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1
p. 205
Feu d'Artifice chez M.le President de Pomereuïl. [titre d'après la table]
Début :
Tout Paris a témoigné beaucoup de joye de la prise [...]
Mots clefs :
Joie, Te Deum, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : Feu d'Artifice chez M.le President de Pomereuïl. [titre d'après la table]
ToucParisa témoigné beaucoup de joye de la pnfe de Valenciennes, mais celle qu’en a
fait voir Monfieur le Prefident
de Pomereüil, Confeiller d’Etat ordinaire, &. Prevoft des
Marchands, a fait beaucoup
d’éclat. Le jour que le Te T)eum
fut chanté, il fit faire un Feu
d’Artifice devant fon Logis : Il
ne faut pas s’en étonner, c’eft
un des plus zelez Serviteurs du
Roy, èc des plus beaux Efprits
que nous ayons.
fait voir Monfieur le Prefident
de Pomereüil, Confeiller d’Etat ordinaire, &. Prevoft des
Marchands, a fait beaucoup
d’éclat. Le jour que le Te T)eum
fut chanté, il fit faire un Feu
d’Artifice devant fon Logis : Il
ne faut pas s’en étonner, c’eft
un des plus zelez Serviteurs du
Roy, èc des plus beaux Efprits
que nous ayons.
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2
p. 127-133
Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point, Madame, que vous ne joigniez vos [...]
Mots clefs :
Monsieur de la Quere, Mariage, Fêtes, Galanterie, Théâtre, Souper, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Je ne doute point , Mada- me, que vous ne joigniez vos applaudiſſemens à ceux que l'Autheur de ce Compliment a receus ; &pour paffer d'A les àMontpelier, jeus diray qu'ony parle fort du Mariage de Mademoiselle de la Verune
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
Hij
90 LE MERCVRE
tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
20
dic
ure
en
an
ent
erts
Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
THEAS
1
qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
peine affifesdansle Veftibule,
GALANT. 93
2
X
e
1
ir
aCe
Da
-
-
er
a
qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
Hij
90 LE MERCVRE
tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
20
dic
ure
en
an
ent
erts
Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
THEAS
1
qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
peine affifesdansle Veftibule,
GALANT. 93
2
X
e
1
ir
aCe
Da
-
-
er
a
qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
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Résumé : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Le texte évoque un mariage prochain entre Mademoiselle de la Verune et Monsieur de la Quere, capitaine des vaisseaux. Mademoiselle de la Verune est une héritière fortunée, possédant un million, bien que sa valeur personnelle soit jugée supérieure à sa richesse. Monsieur de la Quere a organisé plusieurs réjouissances en son honneur, dont une fête particulièrement mémorable. Lors de cette dernière, Mademoiselle de la Verune et ses amies ont été agréablement surprises par un somptueux souper dans un jardin, accompagné de huit services et d'un concert de hautbois et violons. Après le souper, le jardin a été illuminé par des bougies et un feu d'artifice a été tiré, avec des fusées affichant le nom et les chiffres de Mademoiselle de la Verune. La soirée s'est conclue par une comédie interprétée par des acteurs dans le pavillon, offrant ainsi de nombreux divertissements aux invités jusqu'à la nuit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 225-228
Ce qui s'est passé à Paris aprés leur retour. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient si satisfaits de l'avoir vû, & des [...]
Mots clefs :
Pierreries, Roi, Honneur, Ville, Storf, Feu d'artifice, Duc de Berry, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à Paris aprés leur retour. [titre d'après la table]
Ils eftoient fi
fatisfaits de l'avoir vû , &
des chofes obligeantes
qu'il leur avoirdites , qu'à
leur retour ils embraſſerent
M'Stolf pour loy en
témoigner leur joye , &
226 Voyagedes Amb.
comme on parla au premier
Ambaſſadeur , du
grand nombre de Pierreries
dont l'habit du Roy
eſtoit couvert , il dit , Que
tant qu'ilpourroit avoir le
meſme honneur qu'il avoit
reçû , quelques Pierreries
qu'eust SaMajesté, il neles
verroitjamais , parce qu'il
neregarderoit que le Roy ,
mais qu'il feroit bien aise
de les voir en particulier.
M' le Prevoſt des Marchands
les pria le lende
de Siam.
227
main qu'ils eurent eu Audience
, de ſe trouver à
l'Hôtel de Ville pour voir
le Feu d'Artifice que la
Ville faiſoit tirer pour fe
réjoüir de l'heureuſe Naiffance
de Monſeigneur le
Duc de Berry. Il répondit,
Qu'ils luy estoient extremement
obligez de l'honneur
qu'il leur faisoit , mais que
n'ayant point encore euAudience
du refte der la Mai-
Son Royale , ils ne croyoient
pas devoir aller en aucun
228 Voyage des Amb.
lieu public. Une Demoifelle
qui chante fort bien,
& qui a beaucoup de
charmes pour ſe faire regarder,
ayant eſté chanter
deuant eux on luy demanda
ce qu'il trouvoit
de ſa voix , & il répondit
Qu'il n'avoit point d'oreilles
quand il avoit beſoin de
tous fes yeux.
fatisfaits de l'avoir vû , &
des chofes obligeantes
qu'il leur avoirdites , qu'à
leur retour ils embraſſerent
M'Stolf pour loy en
témoigner leur joye , &
226 Voyagedes Amb.
comme on parla au premier
Ambaſſadeur , du
grand nombre de Pierreries
dont l'habit du Roy
eſtoit couvert , il dit , Que
tant qu'ilpourroit avoir le
meſme honneur qu'il avoit
reçû , quelques Pierreries
qu'eust SaMajesté, il neles
verroitjamais , parce qu'il
neregarderoit que le Roy ,
mais qu'il feroit bien aise
de les voir en particulier.
M' le Prevoſt des Marchands
les pria le lende
de Siam.
227
main qu'ils eurent eu Audience
, de ſe trouver à
l'Hôtel de Ville pour voir
le Feu d'Artifice que la
Ville faiſoit tirer pour fe
réjoüir de l'heureuſe Naiffance
de Monſeigneur le
Duc de Berry. Il répondit,
Qu'ils luy estoient extremement
obligez de l'honneur
qu'il leur faisoit , mais que
n'ayant point encore euAudience
du refte der la Mai-
Son Royale , ils ne croyoient
pas devoir aller en aucun
228 Voyage des Amb.
lieu public. Une Demoifelle
qui chante fort bien,
& qui a beaucoup de
charmes pour ſe faire regarder,
ayant eſté chanter
deuant eux on luy demanda
ce qu'il trouvoit
de ſa voix , & il répondit
Qu'il n'avoit point d'oreilles
quand il avoit beſoin de
tous fes yeux.
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Résumé : Ce qui s'est passé à Paris aprés leur retour. [titre d'après la table]
Lors d'une rencontre avec le roi, les ambassadeurs ont exprimé leur satisfaction et ont témoigné leur joie en embrassant M'Stoff. Une discussion sur les pierreries de l'habit royal a eu lieu, un ambassadeur déclarant qu'il préférait voir le roi mais aimerait également admirer les pierreries. Le Prévost des Marchands les a invités à un feu d'artifice à l'Hôtel de Ville pour célébrer la naissance du Duc de Berry, mais les ambassadeurs ont décliné, estimant qu'ils ne devaient pas se rendre en lieu public avant d'avoir eu audience avec l'ensemble de la Maison Royale. Lors d'une performance musicale par une demoiselle, un ambassadeur a répondu qu'il n'avait pas d'oreilles lorsqu'il avait besoin de tous ses yeux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 167-179
Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois pas oublier à vous parler d'une Fête qui a esté faite [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du duc d'Anjou, Château, Feu d'artifice, Danse, Violons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
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Résumé : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
À Château-Gontier, en Anjou, une fête fut organisée pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. À l'annonce de cette nouvelle, Monsieur de Fleurance, écuyer de Madame la Duchesse de Bourgogne, décida de manifester sa joie par des réjouissances publiques. Le 2 du mois, une fête considérée comme l'une des plus élégantes et bien organisées de la province eut lieu. Elle débuta par une décharge de canons à 14 heures, suivie par une assemblée de la bourgeoisie armée sur la grande place à 15 heures. Cette bourgeoisie, composée de jeunes gens bien vêtus et ornés de rubans, se rendit au bûcher préparé sur la place pour y mettre le feu. Monsieur de Fleurance invita des dames à allumer le feu, choisissant des filles de principaux officiers et de gentilshommes pour éviter toute division. Des invités distingués, comme le Comte de Brizay et Monsieur de Flechecourt, participèrent également à la fête. Après l'allumage du bûcher, des salves de mousqueterie et un feu d'artifice furent tirés. La soirée se poursuivit avec des jeux, un souper, et un bal qui dura jusqu'au matin. Les pauvres ne furent pas oubliés, recevant des repas et des boissons. La maison de Monsieur de Fleurance fut illuminée, et des inscriptions latines furent exposées. La fête se termina par un bal qui dura jusqu'au jour, laissant tous les participants très satisfaits de son organisation et de son ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 121-138
Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Reprenons maintenant, s'il vous plaît, Messieurs, la suite du [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Voyage, Madrid, Roi, Prince, Princesse, Palais, Sa Majesté, Officiers, Feu d'artifice, Dames, Carosses, Évêque, Balcons
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texteReconnaissance textuelle : Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Reprenons maintenant,
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
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Résumé : Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage de la Reine d'Espagne depuis Bayonne jusqu'à Madrid, en passant par plusieurs étapes significatives. Le 4, la Reine quitta Bayonne pour Saint-Jean-Pied-de-Port, où elle fut accueillie par le Prince de Castiglione, Viceroy de Pampelune. Elle continua ensuite vers Roncevaux, accompagnée par des dignitaires navarrais. À Roncevaux, elle reçut un joyau du Roi et le bâton de commandement du Prince de Castiglione, qu'elle lui rendit par la suite. La Reine séjourna à Subiry dans un palais somptueux, mais choisit de dormir sur de la paille. Elle arriva à Pampelune le lendemain, où elle fut accueillie par le Conseil Royal et des festivités, incluant des feux d'artifice et une course de taureaux. Le 15, elle quitta Pampelune après avoir distribué des aumônes. En parallèle, le Roi et le Prince se rendirent à Notre-Dame d'Atocha, puis à Alcalá et Guadalajara, malgré des conditions météorologiques difficiles. Le Patriarche des Indes célébra leur mariage en présence des Grands d'Espagne. Le 26, le Roi et la Reine arrivèrent à Alcalá, et le 27, ils entrèrent à Madrid sous les acclamations du peuple. Ils assistèrent au Te Deum à Notre-Dame d'Atocha avant de se rendre au Palais. Les jours suivants, ils visitèrent le Buen Retiro et reçurent les hommages des dignitaires. Le Roi nomma Don Francisco Valero y Losada à l'archevêché de Tolède. À Xadraquez, la Reine rencontra la Princesse des Ursins et ordonna son renvoi en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 173-178
Suite du Journal de Paris.
Début :
Le 9 au soir, le Roy soupa chez Madame la Duchesse de [...]
Mots clefs :
Duchesse, Feu d'artifice, Comte, Armes, Audience, Abbé, Charge, Prince, Compagnies, Gouvernement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Paris.
Suite duJournalde Paris.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
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7
p. 129-133
A Rome le 5 Octobre 1717.
Début :
La Princesse Scavolino, autrement la Princesse Carpeigne a quitté Rome, [...]
Mots clefs :
Princesse, Justice, Assemblée, Comte, Gentilhomme, Chevalier, Seigneur, Pape, Abbé, Cardinal, Victoire, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 5 Octobre 1717.
A Rome le Octobre 1717 .
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
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8
p. 174-208
JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Début :
On a cru devoir assembler dans un seul article tout ce qui concerne [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XV, Duc, Feu, Te Deum, Musique, Feu d'artifice, Chambre, Ville, Chanter, François de Neufville de Villeroy, Soir, Fête, Église, Fleur, Majesté, Palais, Santé, Messe, Zèle, Août, Joie, Duc d'Orléans, Paris, Cour, Louvre, Fusées, Peuple, Rétablissement, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
JOURNAL
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
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9
p. 390-403
DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
Début :
Les préparatifs immenses & la dépense veritablement Royale de cette superbe Fête, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Fête, Feu d'artifice, Paris, Roi d'Espagne, Spectacle, Jardin, Hôtel de Bouillon, Musique, Ambassadeurs d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
DESCRIPTION de la Fête & du
Fen d'Artifice tiré sur la Rivière , *
Paris , entre If P'ont- Neuf & le Pont
Royal , au sujet de la Naijsance du ■
Dau p h i ri , par ordre du Roy d'Espa- !
gné , & par les foins de MM. le Mar
quis de Sanca-Cruz & de Barrenechea,
^Ambassadeurs Extraordinaires & Plé
nipotentiaires de S. M, Catholique.
LEs préparatifs immenses & la dépense ve-"
ritablement Royale de cette superbe Fête,'
dans l'execution de laquelle on a, pour ainsi
dire, forcé la nature, & surmonté tous les
obstacles de la Saison , méritent bien que le
Mercure de France en parle d'une manière i
en pouvoir donner une idée à ceux qui n'ons
pas été à portée de voir un spectacle auíS
■éclatant , lequel a parfaitement répondu aux
ordres que M M. les Ambassadeurs d'Espagne
avoient reçus du Roy , leur Maître , S. M. O
ayant voulu à l'occasion de cet heureux évé
nement , exprimer avec pompe dans la Capi
tale du Royaume , ses tendres sentimens pour
le Roi , son Neveu , & mêler fa joye avec
celle de toute la France.
On fçait assez Jes marques de joye qu'ont
fait paroître le Roi & la Reine d'Espagne de
l'heureux Accouchement de la Reine ; mais
íjuelques brillantes & générales qu'ayent été
les Fêtes qu'on a données dans leurs Etats l
ÍSCCC
t ù '.-ìjìò LIìjRARY.
A5TCR, LENOX AND
TILOEM FOUMOATlONâ.
FEVRIER. î73«. 391
î
eette occasion , elles n'ont pas encore été pro
portionnées à ce que L. M, C. ont senti dans
le coeur.
M M de Santa- Cruz & de Barrenechea ont
agi avec tant de sagacité , tant de grandeur
cl'ame , de discernement , cie goût , & sur touç
avec tact de zèle pour le service de S. M.
qu'il a résulté de leur application & de l'étenduë
de leurs lumières , une iclatante Fête,
où la grandeur » la variété & la magnificence
ont également régné.
L'Hpcel de Bouillon , situé fur le Quai de*
Theatins , vis-à-vis le Louvre , que léDuode
ce nom â bien voulu prêter . avec la noblesse
& les manières qa j font ordinaires aux person
nes de son rang , a servi de principale Scène.
C'étoit comme le centre de la Fête & du
spectacle , qui fut heureusement favorisé d'une
très- belle nuit.
Le ti. Janvier > à six heures du soir , tou
tes les Illuminations parurent dans l'éclat &
dans le brillant qu'il eít plus aisé de s'i
maginer que de décrire. La Façade de l'Hôtel
de Bouillon présentoit aux yeux sept Porques
de lumières ; on liloit au-dessus de ceìui
du milieu , qui étoit formé par la porte
de L'Hôtel , une Inscription Latine qui man-
Suoit l'union & le bonheur de la France & -
e l'îíspagne. Les ceimres des Portiques étoient
«lecórés alternativement par des Dauphins de
relief entrclaíTés > & par les Chifres du Roi ;
le tòut rehaussé d'or. Le vuide des Portiques
étoit occupé par des Emblèmes peintes en
camayeux , dans des Médaillons ornés de guir
landes. Au premier adroite, la France étòh;
'représentée sous la figure d'une belle femme,
gui montre à, l'Efpagne le Dauphin entre les
sjjî MERCURE DE FRANCE.
hus de Lncint. Çe Vers d'Ovide ctoit au ba<*
"3*1» nostrum curvi porunt Delphine; amorem.
Au deuxième Portique , à gauche , TEspagne
montroit à la France le jeune Dauphin,
armé d'un casque & d'une cuirasse que J'Amour
conduit. , & lui présente. Et ce Vers de
Iroj/erce.
Sed tibi fuífidio Delphinum eurrere vidi.
Les deux Portiques ensuite n'attiroient pas
*.ant les regards ; mais en revanche les go
siers altérés y couroient ayee grand empres
sement s car de deux mûries de Lion dorés ,
couloient deux Fontaines de vin pour lè
peuple.
On voyoit au Médaillon du troisième Poe- ,
tique un Coq , simbole de la France } qui
s'addressoit au Lion , simbole de l'Espagne,
<Bi ce Vers à' Ovide. Met amorphofi
ÌJttnc dtio concordes anima vivemus in uni,
L'amour qui entre dans cet Emblème . Ii«
ensemble le Coq , le Lion & le Dauphin.
Sur le dernier Portique de la gauche , un
Xion paroissoit donner au Coq des assurances
d'une íînceie amitié par ce Vers de Virgile»
f>ispeream fi te fuerit tnihi chariot alttr.
L'Amour au bas avec un Dauphin à ses
pieds, gravoit ces paroies fur le marbre 8c
fur l'airain pour en marquer lá solidité 8c la
jRncerité.
Un entablement formé par des lampions ,
leguoit
'FEVRIER. iys0; -9J
tegnoit sur les Portiques i il étoit surmonté
par une Galerie découverte , dont la Balustra
de étoit formée par des Qirandoles d'une fi
gure agréable; I* Architecture de toute la Fa
çade de l'Hôtel de Bouillon étoit ingénieu
sement dessinée par des Lampions , & enri
chie de Lustres & de Girandoles aux Tru
meaux , dans les Croisées & fur les Comble»,
On voyoit fur la principale porte un Dau
phin de relief ■ en marbre blanc , rthaussc
d'or & couronné > accompagné de Lys , re
présentés en lumière ; à quoi on a pou
voir appliquer ce Vers d'Ovide :
p f*cr* frogcn'tes d'tgna ptrente tuo.
L'interieur de la Cour étoit aussi illumines
non seulement par des Chambranles à toutes
les Croisées julqu'à celles des deux aîles qui
jendent iur le Quay , mais encore jusques fur
le faite du Bâtiment où l'on avoit placé des
Girandoles & des Pots à feu.
D'autres Portiques de lumières décoroienc
encore le pourtour de cette Cour. On lisoit
au-dessus de celui du milieu , où est la Porte
id'Entrée , cette Inscription tirée d'un Vers de
IroÇerce.
luce.ït é» toti fiamm* secund* dôme.
A l'appLomb de cette porte , fur les Corn*
bles , on avoic élevé une Tour lumineuse,
faisant allusion aux Tours de Castille ; elle
étoit acompagnée des,Chiísres & du princi
pal Attribut des Armes de Philippe V.
Toute ì'ordonnance de cette Illumination
* été conduite pai le S. Beauûre , 1e fils *
594 MERCURE DE FRANCE. -.
Architecte de la Ville de Paris, qui en, ~
donné les Dcsstins.
La surface de la Rivière , vis-à-vis l'HôteJ
de Bouillon , offroit un spectacle d'une autrç
espece , dont les yeux étoient également en-
'chantés & éblouis. C'étoit un vaste Jardin >
de l'un â l'autre Rivage du Fleuve , qui â
cet endroit a environ 90- toises de large , sur^
un espace de 70. dans fa loneueur. La si-N
tuation étoit des plus magnifiques & des
plus avantageuses , étant naturellement dé
corée par le Qiiay du Collège des Quatre:
ÎNations d'un côté , par celui des GaUeries dp
Louvre de l'autre , &c aux deux bouts , pat
je Pont-Neuf & par le Pont Royal.
Deux Rochers isolés ou Montagnes escar
pées , Simbole des Monts Pirennées > qui
séparent la France de í'Espagne , formciénc
le principal objet de ce::e pompeuse décor
ration- au milieu de la Rivière. Les deux
Monts étoient joints par leurs Bases fur un
Plan d'environ 140. pieds de íong , fur 60.
de large , & séparés par leur cime de près
de 40. pieds , ayant chacun 9i. pieds d'élé
vation au-deííus de la surface de l'eau 8c
des deux grands Bateaux fur lesquels touc
i'Edihce étoit construit.
On voyoit une agréable variété fur ces
Montagnes. s où la nature étoit imitée avec
beaucoup d'art, dans tout ce qu'elle a d'a
greste & de sauvage. Dans un endroit c'étoient
des crevasses avec des quartiers de Rochers ;
en saillie 5 dans d'autres , des Plantes & des I
Arbustes , des Cascades , des Napes & chu
tes d'eau , imitées par des gases d'argent ,
des Antres , des Cavernes &c. Il y avoir,
couc au pourtour, à fleur d'eau, des Jirenes,
•: 4n
TEVRIER. ryto.
ces Tritons , des Néréides & autres Mons
tres marins.
A une certaine distance , au-dessus & audeilous
des Rochers , en voyoit à fleur d'eau
deux Parceres de lumières qui occupoient
chacun un espace de 18. toises fur i/. donc
Jes bordures etoient ornées alternativemcnc
dlrs & d'Orangers, avec leurs fruits, de
ii. pieds de hauc, chargez de lumières. Le
deflein des Parceres étoic trace? & figuré d'une
mamete variée & agréable par des Terrines,
îe^rs Sa2°n lc dc diveises Cou*
Du milieu de chacun de ces Parteres s'éltì
voient des espèces de Rochers jusqu'à la hau
teur de if. pieds , fur un Plan de J0. pieda
í^'i",? . »V01t,Placé au dessus une Figure
Colossale, bronzée en ronde bosse de 16
pieds de proportion. A l'un c'étoit lê Fleuve*
du Guadalquivir , avec un Lion au bas. On
Jifoit en Lettres d'or, fur l'Urnede ce Fleuve,
ces deux Vers d'Ovide ;
Ho» iOi melior quìsqutm , nec •mmnthr tquì.
