuite
M. de Magalotti qui
les attendoit à la Porte. Son
viſage ouvert leur plût extrémement
; & lorſqu'il les
eut quittez pour leur laiſſer
prendre la route du lieu
r
312 III . P. du Voyage
qu'on leur avoit preparé pour
leur Logement , ils dirent de
luy mille choſes obligeantes,
quoy qu'ils ne luy euſſent
parlé qu'un moment. Ils arriverent
à leur Logis , aprés
avoir eſté ſalüez du Canon,
& des Officiers des Troupes
qui formoient deux hayes
dans la Ville. MF de Magalotti
avoit pris foin de faire
meubler la maifon où ils allerent
, & il y ayoit fait porter
quantité de fort beaux Tableaux
, & beaucoup de Portraits.
Aprés qu'ils ſe furent
un peu repoſez , il leur prefenta
des Anb. de Siam. 313
r
ſenta Ms du Magiftrat , &
M. Château Conſeiller de
Ville qui portoit la parole,
parla en ces termes.
MESSEIGNEURS ,
>
C'est dans une joye qui ne peut
s'exprimer, que leMagistrat de cette
Ville vientse presenter à vos Excellences
, pour leur témoigner les
respects & les foûmiſſions deuës
aux Perſonnes qui representent l'un
des plus Grands & des plus Augustes
Monarques de l'Afie, & dont
l'amitié estsi chere au Roy. Nous
ne ferons point , Meſſeigneurs ,le
détail des Conquestes , des Triomphes
, & des Victoires éclatantes
que nôtre Grand Monarque a rem-
Dd
314 III. P. du Voyage
portées sur ses Ennemis , dont la
gloire est fi grande , que la Renommée
s'en est répandue par toute la
Terre. Nous nous contenterons de
dire qu'entre toutes les perfections
&les vertus Royales qui reluiſent
comme les rayons du Soleil en fa
Personne facrée ,ſa fidelité inviolable
enversfes Alliez en est une
des plus brillantes. Nous prenons
la liberté , Meſſeigneurs , de prefenter
à vos Excellences les Vins
d'honneur , & quelques pieces de
Toilettes pour échantillons desManufactures
de cette Ville. Nous aurions
bien de la joye si ce Commerce
pouvoit s'établir dans vos Provinces,
à l'exemple des autres Royaumes
de l'Afie , de l'Afrique , de
l'Amerique, &deplusieurs Regions
de l'Europe où cette Manufacture
des Amb. de Siam. 315
est dans la plus haute confideration
.
Cette Harangue finie, le
Magiftrat leur preſenta trois
pieces de Toile des plus fines
de la Fabrique de Valencienne.
Chaque Piece eſtoit enveloppée
dans un Brocard
argent & bleu , & noüée avec
des Rubans de la même
couleur. Ils eurent d'abord
quelque peine à les accepter,
& dirent , qu'ils n'estoient point
accoûtumez à prendre des Pre-
Sens ; mais que puisque c'estoit
des échantillons d'une Manufa-
Eture de la Ville , ils les rete-
Ddij
316 III. P. du Voyage
r
noient pour les faire voirau Roy
leurMaistre. M de Magalotti
leur demanda l'ordre ,
& ils dirent , Miracle de nos
jours. Ils firent entendre ,
qu'ils vouloient parler de la
maniere dont la Place avoit
eſté priſe , qu'ils regardoient
come un miracle de nôtre Siecle.
Les Dames ſeules eurent le
privilege de les voir ſouper.
Le lendemain la fiévre ayant
pris à Me Torf, ils en montrerent
une grande inquietude
,& l'allerent voir pluſieurs
fois . Il leur dit qu'il n'estoit
pas de leur dignité de viſiter un
des Amb de Siam. 317
particulier. Ils répondirent
qu'ils le regardoient comme un
autre eux- mefmes, & ils allerent
ce jour-là à la Citadelle, d'où
on leur montra le Paté par où
la Place avoit eſté priſe. Ils
virent faire l'Exercice aux Cadets
, & l'Ambaſſadeur les regarda
avec rant de plaifir
qu'il ſembloit qu'il enviaft
leur bonheur. Il dit qu'il voudroit
n'estre pas Ambaſſadeur , ou
du moins n'estre pas le Premier ,
afin de faire une Campagne ou
deux avec le Roy en cas qu'ily
eût Guerre , & il ajoûta qu'il
ſçauroit faire approuver fa
Dd iij
318 III. P. duVoyage
r
conduite au Roy ſon Maiſtre. Ils
allerent diner chez M de
Magalotti . Le Repas fut ſplendide
, & ils burent de tout ce
que l'Italie a de meilleures Liqueurs.
Ils s'attacherent à confiderer
des Tableaux de petit
point de la Manufacture de
Valenciennes , qui reprefentoient
des fleurs , & comme
ils les trouverent parfaitement
beaux , M'de Magalotti voulut
les leur donner , mais ils
ne les accepterent point. Au
fortir de ce grand Repas où
il y eut deux Tables , chacune
de 20. couverts , ils allerent
desAmb . de Siam. 319
voir les Fortifications , & firent
le tour de la Ville . M² de
Magalotti leur fit une defcription
de tout le Siege ; il leur
marqua tous les quartiers , &
particulierement celuy du
Roy. Ils examinerent de nouveau
& de plus pres l'endroit
par où l'on a pris la Place , &
firent des reflexions ſur l'intrepide
valeur des François.
Ils remercierent fort M de
Magalotti de toutes ſes peines
, & luy donnerent pour
mot l'âge rend t'homme parfait,
ſes cheveux blancs leur firent
croire qu'il eſtoit plus âgé
D'dinj
320 III. P. du Voyage
qu'il ne l'eſt. Les Dames leur
tinrent encore ce foir-làbonne
compagnie pendant leur fouper.
Le lendemain M deMagalotti,
l'Estat major, &leMagiftrat
leur allerent faire compliment
fur leurdépart. Alors
l'Ambaſſadeur leur dit d'un
air riant , qu'ils leurestoientfort
obligez de toutes leurs honnestetez,
qu'ils ne les oubliroient jamais
,&qu'ils ne manqueroient
pas de les marquer au Roy leur
Maistre. Les mefmes Ceremonies
qui avoient eſté obfervées
à leur entrée , ſe firent à
leur fortie . Ils trouverent dans
des Amb. de Siam , 321
leur Caroffe les deux Tableaux
que Me de Magalotti leur avoit
offerts , & qu'il avoit fait
mettre dans de tres- riches
bordures . Cette honneſteté les
furprit extrémement ; ils les
garderent craignant de les
defobliger , s'ils les
voyoient .La Cavalerie les reconduifit
fi loin , qu'ils furent
obligez de la prier de s'en retourner
.
aller coucher à Valencienne .
Il y a dans cette Ville - là &
dans ſes Fauxbourgs 4523 .
Maiſons , 21108. Perſonnes,
fans compter les Troupes du
Roy , 34. Eglifes , une Abbaye
, un Chapitre de Cha.
noines , 7. Paroiffes , 10.Con
desAnb. de Siam. 307
vens d'Hommes , & 11. de
Filles. La Ville eſt des plus
confiderables pour ſon antiquité.
Les Romains y établirent
diverſes Manufactures
; & ayant eſté ruinée pluſieurs
fois , l'Empereur Valentinien
la fit reparer , &
entourer de murailles vers
l'An 367. & luy donna fon
nom qu'elle retient encore
aujourd'huy. Elle demeura
fous la puiſſance Romaine
juſqu'à la venuë de Clodion,
qui la tranfmit aux Roys de
France ſes Succeſſeurs , &fut
ſous les deux premieres Races
Cc ij
308 III. P. du Voyage
de ſes Roys , comme Terre
diftinguée de limites , avec le
titre de Comté. Elle fut depuis
à des Princes qui la tenoient
en qualité de Seigneurs
, y faiſant battre de la
Monnoye à leur coin à titre
de Comtes de Valencienne.
Ce Comté comprenoit le
Païs d'Oſtrevant , de Burbant,
& l'eſpace qui eſt entre
Morchipont , Mortmal & la
Selle , qui relevoient en partie
de Lorraine & de France .
Le mariage de Matilde Comteſſe
de Valencienne , avec
Regnier IV. Fils d'Avide ,
des Amb. de Siam. 309
1
Fille de Huë- Capet Comte
de Hainaut , fit paffer cette
Ville à ſes Heritiers l'An 1030 .
à condition d'eſtre toûjours
diftinguée, & de n'eſtre point
confondue avec le Hainaut.
Par le mariage de Marguerite
d'Avefne Comteſſe de
Hainaut avec l'Empereur
Loüis de Baviere , elle paſſa à
la Maiſon de Baviere l'An
1346. juſqu'à ce que Jacqueline
de Baviere vint à mourir,
laiſſant Philippes le Bon, Duc
de Bourgogne, fon Heritier
en 1437. Elle demeura dans
ſa Famille juſqu'en 1452.
310 III . P. du Voyage
qu'elle paſſa à la Maiſon
d'Autriche par la mort de
Marie de Bourgogne Femme
de l'Empereur maximilien, à
qui elle fut juſqu'en 1677 .
que tout imprenable qu'on
la croyoit , elle fut priſe d'affaut
par les Armes invincibles
de LOUIS LE GRAND.
Ce qui eſt de remarquable,
c'eſt qu'elle peut ſe vanter
d'avoir eu deux Palais
Royaux , l'un où eſt à prefent
la Citadelle , l'autre où
eſt l'Eglife des Cordeliers ;
Que Charlemagne y tint ſes
Eftats Generaux pour la pre
des Amb. de Siam. 311
miere fois , & y reçût la Couronne
d'Auſtraſie aprés la
mort de fon Frere Carloman.
On dit que le Roy Pepin y
fonda l'Égliſe de Nôtre-Dame.
La Maiſon de Ville merite
d'y eſtre veuë. Les Ambaſſadeurs
trouverent en approchant
de cette Place, la
Cavalerie de 'la Garnifon
qui les vint recevoir , & enfuite
M. de Magalotti qui
les attendoit à la Porte. Son
viſage ouvert leur plût extrémement
; & lorſqu'il les
eut quittez pour leur laiſſer
prendre la route du lieu
r
312 III . P. du Voyage
qu'on leur avoit preparé pour
leur Logement , ils dirent de
luy mille choſes obligeantes,
quoy qu'ils ne luy euſſent
parlé qu'un moment. Ils arriverent
à leur Logis , aprés
avoir eſté ſalüez du Canon,
& des Officiers des Troupes
qui formoient deux hayes
dans la Ville. MF de Magalotti
avoit pris foin de faire
meubler la maifon où ils allerent
, & il y ayoit fait porter
quantité de fort beaux Tableaux
, & beaucoup de Portraits.
Aprés qu'ils ſe furent
un peu repoſez , il leur prefenta
des Anb. de Siam. 313
r
ſenta Ms du Magiftrat , &
M. Château Conſeiller de
Ville qui portoit la parole,
parla en ces termes.
MESSEIGNEURS ,
>
C'est dans une joye qui ne peut
s'exprimer, que leMagistrat de cette
Ville vientse presenter à vos Excellences
, pour leur témoigner les
respects & les foûmiſſions deuës
aux Perſonnes qui representent l'un
des plus Grands & des plus Augustes
Monarques de l'Afie, & dont
l'amitié estsi chere au Roy. Nous
ne ferons point , Meſſeigneurs ,le
détail des Conquestes , des Triomphes
, & des Victoires éclatantes
que nôtre Grand Monarque a rem-
Dd
314 III. P. du Voyage
portées sur ses Ennemis , dont la
gloire est fi grande , que la Renommée
s'en est répandue par toute la
Terre. Nous nous contenterons de
dire qu'entre toutes les perfections
&les vertus Royales qui reluiſent
comme les rayons du Soleil en fa
Personne facrée ,ſa fidelité inviolable
enversfes Alliez en est une
des plus brillantes. Nous prenons
la liberté , Meſſeigneurs , de prefenter
à vos Excellences les Vins
d'honneur , & quelques pieces de
Toilettes pour échantillons desManufactures
de cette Ville. Nous aurions
bien de la joye si ce Commerce
pouvoit s'établir dans vos Provinces,
à l'exemple des autres Royaumes
de l'Afie , de l'Afrique , de
l'Amerique, &deplusieurs Regions
de l'Europe où cette Manufacture
des Amb. de Siam. 315
est dans la plus haute confideration
.
Cette Harangue finie, le
Magiftrat leur preſenta trois
pieces de Toile des plus fines
de la Fabrique de Valencienne.
Chaque Piece eſtoit enveloppée
dans un Brocard
argent & bleu , & noüée avec
des Rubans de la même
couleur. Ils eurent d'abord
quelque peine à les accepter,
& dirent , qu'ils n'estoient point
accoûtumez à prendre des Pre-
Sens ; mais que puisque c'estoit
des échantillons d'une Manufa-
Eture de la Ville , ils les rete-
Ddij
316 III. P. du Voyage
r
noient pour les faire voirau Roy
leurMaistre. M de Magalotti
leur demanda l'ordre ,
& ils dirent , Miracle de nos
jours. Ils firent entendre ,
qu'ils vouloient parler de la
maniere dont la Place avoit
eſté priſe , qu'ils regardoient
come un miracle de nôtre Siecle.
Les Dames ſeules eurent le
privilege de les voir ſouper.
Le lendemain la fiévre ayant
pris à Me Torf, ils en montrerent
une grande inquietude
,& l'allerent voir pluſieurs
fois . Il leur dit qu'il n'estoit
pas de leur dignité de viſiter un
des Amb de Siam. 317
particulier. Ils répondirent
qu'ils le regardoient comme un
autre eux- mefmes, & ils allerent
ce jour-là à la Citadelle, d'où
on leur montra le Paté par où
la Place avoit eſté priſe. Ils
virent faire l'Exercice aux Cadets
, & l'Ambaſſadeur les regarda
avec rant de plaifir
qu'il ſembloit qu'il enviaft
leur bonheur. Il dit qu'il voudroit
n'estre pas Ambaſſadeur , ou
du moins n'estre pas le Premier ,
afin de faire une Campagne ou
deux avec le Roy en cas qu'ily
eût Guerre , & il ajoûta qu'il
ſçauroit faire approuver fa
Dd iij
318 III. P. duVoyage
r
conduite au Roy ſon Maiſtre. Ils
allerent diner chez M de
Magalotti . Le Repas fut ſplendide
, & ils burent de tout ce
que l'Italie a de meilleures Liqueurs.
Ils s'attacherent à confiderer
des Tableaux de petit
point de la Manufacture de
Valenciennes , qui reprefentoient
des fleurs , & comme
ils les trouverent parfaitement
beaux , M'de Magalotti voulut
les leur donner , mais ils
ne les accepterent point. Au
fortir de ce grand Repas où
il y eut deux Tables , chacune
de 20. couverts , ils allerent
desAmb . de Siam. 319
voir les Fortifications , & firent
le tour de la Ville . M² de
Magalotti leur fit une defcription
de tout le Siege ; il leur
marqua tous les quartiers , &
particulierement celuy du
Roy. Ils examinerent de nouveau
& de plus pres l'endroit
par où l'on a pris la Place , &
firent des reflexions ſur l'intrepide
valeur des François.
Ils remercierent fort M de
Magalotti de toutes ſes peines
, & luy donnerent pour
mot l'âge rend t'homme parfait,
ſes cheveux blancs leur firent
croire qu'il eſtoit plus âgé
D'dinj
320 III. P. du Voyage
qu'il ne l'eſt. Les Dames leur
tinrent encore ce foir-làbonne
compagnie pendant leur fouper.
Le lendemain M deMagalotti,
l'Estat major, &leMagiftrat
leur allerent faire compliment
fur leurdépart. Alors
l'Ambaſſadeur leur dit d'un
air riant , qu'ils leurestoientfort
obligez de toutes leurs honnestetez,
qu'ils ne les oubliroient jamais
,&qu'ils ne manqueroient
pas de les marquer au Roy leur
Maistre. Les mefmes Ceremonies
qui avoient eſté obfervées
à leur entrée , ſe firent à
leur fortie . Ils trouverent dans
des Amb. de Siam , 321
leur Caroffe les deux Tableaux
que Me de Magalotti leur avoit
offerts , & qu'il avoit fait
mettre dans de tres- riches
bordures . Cette honneſteté les
furprit extrémement ; ils les
garderent craignant de les
defobliger , s'ils les
voyoient .La Cavalerie les reconduifit
fi loin , qu'ils furent
obligez de la prier de s'en retourner
.
Fermer
Résumé : Valenciennes. [titre d'après la table]
Le texte décrit un voyage vers Valenciennes, une ville caractérisée par ses 4 523 maisons, 21 108 habitants, 34 églises, une abbaye, un chapitre de chanoines, 7 paroisses et 10 couvents. Valenciennes est renommée pour son antiquité et ses manufactures, établies par les Romains. En 367, l'empereur Valentinien la fit réparer et entourer de murailles. La ville passa sous la domination des rois de France avec Clodion et resta une terre distinguée sous les premières dynasties royales françaises. Par la suite, elle fut possession de divers princes et comtes, incluant les comtes de Hainaut et de Bavière, avant de devenir une possession des ducs de Bourgogne puis de la Maison d'Autriche. En 1677, Valenciennes fut prise par Louis XIV. La ville a également accueilli des figures historiques telles que Charlemagne et Pépin le Bref. Les ambassadeurs de Siam y furent reçus avec honneur, visitèrent la citadelle et les fortifications, et reçurent des présents de la ville. Ils exprimèrent leur admiration pour la prise de la ville par les Français et pour les fortifications. Lors de leur départ, ils furent escortés par la cavalerie et reçurent des tableaux en cadeau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
198
p. 8-98
Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est le dessein d'une These pour le Roy, [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Roi, Louis XIV, Thèse, Monarques, Monarque, Ouvrage, Actions, Paix, 1684, 1685, Médaille, Mots, Ordre, France, Royaume, 1677, Villes, Parler, Histoire, Marquer, Détail, Événements, Paroles, Armes, Clémence, Couronne, Thèses, Conduite, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
C'est le des.
sein d'une These pour leRoy,
fait par un homme qui s'est
attaché avec tant d'exactitu
de à rechercher tout ce qui
regarde la Vie de ce Grand
Monarque, que je puis vous
aíïèurer qu'encore qu'on ait ^
tâché de l'imiter , & de le co
pier en beaucoup d'endroits,
dans des Ouvrages qu'on a
GALANT.. 9
presentez {ans avoir ose' les
rendre publics , il est l'original
de tout ce que nousavons
vû de cette nature. Le tra
vail de cet Ouvrage, ou tou
tes les dates font , est quelque
chose d'incomprehensiblej íì
je puis parler ainsi, & pour
le rendre correct, Y Auteur a
a eu besoin de toute l'applicatïon
d'un hommeauíïi zelc
qu'il lest pour le Roy. Tous
les Eloges de ce Monarque i
& rout ce qu'on a fait de son
Histoire, ne nous en sçauroient
faire si bien connoik
tre la grandeur que cet Ou
vrage , & c'est ce qui merite
une réflexion bien serieuse,
& qui jettera dans tâtonne
ment tous ceux qui voudront
la faire. Il ne s'agit que de
marquer ce qu'à fait le R.oyy
fans détail , fans raisonne
ment , & sans éloge .y & ce
pendant cette These peur
passer pour une chose prek
que impoíïîble > à cause du,
grand nombre d'Actions qu'
elle contrent.Tous les Siecle*
ne nous fòurniífënt rien de
semblable. Je purs , & je dois
le dire à la teste d'un Ouvra
ge qui n'est remply que de
GALANT, ii
Faits y. & l'on ne peut ea
voyant cela que se taire , &
demeurer dans 1 etonnement»
Je n'ay dit qu'un mot de ces
raits. là , & ce n'a mefme esté.
que d'une partie ,& j'en ay
parlé dans deux cens Volu
mes. Peut-on dire apres cela
qu'il soit aisé de faire L'HiÇ
toire du Roy , si l'on y veut
renfermer tout ce qu'il a fait
de grand ? Pour moy, je suis
persuadé qu'il faudroit un Sie
cle entier , si ion vouloit
mettre dans leur jour toutes
les actions de ee Monarque M
& que cette .Histoire pour
i2 MERCURE
roit remplir seule des Biblio
theques. Vous en ferez en
tierement convaincuè,quand
vous aurez lû l'Ouvrage sui
vant , qui sera d'une grande
utilité pour tous ceux qui
voudront travailler à cette
Histoire . & qui leur epar
gnera plusieurs annees de
recherches. Sou venez- vous ,
s'il vous plaiít , que l'Auteur
luppose ion dessein executes
& qu'il décrit la Thèse com
me si elle eítoit faite. >
DESSEIN DE L'OUVRAGE.
