Résultats : 6 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 32-33
A MONSIEUR, Sur la Victoire, & sur son humanité apres la Bataille. SONNET,
Début :
On celebre par tout vos belles Actions, [...]
Mots clefs :
France, Chef, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR, Sur la Victoire, & sur son humanité apres la Bataille. SONNET,
A MONSIEUR,
Sur la Victoire qu'il a rem- portée , & fur ſon humani- té apres la Bataille.
SONNET,
Ncelebre par tout vos belles Actions ,
La France retentit du bruit de
vostre gloire ;
Et le récit pompeux de cettegrandeHistoire,
Vafaire l'entretien de milleNations.
DeChef & de Soldat faisant les
fonctions ,
Votre rare Valeur nous donne la
Victoire,
Et
GALANT. 25
Etla Posterité ne pourrajamais
croire ,
Que l'on ait triomphe de tant de
Legions.
६००३
Surmonter à la fois l'Espagne &
laHollande,
Ce n'est pas tout l'honneur que
voſtre cœur demande :
S'il a paru terrible, il veut paroîtrehumain.
Tel qui vous vit plus fier que le Dieu des Batailles
Le jour que vostre Bras fit tant deFunerail les ,
N'apoint veu de Vainqueur plus
doux, le lendemain.
Sur la Victoire qu'il a rem- portée , & fur ſon humani- té apres la Bataille.
SONNET,
Ncelebre par tout vos belles Actions ,
La France retentit du bruit de
vostre gloire ;
Et le récit pompeux de cettegrandeHistoire,
Vafaire l'entretien de milleNations.
DeChef & de Soldat faisant les
fonctions ,
Votre rare Valeur nous donne la
Victoire,
Et
GALANT. 25
Etla Posterité ne pourrajamais
croire ,
Que l'on ait triomphe de tant de
Legions.
६००३
Surmonter à la fois l'Espagne &
laHollande,
Ce n'est pas tout l'honneur que
voſtre cœur demande :
S'il a paru terrible, il veut paroîtrehumain.
Tel qui vous vit plus fier que le Dieu des Batailles
Le jour que vostre Bras fit tant deFunerail les ,
N'apoint veu de Vainqueur plus
doux, le lendemain.
Fermer
Résumé : A MONSIEUR, Sur la Victoire, & sur son humanité apres la Bataille. SONNET,
Un sonnet célèbre un chef militaire victorieux après une bataille entre l'Espagne et la Hollande. La France résonne de ses exploits glorieux, connus mondialement. Il est loué pour sa valeur exceptionnelle et son humanité, redoutable au combat mais doux le lendemain. Sa victoire semble incroyable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 168-175
Prestation de Serment de M. le Marquis d'Argenteüil, entre les mains du Roy, pour la Charge de Lieutenant General au Gouvernement de Champagne. [titre d'après la table]
Début :
En vous apprenant dans mon Journal du mois d'Avril dernier, [...]
Mots clefs :
Marquis d'Argenteuil, Serment, Roi de France, Charge, Lieutenant, Maison de le Bacle, Alliances, Parents, Chef
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prestation de Serment de M. le Marquis d'Argenteüil, entre les mains du Roy, pour la Charge de Lieutenant General au Gouvernement de Champagne. [titre d'après la table]
En vous apprenant dans mon
Journal du mois d'Avril dernier
que le 25. de ce mois , Mr. le
Marquis d'Argenteuil , Gouverneur
Particulier
DEMAY.
169
Particulier de la Ville de Troyes ,
avoit prété Serment entre les in...ns
du Roy , pour la Charge de Lieutenant
General de Sa Majefté , au
Gouvernement de Champagne ,
dont il avoit été pourvû , de même
que de celle de Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , dés
le quatre Septembre de l'année
1716 ; fur la démiffion de Mr le
Comte d'Effeville , Lieutenant Ge-
'neral des Armées du Roy , & Lieutenant
de fes Gardes du Corps : Je
n'aurois pas manqué de vous inftruire
de la Naiffance , s'il m'avoit
été permis de remettre plufieurs
articles confidérables , dont
on m'avoit déja fait part , lorfque
celui que vous allés lire , me fur
rendu.
La Maifon de lé Bacle , de laquelle
fort Mr le Marquis d'Argenteuil
, eft originaire de Touraine ;
& elle n'eft pas moins confidérable
par fon ancienneté , que , par fes
Alliances ; puifque par des Titres
inconteftables , elle pouve une
May 1717. P
170 LE MERCURE
filiation fuivie depuis prés de 400
, ans.
Mre Jean-Louis le Bacle Marquis
d'Argenteüil , à préfent Lieutenant
General au Gouvernement
de Champagne & Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , a
été élévé Page de la Chambre du
feu Roy , & il est marié depuis le
quinze Novembre 1712 , avec De
Louife-Anne-Victoire de Rogres ,
fortie d'une des plus anciennes
Maifons de Poitou , & qui a l'honneur
d'être Parente de Madame
la Princeffe de Conty premiere
Douairiere , fille unique de Louis-
Charles de Rogres Chevalier ,
Seigneur de Cheurinvillier
, de
Balin & de l'Anglée , & de Marie-
Anne le Charron , Dame de
Villemaréchal
& du Vieux Saint-
Ange , Niéce & pétite Niéce de
feüe Madame la Maréchale du
Pleffis Pralain , & de feüe Madame
la Comteffe de Coffe , Ayeiile
de Mr le Duc de Briffac d'aujourd'hui
, duquel Mariage font
DE MAY. 171
nés juſqu'ici un fils & une fille . Il
eit fils de feu Me François le Bacle
Comte d'Argenteuil , Lieutenant
Colonel de Cavalerie , & de Dame
Anne-Elizabeth le Tenneur ,
Dame de Foucheres & de Roffon ,
petit-fils de Louis le Bacle Comte
d'Epineüil , Baron d'Argenteuil &
d'Arcy , Seigneur de Pouy , & élevé
Page , puis Gentilhomme Ordinaire
de la Chambre du Roy Louis
XIII , & de De Catherine de Torcy ,
& arriere petit- fils de Patrice le
Bacle Baron d'Argenteuil , Mestre
de Camp d'un Régiment d'Infanterie
, lequel avoit pour pere François
le BacleBaron d'Argenteüil&de
Torcy , Confeiller du Roy en tous
fes Confeils , Gentilhomme Ordinaire
de fa Chambre , Meftre de
Camp d'un Régiment d'Infanterie
pour le Service du Roy Henry
IV , & premier Chambellan de
Mgr Louis de Bourbon , Comte
de Soiffons ; depuis , Grand Maître
de France , & pour Mere Deniſe
de Heriot , Dame de Moulins ;
Pij
172
LE MERCURE
après la mort de laquelle , ledit
François le Bacle ſe remaria avec
Marie de Lenoncourt , Dame de
Chateauchinon
& de Beauregard ,
fortie d'une des plus illuftres Maifons
de Lorraine : Il étoit petitfils
d'Antoine dé Bacle , Seigneur
du Puybacle , Baron d'Argenteuil
& d'Arcy , & de Marguerite de la
Touche , fille de Renaud de la
Touche , Chevalier , Seigneur de
la Touche Limoufiniere , & de
Françoife de Rochechouard
, fille
de François de Pontville dit de
Rochechouard
, Vicomte de Rochechouard
, & de Renée d'Anjou
Mezieres. Cet Antoine le Bacle
étoit fils d'Hugues le Bacle , Seigneur
du Puybacle & de la Martiniere
, élevé Enfant d'Honneur
de la Reine Marie d'Anjou , femme
du Roy Charles VII , & depuis
Echançon de M. le Duc de
Normandie , frere du Roy Louis
XI. lequel avoit pour frere , François
le Bacle , Maître d'Hôtel Ordinaire
du Roy Charles VIII , &
DE MAY.
173
&
premier Maître d'Hôtel de Mer le
Dauphin , iffu au 4º dégré de Jean
le Bacle Ecuyer , Seigneur du Puybacle
, du Pin & de Saint Loud
en Touraine , vivant vers l'an 1325.
lequel mourut revétu de grands &
notables biens , ayant laiffé entr'auties
Effets , pour deux mille livres
de Vaiffeles d'or & d'argent ; fomme
alors tres confidérable
qui marque bien que dés ce temslà
, cette Maiſon étoit une des plus
riches de fa Province. Depuis ce
tems , ceux de ce nom ont toujours
fervi les Rois dans des Emplois
Militaires & confidérables , comme
en qualité de Lieutenans de
leurs Gardes du Corps , de Gouverneurs
de plufieures Villes &
Châteaux , Meftres de Camp d'In.
fanterie & de Cavalerie , & ils fe
trouvent qualifiez Chevaliers &
Hauts & Puiffants Seigneurs dans
des Titres , depuis prés de 200 ans.
Cette Maifon , outre l'avantage.
qu'elle a d'être alliée aux Maiſons
de Neufville Villeroy , de Souvré,
P iij
174 LEMERCURE
de Coligny , de Poitiers , de la
Rochefoucaud ,de Rouvroy Saint
Simon , de la Tremoille , elle a encore
celui d'avoir donné cinq Chanoineffes
d'Efpinal , dont une a été
élue Doïenne en 1710 , une Chanoineffe
de Remiremont & fept
Chevaliers de Malte , dont le premier
a été reçû dés le 12 Aouſt
1603 .
Outre M. le Marquis d'Argenteuil
qui en eft le Chef, il en refte
encore M. le Comte de Mou
lins Lieutenant Colonel de Dragons
, & Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , lequel a plufieurs
enfans de fon Mariage , avec
Dame Marie de Rogres de Champignelles
, Coufine Germaine de
Madame d'Argenteuil , & fille de
Louis de Rogres , Baron de Champignelles
, & de Marie Nicolle
Graffin , fortie d'une ancienne Famille
originaire de la Ville de Sens,
de laquelle étoit Pierre Graffin ,
Seigneur d'Ablon , reçû Confeiller
au Parlement de Paris dés l'an
DE MAY 375
1'543 , & qui fubfifte encore en la
perfonne de Pierre Graffin , Seigneur
de Chaffefant, deMormant en Brie,
Directeur General des Monnoyes
de France.
