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Liste
1
p. 52-92
Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
Début :
J'ay ramassé avec soin toutes les Lettres qui parlent de [...]
Mots clefs :
Tripoli, Flotte, Amiral, Marquis, Chaloupes, Muraille, Vaisseaux, Armée, Guerres, Charles Quint, Turcs, Gouvernement, Grand seigneur, Forteresse, Mer, Bombardement, Galiotes, Ennemis, Bombes, Port, Cavalerie, Lieutenant, Funeste, Marchands, Otages, Trésors, Diamant, Joyaux, Argent, Ornements, Signature de paix, Blessés
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texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
J'ay ramaffé avec foin tou
tes les Lettres qui parlent
de l'affaire de Tripoli, afin de
vous en donner uneRelation
plus ample que celles qui ont
efté veuës ; c'est ce que je fais
toûjours , quand jay à traiter
quelque matiere importante
. La Flote commandée
par M. le Maréchal d'EGALANT.
53
ftrées Vice-Amiral de Fran
ce , eftant partie le 17. de
Juin de l'Ifle de Lampedouze
, arriva le 19. devant Tripoli
, où M. le Marquis
d'Anfreville croifoit avecM.
de Nefmond. L'on moüilla
avec un tres-beau temps, environà
deux lieues au large
de la Ville ; mais lefond s'étant
trouvéfort méchant,M.
de Tourville, fuivy de quelques
Chaloupes armées , alla
la nuit pour fonder jufque
fous les Murailles de Tripoli
; & ayant trouvé un plus
beau fond , M. d'Anfreville
E iij
54 MERCURE
leva l'Ancre , & alla moüiller
avec un autre Vaiffeau à
une lieuë de la Ville . Enfui
te le refte de l'Armée appareilla
pour venir moüiller
fur la mefme ligne. L'on
ne fçauroit découvrir que
les Murailles & les Fortereffes
, parce que la Ville eft
baffe , auffi bien que toute la
Cofte , qui eft fi dangereufe
, qu'il y a eu quelques-uns
de leurs Vaiffeaux qui s'y
font perdus. Cette Ville
qu'on appelle Tripoli de
Barbarie , eft grande , fort
ancienne , & la Capitale
f
1
GALANT. 55
d'un Royaume de ce nom .
Elle a efté baſtie par les Romains
fous le Régne de Trajan
, dont on voit encore diverfes
antiquitez. Elle porte
le nom de Tripoli , à caufe
de trois grands Ecueils ou
Rochers à fleur d'eau , qui
font à l'entrée de fon Port.
Elle a efté aux Genois qui
en furent chaffez par les Efpagnols.
Ce fut Dom Pedro
Navarro qui la prit en
1503. Ce Capitaine Efpagnol
eft celuy qui s'eſt ſignalé
dans les Guerres que
nous avons eues en Italie..
F iiij
56 MERCURE
L'Empereur Charles Quint,
donna Tripoli aux Chevaliers
de Jerufalem en 1525.
aprés qu'ils eurent perdu l'Ifle
de Rhodes
en 1522. Sinam
Bafla & Dragut Amiraux
de Soliman Empereur des
Turcs, ayant affiegé Malthe
inutilement , prirent Tripoli
en 1551. avec une Armée
Navale de cent cinquante
Vaiffeaux. Les Turcs en
eftant les maiſtres , en firent
un Gouvernement , où ils
envoyerent un Bacha ; mais
les Peuples s'eftant apperceus
que ces Bachas qui n'y
GALANT. $7
demeuroient que trois ou
quatre ans , emportoient des
fommes confiderables , ce
qui leur eſtoit d'un grand
>
préjudice
de ce dangereux Gouvernement
& fe mirent fur le
pied de Republique , commandée
par un d'entr'eux,
comme Tunis & Alger , ce
qui s'eft maintenu jufqu'à
prefent fous la protection du
Grand Seigneur. La principale
de leurs Fortereffes , &
qui avance le plus dans la
mer , s'appelle le Mandry.
C'est une groffe Tour gars'affranchirent
58 MERCURE
nie de Canon , & bien bâtie.
Il y en a plufieurs autres
fur le bord de la Mer.Le
Corps de la Place eft caché
par deux grands Baſtions
affez forts , fur lesquels il y
a plufieurs embrafeures . On
y compte foixante quatre
pieces de Canon en batterie.
L'Etat eft affez grand
entre la Mer & le Royaume
de Tunis , mais il y a peu
de Villes. Outre une premiére
Ville de Tripoli auffi
en Afrique , nommée Tripoli
Vecchio , qui eft l'ancienne
Sabrata fur la Mer MediterGALANT.
59
ranée , & dont l'air eft fi
mauvais , qu'elle eft prefque
demeurée fans Habitans , il
fe trouve encore deux autres
Villes de ce mefme
nom , qui appartiennent au
Turc. L'une eft Tripoli de
Natolie , Ville de la Turquie
d'Afie fur la Mer noire , &
l'autre Tripoli de Surie , Ville
& Port de Mer d'Afie, fur
la Mediterranée .
M. le Maréchal d'Eftrées.
ayant mouillé devant Tripoli
, & le mauvais temps
ne permettant pas d'abord
de rien entreprendre , on fe
60 MERCURE
contenta d'envoyer toutes
les nuits quelques Chaloupes
en garde , avec d'autres
petits Baftimens , où les Genéraux
s'embarquerent pour
reconnoiftre l'entrée du
Port , & faire prendre un
Plan de la Place qui fuft regulier.
Cela ſe fit juſqu'au 22 .
de Juin , que l'on donna ordre
aux cinq Bombardes
de fe préparer. Les Capitaines
firent démâter leurs
Huniers , & mirent leurs
Mortiers en place. Les
Chaloupes des Vaiffeaux de
Guerre allerent moüiller
GALANT. 61
des Ancres à portée de Canon
de la Ville , afin de ſe
pouvoir haler fur ces Ancres
pour tirer. On travailloit
avec une extréme diligence
lors qu'on découvrit fur la
Cofte trois Galiotes à Rames
, commandées par M.
le Motheux . M. du Mené,
& M. de Septemes qui
avoient quitté l'Armée par
ordre la
rejoignirent ce
mefme jour , & fournirent
des
détachemens pour le
foir. Ils furent compoſez de
quatorze grandes Chaloupes
à Rames ; des trois Ga
62 MERCURE
liotes , & de plufieurs autres
Baſtimens pour le ſervice
des Bombardes , qui commencerent
àfe haler fur les
huit heures du foir. M. de
Tourville qui commandoit
l'attaque , fit pofter les Baſtimens
armez à l'entrée du
Port , pour empefcher les
entrepriſes des Ennemis , &
les Galiotes à Bombes eftant
poftées à l'endroit marqué,
commencerent de jetter des
Bombes dans la Ville vers
les dix heures de ce mefme
foir. M. de Landoüillet,
Commiffaire Genéral , &
GALANT. 63
commandant une Compagnie
de Bombardiers , & M.
de Pointy commandant les
Galiotes à Bombes , avoient
fi bien mis toutes chofes en
état , qu'elles réüffirent comme
on fe l'eftoit promis .
Les Bombardiers tirerent
fort jufte ; mais cette Ville
qui les autres nuits avoit
fait un feu confiderable de
Moufqueterie fur nos Chaloupes
, qui n'en pouvoient
eſtre endommagées , changea
de conduite , & ne tira
pas un feul coup fur les
Bombardes qui en eſtoient
64 MERCURE
fort proches , & dont elle eftoit
tres-incommodée . L'on
continua de rirer juſqu'au
lendemain 23. à fix heures
du matin , que les détachemens'
fe retirerent avec les
Bomb.rdes , aprés avoir jetté
cinq cens Bombes . Pendant
tout ce temps , foit
que le feu de ces Bombes
qui tomboient dans les Batteries
des Tripolins, les empeſchaft
d'y refter,foit qu'ils
fuffent perfuadez qu'il eftoit
inutile de tirer , ils furent
toûjours dans une égale tran
quilité.
GALANT. 65
Les Bombardes demeurerent
au Poſte du Moüillage
jufques au foir qu'elles eurent
ordre de fe préparer avec
les Détachemens ordinaires
. Elles prirent chacu--
ne cent Bombes , &
du
leur eftoit neceffaires
le vent s'eftant rafraifchy ,
elles ne purent tirer que fur
les deux heures aprés minuit
24. ce qu'elles firent, fans
eftre incommodées du Canon
de la Ville , non plus
que le jour précedent, quoy
que les Bombes y fuffent jetrées
fi jufte , qu'on y vit le
Louſt 1685.
F
66 MERCURE
feu en plufieurs endroits.
M. le Maréchal d'Eftrées
ayant un autre deffein que
de leur jetter des Bombes,
commanda un détachement
pour aller fonder jufdans
le Port le fond
qu il pouvoit avoir , & defcendre
fur l'écueil le plus
proche de la Ville , afin de
voir s'il y auroit affez de terrain
pour y dreffer une Batterie
, d'où l'on puſt ruiner
la Place & les Fortereffes.
M. de Landoüillet , & M. de
Pointy s'embarquerent dans
une Chaloupe , & partirent
GALANT. 67
›
à dix heures du matin pour
aller au Port avec une Ga--
liote à Rames , commandée
par M. le Motheux , & cinq
Chaloupes
armées. Les Tripolins
commencerent
alors
à faire un grand feu ; mais ,
leur
Canon , quoy que
bien fervy ,
n'empefcha pas
que l'on n'abordaft
l'Ecueil,,
qui eft à une portée de
Moufquet de la Ville , & par
confequent
exposé à toutes
leurs Batteries M'S de Lán--
doüillet & de Pointy mi--
rent pied à terre fur l'Ecueil ,
&
connurent tout qui pou
E ij
68 MERCURE
voit fervir au deffein qu'on
- avoit pris. Pendant que les
cinq Chaloupes , malgré le
feu violent que faifoient les
Ennemis , fonderent dans le
Port , & à l'entour de l'Ecueil
, où l'on trouva un
beau fond , on vit au bord
de la Mer quantité de Troupes
de Cavalerie & d'Infanterie
, fur lesquelles M. de la
Guiche Lieutenant de Vaif
feau , commandant la premiere
des cinq Chaloupes,
tìra quelques coups de Canon
; ce qui furprit d'autant
plus les Ennemis , qu'ils n'aGALANT.
69
voient jamais veu que des
Chaloupes euffent du Canon.
