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1
p. 74-104
Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Début :
Si le Voyage n'estoit point si long, je luy [...]
Mots clefs :
Opéra, Venise, Scène, Décoration, Ouverture, Théâtre, Machine, Changement, Enseigne, Musique, Salle, Théâtre Grimani, Acte, Ballet, Théâtre Zane
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texteReconnaissance textuelle : Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Si le Voyage n'eſtoit point ſi long , je luy confeillerois d'aller tous les ans
paſſer le Carnaval à Venife ,
elle y auroit contentement , &
la diverſité des Opéra nou- veauxquis'y reprefentent ,luy
E ij
32 LE MERCURE
fourniroit ſouvent de nouveaux plaifirs. Il yen a eu cet- te année neufdiferens fur cinq Theatres. J'ay appris des par- ticularitez de quelques-uns ,
qui valentbienque je vous les faſſe ſçavoir. Elles ſervirontdu moins à vous donner quelque idée de ces grands Spectacles ,
& à vous rendre preſente en quelque forte à ce que l'éloignement des Lieux ne vous permet point de voir.
Le premier de ces Opéra a
eſté le Totila , de la compofi- tion de Mateo Neris. Ila paru fur le Theatre Grimani de S.
Jean & S. Paul , avec un fuc- cés digne de la beauté de l'Ou- vrage. Chaque Acte avoit di- vers changemens de Scenes.
L'Ouverturedu premierſe fai- foit par une petite Chambre
GALANT. 53 avec un Lit ſur lequel un En- fant dormoit. Clelie paroiſſoit auprés de luy tenant un poi- gnard qu'elle ſembloit prefſte à luy enfoncer dans le ſein. La Chambre diſparoiſſoit tout- à- coup , &le Theatre reprefen- toit unedes Places de Rome,
environnée de Palais d'une
ſtructure admirable.Totila entroit ſuivy de fes Troupes , l'E- pée & le Flambeau à la main ,
Trompetes fonnantes , avec
leurs Enſeignes. Ces Palais s'embraſoient les uns apres les autres. On en voyoit tomber les pieces à meſure quela fla- me s'y attachoit , mais avecun artifice ſi ſuprenant , &qui ap- prochoit tellementde la natu-- re , qu'il n'y avoit perſonne qui ne cruſt qu'ils brûloient veri- tablement.Ledefordre regnoit
E iij
54 LE MERCVRE partout ,&dans cette confu- fion , Marſia Fille de Servius ,
cherchant à ſe ſauver des Soldats qui la pourſuivoient , ſe jettoit parunefeneftre,&tom- boit évanoüie entre les bras de
Totila qui la recevoit. La troi- fiéme Scene avoit pourDéco- ration une Salle de l'Apparte- ment de Clelie ; & celle de la
quatriéme eſtoit une Ruë où l'on voyoit une Tour , & une des Portes de Rome en éloignement. Des Eſclaves con- duiſoient de loin unElephant d'une grandeur démeſurée. Il ſembloit tout couvert d'or ; &
ce qui cauſa autant d'admira- tion que de ſurpriſe , c'eſt que cét Elephant s'eſtant arreſté ,
s'ouvrit au fondes Trompetes,
&ſe ſepara en pluſieurs par- ties , qui firentparoiſtre Belif
GALANT.
55 faire , Lepide , Cinna , une Troupe nombreuſe de Soldats
avec leur Armes &leurs Bou
cliers , des Trompetes , &des Enſeignes dont toute laScene fut remplie. Onyvitdu moins cent cinquantePerſonnes tout àla fois. Jugez avec quel ordre ils devoient avoir efté rangez
les uns fur les autres , & avec
combien d'adreſſe il falloit
qu'oneuſt entremêlé les Boucliers, lesArmes,les Enſeignes &les Trompetes pour former le corps de ceprodigieux Ele- phant. Cét Acte finiſſoit par une Danfe de Cavaliers monzez fur de veritables Chevaux.
La premiere Scene du Se- cond ſe paſſoit dans la Court d'un Palais , qui faifoit place à
une Mer. On découvroit la
Plage, & l'armée Navale de
1
38 LE MERCVRE Totila , avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triomphe , faiſant marcher devant euxdesEſclaves &des Prifonniers , tandis que les autres rempliſſoient les Vaiſſeaux des Dépoüilles &des Tréſors dont ils s'eſtoientenrichis au Sacde
cette fameuſe Ville. Une Tempeſte accompagnée de Ton- nerres & d'Eclairs les pouſſoit contre des Ecüeils , ils s'y bri- foient & s'abifmoient les uns
apres les autres.Il n'y avoit rien de mieux repreſenté que ce Naufrage. D'effroyables cris qu'on entendoit retentir , fai- foient connoiſtre le deſeſpoir deceuxqui ſe perdoient , &on en voyoit une partie qui ſejet- tant à la nage , tâchoit de ga- gnerlebord. La derniere Sce
GALANT. 59 neavoit unBois pourDécora- tion,&elle ſe paſſoit dansune Nuit éclairée d'une Lune qui ſe couvroit peu à peu de nua- ges , & laiſſoit enfin le Ciel
entierement obſcurcy. Une Entréede Soldats attaquez/par
deuxOurs finiſoit l'Acte. BIB
LYON
Le troiſième faiſoit paro tred'abordune Plaine où l'Ar
mée des Romains eftoit campée d'un coſté , & de l'autre ondécouvroit la Ville deRome avec un Pont ſur la Brêche. DesChariots chargezdes Dépoüilles des Ennemis paf- foient fur ce pont , ils eftoient tirez par de veritables Che- vaux ,&Beliſſaire entroit en ſuite par cetteBrêche avecſes Gens montez comme luy fur des Chevaux vivans, La Scene
ſuivante ſe repreſentait dans
60 LE MERCVRE
**
une Salle d'un riche & magnifique Palais. Puis on voyoit unegrande Court qui ſe chan- geoit en un Theatre chargé d'un grand Peuple , qui s'y eſtoit placé pour voir le Tour- noy des Quatre Elemens. Ce Tournoy commençoit par la Quadrille de Junon , qui re- preſentant l'Air , y paroifſoit fur une Nuë. Cibelle comme
Déeſſe de la Terre , y ame- noit dans une Machine force
Cavaliers armez , & diſpoſez à bien ſoûtenir ſes intereſts.
La Région du Feu s'ouvroit en fuite , & on y voyoit Plu- ton qui conduiſoit ſa Troupe dans une autre Machine. Neptune prenoit le parti de l'Eau,
&fa Quadrille fortoit d'une vaſte Mer , dont l'agitation n'eſtoit pas l'objet le moins
GAL ANT. 61
1
agreable aux yeux. Je ne vous dis riendes Jouſtes qui ſe fai- foient avec une adreſſe merveilleuſe , &qui estoient ter- minées par l'arrivée de la Paix,
qui venoit en Machine comme ces autres Divinitez , &
qui mettoit d'accord tous les Combatans ; ce qui n'empé- choit pas que le Spectacle ne finît par un Combat de Vvan- dales contre les Romains , &
par un autredePaſteurs contre des Bêtes farouches.
Avoüez , Madame , que fi le Totila ſe joüoit à Paris, vous ne vous defendriez pas de quitter la Province pourquel- ques jours. Tant de beautez meriteroient bien de vous attirer, &je croy quevous n'au- riez pas moins de curiofité pour l'Astiage , qui a eſté
62 LE MERCVREle ſecond Opéra repreſenté l'Hyver dernier à Veniſe fur le meſme Theatre Grimani.
Le Sujet a eſté pris de celuy que leCavalierAppoloni avoit déja traité avec tant d'applau- diſſement , & les Décorations ont paru admirables. La pre- miere Scene eftoit le Camp d'une Armée entiere , où des
Soldats faifoient l'ouverture
par une Danſe Pyrrique , ac- compagnée d'une ſimphonie merveilleuſe. Cette Danſe
eſtoit interrompuë par l'arri- vée d'une Princeſſe ,ſuivie de
quelques Officiers Generaux
de fon Armée, tous à cheval.
Onvoyoit en ſuite une Salle richement parée, dont unEn- fer horrible prenoit la place.
Caron y paſſoit les Amesdans ſa Barque. L'Ombre de Cirene
GALANT. 63
Jar THERM LYON
ne Femme d'Aſtiage , s'offroit en ſonge à ce Prince, & tout Enfer diſparoiffoit au mo- ment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers
changemens , qui estoient fui- vis d'une Décoration de
dins délicieux , d'où lesTours de la Priſon ſe découvroient
Le ſecond Acte s'ouvroit par unegrandePlace ornéed'Arcs de Triomphe ; & les autres Scenes offroient une Veuë de
Maiſons, celle d'une Court, &
en ſuite tout ce que le Tem- ple de Diane peut avoir de plus pompeuxdansſa ftructu- re. Un lieu où il ſembloit que la Nature n'avoit rien laiſſe à
-defirer pour les Délices , fai- foit la premiere Décoration du Troiſieme Acte ; aprés la- - quelle onvoyoit un Salon du
i
Tome VI. F
64 LE MERCVRE Palais du Roy', qui ſe chan geoit en une efpece de Porti- que , d'où l'on avoit communi- cation au lieu où les Beſtes
eſtoient enfermées. Le dernier
changement de Theatre fai- foit voir une Salle toute brillante de Criftaux , & ce magnifique Spectacle eſtoit em- belly de deux Entrées outre
celledes Soldats quiouvroit le
premier Acte. Il yen avoitune dePages au Second, &le tout eſtoit terminé par une autre deDemons qui s'enfuyoient à
l'aſpect d'une divinité. Le Seigneur Iean Bonaventure Vi- viani , Maître de Chapelle de l'Empereur à Inſpruk , avoit pris foin de la Muſique. La compoſition en estoit merveil- leuſe , & l'execution en avoit
eſté entrepriſe par les pre
GALANT. 65 miers Muficiens de l'Europe ,
&par les plus excellés Joüeurs d'Inſtrumens de l'un &del'autre Sexe , pour leſquels on avoit fait une dépenſe prodi- gieuſe, car il yavoit telleMu- ſicienne àquil'ondonnoit plus de quatre cens Piſtoles pour ſon Carnaval. C'eſt le moyen de ne manquer pas de belles Voix; & il ne faut pas s'éton- mer apres des liberalitez fi ac- commodantes; fi tant de Per- ſonnes s'apliquentàl'envy à ſe rendre parfaites dans la Muſique.
Nicomede en Bithinie , dedié
àl'Imperatrice Eleonor , a fui- vy ces deux Opéra. Le Do- teur Matheo Giannini en
avoit fait les Vers , & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moïſe avec un applaudiſement fi
Fij
66 LE MERCURE
general , que tous ceux qui Pontveurepreſenter,ontavoué quejamais Piece n'avoit cu ny tant d'inventions galantes &
fines , ny tant de choſes capa- bles de plaire &detoucher le.
gouft des plus délicats. Com- melesMachines que ce grand Sujet demandoit n'auroient pu s'executer dans le petit eſpace d'un Theatre ordinaire , on s'eſt contentédes Décorations
&des Changemens de Scenes qu'ony a faites les plus belles &les plus riches qu'ont ait ja- mais veuës. Le premier Acte finiffoit par un Balet de Tail- leurs de pierre. Ils tenoient chacun leur Marteaux & leurs
Ciſeaux,&faifoient leurs mouvemens en cadence autour
d'une Statuë de Nicomede,
qu'ils ſembloient achever en
GALANT. 67 dançant; mais tout celad'une maniere fi bien concertée ,
qu'on ne pouvoit rien voirde plusjufte. Une entrée de Paï- sās&de laboureurs avec leurs
Bêches &leurs Hoyaux finif- foit l'Acte ſuivant; &la fecon-
✓ de Scene du Troifiéme eſtoit
agreablement interrompuëpar uneDanſe de plufieursHéros,
qui fe ſouvenant de leurs anciennes amours , prenoient chacun un bout des cordons
de diverſes couleurs qui pen- doientauxbranches d'unMirteélevé au milieu du Theatre.
Iln'y avoit riende ſi divertif- fant que de les voir ſe mefler &ſe démefler les uns d'avec
les autres , cequ'ils faifoientde diferentes manieres , & toûjours avec une adreſſe qui at- tiroit les acclamations de tout
Fiij
68 LE MERCVRE
le monde. La Muſique de cér Opéra eſtoit du tres-excellent Cavalier Charles Groffi , Maî- tre de Chapelle de la Serenif- fime Republique..C'eſt undes Hõmesdumonde qui poffede le mieux cettte Science. Iln'a.
rien fait qui ne porte les mar- ques d'une haute capacité ,&
ſi elle a paru avec tantd'avan- tage pour luy dans l'Opéra de Nicomede , elle n'a pas eſté moins admirée dans celuyd'Io- cafte Reyne d'Armenie , qu'on adonné encor fur le meſme:
Theatre Zane avec un tresgrandfuccés. LeDocteurMo- niglia qui en avoit fait les Vers,
en a remporté beaucoup de gloire. Je ne vous diray point
toutes les beautez de cette Pie--
ce. Les Décorations ſurpre- noient, les Machines en étoient
1
GALANT. 69
admirables , la Muſique par- faite , & l'execution merveilLeufe..
Jules Cefaren Egypte , afours ny le ſujetdu cinquiémeOpé- ra qui a efté repreſenté ſur le fameux Theatre Vendramino
de S.Sauveur. Les Vers étoient
du Seigneur Buffani, & la Mu- fiquedela compoſitiondu Sei- gneur Antoine Sartorio , Maî- tre deChapelle du Duc Jean- Fredericde Brunſvic &de Lunebourg,Ducd'Hanover.Cér Opéra n'a pas eſté moins ap- plaudi que celuy & Antonin &
de Pompejan, compoſé par les meſmes Autheurs , donné fur le meſme Theatre , &chanté
par les plus excellentes Voix.
LesVers,laMufique,lesDé- corations , les Machines , tout yestoit admirable; & il n'en
70 LE MERCVRE faut point d'autre preuve que le grand concours de monde quis'yeſt toûjours trouvé pour le voir.
Il yen a eu encor deux au- tres fur un des anciens Theatres de Veniſe. Je ne vous en
puisdire ny les Sujets , ny le Nomde ceux qui ont compo- ſe les Vers & la Muſique je vous diray ſeulement que ce grand nombre de Spectacles n'a point empeſché l'Etabliſ- fement d'un Theatre tout nouveau , appellé le Theatre de SaintAnge.
C
On n'y a donné cette an- née qu'un ſeulOpéra, qui fait le neufiéme de ceux dont j'a- vois à vous parler. Il avoſt pourSujet le Raviſſement d'Helene , & eftoit chanté comme tous les autres par de tres.
GALANT. 7
d'Inci
habiles Muſiciens. La beauté
de leurs Voix répondoit par- faitement au profond ſçavoir de l'excellent SeigneurDomi- nique Freſchi, MaîtredeCha- pelle à Vicenze , qui en avoit compoſe la Muſique. Je n'ay point ſceu le Nom de l'Au theur des Vers , & tout c
qu'onm'a pûdire , c'est que la Piece eftoit remplie dens en fort grand nombre,&
fort égalemens beaux &fur- prenans. Il n'y avoit riende fi magnifique que les Décora- tions. On y admiroit ſur tout une Grote, qui faiſoit undes plus agreables ornemens du Palais d'Oenone. Elle estoit
embellie de Fontaines vives.
&de Jets d'eau naturels , & fi vous voulez bien rappeller l'image de toutes les choses.
*72 LE MERCVRE queje viensdevous ébaucher legerement , vous aurez peine à concevoir qu'on ſe refolve àfaire tantde dépenſes &tant d'appreſts pourdes Spectacles qui ne paroiſſentque pendant deux mois , & qu'une ſeule Ville puiſſe fournir afſez de Spectateurs pour ſatisfaire aux fraisdetant de diferentesPerſonnes qu'on yemploye. Aufſi nabandonne-t-on rien auPublic de cette nature qui n'a- proche de la perfection. Il n'y apoint de talent affoupi que F'émulation ne réveille. C'est
àqui emportera le prix ſur les autres. Onne ſe negligepoint,
parce qu'on craint d'être fur- monté &que ſi on laiſſoir
échaper quelque choſe de bas ou de foible , ce qu'on verroit de plus achevé,en feroit trop
د
GALANT. 73 4
alfément appercevoir les de- fauts. Lapeine ſuivroit incon- tinent , & le manque de fuc- cés de ces Ouvrages negligez en feroit perdre toute la dé- penſe. On ne les repreſente jamais qu'en Janvier & Fe- vrier , c'eſt àdire pendant tout le tempsduCarnaval. J'aypris mesmeſures pour en avoirdes nouvelles tous lesAns, afin de
vous en faire part ; & j'eſpere les avoir beaucoupplûtoſt que je ne les ay euës cette année.
Cen'eſt pas ſeulement à Ve- nife que les Opéra ſont en re- gne. Il s'en fait preſque dans toutes les Villes d'Italie , &
les Troubles de Meſſine n'ont
point empeſche qu'on n'y ait donné ce pompeux Divertif- ſement àM le Mareſchal Duc
deVivonne.C'eſt uneglorieuſe
74 LE MERCURE marquede la merveilleuſe pré- voyance du Roy , qui entre- tient ſi bien l'abondance dans
un lieu où regne la Guerre ,
queles Plaiſirs n'en ſont point
bannis.
paſſer le Carnaval à Venife ,
elle y auroit contentement , &
la diverſité des Opéra nou- veauxquis'y reprefentent ,luy
E ij
32 LE MERCURE
fourniroit ſouvent de nouveaux plaifirs. Il yen a eu cet- te année neufdiferens fur cinq Theatres. J'ay appris des par- ticularitez de quelques-uns ,
qui valentbienque je vous les faſſe ſçavoir. Elles ſervirontdu moins à vous donner quelque idée de ces grands Spectacles ,
& à vous rendre preſente en quelque forte à ce que l'éloignement des Lieux ne vous permet point de voir.
Le premier de ces Opéra a
eſté le Totila , de la compofi- tion de Mateo Neris. Ila paru fur le Theatre Grimani de S.
Jean & S. Paul , avec un fuc- cés digne de la beauté de l'Ou- vrage. Chaque Acte avoit di- vers changemens de Scenes.
L'Ouverturedu premierſe fai- foit par une petite Chambre
GALANT. 53 avec un Lit ſur lequel un En- fant dormoit. Clelie paroiſſoit auprés de luy tenant un poi- gnard qu'elle ſembloit prefſte à luy enfoncer dans le ſein. La Chambre diſparoiſſoit tout- à- coup , &le Theatre reprefen- toit unedes Places de Rome,
environnée de Palais d'une
ſtructure admirable.Totila entroit ſuivy de fes Troupes , l'E- pée & le Flambeau à la main ,
Trompetes fonnantes , avec
leurs Enſeignes. Ces Palais s'embraſoient les uns apres les autres. On en voyoit tomber les pieces à meſure quela fla- me s'y attachoit , mais avecun artifice ſi ſuprenant , &qui ap- prochoit tellementde la natu-- re , qu'il n'y avoit perſonne qui ne cruſt qu'ils brûloient veri- tablement.Ledefordre regnoit
E iij
54 LE MERCVRE partout ,&dans cette confu- fion , Marſia Fille de Servius ,
cherchant à ſe ſauver des Soldats qui la pourſuivoient , ſe jettoit parunefeneftre,&tom- boit évanoüie entre les bras de
Totila qui la recevoit. La troi- fiéme Scene avoit pourDéco- ration une Salle de l'Apparte- ment de Clelie ; & celle de la
quatriéme eſtoit une Ruë où l'on voyoit une Tour , & une des Portes de Rome en éloignement. Des Eſclaves con- duiſoient de loin unElephant d'une grandeur démeſurée. Il ſembloit tout couvert d'or ; &
ce qui cauſa autant d'admira- tion que de ſurpriſe , c'eſt que cét Elephant s'eſtant arreſté ,
s'ouvrit au fondes Trompetes,
&ſe ſepara en pluſieurs par- ties , qui firentparoiſtre Belif
GALANT.
55 faire , Lepide , Cinna , une Troupe nombreuſe de Soldats
avec leur Armes &leurs Bou
cliers , des Trompetes , &des Enſeignes dont toute laScene fut remplie. Onyvitdu moins cent cinquantePerſonnes tout àla fois. Jugez avec quel ordre ils devoient avoir efté rangez
les uns fur les autres , & avec
combien d'adreſſe il falloit
qu'oneuſt entremêlé les Boucliers, lesArmes,les Enſeignes &les Trompetes pour former le corps de ceprodigieux Ele- phant. Cét Acte finiſſoit par une Danfe de Cavaliers monzez fur de veritables Chevaux.