M. le Comte d'Argenteuil , Sei-"
gneur de Hommefou , & Mr de
Beauregard , Lieutenant Colonel
de Cavalerie , font auffi de la Maifon
de le Bacle , qui porte pour Armes
, deceules à trois Macles d'argent
, pofées deux & une. Mr le
Marquis d'Argenteuil les porte écarrelées
, au 1 & 4 de Roche
choüard au 2 & 3. d'Anjou , &
le tout de le Bacle.
Journal du mois d'Avril dernier
que le 25. de ce mois , Mr. le
Marquis d'Argenteuil , Gouverneur
Particulier
DEMAY.
169
Particulier de la Ville de Troyes ,
avoit prété Serment entre les in...ns
du Roy , pour la Charge de Lieutenant
General de Sa Majefté , au
Gouvernement de Champagne ,
dont il avoit été pourvû , de même
que de celle de Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , dés
le quatre Septembre de l'année
1716 ; fur la démiffion de Mr le
Comte d'Effeville , Lieutenant Ge-
'neral des Armées du Roy , & Lieutenant
de fes Gardes du Corps : Je
n'aurois pas manqué de vous inftruire
de la Naiffance , s'il m'avoit
été permis de remettre plufieurs
articles confidérables , dont
on m'avoit déja fait part , lorfque
celui que vous allés lire , me fur
rendu.
La Maifon de lé Bacle , de laquelle
fort Mr le Marquis d'Argenteuil
, eft originaire de Touraine ;
& elle n'eft pas moins confidérable
par fon ancienneté , que , par fes
Alliances ; puifque par des Titres
inconteftables , elle pouve une
May 1717. P
170 LE MERCURE
filiation fuivie depuis prés de 400
, ans.
Mre Jean-Louis le Bacle Marquis
d'Argenteüil , à préfent Lieutenant
General au Gouvernement
de Champagne & Gouverneur Particulier
de la Ville de Troyes , a
été élévé Page de la Chambre du
feu Roy , & il est marié depuis le
quinze Novembre 1712 , avec De
Louife-Anne-Victoire de Rogres ,
fortie d'une des plus anciennes
Maifons de Poitou , & qui a l'honneur
d'être Parente de Madame
la Princeffe de Conty premiere
Douairiere , fille unique de Louis-
Charles de Rogres Chevalier ,
Seigneur de Cheurinvillier
, de
Balin & de l'Anglée , & de Marie-
Anne le Charron , Dame de
Villemaréchal
& du Vieux Saint-
Ange , Niéce & pétite Niéce de
feüe Madame la Maréchale du
Pleffis Pralain , & de feüe Madame
la Comteffe de Coffe , Ayeiile
de Mr le Duc de Briffac d'aujourd'hui
, duquel Mariage font
DE MAY. 171
nés juſqu'ici un fils & une fille . Il
eit fils de feu Me François le Bacle
Comte d'Argenteuil , Lieutenant
Colonel de Cavalerie , & de Dame
Anne-Elizabeth le Tenneur ,
Dame de Foucheres & de Roffon ,
petit-fils de Louis le Bacle Comte
d'Epineüil , Baron d'Argenteuil &
d'Arcy , Seigneur de Pouy , & élevé
Page , puis Gentilhomme Ordinaire
de la Chambre du Roy Louis
XIII , & de De Catherine de Torcy ,
& arriere petit- fils de Patrice le
Bacle Baron d'Argenteuil , Mestre
de Camp d'un Régiment d'Infanterie
, lequel avoit pour pere François
le BacleBaron d'Argenteüil&de
Torcy , Confeiller du Roy en tous
fes Confeils , Gentilhomme Ordinaire
de fa Chambre , Meftre de
Camp d'un Régiment d'Infanterie
pour le Service du Roy Henry
IV , & premier Chambellan de
Mgr Louis de Bourbon , Comte
de Soiffons ; depuis , Grand Maître
de France , & pour Mere Deniſe
de Heriot , Dame de Moulins ;
Pij
172
LE MERCURE
après la mort de laquelle , ledit
François le Bacle ſe remaria avec
Marie de Lenoncourt , Dame de
Chateauchinon
& de Beauregard ,
fortie d'une des plus illuftres Maifons
de Lorraine : Il étoit petitfils
d'Antoine dé Bacle , Seigneur
du Puybacle , Baron d'Argenteuil
& d'Arcy , & de Marguerite de la
Touche , fille de Renaud de la
Touche , Chevalier , Seigneur de
la Touche Limoufiniere , & de
Françoife de Rochechouard
, fille
de François de Pontville dit de
Rochechouard
, Vicomte de Rochechouard
, & de Renée d'Anjou
Mezieres. Cet Antoine le Bacle
étoit fils d'Hugues le Bacle , Seigneur
du Puybacle & de la Martiniere
, élevé Enfant d'Honneur
de la Reine Marie d'Anjou , femme
du Roy Charles VII , & depuis
Echançon de M. le Duc de
Normandie , frere du Roy Louis
XI. lequel avoit pour frere , François
le Bacle , Maître d'Hôtel Ordinaire
du Roy Charles VIII , &
DE MAY.
173
&
premier Maître d'Hôtel de Mer le
Dauphin , iffu au 4º dégré de Jean
le Bacle Ecuyer , Seigneur du Puybacle
, du Pin & de Saint Loud
en Touraine , vivant vers l'an 1325.
lequel mourut revétu de grands &
notables biens , ayant laiffé entr'auties
Effets , pour deux mille livres
de Vaiffeles d'or & d'argent ; fomme
alors tres confidérable
qui marque bien que dés ce temslà
, cette Maiſon étoit une des plus
riches de fa Province. Depuis ce
tems , ceux de ce nom ont toujours
fervi les Rois dans des Emplois
Militaires & confidérables , comme
en qualité de Lieutenans de
leurs Gardes du Corps , de Gouverneurs
de plufieures Villes &
Châteaux , Meftres de Camp d'In.
fanterie & de Cavalerie , & ils fe
trouvent qualifiez Chevaliers &
Hauts & Puiffants Seigneurs dans
des Titres , depuis prés de 200 ans.
Cette Maifon , outre l'avantage.
qu'elle a d'être alliée aux Maiſons
de Neufville Villeroy , de Souvré,
P iij
174 LEMERCURE
de Coligny , de Poitiers , de la
Rochefoucaud ,de Rouvroy Saint
Simon , de la Tremoille , elle a encore
celui d'avoir donné cinq Chanoineffes
d'Efpinal , dont une a été
élue Doïenne en 1710 , une Chanoineffe
de Remiremont & fept
Chevaliers de Malte , dont le premier
a été reçû dés le 12 Aouſt
1603 .
Outre M. le Marquis d'Argenteuil
qui en eft le Chef, il en refte
encore M. le Comte de Mou
lins Lieutenant Colonel de Dragons
, & Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , lequel a plufieurs
enfans de fon Mariage , avec
Dame Marie de Rogres de Champignelles
, Coufine Germaine de
Madame d'Argenteuil , & fille de
Louis de Rogres , Baron de Champignelles
, & de Marie Nicolle
Graffin , fortie d'une ancienne Famille
originaire de la Ville de Sens,
de laquelle étoit Pierre Graffin ,
Seigneur d'Ablon , reçû Confeiller
au Parlement de Paris dés l'an
DE MAY 375
1'543 , & qui fubfifte encore en la
perfonne de Pierre Graffin , Seigneur
de Chaffefant, deMormant en Brie,
Directeur General des Monnoyes
de France.
M. le Comte d'Argenteuil , Sei-"
gneur de Hommefou , & Mr de
Beauregard , Lieutenant Colonel
de Cavalerie , font auffi de la Maifon
de le Bacle , qui porte pour Armes
, deceules à trois Macles d'argent
, pofées deux & une. Mr le
Marquis d'Argenteuil les porte écarrelées
, au 1 & 4 de Roche
choüard au 2 & 3. d'Anjou , &
le tout de le Bacle.
Fermer
3
p. 2720-2733
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Début :
Le résultat de plusieurs Conseils tenus à la Porte, depuis l'arrivée de l'Ambassadeur de [...]
Mots clefs :
Constantinople, Cheval, Chevaux, Argent, Armes, Chef, Officiers, Sultan, Lieutenant, Compagnie, Trésorier, Cavalier, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur,
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
Fermer
Résumé : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Le 3 août 1730, le Grand Seigneur de Constantinople décida de poursuivre la guerre contre les Persans et se prépara à partir en Asie, envoyant le Grand Vizir à la tête des troupes. Le lieu de rassemblement fut fixé entre Calcedoine et Scutary. Vingt étendards à queue de cheval furent dressés avec pompe et cérémonie. Le même jour, le Grand Seigneur, accompagné de dignitaires, se rendit à la mosquée d'Ajoub pour une prière. Le Mufty ceignit l'épée du Grand Seigneur, marquant ainsi son couronnement. Après cette cérémonie, le Grand Seigneur revint au serrail, s'embarqua sur la galère du Capitan Pacha et arriva à Scutary vers midi. Il pria ensuite sur le tombeau de sa mère et se dirigea vers son serrail de Calcedoine, où il resta avec ses sultanes favorites. La procession du Sultan, bien que nombreuse, rencontra des interruptions en raison du manque de terrain et de l'absence d'ordre. Malgré cela, il n'y eut ni foule ni confusion parmi les spectateurs. La marche fut organisée avec divers groupes, incluant des Jannissaires, des Tartares, des Gnululis et des Delis, des huissiers du conseil, des officiers de cavalerie, des professeurs, des juges, des écrivains du Divan, et des pages. Chaque groupe avait des rôles spécifiques et des équipements distincts. La procession comprenait également divers dignitaires, chacun reconnaissable par ses attributs et sa suite. Les Pachas ou Vizirs marchaient précédés de leurs Eftafiers. Le Mufti, premier ministre religieux, portait un habit blanc et des armes. Le Grand Vizir, appelé Vizir-Azem et Muhur-Sahibi, chevauchait un cheval richement harnaché. Le Sandgiak Cherif, étendard vert de Mahomet, était porté par un Emir, suivi de Derviches chantant des hymnes. Un carrosse doré transportait un manuscrit du Coran et le manteau de Mahomet. Le Sultan, entouré de Solaks et de domestiques, portait un arc et un carquois. Ses fils, les Chah Jade, étaient également armés et entourés de leurs gouvernants. La musique guerrière du Sultan, composée de plus de soixante personnes à cheval, fermait la marche, accompagnée de pages et d'eunuques richement vêtus. La procession se terminait par divers officiers et valets du Sérail. Après plusieurs heures de marche, le Grand Seigneur et sa suite arrivèrent au camp, marquant le début de la campagne militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 212-213
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Je crois, Monsieur, que vous ne pouvez me refuser le plaisir, [...]