Les Actions immortelles
de Louis XIV. estant ad
V
GALANT, i?
mirees de touce la Terre , il
n'est pas possible de trouver
aujòurd'huy quelqu'un qui
n'en soit pas informé, & qui
puiíïè demander avec raison,
pourquoy nous appelions ce
Prince Louis le Grand ,
mais afin d'en instruire la
Posterité ,on luy dédie une
These qui pourra luy servir
de regie dans les sentimens
qu'elle doit avoir des vertus
héroïques de nostre incom
parable Monarque. Les prin
cipaux évenemens de son Re
gne depuis 1658. y sont mar
quez d'une maniere qui ne
«4 MERCURE
fera peut estre pas deíagreable.
Quoy qu'il y eust une
infinité de belles choses à di
re avant ce temps. là, on n'a
pas cru devoir remonter plus
haut , afin de ne se pas co
pier soy mesme dans d'autres
Ouvrages, où elles n'ont pas
esté oubliées ; mais plus que
tout cela , pour n'établir les
louanges de Louis le
<j r a n d que fur des actions
d'éclat , dans lesquelles il a
toujours eu la premiere part,
St afin de le suivre plus exa.
#ement depuis un âge où sa
teste / son coeur, son bras &
GALANT. y rç.
son esprit ont commencé d'a
gir de concert pour le bien
2e ses Etats. .L Histoire du
Roy est une matiere riche, &
un vaste champ ouvert à tous
ceux qui s'y voudront exer
cer! Heureux mille fois celuy
cpi le fera avec succès ! On
a cru devoir ne s'expliquer
qu'en François, soit dans les
Inscriptions , soit dans les
Conclusions historiques êc
politiques , parce qu'on a eu
four objet la satisfaction des
Perfonnes qui préferent cet
te Langue , que nos Victoi
res oat rendue si florissante
ì6 MERCURE
dans toutes les Patries du
Monde.
DES C RIPT ION
... . de la Thèse.
Le Portrait du Roy est
placé au milieu d'une Cou
ronne de laurier , relevée de
quatorze Médailles , le tout
posé fur une dépqiïille de
Lion.Quatre grands Octogo
nes avec de riches bordures
accompagnent le Portrait,
&font voir par quatre gran
des Inscriptions la gloire du
Roy dans les quatre Parties
du Monde. / ,
GALANT. 17
/. INSCRIPTION.
HEurope inutilement conjus
rce pour s opposer à la Course
wiclorieusi de LOV IS LE
GRAND, cede a U force de
fin bras , &fi njoit contrainte
£accepter là Paix , que ce Mo
narque luy accorde au milieu de
fis Victoire*.
IL INSCRIPTION.
LÌAfìc étonnée des ABions ad
mirables de la Grandeur dtp
fioy 3 recherche fin Alliance , &
députe trois fois des Ambassa
deurs du Royaume de Siam a*vec
de riches Prefins. '
Janvier 1687. B
18 MERCURE
IN SCRIPT 10m.
il Afrique humiliée par les
frequentes défaites des Corsai
res d'Alger , de Tunis , de Tri
poli, de Maroc & de Salé , que
LOUIS XIV. a punk jusque
dans leurs Portereffe* , <vient de
mander la Paix'au pied du Trô
ne de Sa Majefié.
IV. INSCRIPTION.
L Amerique owverte aux Ar
mes de LOVIS LE GRAND,
a eflé le Theatre des Victoires
qu'il a remportées Jùr Jes Bar
bares 3 & des Conqueftes qùil a
faites à S. Christophe, à Tabagoy
dans toutes leslsles Antilles.
' \
». t . '
. ' 4
19
Les quatorze Médailles
font autantde Vertus ou At
tributs du Roy , representez
par des Devises ou Emblè
mes, 8c expliquez dans l'Exerque
de chaque Médaille..
Comme les Armoiries four
nissent le corps le plus naturel
Sc le plus ordinaire des Devi
ses, on s'est fait icy une obli
gation d'en tirer quatre des'
Lys , qui composent les Ar
mes de nos Rois , quatre du;
Soleil, qui est le symbole du;
Roy , &une du Coq , qui re
presente la France.
zo MERCURE ...
/. M ED AILLE.
Le Soleil éclairant tout le
monde avec ces mots, Eclai
re sVnivers. Dans l'Exerque
pour Vertu , Sagesse.
II. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots, Que
jòn odeur efi douce ! Dans 13*
xerque, Clemence.
III. MEDAILLE.
Une Justice tenant la Ba
lance , avec ces mots , Sou
tien des Loix. Dans l'Exer
que , Justice.
IV. MED AILLE.
Un Laurier. Pour Ame ,
Chery de Minerve & de Marr.
21
Dans l'Exerque , Liberalité.
V. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots. Des
Mortels Vamour & le plaifìn
Dans l'Exerque , Èonté.
VI. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces mots ,
// commande aux Saijòns£)àn&
l'Exerque, Puissance. '
VII. MEDAILLE.
Un Coq qui a une patte
en l'air. avec ces mots , La
terreur des Lions. Dans l'Exer
que , Vigilance.
VIII. MEDAILLE,
Un double Foudre en l'air .
avec ces mots , La terreur des
22 MERCURE
Ingrats. Dans l'Exerque , fer*
metê.
IX. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces paroles,,
A qui rien ne peut refîfter.Da.ns>
l'Exerque, Force.
X. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots , Son
odeur va plus loin. Dans l'E
xerque, Gloire.
XI. MEDAILLE.
Un Foudre fur un Autel
avec ces paroles , Joûijfexde
fin repos. Dans l'Exerque,
Moderation.
, XII. MEDAILLEUne
Caíîolete fumante fur;
- GALANT. 2?
un Autel avec ces mots , La
gloire des Autels. Dans l'Exer*
que, Pieté.
XIII. MEDAILLE.
Un Lys , avec un grand
rejetton à droite ,. & trois au
tres petits à gauche, & pour
ame, NofireJiècondejpoir. Dans
l'Exerque , Bonheur.
XIV. MEDAILLE.
Un Soleil qui parcourt le
Zodiaque, avec ces mots , //
ne peut sarrefter. Dans l'Exer-.
que , Vaillance.
Dans le milieu de la bor
dure, au bas du Portrait, font
les Armes de Sa Majeste' en
H MERCURE
tourées des deux Colliers des
Ordres de Saint Michel & du
Saint Esprit, & ornées de Gui
dons, d'Etendards, & de Tro
phees , qui jettent des bran
ches d'Olive , pour marquer
la Clemence de ce Prince ,
qui a bien voulu donner la
Paix au milieu de ses Victoi
res. Il y a deux grandes Trom
pettes qui accompagnent la
Couronne , avec deux aifles
qui s'étendent de chaque costé
, pour porter les Armes
de Louis le Grand ju£
ques aux extrémitez du mon
de. Tous ces ornemens qui
fonc
.GALANT, n
font le haut de la These, sonc
soutenus dune table d'atten
te , ou parement irregulier
d'Architecture d'un ordre
Composite , avec la Corni
che, sa Frise, son Architra
ve , Colomnes , Pilastres ,
Chapiteaux , Piedestaux &c
Baies. Un grand Cartouche
posé sur le milieu de la Frise,
contient ces mots , A L A
POSTERITE'. Le grand
Quadre destiné pour les The.
ses , est échaneré par le bas ,
& pôle entre les Pilastres. U
contient quatorze Theses ou
Conclusions , qui répondent
Janvier 1687. C
26 MERCURE
par ordre aux quatorze Me
dailles , & qui prouvent cha
que Vertu ou Attribut du
Roy. C'est: par cette raison
qu'on s'est attaché à com
mencer la plufpart des Con
clusions par les paroles de la
Devise qu'elles, justifient.
Comme les Theses font le
principal fondement de tout
cet Ouvrage , on croit devoir
en expliquer la conduite su.
vec un peu plus de détail. Le
stileen est assez particulier,
mais cette Philosophie que
nous donnons n'estant pas
ordinaire, & ne faisant que
GALANT. 27
de haistre , elie s'est trouvée
capable de toutes les formes
cju/on a. voulu luy donner.
Certaines expressions de Poe
sie , & d'autres libertez qu'on
ne prendroit pas ailleurs, en
ont rendu les Propositions
courtes & ferrees en des
endroits , & plus étendues
en,* d'autres, Tout cela est
permis en cette occasion, ou
l'on doit dire beaucoup de
choses en peu de paroles. On
peut inesme. parler Ecolier, si
cette expression m'est permi
se , pourveu qu'on le faíïè
pour exprimer plus naturel-
Cij
28 MERCURE .;
lement les opinions que l'on
propose. Nous n'avons pû
nous dispenser d'employer
des chifres pour marquer les
jours & les années de plu
sieurs évenemens. Cela n'est
pas íàns exemple, puis que
nous voyons tanc de Theses
remplies de semblables chi
fres. Cependant on ne l'a fais
que lors que les Actions du
Roy ne íònt pas marquées
dans les autresMédailles donc
nous parlerons dans la fuites
Cette Chronologie a sonutúj
lité, & le Public ne sera peut,
eítre pas fâché de. la tçouyer
GALANT, zf
observée dans cet Ouvrage
avec assez de íòin. Les The-t
ses ont pour Titre \
HtftQrtques&Polittqucs.
.,' Q13ESTION* ;
Qui devez - vous estimer Ic
plus Gi."and de tous les
Monarques de la Terreî
1 CONCLVSION.
LOVIS XIV. donné de
^Dieu d une maniere mira*
culeajè, éclaire Y Univers par
les rayons éclatans de fa SageC
C iij
?o MERCURE
se. Cette Vertu parut en luy
beaucoup de temps avant Vâge
ordinaire. Peut-on dire qu'il ait
manqué une feule fois a prevoir
jusqu'aux moindre* évenemens
dans tout ce qu'il a entrepris f
Qùon montre un Monarque plus
exaBa remplir J&s obligations
mieux reglé dans fa conduite ,
& plus àjjìdu au gouvernement
defm Etat. Cet Augnfte Prince
également habile dans la 'Taix
& dans la Guerre, efi l ame de
Jon Cabinet. Ses secretsfmt im
penetrable*. Il donne autant
dorades o."n de réponses &
. fréfire dwertijjimens íes
GALANT.; ?t
plm innocens au travail quil
devore , pour ainfi dire , afin de
Jòuìagerjon Peuple. Considere^
ay ec quelle Sagesfè il commença,
par le reglement de ses Finan
ces. Ensuite ayant racheté Dunquerque
, il o/la aux Etrangers le
seul Port qui leur reftoit em
France, & aux Corsaires une
ancienne retraite. Compare^ nos
Troupes d aujourdhuy a<vec cel
le* de* Regnes précedens ;faites
reflexion fur le discernement
qu il a dans le choix de ceux qui
le fervent , fur la force & fur
t étendue de fòn Genie. Voye^i
Le hel ordre quil a étably dans>
G nij,
ji MERCURE
toutfin Royaume, & vommac*
cordere^facilement que Lo ii i s.
XIV. eít le plus Sage de tous
les Monarques de la Terre.
//.
G)umd le R jy paroifl armé,
cefipour obliger des Ennemis a
profiter de fi Clemence. Telle
fut la Bataille des Dunes qui fit
conclure la Paix des Pirenées.
Combien de f'is LOUIS a-t.il
épargn é kfxng des Vaincus ? Sa
Clemence empefiha le Sac de
Vtlencienncs , (1677. ) Sans elle
Alger Tunis , Tripoli , Genes ,
& tant £autres Places auroient
esté des bûchers de viçîimes deuë.s
GALANT
a la jufiice defis Armes. Amster
dam , la Haye , & le rcfie de la
Hollande defilée ( 1672.) & mefi
me tonte l Europe firoit encore
un Theatre de feu & desang, fi
ce Grand Prince nefi suft (vain
cu luy.mcfme , ôf s il nefi fuft
arrcfié au milieu de fis Victoi
res , enforçant les Ennemis d ac
cepter la Paix , & enfiúte une
Trêve de vingt ans , aprés en
avoir prescrit l&$ conditions >
qui ont rendu le repos a l Eglifii
& qui font avoûer que
Loiiis XIV. est le plus Paci
fique de cous les Monarques,
de k Terre..
34 MERCURE
///.
> // Joûtient les Loix par la
Justice de fis Ordonnames &
defis Edits. Lific^fin Code, qui i
fuit la reg'e de nos Juges. Ad
mire^ t®m les Arrefis que ce
Monarque a rendus, comme il a
puny les Due'difics , les Empoi
sonneurs ( 1676. ) & les Vfiirim
(168.0. ) Que dites-vous de
ce bel ordre étably pourl' AdmL
nifiration de U Justice } Mon^
trex^moy un Etat ou la Police
soit mieux reglée qùen France, j
Le Roy a-t-il jamais accordé ou
refusé aucune grace quilne fuft ,
Jujk d'accorder ou. de refuser ï
GALANT. #
Mais quand <vous <vous Jouvien^
drev^qùila jugé luy-mefme con
tre Jes propres interefis dans
. lajp ire du Vofé [ufto. ] dit&
^Loiiis XIV. est le plus
Juste de rousles Monarques,
de la Terre.
IV.
Poureflre chery de Miner
ve & de Mars , /'/ faut proteger
les beaux Arts, & récompenser
dignement les Vertus militaires*.
Nos Muses donneront des loiian*
ges éternelles à Sa Majefiépour
avoirflit baflir l Observatoire,
pris la protection de l Academie
Françoise [ 1672. ] institué celles
îá MERCURH
deSoijs.ns, d' Arles, de N(/mes,
de Villefranche^ d Amiens. Le
Journal des Sqavans, qui a com
mencé en 1660 efi deua lamour
que cette protection a injpirée
pour les belles connoijfmces j &
le Mercure G4.Ia.nt qui a com.,
mencé en 1677. efi un fruit de
la grandeur de ses AíTions , qui
en fournijfent la matiere. II a.
ctably l Academie Royale des
Arts & des Sciences > celles de
Peinture & de Sculpture , les
Ecoles de Droit Civil a Parti ,
[ 1679. ] & de Droit François
par tout le Royaume [ 168 1. ]
Combien d habiles Ouvriers en~
GALANT, v
tretenus pour des Ouvrages ra
res au Us ont portes a la dernie-
» re perfiction ! Faites reflexion
Jur le grand nombre de Scavans
qui Jont dans ce Royaume , &
Jur la politejfe que ion y remar
que depuis vingt ans. Admire,z.
la Magnificence de ce Prince
dans l EntréeJolcmnelle quilfit
a la Reyne fin Epousé le 2.6.
Aouft 1660. Confidences Cours,
les Rampars, les Arcs de Triom
phe , l Edifice du Pont Royal ,
les belles Fontaines , iélargisse
ment des Rues , le Quay de la
Riviere , &lesauprcs ornemens
ajoutez, à la Ville de Paris, ^ue
>
?8 MERCURE
penfczjvous des Bafiimens su
perbes de toutes les Maisons
Roydes , de ceux du Louvre &
de ceux de Ver/ailles , qui peut
paffer pour une huitième Merveille
du mondes Voye\ les belles
dépenses que LOUIS LE
CRAND a faites dans les Car
rousels de i«6i. 1685. & l686. h*
Di'vertijsemens de f Isle enchan
tée &de la Paix,avec les grands
Balets , les Machinessurprenan
tes . & les representations des
Opera , fins parier de la richejfe
de fis Meubles & de la ma
gnificence de fa Cour. Mais fur
tout , accorde^- mqy que cefi
GALANT. ?9
dans ce Royaume que les vrais
services de la Noblejfe font re~
connus par le rétablissement de
I Ordre de S. Lazare [1673.]/^
I Institution des Compagnies des
jeunes Gentilshommes [ i68z] £5?
par la fondation de la Maifin
Royale des Dames & DcmoifèL
les de Saint Cyr [ 1686. ] Les
vieux Soldats j ou ceux qui ont
efié cfiropie^ dans le service ,
/ont nourris &Joulage^le reste
de leur vie dans t Hoftel Royal
des Invalides , fondé le 14. lé
vrier 1671. Donc Loiiis XIV.
est le plus Magnifique & le.
plus Liberal de tous les Mo4o
MERCURE.
mrques de la Terre.
V.
LeRqyefl Y Amour & le Plai
sir defin Peuple , dont il efìle
Pere.. Sçavez^vous le grand
nombre de Places quil a bien
voulu rendre en consideration de
la Paix,&'avec combien de bontéila
remis aux Espagnols trois
millions cinq cens mille livres
qu ils luy devoientpour les Con
tributions de la Flandre ( 1684 )
& comme il leur a rendu deux
gros Calions quils avoicntjuftement
perdus dans une défaite en
1686 ì LOVIS L E GR AND
a délivré jusqu'à pesent plus
GMAKs. 4v
de ijra&. Esclaves defis SujetsT
€^ de differentes Nations à Ât~
ger , outre les 600. qùtl aura, de
Tripoli , ffî tous ceux qùildoir
retirer de Tunis (d?- de Maroc..
tiy a plus ; fa bonté luy a fait
dïmnmr les Tailles de trois:
millions prés de 5 00. mille Uvres:
( 1684, ) donner de grandes som
mes pour occuper les Pauvres h
des Travaux aujfí utiles a leur'
Misere qua Vornement des Vil^
les ( 1685. .) fairè des chantes
considerables pendant lafkmnè.
de 166 1. fç) le grand Hiver"
{ 1684. ) & une diminution tres±.
grande four fis Droits fur Us
s Janvier 16S7» I>
ai MERCURE
bled. ( 1685. ) Ses mains RoyaU
les occupées à porter le Sceptre ,
n ont pas dedaigne' depuis fix
ansde composer des Remedespour
le fiulagement , fé) la guerison
deses Sujets ; & de leur en don
ner luy-mesme les secrets qùil d
publie^depuis peu, {g) quilrìavoit
achete^ que pour fin Peu
ple. N oublie^pas encore cetar-.
trfice benin dont il 'vient de Je
sèrqjir ,pour cacher a toute fi.
Famille Royale 0, àfin Royau
me une maladie qui le tourmentoit
, afin de nous épargner l in
quietude g) la douleur de fia-
*vQtr un fi bon Prince dans
4?
les peines.^ Reconnoipz dom'
de bonne.fy qu il merite mieux.
le nom de tres bon que cetËm-.
pereur Romain a qui on le decerna
5 puisque LOUIS XIV.'
vray Pere de la Patrie , est le
plus Aimable &. le Meilleur
de tous les Monarques de la'.
Terre.
VI.
Il commande aux Saisons ,4
lors qu 'il trouve le moyen de'
faire la Guerre au milieu de'
L Hiver. Qui pourra comme luy '
parvenir a cette puiflànce, d as-
Jteger en me/me temps quatre'
Villes tres-fortes [ \6yz. ) & de
D ijj ~
A4 MERCURE
faire recevoir ses Loix en un
mcfme jour a deux Places auffp
considerables que Strasbourg fg)
Ca%al ? Jl a dompté les Jroquois
( i66j. ) & reduit en fìx jours
les Algeriens ,quetout le Regne
de f Empereur ChaHes-Quint avecfa
fortune n eut pas feule~
ment le pouvoir d'intimider.
N a.t il pas contraint les Corfaires
de Tripoli , de Maroc y
de Tunis , de Salé , avec ceux
de Majorque .{ 1681. ) aprés le
avoirfournis , de refpeûer nos
Vaisseaux , fg) de rendre tous nos
Esclaves ? Conjïdere^ce que cest
que de joindre les deux Mers e»
í GALANT. 45
Languedoc par un Canal long
de 64. lieues , commencé le 16*.
