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1
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
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Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
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2
p. 163-169
A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Début :
Vous avez esté si satisfaite de divers Ouvrages galans que / Iris, sortez de vostre Cage. [...]
Mots clefs :
Iris, Dieu, Sagesse, Repos, Péril, Aventure, Hommage, Ennemis, Amants, Appas
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Vous avez efté fi fatisfaite
de divers Ouvrages galans
que je vous ay envoyez, de
M' Vignier de Richelieu ,,
que je croirois vous priver
d'un grand plaifir , fi je négligeois
de vous faire part
des Vers qu'il a fairs pour
une tres - aimable Demoilelle,
qu'il preffe de fortir d'une
Maifon qui menace rüine ,
O ij
164 MERCURE
& où il croit
qu'elle ne peutdemeurer
fans un peril évident
. Voicy ce qu'il luy écrit.
$2: 5$52525:
5225555
A
MADEMOISELLE
D'ORVILLE .
I
STANCE S.
Ris , fortez de voftre Cage,
Ne
demeurez plus dans un Lien,
Oufans
l'affiftance de Dieu,
Vous estes tous lesjours prefte à plier
bagage.
Sa
f
Voyez quelle est vostre conduite,
De voir les Rats quitter leurs trous
Et n'ofer demeurer chés vous ,
GALANT. 165
Et de ne vouloir pas profiter de leur
fuite.
SS
Encor fi vouspechiez en âge,
Vous auricz un peu moins de tort
Maiscen'estpas estrefort fage,
Que d'estrè belle &jeune , & d'avancerfa
mort..
SS
Connoiffant le perilfi proche,
Pouvez- vous dormir en repos,
Et penfiz- vous que vostre des
Soitpour vous garantir, ou de bronze,
oa de roche?
S&
Confiderant cette avanture,
Tout le monde fera d'accort,
Que vous avezun efprit fort,
Mais que vous n'avezpas la cervelle
affez dure.
166 MERCURE
$2
Des Vertus vous estes l'exemple,
Maispour dire la verité,
On ne peutfans temerité,
Vous aller rendre hommage en vostre
frelle Temple.
Sa
Voulez- vous eftre l'homicide
De vous mefme & de vos amis,
Ou fi c'est à vos Ennemis ,
Que vous dreffez ce piége enfaisant
L'Intrépide?
SS
C'eft une chofe pitoyable ,
Qu'ilfautpour vous voirfeurement,
Se confeffer dévotement,
Et fe mettre en état de n'aller pas au-
Diable.
S2
Il eft auffi fort néceſſaire,
GALANT. 167
Qu'étant de touspechez abſous,
Ceux qui veulent aller chez vous,.
Pourfaire Teftament appellent icur
Notaire.
$2
Tel cft charmé de vos æillades ,
Qui craintfort voftre bebergemět,
Et quiferoitfon logement,
Plutoft fur un Rampart au feu des
Moufquetades.
S&
Si vous y restezparfineſſe,
Et pour éprouver un Amant,
Une vifite d'un moment,
Vous marquerafans doute un grand
fonds de tendreffe .
S&
Ah, quelle nouvelle fatale,
Si quelqu'unme difoit dans peu,
Iris fans manquer àſon væu,
Vient d'eftre enfevelie ainſi qu'une
Veftale!
168 MERCURE
Se
Cette beauté qu'on idolâtre,
Ge teint de Rofes & de Lys,
Pourroient- ils dans un tel débris
Conferver leur éclat fous des monscaux
de plâtre?
$ 2
Non , dans un étatfifunefte,
On ne vous reconnoistreitpar
Et de tant de charmans appas
Eft- ce là , direit- on , est- ce là ce qui
refte?
22
Maistouché de vostre merite,
Et tout penetré de douleur,
Suivant le panchant de mon coeur,
l'irais vous retrouverfur les bords du
. Cocyte.
$2
Devoftre mort& de la mienne,
Arreſtez
GALANT. 169
Arreftez le coup mal- heureux ;
Iris , quelque tard qu'elle vierne,
Cefera trop toftpour nous deux.
VIGNIER.
de divers Ouvrages galans
que je vous ay envoyez, de
M' Vignier de Richelieu ,,
que je croirois vous priver
d'un grand plaifir , fi je négligeois
de vous faire part
des Vers qu'il a fairs pour
une tres - aimable Demoilelle,
qu'il preffe de fortir d'une
Maifon qui menace rüine ,
O ij
164 MERCURE
& où il croit
qu'elle ne peutdemeurer
fans un peril évident
. Voicy ce qu'il luy écrit.
$2: 5$52525:
5225555
A
MADEMOISELLE
D'ORVILLE .
I
STANCE S.
Ris , fortez de voftre Cage,
Ne
demeurez plus dans un Lien,
Oufans
l'affiftance de Dieu,
Vous estes tous lesjours prefte à plier
bagage.
Sa
f
Voyez quelle est vostre conduite,
De voir les Rats quitter leurs trous
Et n'ofer demeurer chés vous ,
GALANT. 165
Et de ne vouloir pas profiter de leur
fuite.
SS
Encor fi vouspechiez en âge,
Vous auricz un peu moins de tort
Maiscen'estpas estrefort fage,
Que d'estrè belle &jeune , & d'avancerfa
mort..
SS
Connoiffant le perilfi proche,
Pouvez- vous dormir en repos,
Et penfiz- vous que vostre des
Soitpour vous garantir, ou de bronze,
oa de roche?
S&
Confiderant cette avanture,
Tout le monde fera d'accort,
Que vous avezun efprit fort,
Mais que vous n'avezpas la cervelle
affez dure.
166 MERCURE
$2
Des Vertus vous estes l'exemple,
Maispour dire la verité,
On ne peutfans temerité,
Vous aller rendre hommage en vostre
frelle Temple.
Sa
Voulez- vous eftre l'homicide
De vous mefme & de vos amis,
Ou fi c'est à vos Ennemis ,
Que vous dreffez ce piége enfaisant
L'Intrépide?
SS
C'eft une chofe pitoyable ,
Qu'ilfautpour vous voirfeurement,
Se confeffer dévotement,
Et fe mettre en état de n'aller pas au-
Diable.
S2
Il eft auffi fort néceſſaire,
GALANT. 167
Qu'étant de touspechez abſous,
Ceux qui veulent aller chez vous,.
Pourfaire Teftament appellent icur
Notaire.
$2
Tel cft charmé de vos æillades ,
Qui craintfort voftre bebergemět,
Et quiferoitfon logement,
Plutoft fur un Rampart au feu des
Moufquetades.
S&
Si vous y restezparfineſſe,
Et pour éprouver un Amant,
Une vifite d'un moment,
Vous marquerafans doute un grand
fonds de tendreffe .
S&
Ah, quelle nouvelle fatale,
Si quelqu'unme difoit dans peu,
Iris fans manquer àſon væu,
Vient d'eftre enfevelie ainſi qu'une
Veftale!
168 MERCURE
Se
Cette beauté qu'on idolâtre,
Ge teint de Rofes & de Lys,
Pourroient- ils dans un tel débris
Conferver leur éclat fous des monscaux
de plâtre?
$ 2
Non , dans un étatfifunefte,
On ne vous reconnoistreitpar
Et de tant de charmans appas
Eft- ce là , direit- on , est- ce là ce qui
refte?
22
Maistouché de vostre merite,
Et tout penetré de douleur,
Suivant le panchant de mon coeur,
l'irais vous retrouverfur les bords du
. Cocyte.
$2
Devoftre mort& de la mienne,
Arreſtez
GALANT. 169
Arreftez le coup mal- heureux ;
Iris , quelque tard qu'elle vierne,
Cefera trop toftpour nous deux.
VIGNIER.
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Résumé : A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
La lettre adressée à la demoiselle d'Orville transmet des vers écrits par M. Vignier de Richelieu. Ces vers mettent en garde contre les dangers de rester dans une maison en ruine. Le poète utilise des métaphores, telles que les rats quittant leurs trous, pour illustrer le péril imminent. Il insiste sur le fait que, malgré sa jeunesse et sa beauté, la demoiselle doit prendre conscience du risque et agir rapidement. Même ses vertus ne justifient pas qu'elle demeure dans un tel endroit dangereux. Le poète exprime sa crainte qu'un accident ne survienne, causant des blessures ou pire. Il supplie la demoiselle d'éviter ce sort funeste, soulignant que sa mort serait une tragédie pour lui et pour elle.
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3
p. 287-296
IDYLLE SUR LA PAIX.
Début :
Je vous envoye les Vers qui y furent chantez, ils sont / Un plein repos favorise vos voeux, [...]
Mots clefs :
Paix, Repos, Voeux, Délices, Désirs, Terreur, Jardins, Enfers, Ennemis, Roi victorieux, Esprit, Héros, Foudre, Destinée
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texteReconnaissance textuelle : IDYLLE SUR LA PAIX.
Je vous
envoye lesVers qui y furent
chantez , ils font de M. Racine
Tréforier de France, de
288 MERCURE
l'Académie Françoiſe. Ileft
connu par un fi grand nombre
de beaux Ouvrages , que
fon nom fait fon Eloge.
IDYLLE
SUR LA PAIX.
N plein repos favorife vos
UN
voeux
Peuples , chantez la Paix qui nous
rend tous beurcux.
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
ca
Charmante Paix , délices de la Terre,
Fille
GALANT. 289
Fille du Ciel, & mere des Plaiſirs,
Tu reviens combler nos defirs,
Tu bannis la Terreur , & les triftes
Soupirs
Malheureux enfans de la Guerre.
*3
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
03
Tarends le Fils àfa tremblăte Mere.
Par toy la jeune Epoufe fpere
D'eftre long- temps unie à ſon Epoux
aimé.
De ton retour le Laboureur charmé
Ne craint plus deformais , qu'une
main étrangere
Moiffonne avant le temps le champ
qu'il afemértás, a
(nouvelle.
Tu pares nos Jardins d'une grace
3
Fuillet 1685.
Bb
290 MERCURE
Turends le jour plus pur , & la terre
*3 (plus belle.
Un plein repos favorife nos voeux ,
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
Mais quelle main puissante &fecourable
A rappellé du Ciel cette Paix adorable
?
Quel Dieu fenfible aux vaux de
l'Univers
A replongé la Difcorde aux Enfers?
*3
Déja grondoient les borribles tonnerres
Par quifont brifez les rempars.
Déja marchoit devant les étendars
Bellone les cheveux épars ,
Et fe flattoit d'éternifer les guerres
GALANT 291
Que fa fureurSouffloit de toutes
parts.
Divine Paix, appren- nous par quels
charmes
Un calme fi profond fuccede à tant
d'allarmes ?
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux vous a fait ce
loifir.
Ca
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
PA
Ses Ennemis offensez de fa gloire
Vaincus cent fois , & cent fois fupplians,
Bb ij
292 MERCURE
En leurfureur de nouveau s'oublians
Ont ofé dans fes bras irriter la vi-
Etoire.
C
Qu'ont- ils gagné ces Efprits or
gueilleux
Qui menaffoient d'armer la terre entiere
? ST
Ils ont veu de nouveau refferrer leur
*
Luxembourg.
frontiere.
Ils ont veu ce * Roc foureilleux
Deleur orgueil l'efperance derniere,
De nos champs fortunez devenir la
barriere.
**
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
03
Son bras eft craint du couchant à
l'Aurore.
GALANT. 293
La foudre quand il vent tombe aux
Climats gelez ,
Etfur les bords par le Soleil brûlez.
De fon couroux vangeur fur le rivage
More
La terre fume encore.
Malheureux les Ennemis
De ce Prince redoutable !
Heureux les Peuples foumis
Afon empire équitable !
Chantons, Bergers, & nous réjouif
fons.
Qu'il foit le fujet de nos feftes.
Le calme dont nous joüiſſons
N'eft plus fujet aux tempeftes.
Chantons, Bergers , & nous réjouif
fons .
Qu'il foirlefujet de nosfeftes.
Le bonheur dont nous joüions:
Bb iij
294 MERCURE
Le flate autantque toutes fes conque-
(Ates.
De ces lieux l'éclat & les attraits ,
Ces fleurs odorantes ,
Ces eaux bondiffantes ,
Ces ombrages frais ,
Sont des dons de fes mains bienfaifantes.
De ces Lieux l'éclat & les attraits
Sont des fruits de fes bien faits.
RA
Il veut bien quelquefois vifiter nos
bocages.
Nos Iardins ne luy déplaifentpas.
Arbres épais,redoublez vos obrages.
Fleurs , naiffez fous fes pas
RA
O Ciel ! ôfaintes Deftinées !
Qui prenezfoin de fes jours florif
fans ,
Retranchez de nos ans
GALANT. 295
Pour ajoûter à fes années.
**
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'avec luy foit toûjours la Paix
ou la Victoire.
Que le cours de fes ans dure autant
que
le cours
De la Seine & de la Loire.
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'il vive autant que fa gloire.
Ces Vers avoient efté mis
en Mufique par M. de Lully.
Il n'a jamais mieux réüffi
qu'en cette occafion. Les
grands Airs eftoient fi bien
meflez avec les Airs Cham-
Bb iiij
296 MERCURE
peftres , que chacun y trouvoit
dequoy fe fatisfaire felon
fon gouft. Cét Idille fut
chanté par les plus belles
voix de l'Opera .
envoye lesVers qui y furent
chantez , ils font de M. Racine
Tréforier de France, de
288 MERCURE
l'Académie Françoiſe. Ileft
connu par un fi grand nombre
de beaux Ouvrages , que
fon nom fait fon Eloge.
IDYLLE
SUR LA PAIX.
N plein repos favorife vos
UN
voeux
Peuples , chantez la Paix qui nous
rend tous beurcux.
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
ca
Charmante Paix , délices de la Terre,
Fille
GALANT. 289
Fille du Ciel, & mere des Plaiſirs,
Tu reviens combler nos defirs,
Tu bannis la Terreur , & les triftes
Soupirs
Malheureux enfans de la Guerre.
*3
Vn plein repos favorife nos voeux.
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
03
Tarends le Fils àfa tremblăte Mere.
Par toy la jeune Epoufe fpere
D'eftre long- temps unie à ſon Epoux
aimé.
De ton retour le Laboureur charmé
Ne craint plus deformais , qu'une
main étrangere
Moiffonne avant le temps le champ
qu'il afemértás, a
(nouvelle.
Tu pares nos Jardins d'une grace
3
Fuillet 1685.
Bb
290 MERCURE
Turends le jour plus pur , & la terre
*3 (plus belle.
Un plein repos favorife nos voeux ,
Chantons , chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
Mais quelle main puissante &fecourable
A rappellé du Ciel cette Paix adorable
?
Quel Dieu fenfible aux vaux de
l'Univers
A replongé la Difcorde aux Enfers?
*3
Déja grondoient les borribles tonnerres
Par quifont brifez les rempars.
Déja marchoit devant les étendars
Bellone les cheveux épars ,
Et fe flattoit d'éternifer les guerres
GALANT 291
Que fa fureurSouffloit de toutes
parts.
Divine Paix, appren- nous par quels
charmes
Un calme fi profond fuccede à tant
d'allarmes ?
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux vous a fait ce
loifir.
Ca
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Un Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
PA
Ses Ennemis offensez de fa gloire
Vaincus cent fois , & cent fois fupplians,
Bb ij
292 MERCURE
En leurfureur de nouveau s'oublians
Ont ofé dans fes bras irriter la vi-
Etoire.
C
Qu'ont- ils gagné ces Efprits or
gueilleux
Qui menaffoient d'armer la terre entiere
? ST
Ils ont veu de nouveau refferrer leur
*
Luxembourg.
frontiere.
Ils ont veu ce * Roc foureilleux
Deleur orgueil l'efperance derniere,
De nos champs fortunez devenir la
barriere.
**
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaifir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
03
Son bras eft craint du couchant à
l'Aurore.
GALANT. 293
La foudre quand il vent tombe aux
Climats gelez ,
Etfur les bords par le Soleil brûlez.
De fon couroux vangeur fur le rivage
More
La terre fume encore.
Malheureux les Ennemis
De ce Prince redoutable !
Heureux les Peuples foumis
Afon empire équitable !
Chantons, Bergers, & nous réjouif
fons.
Qu'il foit le fujet de nos feftes.
Le calme dont nous joüiſſons
N'eft plus fujet aux tempeftes.
Chantons, Bergers , & nous réjouif
fons .
Qu'il foirlefujet de nosfeftes.
Le bonheur dont nous joüions:
Bb iij
294 MERCURE
Le flate autantque toutes fes conque-
(Ates.
De ces lieux l'éclat & les attraits ,
Ces fleurs odorantes ,
Ces eaux bondiffantes ,
Ces ombrages frais ,
Sont des dons de fes mains bienfaifantes.
De ces Lieux l'éclat & les attraits
Sont des fruits de fes bien faits.
RA
Il veut bien quelquefois vifiter nos
bocages.
Nos Iardins ne luy déplaifentpas.
Arbres épais,redoublez vos obrages.
Fleurs , naiffez fous fes pas
RA
O Ciel ! ôfaintes Deftinées !
Qui prenezfoin de fes jours florif
fans ,
Retranchez de nos ans
GALANT. 295
Pour ajoûter à fes années.
**
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'avec luy foit toûjours la Paix
ou la Victoire.
Que le cours de fes ans dure autant
que
le cours
De la Seine & de la Loire.
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûjours.
Qu'il vive autant que fa gloire.
Ces Vers avoient efté mis
en Mufique par M. de Lully.
Il n'a jamais mieux réüffi
qu'en cette occafion. Les
grands Airs eftoient fi bien
meflez avec les Airs Cham-
Bb iiij
296 MERCURE
peftres , que chacun y trouvoit
dequoy fe fatisfaire felon
fon gouft. Cét Idille fut
chanté par les plus belles
voix de l'Opera .
Fermer
Résumé : IDYLLE SUR LA PAIX.
L'idylle dédiée à Jean Racine célèbre la paix, présentée comme une source de bonheur et de repos pour les peuples. La paix est décrite comme une fille du ciel et mère des plaisirs, chassant la terreur et les soucis engendrés par la guerre. Elle permet aux familles de se réunir et aux agriculteurs de travailler sans crainte. Le texte loue un héros, un roi victorieux, qui a restauré la paix après des conflits. Ce roi est redouté par ses ennemis et aimé par ses sujets, incarnant à la fois la paix et la victoire. L'idylle exprime des vœux pour la longévité et le triomphe perpétuel de ce héros. Les vers ont été mis en musique par Jean-Baptiste Lully et interprétés par les meilleures voix de l'Opéra.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 57-90
Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Début :
Quelques marques d'attachement & de veneration que l'on donne [...]
Mots clefs :
Congrégation, Abbaye, Chancelier, Décès, Étoffe, Ornements, Services, Cérémonies, Inscriptions, Mémoire, Ministre, Vénération, Honneurs, Représentation, Richesses, Magnificence, Repos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Quelques marques d'atta58
MERCURE
chement & de veneration
que l'on donne à ceux qui
font élevez dans un haut
rang, elles ne font pas toû
jours des affurances que l'on
ait pour eux une veritable
eftime ; mais quand on paroift
fenfiblement touché
de leur perte , & qu'on rend
à leur memoiré des honneurs
proportionnez à ceux qu'on
rendroit à leurs perfonnes,
s'ils eftoient vivans , il n'y a
point à douter qu'on n'ait
pour eux dans le coeur ce
qu'on a fouvent fait voir fur
les lévres. Nous en voyons
GALANT. 59-
un exemple dans la mort de
Mile Chancelier, puis qu'au
lieu d'oublier ce grand Miniftre,
ou du moins de ceffer
de luy donner les mefmes
marques de la tendre & ref
pectueufe eftime qu'on avoit
pour luy , chacun s'eſt
efforcé à l'envy de rendre des
honneurs funebres à fa memoire.
Les Religieux Benedictins
de la Congregation de Saint
Maur ont commencé. Sitoſt
qu'il fut mort ,le Pere D.
Benoift Brachet leur General
, ordonna qu'on dift plus
60 MERCURE
dé quinze cens Meſſes , que
les jeunes Religieux fiffent
une Communion , & que
chaque Monaftere de laCongregation
celebraft un Service
folemnel pour le repos
de l'Ame de cet illuftre Dé
funt. Mais afin que leur zele
ne paruft pas feulement dans
le Cloiftre , ils firent un Ser
vice fort magnifique dans
l'Eglife de l'Abbaye de Saint
Germain Defprez , le Samedy
17. du mois paffé , le tout par
les foins du P. D. Claude Bretagne
, Prieur de ce Monaf
tere , & grand Vicaire de M
GALANT 61
l'Archevefque de Paris,
On avoit tendu toute l'Eglife
jufqu'aux naiffances de
la Voute. Le tour du Chour
eftoit garny de grands Ecuffons
entremeflez de Maffes
pofées en fautoir fous un
Mortier d'or rebraffé d'hermines
, & liées d'un Cordon
bleu d'où pendoit la Croix
de l'Ordre du Saint Efprit.
On y avoit ajoûté deux lez
de velours , chargez de upetits
Ecuffous & de Maffes, qui
compofoient tout l'ornement
de la Croifée de l'Eglife
, & des coftez où eftoit
62 MERCURE
la Repreſentation. La Corniche
qui eft autour du San-
Atuaire, & qui regne fur toutes
les Chaires du Choeur, ef
roit garnie d'un grand nom
bre de Chandeliers d'argent
avec des cierges de cire blanche
chargez d'Ecuffons & de
Maffes entremellées, comine
je l'ay déja dit. Le grand Au
tel eftoit orné de dix - huit
Chandeliers
d'argent des
-plus beaux de Paris . Deux
grands Anges d'argentimaf
fif foûtenoient
la Croix de
vermeil doré , & enrichie de
pierreries que feu Madame
GALANT. 63
la Princeffe Palatine a donnée
à cette Abbaye. Outre
cela , comme l'on avoit découvert
le parement d'Autel
qui eft de vermeil doré , on
peut affeurer qu'il feroit fort
difficile de rien trouver de
plus riche & de mieux orné.
Je ne parle point icy de la
difpofition avantageufe de
l'Eglife pour ces fortes de
Ceremonies , parce que je
vous l'ay marquée fort exactement,
en vous entretenant
du Service que ces meſines
Peres firent pour la Reinc il
y a deux ans. Je vous diray
64 MERCURE
feulement qu'on avoit placé
la Reprefentation à vingtcinq
pas de l'Autel du colté
de la Nef.Ceux qui l'ont veuë
l'ont trouvée fort bien prife
dans ſa fimplicité, parce qu’-
ils y ont remarqué beaucoup
d'agrément fans confufion
d'ornemens inutiles . C'eftoit
un Octogone de fix degrez,
fur lequel on avoit élevé une
imaniere de Tombeau couvert
d'un grand Poële de velours
noir bordé d'hermines,
aux Armes du Défunt , & par
deffus un autre drap plus pevtit
broché or & argent à gros
GALANT. 65
fleurons rouges veloutez. La
figure de M le Chancelier
eftoit pofée à genoux fur le
Tombeau. Il eftoit reveftu
d'une Soutane de fatin violet
, & par deffus il avoit fa
Robe de velours auffi violet,
doublée de fatin rouge, avec
le Cordon bleu au col , d'ou
pendoit la Croix de l'Ordre
du Saint Efprit , dont il eftoit
Commandeur. Devant luy
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraflée d'hermines ,
la Couronne & les Maffes
de Vermeil doré , qui font
les marques de fa Dignité ,
Decembre 1685. F
66 MERCURE
le tout pofé fur un Carreau
de velours couvert de crefpe.
Cette attitude d'un Mort
reprefenté comme vivant
fur fon Tombeau , n'eft pas
extraordinaire
, puis qu'elle
fe juftifie par un grand nom
bre de monumens anciens
& nouveaux particuliererement
à Saint Denys , où
les Roys Charles VIII . Louis
XII . François I. & Henry
II. font ainfi à genoux fur
leur Tombeau .
Aux quatre principaux
Angles de l'Octogone , s'éevoie
nt quatre Piramides de
GALANT. 67
5
Marbre blanc fin, avec leurs
Panneaux de Marbre noir
fur leurs piedeftaux de même.
Les Piramides eftoient
rehauffées de Maffes , de Lezards
, & d'Etoiles de Bronze
difpofées fur chaque face
en maniere de Feftons , &
foûtenoient de groffes Gi
randoles fort bien éclairées;
le refte des dégrez de l'Octogone
eftant garny de plus
de fix- vingts Chandeliers
d'argent , dont les cierges
eftoient chargez d'armoiries
& de maffes entremê
lées.
F ip
68 MERCURE
Il y avoit au tour de la
Repreſentation des Cartouches
, dans lesquels on avoit
peint des Deviſes & Emblêmes
fort Spirituelles , compoſées
par un ſçavant Religieux
de la Congregation.
C'eft le mefme qui eft Auteur
d'un Eloge Latin , ou
Profe quarrée à la loüange
de M ' le Chancelier , qu'or
prit foin de diftribuer à tou
tel'Affemblée avant la Ceremonie.
Cét Eloge qui eft
fort long , eft digne de la
curiofité de tous ceux qui
connoiffent la beauté des
GALANT. 69
Ouvrages de cette nature.
Le Maufolée eftoit couvert
d'un riche Dais en maniere
de Lit d'Ange , ayant
un fond de Velours noir
croifé de Moire d'argent.
Le tour eftoit de Moire auf
fi d'argent , bordé de riches.
Campanes recroifées qui ſe
terminoient en Houpes de
foye & d'argent. Quatre
gros Bouquets de plumes
avec leurs aigrettes remplif
foient les quatre coins dur
Dais. Les chutes des Ri
deaux liez par bouillons , avoient
beaucoup d'agré
70 MERCURE
ment , & faifoient un tresbel
effect.
,
Le P. General de la Congregation
, affifté de douze
Officiers tous reveftus de
riches Ornemens officia
folemnellement à la grand-
Meſſe qui fut chantée par
plus de quatre-vingt Religieux
, dont la modeſtie édifia
beaucoup l'Affemblée ,
qui eftoit compofée de plufieurs
perfonnes de la premiere
Qualité. La décoration
de ce Service a efté
conduite par le Pere Barré
Procureur de l'Abbaye , &
GALANT 71
par le celebre M' Benoift ,
fi connu par fon Cercle
Royal . C'eft luy qui avoit
fait le beau Portrait en Cire
de M' le Chancelier , &
qui avoit difpofé la Figure
dans une attitude qu'on a
trouvée fort naturelle . Il у
avoit dix Devifes ou Emblêmes
La I. reprefentoit un Lezard
qui s'étend fur une
muraille , & fe montre tout
entier à un Soleil brillant
de lumiere , avec ces paro
les ,
obb Soli fe totum explicat,
72 MERCURE
Ce qui marque que Lours
LE GRAND eft le feul qui
ait bien connu la Sageffe
des Confeils de feu M le
Chancelier , parce que ce
digne Miniftre ne s'eft jamais
découvert tout entier
qu'à fon Roy.
La II. avoit pour Corps
un Lezard' victorieux au milieu
des Scorpions & des
Araignées , & pour amer,.
Venenato mortifer hofti.
Les Naturaliftes remarquent
que le Lezard eſt ennemy
mortel des Araignées
& des Scorpions qu'il tue de
fom
GALANT. 73
fon feul régard. Le Livre
que Tertullien a écrit contre
les Heretiques , & auquel
il a donné le titre de
Scorpiacum , nous fait entendre
par les Scorpions & les
autres animaux de cette forte,
l'Herefie que Mile Chancelier
a toûjours eu foin de
détruire , autant qu'il a efté
en fon pouvoir.
La III. eftoit un Lezard
pofé devant un Palais Royal,
qui eft en Perſpective , avec
ces mots ,
Inter quatuor fapientior fapien.
tibus, Stellio in ædibus Regis,
G Decembre. 1685-
74 MERCURE
Cette penſée est tirée de
l'Ecriture Sainte au 30. Chapitre
des Proverbes , auffibien
que l'Infcription , qui
s'applique fort avantageufement
à feu Mr le Chance .
lier
principalement lors
qu'il eftoit Secretaire d'Etat .
La IV. eft un Lezard paſ
fant un torrent fur une épée,
avec cette Infcription ,
Faufta fert omina Regi.
Ceux qui fçavent noftre
Hiftoire fe fouviendront des
fervices importans
› que
feu Mle Tellier a rendus
au Roy , dans les temps les
plus fâcheux.
GALANT. 75
La V. marquoit un Ciel
rout remply d'Etoiles , entre
lefquelles on en voyoit briller
trois de la premiere gran.
deur , avec ces paroles ,
3. Solatia noctis.
Pour faire voir combien
l'on a tiré de fecours de la
grande fidelité & conftance
de Mle Chancelier ,
dans le temps de la Minorité
& des Troubles .
La VI. reprefentoit le
Signe de la Balance, dans le
Zodiaque, environné d'Etoiles
fous un Soleil , avec cette
Inſcription.
Gij
76 MERCURE
Hoc aquiffimus Orbi.
Lorfque le Soleil eft au
Signe de la Balance , il eſt
fur l'Equateur. , & partage
également les jours & les
nuits à tout le monde. Il eft
aifé de voir que l'on a voulu
marquer par là , que la
Juftice n'a jamais efté mieux
adminiftrée
que
gne de Louis LE GRAND ,
& par un plus digne Miniftre
que M le Tellier.
›
fous le Re-
La VII. faifoit voir un
Pain de cire rompu en deux
fur une table , qui portoit
d'un cofté deux ChandeGALANT.
77
liers d'Autel avec leurs Cierges
, & de l'autre cofté des
Lettres feellées du grand
Sceau de Sa Majeſté . Le Tapis
eftoit miparty , femé de
Lezards & d'Etoiles , le tout
aux Emaux des Armes de
' Mr le Tellier
>
avec ces paroles
tirées de l'Evangile du
jour ,
Qua funt Cafaris , Cafari ;
qua Dei Deo.
Ce raport fort ingenieux
'des Lettres feellées avec les
Lezards , qui font pour la
Terre , & des Chandeliers
avec les Etoiles qui font
G iij
78 MERCURE
pour le Ciel , fait voir par
une application tres - heu
reufe , toute la conduite de
ce grand Miniftre qui a toû
jours pris pour le principal.
motif de fes actions Dien &
le Roy
.
La VIII. eftoit encore tirée
de l'Ecriture Sainte . On
y voyoit trois Etoiles qui
Iançoient comme des rayons
foudroyans vers la Terre
avec cette Infcription prife
dans le Chapitre 5. desJuges,
Manentes in ordine fuo pugnaverunt.
On a voulu exprimer par
GALANT. 79
là , que quoy que M le
Chancelier fuft un homme
de Robe , il n'a pas laiffé
d'avoir part aux Victoires
remportées fur nos Ennemis
, non feulement par le:
foin qu'il a eu des Arméescomme
Intendant , & comme
Secretaire d'Etat pour la
Guerre ; mais auffi par les
grandes lumieres qu'il a données
dans le Confeil.
La IX. reprefentoit un Trépié
à la facon de ceux des
Oracles anciens . Il eftoit for
mé de trois Lezards d'argent
qui foûtenoient chacun une
G iiij.
80 MERCURE
Etoile d'or avec ces mots ,
Hoc nofter meliora Oracula
Phoebus.
On avoit depeint dans la
X. cette main miraculeufe
qui condamne l'Impie & le
Sacrilegue Balthafar , en é
crivant fur la muraille ces
paroles terribles , MANE
THECEL... qui n'eftoient
pas achevées , pour donner
à connoiftre qu'elles ne faifoient
pas l'Infcription principale
qu'on a marquée par
ces mots ,
Impia damnat.
Cette peinture reprefenGALANT.
81
te la derniere action de la
Vie de M le Chancelier ,
qui n'a pû finir par une
expedition plus heureuſe ,
qu'en fignant la Revocation
de l'Edit de Nantes , & la
Condamnation de l'Herefiè ,
quiavoit prophané nos San-
Quaires & nos Vafes facrez
, par les Impietez & les
Sacrileges qu'elle a commis
par tout ce Royaume.
Les Recolets de la Ville
de Luxembourg ont fait un
pareil Service, avec toute la
magnificence qui peut entrer
dans une fi lugubre Ce82
MERCURE
remonie .. M ' le Marquis de
Lambert , Gouverneur de
cette Place , y aſſiſta avec
tous les Officiers de la Garnifon.
Meffieurs du Confeil &
du Magiftrat s'y trouverent
auffi en corps , & toutes les
Perfonnes
qualifiées de la
Ville , fuivirent
l'exemple
qu'ils donnerent de leur zèle..
On a rendu ce meſme devoir
à la
memoire de ce digne
Chef de la Juftice dans l'Abaye
de S. Arnoult de Mets.
On y
chantá la Meſſe en
Mufique , & le Service fut
fait par les foins de Meffieurs
S
1
GALANT. 83:
"
les Secretaires du Roy.
On en a auffi fait un à Cha--
ftel - Cenfey en Nivernois
auffi bien qu'à Perpignan
, où
nouvelle de cette mort ne
fut pas plûtoft portée , que
M' le Prefident
Trobat , Intendant
en Rouffillon
, donna
des marques
de l'attachement
qu'il a toujours eu pour
la Maiſon de Mile Tellier. Il
fit dire un tres- grand nom-.
bre de Meffes dans toutes
les Eglifes de la Ville ,
l'on éleva par fon ordre un
fuperbe Maufolée
au milieu
&
du Choeur de Noftre - Dame:
84 MERCURE
de la Real. Il eftoit en Pyramide,
& de figure quarrée, &
avoit quatre toifes de hau
teur fur feize de fuperficie.
Deux rangs de flambeaux de
cire blanche eftoient fur chacun
des quatre degrez de ce
Maufolée , qui diminuoient
en Pyramide jufqu'au fommet
, où l'on avoit étendu un
grand tapis , & mis un carreau
de velours noir , fur lequel
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraffé d'hermines ,
avec les deux grandes Maf
fes paffées en fautoir , & les
grands Seaux du Royaume.
GALANT. S
le
Cette trifte Ceremonie fe fit
15. du mois paffé. Toutes
les perfonnes de qualité de la
Ville de Perpignan, & les Of
ficiers de la Garniſon ſe rendirent
dans l'Eglife Collegiale
& Abbatiale de Noftre-
Dame , où M' l'Abbé de la
Real , Frere de Mr le Prefident
Trobat, fit l'Office avec
toute la folemnité poffible. Il
celebra la Meffe en habits
Pontificaux , croffé & mitré ,
& elle fut chantée en Mufique.