Mots clefs :
Erreur, Décès, Comte de Wignacourt, Maison d'Artois, Chef
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre adressée à l'éditeur du Mercure, Guilain-Joseph-Adrien-François, Marquis de Wignacourt, conteste une information publiée en janvier 1758. Cette information annonçait la mort de Robert-Antoine, Comte de Wignacourt, le 30 octobre 1756, à l'âge de 58 ans, et le présentait comme chef de la Maison de Wignacourt, ayant fourni deux Grands-Maîtres à l'Ordre de Malte au XVIIe siècle. Le Marquis de Wignacourt affirme être le chef de la Maison d'Artois depuis la mort de son père le 8 octobre 1758. Il conteste les prétentions de la branche champenoise de la famille, qu'il reconnaît toutefois pour leur illustre lignée en Champagne. Il reconnaît comme membres de sa maison Monsieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie, les Messieurs de Wignacourt de Namur, et Monsieur de Wignacourt de Fletres. Il mentionne également un frère colonel en Espagne et une sœur chanoinesse à Maubeuge. Sa mère est issue de la famille Croy, et sa grand-mère était Créquis, tante du Prince de Croy. Le Marquis demande à l'éditeur de publier cette clarification dans le prochain numéro du Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 186
De GENES, le 13 Juin 1763.
Début :
Suivant les nouvelles arrivées en dernier lieu de l'Isle de Corse, les Rebelles ont [...]
Mots clefs :
Corse, Rebelles, Troupes, Général, Officiers, Commandement, Chef, Mise à mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 13 Juin 1763.
De GENES , le 13 Juin 1763 .
2
Suivant les nouvelles arrivées én dernier lieu
de l'ine de Corfe , les Rebelles ont , à ce qu'on
affure , perdu dans l'action d'Aleria quarante
hommes , & les troupes de la République trentedeux
Corfes & trois foldats. Le Général Matra
vient de faire bloquer & attaquer le Fort de
Furiani. Deux Piéves , qui étoient ci - devant du
parti rebelle , ont envoyé à ce Général une députation
par laquelle elles lui offrent leurs fecours
toutes les fois qu'il en aura befoin pour
foutenir les poftes qu'il occupe . Jean- Carlo ' ,
l'un des principatix Officiers de Paoli , mécontent
du peu d'obéillance & de difcipline qu'il
trouvoit dans le Corps de Troupes dont il avoit
le Commandement , & des contradictions coftinuelles
qu'il éprouvoit dans toutes fes opérations
de la part du Chef des Rebelles , s'eſt déterminé
à quitter leur parti . Le Prêtre Confalvi
& un autre de la Province de Balagna , qui
avoient été faits prifonniers à Aleria ont été
mis à mort par l'ordre de Paoli
2
Suivant les nouvelles arrivées én dernier lieu
de l'ine de Corfe , les Rebelles ont , à ce qu'on
affure , perdu dans l'action d'Aleria quarante
hommes , & les troupes de la République trentedeux
Corfes & trois foldats. Le Général Matra
vient de faire bloquer & attaquer le Fort de
Furiani. Deux Piéves , qui étoient ci - devant du
parti rebelle , ont envoyé à ce Général une députation
par laquelle elles lui offrent leurs fecours
toutes les fois qu'il en aura befoin pour
foutenir les poftes qu'il occupe . Jean- Carlo ' ,
l'un des principatix Officiers de Paoli , mécontent
du peu d'obéillance & de difcipline qu'il
trouvoit dans le Corps de Troupes dont il avoit
le Commandement , & des contradictions coftinuelles
qu'il éprouvoit dans toutes fes opérations
de la part du Chef des Rebelles , s'eſt déterminé
à quitter leur parti . Le Prêtre Confalvi
& un autre de la Province de Balagna , qui
avoient été faits prifonniers à Aleria ont été
mis à mort par l'ordre de Paoli
Fermer
Résumé : De GENES, le 13 Juin 1763.
Le 13 juin 1763, à Gênes, des rapports indiquent que les rebelles ont subi des pertes de quarante hommes lors de l'action d'Aleria, tandis que les troupes de la République ont perdu trente-deux Corfes et trois soldats. Le Général Matra a récemment bloqué et attaqué le Fort de Furiani. Deux Pièves, précédemment alliées des rebelles, ont envoyé une députation au Général Matra pour offrir leur soutien et maintenir les postes qu'il occupe. Jean-Carlo, un des principaux officiers de Paoli, a quitté le parti rebelle en raison du manque de discipline et des contradictions continues dans ses opérations. De plus, le Prêtre Confalvi et un autre habitant de la Province de Balagna, faits prisonniers à Aleria, ont été exécutés sur ordre de Paoli.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 345-357
De PARIS, le 20 Juillet.
Début :
La flotte de Brest a appareillé le 8 de ce mois ; on peut juger des dispositions des équipages, [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Roi, Canons, Frégates, Général, Comte, Officiers, Escadre, Équipages, Capitaine, Anglais, Frégate, Chef, Guerre, État, Navires, Prises, Armée, Canard-chat, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 20 Juillet.
De PARIS , le 20 Juillet .
La flotte de Breſt a appareillé le 8 de ce
mois ; on peut juger des diſpoſitions des équipages
, par cette lettre en date du 6 de ce mois ,
qu'elle étoit encore dans la rade. La flotte appareillera
au premier bon vent , & toutes les diſpon-
Ps
( 346 )
tions ſont faites en conféquence; les vents d'Ouest
qui ſoufflent depuis quelques jours , ne répondent
pas à l'empreſſement que nous avons de voir la
pleine mer , & nous faiſons des voeux bien ſincères
pour qu'ils changent. Le Vicomte d'Eſcars , commandant
la Prudente , mouilla hier ici. Le 26 du
mois paflé , il a vu 22 vaiſſeaux & quelques frégates ,
relâchant à Portsmouth ; c'eſt ſans doute l'Amiral
Keppel , & l'Amiral Byron ſera allé en Amérique.
Un paquebot Américain venant du Connecticut ,
relâcha ici le 3 ; le Capitaine charge de paquets
pour la Cour , doit les y avoir portés. Il a dit que
les Anglois étoient au moment d'évacuer Philadelphie
, qu'il y avoit une grande déſertion dans leur
armée ; que les Américains attendoient avec impatience
l'eſcadre de M. le Comte d'Estaing , & que
ce Général leur avoit été annoncé par deux frégates
Françoiſes « .
Ces nouvelles contrediſent pleinement celles que
les Anglois avoient répandues de la défaite du Général
Washington par le Général Clinton. Cette
nouvelle au reſte n'avoit pas fait grande fortune ,
puiſqu'au moment de ſa publication , on avoit fait
des paris de soo louis , que l'armée de Philadelphie
fubiroit le fort de celle du Général Burgoyne. 1
>>>Le Comte d'Orvilliers , Lieutenant- Général ,
commande en chef l'armée diviſée en trois eſcadres.
L'eſcadre blanche eſt ſous le pavillon du Général ;
la blanche & bleue , fous celui du Comte Duchaffault
, Lieutenant - Général ; & l'eſcadre bleue , ſous
Gelui du Duc de Chartres , Lieutenant-Général. Les
Commandans de la ſeconde & de la troiſième divifion
de chaque eſcadre , font , de la blanche , le
Comte de Guichen , chef d'eſcadre , & M. Hector
, Capitaine de vaiſſeau ; de la blanche & bleue ,
le Comte de Rochechouart , chef d'eſcadre , & le
Chevalier de Bauffet , Capitaine de vaiſſeau ; & de la
bleue , le Comte de Graffe , chef d'eſcadre , & le
( 347 )
Chevalier de Monteil , Capitaine de vaifſeau. Les.
Capitaines de Pavillon des trois Commandans d'efcadre,
font , du Général , M. Dupleſſis -Parfault;
du Comte Duchaffault , M. Huon de Kermadec ;
& du Duc de Chartres , M. de la Mothe-Piquet ,
chef d'eſcadre , & ſous cet Officier-Générať , M. de
Montpéroux , Capitaine de vaiſſeau .
>> Le 9 , l'armée étant ſur Oueſſant , la corvette la
Curieuse, de 10 canons de 4, commandée par le
Chevalier du Rumain , qui chaſſoit en avant , a
pourſuivi un bâtiment dont elle avoit fait la découverte.
Etant arrivée à portée de voix , elle lui a crié
de mettre en panne; le bâtiment que ſon pavillon annonçoit
être Anglois , n'a point exécuté la manoeuvre
àlaquelle il étoit invité. La frégate l'Iphigénie , commandée
par M. de Kerſaint , qui chaſſoit pareillement
en avant de l'armée , a joint le bâtiment à cet
inftant , & l'a hélé , en lui diſant qu'il falloit qu'il
vint parler au Général. Sur le refus formel qu'en a
fait ce Capitaine, M. de Kerſaint a ordonné qu'on
fit feu. Le bâtiment a amené ſon pavillon ; c'eſt
le Lively , frégate Angloiſe de 22 canons de 9 , &
de Iso hommes d'équipage commandée par
M. Biggs , Capitaine de vaiſſeau; la frégate du Roi
l'ayant amené au Général , le Comte d'Orvilliers a
penſé qu'il devoit la faire conduire à Breft , où elle
eſt arrivée le 10 , ſous l'eſcorte de l'Iphigénie «.
,
Aux détails que nous avons donnés du combat de
la Belle Poule & de ſes ſuites nous joindrons
ceux-ci que nous avons reçus de Breſt. » Le Chevalier
de Capellis , qui commandoit la batterie pendant
le combat , a tiré 850 coups de canons , &
l'activité de ce brave Officier , a ſervi d'exemple à
tout l'équipage. Auſſi à ſon arrivée dans le port ,
la Marquiſe d'Aubererre , épouſe du Cominandant
deBretagne , a été à la tête des Dames de la Ville ,
lui porter une cocarde. La valeur ne peut ambitionnerun
prix plus agréable ; elle en a cependant reçu
P6
(348 )
un autre bien cher à l'honneur François. Le Chevalier
de Capellis a reçu une lettre très-flatteuſe du
Miniſtre , qui lui marque que le Roi lui fait bon
gré de ſes ſervices , & qu'il ne l'oubliera pas. On
raconte qu'un des ſoldats de la frégate , qui avoir
été auparavant garde-chaffe , ajuſtoit fi bien fon
homme , que de ſes quatre premiers coups de fufil ,
il tua quatre Anglois ſur l'Arétuse. Ses camarades ,
témoins de ſon adreſſe , & regrettant le tems qu'il
perdoit à charger ſon fufil , lui proposèrent de lui
en fournir de tous chargés , ce qu'il accepta. L'intrépide
foldat , ſans quitter ſon poſte , tua 29 Anglois
de ſuite; il fut lui-même renverſé d'un coup , au
moment qu'il viſoit le trentième «.