Avril 166-7. (ë>r acheve dans le
y me/me mois de l année 1681. Tau
re confiruire l Acqucduc de
Maintenon pour la conduite des
Eaux de la Riviere d'Eure ,
( 1685. ) d°nt ïédifice Jurpajfe
tout Ce que les Romains ont en~
trepris de semblable. Cefi la
puiíïànce du Roy qui Va fait
triompherfur Mer des Anglçis
en 1666. des Hollandois le sep*
tiéme Juin 167.2,. & encore
deux fois de la me/me Na»
tion en 1673. ft) a Stromboli ,
*n Sicile , { Janvier 1676. ) des
4* MERCURE
Ejpagnols , fg) des Hollandais
devant Augufia le n. Avril
suivant , ou le fameux Ruiter
qui commandoit fut blessé à,
mort , le deuxième Juin de Id
mcjme Année devant Palerme ,
ou l on remporta la plus glorieu
se Victoire de Mer qui se fòit
veuè depuis la Bataille de Le
sante ì les Plotés d. Espagne @p
de Hollande ayant efié défaites 3
& ensuite brûlées clans le Port ,
dont le miserable. rejle fut vain
cu le 3. Mars 1677. a Tabago
dans l Amerique. Dom LOUIS
XI V. est le plus Puissant de
'tous les. Monarques de la
Terre.
-GALANT. 47.
.'.y vil
La terreur des Lyons , ccfl
cette vigikfvre qui fait <voir
le Roy , le premier à la tefie da
ses Aimées > moissonner des Pal
mes fg) des Lauriers avant que
le Printemps nous donne des
fleurs. G efi encore cette applica
tion exacte fç) reguliere a gou
verner par luy-mefme , q) À
tenir tous les jours ses Conseils.
Lefoin qùilprend de connoifire
Jès Officiers , de Jefaire rendre
compte de tout , (gf de prévoir
dans le détail a mille choses qui
rendent ïexecution de desordres
plusfacile ft) plusprompte. N'a
48 MERCORjE
vons-nous pas veu baflir une- *
Gídere en dix heures f ( 1679. )
N efi.ce pas par les fins de Sa
Majestéau ily a tant de Gardes. .
fç) d illuminations , pour lafu
reté de Paris ? On lu.y doitauffí
r établijfcment des Compagnies
des Indes Orientales (d?. Occidentales
, (efr de plusieurs belles
Manufactures ) une Compagnie
de Guinée1 ( 1685. ) avec beau
coup d autres avantages procures
à ce Royaume , poury faire fle»\
rir le Commerce avec succes La,
Navigation efiparvenue à une
telle perfection cheries François>
paria, vigilance de LOVÎS LR
GRAND»
GALANT. 49
CRAND y que les autres Na
tions rapprennent de nous. Tou
tes nos Provinces ont acquis la
/curetépar la bonté des Torts de
Merspur les armeniens des F'lo
tes , par lafortification des Villes
frontieres parla construction
'de Saar-Louis , d Huningue , g)
de Mon.Louis , fins parler de
tant de fortes Citadelles baflies
par les Ordres de LOUIS X IV.
ìe plus Vigilant de tous les
Monarques de la Terre.
VIJL
L0V1S prend quelque fois
le foudre en main y pour punir
les ingrats, pour maintenir les
Janvier 1687. E
T° MFRCURE
drain de fa Couronne , fg)pour
rvur.ger la foy publique , (d?- le
droit des gens violes ( 1674. )
dans lAjJemblée de Cologne. Si
la Garde Corse a la temerité
d'attaquer un Minifite Public,
le Ry fîsait en tirer la/àtisfa~
Síijn deu'è afa dignité ^obtenant
tout ce qu'il pouroit pretendre .,
par le traité de Vise conclu le íiì
Mars 1664. avantage ont
remporté les Espagnols en reffini
U pìts a noftrç JmbajC
fadeur a Londres ( 1661. ) fnon
d'avoir efié oblige\depuis a déc
'arerpubliquùmnt qu'ils cedent
par tout la préfëAme aux Bran
GALANT, v
cjmviïe íeurK^pïrkiénfpBsf Á
qttoy bon troubles leï Wibitdns
<£ Andxye \ ^) donner fant ; de
ra^fiùtâ.rfitgàtàiïsû T.rdacé
potier é%ká" de coùctúre ïaffàre
êe £ÌPnduttê fc'efioitpour fiire
ítòarSfc tohte ^Eiïïope ; t^itè U
éRWWb si/fisst p wmdntekir
jfòn titre de Duc de Rmr~
g.gnâ": t tûìó.ï) pour remettre
Jtsv:S*jeù en pòjpjfià ÏÏe UVcf,
chf{\tô$ pourfdre trembler
tmte . tífpÁgne en tenant une
grmde Vhttè bloquéè devant
ôadix ( Í68&.v ) Le Turc a <veu les
Eij
y. MERCURE
Corsaires de Tripofy poursuivis
fç) battusjusque dans le Port de
Chío \ 168 1. ) @r nostre Vlotte
^ victorieuse menaçant les Dar da
nelles , porter lépouvante jus
que dans le coeur de fin Em
pire. Ces preuves de la fermeté
du Roy , (gf. la vigueur de fin.
Ministre en 1677. 1680.(^-1681*
ont obligé le Sultan d'accorder le
Sopha à noftre Ambassadeur , ft)
d'autres Privileges pour la Re
ligion Catholique , ce qui fait
voir qu'il estime davantage
LOVJS LE GRAND que tous
les autres Monarques ensemble.
Jtfvs Allier ont aujst goûté les
GALANT. <î
fruits defa ferme ré , lors qu'il
leur a fit. rendre (1679. ) les
Villes (§>?> les Provinces qu'ils
avoient perdues pendant la,
Guerre ; toute f Europe vient
de recònnoiftre par la réunion de
-' plus de xoo. Villes famées ,.
800. grés Bourgs ffi 3000.
Villages ujurpe^jur la France
pendant les 'Revolutions de ce
Royaume , que LOUIS XIV.
est le plus ferme de tous les
Monarques à maintenir les
droits de sa Couronne.
Rien ne peut resister à la
íbree d'un Roy Invincible „
Eiij,
qui s'efi fut, luy, me/me une
routeJm le Rhin , mal.?iéjò%
extrême largeur *Jk rapidite Cs*
f profondeur ; metuint en der
r.ute une Armée qui <voulokJuy
,eu disputer le píjf^ge. * Tohyii ,
& qui fut contrainte de le luy
ahj^donn£î{ Le it. Juin. i6,7*.f
incomparable Mcfos a fins
&ej- beMwjèwnt plus de
Guerres , gagnéplus de 6p. B%-
t^ïlks ou Combats s bordéde$f
Cûnquefies le&hin ,le Viyahai'i
la Moselle , U Meuse \ íljfel i
la Lys , lFfiut , &f pris plus
4e 6oo. Villes par Sieges ^ TfaL
t&L o ou pifoteçftm. Aprés m fi
GALANT.' vf,
grand nombre de Con^uefiês ,
que d/tes^vms de & force' des
Places , les çriyczjvms imprena
bles f Je <vous oppojèray aujfìtjfl
Dunquerque s le Fort de
Schein, M.ifircic, Valenàennesy
Cambray, Suint Orner , Tpres ,
Puioerda., Strasbourg , Luxem
bourg , & tant, dautres que
vous voyez^parmy les Conquefies
d un Roy toujours le plus fort.
Voulczc^vous au contrairefiûtenir
quïl rìy a. point de Villes
qu'on ne puijfe prendre ? Sans
doute vous ave^mblié que nos
Ennemis ont levé le Siege de
vant Voêrden , & devant Char—
E ÌÌÌj'
*s MERCURE
leroy , ( 1672.. ) devant Oudenxrde
qu'ils affiegeoient avec>
trois Armées , ( Septembre
1674. J devant Haguenau
Saverne ( 1675. ) devant Augufla
en Scicilc [ Janvier ] de
vant Mzftreic le vj. Aoujl 1676.
& devant Chxrlcny le 14. Aouft
1677. Accordons-nous , ffi dïfms
qu'il n'y a point de Villes
imprenables fi Louis les attaque,
& qu'elles ne peuvent efirefor
cées lorsqu'il les dcffend. Vous
Jçave^ auffi que nofire Vlotte
Vichrieufe a toujours battu cel
les de nos Ennemis ; m iis e:iffìe%r
vuus cru , fi toute U terre ne
GALANT, r?
meus en affeuroit que le braie
d'Erlingue avec fin seul Vais
seau \ euft osé livrer le Combat
à 37. Galeres tant Espagnole?
que Genoises [ 1684. ] qu'a
pres les avoir battues , $~ leur
avoir tué zooo hsmmes 3 // cufi
pu heureusement fi retiret danr
son Port. Donc LOUIS XIV.
est: le plus fort de tous les Mo
narques de. la Terre..
X. •
Dans ler Panegyriques des
LOVIS LE GRAND , je pje*
fire toujours la vetité toute/im
pie , a la figure aux Allegotics.
le Juif donc, entierement
$ MF.RCURïï
perju.idé qUilJuffit icy d'ejì.iblir
sa ?\oirc Jurjes propres actions
(d/-sûr des sits connus de toute
l Europe. Jgui osera nier que
f Empereur n ait eu befitn du
secours de France , [ 1664. ]
poursuivcrh Hongrie & toute
s Allemagne qui allait devenir U
proye des Ottamms ì Le Grand
Duc de Mswie a recherché
í Alliance du Roy par ses Am.
b.jfideurs [ i66g & 1*81, }fEm*
percur des Turcs [ 1669. ] un Roy
de Guinée [ 1670. ] t§jr le Roy
de Si^msiit voir par des Presens
magnifiques , @r par trois
Ambajjudes qùi[ envoye du miGALANT
S9
lieu de l Asie, [ i6Sì. ] OMre
1684. &.\en Aoufi 1686. quelle,
efiìme il fut de LOUIS LE
ÇK AND . Ce Prince qui nefi
fin da jcctte cflïme que pour le
bien de la Religion y ria. t-ilpas
feu nn Souverain à fis genoux ?
[ifSf. ] (&y lun defis Gene
reux donner un Pzjjcpon le 2.4.
Septembre 1677. à l Aimée En
nemie beaucoupplus nofnbreufi
qW U nafire , pourfirtir d'un
lieu, oà'eUe benoit de fifiuver, .
nprés avo'.T efié b&ttuë ? Le
grffld Gufîoe<ze qui appeUoit il
y.tì 56 Ans les Autres Monarquesy
des Roitelets en' comparaism dfk
6o MERCURE .
Roy de France 3 s'il vivait au~
sourd huy , ne diroit ilpas avec
nous que la Gloire de LOUIS
XIV. ne peut avoir de bornes*
& que c'eír. avec justice qu'iî
est le plus estimé de tous les
Monarques de la Terre ?
XI.
Joiiiíïèz de son repos, Frìnces
inutilement jaloux d'une
grandeur à laquelle vous' «?
parviendre^jamaìs. L'on a re
fusé les Secours qu il offroit fi
genereusement ; mais fans luy on
n'a pu aller à. la Victoire , puis,
qu'il cflint le Maifire du chemin
qui vonsy acmdmts. Les droits.
' ".GALANT, rît
que ce Prince avoitjur le PaUtinat,
oni.ils esté capables de le
tenter ? Point du tout. Jl a cher,
ché les tvoycs de douceur , ^) fi
dele dans la parole qu'il avoit
donnée de ne point agir, il a
cedé fis propres avantages pour
ne pas interrompre le cours des
zostres. Jgui peut dire qu'il fa
jamais veu en colere ? Ennemy
des loila nges fg) de la flatterie ,
toujours affííble , toujours pa
tient , & le plus moderé de
tous les Monarques.
XII.
La gloire des Autels, c est la
Pieté dont LOVIS LE
MERCURE
€ R A N D, a donné, (èfy* dón±
m feus les jours de fi grandi
exemples. S efi-ilfirwy defèsú.i
wantages k>rs> quïl a <veu l!Allei
vtagne embarajfci t$mébàìùm
pás. a ft moderation een.x que
'vous avez remportez: en Hon
grie* Cefile Beffwfîtfhde^^E*
glija , le VviMfàjcr des. yEv<fl
qu.es , & le Defiruffeurde l'He*
refie. Il a fmi nf de grande?
fimmes. aux Venitiens. (1658. )
pour sûre la Çttdrre. .qu'ils'
efloient obligez defmtenir. H à
proscrit les Blasphèmes & les
Inipietcz^parfis Déclarations &
Edks de 1665. 1667* q) t6?y}
GALANT. 61
V Eglise cl recoww éfa premiere
tranquilîté fr les Jèntimens &
Jur les points delicats de la Re
ligion , par les Joins de ce Mo
narque qui a envoyé dessecours
considerables de Troupes en Can*
die contre les Turcs. [ 166S.
166y. ] ft) employeses forces de.
Mer contre.eux [1670. ] Il a
tefiab fy lexercice denofire Relu
gbn dans les Villes Herretiques
d'Osfy, de Rhimberg, de B u -
fi h ,dVtrech., (g^c. [ 1671.
de Geneve en 16S0. fê) de Stras
bourg en 1681. Ce Prince trespieux
a rtmis en p'ojfcjfion de la,
Garde du S. Sepulcre les Relï*
H MERCURE
gieux de S. François t677, $
leur continuéfa proteêiion Roya
le ses liberalits^ dans toute
la, Terre Sainte. Il a émt au
Roy de Ferse enfaveur des Ca
tholiques , (dr en a obtenu tout
ce qu 'il a demandépour nos Mf
fionnaircs^ Les grandes Con
versons quil a procurées dans
le Royaume de Siam , g) dans la
Chine depuis plusieurs années >
ï Edit de 1681. qui deffènd a ses
Sujets de quitternoftre Religions
g) cet autre de 1683. qui oblige
les Idolatres qui renoncent a
leurs erreurs , d'embrajfer la
Communion Romaine ; En un
[
mot ce qu 'il a ordonné ( ifâçy
pmr le, rejUblijfement des Eglifis
g) des Fresbiïeres y @J ce'
\ Mmdcment pourfaire observer
la, modestie cUns les Eglises ,i
14S6* tout cela ne montre t il
pas la vcritableYxçxè de LOVIS
JLE GRAND .<? Ajouflons , quaprj
la Conversion volontaire ft)
libre de plus de fíx cens mille A~
mes reunies à l Eglise Catholique'
depuis plusieurs années , que le
zgle , les Joins charitablesfs gj.
les belles Ordonnances du Roy
les sollicitent à se convertira it
a revoqué L'Edit de Nantes ,
jait abbatre tous les Temples des>
Janvier 168 j. K
(S MERCURE
tìuguenots.., g) ab&ty s Heresie1
áxns fin Royaume , W me attûée
, ce quejer PredeecjsetìTsna-
^oknt pas fait pendant plus
d un fiede : hissant a lapoflcrite.
un bel exemple dont le Duc de
&&wye u le premier Jùivy les
traces. Ces grands services ren
dus à lEglîJi ijans parler de
ceuxqxtin atteted, prouvent que
LOUIS XIV. est le plus
Pieux de tous les Monar
ques. • l"4 1 '' " \';
C'est pour 4'es grandes Vetttts
du Roy , que "Dieu l a. comblé
d'un jufte Bonheur , en hy .
.l . i rjr. A\\
galant: ef
donnant une nombreuse Pò/fe-
" rite. Heureux dans ï Alliance
qu'il a faite arvec une Keyne parfaite
& remplie des graces du
Ciel : heureux dans un Fils incomparabie,
&dansjfon Augufie
Epwíjc : heureux enfin dans un
Frere félon Jon coeur , & dans
tmdxfíFAmilk 'Rijyalequil <voit"
entierement devoiiee ajonservi- .
ce. Ses Mìnifirts font vigilans, ,
ecíaire^ &fidelles ;Jòn Rojaume '
flwiffìnt Jh Armes' invin
cibles, il eft cbery de fort Peuple, :
estimé de. toute la Terre , & par
tout Vííforieux, Ainfì lors que '
*vsHt ditçs €pue les Defltns jòntr
68 MERCURE .
pour luyjans contrainte , que
cefiparce qu'il a enchaîné laVortune
qu'il efi le plus Grand des
Rois , reconnoijfez. en mefme
temps que cefiparfa propre ver
tu qu'il efi leplus Grand de tous .
les hommes. Voila lafeule raison
pour laquelle Louis XIV. est
ie plus Heureux de cous les
Monarques de la Terre.
ll ne peut s'arrester dans la
belle route des Heros ; ce Prince
Magnanime , nmrry dans le
sein de la Victoire. Ses Ennemis
me/me avoâent qu'il ne fe con
tente pas de marcher le premier
GALANT <9
k la tefle de ses Armées , mais
qu'il les mene en personne au
Combat & a la VÏBoire , d'oà
vient qu'il efi plusbefiin de le
reunir que de l exciter. Sa Vail
lance ne nous fit-eUe pas une
frayeur fans pareille , lors quaprés
s'estre exposé à mille dan
gers , & a des fatigues inconce
vables au Siege de Dunquerque
[ 1658. ] il demeura luy seul in
trepide pendant une dangereuse
maladie qui defcfyeroit toutjòn
Royaume ? Pouvez.- vous Jans
admiration & fans larmes pen
ser avec quelle grandeur dame
LOVJS a souffert fa blejfure
7o MERCURE
dux. Septembre 1683. & une
Operation accompagnee de dou~
leurs aiguës ? [18. Nov. 1686. ]
Suive^ ce Vainqueur en Vranchc-
Comté qu'il prit luy.mcfme
en dix jours au milieu de iHy.
ver: & en Lorraine qu 'il fou
rnit en peu de jours, îl a conquis
en petfinnc fiixante-ánq
Villes en deux mois , fortifiées
dans l&endué d on%e Provinces;
M ifirich , que l<m efitmoit im
prenable , en tre ize jours z & les.
années /ùivantes, Valevúenmsy
Gand , & Tpres. Assiegeant U
Ville de Bouchaïn ìm 1676. les
Armées des Confederres tenteGALANT.
71
sent le secours de cette Place.
Le Roy aÛa au devant , leur
prtfenta la Bataille qu'ils evif
terent par U fuite. Voulc^wous
d autres Victoires rempotréesfar
Terre par L OV I S LE
• G RA N D , .<" Je <vom rapporte
les principales. Ce font les Ba
tailles ou Combats des Dunes le
14. fuin 1658. de S. Godart au
p&Jfage du Raxb en Hongrie le
premier Aoufl 1664. En 1674. de
Zein?ein , de Molsheim , de Se*
n ef contre trois Armées , d'Emf
heim , dans laquelle vingt mille
François défirent trois Arméet
defiixante &fex miUe hommes>
7& MERCURE
commande^ 9 par vingt Princes
Souverains , ou de Maison Soumeraine-,
de Mulhaufein ën 167^.
de Turshcin , apres laquelle les
Csnfedere^ furenf chajfcz^ , &
contraints de repasser le Rhin..
En 1677. lonziéme Avril .celle
de Cajfel, remportée par Son Al
tesse Royale ^ quï defit les Espa
gnols (dp les HoUàndois , mmmande^
pçr le Prince d'"Orange,.
prit enfmte*Sa}rit Orner. Lés
Batailles d'Mpoûille en Catalo
gne , de la SeiÛe, & dAufembourg.
Le Combat du Pont- a-
Mmjfon^ de Koquerberg^outre
vingt-cinq mille hommes perdus
par
GALANT, .71
par les Allemans dans le Cam
pement de Mouron. En 167g.
les Combats de Rheinsfeld le 8.
Juillet , & de Saint Denis le 14.
Aòufi. En 1684. le 16. May le
Combat de Pont . Major , au
pajfige dei la Riviere de Tur. Re.
iconnoijfeç^ donc que U Vaillan
ce duRoy ta rendu leplus grand
Conquerants qu'un concours fi
heureux de tant de Vertus Mo
rales & Politiques \ prouvent
invinciblement que L ou is XI V.
£st çeluy que vous devez esti
mer le plus Grand de tous les
Monarques de la Terre.
