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1
p. 196-205
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Vostre aimable Amie, dont vous me demandez des nouvelles, a [...]
Mots clefs :
Voyage, Couvent, Province, Péril, Épouser, Affaire de coeur, Fuite , Travestissement, Enrôlement, Bravoure, Malheur, Amour lesbien, Passions, Désespoir, Libertinage, Innocence, Aventure
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texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Voftre aimable Amie, dont
yous me demandez des nou
velles , a fait un Voyage de
deux mois, & eftde retour icy
depuis peu de jours. En rédát
vifite dans un Convent de
Province , on luy a fait voir
unePerfonne fort bien faite,
qui mene une vie tres-exemplaire,
aprés avoir couru dans
fes premieres années, le peril
du plus grand defordre ou
une Fille foit capable de
tomber. Son Pere la voulant
contraindre d'époufer
un Homme d'un âge fort
avancé, elle refifta à les voGALANT.
197
lontez , & comme il avoit
l'affaire à coeur , & qu'il
eftoit violent quand il s'em
portoit , il s'oublia tellement
dans les mauvais traitemens
qu'il luy fit fouffrir,
que perdant enfin patience ,
elle réfolut de fuir déguiſée
en Homme. Elle prit l'habit
d'un de fes Freres , avec
tout l'argent dont elle put
fe faifir , & cét habit démentant
fon fexe , elle s'éloigna
du lieu où eftoit fon Pere,
fans qu'il puft fçavoir ce qu'
elle eftoit devenuë . Elle paffa
quelque temps à voya
Riij
198 MERCURE
ger , & la fin de fon argent
la réduifant à chercher employ
, elle s'enrolla dans un
Regimet d'Infanterie , où elle
fervit cinq années entieres
en fimple Soldat , avec beaucoup
plus d'exactitude qu'-
aucun de fes Camarades ;
mais la gorge commençant
à paroiftre, un Sergent foupçonna
qu'elle eftoit Fille.
Il luy en dit quelque chofe,
& la crainte de voir éclatter
fon déguiſement , l'engagea
à deferter. Elle s'enrolla
dans le Regiment de
Tournaifis , & elle y fervit
GALANT. 169
avec tant d'application , &
de bravoure pendant deux
autres années , qu'elle fe fit
diftinguer dans toutes les
occafions qui fe prefenterent.
Elle le battit mefme
dans un combat fingulier
où elle eut tout l'avantage ;
& quoy qu'elle ne puſt ſe
défendre d'avoir de la liai
fon avec quelques -uns de
ceux de fon Regiment , elle
fe tint toûjours fi bien furt
fes gardes , que perfonne ne
s'apperceut de fon ſexe. Enfin
fon malheur voulut qu'étant
dans un lieu de Garni--
R iiij
200 MERCURE
fon , elle inſpira de l'amour
à la Fille de fon hofte. Elle
creut qu'elle en feroit quitte
pour fe divertir fecrettement
des avances que luy
faifoit cette Fille. Elle y répondoit
d'une maniere qui
donnoit lieu à des converfations
affez agréables , & ne
s'imaginant pas que la pudeur
permift à la Belle de
pouffer les chofes , elle rioit
des vaines prététions qu'elle
avoit formées , fans pouvoir
croire qu'elle deuft jamais
les expliquer. En effet il fe
pafla quelque temps fans
GALANT. 201
4
que les marques que cette
Fille luy donnoit de fon
amour , l'engageaffent à autre
chofe qu'à des complaifances
, & à quelques petits
foins qu'elle luy rendoit
avec plaifir ; mais enfin la
paffion de la belle fut fi viofente
, que ne pouvant plus
la moderer , elle découvrit à
fon prétendu Amant , la réfolution
qu'elle avoit prife
de l'époufer en fecret , fi
fon Pere à qui elle le pria de
la demander , ne vouloit pas
confentir à leur Mariage.
L'aimable Guerriere qu'une
202 MERCURE
déclaration fi peu attendue
mettoit dans un fort grand
embarras , fe creut obligée
de faire ceffer cét amour
aveugle qui l'expoferoit
à des perfecutions conti
nuelles , fi elle ne luy faifoit
pas connoiftre l'impoffi
bilité où elle eftoit d'y ré
pondre. Elle exigea d'elle
tous les fermens qu'elle jugea
neceffaires pour l'obliger
au fecret , & luy dit enfuite
qu'elle eftoit Fille comme
elle , ce qu'elle ne juftifia
que trop bien pour le repos
de la Belle . La connoifGALANT
203
fance qu'elle eut de fon fexe
la mit dans un defefpoir
inconcevable
. Elle ne pouvoit
luy pardonner , d'avoir
entretenu fon erreur un feul
moment; & quelques confeils
que luy donnaſt ſa raifon
, elle fe trouva incapable
de s'en fervir.. Ainfi
bien loin de luy garder le
fecret , elle prit plaifir à le
publier , & fon
tournant en haine , elle fit
croire qe'elle n'avoit déguifé
fon fexe que pour s'aban-
& fon amour fe
donner avec moins de retenuë
au libertinage & à la dé204
MERCURE
·
bauche. Le Commandant
fut inftruit de tout. Il la fit
>
venir , & elle luy avoüa ce
qui l'avoit obligée à fuir de
la Maifon de fon Pere , le
conjurant de s'informer de
tous ceux qui avoient eu
quelque pratique avec élle
s'ils avoient trouvé le
moindre déreglement dans
fa conduite. Son innocence
fut juftifiée , & elle demanda
avec tant d'inftance
qu'on la mift dans un Convent
, qu'elle y fut menée
quelques jours aprés. C'eſt
où voftre Amie l'a veuë.
GALANT 205
Elle a appris d'elle-mefme
tout ce que je viens de vous
conter. Vous jugez bien
qu'on donna avis au Pere
de toute fon Avanture , &
qu'il ne s'oppofa pas au deffein
d'une retraite qui ferme
la bouche à la médifance.
yous me demandez des nou
velles , a fait un Voyage de
deux mois, & eftde retour icy
depuis peu de jours. En rédát
vifite dans un Convent de
Province , on luy a fait voir
unePerfonne fort bien faite,
qui mene une vie tres-exemplaire,
aprés avoir couru dans
fes premieres années, le peril
du plus grand defordre ou
une Fille foit capable de
tomber. Son Pere la voulant
contraindre d'époufer
un Homme d'un âge fort
avancé, elle refifta à les voGALANT.