En parlant de la bravoure & de l'adreſſe de nos
foldats , nous ne devons pas négliger de parler des
foins que l'humanité prépare à ceux qui expoſent
leurs jours; elle a produit une découverte intéreſfante.
M. Groſſier, Licentié en Médecine , ancien
Profeffeur & Démonstrateur d'Anatomie & de Chirurgie
au régiment du Roi infanterie ,& Chirurgien-
Major du vaiſſeau du Roi le Roland , commandé
par M. de Larchantel , vient d'imaginer une machine,
dont l'uſage deviendra utile aux bleſſés à
bord des vaiſſeaux de guerre , principalement dans
le cas de combat. Elle peut être auſſi employée avec
avantage dans les hopitaux , fur-tout dans ceux établis
à la ſuite des armées. Elle procure aux Chirurgiens
toute l'aiſance dont ils ont beſoin dans l'exercice
de leurs fonctions .
Cette machine , dont l'Auteur doit publier la defcription
, a été miſe en jeu le 20 Juin , à bord du
vaiſſeau le Roland , en préſence de M. le Duc de
Chartres , des Officiers Généraux de l'armée navale ,
& des premiers Médecins & Chirurgiens de la marine
au département de Breſt. L'effet a répondu à
l'attente . M. le Comte d'Orvilliers en a fait prendre
le modèle , & a ordonné d'en établir de femblables
( 349 )
furtous les vaiſſeaux . MM, les premiers Médecins
& Chirurgiens , en ont dreſſé procès-verbal , & ont
arrêté qu'elle ſeroit employée dans les hopitaux de
leur département.
: Depuis le combat des deux frégates , pluſieurs
corps de troupes ont été prévenus par le Miniſtre de
laGuerre, de ſe tenir prêts àmarcher. Celles qui
s'aſſembleront en Bretagne & en Normandie , le
ront très- confidérables. Le Duc de Croy , Commandant
en chef en Picardie , Boulonnois & Calaiſis , a
fait l'inſpection de toutes les places qui ſont à ſes
ordres , depuis la Normandie juſqu'à la Flandre ; il
les a trouvées dans le meilleur état poſſible pour la
défenſe des côtes. On aſſure qu'il ſe formera auſſi
un camp nombreux du côté de la Flandre , & il y
a, dit- on , pluſieurs régimens en route pour joindre
ceux qui s'y trouvent déja.
Le village de Saint-Ouen de Tardonne , Paroiffe
du Diocèſe & à une lieue de Beauvais en Picardie ,
compoſé des hameaux deWagicourt & de Tardonne ,
dont le premier eſſuya le 3 Avril 1768 , un incendie
qui réduifit en cendres 45 maiſons avec leurs dépen
dances , ainſi que tout ce qu'elles renfermoient, a
éprouvé encore le 6 de ce mois , un incendie qui a
confumé vingt-deux maiſons à Tardonne ; le feu
étoit ſi vif & fi actif , que les incendiés n'ont eu
que le tems de ſortir de leurs habitations ; ils ont
perdu généralement tous leurs meubles , grains ,
fourrages & autres proviſions : ſans le prompt ſecours
des Citoyens de Beauvais , qui s'y font portés
en foule, précédés de pluſieurs Magiſtrats &de nombre
de notables de la ville , tout le hameau auroit été
la proie des flammes. Parmi les derniers incendiés ,
il y en a pluſieurs qui avoient eſſuyé ce malheur en
1760, Ces infortunés ſe recommandent à la bien.
faiſance des ames charitables. Les ſecours peuvent
être adreſſés à M. le Curé de la Paroiſſe .
La Ville de Saint-Venant en Artois , ne produi(
350 )
,
fant que des eaux mal-faines , & dont l'uſage étoit
dangereux , le Pere Croquiſon , ci-devant Supérieur
de lamaiſon des Bons- Fils de cette Ville , après un
travail qui a duré quatre mois ſans relâche , a découvert
une ſource d'eau abondante de la meilleure
qualité ; les Médecins & Chirurgiens des environs
enordonnent l'uſage aux malades avec ſuccès. Cette
fontaine , qui a ſa ſource à 264 pieds de profondeur ,
donne 120 bouteilles par minute; ſon jet s'élève à 1s
pieds au-deſſus de la ſurface de la terre. Le PereCroquiſon
ayant inſtruit le Gouvernement du ſuccès de
ſes recherches , M. le Prince de Montbarrey , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat de la Guerre , a donné
ordre au Directeur du Génie , de faire conduire un
fil de cette eau pour la Ville & la garaiſon . L'ouvrage
a été exécuté ſous les ordres de M. de Lifle ,
Ingénieur en chef. Les habitans , reconnoitſans du
bien que cette fontaine procure à la Ville , en ont
marqué leur joie par des fêtes & divertiſſemens. Ils
n'oublieront jamais la découverte du Pere Croquifon
, & le bienfait du Roi , qui leur en a procuré la
jouiſſance.
On a beaucoup parlé de la production monstrueuſe
du canard- chat. On l'a dabord regardée comme un
effet fingulier des émanations du chat ſur les oeufs
qu'il a couvés ; on a prétendu enſuite, d'après des
obſervations de Réaumur , qu'il ne falloit attribuer
cette fingularité , qu'à la manière dont le chat dans
l'incubation , avoit remplacé la canne , qui ne lui.
avoit pas appris ſon ſecret; il ſe pourroit que ce ne
fût qu'un jeu de la nature , qui auroit été le même,
quand l'oeuf auroit éclos par toute autre chaleur que
celle du chat , qui s'eſt couché deſſus ; quoiqu'il en
foit , ce fait ou cette fable n'eſt pas une nouveauté.
On trouve une hiſtoriette ſemblable dans une hif
toire des chats , qui parut en Allemand en 1772. (1 ).
(2) Versuch einer Katzen geſchichte. Effai d'une hiſtoire
des Chats. A Francfort , & à Leipfick 1774. in -8 .
4
( 351 )
On ne ſerapeut-être pas faché de la voir rapprochée
de celle que vient de publier M. Vimon. » Une
canne avooiitt choifi un coindans un moulin , où elle
avoit pondu neuf oeufs qu'elle couvoit. Un chat qui
rôdoit aux environs , s'appropria le lieu , dépoſſéda
la canne , & ſe plaça ſur les oeufs , qu'il couva jour
& nuit , juſqu'a ce qu'il en fortit 9 jolis cannetons ,
qui tenoient du naturel du chat. Dès qu'ils purent
courir , ils allèrent à la chaſſe des ſouris , & quand
ils les attrapoient , ils les dévoroient. Devenus
grands , ils employerent toutes les ruſes du chat
contre les fouris , & fur- tout contre les ſouris aquatiques.
Ce qu'il y a de plus fingulier , c'eſt que ce
chat conduiſoit tous les matins ſa couvée à la campagne
, comme la canne auroit pu faire , la précé
doit , & quand elle ſe jettoit à l'eau , il couroit autour
du bord , comme une poule qui mene des canetons ;
fi on attaquoit les petits , il les défendoit avec fureur ,
&le ſoir il les ramenoit au gîte ". Il eſt inutile d'obſerver
que l'Auteur Allemand , qui a conſulté quelquefois
de bonnes ſources , n'a pas puiſé dans celleslà
le trait que nous venons de rapporter.
>> Depuis 4jours , écrit-on de Nantes en date du
6 de ce mois , il eſt arrivé ici 15 navires , preſque
tous de St-Domingue. L'un d'eux , le Marquis de
Lévi , a rencontré le 23 Juin l'Amiral Byron à 200
lieues dans l'Oueſt. Il étoit précédé par une frégate
Françoiſe , qui avoit 4 heures d'avance , & qui ſans
doute alloit avertir M. le Comte d'Estaing. Un petit
bâtiment Américain, parti de Baltimore le 9 Juin , rapporte
qu'à ſon départ les Anglois s'embarquoient ſur la
Delaware. La corvette Américaine qui a rapporté la
ratification du Traité entre la France & les Etats-
Unis par le Congrès , étoit parti de New-London , &
eſt arrivée à Breſt en 23 jours. On afſure que les
Etats -Unis ont ajouté une fleur de lys à leurs armes «.
Selon quelques lettres , 2 frégates Angloiſes ont été
encore priſes par les nôtres , & conduites dans nos
ports. Selond'autres,deNantes, le commerce de cette
( 352 )
ville vient d'ouvrir une ſouſcription pour armer en
courſe deux frégates de 26 canons de 12 liv. , les
actions ſont de 1000 liv. ; elle a été ouverte aufli-tôt
après l'arrivée d'une lettre de M. de Sartine , à la
Chambrede Commerce de cette ville ; elle eſt conçue
ainfi . >> Le Roi ſe propoſe MM. de faire publier inceſſamment
une Déclaration , par laquelle S. Μ.
fixera les encouragemens qu'elle eſt dans l'intention
d'accorder en cas de guerre pour les armemens en
courſe. La même loi déterminera d'une manière préciſe
les engagemens réciproques de ceux qui feront
chargés du détaildes armemens &des capitaliſtes qui
en fourniront les fonds ; & elle pourvoira à l'accélération
des procédures des priſes , au jugement des
ventes & des liquidations , de manière à affurer la
plus juſte , comme la plus prompte répartition du
profit. Pour mettre les Armateurs en état de régler
dès-à-préſent leurs ſpéculations , & de préparer leurs
entrepriſes , S. M. m'autoriſe àvous marquer qu'entr'autres
avantages qu'elle deſtine à la courſe , elle
fera fournir de ſes arſenaux les canons de 12 & de 8
de balle , pour les corſaires de 95 pieds de quille
coupée& au-deſſus , ſans ſe réſerver aucune portion
dans le produit des priſes ,& ſous la ſeule condition
que les canons qui ſe trouveront au débarquement ,
feront remis aux Commiſſaires des ports & arſenaux
delamarine. Comme les beſoinsdu fſeerrvicene permettent
pas de fournir ces canons en nature pour les
Corſaires qui pourront être expédiés dans le courant
de cette année , S. M. fera payer aux Armateurs ,
dans un mois du jour de l'expédition du rôle d'équi
page , la ſomme de 800 liv. pour tenir lieu de chaque
canon de 12 , & celle de 600 , pour chaque canon de
8. Je ne doute pas , au ſurplus , que les Armateurs
ne donnent , s'il ya lieu , des preuves de leur zèle pour
concourir aux vues de S. M.; vous voudrez bien leur
faire part de ce que je vous marque , & me rendre
comptede leurs difpofitions .
