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1
p. 70-73
Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Ils coucherent le 25. à Orleans. C'est la Capitale d'un [...]
Mots clefs :
Orléans, Pont, Titre, Paris, Ville, Églises, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Ils coucherent le 25. à
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
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Résumé : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte présente Orléans, capitale d'un duché située sur la Loire. La ville est connue pour son pont crucial pour le commerce, son université, son prélat et son évêque suffragant de Paris. Orléans est l'une des plus anciennes et des plus belles villes de France, ayant autrefois été un royaume sous les rois de Siam. Elle compte 70 rois de la première race. Les évêques d'Orléans possèdent des privilèges notables, tels que la libération de prisonniers à leur entrée et le port d'un siège à la cathédrale par des barons locaux. La ville est bien organisée avec des rues élégantes, des places spacieuses, des maisons et des églises magnifiques. La cathédrale abrite 59 chanoines et 12 dignités. Orléans possède également quatre églises collégiales et 22 paroisses. La ville est construite sur une colline en forme d'arc, protégée par une terrasse et une muraille avec 40 tours, 8 portes et un pont de 13 arches reliant un faubourg. Ce pont est orné de trois statues de bronze représentant la Vierge, Charles VII et Jeanne d'Arc. Les ambassadeurs ont achevé leur voyage dans des carrosses envoyés de Paris à Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
Ceux qui ne jugent des Ouvrages que par le Titre, [...]
Mots clefs :
Siam, France, Titre, Partie, Livre, Roi, Voyage, Ambassadeurs, Description
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AU LECTEUR.
Eux qui ne jugent dei
Ouvrages quepar le Titre
)
sans fè donner 14
peine d'en rien lire5 & sans faire
mesme un injlant de reflexion sur
ce qutlsvoyent, pourront se rebu.
ter d'abord du mot de Siam qu'ils
trouveront à la tefie de lafecende
Partie de ce Mercure. {0 dire que
cefltrop parlerfurune mefrne mat\
ere> cependant avec une mefmc
matiere on fait tous les jour! mille
chojesdifférentes On pur"V
< FL
gures £Homm°s & d\Anim-.nx
avec du Marbre, AUJJIbv n que
des colomnes,&tout ce qu'onveut
fairerepresenter, c& 1-i fuite dn
Livrefoenquil ait le mesme Titre
t ne doit avoir que le Titre de
commun avec ce quil'a précédé.Il
fautfeparerce quireperde les Livre*
qui parlent de Shtm en deux
matières3 qui renferment deux
dmbafjad?.;fçavoir Ârr. baJJade
de M le ChevalierdeCb-vmont
AU Royaume de Siam, FFR) celle des
j4rrib-jfadeurs du Roy de Siam en
France. Ldmbajfade de M1 le
Chevalier de Chaumont a esle
faite par luy
-
mejme en un seul
~c~~w~~r la me/me Ambajjade,
& non 1afuite>a eslé mise dans le-
Mercure de Juillet, & dans un
Volume entier qui luy [en de fécondé
Partie. On a traite le mefme
sujet,parce qu'on a eu divers Memoires
pour faire cette R lation
plus ample 3&tout ce qui r rardecctte
AmbaJJade efl finy dans ces
trois Volume4. A-inif il rieflplusquefilon
que de ïAmi? ffide des
(" F C '1 l ,
)
ySiamoisen France. Celle a riessit;
ppOoiinntt doOuUbUleit}.,rinayant -fié traitée- l'ffe traueeque
par le stul Autheur du Mercure.
Le premier Prolumea pou*
Titre, Voyage des Ambassadeurs
deSiam en France contenant
la Reception quileur
a esté faite dans les Villes où
ils ont pafle^ leur Entrée à
Paris, les Ceremonies observées
dans l'Audience qu'ils
ont euë du Roy, & de la Mait>
n Royale, les Complimens
quils ont faits,la Description
des lieux ou ils ont ciléy& ce
qu'ils ont dit de remarquablefîiriout
ce au'ils ont veu.
Le secondVolume est intitul*é,
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France,
contenant ce qui s'est pasle
à l'Audience de Madame la
Dauphine,des Princesses du
Sang, & de MC; de Croissy
& deSeignelay, avec une
Description exacte des Chafteaux,
Appartenons, Jardins,
& Fontaines de Versailles,
S. Germain, Marly,& Clagny;
de la Machine de Marly
, des Invalides, de l'Observatoire,&
de ce que ces
Ambassadeurs ont veu dans
tous les autres lieux où ilsont
esté depuis la premiere Relation,
à quoy l'on a joint le
Discours qu'ils ont fait au
Roy.
AU LECTEUR.
Onpeut'voirpar ces deux Titres,
que ces Ouvrages ne parlent
point desmesmesebofes,mais on
Avertiticy que l'extrême curio/îté
desAmbdfjadeurs de Siam ayant
toujoursaumente,&leurayant
faitdemanderl'explrcaton de tout
ce qu'ilsrntv>u, {."S mrMerei qui
font dans leje. ndjournal de cette
j4mbc\j]ttde, font t>\rtee$encre
plus à fond que dans le pr:micr
Volume) & que les AUnfns
Royales3&surtout Verfaillesty
font décrites avec tvite texachtuÀe
pGjJt!?!?
,
$ff d'une maniéré à
donner autant dintelligence sux
curieux, que s'ils avoient le Plan
AU LECTEUR.
ala main. On peut dire que l'on
verra dans ce Vo!ume la feule
Description de Verfailles qui ait
elle jufquizydonnée au Public,
les
Lambeaux
qui en ontparu ne
pouvant pas monter à la vingtième
partie de ce qu'ony trouvera9
& les chofis mesmesayant entierement
changé de figure depuis ce
temps-là. On ne dit rien du refledu
Livre qui contientJeptou huit
autres Articles aussi curieux quenouveaux,
cess à dire
, qui riont
point encore esié imprime^
On peut cuire que cette Amhajfiade
ayant déja remply deux
Volumesy on ne la laissera po
AU LECTEUR.
imparfaite, sans quoy ce qu'on a
donné au Public ne pajfroit que
pour des Fragmens. Ainftaprès
avoir fait un Journal de tout ce
qui regarde les Ambajpideurs depuis
Tïrefk, où on les a pris en
débarquant, on les y reconduit,
afin que tous ces Volumes ensemble
ne fajftnt qu'un corps de cette
Ambajfiidcyqui pourratenirrang
parmy les Voyants les plus cu- rieux qui pourraeflre utile à
tous les Ambassadeursquiviendronten
France,pour leur appren,
ire ce qu'ils doivent voir. Les Lu
wm dambaeades ont toûjouri
ffiéfort recherchez
3 c, nous ne
AU LECTEUR.
connoiffions point mieux taChine
que dans un Livre in folioremply
de Figures, qui décrit lagrande
udmbaffiade que les HolLudoisy
firent en léçj. dédié a feu Mt
Colbert. On noubliera pas dans
lIt fécondé Partie de ce Iournalle
Voyage de Flandres, qui afait
connoifireauxdmbajfia.deur$ la
Grandeur du RoyJ &qui enfaifiantvoir
mille ebofiesquiregardent
la Guerre3 n'a pas laififéd'eflre
tout remply de Fejles dr de
'galanteries. On ne marque point
qu'onnelaififera rien à dire sur
cette mattere
y
on peut voirsil'on
a traité à fiond celle que renserAU
LECTEUR.
ment les deux Volumes de celte
.ArnbajJadej dont le dernier vient
de paroistre avec celuy-cy.
Eux qui ne jugent dei
Ouvrages quepar le Titre
)
sans fè donner 14
peine d'en rien lire5 & sans faire
mesme un injlant de reflexion sur
ce qutlsvoyent, pourront se rebu.
ter d'abord du mot de Siam qu'ils
trouveront à la tefie de lafecende
Partie de ce Mercure. {0 dire que
cefltrop parlerfurune mefrne mat\
ere> cependant avec une mefmc
matiere on fait tous les jour! mille
chojesdifférentes On pur"V
< FL
gures £Homm°s & d\Anim-.nx
avec du Marbre, AUJJIbv n que
des colomnes,&tout ce qu'onveut
fairerepresenter, c& 1-i fuite dn
Livrefoenquil ait le mesme Titre
t ne doit avoir que le Titre de
commun avec ce quil'a précédé.Il
fautfeparerce quireperde les Livre*
qui parlent de Shtm en deux
matières3 qui renferment deux
dmbafjad?.;fçavoir Ârr. baJJade
de M le ChevalierdeCb-vmont
AU Royaume de Siam, FFR) celle des
j4rrib-jfadeurs du Roy de Siam en
France. Ldmbajfade de M1 le
Chevalier de Chaumont a esle
faite par luy
-
mejme en un seul
~c~~w~~r la me/me Ambajjade,
& non 1afuite>a eslé mise dans le-
Mercure de Juillet, & dans un
Volume entier qui luy [en de fécondé
Partie. On a traite le mefme
sujet,parce qu'on a eu divers Memoires
pour faire cette R lation
plus ample 3&tout ce qui r rardecctte
AmbaJJade efl finy dans ces
trois Volume4. A-inif il rieflplusquefilon
que de ïAmi? ffide des
(" F C '1 l ,
)
ySiamoisen France. Celle a riessit;
ppOoiinntt doOuUbUleit}.,rinayant -fié traitée- l'ffe traueeque
par le stul Autheur du Mercure.
Le premier Prolumea pou*
Titre, Voyage des Ambassadeurs
deSiam en France contenant
la Reception quileur
a esté faite dans les Villes où
ils ont pafle^ leur Entrée à
Paris, les Ceremonies observées
dans l'Audience qu'ils
ont euë du Roy, & de la Mait>
n Royale, les Complimens
quils ont faits,la Description
des lieux ou ils ont ciléy& ce
qu'ils ont dit de remarquablefîiriout
ce au'ils ont veu.
Le secondVolume est intitul*é,
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France,
contenant ce qui s'est pasle
à l'Audience de Madame la
Dauphine,des Princesses du
Sang, & de MC; de Croissy
& deSeignelay, avec une
Description exacte des Chafteaux,
Appartenons, Jardins,
& Fontaines de Versailles,
S. Germain, Marly,& Clagny;
de la Machine de Marly
, des Invalides, de l'Observatoire,&
de ce que ces
Ambassadeurs ont veu dans
tous les autres lieux où ilsont
esté depuis la premiere Relation,
à quoy l'on a joint le
Discours qu'ils ont fait au
Roy.
AU LECTEUR.
Onpeut'voirpar ces deux Titres,
que ces Ouvrages ne parlent
point desmesmesebofes,mais on
Avertiticy que l'extrême curio/îté
desAmbdfjadeurs de Siam ayant
toujoursaumente,&leurayant
faitdemanderl'explrcaton de tout
ce qu'ilsrntv>u, {."S mrMerei qui
font dans leje. ndjournal de cette
j4mbc\j]ttde, font t>\rtee$encre
plus à fond que dans le pr:micr
Volume) & que les AUnfns
Royales3&surtout Verfaillesty
font décrites avec tvite texachtuÀe
pGjJt!?!?
,
$ff d'une maniéré à
donner autant dintelligence sux
curieux, que s'ils avoient le Plan
AU LECTEUR.
ala main. On peut dire que l'on
verra dans ce Vo!ume la feule
Description de Verfailles qui ait
elle jufquizydonnée au Public,
les
Lambeaux
qui en ontparu ne
pouvant pas monter à la vingtième
partie de ce qu'ony trouvera9
& les chofis mesmesayant entierement
changé de figure depuis ce
temps-là. On ne dit rien du refledu
Livre qui contientJeptou huit
autres Articles aussi curieux quenouveaux,
cess à dire
, qui riont
point encore esié imprime^
On peut cuire que cette Amhajfiade
ayant déja remply deux
Volumesy on ne la laissera po
AU LECTEUR.
imparfaite, sans quoy ce qu'on a
donné au Public ne pajfroit que
pour des Fragmens. Ainftaprès
avoir fait un Journal de tout ce
qui regarde les Ambajpideurs depuis
Tïrefk, où on les a pris en
débarquant, on les y reconduit,
afin que tous ces Volumes ensemble
ne fajftnt qu'un corps de cette
Ambajfiidcyqui pourratenirrang
parmy les Voyants les plus cu- rieux qui pourraeflre utile à
tous les Ambassadeursquiviendronten
France,pour leur appren,
ire ce qu'ils doivent voir. Les Lu
wm dambaeades ont toûjouri
ffiéfort recherchez
3 c, nous ne
AU LECTEUR.
connoiffions point mieux taChine
que dans un Livre in folioremply
de Figures, qui décrit lagrande
udmbaffiade que les HolLudoisy
firent en léçj. dédié a feu Mt
Colbert. On noubliera pas dans
lIt fécondé Partie de ce Iournalle
Voyage de Flandres, qui afait
connoifireauxdmbajfia.deur$ la
Grandeur du RoyJ &qui enfaifiantvoir
mille ebofiesquiregardent
la Guerre3 n'a pas laififéd'eflre
tout remply de Fejles dr de
'galanteries. On ne marque point
qu'onnelaififera rien à dire sur
cette mattere
y
on peut voirsil'on
a traité à fiond celle que renserAU
LECTEUR.
ment les deux Volumes de celte
.ArnbajJadej dont le dernier vient
de paroistre avec celuy-cy.
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Résumé : AU LECTEUR.