Rex fuit aut UU reverentior ulla Dearum.
Et à l'autre Partere c'éroit la Rivière de
Seine avec un Coq. On voyoit fur l'Urne,
d ou 1 eau du Fleuve paroisloit sortir cn gaze
d argent, ces Vers de Tiíulle:
St longé ante alias omnes mitijftmm muter.
Issue Pater , quo non alter amabìlitr.
Aux deux cotez des Parteres & dés deux
rfoncs regnoieht fix Platebandes fur t. lignes
au* a fieiu 4 eau , ornées & décorées fans
I le
MERCURE DE FRANCE.
Je même goûc des Parteres. Les trois de cha
que cócé occupoienc un espace^ de plus decent
pieds de long fur if. de large.
■ Deux Terrasses de charpente , à doubles
Rampes de 10. piés de haut, étoient adoste'es
aux Quais dés deux cotez , oc se terminoienç
en Gradins jusques fur le rivage. Elles regnoient
fur toute la longueur du Jardin, &
occupoienc un terrain de 4oS« piés fur la même
ligne , en y comprenant une fuite de Décora
tions rustiques , qui semblaient servir d'appuy
à ces deux grands Perrons , le tpue étoit garni
d'une si grande quantité de Terrines , que les
yeux en étoient éblouis , & les ténèbres de la
nuit entièrement dissipées. Le mouvement des
lumières , qui en les confondant leur donnoit
encore plus d'éclat , faisoit un tel effet à unecertaine
distance, qu'on croyoit voir des Napcs.
8í des Cascades de feu donc les Spectateu r s.
étoient enchantez.
Entre ces Terrasses lumineuses & le brillant
Jardin , à la hauteur des deux Montagnes , otv
avoic placé deux Bateaux de 70. piés de long ,
£ár M- de large, d'une forme singulière 8e
agréable , ornez de sculpture & dorez. Dtimk
lieu de chacun de ces Bateaux, s'élevoit une
espece de Temple Octogone, couvert enjnaflierede
Baldaquin , soutenu par huit Palmiers
àvec des Quirlandes , des lestons de Fleurs ,
& des Lustres de exista*. Les Bateaux étoient ,
remplis de Musiciens pour les fanfares qu'on
enteodoic alternativement. Les Timbales , les
Trompettes, les Cors de Chasse, les Hautbois^
frappoient agréablement l'oreille.
Surla partie la plus élevée du Temple .placé
j3u côté de l'Hôcd de Bouillon, «nlifoir, ce
Vexs de TìíhUs, [ ,.' ... ... / .. ;-. . i
tl Omnibus
FEVRIER. 1730:
Bmnihus ille die s Çtmpr natal! 1 agatur. , "
Pour Inscription sur l'autre Temple du c$J
*é du Louvre > onlisoit cet autre Vers du mème
toc te.
o quantum fttix , ter que quat erque dits»
Le sommet de ces deux magnifiques G09*1
doles étoit terminé par de gros Fanaux & par
<ies Etandarts , fur lesquels on avoir represen- «
*é des Dauphins & des Amours.
Les quatre coins .de ce vaste , lumineux Sfí
magnifique Jardin, étojent terminez par 4-
brillantcs Tours , couvertes de Lampions ì
plaques de fer-blapc , qui augmentoient cop-
Cderablement l'éclat des lumières , &■ qui per
dant le iour faisoient paroître les Tours comm«
argentées. Elles fembloient s'élever fut q.uat«ji
Terrafles de lumières , ayant 18. piés de diamettre
, fur 70. de haut, en y .comprenant le*
Etendarts aux Armes de France & d'Espagne,
Îu'on y avoit aròorez, à un petit Mât chargé
'un gros Fallot.
C'elt du haut de ces Tours que coinmene*
une partie de l'artisice de ce grand Spectacle ,
après que le signal en eut été donné par une
décharge de Boëces & de Canons , placez fur
le Quay du côré des Thuilleries , 8c après que;
les Princes & Princesses du Sang, les AmbaG»
fadeurs & Minières Etrangers , & les Sei
gneurs & Dames de la Cour , invitez à la Fête,
furent arrivez à l'Hôtel de Bouillon.
On vit partir en même teins de ces Toifr$
les Fusées d'Honneur, & ensuite quantitf
d'autres Auiâces , Soleils fixes & touinans,
'.' I ij Gerbes >
MERCURE t>E FRANCE.
Gerbes, &c. après quoi commença leSpec*
tacle d'un Combat fur la Rivière , dans Jëfc intervales
& les allées du Jardin , de douze
Monstres Marins, tous differens, figurez fur aurantde
Bateaux dé plus de io. píésdelong, d'où
on vie forcir une grande quantité de Serpen
teaux , de Grenades , Balons d'eau , & autres
Artifices qui plongeoientdans laRiviere>& qui
en reíTortoient avec une extrême vitesse , pre
nant différentes formes » comme de Serpens ,
&r.
Pour troisième Acte de cet agréable Spectaclè,
on fit partir i'abord du bas des deux
Montagnes, &r ensuite par gradation, des Sail
lies , des Crevasses , des Cavitez , & enfin
du sommet des deux Monts une très-grande
quantité d'Artifice suivi & diversifie , ce qui
cevoit former comme deux Montagnes de feu
-dont l'action n'etoit interrompue que par des
Volcans clairs & ,brillans , qui fortoient â plu
sieurs reprises de tous côrez & du sommet des
Rochers. Les intervales des differens tems ausvrjuels
les Volcans partoient , écoient remplis
par des Fòugades très- vives par le grand
nombre & par la singularité des Fusées. La
fin fut marquée par plusieurs Girandes.
• Après que les yeux d'un grand nombre, oa
plutôt d'un monde de Spectateurs , eurent ctê
afïez long- tems & allez agréablement occupez
de ce qui se passoit dans l'air , la surface des
eaux attira tous les regards. On la voyoit ptac
inrervales presque entièrement couverte d'arrtifice
-, Dauphins brillans qui s'élevoient &r le
replongeoient, & mille autres Figures animées
& éclatantes , Jets deau , ou plutôt de feu %
& Gerbes flotantes fur des plateaux , qui fà?^
fcient un agréable contraste, par leur état pai»
Ê ETRIER. 1730. 3
sible, avec la vivacité & le bruit éclatant des
autres feux ; enrìn on auroit dit qu'il n'y avoir>
pïus d'antipatie entre le feu & l'eau , & que*
ces deux Elemens si opposez , s'étoient réunis
pour faire un charmant badinage en faveur de
cette superbe Fête.
Après tout l' Artifice* terminé par une secorw
de iàlve de Canon , il devoir sortir une lu
mière éclatante du centre des deux Monta
gnes , pour désigner un Soleil- Levant » de ji»
pieds de diamettre , & rester fixe fur son horiíon,
avec ces mots à'Ovide au tour du Disque i
Ijubil» disjecit. Et en méme-tems s'élever un
Arc-en- Ciel de 40 piés d'ouverture , très-vif
& trés lumineux, avec ses couleurs naturelles,
& la Déesse Iris au -dessus . les deux extremitez
liant les sommets des Montagnes , ce qui
fera plus sensible dans la Planche cy -jointe,
dette Inscription saisok allusion au Traits
d'Alliance conclu depuis peu.
• JEttma fiat CòncorÀi* Rcgum.
Toute l'Ordonnance de ce Spectacle fur Is
Rivière , dont les Ambassadeurs Plénipoten
tiaires d'Espagne ont fourni les pensées , a été
conduire & dessinée par le íìeur Servandoni ,
Florentin , Peintre & Architecte , premier
Peintre de PAcademie Royale de Musique,
très-connu par beaucoup d'autres Décorations
<run excellent gout , qu'il a heureusement
faites , en Italie , en France , & en Angle
terre. Toutes les Illuminations ont été exé
cutées fur ses Desseins , par les sieurs Berthelin
&rÒ'erard, Chandeliers Illuminateurs' or
dinaires des plaisirs du Roy. Quelques Lam
pions à Plaque qu'ils ont nouvellement ima
ginés 1 ontfa.it beaucoup d'effet.
1 iij Nous
4o ó MÊRCURtf DE FRANCE.
Nous n'entreprendrons point de donner une
idée de la vûë admirable que produiíoit la
fpule des Spectateurs de tous états , de tout
âge & de tout sexe, dans des Bateaux fur la
Rîvïere , fur les deux Quais & fur les deux
Ponts , fur les Terrasses . les Balcons & nux
fe'hêtres du Louvre , des Hôtels & des Maisons
des deux cotez ; moins encore du coup d'oeit
magnifique, éclatants? tói;í-à fait fupeibe de
lá Galerie de l'Hòtel de Bouillon , & des Ter-*
rasses en Amphithéâtre qui- s'y joignoient ,
couverts & ornez d'une manière convenable,
oû étoient placei tous les Princes , Princesses,
Seigneurs &c Dames invitez à la Pêtc, tous
en habits neufs magnifiques , qui , à l'envi , se
difputoient la richesse, legout & la magni
ficence , & dont plusieurs , avec tout ce qu'on
p'eUt employer de dorures, de broderies &r de
superbes Etoffes , étoient encore enrichis de
Garnitures ccmplettes de Pierreries.,
Dans la Galerie du grand Appartement de
l'Hòtel de Bouillon , on avoit dressé un Théâ
tre très- bien décoré par le sieur Servandoni ,
& disposé d'une manière convenable aux íìj
ches ofrietnêns de la Galerie, dont les Specta
teurs occupoient les deux tiers. Le Rideau du
Théâtre prefentoit aux yeux un Lion, Ufv
Dauphin & des Amòufs , fur un Globe Ter*
reítre, avec quelques attributs de la Fêcç. On
Hfoit au-dessus: Mrs. Egl.
. Clark T)tum sohles
, Jlspìce vmturo Utantur ut cm nia secU.
C'est dans cette Galerie que toute l'illuslre
Compagnie fe rendit aptes tout í" Artifice, pour
j voir une Pastorale dé la composition de M. de
la
FEVRîER. 1730. 461
/* Serre 3c un Ballet. Toute la Musique est dfc
M. R t bel , le Ris , Compositeur de la Musique
de la Chambre du Roy. La Scène se passoit dans,
íin Paysage au pied des Pirenées. Ce Diver
tissement» généralement goûté , fut exécuté
par l'élite des Acteurs de l'Opera, qui ont été
gratifiez par des Bijoux d'or , d'un prix
considérable , outre leurs habits , qui étoient
-euflì riches que convenables» Le sieur Lavtl
avoit composé le Ballet j il y dansa avec te
sieur Dtngtvìlle & les Dlles Prévost & Salil
chantoient dans la Piece. , les Dlle» utntier ,
Pelifur, Le Maure , &c. & les fieurs Tribut, ,
Vun , &c.
Après ce Spectacle, toute 1" Assemblée" i
composée de tout ce qu'il y à de grand par la
.naissance & par les dignitez dans le Royaume,)
& des Ministres Etrangers > passa dans le grand
8alon de 108. piés de long, fur 4 s. de large
& n. d'élévation dans Oeuvre , construit ex
près dans le Jardin , & élevé jusqu'au plein
sied du Vestibule & des Appartemens bas da
Hôtel de Bouillon.
Cette magnifique Salle, destinée à un superbe
Festin , étoi: percée de sept portes , trcis gran
des & quatre moindres. Huit Cabinets hors
d'oeuvre de n. pieds en quarréj distribuez aux
iquatres Angles , & dans les intervales des co
tez , étoierit destinez pour les Bufets , pendant
le Souper & pendant le Bal. Cette Salle , éclai
rée par un très-grand nombre de Lustres de
cristal & de Girandoles garnies de bougies
étoit décorée & richement ornée par leíieur
Titoísy Sculpteur & Décorateur , qui a trèsbien
réiislî , surtout dans les bas- reliefs do
rez, où l'on voyoit les attributs de différentes
Divinitesj de Bacchus , de l' Abondance, &rc,
I iiij enfin
'49i MERCURE t)E FRANCE;
ènfin on avoit sçû allier la plus grande srîmp*
tuosité â tout ce qui peut procurer Sc inspires
la joyè & la gayeté.
Les illustres Convives priez, se placèrent i
fix tablâsS de cinquante couverts chacune >
fervks à quatre Services , en gras & en maigre,
dans la plus grande magnificence & avec au
tant de délicateflè que d'abondance. Au Des
sert on but l£S Santez Royales au bruit de l'Ar
tillerie. Deux autres tables de ja» couverts
chacune , furent servies en Ambigu dans deux
Appartemens à plein pied du Vestibule.
Après le Festin on remonta dans la Galerie
de la Pastorale , où l'on entendit un charmant
Concert de Voix & d'Inítrumens. On y executa
le cinquième Acte de l'Opera de Phaeton,
après quoi on retourna dans le grand Salon,
qu'on trouva préparé pour le Bal , avec six
rangs de Gradins tout autour, fur lesquels on
ne vit jamais une feule place vuide jusqu'à
sept heures du matin. Il est aisé de comprendre
le charmant effet que dévoient faire à la clarté
vive des lumières , la richesse de la parure âc
, k brillant des Pierreries des Seigneurs & des
Dames de cette auguste Assemblée.
Vers les deux heures après minuit on laisíà
entrer les personnes invitées au Bal par billet,
& peu de temps après tous les Masques qui se
présentèrent, ce qui rendit le Bal très- nom
breux & très-animé jusqu'au grand jour qu'on
se retira plein d'admiration d'une si belle Fête
& charmé des manières nobles , & polies des
en avoient fait les honneurs avec tant de di
gnité. Ces Ministres avoient donné de si bons
ordres , que pendant tout le Bal les Rafraîenissemens
de toutes les espèces qu'on avoic
:FE VRI ER. 1750. 40$
pû ìiîiaginer , dans la plus grande abondance
& la plus grande délicatesse, furent présentez
de tous côcez , enforte qu'on n'avoit pas mê
me le temps de souhaiter , & chose assez rare
dans ces sortes de Fêtes » malgré la foule pro-,
digieule.il n'est pas arrivé le moindre désordre.
Fen d'Artifice tiré sur la Rivière , *
Paris , entre If P'ont- Neuf & le Pont
Royal , au sujet de la Naijsance du ■
Dau p h i ri , par ordre du Roy d'Espa- !
gné , & par les foins de MM. le Mar
quis de Sanca-Cruz & de Barrenechea,
^Ambassadeurs Extraordinaires & Plé
nipotentiaires de S. M, Catholique.
LEs préparatifs immenses & la dépense ve-"
ritablement Royale de cette superbe Fête,'
dans l'execution de laquelle on a, pour ainsi
dire, forcé la nature, & surmonté tous les
obstacles de la Saison , méritent bien que le
Mercure de France en parle d'une manière i
en pouvoir donner une idée à ceux qui n'ons
pas été à portée de voir un spectacle auíS
■éclatant , lequel a parfaitement répondu aux
ordres que M M. les Ambassadeurs d'Espagne
avoient reçus du Roy , leur Maître , S. M. O
ayant voulu à l'occasion de cet heureux évé
nement , exprimer avec pompe dans la Capi
tale du Royaume , ses tendres sentimens pour
le Roi , son Neveu , & mêler fa joye avec
celle de toute la France.
On fçait assez Jes marques de joye qu'ont
fait paroître le Roi & la Reine d'Espagne de
l'heureux Accouchement de la Reine ; mais
íjuelques brillantes & générales qu'ayent été
les Fêtes qu'on a données dans leurs Etats l
ÍSCCC
t ù '.-ìjìò LIìjRARY.
A5TCR, LENOX AND
TILOEM FOUMOATlONâ.
FEVRIER. î73«. 391
î
eette occasion , elles n'ont pas encore été pro
portionnées à ce que L. M, C. ont senti dans
le coeur.
M M de Santa- Cruz & de Barrenechea ont
agi avec tant de sagacité , tant de grandeur
cl'ame , de discernement , cie goût , & sur touç
avec tact de zèle pour le service de S. M.
qu'il a résulté de leur application & de l'étenduë
de leurs lumières , une iclatante Fête,
où la grandeur » la variété & la magnificence
ont également régné.
L'Hpcel de Bouillon , situé fur le Quai de*
Theatins , vis-à-vis le Louvre , que léDuode
ce nom â bien voulu prêter . avec la noblesse
& les manières qa j font ordinaires aux person
nes de son rang , a servi de principale Scène.
C'étoit comme le centre de la Fête & du
spectacle , qui fut heureusement favorisé d'une
très- belle nuit.
Le ti. Janvier > à six heures du soir , tou
tes les Illuminations parurent dans l'éclat &
dans le brillant qu'il eít plus aisé de s'i
maginer que de décrire. La Façade de l'Hôtel
de Bouillon présentoit aux yeux sept Porques
de lumières ; on liloit au-dessus de ceìui
du milieu , qui étoit formé par la porte
de L'Hôtel , une Inscription Latine qui man-
Suoit l'union & le bonheur de la France & -
e l'îíspagne. Les ceimres des Portiques étoient
«lecórés alternativement par des Dauphins de
relief entrclaíTés > & par les Chifres du Roi ;
le tòut rehaussé d'or. Le vuide des Portiques
étoit occupé par des Emblèmes peintes en
camayeux , dans des Médaillons ornés de guir
landes. Au premier adroite, la France étòh;
'représentée sous la figure d'une belle femme,
gui montre à, l'Efpagne le Dauphin entre les
sjjî MERCURE DE FRANCE.
hus de Lncint. Çe Vers d'Ovide ctoit au ba<*
"3*1» nostrum curvi porunt Delphine; amorem.
Au deuxième Portique , à gauche , TEspagne
montroit à la France le jeune Dauphin,
armé d'un casque & d'une cuirasse que J'Amour
conduit. , & lui présente. Et ce Vers de
Iroj/erce.
Sed tibi fuífidio Delphinum eurrere vidi.
Les deux Portiques ensuite n'attiroient pas
*.ant les regards ; mais en revanche les go
siers altérés y couroient ayee grand empres
sement s car de deux mûries de Lion dorés ,
couloient deux Fontaines de vin pour lè
peuple.
On voyoit au Médaillon du troisième Poe- ,
tique un Coq , simbole de la France } qui
s'addressoit au Lion , simbole de l'Espagne,
<Bi ce Vers à' Ovide. Met amorphofi
ÌJttnc dtio concordes anima vivemus in uni,
L'amour qui entre dans cet Emblème . Ii«
ensemble le Coq , le Lion & le Dauphin.
Sur le dernier Portique de la gauche , un
Xion paroissoit donner au Coq des assurances
d'une íînceie amitié par ce Vers de Virgile»
f>ispeream fi te fuerit tnihi chariot alttr.
L'Amour au bas avec un Dauphin à ses
pieds, gravoit ces paroies fur le marbre 8c
fur l'airain pour en marquer lá solidité 8c la
jRncerité.
Un entablement formé par des lampions ,
leguoit
'FEVRIER. iys0; -9J
tegnoit sur les Portiques i il étoit surmonté
par une Galerie découverte , dont la Balustra
de étoit formée par des Qirandoles d'une fi
gure agréable; I* Architecture de toute la Fa
çade de l'Hôtel de Bouillon étoit ingénieu
sement dessinée par des Lampions , & enri
chie de Lustres & de Girandoles aux Tru
meaux , dans les Croisées & fur les Comble»,
On voyoit fur la principale porte un Dau
phin de relief ■ en marbre blanc , rthaussc
d'or & couronné > accompagné de Lys , re
présentés en lumière ; à quoi on a pou
voir appliquer ce Vers d'Ovide :
p f*cr* frogcn'tes d'tgna ptrente tuo.
L'interieur de la Cour étoit aussi illumines
non seulement par des Chambranles à toutes
les Croisées julqu'à celles des deux aîles qui
jendent iur le Quay , mais encore jusques fur
le faite du Bâtiment où l'on avoit placé des
Girandoles & des Pots à feu.
D'autres Portiques de lumières décoroienc
encore le pourtour de cette Cour. On lisoit
au-dessus de celui du milieu , où est la Porte
id'Entrée , cette Inscription tirée d'un Vers de
IroÇerce.
luce.ït é» toti fiamm* secund* dôme.
A l'appLomb de cette porte , fur les Corn*
bles , on avoic élevé une Tour lumineuse,
faisant allusion aux Tours de Castille ; elle
étoit acompagnée des,Chiísres & du princi
pal Attribut des Armes de Philippe V.
Toute ì'ordonnance de cette Illumination
* été conduite pai le S. Beauûre , 1e fils *
594 MERCURE DE FRANCE. -.
Architecte de la Ville de Paris, qui en, ~
donné les Dcsstins.
La surface de la Rivière , vis-à-vis l'HôteJ
de Bouillon , offroit un spectacle d'une autrç
espece , dont les yeux étoient également en-
'chantés & éblouis. C'étoit un vaste Jardin >
de l'un â l'autre Rivage du Fleuve , qui â
cet endroit a environ 90- toises de large , sur^
un espace de 70. dans fa loneueur. La si-N
tuation étoit des plus magnifiques & des
plus avantageuses , étant naturellement dé
corée par le Qiiay du Collège des Quatre:
ÎNations d'un côté , par celui des GaUeries dp
Louvre de l'autre , &c aux deux bouts , pat
je Pont-Neuf & par le Pont Royal.