(353 )
La Déclaration annoncée dans cette lettre eſt du
24 Juin ,& a été enregiſtrée au Parlement le 14 de
ce mois. Outre les diſpoſitions , relativement aux
canons que le Roi fournira , S. M. exempte des
droits de traite pour les vivres , munitions , artillerie
& uftenciles de conſtruction , avitaillement , & armement
de navires , tous les Armateurs en courſe , à
compter du jour de l'enregiſtrement & publication
de la préſente ; elle donnera des marques particulières
& honorables de ſatisfaction à ceux qui ſe diſtingueront.
Les Corſaires , requis de ſe joindre aux
vaiſſeaux du Roi , auront part aux priſes faites par
ces derniers ; ils obtiendront des gratifications pour
les priſes particulières qu'ils feront , & qui ſeront
payées des deniers de la marine pour chaque canon
&chaque priſonnier des vaiſſeaux qu'ils auront pris .
Çes gratifications appartiendront en entier aux Officiers
& aux équipages des Corſaires vainqueurs. Les
Officiers & matelots bleſſés & hors d'état de fervir,
auront la demi-folde ; leurs veuves auront des pen-
Gons; les Capitaines & Officiers qui ſe diftingueront ,
aurontdes récompenfes &même des emplois dans la
marine Royale. La Déclaration règle les conditions
des ſociétés qui ſe formeront pour armer , leurs
droits , leurs parts , les ventes &c. On prélèvera 6
deniers pour livre pour les Invalides de la marine ,
mais ſur le produit net de la part des Armateurs feulement
, tous frais défalqués.
On apublié en même temps l'Ordonnance du Roi ,
concernant les priſes faites par les vaiſſeaux , frégates
&autres bâtimens de S. M. Elle attribue aux Officiers
&équipages la valeur entière des vaiſſeaux de guerre
&Corfaires pris ſur les ennemis ; les deux tiers leur
ſeront partagés , & l'autre tiers mis dans la caiſſe des
Invalides de la marine. Cette caiſſe payera aux Officiers
& équipages des vaiſſeaux preneurs , les vaiſ
ſeaux & frégates de guerre y compris celles de 20
canons , que leRoi jugera pouvoir être employés pour
( 354 )
ſon ſervice ſur le pied ſuivant , 5,000 liv. pour
chaque canon monté ſur affut des vaiſſeaux de 90
canons & au-deſſus ; 4,000 pour ceux de 80,74,70
& 68 canons , 3,500 pour ceux de 64 , 60 & so
canons , & 3,000 liv. pour ceux des frégates . Les
bâtimens deguerre , autres qquuee les vaiſſeaux&frégates
, ainſi que les Corſaires & les navires marchands
retenus pour le ſervice du Roi , feront eſtimés par
experts , & payés par S. M. On vendra tout le reſte.
Le Roi accordera des gratifications plus ou moins
fortes , felon le nombre des canons pour les vaiſſeaux
ennemis brûlés ou coulés bas. L'Ordonnance fixe les
parts des Officiers & équipages , accorde des gratifications
& demi- foldes aux Officiers & matelots blefſés
, des penſions à leurs veuves & à leurs enfans.
Le 10 de ce mois S. M. a écrit la lettre ſuivante
à M. le Duc de Penthievre , Amiral de France ,
pour faire délivrer des commiſſions en courſes.
Mon coufin , l'inſulte faite à mon pavillon par
une frégate du Roi d'Angleterre envers ma frégate
la Belle - Poule; la ſaiſie faite par une efcadre
Angloiſe , au mépris du droit des gens ,
de mes fregates la Licorne & la Pallas , & de mon
lougre le Coureur; la ſaiſie en mer & la confiſcation
des navires appartenant à mes ſujets , faites par
l'Angleterre contre la foi des Traités ; le trouble continu
& le dommage que cette Puiſſance apporte au
commerce maritime de mon Royaume & de mes
Colonies de l'Amérique , ſoit par ſes bâtimens de
guerre, ſoit par ſes Corſaires dont elle autoriſe &
excite les déprédations : tous ces procédés injurieux ,
& principalement l'inſulte faite à mon pavillon
m'ont forcé de mettre un terme à la modération que
je m'étois propoſée , & ne me permettent pas de
ſuſpendre plus long-temps les effets de mon reffentiment
: la dignité de ma Couronne & la protection
queje dois à mes ſujets , exigent que j'uſe enfin de
repréſailles , que j'agiſſe hoftilement contre l'Angle.
( 355 )
terre , & que mes vaiſſeaux attaquent & tâchent de
s'emparer ou de détruire tous les vaiſſeaux , frégates
, ou autres bâtimens appartenans au Roi d'Angleterre
, & qu'ils arrêtent & ſe ſaiſiſſent pareillement
de tous navires marchands Anglois dont ils
pourront avoir occaſion de s'emparer. Je vous fais
donc cette lettre pour vous dire , qu'ayant ordonné
en conféquence aux Commandans de mes eſcadres
&de mes ports , de preſcrire aux Capitaines de
mes vaiſſeaux de courre-ſus à ceux du Roi d'Angleterre
, ainſi qu'aux navires appartenant à mes
ſujets , de s'en emparer , &de les conduire dans les
ports de mon Royaume ; mon intention eſt qu'en
repréſailles des priſes faites ſur mes ſujets par les
corfairesAnglois,,vous faſſiez délivrer des commiffions
, ſur-tout à ceux de meſdits ſujets qui en demanderont
, & qui feront dans le cas d'en obtenir ,
en propoſant d'armer des navires en guerre avec des
forces affez conſidérables pour ne pas compromettre
les équipages qui ſeront employés ſur ces bâtimens ;
je ſuis aſſuréde trouver dans la justice de ma cauſe ,
dans la valeur de mes Officiers , & des équipages de
mes vaiſſeaux , dans l'amour de tous mes ſujets ,
les reſſources que j'ai toujours éprouvé de leur part ,
& je compte principalement ſur la protection du
Dieu des armées ; & la préſente n'étant à autre fin ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon Couſin , en ſa ſainte
&digne garde. Ecrit à Verſailles le 10 Juillet 1778.
Signé , Louis , & plus bas , De Sartine " .
Le 2 de ce mois , dans l'après- midi , J. J. Roufſeau
eſt mort à Ermenonville , près de Montmorenci.
On s'apperçut le matin , qu'il étoit fort abattu ,
on lui conſeilla de ne pas fortir. Je vais toujours ,
répondit- il , quoiqu'il n'y eût rien d'étonnant , ſi l'on
me trouvoit mort dans une heure. Entre 9 & 10 , il
fut ſaifi d'une violente colique , dont il mourut. On
ouvrit ſon corps le 3 , & on l'enterra dans une petite
ifle en face du château ; il étoit né en 1706.
( 356 )
On lit dans le Journal de Paris , l'extrait d'un
Mémoire écrit en entier de fa main , & daté du
mois de Février 1777 ; on ſera peut être bien-aiſe
de le trouver ici .
>>Ma femme eſt malade depuis long-tems , & le
progrès de fon mal qui la met hors d'état de ſoigner
fon petit ménage , lui rend les ſoins d'autrui néceffaires
à elle-même , quand elle eſt forcée à garder ſon
lit. Je l'ai juſqu'ici gardée & ſoignée dans toutes ſes
maladies ; la vieilleſſe ne me permet plus le même
ſervice. D'ailleurs le ménage , tout petit qu'il eſt ,
ne ſe fait plus tout ſeul ; il faut ſe pourvoir audehors
des choſes néceſſaires à la ſubſiſtance & les
préparer ; il faut maintenir la propreté ( 1 )
dans la maiſon. Ne pouvant remplir ſeul tous ces
ſoins , j'ai été forcé , pour y pourvoir , d'eſſayer de
donner une ſervante à ma femme. Dix mois d'expérience
m'ont fait ſentir l'infuffiſance & les inconvéniens
inévitables& intolérables de cette reffource
dans une poſition pareille à la nôtre. Réduits à vivre
abſolument ſeuls ,& néanmoins hors d'état de nous
paſſer du ſervice d'autrui , il ne nous reſte dans l'infirmité
& l'abandon qu'un ſeul moyen de ſoutenir
-nos vieux jours : c'eſt de trouver quelqu'aſyle où
nous puiſſions ſubſiſter à nos frais , mais exempts
d'un travail qui déſormais paſſe nos forces , & des
détails&des ſoins dont nous ne ſommes plus capables.
Du reſte , de quelque façon qu'on me traite ,
qu'on me tienne en clôture formelle ou en apparente
liberté ; dans un hopital ou dans un déſert , avec des
gens doux ou durs , faux ou francs , ( fi de ceux- ci il
en eſt encore ) , je conſens à tout , pourvu qu'on
rende àma femme les ſoins que ſon état exige , &
qu'on me donne le couvert , le vêtement le plus
fimple & la nourriture la plus ſobre juſqu'à la fin
(1) Il eſt écrit en note en cet endroit : >>>Mon incon-
>>cevable ſituation , dont perſonne n'a d'idée , pas
>> mêmeceux qui m'y ont réduit , me force d'entrerdans
>> ces détails «
( 357 )
de mes jours , ſans que je ne fois plus obligé de me
mêler de rien. Nous donnerons pour cela ce que
nous pouvons avoir d'argent , d'effets & de rentes ,
& j'ai lieu d'eſpérer que cela pourra ſuffire dans
des Provinces où les denrées ſont à bon marché ,
&dans des maiſons deſtinées à cet uſage où les refſources
de l'économie ſont connues & pratiquées ,
fur-tout en me ſoumettant , comme je fais de bon
coeur , à un régime proportionné à mes moyens «.
