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1
p. 319-338
Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié à vous marquer que lors qu'ils allerent [...]
Mots clefs :
Monsieur le Duc, Roi, Troupes, Ambassadeur, Ordre de bataille, Prince, Mandarins, Rois, Inclinations, Plaisir, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Compliment, Bataille
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texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
J'ay oubliéà vous mar
quer que lors qu'ils alle
Dd iiij
320 Voyage des Amb.
rent chez Mademoiſelle
d'Orleans , ils demanderent
à voir Madame de
Guife. Cette Princeffe, qui
avoit alors quelque indifpoſition
, leur fit faire excuſe
de ce qu'elle ne pouvoit
les recevoir. Ils auroient
eſté dés ce temps
là chez Monfieur le Duc,
mais cePrince n'eſtantpas
àParis, ils attendirent fon
retour deVerſailles . Mrde
Bonneüilles conduifit , &
Son Alteffe Sereniffime
de Siam.
321
leurdonnaAudience dans
fon Appartement bas de
l'Hôtel deCondé. On leur
fit compliment de ſa part
lors qu'ils deſcendirent de
caroffe , & Monfieur le
Ducles reçût à la ſeconde
porte de l'Appartement.
Ils estoient reveſtus de
toutes les marques de leur
Dignité ,& tous les Mandarins
avoient leurs Bonnets
de Ceremonie.Si- toft
qu'ils apperceurent ce
Prince,ils firent trois incli322
Voyage des Amb.
nations tres - profondes ,
les mains jointes & élevées
juſques à leur front.
Il traverſa enfuire avec
cux ſept ou huit Antichambres
, & Chambres
magnifiquement meublées
, & ils trouverent
dans un grand Cabinet
deftiné pour l'Audience,
trois Fauteuils d'un coſté,
&un autre vis à vis . Avant
que de commencer
leur Complimeut , ils fi
rent encore trois inclinade
Siam.
323
tions comme ils avoient
fait en entrant , & aprés
un Compliment remply
d'éloges de Monfieur le
Duc , auquel fon Alteſſe
répondit , ils commencerent
une Converſation
qui fut admirée & louée
tout haut de tous ceux
qui l'entendirent .J'en parle
comme témoin , & vay
vous rapporter en peu de
paroles , ce qui ſe dit pendant
trois quart- d'heures
qu'elle dura. Monfieur le
324 Voyage des Amb.
Duc dit d'abord , que ce
que Mle Chevalier de
Chaumont avoit rapporté
à Sa Majefté du Roy
de Siam , joint aux honneurs
,& aux bons traitemens
qu'il luy avoit faits ,
augmenteroit l'amitié qui
eſtoit entre les deux Rois.
Ils ne répondirent à cela
que par de profondes inclinations
, comme ils avoient
fait , lorſque Monfieur
le Ducavoit parlé de
chaque Roy , ou des deux
de Siam.
325
イ
Rois enſemble. Ce Prince
leur dit enſuite qu'ils avoient
vù quelques Troupes
du Roy à Maintenon,
& leur demanda comment
ils les trouvoient.
Le premier Ambaſſadeur
répondit , qu'il ne croyoit
pas qu'on en puſt voir de
plus belles , mais que cepen--
dant elles ne l'avoient point
furpris , puis qu'on ne peut
penfer trop de bien desTroupes
à qui le Roy a apris à
vaincre. Monfieur le Duc
326 Voyagedes Amb.
repliqua , que puis qu'il
trouvoit ces Troupes fi
belles , il feroit à ſouhaiter
que Siam ne fuſt pas fi éloignéafin
qu'elles s'y pufſent
plus facilement tranfporter
en cas de beſoin .
L'Ambaſſadeur repartir ,
Que Dieu ayant déja fait
un miracle en liant les deux
Rois d'une étroite amitié,
malgré le grand éloignement
de leurs Etats , il en
pouvoit faire encore un autrepour
le transport de ces
de Siam.
327
-
1
Troupes. Son Alteſſe luy
demanda quel ordre de
Bataille obſervoient les
Siamois , & s'il eſtoit à
peu prés le meſme qu'en
ce Pays- cy . L'Ambaffadeur
fitalors avec ſa Cane
la demonstration d'une
Armée Siamoiſe en Bataille.