Deux Rochers isolés ou Montagnes escar
pées , Simbole des Monts Pirennées > qui
séparent la France de í'Espagne , formciénc
le principal objet de ce::e pompeuse décor
ration- au milieu de la Rivière. Les deux
Monts étoient joints par leurs Bases fur un
Plan d'environ 140. pieds de íong , fur 60.
de large , & séparés par leur cime de près
de 40. pieds , ayant chacun 9i. pieds d'élé
vation au-deííus de la surface de l'eau 8c
des deux grands Bateaux fur lesquels touc
i'Edihce étoit construit.
On voyoit une agréable variété fur ces
Montagnes. s où la nature étoit imitée avec
beaucoup d'art, dans tout ce qu'elle a d'a
greste & de sauvage. Dans un endroit c'étoient
des crevasses avec des quartiers de Rochers ;
en saillie 5 dans d'autres , des Plantes & des I
Arbustes , des Cascades , des Napes & chu
tes d'eau , imitées par des gases d'argent ,
des Antres , des Cavernes &c. Il y avoir,
couc au pourtour, à fleur d'eau, des Jirenes,
•: 4n
TEVRIER. ryto.
ces Tritons , des Néréides & autres Mons
tres marins.
A une certaine distance , au-dessus & audeilous
des Rochers , en voyoit à fleur d'eau
deux Parceres de lumières qui occupoient
chacun un espace de 18. toises fur i/. donc
Jes bordures etoient ornées alternativemcnc
dlrs & d'Orangers, avec leurs fruits, de
ii. pieds de hauc, chargez de lumières. Le
deflein des Parceres étoic trace? & figuré d'une
mamete variée & agréable par des Terrines,
îe^rs Sa2°n lc dc diveises Cou*
Du milieu de chacun de ces Parteres s'éltì
voient des espèces de Rochers jusqu'à la hau
teur de if. pieds , fur un Plan de J0. pieda
í^'i",? . »V01t,Placé au dessus une Figure
Colossale, bronzée en ronde bosse de 16
pieds de proportion. A l'un c'étoit lê Fleuve*
du Guadalquivir , avec un Lion au bas. On
Jifoit en Lettres d'or, fur l'Urnede ce Fleuve,
ces deux Vers d'Ovide ;
Ho» iOi melior quìsqutm , nec •mmnthr tquì.
Rex fuit aut UU reverentior ulla Dearum.
Et à l'autre Partere c'éroit la Rivière de
Seine avec un Coq. On voyoit fur l'Urne,
d ou 1 eau du Fleuve paroisloit sortir cn gaze
d argent, ces Vers de Tiíulle:
St longé ante alias omnes mitijftmm muter.
Issue Pater , quo non alter amabìlitr.
Aux deux cotez des Parteres & dés deux
rfoncs regnoieht fix Platebandes fur t. lignes
au* a fieiu 4 eau , ornées & décorées fans
I le
MERCURE DE FRANCE.
Je même goûc des Parteres. Les trois de cha
que cócé occupoienc un espace^ de plus decent
pieds de long fur if. de large.
■ Deux Terrasses de charpente , à doubles
Rampes de 10. piés de haut, étoient adoste'es
aux Quais dés deux cotez , oc se terminoienç
en Gradins jusques fur le rivage. Elles regnoient
fur toute la longueur du Jardin, &
occupoienc un terrain de 4oS« piés fur la même
ligne , en y comprenant une fuite de Décora
tions rustiques , qui semblaient servir d'appuy
à ces deux grands Perrons , le tpue étoit garni
d'une si grande quantité de Terrines , que les
yeux en étoient éblouis , & les ténèbres de la
nuit entièrement dissipées. Le mouvement des
lumières , qui en les confondant leur donnoit
encore plus d'éclat , faisoit un tel effet à unecertaine
distance, qu'on croyoit voir des Napcs.
8í des Cascades de feu donc les Spectateu r s.
étoient enchantez.
Entre ces Terrasses lumineuses & le brillant
Jardin , à la hauteur des deux Montagnes , otv
avoic placé deux Bateaux de 70. piés de long ,
£ár M- de large, d'une forme singulière 8e
agréable , ornez de sculpture & dorez. Dtimk
lieu de chacun de ces Bateaux, s'élevoit une
espece de Temple Octogone, couvert enjnaflierede
Baldaquin , soutenu par huit Palmiers
àvec des Quirlandes , des lestons de Fleurs ,
& des Lustres de exista*. Les Bateaux étoient ,
remplis de Musiciens pour les fanfares qu'on
enteodoic alternativement. Les Timbales , les
Trompettes, les Cors de Chasse, les Hautbois^
frappoient agréablement l'oreille.
Surla partie la plus élevée du Temple .placé
j3u côté de l'Hôcd de Bouillon, «nlifoir, ce
Vexs de TìíhUs, [ ,.' ... ... / .. ;-. . i
tl Omnibus
FEVRIER. 1730:
Bmnihus ille die s Çtmpr natal! 1 agatur. , "
Pour Inscription sur l'autre Temple du c$J
*é du Louvre > onlisoit cet autre Vers du mème
toc te.
o quantum fttix , ter que quat erque dits»
Le sommet de ces deux magnifiques G09*1
doles étoit terminé par de gros Fanaux & par
<ies Etandarts , fur lesquels on avoir represen- «
*é des Dauphins & des Amours.
Les quatre coins .de ce vaste , lumineux Sfí
magnifique Jardin, étojent terminez par 4-
brillantcs Tours , couvertes de Lampions ì
plaques de fer-blapc , qui augmentoient cop-
Cderablement l'éclat des lumières , &■ qui per
dant le iour faisoient paroître les Tours comm«
argentées. Elles fembloient s'élever fut q.uat«ji
Terrafles de lumières , ayant 18. piés de diamettre
, fur 70. de haut, en y .comprenant le*
Etendarts aux Armes de France & d'Espagne,
Îu'on y avoit aròorez, à un petit Mât chargé
'un gros Fallot.
C'elt du haut de ces Tours que coinmene*
une partie de l'artisice de ce grand Spectacle ,
après que le signal en eut été donné par une
décharge de Boëces & de Canons , placez fur
le Quay du côré des Thuilleries , 8c après que;
les Princes & Princesses du Sang, les AmbaG»
fadeurs & Minières Etrangers , & les Sei
gneurs & Dames de la Cour , invitez à la Fête,
furent arrivez à l'Hôtel de Bouillon.
On vit partir en même teins de ces Toifr$
les Fusées d'Honneur, & ensuite quantitf
d'autres Auiâces , Soleils fixes & touinans,
'.' I ij Gerbes >
MERCURE t>E FRANCE.
Gerbes, &c. après quoi commença leSpec*
tacle d'un Combat fur la Rivière , dans Jëfc intervales
& les allées du Jardin , de douze
Monstres Marins, tous differens, figurez fur aurantde
Bateaux dé plus de io. píésdelong, d'où
on vie forcir une grande quantité de Serpen
teaux , de Grenades , Balons d'eau , & autres
Artifices qui plongeoientdans laRiviere>& qui
en reíTortoient avec une extrême vitesse , pre
nant différentes formes » comme de Serpens ,
&r.
Pour troisième Acte de cet agréable Spectaclè,
on fit partir i'abord du bas des deux
Montagnes, &r ensuite par gradation, des Sail
lies , des Crevasses , des Cavitez , & enfin
du sommet des deux Monts une très-grande
quantité d'Artifice suivi & diversifie , ce qui
cevoit former comme deux Montagnes de feu
-dont l'action n'etoit interrompue que par des
Volcans clairs & ,brillans , qui fortoient â plu
sieurs reprises de tous côrez & du sommet des
Rochers. Les intervales des differens tems ausvrjuels
les Volcans partoient , écoient remplis
par des Fòugades très- vives par le grand
nombre & par la singularité des Fusées. La
fin fut marquée par plusieurs Girandes.
• Après que les yeux d'un grand nombre, oa
plutôt d'un monde de Spectateurs , eurent ctê
afïez long- tems & allez agréablement occupez
de ce qui se passoit dans l'air , la surface des
eaux attira tous les regards. On la voyoit ptac
inrervales presque entièrement couverte d'arrtifice
-, Dauphins brillans qui s'élevoient &r le
replongeoient, & mille autres Figures animées
& éclatantes , Jets deau , ou plutôt de feu %
& Gerbes flotantes fur des plateaux , qui fà?^
fcient un agréable contraste, par leur état pai»
Ê ETRIER. 1730. 3
sible, avec la vivacité & le bruit éclatant des
autres feux ; enrìn on auroit dit qu'il n'y avoir>
pïus d'antipatie entre le feu & l'eau , & que*
ces deux Elemens si opposez , s'étoient réunis
pour faire un charmant badinage en faveur de
cette superbe Fête.
Après tout l' Artifice* terminé par une secorw
de iàlve de Canon , il devoir sortir une lu
mière éclatante du centre des deux Monta
gnes , pour désigner un Soleil- Levant » de ji»
pieds de diamettre , & rester fixe fur son horiíon,
avec ces mots à'Ovide au tour du Disque i
Ijubil» disjecit. Et en méme-tems s'élever un
Arc-en- Ciel de 40 piés d'ouverture , très-vif
& trés lumineux, avec ses couleurs naturelles,
& la Déesse Iris au -dessus . les deux extremitez
liant les sommets des Montagnes , ce qui
fera plus sensible dans la Planche cy -jointe,
dette Inscription saisok allusion au Traits
d'Alliance conclu depuis peu.
• JEttma fiat CòncorÀi* Rcgum.
Toute l'Ordonnance de ce Spectacle fur Is
Rivière , dont les Ambassadeurs Plénipoten
tiaires d'Espagne ont fourni les pensées , a été
conduire & dessinée par le íìeur Servandoni ,
Florentin , Peintre & Architecte , premier
Peintre de PAcademie Royale de Musique,
très-connu par beaucoup d'autres Décorations
<run excellent gout , qu'il a heureusement
faites , en Italie , en France , & en Angle
terre. Toutes les Illuminations ont été exé
cutées fur ses Desseins , par les sieurs Berthelin
&rÒ'erard, Chandeliers Illuminateurs' or
dinaires des plaisirs du Roy. Quelques Lam
pions à Plaque qu'ils ont nouvellement ima
ginés 1 ontfa.it beaucoup d'effet.
1 iij Nous
4o ó MÊRCURtf DE FRANCE.
Nous n'entreprendrons point de donner une
idée de la vûë admirable que produiíoit la
fpule des Spectateurs de tous états , de tout
âge & de tout sexe, dans des Bateaux fur la
Rîvïere , fur les deux Quais & fur les deux
Ponts , fur les Terrasses . les Balcons & nux
fe'hêtres du Louvre , des Hôtels & des Maisons
des deux cotez ; moins encore du coup d'oeit
magnifique, éclatants? tói;í-à fait fupeibe de
lá Galerie de l'Hòtel de Bouillon , & des Ter-*
rasses en Amphithéâtre qui- s'y joignoient ,
couverts & ornez d'une manière convenable,
oû étoient placei tous les Princes , Princesses,
Seigneurs &c Dames invitez à la Pêtc, tous
en habits neufs magnifiques , qui , à l'envi , se
difputoient la richesse, legout & la magni
ficence , & dont plusieurs , avec tout ce qu'on
p'eUt employer de dorures, de broderies &r de
superbes Etoffes , étoient encore enrichis de
Garnitures ccmplettes de Pierreries.,
Dans la Galerie du grand Appartement de
l'Hòtel de Bouillon , on avoit dressé un Théâ
tre très- bien décoré par le sieur Servandoni ,
& disposé d'une manière convenable aux íìj
ches ofrietnêns de la Galerie, dont les Specta
teurs occupoient les deux tiers. Le Rideau du
Théâtre prefentoit aux yeux un Lion, Ufv
Dauphin & des Amòufs , fur un Globe Ter*
reítre, avec quelques attributs de la Fêcç. On
Hfoit au-dessus: Mrs. Egl.
. Clark T)tum sohles
, Jlspìce vmturo Utantur ut cm nia secU.
C'est dans cette Galerie que toute l'illuslre
Compagnie fe rendit aptes tout í" Artifice, pour
j voir une Pastorale dé la composition de M. de
la
FEVRîER. 1730. 461
/* Serre 3c un Ballet. Toute la Musique est dfc
M. R t bel , le Ris , Compositeur de la Musique
de la Chambre du Roy. La Scène se passoit dans,
íin Paysage au pied des Pirenées. Ce Diver
tissement» généralement goûté , fut exécuté
par l'élite des Acteurs de l'Opera, qui ont été
gratifiez par des Bijoux d'or , d'un prix
considérable , outre leurs habits , qui étoient
-euflì riches que convenables» Le sieur Lavtl
avoit composé le Ballet j il y dansa avec te
sieur Dtngtvìlle & les Dlles Prévost & Salil
chantoient dans la Piece. , les Dlle» utntier ,
Pelifur, Le Maure , &c. & les fieurs Tribut, ,
Vun , &c.
Après ce Spectacle, toute 1" Assemblée" i
composée de tout ce qu'il y à de grand par la
.naissance & par les dignitez dans le Royaume,)
& des Ministres Etrangers > passa dans le grand
8alon de 108. piés de long, fur 4 s. de large
& n. d'élévation dans Oeuvre , construit ex
près dans le Jardin , & élevé jusqu'au plein
sied du Vestibule & des Appartemens bas da
Hôtel de Bouillon.
Cette magnifique Salle, destinée à un superbe
Festin , étoi: percée de sept portes , trcis gran
des & quatre moindres. Huit Cabinets hors
d'oeuvre de n. pieds en quarréj distribuez aux
iquatres Angles , & dans les intervales des co
tez , étoierit destinez pour les Bufets , pendant
le Souper & pendant le Bal. Cette Salle , éclai
rée par un très-grand nombre de Lustres de
cristal & de Girandoles garnies de bougies
étoit décorée & richement ornée par leíieur
Titoísy Sculpteur & Décorateur , qui a trèsbien
réiislî , surtout dans les bas- reliefs do
rez, où l'on voyoit les attributs de différentes
Divinitesj de Bacchus , de l' Abondance, &rc,
I iiij enfin
'49i MERCURE t)E FRANCE;
ènfin on avoit sçû allier la plus grande srîmp*
tuosité â tout ce qui peut procurer Sc inspires
la joyè & la gayeté.
Les illustres Convives priez, se placèrent i
fix tablâsS de cinquante couverts chacune >
fervks à quatre Services , en gras & en maigre,
dans la plus grande magnificence & avec au
tant de délicateflè que d'abondance. Au Des
sert on but l£S Santez Royales au bruit de l'Ar
tillerie. Deux autres tables de ja» couverts
chacune , furent servies en Ambigu dans deux
Appartemens à plein pied du Vestibule.
Après le Festin on remonta dans la Galerie
de la Pastorale , où l'on entendit un charmant
Concert de Voix & d'Inítrumens. On y executa
le cinquième Acte de l'Opera de Phaeton,
après quoi on retourna dans le grand Salon,
qu'on trouva préparé pour le Bal , avec six
rangs de Gradins tout autour, fur lesquels on
ne vit jamais une feule place vuide jusqu'à
sept heures du matin. Il est aisé de comprendre
le charmant effet que dévoient faire à la clarté
vive des lumières , la richesse de la parure âc
, k brillant des Pierreries des Seigneurs & des
Dames de cette auguste Assemblée.
Vers les deux heures après minuit on laisíà
entrer les personnes invitées au Bal par billet,
& peu de temps après tous les Masques qui se
présentèrent, ce qui rendit le Bal très- nom
breux & très-animé jusqu'au grand jour qu'on
se retira plein d'admiration d'une si belle Fête
& charmé des manières nobles , & polies des
en avoient fait les honneurs avec tant de di
gnité. Ces Ministres avoient donné de si bons
ordres , que pendant tout le Bal les Rafraîenissemens
de toutes les espèces qu'on avoic
:FE VRI ER. 1750. 40$
pû ìiîiaginer , dans la plus grande abondance
& la plus grande délicatesse, furent présentez
de tous côcez , enforte qu'on n'avoit pas mê
me le temps de souhaiter , & chose assez rare
dans ces sortes de Fêtes » malgré la foule pro-,
digieule.il n'est pas arrivé le moindre désordre.
Fermer
Résumé : DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
Une fête somptueuse fut organisée à Paris pour célébrer la naissance du Dauphin d'Espagne. Cette célébration, ordonnée par le roi d'Espagne et orchestrée par les ambassadeurs espagnols, les marquis de Santa-Cruz et de Barrenechea, visait à exprimer la joie et les sentiments affectueux du roi d'Espagne envers son neveu, le roi de France. La fête se déroula sur la rivière entre le Pont Neuf et le Pont Royal, malgré les obstacles saisonniers. Les préparatifs furent immenses et la dépense royale. L'Hôtel de Bouillon, situé sur le quai des Théatins, servit de scène principale. Sa façade était illuminée avec sept portiques de lumières, des inscriptions latines célébrant l'union entre la France et l'Espagne, et des emblèmes peints en camaïeux. La rivière fut transformée en un vaste jardin illuminé, avec des rochers symbolisant les Pyrénées, des cascades d'eau imitées par des jets d'argent, et des figures marines. Deux bateaux ornés de temples octogones et de musiciens naviguaient sur la rivière. Le spectacle inclut un combat de monstres marins, des feux d'artifice formant des montagnes de feu, et des jets d'eau brillants. Le spectacle se conclut par une salve de canon, révélant un soleil levant et un arc-en-ciel avec la déesse Iris, symbolisant l'alliance entre les deux royaumes. L'ensemble de l'organisation fut dirigée par le peintre et architecte florentin Servandoni. Par ailleurs, une autre fête fut organisée dans un grand salon de l'Hôtel de Bouillon, destiné à un festin. Cette salle, percée de sept portes et ornée de huit cabinets pour les buffets, était éclairée par de nombreux lustres et girandoles. Le sculpteur et décorateur Titoisy réalisa des bas-reliefs représentant des divinités comme Bacchus et l'Abondance. Les convives, placés à six tables de cinquante couverts chacune, dégustèrent des mets en abondance et en magnificence. Après le festin, ils assistèrent à un concert exécutant le cinquième acte de l'opéra de Phaëton, suivi d'un bal jusqu'à sept heures du matin. Les rafraîchissements furent servis en abondance et avec délicatesse, sans désordre malgré la foule. Les ministres ayant organisé la fête reçurent des éloges pour leur dignité et leurs bonnes manières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'Artifice tiré sur la Riviere, à Paris, entre le Pont-Neuf & le Pont Royal, au sujet de la Naissance du DAUPHIN, par ordre du Roy d'Espagne, & par les soins de M M. le Marquis de Santa-Cruz & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique.
10
p. 403-405
VERS LIBRES, Sur le Feu d'Artifice tiré sur l'Eau, par ordre du Roy d'Espagne, & les soins de M M. les Ambassadeurs à la Cour de France.
Début :
Hier dans ces Grottes profondes, [...]
Mots clefs :
Feu d'artifice, Naissance du Dauphin, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES, Sur le Feu d'Artifice tiré sur l'Eau, par ordre du Roy d'Espagne, & les soins de M M. les Ambassadeurs à la Cour de France.
VERS LIBRES,
Surje Feu d' Artifice tiré fur l'Eau , par
ordre du Roy d'Espagne , & les foins,,
de MM. les Ambassadeurs à la Cour
de France.
r dans ces Grottes profondes,
D'où la Seine épanche ses Ondes ,
CQui chaque jour la gloire & l'honncur de no*
' champs ,
De la B onde Cerés augmentent les prefens )
Ëífe appella les Dieux soumis à son Empire ;
Nayades, Nimphes &Tritons ,
Sont assis dans leur rang fur des sièges de joncs:
Un mal commun à tous , en ces lieux nous at
tire :
Vous le fçavez , l'hyver, dit la Reine des flots,,
De nos jours tous les ans vient troubler le re
pos,
Ce- n'est plus à présent un tranqui I Zephire,.
Ç£ui folâtre & qui rit sur le sein de mes eaux*.
Non. l' Aquilon bien- tôt, toujours prompt £
me nuire ,
Arrêtera mon corn» & rompra mes roseaux.
1 y Ceffi
'404 MÊRCURE DE FRANCTj .
. C'elt sut ce point » tritons , qu'il faut qu'orïdélibère.
Mettons nous à l'abrides coups de fa coîere j
Voyons par quels moyens on peut s'en ga
rantir i
Ou par quels dons enfin nous pourrons la fle«*
chir ; •
la tristesse à ces mots se peint sur le visage,
Les Nayadea alors regardent le Rivage,
* Où quand le Ciel donnoit des jours purs &
serains >
Elles alloient au son d'un instrument cham
pêtre ,
A l'ombre de quelque vieux hêtre ,
Datiser avec les Dieux Silvains.-
les Nimphes de leurs yeux laissent couler des;
larmes j
t es Tritons affligez n'y trouventplus les char--
mes
Qui sçureht asservir leurs coeurs ;
Ainsi chacun se llvroit aUx douleurs.
Quand une'Nimphe accourt : helasl en Cetteplace
>
Que fahes- vous í'uh mal bien plus grand hotts
menace j. .
Venez , Reine des flots, arrêtez les desseins »
Que forment contre nous des aveugles Hu
mains.
Allons , courons punir une main sacrilège ,
Dit ia Seine . . . elle part en ce même momèhrí
les Nimphes, les Tritons, composent son cor"
■ ' C'est:
• f EV RIE,R. i-fìó. 40í
C'est ainsi qu'en la voie dans le vaste Océan ,
'truand elle offre à ce Dieu les Eaux de son
Hmpire.
Elle approche. .. elle voit. . > & son courrou»
expire.