Lesnuméros ſortis au tirage de la loterie Royale
de France , font : 18 , 12 , 71 , 52 & 38 .
Les lots au-deſſus de 100 liv. fortis au tirage du
3 de ce mois , de la loterie Royale créée par Arrêt
du 7 Décembre 1777 , font les ſuivans :
Nos . Lots. Nos. Lots. Nos. Lots..
liv. liv. liv.
835 1200 8823 1200 18073 1200
1684 1200 8826 1200 18253 1200
1991 1200 8828 1200 19002 1200
2187 1200 9064 1200 19971 1200
3291 1200 9346 1200 19976 1200
3533 1200
10351 1200 20073 1200
3783 1200 10582 1200 28282 1200
13786 1500 10771 1200 20778 1200
4760 1200 11025 3000
21202 1200
5468 1200 12612 1200
21234
1200
5710 3000
12860 1200 21559 1200
A
5925 1200 13390 1200 21793 1200
6024
1200 14231
1200 22276 1200
6051 1200 14768 1200
23023 (200
6540 1200 14909 1200 23423 1200
6889 1200 14944 1200 23998 1200
7174 1500 16281 1200
24258 1200
7368 1200 17127 3000 24391 1200
7861
1200 17286 1200 24763 1200
8512
1200 17391 1200 24816 1200
8688 1200 17623 1200
La flotte de Breſt a appareillé le 8 de ce
mois ; on peut juger des diſpoſitions des équipages
, par cette lettre en date du 6 de ce mois ,
qu'elle étoit encore dans la rade. La flotte appareillera
au premier bon vent , & toutes les diſpon-
Ps
( 346 )
tions ſont faites en conféquence; les vents d'Ouest
qui ſoufflent depuis quelques jours , ne répondent
pas à l'empreſſement que nous avons de voir la
pleine mer , & nous faiſons des voeux bien ſincères
pour qu'ils changent. Le Vicomte d'Eſcars , commandant
la Prudente , mouilla hier ici. Le 26 du
mois paflé , il a vu 22 vaiſſeaux & quelques frégates ,
relâchant à Portsmouth ; c'eſt ſans doute l'Amiral
Keppel , & l'Amiral Byron ſera allé en Amérique.
Un paquebot Américain venant du Connecticut ,
relâcha ici le 3 ; le Capitaine charge de paquets
pour la Cour , doit les y avoir portés. Il a dit que
les Anglois étoient au moment d'évacuer Philadelphie
, qu'il y avoit une grande déſertion dans leur
armée ; que les Américains attendoient avec impatience
l'eſcadre de M. le Comte d'Estaing , & que
ce Général leur avoit été annoncé par deux frégates
Françoiſes « .
Ces nouvelles contrediſent pleinement celles que
les Anglois avoient répandues de la défaite du Général
Washington par le Général Clinton. Cette
nouvelle au reſte n'avoit pas fait grande fortune ,
puiſqu'au moment de ſa publication , on avoit fait
des paris de soo louis , que l'armée de Philadelphie
fubiroit le fort de celle du Général Burgoyne. 1
>>>Le Comte d'Orvilliers , Lieutenant- Général ,
commande en chef l'armée diviſée en trois eſcadres.
L'eſcadre blanche eſt ſous le pavillon du Général ;
la blanche & bleue , fous celui du Comte Duchaffault
, Lieutenant - Général ; & l'eſcadre bleue , ſous
Gelui du Duc de Chartres , Lieutenant-Général. Les
Commandans de la ſeconde & de la troiſième divifion
de chaque eſcadre , font , de la blanche , le
Comte de Guichen , chef d'eſcadre , & M. Hector
, Capitaine de vaiſſeau ; de la blanche & bleue ,
le Comte de Rochechouart , chef d'eſcadre , & le
Chevalier de Bauffet , Capitaine de vaiſſeau ; & de la
bleue , le Comte de Graffe , chef d'eſcadre , & le
( 347 )
Chevalier de Monteil , Capitaine de vaifſeau. Les.
Capitaines de Pavillon des trois Commandans d'efcadre,
font , du Général , M. Dupleſſis -Parfault;
du Comte Duchaffault , M. Huon de Kermadec ;
& du Duc de Chartres , M. de la Mothe-Piquet ,
chef d'eſcadre , & ſous cet Officier-Générať , M. de
Montpéroux , Capitaine de vaiſſeau .
>> Le 9 , l'armée étant ſur Oueſſant , la corvette la
Curieuse, de 10 canons de 4, commandée par le
Chevalier du Rumain , qui chaſſoit en avant , a
pourſuivi un bâtiment dont elle avoit fait la découverte.
Etant arrivée à portée de voix , elle lui a crié
de mettre en panne; le bâtiment que ſon pavillon annonçoit
être Anglois , n'a point exécuté la manoeuvre
àlaquelle il étoit invité. La frégate l'Iphigénie , commandée
par M. de Kerſaint , qui chaſſoit pareillement
en avant de l'armée , a joint le bâtiment à cet
inftant , & l'a hélé , en lui diſant qu'il falloit qu'il
vint parler au Général. Sur le refus formel qu'en a
fait ce Capitaine, M. de Kerſaint a ordonné qu'on
fit feu. Le bâtiment a amené ſon pavillon ; c'eſt
le Lively , frégate Angloiſe de 22 canons de 9 , &
de Iso hommes d'équipage commandée par
M. Biggs , Capitaine de vaiſſeau; la frégate du Roi
l'ayant amené au Général , le Comte d'Orvilliers a
penſé qu'il devoit la faire conduire à Breft , où elle
eſt arrivée le 10 , ſous l'eſcorte de l'Iphigénie «.
,
Aux détails que nous avons donnés du combat de
la Belle Poule & de ſes ſuites nous joindrons
ceux-ci que nous avons reçus de Breſt. » Le Chevalier
de Capellis , qui commandoit la batterie pendant
le combat , a tiré 850 coups de canons , &
l'activité de ce brave Officier , a ſervi d'exemple à
tout l'équipage. Auſſi à ſon arrivée dans le port ,
la Marquiſe d'Aubererre , épouſe du Cominandant
deBretagne , a été à la tête des Dames de la Ville ,
lui porter une cocarde. La valeur ne peut ambitionnerun
prix plus agréable ; elle en a cependant reçu
P6
(348 )
un autre bien cher à l'honneur François. Le Chevalier
de Capellis a reçu une lettre très-flatteuſe du
Miniſtre , qui lui marque que le Roi lui fait bon
gré de ſes ſervices , & qu'il ne l'oubliera pas. On
raconte qu'un des ſoldats de la frégate , qui avoir
été auparavant garde-chaffe , ajuſtoit fi bien fon
homme , que de ſes quatre premiers coups de fufil ,
il tua quatre Anglois ſur l'Arétuse. Ses camarades ,
témoins de ſon adreſſe , & regrettant le tems qu'il
perdoit à charger ſon fufil , lui proposèrent de lui
en fournir de tous chargés , ce qu'il accepta. L'intrépide
foldat , ſans quitter ſon poſte , tua 29 Anglois
de ſuite; il fut lui-même renverſé d'un coup , au
moment qu'il viſoit le trentième «.
En parlant de la bravoure & de l'adreſſe de nos
foldats , nous ne devons pas négliger de parler des
foins que l'humanité prépare à ceux qui expoſent
leurs jours; elle a produit une découverte intéreſfante.
M. Groſſier, Licentié en Médecine , ancien
Profeffeur & Démonstrateur d'Anatomie & de Chirurgie
au régiment du Roi infanterie ,& Chirurgien-
Major du vaiſſeau du Roi le Roland , commandé
par M. de Larchantel , vient d'imaginer une machine,
dont l'uſage deviendra utile aux bleſſés à
bord des vaiſſeaux de guerre , principalement dans
le cas de combat. Elle peut être auſſi employée avec
avantage dans les hopitaux , fur-tout dans ceux établis
à la ſuite des armées. Elle procure aux Chirurgiens
toute l'aiſance dont ils ont beſoin dans l'exercice
de leurs fonctions .
Cette machine , dont l'Auteur doit publier la defcription
, a été miſe en jeu le 20 Juin , à bord du
vaiſſeau le Roland , en préſence de M. le Duc de
Chartres , des Officiers Généraux de l'armée navale ,
& des premiers Médecins & Chirurgiens de la marine
au département de Breſt. L'effet a répondu à
l'attente . M. le Comte d'Orvilliers en a fait prendre
le modèle , & a ordonné d'en établir de femblables
( 349 )
furtous les vaiſſeaux . MM, les premiers Médecins
& Chirurgiens , en ont dreſſé procès-verbal , & ont
arrêté qu'elle ſeroit employée dans les hopitaux de
leur département.
: Depuis le combat des deux frégates , pluſieurs
corps de troupes ont été prévenus par le Miniſtre de
laGuerre, de ſe tenir prêts àmarcher. Celles qui
s'aſſembleront en Bretagne & en Normandie , le
ront très- confidérables. Le Duc de Croy , Commandant
en chef en Picardie , Boulonnois & Calaiſis , a
fait l'inſpection de toutes les places qui ſont à ſes
ordres , depuis la Normandie juſqu'à la Flandre ; il
les a trouvées dans le meilleur état poſſible pour la
défenſe des côtes. On aſſure qu'il ſe formera auſſi
un camp nombreux du côté de la Flandre , & il y
a, dit- on , pluſieurs régimens en route pour joindre
ceux qui s'y trouvent déja.
Le village de Saint-Ouen de Tardonne , Paroiffe
du Diocèſe & à une lieue de Beauvais en Picardie ,
compoſé des hameaux deWagicourt & de Tardonne ,
dont le premier eſſuya le 3 Avril 1768 , un incendie
qui réduifit en cendres 45 maiſons avec leurs dépen
dances , ainſi que tout ce qu'elles renfermoient, a
éprouvé encore le 6 de ce mois , un incendie qui a
confumé vingt-deux maiſons à Tardonne ; le feu
étoit ſi vif & fi actif , que les incendiés n'ont eu
que le tems de ſortir de leurs habitations ; ils ont
perdu généralement tous leurs meubles , grains ,
fourrages & autres proviſions : ſans le prompt ſecours
des Citoyens de Beauvais , qui s'y font portés
en foule, précédés de pluſieurs Magiſtrats &de nombre
de notables de la ville , tout le hameau auroit été
la proie des flammes. Parmi les derniers incendiés ,
il y en a pluſieurs qui avoient eſſuyé ce malheur en
1760, Ces infortunés ſe recommandent à la bien.
faiſance des ames charitables. Les ſecours peuvent
être adreſſés à M. le Curé de la Paroiſſe .