La premiere Scene du Se- cond ſe paſſoit dans la Court d'un Palais , qui faifoit place à
une Mer. On découvroit la
Plage, & l'armée Navale de
1
38 LE MERCVRE Totila , avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triomphe , faiſant marcher devant euxdesEſclaves &des Prifonniers , tandis que les autres rempliſſoient les Vaiſſeaux des Dépoüilles &des Tréſors dont ils s'eſtoientenrichis au Sacde
cette fameuſe Ville. Une Tempeſte accompagnée de Ton- nerres & d'Eclairs les pouſſoit contre des Ecüeils , ils s'y bri- foient & s'abifmoient les uns
apres les autres.Il n'y avoit rien de mieux repreſenté que ce Naufrage. D'effroyables cris qu'on entendoit retentir , fai- foient connoiſtre le deſeſpoir deceuxqui ſe perdoient , &on en voyoit une partie qui ſejet- tant à la nage , tâchoit de ga- gnerlebord. La derniere Sce
GALANT. 59 neavoit unBois pourDécora- tion,&elle ſe paſſoit dansune Nuit éclairée d'une Lune qui ſe couvroit peu à peu de nua- ges , & laiſſoit enfin le Ciel
entierement obſcurcy. Une Entréede Soldats attaquez/par
deuxOurs finiſoit l'Acte. BIB
LYON
Le troiſième faiſoit paro tred'abordune Plaine où l'Ar
mée des Romains eftoit campée d'un coſté , & de l'autre ondécouvroit la Ville deRome avec un Pont ſur la Brêche. DesChariots chargezdes Dépoüilles des Ennemis paf- foient fur ce pont , ils eftoient tirez par de veritables Che- vaux ,&Beliſſaire entroit en ſuite par cetteBrêche avecſes Gens montez comme luy fur des Chevaux vivans, La Scene
ſuivante ſe repreſentait dans
60 LE MERCVRE
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une Salle d'un riche & magnifique Palais. Puis on voyoit unegrande Court qui ſe chan- geoit en un Theatre chargé d'un grand Peuple , qui s'y eſtoit placé pour voir le Tour- noy des Quatre Elemens. Ce Tournoy commençoit par la Quadrille de Junon , qui re- preſentant l'Air , y paroifſoit fur une Nuë. Cibelle comme
Déeſſe de la Terre , y ame- noit dans une Machine force
Cavaliers armez , & diſpoſez à bien ſoûtenir ſes intereſts.
La Région du Feu s'ouvroit en fuite , & on y voyoit Plu- ton qui conduiſoit ſa Troupe dans une autre Machine. Neptune prenoit le parti de l'Eau,
&fa Quadrille fortoit d'une vaſte Mer , dont l'agitation n'eſtoit pas l'objet le moins
GAL ANT. 61
1
agreable aux yeux. Je ne vous dis riendes Jouſtes qui ſe fai- foient avec une adreſſe merveilleuſe , &qui estoient ter- minées par l'arrivée de la Paix,
qui venoit en Machine comme ces autres Divinitez , &
qui mettoit d'accord tous les Combatans ; ce qui n'empé- choit pas que le Spectacle ne finît par un Combat de Vvan- dales contre les Romains , &
par un autredePaſteurs contre des Bêtes farouches.
Avoüez , Madame , que fi le Totila ſe joüoit à Paris, vous ne vous defendriez pas de quitter la Province pourquel- ques jours. Tant de beautez meriteroient bien de vous attirer, &je croy quevous n'au- riez pas moins de curiofité pour l'Astiage , qui a eſté
62 LE MERCVREle ſecond Opéra repreſenté l'Hyver dernier à Veniſe fur le meſme Theatre Grimani.
Le Sujet a eſté pris de celuy que leCavalierAppoloni avoit déja traité avec tant d'applau- diſſement , & les Décorations ont paru admirables. La pre- miere Scene eftoit le Camp d'une Armée entiere , où des
Soldats faifoient l'ouverture
par une Danſe Pyrrique , ac- compagnée d'une ſimphonie merveilleuſe. Cette Danſe
eſtoit interrompuë par l'arri- vée d'une Princeſſe ,ſuivie de
quelques Officiers Generaux
de fon Armée, tous à cheval.
Onvoyoit en ſuite une Salle richement parée, dont unEn- fer horrible prenoit la place.
Caron y paſſoit les Amesdans ſa Barque. L'Ombre de Cirene
GALANT. 63
Jar THERM LYON
ne Femme d'Aſtiage , s'offroit en ſonge à ce Prince, & tout Enfer diſparoiffoit au mo- ment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers
changemens , qui estoient fui- vis d'une Décoration de
dins délicieux , d'où lesTours de la Priſon ſe découvroient
Le ſecond Acte s'ouvroit par unegrandePlace ornéed'Arcs de Triomphe ; & les autres Scenes offroient une Veuë de
Maiſons, celle d'une Court, &
en ſuite tout ce que le Tem- ple de Diane peut avoir de plus pompeuxdansſa ftructu- re. Un lieu où il ſembloit que la Nature n'avoit rien laiſſe à
-defirer pour les Délices , fai- foit la premiere Décoration du Troiſieme Acte ; aprés la- - quelle onvoyoit un Salon du
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Tome VI. F
64 LE MERCVRE Palais du Roy', qui ſe chan geoit en une efpece de Porti- que , d'où l'on avoit communi- cation au lieu où les Beſtes
eſtoient enfermées. Le dernier
changement de Theatre fai- foit voir une Salle toute brillante de Criftaux , & ce magnifique Spectacle eſtoit em- belly de deux Entrées outre
celledes Soldats quiouvroit le
premier Acte. Il yen avoitune dePages au Second, &le tout eſtoit terminé par une autre deDemons qui s'enfuyoient à
l'aſpect d'une divinité. Le Seigneur Iean Bonaventure Vi- viani , Maître de Chapelle de l'Empereur à Inſpruk , avoit pris foin de la Muſique. La compoſition en estoit merveil- leuſe , & l'execution en avoit
eſté entrepriſe par les pre
GALANT. 65 miers Muficiens de l'Europe ,
&par les plus excellés Joüeurs d'Inſtrumens de l'un &del'autre Sexe , pour leſquels on avoit fait une dépenſe prodi- gieuſe, car il yavoit telleMu- ſicienne àquil'ondonnoit plus de quatre cens Piſtoles pour ſon Carnaval. C'eſt le moyen de ne manquer pas de belles Voix; & il ne faut pas s'éton- mer apres des liberalitez fi ac- commodantes; fi tant de Per- ſonnes s'apliquentàl'envy à ſe rendre parfaites dans la Muſique.
Nicomede en Bithinie , dedié
àl'Imperatrice Eleonor , a fui- vy ces deux Opéra. Le Do- teur Matheo Giannini en
avoit fait les Vers , & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moïſe avec un applaudiſement fi
Fij
66 LE MERCURE
general , que tous ceux qui Pontveurepreſenter,ontavoué quejamais Piece n'avoit cu ny tant d'inventions galantes &
fines , ny tant de choſes capa- bles de plaire &detoucher le.
gouft des plus délicats. Com- melesMachines que ce grand Sujet demandoit n'auroient pu s'executer dans le petit eſpace d'un Theatre ordinaire , on s'eſt contentédes Décorations
&des Changemens de Scenes qu'ony a faites les plus belles &les plus riches qu'ont ait ja- mais veuës. Le premier Acte finiffoit par un Balet de Tail- leurs de pierre. Ils tenoient chacun leur Marteaux & leurs
Ciſeaux,&faifoient leurs mouvemens en cadence autour
d'une Statuë de Nicomede,
qu'ils ſembloient achever en
GALANT. 67 dançant; mais tout celad'une maniere fi bien concertée ,
qu'on ne pouvoit rien voirde plusjufte. Une entrée de Paï- sās&de laboureurs avec leurs
Bêches &leurs Hoyaux finif- foit l'Acte ſuivant; &la fecon-
✓ de Scene du Troifiéme eſtoit
agreablement interrompuëpar uneDanſe de plufieursHéros,
qui fe ſouvenant de leurs anciennes amours , prenoient chacun un bout des cordons
de diverſes couleurs qui pen- doientauxbranches d'unMirteélevé au milieu du Theatre.
Iln'y avoit riende ſi divertif- fant que de les voir ſe mefler &ſe démefler les uns d'avec
les autres , cequ'ils faifoientde diferentes manieres , & toûjours avec une adreſſe qui at- tiroit les acclamations de tout
Fiij
68 LE MERCVRE
le monde. La Muſique de cér Opéra eſtoit du tres-excellent Cavalier Charles Groffi , Maî- tre de Chapelle de la Serenif- fime Republique..C'eſt undes Hõmesdumonde qui poffede le mieux cettte Science. Iln'a.
rien fait qui ne porte les mar- ques d'une haute capacité ,&
ſi elle a paru avec tantd'avan- tage pour luy dans l'Opéra de Nicomede , elle n'a pas eſté moins admirée dans celuyd'Io- cafte Reyne d'Armenie , qu'on adonné encor fur le meſme:
Theatre Zane avec un tresgrandfuccés. LeDocteurMo- niglia qui en avoit fait les Vers,
en a remporté beaucoup de gloire. Je ne vous diray point
toutes les beautez de cette Pie--
ce. Les Décorations ſurpre- noient, les Machines en étoient
1
GALANT. 69
admirables , la Muſique par- faite , & l'execution merveilLeufe..
Jules Cefaren Egypte , afours ny le ſujetdu cinquiémeOpé- ra qui a efté repreſenté ſur le fameux Theatre Vendramino
de S.Sauveur. Les Vers étoient
du Seigneur Buffani, & la Mu- fiquedela compoſitiondu Sei- gneur Antoine Sartorio , Maî- tre deChapelle du Duc Jean- Fredericde Brunſvic &de Lunebourg,Ducd'Hanover.Cér Opéra n'a pas eſté moins ap- plaudi que celuy & Antonin &
de Pompejan, compoſé par les meſmes Autheurs , donné fur le meſme Theatre , &chanté
par les plus excellentes Voix.
LesVers,laMufique,lesDé- corations , les Machines , tout yestoit admirable; & il n'en
70 LE MERCVRE faut point d'autre preuve que le grand concours de monde quis'yeſt toûjours trouvé pour le voir.
Il yen a eu encor deux au- tres fur un des anciens Theatres de Veniſe. Je ne vous en
puisdire ny les Sujets , ny le Nomde ceux qui ont compo- ſe les Vers & la Muſique je vous diray ſeulement que ce grand nombre de Spectacles n'a point empeſché l'Etabliſ- fement d'un Theatre tout nouveau , appellé le Theatre de SaintAnge.
C
On n'y a donné cette an- née qu'un ſeulOpéra, qui fait le neufiéme de ceux dont j'a- vois à vous parler. Il avoſt pourSujet le Raviſſement d'Helene , & eftoit chanté comme tous les autres par de tres.
GALANT. 7
d'Inci
habiles Muſiciens. La beauté
de leurs Voix répondoit par- faitement au profond ſçavoir de l'excellent SeigneurDomi- nique Freſchi, MaîtredeCha- pelle à Vicenze , qui en avoit compoſe la Muſique. Je n'ay point ſceu le Nom de l'Au theur des Vers , & tout c
qu'onm'a pûdire , c'est que la Piece eftoit remplie dens en fort grand nombre,&
fort égalemens beaux &fur- prenans. Il n'y avoit riende fi magnifique que les Décora- tions. On y admiroit ſur tout une Grote, qui faiſoit undes plus agreables ornemens du Palais d'Oenone. Elle estoit
embellie de Fontaines vives.
&de Jets d'eau naturels , & fi vous voulez bien rappeller l'image de toutes les choses.
*72 LE MERCVRE queje viensdevous ébaucher legerement , vous aurez peine à concevoir qu'on ſe refolve àfaire tantde dépenſes &tant d'appreſts pourdes Spectacles qui ne paroiſſentque pendant deux mois , & qu'une ſeule Ville puiſſe fournir afſez de Spectateurs pour ſatisfaire aux fraisdetant de diferentesPerſonnes qu'on yemploye. Aufſi nabandonne-t-on rien auPublic de cette nature qui n'a- proche de la perfection. Il n'y apoint de talent affoupi que F'émulation ne réveille. C'est
àqui emportera le prix ſur les autres. Onne ſe negligepoint,
parce qu'on craint d'être fur- monté &que ſi on laiſſoir
échaper quelque choſe de bas ou de foible , ce qu'on verroit de plus achevé,en feroit trop
د
GALANT. 73 4
alfément appercevoir les de- fauts. Lapeine ſuivroit incon- tinent , & le manque de fuc- cés de ces Ouvrages negligez en feroit perdre toute la dé- penſe. On ne les repreſente jamais qu'en Janvier & Fe- vrier , c'eſt àdire pendant tout le tempsduCarnaval. J'aypris mesmeſures pour en avoirdes nouvelles tous lesAns, afin de
vous en faire part ; & j'eſpere les avoir beaucoupplûtoſt que je ne les ay euës cette année.
Cen'eſt pas ſeulement à Ve- nife que les Opéra ſont en re- gne. Il s'en fait preſque dans toutes les Villes d'Italie , &
les Troubles de Meſſine n'ont
point empeſche qu'on n'y ait donné ce pompeux Divertif- ſement àM le Mareſchal Duc
deVivonne.C'eſt uneglorieuſe
74 LE MERCURE marquede la merveilleuſe pré- voyance du Roy , qui entre- tient ſi bien l'abondance dans
un lieu où regne la Guerre ,
queles Plaiſirs n'en ſont point
bannis.
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Résumé : Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière les opéras représentés à Venise pendant le Carnaval, recommandant de s'y rendre chaque année pour apprécier la diversité des spectacles. Neuf opéras différents ont été joués dans cinq théâtres. Parmi eux, 'Totila' de Mateo Neris, représenté au théâtre Grimani de Saint-Jean et Saint-Paul, se distingue par ses changements de scènes impressionnants et ses décors sophistiqués, tels qu'une chambre avec un enfant dormant, des places de Rome en flammes, et un éléphant se transformant en soldats. D'autres opéras mentionnés incluent 'Astiage', 'Nicomède en Bithynie', 'Ioaspe Reine d'Arménie', 'Jules César en Égypte', et 'Le Ravissement d'Hélène'. Chaque opéra est loué pour ses décors, machines, musique et exécution. Le texte souligne également l'émulation et la perfection recherchée dans ces spectacles, qui attirent un grand nombre de spectateurs malgré les coûts élevés. Les artistes craignent de négliger certains aspects de leur travail par peur des critiques, ce qui peut entraîner des défauts immédiatement perçus et la perte des efforts investis. Les opéras sont généralement représentés en janvier et février. L'auteur mentionne avoir pris des mesures pour obtenir des nouvelles des opéras chaque année afin de les partager. Les opéras ne sont pas seulement populaires à Venise, mais aussi dans toutes les villes d'Italie. Même à Messine, malgré les troubles, un opéra a été donné en l'honneur du Maréchal Duc de Vivonne, démontrant la prévoyance du roi qui maintient l'abondance et les plaisirs même en temps de guerre.
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2
p. 23-32
Description de la Grande & Petite Ecurie du Roy à Versailles. [titre d'après la table]
Début :
Ils virent un autre jour la grande & la petite Ecurie. [...]
Mots clefs :
Écuries, Chevaux, Petite écurie, Grande écurie, Cour, Porte, Étage, Décoration, Pierres, Corps
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Grande & Petite Ecurie du Roy à Versailles. [titre d'après la table]
Ils virent un autre jour
la grande & la petite Ecurie.
Ce font deux grands corps de
Baſtiment ſeparez l'un de
l'autre , regardant le Chafteau
en face. Ils ſont ſituez
entre les trois avenuës qui
forment une patte d'Oye ,
par laquelle on arrive àVer-
:
24 III. P. du Voyage
failles. Ces Ecuries font partie
de la cloſture de la grande
Avant- court , ou Place d'armes.
Elles conſiſtent chacune
en cinq courts , dont la
grande plus étroite à l'entrée
que dans le fond , n'eſt fermée
devant que par unegril.
le de trente-deux toiſes de
long,& les Pavillons de neuf
toiſes , qui flanquent les aîles
de trente- ſept toiſfes de long ,
retournent vers le fond de la
court , pour la terminer en
demy - lune par deux portions
de cercles d'ouverture,
de trente- quatre qui ſe vont
joindre
des Amb. de Siam. 25
joindre à un grand Avantcorps
où eſt la principale
Porte. Aprés font les deux
moyennes Cours entourées
de baſtimens de 20 toiſes ſur
douze. Aux coſtez du dehors
paroiffent les deux petites
Cours pour les fumiers , de
20 toiſes de long fur 9. de
large, fermées pardevant d'un
mur de cloſture , de la hauteur
du premier étage. Toute
la decoration du dehors n'eſt
que de bofſages ou de pierres
de refand. Les croisées
des rez de chauffée ſont
bombées , &priſes dans des
C
26 III. P. du Voyage
arcades , & celles du premier
étage font quarrées, longues
en hauteur. Ily a des tables
de briques dans les trumeaux
des aifles . Les combles font
d'une belle proportion,&les
lucarnes qui éclairent l'étage
en galetas , font de plomb.
Dans ces Edifices font logez
tous les Officiers des Ecuries,
&plufieurs autres perfonnes .
Ces BBaaſlttiimmens font affez bas
pour ne point empêcher la
veue du Chaſteaui ; ainfi
le niveau des faiftes ré
pond à peu prés au pavé de
marbre de la petite Court
ວ
1
desAmb. de Siam. 27
outre qu'il n'y a point de
ſouches de cheminées apparentes
au dehors . Le plandes
Grilles eft auffi ceintré , enforte
que de quelque afpect
qu'on regarde les Ecuries, on
voit les quatre Pavillons des
aiſles. Voila ce qui concerne
la decoration des dehors
qu'elles ont commune.Quant
à la diftribution du plan , il
eſt different en ce que ces
deux Ecuries ont leur uſage
particulier. La plus grade renferme
les Chevaux de main.
De la grande Arcade qui
eſt au fond de la court &
Cij
28. III. P. du Voyage
dans le milieu de l'avantcorps,
on entre dans ungrand
Manege couvert, de 20 toiſes
ſur huit , aux coſtez duquel
font deux Ecuries. Derriere
l'Ecurie eſt un grand
Manege pour les Jouftes &
Tournois , au devant duquel
eſt le Chenil . La ſculpture de
l'Avant-corps du milieu renferme
de grands Bas-reliefs,
des Trophées d'armes , des
Harnois & autres ouvrages
de cette nature ; & dans les
Pilaſtres de la Grille de devant,
font les Epées du Grand
Ecuyer.
des Amb . de Siam. 29
Quant à la petite Ecurie,
les Remiſes des Carroſſes ſont
dans les arcades de la demylune
du fond de la court, au
nombre de huit à neuf de
chaque coſté. De la porte de
l'Avant- corps du milieu , on
entre dans la plus large Ecurie
à deux rangs , chacun de
25 Chevaux , entre leſquels
on paſſe ; & au bout eſt une
grande Coupe ou Voûte
ſpherique , de 12 toiſes de
diamétre, qui ſepare les deux
autres Ecuries où les Chevaux
de chacune ſont ſur deux
rangs de34Chevaux chacun,
C.iij
30 III. P. du Voyage
:
Les Rateliers font le long des
pilliers qui la ſeparent en
deuxberceaux, & laiſſent encore
affez d'eſpace derriere
les Chevaux pour y pouvoir
aller en carroffe ; & en
retour, au bout de celles-cy,
font deux Ecuries à un rang,
chacun de 47 Chevaux. Le
Dôme eſt porté ſur 4 pendentifs
; il eſt voûté de pierres,
&éclairé par un jour au milieu,
dont le chaſſis de fer un
peu ceintré , porte les vîtres .
Derriere cette Ecurie eft
encore une entrée principale
au milieu d'un grandAvant
des Amb. de Siam. 31
corps environné d'un fronton
triangulaire , dans lequel
eſt un Bas- relief qui repreſente
Alexandre qui dompte
Bucephale. Ce Bas-relief eft
de M Girardon .
Derriere cette Ecurie font
deux autres grandes Ecuries
de 54 Chevaux chacune ; &
dans la court qui eſt interposée
entre cette augmentation
& le corps de la petite
Ecurie, eſt un petit Manege.
Outre ces Ecuries il y a
une court derriere , où eſt
l'Infirmerie des Chevaux ; ce
font de petites Ecuries de 2 .
Cij
32 III. P. du Voyage
de 4. & de 6 Chevaux. Je
vous ay déja marqué dans
quelqu'une de mes Lettres,
que ces Ecuries ſont du deffein
de M Manſard. Il receut
tant de loüanges,quand
elles furent achevées , qu'il
feroit inutile de luy en donner
icy.
la grande & la petite Ecurie.