Monfieur le Duc luy
fit des objections fur les
défauts qu'il y trouva , &
luy fit voir que les aifles
d'une Armée en maniere
de croiffant , ainſi qu'il
1
328 Voyage des Amb.
les luy avoit marquées, é
toient preſque toûjours
batues en détail , parce
que peu de Soldats pouvoient
combatre à la fois,
au lieu que nos Troupes
eſtant de front ont beaucoup
plus de force . L'Ambaſſadeur
donna quelques
raiſons pour combattre
celles de Monfieur
le Duc Cependant comme
il ne trouva pas luymeſme
fes raiſons affez
fortes , il fe retrancha fur
de Siam.
320
ce qu'il n'avoit pas pr
tendu dire que leurs Ar
mées estoient tout à faic.
en croiffant & dit qu'elles
étoient bien plus en ovale.
Monfieur le Duc repartit
, que pour ſuivre cet
ordre de Bataille , il faloit
que les Armées euffent un
front égal , puiſque celle
qui en auroit un plus
grand envelopperoit l'autre.
L'Ambaſſadeur repliqua
, Que leur ordre de Bataille
n'estoit pas toûjours le
Ee
332 Voyage des Amb.
mesme , & qu'ils le changeoient
selon qu'ils Sçavoient
que leurs Ennemis
avoient plus ou moins de
Troupes ; qu'ils avoient des
ordres de Bataille pour les
Montagnes, pourles vallées
& pourles lieux étroits , &
qu'il y avoit en leur Pays
beaucoup de Livres qui
marquoient ces divers ordres.
Monfieur le Duc avant
que de pouffer plus
loin la matiere , leur fit
quelque excuſe de toutes
1
de Siam.
331
les queſtions qu'il faiſoir
&dit que c'eſtoit à cauſe
de l'eſtime qu'il avoit
pour le Roy leur Maiſtre ,
&pour les Ambaffadeurs,
& par le plaifir qu'il prenoit
à les entendre Ils firentune
profondeinclination
,& ce Prince pourfuivit
en demandant la
maniere d'armer les Elephans
L'Ambaffadeur la
luy expliqua , & luy die
meme qu'on y mettoir
du Canon. Monficut le
Ecij
332 Voyage des Amb.
,
Duc alla au devant de ce
qu'on luy dit là- deffus , &
expliqua luy-mefme plufieurs
chofes.Ce Princedemanda
enfuite combien il
y avoit à peu prés de chevaux
dans Siam , & d'où
ils venoient , ce qui les fir
entrer dans le détail d'une
Guerre , qui eft prefentement
dans le Royaume
de Camboie , Monſieur
le Duc luy fit plufieurs
queſtions qui firent
paroiſtre fon eſprit,& la
de Siam.
333
connoiſſance qu'il a de
de 1 Hiftoire . Ce Prince
demanda en ſuite s'ils
faifoient des Prifonniers
dans le Combat, ou s'ils
ne donnoient point de
quartier , & fi quand ils
avoient fait des Prifonniers
, en cas que ce fuft
leur maniere, ils les échangeoient.
L'Ambaſſadeur
répondit , Qu'ilsfaisoient
des Prisonniers , mais
qu'ils attendoient que la
Guerre fust finie pour les
334 Voyage des Amb.
rendre. Monfieur le Duc
eut la bonté de dire du
bien de deux Mandarins
qu'il avoit vûs àVerſailles,
lors qu'ils eſtoient allez y
conduire les Prefensavant
le jour de l'Audience des
Ambaſladeurs . Ils marquerent
que ces Mandarins
leur avoient rémoigné
l'honneur qu'il leur
avoit fait , dont ils le remercioient
tres-humblemenr.
Monfieur le Duc
leur dit enfuite qu'ils efde
Siam.
335
toient fur le point de partir
pour aller paffer quelques
jours à Verfailles ,&
qu'il avoit pris tant de
plaifir dans leur converfation
, qu'il vouloit les entretenir
encore quandsils
yferoient ,& fe promener
avec eux . L'Ambaſſadour
répondit , Qu'ils attendroient
ſes ordres là-deſſus,
& que c'estoit à luy à leur
faire sçavoir quand il luy
plairoit qu'ils euffent cet
bonneur. La converſation
336 Voyagedes Amb.
finit là, fans que perſonne
ſe levaſt , ce qui fut cauſe
que M' l'Abbé de Lionne,
qui avoit fervy d'Interprete
, dit à Monfieur le
Duc , que les Ambaffadeurs
ne feleveroient pas
qu'il ne felevaſt , & ils fe
leverent tous en meſme
temps. Ils firent encore
trois profondes inclinations
telles qu'ils les avoient
faites en entrant ,
& avant que de s'affeoir .
Monfieur le Duc voulut
les
de Siam.
337
Jes reconduirejuſques à la
meſme porte où il les avoit
reçeus , quelque inſtance
qu'ils fiffent pour
l'en empefcher. Ils firent
de pareilles inclinations
pareilles
en le quittant , & furent
reconduits par les Gentilshommes
de la Maiſon qui
lesavoient reçeus à la defcente.
Ils fortirent non
ſeulement charmez de
l'efprit de Monfieur le
Duc , mais encore ravis
de ce qu'il avoit eu la
Ff
338 Voyage des Amb.
bonté de les entretenir ,
& dirent que rien ne pouvoit
leur faire plus de plaifir
que cet honneur .
quer que lors qu'ils alle
Dd iiij
320 Voyage des Amb.
rent chez Mademoiſelle
d'Orleans , ils demanderent
à voir Madame de
Guife. Cette Princeffe, qui
avoit alors quelque indifpoſition
, leur fit faire excuſe
de ce qu'elle ne pouvoit
les recevoir. Ils auroient
eſté dés ce temps
là chez Monfieur le Duc,
mais cePrince n'eſtantpas
àParis, ils attendirent fon
retour deVerſailles . Mrde
Bonneüilles conduifit , &
Son Alteffe Sereniffime
de Siam.
321
leurdonnaAudience dans
fon Appartement bas de
l'Hôtel deCondé. On leur
fit compliment de ſa part
lors qu'ils deſcendirent de
caroffe , & Monfieur le
Ducles reçût à la ſeconde
porte de l'Appartement.
Ils estoient reveſtus de
toutes les marques de leur
Dignité ,& tous les Mandarins
avoient leurs Bonnets
de Ceremonie.Si- toft
qu'ils apperceurent ce
Prince,ils firent trois incli322
Voyage des Amb.
nations tres - profondes ,
les mains jointes & élevées
juſques à leur front.
Il traverſa enfuire avec
cux ſept ou huit Antichambres
, & Chambres
magnifiquement meublées
, & ils trouverent
dans un grand Cabinet
deftiné pour l'Audience,
trois Fauteuils d'un coſté,
&un autre vis à vis . Avant
que de commencer
leur Complimeut , ils fi
rent encore trois inclinade
Siam.
323
tions comme ils avoient
fait en entrant , & aprés
un Compliment remply
d'éloges de Monfieur le
Duc , auquel fon Alteſſe
répondit , ils commencerent
une Converſation
qui fut admirée & louée
tout haut de tous ceux
qui l'entendirent .J'en parle
comme témoin , & vay
vous rapporter en peu de
paroles , ce qui ſe dit pendant
trois quart- d'heures
qu'elle dura. Monfieur le
324 Voyage des Amb.
Duc dit d'abord , que ce
que Mle Chevalier de
Chaumont avoit rapporté
à Sa Majefté du Roy
de Siam , joint aux honneurs
,& aux bons traitemens
qu'il luy avoit faits ,
augmenteroit l'amitié qui
eſtoit entre les deux Rois.
Ils ne répondirent à cela
que par de profondes inclinations
, comme ils avoient
fait , lorſque Monfieur
le Ducavoit parlé de
chaque Roy , ou des deux
de Siam.
325
イ
Rois enſemble. Ce Prince
leur dit enſuite qu'ils avoient
vù quelques Troupes
du Roy à Maintenon,
& leur demanda comment
ils les trouvoient.
Le premier Ambaſſadeur
répondit , qu'il ne croyoit
pas qu'on en puſt voir de
plus belles , mais que cepen--
dant elles ne l'avoient point
furpris , puis qu'on ne peut
penfer trop de bien desTroupes
à qui le Roy a apris à
vaincre. Monfieur le Duc
326 Voyagedes Amb.
repliqua , que puis qu'il
trouvoit ces Troupes fi
belles , il feroit à ſouhaiter
que Siam ne fuſt pas fi éloignéafin
qu'elles s'y pufſent
plus facilement tranfporter
en cas de beſoin .
L'Ambaſſadeur repartir ,
Que Dieu ayant déja fait
un miracle en liant les deux
Rois d'une étroite amitié,
malgré le grand éloignement
de leurs Etats , il en
pouvoit faire encore un autrepour
le transport de ces
de Siam.
327
-
1
Troupes. Son Alteſſe luy
demanda quel ordre de
Bataille obſervoient les
Siamois , & s'il eſtoit à
peu prés le meſme qu'en
ce Pays- cy . L'Ambaffadeur
fitalors avec ſa Cane
la demonstration d'une
Armée Siamoiſe en Bataille.
Monfieur le Duc luy
fit des objections fur les
défauts qu'il y trouva , &
luy fit voir que les aifles
d'une Armée en maniere
de croiffant , ainſi qu'il
1
328 Voyage des Amb.
les luy avoit marquées, é
toient preſque toûjours
batues en détail , parce
que peu de Soldats pouvoient
combatre à la fois,
au lieu que nos Troupes
eſtant de front ont beaucoup
plus de force . L'Ambaſſadeur
donna quelques
raiſons pour combattre
celles de Monfieur
le Duc Cependant comme
il ne trouva pas luymeſme
fes raiſons affez
fortes , il fe retrancha fur
de Siam.
320
ce qu'il n'avoit pas pr
tendu dire que leurs Ar
mées estoient tout à faic.
en croiffant & dit qu'elles
étoient bien plus en ovale.
Monfieur le Duc repartit
, que pour ſuivre cet
ordre de Bataille , il faloit
que les Armées euffent un
front égal , puiſque celle
qui en auroit un plus
grand envelopperoit l'autre.
L'Ambaſſadeur repliqua
, Que leur ordre de Bataille
n'estoit pas toûjours le
Ee
332 Voyage des Amb.
mesme , & qu'ils le changeoient
selon qu'ils Sçavoient
que leurs Ennemis
avoient plus ou moins de
Troupes ; qu'ils avoient des
ordres de Bataille pour les
Montagnes, pourles vallées
& pourles lieux étroits , &
qu'il y avoit en leur Pays
beaucoup de Livres qui
marquoient ces divers ordres.
Monfieur le Duc avant
que de pouffer plus
loin la matiere , leur fit
quelque excuſe de toutes
1
de Siam.
331
les queſtions qu'il faiſoir
&dit que c'eſtoit à cauſe
de l'eſtime qu'il avoit
pour le Roy leur Maiſtre ,
&pour les Ambaffadeurs,
& par le plaifir qu'il prenoit
à les entendre Ils firentune
profondeinclination
,& ce Prince pourfuivit
en demandant la
maniere d'armer les Elephans
L'Ambaffadeur la
luy expliqua , & luy die
meme qu'on y mettoir
du Canon. Monficut le
Ecij
332 Voyage des Amb.
,
Duc alla au devant de ce
qu'on luy dit là- deffus , &
expliqua luy-mefme plufieurs
chofes.Ce Princedemanda
enfuite combien il
y avoit à peu prés de chevaux
dans Siam , & d'où
ils venoient , ce qui les fir
entrer dans le détail d'une
Guerre , qui eft prefentement
dans le Royaume
de Camboie , Monſieur
le Duc luy fit plufieurs
queſtions qui firent
paroiſtre fon eſprit,& la
de Siam.
333
connoiſſance qu'il a de
de 1 Hiftoire . Ce Prince
demanda en ſuite s'ils
faifoient des Prifonniers
dans le Combat, ou s'ils
ne donnoient point de
quartier , & fi quand ils
avoient fait des Prifonniers
, en cas que ce fuft
leur maniere, ils les échangeoient.
L'Ambaſſadeur
répondit , Qu'ilsfaisoient
des Prisonniers , mais
qu'ils attendoient que la
Guerre fust finie pour les
334 Voyage des Amb.
rendre. Monfieur le Duc
eut la bonté de dire du
bien de deux Mandarins
qu'il avoit vûs àVerſailles,
lors qu'ils eſtoient allez y
conduire les Prefensavant
le jour de l'Audience des
Ambaſladeurs . Ils marquerent
que ces Mandarins
leur avoient rémoigné
l'honneur qu'il leur
avoit fait , dont ils le remercioient
tres-humblemenr.
Monfieur le Duc
leur dit enfuite qu'ils efde
Siam.
335
toient fur le point de partir
pour aller paffer quelques
jours à Verfailles ,&
qu'il avoit pris tant de
plaifir dans leur converfation
, qu'il vouloit les entretenir
encore quandsils
yferoient ,& fe promener
avec eux . L'Ambaſſadour
répondit , Qu'ils attendroient
ſes ordres là-deſſus,
& que c'estoit à luy à leur
faire sçavoir quand il luy
plairoit qu'ils euffent cet
bonneur. La converſation
336 Voyagedes Amb.
finit là, fans que perſonne
ſe levaſt , ce qui fut cauſe
que M' l'Abbé de Lionne,
qui avoit fervy d'Interprete
, dit à Monfieur le
Duc , que les Ambaffadeurs
ne feleveroient pas
qu'il ne felevaſt , & ils fe
leverent tous en meſme
temps. Ils firent encore
trois profondes inclinations
telles qu'ils les avoient
faites en entrant ,
& avant que de s'affeoir .
Monfieur le Duc voulut
les
de Siam.
337
Jes reconduirejuſques à la
meſme porte où il les avoit
reçeus , quelque inſtance
qu'ils fiffent pour
l'en empefcher. Ils firent
de pareilles inclinations
pareilles
en le quittant , & furent
reconduits par les Gentilshommes
de la Maiſon qui
lesavoient reçeus à la defcente.
Ils fortirent non
ſeulement charmez de
l'efprit de Monfieur le
Duc , mais encore ravis
de ce qu'il avoit eu la
Ff
338 Voyage des Amb.
bonté de les entretenir ,
& dirent que rien ne pouvoit
leur faire plus de plaifir
que cet honneur .
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Résumé : Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
Le texte relate une audience accordée par Monsieur le Duc d'Orléans aux ambassadeurs de Siam. Initialement, les ambassadeurs souhaitaient rencontrer Madame de Guise, mais celle-ci était indisposée. Ils attendirent ensuite le retour de Monsieur le Duc de Versailles. L'audience se déroula à l'Hôtel de Condé, où les ambassadeurs furent reçus avec tous les honneurs dus à leur dignité et effectuèrent plusieurs inclinations profondes en signe de respect. Lors de l'audience, Monsieur le Duc souligna l'amitié entre les rois de France et de Siam, renforcée par les honneurs et les bons traitements accordés à l'ambassadeur Chevalier de Chaumont. Les ambassadeurs répondirent par des inclinations. La conversation porta ensuite sur les troupes françaises vues à Maintenon, que les ambassadeurs trouvèrent impressionnantes. Monsieur le Duc exprima le souhait que les troupes puissent être transportées plus facilement en Siam en cas de besoin. La discussion se poursuivit sur les ordres de bataille des armées siamoises et françaises. Les ambassadeurs expliquèrent les différentes formations utilisées en fonction du terrain et des ennemis. Monsieur le Duc fit des objections sur les faiblesses de certaines formations, mais les ambassadeurs défendirent leur efficacité. L'audience se conclut par des questions sur l'armement des éléphants, le nombre de chevaux en Siam, et les pratiques concernant les prisonniers de guerre. Monsieur le Duc exprima son désir de continuer la conversation à Versailles et les ambassadeurs acceptèrent avec gratitude. L'audience se termina par des inclinations profondes et des remerciements mutuels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 235-249
Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs s'estant fait faire des habits noirs pour [...]
Mots clefs :
Monsieur le Prince, Louis II de Bourbon-Condé, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Roi de Siam, Mort, Deuil, Visite, Rois, Témoigner, Vérité, Père, Entretenir, Joie, Tristesse, Perte, France, Chantilly, Mauvais chemins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs s'eſtant
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
Fermer
Résumé : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, vêtus de noir en signe de deuil pour la mort de Monsieur le Prince, rendirent visite à son fils, désormais Monsieur le Prince. Ils exprimèrent leur tristesse et leur soutien, malgré les coutumes de leur pays qui ne prévoyaient pas de tels habits. Monsieur le Prince les remercia et souligna l'estime qu'il avait pour eux, bien qu'il n'ait pas connu leur père. Les ambassadeurs assurèrent que le roi de Siam serait profondément affecté par cette perte, rappelant un précédent épisode où un faux bruit de la mort du prince avait suscité une grande émotion à Siam. Ils regrettèrent de ne pas avoir pu rendre hommage au prince défunt en raison de divers imprévus. Monsieur le Prince exprima son désir de mieux connaître le roi de Siam et ses qualités. Les ambassadeurs discutèrent également des fortifications en France et à Siam, notant des similitudes et des différences. Ils admirèrent particulièrement les places fortifiées de Dunkerque et Lille. La visite se conclut par des échanges sur les relations diplomatiques et l'amitié entre les deux royaumes, avec des promesses de maintenir et renforcer cette union. Les ambassadeurs se rendirent ensuite chez Madame la Princesse pour lui témoigner leur douleur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 175-216
Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Début :
Ce qui suit est bien digne de vostre curiosité, & à quelques [...]
Mots clefs :
Éloge funèbre, Jésuites, Collège de Bourges, Orateur, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Héros, Auditeur, Oraison, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Ce qui fuit eft bien digne
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
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Résumé : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Le texte relate une cérémonie organisée par les Pères Jésuites du Collège de Bourges en mémoire de Henry Jules de Bourbon, fils du Prince de Condé. Initialement prévue après l'annonce de la mort du prince, la cérémonie fut reportée au mois de décembre pour permettre la présence des membres des principaux corps de la ville de Bourges. Le 19 décembre, une messe fut célébrée dans l'église des Jésuites, suivie d'un discours funèbre en latin prononcé par le Père de Blainville. L'orateur loua les qualités militaires, civiles et domestiques du prince, soulignant notamment son courage lors du passage du Rhin et de la bataille de Seneff. Il mit également en avant sa droiture, sa fidélité et son dévouement envers le roi Louis XIV. Le discours insista sur les vertus du cœur et les qualités de l'esprit du prince, le présentant comme un héros accompli. La salle où se déroula l'oraison était décorée de manière solennelle, avec des tableaux, des trophées et des inscriptions célébrant les vertus et les exploits du prince. Les inscriptions étaient organisées en trois parties principales : les vertus civiles et domestiques, la connaissance des arts utiles à la défense et au soutien des empires, et la connaissance des beaux-arts contribuant à la gloire et à l'ornement d'un royaume. La première inscription générale mettait en avant les vertus civiles et domestiques du prince. Les inscriptions particulières soulignaient ses belles inclinations héritées de son père, sa vigilance et son amour paternel, et son rôle de modèle pour les gouverneurs. Les devises accompagnantes illustraient ces qualités par des métaphores, comme un aigle construisant son aire ou un soleil faisant pousser des fleurs et des fruits. La deuxième inscription générale se concentrait sur la connaissance des arts de défense. Les inscriptions particulières montraient son expertise en guerre, sa compréhension des intérêts des nations, et son dévouement à l'utilité du roi. Les devises utilisaient des images comme un jeu d'échecs, une flèche volante, et un cadran solaire pour symboliser ces compétences. La troisième inscription générale traitait des beaux-arts. Les inscriptions particulières soulignaient sa compréhension des aspects communs et sublimes, son discernement exquis, et son rôle de père de l'élégance et de la politesse. Les devises incluaient un arc-en-ciel, une balance, et un parterre de fleurs pour représenter ces qualités. Enfin, la dernière inscription générale abordait la connaissance des choses religieuses. Les inscriptions particulières montraient son approfondissement des mystères de la religion, son respect des institutions religieuses, et sa consécration finale à la religion. Les devises utilisaient des images comme un aigle regardant le ciel, un vaisseau suivant l'étoile polaire, et de l'encens se consumant sur un autel. La salle était décorée de manière à illustrer ces inscriptions et devises par des armoiries, des chiffres, des tableaux, et un éclairage abondant, créant ainsi une présentation éclatante et détaillée des qualités du prince.
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