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1
p. 15-21
Description des Invalides, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay mandé ce qu'ils dirent lors qu'ils [...]
Mots clefs :
Invalides, Description, Ordre corinthien, Colonnes, Nouvelle église, Entablement
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texteReconnaissance textuelle : Description des Invalides, [titre d'après la table]
Jevous ay mandé
ce qu'ils dirent lors qu'ils
allerent aux Invalides , mais
des Amb, de Siam.
15
1
it je ne vous ay point parlé de
cl'Egliſe qui ſera un des plus
us beaux ouvrages de ce Siecle.
Elle n'est pas encore achevée,
mais on ne ceffe point d'y
travailler. Elle eſt poſéedient
rectement au milieu du corps
de tout ce vaſte bâtiment.
On y entre par un veſtibule
au droit du portique qui reen,
gne au pourtour de la Cour ,
par trois portes qui repondent
à la nef&aux deux bas
Coil coſtez. La nef eſt décorée
Ry d'ungrand ordre Corinthien,
an dont l'entablement porte un
i piedestal continué en manais
niere d'Attique. C'eſt delà
16 Suite du Voyage
que naiſſent les retombées
de la voute en plein ceintre ,
dont les Arcs doubleaux & la
clefpendante ſont ornez de
ſculpture au niveau du premier
étage. Au deſſus des
bas coſtez eſt une galerie ,
d'où l'on peut entendre le
Service par des arcades à anſes
de pannier , qui forment
autant de tribunes qu'il y a
d'arcades au deſſous. Cette
nefeft terminée en niche , ou
tour creuſe , & communiquée
à la nouvelle Eglife par
une grande arcade prefque
de toute ſa largeur. Le mot de
nouvelle Egliſe pourra vous
furprendre
des Amb. de Siam, 17
furprendre. Il faut vous exepliquer
ce que c'eſt. L'ancienne
eſt celle que je viens de
dvous décrire, & dans laquelle
ort on entre par le Portail qui eſt
de dans la court, du bâtiment ,
je appellé des Invalides, à cauſe
el de ceux qui y demeurent.
21 Cette Egliſe qui a eſté bâtie
et la premiere , fera toûjours
yt comme elle est preſenteett
ment pour lesSoldats Invalides
qui font logez dans cette
maifon. Au bout de cette Epu
gliſe eſt le Maiſtre Autel
qu qui ſervira auſſi à l'Eglife
dqu'on acheve , & qu'on nom-
Le nouvelle Eglife. Elle auen
!
0
ܕ
JOU
ndr B
18 Suite duVoyage
ra une magnifique entrée du
coſté de la campagne. C'eſt
dans cette Egliſe qu'on peut
admirer tout ce que l'Architecture
peut produire de plus
beau. Le plan eſt une Croix
Grecque. Les croifées ſont
terminées enculde four , ou
planovalle ,auffi bien que la
partie qui la joint à l'ancienne
nef. Ily a quatre Chapelles
aux quatre coins , ornées.
d'un petit ordre Corinthien ,
&pluſieurs jours pris dans
des Lunettes percées ſur un
attique dans la voute. L'ordonnancede
tout le corps de
l'Egliſe par dedans eſt un
t
desAmb. de Siam. 19
grand ordre de Pilaftres Corinthien.
Il y aura 8. colomnes
de marbre au devant des
huit Pilaſtres qui ſont pliées
us ſous les quatre pendans du
it Dôme . Ces huit colomnes
nt doivent porter autant de
Statuës , entre leſquelles ſeront
de riches tribunes. Le
n dehors ou ſera la principale
entrée du coſté des champs ,
e doit eſtre decoré par un
1, porche de colomnes d'ordre
Doriqué, dont l'entablement
couronnera le maſſif quifervira
de baſe à tout l'Edifice
de il eſt du deſlein de MrMan
un
fard. La deſcription que je
ايم
Bij
20 Suite du Voyage
1
viens de faire en marque affez
la beautéaux connoiffeurs
fans qu'il foit beſoin que
j'endiſe davantage. Ils eft certain
qu'il ne peut manquer
d'eſtre beau , regulier , &
parfait , puiſque Me de Louvois
s'en meſle.
ce qu'ils dirent lors qu'ils
allerent aux Invalides , mais
des Amb, de Siam.
15
1
it je ne vous ay point parlé de
cl'Egliſe qui ſera un des plus
us beaux ouvrages de ce Siecle.
Elle n'est pas encore achevée,
mais on ne ceffe point d'y
travailler. Elle eſt poſéedient
rectement au milieu du corps
de tout ce vaſte bâtiment.
On y entre par un veſtibule
au droit du portique qui reen,
gne au pourtour de la Cour ,
par trois portes qui repondent
à la nef&aux deux bas
Coil coſtez. La nef eſt décorée
Ry d'ungrand ordre Corinthien,
an dont l'entablement porte un
i piedestal continué en manais
niere d'Attique. C'eſt delà
16 Suite du Voyage
que naiſſent les retombées
de la voute en plein ceintre ,
dont les Arcs doubleaux & la
clefpendante ſont ornez de
ſculpture au niveau du premier
étage. Au deſſus des
bas coſtez eſt une galerie ,
d'où l'on peut entendre le
Service par des arcades à anſes
de pannier , qui forment
autant de tribunes qu'il y a
d'arcades au deſſous. Cette
nefeft terminée en niche , ou
tour creuſe , & communiquée
à la nouvelle Eglife par
une grande arcade prefque
de toute ſa largeur. Le mot de
nouvelle Egliſe pourra vous
furprendre
des Amb. de Siam, 17
furprendre. Il faut vous exepliquer
ce que c'eſt. L'ancienne
eſt celle que je viens de
dvous décrire, & dans laquelle
ort on entre par le Portail qui eſt
de dans la court, du bâtiment ,
je appellé des Invalides, à cauſe
el de ceux qui y demeurent.
21 Cette Egliſe qui a eſté bâtie
et la premiere , fera toûjours
yt comme elle est preſenteett
ment pour lesSoldats Invalides
qui font logez dans cette
maifon. Au bout de cette Epu
gliſe eſt le Maiſtre Autel
qu qui ſervira auſſi à l'Eglife
dqu'on acheve , & qu'on nom-
Le nouvelle Eglife. Elle auen
!
0
ܕ
JOU
ndr B
18 Suite duVoyage
ra une magnifique entrée du
coſté de la campagne. C'eſt
dans cette Egliſe qu'on peut
admirer tout ce que l'Architecture
peut produire de plus
beau. Le plan eſt une Croix
Grecque. Les croifées ſont
terminées enculde four , ou
planovalle ,auffi bien que la
partie qui la joint à l'ancienne
nef. Ily a quatre Chapelles
aux quatre coins , ornées.
d'un petit ordre Corinthien ,
&pluſieurs jours pris dans
des Lunettes percées ſur un
attique dans la voute. L'ordonnancede
tout le corps de
l'Egliſe par dedans eſt un
t
desAmb. de Siam. 19
grand ordre de Pilaftres Corinthien.
Il y aura 8. colomnes
de marbre au devant des
huit Pilaſtres qui ſont pliées
us ſous les quatre pendans du
it Dôme . Ces huit colomnes
nt doivent porter autant de
Statuës , entre leſquelles ſeront
de riches tribunes. Le
n dehors ou ſera la principale
entrée du coſté des champs ,
e doit eſtre decoré par un
1, porche de colomnes d'ordre
Doriqué, dont l'entablement
couronnera le maſſif quifervira
de baſe à tout l'Edifice
de il eſt du deſlein de MrMan
un
fard. La deſcription que je
ايم
Bij
20 Suite du Voyage
1
viens de faire en marque affez
la beautéaux connoiffeurs
fans qu'il foit beſoin que
j'endiſe davantage. Ils eft certain
qu'il ne peut manquer
d'eſtre beau , regulier , &
parfait , puiſque Me de Louvois
s'en meſle.
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Résumé : Description des Invalides, [titre d'après la table]
Le texte décrit une église en construction aux Invalides, considérée comme l'un des plus beaux ouvrages du siècle. Située au centre du bâtiment, elle est accessible par un vestibule menant à trois portes : une pour la nef et deux pour les bas-côtés. La nef, décorée dans le style corinthien, possède une voûte en plein cintre ornée de sculptures. Une galerie permet d'entendre le service divin depuis des tribunes. La nef se termine par une niche ou tour creuse, reliée à la nouvelle église par une grande arcade. L'ancienne église, destinée aux soldats invalides, partage un maître-autel avec la nouvelle église, qui aura une entrée magnifiquement décorée côté campagne. La nouvelle église, de plan en croix grecque, présente des croisées terminées en cul-de-four et des chapelles ornées d'un petit ordre corinthien. L'intérieur est structuré par un grand ordre de pilastres corinthiens, avec huit colonnes de marbre supportant des statues et des tribunes. L'entrée principale, côté champs, sera décorée d'un porche d'ordre dorique. La beauté et la perfection de l'édifice sont garanties par l'implication de Monsieur de Louvois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 85-100
Description du Chasteau & Jardin de Clagny, [titre d'après la table]
Début :
Pendant le sejour qu'ils y ont fait, on leur a montré [...]
Mots clefs :
Château de Clagny, Jardin de Clagny, Description, Ortre attique, Corps, Cour, Jardin, Colonnes, Aile, Voûte, Rez-de-chaussée, Sculpture, Pavillon, Figures, Entablement
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texteReconnaissance textuelle : Description du Chasteau & Jardin de Clagny, [titre d'après la table]
Pendant le ſejour qu'ils y
des Amb. de Siam . St
De
10
12
er
ont fait on leur a montré
و
tout ce qu'il y a de beau à
Verſailles , & ils ont auffi
eſté conduits dans les mаі-
ſons Royales qui font aux
environs. Vous ne ferez pas
fachée de voir la deſcription
de tous les lieux où ils ont
eſté ; je commence par le
Chaſteau de Clagny.
Il eſt baſty auprés de
l'ancienne Baronnie de Clagny.
Sa fituation eſt à coſté
of d'un petit Bois fort ancien ,
15 dont la beauté a engagé le
f Roy à en faire la dépenſe..
Ce Chaſteau eſt preſque de
s la meſme poſition que ce-
G. V. L
82 Suite du Voyage
luy de Verſailles ; le corps
n'a point de partie détachée ,
& confifte dans un grand
corps de Bâtiment fimple
ayant deux aifles doubles en
retour , au bout deſquelles
font encore en retour & fur
la face du devant , deux autres
aifles ſimples. La court a
trente toiſes de large fur
rrente - deux de profondeur
, fans y comprendre
une Demie-lune qui la fer
me par devant , & quien
augmente la grandeur. On
monte à l'étage du rez de
chauffée par cinq Perrons
quarrez , qui élevent cet éta
des Amb. de Siam. 83
210
ge de quatre à cinq pieds.
La diftribution du Plan de
l'étage au rez de chauffée ,
qui eſt le principal , & bel
étage,conſiſte en un grand
Sallon , qui fert de paſſage
pour aller de la Court au Jardin
, & dégage & commutnique
deux Apartemens pour
ele Roy. Ce Salon eft decoré
for par dedans de grands Pilaf
nd tres Corinthiens ,avec leur.
entablement regulier
ait deſſus duquel eſt un ordre
attique , dont l'entablement
porte la voûte ſurbaiffée. Les
To Apartemens de part & d'autell
tre ont les pieces preſque pa
au
84 Suite du Voyage
reilles , excepté que du coffe
de l'aifle droite en entrant ,
il y a un Cabinet à l'encoigneure
de la face principale
fur le Jardin , & enſuite un
autre Cabinet , qui eft commun
à un Apartement en
aifle qu'un autre grand Veftibule
dégage d'un autre Apartement
, dont le grand
Cabinet derriere la Chapelle
eſt dans l'aifle fimple en
retour ſur la face. De l'autre
coſté eſt un petit Apartement
des Bains fur la court ,
au derriere duquel il y a une
grande Galerie de trentecinq
toiſes de long , & de
des Amb. de Siam. 85
of vingt - cinq pieds de large ,
at qui est compoſée de trois
Ca
10
Salons un peu plus larges que
ip les Intervalles qui les joignent.
Elle est décorée d'un
grand ordre Corinthien,dont
Pentablement regulier eft
enrichy de ſculpture. La
Tel voûte eſt ornée de divers
compartimens , qui renfer
ament des Quadres , où doilet
vent eſtre des Tableaux qui
205 repreſenteront l'hiſtoire d'EDarti
au
née. Au deſſus de la Corniour
che , & à la naiſſance des arcs
doubleaux , ſont des Groupes
cmt en relief de Figures aſſiſes,
& qui reprefentent pluſieurs
DDiivviinniitteezz ,, lleess Elemens , les
86 Suite du Voyage
Saiſons , & les Parties de la
Terre avec leurs attributs.
Le grand Salon du milieu ,
plus élevé que les autres., eft
d'un ordre attique , & fa
voûte eſt portée par quatre
Trompes,où ſont huit grands
Eſclaves. Les Salons des
bouts font voûtez de maniere
que la voûte porte
fur fix arcs furbaiſſez , &
dans les coins des Groupes ,
des Figures de demy bas-relief
reprefentent des Nymphes
qui portent des corbeilles
de fleurs & de fruits, & retiennent
le grand Quadre du
milieu , qui eſt à huit Pans.
Au bout de cette Galerie on
des Amb. de Siam.
87
del defcend par quelques degrez
dans une Orangerie pavée de
Marbre,longue de vingt-quatre
toiſes , & large de vingtcinq
pieds. A l'autre encoigneure
eft la Chapelle à main
droite, d'un ordre Corinthien.
Son Plan eſt rond,&de trente
pieds de diametre. Le grand
Do Elcalier eſt dans l'aille droite
en entrant. Sa ſtructure eft
extraordinaire , & l'appareil
des pierres eſt fort ingenieux ,
il mene dans un Veſtibule
bd joint à un Salon qui dégage
& deux apartemes joints à deux
red autres petits , d'où l'on peut
Pas entendre la meſſe dans laCha
,
pes
ea
8.8 Suite du Voyage
pelle par des Tribunes. Je ne
vous décris point tous les Appartemens
de ce ſuperbe Edifice
, le détail en ſeroit trop
long, maisje nepuis m'empêcher
de vous parler des beautez
que Me Manſard , quien
eſt l'Architecte , a mêlez en
dehors. L'étage du rez de
chauffée eſt d'ordre Dorique.
Le Pavillon du milieu est décoré
par fix colomnes iſolées ,
& les Veſtibules des aifles
par deux colomnes auffi ifo
lées avec des Pilaftres . Outre
la Saillie dont les Pavillons
fianquent le corps & les aifles
de ce Chaſteau , il y a des a
vant
des Amb, de Siam . 89
vant- corps , les uns ornez de
Pilaſtres , & les autres fans Pi-
Elaſtres ; ils ſont couronnez de
l'entablement de cet ordre.
L'avant- corps du côté du Jardin,
au milieu de la principale
façade , eſt décoré de fix colomnes
comme celuy de la
court ,& les aifles , chacune de
quatre dans le milieu de leur
longueur.Au bout de chaque:
petite aifle en retour , font
deux avant Corps de quatre
pilaſtres chacun. Au deſſus
ur des avant Corps du grand
Pavillon du milieu , & for:
l'Ordre Dorique , rant fur la
Court que fur le Jardin , font
vap2
>
H
وم SuiteduVoyage
Σ poſée des Colomnes d'Ordre
Compoſite qui portent
un fronton dont le timpan
eſt orné de Sculpture , & ter--
mine cette ordonnance..
L'attique au deſſus du Corps,
& des aifles , eft beaucoup
plus bas que l'Ordre Compo--
fite. Les Pilaftres Attiques
répondent aux pilaftres , &
aux colomnes Doriques. Les
avant Corps de la teſte des
Pavillons ſont couronnez
de frontons triangulaires ..
Lentablement de cet Or--
dre Attiquen'est qu'une corniche
architravée qui porter
uno Balustrade au pied des
i
de's Amb. de Siam.
Ou
que
1 combles. Les feneftres dess
étages au rez de chauffée ,
font ornées de chambranles ,
conſoles , friſes de ſculpture ,
n & de corniches avec un a
of douciffement au deſſus. Less
croiſées du grand Sallon du
milieu font trois grandes Ar--
cades entre des Colomnes
Doriques , tant fur le Jardin
que fur la Court , & celles de :
de l'ordre compoſite ſont des
nd feneftres bombées. Les fe
neftres de l'ordre attique
font ornées de conſoles , &de
of friſes taillées d'entrelas. Lee
ort grand Pavillon du milicu
da eft couvert d'un Dome dontt
Hijy
r
92 Suite din Voyage
le plan eſt quarré , & le reſte
du Chaſteau eft couvert de
combles brifez , ou à la manfarde.
Ainſi tout ce que l'on
peut dire de cette.Maiſon ,
c'eſt que le Bâtiment en eft
accomply ; que la ſymetrie.,
& la regularité y font obſer
vées , que les ornemens de
ſculpture y conviennent ,
que les profils en font d'un
excellent goût , & que les
ornemens de dehors fontr
tres-bien accommodez aux é
tagesdu dedans..
Le Jardin tire fon plus
grand, ornement d'un Boiss
de haute futaye , de pluſieurs
!
disAmb. de Siam.
93
८
Parterres en broderie , & des
Boulaingrains de diverſes
figures , ainſi que des Bofquets
de Charmille , & des
Cabinets de treillages ornez
d'Architecture. Il y a de tresbelles
Paliſſades de Mirthes
qui font affez garnies pour
enfermer des Quaiſſes rem?
plies d'Orangers & d'autres
arbriſſeaux , de maniere que
les Quaiſſes n'eſtant point
veuës, il ſemble que lesOran
gers foient nez dans les Paliffades.
L'Etang appellé de
Clagny fert auffi de Canal à la
veuë du Chafteau..
Le ſoir que les Ambaſſa
Hiij
94 Suite duvoyage
deurs y arriverent , Mr Torf
leur dit qu'il alloit chez le
Roy , & leur demanda s'ils
n'avoient rien à faire dire à
Sa Majefté. Le premier Am--
baſſadeur luy répondit qu'ils
avoient trop de respect pour ozer
prendre cette liberté ,qu'ils estoient
venus au lieu où ils estoient fuivant
les ordres duRoy , & qu'ils
attendroient ceux qu'il plairoit à
Sa Majefté de leur donner.
des Amb. de Siam . St
De
10
12
er
ont fait on leur a montré
و
tout ce qu'il y a de beau à
Verſailles , & ils ont auffi
eſté conduits dans les mаі-
ſons Royales qui font aux
environs. Vous ne ferez pas
fachée de voir la deſcription
de tous les lieux où ils ont
eſté ; je commence par le
Chaſteau de Clagny.
Il eſt baſty auprés de
l'ancienne Baronnie de Clagny.
Sa fituation eſt à coſté
of d'un petit Bois fort ancien ,
15 dont la beauté a engagé le
f Roy à en faire la dépenſe..
Ce Chaſteau eſt preſque de
s la meſme poſition que ce-
G. V. L
82 Suite du Voyage
luy de Verſailles ; le corps
n'a point de partie détachée ,
& confifte dans un grand
corps de Bâtiment fimple
ayant deux aifles doubles en
retour , au bout deſquelles
font encore en retour & fur
la face du devant , deux autres
aifles ſimples. La court a
trente toiſes de large fur
rrente - deux de profondeur
, fans y comprendre
une Demie-lune qui la fer
me par devant , & quien
augmente la grandeur. On
monte à l'étage du rez de
chauffée par cinq Perrons
quarrez , qui élevent cet éta
des Amb. de Siam. 83
210
ge de quatre à cinq pieds.
La diftribution du Plan de
l'étage au rez de chauffée ,
qui eſt le principal , & bel
étage,conſiſte en un grand
Sallon , qui fert de paſſage
pour aller de la Court au Jardin
, & dégage & commutnique
deux Apartemens pour
ele Roy. Ce Salon eft decoré
for par dedans de grands Pilaf
nd tres Corinthiens ,avec leur.
entablement regulier
ait deſſus duquel eſt un ordre
attique , dont l'entablement
porte la voûte ſurbaiffée. Les
To Apartemens de part & d'autell
tre ont les pieces preſque pa
au
84 Suite du Voyage
reilles , excepté que du coffe
de l'aifle droite en entrant ,
il y a un Cabinet à l'encoigneure
de la face principale
fur le Jardin , & enſuite un
autre Cabinet , qui eft commun
à un Apartement en
aifle qu'un autre grand Veftibule
dégage d'un autre Apartement
, dont le grand
Cabinet derriere la Chapelle
eſt dans l'aifle fimple en
retour ſur la face. De l'autre
coſté eſt un petit Apartement
des Bains fur la court ,
au derriere duquel il y a une
grande Galerie de trentecinq
toiſes de long , & de
des Amb. de Siam. 85
of vingt - cinq pieds de large ,
at qui est compoſée de trois
Ca
10
Salons un peu plus larges que
ip les Intervalles qui les joignent.
Elle est décorée d'un
grand ordre Corinthien,dont
Pentablement regulier eft
enrichy de ſculpture. La
Tel voûte eſt ornée de divers
compartimens , qui renfer
ament des Quadres , où doilet
vent eſtre des Tableaux qui
205 repreſenteront l'hiſtoire d'EDarti
au
née. Au deſſus de la Corniour
che , & à la naiſſance des arcs
doubleaux , ſont des Groupes
cmt en relief de Figures aſſiſes,
& qui reprefentent pluſieurs
DDiivviinniitteezz ,, lleess Elemens , les
86 Suite du Voyage
Saiſons , & les Parties de la
Terre avec leurs attributs.
Le grand Salon du milieu ,
plus élevé que les autres., eft
d'un ordre attique , & fa
voûte eſt portée par quatre
Trompes,où ſont huit grands
Eſclaves. Les Salons des
bouts font voûtez de maniere
que la voûte porte
fur fix arcs furbaiſſez , &
dans les coins des Groupes ,
des Figures de demy bas-relief
reprefentent des Nymphes
qui portent des corbeilles
de fleurs & de fruits, & retiennent
le grand Quadre du
milieu , qui eſt à huit Pans.
Au bout de cette Galerie on
des Amb. de Siam.
87
del defcend par quelques degrez
dans une Orangerie pavée de
Marbre,longue de vingt-quatre
toiſes , & large de vingtcinq
pieds. A l'autre encoigneure
eft la Chapelle à main
droite, d'un ordre Corinthien.
Son Plan eſt rond,&de trente
pieds de diametre. Le grand
Do Elcalier eſt dans l'aille droite
en entrant. Sa ſtructure eft
extraordinaire , & l'appareil
des pierres eſt fort ingenieux ,
il mene dans un Veſtibule
bd joint à un Salon qui dégage
& deux apartemes joints à deux
red autres petits , d'où l'on peut
Pas entendre la meſſe dans laCha
,
pes
ea
8.8 Suite du Voyage
pelle par des Tribunes. Je ne
vous décris point tous les Appartemens
de ce ſuperbe Edifice
, le détail en ſeroit trop
long, maisje nepuis m'empêcher
de vous parler des beautez
que Me Manſard , quien
eſt l'Architecte , a mêlez en
dehors. L'étage du rez de
chauffée eſt d'ordre Dorique.
Le Pavillon du milieu est décoré
par fix colomnes iſolées ,
& les Veſtibules des aifles
par deux colomnes auffi ifo
lées avec des Pilaftres . Outre
la Saillie dont les Pavillons
fianquent le corps & les aifles
de ce Chaſteau , il y a des a
vant
des Amb, de Siam . 89
vant- corps , les uns ornez de
Pilaſtres , & les autres fans Pi-
Elaſtres ; ils ſont couronnez de
l'entablement de cet ordre.
L'avant- corps du côté du Jardin,
au milieu de la principale
façade , eſt décoré de fix colomnes
comme celuy de la
court ,& les aifles , chacune de
quatre dans le milieu de leur
longueur.Au bout de chaque:
petite aifle en retour , font
deux avant Corps de quatre
pilaſtres chacun. Au deſſus
ur des avant Corps du grand
Pavillon du milieu , & for:
l'Ordre Dorique , rant fur la
Court que fur le Jardin , font
vap2
>
H
وم SuiteduVoyage
Σ poſée des Colomnes d'Ordre
Compoſite qui portent
un fronton dont le timpan
eſt orné de Sculpture , & ter--
mine cette ordonnance..
L'attique au deſſus du Corps,
& des aifles , eft beaucoup
plus bas que l'Ordre Compo--
fite. Les Pilaftres Attiques
répondent aux pilaftres , &
aux colomnes Doriques. Les
avant Corps de la teſte des
Pavillons ſont couronnez
de frontons triangulaires ..
Lentablement de cet Or--
dre Attiquen'est qu'une corniche
architravée qui porter
uno Balustrade au pied des
i
de's Amb. de Siam.
Ou
que
1 combles. Les feneftres dess
étages au rez de chauffée ,
font ornées de chambranles ,
conſoles , friſes de ſculpture ,
n & de corniches avec un a
of douciffement au deſſus. Less
croiſées du grand Sallon du
milieu font trois grandes Ar--
cades entre des Colomnes
Doriques , tant fur le Jardin
que fur la Court , & celles de :
de l'ordre compoſite ſont des
nd feneftres bombées. Les fe
neftres de l'ordre attique
font ornées de conſoles , &de
of friſes taillées d'entrelas. Lee
ort grand Pavillon du milicu
da eft couvert d'un Dome dontt
Hijy
r
92 Suite din Voyage
le plan eſt quarré , & le reſte
du Chaſteau eft couvert de
combles brifez , ou à la manfarde.
Ainſi tout ce que l'on
peut dire de cette.Maiſon ,
c'eſt que le Bâtiment en eft
accomply ; que la ſymetrie.,
& la regularité y font obſer
vées , que les ornemens de
ſculpture y conviennent ,
que les profils en font d'un
excellent goût , & que les
ornemens de dehors fontr
tres-bien accommodez aux é
tagesdu dedans..
Le Jardin tire fon plus
grand, ornement d'un Boiss
de haute futaye , de pluſieurs
!
disAmb. de Siam.
93
८
Parterres en broderie , & des
Boulaingrains de diverſes
figures , ainſi que des Bofquets
de Charmille , & des
Cabinets de treillages ornez
d'Architecture. Il y a de tresbelles
Paliſſades de Mirthes
qui font affez garnies pour
enfermer des Quaiſſes rem?
plies d'Orangers & d'autres
arbriſſeaux , de maniere que
les Quaiſſes n'eſtant point
veuës, il ſemble que lesOran
gers foient nez dans les Paliffades.
L'Etang appellé de
Clagny fert auffi de Canal à la
veuë du Chafteau..
Le ſoir que les Ambaſſa
Hiij
94 Suite duvoyage
deurs y arriverent , Mr Torf
leur dit qu'il alloit chez le
Roy , & leur demanda s'ils
n'avoient rien à faire dire à
Sa Majefté. Le premier Am--
baſſadeur luy répondit qu'ils
avoient trop de respect pour ozer
prendre cette liberté ,qu'ils estoient
venus au lieu où ils estoient fuivant
les ordres duRoy , & qu'ils
attendroient ceux qu'il plairoit à
Sa Majefté de leur donner.
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Résumé : Description du Chasteau & Jardin de Clagny, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des ambassadeurs de Siam au château de Clagny, situé près de l'ancienne baronnie de Clagny et adjacent à un ancien bois. Le château, édifié par le roi, se distingue par son architecture symétrique et régulière. Il se compose d'un grand corps de bâtiment central flanqué de deux ailes doubles en retour et de deux ailes simples sur la façade principale. La cour mesure trente toises de large et trente-deux de profondeur, agrandie par une demi-lune à l'avant. L'étage principal, accessible par cinq perrons, comprend un grand salon central orné de pilastres corinthiens et d'un ordre attique, servant de passage entre la cour et le jardin. De part et d'autre du salon se trouvent deux appartements royaux. Une grande galerie de trente-cinq toises de long et vingt-cinq pieds de large, décorée d'un ordre corinthien et ornée de sculptures et de tableaux, relie divers salons. La galerie se termine par une orangerie pavée de marbre et une chapelle de plan rond. L'extérieur du château, conçu par l'architecte Mansard, présente un ordre dorique avec des colonnes isolées et des pilastres. Les avant-corps sont ornés de sculptures et de frontons triangulaires. Le grand pavillon central est couvert d'un dôme, tandis que le reste du château est couvert de combles brisés. Le jardin est orné de parterres, de bosquets, et de palissades de myrtes abritant des orangers. Un étang et un canal complètent le décor. À leur arrivée, les ambassadeurs ont exprimé leur respect et leur attente des ordres du roi.
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3
p. 117-127
Description de l'Ora[n]gerie, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain ils furent conduits à l'Orangerie, où Mr [...]
Mots clefs :
Orangerie, Colonnes, Rampes, Parterre, Galeries, Galerie, Toises, Murs, Arcades, Trumeaux
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texteReconnaissance textuelle : Description de l'Ora[n]gerie, [titre d'après la table]
Le lendemain ils furent
conduits à l'Orangerie , où
Mile Fevre les accompagna ,
ainſi qu'il avoit fait le jour
precedent , ce qu'il fit encore
les jours ſuivans. Cette Orangerie
qui vient d'eſtre achevée
, & qui eſt du deſſeinde
Mr Manſard , eſt un morceau
fi grand & fi hardy , &
a déja fait tant de bruit dans
le monde , que vous auriez
ſujet de vous plaindre de
moy , fi je ne vous en envoyois
pas une deſcription
4
106 Suite du Voyage
1
fort exacte. Elle eft expoſe
àmain gauche du Midy. La
maſſe en ſoûtient les terres ,
deſquelles un grand Parterre
eft formé. Ce Parterre regarde
la face laterale du Château
& celle de la grande
aifle . Cet Edifice conſiſte
en une grande Galerie dans
le fond de 80. toiſes de longueur
, & en deux autres en
retour , chacune de 60. toifes
ou environ. La largeur de
ces Galeries au nud du mur ,
eft de 38. pieds , ayant ſept
toiſes ſous clef , & les doflerets
d'un pied de faillie por
tant des Arcs doubleaux, qui
parta
des Amb. de Siam.
107
partagent la voûte en autant
d'eſpaces qu'il y a de croifées.
Les Galeries laterales
- ſont communiquées à celles
du fond par deux Tours rondes
ou portions circulaires
qui ont leurs faillies en dehors
, & dont la largeur en
dedans eft pareille à celle
des Galeries. Du coſté & fous
la grande Aifle , le maſſif angulaire
en dedans eſt orné
-de deux grandes Niches , &
de l'autre bout à la place de
ces Niches font deux Arcades
par leſquelles avec des
perrons on monte dans un
Salon ou Veſtibule rond qui
K
108 Suite du Voyage
eſt la principale entrée du
Pare dans l'Orangerie. Outre
ces Niches il y en a une dans
le milieu de la Galerie du
fond , & vis à vis la grande
Porte où eſt la Statuë en pied
du Roy. Elle eſt de marbre
blanc , & a eſté donnée à Sa
Majefté par Me le Duc de la
Feüillade . Il l'avoit fait faire
pour mettre à la Place des
Victoires , au lieu de celle
qu'on y voit preſentement.
Čes grandes Niches font capables
d'eſtre remplies par des
Coloffes ou groupes , com
me pouvoient eſtre celles
des Bains de Titus & de
des Amb. de Siam. 109
Caracalla , où eſtoient les
Statuës d'Hercule & de Flore.
La Galerie du fond eſt éclai
rée par 13. feneftres ceintrées
& priſes par enfoncement
dans des Arcades. Chaque
Tour ronde qui attache les
Galeries en aifles au Corps,
eſt percée de trois croiſées ,
dont celle du milieu fert de
porte de toute la grandeur
de l'Arcade. Le dedans n'eſt
orné d'aucune Sculpture ny
Architecture , ainſi que ce
genre de Baſtiment le demande
, & l'artifice des voûtes
en fait la plus grande
beauté. La Décoration du
Kij
Suite du Voyage
<
dehors n'eſt autre que des
Boſſages de la hauteur d'un
Module, ou demy Diamettre
des Colomnes. Elles font
Toſcanes , de quatre pieds &
demy de diamettre , ayant
dehauteur ſept fois leur grofſeur
; il n'y en a qu'à trois avant-
Corps , celuy du fond
de huit Colomnes accouplées
, & les deux autres de
quatre Colomnes chacun.
Il y a auffi deux Colomnes à
la Porte Royale du Salon ou
Veſtibule qui ſont du meſme
ordre, mais de moindre diamettre.
Ces Colomnes portent
leur entablement regu
des Amb. de Siam. im
lier. Les avant Corps des
coftez arreſtent la partie de
niveau de la terraffe qui porte
ſur les voûtes , en forte
que par deux grandes rampes
de dix toiſes chacune de large
, on defcend dans le bas
de l'Orangerie . Ces rampes
font interrompuës par deux
Palliers , & fous ces Rampes
font des Arcades rampantes
pour donner du jour ſous la
voûte des meſmes rampes.
Tout ce grand Theatre renferme
un Parterre de Compartiment
de gazon , au milieu
duquel eſt un Baffin
rond. Le devant de ce Parterre
eſt fermé par une Balu-
Kiij
112 Suite du Voyage...
ſtrade portée ſur un mur en
talus qui fait un des coſtez
d'un petit foffé en Canal remply
d'eau , dont la contrefcarpe
eſt beaucoup plus bafſe
que ce mur ; de forte que
paſſant par le grand chemin,
ce Baſtiment repreſente un
tres-bel endroit. Les entrées
principales qui font de la largeur
des rampes , font ornées
de deux grands trumeaux ou
pieds droits , décorez chacun
de deux Colomnes Tofcanes
accouplées & ifolées ,
couronnées ainſi que les
trumeaux de leur entablement
regulier , & le 'nud des
des Amb. de Siam .
113
trumeaux eſt couvert de
Boſſages , comme ceux des
faces de l'Orangerie. Au deffus
de chaque pied droit &
des Colomnes font portées
fur un focle des Groupes
de figures . Entre ces pieds
droits de chaque coſté , ainſi
que depuis le derriere des
meſmes pieds droits jufqu'au
pied des rampes , des
grilles de fer renferment l'efpace
qui eſt entre les rampes
& les principales Portes ,
de forte que l'on peut monter
au Parterre d'en haut
fans entrer dans l'Orangerie
Ces grilles font entretenuës
114
T
Suite du Voyage
droits de pierre qui portent
des Vaſes remplis de fruits
& de fleurs. Les portes font
couronnées de riches amortiflemens
de fer à deux paremens
avec les Armes du Roy.
Tous les ornemens de la Serrurerie
doivent eſtre dorez.
conduits à l'Orangerie , où
Mile Fevre les accompagna ,
ainſi qu'il avoit fait le jour
precedent , ce qu'il fit encore
les jours ſuivans. Cette Orangerie
qui vient d'eſtre achevée
, & qui eſt du deſſeinde
Mr Manſard , eſt un morceau
fi grand & fi hardy , &
a déja fait tant de bruit dans
le monde , que vous auriez
ſujet de vous plaindre de
moy , fi je ne vous en envoyois
pas une deſcription
4
106 Suite du Voyage
1
fort exacte. Elle eft expoſe
àmain gauche du Midy. La
maſſe en ſoûtient les terres ,
deſquelles un grand Parterre
eft formé. Ce Parterre regarde
la face laterale du Château
& celle de la grande
aifle . Cet Edifice conſiſte
en une grande Galerie dans
le fond de 80. toiſes de longueur
, & en deux autres en
retour , chacune de 60. toifes
ou environ. La largeur de
ces Galeries au nud du mur ,
eft de 38. pieds , ayant ſept
toiſes ſous clef , & les doflerets
d'un pied de faillie por
tant des Arcs doubleaux, qui
parta
des Amb. de Siam.
107
partagent la voûte en autant
d'eſpaces qu'il y a de croifées.
Les Galeries laterales
- ſont communiquées à celles
du fond par deux Tours rondes
ou portions circulaires
qui ont leurs faillies en dehors
, & dont la largeur en
dedans eft pareille à celle
des Galeries. Du coſté & fous
la grande Aifle , le maſſif angulaire
en dedans eſt orné
-de deux grandes Niches , &
de l'autre bout à la place de
ces Niches font deux Arcades
par leſquelles avec des
perrons on monte dans un
Salon ou Veſtibule rond qui
K
108 Suite du Voyage
eſt la principale entrée du
Pare dans l'Orangerie. Outre
ces Niches il y en a une dans
le milieu de la Galerie du
fond , & vis à vis la grande
Porte où eſt la Statuë en pied
du Roy. Elle eſt de marbre
blanc , & a eſté donnée à Sa
Majefté par Me le Duc de la
Feüillade . Il l'avoit fait faire
pour mettre à la Place des
Victoires , au lieu de celle
qu'on y voit preſentement.
Čes grandes Niches font capables
d'eſtre remplies par des
Coloffes ou groupes , com
me pouvoient eſtre celles
des Bains de Titus & de
des Amb. de Siam. 109
Caracalla , où eſtoient les
Statuës d'Hercule & de Flore.
La Galerie du fond eſt éclai
rée par 13. feneftres ceintrées
& priſes par enfoncement
dans des Arcades. Chaque
Tour ronde qui attache les
Galeries en aifles au Corps,
eſt percée de trois croiſées ,
dont celle du milieu fert de
porte de toute la grandeur
de l'Arcade. Le dedans n'eſt
orné d'aucune Sculpture ny
Architecture , ainſi que ce
genre de Baſtiment le demande
, & l'artifice des voûtes
en fait la plus grande
beauté. La Décoration du
Kij
Suite du Voyage
<
dehors n'eſt autre que des
Boſſages de la hauteur d'un
Module, ou demy Diamettre
des Colomnes. Elles font
Toſcanes , de quatre pieds &
demy de diamettre , ayant
dehauteur ſept fois leur grofſeur
; il n'y en a qu'à trois avant-
Corps , celuy du fond
de huit Colomnes accouplées
, & les deux autres de
quatre Colomnes chacun.
Il y a auffi deux Colomnes à
la Porte Royale du Salon ou
Veſtibule qui ſont du meſme
ordre, mais de moindre diamettre.
Ces Colomnes portent
leur entablement regu
des Amb. de Siam. im
lier. Les avant Corps des
coftez arreſtent la partie de
niveau de la terraffe qui porte
ſur les voûtes , en forte
que par deux grandes rampes
de dix toiſes chacune de large
, on defcend dans le bas
de l'Orangerie . Ces rampes
font interrompuës par deux
Palliers , & fous ces Rampes
font des Arcades rampantes
pour donner du jour ſous la
voûte des meſmes rampes.
Tout ce grand Theatre renferme
un Parterre de Compartiment
de gazon , au milieu
duquel eſt un Baffin
rond. Le devant de ce Parterre
eſt fermé par une Balu-
Kiij
112 Suite du Voyage...
ſtrade portée ſur un mur en
talus qui fait un des coſtez
d'un petit foffé en Canal remply
d'eau , dont la contrefcarpe
eſt beaucoup plus bafſe
que ce mur ; de forte que
paſſant par le grand chemin,
ce Baſtiment repreſente un
tres-bel endroit. Les entrées
principales qui font de la largeur
des rampes , font ornées
de deux grands trumeaux ou
pieds droits , décorez chacun
de deux Colomnes Tofcanes
accouplées & ifolées ,
couronnées ainſi que les
trumeaux de leur entablement
regulier , & le 'nud des
des Amb. de Siam .
113
trumeaux eſt couvert de
Boſſages , comme ceux des
faces de l'Orangerie. Au deffus
de chaque pied droit &
des Colomnes font portées
fur un focle des Groupes
de figures . Entre ces pieds
droits de chaque coſté , ainſi
que depuis le derriere des
meſmes pieds droits jufqu'au
pied des rampes , des
grilles de fer renferment l'efpace
qui eſt entre les rampes
& les principales Portes ,
de forte que l'on peut monter
au Parterre d'en haut
fans entrer dans l'Orangerie
Ces grilles font entretenuës
114
T
Suite du Voyage
droits de pierre qui portent
des Vaſes remplis de fruits
& de fleurs. Les portes font
couronnées de riches amortiflemens
de fer à deux paremens
avec les Armes du Roy.
Tous les ornemens de la Serrurerie
doivent eſtre dorez.
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Résumé : Description de l'Ora[n]gerie, [titre d'après la table]
L'Orangerie, un bâtiment récemment achevé conçu par Monsieur Mansard, a suscité un grand intérêt dans le monde. Située à main gauche du Midi, elle soutient les terres formant un grand parterre. L'Orangerie se compose d'une grande galerie de 80 toises de longueur et de deux autres galeries en retour, chacune mesurant environ 60 toises. La largeur des galeries est de 38 pieds, avec une hauteur sous clef de 7 toises. Les galeries latérales sont reliées à la galerie du fond par deux tours rondes. Du côté de la grande aile, des niches et des arcades mènent à un salon ou vestibule rond, qui sert d'entrée principale au parc dans l'Orangerie. La galerie du fond est éclairée par 13 fenêtres cintrées et comporte une statue en pied du roi, offerte par le Duc de la Feuillade. Les niches peuvent être remplies de colonnes ou de groupes sculptés. L'intérieur n'est pas orné de sculptures ou d'architecture, mais l'artifice des voûtes en constitue la principale beauté. L'extérieur est décoré de bossages et de colonnes toscanes. Le bâtiment comprend également des rampes et des arcades rampantes pour permettre l'éclairage sous les voûtes. Le parterre est fermé par une balustrade et un mur en talus, avec des entrées principales ornées de colonnes et de groupes de figures. Des grilles de fer permettent d'accéder au parterre sans entrer dans l'Orangerie.
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4
p. 215-221
Description & longueurs de toutes les faces du Chasteau de Versailles qui donnent sur le Iardin, [titre d'après la table]
Début :
Quoyqu'il semble qu'on ne puisse regarder tout d'une [...]
Mots clefs :
Description, Château de Versailles, Madame la Dauphine, Figures, Aile, Bâtiment, Jardin, Niches, Colonnes, Appartements, Nymphes
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texteReconnaissance textuelle : Description & longueurs de toutes les faces du Chasteau de Versailles qui donnent sur le Iardin, [titre d'après la table]
Quoy qu'il ſemble qu'on
of 'nnee puiffe regarder tout d'une
veuë plus de choſes dignes
on d'admiration , on peut neanno
moins examiner encore en
mefme temps tout ce que le
208 Suite du Voyage
Château de Versailles fait remarquer
de bâtiment fur le
Jardin, & c'eſt quelque choſe
de ſi ſurprenant , qu'il faut
le voir pour en eftre convaincu.
La vaſte étenduë de
ce ſuperbe Edifice contient
tant en face qu'en aîles de
retour fur le Jardin ſeulement
, plus de 310 toiſes , &
plus de 420 croisées , vingt
avant corps , avec des colomnes
, des Figures au deſ
fus , & des Trophées encore
au deſſus de ces Figures , qui
ſont entremêlés avec des Vaſes
qu'on a placez le long de
la balustrade qui regne fur
des Amb, de Siam. 209
tout ce Bâtiment. Mais pour
marquer ce que je viens de
vous dire , avecun détail qui
In vous le faſſe mieux conce-
@voir , il faut vous apprendre
Lud que la face de la Galerie a
it cinquante-deux toiſes , celle
du grand Appartement du
Roy quarante- cinq , l'aifle
es, où loge Madame la Dauphine
autant ; celle qu'on nomest
me des Princes , où ſont les
Appartemens des Monfieur &
eno de Madame , quatre- vingtes,
quatre , & celle qu'on acheve
es de l'autre côté autant. L'orong
dre de ce Bâtiment eſt Ioone
nique , ainſi que le reſte du
J
210 Suite du Voyage
Château du côté du Jardin.
L'Attique qui regne au defſus
ne retourne point far les
avant- corps , mais à la place
il y a des figures fur chaque
colomne. On voit trois rangs
de fenêtres , un dans chaque
étage. Celles du rez de
chauffée font bombées dans
des arcades , celles du premier
étage dans l'ordre Ioni
que ſont ceintrées , & celles
de l'Attique ſont quarrées
longue en hauteur. Il y a
outre cela des niches à toutes
les aiſles , qui tiennent encore
la place de quelques fe
nétres.
des Amb. de Siam. 211
Les figures qui ornent ce
Bâtiment du côté du Jardin ,
font ,
Apollon & Diane , les qua-
Tay tre Saiſons, & les douze Mois
de l'année le long de la Gale
aqa ric .
Douze tant Fleuve que
Nymphes des Fontaines, Comus
, la Nymphe Echo , Narciffe
, Thetis , Galatée ; avec
Hebé , & Ganimede dans
deux niches, à la face dugrand
| Appartement du Roy , du
côté où eſtoit la Grotte ; &
cel
arrer
to
te qui regarde le parterre du
Nord ...
Pomone Vertumne , une
212 Suite du Voyage
des Nymphes Hefperides , la
Nymphe Amalthée , Thalie ,
Momus , Terpſicore , Pan ,
Flore , le Zephire,Hyacinthe ,
Clitie ; & dans deux niches
la Muſique & la Dance. Ces
figures ſont à l'aifle occupée
par Madame la Dauphine.
A l'aifle appellée des Princes
ſont des Divinitez & des
Vertus , dont le nombre eft
fort grand à cauſe de la longueur
de cette aifle.
Il n'y a point encore de
figures à l'aifle qu'on bâtit
de l'autre côté , & qui fera
pareille à celle- là. Je ne parle
point du nombre des colomnes
des Amb. de Siam .
213
nes qui ornent toutes ces aîles
, cela iroit à l'infiny.
of 'nnee puiffe regarder tout d'une
veuë plus de choſes dignes
on d'admiration , on peut neanno
moins examiner encore en
mefme temps tout ce que le
208 Suite du Voyage
Château de Versailles fait remarquer
de bâtiment fur le
Jardin, & c'eſt quelque choſe
de ſi ſurprenant , qu'il faut
le voir pour en eftre convaincu.
La vaſte étenduë de
ce ſuperbe Edifice contient
tant en face qu'en aîles de
retour fur le Jardin ſeulement
, plus de 310 toiſes , &
plus de 420 croisées , vingt
avant corps , avec des colomnes
, des Figures au deſ
fus , & des Trophées encore
au deſſus de ces Figures , qui
ſont entremêlés avec des Vaſes
qu'on a placez le long de
la balustrade qui regne fur
des Amb, de Siam. 209
tout ce Bâtiment. Mais pour
marquer ce que je viens de
vous dire , avecun détail qui
In vous le faſſe mieux conce-
@voir , il faut vous apprendre
Lud que la face de la Galerie a
it cinquante-deux toiſes , celle
du grand Appartement du
Roy quarante- cinq , l'aifle
es, où loge Madame la Dauphine
autant ; celle qu'on nomest
me des Princes , où ſont les
Appartemens des Monfieur &
eno de Madame , quatre- vingtes,
quatre , & celle qu'on acheve
es de l'autre côté autant. L'orong
dre de ce Bâtiment eſt Ioone
nique , ainſi que le reſte du
J
210 Suite du Voyage
Château du côté du Jardin.
L'Attique qui regne au defſus
ne retourne point far les
avant- corps , mais à la place
il y a des figures fur chaque
colomne. On voit trois rangs
de fenêtres , un dans chaque
étage. Celles du rez de
chauffée font bombées dans
des arcades , celles du premier
étage dans l'ordre Ioni
que ſont ceintrées , & celles
de l'Attique ſont quarrées
longue en hauteur. Il y a
outre cela des niches à toutes
les aiſles , qui tiennent encore
la place de quelques fe
nétres.
des Amb. de Siam. 211
Les figures qui ornent ce
Bâtiment du côté du Jardin ,
font ,
Apollon & Diane , les qua-
Tay tre Saiſons, & les douze Mois
de l'année le long de la Gale
aqa ric .
Douze tant Fleuve que
Nymphes des Fontaines, Comus
, la Nymphe Echo , Narciffe
, Thetis , Galatée ; avec
Hebé , & Ganimede dans
deux niches, à la face dugrand
| Appartement du Roy , du
côté où eſtoit la Grotte ; &
cel
arrer
to
te qui regarde le parterre du
Nord ...
Pomone Vertumne , une
212 Suite du Voyage
des Nymphes Hefperides , la
Nymphe Amalthée , Thalie ,
Momus , Terpſicore , Pan ,
Flore , le Zephire,Hyacinthe ,
Clitie ; & dans deux niches
la Muſique & la Dance. Ces
figures ſont à l'aifle occupée
par Madame la Dauphine.
A l'aifle appellée des Princes
ſont des Divinitez & des
Vertus , dont le nombre eft
fort grand à cauſe de la longueur
de cette aifle.
Il n'y a point encore de
figures à l'aifle qu'on bâtit
de l'autre côté , & qui fera
pareille à celle- là. Je ne parle
point du nombre des colomnes
des Amb. de Siam .
213
nes qui ornent toutes ces aîles
, cela iroit à l'infiny.
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Résumé : Description & longueurs de toutes les faces du Chasteau de Versailles qui donnent sur le Iardin, [titre d'après la table]
Le Château de Versailles, admiré pour sa grandeur, s'étend sur plus de 310 toises et compte plus de 420 fenêtres. Il présente vingt avant-corps ornés de colonnes, figures, fus, trophées et vases le long de la balustrade. La façade de la Galerie mesure cinquante-deux toises, celle du grand Appartement du Roi quarante-cinq, et celle de l'aile où loge Madame la Dauphine autant. L'aile des Princes, abritant les appartements de Monsieur et de Madame, mesure quatre-vingt-quatre toises, tout comme l'aile en construction de l'autre côté. L'architecture du bâtiment est unique, avec trois rangs de fenêtres : bombées au rez-de-chaussée, cintrées au premier étage dans l'ordre ionique, et carrées à l'attique. Des niches remplacent certaines fenêtres dans les ailes. Les figures ornant le côté jardin représentent Apollon, Diane, les Saisons, les Mois, les Fleuves, et divers personnages mythologiques. L'aile de Madame la Dauphine est décorée de Pomone, Vertumne, et des Nymphes Hespérides. L'aile des Princes est ornée de divinités et de vertus. L'aile en construction n'est pas encore décorée.
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5
p. 56-69
Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Début :
Ne vous êtes vous pas imaginé, Mr, sur la foy des [...]
Mots clefs :
Constantinople, Ville, Disposition, Colonnes, Rues, Ambassadeurs, Chrétien, Mosquées, Sultan, Mariages, Eunuque, Filles, Cérémonies, Chambre, Gouvernement, Sérail, Officiers, Peste, Ennemis, Paix, Allemagne, Peuple, Armée, Attaques, Pologne, Envoyé , Vizir, Règne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Ecrite de Conftantinople , le
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Fermer
6
p. 2479-2482
Décorations, [titre d'après la table]
Début :
Cet Opéra n'ayant eu que 7 representation, on reprit Thesée le jeudi 9 de ce [...]
Mots clefs :
Opéra, Décorations, Thésée, Colonnes, Tombeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Décorations, [titre d'après la table]
Cet Opéra n'ayant eu que 7 reprefentations
, on reprit Thefée le jeudi 9 de ce
mois , en attendant Phaeton , qu'on prépare.
Au refte quoique cet Ouvrage n'ait
pas eu le fuccès qu'on en efperoit , il doit`
faire honneur au Poëte & au Muficien par
les beaux morceaux qu'on y trouve . Les
Déco-
G iiij
2480 MERCURE DE FRANCE
Décorations en ont été trouvées tres bekles
& tres- bien entenduës. Les habits en
font riches , bien caracteriſez & de bon
gout. Trois de ces décorations meritent
une attention particuliere . Celle du premier
Acte , qui fait un effet admirable
eft une Gallerie tres - vafte , d'ordre Ionique
, richement ornée , avec des Colonnes
& des Contrepilaftres en marbre compoſé.
Les ornemens en or , avec ftatues & basreliefs
. La Gallerie eft terminée par 10
Arcades fort exhauffées , cinq de chaque
côté , foûtenuës par des colonnes qui
forment un efpace tres- grand par où en
tre le jour , lequel produit des échape
mens de lumieres tres- bien entendus.
Entre les Arcades , il y a de grandes , colonnes
ifolées & des contrepilaftres , avec
leurs Piedeftaux & Entablemens , entre
lefquels font des Statues. Le Plafond eft
à compartimens , dans le gout antique
fort riche, lequel par la perfpective trompe
fi- bien les yeux , qu'il paroît de niveau
d'un bout à l'autre, Le tout enfemble
fait une fongueur confiderable
proportionnée à la hauteur , & forme
plan poffible pour l'execution réelle .
On voit au troifiéme Acte , un Antre
ou Souterrain affreux , dont le fond s'ouvrant
tout d'un coup , on découvre les
un
>
Enfers
NOVEMBRE. 1730. 2481.
Enfers ,formez par plufieurs tranfparans
& entremêlez de flâmes naturelles ; le
tout composé d'une maniere qu'il n'y a
aucun rifque pour le feu.. Les trois Eumenides
paroiffent au milieu des flames ;
ee moment eft furprenant & plein d'horreur.
Les Spectateurs en ont été frapez.
23
Le Tombeau du cinquième Acte, étoit
une grande Colonnade circulaire , percée
àjour , avec les entre colonnes fpacieufes
pour voir tout leTombeau dans le milieu ...
Une moitié du Tombeau étoit en Sculpture
de relief, & l'autre en plate peinture ,
mais toute deux liées avec un tel art, qu'ili
paroiffoit tout de ronde boffe , & forme:
piramidalement ; il commençoit par un
Socle au bas qui portoit un Piedeftal
avec un bas - relief à chaque côté du
Piedeſtal , où l'on voyoit des figures enchaînées
de ronde boffe , grandes comme
nature , & deux Lions couchez fur le
Piedestal , qui portoient le Maufolée ,
terminé par des Trophées d'armes &
furmonté par une Urne de Lapis , envi
ronnée d'unFefton , pittorefquement jetté
ainfi . que le refte ; tout le Tombeau étoit
de Marbre précieux , & de Bronze doré
ayant 15 pieds d'hauteur , fur ro de lar
geur par le bas. Tous ces Ouvrages font
de M. Servandoni , qui donne tous les
jours de nouvelles marques de fon habi
Teré Gx L'Opera
2482 MERCURE DE FRANCE
L'Opera de Thefée avoit été remis au
Théatre au mois de Decembre de l'année
derniere . La De le Maure chante le rôle
d'Eglé avec beaucoup d'aplaudiffement.
Le 12 , le fieur Dupré, cy- devant Danfeur
de la même Academie , qui avoit
quitté le Théatre en 1722. & que le Pu
blic regrettoit fort , reparut & danfa dans
le fecond & le troifiéme Acte du même
Opera , avec l'applaudiffement d'une tresnombreuſe
affemblée . Sa danfe eft noble
vive & légere, & il exprime parfaitement
les differens caracteres , animez & violens.
Il est arrivé depuis peu de Pologne . It
doit refter à Paris cet Hyver , & il danfera
à l'Opera pendant ce temps-là .
Le même jour , il y eut à l'Opera le Bal
public , que l'Academie donne tous les
ans à la S. Martin, & qu'on continuë pendant
differens jours juſqu'à l'Avent. On
le reprend ordinairement à la fête des
Rois.
, on reprit Thefée le jeudi 9 de ce
mois , en attendant Phaeton , qu'on prépare.
Au refte quoique cet Ouvrage n'ait
pas eu le fuccès qu'on en efperoit , il doit`
faire honneur au Poëte & au Muficien par
les beaux morceaux qu'on y trouve . Les
Déco-
G iiij
2480 MERCURE DE FRANCE
Décorations en ont été trouvées tres bekles
& tres- bien entenduës. Les habits en
font riches , bien caracteriſez & de bon
gout. Trois de ces décorations meritent
une attention particuliere . Celle du premier
Acte , qui fait un effet admirable
eft une Gallerie tres - vafte , d'ordre Ionique
, richement ornée , avec des Colonnes
& des Contrepilaftres en marbre compoſé.
Les ornemens en or , avec ftatues & basreliefs
. La Gallerie eft terminée par 10
Arcades fort exhauffées , cinq de chaque
côté , foûtenuës par des colonnes qui
forment un efpace tres- grand par où en
tre le jour , lequel produit des échape
mens de lumieres tres- bien entendus.
Entre les Arcades , il y a de grandes , colonnes
ifolées & des contrepilaftres , avec
leurs Piedeftaux & Entablemens , entre
lefquels font des Statues. Le Plafond eft
à compartimens , dans le gout antique
fort riche, lequel par la perfpective trompe
fi- bien les yeux , qu'il paroît de niveau
d'un bout à l'autre, Le tout enfemble
fait une fongueur confiderable
proportionnée à la hauteur , & forme
plan poffible pour l'execution réelle .
On voit au troifiéme Acte , un Antre
ou Souterrain affreux , dont le fond s'ouvrant
tout d'un coup , on découvre les
un
>
Enfers
NOVEMBRE. 1730. 2481.
Enfers ,formez par plufieurs tranfparans
& entremêlez de flâmes naturelles ; le
tout composé d'une maniere qu'il n'y a
aucun rifque pour le feu.. Les trois Eumenides
paroiffent au milieu des flames ;
ee moment eft furprenant & plein d'horreur.
Les Spectateurs en ont été frapez.
23
Le Tombeau du cinquième Acte, étoit
une grande Colonnade circulaire , percée
àjour , avec les entre colonnes fpacieufes
pour voir tout leTombeau dans le milieu ...
Une moitié du Tombeau étoit en Sculpture
de relief, & l'autre en plate peinture ,
mais toute deux liées avec un tel art, qu'ili
paroiffoit tout de ronde boffe , & forme:
piramidalement ; il commençoit par un
Socle au bas qui portoit un Piedeftal
avec un bas - relief à chaque côté du
Piedeſtal , où l'on voyoit des figures enchaînées
de ronde boffe , grandes comme
nature , & deux Lions couchez fur le
Piedestal , qui portoient le Maufolée ,
terminé par des Trophées d'armes &
furmonté par une Urne de Lapis , envi
ronnée d'unFefton , pittorefquement jetté
ainfi . que le refte ; tout le Tombeau étoit
de Marbre précieux , & de Bronze doré
ayant 15 pieds d'hauteur , fur ro de lar
geur par le bas. Tous ces Ouvrages font
de M. Servandoni , qui donne tous les
jours de nouvelles marques de fon habi
Teré Gx L'Opera
2482 MERCURE DE FRANCE
L'Opera de Thefée avoit été remis au
Théatre au mois de Decembre de l'année
derniere . La De le Maure chante le rôle
d'Eglé avec beaucoup d'aplaudiffement.
Le 12 , le fieur Dupré, cy- devant Danfeur
de la même Academie , qui avoit
quitté le Théatre en 1722. & que le Pu
blic regrettoit fort , reparut & danfa dans
le fecond & le troifiéme Acte du même
Opera , avec l'applaudiffement d'une tresnombreuſe
affemblée . Sa danfe eft noble
vive & légere, & il exprime parfaitement
les differens caracteres , animez & violens.
Il est arrivé depuis peu de Pologne . It
doit refter à Paris cet Hyver , & il danfera
à l'Opera pendant ce temps-là .
Le même jour , il y eut à l'Opera le Bal
public , que l'Academie donne tous les
ans à la S. Martin, & qu'on continuë pendant
differens jours juſqu'à l'Avent. On
le reprend ordinairement à la fête des
Rois.
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Résumé : Décorations, [titre d'après la table]
L'opéra mentionné a été représenté sept fois avant la reprise de 'Thésée' le 9 novembre. Malgré son manque de succès, il est apprécié pour ses beaux morceaux, ses décorations et ses costumes riches et bien caractérisés. Trois décorations sont particulièrement notables : celle du premier acte, représentant une galerie ornée de colonnes ioniques, d'ornements en or et de statues ; celle du troisième acte, montrant un antre avec des flammes naturelles et les Érinyes ; et celle du cinquième acte, un tombeau circulaire avec des sculptures en relief et des peintures formant une pyramide. Ces œuvres sont de M. Servandoni. 'Thésée' avait été remis au théâtre en décembre précédent. La De la Maure a interprété avec succès le rôle d'Églé. Le 12 novembre, le danseur Dupré est revenu et a dansé dans 'Thésée', recevant les applaudissements du public. Le même jour, le bal public annuel de l'Académie a eu lieu à l'Opéra.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2935-2941
L'Opera Phaéton, Décorations, [titre d'après la table]
Début :
Le 29. Decembre le Roi honora de sa présence l'Opera de Phaëton, qui fut [...]
Mots clefs :
Décorations, Colonnes, Arcades, Soleil, Lumière, Galerie, Vestibules, Phaëton, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera Phaéton, Décorations, [titre d'après la table]
Le 29. Decembre le Roi honora de
fa préfence l'Opera de Phaeton , qui fut
executé dans fa plus grande perfection :
on danfa par extraordinaire à la fin dư
Divertiffement du quatriéme Acte le Pas
de Trois , dont on a déja parlé , exécuté
par les Srs Blondi , Dumoulin le jeune , &
la Dile Camargo . S. M. étoit placée dans
fa Loge, accompagnée des Ducs de Charoft
, de la Roche-Foucault & d'Harcourt;
les autres Loges du même côté étoient
occupées par les autres Seigneurs & Officiers
de fa Maiſon, H Nous
=
2936 MERCURE DE FRANCE
Nous avons affez parlé de cet Opera la
derniere fois qu'il fut remis au Théatre
au mois de Novembre 1721 , des paroles,
de la Muſique , du Ballet , des Habits &
des Décorations de ce tems- là , avec une
Deſcription particuliere de celle du Palais
du Soleil.
Dans cette repriſe les habits ſont très
magnifiques & très bien caracteriſés . Les
Balets,toujours compofés par le St Blondi,
font auffi ingénieux que variés.
Les principaux Danfeurs font les fieurs
Dumoulin , Dupré , Malterre & Laval ,
& la De Camargo en Egyptienne , termine
le Divertiffement du cinquième
Acte. Les principaux Rôles dans la Tragedie
de Lybie , de Theone & de Climene
font remplis par les Diles Antier , le
-Maure & Erremens ; ceux de Phaëton
d'Epaphus , de Protée & du Soleil fort
repréſentés par les fieurs Tribou , Chaſſe,
Dun & du Mas.
A l'égard des deux principales Décorations
dont nous avons à parler , celle
du fecond Acte repréfente une des Entrées
d'un Palais du Roy d'Egypte , d'ordre
Dorique. On y voit une grande Arcade
de chaque côté , aux côtez deſquelles
font deux Colonnes , dont l'entrecolonne
eft d'un Diametre & demi
felon l'ordre Dorique.
II. Vol. Après
DECEMBRE . 1730. 2937
Après les Arcades on voit un Veftibule
qui forme un quarré , fe reliant avec les
autres Colonnes . Ce Veftibule eft foutenu
par huit Colonnes , efpacées de 4
Diametres au milieu , & fur les côtez ,
d'un Diamétre & demi ; & fous le Veftibule
, de chaque côté , il y a deux autres
Arcades , comme les premieres , ayant
3 diametres de large , & 3 quarts de colonnes
& 8 diametres de haut.
Les Colonnes ont 2 pieds 3 pouces de
diametre ; elles pofent fur un Socle, font
canelées jufqu'au tiers , & font de marbre
d'Egypte , ainfi que la frife , les chapiteaux
, les bazes & les triglifles , faits en
confole , font de bronze , ainfi que le
refte des ornemens.
Ce Veftibule porte une grande Terraſſe
avec une Balustrade , qui fuppofe après
l'efcalier , conduire dans le reste du Palais
; & à travers le Veftibule , on voit
une continuation d'Arcades , portées
par des Colonnes qui ne fe voyent qu'obliquement.