Ce font deux grands corps de
Baſtiment ſeparez l'un de
l'autre , regardant le Chafteau
en face. Ils ſont ſituez
entre les trois avenuës qui
forment une patte d'Oye ,
par laquelle on arrive àVer-
:
24 III. P. du Voyage
failles. Ces Ecuries font partie
de la cloſture de la grande
Avant- court , ou Place d'armes.
Elles conſiſtent chacune
en cinq courts , dont la
grande plus étroite à l'entrée
que dans le fond , n'eſt fermée
devant que par unegril.
le de trente-deux toiſes de
long,& les Pavillons de neuf
toiſes , qui flanquent les aîles
de trente- ſept toiſfes de long ,
retournent vers le fond de la
court , pour la terminer en
demy - lune par deux portions
de cercles d'ouverture,
de trente- quatre qui ſe vont
joindre
des Amb. de Siam. 25
joindre à un grand Avantcorps
où eſt la principale
Porte. Aprés font les deux
moyennes Cours entourées
de baſtimens de 20 toiſes ſur
douze. Aux coſtez du dehors
paroiffent les deux petites
Cours pour les fumiers , de
20 toiſes de long fur 9. de
large, fermées pardevant d'un
mur de cloſture , de la hauteur
du premier étage. Toute
la decoration du dehors n'eſt
que de bofſages ou de pierres
de refand. Les croisées
des rez de chauffée ſont
bombées , &priſes dans des
C
26 III. P. du Voyage
arcades , & celles du premier
étage font quarrées, longues
en hauteur. Ily a des tables
de briques dans les trumeaux
des aifles . Les combles font
d'une belle proportion,&les
lucarnes qui éclairent l'étage
en galetas , font de plomb.
Dans ces Edifices font logez
tous les Officiers des Ecuries,
&plufieurs autres perfonnes .
Ces BBaaſlttiimmens font affez bas
pour ne point empêcher la
veue du Chaſteaui ; ainfi
le niveau des faiftes ré
pond à peu prés au pavé de
marbre de la petite Court
ວ
1
desAmb. de Siam. 27
outre qu'il n'y a point de
ſouches de cheminées apparentes
au dehors . Le plandes
Grilles eft auffi ceintré , enforte
que de quelque afpect
qu'on regarde les Ecuries, on
voit les quatre Pavillons des
aiſles. Voila ce qui concerne
la decoration des dehors
qu'elles ont commune.Quant
à la diftribution du plan , il
eſt different en ce que ces
deux Ecuries ont leur uſage
particulier. La plus grade renferme
les Chevaux de main.
De la grande Arcade qui
eſt au fond de la court &
Cij
28. III. P. du Voyage
dans le milieu de l'avantcorps,
on entre dans ungrand
Manege couvert, de 20 toiſes
ſur huit , aux coſtez duquel
font deux Ecuries. Derriere
l'Ecurie eſt un grand
Manege pour les Jouftes &
Tournois , au devant duquel
eſt le Chenil . La ſculpture de
l'Avant-corps du milieu renferme
de grands Bas-reliefs,
des Trophées d'armes , des
Harnois & autres ouvrages
de cette nature ; & dans les
Pilaſtres de la Grille de devant,
font les Epées du Grand
Ecuyer.
des Amb . de Siam. 29
Quant à la petite Ecurie,
les Remiſes des Carroſſes ſont
dans les arcades de la demylune
du fond de la court, au
nombre de huit à neuf de
chaque coſté. De la porte de
l'Avant- corps du milieu , on
entre dans la plus large Ecurie
à deux rangs , chacun de
25 Chevaux , entre leſquels
on paſſe ; & au bout eſt une
grande Coupe ou Voûte
ſpherique , de 12 toiſes de
diamétre, qui ſepare les deux
autres Ecuries où les Chevaux
de chacune ſont ſur deux
rangs de34Chevaux chacun,
C.iij
30 III. P. du Voyage
:
Les Rateliers font le long des
pilliers qui la ſeparent en
deuxberceaux, & laiſſent encore
affez d'eſpace derriere
les Chevaux pour y pouvoir
aller en carroffe ; & en
retour, au bout de celles-cy,
font deux Ecuries à un rang,
chacun de 47 Chevaux. Le
Dôme eſt porté ſur 4 pendentifs
; il eſt voûté de pierres,
&éclairé par un jour au milieu,
dont le chaſſis de fer un
peu ceintré , porte les vîtres .
Derriere cette Ecurie eft
encore une entrée principale
au milieu d'un grandAvant
des Amb. de Siam. 31
corps environné d'un fronton
triangulaire , dans lequel
eſt un Bas- relief qui repreſente
Alexandre qui dompte
Bucephale. Ce Bas-relief eft
de M Girardon .
Derriere cette Ecurie font
deux autres grandes Ecuries
de 54 Chevaux chacune ; &
dans la court qui eſt interposée
entre cette augmentation
& le corps de la petite
Ecurie, eſt un petit Manege.
Outre ces Ecuries il y a
une court derriere , où eſt
l'Infirmerie des Chevaux ; ce
font de petites Ecuries de 2 .
Cij
32 III. P. du Voyage
de 4. & de 6 Chevaux. Je
vous ay déja marqué dans
quelqu'une de mes Lettres,
que ces Ecuries ſont du deffein
de M Manſard. Il receut
tant de loüanges,quand
elles furent achevées , qu'il
feroit inutile de luy en donner
icy.
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Résumé : Description de la Grande & Petite Ecurie du Roy à Versailles. [titre d'après la table]
Le texte décrit les grandes et petites écuries du Château, deux bâtiments distincts situés face au château et séparés par trois avenues formant une patte d'oie. Ces écuries font partie de la clôture de la grande avant-cour ou place d'armes. Chaque écurie comprend cinq cours : une grande cour, deux moyennes et deux petites. La grande cour est fermée par une grille et mesure trente-deux toises de long, tandis que les pavillons mesurent neuf toises et se retournent vers le fond de la cour pour la terminer en demi-lune. Les bâtiments sont décorés de bossages ou de pierres de refend, avec des croisées bombées au rez-de-chaussée et carrées au premier étage. Les combles sont proportionnés et les lucarnes en plomb éclairent l'étage en galetas. La grande écurie abrite les chevaux de main et comprend un manège couvert, deux écuries, un grand manège pour les joutes et tournois, et un chenil. La petite écurie, quant à elle, possède des remises pour les carrosses et plusieurs écuries pour les chevaux disposés en rangs. Les rateliers sont placés le long des piliers, permettant le passage des carrosses. Derrière la petite écurie se trouve une entrée principale avec un fronton triangulaire et un bas-relief représentant Alexandre domptant Bucéphale, œuvre de Girardon. Les écuries sont conçues par Mansard et ont reçu de nombreuses louanges à leur achèvement.
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3
p. 88-92
Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Début :
Lorsque les Ambassadeurs allerent la premiere fois à Sceaux, ils [...]
Mots clefs :
Galerie de Sceaux, Ambassadeurs, Sceaux, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Portes, Décoration, Tableaux, Mansard, Charles Le Brun
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Lorſque les Ambaſſadeurs
allerent la premiere fois à
Sceaux, ils virent une Galerie
que M de Seignelay faifoit
bâtir dans ſon Jardin , &
qui n'eſtoit pas encore achevée.
Elle leur parut ſi belle
qu'ils témoignerent grande
envie de la revoir , quand le
bâtiment feroit finy. Il ſe
trouva fait , lors qu'ils étoient
fur le point de partir pour
:
des Amb. de Siam. 89
Flandre , de forte que la faifon
eftant encore belle , ils
allerent à Sceaux avant leur
départ. Voicy en quoy confifte
cette Galerie. C'eſt un
grand Bâtiment en aifle iſolés
ſeparé du Château en entrant
à main-gauche. Il a de lon
gueur 44. toiſes ſur s. dans
oeuvre & 6. ſous clef. Il eſt
flanqué au dehors par trois
avant- corps à chaque grande
face , au milieu deſquelles
font trois portes ceintrées.
Ces avant-corps font ornez
de frontons triangulaires , &
aux deux bouts il y a de pay
H
4
90 111 P. du Voyage
reilles portes de dix pieds &
demy de largeur , fur envi
ron le double de leur hauteur.
La face qui regarde le
Midy a dix grandes croiſées,
outre ces trois portes. La décoration
exterieure eſt de pierre
de refand, lecomble de cette
Galerie eſt brifé ; la decoration
du dedans eſt un lambris
de Quadres qui renfer
ment des Tableaux&des panneaux
de glaces . La voute en
ance de pannier , eft portée
par une corniche ornée de
Iculpture ; cette Galerie eft
pavée the marbre noir &
des Amb. de Siam. 91
blanc , & du deſſein de Mr
Manfard ; c'eſt un des plus
beaux ,&des plus vaſtes morceaux
d'Architecture qu'il
foit poſſible de voir. Les
Ambaſſadeurs s'y promenerent
long-temps , & quoy
quelle ne fuſtpas encore toutà-
fait meublée , ils ne laiſſerent
pas d'y remarquer de
tres belles chofes , ils recon
murent des Tableaux , dont
ils avoient veu de pareils à
Fontainebleau , ainſi que plufieurs
ouvrages deM le Brun.
M de Seignelay eſtoit alors
àFontainebleau , & perſonne
Hij
92 III. P. du Voyage
n'avoit eſté averty à Sceaux
que les Ambaſſadeurs y dufſent
aller ; cependant on les
y reçût tres-bien , & l'on fit
joüer toutes les eaux , aufquelles
ils prirent beaucoup
de plaifir , quoy qu'ils les
euſſent déja veuës.
allerent la premiere fois à
Sceaux, ils virent une Galerie
que M de Seignelay faifoit
bâtir dans ſon Jardin , &
qui n'eſtoit pas encore achevée.
Elle leur parut ſi belle
qu'ils témoignerent grande
envie de la revoir , quand le
bâtiment feroit finy. Il ſe
trouva fait , lors qu'ils étoient
fur le point de partir pour
:
des Amb. de Siam. 89
Flandre , de forte que la faifon
eftant encore belle , ils
allerent à Sceaux avant leur
départ. Voicy en quoy confifte
cette Galerie. C'eſt un
grand Bâtiment en aifle iſolés
ſeparé du Château en entrant
à main-gauche. Il a de lon
gueur 44. toiſes ſur s. dans
oeuvre & 6. ſous clef. Il eſt
flanqué au dehors par trois
avant- corps à chaque grande
face , au milieu deſquelles
font trois portes ceintrées.
Ces avant-corps font ornez
de frontons triangulaires , &
aux deux bouts il y a de pay
H
4
90 111 P. du Voyage
reilles portes de dix pieds &
demy de largeur , fur envi
ron le double de leur hauteur.
La face qui regarde le
Midy a dix grandes croiſées,
outre ces trois portes. La décoration
exterieure eſt de pierre
de refand, lecomble de cette
Galerie eſt brifé ; la decoration
du dedans eſt un lambris
de Quadres qui renfer
ment des Tableaux&des panneaux
de glaces . La voute en
ance de pannier , eft portée
par une corniche ornée de
Iculpture ; cette Galerie eft
pavée the marbre noir &
des Amb. de Siam. 91
blanc , & du deſſein de Mr
Manfard ; c'eſt un des plus
beaux ,&des plus vaſtes morceaux
d'Architecture qu'il
foit poſſible de voir. Les
Ambaſſadeurs s'y promenerent
long-temps , & quoy
quelle ne fuſtpas encore toutà-
fait meublée , ils ne laiſſerent
pas d'y remarquer de
tres belles chofes , ils recon
murent des Tableaux , dont
ils avoient veu de pareils à
Fontainebleau , ainſi que plufieurs
ouvrages deM le Brun.
M de Seignelay eſtoit alors
àFontainebleau , & perſonne
Hij
92 III. P. du Voyage
n'avoit eſté averty à Sceaux
que les Ambaſſadeurs y dufſent
aller ; cependant on les
y reçût tres-bien , & l'on fit
joüer toutes les eaux , aufquelles
ils prirent beaucoup
de plaifir , quoy qu'ils les
euſſent déja veuës.
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Résumé : Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent Sceaux et découvrirent une galerie en construction dans le jardin de M. de Seignelay. Impressionnés, ils souhaitèrent la revoir une fois achevée. La galerie, terminée avant leur départ pour la Flandre, est un grand bâtiment isolé de 44 toises de longueur et 6 toises de hauteur. Elle possède trois avant-corps sur chaque grande face, ornés de frontons triangulaires et de portes cintrées. La façade sud comporte dix grandes croisées et trois portes. La décoration extérieure est en pierre de refend, tandis que l'intérieur est orné de lambris avec des tableaux et des panneaux de glaces. La voûte, en anse de panier, est portée par une corniche sculptée. Le sol est pavé de marbre noir et blanc, selon un design de Monsieur Mansart. Les ambassadeurs apprécièrent la galerie malgré son ameublement incomplet et remarquèrent de beaux tableaux, dont certains similaires à ceux de Fontainebleau et des œuvres de Le Brun. En l'absence de M. de Seignelay, ils furent bien accueillis et admirèrent les jeux d'eau du jardin.
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4
p. 577-591
Arlequin Phaeton, &c. [titre d'après la table]
Début :
ARLEQUIN PHAETON, Parodie, &c. par les mêmes Auteurs, et chez [...]
Mots clefs :
Parodie, Arlequin, Théâtre, Comédie, Soleil, Trône, Décoration, Scène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arlequin Phaeton, &c. [titre d'après la table]
ARLEQUIN PHAETON , Parodie ,
&c. par les mêmes Auteurs , et chez le
même Libraire , 1731 .
Cette Piece fut donnée sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne le 22. Février
et très -favorablement reçûë du Public.
Le Théatre représente la Mer dans le
fond , Libie ouvre la Scene par ces Vers
parodiez , sur l'Air : Ici sont venus ex
personne.
Heureuse une ame indifferente !
Le bonheur dont j'étois contente ,
Le
378 MERCURE DE FRANCE
Ne me sera-t'il point rendu ?
Dans ces beaux lieux tout est paisible .
Helas ! que ne m'est -il possible ,
D'y trouver ce que j'ai perdu !
C'est un petit coeur ingenu ,
C'est un coeur sincere et fidele ,
Dont je n'avois plus de nouvelle.
Quand une fois l'Amour le prend ,
Jamais le traitre ne le rend.
- Théone s'étonne de voir Libie seule et
rêveuse ; celle-cy lui dit qu'elle vient rêver
aussi en ce lieu , et qu'il est à présumer
qu'elle aime ; oui , lui répond- elle ,
je n'en fais aucun mistere.
Il faut aimer pour éprouver ,
Le plaisir de rêver.
Avoüez , ajoûte- t'elle , que vous en te
nez aussi bien que moi ; sur le Chant de
Opera :
Le Fils de Jupiter vous aime.
Libie.
Je ne serois qu'à lui s'il n'étoit qu'à moi-même.
Vous êtes plus heureuse que moi , contiñue-
t'elle , le fils du Soleil vous plaît .
vous joüissez d'un plein repos. Toutes deux.
Ah !
MARS.
1731. 379
Ah! Madame Enroux ,
>
Que l'Amour est fou ,
Et qu'il fait de folles !
Ah ! Madame Enroux ,
Combien de paroles ,
Ici perdons nous ?
Phaeton arrive tout rêveur. Vous passez
sans me voir , lui dit Théone , craignez-
vous ma presence ? Non , répond- il,
je cherche la Reine , ma Mere. Le bon
enfant , dit Théone. Est - il deffendu de
chercher sa mere , ajoûte Phaeton ? Oui ;
c'est sa Maîtresse qu'il faut chercher.Voilà
une Maîtresse , reprend Phaeton , qui
m'embarrasse autant qu'une femme. Il
affecte beaucoup d'indifference , et voyant
venir sa mere , il dit sur l'Air de l'Opera.
La Reine tourne ici ses pas.
Théone.
C'est bien répondre ; allez , ne vous contraignez
pas.
A la quatriéme Scène , Climene arrive
qui demande à son fils le sujet de son
chagrin , il lui répond que le Roi va se
choisir un Gendre qui doit succeder au
Trône; qu'Epaphus en brigue l'honneur, et
quece sont là les motifs de sa tristesse. Il
no
580 MERCURE DE FRANCE.
ne faut pas être envieux , lui répond Cli.
mene , mais il y a une chose qui m'embarrasse
, ajoûte Phaeton . Le Soleil est
mon pere , n'est- ce pas ? Oüi vraiment ,
répart Climene. Phaeton chante sur l'Air
Vous avez bean faire la fiere.
Comment avez- vous pu faire
Pour engager votre foi
Et de vous ma chere mere
>
Que pensé notre bon Roi ?
Avez-vous passé pour neuve ,
Dans l'esprit de ce butord .
Climene.
Il m'a prise comme veuve.
Phaeton.
Mais le Soleil n'est
pas
mort.
Tout cela me chicanne ; taisez-vous
lui dit Climene , vous êtes un épilogueur.
Prothée va venir ici avec ses Moutons
er je veux le consulter sur ce qui vous
regarde ; retirez-vous. Prothée chante ;
Air de M. Mouret.
Heureux qui peut sur les bords de la Seine ,
Se promener sans rien risquer ;
Heureux ceux que l'espoir d'une amoureuse an
baine ,
Ne force point à s'embarquer.
Dangere
ZWA
NOVUM
BRENNITATS
DUX
ANDEGAVENS NATUS
XXXAUGUSTI
M DCC XXX
PIGNUS
B
MARS.
581
1731.
Dangereux en est le voyage :
Jeunes Amans , craignez l'orage ,
Qui vous fait quelquefois ,
Faire nauffrage ,
A Javelle , au Port à Langlois,
Prothée s'endort. Climene dit à sea
frere Triton , qu'il faut l'obliger à s'expliquer
sur le sort de Phaeton . Triton
sur l'Air, A nos voix unissez vos Hautbois.
Bondissez ,
Petits Agneaux , paisser
Sur ces Rivages ;
Vous, Oiseaux ,
Vous , Chalumeaux ,
Et vous , murmure des Eaux ,
Vous , Feuillages ,
Vous , Ombrages ,
Vous , badins Zéphirs ,
Qui rimez à plaisirs ,
Vous , charmans Bocages ,
Vous , tendres desirs ,
Amoureux Soupirs ,
Et Sornettes
Qu'on a faites ,
Depuis si long-temps ,
Qu'on remet tous les ans ,
Dans les Chansonnettes ,
Remplissez nos Chants.
H Prothée
$82 MERCURE DE FRANCE
Prothée s'éveille , en disant qu'il est -eharmé
de cette Musique , mais que son
Troupeau s'égare , et qu'il ne peut rester
davantage; Triton et ses Suivans l'arrêtent
; il se change successivement en Arbre
, en Asne et en Cochon , en vendeur
de Ptisanne , et en pluye de feu ; ensuite
il paroît sous sa forme ordinaire , et se
voyant obligé de parler , il chante ce qui
suit , sur l'Air de l'Opera.
Puisque vous le voulez , je romprai le silence ,
Le sort de Phaeton se découvre à mes yeux :
Dieux ! que d'argent ; quel monde, ô Dieux !
Il ne doit son succés heureux ,
Qu'à sa magnificence , &c .
Phaeton demande à Climene , dans la
septiéme Scene , ce qu'a dit Prothée ; que
vous mourrez bientôt , lui répond Climene.
Adieu , mon fils , j'espere que
l'amour de Théone l'emportera sur l'ambition
. Phaeton chante sur l'Air , Je suis
Mousquetaire , moi.
He! quoi ! ma mere au besoin m'abandonne.
Climene.
Théone à votre foi.
Phaeton.
Je n'en veux plus ; la gloire me talonne ;
J'aime mieux être Roi.
Climene.
MARS. 1731. 583
Climene.
Mais vous mourrez, si vous montez au Trône.
Phaeton en pleurant.
Je veux la Couronne ,
Moi ,
Je veux la Couronne.
Dans la Scene suivante , Epaphus dít
à Libie , que le Roi vient de lui donner
son congé , et qu'un autre la possedera.
Ils chantent le Duo suivant sur
l'Air , Vendôme.
Que mon sort seroit doux ,
Si je passois avec vous ,
La vie , la vie.
Merops , suivi des Rois Tributaires ,
déclare qu'il a fait choix de Phaeton pour
lui succeder , et qu'il lui accorde Libie.
Il chante sur l'Air , du Mirliton.
De ma fille qu'il demande ;
Volontiers je lui fais don ;
De tous côtez qu'on entende ,
Retentir cent fois le nom ,
Du grand Phaeton ,
Mirliton , mirlitaine ,
Du grand Phaeton , ton , ton.
Après les Chants et les Danses , Théo-
Hij
84 MERCURE DE FRANCE.
ne arrive , et fait des reproches à Phaeton
sur son infidelité. Elle chante sur l'Air ,
La charmante Catin me desespere.
Vous aimez la Princesse à la folie ,
Et votre coeur perfide enfin m'oublie
Oui , l'Amour vous transporte ,
Et vous livre à ses appas.