Les Capucins fe font diftinguez
dans ces meſmes de86
MERCURE
voirs de pieté rendus à feu M²
le Chancelier, dans leurConvent
de la rue Saint Honoré,
& dans tous les autres de cet
Ordre, aufquelsle Pere Charles
François de Paris, Vicaire
de ce Convent , Frere de M
le Chevalier , Commiffaire
apointé à la conduite du Regiment
des Gardes , écrivit
une Lettre Circulaire. Aprés
leur avoir marqué que lePere
Provincial fouhaitoit que
dans toutes leurs Communautez
on fift pour ce grand
Miniftre les mefmes chofes
qu'on avoit accouftumé de
GALANT. 87
Ves
pratiquer à la mort de chaque
Religieux de l'Ordre , il
ajoufte ce qui fuit . Les importans
fervices que ce digne
Chancelier
a rendus à l'Eglife
à l'Etat, fa tres- haute pieté, l'extréme
bonté qu'il avoit pour
Pauvres , fa douceur & fa modeftie
prefque inimitable dans l'éclatante
elevation que fon feul
merite luy avoit procuré , le zele
la fidelité inviolable qu'il
avoit pour les interefts & la
gloire de noftre augufte Monar
que , enfin l'approbation generale
qu'il s'eftoit acquife par ſa pro-
"fonde érudition , fon experience
88 MERCURE
confommée dans les affaires , &
fes autres admirables quilitez
ayant engagé tout le monde àfai
re des Prieres publiques pour le
repos de fon ame ; nousyfommes
d'autant plus obligez , que pendant
toute fa vie , il a eu pour
noftre Ordre une estime & une
affection finguliere , & qu'il eftoit
le Protecteur& le Syndicgeneral
de tousles Capucins de France
. Ce n'eftoit pas fans raifon
, Madame , que ce grand
Homme eftimoit fi fort les
Capucins , puifque l'avantage
que l'Egliſe tire de leur
zele , les rend dignes de la
GALANT. 89
veneration que tout le mon
de à pour eux . Ils ne laiffent .
échaper aucune occafion
d'en donner des marques ,
qu'ils ne l'embraffent avec
beaucoup de ferveur, & prefentement
ils ont plus de ni
le de leurs Religieux en
ployez aux Converſions des
Religionnaires.
2
२
Le 3. de ce mois , il y cua
auffi un Service tres -folemnel
pour feu M' le Chancelier
, dans l'Eglife des Carmes
des Billettes . Les Chevaliers
de Noftre - Dame du
Montcarmel & de Saint La-
Decembre 1685. H.
90 MERCURE
zare qui le faifoient faire , y
affifterent en corps au nombre
de plus de cent. L'éclat
& la magnificence y parurent
, mais d'une maniere trifte
, qui faifoit connoiſtre
combien tout le monde ef
toit fenfible à la perte que la
France a faite en la perfonne
de cet illuftre Miniftre .
MERCURE
chement & de veneration
que l'on donne à ceux qui
font élevez dans un haut
rang, elles ne font pas toû
jours des affurances que l'on
ait pour eux une veritable
eftime ; mais quand on paroift
fenfiblement touché
de leur perte , & qu'on rend
à leur memoiré des honneurs
proportionnez à ceux qu'on
rendroit à leurs perfonnes,
s'ils eftoient vivans , il n'y a
point à douter qu'on n'ait
pour eux dans le coeur ce
qu'on a fouvent fait voir fur
les lévres. Nous en voyons
GALANT. 59-
un exemple dans la mort de
Mile Chancelier, puis qu'au
lieu d'oublier ce grand Miniftre,
ou du moins de ceffer
de luy donner les mefmes
marques de la tendre & ref
pectueufe eftime qu'on avoit
pour luy , chacun s'eſt
efforcé à l'envy de rendre des
honneurs funebres à fa memoire.
Les Religieux Benedictins
de la Congregation de Saint
Maur ont commencé. Sitoſt
qu'il fut mort ,le Pere D.
Benoift Brachet leur General
, ordonna qu'on dift plus
60 MERCURE
dé quinze cens Meſſes , que
les jeunes Religieux fiffent
une Communion , & que
chaque Monaftere de laCongregation
celebraft un Service
folemnel pour le repos
de l'Ame de cet illuftre Dé
funt. Mais afin que leur zele
ne paruft pas feulement dans
le Cloiftre , ils firent un Ser
vice fort magnifique dans
l'Eglife de l'Abbaye de Saint
Germain Defprez , le Samedy
17. du mois paffé , le tout par
les foins du P. D. Claude Bretagne
, Prieur de ce Monaf
tere , & grand Vicaire de M
GALANT 61
l'Archevefque de Paris,
On avoit tendu toute l'Eglife
jufqu'aux naiffances de
la Voute. Le tour du Chour
eftoit garny de grands Ecuffons
entremeflez de Maffes
pofées en fautoir fous un
Mortier d'or rebraffé d'hermines
, & liées d'un Cordon
bleu d'où pendoit la Croix
de l'Ordre du Saint Efprit.
On y avoit ajoûté deux lez
de velours , chargez de upetits
Ecuffous & de Maffes, qui
compofoient tout l'ornement
de la Croifée de l'Eglife
, & des coftez où eftoit
62 MERCURE
la Repreſentation. La Corniche
qui eft autour du San-
Atuaire, & qui regne fur toutes
les Chaires du Choeur, ef
roit garnie d'un grand nom
bre de Chandeliers d'argent
avec des cierges de cire blanche
chargez d'Ecuffons & de
Maffes entremellées, comine
je l'ay déja dit. Le grand Au
tel eftoit orné de dix - huit
Chandeliers
d'argent des
-plus beaux de Paris . Deux
grands Anges d'argentimaf
fif foûtenoient
la Croix de
vermeil doré , & enrichie de
pierreries que feu Madame
GALANT. 63
la Princeffe Palatine a donnée
à cette Abbaye. Outre
cela , comme l'on avoit découvert
le parement d'Autel
qui eft de vermeil doré , on
peut affeurer qu'il feroit fort
difficile de rien trouver de
plus riche & de mieux orné.
Je ne parle point icy de la
difpofition avantageufe de
l'Eglife pour ces fortes de
Ceremonies , parce que je
vous l'ay marquée fort exactement,
en vous entretenant
du Service que ces meſines
Peres firent pour la Reinc il
y a deux ans. Je vous diray
64 MERCURE
feulement qu'on avoit placé
la Reprefentation à vingtcinq
pas de l'Autel du colté
de la Nef.Ceux qui l'ont veuë
l'ont trouvée fort bien prife
dans ſa fimplicité, parce qu’-
ils y ont remarqué beaucoup
d'agrément fans confufion
d'ornemens inutiles . C'eftoit
un Octogone de fix degrez,
fur lequel on avoit élevé une
imaniere de Tombeau couvert
d'un grand Poële de velours
noir bordé d'hermines,
aux Armes du Défunt , & par
deffus un autre drap plus pevtit
broché or & argent à gros
GALANT. 65
fleurons rouges veloutez. La
figure de M le Chancelier
eftoit pofée à genoux fur le
Tombeau. Il eftoit reveftu
d'une Soutane de fatin violet
, & par deffus il avoit fa
Robe de velours auffi violet,
doublée de fatin rouge, avec
le Cordon bleu au col , d'ou
pendoit la Croix de l'Ordre
du Saint Efprit , dont il eftoit
Commandeur. Devant luy
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraflée d'hermines ,
la Couronne & les Maffes
de Vermeil doré , qui font
les marques de fa Dignité ,
Decembre 1685. F
66 MERCURE
le tout pofé fur un Carreau
de velours couvert de crefpe.
Cette attitude d'un Mort
reprefenté comme vivant
fur fon Tombeau , n'eft pas
extraordinaire
, puis qu'elle
fe juftifie par un grand nom
bre de monumens anciens
& nouveaux particuliererement
à Saint Denys , où
les Roys Charles VIII . Louis
XII . François I. & Henry
II. font ainfi à genoux fur
leur Tombeau .
Aux quatre principaux
Angles de l'Octogone , s'éevoie
nt quatre Piramides de
GALANT. 67
5
Marbre blanc fin, avec leurs
Panneaux de Marbre noir
fur leurs piedeftaux de même.
Les Piramides eftoient
rehauffées de Maffes , de Lezards
, & d'Etoiles de Bronze
difpofées fur chaque face
en maniere de Feftons , &
foûtenoient de groffes Gi
randoles fort bien éclairées;
le refte des dégrez de l'Octogone
eftant garny de plus
de fix- vingts Chandeliers
d'argent , dont les cierges
eftoient chargez d'armoiries
& de maffes entremê
lées.
F ip
68 MERCURE
Il y avoit au tour de la
Repreſentation des Cartouches
, dans lesquels on avoit
peint des Deviſes & Emblêmes
fort Spirituelles , compoſées
par un ſçavant Religieux
de la Congregation.
C'eft le mefme qui eft Auteur
d'un Eloge Latin , ou
Profe quarrée à la loüange
de M ' le Chancelier , qu'or
prit foin de diftribuer à tou
tel'Affemblée avant la Ceremonie.
Cét Eloge qui eft
fort long , eft digne de la
curiofité de tous ceux qui
connoiffent la beauté des
GALANT. 69
Ouvrages de cette nature.
Le Maufolée eftoit couvert
d'un riche Dais en maniere
de Lit d'Ange , ayant
un fond de Velours noir
croifé de Moire d'argent.
Le tour eftoit de Moire auf
fi d'argent , bordé de riches.
Campanes recroifées qui ſe
terminoient en Houpes de
foye & d'argent. Quatre
gros Bouquets de plumes
avec leurs aigrettes remplif
foient les quatre coins dur
Dais. Les chutes des Ri
deaux liez par bouillons , avoient
beaucoup d'agré
70 MERCURE
ment , & faifoient un tresbel
effect.
,
Le P. General de la Congregation
, affifté de douze
Officiers tous reveftus de
riches Ornemens officia
folemnellement à la grand-
Meſſe qui fut chantée par
plus de quatre-vingt Religieux
, dont la modeſtie édifia
beaucoup l'Affemblée ,
qui eftoit compofée de plufieurs
perfonnes de la premiere
Qualité. La décoration
de ce Service a efté
conduite par le Pere Barré
Procureur de l'Abbaye , &
GALANT 71
par le celebre M' Benoift ,
fi connu par fon Cercle
Royal . C'eft luy qui avoit
fait le beau Portrait en Cire
de M' le Chancelier , &
qui avoit difpofé la Figure
dans une attitude qu'on a
trouvée fort naturelle . Il у
avoit dix Devifes ou Emblêmes
La I. reprefentoit un Lezard
qui s'étend fur une
muraille , & fe montre tout
entier à un Soleil brillant
de lumiere , avec ces paro
les ,
obb Soli fe totum explicat,
72 MERCURE
Ce qui marque que Lours
LE GRAND eft le feul qui
ait bien connu la Sageffe
des Confeils de feu M le
Chancelier , parce que ce
digne Miniftre ne s'eft jamais
découvert tout entier
qu'à fon Roy.
La II. avoit pour Corps
un Lezard' victorieux au milieu
des Scorpions & des
Araignées , & pour amer,.
Venenato mortifer hofti.
Les Naturaliftes remarquent
que le Lezard eſt ennemy
mortel des Araignées
& des Scorpions qu'il tue de
fom
GALANT. 73
fon feul régard. Le Livre
que Tertullien a écrit contre
les Heretiques , & auquel
il a donné le titre de
Scorpiacum , nous fait entendre
par les Scorpions & les
autres animaux de cette forte,
l'Herefie que Mile Chancelier
a toûjours eu foin de
détruire , autant qu'il a efté
en fon pouvoir.
La III. eftoit un Lezard
pofé devant un Palais Royal,
qui eft en Perſpective , avec
ces mots ,
Inter quatuor fapientior fapien.
tibus, Stellio in ædibus Regis,
G Decembre. 1685-
74 MERCURE
Cette penſée est tirée de
l'Ecriture Sainte au 30. Chapitre
des Proverbes , auffibien
que l'Infcription , qui
s'applique fort avantageufement
à feu Mr le Chance .
lier
principalement lors
qu'il eftoit Secretaire d'Etat .
La IV. eft un Lezard paſ
fant un torrent fur une épée,
avec cette Infcription ,
Faufta fert omina Regi.
Ceux qui fçavent noftre
Hiftoire fe fouviendront des
fervices importans
› que
feu Mle Tellier a rendus
au Roy , dans les temps les
plus fâcheux.
GALANT. 75
La V. marquoit un Ciel
rout remply d'Etoiles , entre
lefquelles on en voyoit briller
trois de la premiere gran.
deur , avec ces paroles ,
3. Solatia noctis.
Pour faire voir combien
l'on a tiré de fecours de la
grande fidelité & conftance
de Mle Chancelier ,
dans le temps de la Minorité
& des Troubles .
La VI. reprefentoit le
Signe de la Balance, dans le
Zodiaque, environné d'Etoiles
fous un Soleil , avec cette
Inſcription.
Gij
76 MERCURE
Hoc aquiffimus Orbi.
Lorfque le Soleil eft au
Signe de la Balance , il eſt
fur l'Equateur. , & partage
également les jours & les
nuits à tout le monde. Il eft
aifé de voir que l'on a voulu
marquer par là , que la
Juftice n'a jamais efté mieux
adminiftrée
que
gne de Louis LE GRAND ,
& par un plus digne Miniftre
que M le Tellier.
›
fous le Re-
La VII. faifoit voir un
Pain de cire rompu en deux
fur une table , qui portoit
d'un cofté deux ChandeGALANT.
77
liers d'Autel avec leurs Cierges
, & de l'autre cofté des
Lettres feellées du grand
Sceau de Sa Majeſté . Le Tapis
eftoit miparty , femé de
Lezards & d'Etoiles , le tout
aux Emaux des Armes de
' Mr le Tellier
>
avec ces paroles
tirées de l'Evangile du
jour ,
Qua funt Cafaris , Cafari ;
qua Dei Deo.
Ce raport fort ingenieux
'des Lettres feellées avec les
Lezards , qui font pour la
Terre , & des Chandeliers
avec les Etoiles qui font
G iij
78 MERCURE
pour le Ciel , fait voir par
une application tres - heu
reufe , toute la conduite de
ce grand Miniftre qui a toû
jours pris pour le principal.
motif de fes actions Dien &
le Roy
.
La VIII. eftoit encore tirée
de l'Ecriture Sainte . On
y voyoit trois Etoiles qui
Iançoient comme des rayons
foudroyans vers la Terre
avec cette Infcription prife
dans le Chapitre 5. desJuges,
Manentes in ordine fuo pugnaverunt.
On a voulu exprimer par
GALANT. 79
là , que quoy que M le
Chancelier fuft un homme
de Robe , il n'a pas laiffé
d'avoir part aux Victoires
remportées fur nos Ennemis
, non feulement par le:
foin qu'il a eu des Arméescomme
Intendant , & comme
Secretaire d'Etat pour la
Guerre ; mais auffi par les
grandes lumieres qu'il a données
dans le Confeil.
La IX. reprefentoit un Trépié
à la facon de ceux des
Oracles anciens . Il eftoit for
mé de trois Lezards d'argent
qui foûtenoient chacun une
G iiij.
80 MERCURE
Etoile d'or avec ces mots ,
Hoc nofter meliora Oracula
Phoebus.
On avoit depeint dans la
X. cette main miraculeufe
qui condamne l'Impie & le
Sacrilegue Balthafar , en é
crivant fur la muraille ces
paroles terribles , MANE
THECEL... qui n'eftoient
pas achevées , pour donner
à connoiftre qu'elles ne faifoient
pas l'Infcription principale
qu'on a marquée par
ces mots ,
Impia damnat.
Cette peinture reprefenGALANT.
81
te la derniere action de la
Vie de M le Chancelier ,
qui n'a pû finir par une
expedition plus heureuſe ,
qu'en fignant la Revocation
de l'Edit de Nantes , & la
Condamnation de l'Herefiè ,
quiavoit prophané nos San-
Quaires & nos Vafes facrez
, par les Impietez & les
Sacrileges qu'elle a commis
par tout ce Royaume.
Les Recolets de la Ville
de Luxembourg ont fait un
pareil Service, avec toute la
magnificence qui peut entrer
dans une fi lugubre Ce82
MERCURE
remonie .. M ' le Marquis de
Lambert , Gouverneur de
cette Place , y aſſiſta avec
tous les Officiers de la Garnifon.
Meffieurs du Confeil &
du Magiftrat s'y trouverent
auffi en corps , & toutes les
Perfonnes
qualifiées de la
Ville , fuivirent
l'exemple
qu'ils donnerent de leur zèle..
On a rendu ce meſme devoir
à la
memoire de ce digne
Chef de la Juftice dans l'Abaye
de S. Arnoult de Mets.
On y
chantá la Meſſe en
Mufique , & le Service fut
fait par les foins de Meffieurs
S
1
GALANT. 83:
"
les Secretaires du Roy.
On en a auffi fait un à Cha--
ftel - Cenfey en Nivernois
auffi bien qu'à Perpignan
, où
nouvelle de cette mort ne
fut pas plûtoft portée , que
M' le Prefident
Trobat , Intendant
en Rouffillon
, donna
des marques
de l'attachement
qu'il a toujours eu pour
la Maiſon de Mile Tellier. Il
fit dire un tres- grand nom-.
bre de Meffes dans toutes
les Eglifes de la Ville ,
l'on éleva par fon ordre un
fuperbe Maufolée
au milieu
&
du Choeur de Noftre - Dame:
84 MERCURE
de la Real. Il eftoit en Pyramide,
& de figure quarrée, &
avoit quatre toifes de hau
teur fur feize de fuperficie.
Deux rangs de flambeaux de
cire blanche eftoient fur chacun
des quatre degrez de ce
Maufolée , qui diminuoient
en Pyramide jufqu'au fommet
, où l'on avoit étendu un
grand tapis , & mis un carreau
de velours noir , fur lequel
eftoit le Mortier de toile
d'or rebraffé d'hermines ,
avec les deux grandes Maf
fes paffées en fautoir , & les
grands Seaux du Royaume.
GALANT. S
le
Cette trifte Ceremonie fe fit
15. du mois paffé. Toutes
les perfonnes de qualité de la
Ville de Perpignan, & les Of
ficiers de la Garniſon ſe rendirent
dans l'Eglife Collegiale
& Abbatiale de Noftre-
Dame , où M' l'Abbé de la
Real , Frere de Mr le Prefident
Trobat, fit l'Office avec
toute la folemnité poffible. Il
celebra la Meffe en habits
Pontificaux , croffé & mitré ,
& elle fut chantée en Mufique.
Les Capucins fe font diftinguez
dans ces meſmes de86
MERCURE
voirs de pieté rendus à feu M²
le Chancelier, dans leurConvent
de la rue Saint Honoré,
& dans tous les autres de cet
Ordre, aufquelsle Pere Charles
François de Paris, Vicaire
de ce Convent , Frere de M
le Chevalier , Commiffaire
apointé à la conduite du Regiment
des Gardes , écrivit
une Lettre Circulaire. Aprés
leur avoir marqué que lePere
Provincial fouhaitoit que
dans toutes leurs Communautez
on fift pour ce grand
Miniftre les mefmes chofes
qu'on avoit accouftumé de
GALANT. 87
Ves
pratiquer à la mort de chaque
Religieux de l'Ordre , il
ajoufte ce qui fuit . Les importans
fervices que ce digne
Chancelier
a rendus à l'Eglife
à l'Etat, fa tres- haute pieté, l'extréme
bonté qu'il avoit pour
Pauvres , fa douceur & fa modeftie
prefque inimitable dans l'éclatante
elevation que fon feul
merite luy avoit procuré , le zele
la fidelité inviolable qu'il
avoit pour les interefts & la
gloire de noftre augufte Monar
que , enfin l'approbation generale
qu'il s'eftoit acquife par ſa pro-
"fonde érudition , fon experience
88 MERCURE
confommée dans les affaires , &
fes autres admirables quilitez
ayant engagé tout le monde àfai
re des Prieres publiques pour le
repos de fon ame ; nousyfommes
d'autant plus obligez , que pendant
toute fa vie , il a eu pour
noftre Ordre une estime & une
affection finguliere , & qu'il eftoit
le Protecteur& le Syndicgeneral
de tousles Capucins de France
. Ce n'eftoit pas fans raifon
, Madame , que ce grand
Homme eftimoit fi fort les
Capucins , puifque l'avantage
que l'Egliſe tire de leur
zele , les rend dignes de la
GALANT. 89
veneration que tout le mon
de à pour eux . Ils ne laiffent .
échaper aucune occafion
d'en donner des marques ,
qu'ils ne l'embraffent avec
beaucoup de ferveur, & prefentement
ils ont plus de ni
le de leurs Religieux en
ployez aux Converſions des
Religionnaires.
2
२
Le 3. de ce mois , il y cua
auffi un Service tres -folemnel
pour feu M' le Chancelier
, dans l'Eglife des Carmes
des Billettes . Les Chevaliers
de Noftre - Dame du
Montcarmel & de Saint La-
Decembre 1685. H.
90 MERCURE
zare qui le faifoient faire , y
affifterent en corps au nombre
de plus de cent. L'éclat
& la magnificence y parurent
, mais d'une maniere trifte
, qui faifoit connoiſtre
combien tout le monde ef
toit fenfible à la perte que la
France a faite en la perfonne
de cet illuftre Miniftre .
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Résumé : Services faits pour feu Mr le Chancelier en plusieurs Communautez de Paris, & en plusieurs Villes du Royaume, avec la Description de quelques Mausolées, & la Lettre Circulaire des Capucins, sur le mesme sujet, où l'ont voit l'Eloge de ce Ministre. [titre d'après la table]
Le texte décrit les hommages rendus à la mémoire d'un chancelier décédé, identifié comme étant probablement Michel Le Tellier. Les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur ont organisé diverses cérémonies en son honneur, incluant 1500 messes, des communions pour les jeunes religieux, et des services solennels dans plusieurs monastères. Un service particulièrement somptueux a été célébré à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dirigé par le Père Claude Bretagne. Cet événement était marqué par des décorations riches et une représentation du chancelier entourée de symboles de sa dignité. Les Récollets de Luxembourg ont également organisé une cérémonie funéraire, présidée par le Père Général. Cette cérémonie mettait en avant des emblèmes représentant la vie et les réalisations du chancelier, tels que sa sagesse, sa lutte contre l'hérésie, et son soutien au roi. Parmi les participants notables figuraient le Marquis de Lambert. D'autres villes et institutions ont également rendu hommage au chancelier, notamment l'abbaye de Saint-Arnoul de Metz, Château-Chenonceau, et Perpignan. Les Capucins et les Carmes ont également honoré le défunt par des prières et des services, soulignant ses mérites et son soutien aux ordres religieux. Ces hommages reflètent l'importance et le respect accordés au chancelier par diverses communautés religieuses et institutions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1-14
POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Est-ce une Loi du Ciel vangeur de nos forfaits, [...]
Mots clefs :
Ciel, Coeur, Innocence, Repos, Paix, Homme
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texteReconnaissance textuelle : POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
POEME
SUR LA GRACE,
A MONSEIGNEUlt
LE DAUPHIN.
JEsc-ce
une Loi du Ciel
vangeur de nos forfaits,
Que l'Homme ignore ici
le repos& la paix?
Miierable joüet de son
desordre extrême,
Contre luichaque jour il
s'irrite lui-même:
S'il combat son penchant,
quels penibles efforts:
S'il ose lui ceder, quels
effrayans remors :
A ces maux condamne
même avant que de
naître,
Il commence à souffrir dés
qu'il peut se connoître.
Faut-il que malgrélui,
coupable infortuné,
Il expie envivant le crime
d'être ne !
Helas! lorsqu'il le perd
dans les routes du vice,
Tremblant il sent qu'il
marche au bord du
précipice
Pour rassurer son coeur,
n'at-il point de secours?
0 raifàn) de les maux
viens terminer le cours.
Mais quoi! loin de cal-
-
mer la frayeur qui le
trouble,
Son desespoir s'aigrit, ôc
sa crainte redouble,
Lorsqu'à ses tristes yeux
que tu viens éclairer,
Tu montres des périls
qu'ilvoudrait ignorer.
Ainsi quand sur les Mers
où fondentlesnuages,
Luttentcontre les Eaux
les Vents & les Orages,
Que les flotsà grand bruit
s'élancent dans les Airs,
Et du poids de leurchûte
ébranlent les Enfers;
Si dans le Ciel obscur,ou
toutfuit à sa vue,
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nuë;
Ce feu, qui fend la nuit
sur les ilôts en fureur,
Eclairant lepéril,en augmente
l'horreur.
Quoi ? tel que ce Nocher
1 qui voisin du naufrage,
Aprés de vains efforts s'a-
I bandonne à l'orage,
Faut-il que l'Homme foi-
", ble,& las de resiller
S'abandonne , aux périls
1 qu'il ne peut éviter
Grand DIEu) pour son
salut ta main eH: toûjours
prête ; Tu fais trouver le calme
au sein de la tempête :
Heureux, qui de Toi seul
attend tout son secours!
L'innocence & la paix accompagnent
ses jours.
Exempt des soins cruels
dont l'impie efl: la
proye,
Rien ne sçauroit tarir la
fouirce de sa joye;
Son cæur ne forme point
d'inutiles desirs,
Et jamais le remords ne
corrompt ses plaisirs.
Un reste du penchantqui
l'attache à la Terre,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre:
Mais sans chercher ici des
jours pleins & conrens)
Comme un point insensi.
ble il regarde le tems.
Assuré du repos que son
exil differe)
Son coeur jouit déja du
bonheur qu'il espere)
Et loinde fuir l'instant
qui doit finir ses jours,
De l'avenir trop lent ses
voeux hâtent le cours.
Douce & charmante paix
qu'inspirel'innocence,
Des travaux les plus longs
trop chere recompense)
A l'Hommeimpatient
coûtez-vous tant d'efforts?
Peut-il à vos douceurs
préferer ses remords?
Mais de moncoeur 3dit-iî^
je ne fuis point le
maître:
Dans ce. coeur corrompu
la Vertu ne peut naître:
C'est un champ inutile en
son aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidités -
Vaine excuse ! attend tout
de ce champ si sterile ;
Le Ciel y verse encor une
grâce fertile.
Lorsquun Soleil ardent a
brûlé les côteaux,
A séché les moissons) a
fait tarir les eaux;
Si dans l'aride foisde la
Terre embrasée,
Le Ciel répand sur elle
une rendre rosée,
On voit en même remps,
ou tout (embloit
mourir,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure,
Et partout dans les châps
renaître la Nature.
Ainsi se répandant sur un
coeur desseché
9J
La Grâceéteint les feux
qu'y porta le peché:
Et dans ce champfécond
sa divine influence
Fait germer les Vertus de
fleurir l'innocence.
Par cet heureux lecours
qu'il accorde aux
Humains,
Mortel, le Ciel a mis ton'
Salut dans tes mains.
Mais,ô funesteeffet d'une
indigne moleffe!
En vain pour ton bonheur
la bonté l'interesse
:
A ta foiblesse en vain il
prête ion appui;
Quand il fait tout pour
toi, tu ne fais rien
pour lui.
Que servent les remors de
ton Ameinfidelle?
Rien ne sçauroitfléchir
ta volonté rebelle.
Si par la vérité confondu
quelquefois,
Tu rentres dans la route
où t'appelle sa voix,
La
, quoique détrompé
du monde&de sa
gloire,
L'objet quit'a réduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir austere
6e l'amour des plaiurs
Ton coeur flotte incertain
de ses propres
desirs.
Facile à ton penchant,
fidele à la Justice,
Tu voudroisallier l'innocence
& le vice,
Et toûjours parragé dans.
tes voeux impuissans,
Contenter à la fois ta raison
& tes sens.
Vainement, aveuglé par
l'erreur qui t'abuse,
Tu crois sur ta foiblesse
appuyer ton exeuse.
Tu sens tes passions, qui
t'entraînent toujours;
Maisce sens-tu forcé de
ceder à leur cours?
Quel que soit le pouvoir
d'une pente si forte,
Resiste, ôc tu vaincras l-e
penchant qui t'emporte.
Au sein des passions,
l'Homme voluptueux
Est un nageur que porte
un fleuveimpetueux:
S'il oppose au courant sa
force lX,[on courage,
Malgré l'effort des eaux,
il abordeau rivage;
A ses bras languissanss'il
permet le repos,
Ilcède au cours de ronde,
entraîné par les flots.
En saveur de mon Z(.le excuse
mon auiace,
PRlNCEs* tesjeux
ma plume ose peindre
la Grace.
Heureux ! si, tetraçant Jes
mouvement Jivers-,
Tels qu'ils sont dans ton
- coeurytu les Jem dans
mes Vers.
SUR LA GRACE,
A MONSEIGNEUlt
LE DAUPHIN.
JEsc-ce
une Loi du Ciel
vangeur de nos forfaits,
Que l'Homme ignore ici
le repos& la paix?
Miierable joüet de son
desordre extrême,
Contre luichaque jour il
s'irrite lui-même:
S'il combat son penchant,
quels penibles efforts:
S'il ose lui ceder, quels
effrayans remors :
A ces maux condamne
même avant que de
naître,
Il commence à souffrir dés
qu'il peut se connoître.
Faut-il que malgrélui,
coupable infortuné,
Il expie envivant le crime
d'être ne !
Helas! lorsqu'il le perd
dans les routes du vice,
Tremblant il sent qu'il
marche au bord du
précipice
Pour rassurer son coeur,
n'at-il point de secours?
0 raifàn) de les maux
viens terminer le cours.
Mais quoi! loin de cal-
-
mer la frayeur qui le
trouble,
Son desespoir s'aigrit, ôc
sa crainte redouble,
Lorsqu'à ses tristes yeux
que tu viens éclairer,
Tu montres des périls
qu'ilvoudrait ignorer.
Ainsi quand sur les Mers
où fondentlesnuages,
Luttentcontre les Eaux
les Vents & les Orages,
Que les flotsà grand bruit
s'élancent dans les Airs,
Et du poids de leurchûte
ébranlent les Enfers;
Si dans le Ciel obscur,ou
toutfuit à sa vue,
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nuë;
Ce feu, qui fend la nuit
sur les ilôts en fureur,
Eclairant lepéril,en augmente
l'horreur.
Quoi ? tel que ce Nocher
1 qui voisin du naufrage,
Aprés de vains efforts s'a-
I bandonne à l'orage,
Faut-il que l'Homme foi-
", ble,& las de resiller
S'abandonne , aux périls
1 qu'il ne peut éviter
Grand DIEu) pour son
salut ta main eH: toûjours
prête ; Tu fais trouver le calme
au sein de la tempête :
Heureux, qui de Toi seul
attend tout son secours!
L'innocence & la paix accompagnent
ses jours.
Exempt des soins cruels
dont l'impie efl: la
proye,
Rien ne sçauroit tarir la
fouirce de sa joye;
Son cæur ne forme point
d'inutiles desirs,
Et jamais le remords ne
corrompt ses plaisirs.
Un reste du penchantqui
l'attache à la Terre,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre:
Mais sans chercher ici des
jours pleins & conrens)
Comme un point insensi.
ble il regarde le tems.
Assuré du repos que son
exil differe)
Son coeur jouit déja du
bonheur qu'il espere)
Et loinde fuir l'instant
qui doit finir ses jours,
De l'avenir trop lent ses
voeux hâtent le cours.
Douce & charmante paix
qu'inspirel'innocence,
Des travaux les plus longs
trop chere recompense)
A l'Hommeimpatient
coûtez-vous tant d'efforts?
Peut-il à vos douceurs
préferer ses remords?
Mais de moncoeur 3dit-iî^
je ne fuis point le
maître:
Dans ce. coeur corrompu
la Vertu ne peut naître:
C'est un champ inutile en
son aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidités -
Vaine excuse ! attend tout
de ce champ si sterile ;
Le Ciel y verse encor une
grâce fertile.
Lorsquun Soleil ardent a
brûlé les côteaux,
A séché les moissons) a
fait tarir les eaux;
Si dans l'aride foisde la
Terre embrasée,
Le Ciel répand sur elle
une rendre rosée,
On voit en même remps,
ou tout (embloit
mourir,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure,
Et partout dans les châps
renaître la Nature.
Ainsi se répandant sur un
coeur desseché
9J
La Grâceéteint les feux
qu'y porta le peché:
Et dans ce champfécond
sa divine influence
Fait germer les Vertus de
fleurir l'innocence.
Par cet heureux lecours
qu'il accorde aux
Humains,
Mortel, le Ciel a mis ton'
Salut dans tes mains.
Mais,ô funesteeffet d'une
indigne moleffe!
En vain pour ton bonheur
la bonté l'interesse
:
A ta foiblesse en vain il
prête ion appui;
Quand il fait tout pour
toi, tu ne fais rien
pour lui.
Que servent les remors de
ton Ameinfidelle?
Rien ne sçauroitfléchir
ta volonté rebelle.
Si par la vérité confondu
quelquefois,
Tu rentres dans la route
où t'appelle sa voix,
La
, quoique détrompé
du monde&de sa
gloire,
L'objet quit'a réduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir austere
6e l'amour des plaiurs
Ton coeur flotte incertain
de ses propres
desirs.
Facile à ton penchant,
fidele à la Justice,
Tu voudroisallier l'innocence
& le vice,
Et toûjours parragé dans.
tes voeux impuissans,
Contenter à la fois ta raison
& tes sens.
Vainement, aveuglé par
l'erreur qui t'abuse,
Tu crois sur ta foiblesse
appuyer ton exeuse.
Tu sens tes passions, qui
t'entraînent toujours;
Maisce sens-tu forcé de
ceder à leur cours?
Quel que soit le pouvoir
d'une pente si forte,
Resiste, ôc tu vaincras l-e
penchant qui t'emporte.
Au sein des passions,
l'Homme voluptueux
Est un nageur que porte
un fleuveimpetueux:
S'il oppose au courant sa
force lX,[on courage,
Malgré l'effort des eaux,
il abordeau rivage;
A ses bras languissanss'il
permet le repos,
Ilcède au cours de ronde,
entraîné par les flots.
En saveur de mon Z(.le excuse
mon auiace,
PRlNCEs* tesjeux
ma plume ose peindre
la Grace.
Heureux ! si, tetraçant Jes
mouvement Jivers-,
Tels qu'ils sont dans ton
- coeurytu les Jem dans
mes Vers.
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Résumé : POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le poème 'Sur la Grâce' est destiné au Dauphin et traite de la condition humaine marquée par le désordre et la souffrance. L'homme y est décrit comme un être tourmenté, oscillant entre la lutte contre ses penchants et les remords qui suivent la capitulation. Dès la naissance, il est condamné à souffrir, conscient de ses fautes. Le poème met en avant la grâce divine comme unique recours pour apaiser les maux humains. Dieu est présenté comme celui qui peut apporter le calme au milieu des tempêtes de la vie. L'innocence et la paix accompagnent ceux qui placent leur espoir en Dieu, exempts des tourments qui accablent les impies. Cependant, le cœur humain, corrompu par la cupidité, semble incapable de générer la vertu par lui-même. La grâce divine peut néanmoins transformer même les cœurs les plus arides, faisant fleurir les vertus et l'innocence. Le poème conclut en exhortant l'homme à résister à ses passions et à chercher la grâce divine pour son salut, malgré la faiblesse et l'incertitude humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 145-168
VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
Début :
J'ay attendu longtemps ce mois cy quelque nouvelle / Grand & fameux neveu de ces illustres Rois, [...]
Mots clefs :
Horace, Poésie, Livre d'Horace, Malheur, Temps, Eaux, Repos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
J'ay attendu longtemps ce
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie , mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
preſent. Lindifference des
Auteurs m'a determiné à parcourir
tous mes papiers poury
chercher quelque choſe qui
pût faire plaifir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une verſion
paraphrafée de la 29.
Ode du troifiéme Livre d'Horace
qui n'a jamais été imprimée
, je l'ay lûë & examinéc
avec beaucoup d'attention .Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
Septembre 1714. N
146 MERCURE
petite choſe prés , en ont
trouvé la Poësie , & les penſéesbelles.
Leur temoignage
m'adeterminé à la donner , &
je ſuis perfuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
:
GALANT 147
VERSION
C
paraphrafée de la 29. Ode
du 3. Livre d'Horace addreſſée
à Mecenas , qui
commence par Tyrrhena
Regum progenies , .
Grand&fameux neven
de ces illuftres Rois ,
Qu'autrefois la Toscane a
reconnu pour maiſtres ,
Noble &digne heritier de
ces nobles ancestres ,
Nij
148 MERCURE
Dont un peuple puiſſant a
reveré les loix ,
Quitte pour aujourd'huy
ces éclatantes marques
Et cet appareilglorieux ,
Qui fait bien connoiſtre à
:
nosyeux ,
Que tu fors du fang des
Monarques ,
Et vienssçavoir par mon
moyen
و
Jusqu'on vont les plaiſirs
d'un ſimple Citoyen.
CecharmantTrooly dont
۱
GALANT . 149
les fuperbes eaux
ой
Baignent de flots d'argent
cent baſſins de Porphyre ;
Ces jardinssomptueuх ,
l'oeil furpris admire
D'an art entreprenant
prodiges nouveaux ,
Cispalais enchantez , ces
pompeux édifices
les
Ont aßezoccupé tesſens :
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delices:
Tu n'es pas plus grand
qu'Apollon ,
1
Niij
ISO MERCURE
Qui fait bien cet honneur
àmonhumble vallon.
Tu trouveras mon vin
fur mon buffet placé ,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée ,
Quepourtoyſeulement mes
Joins ont refervée ,
Et que j'ay fait garder
dans un autre glacé:
Tu verras fur mon linge
une moiſſon deroſes ,
Et tu trouveras ,ſi tu veux,
Pourl'usage de tes cheveux
GALANT. 151
De bien plus excellentes
chofes ;
Carj'ay de ces parfumsfi
A
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diverſitéqui ſoutient
le plaiſir ;
Le trop de bonne chere en
fait perdre l'envie ,
D'un dégoust infaillible elle
eft toûjours ſuivie,
Et l'excés du bien mêmeen
ofte le defir. ما
N iiij
152 MERCURE
Sans or & fans azur ;
fans pourpre &Sans
peinture
Un repas ferviproprement
Dans un licu qui n'a d'ornement
,
Que des beautez de la
nature ,
•Sçait bien mieux charmer
lesSoucis ,
Que ces pompeux feſtins ,
८ ou les Rois font affis.
Quitte doncpour ceſoir le
tumulte & le bruit ;
GALANT. 153
Laifle de trop de biens l'abondance
importune ;
Laiſſe dans ton palais ta
gloire&tafortune ;
Etfois abſent de Rome au
moins pour une nuit.
Ceffe de contempler dans
Sagrandeurfublime
Cette Reine de l'univers ,
Qui fur tant de peuples
divers .
Levefon orgueilleuse cime ,
Et qui par ses vastes
projets
Dans tous les Potentats ne
154 MERCURE
voit que desſujets.
ॐ
Déja la canicule élance
fon ardeur ;
Des feux dufier Lion la
force eſt aſſemblée;
Dugrand aftré du jour la
flamme estredoublée ;
Et l'air eft allumé parsa
vive fplendeur.
Le burger entouré de brebis
Languiſſantes ,
Va chercher le ſecours des
eaux ,
Où ces arbres , dont les
GALANT.155
rameaux
Font des ombres rafrai
chiffantes ,
Mais qui dans cet embra-
Sement
Nefont pas agitez, d'un
zephirſeulement.
Elevé cependant au ſupréme
pouvoir ,
Et malgré ce haut rang
étouffé dans la preffe
D'un amas defâcheux qui
t'affiegentfans ceſſe ,
Etqui viennent te rendre
136 MERCURE
un importun devoir ,
Tu trouve le repos indigne
d'un grand homme :
L'Etat occupe tous tes
Joins ;
Ettafantéte touche moins,
Que ne fait l'intereſt de
Rome ,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes revoltez ou
des peuples du Nort.
Mais de grace dy moy ,
quefert d'entretenir
Deces évenemens lacrainGALANT
157
te anticipée ,
Si cette crainte eſt vaine ,
& peut- être trompée,
Puiſque c'est à Dieu feul
desçavoir l'avenir,
Ces fuccés éloignezSous
une nuit obscure ,
Parfa prudence font cachez,
Et lorſqu'il nous voit empêchez
A craindre une perte future
,
Il rit des choses d'icy bas ,
Où tel pleure un malheur
158 MERCURE
qu'il nefentirapas..
ॐ
Gardons bien noftreesprit
de s'échapperſi loin ,
Bornons tous nosfoucis à
lachoſe preſente ,
1
Et croyons que fans fruit
nôtre coeurſe tourmente
Pourunfauxavenir, d'un
veritableſoin ;
Aille comme il pourra , le
temps qui nous doit
fuivre ,
Ces chagrinsſontpour nos
neveux ,
GALANT. 159
Etles maux qui viendront
fur eux ,
Quand nous aurons ceffé
de vivre ,
Enrien neferoient amoindris
Par la compaſſion de nos
coeurs attendris.
ॐ
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos ,
Dormir comme un étang
dans l'enclos defesrives,
Puis tout à coup laſſé de
voirſes eaux captives ,
160 MERCURE
S'élever, s'elargır, &pouffermilleflots:
Ilparoift une mer , &fon
ravage étrange
Entraine troupeaux &
maisons ;
De mêmeenchan De même en changeantfes -
faisons,
Le temps fait qu'un
Se change,
état
Et mêle en ſes divers effets
Le tumulte au repos & la
guerre à la paix.
ॐ
Ce
GALANT. 161
Ce changement de temps
peut troubler nos plaiſirs ;
Mais celuy-là fans doute.
en éprouve un extrême ,
Qui tout autant qu'il peut
Jerenferme enſoy-même ,
Et qui de ce qu'il tient contentefes
defirs.
Le beau temps d'aujourd'huy
comble toutefa
joye ;
Que demain le Ciel foit
changé
Que de noirs nuages chargé
,
Septembre 1714. Ο
162 MERCURE
Il éclate , il tonne , il foudroye
;
Leſage ignore ce malheur ,
Et jusqu'à ce qu'il souffre ,
épargnefa douleur.
Bien moinss'aviſe-t'ilpar
des crisfuperflus
De rappeller àſoy la difgrace
paffée ,
Bien moins occupe-t'ilfon
coeur&Sapensée
Aluy rendre preſents des
maux qui neſont plus ,
Ilfçait qu'un fiecle entier
GALANT. 163
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort ,
Ilſçait que les arrests du.
fort
S'executent malgré nos lar
mes ,
Et que même une Deité
Nepeut pas empêcher qu
un malheur n'ait esté.
Lafortunefeplaît àfrap
per de grands coups
Enſes jeux infolens elle est
opiniâtre ;
O ij
164 MERCURE
Elle estsouvent contraire
àqui plus l'idolâtre ,
Etson visage est traître ,
alors qu'ilfemble doux :
Ellefait de grands dons ,
mais leur peu de durée
Afflige noftre ambition ;
Bienſouvent la poſſeſſion
En eft courie & mal af-
Seurée
Et ce que je tiens desa
main
Un autre le tiendra peuteſtre
dés demain.
ॐ
GALANT. 165
Je nesuis point ingrat des
biens qu'elle m'afaits ;
Je vante ſes faveurs , je
l'en aime , & l'en lovë ,
Sur tout quand àmaporte
ellefixefa roue ,
Etſemble vouloir rire au
gré de mesfouhaits.
Maisfitoft quejeſens qu'
elle ébranle fon aisle ,
Pour voler en d'autres
quartiers ,
Je mediſpoſe volontiers
Aluy rendre ce qui vienm
d'elle
166 MERCURE
Et ne demeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre vertu.
* Quand je ferois privé de
tout autreſoutien ;
Jamais la pauvreté n'étonneroit
mon ame ,
Et je n'y connois rien qui
foit digne de blâme ,
Quand on se peut vanter
qu'on est hommede bien :
Je la tiens preferable aux
richeſſes lointaines,
Qui viennent des bords
GALANT. 167
estrangers ,
Qu'on chercheavec tant de
dangers
Par des routes ſi peu certaines,
Où l'on reclameſiſouvent
L'indulgence desflots&la
faveur du vent.
*
Armezdoncvosfureurs
contre l'air& les eaux ,
Aquilons inhumains, fiers
Auteurs des naufrages,
Vous aurez tout loiſir de
former vos orages ,
168 MERCURE
Avant que d'abimer ny
moy ny mes Vaiffeaux,
Quand je m'embarqueray
fur le fameux Egée
Zephire les careffera ,
Luyfoutmes voiles enflera ,
Ma Barquefera chargée :
Toutfera calme aux environs
,
Et Pollux & Castor tien-
C dront mes avirons.
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie , mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
preſent. Lindifference des
Auteurs m'a determiné à parcourir
tous mes papiers poury
chercher quelque choſe qui
pût faire plaifir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une verſion
paraphrafée de la 29.
Ode du troifiéme Livre d'Horace
qui n'a jamais été imprimée
, je l'ay lûë & examinéc
avec beaucoup d'attention .Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
Septembre 1714. N
146 MERCURE
petite choſe prés , en ont
trouvé la Poësie , & les penſéesbelles.
Leur temoignage
m'adeterminé à la donner , &
je ſuis perfuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
:
GALANT 147
VERSION
C
paraphrafée de la 29. Ode
du 3. Livre d'Horace addreſſée
à Mecenas , qui
commence par Tyrrhena
Regum progenies , .
Grand&fameux neven
de ces illuftres Rois ,
Qu'autrefois la Toscane a
reconnu pour maiſtres ,
Noble &digne heritier de
ces nobles ancestres ,
Nij
148 MERCURE
Dont un peuple puiſſant a
reveré les loix ,
Quitte pour aujourd'huy
ces éclatantes marques
Et cet appareilglorieux ,
Qui fait bien connoiſtre à
:
nosyeux ,
Que tu fors du fang des
Monarques ,
Et vienssçavoir par mon
moyen
و
Jusqu'on vont les plaiſirs
d'un ſimple Citoyen.
CecharmantTrooly dont
۱
GALANT . 149
les fuperbes eaux
ой
Baignent de flots d'argent
cent baſſins de Porphyre ;
Ces jardinssomptueuх ,
l'oeil furpris admire
D'an art entreprenant
prodiges nouveaux ,
Cispalais enchantez , ces
pompeux édifices
les
Ont aßezoccupé tesſens :
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delices:
Tu n'es pas plus grand
qu'Apollon ,
1
Niij
ISO MERCURE
Qui fait bien cet honneur
àmonhumble vallon.
Tu trouveras mon vin
fur mon buffet placé ,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée ,
Quepourtoyſeulement mes
Joins ont refervée ,
Et que j'ay fait garder
dans un autre glacé:
Tu verras fur mon linge
une moiſſon deroſes ,
Et tu trouveras ,ſi tu veux,
Pourl'usage de tes cheveux
GALANT. 151
De bien plus excellentes
chofes ;
Carj'ay de ces parfumsfi
A
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diverſitéqui ſoutient
le plaiſir ;
Le trop de bonne chere en
fait perdre l'envie ,
D'un dégoust infaillible elle
eft toûjours ſuivie,
Et l'excés du bien mêmeen
ofte le defir. ما
N iiij
152 MERCURE
Sans or & fans azur ;
fans pourpre &Sans
peinture
Un repas ferviproprement
Dans un licu qui n'a d'ornement
,
Que des beautez de la
nature ,
•Sçait bien mieux charmer
lesSoucis ,
Que ces pompeux feſtins ,
८ ou les Rois font affis.
Quitte doncpour ceſoir le
tumulte & le bruit ;
GALANT. 153
Laifle de trop de biens l'abondance
importune ;
Laiſſe dans ton palais ta
gloire&tafortune ;
Etfois abſent de Rome au
moins pour une nuit.
Ceffe de contempler dans
Sagrandeurfublime
Cette Reine de l'univers ,
Qui fur tant de peuples
divers .
Levefon orgueilleuse cime ,
Et qui par ses vastes
projets
Dans tous les Potentats ne
154 MERCURE
voit que desſujets.
ॐ
Déja la canicule élance
fon ardeur ;
Des feux dufier Lion la
force eſt aſſemblée;
Dugrand aftré du jour la
flamme estredoublée ;
Et l'air eft allumé parsa
vive fplendeur.
Le burger entouré de brebis
Languiſſantes ,
Va chercher le ſecours des
eaux ,
Où ces arbres , dont les
GALANT.155
rameaux
Font des ombres rafrai
chiffantes ,
Mais qui dans cet embra-
Sement
Nefont pas agitez, d'un
zephirſeulement.
Elevé cependant au ſupréme
pouvoir ,
Et malgré ce haut rang
étouffé dans la preffe
D'un amas defâcheux qui
t'affiegentfans ceſſe ,
Etqui viennent te rendre
136 MERCURE
un importun devoir ,
Tu trouve le repos indigne
d'un grand homme :
L'Etat occupe tous tes
Joins ;
Ettafantéte touche moins,
Que ne fait l'intereſt de
Rome ,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes revoltez ou
des peuples du Nort.
Mais de grace dy moy ,
quefert d'entretenir
Deces évenemens lacrainGALANT
157
te anticipée ,
Si cette crainte eſt vaine ,
& peut- être trompée,
Puiſque c'est à Dieu feul
desçavoir l'avenir,
Ces fuccés éloignezSous
une nuit obscure ,
Parfa prudence font cachez,
Et lorſqu'il nous voit empêchez
A craindre une perte future
,
Il rit des choses d'icy bas ,
Où tel pleure un malheur
158 MERCURE
qu'il nefentirapas..
ॐ
Gardons bien noftreesprit
de s'échapperſi loin ,
Bornons tous nosfoucis à
lachoſe preſente ,
1
Et croyons que fans fruit
nôtre coeurſe tourmente
Pourunfauxavenir, d'un
veritableſoin ;
Aille comme il pourra , le
temps qui nous doit
fuivre ,
Ces chagrinsſontpour nos
neveux ,
GALANT. 159
Etles maux qui viendront
fur eux ,
Quand nous aurons ceffé
de vivre ,
Enrien neferoient amoindris
Par la compaſſion de nos
coeurs attendris.
ॐ
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos ,
Dormir comme un étang
dans l'enclos defesrives,
Puis tout à coup laſſé de
voirſes eaux captives ,
160 MERCURE
S'élever, s'elargır, &pouffermilleflots:
Ilparoift une mer , &fon
ravage étrange
Entraine troupeaux &
maisons ;
De mêmeenchan De même en changeantfes -
faisons,
Le temps fait qu'un
Se change,
état
Et mêle en ſes divers effets
Le tumulte au repos & la
guerre à la paix.
ॐ
Ce
GALANT. 161
Ce changement de temps
peut troubler nos plaiſirs ;
Mais celuy-là fans doute.
en éprouve un extrême ,
Qui tout autant qu'il peut
Jerenferme enſoy-même ,
Et qui de ce qu'il tient contentefes
defirs.
Le beau temps d'aujourd'huy
comble toutefa
joye ;
Que demain le Ciel foit
changé
Que de noirs nuages chargé
,
Septembre 1714. Ο
162 MERCURE
Il éclate , il tonne , il foudroye
;
Leſage ignore ce malheur ,
Et jusqu'à ce qu'il souffre ,
épargnefa douleur.
Bien moinss'aviſe-t'ilpar
des crisfuperflus
De rappeller àſoy la difgrace
paffée ,
Bien moins occupe-t'ilfon
coeur&Sapensée
Aluy rendre preſents des
maux qui neſont plus ,
Ilfçait qu'un fiecle entier
GALANT. 163
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort ,
Ilſçait que les arrests du.
fort
S'executent malgré nos lar
mes ,
Et que même une Deité
Nepeut pas empêcher qu
un malheur n'ait esté.
Lafortunefeplaît àfrap
per de grands coups
Enſes jeux infolens elle est
opiniâtre ;
O ij
164 MERCURE
Elle estsouvent contraire
àqui plus l'idolâtre ,
Etson visage est traître ,
alors qu'ilfemble doux :
Ellefait de grands dons ,
mais leur peu de durée
Afflige noftre ambition ;
Bienſouvent la poſſeſſion
En eft courie & mal af-
Seurée
Et ce que je tiens desa
main
Un autre le tiendra peuteſtre
dés demain.
ॐ
GALANT. 165
Je nesuis point ingrat des
biens qu'elle m'afaits ;
Je vante ſes faveurs , je
l'en aime , & l'en lovë ,
Sur tout quand àmaporte
ellefixefa roue ,
Etſemble vouloir rire au
gré de mesfouhaits.
Maisfitoft quejeſens qu'
elle ébranle fon aisle ,
Pour voler en d'autres
quartiers ,
Je mediſpoſe volontiers
Aluy rendre ce qui vienm
d'elle
166 MERCURE
Et ne demeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre vertu.
* Quand je ferois privé de
tout autreſoutien ;
Jamais la pauvreté n'étonneroit
mon ame ,
Et je n'y connois rien qui
foit digne de blâme ,
Quand on se peut vanter
qu'on est hommede bien :
Je la tiens preferable aux
richeſſes lointaines,
Qui viennent des bords
GALANT. 167
estrangers ,
Qu'on chercheavec tant de
dangers
Par des routes ſi peu certaines,
Où l'on reclameſiſouvent
L'indulgence desflots&la
faveur du vent.
*
Armezdoncvosfureurs
contre l'air& les eaux ,
Aquilons inhumains, fiers
Auteurs des naufrages,
Vous aurez tout loiſir de
former vos orages ,
168 MERCURE
Avant que d'abimer ny
moy ny mes Vaiffeaux,
Quand je m'embarqueray
fur le fameux Egée
Zephire les careffera ,
Luyfoutmes voiles enflera ,
Ma Barquefera chargée :
Toutfera calme aux environs
,
Et Pollux & Castor tien-
C dront mes avirons.
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Résumé : VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
L'auteur découvre une paraphrase de la 29ème Ode du troisième Livre d'Horace dédiée à Mécène et décide de la publier après l'avoir examinée et soumise à des critiques en septembre 1714. Cette ode oppose la vie simple et innocente d'un citoyen aux plaisirs éphémères des monarques, encourageant Mécène à privilégier des joies modestes comme un bon vin et des roses fraîches. Elle met en garde contre l'excès et prône la modération. L'ode aborde également les soucis liés au pouvoir et les dangers menaçant Rome, incitant à profiter du présent sans se préoccuper de l'avenir incertain. La vie est comparée à un fleuve alternant entre repos et tumultes, soulignant que ceux qui savourent le moment présent sont moins affectés par les revers. Le texte réfléchit sur la fortune et la vertu, décrivant la fortune comme capricieuse et imprévisible. L'auteur exprime sa gratitude pour les faveurs de la fortune mais préfère la vertu à la richesse incertaine. Il conclut en invoquant les vents pour protéger ses navires lors de son voyage sur la mer Égée, espérant un trajet calme sous la protection des dieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 105-109
Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
On lui a donné le nom qu'il porte, parce qu'il étoit [...]
Mots clefs :
Mois de novembre, Déesse, Diane, Vacuna, Repos, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
On lui a donné le nom
qu'il porte, parce qu'il étoit
le neuvième mois de l'année
Romaine : il fut con106
MERCURE
ſacré à Diane par les aniq
ciens, qui faisoient au comiol
mencement de ce mois unt
grand feſtin à l'honneur deat
Jupiter.
On croit que les Fêtes
vacunales ſe celebroient
dans ce même mois. Ces
Fêtes étoient conſacrées à
la Déeſſe Vacuna , par
ceux qui ſe repoſoient des
peines & des travaux qui
les avoient occuppez pendant
l'année , & principa
lement par les laboureurs
& par les gens qui travailloient
à la vigne , qui , ag
Y
電
GALANT. 107
1
prés avoir fait leurs moif
ſons & leurs vendanges
prenoient ce temps pour
facrifier à cetre Déefle ,
comme le dit Ovide dans
le ſixiéme des Faſtes.
Nam quoque eum fiunt antique
facra Vacune ,
Ante vacunales ſtantque fedentque
focos.
Lorſqu'on voit les humains
environner leurs feux ,
Pour offrir à Vacune
Leurs voeux & leur fortune,
C'eſt un temps de repos
pour eux.
Horace en parle auſſi
1
108 MERCURE
dans ſa dixiéme Epître
lorſqu'il dit : fen , onio
Hac tibi dictabam poft fanum
putre Касипа
F'étois derriere le Temple
ruiné de la Déeſſe Vacune
lorſque je vous envoyai dire
ces choses.
Cette Déeſſe étoit en
grande veneration chez les
Sabins. Porphyrion parlant
d'elle , dit que quelqus uns
l'ont appellée Minerve
d'autres Diane , d'autres
Céres : mais Varron , dans
fon premier livre des choſes
Divines , la connoît fous
GALANT. 109
le nom de la Déeſſe Victoire
, parce que , dit- il , il
n'eſt point d'hommes qui
goûtent mieux les charmes
du repos , que ceux qui
furmontent les paſſions par
la ſageſſe ,&c.
qu'il porte, parce qu'il étoit
le neuvième mois de l'année
Romaine : il fut con106
MERCURE
ſacré à Diane par les aniq
ciens, qui faisoient au comiol
mencement de ce mois unt
grand feſtin à l'honneur deat
Jupiter.
On croit que les Fêtes
vacunales ſe celebroient
dans ce même mois. Ces
Fêtes étoient conſacrées à
la Déeſſe Vacuna , par
ceux qui ſe repoſoient des
peines & des travaux qui
les avoient occuppez pendant
l'année , & principa
lement par les laboureurs
& par les gens qui travailloient
à la vigne , qui , ag
Y
電
GALANT. 107
1
prés avoir fait leurs moif
ſons & leurs vendanges
prenoient ce temps pour
facrifier à cetre Déefle ,
comme le dit Ovide dans
le ſixiéme des Faſtes.
Nam quoque eum fiunt antique
facra Vacune ,
Ante vacunales ſtantque fedentque
focos.
Lorſqu'on voit les humains
environner leurs feux ,
Pour offrir à Vacune
Leurs voeux & leur fortune,
C'eſt un temps de repos
pour eux.
Horace en parle auſſi
1
108 MERCURE
dans ſa dixiéme Epître
lorſqu'il dit : fen , onio
Hac tibi dictabam poft fanum
putre Касипа
F'étois derriere le Temple
ruiné de la Déeſſe Vacune
lorſque je vous envoyai dire
ces choses.
Cette Déeſſe étoit en
grande veneration chez les
Sabins. Porphyrion parlant
d'elle , dit que quelqus uns
l'ont appellée Minerve
d'autres Diane , d'autres
Céres : mais Varron , dans
fon premier livre des choſes
Divines , la connoît fous
GALANT. 109
le nom de la Déeſſe Victoire
, parce que , dit- il , il
n'eſt point d'hommes qui
goûtent mieux les charmes
du repos , que ceux qui
furmontent les paſſions par
la ſageſſe ,&c.
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Résumé : Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois de septembre tire son nom de sa position initiale en tant que neuvième mois du calendrier romain. Il était consacré à Diane et inaugurait un grand festin en l'honneur de Jupiter. Les fêtes vacunales, dédiées à la déesse Vacuna, avaient lieu en septembre. Ces célébrations impliquaient les laboureurs et les vignerons, qui offraient des sacrifices après les moissons et les vendanges. Ovide et Horace mentionnent ces fêtes dans leurs œuvres respectives. La déesse Vacuna était particulièrement révérée chez les Sabins. Selon Porphyre, elle pouvait être appelée Minerve, Diane ou Cérès. Varron, dans 'Des choses divines', l'associe à la déesse Victoire, soulignant que ceux qui maîtrisent leurs passions par la sagesse savourent le mieux le repos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 24-82
HISTOIRE.
Début :
Ces admirables Heroïnes dont les Romans nous font de si [...]
Mots clefs :
Amour, Madame, Champ, Amant, Ami, Temps, Dames, Concierge, Main, Lettre, Fille, Main, Cheval, Mademoiselle , Rivale, Nuit, Chambre, Père, Famille, Hymen, Paris, Amitié, Honneur, Liberté, Curiosité, Repos, Femme, Mère, Village, Bois
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE
Ces admirables Heroïnes
dont les Romaris nous font
de fi brillants portraits ,étoient
autrefois dans l'uſage commode
de courir le monde dans
des chars, ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux , un
Ecuyer fidele , une aimable
Compagne , ou du moins
unc
GALANT. 25
une Suivante difcrete , les
accompagnoient dans tous les
hazards où les expoſoit à cha
que inſtant leur excellente
beauté. Un monſtre , un bart
bare , ungeant , un lache
raviffeur ,& ſouvent un rival
infortuné , les rencontroient
dans un defilé , au fonds d'une
forêt, au piedd'une montagne,
ou au paſſage d'un fleuve. La
il étoit fans doute queſtion de
faire preuvede valeur. Le ſang
couloit de toutes parts , & la
Princeſſe alloit eſtre la proye
d'un perfide ennemi , ou d'un
tigre affamé , file Ciel n'eût
Octobre 1715 . C
26 MERCURE
H
envoyé l'intrepide Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat changebien de face ,
le monstre eſt ſur le champ
immolé à ſa juſte fureur , l'int
fame raviſſeur a déja mordu
la pouffiere , ou le geant eft
exterminé. Le Heros quitte
à l'inſtant les étriers ,deſcend
precipitamment de cheval ,&
d'un air extafié de labeauté de
la divine perſonne qu'il vient
d'arracher à ſes cruels ennemis,
il va ſe proſterner à ſes pieds ,
&la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il a en ce
jour d'être ſon liberateur.
GALANT. 27
C'eſt aux voeux qu'elle a faits
pour luy , qu'eſt dû l'éclat de
ſa victoire. De son côté la
Dame le felicite,&aprés maint
&maint complimens , il la
mene dans un ſuperbe Palais
qui eſt environ à un mille du
champ de bataille. Là ils ſe
contentpar interpretes les differentes
avantures de leurs
vies , & bientoſt par bricole
tous les liens du ſang & de
l'amitié les uniſſent à jamais.
Ona ,grace au temps qui
détruit tout , &àdes reflexions
fortfages , bien abregé main
tonant toutes ces façons. Au-
Cij
28 MERCURE
jourd'huy les belles coutent
le monde fans tant de ceremo
nies ,&ferencontrent heureufement
ſur les grandes routes ,
comme des Pelerins, En voicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfoſſe
deux Villages fruez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris , un beau jour du mois
d'Aouſtvers les quatre heures
du matin ,une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Part
ſan , au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtue d'un habit de
tafetas rayé , fon juppon étoit
detafetas couleur de rofe, avec
GALANT. 29
un point d'Eſpagne d'argent ,
pourpla coëffureelleavoit une
garniture àdentelles negligée,
elle avoit une jambe chauffée
dunbas de ſoye verte& l'autrehat
telle portoir ſes ſouliersen
pantoufle , & fc promendit
triſtement ſur un tendbergazom
si ab his
Dés que le Paysan l'eût apperceu,
ſa curiofité le conduifit
vers elle hé mon Dicu ! luy
dit-il , Mademoifelle , que faites
vousfichaatin fur cette per
louze ,il y a une demie heure
que je vous examine de loin ,
vous devriez être bientôt laſſe
:
Ciij
30 MERCURE
de vous promener. Il eſt way,
mon amy, luy dit elle ,quiby
adéjalongtenis que jemepro
mene ,& j'ay envie de me pros
mener encore. Je n'aurois pas
pris la liberté de vous parler ,
luyrépondit-il, ſije vous avois
creu habitante de ces lieux .
mais je ſuis de la maiſon de
M. de H** qui eft Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez le Château; une perfon
ne miſe comme vous , ne peut
ici demeurer que chez luy , &
vous n'y demeurez pas. Celá
eſt encore vray, reprit labelle;
mais M. de H ** ne sçauroit
GALANT. 31
trouver mauvais qu'on ſe promene
fur ces terres : paſſez vô
tre chemin ,mon amy , & me
laiſſez en repos. Le Payſan qui
alloit à ſa Ferme quitte ſa route,
au lieu d'aller à ſon travail
&retourne fur fes pas pour
annoncer cette avanture à fon
Village: en chemin il rencon
tre un Garde chaſſe de ſon
Mailtre ,&le mene à l'endroit
où il avoit laiſſé cette belle in
connue. Le Garde-chaffe luy
fait le même compliment que
lePayfanluy avoit fair. En verité
, luy dit elle , les gens de
ee Pais cy ſont étrangement
Ciiij
32 MERCURE
curieux, je me promene ,yous
dis- je & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais , Mademoifelle
reprend l'autre , vous
vous tuez à force de vous promener
; & que vous importe ,
luy ditzelle bruſquement, font
gelà vos affaires ,& n'eſt il pas
permis de chercher de filence
& le repos au mitica d'un
champ, en un mot vous n'a
vez rien à voir à ce que je fais
ici , & votre curiofité eſt une
curioſité extravagante. C'eſt
voſtreinterêt ,luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
queſtions , le Soleil eſt déja
GALANT 35
haut ,jecrains que la chaleus
ne vous ſoit nuiſible ,& vous
me feriez un vray plaifir de
vouloir bien accepter, unaſyle
dans ma maiſon. A la bonne
heure,Monfieur ,luy dit-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
ſe laiſſa conduire au Château
deMorfontaine ,dont le pere
de ce Garde - chaſſe étoit le
Concierge. Il l'introduit dans
une grande chambre , où d'abord,
aprés l'en avoit mis de
hors ,& enavoir ferméla por
te , elle ſe jette ſur un lit , où
elle s'endort tranquillement.
Pendant ſon, ſommeil la
1
3144. MERCURE
Concierge entre , s'approche
dulit fans bruit , & va de prés
examiner les traits de cetre
jeune perſonne. Tant de gra
ces&tant de charmes l'éton
nent ſi agréablement ,qu'elle
attend ſon revcil en l'admi
rant. Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux , vous venez
, lui dit- elle , Mademoiſelle
, de dormir d'un ſommeil
affez doux , n'auriez vous pas
maintenant beſoin de manger.
Ouy , Madame , lui répond
cette aimable inconnue , je
mangeray volontiers , & tour
ce que vous voudrez bien me
د
GALANT. 35
donner me fera plaiſir , parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
fert auffitoſt tout ce qui peut
fatisfaire ſon goût & ſon appetit.
A la fin de ce repas , la
Concierge la queſtionne , que
faiſicz-vous , luy dit-elle, àune
heure auffi induë , dans le
champ où l'on vous a trouvée.
Je me promenois , Madame
lui répond-elle àſon ordinaire.
Mais qui vous astconduit en
ces lieux ? mon étoile. Y connoiſſez
vous quelqu'un ? perfonne.
Etes vous des environs
de ce Village ? non, D'où eres
36 MERCURE
vous dond ? de loin. A qui apa
partenez- vous ? à ma Famille.
Ou demeurent vos parents ?
chez eux. Eſt cela tout ce que
vous me voulez dire ? ouy. La
Concierge rebutée de ces mot
noſyllabes va trouver Madame
de H ** qui faifoit alors
une reprise d'ombre avec des
Dames de les amics qu'elle
avoit invité à venir paffer les
beaux jours à la campagne. La
nouveauté des choses qu'elle
entend la détermine à quitter
fur le champ ſon jeu ,pour at
Her voit l'extraordinaire pet
fonne dont on vient de lu
GALANT. 37
faireun fibizarre recit.Les Dames
avec qui elle étoit , auſſi
curicuſes qu'elle , la ſuivent
auffitoft , & elles entrent enſemble
dans la chambre ou
l'on avoit mis l'inconnuë . La
belle à qui il manquoit un bas ,
& qui s'étoit apparemment attendue
à une pareille viſite
avoit profitéde l'absence de la
Concierge pour ſe mettre entre
deux draps.
Lelit eft aujourd'hui , com
ةيبرعلا
me iill a,je penſe,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
ur fert de cabinet de toilet-
L
ZUST
re, de falle d'audience , de bu
38 MERCURE
reau de nouvelles , comme de
theâtre à la galanterie.Celle-ci
qui n'étoit aſſeurement pas
une bête , s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôlle
qu'on va lui voir repreſenter.
Dés qu'elle vit Madame de
H ** & les Dames qui l'accompagnoient
, elle leur fit
donner des ſieges par les Domeſtiques
qui les avoient fuivies
, elle les pria fort civilement
de s'affeoir , & aprés
C
quelques compliments generaux
, elle adreſſa particulierement
la parole à la Maiſtreſſe
GALANT. 39
de la maison. Madame , luy
dit elle oſcrois-je vous de
mander quel eſt préciſement le
motif de la viſite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit ſans doute des
choſes ſi ſingulieres de moy ,
que vous n'avez pû vous refufer
à la curiofité d'examiner
vous-même l'objet de ces nouveautez.
Heureuſe encore fi
on ne m'a pas fait paſſfer dans
voſtre eſprit pour une folle.
Mon avanture eſt rare , mais
elle eſt naturelle ; & tous les
évenemens que l'amour fait
naître quelque yernisode
40 MERCURE
dereglement qu'ils puiſſent
répandre fut notre conduite ,
font, ſelon moy ,juftificz toûjours
par l'amour. Je croy
Mademoiselle ,luy dit Madamede
H... que dans toutes
les actions de la vie , chacun a
lamême indulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àſe diſculper
d'avance de tout ce qu'on
appellefaute , à Dicune plaiſe
neanmoins que je veüille dire
par-là ,que vous ayez beſoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le mondes'efforce d'autorifer
fa conduite. Nous ne
concevons ,
GALANT. 41
;
concevons ,ny ces Dames , ny
moysaucun prejugé qui vous
foit defavantageux ,& nous
ſommes perfuadées que vôtre
jeuneffe , voſtreeſprit,&voſtre
beauté (quoyque ces avantages
ſojent ſouvent funeſtes à
eclles qui en jouiffent ) ne font
aucuntortàvoſtre ſageſſe. Jo
ne vous parle quede ce que je
voydecharmanten vous ,Mademoiselle,
de grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne foavons pas & que nous
ſouhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire
Octobre 1715 . D
L
42 MERCURE
reprit elle , que foit le détail
des choſes que vous me de
mandez , je n'ay garde de
vous/ refuſer de vous conter
une hiſtoire dont le recit
&voſtre indulgence addouciront
ſans doute mes peines.
Ecoutez moy & foyez per ſuadées
de la veritédetout ce que
vous allez entendrenq novin
J'ay reçu le jour à Dijon , *
mes parents y font diftinguez
dans la robe , ils y poffedent de
grands biens , &mon pere eſt
*Elle les nomma , & leurs noms&
leurs qualitez farent connus de toute la
Compagnie.
GALANT. 43
シー
leChefde toute nôtre famille.
J'ay un frere de qui je ſuis
l'aînés& je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neuf on me
mit au Couvent de ** où
jay reſté juſqu'à ma quinzić
me année , que l'on m'en retira
pour me donner en mariageàunjeuneGentilhomme
dont lepere étoit ami du mien.