Le texte met en garde les lecteurs contre le jugement hâtif des ouvrages uniquement par leur titre, soulignant que le mot 'Siam' peut prêter à confusion. Il existe deux principaux ouvrages sur l'ambassade des Siamois en France : celui du Chevalier de Chaumont et celui des ambassadeurs du roi de Siam. Le premier ouvrage, écrit par le Chevalier de Chaumont, a été publié en plusieurs parties, dont une dans le Mercure de Juillet et un volume entier. Ce sujet a été repris en raison de la disponibilité de divers mémoires enrichissant la relation de l'ambassade. Le premier volume, intitulé 'Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', décrit la réception des ambassadeurs dans les villes traversées, leur entrée à Paris, les cérémonies lors de l'audience royale, les compliments échangés, et les descriptions des lieux visités. Le second volume, intitulé 'Suite du Voyage des Ambassadeurs de Siam en France', couvre les audiences avec Madame la Dauphine, les princesses du sang, et des ministres, ainsi que des descriptions détaillées des châteaux, jardins, et autres lieux visités. Les ouvrages ne traitent pas des mêmes sujets mais répondent à la curiosité croissante des ambassadeurs de Siam, qui ont demandé des explications sur tout ce qu'ils ont vu. Les descriptions des lieux, notamment de Versailles, sont très détaillées et exactes, offrant une intelligence complète aux curieux. Le troisième volume promet de compléter l'ambassade, offrant une description exhaustive et utile pour les futurs ambassadeurs. Le texte mentionne également d'autres ouvrages, comme celui sur l'ambassade hollandaise en Chine dédié à Colbert, et un journal de voyage en Flandre, qui montrent la grandeur du roi et la guerre sans se concentrer sur des sujets frivoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 196-198
AVIS QU'ON ME DONNE.
Début :
Je vous donne avis, Monsieur, pour le débit de vostre [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Titre, Maximes
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texteReconnaissance textuelle : AVIS QU'ON ME DONNE.
AVIS
QU'ON ME DONNE.
te
vous donne avis,
J\donJieur> pour le débit
de vostre Livre que vous
deveZj en corriger le Titre,
& retrancher le mot
de Galanr. C'efl un mot
suranné qui ne donne que
de vieilles idees du tcmps
C'ejldutemps pre-
Jent que vojlre Journal
çloitfairel'Hiftopre. Ne
l'appeleZj>doncplus Mercure
Galant) car si vous
riy parJepoint de Galanteriervoftre
Titre fera,
faux. Si pour le Juftiftcr
vous nous donneZ des
Peintures gracieuses, &
des Maximes delicates
sur cette Galanterie qui
regnoit au temps de
la Princesse de Cltves.
Pour qui vou!ez,-vous
donc écrire ? de qui prétendez'S-
vous ejfre lû ?
Nosjeunes Cavaliers ne
voudrontpoint lire leur
condamnation dans vos
Maximes Galantes, &
un Livregalantfera aussi
mal reçu des Dames que
lefiroitMr de Nemours
luy-mêmesilavoitveilly
jufqua preflnt avecfin
Amour rejpeéfueuxJfis
fleurettes
, fisPoints de
Venifl & fis Reingrd,
ves.
QU'ON ME DONNE.
te
vous donne avis,
J\donJieur> pour le débit
de vostre Livre que vous
deveZj en corriger le Titre,
& retrancher le mot
de Galanr. C'efl un mot
suranné qui ne donne que
de vieilles idees du tcmps
C'ejldutemps pre-
Jent que vojlre Journal
çloitfairel'Hiftopre. Ne
l'appeleZj>doncplus Mercure
Galant) car si vous
riy parJepoint de Galanteriervoftre
Titre fera,
faux. Si pour le Juftiftcr
vous nous donneZ des
Peintures gracieuses, &
des Maximes delicates
sur cette Galanterie qui
regnoit au temps de
la Princesse de Cltves.
Pour qui vou!ez,-vous
donc écrire ? de qui prétendez'S-
vous ejfre lû ?
Nosjeunes Cavaliers ne
voudrontpoint lire leur
condamnation dans vos
Maximes Galantes, &
un Livregalantfera aussi
mal reçu des Dames que
lefiroitMr de Nemours
luy-mêmesilavoitveilly
jufqua preflnt avecfin
Amour rejpeéfueuxJfis
fleurettes
, fisPoints de
Venifl & fis Reingrd,
ves.
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Résumé : AVIS QU'ON ME DONNE.
L'auteur demande de modifier le titre du livre en supprimant le mot 'Galant', jugé désuet. Il estime que 'Mercure Galant' est trompeur. Le journal contient des descriptions élégantes et des maximes sur la galanterie de l'époque de la Princesse de Clèves. Il souligne l'importance de définir le public cible, car les jeunes cavaliers et les dames pourraient mal accueillir ce type de contenu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 198-204
Reflexion sur cet Avis. [titre d'après la table]
Début :
Avant qu'on m'eût donné cet Avis, j'avois [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Galanterie, Titre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexion sur cet Avis. [titre d'après la table]
Avant quonm'eût
donné cet Avis, j'avois
déja fait reflexion que
mon Titre m'engageroit
à parler quelquefois de
Galanterie. Je m'y fuis
engagé volontiers , &C
je m'engage même d'en
parler souvent ; mais
quand je n'en parlerois
point du tout, je ne laifserois
pas d'appeller mon
Livre le Mercure Galant,
comme on appelle
le Pont neuf un Pont
qui n'est pas plus neuf,
que les derniers Mercu
res estoient Galants.
1
-
Dansle temps que le
- mot de Galant estoiten
honneur
:J
je crois que
l'usage n'en faisoit que
desapplications honorables
, & pour faire en un
-
mot l'éloge de quelqu'-
un, on disoit,c'est unga*
lant homme.A cet égard,
l'usage n'a point changé,
&l'on dit encore en tresbonne
part,c'estun galant
homme;mais c'estun
homme galant ne se dit
plus gueres sans qu'on
n'y joigne certaineidée
de fadeur& de petitesse.
J'admirecomme tout
dégénéré:je nevoudrois
pas jurer que Femme
galante n'aitesté jadis
un titre honorable.
Quoy qu'en bonne&
severe Morale, la Galantcrie
soit un dereglement
par rapport à la vertu,
elle ne laisse pas de regler
le vice; c'est- à-dire de
contenir l'Amour dans
- les bornes du respect &
de la bien-séance.
A coût prendre, on
pourroit avancer que la
Galanterie reforme plus
devices qu'elle ne détruit
de vertus, & qu'-
ainsi elle est utile &presque
necessaire à lafocieté
civile. Mais supposons
qu'elle ne soit pas necessaire
à la societé, elle l'est
du moins à tous ceux
qui veulent écrire galemment.
Pour ecriregalammentil
êtregalant. Parcette Maxime
commune je vais
convaincre d'erreur ceux
qui soûtiennent qu'il n'y
a plus parmi nous ni galanterie
ni delicatesse.
Voici mon Argument. !
Trois Auteurs differents
m'ont envoyé une
Ode & deux Madrigaux
,
qui ne peuvent
avoir cite dictez que par
le Genie de la Galanterie,
Voila donc trois hommes
galants; cela suppose
au moins autant de
femmes du même goust
àquiils ont voulu plal.,
re } trois & troisfont six,
c'est toûjours quelque
chose. Qu'on ne me dise
donc point qu'il n'y a
plus d'A mants galants.
donné cet Avis, j'avois
déja fait reflexion que
mon Titre m'engageroit
à parler quelquefois de
Galanterie. Je m'y fuis
engagé volontiers , &C
je m'engage même d'en
parler souvent ; mais
quand je n'en parlerois
point du tout, je ne laifserois
pas d'appeller mon
Livre le Mercure Galant,
comme on appelle
le Pont neuf un Pont
qui n'est pas plus neuf,
que les derniers Mercu
res estoient Galants.
1
-
Dansle temps que le
- mot de Galant estoiten
honneur
:J
je crois que
l'usage n'en faisoit que
desapplications honorables
, & pour faire en un
-
mot l'éloge de quelqu'-
un, on disoit,c'est unga*
lant homme.A cet égard,
l'usage n'a point changé,
&l'on dit encore en tresbonne
part,c'estun galant
homme;mais c'estun
homme galant ne se dit
plus gueres sans qu'on
n'y joigne certaineidée
de fadeur& de petitesse.
J'admirecomme tout
dégénéré:je nevoudrois
pas jurer que Femme
galante n'aitesté jadis
un titre honorable.
Quoy qu'en bonne&
severe Morale, la Galantcrie
soit un dereglement
par rapport à la vertu,
elle ne laisse pas de regler
le vice; c'est- à-dire de
contenir l'Amour dans
- les bornes du respect &
de la bien-séance.
A coût prendre, on
pourroit avancer que la
Galanterie reforme plus
devices qu'elle ne détruit
de vertus, & qu'-
ainsi elle est utile &presque
necessaire à lafocieté
civile. Mais supposons
qu'elle ne soit pas necessaire
à la societé, elle l'est
du moins à tous ceux
qui veulent écrire galemment.
Pour ecriregalammentil
êtregalant. Parcette Maxime
commune je vais
convaincre d'erreur ceux
qui soûtiennent qu'il n'y
a plus parmi nous ni galanterie
ni delicatesse.
Voici mon Argument. !
Trois Auteurs differents
m'ont envoyé une
Ode & deux Madrigaux
,
qui ne peuvent
avoir cite dictez que par
le Genie de la Galanterie,
Voila donc trois hommes
galants; cela suppose
au moins autant de
femmes du même goust
àquiils ont voulu plal.,
re } trois & troisfont six,
c'est toûjours quelque
chose. Qu'on ne me dise
donc point qu'il n'y a
plus d'A mants galants.
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Résumé : Reflexion sur cet Avis. [titre d'après la table]
Le texte aborde la notion de galanterie et son importance dans la société. L'auteur est amené à discuter de ce sujet en raison du titre de son livre, 'Le Mercure Galant'. Autrefois, le terme 'galant' était honorable et utilisé pour complimenter quelqu'un. Cependant, 'homme galant' peut désormais évoquer de la fadeur et de la petitesse. La galanterie, bien que moralement discutable, régule le vice en encadrant l'amour dans les limites du respect et de la bienséance. Elle est perçue comme utile et nécessaire à la société civile. L'auteur souligne que la galanterie est essentielle pour ceux qui souhaitent écrire de manière élégante. Il réfute l'idée que la galanterie et la délicatesse aient disparu, en se basant sur des œuvres littéraires récentes qui témoignent de la présence de personnes galantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 90-106
Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Début :
Je vous rends grace, Monsieur, du succez de vôtre piece [...]
Mots clefs :
Baron, Pièce, Auteur, Scène, Critique, Défauts, Titre, Art, Contrat, Conduite, Coquette, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Je vous rends grace , Monfieur
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
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6
p. 2342-2359
LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
Début :
Vous me pressez, Monsieur, de vous dire ce que je pense du Spectacle de [...]
Mots clefs :
Spectacle de la nature, Auteur, Titre, Vraisemblance, Poème dramatique, Dialogues, Descriptions, Caractère, Curiosité, Défauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime , au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature , &c.
V
Ous me pressez , Monsieur , de vous
dire ce que je pense du Spectacle, de
la Nature; et même de vous en donner
une idée. Je ne puis m'en deffendre, puisqueje vous l'ai promis , et que je vous
suis redevable à cet égard. Mais , Monsieur , permettez- moi de vous l'avoüer
j'ai quelque peine à m'y résoudre. Cet
Ouvrage a pour objet des matieres sur
lesquelles j'aurois besoin d'être instruit
moi-même , bien loin d'être en état d'en
porter un jugement. Le nom de l'Auteur,
que vous connoissez sans doute , est si
respectable , son érudition est si profonde , et son mérite si généralement reconnu , qu'il seroit témeraire d'en dire du
mal , et inutile d'en dire du bien. Vous
vous contenterez donc , s'il vous plaît
de quelques légeres réfléxions sur la for-
>
me
NOVEMBRE. 1732. 2343
mede l'Ouvrage. Je conte que vous en
jugerez bien-tôt par vous-même ; la seule
énumération des sujets qui y sont traitez ,
ne manquera pas de piquer votre curiosité,que l'obscurité du titre a peut-être ralentie. Au reste , je vous dirai en passant
quesi vous voulez de la premiere Edition
vous n'avez point de temps à perdre. Le
débit en est si prodigieux que vous seriez
peut-être obligé d'attendre la seconde , à
Jaquelle on se prépare.
Vous allez d'abord me demander pourquoi ce débit si prompt? Je sçai que vous
vous défiez de cet empressement du pu- .
blic, depuis que vous avez vû des ouvra
ges reçûs avec avidité dans leur naissance , et presque aussi- tôt oubliez et même
méprisez. Je ne crois pas , Monsieur, que
le Spectacle de la Nature ait un sort aussi
bizarre. En voici la raison. Ceux qui ont
souffert cette ignominieuse révolution
n'avoient de mérite que la forme , et les
véritables Sçavans n'y ont jamais trouvé
une véritable solidité ; au lieu qu'on peut
dire la solidité est l'ame de celui- ci ;
que et si on osoit y reprendre quelques deffauts , ce seroit dans la forme seule qu'on
croiroit les appercevoir.
L'Auteur assure avoir essayé d'en écarter la
tristesse , et au lieu d'un Discours suivi ou d'un
B vj enchaî-
2344 MERCURE DE FRANCE
enchaînement de Dissertations qui emmenent
souvent le dégoût et l'ennui , il a cru devoir
prendre le Stile de Dialogue , qui est de tous le
plus naturel et le plus propre à attacher toutes
sortes de Lecteurs. Preface.
La Scene est une Maison de Campagne,
où un jeune homme sortant de Seconde
pour entrer en Réthorique , passe une
partie de ses Vacances chez un Gentilhomme, qui ayant étudié à fond la Nature , se plaît à lui en développer les secrets les plus curieux . Le Curé du lieu ,
grand Physicien , se joint à eux. L'Epouse
même du Gentilhomme vient aussi prendre, et quelquefois donner des Leçons.
Du caractere dont je vous connois , cette
Scene , ces Personnages , ne vous plaisent
gueres. Quant à moi , vous devinez aisé
ment ma pensée là - dessus. L'Auteur s'est
proposé d'imiter les Entretiens du PereBouhours ; ne vous attendez pas que je
décide s'il égale ou s'il surpasse son modele ; je réserve ce jugement à des personnes plus capables que moi , de sentir
les beautez de l'un , et d'appercevoir les
deffauts de l'autre. Je vous dirai seulement qu'il me semble que les anciens .
avoient attrapé bien mieux que nous l'art
d'interesser les Lecteurs dans leurs Dialogues ; en introduisant sur la Scene des
Personnages d'un mérite connu et distin
NOVEMBRE. 1732 234
3
tingué , et même qui eussent réussi dans le
genre d'étude dont ils les faisoient parler.
Cette précaution me paroît pleine de prudence , et rien de plus sensé que la rai
son que Ciceron en donne : Genus hoc Ser
monumpositum in hominum veterum authoritate , et eorum illustrium , plus nescio quo
pacto videtur haberegravitatis. De amicitia.
Le choix qu'ils faisoient n'étoit pas moins
sage ; dans un Dialogue sur la vieillesse
Ciceron introduit Caton , l'homme le
plus vieux et le plus sage de son siécle
Dans un autre Dialogue , où il est traitté
de l'Amitié, il fait parler Lælius, qui par
sa prudence avoit mérité le surnom de
Sage , et s'étoit rendu encore plus illus
tre par l'amitié tendre et sincere , qui l'avoit étroitement uni à Scipion . De pareils
Héros sont bien capables d'attacher un
Lecteur sensible ; on oublie entierement
l'Auteur lui-même ; on croit être présent
à l'entretien, on s'imagine voir ces grands
hommes , et les entendre. En effet , quel
est le but d'un Dialogue ? Ne peut on
pas le regarder comme un véritable Poë
me Dramatique , dont le sujet plus paisible et plus tranquille que ceux qui occu
pent nos Théatres , se diversifie , suivant
la difference de l'objet de l'étude de ses
Héros. Tout le monde exige dans ces
>
deux
2346 MERCURE DE FRANCE
deux genres d'écrire , le naturel dans les
personnages , la vraisemblance dans la
Scene , pourquoi n'exigeroit- on pas aussi des mœurs , des passions , une espéce d'intrigue , un nœud , un dénouement , que
la diversité des opinions , les préjugez ,
les différentes raisons , l'évidence enfin et
la verité formeroient ? Je m'arrête au caractere seul des Interlocuteurs , je crois
que c'est une partie essentielle du Dialogue, et pour y réussir , je suis persuadé
qu'il n'est pas possible de se dispenser de
mettre en pratique le précepte d'Horace ,
dont l'application me semble naturelle, et l'usage également nécessaire dans le Dialogue comme dans la Tragédie.
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quam siproferres ignota , indictaque primus.
Art. Poët.
Conserver les différens caracteres sans
que jamais ils se démentent, est un point
Indispensable dans le Poënre Dramatique,
et par conséquent dans le Dialogue qui en
est une espéce. Dans l'un comme dans
l'autre il est plus aisé de peindre un portrait naturel , un caractere connu , que
d'en imaginer un et le soutenir; car, comme le dit fort bien Horace :
Diffi-
NOVEMBRE. 1732. 2347
Difficile est propriè communia dicere.
Il vaut donc bien mieux employer des
Interlocuteurs connus d'ailleurs , et estimez,que des noms supposez et sans réalitez. Ces derniers n'ont rien qui interesse le Lecteur. Je ne suis pas attentif à
leurs fautes , parce que je n'ai pas une gran
de idée de leur sçavoir. Le Dialogue sur
l'éloquence attribué à M. de Fenelon ,
d'ailleurs si plein de refléxions solides, me
paroît bien froid quand je le considere
comme Dialogue. Ce n'est pas que les caracteres ne soient bien conservez. Mais
Ce caractere que je n'attribuë à personne ,.
m'échape à chaque moment , et je ne me
hâte point de prendre parti ni pour l'un
ni pour l'autre. Que m'importe que A
soit d'un sentiment , et B d'un autre ?
Un Crassus , dont l'éloquence , les talens,
la réputation étoient connus. Un Antoine , célébre, sçavant , estimé , me frappent
bien davantage. C'est à ces grands hommes à définir l'Eloquence , puisqu'ils la
possed nt à fond ; c'est à eux à me décou
vrir les routes qui peuvent y conduire ;
ils les ont pratiquées eux mêmes , et leur
gloire nous assûre du succès. C'est à eux
qu'il appartient de décider du mérite des
Auteurs , ils ont réüni tous les suffrages ,
et
2348 MERCURE DE FRANCE
et personne ne balance sur leur mérite..
Je les consulte avec confiance , je les écoute avec avidité , et pour moi , réussir ou
leur plaire , c'est à peu près la même chose.
.
On nous donna il y a environ deux
ans une Physique en Dialogue , et on
vient de la réimprimer ; cet Ouvrage est
estimé , je l'ai lû même avec fruit. Mais
quelque excellent , quelqu'utile qu'il
soit , il n'a pas laissé de m'ennuier. Les
Interlocuteurs qu'on me présente sont
des gens que je ne connois point ; et qui
plus est , que je n'ai aucun interêt de
connoître. C'est , me dit-on , un grand
génie , c'est un homme plein de vertu
de candeur , d'esprit. Je ne sens point à
son nom les mouvemens qu'excitent en
moi les noms respectables des grands hom
mes. Ariste et Eudoxe ne font pas la même impression que feroient Descartes
Rohault , Gassendi. La conversation de
ceux- ci me plairoit , me charmeroit ; l'interêt qu'ils auroient à se défendre , m'interesseroit moi- même. L'àrdeur avec laquelle ils soutiendroient leurs opinionsm'animeroit. Persuadé que la dispute seroit réelle et sérieuse , je la suivrois avec:
plus de soin : l'amour propre seroit mê--
me de la partie , il entreroit dans ce jeu
il
NOVEMBRE. 1732. 2349
I augmenteroit mon plaisir et mes charmes . Je serois ravi d'être comme arbitre
entre de puissans Rivaux , et de décider
moi-même , ou de juger de leurs raisons.
Je le répéte , un Dialogue froid me glace , un Dialogue animé me transporte.
J'aurois lû les Entretiens Physiques avec
bien plus de plaisir , si j'y eusse vû disputer Descartes Gassendi , Rohault
Mrs Arnauld , Regis , le Pere Malebranche , ou quelqu'autres dont la réputation célebre me donnat une idée avantageuse
de leur sçavoir.
2
Les Dialogues même du Spectacle de la
Nature auroient pû trouver place dans les
momens de loisir de ces grands Hommes.
N'est- il pas même plus vraisemblable que
c'est à l'éxamen curieux de ce détail des
objets exterieurs de la Nature , qu'ils em
ployerent les intervalles de leurs pénibles
études , qu'il n'est vraisemblable qu'il ait
fait l'occupation réguliere des vacances
d'un jeune homme. Non, je ne puis croire
qu'un jeune homme dans le feu de l'âge ,
susceptible des plaisirs de la Chasse , avide des Jeux et des divertissemens, ait volontairement sacrifié à la Philosophie des
momens si doux , si désirez , si ennemis
de toute application. Se peut- il faire qu'il
ait écouté de sang freid des Dissertations
Sur
2550 MERCURE DE FRANCE
sur mille choses ausquelles les jeunes gens
ne sont pas si sensibles qu'on le voudroit
faire croire. L'Auteur qui n'est plus dans
le feu de lajeunesse,a sans doute oublié la
vivacité de cet âge. Quelques particularitez ezpliquées en differentes occasions que
présente le hazard , peuvent plaire ; mais
des Conférences réglées , des Assemblées
Académiques , et cela entre des personnes
d'âge et de condition si différentes ; en verité, l'Auteur y a- t-il bien pensé ?
Le premier entretien qui sert d'intro
duction , et qui est une longue exposition
des princip's physiques ne devoit pas avoir
bien des charmes pour un jeune homme.
Les descriptions anatomiques , ennuiantes
et souvent inintelligibles , les Sermons
mêne , et les moralitez assez frequentes
ne sont pas du goût de la Jeunesse. Aussi
notre jeune Chevalier , quoique le Heros
de la Piéce , dort cependant presque toujours , et laisse parler les autres. Il est
vrai qu'on veut mettre à profit jusqu'à
son sommeil , ses réveries paroissent quelquefois si agréables , qu'on veut même
rester en sa place ; au reste , il est toujours de bon accord , c'est-à- dire , qu'il
paroît que c'est moins par inclination.
que par complaisance qu'il se trouve à
toutes ces assemblées. Ons'apperçoit néanmoins
NOVEMBRE. 1732. 2301
moins qu'on a tâché d'égayer son personage , en insérant de tems en tems des
traits qu'on a voulu rendre plaisans. Mais
le plus souvent tout cela paroît forcé et
ne coule point de source. Ce n'est point
le cœur qui parle. Le sujet est traité sérieusement , quoiqu'on se soit proposé de
le traiter gayement. Ce sont toujours les
mêmes personnages , et presque toujours
les mêmes transitions. Le Gentilhomme
et son Epouse qui ont presque toujours
du monde à leur table , n'ont pas le talent de retenir quelqu'un , et de lui faire
faire une débauche académique. Cemoïen
auroit diversifié l'ordre et les matieres
sans déranger la suite et l'enchaînement
des sujets qu'on se proposoit d'approfon
dir. Je ne sçai si l'Auteur a voulu se peindre dans le personnage du Curé , il se
trouve trop sçavant et en même tems
trop amateur de la morale. Ces deux talens sont si rarement réunis ensemble ,
que bien loin de paroître vraisemblables
il semble qu'ils soient incompatibles. Il
connoît àfond toute la nature ; mais un
Curé aussi attaché à ses devoirs aussi.
éxact à les remplir qu'on veut nous le représenter , a-t'il le tems de développer
tous ces mysteres. Il est , dit- on , en miême-tems plein de pieté et de Religion
›
›
>
:
je
2352 MERCURE DE FRANCE
.
je veux bien le croire ; mais ce n'est pas
parce que lorsqu'il s'agit d'une partie de
Pêche , il soutient qu'étant chargé de la
péche des hommes il ne doit point assister à celle des poissons. On le dit charitable , désinteressé et plein de tendresse
pour son troupeau , j'y souscris ; mais ce
n'est pas , parce qu'au sujet de l'amour
des bêtes pour leurs petits , on fait un
froid panegyrique de sa charité , ce n'est
pas parce qu'on compare ses soins pastorals à ceux de ces animaux.
Le caractere du Comte me paroit un
peu obscur. Je ne vois pas bien ce qui le
domine , ni même ce qui le compose. II.
a servi long- tems , et jouit de la paix de
puis bien des années ; ainsi il ne doit pas.
être jeune. Cependant on ne voit point
cette démangeaison naturelle aux personnes de son âge et de sa condition à raconter differens traits arrivez durant sa jeunesse , durant ses voyages , durant son
service. Pour vous dire, en un mot, ce que
je pense de la Dame , on met bien des
choses dans sa bouche , qui, ce me semble,
auroient bien mieux convenues dans celle
du jeune homme.Ses colations spirituelles.
sont des tours déja usez , les exclamations.
qui se font à ce sujet me semblent bien
déplacées. Je n'aime guéres non plus ni sa
filasse
NOVEMBRE. 1732. 2353
filasse , ni sa filandiere. Je ne voudrois pas
la voir tant parler , ou je la voudrois entendre parler plus souvent. Enfin je trouve trop d'ignorance dans sa science , et
trop de science dans son ignorance. Au
reste , Monsieur , tout ce que je viens de
vous dire ne détruit point ce que j'ai
avancé au commencement de ma Lettre ,
que ce Livre est très-utile et très curieux.
Dans cette premiere partie , nous avons
quinze Entretiens , les huit premiers ont
les Insectes pour objet , le neuvième est
-sur les Coquillages , le 10. et 11. sur les
Oyseaux , le 12. sur les Animaux terrestres , le 13. sur les Poissons , le 14. et 15.
sur les Plantes. Ce qui regarde les Insectes est plus étendu , et paroît travaillé
avec plus de soin que les autres morceaux,
qu'on diroit que l'Auteur a voulu simplement ébaucher.
Vous sentez bien , Monsieur , queje
ne puis vous faire le détail des faits curieux
qui y sont rapportez ; quand même j'en
transcrirois quelques-uns, vous ne pouriez
en juger équitablement. C'est à l'obscurité de la matiere et non à la capacité de
1'Auteur qu'il faut s'en prendre , si bien
des circonstances ne sont pas exposées
avec la netteté qu'il seroit à souhaitter ,
si la curiosité n'est pas satisfaite par 'tout.
Mais
2334 MERCURE DE FRANCE
Mais comme je ne puis me dispenser de
vous rapporter quelques échantillons
pour vous mettre en état de mieux connoître l'ouvrage , je choisirai deux morceaux entierement du génie de l'Auteur ,
car il déclare que les Remarques et les
Observations Physiques ne sont point de
lui. Je vous rapporterai donc deux portraits qui me paroissent d'un goût bien
different. Ils sont suivis tous deux d'une
morale où je n'ai pas trouvé le même sel ,
la même force , la même justesse , soit
pour la place qui leur a été choisie , soit
pour ce qui les occasionne , soit pour la
maniere dont ils sont éxecutez. Le premier endroit est tiré du morceau favori
de l'Auteur , je veux dire du Traité des
Insectes. On venoit de parler de la Féve
ou Crysalide dans lesquelles les chenilles
s'ensevelissent elles- mêmes pour revivre
ensemble dans une nouvelle forme et
comme d'une nouvelle vie.
C'est le Curé qui parle , page 56. Qu'on ouvre,
dit-il une de ces Crysalides , dont l'état est le
passage de la forme de Chenille à celle de Papil
len , vous n'y trouverez sur tout au commencement, qu'une bouillie ou une sorte de pourriture apparente où tout est confondu. C'est cependant
dans cette pourriture , qu'est le germe d'une meilleure vic, Ces humeurs transpirent peu à peu
au travers de la pellicule qui les couvre , la
pelii-
NOVEMBRE. 1732. 2355
•
pellicule acquiert insensiblement une couleur plus
vermeille , les traits qui étoient confus commen
cent à se démêler au travers du fourreau qui se
créve , la tête se dégage, les artéres s'allongent
les pattes et les aîles s'étendent , enfin le papillion vole , et ne conserve rien de son premier
état. La chenille qui s'est changée en nimphe, et
le papilon qui en sort , sont deux animaux to: alement differens . Le premier n'avoit rien que de
terrestre , et rampoit avec pesanteur , le second
est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il
dédaigne en quelque sorte de s'y poser ; le pre- mier étoit hérissé , et souvent d'un aspect hydeux ; l'autre est paré des plus vives couleurs.
Le premier se bornoit stupidement à une nourriture grossiere ; celui - ci va de fleur en fleur , il
vit de miel et de rosée , et varie continuellement
ses plaisirs. Il jouit en liberté de toute la Nature , et il l'embellit lui - même. La Comtesse.
M. le Prieur , voilà une image bien agréable de
notte résurrection. Le Prieur. Toute la Nature
est pleine d'images sensibles des choses célestes
et des veritez les plus sublimes. Il y a un profit
certain à l'étudier , et c'est une Théologie qui
est toujours bien reçûë , parce qu'elle est toujours
entendue. Le plus grand de tous les Maîtres , ou
plutôt notre unique Maître , nous a enseigné
cette méthode, en tirant la plupart de ses instructions des objets les plus communs que la Nature
lui présentoit , et il nous a mon ré en particulier
l'image de sa résurrection dans le grain de fro
ment qui demeure seul , tant qu'il n'est pas mort,
mais qui etant pourri et mort en terre produit
beaucoup de fruit.
9
Cette Morale semble convenir a sez
bien dans la bouche d'un Curé , mais
étoit-
2356 MERCURE DE FRANCE
étoit-ce à la Dame de faire l'application
de la résurrection des hommes à celles
des chenilles ? Au reste , on voit ici, surtout dans le commencement une vivacité
dans l'expression , un choix dans les termes , capables de charmer le Lecteur le
plus difficile. C'est encore M. le Curé qui
nous fournira l'autre portrait , je ne préviendrai pas votre jugement. Chacun s'étoit engagé à faire connoître la nature
d'un animal particulier. Voici comme le
Curé s'acquitte de sa dette.
Celui dont je veux vous faire l'éloge , dit-il ,
a des qualitez tout-à-fait singulieres.... Tout.
le monde abandonne l'Asne , je le veux prendre
sous ma protection. Vû d'une certaine façon.
cet animal me plaît , et j'espere montrer que bien loin d'avoir besoin d'indulgence ou d'apologie , il peut être l'objet d'un éloge raisonnable.
L'Asne , je l'avoue , n'a pas les qualitez brillantes , mais il les a solides... Il n'a pas la voix
tout-à- fait belle , ni l'air noble , ni des manieres
fort vives.... point d'air rengorgé , point de suffisance , il va uniment son chemin.... nul
apprêt pour son repas..... tout ce qu'on lui
donne est bien reçû... Si on l'oublie , et qu'on
l'attache un peu loin de l'herbe , il prie son maître le plus pathétiquement qu'il lui est possible de
pourvoir à ses besoins aussi- bien est- il juste qu'il
vive , il y employe toute sa Réthorique... Ses Occupations se ressentent de la bassesse de ceux
qui les mettent en œuvre mais le jugement que
Fon porte de l'âne et du maître sont également
injustes.... Nous ne pouvons en aucune sorte
9
ni
NOVEMBRE. 1732. 2357
·
ni en aucun tems , ni dans aucune condition
nous passer du Païsan et de l'Artisan. Ces gens
sont comme l'ame et le nerf de la République
et le soutien de notre vie. C'est d'eux que nous tirons de quoi remplir à chaque instant quelqu'un de nos besoins. Nos maisons , nos habits , nos
meubles et notre nourriture , tout vient d'eux.
Or , où en seroient réduits les Vignerons , les
Jardiniers , les maisons et la plupart des gens de campagne , c'est- à- dire , les deux tiers des
hommes , s'il . leur falloit d'autres hommes ou
des chevaux pour le transport de leurs mar
chandises et des matieres qu'ils employent. L'Asne est sans cesse à leurs secours , il porte le fruit,
les herbages , les peaux de bêtes , le charbon , le
bois , la tuile , la brique , le plâtre , la chaux , la
paille , et le fumier. Une courte comparaison achevera de vous faire mieux sentir l'utilité de
ses services , et les tirera en quelque sorte de leur obscurité. Le Cheval ressemble assez à ces Nations qui aiment le bruit et le fracas , qui sautent et dansent toujours , qui s'occupent beaucoup des dehors , et qui mettent de l'enjoument
par tout... L'Asne au contraire ressemble à ces
peuples naturellement épais et pacifiques , qui connoissent leur labourage , et rien de plus,vont leur train sans distraction , et achevent d'un air
sérieux et opiniâtre , tout ce qu'ils ont une fois .
entrepris.
Je ne sçai ce que vous en pensez , mais
cet éloge ne ressemble- t- il pas un peu à
ceux qu'on nous débita avec tant d'impudence l'année derniere. Il pourroit plaire
à ces Auteurs singuliers , qui réduisent
toute l'éloquence à l'Exposition , c'est- àC dire,
2358 MERCURE DE FRANCE
dire , à la répétition de la même chose en
différens termes. Mais à qui cette idée
peut-elle plaire ? Quant à l'éloge , n'auroit on pas mieux fait de le donner comme une déclamation du jeune Candidat
de Rhetorique, que comme les refléxions.
d'un homme qu'on veut faire regarder
comme plein de bon sens. Bien des gens
ont crû trouver du mistere dans la comparaison , mais il ne faut pas prêter à
l'Auteur trop de malice.
Je vous crois actuellement au. fait du
style et du genre de l'Ouvrage ; ces deux
échantillons suffisent pour en juger. Il est
bon cependant d'ajoûter qu'il y en a plus
d'une façon que d'une autre. Tout ce que
j'en conclus , c'est que l'Ouvrage n'est
pas également bien soûtenu , défaut commun aux plus excellentes productions de
l'esprit humain qui se ressent toujours de
sa foiblesse.
Interdumque bonus dormitat Homerus.
La forme auroit besoin de l'exactitude
que je suppose que l'Auteur agardée dans
les faits et les découvertes.
Au reste , il n'a point eu en vûë de
nous donner des Dialogues parfaits , mais
de piquer notre curiosité , et de la satisfaire
NOVEMBRE. 1732. 2359
faire innocemment. On peut dire qu'il
le fait , et par les traits curieux qu'il rap-.
porte , et par ceux qu'il nous a dérobés.
C'étoit là son but , et on peut assûrer
qu'il y est arrivé. Je ne voudrois pas cependant le dire à lui- même , ce seroit
me brouiller entierement avec lui. Il est
de ces sortes de gens qui ne peuvent entendre dire que leur Ouvrage est parfait ,
qui ne sont jamais plus contents que lorsqu'on leur montre des défauts réels , et
qui ne peuvent s'empêcher de ressentir
une secrete indignation contre ceux qui
les flattent , ou même qui les ménagent.
Je souhaitte à notre France un Peuple
de pareils Auteurs. Je suis , &c.
Ce 25 Septembre 1732
V
Ous me pressez , Monsieur , de vous
dire ce que je pense du Spectacle, de
la Nature; et même de vous en donner
une idée. Je ne puis m'en deffendre, puisqueje vous l'ai promis , et que je vous
suis redevable à cet égard. Mais , Monsieur , permettez- moi de vous l'avoüer
j'ai quelque peine à m'y résoudre. Cet
Ouvrage a pour objet des matieres sur
lesquelles j'aurois besoin d'être instruit
moi-même , bien loin d'être en état d'en
porter un jugement. Le nom de l'Auteur,
que vous connoissez sans doute , est si
respectable , son érudition est si profonde , et son mérite si généralement reconnu , qu'il seroit témeraire d'en dire du
mal , et inutile d'en dire du bien. Vous
vous contenterez donc , s'il vous plaît
de quelques légeres réfléxions sur la for-
>
me
NOVEMBRE. 1732. 2343
mede l'Ouvrage. Je conte que vous en
jugerez bien-tôt par vous-même ; la seule
énumération des sujets qui y sont traitez ,
ne manquera pas de piquer votre curiosité,que l'obscurité du titre a peut-être ralentie. Au reste , je vous dirai en passant
quesi vous voulez de la premiere Edition
vous n'avez point de temps à perdre. Le
débit en est si prodigieux que vous seriez
peut-être obligé d'attendre la seconde , à
Jaquelle on se prépare.
Vous allez d'abord me demander pourquoi ce débit si prompt? Je sçai que vous
vous défiez de cet empressement du pu- .
blic, depuis que vous avez vû des ouvra
ges reçûs avec avidité dans leur naissance , et presque aussi- tôt oubliez et même
méprisez. Je ne crois pas , Monsieur, que
le Spectacle de la Nature ait un sort aussi
bizarre. En voici la raison. Ceux qui ont
souffert cette ignominieuse révolution
n'avoient de mérite que la forme , et les
véritables Sçavans n'y ont jamais trouvé
une véritable solidité ; au lieu qu'on peut
dire la solidité est l'ame de celui- ci ;
que et si on osoit y reprendre quelques deffauts , ce seroit dans la forme seule qu'on
croiroit les appercevoir.
L'Auteur assure avoir essayé d'en écarter la
tristesse , et au lieu d'un Discours suivi ou d'un
B vj enchaî-
2344 MERCURE DE FRANCE
enchaînement de Dissertations qui emmenent
souvent le dégoût et l'ennui , il a cru devoir
prendre le Stile de Dialogue , qui est de tous le
plus naturel et le plus propre à attacher toutes
sortes de Lecteurs. Preface.
La Scene est une Maison de Campagne,
où un jeune homme sortant de Seconde
pour entrer en Réthorique , passe une
partie de ses Vacances chez un Gentilhomme, qui ayant étudié à fond la Nature , se plaît à lui en développer les secrets les plus curieux . Le Curé du lieu ,
grand Physicien , se joint à eux. L'Epouse
même du Gentilhomme vient aussi prendre, et quelquefois donner des Leçons.
Du caractere dont je vous connois , cette
Scene , ces Personnages , ne vous plaisent
gueres. Quant à moi , vous devinez aisé
ment ma pensée là - dessus. L'Auteur s'est
proposé d'imiter les Entretiens du PereBouhours ; ne vous attendez pas que je
décide s'il égale ou s'il surpasse son modele ; je réserve ce jugement à des personnes plus capables que moi , de sentir
les beautez de l'un , et d'appercevoir les
deffauts de l'autre. Je vous dirai seulement qu'il me semble que les anciens .
avoient attrapé bien mieux que nous l'art
d'interesser les Lecteurs dans leurs Dialogues ; en introduisant sur la Scene des
Personnages d'un mérite connu et distin
NOVEMBRE. 1732 234
3
tingué , et même qui eussent réussi dans le
genre d'étude dont ils les faisoient parler.
Cette précaution me paroît pleine de prudence , et rien de plus sensé que la rai
son que Ciceron en donne : Genus hoc Ser
monumpositum in hominum veterum authoritate , et eorum illustrium , plus nescio quo
pacto videtur haberegravitatis. De amicitia.
Le choix qu'ils faisoient n'étoit pas moins
sage ; dans un Dialogue sur la vieillesse
Ciceron introduit Caton , l'homme le
plus vieux et le plus sage de son siécle
Dans un autre Dialogue , où il est traitté
de l'Amitié, il fait parler Lælius, qui par
sa prudence avoit mérité le surnom de
Sage , et s'étoit rendu encore plus illus
tre par l'amitié tendre et sincere , qui l'avoit étroitement uni à Scipion . De pareils
Héros sont bien capables d'attacher un
Lecteur sensible ; on oublie entierement
l'Auteur lui-même ; on croit être présent
à l'entretien, on s'imagine voir ces grands
hommes , et les entendre. En effet , quel
est le but d'un Dialogue ? Ne peut on
pas le regarder comme un véritable Poë
me Dramatique , dont le sujet plus paisible et plus tranquille que ceux qui occu
pent nos Théatres , se diversifie , suivant
la difference de l'objet de l'étude de ses
Héros. Tout le monde exige dans ces
>
deux
2346 MERCURE DE FRANCE
deux genres d'écrire , le naturel dans les
personnages , la vraisemblance dans la
Scene , pourquoi n'exigeroit- on pas aussi des mœurs , des passions , une espéce d'intrigue , un nœud , un dénouement , que
la diversité des opinions , les préjugez ,
les différentes raisons , l'évidence enfin et
la verité formeroient ? Je m'arrête au caractere seul des Interlocuteurs , je crois
que c'est une partie essentielle du Dialogue, et pour y réussir , je suis persuadé
qu'il n'est pas possible de se dispenser de
mettre en pratique le précepte d'Horace ,
dont l'application me semble naturelle, et l'usage également nécessaire dans le Dialogue comme dans la Tragédie.
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quam siproferres ignota , indictaque primus.
Art. Poët.
Conserver les différens caracteres sans
que jamais ils se démentent, est un point
Indispensable dans le Poënre Dramatique,
et par conséquent dans le Dialogue qui en
est une espéce. Dans l'un comme dans
l'autre il est plus aisé de peindre un portrait naturel , un caractere connu , que
d'en imaginer un et le soutenir; car, comme le dit fort bien Horace :
Diffi-
NOVEMBRE. 1732. 2347
Difficile est propriè communia dicere.
Il vaut donc bien mieux employer des
Interlocuteurs connus d'ailleurs , et estimez,que des noms supposez et sans réalitez. Ces derniers n'ont rien qui interesse le Lecteur. Je ne suis pas attentif à
leurs fautes , parce que je n'ai pas une gran
de idée de leur sçavoir. Le Dialogue sur
l'éloquence attribué à M. de Fenelon ,
d'ailleurs si plein de refléxions solides, me
paroît bien froid quand je le considere
comme Dialogue. Ce n'est pas que les caracteres ne soient bien conservez. Mais
Ce caractere que je n'attribuë à personne ,.
m'échape à chaque moment , et je ne me
hâte point de prendre parti ni pour l'un
ni pour l'autre. Que m'importe que A
soit d'un sentiment , et B d'un autre ?
Un Crassus , dont l'éloquence , les talens,
la réputation étoient connus. Un Antoine , célébre, sçavant , estimé , me frappent
bien davantage. C'est à ces grands hommes à définir l'Eloquence , puisqu'ils la
possed nt à fond ; c'est à eux à me décou
vrir les routes qui peuvent y conduire ;
ils les ont pratiquées eux mêmes , et leur
gloire nous assûre du succès. C'est à eux
qu'il appartient de décider du mérite des
Auteurs , ils ont réüni tous les suffrages ,
et
2348 MERCURE DE FRANCE
et personne ne balance sur leur mérite..
Je les consulte avec confiance , je les écoute avec avidité , et pour moi , réussir ou
leur plaire , c'est à peu près la même chose.
.
On nous donna il y a environ deux
ans une Physique en Dialogue , et on
vient de la réimprimer ; cet Ouvrage est
estimé , je l'ai lû même avec fruit. Mais
quelque excellent , quelqu'utile qu'il
soit , il n'a pas laissé de m'ennuier. Les
Interlocuteurs qu'on me présente sont
des gens que je ne connois point ; et qui
plus est , que je n'ai aucun interêt de
connoître. C'est , me dit-on , un grand
génie , c'est un homme plein de vertu
de candeur , d'esprit. Je ne sens point à
son nom les mouvemens qu'excitent en
moi les noms respectables des grands hom
mes. Ariste et Eudoxe ne font pas la même impression que feroient Descartes
Rohault , Gassendi. La conversation de
ceux- ci me plairoit , me charmeroit ; l'interêt qu'ils auroient à se défendre , m'interesseroit moi- même. L'àrdeur avec laquelle ils soutiendroient leurs opinionsm'animeroit. Persuadé que la dispute seroit réelle et sérieuse , je la suivrois avec:
plus de soin : l'amour propre seroit mê--
me de la partie , il entreroit dans ce jeu
il
NOVEMBRE. 1732. 2349
I augmenteroit mon plaisir et mes charmes . Je serois ravi d'être comme arbitre
entre de puissans Rivaux , et de décider
moi-même , ou de juger de leurs raisons.
Je le répéte , un Dialogue froid me glace , un Dialogue animé me transporte.
J'aurois lû les Entretiens Physiques avec
bien plus de plaisir , si j'y eusse vû disputer Descartes Gassendi , Rohault
Mrs Arnauld , Regis , le Pere Malebranche , ou quelqu'autres dont la réputation célebre me donnat une idée avantageuse
de leur sçavoir.
2
Les Dialogues même du Spectacle de la
Nature auroient pû trouver place dans les
momens de loisir de ces grands Hommes.
N'est- il pas même plus vraisemblable que
c'est à l'éxamen curieux de ce détail des
objets exterieurs de la Nature , qu'ils em
ployerent les intervalles de leurs pénibles
études , qu'il n'est vraisemblable qu'il ait
fait l'occupation réguliere des vacances
d'un jeune homme. Non, je ne puis croire
qu'un jeune homme dans le feu de l'âge ,
susceptible des plaisirs de la Chasse , avide des Jeux et des divertissemens, ait volontairement sacrifié à la Philosophie des
momens si doux , si désirez , si ennemis
de toute application. Se peut- il faire qu'il
ait écouté de sang freid des Dissertations
Sur
2550 MERCURE DE FRANCE
sur mille choses ausquelles les jeunes gens
ne sont pas si sensibles qu'on le voudroit
faire croire. L'Auteur qui n'est plus dans
le feu de lajeunesse,a sans doute oublié la
vivacité de cet âge. Quelques particularitez ezpliquées en differentes occasions que
présente le hazard , peuvent plaire ; mais
des Conférences réglées , des Assemblées
Académiques , et cela entre des personnes
d'âge et de condition si différentes ; en verité, l'Auteur y a- t-il bien pensé ?
Le premier entretien qui sert d'intro
duction , et qui est une longue exposition
des princip's physiques ne devoit pas avoir
bien des charmes pour un jeune homme.
Les descriptions anatomiques , ennuiantes
et souvent inintelligibles , les Sermons
mêne , et les moralitez assez frequentes
ne sont pas du goût de la Jeunesse. Aussi
notre jeune Chevalier , quoique le Heros
de la Piéce , dort cependant presque toujours , et laisse parler les autres. Il est
vrai qu'on veut mettre à profit jusqu'à
son sommeil , ses réveries paroissent quelquefois si agréables , qu'on veut même
rester en sa place ; au reste , il est toujours de bon accord , c'est-à- dire , qu'il
paroît que c'est moins par inclination.
que par complaisance qu'il se trouve à
toutes ces assemblées. Ons'apperçoit néanmoins
NOVEMBRE. 1732. 2301
moins qu'on a tâché d'égayer son personage , en insérant de tems en tems des
traits qu'on a voulu rendre plaisans. Mais
le plus souvent tout cela paroît forcé et
ne coule point de source. Ce n'est point
le cœur qui parle. Le sujet est traité sérieusement , quoiqu'on se soit proposé de
le traiter gayement. Ce sont toujours les
mêmes personnages , et presque toujours
les mêmes transitions. Le Gentilhomme
et son Epouse qui ont presque toujours
du monde à leur table , n'ont pas le talent de retenir quelqu'un , et de lui faire
faire une débauche académique. Cemoïen
auroit diversifié l'ordre et les matieres
sans déranger la suite et l'enchaînement
des sujets qu'on se proposoit d'approfon
dir. Je ne sçai si l'Auteur a voulu se peindre dans le personnage du Curé , il se
trouve trop sçavant et en même tems
trop amateur de la morale. Ces deux talens sont si rarement réunis ensemble ,
que bien loin de paroître vraisemblables
il semble qu'ils soient incompatibles. Il
connoît àfond toute la nature ; mais un
Curé aussi attaché à ses devoirs aussi.
éxact à les remplir qu'on veut nous le représenter , a-t'il le tems de développer
tous ces mysteres. Il est , dit- on , en miême-tems plein de pieté et de Religion
›
›
>
:
je
2352 MERCURE DE FRANCE
.
je veux bien le croire ; mais ce n'est pas
parce que lorsqu'il s'agit d'une partie de
Pêche , il soutient qu'étant chargé de la
péche des hommes il ne doit point assister à celle des poissons. On le dit charitable , désinteressé et plein de tendresse
pour son troupeau , j'y souscris ; mais ce
n'est pas , parce qu'au sujet de l'amour
des bêtes pour leurs petits , on fait un
froid panegyrique de sa charité , ce n'est
pas parce qu'on compare ses soins pastorals à ceux de ces animaux.
Le caractere du Comte me paroit un
peu obscur. Je ne vois pas bien ce qui le
domine , ni même ce qui le compose. II.
a servi long- tems , et jouit de la paix de
puis bien des années ; ainsi il ne doit pas.
être jeune. Cependant on ne voit point
cette démangeaison naturelle aux personnes de son âge et de sa condition à raconter differens traits arrivez durant sa jeunesse , durant ses voyages , durant son
service. Pour vous dire, en un mot, ce que
je pense de la Dame , on met bien des
choses dans sa bouche , qui, ce me semble,
auroient bien mieux convenues dans celle
du jeune homme.Ses colations spirituelles.
sont des tours déja usez , les exclamations.
qui se font à ce sujet me semblent bien
déplacées. Je n'aime guéres non plus ni sa
filasse
NOVEMBRE. 1732. 2353
filasse , ni sa filandiere. Je ne voudrois pas
la voir tant parler , ou je la voudrois entendre parler plus souvent. Enfin je trouve trop d'ignorance dans sa science , et
trop de science dans son ignorance. Au
reste , Monsieur , tout ce que je viens de
vous dire ne détruit point ce que j'ai
avancé au commencement de ma Lettre ,
que ce Livre est très-utile et très curieux.
Dans cette premiere partie , nous avons
quinze Entretiens , les huit premiers ont
les Insectes pour objet , le neuvième est
-sur les Coquillages , le 10. et 11. sur les
Oyseaux , le 12. sur les Animaux terrestres , le 13. sur les Poissons , le 14. et 15.
sur les Plantes. Ce qui regarde les Insectes est plus étendu , et paroît travaillé
avec plus de soin que les autres morceaux,
qu'on diroit que l'Auteur a voulu simplement ébaucher.
Vous sentez bien , Monsieur , queje
ne puis vous faire le détail des faits curieux
qui y sont rapportez ; quand même j'en
transcrirois quelques-uns, vous ne pouriez
en juger équitablement. C'est à l'obscurité de la matiere et non à la capacité de
1'Auteur qu'il faut s'en prendre , si bien
des circonstances ne sont pas exposées
avec la netteté qu'il seroit à souhaitter ,
si la curiosité n'est pas satisfaite par 'tout.
Mais
2334 MERCURE DE FRANCE
Mais comme je ne puis me dispenser de
vous rapporter quelques échantillons
pour vous mettre en état de mieux connoître l'ouvrage , je choisirai deux morceaux entierement du génie de l'Auteur ,
car il déclare que les Remarques et les
Observations Physiques ne sont point de
lui. Je vous rapporterai donc deux portraits qui me paroissent d'un goût bien
different. Ils sont suivis tous deux d'une
morale où je n'ai pas trouvé le même sel ,
la même force , la même justesse , soit
pour la place qui leur a été choisie , soit
pour ce qui les occasionne , soit pour la
maniere dont ils sont éxecutez. Le premier endroit est tiré du morceau favori
de l'Auteur , je veux dire du Traité des
Insectes. On venoit de parler de la Féve
ou Crysalide dans lesquelles les chenilles
s'ensevelissent elles- mêmes pour revivre
ensemble dans une nouvelle forme et
comme d'une nouvelle vie.
C'est le Curé qui parle , page 56. Qu'on ouvre,
dit-il une de ces Crysalides , dont l'état est le
passage de la forme de Chenille à celle de Papil
len , vous n'y trouverez sur tout au commencement, qu'une bouillie ou une sorte de pourriture apparente où tout est confondu. C'est cependant
dans cette pourriture , qu'est le germe d'une meilleure vic, Ces humeurs transpirent peu à peu
au travers de la pellicule qui les couvre , la
pelii-
NOVEMBRE. 1732. 2355
•
pellicule acquiert insensiblement une couleur plus
vermeille , les traits qui étoient confus commen
cent à se démêler au travers du fourreau qui se
créve , la tête se dégage, les artéres s'allongent
les pattes et les aîles s'étendent , enfin le papillion vole , et ne conserve rien de son premier
état. La chenille qui s'est changée en nimphe, et
le papilon qui en sort , sont deux animaux to: alement differens . Le premier n'avoit rien que de
terrestre , et rampoit avec pesanteur , le second
est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il
dédaigne en quelque sorte de s'y poser ; le pre- mier étoit hérissé , et souvent d'un aspect hydeux ; l'autre est paré des plus vives couleurs.
Le premier se bornoit stupidement à une nourriture grossiere ; celui - ci va de fleur en fleur , il
vit de miel et de rosée , et varie continuellement
ses plaisirs. Il jouit en liberté de toute la Nature , et il l'embellit lui - même. La Comtesse.
M. le Prieur , voilà une image bien agréable de
notte résurrection. Le Prieur. Toute la Nature
est pleine d'images sensibles des choses célestes
et des veritez les plus sublimes. Il y a un profit
certain à l'étudier , et c'est une Théologie qui
est toujours bien reçûë , parce qu'elle est toujours
entendue. Le plus grand de tous les Maîtres , ou
plutôt notre unique Maître , nous a enseigné
cette méthode, en tirant la plupart de ses instructions des objets les plus communs que la Nature
lui présentoit , et il nous a mon ré en particulier
l'image de sa résurrection dans le grain de fro
ment qui demeure seul , tant qu'il n'est pas mort,
mais qui etant pourri et mort en terre produit
beaucoup de fruit.
9
Cette Morale semble convenir a sez
bien dans la bouche d'un Curé , mais
étoit-
2356 MERCURE DE FRANCE
étoit-ce à la Dame de faire l'application
de la résurrection des hommes à celles
des chenilles ? Au reste , on voit ici, surtout dans le commencement une vivacité
dans l'expression , un choix dans les termes , capables de charmer le Lecteur le
plus difficile. C'est encore M. le Curé qui
nous fournira l'autre portrait , je ne préviendrai pas votre jugement. Chacun s'étoit engagé à faire connoître la nature
d'un animal particulier. Voici comme le
Curé s'acquitte de sa dette.
Celui dont je veux vous faire l'éloge , dit-il ,
a des qualitez tout-à-fait singulieres.... Tout.
le monde abandonne l'Asne , je le veux prendre
sous ma protection. Vû d'une certaine façon.
cet animal me plaît , et j'espere montrer que bien loin d'avoir besoin d'indulgence ou d'apologie , il peut être l'objet d'un éloge raisonnable.
L'Asne , je l'avoue , n'a pas les qualitez brillantes , mais il les a solides... Il n'a pas la voix
tout-à- fait belle , ni l'air noble , ni des manieres
fort vives.... point d'air rengorgé , point de suffisance , il va uniment son chemin.... nul
apprêt pour son repas..... tout ce qu'on lui
donne est bien reçû... Si on l'oublie , et qu'on
l'attache un peu loin de l'herbe , il prie son maître le plus pathétiquement qu'il lui est possible de
pourvoir à ses besoins aussi- bien est- il juste qu'il
vive , il y employe toute sa Réthorique... Ses Occupations se ressentent de la bassesse de ceux
qui les mettent en œuvre mais le jugement que
Fon porte de l'âne et du maître sont également
injustes.... Nous ne pouvons en aucune sorte
9
ni
NOVEMBRE. 1732. 2357
·
ni en aucun tems , ni dans aucune condition
nous passer du Païsan et de l'Artisan. Ces gens
sont comme l'ame et le nerf de la République
et le soutien de notre vie. C'est d'eux que nous tirons de quoi remplir à chaque instant quelqu'un de nos besoins. Nos maisons , nos habits , nos
meubles et notre nourriture , tout vient d'eux.
Or , où en seroient réduits les Vignerons , les
Jardiniers , les maisons et la plupart des gens de campagne , c'est- à- dire , les deux tiers des
hommes , s'il . leur falloit d'autres hommes ou
des chevaux pour le transport de leurs mar
chandises et des matieres qu'ils employent. L'Asne est sans cesse à leurs secours , il porte le fruit,
les herbages , les peaux de bêtes , le charbon , le
bois , la tuile , la brique , le plâtre , la chaux , la
paille , et le fumier. Une courte comparaison achevera de vous faire mieux sentir l'utilité de
ses services , et les tirera en quelque sorte de leur obscurité. Le Cheval ressemble assez à ces Nations qui aiment le bruit et le fracas , qui sautent et dansent toujours , qui s'occupent beaucoup des dehors , et qui mettent de l'enjoument
par tout... L'Asne au contraire ressemble à ces
peuples naturellement épais et pacifiques , qui connoissent leur labourage , et rien de plus,vont leur train sans distraction , et achevent d'un air
sérieux et opiniâtre , tout ce qu'ils ont une fois .
entrepris.
Je ne sçai ce que vous en pensez , mais
cet éloge ne ressemble- t- il pas un peu à
ceux qu'on nous débita avec tant d'impudence l'année derniere. Il pourroit plaire
à ces Auteurs singuliers , qui réduisent
toute l'éloquence à l'Exposition , c'est- àC dire,
2358 MERCURE DE FRANCE
dire , à la répétition de la même chose en
différens termes. Mais à qui cette idée
peut-elle plaire ? Quant à l'éloge , n'auroit on pas mieux fait de le donner comme une déclamation du jeune Candidat
de Rhetorique, que comme les refléxions.
d'un homme qu'on veut faire regarder
comme plein de bon sens. Bien des gens
ont crû trouver du mistere dans la comparaison , mais il ne faut pas prêter à
l'Auteur trop de malice.
Je vous crois actuellement au. fait du
style et du genre de l'Ouvrage ; ces deux
échantillons suffisent pour en juger. Il est
bon cependant d'ajoûter qu'il y en a plus
d'une façon que d'une autre. Tout ce que
j'en conclus , c'est que l'Ouvrage n'est
pas également bien soûtenu , défaut commun aux plus excellentes productions de
l'esprit humain qui se ressent toujours de
sa foiblesse.
Interdumque bonus dormitat Homerus.
La forme auroit besoin de l'exactitude
que je suppose que l'Auteur agardée dans
les faits et les découvertes.
Au reste , il n'a point eu en vûë de
nous donner des Dialogues parfaits , mais
de piquer notre curiosité , et de la satisfaire
NOVEMBRE. 1732. 2359
faire innocemment. On peut dire qu'il
le fait , et par les traits curieux qu'il rap-.
porte , et par ceux qu'il nous a dérobés.
C'étoit là son but , et on peut assûrer
qu'il y est arrivé. Je ne voudrois pas cependant le dire à lui- même , ce seroit
me brouiller entierement avec lui. Il est
de ces sortes de gens qui ne peuvent entendre dire que leur Ouvrage est parfait ,
qui ne sont jamais plus contents que lorsqu'on leur montre des défauts réels , et
qui ne peuvent s'empêcher de ressentir
une secrete indignation contre ceux qui
les flattent , ou même qui les ménagent.
Je souhaitte à notre France un Peuple
de pareils Auteurs. Je suis , &c.
Ce 25 Septembre 1732
Fermer
Résumé : LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
Le texte est une lettre critique du R. P. G. Minime concernant le livre 'Spectacle de la Nature'. L'auteur de la lettre exprime sa difficulté à juger l'ouvrage en raison de la profondeur et du respectabilité de son auteur. Il souligne que le livre traite de matières complexes et que l'érudition de l'auteur est largement reconnue. La lettre mentionne également la popularité rapide du livre, dont la première édition se vend très vite, et que l'auteur a choisi le style de dialogue pour rendre le sujet plus accessible et attachant. Le 'Spectacle de la Nature' se déroule dans une maison de campagne où un jeune homme, un gentilhomme érudit, le curé du lieu et l'épouse du gentilhomme discutent des secrets de la nature. L'auteur de la lettre critique le choix des personnages, trouvant qu'ils manquent de distinction et de mérite connu, contrairement aux dialogues antiques qui introduisaient des personnages illustres. Il estime que les dialogues modernes devraient également respecter des règles de vraisemblance et de naturel. La lettre critique également la crédibilité des personnages et leur interaction. Le jeune homme, héros de l'histoire, semble souvent désintéressé et endormi, tandis que les autres personnages, bien que savants, manquent de charme et de diversité. Le curé, par exemple, est décrit comme trop savant et trop moralisateur pour être crédible. Le comte, un autre personnage, est jugé obscur et peu défini. L'auteur de la lettre regrette que les dialogues ne soient pas plus animés et intéressants, et qu'ils manquent de la vivacité et de l'intérêt que l'on pourrait attendre d'un jeune homme. La critique mentionne deux portraits tirés du livre : l'un sur la métamorphose des chenilles en papillons, utilisé comme métaphore de la résurrection, et l'autre sur l'âne, présenté comme un animal utile et souvent méprisé. L'auteur de la critique trouve ces portraits intéressants mais note des défauts dans la forme et le style de l'ouvrage. Il conclut que le livre, bien que non parfait, réussit à piquer la curiosité du lecteur et à la satisfaire de manière innocente. L'auteur de la critique exprime également son admiration pour les auteurs qui préfèrent recevoir des critiques constructives plutôt que des flatteries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 1822-1831
Imitation de J. C[.] traduite, &c. [titre d'après la table]
Début :
IMITATION DE JESUS-CHRIST, traduite et revûe par M. L. Dufresnoy D. de S. [...]
Mots clefs :
Monde, Anciennes éditions, Imitations ordinaires, Titre, Consolation, Jésus-Christ, Original, Chapitre, Richesses, Caractère, Temps passé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imitation de J. C[.] traduite, &c. [titre d'après la table]
IMITATION DE JESUS - CHRIST , traduite
et revûe par M. L. Dufresnoy D. de S.
sur l'ancien Original François , d'où l'on
a tiré un Chapitre qui manque dans les
autres Editions , in 12. A Anvers , et se
vend , à Paris , chez Michel- Etienne David,
Quay des Augustins , à la Providenee,
et chez Antoine- Claude Briasson , ruë
S. Facques , à la Science.
Cette Edition qui est belle et bien faite
seroit très- capable de renouveller la celebre
dispute qu'il y eut vers le milieu dư
XVII . siecle , sur l'Auteur de l'Imitation de
J.C.Ilest surprenant que tous ceux qui ont
pris parti pour le celebre Gerson , n'ayent
pas
A O UST. 1732. 1823
pas connu l'Original François de cet Ouvrage
, qui auroit été d'un grand secours
pour appuyer leur sentiment. On trouve
dans ces antiques Editions un air original
, qui ne sent point la contrainte
et la gêne d'un Traducteur . Ce qui peut
faire croire que l'on n'aura pas pensé à
ce Livre au temps de cette dispute , est
le changement de titre et le renversement
des Livres. Le Titre general de ces anciennes
Editions est conçû en ces termes :
Le Livre intitulé Internelle consolation ,
nouvellement corrigée : Consolationes tua latificaverunt
animam meam.
L'ordre des Livres n'est pas le mêine
dans ces anciennes Editions et dans les
Editions ordinaires de l'Imitation de J.C.
Ce qui fait le premier Livre dans nos
Editions , fait le troisiéme dans ces anciennes.
Sous ce Titre : cy commence la
tierce partie de l'interiore et parfaite Imitation
de Notre Seigneur Jesus - Christ ; Qui
-sequitur me non ambulat in tenebris.
Le second Livre des l'Imitations ordinaires
fait le premier dans ces anciennes
Editions , et porte pour titre : cy commence
le Livre intitulé , Internelle consolation
, lequel est moult utile pour la
consolation de toute humaine Creature : et
premierement parle de l'interiore conversation,
1824 MERCURE DE FRANCE
doit
tion , c'est à - dire , comment la personne
selon l'ame. Regnum Dei intra vos est, dicin
Dominus.
Le troisiéme Livre de nos Imitations
ordinaires , fait le second dans ces anciennes
Editions , sous ce titre : Cy com- <
mence le Traité de l'interiore collocution do
Notre Sauveur Jesus - Christ à l'Ame_dévote
, et est la seconde Partie de ce présent
Livre : Audiam quid loquetur in me Dominus
Deus.
Enfin le quatriéme Livre conserve dans
toutes les Editions , le même rang , et
a pour titre dans les anciennes Editions :
Cy commence la quarte Partie du présent
Livre , qui est de ensuivir Jesu- Christ et
contemner le Monde ; et traite principalement
du Sacrement de l'Autel.
Voila , sans doute , ce qui a fait qu'on
n'a point pensé à comparer ce Livre avec
nos Imitations ordinaires ; mais il est toujours
temps de le faire.
En revoyant cet Ouvrage sur les Textes
François que l'on croit Originaux ,
on a eu soin dans cette nouvelle Edition
de rétablir l'ordre observé dans les Imitations
ordinaires et de faire un juste
parallele, des unes et des autres , afin de
ne rien omettre.
Mais pour faire mieux connoître le
caractere
A O UST. 1733. 1815
caractere de cette Edition , on rapportera
ce que le nouveau Traducteur dit
dans sa Préface . » Je dirai donc ( ce sont
» ses paroles ) ce que j'ai examiné par
» moi-même. Le hazard m'a fait rencon-
>> trer quatre Editions Françoises de cet ex-
» cellent Ouvrage , imprimées toutes en
» caractere Gothique , sous le titre de l'In-
» ternelle consolation , c'est - à -dire , de la
»Consolation interieure . Toutes ces Edi-
» tions ont été faites à Paris , l'une en 1531.
» la seconde en 1554. la troisième et la
» quatrième sans date , mais beaucoup
plus anciennes. Il ne paroît ni par le
» Titre ni par aucune autre marque , que-
» ce soit une Traduction ; circonstance
» neanmoins que nos Ancêtres étoient
fort jaloux de faire connoître , quand
>> effectivement ils avoient traduit un Ouvrage.
Celui cy même a l'air Original
» dans ces anciennes Editions ; et tout
» ce qui , dans les Imitations ordinaires ,
» est restraint aux Religieux , se trouve
>> dans ces Editions appliqué aux Chrétiens
en general. C'est peut- être ce qui
pourroit faire penser que le celebreGER-
>> SON auroit d'abord fait ce Livre en
» François , et que depuis il aura été tra-
» duit en Latin par THOMAS A Kempis ,
» mais avec quelques changemens , sur
» tout
1726 MERCURE DE FRANCE
" tout aux endroits où il fait des appli
» cations particulieres aux Religieux , où
>>
aux personnes vivant en Communauté .
» C'est de ces anciennes Editions que nous
» avons tiré le Chapitre XXVI. du pre-
" mier Livre qui manque dans les Imi-
» tations ordinainès de l'Imitation de Je
sus- Christ ; elles nous ont même servi
» à déterminer le sens du Latin , quand
» il nous a parû y avoir quelque ambiguité.
La seule Edition de 1554. con-
» tenoit le 4. Livre qui manque dans les
trois autres .
Comme ce XXVI . Chapitre est impor
tant et ne se trouve en aucune Edition
Latine , on l'inserera ici en son ancien
langage , et on en trouvera la Traduction
dans la nouvelle Edition dont il est
ici question .
Contre la vanité du Monde ,ChapitreXXVI.
>> Certainement griefve et trop péril
» leuse est la conversation de ce Monde's
» car en délices est périe chasteté , humilité
» en richesses , pitié en - Marchandises ,
» verité en trop parler , charité en ce
» maling siecle . Et comme il est diffi-
» cile que ung arbre planté auprès d'un
" chemin commun , puisse garder son
" fruit jusques à ce que il soit meur;
ainsi
A O UST. 1733. 1827
ainsi est- il difficile que ung homme qui
» converse selon la vie du Monde , puis-
» se en soi garder parfaite netteté et justice
, c'est à sçavoir qu'il n'offense Dicu
» en plusieurs manieres. O comme sont
» aveuglez ceux qui quierent et demandent
la gloire et loüenge du Monde !
» Quelle chose est la joye et liesse du
» Monde , fors mauvaistié et mauvaise
» vie non punie et non corrigée ! C'est
» à sçavoir vacquer à luxure et yvto-
כ
ور
que
gnise , à gourmandise et à toutes va-
>> nitez mondaines , et de toutes ces cho-
» ses ne souffrir point de repréhension ,
» ne de punition ou correction en ce
Monde ; car les mauvais vivans en leurs.
délices , cuident être assurez quand ils
» ne sont point corrigez ou reprins pour
»leurs iniquitez ; et ne considerent pas
» qu'il n'est rien plus malheureux en ce
monde la félicité des pécheurs ,
» par laquelle ils tumbent en maladie
incurable , et leur maulvaise volunté
» est confermée en mal. Car si tu quiers
» et desire prelation , et proposes en ton
>> cueur vivre et converser justement et
» sainctement ; je loüe et approuve le bon
» propos; mas j'en trouve peu de tel effect,
» c'est-à - dire qu'il en est bien peu qui
yayent ainsi justement et sainctement
>>
» vescu
1828 MERCURE DE FRANCE
39
» vescu . C'est sauvaige chose de hault de-
» gré et petit cueur ; c'est-à - dire , d'une
» personne qui est en grand état en sainc-
» te Eglise , et son cueur n'est pas eslevé
» en hault à Notre Seigneur , ne aux cho-
>> ses divines. C'est sauvaige chose d'avoir
le premier siege et la vie derniere , c'est
à - dire plus basses que les autres. Grande
infélicité est instabilité de cueur. Les
» Prélats sont dignes de tant de morts
» comme ils baillent de maulvais exem-
» ples à leurs povres Subjets , et ceulx
» qui leurs sont commis. Si tu demandes
» et veulx acquerir sagesse mondaine , à
» grand péril tu t'abandonnes ; car la sa
» gesse du monde est terrienne , brutale ,
diabolique , ennemie du saulvement ,
» meurtriere de vie et mere de cupidité.
" Et si d'aventure tu desires et veulx avoir
>> les pompes et orgueils du siecle , et ay-
» mes les délices de la chair , advise - toy
» et considere bien comment toutes ces
» choses sont vaines et de peu de profit ,
» et que toutes ces vanitez sont comme
un songe. Que a profité à tous ceulx
» qui aymoient ce monde leur orgueil et
>> ventance et confiance de richesses ? tou-
» tes ces choses sont passées comme une
umbre , et comme une nef qui passe
par une eau courant et flotant , de la-
»
» quelle
# A O UST. 1733. 1829
ܬܵܐ
quelle nef on ne peut tantût montrer
» le signe du chemin par où elle est pas-
" sée. Certainement ils sont consommez
et faillis en leur mauvaistié ; et la plus
» grant pertie d'eulx ont délaissé le sentier
et enseignement de vérité . Où sont
maintenant les Princes et grands Sei-
» gneurs qui ont été au temps passé , qui
avoient grande domination et Seigneurie
sur la Terre , qui ont assemblez
» grans trésors d'or et d'argent , qui ont
» construit et édifié Citez , Villes et Chas-
» teaulx , qui par force d'armes ont comn
battu , vaincu et surmonté Roys et
» Royaulmes ? Où sont les sages et grans.
» Clercs du temps passé , qui ont mesuré
net descript le Monde ? Où est le bel
Absalon ? Où est Sanson le fort ? Où
est Alexandre le Vaillant ? Où sont les
» puissans Empereurs ? Où sont les nobles
Roys et Princes ? Que leur a profité
» leur sagesse et litterature mondaine?
Que leur a profité leur beauté ,
» leur force , leur proesse , leur vail-
» lance , leur puissance , la noblesse de
» leur lignage , leur grant Train , leurs
»grans Etats , et la superfluité de toutes
» les déceptives richesses ? Où sont les vo-
» luptez et plaisances charnelles et délec-
❤tations de leurs concupissences ? Où
לכ
≫ song
1830 MERCURE DE FRANCE
» sont les esbatemens , passe temps et plai-
>> sirs qu'ils ont prins en ce monde ? Où
» est leur arrogance et oultrecuidance? Où
» est la vaine gloire et vanité dont ils ont
» été pleins Hélas ! tout est failli et passé,
» adnichilé et esvanouy , on n'en peut
» plus rien trouver , ne les Reliques d'i-
» ceuls parmi les autres congnoistre ou
» discerner ; pour ce que leurs
corps sont
en terre pourris et des vers devorez , et
» leurs ames reçoivent la joye ou la poine
qu'elles ont desservy. Laissons donc-
» ques les plaisirs exteriores et mondains ;
» et suivons les interiores et qui sont
» de l'esperit ; en nous convertissant et
» retournant à Dieu de tout notre cueur ;
» et en faisant la volunté d'icelui . Auquel
» seul Roy immortel, invisible, seul Dieu,
» soit toute gloire , tout honneur et ac-
» tion de graces ; qui seul est commen-
" cement , moyen et fin de notre inter-
» nelle consolation . Amen .
Il est étonnant que le Traducteur Latin
aitomis tout te Chapite , qui renferme
des maximes si sages et si Chrétiennes
et qui peuvent ramener l'ame à de
vrais sentimens d'humilité. Ainsi avec
tous ces avantages , cette Version doit
passer pour la plus complette que nous
ayons cue jusqu'ici , et on ne doit pas
s'étonner
•
AOUST. 1733. 1831
s'étonner si on la recherche , comme l'on
fait depuis qu'on en a connu le mérite .
et revûe par M. L. Dufresnoy D. de S.
sur l'ancien Original François , d'où l'on
a tiré un Chapitre qui manque dans les
autres Editions , in 12. A Anvers , et se
vend , à Paris , chez Michel- Etienne David,
Quay des Augustins , à la Providenee,
et chez Antoine- Claude Briasson , ruë
S. Facques , à la Science.
Cette Edition qui est belle et bien faite
seroit très- capable de renouveller la celebre
dispute qu'il y eut vers le milieu dư
XVII . siecle , sur l'Auteur de l'Imitation de
J.C.Ilest surprenant que tous ceux qui ont
pris parti pour le celebre Gerson , n'ayent
pas
A O UST. 1732. 1823
pas connu l'Original François de cet Ouvrage
, qui auroit été d'un grand secours
pour appuyer leur sentiment. On trouve
dans ces antiques Editions un air original
, qui ne sent point la contrainte
et la gêne d'un Traducteur . Ce qui peut
faire croire que l'on n'aura pas pensé à
ce Livre au temps de cette dispute , est
le changement de titre et le renversement
des Livres. Le Titre general de ces anciennes
Editions est conçû en ces termes :
Le Livre intitulé Internelle consolation ,
nouvellement corrigée : Consolationes tua latificaverunt
animam meam.
L'ordre des Livres n'est pas le mêine
dans ces anciennes Editions et dans les
Editions ordinaires de l'Imitation de J.C.
Ce qui fait le premier Livre dans nos
Editions , fait le troisiéme dans ces anciennes.
Sous ce Titre : cy commence la
tierce partie de l'interiore et parfaite Imitation
de Notre Seigneur Jesus - Christ ; Qui
-sequitur me non ambulat in tenebris.
Le second Livre des l'Imitations ordinaires
fait le premier dans ces anciennes
Editions , et porte pour titre : cy commence
le Livre intitulé , Internelle consolation
, lequel est moult utile pour la
consolation de toute humaine Creature : et
premierement parle de l'interiore conversation,
1824 MERCURE DE FRANCE
doit
tion , c'est à - dire , comment la personne
selon l'ame. Regnum Dei intra vos est, dicin
Dominus.
Le troisiéme Livre de nos Imitations
ordinaires , fait le second dans ces anciennes
Editions , sous ce titre : Cy com- <
mence le Traité de l'interiore collocution do
Notre Sauveur Jesus - Christ à l'Ame_dévote
, et est la seconde Partie de ce présent
Livre : Audiam quid loquetur in me Dominus
Deus.
Enfin le quatriéme Livre conserve dans
toutes les Editions , le même rang , et
a pour titre dans les anciennes Editions :
Cy commence la quarte Partie du présent
Livre , qui est de ensuivir Jesu- Christ et
contemner le Monde ; et traite principalement
du Sacrement de l'Autel.
Voila , sans doute , ce qui a fait qu'on
n'a point pensé à comparer ce Livre avec
nos Imitations ordinaires ; mais il est toujours
temps de le faire.
En revoyant cet Ouvrage sur les Textes
François que l'on croit Originaux ,
on a eu soin dans cette nouvelle Edition
de rétablir l'ordre observé dans les Imitations
ordinaires et de faire un juste
parallele, des unes et des autres , afin de
ne rien omettre.
Mais pour faire mieux connoître le
caractere
A O UST. 1733. 1815
caractere de cette Edition , on rapportera
ce que le nouveau Traducteur dit
dans sa Préface . » Je dirai donc ( ce sont
» ses paroles ) ce que j'ai examiné par
» moi-même. Le hazard m'a fait rencon-
>> trer quatre Editions Françoises de cet ex-
» cellent Ouvrage , imprimées toutes en
» caractere Gothique , sous le titre de l'In-
» ternelle consolation , c'est - à -dire , de la
»Consolation interieure . Toutes ces Edi-
» tions ont été faites à Paris , l'une en 1531.
» la seconde en 1554. la troisième et la
» quatrième sans date , mais beaucoup
plus anciennes. Il ne paroît ni par le
» Titre ni par aucune autre marque , que-
» ce soit une Traduction ; circonstance
» neanmoins que nos Ancêtres étoient
fort jaloux de faire connoître , quand
>> effectivement ils avoient traduit un Ouvrage.
Celui cy même a l'air Original
» dans ces anciennes Editions ; et tout
» ce qui , dans les Imitations ordinaires ,
» est restraint aux Religieux , se trouve
>> dans ces Editions appliqué aux Chrétiens
en general. C'est peut- être ce qui
pourroit faire penser que le celebreGER-
>> SON auroit d'abord fait ce Livre en
» François , et que depuis il aura été tra-
» duit en Latin par THOMAS A Kempis ,
» mais avec quelques changemens , sur
» tout
1726 MERCURE DE FRANCE
" tout aux endroits où il fait des appli
» cations particulieres aux Religieux , où
>>
aux personnes vivant en Communauté .
» C'est de ces anciennes Editions que nous
» avons tiré le Chapitre XXVI. du pre-
" mier Livre qui manque dans les Imi-
» tations ordinainès de l'Imitation de Je
sus- Christ ; elles nous ont même servi
» à déterminer le sens du Latin , quand
» il nous a parû y avoir quelque ambiguité.
La seule Edition de 1554. con-
» tenoit le 4. Livre qui manque dans les
trois autres .
Comme ce XXVI . Chapitre est impor
tant et ne se trouve en aucune Edition
Latine , on l'inserera ici en son ancien
langage , et on en trouvera la Traduction
dans la nouvelle Edition dont il est
ici question .
Contre la vanité du Monde ,ChapitreXXVI.
>> Certainement griefve et trop péril
» leuse est la conversation de ce Monde's
» car en délices est périe chasteté , humilité
» en richesses , pitié en - Marchandises ,
» verité en trop parler , charité en ce
» maling siecle . Et comme il est diffi-
» cile que ung arbre planté auprès d'un
" chemin commun , puisse garder son
" fruit jusques à ce que il soit meur;
ainsi
A O UST. 1733. 1827
ainsi est- il difficile que ung homme qui
» converse selon la vie du Monde , puis-
» se en soi garder parfaite netteté et justice
, c'est à sçavoir qu'il n'offense Dicu
» en plusieurs manieres. O comme sont
» aveuglez ceux qui quierent et demandent
la gloire et loüenge du Monde !
» Quelle chose est la joye et liesse du
» Monde , fors mauvaistié et mauvaise
» vie non punie et non corrigée ! C'est
» à sçavoir vacquer à luxure et yvto-
כ
ور
que
gnise , à gourmandise et à toutes va-
>> nitez mondaines , et de toutes ces cho-
» ses ne souffrir point de repréhension ,
» ne de punition ou correction en ce
Monde ; car les mauvais vivans en leurs.
délices , cuident être assurez quand ils
» ne sont point corrigez ou reprins pour
»leurs iniquitez ; et ne considerent pas
» qu'il n'est rien plus malheureux en ce
monde la félicité des pécheurs ,
» par laquelle ils tumbent en maladie
incurable , et leur maulvaise volunté
» est confermée en mal. Car si tu quiers
» et desire prelation , et proposes en ton
>> cueur vivre et converser justement et
» sainctement ; je loüe et approuve le bon
» propos; mas j'en trouve peu de tel effect,
» c'est-à - dire qu'il en est bien peu qui
yayent ainsi justement et sainctement
>>
» vescu
1828 MERCURE DE FRANCE
39
» vescu . C'est sauvaige chose de hault de-
» gré et petit cueur ; c'est-à - dire , d'une
» personne qui est en grand état en sainc-
» te Eglise , et son cueur n'est pas eslevé
» en hault à Notre Seigneur , ne aux cho-
>> ses divines. C'est sauvaige chose d'avoir
le premier siege et la vie derniere , c'est
à - dire plus basses que les autres. Grande
infélicité est instabilité de cueur. Les
» Prélats sont dignes de tant de morts
» comme ils baillent de maulvais exem-
» ples à leurs povres Subjets , et ceulx
» qui leurs sont commis. Si tu demandes
» et veulx acquerir sagesse mondaine , à
» grand péril tu t'abandonnes ; car la sa
» gesse du monde est terrienne , brutale ,
diabolique , ennemie du saulvement ,
» meurtriere de vie et mere de cupidité.
" Et si d'aventure tu desires et veulx avoir
>> les pompes et orgueils du siecle , et ay-
» mes les délices de la chair , advise - toy
» et considere bien comment toutes ces
» choses sont vaines et de peu de profit ,
» et que toutes ces vanitez sont comme
un songe. Que a profité à tous ceulx
» qui aymoient ce monde leur orgueil et
>> ventance et confiance de richesses ? tou-
» tes ces choses sont passées comme une
umbre , et comme une nef qui passe
par une eau courant et flotant , de la-
»
» quelle
# A O UST. 1733. 1829
ܬܵܐ
quelle nef on ne peut tantût montrer
» le signe du chemin par où elle est pas-
" sée. Certainement ils sont consommez
et faillis en leur mauvaistié ; et la plus
» grant pertie d'eulx ont délaissé le sentier
et enseignement de vérité . Où sont
maintenant les Princes et grands Sei-
» gneurs qui ont été au temps passé , qui
avoient grande domination et Seigneurie
sur la Terre , qui ont assemblez
» grans trésors d'or et d'argent , qui ont
» construit et édifié Citez , Villes et Chas-
» teaulx , qui par force d'armes ont comn
battu , vaincu et surmonté Roys et
» Royaulmes ? Où sont les sages et grans.
» Clercs du temps passé , qui ont mesuré
net descript le Monde ? Où est le bel
Absalon ? Où est Sanson le fort ? Où
est Alexandre le Vaillant ? Où sont les
» puissans Empereurs ? Où sont les nobles
Roys et Princes ? Que leur a profité
» leur sagesse et litterature mondaine?
Que leur a profité leur beauté ,
» leur force , leur proesse , leur vail-
» lance , leur puissance , la noblesse de
» leur lignage , leur grant Train , leurs
»grans Etats , et la superfluité de toutes
» les déceptives richesses ? Où sont les vo-
» luptez et plaisances charnelles et délec-
❤tations de leurs concupissences ? Où
לכ
≫ song
1830 MERCURE DE FRANCE
» sont les esbatemens , passe temps et plai-
>> sirs qu'ils ont prins en ce monde ? Où
» est leur arrogance et oultrecuidance? Où
» est la vaine gloire et vanité dont ils ont
» été pleins Hélas ! tout est failli et passé,
» adnichilé et esvanouy , on n'en peut
» plus rien trouver , ne les Reliques d'i-
» ceuls parmi les autres congnoistre ou
» discerner ; pour ce que leurs
corps sont
en terre pourris et des vers devorez , et
» leurs ames reçoivent la joye ou la poine
qu'elles ont desservy. Laissons donc-
» ques les plaisirs exteriores et mondains ;
» et suivons les interiores et qui sont
» de l'esperit ; en nous convertissant et
» retournant à Dieu de tout notre cueur ;
» et en faisant la volunté d'icelui . Auquel
» seul Roy immortel, invisible, seul Dieu,
» soit toute gloire , tout honneur et ac-
» tion de graces ; qui seul est commen-
" cement , moyen et fin de notre inter-
» nelle consolation . Amen .
Il est étonnant que le Traducteur Latin
aitomis tout te Chapite , qui renferme
des maximes si sages et si Chrétiennes
et qui peuvent ramener l'ame à de
vrais sentimens d'humilité. Ainsi avec
tous ces avantages , cette Version doit
passer pour la plus complette que nous
ayons cue jusqu'ici , et on ne doit pas
s'étonner
•
AOUST. 1733. 1831
s'étonner si on la recherche , comme l'on
fait depuis qu'on en a connu le mérite .
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Résumé : Imitation de J. C[.] traduite, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une édition de l''Imitation de Jésus-Christ' traduite et révisée par M. L. Dufresnoy. Cette édition, publiée à Anvers et vendue à Paris, se distingue par son ancien original français, qui inclut un chapitre absent dans d'autres éditions. Elle pourrait raviver la dispute du XVIIe siècle concernant l'auteur de l'œuvre, notamment Jean Gerson. Les anciennes éditions françaises, imprimées en caractères gothiques et titrées 'Livre intitulé Internelle consolation', présentent un ordre des livres différent des éditions ordinaires. Le premier livre des éditions modernes correspond au troisième dans les anciennes, et ainsi de suite. Cette édition rétablit l'ordre des livres et offre un parallèle avec les éditions ordinaires. Le traducteur a découvert plusieurs éditions françaises anciennes, toutes sans indication de traduction, ce qui suggère qu'elles pourraient être des originaux. Un chapitre important, le XXVI du premier livre, manquant dans les éditions latines, est inclus dans cette édition. Ce chapitre traite de la vanité du monde et de la nécessité de suivre les valeurs chrétiennes. L'édition est considérée comme la plus complète disponible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 208-209
DE VIENNE, le 10 Mars.
Début :
Entre autres priviléges accordés à l'Ordre de Marie-Thérese, auquel leurs Majestés [...]
Mots clefs :
Privilèges, Ordre, Maréchal Daun, Quartier général, Armée, Baron de Laudon, Anniversaire, Archiduc, Feld-maréchal, Titre
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texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 10 Mars.
De VIENNE , le 10 Mars.
Entre autres priviléges accordés à l'Ordre de
Marie-Thérefe, auquel leurs Majeftés Impériales
AVRIL. 1760 . 209
viennent de mettre la derniere main , la Croix
de cet Ordre donnera la Nobleffe héréditaire ,
avec le titre de Baron.
Le Maréchal de Daun , a toujours fon quartier
général à Pyrna. Il a pourvû a la fureté de Drefde
, par de nouvelles difpofitions . Le Général
Baron de Beck , conferve toujours fa pofition audelà
de l'Elbe . Il a environ feize mille hommes
fous les ordres.
L'armée deſtinée à agir en Siléfie , fous les
ordres du Baron de Laudon , continue de ſe raffembler
en Moravie. Ce Général eft préfentement
à Groff- Herlitz . .
On célébra , le 14 de Mars , dans cette Cour ,
L'anniverfaire de la naiffance de l'Archiduc Joféph
, qui eft entré dans fa vingtiéme année. On
travaille aux préparatifs de fon Mariage avec
l'Infante , Princeffe de Parme.
Le Feld Maréchal , Baron de Marshall , n'eft
point mort , comme on l'avoit publié . Il eft arrivé
dans cette Ville , où il a été bien reçu de leurs
Majeftés Impériales , & l'Empereur lui a conféré
le titre de Comte du Saint-Empire.
Entre autres priviléges accordés à l'Ordre de
Marie-Thérefe, auquel leurs Majeftés Impériales
AVRIL. 1760 . 209
viennent de mettre la derniere main , la Croix
de cet Ordre donnera la Nobleffe héréditaire ,
avec le titre de Baron.
Le Maréchal de Daun , a toujours fon quartier
général à Pyrna. Il a pourvû a la fureté de Drefde
, par de nouvelles difpofitions . Le Général
Baron de Beck , conferve toujours fa pofition audelà
de l'Elbe . Il a environ feize mille hommes
fous les ordres.
L'armée deſtinée à agir en Siléfie , fous les
ordres du Baron de Laudon , continue de ſe raffembler
en Moravie. Ce Général eft préfentement
à Groff- Herlitz . .
On célébra , le 14 de Mars , dans cette Cour ,
L'anniverfaire de la naiffance de l'Archiduc Joféph
, qui eft entré dans fa vingtiéme année. On
travaille aux préparatifs de fon Mariage avec
l'Infante , Princeffe de Parme.
Le Feld Maréchal , Baron de Marshall , n'eft
point mort , comme on l'avoit publié . Il eft arrivé
dans cette Ville , où il a été bien reçu de leurs
Majeftés Impériales , & l'Empereur lui a conféré
le titre de Comte du Saint-Empire.
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Résumé : DE VIENNE, le 10 Mars.
Le 10 mars 1760, à Vienne, l'Ordre de Marie-Thérèse a reçu plusieurs privilèges, dont la Croix conférant la noblesse héréditaire avec le titre de Baron. Le Maréchal de Daun a établi son quartier général à Pyrna et renforcé les défenses de Dresde. Le Général Baron de Beck, avec environ seize mille hommes, maintient sa position au-delà de l'Elbe. L'armée destinée à agir en Silésie, sous les ordres du Baron de Laudon, se rassemble en Moravie, où ce général se trouve à Gross-Herlitz. Le 14 mars, l'anniversaire des vingt ans de l'Archiduc Joseph a été célébré à la cour, et les préparatifs pour son mariage avec l'Infante de Parme sont en cours. Le Feld Maréchal Baron de Marshall, contrairement aux rumeurs, est arrivé à Vienne et a été bien accueilli par leurs Majestés Impériales. L'Empereur lui a conféré le titre de Comte du Saint-Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 183
DE MADRID, le 25 Janvier 1763.
Début :
Le Roi vient de confirmer en faveur du Comte Don Casimir Pignatelli, [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Lieutenant général, Armée, Majesté très chrétienne, Titre, Nomination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 25 Janvier 1763.
De Madrid , le 25 Janvier 1763.
Le Roi vient de confirmer en faveur du Comte
Don Cafimir Pignatelli , Lieutenant- Général des
Armées de Sa Majesté Très- Chrétienne , le titre
de Grand d'Espagne , attaché à la maifon d'Egmont.
Sa Majesté a relevé pour toujours ce titre
du droit de Lanfas , & de demi- annate.
Le Roi vient de confirmer en faveur du Comte
Don Cafimir Pignatelli , Lieutenant- Général des
Armées de Sa Majesté Très- Chrétienne , le titre
de Grand d'Espagne , attaché à la maifon d'Egmont.
Sa Majesté a relevé pour toujours ce titre
du droit de Lanfas , & de demi- annate.
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10
p. 190-191
DÉCLARATION faite par l'ordre exprès de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies.
Début :
Le titre d'Impérial que Pierre le Grand, de glorieuse mémoire, a pris, ou plutôt [...]
Mots clefs :
Titre, Majesté impériale, Successeur, Souverains, Russie, Monarchie, Couronne, Déclaration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCLARATION faite par l'ordre exprès de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies.
DECLARATION faite par l'ordre exprès de Sa
Majefté Impériale de toutes les Ruffies.
»Le titre d'Impérial que Pierre le Grand , de
glorieuſe mémoire , a pris , ou plutôt renou
» vellé pour lui & pour fes fuccefleurs , appar¬
פ כ
tient depuis longtemps tant aux Souverains
» qu'à la Couronne & à la Monarchie de toutes
» les Ruffies. Sa Majefté Impériale regarde com-
« me contraire à la folidité de ce principe tout re-
» nouvellement des reverfales qu'on avoit don
» nées fucceffivement à chaque Puiffance lorf
» qu'elle reconnut ce titre. En conséquence ,
Sa
» Majefté vient d'ordonner à ſon Miniſtre de faire
» une déclaration générale que le titre d'Impérial,
» étant par fa nature même une fois attaché à la
» Couronne & à la Monarchie de Ruffie , & per
pétué depuis longues années & fucceffions , ni
Elle ni fes fuccefleurs à perpétuité ne pour
«<< ront plus renouveller lefdites reverfales , & en
>> core moins entretenir quelque correſpondan-
>> ce avec les Puiffances qui refuferont de reconnoî
>>tre le titre Impérial dans les perſonnes des
AVRIL. 1763. 191
"
Souverains de toutes les Ruffies , ainfi que dans
>> leur Couronne & leur Monarchie : & pour que
>>cette déclaration termine à jamais toutes les dif-
» ficultés dans une matiére qui ne doit en com-
» porter aucune , S. M. en fe conformant à la dé
> claration de l'Empéreur Pierre le Grand , dé-
» clare que le titre d'Impérial n'apportera au-
» cun changement au cérémonial ufité entre les
Cours , lequel reftera toujours fur le même
» pied.
Fait à Mofcou , ce 21 Novembre 1762.
Signé , WORONZow.
B. A. GALLITZIN.
Le Baron de Breteuil ayant envoyé ici cette dé
claration , Sa Majefté a ordonné qu'on y fît une
réponſe propre à conftater irrévocablement le cérémonial
entre les deux Cours , & à prévenir en
même temps les difficultés qui pourroit s'élever
dans la fuite , au préjudice de la bonne intelligen
-ce qu'Elle défire de perpétuer entre elles .
Majefté Impériale de toutes les Ruffies.
»Le titre d'Impérial que Pierre le Grand , de
glorieuſe mémoire , a pris , ou plutôt renou
» vellé pour lui & pour fes fuccefleurs , appar¬
פ כ
tient depuis longtemps tant aux Souverains
» qu'à la Couronne & à la Monarchie de toutes
» les Ruffies. Sa Majefté Impériale regarde com-
« me contraire à la folidité de ce principe tout re-
» nouvellement des reverfales qu'on avoit don
» nées fucceffivement à chaque Puiffance lorf
» qu'elle reconnut ce titre. En conséquence ,
Sa
» Majefté vient d'ordonner à ſon Miniſtre de faire
» une déclaration générale que le titre d'Impérial,
» étant par fa nature même une fois attaché à la
» Couronne & à la Monarchie de Ruffie , & per
pétué depuis longues années & fucceffions , ni
Elle ni fes fuccefleurs à perpétuité ne pour
«<< ront plus renouveller lefdites reverfales , & en
>> core moins entretenir quelque correſpondan-
>> ce avec les Puiffances qui refuferont de reconnoî
>>tre le titre Impérial dans les perſonnes des
AVRIL. 1763. 191
"
Souverains de toutes les Ruffies , ainfi que dans
>> leur Couronne & leur Monarchie : & pour que
>>cette déclaration termine à jamais toutes les dif-
» ficultés dans une matiére qui ne doit en com-
» porter aucune , S. M. en fe conformant à la dé
> claration de l'Empéreur Pierre le Grand , dé-
» clare que le titre d'Impérial n'apportera au-
» cun changement au cérémonial ufité entre les
Cours , lequel reftera toujours fur le même
» pied.
Fait à Mofcou , ce 21 Novembre 1762.
Signé , WORONZow.
B. A. GALLITZIN.
Le Baron de Breteuil ayant envoyé ici cette dé
claration , Sa Majefté a ordonné qu'on y fît une
réponſe propre à conftater irrévocablement le cérémonial
entre les deux Cours , & à prévenir en
même temps les difficultés qui pourroit s'élever
dans la fuite , au préjudice de la bonne intelligen
-ce qu'Elle défire de perpétuer entre elles .
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Résumé : DÉCLARATION faite par l'ordre exprès de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies.
La déclaration, ordonnée par Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, affirme que le titre d'Impérial, adopté par Pierre le Grand, est intrinsèquement lié à la Couronne et à la Monarchie russe. Ce titre a été reconnu par les souverains successifs et est considéré comme essentiel à la solidité du principe monarchique. Sa Majesté Impériale a ordonné à son ministre de déclarer que ce titre, une fois attaché à la Couronne, ne nécessitera plus de renouvellement de reconnaissance par les autres puissances. La déclaration précise que le titre d'Impérial n'apportera aucun changement au cérémonial entre les cours, qui restera inchangé. Cette déclaration vise à éviter toute difficulté future et à confirmer le cérémonial entre les cours russes et françaises. Elle a été signée à Moscou le 21 novembre 1762 par Woronzow et B. A. Gallitzin. Le Baron de Breteuil a transmis cette déclaration, et Sa Majesté a ordonné une réponse pour confirmer irrévocablement le cérémonial et prévenir les difficultés futures.
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11
p. 207-210
LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Début :
Monsieur, Une personne de ma connoissance que je ne puis vous nommer [...]
Mots clefs :
Éducation, Livres, Paroisse, Bienfaisance, Dons, Écoliers, Titre, Prix, Récompenses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
LETTRE intéreſſante pour les bons
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
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Résumé : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Une lettre décrit une initiative philanthropique dans une campagne éloignée. Une personne anonyme, ayant reçu une éducation modeste, souhaite encourager les élèves méritants en leur offrant des prix. Elle décide de financer quatre prix annuels pour l'école de son village. Ces prix sont destinés aux élèves les plus performants dans chaque catégorie. La donatrice assure le financement de cette initiative jusqu'à sa mort et même au-delà. Cette initiative a déjà été imitée par d'autres personnes pieuses et respectables. Les prix visent à encourager des qualités telles que le respect, l'honnêteté et la douceur. Les livres offerts incluent des œuvres comme 'Télémaque', des abréviés de la Bible et des manuels éducatifs. Les prix sont attribués en présence de la communauté lors d'une cérémonie religieuse, et les parents sont encouragés à soutenir leurs enfants dans cette démarche. Les livres peuvent être obtenus chez un libraire nommé Ma Herillant, situé rue Saint Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 6-9
HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
Début :
UNE coutume assez ordinaire aux Orateurs du Barreau, c'est de faire l'éloge de [...]
Mots clefs :
Cicéron, Poète Archias, Mérite, Poète, Titre, Maître
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
HISTOIRE du Discours prononcépar
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
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