Dans le grand Quadre aux
Janvier 1687. G
74 MtkteOKl
deux coffe2 des Theses ©a
Conclusions historiques &
politiques ,sont marquees les
principales ; Conqu'istòs du
Roy selon Tordre dèsanne'eS}
afin qu'on puíílê1 les> tròuvéV
tout d'un corjp,^d%ríè feuX
le veuë , 4en lisant ' tes autres
Actions de ce Prince Cha
que coríjdueste k *fir titèfrífue
pour en> c1>n'si$ïfteM£
tion selón la "Geographie,,
cela se trouve eitpîîqué dans
un Cartouche poï^itfus 'le
Quadre. *^\^r^h
.. .GÀLAKÎV 7s
Pour cottuoifire la situation
des Cottquefies. ,
A AtVòîè^' Cornu, eles JPtys '-ba*
Catholiques. : v; v^,«»'.> '
.'.'Akace ; : ':£attáptèvi4Ì^ iÀBemagne.
. . ' '."'O '
B Brabant1; Dùchí «M&$sÌ>at
Catholiques.
C GleVes'; ^u^ìenlÂneriapie.
f Cologne „ EleBorar^ .en Àlle~
Magne. ' . -* 1
F Flandres, Comté desPJy:-ha.t
G Gueldres , 2>«^ , deiProvïh-
. ces-y^ìes.. , ij^.n-'. ! ? .
IjF HàìnVùt, & ktyi ú*
3J" Cathotîquês. 4t"
G ij
j4 MERCURE
h Hollande , Comté , des Provin
ces-Unies.
L Liège* Principaute , £Attenta-
,gne. ^ x- .> "WïjK
\ Luxembourg, Duché, des Paysbas
Catholiques.
N Namur, Comté , des Pays-bd*
Catholìquts. .'. ...'>' •
O Owerissel , Seigneurie, des Pro
vinces. Unies.
P Palatinat , Eleïlorat , en AUemairie.
:' .£, : J
V Utrecht , Seigneurie des Pro
vinces-Unies. . ; ... ,4. ../'.f
Z Zutphen , Comté , des Provin
ces.Unies, i •.;
Ces seize Provinces ont esté
le Theatre le plus ordinaire
des Conquestes de Louis lk
Grand, quov qu'il cn ait
GALANT. 77
fait beaucoup dans plusieurs
aurres Provinces , qui font
marquées à la fin de chacune
de ces Villes. Ainsi Ton trou
vera peut. estreaíïèr d'utilité
dayotrenïì peu d'espace les
principales Conquestes, lan,
née quelles ont esté faires,
& le Païs pu elles font situées.
Trinàpdes Conquestes du Roy*
Dunkerque. F
Gravelines» ;'" F
Oudenarde. F
Menitì. F
Ypres. F
Comm.ines. F
Grammoat. F
Giìj
78 MERCURE
Dixmude. F
M or tare v Duché de Mitau , en
Jtaïiey \"
1663.
Marûl , en Lorraine.
"... : ."s t&7> . \
L.a Bassée. F
Conde. H
Charle.Roy. . iH
Bergues. > ' ' ' B
T.Huruy. .'. .?. .. V F
AcH, . H
Doiiay. ...I.'...' 'I'- í?
.F urnes. '.. . W
Çourtray. ^ ' |?
Oudenarde- p
Lisle. .fr
.^.lost, deux fois. .• m. . F
Árrnentieres. > ,. , ' Jf
GALANT. 19
.y léóS.'
ècíànçon. . .. . ,~ sf.v . K S
Salins.' • . »
Dole. ' I»
Grais. u O
Chasteau de JoujíVj...:. ^ |
Fort Sainte Anne. >-
£t toute la Franche-Comté. . .
Pont-à.Mousson. ,„ ,y., . \\
Çpinal, Nancy , & toute la Zar*
, rainer
fpngres. . j,,7/L
Weifet. . X
ltfascik. Mjv.'vk
Sjtuar.. . ^ 3. I*
Fsluquemont,,D«^.^ Zifpktìur£.
flLhimberg. v t
jfurìck* .r....;. Ç
G iiij
8o MERCURE
Weícl. • } C
Rées , & son Fort. >:!; C
Fort de Lippe , enVvestfhalie.
Emmeuk. ;:.v ì,- G
Locken, '1 Z
Bvoí kelo. Vvtfifhalìe; >
Grool. * ,: ' Z
Doëtkum, >ír Z
VHrz. ' Z
Brtwoort. ' ' ^.^ 2^
H. sselt. c V . • O
Ommetij .. ''.'• O
Kemperi. O
Zwol. ?- >.••v^:/.|"0;.
Deventer. ' r-:
Zûtphen. H : > . . ' Z
Óoësbourg. ». ' > Z
Fort deSkeink. . ''".rí"'.»>: f
Utreicht. •
Mu'íden. .;:>.''-í\, fc:
Naërden. ••' ' h
GALANT. 8t
E&ourg. . G
Harderwick. >ì . G
Hattettî'ï *ì>♦ ï ..• .. t '>'»*.. ' . G
Amersford. A
V^oërden. h
Oudewarer. %, \v. . ' h
Arnheim. G
Vianem. ~>«t : Ja
W"agcninghen. G
Rhenéen. j:> V
Duëstede. V
'Wic... Duché de Zimècurg.
Knotzeiobourg., *. F
Les Forts de Saint André & de
W'orms. i G
Isles de Bomel & du Betwe, G
Creveeoeur. " : B
Nimegue. ' G
Grave. st
Genep. .<..'.. C
Bodengrave* .> ' 'h']
82 MERCURE
1673.
Mastreick. : '
Tout le Comte de la Marek. ' ? . '
Salins. Sf
Principauté de Lure. »*.
Chafte'au Sainte Anne.
Fauconnié , & toute la Franche-
Comte'. • •'' fj.í
<îermeinsheim. .? P
Duren. ^ Ì..t ; '>> >• 'P
Heiníberg. .'»»'•»• *v p
jpinnick. .'Jwt...i:;:^p
Citadelle de Lieo.e .n...O
.-l^: O » *
Trêves , A'Jemayie.
1674. .
TJinan.
Huy, L
GALANT. 8?
Limbourg y Duché.
F^rt de Monivic Cataleyte.
Augusta , en Sicile.
167$,
Fort de Link. F
Condé. .' H
Bouchain. H
Aire. A
Builloru £•
Tôrmiuna. j >
S.aletta. a?
La Croix. .... £s
Savoca.
Ficumedcntsi.
Fort &Iflc de k Caïenne , dans
tAmerique.
Valenciennes. H
Cambray , &; .& Citadelle. H
Saint-Omer. A
Fribourg.. :.. . .i
8+ MERCURE
ChasteaudeBoslu. s']\ .x > H
Saint Guillain. H
Sarbruk. Lorraine, ...r;
Forts de Tabago & d'Orange.
Amerique. . - \%,;\\
1678.
Fort Rouge.
2s.ores, .v,..)..,.: F
l'uycerda. Catalogne.
... > «
Fort de Kiell. , a
Kampen.
Landav, & le Chasteau de Lichtemberg^
»^//^
apte.
Aix-la Chapelle , & tout le Du.
ché dejuliers excepte la Ca
pitale. i,»C:L Vïlì :.
Nuis. .. ., , .." ^
GALANT 8c
1680.
Chademont. fss
Hombourg , Frontiere du Palàtinat.
;
Virton. JBaillages du
Chin y. Luxembourg,
Enchimont. L
Strasbourg. a
E/CazaI , Italie , en me[me jour. :
1683.
Courtray, p
Dixmude.. ' \ . • ; p
1/84.
Luxembourg. L
Cap-de-Quiers , en Catahqnt. .
réunions.
Fumay. j_j
Le Comté de Rochefort.
Le Marquisat d'Arloh. :' >
Herbemonk ,.,'.'
Urbu.
fc< ME&CfJRE
Orchimont.
Revin.
fiastoine. , > r
La Roche. rs '".lV *
HofFalize, ' ' r
Saint Hubert,
Marche-en Famines : >
Ì.c Neufchateaiu •',' .,,v.
Echternach.
L i Principauté de Sálm,êcci. dam
le Luxembourg. 1
Et les Comtez de Morîçbe'íará^
&íde Sponheim, en A ema<gn&.
LesColomnes,Jçs Pilastres,
& les Feítóns font ie^idrtïs de
cinquante.'huit revérs de Medailles,
qui font autant d'Ins
criptions qui rna&qttent seloû.
Tordre des années y les prihl.
GALANT. 87
cipales Actions du Roy, qui
n'ont pas esté compriiès en
particulier dans les Thèses.
On va les rapporter íuívanc
qu'elles font disposées.
I i! . . J . . ,.l 1 . . . ì
..t.4.; Çharrìhre de Justice, pour
rétablis l'oirdrQ daìis les Finan
ces, 1658. .•..:,/.'. í { ,
ì. Edit contre.Ies Duels , Kjj?.
3 . Les Rois de France & u'ÉC
pagnes voyemt ] & fígntnr la
Paix le 7. Novembre 1659.
4. AccruiíìtiondeDurikerque,
ì'66l. . .Jt*. />'[ ri: 'i . .. , ií í '.
. . 5. Le Roy d'Espagne cede la
préséance â 4a France , & le dé
clare le 14.. Mars 1661. ; r-'
Alliinjce/renouyellée avec
les Suisses j 1663. >; .
88 MERCURE
7. Protection accordée au
Comté de Venaiflìn , 8c à Avi
gnon ,1663.
8. Etablìílement da CommerJ
ce aux Indes , 1664.
9. Piramide élevée á Rome,
Íîour faire satisfaction au Roy de
Iníûltede la Garde Corfe,i<?64.
10. Satisfaction faite au Roy
par le Legat , 1664.
n. Victoire far les Corfaúes
d'Alger, St deTunis, , '
ïì. Grands Jours en Auvergne
pour la Justice, t66$. .
13 .Protection donnée aux Hollandois
contre l'Evefque deMunr
ster &: contre 1 Angleterre, 1666.
; 14. Paix entre la France & Jes
Algeriens, 1666.
„ 15. Paix de 3reda avec les Anglois>
i667. >.r^v.,.:.
16. Les Procedures detruites.
'par le Code » 1667.
17. Paix d'Aix-la- Chapelle ,
166$
iff. Secours de Candie „ r66&.
1669.
19. Le Roy visite ses Conqueftes
, ^70. & 1683.
zo. Le Roy fait fortifier & vi
sité ícs Conquestes , 167s,
11. Les Hollandois forcez ai»
Poste A'AmtidéttyVÍJxi. '
xi. Secours jetté dans Meflîhe
aprés 'la déraite des Ennemis ,
Février 1675V'"
~ 13 . Desunion de s Considerez „
1^78..
24. Les dix Villes imperiales;
d' Alsace prestent ferment de fi»
delité au Roy, 1679, .
. zf. Protection Sc secours don-
Janvier 1687. H
90 MERCURE
nez par Sa Majesté aux Rois de
Portugal,.i668. & de Suede 1679.
16. Les Corsaires de Tripoli
featcus ,.puis défaits jusque dans
le Porc de Cíik>: ce qui allanne le
Turc, Juillet 1681.
27. Les Villes dq Strasbourg ,
& de Gazai soumises au Roy, le
30, Septembre 1,681.
' r8. Paix de Maroc , & de Salé,
Decembre 1 681.
29. Alger foudroyé , Juin 1683.
„ 30. ìì.Decembre Luxembourg
foudio^i, 1683.
: 31. Les Vaisseaux d'Alger b rir
iez à Sarcelles i68ì. &: ces Cor
saires battus plusieurs fois 1683,
, r Genes foudroyée, May 1684.
33 . La Vifle de Trêves déman
telee 6c punie , en Juin 1684*
34. Un de^ ûos vaisseaux Mar
ì ... ^<Ì:PlLM€Tì &
l .cèaods repris au milieu de treoie-
trois, autres , 1684.
35. Protection donnée à l'Evefque
de Lîege contre íés SujjSt4s»
l jtebfeljes,i^..;. ./' y\J
. 36, T rive de ,vipgj ans accor-.
dée. à 1 Éuto,pe par le Roy, r 68 4».
. r. #8. .TîripQ)!! foudroye v .en Jaít»
*' ' p. ^Amrjassá^eû/dé Fránce"
-e&ftent le Sopha à An^rinople
p "áeî^'r^ction de i'Hétesie par tour
ic Royaume , 168'5.
?'-.4^ JLe^avf doàne jdfifîsecowiîs.
sw&ugí.de^ayojfc^r }'>£>o.&~
92 MERCURE
tiort del'Heresie dans sesEstats^
6c afin de reduire les Protestans
rebelles des Vallées , 1686.
Les deux precedentes In£. ^
criptions ont esté pôiëes íùr
lc Piedestal de chaqu c Co
lonne , pour montrer que U
Base & le fondement des
Actions de LOUIS LE
G RAND » cest ta Reli
gion. Les Festons n'estant a~
joûtez que pour TornemenÊ,
l'on a crû qu'ils fefoient trespropres
à porter lés' Médaif- \
les qui contiennent les NaiC
sances , les. Mariages , & les
autres eVenèmens de cette
t ' > .
>
GALANT. <x
forte , qui sont afïèz souvenu
representez par Les Fleurs.
Cette précaution ne déplaira
ï pas aux personnes exactes ,
.qui auroient peut.eftre trou,
vé à redire qu'on eu st meílé
ces faits avec les autres..L'on
n'.a pas eu de peine à se re
soudre à eette separation. Il y '
a tant de belles choses à dire
du Roy , que nous ne /òmmes
pas reduits à la necessite'
d'établir les louanges de ce
grand Monarque fur des efl
rets étrangers. Ainsi Ion a
piis sa Naissance t son Maria
ge, les Enfans qu'il a eus,noa
£4 MERCURE
'pas pour en faire des~ siijets
d'Eloges , mais pour donner
plus; d'osnemeint À cet; Ou
vrage ,ôc a;5n de ne pa& pri
ver ies curieux de ces remar.-
.ques , quirait paru ,de con&-
,rjuencfi. . J \ìs:ìïûy\,i.ï
v> i r : . j '''; >.i ' r,. t
43. Naissancedu Roy, aonae.
. heures avant Midy le Dimanche
5. Septembre' 1638. '* ' .
44 . Le Roy déclare : Ma^Xir te
Jeudy 7.. Septembre tápJ ' i'.'ísí
^ 43., Sacre, du Roy; ;à;R4injï§ £e
"Dimanche 7. Juin .f4f4, j
46^ Mariage *dú Roy te 3. Juki
1660,
47. Naissance de Mouseigiíeur
GALANT. 9Y
k j4^. Naiííànce de Madame" Eli!
zabethde France yle Samedy.r8V
Novembre 1662.,
. 49. Naissance de Madame
Marie Anne de France , le Di
manche 16. Novembre 1664.
50. Naissance de Madame Marie-
Therefe de France , le Di
manche z. Janvier 1667.
51. Naissance de Monsieur Phi
lippes de Bourbon Duc d'An
jou ,1e Dimanche 5. Aoust 1668.
52. Naissance de Monsieur
Louis-François de Bourbon,Dut
d'Anjou ,1e Mardy 14. Juin 1672.
5J. Mariage de Monseigneur ,
le 28.|anvier 1680.
. 54. Naiííànce de Monseigneur
îeiDtrc de Bourgogne , lejeudy
S. Aouft i8f*. ».
íSíaiQàmae de iMxsrièigneu*
oá MERCURE
le Duc d'Anjou , le Dimanche
19. Décembre 1685.
56. Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry , le Sastiedy 31.
Aoust 1686.
$7. Mariage de Madame h
Princeíïê de Conty , le 16. Jan,
vier 1680.
58. Mariage de Madame la Du.,
chessí de Bourbon , le 14. Juil
let lé86v
Voilà un petit crayon du
plus beau Portrait qui fut ja
mais. Si lan trouve que quek
que chose y manque , Ton
fera reflexion que ce n'est icy
qu'un abregé r qui n'a pû
contenir tout ce que le Roy
a fait de grand depuis vingthuit
... GALANT. 97
huit ans. On auroit bien vou
lu marquer tant d'Illustres,
qui ont eu part aux actions
héroïques qui font aujourd'huy
l'admiration de toute
la Terre ; mais l'efpace d'une
These nous borne , il faut se
reserver pour un plus grand
Ouvrage que l'on médite , &
qui renfermera l'Histoire de
nos Braves aprés celle de leur
Auguste Souverain. Nous ne
craignons pas d*y marcher
fur 'lai mesme route que les
autres Auteurs. Celle que
nous suivrons fera nouvelle;
& c'est un bonheur de vivre*
fanyitr 1687*
98 MFRCURE
íous un Monarque, dont toui
tes les démarches sontautanc
<le miracles ; & qui occupe
tellement les Historiens, que <
quelque foin qu'ils aportent ,
ils laiíïèront encore beau
coup à dire pour ceux qui
ecriront aprés eux.
sein d'une These pour leRoy,
fait par un homme qui s'est
attaché avec tant d'exactitu
de à rechercher tout ce qui
regarde la Vie de ce Grand
Monarque, que je puis vous
aíïèurer qu'encore qu'on ait ^
tâché de l'imiter , & de le co
pier en beaucoup d'endroits,
dans des Ouvrages qu'on a
GALANT.. 9
presentez {ans avoir ose' les
rendre publics , il est l'original
de tout ce que nousavons
vû de cette nature. Le tra
vail de cet Ouvrage, ou tou
tes les dates font , est quelque
chose d'incomprehensiblej íì
je puis parler ainsi, & pour
le rendre correct, Y Auteur a
a eu besoin de toute l'applicatïon
d'un hommeauíïi zelc
qu'il lest pour le Roy. Tous
les Eloges de ce Monarque i
& rout ce qu'on a fait de son
Histoire, ne nous en sçauroient
faire si bien connoik
tre la grandeur que cet Ou
vrage , & c'est ce qui merite
une réflexion bien serieuse,
& qui jettera dans tâtonne
ment tous ceux qui voudront
la faire. Il ne s'agit que de
marquer ce qu'à fait le R.oyy
fans détail , fans raisonne
ment , & sans éloge .y & ce
pendant cette These peur
passer pour une chose prek
que impoíïîble > à cause du,
grand nombre d'Actions qu'
elle contrent.Tous les Siecle*
ne nous fòurniífënt rien de
semblable. Je purs , & je dois
le dire à la teste d'un Ouvra
ge qui n'est remply que de
GALANT, ii
Faits y. & l'on ne peut ea
voyant cela que se taire , &
demeurer dans 1 etonnement»
Je n'ay dit qu'un mot de ces
raits. là , & ce n'a mefme esté.
que d'une partie ,& j'en ay
parlé dans deux cens Volu
mes. Peut-on dire apres cela
qu'il soit aisé de faire L'HiÇ
toire du Roy , si l'on y veut
renfermer tout ce qu'il a fait
de grand ? Pour moy, je suis
persuadé qu'il faudroit un Sie
cle entier , si ion vouloit
mettre dans leur jour toutes
les actions de ee Monarque M
& que cette .Histoire pour
i2 MERCURE
roit remplir seule des Biblio
theques. Vous en ferez en
tierement convaincuè,quand
vous aurez lû l'Ouvrage sui
vant , qui sera d'une grande
utilité pour tous ceux qui
voudront travailler à cette
Histoire . & qui leur epar
gnera plusieurs annees de
recherches. Sou venez- vous ,
s'il vous plaiít , que l'Auteur
luppose ion dessein executes
& qu'il décrit la Thèse com
me si elle eítoit faite. >
DESSEIN DE L'OUVRAGE.
Les Actions immortelles
de Louis XIV. estant ad
V
GALANT, i?
mirees de touce la Terre , il
n'est pas possible de trouver
aujòurd'huy quelqu'un qui
n'en soit pas informé, & qui
puiíïè demander avec raison,
pourquoy nous appelions ce
Prince Louis le Grand ,
mais afin d'en instruire la
Posterité ,on luy dédie une
These qui pourra luy servir
de regie dans les sentimens
qu'elle doit avoir des vertus
héroïques de nostre incom
parable Monarque. Les prin
cipaux évenemens de son Re
gne depuis 1658. y sont mar
quez d'une maniere qui ne
«4 MERCURE
fera peut estre pas deíagreable.
Quoy qu'il y eust une
infinité de belles choses à di
re avant ce temps. là, on n'a
pas cru devoir remonter plus
haut , afin de ne se pas co
pier soy mesme dans d'autres
Ouvrages, où elles n'ont pas
esté oubliées ; mais plus que
tout cela , pour n'établir les
louanges de Louis le
<j r a n d que fur des actions
d'éclat , dans lesquelles il a
toujours eu la premiere part,
St afin de le suivre plus exa.
#ement depuis un âge où sa
teste / son coeur, son bras &
GALANT. y rç.
son esprit ont commencé d'a
gir de concert pour le bien
2e ses Etats. .L Histoire du
Roy est une matiere riche, &
un vaste champ ouvert à tous
ceux qui s'y voudront exer
cer! Heureux mille fois celuy
cpi le fera avec succès ! On
a cru devoir ne s'expliquer
qu'en François, soit dans les
Inscriptions , soit dans les
Conclusions historiques êc
politiques , parce qu'on a eu
four objet la satisfaction des
Perfonnes qui préferent cet
te Langue , que nos Victoi
res oat rendue si florissante
ì6 MERCURE
dans toutes les Patries du
Monde.
DES C RIPT ION
... . de la Thèse.
Le Portrait du Roy est
placé au milieu d'une Cou
ronne de laurier , relevée de
quatorze Médailles , le tout
posé fur une dépqiïille de
Lion.Quatre grands Octogo
nes avec de riches bordures
accompagnent le Portrait,
&font voir par quatre gran
des Inscriptions la gloire du
Roy dans les quatre Parties
du Monde. / ,
GALANT. 17
/. INSCRIPTION.
HEurope inutilement conjus
rce pour s opposer à la Course
wiclorieusi de LOV IS LE
GRAND, cede a U force de
fin bras , &fi njoit contrainte
£accepter là Paix , que ce Mo
narque luy accorde au milieu de
fis Victoire*.
IL INSCRIPTION.
LÌAfìc étonnée des ABions ad
mirables de la Grandeur dtp
fioy 3 recherche fin Alliance , &
députe trois fois des Ambassa
deurs du Royaume de Siam a*vec
de riches Prefins. '
Janvier 1687. B
18 MERCURE
IN SCRIPT 10m.
il Afrique humiliée par les
frequentes défaites des Corsai
res d'Alger , de Tunis , de Tri
poli, de Maroc & de Salé , que
LOUIS XIV. a punk jusque
dans leurs Portereffe* , <vient de
mander la Paix'au pied du Trô
ne de Sa Majefié.
IV. INSCRIPTION.
L Amerique owverte aux Ar
mes de LOVIS LE GRAND,
a eflé le Theatre des Victoires
qu'il a remportées Jùr Jes Bar
bares 3 & des Conqueftes qùil a
faites à S. Christophe, à Tabagoy
dans toutes leslsles Antilles.
' \
». t . '
. ' 4
19
Les quatorze Médailles
font autantde Vertus ou At
tributs du Roy , representez
par des Devises ou Emblè
mes, 8c expliquez dans l'Exerque
de chaque Médaille..
Comme les Armoiries four
nissent le corps le plus naturel
Sc le plus ordinaire des Devi
ses, on s'est fait icy une obli
gation d'en tirer quatre des'
Lys , qui composent les Ar
mes de nos Rois , quatre du;
Soleil, qui est le symbole du;
Roy , &une du Coq , qui re
presente la France.
zo MERCURE ...
/. M ED AILLE.
Le Soleil éclairant tout le
monde avec ces mots, Eclai
re sVnivers. Dans l'Exerque
pour Vertu , Sagesse.
II. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots, Que
jòn odeur efi douce ! Dans 13*
xerque, Clemence.
III. MEDAILLE.
Une Justice tenant la Ba
lance , avec ces mots , Sou
tien des Loix. Dans l'Exer
que , Justice.
IV. MED AILLE.
Un Laurier. Pour Ame ,
Chery de Minerve & de Marr.
21
Dans l'Exerque , Liberalité.
V. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots. Des
Mortels Vamour & le plaifìn
Dans l'Exerque , Èonté.
VI. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces mots ,
// commande aux Saijòns£)àn&
l'Exerque, Puissance. '
VII. MEDAILLE.
Un Coq qui a une patte
en l'air. avec ces mots , La
terreur des Lions. Dans l'Exer
que , Vigilance.
VIII. MEDAILLE,
Un double Foudre en l'air .
avec ces mots , La terreur des
22 MERCURE
Ingrats. Dans l'Exerque , fer*
metê.
IX. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces paroles,,
A qui rien ne peut refîfter.Da.ns>
l'Exerque, Force.
X. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots , Son
odeur va plus loin. Dans l'E
xerque, Gloire.
XI. MEDAILLE.
Un Foudre fur un Autel
avec ces paroles , Joûijfexde
fin repos. Dans l'Exerque,
Moderation.
, XII. MEDAILLEUne
Caíîolete fumante fur;
- GALANT. 2?
un Autel avec ces mots , La
gloire des Autels. Dans l'Exer*
que, Pieté.
XIII. MEDAILLE.
Un Lys , avec un grand
rejetton à droite ,. & trois au
tres petits à gauche, & pour
ame, NofireJiècondejpoir. Dans
l'Exerque , Bonheur.
XIV. MEDAILLE.
Un Soleil qui parcourt le
Zodiaque, avec ces mots , //
ne peut sarrefter. Dans l'Exer-.
que , Vaillance.
Dans le milieu de la bor
dure, au bas du Portrait, font
les Armes de Sa Majeste' en
H MERCURE
tourées des deux Colliers des
Ordres de Saint Michel & du
Saint Esprit, & ornées de Gui
dons, d'Etendards, & de Tro
phees , qui jettent des bran
ches d'Olive , pour marquer
la Clemence de ce Prince ,
qui a bien voulu donner la
Paix au milieu de ses Victoi
res. Il y a deux grandes Trom
pettes qui accompagnent la
Couronne , avec deux aifles
qui s'étendent de chaque costé
, pour porter les Armes
de Louis le Grand ju£
ques aux extrémitez du mon
de. Tous ces ornemens qui
fonc
.GALANT, n
font le haut de la These, sonc
soutenus dune table d'atten
te , ou parement irregulier
d'Architecture d'un ordre
Composite , avec la Corni
che, sa Frise, son Architra
ve , Colomnes , Pilastres ,
Chapiteaux , Piedestaux &c
Baies. Un grand Cartouche
posé sur le milieu de la Frise,
contient ces mots , A L A
POSTERITE'. Le grand
Quadre destiné pour les The.
ses , est échaneré par le bas ,
& pôle entre les Pilastres. U
contient quatorze Theses ou
Conclusions , qui répondent
Janvier 1687. C
26 MERCURE
par ordre aux quatorze Me
dailles , & qui prouvent cha
que Vertu ou Attribut du
Roy. C'est: par cette raison
qu'on s'est attaché à com
mencer la plufpart des Con
clusions par les paroles de la
Devise qu'elles, justifient.
Comme les Theses font le
principal fondement de tout
cet Ouvrage , on croit devoir
en expliquer la conduite su.
vec un peu plus de détail. Le
stileen est assez particulier,
mais cette Philosophie que
nous donnons n'estant pas
ordinaire, & ne faisant que
GALANT. 27
de haistre , elie s'est trouvée
capable de toutes les formes
cju/on a. voulu luy donner.
Certaines expressions de Poe
sie , & d'autres libertez qu'on
ne prendroit pas ailleurs, en
ont rendu les Propositions
courtes & ferrees en des
endroits , & plus étendues
en,* d'autres, Tout cela est
permis en cette occasion, ou
l'on doit dire beaucoup de
choses en peu de paroles. On
peut inesme. parler Ecolier, si
cette expression m'est permi
se , pourveu qu'on le faíïè
pour exprimer plus naturel-
Cij
28 MERCURE .;
lement les opinions que l'on
propose. Nous n'avons pû
nous dispenser d'employer
des chifres pour marquer les
jours & les années de plu
sieurs évenemens. Cela n'est
pas íàns exemple, puis que
nous voyons tanc de Theses
remplies de semblables chi
fres. Cependant on ne l'a fais
que lors que les Actions du
Roy ne íònt pas marquées
dans les autresMédailles donc
nous parlerons dans la fuites
Cette Chronologie a sonutúj
lité, & le Public ne sera peut,
eítre pas fâché de. la tçouyer
GALANT, zf
observée dans cet Ouvrage
avec assez de íòin. Les The-t
ses ont pour Titre \
HtftQrtques&Polittqucs.
.,' Q13ESTION* ;
Qui devez - vous estimer Ic
plus Gi."and de tous les
Monarques de la Terreî
1 CONCLVSION.
LOVIS XIV. donné de
^Dieu d une maniere mira*
culeajè, éclaire Y Univers par
les rayons éclatans de fa SageC
C iij
?o MERCURE
se. Cette Vertu parut en luy
beaucoup de temps avant Vâge
ordinaire. Peut-on dire qu'il ait
manqué une feule fois a prevoir
jusqu'aux moindre* évenemens
dans tout ce qu'il a entrepris f
Qùon montre un Monarque plus
exaBa remplir J&s obligations
mieux reglé dans fa conduite ,
& plus àjjìdu au gouvernement
defm Etat. Cet Augnfte Prince
également habile dans la 'Taix
& dans la Guerre, efi l ame de
Jon Cabinet. Ses secretsfmt im
penetrable*. Il donne autant
dorades o."n de réponses &
. fréfire dwertijjimens íes
GALANT.; ?t
plm innocens au travail quil
devore , pour ainfi dire , afin de
Jòuìagerjon Peuple. Considere^
ay ec quelle Sagesfè il commença,
par le reglement de ses Finan
ces. Ensuite ayant racheté Dunquerque
, il o/la aux Etrangers le
seul Port qui leur reftoit em
France, & aux Corsaires une
ancienne retraite. Compare^ nos
Troupes d aujourdhuy a<vec cel
le* de* Regnes précedens ;faites
reflexion fur le discernement
qu il a dans le choix de ceux qui
le fervent , fur la force & fur
t étendue de fòn Genie. Voye^i
Le hel ordre quil a étably dans>
G nij,
ji MERCURE
toutfin Royaume, & vommac*
cordere^facilement que Lo ii i s.
XIV. eít le plus Sage de tous
les Monarques de la Terre.
//.
G)umd le R jy paroifl armé,
cefipour obliger des Ennemis a
profiter de fi Clemence. Telle
fut la Bataille des Dunes qui fit
conclure la Paix des Pirenées.
Combien de f'is LOUIS a-t.il
épargn é kfxng des Vaincus ? Sa
Clemence empefiha le Sac de
Vtlencienncs , (1677. ) Sans elle
Alger Tunis , Tripoli , Genes ,
& tant £autres Places auroient
esté des bûchers de viçîimes deuë.s
GALANT
a la jufiice defis Armes. Amster
dam , la Haye , & le rcfie de la
Hollande defilée ( 1672.) & mefi
me tonte l Europe firoit encore
un Theatre de feu & desang, fi
ce Grand Prince nefi suft (vain
cu luy.mcfme , ôf s il nefi fuft
arrcfié au milieu de fis Victoi
res , enforçant les Ennemis d ac
cepter la Paix , & enfiúte une
Trêve de vingt ans , aprés en
avoir prescrit l&$ conditions >
qui ont rendu le repos a l Eglifii
& qui font avoûer que
Loiiis XIV. est le plus Paci
fique de cous les Monarques,
de k Terre..
34 MERCURE
///.
> // Joûtient les Loix par la
Justice de fis Ordonnames &
defis Edits. Lific^fin Code, qui i
fuit la reg'e de nos Juges. Ad
mire^ t®m les Arrefis que ce
Monarque a rendus, comme il a
puny les Due'difics , les Empoi
sonneurs ( 1676. ) & les Vfiirim
(168.0. ) Que dites-vous de
ce bel ordre étably pourl' AdmL
nifiration de U Justice } Mon^
trex^moy un Etat ou la Police
soit mieux reglée qùen France, j
Le Roy a-t-il jamais accordé ou
refusé aucune grace quilne fuft ,
Jujk d'accorder ou. de refuser ï
GALANT. #
Mais quand <vous <vous Jouvien^
drev^qùila jugé luy-mefme con
tre Jes propres interefis dans
. lajp ire du Vofé [ufto. ] dit&
^Loiiis XIV. est le plus
Juste de rousles Monarques,
de la Terre.
IV.
Poureflre chery de Miner
ve & de Mars , /'/ faut proteger
les beaux Arts, & récompenser
dignement les Vertus militaires*.
Nos Muses donneront des loiian*
ges éternelles à Sa Majefiépour
avoirflit baflir l Observatoire,
pris la protection de l Academie
Françoise [ 1672. ] institué celles
îá MERCURH
deSoijs.ns, d' Arles, de N(/mes,
de Villefranche^ d Amiens. Le
Journal des Sqavans, qui a com
mencé en 1660 efi deua lamour
que cette protection a injpirée
pour les belles connoijfmces j &
le Mercure G4.Ia.nt qui a com.,
mencé en 1677. efi un fruit de
la grandeur de ses AíTions , qui
en fournijfent la matiere. II a.
ctably l Academie Royale des
Arts & des Sciences > celles de
Peinture & de Sculpture , les
Ecoles de Droit Civil a Parti ,
[ 1679. ] & de Droit François
par tout le Royaume [ 168 1. ]
Combien d habiles Ouvriers en~
GALANT, v
tretenus pour des Ouvrages ra
res au Us ont portes a la dernie-
» re perfiction ! Faites reflexion
Jur le grand nombre de Scavans
qui Jont dans ce Royaume , &
Jur la politejfe que ion y remar
que depuis vingt ans. Admire,z.
la Magnificence de ce Prince
dans l EntréeJolcmnelle quilfit
a la Reyne fin Epousé le 2.6.
Aouft 1660. Confidences Cours,
les Rampars, les Arcs de Triom
phe , l Edifice du Pont Royal ,
les belles Fontaines , iélargisse
ment des Rues , le Quay de la
Riviere , &lesauprcs ornemens
ajoutez, à la Ville de Paris, ^ue
>
?8 MERCURE
penfczjvous des Bafiimens su
perbes de toutes les Maisons
Roydes , de ceux du Louvre &
de ceux de Ver/ailles , qui peut
paffer pour une huitième Merveille
du mondes Voye\ les belles
dépenses que LOUIS LE
CRAND a faites dans les Car
rousels de i«6i. 1685. & l686. h*
Di'vertijsemens de f Isle enchan
tée &de la Paix,avec les grands
Balets , les Machinessurprenan
tes . & les representations des
Opera , fins parier de la richejfe
de fis Meubles & de la ma
gnificence de fa Cour. Mais fur
tout , accorde^- mqy que cefi
GALANT. ?9
dans ce Royaume que les vrais
services de la Noblejfe font re~
connus par le rétablissement de
I Ordre de S. Lazare [1673.]/^
I Institution des Compagnies des
jeunes Gentilshommes [ i68z] £5?
par la fondation de la Maifin
Royale des Dames & DcmoifèL
les de Saint Cyr [ 1686. ] Les
vieux Soldats j ou ceux qui ont
efié cfiropie^ dans le service ,
/ont nourris &Joulage^le reste
de leur vie dans t Hoftel Royal
des Invalides , fondé le 14. lé
vrier 1671. Donc Loiiis XIV.
est le plus Magnifique & le.
plus Liberal de tous les Mo4o
MERCURE.
mrques de la Terre.
V.
LeRqyefl Y Amour & le Plai
sir defin Peuple , dont il efìle
Pere.. Sçavez^vous le grand
nombre de Places quil a bien
voulu rendre en consideration de
la Paix,&'avec combien de bontéila
remis aux Espagnols trois
millions cinq cens mille livres
qu ils luy devoientpour les Con
tributions de la Flandre ( 1684 )
& comme il leur a rendu deux
gros Calions quils avoicntjuftement
perdus dans une défaite en
1686 ì LOVIS L E GR AND
a délivré jusqu'à pesent plus
GMAKs. 4v
de ijra&. Esclaves defis SujetsT
€^ de differentes Nations à Ât~
ger , outre les 600. qùtl aura, de
Tripoli , ffî tous ceux qùildoir
retirer de Tunis (d?- de Maroc..
tiy a plus ; fa bonté luy a fait
dïmnmr les Tailles de trois:
millions prés de 5 00. mille Uvres:
( 1684, ) donner de grandes som
mes pour occuper les Pauvres h
des Travaux aujfí utiles a leur'
Misere qua Vornement des Vil^
les ( 1685. .) fairè des chantes
considerables pendant lafkmnè.
de 166 1. fç) le grand Hiver"
{ 1684. ) & une diminution tres±.
grande four fis Droits fur Us
s Janvier 16S7» I>
ai MERCURE
bled. ( 1685. ) Ses mains RoyaU
les occupées à porter le Sceptre ,
n ont pas dedaigne' depuis fix
ansde composer des Remedespour
le fiulagement , fé) la guerison
deses Sujets ; & de leur en don
ner luy-mesme les secrets qùil d
publie^depuis peu, {g) quilrìavoit
achete^ que pour fin Peu
ple. N oublie^pas encore cetar-.
trfice benin dont il 'vient de Je
sèrqjir ,pour cacher a toute fi.
Famille Royale 0, àfin Royau
me une maladie qui le tourmentoit
, afin de nous épargner l in
quietude g) la douleur de fia-
*vQtr un fi bon Prince dans
4?
les peines.^ Reconnoipz dom'
de bonne.fy qu il merite mieux.
le nom de tres bon que cetËm-.
pereur Romain a qui on le decerna
5 puisque LOUIS XIV.'
vray Pere de la Patrie , est le
plus Aimable &. le Meilleur
de tous les Monarques de la'.
Terre.
VI.
Il commande aux Saisons ,4
lors qu 'il trouve le moyen de'
faire la Guerre au milieu de'
L Hiver. Qui pourra comme luy '
parvenir a cette puiflànce, d as-
Jteger en me/me temps quatre'
Villes tres-fortes [ \6yz. ) & de
D ijj ~
A4 MERCURE
faire recevoir ses Loix en un
mcfme jour a deux Places auffp
considerables que Strasbourg fg)
Ca%al ? Jl a dompté les Jroquois
( i66j. ) & reduit en fìx jours
les Algeriens ,quetout le Regne
de f Empereur ChaHes-Quint avecfa
fortune n eut pas feule~
ment le pouvoir d'intimider.
N a.t il pas contraint les Corfaires
de Tripoli , de Maroc y
de Tunis , de Salé , avec ceux
de Majorque .{ 1681. ) aprés le
avoirfournis , de refpeûer nos
Vaisseaux , fg) de rendre tous nos
Esclaves ? Conjïdere^ce que cest
que de joindre les deux Mers e»
í GALANT. 45
Languedoc par un Canal long
de 64. lieues , commencé le 16*.
Avril 166-7. (ë>r acheve dans le
y me/me mois de l année 1681. Tau
re confiruire l Acqucduc de
Maintenon pour la conduite des
Eaux de la Riviere d'Eure ,
( 1685. ) d°nt ïédifice Jurpajfe
tout Ce que les Romains ont en~
trepris de semblable. Cefi la
puiíïànce du Roy qui Va fait
triompherfur Mer des Anglçis
en 1666. des Hollandois le sep*
tiéme Juin 167.2,. & encore
deux fois de la me/me Na»
tion en 1673. ft) a Stromboli ,
*n Sicile , { Janvier 1676. ) des
4* MERCURE
Ejpagnols , fg) des Hollandais
devant Augufia le n. Avril
suivant , ou le fameux Ruiter
qui commandoit fut blessé à,
mort , le deuxième Juin de Id
mcjme Année devant Palerme ,
ou l on remporta la plus glorieu
se Victoire de Mer qui se fòit
veuè depuis la Bataille de Le
sante ì les Plotés d. Espagne @p
de Hollande ayant efié défaites 3
& ensuite brûlées clans le Port ,
dont le miserable. rejle fut vain
cu le 3. Mars 1677. a Tabago
dans l Amerique. Dom LOUIS
XI V. est le plus Puissant de
'tous les. Monarques de la
Terre.
-GALANT. 47.
.'.y vil
La terreur des Lyons , ccfl
cette vigikfvre qui fait <voir
le Roy , le premier à la tefie da
ses Aimées > moissonner des Pal
mes fg) des Lauriers avant que
le Printemps nous donne des
fleurs. G efi encore cette applica
tion exacte fç) reguliere a gou
verner par luy-mefme , q) À
tenir tous les jours ses Conseils.
Lefoin qùilprend de connoifire
Jès Officiers , de Jefaire rendre
compte de tout , (gf de prévoir
dans le détail a mille choses qui
rendent ïexecution de desordres
plusfacile ft) plusprompte. N'a
48 MERCORjE
vons-nous pas veu baflir une- *
Gídere en dix heures f ( 1679. )
N efi.ce pas par les fins de Sa
Majestéau ily a tant de Gardes. .
fç) d illuminations , pour lafu
reté de Paris ? On lu.y doitauffí
r établijfcment des Compagnies
des Indes Orientales (d?. Occidentales
, (efr de plusieurs belles
Manufactures ) une Compagnie
de Guinée1 ( 1685. ) avec beau
coup d autres avantages procures
à ce Royaume , poury faire fle»\
rir le Commerce avec succes La,
Navigation efiparvenue à une
telle perfection cheries François>
paria, vigilance de LOVÎS LR
GRAND»
GALANT. 49
CRAND y que les autres Na
tions rapprennent de nous. Tou
tes nos Provinces ont acquis la
/curetépar la bonté des Torts de
Merspur les armeniens des F'lo
tes , par lafortification des Villes
frontieres parla construction
'de Saar-Louis , d Huningue , g)
de Mon.Louis , fins parler de
tant de fortes Citadelles baflies
par les Ordres de LOUIS X IV.
ìe plus Vigilant de tous les
Monarques de la Terre.
VIJL
L0V1S prend quelque fois
le foudre en main y pour punir
les ingrats, pour maintenir les
Janvier 1687. E
T° MFRCURE
drain de fa Couronne , fg)pour
rvur.ger la foy publique , (d?- le
droit des gens violes ( 1674. )
dans lAjJemblée de Cologne. Si
la Garde Corse a la temerité
d'attaquer un Minifite Public,
le Ry fîsait en tirer la/àtisfa~
Síijn deu'è afa dignité ^obtenant
tout ce qu'il pouroit pretendre .,
par le traité de Vise conclu le íiì
Mars 1664. avantage ont
remporté les Espagnols en reffini
U pìts a noftrç JmbajC
fadeur a Londres ( 1661. ) fnon
d'avoir efié oblige\depuis a déc
'arerpubliquùmnt qu'ils cedent
par tout la préfëAme aux Bran
GALANT, v
cjmviïe íeurK^pïrkiénfpBsf Á
qttoy bon troubles leï Wibitdns
<£ Andxye \ ^) donner fant ; de
ra^fiùtâ.rfitgàtàiïsû T.rdacé
potier é%ká" de coùctúre ïaffàre
êe £ÌPnduttê fc'efioitpour fiire
ítòarSfc tohte ^Eiïïope ; t^itè U
éRWWb si/fisst p wmdntekir
jfòn titre de Duc de Rmr~
g.gnâ": t tûìó.ï) pour remettre
Jtsv:S*jeù en pòjpjfià ÏÏe UVcf,
chf{\tô$ pourfdre trembler
tmte . tífpÁgne en tenant une
grmde Vhttè bloquéè devant
ôadix ( Í68&.v ) Le Turc a <veu les
Eij
y. MERCURE
Corsaires de Tripofy poursuivis
fç) battusjusque dans le Port de
Chío \ 168 1. ) @r nostre Vlotte
^ victorieuse menaçant les Dar da
nelles , porter lépouvante jus
que dans le coeur de fin Em
pire. Ces preuves de la fermeté
du Roy , (gf. la vigueur de fin.
Ministre en 1677. 1680.(^-1681*
ont obligé le Sultan d'accorder le
Sopha à noftre Ambassadeur , ft)
d'autres Privileges pour la Re
ligion Catholique , ce qui fait
voir qu'il estime davantage
LOVJS LE GRAND que tous
les autres Monarques ensemble.
Jtfvs Allier ont aujst goûté les
GALANT. <î
fruits defa ferme ré , lors qu'il
leur a fit. rendre (1679. ) les
Villes (§>?> les Provinces qu'ils
avoient perdues pendant la,
Guerre ; toute f Europe vient
de recònnoiftre par la réunion de
-' plus de xoo. Villes famées ,.
800. grés Bourgs ffi 3000.
Villages ujurpe^jur la France
pendant les 'Revolutions de ce
Royaume , que LOUIS XIV.
est le plus ferme de tous les
Monarques à maintenir les
droits de sa Couronne.
Rien ne peut resister à la
íbree d'un Roy Invincible „
Eiij,
qui s'efi fut, luy, me/me une
routeJm le Rhin , mal.?iéjò%
extrême largeur *Jk rapidite Cs*
f profondeur ; metuint en der
r.ute une Armée qui <voulokJuy
,eu disputer le píjf^ge. * Tohyii ,
& qui fut contrainte de le luy
ahj^donn£î{ Le it. Juin. i6,7*.f
incomparable Mcfos a fins
&ej- beMwjèwnt plus de
Guerres , gagnéplus de 6p. B%-
t^ïlks ou Combats s bordéde$f
Cûnquefies le&hin ,le Viyahai'i
la Moselle , U Meuse \ íljfel i
la Lys , lFfiut , &f pris plus
4e 6oo. Villes par Sieges ^ TfaL
t&L o ou pifoteçftm. Aprés m fi
GALANT.' vf,
grand nombre de Con^uefiês ,
que d/tes^vms de & force' des
Places , les çriyczjvms imprena
bles f Je <vous oppojèray aujfìtjfl
Dunquerque s le Fort de
Schein, M.ifircic, Valenàennesy
Cambray, Suint Orner , Tpres ,
Puioerda., Strasbourg , Luxem
bourg , & tant, dautres que
vous voyez^parmy les Conquefies
d un Roy toujours le plus fort.
Voulczc^vous au contrairefiûtenir
quïl rìy a. point de Villes
qu'on ne puijfe prendre ? Sans
doute vous ave^mblié que nos
Ennemis ont levé le Siege de
vant Voêrden , & devant Char—
E ÌÌÌj'
*s MERCURE
leroy , ( 1672.. ) devant Oudenxrde
qu'ils affiegeoient avec>
trois Armées , ( Septembre
1674. J devant Haguenau
Saverne ( 1675. ) devant Augufla
en Scicilc [ Janvier ] de
vant Mzftreic le vj. Aoujl 1676.
& devant Chxrlcny le 14. Aouft
1677. Accordons-nous , ffi dïfms
qu'il n'y a point de Villes
imprenables fi Louis les attaque,
& qu'elles ne peuvent efirefor
cées lorsqu'il les dcffend. Vous
Jçave^ auffi que nofire Vlotte
Vichrieufe a toujours battu cel
les de nos Ennemis ; m iis e:iffìe%r
vuus cru , fi toute U terre ne
GALANT, r?
meus en affeuroit que le braie
d'Erlingue avec fin seul Vais
seau \ euft osé livrer le Combat
à 37. Galeres tant Espagnole?
que Genoises [ 1684. ] qu'a
pres les avoir battues , $~ leur
avoir tué zooo hsmmes 3 // cufi
pu heureusement fi retiret danr
son Port. Donc LOUIS XIV.
est: le plus fort de tous les Mo
narques de. la Terre..
X. •
Dans ler Panegyriques des
LOVIS LE GRAND , je pje*
fire toujours la vetité toute/im
pie , a la figure aux Allegotics.
le Juif donc, entierement
$ MF.RCURïï
perju.idé qUilJuffit icy d'ejì.iblir
sa ?\oirc Jurjes propres actions
(d/-sûr des sits connus de toute
l Europe. Jgui osera nier que
f Empereur n ait eu befitn du
secours de France , [ 1664. ]
poursuivcrh Hongrie & toute
s Allemagne qui allait devenir U
proye des Ottamms ì Le Grand
Duc de Mswie a recherché
í Alliance du Roy par ses Am.
b.jfideurs [ i66g & 1*81, }fEm*
percur des Turcs [ 1669. ] un Roy
de Guinée [ 1670. ] t§jr le Roy
de Si^msiit voir par des Presens
magnifiques , @r par trois
Ambajjudes qùi[ envoye du miGALANT
S9
lieu de l Asie, [ i6Sì. ] OMre
1684. &.\en Aoufi 1686. quelle,
efiìme il fut de LOUIS LE
ÇK AND . Ce Prince qui nefi
fin da jcctte cflïme que pour le
bien de la Religion y ria. t-ilpas
feu nn Souverain à fis genoux ?
[ifSf. ] (&y lun defis Gene
reux donner un Pzjjcpon le 2.4.
Septembre 1677. à l Aimée En
nemie beaucoupplus nofnbreufi
qW U nafire , pourfirtir d'un
lieu, oà'eUe benoit de fifiuver, .
nprés avo'.T efié b&ttuë ? Le
grffld Gufîoe<ze qui appeUoit il
y.tì 56 Ans les Autres Monarquesy
des Roitelets en' comparaism dfk
6o MERCURE .
Roy de France 3 s'il vivait au~
sourd huy , ne diroit ilpas avec
nous que la Gloire de LOUIS
XIV. ne peut avoir de bornes*
& que c'eír. avec justice qu'iî
est le plus estimé de tous les
Monarques de la Terre ?
XI.
Joiiiíïèz de son repos, Frìnces
inutilement jaloux d'une
grandeur à laquelle vous' «?
parviendre^jamaìs. L'on a re
fusé les Secours qu il offroit fi
genereusement ; mais fans luy on
n'a pu aller à. la Victoire , puis,
qu'il cflint le Maifire du chemin
qui vonsy acmdmts. Les droits.
' ".GALANT, rît
que ce Prince avoitjur le PaUtinat,
oni.ils esté capables de le
tenter ? Point du tout. Jl a cher,
ché les tvoycs de douceur , ^) fi
dele dans la parole qu'il avoit
donnée de ne point agir, il a
cedé fis propres avantages pour
ne pas interrompre le cours des
zostres. Jgui peut dire qu'il fa
jamais veu en colere ? Ennemy
des loila nges fg) de la flatterie ,
toujours affííble , toujours pa
tient , & le plus moderé de
tous les Monarques.
XII.
La gloire des Autels, c est la
Pieté dont LOVIS LE
MERCURE
€ R A N D, a donné, (èfy* dón±
m feus les jours de fi grandi
exemples. S efi-ilfirwy defèsú.i
wantages k>rs> quïl a <veu l!Allei
vtagne embarajfci t$mébàìùm
pás. a ft moderation een.x que
'vous avez remportez: en Hon
grie* Cefile Beffwfîtfhde^^E*
glija , le VviMfàjcr des. yEv<fl
qu.es , & le Defiruffeurde l'He*
refie. Il a fmi nf de grande?
fimmes. aux Venitiens. (1658. )
pour sûre la Çttdrre. .qu'ils'
efloient obligez defmtenir. H à
proscrit les Blasphèmes & les
Inipietcz^parfis Déclarations &
Edks de 1665. 1667* q) t6?y}
GALANT. 61
V Eglise cl recoww éfa premiere
tranquilîté fr les Jèntimens &
Jur les points delicats de la Re
ligion , par les Joins de ce Mo
narque qui a envoyé dessecours
considerables de Troupes en Can*
die contre les Turcs. [ 166S.
166y. ] ft) employeses forces de.
Mer contre.eux [1670. ] Il a
tefiab fy lexercice denofire Relu
gbn dans les Villes Herretiques
d'Osfy, de Rhimberg, de B u -
fi h ,dVtrech., (g^c. [ 1671.
de Geneve en 16S0. fê) de Stras
bourg en 1681. Ce Prince trespieux
a rtmis en p'ojfcjfion de la,
Garde du S. Sepulcre les Relï*
H MERCURE
gieux de S. François t677, $
leur continuéfa proteêiion Roya
le ses liberalits^ dans toute
la, Terre Sainte. Il a émt au
Roy de Ferse enfaveur des Ca
tholiques , (dr en a obtenu tout
ce qu 'il a demandépour nos Mf
fionnaircs^ Les grandes Con
versons quil a procurées dans
le Royaume de Siam , g) dans la
Chine depuis plusieurs années >
ï Edit de 1681. qui deffènd a ses
Sujets de quitternoftre Religions
g) cet autre de 1683. qui oblige
les Idolatres qui renoncent a
leurs erreurs , d'embrajfer la
Communion Romaine ; En un
[
mot ce qu 'il a ordonné ( ifâçy
pmr le, rejUblijfement des Eglifis
g) des Fresbiïeres y @J ce'
\ Mmdcment pourfaire observer
la, modestie cUns les Eglises ,i
14S6* tout cela ne montre t il
pas la vcritableYxçxè de LOVIS
JLE GRAND .<? Ajouflons , quaprj
la Conversion volontaire ft)
libre de plus de fíx cens mille A~
mes reunies à l Eglise Catholique'
depuis plusieurs années , que le
zgle , les Joins charitablesfs gj.
les belles Ordonnances du Roy
les sollicitent à se convertira it
a revoqué L'Edit de Nantes ,
jait abbatre tous les Temples des>
Janvier 168 j. K
(S MERCURE
tìuguenots.., g) ab&ty s Heresie1
áxns fin Royaume , W me attûée
, ce quejer PredeecjsetìTsna-
^oknt pas fait pendant plus
d un fiede : hissant a lapoflcrite.
un bel exemple dont le Duc de
&&wye u le premier Jùivy les
traces. Ces grands services ren
dus à lEglîJi ijans parler de
ceuxqxtin atteted, prouvent que
LOUIS XIV. est le plus
Pieux de tous les Monar
ques. • l"4 1 '' " \';
C'est pour 4'es grandes Vetttts
du Roy , que "Dieu l a. comblé
d'un jufte Bonheur , en hy .
.l . i rjr. A\\
galant: ef
donnant une nombreuse Pò/fe-
" rite. Heureux dans ï Alliance
qu'il a faite arvec une Keyne parfaite
& remplie des graces du
Ciel : heureux dans un Fils incomparabie,
&dansjfon Augufie
Epwíjc : heureux enfin dans un
Frere félon Jon coeur , & dans
tmdxfíFAmilk 'Rijyalequil <voit"
entierement devoiiee ajonservi- .
ce. Ses Mìnifirts font vigilans, ,
ecíaire^ &fidelles ;Jòn Rojaume '
flwiffìnt Jh Armes' invin
cibles, il eft cbery de fort Peuple, :
estimé de. toute la Terre , & par
tout Vííforieux, Ainfì lors que '
*vsHt ditçs €pue les Defltns jòntr
68 MERCURE .
pour luyjans contrainte , que
cefiparce qu'il a enchaîné laVortune
qu'il efi le plus Grand des
Rois , reconnoijfez. en mefme
temps que cefiparfa propre ver
tu qu'il efi leplus Grand de tous .
les hommes. Voila lafeule raison
pour laquelle Louis XIV. est
ie plus Heureux de cous les
Monarques de la Terre.
ll ne peut s'arrester dans la
belle route des Heros ; ce Prince
Magnanime , nmrry dans le
sein de la Victoire. Ses Ennemis
me/me avoâent qu'il ne fe con
tente pas de marcher le premier
GALANT <9
k la tefle de ses Armées , mais
qu'il les mene en personne au
Combat & a la VÏBoire , d'oà
vient qu'il efi plusbefiin de le
reunir que de l exciter. Sa Vail
lance ne nous fit-eUe pas une
frayeur fans pareille , lors quaprés
s'estre exposé à mille dan
gers , & a des fatigues inconce
vables au Siege de Dunquerque
[ 1658. ] il demeura luy seul in
trepide pendant une dangereuse
maladie qui defcfyeroit toutjòn
Royaume ? Pouvez.- vous Jans
admiration & fans larmes pen
ser avec quelle grandeur dame
LOVJS a souffert fa blejfure
7o MERCURE
dux. Septembre 1683. & une
Operation accompagnee de dou~
leurs aiguës ? [18. Nov. 1686. ]
Suive^ ce Vainqueur en Vranchc-
Comté qu'il prit luy.mcfme
en dix jours au milieu de iHy.
ver: & en Lorraine qu 'il fou
rnit en peu de jours, îl a conquis
en petfinnc fiixante-ánq
Villes en deux mois , fortifiées
dans l&endué d on%e Provinces;
M ifirich , que l<m efitmoit im
prenable , en tre ize jours z & les.
années /ùivantes, Valevúenmsy
Gand , & Tpres. Assiegeant U
Ville de Bouchaïn ìm 1676. les
Armées des Confederres tenteGALANT.
71
sent le secours de cette Place.
Le Roy aÛa au devant , leur
prtfenta la Bataille qu'ils evif
terent par U fuite. Voulc^wous
d autres Victoires rempotréesfar
Terre par L OV I S LE
• G RA N D , .<" Je <vom rapporte
les principales. Ce font les Ba
tailles ou Combats des Dunes le
14. fuin 1658. de S. Godart au
p&Jfage du Raxb en Hongrie le
premier Aoufl 1664. En 1674. de
Zein?ein , de Molsheim , de Se*
n ef contre trois Armées , d'Emf
heim , dans laquelle vingt mille
François défirent trois Arméet
defiixante &fex miUe hommes>
7& MERCURE
commande^ 9 par vingt Princes
Souverains , ou de Maison Soumeraine-,
de Mulhaufein ën 167^.
de Turshcin , apres laquelle les
Csnfedere^ furenf chajfcz^ , &
contraints de repasser le Rhin..
En 1677. lonziéme Avril .celle
de Cajfel, remportée par Son Al
tesse Royale ^ quï defit les Espa
gnols (dp les HoUàndois , mmmande^
pçr le Prince d'"Orange,.
prit enfmte*Sa}rit Orner. Lés
Batailles d'Mpoûille en Catalo
gne , de la SeiÛe, & dAufembourg.
Le Combat du Pont- a-
Mmjfon^ de Koquerberg^outre
vingt-cinq mille hommes perdus
par
GALANT, .71
par les Allemans dans le Cam
pement de Mouron. En 167g.
les Combats de Rheinsfeld le 8.
Juillet , & de Saint Denis le 14.
Aòufi. En 1684. le 16. May le
Combat de Pont . Major , au
pajfige dei la Riviere de Tur. Re.
iconnoijfeç^ donc que U Vaillan
ce duRoy ta rendu leplus grand
Conquerants qu'un concours fi
heureux de tant de Vertus Mo
rales & Politiques \ prouvent
invinciblement que L ou is XI V.
£st çeluy que vous devez esti
mer le plus Grand de tous les
Monarques de la Terre.
Dans le grand Quadre aux
Janvier 1687. G
74 MtkteOKl
deux coffe2 des Theses ©a
Conclusions historiques &
politiques ,sont marquees les
principales ; Conqu'istòs du
Roy selon Tordre dèsanne'eS}
afin qu'on puíílê1 les> tròuvéV
tout d'un corjp,^d%ríè feuX
le veuë , 4en lisant ' tes autres
Actions de ce Prince Cha
que coríjdueste k *fir titèfrífue
pour en> c1>n'si$ïfteM£
tion selón la "Geographie,,
cela se trouve eitpîîqué dans
un Cartouche poï^itfus 'le
Quadre. *^\^r^h
.. .GÀLAKÎV 7s
Pour cottuoifire la situation
des Cottquefies. ,
A AtVòîè^' Cornu, eles JPtys '-ba*
Catholiques. : v; v^,«»'.> '
.'.'Akace ; : ':£attáptèvi4Ì^ iÀBemagne.
. . ' '."'O '
B Brabant1; Dùchí «M&$sÌ>at
Catholiques.
C GleVes'; ^u^ìenlÂneriapie.
f Cologne „ EleBorar^ .en Àlle~
Magne. ' . -* 1
F Flandres, Comté desPJy:-ha.t
G Gueldres , 2>«^ , deiProvïh-
. ces-y^ìes.. , ij^.n-'. ! ? .
IjF HàìnVùt, & ktyi ú*
3J" Cathotîquês. 4t"
G ij
j4 MERCURE
h Hollande , Comté , des Provin
ces-Unies.
L Liège* Principaute , £Attenta-
,gne. ^ x- .> "WïjK
\ Luxembourg, Duché, des Paysbas
Catholiques.
N Namur, Comté , des Pays-bd*
Catholìquts. .'. ...'>' •
O Owerissel , Seigneurie, des Pro
vinces. Unies.
P Palatinat , Eleïlorat , en AUemairie.