Phaeton.
Non , le diable m'emporte ,
L'Amour ne s'en mêle pas , la , la :
Je n'épouse que ses ducats.
Theone se retire en pleurant. Phaeton
va rendre hommage à la Déesse Isis , et
se persuade qu'elle le recevra à merveille ,
puisqu'elle est la mere de son Rival ;
mais lorsqu'il veut entrer , une Furie
sort du Temple pour l'épouvanter , &c .
Epaphus en sort , et lui demande ce qu'il
prétend ? Epaphus sur l'Air , Ami , ne
parlons plus de guerre. ·
Votre attente sera trompée ,
Phaeton ;
Ca, commençons
Par ôter chacun notre épée ,
En bons poltrons.
Ils ôtent leurs épées ; Phaeton continuë :
Voilà nos mesures bien prises ,
Et
MARS . 1731.
Et nous pouvons ,
Nous dire toutes les sottises ,
Que nous voudrons.
Sçavez- vous bien que Jupiter est mon
Pere , lui dit Epaphus ; et qu'est- ce que
cela me fait ; le Soleil est le mien , répond
Phaeton . Epaphus : Air , Oniche , ouiche ,
et ouida.
Le grand Jupiter est mon Pere ,
Tout le monde sçait cela ,
Pour vous on ne vous connoît guere.
Phaeton.
Le Soleil est mon Papa.
Ah , ah ,
Epaphus.
ah.
Votre Mere vous dit cela ,
Mais elle triche .
Quiche , ouiche ,
Et ouida.
Ils reprennent leurs épées à la fin de la
Scene , et se font de grandes réverences .
Phaeton en pleurant dit à Climene , qui
entre :
Ah ! ma mere ,
A ce que dit Epaphus ,
bis,
Le Soleil n'est pas mon pere.
Ah ! ma mere. bis.
Hiij Quelle
586 MERCURE DE FRANCE
Quelle insolence , s'écrie Climene. Phaeton
chante sur l'Air : A la Foire , à la
Courtille.
Qu'ici votre coeur s'explique :
Confondrons-nous les jaloux ?
La chose est problématique ,
Car on trompe tant d'Epoux !
Dites ma mere ,
N'auriez-vous point , entre nous ,
Trompé mon pere.
Climene lui assure que le Soleil est son
pere. Vous n'en douterez plus , petit incrédule
, ajoûte-t'elle , voilà une voiture qu'il
vous envoye pour vous conduire à son
Palais. Un vent emporte Phaeton sur
ses épaules. Phaeton : Air , des Fraises.
Mon triomphe éclatera ,
De l'un à l'autre Pole.
Climene.
Partez , mon fils.
Phaeton.
M'y voilà.
Je vole , je vole.
Le Théatre change à la quatorzieme
Scene , et représente le Palais du Soleil ;
cette décoration est une des plus brillantes
MARS.
1731. $87
tes qu'on ait encore vûë sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne . Le Soleil représenté
par Trivelin , paroît assis sur
un Trône éclatant ; les heures du jour
forment un Divertissement très -gracieux,,
dont M. Mouret a composé la Musique ; .
Phaeton arrive dans le Palais..
Le Soleil l'embrasse , en lui disant qu'il
le reconnoît pour son fils. Phaston : Air
Marote fait bien la fiere.
Puisqu'il m'est permis , mon pere ,
De vous appeller ainsi ,
Faites donc taire ,
Le témeraire ,
Qui dit que ma mere
En a menti.
Le Soleil.
Quelle langue de vipere !
Que le monde est perverti !
biss
Tu n'as , mon fils , qu'à me demander tout
ce que tu voudras , je te l'accorderai , continue
le Soleil.
J'en jure par le Stix , effroïable serment ,
Que ne pourroit pas même enfraindre un Bas
Normand.
Phaeton : Air , Diogene en son tonneaus .
Dans votre beau chariot :
Hiiij Le
588 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil.
4
Oh ! oh !
Phaeton.
De l'Orient jusqu'à l'Ourse ,
Je voudrois bien au grand trot :
Le Soleil.
Oh ! oh !
Phaeton.
Faire une petite course.
Le Soleil.
Diablezot ;
L'entreprise est trop témeraire.
Phacton.
Hé bien ! je n'irai , mon cher
Que de Paris à Chaillot :
Le Soleil.
Oh ! oh ! oh !
perc
Vous tomberez comme un sot.
Phacton lui dit qu'il ne peut plus s'en
dédire , pui qu'il a juré par le Seix enfin
le Soleil consent qu'il conduise son char;
Phaeton sort en s'applaudissant de son
bonheur.
Le Théatre change ; le Soleil paroît à
la
MARS. 1731. 589
la 15. Scene. Climene , Merops et leur,
suite chantent sur l'Air de l'Opera :
Que tout chante , que tout réponde &c.
Climene continuë sur l'Air : Oh reguingué
!
Mon fils éclaire ses jaloux ;
C'est lui qui brille aux yeux de tous.
Merops.
Par quel Courier le sçavez -vous ?
Pour moi je ne sçaurois le croire.
Climene.
On l'a vu de l'Observatoire.
Theone arrive en pleurs , et annonce à
Climene et à Merops que son pere Prothée
lui a dit que Phacton alloit périr ; aussitôt
des flammes se répandent dans les airs .
Phaeton paroît dans le Char du Soleil ;
Jupiter descend , et le foudroye en chantant
::
Malheureux , quel dégat tu fais !
On ne pourra plus boire au frais ;
Culbute , culbute à jamais..
Phaeton trébuche avec son Char ; co
qui finit la Parodie.
Le Palais du Soleil dans la décoration
Hv dont
590 MERCURE DE FRANCE
dont nous avons parlé , est en general d'un
ordre composite , et construit sur un
nombre de magnifiques colonnes isolées et
de pilastres , faisant corps avec les mêmes
colonnes , élevées sur des piédestaux ,
qui supportent entre elles les saillies d'une
riche corniche architravée , sur laquelle
s'éleve le plafond ceintré , désignant sur
les cotés un nombre d'arcades ornées de
bas- reliefs allegoriques et historiques. Au
bas des arcades , immédiatement sur la
corniche on voit de grandes consoles
qui soutiennent des festons de laurier et
d'olivier. Au milieu du plafond est un
percé en rond , qui découvre un Altique ,
où les Signes du Zodiaque sont représentés.
>
Dans le fond est un Salon de forme circulaire
, terminé en coupole , sous laquelle
est placé le Trône du Soleil , élevé de
plusieurs dégrés . Sur le devant il y a une
balustrade ornée de riches tapis avec
deux Grouppes de Génies tenant les Attributs
du Soleil .
ر
La partie du devant du Palais représente
une Gallerie en colonnes et pilastres
qui soutiennent les arcades. Dans les
trumeaux , sur des Piédestaux , sont placées
les Statuës du Soltice d'Eté et l'Equinoxe
du Printems sur des nuées ; le Soltice
d'Hyver et l'Equinoxe de l'Automne
sont sur le devant. Tous
MARS. 1731. 591
1
Tous les ornemens de l'Edifice , comme
Colonnes , Chapiteaux , Base , Piédestaux
, Corniche , Plafond et les Figures
sont en or , et toutes les parties ausquelles
sont adossées les Pilastres qui tiennent
aux corps solides et arrieres - corps , sont
en argent. On avoit placé des panneaux
de lapis aux frises de la Corniche , au
Plafond et aux Piédestaux qui portoient
les Figures et bas - reliefs simboliques , Trophées
et autres Attributs du Soleil . Les
Colonnes jusqu'au tiers de leur hauteur'
étoient enrichies par quantité de pierreries
de diverses couleurs , éclatantes , ainsi
que toutes les autres parties de l'Architecture
.
Cette ingénieuse et brillante décoration
est de M. Le Maire , qui en a donné
plusieurs que le Public a applaudies .
&c. par les mêmes Auteurs , et chez le
même Libraire , 1731 .
Cette Piece fut donnée sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne le 22. Février
et très -favorablement reçûë du Public.
Le Théatre représente la Mer dans le
fond , Libie ouvre la Scene par ces Vers
parodiez , sur l'Air : Ici sont venus ex
personne.
Heureuse une ame indifferente !
Le bonheur dont j'étois contente ,
Le
378 MERCURE DE FRANCE
Ne me sera-t'il point rendu ?
Dans ces beaux lieux tout est paisible .
Helas ! que ne m'est -il possible ,
D'y trouver ce que j'ai perdu !
C'est un petit coeur ingenu ,
C'est un coeur sincere et fidele ,
Dont je n'avois plus de nouvelle.
Quand une fois l'Amour le prend ,
Jamais le traitre ne le rend.
- Théone s'étonne de voir Libie seule et
rêveuse ; celle-cy lui dit qu'elle vient rêver
aussi en ce lieu , et qu'il est à présumer
qu'elle aime ; oui , lui répond- elle ,
je n'en fais aucun mistere.
Il faut aimer pour éprouver ,
Le plaisir de rêver.
Avoüez , ajoûte- t'elle , que vous en te
nez aussi bien que moi ; sur le Chant de
Opera :
Le Fils de Jupiter vous aime.
Libie.
Je ne serois qu'à lui s'il n'étoit qu'à moi-même.
Vous êtes plus heureuse que moi , contiñue-
t'elle , le fils du Soleil vous plaît .
vous joüissez d'un plein repos. Toutes deux.
Ah !
MARS.
1731. 379
Ah! Madame Enroux ,
>
Que l'Amour est fou ,
Et qu'il fait de folles !
Ah ! Madame Enroux ,
Combien de paroles ,
Ici perdons nous ?
Phaeton arrive tout rêveur. Vous passez
sans me voir , lui dit Théone , craignez-
vous ma presence ? Non , répond- il,
je cherche la Reine , ma Mere. Le bon
enfant , dit Théone. Est - il deffendu de
chercher sa mere , ajoûte Phaeton ? Oui ;
c'est sa Maîtresse qu'il faut chercher.Voilà
une Maîtresse , reprend Phaeton , qui
m'embarrasse autant qu'une femme. Il
affecte beaucoup d'indifference , et voyant
venir sa mere , il dit sur l'Air de l'Opera.
La Reine tourne ici ses pas.
Théone.
C'est bien répondre ; allez , ne vous contraignez
pas.
A la quatriéme Scène , Climene arrive
qui demande à son fils le sujet de son
chagrin , il lui répond que le Roi va se
choisir un Gendre qui doit succeder au
Trône; qu'Epaphus en brigue l'honneur, et
quece sont là les motifs de sa tristesse. Il
no
580 MERCURE DE FRANCE.
ne faut pas être envieux , lui répond Cli.
mene , mais il y a une chose qui m'embarrasse
, ajoûte Phaeton . Le Soleil est
mon pere , n'est- ce pas ? Oüi vraiment ,
répart Climene. Phaeton chante sur l'Air
Vous avez bean faire la fiere.
Comment avez- vous pu faire
Pour engager votre foi
Et de vous ma chere mere
>
Que pensé notre bon Roi ?
Avez-vous passé pour neuve ,
Dans l'esprit de ce butord .
Climene.
Il m'a prise comme veuve.
Phaeton.
Mais le Soleil n'est
pas
mort.
Tout cela me chicanne ; taisez-vous
lui dit Climene , vous êtes un épilogueur.
Prothée va venir ici avec ses Moutons
er je veux le consulter sur ce qui vous
regarde ; retirez-vous. Prothée chante ;
Air de M. Mouret.
Heureux qui peut sur les bords de la Seine ,
Se promener sans rien risquer ;
Heureux ceux que l'espoir d'une amoureuse an
baine ,
Ne force point à s'embarquer.
Dangere
ZWA
NOVUM
BRENNITATS
DUX
ANDEGAVENS NATUS
XXXAUGUSTI
M DCC XXX
PIGNUS
B
MARS.
581
1731.
Dangereux en est le voyage :
Jeunes Amans , craignez l'orage ,
Qui vous fait quelquefois ,
Faire nauffrage ,
A Javelle , au Port à Langlois,
Prothée s'endort. Climene dit à sea
frere Triton , qu'il faut l'obliger à s'expliquer
sur le sort de Phaeton . Triton
sur l'Air, A nos voix unissez vos Hautbois.
Bondissez ,
Petits Agneaux , paisser
Sur ces Rivages ;
Vous, Oiseaux ,
Vous , Chalumeaux ,
Et vous , murmure des Eaux ,
Vous , Feuillages ,
Vous , Ombrages ,
Vous , badins Zéphirs ,
Qui rimez à plaisirs ,
Vous , charmans Bocages ,
Vous , tendres desirs ,
Amoureux Soupirs ,
Et Sornettes
Qu'on a faites ,
Depuis si long-temps ,
Qu'on remet tous les ans ,
Dans les Chansonnettes ,
Remplissez nos Chants.
H Prothée
$82 MERCURE DE FRANCE
Prothée s'éveille , en disant qu'il est -eharmé
de cette Musique , mais que son
Troupeau s'égare , et qu'il ne peut rester
davantage; Triton et ses Suivans l'arrêtent
; il se change successivement en Arbre
, en Asne et en Cochon , en vendeur
de Ptisanne , et en pluye de feu ; ensuite
il paroît sous sa forme ordinaire , et se
voyant obligé de parler , il chante ce qui
suit , sur l'Air de l'Opera.
Puisque vous le voulez , je romprai le silence ,
Le sort de Phaeton se découvre à mes yeux :
Dieux ! que d'argent ; quel monde, ô Dieux !
Il ne doit son succés heureux ,
Qu'à sa magnificence , &c .
Phaeton demande à Climene , dans la
septiéme Scene , ce qu'a dit Prothée ; que
vous mourrez bientôt , lui répond Climene.
Adieu , mon fils , j'espere que
l'amour de Théone l'emportera sur l'ambition
. Phaeton chante sur l'Air , Je suis
Mousquetaire , moi.
He! quoi ! ma mere au besoin m'abandonne.
Climene.
Théone à votre foi.
Phaeton.
Je n'en veux plus ; la gloire me talonne ;
J'aime mieux être Roi.
Climene.
MARS. 1731. 583
Climene.
Mais vous mourrez, si vous montez au Trône.
Phaeton en pleurant.
Je veux la Couronne ,
Moi ,
Je veux la Couronne.
Dans la Scene suivante , Epaphus dít
à Libie , que le Roi vient de lui donner
son congé , et qu'un autre la possedera.
Ils chantent le Duo suivant sur
l'Air , Vendôme.
Que mon sort seroit doux ,
Si je passois avec vous ,
La vie , la vie.
Merops , suivi des Rois Tributaires ,
déclare qu'il a fait choix de Phaeton pour
lui succeder , et qu'il lui accorde Libie.
Il chante sur l'Air , du Mirliton.
De ma fille qu'il demande ;
Volontiers je lui fais don ;
De tous côtez qu'on entende ,
Retentir cent fois le nom ,
Du grand Phaeton ,
Mirliton , mirlitaine ,
Du grand Phaeton , ton , ton.
Après les Chants et les Danses , Théo-
Hij
84 MERCURE DE FRANCE.
ne arrive , et fait des reproches à Phaeton
sur son infidelité. Elle chante sur l'Air ,
La charmante Catin me desespere.
Vous aimez la Princesse à la folie ,
Et votre coeur perfide enfin m'oublie
Oui , l'Amour vous transporte ,
Et vous livre à ses appas.
Phaeton.
Non , le diable m'emporte ,
L'Amour ne s'en mêle pas , la , la :
Je n'épouse que ses ducats.
Theone se retire en pleurant. Phaeton
va rendre hommage à la Déesse Isis , et
se persuade qu'elle le recevra à merveille ,
puisqu'elle est la mere de son Rival ;
mais lorsqu'il veut entrer , une Furie
sort du Temple pour l'épouvanter , &c .
Epaphus en sort , et lui demande ce qu'il
prétend ? Epaphus sur l'Air , Ami , ne
parlons plus de guerre. ·
Votre attente sera trompée ,
Phaeton ;
Ca, commençons
Par ôter chacun notre épée ,
En bons poltrons.
Ils ôtent leurs épées ; Phaeton continuë :
Voilà nos mesures bien prises ,
Et
MARS . 1731.
Et nous pouvons ,
Nous dire toutes les sottises ,
Que nous voudrons.
Sçavez- vous bien que Jupiter est mon
Pere , lui dit Epaphus ; et qu'est- ce que
cela me fait ; le Soleil est le mien , répond
Phaeton . Epaphus : Air , Oniche , ouiche ,
et ouida.
Le grand Jupiter est mon Pere ,
Tout le monde sçait cela ,
Pour vous on ne vous connoît guere.
Phaeton.
Le Soleil est mon Papa.
Ah , ah ,
Epaphus.
ah.
Votre Mere vous dit cela ,
Mais elle triche .
Quiche , ouiche ,
Et ouida.
Ils reprennent leurs épées à la fin de la
Scene , et se font de grandes réverences .
Phaeton en pleurant dit à Climene , qui
entre :
Ah ! ma mere ,
A ce que dit Epaphus ,
bis,
Le Soleil n'est pas mon pere.
Ah ! ma mere. bis.
Hiij Quelle
586 MERCURE DE FRANCE
Quelle insolence , s'écrie Climene. Phaeton
chante sur l'Air : A la Foire , à la
Courtille.
Qu'ici votre coeur s'explique :
Confondrons-nous les jaloux ?
La chose est problématique ,
Car on trompe tant d'Epoux !
Dites ma mere ,
N'auriez-vous point , entre nous ,
Trompé mon pere.
Climene lui assure que le Soleil est son
pere. Vous n'en douterez plus , petit incrédule
, ajoûte-t'elle , voilà une voiture qu'il
vous envoye pour vous conduire à son
Palais. Un vent emporte Phaeton sur
ses épaules. Phaeton : Air , des Fraises.
Mon triomphe éclatera ,
De l'un à l'autre Pole.
Climene.
Partez , mon fils.
Phaeton.
M'y voilà.
Je vole , je vole.
Le Théatre change à la quatorzieme
Scene , et représente le Palais du Soleil ;
cette décoration est une des plus brillantes
MARS.
1731. $87
tes qu'on ait encore vûë sur le Théatre
de l'Hôtel de Bourgogne . Le Soleil représenté
par Trivelin , paroît assis sur
un Trône éclatant ; les heures du jour
forment un Divertissement très -gracieux,,
dont M. Mouret a composé la Musique ; .
Phaeton arrive dans le Palais..
Le Soleil l'embrasse , en lui disant qu'il
le reconnoît pour son fils. Phaston : Air
Marote fait bien la fiere.
Puisqu'il m'est permis , mon pere ,
De vous appeller ainsi ,
Faites donc taire ,
Le témeraire ,
Qui dit que ma mere
En a menti.
Le Soleil.
Quelle langue de vipere !
Que le monde est perverti !
biss
Tu n'as , mon fils , qu'à me demander tout
ce que tu voudras , je te l'accorderai , continue
le Soleil.
J'en jure par le Stix , effroïable serment ,
Que ne pourroit pas même enfraindre un Bas
Normand.
Phaeton : Air , Diogene en son tonneaus .
Dans votre beau chariot :
Hiiij Le
588 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil.
4
Oh ! oh !
Phaeton.
De l'Orient jusqu'à l'Ourse ,
Je voudrois bien au grand trot :
Le Soleil.
Oh ! oh !
Phaeton.
Faire une petite course.
Le Soleil.
Diablezot ;
L'entreprise est trop témeraire.
Phacton.
Hé bien ! je n'irai , mon cher
Que de Paris à Chaillot :
Le Soleil.
Oh ! oh ! oh !
perc
Vous tomberez comme un sot.
Phacton lui dit qu'il ne peut plus s'en
dédire , pui qu'il a juré par le Seix enfin
le Soleil consent qu'il conduise son char;
Phaeton sort en s'applaudissant de son
bonheur.
Le Théatre change ; le Soleil paroît à
la
MARS. 1731. 589
la 15. Scene. Climene , Merops et leur,
suite chantent sur l'Air de l'Opera :
Que tout chante , que tout réponde &c.
Climene continuë sur l'Air : Oh reguingué
!
Mon fils éclaire ses jaloux ;
C'est lui qui brille aux yeux de tous.
Merops.
Par quel Courier le sçavez -vous ?
Pour moi je ne sçaurois le croire.
Climene.
On l'a vu de l'Observatoire.
Theone arrive en pleurs , et annonce à
Climene et à Merops que son pere Prothée
lui a dit que Phacton alloit périr ; aussitôt
des flammes se répandent dans les airs .
Phaeton paroît dans le Char du Soleil ;
Jupiter descend , et le foudroye en chantant
::
Malheureux , quel dégat tu fais !
On ne pourra plus boire au frais ;
Culbute , culbute à jamais..
Phaeton trébuche avec son Char ; co
qui finit la Parodie.
