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1
p. 121-131
Amiens. [titre d'après la table]
Début :
Ils arriverent à Amiens le soir de ce même jour, & ils [...]
Mots clefs :
Amiens, Ville, Roi, Armes, Canon, Coups, Porte, Évêché, Église cathédrale
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texteReconnaissance textuelle : Amiens. [titre d'après la table]
Ils arriverent à Amiens le
ſoir de ce même jour , & ils
y trouverent la Bourgeoifie
fous les Armes. Ils furent
receus au bruit de 20 volées
de Canon . C'eſt le nombre
de coups qui eſtoit porté par
les ordres du Roy. Ainfi
quand je parleray du Canon
qu'on a tiré dans toutes les
Villes où ils ont paffé , vous
vous ſouviendrez que l'on a
toûjours tiré 20 coups , ſoit
en entrant , ſoit en fortant.
C'eſt un uſage étably , &
L
122 III. P. du Voyage
toutes les fois que des Am
baſſadeurs entrent dans des
Citadelles , ou qu'ils en fortent
, on tire ce même nombre
de coups , les Citadelles
ayant eſté miſes fur le pied
des Places dont elles portent
le nom.
Amiens eft la Capitale de
Picardie. C'eſt une Ville
confiderable & fort ancienne
fur la Riviere de Somme.
Pluſieurs Empereurs , ſçavoir
Conftantin , Conftans , Julien,
Valentinien, Valens,Gratien
& Theodofe, la choifirent
pour le lieu de leur ſe
des Amb. de Siam. 123.
jour dans les Gaules. Cefar
y avoit fait auparavant un
Magaſin pour ſon Armée , &
Antonin le Debonnaire &
Marc Aurele fon fils avoient
contribué à l'orner. Edoüard
III . Roy d'Angleterre, y rendit
hommage au Roy Philippes
de Valois le fixieme Juin
1329. pour le Duché de
Guyenne & le Comté de
Ponthieu , en prefence des
Roys d'Aragon , de Navarre,
de Boheme & de Majorque.
Les Eſpagnols la furprirent
par ſtratagême en 1597. &
Henry IV. qui la reprit peu
Lij
124 III. P. du Voyage
de temps aprés , y fit bâtir
une Citadelle, qui paffe pour
une des plus regulieres de
l'Europe . La Ville eſt fort
renommée, a de grandes ruës,
de belles Maiſons, & des Places
qu'on eftime , parmy lefquelles
font celles des Fleurs,
& du grand Marché. Les
Ramparts y font une promenade
agreable , à cauſe des
allées d'Arbres qu'on y a plantez
. Il y a Generalité , Prefidial
& Bailliage . L'Evêché
eft fuffragant de Reims . L'Egliſe
Cathedrale de Noftre-
Dame eſt une des plus belles
des Amb. de Siam. 125
& des mieux ornées du
Royaume. On y conferve
le Chef de faint Jean-Baptiste .
Vvalon de Sarton Gentilhomme
de Picardie , qui s'étoit
croisé pour le voyage
d'Outre-mer , s'eſtant trouvé
en 1204. à la priſe de Conſtantinople,
en remporta cette
précieuſe Relique , qu'il
donna à l'Egliſe d'Amiens,
où il avoit un Frere Chanoine.
Ily a encore dans la Ville
d'autres belles Eglifes , avec
diverſes Maiſons Ecclefiaftiques
& Religieufes , & un
College de Jefuites.
Liij
126 III. P. du Voyage
Les Bourgeois , qui comme
je viens de vous marquer
eftoient ſous les Armes , conduifirent
les Ambaſſadeurs
Tambour battant juſqu'à la
porte du lieu qui avoit eſté
deſtiné pour leur logement.
On y poſa une Garde peu de
temps aprés. M. Fournier
Premier d'Amiens , accompagné
des Echevins , precedez
&ſuivis de tous les Officiers
de la Ville , leur vint faire
compliment , & offrir les
Prefens ordinaires . Il fit d'abord
un éloge du Roy de
Siam, & dit qu'ils refpectoient
des Amb. de Siam. 127
ce Monarque dans la perſonne
de ſes Ambassadeurs , & que le
bon accücil que Sa Majesté leur
avoit fait fuffiſoit pour leurfaire
connoiſtre la grandeur de leur
merite , dont ils avoient déja
oüy parler si avantageuſement.
Ilparla enfuite de l'abondance
de biens que le Commerce
produit , & fouhaita une longue
& heureuſe vie au Roy
de Siam , beaucoup de profperité
à tout fon Eftat , & la
joye d'un heureux retour à
leurs Excellences. Les Ambaſſadeurs
les remercierent avec
l'eſprit &l'honneſteté qui
Liiij
128 III. P. du Voyage
leur eſt ordinaire , & mar
querent qu'ils ſe ſouviendroient
de leur bonne reception.
Je vous ay dit que Mle
Premier d'Amiens porta la
parole. Ce nom de Premier
peut vous être nouveau. Nous
diſons icy Prevoſt des Marchands
; en d'autres Villes on
dit Premier , en d'autres
Mayeur, & il y en a qui employent
encore d'autres noms,
pour marquer la premiere dignité
de leur Ville. Ainſi
ſous quelques noms que je
vous parle de ceux qui au
des Amb. de Siam. 129
ront porté la parole , vous
devez croire qu'elle aura eſté
portée par celuy qui eſt à la
tête du Corps de Ville , à
moins que par quelques raifons
particulieres la Ville n'en
nomme d'autres ; ce qui arrive
quelquefois dans les Païs d'Eftats,
& ce qui ſe fit à Arras,
comme vous le verrez dans
la fuite.
Le lendemain 18. les
Compagnies deBourgeois ef
tant encore ſous les Armes ,
conduifirent les Ambaffadeurs
à l'Egliſe Cathedrale ,
afin d'arrêter une foule ing
130 III P. du Voyage
croyable de Peuple qui s'empreſſoit
pour les voir. Tout
leClergé les reçût, & les conduifit
juſqu'au Choeur, aprés
leur avoir fait compliment.
Lors qu'ils eurent conſideré
l'admirable ſtructure de cette
Eglife , ils pafferent à l'Evêché,
dont ils traverſerent tous
les Appartemens accompagnez
de Me l'Evêque , quiles
entretint toûjours avec l'efprit
dont il a ſi ſouvent don.
né d'éclatantes marques , &
par ſes diſcours publics , &
par ſes Ouvrages imprimez ,
Au fortir de l'Evêché les Am,
des Amb . de Siam. 131
baſſadeurs voulurent retourner
à l'Eglife , afin d'en examiner
encore toutes les beautez
, & fur tout la hauteur &
la delicateſſe de la Voûte ;
& ils dirent , que c'estoit une
des plus belles choses qu'ils euffent
veuës en France. Ils monterent
enfuite en Carroffe, &
fortirent de la Ville au bruit
du Canon des Ramparts , &
de celuy de la Citadelle.
ſoir de ce même jour , & ils
y trouverent la Bourgeoifie
fous les Armes. Ils furent
receus au bruit de 20 volées
de Canon . C'eſt le nombre
de coups qui eſtoit porté par
les ordres du Roy. Ainfi
quand je parleray du Canon
qu'on a tiré dans toutes les
Villes où ils ont paffé , vous
vous ſouviendrez que l'on a
toûjours tiré 20 coups , ſoit
en entrant , ſoit en fortant.
C'eſt un uſage étably , &
L
122 III. P. du Voyage
toutes les fois que des Am
baſſadeurs entrent dans des
Citadelles , ou qu'ils en fortent
, on tire ce même nombre
de coups , les Citadelles
ayant eſté miſes fur le pied
des Places dont elles portent
le nom.
Amiens eft la Capitale de
Picardie. C'eſt une Ville
confiderable & fort ancienne
fur la Riviere de Somme.
Pluſieurs Empereurs , ſçavoir
Conftantin , Conftans , Julien,
Valentinien, Valens,Gratien
& Theodofe, la choifirent
pour le lieu de leur ſe
des Amb. de Siam. 123.
jour dans les Gaules. Cefar
y avoit fait auparavant un
Magaſin pour ſon Armée , &
Antonin le Debonnaire &
Marc Aurele fon fils avoient
contribué à l'orner. Edoüard
III . Roy d'Angleterre, y rendit
hommage au Roy Philippes
de Valois le fixieme Juin
1329. pour le Duché de
Guyenne & le Comté de
Ponthieu , en prefence des
Roys d'Aragon , de Navarre,
de Boheme & de Majorque.
Les Eſpagnols la furprirent
par ſtratagême en 1597. &
Henry IV. qui la reprit peu
Lij
124 III. P. du Voyage
de temps aprés , y fit bâtir
une Citadelle, qui paffe pour
une des plus regulieres de
l'Europe . La Ville eſt fort
renommée, a de grandes ruës,
de belles Maiſons, & des Places
qu'on eftime , parmy lefquelles
font celles des Fleurs,
& du grand Marché. Les
Ramparts y font une promenade
agreable , à cauſe des
allées d'Arbres qu'on y a plantez
. Il y a Generalité , Prefidial
& Bailliage . L'Evêché
eft fuffragant de Reims . L'Egliſe
Cathedrale de Noftre-
Dame eſt une des plus belles
des Amb. de Siam. 125
& des mieux ornées du
Royaume. On y conferve
le Chef de faint Jean-Baptiste .
Vvalon de Sarton Gentilhomme
de Picardie , qui s'étoit
croisé pour le voyage
d'Outre-mer , s'eſtant trouvé
en 1204. à la priſe de Conſtantinople,
en remporta cette
précieuſe Relique , qu'il
donna à l'Egliſe d'Amiens,
où il avoit un Frere Chanoine.
Ily a encore dans la Ville
d'autres belles Eglifes , avec
diverſes Maiſons Ecclefiaftiques
& Religieufes , & un
College de Jefuites.
Liij
126 III. P. du Voyage
Les Bourgeois , qui comme
je viens de vous marquer
eftoient ſous les Armes , conduifirent
les Ambaſſadeurs
Tambour battant juſqu'à la
porte du lieu qui avoit eſté
deſtiné pour leur logement.
On y poſa une Garde peu de
temps aprés. M. Fournier
Premier d'Amiens , accompagné
des Echevins , precedez
&ſuivis de tous les Officiers
de la Ville , leur vint faire
compliment , & offrir les
Prefens ordinaires . Il fit d'abord
un éloge du Roy de
Siam, & dit qu'ils refpectoient
des Amb. de Siam. 127
ce Monarque dans la perſonne
de ſes Ambassadeurs , & que le
bon accücil que Sa Majesté leur
avoit fait fuffiſoit pour leurfaire
connoiſtre la grandeur de leur
merite , dont ils avoient déja
oüy parler si avantageuſement.
Ilparla enfuite de l'abondance
de biens que le Commerce
produit , & fouhaita une longue
& heureuſe vie au Roy
de Siam , beaucoup de profperité
à tout fon Eftat , & la
joye d'un heureux retour à
leurs Excellences. Les Ambaſſadeurs
les remercierent avec
l'eſprit &l'honneſteté qui
Liiij
128 III. P. du Voyage
leur eſt ordinaire , & mar
querent qu'ils ſe ſouviendroient
de leur bonne reception.
Je vous ay dit que Mle
Premier d'Amiens porta la
parole. Ce nom de Premier
peut vous être nouveau. Nous
diſons icy Prevoſt des Marchands
; en d'autres Villes on
dit Premier , en d'autres
Mayeur, & il y en a qui employent
encore d'autres noms,
pour marquer la premiere dignité
de leur Ville. Ainſi
ſous quelques noms que je
vous parle de ceux qui au
des Amb. de Siam. 129
ront porté la parole , vous
devez croire qu'elle aura eſté
portée par celuy qui eſt à la
tête du Corps de Ville , à
moins que par quelques raifons
particulieres la Ville n'en
nomme d'autres ; ce qui arrive
quelquefois dans les Païs d'Eftats,
& ce qui ſe fit à Arras,
comme vous le verrez dans
la fuite.