:' .£, : J
V Utrecht , Seigneurie des Pro
vinces-Unies. . ; ... ,4. ../'.f
Z Zutphen , Comté , des Provin
ces.Unies, i •.;
Ces seize Provinces ont esté
le Theatre le plus ordinaire
des Conquestes de Louis lk
Grand, quov qu'il cn ait
GALANT. 77
fait beaucoup dans plusieurs
aurres Provinces , qui font
marquées à la fin de chacune
de ces Villes. Ainsi Ton trou
vera peut. estreaíïèr d'utilité
dayotrenïì peu d'espace les
principales Conquestes, lan,
née quelles ont esté faires,
& le Païs pu elles font situées.
Trinàpdes Conquestes du Roy*
Dunkerque. F
Gravelines» ;'" F
Oudenarde. F
Menitì. F
Ypres. F
Comm.ines. F
Grammoat. F
Giìj
78 MERCURE
Dixmude. F
M or tare v Duché de Mitau , en
Jtaïiey \"
1663.
Marûl , en Lorraine.
"... : ."s t&7> . \
L.a Bassée. F
Conde. H
Charle.Roy. . iH
Bergues. > ' ' ' B
T.Huruy. .'. .?. .. V F
AcH, . H
Doiiay. ...I.'...' 'I'- í?
.F urnes. '.. . W
Çourtray. ^ ' |?
Oudenarde- p
Lisle. .fr
.^.lost, deux fois. .• m. . F
Árrnentieres. > ,. , ' Jf
GALANT. 19
.y léóS.'
ècíànçon. . .. . ,~ sf.v . K S
Salins.' • . »
Dole. ' I»
Grais. u O
Chasteau de JoujíVj...:. ^ |
Fort Sainte Anne. >-
£t toute la Franche-Comté. . .
Pont-à.Mousson. ,„ ,y., . \\
Çpinal, Nancy , & toute la Zar*
, rainer
fpngres. . j,,7/L
Weifet. . X
ltfascik. Mjv.'vk
Sjtuar.. . ^ 3. I*
Fsluquemont,,D«^.^ Zifpktìur£.
flLhimberg. v t
jfurìck* .r....;. Ç
G iiij
8o MERCURE
Weícl. • } C
Rées , & son Fort. >:!; C
Fort de Lippe , enVvestfhalie.
Emmeuk. ;:.v ì,- G
Locken, '1 Z
Bvoí kelo. Vvtfifhalìe; >
Grool. * ,: ' Z
Doëtkum, >ír Z
VHrz. ' Z
Brtwoort. ' ' ^.^ 2^
H. sselt. c V . • O
Ommetij .. ''.'• O
Kemperi. O
Zwol. ?- >.••v^:/.|"0;.
Deventer. ' r-:
Zûtphen. H : > . . ' Z
Óoësbourg. ». ' > Z
Fort deSkeink. . ''".rí"'.»>: f
Utreicht. •
Mu'íden. .;:>.''-í\, fc:
Naërden. ••' ' h
GALANT. 8t
E&ourg. . G
Harderwick. >ì . G
Hattettî'ï *ì>♦ ï ..• .. t '>'»*.. ' . G
Amersford. A
V^oërden. h
Oudewarer. %, \v. . ' h
Arnheim. G
Vianem. ~>«t : Ja
W"agcninghen. G
Rhenéen. j:> V
Duëstede. V
'Wic... Duché de Zimècurg.
Knotzeiobourg., *. F
Les Forts de Saint André & de
W'orms. i G
Isles de Bomel & du Betwe, G
Creveeoeur. " : B
Nimegue. ' G
Grave. st
Genep. .<..'.. C
Bodengrave* .> ' 'h']
82 MERCURE
1673.
Mastreick. : '
Tout le Comte de la Marek. ' ? . '
Salins. Sf
Principauté de Lure. »*.
Chafte'au Sainte Anne.
Fauconnié , & toute la Franche-
Comte'. • •'' fj.í
<îermeinsheim. .? P
Duren. ^ Ì..t ; '>> >• 'P
Heiníberg. .'»»'•»• *v p
jpinnick. .'Jwt...i:;:^p
Citadelle de Lieo.e .n...O
.-l^: O » *
Trêves , A'Jemayie.
1674. .
TJinan.
Huy, L
GALANT. 8?
Limbourg y Duché.
F^rt de Monivic Cataleyte.
Augusta , en Sicile.
167$,
Fort de Link. F
Condé. .' H
Bouchain. H
Aire. A
Builloru £•
Tôrmiuna. j >
S.aletta. a?
La Croix. .... £s
Savoca.
Ficumedcntsi.
Fort &Iflc de k Caïenne , dans
tAmerique.
Valenciennes. H
Cambray , &; .& Citadelle. H
Saint-Omer. A
Fribourg.. :.. . .i
8+ MERCURE
ChasteaudeBoslu. s']\ .x > H
Saint Guillain. H
Sarbruk. Lorraine, ...r;
Forts de Tabago & d'Orange.
Amerique. . - \%,;\\
1678.
Fort Rouge.
2s.ores, .v,..)..,.: F
l'uycerda. Catalogne.
... > «
Fort de Kiell. , a
Kampen.
Landav, & le Chasteau de Lichtemberg^
»^//^
apte.
Aix-la Chapelle , & tout le Du.
ché dejuliers excepte la Ca
pitale. i,»C:L Vïlì :.
Nuis. .. ., , .." ^
GALANT 8c
1680.
Chademont. fss
Hombourg , Frontiere du Palàtinat.
;
Virton. JBaillages du
Chin y. Luxembourg,
Enchimont. L
Strasbourg. a
E/CazaI , Italie , en me[me jour. :
1683.
Courtray, p
Dixmude.. ' \ . • ; p
1/84.
Luxembourg. L
Cap-de-Quiers , en Catahqnt. .
réunions.
Fumay. j_j
Le Comté de Rochefort.
Le Marquisat d'Arloh. :' >
Herbemonk ,.,'.'
Urbu.
fc< ME&CfJRE
Orchimont.
Revin.
fiastoine. , > r
La Roche. rs '".lV *
HofFalize, ' ' r
Saint Hubert,
Marche-en Famines : >
Ì.c Neufchateaiu •',' .,,v.
Echternach.
L i Principauté de Sálm,êcci. dam
le Luxembourg. 1
Et les Comtez de Morîçbe'íará^
&íde Sponheim, en A ema<gn&.
LesColomnes,Jçs Pilastres,
& les Feítóns font ie^idrtïs de
cinquante.'huit revérs de Medailles,
qui font autant d'Ins
criptions qui rna&qttent seloû.
Tordre des années y les prihl.
GALANT. 87
cipales Actions du Roy, qui
n'ont pas esté compriiès en
particulier dans les Thèses.
On va les rapporter íuívanc
qu'elles font disposées.
I i! . . J . . ,.l 1 . . . ì
..t.4.; Çharrìhre de Justice, pour
rétablis l'oirdrQ daìis les Finan
ces, 1658. .•..:,/.'. í { ,
ì. Edit contre.Ies Duels , Kjj?.
3 . Les Rois de France & u'ÉC
pagnes voyemt ] & fígntnr la
Paix le 7. Novembre 1659.
4. AccruiíìtiondeDurikerque,
ì'66l. . .Jt*. />'[ ri: 'i . .. , ií í '.
. . 5. Le Roy d'Espagne cede la
préséance â 4a France , & le dé
clare le 14.. Mars 1661. ; r-'
Alliinjce/renouyellée avec
les Suisses j 1663. >; .
88 MERCURE
7. Protection accordée au
Comté de Venaiflìn , 8c à Avi
gnon ,1663.
8. Etablìílement da CommerJ
ce aux Indes , 1664.
9. Piramide élevée á Rome,
Íîour faire satisfaction au Roy de
Iníûltede la Garde Corfe,i<?64.
10. Satisfaction faite au Roy
par le Legat , 1664.
n. Victoire far les Corfaúes
d'Alger, St deTunis, , '
ïì. Grands Jours en Auvergne
pour la Justice, t66$. .
13 .Protection donnée aux Hollandois
contre l'Evefque deMunr
ster &: contre 1 Angleterre, 1666.
; 14. Paix entre la France & Jes
Algeriens, 1666.
„ 15. Paix de 3reda avec les Anglois>
i667. >.r^v.,.:.
16. Les Procedures detruites.
'par le Code » 1667.
17. Paix d'Aix-la- Chapelle ,
166$
iff. Secours de Candie „ r66&.
1669.
19. Le Roy visite ses Conqueftes
, ^70. & 1683.
zo. Le Roy fait fortifier & vi
sité ícs Conquestes , 167s,
11. Les Hollandois forcez ai»
Poste A'AmtidéttyVÍJxi. '
xi. Secours jetté dans Meflîhe
aprés 'la déraite des Ennemis ,
Février 1675V'"
~ 13 . Desunion de s Considerez „
1^78..
24. Les dix Villes imperiales;
d' Alsace prestent ferment de fi»
delité au Roy, 1679, .
. zf. Protection Sc secours don-
Janvier 1687. H
90 MERCURE
nez par Sa Majesté aux Rois de
Portugal,.i668. & de Suede 1679.
16. Les Corsaires de Tripoli
featcus ,.puis défaits jusque dans
le Porc de Cíik>: ce qui allanne le
Turc, Juillet 1681.
27. Les Villes dq Strasbourg ,
& de Gazai soumises au Roy, le
30, Septembre 1,681.
' r8. Paix de Maroc , & de Salé,
Decembre 1 681.
29. Alger foudroyé , Juin 1683.
„ 30. ìì.Decembre Luxembourg
foudio^i, 1683.
: 31. Les Vaisseaux d'Alger b rir
iez à Sarcelles i68ì. &: ces Cor
saires battus plusieurs fois 1683,
, r Genes foudroyée, May 1684.
33 . La Vifle de Trêves déman
telee 6c punie , en Juin 1684*
34. Un de^ ûos vaisseaux Mar
ì ... ^<Ì:PlLM€Tì &
l .cèaods repris au milieu de treoie-
trois, autres , 1684.
35. Protection donnée à l'Evefque
de Lîege contre íés SujjSt4s»
l jtebfeljes,i^..;. ./' y\J
. 36, T rive de ,vipgj ans accor-.
dée. à 1 Éuto,pe par le Roy, r 68 4».
. r. #8. .TîripQ)!! foudroye v .en Jaít»
*' ' p. ^Amrjassá^eû/dé Fránce"
-e&ftent le Sopha à An^rinople
p "áeî^'r^ction de i'Hétesie par tour
ic Royaume , 168'5.
?'-.4^ JLe^avf doàne jdfifîsecowiîs.
sw&ugí.de^ayojfc^r }'>£>o.&~
92 MERCURE
tiort del'Heresie dans sesEstats^
6c afin de reduire les Protestans
rebelles des Vallées , 1686.
Les deux precedentes In£. ^
criptions ont esté pôiëes íùr
lc Piedestal de chaqu c Co
lonne , pour montrer que U
Base & le fondement des
Actions de LOUIS LE
G RAND » cest ta Reli
gion. Les Festons n'estant a~
joûtez que pour TornemenÊ,
l'on a crû qu'ils fefoient trespropres
à porter lés' Médaif- \
les qui contiennent les NaiC
sances , les. Mariages , & les
autres eVenèmens de cette
t ' > .
>
GALANT. <x
forte , qui sont afïèz souvenu
representez par Les Fleurs.
Cette précaution ne déplaira
ï pas aux personnes exactes ,
.qui auroient peut.eftre trou,
vé à redire qu'on eu st meílé
ces faits avec les autres..L'on
n'.a pas eu de peine à se re
soudre à eette separation. Il y '
a tant de belles choses à dire
du Roy , que nous ne /òmmes
pas reduits à la necessite'
d'établir les louanges de ce
grand Monarque fur des efl
rets étrangers. Ainsi Ion a
piis sa Naissance t son Maria
ge, les Enfans qu'il a eus,noa
£4 MERCURE
'pas pour en faire des~ siijets
d'Eloges , mais pour donner
plus; d'osnemeint À cet; Ou
vrage ,ôc a;5n de ne pa& pri
ver ies curieux de ces remar.-
.ques , quirait paru ,de con&-
,rjuencfi. . J \ìs:ìïûy\,i.ï
v> i r : . j '''; >.i ' r,. t
43. Naissancedu Roy, aonae.
. heures avant Midy le Dimanche
5. Septembre' 1638. '* ' .
44 . Le Roy déclare : Ma^Xir te
Jeudy 7.. Septembre tápJ ' i'.'ísí
^ 43., Sacre, du Roy; ;à;R4injï§ £e
"Dimanche 7. Juin .f4f4, j
46^ Mariage *dú Roy te 3. Juki
1660,
47. Naissance de Mouseigiíeur
GALANT. 9Y
k j4^. Naiííànce de Madame" Eli!
zabethde France yle Samedy.r8V
Novembre 1662.,
. 49. Naissance de Madame
Marie Anne de France , le Di
manche 16. Novembre 1664.
50. Naissance de Madame Marie-
Therefe de France , le Di
manche z. Janvier 1667.
51. Naissance de Monsieur Phi
lippes de Bourbon Duc d'An
jou ,1e Dimanche 5. Aoust 1668.
52. Naissance de Monsieur
Louis-François de Bourbon,Dut
d'Anjou ,1e Mardy 14. Juin 1672.
5J. Mariage de Monseigneur ,
le 28.|anvier 1680.
. 54. Naiííànce de Monseigneur
îeiDtrc de Bourgogne , lejeudy
S. Aouft i8f*. ».
íSíaiQàmae de iMxsrièigneu*
oá MERCURE
le Duc d'Anjou , le Dimanche
19. Décembre 1685.
56. Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry , le Sastiedy 31.
Aoust 1686.
$7. Mariage de Madame h
Princeíïê de Conty , le 16. Jan,
vier 1680.
58. Mariage de Madame la Du.,
chessí de Bourbon , le 14. Juil
let lé86v
Voilà un petit crayon du
plus beau Portrait qui fut ja
mais. Si lan trouve que quek
que chose y manque , Ton
fera reflexion que ce n'est icy
qu'un abregé r qui n'a pû
contenir tout ce que le Roy
a fait de grand depuis vingthuit
... GALANT. 97
huit ans. On auroit bien vou
lu marquer tant d'Illustres,
qui ont eu part aux actions
héroïques qui font aujourd'huy
l'admiration de toute
la Terre ; mais l'efpace d'une
These nous borne , il faut se
reserver pour un plus grand
Ouvrage que l'on médite , &
qui renfermera l'Histoire de
nos Braves aprés celle de leur
Auguste Souverain. Nous ne
craignons pas d*y marcher
fur 'lai mesme route que les
autres Auteurs. Celle que
nous suivrons fera nouvelle;
& c'est un bonheur de vivre*
fanyitr 1687*
98 MFRCURE
íous un Monarque, dont toui
tes les démarches sontautanc
<le miracles ; & qui occupe
tellement les Historiens, que <
quelque foin qu'ils aportent ,
ils laiíïèront encore beau
coup à dire pour ceux qui
ecriront aprés eux.
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Résumé : Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente une thèse dédiée à Louis XIV, rédigée par un auteur ayant minutieusement recherché la vie de ce monarque. L'ouvrage est décrit comme unique et incompréhensible sans une application zélée. Il couvre les principaux événements du règne de Louis XIV à partir de 1658, évitant de remonter plus haut pour ne pas se copier sur d'autres œuvres. L'auteur inclut des médailles symbolisant les vertus du roi, telles que la force, la gloire, la modération, la piété, le bonheur et la vaillance. La thèse est soutenue par une table d'attente avec des ornements architecturaux et des trophées symbolisant la clémence du roi. Les quatorze thèses ou conclusions de l'ouvrage répondent aux médailles et prouvent chaque vertu ou attribut du roi. Le style de l'ouvrage est particulier, utilisant des expressions poétiques et des libertés pour rendre les propositions courtes et fermes. L'auteur utilise des chiffres pour marquer les jours et les années des événements, offrant une chronologie utile au public. Les questions et conclusions abordent la sagesse, la clémence, la justice, la magnificence et l'amour du roi pour son peuple. Louis XIV est présenté comme le plus sage, pacifique, juste, magnifique, libéral et aimable de tous les monarques. L'ouvrage se termine par une réflexion sur les actions bienveillantes du roi envers son peuple, soulignant son dévouement et son amour pour la patrie. Le texte décrit également les exploits militaires et les réalisations politiques de Louis XIV. Il mentionne des conquêtes telles que celles des Iroquois, des Algériens, et des corsaires de Tripoli, Maroc, Tunis et Majorque. Louis XIV a imposé ses lois à des places importantes comme Strasbourg et Cassel. Ses victoires navales incluent des triomphes contre les Anglais en 1666, les Hollandais en 1672 et 1673, et les Espagnols en 1676. Il a également construit des infrastructures majeures, comme le canal reliant la Méditerranée à l'Atlantique et l'aqueduc de Maintenon. Sur le plan intérieur, Louis XIV a établi des compagnies de commerce et des manufactures pour stimuler l'économie. Il a renforcé la sécurité à Paris et dans les provinces frontalières par la construction de citadelles. En matière de religion, Louis XIV a promulgué des édits pour défendre la foi catholique, comme l'édit de 1681 interdisant aux sujets de quitter leur religion et l'édit de 1683 obligeant les idolâtres à embrasser la communion romaine. Il a également révoqué l'Édit de Nantes en 1685, mettant fin à la tolérance envers les protestants. Le texte mentionne également les alliances et les relations diplomatiques de Louis XIV avec divers souverains. Ses victoires militaires incluent des batailles comme celle de Haguenau en 1674, Augsbourg en 1675, et la prise de Strasbourg en 1681. Enfin, le texte énumère les principales conquêtes territoriales de Louis XIV, incluant des villes comme Dunkerque, Gravelines, et toute la Franche-Comté, ainsi que des provinces en Allemagne et aux Pays-Bas. Le texte présente également une liste de conquêtes, de fortifications et d'événements militaires et politiques liés à la France entre 1674 et 1687. Parmi les lieux mentionnés figurent la Principauté de Lure, la Citadelle de Liège, Trêves, Huy, Limbourg, et plusieurs forteresses en France et à l'étranger. Le texte détaille également des événements significatifs tels que la cession de la préséance par le roi d'Espagne à la France en 1661, la protection accordée à divers comtés et villes, et des victoires militaires contre les Algériens et les Turcs. Des alliances et traités de paix sont également mentionnés, comme la paix d'Aix-la-Chapelle en 1668 et la paix de Maroc en 1681. Le texte inclut aussi des événements personnels du roi, tels que son sacre en 1654, ses mariages, et les naissances de ses enfants entre 1662 et 1686. Enfin, il souligne l'importance de la religion comme base des actions de Louis le Grand et mentionne la préparation d'un ouvrage plus complet sur les actions héroïques du roi et de ses braves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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199
s. p.
A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
Début :
MONSIEUR, Je croy que personne ne s'étonnera de voir [...]
Mots clefs :
Âge, Roi, Temps, Sang, Naissance, Jeune, Actions, Apprendre, Vertu, Duc de Beauvillier, Saint-Aignan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
A MONSIEUR
LE COMTE
DES.AIGNAN.
M
ONSIEUR
Je croy que perſonne ne
s'étonnera de voir voſtre
a ij
EPISTRE.
Nom à la teſte de cet Ouvrage.
Le Nom de S. Aignan
est trop fameux dans
l'Empire des Lettres , pour
ne ne se pas attirer l'hommage
de tous ceux qui en
font profeſſion. Vous fortés
d'un fangfameux par luymesme
, comme il l'est par
les plus grandes Alliances;
Vous comptés des Souverains
dans vostre Maiſon ,
& le Portugal , & la Savoye
font de grands témoins
de cette éclatante
EPISTRE.
verité. Quoy que vous
Soyez encore fort jeune ,
j'ay beaucoup à vous dire,
les perſonnes de vostre qualite
ont presques toûjours
l'esprit au- deſſus de leur
âge , parce que l'on trouve
moyen de leur apprendre
dés le berceau des choses
qui demanderoient un âge
plus avancê. Auffi Monfieur
l'on ne peut douter que
vos lumieres ne devancent
bien- toft vos années , &je
croy qu'il m'est permis de
EPISTRE.
vous dire que ſi en entrant
dans le monde , vous voulez
vous proposer degrands
exemples à fuiure , vous
devez d'abord jetter les
yeuxfurvostreAyeul LHiſtoire
vous apprendra qu'il
estoit Mestre de Camp
General de toute la Cavalerie
Legere de France , &
t'un des premiers aiſſallans
du fameux Carrousel , qui
futfait à la Place Royale
en réjouiſſance du mariage
de Louis XIII. Apres a-ه
EPISTRE.