Avant de nous marier on vou.
lutexaminer ſi nos inclinations
ſympathifoient enſemble , &
s'il y avoit lieu d'efperer de
nôtre union , toutes les ſuites
d'un bon ménage. Mon
prétendus ypritapparemment
Dij
44 MERCURE
1
fort mal , ou je ne me trouvay
point de diſpoſition à l'aimer
, auffi ne l'aimay-je ja
mais. Enfin il m'ennuya , me
rebuta , & me dégoûta tellement
de ſa perſonne pendant
une année entiere , que je
ſuppliay mon pere de me remener
au Convent. Le jour
que je luy fis cette priere
j'eſſuïay de luy & de ma meto
un orage d'injures . 127
Les peres veulent êtreobéis,
ils veulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'eſt leur manic , & ce fera
peut eſtre la nôtre , lorſque
GALANT. 45
nous aurons des enfans commecux.
con ob fol
Mon pere eſt violent; mais
bon , & ma mere eſt toûjours
d'une humeur intraitable : elle
n'a que trente-cinq ans ,& il
y a long-temps que je m'apperçois
que je ſuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
déplaifir de me voir luy ravir
tous les jours fans deffein , des
hommages qu'elle avoit la
bonté de croire meriter
mieux que moy. Je ne voulois
46 MERCURE
abſolument pas entendre par.
ler du parti qu'elle me propo
foit. Une mere jeune ne par
donne jamais ces deſobéiflances
:
Pendant tout le temps que
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ſes ſoupirs
, un jeune Cavalier qui
venoit affiduement au logis,&
pourqui ma mere avoit toute
la conſideration imaginable ,
avoit trouvé le cheminde mon
coeur. L'intelligence parfaite
que par ſon efprit & fa difcretion
il entretenoit avec moy,
au milieu de l'affreuſe con
CALANT. 47
८
trainte où nous vivions , m'avoit
fait concevoir une ſitendre
eftime de ſon merite, que
je ſongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vimes , l'époux
qu'on me deſtinoit fut la
victime des fentimens qu'il
m'inſpira Luy faifois-je aucun
tort ? j'imitois en ce ſeul point
l'exemple que me donnoitma
Ce ne fut en un mot qu'à
la confideration de ce nouvel
amant que j'eus la patienced'écoûter
fi long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
48 MERCURE
fonrival ſe rebuteroitdesmau
vais traitemens qu'il recevoir
de moy ,& qu'à la fin il ſelat
feroit de m'importuner ; mais
le contraire arriva ,&fon opil
niatreté fit avorter toutes nos
ofperances.
Je fus ainſi , aprés bien d'i
nutiles instances , remenée au
Convent où j'avois paffé les
premieres années de ma vie.
MonAmant fut quelque tems
inconfolable de mon abfence,
il ceffa de voir ma mere qui en
penſa mourirde douleur ;mais
la raiſon & l'amour ſe réünif
fanr, il fongea à tous les ex
pedients
GALANT. 49
pedients qui pouvoient lerapprocher
de moy , & le raffeurer
contre les perils auſquels
pouvoit m'expoſer l'éclat de
1
Que les précautions desAmants
font vaines ! aprés bien
des reflexions & des meſures
qu'ils croyent bien juſtes , ils
ne ſedonnent ſouvent la main
que pour ſe precipiter enſemble!
Cleante ( fouffrez , Mefdames
, que je nomme ainſi ce
cher objet de mon amour ,
Cleante , dis je , m'écrivit une
Lettre qui me fut tenduë par
Octobre 1715 . E
so MERCURE
une Tourriere , qu'une femme
ingenieuſe & ardente à nous
ſervir , avoit adroitement mis
dans nos intereſts .
Voicyles propres termes de
ſa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie , que je
vous voye ou que je meure. S'il
vous reſte quelque envie defauver
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mefures
queje vaisprendre pourm'af
feurer du bonheur de vous revoir.
Fay le Carnaval dernier effſayé
pluſieurs fois vos habits , ils
m'alloientfibien (vous lesçavez)
qu'aw Bal , tout le monde me prit
GALANT. SI
pour vous. Fay esté en poste à
Paris oùj'en ayfaitfaire qui me
vont à merveille; avec leſecours
&par le moyen de Dorinne , je
wais me mettre en penſion dans
voſtre Convent. Ne vous revoltez
point contre cette propoſition ?
ne craignez rien ? ma difcretion
vous est connuë; je ne vous demande
que de l'amour & du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre ,j'enviſageai en unmoment
toute l'horreur des périlsoù
ſe precipitoit mon malheureux
amant , &je fus vingt
E ij
52 MERCURE
fois fut le point de luy répóndre
d'une maniere capable de
le dégouter de la temerité de
fon entrepriſe , & peut être
même de l'amour dont il brûloit
pour moy ; mais ce même
amour en mon ame
luy les dangers preſque éviGALANT.
53
:
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots .
ene
Soit foibleſſe , amour , ou fermeté
, je ne balance plus , cruel ,à
vous accorder le conſentement que
vous éxigez de moy , ma tendreße
pour vous vous le refuse , voſtre
amour me l'arrache erje ne me
rends que parce qu'une amante
éprise ne peut rien commmee moy د
que ceder aux volontez d'un
amant tel que vous.
Je vous laiſſe à penſer ſicerte
Lettre flatta ſes defirs im
petueux. Elle fit un ſi prompt
effer , que le même jour Dorine
qui étoit noſtre confidente
1.
E iij
54 MERCURE
le vint preſenter ſous le nom
de ſa niece à la Superieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Penſionnaire , qui
avoit , à ce qu'elle diſoit, beau .
coup de vocation. La Superieure
leur fit le plus obligeant
accueil du monde , & la nouvelle
Penſionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire , mangea le
même ſoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur , la blancheur
de fon teint, ſa modeſtie,
ſa douceur , ſes graces la firent
bien toſt paſſer entre nous
pour une fille parfaite , nous
GALANT. SS
reſtâmes ainſi quelques jours
enſemble ,fans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la preſence
de mon Amant.
La ſympathie qui étoit entre
nous deux nous rapprocha
bientoft , Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha àmoy ,
&je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Penſionnaire
du Convent. Deux mois s'é
coulerent ainſi dans les plaiſirs
de la plus charmante union du
monde , & nous joüirions
peut être encore de la même
E iiij
36 MERCURE
maniere,&dans la mêmeMaifon
, de la douceur d'être enſemble
, fi une de nos Compagnes
, plus claire voyante
que les autres , n'avoit pas demêlé
malheureuſement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit fien moins qu'une fille.
Cette funeſte découvertesila
rendit amoureuſe de mon Amant
, elle devint ma rivale ,
elle cût même la cruauté de me
faire ſa confidente , bienafleu
rée que je ne trahirois jamais
"fon fecret. Je declarai auffitoft
à Cleante les frayeurs mortels
des dont m'agitoit la crainte
GALANT 57
que ce terrible déguiſement
n'allât juſqu'à la Superieure ,
& je le déterminai à ſe ſauver
au plus tard dans deux jours
par unedemie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je conſens , me dit il , à tout
ce que vous voulez ; mais je
veux qu'à voſtre tour , vous
conſentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me fauve de ces
lieux , il faut abfolument que
vous m'accompagniez dans ma
fuite. Que deviendriez vous
ici , ſi je vous ylaiſſois ? quelles
perfecutionsn'auriez vous pas
à effuïer de vos Compagnes ,
58 MERCURE
des Religieuſes , & de voſtre
Famille ? je vais faire avertir
Dorine de tout ce qui ſe paffe ,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent , pour eſtre plus à
portée de nous ſervir , je vais
luy écrire de venir inceſſamment
ici , & je conviendrai
avec elle au Parloir ,de tout ce
qu'il faudra qu'elle faffe pour
noſtre delivrance.
Le même jour Dorine arri
va , il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez
,& lui ordonna d'envoïer
le ſurlendemain à onze heures
du ſoir derriere les murs du
১
GALANT.
4
Jardindu Convent , fonValet
de chambre& ſon Laquais
avec deux chevaux de main ,
pour luy& pour moy, &deux
autres pour eux. Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure deſtinée
pour noſtre fuite , fut arrivée,
je deſcendis dans le Jardin ,&
àla faveur des tenebres je me
rendis en tremblantau lieu où
Cleante m'attendoit ; mais au
lieu del'yrencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
noſtre repos.Elle me prit par
la main, m'embrafla & me dit
en pleurant : Non , belle Julie ,
60 MERCURE
vous ne vous fauverez pas fans
moy. J'ay examiné toutes vos
demarches , j'ay deviné voſtre
complot Je vais mourir ſi
vousm'abandonnez ; mais non
je ne vous perdrai pas , vous ne
me quitterez point , & vous ne
me laiſſferez pas ici la ſeule&
malheureuſe victime de mon
funeſte amour, ou ſi vous avez
formé ce cruel deſſein , mes
cris vont attirer tant de monde
en ce lieu , qu'il vous fera
impoſſible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaites
Cleante arriva. Sa prefence
nous raffeura toutes
4
GALANT. 61
deux ,& il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmes
enfin la muraille, non
fans beaucoup de peur & de
peine : dés que nous fûmes de
l'autre coſté , nous montâmes
à cheval , Cleante me mit en
croupe derriere lui,& nous arrivâmesainſi
àun Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleante y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit , nous y receut le
mieux qu'il luy fut poſſible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée , & la nuit
62 MERCURE
ſuivante nous continuâmes
nôtre route avec un chevalde
plus. Le troiſième jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoit un amy ,
qui , aſſeurement , nous aideroit
à nous défaire de mon importune
rivale; mais en verité
peut- on fairele moindre compte
, & établir aucun fondement
ſur la foydes amis d'aujourd'huy.
Acaſte , c'eſt le nom que
vous me permettrez , s'il vous
plaît , de donner à ce perfide
amy. Acaſte , dis - je , nem'eût
pas pluſtoſt vûë , qu'il fit, àl'é
GALANT. 63
+
gard deCleante , ce que marivale
faifoit au mien. En un
mot il m'aima ,&bien loin de
fervir ſon amy , comme il le
lui avoit promis , il fit tout le
contraire. Pour vous défaire ,
lui dit-il , de cette perſonne ,
dont la tendreffe vous gêne ,
abſentez-vous d'ici pour quel
ques jours , allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Penſionnaires
qui ſe ſont ſauvez duConvent
de ... Les ſoupçons ne tomberont
certainement pas fur
vous , qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
64 MERCURE
vousa pas vû àDijon. Voyez
voſtre famille,mettez quelque
ordre à vos affaires que voſtre
amour& voſtre negligenceont
fans doute fortodérangées
rendez même quelque viſite
aux parens de Julie ,& fçachez
d'eux juſqu'où les portesleut
reffentiment contre elle. Enfin
determinez- vous, par toutes
les raiſonsque je viens de vous
dire , à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous , le loin de
vos intereſts &celuy de voſtre
amour , font les motifs qui
doivent vous y refoudre.
Je fus témoin de cette converſation
GALANT. 65
verſation qui me parut fort
raisonnable , & j'encourageai
moy- mêmeCleante à me quir
ter , dans l'eſperance de le revoir
bien- toft. Il fut enfin
réſolu à l'heure même , qu'il
partiroit le lendemain matin :
& cela fut executé avec toures
les circonstances douloureuſes
qui accompagnent la
ſeparation de deux amants.
Le même jour Acaſte pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'il refervoit à fon
amy, fit monter bongré malgré
, ma rivale à cheval , &la
fit inhumainement conduire
Octobre 1718. F
66 MERCURE
chez une tante qu'elle avoit
àdeux lieuës d'Auxerre , ſans
que fes cris , ſes prieres & fes
larmes puffent le détourner
del'execution d'un deſſein qui
la menaçoit,à ce qu'elle diſoit ,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy reprefenter
qu'il facrifioit noſtre
fecret à l'indifcretion , à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuſe fille , il ne
tint compte dema remontran
ce &fes gens l'emmenerent où
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ſes nouvelles. Aprés cebel
GALANT. 67
exploit , il vint me proteſter
qu'il n'avoit envisagé que
mon intereſt& monrepos, en
me défaiſant d'une compagne
ſidangereuſe, il me dit adroitement
qu'il avoit remarqué
qu'elle n'étoit pas auſſi indifferente
à Cleante , que je le
croyois. Qu'au reſte , s'il
m'importoit que mon amant
aimât ma rivale , il ne ſeroit
pas difficile de les réünir : que
pourluy , il luy étoit impoffiblede
faire à coſté de moy un
fi aveugle choix. Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoit aimé dés
lepremier inſtant qu'il m'avoit
Fij
68 MERCURE
vûë , & qu'il me conſacroit
lereſte de ſa vie. Je fremis à
cette épouvantable declaration
,tous mes ſens furent ſaiſis
d'un ſi grand étonnement que
je ne pus m'empêcher de luy
dire toutes les injures que la colere&
le defefpoir me mirent à
labouche.Je le traitaid'homme
fans foy , fans honneur
de perfide ami. Arrêtez ,ditil
, belle Julie , & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeur une infidelité à mon
ami , en vous aimant. Ce n'eft
pas ma faute fi vous eſtes infiniment
aimable , & la raifon
د
GALANT. 69
qui merendamoureux ne doit
pas me faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vous atteſtez tant de fois ,
eſt un foible titre contre une
paffionplus forte. J'eûffe fait
plus aprés vous avoir vue ,
je vous aurois facrifié juſqu'à
ma Maîtreffe , ſi j'en avois cu
une , lorſque le fortvous con .
duifit icy. J'y ay un credit qui
nevous fera pas inutile. Profitez
, fi vous m'en croyez , de
l'occaſion , acceptez l'offre que
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Noſtre hymen
ne dépend que de vous 2
70 MERCURE
ſi vous conſentez àm'épouſer.
Vous ne répondez rien: Non
lâche , luy dis- je , ſi je te répondois
, je te dirois que je gemis
de me voir expoſée comme
je le ſuis aux fureurs du
plus indigne de tousles hommes
. Allez , reprit- il , belle
Jolie,avec une douceur cruelle,
quelque jours appaiferont ce
grand courroux; mais puiſque
Cleante devoit vous mener à
Paris , je vais en ſa place prendre
ce ſoin , diſpoſez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy , voilà pour aujourd'huy
tout cequi me reſte àvous dire.
GALANT. 71
Il alla ſur le champ donner
ſes ordres à ſes domeſtiques ,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laiſſée. Le lendemain
à la pointe du jour , il me fit
éveiller par une femme qui
m'aida à m'habiller , &qui me
conduiſit juſques dans la cour,
où je trouvay une chaiſe attelée
& preſte à partir. Acafte
:
vint me forcer d'y monter , &
ymonta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un poftillon
compoſoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourd huy que nous ſommes
72 MERCURE
en route , & c'eſt l'avanture
qui nous eſt arrivée hier au
foir que je ſuis redevable de
Phoſpitalité genereuſe que
vous m'accordez fi obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguifez en
Payſans,nous ont arreſté ſur le
grandchemin,ils ont detourné
nôtre chaiſe , & l'ont menée
dans un bois qui eſt environ
à trois lieuës d'icy ; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
ſaiſi le premier a eſté lié à un
arbre , Acaſte & le poftillon à
deux autres ; pour moy ils
meditoient
GALANT. 73
→
:
meditoient de m'emmener
avec eux lorſque des coups de
fiflets qu'ils ne connoiffoient
pas , & qu'ils ont pris , autant
que j'ay pû le comprendre ,
pour des ſignaux d'Archers ,
les ont fait changer de deſſein.
Ils ont pris ſur le champ le
partide regagner le grand chemin
, & m'ont laiſſe en liberté
au milieu du bois , aprés nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre. Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir file perfide Acaſte
& ſes domeſtiques étoient
liez d'une maniere à ne pou-
Octobre 1715 . G
74 MERCURE
voir ſe détacher ſans le ſecours
des gens que leur bonne ou
mauvaiſe étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fait tous
les reproches que meritoit ſon
infidelité , & ma harangue finie,
je me fuis courageuſement
derobée à ſa vûë , par un petit
ſentier que j'ay ſuivi , juſqu'
ee que j'aye trouvée la campa
gne. J'ay marché encore au
moins une bonne heure à travers
les champs , tant j'appre.
hendois de me retrouver fur
les grandes routes , & même
d'entrer dans aucun Village.
La nuit enfin a rallenti mon
GALANT. 75
ardeur. Je me fuis arrêtée accablée
de foif & de laffitude
à une petite maiſon au
milieu de la Campagne environ
à un quart de licuë
d'icy; une bonne femme qui
en étoit la Maitreffe m'y a
reçûé avec toute l'humanité
poffible , j'y ay paſſe la nuit
aſſez tranquillement , quoique
fort mal à mon aife , & ce matin
à la pointe du jour,j'en fuis
fortic pour me promener ſur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque , je l'ay cherché en
m'habillant , je ne l'ay pas
L'
Gij
96
MERCURE
trouvé & je m'en fuis paffée.
Voilà , Madame , continuat-
elle , en adreflant la parole à
la Maîtreffe du Chaſteau , ce
qui m'eſt arrivé de plus confi
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne foit
veritable , la bonnefemme qui
m'a recueilly hier au foir,vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un aſyle chez elle , & fi
l'on envoyoit dans le bois , il
feroit peut eſtre encore temps
de delivrer l'infidele Acaſte.
Mais , Madame , je vous prie
de n'en rien faire , à moins que
vous ne deffendiez abſolument
GALANT. 77
aux gens à qui vous pourriez
donner cette commiffion , de
luy parler de moy. Du reſte
n'imputez qu'à l'amour , tout
ce que vous pouvez trouver de
blamable dans ma conduite ,
trop heureuſe ſi mon hymen
avec Cleante , peut un jour en
jultifier les fautes. Non, belle
Juhe , luy dit Madame de H..
Necraignez pas que nous vous
faffions icy des remontrances
qui vous affiligent , pour moy
je veux vous ſervir , d'une
maniere qui ne vous laiſſe rien
à fouhaiter Ecrivez une, letfreràCleante
, mandez luy , la
Giij 1
78 MERCURE
perfidie d'Acaſte , & deffendez
luy expreffément de ſervanger
d'un crime dont la fortune á
pris foin de le punir. Preffezle
de ſe rendre icy le plû toft
qu'il pourra, afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymen.
Pour moyje vais écrire à quel
ques amis puiſſants que j'ay
en Bourgogne , & les prier de
mettre tout en uſage pour ob
tenir inceſſamment le confentement
de vos parents pour
vôtre mariage. En attendant,
vous vivrez icy comme nous ,
vivrez icy
& vous nous trouverez toῦ .
jours diſpoſées àvous donner
GALANT . 79
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honneſtetez &
des careſſes dont ces Dames la
combloient , les remercia de
cet excés de generoſité , avec
tout l'eſprit & toute la politeſſe
imaginable. Elles fortirent
enſuite de ſa chambre ,
pour luy laiſſer la liberté d'écrire
àCleante; ſa lettre finie
elle l'envoya toute ouverte à
Madame de H... qui la fir
mettre à la poſte avec la ſienne.
Et au bout de huit jours le
trop heureux Cleante arriva à
Morfontaine avec la confen-
:
Ginij
80 MERCURE
tement du pere de Julic, une
lettre de ſa main pour ſa fille,
&une autre de remerciement
pour Madame de H .. qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants ſe fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans fa maifon ungrand nombred'honneſtes
gens qui affil
terentàcette fête,dont l'abondance,
la delicateſſe&la magni.
ficence firent les honneurs
comme elle ...
C'eſt de deux des convives
même que j'ay appris cette
Hiſtoire , les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
GALANNTT.. 81
dans un Roman fait à plaifir ;
mais il eſt certainement agréa
ble de trouver de veritables
avantures de Roman , dans un
récit où la fiction n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penſer
comme moy , ne feront pas
fâchez de voir une jeune fille
fortir du Convent avec tant
d'eſprit, ſacrifier l'époux qu'on
luy deſtine à un Amant qu'elle
choiſit , retourner au Convent
pour ſe dérober à la perſecution
de ſes Parens , attirer &
cacher ſonAmant au milieu de
trente filles comme elle, eſcala82
MERCURE
der des murs , ſe faire enlever,
traverſer des Campagnes , per.
dre ſon Amant , devenir la
proye d'un amy perfide, tom
ber entre lesmains des voleurs,
s'en échaper , vie& bague ſauves
, marcher ſeule la nuit au
milieu d'un bois , arriver le
lendemain dans un beau Châ
teau ,yeftre reçûë à merveille,
&y épouſer à la fin l'objet de
fon amour. Pour moy , je
trouve tout cela fort joli ,
néanmoins je ne conſeille à
aucune Demoiſelle d'imiter
celle-cy.
Ces admirables Heroïnes
dont les Romaris nous font
de fi brillants portraits ,étoient
autrefois dans l'uſage commode
de courir le monde dans
des chars, ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux , un
Ecuyer fidele , une aimable
Compagne , ou du moins
unc
GALANT. 25
une Suivante difcrete , les
accompagnoient dans tous les
hazards où les expoſoit à cha
que inſtant leur excellente
beauté. Un monſtre , un bart
bare , ungeant , un lache
raviffeur ,& ſouvent un rival
infortuné , les rencontroient
dans un defilé , au fonds d'une
forêt, au piedd'une montagne,
ou au paſſage d'un fleuve. La
il étoit fans doute queſtion de
faire preuvede valeur. Le ſang
couloit de toutes parts , & la
Princeſſe alloit eſtre la proye
d'un perfide ennemi , ou d'un
tigre affamé , file Ciel n'eût
Octobre 1715 . C
26 MERCURE
H
envoyé l'intrepide Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat changebien de face ,
le monstre eſt ſur le champ
immolé à ſa juſte fureur , l'int
fame raviſſeur a déja mordu
la pouffiere , ou le geant eft
exterminé. Le Heros quitte
à l'inſtant les étriers ,deſcend
precipitamment de cheval ,&
d'un air extafié de labeauté de
la divine perſonne qu'il vient
d'arracher à ſes cruels ennemis,
il va ſe proſterner à ſes pieds ,
&la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il a en ce
jour d'être ſon liberateur.
GALANT. 27
C'eſt aux voeux qu'elle a faits
pour luy , qu'eſt dû l'éclat de
ſa victoire. De son côté la
Dame le felicite,&aprés maint
&maint complimens , il la
mene dans un ſuperbe Palais
qui eſt environ à un mille du
champ de bataille. Là ils ſe
contentpar interpretes les differentes
avantures de leurs
vies , & bientoſt par bricole
tous les liens du ſang & de
l'amitié les uniſſent à jamais.
Ona ,grace au temps qui
détruit tout , &àdes reflexions
fortfages , bien abregé main
tonant toutes ces façons. Au-
Cij
28 MERCURE
jourd'huy les belles coutent
le monde fans tant de ceremo
nies ,&ferencontrent heureufement
ſur les grandes routes ,
comme des Pelerins, En voicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfoſſe
deux Villages fruez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris , un beau jour du mois
d'Aouſtvers les quatre heures
du matin ,une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Part
ſan , au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtue d'un habit de
tafetas rayé , fon juppon étoit
detafetas couleur de rofe, avec
GALANT. 29
un point d'Eſpagne d'argent ,
pourpla coëffureelleavoit une
garniture àdentelles negligée,
elle avoit une jambe chauffée
dunbas de ſoye verte& l'autrehat
telle portoir ſes ſouliersen
pantoufle , & fc promendit
triſtement ſur un tendbergazom
si ab his
Dés que le Paysan l'eût apperceu,
ſa curiofité le conduifit
vers elle hé mon Dicu ! luy
dit-il , Mademoifelle , que faites
vousfichaatin fur cette per
louze ,il y a une demie heure
que je vous examine de loin ,
vous devriez être bientôt laſſe
:
Ciij
30 MERCURE
de vous promener. Il eſt way,
mon amy, luy dit elle ,quiby
adéjalongtenis que jemepro
mene ,& j'ay envie de me pros
mener encore. Je n'aurois pas
pris la liberté de vous parler ,
luyrépondit-il, ſije vous avois
creu habitante de ces lieux .
mais je ſuis de la maiſon de
M. de H** qui eft Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez le Château; une perfon
ne miſe comme vous , ne peut
ici demeurer que chez luy , &
vous n'y demeurez pas. Celá
eſt encore vray, reprit labelle;
mais M. de H ** ne sçauroit
GALANT. 31
trouver mauvais qu'on ſe promene
fur ces terres : paſſez vô
tre chemin ,mon amy , & me
laiſſez en repos. Le Payſan qui
alloit à ſa Ferme quitte ſa route,
au lieu d'aller à ſon travail
&retourne fur fes pas pour
annoncer cette avanture à fon
Village: en chemin il rencon
tre un Garde chaſſe de ſon
Mailtre ,&le mene à l'endroit
où il avoit laiſſé cette belle in
connue. Le Garde-chaffe luy
fait le même compliment que
lePayfanluy avoit fair. En verité
, luy dit elle , les gens de
ee Pais cy ſont étrangement
Ciiij
32 MERCURE
curieux, je me promene ,yous
dis- je & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais , Mademoifelle
reprend l'autre , vous
vous tuez à force de vous promener
; & que vous importe ,
luy ditzelle bruſquement, font
gelà vos affaires ,& n'eſt il pas
permis de chercher de filence
& le repos au mitica d'un
champ, en un mot vous n'a
vez rien à voir à ce que je fais
ici , & votre curiofité eſt une
curioſité extravagante. C'eſt
voſtreinterêt ,luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
queſtions , le Soleil eſt déja
GALANT 35
haut ,jecrains que la chaleus
ne vous ſoit nuiſible ,& vous
me feriez un vray plaifir de
vouloir bien accepter, unaſyle
dans ma maiſon. A la bonne
heure,Monfieur ,luy dit-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
ſe laiſſa conduire au Château
deMorfontaine ,dont le pere
de ce Garde - chaſſe étoit le
Concierge. Il l'introduit dans
une grande chambre , où d'abord,
aprés l'en avoit mis de
hors ,& enavoir ferméla por
te , elle ſe jette ſur un lit , où
elle s'endort tranquillement.
Pendant ſon, ſommeil la
1
3144. MERCURE
Concierge entre , s'approche
dulit fans bruit , & va de prés
examiner les traits de cetre
jeune perſonne. Tant de gra
ces&tant de charmes l'éton
nent ſi agréablement ,qu'elle
attend ſon revcil en l'admi
rant. Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux , vous venez
, lui dit- elle , Mademoiſelle
, de dormir d'un ſommeil
affez doux , n'auriez vous pas
maintenant beſoin de manger.
Ouy , Madame , lui répond
cette aimable inconnue , je
mangeray volontiers , & tour
ce que vous voudrez bien me
د
GALANT. 35
donner me fera plaiſir , parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
fert auffitoſt tout ce qui peut
fatisfaire ſon goût & ſon appetit.
A la fin de ce repas , la
Concierge la queſtionne , que
faiſicz-vous , luy dit-elle, àune
heure auffi induë , dans le
champ où l'on vous a trouvée.
Je me promenois , Madame
lui répond-elle àſon ordinaire.
Mais qui vous astconduit en
ces lieux ? mon étoile. Y connoiſſez
vous quelqu'un ? perfonne.
Etes vous des environs
de ce Village ? non, D'où eres
36 MERCURE
vous dond ? de loin. A qui apa
partenez- vous ? à ma Famille.
Ou demeurent vos parents ?
chez eux. Eſt cela tout ce que
vous me voulez dire ? ouy. La
Concierge rebutée de ces mot
noſyllabes va trouver Madame
de H ** qui faifoit alors
une reprise d'ombre avec des
Dames de les amics qu'elle
avoit invité à venir paffer les
beaux jours à la campagne. La
nouveauté des choses qu'elle
entend la détermine à quitter
fur le champ ſon jeu ,pour at
Her voit l'extraordinaire pet
fonne dont on vient de lu
GALANT. 37
faireun fibizarre recit.Les Dames
avec qui elle étoit , auſſi
curicuſes qu'elle , la ſuivent
auffitoft , & elles entrent enſemble
dans la chambre ou
l'on avoit mis l'inconnuë . La
belle à qui il manquoit un bas ,
& qui s'étoit apparemment attendue
à une pareille viſite
avoit profitéde l'absence de la
Concierge pour ſe mettre entre
deux draps.
Lelit eft aujourd'hui , com
ةيبرعلا
me iill a,je penſe,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
ur fert de cabinet de toilet-
L
ZUST
re, de falle d'audience , de bu
38 MERCURE
reau de nouvelles , comme de
theâtre à la galanterie.Celle-ci
qui n'étoit aſſeurement pas
une bête , s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôlle
qu'on va lui voir repreſenter.
Dés qu'elle vit Madame de
H ** & les Dames qui l'accompagnoient
, elle leur fit
donner des ſieges par les Domeſtiques
qui les avoient fuivies
, elle les pria fort civilement
de s'affeoir , & aprés
C
quelques compliments generaux
, elle adreſſa particulierement
la parole à la Maiſtreſſe
GALANT. 39
de la maison. Madame , luy
dit elle oſcrois-je vous de
mander quel eſt préciſement le
motif de la viſite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit ſans doute des
choſes ſi ſingulieres de moy ,
que vous n'avez pû vous refufer
à la curiofité d'examiner
vous-même l'objet de ces nouveautez.
Heureuſe encore fi
on ne m'a pas fait paſſfer dans
voſtre eſprit pour une folle.
Mon avanture eſt rare , mais
elle eſt naturelle ; & tous les
évenemens que l'amour fait
naître quelque yernisode
40 MERCURE
dereglement qu'ils puiſſent
répandre fut notre conduite ,
font, ſelon moy ,juftificz toûjours
par l'amour. Je croy
Mademoiselle ,luy dit Madamede
H... que dans toutes
les actions de la vie , chacun a
lamême indulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àſe diſculper
d'avance de tout ce qu'on
appellefaute , à Dicune plaiſe
neanmoins que je veüille dire
par-là ,que vous ayez beſoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le mondes'efforce d'autorifer
fa conduite. Nous ne
concevons ,
GALANT. 41
;
concevons ,ny ces Dames , ny
moysaucun prejugé qui vous
foit defavantageux ,& nous
ſommes perfuadées que vôtre
jeuneffe , voſtreeſprit,&voſtre
beauté (quoyque ces avantages
ſojent ſouvent funeſtes à
eclles qui en jouiffent ) ne font
aucuntortàvoſtre ſageſſe. Jo
ne vous parle quede ce que je
voydecharmanten vous ,Mademoiselle,
de grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne foavons pas & que nous
ſouhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire
Octobre 1715 . D
L
42 MERCURE
reprit elle , que foit le détail
des choſes que vous me de
mandez , je n'ay garde de
vous/ refuſer de vous conter
une hiſtoire dont le recit
&voſtre indulgence addouciront
ſans doute mes peines.
Ecoutez moy & foyez per ſuadées
de la veritédetout ce que
vous allez entendrenq novin
J'ay reçu le jour à Dijon , *
mes parents y font diftinguez
dans la robe , ils y poffedent de
grands biens , &mon pere eſt
*Elle les nomma , & leurs noms&
leurs qualitez farent connus de toute la
Compagnie.
GALANT. 43
シー
leChefde toute nôtre famille.
J'ay un frere de qui je ſuis
l'aînés& je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neuf on me
mit au Couvent de ** où
jay reſté juſqu'à ma quinzić
me année , que l'on m'en retira
pour me donner en mariageàunjeuneGentilhomme
dont lepere étoit ami du mien.
Avant de nous marier on vou.
lutexaminer ſi nos inclinations
ſympathifoient enſemble , &
s'il y avoit lieu d'efperer de
nôtre union , toutes les ſuites
d'un bon ménage. Mon
prétendus ypritapparemment
Dij
44 MERCURE
1
fort mal , ou je ne me trouvay
point de diſpoſition à l'aimer
, auffi ne l'aimay-je ja
mais. Enfin il m'ennuya , me
rebuta , & me dégoûta tellement
de ſa perſonne pendant
une année entiere , que je
ſuppliay mon pere de me remener
au Convent. Le jour
que je luy fis cette priere
j'eſſuïay de luy & de ma meto
un orage d'injures . 127
Les peres veulent êtreobéis,
ils veulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'eſt leur manic , & ce fera
peut eſtre la nôtre , lorſque
GALANT. 45
nous aurons des enfans commecux.
con ob fol
Mon pere eſt violent; mais
bon , & ma mere eſt toûjours
d'une humeur intraitable : elle
n'a que trente-cinq ans ,& il
y a long-temps que je m'apperçois
que je ſuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
déplaifir de me voir luy ravir
tous les jours fans deffein , des
hommages qu'elle avoit la
bonté de croire meriter
mieux que moy. Je ne voulois
46 MERCURE
abſolument pas entendre par.
ler du parti qu'elle me propo
foit. Une mere jeune ne par
donne jamais ces deſobéiflances
:
Pendant tout le temps que
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ſes ſoupirs
, un jeune Cavalier qui
venoit affiduement au logis,&
pourqui ma mere avoit toute
la conſideration imaginable ,
avoit trouvé le cheminde mon
coeur. L'intelligence parfaite
que par ſon efprit & fa difcretion
il entretenoit avec moy,
au milieu de l'affreuſe con
CALANT. 47
८
trainte où nous vivions , m'avoit
fait concevoir une ſitendre
eftime de ſon merite, que
je ſongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vimes , l'époux
qu'on me deſtinoit fut la
victime des fentimens qu'il
m'inſpira Luy faifois-je aucun
tort ? j'imitois en ce ſeul point
l'exemple que me donnoitma
Ce ne fut en un mot qu'à
la confideration de ce nouvel
amant que j'eus la patienced'écoûter
fi long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
48 MERCURE
fonrival ſe rebuteroitdesmau
vais traitemens qu'il recevoir
de moy ,& qu'à la fin il ſelat
feroit de m'importuner ; mais
le contraire arriva ,&fon opil
niatreté fit avorter toutes nos
ofperances.
Je fus ainſi , aprés bien d'i
nutiles instances , remenée au
Convent où j'avois paffé les
premieres années de ma vie.
MonAmant fut quelque tems
inconfolable de mon abfence,
il ceffa de voir ma mere qui en
penſa mourirde douleur ;mais
la raiſon & l'amour ſe réünif
fanr, il fongea à tous les ex
pedients
GALANT. 49
pedients qui pouvoient lerapprocher
de moy , & le raffeurer
contre les perils auſquels
pouvoit m'expoſer l'éclat de
1
Que les précautions desAmants
font vaines ! aprés bien
des reflexions & des meſures
qu'ils croyent bien juſtes , ils
ne ſedonnent ſouvent la main
que pour ſe precipiter enſemble!
Cleante ( fouffrez , Mefdames
, que je nomme ainſi ce
cher objet de mon amour ,
Cleante , dis je , m'écrivit une
Lettre qui me fut tenduë par
Octobre 1715 . E
so MERCURE
une Tourriere , qu'une femme
ingenieuſe & ardente à nous
ſervir , avoit adroitement mis
dans nos intereſts .
Voicyles propres termes de
ſa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie , que je
vous voye ou que je meure. S'il
vous reſte quelque envie defauver
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mefures
queje vaisprendre pourm'af
feurer du bonheur de vous revoir.
Fay le Carnaval dernier effſayé
pluſieurs fois vos habits , ils
m'alloientfibien (vous lesçavez)
qu'aw Bal , tout le monde me prit
GALANT. SI
pour vous. Fay esté en poste à
Paris oùj'en ayfaitfaire qui me
vont à merveille; avec leſecours
&par le moyen de Dorinne , je
wais me mettre en penſion dans
voſtre Convent. Ne vous revoltez
point contre cette propoſition ?
ne craignez rien ? ma difcretion
vous est connuë; je ne vous demande
que de l'amour & du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre ,j'enviſageai en unmoment
toute l'horreur des périlsoù
ſe precipitoit mon malheureux
amant , &je fus vingt
E ij
52 MERCURE
fois fut le point de luy répóndre
d'une maniere capable de
le dégouter de la temerité de
fon entrepriſe , & peut être
même de l'amour dont il brûloit
pour moy ; mais ce même
amour en mon ame
luy les dangers preſque éviGALANT.
53
:
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots .
ene
Soit foibleſſe , amour , ou fermeté
, je ne balance plus , cruel ,à
vous accorder le conſentement que
vous éxigez de moy , ma tendreße
pour vous vous le refuse , voſtre
amour me l'arrache erje ne me
rends que parce qu'une amante
éprise ne peut rien commmee moy د
que ceder aux volontez d'un
amant tel que vous.
Je vous laiſſe à penſer ſicerte
Lettre flatta ſes defirs im
petueux. Elle fit un ſi prompt
effer , que le même jour Dorine
qui étoit noſtre confidente
1.
E iij
54 MERCURE
le vint preſenter ſous le nom
de ſa niece à la Superieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Penſionnaire , qui
avoit , à ce qu'elle diſoit, beau .
coup de vocation. La Superieure
leur fit le plus obligeant
accueil du monde , & la nouvelle
Penſionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire , mangea le
même ſoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur , la blancheur
de fon teint, ſa modeſtie,
ſa douceur , ſes graces la firent
bien toſt paſſer entre nous
pour une fille parfaite , nous
GALANT. SS
reſtâmes ainſi quelques jours
enſemble ,fans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la preſence
de mon Amant.
La ſympathie qui étoit entre
nous deux nous rapprocha
bientoft , Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha àmoy ,
&je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Penſionnaire
du Convent. Deux mois s'é
coulerent ainſi dans les plaiſirs
de la plus charmante union du
monde , & nous joüirions
peut être encore de la même
E iiij
36 MERCURE
maniere,&dans la mêmeMaifon
, de la douceur d'être enſemble
, fi une de nos Compagnes
, plus claire voyante
que les autres , n'avoit pas demêlé
malheureuſement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit fien moins qu'une fille.
Cette funeſte découvertesila
rendit amoureuſe de mon Amant
, elle devint ma rivale ,
elle cût même la cruauté de me
faire ſa confidente , bienafleu
rée que je ne trahirois jamais
"fon fecret. Je declarai auffitoft
à Cleante les frayeurs mortels
des dont m'agitoit la crainte
GALANT 57
que ce terrible déguiſement
n'allât juſqu'à la Superieure ,
& je le déterminai à ſe ſauver
au plus tard dans deux jours
par unedemie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je conſens , me dit il , à tout
ce que vous voulez ; mais je
veux qu'à voſtre tour , vous
conſentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me fauve de ces
lieux , il faut abfolument que
vous m'accompagniez dans ma
fuite. Que deviendriez vous
ici , ſi je vous ylaiſſois ? quelles
perfecutionsn'auriez vous pas
à effuïer de vos Compagnes ,
58 MERCURE
des Religieuſes , & de voſtre
Famille ? je vais faire avertir
Dorine de tout ce qui ſe paffe ,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent , pour eſtre plus à
portée de nous ſervir , je vais
luy écrire de venir inceſſamment
ici , & je conviendrai
avec elle au Parloir ,de tout ce
qu'il faudra qu'elle faffe pour
noſtre delivrance.
Le même jour Dorine arri
va , il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez
,& lui ordonna d'envoïer
le ſurlendemain à onze heures
du ſoir derriere les murs du
১
GALANT.
4
Jardindu Convent , fonValet
de chambre& ſon Laquais
avec deux chevaux de main ,
pour luy& pour moy, &deux
autres pour eux. Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure deſtinée
pour noſtre fuite , fut arrivée,
je deſcendis dans le Jardin ,&
àla faveur des tenebres je me
rendis en tremblantau lieu où
Cleante m'attendoit ; mais au
lieu del'yrencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
noſtre repos.Elle me prit par
la main, m'embrafla & me dit
en pleurant : Non , belle Julie ,
60 MERCURE
vous ne vous fauverez pas fans
moy. J'ay examiné toutes vos
demarches , j'ay deviné voſtre
complot Je vais mourir ſi
vousm'abandonnez ; mais non
je ne vous perdrai pas , vous ne
me quitterez point , & vous ne
me laiſſferez pas ici la ſeule&
malheureuſe victime de mon
funeſte amour, ou ſi vous avez
formé ce cruel deſſein , mes
cris vont attirer tant de monde
en ce lieu , qu'il vous fera
impoſſible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaites
Cleante arriva. Sa prefence
nous raffeura toutes
4
GALANT. 61
deux ,& il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmes
enfin la muraille, non
fans beaucoup de peur & de
peine : dés que nous fûmes de
l'autre coſté , nous montâmes
à cheval , Cleante me mit en
croupe derriere lui,& nous arrivâmesainſi
àun Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleante y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit , nous y receut le
mieux qu'il luy fut poſſible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée , & la nuit
62 MERCURE
ſuivante nous continuâmes
nôtre route avec un chevalde
plus. Le troiſième jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoit un amy ,
qui , aſſeurement , nous aideroit
à nous défaire de mon importune
rivale; mais en verité
peut- on fairele moindre compte
, & établir aucun fondement
ſur la foydes amis d'aujourd'huy.
Acaſte , c'eſt le nom que
vous me permettrez , s'il vous
plaît , de donner à ce perfide
amy. Acaſte , dis - je , nem'eût
pas pluſtoſt vûë , qu'il fit, àl'é
GALANT. 63
+
gard deCleante , ce que marivale
faifoit au mien. En un
mot il m'aima ,&bien loin de
fervir ſon amy , comme il le
lui avoit promis , il fit tout le
contraire. Pour vous défaire ,
lui dit-il , de cette perſonne ,
dont la tendreffe vous gêne ,
abſentez-vous d'ici pour quel
ques jours , allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Penſionnaires
qui ſe ſont ſauvez duConvent
de ... Les ſoupçons ne tomberont
certainement pas fur
vous , qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
64 MERCURE
vousa pas vû àDijon. Voyez
voſtre famille,mettez quelque
ordre à vos affaires que voſtre
amour& voſtre negligenceont
fans doute fortodérangées
rendez même quelque viſite
aux parens de Julie ,& fçachez
d'eux juſqu'où les portesleut
reffentiment contre elle. Enfin
determinez- vous, par toutes
les raiſonsque je viens de vous
dire , à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous , le loin de
vos intereſts &celuy de voſtre
amour , font les motifs qui
doivent vous y refoudre.
Je fus témoin de cette converſation
GALANT. 65
verſation qui me parut fort
raisonnable , & j'encourageai
moy- mêmeCleante à me quir
ter , dans l'eſperance de le revoir
bien- toft. Il fut enfin
réſolu à l'heure même , qu'il
partiroit le lendemain matin :
& cela fut executé avec toures
les circonstances douloureuſes
qui accompagnent la
ſeparation de deux amants.
Le même jour Acaſte pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'il refervoit à fon
amy, fit monter bongré malgré
, ma rivale à cheval , &la
fit inhumainement conduire
Octobre 1718. F
66 MERCURE
chez une tante qu'elle avoit
àdeux lieuës d'Auxerre , ſans
que fes cris , ſes prieres & fes
larmes puffent le détourner
del'execution d'un deſſein qui
la menaçoit,à ce qu'elle diſoit ,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy reprefenter
qu'il facrifioit noſtre
fecret à l'indifcretion , à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuſe fille , il ne
tint compte dema remontran
ce &fes gens l'emmenerent où
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ſes nouvelles. Aprés cebel
GALANT. 67
exploit , il vint me proteſter
qu'il n'avoit envisagé que
mon intereſt& monrepos, en
me défaiſant d'une compagne
ſidangereuſe, il me dit adroitement
qu'il avoit remarqué
qu'elle n'étoit pas auſſi indifferente
à Cleante , que je le
croyois. Qu'au reſte , s'il
m'importoit que mon amant
aimât ma rivale , il ne ſeroit
pas difficile de les réünir : que
pourluy , il luy étoit impoffiblede
faire à coſté de moy un
fi aveugle choix. Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoit aimé dés
lepremier inſtant qu'il m'avoit
Fij
68 MERCURE
vûë , & qu'il me conſacroit
lereſte de ſa vie. Je fremis à
cette épouvantable declaration
,tous mes ſens furent ſaiſis
d'un ſi grand étonnement que
je ne pus m'empêcher de luy
dire toutes les injures que la colere&
le defefpoir me mirent à
labouche.Je le traitaid'homme
fans foy , fans honneur
de perfide ami. Arrêtez ,ditil
, belle Julie , & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeur une infidelité à mon
ami , en vous aimant. Ce n'eft
pas ma faute fi vous eſtes infiniment
aimable , & la raifon
د
GALANT. 69
qui merendamoureux ne doit
pas me faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vous atteſtez tant de fois ,
eſt un foible titre contre une
paffionplus forte. J'eûffe fait
plus aprés vous avoir vue ,
je vous aurois facrifié juſqu'à
ma Maîtreffe , ſi j'en avois cu
une , lorſque le fortvous con .
duifit icy. J'y ay un credit qui
nevous fera pas inutile. Profitez
, fi vous m'en croyez , de
l'occaſion , acceptez l'offre que
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Noſtre hymen
ne dépend que de vous 2
70 MERCURE
ſi vous conſentez àm'épouſer.
Vous ne répondez rien: Non
lâche , luy dis- je , ſi je te répondois
, je te dirois que je gemis
de me voir expoſée comme
je le ſuis aux fureurs du
plus indigne de tousles hommes
. Allez , reprit- il , belle
Jolie,avec une douceur cruelle,
quelque jours appaiferont ce
grand courroux; mais puiſque
Cleante devoit vous mener à
Paris , je vais en ſa place prendre
ce ſoin , diſpoſez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy , voilà pour aujourd'huy
tout cequi me reſte àvous dire.
GALANT. 71
Il alla ſur le champ donner
ſes ordres à ſes domeſtiques ,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laiſſée. Le lendemain
à la pointe du jour , il me fit
éveiller par une femme qui
m'aida à m'habiller , &qui me
conduiſit juſques dans la cour,
où je trouvay une chaiſe attelée
& preſte à partir. Acafte
:
vint me forcer d'y monter , &
ymonta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un poftillon
compoſoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourd huy que nous ſommes
72 MERCURE
en route , & c'eſt l'avanture
qui nous eſt arrivée hier au
foir que je ſuis redevable de
Phoſpitalité genereuſe que
vous m'accordez fi obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguifez en
Payſans,nous ont arreſté ſur le
grandchemin,ils ont detourné
nôtre chaiſe , & l'ont menée
dans un bois qui eſt environ
à trois lieuës d'icy ; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
ſaiſi le premier a eſté lié à un
arbre , Acaſte & le poftillon à
deux autres ; pour moy ils
meditoient
GALANT. 73
→
:
meditoient de m'emmener
avec eux lorſque des coups de
fiflets qu'ils ne connoiffoient
pas , & qu'ils ont pris , autant
que j'ay pû le comprendre ,
pour des ſignaux d'Archers ,
les ont fait changer de deſſein.
Ils ont pris ſur le champ le
partide regagner le grand chemin
, & m'ont laiſſe en liberté
au milieu du bois , aprés nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre. Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir file perfide Acaſte
& ſes domeſtiques étoient
liez d'une maniere à ne pou-
Octobre 1715 . G
74 MERCURE
voir ſe détacher ſans le ſecours
des gens que leur bonne ou
mauvaiſe étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fait tous
les reproches que meritoit ſon
infidelité , & ma harangue finie,
je me fuis courageuſement
derobée à ſa vûë , par un petit
ſentier que j'ay ſuivi , juſqu'
ee que j'aye trouvée la campa
gne. J'ay marché encore au
moins une bonne heure à travers
les champs , tant j'appre.
hendois de me retrouver fur
les grandes routes , & même
d'entrer dans aucun Village.
La nuit enfin a rallenti mon
GALANT. 75
ardeur. Je me fuis arrêtée accablée
de foif & de laffitude
à une petite maiſon au
milieu de la Campagne environ
à un quart de licuë
d'icy; une bonne femme qui
en étoit la Maitreffe m'y a
reçûé avec toute l'humanité
poffible , j'y ay paſſe la nuit
aſſez tranquillement , quoique
fort mal à mon aife , & ce matin
à la pointe du jour,j'en fuis
fortic pour me promener ſur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque , je l'ay cherché en
m'habillant , je ne l'ay pas
L'
Gij
96
MERCURE
trouvé & je m'en fuis paffée.
Voilà , Madame , continuat-
elle , en adreflant la parole à
la Maîtreffe du Chaſteau , ce
qui m'eſt arrivé de plus confi
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne foit
veritable , la bonnefemme qui
m'a recueilly hier au foir,vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un aſyle chez elle , & fi
l'on envoyoit dans le bois , il
feroit peut eſtre encore temps
de delivrer l'infidele Acaſte.
Mais , Madame , je vous prie
de n'en rien faire , à moins que
vous ne deffendiez abſolument
GALANT. 77
aux gens à qui vous pourriez
donner cette commiffion , de
luy parler de moy. Du reſte
n'imputez qu'à l'amour , tout
ce que vous pouvez trouver de
blamable dans ma conduite ,
trop heureuſe ſi mon hymen
avec Cleante , peut un jour en
jultifier les fautes. Non, belle
Juhe , luy dit Madame de H..
Necraignez pas que nous vous
faffions icy des remontrances
qui vous affiligent , pour moy
je veux vous ſervir , d'une
maniere qui ne vous laiſſe rien
à fouhaiter Ecrivez une, letfreràCleante
, mandez luy , la
Giij 1
78 MERCURE
perfidie d'Acaſte , & deffendez
luy expreffément de ſervanger
d'un crime dont la fortune á
pris foin de le punir. Preffezle
de ſe rendre icy le plû toft
qu'il pourra, afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymen.
Pour moyje vais écrire à quel
ques amis puiſſants que j'ay
en Bourgogne , & les prier de
mettre tout en uſage pour ob
tenir inceſſamment le confentement
de vos parents pour
vôtre mariage. En attendant,
vous vivrez icy comme nous ,
vivrez icy
& vous nous trouverez toῦ .
jours diſpoſées àvous donner
GALANT . 79
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honneſtetez &
des careſſes dont ces Dames la
combloient , les remercia de
cet excés de generoſité , avec
tout l'eſprit & toute la politeſſe
imaginable. Elles fortirent
enſuite de ſa chambre ,
pour luy laiſſer la liberté d'écrire
àCleante; ſa lettre finie
elle l'envoya toute ouverte à
Madame de H... qui la fir
mettre à la poſte avec la ſienne.
Et au bout de huit jours le
trop heureux Cleante arriva à
Morfontaine avec la confen-
:
Ginij
80 MERCURE
tement du pere de Julic, une
lettre de ſa main pour ſa fille,
&une autre de remerciement
pour Madame de H .. qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants ſe fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans fa maifon ungrand nombred'honneſtes
gens qui affil
terentàcette fête,dont l'abondance,
la delicateſſe&la magni.
ficence firent les honneurs
comme elle ...
C'eſt de deux des convives
même que j'ay appris cette
Hiſtoire , les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
GALANNTT.. 81
dans un Roman fait à plaifir ;
mais il eſt certainement agréa
ble de trouver de veritables
avantures de Roman , dans un
récit où la fiction n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penſer
comme moy , ne feront pas
fâchez de voir une jeune fille
fortir du Convent avec tant
d'eſprit, ſacrifier l'époux qu'on
luy deſtine à un Amant qu'elle
choiſit , retourner au Convent
pour ſe dérober à la perſecution
de ſes Parens , attirer &
cacher ſonAmant au milieu de
trente filles comme elle, eſcala82
MERCURE
der des murs , ſe faire enlever,
traverſer des Campagnes , per.
dre ſon Amant , devenir la
proye d'un amy perfide, tom
ber entre lesmains des voleurs,
s'en échaper , vie& bague ſauves
, marcher ſeule la nuit au
milieu d'un bois , arriver le
lendemain dans un beau Châ
teau ,yeftre reçûë à merveille,
&y épouſer à la fin l'objet de
fon amour. Pour moy , je
trouve tout cela fort joli ,
néanmoins je ne conſeille à
aucune Demoiſelle d'imiter
celle-cy.
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9
p. 76-80
ECHO CANTATE. Par M. de la Motte.
Début :
M. l'Abbé de Pons ayant bien voulu s'avoüer Auteur / Envain la jeune Echo, soûpire pour Narcisse ; [...]
Mots clefs :
Narcisse, Écho, Désir, Nymphe, Amour, Charmes, Peine, Repos, Languir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECHO CANTATE. Par M. de la Motte.
M. l'Abbé de Pons ayant
bien voulu s'avouer Auteur de
la Differtation précedente , je
crois que M. de la Motte ne
trouvera pas mauvais que je
révéle ici que la Cantate fuivante
eft de fa façon .
ECHO CANTATE,
Par M. de la Motte.
Nvain la jeune Echo , fodpire pour
E Narciffe ;
Invain au fonds des Bois elle court le chercher
i
L'ingrat fouffre qu'elle languiffe
Et les plus tendres foins ne fçauroient
le toucher.
MERCURE . 77
Partout une tendreffe extrême ,
Attache la Nymphe à ſes pass
Elle hait ce qu'il hait , elle aime ce qu'il
aime';
Le goût de fon Berger , préte à tout mille
appas .
S'il court dans les Forêts , où la chaffe
l'attire
Elle imite le bruit dn Cor ;
S'il touche le Hautbois , la Nymphe qui
l'admire
Sçait lui rendre acord pour acord
Quand du ſon defaflure il enchante Zephire
Alle en read tous les fons,mais plus tendre
cacor,
Bravant l'amour & fon empire
It trop charmé defon repos ,
Un jour l'indifferent s'exprimoit en ces
mots.
En vain tu fais partout triompher ta puife
fance ,
78 LE NOUVEAU
Amour tu ne peux rien fur moi ,
Aimable paix des Coeurs , tranquille indifference
,
Je jure de n'aimer que toi.
Malgré le défefpoir où ce ferment la jette ,
Echolui donne encore fa foi ;
Et de fes chants ingrats la Nymphe lui
repete.
Je jure de n'aimer que toi .
Echo devient plus tendre , & plait moins
chaque jour ,
Elle fuccombe à fon deftin funefte
Et du peu de voix qui lui refte.
Elle preffe le Ciel de vanger fon amour.
A
J'ai langui pour un infenfible ;
Ilavů mes honteux défirs
Son indifférence inflexible
Ift le feul prix de mes foupirs.
SirJe n'écoute plus que la haine
20
C
엘
Paifque mon amour ne peut rien.
1:
Dieux , juftes Dieux , vangés ,
ma peine
Par un fupplice égal au mien .
MERCURE. 79
Ses voeux font exaucez : Au bord d'une
Fontaine ,
Narciffe en ce moment , goutoit un doux
repos.
De lui-même une image vaine
Se préfente à lui fous les flots .
Cette beauté l'enchante , avec trouble il
l'adore ;
Il fent naitre en fon coeur des tranſports
inconnus
Illanguit , il brûle , il fou pire ,
Tout plein de cette image , il ne fe connoît
plus.
Veut - il embraffer ce qu'il aime ,
L'eau fe trouble , & l'image fuit ;
Quand elle reparoît , fon plaifir eft extrême
;
En s'approchant encor , fon efpoir fe détruit,
80 LE NOUVEAU
Toujours féparé de lui- même ,
Il s'échappe fans ceffe , & toujours fe
pourſuit.
De moment en moment , dans les veines
a'allume
Un feu qui lui coute le jour ,
De ſes défirs'trahis , la flammeṛle confume ;
Il meurt enfin de douleur & d'amour.
Echo méme gémit d'un ficruel martyre:
J'expire , dit Narciffe
Echo répond
j'expire.
Vole Amour , étend ta puiſſances
Mais n'éxerce point tes rigueurs ,
De cha-que trait que ta main lancel
Bleffe , & charme toujours deux cours.
Amants que l'Amour récompenfe ,
Vos défirs font des biens charmants ,
Mais les défirs fans l'efperance ,
Sont le plus affreux des tourments .
bien voulu s'avouer Auteur de
la Differtation précedente , je
crois que M. de la Motte ne
trouvera pas mauvais que je
révéle ici que la Cantate fuivante
eft de fa façon .
ECHO CANTATE,
Par M. de la Motte.
Nvain la jeune Echo , fodpire pour
E Narciffe ;
Invain au fonds des Bois elle court le chercher
i
L'ingrat fouffre qu'elle languiffe
Et les plus tendres foins ne fçauroient
le toucher.
MERCURE . 77
Partout une tendreffe extrême ,
Attache la Nymphe à ſes pass
Elle hait ce qu'il hait , elle aime ce qu'il
aime';
Le goût de fon Berger , préte à tout mille
appas .
S'il court dans les Forêts , où la chaffe
l'attire
Elle imite le bruit dn Cor ;
S'il touche le Hautbois , la Nymphe qui
l'admire
Sçait lui rendre acord pour acord
Quand du ſon defaflure il enchante Zephire
Alle en read tous les fons,mais plus tendre
cacor,
Bravant l'amour & fon empire
It trop charmé defon repos ,
Un jour l'indifferent s'exprimoit en ces
mots.
En vain tu fais partout triompher ta puife
fance ,
78 LE NOUVEAU
Amour tu ne peux rien fur moi ,
Aimable paix des Coeurs , tranquille indifference
,
Je jure de n'aimer que toi.
Malgré le défefpoir où ce ferment la jette ,
Echolui donne encore fa foi ;
Et de fes chants ingrats la Nymphe lui
repete.
Je jure de n'aimer que toi .
Echo devient plus tendre , & plait moins
chaque jour ,
Elle fuccombe à fon deftin funefte
Et du peu de voix qui lui refte.
Elle preffe le Ciel de vanger fon amour.
A
J'ai langui pour un infenfible ;
Ilavů mes honteux défirs
Son indifférence inflexible
Ift le feul prix de mes foupirs.
SirJe n'écoute plus que la haine
20
C
엘
Paifque mon amour ne peut rien.
1:
Dieux , juftes Dieux , vangés ,
ma peine
Par un fupplice égal au mien .
MERCURE. 79
Ses voeux font exaucez : Au bord d'une
Fontaine ,
Narciffe en ce moment , goutoit un doux
repos.
De lui-même une image vaine
Se préfente à lui fous les flots .
Cette beauté l'enchante , avec trouble il
l'adore ;
Il fent naitre en fon coeur des tranſports
inconnus
Illanguit , il brûle , il fou pire ,
Tout plein de cette image , il ne fe connoît
plus.
Veut - il embraffer ce qu'il aime ,
L'eau fe trouble , & l'image fuit ;
Quand elle reparoît , fon plaifir eft extrême
;
En s'approchant encor , fon efpoir fe détruit,
80 LE NOUVEAU
Toujours féparé de lui- même ,
Il s'échappe fans ceffe , & toujours fe
pourſuit.
De moment en moment , dans les veines
a'allume
Un feu qui lui coute le jour ,
De ſes défirs'trahis , la flammeṛle confume ;
Il meurt enfin de douleur & d'amour.
Echo méme gémit d'un ficruel martyre:
J'expire , dit Narciffe
Echo répond
j'expire.
Vole Amour , étend ta puiſſances
Mais n'éxerce point tes rigueurs ,
De cha-que trait que ta main lancel
Bleffe , & charme toujours deux cours.
Amants que l'Amour récompenfe ,
Vos défirs font des biens charmants ,
Mais les défirs fans l'efperance ,
Sont le plus affreux des tourments .
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10
p. [1903]-1912
PORTRAIT DE L'HOMME.
Début :
Las de perdre le tems à lire des Volumes, [...]
Mots clefs :
Homme, Repos, Âme, Coeur, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE L'HOMME.
PORTRAIT,
ZOON
DE L'HOMME.
As de perdre le tems à lire des Volu
mes ,
Et de gâter fans fin du papier & desi
plumes ,
Pour conferver les yeux que le Ciel t'a donnés
Abandonne , Daphnis , tęs travaux obftinés.
Il vaut mieux déformais embraffer une étude
Qui donne plus de fruit & moins d'inquiétude
A ij Les
1904 MERCURE DE FRANCE
Les Auteurs ont des fens où l'on ne peut entrer
Et des nuits que l'efprit ne fçauroit penetrer ;
Plus on devient fçavant , plus on eft plein de
doutes ;
On s'égare enchemin , pour avoir tro p de routes
Et loin de parvenir jufqu'à la verité ,
On s'éloigne , on fe perd à force de clarté.
Permets que l'homme feul foit l'objet de tes veilles
;
Contemple la Nature , admires ſes merveilles
Et comparant enſemble & fes biens & ſes maux
Juge de fa grandeur même par fes défauts.
Je vais , pour applanir cette rude carriere ,
T'ébaucher de mes Vers l'importante matiere,
L'homme eft un noeud fubtil , dont fans un grand
Lecours ,
€
On ne peut demêler les plis & les detours ;;
On ne fçauroit à fond tracer fon caractere ;
Tout au dedans eft nuit , tout au dehors mistere;
Il fe cherche , il s'évite , il s'aime , il fe deplaît ,
Et lorfqu'il s'examine , il ne fçait ce qu'il eft.
Il fent bien toutes fois que dans fon ame impure
It conferve l'inftinct d'une heureuſe nature >
fes momens reveillent tous dans fon coeur
que
Les reftes d'un état qui fut plein de bonheur.
Rien ne peut arracher du ſein de fa mémoire
Les marques du débris de fa premiere gloire ;
Un veftige leger , un fillon délicat
Lui préfente toujours l'ombre de cet étag ;
Et
Ses
SEPTEMBRE. 1730. 1905
Ses fens ingénieux à réparer fa perte
Font paffer mille objets dans fon ame deferte
Joindre à fon Etre feul tous les Etres divers ,
Et dans ce petit monde entrer tout l'Univers .
Mais par Les
propres fens , fon ame mal fervic
Ne trouve point de bien qui borne ſon envie.
Ils ont beau fe charger de la Terre & des Cieux
Pour tâcher de remplir ce vuide ſpacieux ,
Tout ce qui n'eft pas Dieu la laiffe toujours vuide
,
Et n'éteint point l'ardeur de fon défir avide :
Cette foif l'accompagne en tous lieux , en tous
tems
Et fes vaftes fouhaits ne font jamais contens.
Cependant, engagé dans une erreur extrême ,
Il fe croit tout rempli quand il l'eft de lui -même,'
Et que fa vanité par un foin decevant
Le fait grand à fes yeux & le groffit de vent.
Les Titres faftueux qu'il ente fur fon Etre
Lui cachent fa nature & le font méconnoître ;
C'eſt un maſque trompeur dont il fe contrefait ,
Et ce mafque eft pourtant ce qui le fatisfait.
On le voit quelquefois , erigeant fon idole ,
Promener fes grands noms de l'un à l'autre Pole
Et fans nul autre droit vouloir être adoré
De quiconque à fes yeux n'en eft pas honoré.
Mais qu'il tranche du grand , & qu'il faffe l'habile
,
D'abaiffer fa hauteur il n'eft que trop facile.
A j Qu'il
1906 MERCURE DE FRANCE
Qu'il porte fes regards dans cette immenſe Tour
Que le Soleil décrit en nous donnant le jour ;
Qu'il meſure des yeux ces machines roulantes
Qu'un luftre mandié rend claires & brillantes ,
Et qu'il compare enfin fous des yeux mieux ouverts
Ce qu'il a de matiere avec tout l'Univers ,
Que pourra - t'il alors à lui-même paroître
Qu'un âtome englouti dans l'ocean de l'être ?
Et qu'un ciron flottant entre le rien & Dieu
Dont la bonté l'a mis dans ce vafte milieu ?
Cet atôme orgueilleux , aidé d'autres atomes
Peut changer , dira-t'on , la face des Royaumes ,
Et quand rien ne s'oppofe à fon defir altier
On le voit décider du fort du monde entier.
Oui ; mais que fon pouvoir eft leger & fragile !
Un petit grain de fable , une vapeur fubtile ,
Que les yeux les plus fins ont peine à demêler ,
L'abat en un inftant , ou le fait chanceler.
C'eft en vain qu'élevé dans une haute place
Il brave des Deftins la fecrette menace ;
Une grimace , un mot le peut à tout propos
Enlever aux douceurs du plus profond repos.
Un fot que la Fortune a tiré de la bouë ,
Pour le faire monter au plus haut de ſa Rouë
Jure qu'il peut aller , fans changer de couleur ,
Du faîte de la gloire au comble du malheur ;
Mais fide l'embraffer la Fortune fe laffe ,
S'il
SEPTEMBRE. 1730. 1907
S'il fe voit accueilli de la moind re difgrace ,
Sa conftance peu propre à fouffrir un revers
Met fon coeur à la gêne , & ſa tête à l'envers. !
De quelque fermeté que l'homme foit capable
Un foufle le remuë , un accident l'accable ;
Il ne paroît conſtant dans ſa force d'efprit
Que dans des tems heureux , & lorfque tout lu
rit.
Pour fufpendre l'effort du plus rare génie ,
Je ne demande pas une force infinie ;
Tout ce qui vient heurter à la porte des fens
Peut rendre fes travaux ou vains ou languiffans;
Le voilà fur le point d'enfanter un miracle ;
Eh bien ! un Moucheron fans peine y met obſtacle
,
Et fon bourdonnement démontant fa raifon
L'oblige de quitter fa plume & fa maiſon .
Une ombre qui fuccede au faux jour qui l'éclaire
Le privant de l'aſpect de l'étoile Polaire ,
Il ne va qu'à tatons dans ſes raiſonnemens ;
L'amour propre toujours regle fes fentimens ;
Loin qu'un plaifir extrême arrête ſa pourſuite ,
Au lieu de s'y fixer , il en aime la fuite ,
Et les Jeux & les Ris ne lui font de beaux jours
Que parceque leur tems ne dure pas toujours.
Quand la douceur chez lui fans intervale abonde
,
Il ne fent point de gout au Nectar qui l'inonde
Un éclat vif & long importune fes yeux ,
A iiij
Un
1908 MERCURE DE FRANCE
Un chemin tout uni lui devient ennuyeux ;
Il veut trouver du haut & du bas dans la vie ;
Il veut que la clarté foit des ombres ſuivie ;
Et qu'un peu de travail ſe mêle à ſes plaifirs
,
Pour ranimer l'ardeur de fes mourans défirs.
Son coeur dans le repos ne trouve point de charmes
>
S'il n'eft le fruit tardif du trouble & des allarmes
,
Et la gloire pour lui ne peut avoir d'appas ,
S'il ne la voit briller au milieu des Combats.
Plus vite qu'un éclair , fans ceffe il paffe , il
erre ,
Du fouhait au dégoût , de la paix à la guerre ,
Le moindre paffe- temps étourdit fes regrets ,
Et le plus foible ennui rend fes plaifirs muets.
Un abord imprévu le releve ou l'opprime ;
Un trait inopiné le tue ou le ranime ;
Sa joye & fes plaifirs naiffent prefque de rien ,
peu de chofe fait ou fon mal ou fon bien .
Le jeune Licidas , vient de perdre ſa mere ;
Cette perte lui caufe une douleur amere :
Il eſt pâle , défait , il pouffe des fanglots ,
Et répand jour & nuit des larmes à grands
Et
flots ;
Si bien - tôt le hazard excite une cohuë
Qui l'oblige en paffant de détourner la vuë.
Ce foible amuſement fait taire fa douleur
Et
SEPTEMBRE. 1730. 1909
Et redonne à fon teint fa premiere couleur.
L'homme en fes changemens eft plus prompt
que la flamme ;
Il ne faut que toucher un reffort de fon ame ;
A cette heure'il eft doux , à cette autre il s'aid
grit ,
D'où lui vient cette humeur ? d'un petit tour
d'eſprit ;
Une fombre penfée , un bizare caprice ,
Altere fon vifage & le met au fupplice ;
Il n'eft point de penfée , il n'eft point de def
fein ,
Qu'un ombrage leger ne dérange foudain .
Il a beau confulter une glace polie ,
Il ne s'y voit jamais fans trouble & fans fo
lie
›
Et s'il découvre en lui quelqu'infenfible trait ,
D'une haute fageffe & d'un repos parfait ,
Sa raison dont la vuë en mille lieux guidée ,
Ne trouve point d'état fortable à cette idée ,
Reconnoît que fon coeur , dans les plus heureux
temps , (
Jouit d'une fortune expofées à equs vens.
Mais fon orgueil dément par fa délicateffe
L'aveu de fa raifon fur fa propre foibleffe
2
Et faſcinant les yeux par un charme trom
peur ,
Lui déguiſe un phantofme en folide bonheur,
Pour faire évanouir cette vaine chimere ,
A v E&
1910 MERCURE DE FRANCE
Et rendre à fes regards l'horreur de fa mifere
;
Il n'a qu'à rappeller la fuite de les jours ,
Et fe fuivre lui même en leur rapide cours ,
Il n'apporte en naiffant ni force ni fcience ,
Et fans en acquerir , il paffe fon enfance ;
La jeuneffe les livre à cent tyrans divers ,
Dont l'adreffe s'applique à lui cacher fes fers ;
Dans cet état fleuri fon coeur , fans le cons
noîrre ,
Change infenfiblement de prifon & de Maître
,
Et ne pouvant fouffrir qu'on lui faffe la Loi ,
Il obéït toujours , & n'eſt jamais à ſoi.
La colere l'émeût , le plaifir le chatouille ;
La vanité le flatte , & l'intrigue le broüille ;
Il s'éleve , il defcend , il s'écarte , il revient ;
A peine en même affiete uue heure le contient ;
Par la rapidité d'une invincible pente ;
Il fe laiffe entraîner vers l'objet qui le tente
Et donnant tout aux fens qu'il nourrit de
poiſon ,
Il prend ce qu'il lui plaît pour la droite raifon.
Que de faux préjugez , dans fon ame fé
duite ,
S'érigent fierement en régles de conduite !
Que d'épaiffes erreurs , & que d'entêtemens
Dérobent fa défaite aux plus forts argumens !
Il marche fans repos dans une nuit profonde ;
Il
SEPTEMBRE . 1730. 1911
Il flotte au gré des vens dans la Mer de ce
mónde
;
Tout eft écueil pour lui , tout lui fait avoüer
Qu'au moindre fort contraire il eft prêt d'é
chotier.
Quand il eft parvenu dans l'extrême vieilleffe ,
Ses défirs impuiffans atteſtent ſa foibleffe ;
Et de leurs doux objets ſe ſentant déſunir ;
Il s'y rattache encor par le reffouvenir.
Mais la Parque s'apprête à lever la barriere ;
Elle lui vient ouvrir une obfcure carriere ,
Dont l'immenſe étendue eft une éternité ,
Ou de malheurs affreux , ou de felicité.
Comment , regarde- t'il eft dangereux paffage
?
Quels Dieux invoque-t-il pour détourner l'orage
?
Helas prefque toujours on voit qu'en
étourdi ,
>
Faifant contre le Ciel le brave & le hardi ,
Et s'étant raffuré par ce vain artifice ,
La main devant les yeux , il court au préci
pice ,
Et d'un air intrépide , & fans étonnement ,
Va tenter le hazard de cet évenement.
C'eft de cette façon que l'homme Philofo
phe ,
Des malheurs de fa vie ourdit la Cataftrophe
,
Et que fans redouter fon Auteur ni fa fin ,
A vj
Il
1912 MERCURE DE FRANCE
Il fe livre aux rigueurs de fon dernier deftin.
Crains , Daphnis , d'encourir ce terrible défaſtre
;
La foi pour l'éviter nous fert de Phare &
d'Aftre ,
Elle démafqué l'homme & fon divin pinceau ,
Lui fait de fa nature un fidele Tableau.
Je devois l'emprunter pour t'en tracer l'image
;
Mais à ce foible effai , je borne mon ouvrage
,
Et je laiffe à ta main capable de travail ,
Le foin d'entrer un jour dans un plus long
détail.
Androl. Celeftin , âge de 87. ans.
ZOON
DE L'HOMME.
As de perdre le tems à lire des Volu
mes ,
Et de gâter fans fin du papier & desi
plumes ,
Pour conferver les yeux que le Ciel t'a donnés
Abandonne , Daphnis , tęs travaux obftinés.
Il vaut mieux déformais embraffer une étude
Qui donne plus de fruit & moins d'inquiétude
A ij Les
1904 MERCURE DE FRANCE
Les Auteurs ont des fens où l'on ne peut entrer
Et des nuits que l'efprit ne fçauroit penetrer ;
Plus on devient fçavant , plus on eft plein de
doutes ;
On s'égare enchemin , pour avoir tro p de routes
Et loin de parvenir jufqu'à la verité ,
On s'éloigne , on fe perd à force de clarté.
Permets que l'homme feul foit l'objet de tes veilles
;
Contemple la Nature , admires ſes merveilles
Et comparant enſemble & fes biens & ſes maux
Juge de fa grandeur même par fes défauts.
Je vais , pour applanir cette rude carriere ,
T'ébaucher de mes Vers l'importante matiere,
L'homme eft un noeud fubtil , dont fans un grand
Lecours ,
€
On ne peut demêler les plis & les detours ;;
On ne fçauroit à fond tracer fon caractere ;
Tout au dedans eft nuit , tout au dehors mistere;
Il fe cherche , il s'évite , il s'aime , il fe deplaît ,
Et lorfqu'il s'examine , il ne fçait ce qu'il eft.
Il fent bien toutes fois que dans fon ame impure
It conferve l'inftinct d'une heureuſe nature >
fes momens reveillent tous dans fon coeur
que
Les reftes d'un état qui fut plein de bonheur.
Rien ne peut arracher du ſein de fa mémoire
Les marques du débris de fa premiere gloire ;
Un veftige leger , un fillon délicat
Lui préfente toujours l'ombre de cet étag ;
Et
Ses
SEPTEMBRE. 1730. 1905
Ses fens ingénieux à réparer fa perte
Font paffer mille objets dans fon ame deferte
Joindre à fon Etre feul tous les Etres divers ,
Et dans ce petit monde entrer tout l'Univers .
Mais par Les
propres fens , fon ame mal fervic
Ne trouve point de bien qui borne ſon envie.
Ils ont beau fe charger de la Terre & des Cieux
Pour tâcher de remplir ce vuide ſpacieux ,
Tout ce qui n'eft pas Dieu la laiffe toujours vuide
,
Et n'éteint point l'ardeur de fon défir avide :
Cette foif l'accompagne en tous lieux , en tous
tems
Et fes vaftes fouhaits ne font jamais contens.
Cependant, engagé dans une erreur extrême ,
Il fe croit tout rempli quand il l'eft de lui -même,'
Et que fa vanité par un foin decevant
Le fait grand à fes yeux & le groffit de vent.
Les Titres faftueux qu'il ente fur fon Etre
Lui cachent fa nature & le font méconnoître ;
C'eſt un maſque trompeur dont il fe contrefait ,
Et ce mafque eft pourtant ce qui le fatisfait.
On le voit quelquefois , erigeant fon idole ,
Promener fes grands noms de l'un à l'autre Pole
Et fans nul autre droit vouloir être adoré
De quiconque à fes yeux n'en eft pas honoré.
Mais qu'il tranche du grand , & qu'il faffe l'habile
,
D'abaiffer fa hauteur il n'eft que trop facile.
A j Qu'il
1906 MERCURE DE FRANCE
Qu'il porte fes regards dans cette immenſe Tour
Que le Soleil décrit en nous donnant le jour ;
Qu'il meſure des yeux ces machines roulantes
Qu'un luftre mandié rend claires & brillantes ,
Et qu'il compare enfin fous des yeux mieux ouverts
Ce qu'il a de matiere avec tout l'Univers ,
Que pourra - t'il alors à lui-même paroître
Qu'un âtome englouti dans l'ocean de l'être ?
Et qu'un ciron flottant entre le rien & Dieu
Dont la bonté l'a mis dans ce vafte milieu ?
Cet atôme orgueilleux , aidé d'autres atomes
Peut changer , dira-t'on , la face des Royaumes ,
Et quand rien ne s'oppofe à fon defir altier
On le voit décider du fort du monde entier.
Oui ; mais que fon pouvoir eft leger & fragile !
Un petit grain de fable , une vapeur fubtile ,
Que les yeux les plus fins ont peine à demêler ,
L'abat en un inftant , ou le fait chanceler.
C'eft en vain qu'élevé dans une haute place
Il brave des Deftins la fecrette menace ;
Une grimace , un mot le peut à tout propos
Enlever aux douceurs du plus profond repos.
Un fot que la Fortune a tiré de la bouë ,
Pour le faire monter au plus haut de ſa Rouë
Jure qu'il peut aller , fans changer de couleur ,
Du faîte de la gloire au comble du malheur ;
Mais fide l'embraffer la Fortune fe laffe ,
S'il
SEPTEMBRE. 1730. 1907
S'il fe voit accueilli de la moind re difgrace ,
Sa conftance peu propre à fouffrir un revers
Met fon coeur à la gêne , & ſa tête à l'envers. !
De quelque fermeté que l'homme foit capable
Un foufle le remuë , un accident l'accable ;
Il ne paroît conſtant dans ſa force d'efprit
Que dans des tems heureux , & lorfque tout lu
rit.
Pour fufpendre l'effort du plus rare génie ,
Je ne demande pas une force infinie ;
Tout ce qui vient heurter à la porte des fens
Peut rendre fes travaux ou vains ou languiffans;
Le voilà fur le point d'enfanter un miracle ;
Eh bien ! un Moucheron fans peine y met obſtacle
,
Et fon bourdonnement démontant fa raifon
L'oblige de quitter fa plume & fa maiſon .
Une ombre qui fuccede au faux jour qui l'éclaire
Le privant de l'aſpect de l'étoile Polaire ,
Il ne va qu'à tatons dans ſes raiſonnemens ;
L'amour propre toujours regle fes fentimens ;
Loin qu'un plaifir extrême arrête ſa pourſuite ,
Au lieu de s'y fixer , il en aime la fuite ,
Et les Jeux & les Ris ne lui font de beaux jours
Que parceque leur tems ne dure pas toujours.
Quand la douceur chez lui fans intervale abonde
,
Il ne fent point de gout au Nectar qui l'inonde
Un éclat vif & long importune fes yeux ,
A iiij
Un
1908 MERCURE DE FRANCE
Un chemin tout uni lui devient ennuyeux ;
Il veut trouver du haut & du bas dans la vie ;
Il veut que la clarté foit des ombres ſuivie ;
Et qu'un peu de travail ſe mêle à ſes plaifirs
,
Pour ranimer l'ardeur de fes mourans défirs.
Son coeur dans le repos ne trouve point de charmes
>
S'il n'eft le fruit tardif du trouble & des allarmes
,
Et la gloire pour lui ne peut avoir d'appas ,
S'il ne la voit briller au milieu des Combats.
Plus vite qu'un éclair , fans ceffe il paffe , il
erre ,
Du fouhait au dégoût , de la paix à la guerre ,
Le moindre paffe- temps étourdit fes regrets ,
Et le plus foible ennui rend fes plaifirs muets.
Un abord imprévu le releve ou l'opprime ;
Un trait inopiné le tue ou le ranime ;
Sa joye & fes plaifirs naiffent prefque de rien ,
peu de chofe fait ou fon mal ou fon bien .
Le jeune Licidas , vient de perdre ſa mere ;
Cette perte lui caufe une douleur amere :
Il eſt pâle , défait , il pouffe des fanglots ,
Et répand jour & nuit des larmes à grands
Et
flots ;
Si bien - tôt le hazard excite une cohuë
Qui l'oblige en paffant de détourner la vuë.
Ce foible amuſement fait taire fa douleur
Et
SEPTEMBRE. 1730. 1909
Et redonne à fon teint fa premiere couleur.
L'homme en fes changemens eft plus prompt
que la flamme ;
Il ne faut que toucher un reffort de fon ame ;
A cette heure'il eft doux , à cette autre il s'aid
grit ,
D'où lui vient cette humeur ? d'un petit tour
d'eſprit ;
Une fombre penfée , un bizare caprice ,
Altere fon vifage & le met au fupplice ;
Il n'eft point de penfée , il n'eft point de def
fein ,
Qu'un ombrage leger ne dérange foudain .
Il a beau confulter une glace polie ,
Il ne s'y voit jamais fans trouble & fans fo
lie
›
Et s'il découvre en lui quelqu'infenfible trait ,
D'une haute fageffe & d'un repos parfait ,
Sa raison dont la vuë en mille lieux guidée ,
Ne trouve point d'état fortable à cette idée ,
Reconnoît que fon coeur , dans les plus heureux
temps , (
Jouit d'une fortune expofées à equs vens.
Mais fon orgueil dément par fa délicateffe
L'aveu de fa raifon fur fa propre foibleffe
2
Et faſcinant les yeux par un charme trom
peur ,
Lui déguiſe un phantofme en folide bonheur,
Pour faire évanouir cette vaine chimere ,
A v E&
1910 MERCURE DE FRANCE
Et rendre à fes regards l'horreur de fa mifere
;
Il n'a qu'à rappeller la fuite de les jours ,
Et fe fuivre lui même en leur rapide cours ,
Il n'apporte en naiffant ni force ni fcience ,
Et fans en acquerir , il paffe fon enfance ;
La jeuneffe les livre à cent tyrans divers ,
Dont l'adreffe s'applique à lui cacher fes fers ;
Dans cet état fleuri fon coeur , fans le cons
noîrre ,
Change infenfiblement de prifon & de Maître
,
Et ne pouvant fouffrir qu'on lui faffe la Loi ,
Il obéït toujours , & n'eſt jamais à ſoi.
La colere l'émeût , le plaifir le chatouille ;
La vanité le flatte , & l'intrigue le broüille ;
Il s'éleve , il defcend , il s'écarte , il revient ;
A peine en même affiete uue heure le contient ;
Par la rapidité d'une invincible pente ;
Il fe laiffe entraîner vers l'objet qui le tente
Et donnant tout aux fens qu'il nourrit de
poiſon ,
Il prend ce qu'il lui plaît pour la droite raifon.
Que de faux préjugez , dans fon ame fé
duite ,
S'érigent fierement en régles de conduite !
Que d'épaiffes erreurs , & que d'entêtemens
Dérobent fa défaite aux plus forts argumens !
Il marche fans repos dans une nuit profonde ;
Il
SEPTEMBRE . 1730. 1911
Il flotte au gré des vens dans la Mer de ce
mónde
;
Tout eft écueil pour lui , tout lui fait avoüer
Qu'au moindre fort contraire il eft prêt d'é
chotier.
Quand il eft parvenu dans l'extrême vieilleffe ,
Ses défirs impuiffans atteſtent ſa foibleffe ;
Et de leurs doux objets ſe ſentant déſunir ;
Il s'y rattache encor par le reffouvenir.
Mais la Parque s'apprête à lever la barriere ;
Elle lui vient ouvrir une obfcure carriere ,
Dont l'immenſe étendue eft une éternité ,
Ou de malheurs affreux , ou de felicité.
Comment , regarde- t'il eft dangereux paffage
?
Quels Dieux invoque-t-il pour détourner l'orage
?
Helas prefque toujours on voit qu'en
étourdi ,
>
Faifant contre le Ciel le brave & le hardi ,
Et s'étant raffuré par ce vain artifice ,
La main devant les yeux , il court au préci
pice ,
Et d'un air intrépide , & fans étonnement ,
Va tenter le hazard de cet évenement.
C'eft de cette façon que l'homme Philofo
phe ,
Des malheurs de fa vie ourdit la Cataftrophe
,
Et que fans redouter fon Auteur ni fa fin ,
A vj
Il
1912 MERCURE DE FRANCE
Il fe livre aux rigueurs de fon dernier deftin.
Crains , Daphnis , d'encourir ce terrible défaſtre
;
La foi pour l'éviter nous fert de Phare &
d'Aftre ,
Elle démafqué l'homme & fon divin pinceau ,
Lui fait de fa nature un fidele Tableau.
Je devois l'emprunter pour t'en tracer l'image
;
Mais à ce foible effai , je borne mon ouvrage
,
Et je laiffe à ta main capable de travail ,
Le foin d'entrer un jour dans un plus long
détail.
Androl. Celeftin , âge de 87. ans.
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Résumé : PORTRAIT DE L'HOMME.
Le texte 'Portrait, Zoön de l'Homme' examine la nature humaine complexe et contradictoire. L'auteur suggère de se concentrer sur l'étude de l'homme plutôt que de lire des ouvrages inutiles. Il observe que plus on acquiert de connaissances, plus on est rempli de doutes et on risque de s'égarer. L'homme est comparé à un nœud subtil, difficile à démêler, se cherchant et s'évitant à la fois. Il est sujet à des sentiments contradictoires, s'aimant et se déplaisant, et ignorant sa propre nature lorsqu'il s'examine. L'homme conserve un instinct de nature heureuse, mais ses sens ingénieux ne trouvent pas de bien qui satisfait son envie. Il est perpétuellement insatisfait et trompé par sa vanité. Il se croit grand et utilise des masques trompeurs pour se contrefaire. Bien qu'il puisse influencer le sort du monde, son pouvoir est fragile et peut être renversé par des accidents mineurs. L'homme est inconstant et changeant, passant rapidement du bonheur au malheur. Il est sujet à des humeurs capricieuses et trouve du charme dans le trouble et les alarmes. Sa raison est souvent troublée par des pensées légères. L'auteur conclut en recommandant la foi comme moyen d'éviter les malheurs de la vie et de tracer un portrait fidèle de la nature humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1650-1653
LES CHARMES DU SOMMEIL, CANTATE.
Début :
Cessez, aimables jeux, cessez, charmants plaisirs, [...]
Mots clefs :
Aimable, Bonheur, Sommeil, Repos, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES CHARMES DU SOMMEIL, CANTATE.
LES CHARMES DU SOMMEIL ,
CANTAT E.
Essez, aimables jeux , cessez ,charmants plaisirs
,
De vouloir dissiper l'ennui qui me dévore :
Vos soins flatteurs irritent mes soupirs,
Le sort m'a separé de l'objet que j'adore ,
Vos appas ne sçauroient exciter mes desirs :
C'est bien assés que je respire encore.
1
Toi qui sçais , par un songe aimable ,
Du sort adoucir la rigueur >
Et par une erreur agréable ,
Donner l'image du bonheur ,
Sommeil , fais à mon triste coeur
Goûter ce repos désirable.
1
Pour réparer les maux affreux
Dont toujours m'accable l'absence ;
Fais-moi jouir de la présence
De l'Objet de mes tendres voeux :
Viens m'assurer que sa constance
Egale celle de mes feux !
Toi
JUILLET.
1731. 1651
Toi qui sçais , par un songe aimable &c.
Tu m'entens ? tes Pavots se glissent dans mes
veines !
Eh quoy ? j'oublie en cet instant mes
peines !
Quel bonheur imprevu vient calmer mes tourmens
?
Où suis- je ? à mes regards Delphire se présente
Qu'elle a d'attraits , de graces , d'agré
ments ? 靠
Venus sortant des Eaux n'étoit pas si brillante
A tant de charmes ravissants
Si jusqu'ici mon coeur avoit été rebelle
Ah ! qu'il lui seroit doux , en cet heureux moment
,
De voler au devant d'une chaîne si belle
Sur ses pas , les fleurs et les fruits
S'empressent , à l'envi , d'éclore
De même qu'à l'aspect de Flore ,
Ou de Pomone , ils sont produits .
Les graces , les ris , la jeunesse ,
Qui la prennent pour leur Déesse ;
Par leurs danses , et par leurs jeux ,
Célebrent son retour heureux ,
Sur ces pas , les fleurs et les fruits &c .
Bij Elle
1652 MERCURE DE FRANCE
Elle approche , Bergers, du son de vos Musettes,
Ne faites plus retentir ces retraittes ;
Rossignols , cessez vôtre chant ;
Ruisseaux , murmurés doucement ;
Zephirs , n'agitez plus les fleurs de ces prairies !
Que tout respecte mon sommeil :
Qu'on ne m'enleve point , par un triste reveil ,'
Les douceurs infinies ,
Que me procure un précieux moment.
Helas ! mon aimable Sylvandre
Me dit-elle , sur moi , jettant un regard tendre ;
souffres pas seul un rigoureux tourment :
Depuis que le Destin barbare
Tu ne
Si cruellement nous sépare
Mes yeux n'ont pas cessé de répandre des pleurs
Loin d'apprendre tes maux avec indifference ,
Ton prompt retour et ta présence
Pourront seuls finir mes douleurs.
Triomphe, ta gloire est extrême:
Sommeil , que tes plaisirs sont doux?
L'amour doit en être jaloux ,
Il n'est pas plus charmant lui-même ;
Si tes biens durent peu d'instants,
S'ils ne sont qu'un flatteur mensonge;
Ceux d'amour passent comme un songe,
Et ne durent pas plus longtems.
TriomJUILLET.
1853
1731 .
Triomphe , ta gloire est extrême,
Lors même que ses injustices
Nous accablent de maux affreux ;
Malgré lui , malgré ses caprices ,
Tu peux encore nous rendre heureux,
Triomphe, ta gloire est extrême &c,
Par M. de Morand : mise en Musique
par M. la Combe Desroziers , Maître de
Musique de l'Académie d'Arles .
CANTAT E.
Essez, aimables jeux , cessez ,charmants plaisirs
,
De vouloir dissiper l'ennui qui me dévore :
Vos soins flatteurs irritent mes soupirs,
Le sort m'a separé de l'objet que j'adore ,
Vos appas ne sçauroient exciter mes desirs :
C'est bien assés que je respire encore.
1
Toi qui sçais , par un songe aimable ,
Du sort adoucir la rigueur >
Et par une erreur agréable ,
Donner l'image du bonheur ,
Sommeil , fais à mon triste coeur
Goûter ce repos désirable.
1
Pour réparer les maux affreux
Dont toujours m'accable l'absence ;
Fais-moi jouir de la présence
De l'Objet de mes tendres voeux :
Viens m'assurer que sa constance
Egale celle de mes feux !
Toi
JUILLET.
1731. 1651
Toi qui sçais , par un songe aimable &c.
Tu m'entens ? tes Pavots se glissent dans mes
veines !
Eh quoy ? j'oublie en cet instant mes
peines !
Quel bonheur imprevu vient calmer mes tourmens
?
Où suis- je ? à mes regards Delphire se présente
Qu'elle a d'attraits , de graces , d'agré
ments ? 靠
Venus sortant des Eaux n'étoit pas si brillante
A tant de charmes ravissants
Si jusqu'ici mon coeur avoit été rebelle
Ah ! qu'il lui seroit doux , en cet heureux moment
,
De voler au devant d'une chaîne si belle
Sur ses pas , les fleurs et les fruits
S'empressent , à l'envi , d'éclore
De même qu'à l'aspect de Flore ,
Ou de Pomone , ils sont produits .
Les graces , les ris , la jeunesse ,
Qui la prennent pour leur Déesse ;
Par leurs danses , et par leurs jeux ,
Célebrent son retour heureux ,
Sur ces pas , les fleurs et les fruits &c .
Bij Elle
1652 MERCURE DE FRANCE
Elle approche , Bergers, du son de vos Musettes,
Ne faites plus retentir ces retraittes ;
Rossignols , cessez vôtre chant ;
Ruisseaux , murmurés doucement ;
Zephirs , n'agitez plus les fleurs de ces prairies !
Que tout respecte mon sommeil :
Qu'on ne m'enleve point , par un triste reveil ,'
Les douceurs infinies ,
Que me procure un précieux moment.
Helas ! mon aimable Sylvandre
Me dit-elle , sur moi , jettant un regard tendre ;
souffres pas seul un rigoureux tourment :
Depuis que le Destin barbare
Tu ne
Si cruellement nous sépare
Mes yeux n'ont pas cessé de répandre des pleurs
Loin d'apprendre tes maux avec indifference ,
Ton prompt retour et ta présence
Pourront seuls finir mes douleurs.
Triomphe, ta gloire est extrême:
Sommeil , que tes plaisirs sont doux?
L'amour doit en être jaloux ,
Il n'est pas plus charmant lui-même ;
Si tes biens durent peu d'instants,
S'ils ne sont qu'un flatteur mensonge;
Ceux d'amour passent comme un songe,
Et ne durent pas plus longtems.
TriomJUILLET.
1853
1731 .
Triomphe , ta gloire est extrême,
Lors même que ses injustices
Nous accablent de maux affreux ;
Malgré lui , malgré ses caprices ,
Tu peux encore nous rendre heureux,
Triomphe, ta gloire est extrême &c,
Par M. de Morand : mise en Musique
par M. la Combe Desroziers , Maître de
Musique de l'Académie d'Arles .
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Résumé : LES CHARMES DU SOMMEIL, CANTATE.
Le texte 'Les Charmes du Sommeil' est une œuvre poétique exprimant le désir de l'auteur de trouver du repos et du réconfort dans le sommeil. L'auteur rejette les plaisirs et les jeux, car il est séparé de l'être aimé. Il invoque le sommeil pour adoucir sa souffrance et lui offrir un songe agréable où il pourrait jouir de la présence de Delphire, l'être aimé. Dans ce songe, Delphire apparaît resplendissante de charmes et de grâce. L'auteur imagine un monde où les fleurs et les fruits s'épanouissent à son approche, célébrant son retour. Delphire exprime son tourment et son désir de revoir l'auteur, affirmant que seul son retour pourra finir ses douleurs. Le texte oppose les plaisirs éphémères du sommeil à ceux de l'amour, soulignant que les biens du sommeil, bien que doux, ne durent qu'un instant. Cependant, le sommeil est présenté comme une source de triomphe et de bonheur, capable de rendre heureux malgré les injustices et les caprices de l'amour. L'œuvre est mise en musique par M. la Combe Desroziers, Maître de Musique de l'Académie d'Arles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 1928-1929
LE BAUDET ET LA JUMENT. FABLE.
Début :
Certain Baudet ambitieux, [...]
Mots clefs :
Baudet, Jument, Présomption , Conditions, Souche, Quinteux, Repos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BAUDET ET LA JUMENT. FABLE.
LE BAUDET ET LA JUMENT.
FABLE .
Certain Baudet ambitieux ,
Voulant établir sa noblesse ,
Vint offrir ses soins et ses voeux ;
'A Matrona , Jument que l'on nommoit Duchesse
( Duchesse par dérision
€
De sa vaine présomption. )
Il prit la résolution ,
De s'unir avec elle
Femme , disoit- il , d'un tel nom ,
Va changer ma condition
Et distinguer ma parentelle ;
Je puis faisant souche nouvelle ,
Avoir Mulets , non des Asnons ,
Casque en visiere et plume en tête .
Ils leveront la crête ,
Et porteront Caparagons ,)
Des Ecussons ,
Feront grand bruit , grands carillons ;
Auront des Charges dans l'Armée ,
Cela dit , à sa bien - aimée ,
Propose la conjonction ;
Martin est bien reçû , lors la conclusion
Se
A OUST. 3929 1731.
Se fait dans le même intervale ;
Baudet épouse la Cavalle ,
Ont ensemble petits Mulets ,
Mulet aîné , Mulets cadets ,
Aussi sots que leur pere ,
Et plus vains que leur mere
D'esprit quinteux ,
Tétus , hargneux ,
En trahison donnant ruades .
Faisant mille incartades ;
Mere et Mulets n'avoient que du mépris ,
Pour le papa Baudet , le meilleur des maris ,
S'il veut décider d'une affaire ,
Duchesse le fait taire ,
Lui disant , taisez - vous , Baudet ,
Laissez parler mon fils Mulet ,
Vous raisonnez comme une bête ;
Pauvre Baudet baisse la tête ,
Et maudit cent fois le moment ,
Qu'au lieu d'Anesse il prit Jument ;
Repos vaut mieux qu'honneur et que fortune ;
Qu'un chacun prenne sa chacune.
Van Rigyben,
FABLE .
Certain Baudet ambitieux ,
Voulant établir sa noblesse ,
Vint offrir ses soins et ses voeux ;
'A Matrona , Jument que l'on nommoit Duchesse
( Duchesse par dérision
€
De sa vaine présomption. )
Il prit la résolution ,
De s'unir avec elle
Femme , disoit- il , d'un tel nom ,
Va changer ma condition
Et distinguer ma parentelle ;
Je puis faisant souche nouvelle ,
Avoir Mulets , non des Asnons ,
Casque en visiere et plume en tête .
Ils leveront la crête ,
Et porteront Caparagons ,)
Des Ecussons ,
Feront grand bruit , grands carillons ;
Auront des Charges dans l'Armée ,
Cela dit , à sa bien - aimée ,
Propose la conjonction ;
Martin est bien reçû , lors la conclusion
Se
A OUST. 3929 1731.
Se fait dans le même intervale ;
Baudet épouse la Cavalle ,
Ont ensemble petits Mulets ,
Mulet aîné , Mulets cadets ,
Aussi sots que leur pere ,
Et plus vains que leur mere
D'esprit quinteux ,
Tétus , hargneux ,
En trahison donnant ruades .
Faisant mille incartades ;
Mere et Mulets n'avoient que du mépris ,
Pour le papa Baudet , le meilleur des maris ,
S'il veut décider d'une affaire ,
Duchesse le fait taire ,
Lui disant , taisez - vous , Baudet ,
Laissez parler mon fils Mulet ,
Vous raisonnez comme une bête ;
Pauvre Baudet baisse la tête ,
Et maudit cent fois le moment ,
Qu'au lieu d'Anesse il prit Jument ;
Repos vaut mieux qu'honneur et que fortune ;
Qu'un chacun prenne sa chacune.
Van Rigyben,
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Résumé : LE BAUDET ET LA JUMENT. FABLE.
La fable 'Le Baudet et la Jument' relate l'histoire d'un baudet ambitieux désirant établir sa noblesse en s'unissant à une jument nommée Duchesse, un titre moqueur soulignant sa vanité. Le baudet espère ainsi engendrer des mulets nobles et honorés, aptes à porter des armes et servir dans l'armée. La jument accepte, et leurs mulets naissent. Cependant, ces mulets se révèlent aussi stupides que leur père et plus vains que leur mère. Ils sont caractériels, têtus et hargneux, manquant de respect envers leur père. La jument et ses fils méprisent le baudet, le faisant taire et le rabaissant. Le baudet regrette alors son choix et maudit le moment où il a préféré la jument à une ânesse. La morale de la fable est que le repos vaut mieux que l'honneur et la fortune, et que chacun devrait choisir son partenaire avec sagesse.
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13
p. 981
AIR.
Début :
Voulez-vous me donner la mort, [...]
Mots clefs :
Jalousie, Repos
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texteReconnaissance textuelle : AIR.
** ****
AIR.
VOulez-vous me donner la mort ,
Impitoyable jalousie ,
En troublant nuit etjour le repos de ma vie ?
Je sçaurai bien , sans vous , finir mon tristé sore
L'absence n'est que trop cruelle
Pour un Amant enflammé.
Je mourrai de langueur si j'aime une infidele,
Qu je mourrai d'ennui , quand je serois aimé.
AIR.
VOulez-vous me donner la mort ,
Impitoyable jalousie ,
En troublant nuit etjour le repos de ma vie ?
Je sçaurai bien , sans vous , finir mon tristé sore
L'absence n'est que trop cruelle
Pour un Amant enflammé.
Je mourrai de langueur si j'aime une infidele,
Qu je mourrai d'ennui , quand je serois aimé.
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14
s. p.
LE TRAVAIL. ODE.
Début :
Travail, qui sous un front sévére, [...]
Mots clefs :
Travail, Délivrance, Libre, Divinité, Héros, Repos, Patrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRAVAIL. ODE.
LE TRAVAIL.
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
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Résumé : LE TRAVAIL. ODE.
Le poème 'Le Travail', publié dans le Mercure de France en décembre 1732, célèbre les vertus du travail, le présentant comme un puissant consolateur et un destructeur des vices. Le travail est décrit comme un soutien essentiel des républiques et comme l'auteur de succès héroïques, tant en temps de guerre qu'en temps de paix. Il permet de polir l'image du travail et de rendre hommage à ses attraits. Les dieux récompensent la noble persévérance, et l'homme doit au travail sa délivrance de nombreux maux. Les champs, fertilisés par le travail, comblent les désirs humains, offrant liberté et abondance. Cependant, la richesse et le crédit peuvent être éphémères et trompeurs, souvent sources de vices et d'ennuis. Le travail est comparé à une divinité capable de surmonter la dureté du fer et des roches, méritant des temples dédiés aux héros dont les exemples inspirent. La véritable gloire est acquise par un travail assidu et non par l'indolence. Les humains sont souvent attirés par le nom du travail sans en apprécier les efforts réels, vivant comme Épicure tout en raisonnant comme Zénon. Le poème met en garde contre la mollesse et l'incapacité à exécuter les projets, illustrant cela par l'exemple d'Hercule. Il encourage à utiliser la vigueur des jeunes années pour éviter les remords et la pauvreté, soulignant que l'oisiveté mène à un sort tragique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 2435-2438
Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
Début :
SYSTEME tiré de l'Ecriture Sainte, sur la Durée du Monde, depuis le premier [...]
Mots clefs :
Semaines, Années, Monde, Avènement de Jésus-Christ, Repos, Durée, Fin du monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
SYSTEME tiré dell'Ecriture Sainte
sur la Durée du Monde , depuis le preşiler
Avénement de J. C. -jusqu'à là fin
Brj dés
2436 MERCURE DE FRANCE
des siècles. A Paris chez Huart , rue
S. Jacques in 12. 1733 .
Le dessein de l'Auteur est de nous
apprendre combien d'années le Monde
doit encore durer d'ici au Jugement
dernier. Avant que d'entrer en matiere
il examine une difficulté qu'il prévoit
que le titre de son Livre pourra faire
naître dans l'esprit des Lecteurs. Comment
entreprendre de fixer le nombre des années
de la Durée du Monde , après que J. C.
a prononcé que personne , si ce n'est le Pere
Céleste , ne sçait ni le jour ni l'heure de son
dernier Avénement ? Il fait voir que cette
parole exclut seulement une connoissance
absolument certaine du dernier jour ,
et qu'elle n'ôte à personne la liberté des
conjectures , fondées sur le Texte Sacré ;
et il prouve par l'exemple de plusieurs
Peres , qu'il a toujours été permis dans
l'Eglise d'user de cette liberté.
Il propose ensuite son Systême qui
'donne au Monde 2401. ans de durée
depuis le premier Avénement de J. C.
jusqu'au second. Voici comme il raisonne
pour appuyer cette conjecture. » La
» fin du Monde est le commencement
>> du grand repos dans lequel Dieu doït
>> entrer et faire entrer ses Elûs par le
ia second Avénement de J. C. et ce repos
NOVEMBRE. 1733 2437
celui
que
que
le pre-
» pos , aussi bien
» mier Avénement
a procuré aux ames
» fidelles dans la Loy de grace , étoit
» figuré par les différents Sabbats , ou
» repos des Juifs. Or ces repos , dont
» l'observance
étoit plus rigoureusement
» commandée
aux Juifs , terminoient
» pour la plupart le nombre septénai-
» re , soit de jours , soit de semaines ,
>> soit de mois , soit d'années , soit de » semaines d'années . Il faut donc
que
ce nombre mystérieux
de sept se retrouve
dans la chose figurée , comme
dans la figure ; c'est -à- dire , que le repos
et du premier et du second Avéhement
de J. C. vienne à la suite d'une
révolution
d'années , formé par le nombre
septénaire , depuis une certaine époque
et cette révolution
doit être égale
pour le , premier et pour le second Avés
nement. L'Auteur
prend pour premiere
époque le Déluge , ou plutôt la seconde
année après le Déluge , et comptant
delà jusqu'à la 37. année de J. C. inclusivement
, cet espace lui donne selón
le calcul de quelques Chronologistes
,
2401 ans, qui fone 343 semaines d'années.
Il réduit ces 343 semaines en d'au»
tres semaines , dont chacune est de sepa
semaines d'années. Sept semaines d'années.
2438 MERCURE DE FRANCE
nées font 49. ans. Ainsi une Semaine
composée de sept de ces semaines , fera
343. ans. Il fait ensuite sept semaines
de 343. ans chacune , ce qui lui donne
2401. ans. De toutes ces suppositions il
conclut qu'à compter depuis la 37. an
née de J. C. exclusivement jusqu'au
grand et éternel repos , qui doit commencer
à son second Avenement
doit y avoir 2401. ans. A ce compte,
la fin du Monde n'arrivera que d'ici à
700. ans .
sur la Durée du Monde , depuis le preşiler
Avénement de J. C. -jusqu'à là fin
Brj dés
2436 MERCURE DE FRANCE
des siècles. A Paris chez Huart , rue
S. Jacques in 12. 1733 .
Le dessein de l'Auteur est de nous
apprendre combien d'années le Monde
doit encore durer d'ici au Jugement
dernier. Avant que d'entrer en matiere
il examine une difficulté qu'il prévoit
que le titre de son Livre pourra faire
naître dans l'esprit des Lecteurs. Comment
entreprendre de fixer le nombre des années
de la Durée du Monde , après que J. C.
a prononcé que personne , si ce n'est le Pere
Céleste , ne sçait ni le jour ni l'heure de son
dernier Avénement ? Il fait voir que cette
parole exclut seulement une connoissance
absolument certaine du dernier jour ,
et qu'elle n'ôte à personne la liberté des
conjectures , fondées sur le Texte Sacré ;
et il prouve par l'exemple de plusieurs
Peres , qu'il a toujours été permis dans
l'Eglise d'user de cette liberté.
Il propose ensuite son Systême qui
'donne au Monde 2401. ans de durée
depuis le premier Avénement de J. C.
jusqu'au second. Voici comme il raisonne
pour appuyer cette conjecture. » La
» fin du Monde est le commencement
>> du grand repos dans lequel Dieu doït
>> entrer et faire entrer ses Elûs par le
ia second Avénement de J. C. et ce repos
NOVEMBRE. 1733 2437
celui
que
que
le pre-
» pos , aussi bien
» mier Avénement
a procuré aux ames
» fidelles dans la Loy de grace , étoit
» figuré par les différents Sabbats , ou
» repos des Juifs. Or ces repos , dont
» l'observance
étoit plus rigoureusement
» commandée
aux Juifs , terminoient
» pour la plupart le nombre septénai-
» re , soit de jours , soit de semaines ,
>> soit de mois , soit d'années , soit de » semaines d'années . Il faut donc
que
ce nombre mystérieux
de sept se retrouve
dans la chose figurée , comme
dans la figure ; c'est -à- dire , que le repos
et du premier et du second Avéhement
de J. C. vienne à la suite d'une
révolution
d'années , formé par le nombre
septénaire , depuis une certaine époque
et cette révolution
doit être égale
pour le , premier et pour le second Avés
nement. L'Auteur
prend pour premiere
époque le Déluge , ou plutôt la seconde
année après le Déluge , et comptant
delà jusqu'à la 37. année de J. C. inclusivement
, cet espace lui donne selón
le calcul de quelques Chronologistes
,
2401 ans, qui fone 343 semaines d'années.
Il réduit ces 343 semaines en d'au»
tres semaines , dont chacune est de sepa
semaines d'années. Sept semaines d'années.
2438 MERCURE DE FRANCE
nées font 49. ans. Ainsi une Semaine
composée de sept de ces semaines , fera
343. ans. Il fait ensuite sept semaines
de 343. ans chacune , ce qui lui donne
2401. ans. De toutes ces suppositions il
conclut qu'à compter depuis la 37. an
née de J. C. exclusivement jusqu'au
grand et éternel repos , qui doit commencer
à son second Avenement
doit y avoir 2401. ans. A ce compte,
la fin du Monde n'arrivera que d'ici à
700. ans .
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Résumé : Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'ouvrage 'SYSTEME tiré dell'Ecriture Sainte' publié en 1733 à Paris. L'auteur y développe sa théorie sur la durée du monde depuis la première venue du Christ jusqu'à la fin des siècles. Il aborde la difficulté posée par la parole de Jésus-Christ, qui affirme que seul le Père connaît le jour et l'heure du Jugement dernier. L'auteur soutient que cette parole n'exclut pas les conjectures basées sur les textes sacrés, citant des exemples de Pères de l'Église ayant utilisé cette liberté. L'auteur propose que le monde doit durer 2401 ans depuis la première venue du Christ jusqu'à la seconde. Il associe cette durée à la fin du monde et au commencement du grand repos divin et des élus, symbolisé par les sabbats juifs. Ces sabbats, souvent terminés après des périodes de sept jours, semaines, mois ou années, suggèrent une révolution septénaire. L'auteur choisit comme point de départ la seconde année après le Déluge et compte jusqu'à la 37ème année du Christ, totalisant 2401 ans selon certains chronologistes. Il divise ces années en semaines d'années et conclut que la fin du monde surviendra dans environ 700 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 2878-2879
Jetton frappé pour les Officiers du Guet, [titre d'après la table]
Début :
Le Jetton dont nous donnons ici la Graveure a été frappé depuis peu pour [...]
Mots clefs :
Officiers du guet, Jeton, Castor et Pollux, Repos
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texteReconnaissance textuelle : Jetton frappé pour les Officiers du Guet, [titre d'après la table]
Le Jetton dont nous donnons ici la
Graveure a été frappé depuis peu pour
Mrs les Officiers du Guet. On y voit d'un
côté les Atmes du Comte de Maurepas
Ministre et Sécretaire d'Etat ; ces Officiers
ayant l'honneur d'être dans son Département
; et sur le Revers Castor et
Pollux , tels qu'on les voit representez
sur les Medailles Romaines , à cheval
avec une petite étoile chacun au - dessus
du Casque , et cette Legende ALMA
SIGNA QUIETIS , et dans l'Exe gue ,
OFFICIERS DU GUET 1733 .
,
On ne peut gueres voir de Type d'une
invention plus ingenieuse , et dont l'application
soit plus heureuse. Tout le
monde çait que Castor et Pollux étoient
des Divinitez Titulaires des Romains ,
lesquelles annonçoient leurs victoires , et
II. Vol. assuroicnr
DECEMBRE. 1733. 2879
assuroient le repos de la Ville. Leur constellation
étoit aussi le Symbole de la tranquillité
, sur tout dans la Navigation , ce
qui peut faire encore une juste allusion
avec la Nef que porte dans ses Armes la
Ville de Paris.
Ce Type enfin paroît d'autant mieux
convenir aux Officiers du Guet , que
l'ancien ordre de l'Etoile subsiste encore
dans leur Corps , qui est aussi celui qui
contribue le plus au repos et à la tran
quillité des Citoyens. Arrêté par l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles
Lettres dans l'Assemblée tenue au
Louvre le 22 May 17 33 .
,
SIGNA
QUIET
OFFICIERS DU GUET
1733.
Papell .
Graveure a été frappé depuis peu pour
Mrs les Officiers du Guet. On y voit d'un
côté les Atmes du Comte de Maurepas
Ministre et Sécretaire d'Etat ; ces Officiers
ayant l'honneur d'être dans son Département
; et sur le Revers Castor et
Pollux , tels qu'on les voit representez
sur les Medailles Romaines , à cheval
avec une petite étoile chacun au - dessus
du Casque , et cette Legende ALMA
SIGNA QUIETIS , et dans l'Exe gue ,
OFFICIERS DU GUET 1733 .
,
On ne peut gueres voir de Type d'une
invention plus ingenieuse , et dont l'application
soit plus heureuse. Tout le
monde çait que Castor et Pollux étoient
des Divinitez Titulaires des Romains ,
lesquelles annonçoient leurs victoires , et
II. Vol. assuroicnr
DECEMBRE. 1733. 2879
assuroient le repos de la Ville. Leur constellation
étoit aussi le Symbole de la tranquillité
, sur tout dans la Navigation , ce
qui peut faire encore une juste allusion
avec la Nef que porte dans ses Armes la
Ville de Paris.
Ce Type enfin paroît d'autant mieux
convenir aux Officiers du Guet , que
l'ancien ordre de l'Etoile subsiste encore
dans leur Corps , qui est aussi celui qui
contribue le plus au repos et à la tran
quillité des Citoyens. Arrêté par l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles
Lettres dans l'Assemblée tenue au
Louvre le 22 May 17 33 .
,
SIGNA
QUIET
OFFICIERS DU GUET
1733.
Papell .
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Résumé : Jetton frappé pour les Officiers du Guet, [titre d'après la table]
Un jeton récemment frappé pour les Officiers du Guet présente sur une face les armes du Comte de Maurepas, Ministre et Secrétaire d'État, dont dépendent ces officiers. L'autre face montre Castor et Pollux, divinités tutélaires des Romains, montés sur des chevaux avec une étoile au-dessus de leur casque. La légende latine 'ALMA SIGNA QUIETIS' et l'exergue 'OFFICIERS DU GUET 1733' accompagnent cette représentation. Castor et Pollux symbolisaient les victoires et le repos de la ville, et leur constellation était un symbole de tranquillité, notamment en navigation, en écho à la nef présente dans les armes de la Ville de Paris. L'ordre de l'Étoile, existant parmi les Officiers du Guet, contribue au repos et à la tranquillité des citoyens. L'Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres a validé ce type de jeton lors d'une assemblée au Louvre le 22 mai 1733.
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17
p. 13-16
TRADUCTION en Vers libres de la XIVe Ode du IIe Livre d'Horace : Otium divos rogat in patenti, &c.
Début :
LORSQU'AU milieu de sa carrière [...]
Mots clefs :
Dieux, Repos, Heureux, Guerre, Mort, Destin, Vulgaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION en Vers libres de la XIVe Ode du IIe Livre d'Horace : Otium divos rogat in patenti, &c.
TRADUCTION en Vers libres de la
XIVe Ode du II Livre d'Horace :
Otium divos rogat in patenti , & c.
LORSQU'AU U'AU milieu de la carrière
L'Aftre des nuits dérobe la lumière,
Et que les vents fougueux tyrannifent les flots ;
Le timide Marchand furpris par la tempêre,
14 MERCURE DE FRANCE .
Redoutant les dangers ſuſpendus ſur ſa tête ,
Adreffe aux Immortels des voeux pour le repos.
Ces Favoris du Dieu redouté fur la terre ,
Ces Médes indomptés , brillans par leurs carquois ,
Laffés des longs travaux d'une pénible guerre
Recherchent un loifir qu'ils ont bravé cent fois.
Les rubis éclatans ; la pourpre éblouiſſante
Ces Palais , ces liceurs & ces nombreux troupeaux
Peavent- ils , cher Grofphus , procurer le repos ,
Repouffer des chagrins la foule renaiſſanté ,
Et calmer des efprits par l'ennui dévorés ?
Les foins volent toujours fous des lambris dorés.
Heureux cent fois celui que le Dieu des richeſſe s
Ne berce pas defes vaines promeffes !
Qui vit long-temps du bien de fes a ïeux
Sans crainte , fans remords , fans defirs odieux !
Sur un lit de gazon , couché dans la chaumière ,
Ce mortel peut goûter les douceurs du repos :
Le fommeil à fon gré vient fermer la paupière.
Et prodigue fur lui fes paifibles pavots.
Paifque l'on vit fi peu , pourquoi tout entreprendre
?
Crait- on fixer du temps le trop rapide cours ?
A quoi , mon cher Grofphus , l'homme oſe - t-il
prétendre ?
Prétend t- il reculer le terme de ſes jours ?
On a beau parcourir tous les climats du monde ,
On ne peut s'éviter ; on le trouve toujours.
M A I. 1763. 15
Ce fou , qui s'abandonne au caprice de l'onde ,
Croit- il , fur un vaiffeau plus léger que les vents
Se dérober aux traits des remords dévorans ?
Vaine erreur ! Le chagrin ardent à le poursuivre
S'élance fur la pourpe & fait voile avec lui.
Puifque rien ne nous en délivre ,
Tâchons du moins d'adoucir notre ennui .
Saififfons du préfent le rapide avantage ,
Et laiffons l'avenir entre les mains des Dieux.
Corrigeons du deftin le caprice odieux ,
Et faifons des plaifirs un agréable uſage.
On ne peut en tout être heureux< ;
Et le fort le plus doux a des revers affreux.
Achille eut en naiffant la valeur en partage ;
Achille des Troyens put renverfer les tours ;
Mais la mort a frappé du coup le plus terrible
Dans la fleur de fes ans , ce Héros invincible.
A l'amour de Titon l'Aurore fut fenfible ;
Titon fe vit aimé . Mais malgré fes amours
Une lente vieilleffe afçu miner les jours.
Le fort m'accordera peut -être
Ce qu'il vous aur arefufé.
Des plus riches Palais , les Dieux vous ont fait
maître ;
Plutus de tous fes dons pour vous s'eſt épuifé ;
Pour vous mille taureaux mugiffent dans la plaines
Vos habits font tiffus de pourpre Tyrienne;
Les Dieux des plus grands biens vous ont favorisé :
16 MERCURE DE FRANCE
Votre deftin ne me fait point envie:
Ces Dieux ne m'ont donné , (je les en remercie
Que ce ruftique toît & le foible talent
D'imiter de nos Grecs le lyrique genie.
Auffije fuis heureux ; rien ne trouble ma vie ;
Et je me ris des voeux du Vulgaire infolent.
Par M. B. D. S.
XIVe Ode du II Livre d'Horace :
Otium divos rogat in patenti , & c.
LORSQU'AU U'AU milieu de la carrière
L'Aftre des nuits dérobe la lumière,
Et que les vents fougueux tyrannifent les flots ;
Le timide Marchand furpris par la tempêre,
14 MERCURE DE FRANCE .
Redoutant les dangers ſuſpendus ſur ſa tête ,
Adreffe aux Immortels des voeux pour le repos.
Ces Favoris du Dieu redouté fur la terre ,
Ces Médes indomptés , brillans par leurs carquois ,
Laffés des longs travaux d'une pénible guerre
Recherchent un loifir qu'ils ont bravé cent fois.
Les rubis éclatans ; la pourpre éblouiſſante
Ces Palais , ces liceurs & ces nombreux troupeaux
Peavent- ils , cher Grofphus , procurer le repos ,
Repouffer des chagrins la foule renaiſſanté ,
Et calmer des efprits par l'ennui dévorés ?
Les foins volent toujours fous des lambris dorés.
Heureux cent fois celui que le Dieu des richeſſe s
Ne berce pas defes vaines promeffes !
Qui vit long-temps du bien de fes a ïeux
Sans crainte , fans remords , fans defirs odieux !
Sur un lit de gazon , couché dans la chaumière ,
Ce mortel peut goûter les douceurs du repos :
Le fommeil à fon gré vient fermer la paupière.
Et prodigue fur lui fes paifibles pavots.
Paifque l'on vit fi peu , pourquoi tout entreprendre
?
Crait- on fixer du temps le trop rapide cours ?
A quoi , mon cher Grofphus , l'homme oſe - t-il
prétendre ?
Prétend t- il reculer le terme de ſes jours ?
On a beau parcourir tous les climats du monde ,
On ne peut s'éviter ; on le trouve toujours.
M A I. 1763. 15
Ce fou , qui s'abandonne au caprice de l'onde ,
Croit- il , fur un vaiffeau plus léger que les vents
Se dérober aux traits des remords dévorans ?
Vaine erreur ! Le chagrin ardent à le poursuivre
S'élance fur la pourpe & fait voile avec lui.
Puifque rien ne nous en délivre ,
Tâchons du moins d'adoucir notre ennui .
Saififfons du préfent le rapide avantage ,
Et laiffons l'avenir entre les mains des Dieux.
Corrigeons du deftin le caprice odieux ,
Et faifons des plaifirs un agréable uſage.
On ne peut en tout être heureux< ;
Et le fort le plus doux a des revers affreux.
Achille eut en naiffant la valeur en partage ;
Achille des Troyens put renverfer les tours ;
Mais la mort a frappé du coup le plus terrible
Dans la fleur de fes ans , ce Héros invincible.
A l'amour de Titon l'Aurore fut fenfible ;
Titon fe vit aimé . Mais malgré fes amours
Une lente vieilleffe afçu miner les jours.
Le fort m'accordera peut -être
Ce qu'il vous aur arefufé.
Des plus riches Palais , les Dieux vous ont fait
maître ;
Plutus de tous fes dons pour vous s'eſt épuifé ;
Pour vous mille taureaux mugiffent dans la plaines
Vos habits font tiffus de pourpre Tyrienne;
Les Dieux des plus grands biens vous ont favorisé :
16 MERCURE DE FRANCE
Votre deftin ne me fait point envie:
Ces Dieux ne m'ont donné , (je les en remercie
Que ce ruftique toît & le foible talent
D'imiter de nos Grecs le lyrique genie.
Auffije fuis heureux ; rien ne trouble ma vie ;
Et je me ris des voeux du Vulgaire infolent.
Par M. B. D. S.
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Résumé : TRADUCTION en Vers libres de la XIVe Ode du IIe Livre d'Horace : Otium divos rogat in patenti, &c.
Le texte est une traduction en vers libres de la XIVe Ode du II Livre d'Horace. Il décrit divers personnages cherchant le repos et le bonheur dans des situations adverses. Un marchand, pris dans une tempête, prie pour sa sécurité. Les guerriers, fatigués de la guerre, recherchent la paix. Le poète s'interroge sur la capacité des richesses et des plaisirs à apporter le repos et à repousser les chagrins. Il loue la simplicité et la tranquillité de la vie rurale, où un homme peut trouver le repos sans craintes ni remords. Le texte met en garde contre la vanité des efforts pour prolonger la vie et souligne l'inévitabilité de la mort. Il conseille de profiter du présent et de laisser l'avenir aux dieux. Le poète reconnaît que même les héros comme Achille et Titon ont connu des destins tragiques. Il exprime sa satisfaction avec sa modeste vie et son talent poétique, contrastant avec les richesses et les envies du vulgaire.
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18
p. 56-69
Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
Début :
Je ne sais pas si Mallebranche a mis la dispute au nombre des moyens qui servent à la recherche de [...]
Mots clefs :
Musique, Jean-François Marmontel, Repos, Opéras, Arts, Christoph Willibald Gluck, Paroles, Niccolò Piccinni, Phrase, Écrit, Public, Question, Phrases, Italie, Juger, Critique, Compositeurs, Sensibles, Pathétique, Heureux, Note, Italiens, Esprit polémique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL ,
inférée dans le Mercure du 5 Septembre..
JEE ne fais pas fi Mallebranche a mis la difpute au
nombre des moyens qui fervent à la recherche de
la vérité ; mais ſi c'eſt un chemin pour y arriver , je
crains bien que ce ne foit pas le plus court.
Le public aime les difputes , & il aime à les blâmer.
C'eft que la plupart des hommes s'en amufent
par malignité , & qu'en les blâmant ils fe donnent
un air de raiſon & de modération qui ne coûte
rien.
Il eft difficile fans doute que des difcuffions fuivies
fur des objets de raifonnement ou de goût , ne fervent
à éclaircir quelques points de la queftion qu'on
traite ; mais il y a un terme où il faut s'arrêter. Un
moyen für de fatiguer le public fans l'éclairer , c'eſt
de prolonger ces difcuffions.
DE FRANCE.
57
Il en eft des hommes qui difputent comme des
voyageurs celui qui a pris une fauffe route ,
chaque pas qu'il fait , s'écarte davantage du ter
me où il veut aller.
:
On commence par diſcuter la queſtion ; on finit
par ne plus difcuter que fes opinions & fes phrafes.
C'eft ce qui m'arriveroit fi je voulois répondre à
tous les points de la Lettre de M. Marmontel. Je
n'y aurois même point répondu , fi je n'avois eu que
mes opinions & mon goût à défendre. Mais on me
fait des reproches que je dois repouffer , parce que
ee feroit les autorifer que de garder le filence .
J'aime la mufique. Je fuis , puifqu'on le veut ,
enthoufiafte des Opéras de M. Gluck ; je le regarde
comme le créateur du véritable fyftême de musique
dramatique ; je lui dois les plus grands plaifirs & les
plus douces émotions que j'aye éprouvés au Théâtre
; je ne crois pas que l'amour fincère des arts
puiffe aller fans un vif fentiment d'affection & de
reconnoiffance pour ceux qui enrichiffent & perfectionnent
ces arts ; j'ai vu M. Gluck attaqué fans modération
& fans juftice , dans un moment où , même
avec moins de génie & de célébrité , il ne méritoit
que d'être encouragé & applaudi ; j'ai pris la
plume pour le défendre. Il n'en avoit pas befoin ; le
public le vengeoit mieux que mes éloges ne pouvoient
le faire ; mais je fatisfaifois un fentiment qui
m'étoit doux & qui me paroiffoit un devoir.
Depuis long-temps M. Gluck jouifloit en paix de
fes triomphes conftans & multipliés , lorfque M.
Marmontel , en rendant compte d'une brochure fur
la mufique , a jugé à- propos de renouveller une
attaque un peu gratuite contre le mérite de ce Compofiteur.
Pour prouver que M. Gluck n'avoit pas
une grande réputation en Italie , il a cité une Lettre
du P. Martini , qui cependant louoit beaucoup M.
"
Cv
MERCURE
Gluck , quoiqu'avec des reftrictions. J'ai cru devoir
citer une Lettre plus ancienne , dans laquelle le Pèrė
Martini louoit d'une manière encore plus forte &
plus abfolue M. Gluck , en lui accordant le mérite
d'avoir réuni tout ce que la mufique Italienne a de
plus beau , avec ce que la mufique Françoiſe & Alle
mande a de meilleur , ce qu'il n'a jamais dit & ne
peut jamais dire d'aucun Compofiteur Italien.
Ce n'étoit-là qu'une queftion de fait. J'ai tâché de
la relever un peu par quelques obfervations générales
fur la mufique , propres à faire naître , je ne dis
des idées nouvelles , mais du moins des réflexions
intéreffantes fur l'art. C'eft, à ce qu'il me femble , le
feul moyende rendre les difputes Littéraires plus utiles
& plus piquantes.
pas
Je ne me fuis pas permis dans ma réponſe un
feul mot qui , directement ni indirectement, puiffe défobliger
M. Marmontel . Il n'a pas cru me devoir
les mêmes ménagemens. Il s'eft un peu moqué de
quelques-unes de mes phrafes. Je n'en fuis point
bleffè fi j'ai eu tort , c'eft fort bien fait ; fi j'ai eu
raiſon , je n'en aurai pas moins raiſon.
En citant l'Effai de M. le Prince Belofelski , j'ai
parlé de fon ouvrage avec eftime , & de fa perfonne
avec les plus grands égards. J'ai obfervé feulement
qu'il employoit trop fouvent des expreffions vagues
& générales , des figures & des comparaifons
empruntées des autres arts , peu propres à donner
des idées préciſes fur les Artiftes & fur les productions
qu'il vouloit caractériſer ; j'ai cru l'obſervation
d'autant plus utile , que cet abus d'expreffions
figurées on abftraites eft devenu familier à des beauxefprits
, qui fachant arranger des phrafes & ne fachaut
pas l'alphabet des Arts , fe croyent faits pour
juger de tout , parce qu'il leur plaît de parler de tour,
& écrivent fur ces Arts , qu'ils n'ont pas étudiés ,
avec un ton de confiance qu'il ne faudroit pas preaDE
FRANCE.
59
•
dre en écrivant fur ce qu'on fait le mieux. M. le
Prince Belofelski n'avoit pas beſoin de cette petite
reffource de l'ignorance capable pour écrire d'une
manière intéreffante fur la mufique , qu'il avoit étu
diée dans la patrie de la mufique.
En rapportant pour exemples quelques phraſes de
fon Effai , j'en ai tranfcrit les paroles avec la plus
grande fidélité , fans en tirer aucune induction , fans
y voir autre chofe que ce qui y eft ; M. Marmon
tel m'accufe cependant d'avoir mutilé cet effai
mais il ne cite & ne peut citer aucune de ces phraſes
mutilées.
J'ai trouvé peu jufte ce qu'a dit M. le Prince Belo
felski, que Vinciifut créateur comme Corneille ; l'Auteu ?
ajoute , il eft vrai , que le Muficien fit le premier
bon Opéra - Comique , comme le Poëte compofa la
première bonne Tragédie , & que tous deux ont à
peu près la même élévation dans les idées tragiques ,
la même chaleur & la même rapidité dans le ftyle.
Mais fi j'avois rapporté ces raifons , j'aurois été obli
gé d'ajouter que jamais Corneille n'a été regardé
comme créateur de la Comédie ; que le Menteur
n'eft point une création , mais un Comédie imitée
de l'Efpagnol ; qu'on peut avoir de l'élévation dans
tes idées , & de la rapidité dans le ftyle , fans avoit
rien créé , &c. Je n'ai pas infifté là-deffas , parce
que je ne voulois pas faire la critique de l'Efai. Et
aujourd'hui qu'on m'oppofe ces phrafes , ne pourroisje
pas prier ceux qui les citent de me dire en quoi
confiftent l'élévation des idées & la rapidité du ſtyle
dans les Ariettes de Vinci ? Tous ces motss--là fent
bien aifés à écrire & à lire , & tout le monde croit
les entendre ; mais il feroit peut- être bien embarralfant
d'en faire une application claire à un air de
Artaxerce ou de la Didon.
Encore une fois , quand on parle d'un art , on
ne fe fait bien entendre qu'en parlant la langue de
Cvj
60 MERCURE
cet art ; les comparaiſons & les métaphores ne font
faites que pour rendre les idées plus fenfibles & plus
frappantes ; mais elles doivent venir à l'appui du terme
propre , & non pas en tenir lieu .
C'eſt par le même principe que j'avois penfé que
ce n'étoit pas s'exprimer avec affez de précifion , que
d'appeler Pergolèle le plus éloquent des Compofiteurs.
Je trouve le premier couplet du Stabat fublime &
pathétique ; mais , avois-je ajouté, lepathétique n'eft
pas de l'éloquence , & il n'y a rien de fi rare que de
l'éloquence en Mufique.
M. M. m'objecte que le premier couplet du Stabat
n'eft pas le feul qui foit fublime & pathétique ;
ce que je n'ai pas envie de contefter . Il ajoute, oùfera
donc l'éloquence , fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Ne peut-on pas répondre , dans Démosthène qui
n'eft point pathétique, dans Boffuet qui ne l'eft guère,
dans plufieurs autres Ecrivains qui ne fongent pas à
l'être ? D'un autre côté les cris de Philoctete dans fa
caverne , ne font-ils pas pathétiques fans être éloquents
; le mot naïf d'un enfant affligé , le difcours
incohérent d'un maniaque peuvent toucher jufqu'aux
larmes , & ne font point de l'éloquence. Mais enfin
fi , comme le fait entendre M. Marmontel , pathétique
& éloquent font fynonymes , pourquoi n'avoir
pas dit que Pergolèle étoit le plus pathétique
des Compofiteurs ? Čela auroit été auffi élégant, & entendu
de tout le monde.
Je n'ai pas cru, comme M. le P. B.que M. Picinni fut
admirable fur-tout à exprimer le fens des paroles. M.
Marmontel dit que ,jufqu'à préfent, toute l'Europe a été
de cefentiment , & ajoute, pour me rendre bien ridicule
, queje veux faire voir que toute l'Europe n'y
entend rien. Je pourrois demander où & quandtoute
l'Europe a dit cela. En attendant qu'on produife au
public ce Certificat de toute l'Europe , je dois juftifier
la critique que j'ai faite de trois morceaux de
DE FRANCE. Gr
2
Roland, où j'ai prétendu que le fens de la mufique
étoit peu d'accord avec celui des paroles. C'eſt le feul
point de toute cette difcuffion qui me tienne au coeur
& le feul qui m'ait déterminé à répondre , parce que
je ne veux pas être foupçonné d'avoir attaqué légè
rement un Compofiteur auffi célèbre que M. Piccini,
dont j'admire & j'aime les beaux ouvrages auffi
fincèrement qu'aucun de fes plus zélés Prôneurs ,
quoique ce ne foit pas au même degré.
J'ai dit que M. Piccini , ainfi que les plus grands
Maîtres d'Italie , facrifioit quelquefois le fens & la
ponctuation de la phrafe verbale à la fymétrie &
aux développemens de la phrafe muſicale . J'en ai
cité pour exemple l'air , je la verrai , & j'ai dit que
dans ce vers , ponctué ainfi par le Poëte :
Efclave , heureux de fervir tant d'appas.
Le Muficien avoit ponctué ainfi :
Efclave heureux; de fervir tant d'appas.
se qui ne fait plus aucun fens.
M. Marmontel me répond que je me trompe ;
que le Compofiteur n'a point détaché ces mots, de fervir
tant d'appas ; qu'il a écrit, heureux de fervirtant
d'appas, defuite &fans aucun repos.
Comme je n'avois cité que de fouvenir , j'ai
craint, en lifant un affertion fi pofitive , que ma mémoire
ou mon oreille ne m'euffent trompé. Je me
fais procuré la partition , & j'y ai trouvé écrit ce
que j'avois entendu chanter. Efclave heureux eft
répété trois fois dans l'air. Dans ces trois endroits
efclave eft toujours lié avec heureux par des doubles
croches ; heureux tombe fur une noire qui forme le
premier temps de la meſure , & donne avec la baſſe
une cadence parfaite ; ce qui conftitue un repos trèsfenfible
: defer vir tant d'appas eft donc détaché ,
& n'eft pas écrit de fuite.
62 MERCURE
Ceci n'eft point une affaire de goût ou de fèntiment
; c'eft une queſtion de fait : il fuffit de favoir
ce qu'on entend par repos dans une phraſe muſicale.
C'eft ce que je vais tâcher d'expliquer clairement en
reprenant la feconde critique que j'avois faite de l'ai
d'Angélique ,
j'ai dit
Oui, je le dois ; je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne
Oui , je dois me garantir.
que le fecond vers eft terminé par un repos
final , qui le fépare du vers fuivant , auquel il devroit
être lié.
La réponse eft facile , dit M. M. Il n'y a point de
repos final apres le fecond vers ; & M. Piccini , qui
fait ce que c'est qu'un repos final en muſique , aſſure
qu'il n'y en a point.
Voila une affertion bien nette & une autorité bien
impofante. Qui croiroit cependant que je n'ai avancé
qu'une vérité fimple & claire pour quiconque enend
feulement les termes de l'art ? Je vais les expli
quer le plus fuccinctement qu'il me fera potfible.
Le difcours muſical fe divife comme le difcours
oratoire, en phrafes & en portions de phrafes plus ou
moins étendues,& féparées par des repos plus ou moins
fenfibles , plus ou moins abfolus ; ces repos font
indiqués par la nature, la valeur & la place de la note
où ils tombent. Ainfi lorfqu'une phrafe de chant fe
termine à la note principale du mode de l'air ; que
cette note eft fur le terns fort de la meſure ; que la
baffe , procédant par la dominante à la tonique , s'arrête
fur la confonnance duton , c'est ce que les compofiteurs
appellent cadence parfaite , & c'est ce qui
-conftitue un repos final. Tous ces caractères fe trouvent
incontestablement réunis dans le paffage dont
il eft queftion. L'air eft en fi bémol ; à ces mots , du
doux penchant qui nous entraine , le chant donne fors
DE FRANCE 63
entraîne , trois noires, dont la première eft le la , note
fenfible , faifant partie de la feptième de dominante ,
& les deux autres font le fi bémol , note du ton. La
baffle frappe la même note au tems fort de la meſure ,
& tous les inftrumens donnent l'accord parfait. Enfin,
en furérogation de preuve , la phrafe eft terminée
par un filence de la moitié de la meſure , qui la ſépare
d'une manière plus marquée de la phrafe fuivante.
Je demande pardon au Lecteur d'entrer dans ces
détails ſcolaſtiques , & je le prie de ne pas croire que
je veuille me donner un air de connoiffeur ou de fa
vant ; je ne fuis qu'un écolier très-peu avancé; mes
connoiffances fe bornent à avoir lu les ouvrages des
Maîtres , avec affez d'application pour entendre les
élémens de la Science. Comme j'avois à défendre ma
critique contre une affertion tranchante & pofitive de
M. Marmontel , appuyée du témoignage de M.
Piccini , je n'avois à oppofer à de fi grandes autorités
que des raifons & des noms célèbres. Auffi ce que
je viens de dire n'eft point ma doctrine; c'eſt la doctrine
fimple, & fidélement exposée de tous les Auteurs
qui ont écrit fur la compofition, de Rameau, de J. J.
Rouffeau , du P. Martini même & de plufieurs autres ,
dont je ne rapporte pas les paroles , pour ne pas furcharger
cet écrit de citations , inutiles pour les hommes
inftruits , plus inutiles encore pour ceux qui ne
Je font pas. J'ai confulté quatre Compofiteurs fur le
même objet , tous ont paru étonnés qu'on pût élever
une pareille queftion ; tous m'ont offert de figner leur
avis : il réſulte de ces témoignages accumulés & uni-
* Voy.les différens ouvrages de Rameau , & particulièrement
fon Code de Mafique , Ch. X. Rouffeau , Dictionn. de
Muf. art. Cadence & Phrafe. M. Bemetz Rieder , Traité
de Mufique Théori -pratique , p. 243. M. Mercadier de Belefta
, nouveau fyfteme de Mufique Théorique &pratique , p.
190. D. Eximeno , Regole della Mafica. P. Martini, Sag
giofondamentale pratico di contrapunto , parte prima , &c.
64
MERCURE
formes, que le vers, du douxpenchant qui m'entraîne,
eft évidemment terminé par un repos final , & tellement
final que l'air pourroit fe terminer par la même
phrafe de chant. L'oreille fuffit pour en juger; mais on
peut difputer fur le fentiment de l'oreille , & il eſt
difficile de difputer fur des principes clairs , -établis
& reçus par tous les Maîtres de l'Art .
On demandera à préfent comment il peut fe faire
qu'un auffi grand Maître que M. Piccini contefte ces
mêmes principes. Je n'ai rien à répondre , finon que
la queftion ne lui aura pas été préſentée telle que je
l'avois expofée, ou qu'il n'attache pas aux mêmes mots
les mêmes idées qu'y attachent les compofiteurs françois
; mais s'il prenoit la peine de lire ce que je viens
d'écrire , je fuis perfuadé qu'il ne figneroit pas le contraire
, à moins qu'il n'eût fur cette partie de la
compofition une théorie nouvelle , qu'on devroit alors
l'inviter à publier.
Il reste une troiſième critique à juftifier , c'eſt celle
du monologue de Roland. J'ai écrit que le muficien
avoit peint le calme de la nuit & la férénité de l'efpérance.
M. M. m'apprend que le muſicien n'a pas
voulu peindre le calme de la nuit , mais le calme de
l'efpérance. J'en demande pardon à M. Piccini ; c'eſt
M. de la Harpe qui m'a induit en erreur ; ce font
fes propres paroles quej'ai tranfcrites. ( Voy. le Journ.
de Littérature du 5 Février ) ; & je les ai citées avec
confiance , le croyant dans le fecret du compofiteur.
C'eſt à lui de défendre fa phraſe ; comme on ne peut
pas douter qu'il n'ait eu bonne intention , je fuis perfuadé
qu'on ne le chicanera pas trop durement fur
ce petit incident.
Pour moi je crois , comme M. de la Harpe , que
le muficien a peint la nuit , & qu'il eût mieux valu
peindre le foleil ; & en me rappelant les quatres premiers
vers du monologue qui en expriment clairement
l'intention :
DE FRANCE.
65
Ah ! J'attendrai toujours ! la nuit eft loin encore !
Quoi , le foleil veut- il luire toujours !
Jaloux de mon bonheur , il prolonge fon cours
Pour retarder la beauté que j'adore.
Je ne trouve pas plus dans ces vers le calme de
l'efpérance , que le calme de la nuit ; je perfifte à y
voir l'impatience d'un amant pour qui les heures coulent
bien lentement ; & quand je pense que cet amant
eft le paladin Roland , qui voudroit éteindre les feux
du foleil pour avancer le moment d'un rendez -vous ,
&qui tombe enfuite dans un accès de phrénéfie quand
il fevoit trahi , je crois qu'on peut l'appeler un amant
forcené. Voilà mon fentiment & mes raifons , je les
livre aujugement qu'on en voudra porter ; c'eft s'arrê
tér trop long-temps fur une difcuffion fi frivole.
Ici je ne puis m'empêcher de faire une réflexion
fur la redoutable influence de l'efprit polémique.
J'ai fait fur deux phraſes de mufique deux obfervations
critiques , qui me paroiffent auffi fenfibles à
l'oreille qu'évidentes pour l'efprit : M. Marmontel
les trouve évidemment fauffes . Il m'oppofe l'autorité
d'un grand Maître , celle de M. Piccini ; je lui cite
les autorités réunies des plus grands Maîtres qui
ayent écrit fur la compofition , & celles de tous les
Muficiens que je connois. Il faut qu'il y ait de part
ou d'autre quelque illufion bien étrange. C'eſt aux
Lecteurs à en juger .
Je ne rappellerai plus que quelques-unes des animadverfions
de M. M. fur ma lettre. J'avois dit que
les Italiens , tout fenfibles qu'ils font à la Mufique ,
étoient à jamais raffafiés du plus bel Opéra ,
après un petit nombre de repréfentations , & ne
defiroient plus de le revoir für le même Théâtre.
C'eſt un fait ; j'en ai donné cette raiſon , puiſée dans
les principes communs de tous les arts . Ce qui n'eft
deftiné qu'à flatter les fens , & à faire fur l'âme des
impreffions vagues & fuperficielles , ne peut plaire
66 MERCURE
long-temps , ne fe foutient que par la variété , &
ne laiffe après foi aucun defir de le revoir . Cette
raifon peut être triviale , mais elle eft claire , &
facile à appliquer aux Opéras Italiens . M. Marmontel
la trouve mauvaiſe : à la bonne - heure . Celles qu'il
donne de ce phénomène font - elles plus fatisfaifantes?
M. M. croit qu'il entre beaucoup de politique
dans l'inconftance des Italiens en fait de Mufique ,
& dans le dégoût qui leur prend du plus bel Opéra
Jorfqu'ils l'ont entendu cinq à fix fois ; & cette poli
tique eft d'encourager les grands Compofiteurs qui
naiffent en foule en Italie. Il y a long- temps qu'on
vante la politique Italienne ; on ne favoit peut- être
pas qu'elle allât jufques-là .
M. M. dit enfuite que pour des oreilles fenfibles ,
eft un attrait puiffant qu'une Mufique toujours nouvelle
fur des paroles anciennes . J'ai peine à croire
que ces oreilles fenfibles trouvaffent un attrait bien
puiffant à entendre une Mufique nouvelle fur les
anciennes paroles du Stabat
M. Marmontel ajoute qu'il faut pour des oreilles
délicates , que la Mufique ait une analogie parfaite
avec la voix qui l'exécute ; & comme fur les Théâtres
d'Italie on change fans ceffe de voix , on aime
à changer de Mufique. Tout cela me paroît prouver
invinciblement ce que j'ai voulu dire , que les Italiens
ne cherchent guères dans la Mufique que le
plaifir de l'oreille..
M. Marmontel dit encore que fi notre goût en
mulique fe perfectionne , nous voudrons avoir tous
les ans des Opéras nouveaux comme de nouvelles étoffes .
Voilà l'effet de la mufique réduit clairement à depures
fenfations ; je n'aurois jamais imaginé que le fuccès
des ouvrages de génie ne fût qu'une affaire de mode
& que le plus touchant & le plus aimable de tous les
arts pût être comparé à l'induftrie de nos fabricans.
M. M. réfume enfin de ces différentes confidéra
DE FRANCE. 67
tions , que c'eft par l'abondance des belles chofes que
les Italiens fe dégoûtent des belles chofes , & que c'eft
par indigence que nous ne nous laffons pas d'applau--
dir ce que nous trouvons beau.
Il réfulte de cette théorie , que l'innombrable multitude
de fonnets dont l'Italie abonde , doit dégoûter
des fonnets de Pétrarque les oreilles délicates des
Italiens ; & que dans le tems où l'Italie avoit plus de
grands peintres qu'elle n'a aujourd'hui de grands
muficiens , les tableaux nouveaux devroient leur faire
oublier ceux de Michel- Ange & de Raphaël.
On fait tous les ans à Paris plus de tragédies
que les Comédiens n'en peuvent ou n'en veulent
jouer ; mais quoique nous aimions la nouveauté autant
qu'aucun peuple du monde , j'efpère que notre
goût en poéfie ne fe perfectionnera jamais au point
de préférer ce qui eft nouveau à ce qui eft beau
jufqu'à oublier les tragédies de Racine & de Voltaire
, & à ne vouloir plus voir au théâtre François
que ces tragédies modernes , fi fort vantées par leurs
auteurs & applaudies par leurs amis.
M. M. compare les fuccès des Opéras de M. Gluck ,
à ceux qu'avoient nos anciens Opéras quand nous ne
connoifions que notre mufique; il ne fait pas attention
que ceux qui applaudiffent aujourd'hui Iphigénie &
Orphée, ont entendu Ernelinde, Céphale, Roland, &
nos meilleurs Opéras Comiques, qui tous, ſelon lui, ſont
purement de la musique Italienne adaptée à des paro-
Les françoifes.
M. M. répond qu'on a été obligé cet Eté de retirer
Iphigénie , & qu'Orphée a été réduit à des recettes
de 4 & de soo liv. ; cela pourroit arriver à des Opéras
joués en étépour la centième ou la cent- cinquantième
fois. Cependant Iphigénie & Orphée foutiennent
encore l'Opéra , & jamais il n'y a eu une recette
de 400 liv., ni même de 700 liv. Je fuis étonné
que M. M. fe permette de pareils moyens de critique.
68 MERCURE
Je ne fuis pas moins étonné qu'il perſiſte à vouloir
que chacunfe nomme en difputant fur les arts. Il voudroit
favoir fi je n'ai , comme lui , que de l'instinct ,
ou fi je fais accompagner une baffe , afin de juger
quel eft le degré d'autorité que je mérite.
Eh ! qu'importe le nom de celui qui ne demande
point qu'on l'en croie en rien fur fa parole, qui ne dogmatife
point,qui motive fes opinions & difcute des faits?
Quoi! le public aura befoin de ſavoir ſi je fuis favant
ou ignorant pour juger fi j'ai tort ou raiſon ? Et mes
Lecteurs ayant néceffairement des opinions trèsdiverfes
fur mon favoir faire , chacun d'eux aura
donc néceffairement , fur le fond de la queftion , une
opinion différente de celle de tous les autres ! Voilà
un moyen tout nouveau d'éclaircir les difputes.
Si j'avois la puérile vanité, ou, fi l'on veut, l'humilité
de mettre mon nom à quelques pages écrites à la hâte
fur une querelle paffagère de Mufique , M. M. pourroit
favoir que ce n'eft pas feulement dans les Concerts
de Paris que j'ai entendu de la Mufique Italienne
, comme il le dit ; mais que j'ai vu exécuter
de beaux Opéras de Sacchini , de Bach , &c . par de
très-habiles virtuofes, fur le théâtre d'une des grandes
capitales de l'Europe ; il fauroit que je n'ai jamais
été , comme il le fait entendre , enthoufiafte de Rameau
& de Mondonville ; il pourroit même fe fouvenir
qu'en difputant quelquefois avec lui fur la
Mufique Italienne & la Mufique Françoife , ce
n'étoit pas moi qui défendois les opéras de Rameau
& de Mondenville. Mais le Public n'en feroit pas
plus à portée de nous juger, & j'aurois le défavantage
de n'oppofer qu'un nom obfcur au nom juftement
célèbre de M. Marmontel ; ce feroit combattre avec
des armes trop inégales.
Dans la littérature comme au barreau , il me
femble que fi les Juges ne connoiffoient point le
nom des plaideurs , les procès n'en feroient pas plus
DE FRANCE. 69
mal jugés. C'est ce que je me propofe d'examiner
dans une autre occafion. En attendant, je prendrai la
liberté de dire à M. M. comme Nicomède ,
Seigneur , fi j'ai raifon , qu'importe qui je fois ?
inférée dans le Mercure du 5 Septembre..
JEE ne fais pas fi Mallebranche a mis la difpute au
nombre des moyens qui fervent à la recherche de
la vérité ; mais ſi c'eſt un chemin pour y arriver , je
crains bien que ce ne foit pas le plus court.
Le public aime les difputes , & il aime à les blâmer.
C'eft que la plupart des hommes s'en amufent
par malignité , & qu'en les blâmant ils fe donnent
un air de raiſon & de modération qui ne coûte
rien.
Il eft difficile fans doute que des difcuffions fuivies
fur des objets de raifonnement ou de goût , ne fervent
à éclaircir quelques points de la queftion qu'on
traite ; mais il y a un terme où il faut s'arrêter. Un
moyen für de fatiguer le public fans l'éclairer , c'eſt
de prolonger ces difcuffions.
DE FRANCE.
57
Il en eft des hommes qui difputent comme des
voyageurs celui qui a pris une fauffe route ,
chaque pas qu'il fait , s'écarte davantage du ter
me où il veut aller.
:
On commence par diſcuter la queſtion ; on finit
par ne plus difcuter que fes opinions & fes phrafes.
C'eft ce qui m'arriveroit fi je voulois répondre à
tous les points de la Lettre de M. Marmontel. Je
n'y aurois même point répondu , fi je n'avois eu que
mes opinions & mon goût à défendre. Mais on me
fait des reproches que je dois repouffer , parce que
ee feroit les autorifer que de garder le filence .
J'aime la mufique. Je fuis , puifqu'on le veut ,
enthoufiafte des Opéras de M. Gluck ; je le regarde
comme le créateur du véritable fyftême de musique
dramatique ; je lui dois les plus grands plaifirs & les
plus douces émotions que j'aye éprouvés au Théâtre
; je ne crois pas que l'amour fincère des arts
puiffe aller fans un vif fentiment d'affection & de
reconnoiffance pour ceux qui enrichiffent & perfectionnent
ces arts ; j'ai vu M. Gluck attaqué fans modération
& fans juftice , dans un moment où , même
avec moins de génie & de célébrité , il ne méritoit
que d'être encouragé & applaudi ; j'ai pris la
plume pour le défendre. Il n'en avoit pas befoin ; le
public le vengeoit mieux que mes éloges ne pouvoient
le faire ; mais je fatisfaifois un fentiment qui
m'étoit doux & qui me paroiffoit un devoir.
Depuis long-temps M. Gluck jouifloit en paix de
fes triomphes conftans & multipliés , lorfque M.
Marmontel , en rendant compte d'une brochure fur
la mufique , a jugé à- propos de renouveller une
attaque un peu gratuite contre le mérite de ce Compofiteur.
Pour prouver que M. Gluck n'avoit pas
une grande réputation en Italie , il a cité une Lettre
du P. Martini , qui cependant louoit beaucoup M.
"
Cv
MERCURE
Gluck , quoiqu'avec des reftrictions. J'ai cru devoir
citer une Lettre plus ancienne , dans laquelle le Pèrė
Martini louoit d'une manière encore plus forte &
plus abfolue M. Gluck , en lui accordant le mérite
d'avoir réuni tout ce que la mufique Italienne a de
plus beau , avec ce que la mufique Françoiſe & Alle
mande a de meilleur , ce qu'il n'a jamais dit & ne
peut jamais dire d'aucun Compofiteur Italien.
Ce n'étoit-là qu'une queftion de fait. J'ai tâché de
la relever un peu par quelques obfervations générales
fur la mufique , propres à faire naître , je ne dis
des idées nouvelles , mais du moins des réflexions
intéreffantes fur l'art. C'eft, à ce qu'il me femble , le
feul moyende rendre les difputes Littéraires plus utiles
& plus piquantes.
pas
Je ne me fuis pas permis dans ma réponſe un
feul mot qui , directement ni indirectement, puiffe défobliger
M. Marmontel . Il n'a pas cru me devoir
les mêmes ménagemens. Il s'eft un peu moqué de
quelques-unes de mes phrafes. Je n'en fuis point
bleffè fi j'ai eu tort , c'eft fort bien fait ; fi j'ai eu
raiſon , je n'en aurai pas moins raiſon.
En citant l'Effai de M. le Prince Belofelski , j'ai
parlé de fon ouvrage avec eftime , & de fa perfonne
avec les plus grands égards. J'ai obfervé feulement
qu'il employoit trop fouvent des expreffions vagues
& générales , des figures & des comparaifons
empruntées des autres arts , peu propres à donner
des idées préciſes fur les Artiftes & fur les productions
qu'il vouloit caractériſer ; j'ai cru l'obſervation
d'autant plus utile , que cet abus d'expreffions
figurées on abftraites eft devenu familier à des beauxefprits
, qui fachant arranger des phrafes & ne fachaut
pas l'alphabet des Arts , fe croyent faits pour
juger de tout , parce qu'il leur plaît de parler de tour,
& écrivent fur ces Arts , qu'ils n'ont pas étudiés ,
avec un ton de confiance qu'il ne faudroit pas preaDE
FRANCE.
59
•
dre en écrivant fur ce qu'on fait le mieux. M. le
Prince Belofelski n'avoit pas beſoin de cette petite
reffource de l'ignorance capable pour écrire d'une
manière intéreffante fur la mufique , qu'il avoit étu
diée dans la patrie de la mufique.
En rapportant pour exemples quelques phraſes de
fon Effai , j'en ai tranfcrit les paroles avec la plus
grande fidélité , fans en tirer aucune induction , fans
y voir autre chofe que ce qui y eft ; M. Marmon
tel m'accufe cependant d'avoir mutilé cet effai
mais il ne cite & ne peut citer aucune de ces phraſes
mutilées.
J'ai trouvé peu jufte ce qu'a dit M. le Prince Belo
felski, que Vinciifut créateur comme Corneille ; l'Auteu ?
ajoute , il eft vrai , que le Muficien fit le premier
bon Opéra - Comique , comme le Poëte compofa la
première bonne Tragédie , & que tous deux ont à
peu près la même élévation dans les idées tragiques ,
la même chaleur & la même rapidité dans le ftyle.
Mais fi j'avois rapporté ces raifons , j'aurois été obli
gé d'ajouter que jamais Corneille n'a été regardé
comme créateur de la Comédie ; que le Menteur
n'eft point une création , mais un Comédie imitée
de l'Efpagnol ; qu'on peut avoir de l'élévation dans
tes idées , & de la rapidité dans le ftyle , fans avoit
rien créé , &c. Je n'ai pas infifté là-deffas , parce
que je ne voulois pas faire la critique de l'Efai. Et
aujourd'hui qu'on m'oppofe ces phrafes , ne pourroisje
pas prier ceux qui les citent de me dire en quoi
confiftent l'élévation des idées & la rapidité du ſtyle
dans les Ariettes de Vinci ? Tous ces motss--là fent
bien aifés à écrire & à lire , & tout le monde croit
les entendre ; mais il feroit peut- être bien embarralfant
d'en faire une application claire à un air de
Artaxerce ou de la Didon.
Encore une fois , quand on parle d'un art , on
ne fe fait bien entendre qu'en parlant la langue de
Cvj
60 MERCURE
cet art ; les comparaiſons & les métaphores ne font
faites que pour rendre les idées plus fenfibles & plus
frappantes ; mais elles doivent venir à l'appui du terme
propre , & non pas en tenir lieu .
C'eſt par le même principe que j'avois penfé que
ce n'étoit pas s'exprimer avec affez de précifion , que
d'appeler Pergolèle le plus éloquent des Compofiteurs.
Je trouve le premier couplet du Stabat fublime &
pathétique ; mais , avois-je ajouté, lepathétique n'eft
pas de l'éloquence , & il n'y a rien de fi rare que de
l'éloquence en Mufique.
M. M. m'objecte que le premier couplet du Stabat
n'eft pas le feul qui foit fublime & pathétique ;
ce que je n'ai pas envie de contefter . Il ajoute, oùfera
donc l'éloquence , fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Ne peut-on pas répondre , dans Démosthène qui
n'eft point pathétique, dans Boffuet qui ne l'eft guère,
dans plufieurs autres Ecrivains qui ne fongent pas à
l'être ? D'un autre côté les cris de Philoctete dans fa
caverne , ne font-ils pas pathétiques fans être éloquents
; le mot naïf d'un enfant affligé , le difcours
incohérent d'un maniaque peuvent toucher jufqu'aux
larmes , & ne font point de l'éloquence. Mais enfin
fi , comme le fait entendre M. Marmontel , pathétique
& éloquent font fynonymes , pourquoi n'avoir
pas dit que Pergolèle étoit le plus pathétique
des Compofiteurs ? Čela auroit été auffi élégant, & entendu
de tout le monde.
Je n'ai pas cru, comme M. le P. B.que M. Picinni fut
admirable fur-tout à exprimer le fens des paroles. M.
Marmontel dit que ,jufqu'à préfent, toute l'Europe a été
de cefentiment , & ajoute, pour me rendre bien ridicule
, queje veux faire voir que toute l'Europe n'y
entend rien. Je pourrois demander où & quandtoute
l'Europe a dit cela. En attendant qu'on produife au
public ce Certificat de toute l'Europe , je dois juftifier
la critique que j'ai faite de trois morceaux de
DE FRANCE. Gr
2
Roland, où j'ai prétendu que le fens de la mufique
étoit peu d'accord avec celui des paroles. C'eſt le feul
point de toute cette difcuffion qui me tienne au coeur
& le feul qui m'ait déterminé à répondre , parce que
je ne veux pas être foupçonné d'avoir attaqué légè
rement un Compofiteur auffi célèbre que M. Piccini,
dont j'admire & j'aime les beaux ouvrages auffi
fincèrement qu'aucun de fes plus zélés Prôneurs ,
quoique ce ne foit pas au même degré.
J'ai dit que M. Piccini , ainfi que les plus grands
Maîtres d'Italie , facrifioit quelquefois le fens & la
ponctuation de la phrafe verbale à la fymétrie &
aux développemens de la phrafe muſicale . J'en ai
cité pour exemple l'air , je la verrai , & j'ai dit que
dans ce vers , ponctué ainfi par le Poëte :
Efclave , heureux de fervir tant d'appas.
Le Muficien avoit ponctué ainfi :
Efclave heureux; de fervir tant d'appas.
se qui ne fait plus aucun fens.
M. Marmontel me répond que je me trompe ;
que le Compofiteur n'a point détaché ces mots, de fervir
tant d'appas ; qu'il a écrit, heureux de fervirtant
d'appas, defuite &fans aucun repos.
Comme je n'avois cité que de fouvenir , j'ai
craint, en lifant un affertion fi pofitive , que ma mémoire
ou mon oreille ne m'euffent trompé. Je me
fais procuré la partition , & j'y ai trouvé écrit ce
que j'avois entendu chanter. Efclave heureux eft
répété trois fois dans l'air. Dans ces trois endroits
efclave eft toujours lié avec heureux par des doubles
croches ; heureux tombe fur une noire qui forme le
premier temps de la meſure , & donne avec la baſſe
une cadence parfaite ; ce qui conftitue un repos trèsfenfible
: defer vir tant d'appas eft donc détaché ,
& n'eft pas écrit de fuite.
62 MERCURE
Ceci n'eft point une affaire de goût ou de fèntiment
; c'eft une queſtion de fait : il fuffit de favoir
ce qu'on entend par repos dans une phraſe muſicale.
C'eft ce que je vais tâcher d'expliquer clairement en
reprenant la feconde critique que j'avois faite de l'ai
d'Angélique ,
j'ai dit
Oui, je le dois ; je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne
Oui , je dois me garantir.
que le fecond vers eft terminé par un repos
final , qui le fépare du vers fuivant , auquel il devroit
être lié.
La réponse eft facile , dit M. M. Il n'y a point de
repos final apres le fecond vers ; & M. Piccini , qui
fait ce que c'est qu'un repos final en muſique , aſſure
qu'il n'y en a point.
Voila une affertion bien nette & une autorité bien
impofante. Qui croiroit cependant que je n'ai avancé
qu'une vérité fimple & claire pour quiconque enend
feulement les termes de l'art ? Je vais les expli
quer le plus fuccinctement qu'il me fera potfible.
Le difcours muſical fe divife comme le difcours
oratoire, en phrafes & en portions de phrafes plus ou
moins étendues,& féparées par des repos plus ou moins
fenfibles , plus ou moins abfolus ; ces repos font
indiqués par la nature, la valeur & la place de la note
où ils tombent. Ainfi lorfqu'une phrafe de chant fe
termine à la note principale du mode de l'air ; que
cette note eft fur le terns fort de la meſure ; que la
baffe , procédant par la dominante à la tonique , s'arrête
fur la confonnance duton , c'est ce que les compofiteurs
appellent cadence parfaite , & c'est ce qui
-conftitue un repos final. Tous ces caractères fe trouvent
incontestablement réunis dans le paffage dont
il eft queftion. L'air eft en fi bémol ; à ces mots , du
doux penchant qui nous entraine , le chant donne fors
DE FRANCE 63
entraîne , trois noires, dont la première eft le la , note
fenfible , faifant partie de la feptième de dominante ,
& les deux autres font le fi bémol , note du ton. La
baffle frappe la même note au tems fort de la meſure ,
& tous les inftrumens donnent l'accord parfait. Enfin,
en furérogation de preuve , la phrafe eft terminée
par un filence de la moitié de la meſure , qui la ſépare
d'une manière plus marquée de la phrafe fuivante.
Je demande pardon au Lecteur d'entrer dans ces
détails ſcolaſtiques , & je le prie de ne pas croire que
je veuille me donner un air de connoiffeur ou de fa
vant ; je ne fuis qu'un écolier très-peu avancé; mes
connoiffances fe bornent à avoir lu les ouvrages des
Maîtres , avec affez d'application pour entendre les
élémens de la Science. Comme j'avois à défendre ma
critique contre une affertion tranchante & pofitive de
M. Marmontel , appuyée du témoignage de M.
Piccini , je n'avois à oppofer à de fi grandes autorités
que des raifons & des noms célèbres. Auffi ce que
je viens de dire n'eft point ma doctrine; c'eſt la doctrine
fimple, & fidélement exposée de tous les Auteurs
qui ont écrit fur la compofition, de Rameau, de J. J.
Rouffeau , du P. Martini même & de plufieurs autres ,
dont je ne rapporte pas les paroles , pour ne pas furcharger
cet écrit de citations , inutiles pour les hommes
inftruits , plus inutiles encore pour ceux qui ne
Je font pas. J'ai confulté quatre Compofiteurs fur le
même objet , tous ont paru étonnés qu'on pût élever
une pareille queftion ; tous m'ont offert de figner leur
avis : il réſulte de ces témoignages accumulés & uni-
* Voy.les différens ouvrages de Rameau , & particulièrement
fon Code de Mafique , Ch. X. Rouffeau , Dictionn. de
Muf. art. Cadence & Phrafe. M. Bemetz Rieder , Traité
de Mufique Théori -pratique , p. 243. M. Mercadier de Belefta
, nouveau fyfteme de Mufique Théorique &pratique , p.
190. D. Eximeno , Regole della Mafica. P. Martini, Sag
giofondamentale pratico di contrapunto , parte prima , &c.
64
MERCURE
formes, que le vers, du douxpenchant qui m'entraîne,
eft évidemment terminé par un repos final , & tellement
final que l'air pourroit fe terminer par la même
phrafe de chant. L'oreille fuffit pour en juger; mais on
peut difputer fur le fentiment de l'oreille , & il eſt
difficile de difputer fur des principes clairs , -établis
& reçus par tous les Maîtres de l'Art .
On demandera à préfent comment il peut fe faire
qu'un auffi grand Maître que M. Piccini contefte ces
mêmes principes. Je n'ai rien à répondre , finon que
la queftion ne lui aura pas été préſentée telle que je
l'avois expofée, ou qu'il n'attache pas aux mêmes mots
les mêmes idées qu'y attachent les compofiteurs françois
; mais s'il prenoit la peine de lire ce que je viens
d'écrire , je fuis perfuadé qu'il ne figneroit pas le contraire
, à moins qu'il n'eût fur cette partie de la
compofition une théorie nouvelle , qu'on devroit alors
l'inviter à publier.
Il reste une troiſième critique à juftifier , c'eſt celle
du monologue de Roland. J'ai écrit que le muficien
avoit peint le calme de la nuit & la férénité de l'efpérance.
M. M. m'apprend que le muſicien n'a pas
voulu peindre le calme de la nuit , mais le calme de
l'efpérance. J'en demande pardon à M. Piccini ; c'eſt
M. de la Harpe qui m'a induit en erreur ; ce font
fes propres paroles quej'ai tranfcrites. ( Voy. le Journ.
de Littérature du 5 Février ) ; & je les ai citées avec
confiance , le croyant dans le fecret du compofiteur.
C'eſt à lui de défendre fa phraſe ; comme on ne peut
pas douter qu'il n'ait eu bonne intention , je fuis perfuadé
qu'on ne le chicanera pas trop durement fur
ce petit incident.
Pour moi je crois , comme M. de la Harpe , que
le muficien a peint la nuit , & qu'il eût mieux valu
peindre le foleil ; & en me rappelant les quatres premiers
vers du monologue qui en expriment clairement
l'intention :
DE FRANCE.
65
Ah ! J'attendrai toujours ! la nuit eft loin encore !
Quoi , le foleil veut- il luire toujours !
Jaloux de mon bonheur , il prolonge fon cours
Pour retarder la beauté que j'adore.
Je ne trouve pas plus dans ces vers le calme de
l'efpérance , que le calme de la nuit ; je perfifte à y
voir l'impatience d'un amant pour qui les heures coulent
bien lentement ; & quand je pense que cet amant
eft le paladin Roland , qui voudroit éteindre les feux
du foleil pour avancer le moment d'un rendez -vous ,
&qui tombe enfuite dans un accès de phrénéfie quand
il fevoit trahi , je crois qu'on peut l'appeler un amant
forcené. Voilà mon fentiment & mes raifons , je les
livre aujugement qu'on en voudra porter ; c'eft s'arrê
tér trop long-temps fur une difcuffion fi frivole.
Ici je ne puis m'empêcher de faire une réflexion
fur la redoutable influence de l'efprit polémique.
J'ai fait fur deux phraſes de mufique deux obfervations
critiques , qui me paroiffent auffi fenfibles à
l'oreille qu'évidentes pour l'efprit : M. Marmontel
les trouve évidemment fauffes . Il m'oppofe l'autorité
d'un grand Maître , celle de M. Piccini ; je lui cite
les autorités réunies des plus grands Maîtres qui
ayent écrit fur la compofition , & celles de tous les
Muficiens que je connois. Il faut qu'il y ait de part
ou d'autre quelque illufion bien étrange. C'eſt aux
Lecteurs à en juger .
Je ne rappellerai plus que quelques-unes des animadverfions
de M. M. fur ma lettre. J'avois dit que
les Italiens , tout fenfibles qu'ils font à la Mufique ,
étoient à jamais raffafiés du plus bel Opéra ,
après un petit nombre de repréfentations , & ne
defiroient plus de le revoir für le même Théâtre.
C'eſt un fait ; j'en ai donné cette raiſon , puiſée dans
les principes communs de tous les arts . Ce qui n'eft
deftiné qu'à flatter les fens , & à faire fur l'âme des
impreffions vagues & fuperficielles , ne peut plaire
66 MERCURE
long-temps , ne fe foutient que par la variété , &
ne laiffe après foi aucun defir de le revoir . Cette
raifon peut être triviale , mais elle eft claire , &
facile à appliquer aux Opéras Italiens . M. Marmontel
la trouve mauvaiſe : à la bonne - heure . Celles qu'il
donne de ce phénomène font - elles plus fatisfaifantes?
M. M. croit qu'il entre beaucoup de politique
dans l'inconftance des Italiens en fait de Mufique ,
& dans le dégoût qui leur prend du plus bel Opéra
Jorfqu'ils l'ont entendu cinq à fix fois ; & cette poli
tique eft d'encourager les grands Compofiteurs qui
naiffent en foule en Italie. Il y a long- temps qu'on
vante la politique Italienne ; on ne favoit peut- être
pas qu'elle allât jufques-là .
M. M. dit enfuite que pour des oreilles fenfibles ,
eft un attrait puiffant qu'une Mufique toujours nouvelle
fur des paroles anciennes . J'ai peine à croire
que ces oreilles fenfibles trouvaffent un attrait bien
puiffant à entendre une Mufique nouvelle fur les
anciennes paroles du Stabat
M. Marmontel ajoute qu'il faut pour des oreilles
délicates , que la Mufique ait une analogie parfaite
avec la voix qui l'exécute ; & comme fur les Théâtres
d'Italie on change fans ceffe de voix , on aime
à changer de Mufique. Tout cela me paroît prouver
invinciblement ce que j'ai voulu dire , que les Italiens
ne cherchent guères dans la Mufique que le
plaifir de l'oreille..
M. Marmontel dit encore que fi notre goût en
mulique fe perfectionne , nous voudrons avoir tous
les ans des Opéras nouveaux comme de nouvelles étoffes .
Voilà l'effet de la mufique réduit clairement à depures
fenfations ; je n'aurois jamais imaginé que le fuccès
des ouvrages de génie ne fût qu'une affaire de mode
& que le plus touchant & le plus aimable de tous les
arts pût être comparé à l'induftrie de nos fabricans.
M. M. réfume enfin de ces différentes confidéra
DE FRANCE. 67
tions , que c'eft par l'abondance des belles chofes que
les Italiens fe dégoûtent des belles chofes , & que c'eft
par indigence que nous ne nous laffons pas d'applau--
dir ce que nous trouvons beau.
Il réfulte de cette théorie , que l'innombrable multitude
de fonnets dont l'Italie abonde , doit dégoûter
des fonnets de Pétrarque les oreilles délicates des
Italiens ; & que dans le tems où l'Italie avoit plus de
grands peintres qu'elle n'a aujourd'hui de grands
muficiens , les tableaux nouveaux devroient leur faire
oublier ceux de Michel- Ange & de Raphaël.
On fait tous les ans à Paris plus de tragédies
que les Comédiens n'en peuvent ou n'en veulent
jouer ; mais quoique nous aimions la nouveauté autant
qu'aucun peuple du monde , j'efpère que notre
goût en poéfie ne fe perfectionnera jamais au point
de préférer ce qui eft nouveau à ce qui eft beau
jufqu'à oublier les tragédies de Racine & de Voltaire
, & à ne vouloir plus voir au théâtre François
que ces tragédies modernes , fi fort vantées par leurs
auteurs & applaudies par leurs amis.
M. M. compare les fuccès des Opéras de M. Gluck ,
à ceux qu'avoient nos anciens Opéras quand nous ne
connoifions que notre mufique; il ne fait pas attention
que ceux qui applaudiffent aujourd'hui Iphigénie &
Orphée, ont entendu Ernelinde, Céphale, Roland, &
nos meilleurs Opéras Comiques, qui tous, ſelon lui, ſont
purement de la musique Italienne adaptée à des paro-
Les françoifes.
M. M. répond qu'on a été obligé cet Eté de retirer
Iphigénie , & qu'Orphée a été réduit à des recettes
de 4 & de soo liv. ; cela pourroit arriver à des Opéras
joués en étépour la centième ou la cent- cinquantième
fois. Cependant Iphigénie & Orphée foutiennent
encore l'Opéra , & jamais il n'y a eu une recette
de 400 liv., ni même de 700 liv. Je fuis étonné
que M. M. fe permette de pareils moyens de critique.
68 MERCURE
Je ne fuis pas moins étonné qu'il perſiſte à vouloir
que chacunfe nomme en difputant fur les arts. Il voudroit
favoir fi je n'ai , comme lui , que de l'instinct ,
ou fi je fais accompagner une baffe , afin de juger
quel eft le degré d'autorité que je mérite.
Eh ! qu'importe le nom de celui qui ne demande
point qu'on l'en croie en rien fur fa parole, qui ne dogmatife
point,qui motive fes opinions & difcute des faits?
Quoi! le public aura befoin de ſavoir ſi je fuis favant
ou ignorant pour juger fi j'ai tort ou raiſon ? Et mes
Lecteurs ayant néceffairement des opinions trèsdiverfes
fur mon favoir faire , chacun d'eux aura
donc néceffairement , fur le fond de la queftion , une
opinion différente de celle de tous les autres ! Voilà
un moyen tout nouveau d'éclaircir les difputes.
Si j'avois la puérile vanité, ou, fi l'on veut, l'humilité
de mettre mon nom à quelques pages écrites à la hâte
fur une querelle paffagère de Mufique , M. M. pourroit
favoir que ce n'eft pas feulement dans les Concerts
de Paris que j'ai entendu de la Mufique Italienne
, comme il le dit ; mais que j'ai vu exécuter
de beaux Opéras de Sacchini , de Bach , &c . par de
très-habiles virtuofes, fur le théâtre d'une des grandes
capitales de l'Europe ; il fauroit que je n'ai jamais
été , comme il le fait entendre , enthoufiafte de Rameau
& de Mondonville ; il pourroit même fe fouvenir
qu'en difputant quelquefois avec lui fur la
Mufique Italienne & la Mufique Françoife , ce
n'étoit pas moi qui défendois les opéras de Rameau
& de Mondenville. Mais le Public n'en feroit pas
plus à portée de nous juger, & j'aurois le défavantage
de n'oppofer qu'un nom obfcur au nom juftement
célèbre de M. Marmontel ; ce feroit combattre avec
des armes trop inégales.
Dans la littérature comme au barreau , il me
femble que fi les Juges ne connoiffoient point le
nom des plaideurs , les procès n'en feroient pas plus
DE FRANCE. 69
mal jugés. C'est ce que je me propofe d'examiner
dans une autre occafion. En attendant, je prendrai la
liberté de dire à M. M. comme Nicomède ,
Seigneur , fi j'ai raifon , qu'importe qui je fois ?
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Résumé : Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
La lettre répond à une critique de M. Marmontel publiée dans le Mercure du 5 septembre. L'auteur reconnaît l'utilité des disputes pour éclaircir certains points, mais craint qu'elles ne fatiguent le public sans l'éclairer. Il défend Christoph Willibald Gluck, considéré comme le créateur du véritable système de musique dramatique, après des attaques injustes. La controverse a été relancée par Marmontel, qui a cité une lettre du Père Martini critiquant Gluck. L'auteur cite une lettre plus ancienne de Martini louant Gluck de manière élogieuse. Il souligne que ses observations sur la musique visaient à rendre les disputes littéraires plus utiles et intéressantes. L'auteur se défend des accusations de Marmontel, affirmant qu'il n'a jamais cherché à le désobliger. Il critique l'usage excessif de figures de style et de comparaisons vagues dans l'essai du Prince Beloselski sur la musique, tout en reconnaissant la compétence de ce dernier. La discussion porte également sur des critiques des œuvres de compositeurs tels que Vinci, Pergolèse et Piccinni. L'auteur refuse de critiquer l'œuvre de Vinci et conteste l'utilisation de comparaisons et de métaphores pour évaluer la musique. Il affirme que le pathétique et l'éloquence ne sont pas synonymes, citant des exemples comme Démosthène et Bossuet. L'auteur critique Piccinni, affirmant que ce dernier sacrifie parfois le sens des paroles à la symétrie musicale. La controverse se concentre aussi sur la définition des repos dans la phrase musicale, l'auteur expliquant que le second vers de l'air 'Oui, je le dois' est séparé par un repos final. Il aborde également une critique concernant un monologue de Roland, corrigeant une erreur attribuée à M. de la Harpe. L'auteur souligne la divergence d'opinions entre lui-même et Marmontel, qui s'appuie sur l'autorité de Piccinni. La discussion porte sur la perception de la musique italienne et française, soutenant que les œuvres musicales qui ne visent qu'à flatter les sens ne plaisent pas longtemps. Il critique la théorie de Marmontel sur l'inconstance des Italiens envers la musique et exprime son inquiétude que le goût musical en France puisse se perfectionner au point de privilégier la nouveauté. Enfin, l'auteur refuse de se nommer dans cette dispute, estimant que les opinions doivent être jugées sur leur mérite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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