197
lontez , & comme il avoit
l'affaire à coeur , & qu'il
eftoit violent quand il s'em
portoit , il s'oublia tellement
dans les mauvais traitemens
qu'il luy fit fouffrir,
que perdant enfin patience ,
elle réfolut de fuir déguiſée
en Homme. Elle prit l'habit
d'un de fes Freres , avec
tout l'argent dont elle put
fe faifir , & cét habit démentant
fon fexe , elle s'éloigna
du lieu où eftoit fon Pere,
fans qu'il puft fçavoir ce qu'
elle eftoit devenuë . Elle paffa
quelque temps à voya
Riij
198 MERCURE
ger , & la fin de fon argent
la réduifant à chercher employ
, elle s'enrolla dans un
Regimet d'Infanterie , où elle
fervit cinq années entieres
en fimple Soldat , avec beaucoup
plus d'exactitude qu'-
aucun de fes Camarades ;
mais la gorge commençant
à paroiftre, un Sergent foupçonna
qu'elle eftoit Fille.
Il luy en dit quelque chofe,
& la crainte de voir éclatter
fon déguiſement , l'engagea
à deferter. Elle s'enrolla
dans le Regiment de
Tournaifis , & elle y fervit
GALANT. 169
avec tant d'application , &
de bravoure pendant deux
autres années , qu'elle fe fit
diftinguer dans toutes les
occafions qui fe prefenterent.
Elle le battit mefme
dans un combat fingulier
où elle eut tout l'avantage ;
& quoy qu'elle ne puſt ſe
défendre d'avoir de la liai
fon avec quelques -uns de
ceux de fon Regiment , elle
fe tint toûjours fi bien furt
fes gardes , que perfonne ne
s'apperceut de fon ſexe. Enfin
fon malheur voulut qu'étant
dans un lieu de Garni--
R iiij
200 MERCURE
fon , elle inſpira de l'amour
à la Fille de fon hofte. Elle
creut qu'elle en feroit quitte
pour fe divertir fecrettement
des avances que luy
faifoit cette Fille. Elle y répondoit
d'une maniere qui
donnoit lieu à des converfations
affez agréables , & ne
s'imaginant pas que la pudeur
permift à la Belle de
pouffer les chofes , elle rioit
des vaines prététions qu'elle
avoit formées , fans pouvoir
croire qu'elle deuft jamais
les expliquer. En effet il fe
pafla quelque temps fans
GALANT. 201
4
que les marques que cette
Fille luy donnoit de fon
amour , l'engageaffent à autre
chofe qu'à des complaifances
, & à quelques petits
foins qu'elle luy rendoit
avec plaifir ; mais enfin la
paffion de la belle fut fi viofente
, que ne pouvant plus
la moderer , elle découvrit à
fon prétendu Amant , la réfolution
qu'elle avoit prife
de l'époufer en fecret , fi
fon Pere à qui elle le pria de
la demander , ne vouloit pas
confentir à leur Mariage.
L'aimable Guerriere qu'une
202 MERCURE
déclaration fi peu attendue
mettoit dans un fort grand
embarras , fe creut obligée
de faire ceffer cét amour
aveugle qui l'expoferoit
à des perfecutions conti
nuelles , fi elle ne luy faifoit
pas connoiftre l'impoffi
bilité où elle eftoit d'y ré
pondre. Elle exigea d'elle
tous les fermens qu'elle jugea
neceffaires pour l'obliger
au fecret , & luy dit enfuite
qu'elle eftoit Fille comme
elle , ce qu'elle ne juftifia
que trop bien pour le repos
de la Belle . La connoifGALANT
203
fance qu'elle eut de fon fexe
la mit dans un defefpoir
inconcevable
. Elle ne pouvoit
luy pardonner , d'avoir
entretenu fon erreur un feul
moment; & quelques confeils
que luy donnaſt ſa raifon
, elle fe trouva incapable
de s'en fervir.. Ainfi
bien loin de luy garder le
fecret , elle prit plaifir à le
publier , & fon
tournant en haine , elle fit
croire qe'elle n'avoit déguifé
fon fexe que pour s'aban-
& fon amour fe
donner avec moins de retenuë
au libertinage & à la dé204
MERCURE
·
bauche. Le Commandant
fut inftruit de tout. Il la fit
>
venir , & elle luy avoüa ce
qui l'avoit obligée à fuir de
la Maifon de fon Pere , le
conjurant de s'informer de
tous ceux qui avoient eu
quelque pratique avec élle
s'ils avoient trouvé le
moindre déreglement dans
fa conduite. Son innocence
fut juftifiée , & elle demanda
avec tant d'inftance
qu'on la mift dans un Convent
, qu'elle y fut menée
quelques jours aprés. C'eſt
où voftre Amie l'a veuë.
GALANT 205
Elle a appris d'elle-mefme
tout ce que je viens de vous
conter. Vous jugez bien
qu'on donna avis au Pere
de toute fon Avanture , &
qu'il ne s'oppofa pas au deffein
d'une retraite qui ferme
la bouche à la médifance.
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Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Une jeune femme a échappé à un mariage forcé avec un homme âgé en se déguisant en homme pour rejoindre un régiment d'infanterie. Elle y a servi pendant cinq ans avant que sa véritable identité ne soit suspectée. Par la suite, elle a intégré le régiment de Tournai, où elle s'est illustrée par sa bravoure. Sa couverture a été compromise lorsque une jeune fille, chez qui elle logeait, s'est éprise d'elle et a révélé son secret. Forcée d'avouer son sexe, elle a été publiquement dévoilée. Son innocence ayant été confirmée, elle a exprimé le souhait de se retirer dans un couvent, où elle réside désormais. Cette histoire a été rapportée par une amie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 311-315
Prise du Comte de Tekeli, avec les avantages remportez par les Polonois. [titre d'après la table]
Début :
Il y a quelques années que je vous envoyay toute l'Histoire [...]
Mots clefs :
Comte Tekely, Conspiration , Sujets, Travestissement, Rébellion, Turcs, Vienne, Soulèvement, Armée, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise du Comte de Tekeli, avec les avantages remportez par les Polonois. [titre d'après la table]
ΗIl y a quelques années que je
yous envoyay toute l'Hiftoire du
Comte Texely dans une de mes
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Confpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Mar
quis de Frangipany , ont voulu
fe faifir du Chafteau & des biens
de fon Pere , non qu'il eut trem
312 MERCURE
pé dans cette Confpiration , mais
parce que d'auffi puiffans Sujets
que luy eftans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre fufpect , le Pere de Teke.
ly fit fauver fon Fils déguiſé en
Fillé , & mourut bien- toft aprés.
