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1
p. 11-18
Description du Chenil. [titre d'après la table]
Début :
On les mena au Chenil qui sert de Logement au [...]
Mots clefs :
Chenil, Grand veneur, Cour, Cours, Corps de logis, Jardin, Cour octogone, Bâtiment, Balustrade, Chiens
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texteReconnaissance textuelle : Description du Chenil. [titre d'après la table]
Veneur.
Ce Baſtiment eſt diffiçile
à décrire parce que tour
yeſt extraordinaire , & qu'au
lieu d'avoir ſa principale por
12 III. P. du Voyage
te en face du Baftiment , on
y entre par les coſtez . Ainſi
je dois prendre pour vous le
décrire une maniere toute
opoſée à celle qu'on a coûtume
de ſuivre dans ces fortes
de Deſcriptions. Il eſt ſitué
devant le Manege , derriere
la grande Ecurie. Cependant
il n'y a point d'entrée
de ce coſtélà, mais au devant
du principal Corps de Logis ,
on voit un Jardin fermé d'une
Balustrade , & qui occupant
toute la face du Baſtiment ,
retourne des deux coſtez fur
les aifles où il s'étend. Ce
L des Amb.de Siam. 13
Corps de Logis eſt d'environ
30. toifes de longueur ,
fur huit d'épaiſſeur. Il eſt
compoſé d'un étage au rez
de Chauffée , & d'un autre
au deſſus en Attique ſans
comble apparent, mais cou
ronnéd'une Balustrade avec
des Vaſes. Comme cette face
de derriere regarde le Château
de Versailles , & que ce
Baſtiment eſt ſitué entre
deux allées d'arbres , on n'a
qu'à ſuivre des deux coſtez
le mur du Jardin , le long de
ces Arbres , dont chaque
rang eſt dans une avenue
14 III. P. du Voyage
differente de Versailles , &
l'on trouve deux Portes qui
donnent dans deux petites
Courts , par leſquelles on entre
dans la grande. Elle eſt
octogone , & a huit pans ,
ſçavoir quatre grands , &
quatre petits ; des quatre
grands l'un eſt occupé par le
grand Corps de Logis dont
je viens de vous parler , &
celuy qui luy eſt opoſé par
une grille , du milieu de laquelle
on entre dans une
court dont je parleray dans
la fuite. Le long des deux autres
grands pans font deux
des Amb. de Siam. 15
moyennes courts dont je
vous ay déja parlé , & par
leſquelles on paſſe pour entrer
dans cette court octogone
, dont les quatre petits
pans ſont percez de quatre
portes ceintrées en ance de
panier , par deux deſquelles
on entre dans le Jardin , &
par les deux autres dans deux
autres courts qui ſe communiquent
à deux autres par
deſſus deux aiſles de Bafti
ment qui les ſeparent , & qui
regnent le long de la court ,
dans laquelle je vous ay dit
qu'on entroit par le pande
16 III.P. duVoyage
la court octogone , qui eſt
vis à vis la façade du Baſti.
ment . Cette court a une fortie
pour les Chiens , & cette
ſortie qui eſt en face du
Corps de Logis auroit pû
ſervir de principale entrée ,
s'il y avoit un chemin de ce
coſté là. Ces cinq courts qui
font les dernieres , & qui ſeroient
les premieres , fi la
grande entrée avoit eſté par
là , ont pluſieurs de leurs
coſtez remplis de Baſtimens
qui renferment les Logemens
des Officiers de la Venerie
, les Ecuries pour les
des Amb. de Siam 17
Coureurs , & les Chenils
pour les differentes Meutes
de Chiens du Roy. Rien n'eſt
plus extraordinaire ny mieux
entendu que tout ce qui regarde
cet Hoſtel , dont l'en .
clos, outre tous les Bâtimens,
contient huit courts & un
Jardin , & ce qu'il y a d'a
greable , c'eſt que tout ſe
voit du milieu de la court
octogone, & qu'eſtant percée
dans ſes huit pans , on n'a
qu'à choiſir l'endroit où l'on
veut aller , pour s'y trouver
bien-toft. Le genie d'un Architecte
paroiſt beaucoup en
B
18 III. P. duVoyage
ces fortes de chofes , & qui
conque les peut inventer fait
voir qu'il a un grand gouft
d'Architecture .
Ce Baſtiment eſt diffiçile
à décrire parce que tour
yeſt extraordinaire , & qu'au
lieu d'avoir ſa principale por
12 III. P. du Voyage
te en face du Baftiment , on
y entre par les coſtez . Ainſi
je dois prendre pour vous le
décrire une maniere toute
opoſée à celle qu'on a coûtume
de ſuivre dans ces fortes
de Deſcriptions. Il eſt ſitué
devant le Manege , derriere
la grande Ecurie. Cependant
il n'y a point d'entrée
de ce coſtélà, mais au devant
du principal Corps de Logis ,
on voit un Jardin fermé d'une
Balustrade , & qui occupant
toute la face du Baſtiment ,
retourne des deux coſtez fur
les aifles où il s'étend. Ce
L des Amb.de Siam. 13
Corps de Logis eſt d'environ
30. toifes de longueur ,
fur huit d'épaiſſeur. Il eſt
compoſé d'un étage au rez
de Chauffée , & d'un autre
au deſſus en Attique ſans
comble apparent, mais cou
ronnéd'une Balustrade avec
des Vaſes. Comme cette face
de derriere regarde le Château
de Versailles , & que ce
Baſtiment eſt ſitué entre
deux allées d'arbres , on n'a
qu'à ſuivre des deux coſtez
le mur du Jardin , le long de
ces Arbres , dont chaque
rang eſt dans une avenue
14 III. P. du Voyage
differente de Versailles , &
l'on trouve deux Portes qui
donnent dans deux petites
Courts , par leſquelles on entre
dans la grande. Elle eſt
octogone , & a huit pans ,
ſçavoir quatre grands , &
quatre petits ; des quatre
grands l'un eſt occupé par le
grand Corps de Logis dont
je viens de vous parler , &
celuy qui luy eſt opoſé par
une grille , du milieu de laquelle
on entre dans une
court dont je parleray dans
la fuite. Le long des deux autres
grands pans font deux
des Amb. de Siam. 15
moyennes courts dont je
vous ay déja parlé , & par
leſquelles on paſſe pour entrer
dans cette court octogone
, dont les quatre petits
pans ſont percez de quatre
portes ceintrées en ance de
panier , par deux deſquelles
on entre dans le Jardin , &
par les deux autres dans deux
autres courts qui ſe communiquent
à deux autres par
deſſus deux aiſles de Bafti
ment qui les ſeparent , & qui
regnent le long de la court ,
dans laquelle je vous ay dit
qu'on entroit par le pande
16 III.P. duVoyage
la court octogone , qui eſt
vis à vis la façade du Baſti.
ment . Cette court a une fortie
pour les Chiens , & cette
ſortie qui eſt en face du
Corps de Logis auroit pû
ſervir de principale entrée ,
s'il y avoit un chemin de ce
coſté là. Ces cinq courts qui
font les dernieres , & qui ſeroient
les premieres , fi la
grande entrée avoit eſté par
là , ont pluſieurs de leurs
coſtez remplis de Baſtimens
qui renferment les Logemens
des Officiers de la Venerie
, les Ecuries pour les
des Amb. de Siam 17
Coureurs , & les Chenils
pour les differentes Meutes
de Chiens du Roy. Rien n'eſt
plus extraordinaire ny mieux
entendu que tout ce qui regarde
cet Hoſtel , dont l'en .
clos, outre tous les Bâtimens,
contient huit courts & un
Jardin , & ce qu'il y a d'a
greable , c'eſt que tout ſe
voit du milieu de la court
octogone, & qu'eſtant percée
dans ſes huit pans , on n'a
qu'à choiſir l'endroit où l'on
veut aller , pour s'y trouver
bien-toft. Le genie d'un Architecte
paroiſt beaucoup en
B
18 III. P. duVoyage
ces fortes de chofes , & qui
conque les peut inventer fait
voir qu'il a un grand gouft
d'Architecture .
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Résumé : Description du Chenil. [titre d'après la table]
Le bâtiment du Veneur à Versailles se situe entre le Manège et la grande écurie. L'accès se fait par les côtés plutôt que par la façade principale. Le bâtiment principal mesure environ 30 toises de long et 8 de large, avec un rez-de-chaussée et un étage en attique couronné d'une balustrade ornée de vases. Le jardin, fermé par une balustrade, s'étend sur toute la face du bâtiment et les ailes. L'entrée principale se fait par deux petites cours menant à une cour octogonale à huit pans. Quatre grands pans sont occupés par le bâtiment principal, une grille et deux moyennes cours d'accès. Les quatre petits pans comportent des portes menant au jardin et à d'autres cours. Ces cours abritent des bâtiments pour les logements des officiers de la vénerie, des écuries pour les coureurs et des chenils pour les meutes du roi. L'ensemble comprend huit cours et un jardin, tous visibles depuis le centre de la cour octogonale. L'organisation et la fonctionnalité des espaces témoignent du génie architectural du site.
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2
p. 20-23
Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de la Roche foucaut estoit accompagné de la [...]
Mots clefs :
François VII de La Rochefoucauld, Roi, Chiens, Curée, Chevaux, Chasse
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texteReconnaissance textuelle : Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
M² le Duc de
la Roche foucaut eſtoit accompagné
de la plus grande
partie de cette Nobleſſe , lors
qu'il receut lesAmbaſſadeurs
à la porte de ſon Logement.
Ils y entrerent , & en admirerent
la magnificence & le
bon ordre. Ils remarquerent
une Tapifſſerie qui repreſente
'Hiſtoire de Leandre & de
Hero , & la trouverent fort
belle . Mª de la Roche- foucaut
leur fit voir enſuite les
Equipages du Roy , & les
Ecuries où la propreté avec
laquelle on tient cent cin.
des Amb de Siam. 21
quante Chevaux qui ne font
que pour la Chaſſe du Cerf,
leur fit donner de grandes
loüanges à ceux qui en ont
le ſoin. De la ils entrerent
dans la court où ſont les Loges
des Chiens , dont ils virentdeux
à trois cens ſur de
la paille fraiſche. Ils examinerent
la fimetrie des Baftimens
, & dirent , Qu'à tous
momens ils voyoient de nouveaux
miracles , & que l'homme ſeul
ne pouvoit concevoir la moitié de
ce qu'ils avoient veu. Mr. de la
Rochefoucaut fit fortir les
chiens ,& on leur fit faire la
22 III.P. du Voyage.
curée devant les Ambaffadeurs
, pour leſquels on apporta
des Fauteüils , où ils ſe
mirent. Ce Duc avoit fait
auffi aprêter une magnifique
Colation. Elle fut accompa
gnée de toutes fortes de liqueurs
, dont ils bûrent ſeulement.
Comme ils avoient
ſceu ſa naiſſance , le rang
confiderable de ſa Charge, &
l'eſtime particuliere dont le
Roy l'honore, ils dirent qu'ils
connoiffoient bien l'amitié & la
confideration qu'on avoir pour le
Roy de Siam , puis qu'un auſſi
grand Seigneur que M² de la
des Amb de Siam. 23
Rochefoucaut , distingué par tant
d'endroits , ſe donnoit la peine de
leur montrer luy- mesme tout ce
qu'il avoit eu la bonté de leur
faire voir. Ils joignirent à cela
de grands remerciemens de
la maniere dumonde la plus
honneſte.
la Roche foucaut eſtoit accompagné
de la plus grande
partie de cette Nobleſſe , lors
qu'il receut lesAmbaſſadeurs
à la porte de ſon Logement.
Ils y entrerent , & en admirerent
la magnificence & le
bon ordre. Ils remarquerent
une Tapifſſerie qui repreſente
'Hiſtoire de Leandre & de
Hero , & la trouverent fort
belle . Mª de la Roche- foucaut
leur fit voir enſuite les
Equipages du Roy , & les
Ecuries où la propreté avec
laquelle on tient cent cin.
des Amb de Siam. 21
quante Chevaux qui ne font
que pour la Chaſſe du Cerf,
leur fit donner de grandes
loüanges à ceux qui en ont
le ſoin. De la ils entrerent
dans la court où ſont les Loges
des Chiens , dont ils virentdeux
à trois cens ſur de
la paille fraiſche. Ils examinerent
la fimetrie des Baftimens
, & dirent , Qu'à tous
momens ils voyoient de nouveaux
miracles , & que l'homme ſeul
ne pouvoit concevoir la moitié de
ce qu'ils avoient veu. Mr. de la
Rochefoucaut fit fortir les
chiens ,& on leur fit faire la
22 III.P. du Voyage.
curée devant les Ambaffadeurs
, pour leſquels on apporta
des Fauteüils , où ils ſe
mirent. Ce Duc avoit fait
auffi aprêter une magnifique
Colation. Elle fut accompa
gnée de toutes fortes de liqueurs
, dont ils bûrent ſeulement.
Comme ils avoient
ſceu ſa naiſſance , le rang
confiderable de ſa Charge, &
l'eſtime particuliere dont le
Roy l'honore, ils dirent qu'ils
connoiffoient bien l'amitié & la
confideration qu'on avoir pour le
Roy de Siam , puis qu'un auſſi
grand Seigneur que M² de la
des Amb de Siam. 23
Rochefoucaut , distingué par tant
d'endroits , ſe donnoit la peine de
leur montrer luy- mesme tout ce
qu'il avoit eu la bonté de leur
faire voir. Ils joignirent à cela
de grands remerciemens de
la maniere dumonde la plus
honneſte.
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Résumé : Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
Le Duc de la Rochefoucault reçut les ambassadeurs de Siam à l'entrée de son logement, entouré de nombreux nobles. Les ambassadeurs furent impressionnés par la magnificence et l'ordre des lieux, notant particulièrement une tapisserie illustrant l'histoire de Léandre et Héro. Le Duc leur fit visiter les équipages du roi et les écuries, où ils découvrirent cent cinquante chevaux destinés à la chasse au cerf. Ils apprécièrent la propreté des lieux et la qualité des soins apportés aux animaux. Ils visitèrent également les loges des chiens, où deux à trois cents chiens reposaient sur de la paille fraîche. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la fierté des bâtiments et les miracles observés. Le Duc organisa une curée de chiens à leur intention, et ils assistèrent à la scène depuis des fauteuils. Une collation somptueuse fut servie, accompagnée de diverses liqueurs. Connaissant la naissance et le rang élevé du Duc, ainsi que l'estime du roi à son égard, les ambassadeurs reconnurent l'amitié et la considération portées au roi de Siam et exprimèrent leur gratitude de manière honnête.
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3
p. 226-233
AVANTURE.
Début :
Il y avoit dans l'Isle de Rhodes un Dragon, qui [...]
Mots clefs :
Dragon, Rhodes, Caverne, Cheval, Chiens, Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE.
AVANTURE.
IL y avoit dans l'Isle de
Rhodesun Dragon, qui
se retiroit dans une Caverne,
d'où il infectoit l'air de son
halaine, & ruoittous les
hommes & toutes les bêtes
qu'il pouvoit rencontrer.
Voicy comme il estoit fait;
sa grosseur estoit presque
comme celle d'un cheval;
il avoit une teste de serpent,
& de longues oreilles, couvertes
d'une peau écaillée,les
quatre jambes ressembloient
à celle d'un Crocodille; ses
deux aîles estoient noires pardessus,
& d'un jeaune mtflc
de verd pardessous, & sa
queuëfaisoit plusieurs plis
& retours sur son corps, il
couroit batant de ses aîles, &
jettant le feu par les yeux,
avecunsifflement épouventable.
Le Chevalier de Gonzon
ayant entrepris de le
combatre, sen alla à Gonzon
en Provence où il fit un fantôme,
qui reprefenroit ce
Dragon, & accoutuma son
cheval & deux gros chiens à
l'aprocher & l'araquer sans
crainte; puis il retourna à
Rhodes, & ayant choisi son
jour, il monta à cheval, accompagné
de ses domestiques
qui menoient ses deux chiens.
Estant sur un Costeau proche
du Manpas ( lieu où estoit le
Monstre) il y laissa ses gens
& leur commanda de le venir
secourir, s'il estoitbesoin,
ou de sen fuir s'ils le voyoient
vaincû ou tué;aussi tôtestant
armé de toutes pieces, & la
lance à la main, il avança
vers la Caverne avec ses deux
chiens, & aperçut le Dragon
qui venoità luy avec safurie
ordinaire, dabord il luy porta
un coup dans l'épaule donc
sa lance fut mise en pieces
sans offenser cette bête, à
cause de la dureté de ses
écailles; mais les deux chiens
qui ne craignoient pas plus
ce véritable Dragon que le
fantôme,contrelequel on
les avoirexercez,l'assaillirent
vivement, pour le prendre
par le ventre comme on les
y avoic accoûtumez, & donnerent
le loisir au Chevalier
de mettre pied à terre. Il
aprocha de ce Dragon, &
luy plongea son épée fous la
gorge & l'enfonçant de plus
en plus, lui trancha le gosier.
Le Dragon perdant les forces
avec Ion faug, tomba à
terre & renversa par sa chute
ce genereux Chevalier. Les
gens accoururentaussi tort,
& voyant le Dragon mort,
releverent leur maistre, le
rafraîchirent avec de l'eau
d'un ruisseau, & luy firent
revenir (es esprits,que la
fatigue & la puanteur avoient
assoupis. Gonzon remonta
ensuite sur son cheval & retourna
victorieux à Rhodes,
où il se presenta au Maistre;
& luy fie recit de ce combat.
Le grand Maistre ravi d'un
heureux succés, luy en témoigna
de la joyc: mais en
loüant son courage il blâma
sa desobeïssance, parce que
il estoitdeffendu expressement
àtouslesChevaliers & Freres
de l'Ordre de passer auprès de
la Caverne du Dragon, sur
peine d'estre punis de l'habit
de religion, & pour observer
la seureté de la discipline,
le fit mettre en prison & luy
ôtat l'habit; mais comme ce
chastiment n'estoit qu'une
formalité; peu de jours aprés
il luy rendit la liberté avec
l'habit, & le remir en possession
de ses Commanderies.
- Gonzon fut ensuite élevé en
la dignité de grand Maistre.
Ilmourut en 1553. On mit
sur son Tombeau ses deux
mots:Dragonisextmctor.
IL y avoit dans l'Isle de
Rhodesun Dragon, qui
se retiroit dans une Caverne,
d'où il infectoit l'air de son
halaine, & ruoittous les
hommes & toutes les bêtes
qu'il pouvoit rencontrer.
Voicy comme il estoit fait;
sa grosseur estoit presque
comme celle d'un cheval;
il avoit une teste de serpent,
& de longues oreilles, couvertes
d'une peau écaillée,les
quatre jambes ressembloient
à celle d'un Crocodille; ses
deux aîles estoient noires pardessus,
& d'un jeaune mtflc
de verd pardessous, & sa
queuëfaisoit plusieurs plis
& retours sur son corps, il
couroit batant de ses aîles, &
jettant le feu par les yeux,
avecunsifflement épouventable.
Le Chevalier de Gonzon
ayant entrepris de le
combatre, sen alla à Gonzon
en Provence où il fit un fantôme,
qui reprefenroit ce
Dragon, & accoutuma son
cheval & deux gros chiens à
l'aprocher & l'araquer sans
crainte; puis il retourna à
Rhodes, & ayant choisi son
jour, il monta à cheval, accompagné
de ses domestiques
qui menoient ses deux chiens.
Estant sur un Costeau proche
du Manpas ( lieu où estoit le
Monstre) il y laissa ses gens
& leur commanda de le venir
secourir, s'il estoitbesoin,
ou de sen fuir s'ils le voyoient
vaincû ou tué;aussi tôtestant
armé de toutes pieces, & la
lance à la main, il avança
vers la Caverne avec ses deux
chiens, & aperçut le Dragon
qui venoità luy avec safurie
ordinaire, dabord il luy porta
un coup dans l'épaule donc
sa lance fut mise en pieces
sans offenser cette bête, à
cause de la dureté de ses
écailles; mais les deux chiens
qui ne craignoient pas plus
ce véritable Dragon que le
fantôme,contrelequel on
les avoirexercez,l'assaillirent
vivement, pour le prendre
par le ventre comme on les
y avoic accoûtumez, & donnerent
le loisir au Chevalier
de mettre pied à terre. Il
aprocha de ce Dragon, &
luy plongea son épée fous la
gorge & l'enfonçant de plus
en plus, lui trancha le gosier.
Le Dragon perdant les forces
avec Ion faug, tomba à
terre & renversa par sa chute
ce genereux Chevalier. Les
gens accoururentaussi tort,
& voyant le Dragon mort,
releverent leur maistre, le
rafraîchirent avec de l'eau
d'un ruisseau, & luy firent
revenir (es esprits,que la
fatigue & la puanteur avoient
assoupis. Gonzon remonta
ensuite sur son cheval & retourna
victorieux à Rhodes,
où il se presenta au Maistre;
& luy fie recit de ce combat.
Le grand Maistre ravi d'un
heureux succés, luy en témoigna
de la joyc: mais en
loüant son courage il blâma
sa desobeïssance, parce que
il estoitdeffendu expressement
àtouslesChevaliers & Freres
de l'Ordre de passer auprès de
la Caverne du Dragon, sur
peine d'estre punis de l'habit
de religion, & pour observer
la seureté de la discipline,
le fit mettre en prison & luy
ôtat l'habit; mais comme ce
chastiment n'estoit qu'une
formalité; peu de jours aprés
il luy rendit la liberté avec
l'habit, & le remir en possession
de ses Commanderies.
- Gonzon fut ensuite élevé en
la dignité de grand Maistre.
Ilmourut en 1553. On mit
sur son Tombeau ses deux
mots:Dragonisextmctor.
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Résumé : AVANTURE.
Le texte raconte l'aventure du Chevalier de Gonzon, qui affronta un dragon sur l'île de Rhodes. Ce dragon, vivant dans une caverne, empoisonnait l'air et attaquait les habitants et les animaux. Il avait l'apparence d'un serpent avec des oreilles écailleuses, des pattes de crocodile, des ailes noires et vertes, et une queue sinueuse. Gonzon se prépara en Provence en créant une réplique du dragon pour entraîner son cheval et ses chiens. À Rhodes, il affronta la créature, mais sa lance se brisa sur ses écailles. Ses chiens attaquèrent le dragon, permettant à Gonzon de le blesser mortellement avec son épée. Après sa victoire, il fut secouru par ses domestiques. Le grand Maistre, bien que satisfait de la victoire, punit Gonzon pour désobéissance en le mettant en prison et en lui retirant son habit. Gonzon fut rapidement libéré et réintégré. Il devint ensuite grand Maistre et mourut en 1553. Son tombeau porte l'inscription 'Dragonis extinctor'.
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4
p. 70-160
EXTRAIT
Début :
Vous ne trouverez pas mauvais, Monsieur, qu'en observant / [...]
Mots clefs :
Dame, Traduction, Lettre, M. de la Motte, Madame Dacier, Parallèle, Anciens, Modernes, Douleur, Dieu, Dieux, Poésie, Homère, Iliade, Achille, Héros, Agamemnon, Orgueil, Jupiter, Vers, Thétis, Grecs, Coeur, Mots, Livre, Sceptre, Divin poète, Prix, Honneur, Chiens, Beauté, Pleurs, Fille, Peine, Courroux, Conseils, Déesse, Prière, Image, Abbé Régnier, Vieillard
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT
Voicy
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.
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5
p. 2007-2008
ALLEMAGNE.
Début :
On a appris de Bareith, que la nuit du 28. au 29. du mois dernier, le feu ayant pris [...]
Mots clefs :
Feu, Flammes, Ours, Chiens, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Na appris de Bareith , que la nuit du 28.
au 29. du mois dernier le feu
> ayant pris
à la maison d'un Tailleur dans la Ville de Wunsiedel
, les flames s'étoient communiquées aux
Maisons voisines avec tant de violence et de ra
pidité , que toute la Ville dans laquelle on
compte plus de 500. maisons , avoit été reduite
en cendres en moins de deux heures , sans que
les habitans eussent eu le temps de sauver leurs
Hij effets !
,
2008 MERCURE DE FRANCE
effets. Douze Personnes ont peri dans les flames
et le nombre des blessés est fort grand.
Le Margrave de Bareith s'y rendit le 30. Juillet
pour consoler les pauvres habitans , qui sont
réduits à la derniere misere ; ce Prince a ordonné
d'y faire voiturer plusieurs chariots chargés de
Pain &c.
"
On mande de Konigsberg , capitale de la Prusse
Ducale , que le Roy y avoit pris sur la fin du
mois dernier le divertissement d'un combar
assez singulier. On vit d'abord combattre deux
Boeufs sauvages contre six Ours três furieux
dont deux furent tués par les premiers. Après
que ce combat eut duré trois heures , S. M. tua
Jes . Boeufs sauvages avec des Arquebuses rayées :
une des bales que le Roi tira sur le plus grand
de ces Boeufs , donna droit au front , mais elle
n'entra point et sauta comme si elle eut été
·
tirée contre une muraille. On lâcha ensuite des
chiens contre les Ours , qu'on fit sortir un à un
Jesquels furent tués par le Comte de Schlieben et
Mr. Bock , Grand - Maître des Forêts. Le dernier
et le plus furieux de ces Ours , pensa coûter
bien cher à M. Bock : cet Animal quoique fort
blessé , ayant deux lances dans le corps , et attaqué
par quinze chiens , vint se jetter sur Mr.
Bock , et après avoir cassé la lance que ce deznier
vouloit luy enfoncer ", il le terrassa , enleva
une partie de son habit , et luy auroit fait un
mauvais parti , si le comte de Schliehen , qui
vint promptement à son secours , ne l'eût percé
d'un coup de lance.
Na appris de Bareith , que la nuit du 28.
au 29. du mois dernier le feu
> ayant pris
à la maison d'un Tailleur dans la Ville de Wunsiedel
, les flames s'étoient communiquées aux
Maisons voisines avec tant de violence et de ra
pidité , que toute la Ville dans laquelle on
compte plus de 500. maisons , avoit été reduite
en cendres en moins de deux heures , sans que
les habitans eussent eu le temps de sauver leurs
Hij effets !
,
2008 MERCURE DE FRANCE
effets. Douze Personnes ont peri dans les flames
et le nombre des blessés est fort grand.
Le Margrave de Bareith s'y rendit le 30. Juillet
pour consoler les pauvres habitans , qui sont
réduits à la derniere misere ; ce Prince a ordonné
d'y faire voiturer plusieurs chariots chargés de
Pain &c.
"
On mande de Konigsberg , capitale de la Prusse
Ducale , que le Roy y avoit pris sur la fin du
mois dernier le divertissement d'un combar
assez singulier. On vit d'abord combattre deux
Boeufs sauvages contre six Ours três furieux
dont deux furent tués par les premiers. Après
que ce combat eut duré trois heures , S. M. tua
Jes . Boeufs sauvages avec des Arquebuses rayées :
une des bales que le Roi tira sur le plus grand
de ces Boeufs , donna droit au front , mais elle
n'entra point et sauta comme si elle eut été
·
tirée contre une muraille. On lâcha ensuite des
chiens contre les Ours , qu'on fit sortir un à un
Jesquels furent tués par le Comte de Schlieben et
Mr. Bock , Grand - Maître des Forêts. Le dernier
et le plus furieux de ces Ours , pensa coûter
bien cher à M. Bock : cet Animal quoique fort
blessé , ayant deux lances dans le corps , et attaqué
par quinze chiens , vint se jetter sur Mr.
Bock , et après avoir cassé la lance que ce deznier
vouloit luy enfoncer ", il le terrassa , enleva
une partie de son habit , et luy auroit fait un
mauvais parti , si le comte de Schliehen , qui
vint promptement à son secours , ne l'eût percé
d'un coup de lance.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 29 du mois dernier, un incendie a détruit plus de 500 maisons à Wunsiedel en Allemagne en moins de deux heures, causant la mort de douze personnes et blessant de nombreux habitants. Le Margrave de Bareith a visité la ville le 30 juillet pour apporter son soutien et a ordonné l'envoi de vivres aux habitants affectés. À Königsberg, capitale de la Prusse Ducale, le roi a assisté à un combat singulier à la fin du mois dernier. Deux bœufs sauvages ont affronté six ours furieux, tuant deux d'entre eux. Après trois heures de combat, le roi a abattu les bœufs avec des arquebuses. Des chiens ont ensuite été lâchés contre les ours, qui ont été tués par le Comte de Schlieben et M. Bock, Grand-Maître des Forêts. Le dernier ours, malgré ses blessures, a attaqué M. Bock, qui a été sauvé in extremis par le Comte de Schlieben.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 644-657
LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
Début :
Je ne connois point personnellement, Monsieur, l'Auteur des Dons des Enfans [...]
Mots clefs :
Chasse, Cerf, Chiens, Temps, Ouvrage, Chasseurs, Chasse du cerf, Savary, Veneurs, Principes, Auteur, Poème, Connaissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
LETTRE écrite à M. D. L. R.
E ne connois point personnellement ,
Monsieur , l'Auteur des Dons des Eng
fans de Latone , cependant je vous adresse
une Lettre , contenant les Réfléxions que
j'ai faites sur son Poëme de la Chasse du
Cerf. Vous me ferez plaisir de l'inserer
dans le premier Mercure. Je serai bienaise
de lui faire part et au public , par
votre entremise, de la justice que je rends
à son Ouvrage. J'ai l'honneur d'être, &c.
A MONSIEUR ***
Auteur des Dons des Enfans de Latone,
Poëme sur la Musique , et sur
la Chasse du Cerf.
U
pour
N Chasseur de profession hazarde
Monsieur , de prendre la plume
vous faire part de ses Réfléxions sur
la traduction libre que vous venez de
donner au public , du Poëme Latin de
Savary , sur la Chasse du Cerf ; c'est un
Auteur que j'ai étudié il y a long- temps,
et que j'ai toujours souhaité de voir traduit
en François, pour le rendre plus à la
portée des jeunes Chasseurs, à qui la Langue
A VRIL. 1734. 645
gue Latine est devenue moins familiere
qu'elle ne l'étoit de son temps .
L'Ouvrage étoit difficile , et vous avez
surpassé mes souhaits , en le rendant en
Vers , et en le faisant précéder par deux
autres Poëmes sur la Musique. Je les ai
lûs avec tout le plaisir imaginable ; mais
comme je suis moins Musicien que Chas-,
seur , je laisse le soin d'en faire l'éloge à
gens plus connoisseurs que moi en Musique
, et je me renferme uniquement dans
l'examen de votre Poëme sur la Chasse.
- J'ai toujours regardé la Chasse du Cerf
comme le plus noble , et le plus parfait
* amusement, dont les Rois , les Princes et
les Seigneurs pouvoient s'occuper ; mais
en même temps je l'ai regardé comme un
Art difficile , où 20 ans d'étude et une
grande aplication suffiroient à peine pour
découvrir tous les secrets qui en font
partie ; j'ai cru qu'il étoit indigne d'un
homme raisonnable d'y perdre son tems,
s'il ne se mettoit en état d'en acquerir.
toutes les connoissances , sans lesquelles il
ne peut trouver qu'un plaisir chimerique,
beaucoup d'ennuis, de dégoût et un
vuide aussi languissant que fatiguant,
Car est- ce en effet avoir du plaisir que
de n'être au fait de rien ? de voir passer
un Cerf sans en peuvoir rendre compte ?
B d'en
646 MERCURE DE FRANCE
d'en revoir du pied sans pouvoir juger
ni de son espece , ni de son âge ? d'être
dans l'embarras , ou se porter par l'ignorance
où l'on est des refuites du Cerf, de
ses faux rembuchemens, de ses retours et
de ses ruzes ? de ne point sçavoir comment
on s'y prend pour relever un deffaut
de ne point suivre la voix des
Chiens ? de ne point distinguer les bons
cris d'avec les mauvais ? enfin de ne faire
aucun usage de sa raison dans les occasions
embarrassantes ? Suffit- il, en verité, de
s'en rapporter à des Piqueurs, dont les lumieres
sont souvent médiocres , et le raisonnement
peu solide et un homme
d'esprit peut-il borner tous ses amusemens
à être bien monté, à enfiler de longues
routes , à courir toute une journée
sans sçavoir ce qui se passe , ce qu'on a
fait , ce qu'on peut faire , où on doit aller
, si la Meute est dans la bonne voïe ,
ou si elle a pris le change? C'est- là cependant
la situation où se trouvent les jeunes
Chasseurs pendant long- temps , et
souvent toute leur vie ; ils n'ont acquis
aucuns principes ; ils ne font que balbutier
les termes qu'ils n'ont point étudiez ; ils
n'ont fait aucunes réfléxions sur la diversité
des connoissances , faute de sçavoir où
aller,ils ne voyent rien, n'entendent rien,
perAVRIL.
1734- 647
perdent la Chasse et mettent toute leur
fortune à suivre quelquefois un bon Chasseur,
comme un Postillon qui leur procure
par hazard l'avantage de se trouver à
un Halali , ou à la mort du Cerf, C'est-là
le grand triomphe ; car tout fiers d'une
victoire où ils n'ont point contribué , ils
se croyent les plus habiles Chasseurs du
monde , et s'imaginent avoir goûté tous
les plaisirs imaginables , lorsque réellement
ils n'ont eu que beaucoup d'ennuis
et de fatigues. Ce n'est pas la maniere
dont chassoit Charles IX. et Louis
XIV. ce dernier sçavoit tout , jugeoit par
lui -même , décidoit, vouloit qu'on suivit
ses décisions , et ne se trompoit pas.
Charles IX. dans le Livre qu'il a composé
lui - même, fait voir quelles étoient
ses connoissances , par le détail où il est
entré , et de la nature des Cerfs , et de
toutes les parties de laChasse.Le sage Roi
qui nous gouverne aujourd'hui, suit parfaitement
les traces de ses deux Prédècesseurs
, et rien n'est plus juste, Monsieur ,
que quatre Vers qui se voïent dans
votre Epître.
les
La Déesse n'a plus de secret à t'apprendre ;
De ses sçavantes Loix , Interprête encor tendre,
Tu rens des jugemens sages et raisonnez ,
Que n'oseroient porter des Veneurs surannez .
Bij
Mais
648 MERCURE DE FRANCE
. Mais est-il imité dans son application ?
je n'ose l'assurer ; ce qu'il y a de certain
c'est que Savary que vous avez traduit est
le seul Auteur capable d'apprendre tous
les secrets de l'Art à ceux qui l'ignorent,
non seulement les François , mais encore
tous les Etrangers conviennent qu'il n'a
paru dans ce genre aucun Ouvrage comparable
au sien , pour l'ordre , la suite , la
précision , l'arrangement des matieres , et
la netteté avec laquelle elles sont expliquées,
toutes les idées y sont placées , raprochées
et rendues sensibles ; y a-t-il
quelqu'apprentilf chasseur,qui n'ait voulu
lire et Fouilloux et Salnouë ? en est-on
devenu plus habile ? s'y est- on fait des
principes certains , les différentes matieres
y sont- elles traitées dans un ordre
propre à se faire retenir ?
Fouilloux est confus et plein de verbiages
; Salnouë à tout dit , mais il ne l'a pas
arrangé , et les matiéres y sont souvent
transposées ; Savary qui a écrit après lui,
y a mis l'ordre qu'elles demandoient ; il a
réduit à 2500 Vers latins , la moitié d'un
volume in 4° . fait par Salnoue sur la
Chasse du Cerf; et vous , Monsieur , dans
votre Traduction vous avez encore plus
fait que Savary , puisqu'en n'obmettant
rien de tout ce qui étoit nécessaire, vous
avez
AVRIL. 1734 649
avez dit en 1500 Vers François , ce que
Savari n'avoit pû faire en latin qu'en
2500 ; quelle précision ; aussi n'y voit- on
pas un Vers qui n'ait son sens et son instruction
. On n'y trouve rien d'inutile
et de superflu ; c'est un véritable Poëme
didactique , mais ennobli par Diane
qu'on y fait parler avec dignité , enrichi
d'images et de comparaisons élevées , et
où mille traits d'une Poësie élégante rendent
parfaitement votre original . Quelles
graces n'ont point les six premieres pages
de votre premier Chant , où après votre
invocation , vous détaillez l'origine de la
Chasse dans les Gaules , les exercices des
Gaulois , et la maniere qu'ils avoient de
conserver la connoissance des Arts et des
Sciences ?
Peut- on expliquer avec plus de nettcté
l'âge des Cerfs , depuis le Faon , jusqu'aux
vieuxCerfs , avec les noms différens *
qu'on leur a donnez , par rapport à leur
Tête .
Est-il permis à quelqu'un de ne pas entendre
clairement toutes les différentes .
parties des quatre especes de têtes dont
vous donnez le modele , et sur lesquelles
il ne reste aucun doute ? Pour en sentir la
différence , la connoissance des pieds ne
devient - elle pas sensible par le détail
Biij heus
so MERCURE DE FRANCE
heureux des quatre pieds, relatifs aux parties
des figures , si exactement dessinées ?
et 20 pages de lecture des autres Auteurs
les peuvent- elles faire comprendre avec
autant de facilité ? La connoissance des
fumées n'est pas moins bien éclaircie dans
le second Chant, par rapport aux saisons,
par rapport aux Biches , et à l'âge des différens
Cerfs , et vous terminez enfin toutes
les lumieres qu'on peut tirer du corps
du Fauve , par l'explication des abbatures
, des portées , du raire et du frayoir
où vous marquez précisément le dégré
de foy que l'on peut ajouter à des témoignages
aussi incertains.
Après avoir établi ces principes generaux
, vous déterminez les lieux où l'on
doit chercher les Cerfs , pour les détourner
selon les différentes saisons ; sçavoir
dans l'Hyver , au fond des Forêts , où
vous expliquez et la maniere dont ils se
nourrissent et dont ils se garentissent du
froid ; et comment dans les autres saisons
ils se séparent , prennent leur Buisson à
l'extrémité des grands Païs, pour se nourrir
avec plus de facilité , et mettre bas
leurs têtes dont vous expliquez la chute,
et les causes que les Naturalistes y attribuent.
Des lieux , vous passez au temps que
l'on
AVRIL. 1734.
l'on doit prendre pour les détourner ;
l'agitation continuelle où ils sont pendant
le rut , l'embarras de les trouver
pendant ce temps , où toutes leurs démarches
sont incertaines .
Peut- on assez admirer la description
charmante que vous en faites , sous l'Image
d'un Tournoy , leurs Combats, leur
Victoire , le prix dont elle est suivie , et le
nombre des Spectateurs qui en sont les
témoins? Pouvoit- on distraire plus agréablement
le Lecteur du Didactique , qui a
précédé, que par des Images aussi noblement
imaginées ?
Quel heureux détail du Limier qu'on
veut dresser dans le troisiémeChant! Tous
les termes de l'art y sont si heureusement
employez qu'ils ne pourroient être substituez
par d'autres , il semble qu'ils se
soient venus offrir à la rime , sans qu'il
vous en ait rien couté. On y voit quel
doit être le nombre de Picqueurs; en quoi
consistent leurs devoirs, la qualité et l'espece
des differens Chiens , leurs bontez
ou leurs défauts , l'instruction donnée
aux Valets de Limier pour détourner, les
précautions qu'ils doivent prendre , et les
observations qu'ils doivent faire.
Ce détail est terminé par l'appareil de
eette assemblée générale où se font les
B iiij dif-
>
652 MERCURE DE FRANCE
·
différens rapports. Pouvoit on décrire
avec plus d'élevation ce celebre conseil ,
où tous les Veneurs décident du Cerf
que
l'on doit lancer , par les principes que
vous établissez ?
Le quatrième Chant regarde la disposition
des Relais , les noms différens qu'on
leur donne , l'espece et la nature des
Chiens qui les doivent composer , les
postes où il les faut placer , l'usage que
les Valets de Chiens en doivent faire
l'arrivée au laissez - coure , la verification
qu'on y doit faire du rapport , la maniere
dont on lance aujourd'hui , différente
de celle où on lançoit autrefois à trait de
Limier, ce que les Veneurs dispersez doivent
observer quand le Cerf est lancé ; la
crainte d'un faux rembuchement , la nécessité
de laisser agir les Chiens sans les
presser de trop près ; la deffense de Diane
, d'enlever la Meute , comme l'impatience
Françoise ne force que trop
souvent de le faire , et enfin les temps
et les précautions nécessaires que doivent
prendre les Valets de Chiens pour
ne donner les Relais qu'à propos et
quand ils sont demandez .
L'heureux trait de morale par où vous
commencez le cinquième Chant , est une
juste application des inconveniens qui
sura
AVRIL. 1734. 653
surviennent dans le cours de la Chasse ,
soit pour les Chiens , soit pour les Veneurs
; on y voit toutes les différentes
ruses des Cerfs , le désordre que causent
les jeunes Chiens , la sagesse des vieux ,
les lumieres qu'ils donnent pour sortir
d'embarras , pour relever les deffauts et
relancer le Cerf , comment on le suit.
dans l'eau , comment on découvre s'il y
est resté , s'il en est sorti , les secrets pour
en retrouver seurement la voye , et enfin
l'halali et la mort du Cerf, dont vous faites
un détail aussi - vrai qu'interessant.
Je finirai , Monsieur , par l'éloge que
mérite votre dernier Chant,d'autant plus
que sa principale beauté est bien moins
dûë à votre original qu'à vos heureuses
idées ; Pouviez - vous relever plus noblement
le bas Didactique où vous étiez forcé
d'entrer par le détail de la Curée, qu'en
le représentant sous l'image d'un Sacrifice
offert à Diane . Comment avez - vous
pû ennoblir un pareil carnage par tant
de richesses d'expressions ? Pouviez - vous
mieux établir les droits qui appartiennent
au Maître ,auxVeneurs ,aux Limiers et aux
Chiens dans les différentes parties du
Cerf. C'étoit une connoissance fondée de
temps immémorial que vous ne pouviez
omettre , et qui servira de loi immuable
dans
B v
654 MERCURE DE FRANCE
dans tous les temps pour les Chasseurs.
Enfin pouviez-vous mieux terminer tous
les Préceptes que renferme votre Ouvrage
que par cette Fête qu'un retour general
de la Chasse attire dans le Parvis du
Temple de Diane , où tous les Chasseurs
réunis dans un jour fameux , consacré
plus particulierement à sa gloire , passent
la nuit à celebrer ses loüanges et à chanter
les victoires que les différens Chasseurs
ont remportées ?
On voit bien , Monsieur, que vous n'avez
pas voulu travailler pour des Picqueurs
seulement ; ce ne sont pas eux en
effet qui avoient besoin de vos leçons , leur
application , la routine , la longue expérience
leur donnent à la fin toutes les
connoissances qui leur sont nécessaires ;
cependant votre ouvrage est si clair par
lui -même qu'il leur sera aisé d'y apprendre
tous les principes aussi - aisément qu'ils
l'auroienr pû faire s'il avoit été en Prose ;
mais je m'imagine que l'intention de Savary
a été d'endoctriner la Noblesse et de
la tirer agréablement de l'ignorance où
elle croupit ordinairement ; il a voulu
leur parler un langage conforme à leur
éducation en les instruisant.
Et vous , Monsieur , vous leur avez encore
abrégé la peine en le mettant en
Vers
AVRIL 1734. 655
Vers François , qui se retiennent incomparablement
mieux que la Prose.
, Je finirai , Monsieur , mes Réfléxions
en vous répétant que votre Ouvrage par
lui- même , est admirable ; jamais Auteur
n'a pû former un plus beau plan , et suivre
un meilleur ordre que Savary ; ce sera
une instruction éternelle pour tous ceux
qui voudront acquerir des connoissances
dans la Chasse du Cerf , chasser avec esprit
et goûter les parfaits plaisirs qu'un
homme raisonnable y doit rechercher ; il
dit tout ce qu'il faut dire , renferme tout
ce qu'il faut sçavoir , et éclaircit tout ce
que les autres Auteurs dans de gros volumes
entiers n'avoient traité qu'avec
confusion .
Votre traduction l'a considérablement
embelli , par ce que vous y avez ajouté, et
par ce que vous en avez sagement retranché;
vous l'avez rendu avec clarté et précision
, votre Poësie est noble, naturelle,
non entortillée , ni louche ; elle ne sent ni
l'huile, ni la lime , et fait sentir quelque
chose de supérieur à celle d'un Poëte de
profession.
Il ne me reste plus , Monsieur , qu'à
vous parler de votre Dictionnaire et du
Recueil des Tons de Chasse et Fanfares
qui terminent votre Livre ; ce sont les
B vj deux
656 MERCURE DE FRANCE
deux plus beaux et plus utiles présens
que vous pouviez faire au Public ; personne
ne s'étoit encore avisé de faire un
Dictionnaire de Chasse aussi exact et aussi
étendu que le vôtre. Il ne vous a rien
échapé des termes tant anciens que
nouveaux, répandus dans tous les Livres,
ou de ceux que l'usage a consacrés ; c'est
une instruction admirable , soit pour les
Picqueurs, soit pour les jeunes Chasseurs
qui auront la curiosité de sçavoir. A l'égard
des Tons de chasse et Fanfares ,
vous en avez l'obligation à M. de Dampierre,
Gentilhomme des Plaisirs du Roy,
il a l'avantage d'être excellent Musicien
et grand Chasseur ; ses Fanfares sont d'un
goût charmant , mais on ne peut trop
admirer l'application merveilleuse et nouvelle
qu'il a inventée pour les faire servir
de signaux, qui apprennent aux Veneurs
dispersez , l'espece du Cerf que l'on court,
+
ses mouvemens et toutes ses ruses.
C'est un moyen facile pour mettre au
蜜
fait de ce qui se passe , et une pareille
Méthode doit passer non seulement dans
toutes les Provinces , mais encore chez
les Etrangers . Les Parodies des Fanfares
que vous avez ramassées , y donnent encore
une nouvelle grace , et peuvent extrêmement
divertir dans un retour de
Chasse. • Le
AVRIL 1734
657
Le Public doit de grands remercimens
à M. de Dampierre , de vous avoir bien
voulu communiquer son travail. Et vous ,
Monsieur , vous lui en devez beaucoup ,
pour les Eloges qu'il ne cesse de donner
à ce qu'on m'a dit , à votre Ouvrage ;
témoignages
seuls capables d'en relever infiniment
le prix. J'ai l'honneur d'être ,
Monsieur , & c .
E ne connois point personnellement ,
Monsieur , l'Auteur des Dons des Eng
fans de Latone , cependant je vous adresse
une Lettre , contenant les Réfléxions que
j'ai faites sur son Poëme de la Chasse du
Cerf. Vous me ferez plaisir de l'inserer
dans le premier Mercure. Je serai bienaise
de lui faire part et au public , par
votre entremise, de la justice que je rends
à son Ouvrage. J'ai l'honneur d'être, &c.
A MONSIEUR ***
Auteur des Dons des Enfans de Latone,
Poëme sur la Musique , et sur
la Chasse du Cerf.
U
pour
N Chasseur de profession hazarde
Monsieur , de prendre la plume
vous faire part de ses Réfléxions sur
la traduction libre que vous venez de
donner au public , du Poëme Latin de
Savary , sur la Chasse du Cerf ; c'est un
Auteur que j'ai étudié il y a long- temps,
et que j'ai toujours souhaité de voir traduit
en François, pour le rendre plus à la
portée des jeunes Chasseurs, à qui la Langue
A VRIL. 1734. 645
gue Latine est devenue moins familiere
qu'elle ne l'étoit de son temps .
L'Ouvrage étoit difficile , et vous avez
surpassé mes souhaits , en le rendant en
Vers , et en le faisant précéder par deux
autres Poëmes sur la Musique. Je les ai
lûs avec tout le plaisir imaginable ; mais
comme je suis moins Musicien que Chas-,
seur , je laisse le soin d'en faire l'éloge à
gens plus connoisseurs que moi en Musique
, et je me renferme uniquement dans
l'examen de votre Poëme sur la Chasse.
- J'ai toujours regardé la Chasse du Cerf
comme le plus noble , et le plus parfait
* amusement, dont les Rois , les Princes et
les Seigneurs pouvoient s'occuper ; mais
en même temps je l'ai regardé comme un
Art difficile , où 20 ans d'étude et une
grande aplication suffiroient à peine pour
découvrir tous les secrets qui en font
partie ; j'ai cru qu'il étoit indigne d'un
homme raisonnable d'y perdre son tems,
s'il ne se mettoit en état d'en acquerir.
toutes les connoissances , sans lesquelles il
ne peut trouver qu'un plaisir chimerique,
beaucoup d'ennuis, de dégoût et un
vuide aussi languissant que fatiguant,
Car est- ce en effet avoir du plaisir que
de n'être au fait de rien ? de voir passer
un Cerf sans en peuvoir rendre compte ?
B d'en
646 MERCURE DE FRANCE
d'en revoir du pied sans pouvoir juger
ni de son espece , ni de son âge ? d'être
dans l'embarras , ou se porter par l'ignorance
où l'on est des refuites du Cerf, de
ses faux rembuchemens, de ses retours et
de ses ruzes ? de ne point sçavoir comment
on s'y prend pour relever un deffaut
de ne point suivre la voix des
Chiens ? de ne point distinguer les bons
cris d'avec les mauvais ? enfin de ne faire
aucun usage de sa raison dans les occasions
embarrassantes ? Suffit- il, en verité, de
s'en rapporter à des Piqueurs, dont les lumieres
sont souvent médiocres , et le raisonnement
peu solide et un homme
d'esprit peut-il borner tous ses amusemens
à être bien monté, à enfiler de longues
routes , à courir toute une journée
sans sçavoir ce qui se passe , ce qu'on a
fait , ce qu'on peut faire , où on doit aller
, si la Meute est dans la bonne voïe ,
ou si elle a pris le change? C'est- là cependant
la situation où se trouvent les jeunes
Chasseurs pendant long- temps , et
souvent toute leur vie ; ils n'ont acquis
aucuns principes ; ils ne font que balbutier
les termes qu'ils n'ont point étudiez ; ils
n'ont fait aucunes réfléxions sur la diversité
des connoissances , faute de sçavoir où
aller,ils ne voyent rien, n'entendent rien,
perAVRIL.
1734- 647
perdent la Chasse et mettent toute leur
fortune à suivre quelquefois un bon Chasseur,
comme un Postillon qui leur procure
par hazard l'avantage de se trouver à
un Halali , ou à la mort du Cerf, C'est-là
le grand triomphe ; car tout fiers d'une
victoire où ils n'ont point contribué , ils
se croyent les plus habiles Chasseurs du
monde , et s'imaginent avoir goûté tous
les plaisirs imaginables , lorsque réellement
ils n'ont eu que beaucoup d'ennuis
et de fatigues. Ce n'est pas la maniere
dont chassoit Charles IX. et Louis
XIV. ce dernier sçavoit tout , jugeoit par
lui -même , décidoit, vouloit qu'on suivit
ses décisions , et ne se trompoit pas.
Charles IX. dans le Livre qu'il a composé
lui - même, fait voir quelles étoient
ses connoissances , par le détail où il est
entré , et de la nature des Cerfs , et de
toutes les parties de laChasse.Le sage Roi
qui nous gouverne aujourd'hui, suit parfaitement
les traces de ses deux Prédècesseurs
, et rien n'est plus juste, Monsieur ,
que quatre Vers qui se voïent dans
votre Epître.
les
La Déesse n'a plus de secret à t'apprendre ;
De ses sçavantes Loix , Interprête encor tendre,
Tu rens des jugemens sages et raisonnez ,
Que n'oseroient porter des Veneurs surannez .
Bij
Mais
648 MERCURE DE FRANCE
. Mais est-il imité dans son application ?
je n'ose l'assurer ; ce qu'il y a de certain
c'est que Savary que vous avez traduit est
le seul Auteur capable d'apprendre tous
les secrets de l'Art à ceux qui l'ignorent,
non seulement les François , mais encore
tous les Etrangers conviennent qu'il n'a
paru dans ce genre aucun Ouvrage comparable
au sien , pour l'ordre , la suite , la
précision , l'arrangement des matieres , et
la netteté avec laquelle elles sont expliquées,
toutes les idées y sont placées , raprochées
et rendues sensibles ; y a-t-il
quelqu'apprentilf chasseur,qui n'ait voulu
lire et Fouilloux et Salnouë ? en est-on
devenu plus habile ? s'y est- on fait des
principes certains , les différentes matieres
y sont- elles traitées dans un ordre
propre à se faire retenir ?
Fouilloux est confus et plein de verbiages
; Salnouë à tout dit , mais il ne l'a pas
arrangé , et les matiéres y sont souvent
transposées ; Savary qui a écrit après lui,
y a mis l'ordre qu'elles demandoient ; il a
réduit à 2500 Vers latins , la moitié d'un
volume in 4° . fait par Salnoue sur la
Chasse du Cerf; et vous , Monsieur , dans
votre Traduction vous avez encore plus
fait que Savary , puisqu'en n'obmettant
rien de tout ce qui étoit nécessaire, vous
avez
AVRIL. 1734 649
avez dit en 1500 Vers François , ce que
Savari n'avoit pû faire en latin qu'en
2500 ; quelle précision ; aussi n'y voit- on
pas un Vers qui n'ait son sens et son instruction
. On n'y trouve rien d'inutile
et de superflu ; c'est un véritable Poëme
didactique , mais ennobli par Diane
qu'on y fait parler avec dignité , enrichi
d'images et de comparaisons élevées , et
où mille traits d'une Poësie élégante rendent
parfaitement votre original . Quelles
graces n'ont point les six premieres pages
de votre premier Chant , où après votre
invocation , vous détaillez l'origine de la
Chasse dans les Gaules , les exercices des
Gaulois , et la maniere qu'ils avoient de
conserver la connoissance des Arts et des
Sciences ?
Peut- on expliquer avec plus de nettcté
l'âge des Cerfs , depuis le Faon , jusqu'aux
vieuxCerfs , avec les noms différens *
qu'on leur a donnez , par rapport à leur
Tête .
Est-il permis à quelqu'un de ne pas entendre
clairement toutes les différentes .
parties des quatre especes de têtes dont
vous donnez le modele , et sur lesquelles
il ne reste aucun doute ? Pour en sentir la
différence , la connoissance des pieds ne
devient - elle pas sensible par le détail
Biij heus
so MERCURE DE FRANCE
heureux des quatre pieds, relatifs aux parties
des figures , si exactement dessinées ?
et 20 pages de lecture des autres Auteurs
les peuvent- elles faire comprendre avec
autant de facilité ? La connoissance des
fumées n'est pas moins bien éclaircie dans
le second Chant, par rapport aux saisons,
par rapport aux Biches , et à l'âge des différens
Cerfs , et vous terminez enfin toutes
les lumieres qu'on peut tirer du corps
du Fauve , par l'explication des abbatures
, des portées , du raire et du frayoir
où vous marquez précisément le dégré
de foy que l'on peut ajouter à des témoignages
aussi incertains.
Après avoir établi ces principes generaux
, vous déterminez les lieux où l'on
doit chercher les Cerfs , pour les détourner
selon les différentes saisons ; sçavoir
dans l'Hyver , au fond des Forêts , où
vous expliquez et la maniere dont ils se
nourrissent et dont ils se garentissent du
froid ; et comment dans les autres saisons
ils se séparent , prennent leur Buisson à
l'extrémité des grands Païs, pour se nourrir
avec plus de facilité , et mettre bas
leurs têtes dont vous expliquez la chute,
et les causes que les Naturalistes y attribuent.
Des lieux , vous passez au temps que
l'on
AVRIL. 1734.
l'on doit prendre pour les détourner ;
l'agitation continuelle où ils sont pendant
le rut , l'embarras de les trouver
pendant ce temps , où toutes leurs démarches
sont incertaines .
Peut- on assez admirer la description
charmante que vous en faites , sous l'Image
d'un Tournoy , leurs Combats, leur
Victoire , le prix dont elle est suivie , et le
nombre des Spectateurs qui en sont les
témoins? Pouvoit- on distraire plus agréablement
le Lecteur du Didactique , qui a
précédé, que par des Images aussi noblement
imaginées ?
Quel heureux détail du Limier qu'on
veut dresser dans le troisiémeChant! Tous
les termes de l'art y sont si heureusement
employez qu'ils ne pourroient être substituez
par d'autres , il semble qu'ils se
soient venus offrir à la rime , sans qu'il
vous en ait rien couté. On y voit quel
doit être le nombre de Picqueurs; en quoi
consistent leurs devoirs, la qualité et l'espece
des differens Chiens , leurs bontez
ou leurs défauts , l'instruction donnée
aux Valets de Limier pour détourner, les
précautions qu'ils doivent prendre , et les
observations qu'ils doivent faire.
Ce détail est terminé par l'appareil de
eette assemblée générale où se font les
B iiij dif-
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652 MERCURE DE FRANCE
·
différens rapports. Pouvoit on décrire
avec plus d'élevation ce celebre conseil ,
où tous les Veneurs décident du Cerf
que
l'on doit lancer , par les principes que
vous établissez ?
Le quatrième Chant regarde la disposition
des Relais , les noms différens qu'on
leur donne , l'espece et la nature des
Chiens qui les doivent composer , les
postes où il les faut placer , l'usage que
les Valets de Chiens en doivent faire
l'arrivée au laissez - coure , la verification
qu'on y doit faire du rapport , la maniere
dont on lance aujourd'hui , différente
de celle où on lançoit autrefois à trait de
Limier, ce que les Veneurs dispersez doivent
observer quand le Cerf est lancé ; la
crainte d'un faux rembuchement , la nécessité
de laisser agir les Chiens sans les
presser de trop près ; la deffense de Diane
, d'enlever la Meute , comme l'impatience
Françoise ne force que trop
souvent de le faire , et enfin les temps
et les précautions nécessaires que doivent
prendre les Valets de Chiens pour
ne donner les Relais qu'à propos et
quand ils sont demandez .
L'heureux trait de morale par où vous
commencez le cinquième Chant , est une
juste application des inconveniens qui
sura
AVRIL. 1734. 653
surviennent dans le cours de la Chasse ,
soit pour les Chiens , soit pour les Veneurs
; on y voit toutes les différentes
ruses des Cerfs , le désordre que causent
les jeunes Chiens , la sagesse des vieux ,
les lumieres qu'ils donnent pour sortir
d'embarras , pour relever les deffauts et
relancer le Cerf , comment on le suit.
dans l'eau , comment on découvre s'il y
est resté , s'il en est sorti , les secrets pour
en retrouver seurement la voye , et enfin
l'halali et la mort du Cerf, dont vous faites
un détail aussi - vrai qu'interessant.
Je finirai , Monsieur , par l'éloge que
mérite votre dernier Chant,d'autant plus
que sa principale beauté est bien moins
dûë à votre original qu'à vos heureuses
idées ; Pouviez - vous relever plus noblement
le bas Didactique où vous étiez forcé
d'entrer par le détail de la Curée, qu'en
le représentant sous l'image d'un Sacrifice
offert à Diane . Comment avez - vous
pû ennoblir un pareil carnage par tant
de richesses d'expressions ? Pouviez - vous
mieux établir les droits qui appartiennent
au Maître ,auxVeneurs ,aux Limiers et aux
Chiens dans les différentes parties du
Cerf. C'étoit une connoissance fondée de
temps immémorial que vous ne pouviez
omettre , et qui servira de loi immuable
dans
B v
654 MERCURE DE FRANCE
dans tous les temps pour les Chasseurs.
Enfin pouviez-vous mieux terminer tous
les Préceptes que renferme votre Ouvrage
que par cette Fête qu'un retour general
de la Chasse attire dans le Parvis du
Temple de Diane , où tous les Chasseurs
réunis dans un jour fameux , consacré
plus particulierement à sa gloire , passent
la nuit à celebrer ses loüanges et à chanter
les victoires que les différens Chasseurs
ont remportées ?
On voit bien , Monsieur, que vous n'avez
pas voulu travailler pour des Picqueurs
seulement ; ce ne sont pas eux en
effet qui avoient besoin de vos leçons , leur
application , la routine , la longue expérience
leur donnent à la fin toutes les
connoissances qui leur sont nécessaires ;
cependant votre ouvrage est si clair par
lui -même qu'il leur sera aisé d'y apprendre
tous les principes aussi - aisément qu'ils
l'auroienr pû faire s'il avoit été en Prose ;
mais je m'imagine que l'intention de Savary
a été d'endoctriner la Noblesse et de
la tirer agréablement de l'ignorance où
elle croupit ordinairement ; il a voulu
leur parler un langage conforme à leur
éducation en les instruisant.
Et vous , Monsieur , vous leur avez encore
abrégé la peine en le mettant en
Vers
AVRIL 1734. 655
Vers François , qui se retiennent incomparablement
mieux que la Prose.
, Je finirai , Monsieur , mes Réfléxions
en vous répétant que votre Ouvrage par
lui- même , est admirable ; jamais Auteur
n'a pû former un plus beau plan , et suivre
un meilleur ordre que Savary ; ce sera
une instruction éternelle pour tous ceux
qui voudront acquerir des connoissances
dans la Chasse du Cerf , chasser avec esprit
et goûter les parfaits plaisirs qu'un
homme raisonnable y doit rechercher ; il
dit tout ce qu'il faut dire , renferme tout
ce qu'il faut sçavoir , et éclaircit tout ce
que les autres Auteurs dans de gros volumes
entiers n'avoient traité qu'avec
confusion .
Votre traduction l'a considérablement
embelli , par ce que vous y avez ajouté, et
par ce que vous en avez sagement retranché;
vous l'avez rendu avec clarté et précision
, votre Poësie est noble, naturelle,
non entortillée , ni louche ; elle ne sent ni
l'huile, ni la lime , et fait sentir quelque
chose de supérieur à celle d'un Poëte de
profession.
Il ne me reste plus , Monsieur , qu'à
vous parler de votre Dictionnaire et du
Recueil des Tons de Chasse et Fanfares
qui terminent votre Livre ; ce sont les
B vj deux
656 MERCURE DE FRANCE
deux plus beaux et plus utiles présens
que vous pouviez faire au Public ; personne
ne s'étoit encore avisé de faire un
Dictionnaire de Chasse aussi exact et aussi
étendu que le vôtre. Il ne vous a rien
échapé des termes tant anciens que
nouveaux, répandus dans tous les Livres,
ou de ceux que l'usage a consacrés ; c'est
une instruction admirable , soit pour les
Picqueurs, soit pour les jeunes Chasseurs
qui auront la curiosité de sçavoir. A l'égard
des Tons de chasse et Fanfares ,
vous en avez l'obligation à M. de Dampierre,
Gentilhomme des Plaisirs du Roy,
il a l'avantage d'être excellent Musicien
et grand Chasseur ; ses Fanfares sont d'un
goût charmant , mais on ne peut trop
admirer l'application merveilleuse et nouvelle
qu'il a inventée pour les faire servir
de signaux, qui apprennent aux Veneurs
dispersez , l'espece du Cerf que l'on court,
+
ses mouvemens et toutes ses ruses.
C'est un moyen facile pour mettre au
蜜
fait de ce qui se passe , et une pareille
Méthode doit passer non seulement dans
toutes les Provinces , mais encore chez
les Etrangers . Les Parodies des Fanfares
que vous avez ramassées , y donnent encore
une nouvelle grace , et peuvent extrêmement
divertir dans un retour de
Chasse. • Le
AVRIL 1734
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Le Public doit de grands remercimens
à M. de Dampierre , de vous avoir bien
voulu communiquer son travail. Et vous ,
Monsieur , vous lui en devez beaucoup ,
pour les Eloges qu'il ne cesse de donner
à ce qu'on m'a dit , à votre Ouvrage ;
témoignages
seuls capables d'en relever infiniment
le prix. J'ai l'honneur d'être ,
Monsieur , & c .
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Résumé : LETTRE écrite [à] M. D. L. R. / A MONSIEUR *** Auteur des Dons des Enfans de Latone, Poëme sur la Musique, et sur la Chasse du Cerf.
La correspondance entre deux individus traite d'un poème sur la chasse au cerf. Le premier auteur, inconnu de l'auteur des 'Dons des Enfants de Latone', envoie une lettre contenant ses réflexions sur le poème 'La Chasse du Cerf' à un destinataire pour qu'il l'insère dans le Mercure. Le second auteur, un chasseur de profession, félicite l'auteur du poème pour sa traduction libre du poème latin de Savary sur la chasse au cerf. Il souligne la difficulté de l'ouvrage et la qualité de la traduction en vers, ainsi que les poèmes sur la musique qui précèdent le poème principal. Le chasseur de profession exprime son admiration pour la chasse au cerf, qu'il considère comme un amusement noble et parfait pour les rois, princes et seigneurs, mais aussi comme un art difficile nécessitant une grande application et des connaissances approfondies. Il critique les jeunes chasseurs qui manquent de principes et de réflexions, se contentant souvent de suivre des piqueurs sans comprendre les secrets de la chasse. Il loue Savary, dont la traduction est considérée comme la meilleure dans ce genre, pour l'ordre, la précision et la clarté de ses explications. Il compare favorablement la traduction de l'auteur à celles de Fouilloux et Salnouë, jugées confuses ou mal organisées. Le poème est structuré en plusieurs chants qui couvrent divers aspects de la chasse : l'origine de la chasse dans les Gaules, la description des cerfs, les différentes parties des têtes de cerf, la connaissance des fumées, les lieux et les saisons pour chasser, la description des combats entre cerfs, le dressage des limiers, la disposition des relais, les ruses des cerfs, et enfin la curée représentée comme un sacrifice à Diane. Le chasseur de profession termine en soulignant que l'ouvrage n'est pas seulement destiné aux piqueurs, mais à tous les chasseurs, et qu'il est suffisamment clair pour être compris par tous, même en prose. Le texte, daté d'avril 1734, discute de l'œuvre de Savary sur la chasse au cerf. L'auteur imagine que Savary a voulu instruire la noblesse en adaptant son langage à leur éducation. Il loue la traduction en vers de l'ouvrage, soulignant que les vers se retiennent mieux que la prose. Il considère l'ouvrage de Savary comme admirable, bien structuré et complet, offrant une instruction éternelle pour ceux qui souhaitent acquérir des connaissances sur la chasse au cerf. L'auteur apprécie également la traduction, qui a embelli l'œuvre par des ajouts et des suppressions judicieuses, et loue la poésie pour sa noblesse et sa naturalité. Il mentionne ensuite le dictionnaire de chasse et le recueil des tons de chasse et fanfares, qualifiés de présents précieux pour le public. Le dictionnaire est salué pour son exactitude et son étendue, couvrant tous les termes anciens et nouveaux. Les fanfares, attribuées à M. de Dampierre, sont décrites comme charmantes et innovantes, servant de signaux pour informer les veneurs des mouvements et des ruses du cerf. Les parodies des fanfares ajoutent une touche divertissante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 41-42
FABLE II. Les deux Chiens.
Début :
Rien n'est plus dangereux qu'une vive dispute ; [...]
Mots clefs :
Chiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE II. Les deux Chiens.
FABLE II.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
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Résumé : FABLE II. Les deux Chiens.
La fable 'Les deux Chiens' raconte la dispute violente entre Soliman et Pluton, deux chiens amis depuis leur jeunesse. Un jour, ils se querellent pour une raison inconnue, peut-être un os ou un jeu. Leur dispute s'intensifie rapidement, marquée par des propos aigres et des manières dures. Chacun cherche à venger l'affront fait à son honneur. Soliman et Pluton montrent des signes de fureur, leurs poils se hérissent et leurs yeux étincellent. Ils se battent férocement, sans que l'un des deux ne cède, même après avoir été terrassé. La dispute se termine sans vainqueur, chacun restant insatisfait malgré la violence de leur affrontement. L'auteur compare cette scène à l'image des querelles humaines.
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8
p. 210
AVIS. REMÉDE pour les Chiens attaqués de la maladie courante.
Début :
On fait prendre trois grains d'émétique dans du bouillon, & une heure ou [...]
Mots clefs :
Maladie, Chiens, Bouillon, Émétiques, Huile d'olive, Tabac, Vinaigre, Remède
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texteReconnaissance textuelle : AVIS. REMÉDE pour les Chiens attaqués de la maladie courante.
AVIS.
REMEDE pour les Chiens attaqués de la maladie.
"
courante .
On fait prendre trois grains d'émétique dans
du bouillon & une heure ou deux après on
donne encore du bouillon au Chien malade . Ik
faut dans la journée lui faire boire de l'huile
d'Olive ; enfuite après avoir rempli de la même
huile une petite feringue grofle comme le doigt ,
dans laquelle on a mis une ou deux prifes de
tabac mêlé avec l'huile , on en ferinque dans les
narines du chien plufieurs fois par jour. Si le
tabac ne le fait pas éternuer il faut mettre à
la place deur goutes de vinaigre.
REMEDE pour les Chiens attaqués de la maladie.
"
courante .
On fait prendre trois grains d'émétique dans
du bouillon & une heure ou deux après on
donne encore du bouillon au Chien malade . Ik
faut dans la journée lui faire boire de l'huile
d'Olive ; enfuite après avoir rempli de la même
huile une petite feringue grofle comme le doigt ,
dans laquelle on a mis une ou deux prifes de
tabac mêlé avec l'huile , on en ferinque dans les
narines du chien plufieurs fois par jour. Si le
tabac ne le fait pas éternuer il faut mettre à
la place deur goutes de vinaigre.
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Résumé : AVIS. REMÉDE pour les Chiens attaqués de la maladie courante.
Le document décrit un traitement pour une maladie canine. Il consiste à donner trois grains d'émétique dans du bouillon, suivi d'un autre bouillon après une à deux heures. Le chien doit boire de l'huile d'olive. Une seringue avec un mélange d'huile d'olive et de tabac en poudre est instillée dans les narines. Si le tabac n'induit pas d'éternuements, il est remplacé par du vinaigre.
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