(
voir examiné toutes ses actions
qui vous le feront
paroître aussi brave que
galant , fuivez la route
glorieuse que vous trouveres
tracée par vostre fang,
& regardez celuy dont
vous tenés la naiſſance
vous verrez qu'il a merité
parluy-mefme , autant que
parce qu'il doit àses illuftres
Ayeux , le haut rang
où il est élevé , & l'estime
d'un Monarque qui ne la
prodigue pas , & qu'il y
EPISTRE.
eft parvenu par tous les
degrés qui conduifent dans
le chemin de la gloire. Il
s'est signalé aux Combats
de Steimbrug , & de Vaudrevanges
, & à la retraite
de Mayence , où il fit des
chofes dignes d'immortaliferfon
nom. Il s'est trouvé
aux Sieges de Château
Porcien , de fainte Merehou
, & de Montmedy ; il
a triomphé devant Bourges
, pris le Fort de Baugy,
& confervé le Berry au
EPISTRE
Roy. Toutes ces actionsle
firent nommer Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté, & peu de
temps apres LieutenantGeneral
; &la mesme année
au fortir de dix Campagnes
, qu'il venoit d'achever
glorieusement , il amena
quatre cent Gentilshommes
au Roy , tous refolus
à repandre leur fang pour
ce Prince , à l'exemple de
leur Conducteur , qui dans
les temps difficiles leur as
EPISTRE
voit inspiré ce sentiment.
Il avoit alors la mesme a-
Etivité en courant aux dangers
pour lefervice de fon
Roy , qu'il en a fait paroître
pour ſes plaiſirs dansſes
Feftes galantes , & dans
fes Carrousels , &la même
ardeur pour les belles
Lettres qu'il a toûjours protegees
. La place qu'il tient
dans l'Academie Françoife,
& dans cellede Padouë ,
en est une marque auffibien
que le nom de ProteEPISTRE.
Eteur qu'il soutient avec
tant degloiredans l'Acade
mie Royale d'Arles. Je ne
dis rien icy deſon inviolable
fidelité pour le Roy. Elle a
paru dans toute la pureté
que l'on en pouvoit attendre
, puiſque rien n'a esté
capable de l'ébranler un
moment , dans un temps
qu'on nesçauroit croire aujourd'huy
qu'il ait eſté.
Lorsque vous aurez examiné
la glorieuse vie de
celuy dont vous devez imiEPISTRE.
fer toutes les actions , jettez
les yeux fur les modeſtes
vertusde celle dont vous
tenés une partie du fang
qui vous a formé. Vous
la verrez briller par ces
feuls endroits,fuirla pompe
de la Courfans la mépriſer,
nes'attacherqu'aux
Autels,& ne regarder que
L'illustre Epoux que le Ciel
luy a donné. Comme les
exemplesqui nous doivent
toucher , ont beaucoup de
force pour porter à la vertu
EPISTRE.
tu , fi vous voulez, Mon
fieur, devenir parfaitement
honneste homme , & vous
acquerir une estime generale
, regardés , examinés.
& imités Monsieur le
Duc de Beauviliers . On
vous dira que dans un
âge fait pour les plaisirs ,
environné de toute la jeune
Noblesse de la Cour
dont l'exemple pouvoit eſtre
dangereux , il s'est toujours
distingué par sa moderation
, parsa vertu ,&par
:
1
EPISTRE
une ſageſſe qui luy a fait
meriter des Emplois , qui
avoient juſques icy paru
au- deſſus des personnes de
fon âge. Je ne doute point,
Monsieur , qu'avec de pareilsfecours,
vous nefaffiez
compter vosvertus bien plûtoft
que vos années. Ce
qu'on voit faire de glorieux
au sang dont on a l'avantage
defortir,frape beaucoup,&
perfuade plus que
Les vertus étrangeres. Vous
avez d'ailleurs le bonheur
L
EPISTRE .
d'estre né dans un temps
où les vertus du Roy l'ont
élevé dans un fi haut degre
de gloire , qu'à peine la
peut- on concevoir , & comme
vostre naiſſance vous
doit acquerir le Privilege
d'eſtre ſouvent témoin des
actions qui luyferoient chaque
jour meriter le furnom
de Grand , fi toute la terre
ne le luy avoit pas déja
donné , la justice qu'il rend
vous apprendra à tous
و
que vostre qualité ne vous
é ij
EPISTRE
doit pas empecher de la
rendre à tous ceux à qui
vous la devrez , fa prudence
vous fera connoître
que rien n'est plus neceffaire
aux hommes que cette
vertu dans quelque élevation
qu'ils foient , la ma
niere dont il garde ſon fe
2 cret , & celuy des autres
vous fera voir de quelle utilité
le fecret est dans la
vie , lors qu'on le garde
pourses propres affaires, &
que celuy d'autruy n'est
EPISTRE
point à nous , puisqu'un fi
grandRoy nerevellejamais
les fecrets qu'il a souhaité
desçavoir. La clemence de
ce Monarque vous apprendra
à pardonner , fa douceur
à estre humain , & à
n'avoir jamais d'emportement
, fa bonté à excufer
les defauts d'autruy ,fa-vigilance
à ne vous point
laiſſer ſurprendre , fa libe
ralité à n'eſtre point avare
, & à faire du bien,fa
fermeté à ne vous étonner
é ij
EPISTRE.
de rien quand la justice
fera pour vous , &sa pietéàvivre
en honneste homme
, & en vray Chrétien .
Pendant que vous verrez
pratiquer ces vertus, au
Roy , voſtre âge ,& vostre
naiſſance vous permettent
on meſme temps de voir de
pres de quelle maniere une
grande Princeffe , dont l'ef
prit est aussi élevé que sa
naiſſance &fon rang , t
dont le goût est d'une juf
teffe admirable,lesfait inEPISTRE
!
Sinuer à Monseigneur te
Duc de Bourgogne. Il est
vray que ce jeune Prince
n'est pas encore non plus
que vous en âge de lespratiquer,
mais il en retient du
moins quelques - unes , qui
avec le temps ferant encore
plus d'impreffion fur fon
ofprit. Cependant voyez le
tout remply de la boüillante
, & genereuse ardeur
qu'il tient de fon fang ,ne
respirer que le bruit de la
Guerre,faire faire l'ExerEPISTRE
cice , & nommer les Offi
ciers aux Gardes par leur
nom , ce qui fait voir que
la plus grande partie luy
en est déja connuë . Profités
, Monsieur , de tant de
choſes avantageuses. Vous
avez deja donné desmarques
que vous ne manquerez
pas du coſté du coeurs
à peinesçaviez - vous prononcer
quelques paroles,
qu'ayant vu saigner Madame
la Ducheffe vostre
mere , vous vous fentites
EPISTRE. 4
ausfi- toſt émů de colere à
la veuë de fon sang , &
cherchâtes vostre epée pour
punir celuy qui l'avoit fait
couler. Ainsi, Monsieur
je n'ay rien à dire du cofté
de la valeur ; & l'on
connoît affez par ces genereux
commencemens , que
vous ne laiſſerés pas v ſtre
épée inutile ; du reste attachés
vous ſouvent à regarder
les exemples que
vous fourniſſent vos Maiftres,&
vostre fang;faites
EPISTRE.
2
en ſouvent une étude particuliere
, &foyez perfuadé
qu'en les ſuivant , vous
remplirés dignement , &
avec éclat la carriere où
vous entrerés bien- toft. Ce
fera alors que vous me
fournirés de grands fujets
de parler de vous , & de
vous marquer ſouvent que
jefuis ,
MONSIEVR,
Vottretres-humble & tres -obeïſſant
Serviteur , DEVIZE .
LE COMTE
DES.AIGNAN.
M
ONSIEUR
Je croy que perſonne ne
s'étonnera de voir voſtre
a ij
EPISTRE.
Nom à la teſte de cet Ouvrage.
Le Nom de S. Aignan
est trop fameux dans
l'Empire des Lettres , pour
ne ne se pas attirer l'hommage
de tous ceux qui en
font profeſſion. Vous fortés
d'un fangfameux par luymesme
, comme il l'est par
les plus grandes Alliances;
Vous comptés des Souverains
dans vostre Maiſon ,
& le Portugal , & la Savoye
font de grands témoins
de cette éclatante
EPISTRE.
verité. Quoy que vous
Soyez encore fort jeune ,
j'ay beaucoup à vous dire,
les perſonnes de vostre qualite
ont presques toûjours
l'esprit au- deſſus de leur
âge , parce que l'on trouve
moyen de leur apprendre
dés le berceau des choses
qui demanderoient un âge
plus avancê. Auffi Monfieur
l'on ne peut douter que
vos lumieres ne devancent
bien- toft vos années , &je
croy qu'il m'est permis de
EPISTRE.
vous dire que ſi en entrant
dans le monde , vous voulez
vous proposer degrands
exemples à fuiure , vous
devez d'abord jetter les
yeuxfurvostreAyeul LHiſtoire
vous apprendra qu'il
estoit Mestre de Camp
General de toute la Cavalerie
Legere de France , &
t'un des premiers aiſſallans
du fameux Carrousel , qui
futfait à la Place Royale
en réjouiſſance du mariage
de Louis XIII. Apres a-ه
EPISTRE.
(
voir examiné toutes ses actions
qui vous le feront
paroître aussi brave que
galant , fuivez la route
glorieuse que vous trouveres
tracée par vostre fang,
& regardez celuy dont
vous tenés la naiſſance
vous verrez qu'il a merité
parluy-mefme , autant que
parce qu'il doit àses illuftres
Ayeux , le haut rang
où il est élevé , & l'estime
d'un Monarque qui ne la
prodigue pas , & qu'il y
EPISTRE.
eft parvenu par tous les
degrés qui conduifent dans
le chemin de la gloire. Il
s'est signalé aux Combats
de Steimbrug , & de Vaudrevanges
, & à la retraite
de Mayence , où il fit des
chofes dignes d'immortaliferfon
nom. Il s'est trouvé
aux Sieges de Château
Porcien , de fainte Merehou
, & de Montmedy ; il
a triomphé devant Bourges
, pris le Fort de Baugy,
& confervé le Berry au
EPISTRE
Roy. Toutes ces actionsle
firent nommer Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté, & peu de
temps apres LieutenantGeneral
; &la mesme année
au fortir de dix Campagnes
, qu'il venoit d'achever
glorieusement , il amena
quatre cent Gentilshommes
au Roy , tous refolus
à repandre leur fang pour
ce Prince , à l'exemple de
leur Conducteur , qui dans
les temps difficiles leur as
EPISTRE
voit inspiré ce sentiment.
Il avoit alors la mesme a-
Etivité en courant aux dangers
pour lefervice de fon
Roy , qu'il en a fait paroître
pour ſes plaiſirs dansſes
Feftes galantes , & dans
fes Carrousels , &la même
ardeur pour les belles
Lettres qu'il a toûjours protegees
. La place qu'il tient
dans l'Academie Françoife,
& dans cellede Padouë ,
en est une marque auffibien
que le nom de ProteEPISTRE.
Eteur qu'il soutient avec
tant degloiredans l'Acade
mie Royale d'Arles. Je ne
dis rien icy deſon inviolable
fidelité pour le Roy. Elle a
paru dans toute la pureté
que l'on en pouvoit attendre
, puiſque rien n'a esté
capable de l'ébranler un
moment , dans un temps
qu'on nesçauroit croire aujourd'huy
qu'il ait eſté.
Lorsque vous aurez examiné
la glorieuse vie de
celuy dont vous devez imiEPISTRE.
fer toutes les actions , jettez
les yeux fur les modeſtes
vertusde celle dont vous
tenés une partie du fang
qui vous a formé. Vous
la verrez briller par ces
feuls endroits,fuirla pompe
de la Courfans la mépriſer,
nes'attacherqu'aux
Autels,& ne regarder que
L'illustre Epoux que le Ciel
luy a donné. Comme les
exemplesqui nous doivent
toucher , ont beaucoup de
force pour porter à la vertu
EPISTRE.
tu , fi vous voulez, Mon
fieur, devenir parfaitement
honneste homme , & vous
acquerir une estime generale
, regardés , examinés.
& imités Monsieur le
Duc de Beauviliers . On
vous dira que dans un
âge fait pour les plaisirs ,
environné de toute la jeune
Noblesse de la Cour
dont l'exemple pouvoit eſtre
dangereux , il s'est toujours
distingué par sa moderation
, parsa vertu ,&par
:
1
EPISTRE
une ſageſſe qui luy a fait
meriter des Emplois , qui
avoient juſques icy paru
au- deſſus des personnes de
fon âge. Je ne doute point,
Monsieur , qu'avec de pareilsfecours,
vous nefaffiez
compter vosvertus bien plûtoft
que vos années. Ce
qu'on voit faire de glorieux
au sang dont on a l'avantage
defortir,frape beaucoup,&
perfuade plus que
Les vertus étrangeres. Vous
avez d'ailleurs le bonheur
L
EPISTRE .
d'estre né dans un temps
où les vertus du Roy l'ont
élevé dans un fi haut degre
de gloire , qu'à peine la
peut- on concevoir , & comme
vostre naiſſance vous
doit acquerir le Privilege
d'eſtre ſouvent témoin des
actions qui luyferoient chaque
jour meriter le furnom
de Grand , fi toute la terre
ne le luy avoit pas déja
donné , la justice qu'il rend
vous apprendra à tous
و
que vostre qualité ne vous
é ij
EPISTRE
doit pas empecher de la
rendre à tous ceux à qui
vous la devrez , fa prudence
vous fera connoître
que rien n'est plus neceffaire
aux hommes que cette
vertu dans quelque élevation
qu'ils foient , la ma
niere dont il garde ſon fe
2 cret , & celuy des autres
vous fera voir de quelle utilité
le fecret est dans la
vie , lors qu'on le garde
pourses propres affaires, &
que celuy d'autruy n'est
EPISTRE
point à nous , puisqu'un fi
grandRoy nerevellejamais
les fecrets qu'il a souhaité
desçavoir. La clemence de
ce Monarque vous apprendra
à pardonner , fa douceur
à estre humain , & à
n'avoir jamais d'emportement
, fa bonté à excufer
les defauts d'autruy ,fa-vigilance
à ne vous point
laiſſer ſurprendre , fa libe
ralité à n'eſtre point avare
, & à faire du bien,fa
fermeté à ne vous étonner
é ij
EPISTRE.
de rien quand la justice
fera pour vous , &sa pietéàvivre
en honneste homme
, & en vray Chrétien .
Pendant que vous verrez
pratiquer ces vertus, au
Roy , voſtre âge ,& vostre
naiſſance vous permettent
on meſme temps de voir de
pres de quelle maniere une
grande Princeffe , dont l'ef
prit est aussi élevé que sa
naiſſance &fon rang , t
dont le goût est d'une juf
teffe admirable,lesfait inEPISTRE
!
Sinuer à Monseigneur te
Duc de Bourgogne. Il est
vray que ce jeune Prince
n'est pas encore non plus
que vous en âge de lespratiquer,
mais il en retient du
moins quelques - unes , qui
avec le temps ferant encore
plus d'impreffion fur fon
ofprit. Cependant voyez le
tout remply de la boüillante
, & genereuse ardeur
qu'il tient de fon fang ,ne
respirer que le bruit de la
Guerre,faire faire l'ExerEPISTRE
cice , & nommer les Offi
ciers aux Gardes par leur
nom , ce qui fait voir que
la plus grande partie luy
en est déja connuë . Profités
, Monsieur , de tant de
choſes avantageuses. Vous
avez deja donné desmarques
que vous ne manquerez
pas du coſté du coeurs
à peinesçaviez - vous prononcer
quelques paroles,
qu'ayant vu saigner Madame
la Ducheffe vostre
mere , vous vous fentites
EPISTRE. 4
ausfi- toſt émů de colere à
la veuë de fon sang , &
cherchâtes vostre epée pour
punir celuy qui l'avoit fait
couler. Ainsi, Monsieur
je n'ay rien à dire du cofté
de la valeur ; & l'on
connoît affez par ces genereux
commencemens , que
vous ne laiſſerés pas v ſtre
épée inutile ; du reste attachés
vous ſouvent à regarder
les exemples que
vous fourniſſent vos Maiftres,&
vostre fang;faites
EPISTRE.
2
en ſouvent une étude particuliere
, &foyez perfuadé
qu'en les ſuivant , vous
remplirés dignement , &
avec éclat la carriere où
vous entrerés bien- toft. Ce
fera alors que vous me
fournirés de grands fujets
de parler de vous , & de
vous marquer ſouvent que
jefuis ,
MONSIEVR,
Vottretres-humble & tres -obeïſſant
Serviteur , DEVIZE .
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Résumé : A MONSIEUR LE COMTE DE S. AIGNAN.
L'épître est adressée à Monsieur le Comte des Aignan et exprime l'admiration de l'auteur pour la renommée littéraire et les alliances prestigieuses de la famille du Comte. L'auteur reconnaît la jeunesse du Comte tout en soulignant son esprit mature et ses lumières précoces. Il encourage le Comte à suivre l'exemple de son aïeul, qui fut Maître de Camp Général de la Cavalerie Légère de France et participa au célèbre Carrousel de la Place Royale pour le mariage de Louis XIII. L'aïeul se distingua par sa bravoure et sa galanterie lors des combats de Steimbrug, de Vaudrevanges, et de la retraite de Mayence, ainsi que lors des sièges de Château Porcien, Sainte Mèrehou, et Montmedy. Après dix campagnes glorieuses, il fut nommé Maréchal des Camps et Armées du Roi et Lieutenant Général. L'aïeul était également connu pour sa fidélité inviolable envers le Roi et son engagement dans les lettres, ayant des places à l'Académie Française et à celle de Padoue. L'épître invite le Comte à imiter les vertus de ses ancêtres et à suivre les exemples de modération, de vertu, et de sagesse du Duc de Beauvilliers. Elle met en avant les vertus du Roi, telles que la justice, la prudence, la clémence, la douceur, la bonté, la vigilance, la libéralité, la fermeté, et la piété, que le Comte peut observer et imiter. Enfin, l'auteur encourage le Comte à profiter de son environnement et de son éducation pour devenir un homme vertueux et honorable.
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200
p. 13-34
Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs estoient encore à deux lieuës de cette grande [...]
Mots clefs :
Douai, Roi, Ville, Ambassadeurs, Pièces, Repaire, Monsieur de Pommereuil, Alliance, Dames, Fonderie, Jésuites, Spectacle, Entrée, Canon, Renommée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs eſtoient
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
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Résumé : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, escortés par la cavalerie et les gardes à cheval de Monsieur de Pommereuil, firent une entrée solennelle dans une grande ville par la porte Notre-Dame. Les rues étaient bordées de soldats et de spectateurs, tandis que les fenêtres étaient occupées par des notables. À leur arrivée à l'hôtel préparé pour leur logement, Monsieur de Pommereuil leur rendit visite avec son état-major et présenta les magistrats et divers corps, dont Monsieur Becquet, premier pensionnaire de la ville. Monsieur Becquet souligna les ordres du roi pour rendre les honneurs dus aux ambassadeurs d'un grand monarque asiatique et exprima la joie de la ville de les recevoir. Il rappela également les exploits héroïques du roi de France, notamment sa capacité à vaincre ses ennemis et à apporter la paix en Europe. L'ambassadeur de Siam répondit en affirmant que la grandeur et la puissance du roi de France, ainsi que la magnificence de Versailles, avaient confirmé les récits entendus. L'université les harangua en latin, et l'ambassadeur offrit un mot en latin sur la musique. Le soir, ils furent divertis par des dames et des musiciens envoyés par Monsieur de Pommereuil. Le lendemain, ils visitèrent la fonderie et l'arsenal, admirant les canons, mortiers et autres équipements militaires. Ils assistèrent également à une démonstration de tir à la batterie de l'école des cadets d'artillerie. Après une collation chez Monsieur du Repaire, ils furent invités par les Jésuites à un spectacle célébrant l'alliance entre la France et le Siam. Les ambassadeurs exprimèrent leur satisfaction et leur admiration pour l'éducation dispensée par les Jésuites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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