La Ville de Saint-Venant en Artois , ne produi(
350 )
,
fant que des eaux mal-faines , & dont l'uſage étoit
dangereux , le Pere Croquiſon , ci-devant Supérieur
de lamaiſon des Bons- Fils de cette Ville , après un
travail qui a duré quatre mois ſans relâche , a découvert
une ſource d'eau abondante de la meilleure
qualité ; les Médecins & Chirurgiens des environs
enordonnent l'uſage aux malades avec ſuccès. Cette
fontaine , qui a ſa ſource à 264 pieds de profondeur ,
donne 120 bouteilles par minute; ſon jet s'élève à 1s
pieds au-deſſus de la ſurface de la terre. Le PereCroquiſon
ayant inſtruit le Gouvernement du ſuccès de
ſes recherches , M. le Prince de Montbarrey , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat de la Guerre , a donné
ordre au Directeur du Génie , de faire conduire un
fil de cette eau pour la Ville & la garaiſon . L'ouvrage
a été exécuté ſous les ordres de M. de Lifle ,
Ingénieur en chef. Les habitans , reconnoitſans du
bien que cette fontaine procure à la Ville , en ont
marqué leur joie par des fêtes & divertiſſemens. Ils
n'oublieront jamais la découverte du Pere Croquifon
, & le bienfait du Roi , qui leur en a procuré la
jouiſſance.
On a beaucoup parlé de la production monstrueuſe
du canard- chat. On l'a dabord regardée comme un
effet fingulier des émanations du chat ſur les oeufs
qu'il a couvés ; on a prétendu enſuite, d'après des
obſervations de Réaumur , qu'il ne falloit attribuer
cette fingularité , qu'à la manière dont le chat dans
l'incubation , avoit remplacé la canne , qui ne lui.
avoit pas appris ſon ſecret; il ſe pourroit que ce ne
fût qu'un jeu de la nature , qui auroit été le même,
quand l'oeuf auroit éclos par toute autre chaleur que
celle du chat , qui s'eſt couché deſſus ; quoiqu'il en
foit , ce fait ou cette fable n'eſt pas une nouveauté.
On trouve une hiſtoriette ſemblable dans une hif
toire des chats , qui parut en Allemand en 1772. (1 ).
(2) Versuch einer Katzen geſchichte. Effai d'une hiſtoire
des Chats. A Francfort , & à Leipfick 1774. in -8 .
4
( 351 )
On ne ſerapeut-être pas faché de la voir rapprochée
de celle que vient de publier M. Vimon. » Une
canne avooiitt choifi un coindans un moulin , où elle
avoit pondu neuf oeufs qu'elle couvoit. Un chat qui
rôdoit aux environs , s'appropria le lieu , dépoſſéda
la canne , & ſe plaça ſur les oeufs , qu'il couva jour
& nuit , juſqu'a ce qu'il en fortit 9 jolis cannetons ,
qui tenoient du naturel du chat. Dès qu'ils purent
courir , ils allèrent à la chaſſe des ſouris , & quand
ils les attrapoient , ils les dévoroient. Devenus
grands , ils employerent toutes les ruſes du chat
contre les fouris , & fur- tout contre les ſouris aquatiques.
Ce qu'il y a de plus fingulier , c'eſt que ce
chat conduiſoit tous les matins ſa couvée à la campagne
, comme la canne auroit pu faire , la précé
doit , & quand elle ſe jettoit à l'eau , il couroit autour
du bord , comme une poule qui mene des canetons ;
fi on attaquoit les petits , il les défendoit avec fureur ,
&le ſoir il les ramenoit au gîte ". Il eſt inutile d'obſerver
que l'Auteur Allemand , qui a conſulté quelquefois
de bonnes ſources , n'a pas puiſé dans celleslà
le trait que nous venons de rapporter.
>> Depuis 4jours , écrit-on de Nantes en date du
6 de ce mois , il eſt arrivé ici 15 navires , preſque
tous de St-Domingue. L'un d'eux , le Marquis de
Lévi , a rencontré le 23 Juin l'Amiral Byron à 200
lieues dans l'Oueſt. Il étoit précédé par une frégate
Françoiſe , qui avoit 4 heures d'avance , & qui ſans
doute alloit avertir M. le Comte d'Estaing. Un petit
bâtiment Américain, parti de Baltimore le 9 Juin , rapporte
qu'à ſon départ les Anglois s'embarquoient ſur la
Delaware. La corvette Américaine qui a rapporté la
ratification du Traité entre la France & les Etats-
Unis par le Congrès , étoit parti de New-London , &
eſt arrivée à Breſt en 23 jours. On afſure que les
Etats -Unis ont ajouté une fleur de lys à leurs armes «.
Selon quelques lettres , 2 frégates Angloiſes ont été
encore priſes par les nôtres , & conduites dans nos
ports. Selond'autres,deNantes, le commerce de cette
( 352 )
ville vient d'ouvrir une ſouſcription pour armer en
courſe deux frégates de 26 canons de 12 liv. , les
actions ſont de 1000 liv. ; elle a été ouverte aufli-tôt
après l'arrivée d'une lettre de M. de Sartine , à la
Chambrede Commerce de cette ville ; elle eſt conçue
ainfi . >> Le Roi ſe propoſe MM. de faire publier inceſſamment
une Déclaration , par laquelle S. Μ.
fixera les encouragemens qu'elle eſt dans l'intention
d'accorder en cas de guerre pour les armemens en
courſe. La même loi déterminera d'une manière préciſe
les engagemens réciproques de ceux qui feront
chargés du détaildes armemens &des capitaliſtes qui
en fourniront les fonds ; & elle pourvoira à l'accélération
des procédures des priſes , au jugement des
ventes & des liquidations , de manière à affurer la
plus juſte , comme la plus prompte répartition du
profit. Pour mettre les Armateurs en état de régler
dès-à-préſent leurs ſpéculations , & de préparer leurs
entrepriſes , S. M. m'autoriſe àvous marquer qu'entr'autres
avantages qu'elle deſtine à la courſe , elle
fera fournir de ſes arſenaux les canons de 12 & de 8
de balle , pour les corſaires de 95 pieds de quille
coupée& au-deſſus , ſans ſe réſerver aucune portion
dans le produit des priſes ,& ſous la ſeule condition
que les canons qui ſe trouveront au débarquement ,
feront remis aux Commiſſaires des ports & arſenaux
delamarine. Comme les beſoinsdu fſeerrvicene permettent
pas de fournir ces canons en nature pour les
Corſaires qui pourront être expédiés dans le courant
de cette année , S. M. fera payer aux Armateurs ,
dans un mois du jour de l'expédition du rôle d'équi
page , la ſomme de 800 liv. pour tenir lieu de chaque
canon de 12 , & celle de 600 , pour chaque canon de
8. Je ne doute pas , au ſurplus , que les Armateurs
ne donnent , s'il ya lieu , des preuves de leur zèle pour
concourir aux vues de S. M.; vous voudrez bien leur
faire part de ce que je vous marque , & me rendre
comptede leurs difpofitions .
(353 )
La Déclaration annoncée dans cette lettre eſt du
24 Juin ,& a été enregiſtrée au Parlement le 14 de
ce mois. Outre les diſpoſitions , relativement aux
canons que le Roi fournira , S. M. exempte des
droits de traite pour les vivres , munitions , artillerie
& uftenciles de conſtruction , avitaillement , & armement
de navires , tous les Armateurs en courſe , à
compter du jour de l'enregiſtrement & publication
de la préſente ; elle donnera des marques particulières
& honorables de ſatisfaction à ceux qui ſe diſtingueront.
Les Corſaires , requis de ſe joindre aux
vaiſſeaux du Roi , auront part aux priſes faites par
ces derniers ; ils obtiendront des gratifications pour
les priſes particulières qu'ils feront , & qui ſeront
payées des deniers de la marine pour chaque canon
&chaque priſonnier des vaiſſeaux qu'ils auront pris .
Çes gratifications appartiendront en entier aux Officiers
& aux équipages des Corſaires vainqueurs. Les
Officiers & matelots bleſſés & hors d'état de fervir,
auront la demi-folde ; leurs veuves auront des pen-
Gons; les Capitaines & Officiers qui ſe diftingueront ,
aurontdes récompenfes &même des emplois dans la
marine Royale. La Déclaration règle les conditions
des ſociétés qui ſe formeront pour armer , leurs
droits , leurs parts , les ventes &c. On prélèvera 6
deniers pour livre pour les Invalides de la marine ,
mais ſur le produit net de la part des Armateurs feulement
, tous frais défalqués.
On apublié en même temps l'Ordonnance du Roi ,
concernant les priſes faites par les vaiſſeaux , frégates
&autres bâtimens de S. M. Elle attribue aux Officiers
&équipages la valeur entière des vaiſſeaux de guerre
&Corfaires pris ſur les ennemis ; les deux tiers leur
ſeront partagés , & l'autre tiers mis dans la caiſſe des
Invalides de la marine. Cette caiſſe payera aux Officiers
& équipages des vaiſſeaux preneurs , les vaiſ
ſeaux & frégates de guerre y compris celles de 20
canons , que leRoi jugera pouvoir être employés pour
( 354 )
ſon ſervice ſur le pied ſuivant , 5,000 liv. pour
chaque canon monté ſur affut des vaiſſeaux de 90
canons & au-deſſus ; 4,000 pour ceux de 80,74,70
& 68 canons , 3,500 pour ceux de 64 , 60 & so
canons , & 3,000 liv. pour ceux des frégates . Les
bâtimens deguerre , autres qquuee les vaiſſeaux&frégates
, ainſi que les Corſaires & les navires marchands
retenus pour le ſervice du Roi , feront eſtimés par
experts , & payés par S. M. On vendra tout le reſte.
Le Roi accordera des gratifications plus ou moins
fortes , felon le nombre des canons pour les vaiſſeaux
ennemis brûlés ou coulés bas. L'Ordonnance fixe les
parts des Officiers & équipages , accorde des gratifications
& demi- foldes aux Officiers & matelots blefſés
, des penſions à leurs veuves & à leurs enfans.