Sur sa Suite surprise elle jette les yeux j
Enfin elle applaudit d'un rire gracieux »
Elle voit les Jardins dignes de la Nature >
Une Nayade y court sécher sa chevelure >
l'une y cueille à lafois & des fruits & des
fleurs ,
L'autre ne songe plus aux cruelles rigueurs
Que l' Amant fougueux d'Orithie >
Leur prépare dans fa furie.
L'autre fous ces Rochers va chercher le repos i
Tandis que l'une ici contemple cet Ouvrage >
Ett l'autre des Poissons en embrassant le dos >
Coupe rapidement les flots.
Les Himphes . à l'envi , courent fur le Rivages
Élies dansent d'un pas leger ,
-Âu doux chant des Triions qui font retens
tir Pair»
Alors la Seine les appelle 3,
Courez à I'Ocean, chers Tritons, leur dit-elle;
Que ses Dieux fur ces bords se rendent avec
voUî* ! >
Allez encore au Tage , à cet ami fidèle >
Apprendre les apprêts d'une fête fi belle >
Qu'il vienne paitager les plaisirs avec nous-,-
UAbbi Bonnoi de Mably.
Surje Feu d' Artifice tiré fur l'Eau , par
ordre du Roy d'Espagne , & les foins,,
de MM. les Ambassadeurs à la Cour
de France.
r dans ces Grottes profondes,
D'où la Seine épanche ses Ondes ,
CQui chaque jour la gloire & l'honncur de no*
' champs ,
De la B onde Cerés augmentent les prefens )
Ëífe appella les Dieux soumis à son Empire ;
Nayades, Nimphes &Tritons ,
Sont assis dans leur rang fur des sièges de joncs:
Un mal commun à tous , en ces lieux nous at
tire :
Vous le fçavez , l'hyver, dit la Reine des flots,,
De nos jours tous les ans vient troubler le re
pos,
Ce- n'est plus à présent un tranqui I Zephire,.
Ç£ui folâtre & qui rit sur le sein de mes eaux*.
Non. l' Aquilon bien- tôt, toujours prompt £
me nuire ,
Arrêtera mon corn» & rompra mes roseaux.
1 y Ceffi
'404 MÊRCURE DE FRANCTj .
. C'elt sut ce point » tritons , qu'il faut qu'orïdélibère.
Mettons nous à l'abrides coups de fa coîere j
Voyons par quels moyens on peut s'en ga
rantir i
Ou par quels dons enfin nous pourrons la fle«*
chir ; •
la tristesse à ces mots se peint sur le visage,
Les Nayadea alors regardent le Rivage,
* Où quand le Ciel donnoit des jours purs &
serains >
Elles alloient au son d'un instrument cham
pêtre ,
A l'ombre de quelque vieux hêtre ,
Datiser avec les Dieux Silvains.-
les Nimphes de leurs yeux laissent couler des;
larmes j
t es Tritons affligez n'y trouventplus les char--
mes
Qui sçureht asservir leurs coeurs ;
Ainsi chacun se llvroit aUx douleurs.
Quand une'Nimphe accourt : helasl en Cetteplace
>
Que fahes- vous í'uh mal bien plus grand hotts
menace j. .
Venez , Reine des flots, arrêtez les desseins »
Que forment contre nous des aveugles Hu
mains.
Allons , courons punir une main sacrilège ,
Dit ia Seine . . . elle part en ce même momèhrí
les Nimphes, les Tritons, composent son cor"
■ ' C'est:
• f EV RIE,R. i-fìó. 40í
C'est ainsi qu'en la voie dans le vaste Océan ,
'truand elle offre à ce Dieu les Eaux de son
Hmpire.
Elle approche. .. elle voit. . > & son courrou»
expire.
Sur sa Suite surprise elle jette les yeux j
Enfin elle applaudit d'un rire gracieux »
Elle voit les Jardins dignes de la Nature >
Une Nayade y court sécher sa chevelure >
l'une y cueille à lafois & des fruits & des
fleurs ,
L'autre ne songe plus aux cruelles rigueurs
Que l' Amant fougueux d'Orithie >
Leur prépare dans fa furie.
L'autre fous ces Rochers va chercher le repos i
Tandis que l'une ici contemple cet Ouvrage >
Ett l'autre des Poissons en embrassant le dos >
Coupe rapidement les flots.
Les Himphes . à l'envi , courent fur le Rivages
Élies dansent d'un pas leger ,
-Âu doux chant des Triions qui font retens
tir Pair»
Alors la Seine les appelle 3,
Courez à I'Ocean, chers Tritons, leur dit-elle;
Que ses Dieux fur ces bords se rendent avec
voUî* ! >
Allez encore au Tage , à cet ami fidèle >
Apprendre les apprêts d'une fête fi belle >
Qu'il vienne paitager les plaisirs avec nous-,-
UAbbi Bonnoi de Mably.
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Résumé : VERS LIBRES, Sur le Feu d'Artifice tiré sur l'Eau, par ordre du Roy d'Espagne, & les soins de M M. les Ambassadeurs à la Cour de France.
Le texte relate une scène mythologique où la Seine, personnifiée, convoque les Nayades, les Nymphes et les Tritons pour discuter des perturbations causées par l'hiver. La Reine des flots déplore les actions de l'Aquilon, qui troublent ses eaux et menacent ses roseaux. Les Nymphes et les Tritons se souviennent des jours paisibles où ils se divertissaient sur le rivage. Une Nymphe annonce ensuite une menace plus grave : des humains préparent un feu d'artifice sur l'eau, sur ordre du roi d'Espagne et en présence des ambassadeurs à la cour de France. Furieuse, la Seine décide de punir cette offense, mais en chemin, elle découvre des jardins magnifiques et des Nayades profitant de la nature. Apaisée, elle appelle les Tritons à annoncer les préparatifs d'une fête à l'Océan et au Tage. Les Nymphes et les Tritons, ravis, dansent au chant des Tritons, tandis que la Seine les invite à se rendre à l'Océan pour la fête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2043-2046
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
La suite des Portraits des Hommes Illustres dans les Arts & dans les Sciences contin[u]ë de paroître [...]
Mots clefs :
Portraits, Hommes illustres, Vers, Roi, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLE S.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
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12
p. 2271-2274
Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le 10, on tira dans la Place de l'Hôtel-de-Ville de Paris, par ordre des Prévôt des [...]
Mots clefs :
Feu d'artifice, Place, Colonnade, Arc de triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris, [titre d'après la table]
Le 10 , on tira dans la Place de l'Hôtelde-
Ville de Paris , par ordre des Prévôt des
Marchands & Echevins , un feu d'artifice ,
ſupérieur à tout ce qu'on avoit vû juſquesici
en ce genre dans cette Capitale.
,
L'Edifice qu'on avoit conſtruit pour cet
effet avoit 78 pieds de haut fur 72
de large , & il repréſentoit un Arc de
Triomphe , au haut duquel on voyoit Apollon
appuyé ſur ſes armes , &foulant aux
pieds le ſerpent Pithon. Des Génies , placés
enpluſieurs endroits de la Décoration , portoient
differentes piéces d'artifice , & des
deux côtés de l'Edifice regnoit une Colonade
, qui enfermoit la plus grande partie de
la Place , & qui en ſauvoit les irrégularités.
Outre les effetsbrillans que cette diſpoſition
a produits , on en a tiré un autre avantage
par l'eſpace conſidérable qu'elle a procuré
au Peuple , l'emplacement , qui avoit été
choiſi pour la conſtruction du feu , ſe trout
F iiij vant
2272 MERCURE DE FRANCE.
vant beaucoup plus reculé qu'à l'ordinaire.
Par-là , toute la Place étoit libre ,&capable
de contenir un plus grand nombre de ſpectateurs
, & l'on pouvoit , même des maifons
de l'autre côté de la riviere , voir aifément
l'artifice bas au travers des Portiques
que formoit la Colonade , & dont l'ouverture
étoit de quinze pieds , & la hauteur
de 22 .
- Le Feu a été exécuté par les Sieurs Rugie
ri , Artificiers Italiens , qui , par les preuves
qu'ils ont données de leur habileté
dans leur Art , fur le Théatre des Comédiens
de leur Nation , y ont attiré un ſi
grand concours de Spectateurs , & qui ſe
font diftingués en cette derniere occafionci
, par pluſieurs nouvelles manieres d'employer
la poudre. Les fufées , qui s'élevoient
àune hauteur extraordinaire, étoient
terminées , tantôt par des Etoiles , tantôt
pardes Soleils tournans.Pluſieurs montoient
en ferpentant , & compofoient une double
ſpirale , qui reſſembloit à une eſpece de
Caducée. Des bombes d'artifice , tirées en
grande quantité , étonnoient par la hauteur
où elles portoient , & par les prodigieuſes
garnitures dont elles étoient remplies. Le
Spectacle étoit varié par des rouës de feu ,
dediverſes couleurs , par des Gerbes de so
pieds , qui faisoient l'effet de Jets-d'Eau , en
: ne
OCTOBRE. 1744. 2273
ne s'élévant que par dégrés , par des Eroiles
,dont tous les angles étoient deffinés
avec la plus grande préciſion. Après ce premier
artifice , toute la Décoration fut en un
inſtant éclairée de Lances à feu ,& un grand
nombre de Caiſſes , qui furent ſervies avec
une promptitude ſurprenante ,tinrent pendantun
tems confiderable le Ciel couvert
de Serpenteaux , d'Etoiles & de Balles luiſantes.
Un Soleil , compofé de 56 Rayons ,
& placé au hant de la Pyramide , qui conronnoit
l'Arc de Triomphe , s'enflamma enfuite
tout-à- coup , & il forma un cercle de
lumiere , dont le feu avoit 80 pieds de diamétre,
Dans le centre de ce Soleil , étoient
écrits en Lettres de Feu ces mots , Vive le
Roi , qui furent prononcés en même-tems à
pluſieurs repriſes avec les plus vifs tranfports
par tous les Spectateurs. L'artifice ,
dont la durée a été preſque de trois quarts
d'heure , a été terminé par une Girande de
800 fufées. Auſfi-tôt que l'artifice eut ceffé ,
on alluma l'Illumination , dont les dix-huit
Portiques , formés par la Colonade , qui
regnoit autour de la Place , avoient été garnis
tant en dedans qu'en dehors , & cette
Illumination , aufli-bien que celle qu'on
avoit placée au Donjon & au troifiéme Ordre
de l'Hôtel-de-Ville , dura toute la nuit.
Les Prévôt des Marchands & Echevins
Fv avoient
2274 MERCURE DE FRANCE.
avoient fait placer en differens Lieux de la
Ville 32 Fontaines de Vin , près deſquelles
on diftribuoit du Pain &des Viandes , & à
côté de chaque Fontaine étoit un Corps de
Symphonistes , pour faire danfer le Peuple.
Le ſuccès de cette Fête a parfaitement répondu
à la grande dépenſe qui a été faite
pour la rendre brillante , & au deſit que la
Ville avoit de donner des témoignages extraordinaires
de fon amour tendre & refpectueux
pour S. M.
Ville de Paris , par ordre des Prévôt des
Marchands & Echevins , un feu d'artifice ,
ſupérieur à tout ce qu'on avoit vû juſquesici
en ce genre dans cette Capitale.
,
L'Edifice qu'on avoit conſtruit pour cet
effet avoit 78 pieds de haut fur 72
de large , & il repréſentoit un Arc de
Triomphe , au haut duquel on voyoit Apollon
appuyé ſur ſes armes , &foulant aux
pieds le ſerpent Pithon. Des Génies , placés
enpluſieurs endroits de la Décoration , portoient
differentes piéces d'artifice , & des
deux côtés de l'Edifice regnoit une Colonade
, qui enfermoit la plus grande partie de
la Place , & qui en ſauvoit les irrégularités.
Outre les effetsbrillans que cette diſpoſition
a produits , on en a tiré un autre avantage
par l'eſpace conſidérable qu'elle a procuré
au Peuple , l'emplacement , qui avoit été
choiſi pour la conſtruction du feu , ſe trout
F iiij vant
2272 MERCURE DE FRANCE.
vant beaucoup plus reculé qu'à l'ordinaire.
Par-là , toute la Place étoit libre ,&capable
de contenir un plus grand nombre de ſpectateurs
, & l'on pouvoit , même des maifons
de l'autre côté de la riviere , voir aifément
l'artifice bas au travers des Portiques
que formoit la Colonade , & dont l'ouverture
étoit de quinze pieds , & la hauteur
de 22 .
- Le Feu a été exécuté par les Sieurs Rugie
ri , Artificiers Italiens , qui , par les preuves
qu'ils ont données de leur habileté
dans leur Art , fur le Théatre des Comédiens
de leur Nation , y ont attiré un ſi
grand concours de Spectateurs , & qui ſe
font diftingués en cette derniere occafionci
, par pluſieurs nouvelles manieres d'employer
la poudre. Les fufées , qui s'élevoient
àune hauteur extraordinaire, étoient
terminées , tantôt par des Etoiles , tantôt
pardes Soleils tournans.Pluſieurs montoient
en ferpentant , & compofoient une double
ſpirale , qui reſſembloit à une eſpece de
Caducée. Des bombes d'artifice , tirées en
grande quantité , étonnoient par la hauteur
où elles portoient , & par les prodigieuſes
garnitures dont elles étoient remplies. Le
Spectacle étoit varié par des rouës de feu ,
dediverſes couleurs , par des Gerbes de so
pieds , qui faisoient l'effet de Jets-d'Eau , en
: ne
OCTOBRE. 1744. 2273
ne s'élévant que par dégrés , par des Eroiles
,dont tous les angles étoient deffinés
avec la plus grande préciſion. Après ce premier
artifice , toute la Décoration fut en un
inſtant éclairée de Lances à feu ,& un grand
nombre de Caiſſes , qui furent ſervies avec
une promptitude ſurprenante ,tinrent pendantun
tems confiderable le Ciel couvert
de Serpenteaux , d'Etoiles & de Balles luiſantes.
Un Soleil , compofé de 56 Rayons ,
& placé au hant de la Pyramide , qui conronnoit
l'Arc de Triomphe , s'enflamma enfuite
tout-à- coup , & il forma un cercle de
lumiere , dont le feu avoit 80 pieds de diamétre,
Dans le centre de ce Soleil , étoient
écrits en Lettres de Feu ces mots , Vive le
Roi , qui furent prononcés en même-tems à
pluſieurs repriſes avec les plus vifs tranfports
par tous les Spectateurs. L'artifice ,
dont la durée a été preſque de trois quarts
d'heure , a été terminé par une Girande de
800 fufées. Auſfi-tôt que l'artifice eut ceffé ,
on alluma l'Illumination , dont les dix-huit
Portiques , formés par la Colonade , qui
regnoit autour de la Place , avoient été garnis
tant en dedans qu'en dehors , & cette
Illumination , aufli-bien que celle qu'on
avoit placée au Donjon & au troifiéme Ordre
de l'Hôtel-de-Ville , dura toute la nuit.
Les Prévôt des Marchands & Echevins
Fv avoient
2274 MERCURE DE FRANCE.
avoient fait placer en differens Lieux de la
Ville 32 Fontaines de Vin , près deſquelles
on diftribuoit du Pain &des Viandes , & à
côté de chaque Fontaine étoit un Corps de
Symphonistes , pour faire danfer le Peuple.
Le ſuccès de cette Fête a parfaitement répondu
à la grande dépenſe qui a été faite
pour la rendre brillante , & au deſit que la
Ville avoit de donner des témoignages extraordinaires
de fon amour tendre & refpectueux
pour S. M.
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13
p. 2300-2303
FESTES données par la Ville d'Aix, en Provence, par M. le Marquis Des Issarts, Premier Consul, Premier Procureur du Pays, & Syndic du Corps de la Noblesse, au sujet du rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre du 25 septembre 1744.
Début :
SI le Parlement, la Cour des Comptes de Provence, MM. les Premiers [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Santé, Peuple, Corps, Consuls, Marquis des Issarts, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données par la Ville d'Aix, en Provence, par M. le Marquis Des Issarts, Premier Consul, Premier Procureur du Pays, & Syndic du Corps de la Noblesse, au sujet du rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre du 25 septembre 1744.
FESTES données par la Ville d'Aix , en
Provence , par M.le Marquis Des Hlarts,
Premier Conful,Premier Procureur du Pays,
Syndic du Corps de la Nobleſſe , auſujer
du rétabliſſement de la ſanté du Roi. Extrait
d'une Lettre du 25 Septembre 1744.
Se
I le Parlement , la Cour des Comp
tes de Provence , MM . les Premiers
Préſidents des deux Cours ,le Grand Prévôt,
les Tréſoriers de France , enfin preſque
tous les Corps , ont ſignalé leur joie par des
Fêtes brillantes , au ſujet du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , le Corps de Ville d'Aix
ne s'eſt pas moins diſtingué le 30 de ce
mois . Dès la veille , les Tambours , Fifres ,
Tambourins , Tymbales , & Trompettes
annoncerent aux habitans la folemnité du
lendemain . Les Confuls , Lieutenans Généraux
de Police , ordonnerent une illumination
générale , & des feux devant les portes
de
OCTOBRE. 1744. 230
tous les habitans , que les ruës fuffent tapiffées
, & que la Bourgeoifie , & les Arts
& Métiers füſſent ſous les armes , ordres
qui furent parfaitement exécutés.
Le Dimanche au matin , jour de la Fêtes
il y eût à Aix plus de vingt mille perfonnes
accouruës des Lieux circonvoiſins ; les Confuls
fe rendirent à l'Hôtel-de-Ville à 9 heures
du matin , précédés de la Garde Bourgeoiſe
fous les armes , fuivis des anciens
Confulaires& des Conſeillers de Ville. Ils
allerent enſuite à l'Egliſe Métropolitaine de
S. Sauveur , où la Meſſe , en actions de graces
, fut folemnellement célébrée par M.
l'Abbé de Roquefort , Premier Grand Vicaire
, M. l'Archevêque étant indiſpoſé ; le
Te Deum de M. de laLande fut chanté d'abord
après la Meſſe , au bruit des Boëtes ,
&de pluſieurs Salves de la moufqueterie
des Arts & Métiers. Les Confuls revinrent
à l'Hôtel-de-Ville dans le même ordre .
Acinq heures du foir , les Confuls retournerent
à l'Eglife , pour aſſiſter à l'Exaudiat
& aux Motets chantés en Muſique. Ils
allerent enfuite allumer un feu ordinaire
dans la Place de l'Hôtel-de-Ville ; de- là ,
ſuivis d'un Peuple immenfe , qui faiſoit retentir
l'Air de cris de Vive le Roi , ils ſe rendirent
dans la grande Place des Prêcheurs
ou Dominicains , pour voir tirer un trèsbeau
feu d'artifice. Μ.
2302 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis des Iſſarts , Premier Con
ful d'Aix , Premier Procureur du Pays , SindicduCorps
de la Nobleſſe de Provence ,
voulût en cette occaſion faire éclater ſa
joie , plus particulierement. Après le feu
d'artifice , dont on vient de parler , ce Scigneur
alla ſe placer ſur le grand balconde
P'Hôtel-de- Ville , & jetta de l'argent au
Peuple ; il donna enfuite un ſplendide fouper
dans le même Hôtel aux principaux
Membres du Clergé , au Corps de Ville , à
la principale Nobleſſe des deux Cours , &
de la Ville , & aux Capitaines & Officiers
de la Bourgeoisie. La ſanté du Roi fut célébrée
trois fois au bruit des Boëtes , de la
Mouſqueterie , & aux acclamations du Peuple,
dont les cris de joie ne ceſſoient , que
pour admirer les fuſées volantes , l'illuminationde
la façade de l'Hôtel-de Ville , les
Emblèmes , les Arcs de Triomphe , accompagnés
de Fontaines de Vin , & ſurtout le
portraitde notreGrand Monarque. Dès que
le fruit fut fervi , le Marquis des Iffarts fit
ouvrir toutes les portes de l'Hôtel-de -Ville ;
les Danſeurs ( a ) , & le Peuple entourerent
(a) Les Danseurs. On appelle ainſi plufieurs bandes
de jeunes gens , habillés proprement avec des
chemiſes de toile d'Hollande , des Rubans en bandoliere
, & une eſpece de Culote à la Matelote ,
garnie
OCTOBRE. 1744. 230
rent la table , & le repas devint général
On but la ſanté de l'Infant Don Philippe ,
du Prince de Conty , & celle du Marquis
de Mirepoix , Commandant dans la Province.
Pour terminer une ſi belle journée , le
Marquis des Iffarts fit tirer à minuit dans la
Place de l'Hôtel-de-Ville , un feu d'artifice ,
dont l'exécution brillante & parfaite mit le
comble à la réputation du Sr Carlo , fameux
Artificier d'Avignon .
Le reſte de la nuit fut employé àdanſer ,
&à admirer les differentes illuminations
qui demanderoient chacune uneDeſcription
particuliere ; Mrs de l'Univerſité , & M.
Vanloo , Peintre célébre , ſe ſont ſurtout
diftingués en ce genre. Le Peuple a été ſt
content de ces deux Fêtes réunies , qu'il
reſta conſtamment ſur la Place de l'Hôtelde-
Ville , pour reconduire le Marquis des
Iffarts chés lui , en criant : Vive notre Grand
Roi. :
garnie de Rubans , bas & fouliers blancs , friſés&
poudrés , ayant un Caſque en tête ,couvert de plumes,&
portant une eſpece de Sceptre à la main.
On croit que c'eſt à peu près l'habit des Anciens
Troubadours de Provence .
Provence , par M.le Marquis Des Hlarts,
Premier Conful,Premier Procureur du Pays,
Syndic du Corps de la Nobleſſe , auſujer
du rétabliſſement de la ſanté du Roi. Extrait
d'une Lettre du 25 Septembre 1744.