L'habile Architecte fuppofe
par là y en avoir autant de l'autre côté
en fimetrie , & ce point de vûë qui eft
tres - pictorefque & tres- ingénieulement
imaginé , fait parfaitement l'effet qu'il
doit faire. L'air de grandeur & de noble
fimplicité de cette magnifique décoration
la font admirer par tous les Spectateurs
II. Vol.
inte-
Hij
2938 MERCURE DE FRANCE
intelligens. Elle eſt éclairée par une lumiere
douce qui donne le repos & le relief
convenable à toutes les parties. La
Perfpective & le Clair- obfcur y font employez
avec un art infini . On a remarqué,
Tans doute , que cette décoration fait un
parfait contraſte avec celle dont nous alfons
parler ; ce qui marque le génie &
l'habileté du fieur Servandoni , qui a fait
l'une & l'autre.
Le Palais du Soleil , au 4° Acte , eft tresélevé,
& ouvert en plufieurs endroits ; il
paroît à la vûë d'un vafte prodigieux par
la quantité des Colonnes & des Arcades
qui s'y trouvent , & qui fuppofent conduire
dans Pimmenfe étendue des nuages
qui paroiffent porter le Palais , & qui s'y
introduifent de toutes parts.
Le Thrône du Soleil eft placé au fond
d'une grande Galerie , ornée à droite &
à gauche d'une colonade d'ordre Compofite
, & entre les colonnes font de
grandes & magnifiques arcades .
Derriere le Thrône eft une Baluftrade
circulaire , à hauteur d'appui , au deffus
de laquelle ou voit plufieurs Divinitez
& grand nombre de Génies ; partie perfonnages
vivans , partie figures en relief,
imitant parfaitement le naturel.
Au delà de la Balustrade fe voyent
grandes Arcades , portées par des Co-
II.Vol
lonDECEMBRE
. 1730. 29 39
·
lonnes couplées , qui forment des ouvertures
pour
aller , par un plan de niveau
, derriere les colonnes de la Galerie,
& qui, font voir par la Perfpective un
magnifique Salon , formé par des Arcades
, foutenues par des Colonnes , de
même que la Galerie.
Vers le milieu de la Galerie , on commence
à monter au Thrône du Soleil ; on
y trouve une Baluftrade interrompuë au
milieu par trois marches , pour monter
fur un grand Palier , après lequel font
trois autres marches & un fecond Palier ,
par lequel on arrive par trois autres marches
circulaires au Thrône du Soleil. Ce
fecond Palier eft à niveau des bazes des
colonnes .
Toutes les colonnes font torfes , portées
par des piedeftaux compofez ; leurs chapiteaux
& entablemens font auffi compofez
pour placer les ornemens & les pierreries
dont ils font enrichis .
Le plafond de la Galerie eft en ceintre,
formé d'une colonne à l'autre , & enrichi
de feftons & autres ornemens . Entre
les travées font des ouvertures ovales
par où entrent les nuées , & aux bas côtez
du plafond , entre chaque colonne
il y a des médaillons , chacun reprefentant
quelque Attribut du Soleil .
>
Le Thrône eſt d'une forme prefque py.
II. Vol. Hij rami
2940 MERCURE DE FRANCE
ramidale & majeftueufe , il eft entouré
par derriere de rayons , formez avec du
tranfparent de gazes d'or , à travers lefquelles
on voit une lumiere fi vive & fi
brillante , que les yeux ont peine à en
foutenir l'éclat . Cette lumiere fort du
Thrône , & fe rependant de tous côtez ,
éclaire le Salon , la Galerie & tout le refte
de la Décoration , laquelle paroît fi chargée
d'or & de pierreries , de differentes
couleurs , comme Diamans , Rubis , Topafes
, Emeraudes , Perles , Lapis , &c.
qu'il eft impoffible d'imaginer quelque
chofe qui approche de fa richeſſe & de fa
fplendeur.
Ces Pierreries , qui font au nombre de
plus de 7000. & dont les plus petites
ont au moins un pouce & demi de diametre
, jettent à la lumiere un éclat & un
brillant prodigieux , tant par rapport à
leurs formes convexes , concaves & à facettes
, que par le grand poly & les cou
leurs tranfparentes qu'on leur a données.
Le public voit tous les jours avec beaucoup
de plaifir & de nouveaux applaudiffemens
, ce pompeux & refplandiffant
Spectacle , aujourd'hui le plus magnifique
de l'Europe ; le Roy qui a voulu
le voir, a témoigné publiquement en avoir
été tres fatisfait.
Le fieur Servandoni , Florentin , dont
II. Vol Dous
DECEMBRE. 1730. 2941
nous avons eu occaſion de parler tant de
fois , & dont nous avons donné des def
criptions des décorations qu'il a faites .
comme celle du Palais de Ninus , le Tem
ple de Minerve , les Champs élizées dans
Proferpine , la vafte Galerie dans Pyrrhus
la Calcade ou Torrent avec fluctuation ;
la chute du Nil , ou grande Cafcade ;
une Forêt , & c . & plufieurs autres Décorations
qui ont été generalement ap
plaudies & reconnues poffibles dans l'execation
réelle , felon les Regles de l'Architecture
. Il a fait auffi le Feu d'artifice
fur la Riviere,à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin ; les Plans &
Profils , pour bâtir l'Eglife des Grands
Auguftins ; pour un Arc de Triomphe à
la Porte de la Conference ; pour un nou
veau Théatre avec toutes fes dépendances
; le modele d'un Temple fait par
coupe de pierres , au nombre de plus de
fooo. toutes les parties le foutenant par
la coupe des pierres . Tous ces deffeins &
modeles qui lui ont été ordonnez par la
Cour , ont attiré chez lui grand nombre
de Seigneurs & de Curieux de diftinction,
qui l'ont honoré de leurs aplaudiffemens.
Il a fait encore au Château de Trenel
pour la Ducheffe d'Orleans plufieurs Ou
vrages que tous les Princes du Sang &
Seigneurs de la Cour ont vû avec une
finguliere fatisfaction .
fa préfence l'Opera de Phaeton , qui fut
executé dans fa plus grande perfection :
on danfa par extraordinaire à la fin dư
Divertiffement du quatriéme Acte le Pas
de Trois , dont on a déja parlé , exécuté
par les Srs Blondi , Dumoulin le jeune , &
la Dile Camargo . S. M. étoit placée dans
fa Loge, accompagnée des Ducs de Charoft
, de la Roche-Foucault & d'Harcourt;
les autres Loges du même côté étoient
occupées par les autres Seigneurs & Officiers
de fa Maiſon, H Nous
=
2936 MERCURE DE FRANCE
Nous avons affez parlé de cet Opera la
derniere fois qu'il fut remis au Théatre
au mois de Novembre 1721 , des paroles,
de la Muſique , du Ballet , des Habits &
des Décorations de ce tems- là , avec une
Deſcription particuliere de celle du Palais
du Soleil.
Dans cette repriſe les habits ſont très
magnifiques & très bien caracteriſés . Les
Balets,toujours compofés par le St Blondi,
font auffi ingénieux que variés.
Les principaux Danfeurs font les fieurs
Dumoulin , Dupré , Malterre & Laval ,
& la De Camargo en Egyptienne , termine
le Divertiffement du cinquième
Acte. Les principaux Rôles dans la Tragedie
de Lybie , de Theone & de Climene
font remplis par les Diles Antier , le
-Maure & Erremens ; ceux de Phaëton
d'Epaphus , de Protée & du Soleil fort
repréſentés par les fieurs Tribou , Chaſſe,
Dun & du Mas.
A l'égard des deux principales Décorations
dont nous avons à parler , celle
du fecond Acte repréfente une des Entrées
d'un Palais du Roy d'Egypte , d'ordre
Dorique. On y voit une grande Arcade
de chaque côté , aux côtez deſquelles
font deux Colonnes , dont l'entrecolonne
eft d'un Diametre & demi
felon l'ordre Dorique.
II. Vol. Après
DECEMBRE . 1730. 2937
Après les Arcades on voit un Veftibule
qui forme un quarré , fe reliant avec les
autres Colonnes . Ce Veftibule eft foutenu
par huit Colonnes , efpacées de 4
Diametres au milieu , & fur les côtez ,
d'un Diamétre & demi ; & fous le Veftibule
, de chaque côté , il y a deux autres
Arcades , comme les premieres , ayant
3 diametres de large , & 3 quarts de colonnes
& 8 diametres de haut.
Les Colonnes ont 2 pieds 3 pouces de
diametre ; elles pofent fur un Socle, font
canelées jufqu'au tiers , & font de marbre
d'Egypte , ainfi que la frife , les chapiteaux
, les bazes & les triglifles , faits en
confole , font de bronze , ainfi que le
refte des ornemens.
Ce Veftibule porte une grande Terraſſe
avec une Balustrade , qui fuppofe après
l'efcalier , conduire dans le reste du Palais
; & à travers le Veftibule , on voit
une continuation d'Arcades , portées
par des Colonnes qui ne fe voyent qu'obliquement.
L'habile Architecte fuppofe
par là y en avoir autant de l'autre côté
en fimetrie , & ce point de vûë qui eft
tres - pictorefque & tres- ingénieulement
imaginé , fait parfaitement l'effet qu'il
doit faire. L'air de grandeur & de noble
fimplicité de cette magnifique décoration
la font admirer par tous les Spectateurs
II. Vol.
inte-
Hij
2938 MERCURE DE FRANCE
intelligens. Elle eſt éclairée par une lumiere
douce qui donne le repos & le relief
convenable à toutes les parties. La
Perfpective & le Clair- obfcur y font employez
avec un art infini . On a remarqué,
Tans doute , que cette décoration fait un
parfait contraſte avec celle dont nous alfons
parler ; ce qui marque le génie &
l'habileté du fieur Servandoni , qui a fait
l'une & l'autre.
Le Palais du Soleil , au 4° Acte , eft tresélevé,
& ouvert en plufieurs endroits ; il
paroît à la vûë d'un vafte prodigieux par
la quantité des Colonnes & des Arcades
qui s'y trouvent , & qui fuppofent conduire
dans Pimmenfe étendue des nuages
qui paroiffent porter le Palais , & qui s'y
introduifent de toutes parts.
Le Thrône du Soleil eft placé au fond
d'une grande Galerie , ornée à droite &
à gauche d'une colonade d'ordre Compofite
, & entre les colonnes font de
grandes & magnifiques arcades .
Derriere le Thrône eft une Baluftrade
circulaire , à hauteur d'appui , au deffus
de laquelle ou voit plufieurs Divinitez
& grand nombre de Génies ; partie perfonnages
vivans , partie figures en relief,
imitant parfaitement le naturel.
Au delà de la Balustrade fe voyent
grandes Arcades , portées par des Co-
II.Vol
lonDECEMBRE
. 1730. 29 39
·
lonnes couplées , qui forment des ouvertures
pour
aller , par un plan de niveau
, derriere les colonnes de la Galerie,
& qui, font voir par la Perfpective un
magnifique Salon , formé par des Arcades
, foutenues par des Colonnes , de
même que la Galerie.
Vers le milieu de la Galerie , on commence
à monter au Thrône du Soleil ; on
y trouve une Baluftrade interrompuë au
milieu par trois marches , pour monter
fur un grand Palier , après lequel font
trois autres marches & un fecond Palier ,
par lequel on arrive par trois autres marches
circulaires au Thrône du Soleil. Ce
fecond Palier eft à niveau des bazes des
colonnes .
Toutes les colonnes font torfes , portées
par des piedeftaux compofez ; leurs chapiteaux
& entablemens font auffi compofez
pour placer les ornemens & les pierreries
dont ils font enrichis .
Le plafond de la Galerie eft en ceintre,
formé d'une colonne à l'autre , & enrichi
de feftons & autres ornemens . Entre
les travées font des ouvertures ovales
par où entrent les nuées , & aux bas côtez
du plafond , entre chaque colonne
il y a des médaillons , chacun reprefentant
quelque Attribut du Soleil .
>
Le Thrône eſt d'une forme prefque py.
II. Vol. Hij rami
2940 MERCURE DE FRANCE
ramidale & majeftueufe , il eft entouré
par derriere de rayons , formez avec du
tranfparent de gazes d'or , à travers lefquelles
on voit une lumiere fi vive & fi
brillante , que les yeux ont peine à en
foutenir l'éclat . Cette lumiere fort du
Thrône , & fe rependant de tous côtez ,
éclaire le Salon , la Galerie & tout le refte
de la Décoration , laquelle paroît fi chargée
d'or & de pierreries , de differentes
couleurs , comme Diamans , Rubis , Topafes
, Emeraudes , Perles , Lapis , &c.
qu'il eft impoffible d'imaginer quelque
chofe qui approche de fa richeſſe & de fa
fplendeur.
Ces Pierreries , qui font au nombre de
plus de 7000. & dont les plus petites
ont au moins un pouce & demi de diametre
, jettent à la lumiere un éclat & un
brillant prodigieux , tant par rapport à
leurs formes convexes , concaves & à facettes
, que par le grand poly & les cou
leurs tranfparentes qu'on leur a données.
Le public voit tous les jours avec beaucoup
de plaifir & de nouveaux applaudiffemens
, ce pompeux & refplandiffant
Spectacle , aujourd'hui le plus magnifique
de l'Europe ; le Roy qui a voulu
le voir, a témoigné publiquement en avoir
été tres fatisfait.
Le fieur Servandoni , Florentin , dont
II. Vol Dous
DECEMBRE. 1730. 2941
nous avons eu occaſion de parler tant de
fois , & dont nous avons donné des def
criptions des décorations qu'il a faites .
comme celle du Palais de Ninus , le Tem
ple de Minerve , les Champs élizées dans
Proferpine , la vafte Galerie dans Pyrrhus
la Calcade ou Torrent avec fluctuation ;
la chute du Nil , ou grande Cafcade ;
une Forêt , & c . & plufieurs autres Décorations
qui ont été generalement ap
plaudies & reconnues poffibles dans l'execation
réelle , felon les Regles de l'Architecture
. Il a fait auffi le Feu d'artifice
fur la Riviere,à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin ; les Plans &
Profils , pour bâtir l'Eglife des Grands
Auguftins ; pour un Arc de Triomphe à
la Porte de la Conference ; pour un nou
veau Théatre avec toutes fes dépendances
; le modele d'un Temple fait par
coupe de pierres , au nombre de plus de
fooo. toutes les parties le foutenant par
la coupe des pierres . Tous ces deffeins &
modeles qui lui ont été ordonnez par la
Cour , ont attiré chez lui grand nombre
de Seigneurs & de Curieux de diftinction,
qui l'ont honoré de leurs aplaudiffemens.
Il a fait encore au Château de Trenel
pour la Ducheffe d'Orleans plufieurs Ou
vrages que tous les Princes du Sang &
Seigneurs de la Cour ont vû avec une
finguliere fatisfaction .
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Résumé : L'Opera Phaéton, Décorations, [titre d'après la table]
Le 29 décembre, le roi assista à la représentation de l'opéra 'Phaéton', exécuté avec une grande perfection. À la fin du quatrième acte, un 'Pas de Trois' fut dansé par Blondi, Dumoulin le jeune et la dame Camargo. Le roi était accompagné des ducs de Charost, de la Roche-Foucault et d'Harcourt, tandis que les autres loges étaient occupées par divers seigneurs et officiers de la maison royale. L'opéra 'Phaéton' avait déjà été repris en novembre 1721, avec des descriptions détaillées des paroles, de la musique, du ballet, des habits et des décorations. Les habits étaient magnifiques et bien caractérisés. Les ballets, composés par Blondi, étaient ingénieux et variés. Les principaux danseurs incluaient Dumoulin, Dupré, Malterre, Laval et la dame Camargo, qui dansait le rôle d'une Égyptienne. Dans la tragédie de 'Lybie', les rôles principaux étaient interprétés par les dames Antier, le Maure et Erremens, et les sieurs Tribou, Chasse, Dun et du Mas. Les décorations étaient particulièrement remarquables. Le second acte représentait une entrée d'un palais du roi d'Égypte d'ordre dorique, avec des arcades et des colonnes en marbre d'Égypte, éclairées par une lumière douce. Le palais du Soleil, au quatrième acte, était très élevé et ouvert, avec de nombreuses colonnes et arcades. Le trône du Soleil, placé au fond d'une grande galerie, était entouré de colonnes composites et d'arcades magnifiques. La galerie menait à un salon formé par des arcades et des colonnes, avec un plafond en voûte enrichi de festons et d'ornements. Le trône avait une forme pyramidale et majestueuse, entouré de rayons transparents diffusant une lumière vive. La décoration était riche en or et en pierreries, au nombre de plus de 7000, jetant un éclat prodigieux. Le public applaudit ce spectacle magnifique, et le roi témoigna publiquement sa satisfaction. L'architecte Servandoni, Florentin, était reconnu pour ses nombreuses décorations applaudies et ses réalisations architecturales, telles que le feu d'artifice pour la naissance du Dauphin, les plans pour l'église des Grands Augustins, et divers ouvrages au château de Trianon pour la duchesse d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 998-1000
L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna le 31 de ce mois la seconde Représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Décoration, Opéra, Génie du feu, Colonnes, Empire de l'amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique donna
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
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Résumé : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Le 31 mai 1733, l'Académie Royale de Musique a présenté la seconde représentation de l'Empire de l'Amour, un ballet héroïque. La décoration du Génie du Feu, décrite comme un magnifique palais prodigieusement vaste, comprend une grande galerie menant à un dôme soutenu par des colonnes et des arcades. Cette architecture, richement ornée avec un goût noble et grand, bien que particulier et bizarre, est réalisable grâce à l'accouplement des colonnes et la distribution du plan. Elle est éclairée de manière à représenter le caractère du génie du feu, avec un usage judicieux des couleurs et des lumières. Au rez-de-chaussée, sous le dôme, se trouve une urne lumineuse et transparente, source de lumière éclairant toute la décoration. Cette dernière, utilisant des cuirs dorés, du fer blanc poli et verni, des couleurs éclatantes, des toiles transparentes et des dorures, a été acclamée par le public pour ses finesses artistiques. Elle surpasse celle du Palais du Soleil et diffère de toutes les précédentes par sa composition et ses matériaux. La décoration a été peinte par le sieur André, d'après les dessins du Cavalier Servandoni. Par ailleurs, on prépare le ballet des Fêtes Grecques et Romaines pour une prochaine représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 116-124
Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Début :
Cependant le 15 étoit le jour que la Ville avoit choisi pour la Fête qu'elle devoit [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Colonnes, Prévôt des marchands, Illuminations, Dîner, Musique, Lustres, Girandoles, Guirlandes, Arc de triomphe, Place, Architecture, Duc de Gesvres, Quai, Palais enchantés, Fées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête à l'Hôtel de Ville, [titre d'après la table]
Cependant le 15 étoit le jour que la
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
Ville avoit choifi pour la Fête qu'elle devoit
donner au Roi. Une ſalve des canons ,
& de boëtes , & la cloche de l'Hôtel de
Ville annoncerent ce grand jour ; le Roi
arriva vers les deux heures après midi à
P'Hôtel de Ville ; le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , le Prévôt des Marchands
, les Echevins , le Procureur du
Roi , le Greffier , & le Receveur du Bureau
de la Ville , tous en habits de cérémonie,
reçurent Sa Majesté à la portiere de
fon caroffe . Le Compliment fut fait par le
Prévôt des Marchands , qui ſuivant l'uſage
, mit un genouil en terre , ainſi que
les Echevins , & les autres Officiers da
NOVEMBRE. 1744 . 117
Bureau . Sa Majesté étant enſuite montée à
l'Hôtel de Ville , entra dans la Grande Sale
, qui étoit tenduë de Damas Cramoiſi ,
galonné d'Or. Le plancher étoit couvert de
Fiches Tapis de pied. Quatorze Luftres &
foixante Girandoles contribuoient à l'embelliffement
de cette Sale , & fur tine des
cheminées étoit le Portrait du Roi , ſous
un Dais. De cette Salle le Roi paſſa dans
les autres , dont tous les meubles & les ornemens
étoient d'une extrême magnificence
, & d'où Sa Majesté conſidéra la décora
tion de la place , vis-à- vis de l'Hôtel de
Ville.
Autour de cette place regnoit une ſuite
de colonnes accouplées , dont les baſes &
& les chapiteaux étoient dorés. L'entablement
de chaque couple de colonnes étoit
auſſi doré , & d'un Trophée à l'autre s'étendoient
des Guirlandes de Laurier.A l'extrê
mité de la Place , vis-à- vis de la Grande Sa
le on avoit élévé un Arc de Triomphe , de
cent pieds de haut fur foixante de large ;
l'Architecture étoit d'Ordre Ionique , & la
hauteur des colonnes de trente-deux pieds
à dix- fept pieds de terre , le reſte en proportion.
Sur la principale façade , étoit une
Arcade élevée de quarante-quatre pieds ,
large de vingt-deux , & qui en avoit dixfept
de profondeur. Il y avoit à chaque
Fy
118 MERCURE DE FRANCE.
côté de cette Arcade deux colonnes , &
l'on voyoit la Victoire entre les colonnes de
la droite , & la Paix entre celles de la gauche.
Les deux autres façades étoient compoſées
de deux colonnes iſolées , au milieu
deſquelles étoit d'un côté Pallas & de
l'autre Minerve ; tous les entablemens des
colonnes étoient ornés de Trophées. Le
Couronnement de l'Arc de Triomphe étoit
un Groupe de cinquante pieds de large
& de trente d'élévation , repréſentant le
Roi traîné dans un Char , & couronné
par la Victoire.
Le fol de l'Architecture étoit feint
de Marbre blanc ; le contre-focle , les
pićdeſtaux , l'impoſte , l'archivolle , l'architrave
, la corniche ,& l'attique de marbre
verd ; les colonnes & les friſes , de feracollin
, les baſes , les chapiteaux , & les
bas reliefs des paneaux des piédeſtaux , de
bronze doré. On liſoit dans l'attique cette
Inſcription en Lettres d'or Ludovico redivivo
, Ludovico Triumphatori.
Près de la Riviere étoit une grande Sale
quarrée , formée par divers pieds d'Arbres
entourés de Laurier , & garnis de Girandoles
dorées ; on avoit conftruit au milieu
un Edifice d'une élegante Architecture,qui
diftribuoit du vin de trois côtés .
Le Duc de Geſvres préſenta au Roi le
NOVEMBRE. 1744. 119
Prévôt des Marchands , les Echevins , le
Procureur du Roi , le Greffier & le Receveur
du Bureau de la Ville , & quelques
tems après le Prévôt des Marchands avertit
Sa Majesté qu'Elle étoit ſervie.
Alors le Roi retourna dans la Grande
Sale de l'Hôtel de Ville & fe mir à table.
Monſeigneur le Dauphin ſe plaça à la droite
de Sa Majesté , le Duc de Chartres à ſa
gauche , le Prince de Dombes à côté de
Monſeigneur le Dauphin , & le Duc de
Penthiévre auprès du Duc de Chartres. La
table étoit de trente couverts , dont les
vingt-cinq reſtans furent remplis par les
Seigneurs que le Roi avoit nommés.
Le Prévôt des Marchands eut l'honneur
de fervir le Roi , & le Procureur du Roi
tenoit le chapeau de Sa Majesté , à qui le
Greffier de la Ville préſenta le fauteuil.
Monſeigneur le Dauphin , dont le Receveur
de la Ville tenoit le chapeau , fur fervi
par le premier Echevin. Les trois autres
Echevins ſervirent le Duc de Chartres , le
Prince de Dombes , & le Duc de Penthiévre.
Il eſt preſque inutile de dire que le Feftin
fut auſſi ſomptueux que délicat. Les Officiers
de la Bouche du Roi avoient travaillé
, mais ce fut le Maître de l'Hôtel de la
Ville qui mit les plats ſur table ; le fruit
Fvj
120 MERCURE DE FRANCE.
:
méritoit fur- tout l'admiration des connoif
feurs.
On voyoit au milieu de la table un filet
que l'on nomme vulgairement dormant ,
parce qu'il reſte ſur la table pendant tout le
repas. Au milieu étoit le Surtout de la Ville
, qui est fort beau ,& l'on avoit placé à
côté deux grands plats garnis de fleurs d'Italie
, que l'on avoit éléganmment & artiftement
arrangées , & qui formoient un
buiffon. Deux autres plats étoient à côté de
ceux- ci , & les Ouvrages en fucre , dont ils
étoient chargés , repréſentoient deux roches
qui ſe réuniſfant dans le haut , formoient
une arcade. Des branches de Liere ,
& un groupe d'enfans qui grimpoient deffus
, étoient ce qui formoit la réunion des
deux roches. On rencontroit après deux
autres plats de porcelaines , garnis avec
élégance , & fur deux autres l'on voyoit
des criftaux taillés en filet , ce qui formoir
un coup d'oeil aufli fingulier qu'agréable.
Le fruit étoit dreſſe fur des plats de la
plus belle porcelaine de Saxe ; il étoit
monté en gradin , orné des plus belles
fleurs , & deffiné avec beaucoup de goût &
d'intelligence ; ces dormans , les porcélaines
, & les fruits ont été abandonnés au
pillage après le dîner de Sa Majefté. On a
livré de même à l'avidité du peuple les
NOVEMBRE. 1744. 121
fruits qui garniſſoient quinze autres tables ,
fur leſquelles on voyoit pluſieurs Ouvrages
en fucre , qu'on auroit admirés , fi ceux de
La table du Roi ne les avoient pas effacés .
Ces quinze tables furent ſervies en mê
me tems que celle du Roi ; elles étoient
deſtinées pour les Seigneurs qui n'earent
pas l'honneur de dîner avec S. M. &
pour pluſieurs perſonnes de conſidération.
Pendant le dîner du Roi , MM. Rebel
& Francoeur ,Sur-Intendans de la Mufique
de Sa Majesté , reçus en ſurvivance de
MM. Deſtouches & Blasmont , & Infpecteurs
de l'Académie Royale de Muſique ,
firent exécuter , par les vingt-quatre Violons
de la Chambre , & par l'Orchestre de
P'Opera , plufieurs fuites de Symphonies de
différents Auteurs.
:
;
La Demoiselle Lalande , & le Sieur Benoiſt
, Ordinaire de la Muſique du Roi ,
chanterent un Dialogue , intitulé le Retour
du Roi à Paris. M. Roi , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel , & MM. Rebel
&Francoeur avoient compofé ,l'un les paroles
de ce Divertiſſement , les autres la
Muſique par l'ordre du Prévôt des Marchands.
Les paroles , la Muſique , & l'exécution
concoururent également au fuccès ,
&les Auteurs reçurent des éloges qu'ils
122 MERCURE DE FRANCE.
font accoutumés à mériter & à recevoir ,
mais que l'éclat de cette circonſtance rendoit
plus flateurs.
Après le dîner , le Roi joüit d'un nouveau
ſpectacle ; l'Arc de Triomphe , la Colonade
, & la Sale près de la riviere furent
illuminés , ainſi que la façade de l'Hôtelde-
Ville. Ces illuminations formoient un
ſpectacle frappant , & fe communiquoient
réciproquement de l'éclat par le reflet des
lumieres : on avoit illuminé auſſi la cour
de l'Hôtel - de - Ville ; des Guirlandes de
fleurs ornoient les colonnes ,, tantdu premier
que du ſecond ordre : on voyoit au
bas de chaque colonne des Génies , qui
portoient des Girandoles de vingt lumieres
chacune. Pluſieurs Luftres garnis de Bougies
étoient ſuſpendus de diſtance en diftance
; de petites lanternes formoient un
enchaînement de Guirlandes lumineuſes ;
le long de l'entablement , & à la croiſée qui
eit vis à-vis de la porte d'entrée , étoient ces
mots en tranfparent : Recepto Cafare Felix.
Le Roi , en defcendant , remarqua avec
beaucoup de plaifir la décoration de cette
cour , & il témoigna qu'il étoit fatisfait de
l'empreſſement de la Ville à lui prouver ſon
zéle.
Le Duc de Geſvres , le Prevôt des Marchands,
les Echevins , le Greffier & le Re
NOVEMBRE. 1744 . 123
ceveur de la Ville reconduiſerent S. M. jufqu'à
ſon caroſſe : de-là elle alla avec le même
Cortége que le matin à l'Egliſe des Jefuites
de la maifon Profeſſe. La Reine , accompagnée
de Meſdames de France , s'y
étoit renduë quelque - tems auparavant ;
leurs Majestés furent reçuës à la porte de
l'Eglife , & complimentées par le P. Frey ,
Provincial , à la tête de la Communauté , &
elles y aſſiſterent au Salut. L'Egliſe étoit
ornée & éclairée auffi magnifiquement que
l'avoit été le portail le jour de l'arrivée de
S. M. On verra plus bas un détail mieux
circonstancié de ces deux illuminations . En
retournant au Palais des Tuilleries , le Roi
repaſſa par la Grève & par le Quai Pelletier.
La Ville avoit fait illuminer ce Quai avec
des Luftres, & toute la face du Pont Notre-
Dame du côté de la riviere l'étoit auſſi par
pluſieurs cordons de lumiere , dont le dernier
ſuivoit le deſſein du toît.
Il y eut ce ſoir là dans toute la Ville des
illuminations , & pluſieurs furent encore
au-deſſus de celles de la nuit du to du mois
deSeptembre dernier , qui ſera à jamais célébre
dans les Faſtes de la France : celles du
Quai des Tuilleries & du Quai des Théatins
attirerent également l'admiration générale ,
enproduiſant des effets differents. Le pre124
MERCURE DE FRANCE.
mier étoit éclairé uniformement dans toute
l'étenduë des galeries du Louvre , mais le
deſſein de chaque partie étoit d'une telle
élégance qu'on ne pouvoit ſe laffer de le
voir répété. La variété du ſecond lui donnoit
une autre eſpéce de mérite. Les Edifices
ſomptueux , dont ce Quai eſt orné ,
étoient tous illuminés ſuivant des deffeins
differens , & ceux qui du Pont Royal obſer .
voient l'effet de ces differentes illuminations
, croyoient voir ces Palais enchantés
que décrivent les Hiſtoriens des Fées. Leurs
Majeſtés virent ces deux Quais , l'illumination
de la place Vendôme , & celle de la
principale ruë. Nous placerons la Deſcription
des plus belles dans un endroit ſéparé ,
afin de ne pas interrompre le fil de la narration.
Quelques beaux que fuſſent les ſpectacles
formés par ces differentes illuminations , ils
n'auroient pû être comparés à celui que la
façade, & la cour du Château des Tuilleries
devoient offrir au Roi lorſqu'il rentra , mais
un vent violent, qui s'éleva , rendit inutile
la plus grande partie des peines qu'on avoit
priſes pour éclairer toutes les parties deftinées
à l'être dans ce vaſte Edifice .
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10
p. 140-143
Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Début :
Leurs Majestés arriverent enfin à Versailles. Les Habitans de cette Ville n'avoient [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Avenue, Portiques, Portique, Arc de triomphe, Colonnes, Pilastres, Statue, Renommée, Château, Compagnies
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texteReconnaissance textuelle : Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Leurs Majestés arriverent enfin à Verfailles
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
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11
p. 150-153
HÔTEL DE NOAILLES.
Début :
La façade de l'Hôtel, sur la ruë S. Honoré, a 30 toises de face, & est d'une fort belle [...]
Mots clefs :
Hôtel de Noailles, Roi, Colonnes, Tableau, Pyramide, Porte, Lampions, Terrines, Soleil, Architecture
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texteReconnaissance textuelle : HÔTEL DE NOAILLES.
HÔTEL DE NOAILLES.
La façade de l'Hôtel , fur la ruë S. Honoré,
a 30 toiſes de face , & eſt d'une fort
belle Architecture Moderne ; la porte cochere
, forme un avant-corps ſoutenu par
des Colonnes & Pilaſtres d'Ordonnance
Ionique , avec une attique au-deſſus ; toutes
les lignes , filets & membres d'Architecturequi
compoſent cette façade,étoientdeffinées
en Lampions & Terrines , de forte
qu'il y avoit des ſimples , doubles , triples ,
& quadruples Lampions , & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture ſur
NOVEMBRE. 1744. 15
leſquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-deffus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblême , &
ornement , & l'Infcription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant- corps ,
eſt terminé par une balustrade , au-deſſus
de laquelle étoit élévé une grande Pyramide
de 36 pieds de hauteur , & terminée
par un Soleil.
:Au centre du Soleil étoit un Tableau
tranfparent , repréſentant la Lune , au-defſous
du Soleil ; un autre Tableau tranfparent
, repréſentant un Dauphin , &au-deffous
duDauphin, un autre Tableau tranſparent
repréſentant le chiffre du Roi, & enfin
fur la bafe de la Pyramide, un dernier Tableau
repréſentant les Armes du Roi , orné
deGuirlandes & couronnes ; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vaſes
qui ſervoient de couronnement aux
Colonnes & Pilaftres . :
La grande & principale cour, dont l'Architecture
eſt ſemblable à celle de la face,
étoit auſſi garnie de Lampions & de Terrines.
En face de la porte cochere , eſt un beau
Veſtibule qui ſoutient une Terraſſe & Bal
luſtrade , par fix Colonnes & huit Pi
152 MERCURE DE FRANCE.
laſtres d'Ordre Compoſite , le tout def
finé en Boſſanges de feu , avec des Vaſes
de feu au-deſſus des Colonnes .
On avoit mis dans les entre- Colonnes
&dans les niches de grandes Girandoles
& des Luftres , ce qui faisoit la perfpective
la plus éclatante du point de vuë de
la ruë.
Après le Veſtibule eſt une grande porte
àdeux batans , qui laiſſoit appercevoir le
Jardin ; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toiſes de longueur formée en feu .On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux tranſperens , repréſentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Victoire , & au milieu du Salon étoit un
Perſée , qui par l'artifice d'une perſpective
bien ménagée , paroiſſoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel eſt un Dôme à la Manfarde , d'une
د
belle proportion , il eſt iſolé , a 72
pieds de hauteur & par conféquent ſe
découvre de toutes parts , &principalement
de l'Appartement du Roi an Château
des Tuilleries. Ce Dôme eft couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie .
On avoit élévé au dedans de ce Balcon ,
NOVEMBRE. 1744. 153
L
ane Pyramide triomphale à huit pans, qui
contenoit par ſon plan 7 pieds ſur 12 de
longueur , & 120 & demi de hauteur.
Elle étoit décorée dans ſes quatre principales
faces de quatre grandsTableaux tranfparens
, repréſentans des Trophées d'Armes.
Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu ; la Pyramide étoit terminée &
couronnée d'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré , au-deſſus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamétre. Pour Deviſe
du Roi , & au centre des Soleils étoient des
Tableaux tranſparens , repréſentans les Armes
du Roi au lieu de tête, S
Le tout a été fait ſous la conduite & les
deſſeins de M. Charpentier , Architecte de
M. le Maréchal de Noailles , & exécuté
par M. Daffier Peintre.
La façade de l'Hôtel , fur la ruë S. Honoré,
a 30 toiſes de face , & eſt d'une fort
belle Architecture Moderne ; la porte cochere
, forme un avant-corps ſoutenu par
des Colonnes & Pilaſtres d'Ordonnance
Ionique , avec une attique au-deſſus ; toutes
les lignes , filets & membres d'Architecturequi
compoſent cette façade,étoientdeffinées
en Lampions & Terrines , de forte
qu'il y avoit des ſimples , doubles , triples ,
& quadruples Lampions , & Terrines
pour faire valoir & rendre la proportion
des différens membres d'Architecture ſur
NOVEMBRE. 1744. 15
leſquels les Lampions & Terrines étoient
appliquées
Au-deffus de la porte étoit un Tableau
transparent avec bordure d'emblême , &
ornement , & l'Infcription de Vive le Roi.
Le couronnement de cet avant- corps ,
eſt terminé par une balustrade , au-deſſus
de laquelle étoit élévé une grande Pyramide
de 36 pieds de hauteur , & terminée
par un Soleil.
:Au centre du Soleil étoit un Tableau
tranfparent , repréſentant la Lune , au-defſous
du Soleil ; un autre Tableau tranfparent
, repréſentant un Dauphin , &au-deffous
duDauphin, un autre Tableau tranſparent
repréſentant le chiffre du Roi, & enfin
fur la bafe de la Pyramide, un dernier Tableau
repréſentant les Armes du Roi , orné
deGuirlandes & couronnes ; aux deux côtés
de la Pyramide on voyoit quatre grands Vaſes
qui ſervoient de couronnement aux
Colonnes & Pilaftres . :
La grande & principale cour, dont l'Architecture
eſt ſemblable à celle de la face,
étoit auſſi garnie de Lampions & de Terrines.
En face de la porte cochere , eſt un beau
Veſtibule qui ſoutient une Terraſſe & Bal
luſtrade , par fix Colonnes & huit Pi
152 MERCURE DE FRANCE.
laſtres d'Ordre Compoſite , le tout def
finé en Boſſanges de feu , avec des Vaſes
de feu au-deſſus des Colonnes .
On avoit mis dans les entre- Colonnes
&dans les niches de grandes Girandoles
& des Luftres , ce qui faisoit la perfpective
la plus éclatante du point de vuë de
la ruë.
Après le Veſtibule eſt une grande porte
àdeux batans , qui laiſſoit appercevoir le
Jardin ; il étoit décoré d'une Galerie de
30 toiſes de longueur formée en feu .On appercevoit
au bout un grand Salon de feu
formé de Tableaux tranſperens , repréſentans
tous les attributs de la Guerre & de la
Victoire , & au milieu du Salon étoit un
Perſée , qui par l'artifice d'une perſpective
bien ménagée , paroiſſoit être fort éloigné.
Sur le principal corps du Bâtiment de
l'Hôtel eſt un Dôme à la Manfarde , d'une
د
belle proportion , il eſt iſolé , a 72
pieds de hauteur & par conféquent ſe
découvre de toutes parts , &principalement
de l'Appartement du Roi an Château
des Tuilleries. Ce Dôme eft couronné
par un Donjon entouré d'un Balcon
de Serrurerie .
On avoit élévé au dedans de ce Balcon ,
NOVEMBRE. 1744. 153
L
ane Pyramide triomphale à huit pans, qui
contenoit par ſon plan 7 pieds ſur 12 de
longueur , & 120 & demi de hauteur.
Elle étoit décorée dans ſes quatre principales
faces de quatre grandsTableaux tranfparens
, repréſentans des Trophées d'Armes.
Sur les quatres petites faces étoient huit
Ifs de feu ; la Pyramide étoit terminée &
couronnée d'unChapiteau d'Ordre Ionique
doré , au-deſſus étoit un Soleil à quatre
faces de 15 pieds de diamétre. Pour Deviſe
du Roi , & au centre des Soleils étoient des
Tableaux tranſparens , repréſentans les Armes
du Roi au lieu de tête, S
Le tout a été fait ſous la conduite & les
deſſeins de M. Charpentier , Architecte de
M. le Maréchal de Noailles , & exécuté
par M. Daffier Peintre.
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12
p. 205-208
Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Début :
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné à placer les Musiciens ; il étoit formé par un [...]
Mots clefs :
Salon, Argent, Palmes, Colonnes, Fleurs de lys, Théâtre, Relief, Armes, Génies, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Description du Sallon décoré pour la Cantate,
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
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13
p. 207-215
DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne ayant comblé les voeux de la France, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Versailles, Corps, Feu, Architecture, Arc, Fleurs, Colonnes, Lapis, Guirlandes, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Fermer
14
p. 212-216
LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
Début :
Je vous l'avois bien dit, Madame, avant de partir de Paris, que vous seriez [...]
Mots clefs :
Fête, Brest, Marquis de Constant, Navire, Fleurs, Colonnes, Décors, Baldaquins, Beauté, Buste du roi, Statues, Musique, Bal, Banquets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
LETTRE à Madame de *** ſur une
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
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Résumé : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
La lettre relate une fête somptueuse organisée par le Marquis de Conflans à Brest, à bord de son vaisseau, en novembre 1756, en l'honneur des victoires du Roi. L'auteure, après avoir voyagé à Brest, met en avant les merveilles observées plutôt que les préparatifs militaires contre les Anglais. Le vaisseau, transformé en palais enchanté, accueillait des femmes de la ville et des étrangères, transportées en canots élégamment équipés. Les invités découvraient un décor enchanteur avec des jardins, des bois et des allées de myrtes et de lauriers. Le pont principal, métamorphosé en promenade délicieuse, était paré de fleurs et de verdure. Un salon spacieux, orné de colonnes et de trophées, abritait un portrait du Roi et des symboles de la gloire maritime. La fête se poursuivait dans une autre salle, tendue de blanc, où un repas somptueux a été servi. Une symphonie et un Te Deum animaient le dîner, suivi d'une salve de mousqueterie et de canons imitant un combat naval. La soirée se concluait par un bal illuminé par des bougies, avec des marins chantant des chansons en l'honneur du Roi et de leurs maîtresses. Les dames de Brest, particulièrement gaies et charmantes, participaient avec enthousiasme à la fête, qui se prolongeait jusqu'au matin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 212-217
De PARIS, le 16 Août.
Début :
On a appris des Pays bas, qu'on y a ressenti le 16 du mois dernier. [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Comte, Prince du sang, Décès, Duc, Marquis, Fête, Ordre, Chevaliers, Pont, Tonnerre, Chambre mortuaire, Colonnes, Estrade, Cérémonies, Clergé, Officiers, Escadre, Vaisseaux, Pillage, Île, Tirage, Loterie de l'école royale militaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 16 Août.
De PARIS , le 16 Août.
On a appris des Pays bas , qu'on y a reffenti
le 16 du mois dernier , plufieurs fecoufles de
tremblement de terre . La principale s'eft fait
fentir vers les deux heures du matin ; elle a
duré près de d.ux minutes. Les autres ont été
peu fenfibles.
SEPTEMBRE. 1760. 213
Le Comte de Charolois , Prince du Sang ,
Gouverneur de Touraine , eft mort en cette
Ville , le 22 , vers les onze heures du foir , âgé
de foixante ans , un mois & trois jours . Ce Prince,
qui fe nommoit Charles de Bourbon Condé,
étoit fils de Louis , Duc de Bourbon Condé ,
Prince du Sang , Grand - Maître de la Maiſon du
Roi , & Gouverneur du Duché de Bourgogne,
mort le 4 Mars 1710 ; & de Louife - Françoite
de Bourbon , légitimée de France , fille du feu
Roi , morte le 16 Juin 1743 .
L'Ordre Royal Militaire & Hofpitalier de Notre
Dame du Mont- Carmel & de Saint - Lazare
de Jérufalem , fit célébrer , le 21 du mois dernier
, dans la Chapelle du Louvre , la Fête folemnelle
de Notre - Dame du Mont Carmel , Patrone
de l'Ordre. L'Abbé de Bouville , Commandeur
Eccléfiaftique de l'Ordre , officia , & les
Grands Officiers , ainfi que plufieurs Chevaliers ,
y affilterent. Le 11 du même mois , Monfeigneur
le Duc de Berry , Grand - Maître de cet Ordre ,
reçut , a l'illue de fa Melle , & dans fon appartement
, par le miniflere du Comte de Saint Florentin
, en qualité de Chevaliers novices , les
fieurs de la Rocheblave & de Feriet , Gentilshommes
élevés a l'Ecole Militaire . Cette cérémonie
fut faite en préfence des Grands Officiers
& de plufieurs Chevaliers.
Le 20 du même mois , on commença à paffer
fur le nouveau pont que Sa Majetté a fie
conftruire à Orléans. Ce pont , l'un des plus
beaux de l'Europe par fa grandeur , par la beauté
de fes proportions , & par la magnificence
de fes abords , et formé de neuf arches , dont
celle du milieu a cent pieds d'ouverture . La
longueur eft de mille pieds. Il a été contruit
far les defleins & fous la direction du fieur Hu
214 MERCURE DE FRANCE.
peau , premier Ingénieur des ponts & chauffées
de France .
Le tonnerre tomba , la nuit du 19 au 20 du
même mois , fur le Couvent des Peres Récollers
de la Ville de Melun , & confuma leur Eglife ,
ainfi qu'une partie de ce Couvent.
Le corps du Comte de Charolois , après avoir
été embaumé , a été expofé pendant plufieurs
jours , dans une Chambre de parade , éclairée
par un grand nombre de lumières & tendue de
noir.
On avoit élevé , aux deux côtés de l'Eftrade ,
deux Aurels. Aux pieds de l'Eftrade étoient les
Hérauts d'Armes , vêrus de leur robe , le chaperon
en tête , & le caducée à la main ; à la droite
étoient douze Prêtres de la Paroille , qui avoient
été priés de la part du premier Gentilhomme de
la Chambre , de venir garder le corps ; à gauche
, étoit le même nombre de Cordeliers.
Le 26 , le Curé de Saint Gervais vint avec fon
Clergé jetter de l'eau bénite fur le Corps. Le
29, l'Univerfité , le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aides , la Cour des onnoyes
& le Corps de Ville , ainfi que plufieurs
Communautés , rendirent au Corps les mêmes
devoirs. Le Chapitre de l'Eglife de Paris y vint
le 30 , ainfi que le Châtelet.
Le Roi avoit choifi le Comte de la Marche ,
pour jetter l'eau bénite fur le Corps ; Sa Majesté
avoit nommé en même temps le Duc de Rohan
& le Marquis de la Salle pour accompagner ce
Prince. Le 28 , le Comte de la Marche ſe rendit ,
à quatre heures àprès midi , à l'Hôtel du Comte
de Charolois , dans le caroffe du Roi , accompagne
du Duc de Rohan , du Marquis de la Salle,
& du Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
Un détachement des Cent- Suilles préSEPTEMBRE.
1760 . 215
-
cédoit le caroffe , après lequel marchoit un déchement
des Gardes du Corps du Roi.
Le Comte de Clermont , Prince , qui faifoit
les honneurs , & les Ducs de Boutteville , de
Briffac , & le Comte de Montmorency , ainſi que
tous les Gentilshommes & les Officiers de la
Maiſon , fe trouverent au bas de l'elcalier pour
recevoir le Comte de la Marche, Le Marquis de
Dreux le conduifit dans la chambre du dépôt , où
l'Aumonier' du Roi lui préfenta le goupillon. II
fut conduit jufqu'à fon carofle , ainfi qu'il avoit
été reçu ; peu de temps après , le Comte de la
Marche revint pour faire , en fon nom , la même
cérémonie.
Le 30 , le coeur du Comte de Charolois fut
transporté aux Jéfuites de la Maiſon Profeffe , où
il fut préfenté par l'Archevêque de Bordeaux ; &
le premier de ce nois , le corps fut porté à Enghien
pour y être inhumé. Le Curé de S. Gervais
, accompagné de fon Clergé , fe rendit proceffionnellement
à l'Hôtel du Prince , où l'Archevêque
de Bordeaux , qui devoit faire la cérémonie
, le trouva . Après les prieres accoutumées,
le corps fut defcendu de la chambre du dépôt par
douze valets de chambre. Les quatre coins du
poëte étoient portés par quatre Gentilshommes.
Le cortège du convoi étoit compoté de vingt
Suiffes du Régiment des Gardes , tenant chacun
un flambeau , de douze Pages , des Officiers , des
Suiffes , & des Valets - de Chambre du Prince à
cheval , de plus de cent cinquante Valets de pied ,
des quatre Hérauts & le Roi d'Armes , de huit
carolles drappés , à fix chevaux , harnachés & caparaçonnés
de noir , qui étoient remplis par les
Ecuyers , les Gentilshommes & les principaux
Officiers. Le dernier de fes carolles , étoit occupé
par le Comte de Luffan , premier Gentilhomme
216 MERCURE DE FRANCE.
de la Chambre , & par le fieur de Nantouillet ,
Maître des Cérémonies. Enfuite marchoit le ca-
Toile à huit chevaux , dans lequel étoit le corps
du Prince , entouré de quatre Aumôniers , porsant
les quatre coins du poèle, du premie: Ecuyer
à cheval , & du Capitaine des Gardes , de quatre
Suilles , & d'un grand nombre de Valets de pied.