Les Proteftans de Hongrie fe
fouleverent , & Tcxely fe trouva
à leur tefte à l'âge de dix- fept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'efprit de Tekely la rendit affez
heureuſe . Enfin , foit que les
Turcs fuffent appcl'ez en Hongrie
par ces Rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euft fait croire
qu'ils én feroient mieux leurs af
faires en Allemagne , ils y fondi
rent ,comme vous avez fceu . Ils
eurent du defavantage devant
Vienne ,
GALANT. 313
Vienne , & l'année fuivante les
Allemans en eurent devant Bude
. Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la caufe de Dieu , ont
eu des avantages fi grands dans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs , & contre les Mécontens ,
que le Grand Seigneur voyant
murmurer ſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eftre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaifer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte ,
& c'est pour cela què les Turcs
quifont adroits luy ont tendu les
pieges que vous avez fceu , pour
le faire tomber entre leurs mains.
Novembre 1685. Dd
314 MERCURE
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays interefts, puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovie , ce qu'il auroit fait le
lendemain , mais les chofes ont
tourné tout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Texely , qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au fecours
de Caffovie. Ce Comte au lieu
d'aller trouver les Rebelles , envoya
un Député au Comte Ca.
prara pour le prier d'obtenir fa
grace de l'Empereur , & le mefmejour
qui estoit le 25 d'Octobre
, il fit rendre Caffovie. Les
Rebelles furent enfuite incorporez
dans les Troupes de Sa MaGALANT.
3 : 5
jesté Imperiale , & l'on marcha
du cofté de Mongats . Cette Fortereffe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la prife rendroit
'Empereur Maiftre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas efté plus heureux du cofté de
ala Pologne, quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez , foit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pi
jetter aucun fecours dans Kaminiek
, & ont mefine cfté pouffez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois . C'eftoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle de
leurs Ennemis.
yous envoyay toute l'Hiftoire du
Comte Texely dans une de mes
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Confpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Mar
quis de Frangipany , ont voulu
fe faifir du Chafteau & des biens
de fon Pere , non qu'il eut trem
312 MERCURE
pé dans cette Confpiration , mais
parce que d'auffi puiffans Sujets
que luy eftans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre fufpect , le Pere de Teke.
ly fit fauver fon Fils déguiſé en
Fillé , & mourut bien- toft aprés.
Les Proteftans de Hongrie fe
fouleverent , & Tcxely fe trouva
à leur tefte à l'âge de dix- fept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'efprit de Tekely la rendit affez
heureuſe . Enfin , foit que les
Turcs fuffent appcl'ez en Hongrie
par ces Rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euft fait croire
qu'ils én feroient mieux leurs af
faires en Allemagne , ils y fondi
rent ,comme vous avez fceu . Ils
eurent du defavantage devant
Vienne ,
GALANT. 313
Vienne , & l'année fuivante les
Allemans en eurent devant Bude
. Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la caufe de Dieu , ont
eu des avantages fi grands dans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs , & contre les Mécontens ,
que le Grand Seigneur voyant
murmurer ſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eftre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaifer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte ,
& c'est pour cela què les Turcs
quifont adroits luy ont tendu les
pieges que vous avez fceu , pour
le faire tomber entre leurs mains.
Novembre 1685. Dd
314 MERCURE
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays interefts, puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovie , ce qu'il auroit fait le
lendemain , mais les chofes ont
tourné tout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Texely , qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au fecours
de Caffovie. Ce Comte au lieu
d'aller trouver les Rebelles , envoya
un Député au Comte Ca.
prara pour le prier d'obtenir fa
grace de l'Empereur , & le mefmejour
qui estoit le 25 d'Octobre
, il fit rendre Caffovie. Les
Rebelles furent enfuite incorporez
dans les Troupes de Sa MaGALANT.
3 : 5
jesté Imperiale , & l'on marcha
du cofté de Mongats . Cette Fortereffe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la prife rendroit
'Empereur Maiftre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas efté plus heureux du cofté de
ala Pologne, quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez , foit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pi
jetter aucun fecours dans Kaminiek
, & ont mefine cfté pouffez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois . C'eftoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle de
leurs Ennemis.
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Résumé : Prise du Comte de Tekeli, avec les avantages remportez par les Polonois. [titre d'après la table]
Le texte décrit les événements liés au comte Tekely et les conflits en Hongrie et en Pologne. Initialement, une conspiration visait les biens du père de Tekely en raison de sa puissance et des suspicions. Ce dernier sauva Tekely en le déguisant en fille avant de mourir. À dix-sept ans, Tekely rejoignit les protestants hongrois révoltés et contribua à leurs succès. Les Turcs, attirés par les troubles, envahirent l'Allemagne mais subirent des défaites devant Vienne et Buda. Les Allemands, soutenus par le pape, remportèrent des victoires contre les Turcs et les mécontents. En novembre 1685, les Turcs décidèrent de capturer Tekely pour apaiser leur peuple. Cependant, ils négligèrent leurs intérêts lorsque le comte Caprara reçut l'ordre de lever le siège de Cassovie. Le bacha de Varadin demanda au comte Petrozzy, allié de Tekely, de secourir Cassovie, mais Petrozzy négocia la grâce de Tekely avec Caprara. Cassovie fut rendue le 25 octobre et les rebelles furent intégrés dans les troupes impériales. Ils marchèrent ensuite vers Mongats, une forteresse de Tekely, dont la prise aurait donné à l'empereur le contrôle de la haute Hongrie. En Pologne, les Turcs et leurs alliés échouèrent à secourir Kamieniec Podolski malgré leur supériorité numérique.
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3
p. 147-166
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Il y a de la destinée dans les Mariages, & il s'en fait tous [...]
Mots clefs :
Cavalier, Mariage, Mère, Coeur, Beauté, Sentiments, Abbé, Cérémonie, Réputation, Amitié, Travestissement, Amour secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Il
Il y a de la deftinée dans
les Mariages , & il s'en fait
tous les jours par des voyes
fi peu communes , qu'il y a
lieu de penfer qu'ils font arreftez
dans un Confeil Souverain
, dont les Arreſts font
Nij
148 MERCURE
4
irrevocables. Un Cavalier
en qui beaucoup de merite
foutenoit les avantages du
bien & de la naiffance , paffoit
un jour par un Bourg ,
où il apprit qu'une jeune Demoiſelle
prenoit l'habit de
Religieufe. La neceſſité où il
fe trouvoit d'y refter un jour
entier , luy fit naiſtre le defir
de voir la Ceremonie. Il fe
rendit dans l'Eglife en habit
de Voyageur , & fe cachant
dans la foule , il examina toutes
les Femmes que cette
prife d'Habit avoit attirées
en fort grand nombre . En les
GALANT 149
parcourant des yeux , il apperceut
une jeune brune ,
qu'une aimable modeftie
rendoit auffi remarquable
que l'éclat de fa beauté . Il la
regarda long- temps , & eut
le plaifir d'en entendre dire
tous les biens imaginables à
plufieurs perfonnes qui la regardoient
ainfi que luy . Ces
louanges qui ne pouvoient
luy eſtre ſuſpectes , ayant
commencé à luy doner pour
elle plus que de l'eftime , il
voulut fçavoir fon nom. On
luy apprit qu'elle eftoit d'une
petite Ville éloignée du
M iij
150 MERCURE
fa
Bourg de quatre lieuës ; que
fa Mere,Femme des plus ver
tueufes , la faifoit vivre dans
une grande retraite que
Maifon ne s'ouvroit qu'à des
gens devots , & que meſme
c'eftoit l'ufage dans toute la
Ville de ne recevoir que des.
perfonnes d'Eglife par tout
où il y avoit des Filles à marier.
Le Cavalier attacha fes
yeux fur la belle brune tant .
qu'il put la voir , & quand
on eut achevé la Ceremonie,
il en emporta l'image fi profondement
gravée dans fon
coeur , qu'il tafcha inutile
GALANT. 151
ment de l'en bannir. Quoy
qu'il fuft perfuadé de fon elprit
& de fa vertu , par ce
qu'il venoit d'en entendre
dire , il voulut la connoiftre
par luy-mefme , & un mouvement
preffant , auquel il
fut contraint de s'abandonner
, le fit refoudre à n'épargner
rien pour venir à bout
de fon entrepriſe . Il eftoit
luy-mefme d'une Famille devote
, & les exemples de pieté
qu'il avoit receus , luy faifoient
mener une vie fort ,
reguliere . Ainfi il avoit fait
diverfes lectures qui luy a-
Niiij
152 MERCURE
voient éclairé l'efprit fur la
Morale , & fe refolvant à
prendre un habit d'Abbé ,
il avoit dequoy foûtenir ce
Perſonnage. Il donna ordre
à toutes les chofes qui luy
eftoient neceffaires pour cette
metamorphofe , & ayant
pris le petit Collet & une
courte Perruque , il fe rendit
dans la Ville où demeuroit
la belle Perfonne , qui l'attiroit
avec tant de force .
Son efprit infinuant , & fes
manieres douces & honnêtes
, luy eurent bien- toft acquis
l'eftime de tout le mon
GALANT. 153
de. Joignez à cela une conduite
toute édifiante , & une
telle affiduité pour tout ce
qui ſe peut appeller Pratiques
Spirituelles , qu'il fut
regardé parmy les Devots
comme tres-digne de participer
à leurs privileges , &
d'eftre receu dans leurs Conferences.
Ils le menerent en
plufieurs Maiſons , & en peu
de temps il connut toute la
Ville. Il avoit l'air bon , &
fon entretien marquant fa
naiſſance , les Dames les plus
aufteres eurent de l'empreffement
pour fes vifites . I
154 MERCURE
ne leur parloit que de leur
falut , & la reputation où le
mit fa probité , leur fit prendre
en luy tant de confiance ,
qu'elles ne pouvoient rien
faire que par fon avis . Enfin
il fut introduit où il fouhaitoit
avec tant d'ardeur d'être
receu favorablement . Il
s'attacha d'abord à la Mere ,
fans que l'on puft foupçonner
qu'aucun interest d'amour
entraft dans les foins
qu'il luy rendoit. Il n'adreſ
foit le Difcours qu'à elle , &
il s'obfervoit fi bien que jamais
fes yeux ne le trahif
GALANT. 155
foient. Il s'acquit par là fon
entiere confiance , & quand
il luy furvenoit la moindre
affaire , elle ne faifoit aucune
difficulté de le laiffer feul
avec fa Fille. Ce fut alors
qu'il s'enflama tout de
bon. Quelle égalité d'humeur
& quelle douceur
d'efprit ne trouva- il pas dans
cette aimable perfonne ! Il
connut que fa beauté eftoit
le moindre de fes avantages..
La droiture de fon ame & la
bonté de fon coeur , l'empor
toient fur tous les charmes
dont la Nature luy avoit
-
156 MERCURE
efté prodigue. Il la mettoit
fouvent fur le Mariage , &
fur la neceffité où il la
voyoit de faire un choix
pour fon établiſſement . Elle
répondoit toûjours qu'ayant
du bien pour vivre fans dépendance
, & voulant remplir
exactement fes devoirs
en toutes fortes d'eftats , el
le ne femarieroitjamais
qu'a
vec un homme , qui par une
reputationfolide & bien confirmée
, fe feroit acquis toute
fon eftime . Comme fon
merite eftoit extraordinaire
,
il luy attira divers PretenGALANT.
157
dans , fur lefquels la Mere
ne manqua pas de le confulter.
Il leur trouva à tous des
défauts qui empefcherent
qu'elle ne les écoutaſt , & eut
la joye de connoiftte que la
Fille entroit avec plaifir dans
les raifons qui les faifoient
rejetter. L'amour fecret qu'il
avoit pour elle s'augmentant
de jour en jour par l'indifference
qu'elle luy marquoit
pour tous les hommes, il tâcha
de l'engager à prendre
pour luy des fentimens , qui
n'eftant fondez que fur l'amitié
, puffent paffer aifé.
158 MERCURE
ment à quelque
chofe de
plus , quand on connoiftroit
fon déguisement
. La Belle
prevenue
pour luy d'une veritable
eſtime , s'y montra
fort difpofée
, & lors qu'il
fe creut affeuré de fon ef
prit , il employa
un de fes
Amis pour la demander
en
mariage
. La Mere à qui l'on
vanta fon bien & les autres
avantages
qui fe rencontroient
dans ce party , prit
confeil de luy fur cette affai
re , & il vous eft aifé de juger
qu'il ne parla pas contre
luy-mefme . Il dit qu'il conGALANT.
159
noiffoit la Maifon du Cavalier
qu'on luy propofoit pour
Gendre, & que voulant donner
à fa Fille un homme de
probité , & qui euft ce qu'on
pouvoit fouhaiter dans un
Mary capable de rendre une
Femme
heureuſe , il croyoit
qu'elle auroit peine à faire .
un choix plus
avantageux.
Ce fut affez pour faire accepter
le Cavalier. Elle confentit
à fa
recherche , & le
faux Abbé cut une joye incroyable
de voir fes defleins
en eftat de reüffir ; mais cette
joye fut bien-toſt trou160
MERCURE
blée . La Fille marqua de l'averfion
pour ce mariage , &
il fut furpris de trouver en
elle une repugnance qu'il
n'attendoit pas. Il eut beau
luy dire que la reputation du
Cavalier luy eftoit connuë ;
elle le pria de rompre l'affaire
, & de trouver des raiſons
pour le faire exclure, comme
il en avoit trouvé en d'autres
occafions . Il combattit cette
averfion pendant quelques
jours , & l'ayant priée de luy
en dire la caufe , elle répondit
qu'un panchant ſecret avoit
entraifné fon coeur , fans
GALANT. 161
qu'elle euſt pû s'en deffendre
, & que mille belles
qualitez qu'elle connoifſoit
dans un homme qui eftoit
fort éloigné de penſer à elle ,
luy avoient donné pour luy
une eftime fi particuliere
que cette eftime luy fem
bloit incompatible avec ce
que fon devoir luy demande
roit pour un Mary. Le faux
Abbé fut fort affligé de cette
réponſe , & d'autant plus que
la Belle luy parut entieremet
refolue à demeurer dans
Peftat où elle eftoit . Elle ajoûta
qu'il avoit fujet de four
Decembre 1685.
162 MERCURE
haiter qu'elle perfiſtaſt dans
ces fentimens, puis qu'eftant
de fes Amis , elle auroit toûjours
la joye de le voir , au
lieu que le Mariage l'affujettiffant
à d'autres devoirs , elle
ne pourroit entretenir l'amitié
parfaite qu'il luy avoir
demandée. Une déclaration
fi obligeante fit ouvrir les
yeux au faux Abbé. Il com
mença de comprendre qu'il
eftoit luy-mefme l'obftacle
de fon bon- heur , & que la
Belle ne le refufoit que par
l'attachement qu'elle avoit
pour luy. Il l'obferva avec
GALANT. 163
plus d'artention , & fes regards
, & quelques paroles
qui luy échaperent , l'ayant
confirmé dans une penſée fi
agreable , il la pria de fouffrir
que le Cavalier luy rendift
une vifite , l'affurant que fi
fa perfonne ne luy plaifoit
pas, il viendroit à bout de dégager
la parole de fa Mere.
Le peu qu'elle hazardoit par
là , la fit confentir à ce qu'il
voulut . Le jour fut pris pour
dette Vifite , & on le pria d'y
eftre preſent. Il s'en excufa
fur ce que l'intereft feul de
la Mere & de la Fille , l'ayant
O ij
164 MERCURE
porté à eftre d'avis que l'on
fift ce Mariage , il fe croyoit
obligé de les laiffer dans une
entiere liberté d'agir , fans
qu'il fe trouvaft à une Entreveuë
qui regleroit ce qu'elles.
devoient refoudre. Le jourarreſté
eſtant venu , il fe rendit
en équipage fort propre
où il eftoit attendu de la Mere
& de la Fille . Sa longue-
Perruque , & l'habit de Cavalier
, les empefcherent d'abord
de le reconnoître ; mais
à peine eut- il parlé , qu'elles.
s'écrierent toutes deux en
meſme temps , & luy marGALANT.
165.
querent l'étonnement où elles
eftoient du changement
qu'il faifort paroiftre . Il leur
expliqua fon avanture, & les
ayant affeurées que Cavalier
ou Abbé, il eftoit tel qu'elles
l'avoient veu , inébranlable
dans les fentimens qu'elles .
avoient approuvez , & tresfincere
dans la conduite qu'il
avoit tenuë , il leur demanda
quelle efperance elles vouloient
luy permettre . La ré
ponſe de la Mere luy fut favorable
, & la Fille dont il
avoit fceu toucher le coeur ,
ne put fe défendre de luy
166 MERCURE
avouer qu'elle n'avoit refifté
à la propofition
qu'on luy
avoit faite, que par la fecrete
inclination qu'elle avoit fentie
pour luy. Le Mariage fe fit
peu de jours aprés, & fut fuivy
de réjouiſſances
où toute la
Ville témoigna de prendre '
part,
Il y a de la deftinée dans
les Mariages , & il s'en fait
tous les jours par des voyes
fi peu communes , qu'il y a
lieu de penfer qu'ils font arreftez
dans un Confeil Souverain
, dont les Arreſts font
Nij
148 MERCURE
4
irrevocables. Un Cavalier
en qui beaucoup de merite
foutenoit les avantages du
bien & de la naiffance , paffoit
un jour par un Bourg ,
où il apprit qu'une jeune Demoiſelle
prenoit l'habit de
Religieufe. La neceſſité où il
fe trouvoit d'y refter un jour
entier , luy fit naiſtre le defir
de voir la Ceremonie. Il fe
rendit dans l'Eglife en habit
de Voyageur , & fe cachant
dans la foule , il examina toutes
les Femmes que cette
prife d'Habit avoit attirées
en fort grand nombre . En les
GALANT 149
parcourant des yeux , il apperceut
une jeune brune ,
qu'une aimable modeftie
rendoit auffi remarquable
que l'éclat de fa beauté . Il la
regarda long- temps , & eut
le plaifir d'en entendre dire
tous les biens imaginables à
plufieurs perfonnes qui la regardoient
ainfi que luy . Ces
louanges qui ne pouvoient
luy eſtre ſuſpectes , ayant
commencé à luy doner pour
elle plus que de l'eftime , il
voulut fçavoir fon nom. On
luy apprit qu'elle eftoit d'une
petite Ville éloignée du
M iij
150 MERCURE
fa
Bourg de quatre lieuës ; que
fa Mere,Femme des plus ver
tueufes , la faifoit vivre dans
une grande retraite que
Maifon ne s'ouvroit qu'à des
gens devots , & que meſme
c'eftoit l'ufage dans toute la
Ville de ne recevoir que des.
perfonnes d'Eglife par tout
où il y avoit des Filles à marier.