Le Palais du Soleil dans la décoration
Hv dont
590 MERCURE DE FRANCE
dont nous avons parlé , est en general d'un
ordre composite , et construit sur un
nombre de magnifiques colonnes isolées et
de pilastres , faisant corps avec les mêmes
colonnes , élevées sur des piédestaux ,
qui supportent entre elles les saillies d'une
riche corniche architravée , sur laquelle
s'éleve le plafond ceintré , désignant sur
les cotés un nombre d'arcades ornées de
bas- reliefs allegoriques et historiques. Au
bas des arcades , immédiatement sur la
corniche on voit de grandes consoles
qui soutiennent des festons de laurier et
d'olivier. Au milieu du plafond est un
percé en rond , qui découvre un Altique ,
où les Signes du Zodiaque sont représentés.
>
Dans le fond est un Salon de forme circulaire
, terminé en coupole , sous laquelle
est placé le Trône du Soleil , élevé de
plusieurs dégrés . Sur le devant il y a une
balustrade ornée de riches tapis avec
deux Grouppes de Génies tenant les Attributs
du Soleil .
ر
La partie du devant du Palais représente
une Gallerie en colonnes et pilastres
qui soutiennent les arcades. Dans les
trumeaux , sur des Piédestaux , sont placées
les Statuës du Soltice d'Eté et l'Equinoxe
du Printems sur des nuées ; le Soltice
d'Hyver et l'Equinoxe de l'Automne
sont sur le devant. Tous
MARS. 1731. 591
1
Tous les ornemens de l'Edifice , comme
Colonnes , Chapiteaux , Base , Piédestaux
, Corniche , Plafond et les Figures
sont en or , et toutes les parties ausquelles
sont adossées les Pilastres qui tiennent
aux corps solides et arrieres - corps , sont
en argent. On avoit placé des panneaux
de lapis aux frises de la Corniche , au
Plafond et aux Piédestaux qui portoient
les Figures et bas - reliefs simboliques , Trophées
et autres Attributs du Soleil . Les
Colonnes jusqu'au tiers de leur hauteur'
étoient enrichies par quantité de pierreries
de diverses couleurs , éclatantes , ainsi
que toutes les autres parties de l'Architecture
.
Cette ingénieuse et brillante décoration
est de M. Le Maire , qui en a donné
plusieurs que le Public a applaudies .
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Résumé : Arlequin Phaeton, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'Arlequin Phaéton' est une parodie jouée au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne le 22 février 1731, qui a été bien accueillie par le public. L'intrigue se concentre sur Phaéton, fils du Soleil, et ses interactions avec plusieurs personnages, notamment Libie, Théone, Climène et Épaphus. L'histoire commence avec Libie, qui exprime son chagrin et son amour perdu. Théone la rejoint et elles discutent de leurs amours respectives. Phaéton arrive et cherche sa mère, Climène, qui lui révèle que le roi Merops l'a choisi comme successeur et lui accorde Libie. Théone, jalouse, reproche à Phaéton son infidélité. Phaéton, ambitieux, souhaite la couronne et ignore les avertissements de Climène sur les dangers de monter sur le trône. Il se rend au temple d'Isis mais est effrayé par une Furie. Épaphus, rival de Phaéton, le défie, mais leur duel tourne en ridicule. Climène confirme à Phaéton que le Soleil est bien son père et lui envoie une voiture pour le conduire au palais du Soleil. Après avoir été reconnu par le Soleil, Phaéton demande à conduire son char. Malgré les avertissements du Soleil, Phaéton insiste et sort triomphant. La pièce se conclut par la chute de Phaéton, foudroyé par Jupiter après avoir causé des dégâts avec le char du Soleil. La décoration du palais du Soleil est décrite comme somptueuse, avec des éléments architecturaux et décoratifs riches et symboliques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 137-146
SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique remit au Théâtre le 3. [...]
Mots clefs :
Callirhoé, Opéra, Académie royale de musique, Ballet, Actes, Décoration, Rôles, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
SPECTACLE S
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
La
'Académie Royale de Musique remit
au Théatre le 3. Janvier , la Tragé
die de Callirhoé. Le Poëme est de M. Roy,
et la Musique de M. Destouches , SurIntendant de la Musique du Roy. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois le
27. Decembre 1712. il eut un succès des.
plus brillants ; il a été fort applaudi à la GY IGE
138 MERCURE DE FRANCE
reprises mais un peu moins que dans sa
naissance ; ce qui fait voir que les succès
plus ou moins éclatans , dépendent de
certaines circonstances dont on ne peut
donner de justes raisons. Comme cet Ouvrage est depuis vingt ans entre les mains
de tout le monde , nous n'en donnerons
qu'un Extrait des plus succincts.
Au Prologue , le Théatre représente
un lieu rempli d'armes differentes et deLauriers ; la Victoire y a assemblé des
Guerriers pour leur accorder les hon-.
neurs du Triomphe. La celebre journée
de Denain a donné lieu à ce Prologues
la Victoire y applaudit à des Guerriers
qu'elle sembloit avoir abandonnés depuis
quelque temps ; elle s'excuse par ces Vers.
Guerriers, ne craignez rien , je ne suis pas volage ,
Je vous aimai toujours ; mais quelque Dieu
jaloux ,
Devant mes yeux opposoit un nuage ,
En vain je vous cherchois , il m'éloignoit de yous :
Aux efforts de votre courage ,
Fai sçû vous reconnoître , et tout cede à vos
coups.
Astrée descend des Cieux , suivie des
Arts et des Plaisirs ; elle annonce la Paix
dont
JANVIER 1732. 139
dont elle donne la premiere gloire à la
Reine Anne ; la Victoire ajoûte ces Vers
à l'honneur du Héros de la France :
Au Héros glorieux dont je sers les desseins,
La Paix fut toûjours chere ;
Mais je voulois qu'elle eût des Palmes dans lea mains ;
La voilà digne de me plaire.
La Victoire et Astrée chantent ensemble ces quatre autres Vers :
Le plus sage des Héros ,
A sous ses Etendarts ramené la Victoire ;
Il peut goûter le repos ,
De l'aveu même de la Gloire..
La Suite de la Victoire , et celle d'A'strée , font le Divertissement de ce Pro--
logue.
Le Théatre représente le Temple de
Bacchus , au premier Acte. Callirboé ,
Princesse de Calydon , expose le Sujet de
la Piece par ce Monologue :
Onuit , témoin de mes soupirs secrets ,
Que ton ombre en ces lieux ne regne-t'elle en-- core !
Pourquoi l'impatiente Aurore ,
Ouvre-t'elle mes yeux aux funestes apprêts ,
G. vj D'un
140 MERCURE DE FRANCE
D'un Hymen que j'abhorre ?
Je vais donc m'engager à l'objet que je hais ,
Et je perds pour jamais un Amant que j'adore.
O nuit , &c.
La Reine de Calydon , mere de Callirhoé, vient déclarer à cette Princesse que
Coresus paroîtra bien- tôt pour recevoir sa
foy sur les Autels de Bacchus ; elle l'exhotte à se livrer toute entiere à son devoir et à ne plus penser à son amour
puisqu'Agenor, qui en étoit l'objet , n’esť
plus. Elle la quitte pour aller ordonner la
Céremonie Nuptiale.
Callirhoé se détermine à subir la Loy
que sa Mere et ses Peuples lui imposent,
quelque dure qu'elle la trouve.
Agenor qu'on croyoit mort , paroît aux
yeux de Callirhoé ; elle cache son amour
sous un simple mouvement de surprise.
Agenor lui explique ce qui a donné lieu
au bruit de sa mort ; mais il n'en peut
rien tirer de favorable pour son amour.
Il lui témoigne son étonnement par ces
Vers , qu'on a trouvez très- délicats :
Ayez-vous oublié , Princesse , que vos charmes,
Ont essayé sur moi leurs premiers coups ?
Votre pere expiroit , je recueillois vos larmes
Parmi le trouble et les allarmes ,
i
Vos
JANVIER. 1732.
14
Vos yeux brilloient déja de l'éclat le plus dour
Fappaisai des mutins les mouvemens jaloux ;
Ah ! ne jugiez -vous pas au succès de mes armes
Qu'un Amant combattoit pour vous ?
Callirhoé continue à se contraindre
elle ordonne à Agenor de sortir et lui
défend de la voir jamais.
La Reine , Coresus , et les Prêtres de
sa suite arrivent pour celebrer l'Hymen
qui fait l'action principale de ce premier
Acte. Coresus dit galamment à Calli
rhoć.
Dès Autels à vos beaux yeux
Je porterai mon hommage ,
Şans craindre, que ce partage ,
Offense jamais nos Dieux ;
J'adore en vous leur image.
La Suite de Coresus celebre la Fête de
cet Hymen ; Coresus s'approche de l'Autel avec Callirhoé ; il chante ces Vers :
Toi, qui pour éclairer le plus beau de mes jours ,
Pares le Ciel d'une clarté nouvelle
Soleil , à mes tendres amours
Tu me vérras aussi fidele ,
,
Que tu l'es à remplir ton cours..
Coresus commence le serment sur l'Autels
142: MERCURE DE FRANCE
rel; mais Callirhoé ne peut l'achever parce
qu'Agenor vientsemontrer à ses yeux; son:
aspect la fait évanouir , et par là le serment conjugal est interrompu au grand
regret de Coresus , de la Reine et des
Prêtres de Bacchus.
Au second Acte , le Théatre représente
Pavant- cour d'un Palais ; on voit à l'un
des côtez un Temple domestique.
Agenor se flate d'être aimé de Calli
thoć cette Princesse agitée de remordss
vient lui déclarer qu'elle veut achever
son Hymen , pour réparer le tort qu'elle
vient de faire à sa gloire : Agenor l'accuse de cruauté ; elle ne peut s'empêcherde lui faire connoître qu'il est la cause
de son malheur , et par consequent qu'il
est aimé. Agenor se jette à ses pieds pour
lui rendre graces d'un aveu si favorable.
Coresus surprend son Rival aux pieds de
son Amante ; il lui reproche son infidelité; elle lui répond fierement qu'elle nelui a rien promis , et se retire. Coresus
menace Agenor, qui lui répond avec une
intrépidité héroïque et le quitte.
Coresus invite les Prêtres de sa suite à vanger l'affront qu'on vient de
faire aux Autels en la personne de leur
Grand-Prêtre ; ils invoquent Bacchus et
lui demandent vangeance.Les Prêtres avec
desc
JANVIER. 1732. 1431
des flambeaux , font le Balet de cet Acte. ,
Le Théatre représente au troisiéme
Acte , un Temple rustique , consacré à
Pan. La Reine er Callirhoé déplorent less
malheurs dont Bacchus accable leurs Peu-.
ples , et en font une description très - tou--
chante. Après les plaintes , la Reine dit:
à sa fille qu'elle veut interroger l'Oracle ,
du Dieu des Forêts. Elle la quitte pour
aller donner ordre à ce qu'elle vient de se
proposer, et lui dit d'attendre Caresus
qu'elle a mandé , et de ne rien oublier.
pour le fléchir.
Coresus vient ; la Scene est vive entre
Callirhoé et lui ; ne pouvant rien obte
nir de lui , elle le menace de sa propre·
mort ; Coresus s'attendrit et lui promet
de ne rien oublier pour obtenir de Bac--
chus la grace d'un Peuple, expirant ; it
hui dit de consulter son Oracle , et la
quicte.
>
2
Le Ministre de Pan vient , on chante
des Hymnes à l'honneur de ce Dieu ,.
qui du fond du Théatre prononce cet:
Öracle.
Le calme à ces climats ne peut être rendú ,
Qu'au prix que les Destins veulent de votre zele
Que de Callirhoé le sang soit répandu ,
Ou celui d'un Amant qui s'offrira pour elle.
La
T44 MERCURE DE FRANCE
+
La Reine frémit de cet Oracle ; elle prio
le Grand Prêtre de le cacher au Peuple
et de le flater d'un plus heureux avenir.
Au quatriéme Acte la Décoration represente une Plaine bornée de Côteaux
fleuris. Callirhoé se prépare à la mort
avec constance. Agenor trompé par les
fausses esperances qu'on lui a données
d'un heureux changement , vient s'en
réjouir avec sa Princesse ; elle lui cache
son malheur autant qu'elle peut , mais
enfin elle lui déclare que les Dieux de
mandent son sang ; Agnenor furieux lui
proteste qu'il ne souffrira jamais un Sacrifice si barbare , et la quitte en lui di
sant ::
DeCoresus , que le crime s'expié ,
On me payera cher de m'avoir fait trembler..
Le bucher brule , et moi j'éteins sa flamme impie
Dans le sang du cruel qui veut vous immoler.
Mes amis sont tous prêts , ils suivront mon exemple ;
F'attaquerai vos Dieux , je briserai leur Temple,
Dût sa ruine m'accabler.
Une Troupe de Bergers et de Bergeres
viennent se réjouir du nouveau calme
dont ils jouissent; Callirhocleur dit qu'elle
va au Temple assurer leur bonheur ; ils
la
JANVIER. 1731. 145
la suivent. La Reine , qui survient , croit
qu'ils vont la conduire à l'Autel ; elle
leur reproche leur barbarie , les Bergers.
témoignent la douleur et l'effro, dont ils
sont saisis par un Choeur très- pathetique.
Agenor vient leur dire qu'il a appris
d'un des Ministres de Pan qu'un sang
moins précieux offert pour celui de la
Princesse , peut suffire aux Dieux ; il offre
le sien les Bergers applaudissent à sa
generosité et à son amour.
La Décoration du dernier Acte représente le Temple de Bacchus , orné pour
le Sacrifice de la Victime. Coresus prêt
à donner la mort à son Rival , qui veut
être immolé pour Callirhoé , ne sçait s'il
y doit consentir ; il craint de trahir sa
gloire et même son amour , puisqu'Age
nor sacrifié pour sa Princesse , n'en regnera que mieux dans son cœur..
Callithoé vient demander la mort à
Coresus , la Scene est très- vive et trèspathetique entre le Prêtre et la Victime..
Agenor arrive ; les Prêtres le menent
à l'Autel'; après une contestation trèstendre entre les deuxVictimes et Coresus;
ce dernier prend un parti noble et gene
reux , et leur dit :
Arrêtez; c'est à moi de choisir la Victime.
ER
146 MERCURE DE FRANCE
Endisant ces mots il se frappe et finit la
Tragédie par ces Vers adressez à Callirhoé:
Je sauve vos jours :
De vos malheurs, dcs miens , je termine le cours.
Vous pleurez; se peut- il que ce cœur s'atendrisse !
Je meurs content , mes feux ne vous troubleront
plus.
Approchez ; en mourant , que ma main vous unisse ;
Souvenez-vous de Coresus.
Cet Opera , au reste , est très- bien executé et très-bien remis pour le choix des
Rôles , pour les Décorations et les habits.
Les Balets du Sr.Blondi en sont variez et
executez dans la plus grande perfection ;
un Pas de Trois dansé par le sieur Dumoulin et les Dlles Camargo et Salé , est
un morceau aussi picquant et aussi agréable qu'on en ait vû à l'Opera. Deux trèsbons Poëtes ont celebré la danse de ces
deux inimitables personnes en cette ma- niere.
A
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Résumé : SPECTACLES, Callirhoé, Opera, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la tragédie en musique 'Callirhoé', dont le poème est de M. Roy et la musique de M. Destouches, Surintendant de la Musique du Roi. Cette œuvre a été jouée pour la première fois le 27 décembre 1712 et a connu un succès éclatant. Le prologue célèbre la victoire de Denain et la paix, avec des personnages comme la Victoire et Astrée. L'intrigue principale suit Callirhoé, princesse de Calydon, qui doit se marier avec Coresus malgré son amour pour Agenor, que l'on croyait mort. Agenor réapparaît, mais Callirhoé doit se conformer aux attentes de sa mère et de son peuple. La pièce est marquée par des conflits émotionnels et des révélations dramatiques, notamment l'interruption du mariage par l'apparition d'Agenor et la menace de sacrifice divin. La tragédie se conclut par le sacrifice de Coresus, qui permet à Callirhoé et Agenor de se réunir. L'opéra est salué pour son exécution, ses décors, ses costumes et ses ballets, notamment ceux du sieur Blondy et un pas de trois dansé par le sieur Dumoulin et les demoiselles Camargo et Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 177-179
« Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...] »
Début :
Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...]
Mots clefs :
Députés des États de Bretagne, Audience publique, Église de Notre-Dame de Paris, Décoration, Chapitre, Tableaux, Neffe
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texteReconnaissance textuelle : « Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...] »
Le 27. les Députez des Etats de Breeurent Audience publique du
Roy, étant présentez par le Comte de Toulouse , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Secretaire d'Etat , et conduits par le Grand- Maître et le Maître des Ceremonies ; la
Députation étoit composée de l'Evêque
de S. Pol de Leon , pour le Clergé qui
porta la parole , du Comte de Kercado
pour la Noblesse , du Senechal du Quimper pour le Tiers Etat , et du Pré ident
de Bedé , Syndic de la Province. Ces Députez furent ensuite conduits à l'Audiance de la Reine, et à celles de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le Duc
d'Anjou et de Mesdames de France.
Il n'y a pas lieu d'être surpris de tous
les embellissemens qui se sont faits depuis un temps et qui se font encore dans
la celebre Eglise de Notre- Dame de Paris.
Son illustre Chapitre a toûjours eu grande attention sur ce qui regarde le culte
de Dieu , dans lequl est toujours renfermée la Décoration et la magnificence
de son Temple.
I C'est
178 MERCURE DE FRANCE
et
C'est à quoi il semble que ce Chapitre
se soit encore appliqué plus particulierement depuis un temps. Les soins et les
attentions des Abbez de la Croix , de
Fleury et de Cotte , Chanoines , et Intendans du Trésor et de la Fabrique ,
n'ont pas peu contribué à de si nobles er
de si pieuses entreprises ; et le bonheur a
voulu qu'ils ayent heureusement rencontré dans l'Abbé Colin' , Trésorier de cette
Eglise , une personne plus propre à rencherir sur leur zele , qu'à le diminuer.
Son ardeur pour tout ce qui regarde l'Eglise et sa décoration , est sans exemple
ainsi que sa vigilance et son activité.
La derniere réparation qu'on vient de
faire et qui a le plus frappé les yeux du
Public et des Curieux , est le nettoyementet la restauration de tousles Tableaux
de la Nef, qui , quoique des plus grands
Maîtres, avoient été de longue main aban.
donnez aux insultes du temps et de la
poussiere ; l'on n'y reconnoissoit plus.
rien, la plus grande partie pleins de troux
et tout écaillez. Il falloit une main legere
sçavante et habile pour les nettoyer sans
alteration et les repeindre sans qu'il y
parût, et ce fut pour cela que le sieur
Grégoire, jeune homme , Eleve de M.Reitout, neveu da celebre Jean Jouvenet
£us
JANVIER 1732. 179
1
1
fut choisi ; il s'en est acquitté si bien et
avec tant de prudence , qu'il a rendu à
tous ces Tableaux leur premier lustre et
leur ancien éclat , sans avoir rien alteré
des endroits mêmes les plus délicats. Il a
eû aussi la satisfaction de se voir applaudi , non-seulement du Public , mais même de M. Boulogne , premier Peintre du
Roy et Directeur de l'Académie , &c.
Un si, heureux succès fait esperer que
le sieur Grégoire ne se tirera pas moins
heureusement des Tableaux de la Croisée
de la même Eglise, qui sont, la plus grande partie , d'un prix infini.
Roy, étant présentez par le Comte de Toulouse , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Secretaire d'Etat , et conduits par le Grand- Maître et le Maître des Ceremonies ; la
Députation étoit composée de l'Evêque
de S. Pol de Leon , pour le Clergé qui
porta la parole , du Comte de Kercado
pour la Noblesse , du Senechal du Quimper pour le Tiers Etat , et du Pré ident
de Bedé , Syndic de la Province. Ces Députez furent ensuite conduits à l'Audiance de la Reine, et à celles de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le Duc
d'Anjou et de Mesdames de France.
Il n'y a pas lieu d'être surpris de tous
les embellissemens qui se sont faits depuis un temps et qui se font encore dans
la celebre Eglise de Notre- Dame de Paris.
Son illustre Chapitre a toûjours eu grande attention sur ce qui regarde le culte
de Dieu , dans lequl est toujours renfermée la Décoration et la magnificence
de son Temple.
I C'est
178 MERCURE DE FRANCE
et
C'est à quoi il semble que ce Chapitre
se soit encore appliqué plus particulierement depuis un temps. Les soins et les
attentions des Abbez de la Croix , de
Fleury et de Cotte , Chanoines , et Intendans du Trésor et de la Fabrique ,
n'ont pas peu contribué à de si nobles er
de si pieuses entreprises ; et le bonheur a
voulu qu'ils ayent heureusement rencontré dans l'Abbé Colin' , Trésorier de cette
Eglise , une personne plus propre à rencherir sur leur zele , qu'à le diminuer.
Son ardeur pour tout ce qui regarde l'Eglise et sa décoration , est sans exemple
ainsi que sa vigilance et son activité.
La derniere réparation qu'on vient de
faire et qui a le plus frappé les yeux du
Public et des Curieux , est le nettoyementet la restauration de tousles Tableaux
de la Nef, qui , quoique des plus grands
Maîtres, avoient été de longue main aban.
donnez aux insultes du temps et de la
poussiere ; l'on n'y reconnoissoit plus.
rien, la plus grande partie pleins de troux
et tout écaillez. Il falloit une main legere
sçavante et habile pour les nettoyer sans
alteration et les repeindre sans qu'il y
parût, et ce fut pour cela que le sieur
Grégoire, jeune homme , Eleve de M.Reitout, neveu da celebre Jean Jouvenet
£us
JANVIER 1732. 179
1
1
fut choisi ; il s'en est acquitté si bien et
avec tant de prudence , qu'il a rendu à
tous ces Tableaux leur premier lustre et
leur ancien éclat , sans avoir rien alteré
des endroits mêmes les plus délicats. Il a
eû aussi la satisfaction de se voir applaudi , non-seulement du Public , mais même de M. Boulogne , premier Peintre du
Roy et Directeur de l'Académie , &c.
Un si, heureux succès fait esperer que
le sieur Grégoire ne se tirera pas moins
heureusement des Tableaux de la Croisée
de la même Eglise, qui sont, la plus grande partie , d'un prix infini.
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Résumé : « Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...] »
Le 27 janvier 1732, les députés des États de Bretagne furent reçus en audience publique par le roi, en présence du comte de Toulouse et du comte de Saint-Florentin. La délégation comprenait l'évêque de Saint-Pol-de-Léon pour le clergé, le comte de Kercado pour la noblesse, le sénéchal de Quimper pour le tiers état, et le président de Bédé, syndic de la province. Ils rencontrèrent également la reine, le dauphin, le duc d'Anjou et Mesdames de France. Le texte évoque par ailleurs les travaux récents et en cours dans l'église Notre-Dame de Paris. Le chapitre de cette église a toujours accordé une grande importance au culte divin, à la décoration et à la magnificence du temple. Les abbés de la Croix, Fleury, Cotte et Colin, trésorier, ont particulièrement contribué à ces entreprises. La dernière réparation notable fut la restauration des tableaux de la nef par le sieur Grégoire, élève de M. Reitout et neveu de Jean Jouvenet. Grégoire a restauré les tableaux avec prudence, leur rendant leur lustre initial sans les altérer. Son travail a été salué par le public et par M. Boulogne, premier peintre du roi et directeur de l'Académie. Une restauration similaire est attendue pour les tableaux de la croisée de l'église.
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7
p. 1398-1400
Perspective à la Bibliotheque Ste. Geneviéve, [titre d'après la table]
Début :
La Bibliotheque de l'Abbaye de Ste Geneviéve a été [...]
Mots clefs :
Bibliothèque de l'Abbaye de Sainte Geneviève, Armoires, Décoration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Perspective à la Bibliotheque Ste. Geneviéve, [titre d'après la table]
La Bibliotheque de l'Abbaye de Ste Geneviéve a été depuis peu considérablement augmentée dans son Bâtiment. Ce
Vaisseau est dans sa construction aujourd'hui partagé en quatre Parties , qui forment une croisée , éclairée au milieu d'une
grande Lanterne, qui donne beaucoup de
lumiere. La partie de la croisée , du côté de la Cour se trouve directement sous
le Clocher de l'Eglise de Ste Geneviève ,
et elle est plus courte que les trojs autres
Parties.
II. Vol. Pour
JUIN. 1732. 1399
Pour faire disparoître cette irrégularité,
on a eu recours au prestige de la Peinture,
et M. Jacques de la Jouë , Peintre ordinaire du Roy, en son Académie Royale ,
y a si heureusement employé la Magie de
son Art , que tous les yeux y sont nonseulement trompez , mais encore extremement satisfaits. Ce morceau fait beau-
-coup d'honneur au génie et au Pinceau de
M. de la Jouë , dont les talens sont assez connus. Tâchons de donner une idée de
Let Ouvrage , que les Curieux vont voir
avec empressement.
La décoration de la Bibliotheque est
d'une Menuiserie uniforme dans son Architecture ; les Armoires sont de 15 pieds
de large sur toute la hauteur ; entre chacune il y a une croisée ; et à chaque côté
de ces Armoires est une Guesne de Menuiserie qui en marque la séparation
portant sont Buste en Marbre blanc , et
representant des Sçavans et Hommes Illustres , tant anciens que modernes.
C'est cette même décoration et dans le
même alignement que l'on a suivi dans
les deux côtez de la Perspective en plate
Peinture, au fond de laquelle on voit un
Salon ovale , éclairé par une grande croisée dans le milieu , et deux issuës de GalLeries , qui partent à droite et à gauche.
II. Vol.
Ce
400 MERCURE DE FRANCE
Ce Salon est feint de Menuiserie , orné
de Panaches , de Colonnes et Pilastres ,
avec des Armoires garnies de Livres , &c.
A l'entrée du Salon,il y a deux Consoles,
surmontées de deux Urnes de Marbre antique ; sur le devant est une Sphere , representant le Sistême de Copernic , montée sur un pied de Bronze , un peu caché
par son Rideau verd jetté négligemment. La Sphere avec son pied porte environ 6 pieds. Tout d'ouvrage a 24 pieds de
large , sur 18 de haut.
Vaisseau est dans sa construction aujourd'hui partagé en quatre Parties , qui forment une croisée , éclairée au milieu d'une
grande Lanterne, qui donne beaucoup de
lumiere. La partie de la croisée , du côté de la Cour se trouve directement sous
le Clocher de l'Eglise de Ste Geneviève ,
et elle est plus courte que les trojs autres
Parties.
II. Vol. Pour
JUIN. 1732. 1399
Pour faire disparoître cette irrégularité,
on a eu recours au prestige de la Peinture,
et M. Jacques de la Jouë , Peintre ordinaire du Roy, en son Académie Royale ,
y a si heureusement employé la Magie de
son Art , que tous les yeux y sont nonseulement trompez , mais encore extremement satisfaits. Ce morceau fait beau-
-coup d'honneur au génie et au Pinceau de
M. de la Jouë , dont les talens sont assez connus. Tâchons de donner une idée de
Let Ouvrage , que les Curieux vont voir
avec empressement.
La décoration de la Bibliotheque est
d'une Menuiserie uniforme dans son Architecture ; les Armoires sont de 15 pieds
de large sur toute la hauteur ; entre chacune il y a une croisée ; et à chaque côté
de ces Armoires est une Guesne de Menuiserie qui en marque la séparation
portant sont Buste en Marbre blanc , et
representant des Sçavans et Hommes Illustres , tant anciens que modernes.
C'est cette même décoration et dans le
même alignement que l'on a suivi dans
les deux côtez de la Perspective en plate
Peinture, au fond de laquelle on voit un
Salon ovale , éclairé par une grande croisée dans le milieu , et deux issuës de GalLeries , qui partent à droite et à gauche.
II. Vol.
Ce
400 MERCURE DE FRANCE
Ce Salon est feint de Menuiserie , orné
de Panaches , de Colonnes et Pilastres ,
avec des Armoires garnies de Livres , &c.
A l'entrée du Salon,il y a deux Consoles,
surmontées de deux Urnes de Marbre antique ; sur le devant est une Sphere , representant le Sistême de Copernic , montée sur un pied de Bronze , un peu caché
par son Rideau verd jetté négligemment. La Sphere avec son pied porte environ 6 pieds. Tout d'ouvrage a 24 pieds de
large , sur 18 de haut.
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Résumé : Perspective à la Bibliotheque Ste. Geneviéve, [titre d'après la table]
La Bibliothèque de l'Abbaye de Sainte-Geneviève a été agrandie et restructurée. Le bâtiment est organisé en quatre parties formant une croisée éclairée par une grande lanterne centrale. La section côté cour est plus courte et se trouve sous le clocher de l'église de Sainte-Geneviève. Pour dissimuler cette irrégularité, Jacques de la Jouë a utilisé la peinture trompe-l'œil. La décoration de la bibliothèque est uniforme, avec des armoires de 15 pieds de large sur toute la hauteur, séparées par des croisées et des guênes de menuiserie. Entre ces armoires, des bustes en marbre blanc représentent des savants et hommes illustres, anciens et modernes. Au fond, une perspective en plate peinture montre un salon ovale éclairé par une grande croisée et flanqué de deux galeries. Ce salon, feint de menuiserie, est orné de panaches, colonnes, pilastres et armoires garnies de livres. À l'entrée du salon, deux consoles surmontées d'urnes de marbre antique encadrent une sphère représentant le système de Copernic, montée sur un pied de bronze et mesurant environ 6 pieds. L'ensemble de l'œuvre mesure 24 pieds de large sur 18 pieds de haut.
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8
p. 2009-2017
Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 6 Aoust, on representa au College de LOUIS LE GRAND, la Tragédie [...]
Mots clefs :
Danse, Collège de Louis le Grand, Sennacherib, Tragédie, Ballet, Danse, Décoration
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texteReconnaissance textuelle : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
SPECTACLE S.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
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Résumé : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Le spectacle 'La Tragédie de Sennacherib, Roy des Assiriens' a été représenté le mercredi 6 août pour la distribution des prix. L'histoire met en scène la défaite de Sennacherib devant Jérusalem, où il perdit 18 000 hommes en une nuit. De retour à Ninive, il fut assassiné par ses deux fils aînés, Adramelech et Sarasar, 45 jours après la défaite. Cette tragédie accomplissait une prophétie d'Isaïe au roi Ézéchias. Selon la tradition hébraïque rapportée par Saint Jérôme, Sennacherib voulait sacrifier ses fils pour apaiser son dieu, mais ceux-ci le tuèrent avant. Le spectacle se déroulait à Ninive, dans le palais du roi. Après la tragédie, un ballet intitulé 'Histoire de la Danse' fut présenté. Ce ballet retraçait la naissance et les quatre âges de la danse. Les Égyptiens sont crédités de l'origine de la danse, qui servait à exprimer les passions humaines. Le ballet se divisait en plusieurs entrées représentant différents âges et styles de danse, des bergers aux danses modernes en France. La décoration du spectacle représentait une cour extérieure d'un palais magnifique, avec diverses statues et trophées. L'auteur de la décoration, M. Le Maire, est connu pour ses œuvres appréciées du public. Une estampe de la décoration était disponible à la vente.
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9
p. 998-1000
L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna le 31 de ce mois la seconde Représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Décoration, Opéra, Génie du feu, Colonnes, Empire de l'amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique donna
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
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Résumé : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Le 31 mai 1733, l'Académie Royale de Musique a présenté la seconde représentation de l'Empire de l'Amour, un ballet héroïque. La décoration du Génie du Feu, décrite comme un magnifique palais prodigieusement vaste, comprend une grande galerie menant à un dôme soutenu par des colonnes et des arcades. Cette architecture, richement ornée avec un goût noble et grand, bien que particulier et bizarre, est réalisable grâce à l'accouplement des colonnes et la distribution du plan. Elle est éclairée de manière à représenter le caractère du génie du feu, avec un usage judicieux des couleurs et des lumières. Au rez-de-chaussée, sous le dôme, se trouve une urne lumineuse et transparente, source de lumière éclairant toute la décoration. Cette dernière, utilisant des cuirs dorés, du fer blanc poli et verni, des couleurs éclatantes, des toiles transparentes et des dorures, a été acclamée par le public pour ses finesses artistiques. Elle surpasse celle du Palais du Soleil et diffère de toutes les précédentes par sa composition et ses matériaux. La décoration a été peinte par le sieur André, d'après les dessins du Cavalier Servandoni. Par ailleurs, on prépare le ballet des Fêtes Grecques et Romaines pour une prochaine représentation.
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10
p. 2250-2251
« Voici la Description de la Décoration du Temple du Goût, faite pour la Piece qui porte ce [...] »
Début :
Voici la Description de la Décoration du Temple du Goût, faite pour la Piece qui porte ce [...]
Mots clefs :
Décoration, Théâtre italien
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texteReconnaissance textuelle : « Voici la Description de la Décoration du Temple du Goût, faite pour la Piece qui porte ce [...] »
Voici la Description de la Décoration dư
Temple du Gout , faite pour la Piece qui porte ce
titre , représentée sur le Théatre Italien.
Cette Décoration forme sur le devant un Plan
quarré , et le Sanctuaire où est l'Autel , un Plan
Octogone, toute l'ordonnance est un ordre com
posé
OCTOBRE. 17357 2259
posé. Les Colomnes feintes de Marbre verd, song
revét és jusques au- delà du tiers de la hauteur ,
de Palmiers et Lauriers alternativement , et les
autres de grandes Armures en Cartouche , dans
Jesquels sont gravés des Trophées d'Instrumene
de tous les Arts , Sur le devant , à la droite et à la
gauche du Théatre, sont placez Marot et la Fon
taine, ensuite Rabelais , et Momus, Moliere et Tha
tie. Cette Muse lui présente un Laurier. Vers le
Sanctuaire , on voit Racine et Corneille, couronnez
par Melpomene. Au côté opposé , sont les
trois Muses Françoises , Me de Villedieu, M. Des
Houlieres , et Me Dacier. Autour de l'Autel sout
représentez Anacreon, Virgile. Horace et Homere.
Toutes ces Figures sont peintes en Marbre blane
sur des piedestaux de Marbre de Sarrancolin.
Temple du Gout , faite pour la Piece qui porte ce
titre , représentée sur le Théatre Italien.
Cette Décoration forme sur le devant un Plan
quarré , et le Sanctuaire où est l'Autel , un Plan
Octogone, toute l'ordonnance est un ordre com
posé
OCTOBRE. 17357 2259
posé. Les Colomnes feintes de Marbre verd, song
revét és jusques au- delà du tiers de la hauteur ,
de Palmiers et Lauriers alternativement , et les
autres de grandes Armures en Cartouche , dans
Jesquels sont gravés des Trophées d'Instrumene
de tous les Arts , Sur le devant , à la droite et à la
gauche du Théatre, sont placez Marot et la Fon
taine, ensuite Rabelais , et Momus, Moliere et Tha
tie. Cette Muse lui présente un Laurier. Vers le
Sanctuaire , on voit Racine et Corneille, couronnez
par Melpomene. Au côté opposé , sont les
trois Muses Françoises , Me de Villedieu, M. Des
Houlieres , et Me Dacier. Autour de l'Autel sout
représentez Anacreon, Virgile. Horace et Homere.
Toutes ces Figures sont peintes en Marbre blane
sur des piedestaux de Marbre de Sarrancolin.
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Résumé : « Voici la Description de la Décoration du Temple du Goût, faite pour la Piece qui porte ce [...] »
Le Temple du Goût, conçu pour une pièce représentée sur le Théâtre Italien, présente une décoration architecturale spécifique. La salle principale est carrée, tandis que le sanctuaire est octogonal. Les colonnes feintes en marbre verd alternent entre des palmiers et des lauriers, et d'autres colonnes affichent des armures en cartouche avec des trophées d'instruments des arts. À l'avant du théâtre, des figures telles que Marot, la Fontaine, Rabelais, Momus, Molière et Thalie sont représentées. Thalie reçoit un laurier d'une Muse. Vers le sanctuaire, Racine et Corneille sont couronnés par Melpomène. Les trois Muses françaises, Madame de Villedieu, Monsieur Des Houlières et Madame Dacier, sont également présentes. Autour de l'autel, Anacréon, Virgile, Horace et Homère sont représentés. Toutes ces figures sont peintes en marbre blanc sur des piédestaux en marbre de Sarrancolin.
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11
p. 756-758
Décoration de l'Opera de Jephté, [titre d'après la table]
Début :
Le 28. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre, à la [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Arbres, Décoration, Théâtre, Architecture, Jardin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Décoration de l'Opera de Jephté, [titre d'après la table]
E 28. Mars , l'Académie Royale de
grande satisfaction du Public , l'Opera
de Jephté , dont toutes les Représenta
tions ont reçû de grands applaudissemens
. Nous renvoyons le Lecteur pour
les paroles et la Musique de cette Tragédie
, à ce que nous en avons dit au
- mois de Mars 1733. page 564 et en
Mars 1732. page 571. Mais une nou
velle Décoration , sur les Desseins du
Chevalier Servandoni , faite pour
pera
AVRIL. 1734. 757
pera de Pirithous , et qui paroît au quatriéme
Acte de Jephté , mérite bien que
nous en donnions une idée à nos Lecteurs.
Cette Décoration n'occupe que la moitié
du Théatre dans le fond. Elle représente
un Jardin enchanté , qui dans
ce petit espace est vû obliquement et
paroît extrémement vaste .
On y voit d'abord un grand Morceau
d'Architecture rustique , au milieu duquel
est un Grouppe de figure gigantesque
, représentant Hercule , dans le
moment qu'il étouffe Anthée. de la bouche
de ce dernier sort un grand Jet
d'eau. Au-dessous de ce Grouppe on voit
des Lions , qui semblent sortir de leurs
Antres , et qui vomissent une grande
quantité d'eau que plusieurs Bassins reçoivent
; ces eaux sont si bien feintes pardes
gases qu'on fait mouvoir par le moyen de
plusieurs roues,qu'elles paroissent vrayes.
Cette Fontaine est placée au milieu
d'une grande Allée d'arbres , à côté de
laquelle s'éleve une haute Charmille ,
taillée en Pilastres et en Arcades . Entre
la Charmille et les Arbres , ce qui forme
une seconde Allée , on voit des Piédestaux
avec des figures imitant le Marbre
blanc. Le fond est agréablement varié
par
758 MERCURE DE FRANCE
par plusieurs Terrasses et Jets d'eau , des
Allées et des Arbres de differentes especes.
> Au bout de la derniere Terrasse , sur
une hauteur à laquelle on arrive par une
montée en fer à cheval , ornée d'Architecture
, de Vases , de Statues , & c. on
apperçoit un grand Edifice rond , percé
à jour par des Arcades et des Colomnes ,
entre et au milieu desquelles s'élevent
plusieurs Arbres.
Ce Jardin , par l'art de la Perspective
et la dégradation des couleurs , fait paroître
le fond du Théatre plus grand
qu'on ne l'a encore vû. Cette Décoration
a été fort goûtée et fort applaudie.
grande satisfaction du Public , l'Opera
de Jephté , dont toutes les Représenta
tions ont reçû de grands applaudissemens
. Nous renvoyons le Lecteur pour
les paroles et la Musique de cette Tragédie
, à ce que nous en avons dit au
- mois de Mars 1733. page 564 et en
Mars 1732. page 571. Mais une nou
velle Décoration , sur les Desseins du
Chevalier Servandoni , faite pour
pera
AVRIL. 1734. 757
pera de Pirithous , et qui paroît au quatriéme
Acte de Jephté , mérite bien que
nous en donnions une idée à nos Lecteurs.
Cette Décoration n'occupe que la moitié
du Théatre dans le fond. Elle représente
un Jardin enchanté , qui dans
ce petit espace est vû obliquement et
paroît extrémement vaste .
On y voit d'abord un grand Morceau
d'Architecture rustique , au milieu duquel
est un Grouppe de figure gigantesque
, représentant Hercule , dans le
moment qu'il étouffe Anthée. de la bouche
de ce dernier sort un grand Jet
d'eau. Au-dessous de ce Grouppe on voit
des Lions , qui semblent sortir de leurs
Antres , et qui vomissent une grande
quantité d'eau que plusieurs Bassins reçoivent
; ces eaux sont si bien feintes pardes
gases qu'on fait mouvoir par le moyen de
plusieurs roues,qu'elles paroissent vrayes.
Cette Fontaine est placée au milieu
d'une grande Allée d'arbres , à côté de
laquelle s'éleve une haute Charmille ,
taillée en Pilastres et en Arcades . Entre
la Charmille et les Arbres , ce qui forme
une seconde Allée , on voit des Piédestaux
avec des figures imitant le Marbre
blanc. Le fond est agréablement varié
par
758 MERCURE DE FRANCE
par plusieurs Terrasses et Jets d'eau , des
Allées et des Arbres de differentes especes.
> Au bout de la derniere Terrasse , sur
une hauteur à laquelle on arrive par une
montée en fer à cheval , ornée d'Architecture
, de Vases , de Statues , & c. on
apperçoit un grand Edifice rond , percé
à jour par des Arcades et des Colomnes ,
entre et au milieu desquelles s'élevent
plusieurs Arbres.
Ce Jardin , par l'art de la Perspective
et la dégradation des couleurs , fait paroître
le fond du Théatre plus grand
qu'on ne l'a encore vû. Cette Décoration
a été fort goûtée et fort applaudie.
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Résumé : Décoration de l'Opera de Jephté, [titre d'après la table]
En mars 1734, l'Académie Royale a présenté l'opéra de Jephté, acclamé par le public. La décoration du quatrième acte, réalisée par le Chevalier Servandoni, a particulièrement retenu l'attention. Elle occupe la moitié du théâtre et représente un jardin enchanté, conçu pour sembler extrêmement vaste. Au centre, une architecture rustique montre Hercule étouffant Anthée, dont la bouche laisse jaillir un jet d'eau. Des lions, sortant de leurs antres, vomissent également de l'eau, recueillie dans des bassins. Cette fontaine est placée dans une allée d'arbres, à côté d'une haute charmille taillée en pilastres et arcades. Entre la charmille et les arbres, des piédestaux avec des figures imitant le marbre blanc sont visibles. Le fond est varié par des terrasses, des jets d'eau, des allées et des arbres de différentes espèces. Au bout de la dernière terrasse, un grand édifice rond percé d'arcades et de colonnes s'élève, entre lesquelles se dressent plusieurs arbres. Grâce à la perspective et à la dégradation des couleurs, le fond du théâtre semble plus grand qu'à l'accoutumée. Cette décoration a été très appréciée et applaudie.
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12
p. 74
VERSAILLES.
Début :
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le séjour ordinaire du Roi, par les plus vives [...]
Mots clefs :
Roi, Illumination, Décoration, M. Frati, Académie de Florence, Statue du roi, Inscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERSAILLES.
VERSAILLES.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le ſejour
ordinaire du Roi , par les plus vives
marques d'une joye ſincere ; l'illumination
des deux Paroiſſes & des Récolets fut frapante.
M. Sibot , Prêtre de la Miſſion , a
fait la dépenſe de celle de l'Egliſe de S.
Louis , & le deſſein de la Décoration , ingénieuſement
conduit , étoit de M. Frati ,
Peintre & Architecte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statuë du Roi ,
avec cette touchante Inſcription :
Parenti Patria Redivivo confecrat amor.
Cette Ville a prouvé qu'elle étoit le ſejour
ordinaire du Roi , par les plus vives
marques d'une joye ſincere ; l'illumination
des deux Paroiſſes & des Récolets fut frapante.
M. Sibot , Prêtre de la Miſſion , a
fait la dépenſe de celle de l'Egliſe de S.
Louis , & le deſſein de la Décoration , ingénieuſement
conduit , étoit de M. Frati ,
Peintre & Architecte de l'Académie de
Florence : on y voyoit la Statuë du Roi ,
avec cette touchante Inſcription :
Parenti Patria Redivivo confecrat amor.
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13
p. 87-93
DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
Début :
Les Entrepreneurs Généraux des Poudres & Salpêtres de France, desirant [...]
Mots clefs :
Entrepreneurs des Poudres, Te Deum, Église des Célestins, Jardin, Décoration, Arsenal, Terrasse, Girandole, Bateaux, Lampions, Lumières, Rivière, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION, des réjouissances faites par les Entrepreneurs Généraux des Poudres, au sujet de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION , des réjouiſſances
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
faites par les Entrepreneurs Généraux des
Poudres , au sujet de la Convalescence du
Roi.
L
,
defi-
Es Entrepreneurs Généraux des Poudres
& Salpêtres de France
rant donner des témoignages publics de la
joye fincere qu'ils ont reſſentie du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , réſolurent d'en
rendre graces à Dieu par un Te Deum, chanté
dans l'Egliſe des R. R. Peres Célestins , d'illuminer
le Jardin de l'Arcenal , & de donner
un feu d'artifice ſur la riviere , en face
de l'extrêmité de la Terraſſe de ce Jardin.
M. le Comte d'Eu , Grand- Maître de l'Artillerie
, leur avoit permis de ſe ſervir des
boëtes qui font gardées dans les magaſins de
l'Arcenal.
Le Lundi 21 Septembre à 6 heures du
matin , il fut fait une décharge de cent boëtes
, pour annoncer la joye de ce jour. Il en
fut fait une ſeconde à midi. La troifiéme à
4 heures. La quatrième à 6 heures , avant
quede commencer le Te Deum. Lacinquiéme
à 8 heures , après le Te Deum. La fixiéme
Eij
88 MERCURE DEFRANCE.
à 10 heures après le feu d'artifice. La ſeptiéme&
derniere à minuit.
TEDEUM, & Décoration dans l'Eglife
des Célestins.
La Nef de l'Egliſe des Célestins étoit décorée
de ſept grands Luſtres de criſtal , garnis
de bougies , cinq dans l'avant-Choeur ,
&deux autres dans le retour , du côté des
Chapelles.
T
Le Choeur étoit éclairé de 336 Lampions
decire , placés tout le long de la corniche du
lambris , au-deſſus des Stalles , & de quatre
girandoles de criſtal , garnies auſſi de bougies
aux quatre extrêmités du lambris.
Le grand Autel , outre les cierges ordinaires
, étoit orné de ſeize girandoles de
criſtal , garnies de bougies , placées ſur les
appuis des Baluſtres de marbre , qui forment
l'enceinte du Sanctuaire , & fur deux traverſes
en diagonale , qui accompagnent
l'Autel ; la régularité du deſſein de ces Baluſtres
favoriſoit extrêmement la diſpoſition
des lumieres , qui fut trouvée de bon goût,
Le Te Deum commença à 6 heures & un
quart , immédiatement après la quatriéme
décharge des boëtes ; on exécuta celui de
M. de la Lande , ſous la direction de Mrs
Rebel & Francoeur , Sur-Intendans de la
NOVEMBRE. 1744. 89
Muſique du Roi en ſurvivance. Le Concert
étoit compoſé de 80 Muſiciens de la Muſique
du Roi , & autres ; l'exécution fut
trouvée parfaite , & dura près d'une heure .
L'Egliſe des Célestins n'ayant point de
Jubé , on avoit conſtruit au-deſſus de la
porte du Choeur , en dehors , dans toute la
largeur de la façade , une Tribune de charpente
, large&commode , avec des Gradins
pour y placer la Muſique , dont le bâtis
étoit couvert de tapiſſerie.
La porte & l'intérieur de l'Egliſe étoient
gardés par des Suiſſes du Régiment des Gardes,
commandés par leurs Sergens, ils furent
aufli placés à la porte ,& dans l'intérieur
du Jardin.
DECORATION DU JARDIN.
Au fortirdu Te Deum , on entra à l'Arcenal
par la porte qui eſt ſur le Quai des Céleftins
, joignant l'Eglife ; cette porte étoit
décorée de deux Pilaſtres , ſurmontés d'une
archivolte , qui portoit trois Girandoles Pyramidales
garnies de Lampions.
Toutes les cours de l'Arcenal , depuis
cette porte , étoient éclairées par des Terrines
, dont la porte qui donne ſur la ruë
de la Ceriſaye , étoit auſſi garnie.
Laporte du Jardin garnie auffi de Terri-
E iij
. MERCURE DEFRANCE.
nes ſur le cintre , étoit maſquée en dedans
au fond du Parterre de ce côté , & en face
de la principale allée qui finit à la Terraffe ,
de trois grandes Arcades de 24 pieds de
haut, furmontées chacune d'une Girandole ;
du cintre de chacune de ces Arcades , il
pendoit une autre Girandole , en forme de
Luftre , foutenuë par une Guirlande de lumieres
, le tout formé de Lampions . L'allée
en face , étoit garnie à droite & à gauche de
40 piedeſtaux , portant chacun une Girandole
des pieds de haut , placée dans les intervales
des Ifs qui entourent les compartimens
du Parterre ,& fur la pointe de chas
cun de ces Ifs étoit placée une groffe Terrine
; cette allée , & le baſſin qui eſt aumilieu
, étoient bordés d'un filet de Terrines ;
aux extrêmités des bordures du Parterre ,
étoient placées deux grandes Pyramides de
lumieres de 21 pieds de haut , terminées
chacune par une Girandole ;& en retour
des Parterres , fur la même ligne des Pyramides
, étoient placés de chacun des côtés
quatre piédeſtaux , portant chacun leur Girandole
, le tout garni de Lampions .
Dans les intervales des Arbres , qui forment
les allées qui accompagnent les côtés
du Parterre , depuis la porte du Jardin jufqu'à
leurs extrêmités , au bord de la Terraffe
, on avoit attaché des fils d'archal , où
NOVEMBRE. 1744. 91
pendoient des Lampes de Sureine , qui formoient
un filet de lumiere .
On avoit rempli de même les intervales
desArbres , qui formoient l'allée de la Terraffe
, depuis le mur de la Baſtille où elle
commence , juſqu'à l'autre extrêmité ſur le
bord de la riviere , ainſi que dans le retour
que la Terraſſe forme en baſtion à cet endroit,
où eſt le Cabinet de plaiſance de S. A.
S. Mad. la Ducheſſe du Maine , ce qui comprend
une longueur au moins de deux cent
toiſes .
Dans toute cette même longueur , depuis
le mur de la Baſtille juſqu'à l'extrêmité fur
la riviere , y compris le rerourdont on vient
de parler , le Parapet de la Terraſſe , qui
n'eſt interrompu que par le magaſin des
Poudres , conftruit dans le foſſe , ſur l'appui
de la Terraſſe , étoit auſſi garni d'un filet de
lumieres , formé par des Terrines à deux
pieds & demi de diſtance l'une de l'autre ,
qui répétoit celui des Lampes de Sureine
placées dans les intervales des Arbres.
FEU D'ARTIFIGE .
Après avoir obtenu la permiffion de M.
le Prevôt des Marchands , on plaça à l'endroit
qu'il lui avoit plû d'indiquer , dans le
milieude la riviere , vis- à- vis de l'extrémité
د
E iiij
MERCURE DE FRANCE.
de la Terraſſe de l'Arcenal , au-deſſus de la
Patache , deux bateaux marnois l'un auprès
de l'autre , de 10 à 12 toiſes de long , fur
18 à 20 pieds de large ,ſur lesquels on avoit
bâti un plancher; autour de ces deux grands ,
étoient rangés fix petits bateaux chargés de
l'artifice .
On avoit pofé ſur le plancher des deux
grands bateaux , quatre chevalets , ſur lefquels
on tira pendant une demie heure 500
fuſées volantes , des cinq plus belles façons
dont on les puiſſe compofer , qui partirent
quatre à quatre ; sçavoir , 382 fufées , appellées
des trois douzaines , 43 , dites de
quatre douzaines, 17, dites de cinq douzaines
, 5 dites, de ſix douzaines , 53 , dites fufées
d'honneur , de 2 pouces & demi de diamétre.
On fit partir enſuite 64 douzaines de fufées
volantes, doubles marquiſes, diſtribuées
en 32 Caiſſes , de deux douzaines chacune ,
tirées des deux extrêmités des bateaux
après leſquelles parut un brin de quatre
douzaines de Pots-à-feu , & une Girande
compoſée de 38 douzaines de fuſées volantes,
auffi doubles marquiſes ; ce qui fut ſuivi
de l'effet de deux Soleils tournans , placés
aux extrêmités des bateaux .
Le feu fut terminé par un Soleil fixe à
douze rayons , à chaque côté duquel on tira
NOVEMBRE. 1744. 93
trois Pots à Aigrettes , remplis de Serpenteaux&
d'Etoiles.
Cette journée finit par le ſouper , qui fut
fervi après le feu à une table de 25 couverts
,& qui dura juſqu'après minuit : on
laiſſa entrer dans la Sale , qui est trèsgrande
, tous ceux , en affés grand nombre ,
qui eurent la curiofité d'être les témoins
par eux-mêmes , de la joye vive & fincere
des Convives , de l'événement heureux
qui les raſſembloit ; celle des Spectateurs
peinte ſur leurs viſages , laiſſoit affés voir
àquel point ils la partageoient & la reffentoient.
Il y eut dans le Jardin des Violons , &
des Danſes , qui durerent juſqu'à trois ou
quatre heures , & ne finirent qu'à l'extinc
tion totale de l'illumination.
Fermer
14
p. 161-163
De Parme, le 14 Octobre.
Début :
M. le Marquis de Crussol, Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don [...]
Mots clefs :
Marquis de Crussol, Parme, Armes, Décoration, Musique, Bal, Sujet, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Parme, le 14 Octobre.
De Parme, le 14 Octobre.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
Fermer
15
p. 171-173
De Perpignan le 17. Octobre.
Début :
La Province du Roussillon a donné les plus grandes marques de joie à l'occasion de la naissance [...]
Mots clefs :
Perpignan, Roussillon, Feu d'artifice, Place, Province, Décoration, Comte de Mailly, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Perpignan le 17. Octobre.
De Perpignan le 17. Octobre.
La Province du Roussillon a donné les plus
grandes marques de joie à l'occasion de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Ily aeu à Perpignan de brillantes fêtes pendant
huit jours, elles avoient attiré dans cette Ville
un grand nombre d'Etrangers: les Espagnols
surtout y ont accouru en foule.
Les réjouissances y commencerent le 17. Oc-
tobre par un Te Deum qui fut chanté dans
l'Eglise Cathédrale avec la plus grande pompe.
M. le Comte de Mailly Licutenant Génetal &
Commandant de la Province y assista à la tête
de tous les Corps, celui de la Noblesse & du
Militaire étoit très-nombreux. Il y eut ensuite
un feu devant l'Hôtel de Ville, toutes les mai-
sons furent illuminées, & les sontaines de vin
Hij
ed by Goc
172 MERCUREDE FRANCE.
coulerent en abondance. On fit le lendemain
quarante mariages; & le jout d'aptès, l'Hôtel
de Ville termina sa fête par un fort beau feu d'at-
tifice.
Le 20. M. le Comte de Mailly commença
une fête particuliere. On avoit formé une salle
en décoration qui occupoit toute la place d'ar-
mes. Il y avoit quatre ares de triomphe dans les
coins, ils étoient unis par une colonade suivie
& entrecoupée de deux autres arcs de triomphe
intérieurs qui étoient remplis de toute sorte de
Musiciens. On avoit élevé a l'un des deux bouts
une décoration de plus de soixante pieds de
hauteur, elle étoit d'un goût exquis, & ornée
de différentes emblêmes, cette décoration for-
moit l'établissement d'un feu d'artifice. On avoit
élevé en face un amphithéa te couvert, où plus
de quatre cent personnes furent placées: il y
avoit aussi divers autres établissemens pour conte-
nit les différens Etats & le peuple. Cette fête
fut annonçée par trois décharges de toute l'Ar-
tilletie des ramparts: une quantité prodigieu-
se de tambours, de tymballes, de trompettes
& toute sorte d'instrumens y répondirent succes-
sivement. On tira ensuite le feu d'artifice qui fut
aussi heureusement qu'agréablement composé,
Aussi tôt toute la place fut illuminée, & les Da-
mes, au nombre de plus de cent, en habits de
masques de différens caracteres, descendirent de
l'amphithéâtre avec leurs danseurs habillés de mê-
me; elles entrerent par les quatre arcs de triom-
phe formant différens cadtilles, & ouvrirent les
danses au bruit de tous les instrumens, elles re-
monterent ensuite à l'amphithéâtre, & la place
fut laissée libre à tout le peuple qui y entra de
même par différentes danses, & y troura des
jitized by Goo,
JANVIER. 1752.
173
fontaines de vin qui n'ont cessé de couler pen-
dant trois jours: les danses & les illuminations
ont aussi duré tout ce tems. Après le premier
coup d'œeil, toutes les Dames se rendirent chezM.
le Comte de Mailly, où l'on servit cinq tables
avec la plus grande somptuosité. On y admit
plus de quatre cens personnes. On ouvrit en-
suite un bal qui dura jusqu'à huit heures du ma-
tin. Le jour d'aptès les Dames, reparurent à la
place d'armes avec les mêmes habillemens, &
revinrent enfuite chez M. le Comte de Mailiy
terminer cette gtande fête par un bal, od l'on
n'oublia rien pour satisfaire tout le monde.
M. Bertin, Intendant de la Province, donna le
Jendemain une fête tout à fait galante, & de fort
bon goût: les Dames reparurent sur la place com-
me les jours précedens: le peuple s'y rendit en-
suite, les fontaines de vin coulerent encore; on
distribua un chariot de viandes de différentes
sortes. On se rendit enfuite à l'Intendance où
l'on tira un feu d'artifice qui fut trouvé très-beau.
On servit aussi- 1ôt un souper où la profusion ne
nuisit pas à la délicatesse. Un bal qui dura jus-
qu'à huit heures du matio termina le Lundi 25.
toutes ces fêtes commencées depuis le 17, du mê-
me mois. Tont le monde, & les Espagnols fur-
tout, ont paru extrêmement satisfaits de la ma-
gnificence & du bon ordre avec lequel toutes
ces fêtes ont été célebrées.
La Province du Roussillon a donné les plus
grandes marques de joie à l'occasion de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Ily aeu à Perpignan de brillantes fêtes pendant
huit jours, elles avoient attiré dans cette Ville
un grand nombre d'Etrangers: les Espagnols
surtout y ont accouru en foule.
Les réjouissances y commencerent le 17. Oc-
tobre par un Te Deum qui fut chanté dans
l'Eglise Cathédrale avec la plus grande pompe.
M. le Comte de Mailly Licutenant Génetal &
Commandant de la Province y assista à la tête
de tous les Corps, celui de la Noblesse & du
Militaire étoit très-nombreux. Il y eut ensuite
un feu devant l'Hôtel de Ville, toutes les mai-
sons furent illuminées, & les sontaines de vin
Hij
ed by Goc
172 MERCUREDE FRANCE.
coulerent en abondance. On fit le lendemain
quarante mariages; & le jout d'aptès, l'Hôtel
de Ville termina sa fête par un fort beau feu d'at-
tifice.
Le 20. M. le Comte de Mailly commença
une fête particuliere. On avoit formé une salle
en décoration qui occupoit toute la place d'ar-
mes. Il y avoit quatre ares de triomphe dans les
coins, ils étoient unis par une colonade suivie
& entrecoupée de deux autres arcs de triomphe
intérieurs qui étoient remplis de toute sorte de
Musiciens. On avoit élevé a l'un des deux bouts
une décoration de plus de soixante pieds de
hauteur, elle étoit d'un goût exquis, & ornée
de différentes emblêmes, cette décoration for-
moit l'établissement d'un feu d'artifice. On avoit
élevé en face un amphithéa te couvert, où plus
de quatre cent personnes furent placées: il y
avoit aussi divers autres établissemens pour conte-
nit les différens Etats & le peuple. Cette fête
fut annonçée par trois décharges de toute l'Ar-
tilletie des ramparts: une quantité prodigieu-
se de tambours, de tymballes, de trompettes
& toute sorte d'instrumens y répondirent succes-
sivement. On tira ensuite le feu d'artifice qui fut
aussi heureusement qu'agréablement composé,
Aussi tôt toute la place fut illuminée, & les Da-
mes, au nombre de plus de cent, en habits de
masques de différens caracteres, descendirent de
l'amphithéâtre avec leurs danseurs habillés de mê-
me; elles entrerent par les quatre arcs de triom-
phe formant différens cadtilles, & ouvrirent les
danses au bruit de tous les instrumens, elles re-
monterent ensuite à l'amphithéâtre, & la place
fut laissée libre à tout le peuple qui y entra de
même par différentes danses, & y troura des
jitized by Goo,
JANVIER. 1752.
173
fontaines de vin qui n'ont cessé de couler pen-
dant trois jours: les danses & les illuminations
ont aussi duré tout ce tems. Après le premier
coup d'œeil, toutes les Dames se rendirent chezM.
le Comte de Mailly, où l'on servit cinq tables
avec la plus grande somptuosité. On y admit
plus de quatre cens personnes. On ouvrit en-
suite un bal qui dura jusqu'à huit heures du ma-
tin. Le jour d'aptès les Dames, reparurent à la
place d'armes avec les mêmes habillemens, &
revinrent enfuite chez M. le Comte de Mailiy
terminer cette gtande fête par un bal, od l'on
n'oublia rien pour satisfaire tout le monde.
M. Bertin, Intendant de la Province, donna le
Jendemain une fête tout à fait galante, & de fort
bon goût: les Dames reparurent sur la place com-
me les jours précedens: le peuple s'y rendit en-
suite, les fontaines de vin coulerent encore; on
distribua un chariot de viandes de différentes
sortes. On se rendit enfuite à l'Intendance où
l'on tira un feu d'artifice qui fut trouvé très-beau.
On servit aussi- 1ôt un souper où la profusion ne
nuisit pas à la délicatesse. Un bal qui dura jus-
qu'à huit heures du matio termina le Lundi 25.
toutes ces fêtes commencées depuis le 17, du mê-
me mois. Tont le monde, & les Espagnols fur-
tout, ont paru extrêmement satisfaits de la ma-
gnificence & du bon ordre avec lequel toutes
ces fêtes ont été célebrées.
