Résultats : 12 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 187-239
Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Début :
Je vous envoyay le dernier Mois une Lettre du Generalissime / L'Escadre de Malte, composée de huit Galeres, & commandée [...]
Mots clefs :
Général, Bataillon, Malte, Troupes, Chevaliers, Vénitiens, Ennemis, Galères, Siège, Étendard, Canon, Capitaine, Camp, Pape, Résistance, Éminence, Attaque, Morts, Blessés, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
Je vous envoyay le dernier
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
Fermer
Résumé : Relation de ce que les Galeres & le Bataillon de Malte, ont fait au Siege de Coron dans la Morée, pendant la derniere Campagne de l'année 1685.
En 1687, le général Morosini reçut une lettre annonçant la prise de la place de Coron en Morée. Une flotte composée de galères de Malte, du pape, de Venise et du Grand Duc se dirigea vers le port de Dragoffire. Morosini décida de mettre le siège devant Coron plutôt que Modon en raison de la situation défavorable des alliés Maïnotes. Le 25 juillet, environ huit mille hommes, incluant des troupes vénitiennes, esclavones, des soldats du prince de Brunswick, un bataillon maltais, et des bataillons du pape et du grand duc, débarquèrent sans opposition. Les travaux de siège commencèrent le 26 juillet avec des escarmouches et la construction de batteries. Les Turcs, renforcés par le bacha de la Morée, installèrent des canons et lancèrent des attaques régulières, repoussées par les chrétiens. Ces derniers élevèrent une batterie de quatre pièces de canon et un mortier. Les Turcs, bien défendus par une garnison de 700 à 800 hommes et 80 pièces de canon, résistèrent efficacement. Les assiégeants préparèrent des mines pour ouvrir une brèche, mais celles-ci échouèrent initialement. Le 24 juillet, le bacha attaqua une redoute chrétienne, repoussé par une contre-attaque menée par le Commandeur de la Tour-Maubourg, qui fut tué. Le 30 juillet, une nouvelle attaque turque fut repoussée par les troupes du Pape et de Venise. Le 7 août, les troupes chrétiennes attaquèrent et capturèrent les retranchements et canons turcs. Après cette victoire, les assiégés refusèrent de se rendre, menant à la préparation d'un assaut général le 11 août. La mine des Vénitiens explosa avec succès, permettant aux Chevaliers de Malte, soutenus par les troupes du Pape et de Brunswick, de prendre d'assaut la brèche. Le siège dura quarante-sept jours, avec des pertes significatives parmi les forces chrétiennes, notamment le comte de Fénelon et le commandeur de la Tour Maubourg. Plusieurs unités militaires subirent des pertes et des blessures, incluant des soldats français, espagnols, et allemands.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 40-42
MARINE. Avis de Prises.
Début :
Le Capitaine Gazagnery a mené à Malte, une prise Hollandoise [...]
Mots clefs :
Marine, Malte, Prise, Capitaine, Le Havre, Calais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARINE. Avis de Prises.
MARINE.
•
AvisdePrises.
DeMalte.
Le Capitaine Gazagnery
a mené à Malte, une
priseHollandoise, estimée
150000.livres.
Du Havre ,le II. Decembre.
1710.
Le sieur de Villers sainte
Croix
Croix,a pris & mené au
Havre, une Fregatte
Hollandoise , estimée
cent mil écus.
,
'-
De Calais; le 12. Decembre
171(0. . 1
Le Capitaine Louvet,
a pris un Dogre Hollandois,
nomméle Marsoüin
de Zenuxée, de JO
Tonneaux,qu'il a conduit
à Calais.
Le Capitaine y a mené
le même jour une prise
de Tonneaux, nommée
lePostitiondeTonningue.
Le 17. dumêmemois,
le Capitaine Cardon, y a
conduitunDogre Hollandois,
chargé d'Oranges
ôt de Citrons. 9
•
AvisdePrises.
DeMalte.
Le Capitaine Gazagnery
a mené à Malte, une
priseHollandoise, estimée
150000.livres.
Du Havre ,le II. Decembre.
1710.
Le sieur de Villers sainte
Croix
Croix,a pris & mené au
Havre, une Fregatte
Hollandoise , estimée
cent mil écus.
,
'-
De Calais; le 12. Decembre
171(0. . 1
Le Capitaine Louvet,
a pris un Dogre Hollandois,
nomméle Marsoüin
de Zenuxée, de JO
Tonneaux,qu'il a conduit
à Calais.
Le Capitaine y a mené
le même jour une prise
de Tonneaux, nommée
lePostitiondeTonningue.
Le 17. dumêmemois,
le Capitaine Cardon, y a
conduitunDogre Hollandois,
chargé d'Oranges
ôt de Citrons. 9
Fermer
Résumé : MARINE. Avis de Prises.
En décembre 1710, la marine française a capturé plusieurs navires hollandais. Le capitaine Gazagnery a pris un navire estimé à 150 000 livres à Malte. Le sieur de Villers Sainte Croix a amené une frégate au Havre, estimée à 100 000 écus. À Calais, le capitaine Louvet a capturé deux navires et le capitaine Cardon a conduit un dogre chargé de fruits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 254-259
MORTS.
Début :
Le 22. d'Avril dernier mourut icy haut & puissant [...]
Mots clefs :
Noailles, Bailli, Ordre de saint Jean de Jerusalem, Malte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Le 22. d'Avril dernier
mourut icy haut &puiſſant
& Religieux Seigneur Frere Jacques de Noailles ,
Bailly , Grand Croix de
l'Ordre de faint Jean de
Jerufalem , Commandeur
des Commanderies de S.
Thomas de Trinquetaille
en Provence , & de la Croix
en Brie , & Ambaffadeur ;
de Malthe pres Sa Majeſté,
il eftoit fils de feu Monfieur le Duc de Noailles ,
frere de feu Monfieur le
GALANT. 255
Marefchal de Noailles ,
frere de Monfieur le Cardinal de Noailles Archevefque de Paris, & de Monfieur l'Evefque Comte de
Chalons , Pair de France.
L'ancienneté de cette Maifon eft fi connue à la Cour,
& dans tout le Royaume ,'
qu'il feroit inutile de vous
en faire un détail ; je me
contenteray de vous dire
que celuy dont je parle ,
eftoit néen Octobre 1653 .
qu'il fut fait Chevalier de
Malthe en tres bas âge ,
Madame la Ducheffe fa 2
256 MERCURE
mere eftant bien aife d'a
voir un de les fils dans cet
Ordre, dont Aloph de Vignacourt fon grand Oncle , avoit efté Grand Mailtre , place où elle a veu depuis Adrien de Vignacourt
fon oncle , Prédeceffeur de
celuy qui regne aujourd'huy ; le jeune Chevalier ,
aprés avoir fait les caravannes , fe trouvant accou
ftumé à la mer , fut deſtiné
à ce fervice par Monfieur
le Ducfon Pere. Il fut fait
Capitaine de Vaiffeau ;
enfuite il eut la Charge
de
GALANT. 257
de Lieutenant General
des Galeres de France
qu'il a exercée pendant
vingt cinq Campagnes ,
ayant commandé les Galeres du Roy en cette qualité par tout où elles ont
eu ordre d'aller , à Alger ,
au bombardement de Gennes , à la priſe de Barcelonne , où il mit pied à terre , & monta la tranchée
en qualité de Lieutenant
General des armées de fa
Majefté; & enfin par tout
ailleurs où elles ont fervi
jufqu'en 1704. que Mr le
May 1712.
Y
258 MERCURE
Bailly deHautefeuille Ambaffadeur de Malthe eftant
décedé , fa Majefté trouva
bon que Monfieur le Bailly
de Noailles acceptaſt cette
Ambaffade que fon Ordre
luy propofoit, &qu'il a gardée juſqu'à ſa mort.
Il fut enterré le lendemain de fon deceds , dans
la Chapelle que la Maiſon
de Noailles a en l'Eglife
de Noftre - Dame , & Meffieurs de Malthe firent celebrer pour luy le 7. May
fuivant un Service folemnel dans leur Egliſe du
GALANT. 259
Temple , où tous les Commandeurs & Chevaliers af
fifterent avec Monfieur le
Cardinal de Noailles , &
les Seigneurs & Dames de
fa famille.
Le 22. d'Avril dernier
mourut icy haut &puiſſant
& Religieux Seigneur Frere Jacques de Noailles ,
Bailly , Grand Croix de
l'Ordre de faint Jean de
Jerufalem , Commandeur
des Commanderies de S.
Thomas de Trinquetaille
en Provence , & de la Croix
en Brie , & Ambaffadeur ;
de Malthe pres Sa Majeſté,
il eftoit fils de feu Monfieur le Duc de Noailles ,
frere de feu Monfieur le
GALANT. 255
Marefchal de Noailles ,
frere de Monfieur le Cardinal de Noailles Archevefque de Paris, & de Monfieur l'Evefque Comte de
Chalons , Pair de France.
L'ancienneté de cette Maifon eft fi connue à la Cour,
& dans tout le Royaume ,'
qu'il feroit inutile de vous
en faire un détail ; je me
contenteray de vous dire
que celuy dont je parle ,
eftoit néen Octobre 1653 .
qu'il fut fait Chevalier de
Malthe en tres bas âge ,
Madame la Ducheffe fa 2
256 MERCURE
mere eftant bien aife d'a
voir un de les fils dans cet
Ordre, dont Aloph de Vignacourt fon grand Oncle , avoit efté Grand Mailtre , place où elle a veu depuis Adrien de Vignacourt
fon oncle , Prédeceffeur de
celuy qui regne aujourd'huy ; le jeune Chevalier ,
aprés avoir fait les caravannes , fe trouvant accou
ftumé à la mer , fut deſtiné
à ce fervice par Monfieur
le Ducfon Pere. Il fut fait
Capitaine de Vaiffeau ;
enfuite il eut la Charge
de
GALANT. 257
de Lieutenant General
des Galeres de France
qu'il a exercée pendant
vingt cinq Campagnes ,
ayant commandé les Galeres du Roy en cette qualité par tout où elles ont
eu ordre d'aller , à Alger ,
au bombardement de Gennes , à la priſe de Barcelonne , où il mit pied à terre , & monta la tranchée
en qualité de Lieutenant
General des armées de fa
Majefté; & enfin par tout
ailleurs où elles ont fervi
jufqu'en 1704. que Mr le
May 1712.
Y
258 MERCURE
Bailly deHautefeuille Ambaffadeur de Malthe eftant
décedé , fa Majefté trouva
bon que Monfieur le Bailly
de Noailles acceptaſt cette
Ambaffade que fon Ordre
luy propofoit, &qu'il a gardée juſqu'à ſa mort.
Il fut enterré le lendemain de fon deceds , dans
la Chapelle que la Maiſon
de Noailles a en l'Eglife
de Noftre - Dame , & Meffieurs de Malthe firent celebrer pour luy le 7. May
fuivant un Service folemnel dans leur Egliſe du
GALANT. 259
Temple , où tous les Commandeurs & Chevaliers af
fifterent avec Monfieur le
Cardinal de Noailles , &
les Seigneurs & Dames de
fa famille.
Fermer
Résumé : MORTS.
Jacques de Noailles, haut seigneur et religieux, membre de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, est décédé le 22 avril. Il occupait les fonctions de Bailly, Grand Croix, Commandeur des Commanderies de Saint Thomas de Trinquetaille en Provence et de la Croix en Brie, ainsi qu'Ambaffadeur de Malthe auprès du roi. Né en octobre 1653, il était fils du Duc de Noailles et frère du Maréchal de Noailles, du Cardinal de Noailles, Archevêque de Paris, et de l'Évêque Comte de Chalons, Pair de France. Jacques de Noailles fut fait Chevalier de Malthe à un jeune âge, à la demande de sa mère, la Duchesse. Il devint Capitaine de Vaisseau et Lieutenant Général des Galères de France, poste qu'il occupa pendant vingt-cinq campagnes. Il participa à diverses missions, notamment à Alger, lors du bombardement de Gênes, et à la prise de Barcelone. En 1712, il succéda à Monsieur le Bailly de Hautefeuille comme Ambaffadeur de Malthe, fonction qu'il exerça jusqu'à sa mort. Jacques de Noailles fut enterré le lendemain de son décès dans la chapelle de la Maison de Noailles à l'église Notre-Dame. Un service solennel en sa mémoire fut célébré le 7 mai suivant dans l'église du Temple par les membres de l'Ordre de Malthe, en présence du Cardinal de Noailles et des membres de sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 111-118
Autre Nouvelle au moins aussi interessante que les precedentes. Lettre de M. de la Baume, qui fait auprès de Monseigneur le Grand Prieur de France à Malthe, la fonction de Secretaire de ses Commandemens, à M. P.... A Malthe, le 12. d'Avril 1715.
Début :
Puisque j'occupe ici vôtre place, Monsieur, il est bien juste [...]
Mots clefs :
Grand maître, Grand prieur de France, Malte, Élection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Nouvelle au moins aussi interessante que les precedentes. Lettre de M. de la Baume, qui fait auprès de Monseigneur le Grand Prieur de France à Malthe, la fonction de Secretaire de ses Commandemens, à M. P.... A Malthe, le 12. d'Avril 1715.