Se
I le Parlement , la Cour des Comp
tes de Provence , MM . les Premiers
Préſidents des deux Cours ,le Grand Prévôt,
les Tréſoriers de France , enfin preſque
tous les Corps , ont ſignalé leur joie par des
Fêtes brillantes , au ſujet du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , le Corps de Ville d'Aix
ne s'eſt pas moins diſtingué le 30 de ce
mois . Dès la veille , les Tambours , Fifres ,
Tambourins , Tymbales , & Trompettes
annoncerent aux habitans la folemnité du
lendemain . Les Confuls , Lieutenans Généraux
de Police , ordonnerent une illumination
générale , & des feux devant les portes
de
OCTOBRE. 1744. 230
tous les habitans , que les ruës fuffent tapiffées
, & que la Bourgeoifie , & les Arts
& Métiers füſſent ſous les armes , ordres
qui furent parfaitement exécutés.
Le Dimanche au matin , jour de la Fêtes
il y eût à Aix plus de vingt mille perfonnes
accouruës des Lieux circonvoiſins ; les Confuls
fe rendirent à l'Hôtel-de-Ville à 9 heures
du matin , précédés de la Garde Bourgeoiſe
fous les armes , fuivis des anciens
Confulaires& des Conſeillers de Ville. Ils
allerent enſuite à l'Egliſe Métropolitaine de
S. Sauveur , où la Meſſe , en actions de graces
, fut folemnellement célébrée par M.
l'Abbé de Roquefort , Premier Grand Vicaire
, M. l'Archevêque étant indiſpoſé ; le
Te Deum de M. de laLande fut chanté d'abord
après la Meſſe , au bruit des Boëtes ,
&de pluſieurs Salves de la moufqueterie
des Arts & Métiers. Les Confuls revinrent
à l'Hôtel-de-Ville dans le même ordre .
Acinq heures du foir , les Confuls retournerent
à l'Eglife , pour aſſiſter à l'Exaudiat
& aux Motets chantés en Muſique. Ils
allerent enfuite allumer un feu ordinaire
dans la Place de l'Hôtel-de-Ville ; de- là ,
ſuivis d'un Peuple immenfe , qui faiſoit retentir
l'Air de cris de Vive le Roi , ils ſe rendirent
dans la grande Place des Prêcheurs
ou Dominicains , pour voir tirer un trèsbeau
feu d'artifice. Μ.
2302 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis des Iſſarts , Premier Con
ful d'Aix , Premier Procureur du Pays , SindicduCorps
de la Nobleſſe de Provence ,
voulût en cette occaſion faire éclater ſa
joie , plus particulierement. Après le feu
d'artifice , dont on vient de parler , ce Scigneur
alla ſe placer ſur le grand balconde
P'Hôtel-de- Ville , & jetta de l'argent au
Peuple ; il donna enfuite un ſplendide fouper
dans le même Hôtel aux principaux
Membres du Clergé , au Corps de Ville , à
la principale Nobleſſe des deux Cours , &
de la Ville , & aux Capitaines & Officiers
de la Bourgeoisie. La ſanté du Roi fut célébrée
trois fois au bruit des Boëtes , de la
Mouſqueterie , & aux acclamations du Peuple,
dont les cris de joie ne ceſſoient , que
pour admirer les fuſées volantes , l'illuminationde
la façade de l'Hôtel-de Ville , les
Emblèmes , les Arcs de Triomphe , accompagnés
de Fontaines de Vin , & ſurtout le
portraitde notreGrand Monarque. Dès que
le fruit fut fervi , le Marquis des Iffarts fit
ouvrir toutes les portes de l'Hôtel-de -Ville ;
les Danſeurs ( a ) , & le Peuple entourerent
(a) Les Danseurs. On appelle ainſi plufieurs bandes
de jeunes gens , habillés proprement avec des
chemiſes de toile d'Hollande , des Rubans en bandoliere
, & une eſpece de Culote à la Matelote ,
garnie
OCTOBRE. 1744. 230
rent la table , & le repas devint général
On but la ſanté de l'Infant Don Philippe ,
du Prince de Conty , & celle du Marquis
de Mirepoix , Commandant dans la Province.
Pour terminer une ſi belle journée , le
Marquis des Iffarts fit tirer à minuit dans la
Place de l'Hôtel-de-Ville , un feu d'artifice ,
dont l'exécution brillante & parfaite mit le
comble à la réputation du Sr Carlo , fameux
Artificier d'Avignon .
Le reſte de la nuit fut employé àdanſer ,
&à admirer les differentes illuminations
qui demanderoient chacune uneDeſcription
particuliere ; Mrs de l'Univerſité , & M.
Vanloo , Peintre célébre , ſe ſont ſurtout
diftingués en ce genre. Le Peuple a été ſt
content de ces deux Fêtes réunies , qu'il
reſta conſtamment ſur la Place de l'Hôtelde-
Ville , pour reconduire le Marquis des
Iffarts chés lui , en criant : Vive notre Grand
Roi. :
garnie de Rubans , bas & fouliers blancs , friſés&
poudrés , ayant un Caſque en tête ,couvert de plumes,&
portant une eſpece de Sceptre à la main.
On croit que c'eſt à peu près l'habit des Anciens
Troubadours de Provence .
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14
p. 2313
Te Deum chanté à S. Denis, [titre d'après la table]
Début :
Le 21, les Religieux de l'Abbaye Royale de S. Denis chanterent pour le même sujet [...]
Mots clefs :
Abbaye royale de Saint-Denis, Te Deum, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à S. Denis, [titre d'après la table]
Le 21 , les Religieux de l'Abbaye Royale
de S. Denis chanterent pour le même ſujet
le Te Deum , auquel toute la Ville aſſiſta. Le
foir , ils firent illuminer magnifiquement le
Portail de leur Eglife ,& tirer un Feu d'artifice.
de S. Denis chanterent pour le même ſujet
le Te Deum , auquel toute la Ville aſſiſta. Le
foir , ils firent illuminer magnifiquement le
Portail de leur Eglife ,& tirer un Feu d'artifice.
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15
p. 65
SAINT QUENTIN.
Début :
La Ville de Saint Quentin s'est extrêmement distinguée ; une Procession solemnelle [...]
Mots clefs :
Saint-Quentin, Église collégiale, Te Deum, Procession, Illumination, Feu d'artifice, Messe en musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SAINT QUENTIN.
SAINT QUENTIN.
A Ville de
:
L
Saint Quentin s'eft extrê
mement diftinguée; une Proceſſion ſolemnelle
& unTe Deum , ordonnés par l'Evêque
de Noyon , n'ayant pas ſuffi au zéle
des Chanoines de P'Egliſe Collégiale , ils
ont chanté une grande Meſſe en Muſique ;
tous les Corps y ont aſſiſté. Une illumination
magnifique & très -bien entenduë , orna
l'Egliſe Collégiale , & l'Hôtel de Ville
qui fit tirer un très-beau Feu d'artifice ;
beaucoup des Habitans ont fait la même dépenſe
, & les coeurs Picards ont fait briller
leur candeur & leur vivacité naturelles .
A Ville de
:
L
Saint Quentin s'eft extrê
mement diftinguée; une Proceſſion ſolemnelle
& unTe Deum , ordonnés par l'Evêque
de Noyon , n'ayant pas ſuffi au zéle
des Chanoines de P'Egliſe Collégiale , ils
ont chanté une grande Meſſe en Muſique ;
tous les Corps y ont aſſiſté. Une illumination
magnifique & très -bien entenduë , orna
l'Egliſe Collégiale , & l'Hôtel de Ville
qui fit tirer un très-beau Feu d'artifice ;
beaucoup des Habitans ont fait la même dépenſe
, & les coeurs Picards ont fait briller
leur candeur & leur vivacité naturelles .
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16
p. 66-67
ROUEN.
Début :
La Ville de Roüen, par l'éclat des Fêtes occasionnées pour la Convalescence du Roi, [...]
Mots clefs :
Rouen, Fête, Abbaye Saint-Ouen, Te Deum, Feu d'artifice, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ROUEN.
ROUEN..
La Ville de Roiien , par l'éclat des Fêtes
occaſionnéespour la Convalefcence duRoi,
s'eſt montrée digne d'être la Capitale d'une
des plus conſidérables Provinces du Royaume.
Le Parlement, le Préſident de la Londe,
qui préſide à la Chambre des Vacations,M.
de la Bourdonnaie , Intendant , enfin tous
les Corps Supérieurs & toutes les Communautés
de la Ville , ont prouvé qu'en Normandie
leur coeur vaut bien leur eſprit.
L'Abbaye de S.Oiien a célébré cette Fête,
comme une des principales Abbayes du
Royaume. Elle a décoré fuperbement fon
Eglife , tiré un beau Feu d'artifice. Après le
Te Deum , accompagné de ſalves de canon ,
les quatre Chantres , précédés de la Comr
NOVEMBRE. 1744. 67
pagnie , appellée la Cinquantaine , allumemerent
le Feu élevé dans la Place , qui repréſentoit
quatre Baſtions.
La Ville de Roiien , par l'éclat des Fêtes
occaſionnéespour la Convalefcence duRoi,
s'eſt montrée digne d'être la Capitale d'une
des plus conſidérables Provinces du Royaume.
Le Parlement, le Préſident de la Londe,
qui préſide à la Chambre des Vacations,M.
de la Bourdonnaie , Intendant , enfin tous
les Corps Supérieurs & toutes les Communautés
de la Ville , ont prouvé qu'en Normandie
leur coeur vaut bien leur eſprit.
L'Abbaye de S.Oiien a célébré cette Fête,
comme une des principales Abbayes du
Royaume. Elle a décoré fuperbement fon
Eglife , tiré un beau Feu d'artifice. Après le
Te Deum , accompagné de ſalves de canon ,
les quatre Chantres , précédés de la Comr
NOVEMBRE. 1744. 67
pagnie , appellée la Cinquantaine , allumemerent
le Feu élevé dans la Place , qui repréſentoit
quatre Baſtions.
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17
p. 67
LES BENEDICTINS DE L'ABBAYE DE REBETS.
Début :
L'Abbé de Ceilles de Fleuri, de concert avec les Religieux Bénédictins de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Abbaye de Rebetz, Bénédictins, Feu d'artifice, Arc de triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES BENEDICTINS DE L'ABBAYE DE REBETS.
LES BENEDICTINS DE L'ABBAYE
DE REBETS .
L'Abbé de Ceilles de Fleuri , de concert
avec les Religieux Bénédictins de l'Abbaye
de Rebets , a fêté magnifiquement la
Convalefcence du Roi. Les actions degraces
furent folemnelles.On tira dans la grande
Place un Feu d'artifice , & on y éleva un
grand Arc de triomphe , orné de Feſtons &
deGuirlandes .
DE REBETS .
L'Abbé de Ceilles de Fleuri , de concert
avec les Religieux Bénédictins de l'Abbaye
de Rebets , a fêté magnifiquement la
Convalefcence du Roi. Les actions degraces
furent folemnelles.On tira dans la grande
Place un Feu d'artifice , & on y éleva un
grand Arc de triomphe , orné de Feſtons &
deGuirlandes .
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18
p. 69
AVIGNON.
Début :
La joye universelle de la France s'est communiquée à cette Ville Etrangere ; le [...]
Mots clefs :
Avignon, Ville étrangère, Concert, Dîner, Feu d'artifice, Vice-légat, Carlo Genuini
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIGNON.
AVIGNON.
زر
La joye univerſelle de la France s'eft
communiquée à cette Ville Etrangere ; le
Vice-Légat , les Confuls & tous les Tribunaux
, ont parû François dans cette occafion.
Après les devoirs pieux rendus, un Concert
&une collation magnifiques, précédés d'un
dîner ſomptueux chés le Vice-Légat , on
tira un Feu d'artifice des plus beaux , compoſé
par Il Signor Carlo Genuini,un des plus
célébres Artificiers d'Italie .
زر
La joye univerſelle de la France s'eft
communiquée à cette Ville Etrangere ; le
Vice-Légat , les Confuls & tous les Tribunaux
, ont parû François dans cette occafion.
Après les devoirs pieux rendus, un Concert
&une collation magnifiques, précédés d'un
dîner ſomptueux chés le Vice-Légat , on
tira un Feu d'artifice des plus beaux , compoſé
par Il Signor Carlo Genuini,un des plus
célébres Artificiers d'Italie .
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19
p. 69-73
SOISSONS.
Début :
Les bornes, prescrites à ce Journal, ne permettent pas de détailler tout ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Soissons, Intendant, Abbaye Saint-Jean-des-Vignes, François de Fitz-James, Roi, Te Deum, Charles-Blaise Méliand, Illumination, Feu d'artifice, Emblème, Divertissement, Pierre-Charles Roy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SOISSONS.
SOISSONS .
1
Les bornes , preſcrites à ce Journal , ne
permettent pas de détailler tout ce qui s'eſt
paffé à Soiffons, quand laConvalefcence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soiſſons & Premier Aumônier
du Roi , a peint dans ſon Mandement le
coeur de ce Monarque , & le peindre , c'eſt
le loüer fans adulation. Les vertus n'ont
pas beſoin d'ornemens . Le Te Deum de la
compofition de M. Morel , Organiſte de la
célebre Abbaye de S. Jean des, Vignes , fut
chanté au bruit d'une triple ſalve d'Arcille
Dv
70 MERCURE DE FRANCE.
rie. M. le Comte de Buron , Lieutenant
Général de la Province ,& le Corps de Ville,
accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres , Gouverneur ,& de ceux duComte
deBuron ,y affifterent,ainſi que le Préfidial,
qui les avoit devancés, l'illumination , les
feſtins & les largeſſes faites au Peuple , ca
ractériſerent la fatisfaction généralé. M.
Méliand , Intendant de la Province, ſe dif
ringua dans tout ce qu'il fit dans ces jours
fortunés ; on donna la Comédie fur un
Théatre dreffé dans la Place publique , exécutée
par uneTroupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice répréſentoit le Templedu
Deſtin , & quoique l'ordonnance en
fût des plus nobles &des plus frappantes ,
il étoit encore plus orné par les Inſcriptions
qui le décoroient. Il faudroit les tranfcrire
toutes ici , fi on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême
, compoſé par M. Racine , le petitfils
, âgé de dix ans ; ainſi le nom de Racine
eſt un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême , déſignant le Roi en danger de
mourir , eſt une belle fleur , qu'un Moiffonneur
ſemble reſpecter,avec cette Inſcripzion
: Eft gloria Terra .
Moiffonneur , qu'en ta main cruelle
La Faux s'arrête en ce moment !
NOVEMBRE. 1744. 71
Ah ! reſpecte une fleur fi belle ;
De la Terre elle eſt l'ornement.
L'Emblême deuxième mérite d'être cité ,
puiſqu'il exprime des ſentimens que toutes
les Provinces de France ont également fait
éclater ; c'eſt un Roi d'Abeilles, languiſſant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles ,
dont les unes l'épluchent , les autres lui
préſentent du miel au bout de leurs trompes
,d'autres fe gliſſent ſous lui,pour le foulever
, avec cette intéreſſante Inſcription =
Regemfic obfervant nulli.
L'Abeille est l'Image fidelle
Des ſentimens & des coeurs des François
Quel Peuple eut jamais plus de zéle,
Plus de reſpect& d'amour pour ſes Rois !
2
I
Pluſieurs Dames & Cavaliers de la Ville
exécuterent chés M. l'Intendant un Diver
tiſſement , dont les paroles ſontde M. Roy,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , & la
Muſique de M. Morel ,Organiſte de S. Jean
des Vignes , qui fut applaudi par les Connoiffeurs.
On ſouhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertiſſement , intitulé : Les
Bergers de l' Aiſne , où l'Auteur ſans s'écarter
du genre lyrique , a raſſemble des traits de
notre Hiſtoire & de la Fable. Voici ſeule-
Dvj
72 MERCURE DE FRANCE.
:
ment la troifiéme & derniere Scéne chantée
par Apollon.
APOLLON AUX BERGERS DE L'AISNE.
Reſpirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monſtres de l'Enfer rentrez-y pour jamais
Miniſtres de la mort, ma main briſe vos traits;
Admete , ouvre les yeux à la clartéCéleste ,
Mais à tant de faveurs Apollon aujourd'hui
N'impoſe point de loi funeſte ;
On vous rend un Pere , un appui ,
Sans qu'il en coute à la fidéle Alceſte ,
Des jours que ſa tendreſſe auroit donnés pour lui.
Triomphe , Victoire ;
De vos chants frappez les airs ,
Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour confacrez la gloire ;
C'eſt la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont auſſi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Deſcription .
Monſeigneur le Dauphin & Mesdames
de France , en revenant de Metz , firent
l'honneur à M. l'Intendant de ſouper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
&le feu d'artifice,d'un goût nouveau,inven-
Al'Envie &sasuite.
NOVEMBRE. 1744. 73
té& exécutépar le frere Philbert, Religieux
Capucin à la Fere .
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes, imprimée à Soiſſons , chés la veuve de
Charles Courtois , Imprimeur du Roi , près
l'Election ; ils y verront avec plaiſir le Compliment
fait à M. Meliand , Intendant, par
M. Carrier , Maire ; une Paftorale & un
Vaudeville de M. Berſon ; la Nymphe de
l'Aiſne au Roi , de M. de Royaucourt ; une
Ode de M. l'Abbé Portes , Chanoine de
l'Egliſe de Laon .
1
Les bornes , preſcrites à ce Journal , ne
permettent pas de détailler tout ce qui s'eſt
paffé à Soiffons, quand laConvalefcence du
Roi y a été annoncée. Le Duc de Fitsjames,
Evêque de Soiſſons & Premier Aumônier
du Roi , a peint dans ſon Mandement le
coeur de ce Monarque , & le peindre , c'eſt
le loüer fans adulation. Les vertus n'ont
pas beſoin d'ornemens . Le Te Deum de la
compofition de M. Morel , Organiſte de la
célebre Abbaye de S. Jean des, Vignes , fut
chanté au bruit d'une triple ſalve d'Arcille
Dv
70 MERCURE DE FRANCE.
rie. M. le Comte de Buron , Lieutenant
Général de la Province ,& le Corps de Ville,
accompagnés des Gardes de M.le Duc de
Gêvres , Gouverneur ,& de ceux duComte
deBuron ,y affifterent,ainſi que le Préfidial,
qui les avoit devancés, l'illumination , les
feſtins & les largeſſes faites au Peuple , ca
ractériſerent la fatisfaction généralé. M.
Méliand , Intendant de la Province, ſe dif
ringua dans tout ce qu'il fit dans ces jours
fortunés ; on donna la Comédie fur un
Théatre dreffé dans la Place publique , exécutée
par uneTroupe arrivée à propos.L'ingénieux
Feu d'artifice répréſentoit le Templedu
Deſtin , & quoique l'ordonnance en
fût des plus nobles &des plus frappantes ,
il étoit encore plus orné par les Inſcriptions
qui le décoroient. Il faudroit les tranfcrire
toutes ici , fi on vouloit y rappeller les plus
belles. On ne donnera que le premier Emblême
, compoſé par M. Racine , le petitfils
, âgé de dix ans ; ainſi le nom de Racine
eſt un Eloge depuis trois générations. Cet
Emblême , déſignant le Roi en danger de
mourir , eſt une belle fleur , qu'un Moiffonneur
ſemble reſpecter,avec cette Inſcripzion
: Eft gloria Terra .
Moiffonneur , qu'en ta main cruelle
La Faux s'arrête en ce moment !
NOVEMBRE. 1744. 71
Ah ! reſpecte une fleur fi belle ;
De la Terre elle eſt l'ornement.
L'Emblême deuxième mérite d'être cité ,
puiſqu'il exprime des ſentimens que toutes
les Provinces de France ont également fait
éclater ; c'eſt un Roi d'Abeilles, languiſſant,
environné d'un grand nombre d'Abeilles ,
dont les unes l'épluchent , les autres lui
préſentent du miel au bout de leurs trompes
,d'autres fe gliſſent ſous lui,pour le foulever
, avec cette intéreſſante Inſcription =
Regemfic obfervant nulli.
L'Abeille est l'Image fidelle
Des ſentimens & des coeurs des François
Quel Peuple eut jamais plus de zéle,
Plus de reſpect& d'amour pour ſes Rois !
2
I
Pluſieurs Dames & Cavaliers de la Ville
exécuterent chés M. l'Intendant un Diver
tiſſement , dont les paroles ſontde M. Roy,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , & la
Muſique de M. Morel ,Organiſte de S. Jean
des Vignes , qui fut applaudi par les Connoiffeurs.
On ſouhaiteroit pouvoir donner
ici tout ce Divertiſſement , intitulé : Les
Bergers de l' Aiſne , où l'Auteur ſans s'écarter
du genre lyrique , a raſſemble des traits de
notre Hiſtoire & de la Fable. Voici ſeule-
Dvj
72 MERCURE DE FRANCE.
:
ment la troifiéme & derniere Scéne chantée
par Apollon.
APOLLON AUX BERGERS DE L'AISNE.
Reſpirez après tant d'allarmes,
Vous, * Monſtres de l'Enfer rentrez-y pour jamais
Miniſtres de la mort, ma main briſe vos traits;
Admete , ouvre les yeux à la clartéCéleste ,
Mais à tant de faveurs Apollon aujourd'hui
N'impoſe point de loi funeſte ;
On vous rend un Pere , un appui ,
Sans qu'il en coute à la fidéle Alceſte ,
Des jours que ſa tendreſſe auroit donnés pour lui.