Le lendemain 18. les
Compagnies deBourgeois ef
tant encore ſous les Armes ,
conduifirent les Ambaffadeurs
à l'Egliſe Cathedrale ,
afin d'arrêter une foule ing
130 III P. du Voyage
croyable de Peuple qui s'empreſſoit
pour les voir. Tout
leClergé les reçût, & les conduifit
juſqu'au Choeur, aprés
leur avoir fait compliment.
Lors qu'ils eurent conſideré
l'admirable ſtructure de cette
Eglife , ils pafferent à l'Evêché,
dont ils traverſerent tous
les Appartemens accompagnez
de Me l'Evêque , quiles
entretint toûjours avec l'efprit
dont il a ſi ſouvent don.
né d'éclatantes marques , &
par ſes diſcours publics , &
par ſes Ouvrages imprimez ,
Au fortir de l'Evêché les Am,
des Amb . de Siam. 131
baſſadeurs voulurent retourner
à l'Eglife , afin d'en examiner
encore toutes les beautez
, & fur tout la hauteur &
la delicateſſe de la Voûte ;
& ils dirent , que c'estoit une
des plus belles choses qu'ils euffent
veuës en France. Ils monterent
enfuite en Carroffe, &
fortirent de la Ville au bruit
du Canon des Ramparts , &
de celuy de la Citadelle.
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Résumé : Amiens. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs arrivèrent à Amiens le soir même de leur départ et furent accueillis par la bourgeoisie armée. Leur entrée fut marquée par 20 coups de canon, une tradition pour l'arrivée ou le départ des ambassadeurs dans les citadelles. Amiens, capitale de la Picardie, est une ville ancienne et importante située sur la rivière Somme. Plusieurs empereurs romains et rois, comme Édouard III, y ont séjourné ou rendu hommage. En 1597, la ville fut surprise par les Espagnols avant d'être reprise par Henri IV, qui y fit construire une citadelle. Amiens est célèbre pour ses grandes rues, ses belles maisons et ses places, notamment celles des Fleurs et du Grand Marché. La cathédrale Notre-Dame, où est conservé le chef de saint Jean-Baptiste, est particulièrement remarquable. Les bourgeois, dirigés par M. Fournier, Premier d'Amiens, offrirent des présents aux ambassadeurs et les complimentèrent sur la grandeur de leur monarque. Le lendemain, les ambassadeurs visitèrent la cathédrale et l'évêché, admirant l'architecture et étant reçus par le clergé et l'évêque. Ils quittèrent la ville au son du canon des remparts et de la citadelle.
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2
p. 159-166
DETAIL DE LA MORT du Duc d'Hamilton.
Début :
Le vingt-six Novembre le Duc d'Hamilton fut à [...]
Mots clefs :
Mort, Duc d'Hamilton, Procès, Déshonorer, Défis, Coups, Tuer, Maison d'Hamilton
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DETAIL DE LA MORT du Duc d'Hamilton.
DETAIL DE LA MORT
du Duc d'Hamilton.
LE vingt- six Novembre
le Duc d'Hamilton sur à la
Cour de la Chancellerie,
au sujet d'un procez qu'il
avoit contre Mylord Mo-
hun, qui produisit un tesmoin sur une des choses
qui estoient en question,
que le Duc recusa
,
parce
qu'il estoit de notorieré publique que cet homme avoit esté recusé plusieurs
fois, comme manquant de
memoire,& que par consequent son tesmoignage
n'estoit point recevable.
MylordMohun dit là dessus
quelques paroles choquantes au Duc, qui se contint
avec beaucoup de moderation. Le vingt-sept le sieur
Macartney fut chez le Duc
d'Hamilton,
d'Hamilton, & l'attendit
fort long temps. Sitost qu'il
arriva illuy fie un appelde
la part de Mylord Mohun
pourse battre le lendemain
dans Hydepark à huit heures dumatin. LeDuc dl-IlA
milton jugeant que c'estoit
une affaire de parti,& ccn'!
certéepar lesseditieux pe-jr
c
hercher un prétexte de le
deshonorer
,
s'il refusoit le
désy, l'accepta, & se rendit à t'heure marquée à IîydePdde Le Duc prit pour
second le ColonelJohnHimilton, Mylord Mohun se
trouva au lieu marque; il
avoit avec luy Macartney
qui luy servit de second.
Le Duc pouffa sonennemi avec tant de vigueur,
qu'aprèsluy avoir porté
quelques coups, il le tua du
dernier, & tomba en merme temps sur luy n'ayant
receu que deux legeres
blesseures ; une au bras &
l'autre à la jambe. Le Colonel John Hamilton mena
si vigoureusement Macartney
,
qu'il le desarma & le
força de lui demander
la vie. Le Colonel voyant
le Duc tombé, courut a
luy
pour l'aider à se relever, il
mit les deux épées à
terre;
dans ce moment Macartney se saisitd'une, & porta
en traistre un coup mortel
au Duc d'Hamilton à la
mamelle droite
,
duquel il
mourut sîtostcju^it fut arrivé à son carrosse. C'ell ce
que le Colonel Hamilton a
declaré après avoir obtenu
un sauf conduit pour se faire porter devant le Conseil
;
ainsi les circonstances.
de cette action la rendent
encore plus odieuse.
Mylord Mohunne laisse
qu'une fille; le Duc d'Hamilton laisse trois fils ôc
trois filles. On fait de
grands préparatifs pour
transporter son corps en
Ecosse
,
& l'enterrer dans
le tombeau de ses Ancestres. La Maison d'Hamilton est une des plus illustres & des plus anciennes
d'Ecosse, dont l'aisné porte
le titre de Duc. La branche aisnée a
fini dans le
dix-septiéme siecle en la
personne du dernier Duc
d'Hamilton
,
qui perdit ta
vie dans. les. troubles d'An- gleterre,&quine laiffaqu'une fille,mariéedepuis
auComte de Duglas, lequel a pris le nom ôc lesarmes d'Hamiltom Unseigneur de ce nom souffrit la
mort en Ecossependantles
- guerres delaReligionl'an
i.4±4- Madame la Comtesse de Gramont d'au jourd'huy Elisabeth Hamilton,
Dame du Palais de la feuë
Reine Marie Therese d'Autriche, Epouse du Roy
Louis LE GRAND,est..
sortie de cette illustre Mai-
son. Il y
aaussi uneFamilk du melme Nom establie
en Irlande.
du Duc d'Hamilton.
LE vingt- six Novembre
le Duc d'Hamilton sur à la
Cour de la Chancellerie,
au sujet d'un procez qu'il
avoit contre Mylord Mo-
hun, qui produisit un tesmoin sur une des choses
qui estoient en question,
que le Duc recusa
,
parce
qu'il estoit de notorieré publique que cet homme avoit esté recusé plusieurs
fois, comme manquant de
memoire,& que par consequent son tesmoignage
n'estoit point recevable.
MylordMohun dit là dessus
quelques paroles choquantes au Duc, qui se contint
avec beaucoup de moderation. Le vingt-sept le sieur
Macartney fut chez le Duc
d'Hamilton,
d'Hamilton, & l'attendit
fort long temps. Sitost qu'il
arriva illuy fie un appelde
la part de Mylord Mohun
pourse battre le lendemain
dans Hydepark à huit heures dumatin. LeDuc dl-IlA
milton jugeant que c'estoit
une affaire de parti,& ccn'!
certéepar lesseditieux pe-jr
c
hercher un prétexte de le
deshonorer
,
s'il refusoit le
désy, l'accepta, & se rendit à t'heure marquée à IîydePdde Le Duc prit pour
second le ColonelJohnHimilton, Mylord Mohun se
trouva au lieu marque; il
avoit avec luy Macartney
qui luy servit de second.
Le Duc pouffa sonennemi avec tant de vigueur,
qu'aprèsluy avoir porté
quelques coups, il le tua du
dernier, & tomba en merme temps sur luy n'ayant
receu que deux legeres
blesseures ; une au bras &
l'autre à la jambe. Le Colonel John Hamilton mena
si vigoureusement Macartney
,
qu'il le desarma & le
força de lui demander
la vie. Le Colonel voyant
le Duc tombé, courut a
luy
pour l'aider à se relever, il
mit les deux épées à
terre;
dans ce moment Macartney se saisitd'une, & porta
en traistre un coup mortel
au Duc d'Hamilton à la
mamelle droite
,
duquel il
mourut sîtostcju^it fut arrivé à son carrosse. C'ell ce
que le Colonel Hamilton a
declaré après avoir obtenu
un sauf conduit pour se faire porter devant le Conseil
;
ainsi les circonstances.
de cette action la rendent
encore plus odieuse.
Mylord Mohunne laisse
qu'une fille; le Duc d'Hamilton laisse trois fils ôc
trois filles. On fait de
grands préparatifs pour
transporter son corps en
Ecosse
,
& l'enterrer dans
le tombeau de ses Ancestres. La Maison d'Hamilton est une des plus illustres & des plus anciennes
d'Ecosse, dont l'aisné porte
le titre de Duc. La branche aisnée a
fini dans le
dix-septiéme siecle en la
personne du dernier Duc
d'Hamilton
,
qui perdit ta
vie dans. les. troubles d'An- gleterre,&quine laiffaqu'une fille,mariéedepuis
auComte de Duglas, lequel a pris le nom ôc lesarmes d'Hamiltom Unseigneur de ce nom souffrit la
mort en Ecossependantles
- guerres delaReligionl'an
i.4±4- Madame la Comtesse de Gramont d'au jourd'huy Elisabeth Hamilton,
Dame du Palais de la feuë
Reine Marie Therese d'Autriche, Epouse du Roy
Louis LE GRAND,est..
sortie de cette illustre Mai-
son. Il y
aaussi uneFamilk du melme Nom establie
en Irlande.
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Résumé : DETAIL DE LA MORT du Duc d'Hamilton.
Le 26 novembre, le Duc d'Hamilton comparaît à la Cour de la Chancellerie contre Lord Mohun. Lors de l'audience, le Duc refuse le témoignage d'un homme connu pour son manque de mémoire. Lord Mohun tient des propos offensants, mais le Duc reste calme. Le lendemain, Macartney défie le Duc au duel pour Lord Mohun. Le Duc accepte et se rend à Hyde Park avec le Colonel John Hamilton comme second. Le Duc blesse gravement Lord Mohun et le tue. Blessé à son tour, le Duc est tué par Macartney qui profite de la confusion. Le Colonel Hamilton témoigne des événements après avoir obtenu un sauf-conduit. Lord Mohun laisse une fille, tandis que le Duc d'Hamilton laisse trois fils et trois filles. Les préparatifs sont en cours pour transporter le corps du Duc en Écosse afin de l'enterrer dans le tombeau de ses ancêtres. La Maison d'Hamilton est l'une des plus illustres et anciennes d'Écosse. La branche aînée s'est éteinte au XVIIe siècle avec le dernier Duc d'Hamilton, tué lors des troubles en Angleterre.
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3
p. 185-186
Errata pour le commencement de ce Memoire dans le Mercure d'Avril.
Début :
Page 94. ligne 16. vibrations s'accordent. P. 96. l. 6. trois [...]
Mots clefs :
Errata, Page, Ligne, Nombres, Coups
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texteReconnaissance textuelle : Errata pour le commencement de ce Memoire dans le Mercure d'Avril.