Autre Nouvelle au moins auffi
Pintereffante quelesprecedentes.
Lettre de M. de la Baume , qui
fait auprés de Monseigneur
le Grand Prieur de France à
+10 Malthe ,lafonction de Secretaire
deſes Commandemens ,
àM. P....
AMalthe , le 12. d'Avril 1715.
Puiſque j'occupe icy vôtre
place , Monfieur , il est bien
MERCURE
juſte que je vous rende com
pte de nôtre voyage. Nous
Lommes partis deToulon leta
d'Avril & arrivez à Malthe le
Dimanche 7. aprés avoir ef
ſuyé pendant deux jours un
vent contraire qui incommodatous
ceux qui n'eſtoient pas
accoûtumez à la Mer. Son Alreffe
s'eſt toûjours bien portéc.
Elle fut receuë de la mahiere
du monde la plus honorable.
Le Conſeil avoit deputé
deuxGrandsCroix pour luy aller
faire compliment ſur ſon
bord,&le GrandMaiſtre luy
envoya ſon premier Maiftre
d'Hostel
GALANT
-d'Hostel & son premier Ef
cuyer. Pendant les complis
ments , le Canon de la Ville ,
celuy des Forts,& de tous les
Baſtimens qui estoient dans le
Port, firentdes decharges réïterécs.
S. A. vint àbord dans
la Chaloupe du Grand Maiftro
, dont le Carroffe l'attendoit,&
il y entra avec les deux
Grands Croix. Tout le Port
&les remparts eſtoient pleins
de peuple qui le receut avec
des cris de joye qu'il redoubloit
à tout moment. S. A
alla d'abord à l Egliſe de ſaint
Jean entendre la Meffe ,& de-
May 1715. K
114 MERCURE
là au Palais duGrand Maiſtre,
qui vint le recevoir à l'entrée
de ſon Appartement ,& l'embrafla
, ne voulant pas fouffrir
qu'il luy bailât la main. Il le
mena dans ſa chambre , où ils
s'affirent ſous le même dais &
fur deux fauteüils égaux. Son
Eminence à la droite. Lacon
verſation fut tendre &affectucuſe
de chaque part , & ces
deuxPrinces furent biencontens
l'unde l'autre. S. A. alla
à l'Hoſtel qui luy eſtoit preparé
, où elle trouva tous les
GrandsCroix de l'Auberge de
France qui l'y attendoient
GALANT S
pour luyrendre leurs devoirs.
Toutes lesLangues vinrent l'a
présmidy enCorps ,& même
icConfeil (honneur qui ne ſe
rend qulau Grand Maiſtre. )
L'Evêque , le grand Inquifi
teur , le Senechal , le General
des Galeres , ont rendu leurs
viſites particulieres. Le Conſeil
a nommé M. le Grand
Prieur Lieutenant du Grand
Maiſtre , ce qui luy donne la
premiere place aprés fonEminence,
dans toutes les ceremonies
,&même dans leCon
feil ; le droit d'être affis à table
ſous le même dais & de
Kij
116 MERCURE
manger des mêmes viandes
il prêta ferment Lundy & fut
receu Grand Croix. Il lut ledit
ferment àgenoux ſur un car
reau de velours , & le Grand
Maiſtre au lieu de luy donner
ſa main à baiſer , ſuivantace
qui ſe pratique , L'embraſfal
tendrement. Le lendemain le
GrandMaître envoyaleGrand
Prieur de Portugal à SA
pour luy demander, fi elle anl
gréeroit qu'il le nommât Generaliffime
des Troupes de
Malthe. Je vous laiffe à penfer
comment nôtre Prince receut
cette propofition . Ausp
+
CALANT. 214
25
jourd'huy ſon Eminence a envoyé
quatre Grands Croix
qui font les Miniſtres de la
Guerre ,pour annoncer às A.
que le Grand Maiftre l'avoit
nommé Generaliffime. Aprés
les complimens , M. le Grand
Prieur accompagné de ces
quatre Grands Croix , de fa
Maiſon , qui eſt , comme vous
Içavez ,compoſée de plus de
foixante perſonnes , & d'un
tres - nombreux cortege de
Chevaliers , eſt allée au Palais
pour remercier ſon Eminence;
enfuite il eſt allé rendre
quelques vifites aux princi
118 MERCURE
pauxMiniſtres de cette Cour
Inceffamment on tiendra un
Conſeil extraordinaire pour
confirmer fon Election & luy
faire prêter le ſerment. Voila
tout ce que je puis vous dire
juſqu'à aujourd'huy , & qu'il
y a apparence que nôtre Ge
neralitſime ne fera pastrop oc
cupé contre les Tures. Je
fuis,&c.
Pintereffante quelesprecedentes.
Lettre de M. de la Baume , qui
fait auprés de Monseigneur
le Grand Prieur de France à
+10 Malthe ,lafonction de Secretaire
deſes Commandemens ,
àM. P....
AMalthe , le 12. d'Avril 1715.
Puiſque j'occupe icy vôtre
place , Monfieur , il est bien
MERCURE
juſte que je vous rende com
pte de nôtre voyage. Nous
Lommes partis deToulon leta
d'Avril & arrivez à Malthe le
Dimanche 7. aprés avoir ef
ſuyé pendant deux jours un
vent contraire qui incommodatous
ceux qui n'eſtoient pas
accoûtumez à la Mer. Son Alreffe
s'eſt toûjours bien portéc.
Elle fut receuë de la mahiere
du monde la plus honorable.
Le Conſeil avoit deputé
deuxGrandsCroix pour luy aller
faire compliment ſur ſon
bord,&le GrandMaiſtre luy
envoya ſon premier Maiftre
d'Hostel
GALANT
-d'Hostel & son premier Ef
cuyer. Pendant les complis
ments , le Canon de la Ville ,
celuy des Forts,& de tous les
Baſtimens qui estoient dans le
Port, firentdes decharges réïterécs.
S. A. vint àbord dans
la Chaloupe du Grand Maiftro
, dont le Carroffe l'attendoit,&
il y entra avec les deux
Grands Croix. Tout le Port
&les remparts eſtoient pleins
de peuple qui le receut avec
des cris de joye qu'il redoubloit
à tout moment. S. A
alla d'abord à l Egliſe de ſaint
Jean entendre la Meffe ,& de-
May 1715. K
114 MERCURE
là au Palais duGrand Maiſtre,
qui vint le recevoir à l'entrée
de ſon Appartement ,& l'embrafla
, ne voulant pas fouffrir
qu'il luy bailât la main. Il le
mena dans ſa chambre , où ils
s'affirent ſous le même dais &
fur deux fauteüils égaux. Son
Eminence à la droite. Lacon
verſation fut tendre &affectucuſe
de chaque part , & ces
deuxPrinces furent biencontens
l'unde l'autre. S. A. alla
à l'Hoſtel qui luy eſtoit preparé
, où elle trouva tous les
GrandsCroix de l'Auberge de
France qui l'y attendoient
GALANT S
pour luyrendre leurs devoirs.
Toutes lesLangues vinrent l'a
présmidy enCorps ,& même
icConfeil (honneur qui ne ſe
rend qulau Grand Maiſtre. )
L'Evêque , le grand Inquifi
teur , le Senechal , le General
des Galeres , ont rendu leurs
viſites particulieres. Le Conſeil
a nommé M. le Grand
Prieur Lieutenant du Grand
Maiſtre , ce qui luy donne la
premiere place aprés fonEminence,
dans toutes les ceremonies
,&même dans leCon
feil ; le droit d'être affis à table
ſous le même dais & de
Kij
116 MERCURE
manger des mêmes viandes
il prêta ferment Lundy & fut
receu Grand Croix. Il lut ledit
ferment àgenoux ſur un car
reau de velours , & le Grand
Maiſtre au lieu de luy donner
ſa main à baiſer , ſuivantace
qui ſe pratique , L'embraſfal
tendrement. Le lendemain le
GrandMaître envoyaleGrand
Prieur de Portugal à SA
pour luy demander, fi elle anl
gréeroit qu'il le nommât Generaliffime
des Troupes de
Malthe. Je vous laiffe à penfer
comment nôtre Prince receut
cette propofition . Ausp
+
CALANT. 214
25
jourd'huy ſon Eminence a envoyé
quatre Grands Croix
qui font les Miniſtres de la
Guerre ,pour annoncer às A.
que le Grand Maiftre l'avoit
nommé Generaliffime. Aprés
les complimens , M. le Grand
Prieur accompagné de ces
quatre Grands Croix , de fa
Maiſon , qui eſt , comme vous
Içavez ,compoſée de plus de
foixante perſonnes , & d'un
tres - nombreux cortege de
Chevaliers , eſt allée au Palais
pour remercier ſon Eminence;
enfuite il eſt allé rendre
quelques vifites aux princi
118 MERCURE
pauxMiniſtres de cette Cour
Inceffamment on tiendra un
Conſeil extraordinaire pour
confirmer fon Election & luy
faire prêter le ſerment. Voila
tout ce que je puis vous dire
juſqu'à aujourd'huy , & qu'il
y a apparence que nôtre Ge
neralitſime ne fera pastrop oc
cupé contre les Tures. Je
fuis,&c.
Fermer
5
p. 37-62
Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Début :
Enfin, Monsieur, nous voicy arrivez au Port si desiré, je [...]
Mots clefs :
Malte, Prieur, Chevaliers, Maître, Turcs, Cérémonies, Carosse, Son Éminence, Grand prieur, Grand maître, Port, Princes, Armée du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Copie d'une Lettre écrite
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
Fermer
6
p. 167-176
A Malthe, ce 10. Juin.
Début :
Je vous dois compte, mon cher Monsieur, de tout ce qui [...]
Mots clefs :
Malte, Fortifications, Congrégation, Grand prieur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Malthe, ce 10. Juin.
A Maltb
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
Fermer
7
p. 131-141
A Malthe le 8 Octobre 1717.
Début :
Comme on n'a pas esté exactement informé des évenemens / Nous sortîmes de Malthe le 3 de Juin avec deux des [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Capitaine, Turcs, Ennemis, Galères, Vénitiens, Malte, Navires, Armée, Combat, Religion, Corfou, Canons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Malthe le 8 Octobre 1717.
Omme on n'a pas esté exactement
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
Fermer
8
p. 1800-1802
« SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
Début :
SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...]
Mots clefs :
Langue punique, Malte, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
SPECIMEN LINGUE PUNICA in
hodierna Melitenfium fuperftitis orbi erudito
offert Jo. Henr. Majus Antiquit.
Græc. & OO. LL. Profeffor Gieffenfis ,
Marburgi Cattorum . Vol. in 8. 1718. C'està-
dire , Effay fur la Langue Punique qui
fubfifte encore aujourd'hui dans celle des Maltois
prefenté aux Sçavans , par Jean- Henry
Majus , Profeffeur des Antiquitez Grecques
&des Langues Orientales, à Gieſſen. 1. vol.
in 8. à Marpurg. 1718.
Pour prouver ce que M. Majus entreprend
de foutenir dans fa Differtation ,
il établit d'abord que le Peuple de l'Ifle
de Malthe , eft Phénicien d'origine. Les
Phéniciens , dit-il , du moins les Carthaginois
A O UST. 1730. 1801
ginois , leurs defcendans , y envoyerent
une Colonie à caufe de la commodité de
fa fituation entre l'Affrique & la Sicile ,
& de la fureté de fes Ports ; ils lui donnerent
le nom qu'elle porte encore aujourd'hui
, nom qui n'eft pas fans myftere
, & qui s'accorde parfaitement avec
tout ce qui convient à l'ancienne Malthe.
Cette origine eft d'ailleurs confirmée par
le culte commun que les Maltois , les Phé-
Iniciens & les Cartaginois ont rendu particulierement
à deux Divinitez , fçavoir ,
Junon & Hercules. De plus les Habitans
de Malthe ont de tout temps excellé comme
les Phéniciens , dans l'art de faire des
Robbes de pourpre , des Toiles , des Tapis
, &c d'une fabrique particuliere &
très - eftimée par tout où ils portoient leur
commerce. M. Majus venant enfuite au
point principal , rapporte une quantité
de termes très-ufitez dans la Langue des
Maltois d'aujourd'hui , qu'il prétend avoir
une affinité manifefte avec la Lanque Punique
, fans oublier la maniere d'exprimer
, & de tracer les principaux nombres
qui eft , felon lui toute Phénicienne , ce
qui acheve de prouver l'origine du Peuple
dont nous parlons. Le Sçavant Auteur
a mis à la fin de fa Piece l'Oraifon
Dominicale en Langue Maltoife , & il
prétend que les termes & les differentes
"
expreffions
1802 MERCURE DE FRANCE
expreffions qu'on y trouve fentent routà
- fait la Langue Punique.
Quoique M. Majus femble avoir épuifé
fon fujet. On peut affurer qu'il n'a pas
tout dit & que la preuve la plus décifive
lui eft échappée il l'auroit trouvée
dans les Hiftoriens , qui à l'occafion de
la Tranflation de l'Ordre des Chevaliers
de S. Jean de Jerufalem , * à Malthe , ont
parlé hiftoriquement de cette Ifle.M.l'Abbé
de Vertot , Commandeur de Santeni
qui vient d'écrire avec tant de force &
de dignité , l'Hiftoire entiere de cet Ordre
, nous la fournit dans fon troifiéme
Tome, Liv. 9. pag. 522. de l'Edition in 12.