Triomphe , Victoire ;
De vos chants frappez les airs ,
Trompettes & Tambours par vos bruyans Concerts
De ce jour confacrez la gloire ;
C'eſt la Fête de l'Univers.
Le Chapitre & l'Abbaye de S. Jean des
Vignes, ont auſſi donné des Fêtes, qui méritent
une ample Deſcription .
Monſeigneur le Dauphin & Mesdames
de France , en revenant de Metz , firent
l'honneur à M. l'Intendant de ſouper & de
coucher chés lui. Ils virent l'illumination
&le feu d'artifice,d'un goût nouveau,inven-
Al'Envie &sasuite.
NOVEMBRE. 1744. 73
té& exécutépar le frere Philbert, Religieux
Capucin à la Fere .
Les Curieux liront la Relation de ces
Fêtes, imprimée à Soiſſons , chés la veuve de
Charles Courtois , Imprimeur du Roi , près
l'Election ; ils y verront avec plaiſir le Compliment
fait à M. Meliand , Intendant, par
M. Carrier , Maire ; une Paftorale & un
Vaudeville de M. Berſon ; la Nymphe de
l'Aiſne au Roi , de M. de Royaucourt ; une
Ode de M. l'Abbé Portes , Chanoine de
l'Egliſe de Laon .
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20
p. 73
SAINT DENIS
Début :
L'Abbaye & la Ville s'acquitterent le 21 d'un devoir qui fut pour eux un très-grand [...]
Mots clefs :
Saint-Denis, Abbaye de Saint-Denis, Illumination, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SAINT DENIS
SAINT DENIS.
L'Abbaye & la Ville s'acquitterent le
21 d'un devoir qui fut pour eux un trèsgrand
plaifir : il y eut illumination & feu
d'artifice.
L'Abbaye & la Ville s'acquitterent le
21 d'un devoir qui fut pour eux un trèsgrand
plaifir : il y eut illumination & feu
d'artifice.
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21
p. 74-75
Illumination à Issy, [titre d'après la table]
Début :
Il y eut le 28 du mois dernier à Issy, dans la Maison du Séminaire de S. Sulpice, [...]
Mots clefs :
Issy, Séminaire Saint-Sulpice, Parterre, Bassin, Temple, Colonnade, Feu, Illumination, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illumination à Issy, [titre d'après la table]
Il y eut le 28 du mois dernier à Iſſy ,
dans la Maiſon du Séminaire de S. Sulpice ,
NOVEMBRE. 1744. 75
pour la Convalefcence du Roi , une des
plus belles illuminations qui ayent été faites
à cette occafion .
Dans l'enfoncement du Parterre , au-deffus
du grand Baffin , s'élévoit un Temple
d'une magnifique ſtructure .UneColonnade,
qui formoit divers Portiques , régnoit des
deux côtés du Jardin ; chaque Colonne portoit
une Pyramide , & un Lustre étoit fufpendu
au milieu de chaque Portique. De
diſtance en diftance , étoient des Pyramides
, détachées de la Colonnade , & terminées
par des Globes de feu , de chacun defquels
naiffoit une Guirlande. Toute cette
Décoration étoit éclairée d'une quantité
prodigieuſe de Terrines & de Pots-à-feu.
Des Lampions fans nombre figuroient le
Deſſein du Parterre,&les Ifs, qui l'environnent
, étoient entierement illuminés. Cette
illumination fut accompagnée d'un feu d'artifice
d'une très-longue durée & d'une variété
fingulière , & le grand Baffin fournit
une des parties les plus intéreſſantes du
ſpectacle par les feux de toute eſpéce &de
differentes formes , qui en fortirent. Il parutpendant
long-tems bordé de Gerbes de
feu , ainſi que l'allée qui y conduit. Plufieurs
Prélats& autres perſonnes dediftinction
ont aſſiſté à cette Fête , qui a été ordonnée
par l'Abbé Couſturier , Supérieur
du Séminaire de S. Sulpice.
dans la Maiſon du Séminaire de S. Sulpice ,
NOVEMBRE. 1744. 75
pour la Convalefcence du Roi , une des
plus belles illuminations qui ayent été faites
à cette occafion .
Dans l'enfoncement du Parterre , au-deffus
du grand Baffin , s'élévoit un Temple
d'une magnifique ſtructure .UneColonnade,
qui formoit divers Portiques , régnoit des
deux côtés du Jardin ; chaque Colonne portoit
une Pyramide , & un Lustre étoit fufpendu
au milieu de chaque Portique. De
diſtance en diftance , étoient des Pyramides
, détachées de la Colonnade , & terminées
par des Globes de feu , de chacun defquels
naiffoit une Guirlande. Toute cette
Décoration étoit éclairée d'une quantité
prodigieuſe de Terrines & de Pots-à-feu.
Des Lampions fans nombre figuroient le
Deſſein du Parterre,&les Ifs, qui l'environnent
, étoient entierement illuminés. Cette
illumination fut accompagnée d'un feu d'artifice
d'une très-longue durée & d'une variété
fingulière , & le grand Baffin fournit
une des parties les plus intéreſſantes du
ſpectacle par les feux de toute eſpéce &de
differentes formes , qui en fortirent. Il parutpendant
long-tems bordé de Gerbes de
feu , ainſi que l'allée qui y conduit. Plufieurs
Prélats& autres perſonnes dediftinction
ont aſſiſté à cette Fête , qui a été ordonnée
par l'Abbé Couſturier , Supérieur
du Séminaire de S. Sulpice.
Fermer
22
p. 76-77
Te Deum chanté à Toulouse, [titre d'après la table]
Début :
Les habitans de Toulouse ont rendu plusieurs jours de suite des actions de graces & [...]
Mots clefs :
Toulouse, Te Deum, Roi, Parlement, Église métropolitaine, Illumination, Compagnies, Archevêque, Communautés, Académie des Jeux floraux, Feu d'artifice, Place du Capitole
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Toulouse, [titre d'après la table]
Les habitans de Toulouſe ont rendu plit
ſieurs jours de ſuite des actionsde graces &
de réjoiiiſſances , pour le rétabliſſement de
la ſanté du Roi .
Le Parlement de cette Ville , ſi-tôt qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalefcence
du Roi , fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il aſſiſta en Corps ,
& la nuit fuivante toutes les Maiſons des
Préſidens & des Conſeillers furent illuminées
. Le lendemain , le Te Deum fut chanté
dans l'EgliſeMétropolitaine avec une folemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainſi que les autres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevêque. Le Bureau des Finances ,
l'Univerſité , l'Académie des Jeux Floraux ,
le Sénéchal & le Viguier firent éclater auffi
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulieres. Les préparatifs ordonnés
par les Capitouls , ayant été achevés , le
Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine ſe rendit
proceſſionnellement à la Chapelle du
Capitole , & le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum , qui fut ſuivi d'une illumination
générale dans toute la Ville. Tou
tes les Communautés Religieuſes & les differens
Corps des Marchands & des Artiſans
ont donné ſucceſſivement des témoignages
finguliers de leur amour reſpecteux pour le
NOVEMBRE. 1744. 77
Roi. Les Jeſuites du College & les Bénédictins
de la Daurade ſe ſont ſurtout diftin
gués à cette occaſion. L'Archevêque , ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite , pour
faire rendre à Dieu de ſolemnelles actions
de graces de l'avoir confervée , on chanta
pour la ſeconde fois dans l'Egliſe Métropo
litaine le Te Deum , auquel l'Archevêque
officia pontificalement , & auquel le Parlement&
toutes les Compagnies aſſiſterent,
Le foir , toutes les ruës furent illuminées ,
ainſi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville ,& ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits fuivantes
. Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice , que la Ville avoit fait
préparer dans la Place du Capitole , & dont
laDécoration & l'exécution ontdû fatisfaire
les connoiffeurs les plus difficiles.
ſieurs jours de ſuite des actionsde graces &
de réjoiiiſſances , pour le rétabliſſement de
la ſanté du Roi .
Le Parlement de cette Ville , ſi-tôt qu'il
eut reçû la nouvelle de la Convalefcence
du Roi , fit chanter dans la Grande Sale du
Palais le Te Deum auquel il aſſiſta en Corps ,
& la nuit fuivante toutes les Maiſons des
Préſidens & des Conſeillers furent illuminées
. Le lendemain , le Te Deum fut chanté
dans l'EgliſeMétropolitaine avec une folemnité
extraordinaire,&leParlement s'y trouva
ainſi que les autres Compagnies. Il y eut le
foir une magnifique illumination au Palais
de l'Archevêque. Le Bureau des Finances ,
l'Univerſité , l'Académie des Jeux Floraux ,
le Sénéchal & le Viguier firent éclater auffi
dans les jours fuivans leur zéle par des Fêtes
particulieres. Les préparatifs ordonnés
par les Capitouls , ayant été achevés , le
Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine ſe rendit
proceſſionnellement à la Chapelle du
Capitole , & le Prévôt du Chapitre y entonna
le Te Deum , qui fut ſuivi d'une illumination
générale dans toute la Ville. Tou
tes les Communautés Religieuſes & les differens
Corps des Marchands & des Artiſans
ont donné ſucceſſivement des témoignages
finguliers de leur amour reſpecteux pour le
NOVEMBRE. 1744. 77
Roi. Les Jeſuites du College & les Bénédictins
de la Daurade ſe ſont ſurtout diftin
gués à cette occaſion. L'Archevêque , ayant
reçû la Lettre que S. M. lui a écrite , pour
faire rendre à Dieu de ſolemnelles actions
de graces de l'avoir confervée , on chanta
pour la ſeconde fois dans l'Egliſe Métropo
litaine le Te Deum , auquel l'Archevêque
officia pontificalement , & auquel le Parlement&
toutes les Compagnies aſſiſterent,
Le foir , toutes les ruës furent illuminées ,
ainſi qu'elles l'avoient été le jour du Te
Deum du Corps de Ville ,& ces illuminations
furent renouvellées les deux nuits fuivantes
. Toutes ces Fêtes ont été terminées
par un feu d'artifice , que la Ville avoit fait
préparer dans la Place du Capitole , & dont
laDécoration & l'exécution ontdû fatisfaire
les connoiffeurs les plus difficiles.
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23
p. 80
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp, [titre d'après la table]
Début :
Le jour auquel les Religieux Bénédictins de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te [...]
Mots clefs :
Fécamp, Bénédictins, Te Deum, Feu d'artifice, Abbaye, Pauvres communautés, Hôpital, Aumônes
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texteReconnaissance textuelle : Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp, [titre d'après la table]
Le jour auquel les Religieux Bénédictins
de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te
Deum , pour remercier Dieu d'avoir rendu
le Roi à la France , leur Egliſe fut éclairée
tant en dedans qu'en dehors avec la plus
grande magnificence. Ils firent tirer le même
jour un très-beau feu d'artifice , & nonſeulement
ils donnerent à manger aux pauvres
Communautés & à toutes les perſonnes
de l'Hôpital , mais ils diſtribuerent encore
d'abondantes aumônes.
de l'Abbaye de Fécamp ont chanté le Te
Deum , pour remercier Dieu d'avoir rendu
le Roi à la France , leur Egliſe fut éclairée
tant en dedans qu'en dehors avec la plus
grande magnificence. Ils firent tirer le même
jour un très-beau feu d'artifice , & nonſeulement
ils donnerent à manger aux pauvres
Communautés & à toutes les perſonnes
de l'Hôpital , mais ils diſtribuerent encore
d'abondantes aumônes.
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24
p. 85-86
Réjoüissances faites par les Dominiquains de Provence, [titre d'après la table]
Début :
Les Peres Dominiquains du Convent Royal de S. Maximin, en Provence, se [...]
Mots clefs :
Provence, Dominicains, Couvent royal de Saint-Maximin, Messe, Illumination, Pauvres, Inscription, Emblèmes, Te Deum, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites par les Dominiquains de Provence, [titre d'après la table]
Les Peres Dominiquains du Convent
Royal de S. Maximin , en Provence , ſe
ſont diftingués par les témoignages de joye
qu'ils ont fait paroître à la Convalefcence
du Roi ; ils commencerent leur Fête par
une grande Meſſe chantée ſolemnellement ;
l'après-midi , le Prieur de la Maiſon fit diftribuer
une grande quantité de pain &d'argent
à tous les Pauvres qui ſe préſenterent ;
al'entrée de la nuit , il y eut tant au dedans
qu'au dehors de l'Egliſe une illumination
des plus brillantes , qui relevoit la beauté
de ce Temple , l'un des plus auguſtes du
Royaume , & fur la porte duquel on liſoit
cette Inſcription : Audivi orationem tuam
vidi lacrimas tuas O fanavi eum. Au-deſſus
de cette Inſcription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots : Vive Louis le
1. Vol.
E
86 MERCURE DE FRANCE.
Bien-Aimé ; les traits desArmes & des Let
tres , qui étoient ménagés avec la réflexion
de la lumiere , préſentoient un coup d'oeil
des plus fatisfaiſans ; le corps de logis , qui
donne ſur la Place de devant l'Eglife , &
qui eſt deſtiné à recevoir les Rois & les
Princes , lorſqu'ils paſſent à S. Maximin, fut
pareillement illuminé avec ſymmétrie ; on
voyoit ſur la porte du Convent un Arc de
Triomphe , au-deſſus duquel étoient des
Emblêmes avec cette Inſcription au milieu ,
Oravimus ad Dominum , & exauditi fumus ,
obtulimusfacrificium &fimilaginem , & accendimus
lucernas ,& propofuimus panes. Pen
dant l'illumination on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la même ſolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Meſſe. Après l'Exaudiat , pendant lequel
on fit pluſieurs décharges de boëtes , on tira
un très-beau feu d'artifice , qui repréſentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique , &
qui étoit orné de pluſieurs Emblêmes.
Royal de S. Maximin , en Provence , ſe
ſont diftingués par les témoignages de joye
qu'ils ont fait paroître à la Convalefcence
du Roi ; ils commencerent leur Fête par
une grande Meſſe chantée ſolemnellement ;
l'après-midi , le Prieur de la Maiſon fit diftribuer
une grande quantité de pain &d'argent
à tous les Pauvres qui ſe préſenterent ;
al'entrée de la nuit , il y eut tant au dedans
qu'au dehors de l'Egliſe une illumination
des plus brillantes , qui relevoit la beauté
de ce Temple , l'un des plus auguſtes du
Royaume , & fur la porte duquel on liſoit
cette Inſcription : Audivi orationem tuam
vidi lacrimas tuas O fanavi eum. Au-deſſus
de cette Inſcription on avoit placé les Armes
du Roi avec ces mots : Vive Louis le
1. Vol.
E
86 MERCURE DE FRANCE.
Bien-Aimé ; les traits desArmes & des Let
tres , qui étoient ménagés avec la réflexion
de la lumiere , préſentoient un coup d'oeil
des plus fatisfaiſans ; le corps de logis , qui
donne ſur la Place de devant l'Eglife , &
qui eſt deſtiné à recevoir les Rois & les
Princes , lorſqu'ils paſſent à S. Maximin, fut
pareillement illuminé avec ſymmétrie ; on
voyoit ſur la porte du Convent un Arc de
Triomphe , au-deſſus duquel étoient des
Emblêmes avec cette Inſcription au milieu ,
Oravimus ad Dominum , & exauditi fumus ,
obtulimusfacrificium &fimilaginem , & accendimus
lucernas ,& propofuimus panes. Pen
dant l'illumination on chanta le Te Deum
& l'Exaudiat avec la même ſolemnité & le
même concours de monde qu'à la grande
Meſſe. Après l'Exaudiat , pendant lequel
on fit pluſieurs décharges de boëtes , on tira
un très-beau feu d'artifice , qui repréſentoit
les Armes de l'Ordre de S. Dominique , &
qui étoit orné de pluſieurs Emblêmes.
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25
p. 87-93
DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
Début :
Les Entrepreneurs Généraux des Poudres & Salpêtres de France, desirant [...]
Mots clefs :
Entrepreneurs des Poudres, Te Deum, Église des Célestins, Jardin, Décoration, Arsenal, Terrasse, Girandole, Bateaux, Lampions, Lumières, Rivière, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION , des réjouiſſances
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
Fermer
26
p. 138-140
Autre Illumination à Passy, [titre d'après la table]
Début :
Leurs Majestés trouverent à Passy une nouvelle illumination & même un Feu [...]
Mots clefs :
Passy, Château, Feu d'artifice, Terrines, Bosquets, Potager, Terrasse, Gabriel-Bernard de Rieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Illumination à Passy, [titre d'après la table]
Leurs Majeftés trouverent à Paſſy une
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice , qu'avoit fait préparer le Préfident
de Rieux , qui eſt Seigneur de ce Village
, & qui y a une fort belle maiſon ſur le
bordde la riviere .
En face du Château,vis-à-visde la Chauf
fée,ſur une demie lune,étoit poſé un corps
de Feu d'artifice , qui fut très-bien exécuté
& dura 12 minutes ; il commença par
une ſalve de 125 Boëtes & de 6 piéces
decanon, lorſque le Roi futen préſence du
Château ; 100 Fuſées volantes ſuivirent
&on vit enfuite partir un corps de Feu ,
dont les ſpectateurs admirerent l'exécution
;ſur une Terraffe du Potager, attenant
C
4
NOVEMBRE. 1744. 139
le grand chemin , étoit placé un corps de
Muſique , compoſé de Tymbales , Trompettes
, Cors-de-Chaffe & Hautbois , qui
ne cefferentpoint de jouerdes Fanfares ,
tant que le Roi fut en préſence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie , par une quantité confidérable
de Terrines ; elles ſuivoientles defſeins
d'une piéce de Parterre en palmette ,
&d'une pièce d'eau qui montoit avec un
jet d'eau ; ces piéces ſont bordées fuivant
leurs deſſeins ,d'un treillage qui étoit auffi
illuminé ; les Boſquets du bas du Potager ,
qui font auſſi garnis de treillage , étoient
pareillement illuminés de Terrines ſuivant
leurs décorations , & bordés des deux côtés
par undoublefilet de lumiere; le longde
la face du Château , du côté de S. Cloud ,
regnoientdeux cordonsdegroſſes Terrines,
le fort de l'illumination étoit pofé fur trois
grands eſcaliers qui deſcendent du rés de
chauflée , & aboutiſſent à une fort belle
Terraffe ; un cordon de Terrines bordoit
cette Terraſſe ; elle étoit garnie de Vaſes
qui portant chacun un Pot-à-feu , formoient
par leur élevation une Pyramide
de lumière ; la ſeconde Terraffe de ce Parterre
étoit garnie d'environ 300 Vaſes, qui
portojent aufli des Pots-à-feu & fuivoient
Gij
140 MERCURE DE FRANCE.
les deſſeins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terraſſes eſt un mattif
d'une grande beauté ; il eſt compoſé de
huit Boſquets garnis d'environ 4000 pieds
d'Arbres ; dans le centre eſt une pièce de
gazon octogone , au milieu de laquelle on
voit une figure repréſentant une Déeffe
qui montre la Muſique aux Amours ; ces
Boſquets & la figure font accompagnés de
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du maſſif; le tout étoit entouré
de Vaſes chargés de Pots à feu, qui éclairoient
toutes les parties de ces Boſquets.
Monfieur de Rieux avoit fait illuminer
tous les appartemens & la galerie de fon
Château , & avoit invitée à cette Fête unc
nombreuſe Compagnie.
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice , qu'avoit fait préparer le Préfident
de Rieux , qui eſt Seigneur de ce Village
, & qui y a une fort belle maiſon ſur le
bordde la riviere .
En face du Château,vis-à-visde la Chauf
fée,ſur une demie lune,étoit poſé un corps
de Feu d'artifice , qui fut très-bien exécuté
& dura 12 minutes ; il commença par
une ſalve de 125 Boëtes & de 6 piéces
decanon, lorſque le Roi futen préſence du
Château ; 100 Fuſées volantes ſuivirent
&on vit enfuite partir un corps de Feu ,
dont les ſpectateurs admirerent l'exécution
;ſur une Terraffe du Potager, attenant
C
4
NOVEMBRE. 1744. 139
le grand chemin , étoit placé un corps de
Muſique , compoſé de Tymbales , Trompettes
, Cors-de-Chaffe & Hautbois , qui
ne cefferentpoint de jouerdes Fanfares ,
tant que le Roi fut en préſence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie , par une quantité confidérable
de Terrines ; elles ſuivoientles defſeins
d'une piéce de Parterre en palmette ,
&d'une pièce d'eau qui montoit avec un
jet d'eau ; ces piéces ſont bordées fuivant
leurs deſſeins ,d'un treillage qui étoit auffi
illuminé ; les Boſquets du bas du Potager ,
qui font auſſi garnis de treillage , étoient
pareillement illuminés de Terrines ſuivant
leurs décorations , & bordés des deux côtés
par undoublefilet de lumiere; le longde
la face du Château , du côté de S. Cloud ,
regnoientdeux cordonsdegroſſes Terrines,
le fort de l'illumination étoit pofé fur trois
grands eſcaliers qui deſcendent du rés de
chauflée , & aboutiſſent à une fort belle
Terraffe ; un cordon de Terrines bordoit
cette Terraſſe ; elle étoit garnie de Vaſes
qui portant chacun un Pot-à-feu , formoient
par leur élevation une Pyramide
de lumière ; la ſeconde Terraffe de ce Parterre
étoit garnie d'environ 300 Vaſes, qui
portojent aufli des Pots-à-feu & fuivoient
Gij
140 MERCURE DE FRANCE.
les deſſeins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terraſſes eſt un mattif
d'une grande beauté ; il eſt compoſé de
huit Boſquets garnis d'environ 4000 pieds
d'Arbres ; dans le centre eſt une pièce de
gazon octogone , au milieu de laquelle on
voit une figure repréſentant une Déeffe
qui montre la Muſique aux Amours ; ces
Boſquets & la figure font accompagnés de
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du maſſif; le tout étoit entouré
de Vaſes chargés de Pots à feu, qui éclairoient
toutes les parties de ces Boſquets.
Monfieur de Rieux avoit fait illuminer
tous les appartemens & la galerie de fon
Château , & avoit invitée à cette Fête unc
nombreuſe Compagnie.
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27
p. 128-129
Du 18.
Début :
M. le Marquis de la Tour Maubourg Lieutenant Général des Armées de Sa Majesté, [...]
Mots clefs :
Château de Maubourg, Marquis de La Tour Maubourg, Naissance du duc de Bourgogne, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 18.
Du 18.
M. le Marquis de la Tour Maubourg
Lieutenant Général des Armées de Sa Majesté,
& Inspecteur Général de l'Infante-
rie, voulant faire éclater ses sentimens
par des démonstrations publiques, donna
te 18 une fête magnisique, & fit tirer un
OC
1752.
JANVIER.
129
feu d'artifice dans son Château de Mau-
bourg, près la Ville de S. Etienne, en
Forez.
M. le Marquis de la Tour Maubourg
Lieutenant Général des Armées de Sa Majesté,
& Inspecteur Général de l'Infante-
rie, voulant faire éclater ses sentimens
par des démonstrations publiques, donna
te 18 une fête magnisique, & fit tirer un
OC
1752.
JANVIER.
129
feu d'artifice dans son Château de Mau-
bourg, près la Ville de S. Etienne, en
Forez.
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28
p. 171-173
De Perpignan le 17. Octobre.
Début :
La Province du Roussillon a donné les plus grandes marques de joie à l'occasion de la naissance [...]
Mots clefs :
Perpignan, Roussillon, Feu d'artifice, Place, Province, Décoration, Comte de Mailly, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Perpignan le 17. Octobre.
De Perpignan le 17. Octobre.
La Province du Roussillon a donné les plus
grandes marques de joie à l'occasion de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Ily aeu à Perpignan de brillantes fêtes pendant
huit jours, elles avoient attiré dans cette Ville
un grand nombre d'Etrangers: les Espagnols
surtout y ont accouru en foule.
Les réjouissances y commencerent le 17. Oc-
tobre par un Te Deum qui fut chanté dans
l'Eglise Cathédrale avec la plus grande pompe.
M. le Comte de Mailly Licutenant Génetal &
Commandant de la Province y assista à la tête
de tous les Corps, celui de la Noblesse & du
Militaire étoit très-nombreux. Il y eut ensuite
un feu devant l'Hôtel de Ville, toutes les mai-
sons furent illuminées, & les sontaines de vin
Hij
ed by Goc
172 MERCUREDE FRANCE.
coulerent en abondance. On fit le lendemain
quarante mariages; & le jout d'aptès, l'Hôtel
de Ville termina sa fête par un fort beau feu d'at-
tifice.
Le 20. M. le Comte de Mailly commença
une fête particuliere. On avoit formé une salle
en décoration qui occupoit toute la place d'ar-
mes. Il y avoit quatre ares de triomphe dans les
coins, ils étoient unis par une colonade suivie
& entrecoupée de deux autres arcs de triomphe
intérieurs qui étoient remplis de toute sorte de
Musiciens. On avoit élevé a l'un des deux bouts
une décoration de plus de soixante pieds de
hauteur, elle étoit d'un goût exquis, & ornée
de différentes emblêmes, cette décoration for-
moit l'établissement d'un feu d'artifice. On avoit
élevé en face un amphithéa te couvert, où plus
de quatre cent personnes furent placées: il y
avoit aussi divers autres établissemens pour conte-
nit les différens Etats & le peuple. Cette fête
fut annonçée par trois décharges de toute l'Ar-
tilletie des ramparts: une quantité prodigieu-
se de tambours, de tymballes, de trompettes
& toute sorte d'instrumens y répondirent succes-
sivement. On tira ensuite le feu d'artifice qui fut
aussi heureusement qu'agréablement composé,
Aussi tôt toute la place fut illuminée, & les Da-
mes, au nombre de plus de cent, en habits de
masques de différens caracteres, descendirent de
l'amphithéâtre avec leurs danseurs habillés de mê-
me; elles entrerent par les quatre arcs de triom-
phe formant différens cadtilles, & ouvrirent les
danses au bruit de tous les instrumens, elles re-
monterent ensuite à l'amphithéâtre, & la place
fut laissée libre à tout le peuple qui y entra de
même par différentes danses, & y troura des
jitized by Goo,
JANVIER. 1752.
173
fontaines de vin qui n'ont cessé de couler pen-
dant trois jours: les danses & les illuminations
ont aussi duré tout ce tems. Après le premier
coup d'œeil, toutes les Dames se rendirent chezM.
le Comte de Mailly, où l'on servit cinq tables
avec la plus grande somptuosité. On y admit
plus de quatre cens personnes. On ouvrit en-
suite un bal qui dura jusqu'à huit heures du ma-
tin. Le jour d'aptès les Dames, reparurent à la
place d'armes avec les mêmes habillemens, &
revinrent enfuite chez M. le Comte de Mailiy
terminer cette gtande fête par un bal, od l'on
n'oublia rien pour satisfaire tout le monde.
M. Bertin, Intendant de la Province, donna le
Jendemain une fête tout à fait galante, & de fort
bon goût: les Dames reparurent sur la place com-
me les jours précedens: le peuple s'y rendit en-
suite, les fontaines de vin coulerent encore; on
distribua un chariot de viandes de différentes
sortes. On se rendit enfuite à l'Intendance où
l'on tira un feu d'artifice qui fut trouvé très-beau.
On servit aussi- 1ôt un souper où la profusion ne
nuisit pas à la délicatesse. Un bal qui dura jus-
qu'à huit heures du matio termina le Lundi 25.
toutes ces fêtes commencées depuis le 17, du mê-
me mois. Tont le monde, & les Espagnols fur-
tout, ont paru extrêmement satisfaits de la ma-
gnificence & du bon ordre avec lequel toutes
ces fêtes ont été célebrées.
La Province du Roussillon a donné les plus
grandes marques de joie à l'occasion de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Ily aeu à Perpignan de brillantes fêtes pendant
huit jours, elles avoient attiré dans cette Ville
un grand nombre d'Etrangers: les Espagnols
surtout y ont accouru en foule.
Les réjouissances y commencerent le 17. Oc-
tobre par un Te Deum qui fut chanté dans
l'Eglise Cathédrale avec la plus grande pompe.
M. le Comte de Mailly Licutenant Génetal &
Commandant de la Province y assista à la tête
de tous les Corps, celui de la Noblesse & du
Militaire étoit très-nombreux. Il y eut ensuite
un feu devant l'Hôtel de Ville, toutes les mai-
sons furent illuminées, & les sontaines de vin
Hij
ed by Goc
172 MERCUREDE FRANCE.
coulerent en abondance. On fit le lendemain
quarante mariages; & le jout d'aptès, l'Hôtel
de Ville termina sa fête par un fort beau feu d'at-
tifice.
Le 20. M. le Comte de Mailly commença
une fête particuliere. On avoit formé une salle
en décoration qui occupoit toute la place d'ar-
mes. Il y avoit quatre ares de triomphe dans les
coins, ils étoient unis par une colonade suivie
& entrecoupée de deux autres arcs de triomphe
intérieurs qui étoient remplis de toute sorte de
Musiciens. On avoit élevé a l'un des deux bouts
une décoration de plus de soixante pieds de
hauteur, elle étoit d'un goût exquis, & ornée
de différentes emblêmes, cette décoration for-
moit l'établissement d'un feu d'artifice. On avoit
élevé en face un amphithéa te couvert, où plus
de quatre cent personnes furent placées: il y
avoit aussi divers autres établissemens pour conte-
nit les différens Etats & le peuple. Cette fête
fut annonçée par trois décharges de toute l'Ar-
tilletie des ramparts: une quantité prodigieu-
se de tambours, de tymballes, de trompettes
& toute sorte d'instrumens y répondirent succes-
sivement. On tira ensuite le feu d'artifice qui fut
aussi heureusement qu'agréablement composé,
Aussi tôt toute la place fut illuminée, & les Da-
mes, au nombre de plus de cent, en habits de
masques de différens caracteres, descendirent de
l'amphithéâtre avec leurs danseurs habillés de mê-
me; elles entrerent par les quatre arcs de triom-
phe formant différens cadtilles, & ouvrirent les
danses au bruit de tous les instrumens, elles re-
monterent ensuite à l'amphithéâtre, & la place
fut laissée libre à tout le peuple qui y entra de
même par différentes danses, & y troura des
jitized by Goo,
JANVIER. 1752.
173
fontaines de vin qui n'ont cessé de couler pen-
dant trois jours: les danses & les illuminations
ont aussi duré tout ce tems. Après le premier
coup d'œeil, toutes les Dames se rendirent chezM.
le Comte de Mailly, où l'on servit cinq tables
avec la plus grande somptuosité. On y admit
plus de quatre cens personnes. On ouvrit en-
suite un bal qui dura jusqu'à huit heures du ma-
tin. Le jour d'aptès les Dames, reparurent à la
place d'armes avec les mêmes habillemens, &
revinrent enfuite chez M. le Comte de Mailiy
terminer cette gtande fête par un bal, od l'on
n'oublia rien pour satisfaire tout le monde.
M. Bertin, Intendant de la Province, donna le
Jendemain une fête tout à fait galante, & de fort
bon goût: les Dames reparurent sur la place com-
me les jours précedens: le peuple s'y rendit en-
suite, les fontaines de vin coulerent encore; on
distribua un chariot de viandes de différentes
sortes. On se rendit enfuite à l'Intendance où
l'on tira un feu d'artifice qui fut trouvé très-beau.
On servit aussi- 1ôt un souper où la profusion ne
nuisit pas à la délicatesse. Un bal qui dura jus-
qu'à huit heures du matio termina le Lundi 25.
toutes ces fêtes commencées depuis le 17, du mê-
me mois. Tont le monde, & les Espagnols fur-
tout, ont paru extrêmement satisfaits de la ma-
gnificence & du bon ordre avec lequel toutes
ces fêtes ont été célebrées.
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29
p. 192-193
De Versailles.
Début :
Le 23, les Officiers du Bureau & ceux du Gobelet, de la bouche & de la fouriere de Madame [...]
Mots clefs :
Versailles, Dauphine, Concert, Feu d'artifice, Fête, Duchesse, Catherine-Nicole Le Maure, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Versailles.
De Versailles.
Le 23, les Officiers du Bureau & ceux du Gobelet,
de la bouche & de la fouriere de Madame
la Dauphine, ayant fait magnisiquement illumi-
ner l'Eglise des Recolets de Versailles; y firent
chanter le Te Deum, pour joindre leurs actions de
graces à celles de toute la France. Monseigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine y assisterenti,
& le peuple, qui étoit accoutu sur leur passage
s'empressa de leur témoigner, l'intérête qu'il
prend à leur santé, & à leur satisfaction.
Il y eut le soit un Concert chez Madame la
Dauphine, & ensuite un très-beau feu d'artifice,
que les Habitans de Versailles firent tirer dans les
Jardins du Château, vis-à-vis de l'Appartement
de cette Priocesse.
La Duchesse de Lauraguais, Dame d'Atour de
Madame la Dauphine, donna le 24 une fête, à
laquelle présiderent également le goût & la ma-
gnificence. Monseigneut le Dauphin & Madame
la Dauphine, se rendirent vers les six heures du
soir, à la maison que cette Duchesse a dans la
principale avenue de Versailles, & la fête com-
mença par un Concert, composé de Musiciens du
premier ordre, entre autres de la célebre Demoi-
selle le Maure, de Madame & de M. Forquary
de M. Jeliotte & de M. Blavet. Au Concert suc-
ceda uu feu d'artifice, tiré sur la butte de Mont
horon, qui aptès le feu offrit un très-brillant
spectacle par une illumination aussi var ée qu'éle-
gante. On servit ensuite un soupet des plus splen-
dides, & la fête fut terminée par plusieurs cou-
plets, chantés à l'honneur de Monseigneur le Due
de Bourgogne, dans lesquels la Demoilelle le
Navite
JANVIER.
1752.
193
Maure fit admirer la supériorité de sa voix & de
son talent.
Le 23, les Officiers du Bureau & ceux du Gobelet,
de la bouche & de la fouriere de Madame
la Dauphine, ayant fait magnisiquement illumi-
ner l'Eglise des Recolets de Versailles; y firent
chanter le Te Deum, pour joindre leurs actions de
graces à celles de toute la France. Monseigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine y assisterenti,
& le peuple, qui étoit accoutu sur leur passage
s'empressa de leur témoigner, l'intérête qu'il
prend à leur santé, & à leur satisfaction.
Il y eut le soit un Concert chez Madame la
Dauphine, & ensuite un très-beau feu d'artifice,
que les Habitans de Versailles firent tirer dans les
Jardins du Château, vis-à-vis de l'Appartement
de cette Priocesse.
La Duchesse de Lauraguais, Dame d'Atour de
Madame la Dauphine, donna le 24 une fête, à
laquelle présiderent également le goût & la ma-
gnificence. Monseigneut le Dauphin & Madame
la Dauphine, se rendirent vers les six heures du
soir, à la maison que cette Duchesse a dans la
principale avenue de Versailles, & la fête com-
mença par un Concert, composé de Musiciens du
premier ordre, entre autres de la célebre Demoi-
selle le Maure, de Madame & de M. Forquary
de M. Jeliotte & de M. Blavet. Au Concert suc-
ceda uu feu d'artifice, tiré sur la butte de Mont
horon, qui aptès le feu offrit un très-brillant
spectacle par une illumination aussi var ée qu'éle-
gante. On servit ensuite un soupet des plus splen-
dides, & la fête fut terminée par plusieurs cou-
plets, chantés à l'honneur de Monseigneur le Due
de Bourgogne, dans lesquels la Demoilelle le
Navite
JANVIER.
1752.
193
Maure fit admirer la supériorité de sa voix & de
son talent.
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30
p. 193-194
D'Avignon, le 24.
Début :
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent [...]
Mots clefs :
Avignon, Te Deum, Église, Vice-légat, Ville, Musique, Feu d'artifice, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Avignon, le 24.
D'Avignon, le 24.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
Les bienfaits que les Habitans de cette Ville
ont reçu de la Couronne de France, leur inspirent
une reconnoissance trop sincère, pour qu'ils
négligent aucune occasion de la faire éclater.
Pendant trois jours consécutifs, il y a eu ici des
rejouissances publiques pour la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne. Le 24 de ce mois,
le Deum fut chanté à plusieurs chœurs de musique
dans l'Eglise Métropolitaine par ordre du Vice-
Légat, qui y assista, étant accompagné de tous
les Tribunaux, ains: que du Corps de-Ville.
Après cette cétémonie, le Vice-Légat, an bruit
d'une décharge d'artillerie, & de plusieurs salves,
de mousqueterie des troupes de la garnison & de
la Milice Bourgeoise, alluma le Buchet qu'on
avoit préparé dans la Place, vis-à vis le Palais.
On tira le soir devant l'Hô el-de Vile un feu
d'artifice, & toutes les rues furent illuininées.
Le 25 & le 26, l'Archevêché, le Corps-de Vil'e
& le Chapitre de l'Eglise Métropolitaive, ont
fait successivement chanter le Te Deum dans cette
Eglise, en action de graces du même évenement.
Chacun de ces deux jours, on a renouvellé les
illuminations, & le : 6 le Corps-de Visse fit tirer.
un seeond seu d'artifice, de beaucoup plus grande
dépense encore que celui du 24. Ces fêtes. furent
terminées par un somptueux repas, que le Vice-
Légat donna à toute la Noblesse. Les, Célestins
dont le Couvent a été fondé par le Roi Charles
VI. out signalé en particulier leur zéle, en faisant
chanter une Messe solemnelle, & le Te Deum en
II. Vol.
tized by Goc
194 MERCUREDEFRANCE.
musique. Le Marquis de Crillon, & le Marquis
d'Aulan, n'ont rien épargné pour marquet leur
joie, & ils se sont distingues surtout par la beauté
des illuminations de leurs Hôtels.
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31
p. 230-232
De Versailles le 30.
Début :
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de [...]
Mots clefs :
Versailles, Naissance du duc de Bourgogne, Feu d'artifice, Fusées, Arc de triomphe, Félicité, Guirlandes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Versailles le 30.
De Versailles le 30.
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de
préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de
la grande Gallerie, fut tiré le tiente. L'édifice,
construit pour ce feu, s'étendoit depuis l'allée de
Saturne jusqu'à celle du Dragon, sur un plan cir-
culaire de cent quarante- deux toises. Il étoit com-
posé de trois Corps d'Architecture, dont le prin-
cipal étoit 'dOrdre Corinthien, & représentoit
un Arc de Triomphe, consacré à la Felicité.
Au devant des massiss, qui séparoient les 3 por-
tiques de l'arc de triomphe, étoient accouplées des
colonnes de lapis, ornées de guirlandes de lys &
de roses. Deux bas reliefs en or décoroient le des-
sus des portes latérales, qui accompagnoient
la grande arcade. Dans l'un paroissoit Appollon
distribuant aux Muses les differens attributs des
Sciences & des Beaux Arts. On voyoit, dans l'au-
tre, Cer s sur son char, répandant l'abondance,
La corniche portoit les Statues de la Justice, de la
Prudence, de la Tempérance & de la Magnani-
mité, entre lesquelles étoit, sur un pied d'estal
le Globe des Armes de France, soutenu par la
Force & par diflérens Genies. La Victoire & la
Paix le présentoient à la Felicité. Cette derniere
by Goc
JANVIER. 1752.
231
figure domincit le Groupe: elle tenoit un Cadu-
cée, Symbole de l'union, & selon les Egyptiens
le hierogliphe de la naissance des Grands-Hom-
mes. D'une corne d'abondance, qui étoit à ses
pieds, sortoient des fruits mêlés de fleurs. Près de
la Félicité, la Ronommée prenoit son vol pout aller
annoncer à l'Univers la naislance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & ses heureux destins.
Les deux autres Corps d'Architecture étoient
d'ordre Composite, & formoient des deux côtés de
l'arc de Triomphe, une continuite d'arcades en
niches, séparées par des pilastres revêtus de tro-
phés en or & de camayeux en azur. Les miédaillons
représentoient tous les Arts qui contribuent au bon-
heur, & ils étoient entoures de guirlandes de roses
lesquelles se réunissoient en festons au dessus des
ceintres & des pilastres.
Des avant-corps, aussi d'ordre Composite, ter-
minoient les ailes. Ils étoient ornés deStatues de dif-
sérentes Divinités. Des Faunes & des Tritons,
supportant des vases de Lapis surchargés de giran-
doles, interrompoieut la balustrade, qui couron-
noit ces avant-corps.
On avoit distribué des girandoles rout le long
de l'édisice. Plusicurs lustres pendoient du sein
des archivoltes, & toutes les niches étoient gar-
nies d'orangers dans des vases d'or, an tout des-
quels jouoient des guirlandes de fleurs naturelles.
A tiavers les portiques de l'arc de Tiiomphe on
découvroit dans le lointain le Temple de la Felicité.
Ce fut cette vaste & magnisique décoration,
qui fut illuminée le 19 par des transparens. Divers
cordons de feu dessinoient l'Architecture, & l'on
avoit placé sur la tertasse différens groupes de lu-
mieres, dont les effets s'accordoient avec l'objet
principal.
Le seu d'artifice, fut annoncé pra un bruit
ed by Go-
232 MERCUREDE FRANCE
de boëtes & de fusées d'honneur, & il à été
divisé en trois parties. La premiere fut compo-
sée de feu brillaus, qui représenterent succe ssi-
vement différentes formes, & qui furent ac-
compagnées de jets, d'iss, de bombes, & d'u-
ne grande multitude de fusées variées. Le second
changement offrit des cascades, qui occuperent
toute l'étendue de l'édifice, & dont la principale
en achevant de se précipiter, se métamorphosa
en plusieurs jets; ce coup de feu fut soutenu par
des fusées formant en l'air des berceaux de lumiere.
Dans le troisiéme changement, toute l'Architec-
ture se trouva représentée en seu clair. Uue gitan-
de de plus de huit mille fusées, coutonnée de bom-
bes brillantes, termina P'artifice. Les intervalles
qu'on fut obligé de mettre entre les divers chan-
gemens pour donner le tems la fumée de se dis-
siper, furent remplis par le tirage de cent caisses de
fusées, placées derriere l'arc de Triomphe & les
ailes. Le Roi ayant passé sur les dix heures du soir
dans l'appartement de la Reine, on tira au bout
de la piéce d'eau des Suisses, cinq bombes d'arti-
fices, qui firent un effet extraordinaire.
Le même jour, Leurs Majestés tinrent grand
appartement; & la Cour, tant pat l'extrême ri-
chesse des habits que par l'éclat & le nombre des
pierreries, surpassa encore la magnificence qu'el-
le avoit fait paroître le jour de l'illumination. La
Gallerie étoit éclaitée, ainsi qu'elle l'avoit été le
19, par trois rangs de lustres, suspendus à des
festons de gaze bouillonnée, qu'entouroient des
guirlandes de fleurs. Il y avoit des deux côtés une
grande quantité de girandoles sur des Torcheres
les unes d'argent, les autres d'or; & l'art, avec
lequel les lumieres étoient distribuées, pro-
duisoit un coup d'oil des plus frappans.
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de
préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de
la grande Gallerie, fut tiré le tiente. L'édifice,
construit pour ce feu, s'étendoit depuis l'allée de
Saturne jusqu'à celle du Dragon, sur un plan cir-
culaire de cent quarante- deux toises. Il étoit com-
posé de trois Corps d'Architecture, dont le prin-
cipal étoit 'dOrdre Corinthien, & représentoit
un Arc de Triomphe, consacré à la Felicité.
Au devant des massiss, qui séparoient les 3 por-
tiques de l'arc de triomphe, étoient accouplées des
colonnes de lapis, ornées de guirlandes de lys &
de roses. Deux bas reliefs en or décoroient le des-
sus des portes latérales, qui accompagnoient
la grande arcade. Dans l'un paroissoit Appollon
distribuant aux Muses les differens attributs des
Sciences & des Beaux Arts. On voyoit, dans l'au-
tre, Cer s sur son char, répandant l'abondance,
La corniche portoit les Statues de la Justice, de la
Prudence, de la Tempérance & de la Magnani-
mité, entre lesquelles étoit, sur un pied d'estal
le Globe des Armes de France, soutenu par la
Force & par diflérens Genies. La Victoire & la
Paix le présentoient à la Felicité. Cette derniere
by Goc
JANVIER. 1752.
231
figure domincit le Groupe: elle tenoit un Cadu-
cée, Symbole de l'union, & selon les Egyptiens
le hierogliphe de la naissance des Grands-Hom-
mes. D'une corne d'abondance, qui étoit à ses
pieds, sortoient des fruits mêlés de fleurs. Près de
la Félicité, la Ronommée prenoit son vol pout aller
annoncer à l'Univers la naislance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & ses heureux destins.
Les deux autres Corps d'Architecture étoient
d'ordre Composite, & formoient des deux côtés de
l'arc de Triomphe, une continuite d'arcades en
niches, séparées par des pilastres revêtus de tro-
phés en or & de camayeux en azur. Les miédaillons
représentoient tous les Arts qui contribuent au bon-
heur, & ils étoient entoures de guirlandes de roses
lesquelles se réunissoient en festons au dessus des
ceintres & des pilastres.
Des avant-corps, aussi d'ordre Composite, ter-
minoient les ailes. Ils étoient ornés deStatues de dif-
sérentes Divinités. Des Faunes & des Tritons,
supportant des vases de Lapis surchargés de giran-
doles, interrompoieut la balustrade, qui couron-
noit ces avant-corps.
On avoit distribué des girandoles rout le long
de l'édisice. Plusicurs lustres pendoient du sein
des archivoltes, & toutes les niches étoient gar-
nies d'orangers dans des vases d'or, an tout des-
quels jouoient des guirlandes de fleurs naturelles.
A tiavers les portiques de l'arc de Tiiomphe on
découvroit dans le lointain le Temple de la Felicité.
Ce fut cette vaste & magnisique décoration,
qui fut illuminée le 19 par des transparens. Divers
cordons de feu dessinoient l'Architecture, & l'on
avoit placé sur la tertasse différens groupes de lu-
mieres, dont les effets s'accordoient avec l'objet
principal.
Le seu d'artifice, fut annoncé pra un bruit
ed by Go-
232 MERCUREDE FRANCE
de boëtes & de fusées d'honneur, & il à été
divisé en trois parties. La premiere fut compo-
sée de feu brillaus, qui représenterent succe ssi-
vement différentes formes, & qui furent ac-
compagnées de jets, d'iss, de bombes, & d'u-
ne grande multitude de fusées variées. Le second
changement offrit des cascades, qui occuperent
toute l'étendue de l'édifice, & dont la principale
en achevant de se précipiter, se métamorphosa
en plusieurs jets; ce coup de feu fut soutenu par
des fusées formant en l'air des berceaux de lumiere.
Dans le troisiéme changement, toute l'Architec-
ture se trouva représentée en seu clair. Uue gitan-
de de plus de huit mille fusées, coutonnée de bom-
bes brillantes, termina P'artifice. Les intervalles
qu'on fut obligé de mettre entre les divers chan-
gemens pour donner le tems la fumée de se dis-
siper, furent remplis par le tirage de cent caisses de
fusées, placées derriere l'arc de Triomphe & les
ailes. Le Roi ayant passé sur les dix heures du soir
dans l'appartement de la Reine, on tira au bout
de la piéce d'eau des Suisses, cinq bombes d'arti-
fices, qui firent un effet extraordinaire.
Le même jour, Leurs Majestés tinrent grand
appartement; & la Cour, tant pat l'extrême ri-
chesse des habits que par l'éclat & le nombre des
pierreries, surpassa encore la magnificence qu'el-
le avoit fait paroître le jour de l'illumination. La
Gallerie étoit éclaitée, ainsi qu'elle l'avoit été le
19, par trois rangs de lustres, suspendus à des
festons de gaze bouillonnée, qu'entouroient des
guirlandes de fleurs. Il y avoit des deux côtés une
grande quantité de girandoles sur des Torcheres
les unes d'argent, les autres d'or; & l'art, avec
lequel les lumieres étoient distribuées, pro-
duisoit un coup d'oil des plus frappans.
Fermer
32
p. 197-199
De VERSAILLES, le 18 Septembre 1760.
Début :
Le 23 du mois dernier, on tira sur la terrasse, [...]
Mots clefs :
Comtesse, Feu d'artifice, Anniversaire, Duc de Berry, Monseigneur, Ministre d'État, Démission, Charge, Comte, Roi, Duc, Nominations, Députés, Clergé, Famille royale, Archevêque, Madame la Dauphine, Monseigneur le Dauphin, Ambassadeur, Contrat de mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 18 Septembre 1760.
De VERSAILLES , le 18 Septembre 1760.
Lis
5.
3
E23 du mois dernier , on tira fur la terraffe ,
par ordre de la Comtelle de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , un feu d'artifice pour l'anniverfaire
de la naiffance de Monfeigneur le Duc
de Berry. Monfeigneur le Duc de Bourgogne honora
de la préfence cette petite fête , & donna le
fignal pour tirer ce feu , qui fut parfaitement exé
cute par le fear Garnier , Artificier breveté du
Roi , pour Verfalles .
• Le fieur Rouillé ,-Miniftre d'Etat , ayant fup-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
plié le Roi de recevoir fa démiflion de la Charge
de Grand- Maître & Sur- Intendant Général des
Poftes & relais de France , Sa Majefté a réuni
cette Charge à celle de Miniftre & Secrétaire d'Etat
, au département des affaires étrangeres.
Le Roi a donné au Comte de Treffan , Lieutenant-
Général de fes armées , & Grand- Maréchal des Logisdu
Roi de Pologne , Ducde Lorraine & de Bar ,
Je Commandement de Bitche & de la Lorraine
Allemande , vacant par la mort du Comte de
Bombelles.
>
Le feur Hurfon , Confeiller Honoraire au
Parlement & ci - devant Intendant de la Martinique
, a été nommé par Sa Majefté , à la place
d'Intendant de la Marine à Toulon , vacante par
la mort du fieur Charron.
Le Roi a accordé au Comte de Jumilhac Saint
Jean , Moufquetaire de la premiere Compagnie,
un Guidon de la Gendarmerie , Compagnie de
Flandre.
Le 3 de Septembre , le Roi de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar , partit d'ici pour ſe rendre
à Luneville .
Le 4 , les Députés des Etats de Languedoc , eurent
Audience du Roi , Ils furent préſentés par le
Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , & par
le Comte de Saint Florentin , Miniftre & Secré
taire d'Etat , & conduits par le fieur Defgranges ,
Maître des Cérémonies . La députation étoit compofée
; pour le Clergé , de l'Archevêque d'Albi ,.
qui porta la parole ; du Marquis de Calviffon ,
pour la Nobleffe ; des fieurs Guérin & Journet
pour le Tiers-Etat ; & du heur Joubert , Syndic
Général de la Province.
Les , le Roi , la Reine & la Famille Royale furent
en vifite chez Mademoiſelle de Sens , à l'oc
cafion de la mort de l'Abbeffe de Saint AntoineOCTOBRE
. 1760 , 199
Le , Monfeigneur le Duc de Berry fut remis
entre les mains des hommes , après les formalités
requifes à cette occafion. On tira le foir , dans
l'appartement de ce Prince , un feu d'artifice qui
fat exécuté par le fieur Garnier Artificier des
Enfans de France .
Le 9 , le fieur Pamphili , Archevêque de Colofle
, & Nonce du Pape , eur fa premiere Audience
particuliere de Sa Majefté , à laquelle il
fut conduit, ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfeigneur le
Comte de Provence , de Monfeigneur le Comte
d'Artois , de Madame Adélaïde & de Mel
dames Victoire , Sophie , & Louiſe , par le feur
de la Live , Introducteur des Amballareurs.
X
Le 14 , le Roi , la Reine , & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Comte d'E
pinay , avec Demoiſelle de Sebeville.
Le 16 , Sa Majefté tint le Sceau.
Lis
5.
3
E23 du mois dernier , on tira fur la terraffe ,
par ordre de la Comtelle de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , un feu d'artifice pour l'anniverfaire
de la naiffance de Monfeigneur le Duc
de Berry. Monfeigneur le Duc de Bourgogne honora
de la préfence cette petite fête , & donna le
fignal pour tirer ce feu , qui fut parfaitement exé
cute par le fear Garnier , Artificier breveté du
Roi , pour Verfalles .
• Le fieur Rouillé ,-Miniftre d'Etat , ayant fup-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
plié le Roi de recevoir fa démiflion de la Charge
de Grand- Maître & Sur- Intendant Général des
Poftes & relais de France , Sa Majefté a réuni
cette Charge à celle de Miniftre & Secrétaire d'Etat
, au département des affaires étrangeres.
Le Roi a donné au Comte de Treffan , Lieutenant-
Général de fes armées , & Grand- Maréchal des Logisdu
Roi de Pologne , Ducde Lorraine & de Bar ,
Je Commandement de Bitche & de la Lorraine
Allemande , vacant par la mort du Comte de
Bombelles.
>
Le feur Hurfon , Confeiller Honoraire au
Parlement & ci - devant Intendant de la Martinique
, a été nommé par Sa Majefté , à la place
d'Intendant de la Marine à Toulon , vacante par
la mort du fieur Charron.
Le Roi a accordé au Comte de Jumilhac Saint
Jean , Moufquetaire de la premiere Compagnie,
un Guidon de la Gendarmerie , Compagnie de
Flandre.
Le 3 de Septembre , le Roi de Pologne , Duc
de Lorraine & de Bar , partit d'ici pour ſe rendre
à Luneville .
Le 4 , les Députés des Etats de Languedoc , eurent
Audience du Roi , Ils furent préſentés par le
Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , & par
le Comte de Saint Florentin , Miniftre & Secré
taire d'Etat , & conduits par le fieur Defgranges ,
Maître des Cérémonies . La députation étoit compofée
; pour le Clergé , de l'Archevêque d'Albi ,.
qui porta la parole ; du Marquis de Calviffon ,
pour la Nobleffe ; des fieurs Guérin & Journet
pour le Tiers-Etat ; & du heur Joubert , Syndic
Général de la Province.
Les , le Roi , la Reine & la Famille Royale furent
en vifite chez Mademoiſelle de Sens , à l'oc
cafion de la mort de l'Abbeffe de Saint AntoineOCTOBRE
. 1760 , 199
Le , Monfeigneur le Duc de Berry fut remis
entre les mains des hommes , après les formalités
requifes à cette occafion. On tira le foir , dans
l'appartement de ce Prince , un feu d'artifice qui
fat exécuté par le fieur Garnier Artificier des
Enfans de France .
Le 9 , le fieur Pamphili , Archevêque de Colofle
, & Nonce du Pape , eur fa premiere Audience
particuliere de Sa Majefté , à laquelle il
fut conduit, ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfeigneur le
Comte de Provence , de Monfeigneur le Comte
d'Artois , de Madame Adélaïde & de Mel
dames Victoire , Sophie , & Louiſe , par le feur
de la Live , Introducteur des Amballareurs.
X
Le 14 , le Roi , la Reine , & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Comte d'E
pinay , avec Demoiſelle de Sebeville.
Le 16 , Sa Majefté tint le Sceau.
Fermer
Résumé : De VERSAILLES, le 18 Septembre 1760.
Le 18 septembre 1760, un feu d'artifice fut organisé à Versailles pour célébrer l'anniversaire du Duc de Berry, en présence du Duc de Bourgogne. Cet événement fut dirigé par le sieur Garnier, artificier du Roi. Le sieur Rouillé, Ministre d'État, démissionna de ses fonctions de Grand-Maître et Surintendant général des Postes et relais de France, ainsi que de Ministre et Secrétaire d'État aux affaires étrangères. Le Roi nomma le Comte de Tressan au commandement de Bitche et de la Lorraine allemande, poste vacant après la mort du Comte de Bombelles. Le sieur Hurfon fut nommé Intendant de la Marine à Toulon, succédant au sieur Charron. Le Comte de Jumilhac Saint Jean reçut un guidon de la Gendarmerie. Le Roi de Pologne, Duc de Lorraine et de Bar, quitta Versailles pour Luneville le 3 septembre. Le 4 septembre, les députés des États de Languedoc furent reçus par le Roi, présentés par le Comte d'Eu et le Comte de Saint Florentin. Diverses visites et audiences eurent lieu, notamment celle de l'Archevêque de Colosse, Nonce du Pape, le 9 septembre. Le 14 septembre, le Roi et la famille royale signèrent le contrat de mariage du Comte d'Epinay avec Mademoiselle de Sévéville. Enfin, le Roi tint le Sceau le 16 septembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 187-203
Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Début :
L'Opera que l'on représenta, est composé de trois Actes ; il est intitulé [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Hymen, Dieux, Querelles, Humanité, Destin, Campagne, Mer, Nymphe, Conseils, Magnificence, Enchantements, Merveilles, Fête, Noblesse, Ministres étrangers, Comte, Dîner, Marquis, Cérémonie, Mariage, Escadrons, Église, Décorations, Cortège, Ornements, Argent, Or, Étoffes, Arcades, Nef, Lumières, Sanctuaire, Hallebardiers, Chevaux, Capitaine, Carosse, Anneaux, Salle, Repas, Plats, Palais, Union, Temple, Jardins, Colonnes, Pyramides, Beauté, Clémence, Fécondité, Douceur, Figures, Dignité, Intelligence, Fontaines, Illuminations, Feu d'artifice, Guirlandes, Fleurs, Bal, Archiduchesse, Officiers, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Suite de la Relation de tout ce qui s'eft
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
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200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
1 ་
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
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Résumé : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Le texte relate les festivités entourant le mariage des Altesses Royales, notamment Madame l'Archiduchesse à Parme. Les célébrations incluent la représentation de l'opéra 'Les Fêtes de l'Hymen', composé de trois actes indépendants précédés d'un prologue intitulé 'Le Triomphe de l'Amour'. Ce prologue met en scène une querelle entre les dieux et l'Amour, qui obtient leur pardon pour l'union de la vertu et de la beauté. Les trois actes de l'opéra sont 'Aris', 'Sapho' et 'Eglé', chacun racontant des histoires d'amour et d'interventions divines. Les festivités comprennent des réceptions et des dîners offerts par des nobles tels que le Prince de Liechtenstein et le Comte de Rochechouart, avec des représentations d'opéra et des danses. La cérémonie de mariage à la cathédrale est décrite avec une décoration somptueuse et une procession ordonnée. Les troupes et les gardes assurent la sécurité, et la cérémonie religieuse suit le rituel ordinaire avec quelques adaptations spécifiques. Après la cérémonie, les princes retournent au palais dans le même ordre qu'à l'arrivée. Les événements incluent également un feu d'artifice et une illumination dans le jardin du palais, représentant l'union de l'Amour et de l'Hymen, suivi d'un bal masqué au théâtre. Madame l'Archiduchesse ouvre le bal avec le Prince François. Le lendemain, le Prince de Liechtenstein prend congé selon les cérémonies protocolaires. Les festivités se poursuivent avec des audiences et des repas officiels. Le 11 octobre, divers corps de l'État rendent hommage à Madame l'Archiduchesse. Le 13 octobre, elle quitte pour Casalmaggiore, escortée par des troupes et des dignitaires, et arrive à midi. Elle prévoit de s'arrêter à Casalmaggiore et à Mantoue pour saluer les députés et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 210
« Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
Début :
Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...]
Mots clefs :
Fête, Statue du roi de France, Inauguration, Cérémonie, Illumination, Te Deum, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
ARTICLE VI .
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
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Résumé : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
L'article VI décrit les cérémonies pour l'inauguration de la Statue du Roi et la célébration de la paix sur la Place de Louis XV. Les festivités durent trois jours. Le premier jour, inauguration avec illuminations. Le deuxième jour, proclamation de la paix et illumination de l'Hôtel-de-Ville. Le troisième jour, Te Deum à Notre-Dame, feu d'artifice et illuminations générales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 211-216
CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Début :
Le Corps de la Ville de Paris sembloit n'avoir consulté que son zèle & celui [...]
Mots clefs :
Citoyens, Statue, Roi de France, Réjouissances publiques, Cérémonie, Louis XV, Duc, Cortège, Richesse, Broderie, Perles, Couleurs, Musique, Illumination, Hommages, Feu d'artifice, Spectacles, Repas, Inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
CÉRÉMONIES ET FESTES ,
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
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Résumé : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Le texte relate les cérémonies et les fêtes organisées à l'occasion de l'inauguration de la statue du roi sur la place de Louis XV et de la publication de la paix. La Ville de Paris avait initialement prévu des projets somptueux, mais le roi a réduit les dépenses, permettant des réjouissances publiques les 20, 21 et 22 juin. Le 20 juin, une cavalcade et des cérémonies traditionnelles ont marqué l'inauguration de la statue. Le Corps de Ville, accompagné du gouverneur de Paris et de nombreux domestiques, s'est rendu à la place de Louis XV. Malgré un incident technique, la statue a été dévoilée au milieu des acclamations et des salves d'artillerie. Le 21 juin, la paix a été proclamée dans 14 endroits de la ville, avec les cérémonies habituelles. Le 22 juin, des fêtes et des réjouissances publiques ont été organisées dans toute la ville. Un Te Deum a été chanté à Notre-Dame, et des illuminations ont été préparées. Des loges ont été installées au Palais de Bourbon pour les spectateurs, et des jeux nautiques ont été organisés sur la rivière. Un feu d'artifice était prévu, mais un orage a endommagé une partie de la décoration. Les fontaines de vin et les illuminations ont marqué la soirée, avec des illuminations remarquables à la place de Louis XV et aux Jardins de l'Hôtel de Pompadour. La joie et la satisfaction du public ont été remarquables, avec une consommation excessive de vin et d'aliments. Les théâtres ont également été illuminés, affichant des inscriptions célébrant la paix.
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36
p. 171
De NANTES, le 25 Septembre 1764.
Début :
Le Maréchal Duc de Richelieu est arrivé ici, le 22 [...]
Mots clefs :
Maréchal duc de Richelieu, Honneurs, Fêtes, Conquête, Célébration, Feu d'artifice, Concert
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texteReconnaissance textuelle : De NANTES, le 25 Septembre 1764.
De NANTES , le 25 Septembre 1764.
Le Maréchal Duc de Richelieu eft arrivé ici , le
22 de ce mois , & y a été reçu avec tous les honneurs
dûs à fon rang . Parmi différentes Fêtes que
le Duc d'Aiguillon lui a données , on a tiré devant
lui après un foupé de cent couverts , un feu
d'Artifice repréfentant la Conquête de Mahon .
Ce Maréchal a foupé à la Bourſe , le 23 avec
deux cens perfonnes des plus confidérables de la
Province. Le lendemain , après avoir vifité tous
les embelliffemens que le Duc d'Aiguillon a fait
faire ici , il a affifté au Concert de la Ville auquel
s'étoit réunie la Mufique du Duc d'Aiguillon .
Čes différentes Fêtes ont été terminées par un
grand Bal. Le Maréchal de Richelieu eft parti ce
matin pour l'Orient.
Le Maréchal Duc de Richelieu eft arrivé ici , le
22 de ce mois , & y a été reçu avec tous les honneurs
dûs à fon rang . Parmi différentes Fêtes que
le Duc d'Aiguillon lui a données , on a tiré devant
lui après un foupé de cent couverts , un feu
d'Artifice repréfentant la Conquête de Mahon .
Ce Maréchal a foupé à la Bourſe , le 23 avec
deux cens perfonnes des plus confidérables de la
Province. Le lendemain , après avoir vifité tous
les embelliffemens que le Duc d'Aiguillon a fait
faire ici , il a affifté au Concert de la Ville auquel
s'étoit réunie la Mufique du Duc d'Aiguillon .
Čes différentes Fêtes ont été terminées par un
grand Bal. Le Maréchal de Richelieu eft parti ce
matin pour l'Orient.
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Résumé : De NANTES, le 25 Septembre 1764.
Le 25 septembre 1764, le Maréchal Duc de Richelieu a été accueilli à Nantes avec honneurs. Le Duc d'Aiguillon a organisé des fêtes, dont un dîner et un feu d'artifice pour la conquête de Mahon. Le Maréchal a soupé avec des notables et visité des améliorations avant de partir pour l'Orient.
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37
p. 50-51
ÉNIGME.
Début :
Tandis que jusqu'aux cieux portant ma tête altière, [...]
Mots clefs :
Feu d'artifice
38
p. 198
ÉNIGME.
Début :
Je nais sans bruit, je meurs avec éclat : [...]
Mots clefs :
Feu d'artifice