Errata pour le commùncem:nt
de ce Mémoiredam II.
Mercureà*Avrïl.1'1;,
•;Page94. ligne ) 16. vibrations
s'accordent. P. 96. l.
troiscoupsyÇQntrè.P. 98. 6.aiifli efi.
P.99 l.14.chacun par une.
P.103.l9 de nombres dont.
P. 113. 1. 10. de ce que le
coup. P. 114. l. 6. jamais
mieux, que.P.116. l. dern.
font f,8r.'
de ce Mémoiredam II.
Mercureà*Avrïl.1'1;,
•;Page94. ligne ) 16. vibrations
s'accordent. P. 96. l.
troiscoupsyÇQntrè.P. 98. 6.aiifli efi.
P.99 l.14.chacun par une.
P.103.l9 de nombres dont.
P. 113. 1. 10. de ce que le
coup. P. 114. l. 6. jamais
mieux, que.P.116. l. dern.
font f,8r.'
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4
s. p.
PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Début :
Quelle étrange fureur arme toute la terre ? [...]
Mots clefs :
Terre, Lois, Puissance, Cieux, Souverain, Coups, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
PARAPHRASE DUPSEAUME II,
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
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Résumé : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Le poème 'Paraphrase du Psaume II', publié dans le Mercure de France en février 1732, décrit une fureur générale comparée à une tempête imminente. Les peuples, armés par l'injustice, se soulèvent contre le 'Roi des Rois'. Le texte met en garde les monarques contre la colère divine, capable de détruire les trônes les plus glorieux. Il souligne que Dieu est le maître suprême, capable de réduire les rois au néant. Le poète exprime sa soumission à Dieu et sa mission de révéler Ses décrets. Il annonce la venue d'un libérateur, le Fils de Dieu, qui mourra pour expier les crimes des hommes et apporter la paix. Les nations écouteront sa voix et respecteront ses lois. Les princes, rois et souverains sont appelés à reconnaître leur vaine grandeur et à se soumettre à la justice divine. Le poème se termine par une exhortation à craindre la fureur de Dieu et à chercher l'innocence pour plaire à Dieu au jour du jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 341-343
ETRENNES.
Début :
Il faut recommencer [...]
Mots clefs :
Recommencer, Boire, Muse, Coups, Refrain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNES.
ETRENNES.
faut recommencer
Nos voeux pour la nouvelle Année ,
Gayement l'autre s'est terminée ,
Il faut recommencer.
Les Ris , les Jeux , la bonne chere ,
Compagnons du Dieu de Cythere ,
Viennent encor nous amorcer ;
Il faut recommencer .
Il faut recommencer
A composer des Chansonnetes ;
Puisque nos affaires sont faites ,
Il faut recommencer.
Ce seroit trop long- temps vous taire ,
Vous avez le bonheur de plaire ;
G
Muse ,
342 MERCURE DE FRANCE
Muse , sans vous faire presser,
Il faut recommencer,
Il faut recommencer
Mon refrain , maxime agréable ,
Qui dit qu'ailleurs comme à la table ,
Il faut recommencer.
J'ay bû , mais je veux toujours boire ;
Verse razade ; à toi , Gregoire,
Hut ... on ne l'a point vû passer ♦
Il faut recommencer,
Il faut recommencer
A boire quand Phébus se leve ;
Avant que sa course s'acheve ,
Il faut recommencer.
Sortant de l'Onde , une autre Aurore ,
Voit qu'on se met à boire encore
It le jour vient- il à baisser ?
Il faut recommencer.
Il faut recommencer
lutiner une fillette ;
Amans , quoiqu'elle vous maltraite,
Il faut recommencer.
Wotre main devient témeraire ;
Coups
FEVRIER. 1733. 343
Coups de Busc en sont le salaire ;
Ce n'est que pour vous agacer ;
Il faut recommencer.
Il faut recommencer ,
Pour goûter les biens de la vie ,
Avec Bacchus , avec Silvic ;
Il faut recommencer.
Les desirs sont intarissables ,
Les plaisirs sont trop peu durables ,
Qu'y faire ? Amis , sans nous lasser
Il faut recommencer.
Il faut recommencer.
Secondez - moi , Chorus aimable ,
Pour qu'un refrain soit agréable ,
Il faut recommencer.
Chantons ; et si ma bagatelle ,
Vous paroît gaillarde et nouvelle ,
Amis , pour m'en récompenser ,
Il faut recommencer.
Mrs Gallet et du Vigneaus
faut recommencer
Nos voeux pour la nouvelle Année ,
Gayement l'autre s'est terminée ,
Il faut recommencer.
Les Ris , les Jeux , la bonne chere ,
Compagnons du Dieu de Cythere ,
Viennent encor nous amorcer ;
Il faut recommencer .
Il faut recommencer
A composer des Chansonnetes ;
Puisque nos affaires sont faites ,
Il faut recommencer.
Ce seroit trop long- temps vous taire ,
Vous avez le bonheur de plaire ;
G
Muse ,
342 MERCURE DE FRANCE
Muse , sans vous faire presser,
Il faut recommencer,
Il faut recommencer
Mon refrain , maxime agréable ,
Qui dit qu'ailleurs comme à la table ,
Il faut recommencer.
J'ay bû , mais je veux toujours boire ;
Verse razade ; à toi , Gregoire,
Hut ... on ne l'a point vû passer ♦
Il faut recommencer,
Il faut recommencer
A boire quand Phébus se leve ;
Avant que sa course s'acheve ,
Il faut recommencer.
Sortant de l'Onde , une autre Aurore ,
Voit qu'on se met à boire encore
It le jour vient- il à baisser ?
Il faut recommencer.
Il faut recommencer
lutiner une fillette ;
Amans , quoiqu'elle vous maltraite,
Il faut recommencer.
Wotre main devient témeraire ;
Coups
FEVRIER. 1733. 343
Coups de Busc en sont le salaire ;
Ce n'est que pour vous agacer ;
Il faut recommencer.
Il faut recommencer ,
Pour goûter les biens de la vie ,
Avec Bacchus , avec Silvic ;
Il faut recommencer.
Les desirs sont intarissables ,
Les plaisirs sont trop peu durables ,
Qu'y faire ? Amis , sans nous lasser
Il faut recommencer.
Il faut recommencer.
Secondez - moi , Chorus aimable ,
Pour qu'un refrain soit agréable ,
Il faut recommencer.
Chantons ; et si ma bagatelle ,
Vous paroît gaillarde et nouvelle ,
Amis , pour m'en récompenser ,
Il faut recommencer.
Mrs Gallet et du Vigneaus
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Résumé : ETRENNES.
Le poème 'Étrennes', publié en février 1733 dans le Mercure de France, célèbre la nécessité de renouveler diverses activités et plaisirs au début de la nouvelle année. Il met en avant la répétition des vœux, des jeux, des repas festifs et des chansons. Le texte évoque également la consommation de boissons, les flirts et les plaisirs associés à Bacchus et Silvic. Le refrain 'Il faut recommencer' souligne l'idée de persévérance et de renouvellement. Le poème se conclut par un appel à un chœur aimable pour soutenir le refrain et par une invitation à chanter et à recommencer pour se récompenser. Les destinataires du poème sont Messieurs Gallet et du Vigneaus.
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6
p. 86-108
SUITE du troisiéme Livre de la PHARSALE, par M. MARMONTEL.
Début :
D'IMMENSES forêts tombent de toutes parts, & les cimes des montagnes [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Ennemi, Combat, Armes, Bois, Dieux, Romains, Coups
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du troisiéme Livre de la PHARSALE, par M. MARMONTEL.
SUITE du troisième Livre de la PHAR
SALE , par M. MARMONTEL.
D'IMMENSES forêts tombent de toutes
parts , & les cimes des montagnes
font dépouillées de leurs chênes antiques
; car il falloit que le milieu du
rempart n'étant comblé que de légers
faifceaux couverts d'une couche de terre
, les deux bords fuſſent contenus par
des pieux & des poutres ſolidement
unies , de peur que ce terrain mal affermi
ne s'écroulât ſous le poids des
tours.
Non loin de la ville étoit un bois
facré& dès long-temps inviolable , dont
les branches entrelafſées , écartant les
rayons du jour , enfermoient ſous leur
épaiſſe voute un air ténébreux & de
froides ombres. Ce lieu n'étoit point
habité par le Dieu tutélaire des campagnes
. ni par les Silvains & les Nymphes
des bois. Mais il déroboit à la
NOVEMBRE. 1763 . 87
lumière un culte barbare & d'affreux
facrifices . * Les Autels , les arbres y dégoutoient
de ſang humain; & fi l'on
peut ajouter foi à la crédule Antiquité ,
les oiſeaux n'ofoient s'arrêter ſur les
rameaux de ce bois ténébreux , ni les
bêtes féroces y chercher un repaire ;
la foudre * * évitoit d'y tomber , & les
vents craignoient d'en agiter les branches.
Mais fans leurs fifflemens lugubres
la forêt porte fon horreur avec
elle. De ces noirs rochers découle une
onde impure ; les triſtes fimulacres des
Dieux qu'on y adore font informes &
mutilés ; leur attitude ſeule & la couleur
livide de ces buſtes rongés parle tems imprime
une ſombre épouvante. l'Homme
ne tremble pas ainſi devant des Dieux
qui lui ſont peints ſous des traits auxquels
il eſt accoutumé, Plus l'objet de
fon culte lui eſt inconnu , plus cette obf
curité le lui rend formidable .
*Et les voeux criminels qui s'offrent en ces
lieux ,
Offenſent la Nature en révérant les Dieux.
(Breb. )
G ** La foudre accoûtumée à punir les forfaits,
Craint ce lieu ſi coupable , & n'y tombe jamais
(Breb. )
88 MERCURE DE FRANCE.
Les antres de la forêt rendoient , diſoit
on , de longs mugiſſemens ; les arbres
déracinés & couchés par terre fe relevoient
d'eux- mêmes , ils offroient fans
ſe conſumer l'image d'un vaſte incendie
; & des dragons , rampans à longs
replis , embraffoient les tiges de ces
vieux chênes .
Les peuples y portoient leurs offrandes ,
mais fans en approcher jamais. Leurs
Dieux les en avoient chaſſés pour y habiter
ſeuls en filence. Les Prêtres euxmêmes
ſoit le jour , ſoit la nuit , n'y pénétrent
qu'en pâliſſant , ils tremblent
ſaiſis d'une profonde horreur , en approchant
de leurs Idoles . *
Ce futd'abord cette forêt que Céfar
ordonna d'abattre : elle étoit voiſine de
fon camp , & comme la guerre l'avoit
épargnée , elle reſtoit ſeule , épaiffe &
touffue au milieu des monts d'alentour
que le fer avoit dépouillés.
A cet ordre les plus courageux tremblerent.
La Majeſté du lieu les avoit
* Les voiſins de ce bois ſi ſauvage , ſi ſombre ,
Laiſſent à ſes démons ſon horreur & fon ombre ;
Et le Druide craint , en abordant ces lieux ,
D'y voir ce qu'il adore , & d'y trouver ſes
Dieux.
:
(Breb.)
NOVEMBRE. 1763. 89
remplis d'un ſaint reſpect ; & s'ils frappoient
ces arbres facrés , illeur fembloit
déja voir les haches vengereſſes retourner
fur eux-mêmes .