1727. Nous l'emprunterons de cet illuftre
Auteur , perfuadez qu'elle fera plaifir à
M. Majus , & qu'il nous en fçaura gré.
Dans le temps que les Chevaliers de S. Fean
s'en mirent en poffeffion , on y trouvoit encore
fur des morceaux de Marbre & des Colomnes
brifées , des Infcriptions en Langue
Punique. Les Romains , pendant les guerres
de Sicile, en chafferent les Carthaginois, & c.
hodierna Melitenfium fuperftitis orbi erudito
offert Jo. Henr. Majus Antiquit.
Græc. & OO. LL. Profeffor Gieffenfis ,
Marburgi Cattorum . Vol. in 8. 1718. C'està-
dire , Effay fur la Langue Punique qui
fubfifte encore aujourd'hui dans celle des Maltois
prefenté aux Sçavans , par Jean- Henry
Majus , Profeffeur des Antiquitez Grecques
&des Langues Orientales, à Gieſſen. 1. vol.
in 8. à Marpurg. 1718.
Pour prouver ce que M. Majus entreprend
de foutenir dans fa Differtation ,
il établit d'abord que le Peuple de l'Ifle
de Malthe , eft Phénicien d'origine. Les
Phéniciens , dit-il , du moins les Carthaginois
A O UST. 1730. 1801
ginois , leurs defcendans , y envoyerent
une Colonie à caufe de la commodité de
fa fituation entre l'Affrique & la Sicile ,
& de la fureté de fes Ports ; ils lui donnerent
le nom qu'elle porte encore aujourd'hui
, nom qui n'eft pas fans myftere
, & qui s'accorde parfaitement avec
tout ce qui convient à l'ancienne Malthe.
Cette origine eft d'ailleurs confirmée par
le culte commun que les Maltois , les Phé-
Iniciens & les Cartaginois ont rendu particulierement
à deux Divinitez , fçavoir ,
Junon & Hercules. De plus les Habitans
de Malthe ont de tout temps excellé comme
les Phéniciens , dans l'art de faire des
Robbes de pourpre , des Toiles , des Tapis
, &c d'une fabrique particuliere &
très - eftimée par tout où ils portoient leur
commerce. M. Majus venant enfuite au
point principal , rapporte une quantité
de termes très-ufitez dans la Langue des
Maltois d'aujourd'hui , qu'il prétend avoir
une affinité manifefte avec la Lanque Punique
, fans oublier la maniere d'exprimer
, & de tracer les principaux nombres
qui eft , felon lui toute Phénicienne , ce
qui acheve de prouver l'origine du Peuple
dont nous parlons. Le Sçavant Auteur
a mis à la fin de fa Piece l'Oraifon
Dominicale en Langue Maltoife , & il
prétend que les termes & les differentes
"
expreffions
1802 MERCURE DE FRANCE
expreffions qu'on y trouve fentent routà
- fait la Langue Punique.
Quoique M. Majus femble avoir épuifé
fon fujet. On peut affurer qu'il n'a pas
tout dit & que la preuve la plus décifive
lui eft échappée il l'auroit trouvée
dans les Hiftoriens , qui à l'occafion de
la Tranflation de l'Ordre des Chevaliers
de S. Jean de Jerufalem , * à Malthe , ont
parlé hiftoriquement de cette Ifle.M.l'Abbé
de Vertot , Commandeur de Santeni
qui vient d'écrire avec tant de force &
de dignité , l'Hiftoire entiere de cet Ordre
, nous la fournit dans fon troifiéme
Tome, Liv. 9. pag. 522. de l'Edition in 12.
1727. Nous l'emprunterons de cet illuftre
Auteur , perfuadez qu'elle fera plaifir à
M. Majus , & qu'il nous en fçaura gré.
Dans le temps que les Chevaliers de S. Fean
s'en mirent en poffeffion , on y trouvoit encore
fur des morceaux de Marbre & des Colomnes
brifées , des Infcriptions en Langue
Punique. Les Romains , pendant les guerres
de Sicile, en chafferent les Carthaginois, & c.
Fermer
Résumé : « SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
En 1718, Jean-Henry Majus, professeur des Antiquités Grecques et des Langues Orientales à Giessen, publie 'Specimen Lingue Punicae'. Cet ouvrage examine la persistance de la langue punique dans la langue maltaise contemporaine. Majus affirme que les Maltais sont d'origine phénicienne, les Carthaginois ayant fondé une colonie à Malte en raison de sa position stratégique entre l'Afrique et la Sicile. Cette origine est corroborée par le culte partagé de Junon et Hercule, ainsi que par l'expertise maltaise dans la fabrication de robes de pourpre, de toiles et de tapis, similaire à celle des Phéniciens. Majus identifie plusieurs termes maltais actuels qui montrent une affinité avec la langue punique, notamment dans l'expression et la notation des nombres. Il inclut l'Oraison Dominicale en maltais pour illustrer cette similitude linguistique. Cependant, le texte mentionne que Majus a omis de discuter des inscriptions puniques trouvées sur des morceaux de marbre et des colonnes brisées à Malte, preuves citées par des historiens comme l'Abbé de Vertot lors de la translation de l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 812-813
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Malte le 15 Mars.
Début :
Le Conseil de l'Ordre ayant reçû avis que six Vaisseaux d'Alger étoient mouillés aux Fogeri, [...]
Mots clefs :
Escadre, Malte, Algériens, Religion, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Malte le 15 Mars.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Malte
le 15 Mars.
E Conseil de l'Ordre ayant reçû avis que six
geri , dans le Golfe de Smirne pour y engager
des hommes , et que le G. S. avoit donné
<
1
deux
AVRIL. 1733. 813
deux Sultanes et un autre Vaisseau chargé de
poudre et d'autres munitions de Guerre avec lesquels
ils doivent repasser , a ordonné que les
quatre Vaisseaux que la Religion fait équiper ,
dont on doit augmenter l'armement de 400 .
hommes et de 32 Chevaliers , fussent prêts à
mettre incessamment à la voile pour aller à la
rencontre des Algériens du côté de Ponant , dans
les Croisières . Don André de Reggio , Chef
d'Escadre du Roi d'Espagne , qui a été envoyé
à Malte par S. M. Cat . avec deux Vaisseaux
dont l'un est de 60 Canons , et l'autre de so
pour joindre l'Escadre de la Religion , en attendant
que l'Espagne fournisse des forces plus considérables
, doit aller avec cette Escadre combattre
celle des Algériens
le 15 Mars.
E Conseil de l'Ordre ayant reçû avis que six
geri , dans le Golfe de Smirne pour y engager
des hommes , et que le G. S. avoit donné
<
1
deux
AVRIL. 1733. 813
deux Sultanes et un autre Vaisseau chargé de
poudre et d'autres munitions de Guerre avec lesquels
ils doivent repasser , a ordonné que les
quatre Vaisseaux que la Religion fait équiper ,
dont on doit augmenter l'armement de 400 .
hommes et de 32 Chevaliers , fussent prêts à
mettre incessamment à la voile pour aller à la
rencontre des Algériens du côté de Ponant , dans
les Croisières . Don André de Reggio , Chef
d'Escadre du Roi d'Espagne , qui a été envoyé
à Malte par S. M. Cat . avec deux Vaisseaux
dont l'un est de 60 Canons , et l'autre de so
pour joindre l'Escadre de la Religion , en attendant
que l'Espagne fournisse des forces plus considérables
, doit aller avec cette Escadre combattre
celle des Algériens
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Malte le 15 Mars.
Le 15 mars, le Conseil de l'Ordre de Malte a appris la présence de six galiotes algériennes dans le Golfe de Smirne. En réponse, quatre vaisseaux de l'Ordre, renforcés de 400 hommes et 32 chevaliers, ont été préparés pour les intercepter. De plus, Don André de Reggio, Chef d'Escadre du Roi d'Espagne, a été envoyé à Malte avec deux vaisseaux pour renforcer l'escadre et combattre la flotte algérienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 73-96
LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
Début :
Vous avez jugé, Monsieur, que dans les circonstances présentes où [...]
Mots clefs :
Topal Osman Pacha, Grand vizir, Arniaud, Pacha , Constantinople, Turcs, Malte, Capitaine, Empire, Fortune, Armée, Patron, Présents, Ordre, Esclavage, Sequins, Rançon, Esclave, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
LETTRE de M. D.L.C. à M. D.L.R.
sur quelques particularitez de la vie de
Topal Osman Pacha , cy-devant Grand
Visir de l'Empire Ottoman , et aujour
d'hui Séraskier de l'Armée Turque en
Perse . A Paris , ce 18 Janvier 1734.
V
Ous avez jugé , Monsieur , que
dans les circonstances présentes où
les affaires d'Asie ont plus de liaison que
jamais avec celles d'Europe , ce seroit
un objet interessant pour le Public , que
la
74 MERCURE DE FRANCE
la vie et les avantures de Topal Osman
qui jouë aujourd'hui un si grand rôle .
Je crois que l'Auteur de la Rela .
tion de la Révolution arrivée en 1730. à
Constantinople n'a pas abandonné le
dessein où je l'ai vu, d'écrire cette vie, véritablement
digne de la curiosité du Public
. Personne n'est plus capable que lui
de bien exécuter ce projet; et s'il est aussi
bien servi par ceux qui sont à portée de
lui procurer des Mémoires , que je le
connois exact et ami de la verité ; nous
verrons dans un même Ouvrage la singularité
du Roman , unie à la plus scru
puleuse fidelité dans les faits historiques.
En attendant , je me fais un vrai plaisir
, Monsieur , de vous faire part de
quelques traits de la vie du Général
Turc dont je suis exactement informé . Le
Sr Arniaud , celui-la même qui racheta
Topal Osman d'esclavage à Malte , il y
a environ trente- cinq ans , vint en 1732 .
à Constantinople avec son fils ,saluer son
ancien Esclave , devenu Grand Visir.J'ai
entendu plus d'une fois raconter au pete
et au Fils ce qu'ils sçavoient de son histoire.
Le Fils a même bien voulu , à ma
priere , mettre par écrit ce qu'il a pû s'en
rappeller, et m'en laisser le Mémoire que
je
JANVIER. 1734. 75
je conserve , écrit de sa main. Ce qui suit
est tiré de ce Mémoire. J'y ai joint
quelques circonstances que je lui ai entendu
conter , ou à son Pere, et j'ai ajouté
les faits dont j'ai eu connoissance
pendant mon séjour à Constantinople ,
concernant l'arrivée du Sr Arniaud , son
Audiance du Visir , la déposition de ce
Ministre , &c. tous faits qui se sont passez
presque sous mes yeux ; mais dont
je ne garantis cependant pas la verité
quelque attention que j'aye eu à consulter
les témoins oculaires autant que je
l'ai pû , et à ne rapporter icy que ce que
je trouve sur un Journal , écrit dans le
temps.
Osman avoit reçu dans le Sérail du
Grand Seigneur l'éducation qui n'étoit
autrefois destinée qu'aux Enfans de Tribut
, ( a ) Chrétiens de naissance . Les
Turcs ont depuis brigué ces Places pour
leurs propres Enfans , ensorte qu'aujour
d'hui presque tous les Eleves du Sérail
sont de race Turque .
En 1698 ou 99. à l'âge de 25 ans ou
environ, Osman Aga sortit du Sérail, où il
exerçoit l'emploi de (b) Martolos Bachi.
( a ) Voyez Ricaut, Etat présent de l'Empire Ot
toman.
(b ) Intendant des Voitures.
7
N
6 MERCURE DE FRANCE
Il étoit porteur d'un Ordre du Grand Sergneur
, et chargé d'une commission pour
aller remettre quelques Beys du Čaire
dans la possession de leurs biens , dont
ils avoient été destituez pendant ces troubles
qui sont si fréquents en Egypte. I
prit sa route par terre jusqu'à Seyde , où
pour éviter la rencontre des Arabes qui
infestoient le Païs , il fut obligé de s'embarquer
sur une ( a ) Saïque , qui passoit
à Damiette . Dans ce, court trajet la Saïque
fut malheureusement rencontrée par
une Barque Espagnole , armée en course
à Maïorque. Quoique la partie ne fut pas
égale , le désir de conserver leurs biens
et leur liberté , fit faire les derniers ef
fort aux Passagers et à l'équipage ; ils se
deffendirent en désesperez ; l'abordage
fut sanglant. Osman s'y signala par cette
intrépidité dont il a depuis donné des
preuves en tant de rencontres ; si la valeur
de tous eut été égale à la sienne
peut-être eussent ils évité l'esclavage . Enfin
il fallut céder au nombre . Osman
Aga , percé de coups , blessé dangereusement
au bras et à la cuisse , fut pris les
armes à la main . Le Corsaire , dont le Bâtiment
avoit souffert dans le combat
( a ) Sorte de Bâtiment de Levant , propre an
ransport des Marchandises,
soit
JANVIER . 1734.
77
soit qu'il eut besoin de se raccommoder ,
ou pour quelque autre raison , relâcha à
Malte .
-
Les marques de valeur qu'Osman avoit
données dans l'action, ou plutôt la déposition
que firent sans doute les autres Passagers
,qu'il étoit chargé d'une commission
secrete du Grand Seigneur , et l'espérance
d'en tirer une grosse rançon , le firent distinguer
parmi ses compagnons d'infortune;
cependant il n'étoit pas hors de danger
de ses blessures quand il arriva à Malte ;
celle de la Cuisse étoit la plus considérable
; il en est resté estropié ; et c'est delà
que lui est demeuré le nom ou le Sobriquet
de ( a ) Topal , suivant l'usage commun
des Turcs .
*
>
Aussi- tôt que le Corsaire fut entré dans
le Port , le Sr Vincent Arniaud dit
' Hardy , natif de Marseille , qui étoit
alors Capitaine de Port à Malte , se transporta
à bord du Bâtiment , suivant le devoir
de sa Charge. Il y vit le malheureux
Aga enchaîné , qui lui fit une proposision
bien singuliere,
Fais une belle action , lui dit Topal ,
rachette - moi , tu n'y perdras rien. Arniaud
surpris de la proposition , deman .
da au Capitaine Corsaire ce qu'il pré-
( a ) Boiteux,
ten8
MERCURE DE FRANCE
tendoit pour la rançon de cet Esclave. Il:
me faut mille Sequins ( a ) , répondit le
Corsaire . Arniaud se retournant vers
Osman , lui dit : Je te vois pour la premiere
fois de ma vie , je ne te connois
point , et tu me proposes de donner sur ,
ta parole mille Sequins pour ta rançon .
Nous faisons l'un et l'autre ce qu'il nous
convient de faire, reprit Osman . Quant à
moi je suis dans les fers , il est naturel
que je mette tout en usage pour obtenir
ma liberté ; pour toi , tu es en droit de te
défier de ma bonne foy ; je n'ai aucune
sureté à te donner que ma parole , et tu.
n'as aucune raison d'y conter ; cependant
si tu veux en courir les risques , je te le
répete encore , tu ne t'en repentiras pas.
Soit que l'air d'assurance , ou que la
Phisionomie du jeune Turc prévint Arniaud
en sa faveur, soit que la singularité
de l'avanture éloignât les soupçons qu'il.
auroit pû concevoir , le Capitaine de
Port sortit avec des dispositions favora
bles pour Topal Osman , et , ce qui est
peut être encore plus extraordinaire , la
réfléxion ne les détruisit pas.
Arniaud alla rendre compte au grand
( a ) Ily a plusieurs sortes de Sequins en Levant,
qui valent depuis six jusqu'à onze francs de notre
Monnoye.
MaîJANVIER.
1734. 79
Maître Perellos de ce qui concernoit son
ministere , revint à bord et convint de
600(a )Sequins Vénitiens avec le Corsaire,
pour le prix de la rançon de son Esclave ;
son nouveau Maître le fit aussi - tôt transporter
sur une Barque Françoise, à lui ар-
partenante,où il lui envoya un Médecin ,
un Chirurgien et tous les secours neces
saires.Osman se vit bien tôt hors de danger.
Il proposa alors à son bienfaicteur
d'écrire en Levant pour se faire rembourser
de ce qu'il lui devoit. Mais comblé
des bienfaits de son nouveau Patron , il
ne crut pas abuser de sa générosité en lui
demandant une nouvelle grace . C'étoit de
le renvoyer sur sa parole et de s'en remettre
pour le tout entierement à sa
bonne foy.
Arniaud ne fut pas genereux à demi
et rencherit encore sur la demande de son
Esclave ; après lui avoir fait toutes sortes
de bons traitemens , il lui donna cette
même Barque , sur laquelle il l'avoit fait
transporter, pour en disposer à sa volonté,
et se faire conduire où bon lui sembleroit.
Osman arrivé à Malte Esclave , et racheté
le jour même , en partit huit jours
après sur un Bâtiment à ses ordres . Le
(a ) Le Sequin Vénitien vaut aujourd'hui environ
11 liv. quelques sols, Monnoye de France.
Pa80
MERCURE DE FRANCE
Pavillon François le mettoit à l'abri
des Corsaires . Il arriva heureusement
à Damiette d'où il remonta le Nil jusqu'au
Caire . Le lendemain de son arrivée
il fit compter mille Sequins au Capitaine
au
de la Barque pour être remis à son libérateur,
il y joignit deux Pelisses ( a) dè la valeur
de soo piastres , ( b ) dont il fit présent
au Capitaine . Il exécuta la commission
du Grand Seigneur , repartit pour
en aller rendre compte, arriva à Constantinople
et fut lui - même le porteur de la
nouvelle de son Esclavage.
pas
à
La reconnoissance d'Osman ne se borna
ses premiers mouvements : pendant
plusieurs années de séjour qu'il fit du
côré de Larta en Albanie où ses emplois
l'appellerent, il continua d'en donner des
preuves à son bienfaicteur , et entretint
avec lui un commerce non interrompu
de lettres et de présents.
On peut même dire que sa reconnoissance
s'étendit sur toute la Nation Françoise
; puisque depuis son avanture il n'a
laissé échaper aucune rencontre où il n'ait
donné à tous les François , qui ont eu affaire
à lui, des marques d'une bienveillance
particuliere .
( a ) Robes Fourrées .
( b ) La Piastre courante du Levant , vaut aujourd'hui
3 livres quelques sols Monnoye de France.
Les
JANVIER 1734 81
Les occasions avoient manqué jusqu'a
lors à Osman de se faire connoître et de
pousser sa fortune . La Guerre s'étant depuis
declarée entre les Venitiens et les
Turcs , le Grand Visir Aly Pacha , qui
méditoit l'invasion de la Morée , assembla
son Armée dans le voisinage de
l'Isthme de Corinthe , qui joint la Morée
au continent et le seul passage qui
puisse donner entrée par terre dans cette
presqu'Isle.
>
Tous les differents corps de Troupes
qui devoient composer l'Armée Ottomane
, se rendirent de toutes les Provinces
de l'Empire au lieu et au jour marqués
le seul Cara Mustapha Pacha ,. qui commandoit
un Corps de trois mille hommes
, arriva trois jours trop tard au rendez-
vous de l'Armée : il lui en couta la
vie , le Visir lui ayant fait trancher la
tête.
Sur ces entrefaites , Topal-Osman brulant
du désir de se signaler , vint se présenter
au Visir à la tête de mille hommes
qu'il avoit levez et pris à sa solde sans
avoir reçu aucun ordre; et le jour destiné
à l'attaque du défilé du Pas de Corinthe ,
il s'offrit de marcher le premier, et se
chargea de forcer le passage avec sa troupe
; son offre fut acceptée. Peut être la
E terreur
82 MERCURE DE FRANCE
terreur et la consternation generale qui
s'étoient répandues à l'approche d'une
Armée formidable , ne laisserent- t'elle pas à
Topal-Osman tout le merite d'une victoi
re achetée cherement ; quoiqu'il en soit,il
força le défilé , et emporta d'emblée la
Ville de Corinthe. Il reçut du Grand
Visir pour récompense les deux queues
de Pacha , et tous les Equipages de l'infortuné
Cara Mustapha.
Osman ne resta pas en si beau chemin,
et les occasions ne manquant plus à son
courage , il se distingua par
de nouveaux
exploits dont le détail nous meneroit
trop loin. L'année suivante , au Siége de
Corfou il servit en second, et fit les fonctions
de Licutenant General.
Ce fut alors qu'il fit voir que sa prudence
égaloit sa valeur ; le Siége ayant
été abandonné , Osman demeura trois
jours devant la Place depuis le départ du
General , pour favoriser la retraite des
Troupes Ottomanes ; il donna les ordres
necessaires avec toute la présence d'esprit
possible , et ne se retira qu'après avoir mis
l'Armée en sûreté.
Il étoit tems qu'un homme de cette
trempe commandât à son tour ; adoré
des troupes , la voix publique l'appelloit
au Generalat ; mais plus il se distinguoit
entre
JANVIER 89 173 4.
entre ses pareils , plus il faisoit de jaloux ,
qui bientôt étoient autant d'ennemis.
Tel est , à la honte de l'humanité et en
tout Pays , l'effet ordinaire d'un merite
superieur , mais dont les conséquences ne
sont nulle part si dangereuses qu'en Turquic.
C'est à ce tems vrai-semblablement que
doit se raporter un évenement de la vie
d'Osman qui pensa le perdre , et dont
je ne retrouve qu'une note ; je l'ai entendu
raconter au Sr Arniaud fils , avec plusieurs
circonstances qui me sont échapées
; mais il est obmis dans le Mémoire
qu'il m'a laissé qui fut fait avec précipitation
et presque au moment de son départ.
,
se
Topal - Osman par des raisons qui ne
pouvoient que lui faire honneur
broüilla avec un Pacha plus puissant que
lui , peut-être avec ce même General
qu'il avoit si utilement remplacé au Siége
de Corfou . Sa tête fut proscrite et ses
biens confisquez : il fallut céder à l'orage,
il se déroba par la fuite à la fureur de son
ennemi ; déguisé et inconnu , abandonné
des siens , il se rendit à Salonique , où il
demeura caché quelque tems . Delà sous
l'habit et l'apparence d'un simple ( a ).
( a ) Soldat de Marine Turc.
E ij
Léventi
84 MERCURE DE FRANCE
Léventi , Il s'embarqua sur une Galere et
passa à Constantinople. Pendant qu'il
agissoit sous main , sans oser paroître , es
qu'il employoit ses amis pour obtenir sa
grace , son ennemi fut déposé. C'étoit le
plus grand obstacle à la justification
d'Osman : elle fut éclatante et solemnelle.
Il fut renvoyé dans la possession de tous
ses biens , et ce fut à peu près dans ce
tems qu'il fut nommé Seraskier ου
Generalissime en Morée.
›
Tous les Consuls étant venus le saluer
en cette qualité , il donna à la Nation
Françoise les témoignages les plus marquez
de bienvaillance et de protection .
chargea les Consuls François d'écrire à
Malte au Capitaine Arniaud , pour lui
faire part de sa nouvelle dignité , et le
prier de lui envoyer un de ses fils , dont
il se voyoit en état de faire la fortune.
Un des fils d'Arniaud , celui - la même
qui a fourni ces Mémoires , se rendit
effectivement en Morée ; et pendant deux
ou trois ans qu'il demeura auprès du
Seraskier, celui - ci, tant par les dons qu'il
lui fit , que par les facilitez et les avanta
ges qu'il lui procura pour son commerce,
le mit effectivement à portée de faire des
gains considérables dont les occasions furent
négligées par le jeune homme , alors
plus
JANVIER.
1734 83
plus occupé de ses plaisirs que du soin de
sa fortune.
Topal-Osman croissant en dignitez à
mesure que son mérite devenoit plus
connu , fut fait Pacha à trois queües , et
nommé Beglier-Bey de Romelie , un des
deux plus grands Gouvernements de
l'Empire , lequel par sa proximité de la
Frontiere de Hongrie est un poste encore
plus important.
་
En 1727. le Capitaine Arniaud , âgé
de soixante et sept ans , passa avec son
fils à Salonique , et alla voir le Beglier
Bey à Nysse où il faisoit sa résidence . Ils
en reçurent l'accueil le plus favorable et
le plus tendre ; il déposa en leur présen ,
ce le faste de sa dignité , les embrassa
leur fit servir le Sorbet et le Parfum , et
les fit asseoir sur le Sopha , faveur singuliere
de la part d'un Pacha du premier
ordre , sur tout quand elle est accordée à
un Chrétien. Il les combla d'honneurs et
de présents , et leur voyage leur valut
plus de 15000 livres. En prenant congé
du Pacha , son ancien Patron lui dit qu'il
esperoit bien avant que de mourir l'aller
saluer à Constantinople en qualité de
Grand Visir ; c'étoit plutôt alors un
souhait qu'une espérance , l'évenement
en a fait une prédiction.
E iij
Le
36 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Visir Ibrahim Pacha après
avoir joüi douze ou treize ans tranquillement
d'une dignité jusques - là si orageuse,
périt cruellement comme tout le monde
sçait dans la Révolution de 1730. ( a )
En moins d'un an il eut trois successeurs.
Au mois de Septembre 1731 , Topal-
Osman fut appellé pour remplir à son
tour un poste dangereux par lui- même ,
et devenu plus délicat dans les circonstances
présentes . Il ignoroit encore quelle
place lui étoit destinée ; lorsqu'étant
en chemin pour se rendre à Constantinople
, il fit écrire à Malte par le Consul
Francois de Salonique et mander au Capitaine
Arniaud qu'il pouvoit lui et ses
enfans venir trouver Topal-Osman en
quelque lieu du monde que la fortune
l'appellât. Après son arrivée à Constantinople
il fit prier l'Ambassadeur de
France d'écrire de nouveau et d'inviter
son ancien Patron à le venir voir ; lui
recommandant de ne point perdre de
tems, parce qu'un Grand Visir pour l'ordinaire
ne demeuroit pas long- tems en
place.
Arniaud profita de l'avis ; il vint à
Constantinople avec son fils au mois de
( a ) Voyez le Supplement du Mercure d'Avri
1731
JanJANVIER.
1734 87
Janvier 1732. Aussi - tôt que le Visir fut
informé de leur arrivée , il leur envoya
un Officier de confiance , leur dire qu'il
leur donneroit Audiance le lendemain.
après midi. On pensoit qu'il les recevroit
en particulier , pour ne point commettre
sa dignité en faisant à des Chrétiens
un accueil qui pourroit indisposer les
Grands de la Porte , sur tout dans un
tems où la fermentation des esprits se
ressentoit encore des troubles de la derniere
Révolution. Les deux François se
rendirent le lendemain au Palais du Grand
Visir, à l'heure marquée, avec les présents
qu'ils lui avoient aportés de Malte, consistant
en plusieurs Caisses d'Oranges ,
Citrons , Bergamotes , &c. diverses sor
tes de Confitures , des Orangers chargez
de feuilles et de fleurs , des Serins dé
Canarie dont les Turcs sont fort curieux ,
et ce qui l'emportoit sur tout le reste ,
en douze Turcs rachetez de l'esclavage à
Malte.
Tous ces présents , par ordre du Visir ,
furent rangez et exposez à la vûë. Le
vieux Arniaud âgé de soixante et douze
ans , accompagné de son fils , fut introduit
devant le Grand Visir. Il les reçût
en présence des plus grands Officiers de
l'Empire , avec les témoignages de la plus
E iiij
tendre
38 MERCURE DE FRANCE
tendre affection . Vous voyez , dit - il , en
adressant la parole aux Turcs qui l'environnoient
, et leur montrant les Esclaves
rachetez, vous voyez vos freres qui jouissent
de la liberté après avoir langui dans
l'esclavage : ce François est leur libérareur
. J'ai été esclave comme eux
ajouta-t'il , j'étois chargé de chaînes
percé de coups , couvert de blessures ,
voilà celui qui m'a racheté , qui m'a sauvé
; voilà mon Patron : liberté , vie
fortune , je lui dois tout. Il a payé sans
e connoître mille Sequins pour ma rançon.
Il m'a renvoyé sur ma parole ; il m'a
donné un Vaisseau pour me conduire ou
je voudrois :où est,même le Musulman ,capable
d'une pareille action de génerosité?
Tous les assistants avoient les yeux tournez
sur le vieillard qui tenoit les mains
du Grand Visir embrassées .Tous les Officiers
de ce Ministre , tous les gens de sa
maison se disoient les uns aux autres
voilà l'Aga ( a ) le Patron du Visir; voilà
celui qui a racheté notre Maître.
Cinq ans auparavant Osman étant Pacha
de Nysse , n'avoit pas voulu permettre
que son ancien Patron lui baisât
la main. Devenu Grand- Visir , il souf-
( a ) Les Esclavos Tures appellens leur Maître
tum Aga.
frit
JANVIER 1734 89
frit cette marque de respect et de soumission
, et crut devoir en agir ainsi
sur tout en présence des Grands de l'Empire
, pour qui c'eût été une faveur ,
eux qui se trouvent honorez de baiser
le bas de la veste d'un Grand Visir , et
dont plusieurs même murmuroient en
secret de l'honneur que celui- cy faisoit
à de vils Ghiaours . (a)
,
Le Visir fit ensuite au Pere et au Fils
diverses questions sur l'état présent de leur
fortune et sur les pertes qu'ils avoien
essuyées dans leur commerce. Après avoir
écouté leurs réponses avec bonté , il répliqua
par une Sentence Arabe Allah-
Kerim , qui signifie à la lettre , Dleu est
liberal , et dans un sens plus étendu , la
Providence de Dieu est grande ; elle m'a
mis en état , ajoûta - t'il , d'adoucir votre
situation. Il fit ensuite devant eux la
destination de leurs présents , dont il
envoya sur le champ la plus grande partie
au Grand- Seigneur , à la Validé ¯ ( b)
et au Kislar- Agă, ( c)
Les deux François , comblez des cares-
(a) Ghiaours est un terme de mépris dont les
Tures se servent pour désigner ceux qui ne sont pas
Musulmans.
(b) Sultane Mere.
(c) Chef des Eunuques noirs.
E v se
90 MERCURE DE FRANCE
•
ses du Grand-Visir , prirent congé de lui.
Il avoit donné ordre de leur préparer
un Appartement dans son Palais ; il leur
fit quelques reproches en apprenant qu'ils
retournoient au Palais de France ; il chargea
l'Interprete de les recommander de
sa part à M. l'Ambassadeur , en le faisant
assurer qu'il lui auroit obligation
de tout ce qu'il feroit pour eux.
Il y a assurément de la grandeur d'ame
dans la peinture que Topal- Osman fit
de son Esclavage et dans l'aveu public
de son humiliation et des obligations
qu'il avoit à son Libérateur ; mais il faudroit
connoître le profond mépris et le
fond d'éloignement que les préjugez de
la Religion et de l'éducation inspirent
aux Turcs pour tout ce qui n'est point
Musulman , et en particulier pour les
Chrétiens , pour sentir toute la beauté
et la noblesse de cette action , qui se passa
aux yeux de toute sa Cour.
Le Fils du Visir reçut ensuite le Pere et le
Fils en particulier dans son Appartement,
où il ne garda aucunes mesures. Il les
embrassa l'un et l'autre, les traita avec la
même familiarité qu'avoit fait son Pere
étant Pacha de Nysse , et leur fit promettre
de le venir voir souvent.
Ils eurent peu de temps avant leur départ
JANVIER. 1734- 91
part une autre Audiance particuliere du
Visir , où ce Ministre n'ayant plus de
bienséance à observer , oublia son rang
pour ne plus se souvenir que de ce qu'il
devoit à son Bienfaicteur. Il lui avoit
déja fait rembourser liberalement la rançon
des douze Esclaves , et procuré le
payement d'une ancienne dette regardée
comme perdue. Il y ajoûta de nouveaux
présents en argent , et un Commandement
ou permission expresse pour faire
gratis à Salonique , un chargement de
bled , sur lequel il y avoit un profit à
faire d'autant plus considerable que ce
commerce étoit interdit aux Etrangers
depuis plusieurs années. Cette gratifica
tion montoit à plus de dix mille écus .
Le Visir , qui eût voulu mesurer sa libé
ralité sur sa reconnoissance , qui étoit'sans
bornes, leur fit entendre qu'il ne pouvoit
pas faire tout ce qu'il vouloit, et peut - être
n'en faisoit- il déja que trop aux yeux de
ceux qui ne jugent des actions d'un Ministre
que par leur interêt particulier.
Il fit ressouvenir Arniaud le fils de son
voyage en Morée , et du temps où il n'avoit
tenu qu'à lui de faire une grande
fortune par les occasions qu'il lui avoit
procurées. Il finit par leur dire qu'un
Pacha étoit le Maître dans son Gouverne
E vi
ment
92 MERCURE DE FRANCE
ment , mais qu'un Visir à Constantinople
avoit un plus grand Maître que lui .
Topal- Osman , par sa vigilance et sæ
fermeté, avoit remis l'abondance , le bon
ordre et la Police dans Constantinople ,
où depuis la Révolution jusqu'à son Ministere
, la licence et le desordre n'avoient
pû être réprimez , et où la disette
et la cherté des vivres étoient excessives.
Quoiqu'on lui ait reproché une trop
grande séverité, il est de fait qu'il n'a condamné
à mort même les plus vils et les plus
séditieux des mutins , que sur le Fetfa (a)
du Mufti. Peut-être dans les conjonctures
présentes un homme de ce caractére étoitil
nécessaire pour prévenir une nouvelle
révolte et rétablir la tranquillité publique;
ce qu'il y a de certain , et qui est bien à
son honneur , c'est qu'il fut regretté de
tous les gens de bien et des bons Citoyens,
lorsqu'il fut ôté de place au mois de
Mars 1732.
On ne sçut pas bien , du moins alors ,
les véritables motifs de sa déposition .
Un mois auparavant les bruits publics
l'avoient annoncée pour le temps précis
où elle arriva : elle avoit été précedée de
quelques jours par celle du Mufti , qui
(a) Sorte de consultation du Mufti , qui décide
suivant la Loy , de la peine duë au coupable.
avoit
JANVIER. 1734. 93
avoit opiné pour la Paix , ainsi que le
Visir dans le Conseil extraordinaire, tenu
depuis peu au sujet des affaires de Perse ;
l'un et l'autre avoient insisté fortement sur
la nécessité de ratifier le Traité conclu par
Achmet-Pacha , Gouverneur de Bagdad,
en vertu de son plein pouvoir. La déposition
de ces deux Ministres fut regardée
, avec raison , comme un mistere de
politique ; car il faut avouer que tout
ce qu'on en dit dans le temps ne passoit
pas la conjecture.
Topal - Osman , qui avoit dès longtemps
prévû ce revers , le soutint avec
la plus parfaite tranquillité. En sortant
du Serrail , après avoir remis le Sceau de
l'Empire , il trouva toutes ses Créatures
et tous les Gens de sa Maison abatus et
consternez : de quoi vous affligez - vous ,
leur dit - il , ne vous ai-je pas dit qu'un
Visir ne restoit pas long- temps en place ?
Toute mon inquiétude étoit de sçavoir
comment j'en sortirois ; grace à Dieu on
n'a rien à me reprocher ; le Sultan est satisfait
de mes services ; je pars tranquille.
et content.
Il donna ensuite ses ordres pour un
Sacrifice (a) d'actions de graces , distri-
(a) Cette coûtume est pratiquée parmi les Turcs
en certaines occasions , comme pour obtenir un heureux
succès , &c.
94 MERCURE DE FRANCE
bua de l'argent à ses Domestiques et leur
ordonna de se réjouir . Il se ressouvint
aussi dans ce moment de son Bienfaicteur
, en prévoyant le chagrin que cet
évenement lui causeroit. Qu'on lui dise
qu'il se console , ajoûta- t'il , je ne désespere
pas de le revoir encore , dites lui
qu'il me retrouvera toujours; qu'on écrive
à Salonique, que l'on soit exact à lui donner
la quantité de bled que j'ai ordonné ;
si j'apprends qu'il en manque une mesure
, je ferai voir que je ne suis pas mort. Il
donna quelques autres ordres concernant
ses affaires domestiques et partit pour Trébisonde
, dont il avoit été nommé Pacha.
Si la reconnoissance , toute naturelle
qu'elle est aux coeurs genereux, passe pour
une vertu rare sur tout chez les Grands , il
faut convenir qu'elle reçoit ici un nouvel
éclat par la circonstance et le moment
où Topal - Osman rappella le souvenir de
son Bienfaicteur.
Jamais déposition de Visir n'eut moins
Fair d'une disgrace ; il n'y a point d'exemple
qu'un Ministre disgracié ait été
traité avec autant d'égards et de distinction.
Le Grand- Seigneur lui fit dire de
laisser son fils à Constantinople et qu'il
en prendroit soin ; et quatre jours après
ce même fils eut l'honneur de présenter
JANVIER 1734 99
à Sa Hautesse le présent qui lui avoit été
destiné par son Pere , pour le jour de Bayram.
(a) Il consistoit en un Harnois de
Cheval, enrichi de Pierreries , estimé 50000
Piastres ; c'est ce que Topal Osman avoit
en partant expressément recommandé à
son fils ; quoique , n'étant plus en place ,
il eût pû se dispenser de faire le présent
qu'il avoit fait préparer en qualité
de Grand- Visir.
•
Peu de jours après il reçut sur sa route
de nouveaux ordres pour aller commander
en Perse , à la Place d'Ali Pacha´, qui
venoit d'être nommé Grand- Visir à la
sienne. Osman alla tranquillement relever
son Successeur au Visiriat , dans
le poste de Séraskier , où il a rendu depuis
deux ans à sa Patrie des services
peut- être plus importants qu'il n'auroit
pû faire , s'il fût demeuré Grand - Visir ,
puisque non-seulement il a trouvé le secret
de soutenir une guerre difficile dans
un Pays désert et ruiné , à quatre cent
lieues de la Capitale , le plus souvent dénué
des secours d'argent , d'hommes , de
vivres et de munitions ; mais encore qu'il
a remporté une victoire complette (b)
(a ) Fête solemnelle des Turcs , pendant laquelle
ils se font des présens .
(b) Le 19. Juillet 1733 •
en
96 MERCURE DE FRANCE
en bataille rangée sur un Ennemi ( a) digne
de lui , battu les Persans en trois rencontres
, (b) et humilié l'orgueil de leur
fier General .
sur quelques particularitez de la vie de
Topal Osman Pacha , cy-devant Grand
Visir de l'Empire Ottoman , et aujour
d'hui Séraskier de l'Armée Turque en
Perse . A Paris , ce 18 Janvier 1734.
V
Ous avez jugé , Monsieur , que
dans les circonstances présentes où
les affaires d'Asie ont plus de liaison que
jamais avec celles d'Europe , ce seroit
un objet interessant pour le Public , que
la
74 MERCURE DE FRANCE
la vie et les avantures de Topal Osman
qui jouë aujourd'hui un si grand rôle .