Lorfqu'on fut arrivé a Enghien , le Corps fut reçu
par le Général des Peres de l'Oratoire ; & le lendemain
, après le Service , auquela ffiftérent le
Comte de la Marche , accompagné des Ducs de
Bouteville , de Briffac , & du Comite de Montmorenci
, il fut inhumé dans le Caveau deftiné à la
fépulture des Princes de la Maifon de Condé.
Une Efcadre Angloife, compotée de deux Vaiſfeaux
de ligne & de trois Frégates , parut le 28
du mois dernier , devant l'ifle de Grouais & elle
vint mouiller , à dix heures du matin , dans la
rade. Le Lord Hervey , Commandant de cette
Elcadre , envoya auffitôt un Officier fommer le
Château de Sainte- Croix de fe ren fre . Cette fommation
étoit accompagnée de la menace de mettre
l'Ile au pillage , & de ne faire aucun quartier
aux habitans & à la Garniſon, Le Comte de Véné
rofi Peſciolini , Commandant pour le Roi dans
l'Ifle & dans le Château , répondit qu'il étoit réfolu
de fe défendre. Sur cette réponſe , le Lord
fit avancer dix-huit bâtimens de tranſports , el
cortés de quelques Frégates qui entrerent dans la
rade le lendemain au matin . On fit les difpofitions
néceffaires pour le bien défendre . Ce të
contenance en impofa aux Anglois , & lear flote
fe retira , peu de temps après , fans aucune at
taque. Les cinq Vaiffeaux de guerre re'ierent
feulement , pendant pufieurs jours , devant le
Fort ; ils tirerent quelques bordées auxque les
l'artillerie du Fort répondit. On leur a tué quel
ques
SEPTEMBRE. 1760. 217
ques hommes dans une de leurs Chaloupes.
On écrit des environs d'Aufch & de Commiąges
qu'il y eft tombé , le 20 du même mois ,
une grêle qui a fait dans ce Pays le plus grand ravage
dont on ait conſervé la mémoire . Les hom-
' mes & les animaux qui fe font trouvés trop éloignés
de quelque abri , ont été tués . Les arbres
fruitiers ont été dépouillés de leurs branches ,
les campagnes enfin font dans l'état le plus déplorable
, & comme dans le milieu de l'hyver.
Les grains étoient auffi gros que des oeufs de
poule d'inde , & quelques - uns avoient cinq pouces
de diamêtre.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
s'eft fait , dans l'Hôtel de Ville , en la maniere
accoutumée , le 7. Les Numéros qui font
fortis de la roue de fortune , font 46 , 77 , 49 ,
88 , 50. Le prochain tirage ſe fera le 6 du mois
de Septembre:
On a appris des Pays bas , qu'on y a reffenti
le 16 du mois dernier , plufieurs fecoufles de
tremblement de terre . La principale s'eft fait
fentir vers les deux heures du matin ; elle a
duré près de d.ux minutes. Les autres ont été
peu fenfibles.
SEPTEMBRE. 1760. 213
Le Comte de Charolois , Prince du Sang ,
Gouverneur de Touraine , eft mort en cette
Ville , le 22 , vers les onze heures du foir , âgé
de foixante ans , un mois & trois jours . Ce Prince,
qui fe nommoit Charles de Bourbon Condé,
étoit fils de Louis , Duc de Bourbon Condé ,
Prince du Sang , Grand - Maître de la Maiſon du
Roi , & Gouverneur du Duché de Bourgogne,
mort le 4 Mars 1710 ; & de Louife - Françoite
de Bourbon , légitimée de France , fille du feu
Roi , morte le 16 Juin 1743 .
L'Ordre Royal Militaire & Hofpitalier de Notre
Dame du Mont- Carmel & de Saint - Lazare
de Jérufalem , fit célébrer , le 21 du mois dernier
, dans la Chapelle du Louvre , la Fête folemnelle
de Notre - Dame du Mont Carmel , Patrone
de l'Ordre. L'Abbé de Bouville , Commandeur
Eccléfiaftique de l'Ordre , officia , & les
Grands Officiers , ainfi que plufieurs Chevaliers ,
y affilterent. Le 11 du même mois , Monfeigneur
le Duc de Berry , Grand - Maître de cet Ordre ,
reçut , a l'illue de fa Melle , & dans fon appartement
, par le miniflere du Comte de Saint Florentin
, en qualité de Chevaliers novices , les
fieurs de la Rocheblave & de Feriet , Gentilshommes
élevés a l'Ecole Militaire . Cette cérémonie
fut faite en préfence des Grands Officiers
& de plufieurs Chevaliers.
Le 20 du même mois , on commença à paffer
fur le nouveau pont que Sa Majetté a fie
conftruire à Orléans. Ce pont , l'un des plus
beaux de l'Europe par fa grandeur , par la beauté
de fes proportions , & par la magnificence
de fes abords , et formé de neuf arches , dont
celle du milieu a cent pieds d'ouverture . La
longueur eft de mille pieds. Il a été contruit
far les defleins & fous la direction du fieur Hu
214 MERCURE DE FRANCE.
peau , premier Ingénieur des ponts & chauffées
de France .
Le tonnerre tomba , la nuit du 19 au 20 du
même mois , fur le Couvent des Peres Récollers
de la Ville de Melun , & confuma leur Eglife ,
ainfi qu'une partie de ce Couvent.
Le corps du Comte de Charolois , après avoir
été embaumé , a été expofé pendant plufieurs
jours , dans une Chambre de parade , éclairée
par un grand nombre de lumières & tendue de
noir.
On avoit élevé , aux deux côtés de l'Eftrade ,
deux Aurels. Aux pieds de l'Eftrade étoient les
Hérauts d'Armes , vêrus de leur robe , le chaperon
en tête , & le caducée à la main ; à la droite
étoient douze Prêtres de la Paroille , qui avoient
été priés de la part du premier Gentilhomme de
la Chambre , de venir garder le corps ; à gauche
, étoit le même nombre de Cordeliers.
Le 26 , le Curé de Saint Gervais vint avec fon
Clergé jetter de l'eau bénite fur le Corps. Le
29, l'Univerfité , le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aides , la Cour des onnoyes
& le Corps de Ville , ainfi que plufieurs
Communautés , rendirent au Corps les mêmes
devoirs. Le Chapitre de l'Eglife de Paris y vint
le 30 , ainfi que le Châtelet.
Le Roi avoit choifi le Comte de la Marche ,
pour jetter l'eau bénite fur le Corps ; Sa Majesté
avoit nommé en même temps le Duc de Rohan
& le Marquis de la Salle pour accompagner ce
Prince. Le 28 , le Comte de la Marche ſe rendit ,
à quatre heures àprès midi , à l'Hôtel du Comte
de Charolois , dans le caroffe du Roi , accompagne
du Duc de Rohan , du Marquis de la Salle,
& du Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
Un détachement des Cent- Suilles préSEPTEMBRE.
1760 . 215
-
cédoit le caroffe , après lequel marchoit un déchement
des Gardes du Corps du Roi.
Le Comte de Clermont , Prince , qui faifoit
les honneurs , & les Ducs de Boutteville , de
Briffac , & le Comte de Montmorency , ainſi que
tous les Gentilshommes & les Officiers de la
Maiſon , fe trouverent au bas de l'elcalier pour
recevoir le Comte de la Marche, Le Marquis de
Dreux le conduifit dans la chambre du dépôt , où
l'Aumonier' du Roi lui préfenta le goupillon. II
fut conduit jufqu'à fon carofle , ainfi qu'il avoit
été reçu ; peu de temps après , le Comte de la
Marche revint pour faire , en fon nom , la même
cérémonie.
Le 30 , le coeur du Comte de Charolois fut
transporté aux Jéfuites de la Maiſon Profeffe , où
il fut préfenté par l'Archevêque de Bordeaux ; &
le premier de ce nois , le corps fut porté à Enghien
pour y être inhumé. Le Curé de S. Gervais
, accompagné de fon Clergé , fe rendit proceffionnellement
à l'Hôtel du Prince , où l'Archevêque
de Bordeaux , qui devoit faire la cérémonie
, le trouva . Après les prieres accoutumées,
le corps fut defcendu de la chambre du dépôt par
douze valets de chambre. Les quatre coins du
poëte étoient portés par quatre Gentilshommes.
Le cortège du convoi étoit compoté de vingt
Suiffes du Régiment des Gardes , tenant chacun
un flambeau , de douze Pages , des Officiers , des
Suiffes , & des Valets - de Chambre du Prince à
cheval , de plus de cent cinquante Valets de pied ,
des quatre Hérauts & le Roi d'Armes , de huit
carolles drappés , à fix chevaux , harnachés & caparaçonnés
de noir , qui étoient remplis par les
Ecuyers , les Gentilshommes & les principaux
Officiers. Le dernier de fes carolles , étoit occupé
par le Comte de Luffan , premier Gentilhomme
216 MERCURE DE FRANCE.
de la Chambre , & par le fieur de Nantouillet ,
Maître des Cérémonies. Enfuite marchoit le ca-
Toile à huit chevaux , dans lequel étoit le corps
du Prince , entouré de quatre Aumôniers , porsant
les quatre coins du poèle, du premie: Ecuyer
à cheval , & du Capitaine des Gardes , de quatre
Suilles , & d'un grand nombre de Valets de pied.
Lorfqu'on fut arrivé a Enghien , le Corps fut reçu
par le Général des Peres de l'Oratoire ; & le lendemain
, après le Service , auquela ffiftérent le
Comte de la Marche , accompagné des Ducs de
Bouteville , de Briffac , & du Comite de Montmorenci
, il fut inhumé dans le Caveau deftiné à la
fépulture des Princes de la Maifon de Condé.
Une Efcadre Angloife, compotée de deux Vaiſfeaux
de ligne & de trois Frégates , parut le 28
du mois dernier , devant l'ifle de Grouais & elle
vint mouiller , à dix heures du matin , dans la
rade. Le Lord Hervey , Commandant de cette
Elcadre , envoya auffitôt un Officier fommer le
Château de Sainte- Croix de fe ren fre . Cette fommation
étoit accompagnée de la menace de mettre
l'Ile au pillage , & de ne faire aucun quartier
aux habitans & à la Garniſon, Le Comte de Véné
rofi Peſciolini , Commandant pour le Roi dans
l'Ifle & dans le Château , répondit qu'il étoit réfolu
de fe défendre. Sur cette réponſe , le Lord
fit avancer dix-huit bâtimens de tranſports , el
cortés de quelques Frégates qui entrerent dans la
rade le lendemain au matin . On fit les difpofitions
néceffaires pour le bien défendre . Ce të
contenance en impofa aux Anglois , & lear flote
fe retira , peu de temps après , fans aucune at
taque. Les cinq Vaiffeaux de guerre re'ierent
feulement , pendant pufieurs jours , devant le
Fort ; ils tirerent quelques bordées auxque les
l'artillerie du Fort répondit. On leur a tué quel
ques
SEPTEMBRE. 1760. 217
ques hommes dans une de leurs Chaloupes.
On écrit des environs d'Aufch & de Commiąges
qu'il y eft tombé , le 20 du même mois ,
une grêle qui a fait dans ce Pays le plus grand ravage
dont on ait conſervé la mémoire . Les hom-
' mes & les animaux qui fe font trouvés trop éloignés
de quelque abri , ont été tués . Les arbres
fruitiers ont été dépouillés de leurs branches ,
les campagnes enfin font dans l'état le plus déplorable
, & comme dans le milieu de l'hyver.
Les grains étoient auffi gros que des oeufs de
poule d'inde , & quelques - uns avoient cinq pouces
de diamêtre.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
s'eft fait , dans l'Hôtel de Ville , en la maniere
accoutumée , le 7. Les Numéros qui font
fortis de la roue de fortune , font 46 , 77 , 49 ,
88 , 50. Le prochain tirage ſe fera le 6 du mois
de Septembre:
Fermer
Résumé : De PARIS, le 16 Août.
En août 1760, plusieurs secousses sismiques ont été ressenties aux Pays-Bas, dont la principale a duré près de deux minutes. En septembre 1760, le Comte de Charolois, Prince du Sang et Gouverneur de Touraine, est décédé à Paris à l'âge de soixante ans. Il était le fils de Louis, Duc de Bourbon Condé, et de Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France. Après son décès, son corps a été embaumé et exposé plusieurs jours dans une chambre de parade. Diverses cérémonies et hommages lui ont été rendus par le clergé, l'Université, le Parlement et d'autres institutions. Le 30 septembre, son cœur a été transporté aux Jésuites de la Maison Professe et son corps a été inhumé à Enghien. Le 21 septembre, l'Ordre Royal Militaire et Hospitalier de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare a célébré la fête solennelle de Notre-Dame du Mont-Carmel au Louvre. Le 11 septembre, le Duc de Berry a reçu les sieurs de la Rocheblave et de Feriet comme Chevaliers novices. Le 20 septembre, la construction d'un nouveau pont à Orléans a commencé, ce pont étant l'un des plus beaux d'Europe par sa grandeur et sa magnificence. Le 19 au 20 septembre, la foudre a frappé le couvent des Pères Récollets de Melun, endommageant leur église et une partie du couvent. Une escadre anglaise a menacé l'île de Grouais mais s'est retirée sans attaquer. Une grêle dévastatrice a frappé les environs d'Auch et de Comminges, causant des ravages considérables. Le tirage de la loterie de l'École Royale Militaire a eu lieu le 7 septembre, avec les numéros 46, 77, 49, 88 et 50.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 187-203
Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Début :
L'Opera que l'on représenta, est composé de trois Actes ; il est intitulé [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Hymen, Dieux, Querelles, Humanité, Destin, Campagne, Mer, Nymphe, Conseils, Magnificence, Enchantements, Merveilles, Fête, Noblesse, Ministres étrangers, Comte, Dîner, Marquis, Cérémonie, Mariage, Escadrons, Église, Décorations, Cortège, Ornements, Argent, Or, Étoffes, Arcades, Nef, Lumières, Sanctuaire, Hallebardiers, Chevaux, Capitaine, Carosse, Anneaux, Salle, Repas, Plats, Palais, Union, Temple, Jardins, Colonnes, Pyramides, Beauté, Clémence, Fécondité, Douceur, Figures, Dignité, Intelligence, Fontaines, Illuminations, Feu d'artifice, Guirlandes, Fleurs, Bal, Archiduchesse, Officiers, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Suite de la Relation de tout ce qui s'eft
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
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200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
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200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
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Résumé : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Le texte relate les festivités entourant le mariage des Altesses Royales, notamment Madame l'Archiduchesse à Parme. Les célébrations incluent la représentation de l'opéra 'Les Fêtes de l'Hymen', composé de trois actes indépendants précédés d'un prologue intitulé 'Le Triomphe de l'Amour'. Ce prologue met en scène une querelle entre les dieux et l'Amour, qui obtient leur pardon pour l'union de la vertu et de la beauté. Les trois actes de l'opéra sont 'Aris', 'Sapho' et 'Eglé', chacun racontant des histoires d'amour et d'interventions divines. Les festivités comprennent des réceptions et des dîners offerts par des nobles tels que le Prince de Liechtenstein et le Comte de Rochechouart, avec des représentations d'opéra et des danses. La cérémonie de mariage à la cathédrale est décrite avec une décoration somptueuse et une procession ordonnée. Les troupes et les gardes assurent la sécurité, et la cérémonie religieuse suit le rituel ordinaire avec quelques adaptations spécifiques. Après la cérémonie, les princes retournent au palais dans le même ordre qu'à l'arrivée. Les événements incluent également un feu d'artifice et une illumination dans le jardin du palais, représentant l'union de l'Amour et de l'Hymen, suivi d'un bal masqué au théâtre. Madame l'Archiduchesse ouvre le bal avec le Prince François. Le lendemain, le Prince de Liechtenstein prend congé selon les cérémonies protocolaires. Les festivités se poursuivent avec des audiences et des repas officiels. Le 11 octobre, divers corps de l'État rendent hommage à Madame l'Archiduchesse. Le 13 octobre, elle quitte pour Casalmaggiore, escortée par des troupes et des dignitaires, et arrive à midi. Elle prévoit de s'arrêter à Casalmaggiore et à Mantoue pour saluer les députés et la noblesse.
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