Le Cavalier attacha fes
yeux fur la belle brune tant .
qu'il put la voir , & quand
on eut achevé la Ceremonie,
il en emporta l'image fi profondement
gravée dans fon
coeur , qu'il tafcha inutile
GALANT. 151
ment de l'en bannir. Quoy
qu'il fuft perfuadé de fon elprit
& de fa vertu , par ce
qu'il venoit d'en entendre
dire , il voulut la connoiftre
par luy-mefme , & un mouvement
preffant , auquel il
fut contraint de s'abandonner
, le fit refoudre à n'épargner
rien pour venir à bout
de fon entrepriſe . Il eftoit
luy-mefme d'une Famille devote
, & les exemples de pieté
qu'il avoit receus , luy faifoient
mener une vie fort ,
reguliere . Ainfi il avoit fait
diverfes lectures qui luy a-
Niiij
152 MERCURE
voient éclairé l'efprit fur la
Morale , & fe refolvant à
prendre un habit d'Abbé ,
il avoit dequoy foûtenir ce
Perſonnage. Il donna ordre
à toutes les chofes qui luy
eftoient neceffaires pour cette
metamorphofe , & ayant
pris le petit Collet & une
courte Perruque , il fe rendit
dans la Ville où demeuroit
la belle Perfonne , qui l'attiroit
avec tant de force .
Son efprit infinuant , & fes
manieres douces & honnêtes
, luy eurent bien- toft acquis
l'eftime de tout le mon
GALANT. 153
de. Joignez à cela une conduite
toute édifiante , & une
telle affiduité pour tout ce
qui ſe peut appeller Pratiques
Spirituelles , qu'il fut
regardé parmy les Devots
comme tres-digne de participer
à leurs privileges , &
d'eftre receu dans leurs Conferences.
Ils le menerent en
plufieurs Maiſons , & en peu
de temps il connut toute la
Ville. Il avoit l'air bon , &
fon entretien marquant fa
naiſſance , les Dames les plus
aufteres eurent de l'empreffement
pour fes vifites . I
154 MERCURE
ne leur parloit que de leur
falut , & la reputation où le
mit fa probité , leur fit prendre
en luy tant de confiance ,
qu'elles ne pouvoient rien
faire que par fon avis . Enfin
il fut introduit où il fouhaitoit
avec tant d'ardeur d'être
receu favorablement . Il
s'attacha d'abord à la Mere ,
fans que l'on puft foupçonner
qu'aucun interest d'amour
entraft dans les foins
qu'il luy rendoit. Il n'adreſ
foit le Difcours qu'à elle , &
il s'obfervoit fi bien que jamais
fes yeux ne le trahif
GALANT. 155
foient. Il s'acquit par là fon
entiere confiance , & quand
il luy furvenoit la moindre
affaire , elle ne faifoit aucune
difficulté de le laiffer feul
avec fa Fille. Ce fut alors
qu'il s'enflama tout de
bon. Quelle égalité d'humeur
& quelle douceur
d'efprit ne trouva- il pas dans
cette aimable perfonne ! Il
connut que fa beauté eftoit
le moindre de fes avantages..
La droiture de fon ame & la
bonté de fon coeur , l'empor
toient fur tous les charmes
dont la Nature luy avoit
-
156 MERCURE
efté prodigue. Il la mettoit
fouvent fur le Mariage , &
fur la neceffité où il la
voyoit de faire un choix
pour fon établiſſement . Elle
répondoit toûjours qu'ayant
du bien pour vivre fans dépendance
, & voulant remplir
exactement fes devoirs
en toutes fortes d'eftats , el
le ne femarieroitjamais
qu'a
vec un homme , qui par une
reputationfolide & bien confirmée
, fe feroit acquis toute
fon eftime . Comme fon
merite eftoit extraordinaire
,
il luy attira divers PretenGALANT.
157
dans , fur lefquels la Mere
ne manqua pas de le confulter.
Il leur trouva à tous des
défauts qui empefcherent
qu'elle ne les écoutaſt , & eut
la joye de connoiftte que la
Fille entroit avec plaifir dans
les raifons qui les faifoient
rejetter. L'amour fecret qu'il
avoit pour elle s'augmentant
de jour en jour par l'indifference
qu'elle luy marquoit
pour tous les hommes, il tâcha
de l'engager à prendre
pour luy des fentimens , qui
n'eftant fondez que fur l'amitié
, puffent paffer aifé.
158 MERCURE
ment à quelque
chofe de
plus , quand on connoiftroit
fon déguisement
. La Belle
prevenue
pour luy d'une veritable
eſtime , s'y montra
fort difpofée
, & lors qu'il
fe creut affeuré de fon ef
prit , il employa
un de fes
Amis pour la demander
en
mariage
. La Mere à qui l'on
vanta fon bien & les autres
avantages
qui fe rencontroient
dans ce party , prit
confeil de luy fur cette affai
re , & il vous eft aifé de juger
qu'il ne parla pas contre
luy-mefme . Il dit qu'il conGALANT.
159
noiffoit la Maifon du Cavalier
qu'on luy propofoit pour
Gendre, & que voulant donner
à fa Fille un homme de
probité , & qui euft ce qu'on
pouvoit fouhaiter dans un
Mary capable de rendre une
Femme
heureuſe , il croyoit
qu'elle auroit peine à faire .
un choix plus
avantageux.
Ce fut affez pour faire accepter
le Cavalier. Elle confentit
à fa
recherche , & le
faux Abbé cut une joye incroyable
de voir fes defleins
en eftat de reüffir ; mais cette
joye fut bien-toſt trou160
MERCURE
blée . La Fille marqua de l'averfion
pour ce mariage , &
il fut furpris de trouver en
elle une repugnance qu'il
n'attendoit pas. Il eut beau
luy dire que la reputation du
Cavalier luy eftoit connuë ;
elle le pria de rompre l'affaire
, & de trouver des raiſons
pour le faire exclure, comme
il en avoit trouvé en d'autres
occafions . Il combattit cette
averfion pendant quelques
jours , & l'ayant priée de luy
en dire la caufe , elle répondit
qu'un panchant ſecret avoit
entraifné fon coeur , fans
GALANT. 161
qu'elle euſt pû s'en deffendre
, & que mille belles
qualitez qu'elle connoifſoit
dans un homme qui eftoit
fort éloigné de penſer à elle ,
luy avoient donné pour luy
une eftime fi particuliere
que cette eftime luy fem
bloit incompatible avec ce
que fon devoir luy demande
roit pour un Mary. Le faux
Abbé fut fort affligé de cette
réponſe , & d'autant plus que
la Belle luy parut entieremet
refolue à demeurer dans
Peftat où elle eftoit . Elle ajoûta
qu'il avoit fujet de four
Decembre 1685.
162 MERCURE
haiter qu'elle perfiſtaſt dans
ces fentimens, puis qu'eftant
de fes Amis , elle auroit toûjours
la joye de le voir , au
lieu que le Mariage l'affujettiffant
à d'autres devoirs , elle
ne pourroit entretenir l'amitié
parfaite qu'il luy avoir
demandée. Une déclaration
fi obligeante fit ouvrir les
yeux au faux Abbé. Il com
mença de comprendre qu'il
eftoit luy-mefme l'obftacle
de fon bon- heur , & que la
Belle ne le refufoit que par
l'attachement qu'elle avoit
pour luy. Il l'obferva avec
GALANT. 163
plus d'artention , & fes regards
, & quelques paroles
qui luy échaperent , l'ayant
confirmé dans une penſée fi
agreable , il la pria de fouffrir
que le Cavalier luy rendift
une vifite , l'affurant que fi
fa perfonne ne luy plaifoit
pas, il viendroit à bout de dégager
la parole de fa Mere.
Le peu qu'elle hazardoit par
là , la fit confentir à ce qu'il
voulut . Le jour fut pris pour
dette Vifite , & on le pria d'y
eftre preſent. Il s'en excufa
fur ce que l'intereft feul de
la Mere & de la Fille , l'ayant
O ij
164 MERCURE
porté à eftre d'avis que l'on
fift ce Mariage , il fe croyoit
obligé de les laiffer dans une
entiere liberté d'agir , fans
qu'il fe trouvaft à une Entreveuë
qui regleroit ce qu'elles.
devoient refoudre. Le jourarreſté
eſtant venu , il fe rendit
en équipage fort propre
où il eftoit attendu de la Mere
& de la Fille . Sa longue-
Perruque , & l'habit de Cavalier
, les empefcherent d'abord
de le reconnoître ; mais
à peine eut- il parlé , qu'elles.
s'écrierent toutes deux en
meſme temps , & luy marGALANT.
165.
querent l'étonnement où elles
eftoient du changement
qu'il faifort paroiftre . Il leur
expliqua fon avanture, & les
ayant affeurées que Cavalier
ou Abbé, il eftoit tel qu'elles
l'avoient veu , inébranlable
dans les fentimens qu'elles .
avoient approuvez , & tresfincere
dans la conduite qu'il
avoit tenuë , il leur demanda
quelle efperance elles vouloient
luy permettre . La ré
ponſe de la Mere luy fut favorable
, & la Fille dont il
avoit fceu toucher le coeur ,
ne put fe défendre de luy
166 MERCURE
avouer qu'elle n'avoit refifté
à la propofition
qu'on luy
avoit faite, que par la fecrete
inclination qu'elle avoit fentie
pour luy. Le Mariage fe fit
peu de jours aprés, & fut fuivy
de réjouiſſances
où toute la
Ville témoigna de prendre '
part,
Fermer
Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Un cavalier, lors d'une cérémonie religieuse, remarque une jeune femme brune et décide de la connaître. Apprenant qu'elle vit dans une petite ville éloignée et que sa mère la protège des visiteurs non dévots, il se déguise en abbé pour gagner leur confiance. Grâce à son comportement exemplaire, il est bien accueilli et parvient à fréquenter la maison de la jeune femme. Il découvre ses qualités exceptionnelles et tombe amoureux d'elle. Pour la convaincre de l'épouser, il utilise un ami pour demander sa main, obtenant des recommandations favorables de l'abbé. La mère de la jeune femme souhaite la marier à un cavalier de probité, mais la fille avoue à cet abbé qu'elle est secrètement attachée à un autre homme. L'abbé, comprenant la situation, organise une visite du cavalier, qui se révèle être l'objet de l'affection de la fille. Après avoir expliqué ses aventures et assuré de sa sincérité, il obtient l'approbation de la mère et de la fille. Le mariage a lieu peu après, suivi de réjouissances auxquelles toute la ville participe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 772-779
Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 23 Janvier les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentatoin d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Théâtre, Comédie, Amour, Maître, Travestissement, Sentiment, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
E 23 Janvier les Comédiens Italiens donnela
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
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Résumé : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Le 23 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en prose et en trois actes intitulée 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' de Pierre de Marivaux. La pièce a été bien accueillie par le public. L'intrigue commence avec Silvia, fille d'Orgon, qui est mécontente de sa suivante Lisette après que celle-ci a exprimé son désir de se marier. Silvia craint que le mari choisi par son père ne lui convienne pas. Orgon annonce à Silvia que son prétendant, Dorante, doit arriver ce jour-là. Silvia demande à son père de lui permettre d'éprouver Dorante en échangeant leurs rôles avec Lisette. Orgon accepte cette idée. Mario, fils d'Orgon, félicite Silvia pour son prochain mariage, mais elle le quitte pour des affaires plus urgentes. Orgon explique à Mario le projet de Silvia et lui lit une lettre du père de Dorante, qui révèle que Dorante souhaite arriver déguisé en valet. Silvia revient déguisée en Lisette et rencontre Dorante, déguisé en valet. Leur conversation est plaisante et ils commencent à s'attirer mutuellement. Cependant, Silvia est déçue par le comportement d'Arlequin, le valet de Dorante, qui ne correspond pas à l'image qu'elle avait de Dorante. Dans le deuxième acte, Lisette informe Orgon que Dorante est tombé amoureux d'elle. Orgon lui permet de poursuivre sa 'bonne fortune'. Dorante ordonne à Arlequin de se comporter sérieusement. Silvia, toujours déguisée, ordonne à Lisette de se débarrasser du valet brutal. Lisette révèle à Silvia que Bourguignon, le valet de Dorante, l'a prévenue contre son maître, ce qui suscite des soupçons chez Silvia. Dans le troisième acte, Dorante, par probité, révèle son identité à Silvia. Arlequin et Lisette se reconnaissent mutuellement comme valets. Silvia finit par révéler son identité à Dorante, qui accepte de l'épouser malgré les différences de condition. La pièce se termine par la reconnaissance réciproque des personnages. Les critiques notent que certaines scènes sont peu vraisemblables et que le caractère d'Arlequin manque de cohérence. Cependant, la pièce est jugée bien écrite et pleine d'esprit, de sentiment et de délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 593-595
Isabelle Arlequin , &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 3. Mars, l'Opera Comique donna une petite Piéce nouvelle [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Travestissement, Arlequin, Amour, Divertissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Isabelle Arlequin , &c. [titre d'après la table]
Le 3. Mars , l'Opera Comique donna
une petite Piéce nouvelle d'un Acte , intitulée
Isabelle Arlequin , dans laquelle la
Dule Le Grand a joué le Rôle d'Isabelle
déguisée en Arlequin d'une maniere fort
origi-
X
$94 MERCURE DE FRANCE
originale ; elle a été généralement applau
die par de très nombreuses assemblées.