Je crois que l'Auteur de la Rela .
tion de la Révolution arrivée en 1730. à
Constantinople n'a pas abandonné le
dessein où je l'ai vu, d'écrire cette vie, véritablement
digne de la curiosité du Public
. Personne n'est plus capable que lui
de bien exécuter ce projet; et s'il est aussi
bien servi par ceux qui sont à portée de
lui procurer des Mémoires , que je le
connois exact et ami de la verité ; nous
verrons dans un même Ouvrage la singularité
du Roman , unie à la plus scru
puleuse fidelité dans les faits historiques.
En attendant , je me fais un vrai plaisir
, Monsieur , de vous faire part de
quelques traits de la vie du Général
Turc dont je suis exactement informé . Le
Sr Arniaud , celui-la même qui racheta
Topal Osman d'esclavage à Malte , il y
a environ trente- cinq ans , vint en 1732 .
à Constantinople avec son fils ,saluer son
ancien Esclave , devenu Grand Visir.J'ai
entendu plus d'une fois raconter au pete
et au Fils ce qu'ils sçavoient de son histoire.
Le Fils a même bien voulu , à ma
priere , mettre par écrit ce qu'il a pû s'en
rappeller, et m'en laisser le Mémoire que
je
JANVIER. 1734. 75
je conserve , écrit de sa main. Ce qui suit
est tiré de ce Mémoire. J'y ai joint
quelques circonstances que je lui ai entendu
conter , ou à son Pere, et j'ai ajouté
les faits dont j'ai eu connoissance
pendant mon séjour à Constantinople ,
concernant l'arrivée du Sr Arniaud , son
Audiance du Visir , la déposition de ce
Ministre , &c. tous faits qui se sont passez
presque sous mes yeux ; mais dont
je ne garantis cependant pas la verité
quelque attention que j'aye eu à consulter
les témoins oculaires autant que je
l'ai pû , et à ne rapporter icy que ce que
je trouve sur un Journal , écrit dans le
temps.
Osman avoit reçu dans le Sérail du
Grand Seigneur l'éducation qui n'étoit
autrefois destinée qu'aux Enfans de Tribut
, ( a ) Chrétiens de naissance . Les
Turcs ont depuis brigué ces Places pour
leurs propres Enfans , ensorte qu'aujour
d'hui presque tous les Eleves du Sérail
sont de race Turque .
En 1698 ou 99. à l'âge de 25 ans ou
environ, Osman Aga sortit du Sérail, où il
exerçoit l'emploi de (b) Martolos Bachi.
( a ) Voyez Ricaut, Etat présent de l'Empire Ot
toman.
(b ) Intendant des Voitures.
7
N
6 MERCURE DE FRANCE
Il étoit porteur d'un Ordre du Grand Sergneur
, et chargé d'une commission pour
aller remettre quelques Beys du Čaire
dans la possession de leurs biens , dont
ils avoient été destituez pendant ces troubles
qui sont si fréquents en Egypte. I
prit sa route par terre jusqu'à Seyde , où
pour éviter la rencontre des Arabes qui
infestoient le Païs , il fut obligé de s'embarquer
sur une ( a ) Saïque , qui passoit
à Damiette . Dans ce, court trajet la Saïque
fut malheureusement rencontrée par
une Barque Espagnole , armée en course
à Maïorque. Quoique la partie ne fut pas
égale , le désir de conserver leurs biens
et leur liberté , fit faire les derniers ef
fort aux Passagers et à l'équipage ; ils se
deffendirent en désesperez ; l'abordage
fut sanglant. Osman s'y signala par cette
intrépidité dont il a depuis donné des
preuves en tant de rencontres ; si la valeur
de tous eut été égale à la sienne
peut-être eussent ils évité l'esclavage . Enfin
il fallut céder au nombre . Osman
Aga , percé de coups , blessé dangereusement
au bras et à la cuisse , fut pris les
armes à la main . Le Corsaire , dont le Bâtiment
avoit souffert dans le combat
( a ) Sorte de Bâtiment de Levant , propre an
ransport des Marchandises,
soit
JANVIER . 1734.
77
soit qu'il eut besoin de se raccommoder ,
ou pour quelque autre raison , relâcha à
Malte .
-
Les marques de valeur qu'Osman avoit
données dans l'action, ou plutôt la déposition
que firent sans doute les autres Passagers
,qu'il étoit chargé d'une commission
secrete du Grand Seigneur , et l'espérance
d'en tirer une grosse rançon , le firent distinguer
parmi ses compagnons d'infortune;
cependant il n'étoit pas hors de danger
de ses blessures quand il arriva à Malte ;
celle de la Cuisse étoit la plus considérable
; il en est resté estropié ; et c'est delà
que lui est demeuré le nom ou le Sobriquet
de ( a ) Topal , suivant l'usage commun
des Turcs .
*
>
Aussi- tôt que le Corsaire fut entré dans
le Port , le Sr Vincent Arniaud dit
' Hardy , natif de Marseille , qui étoit
alors Capitaine de Port à Malte , se transporta
à bord du Bâtiment , suivant le devoir
de sa Charge. Il y vit le malheureux
Aga enchaîné , qui lui fit une proposision
bien singuliere,
Fais une belle action , lui dit Topal ,
rachette - moi , tu n'y perdras rien. Arniaud
surpris de la proposition , deman .
da au Capitaine Corsaire ce qu'il pré-
( a ) Boiteux,
ten8
MERCURE DE FRANCE
tendoit pour la rançon de cet Esclave. Il:
me faut mille Sequins ( a ) , répondit le
Corsaire . Arniaud se retournant vers
Osman , lui dit : Je te vois pour la premiere
fois de ma vie , je ne te connois
point , et tu me proposes de donner sur ,
ta parole mille Sequins pour ta rançon .
Nous faisons l'un et l'autre ce qu'il nous
convient de faire, reprit Osman . Quant à
moi je suis dans les fers , il est naturel
que je mette tout en usage pour obtenir
ma liberté ; pour toi , tu es en droit de te
défier de ma bonne foy ; je n'ai aucune
sureté à te donner que ma parole , et tu.
n'as aucune raison d'y conter ; cependant
si tu veux en courir les risques , je te le
répete encore , tu ne t'en repentiras pas.
Soit que l'air d'assurance , ou que la
Phisionomie du jeune Turc prévint Arniaud
en sa faveur, soit que la singularité
de l'avanture éloignât les soupçons qu'il.
auroit pû concevoir , le Capitaine de
Port sortit avec des dispositions favora
bles pour Topal Osman , et , ce qui est
peut être encore plus extraordinaire , la
réfléxion ne les détruisit pas.
Arniaud alla rendre compte au grand
( a ) Ily a plusieurs sortes de Sequins en Levant,
qui valent depuis six jusqu'à onze francs de notre
Monnoye.
MaîJANVIER.
1734. 79
Maître Perellos de ce qui concernoit son
ministere , revint à bord et convint de
600(a )Sequins Vénitiens avec le Corsaire,
pour le prix de la rançon de son Esclave ;
son nouveau Maître le fit aussi - tôt transporter
sur une Barque Françoise, à lui ар-
partenante,où il lui envoya un Médecin ,
un Chirurgien et tous les secours neces
saires.Osman se vit bien tôt hors de danger.
Il proposa alors à son bienfaicteur
d'écrire en Levant pour se faire rembourser
de ce qu'il lui devoit. Mais comblé
des bienfaits de son nouveau Patron , il
ne crut pas abuser de sa générosité en lui
demandant une nouvelle grace . C'étoit de
le renvoyer sur sa parole et de s'en remettre
pour le tout entierement à sa
bonne foy.
Arniaud ne fut pas genereux à demi
et rencherit encore sur la demande de son
Esclave ; après lui avoir fait toutes sortes
de bons traitemens , il lui donna cette
même Barque , sur laquelle il l'avoit fait
transporter, pour en disposer à sa volonté,
et se faire conduire où bon lui sembleroit.
Osman arrivé à Malte Esclave , et racheté
le jour même , en partit huit jours
après sur un Bâtiment à ses ordres . Le
(a ) Le Sequin Vénitien vaut aujourd'hui environ
11 liv. quelques sols, Monnoye de France.
Pa80
MERCURE DE FRANCE
Pavillon François le mettoit à l'abri
des Corsaires . Il arriva heureusement
à Damiette d'où il remonta le Nil jusqu'au
Caire . Le lendemain de son arrivée
il fit compter mille Sequins au Capitaine
au
de la Barque pour être remis à son libérateur,
il y joignit deux Pelisses ( a) dè la valeur
de soo piastres , ( b ) dont il fit présent
au Capitaine . Il exécuta la commission
du Grand Seigneur , repartit pour
en aller rendre compte, arriva à Constantinople
et fut lui - même le porteur de la
nouvelle de son Esclavage.
pas
à
La reconnoissance d'Osman ne se borna
ses premiers mouvements : pendant
plusieurs années de séjour qu'il fit du
côré de Larta en Albanie où ses emplois
l'appellerent, il continua d'en donner des
preuves à son bienfaicteur , et entretint
avec lui un commerce non interrompu
de lettres et de présents.
On peut même dire que sa reconnoissance
s'étendit sur toute la Nation Françoise
; puisque depuis son avanture il n'a
laissé échaper aucune rencontre où il n'ait
donné à tous les François , qui ont eu affaire
à lui, des marques d'une bienveillance
particuliere .
( a ) Robes Fourrées .
( b ) La Piastre courante du Levant , vaut aujourd'hui
3 livres quelques sols Monnoye de France.
Les
JANVIER 1734 81
Les occasions avoient manqué jusqu'a
lors à Osman de se faire connoître et de
pousser sa fortune . La Guerre s'étant depuis
declarée entre les Venitiens et les
Turcs , le Grand Visir Aly Pacha , qui
méditoit l'invasion de la Morée , assembla
son Armée dans le voisinage de
l'Isthme de Corinthe , qui joint la Morée
au continent et le seul passage qui
puisse donner entrée par terre dans cette
presqu'Isle.
>
Tous les differents corps de Troupes
qui devoient composer l'Armée Ottomane
, se rendirent de toutes les Provinces
de l'Empire au lieu et au jour marqués
le seul Cara Mustapha Pacha ,. qui commandoit
un Corps de trois mille hommes
, arriva trois jours trop tard au rendez-
vous de l'Armée : il lui en couta la
vie , le Visir lui ayant fait trancher la
tête.
Sur ces entrefaites , Topal-Osman brulant
du désir de se signaler , vint se présenter
au Visir à la tête de mille hommes
qu'il avoit levez et pris à sa solde sans
avoir reçu aucun ordre; et le jour destiné
à l'attaque du défilé du Pas de Corinthe ,
il s'offrit de marcher le premier, et se
chargea de forcer le passage avec sa troupe
; son offre fut acceptée. Peut être la
E terreur
82 MERCURE DE FRANCE
terreur et la consternation generale qui
s'étoient répandues à l'approche d'une
Armée formidable , ne laisserent- t'elle pas à
Topal-Osman tout le merite d'une victoi
re achetée cherement ; quoiqu'il en soit,il
força le défilé , et emporta d'emblée la
Ville de Corinthe. Il reçut du Grand
Visir pour récompense les deux queues
de Pacha , et tous les Equipages de l'infortuné
Cara Mustapha.
Osman ne resta pas en si beau chemin,
et les occasions ne manquant plus à son
courage , il se distingua par
de nouveaux
exploits dont le détail nous meneroit
trop loin. L'année suivante , au Siége de
Corfou il servit en second, et fit les fonctions
de Licutenant General.
Ce fut alors qu'il fit voir que sa prudence
égaloit sa valeur ; le Siége ayant
été abandonné , Osman demeura trois
jours devant la Place depuis le départ du
General , pour favoriser la retraite des
Troupes Ottomanes ; il donna les ordres
necessaires avec toute la présence d'esprit
possible , et ne se retira qu'après avoir mis
l'Armée en sûreté.
Il étoit tems qu'un homme de cette
trempe commandât à son tour ; adoré
des troupes , la voix publique l'appelloit
au Generalat ; mais plus il se distinguoit
entre
JANVIER 89 173 4.
entre ses pareils , plus il faisoit de jaloux ,
qui bientôt étoient autant d'ennemis.
Tel est , à la honte de l'humanité et en
tout Pays , l'effet ordinaire d'un merite
superieur , mais dont les conséquences ne
sont nulle part si dangereuses qu'en Turquic.
C'est à ce tems vrai-semblablement que
doit se raporter un évenement de la vie
d'Osman qui pensa le perdre , et dont
je ne retrouve qu'une note ; je l'ai entendu
raconter au Sr Arniaud fils , avec plusieurs
circonstances qui me sont échapées
; mais il est obmis dans le Mémoire
qu'il m'a laissé qui fut fait avec précipitation
et presque au moment de son départ.
,
se
Topal - Osman par des raisons qui ne
pouvoient que lui faire honneur
broüilla avec un Pacha plus puissant que
lui , peut-être avec ce même General
qu'il avoit si utilement remplacé au Siége
de Corfou . Sa tête fut proscrite et ses
biens confisquez : il fallut céder à l'orage,
il se déroba par la fuite à la fureur de son
ennemi ; déguisé et inconnu , abandonné
des siens , il se rendit à Salonique , où il
demeura caché quelque tems . Delà sous
l'habit et l'apparence d'un simple ( a ).
( a ) Soldat de Marine Turc.
E ij
Léventi
84 MERCURE DE FRANCE
Léventi , Il s'embarqua sur une Galere et
passa à Constantinople. Pendant qu'il
agissoit sous main , sans oser paroître , es
qu'il employoit ses amis pour obtenir sa
grace , son ennemi fut déposé. C'étoit le
plus grand obstacle à la justification
d'Osman : elle fut éclatante et solemnelle.
Il fut renvoyé dans la possession de tous
ses biens , et ce fut à peu près dans ce
tems qu'il fut nommé Seraskier ου
Generalissime en Morée.
›
Tous les Consuls étant venus le saluer
en cette qualité , il donna à la Nation
Françoise les témoignages les plus marquez
de bienvaillance et de protection .
chargea les Consuls François d'écrire à
Malte au Capitaine Arniaud , pour lui
faire part de sa nouvelle dignité , et le
prier de lui envoyer un de ses fils , dont
il se voyoit en état de faire la fortune.
Un des fils d'Arniaud , celui - la même
qui a fourni ces Mémoires , se rendit
effectivement en Morée ; et pendant deux
ou trois ans qu'il demeura auprès du
Seraskier, celui - ci, tant par les dons qu'il
lui fit , que par les facilitez et les avanta
ges qu'il lui procura pour son commerce,
le mit effectivement à portée de faire des
gains considérables dont les occasions furent
négligées par le jeune homme , alors
plus
JANVIER.
1734 83
plus occupé de ses plaisirs que du soin de
sa fortune.
Topal-Osman croissant en dignitez à
mesure que son mérite devenoit plus
connu , fut fait Pacha à trois queües , et
nommé Beglier-Bey de Romelie , un des
deux plus grands Gouvernements de
l'Empire , lequel par sa proximité de la
Frontiere de Hongrie est un poste encore
plus important.
་
En 1727. le Capitaine Arniaud , âgé
de soixante et sept ans , passa avec son
fils à Salonique , et alla voir le Beglier
Bey à Nysse où il faisoit sa résidence . Ils
en reçurent l'accueil le plus favorable et
le plus tendre ; il déposa en leur présen ,
ce le faste de sa dignité , les embrassa
leur fit servir le Sorbet et le Parfum , et
les fit asseoir sur le Sopha , faveur singuliere
de la part d'un Pacha du premier
ordre , sur tout quand elle est accordée à
un Chrétien. Il les combla d'honneurs et
de présents , et leur voyage leur valut
plus de 15000 livres. En prenant congé
du Pacha , son ancien Patron lui dit qu'il
esperoit bien avant que de mourir l'aller
saluer à Constantinople en qualité de
Grand Visir ; c'étoit plutôt alors un
souhait qu'une espérance , l'évenement
en a fait une prédiction.
E iij
Le
36 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Visir Ibrahim Pacha après
avoir joüi douze ou treize ans tranquillement
d'une dignité jusques - là si orageuse,
périt cruellement comme tout le monde
sçait dans la Révolution de 1730. ( a )
En moins d'un an il eut trois successeurs.
Au mois de Septembre 1731 , Topal-
Osman fut appellé pour remplir à son
tour un poste dangereux par lui- même ,
et devenu plus délicat dans les circonstances
présentes . Il ignoroit encore quelle
place lui étoit destinée ; lorsqu'étant
en chemin pour se rendre à Constantinople
, il fit écrire à Malte par le Consul
Francois de Salonique et mander au Capitaine
Arniaud qu'il pouvoit lui et ses
enfans venir trouver Topal-Osman en
quelque lieu du monde que la fortune
l'appellât. Après son arrivée à Constantinople
il fit prier l'Ambassadeur de
France d'écrire de nouveau et d'inviter
son ancien Patron à le venir voir ; lui
recommandant de ne point perdre de
tems, parce qu'un Grand Visir pour l'ordinaire
ne demeuroit pas long- tems en
place.
Arniaud profita de l'avis ; il vint à
Constantinople avec son fils au mois de
( a ) Voyez le Supplement du Mercure d'Avri
1731
JanJANVIER.
1734 87
Janvier 1732. Aussi - tôt que le Visir fut
informé de leur arrivée , il leur envoya
un Officier de confiance , leur dire qu'il
leur donneroit Audiance le lendemain.
après midi. On pensoit qu'il les recevroit
en particulier , pour ne point commettre
sa dignité en faisant à des Chrétiens
un accueil qui pourroit indisposer les
Grands de la Porte , sur tout dans un
tems où la fermentation des esprits se
ressentoit encore des troubles de la derniere
Révolution. Les deux François se
rendirent le lendemain au Palais du Grand
Visir, à l'heure marquée, avec les présents
qu'ils lui avoient aportés de Malte, consistant
en plusieurs Caisses d'Oranges ,
Citrons , Bergamotes , &c. diverses sor
tes de Confitures , des Orangers chargez
de feuilles et de fleurs , des Serins dé
Canarie dont les Turcs sont fort curieux ,
et ce qui l'emportoit sur tout le reste ,
en douze Turcs rachetez de l'esclavage à
Malte.
Tous ces présents , par ordre du Visir ,
furent rangez et exposez à la vûë. Le
vieux Arniaud âgé de soixante et douze
ans , accompagné de son fils , fut introduit
devant le Grand Visir. Il les reçût
en présence des plus grands Officiers de
l'Empire , avec les témoignages de la plus
E iiij
tendre
38 MERCURE DE FRANCE
tendre affection . Vous voyez , dit - il , en
adressant la parole aux Turcs qui l'environnoient
, et leur montrant les Esclaves
rachetez, vous voyez vos freres qui jouissent
de la liberté après avoir langui dans
l'esclavage : ce François est leur libérareur
. J'ai été esclave comme eux
ajouta-t'il , j'étois chargé de chaînes
percé de coups , couvert de blessures ,
voilà celui qui m'a racheté , qui m'a sauvé
; voilà mon Patron : liberté , vie
fortune , je lui dois tout. Il a payé sans
e connoître mille Sequins pour ma rançon.
Il m'a renvoyé sur ma parole ; il m'a
donné un Vaisseau pour me conduire ou
je voudrois :où est,même le Musulman ,capable
d'une pareille action de génerosité?
Tous les assistants avoient les yeux tournez
sur le vieillard qui tenoit les mains
du Grand Visir embrassées .Tous les Officiers
de ce Ministre , tous les gens de sa
maison se disoient les uns aux autres
voilà l'Aga ( a ) le Patron du Visir; voilà
celui qui a racheté notre Maître.
Cinq ans auparavant Osman étant Pacha
de Nysse , n'avoit pas voulu permettre
que son ancien Patron lui baisât
la main. Devenu Grand- Visir , il souf-
( a ) Les Esclavos Tures appellens leur Maître
tum Aga.
frit
JANVIER 1734 89
frit cette marque de respect et de soumission
, et crut devoir en agir ainsi
sur tout en présence des Grands de l'Empire
, pour qui c'eût été une faveur ,
eux qui se trouvent honorez de baiser
le bas de la veste d'un Grand Visir , et
dont plusieurs même murmuroient en
secret de l'honneur que celui- cy faisoit
à de vils Ghiaours . (a)
,
Le Visir fit ensuite au Pere et au Fils
diverses questions sur l'état présent de leur
fortune et sur les pertes qu'ils avoien
essuyées dans leur commerce. Après avoir
écouté leurs réponses avec bonté , il répliqua
par une Sentence Arabe Allah-
Kerim , qui signifie à la lettre , Dleu est
liberal , et dans un sens plus étendu , la
Providence de Dieu est grande ; elle m'a
mis en état , ajoûta - t'il , d'adoucir votre
situation. Il fit ensuite devant eux la
destination de leurs présents , dont il
envoya sur le champ la plus grande partie
au Grand- Seigneur , à la Validé ¯ ( b)
et au Kislar- Agă, ( c)
Les deux François , comblez des cares-
(a) Ghiaours est un terme de mépris dont les
Tures se servent pour désigner ceux qui ne sont pas
Musulmans.
(b) Sultane Mere.
(c) Chef des Eunuques noirs.
E v se
90 MERCURE DE FRANCE
•
ses du Grand-Visir , prirent congé de lui.
Il avoit donné ordre de leur préparer
un Appartement dans son Palais ; il leur
fit quelques reproches en apprenant qu'ils
retournoient au Palais de France ; il chargea
l'Interprete de les recommander de
sa part à M. l'Ambassadeur , en le faisant
assurer qu'il lui auroit obligation
de tout ce qu'il feroit pour eux.
Il y a assurément de la grandeur d'ame
dans la peinture que Topal- Osman fit
de son Esclavage et dans l'aveu public
de son humiliation et des obligations
qu'il avoit à son Libérateur ; mais il faudroit
connoître le profond mépris et le
fond d'éloignement que les préjugez de
la Religion et de l'éducation inspirent
aux Turcs pour tout ce qui n'est point
Musulman , et en particulier pour les
Chrétiens , pour sentir toute la beauté
et la noblesse de cette action , qui se passa
aux yeux de toute sa Cour.
Le Fils du Visir reçut ensuite le Pere et le
Fils en particulier dans son Appartement,
où il ne garda aucunes mesures. Il les
embrassa l'un et l'autre, les traita avec la
même familiarité qu'avoit fait son Pere
étant Pacha de Nysse , et leur fit promettre
de le venir voir souvent.
Ils eurent peu de temps avant leur départ
JANVIER. 1734- 91
part une autre Audiance particuliere du
Visir , où ce Ministre n'ayant plus de
bienséance à observer , oublia son rang
pour ne plus se souvenir que de ce qu'il
devoit à son Bienfaicteur. Il lui avoit
déja fait rembourser liberalement la rançon
des douze Esclaves , et procuré le
payement d'une ancienne dette regardée
comme perdue. Il y ajoûta de nouveaux
présents en argent , et un Commandement
ou permission expresse pour faire
gratis à Salonique , un chargement de
bled , sur lequel il y avoit un profit à
faire d'autant plus considerable que ce
commerce étoit interdit aux Etrangers
depuis plusieurs années. Cette gratifica
tion montoit à plus de dix mille écus .
Le Visir , qui eût voulu mesurer sa libé
ralité sur sa reconnoissance , qui étoit'sans
bornes, leur fit entendre qu'il ne pouvoit
pas faire tout ce qu'il vouloit, et peut - être
n'en faisoit- il déja que trop aux yeux de
ceux qui ne jugent des actions d'un Ministre
que par leur interêt particulier.
Il fit ressouvenir Arniaud le fils de son
voyage en Morée , et du temps où il n'avoit
tenu qu'à lui de faire une grande
fortune par les occasions qu'il lui avoit
procurées. Il finit par leur dire qu'un
Pacha étoit le Maître dans son Gouverne
E vi
ment
92 MERCURE DE FRANCE
ment , mais qu'un Visir à Constantinople
avoit un plus grand Maître que lui .
Topal- Osman , par sa vigilance et sæ
fermeté, avoit remis l'abondance , le bon
ordre et la Police dans Constantinople ,
où depuis la Révolution jusqu'à son Ministere
, la licence et le desordre n'avoient
pû être réprimez , et où la disette
et la cherté des vivres étoient excessives.
Quoiqu'on lui ait reproché une trop
grande séverité, il est de fait qu'il n'a condamné
à mort même les plus vils et les plus
séditieux des mutins , que sur le Fetfa (a)
du Mufti. Peut-être dans les conjonctures
présentes un homme de ce caractére étoitil
nécessaire pour prévenir une nouvelle
révolte et rétablir la tranquillité publique;
ce qu'il y a de certain , et qui est bien à
son honneur , c'est qu'il fut regretté de
tous les gens de bien et des bons Citoyens,
lorsqu'il fut ôté de place au mois de
Mars 1732.
On ne sçut pas bien , du moins alors ,
les véritables motifs de sa déposition .
Un mois auparavant les bruits publics
l'avoient annoncée pour le temps précis
où elle arriva : elle avoit été précedée de
quelques jours par celle du Mufti , qui
(a) Sorte de consultation du Mufti , qui décide
suivant la Loy , de la peine duë au coupable.
avoit
JANVIER. 1734. 93
avoit opiné pour la Paix , ainsi que le
Visir dans le Conseil extraordinaire, tenu
depuis peu au sujet des affaires de Perse ;
l'un et l'autre avoient insisté fortement sur
la nécessité de ratifier le Traité conclu par
Achmet-Pacha , Gouverneur de Bagdad,
en vertu de son plein pouvoir. La déposition
de ces deux Ministres fut regardée
, avec raison , comme un mistere de
politique ; car il faut avouer que tout
ce qu'on en dit dans le temps ne passoit
pas la conjecture.
Topal - Osman , qui avoit dès longtemps
prévû ce revers , le soutint avec
la plus parfaite tranquillité. En sortant
du Serrail , après avoir remis le Sceau de
l'Empire , il trouva toutes ses Créatures
et tous les Gens de sa Maison abatus et
consternez : de quoi vous affligez - vous ,
leur dit - il , ne vous ai-je pas dit qu'un
Visir ne restoit pas long- temps en place ?
Toute mon inquiétude étoit de sçavoir
comment j'en sortirois ; grace à Dieu on
n'a rien à me reprocher ; le Sultan est satisfait
de mes services ; je pars tranquille.
et content.
Il donna ensuite ses ordres pour un
Sacrifice (a) d'actions de graces , distri-
(a) Cette coûtume est pratiquée parmi les Turcs
en certaines occasions , comme pour obtenir un heureux
succès , &c.
94 MERCURE DE FRANCE
bua de l'argent à ses Domestiques et leur
ordonna de se réjouir . Il se ressouvint
aussi dans ce moment de son Bienfaicteur
, en prévoyant le chagrin que cet
évenement lui causeroit. Qu'on lui dise
qu'il se console , ajoûta- t'il , je ne désespere
pas de le revoir encore , dites lui
qu'il me retrouvera toujours; qu'on écrive
à Salonique, que l'on soit exact à lui donner
la quantité de bled que j'ai ordonné ;
si j'apprends qu'il en manque une mesure
, je ferai voir que je ne suis pas mort. Il
donna quelques autres ordres concernant
ses affaires domestiques et partit pour Trébisonde
, dont il avoit été nommé Pacha.
Si la reconnoissance , toute naturelle
qu'elle est aux coeurs genereux, passe pour
une vertu rare sur tout chez les Grands , il
faut convenir qu'elle reçoit ici un nouvel
éclat par la circonstance et le moment
où Topal - Osman rappella le souvenir de
son Bienfaicteur.
Jamais déposition de Visir n'eut moins
Fair d'une disgrace ; il n'y a point d'exemple
qu'un Ministre disgracié ait été
traité avec autant d'égards et de distinction.
Le Grand- Seigneur lui fit dire de
laisser son fils à Constantinople et qu'il
en prendroit soin ; et quatre jours après
ce même fils eut l'honneur de présenter
JANVIER 1734 99
à Sa Hautesse le présent qui lui avoit été
destiné par son Pere , pour le jour de Bayram.
(a) Il consistoit en un Harnois de
Cheval, enrichi de Pierreries , estimé 50000
Piastres ; c'est ce que Topal Osman avoit
en partant expressément recommandé à
son fils ; quoique , n'étant plus en place ,
il eût pû se dispenser de faire le présent
qu'il avoit fait préparer en qualité
de Grand- Visir.
•
Peu de jours après il reçut sur sa route
de nouveaux ordres pour aller commander
en Perse , à la Place d'Ali Pacha´, qui
venoit d'être nommé Grand- Visir à la
sienne. Osman alla tranquillement relever
son Successeur au Visiriat , dans
le poste de Séraskier , où il a rendu depuis
deux ans à sa Patrie des services
peut- être plus importants qu'il n'auroit
pû faire , s'il fût demeuré Grand - Visir ,
puisque non-seulement il a trouvé le secret
de soutenir une guerre difficile dans
un Pays désert et ruiné , à quatre cent
lieues de la Capitale , le plus souvent dénué
des secours d'argent , d'hommes , de
vivres et de munitions ; mais encore qu'il
a remporté une victoire complette (b)
(a ) Fête solemnelle des Turcs , pendant laquelle
ils se font des présens .
(b) Le 19. Juillet 1733 •
en
96 MERCURE DE FRANCE
en bataille rangée sur un Ennemi ( a) digne
de lui , battu les Persans en trois rencontres
, (b) et humilié l'orgueil de leur
fier General .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
La lettre de M. D.L.C. à M. D.L.R., datée du 18 janvier 1734, décrit la vie de Topal Osman Pacha, ancien Grand Visir de l'Empire Ottoman et alors Séraskier de l'Armée Turque en Perse. L'auteur souligne l'importance de partager les aventures de Topal Osman en raison des liens croissants entre les affaires d'Asie et d'Europe. Il mentionne un projet de biographie qui allierait la singularité du roman à la fidélité historique. Topal Osman avait été racheté de l'esclavage à Malte par M. Arniaud environ trente-cinq ans auparavant. En 1732, Arniaud et son fils rencontrèrent Topal Osman à Constantinople. Le fils d'Arniaud avait rédigé un mémoire sur l'histoire de Topal Osman, que l'auteur conserve. Topal Osman avait reçu une éducation au Sérail du Grand Seigneur, destinée aux enfants chrétiens. En 1698 ou 1699, à l'âge de 25 ans, il exerçait la fonction de Martolos Bachi et fut chargé d'une mission en Égypte. Lors de son retour, il fut capturé par des corsaires espagnols et blessé. Racheté par Arniaud, il fut soigné et renvoyé en Égypte, où il remboursa sa rançon et offrit des présents à son bienfaiteur. Topal Osman se distingua lors de la guerre contre les Vénitiens, notamment en forçant le passage du défilé de Corinthe et en participant au siège de Corfou. Ses succès lui valurent des récompenses et le respect des troupes, mais aussi des jaloux et des ennemis, menant à une proscription temporaire. Il dut se cacher et fut finalement réhabilité, devenant Séraskier en Morée. En 1727, Arniaud et son fils se rendirent à Salonique et furent reçus favorablement par Topal Osman, alors Pacha de Nysse. En 1731, Topal Osman devint Grand Visir et invita Arniaud et son fils à Constantinople. Ils furent accueillis avec honneur et générosité, Topal Osman exprimant publiquement sa gratitude envers Arniaud. Malgré sa déposition en mars 1732, Topal Osman continua de montrer sa reconnaissance envers Arniaud. Avant de quitter son poste de Grand Visir, Topal Osman avait préparé un cheval orné de pierreries, estimé à 50 000 piastres, qu'il recommanda à son fils. Il reçut ensuite de nouveaux ordres pour commander en Perse, succédant à Ali Pacha. Durant ses deux années à ce poste, il rendit des services significatifs à sa patrie, notamment en soutenant une guerre difficile dans une région désertique et ruinée. Il remporta une victoire complète le 19 juillet 1733, battant les Persans en trois rencontres et humiliant leur général.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 220-221
« Les Galeres de Malte ayant été appellées à Tunis par la Régence, [...] »
Début :
Les Galeres de Malte ayant été appellées à Tunis par la Régence, [...]
Mots clefs :
Malte, Galères, Bailli de Fleury, Algériens, Corsaires, Capitaines, Attaque, Cap cartage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Galeres de Malte ayant été appellées à Tunis par la Régence, [...] »
DE MALTE , le 6 Septembre.
Les Galeres de Malte ayant été appellées à Tunis
par la Régence , le Bailli de Fleury , Général
de ces Galeres , fut informé le premier de
ce mois , que les Algériens avoient fait des progrès
confidérables ; & il donna les ordres néceffaires
pour le tenir prêt à attaquer de nuit dix de leurs
Corfaires , qui étoient à la Goulette . Le lendemain
, quatre des principaux Miniftres du Bey ,
que le Bailli de Fleury avoit promis de fauver ,
& qu'il a fauvés en effet , lui apprirent à ſept
heures & demie du matin la défaite totale du parti
de ce Bey , & l'évasion de toute fa Famille . A
cette nouvelle le Général , fans attendre la nuit ,
fit fignal d'envoyer à la Capitane toutes les Chaloupes
, Felouques & Canots de l'Efcadre armés
, & leur or lonna , à mesure qu'ils arriverent ,
d'aller s'emparer des Bâtimens Algériens . Les
Galeres ferperent en même temps , & s'approcherent
, en dépendant , jufqu'à la demi - portée
du canon de la Fortereffe de la Goulette , pour
foutenir la petite Flotille , & pour remorquer en
cas de befoin les prifes qu'elle allait faire. Jamais
attaque ne fut pouffée avec plus de vivacité ,
d'intelligence & de bravoure. A peine les Chevaliers
eurent- ils abordé ces Corfaires , qu'ils s'en
lendirent maîtres. Malgré le feu continuel de
DECEMBRE. 1756. 221
cinq canons de 24 , de la petite Goulette , placés
à fleur d'eau & toute l'artillerie de la grande
Goulette , confiftant en quatre vingts pieces de
48 , de 35 , & de 24 , qui ne ceffoient de tirer
fur les prifes & fur l'Efcadre , tout s'exécuta
avec tant d'ordre & de promptitude , que couper
les cables , fe faifir des Turcs , faire voile , &
arborer le Pavillon de Malte , ne parut qu'une
feule action. Sur les neuf heures & un quart ,
tous les Bâtimens étant hors de la portée du
canon , le Bailli de Fleury fit fignal de ralliement
, & alla mouiller fous le Cap Cartage ,
où on les mit en état de naviguer pour partic
pendant la nuit ; ce qui fut exécuté .
Les Galeres de Malte ayant été appellées à Tunis
par la Régence , le Bailli de Fleury , Général
de ces Galeres , fut informé le premier de
ce mois , que les Algériens avoient fait des progrès
confidérables ; & il donna les ordres néceffaires
pour le tenir prêt à attaquer de nuit dix de leurs
Corfaires , qui étoient à la Goulette . Le lendemain
, quatre des principaux Miniftres du Bey ,
que le Bailli de Fleury avoit promis de fauver ,
& qu'il a fauvés en effet , lui apprirent à ſept
heures & demie du matin la défaite totale du parti
de ce Bey , & l'évasion de toute fa Famille . A
cette nouvelle le Général , fans attendre la nuit ,
fit fignal d'envoyer à la Capitane toutes les Chaloupes
, Felouques & Canots de l'Efcadre armés
, & leur or lonna , à mesure qu'ils arriverent ,
d'aller s'emparer des Bâtimens Algériens . Les
Galeres ferperent en même temps , & s'approcherent
, en dépendant , jufqu'à la demi - portée
du canon de la Fortereffe de la Goulette , pour
foutenir la petite Flotille , & pour remorquer en
cas de befoin les prifes qu'elle allait faire. Jamais
attaque ne fut pouffée avec plus de vivacité ,
d'intelligence & de bravoure. A peine les Chevaliers
eurent- ils abordé ces Corfaires , qu'ils s'en
lendirent maîtres. Malgré le feu continuel de
DECEMBRE. 1756. 221
cinq canons de 24 , de la petite Goulette , placés
à fleur d'eau & toute l'artillerie de la grande
Goulette , confiftant en quatre vingts pieces de
48 , de 35 , & de 24 , qui ne ceffoient de tirer
fur les prifes & fur l'Efcadre , tout s'exécuta
avec tant d'ordre & de promptitude , que couper
les cables , fe faifir des Turcs , faire voile , &
arborer le Pavillon de Malte , ne parut qu'une
feule action. Sur les neuf heures & un quart ,
tous les Bâtimens étant hors de la portée du
canon , le Bailli de Fleury fit fignal de ralliement
, & alla mouiller fous le Cap Cartage ,
où on les mit en état de naviguer pour partic
pendant la nuit ; ce qui fut exécuté .
Fermer
Résumé : « Les Galeres de Malte ayant été appellées à Tunis par la Régence, [...] »
Le 6 septembre, les galères de Malte, convoquées à Tunis par la Régence, reçurent l'ordre d'attaquer dix corvettes algériennes à la Goulette. Le Bailli de Fleury, général des galères, apprit la défaite du Bey et l'évasion de sa famille. Sans attendre la nuit, il ordonna à toutes les embarcations de l'escadre de s'emparer des bâtiments algériens. Les galères soutinrent l'attaque en se rapprochant de la forteresse de la Goulette. Malgré un feu intense des canons de la Goulette, les Chevaliers de Malte prirent rapidement contrôle des corvettes. À neuf heures et un quart, tous les bâtiments furent hors de portée des canons. Le Bailli de Fleury ordonna alors le ralliement au Cap Cartage, où les navires furent préparés pour partir pendant la nuit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 212
« Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...] »
Début :
Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...]
Mots clefs :
Malte, Eau de fleur d'Orange, Diabolo, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...] »
Le Sr Savoye , Valet de Chambre de M. le
Bailli de Fleury , donne avis au Public qu'il a
reçu de Malte de l'eau de fleur d'orange double
faite avec la fleur d'oranger bigarrade , ce qui
rend cette eau d'une très bonne qualité. Il la
vend 6 livres la bouteille de pinte . Il demeure
* rue de la Ville - l'Evêque , Fauxbourg S. Honoré ,
au 'No. 9.
Il vend auffi des Diabolo de Naples ,, à 3 liv.
l'once. On peut lui écrire par la petite Pofte ,
il fe charge de l'envoi.
Bailli de Fleury , donne avis au Public qu'il a
reçu de Malte de l'eau de fleur d'orange double
faite avec la fleur d'oranger bigarrade , ce qui
rend cette eau d'une très bonne qualité. Il la
vend 6 livres la bouteille de pinte . Il demeure
* rue de la Ville - l'Evêque , Fauxbourg S. Honoré ,
au 'No. 9.
Il vend auffi des Diabolo de Naples ,, à 3 liv.
l'once. On peut lui écrire par la petite Pofte ,
il fe charge de l'envoi.
Fermer