*
Dès que César voit frémir les cohortes
dont la terreur enchaînoit les mains , il
ofe le premier ſe ſaiſir de la hache ; il la
léve , frappe & l'enfonce dans un chêne
quitouchoit aux Cieux . Alors leur montrant
le fer plongé dans ce bois qu'ils
avoient craint de violer , " ſi quelqu'un
» de vous , dit-il , ſe faifoit un crime d'a-
>> battre la forêt , m'en voilà chargé :
>> c'eſt ſur moi qu'il retombe ;
obéiſſent à l'inftant , non que l'exemple
les raſſure ; mais la crainte de Céfarl'emporte
fur celle des Dieux. ** Auffi-tot
les ormeaux , les hêtres , les chênes , les
cyprès que raſſembloit cette forêt terrible
virent pour la premiere fois tomber leur
longue chevelure & leur têtes dépouillées
firent paſſage à la clarté du jour. Toute la
forêt s'ébranle à la fois , chancelle &
tombe fur elle-même ; mais en tombant
tous
* Et ſeul je prends ſur moi tout le courroux des
Dieux. ( Breb . )
** Les Dieux parlent encore à ces coeurs agités ,
Mais quand Jule) commande , ils font mal
écoutés. ( Breb. )
90 MERCURE DE FRANCE.
elle ſe ſoutient & fon épaiffeur réfiſte
fa chute.
A la vue d'un tel ſacrilége , tous les
peuples de la Gaule gémirent , mais
Marseille s'en applaudit. Qui peut fe
perfuader en effet que lesDieux ſe laiffent
impunément braver ; & cependant
combien la fortune n'a-t-elle pas ſauvé
de coupables ! Il ſemble qu'il n'y ait que
les malheureuxque le tonnerre ofe punir.
Quand les bois furent abattus , on tira
des campagnes voifines des chariots
pour les enlever; le Laboureur conſterné
vit detéler fes taureaux& obligéd'abandonner
fon champ; il pleura la perte de
l'année.
Cefar trop impatient pour ſe confumer
dans les langueurs d'un fiége , en laifle
le foin à ſes Lieutenans ; il tourne ſes
pas du côté de l'Espagne , où ſes légions
l'ont devancée , & ordonne à la guerre
de le fuivre vers cette extrémité du
monde .
Cependant les travaux du fiége s'avancent.
Le rempart ſe léve & on y établit
deux tours de la même hauteur que les
murs de la Citadelle. Ces tours ne font
point attachées à la terre ; mais elles
roulent fur des éffieux dont le mobile
eſt en elles - mêmes. Les affiégés , du
NOVEMBRE. 1763 . 91
haut de leur fort , voyant ces maſſes
s'ébranler en attribuerent la cauſe à
quelque violente ſecouſſe qu'avoient
donné à la Terre les vents enfermés
dans ſon ſein ; & ils s'étonnerent que
leurs murailles n'en fuffent pas ébranlées,
mais tout-à-coup du haut de ces tours
mouvantes tombe fur eux une grêle de
dards. De leur côté , volent fur les
Romains des traits plus terribles encore ;
car ce n'eſt point à force de bras que
que leurs javelots ſont lancés : décochés
parle reffortde labaliſte , ils partent avec
la rapidité de la foudre , & au lieu de
s'arrêter dans la plaie , ils s'ouvrent une
large voie à travers l'armure & les os
fracaffés , laiſſent la mort & volentaudela
, avec la force de la donner encore ,
Cette machine formidable lance des
pierres d'un poids énorme , & qui pa
reilles à des rochers déracinés par le
temps &détachés par un orage , briſent
tout ce qu'elles rencontrent. C'eſt peu
d'écrafer les corps ſous leur chute , elles
en diſperſent au loin tous les membres
avec le fang.
Mais à mesure que les affiégeans s'ap
prochoient des murs , à couvert fous
le toît d'airain qu'ils s'étoient fait de leurs
boucliers ; les traits qui de loin pou
92 MERCURE DE FRANCE.
voient les atteindre paſſoient ſur leurs
têtes , & il n'étoit pas facile aux ennemis
de changer la direction de la machine
qui les lançoit. Mais la peſanteur des
rochers fuffit pour accabler tout ce qui
s'approche , & ils ſe contentent de les
rouler du haut des murs à force de bras.
Tant que les boucliers des Romains font
unis & qu'ils ſe ſoutiennent l'un l'autre
ils repouſſent les traits qui les frappent ,
comme un toît repouſſe la grêle qui fans
le briſer le fait retentir. Mais ſi-tôt que la
force du Soldat épuiſée céde à l'ardeur
des affiégés & laiffe rompre cette eſpéce
devoute , chaque bouclier feul est trop
foible pour foutenir tous les coups qu'il
reçoit. Alors on fait avancer par un
chemingliſſant une couverture folide &
mouvante , à l'abri de laquelle on ſe
prépare à battre les murs & à les ruiner.
Bien-tôt le Belier , dont le balancement
redouble fes forces , frappe & tente de
détacher ces longues couches de pierres
qu'un dur ciment tient enchaînées &
que leur poids même affermit. Mais
le toît qui protége les Romains , chargé
d'un déluge de feu , ébranlé par les
maſſes qu'on y fait tomber , & par les
poutres qui du haut des murs travaillent
fans ceſſe à l'abattre , ce toît tout-à-coup
NOVEMBRE. 1763 . 93
s'embrâfe & s'écroule & accablé
,
d'un travail inutile les Soldats regagnent
leur camp.
Les aſſiégés qui n'avoient d'abord
eſpéré que de défendre leurs murailles ,
oſent riſquer une attaque au dehors. Une
jeuneſſe intrépide fort à la faveur de la
nuit. Elle n'a pour armes ni la lance
ni l'arc. Ses mains ne portent que la
flâme , cachée à l'ombre des boucliers .
Dans un inſtant l'incendie ſe déclare :
un vent impétueux le répand ſur tous
les travaux de César, Le chêne vert a
beau réſiſter; les progrès du feu n'en
ſont pas moins rapides : par - tout où
les flambeaux s'attachent , le feu s'élance
fur ſa proie ; &des tourbillons de flâme
ſemelentdans l'air àd'immenfes volumes
de fumée. Non-ſeulement les bois entaffés
, mais les rochers eux-mêmes ſont
embrafés& réduits en poudre. Tout le
rempart s'écroule en même- temps , &
dans ſes débris diſperſés la maſſe en paroît
agrandie.
)
Les Romains , ſans reſſource du côté
de la terre , tentent la fortune fur mer.
Déjà Brutus * fur le Vaiſſeau Prétorien,
ſemblableà une fortereſſe, avoit abordé
* Decius Brutus ,
94 MERCURE DE FRANCE.
aux ifles Stechades , accompagné
d'une flotte que le Rhône avoit vu
conſtruire ** , & qu'il avoit portée à
ſon embouchure. On y joint des Navires
faits à la hâte , non de bois peints
& décorés , mais de chênes groffièrement
taillés , tels qu'ils deſcendoient des
montagnes , du reſte fortement unis , &
formant une aire folide & commode
pour le combat.
Marſeille , de fon côté , s'eſt réfolue à
courir , avec toutes ſes forces , le hafard
d'un combat fur mer. Les Vieillards
eux-mêmes ont pris les armes & viennent
ſe ranger parmi les jeunes citoyens,
Non-feulement les Vaiſſeaux en état de
fervir , mais ceux qui dans le Port tomboient
en ruine , & quon a réparés ,
font chargés d'armes & de combattans.
Le Soleil naiſſant répandoit fur la face
des mers ſes rayons brifés par les ondes,
Le Ciel étoit fans nuage , les vents en
filence laiffoient régner dans l'air le
calme & la férénité , & la mer ſembloit
applanir ſes flots pour offrir à la guerre
un théâtre immobile, Alors chaque navire
quitte fa place , & d'un mouvement
égal s'avancent des deux côtés , ceux
* Les Iſles d'Hières,
** A Arles.
NOVEMBRE. 1763. 95
de Marseille & ceux des Romains . D'abord
la rame les ébranle , & bien-tôt à
coups redoublés , elle les ſoulève& les
fait mouvoir,
La flotte des Romains étoit rangée
en forme de croiffant. Les Vaiſſeaux les
plus forts terminoient l'enceinte ;les plus
foibles occupoient le centre. Au milieu
de la flotte , & au deſſus d'elle , s'élevoit
comme une tour la poupe du vaiſſeau
de Brutus. Six rangs de rameurs lui
faifoient tracer un fillon vaſte au ſein
de l'onde , & fes rames les plus élevées
s'étendoient au loin ſur la mer.
Dès que les flottes ne ſont plus ſépa
rées que par l'eſpace qu'un vaiſſeau peut
parcourir d'un feul coup d'aviron , mille
voix rempliſſent les airs , & l'on n'entend
plus à travers ces clameurs ni le bruit
des rames ni le ſon des trompettes. La
mer tout-à-coup blanchit d'écume ; on
voit les rameurs balayer les flots & renverſés
ſur les bancs , ſe frapper le ſein
du levier qu'ils ramenent. Les proues
ſe heurtent à grand bruit; les vaiſſeaux
ſe repouſſent l'un l'autre ; mille traits
lancés ſe croifent dans l'air ; bien- tôt la
mer en eſt ſemée. Déjà les deux flottes
ſe déployent , & les vaiſſeaux diviſés
ſe donnent un champ libre pour le
96 MERCURE DE FRANCE.
combat. Alors , comme dans l'océan ,
fi le flux& le vent font oppofés, la mer
avance & le flot recule , de même les
vaiſſeaux ennemis fillonnent l'onde en
ſens contraire ; la maſſe d'eau que l'un
chaſſe eſt à l'inſtant repouſſée par l'autre,
& balancée entre deux rames , elle y
demeure comme en fufpens . Mais les
vaiſſeaux de Marſeille étoient plus propres
à l'attaque , plus légers à la fuite ,
plus faciles à ramener par de rapides
évolutions , enfin plus dociles à la main
du Pilote. Ceux des Romains au contraire
, par leur peſanteur & leur ſtabilité
, avoient pour eux l'avantage d'un
combat de pied-ferme , & tel que fur
la Terre on eût pû le donner.
Brutus dit donc à ſon Pilote : » Pour-
» quoi laiſſer les deux flottes ſe difperfer
>> ainſi ſur les mers ? eſt- ce d'adreſſe que
>> tu veux combattre ? Ramaffe nos forces
» & que nos vaiſſeaux préſentent le
>> flanc à la proue ennemie. » Le Pilote
obéit , & le combat change. Dès-lors
chaque vaiſſeau , qui de ſa proue heurte
le flanc des vaiſſeaux de Brutus , y refte
attaché , vaincu par le choc , & retenu
captif par le fer qu'il enfonce. D'autres
font arrêtés par des griffes d'airain ou
liés par de longues chaînes. Les rames
fe
NOVEMBRE. 1763 . 97
:
ſe tiennent enlacées , & les deux flottes
couvrant la mer forment un champ de
bataille immobile. Ce n'eſt plus le javelot,
ce n'eſt plus la fléche qu'on lance
: on ſe joint , on croiſe les armes ,
on combat l'épée à la main. Chacun
du haut de fon bord ſe panche au devant
du fer ennemi ; la plupart tombent
fur le bord qu'ils defendent. Les
eaux ſont couvertes d'une écume de
fang ; la mer profonde en eſt rougie ; &
les cadavres ſuſpendus entre les flancs
des vaiſſeaux oppofés rendent impuiffants
les efforts que fait l'un des deux
pour attirer l'autre. Parmi les combattans
, les uns , qui reſpirent encore en
tombant , boivent leur fang avec l'onde
amère ; d'autres luttant contre une mort
lente font tout-à- coup enſevelis avec
leur vaiſſeau qui s'en trouvre & s'abîme.
Les traits qui volent en vain ne tombentpas
de même ; & s'ils ont manqué
leur premiere victime , ils en trouvent
mille à frapper ſur les eaux. L'une de
nos galeres environnée de celles de
Marſeille , avoit déployé fes forces fur
ſes deux bords & les défendoit en même
temps avec une égale intrépidité. Ce
fut là que le brave Tagus combattant
du haut de la poupe & voulant enlever
E
98 MERCURE DE FRANCE .
le pavillon de l'un des vaiſſeaux ennemis
reçut deux fléches oppoſées qui ſe croiferent
en lui perçant le coeur. D'abord
ſon ſang héſite , incertain par quelle
plaie il va s'écouler ; mais repouffant à
la fois les deux fléches , il s'ouvre à
grands flots l'un & l'autre paſſage , &
ſemble en diviſant l'âme de ce guerrier ,
payer un double tribut à la mort.
Dans ce combat , s'étoit engagé le
malheureux Télon , celui des Phocéens
qui maîtriſoit le mieux un Navire dans
la tempête. Jamais Pilote n'a mieux
prévu les variations de l'Air ; toujours
fes voiles étoient diſpoſées pour le vent
qui devoit ſe lever.
Il avoit brifé du fer de ſa proue le
flanc du Vaiſſeau qu'il attaquoit. Mais
un javelot lui perça le ſein , & fa main
défaillante détourna ſon Vaiſſeau .
Giarée qui voit tomber Telon vale
remplacer & faute ſur ſa poupe. Le trait
mortel le frappe au moment qu'il s'élance
l'attache & le tient ſuſpendu au Navire
même qu'il alloit quitter.
Ily avoit parmi ceux de Marſeille deux
Jumeaux , la gloire de leur mère. Les
mêmes flancs les avoient conçus pour des
deſtins bien différens. * La cruelle mort
La Nature avoit mis en l'un & l'autre frère
NOVEMBRE. 1763 . 99
diftingua ces frères que leurs parens confondoient
tous les jours ; hélas ! cette
douce erreur est détruite. L'un deux a
péri , & celui qui leur reſte, éternel objet
de leurs larmes , nourrit ſans ceffe leur
douleur en leur offrant l'image de celui
qui n'eſt plus . Ce malheureux Jeune-
Homme voyant les rames de fon
Vaifſeau entrelaſſées avec celui d'un
Vaiſſeau Romain , oſa porter la main fur
le bord ennemi ; un fer peſant & meurtrier
tombe ſur ſa main & la coupe ;
mais fans lâcher priſe , elle ſe roidit ,
attachée au bois qu'elle ferre. Le malheur
ne fit qu'irriter le courage de ce Jeune-
Homme ; de l'intrépide main qui lui
reſte il veut reprendre celle qu'il a perdu ;
mais un nouveau coup lui détache le
bras & la main dont il combattoit. Alors
fans boucliers, ſans armes , il ne va point
ſe cacher au fond du Vaiſſeau , mais de
fon corps expofé aux coups il fait un
bouclier à fon Frère. Percé de fléches
il ſe tient debout , & après le coup
Des rapports qui trompoient juſqu'aux yeux de
mère.
Mais la mort les diftingue & ſa prompte fureur
Diſſipe avant le temps cette agréable erreur.
( Breb . )
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui fuffit à ſa mort, il en reçoit mille qui
tous feroient mortels & qu'il épargne à
ſes amis. Enfin comme il ſent que fon
âme va s'échaper par tant de plaies , il
la ramaffe & la retient dans ce corps
foible & défaillant ; il emploie tout le
ſang qui lui reſte à tendre un moment
les reffortsde ſes membres;& confumant
dans un dernier effort tout ce qu'il a de
vie & de force , il ſe précipite ſur le
bord ennemi , pour nuire au moins par
le poids de ſa chûte. *
Ce Vaiſſeau comblé de cadavres ,
regorgeant de ſang , briſé par les coups
redoublés des proües , s'entrouvre enfin
de toutes parts. L'eau perce à travers ſes
courbes fracaffées , & dès qu'il eſt plein
juſqu'aux bords il s'engloutit , & dans
fon tourbillon il enveloppe les flots qui
l'entourent. L'onde recule l'abîme
s'ouvre , la Mer retombe & le remplit. **
Dans ce jour le fort des combats étala
fur la Mer ſes prodiges.
*
و
Et ménageant ſa force & le ſang qui lui reſte
Il rend même fa mort aux ennemis funeſte.
( Breb . )
** Et la vague qui ſemble avec lui s'abîmer
S'enfonce en tournoyant juſqu'au ſein de la
mer.
NOVEMBRE. 1763. 101
Le fer recourbé que les Romains
jettoient ſur une Galère ennemie atteignit
un Guerrier nommé Licidas , & il l'entraînoit
dans les flots . Ses compagnons
veulent le retenir ; les jambes qu'ils faififfent
leur reſtent ; le haut du corps en
eſt détaché. Son fang ne s'écoule pas en
foiole ruiſſeau comme par une plaie ,
mais il jaillit à la fois par tous ſes canaux ;
& le mouvement de l'âme qui circule
de veine en veine eſt tout-à- coup interrompue.
Jamais la ſource de la vie n'eut
pour s'épancher une voie auſſi vaſte. La
moitié du corps qui n'avoit que des
membres épuisés de ſang & d'eſprits ,
fut à l'inſtant la proie de la mort ; mais
celle où le poumon reſpire , où le coeur
fomente & répand la chaleur, lutta longtemps
avant que de fubir le fort de l'autre
moitié de lui-même. *
Tandis qu'une troupe obſtinée à la
défenſe de ſon vaiſſeau ſe preſſe en
foule fur le bord qu'on attaque , & laiffe
vuide de défenſeurs , le flanc qui n'a
point d'ennemis , le navire panché du
* Son âme tient encore à ſa chaîne briſée ,
Se refuſe à la parque , & par de longs combats
Fait vivre ſa douleur & languir ſon trépas.
( Breb )
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
,
& côté qu'elle appeſantit ſe renverſe
couvre d'une voute profonde & la Mer
& les combattans. Leurs bras ne peuvent
ſe deployer , & ils périffent comme
enfermés dans une étroite priſon.
Alors on ne voit par - tout que l'affreuſe
image d'une mort ſanglante. Là , tandis
qu'un jeune-homme ſe ſauve à la nage
deux vaiſſeaux qui vont ſe heurter le
percent du bec de leurs proues , & fes
os brifés par ce choc terrible n'empêchent
pas l'airain de retentir de ſes entrailles
écrafées ; le ſang jaillit au loin
dans les airs, & lorſque les deux vaiſſeaux
s'éloignent , fon corps tranſpercé tombe
au ſein des eaux , & leur laiſſe un libre
paſſage. Ici comme dans un naufrage ,
une foule de malheureux prêts à périr &
fedébattant contre la mort , tachent d'aborder
une de leurs galeres ; mais dès
qu'ils veulent s'y attacher , comme elle
chancelle & va périr ſous une charge
trop peſante , leurs compagnons du haut
du bord , leur coupent les bras ſans pitié,
ces bras fupplians reſtent ſuſpendus. Les
corps s'en détachent & tombent dans
l'abîme ; car l'eau ne peut plus foutenir
le poids immobile de ces corps mutilés .
Déja les combattans ont épuisé leurs
traits , mais leur fureur invente des
NOVEMBRE. 1763. 103
armes. Les uns chargent l'ennemi à coups
de rames, les autres ſaiſiſſent les antènnes
& les lancent à force de bras. Les
Rameurs arrachent leurs bancs & les
font voler d'un bord à l'autre . On briſe
levaiſſeau pour combattre. Ceux- ci foulant
aux pieds les morts les dépouillent du
fer dont ils étoient armés ; ceux - là
percés eux - mêmes d'un trait mortel le
retirent de la plaie & la ferment d'une
main , pour que le ſang retenu donne à
l'autre main plus de force ; qu'il s'écoule
après que le trait fatal eſt parti , ils
meurent contens s'il les vange.
Mais rien ne fit dans ce combat de
mer autant de ravage que le feu . La
poix brulante , la cire enflâmée répandent
l'incendie avec elles. L'onde ne
peut vaincre la flame , & des vaiſſeaux
brifés dans le combat , un feu dévorant
pourfuit & confume les débris épars fur
les eaux. * De mille genres de mort le ſeul
que l'on craigne eſtcelui dont on ſe voit
*Entre tant de périls ils penſent faire aſſez
D'échapper aux premiers dont ils ſont menacés ;
Et bien qu'aucun ſuccès à leurs voeux ne réponde,
Onaffronte les feux pour s'affranchir de l'onde ,
On ſe plonge dans l'onde en ſe ſauvant des feux.
( Bréb. )
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
périr. Ainfi les uns pour éteindre la flâme
font percer les eaux de toutes parts ; les
autres pour ſe ſauver des eaux s'attachent
à des poutres brulantes. Le naufrage
même n'éteint pas la valeur. On voit
ceuxqui nagent encore, ramaſſer les traits
répandus fur la mer & les fournir à leurs
compagnons qui combattent ſur les
vaiſſeaux , ou d'une main foible & mal
afſurée ; s'éfforcer de les lancer euxmêmes
ſur l'ennemi qui nage autour
d'eux : file fer manque , l'onde y ſupplée.
L'ennemi s'attache à fon ennemi ,
leurs bras & leurs mains s'entrelaſſent ,
& chacun d'eux s'enfonce avec joie
pour fubmerger ſon ennemi.
Il y avoit dans ce combat , parmi les
Phocéens un homme exercé à retenir
fon haleine ſous les eaux , ſoit qu'il fallût
aller dégager l'ancre , ou chercher
au fond de la mer ce que le ſable avoit
dévoré. Dès que ce plongeur redoutable
avoit noyé fon ennemi , il revenoit
fur l'eau triomphant. Mais à la fin
croyant remonter ſans obſtacle , fa tête
` rencontre le fond d'une Galére , & du
coup il refte englouti.
L'unique foinde ceux qui périſſoient
fut de rendre leur trépas utile. On en
vit s'attacher aux rames d'un vaiſſeau
NOVEMBRE. 1763. 105
ennemi pour retarder ſa fuite ; on en
vit même ſe ſuſpendre en mourant à la
poupe de leur navire , pour rompre le
choc d'un navire oppoſé.
Un Phocéen nommé Ligdamus , inftruit
dans l'art des Baleares , fait partir
de ſa fronde un plomb rapide. Tyrrhene
, qui commandoit du haut de fa
poupe , en eſt atteint ; le plomb mortel
lui briſe les temples , & fes yeux ,
dont tous les liens font rompus , tombent
chaffés par des flots de fang.
Tyrrhene immobile & dans l'étonnement
de ne plus voir la lumière , prend
ces ténébres pour celles de la mort ; mais
bientôt ſe ſentant plein de vie : » Com-
>> pagnons ( dit- il ) employez-moi com-
» me une machine à lancer les traits.
» Allons , Thyrrhene , abandonnons ce
>> reſte de vie aux fureurs de la guer-
» re ; & de mon cadavre plus qu'à demi
» mort,tirons encore cet avantage ,
» l'expoſer aux coups deſtinés aux vi-
» vans. » Il dit & ſes traits aveuglément
lancés , ne laiſſent pas de porter
atteinte. Argus jeune homme d'une
naiſſance illuſtre en eſt frappé au deſſus
des flancs , & en tombant fur le fer il
l'enfonce.
de
Sur le même vaiſſeau & à l'extré
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mité oppoſée , étoit le malheureux père
d'Argus , guerrier illuſtre dans ſa jeuneffe
, & qui ne le cédoit en valeur à
aucun des Phocéens.Mais ici courbé ſous
le poids des ans , & tout confumé de
vieilleſſe , c'étoit un exemple , & non
pas un foldat.
Témoin de la mort de ſon fils il ſe
traîne à pas chancelans,& de chute en
chute le long da navire ,il arrive juſqu'à
la poupe , & il y trouve ſon fils expirant.
On ne voit point ſes larmes couler
ni ſes mains frapper ſa poitrine ;
mais comme il tend les bras , tout fon
corps ſe roidit , ſes yeux ſe couvrent
d'épaiſſes ténébres ; il regarde ſon fils ,
&il ne le reconnoît plus. Celui ci dès
qu'il apperçoit ſon père ſouléve, ſa tête
fur fon col languiſſant. Il veut lui parler
, ſa voix lui manque :feulement ſa
bouche muette demande à ſon père
un dernier baifer ,& invite ſa main à
lui fermer les yeux. Dès que le vieillard
eſt revenu à lui-même & que la
cruelle douleur a repris des forces : » Je
>> ne perdrai point ( dit- il ) le moment
» que me laiſſent les Dieux : je perce-
>> rai ce coeur paternel. Pardonne ô
>> mon cher fils , pardonne à ton père
>> de n'avoir pas reçu tes embraſſemens
NOVEMBRE. 1763 107
›& les derniers ſoupirs de ta bouche. *
>>> La chaleurde la vie ne t'a point quitté ;
» tu reſpires , tu peux me ſurvivre
>>encore. » A ces mots , quoique le fer
de ſon épée fût tout entier longé dans
ſon ſein , il ſe hâte de ſe précipiter
dans les flots ** de peur que le fer
ne fut trop lent à dégager ſon âme impatiente
de précéder celle de ſon fils
chez les morts .
La victoire n'eſt plus douteuſe : le fort
des combats s'est déclaré. La plupart
des vaifſeaux de Marseille ſont abîmés
fous les eaux ; le reſte ayant changé de
Pilote , reçoit& porte les vainqueurs ;
un petit nombre gagnent la mer &
cherchent leur falut dans la fuite .
Quelle fut au -dedans des murs la
déſolation des familles ! de quels cris les
mères éplorées firent retentir le rivage.
:
*Tu reſpires encore , & tu peux me ſurvivre.
Ce fer va m'épargner la honte de te ſuivre ;
Et ma mort rétablit par des coups redoublés
L'ordre de la Nature & ſes droits violés .
(Bréb. )
**Et voulant de ſon fils devancer le trépas ,
Craint qu'une ſeule mort ne lui ſuffiſe pas.
1 この
(Bréb. )
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
On vit des épouſes éperdues , qui dans
les cadavres flottans fur le bord, croyant
reconnoître des traits fouillés de fang
embrafſoient le corps d'un ennemi qu'elles
prenoient pour celui d'un époux.
On vit de miférables pères ſe difputer
un corps mutilé , que chacun deux
croyoit être ſon fils , pour lui rendre
les honneurs fuprêmes.
Cependant Brutus triomphant fur
les mers s'applaudit d'avoir le premier
joint à l'éclat des armes de César , l'honneur
d'une victoire navale .
SALE , par M. MARMONTEL.
D'IMMENSES forêts tombent de toutes
parts , & les cimes des montagnes
font dépouillées de leurs chênes antiques
; car il falloit que le milieu du
rempart n'étant comblé que de légers
faifceaux couverts d'une couche de terre
, les deux bords fuſſent contenus par
des pieux & des poutres ſolidement
unies , de peur que ce terrain mal affermi
ne s'écroulât ſous le poids des
tours.
Non loin de la ville étoit un bois
facré& dès long-temps inviolable , dont
les branches entrelafſées , écartant les
rayons du jour , enfermoient ſous leur
épaiſſe voute un air ténébreux & de
froides ombres. Ce lieu n'étoit point
habité par le Dieu tutélaire des campagnes
. ni par les Silvains & les Nymphes
des bois. Mais il déroboit à la
NOVEMBRE. 1763 . 87
lumière un culte barbare & d'affreux
facrifices . * Les Autels , les arbres y dégoutoient
de ſang humain; & fi l'on
peut ajouter foi à la crédule Antiquité ,
les oiſeaux n'ofoient s'arrêter ſur les
rameaux de ce bois ténébreux , ni les
bêtes féroces y chercher un repaire ;
la foudre * * évitoit d'y tomber , & les
vents craignoient d'en agiter les branches.
Mais fans leurs fifflemens lugubres
la forêt porte fon horreur avec
elle. De ces noirs rochers découle une
onde impure ; les triſtes fimulacres des
Dieux qu'on y adore font informes &
mutilés ; leur attitude ſeule & la couleur
livide de ces buſtes rongés parle tems imprime
une ſombre épouvante. l'Homme
ne tremble pas ainſi devant des Dieux
qui lui ſont peints ſous des traits auxquels
il eſt accoutumé, Plus l'objet de
fon culte lui eſt inconnu , plus cette obf
curité le lui rend formidable .
*Et les voeux criminels qui s'offrent en ces
lieux ,
Offenſent la Nature en révérant les Dieux.
(Breb. )
G ** La foudre accoûtumée à punir les forfaits,
Craint ce lieu ſi coupable , & n'y tombe jamais
(Breb. )
88 MERCURE DE FRANCE.
Les antres de la forêt rendoient , diſoit
on , de longs mugiſſemens ; les arbres
déracinés & couchés par terre fe relevoient
d'eux- mêmes , ils offroient fans
ſe conſumer l'image d'un vaſte incendie
; & des dragons , rampans à longs
replis , embraffoient les tiges de ces
vieux chênes .
Les peuples y portoient leurs offrandes ,
mais fans en approcher jamais. Leurs
Dieux les en avoient chaſſés pour y habiter
ſeuls en filence. Les Prêtres euxmêmes
ſoit le jour , ſoit la nuit , n'y pénétrent
qu'en pâliſſant , ils tremblent
ſaiſis d'une profonde horreur , en approchant
de leurs Idoles . *
Ce futd'abord cette forêt que Céfar
ordonna d'abattre : elle étoit voiſine de
fon camp , & comme la guerre l'avoit
épargnée , elle reſtoit ſeule , épaiffe &
touffue au milieu des monts d'alentour
que le fer avoit dépouillés.
A cet ordre les plus courageux tremblerent.
La Majeſté du lieu les avoit
* Les voiſins de ce bois ſi ſauvage , ſi ſombre ,
Laiſſent à ſes démons ſon horreur & fon ombre ;
Et le Druide craint , en abordant ces lieux ,
D'y voir ce qu'il adore , & d'y trouver ſes
Dieux.
:
(Breb.)
NOVEMBRE. 1763. 89
remplis d'un ſaint reſpect ; & s'ils frappoient
ces arbres facrés , illeur fembloit
déja voir les haches vengereſſes retourner
fur eux-mêmes .
*
Dès que César voit frémir les cohortes
dont la terreur enchaînoit les mains , il
ofe le premier ſe ſaiſir de la hache ; il la
léve , frappe & l'enfonce dans un chêne
quitouchoit aux Cieux . Alors leur montrant
le fer plongé dans ce bois qu'ils
avoient craint de violer , " ſi quelqu'un
» de vous , dit-il , ſe faifoit un crime d'a-
>> battre la forêt , m'en voilà chargé :
>> c'eſt ſur moi qu'il retombe ;
obéiſſent à l'inftant , non que l'exemple
les raſſure ; mais la crainte de Céfarl'emporte
fur celle des Dieux. ** Auffi-tot
les ormeaux , les hêtres , les chênes , les
cyprès que raſſembloit cette forêt terrible
virent pour la premiere fois tomber leur
longue chevelure & leur têtes dépouillées
firent paſſage à la clarté du jour. Toute la
forêt s'ébranle à la fois , chancelle &
tombe fur elle-même ; mais en tombant
tous
* Et ſeul je prends ſur moi tout le courroux des
Dieux. ( Breb . )
** Les Dieux parlent encore à ces coeurs agités ,
Mais quand Jule) commande , ils font mal
écoutés. ( Breb. )
90 MERCURE DE FRANCE.
elle ſe ſoutient & fon épaiffeur réfiſte
fa chute.
A la vue d'un tel ſacrilége , tous les
peuples de la Gaule gémirent , mais
Marseille s'en applaudit. Qui peut fe
perfuader en effet que lesDieux ſe laiffent
impunément braver ; & cependant
combien la fortune n'a-t-elle pas ſauvé
de coupables ! Il ſemble qu'il n'y ait que
les malheureuxque le tonnerre ofe punir.
Quand les bois furent abattus , on tira
des campagnes voifines des chariots
pour les enlever; le Laboureur conſterné
vit detéler fes taureaux& obligéd'abandonner
fon champ; il pleura la perte de
l'année.
Cefar trop impatient pour ſe confumer
dans les langueurs d'un fiége , en laifle
le foin à ſes Lieutenans ; il tourne ſes
pas du côté de l'Espagne , où ſes légions
l'ont devancée , & ordonne à la guerre
de le fuivre vers cette extrémité du
monde .
Cependant les travaux du fiége s'avancent.
Le rempart ſe léve & on y établit
deux tours de la même hauteur que les
murs de la Citadelle. Ces tours ne font
point attachées à la terre ; mais elles
roulent fur des éffieux dont le mobile
eſt en elles - mêmes. Les affiégés , du
NOVEMBRE. 1763 . 91
haut de leur fort , voyant ces maſſes
s'ébranler en attribuerent la cauſe à
quelque violente ſecouſſe qu'avoient
donné à la Terre les vents enfermés
dans ſon ſein ; & ils s'étonnerent que
leurs murailles n'en fuffent pas ébranlées,
mais tout-à-coup du haut de ces tours
mouvantes tombe fur eux une grêle de
dards. De leur côté , volent fur les
Romains des traits plus terribles encore ;
car ce n'eſt point à force de bras que
que leurs javelots ſont lancés : décochés
parle reffortde labaliſte , ils partent avec
la rapidité de la foudre , & au lieu de
s'arrêter dans la plaie , ils s'ouvrent une
large voie à travers l'armure & les os
fracaffés , laiſſent la mort & volentaudela
, avec la force de la donner encore ,
Cette machine formidable lance des
pierres d'un poids énorme , & qui pa
reilles à des rochers déracinés par le
temps &détachés par un orage , briſent
tout ce qu'elles rencontrent. C'eſt peu
d'écrafer les corps ſous leur chute , elles
en diſperſent au loin tous les membres
avec le fang.
Mais à mesure que les affiégeans s'ap
prochoient des murs , à couvert fous
le toît d'airain qu'ils s'étoient fait de leurs
boucliers ; les traits qui de loin pou
92 MERCURE DE FRANCE.
voient les atteindre paſſoient ſur leurs
têtes , & il n'étoit pas facile aux ennemis
de changer la direction de la machine
qui les lançoit. Mais la peſanteur des
rochers fuffit pour accabler tout ce qui
s'approche , & ils ſe contentent de les
rouler du haut des murs à force de bras.
Tant que les boucliers des Romains font
unis & qu'ils ſe ſoutiennent l'un l'autre
ils repouſſent les traits qui les frappent ,
comme un toît repouſſe la grêle qui fans
le briſer le fait retentir. Mais ſi-tôt que la
force du Soldat épuiſée céde à l'ardeur
des affiégés & laiffe rompre cette eſpéce
devoute , chaque bouclier feul est trop
foible pour foutenir tous les coups qu'il
reçoit. Alors on fait avancer par un
chemingliſſant une couverture folide &
mouvante , à l'abri de laquelle on ſe
prépare à battre les murs & à les ruiner.