Cette Piéce a été précedée d'un Prologue,
intitulé Le Badinage , de la Fausse Ridicule,
et des Amours de Nanterre. Ce Divertissement
a continué jusqu'au 17. jour
de la clôture de ce Théatre.
Dans cette Piéce d'Arlequin femelle
Eraste picqué par quelque dépit , quitte
sa Maitresse , et se retire chez Leonor
sa Tante , à une Maison de Campagne.
peu éloignée de Paris . Cette démarche
n'empêche pas que ces deux Amans
ne soient dans une vive impatience de
se revoir , ce qui détermine Isabelle
à se rendre chez Leonor , accompagnée
de son Valet Arlequin ; ne sçachant
comment faire pour voir son cher-
Eraste sans en être connue , elle prend
le parti sur le champ de prendre l'habit
d'Arlequin pour parler à Eraste , et pénétrer
par cette ruse si elle en est toujours
aimée.
”
Isabelle ainsi travestie , arrive chez Leo--
nor , où elle trouve d'abord Olivette aimée
d'Arlequin , et Suivante de Leonor
; le faux Arlequin la prie de lui .
faire parler à Eraste , envoyé , dit-il , de
la part d'Isabelle , sa Maitresse. Eraste ar
rive , et lui demande avec empressement
des nouvelles de sa chere Isabelle , ce Valet
MARS. 1731: 595
let ne manque pas de l'assurer qu'elle conserve
toujours pour lui l'amour le plus
tendre , et qu'elle est dans un mortel dé
plaisir de se voir éloignée de lui &c . Après.
cette conversation qui est fort comique
et fort plaisante de la part d'Arlequin ,
celui- ci dit enfin à Eraste qu'il a une Let
tre à lui remettre de la part d'Isabelle ;
l'Amant transporté de joye à cette nouvelle
, arrache la lettre des mains d'Arlequin
, et apprend enfin que le
la Lettre est Isabelle même. Elle dispaporteur
de
roit après l'avoir renduë. Voici à
peu près
ce que eette Lettre contient :
Jugez de l'excés de mon amour par l'extravagance
du parti que j'ai pris pour sçavoir
vos sentimens à mon égard ; présente
ment que j'en suis convaincuë , je retourne
à Paris , il ne tiendra qu'à vous de me suivre
& c. Eraste sort avec précipitation,
pour aller chercher sa chere Maitresse ..
Le mariage de Lucas , Jardinier de
Leonor , donne lieu au Divertissementqui
termine la Piéce.
une petite Piéce nouvelle d'un Acte , intitulée
Isabelle Arlequin , dans laquelle la
Dule Le Grand a joué le Rôle d'Isabelle
déguisée en Arlequin d'une maniere fort
origi-
X
$94 MERCURE DE FRANCE
originale ; elle a été généralement applau
die par de très nombreuses assemblées.
Cette Piéce a été précedée d'un Prologue,
intitulé Le Badinage , de la Fausse Ridicule,
et des Amours de Nanterre. Ce Divertissement
a continué jusqu'au 17. jour
de la clôture de ce Théatre.
Dans cette Piéce d'Arlequin femelle
Eraste picqué par quelque dépit , quitte
sa Maitresse , et se retire chez Leonor
sa Tante , à une Maison de Campagne.
peu éloignée de Paris . Cette démarche
n'empêche pas que ces deux Amans
ne soient dans une vive impatience de
se revoir , ce qui détermine Isabelle
à se rendre chez Leonor , accompagnée
de son Valet Arlequin ; ne sçachant
comment faire pour voir son cher-
Eraste sans en être connue , elle prend
le parti sur le champ de prendre l'habit
d'Arlequin pour parler à Eraste , et pénétrer
par cette ruse si elle en est toujours
aimée.
”
Isabelle ainsi travestie , arrive chez Leo--
nor , où elle trouve d'abord Olivette aimée
d'Arlequin , et Suivante de Leonor
; le faux Arlequin la prie de lui .
faire parler à Eraste , envoyé , dit-il , de
la part d'Isabelle , sa Maitresse. Eraste ar
rive , et lui demande avec empressement
des nouvelles de sa chere Isabelle , ce Valet
MARS. 1731: 595
let ne manque pas de l'assurer qu'elle conserve
toujours pour lui l'amour le plus
tendre , et qu'elle est dans un mortel dé
plaisir de se voir éloignée de lui &c . Après.
cette conversation qui est fort comique
et fort plaisante de la part d'Arlequin ,
celui- ci dit enfin à Eraste qu'il a une Let
tre à lui remettre de la part d'Isabelle ;
l'Amant transporté de joye à cette nouvelle
, arrache la lettre des mains d'Arlequin
, et apprend enfin que le
la Lettre est Isabelle même. Elle dispaporteur
de
roit après l'avoir renduë. Voici à
peu près
ce que eette Lettre contient :
Jugez de l'excés de mon amour par l'extravagance
du parti que j'ai pris pour sçavoir
vos sentimens à mon égard ; présente
ment que j'en suis convaincuë , je retourne
à Paris , il ne tiendra qu'à vous de me suivre
& c. Eraste sort avec précipitation,
pour aller chercher sa chere Maitresse ..
Le mariage de Lucas , Jardinier de
Leonor , donne lieu au Divertissementqui
termine la Piéce.
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Résumé : Isabelle Arlequin , &c. [titre d'après la table]
Le 3 mars, l'Opéra Comique a présenté 'Isabelle Arlequin', une pièce en un acte. Dule Le Grand a interprété le rôle d'Isabelle déguisée en Arlequin, suscitant de nombreux applaudissements. La pièce était précédée d'un prologue intitulé 'Le Badinage, de la Fausse Ridicule, et des Amours de Nanterre'. Le spectacle a continué jusqu'au 17 mars. Dans la pièce, Eraste, blessé par un dépit, quitte Isabelle et se retire chez sa tante Leonor. Isabelle, désirant revoir Eraste, se rend chez Leonor déguisée en Arlequin, accompagnée de son valet Arlequin. Elle rencontre Olivette, suivante de Leonor et aimée d'Arlequin. Isabelle demande à Olivette de la faire parler à Eraste, prétendant être envoyée par Isabelle. Eraste, rassuré par Arlequin sur l'amour d'Isabelle, reçoit une lettre révélant la véritable identité d'Isabelle. Transporté de joie, Eraste part chercher Isabelle à Paris. La pièce se termine par le mariage de Lucas, jardinier de Leonor, qui donne lieu à un divertissement.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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