Ceux qui eſtoient fur
l'Ecueil
, ayant remarqué
tout ce qu'ils vouloient fçavoir
, fe rembarquerent
, &
revinrent avec le détachement
. Plufieurs Boulets de
Canon porterent dans la
Galiote à Rames , de l'éclat
de l'un defquels , M. le Motheux
qui la commandoit
,
eut la cuiffe fracaffée . Trois
Soldats ou Matelots
y furent
auffi bleffez. Il y eut
plufieurs coups de Canon
dans les autres Chaloupes
;
70 MERCURE
mais elles n'en receurent au
cun dommage. M. le Comte
d'Eftrées , commandant
le Capable qui eftoit à la voile
pendant cette affaire , re--
vira de bord fur les Fortereffes
pour les canonner ;;
mais les Chaloupes s'eftant
retirées de deffous le feu
de la Ville , & le Vent s'étant
rafraiſchy , il revint :
moüiller auffi bien que la
Galiote qui avoit tiré
des Bombes jufqu'alors. Il
en tomba quelques - unes
dans la Ville , tandis que
le :
Peuple eftoit affemblé. Elless
GALANT. 71
tuerent environ trente
Hommes , & ce fracas fit
pouffer des cris épouventables.
Les Tripolins déconcertez
par l'effet des Bombes
, & incertains de ce
qu'on vouloit entreprendre
dans leur Port , fongerent
à fe garantir d'une Guerre,
dont la fin ne leur pouvoit
eftre que funefte , ce qu'ils
jugeoient aisément par l'intrépidité
de ceux qui en
plein jour , & malgré un feu
continuel , avoient abordé
un endroit , dont ils fe
croyoient entierement maî72
MERCURE
'
tres.
-
Ainfi ils réfolurent
d'envoyer demander la Paix,
& fur le midy on vit fortir
une Chaloupe avec un Pavillon
blanc. Elle vint à
bord de M. le Maréchal d'E
ftrées , & il parut un Vieillard
âgé de quatre – vingt
quatorze ans , qui aprés l'avoir
falué, luy dit. Jefuis l'infortuneTrik
, Beaupere de Babahaffan,
chaffe d' Alger ily a deux
ans, aprésy en avoir regné vingt
en qualité de Dey, & toujours
Amydes François .Je viens de la
du Divan de Tripoli , pour
Sçavoir ce que vous souhaitez,
part
&
GALANT. 73
eftre Médiateur de la Paix.
Cette propofition fut fort
bien receuë. M. le Maréchal
d'Eftrées répondit
, que
les Tripolins n'ignorant pas
les raiſons qui obligeoient
les François à les attaquer,
pouvoient aisément s'imaginer
de quelle façon il fal-
Toit agir pour faire finir la
Guerre ; qu'il vouloit bien
faire dreffer des Articles, fur
lefquels ils auroient à prendre
leurs meſures , & que
pour leur en faciliter les
moyens , non feulement il
leur accordoit une Tréve
Aoust 1685.
G
74 MERCURE
jufqu'au lendemain midy;
mais mefme qu'il leur envoyeroit
des Officiers auf
quels ils pourroient déclarer
leurs fentimens , mais
que s'ils vouloient profiter
d'une occafion fi favorable,
il falloit le faire fans aucun
delay , parce qu'il n'avoit
pas envie de perdre un feul
moment de beau temps.
Trik promit de leur faire
entendre ponctuellement
ces circonftances , & aprés
avoir affeuré M. le Maréchal
d'Eftrées qu'il avoit laiffé la
Villle dans une entiere dif
GALANT. 75
pofition à la Paix , il partit
du Vaiffeau laiffant pour
Oftage un des principaux
de Tripoli , qui eftoit venu
avec luy , pendant que M.
de Reymond , Major de
l'Armée , & M. de la Croix
Interprete, iroient à la Ville.
On tira cinq coups de Canon
pour le falüer à fon départ
, ce qui raffeura les Habitans
, que l'effet des Bombes
avoit jettez dans une
confternation
ble.M.de Reymond y partit
dans le mefme temps avec
M. de la Croix , & eſtant arinexprima-
Gij
76 MERCURE
rivé à la Ville , il fe rendit
chez le Dey, auquel il dit de
la part de M.le Vice- Amiral,
que l'on eftoit informé du
deffein que les Tripolins
avoient de faire la Paix , &
que s'il vouloit fçavoir à
quelles conditions on la
pouvoit obtenir , il n'avoit
qu'à préparer fon Confeil,
auquel on viendroit les expliquer
le lendemain . Le
Dey témoigna beaucoup de
joye d'une déclaration fi
avantageufe ; il affeura qu'il
employeroit tous les foins
pour mettre les Affaires en
GALANT. 77
état d'eſtre concluës au plûtoft
, & comme les honneftetez
font toûjours d'un
bon préfage dans le commencement
d'un Traité , il
en fit beaucoup à M. de
Reymond , qui en s'embar--
fut falué de plufieurs
quant y
coups de Canon .
Trix qui eftoit refté la nuit
dans la Ville , vint dés le ma---
tindu 25.à bord des Vaiffeaux , ›
pour prendre les Officiers
chargez des Conditions fous
lefquelles M. le Maréchal
d'Eftrées accordoit la Paix
aux Tripolins . Ils allerent
78 MERCURE
chez leDey ; & les plus confiderables
de Tripoli s'y eftant
rendus , on leut des articles .
Les principaux confiſtoient
à donner deux cens mille
écus pour le dédommagement
des prifes qu'ils avoiét
faites fur les Marchands Fráçois
, & à rendre tous les Efclaves
Chreftiens ; non feulement
les François , mais les
autres pris fous la Baniere
de France. Ils parurent étonnez
de ce qu'on leur demandoit
pour ce dédommagement.
Ils dirent qu'à la veri- ›
té ils avoient fait quelques
GALANT. 79
priſes , mais qu'il s'en falloit
beaucoup qu'elles n'allaſſent
à une fomme fi confiderable .
Ils ajoûterent qu'il leur feroit
entierement impoffible
de la trouver ; & ayant of
fert cent mille écus , ils prierent
avec tant de foûmiffion
& d'inftance qu'on diminuaft
la fomme qui leur ef
toit demandée
, que pour fi
nir toute conteftation , on la
modera à celle de cinq cens
mille livres ; ils tomberent
d'accord de la donner , avec
tous les Efclaves François
, &
dirent qu'à l'égard de la fom-
•
Giiij
80 MERCURE
me , ils en payeroient une
partie dés le lendemain , &
qu'ils fourniroient le refte
dans le terme de vingt jours.
On leur en accorda quinze,.
à condition que pendant ce
temps , ils envoyeroient des
Boeufs chaque jour pour la
fubfiftance des Equipages.
Pour ce qui eft des Efclaves,
ils affeurèrent qu'ils alloient ,
commencer à rendre tous
ceux qu'ils avoient dans la
Ville & fes Dépendances ,
environ au nombre de deux
cens, & que quatre cens autres
eftant partis dans les fept
GALANT. 8t
Vaiffeaux qu'ils avoient au
fervice du Grand Seigneur
contre les Venitiens , ils envoyeroient
dix des Principaux
d'entr'eux pour Oftage
en France , juſqu'à ce que
le retour de ces Vaiffeaux
les mift en pouvoir de renvoyer
ces Efclaves . Ils en
rendirent cent quatre -vingtdés
le lendemain 26. & envoyerent
deux Oltages. M..
Robert Commiffaire de la
Marine , alla ce mefme jour
à la Ville avec M. Biet , Secretaire
de M. le Maréchal
d'Etrées, pour recevoir cent
82 MERCURE
cinquante mille livres , qu'ils
avoient promis de donner.
Ils manquerent de parole ,
& n'apporterent que fort
peu de chofe , alleguant des
difficultez que le Peuple avoit
fait naiftre . C'eſtoient
autant de fauffes raifons ,
pour voir s'il n'y auroit pas
moyen de diminuer la fomme.
Cette conduite penfa
leur coûter de nouvelles pertes
. Les Galiotes à Bombes
s'eftoient retirées d'auprés
de la Ville. On les avoit fait
remafter de leurs Mafts de :
Hunes , & elles avoient reGALANT.
83
pris leurs voiles , & tout ce
qu'elles avoient quitté pour
tirer. M. le Vice - Amiral
voyant les Tripolins en balance,
leur fit dire qu'il trouveroit
les moyens de fe faire
tenir parole. En mefme teps
il ordonna aux Bombardes
de fe tenir preftes pour jetter
des Bombes au premier
fignal . En effet, elles mirent
bas leurs Mafts de Hune , &
s'approcherent de la Ville.
Cette difpofition effraya les
Tripolins . Ils avoient éprouvé
à leurs dépens ce qu'ils
avoient à craindre des Bom84
MERCURE
bes ; & le Dey voyant qu'on
alloit recommencer tout de
bon à en jetter , refolut de
tout remettre en uſage pour
en détourner l'effet. Le peuple
fe laiffa perfuader aiſément
, & offrit de contribuer
autant qu'il pourroit au
payement d'une fomme qui
devoir finir la guerre . On
impofa une taxe , & quelques
- uns des principaux
ayant dit qu'il eftoit honteux
d'accepter la Paix, & de
rendre les Efclaves , le Dey
fit couper la tefte à
des al riches ; &
quatre
par cet
GALANT. 85
1
I
exemple , cruel à la verité ,
mais fort neceffaire , il donna
lieu à la contribution de
la fomme que les Tripolins
avoient accordée. C'eft ce
qu'on apprit d'une Chaloupe
qu'ils envoyerent à bord.
Le 27. outre l'argent monnoyé,
& les lingots , ils apporterent
des bagues , des
colliers, des diamans , & plufieurs
autres joyaux de prix,
qu'ils ne faifoient point difficulté
d'ofter à leurs fem
mes , pour affeurer leur repos.
Ils rendirent auffi un
Vaiffeau Marchand du Ca86
MERCURE
pitaine Jean Carle de Marfeille
, qu'ils avoient pris
quelque temps auparavant.
Ils eurent jufqu'au 9. de Juillet
, à fournir la fomme entiere
, foit en argent , foit en
marchandiſe ; & ils donnerent
jufqu'aux Lampes d'argent
de la Sinagogue des
Juifs , aufquelles ils ajoûterent
des Harnois enrichis
d'argent , les ornemens des
Mitres des Janiffaires , & la
Pomme d'argent doré du
grand Etendard . M. le Vice-
Amiral avoit refolu de ne
point figner la Paix qu'aprés
GALANT. 87
ce temps-là ; mais ayant appris
que le Peuple qui avoit
abandonné la Ville , ne vouloit
point y rentrer qu'on ne
l'euft mis hors d'eftat de
craindre les Bombes , envoya
fon Secretaire à la maifon
du Dey , qui de fon coſté
luy envoya un Chaoux pour
ratifier la Paix . Ainſi M. de
la Croix, qui en avoit mis les
Articles en langue Turque ,
les leut en plein Divan ; &
aprés cette lecture , les Tripolins
la fignerent , & y mirent
le Sceau . Ils tirerent
vingt- cinq coups de Canon ,
88 MERCURE
pour faire paroiftre leur rẻ-
joüiffance ; & ils en tirerent
enfuite un pareil nombre
pour falüer M. le Maréchal
d'Eftrées. Un Patron Maltois,
forty de leur Port, avoit
affeuré qu'il y avoit plufieurs
maifons abattuës , plus de
trois cens perfonnes tuées ,
& que tous les Habitans ef
toient fi épouvantez
, qu'il
n'y a rien qu'ils n'euffent
donné pour avoir la Paix . Ils
demanderent un Conful de
la Nation Françoiſe , & M.
Martinet fut nommé pour
cet Employ , en attendant
GALANT. 89
les ordres de Sa Majesté. Si-
I toft que le Pavillon de Fran- -
ce parut fur la Maiſon , les
Tripolins tirerent encore
vingt-cinq coups de Canon
pour le falüer.
3
Cette Relation vous fem
bleroit imparfaite, fi je la finiffois
fans vous dire quel--
que chofe de particulier
de M. le Motheux , Capitai--
ne de Fregate legere , qui a
efté le feul Officier bleffe . Il
eut la cuiffe caffée en deux
endroits d'un éclat de boulet
de Canon, qui donna dans
la Galiote qu'il comman
Aguſt1685
H.
90 MERCURE
-
doit, comme je vous l'ay dé
ja marqué. M. le Motheux
eft tres diftingué dans le
Corps de la Marine. Il n'a
trouvé aucune occafion de
fe fignaler , qu'il n'ait embraffée
avec une ardeur digne
de fon zele. Il commandoit
une Galiote à l'affaire
d'Alger ; & il s'expoſoit avec
tant d'intrepidité & de valeur
, que les Officiers Generaux
furent obligez de luy
envoyer dire qu'il fe retiraft ;
à quoy il répondit , qu'il ef
toit neceffaire qu'il occupaft
le Poſte où il eftoit pour le
1
GALANT. GT
fervice de Sa Majesté . A la
defcente qui fut faite à Ge
nes , il fe trouva à la tefte des
Grenadiers , qui chafferent
tout ce qu'il y avoit de Troupes
dans Saint Pierre d'Are
ne ; & le refte de la Campagne
, il eut le commande--
ment de trois Galiotes à Ra-+
mes , avec lesquelles il pritt
dans la Riviere de Gehes
plufieurs petits Baftimens ,
qu'il aima mieux brûler que
d'écouter aucune ' dest propofitions
que luy firent lest
Proprietaires de ces Baftia !
mens, qui fe foûmettoient ài
Hij
92 MERCURE
luy payer tout ce qu'il voudroit
leur demander pour les
rendre . Il leur répondit , que
les Officiers qui avoient l'ho
neur de commander les Vaiffeaux
du Roy, eftoient incapables
de confentir à des
compofitions qui leur fuf
fent perfonnelles , & fit mettre
le feu à leurs Baftimens.
en leur preſence.
tes les Lettres qui parlent
de l'affaire de Tripoli, afin de
vous en donner uneRelation
plus ample que celles qui ont
efté veuës ; c'est ce que je fais
toûjours , quand jay à traiter
quelque matiere importante
. La Flote commandée
par M. le Maréchal d'EGALANT.
53
ftrées Vice-Amiral de Fran
ce , eftant partie le 17. de
Juin de l'Ifle de Lampedouze
, arriva le 19. devant Tripoli
, où M. le Marquis
d'Anfreville croifoit avecM.
de Nefmond. L'on moüilla
avec un tres-beau temps, environà
deux lieues au large
de la Ville ; mais lefond s'étant
trouvéfort méchant,M.
de Tourville, fuivy de quelques
Chaloupes armées , alla
la nuit pour fonder jufque
fous les Murailles de Tripoli
; & ayant trouvé un plus
beau fond , M. d'Anfreville
E iij
54 MERCURE
leva l'Ancre , & alla moüiller
avec un autre Vaiffeau à
une lieuë de la Ville . Enfui
te le refte de l'Armée appareilla
pour venir moüiller
fur la mefme ligne. L'on
ne fçauroit découvrir que
les Murailles & les Fortereffes
, parce que la Ville eft
baffe , auffi bien que toute la
Cofte , qui eft fi dangereufe
, qu'il y a eu quelques-uns
de leurs Vaiffeaux qui s'y
font perdus. Cette Ville
qu'on appelle Tripoli de
Barbarie , eft grande , fort
ancienne , & la Capitale
f
1
GALANT. 55
d'un Royaume de ce nom .
Elle a efté baſtie par les Romains
fous le Régne de Trajan
, dont on voit encore diverfes
antiquitez. Elle porte
le nom de Tripoli , à caufe
de trois grands Ecueils ou
Rochers à fleur d'eau , qui
font à l'entrée de fon Port.
Elle a efté aux Genois qui
en furent chaffez par les Efpagnols.
Ce fut Dom Pedro
Navarro qui la prit en
1503. Ce Capitaine Efpagnol
eft celuy qui s'eſt ſignalé
dans les Guerres que
nous avons eues en Italie..
F iiij
56 MERCURE
L'Empereur Charles Quint,
donna Tripoli aux Chevaliers
de Jerufalem en 1525.
aprés qu'ils eurent perdu l'Ifle
de Rhodes
en 1522. Sinam
Bafla & Dragut Amiraux
de Soliman Empereur des
Turcs, ayant affiegé Malthe
inutilement , prirent Tripoli
en 1551. avec une Armée
Navale de cent cinquante
Vaiffeaux. Les Turcs en
eftant les maiſtres , en firent
un Gouvernement , où ils
envoyerent un Bacha ; mais
les Peuples s'eftant apperceus
que ces Bachas qui n'y
GALANT. $7
demeuroient que trois ou
quatre ans , emportoient des
fommes confiderables , ce
qui leur eſtoit d'un grand
>
préjudice
de ce dangereux Gouvernement
& fe mirent fur le
pied de Republique , commandée
par un d'entr'eux,
comme Tunis & Alger , ce
qui s'eft maintenu jufqu'à
prefent fous la protection du
Grand Seigneur. La principale
de leurs Fortereffes , &
qui avance le plus dans la
mer , s'appelle le Mandry.
C'est une groffe Tour gars'affranchirent
58 MERCURE
nie de Canon , & bien bâtie.
Il y en a plufieurs autres
fur le bord de la Mer.Le
Corps de la Place eft caché
par deux grands Baſtions
affez forts , fur lesquels il y
a plufieurs embrafeures . On
y compte foixante quatre
pieces de Canon en batterie.
L'Etat eft affez grand
entre la Mer & le Royaume
de Tunis , mais il y a peu
de Villes. Outre une premiére
Ville de Tripoli auffi
en Afrique , nommée Tripoli
Vecchio , qui eft l'ancienne
Sabrata fur la Mer MediterGALANT.
59
ranée , & dont l'air eft fi
mauvais , qu'elle eft prefque
demeurée fans Habitans , il
fe trouve encore deux autres
Villes de ce mefme
nom , qui appartiennent au
Turc. L'une eft Tripoli de
Natolie , Ville de la Turquie
d'Afie fur la Mer noire , &
l'autre Tripoli de Surie , Ville
& Port de Mer d'Afie, fur
la Mediterranée .
M. le Maréchal d'Eftrées.
ayant mouillé devant Tripoli
, & le mauvais temps
ne permettant pas d'abord
de rien entreprendre , on fe
60 MERCURE
contenta d'envoyer toutes
les nuits quelques Chaloupes
en garde , avec d'autres
petits Baftimens , où les Genéraux
s'embarquerent pour
reconnoiftre l'entrée du
Port , & faire prendre un
Plan de la Place qui fuft regulier.
Cela ſe fit juſqu'au 22 .
de Juin , que l'on donna ordre
aux cinq Bombardes
de fe préparer. Les Capitaines
firent démâter leurs
Huniers , & mirent leurs
Mortiers en place. Les
Chaloupes des Vaiffeaux de
Guerre allerent moüiller
GALANT. 61
des Ancres à portée de Canon
de la Ville , afin de ſe
pouvoir haler fur ces Ancres
pour tirer. On travailloit
avec une extréme diligence
lors qu'on découvrit fur la
Cofte trois Galiotes à Rames
, commandées par M.
le Motheux . M. du Mené,
& M. de Septemes qui
avoient quitté l'Armée par
ordre la
rejoignirent ce
mefme jour , & fournirent
des
détachemens pour le
foir. Ils furent compoſez de
quatorze grandes Chaloupes
à Rames ; des trois Ga
62 MERCURE
liotes , & de plufieurs autres
Baſtimens pour le ſervice
des Bombardes , qui commencerent
àfe haler fur les
huit heures du foir. M. de
Tourville qui commandoit
l'attaque , fit pofter les Baſtimens
armez à l'entrée du
Port , pour empefcher les
entrepriſes des Ennemis , &
les Galiotes à Bombes eftant
poftées à l'endroit marqué,
commencerent de jetter des
Bombes dans la Ville vers
les dix heures de ce mefme
foir. M. de Landoüillet,
Commiffaire Genéral , &
GALANT. 63
commandant une Compagnie
de Bombardiers , & M.
de Pointy commandant les
Galiotes à Bombes , avoient
fi bien mis toutes chofes en
état , qu'elles réüffirent comme
on fe l'eftoit promis .
Les Bombardiers tirerent
fort jufte ; mais cette Ville
qui les autres nuits avoit
fait un feu confiderable de
Moufqueterie fur nos Chaloupes
, qui n'en pouvoient
eſtre endommagées , changea
de conduite , & ne tira
pas un feul coup fur les
Bombardes qui en eſtoient
64 MERCURE
fort proches , & dont elle eftoit
tres-incommodée . L'on
continua de rirer juſqu'au
lendemain 23. à fix heures
du matin , que les détachemens'
fe retirerent avec les
Bomb.rdes , aprés avoir jetté
cinq cens Bombes . Pendant
tout ce temps , foit
que le feu de ces Bombes
qui tomboient dans les Batteries
des Tripolins, les empeſchaft
d'y refter,foit qu'ils
fuffent perfuadez qu'il eftoit
inutile de tirer , ils furent
toûjours dans une égale tran
quilité.
GALANT. 65
Les Bombardes demeurerent
au Poſte du Moüillage
jufques au foir qu'elles eurent
ordre de fe préparer avec
les Détachemens ordinaires
. Elles prirent chacu--
ne cent Bombes , &
du
leur eftoit neceffaires
le vent s'eftant rafraifchy ,
elles ne purent tirer que fur
les deux heures aprés minuit
24. ce qu'elles firent, fans
eftre incommodées du Canon
de la Ville , non plus
que le jour précedent, quoy
que les Bombes y fuffent jetrées
fi jufte , qu'on y vit le
Louſt 1685.
F
66 MERCURE
feu en plufieurs endroits.
M. le Maréchal d'Eftrées
ayant un autre deffein que
de leur jetter des Bombes,
commanda un détachement
pour aller fonder jufdans
le Port le fond
qu il pouvoit avoir , & defcendre
fur l'écueil le plus
proche de la Ville , afin de
voir s'il y auroit affez de terrain
pour y dreffer une Batterie
, d'où l'on puſt ruiner
la Place & les Fortereffes.
M. de Landoüillet , & M. de
Pointy s'embarquerent dans
une Chaloupe , & partirent
GALANT. 67
›
à dix heures du matin pour
aller au Port avec une Ga--
liote à Rames , commandée
par M. le Motheux , & cinq
Chaloupes
armées. Les Tripolins
commencerent
alors
à faire un grand feu ; mais ,
leur
Canon , quoy que
bien fervy ,
n'empefcha pas
que l'on n'abordaft
l'Ecueil,,
qui eft à une portée de
Moufquet de la Ville , & par
confequent
exposé à toutes
leurs Batteries M'S de Lán--
doüillet & de Pointy mi--
rent pied à terre fur l'Ecueil ,
&
connurent tout qui pou
E ij
68 MERCURE
voit fervir au deffein qu'on
- avoit pris. Pendant que les
cinq Chaloupes , malgré le
feu violent que faifoient les
Ennemis , fonderent dans le
Port , & à l'entour de l'Ecueil
, où l'on trouva un
beau fond , on vit au bord
de la Mer quantité de Troupes
de Cavalerie & d'Infanterie
, fur lesquelles M. de la
Guiche Lieutenant de Vaif
feau , commandant la premiere
des cinq Chaloupes,
tìra quelques coups de Canon
; ce qui furprit d'autant
plus les Ennemis , qu'ils n'aGALANT.
69
voient jamais veu que des
Chaloupes euffent du Canon.
Ceux qui eſtoient fur
l'Ecueil
, ayant remarqué
tout ce qu'ils vouloient fçavoir
, fe rembarquerent
, &
revinrent avec le détachement
. Plufieurs Boulets de
Canon porterent dans la
Galiote à Rames , de l'éclat
de l'un defquels , M. le Motheux
qui la commandoit
,
eut la cuiffe fracaffée . Trois
Soldats ou Matelots
y furent
auffi bleffez. Il y eut
plufieurs coups de Canon
dans les autres Chaloupes
;
70 MERCURE
mais elles n'en receurent au
cun dommage. M. le Comte
d'Eftrées , commandant
le Capable qui eftoit à la voile
pendant cette affaire , re--
vira de bord fur les Fortereffes
pour les canonner ;;
mais les Chaloupes s'eftant
retirées de deffous le feu
de la Ville , & le Vent s'étant
rafraiſchy , il revint :
moüiller auffi bien que la
Galiote qui avoit tiré
des Bombes jufqu'alors. Il
en tomba quelques - unes
dans la Ville , tandis que
le :
Peuple eftoit affemblé. Elless
GALANT. 71
tuerent environ trente
Hommes , & ce fracas fit
pouffer des cris épouventables.
Les Tripolins déconcertez
par l'effet des Bombes
, & incertains de ce
qu'on vouloit entreprendre
dans leur Port , fongerent
à fe garantir d'une Guerre,
dont la fin ne leur pouvoit
eftre que funefte , ce qu'ils
jugeoient aisément par l'intrépidité
de ceux qui en
plein jour , & malgré un feu
continuel , avoient abordé
un endroit , dont ils fe
croyoient entierement maî72
MERCURE
'
tres.
-
Ainfi ils réfolurent
d'envoyer demander la Paix,
& fur le midy on vit fortir
une Chaloupe avec un Pavillon
blanc. Elle vint à
bord de M. le Maréchal d'E
ftrées , & il parut un Vieillard
âgé de quatre – vingt
quatorze ans , qui aprés l'avoir
falué, luy dit. Jefuis l'infortuneTrik
, Beaupere de Babahaffan,
chaffe d' Alger ily a deux
ans, aprésy en avoir regné vingt
en qualité de Dey, & toujours
Amydes François .Je viens de la
du Divan de Tripoli , pour
Sçavoir ce que vous souhaitez,
part
&
GALANT. 73
eftre Médiateur de la Paix.
Cette propofition fut fort
bien receuë. M. le Maréchal
d'Eftrées répondit
, que
les Tripolins n'ignorant pas
les raiſons qui obligeoient
les François à les attaquer,
pouvoient aisément s'imaginer
de quelle façon il fal-
Toit agir pour faire finir la
Guerre ; qu'il vouloit bien
faire dreffer des Articles, fur
lefquels ils auroient à prendre
leurs meſures , & que
pour leur en faciliter les
moyens , non feulement il
leur accordoit une Tréve
Aoust 1685.
G
74 MERCURE
jufqu'au lendemain midy;
mais mefme qu'il leur envoyeroit
des Officiers auf
quels ils pourroient déclarer
leurs fentimens , mais
que s'ils vouloient profiter
d'une occafion fi favorable,
il falloit le faire fans aucun
delay , parce qu'il n'avoit
pas envie de perdre un feul
moment de beau temps.
Trik promit de leur faire
entendre ponctuellement
ces circonftances , & aprés
avoir affeuré M. le Maréchal
d'Eftrées qu'il avoit laiffé la
Villle dans une entiere dif
GALANT. 75
pofition à la Paix , il partit
du Vaiffeau laiffant pour
Oftage un des principaux
de Tripoli , qui eftoit venu
avec luy , pendant que M.
de Reymond , Major de
l'Armée , & M. de la Croix
Interprete, iroient à la Ville.
On tira cinq coups de Canon
pour le falüer à fon départ
, ce qui raffeura les Habitans
, que l'effet des Bombes
avoit jettez dans une
confternation
ble.M.de Reymond y partit
dans le mefme temps avec
M. de la Croix , & eſtant arinexprima-
Gij
76 MERCURE
rivé à la Ville , il fe rendit
chez le Dey, auquel il dit de
la part de M.le Vice- Amiral,
que l'on eftoit informé du
deffein que les Tripolins
avoient de faire la Paix , &
que s'il vouloit fçavoir à
quelles conditions on la
pouvoit obtenir , il n'avoit
qu'à préparer fon Confeil,
auquel on viendroit les expliquer
le lendemain . Le
Dey témoigna beaucoup de
joye d'une déclaration fi
avantageufe ; il affeura qu'il
employeroit tous les foins
pour mettre les Affaires en
GALANT. 77
état d'eſtre concluës au plûtoft
, & comme les honneftetez
font toûjours d'un
bon préfage dans le commencement
d'un Traité , il
en fit beaucoup à M. de
Reymond , qui en s'embar--
fut falué de plufieurs
quant y
coups de Canon .
Trix qui eftoit refté la nuit
dans la Ville , vint dés le ma---
tindu 25.à bord des Vaiffeaux , ›
pour prendre les Officiers
chargez des Conditions fous
lefquelles M. le Maréchal
d'Eftrées accordoit la Paix
aux Tripolins . Ils allerent
78 MERCURE
chez leDey ; & les plus confiderables
de Tripoli s'y eftant
rendus , on leut des articles .
Les principaux confiſtoient
à donner deux cens mille
écus pour le dédommagement
des prifes qu'ils avoiét
faites fur les Marchands Fráçois
, & à rendre tous les Efclaves
Chreftiens ; non feulement
les François , mais les
autres pris fous la Baniere
de France. Ils parurent étonnez
de ce qu'on leur demandoit
pour ce dédommagement.
Ils dirent qu'à la veri- ›
té ils avoient fait quelques
GALANT. 79
priſes , mais qu'il s'en falloit
beaucoup qu'elles n'allaſſent
à une fomme fi confiderable .
Ils ajoûterent qu'il leur feroit
entierement impoffible
de la trouver ; & ayant of
fert cent mille écus , ils prierent
avec tant de foûmiffion
& d'inftance qu'on diminuaft
la fomme qui leur ef
toit demandée
, que pour fi
nir toute conteftation , on la
modera à celle de cinq cens
mille livres ; ils tomberent
d'accord de la donner , avec
tous les Efclaves François
, &
dirent qu'à l'égard de la fom-
•
Giiij
80 MERCURE
me , ils en payeroient une
partie dés le lendemain , &
qu'ils fourniroient le refte
dans le terme de vingt jours.
On leur en accorda quinze,.
à condition que pendant ce
temps , ils envoyeroient des
Boeufs chaque jour pour la
fubfiftance des Equipages.
Pour ce qui eft des Efclaves,
ils affeurèrent qu'ils alloient ,
commencer à rendre tous
ceux qu'ils avoient dans la
Ville & fes Dépendances ,
environ au nombre de deux
cens, & que quatre cens autres
eftant partis dans les fept
GALANT. 8t
Vaiffeaux qu'ils avoient au
fervice du Grand Seigneur
contre les Venitiens , ils envoyeroient
dix des Principaux
d'entr'eux pour Oftage
en France , juſqu'à ce que
le retour de ces Vaiffeaux
les mift en pouvoir de renvoyer
ces Efclaves . Ils en
rendirent cent quatre -vingtdés
le lendemain 26. & envoyerent
deux Oltages. M..
Robert Commiffaire de la
Marine , alla ce mefme jour
à la Ville avec M. Biet , Secretaire
de M. le Maréchal
d'Etrées, pour recevoir cent
82 MERCURE
cinquante mille livres , qu'ils
avoient promis de donner.
Ils manquerent de parole ,
& n'apporterent que fort
peu de chofe , alleguant des
difficultez que le Peuple avoit
fait naiftre . C'eſtoient
autant de fauffes raifons ,
pour voir s'il n'y auroit pas
moyen de diminuer la fomme.
Cette conduite penfa
leur coûter de nouvelles pertes
. Les Galiotes à Bombes
s'eftoient retirées d'auprés
de la Ville. On les avoit fait
remafter de leurs Mafts de :
Hunes , & elles avoient reGALANT.
83
pris leurs voiles , & tout ce
qu'elles avoient quitté pour
tirer. M. le Vice - Amiral
voyant les Tripolins en balance,
leur fit dire qu'il trouveroit
les moyens de fe faire
tenir parole. En mefme teps
il ordonna aux Bombardes
de fe tenir preftes pour jetter
des Bombes au premier
fignal . En effet, elles mirent
bas leurs Mafts de Hune , &
s'approcherent de la Ville.
Cette difpofition effraya les
Tripolins . Ils avoient éprouvé
à leurs dépens ce qu'ils
avoient à craindre des Bom84
MERCURE
bes ; & le Dey voyant qu'on
alloit recommencer tout de
bon à en jetter , refolut de
tout remettre en uſage pour
en détourner l'effet. Le peuple
fe laiffa perfuader aiſément
, & offrit de contribuer
autant qu'il pourroit au
payement d'une fomme qui
devoir finir la guerre . On
impofa une taxe , & quelques
- uns des principaux
ayant dit qu'il eftoit honteux
d'accepter la Paix, & de
rendre les Efclaves , le Dey
fit couper la tefte à
des al riches ; &
quatre
par cet
GALANT. 85
1
I
exemple , cruel à la verité ,
mais fort neceffaire , il donna
lieu à la contribution de
la fomme que les Tripolins
avoient accordée. C'eft ce
qu'on apprit d'une Chaloupe
qu'ils envoyerent à bord.
Le 27. outre l'argent monnoyé,
& les lingots , ils apporterent
des bagues , des
colliers, des diamans , & plufieurs
autres joyaux de prix,
qu'ils ne faifoient point difficulté
d'ofter à leurs fem
mes , pour affeurer leur repos.
Ils rendirent auffi un
Vaiffeau Marchand du Ca86
MERCURE
pitaine Jean Carle de Marfeille
, qu'ils avoient pris
quelque temps auparavant.
Ils eurent jufqu'au 9. de Juillet
, à fournir la fomme entiere
, foit en argent , foit en
marchandiſe ; & ils donnerent
jufqu'aux Lampes d'argent
de la Sinagogue des
Juifs , aufquelles ils ajoûterent
des Harnois enrichis
d'argent , les ornemens des
Mitres des Janiffaires , & la
Pomme d'argent doré du
grand Etendard . M. le Vice-
Amiral avoit refolu de ne
point figner la Paix qu'aprés
GALANT. 87
ce temps-là ; mais ayant appris
que le Peuple qui avoit
abandonné la Ville , ne vouloit
point y rentrer qu'on ne
l'euft mis hors d'eftat de
craindre les Bombes , envoya
fon Secretaire à la maifon
du Dey , qui de fon coſté
luy envoya un Chaoux pour
ratifier la Paix . Ainſi M. de
la Croix, qui en avoit mis les
Articles en langue Turque ,
les leut en plein Divan ; &
aprés cette lecture , les Tripolins
la fignerent , & y mirent
le Sceau . Ils tirerent
vingt- cinq coups de Canon ,
88 MERCURE
pour faire paroiftre leur rẻ-
joüiffance ; & ils en tirerent
enfuite un pareil nombre
pour falüer M. le Maréchal
d'Eftrées. Un Patron Maltois,
forty de leur Port, avoit
affeuré qu'il y avoit plufieurs
maifons abattuës , plus de
trois cens perfonnes tuées ,
& que tous les Habitans ef
toient fi épouvantez
, qu'il
n'y a rien qu'ils n'euffent
donné pour avoir la Paix . Ils
demanderent un Conful de
la Nation Françoiſe , & M.
Martinet fut nommé pour
cet Employ , en attendant
GALANT. 89
les ordres de Sa Majesté. Si-
I toft que le Pavillon de Fran- -
ce parut fur la Maiſon , les
Tripolins tirerent encore
vingt-cinq coups de Canon
pour le falüer.
3
Cette Relation vous fem
bleroit imparfaite, fi je la finiffois
fans vous dire quel--
que chofe de particulier
de M. le Motheux , Capitai--
ne de Fregate legere , qui a
efté le feul Officier bleffe . Il
eut la cuiffe caffée en deux
endroits d'un éclat de boulet
de Canon, qui donna dans
la Galiote qu'il comman
Aguſt1685
H.
90 MERCURE
-
doit, comme je vous l'ay dé
ja marqué. M. le Motheux
eft tres diftingué dans le
Corps de la Marine. Il n'a
trouvé aucune occafion de
fe fignaler , qu'il n'ait embraffée
avec une ardeur digne
de fon zele. Il commandoit
une Galiote à l'affaire
d'Alger ; & il s'expoſoit avec
tant d'intrepidité & de valeur
, que les Officiers Generaux
furent obligez de luy
envoyer dire qu'il fe retiraft ;
à quoy il répondit , qu'il ef
toit neceffaire qu'il occupaft
le Poſte où il eftoit pour le
1
GALANT. GT
fervice de Sa Majesté . A la
defcente qui fut faite à Ge
nes , il fe trouva à la tefte des
Grenadiers , qui chafferent
tout ce qu'il y avoit de Troupes
dans Saint Pierre d'Are
ne ; & le refte de la Campagne
, il eut le commande--
ment de trois Galiotes à Ra-+
mes , avec lesquelles il pritt
dans la Riviere de Gehes
plufieurs petits Baftimens ,
qu'il aima mieux brûler que
d'écouter aucune ' dest propofitions
que luy firent lest
Proprietaires de ces Baftia !
mens, qui fe foûmettoient ài
Hij
92 MERCURE
luy payer tout ce qu'il voudroit
leur demander pour les
rendre . Il leur répondit , que
les Officiers qui avoient l'ho
neur de commander les Vaiffeaux
du Roy, eftoient incapables
de confentir à des
compofitions qui leur fuf
fent perfonnelles , & fit mettre
le feu à leurs Baftimens.
en leur preſence.
Fermer
Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
En juin, le maréchal d'Estrées, vice-amiral de France, mena une expédition contre Tripoli. La flotte, partie de Lampedouse, atteignit Tripoli le 19 juin. Cette ville, ancienne capitale romaine, était alors sous contrôle ottoman dirigé par un bacha. En raison du mauvais temps, la flotte française envoya des chaloupes pour explorer le port. Le 22 juin, les bombardes françaises commencèrent à bombarder la ville. Les défenseurs de Tripoli ne répondirent pas aux tirs. Les Français réussirent à aborder un écueil près du port et à le sonder, ce qui impressionna les habitants de Tripoli, les incitant à entamer des négociations de paix. Un représentant tripolin, Trik, proposa une médiation, et une trêve fut accordée jusqu'au lendemain midi. Les négociations aboutirent à un accord stipulant que Tripoli devait verser 500 000 livres pour compenser les prises faites sur les marchands français et libérer les esclaves chrétiens. Initialement, les Tripolitains ne respectèrent pas leur promesse, mais ils finirent par payer la somme totale en argent et en biens précieux. La paix fut officiellement signée le 9 juillet. Les Tripolitains demandèrent la nomination d'un consul français, et Monsieur Martinet fut désigné pour ce poste. Le capitaine Motheux, blessé lors de l'incident, était reconnu pour son courage et son dévouement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 221-229
De Modon, le 1. Octobre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Je n'ay pas manqué de vous écrire d'Alexandrette [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de France, Ambassadeur, Grand seigneur, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Modon, le 1. Octobre 1714.
De Modon, le 1. Octobre
1714
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
écrire d' Alexandrette le 19. du
mois passé ,je vous ay informé
dans ma Lettre de nos avantures ,
l'embarquement de de nostre
Ambaßadeur ; il me reſte à vous
dire que le 6. & le 7. de noftre
partance nous enmes une groffe
Tiij
222 JOURNAL
tempeste qui nous fatigua tous ,
particulierement l'Ambaſſa
deur. Le lendemain le temps ſe
mit au beau : il me dit qu'il
vouloit abfolument aller àterre,
je luy representay le danger qu'il
pourroity avoir , & que vous
m'aviez expreſſement deffendu
detoucher en aucun endroit des
Etatsdu Grand Seigneur ; mais
tous mes discours nefervirent de
vien , il ne voulut jamais entendre
raiſon & il fallut le débarquer
à la rade de la Fenizo en
Afie , oùnous moüillames le 29.
du passé à midy ; l'eau y étant
bonne ,j'en fis faire pour noftre
HISTORIQUE 223
équipage , I je me disposay
partir la même muit , parce que
j'appris que deux Vaisseaux dit
Grand Seigneur estorent fortis
depuis deux jours du même lieu.
Je fis mettre à la voile à deux
beures aprés minuit , le même
jour nousnous trouvâmes vis-àvis
du Cacama avec tres peu de
vent; vers le midy nous apperçûmes
quatre Kaiffeaux Tures
moüillez audit Cacamo. Je vous
baiffe à penser , Monseigneur ,
P'horrible embarras où nousjetta
cette découverte ,que lo vent qui
nous étoit contraire rendit encore
plus effrayante pour nous ; je tins
Tiiij
284 JOURNALH
alors un petit Conſeil entre le Capitaine,
lePilote ,le Maistre
moy ; & je conclus que pour leur
épargner la peine de nous envoyer
visiter , nous devions fairefemblant
de les vouloir approcherjufqu'à
ce que la nuit nous aidat à
nous tirer d'affaire. Vers les cinq
beures du foir ils reconnurent à
noftre manoeuvre que nous avions
enviede les tromper, auſſi toſt ils
nous tirerent uncoup de canon , un
moment aprés un ſecond , &un
troifiéme ; alors noſtre Capitaine
effrayé, dit que si nous n'allions
pas à eux , ils alloient venir à
nous,&que s'ils nous abordoient,
HISTORIQUE. 225
ils nous étrangleroient tous. Je
m'oppoſayfortement àfon avis
parce qu'il ne me convenoit nullement
de lefuiure ; je luy dis au
contraire qu'il n'avoit qu'à relacher
en plein Canal , que la nuit
étoit venuë,que levent étoitchangé,
que nous marchions bien , &
que le lendemain s'ils s'aviſoient
de nous ſuivre , ils nous auroient
perdu de venë ; ce qu'il fit , ne
pouvant faire autrement. Feus
dans cette occafion obligation de
noftrefalutàmafermeté.Levent
fe fortifia pendant la nuit ,&
continua fi favorablement que
nous reconnûmes au bout de trois
226 JOURNAL
nousmanjoursleRoyaumedeCandie.
Mais
comme nous avions un grand
Canal apaffer , &que nos proviſions
commençoient à
quer , nous avons éréabligez hier
de relâcher icy poury prendre tout
ce qui nous seroit neceſſaire , afin
de ne pointfaire pavirl Ambassa
deur nifon monde.Tousfes gens .
luy compris,font le nombre de 18 .
bommes ; ils mangent tous
ils ont bon appetit , &ne crai
gnentpoint la Mer.
bien
Fay acheté icy des moutons ,
des poulets , &autres rafraîchisfemens,&
fur tout de bellefarinepour
luyfairefaire des poupes
i
HISTORIQUE. 227
parses gens , car jusqu'aujourd'huy
il n'a pas gousté de nostre
pain ; il a mangé de celuy qu'il
avoit apportédefon Pays ,&il
m'a juré qu'il n'avoit pas non
plus goufté de celuy des Turcs.
Jeferay,Monseigneur, tout mon
poſſible pour le contenter juſques
àMarseille felon les ordres que
j'en ay receus de vous. Il
de fe voir embarqué , er tous les
jours il rend graces à Dieu , &à
vous des bons offres que vous luy
avez rendus. Je luy ay compté
tout ce que vous aviez fait pour
l'amourde luy lorſqu'il étoit en
eft ravi
priſon , &que vousn'aviez rien
228 JOURNAL
DO
oubliépour luy procurerfon élatgiffement
; il en tombe d'accord ,
&dix fois le jour il me dit : Je
n'oublieray jamais Monſicur
l'Ambaſladeur de France , ni
fes bienfaits , & la premiere
fois que je verray Sa Majesté ,
jene pourraypas m'empêcher
de parler de luy ,& de luy dire
qu'il n'appartient qu'à Sa Majeſté
l'Empereur de France ,
d'avoir des Sujets , & des Miniſtres
de la ſorte.
Il vous écrit en particulier ,
Monseigneur , une Lettre que
vous recevrez pour vous , avec
une autre pour l'envoyer en fon
HISTORIQUE . 229
855
Pays.F'adreſſe lesPreſentes à M.
Goujon , Conful de France à Napolyy
1714
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
écrire d' Alexandrette le 19. du
mois passé ,je vous ay informé
dans ma Lettre de nos avantures ,
l'embarquement de de nostre
Ambaßadeur ; il me reſte à vous
dire que le 6. & le 7. de noftre
partance nous enmes une groffe
Tiij
222 JOURNAL
tempeste qui nous fatigua tous ,
particulierement l'Ambaſſa
deur. Le lendemain le temps ſe
mit au beau : il me dit qu'il
vouloit abfolument aller àterre,
je luy representay le danger qu'il
pourroity avoir , & que vous
m'aviez expreſſement deffendu
detoucher en aucun endroit des
Etatsdu Grand Seigneur ; mais
tous mes discours nefervirent de
vien , il ne voulut jamais entendre
raiſon & il fallut le débarquer
à la rade de la Fenizo en
Afie , oùnous moüillames le 29.
du passé à midy ; l'eau y étant
bonne ,j'en fis faire pour noftre
HISTORIQUE 223
équipage , I je me disposay
partir la même muit , parce que
j'appris que deux Vaisseaux dit
Grand Seigneur estorent fortis
depuis deux jours du même lieu.
Je fis mettre à la voile à deux
beures aprés minuit , le même
jour nousnous trouvâmes vis-àvis
du Cacama avec tres peu de
vent; vers le midy nous apperçûmes
quatre Kaiffeaux Tures
moüillez audit Cacamo. Je vous
baiffe à penser , Monseigneur ,
P'horrible embarras où nousjetta
cette découverte ,que lo vent qui
nous étoit contraire rendit encore
plus effrayante pour nous ; je tins
Tiiij
284 JOURNALH
alors un petit Conſeil entre le Capitaine,
lePilote ,le Maistre
moy ; & je conclus que pour leur
épargner la peine de nous envoyer
visiter , nous devions fairefemblant
de les vouloir approcherjufqu'à
ce que la nuit nous aidat à
nous tirer d'affaire. Vers les cinq
beures du foir ils reconnurent à
noftre manoeuvre que nous avions
enviede les tromper, auſſi toſt ils
nous tirerent uncoup de canon , un
moment aprés un ſecond , &un
troifiéme ; alors noſtre Capitaine
effrayé, dit que si nous n'allions
pas à eux , ils alloient venir à
nous,&que s'ils nous abordoient,
HISTORIQUE. 225
ils nous étrangleroient tous. Je
m'oppoſayfortement àfon avis
parce qu'il ne me convenoit nullement
de lefuiure ; je luy dis au
contraire qu'il n'avoit qu'à relacher
en plein Canal , que la nuit
étoit venuë,que levent étoitchangé,
que nous marchions bien , &
que le lendemain s'ils s'aviſoient
de nous ſuivre , ils nous auroient
perdu de venë ; ce qu'il fit , ne
pouvant faire autrement. Feus
dans cette occafion obligation de
noftrefalutàmafermeté.Levent
fe fortifia pendant la nuit ,&
continua fi favorablement que
nous reconnûmes au bout de trois
226 JOURNAL
nousmanjoursleRoyaumedeCandie.
Mais
comme nous avions un grand
Canal apaffer , &que nos proviſions
commençoient à
quer , nous avons éréabligez hier
de relâcher icy poury prendre tout
ce qui nous seroit neceſſaire , afin
de ne pointfaire pavirl Ambassa
deur nifon monde.Tousfes gens .
luy compris,font le nombre de 18 .
bommes ; ils mangent tous
ils ont bon appetit , &ne crai
gnentpoint la Mer.
bien
Fay acheté icy des moutons ,
des poulets , &autres rafraîchisfemens,&
fur tout de bellefarinepour
luyfairefaire des poupes
i
HISTORIQUE. 227
parses gens , car jusqu'aujourd'huy
il n'a pas gousté de nostre
pain ; il a mangé de celuy qu'il
avoit apportédefon Pays ,&il
m'a juré qu'il n'avoit pas non
plus goufté de celuy des Turcs.
Jeferay,Monseigneur, tout mon
poſſible pour le contenter juſques
àMarseille felon les ordres que
j'en ay receus de vous. Il
de fe voir embarqué , er tous les
jours il rend graces à Dieu , &à
vous des bons offres que vous luy
avez rendus. Je luy ay compté
tout ce que vous aviez fait pour
l'amourde luy lorſqu'il étoit en
eft ravi
priſon , &que vousn'aviez rien
228 JOURNAL
DO
oubliépour luy procurerfon élatgiffement
; il en tombe d'accord ,
&dix fois le jour il me dit : Je
n'oublieray jamais Monſicur
l'Ambaſladeur de France , ni
fes bienfaits , & la premiere
fois que je verray Sa Majesté ,
jene pourraypas m'empêcher
de parler de luy ,& de luy dire
qu'il n'appartient qu'à Sa Majeſté
l'Empereur de France ,
d'avoir des Sujets , & des Miniſtres
de la ſorte.
Il vous écrit en particulier ,
Monseigneur , une Lettre que
vous recevrez pour vous , avec
une autre pour l'envoyer en fon
HISTORIQUE . 229
855
Pays.F'adreſſe lesPreſentes à M.
Goujon , Conful de France à Napolyy
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Résumé : De Modon, le 1. Octobre 1714.
Dans une lettre datée du 1er octobre 1714, écrite depuis Modon, l'auteur relate les péripéties d'un voyage maritime. Après avoir quitté Alexandrette, l'ambassadeur et son équipage ont rencontré une violente tempête. Malgré les mises en garde, l'ambassadeur a choisi de débarquer à la rade de la Fenizo en Asie, où ils ont jeté l'ancre le 29 du mois précédent. Craignant la présence de vaisseaux turcs, l'auteur a décidé de repartir la même nuit. Près du Cacama, ils ont croisé quatre caïques turcs. Pour éviter cette menace, l'auteur a opté pour une navigation nocturne, profitant d'un vent favorable qui leur a permis d'atteindre le royaume de Candie après trois jours. Ayant besoin de provisions, ils ont fait escale à Modon. L'auteur mentionne les besoins alimentaires de l'ambassadeur et de son équipage, composé de 18 hommes. Il assure qu'il satisfera les demandes de l'ambassadeur jusqu'à Marseille, conformément aux ordres reçus. L'ambassadeur exprime sa gratitude envers le roi de France et son ambassadeur pour leurs bienfaits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 137-139
Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Début :
Messieurs Montagüe & Collieres, Ambassadeurs d'Angleterre & d'Hollande à la [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Angleterre, Hollande, Paix, Empires, Grand seigneur, Forteresse, Traité de Carlowitz, Médiateur, Conquêtes, Cour ottomane, Ecclésiastique, Députés, Province, Despotique
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Extrait d'une Lettre de Vienne
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Le document est une lettre datée du 20 mars, adressée aux ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande à la Porte ottomane, Montague et Collie. Ces derniers sont mandatés par leurs souverains pour proposer une médiation afin d'établir la paix entre les Empires ottoman et autrichien. Ils doivent inciter le sultan à céder Belgrade et ses dépendances à l'empereur, à abandonner ses prétentions sur la Valachie, et à démanteler une forteresse récemment construite à Choczin, contraire au traité de Carlowitz. Les médiateurs doivent également mettre en garde contre les risques de perte des possessions européennes de l'Empire ottoman si la guerre persiste, en raison des possibles conquêtes supplémentaires de l'empereur et des rébellions potentielles parmi les Turcs. La lettre mentionne l'arrivée de Montague à Belgrade et l'attente des résultats de ses instructions conjointes avec celles de Collie. Par ailleurs, des notables valaques réfugiés en Transylvanie ont soumis un mémoire à la cour impériale, proposant de soumettre la Valachie à l'empereur sous la gouvernance d'un hospodar. Cependant, les ministres impériaux préfèrent un gouverneur impérial, abolissant ainsi le statut de prince et instaurant un gouvernement despotique similaire à celui des autres États autrichiens.
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4
p. 100-112
NOUVELLES DE HONGRIE.
Début :
Le Prince Eugéne se tient toûjours dans son nouveau Camp [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Armée impériale, Cavalerie, Frontières, Comte, Grand vizir, Forteresse, Cour ottomane, Grand seigneur, Officiers, Janissaires, Empereur, Vaisseaux de guerre, Armes, Ennemis, Siège, Comte, Vienne, Rebelles, Milices, Sultan, Garnison, Puissances étrangères, Hambourg, Roi de Prusse, Régiment, Venise, Ambassadeur, Victoire
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE HONGRIE.
NOUVELLES DE HONGRIE.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
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Résumé : NOUVELLES DE HONGRIE.
Le Prince Eugène se trouve à Semlin, où l'armée impériale se reconstitue après la campagne. Il se concentre sur le recrutement de l'infanterie et le renforcement de la cavalerie. Accompagné du Prince de Wurtemberg, du Général Vehlen et de l'ingénieur général, il inspecte les fortifications et organise la défense le long de la frontière. Le Comte Philippi rapporte des scènes de désolation sur les chemins turcs et affirme que les Turcs ne feront pas la guerre la campagne suivante, espérant une paix ou une trêve. Le Grand Vizir, déçu par la reddition de Belgrade, retourne vers la Morava, tandis que les Janissaires, mécontents, se dirigent vers Andrinople. Les Arnautes, Albanais et Bulgares demandent la protection de l'Empereur. À Belgrade, les soldats découvrent des objets de valeur et des fortifications souterraines. Le Prince Eugène autorise les soldats à conserver leurs trouvailles. La cavalerie se prépare à se déplacer vers Futack pour le fourrage, tandis que l'infanterie attend la fin des travaux de fortification près de Semlin. En Turquie, un dignitaire est remplacé par Mehmet-Baffa, et les Janissaires se réfugient à Sophie. En Europe centrale, le général Mercy repousse un corps turc entre Nissa et Vidin. Le comte Rabutin offre une épée au prince Eugène de la part de l'empereur. En Hongrie, des forces impériales repoussent des Turcs, Tartares et Hongrois rebelles. La garnison turque à Zwornick résiste malgré les renforts. Le prince Eugène cherche à rétablir le commerce entre Témesvar et Belgrade. En Allemagne, des tensions diplomatiques émergent autour de la forteresse de Rhinsfeld. À Hambourg, on s'interroge sur le sort du baron de Gortz. La République de Venise prépare sa prochaine campagne militaire et lève des fonds. Un différend subsiste entre le Pape et l'Empereur concernant le cours des eaux de la rivière Ren.
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5
p. 124-126
Nouvelles de Constantinople du mois d'Octobre 1723.
Début :
Sur la fin du mois passé une des Sultanes a mis au monde une Princesse, [...]
Mots clefs :
Ministre, Ministres, Sultane, Moscovie, Constantinople, Grand vizir, Grand seigneur
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Constantinople du mois d'Octobre 1723.
Nouvelles de Constantinople du mois
d'Otfobfe 172 3.
•
S Ut la fin du mois passé une des Sul-
. canes a mis au monde une Princesse»
dont la naissance a été celebrée à l'ordi
naire par le bruit du. canon du Serrail ,
de l'Arcenal,des Vaisseaux, & des Gai»
leres qui sorit dans ce Port.
M. Gritti , nouveau Bayle, ou Am
bassadeur de Veniíë qui vient relever M.
Emo , est arrivé le 7. de ce mois en ce
Port fur deux Galeres que íà Hautessé
avoit envoyées. au Tenedore , suivant le
ceremonial ordinaire pour recevoir ce
Ministre, & le transporter. en cette Ville;
les deux Vaisseaux de la République, fur
leíquels ce Ministre étoit parti de Veniíe
iront hiverner Jl Corfou , en attendant le
départ de M. Emo. M. Gritti fera in
cessamment son entrée publique en cetta
Ville , il aura. ensuite son audience du
Grand Visir , & du Grand Seigneur. M.
Emo , ancien Bayle , a étéfuivant l'uiâge
recevoir & complimenter son íucceíîèur.
fur ies Galeres du Grand Seigneur , l'a
conduit au * Baylage de Veniíe, à Peraj
•ù il l'a regalé pendant trois jours , &
s'est retiré ensuite dans une maiíon parr.
* C'est le Balais de ces Misislres...
JANVIER. 1714.: irj
tìcutìere qu'il s'étoit fait preparer avant
l'arrivée de ce nouveau Ministre s dans
laquelle il restera juíques à son départ
pour Venise.
Il n'y a eu aucune nouvelle conferent
ce entre les Ministres de la Porte , Se le
Réíident de Moícovie au sujet des affai
res de Perse, depuis celle quiavoit été
tenue le 19. Aoust: on peut juger delà
que ces conferences auront été suspendues
jusqu'à ce que M. NepluyefF, Résident
de Moícovie, ait reçu la réponse aux Let
tres que portoit le Courier qu'il avoic
dépêché en Moícovie après cette confe
rence.
Ile 17. de ce mois il est arrivé en cette
Cour un Ambassadeur de la part de Tamas
Chah , fils du Sophi qui est toujours
à Tauris avec un corps de troupes consi
derable qu'il a raroaíîe. Ce Ministre qui
avoit été retardé près de six mois fur les
frontieres pendant que l'on déliberoit à
la Porte u on- devoit le recevoir , a
vaincu cette premiere difficulté , par leí
moyen des representations du Pacha d~e
Van. Il est venu en poste accompagné
de huit ou dix personnes, & a eu son
audience dû Grand Visir peu dé jours
après son arrivée. On écrit qu'il est déja
entré en conference avec les Ministres
de cette Cour, & que le íùjet de son
Ambaila^
ii6 MERCURE DE FRANCE.
Ambaííàde est pour demander du secours
à la Porte contre Miri-Mamouth.
Les Turcs 'n'ont encore agi que fbiblement
Gu les frontieres, on eh attri
bue la cause aux divisions qu'il y a eu
entre les Comrnandans.' Ibrahim' Pacha
qui étoit Seraskier , a été dépoíe à cette
occasion , 5e cette Charge donnée à Are-
H.Mehemet Pacha qui commande en mê
me temps dans toute la Georgie.
Il est venu depuis peu de jours quel
ques Seigneurs ou principaux des peu-
{íle^ appeliez Abafla pour se mettre sous
a protection de la Torte , Se servir en
même temps d'otage de la fidelité de leurs
Chefs*
. Les pluyes frequentes qu'il fait en ce
pays dans cette saison ont fait revenir à
Fera tous les Ministres des Paiíïances
Étrangeres qui étoient dispersez dans
des maisons de plaiíànce aux environs dè
cette Ville, pour lai sler passer le temps
de la contagion', quoiqu'elle ne soi t pas.
totalement finie.
d'Otfobfe 172 3.
•
S Ut la fin du mois passé une des Sul-
. canes a mis au monde une Princesse»
dont la naissance a été celebrée à l'ordi
naire par le bruit du. canon du Serrail ,
de l'Arcenal,des Vaisseaux, & des Gai»
leres qui sorit dans ce Port.
M. Gritti , nouveau Bayle, ou Am
bassadeur de Veniíë qui vient relever M.
Emo , est arrivé le 7. de ce mois en ce
Port fur deux Galeres que íà Hautessé
avoit envoyées. au Tenedore , suivant le
ceremonial ordinaire pour recevoir ce
Ministre, & le transporter. en cette Ville;
les deux Vaisseaux de la République, fur
leíquels ce Ministre étoit parti de Veniíe
iront hiverner Jl Corfou , en attendant le
départ de M. Emo. M. Gritti fera in
cessamment son entrée publique en cetta
Ville , il aura. ensuite son audience du
Grand Visir , & du Grand Seigneur. M.
Emo , ancien Bayle , a étéfuivant l'uiâge
recevoir & complimenter son íucceíîèur.
fur ies Galeres du Grand Seigneur , l'a
conduit au * Baylage de Veniíe, à Peraj
•ù il l'a regalé pendant trois jours , &
s'est retiré ensuite dans une maiíon parr.
* C'est le Balais de ces Misislres...
JANVIER. 1714.: irj
tìcutìere qu'il s'étoit fait preparer avant
l'arrivée de ce nouveau Ministre s dans
laquelle il restera juíques à son départ
pour Venise.
Il n'y a eu aucune nouvelle conferent
ce entre les Ministres de la Porte , Se le
Réíident de Moícovie au sujet des affai
res de Perse, depuis celle quiavoit été
tenue le 19. Aoust: on peut juger delà
que ces conferences auront été suspendues
jusqu'à ce que M. NepluyefF, Résident
de Moícovie, ait reçu la réponse aux Let
tres que portoit le Courier qu'il avoic
dépêché en Moícovie après cette confe
rence.
Ile 17. de ce mois il est arrivé en cette
Cour un Ambassadeur de la part de Tamas
Chah , fils du Sophi qui est toujours
à Tauris avec un corps de troupes consi
derable qu'il a raroaíîe. Ce Ministre qui
avoit été retardé près de six mois fur les
frontieres pendant que l'on déliberoit à
la Porte u on- devoit le recevoir , a
vaincu cette premiere difficulté , par leí
moyen des representations du Pacha d~e
Van. Il est venu en poste accompagné
de huit ou dix personnes, & a eu son
audience dû Grand Visir peu dé jours
après son arrivée. On écrit qu'il est déja
entré en conference avec les Ministres
de cette Cour, & que le íùjet de son
Ambaila^
ii6 MERCURE DE FRANCE.
Ambaííàde est pour demander du secours
à la Porte contre Miri-Mamouth.
Les Turcs 'n'ont encore agi que fbiblement
Gu les frontieres, on eh attri
bue la cause aux divisions qu'il y a eu
entre les Comrnandans.' Ibrahim' Pacha
qui étoit Seraskier , a été dépoíe à cette
occasion , 5e cette Charge donnée à Are-
H.Mehemet Pacha qui commande en mê
me temps dans toute la Georgie.
Il est venu depuis peu de jours quel
ques Seigneurs ou principaux des peu-
{íle^ appeliez Abafla pour se mettre sous
a protection de la Torte , Se servir en
même temps d'otage de la fidelité de leurs
Chefs*
. Les pluyes frequentes qu'il fait en ce
pays dans cette saison ont fait revenir à
Fera tous les Ministres des Paiíïances
Étrangeres qui étoient dispersez dans
des maisons de plaiíànce aux environs dè
cette Ville, pour lai sler passer le temps
de la contagion', quoiqu'elle ne soi t pas.
totalement finie.
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Résumé : Nouvelles de Constantinople du mois d'Octobre 1723.
En octobre 1723, une sultane a donné naissance à une princesse à Constantinople, célébré par des salves de canon. M. Gritti, nouveau bailli de Venise, est arrivé le 7 octobre à bord de deux galères. Il a été accueilli selon le cérémonial habituel et sera bientôt reçu par le Grand Visir et le Grand Seigneur. M. Emo, ancien bailli, a conduit M. Gritti au baillage de Venise à Peraj et l'a hébergé pendant trois jours avant de se retirer. Depuis août, il n'y a pas eu de nouvelles conférences entre les ministres de la Porte et le résident de Moscovie concernant les affaires de Perse. Le 17 janvier 1724, un ambassadeur de Tamas Chah, fils du Sophi, est arrivé à Constantinople après un retard de six mois. Il a été reçu par le Grand Visir pour demander du secours contre Miri-Mamouth. Les Turcs ont agi faiblement aux frontières en raison de divisions entre les commandants. Ibrahim Pacha a été déposé et remplacé par Ahmet Mehmet Pacha. Quelques seigneurs des peuples Abaza sont venus se mettre sous la protection de la Porte et servir d'otages. Les pluies fréquentes ont ramené les ministres des palais étrangers à Fera.
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6
p. 205
DU LEVANT.
Début :
On continue de travailler avec toute la diligence possible, à réparer [...]
Mots clefs :
Constantinople, Grand vizir, Tremblement de terre, Sultane Validé, Grand seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 10 Avril.
ONcontinue de travailler avec toute la dili- gence poffible , à réparer les dommages caufés
par les derniers tremblemens de terre. La
partie du château des Sept Tours qui avoit été
ruinée , eft entierement rebâtie , ainfi que le mur
qui fert d'enceinte à la ville depuis l'Arfenal jufqu'à
la porte d'Andrinople . Ces jours derniers , le
Grand Seigneur alla vifiter les ouvrages qu'on
fait à l'Eglife de fainte Sophie.
Le dernier Grand Vifir , fur la recommendation
de la Sultane Validé , a obtenu une penfion de
cinq mille Sultanins .
Le Kiaïa Bey fut dépofé le 10 de ce mois. Il a
pour fucceffeur le Secrétaire du Grand Vifir .
DE CONSTANTINOPLE , le 10 Avril.
ONcontinue de travailler avec toute la dili- gence poffible , à réparer les dommages caufés
par les derniers tremblemens de terre. La
partie du château des Sept Tours qui avoit été
ruinée , eft entierement rebâtie , ainfi que le mur
qui fert d'enceinte à la ville depuis l'Arfenal jufqu'à
la porte d'Andrinople . Ces jours derniers , le
Grand Seigneur alla vifiter les ouvrages qu'on
fait à l'Eglife de fainte Sophie.
Le dernier Grand Vifir , fur la recommendation
de la Sultane Validé , a obtenu une penfion de
cinq mille Sultanins .
Le Kiaïa Bey fut dépofé le 10 de ce mois. Il a
pour fucceffeur le Secrétaire du Grand Vifir .
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Résumé : DU LEVANT.
Le 10 avril, à Constantinople, les réparations post-sismiques avancent rapidement. Le château des Sept Tours et le mur d'enceinte de l'Arsenal à la porte d'Andrinople sont reconstruits. Le sultan a inspecté les travaux à Sainte-Sophie. L'ancien Grand Vizir reçoit une pension de cinq mille sultanins. Le Kiaïa Bey est démis de ses fonctions et remplacé par le secrétaire du Grand Vizir.
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7
p. 194
DE CONSTANTINOPLE, le 8 Novembre 1758.
Début :
Le Grand-Seigneur vient d'accorder la paix aux Tartares. Leur rébellion ne les a [...]
Mots clefs :
Grand seigneur, Paix, Tartares, Rébellion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE CONSTANTINOPLE, le 8 Novembre 1758.
DE CONSTANTINOPLE , le 8 Novembre 1758.
LEE Grand- Seigneur vient d'accorder la paix
aux Tartares. Leur rébellion ne les a pas empêché
d'obtenir des conditions très - favorables. Ils
ont eu permiffion de garder le nouveau Kan
qu'ils s'étoient choifi , au préjudice de celui que
la Porte leur avoit nommé .
LEE Grand- Seigneur vient d'accorder la paix
aux Tartares. Leur rébellion ne les a pas empêché
d'obtenir des conditions très - favorables. Ils
ont eu permiffion de garder le nouveau Kan
qu'ils s'étoient choifi , au préjudice de celui que
la Porte leur avoit nommé .
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8
p. 179-180
De VIENNE, le 20 Septembre.
Début :
Selon les nouvelles de Constantinople, la révolte du Pacha d'Iconium [...]
Mots clefs :
Révolte, Pacha , Grand seigneur, Fêtes, Mariage, Comte, Concert, Repas, Bal, Procession, Commémorations, Siège, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 20 Septembre.
De VIENNE , le 20 Septembre."
SELON
ELON les nouvelles de Conftantinople , la révolte
du Pacha d'Iconium commence à donner de
l'inquiétude au Divan. Ce Pacha , à la tête de
quinze mille hommes , s'eft mis en marche de fon
Gouvernement vers cette Capitale . On prétend
que le Grand-Seigneur la fait allurer de la grâce
s'il rentroit dans fon devoir ; mais on ne croit pas
que ce Rebelle fe laiffe prendre à ce piege , & il
faudra employer la force pour le foumettre .
Les fêtes préparées pour le mariage de l'Archi-
Duc Jofeph avec l'Infante Ifabelle , viennent de
commencer. La nouvelle de la conclufion de ce
mariage fut apportée le 14 de ce mois , par le
Comte de Kaunitz-Rittberg , Chambellan de leurs
Majeftés Impériales , fils aîné du Comte de ce
nom , Chancelier de Cour & d'Etat ; la Cour ſe
mit , à cette occafion , en grand gala pour trois
jours , & leurs Majeftés Impériales furent compli
mentées par les Ambaffadeurs & les Miniftres,
étrangers , ainfi que par la haute Nobleffe. Elles
dînerent enfuite en Public avec les Archiducs Jofeph
, Charles & Léopold , quatre des Archidscheffes
, & avec le Prince Charles & la Princeffe
Charlotte de Lorraine. On exécuta un beau Concert
pendant le repas. Le foir , il y eur un bal paré
qui fut fuivi d'un grand fouper. Le matin , Leurs
Majeftés Impériales , accompagnées de l'Archiduc
Jofeph , avoient affifté à la Proceffion qui fe fait
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
annnellement , en mémoire de la levée du Siége
de cette Capitale , par les Turcs en 1683. L'Artillerie
des remparts fit une triple falve , à chacune
defquelles la Garniſon répondit par le feu de fa
Moufquetterie.
Le Comte de Palfi , Général d'Infanterie , fut
déclaré, le même jour, Capitaine de la Compagnie
des Gardes du Corps , formée par le Royaume de
Hongrie, pour
la Garde de l'Archiduc & de l'Archiduchelle
.
On a reçu
de Parme , le détail fuivant des cérémonies
qui ont été faites , à l'occafion du Mariage
de l'Archiduc Jofeph avec l'Infante Ifabelle.
SELON
ELON les nouvelles de Conftantinople , la révolte
du Pacha d'Iconium commence à donner de
l'inquiétude au Divan. Ce Pacha , à la tête de
quinze mille hommes , s'eft mis en marche de fon
Gouvernement vers cette Capitale . On prétend
que le Grand-Seigneur la fait allurer de la grâce
s'il rentroit dans fon devoir ; mais on ne croit pas
que ce Rebelle fe laiffe prendre à ce piege , & il
faudra employer la force pour le foumettre .
Les fêtes préparées pour le mariage de l'Archi-
Duc Jofeph avec l'Infante Ifabelle , viennent de
commencer. La nouvelle de la conclufion de ce
mariage fut apportée le 14 de ce mois , par le
Comte de Kaunitz-Rittberg , Chambellan de leurs
Majeftés Impériales , fils aîné du Comte de ce
nom , Chancelier de Cour & d'Etat ; la Cour ſe
mit , à cette occafion , en grand gala pour trois
jours , & leurs Majeftés Impériales furent compli
mentées par les Ambaffadeurs & les Miniftres,
étrangers , ainfi que par la haute Nobleffe. Elles
dînerent enfuite en Public avec les Archiducs Jofeph
, Charles & Léopold , quatre des Archidscheffes
, & avec le Prince Charles & la Princeffe
Charlotte de Lorraine. On exécuta un beau Concert
pendant le repas. Le foir , il y eur un bal paré
qui fut fuivi d'un grand fouper. Le matin , Leurs
Majeftés Impériales , accompagnées de l'Archiduc
Jofeph , avoient affifté à la Proceffion qui fe fait
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
annnellement , en mémoire de la levée du Siége
de cette Capitale , par les Turcs en 1683. L'Artillerie
des remparts fit une triple falve , à chacune
defquelles la Garniſon répondit par le feu de fa
Moufquetterie.
Le Comte de Palfi , Général d'Infanterie , fut
déclaré, le même jour, Capitaine de la Compagnie
des Gardes du Corps , formée par le Royaume de
Hongrie, pour
la Garde de l'Archiduc & de l'Archiduchelle
.
On a reçu
de Parme , le détail fuivant des cérémonies
qui ont été faites , à l'occafion du Mariage
de l'Archiduc Jofeph avec l'Infante Ifabelle.
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Résumé : De VIENNE, le 20 Septembre.
Le 20 septembre, des nouvelles de Constantinople signalent une révolte du Pacha d'Iconium, qui inquiète le Divan. À la tête de quinze mille hommes, ce Pacha avance vers la capitale. Le Grand-Seigneur lui propose la grâce s'il se soumet, mais son acceptation est incertaine, rendant une intervention militaire possible. À Vienne, les festivités pour le mariage de l'Archiduc Joseph avec l'Infante Isabelle ont débuté. La nouvelle du mariage a été annoncée le 14 septembre par le Comte de Kaunitz-Rittberg. La cour s'est mise en grand gala pendant trois jours, avec des compliments des ambassadeurs, ministres étrangers et haute noblesse. Un dîner public, un concert et un bal ont suivi. Le matin, les Majestés Impériales ont assisté à une procession commémorant la levée du siège de Vienne par les Turcs en 1683. Le Comte de Palfi a été nommé Capitaine de la Compagnie des Gardes du Corps hongrois pour la garde de l'Archiduc et de l'Archiduchesse. Des détails des cérémonies du mariage à Parme ont également été reçus.
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