Bien-tôt le Belier , dont le balancement
redouble fes forces , frappe & tente de
détacher ces longues couches de pierres
qu'un dur ciment tient enchaînées &
que leur poids même affermit. Mais
le toît qui protége les Romains , chargé
d'un déluge de feu , ébranlé par les
maſſes qu'on y fait tomber , & par les
poutres qui du haut des murs travaillent
fans ceſſe à l'abattre , ce toît tout-à-coup
NOVEMBRE. 1763 . 93
s'embrâfe & s'écroule & accablé
,
d'un travail inutile les Soldats regagnent
leur camp.
Les aſſiégés qui n'avoient d'abord
eſpéré que de défendre leurs murailles ,
oſent riſquer une attaque au dehors. Une
jeuneſſe intrépide fort à la faveur de la
nuit. Elle n'a pour armes ni la lance
ni l'arc. Ses mains ne portent que la
flâme , cachée à l'ombre des boucliers .
Dans un inſtant l'incendie ſe déclare :
un vent impétueux le répand ſur tous
les travaux de César, Le chêne vert a
beau réſiſter; les progrès du feu n'en
ſont pas moins rapides : par - tout où
les flambeaux s'attachent , le feu s'élance
fur ſa proie ; &des tourbillons de flâme
ſemelentdans l'air àd'immenfes volumes
de fumée. Non-ſeulement les bois entaffés
, mais les rochers eux-mêmes ſont
embrafés& réduits en poudre. Tout le
rempart s'écroule en même- temps , &
dans ſes débris diſperſés la maſſe en paroît
agrandie.
)
Les Romains , ſans reſſource du côté
de la terre , tentent la fortune fur mer.
Déjà Brutus * fur le Vaiſſeau Prétorien,
ſemblableà une fortereſſe, avoit abordé
* Decius Brutus ,
94 MERCURE DE FRANCE.
aux ifles Stechades , accompagné
d'une flotte que le Rhône avoit vu
conſtruire ** , & qu'il avoit portée à
ſon embouchure. On y joint des Navires
faits à la hâte , non de bois peints
& décorés , mais de chênes groffièrement
taillés , tels qu'ils deſcendoient des
montagnes , du reſte fortement unis , &
formant une aire folide & commode
pour le combat.
Marſeille , de fon côté , s'eſt réfolue à
courir , avec toutes ſes forces , le hafard
d'un combat fur mer. Les Vieillards
eux-mêmes ont pris les armes & viennent
ſe ranger parmi les jeunes citoyens,
Non-feulement les Vaiſſeaux en état de
fervir , mais ceux qui dans le Port tomboient
en ruine , & quon a réparés ,
font chargés d'armes & de combattans.
Le Soleil naiſſant répandoit fur la face
des mers ſes rayons brifés par les ondes,
Le Ciel étoit fans nuage , les vents en
filence laiffoient régner dans l'air le
calme & la férénité , & la mer ſembloit
applanir ſes flots pour offrir à la guerre
un théâtre immobile, Alors chaque navire
quitte fa place , & d'un mouvement
égal s'avancent des deux côtés , ceux
* Les Iſles d'Hières,
** A Arles.
NOVEMBRE. 1763. 95
de Marseille & ceux des Romains . D'abord
la rame les ébranle , & bien-tôt à
coups redoublés , elle les ſoulève& les
fait mouvoir,
La flotte des Romains étoit rangée
en forme de croiffant. Les Vaiſſeaux les
plus forts terminoient l'enceinte ;les plus
foibles occupoient le centre. Au milieu
de la flotte , & au deſſus d'elle , s'élevoit
comme une tour la poupe du vaiſſeau
de Brutus. Six rangs de rameurs lui
faifoient tracer un fillon vaſte au ſein
de l'onde , & fes rames les plus élevées
s'étendoient au loin ſur la mer.
Dès que les flottes ne ſont plus ſépa
rées que par l'eſpace qu'un vaiſſeau peut
parcourir d'un feul coup d'aviron , mille
voix rempliſſent les airs , & l'on n'entend
plus à travers ces clameurs ni le bruit
des rames ni le ſon des trompettes. La
mer tout-à-coup blanchit d'écume ; on
voit les rameurs balayer les flots & renverſés
ſur les bancs , ſe frapper le ſein
du levier qu'ils ramenent. Les proues
ſe heurtent à grand bruit; les vaiſſeaux
ſe repouſſent l'un l'autre ; mille traits
lancés ſe croifent dans l'air ; bien- tôt la
mer en eſt ſemée. Déjà les deux flottes
ſe déployent , & les vaiſſeaux diviſés
ſe donnent un champ libre pour le
96 MERCURE DE FRANCE.
combat. Alors , comme dans l'océan ,
fi le flux& le vent font oppofés, la mer
avance & le flot recule , de même les
vaiſſeaux ennemis fillonnent l'onde en
ſens contraire ; la maſſe d'eau que l'un
chaſſe eſt à l'inſtant repouſſée par l'autre,
& balancée entre deux rames , elle y
demeure comme en fufpens . Mais les
vaiſſeaux de Marſeille étoient plus propres
à l'attaque , plus légers à la fuite ,
plus faciles à ramener par de rapides
évolutions , enfin plus dociles à la main
du Pilote. Ceux des Romains au contraire
, par leur peſanteur & leur ſtabilité
, avoient pour eux l'avantage d'un
combat de pied-ferme , & tel que fur
la Terre on eût pû le donner.
Brutus dit donc à ſon Pilote : » Pour-
» quoi laiſſer les deux flottes ſe difperfer
>> ainſi ſur les mers ? eſt- ce d'adreſſe que
>> tu veux combattre ? Ramaffe nos forces
» & que nos vaiſſeaux préſentent le
>> flanc à la proue ennemie. » Le Pilote
obéit , & le combat change. Dès-lors
chaque vaiſſeau , qui de ſa proue heurte
le flanc des vaiſſeaux de Brutus , y refte
attaché , vaincu par le choc , & retenu
captif par le fer qu'il enfonce. D'autres
font arrêtés par des griffes d'airain ou
liés par de longues chaînes. Les rames
fe
NOVEMBRE. 1763 . 97
:
ſe tiennent enlacées , & les deux flottes
couvrant la mer forment un champ de
bataille immobile. Ce n'eſt plus le javelot,
ce n'eſt plus la fléche qu'on lance
: on ſe joint , on croiſe les armes ,
on combat l'épée à la main. Chacun
du haut de fon bord ſe panche au devant
du fer ennemi ; la plupart tombent
fur le bord qu'ils defendent. Les
eaux ſont couvertes d'une écume de
fang ; la mer profonde en eſt rougie ; &
les cadavres ſuſpendus entre les flancs
des vaiſſeaux oppofés rendent impuiffants
les efforts que fait l'un des deux
pour attirer l'autre. Parmi les combattans
, les uns , qui reſpirent encore en
tombant , boivent leur fang avec l'onde
amère ; d'autres luttant contre une mort
lente font tout-à- coup enſevelis avec
leur vaiſſeau qui s'en trouvre & s'abîme.
Les traits qui volent en vain ne tombentpas
de même ; & s'ils ont manqué
leur premiere victime , ils en trouvent
mille à frapper ſur les eaux. L'une de
nos galeres environnée de celles de
Marſeille , avoit déployé fes forces fur
ſes deux bords & les défendoit en même
temps avec une égale intrépidité. Ce
fut là que le brave Tagus combattant
du haut de la poupe & voulant enlever
E
98 MERCURE DE FRANCE .
le pavillon de l'un des vaiſſeaux ennemis
reçut deux fléches oppoſées qui ſe croiferent
en lui perçant le coeur. D'abord
ſon ſang héſite , incertain par quelle
plaie il va s'écouler ; mais repouffant à
la fois les deux fléches , il s'ouvre à
grands flots l'un & l'autre paſſage , &
ſemble en diviſant l'âme de ce guerrier ,
payer un double tribut à la mort.
Dans ce combat , s'étoit engagé le
malheureux Télon , celui des Phocéens
qui maîtriſoit le mieux un Navire dans
la tempête. Jamais Pilote n'a mieux
prévu les variations de l'Air ; toujours
fes voiles étoient diſpoſées pour le vent
qui devoit ſe lever.
Il avoit brifé du fer de ſa proue le
flanc du Vaiſſeau qu'il attaquoit. Mais
un javelot lui perça le ſein , & fa main
défaillante détourna ſon Vaiſſeau .
Giarée qui voit tomber Telon vale
remplacer & faute ſur ſa poupe. Le trait
mortel le frappe au moment qu'il s'élance
l'attache & le tient ſuſpendu au Navire
même qu'il alloit quitter.
Ily avoit parmi ceux de Marſeille deux
Jumeaux , la gloire de leur mère. Les
mêmes flancs les avoient conçus pour des
deſtins bien différens. * La cruelle mort
La Nature avoit mis en l'un & l'autre frère
NOVEMBRE. 1763 . 99
diftingua ces frères que leurs parens confondoient
tous les jours ; hélas ! cette
douce erreur est détruite. L'un deux a
péri , & celui qui leur reſte, éternel objet
de leurs larmes , nourrit ſans ceffe leur
douleur en leur offrant l'image de celui
qui n'eſt plus . Ce malheureux Jeune-
Homme voyant les rames de fon
Vaifſeau entrelaſſées avec celui d'un
Vaiſſeau Romain , oſa porter la main fur
le bord ennemi ; un fer peſant & meurtrier
tombe ſur ſa main & la coupe ;
mais fans lâcher priſe , elle ſe roidit ,
attachée au bois qu'elle ferre. Le malheur
ne fit qu'irriter le courage de ce Jeune-
Homme ; de l'intrépide main qui lui
reſte il veut reprendre celle qu'il a perdu ;
mais un nouveau coup lui détache le
bras & la main dont il combattoit. Alors
fans boucliers, ſans armes , il ne va point
ſe cacher au fond du Vaiſſeau , mais de
fon corps expofé aux coups il fait un
bouclier à fon Frère. Percé de fléches
il ſe tient debout , & après le coup
Des rapports qui trompoient juſqu'aux yeux de
mère.
Mais la mort les diftingue & ſa prompte fureur
Diſſipe avant le temps cette agréable erreur.
( Breb . )
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui fuffit à ſa mort, il en reçoit mille qui
tous feroient mortels & qu'il épargne à
ſes amis. Enfin comme il ſent que fon
âme va s'échaper par tant de plaies , il
la ramaffe & la retient dans ce corps
foible & défaillant ; il emploie tout le
ſang qui lui reſte à tendre un moment
les reffortsde ſes membres;& confumant
dans un dernier effort tout ce qu'il a de
vie & de force , il ſe précipite ſur le
bord ennemi , pour nuire au moins par
le poids de ſa chûte. *
Ce Vaiſſeau comblé de cadavres ,
regorgeant de ſang , briſé par les coups
redoublés des proües , s'entrouvre enfin
de toutes parts. L'eau perce à travers ſes
courbes fracaffées , & dès qu'il eſt plein
juſqu'aux bords il s'engloutit , & dans
fon tourbillon il enveloppe les flots qui
l'entourent. L'onde recule l'abîme
s'ouvre , la Mer retombe & le remplit. **
Dans ce jour le fort des combats étala
fur la Mer ſes prodiges.
*
و
Et ménageant ſa force & le ſang qui lui reſte
Il rend même fa mort aux ennemis funeſte.
( Breb . )
** Et la vague qui ſemble avec lui s'abîmer
S'enfonce en tournoyant juſqu'au ſein de la
mer.