Le 10 de ce mois S. M. a écrit la lettre ſuivante
à M. le Duc de Penthievre , Amiral de France ,
pour faire délivrer des commiſſions en courſes.
Mon coufin , l'inſulte faite à mon pavillon par
une frégate du Roi d'Angleterre envers ma frégate
la Belle - Poule; la ſaiſie faite par une efcadre
Angloiſe , au mépris du droit des gens ,
de mes fregates la Licorne & la Pallas , & de mon
lougre le Coureur; la ſaiſie en mer & la confiſcation
des navires appartenant à mes ſujets , faites par
l'Angleterre contre la foi des Traités ; le trouble continu
& le dommage que cette Puiſſance apporte au
commerce maritime de mon Royaume & de mes
Colonies de l'Amérique , ſoit par ſes bâtimens de
guerre, ſoit par ſes Corſaires dont elle autoriſe &
excite les déprédations : tous ces procédés injurieux ,
& principalement l'inſulte faite à mon pavillon
m'ont forcé de mettre un terme à la modération que
je m'étois propoſée , & ne me permettent pas de
ſuſpendre plus long-temps les effets de mon reffentiment
: la dignité de ma Couronne & la protection
queje dois à mes ſujets , exigent que j'uſe enfin de
repréſailles , que j'agiſſe hoftilement contre l'Angle.
( 355 )
terre , & que mes vaiſſeaux attaquent & tâchent de
s'emparer ou de détruire tous les vaiſſeaux , frégates
, ou autres bâtimens appartenans au Roi d'Angleterre
, & qu'ils arrêtent & ſe ſaiſiſſent pareillement
de tous navires marchands Anglois dont ils
pourront avoir occaſion de s'emparer. Je vous fais
donc cette lettre pour vous dire , qu'ayant ordonné
en conféquence aux Commandans de mes eſcadres
&de mes ports , de preſcrire aux Capitaines de
mes vaiſſeaux de courre-ſus à ceux du Roi d'Angleterre
, ainſi qu'aux navires appartenant à mes
ſujets , de s'en emparer , &de les conduire dans les
ports de mon Royaume ; mon intention eſt qu'en
repréſailles des priſes faites ſur mes ſujets par les
corfairesAnglois,,vous faſſiez délivrer des commiffions
, ſur-tout à ceux de meſdits ſujets qui en demanderont
, & qui feront dans le cas d'en obtenir ,
en propoſant d'armer des navires en guerre avec des
forces affez conſidérables pour ne pas compromettre
les équipages qui ſeront employés ſur ces bâtimens ;
je ſuis aſſuréde trouver dans la justice de ma cauſe ,
dans la valeur de mes Officiers , & des équipages de
mes vaiſſeaux , dans l'amour de tous mes ſujets ,
les reſſources que j'ai toujours éprouvé de leur part ,
& je compte principalement ſur la protection du
Dieu des armées ; & la préſente n'étant à autre fin ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon Couſin , en ſa ſainte
&digne garde. Ecrit à Verſailles le 10 Juillet 1778.
Signé , Louis , & plus bas , De Sartine " .
Le 2 de ce mois , dans l'après- midi , J. J. Roufſeau
eſt mort à Ermenonville , près de Montmorenci.
On s'apperçut le matin , qu'il étoit fort abattu ,
on lui conſeilla de ne pas fortir. Je vais toujours ,
répondit- il , quoiqu'il n'y eût rien d'étonnant , ſi l'on
me trouvoit mort dans une heure. Entre 9 & 10 , il
fut ſaifi d'une violente colique , dont il mourut. On
ouvrit ſon corps le 3 , & on l'enterra dans une petite
ifle en face du château ; il étoit né en 1706.
( 356 )
On lit dans le Journal de Paris , l'extrait d'un
Mémoire écrit en entier de fa main , & daté du
mois de Février 1777 ; on ſera peut être bien-aiſe
de le trouver ici .
>>Ma femme eſt malade depuis long-tems , & le
progrès de fon mal qui la met hors d'état de ſoigner
fon petit ménage , lui rend les ſoins d'autrui néceffaires
à elle-même , quand elle eſt forcée à garder ſon
lit. Je l'ai juſqu'ici gardée & ſoignée dans toutes ſes
maladies ; la vieilleſſe ne me permet plus le même
ſervice. D'ailleurs le ménage , tout petit qu'il eſt ,
ne ſe fait plus tout ſeul ; il faut ſe pourvoir audehors
des choſes néceſſaires à la ſubſiſtance & les
préparer ; il faut maintenir la propreté ( 1 )
dans la maiſon. Ne pouvant remplir ſeul tous ces
ſoins , j'ai été forcé , pour y pourvoir , d'eſſayer de
donner une ſervante à ma femme. Dix mois d'expérience
m'ont fait ſentir l'infuffiſance & les inconvéniens
inévitables& intolérables de cette reffource
dans une poſition pareille à la nôtre. Réduits à vivre
abſolument ſeuls ,& néanmoins hors d'état de nous
paſſer du ſervice d'autrui , il ne nous reſte dans l'infirmité
& l'abandon qu'un ſeul moyen de ſoutenir
-nos vieux jours : c'eſt de trouver quelqu'aſyle où
nous puiſſions ſubſiſter à nos frais , mais exempts
d'un travail qui déſormais paſſe nos forces , & des
détails&des ſoins dont nous ne ſommes plus capables.
Du reſte , de quelque façon qu'on me traite ,
qu'on me tienne en clôture formelle ou en apparente
liberté ; dans un hopital ou dans un déſert , avec des
gens doux ou durs , faux ou francs , ( fi de ceux- ci il
en eſt encore ) , je conſens à tout , pourvu qu'on
rende àma femme les ſoins que ſon état exige , &
qu'on me donne le couvert , le vêtement le plus
fimple & la nourriture la plus ſobre juſqu'à la fin
(1) Il eſt écrit en note en cet endroit : >>>Mon incon-
>>cevable ſituation , dont perſonne n'a d'idée , pas
>> mêmeceux qui m'y ont réduit , me force d'entrerdans
>> ces détails «
( 357 )
de mes jours , ſans que je ne fois plus obligé de me
mêler de rien. Nous donnerons pour cela ce que
nous pouvons avoir d'argent , d'effets & de rentes ,
& j'ai lieu d'eſpérer que cela pourra ſuffire dans
des Provinces où les denrées ſont à bon marché ,
&dans des maiſons deſtinées à cet uſage où les refſources
de l'économie ſont connues & pratiquées ,
fur-tout en me ſoumettant , comme je fais de bon
coeur , à un régime proportionné à mes moyens «.
Lesnuméros ſortis au tirage de la loterie Royale
de France , font : 18 , 12 , 71 , 52 & 38 .
Les lots au-deſſus de 100 liv. fortis au tirage du
3 de ce mois , de la loterie Royale créée par Arrêt
du 7 Décembre 1777 , font les ſuivans :
Nos . Lots. Nos. Lots. Nos. Lots..
liv. liv. liv.
835 1200 8823 1200 18073 1200
1684 1200 8826 1200 18253 1200
1991 1200 8828 1200 19002 1200
2187 1200 9064 1200 19971 1200
3291 1200 9346 1200 19976 1200
3533 1200
10351 1200 20073 1200
3783 1200 10582 1200 28282 1200
13786 1500 10771 1200 20778 1200
4760 1200 11025 3000
21202 1200
5468 1200 12612 1200
21234
1200
5710 3000
12860 1200 21559 1200
A
5925 1200 13390 1200 21793 1200
6024
1200 14231
1200 22276 1200
6051 1200 14768 1200
23023 (200
6540 1200 14909 1200 23423 1200
6889 1200 14944 1200 23998 1200
7174 1500 16281 1200
24258 1200
7368 1200 17127 3000 24391 1200
7861
1200 17286 1200 24763 1200
8512
1200 17391 1200 24816 1200
8688 1200 17623 1200
Fermer
Résumé : De PARIS, le 20 Juillet.
Le 20 juillet, la flotte de Brest a appareillé avec retard en raison des vents d'ouest. Le vicomte d'Escars a repéré 22 vaisseaux et quelques frégates britanniques à Portsmouth, probablement sous le commandement de l'amiral Keppel, tandis que l'amiral Byron se dirigeait vers l'Amérique. Des informations indiquaient que les Britanniques évacuaient Philadelphie et que les Américains attendaient l'escadre du comte d'Estaing, contredisant les rumeurs de défaite du général Washington. La flotte française, dirigée par le comte d'Orvilliers, était divisée en trois escadres : la blanche sous le comte d'Orvilliers, la blanche et bleue sous le comte Duchaffault, et la bleue sous le duc de Chartres. Le 9 juillet, la corvette la Curieuse et la frégate l'Iphigénie ont capturé la frégate britannique Lively près d'Ouessant. La frégate a été escortée à Brest par l'Iphigénie. De plus, M. Grossier a inventé une machine pour soigner les blessés à bord des vaisseaux, testée avec succès le 20 juin. En France, les médecins de la marine ont adopté un nouveau dispositif médical approuvé par le comte d'Orvilliers. Plusieurs corps de troupes en Bretagne et en Normandie se préparaient à marcher, tandis que le duc de Croy inspectait les places en Picardie, Boulonnais et Calaisis. Un village en Picardie a subi deux incendies en avril 1768, détruisant de nombreuses maisons. À Saint-Venant en Artois, le Père Croquison a découvert une source d'eau potable bénéfique pour les malades. À Nantes, 15 navires, principalement de Saint-Domingue, sont arrivés récemment. Une corvette américaine a rapporté la ratification du traité entre la France et les États-Unis, ajoutant une fleur de lys à leurs armes. Deux frégates anglaises ont été capturées par les forces françaises. Le roi de France a ordonné de publier une déclaration encourageant les armements en course et a prévu des gratifications pour les corsaires. Une ordonnance royale attribue aux officiers et équipages la valeur des vaisseaux ennemis capturés, avec une partie des gains allant à la caisse des Invalides de la marine. Le roi Louis a annoncé des représailles contre l'Angleterre, ordonnant la capture des navires anglais et la délivrance de commissions pour armer des navires en guerre. Jean-Jacques Rousseau est décédé le 2 juillet 1778 à Ermenonville après avoir souffert d'une violente colique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer