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s. p.
PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Début :
Quelle étrange fureur arme toute la terre ? [...]
Mots clefs :
Terre, Lois, Puissance, Cieux, Souverain, Coups, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
PARAPHRASE DUPSEAUME II,
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
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Résumé : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Le poème 'Paraphrase du Psaume II', publié dans le Mercure de France en février 1732, décrit une fureur générale comparée à une tempête imminente. Les peuples, armés par l'injustice, se soulèvent contre le 'Roi des Rois'. Le texte met en garde les monarques contre la colère divine, capable de détruire les trônes les plus glorieux. Il souligne que Dieu est le maître suprême, capable de réduire les rois au néant. Le poète exprime sa soumission à Dieu et sa mission de révéler Ses décrets. Il annonce la venue d'un libérateur, le Fils de Dieu, qui mourra pour expier les crimes des hommes et apporter la paix. Les nations écouteront sa voix et respecteront ses lois. Les princes, rois et souverains sont appelés à reconnaître leur vaine grandeur et à se soumettre à la justice divine. Le poème se termine par une exhortation à craindre la fureur de Dieu et à chercher l'innocence pour plaire à Dieu au jour du jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 203-211
SUITE des Reflexions de M. Caperon, sur la Bizarerie de differens usages, &c.
Début :
Chacun sçait que l'usage du Tabac étant devenu commun [...]
Mots clefs :
Usages, Tabac, Poudre, Toucher, Bonnets, Bizarrerie, Corps
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Reflexions de M. Caperon, sur la Bizarerie de differens usages, &c.
UITE des Reflexions de M. Capperon , sur la Bizarerie de differens usa
ges, &c.
Hacun sçait que l'usage du Tabac étant devenu commun en peu dé
temps , on ne se contenta pas d'en macher et d'en fumer , on le réduisit encore en poudre, pour en user par le nez. On
mit d'abord cette poudre dans de petites
Boëtes , faites en forme de Poires, qu'on
duvroit par un petit trou , d'où on faisoit
sortir la poudre , pour en mettre deux
petits monceaux sur le dos de la main,afin
qu'on put delà les pórter l'un'après l'autre à chaque narine. Le premier usage de
ce Tabac en poudre , parut dans ces commencemens si bizare , qu'on crut qu'il
ne convenoit qu'à des Soldats et aux personnes de la lie du peuple. En effet , il
n'y eut que ces sortes de gens qui en userent les premiers.
Cependant , comme il arrive , à l'égard
des usages les plus bizares , l'imagination
se fit peu à peu à celui-là ; d'honnêtes
gens commencerent à s'y accoutumer.On
fit en leur faveur des Boëtes beaucoup plus
propres et plus riches , qui se fermoient,
A- iiij avec
t
204 MERCURE DE FRANCE
avec une sorte de petit fourniment , qui
ne prenoit dans la Boëte , qu'autant de
poudre qu'il en faloit pour chaque narine , et qu'on mettoit toujours sur le dos
de la main.
La répugnance qu'on avoit euë d'abord,
étant levée , chacun se piqua d'avoir du
Tabac en poudre et d'en user ; mais les
personnes distinguées et délicates eurent
de la peine à s'accommoder de l'odeur de
cette Plante ; on y mit differentes odeurs;
et ce fut encore icy , ou la bizarrerie parut tout de nouveau. Certaines odeurs
furent en vogue, et prirent le dessus , selon le caprice des personnes qui les mettoient en crédit ; jusques- là , qu'un Mare
chand d'une Ville de Flandres s'enrichit,
pouravoir donné à son Tabac en poudre,
l'odeur des vieux Livres moisis, qu'il sçut
accréditer parmi les Officiers François ,
qui étoient en garnison dans cette Pro
vince:
Enfin on a cessé de donner de l'odeur
au Tabac , et l'usage en est devenu abso
lument general. Loin de se faire une
honte de prendre du Tabac , comme dans
les commencemens , chacun s'en fait une
espece de bienseance , dans les plus belles
compagnies.
En avoir le nez barbouillé , la Cravatte
Ou
FEVRIER: * 1732% 205
ou le Justaucorps marquez et couverts ,
n'a rien de choquant aujourd'hui , comme d'avoir des Rapes presque aussi longues que des Basses de Viole. En un mot,
on n'y a plus gardé de mesures ; plusieurs
Pont pris à pleine main , non seulement
dans les Tabatieres , mais jusques dans
leurs poches. Il suffit de dire que cet
usage a passé jusques dans les Cloîtres les
plus réguliers, même dans les Eglises.Que
dis-je ? jusques sur les Autels. Il est vrai
que les Espagnols nous ont précedez dans
Pusage outré du Tabac ; puisque Urbain
VIII. qui est mort en 1644. donna une
Bulle, qu'on peut voir dans le grand Bullaire des Séraphins, par laquelle il excommunie tous ceux qui prennent du Tabac
dans l'Eglise. Cette Bulle fut donnée à la
sollicitation du Doyen et des Chanoines
de la Cathédrale de Séville , où les Prêtres
disant la Messe , prenoient du Tabac jusques sur l'Autel.
Venons maintenant au gout. Sens qui
n'a pas moins fourni d'usages bizares que
les autres ,carcombien de sortes de Mets,
de Liqueurs et d'Apprêts ont ils été en
vogue dans certains temps , qu'on a né,
gligés ensuite ? Je ne finirois pas , si je
voulois en faire l'énumération. Pour m'attacher donc à quelques- uns de ces usages
Av
les
206 MERCURE DE FRANCE
les plus marquez , je dirai qu'à la fin du
seizième siecle, les Dragées vinrent tellement à la mode , que chacun avoit son
Dragier ; on s'en présentoit les uns aux
autres comme on fait aujourd'hui du Tabac. Le Duc de Guise avoit son Dragier à:
la main , lorsqu'il fut tué à Blois . On en
servoit sur toutes les bonnes Tables. Les :
Ecorces de Citrons et d'Oranges eurent:
ensuite leur tour.
Sous Louis XIII.parce que ce Prince aimois le Pain d'Epice,tout le monde en por--
toit dans sa poche;on s'en donnoit aussi les
uns aux autres, et on en vendoit dans tous -
les Lieux où il y avoit des assemblées, soit
de plaisir soit de dévotion; ce qui dure en--
core à Paris. Personne n'ignore que le
grand usage d'aujourd'hui est de prendre
du Thé , du Caffé et du Chocolat. LeFal
tran, autrement les Vulneraires de Suisse,.
prises comme le Thé , ont eu leur temps,
qui n'est pas encore bien passé.
Que n'aurois-je pas à dire , si je voulois m'étendre sur le détestable usage de
prendre du vin à l'excès , qui n'a continué que trop long- temps en France , et
qui regne encore dans quelques autres
Païs. Jusqu'à quels excès n'a - t- on pas ·
porté les differens usages inventez pour?
s'exciter à boire dans les repas de débau- ·
che.
FEVRIER 1732 207
che: N'a-t-on pas vu un temps où c'étoit
remporter une victoire que de sçavoir
mieux que les autres, non seulement vuider tout d'une haleine les plus grands
verres, mais les Pots entiers et les Eguieres?
Que dis-je , la fólie a été jusqu'à se piquer de vuider des Bottes pleines de vin.
Si l'on en croit Misson , dans son voyage
d'Allemagne , les choses y sont encore
sur ce pied-là , puisqu'autour de la plûpart des chambres , il regne une Cotniche , sur laquelle les verres sont rangez
comme des tuyaux d'Orgues , toujours
en augmentant de volume , les derniers
étant comme des Cloches à Melons, qu'il
faut necessairement vuider tout d'un trait,
lorsqu'il s'agit de boire quelque santé
d'importance ; aussi dit - on en proverbe
Germanorum vivere bibere est.
*
Au reste , il ne faut pas croire que ce
ne soit que de nos jours que l'usage abusif
de boire avec excès a regné , il étoit encore plus extravagant au vii siecle , puisque S. Cesaire , Evêque d'Arles , dit ( a )
que de son temps , on poussoit si loin la
débauche , que lorsqu'on ne pouvoit pres
que plus boire , pour s'y exciter encore ,
on adressoit les santez aux Anges et à tels
Saints' qu'on jugcoit à propos..
(a ) Homel 6.
Avj Lo
208 MERCURE DE FRANCE
Le sens du toucher étant plus étendu
que les autres , puisqu'il est répandu par
tout le corps , il n'a pas aussi été moins
assujetti à diverses bizareries , quand il a
été question de munir le corps contre les
injures de l'air ou de lui donner ses aises.
Pour deffendre la tête contre la rigueur
du froid , on contre les incommoditez de
la pluye , ou de l'ardeur du soleil , on
a eu soin de la couvrir differemment ; et
c'est sur quoi il y auroit une infinité de
choses à dire , si je voulois rapporter
toutes les modes bizares qui ont été en
usage à cet égard- là. Ce seroit toute autre chose si je voulois détailler les bizareries sans nombre des Coeffures des fem
mes.
Laissons ce détail à ceux qui voudront
Pentreprendre , et commençons par un
usage assez bizare , auquel je crois qu'on
ne pense gueres , et qui frappa néanmoins
bien des gens, quand il commença de s'é
tablir ; c'est l'usage où sont les Ecclesiastiques de porter des Bonnets quarrez pour
couvrir leur tête , qui est ronde: ( a). C'est
ce qui donna lieu de dire dans ce tempslà , qu'enfin on avoit trouvé ce qu'on
( a )Pasquier remarque que cet usage n'avoit
commencé que peu avant lui , c'est-à-dire , vers
15000
cher-
FEVRIER. 17326 205
cherche depuis longtems , sçavoir la qua
drature du Cercle. C'étoit encore une plus
grande bizarerie aux Empereurs Jules Cesar, Adrien et Severe , de tenir toujours
leur tête découverte , ( a ) soit qu'il fit du
soleil , ou qu'il tombât de la pluye , ou
de la nege, même pendant les froids les
plus rudes, et d'établir chez lesRomains un
pareil usage. Je pardonnerois plus volon
tiers à la rusticité de nos anciens Gaulois,
d'avoir été dans l'usage , non-seulement
de marcher toujours nuds jusqu'à la ceinture; mais de combattre ainsi à la guerre.
( b ) Les Sauvages n'en font pas moins
aujourd'hui sans parler des Forçats de
Galere qui tirent la rame en cet état.
›
la
Si de la tête nous descendons au col ;:
nous trouverons que pour le couvrir ,
bizarerie s'en est également mêlée ; car
sans parler du col des Dames , à l'égard
de celui des Hommes , quoi de plus biza--
reque ces longuesCravates que nousavons
уй porter de nos jours , dont l'extrêmelongueur , frapa enfin de sorte , que ler
Harlequin de la Comedie Italienne ,
pour en faire observer tout le ridicule pa
tut sur le Theâtre, avec une de ces Crava
tes , qui pendant du col , lui passoit en-
(a) Alex. ab Alex. Genial. dier. lib. 2. cap. 19. `-
(b) Tit-Liv. Lib. 22. Cap. 46.
tie
216 MER CURE DE FRANCE
tre les jambes & revenoit pardessus l'épaule ; aujourd'hui on a passé à l'extre
mité opposée en ne portant qu'un simple
tour de col. Les mains ont souvent besoin
d'être couvertés , soit pour être préservées de la rigueur du froid , ou pour n'ê
tre pas trop hallées par l'ardeur du soleil::
mais je crois qu'on prendra bientot l'usage de les avoir toujours à nud , et de
proscrire entierement les Gants dont on
commence à se passer.
Le corps doit sans doute être couverts
le besoin et la bienséance l'exigent : mais
parmi une infinité d'usages qui ont paru
dans la maniere de se vêtir , je n'en vois
pas de plus bizare et de plus extravagant ,
que celui qui regnoit à la fin du seizième
siecle ; qui consitoit en ce que les hommes
s'aviserent alors , de se vêtir en Pantalons , c'est-à- dire , que leur habit leur sertoit tout le corps depuis les pieds jusqu'au
col , marquoit même ce que la natüre enseigne de cacher à la plupart des¨
Peuples Sauvages. On voit encore aujour- d'hui dans les Peintures de ce tems- là,dif
férens Personnages représentez de cette façon.Il y en a aux vitres de mon ancienne
Paroisse. Et j'ai un livre de Geometrie im---
primé à Paris en 1586. où les hommes,
sont tous vêtus de même; enfin sans aller
plus
$
FEVRIER. , 1732. 211
plus loin , il y a encore à la maison qui
joint la mienne du côté de la ruë, deax Figures sculptées sur deux poteaux, formées
de cette maniere.
Ce fut dans le même tems que les femmes porterent leurs juppes immodestement et excessivement larges par le bas. -
C'est ainsi qu'on les voit representées sur
des Tapisseries et dans des Tableaux ; on
en voit ici chez des Particuliers & au château. A la verité , cela doit un peu moins
surprendre , il regnoit encore alors en
France beaucoup d'ignorance et de grossiereté ; mais comment excuser aujourd'hui dans un siecle si éclairé , et où le
gout s'est perfectionné sur tant de choses, comment , dis- je, excuser l'invention
et l'usage des Jupes à Paniers ? on auroit
grand besoin d'opposer à cette licence la
pratique du Canon seizième du Concile:
de Montpellier, tenu l'an 1193. conçû en ces termes : Mulieres vestibus. sumptuosis .... amodo non utantur , sed habitu :
honesto et moderato incedunt , qui non lasciviam notet , nec jactantiam vanitatis os➡
tendat.
A Eu, le 20. de Decembre 1731.
ges, &c.
Hacun sçait que l'usage du Tabac étant devenu commun en peu dé
temps , on ne se contenta pas d'en macher et d'en fumer , on le réduisit encore en poudre, pour en user par le nez. On
mit d'abord cette poudre dans de petites
Boëtes , faites en forme de Poires, qu'on
duvroit par un petit trou , d'où on faisoit
sortir la poudre , pour en mettre deux
petits monceaux sur le dos de la main,afin
qu'on put delà les pórter l'un'après l'autre à chaque narine. Le premier usage de
ce Tabac en poudre , parut dans ces commencemens si bizare , qu'on crut qu'il
ne convenoit qu'à des Soldats et aux personnes de la lie du peuple. En effet , il
n'y eut que ces sortes de gens qui en userent les premiers.
Cependant , comme il arrive , à l'égard
des usages les plus bizares , l'imagination
se fit peu à peu à celui-là ; d'honnêtes
gens commencerent à s'y accoutumer.On
fit en leur faveur des Boëtes beaucoup plus
propres et plus riches , qui se fermoient,
A- iiij avec
t
204 MERCURE DE FRANCE
avec une sorte de petit fourniment , qui
ne prenoit dans la Boëte , qu'autant de
poudre qu'il en faloit pour chaque narine , et qu'on mettoit toujours sur le dos
de la main.
La répugnance qu'on avoit euë d'abord,
étant levée , chacun se piqua d'avoir du
Tabac en poudre et d'en user ; mais les
personnes distinguées et délicates eurent
de la peine à s'accommoder de l'odeur de
cette Plante ; on y mit differentes odeurs;
et ce fut encore icy , ou la bizarrerie parut tout de nouveau. Certaines odeurs
furent en vogue, et prirent le dessus , selon le caprice des personnes qui les mettoient en crédit ; jusques- là , qu'un Mare
chand d'une Ville de Flandres s'enrichit,
pouravoir donné à son Tabac en poudre,
l'odeur des vieux Livres moisis, qu'il sçut
accréditer parmi les Officiers François ,
qui étoient en garnison dans cette Pro
vince:
Enfin on a cessé de donner de l'odeur
au Tabac , et l'usage en est devenu abso
lument general. Loin de se faire une
honte de prendre du Tabac , comme dans
les commencemens , chacun s'en fait une
espece de bienseance , dans les plus belles
compagnies.
En avoir le nez barbouillé , la Cravatte
Ou
FEVRIER: * 1732% 205
ou le Justaucorps marquez et couverts ,
n'a rien de choquant aujourd'hui , comme d'avoir des Rapes presque aussi longues que des Basses de Viole. En un mot,
on n'y a plus gardé de mesures ; plusieurs
Pont pris à pleine main , non seulement
dans les Tabatieres , mais jusques dans
leurs poches. Il suffit de dire que cet
usage a passé jusques dans les Cloîtres les
plus réguliers, même dans les Eglises.Que
dis-je ? jusques sur les Autels. Il est vrai
que les Espagnols nous ont précedez dans
Pusage outré du Tabac ; puisque Urbain
VIII. qui est mort en 1644. donna une
Bulle, qu'on peut voir dans le grand Bullaire des Séraphins, par laquelle il excommunie tous ceux qui prennent du Tabac
dans l'Eglise. Cette Bulle fut donnée à la
sollicitation du Doyen et des Chanoines
de la Cathédrale de Séville , où les Prêtres
disant la Messe , prenoient du Tabac jusques sur l'Autel.
Venons maintenant au gout. Sens qui
n'a pas moins fourni d'usages bizares que
les autres ,carcombien de sortes de Mets,
de Liqueurs et d'Apprêts ont ils été en
vogue dans certains temps , qu'on a né,
gligés ensuite ? Je ne finirois pas , si je
voulois en faire l'énumération. Pour m'attacher donc à quelques- uns de ces usages
Av
les
206 MERCURE DE FRANCE
les plus marquez , je dirai qu'à la fin du
seizième siecle, les Dragées vinrent tellement à la mode , que chacun avoit son
Dragier ; on s'en présentoit les uns aux
autres comme on fait aujourd'hui du Tabac. Le Duc de Guise avoit son Dragier à:
la main , lorsqu'il fut tué à Blois . On en
servoit sur toutes les bonnes Tables. Les :
Ecorces de Citrons et d'Oranges eurent:
ensuite leur tour.
Sous Louis XIII.parce que ce Prince aimois le Pain d'Epice,tout le monde en por--
toit dans sa poche;on s'en donnoit aussi les
uns aux autres, et on en vendoit dans tous -
les Lieux où il y avoit des assemblées, soit
de plaisir soit de dévotion; ce qui dure en--
core à Paris. Personne n'ignore que le
grand usage d'aujourd'hui est de prendre
du Thé , du Caffé et du Chocolat. LeFal
tran, autrement les Vulneraires de Suisse,.
prises comme le Thé , ont eu leur temps,
qui n'est pas encore bien passé.
Que n'aurois-je pas à dire , si je voulois m'étendre sur le détestable usage de
prendre du vin à l'excès , qui n'a continué que trop long- temps en France , et
qui regne encore dans quelques autres
Païs. Jusqu'à quels excès n'a - t- on pas ·
porté les differens usages inventez pour?
s'exciter à boire dans les repas de débau- ·
che.
FEVRIER 1732 207
che: N'a-t-on pas vu un temps où c'étoit
remporter une victoire que de sçavoir
mieux que les autres, non seulement vuider tout d'une haleine les plus grands
verres, mais les Pots entiers et les Eguieres?
Que dis-je , la fólie a été jusqu'à se piquer de vuider des Bottes pleines de vin.
Si l'on en croit Misson , dans son voyage
d'Allemagne , les choses y sont encore
sur ce pied-là , puisqu'autour de la plûpart des chambres , il regne une Cotniche , sur laquelle les verres sont rangez
comme des tuyaux d'Orgues , toujours
en augmentant de volume , les derniers
étant comme des Cloches à Melons, qu'il
faut necessairement vuider tout d'un trait,
lorsqu'il s'agit de boire quelque santé
d'importance ; aussi dit - on en proverbe
Germanorum vivere bibere est.
*
Au reste , il ne faut pas croire que ce
ne soit que de nos jours que l'usage abusif
de boire avec excès a regné , il étoit encore plus extravagant au vii siecle , puisque S. Cesaire , Evêque d'Arles , dit ( a )
que de son temps , on poussoit si loin la
débauche , que lorsqu'on ne pouvoit pres
que plus boire , pour s'y exciter encore ,
on adressoit les santez aux Anges et à tels
Saints' qu'on jugcoit à propos..
(a ) Homel 6.
Avj Lo
208 MERCURE DE FRANCE
Le sens du toucher étant plus étendu
que les autres , puisqu'il est répandu par
tout le corps , il n'a pas aussi été moins
assujetti à diverses bizareries , quand il a
été question de munir le corps contre les
injures de l'air ou de lui donner ses aises.
Pour deffendre la tête contre la rigueur
du froid , on contre les incommoditez de
la pluye , ou de l'ardeur du soleil , on
a eu soin de la couvrir differemment ; et
c'est sur quoi il y auroit une infinité de
choses à dire , si je voulois rapporter
toutes les modes bizares qui ont été en
usage à cet égard- là. Ce seroit toute autre chose si je voulois détailler les bizareries sans nombre des Coeffures des fem
mes.
Laissons ce détail à ceux qui voudront
Pentreprendre , et commençons par un
usage assez bizare , auquel je crois qu'on
ne pense gueres , et qui frappa néanmoins
bien des gens, quand il commença de s'é
tablir ; c'est l'usage où sont les Ecclesiastiques de porter des Bonnets quarrez pour
couvrir leur tête , qui est ronde: ( a). C'est
ce qui donna lieu de dire dans ce tempslà , qu'enfin on avoit trouvé ce qu'on
( a )Pasquier remarque que cet usage n'avoit
commencé que peu avant lui , c'est-à-dire , vers
15000
cher-
FEVRIER. 17326 205
cherche depuis longtems , sçavoir la qua
drature du Cercle. C'étoit encore une plus
grande bizarerie aux Empereurs Jules Cesar, Adrien et Severe , de tenir toujours
leur tête découverte , ( a ) soit qu'il fit du
soleil , ou qu'il tombât de la pluye , ou
de la nege, même pendant les froids les
plus rudes, et d'établir chez lesRomains un
pareil usage. Je pardonnerois plus volon
tiers à la rusticité de nos anciens Gaulois,
d'avoir été dans l'usage , non-seulement
de marcher toujours nuds jusqu'à la ceinture; mais de combattre ainsi à la guerre.
( b ) Les Sauvages n'en font pas moins
aujourd'hui sans parler des Forçats de
Galere qui tirent la rame en cet état.
›
la
Si de la tête nous descendons au col ;:
nous trouverons que pour le couvrir ,
bizarerie s'en est également mêlée ; car
sans parler du col des Dames , à l'égard
de celui des Hommes , quoi de plus biza--
reque ces longuesCravates que nousavons
уй porter de nos jours , dont l'extrêmelongueur , frapa enfin de sorte , que ler
Harlequin de la Comedie Italienne ,
pour en faire observer tout le ridicule pa
tut sur le Theâtre, avec une de ces Crava
tes , qui pendant du col , lui passoit en-
(a) Alex. ab Alex. Genial. dier. lib. 2. cap. 19. `-
(b) Tit-Liv. Lib. 22. Cap. 46.
tie
216 MER CURE DE FRANCE
tre les jambes & revenoit pardessus l'épaule ; aujourd'hui on a passé à l'extre
mité opposée en ne portant qu'un simple
tour de col. Les mains ont souvent besoin
d'être couvertés , soit pour être préservées de la rigueur du froid , ou pour n'ê
tre pas trop hallées par l'ardeur du soleil::
mais je crois qu'on prendra bientot l'usage de les avoir toujours à nud , et de
proscrire entierement les Gants dont on
commence à se passer.
Le corps doit sans doute être couverts
le besoin et la bienséance l'exigent : mais
parmi une infinité d'usages qui ont paru
dans la maniere de se vêtir , je n'en vois
pas de plus bizare et de plus extravagant ,
que celui qui regnoit à la fin du seizième
siecle ; qui consitoit en ce que les hommes
s'aviserent alors , de se vêtir en Pantalons , c'est-à- dire , que leur habit leur sertoit tout le corps depuis les pieds jusqu'au
col , marquoit même ce que la natüre enseigne de cacher à la plupart des¨
Peuples Sauvages. On voit encore aujour- d'hui dans les Peintures de ce tems- là,dif
férens Personnages représentez de cette façon.Il y en a aux vitres de mon ancienne
Paroisse. Et j'ai un livre de Geometrie im---
primé à Paris en 1586. où les hommes,
sont tous vêtus de même; enfin sans aller
plus
$
FEVRIER. , 1732. 211
plus loin , il y a encore à la maison qui
joint la mienne du côté de la ruë, deax Figures sculptées sur deux poteaux, formées
de cette maniere.
Ce fut dans le même tems que les femmes porterent leurs juppes immodestement et excessivement larges par le bas. -
C'est ainsi qu'on les voit representées sur
des Tapisseries et dans des Tableaux ; on
en voit ici chez des Particuliers & au château. A la verité , cela doit un peu moins
surprendre , il regnoit encore alors en
France beaucoup d'ignorance et de grossiereté ; mais comment excuser aujourd'hui dans un siecle si éclairé , et où le
gout s'est perfectionné sur tant de choses, comment , dis- je, excuser l'invention
et l'usage des Jupes à Paniers ? on auroit
grand besoin d'opposer à cette licence la
pratique du Canon seizième du Concile:
de Montpellier, tenu l'an 1193. conçû en ces termes : Mulieres vestibus. sumptuosis .... amodo non utantur , sed habitu :
honesto et moderato incedunt , qui non lasciviam notet , nec jactantiam vanitatis os➡
tendat.
A Eu, le 20. de Decembre 1731.
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Résumé : SUITE des Reflexions de M. Caperon, sur la Bizarerie de differens usages, &c.
Le texte explore l'évolution des usages sociaux et vestimentaires à travers l'histoire, en mettant l'accent sur des pratiques telles que la consommation de tabac et d'autres habitudes alimentaires et vestimentaires. L'usage du tabac, initialement associé aux soldats et aux personnes de basse condition, s'est progressivement répandu parmi les classes sociales plus élevées. Les boîtes à tabac, d'abord simples et fonctionnelles, sont devenues plus élégantes et sophistiquées. Les parfums ajoutés au tabac ont également suivi des modes capricieuses, incluant des senteurs variées comme celle des vieux livres moisis. Aujourd'hui, la consommation de tabac est généralisée et acceptée, même dans des lieux sacrés comme les églises et les autels. Le texte mentionne également divers usages alimentaires. À la fin du XVIe siècle, les dragées étaient très populaires, suivies par les écorces de citrons et d'oranges. Sous Louis XIII, le pain d'épice était à la mode. Actuellement, le thé, le café et le chocolat sont couramment consommés. Le texte critique également l'usage excessif de l'alcool, soulignant des pratiques extrêmes de consommation dans différentes époques et régions. En matière vestimentaire, le texte évoque des pratiques bizarres comme les bonnets carrés des ecclésiastiques, les longues cravates, et les pantalons couvrant tout le corps. Les femmes portaient des jupons excessivement larges, et plus récemment, des jupes à paniers. Le texte se termine par une critique de ces excès vestimentaires, rappelant une pratique canonique du Concile de Montpellier de 1193.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 212-215
PLUTON AMOUREUX, CANTATE.
Début :
Arbitre souverain de la Terre et des Cieux, [...]
Mots clefs :
Amour, Pluton, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLUTON AMOUREUX, CANTATE.
PLUTON AMOUREUX,
CANTATE.
Arbitre souverain de la Terre et des Cieux ;
L'Amour voulut tenter des conquêtes nouvelles
Et perçant des Enfers les voutes éternelles ,
Porter au sein des Morts ses Traits victorieux :
Ce Projet n'a rien qui l'étonne ;
Il quitte le séjour de l'aimable Paphos ,
Et volant vers les bords que l'Erebe environne,
De l'éternelle nuit il perce le cahos ;
Là bientôt par ses soins le Dieu des sombres Rives ,
Trouble par ces clameurs plaintives ,
Des Manes effrayés l'immuable repos.
L'Amour a triomphé de ma foiblesse extrême
Ombres , en de plus dignes mains ,
Remettez le pouvoir suprême ;
Je ne puis plus regner sur les pâles Humains ¿→
Je ne regne plus sur moi- même.
Je n'ose recouvrer ma liberté ravie ;
L'aimable erreur qui me séduit ,
Fait
FEVRIER. 1732 213
Fait seule ma plus douce envie ;
Loin de fuir l'esclavage où je me vois réduit
J'aime la chaîne qui me lie.
L'Amour, atriomphé de ma foiblesse extrême
Ombres , en de plus dignes mains ,-
Remettez le pouvoir suprême ;
Je ne puis plus regner sur les pâles humains
Je ne regne plus sur moi- même.
Idit , et Cupidon fait naître dans son cœur
D'un Hymen fortuné les desirs légitimes ,
Et docile à la voix de ce tendre vainqueur,
De la Terre entr'ouverte il franchit les abîmes ;
Bien- tôt laissant les Bords , où le Pere du jour
Répand ses feux féconds sur tout ce qui respire
Il atteint le sommet du Celeste séjour ,
Où Jupiter exerce un souverain Empire ,
Et ne connoît de Loix que celles de l'Amour.'
Il arrive ; on se tait , on l'écoute , il soupire ;
Et déclare en ces mots ce que son cœur desire.
Lorsque l'Hymen , d'une main liberale ›
Aux autres Dieux prodigue ses faveurs,
Le seul Pluton , par une loi fatale ,
Ne pourra donc éprouver ses douceurs ?
Maitre
214 MERCURE DE FRANCE
Maître des Dieux , que ta bonté propice ,/
Consente enfin à ma felicité ;
Ou si tu veux prolonger mon supplice ,
Délivre-moi de l'immortalité.
Lorsque l'Hymen d'une main liberale ,
Aux autres Dieux prodigue ses faveurs ,
Le seul Pluton , par une loi fatale ,
Ne pourra donc éprouver ses douceurs. "
Le Dieu qui lance le Tonnere ,
De son frere amoureux approuve les projets 3
Pluton vole et des Cieux descendu sur la Terre,
Il penetre soudain Pasile de Cerés ;
Proserpine d'abord se présente à sa vûë;
I hésite , il approche ; elle fuit éperduë ;
La peur la précipite à travers les Forêts;
C'est en vain qu'elle espere éviter sa furie , ›
Il la suit , il l'attend , il l'enleve , elle crië ; ·
Mais , ô cris ! ô pleurs superflus !
Elle part, et déja Cerés ne l'entend plus.
L'Amour veut nous attendrir;
Ne tardons pas à nous rendre ;
S'est s'exposer à souffrir,
Que de vouloir s'en deffendre.
Mais
FEVRIER. 1732. 215
Mais quand on suit la douceur ,
Du penchant qui nous entraîne ,
On sçait tirer son bonheur ,
Du sein même de sa peine.
L'Amour veut nous attendrir ,
Ne tardons pas a nous rendre ;
C'est s'exposer àતે souffrir,
Que de vouloir s'en deffendre.
Par J. M. GAULTIER , Auteur de Valsain Vangé , Cantate , inserée dans le Mer
cure de May 1731%
CANTATE.
Arbitre souverain de la Terre et des Cieux ;
L'Amour voulut tenter des conquêtes nouvelles
Et perçant des Enfers les voutes éternelles ,
Porter au sein des Morts ses Traits victorieux :
Ce Projet n'a rien qui l'étonne ;
Il quitte le séjour de l'aimable Paphos ,
Et volant vers les bords que l'Erebe environne,
De l'éternelle nuit il perce le cahos ;
Là bientôt par ses soins le Dieu des sombres Rives ,
Trouble par ces clameurs plaintives ,
Des Manes effrayés l'immuable repos.
L'Amour a triomphé de ma foiblesse extrême
Ombres , en de plus dignes mains ,
Remettez le pouvoir suprême ;
Je ne puis plus regner sur les pâles Humains ¿→
Je ne regne plus sur moi- même.
Je n'ose recouvrer ma liberté ravie ;
L'aimable erreur qui me séduit ,
Fait
FEVRIER. 1732 213
Fait seule ma plus douce envie ;
Loin de fuir l'esclavage où je me vois réduit
J'aime la chaîne qui me lie.
L'Amour, atriomphé de ma foiblesse extrême
Ombres , en de plus dignes mains ,-
Remettez le pouvoir suprême ;
Je ne puis plus regner sur les pâles humains
Je ne regne plus sur moi- même.
Idit , et Cupidon fait naître dans son cœur
D'un Hymen fortuné les desirs légitimes ,
Et docile à la voix de ce tendre vainqueur,
De la Terre entr'ouverte il franchit les abîmes ;
Bien- tôt laissant les Bords , où le Pere du jour
Répand ses feux féconds sur tout ce qui respire
Il atteint le sommet du Celeste séjour ,
Où Jupiter exerce un souverain Empire ,
Et ne connoît de Loix que celles de l'Amour.'
Il arrive ; on se tait , on l'écoute , il soupire ;
Et déclare en ces mots ce que son cœur desire.
Lorsque l'Hymen , d'une main liberale ›
Aux autres Dieux prodigue ses faveurs,
Le seul Pluton , par une loi fatale ,
Ne pourra donc éprouver ses douceurs ?
Maitre
214 MERCURE DE FRANCE
Maître des Dieux , que ta bonté propice ,/
Consente enfin à ma felicité ;
Ou si tu veux prolonger mon supplice ,
Délivre-moi de l'immortalité.
Lorsque l'Hymen d'une main liberale ,
Aux autres Dieux prodigue ses faveurs ,
Le seul Pluton , par une loi fatale ,
Ne pourra donc éprouver ses douceurs. "
Le Dieu qui lance le Tonnere ,
De son frere amoureux approuve les projets 3
Pluton vole et des Cieux descendu sur la Terre,
Il penetre soudain Pasile de Cerés ;
Proserpine d'abord se présente à sa vûë;
I hésite , il approche ; elle fuit éperduë ;
La peur la précipite à travers les Forêts;
C'est en vain qu'elle espere éviter sa furie , ›
Il la suit , il l'attend , il l'enleve , elle crië ; ·
Mais , ô cris ! ô pleurs superflus !
Elle part, et déja Cerés ne l'entend plus.
L'Amour veut nous attendrir;
Ne tardons pas à nous rendre ;
S'est s'exposer à souffrir,
Que de vouloir s'en deffendre.
Mais
FEVRIER. 1732. 215
Mais quand on suit la douceur ,
Du penchant qui nous entraîne ,
On sçait tirer son bonheur ,
Du sein même de sa peine.
L'Amour veut nous attendrir ,
Ne tardons pas a nous rendre ;
C'est s'exposer àતે souffrir,
Que de vouloir s'en deffendre.
Par J. M. GAULTIER , Auteur de Valsain Vangé , Cantate , inserée dans le Mer
cure de May 1731%
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Résumé : PLUTON AMOUREUX, CANTATE.
La cantate 'Pluton Amoureux' narre la décision de l'Amour de conquérir les Enfers. L'Amour perturbe le repos des âmes et provoque Pluton, le dieu des Enfers, qui ressent alors des désirs légitimes de mariage. Vaincu par l'Amour, Pluton se rend sur Terre et enlève Proserpine, la fille de Cérès, malgré ses tentatives de fuite. La cantate explore les sentiments de Pluton, prêt à abandonner son pouvoir suprême et son immortalité pour connaître les douceurs de l'Hymen, comme les autres dieux. Jupiter, le maître des dieux, approuve les projets amoureux de Pluton. Le texte se conclut par une réflexion sur la nature de l'amour, soulignant qu'il est préférable de se rendre à ses charmes plutôt que de tenter de s'en défendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 215-229
REPONSE de M. l'Abbé Trublet, à la Lettre de M. Simonnet, imprimée dans le Mercure de Novembre 1731. au sujet des Refléxions sur la Politesse, imprimées dans le second volume du Mercure de Juin de la même année.
Début :
Je dois cette Réponse à M. Simonnet, parce que la [...]
Mots clefs :
Politesse, Réflexions, Critique, Penchant, Occasion, Civilité, Dissimulation
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. l'Abbé Trublet, à la Lettre de M. Simonnet, imprimée dans le Mercure de Novembre 1731. au sujet des Refléxions sur la Politesse, imprimées dans le second volume du Mercure de Juin de la même année.
REPONSE de M. l'Abbé Trublet ,
à la Lettre de M. Simonnet , imprimée
dans le Mercure de Novembre 1731..
au sujet des Refléxions sur la Politesse,.
imprimées dans le second volume du
Mercure de Juin de la même année.
J
E dois cette Réponse à M. Simonnet, parce que la Critique qu'il a faire
de mes Reflexions sur la Politesse , est
accompagnée de tous les égards qu'auroit
pû exiger un Auteur plus connu que
moi , et je la dois au Public , parce que J'ai
216 MERCURE DE FRANCE
j'ai lieu de croire qu'il a approuvé mes
Refléxions.
Il ne sera pas inutile , avant que d'aller plus loin , de dire comment et à quelle
occasion ces Refléxions ont été faites , et
de marquer le but que je m'y suis proposé ; cela seul y répandra de l'éclairciscement , et fera voir la verité de ce que
me mandoit un de mes amis , que plusieurs des Refléxions de M. S. sont vrayes
dans un sens , dans lequel les miennes ne
le sont peut- être pas , et n'ont pas besoin de l'être
M'entretenant un jour avec un Dame
de beaucoup d'esprit et de goût sur divers sujets de litterature , je lui dis qu'un
homme qui avoit lû et pensé , se faisoit
ordinairement une espece de sistême com
posé de ses propres pensées et de celles
des autres , sur les differentes matieres
qui étoient l'objet de ses Refléxions et
de ses lectures , que des exposez abregez
de ces sistêmes , des écrits dans lesquels
sans chercher le neuf, on se contenteroit de renfermer en peu de mots ce qui
s'est dit de meilleur sur chaque matiere ,
et de rapprocher ainsi un grand nombre
de veritez éparses en divers endroits
que des écrits , dis- je , de cette nature
pourroient être goutez des personnes in
telligentes
FEVRIER 1732. 217
telligentes qui aiment la précision , qui
se plaisent à voir plusieurs choses à la
fois , et , pour ainsi - dire , d'un seul coup
d'œil , et que les principes et les raisonnemens les plus connus paroîtroient comme nouveaux par un assemblage heureux
qui leur donneroit à tous plus de force
et de lumiere. Celle à qui j'avois l'honneur de parler , me fit celui de me dire
que je pourrois travailler avec succès ,
selon le plan que je venois de lui proposer; et moins dans l'esperance de réüssit et de remplir son idée et la mienne ,
que pour lui donner à peu près un exemple de la maniere dont je jugeois que ces
Ecrits devoient être composez , j'assem
blai les Refléxions sur la Politesse. Je
choisis cette matiere comme une de celles où on ale plus travaillé et comme une
des plus convenables à une Dame. Je
cherchai plutôt à me ressouvenir , qu'à
produire , à rappeller mes anciennes pensées , qu'à en trouver de nouvelles ,
je ne fis usage de mon esprit que pour
l'expression et l'arangement. Je voulois
faire dire de mon Ecrit , que si rien n'y
est traité , à proprement parler , tout y
est pourtant exprimé; par là je me suis
exposé à être obscur , ou du moins à n'ê
re pas toujours entendu ; d'ailleurs j'employe
218 MERCURE DE FRANCE
ploye quelquefois les mêmes termes dans
des sens un peu differens , des sens tantôt
plus , tantôt moins étendus. Par exemple,
je donne d'abord une définition ou plutôt une description de la Politesse , dans
laquelle je fais entrer tout ce qui la compose , pour ainsi - dire ; ensuite je laisse
presque tout cela pour ne prendre que ce
qui la caractérise plus précisément , ce
qui la distingue de la civilité même,qu'elle suppose , mais à laquelle elle ajoûte ;
et dans la suite du discours je parle de
la Politesse en la considerant tour - atour de ces deux manieres , l'une plus
generale , et l'autre plus particuliere
d'où il arrive que quelques- unes de mes
Refléxions exactement vrayes , ce me
semble , en prenant le terme de Politesse dans un certain sens , ne le sont
dans un autre. J'a- plus en le prenant
vois cru que personne n'y seroit trompé;
et qu'il seroit aisé de suppléer ce que je
ne marque pas distinctement ; je
trompé moi-mêmeen cela, puisqueM.S.qui certainement entend ces matieres , ne m'a
pas toûjours bien compris ; c'est la source
de plusieurs de ces Critiques , et j'en donnerai quelques exemples qui éclairciront
ma pensée.
me suis
M. S. me reproche principalement
trois
FEVRIER. 173.2. 219
trois choses sur lesquelles il s'étend beaucoup. La premiere , d'avoir élevé si haut
la Politesse , que très-peu de personnes ý
pourroient prétendre.
La seconde, de l'avoir rabaissée et dégradée jusqu'à la rendre vicieuse , ou au
moins defectueuse.
La troisième , de m'être trompé dans
quelques- uns des moyens que j'indique pour
acquerir ou perfectionner la Politesse. Éxaminons ces trois points en détail.
Le premier ne m'arrêtera gueres , parce qu'il n'est fondé que sur la distinction que je fais entre l'homme civil et
l'homme poli ; distinction trop bien établie et trop reconnue , pour avoir besoin
d'être prouvée. L'homme poli est necessairement civil ; mais l'homme simplement civil n'est pas encore poli , ne passera point du tout pour poli auprès des
connoisseurs , et ne doit point être appellé
poli , à prendre ce terme dans sa précision. La Politesse est quelque chose audelà de la civilité. Celle- cy regarde principalement le fond des choses , l'autre la
maniere de les dire et de les faire , et
M. S. convient que cette maniere est le
point capital de la Politesse.
A la verité , on ne parle pas ordinairement dans le monde avec cette exacte
justesse
220 MERCURE DE FRANCE
justesse; il y auroit même du ridicule à
l'affecter , ce seroit une sorte de pédanterie ; cependant il y a des occasions de
l'employer avec agrément , et quelquefois elle fait un bon mot. Par exemple , on loüera M.... d'être poli , quelqu'un répliquera , c'est un peu trop dire,
M.... n'est pas poli , il n'est que civil.
Certainement on l'entendra ; si son jugement est vrai on le trouvera bien exprimé , et ceux mêmes qui n'y avoient
pas fait refléxion jusqu'alors , sentiront
que ces deux mors , civil et poli , ne sont
pas synonimes et que l'un signifie plus que l'autre.
Mais , dit M. S. l'homme civil ne sçauroit manquer de plaire , j'en conviens ,
mais il plaira moins que l'homme vrayement poli. Il a le solide de la Politesse ,
cela est encore vrai , mais il n'en a pas
le caractere distinctif, il en a le meilleur
et au fond le plus estimable ; mais il
n'en a pas la fleur, le picquant, pour ainsi
dire , il n'a pas les agrémens fins et délicats , ce charme répandu sur les manieres , les discours de l'homme poli , ce
je ne sçai quoi qui embellit tout ce qu'il
fait , tout ce qu'il dit , et dont il s'agit
uniquement ici. Il y a plusieurs degrez
dans les qualitez morales , aussi-bien que
dans
FEVRIER 1732. 221 4
dans les qualitez Physiques , et ordinairement differens termes pour exprimer
ces differens degrez ; tels sont les mots
de valeur et d'intrépidité , &c. ... qu'on
n'employe pas toûjours indifferemment ;
à plus forte raison ne doit-on pas con-
: fondre les termes de Politesse et de Civilité , qui expriment des qualitez differentes , plutôt que les differens degrez
d'une même qualité. Il est aisé de répondre sur ces principes , aux autres diffi- cultez de M. S. Passons au second Chef
de sa Critique.
$
Il me reproche d'avoir mis au nombre.
des obstacles à la Politesse , le grand éloignement de tout déguisement et de toute
dissimulation ; le penchant à dire ce qu'on
pense , à témoigner ce qu'on sent et d'avoir donné pour une des raisons de la
rareté de la Politesse , que ce penchant est
très-commun et même naturel à l'homme. J'avoue que je ne conçois pas sur
quoi peut être fondée cette Critique. Ce
que j'ai dit , et qu'attaque M. S. on le dit
cent fois , et on le repete tous les jours.
Presque toutes les fautes contre la Politesse , viennent de trop de sincerité ; de
ce qu'on ne sçait point se contraindre
pour agir et pour parler comme la Politesse l'exigeroit, ou du moins our se taire.
B Je
222 MERCURE DE FRANCE
Je prie mes Lecteurs de faire ici leur
examen de conscience sur cette matiere ,
et je suis sûr qu'ils me rendront justice.
C'est un bon homme , dit- on de quelqu'un , un homme d'esprit même , mais
il est trop sincere ; cet homme d'esprit
voit et entend mille choses qui le choquent , malgré la douceur de son caractere , et il témoigne trop naturellement
son impression. Quand on a l'esprit juste
et le cœur bien fait , on n'a rien à déguiser ou à taire avec ses pareils ; ils seroient même offensez d'une conduite
moins sincere ; mais ne vit- on qu'avec
ses pareils , et plutôt où les trouve- t'on ?
Plus on a de discernement dans l'esprit ,
et si cela se peut dire , dans le cœur ,
plus on rencontre d'occasions de dissimuler.
Mais ce penchant à la sincerité est- il
si commun, est- il naturel à l'homme ?
Le monde n'est- il pas rempli de trompeurs , de fourbes ? oui , mais ils ne sont
pas nez tels , ils le sont devenus , ou plutôt ils sont nez avec les passions qui les
obligent à se déguiser pour les mieux satisfaire ; mais en même temps ils sont nez
avec le penchant à agir ouvertement , à
se montrer tels qu'ils sont , l'experience
leur en a fait voir les inconveniens , et
il
FEVRIER. 1732. 223
il leur a fallu bien des efforts pour le surmonter. J'en appelle aux plus habiles.
dans l'art de dissimuler. L'habitude sur
ce point ne détruit jamais la Nature ; la
dissimulation constante est un état vio.
lent , une espece d'esclavage auquel on
ne s'accoutume point ; elle coûte plus ou
moins , selon qu'on s'y est plus ou moins
exercé , et à proportion des interêts qui
engagent à la pratiquer ; mais elle coûte
toujours et ne cesse jamais d'être une
contrainte.
L'homme du monde qui a poussé le
plus loin la dissimulation et le déguisement , le Pape Sixte Quint , étoit né avec
le caractere le moins propre à dissimuler.
La premiere partie de sa vie offre une
foule de traits d'une vivacité imprudente
et d'une sincerité indiscrete. Sa jeunesse,
son enfance même, annoncerent l'homme
d'un génie superieur , le grand homme
l'habile politique ; l'homme rusé et arti
ficieux , n'avoient point été prévûs. Il
trompa d'autant mieux qu'on l'avoit vû
moins capable de tromper. Quelle fut
la cause d'un si grand changement ?
L'ambition, c'est- à- dire , la plus violente
de toutes les passions. Elle ne le changea neanmoins que par degrez , il devint
plus circonspect pour être Cardinal , et
artificieux pour être Pape. Bij C'est
224 MERCURE DE FRANCE
2
›C'est souvent , dit M. S. l'yvresse de quelque passion , plutôt que le naturel , qui fait
qu'on se montre par sonfoible et qu'on parle
plus qu'on ne voudroit. L'homme de sang
froid est ordinairement plus réservé. Voilà
justement la preuve de ce que je dis. C'est
dans la passion qu'on agit naturellement.
L'homme de sang froid se compose , se
réprime, prend garde à ce qu'il dit et à ce
qu'il fait , suit les regles de la prudence
plutôt que son penchant.
?
Mais doit-on autoriser cette politesse
artificieuse, et flatteuse,,. Non, sans doute.
Je l'ai peinte , je l'ai décrite , je ne l'ai
point approuvée ; bien loin d'avoir donné lieu de m'accuser de ce relâchement
je crains plutôt qu'on n'ait apperçu dans
mes Reflexions un peu de misantropie ;
et qu'on ne me soupçonne de les avoir
faites sur ce qui m'a déplu dans le commerce du monde.
M. S. explique très bien comment sans
blesser la Politesse , on peut contredire
adroitement les opinions ou les passions
d'autrui ; mais croit-il avoir également
sauvé les droits de la verité ? Au reste , il
ne me convenoit pas d'entrer dans ce détail
et avec quelque difference dans l'expression nous sommes d'accord au fond. Il ne
veut pas qu'on flatte la vanité , il veut
seu-
FEVRIER. 1737: 225
seulement qu'on la ménage. Qu'entend-il
par ces ménagemens ? Les borne-t`il au
silence ? à ne pas la choquer , à ne pas la
fatter directement ? La maxime commune que le silence ne dit rien , est fausse
en mille occasions . Le silence n'est presque jamais indifferent ; souvent il vaut
Fimprobation ou l'approbation la plus
marquée. Dans le premier cas ce n'est
plus ménager ; dans le second c'est flatter..
M. S. m'imputé d'avoir conseillé la flatterie et l'adulation. Je ne me suis point servi de ce terme , ils se prennent toujours
en mauvaise part ; au lieu que le terme
de flatter ne signifie souvent que plaire.
En un mot, on peut flatter l'amour propre d'autrui sans flatterie et sans adulation. Lorsqu'à la faveur de quelques louanges on fait passer des avis salutaires , une
correction utile ; lorsque dans la conversation , soit en la faisant tomber sur certains sujets , soit par une contradiction.
adroite , on donne lieu aux autres de paroître et de briller , et qu'on fait valoir
leur esprit , ne flatte- t'on pas leur vanité?
Le mot n'est point trop fort , il faut le
passer , et bien entendu il ne choque en
rien la bonne morale ; tous les égards
les tours fins , les ménagemens délicats
que prescrit M. S. se réduisent là તે
parler naturellement B iij Le
4
226 MERCURE DE FRANCE
Le troisiéme article de sa Critique regarde quelques- uns des moyens que j'ai
indiquez pour acquerir la Politesse ou
pour s'y perfectionner. Toute ma réponse
sera d'exposer de nouveau mes sentimens
sur ce sujet.
Le commerce des femmes est , dit on ,
communément la meilleure école de politesse , parce qu'on y trouve tout ensemble et des modeles excellens en ce genre
et des motifs pressants de travailler à
les imiter.Voilà donc deux raisons de l'utilité du commerce des femmes , par rapport à la Politesse. Elles sont très- polies
et on ne sçauroit leur plaire sans l'être.
Je cherche la principale de ces raisons ,
et je demande si ce n'est pas la derniere,
la necessité d'être poli pour se rendre
agréable aux Daines ? Ceux qui ont le
plus d'usage du monde me répondront
tous que c'est en ce sens principalement
qu'ils leur doivent la politesse qu'ils ont
acquise auprès d'elles , et que le desir de
leur plaire a plus contribué à les polir
que leurs exemples ; ils me diront même
qu'ils ont plutôt pensé à imiter les hommes polis que les femmes , dont la politesse est très- differente de la nôtre. En
un mot , les femmes sont pour les hommes d'excellens Maîtres de politesse , parce
FEVRIER 17328 227
ce que ce sont des Maîtres très- severes
et pourtant très-aimez.
Sur ce qu'une grande partie de la politesse et le plus difficile à pratiquer ,
consiste à souffrir l'impolitesse des autres
sans y tomber jamais , j'ai dit qu'il est
utile de se trouver quelquefois avec des
gens impolis. Voilà, dit M. S. un secret
admirable et tout nouveau de se perfectionner dans la pratique de la Politesse. Il n'y
a pourtant rien de plus simple et de plus
commun ; car la Politesse ne s'apprenant
bien que par l'usage , comment appren
dra-t'on cette partie de la Politesse qui
consiste à souffrir poliment l'impolitesse
des autres , si l'on ne se trouve quelquefois avec des gens impolis ? En ettet , Sup
posons un jeune homme qui n'a encore
vêcu qu'avec des personnes polies , dont
parconsequent il n'a jamais reçû d'impolitesse , elles lui auront dit, sans doute ,
qu'il n'y a jamais de raison légitime de
manquer à la politesse ; qu'il en faut
avoir avec ceux mêmes qui n'en ont pas
avec nous , et qu'en cette matiere , comme en toute autre , les fautes d'autrui ne
justifient point celles qu'elles nous font
faire. Belles et utiles leçons , foibles armes contre les premieres tentations que
donne une impolitesse reçue ; il en sera B iiij d'd'autant plus choqué qu'il est lui- même
plus poli , et par- là il cessera peut-être de
Î'être dans cette occasion. Mais l'usage du
monde où il ne trouvera que trop de gens
impolis,lui donnera bien- tôt une politesse
plus forte et plus robuste , si j'ose parler
ainsi , une politesse capable de se soutenir contre l'impolitesse même. Je crois
maintenant que M. S. ne trouvera plus
obscure l'application de ce principe que
des occasions fréquentes d'agir , en surmontant une difficulté considerable
avancent bien mieux que de simples exemples. Ces occasions , &c.... Sont celles
que donne l'impolitesse où l'on peut tomber à notre égard. La vertu n'éclate et
ne se perfectionne que par les difficultez
vaincues.
>
M. S. me reproche encore une contradiction , mais elle n'est qu'apparente , et
d'ailleurs cela est trop peu interressant
pour m'y arrêter. Voici donc un mot
seulement pour M. S. et pour ceux de
mes Lecteurs qui voudront se donner la
peine de comparer ensemble nos trois
Morceaux, lorsque j'ai dit que la Politesse
attire également l'estime et l'amour , c'est
en la considerant par rapport aux quaIltez de l'esprit et du cœur qu'elle supose,
ou du moins dont elle est l'apparence ;
et
FEVRIER. 1732. 229
et lorsque dans un autre endroit , après
avoir distingué trois sortes de mérites ,
le mérite estimable , le mérite aimable ,
et le mérite agréable , j'ai ajoûté que cette
derniere sorte de mérite est proprement
celui de la Politesse , alors je l'ai considerée selon son idée présise et par rapport
à ce qui fait son caractere particulier. En
voilà assez sur une chose peu importante.
M. S. a examiné mes Refléxions dans un
grand détail , c'est un honneur qu'il m'a
fait , et je l'en remercie ; mais il m'auroit
été impossible de le suivre dans tout ce
détail , sans tomber dans la langueur et
sans causer de l'ennui. L'Auteur qui compose une Critique a bien des avantages
sur celui qui doit lui répondre. Les matieres s'usent , on ne peut guere éviter
les redites , et les redites déplaisent. Ainsi
il est moins difficile de faire une Critique
agréable , que d'y répondre avec le même
agrément.
à la Lettre de M. Simonnet , imprimée
dans le Mercure de Novembre 1731..
au sujet des Refléxions sur la Politesse,.
imprimées dans le second volume du
Mercure de Juin de la même année.
J
E dois cette Réponse à M. Simonnet, parce que la Critique qu'il a faire
de mes Reflexions sur la Politesse , est
accompagnée de tous les égards qu'auroit
pû exiger un Auteur plus connu que
moi , et je la dois au Public , parce que J'ai
216 MERCURE DE FRANCE
j'ai lieu de croire qu'il a approuvé mes
Refléxions.
Il ne sera pas inutile , avant que d'aller plus loin , de dire comment et à quelle
occasion ces Refléxions ont été faites , et
de marquer le but que je m'y suis proposé ; cela seul y répandra de l'éclairciscement , et fera voir la verité de ce que
me mandoit un de mes amis , que plusieurs des Refléxions de M. S. sont vrayes
dans un sens , dans lequel les miennes ne
le sont peut- être pas , et n'ont pas besoin de l'être
M'entretenant un jour avec un Dame
de beaucoup d'esprit et de goût sur divers sujets de litterature , je lui dis qu'un
homme qui avoit lû et pensé , se faisoit
ordinairement une espece de sistême com
posé de ses propres pensées et de celles
des autres , sur les differentes matieres
qui étoient l'objet de ses Refléxions et
de ses lectures , que des exposez abregez
de ces sistêmes , des écrits dans lesquels
sans chercher le neuf, on se contenteroit de renfermer en peu de mots ce qui
s'est dit de meilleur sur chaque matiere ,
et de rapprocher ainsi un grand nombre
de veritez éparses en divers endroits
que des écrits , dis- je , de cette nature
pourroient être goutez des personnes in
telligentes
FEVRIER 1732. 217
telligentes qui aiment la précision , qui
se plaisent à voir plusieurs choses à la
fois , et , pour ainsi - dire , d'un seul coup
d'œil , et que les principes et les raisonnemens les plus connus paroîtroient comme nouveaux par un assemblage heureux
qui leur donneroit à tous plus de force
et de lumiere. Celle à qui j'avois l'honneur de parler , me fit celui de me dire
que je pourrois travailler avec succès ,
selon le plan que je venois de lui proposer; et moins dans l'esperance de réüssit et de remplir son idée et la mienne ,
que pour lui donner à peu près un exemple de la maniere dont je jugeois que ces
Ecrits devoient être composez , j'assem
blai les Refléxions sur la Politesse. Je
choisis cette matiere comme une de celles où on ale plus travaillé et comme une
des plus convenables à une Dame. Je
cherchai plutôt à me ressouvenir , qu'à
produire , à rappeller mes anciennes pensées , qu'à en trouver de nouvelles ,
je ne fis usage de mon esprit que pour
l'expression et l'arangement. Je voulois
faire dire de mon Ecrit , que si rien n'y
est traité , à proprement parler , tout y
est pourtant exprimé; par là je me suis
exposé à être obscur , ou du moins à n'ê
re pas toujours entendu ; d'ailleurs j'employe
218 MERCURE DE FRANCE
ploye quelquefois les mêmes termes dans
des sens un peu differens , des sens tantôt
plus , tantôt moins étendus. Par exemple,
je donne d'abord une définition ou plutôt une description de la Politesse , dans
laquelle je fais entrer tout ce qui la compose , pour ainsi - dire ; ensuite je laisse
presque tout cela pour ne prendre que ce
qui la caractérise plus précisément , ce
qui la distingue de la civilité même,qu'elle suppose , mais à laquelle elle ajoûte ;
et dans la suite du discours je parle de
la Politesse en la considerant tour - atour de ces deux manieres , l'une plus
generale , et l'autre plus particuliere
d'où il arrive que quelques- unes de mes
Refléxions exactement vrayes , ce me
semble , en prenant le terme de Politesse dans un certain sens , ne le sont
dans un autre. J'a- plus en le prenant
vois cru que personne n'y seroit trompé;
et qu'il seroit aisé de suppléer ce que je
ne marque pas distinctement ; je
trompé moi-mêmeen cela, puisqueM.S.qui certainement entend ces matieres , ne m'a
pas toûjours bien compris ; c'est la source
de plusieurs de ces Critiques , et j'en donnerai quelques exemples qui éclairciront
ma pensée.
me suis
M. S. me reproche principalement
trois
FEVRIER. 173.2. 219
trois choses sur lesquelles il s'étend beaucoup. La premiere , d'avoir élevé si haut
la Politesse , que très-peu de personnes ý
pourroient prétendre.
La seconde, de l'avoir rabaissée et dégradée jusqu'à la rendre vicieuse , ou au
moins defectueuse.
La troisième , de m'être trompé dans
quelques- uns des moyens que j'indique pour
acquerir ou perfectionner la Politesse. Éxaminons ces trois points en détail.
Le premier ne m'arrêtera gueres , parce qu'il n'est fondé que sur la distinction que je fais entre l'homme civil et
l'homme poli ; distinction trop bien établie et trop reconnue , pour avoir besoin
d'être prouvée. L'homme poli est necessairement civil ; mais l'homme simplement civil n'est pas encore poli , ne passera point du tout pour poli auprès des
connoisseurs , et ne doit point être appellé
poli , à prendre ce terme dans sa précision. La Politesse est quelque chose audelà de la civilité. Celle- cy regarde principalement le fond des choses , l'autre la
maniere de les dire et de les faire , et
M. S. convient que cette maniere est le
point capital de la Politesse.
A la verité , on ne parle pas ordinairement dans le monde avec cette exacte
justesse
220 MERCURE DE FRANCE
justesse; il y auroit même du ridicule à
l'affecter , ce seroit une sorte de pédanterie ; cependant il y a des occasions de
l'employer avec agrément , et quelquefois elle fait un bon mot. Par exemple , on loüera M.... d'être poli , quelqu'un répliquera , c'est un peu trop dire,
M.... n'est pas poli , il n'est que civil.
Certainement on l'entendra ; si son jugement est vrai on le trouvera bien exprimé , et ceux mêmes qui n'y avoient
pas fait refléxion jusqu'alors , sentiront
que ces deux mors , civil et poli , ne sont
pas synonimes et que l'un signifie plus que l'autre.
Mais , dit M. S. l'homme civil ne sçauroit manquer de plaire , j'en conviens ,
mais il plaira moins que l'homme vrayement poli. Il a le solide de la Politesse ,
cela est encore vrai , mais il n'en a pas
le caractere distinctif, il en a le meilleur
et au fond le plus estimable ; mais il
n'en a pas la fleur, le picquant, pour ainsi
dire , il n'a pas les agrémens fins et délicats , ce charme répandu sur les manieres , les discours de l'homme poli , ce
je ne sçai quoi qui embellit tout ce qu'il
fait , tout ce qu'il dit , et dont il s'agit
uniquement ici. Il y a plusieurs degrez
dans les qualitez morales , aussi-bien que
dans
FEVRIER 1732. 221 4
dans les qualitez Physiques , et ordinairement differens termes pour exprimer
ces differens degrez ; tels sont les mots
de valeur et d'intrépidité , &c. ... qu'on
n'employe pas toûjours indifferemment ;
à plus forte raison ne doit-on pas con-
: fondre les termes de Politesse et de Civilité , qui expriment des qualitez differentes , plutôt que les differens degrez
d'une même qualité. Il est aisé de répondre sur ces principes , aux autres diffi- cultez de M. S. Passons au second Chef
de sa Critique.
$
Il me reproche d'avoir mis au nombre.
des obstacles à la Politesse , le grand éloignement de tout déguisement et de toute
dissimulation ; le penchant à dire ce qu'on
pense , à témoigner ce qu'on sent et d'avoir donné pour une des raisons de la
rareté de la Politesse , que ce penchant est
très-commun et même naturel à l'homme. J'avoue que je ne conçois pas sur
quoi peut être fondée cette Critique. Ce
que j'ai dit , et qu'attaque M. S. on le dit
cent fois , et on le repete tous les jours.
Presque toutes les fautes contre la Politesse , viennent de trop de sincerité ; de
ce qu'on ne sçait point se contraindre
pour agir et pour parler comme la Politesse l'exigeroit, ou du moins our se taire.
B Je
222 MERCURE DE FRANCE
Je prie mes Lecteurs de faire ici leur
examen de conscience sur cette matiere ,
et je suis sûr qu'ils me rendront justice.
C'est un bon homme , dit- on de quelqu'un , un homme d'esprit même , mais
il est trop sincere ; cet homme d'esprit
voit et entend mille choses qui le choquent , malgré la douceur de son caractere , et il témoigne trop naturellement
son impression. Quand on a l'esprit juste
et le cœur bien fait , on n'a rien à déguiser ou à taire avec ses pareils ; ils seroient même offensez d'une conduite
moins sincere ; mais ne vit- on qu'avec
ses pareils , et plutôt où les trouve- t'on ?
Plus on a de discernement dans l'esprit ,
et si cela se peut dire , dans le cœur ,
plus on rencontre d'occasions de dissimuler.
Mais ce penchant à la sincerité est- il
si commun, est- il naturel à l'homme ?
Le monde n'est- il pas rempli de trompeurs , de fourbes ? oui , mais ils ne sont
pas nez tels , ils le sont devenus , ou plutôt ils sont nez avec les passions qui les
obligent à se déguiser pour les mieux satisfaire ; mais en même temps ils sont nez
avec le penchant à agir ouvertement , à
se montrer tels qu'ils sont , l'experience
leur en a fait voir les inconveniens , et
il
FEVRIER. 1732. 223
il leur a fallu bien des efforts pour le surmonter. J'en appelle aux plus habiles.
dans l'art de dissimuler. L'habitude sur
ce point ne détruit jamais la Nature ; la
dissimulation constante est un état vio.
lent , une espece d'esclavage auquel on
ne s'accoutume point ; elle coûte plus ou
moins , selon qu'on s'y est plus ou moins
exercé , et à proportion des interêts qui
engagent à la pratiquer ; mais elle coûte
toujours et ne cesse jamais d'être une
contrainte.
L'homme du monde qui a poussé le
plus loin la dissimulation et le déguisement , le Pape Sixte Quint , étoit né avec
le caractere le moins propre à dissimuler.
La premiere partie de sa vie offre une
foule de traits d'une vivacité imprudente
et d'une sincerité indiscrete. Sa jeunesse,
son enfance même, annoncerent l'homme
d'un génie superieur , le grand homme
l'habile politique ; l'homme rusé et arti
ficieux , n'avoient point été prévûs. Il
trompa d'autant mieux qu'on l'avoit vû
moins capable de tromper. Quelle fut
la cause d'un si grand changement ?
L'ambition, c'est- à- dire , la plus violente
de toutes les passions. Elle ne le changea neanmoins que par degrez , il devint
plus circonspect pour être Cardinal , et
artificieux pour être Pape. Bij C'est
224 MERCURE DE FRANCE
2
›C'est souvent , dit M. S. l'yvresse de quelque passion , plutôt que le naturel , qui fait
qu'on se montre par sonfoible et qu'on parle
plus qu'on ne voudroit. L'homme de sang
froid est ordinairement plus réservé. Voilà
justement la preuve de ce que je dis. C'est
dans la passion qu'on agit naturellement.
L'homme de sang froid se compose , se
réprime, prend garde à ce qu'il dit et à ce
qu'il fait , suit les regles de la prudence
plutôt que son penchant.
?
Mais doit-on autoriser cette politesse
artificieuse, et flatteuse,,. Non, sans doute.
Je l'ai peinte , je l'ai décrite , je ne l'ai
point approuvée ; bien loin d'avoir donné lieu de m'accuser de ce relâchement
je crains plutôt qu'on n'ait apperçu dans
mes Reflexions un peu de misantropie ;
et qu'on ne me soupçonne de les avoir
faites sur ce qui m'a déplu dans le commerce du monde.
M. S. explique très bien comment sans
blesser la Politesse , on peut contredire
adroitement les opinions ou les passions
d'autrui ; mais croit-il avoir également
sauvé les droits de la verité ? Au reste , il
ne me convenoit pas d'entrer dans ce détail
et avec quelque difference dans l'expression nous sommes d'accord au fond. Il ne
veut pas qu'on flatte la vanité , il veut
seu-
FEVRIER. 1737: 225
seulement qu'on la ménage. Qu'entend-il
par ces ménagemens ? Les borne-t`il au
silence ? à ne pas la choquer , à ne pas la
fatter directement ? La maxime commune que le silence ne dit rien , est fausse
en mille occasions . Le silence n'est presque jamais indifferent ; souvent il vaut
Fimprobation ou l'approbation la plus
marquée. Dans le premier cas ce n'est
plus ménager ; dans le second c'est flatter..
M. S. m'imputé d'avoir conseillé la flatterie et l'adulation. Je ne me suis point servi de ce terme , ils se prennent toujours
en mauvaise part ; au lieu que le terme
de flatter ne signifie souvent que plaire.
En un mot, on peut flatter l'amour propre d'autrui sans flatterie et sans adulation. Lorsqu'à la faveur de quelques louanges on fait passer des avis salutaires , une
correction utile ; lorsque dans la conversation , soit en la faisant tomber sur certains sujets , soit par une contradiction.
adroite , on donne lieu aux autres de paroître et de briller , et qu'on fait valoir
leur esprit , ne flatte- t'on pas leur vanité?
Le mot n'est point trop fort , il faut le
passer , et bien entendu il ne choque en
rien la bonne morale ; tous les égards
les tours fins , les ménagemens délicats
que prescrit M. S. se réduisent là તે
parler naturellement B iij Le
4
226 MERCURE DE FRANCE
Le troisiéme article de sa Critique regarde quelques- uns des moyens que j'ai
indiquez pour acquerir la Politesse ou
pour s'y perfectionner. Toute ma réponse
sera d'exposer de nouveau mes sentimens
sur ce sujet.
Le commerce des femmes est , dit on ,
communément la meilleure école de politesse , parce qu'on y trouve tout ensemble et des modeles excellens en ce genre
et des motifs pressants de travailler à
les imiter.Voilà donc deux raisons de l'utilité du commerce des femmes , par rapport à la Politesse. Elles sont très- polies
et on ne sçauroit leur plaire sans l'être.
Je cherche la principale de ces raisons ,
et je demande si ce n'est pas la derniere,
la necessité d'être poli pour se rendre
agréable aux Daines ? Ceux qui ont le
plus d'usage du monde me répondront
tous que c'est en ce sens principalement
qu'ils leur doivent la politesse qu'ils ont
acquise auprès d'elles , et que le desir de
leur plaire a plus contribué à les polir
que leurs exemples ; ils me diront même
qu'ils ont plutôt pensé à imiter les hommes polis que les femmes , dont la politesse est très- differente de la nôtre. En
un mot , les femmes sont pour les hommes d'excellens Maîtres de politesse , parce
FEVRIER 17328 227
ce que ce sont des Maîtres très- severes
et pourtant très-aimez.
Sur ce qu'une grande partie de la politesse et le plus difficile à pratiquer ,
consiste à souffrir l'impolitesse des autres
sans y tomber jamais , j'ai dit qu'il est
utile de se trouver quelquefois avec des
gens impolis. Voilà, dit M. S. un secret
admirable et tout nouveau de se perfectionner dans la pratique de la Politesse. Il n'y
a pourtant rien de plus simple et de plus
commun ; car la Politesse ne s'apprenant
bien que par l'usage , comment appren
dra-t'on cette partie de la Politesse qui
consiste à souffrir poliment l'impolitesse
des autres , si l'on ne se trouve quelquefois avec des gens impolis ? En ettet , Sup
posons un jeune homme qui n'a encore
vêcu qu'avec des personnes polies , dont
parconsequent il n'a jamais reçû d'impolitesse , elles lui auront dit, sans doute ,
qu'il n'y a jamais de raison légitime de
manquer à la politesse ; qu'il en faut
avoir avec ceux mêmes qui n'en ont pas
avec nous , et qu'en cette matiere , comme en toute autre , les fautes d'autrui ne
justifient point celles qu'elles nous font
faire. Belles et utiles leçons , foibles armes contre les premieres tentations que
donne une impolitesse reçue ; il en sera B iiij d'd'autant plus choqué qu'il est lui- même
plus poli , et par- là il cessera peut-être de
Î'être dans cette occasion. Mais l'usage du
monde où il ne trouvera que trop de gens
impolis,lui donnera bien- tôt une politesse
plus forte et plus robuste , si j'ose parler
ainsi , une politesse capable de se soutenir contre l'impolitesse même. Je crois
maintenant que M. S. ne trouvera plus
obscure l'application de ce principe que
des occasions fréquentes d'agir , en surmontant une difficulté considerable
avancent bien mieux que de simples exemples. Ces occasions , &c.... Sont celles
que donne l'impolitesse où l'on peut tomber à notre égard. La vertu n'éclate et
ne se perfectionne que par les difficultez
vaincues.
>
M. S. me reproche encore une contradiction , mais elle n'est qu'apparente , et
d'ailleurs cela est trop peu interressant
pour m'y arrêter. Voici donc un mot
seulement pour M. S. et pour ceux de
mes Lecteurs qui voudront se donner la
peine de comparer ensemble nos trois
Morceaux, lorsque j'ai dit que la Politesse
attire également l'estime et l'amour , c'est
en la considerant par rapport aux quaIltez de l'esprit et du cœur qu'elle supose,
ou du moins dont elle est l'apparence ;
et
FEVRIER. 1732. 229
et lorsque dans un autre endroit , après
avoir distingué trois sortes de mérites ,
le mérite estimable , le mérite aimable ,
et le mérite agréable , j'ai ajoûté que cette
derniere sorte de mérite est proprement
celui de la Politesse , alors je l'ai considerée selon son idée présise et par rapport
à ce qui fait son caractere particulier. En
voilà assez sur une chose peu importante.
M. S. a examiné mes Refléxions dans un
grand détail , c'est un honneur qu'il m'a
fait , et je l'en remercie ; mais il m'auroit
été impossible de le suivre dans tout ce
détail , sans tomber dans la langueur et
sans causer de l'ennui. L'Auteur qui compose une Critique a bien des avantages
sur celui qui doit lui répondre. Les matieres s'usent , on ne peut guere éviter
les redites , et les redites déplaisent. Ainsi
il est moins difficile de faire une Critique
agréable , que d'y répondre avec le même
agrément.
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Résumé : REPONSE de M. l'Abbé Trublet, à la Lettre de M. Simonnet, imprimée dans le Mercure de Novembre 1731. au sujet des Refléxions sur la Politesse, imprimées dans le second volume du Mercure de Juin de la même année.
L'abbé Trublet répond à la critique de M. Simonnet concernant ses 'Réflexions sur la Politesse', publiées dans le Mercure de Juin 1731. Trublet explique que ses réflexions ont été inspirées par une conversation avec une dame de lettres, qui l'a encouragé à compiler des pensées sur divers sujets littéraires. Il a choisi la politesse comme sujet, cherchant à rassembler des vérités éparses et à les présenter de manière concise et éclairante. Trublet reconnaît que son texte peut être obscur ou mal compris, notamment en raison de l'utilisation de termes dans des sens variés. Il répond aux trois principaux reproches de Simonnet : avoir élevé la politesse à un niveau inaccessible, l'avoir dégradée en la rendant vicieuse, et s'être trompé sur certains moyens pour l'acquérir. Trublet distingue la civilité, qui concerne le fond des choses, de la politesse, qui concerne la manière de les dire et de les faire. Il argue que la politesse ajoute un charme et des agréments fins aux manières et aux discours. Concernant la sincérité, Trublet affirme que la politesse exige souvent de la dissimulation, contrairement à ce que pense Simonnet. Il cite l'exemple du Pape Sixte Quint, qui a dû surmonter son naturel sincère pour devenir un habile politique. Trublet reconnaît que la politesse artificieuse et flatteuse n'est pas à approuver, mais il souligne que ses réflexions ne l'approuvent pas non plus. Le texte discute de l'importance du commerce des femmes dans l'apprentissage de la politesse. Il souligne que les femmes sont des maîtres sévères mais aimés, et que la nécessité de leur plaire est une motivation majeure pour acquérir la politesse. Cependant, l'auteur note que les hommes imitent souvent d'autres hommes polis plutôt que les femmes, dont la politesse diffère de la leur. Le texte aborde également la nécessité de se confronter à l'impolitesse pour perfectionner sa propre politesse. Il explique que les leçons théoriques sont insuffisantes face aux premières tentations d'impolitesse. L'expérience avec des gens impolis renforce une politesse plus robuste, capable de résister à l'impolitesse. Enfin, l'auteur répond à une critique de M. S. concernant une apparente contradiction dans ses réflexions sur la politesse. Il clarifie que la politesse attire l'estime et l'amour en raison des qualités de l'esprit et du cœur qu'elle suppose, mais qu'elle peut aussi être considérée comme un mérite agréable en soi. L'auteur remercie M. S. pour son examen détaillé mais note les difficultés de répondre à une critique sans tomber dans la redondance et l'ennui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 229-231
A MAD. ***.
Début :
Le tems qui fuit, ou plutôt qui s'envole, [...]
Mots clefs :
Temps, Destin, Saisons, Charmes
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texteReconnaissance textuelle : A MAD. ***.
A MAD. ***.
E tems qui fuit , ou plutôt qui s'envole
Prend toujours , en fuyant, quelque chose sur
nous
By C'est
230 MERCURE DE FRANCE
C'est un assassin qui nous vole ,
Par un Art insensible et doux.
Qu'on s'en plaint justement , qu'à bon droit on
l'accuse ,
De promettre sans cesse et ne tenir jamais !
Imperceptiblement le perfide nous use ,
Nous déçoit, nous séduit, et souvent nous amuse,
De vains desirs , de fauts projets ;
Dont sottement l'ame se préoccupe.
Bientôt nous éprouvons par de cruels effets ,
Qu'attendre trop de lui , c'est en être la duppe ,
Et sés dons les plus sûrs sont de tristes regrets.
Mais à quoi bon la Morale ennuyeuse ?
Le Destin veut qu'ainsi le tems nous traite tous.
C'est pour vous, seule Immortelle. ...
Que ce Dieu va d'une aîle paresseuse ;
La Parque à beau filer et frémir de couroux
Il suspend devant vous sa course impetueuse.
Vos charmes semblent être à l'abri de leurs coups,
Et ce tyran cruel , ce destructeur terrible,
Paroît cesser d'être infléxible ,
'Puisque jamais il n'a rien pris sur vous.
Tour à tour la Nature à son devoir fidelle ,
Brille , languit , se renouvelle.
Mais qu'elle fasse attendre ou donner les beaux
jours ,
( Pouvoir que vous avez comme elle )
Des diverses saisons on n'a point vû le cours ,
Vous
FEVRIER. 1732. 231
Vous rendre moins aimable ni moins belle ;
Suivie avec ardeur des Graces , des Amours ;
Coinme Venus , qui vous voit , vous adore :
Tout l'éclat du Printemps regne sur vous encore,
Par cet esprit perçant , vif , juste et sans détours ;
A chaque instant on voit éclore ,
Même en dépit de la jalouse Flore ,
Sur vos traits délicats, sur vos moindres discours,
Des fleurs qui duréront toûjours.
L'ardeur que l'amitié vous donne ,
De vos yeux , la vivacité ,
Entretiennent chez vous le plus charmant Eté;
A votre generosité ,
Goût exquis , abondance , on reconnoît l'Automne ;
L'hyver qui tristement de glaçons se couronne ,
Dont les froids Aquilons suivent toûjours les pas,
Ne s'exprime en votre personne ,
Que par la nege et les frimats ,
Qui paroissent couvrir votre sein et vos bras.
Je me trompois , et mon erreur m'étonne
Au grand regret de maints adorateurs
Dont un Essain toûjours vous environne
Pour eux votre insensible cœur ,
Exprime mieux encor l'hiver et sa rigueur
E tems qui fuit , ou plutôt qui s'envole
Prend toujours , en fuyant, quelque chose sur
nous
By C'est
230 MERCURE DE FRANCE
C'est un assassin qui nous vole ,
Par un Art insensible et doux.
Qu'on s'en plaint justement , qu'à bon droit on
l'accuse ,
De promettre sans cesse et ne tenir jamais !
Imperceptiblement le perfide nous use ,
Nous déçoit, nous séduit, et souvent nous amuse,
De vains desirs , de fauts projets ;
Dont sottement l'ame se préoccupe.
Bientôt nous éprouvons par de cruels effets ,
Qu'attendre trop de lui , c'est en être la duppe ,
Et sés dons les plus sûrs sont de tristes regrets.
Mais à quoi bon la Morale ennuyeuse ?
Le Destin veut qu'ainsi le tems nous traite tous.
C'est pour vous, seule Immortelle. ...
Que ce Dieu va d'une aîle paresseuse ;
La Parque à beau filer et frémir de couroux
Il suspend devant vous sa course impetueuse.
Vos charmes semblent être à l'abri de leurs coups,
Et ce tyran cruel , ce destructeur terrible,
Paroît cesser d'être infléxible ,
'Puisque jamais il n'a rien pris sur vous.
Tour à tour la Nature à son devoir fidelle ,
Brille , languit , se renouvelle.
Mais qu'elle fasse attendre ou donner les beaux
jours ,
( Pouvoir que vous avez comme elle )
Des diverses saisons on n'a point vû le cours ,
Vous
FEVRIER. 1732. 231
Vous rendre moins aimable ni moins belle ;
Suivie avec ardeur des Graces , des Amours ;
Coinme Venus , qui vous voit , vous adore :
Tout l'éclat du Printemps regne sur vous encore,
Par cet esprit perçant , vif , juste et sans détours ;
A chaque instant on voit éclore ,
Même en dépit de la jalouse Flore ,
Sur vos traits délicats, sur vos moindres discours,
Des fleurs qui duréront toûjours.
L'ardeur que l'amitié vous donne ,
De vos yeux , la vivacité ,
Entretiennent chez vous le plus charmant Eté;
A votre generosité ,
Goût exquis , abondance , on reconnoît l'Automne ;
L'hyver qui tristement de glaçons se couronne ,
Dont les froids Aquilons suivent toûjours les pas,
Ne s'exprime en votre personne ,
Que par la nege et les frimats ,
Qui paroissent couvrir votre sein et vos bras.
Je me trompois , et mon erreur m'étonne
Au grand regret de maints adorateurs
Dont un Essain toûjours vous environne
Pour eux votre insensible cœur ,
Exprime mieux encor l'hiver et sa rigueur
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Résumé : A MAD. ***.
Le texte est une lettre poétique adressée à une femme, comparant le passage du temps à un voleur insidieux qui prend toujours quelque chose de nous. Le temps est décrit comme un assassin qui promet sans jamais tenir, usant et décevant les individus. La morale est jugée ennuyeuse, car le destin veut que le temps traite ainsi tout le monde. Cependant, la destinataire est présentée comme immortelle, échappant aux ravages du temps. Ses charmes sont comparés aux saisons : elle incarne le printemps par son esprit vif, l'été par son amitié ardente, l'automne par sa générosité et son goût exquis, et l'hiver par son cœur insensible. Malgré les saisons, elle reste toujours belle et aimable, adorée comme Vénus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 232-250
DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
Début :
Vous ne deviez pas, Monsieur, attendre aux reproches si mal [...]
Mots clefs :
Théâtre, Spectacles, Comédie, Amour profane, Anathèmes, Public, Mercure, Comédiens, Auteurs
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
DISSERTATION sur la Comedie ,
pour servir de réponse à la Lettre ,
inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au
sujet des Discours du Pere LE BRUN,
sur la même matiere. Par M. SIMONET ,
Prieur d'Heurgeville.
Ous ne deviez pas , Monsieur, vous
attendre aux reproches si mal fondez
que l'on vous a faits , à l'occasion des Discours du P. le Brun sur la Comédie. La
candeur, la justesse, le discernement avec
lesquels vous avez rendu compte au public des ouvrages qui ont paru , et de celui - ci en particulier , ne les méritoient
certainement pas , et on ne sçauroit trop
louer la modération qui vous fait garder
un profond silence sur ce sujet.
Si le nouveau deffenseur du Théatre aété
dans l'étonnement de ce que vous annonciez avec éloge ces discours du P.le Brun;
on est encore plus surpris de le voir vous
censurer avec hauteur , et se déchaîner
contre un ouvrage depuis long-temps approuvé, pour soutenir une cause déja perduë au jugement de tout ce qu'il y a de
personnes équitables et desinteressées.
Il vous est glorieux, Monsieur , qu'on
n'ait
FEVRIER: 1732. 233
n'ait pû vous attaquer sans entreprendre
de ternir la réputation d'un Auteur également recommandable par sa piété , ses
lumieres , sa profonde érudition , sans se
déclarer le Protecteur d'une profession
de tout temps décriée ; sans s'élever même
contre l'Eglise qui l'a justement frappée d'Anathémes.
Quelque foibles que soient dans le fond
les principes que l'on vous objecte , ils ne
laissent pas d'avoir quelque chose de spécieux et d'apparent , qui pourroit trouver des Approbateurs parmi ce grand
nombre de personnes , déja trop préve- nuës en faveur du Théatre.
On aime ce qui flate agréablement l'imagination , ce qui charme l'esprit , ce
qui touche et qui enleve le cœur : comme
les Spectacles excellent en ce genre , on se
laisse facilement persuader qu'il n'y a rien de si criminel dans ces sortes d'amusemens ; on s'apprivoise à ce langage délicat des passions , et on est bien-tôt séduit. •
Les funestes impressions que l'on ressent,
paroissent trop douces pour s'en méfier.
Il suffit que la Comédie plaise pour qu'on
la trouve innocente , et qu'on ne s'en
fasse plus de scrupule. De là vient qu'on
est porté plutôt par inclination , que par lumieres, à juger favorablement d'un Ecrit
fait exprès pour la justifier.
De
234 MERCURE DE FRANCE
De pareils Ecrits sont si contraires aux
bonnes mœurs et à l'esprit du Christianisme, que feu M.de Harlay , Prélat recommandable par sa grande capacité, obligea le
P. Caffaro , qui en avoit produit un semblable , de se retracter. Il seroit à souhaiter que le nouveau Deffenseur de la Comédie , voulut suivre l'exemple de celui
qu'il a si-bien copie ; et que rendant gloire à la vérité , il avoüat franchement ce
qu'il ne devroit pas se dissimuler à luimême, que le Théatre est à présent, comme autrefois , tres - pernicieux à l'innocence.
Mais comme on n'a gueres sujet d'attendre de lui cet aveu , qui apparemment
lui couteroit trop , il faut essayer du
moins de détromper les personnes qui ne
seroient pas assez en garde contre ses illusions et qui s'en rapporteroient à son
sentiment pour juger , soit de l'exposé du
Mercure , soit du fond de l'ouvrage du
P. le Brun.
A entendre l'Avocat des Comédiens , le
Mercure ne parle et n'agit point en cette
occasion , par principes ; il établit d'une
main, ce qu'il détruit de l'autre. Là il attire ses Lecteurs aux Spectacles par des
Analyses vives et expressives ; icy il en
détourne par les éloges qu'il donne à des
dis-
FEVRIER. 1732. 235
discours qui representent ces Spectacles
comme pernicieux et criminels ; c'est ce
qui étonne son Antagoniste , c'est ce qui
lui paroit étrange.
Toute la dispute se réduit donc à examiner si le Mercure après avoir donné
dans ses Analyses , une idée avantageuse
des Spectacles , ne pouvoit , sans se contredire , louer les Discours du P. le Brun
qui les condamnent? Une observation des
plus communes suffira pour dissiper toutes les ombres qu'on a essayé de répandre
sur cet article ; c'est que la même chose
considerée sous différents rapports , sous
differens points de vûë , peut être bonne
et mauvaise , loüable et repréhensible en
même- temps ; et tels sont les Spectacles ,
ils ont leur beauté et même leur bonté en
un sens. On dit tous les jours , et avec
raison : Voilà une bonne Piece , en parlant d'une Comédie qui plaît, c'est un ouvrage d'esprit qui est bon en ce genre ,
mais souvent tres- pernicieux , par rapport au cœur , et rien n'empêche qu'on
ne le loue d'un côté , et qu'on ne le blâme de l'autre.
Le Mercure , dans ses Analyses , montre simplement ce qu'on a trouvé de beau
ou de bon dans les Pieces de Théatre, mais
cela ne regarde que l'esprit ; sans toucher
aux
236 MERCURE DE FRANCE,
aux mœurs et à la conscience dont alors il
n'est point question. D'ailleurs le dessein
de ces Analyses n'est pas , comme on le
suppose , d'attirer les Lecteurs aux Spectacles , mais seulement de leur en donner
une légere teinture , qui peut avoir son
utilité pour plusieurs , et qui ne fera pas
grande impression , ni sur les personnes
portées d'elles-mêmes à y participer , ni
sur celles qui par principe de Religion en
ont de l'éloignement.
La nouvelle édition des Discours du
P. le Brun présente l'occasion favorable
de montrer la Comédie par son mauvais
côté , le Mercure la saisit avec plaisir , et
fait sentir par les éloges qu'il donne à ces
discours , que tous ces Spectacles dont il a
fait les Analyses , pour la satisfaction de
ceux qui s'y interressent , ont des dangers et des écueils dont il faut bien se
donner de garde, et qu'on risque au moins
beaucoup , lorsqu'on y participe. N'est- ce
pas là parler et agir par principes, en homme d'esprit, en honnête homme, sans être
rigoriste ?
On peut dire même que le Mercure n'a
été que l'écho des applaudissemens que le
Public , malgré sa prévention pour les
Spectacles , avoit déja fait éclatter , en faveur de ces Discours pleins de lumiere et
de
FEVRIER 1732 237
de piété ; et il n'en auroit pasfait un rapport fidele , s'il les cut annoncez d'un autre ton , ce qui n'empêchoit pas qu'il ne
fut aussi de son ressort de rendre compte
avec la même fidelité de ce que l'on pensoit communement des différentes Piéces
qui ont paru sur la Scene.
Venons à présent au fond , et exami
nons si c'est à tort,comme on le prétend,
que le P. le Brun représente les Spectacles comme pernicieux et criminels , et si
son ouvrage est aussi peu solide qu'on le
veut faire croire. Tout le point de la difficulté consiste à sçavoir si la Comédie est
à present moins mauvaise en elle - même,
et moins contraire aux bonnes mœurs,
" qu'elle ne l'étoit du temps que les Peres
et les Conciles l'ont chargée d'Anathémes ; car s'il est vrai qu'elle soit toujours
également vicieuse, quelque épurée, quelque chatiée qu'on la suppose quant au
langage , aux expressions , aux manieres;
les Comédiens méritent toujours les mê
mes Anathémes . et c'esr avec raison
qu'on en détourne les Fideles.
و
Or je soutiens que la Comédie , telle
qu'elle paroit depuis Moliere sur le
Théatre François ( fameuse époque de sa
plus grande perfection ) est pour le moins
aussi mauvaise et aussi dangereuse pour les
mœurs
238 MERCURE DE FRANCE
•
mœurs , qu'elle l'étoit auparavant. Je dis
pour le moins; en effet , lorsqu'il ne pa
roissoit sur la Scene que des vices grossiers ; lorsque les Acteursjouoient avec les
gestes les plus honteux , que les hommes et les
femmes méprisoient toutes les regles de lapu
deur, et que l'on y prononçoit ouvertement
des blasphemes contre le saint Nom deDieu ;
pour peu qu'on eut de conscience et d'éducation , ces Spectacles devoient naturellement faire horreurs du moins on ne
pouvoit s'y méprendre , et regarder comme permis ces discours tout profanes, ces
actions si licentieuses , et si contraires à
l'honnêteté ; le vice qui paroît à décou
vert , a bien moins d'appas que lorsqu'il
se déguise et ne se montre que sous des ap- parences trompeuses , comme il fait à
present.
Le goût fin et la politesse de notre siecle ne s'accommoderoient pas de ces excès monstrueux , de ces infames libertez
qui choqueroient ouvertement la modestie. Elles révolteroient les personnes un
peu délicates , et feroient rougir ce reste
de pudeur , dont , malgré la corruption
du Monde, on aime à se parer. Le Théatre seroit décrié par lui-même , et il n'y
auroit gueres que des personnes perduës
d'honneur et de réputation qui oseroient
y assister.
On
FEVRIER 1732. 239
On prend donc un autre tour; le vice
en est toujours l'ame et le mobile , mais
il ne s'y montre que dans un aspect , qui
n'a rien d'affreux , ni d'indécent, rien du
moins qu'on n'excuse , et qu'on ne se pardonne aisément dans le monde. Il y paroît sous un langage poli et châtié , sous
des images riantes et agréables , avec des
manieres toutes engageantes , qui tantôt
le font aimer , tantôt excitent la pitié , la
compassion; quelquefois il se couvre d'un
brillant , qui lui fait honneur ; il se pare
des dehors de la vertu , et sous ombre de
rendre ridicule ou odieuse une passion , il
en inspire d'autres encore plus funestes.
Le venin adouci et bien préparé , s'avale
aisément ; on ne s'en méfie pas , mais il
n'en est que plus mortel. Le Serpent avec
toutes ses ruses et ses détours , se glisse
adroitement dans les ames , et les corrompt en les flattant. C'est ainsi qu'on a
trouvé le secret, en laissant dans le fond ,
le Spectacle également vicieux , de le rendre plus supportable aux yeux et aux
oreilles chastes , et c'est par- là qu'il séduit
plus sûrement.
Quoiqu'on en dise , le Théatre est toujours , comme autrefois, l'école de l'impureté. On y apprend à perdre une certaine retenuë qui tient en garde contre les
pre-
240 MERCURE DE FRANCE
premieres atteintes de ce vice , et à n'en
avoir plus tant d'horreur. On y apprend
l'art d'aimer et de se faire aimer avec déli--
catesse,art toujours dangereux, et trop sou- vent mis en pratique pour la perte des
amessonyapprendle langage de l'amour,
eton s'accoutume à l'entendre avecplaisir,
ce langage seducteur qui a tant de fois suborné la vertu la plus pure; on y apprend
à entretenir des pensées , à nourrir des desirs , à former des intrigues , dont l'innocence étoit avant cela justement allarmée.
Les Spectacles sont encore à present le
triomphe de l'amour profane. Il s'y fait
valoir commeune divinité maligne , dont
la puissance n'a point de bornes , et à laquelle tous les humains par une fatale necessité ne peuvent se soustraire. Aimer
follement , éperdument , sur la Scene ,
c'est plutôt une foiblesse qu'un vice : on
se la reproche quelquefois , non pas tant
la rendre odieuse , que pour
voir le spectateur , et paroître digne de
compassion ; d'autres fois on en fait gloire , on s'estime heureux d'être sous l'empire de l'Amour , on vente la chimerique
douceur de son esclavage : quoi de plus
capable d'énerver le cœur de l'amollir,
et de le corrompre !
pour émouC'est cependant ce que l'on trouve de
plus
FEVRIER 17320 *241
plus beau , de plus fin , de plus charmant
dans toutes les Pieces de Théatre. Il y
regne presque toujours une intrigue d'amour adroitement conduite. Chacun
en est avide , chacun la suit , et attend
avec une douce impatience quel en sera
le dénouement. Dans les Comédies l'intrigue est moins fougueuse , plus moderée , et se termine toujours par quelque
agréable surprise , qui met chacun au
comble de ses souhaits. Dans la Tragedie,
ce ne sont gueres que les furieux transports d'un amour mécontent , outragé ,
ne respirant que vengeance , que desespoir , quoiqu'il soupire encore après l'objet de ses peines ; et l'intrigue aboutit à
quelque funeste catastrophe. Dans l'une
et dans l'autre c'est l'Amour qui regne ,
qui domine , qui conduit tout , qui donne le mouvement à tout, et il ne s'y montre certainement pas par des endroits
qui le rendent ridicule , méprisable ou
odieux. Au contraire , il y paroît dans un
si beau jour , er avec tant d'agremens,
qu'on a de la peine à se défendre de ses
charmes ; et cependant cet amour tendre
et vehement est une passion des plus pernicieuses : il trouble la raison , il obscurcit les lumieres de l'esprit , et infecte le
cœur par un poison d'autant plus dangereux
242 MERCURE DE FRANCE
reux , qu'il est plus subtil et paroît plus doux.
En vain se défendroit- on sur ce que ces
intrigues sont , à ce que l'on pretend , innocentes , et qu'il ne s'agit que d'un
amour honnête. Comment le supposer
honnête, cet amour si hardi › si peu modeste ? si entreprenant ? Dès qu'il a le
front de se montrer au grand jour , et de
se produire devant tout le monde , avec
toutes les ruses et les artifices d'une intrigue , ne passe- t'il pas les bornes de la retenue et de l'honnêté ? -Il n'y a gueres au
reste de difference entre les démonstrations exterieures d'un amour legitime et
d'un amour déreglé, et ces démonstrations
produisent dans ceux qui en sont témoins
à peu près les mêmes effets , même sensibilité , même desirs , même corruption.
Il faudroit s'aveugler soi-même pour ne
pas voir que cet amour , quelque innocent , quelque honnête qu'on le suppose,
étant representé au vifet au naturel , n'est
propre qu'à exciter des flammes impures:
ces airs passionnés , ces regards tendres et
languissants,ces soupirs et ces larmes feintes,qui en tirent de veritables des yeux des
spectateurs, ces entretiens d'hommes et de
femmes qui se parlent avec tant degraces,
de naïveté,de douceur;ces charmantes Actrices
FEVRIER. 1732. 243
trices, d'un air si libre, aisé , galant , dont
les attraits sont relevez par tant d'ajustemens , et animez par la voix , le geste , la
déclamation ; ces beautez si piquantes, qui
se plaisent à piquer , dont toute l'étude
est d'attirer les yeux et de se faire d'illustres conquêtes ; à quoi tout cela tend- il ?
Chacun le sent , pourquoi le dissimuler ?
Au milieu de ce ravissant prestige qui
fixe les yeux , les oreilles , et charme tous
fes sens , lorsque la passion a penétré ,
pour ainsi dire ,jusqu'à la moële de l'ame;
viennent ces beaux principes de generosité , d'honncur, de probité dont le Théatre se glorifie. Mais c'est trop tard : le
coup mortel est donné , le cœur ne fait
plus que languir , la vertu envain se débat , elle expire , elle n'est déja plus: à quoi
sert l'antidote , quand le poison a operé ?
Aprés cela on a bonne grace de nous
vanter les Tragedies et les Comédies
comme n'étant faites que pourinspirer de
nobles sentimens , pour rendre les vices
ridicules et odieux. Tous ces sentimens
si nobles , si élevez se reduisent à des
saillies d'amour propre , de vanité , à des
mouvemens d'ambition , à des transports
de jalousie , de haine , de vengeance , de
desespoir.
La Comédie jette un ridicule sur certains
244 MERCURE DE FRANCE
tains vices décriez dans le Monde , mais
il y en a de plus subtils , quoique souvent
plus criminels , qui sont trop flateurs et
tropcommuns pour qu'elle ose y toucher.
Elle n'amuse , elle ne divertit , elle ne
plaît , que parce qu'en se jouant des passions des hommes , elle en ménage , elle
eninspiretoujours quelques- unes qui sont
les plus douces et les plus favorites.
Telle est la Morale si vantée du Théa
tre , bien opposée à la pure morale de
Jesus-Christ : celle- ci rabaisse l'homme à
ses propres yeux, le détache de lui-même,
et lui fait trouver sa veritable grandeur
dans la modestie et l'humilité : celle- là ne
produit que des Heros pleins de faste et
de présomption , entêtez de leur prétendu merite , faisant gloire de ne rien souffrir qui les humilie. L'une regle l'inte
rieur autant que l'exterieur : l'autre ne
s'arrête qu'à lavaine parade d'une probité
toute mondaine. A l'Ecole de notre Divin Maître on apprend à pardonner les
injures , à aimer ses ennemis , à étouffer
jusqu'aux ressentimens de vengeange et
d'animosité : au Théatre c'est être un lâche ,un poltron , un faquin que de souffrir une insulte sans en tirer raison ; c'est
en ce faux point d'honneur que consiste
la grandeur d'ame qui regne dans les Pieces
FEVRIER 1732. 245
ces tragiques. La morale de J. C. prêche
par tout la mortification des sens et des passions : elle ne permet pas même de regarder avec complaisance les objets capables
de faire naître des pensées et des désirs criminels. Au Théatre on ne respire-qu'un air
de molesse , de volupté , de sensualité ; on
n'y vient que pour voir et entendre des
personnages de l'un et de l'autre Sexe
tous propres par leurs charmes et leurs
mouvemens artificieux , mais expressifs
à exciter de veritables passions.
Et qu'on ne s'imagine pas qu'il n'y ait
que quelques ames foibles à qui les spectacles puissent causer de si funestes effets.
Le penchant universel qui porte à la volupté , les rend au moins très-dangereux
à toutes sortes de personnes. Il faut être
bien temeraire pour se répondre de ses
forces , en s'exposant à un péril si évident
de succomber et de se perdre. Plusieurs
moins susceptibles ou par vertu ou par
temperament , ne s'appercevront peutêtre pas d'abord de la contagion qui les
gagne. Mais insensiblement le cœur s'affoiblit , la passion s'insinuë ; elle fait sans
qu'on y pense des progrès imperceptibles,
et l'on risque toujours d'en devenir l'esclave. Celui qui aime le péril , dit JesusChrist , périra dans le péril.
C
246 MERCURE DE FRANCE
Il est donc constant que la Comédie,
quelque châtiée, quelque épurée qu'on la
suppose , est à present du moins aussi
mauvaise et aussi pernicieuse , qu'elle l'étoitautrefois. La reforme qu'on en a faite
l'a renduë plus agreable , plus attirante
sans qu'elle en soit devenue effectivement
plus chaste , et moins criminelle. Qu'on
dise tant qu'on voudra qu'elle corrige les
vices des hommes : il est toujours évident
que personne n'en devient meilleur , que
plusieurs s'y pervertissent , que tout ce
qu'il y a de gens déreglez y trouvent dequoi fomenter et nourrir leurs passions et
que la morale du Théatre ne les conver
tira jamais.
Non, la Comédie ne corrige pas les vices, elle ne fait qu'en rire, qu'en badiner, er
son badinage y attire plus qu'il n'en éloigne. Si elle y répand un certain ridicule,
ce ridicule est trop plaisant et trop gra
cieuxpour endonner de l'horreur. Qu'on
fasse valoir les beaux preceptes de morale
qu'elle debite , il n'en sera pas moins vrai
qu'ils n'ont aucune force contre l'esprit
impur et profane qui anime les spectacles,
et quesi l'on yreçoit des leçons de vertu,
on n'en remporte cependant que les impressions du vice.
Le P. le Brun par consequent n'a pas
cu
FEVRIER. 1732. 247
eu tort de dépeindre le Theatre avec ces
couleurs qui ne déplaisent si fort à l'Avocar des Comédiens , que parce qu'elles sont trop naturelles. Cet homme venerable ne meritoit pas qu'on vint troubler ses cendres , décrier ses sçavans Ecrits
et flétrir sa memoire , en le faisant passer
pourun Auteur sansjugement , sans principes , sans raisonnement. Je ne dis pas
qu'il n'ait pû quelquefois se méprendre ,
et quel est l'homme si attentifqui ne s'égare jamais dans un ouvrage d'assez longue haleine ? Mais s'il s'est trompé , ce
n'est sûrement pas dans l'essensiel, et dans
le dessein qu'il a eu de montrer combien
les Spectacles sont dangereux et opposez à
l'esprit du Christianisme.
Comment ose- t'on avancer qu'on se
roit mieux fondé à lui demander une retractation , si la mort ne l'avoit pas mis
àcouvert d'un tel attentat , qu'on ne l'a
été à en exiger une du P. Caffaro ? Que
dire de la hardiesse avec laquelle on suppose, et on decide que les Comédiens ne
meritent plus les foudres de l'Eglise , et
qu'ils sont en droit de faire des remontrances à Messieurs nos Evêques qui font
publier contre eux des Anathêmes? Commesi de tels personnages pouvoient être
Juges dans leur propre cause , et se déCij clareg
243 MERCURE DE FRANCE
T
clarer eux mêmes innocens , lorsque l'Eglise les condamne ; comme s'ils avoient
plus d'équité et de lumieres , que les Prelats les plus respectables , que les plus
pieux et les plus sçavans Theologiens ,
pour decider sur leur état et leur profession. Il suffit de jetter les yeux sur ce qui
se passe au Theatre , pour concevoir , si
lon agit de bonne foi et sans prévention ,
que les Comédiens de nos jours sont
du moins aussi coupables et aussi dignes
de Censures , que ceux des siecles passez,
quoiqu'on avoue qu'ils sont plus polis et
moins impudens.
Que devient à present ce pompeux étalage d'érudition et d'autoritez que l'on
remet sur le tapis après le P. Caffaro ?
Qui pourra s'imaginer que d'habiles Theologiens , que des Saints mêmes très- illustres , ayent regardé comme permis et digne d'approbation, ce qui tend si visiblement à la corruption des mœurs? S'ils l'avoient fait , on ne risqueroit rien de les
desavoüer , n'étant pas le plus grand nom
bre l'esprit et la tradition de l'Eglise leur
étant contraires; mais il est bien plus juste
de croire qu'on les cite à tort , et qu'on ne les entend pas.
S'ils ont approuvé des Comédies, il fal-"
loit qu'elles fussent bien chastes , et bien,
éloignées
FEVRIER. 17320 249
éloignées de l'esprit impur qui anime celles de nosjours; ils entendoient, sans doute , des Spectacles , où il n'y auroit ni intrigues d'amour , ni airs de molesse , ni
rien de capable de flater la sensualité , de
fomenter le déreglement des passions :apparamment comme ces Pieces que l'on représente dans les Colleges pour exercer et
divertir innocemment la jeunesse. Que
nos Comédiens n'en donnent que de semblables , et nous conviendrons qu'étant
ainsi purifiées , elles ne seront plus dignesde censure. Mais ils n'ont garde d'être si
severes , ils ni trouveroient pas leur com.
ptpte. Cet air de reforme ne plairoit pas à
la plupart des spectateurs , le Théatre ne
seroit plus si frequenté , et la Comédie
n'auroit peut- être plus tant d'appuis , ni
tant de ressources .
Il est curieux de la voir se vanter d'ê
tre soutenue par les Puissances , bien teçûë dans les Cours , et entretenue par de
bons appointemens. C'est à peu prèscomme si une femme infidelle faisoit gloire du
prix de ses infidelitez , et qu'elle voulut passer pour innocente , parce qu'on
la souffriroit devant d'honnêtes gens ,
par des raisons de necessité ou de politique.
Dans les Etats les mieux policez , il y
Ciij
250 MERCURE DE FRANCE
a certains abus , certains déreglemens
qu'il seroit trop dangereux de vouloir extirper. On est obligé prudemment de
laisser croître l'yvroye avec le bon grains
et si les Puissances Superieures semblent
influer et fournir en quelque sorte à l'accroissement de cette mauvaise semence
c'est un mystere qu'il faut respecter par
unesage discretion , etnon pas entrepren
dre temerairement de le sonder. Mais les
raisons d'Etat et de politique peuventelles ôter à l'Eglise le droit de condamner
ces abus et ces dereglemens ? Et les coupables,quelques autorisez d'ailleurs qu'ils
se prétendent , auront-ils lieu de se plaindre des menaces ou des justes peines dont
cette charitable Mere n'use à leur égard,
que pour les rappeller de la voye de perdition . Je suis , &c.
A Heurgeville le 29. Janvie 1732
pour servir de réponse à la Lettre ,
inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au
sujet des Discours du Pere LE BRUN,
sur la même matiere. Par M. SIMONET ,
Prieur d'Heurgeville.
Ous ne deviez pas , Monsieur, vous
attendre aux reproches si mal fondez
que l'on vous a faits , à l'occasion des Discours du P. le Brun sur la Comédie. La
candeur, la justesse, le discernement avec
lesquels vous avez rendu compte au public des ouvrages qui ont paru , et de celui - ci en particulier , ne les méritoient
certainement pas , et on ne sçauroit trop
louer la modération qui vous fait garder
un profond silence sur ce sujet.
Si le nouveau deffenseur du Théatre aété
dans l'étonnement de ce que vous annonciez avec éloge ces discours du P.le Brun;
on est encore plus surpris de le voir vous
censurer avec hauteur , et se déchaîner
contre un ouvrage depuis long-temps approuvé, pour soutenir une cause déja perduë au jugement de tout ce qu'il y a de
personnes équitables et desinteressées.
Il vous est glorieux, Monsieur , qu'on
n'ait
FEVRIER: 1732. 233
n'ait pû vous attaquer sans entreprendre
de ternir la réputation d'un Auteur également recommandable par sa piété , ses
lumieres , sa profonde érudition , sans se
déclarer le Protecteur d'une profession
de tout temps décriée ; sans s'élever même
contre l'Eglise qui l'a justement frappée d'Anathémes.
Quelque foibles que soient dans le fond
les principes que l'on vous objecte , ils ne
laissent pas d'avoir quelque chose de spécieux et d'apparent , qui pourroit trouver des Approbateurs parmi ce grand
nombre de personnes , déja trop préve- nuës en faveur du Théatre.
On aime ce qui flate agréablement l'imagination , ce qui charme l'esprit , ce
qui touche et qui enleve le cœur : comme
les Spectacles excellent en ce genre , on se
laisse facilement persuader qu'il n'y a rien de si criminel dans ces sortes d'amusemens ; on s'apprivoise à ce langage délicat des passions , et on est bien-tôt séduit. •
Les funestes impressions que l'on ressent,
paroissent trop douces pour s'en méfier.
Il suffit que la Comédie plaise pour qu'on
la trouve innocente , et qu'on ne s'en
fasse plus de scrupule. De là vient qu'on
est porté plutôt par inclination , que par lumieres, à juger favorablement d'un Ecrit
fait exprès pour la justifier.
De
234 MERCURE DE FRANCE
De pareils Ecrits sont si contraires aux
bonnes mœurs et à l'esprit du Christianisme, que feu M.de Harlay , Prélat recommandable par sa grande capacité, obligea le
P. Caffaro , qui en avoit produit un semblable , de se retracter. Il seroit à souhaiter que le nouveau Deffenseur de la Comédie , voulut suivre l'exemple de celui
qu'il a si-bien copie ; et que rendant gloire à la vérité , il avoüat franchement ce
qu'il ne devroit pas se dissimuler à luimême, que le Théatre est à présent, comme autrefois , tres - pernicieux à l'innocence.
Mais comme on n'a gueres sujet d'attendre de lui cet aveu , qui apparemment
lui couteroit trop , il faut essayer du
moins de détromper les personnes qui ne
seroient pas assez en garde contre ses illusions et qui s'en rapporteroient à son
sentiment pour juger , soit de l'exposé du
Mercure , soit du fond de l'ouvrage du
P. le Brun.
A entendre l'Avocat des Comédiens , le
Mercure ne parle et n'agit point en cette
occasion , par principes ; il établit d'une
main, ce qu'il détruit de l'autre. Là il attire ses Lecteurs aux Spectacles par des
Analyses vives et expressives ; icy il en
détourne par les éloges qu'il donne à des
dis-
FEVRIER. 1732. 235
discours qui representent ces Spectacles
comme pernicieux et criminels ; c'est ce
qui étonne son Antagoniste , c'est ce qui
lui paroit étrange.
Toute la dispute se réduit donc à examiner si le Mercure après avoir donné
dans ses Analyses , une idée avantageuse
des Spectacles , ne pouvoit , sans se contredire , louer les Discours du P. le Brun
qui les condamnent? Une observation des
plus communes suffira pour dissiper toutes les ombres qu'on a essayé de répandre
sur cet article ; c'est que la même chose
considerée sous différents rapports , sous
differens points de vûë , peut être bonne
et mauvaise , loüable et repréhensible en
même- temps ; et tels sont les Spectacles ,
ils ont leur beauté et même leur bonté en
un sens. On dit tous les jours , et avec
raison : Voilà une bonne Piece , en parlant d'une Comédie qui plaît, c'est un ouvrage d'esprit qui est bon en ce genre ,
mais souvent tres- pernicieux , par rapport au cœur , et rien n'empêche qu'on
ne le loue d'un côté , et qu'on ne le blâme de l'autre.
Le Mercure , dans ses Analyses , montre simplement ce qu'on a trouvé de beau
ou de bon dans les Pieces de Théatre, mais
cela ne regarde que l'esprit ; sans toucher
aux
236 MERCURE DE FRANCE,
aux mœurs et à la conscience dont alors il
n'est point question. D'ailleurs le dessein
de ces Analyses n'est pas , comme on le
suppose , d'attirer les Lecteurs aux Spectacles , mais seulement de leur en donner
une légere teinture , qui peut avoir son
utilité pour plusieurs , et qui ne fera pas
grande impression , ni sur les personnes
portées d'elles-mêmes à y participer , ni
sur celles qui par principe de Religion en
ont de l'éloignement.
La nouvelle édition des Discours du
P. le Brun présente l'occasion favorable
de montrer la Comédie par son mauvais
côté , le Mercure la saisit avec plaisir , et
fait sentir par les éloges qu'il donne à ces
discours , que tous ces Spectacles dont il a
fait les Analyses , pour la satisfaction de
ceux qui s'y interressent , ont des dangers et des écueils dont il faut bien se
donner de garde, et qu'on risque au moins
beaucoup , lorsqu'on y participe. N'est- ce
pas là parler et agir par principes, en homme d'esprit, en honnête homme, sans être
rigoriste ?
On peut dire même que le Mercure n'a
été que l'écho des applaudissemens que le
Public , malgré sa prévention pour les
Spectacles , avoit déja fait éclatter , en faveur de ces Discours pleins de lumiere et
de
FEVRIER 1732 237
de piété ; et il n'en auroit pasfait un rapport fidele , s'il les cut annoncez d'un autre ton , ce qui n'empêchoit pas qu'il ne
fut aussi de son ressort de rendre compte
avec la même fidelité de ce que l'on pensoit communement des différentes Piéces
qui ont paru sur la Scene.
Venons à présent au fond , et exami
nons si c'est à tort,comme on le prétend,
que le P. le Brun représente les Spectacles comme pernicieux et criminels , et si
son ouvrage est aussi peu solide qu'on le
veut faire croire. Tout le point de la difficulté consiste à sçavoir si la Comédie est
à present moins mauvaise en elle - même,
et moins contraire aux bonnes mœurs,
" qu'elle ne l'étoit du temps que les Peres
et les Conciles l'ont chargée d'Anathémes ; car s'il est vrai qu'elle soit toujours
également vicieuse, quelque épurée, quelque chatiée qu'on la suppose quant au
langage , aux expressions , aux manieres;
les Comédiens méritent toujours les mê
mes Anathémes . et c'esr avec raison
qu'on en détourne les Fideles.
و
Or je soutiens que la Comédie , telle
qu'elle paroit depuis Moliere sur le
Théatre François ( fameuse époque de sa
plus grande perfection ) est pour le moins
aussi mauvaise et aussi dangereuse pour les
mœurs
238 MERCURE DE FRANCE
•
mœurs , qu'elle l'étoit auparavant. Je dis
pour le moins; en effet , lorsqu'il ne pa
roissoit sur la Scene que des vices grossiers ; lorsque les Acteursjouoient avec les
gestes les plus honteux , que les hommes et les
femmes méprisoient toutes les regles de lapu
deur, et que l'on y prononçoit ouvertement
des blasphemes contre le saint Nom deDieu ;
pour peu qu'on eut de conscience et d'éducation , ces Spectacles devoient naturellement faire horreurs du moins on ne
pouvoit s'y méprendre , et regarder comme permis ces discours tout profanes, ces
actions si licentieuses , et si contraires à
l'honnêteté ; le vice qui paroît à décou
vert , a bien moins d'appas que lorsqu'il
se déguise et ne se montre que sous des ap- parences trompeuses , comme il fait à
present.
Le goût fin et la politesse de notre siecle ne s'accommoderoient pas de ces excès monstrueux , de ces infames libertez
qui choqueroient ouvertement la modestie. Elles révolteroient les personnes un
peu délicates , et feroient rougir ce reste
de pudeur , dont , malgré la corruption
du Monde, on aime à se parer. Le Théatre seroit décrié par lui-même , et il n'y
auroit gueres que des personnes perduës
d'honneur et de réputation qui oseroient
y assister.
On
FEVRIER 1732. 239
On prend donc un autre tour; le vice
en est toujours l'ame et le mobile , mais
il ne s'y montre que dans un aspect , qui
n'a rien d'affreux , ni d'indécent, rien du
moins qu'on n'excuse , et qu'on ne se pardonne aisément dans le monde. Il y paroît sous un langage poli et châtié , sous
des images riantes et agréables , avec des
manieres toutes engageantes , qui tantôt
le font aimer , tantôt excitent la pitié , la
compassion; quelquefois il se couvre d'un
brillant , qui lui fait honneur ; il se pare
des dehors de la vertu , et sous ombre de
rendre ridicule ou odieuse une passion , il
en inspire d'autres encore plus funestes.
Le venin adouci et bien préparé , s'avale
aisément ; on ne s'en méfie pas , mais il
n'en est que plus mortel. Le Serpent avec
toutes ses ruses et ses détours , se glisse
adroitement dans les ames , et les corrompt en les flattant. C'est ainsi qu'on a
trouvé le secret, en laissant dans le fond ,
le Spectacle également vicieux , de le rendre plus supportable aux yeux et aux
oreilles chastes , et c'est par- là qu'il séduit
plus sûrement.
Quoiqu'on en dise , le Théatre est toujours , comme autrefois, l'école de l'impureté. On y apprend à perdre une certaine retenuë qui tient en garde contre les
pre-
240 MERCURE DE FRANCE
premieres atteintes de ce vice , et à n'en
avoir plus tant d'horreur. On y apprend
l'art d'aimer et de se faire aimer avec déli--
catesse,art toujours dangereux, et trop sou- vent mis en pratique pour la perte des
amessonyapprendle langage de l'amour,
eton s'accoutume à l'entendre avecplaisir,
ce langage seducteur qui a tant de fois suborné la vertu la plus pure; on y apprend
à entretenir des pensées , à nourrir des desirs , à former des intrigues , dont l'innocence étoit avant cela justement allarmée.
Les Spectacles sont encore à present le
triomphe de l'amour profane. Il s'y fait
valoir commeune divinité maligne , dont
la puissance n'a point de bornes , et à laquelle tous les humains par une fatale necessité ne peuvent se soustraire. Aimer
follement , éperdument , sur la Scene ,
c'est plutôt une foiblesse qu'un vice : on
se la reproche quelquefois , non pas tant
la rendre odieuse , que pour
voir le spectateur , et paroître digne de
compassion ; d'autres fois on en fait gloire , on s'estime heureux d'être sous l'empire de l'Amour , on vente la chimerique
douceur de son esclavage : quoi de plus
capable d'énerver le cœur de l'amollir,
et de le corrompre !
pour émouC'est cependant ce que l'on trouve de
plus
FEVRIER 17320 *241
plus beau , de plus fin , de plus charmant
dans toutes les Pieces de Théatre. Il y
regne presque toujours une intrigue d'amour adroitement conduite. Chacun
en est avide , chacun la suit , et attend
avec une douce impatience quel en sera
le dénouement. Dans les Comédies l'intrigue est moins fougueuse , plus moderée , et se termine toujours par quelque
agréable surprise , qui met chacun au
comble de ses souhaits. Dans la Tragedie,
ce ne sont gueres que les furieux transports d'un amour mécontent , outragé ,
ne respirant que vengeance , que desespoir , quoiqu'il soupire encore après l'objet de ses peines ; et l'intrigue aboutit à
quelque funeste catastrophe. Dans l'une
et dans l'autre c'est l'Amour qui regne ,
qui domine , qui conduit tout , qui donne le mouvement à tout, et il ne s'y montre certainement pas par des endroits
qui le rendent ridicule , méprisable ou
odieux. Au contraire , il y paroît dans un
si beau jour , er avec tant d'agremens,
qu'on a de la peine à se défendre de ses
charmes ; et cependant cet amour tendre
et vehement est une passion des plus pernicieuses : il trouble la raison , il obscurcit les lumieres de l'esprit , et infecte le
cœur par un poison d'autant plus dangereux
242 MERCURE DE FRANCE
reux , qu'il est plus subtil et paroît plus doux.
En vain se défendroit- on sur ce que ces
intrigues sont , à ce que l'on pretend , innocentes , et qu'il ne s'agit que d'un
amour honnête. Comment le supposer
honnête, cet amour si hardi › si peu modeste ? si entreprenant ? Dès qu'il a le
front de se montrer au grand jour , et de
se produire devant tout le monde , avec
toutes les ruses et les artifices d'une intrigue , ne passe- t'il pas les bornes de la retenue et de l'honnêté ? -Il n'y a gueres au
reste de difference entre les démonstrations exterieures d'un amour legitime et
d'un amour déreglé, et ces démonstrations
produisent dans ceux qui en sont témoins
à peu près les mêmes effets , même sensibilité , même desirs , même corruption.
Il faudroit s'aveugler soi-même pour ne
pas voir que cet amour , quelque innocent , quelque honnête qu'on le suppose,
étant representé au vifet au naturel , n'est
propre qu'à exciter des flammes impures:
ces airs passionnés , ces regards tendres et
languissants,ces soupirs et ces larmes feintes,qui en tirent de veritables des yeux des
spectateurs, ces entretiens d'hommes et de
femmes qui se parlent avec tant degraces,
de naïveté,de douceur;ces charmantes Actrices
FEVRIER. 1732. 243
trices, d'un air si libre, aisé , galant , dont
les attraits sont relevez par tant d'ajustemens , et animez par la voix , le geste , la
déclamation ; ces beautez si piquantes, qui
se plaisent à piquer , dont toute l'étude
est d'attirer les yeux et de se faire d'illustres conquêtes ; à quoi tout cela tend- il ?
Chacun le sent , pourquoi le dissimuler ?
Au milieu de ce ravissant prestige qui
fixe les yeux , les oreilles , et charme tous
fes sens , lorsque la passion a penétré ,
pour ainsi dire ,jusqu'à la moële de l'ame;
viennent ces beaux principes de generosité , d'honncur, de probité dont le Théatre se glorifie. Mais c'est trop tard : le
coup mortel est donné , le cœur ne fait
plus que languir , la vertu envain se débat , elle expire , elle n'est déja plus: à quoi
sert l'antidote , quand le poison a operé ?
Aprés cela on a bonne grace de nous
vanter les Tragedies et les Comédies
comme n'étant faites que pourinspirer de
nobles sentimens , pour rendre les vices
ridicules et odieux. Tous ces sentimens
si nobles , si élevez se reduisent à des
saillies d'amour propre , de vanité , à des
mouvemens d'ambition , à des transports
de jalousie , de haine , de vengeance , de
desespoir.
La Comédie jette un ridicule sur certains
244 MERCURE DE FRANCE
tains vices décriez dans le Monde , mais
il y en a de plus subtils , quoique souvent
plus criminels , qui sont trop flateurs et
tropcommuns pour qu'elle ose y toucher.
Elle n'amuse , elle ne divertit , elle ne
plaît , que parce qu'en se jouant des passions des hommes , elle en ménage , elle
eninspiretoujours quelques- unes qui sont
les plus douces et les plus favorites.
Telle est la Morale si vantée du Théa
tre , bien opposée à la pure morale de
Jesus-Christ : celle- ci rabaisse l'homme à
ses propres yeux, le détache de lui-même,
et lui fait trouver sa veritable grandeur
dans la modestie et l'humilité : celle- là ne
produit que des Heros pleins de faste et
de présomption , entêtez de leur prétendu merite , faisant gloire de ne rien souffrir qui les humilie. L'une regle l'inte
rieur autant que l'exterieur : l'autre ne
s'arrête qu'à lavaine parade d'une probité
toute mondaine. A l'Ecole de notre Divin Maître on apprend à pardonner les
injures , à aimer ses ennemis , à étouffer
jusqu'aux ressentimens de vengeange et
d'animosité : au Théatre c'est être un lâche ,un poltron , un faquin que de souffrir une insulte sans en tirer raison ; c'est
en ce faux point d'honneur que consiste
la grandeur d'ame qui regne dans les Pieces
FEVRIER 1732. 245
ces tragiques. La morale de J. C. prêche
par tout la mortification des sens et des passions : elle ne permet pas même de regarder avec complaisance les objets capables
de faire naître des pensées et des désirs criminels. Au Théatre on ne respire-qu'un air
de molesse , de volupté , de sensualité ; on
n'y vient que pour voir et entendre des
personnages de l'un et de l'autre Sexe
tous propres par leurs charmes et leurs
mouvemens artificieux , mais expressifs
à exciter de veritables passions.
Et qu'on ne s'imagine pas qu'il n'y ait
que quelques ames foibles à qui les spectacles puissent causer de si funestes effets.
Le penchant universel qui porte à la volupté , les rend au moins très-dangereux
à toutes sortes de personnes. Il faut être
bien temeraire pour se répondre de ses
forces , en s'exposant à un péril si évident
de succomber et de se perdre. Plusieurs
moins susceptibles ou par vertu ou par
temperament , ne s'appercevront peutêtre pas d'abord de la contagion qui les
gagne. Mais insensiblement le cœur s'affoiblit , la passion s'insinuë ; elle fait sans
qu'on y pense des progrès imperceptibles,
et l'on risque toujours d'en devenir l'esclave. Celui qui aime le péril , dit JesusChrist , périra dans le péril.
C
246 MERCURE DE FRANCE
Il est donc constant que la Comédie,
quelque châtiée, quelque épurée qu'on la
suppose , est à present du moins aussi
mauvaise et aussi pernicieuse , qu'elle l'étoitautrefois. La reforme qu'on en a faite
l'a renduë plus agreable , plus attirante
sans qu'elle en soit devenue effectivement
plus chaste , et moins criminelle. Qu'on
dise tant qu'on voudra qu'elle corrige les
vices des hommes : il est toujours évident
que personne n'en devient meilleur , que
plusieurs s'y pervertissent , que tout ce
qu'il y a de gens déreglez y trouvent dequoi fomenter et nourrir leurs passions et
que la morale du Théatre ne les conver
tira jamais.
Non, la Comédie ne corrige pas les vices, elle ne fait qu'en rire, qu'en badiner, er
son badinage y attire plus qu'il n'en éloigne. Si elle y répand un certain ridicule,
ce ridicule est trop plaisant et trop gra
cieuxpour endonner de l'horreur. Qu'on
fasse valoir les beaux preceptes de morale
qu'elle debite , il n'en sera pas moins vrai
qu'ils n'ont aucune force contre l'esprit
impur et profane qui anime les spectacles,
et quesi l'on yreçoit des leçons de vertu,
on n'en remporte cependant que les impressions du vice.
Le P. le Brun par consequent n'a pas
cu
FEVRIER. 1732. 247
eu tort de dépeindre le Theatre avec ces
couleurs qui ne déplaisent si fort à l'Avocar des Comédiens , que parce qu'elles sont trop naturelles. Cet homme venerable ne meritoit pas qu'on vint troubler ses cendres , décrier ses sçavans Ecrits
et flétrir sa memoire , en le faisant passer
pourun Auteur sansjugement , sans principes , sans raisonnement. Je ne dis pas
qu'il n'ait pû quelquefois se méprendre ,
et quel est l'homme si attentifqui ne s'égare jamais dans un ouvrage d'assez longue haleine ? Mais s'il s'est trompé , ce
n'est sûrement pas dans l'essensiel, et dans
le dessein qu'il a eu de montrer combien
les Spectacles sont dangereux et opposez à
l'esprit du Christianisme.
Comment ose- t'on avancer qu'on se
roit mieux fondé à lui demander une retractation , si la mort ne l'avoit pas mis
àcouvert d'un tel attentat , qu'on ne l'a
été à en exiger une du P. Caffaro ? Que
dire de la hardiesse avec laquelle on suppose, et on decide que les Comédiens ne
meritent plus les foudres de l'Eglise , et
qu'ils sont en droit de faire des remontrances à Messieurs nos Evêques qui font
publier contre eux des Anathêmes? Commesi de tels personnages pouvoient être
Juges dans leur propre cause , et se déCij clareg
243 MERCURE DE FRANCE
T
clarer eux mêmes innocens , lorsque l'Eglise les condamne ; comme s'ils avoient
plus d'équité et de lumieres , que les Prelats les plus respectables , que les plus
pieux et les plus sçavans Theologiens ,
pour decider sur leur état et leur profession. Il suffit de jetter les yeux sur ce qui
se passe au Theatre , pour concevoir , si
lon agit de bonne foi et sans prévention ,
que les Comédiens de nos jours sont
du moins aussi coupables et aussi dignes
de Censures , que ceux des siecles passez,
quoiqu'on avoue qu'ils sont plus polis et
moins impudens.
Que devient à present ce pompeux étalage d'érudition et d'autoritez que l'on
remet sur le tapis après le P. Caffaro ?
Qui pourra s'imaginer que d'habiles Theologiens , que des Saints mêmes très- illustres , ayent regardé comme permis et digne d'approbation, ce qui tend si visiblement à la corruption des mœurs? S'ils l'avoient fait , on ne risqueroit rien de les
desavoüer , n'étant pas le plus grand nom
bre l'esprit et la tradition de l'Eglise leur
étant contraires; mais il est bien plus juste
de croire qu'on les cite à tort , et qu'on ne les entend pas.
S'ils ont approuvé des Comédies, il fal-"
loit qu'elles fussent bien chastes , et bien,
éloignées
FEVRIER. 17320 249
éloignées de l'esprit impur qui anime celles de nosjours; ils entendoient, sans doute , des Spectacles , où il n'y auroit ni intrigues d'amour , ni airs de molesse , ni
rien de capable de flater la sensualité , de
fomenter le déreglement des passions :apparamment comme ces Pieces que l'on représente dans les Colleges pour exercer et
divertir innocemment la jeunesse. Que
nos Comédiens n'en donnent que de semblables , et nous conviendrons qu'étant
ainsi purifiées , elles ne seront plus dignesde censure. Mais ils n'ont garde d'être si
severes , ils ni trouveroient pas leur com.
ptpte. Cet air de reforme ne plairoit pas à
la plupart des spectateurs , le Théatre ne
seroit plus si frequenté , et la Comédie
n'auroit peut- être plus tant d'appuis , ni
tant de ressources .
Il est curieux de la voir se vanter d'ê
tre soutenue par les Puissances , bien teçûë dans les Cours , et entretenue par de
bons appointemens. C'est à peu prèscomme si une femme infidelle faisoit gloire du
prix de ses infidelitez , et qu'elle voulut passer pour innocente , parce qu'on
la souffriroit devant d'honnêtes gens ,
par des raisons de necessité ou de politique.
Dans les Etats les mieux policez , il y
Ciij
250 MERCURE DE FRANCE
a certains abus , certains déreglemens
qu'il seroit trop dangereux de vouloir extirper. On est obligé prudemment de
laisser croître l'yvroye avec le bon grains
et si les Puissances Superieures semblent
influer et fournir en quelque sorte à l'accroissement de cette mauvaise semence
c'est un mystere qu'il faut respecter par
unesage discretion , etnon pas entrepren
dre temerairement de le sonder. Mais les
raisons d'Etat et de politique peuventelles ôter à l'Eglise le droit de condamner
ces abus et ces dereglemens ? Et les coupables,quelques autorisez d'ailleurs qu'ils
se prétendent , auront-ils lieu de se plaindre des menaces ou des justes peines dont
cette charitable Mere n'use à leur égard,
que pour les rappeller de la voye de perdition . Je suis , &c.
A Heurgeville le 29. Janvie 1732
Fermer
Résumé : DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
M. Simonet, prieur d'Heurgeville, répond à une lettre critique parue dans le Mercure d'août 1731, qui contestait les discours du Père Le Brun sur la comédie. Simonet défend la modération et la justesse de son compte rendu des ouvrages, y compris ceux du Père Le Brun. Il critique le nouveau défenseur du théâtre, qui s'étonne des éloges accordés aux discours du Père Le Brun et les censure avec hauteur, soutenant une cause déjà perdue selon les personnes équitables. Simonet souligne que les principes objectés, bien que faibles, peuvent séduire par leur apparence et leur capacité à flatter l'imagination. Il rappelle que le théâtre, bien qu'il plaise, est pernicieux pour les mœurs et l'innocence. Il cite l'exemple de M. de Harlay, qui avait obligé le Père Caffaro à se rétracter pour un écrit similaire. Simonet souhaite que le défenseur du théâtre reconnaisse la dangerosité du théâtre, mais il doute que cela se produise. Le texte examine ensuite la contradiction apparente du Mercure, qui analyse favorablement les pièces de théâtre tout en louant les discours du Père Le Brun qui les condamnent. Simonet explique que le théâtre peut être apprécié pour son esprit tout en étant condamné pour ses effets pernicieux sur les mœurs. Il souligne que le Mercure, en louant les discours du Père Le Brun, met en garde contre les dangers du théâtre. Simonet soutient que la comédie, depuis Molière, est aussi mauvaise et dangereuse pour les mœurs qu'elle l'était auparavant. Il décrit comment le théâtre moderne, avec son langage poli et ses apparences trompeuses, séduit plus sûrement en cachant le vice sous des dehors engageants. Il conclut que le théâtre reste une école de l'impureté, enseignant l'art d'aimer de manière délicate et dangereuse, et glorifiant l'amour profane. Le texte critique sévèrement le théâtre, en particulier la comédie, en raison de son impact moral. Les représentations théâtrales, malgré leur apparence innocente, excitent des passions impures. Les acteurs, par leurs regards tendres, leurs soupirs et leurs larmes feintes, ainsi que leurs entretiens gracieux, attirent les spectateurs et les incitent à des désirs criminels. La morale du théâtre est jugée opposée à celle de Jésus-Christ, qui prône l'humilité et la modestie, tandis que le théâtre produit des héros présomptueux et vaniteux. Le théâtre est accusé de ne pas corriger les vices mais de les rendre plaisants et attractifs. Le Père Le Brun est défendu contre les critiques, car il a correctement dénoncé les dangers des spectacles. Le texte conclut que les comédiens modernes sont aussi coupables que ceux des siècles passés, malgré leur apparente politesse. Il critique également les puissances qui soutiennent le théâtre pour des raisons politiques, tout en reconnaissant que l'Église a le droit de condamner ces abus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 250-251
A MLLE DE LA VIGNE. SONNET.
Début :
Sçavante de la Vigne, aimable favorite, [...]
Mots clefs :
Favorite, Mérite, Ecrits sublimes
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texteReconnaissance textuelle : A MLLE DE LA VIGNE. SONNET.
A MILE DE LA VIGNE.
Scavante
SONNET.
Cavante de la Vigne , aimable favorite ,
Et du Dieu des beaux vers , et du Dieu des beaux
feux ,
Aux
FEVRIER. 1732 257
Aux tendres sentimens , vous joignez un merite ,
Qui des cœurs les plus fiers vous attire les vœux.
Charmé de vos accords , votre gloire m'invite,
A chanter vos vertus comme chantent les Dieux,
Mon désir y souscrit , mais ma Muse s'irrite ;
Elle trouve l'ouvrage un peu trop perilleux.
VosSons sont si touchans, vos Ecrits si sublimes;
On voit un si grand goût , dans le choix de vos rimes',
Qu'il fautpour vous louer , un esprit toutDivin
Mais sans s'être élevé sur la double colline ,
Vouloir en celebrer la naissante Heroine ,
C'est être temeraire , et travailler en vain.
F. D. C. de Blois.
Scavante
SONNET.
Cavante de la Vigne , aimable favorite ,
Et du Dieu des beaux vers , et du Dieu des beaux
feux ,
Aux
FEVRIER. 1732 257
Aux tendres sentimens , vous joignez un merite ,
Qui des cœurs les plus fiers vous attire les vœux.
Charmé de vos accords , votre gloire m'invite,
A chanter vos vertus comme chantent les Dieux,
Mon désir y souscrit , mais ma Muse s'irrite ;
Elle trouve l'ouvrage un peu trop perilleux.
VosSons sont si touchans, vos Ecrits si sublimes;
On voit un si grand goût , dans le choix de vos rimes',
Qu'il fautpour vous louer , un esprit toutDivin
Mais sans s'être élevé sur la double colline ,
Vouloir en celebrer la naissante Heroine ,
C'est être temeraire , et travailler en vain.
F. D. C. de Blois.
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Résumé : A MLLE DE LA VIGNE. SONNET.
Le sonnet 'A MILE DE LA VIGNE' de F. D. C. de Blois, daté de février 1732, célèbre Mile de la Vigne, 'aimable favorite' des arts et de l'amour. L'auteur admire ses talents poétiques et ses écrits sublimes, capables d'attirer les cœurs les plus fiers. Il souhaite louer ses vertus, mais sa muse hésite, trouvant la tâche périlleuse. Les œuvres de Mile de la Vigne sont touchantes et empreintes de grand goût.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 251-259
LETTRE à M.D. Chanoine de N. D. d'A...... sur l'antiquité & la durée de l'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Dieu.
Début :
La description qui paroît depuis peu, Monsieur, des beautez de [...]
Mots clefs :
Adorer, Histoire, Livre, Journal des savants, Auteur, Langage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M.D. Chanoine de N. D. d'A...... sur l'antiquité & la durée de l'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Dieu.
LETTRE à M. D. Chanoine de N. D.
d'A...... surl'antiquité & la durée de
L'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Diew
L
A description qui paroît depuis peu,
Monsieur , des beautez de Fontainebleau , où vous avez pris naissance , doit Ciiij exciter
252 MERCURE DE FRANCE
exciter la curiosité non- seulement detous
les Etrangers , mais encore celle des personnes qui s'attachent aux Histoires accompagnées de digressions sçavantes et
instructives. J'en ai remarqué plusieurs
de cette forte dans ce nouveau Livre , ét
quelques- unes sont decelles-là même ausquelles le Journal des Sçavans nous fait
faire attention. La remarque de M. l'Abbé Guilbert touchant l'Inscription qui se
lit à l'entrée de la Chapelle Royale de
Fontainebleau , étoit necessaire dans son
ouvrage. Je connois des personnes pieuses qui ont paru surprises de cette Inscription ; mais commece peuvent être des
gens de bien d'une pieté plus abondante
en chaleur qu'en lumieres , il ne faut pas
s'étonner que ceux qui sont de ce caractere
trouvent quelquefois des reformes à faire
dans le langage des livres les plus anciens
et les plus respectables. M. Guilbert a
donc très-sagement fait d'observer l'antiquité de l'usage du terme d'Adorer
signifier seulement en general respecter,
honorer , et sa remarqueétoit d'autant plus
necessaire que cette Chapelle étant fre- quentée à present plus que jamais par les
Etrangers , il est bon de leur faire comprendre que par l'expression Adorate Re- gem du premier Livre des Paralipomenes;
pour
chap.
FEVRIER 17327 253
quece
chap. 29. v. 20. l'on n'entend autre chose
ece qui est signifié par ces autres termes
de la premiere Epitre de S. Pierre Regem
bonorificate. Ce langage se trouve non- seu
lement dans l'Ecriture Sainte et dans les
Conciles , mais aussi dans les Saints Peres
et chez les Historiens. Lisez Saint Paulin,
Natalit 9. vous y verrez ces deux vers :
:
Ecce Sacerdotis reditum satiatus adoro
Suspiciens humili metantem in corpore Christum
Lisez dans S.Jerôme laLettre de Ste. Paule
et d'Eustochium à Marcelle touchant les
Monumens qui sont à voir et à revérer dans
la Palestine il y est dit qu'il ne faut pas
oublier d'aller à Samarie et d'y adorer les
cendres de S. Jean- Baptiste , ni celles des
Prophétes Elisée et Abdias. Samariamper
gere , et Joannis Baptista , Elisai quoque et
Abdiapariter cineres adorare. Au moment
que j'écris ceci je me souviens que ce terme Adorare est souvent employé dans
P'histoire des Evêques du Mans au troisiéme Tome des Analectes de Dom MabilIon : Vous pourez y recouvrir en sûreté.
Je trouve aussi dans les Antiquités de la
Ville de Castre de Borel à la page 11. un
fragment d'un Manuscrit d'Odon Aribet,
où je lis touchant Bernard Comte de Toulouse , Tolosam venit et Regem Carolum in
Cv Canobio
254 MERCURE DE FRANCE
Cenobio S. Saturninijuxta Tolosam adoravit. Consultez outre cela ce qui a été écrit
par le Cardinal Baronius ausujet de la découverte du Corps de Sainte Cecile , faite
sous le Pontificat de Clement VIII. en
l'an 1599. et vous y trouverez le terme
Adorare pareillement usité en fait.de Reliques. Le Poëte qui a composé les vers
qui se lisent au bas de la Statue Equestre
de Louis XIII. au Frontispice du grand
Mezeray de l'an 1643. étoit apparemment
instruit de ce langage , et il se regardoit
comme autorisé par l'expression gravéeaus
Portail de Fontainebleau, puisqu'il a com
mencé ainsi son Quatrain :
Ce grand Roy dont voici l'adorable visage ·
Vainqueur de ce bas monde au Ciel est remonté.
Un Auteurqui meriteroit de devenir fa--
milier à toutes les personnes qui aiment
les belles Lettres , comme ayant été l'un
des plus habiles humanistes de son siecle,
et Precepteur de quelques Enfans de nos
Rois , ( a ) est Heric, Moine d'Auxerre.
On â de lui une vie de S. Germain Evêque d'Auxerre écrite en vers qui ne sont
point à mépriser , et qui fut rendue puConcil. P'Abb. ad an. 1592:
( a ) De Lothaire Fils de Charles le Chauve."-
blique
FEVRIER. 1732. 255
blique sous François I. dans le tems du
rétablissement des belles Lettres. On a
encore de lui une histoire des Miracles.
de ce grand Evêque. C'est dans ce dernier ouvrage , quoiqu'écrit en Prose, qu'il
donneentrois endroits au corps ou au tombeau de S. Germain l'épithete d'Adorable.
Premierement , lib. 1. cap. 27. il dit que le
Roy Clothaire I. fidele heritier et Imitateur de la devotion que Sainte Clotilde
sa Mere avoit eue envers ce Saint , fit enTourer so n Sepulcre d'un grillage d'argent
et il s'exprime ainsi : Materna devotionis
fidissimus executor et hæres , post genitricis
excessumsuperadorandam beatissimi Germani memoriam regalibus expensis fredam ( a )
composuit. Le second endroit est au chapitre 54. du même Livre , où il dit , Adorandi corporis. Et le troisiéme se lit au second Livre chapitre 9. qui contient comment le Roy Charles le Chauve voulut
assister en personne à la Tranflation qu'il
fit faire du corps de ce Saint pour le jour de
Epiphanie del'an 59. où l'Historien témoinoculaire remarque que ce grandPrincecouvrit lui-même les Ossemens avec des
étoffes précieuses , et qu'ayant été portez
jusques dans le lieu destiné , il y plaça
(a) Heric a été obligé de se servir de ce terme quoique de basse latinité,
Cvj aussi
256 MERCURE DE FRANCE
aussi lui-même le Saint Corps. Rex Carolus operosis denuò palliis corpus venerabile decenter ambivit , et deux lignes après , thesaurum incomparabilem adorandi corporis
ejus ..... principali reverentiâ transpositum collocavit.
port
Je metens , Monsieur , un peu plus sur
cet Auteur que sur les autres , par rapà l'omission que M. l'Abbé Guilbert
à faite de parler de la devotion du Roy
Robert envers S. Germain l'Auxerrois
dont yoici l'article qu'il faisoit à son sujet.
C'est que ce Saint Roi bâtit dans la Forêt
de Bievre une Eglise en l'honneur de ce
Saint au rapport d'Helgaud Ecrivain de sa
vie. Il semble que comme la Forèt de
Fontainebleaun'est autre que celle qui por
toit enciennement le nom de Biévre c'étoit une chose à remarquer , en faisant
observer incidemment que le titre de l'Eglise Paroissiale du Louvre à Paris est sous
la même Invocation , et que plusieurs prétendent que le nom de S. Germain- enLaye vient aussi primitivement d'une
Eglise de Saint Germain d'Auxerre située
dans le Bois de Laye à l'endroit où ce Saint
Prélat fit un Miracle , ou au moins une
Station au sortir de Nanterre. Il n'est pas
étonnant que des Ecrivains assurez de tous
ces faits ayent avancé que nos Rois ont regardé
FEVRIER. 1732. 257
gardé le Prélat Auxerrois comme l'un des
plus grands Titulaires de leur Royaume,
et que la Nation l'envisagera toujours
pour tel. C'est ce qui est fondé sur les
prodiges merveilleux qu'il opera pendant
sa vie et sur l'utilité dont il fut à tous les
habitans des Gaules : Verité reconnuë par
les Historiens de France les plus modernes , et qui fait dire au Pere de Longue
val Jesuite dans sa nouvelle Histoire Ecclesiastique de ce Royaume , ( a ) que
Saint Germain fut l'un des plus parfaits
modeles de Sainteté , et un des plus ardents
défenseurs de la Foy , l'honneur et la consolation de l'Eglise Gallicanne , le fleau de l'heresie, le Pere des Peuples , le refuge de tous les
malheureux. Un peu d'attention à ces dernieres épithetes fera voir que l'on n'avoit
pas tant de tort de l'honorer d'une maniere
plus speciale dans certains Pays de la France dont le territoire est peufecond et où la
misere est plus commune. Si l'épithete
Adorandus ne se prodiguoit point envers
tous les Saints , on ne peut nier qu'il ne
pût être appliqué à ceux qui meritoient
une veneration plus éclatante , et qu'Heric a été bien fondé de s'en servir à l'égard
de Saint Germain d'Auxerre. Ceux qui en
douteroient peuvent recourir à l'Histoire
(a ) Tomepremier,page 457.
de
258 MERCURE DE FRANCE
de sa Vie écrite par Constance Prêtre de
l'Eglise de Lyon qui vivoit dans le même
siecle que ce Saint Evêque , Auteur celebre qui ne peutêtre inconnu dansles Eglises de la Province Ecclesiatique dont Lyon
est la Capitale , et auquel le Pere de Colonia Jesuite a donné à juste titre les éloges qu'il merite , dans son Histoire Litteraire de Lyon. En un mot , si les Rois de
la Terre meritent les adorations , c'est- àdire , les respects des Peuples , à plus forte
raison les Saints qu'on lit avoir été adorez
par les Rois dans le même sens d'adoration que j'ai déja dit , et qui de plus ont
été invoquez tant de fois et si formellement par ces mêmes Rois , tel qu'est le
Prélat à l'occasion duquel j'ai fait cette di
gression.
Pour revenir donc à Adorate Regem , ce
langage est si ancien et si peu choquant
en lui même , qu'il est reçu dans l'usages
vulgaire , et comme on a dit adorer l'Empereur,on dit de même aujourd'hui adorer
le Pape , aller à l'adoration du Pape ; adoration qui n'est dans lele fond qu'une simple marque de respect , et qui consistoit
quelquefois dans un baiser comme l'étymologie du nom le signifie. De là vint l'usage des anciens Payens lorsqu'ils vouloient honorer un objet éloigné , tel que
le
FEVRIER. 1732 259
le Soleil et la Lune , de s'incliner devant lui , en appliquant le bout de la
main sur la bouche , de la même maniere
que nous obligeons les enfans de nous faire lorsque nous leur disons de baiser la
main avant que de les gratifier d'un petit
present. Il y a une Eglise en France ( a ):
où l'on voit dans des bas-reliefs une figure dans cette attitude; et qui baise sa main
par respect , pour les fausses Divinitez.
C'est ce que le Livre de Job appelle un
grand péché et un renoncement de Dieu.
(b)Je n'en dis pas davantage sur cette
matiere , et je finis , en vous assurant que
je suis , &c..
(a) A Cahors.
Au mois d'Aoust 1731.-
( b ) Job. cap. 31. ¥. 26. 27. 28.
d'A...... surl'antiquité & la durée de
L'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Diew
L
A description qui paroît depuis peu,
Monsieur , des beautez de Fontainebleau , où vous avez pris naissance , doit Ciiij exciter
252 MERCURE DE FRANCE
exciter la curiosité non- seulement detous
les Etrangers , mais encore celle des personnes qui s'attachent aux Histoires accompagnées de digressions sçavantes et
instructives. J'en ai remarqué plusieurs
de cette forte dans ce nouveau Livre , ét
quelques- unes sont decelles-là même ausquelles le Journal des Sçavans nous fait
faire attention. La remarque de M. l'Abbé Guilbert touchant l'Inscription qui se
lit à l'entrée de la Chapelle Royale de
Fontainebleau , étoit necessaire dans son
ouvrage. Je connois des personnes pieuses qui ont paru surprises de cette Inscription ; mais commece peuvent être des
gens de bien d'une pieté plus abondante
en chaleur qu'en lumieres , il ne faut pas
s'étonner que ceux qui sont de ce caractere
trouvent quelquefois des reformes à faire
dans le langage des livres les plus anciens
et les plus respectables. M. Guilbert a
donc très-sagement fait d'observer l'antiquité de l'usage du terme d'Adorer
signifier seulement en general respecter,
honorer , et sa remarqueétoit d'autant plus
necessaire que cette Chapelle étant fre- quentée à present plus que jamais par les
Etrangers , il est bon de leur faire comprendre que par l'expression Adorate Re- gem du premier Livre des Paralipomenes;
pour
chap.
FEVRIER 17327 253
quece
chap. 29. v. 20. l'on n'entend autre chose
ece qui est signifié par ces autres termes
de la premiere Epitre de S. Pierre Regem
bonorificate. Ce langage se trouve non- seu
lement dans l'Ecriture Sainte et dans les
Conciles , mais aussi dans les Saints Peres
et chez les Historiens. Lisez Saint Paulin,
Natalit 9. vous y verrez ces deux vers :
:
Ecce Sacerdotis reditum satiatus adoro
Suspiciens humili metantem in corpore Christum
Lisez dans S.Jerôme laLettre de Ste. Paule
et d'Eustochium à Marcelle touchant les
Monumens qui sont à voir et à revérer dans
la Palestine il y est dit qu'il ne faut pas
oublier d'aller à Samarie et d'y adorer les
cendres de S. Jean- Baptiste , ni celles des
Prophétes Elisée et Abdias. Samariamper
gere , et Joannis Baptista , Elisai quoque et
Abdiapariter cineres adorare. Au moment
que j'écris ceci je me souviens que ce terme Adorare est souvent employé dans
P'histoire des Evêques du Mans au troisiéme Tome des Analectes de Dom MabilIon : Vous pourez y recouvrir en sûreté.
Je trouve aussi dans les Antiquités de la
Ville de Castre de Borel à la page 11. un
fragment d'un Manuscrit d'Odon Aribet,
où je lis touchant Bernard Comte de Toulouse , Tolosam venit et Regem Carolum in
Cv Canobio
254 MERCURE DE FRANCE
Cenobio S. Saturninijuxta Tolosam adoravit. Consultez outre cela ce qui a été écrit
par le Cardinal Baronius ausujet de la découverte du Corps de Sainte Cecile , faite
sous le Pontificat de Clement VIII. en
l'an 1599. et vous y trouverez le terme
Adorare pareillement usité en fait.de Reliques. Le Poëte qui a composé les vers
qui se lisent au bas de la Statue Equestre
de Louis XIII. au Frontispice du grand
Mezeray de l'an 1643. étoit apparemment
instruit de ce langage , et il se regardoit
comme autorisé par l'expression gravéeaus
Portail de Fontainebleau, puisqu'il a com
mencé ainsi son Quatrain :
Ce grand Roy dont voici l'adorable visage ·
Vainqueur de ce bas monde au Ciel est remonté.
Un Auteurqui meriteroit de devenir fa--
milier à toutes les personnes qui aiment
les belles Lettres , comme ayant été l'un
des plus habiles humanistes de son siecle,
et Precepteur de quelques Enfans de nos
Rois , ( a ) est Heric, Moine d'Auxerre.
On â de lui une vie de S. Germain Evêque d'Auxerre écrite en vers qui ne sont
point à mépriser , et qui fut rendue puConcil. P'Abb. ad an. 1592:
( a ) De Lothaire Fils de Charles le Chauve."-
blique
FEVRIER. 1732. 255
blique sous François I. dans le tems du
rétablissement des belles Lettres. On a
encore de lui une histoire des Miracles.
de ce grand Evêque. C'est dans ce dernier ouvrage , quoiqu'écrit en Prose, qu'il
donneentrois endroits au corps ou au tombeau de S. Germain l'épithete d'Adorable.
Premierement , lib. 1. cap. 27. il dit que le
Roy Clothaire I. fidele heritier et Imitateur de la devotion que Sainte Clotilde
sa Mere avoit eue envers ce Saint , fit enTourer so n Sepulcre d'un grillage d'argent
et il s'exprime ainsi : Materna devotionis
fidissimus executor et hæres , post genitricis
excessumsuperadorandam beatissimi Germani memoriam regalibus expensis fredam ( a )
composuit. Le second endroit est au chapitre 54. du même Livre , où il dit , Adorandi corporis. Et le troisiéme se lit au second Livre chapitre 9. qui contient comment le Roy Charles le Chauve voulut
assister en personne à la Tranflation qu'il
fit faire du corps de ce Saint pour le jour de
Epiphanie del'an 59. où l'Historien témoinoculaire remarque que ce grandPrincecouvrit lui-même les Ossemens avec des
étoffes précieuses , et qu'ayant été portez
jusques dans le lieu destiné , il y plaça
(a) Heric a été obligé de se servir de ce terme quoique de basse latinité,
Cvj aussi
256 MERCURE DE FRANCE
aussi lui-même le Saint Corps. Rex Carolus operosis denuò palliis corpus venerabile decenter ambivit , et deux lignes après , thesaurum incomparabilem adorandi corporis
ejus ..... principali reverentiâ transpositum collocavit.
port
Je metens , Monsieur , un peu plus sur
cet Auteur que sur les autres , par rapà l'omission que M. l'Abbé Guilbert
à faite de parler de la devotion du Roy
Robert envers S. Germain l'Auxerrois
dont yoici l'article qu'il faisoit à son sujet.
C'est que ce Saint Roi bâtit dans la Forêt
de Bievre une Eglise en l'honneur de ce
Saint au rapport d'Helgaud Ecrivain de sa
vie. Il semble que comme la Forèt de
Fontainebleaun'est autre que celle qui por
toit enciennement le nom de Biévre c'étoit une chose à remarquer , en faisant
observer incidemment que le titre de l'Eglise Paroissiale du Louvre à Paris est sous
la même Invocation , et que plusieurs prétendent que le nom de S. Germain- enLaye vient aussi primitivement d'une
Eglise de Saint Germain d'Auxerre située
dans le Bois de Laye à l'endroit où ce Saint
Prélat fit un Miracle , ou au moins une
Station au sortir de Nanterre. Il n'est pas
étonnant que des Ecrivains assurez de tous
ces faits ayent avancé que nos Rois ont regardé
FEVRIER. 1732. 257
gardé le Prélat Auxerrois comme l'un des
plus grands Titulaires de leur Royaume,
et que la Nation l'envisagera toujours
pour tel. C'est ce qui est fondé sur les
prodiges merveilleux qu'il opera pendant
sa vie et sur l'utilité dont il fut à tous les
habitans des Gaules : Verité reconnuë par
les Historiens de France les plus modernes , et qui fait dire au Pere de Longue
val Jesuite dans sa nouvelle Histoire Ecclesiastique de ce Royaume , ( a ) que
Saint Germain fut l'un des plus parfaits
modeles de Sainteté , et un des plus ardents
défenseurs de la Foy , l'honneur et la consolation de l'Eglise Gallicanne , le fleau de l'heresie, le Pere des Peuples , le refuge de tous les
malheureux. Un peu d'attention à ces dernieres épithetes fera voir que l'on n'avoit
pas tant de tort de l'honorer d'une maniere
plus speciale dans certains Pays de la France dont le territoire est peufecond et où la
misere est plus commune. Si l'épithete
Adorandus ne se prodiguoit point envers
tous les Saints , on ne peut nier qu'il ne
pût être appliqué à ceux qui meritoient
une veneration plus éclatante , et qu'Heric a été bien fondé de s'en servir à l'égard
de Saint Germain d'Auxerre. Ceux qui en
douteroient peuvent recourir à l'Histoire
(a ) Tomepremier,page 457.
de
258 MERCURE DE FRANCE
de sa Vie écrite par Constance Prêtre de
l'Eglise de Lyon qui vivoit dans le même
siecle que ce Saint Evêque , Auteur celebre qui ne peutêtre inconnu dansles Eglises de la Province Ecclesiatique dont Lyon
est la Capitale , et auquel le Pere de Colonia Jesuite a donné à juste titre les éloges qu'il merite , dans son Histoire Litteraire de Lyon. En un mot , si les Rois de
la Terre meritent les adorations , c'est- àdire , les respects des Peuples , à plus forte
raison les Saints qu'on lit avoir été adorez
par les Rois dans le même sens d'adoration que j'ai déja dit , et qui de plus ont
été invoquez tant de fois et si formellement par ces mêmes Rois , tel qu'est le
Prélat à l'occasion duquel j'ai fait cette di
gression.
Pour revenir donc à Adorate Regem , ce
langage est si ancien et si peu choquant
en lui même , qu'il est reçu dans l'usages
vulgaire , et comme on a dit adorer l'Empereur,on dit de même aujourd'hui adorer
le Pape , aller à l'adoration du Pape ; adoration qui n'est dans lele fond qu'une simple marque de respect , et qui consistoit
quelquefois dans un baiser comme l'étymologie du nom le signifie. De là vint l'usage des anciens Payens lorsqu'ils vouloient honorer un objet éloigné , tel que
le
FEVRIER. 1732 259
le Soleil et la Lune , de s'incliner devant lui , en appliquant le bout de la
main sur la bouche , de la même maniere
que nous obligeons les enfans de nous faire lorsque nous leur disons de baiser la
main avant que de les gratifier d'un petit
present. Il y a une Eglise en France ( a ):
où l'on voit dans des bas-reliefs une figure dans cette attitude; et qui baise sa main
par respect , pour les fausses Divinitez.
C'est ce que le Livre de Job appelle un
grand péché et un renoncement de Dieu.
(b)Je n'en dis pas davantage sur cette
matiere , et je finis , en vous assurant que
je suis , &c..
(a) A Cahors.
Au mois d'Aoust 1731.-
( b ) Job. cap. 31. ¥. 26. 27. 28.
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Résumé : LETTRE à M.D. Chanoine de N. D. d'A...... sur l'antiquité & la durée de l'usage d'employer le terme d'Adorer envers d'autres que Dieu.
La lettre aborde l'antiquité et la durée de l'usage du terme 'adorer' appliqué à des personnes autres que Dieu. L'auteur commence par mentionner une description récente des beautés de Fontainebleau, qui attire l'intérêt des étrangers et des historiens. Il souligne une remarque de l'abbé Guilbert concernant une inscription dans la Chapelle Royale de Fontainebleau, où 'adorer' signifie respecter ou honorer. Cette explication est nécessaire pour clarifier aux visiteurs étrangers la signification de l'expression 'Adorate Regem' dans les Paralipomènes. L'auteur cite plusieurs exemples de l'usage du terme 'adorer' dans les Écritures saintes, les conciles, les saints pères et les historiens. Il mentionne des passages de Saint Paulin et Saint Jérôme, ainsi que des œuvres historiques comme les 'Antiquités de la Ville de Castre' de Borel. Il rappelle également l'usage de ce terme dans des poèmes et des œuvres littéraires, comme ceux de Mézeray et d'Héric, moine d'Auxerre. La lettre se conclut en expliquant que l'usage du terme 'adorer' pour des personnes autres que Dieu est ancien et courant, et qu'il s'agit simplement d'une marque de respect. L'auteur cite des exemples de cette pratique dans l'histoire et la religion, et mentionne une église à Cahors où cette attitude est représentée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 259-260
EPIGRAMME, Sur le celebre Newton.
Début :
Après que l'on eut lû dans le sacré Valon, [...]
Mots clefs :
Newton, Physicien, Énigme, Génie, Uranie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME, Sur le celebre Newton.
EPIGRAMME,
Sur le celebre Newton.
Après que l'on eut lû dans le sacré Valon ¸-
Les divins Ecrits de Newton ›
Le Dieu des Vers , surpris de ce que la Nature ,
N'étoit plus une Enigme obscure ,
Et que tout étoit dévoilé ,
Parut
260 MERCURE DE FRANCE
Parut étrangement troublé.
Quoi ! dit-il , fumant de colere ,
L'homme n'ignorera donc plus rien !
7
Muses , quelle de vous est assez temeraire
Pour éclairer ainsi ce grand Physicien 2
Appaise ton couroux , repondit Uranie ,
nulle de mes sœurs Scache que
N'a jamais inspiré cet excellent genie ,
C'est la sage Pallas , ô Dieu de l'harmonie
Qui le comble de ses faveurs :
Cette bienfaisante Deesse
Le visite et l'instruit sans cesse
Elle devoile tout à ce sublime esprit ,
Elle dicte , Newton écrit
Sur le celebre Newton.
Après que l'on eut lû dans le sacré Valon ¸-
Les divins Ecrits de Newton ›
Le Dieu des Vers , surpris de ce que la Nature ,
N'étoit plus une Enigme obscure ,
Et que tout étoit dévoilé ,
Parut
260 MERCURE DE FRANCE
Parut étrangement troublé.
Quoi ! dit-il , fumant de colere ,
L'homme n'ignorera donc plus rien !
7
Muses , quelle de vous est assez temeraire
Pour éclairer ainsi ce grand Physicien 2
Appaise ton couroux , repondit Uranie ,
nulle de mes sœurs Scache que
N'a jamais inspiré cet excellent genie ,
C'est la sage Pallas , ô Dieu de l'harmonie
Qui le comble de ses faveurs :
Cette bienfaisante Deesse
Le visite et l'instruit sans cesse
Elle devoile tout à ce sublime esprit ,
Elle dicte , Newton écrit
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Résumé : EPIGRAMME, Sur le celebre Newton.
L'épigramme célèbre Newton, physicien éclairé par ses lectures. Le Dieu des Vers s'indigne que la Nature soit désormais compréhensible. Uranie, muse de l'astronomie, révèle que Pallas, déesse de la sagesse, inspire et instruit constamment Newton.
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10
p. 260-264
MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
Début :
Train de Carrosse inversable, par conséquent moins dangereux, et pour [...]
Mots clefs :
Carrosse, Voitures, Chevaux, Train, Roues, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
MEMOIRE là l'Academie des
Sciences , le 24 Novembre 1731. par
M. du Quet.
>
Rain de Carrosse inversable , par
conséquent moins dangereux , et
pour être porté aussi doucement que dans
un Batteau , beaucoup plus en seureté
sur lequel on pourra lire et écrire , sans
être interrompu par le bruit , que les
Roues causent en roulant sur le pavé,
quoiqu'on aille aussi vîte que sur les Carosses ordinaires.
-Les
FEVRIER. 1732. 267
Les Roues qui servent actuellement
quoique tres- utiles , ont pourtant des défauts tres-considérables lorsqu'elles roulent sur le pavé, ou à cause de son inégalité , elles sont obligées de rouler toujours en sautillant , outre que ce sautillement continuel oblige de faire le Train
et le Corps du Carosse plus fort pour y
résister; il faut encore suspendre le Corps,
y ajouter une quantité de fers qui rend
tout cet assemblage tres- pesant et ébranle le pavé ; les Essieux d'un autre côté ,
qui sont sujets à casser par cet ébranlement continuel , ajoutent encore un
poids de plusieurs quintaux , qui se fait
sentir tres - rudement , lorsque les Carrosses montent sur un plan incliné , plus
ou moins , selon l'inclinaison du plan.
,
Ce ne sont pas là les seuls deffauts des
Rouës , leur propre pesanteur lorsqu'elles
montent est un surcroît de difficulté
pour les Chevaux , parce qu'ils portent
la moitié de tout le fardeau , lorsqu'ils
montent sur un plan , dont la ligne est
entre la perpendiculaire et l'horisontale ;
d'ailleurs les Roues étant faites de bois ,
sont sujettes à la pourriture , et il arrive
souvent que les rayes des Roues étant parvenues à un certain dégré de pourriture
imprévoyable,elles se brisent et tout tombe
262 MERCURE DE FRANCE
be, en grand danger de faire périr ceux
qui sont dans le Carosse; ces accidens n'arrivent que trop souvent.
Les Hollandois , considerant le fracas
que ces Roues causent par la destruction
des plans où elles passent en y faisant de
profondes ornieres , considerant aussi la
dépense qu'elles obligent de faire , et la
peine des Chevaux , lorsqu'ils sont obligez de monter les plans inclinez , en ont
secoué le joug , en appliquant le corps
du Carosse sur des Traineaux , de même
que nous voyons icy trainer les Balots
de Marchandises, ce qui doit être de tresmauvaise grace à l'œil.
La figure du Train que j'ai l'honneur”
de presenter , éleve le corps du Carosse
à la même hauteur que ceux dont on se
sert actuellement , et l'on y peut donner
tel ornement qu'on voudra , en faisant
travailler les ouvriers qui auront dugoût
pour cela. Il faut remarquer que le corps
du Carosse et le Train , ne faisant ensemble qu'un seul et mêmecorps, les Chevaux qui le traîneront n'auront pas plus
de peine qu'aux Carosses ordinaires sur le
pavé de niveau , et ils en auront moins
en montant qu'avec les autres , à cause de
la legereté de ces nouvelles voitures et de
pesanteur des Carosses ordinaires , qui la
avec
FEVRIER. 1732. 263
avec leur Train , pesent au moins le triple , et que les frotemens ne sont que
par rapport à la pesanteur ou à la pres
sion.
Le plan incliné , sur lequel j'ai appliqué une portion de représentation de pa
vé , peut faire aisément connoître la différence qu'il y a entre rouler et traîner
puisque l'on voit qu'un même poids fait
monter ce modele plus facilement , en le
traînant sur ce plan incliné , qu'en le
faisant monter avec les rouës.
Les Cochers qui sont assis sur les petites Rouës , qui sautillent davantage que
les grandes , gouverneront ces voitures
beaucoup plus à leur aise. Les Laquais seront aussi portez plus doucement ; ainsi
on peut conclure que les Maîtres et leurs
Domestiques seront plus en seureté sur
ces nouvelles voitures , que sur celles de
l'ordinaire , et avec plus de commodité.
Le Roy , les Proprietaires des Maisons
et le public ont interêr que ces nouvelles
voitures soient en usage dans Paris , dont
le pavé humecté toute l'année , convient
parfaitement à ce tirage.
L'interêt du Roy s'y trouve , par rap
port au roulage,qui ébranle le pavé, qu'il
ne faudroit pas renouveller aussi souvent,
les Proprietaires des Maisons , à cause que
cet
264 MERCURE DE FRANCE
cet ébranlement peut endommager les fon--
demens de leurs Bâtimens ; le public, par
rapport au bruit du roulage et du danger
qu'il y a lorsqu'un Carosse verse pour
ceux qui passent à côté , soit qu'un des
Essieux manque , soit une des Rouës.
On peut encore ajouter à l'avantage de
ces nouvelles voitures , que lorsque les
Chevaux prennent le mors aux dents ,
ceux qui seront dans ces voitures , pourront sortir hors du Carosse , sans courir
le même danger du funeste accident qui
est arrivé à Madame la Présidente de la
Chaise , et à bien d'autres personnes de
distinction qui ont péri , faute de l'usade ces nouvelles voitures.
ge
On doit encore représenter que lorsque
les Chevaux prennent le mors aux dents ,
le Carosse allant à leur gré , et sans pouvoir être gouverné par le Cocher , il est
exposé à se heurter contre la premiere
borne , qui cause un choc , qui fait quitter la Cheville ouvriere , alors le Cocher
est en danger de perdre la vie , sans parler du fracas qui arrive au corps du Carosse et au Train , et du danger que les
personnes de pied courent d'être surprises à la rencontre d'un pareil accident.
O
Sciences , le 24 Novembre 1731. par
M. du Quet.
>
Rain de Carrosse inversable , par
conséquent moins dangereux , et
pour être porté aussi doucement que dans
un Batteau , beaucoup plus en seureté
sur lequel on pourra lire et écrire , sans
être interrompu par le bruit , que les
Roues causent en roulant sur le pavé,
quoiqu'on aille aussi vîte que sur les Carosses ordinaires.
-Les
FEVRIER. 1732. 267
Les Roues qui servent actuellement
quoique tres- utiles , ont pourtant des défauts tres-considérables lorsqu'elles roulent sur le pavé, ou à cause de son inégalité , elles sont obligées de rouler toujours en sautillant , outre que ce sautillement continuel oblige de faire le Train
et le Corps du Carosse plus fort pour y
résister; il faut encore suspendre le Corps,
y ajouter une quantité de fers qui rend
tout cet assemblage tres- pesant et ébranle le pavé ; les Essieux d'un autre côté ,
qui sont sujets à casser par cet ébranlement continuel , ajoutent encore un
poids de plusieurs quintaux , qui se fait
sentir tres - rudement , lorsque les Carrosses montent sur un plan incliné , plus
ou moins , selon l'inclinaison du plan.
,
Ce ne sont pas là les seuls deffauts des
Rouës , leur propre pesanteur lorsqu'elles
montent est un surcroît de difficulté
pour les Chevaux , parce qu'ils portent
la moitié de tout le fardeau , lorsqu'ils
montent sur un plan , dont la ligne est
entre la perpendiculaire et l'horisontale ;
d'ailleurs les Roues étant faites de bois ,
sont sujettes à la pourriture , et il arrive
souvent que les rayes des Roues étant parvenues à un certain dégré de pourriture
imprévoyable,elles se brisent et tout tombe
262 MERCURE DE FRANCE
be, en grand danger de faire périr ceux
qui sont dans le Carosse; ces accidens n'arrivent que trop souvent.
Les Hollandois , considerant le fracas
que ces Roues causent par la destruction
des plans où elles passent en y faisant de
profondes ornieres , considerant aussi la
dépense qu'elles obligent de faire , et la
peine des Chevaux , lorsqu'ils sont obligez de monter les plans inclinez , en ont
secoué le joug , en appliquant le corps
du Carosse sur des Traineaux , de même
que nous voyons icy trainer les Balots
de Marchandises, ce qui doit être de tresmauvaise grace à l'œil.
La figure du Train que j'ai l'honneur”
de presenter , éleve le corps du Carosse
à la même hauteur que ceux dont on se
sert actuellement , et l'on y peut donner
tel ornement qu'on voudra , en faisant
travailler les ouvriers qui auront dugoût
pour cela. Il faut remarquer que le corps
du Carosse et le Train , ne faisant ensemble qu'un seul et mêmecorps, les Chevaux qui le traîneront n'auront pas plus
de peine qu'aux Carosses ordinaires sur le
pavé de niveau , et ils en auront moins
en montant qu'avec les autres , à cause de
la legereté de ces nouvelles voitures et de
pesanteur des Carosses ordinaires , qui la
avec
FEVRIER. 1732. 263
avec leur Train , pesent au moins le triple , et que les frotemens ne sont que
par rapport à la pesanteur ou à la pres
sion.
Le plan incliné , sur lequel j'ai appliqué une portion de représentation de pa
vé , peut faire aisément connoître la différence qu'il y a entre rouler et traîner
puisque l'on voit qu'un même poids fait
monter ce modele plus facilement , en le
traînant sur ce plan incliné , qu'en le
faisant monter avec les rouës.
Les Cochers qui sont assis sur les petites Rouës , qui sautillent davantage que
les grandes , gouverneront ces voitures
beaucoup plus à leur aise. Les Laquais seront aussi portez plus doucement ; ainsi
on peut conclure que les Maîtres et leurs
Domestiques seront plus en seureté sur
ces nouvelles voitures , que sur celles de
l'ordinaire , et avec plus de commodité.
Le Roy , les Proprietaires des Maisons
et le public ont interêr que ces nouvelles
voitures soient en usage dans Paris , dont
le pavé humecté toute l'année , convient
parfaitement à ce tirage.
L'interêt du Roy s'y trouve , par rap
port au roulage,qui ébranle le pavé, qu'il
ne faudroit pas renouveller aussi souvent,
les Proprietaires des Maisons , à cause que
cet
264 MERCURE DE FRANCE
cet ébranlement peut endommager les fon--
demens de leurs Bâtimens ; le public, par
rapport au bruit du roulage et du danger
qu'il y a lorsqu'un Carosse verse pour
ceux qui passent à côté , soit qu'un des
Essieux manque , soit une des Rouës.
On peut encore ajouter à l'avantage de
ces nouvelles voitures , que lorsque les
Chevaux prennent le mors aux dents ,
ceux qui seront dans ces voitures , pourront sortir hors du Carosse , sans courir
le même danger du funeste accident qui
est arrivé à Madame la Présidente de la
Chaise , et à bien d'autres personnes de
distinction qui ont péri , faute de l'usade ces nouvelles voitures.
ge
On doit encore représenter que lorsque
les Chevaux prennent le mors aux dents ,
le Carosse allant à leur gré , et sans pouvoir être gouverné par le Cocher , il est
exposé à se heurter contre la premiere
borne , qui cause un choc , qui fait quitter la Cheville ouvriere , alors le Cocher
est en danger de perdre la vie , sans parler du fracas qui arrive au corps du Carosse et au Train , et du danger que les
personnes de pied courent d'être surprises à la rencontre d'un pareil accident.
O
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Résumé : MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
Le 24 novembre 1731, M. du Quet présente à l'Académie des Sciences un mémoire proposant un nouveau type de carrosse inversable, conçu pour être plus sûr et plus confortable que les modèles traditionnels. Les roues des carrosses actuels présentent plusieurs inconvénients : elles provoquent des secousses sur les pavés inégaux, nécessitent des structures lourdes et des suspensions, et sont sujettes à la casse et à la pourriture. Les Hollandais ont déjà adopté des traîneaux pour pallier ces problèmes. Le nouveau modèle de carrosse proposé par M. du Quet élève le corps du véhicule à la même hauteur que les carrosses actuels, mais il est plus léger et plus facile à traîner, notamment sur les plans inclinés. Ce modèle offre un trajet plus doux et plus sûr pour les cochers et les laquais. Le roi, les propriétaires de maisons et le public ont intérêt à adopter ces nouvelles voitures, car elles réduisent l'ébranlement du pavé, le bruit et les dangers liés aux accidents de carrosse. En cas de fuite des chevaux, les occupants pourront sortir en sécurité, évitant ainsi des accidents mortels comme celui survenu à Madame la Présidente de la Chaise. Le document met également en lumière les dangers pour les piétons en cas de choc du carrosse contre une borne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 265-274
ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
Début :
Ce n'est point en ces Vers, cher Lecteur, que j'aspire [...]
Mots clefs :
Vers, Pleurs, Père, Mort, Tombe, Douleur
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
ODE
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
Fermer
Résumé : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
L'ode est un poème écrit par Mlle de Malcrais de la Vigne en mémoire de son père, le maire doyen de la ville du Croisic en Bretagne. Le texte exprime la douleur intense de la poétesse face à la perte de son père, qu'elle décrit comme un homme savant, ingénieux et dévoué à sa famille et à sa patrie. Elle évoque son désespoir et son désir de rejoindre son père dans la mort, tout en étant terrassée par des visions effrayantes. Le poème détaille également les qualités de son père, son engagement envers les lois et les nécessiteux, ainsi que son amour pour sa patrie. La poétesse mentionne que son père laisse derrière lui treize enfants, quatre sœurs et neuf frères, dont plusieurs sont en mer et ignorent encore la tragédie. Elle apprend également la mort de son frère, capitaine sur une frégate, victime de la fureur de la mort. Elle implore Dieu de protéger sa mère, veuve depuis peu, et de lui accorder une longue vie heureuse. Enfin, elle adresse ses remerciements à M. des Landes, Contrôleur Général de la Marine et membre de l'Académie Royale des Sciences, pour son soutien et sa compassion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 274-294
REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
Début :
Comme des amis communs entre M. Bouguet et moi, m'avoient [...]
Mots clefs :
Hydrographie, Cercle, Hauteur, Mer, Terre, Demi-cercle, Professeur royal, Rayon, Instruments, Figure, Pinule, Mouvement, Observations, Astres, Marteau, Circonférence
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
REPONSE de M. Meynier , Ingenieur
du Roy pour la Marine , cy- devant Professeur Royal d'Hidrographie , sur ce que
M.Bouguer, cy- devant Professeur d'Hidrographie au Croisic , à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de
Grace a dit au sujet du Demi- Cercle que
·M. Meynier a inventé pour observer sur
Meret à Terre , la hauteur du Soleil et
des Etoiles , sans qu'il soit necessaire de
voir l'horisons et au sujet du Quart de
Cercle que M. Bouguer a donné pour être
preferable au Demi Cercle et à tous les
autres Instrumens qui sont en usage sur
Mer, pour le même sujet.
C
Omme des amis communs entre
M. Bouguer et moi , m'avoient dit
lui avoir représenté le tort qu'il a eû de
parler de mon Demi- Cercle de la maniere qu'il en a parlé dans un Ouvrage
intitulé : De la Méthode d'observer exactement sur Merla hauteur des Astres , imprimé
FEVRIER 1732. 295
primé à Paris , chez Claude Jombert en
l'année 1729 , j'avois crû qu'il auroit pû
y faire attention et reparer sa faute dans
le Public ; mais bien loin qu'il en ait été
question , depuis plus de deux ans et demi que j'ai lieu de me plaindre de la
fausse idée qu'il en a donnée dans son Li
vre ; il m'a fait verbalement depuis peu
de jours une espece de défi d'y répondre ,
ce qui m'a indispensablement engagé à
mettre la main à la plume.
On voit dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , de l'année 17 : 4.
page 93. où M. Bouguer a dit avoir lû
la description de mon demi Cerle , que
ces Mrs l'approuverent après l'avoir examiné et après en avoir fait plusieurs observations au Soleil. Il est extraordinaire
qu'après cela M. Bouguer , qui ne l'avoit
pas vû, en ait fait un portrait au Public
qui n'y a aucune ressemblance , et qu'en
même temps il l'ait condamné sur ce
portrait d'une façon fort singuliere , malgré l'Approbation de l'Académie Royale
des Sciences.
Pour prouver que M. Bouguer a condamné ce demi Cercle sans le connoître
je rapporte ici mot-à-mot ce qu'il en a
dit , où il ne paroît pas qu'il en ait connu
la construction , la suspension ni les usa
Diiij ges.
1
276 MERCURE DE FRANCE
1
ges. J'ai aussi copié exactement la figure
3. de la premiere Planche de son Livre,
qu'il a donnée pour celle de mon demi
Cercle ; je la représente ici notée du même
chiffre 3. et des mêmes lettres. Je donne
en même temps le Dessein de mon demi
Cercle , dans la figure 4. étant suspendu
dans la Caisse MRTV, qui le met à
couvert du vent , de la même maniere
et au même état qu'il étoit lorsque l'Académie Royale des Sciences l'a examiné:
Je l'ai encore en cèt état- là , dans la même Caisse , de maniere qu'on peut ve
rifier très-facilement ce que j'avance.
La Caisse de cet Instrument est noir*
cie en dedans , afin d'absorber les rayons
du Soleil , elle ne devroit être represen
tée ouverte que par dessus ; mais je l'ai
représentée aussi ouverte par devant , afin
de voir plus distinctement toute la figure du demi Cercle et de sa suspension/
Pendant toutes les observations qui ont
été faites avec cet Instrument , sa Caisse
étoit posée à terre ou sur une table , ou
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention
que
du
celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier
facilement
LYON
*
1893*
partie interieure de l'Arc , et fait connoi hauteur comine dans l'Aneau Astronomique
Instrument peut être aussi d'usage la nuit ,
observer la hauteur des Etoiles ; mais appai
ment qu'on le suspend dans un sens contraire
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre pår une autre Pinule située sur la circonferen
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour Dy avo
ou sur une table > our
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention.
que celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon du
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier facilement
FEVRIER 1732. 377
facilement ce demi Cercle pour sçavoir
s'il est juste , exposant simplement sa
Caisse successivement des deux côtez
MR. aux rayons du Soleil vers l'heure de
midi , car pour lors si le rayon du Soleil
qui passeroit par le centre I. marquoit le
même degré sur les deux côtez du demi
Cercle , son diamétre AC. seroit horisontal ; et si par hazard il inclinoit de quelque côté, ce qui ne pourroit arriver que
par quelque accident extraordinaire , outre qu'on pourroit y remedier sur le
champ par le moyen du petit poids S.
en le faisant glisser le long du diamétre
AC. on pourroit s'en servir aussi quoiqu'incline , comme je l'ai démontré dans
mes Mémoires. Voici ce que M. Bouguer
en a dit.
On voit dans la figure 3. le demi Cercle de
M. Meynier , actuellement Professeur Royal
d'Hidrographie au Havre de Grace. Ce demi
Cercle se suspend par la Boucle A. fig. 3. et le
rayon du Soleil passant par la pinule C. qui répond au centre , vient se rendre en E dans la
partie interieure de l'Arc , et fait connoître la
hauteur comme dans l'Aneau Astronomique. Cet
Instrument peut être aussi d'usagé la nuit , pour
observer la hauteur des Etoiles ; mais apparemment qu'on le suspend dans un sens contraire , et
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre ,
pår une autre Pinule située sur la circonference.
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour en
D v avoir
et
278 MERCURE DE FRANCE
avoir vu une description très succinte dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences de l'An- née 1724. page 93. mais nous ne doutons point
que son sçavant Auteur ne lui procure une situation constamment horisontale , malgré le poids
de la Pinule , qui est située sur la circonference ,
et qu'on est obligé de faire monter ou descendre,
selon que les hauteurs sont plus ou moins
grandes.
Article premier , M. Bouguer dit que
la figure 3. represente mon demi Cercle ;
qu'il est suspendu par la Boucle A. et qu'il
fait connoître la hauteur du Soleil , comme
dans l'Anneau Astronomique. Il suffit de
regarder la figure qu'il donne pour celle
de mon demi Cercle , et de la comparer
avec la figure 4. qui en est la veritable
figure , pour en voir d'abord la difference. Bien loin que mon demi Cercle fig.
4. soit suspendu par la Boucle A. de la
figure 3. il est suspendu sur les deux Pivots NB. dans la Caisse MRVT. qui le
garantit du vent , lesquels Pivots NB.
sont portez par une seconde suspension
XNBZ de même que les Boussoles de
Mer. Ce demi Cercle a un poids O. vers
son milieu , lequel poids ayant le centre
de son mouvement particulier en P.
vibrations particulieres tendent à détruire plutôt le mouvement que le vaisseau
imprime au demi Cercle ; car à mesure
ses
que
FEVRIER: 1732. 279
les vibrations du poids O. et celles du
demi Cercle ADC. ne se font pas en
temps égaux , elles se contrarient récipro
quement et se détruisent mutuellement
en beaucoup moins de temps. Il est évident que par cette suspension l'Instrument obéit beaucoup mieux au Roulis
et au Tangage du Vaisseau , qu'il n'y
obeïroit s'il étoit suspendu par une Boucle; car si la suspension de la Boucle va- loit mieux on s'en serviroit pour suspendre les Boussoles de Mer ; mais l'experience prouve le contraire. On voit par là combien cet Instrument est different
de l'Astrolabe , de même que ses usages ,
et que parconsequent la comparaison de
M. Bouguer , n'est pas juste.
Article II. Il a dit que pour dit que pour observer
la hauteur des Etoilles pendant la nuit , apparemment on suspend mon demi Cercle d'un
sens contraire, et qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre. Ce terme d'apparemmentfait voir qu'il ne croit pas lui- méme
connoître la construction de cet Instrument , non- plus que ses usages ; mais
bien loin qu'on soit obligé de le suspendre d'un sens contraire , on ne fait jamais aucun changement à sa suspension
dans aucun de ses usages , et la Pinule.
du centre ne sert jamais pour observer la
D vj hauteur
280 MERCURE DE FRANCE
prohauteur des Etoiles ; car on trouve leur
hauteur avec cet Instrument par la
prieté des Angles formez à là circonfe
rence du Cercle, qui ont un avantage con.
siderable sur ceux qui sont formez au centre du même Cercle , en ce que leurs degrez occupent un Arc double des autres,
comme il est démontré dans la 24. Proposition du troisiéme Livre d'Euclide ,
ce qui rend leurs divisions parconsequent
beaucoup plus distinctes. Comme , par
exemple , l'Angle F A C. qui est celui de
la hauteur de l'Etoile L , qui est formé au
point A. de la circonference , qui est égal
à l'Angle A F E. qui est aussi à la circonference , qui est mesuré par la moitié de
l'Arc AE , égal à l'Arc FC, et qui est indiqué par l'extrémité E. de l'alidade E F.
Article III. Il condamne ce demi Cer→
cle , en disant qu'il croit que je lui procurerai une situation constamment horisontale,
malgré le poids de la Pinule , qui est située
sur la circonference qu'on est obligé de faire
monter ou descendre , selon que les hauteurs
sont plus ou moins grandes. Comme il est
necessaire dans tous les usages de ce demi
Cercle , que son dismétre A C. prenne
de lui- même une situation horisontale ,
quoique l'Astre soit plus ou moins élevé
cola seroit impossible , si le poids de quel
que
FEVRIER. 1732 28
que pinule qui seroit située sur sa circon
ference étoit capable de faire incliner
l'Instrument à mesure qu'elle se trouveroit plus ou moins élevée autour du de
mi Cercle , parce que pour lors son poids
agiroit sur des lignes verticales qui se
roient differemment éloignées de la ligne
verticale qui passeroit par le centre de
gravité du demi Cercle , ce qui feroit
changer l'équilibre de l'Instrument à
mesure que la hauteur de la Pinule changeroit Apparemment que M. Bouguer a
pris delà occasion de vouloir persuader
au Public que mon demi Cercle ayant
une Pinule qu'on fait monter ou descendre plus ou moins , suivant les differentes
hauteurs des Astres , ne devoit pas conserver sa situation horisontale, à cause du
poids de cette même Pinule ; mais il au
roit dû faire attention que si cela eût eu
lieu, Mrs de l'Académie ne l'eussent point
approuvé , étant très- capables de s'en être
appercûs , et si ensuite il eût été convaincu de cette verité , il n'auroit pas avancé
la chose si hardiment ; d'ailleurs les principes des forces mouvantes nous apprennent que tout corps qui a un mouvement circulaire autour d'un Cercle ou
d'un demi Cercle , ou autour de quelque
point, peut conserver toûjours le même
équilibre
282 MERCURE DE FRANCE
équilibre sur le centre de son mouvement , par le moyen d'un autre poids
qui aura le même mouvement sur un
bras de Levier opposé ; c'est ce qu'on
voit aux Pinules des Astrolabes qui montent et descendent autour de sa circonference de l'Instrument sans en changer
l'équilibre.
Je ne crois pas non-plus qu'il eût parlé de même de ce demi Cercle, si auparavant il eût pris connoissance de sa cons-
"truction, de sa suspension et de ses usages ,
parce qu'il auroit vû que la Pinule A. qui
est la seule qui soit située à la circonfe
rence de cet Instrument , n'est pas mobile , mais qu'elle est toûjours fixe à l'extremité A du diamétre AC , et que par
cette raison la hauteur de l'œil qu'on place
en K du côté de cette même Pinule , ne
change pas lorsqu'on fait l'observation
quoique la hauteur de l'Astre change. II
auroit aussi vû que la Pinule A ayant été
mise d'équilibre , avec le demi Cercle
ADC , sur le centre commun I , elle ne
doit jamais changer la situation horisontale de l'Instrument qui se suspend continuellement de lui- même par la verticale
qui passe par son centre de mouvement
et par son centre de gravité ; et que pour
ce qui est de la seconde Pinule F , elle se
trouve
FEVRIER. 17327 28
trouve toujours plus ou moins élevée audessus du demi Cercle , suivant les dif
ferentes hauteurs des Etoiles sur l'horidans le temps de l'observation ;
et que le centre de mouvement er de
gravité de l'Alidade EF , qui la porte ,
étant au centre I du demi Cercle , elle:
ne doit non-plus rien changer à l'équili
bre de l'Instrument dans quelque situation qu'on la mette ; et s'il eût demandé
à l'Académie des Sciences une plus gran-.
de instruction sur mon demi Cercle, comme il en étoit correspondant , on lui auroit communiqué , sans doute, le desseinet le Memoire que j'y ai laissé à ce sujet ;
on auroit pû lui communiquer en mêmetemps un Certificat autentique qu'elle
avoit reçû touchant les experiences qui
furent faites avec ce demi Ĉercle dans la
Rade de Brest , sur le Vaisseau du Roy
l'Elisabeth, qui n'ont été écartez que d'environ une minute de la vraye latitude
du lieu où elles furent faites , quoique le
Vaisseau eût beaucoup de mouvement
puisque lors de la derniere observation
le vent nous fit faire près de deux lieuës
de chemin en une heure de temps dans
un gros Bateau qu'on nomme Bugalet,
qui n'avoit qu'une seule Voile. J'avois
fait faire ce demi Cercle entierement semblable
284 MERCURE DE FRANCE
blable à celui dont il est parlé dans l'His
toire de l'Académie des Sciences de l'année 1724. il avoit seulement été divisé:
avec plus de soin. Avantque de partir pour
Brest, Mrs. de Cassini et deMaraldi, comparerent en ma presence à l'Observatoire
Royal plusieurs Observations faites avec›
ce demi Cercle à celles qui furent faites
en même temps avec un quart de Cercle
d'environ trois pieds de rayon , elles furent toutes trouvées égales à celles du
quart de Cercle de l'Observatoire à une
ou deux minutes près ; mais sans doute
que dans ce temps-là l'Histoire de l'Académie étoit imprimée , sans quoi je suis
persuadé que ces Mrs. y auroient fait inserer ces dernieres Observations.
Article IV. Il dit Connoître cet Ins
trument pour en avoir vu une Description
très-succinte dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences de l'année 1724. pages
93. Je rapporte ici cette même Descrip
tion mot à- mot , afin de faire voir au Public qu'elle ne l'autorise en rien du tout
sur l'idée qu'il a voulu lui donner de mon
demi Cercle.
Description de l'Académie. Un Instrument de
M. Meynier , consistant en un demi Cercle dont le diamétré se met dans une situation horisontale
par la maniere dont il est suspendu. Il sert à apprendre sur Mer, sans qu'il soit necessaire des voir
FEVRIER. 1732. 28
voir l'horison , la distance du bord superieur der
Soleil au Zenith, par le moyen de l'ombre faite
par les rayons qui passent par une fente qui
répond au centre du demi Cercle et va se projetter sur une circonference graduée , il sert aussi.à observer la hauteur du Soleil et des Etoiles , depuis l'horison jusques à environ so degrez , par
le moyende deux Pinules , avec lesquelles on vise
l'Astre. On a fait avec cet Instrument plusieurs
Observations qui ont été le plus souvent à 8 ou
10. minutes près , les mêmes que celles qui
se faisoient en même- temps avec un quart de
Cercle de deux pieds de rayon. Cet Instrument
est ingenieux et commode à cause que pour les
Observations des Etoiles, l'œil est toujours placé
à la même hauteur , quoique l'Etoile soit diffe- remment élevée , et parce qu'on n'a pas besoin
de voir l'horison. On a crû qu'il seroit préferable sur Mer à la plupart des Instrumens qu'on y'
employe , s'il y donnoit les hauteurs avec la même précision que sur Terre , ce que l'experience seule peut décider.
Je conviens que cette description est
tres- succinte ; mais cependant on n'y
trouve point du tout que ce demi cerclesoit suspendu par une boule , ni qu'il
donne la hauteur des Astres , comme l'As
trolabe ; ony voit seulement qu'il se place
horisontalement par la maniere dont il est
suspendu , et qui fait assez entendre que
cette maniere de le suspendre n'est pas
par une boule, car il auroit été plus court
et plus naturel à Mrs de l'Academie de l
dire
286 MERCURE DE FRANCÈ
dire dans leur Description. On n'y trouve
non plus rien qui donne aucune idée
qu'il faille suspendre ce demi Cercle d'un
sens contraire pour observer la hauteur
des Etoiles ; n'y qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre , ni rien qui puisse
faire douter que le poids des Pinules qui
y sont, puisse faire changer la situation
horisontale de l'instrument , en observant
la hauteur des Etoiles.
Il est surprenant que M. Bouguer n'ait
compris que le mot de demi Cercle ,
dans la Description de l'Académie , au
sujet de cet instrument, qu'il en ait donné
une idée au public, entierement différente
tant au sujet de sa construction , que de
sa suspension et de ses usages , par une interprétation , qui n'y a aucune ressemblance; qu'il en ait même parlé d'une maniere à faire voir évidemment qu'il ne le
connoissoit du tout point ; et qu'ensuite
il l'ait condamné d'une façon tres- singu
liere , en disant qu'il croit queje lui procurerai une situation constamment horisontale
malgré le poids de la Pinule , qui est à la
circonference.
Je propose à M. Bouguer de faire avec
lui l'experience de son quart de Cercle
et en même temps celle ce mon demi
Cercle , et celle du quart de Cercle Anglois ,
FEVRIER. 1932. 287
glois , en présence des personnes qu'il jugera à propos , afin de voir par là si sort
quart de Cercle vaut mieux que ces autres instruments , à la mer et à terre même , lorsqu'il fait du vent , ou lorsque
le corps de l'Observateur est en mouvement; mais puisqu'il a condamné mon
demi Cercle sans aucuu fondement , il
ne doit pas trouver mauvais que je détaille au public les raisons qui condamnent avec fondement le quart de Cercle qu'il a donné dans le même ouvrage ,
que j'ai cité , comme un instrument préférable au quart de Cercle des Anglois, et
à tous les autres instrumens qu'on employe sur Mer , pour observer la hauteur des Astres.
La figure 5 , represente le quart de Cer
cle dont les Anglois se servent pour. ob
server la hauteur des Astres.
La figure 6 , représente exactement le
quart de Cercle de M. Bouguer , qui ne
differe du quart de Cercle des Anglais
que parce qu'il est formé d'un seul- Arc ,
É FD , de même que tous les quarts de
Cercle ordinaires que tous ses rayons
sont égaux au grand rayon du quart de
Cercle Anglois , c'est à dire d'environ 23
pouces de longueur ; et que celui des Anglois , figure 5 , est formé de deux differentes
288 MERCURE DE FRANCE
rentes portions de Cercle A BHD. dont
les rayons CCA.A. CH. sont inégaux , le
grand CH. est d'environ 23 pouces , il y
en a quelquefois qui ont quelques pouces de plus, mais je n'en ai point vû qui
en eussent moins ; l'Arc D H. que ce
rayon soutient , est d'environ 25 à 30 dégrez. On appuye contre l'épaule le côté
Dde cet Arc, lorsqu'on fait l'observa-.
tion ; le reste des dégrez de ce quart de
Cercle , est sur le petit Arc A'B , qui n'est
ordinairement que de à 10 pouces de
rayon. J'en ai cependant vu un qui avoit
ce même rayon , d'environ un pied.
Nous avons en France , depuis treslong- temps , beaucoup de Pilotes qui se
servent du quart de Cercle Anglois, figu
re 5. Plusieurs y mettent un verre lanticalaire au martcau A, qui réunit les rayons
du Soleil sur le Marteau C , qui est au
centre de l'instrument; beaucoup d'autres
né se servent que d'un petit trou rond au
même Marteau , en place de Verre , et
quelquesautres ne se servent que de l'ombre qui tombé du bord du même Marteau
A' , sur celui du centre C.
Il y a long-temps que j'ai entendu dire
à nos Pilotes de Brest , et à ceux de Tou-.
lon , que ce qui a obligé de reformer le
quart de Cercle ordinaire , formé par un
seul
FEVRIER 1732. 289
?
seul rayon , comme celui de la figure 6 , a
été , premierement , parce que le vent
avoit beaucoup plus de force sur la circonference E H,figure 5 , que sur la semblable circonférence A B. Secondement
parce que cette circonference E H, outre
qu'elle recevoit beaucoup plus de vent
étant plus grande , étoit ausst beaucoup
plus éloignée de la main de l'Observateur qui tenoit l'instrument en I , de
maniere que la force du vent agissoit sur
un Lévier beaucoup plus long , qui fatiguoit davantage l'Observateur, et qui causoit un plus grand mouvement à l'instru
ment ; de sorte que non-seulement l'Observateur ne pouvoit pas le tenir si ferme,
mais pas même si vertical , ni si horisontal , à cause du vent , ce qui rendoit l'observation d'autant plus douteuse que le
vent étoit plusfort. Troisiémement, parce
que le bord de l'ombre du Marteau E. figure 6 , en tombant sur le Marteau C, de
la distance E C , lorsqu'elle étoit d'environ 23 pouces, étoit beaucoup moins sensible sur ce même Marteau C , que lorsqu'il ne tombe que de la distance A C ,
figures , qui n'est ordinairement que
d'environ 9 pouces. Quatrièmement
parce que la distance EC , figure 5 et 6 ,
étant d'environ 23 pouces , le mouvement
>
290 MERCURE DE FRANCE
ment de l'ombre du bord du Marteau, ou
le mouvement du rayon du Soleil , qui
tomboit du Marteau E sur le Marteau C,
parcouroient un espace qui étoit plus de
deux fois et demi aussi grand , que l'espace qu'ils parcourent sur le même Marteau C , lorsque cette distance n'est que d'environ 9 pouces , telle que A C, figure
55 car quoique le mouvement des deux
instrumens , figure $ et 6 , fût le même,
le mouvement de l'ombre du Marteau E,
ou le mouvement du rayon du Soleil ,
qui tomberoit du même Marteau E , sur
celui du centre C, des figures 5 et 6 , seroit au mouvement de cette même ombre , ou rayon qui tomberoit du Marteau A, sur le Marteau C , de la figure
5 :: comme le rayon EC, des figures 5
et 6 , est au rayon A C de la figure 5 , ce
qui formoit une tres-grande difficulté ,
parce que pour lors on ne pouvoit estimer le milieu de ce mouvement que tresimparfaitement;car comme il falloit aussi
estimer en même temps le milieu des
rayons du Soleil sur le Marteau C ; ces
deux estimations qui doivent se faire dans
le même instant , étoient d'autant plus
difficiles et douteuses , que le mouvement
de ce rayon sur le Marteau du centre C
étoit plus grand. Cinquièmement , parce
-
que
FEVRIER. 1732. 291
pas
que lorsqu'on a voulu avoir le rayon du
Soleil sur le Marteau C , par le moyen
d'un trou au Marteau E , quelque petit
que fût ce trou , l'étendue du rayon de
Astre qui y passoit étoit fort grande sur
le Marteau C, et beaucoup moins distincte , principalement lorsque le Soleil n'est
bien brillant , comme cela arrive tressouvent à la Mer ; ce qui n'est pas de même lorsque la longueur du rayon de l'A
tre n'est que de 9 à re pouces. Sixièmement , parce que ces difficultez augmentoient encore davantage , lorsque le Soleil étoit fort élevé sur l'horison , ou près
du Zénith ; car pour lors l'étendue de son
rayon sur le Marteau C, prenoit une figure ovale , beaucoup plus grande,à cause de l'obliquité du plan du Marteau C,
avec le rayon de l'Astre. Septiémement ,
parce que lorsqu'on a voulu mettre un
verre lenticulaire au Marteau E, figure 6,
pour réunir les rayons du Soleil sur le
Marteau C, on a trouvé qu'un verre d'environ 23 pouces de foyer , ne donnoit pas
les rayons de l'Astre si bien réinis qu'un
verre d'environ 9 pouces de foyer , de
maniere qu'on n'en pouvoit pas estimer
le milieu si exactement ; d'ailleurs cette
lentille ne détruisoit pas l'augmentation
du mouvement des rayons du Soleil sur
le
292 MERCURE DE FRANCE
le Marteau C , ce qui est un tres- grand
obstacle , auquel on n'a pû remedier
qu'en racourcissant considerablement le
rayon à une partie du quart de Cercle ,
comme on le voit à la figure 5 .
Etant en Angleterre l'année derniere,
et scachant que tous les Anglois se servent sur Mer du quart de Cercle , de la
figures , je m'informai pourquoi ils ne
font pas ce quart de Cercle regulier, c'està-dire d'un seul arc de Cercle. On me répondit à peu près la même chose que ce
que j'en avois apris de nos Pilotes François. On y ajouta seulement,que ceux qui
voudroient se servir d'un quart de Cercle d'un seul Arc , pour observer la hauteur des Astres sur Mer, en seroient bientôt desabusez, puisqu'eux-mêmes ne se servent pas de l'Arc du grand rayon tout
seul pour observer la hauteur du Soleil, à
cause des raisons susdites , quoiqu'ils le
pussent toutes les fois que les dégrez de
la hauteur de l'Astre n'excedent pas les
dégrez de l'Arc du grand rayon de l'ins
trument.
Quand même nos Pilotes et les Anglois
n'auroient pas pour eux l'experience
comme ils l'ont , qui confirme leurs raisons , elles sont trop pour ne
pas s'y rendre ; et ils sont fondez à croire
évidentes
qu'ils
FEVRIER.
1732. 293
qu'ils ont eux - mêmes reformé le quart
de Cercle ordinaire , avec connoissance
de cause et avec fondement , pour leur
servir plus exactement et plus commodé
ment à observer la hauteur des Astres sur
Mer , en formant le quart de Cercle de
deux differens Arcs , comme celui de la
figure 5.
Les raisons que je viens de détailler
font voit que ce n'est pas le seul embarras
de l'instrument qui a occasionné la réforme que les Pilotes en ont faite , mais bien
la nécessité ; ce qui nous prouve que l'expérience sur cette matiere en a plus appris
aux Pilotes que la Théorie. Car il est assez
évident à ceux qui ignorent ces expériences , que le quart de Cercle qui auroit
deux pieds de rayon , devroit être plus
précis que celui qui n'en auroit que 9 ou
10pouces,parce que les divisions de ce premier seroient beaucoup plus grandes que
celles de l'autre , et par consequent plus
distinctes et plus exactes ; cela est incontestable à terre; mais le raisonnement doit
ceder à
l'expérience ,
principalement en
ce qui regarde la navigation.
Si M. Beguer , dont la Théorie est
profonde , avoit pratiqué la Mer ou fait seulement une campagne de long cours ,
pendant laquelle il se futservi de son quart
E de
294 MERCURE DE FRANCE
de Cercle, figure 5, pour observer la haureur du Soleil , je ne croi pas qu'il l'eut
proposé ensuite pour s'en servir à la Mer,
préférablement aux instrumens ordinai
res , parce qu'il en auroit senti lui-même
les difficultez mentionnées cy-dessus.
du Roy pour la Marine , cy- devant Professeur Royal d'Hidrographie , sur ce que
M.Bouguer, cy- devant Professeur d'Hidrographie au Croisic , à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de
Grace a dit au sujet du Demi- Cercle que
·M. Meynier a inventé pour observer sur
Meret à Terre , la hauteur du Soleil et
des Etoiles , sans qu'il soit necessaire de
voir l'horisons et au sujet du Quart de
Cercle que M. Bouguer a donné pour être
preferable au Demi Cercle et à tous les
autres Instrumens qui sont en usage sur
Mer, pour le même sujet.
C
Omme des amis communs entre
M. Bouguer et moi , m'avoient dit
lui avoir représenté le tort qu'il a eû de
parler de mon Demi- Cercle de la maniere qu'il en a parlé dans un Ouvrage
intitulé : De la Méthode d'observer exactement sur Merla hauteur des Astres , imprimé
FEVRIER 1732. 295
primé à Paris , chez Claude Jombert en
l'année 1729 , j'avois crû qu'il auroit pû
y faire attention et reparer sa faute dans
le Public ; mais bien loin qu'il en ait été
question , depuis plus de deux ans et demi que j'ai lieu de me plaindre de la
fausse idée qu'il en a donnée dans son Li
vre ; il m'a fait verbalement depuis peu
de jours une espece de défi d'y répondre ,
ce qui m'a indispensablement engagé à
mettre la main à la plume.
On voit dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , de l'année 17 : 4.
page 93. où M. Bouguer a dit avoir lû
la description de mon demi Cerle , que
ces Mrs l'approuverent après l'avoir examiné et après en avoir fait plusieurs observations au Soleil. Il est extraordinaire
qu'après cela M. Bouguer , qui ne l'avoit
pas vû, en ait fait un portrait au Public
qui n'y a aucune ressemblance , et qu'en
même temps il l'ait condamné sur ce
portrait d'une façon fort singuliere , malgré l'Approbation de l'Académie Royale
des Sciences.
Pour prouver que M. Bouguer a condamné ce demi Cercle sans le connoître
je rapporte ici mot-à-mot ce qu'il en a
dit , où il ne paroît pas qu'il en ait connu
la construction , la suspension ni les usa
Diiij ges.
1
276 MERCURE DE FRANCE
1
ges. J'ai aussi copié exactement la figure
3. de la premiere Planche de son Livre,
qu'il a donnée pour celle de mon demi
Cercle ; je la représente ici notée du même
chiffre 3. et des mêmes lettres. Je donne
en même temps le Dessein de mon demi
Cercle , dans la figure 4. étant suspendu
dans la Caisse MRTV, qui le met à
couvert du vent , de la même maniere
et au même état qu'il étoit lorsque l'Académie Royale des Sciences l'a examiné:
Je l'ai encore en cèt état- là , dans la même Caisse , de maniere qu'on peut ve
rifier très-facilement ce que j'avance.
La Caisse de cet Instrument est noir*
cie en dedans , afin d'absorber les rayons
du Soleil , elle ne devroit être represen
tée ouverte que par dessus ; mais je l'ai
représentée aussi ouverte par devant , afin
de voir plus distinctement toute la figure du demi Cercle et de sa suspension/
Pendant toutes les observations qui ont
été faites avec cet Instrument , sa Caisse
étoit posée à terre ou sur une table , ou
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention
que
du
celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier
facilement
LYON
*
1893*
partie interieure de l'Arc , et fait connoi hauteur comine dans l'Aneau Astronomique
Instrument peut être aussi d'usage la nuit ,
observer la hauteur des Etoiles ; mais appai
ment qu'on le suspend dans un sens contraire
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre pår une autre Pinule située sur la circonferen
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour Dy avo
ou sur une table > our
sur quelque banc , de maniere que l'Observateur n'avoit point d'autre attention.
que celle de regarder sur la circonference
de l'Instrument , le degré que le rayon du
Soleil y marquoit , qui étoit celui de sa
hauteur sur l'horison. On peut verifier facilement
FEVRIER 1732. 377
facilement ce demi Cercle pour sçavoir
s'il est juste , exposant simplement sa
Caisse successivement des deux côtez
MR. aux rayons du Soleil vers l'heure de
midi , car pour lors si le rayon du Soleil
qui passeroit par le centre I. marquoit le
même degré sur les deux côtez du demi
Cercle , son diamétre AC. seroit horisontal ; et si par hazard il inclinoit de quelque côté, ce qui ne pourroit arriver que
par quelque accident extraordinaire , outre qu'on pourroit y remedier sur le
champ par le moyen du petit poids S.
en le faisant glisser le long du diamétre
AC. on pourroit s'en servir aussi quoiqu'incline , comme je l'ai démontré dans
mes Mémoires. Voici ce que M. Bouguer
en a dit.
On voit dans la figure 3. le demi Cercle de
M. Meynier , actuellement Professeur Royal
d'Hidrographie au Havre de Grace. Ce demi
Cercle se suspend par la Boucle A. fig. 3. et le
rayon du Soleil passant par la pinule C. qui répond au centre , vient se rendre en E dans la
partie interieure de l'Arc , et fait connoître la
hauteur comme dans l'Aneau Astronomique. Cet
Instrument peut être aussi d'usagé la nuit , pour
observer la hauteur des Etoiles ; mais apparemment qu'on le suspend dans un sens contraire , et
qu'on vise à l'Etoile par la Pinule du centre ,
pår une autre Pinule située sur la circonference.
Nous ne connoissons ce demi Cercle que pour en
D v avoir
et
278 MERCURE DE FRANCE
avoir vu une description très succinte dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences de l'An- née 1724. page 93. mais nous ne doutons point
que son sçavant Auteur ne lui procure une situation constamment horisontale , malgré le poids
de la Pinule , qui est située sur la circonference ,
et qu'on est obligé de faire monter ou descendre,
selon que les hauteurs sont plus ou moins
grandes.
Article premier , M. Bouguer dit que
la figure 3. represente mon demi Cercle ;
qu'il est suspendu par la Boucle A. et qu'il
fait connoître la hauteur du Soleil , comme
dans l'Anneau Astronomique. Il suffit de
regarder la figure qu'il donne pour celle
de mon demi Cercle , et de la comparer
avec la figure 4. qui en est la veritable
figure , pour en voir d'abord la difference. Bien loin que mon demi Cercle fig.
4. soit suspendu par la Boucle A. de la
figure 3. il est suspendu sur les deux Pivots NB. dans la Caisse MRVT. qui le
garantit du vent , lesquels Pivots NB.
sont portez par une seconde suspension
XNBZ de même que les Boussoles de
Mer. Ce demi Cercle a un poids O. vers
son milieu , lequel poids ayant le centre
de son mouvement particulier en P.
vibrations particulieres tendent à détruire plutôt le mouvement que le vaisseau
imprime au demi Cercle ; car à mesure
ses
que
FEVRIER: 1732. 279
les vibrations du poids O. et celles du
demi Cercle ADC. ne se font pas en
temps égaux , elles se contrarient récipro
quement et se détruisent mutuellement
en beaucoup moins de temps. Il est évident que par cette suspension l'Instrument obéit beaucoup mieux au Roulis
et au Tangage du Vaisseau , qu'il n'y
obeïroit s'il étoit suspendu par une Boucle; car si la suspension de la Boucle va- loit mieux on s'en serviroit pour suspendre les Boussoles de Mer ; mais l'experience prouve le contraire. On voit par là combien cet Instrument est different
de l'Astrolabe , de même que ses usages ,
et que parconsequent la comparaison de
M. Bouguer , n'est pas juste.
Article II. Il a dit que pour dit que pour observer
la hauteur des Etoilles pendant la nuit , apparemment on suspend mon demi Cercle d'un
sens contraire, et qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre. Ce terme d'apparemmentfait voir qu'il ne croit pas lui- méme
connoître la construction de cet Instrument , non- plus que ses usages ; mais
bien loin qu'on soit obligé de le suspendre d'un sens contraire , on ne fait jamais aucun changement à sa suspension
dans aucun de ses usages , et la Pinule.
du centre ne sert jamais pour observer la
D vj hauteur
280 MERCURE DE FRANCE
prohauteur des Etoiles ; car on trouve leur
hauteur avec cet Instrument par la
prieté des Angles formez à là circonfe
rence du Cercle, qui ont un avantage con.
siderable sur ceux qui sont formez au centre du même Cercle , en ce que leurs degrez occupent un Arc double des autres,
comme il est démontré dans la 24. Proposition du troisiéme Livre d'Euclide ,
ce qui rend leurs divisions parconsequent
beaucoup plus distinctes. Comme , par
exemple , l'Angle F A C. qui est celui de
la hauteur de l'Etoile L , qui est formé au
point A. de la circonference , qui est égal
à l'Angle A F E. qui est aussi à la circonference , qui est mesuré par la moitié de
l'Arc AE , égal à l'Arc FC, et qui est indiqué par l'extrémité E. de l'alidade E F.
Article III. Il condamne ce demi Cer→
cle , en disant qu'il croit que je lui procurerai une situation constamment horisontale,
malgré le poids de la Pinule , qui est située
sur la circonference qu'on est obligé de faire
monter ou descendre , selon que les hauteurs
sont plus ou moins grandes. Comme il est
necessaire dans tous les usages de ce demi
Cercle , que son dismétre A C. prenne
de lui- même une situation horisontale ,
quoique l'Astre soit plus ou moins élevé
cola seroit impossible , si le poids de quel
que
FEVRIER. 1732 28
que pinule qui seroit située sur sa circon
ference étoit capable de faire incliner
l'Instrument à mesure qu'elle se trouveroit plus ou moins élevée autour du de
mi Cercle , parce que pour lors son poids
agiroit sur des lignes verticales qui se
roient differemment éloignées de la ligne
verticale qui passeroit par le centre de
gravité du demi Cercle , ce qui feroit
changer l'équilibre de l'Instrument à
mesure que la hauteur de la Pinule changeroit Apparemment que M. Bouguer a
pris delà occasion de vouloir persuader
au Public que mon demi Cercle ayant
une Pinule qu'on fait monter ou descendre plus ou moins , suivant les differentes
hauteurs des Astres , ne devoit pas conserver sa situation horisontale, à cause du
poids de cette même Pinule ; mais il au
roit dû faire attention que si cela eût eu
lieu, Mrs de l'Académie ne l'eussent point
approuvé , étant très- capables de s'en être
appercûs , et si ensuite il eût été convaincu de cette verité , il n'auroit pas avancé
la chose si hardiment ; d'ailleurs les principes des forces mouvantes nous apprennent que tout corps qui a un mouvement circulaire autour d'un Cercle ou
d'un demi Cercle , ou autour de quelque
point, peut conserver toûjours le même
équilibre
282 MERCURE DE FRANCE
équilibre sur le centre de son mouvement , par le moyen d'un autre poids
qui aura le même mouvement sur un
bras de Levier opposé ; c'est ce qu'on
voit aux Pinules des Astrolabes qui montent et descendent autour de sa circonference de l'Instrument sans en changer
l'équilibre.
Je ne crois pas non-plus qu'il eût parlé de même de ce demi Cercle, si auparavant il eût pris connoissance de sa cons-
"truction, de sa suspension et de ses usages ,
parce qu'il auroit vû que la Pinule A. qui
est la seule qui soit située à la circonfe
rence de cet Instrument , n'est pas mobile , mais qu'elle est toûjours fixe à l'extremité A du diamétre AC , et que par
cette raison la hauteur de l'œil qu'on place
en K du côté de cette même Pinule , ne
change pas lorsqu'on fait l'observation
quoique la hauteur de l'Astre change. II
auroit aussi vû que la Pinule A ayant été
mise d'équilibre , avec le demi Cercle
ADC , sur le centre commun I , elle ne
doit jamais changer la situation horisontale de l'Instrument qui se suspend continuellement de lui- même par la verticale
qui passe par son centre de mouvement
et par son centre de gravité ; et que pour
ce qui est de la seconde Pinule F , elle se
trouve
FEVRIER. 17327 28
trouve toujours plus ou moins élevée audessus du demi Cercle , suivant les dif
ferentes hauteurs des Etoiles sur l'horidans le temps de l'observation ;
et que le centre de mouvement er de
gravité de l'Alidade EF , qui la porte ,
étant au centre I du demi Cercle , elle:
ne doit non-plus rien changer à l'équili
bre de l'Instrument dans quelque situation qu'on la mette ; et s'il eût demandé
à l'Académie des Sciences une plus gran-.
de instruction sur mon demi Cercle, comme il en étoit correspondant , on lui auroit communiqué , sans doute, le desseinet le Memoire que j'y ai laissé à ce sujet ;
on auroit pû lui communiquer en mêmetemps un Certificat autentique qu'elle
avoit reçû touchant les experiences qui
furent faites avec ce demi Ĉercle dans la
Rade de Brest , sur le Vaisseau du Roy
l'Elisabeth, qui n'ont été écartez que d'environ une minute de la vraye latitude
du lieu où elles furent faites , quoique le
Vaisseau eût beaucoup de mouvement
puisque lors de la derniere observation
le vent nous fit faire près de deux lieuës
de chemin en une heure de temps dans
un gros Bateau qu'on nomme Bugalet,
qui n'avoit qu'une seule Voile. J'avois
fait faire ce demi Cercle entierement semblable
284 MERCURE DE FRANCE
blable à celui dont il est parlé dans l'His
toire de l'Académie des Sciences de l'année 1724. il avoit seulement été divisé:
avec plus de soin. Avantque de partir pour
Brest, Mrs. de Cassini et deMaraldi, comparerent en ma presence à l'Observatoire
Royal plusieurs Observations faites avec›
ce demi Cercle à celles qui furent faites
en même temps avec un quart de Cercle
d'environ trois pieds de rayon , elles furent toutes trouvées égales à celles du
quart de Cercle de l'Observatoire à une
ou deux minutes près ; mais sans doute
que dans ce temps-là l'Histoire de l'Académie étoit imprimée , sans quoi je suis
persuadé que ces Mrs. y auroient fait inserer ces dernieres Observations.
Article IV. Il dit Connoître cet Ins
trument pour en avoir vu une Description
très-succinte dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences de l'année 1724. pages
93. Je rapporte ici cette même Descrip
tion mot à- mot , afin de faire voir au Public qu'elle ne l'autorise en rien du tout
sur l'idée qu'il a voulu lui donner de mon
demi Cercle.
Description de l'Académie. Un Instrument de
M. Meynier , consistant en un demi Cercle dont le diamétré se met dans une situation horisontale
par la maniere dont il est suspendu. Il sert à apprendre sur Mer, sans qu'il soit necessaire des voir
FEVRIER. 1732. 28
voir l'horison , la distance du bord superieur der
Soleil au Zenith, par le moyen de l'ombre faite
par les rayons qui passent par une fente qui
répond au centre du demi Cercle et va se projetter sur une circonference graduée , il sert aussi.à observer la hauteur du Soleil et des Etoiles , depuis l'horison jusques à environ so degrez , par
le moyende deux Pinules , avec lesquelles on vise
l'Astre. On a fait avec cet Instrument plusieurs
Observations qui ont été le plus souvent à 8 ou
10. minutes près , les mêmes que celles qui
se faisoient en même- temps avec un quart de
Cercle de deux pieds de rayon. Cet Instrument
est ingenieux et commode à cause que pour les
Observations des Etoiles, l'œil est toujours placé
à la même hauteur , quoique l'Etoile soit diffe- remment élevée , et parce qu'on n'a pas besoin
de voir l'horison. On a crû qu'il seroit préferable sur Mer à la plupart des Instrumens qu'on y'
employe , s'il y donnoit les hauteurs avec la même précision que sur Terre , ce que l'experience seule peut décider.
Je conviens que cette description est
tres- succinte ; mais cependant on n'y
trouve point du tout que ce demi cerclesoit suspendu par une boule , ni qu'il
donne la hauteur des Astres , comme l'As
trolabe ; ony voit seulement qu'il se place
horisontalement par la maniere dont il est
suspendu , et qui fait assez entendre que
cette maniere de le suspendre n'est pas
par une boule, car il auroit été plus court
et plus naturel à Mrs de l'Academie de l
dire
286 MERCURE DE FRANCÈ
dire dans leur Description. On n'y trouve
non plus rien qui donne aucune idée
qu'il faille suspendre ce demi Cercle d'un
sens contraire pour observer la hauteur
des Etoiles ; n'y qu'on vise à l'Etoile par
la Pinule du centre , ni rien qui puisse
faire douter que le poids des Pinules qui
y sont, puisse faire changer la situation
horisontale de l'instrument , en observant
la hauteur des Etoiles.
Il est surprenant que M. Bouguer n'ait
compris que le mot de demi Cercle ,
dans la Description de l'Académie , au
sujet de cet instrument, qu'il en ait donné
une idée au public, entierement différente
tant au sujet de sa construction , que de
sa suspension et de ses usages , par une interprétation , qui n'y a aucune ressemblance; qu'il en ait même parlé d'une maniere à faire voir évidemment qu'il ne le
connoissoit du tout point ; et qu'ensuite
il l'ait condamné d'une façon tres- singu
liere , en disant qu'il croit queje lui procurerai une situation constamment horisontale
malgré le poids de la Pinule , qui est à la
circonference.
Je propose à M. Bouguer de faire avec
lui l'experience de son quart de Cercle
et en même temps celle ce mon demi
Cercle , et celle du quart de Cercle Anglois ,
FEVRIER. 1932. 287
glois , en présence des personnes qu'il jugera à propos , afin de voir par là si sort
quart de Cercle vaut mieux que ces autres instruments , à la mer et à terre même , lorsqu'il fait du vent , ou lorsque
le corps de l'Observateur est en mouvement; mais puisqu'il a condamné mon
demi Cercle sans aucuu fondement , il
ne doit pas trouver mauvais que je détaille au public les raisons qui condamnent avec fondement le quart de Cercle qu'il a donné dans le même ouvrage ,
que j'ai cité , comme un instrument préférable au quart de Cercle des Anglois, et
à tous les autres instrumens qu'on employe sur Mer , pour observer la hauteur des Astres.
La figure 5 , represente le quart de Cer
cle dont les Anglois se servent pour. ob
server la hauteur des Astres.
La figure 6 , représente exactement le
quart de Cercle de M. Bouguer , qui ne
differe du quart de Cercle des Anglais
que parce qu'il est formé d'un seul- Arc ,
É FD , de même que tous les quarts de
Cercle ordinaires que tous ses rayons
sont égaux au grand rayon du quart de
Cercle Anglois , c'est à dire d'environ 23
pouces de longueur ; et que celui des Anglois , figure 5 , est formé de deux differentes
288 MERCURE DE FRANCE
rentes portions de Cercle A BHD. dont
les rayons CCA.A. CH. sont inégaux , le
grand CH. est d'environ 23 pouces , il y
en a quelquefois qui ont quelques pouces de plus, mais je n'en ai point vû qui
en eussent moins ; l'Arc D H. que ce
rayon soutient , est d'environ 25 à 30 dégrez. On appuye contre l'épaule le côté
Dde cet Arc, lorsqu'on fait l'observa-.
tion ; le reste des dégrez de ce quart de
Cercle , est sur le petit Arc A'B , qui n'est
ordinairement que de à 10 pouces de
rayon. J'en ai cependant vu un qui avoit
ce même rayon , d'environ un pied.
Nous avons en France , depuis treslong- temps , beaucoup de Pilotes qui se
servent du quart de Cercle Anglois, figu
re 5. Plusieurs y mettent un verre lanticalaire au martcau A, qui réunit les rayons
du Soleil sur le Marteau C , qui est au
centre de l'instrument; beaucoup d'autres
né se servent que d'un petit trou rond au
même Marteau , en place de Verre , et
quelquesautres ne se servent que de l'ombre qui tombé du bord du même Marteau
A' , sur celui du centre C.
Il y a long-temps que j'ai entendu dire
à nos Pilotes de Brest , et à ceux de Tou-.
lon , que ce qui a obligé de reformer le
quart de Cercle ordinaire , formé par un
seul
FEVRIER 1732. 289
?
seul rayon , comme celui de la figure 6 , a
été , premierement , parce que le vent
avoit beaucoup plus de force sur la circonference E H,figure 5 , que sur la semblable circonférence A B. Secondement
parce que cette circonference E H, outre
qu'elle recevoit beaucoup plus de vent
étant plus grande , étoit ausst beaucoup
plus éloignée de la main de l'Observateur qui tenoit l'instrument en I , de
maniere que la force du vent agissoit sur
un Lévier beaucoup plus long , qui fatiguoit davantage l'Observateur, et qui causoit un plus grand mouvement à l'instru
ment ; de sorte que non-seulement l'Observateur ne pouvoit pas le tenir si ferme,
mais pas même si vertical , ni si horisontal , à cause du vent , ce qui rendoit l'observation d'autant plus douteuse que le
vent étoit plusfort. Troisiémement, parce
que le bord de l'ombre du Marteau E. figure 6 , en tombant sur le Marteau C, de
la distance E C , lorsqu'elle étoit d'environ 23 pouces, étoit beaucoup moins sensible sur ce même Marteau C , que lorsqu'il ne tombe que de la distance A C ,
figures , qui n'est ordinairement que
d'environ 9 pouces. Quatrièmement
parce que la distance EC , figure 5 et 6 ,
étant d'environ 23 pouces , le mouvement
>
290 MERCURE DE FRANCE
ment de l'ombre du bord du Marteau, ou
le mouvement du rayon du Soleil , qui
tomboit du Marteau E sur le Marteau C,
parcouroient un espace qui étoit plus de
deux fois et demi aussi grand , que l'espace qu'ils parcourent sur le même Marteau C , lorsque cette distance n'est que d'environ 9 pouces , telle que A C, figure
55 car quoique le mouvement des deux
instrumens , figure $ et 6 , fût le même,
le mouvement de l'ombre du Marteau E,
ou le mouvement du rayon du Soleil ,
qui tomberoit du même Marteau E , sur
celui du centre C, des figures 5 et 6 , seroit au mouvement de cette même ombre , ou rayon qui tomberoit du Marteau A, sur le Marteau C , de la figure
5 :: comme le rayon EC, des figures 5
et 6 , est au rayon A C de la figure 5 , ce
qui formoit une tres-grande difficulté ,
parce que pour lors on ne pouvoit estimer le milieu de ce mouvement que tresimparfaitement;car comme il falloit aussi
estimer en même temps le milieu des
rayons du Soleil sur le Marteau C ; ces
deux estimations qui doivent se faire dans
le même instant , étoient d'autant plus
difficiles et douteuses , que le mouvement
de ce rayon sur le Marteau du centre C
étoit plus grand. Cinquièmement , parce
-
que
FEVRIER. 1732. 291
pas
que lorsqu'on a voulu avoir le rayon du
Soleil sur le Marteau C , par le moyen
d'un trou au Marteau E , quelque petit
que fût ce trou , l'étendue du rayon de
Astre qui y passoit étoit fort grande sur
le Marteau C, et beaucoup moins distincte , principalement lorsque le Soleil n'est
bien brillant , comme cela arrive tressouvent à la Mer ; ce qui n'est pas de même lorsque la longueur du rayon de l'A
tre n'est que de 9 à re pouces. Sixièmement , parce que ces difficultez augmentoient encore davantage , lorsque le Soleil étoit fort élevé sur l'horison , ou près
du Zénith ; car pour lors l'étendue de son
rayon sur le Marteau C, prenoit une figure ovale , beaucoup plus grande,à cause de l'obliquité du plan du Marteau C,
avec le rayon de l'Astre. Septiémement ,
parce que lorsqu'on a voulu mettre un
verre lenticulaire au Marteau E, figure 6,
pour réunir les rayons du Soleil sur le
Marteau C, on a trouvé qu'un verre d'environ 23 pouces de foyer , ne donnoit pas
les rayons de l'Astre si bien réinis qu'un
verre d'environ 9 pouces de foyer , de
maniere qu'on n'en pouvoit pas estimer
le milieu si exactement ; d'ailleurs cette
lentille ne détruisoit pas l'augmentation
du mouvement des rayons du Soleil sur
le
292 MERCURE DE FRANCE
le Marteau C , ce qui est un tres- grand
obstacle , auquel on n'a pû remedier
qu'en racourcissant considerablement le
rayon à une partie du quart de Cercle ,
comme on le voit à la figure 5 .
Etant en Angleterre l'année derniere,
et scachant que tous les Anglois se servent sur Mer du quart de Cercle , de la
figures , je m'informai pourquoi ils ne
font pas ce quart de Cercle regulier, c'està-dire d'un seul arc de Cercle. On me répondit à peu près la même chose que ce
que j'en avois apris de nos Pilotes François. On y ajouta seulement,que ceux qui
voudroient se servir d'un quart de Cercle d'un seul Arc , pour observer la hauteur des Astres sur Mer, en seroient bientôt desabusez, puisqu'eux-mêmes ne se servent pas de l'Arc du grand rayon tout
seul pour observer la hauteur du Soleil, à
cause des raisons susdites , quoiqu'ils le
pussent toutes les fois que les dégrez de
la hauteur de l'Astre n'excedent pas les
dégrez de l'Arc du grand rayon de l'ins
trument.
Quand même nos Pilotes et les Anglois
n'auroient pas pour eux l'experience
comme ils l'ont , qui confirme leurs raisons , elles sont trop pour ne
pas s'y rendre ; et ils sont fondez à croire
évidentes
qu'ils
FEVRIER.
1732. 293
qu'ils ont eux - mêmes reformé le quart
de Cercle ordinaire , avec connoissance
de cause et avec fondement , pour leur
servir plus exactement et plus commodé
ment à observer la hauteur des Astres sur
Mer , en formant le quart de Cercle de
deux differens Arcs , comme celui de la
figure 5.
Les raisons que je viens de détailler
font voit que ce n'est pas le seul embarras
de l'instrument qui a occasionné la réforme que les Pilotes en ont faite , mais bien
la nécessité ; ce qui nous prouve que l'expérience sur cette matiere en a plus appris
aux Pilotes que la Théorie. Car il est assez
évident à ceux qui ignorent ces expériences , que le quart de Cercle qui auroit
deux pieds de rayon , devroit être plus
précis que celui qui n'en auroit que 9 ou
10pouces,parce que les divisions de ce premier seroient beaucoup plus grandes que
celles de l'autre , et par consequent plus
distinctes et plus exactes ; cela est incontestable à terre; mais le raisonnement doit
ceder à
l'expérience ,
principalement en
ce qui regarde la navigation.
Si M. Beguer , dont la Théorie est
profonde , avoit pratiqué la Mer ou fait seulement une campagne de long cours ,
pendant laquelle il se futservi de son quart
E de
294 MERCURE DE FRANCE
de Cercle, figure 5, pour observer la haureur du Soleil , je ne croi pas qu'il l'eut
proposé ensuite pour s'en servir à la Mer,
préférablement aux instrumens ordinai
res , parce qu'il en auroit senti lui-même
les difficultez mentionnées cy-dessus.
Fermer
Résumé : REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
M. Meynier, ingénieur du Roy pour la Marine et ancien professeur royal d'hidrographie, répond à M. Bouguer, qui a critiqué son invention du demi-cercle pour observer la hauteur du Soleil et des étoiles sans voir l'horizon. Meynier conteste les affirmations de Bouguer, qui a préféré le quart de cercle à son demi-cercle dans un ouvrage publié en 1729. Meynier souligne que l'Académie Royale des Sciences avait approuvé son demi-cercle après l'avoir examiné et utilisé pour des observations solaires. Meynier reproche à Bouguer de ne pas avoir connu la construction, la suspension et les usages de son demi-cercle, et de l'avoir condamné sur la base d'une description incorrecte. Il présente des figures comparant la représentation erronée de Bouguer avec la véritable figure de son demi-cercle. Meynier explique que son instrument est suspendu dans une caisse qui le protège du vent et qu'il est conçu pour s'adapter au roulis et au tangage du vaisseau. Il détaille également les usages de son demi-cercle, tant pour les observations diurnes que nocturnes, et réfute les critiques de Bouguer sur la stabilité horizontale de l'instrument. Meynier affirme que les principes des forces mouvantes permettent à l'instrument de conserver son équilibre, et que l'Académie Royale des Sciences avait validé son fonctionnement par des expériences réussies. En 1724, des observations faites avec un demi-cercle ont été comparées à celles réalisées avec un quart de cercle de trois pieds de rayon, et les résultats ont été jugés égaux à une ou deux minutes près. Cependant, ces observations n'ont pas été incluses dans l'Histoire de l'Académie des Sciences, probablement parce qu'elle était déjà imprimée. Le texte mentionne également une description succincte d'un instrument de M. Meynier, consistant en un demi-cercle horizontal, utilisé pour mesurer la distance du Soleil au zénith et observer la hauteur des astres. Cet instrument a été jugé ingénieux et commode, bien que son utilité en mer reste à prouver. L'auteur critique M. Bouguer pour avoir mal interprété la description de l'instrument et propose de comparer les performances du quart de cercle de Bouguer avec celles du demi-cercle et du quart de cercle anglais en présence de témoins. Les pilotes ont réformé le quart de cercle ordinaire, formé d'un seul arc, en un instrument à deux arcs différents pour des raisons pratiques et d'expérience. Enfin, l'auteur souligne que la théorie doit céder à l'expérience, surtout en navigation, et critique M. Bouguer pour ne pas avoir suffisamment pratiqué en mer avant de proposer son instrument.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
REPONSE de M. Meynier, Ingenieur du Roy pour la Marine, cy-devant Professeur Royal d'Hidrographie, sur ce que M. Bouguer, cy-devant Professeur d'Hidrographie au Croisic, à present Professeur Royal d'Hidrographie au Havre de Grace a dit au sujet du Demi-Cercle que M. Meynier a inventé pour observer sur Mer et à Terre, la hauteur du Soleil et des Etoiles, sans qu'il soit necessaire de voir l'horison; et au sujet du Quart de Cercle que M. Bouguer a donné pour être preferable au Demi-Cercle et à tous les autres Instrumens qui sont en usage sur Mer, pour le même sujet.
13
p. 294-297
LES FINES EGUILLES. A Mlle D. M.... sous le nom de Célimene.
Début :
Jeune enfant de seize ans, drû comme pere et mere; [...]
Mots clefs :
Hymen, Jeunesse, Art de plaire, Amour, Amant, Époux
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texteReconnaissance textuelle : LES FINES EGUILLES. A Mlle D. M.... sous le nom de Célimene.
LES FINES EGUILLES.
A Mlle D. M.... sous le nom de
C'élimene.
J
TEXT E.
Eune enfant de seize ans , dru comme pere et mere ;
» Aimable comme un Ange , ou deux
Que le fils de celui qui sera ton beau-pers
Se pourra dire heureux ! *
GLOS E.
Jeune et tendre Céliméne
C'est une prédiction ,
Que l'agréable Scaron
Vous cut appliqué sans peine ;
Et , sans doute , avec raison,
Ces quatre Vers sont de Scaron.
Fille
FEVRIER 1732. 295
Fille d'une aimable Mere ,
Dont l'amour forma les traits,
Belle , mais de ses attraits ;
Et qui joint à l'art de plaire
Les graces , et l'enjoüment
Rare et précieux talent,
Dont vous êtes Légataire ,
De ce Legs héréditaire
Vous jouissez pleinement.
Sous les yeux d'une Parènte
Qu'on ne sçauroit trop lover ;
Vous croissez , aimable Plante ;
Et lui faites avoüer ,
Qu'en remplissant son attente ,
Ses travaux sont couronnez.
Que ses jours soient épargnez ,
Que d'une santé constante
Ils soient tous accompagnez,
Mais , que vois-je ! L'Himen
De Festons la tête ornée ,
Vous invite chaque jour ,
A vous joindre à votre tour
A sa troupe fortunée ;
Autant vous en dit l'amour.
E ij Cc
E MERCURE DE FRANCE
Ce Dieu vous offre l'hommage ,
Des cœurs soumis à vos loix,
Enfaveur du moins volage
Déterminez votre choix.
L'Hymen , à vos chastes flammes
Allumera son flambeau ;
L'Amour lui rendra les armes ;
Quoi de plus doux , de plus beau !
Tous les deux d'intelligence ,
Vous conduisans à l'Autel,
Vous donneront l'assurance
D'un bonheur toujours réel,
Les jeux , les ris , la Jeunesse
Par des chants pleins d'allégresse
Seconderont vos désirs ;
Les Silvains et les Bergeres
Par mille danses légères ,
Animeront vos plaisirs.
Jouissez-en sans allarmes & 2
Puisque la danse a des charmes
Qui flatent vos jeunes ans ,
Exercez-y les talens
Qu'en vous admirent les Graces ;
Qui vous servent à genoux ;
Quoi-
FEVRIER. 1732 297
Quoiqu'elles suivent vos traces ,
Dansent-elles mieux que vous ?
O! qu'heureux l'Amant fidele ;
De qui recevant les vœux ,
Vous couronnerez les feux ,
Lorsqu'une chaîne éternelle
yous unira tous les deux !
Prenez-le enjoüé , mais sage ,
Tendre , sans être jaloux ;
Et qu'il ait tout en partage ,
Pour être digne de vous.
ΕΝΤΟΥ.
Recevez donc , Célimene ,
D'un Buveur de l'Hypocrène
La foible production';
Des Muses ce Nourrisson ,
Pour fille ne sçauroit faire.
De souhait qui soit plus doux ,
Ni plus certain de lui plaire ,
Que le souhait d'un Epoux.
V.
A Mlle D. M.... sous le nom de
C'élimene.
J
TEXT E.
Eune enfant de seize ans , dru comme pere et mere ;
» Aimable comme un Ange , ou deux
Que le fils de celui qui sera ton beau-pers
Se pourra dire heureux ! *
GLOS E.
Jeune et tendre Céliméne
C'est une prédiction ,
Que l'agréable Scaron
Vous cut appliqué sans peine ;
Et , sans doute , avec raison,
Ces quatre Vers sont de Scaron.
Fille
FEVRIER 1732. 295
Fille d'une aimable Mere ,
Dont l'amour forma les traits,
Belle , mais de ses attraits ;
Et qui joint à l'art de plaire
Les graces , et l'enjoüment
Rare et précieux talent,
Dont vous êtes Légataire ,
De ce Legs héréditaire
Vous jouissez pleinement.
Sous les yeux d'une Parènte
Qu'on ne sçauroit trop lover ;
Vous croissez , aimable Plante ;
Et lui faites avoüer ,
Qu'en remplissant son attente ,
Ses travaux sont couronnez.
Que ses jours soient épargnez ,
Que d'une santé constante
Ils soient tous accompagnez,
Mais , que vois-je ! L'Himen
De Festons la tête ornée ,
Vous invite chaque jour ,
A vous joindre à votre tour
A sa troupe fortunée ;
Autant vous en dit l'amour.
E ij Cc
E MERCURE DE FRANCE
Ce Dieu vous offre l'hommage ,
Des cœurs soumis à vos loix,
Enfaveur du moins volage
Déterminez votre choix.
L'Hymen , à vos chastes flammes
Allumera son flambeau ;
L'Amour lui rendra les armes ;
Quoi de plus doux , de plus beau !
Tous les deux d'intelligence ,
Vous conduisans à l'Autel,
Vous donneront l'assurance
D'un bonheur toujours réel,
Les jeux , les ris , la Jeunesse
Par des chants pleins d'allégresse
Seconderont vos désirs ;
Les Silvains et les Bergeres
Par mille danses légères ,
Animeront vos plaisirs.
Jouissez-en sans allarmes & 2
Puisque la danse a des charmes
Qui flatent vos jeunes ans ,
Exercez-y les talens
Qu'en vous admirent les Graces ;
Qui vous servent à genoux ;
Quoi-
FEVRIER. 1732 297
Quoiqu'elles suivent vos traces ,
Dansent-elles mieux que vous ?
O! qu'heureux l'Amant fidele ;
De qui recevant les vœux ,
Vous couronnerez les feux ,
Lorsqu'une chaîne éternelle
yous unira tous les deux !
Prenez-le enjoüé , mais sage ,
Tendre , sans être jaloux ;
Et qu'il ait tout en partage ,
Pour être digne de vous.
ΕΝΤΟΥ.
Recevez donc , Célimene ,
D'un Buveur de l'Hypocrène
La foible production';
Des Muses ce Nourrisson ,
Pour fille ne sçauroit faire.
De souhait qui soit plus doux ,
Ni plus certain de lui plaire ,
Que le souhait d'un Epoux.
V.
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Résumé : LES FINES EGUILLES. A Mlle D. M.... sous le nom de Célimene.
Le texte présente une série de poèmes et de commentaires dédiés à Célimène, une jeune fille de seize ans. Le premier poème la décrit comme aimable et prédit qu'elle apportera bonheur à son futur mari. Un glossaire attribue ces vers à Scaron. Un autre poème, daté de février 1732, loue Célimène pour sa beauté, ses charmes et son talent hérité de sa mère. Il mentionne également l'attention et l'amour de sa parente, ainsi que l'imminence de son mariage. Le texte évoque ensuite l'Hymen et l'Amour, qui guideront Célimène vers le bonheur conjugal, accompagné de jeux et de danses. Il conseille à Célimène de choisir un époux fidèle, tendre et sage. Enfin, un dernier poème souhaite à Célimène de trouver un époux aimant et exprime l'espoir que ses vœux se réalisent.
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14
p. 298-313
LETTRE de M. d'Auverge, Avocat en Parlement, au sujet d'un Saint inconnu, et des Fragments de la Chronique d'Helinand, Moine de Froimont.
Début :
Je ne sçai, Monsieur, par quel hazard le Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure, Manuscrit, Chronique, Helinand, Diocèse, Évêque, Ordonnance, Saint inconnu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. d'Auverge, Avocat en Parlement, au sujet d'un Saint inconnu, et des Fragments de la Chronique d'Helinand, Moine de Froimont.
XXXX XXXXXXXXXX
LETTRE de M. d'Auvergne , Avocat en
Parlement, an sujet d'un Saint inconnu, et
des Fragments de la Chronique d'Helinand , Moine de Froimont.
J
E ne sçai , Monsieur , par quel hazard
le Mercure de Fevrier m'avoit échapé.
Assurément je n'aurois pas differé tant de
mois , si j'en avois été plutôt instruit , à
répondre à l'invitation obligeante qui m'y
a été faite , ( p. 334. ) pat un Sçavant de
Bourgogne , de rechercher ce que l'on
croit ici de saint Nerlin , et ce qui reste de
de la Chronique d'Helinand.
Pour ce qui est de saint Nerlin , il est
entierement ignoré dans le Diocèse de
Beauvais. A la Tour du Lay même , dont
il passe néanmoins pour être le Patron
on n'en connoît autre chose que le nom :
Encore n'y a-t'il pas bien long- tems que.
le souvenir y en étoit entierement perdu .
On n'y reconnoissoit pour Patron qu'un
saint Robert , non pas celui qui a été a été pre
mier Abbé de Cîteaux , et dont on fait
memoire le 29. Janvier , mais un autre
dont on celebroit la Fête le 21. Avril.
La reputation de ce dernier étoit mon-
>
tée
FEVRIER 1732.
299
>
tée à un très- haut degré dans les environs
De mêmeque l'Auteur de la Lettre sur ta
Secheresse , inserée dans le Mercure de
Septembre , paroft soupçonner que saint
Etienne a reçû , par préference aux autres Bien-heureux , le don de faire distri
buer la pluye aux Pays qui lui en demandent , on croyoit , dans les Paroisses
voisines de la Tour du Lay , que le prétendu saint Robert avoit le privilege specifique de guerir de la Fievre ceux qui
avoient la devotion de passer sous un
Tombeau qu'on prenoit pour le sien , et
de boire de l'eau d'une Fontaine qui se
conserve dans le Jardin du Prieuré. On
accouroit donc en foule pour faire très- serieusement ces deux ceremonies.
Le bruit éclatant de ce culte engagea
M. de S. Agnan,alors Evêque de Beauvais,
à en prendre connoissance. Il donna la
commission àM. le Roy, Curé de Persan,
tant à titre d'homme Lettré, qu'en qualité
de Promoteur Rural du Doyenné, de faire
unevisite dans l'Eglise du Prieuré du Lay.
De son côté , il fit faire des recherches à
l'Abbaye du Bec d'où dépend le Prieuré ; ce fut dans les Archives de cette Abbaye que se trouva le nom de S. Nerlin.
Quant à la visite de M. le Roy , elle fut
à cet égard des plus infructueuses. Il me
E iiij man
300 MERCURE DE FRANCE
mande qu'il n'a pas découvert que l'on ait
jamais fait , en quelque jour que ce fût, ni
Office , ni Memoire de ce saint , et qu'il
n'y en a , ni Legende , ni Collecte. De
sorte, Monsieur , que sans le titre de fondation du Prieuré, qui s'est trouvé à l'Abbaye du Bec , votre sçavant ami auroit sçû
avant nous qu'il y a eu un saint Nerlin.
C'est aussi apparemment tout au plus ce
dont M. de Saint Agnan lui-mêmea bien
pû s'assurer.
Car 1 ° . dans l'Ordonnance qu'il a renduë
le 12. Novembre 1727. tant pour faire
cesser le culte du faux saint Robert , que
pour nous apprendre que ce Robert , de
qui est le Tombeau qu'on veneroit , étoit
un Moine crû fils du Fondateur ; ni dans
la Lettre Pastorale dont il a accompagné
son Ordonnance , il n'a pas indiqué de
jour de Fête pour saint Nerlin , ni detitre
sous lequel on dût l'honorer. Effectivementon n'en fait point encore de memoire ; je me suis fait confirmer cela par le
Desservant du Prieuré , où , conformément aux derniers Ordres , il n'y a plus
d'autre Fête de Patron que celle de la
Vierge , le jour de la Nativité.
2. L'Ordonnance insinuë que la fondation du Prieuré a été faite sous l'Invocation de la Sainte Vierge et de saint Neslin
FEVRIER 1732 301
lin conjointement. Et la Lettre Pastorale
porte que cette Eglise fondée par un
Comte de Beaumont petit-Fils de France
(peut-être faut-il dire arriere-petit- Fils )
nereconnoissoit dans les premieres années
de son établissement d'autre Patron que
la Sainte Vierge , et que ce ne fut que
dans la suite qu'on y en ajouta un second
sous le nom de saint Nerlin, Ces deux exposez renferment une contradiction ma
nifeste. Pour la lever , M. le Roi m'a renvoyé à l'Abbaye du Bec : et j'y renvoye à
mon tour la Personne à qui je voudrois
pouvoir donner par moi- même de plus
grands éclaircissemens.
Il se pourroit faire que le nom du Saint,
dont il est en peine, eut, comme bien d'au
tres,été alteré. Je ne parle pointde la ci
tation que M. Eccard dans ses notes sur
les LoixRipuaires, p.2 14. a faite d'une histoire intitulée,Vita S. Nili. Qu'on en ait
fait saint Nilin , et par corruption saint
Nerlin , ce seroit peut être une conjecture qui paroîtroit trop tirée. Mais je trouve
dans une Charte de 1072. qu'un Chanoine de Compiegne qui étoit en même tems
un des deux Curés de saint Vaast de Beau
vais , s'appelloit Nevelon , et dans une
autre de 125o. que le Seigneur de Ronquerolles portoit aussialors le même nom.
By 711
302 MERCURE DE FRANCE
Il y a d'autant plus de vrai- semblance que
c'étoit le veritable nom du Patron dela
Tour du Lay , que-le Village de Ronque
rolles n'est qu'à une lieuë de distance de
ce Prieuré. Ces deux Chartes sont à la
suite des Memoires d'Antoine Loisel sur le
Beauvaisis. Je passe à l'article d'Helinand.
Les Fragmens de la Chronique de ce
Moine , qui a fleuri au commencement
du treiziéme siecle , et qui est aussi méprisé par Gabriel Naude(a ) que Vincent
de Beauvais , qui a néanmoins copié toutes les fables d'Helinand , en est estimé ; ces fragmens , dis- je , se conservent
veritablement dans l'Abbaye de Froidmont. Mais ils y sont d'une si mauvaise
écriture que le celebre Godefroy Hermant,
et un autre Chanoine de Beauvais son contemporain et aussi amateur d'antiquitez
n'en ont presque rien pû déchifrer. Sans
doute , l'Exemplaire que le Pere Labbe
marquequi faisoit partie des Livres quela
Reine Christine de Suede a fait acheter en
France de M. Petau, Conseiller, étoit beaucoup plus lisible..
Pour suppléer au défaut de ces deux Manuscrits , qui ne peuvent être d'ailleurs
que très- imparfaits , puisque , dès le mi-
(a ) Apologiepour les grands hommes soupçonnér de Magie, ch. 1. et 2-1.
lieu
FEVRIER. 1732. 353
nous و
lieu du même siecle dans lequel l'ouvra
ge a été composé , les differentes parties
en étoient déja toutes dispersées , ainsi
que l'assure Vincent de Beauvais
avons le Miroir Historial de ce dernier
qui y a fait entrer la meilleure partie de
ce qu'il a rassemblé de la Chronique d'Helinand par qui il n'avoit été précedé que
d'assez peu d'années. Voilà apparemment
où le curieux anonyme a lû autrefois ce
que sa memoire lui rappelle d'effrayant
dans le de l'Akousmate d'Ansacq genre
et ce qui , si on pouvoit y ajouter foi , seroit propre à confirmer ce qu'il pense
que,comme saint Paul assure que l'air est
rempli de Démons , ils peuvent fort bien.
s'attrouper de tems en tems, pour faire un
carillon semblable à celui que l'on prétend avoir entendu à Ansacq.
4
Le langagé d'une ancienne Traduction
Françoise du Miroir Historial sera beaucoup plus convenable à l'ingenuité des
Histoires sur lesquelles Helinand fondoit
ce systême , que ne le seroit telle autre
Traduction que ce fût de l'Original Latin .
Voici donc un premier trait qui se trouve
au liv. 3. du Copiste d'Helinand , chapitre 12.
» Chrétien vit tout le Couvent ( de
»l'Aumône Ordre de Cîteaux ) être enEvj vironné
304 MERCURE DE FRANCE
>> que il y
"
>
» vironné des Diables , et étoient si grant
» multitude que ils couvroient tout quanil y avoit entre le Ciel et la Terre.
» Et quant il les vit , il dit , Sire Dieu
que peut ce être qui pourra échaper ce
péril , et dont il oit une voix qui lui di-
» soit:Celui qui aura humilité pourrabien
»être délivréde toutes ces lats. Et unpou
» après vint une clarté du Ciel pardevers
»Orient. Et quant les mauvais esprits la
>> sentirent , ils s'évanoüirent , et ces glo-
» rieux qui étoient en l'aer en celle lumiere
»approcherent au lieu où ces Saints hom-
»mes étoientet le resplendirent du Soleil.
» Et en celle clarté apparut la Roine des
Anges , &c.
Jusques- là ce ne sont que des figures ,
et des figures de Démons qui ne donnent
de terreur que par leur aspect , mais quir
ne font point de tintamare. Plus bas les
ames des morts se mêlent avec les autres
esprits Aëriens. Si M. Pierquin avoit fçû.
ces faits , il les auroit peut- être mis en
usage dans la Dissertation qu'il a faite (a) .
sur le retour des ames. Quoiqu'il en soit,
voici d'abord , pour n'avancer que par degrès , une simple apparition dans le goût
de celle dont M. l'Abbé de saint Pierre a
fait inserer le recit , avec son explication
(a) Journal de Verdun , Janvier 1729. -
Physiqu
FEVRIER. 1732. 365
Physique, dans les Memoires de Trévoux
de Janvier 1726. L'histoire de cette an
cienne apparition est au chap, 118. du Li- \
vre cité de Vincent de Beauvais.
Il y est raconté que » Jean Chanoine de
»l'Eglise d'Orliens et ung Clerc nommê
»Noëlqui étoit dispensateur de son Hos-
»tel , avoient fait alliance en secret, que le
» premier d'eux qui mourroit , se il povoit
>> reviendroit dedans trente jours à son
>> Compaignon. Et quant il se apparoîtroiť
à lui il ne lui feroit point de paour ,
>> mais l'admonesteroit souëf et bellement
»et lui diroit de son état. « Après cet exposé , on fait ainsi détailler par le Chanoine lui-même ce que son Clerc mort'
lui est revenu dire , avec l'équipage dans
lequel il l'á vû.
» Et la nuit prouchaine ensuivante (la
>> mort de Noël ) ainsi comme je me répo-
»soye en mon lit veillant, et le lymeignon
>> ardoit devant moi en la lampe , car j'ai
>> toujours accoustumé à fuyr tenebres par
»> nuit, Noël mon Clerc vint et se tint de-
» vant moi, et étoit vestu comme il mesem-
» bloit et étoit advis, d'une chappe à pluye
» très- belle de couleur de plomb. Et je ne
» fus de rien épovanté. Et le congneu moult
» bien, et me prins à esjoyr de ce que il estoit si hastivement revenu de oultre les
monts
306 MERCURE DE FRANCE
,
» monts et lui dis. Noël bien vienges tu ,
» n'est pas l'Archediacre revenu. Non
» dit- il , Sire , mais je suis revenu tout seul
ǝ selon la chose establie , car je suis mort;
w'n'ayez doubte , car je ne vous feray nulle
23paour mais je vous prie que vous me
» secourez , car je suis en grans tourmens.
»Et pourquoi, dis je, vous vesquites assez
» honnestement avec moi ? et il dit , Sire ,
il est vrayque il me fût moult bien seau-
»jourd'hui je n'eusse esté sous prins d'ire,
» et que je ne me fusse pas commandé aux-
» Diables. Je vous pry que vous admon-
» nestez à tous ceux quevous pouvez que
>> ils nefacent pas ainsi.Car qui se comman-
>> de aux Diables il leur donne puissance
>> sus soy , ainsi comme moi très-malheu-
>> reux fis. Car ils eurent tantôt puissance
» de moi noyer. Et pour ce suis-je seule-
» ment tourmenté , car j'estois bien con-
>> fez de tous mes pechiez et je rencheu ent >> ce mal. »
Le traité d'entre le Chanoine d'Orleans
et son Clerc fut , comme on le voit , bien
mieux executé que celui des deux Ecoliers
de Vallognes dont il est parlé dans l'endroit cité des Memoires de Trevoux. L'essentiel de l'une et de l'autre convention
consistoit également dans la promesse que
celui qui mourroit le premier reviendroit
dire
FEVRIER. 1732% 307*
dire des nouvelles de son sort. Le petic
Desfontaines l'un des deux Enfans de Vallognes ne tint parole que sur l'article du
retour , mais on eut beau lui faire des
questions , s'il étoit sauvé , s'il étoit damné , s'il étoit en Purgatoire , si son Camarade étoit en état de grace , s'il le suivroit
de prês , on ne pût pas le faire cesser de
conter ses avantures d'Ecolier , ni l'engager à répondre sur les articles importants
pour lesquels seuls il avoit promis d'apparoître. Ce procedé , comme l'a remarqué
M. l'Abbé de saint Pierre , n'est ni honnête , ni digne d'un ami. La conduite du
Domestique d'Orleans fut bien plus civile , et de bien meilleure foi. Il apparut ,.
non pas comme Desfontaines nud et à micorps, mais tel qu'il avoit vêcu, et deplus
en habillemens somptueux de ceremonie,.
sans causer la moindre frayeur. Il rendit
un compte exact du triste état danslequel
il étoit tombé. L'interrogeoit - on , il ré
pondoit à tout avec complaisance et avec
justesse. C'est son Maître qui l'assure
dans la suite de sa Narration.
» Et à doncje lui demanday.Comment as
»tu si belle Chappe; si tu es en tourmens?
>> Sire , dit-il , cette Chappe qui est si belle
» ainsi comme il vous est advis , m'est
plus pesante et plus griefve queune tourse
368 MERCURE DE FRANCE
»se elle étoit mise sus moy , mais cette
beautéest l'esperance quej'ai d'avoir par
>>don pour la confession que je fis se j'ai
secours .... Et en se disant il s'évanouit
en pleurant
» J'ai dit cette chose » continue l'Auteur de la Chronique dans le chapitre suivant, " pour ce que il appère par ce dont
l'erreur de Virgile print son commence-
» ment des Ames des Trepassez que il ap-
» pelle Heroas , disant que ils ont celle
même cure , après la mort de Chevaux,
» de Chariots et d'Armes que ils avoient
»quant ils vivoient de laquelle chose ra-
>>comptoittrès certainement exemple.Eze
baudus , mon Parain , jadis Chambellan
»de Henry ( a ) Archevesque de Rheins.
Voilà l'évenement qui approche le plus
de celui d'Anfac.
DS
>> Si disoit ( Ezebaudus ) Monseigneur
l'Arcevesque de Rheims Monseigneur
>>si m'envoyoit à Arras. Et comme environ midy nous approuchissions en un
» Bois moi et mon varlet qui alloit devant
>> moi et chevauchoit plustóst , afin qué
»il me appareille logis. Il oyt grant tu-
>> multe en ce Bois et aussi comme frainte
»de divers Chevaux et sons d'Armures
ct aussi comme voix de grant multitude
(a ) Fils de Louis le Grás
de
FEVRIER 17320 309
deforce de Gens qui batailloient. Et donc
celui épouvanté retourna tantost à moi,
>> lui et son cheval.Et quant je lui demandai
» pourquoi il retournoit , il repondit. Je
» nepuis faire ne pour verge,ne pour espe-
>> ron que mon cheval passe oultre. Moyet
» lui sommes si espoventés que nous n'o-
»sons passer oultre. Car j'ai veu et ouy
»merveilles. Car ce Bois est tout plein de
>> Diables et de Ames des Trespassez, car je
>>les ai ouys crier et dire. Nous avonsja en
»nostre compaignie le Prevost d'Aire et
>> nous aurons prouchainement l'Arceves-
»que de Rheims. Et je respondi à ce. Fai-
»son le signe de la Croix et passon outre
>> hardiement. Et comme je alloye devant
»et je venisse au Bois , ces Ombres s'en
» estoient ja allés et toutesfois oi jeaucunes
voixconfuses , et frainte d'Armes et fre-
>> mir de Chevaux , mais ne je ne vi les *
»Ombres , neje ne pû entendre les voix.
» Et quant nous retournasmes de là, nous
» trouvasmes ja l'Arcevesque qui tiroit à
» sa derniere fin , ne depuis que ces voix
»furent oyes il ne vesquit que xv. jours. «<
Telle est la conclusion de l'histoire ,
ne reste plus qu'à rapporter la consequen
qu'en tiroit Helinand. La voici.
» Et de la apparoit il quels les Chevaux
sontsusquoi les Amesdes Trepassez che- vauchent
310 MERCURE DE FRANCE
>> vauchent aucunes fois, car ce sont Diables qui se transforment en Chevaux. Et
>> ceuxqui sont dessus sont très male curées
Ames chargées de pechiez aussi comme
» d'aucunes Armures et d'Ecus et de Heaumés,mais à la verité de la chose ils sont
»ainsi enlaidis de leurs pechiez et char-
» giez de telle chose selon le dit du Pro-
» phete. Ils descendront en Enfer avec
»leurs Armes. C'est- à- dire avec leurs
» membres , car ils firent Armes de iniqui-
»té en pechié , et ne les voulurent pas
و
faire Armes de droiture en Dieu. Il est
»certain que le Cheval est beste orgueil-
»leuse et fiere , et convoiteur de dissen-
>tions et batailles , chault en Luxure et
»puissant , et les Diables transformés en
» Chevaux , signifient que ceuxqui sicens
se esjoyssoient au Mondeen telles mau-
>> vaistiés. <«
Si cela étoit il faudroit croire que les
Morts dont les Ames se sont rassemblées
à Ansacq avoient mené une vie plus tranquille , moins ambitieuse et moins agitée
que ceux dont les Ombres se sont depuis
faitentendre vers laSuisse. Le bruit de ceux
ci ressembloit à une bataille des plus acharnées. (a ) Avec les autres au contraire on
n'a entendu ni Armes ni Chevaux ; ils ne
(a) Merc. deDecembre 1730. Vol. 2. p. 2839.'
faisoient
FEVRIER. 1732 311
faisoient que causer , rire et jouer des Instrumens. ( b )
Des Manes dont l'occupation est si gracieuse et si réjoüisante font vraisemblablement une classe diferente de ces Lar
ves ou Estries qu'Helinand decide ailleurs
n'être autre chose fors l'Ombre des Ames
damnées ou des malins Esprits , qui , selon
se quedit Saint Hierome, ontde nature d'espoenter petits enfans et de murmurer en liew
tenebreux.
Ces Larves , Larva , sont rendus dans
les anciens Dictionnaires par le mot de
Loups - Guroux qu'Etienne Pasquier n'a
pas oublié,fet dont les Nourrices fontencore des histoires. Il en trouve une semblable dans Vincent de Beauvais , liv. 2.1
ch. 96. Elle pourra servir à l'instruction
de l'Anonyme , qui dans le premier volume du Mercure de Juin ( p. 1344. ) demande l'origine de plusieurs Proverbes et
entr'autres de celui, connu comme le LoupGris.
"
Je me remembre bien » dit Helinand dans
» l'endroit cité ce que j'ai oui compter ,
» quant j'estois enfant de plusieurs que
»pour verité il estoit Villain du Ter- ung
» roüerdeBeauvaisà qui saFemme lavoit las
»testequi vosmithors parla boucheune des
( b) Ibid. p. 2807. et suiv.-
joinctures
312 MERCURE DE FRANCE,
joinctures de la main d'un Enfant. Et
>>l'opinion du commun du Pays estoit que
»il avoit esté transformé löng - tems en
>> Loup et celle opinion fut confirmée par »le vomissement des membres de l'En-
>>fant. «<
Je n'extrais plus de cette Chronique
qu'un dernier fait plus vrai- semblable par
la conformité qu'il a avec deux autres que MM.de S. André et Doison ont attesté et
expliqué, l'un dans ses Lettres sur les Malefices p. 221. et l'autre , aux Memoires de
Trevoux du mois d'Avril 1725.
Ces deux Medecins ont publié qu'une
Fille d'Orbec & une Religieuse de Tournay avoient rendu par les jambes , par la
poitrine , par la Gorge,par le dessous de
Foreille , une grande quantité d'Epingles.
Vincent de Bauvais,liv. 28.c.126. rappor
te d'après Helinand , que de son tems on
avoit vû sortir du bras d'une Fille de saint
Simphorien, au Diocése de Lyon, plus de
trente Aiguilles de fer,ausquelles succederent pendant plus d'un an de petites Broches de bois. La difference entre ces trois
Histoires ne consiste gueres que dans le
merveilleux. Dans la Religieuse de Tour
nay les Epingles laiffent chacune leur
playe. Dans la Fille de Lyon , ainsi que
dans celle d'Orbec , à peine les Aiguilles
étoient
FEVRIER. 1732. 313 .
étoient elles hors du bras ou de quelque
autre endroit du corps qu'on ne voyoit
plus par où elles étoient échapées. L'une
avoue qu'elle a plusieurs fois avalé des
Epingles. Chez les autres , l'accident étoit
l'effet de la Magie de deux Sorciers que
l'on connoissoit bien. Si cette opinion n'a
pas eu l'approbation de M. de saint André , du moins elle a emporté le suffrage
du bon Hélinand.
Pour revenir au Phénomene d'Ansacq,
Gaffarel,aux chap. 3. et 12. de ses Curiosi
tez inoüies , en réunit un affez bon nombre d'à-peu-près semblables à celui- là , et
il en distingue de deux sortes. Les uns
formés exprès par le Souverain Etre pour
nous avertir de quelque désastre prochain.
Les autres qui , suivant l'explication que
divers Physiciens en ont faites dans le
cours de cette année , ne viennent que de
la disposition fortuite de l'air et des nuës.
Le bruit d'Ansacq , s'il a été réel , ne
pourra être rangé que dans la derniere de
ces deux classes , puisque nous ne l'avons
vû suivi d'aucun évenement d'importance dont on puisse dire qu'il ait été le présage. Je suis , Monsieur , &c.
A Beauvais , le 13. Decembre 1731,
Co
14 MERCURE DE FRANCE,
1
LETTRE de M. d'Auvergne , Avocat en
Parlement, an sujet d'un Saint inconnu, et
des Fragments de la Chronique d'Helinand , Moine de Froimont.
J
E ne sçai , Monsieur , par quel hazard
le Mercure de Fevrier m'avoit échapé.
Assurément je n'aurois pas differé tant de
mois , si j'en avois été plutôt instruit , à
répondre à l'invitation obligeante qui m'y
a été faite , ( p. 334. ) pat un Sçavant de
Bourgogne , de rechercher ce que l'on
croit ici de saint Nerlin , et ce qui reste de
de la Chronique d'Helinand.
Pour ce qui est de saint Nerlin , il est
entierement ignoré dans le Diocèse de
Beauvais. A la Tour du Lay même , dont
il passe néanmoins pour être le Patron
on n'en connoît autre chose que le nom :
Encore n'y a-t'il pas bien long- tems que.
le souvenir y en étoit entierement perdu .
On n'y reconnoissoit pour Patron qu'un
saint Robert , non pas celui qui a été a été pre
mier Abbé de Cîteaux , et dont on fait
memoire le 29. Janvier , mais un autre
dont on celebroit la Fête le 21. Avril.
La reputation de ce dernier étoit mon-
>
tée
FEVRIER 1732.
299
>
tée à un très- haut degré dans les environs
De mêmeque l'Auteur de la Lettre sur ta
Secheresse , inserée dans le Mercure de
Septembre , paroft soupçonner que saint
Etienne a reçû , par préference aux autres Bien-heureux , le don de faire distri
buer la pluye aux Pays qui lui en demandent , on croyoit , dans les Paroisses
voisines de la Tour du Lay , que le prétendu saint Robert avoit le privilege specifique de guerir de la Fievre ceux qui
avoient la devotion de passer sous un
Tombeau qu'on prenoit pour le sien , et
de boire de l'eau d'une Fontaine qui se
conserve dans le Jardin du Prieuré. On
accouroit donc en foule pour faire très- serieusement ces deux ceremonies.
Le bruit éclatant de ce culte engagea
M. de S. Agnan,alors Evêque de Beauvais,
à en prendre connoissance. Il donna la
commission àM. le Roy, Curé de Persan,
tant à titre d'homme Lettré, qu'en qualité
de Promoteur Rural du Doyenné, de faire
unevisite dans l'Eglise du Prieuré du Lay.
De son côté , il fit faire des recherches à
l'Abbaye du Bec d'où dépend le Prieuré ; ce fut dans les Archives de cette Abbaye que se trouva le nom de S. Nerlin.
Quant à la visite de M. le Roy , elle fut
à cet égard des plus infructueuses. Il me
E iiij man
300 MERCURE DE FRANCE
mande qu'il n'a pas découvert que l'on ait
jamais fait , en quelque jour que ce fût, ni
Office , ni Memoire de ce saint , et qu'il
n'y en a , ni Legende , ni Collecte. De
sorte, Monsieur , que sans le titre de fondation du Prieuré, qui s'est trouvé à l'Abbaye du Bec , votre sçavant ami auroit sçû
avant nous qu'il y a eu un saint Nerlin.
C'est aussi apparemment tout au plus ce
dont M. de Saint Agnan lui-mêmea bien
pû s'assurer.
Car 1 ° . dans l'Ordonnance qu'il a renduë
le 12. Novembre 1727. tant pour faire
cesser le culte du faux saint Robert , que
pour nous apprendre que ce Robert , de
qui est le Tombeau qu'on veneroit , étoit
un Moine crû fils du Fondateur ; ni dans
la Lettre Pastorale dont il a accompagné
son Ordonnance , il n'a pas indiqué de
jour de Fête pour saint Nerlin , ni detitre
sous lequel on dût l'honorer. Effectivementon n'en fait point encore de memoire ; je me suis fait confirmer cela par le
Desservant du Prieuré , où , conformément aux derniers Ordres , il n'y a plus
d'autre Fête de Patron que celle de la
Vierge , le jour de la Nativité.
2. L'Ordonnance insinuë que la fondation du Prieuré a été faite sous l'Invocation de la Sainte Vierge et de saint Neslin
FEVRIER 1732 301
lin conjointement. Et la Lettre Pastorale
porte que cette Eglise fondée par un
Comte de Beaumont petit-Fils de France
(peut-être faut-il dire arriere-petit- Fils )
nereconnoissoit dans les premieres années
de son établissement d'autre Patron que
la Sainte Vierge , et que ce ne fut que
dans la suite qu'on y en ajouta un second
sous le nom de saint Nerlin, Ces deux exposez renferment une contradiction ma
nifeste. Pour la lever , M. le Roi m'a renvoyé à l'Abbaye du Bec : et j'y renvoye à
mon tour la Personne à qui je voudrois
pouvoir donner par moi- même de plus
grands éclaircissemens.
Il se pourroit faire que le nom du Saint,
dont il est en peine, eut, comme bien d'au
tres,été alteré. Je ne parle pointde la ci
tation que M. Eccard dans ses notes sur
les LoixRipuaires, p.2 14. a faite d'une histoire intitulée,Vita S. Nili. Qu'on en ait
fait saint Nilin , et par corruption saint
Nerlin , ce seroit peut être une conjecture qui paroîtroit trop tirée. Mais je trouve
dans une Charte de 1072. qu'un Chanoine de Compiegne qui étoit en même tems
un des deux Curés de saint Vaast de Beau
vais , s'appelloit Nevelon , et dans une
autre de 125o. que le Seigneur de Ronquerolles portoit aussialors le même nom.
By 711
302 MERCURE DE FRANCE
Il y a d'autant plus de vrai- semblance que
c'étoit le veritable nom du Patron dela
Tour du Lay , que-le Village de Ronque
rolles n'est qu'à une lieuë de distance de
ce Prieuré. Ces deux Chartes sont à la
suite des Memoires d'Antoine Loisel sur le
Beauvaisis. Je passe à l'article d'Helinand.
Les Fragmens de la Chronique de ce
Moine , qui a fleuri au commencement
du treiziéme siecle , et qui est aussi méprisé par Gabriel Naude(a ) que Vincent
de Beauvais , qui a néanmoins copié toutes les fables d'Helinand , en est estimé ; ces fragmens , dis- je , se conservent
veritablement dans l'Abbaye de Froidmont. Mais ils y sont d'une si mauvaise
écriture que le celebre Godefroy Hermant,
et un autre Chanoine de Beauvais son contemporain et aussi amateur d'antiquitez
n'en ont presque rien pû déchifrer. Sans
doute , l'Exemplaire que le Pere Labbe
marquequi faisoit partie des Livres quela
Reine Christine de Suede a fait acheter en
France de M. Petau, Conseiller, étoit beaucoup plus lisible..
Pour suppléer au défaut de ces deux Manuscrits , qui ne peuvent être d'ailleurs
que très- imparfaits , puisque , dès le mi-
(a ) Apologiepour les grands hommes soupçonnér de Magie, ch. 1. et 2-1.
lieu
FEVRIER. 1732. 353
nous و
lieu du même siecle dans lequel l'ouvra
ge a été composé , les differentes parties
en étoient déja toutes dispersées , ainsi
que l'assure Vincent de Beauvais
avons le Miroir Historial de ce dernier
qui y a fait entrer la meilleure partie de
ce qu'il a rassemblé de la Chronique d'Helinand par qui il n'avoit été précedé que
d'assez peu d'années. Voilà apparemment
où le curieux anonyme a lû autrefois ce
que sa memoire lui rappelle d'effrayant
dans le de l'Akousmate d'Ansacq genre
et ce qui , si on pouvoit y ajouter foi , seroit propre à confirmer ce qu'il pense
que,comme saint Paul assure que l'air est
rempli de Démons , ils peuvent fort bien.
s'attrouper de tems en tems, pour faire un
carillon semblable à celui que l'on prétend avoir entendu à Ansacq.
4
Le langagé d'une ancienne Traduction
Françoise du Miroir Historial sera beaucoup plus convenable à l'ingenuité des
Histoires sur lesquelles Helinand fondoit
ce systême , que ne le seroit telle autre
Traduction que ce fût de l'Original Latin .
Voici donc un premier trait qui se trouve
au liv. 3. du Copiste d'Helinand , chapitre 12.
» Chrétien vit tout le Couvent ( de
»l'Aumône Ordre de Cîteaux ) être enEvj vironné
304 MERCURE DE FRANCE
>> que il y
"
>
» vironné des Diables , et étoient si grant
» multitude que ils couvroient tout quanil y avoit entre le Ciel et la Terre.
» Et quant il les vit , il dit , Sire Dieu
que peut ce être qui pourra échaper ce
péril , et dont il oit une voix qui lui di-
» soit:Celui qui aura humilité pourrabien
»être délivréde toutes ces lats. Et unpou
» après vint une clarté du Ciel pardevers
»Orient. Et quant les mauvais esprits la
>> sentirent , ils s'évanoüirent , et ces glo-
» rieux qui étoient en l'aer en celle lumiere
»approcherent au lieu où ces Saints hom-
»mes étoientet le resplendirent du Soleil.
» Et en celle clarté apparut la Roine des
Anges , &c.
Jusques- là ce ne sont que des figures ,
et des figures de Démons qui ne donnent
de terreur que par leur aspect , mais quir
ne font point de tintamare. Plus bas les
ames des morts se mêlent avec les autres
esprits Aëriens. Si M. Pierquin avoit fçû.
ces faits , il les auroit peut- être mis en
usage dans la Dissertation qu'il a faite (a) .
sur le retour des ames. Quoiqu'il en soit,
voici d'abord , pour n'avancer que par degrès , une simple apparition dans le goût
de celle dont M. l'Abbé de saint Pierre a
fait inserer le recit , avec son explication
(a) Journal de Verdun , Janvier 1729. -
Physiqu
FEVRIER. 1732. 365
Physique, dans les Memoires de Trévoux
de Janvier 1726. L'histoire de cette an
cienne apparition est au chap, 118. du Li- \
vre cité de Vincent de Beauvais.
Il y est raconté que » Jean Chanoine de
»l'Eglise d'Orliens et ung Clerc nommê
»Noëlqui étoit dispensateur de son Hos-
»tel , avoient fait alliance en secret, que le
» premier d'eux qui mourroit , se il povoit
>> reviendroit dedans trente jours à son
>> Compaignon. Et quant il se apparoîtroiť
à lui il ne lui feroit point de paour ,
>> mais l'admonesteroit souëf et bellement
»et lui diroit de son état. « Après cet exposé , on fait ainsi détailler par le Chanoine lui-même ce que son Clerc mort'
lui est revenu dire , avec l'équipage dans
lequel il l'á vû.
» Et la nuit prouchaine ensuivante (la
>> mort de Noël ) ainsi comme je me répo-
»soye en mon lit veillant, et le lymeignon
>> ardoit devant moi en la lampe , car j'ai
>> toujours accoustumé à fuyr tenebres par
»> nuit, Noël mon Clerc vint et se tint de-
» vant moi, et étoit vestu comme il mesem-
» bloit et étoit advis, d'une chappe à pluye
» très- belle de couleur de plomb. Et je ne
» fus de rien épovanté. Et le congneu moult
» bien, et me prins à esjoyr de ce que il estoit si hastivement revenu de oultre les
monts
306 MERCURE DE FRANCE
,
» monts et lui dis. Noël bien vienges tu ,
» n'est pas l'Archediacre revenu. Non
» dit- il , Sire , mais je suis revenu tout seul
ǝ selon la chose establie , car je suis mort;
w'n'ayez doubte , car je ne vous feray nulle
23paour mais je vous prie que vous me
» secourez , car je suis en grans tourmens.
»Et pourquoi, dis je, vous vesquites assez
» honnestement avec moi ? et il dit , Sire ,
il est vrayque il me fût moult bien seau-
»jourd'hui je n'eusse esté sous prins d'ire,
» et que je ne me fusse pas commandé aux-
» Diables. Je vous pry que vous admon-
» nestez à tous ceux quevous pouvez que
>> ils nefacent pas ainsi.Car qui se comman-
>> de aux Diables il leur donne puissance
>> sus soy , ainsi comme moi très-malheu-
>> reux fis. Car ils eurent tantôt puissance
» de moi noyer. Et pour ce suis-je seule-
» ment tourmenté , car j'estois bien con-
>> fez de tous mes pechiez et je rencheu ent >> ce mal. »
Le traité d'entre le Chanoine d'Orleans
et son Clerc fut , comme on le voit , bien
mieux executé que celui des deux Ecoliers
de Vallognes dont il est parlé dans l'endroit cité des Memoires de Trevoux. L'essentiel de l'une et de l'autre convention
consistoit également dans la promesse que
celui qui mourroit le premier reviendroit
dire
FEVRIER. 1732% 307*
dire des nouvelles de son sort. Le petic
Desfontaines l'un des deux Enfans de Vallognes ne tint parole que sur l'article du
retour , mais on eut beau lui faire des
questions , s'il étoit sauvé , s'il étoit damné , s'il étoit en Purgatoire , si son Camarade étoit en état de grace , s'il le suivroit
de prês , on ne pût pas le faire cesser de
conter ses avantures d'Ecolier , ni l'engager à répondre sur les articles importants
pour lesquels seuls il avoit promis d'apparoître. Ce procedé , comme l'a remarqué
M. l'Abbé de saint Pierre , n'est ni honnête , ni digne d'un ami. La conduite du
Domestique d'Orleans fut bien plus civile , et de bien meilleure foi. Il apparut ,.
non pas comme Desfontaines nud et à micorps, mais tel qu'il avoit vêcu, et deplus
en habillemens somptueux de ceremonie,.
sans causer la moindre frayeur. Il rendit
un compte exact du triste état danslequel
il étoit tombé. L'interrogeoit - on , il ré
pondoit à tout avec complaisance et avec
justesse. C'est son Maître qui l'assure
dans la suite de sa Narration.
» Et à doncje lui demanday.Comment as
»tu si belle Chappe; si tu es en tourmens?
>> Sire , dit-il , cette Chappe qui est si belle
» ainsi comme il vous est advis , m'est
plus pesante et plus griefve queune tourse
368 MERCURE DE FRANCE
»se elle étoit mise sus moy , mais cette
beautéest l'esperance quej'ai d'avoir par
>>don pour la confession que je fis se j'ai
secours .... Et en se disant il s'évanouit
en pleurant
» J'ai dit cette chose » continue l'Auteur de la Chronique dans le chapitre suivant, " pour ce que il appère par ce dont
l'erreur de Virgile print son commence-
» ment des Ames des Trepassez que il ap-
» pelle Heroas , disant que ils ont celle
même cure , après la mort de Chevaux,
» de Chariots et d'Armes que ils avoient
»quant ils vivoient de laquelle chose ra-
>>comptoittrès certainement exemple.Eze
baudus , mon Parain , jadis Chambellan
»de Henry ( a ) Archevesque de Rheins.
Voilà l'évenement qui approche le plus
de celui d'Anfac.
DS
>> Si disoit ( Ezebaudus ) Monseigneur
l'Arcevesque de Rheims Monseigneur
>>si m'envoyoit à Arras. Et comme environ midy nous approuchissions en un
» Bois moi et mon varlet qui alloit devant
>> moi et chevauchoit plustóst , afin qué
»il me appareille logis. Il oyt grant tu-
>> multe en ce Bois et aussi comme frainte
»de divers Chevaux et sons d'Armures
ct aussi comme voix de grant multitude
(a ) Fils de Louis le Grás
de
FEVRIER 17320 309
deforce de Gens qui batailloient. Et donc
celui épouvanté retourna tantost à moi,
>> lui et son cheval.Et quant je lui demandai
» pourquoi il retournoit , il repondit. Je
» nepuis faire ne pour verge,ne pour espe-
>> ron que mon cheval passe oultre. Moyet
» lui sommes si espoventés que nous n'o-
»sons passer oultre. Car j'ai veu et ouy
»merveilles. Car ce Bois est tout plein de
>> Diables et de Ames des Trespassez, car je
>>les ai ouys crier et dire. Nous avonsja en
»nostre compaignie le Prevost d'Aire et
>> nous aurons prouchainement l'Arceves-
»que de Rheims. Et je respondi à ce. Fai-
»son le signe de la Croix et passon outre
>> hardiement. Et comme je alloye devant
»et je venisse au Bois , ces Ombres s'en
» estoient ja allés et toutesfois oi jeaucunes
voixconfuses , et frainte d'Armes et fre-
>> mir de Chevaux , mais ne je ne vi les *
»Ombres , neje ne pû entendre les voix.
» Et quant nous retournasmes de là, nous
» trouvasmes ja l'Arcevesque qui tiroit à
» sa derniere fin , ne depuis que ces voix
»furent oyes il ne vesquit que xv. jours. «<
Telle est la conclusion de l'histoire ,
ne reste plus qu'à rapporter la consequen
qu'en tiroit Helinand. La voici.
» Et de la apparoit il quels les Chevaux
sontsusquoi les Amesdes Trepassez che- vauchent
310 MERCURE DE FRANCE
>> vauchent aucunes fois, car ce sont Diables qui se transforment en Chevaux. Et
>> ceuxqui sont dessus sont très male curées
Ames chargées de pechiez aussi comme
» d'aucunes Armures et d'Ecus et de Heaumés,mais à la verité de la chose ils sont
»ainsi enlaidis de leurs pechiez et char-
» giez de telle chose selon le dit du Pro-
» phete. Ils descendront en Enfer avec
»leurs Armes. C'est- à- dire avec leurs
» membres , car ils firent Armes de iniqui-
»té en pechié , et ne les voulurent pas
و
faire Armes de droiture en Dieu. Il est
»certain que le Cheval est beste orgueil-
»leuse et fiere , et convoiteur de dissen-
>tions et batailles , chault en Luxure et
»puissant , et les Diables transformés en
» Chevaux , signifient que ceuxqui sicens
se esjoyssoient au Mondeen telles mau-
>> vaistiés. <«
Si cela étoit il faudroit croire que les
Morts dont les Ames se sont rassemblées
à Ansacq avoient mené une vie plus tranquille , moins ambitieuse et moins agitée
que ceux dont les Ombres se sont depuis
faitentendre vers laSuisse. Le bruit de ceux
ci ressembloit à une bataille des plus acharnées. (a ) Avec les autres au contraire on
n'a entendu ni Armes ni Chevaux ; ils ne
(a) Merc. deDecembre 1730. Vol. 2. p. 2839.'
faisoient
FEVRIER. 1732 311
faisoient que causer , rire et jouer des Instrumens. ( b )
Des Manes dont l'occupation est si gracieuse et si réjoüisante font vraisemblablement une classe diferente de ces Lar
ves ou Estries qu'Helinand decide ailleurs
n'être autre chose fors l'Ombre des Ames
damnées ou des malins Esprits , qui , selon
se quedit Saint Hierome, ontde nature d'espoenter petits enfans et de murmurer en liew
tenebreux.
Ces Larves , Larva , sont rendus dans
les anciens Dictionnaires par le mot de
Loups - Guroux qu'Etienne Pasquier n'a
pas oublié,fet dont les Nourrices fontencore des histoires. Il en trouve une semblable dans Vincent de Beauvais , liv. 2.1
ch. 96. Elle pourra servir à l'instruction
de l'Anonyme , qui dans le premier volume du Mercure de Juin ( p. 1344. ) demande l'origine de plusieurs Proverbes et
entr'autres de celui, connu comme le LoupGris.
"
Je me remembre bien » dit Helinand dans
» l'endroit cité ce que j'ai oui compter ,
» quant j'estois enfant de plusieurs que
»pour verité il estoit Villain du Ter- ung
» roüerdeBeauvaisà qui saFemme lavoit las
»testequi vosmithors parla boucheune des
( b) Ibid. p. 2807. et suiv.-
joinctures
312 MERCURE DE FRANCE,
joinctures de la main d'un Enfant. Et
>>l'opinion du commun du Pays estoit que
»il avoit esté transformé löng - tems en
>> Loup et celle opinion fut confirmée par »le vomissement des membres de l'En-
>>fant. «<
Je n'extrais plus de cette Chronique
qu'un dernier fait plus vrai- semblable par
la conformité qu'il a avec deux autres que MM.de S. André et Doison ont attesté et
expliqué, l'un dans ses Lettres sur les Malefices p. 221. et l'autre , aux Memoires de
Trevoux du mois d'Avril 1725.
Ces deux Medecins ont publié qu'une
Fille d'Orbec & une Religieuse de Tournay avoient rendu par les jambes , par la
poitrine , par la Gorge,par le dessous de
Foreille , une grande quantité d'Epingles.
Vincent de Bauvais,liv. 28.c.126. rappor
te d'après Helinand , que de son tems on
avoit vû sortir du bras d'une Fille de saint
Simphorien, au Diocése de Lyon, plus de
trente Aiguilles de fer,ausquelles succederent pendant plus d'un an de petites Broches de bois. La difference entre ces trois
Histoires ne consiste gueres que dans le
merveilleux. Dans la Religieuse de Tour
nay les Epingles laiffent chacune leur
playe. Dans la Fille de Lyon , ainsi que
dans celle d'Orbec , à peine les Aiguilles
étoient
FEVRIER. 1732. 313 .
étoient elles hors du bras ou de quelque
autre endroit du corps qu'on ne voyoit
plus par où elles étoient échapées. L'une
avoue qu'elle a plusieurs fois avalé des
Epingles. Chez les autres , l'accident étoit
l'effet de la Magie de deux Sorciers que
l'on connoissoit bien. Si cette opinion n'a
pas eu l'approbation de M. de saint André , du moins elle a emporté le suffrage
du bon Hélinand.
Pour revenir au Phénomene d'Ansacq,
Gaffarel,aux chap. 3. et 12. de ses Curiosi
tez inoüies , en réunit un affez bon nombre d'à-peu-près semblables à celui- là , et
il en distingue de deux sortes. Les uns
formés exprès par le Souverain Etre pour
nous avertir de quelque désastre prochain.
Les autres qui , suivant l'explication que
divers Physiciens en ont faites dans le
cours de cette année , ne viennent que de
la disposition fortuite de l'air et des nuës.
Le bruit d'Ansacq , s'il a été réel , ne
pourra être rangé que dans la derniere de
ces deux classes , puisque nous ne l'avons
vû suivi d'aucun évenement d'importance dont on puisse dire qu'il ait été le présage. Je suis , Monsieur , &c.
A Beauvais , le 13. Decembre 1731,
Co
14 MERCURE DE FRANCE,
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Résumé : LETTRE de M. d'Auverge, Avocat en Parlement, au sujet d'un Saint inconnu, et des Fragments de la Chronique d'Helinand, Moine de Froimont.
M. d'Auvergne, avocat au Parlement, répond à une invitation publiée dans le Mercure de février en abordant deux sujets principaux : saint Nerlin et les fragments de la Chronique d'Hélinand. Concernant saint Nerlin, il est inconnu dans le diocèse de Beauvais. À la Tour du Lay, dont il est supposé être le patron, seul son nom est connu, et ce souvenir est récent. Auparavant, le saint patron était saint Robert, célébré le 21 avril. Ce saint Robert était réputé pour guérir de la fièvre ceux qui passaient sous son tombeau et buvaient de l'eau d'une fontaine du prieuré. L'évêque de Beauvais, M. de Saint-Agnan, a enquêté sur ce culte et a découvert le nom de saint Nerlin dans les archives de l'abbaye du Bec. Cependant, aucune fête ni légende n'est associée à saint Nerlin, et le culte de saint Robert a été supprimé. Pour ce qui est de la Chronique d'Hélinand, moine du XIIIe siècle, ses fragments sont conservés à l'abbaye de Froidmont mais sont difficilement lisibles. Vincent de Beauvais a copié les fables d'Hélinand dans son 'Miroir Historial'. Le texte mentionne également des apparitions et des récits de fantômes tirés de la Chronique, comme l'histoire d'un chanoine d'Orléans et de son clerc, qui se sont promis de se revoir après la mort. Le clerc est apparu à son maître pour lui parler de son état tourmenté après sa mort. Le texte relate également un événement surnaturel vécu par un archevêque de Reims et son valet près d'Arras. Vers midi, ils entendirent des bruits de tumulte, de chevaux et d'armures, ainsi que des voix dans un bois. Le valet, effrayé, revint en déclarant avoir vu des diables et des âmes des trépassés. L'archevêque, après avoir fait le signe de la croix, continua son chemin et ne vit rien, mais entendit des voix confuses. Plus tard, ils trouvèrent l'archevêque de Reims mourant, qui décéda quinze jours après avoir entendu ces voix. Helinand, un chroniqueur, interpréta cet événement en affirmant que les âmes des trépassés pouvaient chevaucher sous forme de diables transformés en chevaux. Ces âmes, chargées de péchés, étaient représentées avec des armures et des écus. Il souligna également que les chevaux symbolisaient l'orgueil et la luxure. Le texte compare cet événement à d'autres phénomènes surnaturels, comme des bruits de bataille ou des voix dans des lieux différents. Il mentionne également des cas de personnes ayant expulsé des épingles ou des aiguilles par divers orifices du corps, attribués à la magie ou à des sorciers. Enfin, le texte discute des interprétations possibles de ces phénomènes, distinguant ceux qui seraient des avertissements divins de ceux causés par des conditions atmosphériques fortuites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 314
Enigme, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Début :
On a dû expliquer l'Enigme du Mercure de Janvier [...]
Mots clefs :
Expliquer, Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enigme, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
On a dûexpliquer l'Enigme du Mercu
re de Janvier par le Bissac d'un Chasseur.
Les mots des deux Logogryphes sont Com
merce et Mensis.
re de Janvier par le Bissac d'un Chasseur.
Les mots des deux Logogryphes sont Com
merce et Mensis.
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16
p. 314
« Ce que vous avez inseré dans le Mercure d'Octobre [...] »
Début :
Ce que vous avez inseré dans le Mercure d'Octobre [...]
Mots clefs :
Grappe de raisin, Extraordinaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ce que vous avez inseré dans le Mercure d'Octobre [...] »
Ce que vous avez inseré dans le Mercure d'Octobre p. 2399. qu'il s'est vû à
Orleans une grappe de Raisins , moitié de
grains noirs et moitié de grains blancs, en
parfaite maturité,est extraordinaire , mais
l'exemple n'en est pas unique. Le hazard
m'a fait tomber sous la main aux Vendanges dernieres, dans la Vigne d'un Chateau
qui n'est qu'à une lieuë d'ici, une grappe
mi- partie de Raisin noir &de Raisin gris,
aussi parfaitement mûr.
Orleans une grappe de Raisins , moitié de
grains noirs et moitié de grains blancs, en
parfaite maturité,est extraordinaire , mais
l'exemple n'en est pas unique. Le hazard
m'a fait tomber sous la main aux Vendanges dernieres, dans la Vigne d'un Chateau
qui n'est qu'à une lieuë d'ici, une grappe
mi- partie de Raisin noir &de Raisin gris,
aussi parfaitement mûr.
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17
p. 314-315
ENIGME.
Début :
Fille d'un animal belant [...]
Mots clefs :
Chandelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
' Ille d'un animal belant
Je suis d'une figure ronde ,
Je n'ai ni pieds, ni mains , et, quoique sans talent,
Je suis utile à tout le monde;
Par une injuste loi du sort
A mon Pere je suis funeste
Je n'existe que par sa mort ;
J'en suis le déplorable resteg Sans
FEVRIER 1732 315 :
Sans -Lettres , sans étude, avec plus d'un Docteur
Je veille quelquefois du soir jusqu'à l'Aurore ;
Mais je perds toute ma splendeur ,
Quand je vois le grand jour éclore ;
Devine qui je suis , benevole Lecteur.
' Ille d'un animal belant
Je suis d'une figure ronde ,
Je n'ai ni pieds, ni mains , et, quoique sans talent,
Je suis utile à tout le monde;
Par une injuste loi du sort
A mon Pere je suis funeste
Je n'existe que par sa mort ;
J'en suis le déplorable resteg Sans
FEVRIER 1732 315 :
Sans -Lettres , sans étude, avec plus d'un Docteur
Je veille quelquefois du soir jusqu'à l'Aurore ;
Mais je perds toute ma splendeur ,
Quand je vois le grand jour éclore ;
Devine qui je suis , benevole Lecteur.
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18
p. 315-316
LOGOGRIPHE.
Début :
Mon nom a fait trembler Paris, [...]
Mots clefs :
Cartouche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIPHE.
MonOn- noma fait trembler Paris
J'ai même vú ma tête à prix :
Je fus depuis Heros de Comédie ,
•
Le Monde apprit par là l'histoire de mavie,
Je suis encor propre au Soldar.
En tout tems , dans la Ville , en Campagne , a
Combat.
Tranche mon dernier tiers, je presente une Fille,
Connuë à l'Opera , fort tendre , et fort gentille,
Rends moy vite dans mon entier •
De mes tiers tranche le premier ›
Et fais ce que fait un bon Maître ,
C'est le seul moyen de connoître ,
Si le corps quel qu'il foit , est dur , mol , froid
ou chaud.
Dans matotalité remets moi de nouveau ;
Je suis connu du Genealogiste ,
Le Peintre m'a fait naître , et sans que je resiste,
L'Architecte m'ordonne et dispose de moi ,
Contraint
316 MERCURE DE FRANCE
Contraint d'obéir à sa loy ;
2 j
Autrefois dans un corps aussi fameux qu'habile
Mon premier tiers tout seul causa tant de debat ,
Que sans avoir égard à son ancien état ,
On voulut le chasser comme membre inutile,
La Font
MonOn- noma fait trembler Paris
J'ai même vú ma tête à prix :
Je fus depuis Heros de Comédie ,
•
Le Monde apprit par là l'histoire de mavie,
Je suis encor propre au Soldar.
En tout tems , dans la Ville , en Campagne , a
Combat.
Tranche mon dernier tiers, je presente une Fille,
Connuë à l'Opera , fort tendre , et fort gentille,
Rends moy vite dans mon entier •
De mes tiers tranche le premier ›
Et fais ce que fait un bon Maître ,
C'est le seul moyen de connoître ,
Si le corps quel qu'il foit , est dur , mol , froid
ou chaud.
Dans matotalité remets moi de nouveau ;
Je suis connu du Genealogiste ,
Le Peintre m'a fait naître , et sans que je resiste,
L'Architecte m'ordonne et dispose de moi ,
Contraint
316 MERCURE DE FRANCE
Contraint d'obéir à sa loy ;
2 j
Autrefois dans un corps aussi fameux qu'habile
Mon premier tiers tout seul causa tant de debat ,
Que sans avoir égard à son ancien état ,
On voulut le chasser comme membre inutile,
La Font
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19
p. 316-317
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Mon corps est singulier dans toute sa figure. [...]
Mots clefs :
Lamproie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
ECOND LOGOGRYPHE.
Moncorps est singulier dans toute sa figure,
En plus de six endroits une ronde ouverture
Sur ligne parallele est à chaque côté.
Parlà passe et repasse une sérosité.
Jemarche sur huit pieds , rangez de telle sorte ;
Qu'en retranchant les trois qu'à la tête je porte ,
Si vous les renversez , je désigne un tyran ,
Le Aéau des Humains , et vrai fils de Satan.
Le reste de mes pieds est le nom de la chose
Que devient aux Corbeaux un pendu qu'on expose.
Coupez mon tout en deux par sa derniere part
Je suis Ville Picarde : ôtez son premier quart
Me voilà sur le champ un animal qui vole ,
Et dont la voix jadis sauva le Capitole.
Si tous ces traits , Lecteur , ne sont pas suffisans ,
Je vais me démasquer par les chiffres suivans.
Je me métamorphose en plus d'une maniere.
Un,
FEVRIER. 1732. 317
Un , deux , trois , quatre et huit , je porte la lu- miere.
Otez quatre , je suis moitié de l'instrument
Quifit périr Henri par la main de Clement.
Un , deux , cinq , trois et huit
fougere.
souvent sur la
J'ai des fieres Beautez désarmé la colere.
Si je suis cinq , six , sept , plus d'un flateur me
suit.
Le désir de six , cinq , gâte deux , trois et huit.
Cinq , deux , sept huit , je suis employée en
cuisine.
Huit , six , un, huit , sur trois , huit et cinq je domine.
Deux, sept, marquent un lieu connu par ses bons vins ,
Un, sept, cinq , huit , pour vous,mes accens sont Divins ,
Mortels qui cherissez les concerts du Parnasse.
L'été ; six , cinq , trois , huit, les Dimanches j'a .. masse
Troupes de Paysans pour leurs champêtres jeux.
Cinq, six , trois , huit , je suis Ville de nom fa- meux.
Etant trois, six , cinq , huit , j'ai la prérogative
Qu'à me vouloir blanchir on perdroit sa lessive.
Trois , deux , cinq , un , sept , font un jardin • curieux ,
-Sur les bords de la Seine habité par des Dieux.
Moncorps est singulier dans toute sa figure,
En plus de six endroits une ronde ouverture
Sur ligne parallele est à chaque côté.
Parlà passe et repasse une sérosité.
Jemarche sur huit pieds , rangez de telle sorte ;
Qu'en retranchant les trois qu'à la tête je porte ,
Si vous les renversez , je désigne un tyran ,
Le Aéau des Humains , et vrai fils de Satan.
Le reste de mes pieds est le nom de la chose
Que devient aux Corbeaux un pendu qu'on expose.
Coupez mon tout en deux par sa derniere part
Je suis Ville Picarde : ôtez son premier quart
Me voilà sur le champ un animal qui vole ,
Et dont la voix jadis sauva le Capitole.
Si tous ces traits , Lecteur , ne sont pas suffisans ,
Je vais me démasquer par les chiffres suivans.
Je me métamorphose en plus d'une maniere.
Un,
FEVRIER. 1732. 317
Un , deux , trois , quatre et huit , je porte la lu- miere.
Otez quatre , je suis moitié de l'instrument
Quifit périr Henri par la main de Clement.
Un , deux , cinq , trois et huit
fougere.
souvent sur la
J'ai des fieres Beautez désarmé la colere.
Si je suis cinq , six , sept , plus d'un flateur me
suit.
Le désir de six , cinq , gâte deux , trois et huit.
Cinq , deux , sept huit , je suis employée en
cuisine.
Huit , six , un, huit , sur trois , huit et cinq je domine.
Deux, sept, marquent un lieu connu par ses bons vins ,
Un, sept, cinq , huit , pour vous,mes accens sont Divins ,
Mortels qui cherissez les concerts du Parnasse.
L'été ; six , cinq , trois , huit, les Dimanches j'a .. masse
Troupes de Paysans pour leurs champêtres jeux.
Cinq, six , trois , huit , je suis Ville de nom fa- meux.
Etant trois, six , cinq , huit , j'ai la prérogative
Qu'à me vouloir blanchir on perdroit sa lessive.
Trois , deux , cinq , un , sept , font un jardin • curieux ,
-Sur les bords de la Seine habité par des Dieux.
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