NOVEMBRE. 1763. 101
Le fer recourbé que les Romains
jettoient ſur une Galère ennemie atteignit
un Guerrier nommé Licidas , & il l'entraînoit
dans les flots . Ses compagnons
veulent le retenir ; les jambes qu'ils faififfent
leur reſtent ; le haut du corps en
eſt détaché. Son fang ne s'écoule pas en
foiole ruiſſeau comme par une plaie ,
mais il jaillit à la fois par tous ſes canaux ;
& le mouvement de l'âme qui circule
de veine en veine eſt tout-à- coup interrompue.
Jamais la ſource de la vie n'eut
pour s'épancher une voie auſſi vaſte. La
moitié du corps qui n'avoit que des
membres épuisés de ſang & d'eſprits ,
fut à l'inſtant la proie de la mort ; mais
celle où le poumon reſpire , où le coeur
fomente & répand la chaleur, lutta longtemps
avant que de fubir le fort de l'autre
moitié de lui-même. *
Tandis qu'une troupe obſtinée à la
défenſe de ſon vaiſſeau ſe preſſe en
foule fur le bord qu'on attaque , & laiffe
vuide de défenſeurs , le flanc qui n'a
point d'ennemis , le navire panché du
* Son âme tient encore à ſa chaîne briſée ,
Se refuſe à la parque , & par de longs combats
Fait vivre ſa douleur & languir ſon trépas.
( Breb )
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
,
& côté qu'elle appeſantit ſe renverſe
couvre d'une voute profonde & la Mer
& les combattans. Leurs bras ne peuvent
ſe deployer , & ils périffent comme
enfermés dans une étroite priſon.
Alors on ne voit par - tout que l'affreuſe
image d'une mort ſanglante. Là , tandis
qu'un jeune-homme ſe ſauve à la nage
deux vaiſſeaux qui vont ſe heurter le
percent du bec de leurs proues , & fes
os brifés par ce choc terrible n'empêchent
pas l'airain de retentir de ſes entrailles
écrafées ; le ſang jaillit au loin
dans les airs, & lorſque les deux vaiſſeaux
s'éloignent , fon corps tranſpercé tombe
au ſein des eaux , & leur laiſſe un libre
paſſage. Ici comme dans un naufrage ,
une foule de malheureux prêts à périr &
fedébattant contre la mort , tachent d'aborder
une de leurs galeres ; mais dès
qu'ils veulent s'y attacher , comme elle
chancelle & va périr ſous une charge
trop peſante , leurs compagnons du haut
du bord , leur coupent les bras ſans pitié,
ces bras fupplians reſtent ſuſpendus. Les
corps s'en détachent & tombent dans
l'abîme ; car l'eau ne peut plus foutenir
le poids immobile de ces corps mutilés .
Déja les combattans ont épuisé leurs
traits , mais leur fureur invente des
NOVEMBRE. 1763. 103
armes. Les uns chargent l'ennemi à coups
de rames, les autres ſaiſiſſent les antènnes
& les lancent à force de bras. Les
Rameurs arrachent leurs bancs & les
font voler d'un bord à l'autre . On briſe
levaiſſeau pour combattre. Ceux- ci foulant
aux pieds les morts les dépouillent du
fer dont ils étoient armés ; ceux - là
percés eux - mêmes d'un trait mortel le
retirent de la plaie & la ferment d'une
main , pour que le ſang retenu donne à
l'autre main plus de force ; qu'il s'écoule
après que le trait fatal eſt parti , ils
meurent contens s'il les vange.
Mais rien ne fit dans ce combat de
mer autant de ravage que le feu . La
poix brulante , la cire enflâmée répandent
l'incendie avec elles. L'onde ne
peut vaincre la flame , & des vaiſſeaux
brifés dans le combat , un feu dévorant
pourfuit & confume les débris épars fur
les eaux. * De mille genres de mort le ſeul
que l'on craigne eſtcelui dont on ſe voit
*Entre tant de périls ils penſent faire aſſez
D'échapper aux premiers dont ils ſont menacés ;
Et bien qu'aucun ſuccès à leurs voeux ne réponde,
Onaffronte les feux pour s'affranchir de l'onde ,
On ſe plonge dans l'onde en ſe ſauvant des feux.
( Bréb. )
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
périr. Ainfi les uns pour éteindre la flâme
font percer les eaux de toutes parts ; les
autres pour ſe ſauver des eaux s'attachent
à des poutres brulantes. Le naufrage
même n'éteint pas la valeur. On voit
ceuxqui nagent encore, ramaſſer les traits
répandus fur la mer & les fournir à leurs
compagnons qui combattent ſur les
vaiſſeaux , ou d'une main foible & mal
afſurée ; s'éfforcer de les lancer euxmêmes
ſur l'ennemi qui nage autour
d'eux : file fer manque , l'onde y ſupplée.
L'ennemi s'attache à fon ennemi ,
leurs bras & leurs mains s'entrelaſſent ,
& chacun d'eux s'enfonce avec joie
pour fubmerger ſon ennemi.
Il y avoit dans ce combat , parmi les
Phocéens un homme exercé à retenir
fon haleine ſous les eaux , ſoit qu'il fallût
aller dégager l'ancre , ou chercher
au fond de la mer ce que le ſable avoit
dévoré. Dès que ce plongeur redoutable
avoit noyé fon ennemi , il revenoit
fur l'eau triomphant. Mais à la fin
croyant remonter ſans obſtacle , fa tête
` rencontre le fond d'une Galére , & du
coup il refte englouti.
L'unique foinde ceux qui périſſoient
fut de rendre leur trépas utile. On en
vit s'attacher aux rames d'un vaiſſeau
NOVEMBRE. 1763. 105
ennemi pour retarder ſa fuite ; on en
vit même ſe ſuſpendre en mourant à la
poupe de leur navire , pour rompre le
choc d'un navire oppoſé.
Un Phocéen nommé Ligdamus , inftruit
dans l'art des Baleares , fait partir
de ſa fronde un plomb rapide. Tyrrhene
, qui commandoit du haut de fa
poupe , en eſt atteint ; le plomb mortel
lui briſe les temples , & fes yeux ,
dont tous les liens font rompus , tombent
chaffés par des flots de fang.
Tyrrhene immobile & dans l'étonnement
de ne plus voir la lumière , prend
ces ténébres pour celles de la mort ; mais
bientôt ſe ſentant plein de vie : » Com-
>> pagnons ( dit- il ) employez-moi com-
» me une machine à lancer les traits.
» Allons , Thyrrhene , abandonnons ce
>> reſte de vie aux fureurs de la guer-
» re ; & de mon cadavre plus qu'à demi
» mort,tirons encore cet avantage ,
» l'expoſer aux coups deſtinés aux vi-
» vans. » Il dit & ſes traits aveuglément
lancés , ne laiſſent pas de porter
atteinte. Argus jeune homme d'une
naiſſance illuſtre en eſt frappé au deſſus
des flancs , & en tombant fur le fer il
l'enfonce.
de
Sur le même vaiſſeau & à l'extré
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mité oppoſée , étoit le malheureux père
d'Argus , guerrier illuſtre dans ſa jeuneffe
, & qui ne le cédoit en valeur à
aucun des Phocéens.Mais ici courbé ſous
le poids des ans , & tout confumé de
vieilleſſe , c'étoit un exemple , & non
pas un foldat.
Témoin de la mort de ſon fils il ſe
traîne à pas chancelans,& de chute en
chute le long da navire ,il arrive juſqu'à
la poupe , & il y trouve ſon fils expirant.
On ne voit point ſes larmes couler
ni ſes mains frapper ſa poitrine ;
mais comme il tend les bras , tout fon
corps ſe roidit , ſes yeux ſe couvrent
d'épaiſſes ténébres ; il regarde ſon fils ,
&il ne le reconnoît plus. Celui ci dès
qu'il apperçoit ſon père ſouléve, ſa tête
fur fon col languiſſant. Il veut lui parler
, ſa voix lui manque :feulement ſa
bouche muette demande à ſon père
un dernier baifer ,& invite ſa main à
lui fermer les yeux. Dès que le vieillard
eſt revenu à lui-même & que la
cruelle douleur a repris des forces : » Je
>> ne perdrai point ( dit- il ) le moment
» que me laiſſent les Dieux : je perce-
>> rai ce coeur paternel. Pardonne ô
>> mon cher fils , pardonne à ton père
>> de n'avoir pas reçu tes embraſſemens
NOVEMBRE. 1763 107
›& les derniers ſoupirs de ta bouche. *
>>> La chaleurde la vie ne t'a point quitté ;
» tu reſpires , tu peux me ſurvivre
>>encore. » A ces mots , quoique le fer
de ſon épée fût tout entier longé dans
ſon ſein , il ſe hâte de ſe précipiter
dans les flots ** de peur que le fer
ne fut trop lent à dégager ſon âme impatiente
de précéder celle de ſon fils
chez les morts .
La victoire n'eſt plus douteuſe : le fort
des combats s'est déclaré. La plupart
des vaifſeaux de Marseille ſont abîmés
fous les eaux ; le reſte ayant changé de
Pilote , reçoit& porte les vainqueurs ;
un petit nombre gagnent la mer &
cherchent leur falut dans la fuite .
Quelle fut au -dedans des murs la
déſolation des familles ! de quels cris les
mères éplorées firent retentir le rivage.
:
*Tu reſpires encore , & tu peux me ſurvivre.
Ce fer va m'épargner la honte de te ſuivre ;
Et ma mort rétablit par des coups redoublés
L'ordre de la Nature & ſes droits violés .
(Bréb. )
**Et voulant de ſon fils devancer le trépas ,
Craint qu'une ſeule mort ne lui ſuffiſe pas.
1 この
(Bréb. )
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
On vit des épouſes éperdues , qui dans
les cadavres flottans fur le bord, croyant
reconnoître des traits fouillés de fang
embrafſoient le corps d'un ennemi qu'elles
prenoient pour celui d'un époux.
On vit de miférables pères ſe difputer
un corps mutilé , que chacun deux
croyoit être ſon fils , pour lui rendre
les honneurs fuprêmes.
Cependant Brutus triomphant fur
les mers s'applaudit d'avoir le premier
joint à l'éclat des armes de César , l'honneur
d'une victoire navale .
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Résumé : SUITE du troisiéme Livre de la PHARSALE, par M. MARMONTEL.
Le texte relate la campagne militaire de Jules César en Gaule. César ordonne l'abattage d'une forêt sacrée près de son camp, malgré les craintes de ses soldats, et utilise les arbres pour construire des machines de siège. Il laisse ensuite ses lieutenants poursuivre le siège tandis qu'il part pour l'Espagne. Les travaux de siège avancent avec la construction de tours mobiles et de béliers. Les assiégés ripostent avec des javelots tirés par des balistes. La bataille entre les Romains et les assiégés, probablement à Marseille, est intense. Les Romains utilisent des machines de siège puissantes, tandis que les assiégés se protègent avec des boucliers et des couvertures mobiles. Les Romains tentent de démolir les murs avec un bélier, mais leur toit protecteur est incendié. Les assiégés détruisent les travaux de siège des Romains pendant la nuit. Une bataille navale s'ensuit. Brutus, à bord du vaisseau prétorien, affronte la flotte marseillaise. La bataille est violente, avec des vaisseaux se heurtant et des combats à l'épée. Un jeune Marseillais se sacrifie pour protéger son frère. Sur un navire, un père apprend la mort de son fils et, accablé par la douleur, se poignarde après avoir fermé les yeux de son fils agonisant. La bataille navale se conclut par une victoire pour Brutus. À terre, la désolation règne : les mères pleurent leurs fils, et des pères se disputent les restes de ce qu'ils croient être leurs fils pour leur offrir des funérailles dignes.
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