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16
p. 135-143
ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
Début :
Quelque libre que paroisse la composition des édifices, il est, pour ainsi [...]
Mots clefs :
Églises, Extérieurs, Décoration, Portail, Ordres, Architectes
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texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
ARCHITECTURE .
Obfervationsfur la maniere dont font decorés
les extérieurs de nos églifes ; par M. Patte,,
Architecte.
Uelque libre
que paroiffe la compofition
des édifices , il eft , pour ainfi
dire , une forte de coftume de décoration ,
tant intérieure qu'extérieure
, que l'on doit
obferver relativement
à leurs ufages & à
leurs deſtinations
: la décoration qui convient
à une fontaine , ne doit pas convenir
à un retable d'autel , celle d'un Palais à
un Hôpital ; & il ne feroit pas moins ridicule
d'affecter à une maifon ordinaire
la décoration
qui convient
à une égliſe ,
que d'affecter à une égliſe la décoration
d'un bâtiment ordinaire ; cependant il eſt
rare & très- rare qu'un édifice foit compofé
de maniere à annoncer fa deftination
,
de forte qu'on ne puiffe s'y méprendre
.
Cette partie de l'art eft des plus difficiles ,
& il n'appartient qu'aux Architectes du
premier ordre d'y réuffir ..
Nous n'avons point d'édifices publics
où ce défaut foit plus fenfible que dans
l'extérieur de nos églifes ; & il eft étonnant
que nos Architectes françois ayent
136 MERCURE DE FRANCE.
-
été jufqu'ici fi peu attentifs à la convenance
de leurs compofitions. En effet eft il
naturel d'élever , ainfi qu'on le pratique
tous les jours , plufieurs ordres de colonnes
les uns au- deffus des autres pour décorer
leurs portails cette ordonnance ne femble
- t - elle pas donner au dehors de nos
temples l'air d'un édifice fait pour être habité?
car les différens ordres extérieurs ont
toujours coutume d'annoncer les différens
étages de l'intérieur d'un bâtiment , ce
qu'il eft affûrement abfurde de fuppofer
dans une églife .
Pour mieux faire fentir le vice de cette
décoration , oppofons-lui par contraſte la
maniere dont les anciens, nos Maîtres dans
les beaux Arts , décoroient ces fortes d'édifices
; ils penfoient avec raifon devoir
caractériſer les dehors de la demeure de
l'Etre fuprême par un enfemble grand &
majestueux , qui écartât toute idée d'un bâtiment
ordinaire ; ils employoient pourcet
effet un feul ordre coloffal , formant un
periftyle ou porche au pourtour , & cou-.
ronné par un fronton du côté de l'entrée ,
dans le tympan duquel étoit repréſenté
un bas - relief en rapport avec la dédicace
de leurs temples.
C'eft ainfi qu'étoient décorés les plus
beaux temples de la Grece & de l'Italie ,
MA I. 1755. 137
y
dont nous avons , foit des defcriptions ,
foit de précieux reftes, qui font encore aujourd'hui
, jufques dans leurs ruines , l'étonnement
des plus grands Maîtres ; c'eſt
ainfi que Michel Ange & Palladio , les
deux plus habiles Architectes modernes de
l'Italie , ont compofé les différens portails
qu'ils ont fait exécuter à Rome , à Venife
& autres lieux.
Pour quelle raifon les Architectes de
nos jours fe font- ils donc écartés d'une
compofition fi judicieufe aux portails des
églifes de S. Gervais , de la Sorbonne , du
Val-de- Grace , des Invalides , de S. Roch ,
de S. Sulpice , de l'Oratoire , des Petits Pe
de S. Euftache , qu'on conftruit actuellement
, & autres ?On voit par-tout dans
res ,
* Outre le défaut de plufieurs ordres élevés les
uns au - deffus des autres qu'aura ce porrail que
l'on diftribue gravé dans le public , il en aura un
fingulier , & qu'il eft étonnant qu'on n'ait pas prévú
lors de fa compofition . Au fecond ordre ionique
les deux colonnes du milieu qui font retraite
, afin de laiffer profiler les deux tours , paroîtront
par l'optique , tronquées plufieurs pieds au- deffus
de leurs bafes , à caufe de la grande faillie de
l'entablement dorique , qui aura vis- à-vis de ces
colonnes environ neuf à dix pieds ; ce qui fera
un très- mauvais effet en exécution. On commence
à mettre la main à l'oeuvre , & on réfléchit
enfuite ; ne devroit-ce pas toujours être le con
traire ?
138 MERCURE DE FRANCE.
leurs élévations deux ou trois ordres , furmontés
les uns au- deffus des autres, contre
toute idée de convenance. Entrons un peu
dans l'examen de ce qui a pu donner lieu
à cette forte de décoration .
L'Architecture fortoit à peine de la barbarie
gothique où elle étoit demeurée
plongée depuis tant de fiécles , que l'on
vit élever par De Broffes le portail de l'églife
de S. Gervais ; la réputation que s'acquit
d'abord ce monument par fa nouveauté
& par la beauté de l'exécution de fes
différens ordres , féduifit au point defaire
illufion au vice radical de l'ordonnance
de fa compofition : les éloges que l'on prodigua
à cet édifice firent croire aux Architectes
qui vinrem enfuite , que c'étoit
un modele qu'ils ne pouvoient fe difpenfer
d'imiter en de femblables occafions ;
de la font venus tous ces portails compofés
, pour ainfi dire , fur le même moule
& tous également repréhenfibles , puifqu'ils
s'écartent d'une fage & judicieufe
convenance qui doit être la baſe des arts
& du goût.
On pourra peut - être objecter que la
grande élévation des couvertures de nos
églifes oblige d'élever ainfi plufieurs ordres
pour pouvoir les cacher. A cela il eft
facile de répondre qu'il n'y a qu'à fuppri
MA I. 1755. 139
mer ces énormes toîts de charpente , qui
ne font qu'un ufage abufif fans aucune néceffité
, la voûte plein- ceintre de la nef
d'une égliſe couverte de dalles de pierre à
recouvrement , & jointoyées avec de la limaille
d'acier & de l'urine , eft le feul toît
qui convienne au fanctuaire de la Divinité
on a une expérience reconnue de
cette conftruction , & c'eft ainfi qu'étoient
couverts la plupart des temples des Grecs
& des Romains.
De plus , à l'aide de la maniere de décorer
des anciens , il eſt toujours poffible
d'atteindre à toutes les hauteurs que l'on
peut defirer fans le fecours de plufieurs
ordres , ainfi qu'on pourra le remarquer
dans un projet * que j'ai compofé à ce
deffein pour le grand portail de l'églife
de S. Euftache , en m'affujettiffant à la
hauteur de la nef , qui eft affurement une
des plus élevées de nos Eglifes de Paris.
La vûe de cette eftampe pourra fervir à
convaincre par comparaifon , combien
* Ce projet , auffi -bien que celui qui a été compofé
par Louis le Vau , célebre Architecte , fous
le miniftere de M. de Colbert , & dont on a vu le
modele expofé pendant quelque tems dans l'églife
de S. Euftache , fe vendent à Paris chez l'auteur
rue des Noyers , la fixieme porte cochere à droite:
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv. 4 £.
140 MERCURE DE FRANCE.
cette maniere de traiter ces fortes d'édifices
eft préférable à tous égards à celle
qui a été ufitée jufqu'ici en France.
Un autre avantage qui réfulteroit de
l'emploi d'un ordre coloffal dans nos portails
, eft qu'en le faiſant regner à l'entour
de nos églifes , leur extérieur qui a
coutume d'être fi fort négligé , feroit décoré
naturellement , & cacheroit les arcsboutans
qui font toujours à l'oeil un effer
defagréable ; & quoique par la même raifon
les croifées de la nef ne s'apperçuffent
pas en dehors , l'intérieur de nos églifes
n'en feroit pas moins éclairé , comme on
peut le remarquer dans celle de S. Pierre
de Rome .
Ce défaut de difcernement de nos Architectes
dans la maniere de décorer les
portails , n'eft pas le feul qu'on puiffe leur
reprocher : eft- il décent que la plupart de
nos églifes modernes , ( j'en excepte celle
de S. Sulpice ) ne foient pas toujours précédées
de porches ou veftibules où l'on puiffe
fe préparer au recueillement convenable
avant d'y entrer ? c'eft , ( le dirai - je à notre
honte ) une attention à laquelle les anciens
ne manquoient point ; un réglement
fur la décence de la conftruction de nos
églifes honoreroit affurément la pieté de
nos Magiſtrats.
MA I. 1755. 141
Enfin eft- il convenable de placer les armes
d'un Prince ou d'un homme en place
dans le tympan des frontons de nos portails
, ainfi qu'on le pratique affez fouvent ?
& ne feroit -il pas plus raifonnable de fubftituer
à ces ornemens mondains , & étrangers
à la religion , des bas- reliefs relatifs à
la piété & à la dédicace de nos temples ?
Efperons que le nouveau plan qu'on fe
propofe d'exécuter pour l'églife de fainte
Génevieve nous donnera un modele en
ce genre , & que Paris , l'émule de l'ancienne
Rome , fera décoré d'un temple qui
en fera l'ornement ; l'emplacement
eft des
plus favorables pour exécuter du beau , &
fans doute les voeux du public feront remplis
à cet égard, Dans une grande ville qui
abonde en étrangers & en connoiffeurs
de
toutes les nations , il n'eft rien de plus facile
que d'avoir des confeils éclairés , il
ne faut dans les perfonnes en place que la
bonne volonté de les mettre à profit . Il y
a deux moyens ufités pour réuffir à faire
exécuter du beau en architecture ; l'un de
choifir un Architecte reconnu pour habile ,
l'autre de propofer un concours dont le
public foit juge : le premier n'eft pas toujours
auffi für que le fecond ; on a pour
expérience que les plus habiles gens ne fe
montrent pas toujours tels. Si la réputa142
MERCURE DE FRANCE.
tion eût dû faire préférer un Architecte
pour la conftruction du Louvre , affurément
le Bernin * auroit eu la préférence
fur Perrault ; aucun Artiſte de fon tems ne
jouiffoit d'une réputation auffi brillante
dans l'Europe ; & cependant fi fon projet
qui eft gravé , avoit eu lieu , il ne feroit pas
à la France l'honneur que lui fait celui qui
a été exécuté. On pourroit citer nombre
d'exemples femblables , où de célebres Artiftes
, dans de grandes occafions , fe font
fait voir au -deffous de leur réputation.
Le fecond ( je veux dire un concours ) eft
prefque infaillible ; mais pour qu'il ait fon
efficacité , il faut que l'on foit bien perfuadé
que les perfonnes en place ont une
ferme réfolution de couronner le meilleur
projet par l'exécution ; que les recommendations
& les titres ne feront point admis
en concurrence , c'eſt le moyen d'encourager
le talent ; & plus d'une fois l'on a vû
* Pour attirer le Cavalier Bernin en France
pour la conftruction du Louvre , Louis XIV lui
affûra une penfion de fix mille livres pendant fa
vie , & une gratification de cinquante mille écus ;
il lui envoya en même tems fon portrait orné de
diamans. Outre les frais de fon voyage qui devoient
lui être payés , on lui promit encore cent
livres par jour pendant fon féjour à Paris , tant
étoit grande l'eftime que l'on avoit conçue pour
la haute capacité de cet artiſte.
1
MA I. 1755. 143
en pareil cas l'émulation faire enfanter des
merveilles , qui ne fe feroient jamais produites
fans cette voie. A la fin d'un falon
de MM. les Peintres du Roi , on ſçait , à
n'en pas douter , quels font les meilleurs
tableaux ; on fçauroit pareillement quels
feroient les meilleurs projets. Combien de
monumens embelliroient Paris & nos provinces
, fi l'on s'étoit fouvent fervi de cette
voie ?
Obfervationsfur la maniere dont font decorés
les extérieurs de nos églifes ; par M. Patte,,
Architecte.
Uelque libre
que paroiffe la compofition
des édifices , il eft , pour ainfi
dire , une forte de coftume de décoration ,
tant intérieure qu'extérieure
, que l'on doit
obferver relativement
à leurs ufages & à
leurs deſtinations
: la décoration qui convient
à une fontaine , ne doit pas convenir
à un retable d'autel , celle d'un Palais à
un Hôpital ; & il ne feroit pas moins ridicule
d'affecter à une maifon ordinaire
la décoration
qui convient
à une égliſe ,
que d'affecter à une égliſe la décoration
d'un bâtiment ordinaire ; cependant il eſt
rare & très- rare qu'un édifice foit compofé
de maniere à annoncer fa deftination
,
de forte qu'on ne puiffe s'y méprendre
.
Cette partie de l'art eft des plus difficiles ,
& il n'appartient qu'aux Architectes du
premier ordre d'y réuffir ..
Nous n'avons point d'édifices publics
où ce défaut foit plus fenfible que dans
l'extérieur de nos églifes ; & il eft étonnant
que nos Architectes françois ayent
136 MERCURE DE FRANCE.
-
été jufqu'ici fi peu attentifs à la convenance
de leurs compofitions. En effet eft il
naturel d'élever , ainfi qu'on le pratique
tous les jours , plufieurs ordres de colonnes
les uns au- deffus des autres pour décorer
leurs portails cette ordonnance ne femble
- t - elle pas donner au dehors de nos
temples l'air d'un édifice fait pour être habité?
car les différens ordres extérieurs ont
toujours coutume d'annoncer les différens
étages de l'intérieur d'un bâtiment , ce
qu'il eft affûrement abfurde de fuppofer
dans une églife .
Pour mieux faire fentir le vice de cette
décoration , oppofons-lui par contraſte la
maniere dont les anciens, nos Maîtres dans
les beaux Arts , décoroient ces fortes d'édifices
; ils penfoient avec raifon devoir
caractériſer les dehors de la demeure de
l'Etre fuprême par un enfemble grand &
majestueux , qui écartât toute idée d'un bâtiment
ordinaire ; ils employoient pourcet
effet un feul ordre coloffal , formant un
periftyle ou porche au pourtour , & cou-.
ronné par un fronton du côté de l'entrée ,
dans le tympan duquel étoit repréſenté
un bas - relief en rapport avec la dédicace
de leurs temples.
C'eft ainfi qu'étoient décorés les plus
beaux temples de la Grece & de l'Italie ,
MA I. 1755. 137
y
dont nous avons , foit des defcriptions ,
foit de précieux reftes, qui font encore aujourd'hui
, jufques dans leurs ruines , l'étonnement
des plus grands Maîtres ; c'eſt
ainfi que Michel Ange & Palladio , les
deux plus habiles Architectes modernes de
l'Italie , ont compofé les différens portails
qu'ils ont fait exécuter à Rome , à Venife
& autres lieux.
Pour quelle raifon les Architectes de
nos jours fe font- ils donc écartés d'une
compofition fi judicieufe aux portails des
églifes de S. Gervais , de la Sorbonne , du
Val-de- Grace , des Invalides , de S. Roch ,
de S. Sulpice , de l'Oratoire , des Petits Pe
de S. Euftache , qu'on conftruit actuellement
, & autres ?On voit par-tout dans
res ,
* Outre le défaut de plufieurs ordres élevés les
uns au - deffus des autres qu'aura ce porrail que
l'on diftribue gravé dans le public , il en aura un
fingulier , & qu'il eft étonnant qu'on n'ait pas prévú
lors de fa compofition . Au fecond ordre ionique
les deux colonnes du milieu qui font retraite
, afin de laiffer profiler les deux tours , paroîtront
par l'optique , tronquées plufieurs pieds au- deffus
de leurs bafes , à caufe de la grande faillie de
l'entablement dorique , qui aura vis- à-vis de ces
colonnes environ neuf à dix pieds ; ce qui fera
un très- mauvais effet en exécution. On commence
à mettre la main à l'oeuvre , & on réfléchit
enfuite ; ne devroit-ce pas toujours être le con
traire ?
138 MERCURE DE FRANCE.
leurs élévations deux ou trois ordres , furmontés
les uns au- deffus des autres, contre
toute idée de convenance. Entrons un peu
dans l'examen de ce qui a pu donner lieu
à cette forte de décoration .
L'Architecture fortoit à peine de la barbarie
gothique où elle étoit demeurée
plongée depuis tant de fiécles , que l'on
vit élever par De Broffes le portail de l'églife
de S. Gervais ; la réputation que s'acquit
d'abord ce monument par fa nouveauté
& par la beauté de l'exécution de fes
différens ordres , féduifit au point defaire
illufion au vice radical de l'ordonnance
de fa compofition : les éloges que l'on prodigua
à cet édifice firent croire aux Architectes
qui vinrem enfuite , que c'étoit
un modele qu'ils ne pouvoient fe difpenfer
d'imiter en de femblables occafions ;
de la font venus tous ces portails compofés
, pour ainfi dire , fur le même moule
& tous également repréhenfibles , puifqu'ils
s'écartent d'une fage & judicieufe
convenance qui doit être la baſe des arts
& du goût.
On pourra peut - être objecter que la
grande élévation des couvertures de nos
églifes oblige d'élever ainfi plufieurs ordres
pour pouvoir les cacher. A cela il eft
facile de répondre qu'il n'y a qu'à fuppri
MA I. 1755. 139
mer ces énormes toîts de charpente , qui
ne font qu'un ufage abufif fans aucune néceffité
, la voûte plein- ceintre de la nef
d'une égliſe couverte de dalles de pierre à
recouvrement , & jointoyées avec de la limaille
d'acier & de l'urine , eft le feul toît
qui convienne au fanctuaire de la Divinité
on a une expérience reconnue de
cette conftruction , & c'eft ainfi qu'étoient
couverts la plupart des temples des Grecs
& des Romains.
De plus , à l'aide de la maniere de décorer
des anciens , il eſt toujours poffible
d'atteindre à toutes les hauteurs que l'on
peut defirer fans le fecours de plufieurs
ordres , ainfi qu'on pourra le remarquer
dans un projet * que j'ai compofé à ce
deffein pour le grand portail de l'églife
de S. Euftache , en m'affujettiffant à la
hauteur de la nef , qui eft affurement une
des plus élevées de nos Eglifes de Paris.
La vûe de cette eftampe pourra fervir à
convaincre par comparaifon , combien
* Ce projet , auffi -bien que celui qui a été compofé
par Louis le Vau , célebre Architecte , fous
le miniftere de M. de Colbert , & dont on a vu le
modele expofé pendant quelque tems dans l'églife
de S. Euftache , fe vendent à Paris chez l'auteur
rue des Noyers , la fixieme porte cochere à droite:
en entrant par la rue S. Jacques. Prix 1 liv. 4 £.
140 MERCURE DE FRANCE.
cette maniere de traiter ces fortes d'édifices
eft préférable à tous égards à celle
qui a été ufitée jufqu'ici en France.
Un autre avantage qui réfulteroit de
l'emploi d'un ordre coloffal dans nos portails
, eft qu'en le faiſant regner à l'entour
de nos églifes , leur extérieur qui a
coutume d'être fi fort négligé , feroit décoré
naturellement , & cacheroit les arcsboutans
qui font toujours à l'oeil un effer
defagréable ; & quoique par la même raifon
les croifées de la nef ne s'apperçuffent
pas en dehors , l'intérieur de nos églifes
n'en feroit pas moins éclairé , comme on
peut le remarquer dans celle de S. Pierre
de Rome .
Ce défaut de difcernement de nos Architectes
dans la maniere de décorer les
portails , n'eft pas le feul qu'on puiffe leur
reprocher : eft- il décent que la plupart de
nos églifes modernes , ( j'en excepte celle
de S. Sulpice ) ne foient pas toujours précédées
de porches ou veftibules où l'on puiffe
fe préparer au recueillement convenable
avant d'y entrer ? c'eft , ( le dirai - je à notre
honte ) une attention à laquelle les anciens
ne manquoient point ; un réglement
fur la décence de la conftruction de nos
églifes honoreroit affurément la pieté de
nos Magiſtrats.
MA I. 1755. 141
Enfin eft- il convenable de placer les armes
d'un Prince ou d'un homme en place
dans le tympan des frontons de nos portails
, ainfi qu'on le pratique affez fouvent ?
& ne feroit -il pas plus raifonnable de fubftituer
à ces ornemens mondains , & étrangers
à la religion , des bas- reliefs relatifs à
la piété & à la dédicace de nos temples ?
Efperons que le nouveau plan qu'on fe
propofe d'exécuter pour l'églife de fainte
Génevieve nous donnera un modele en
ce genre , & que Paris , l'émule de l'ancienne
Rome , fera décoré d'un temple qui
en fera l'ornement ; l'emplacement
eft des
plus favorables pour exécuter du beau , &
fans doute les voeux du public feront remplis
à cet égard, Dans une grande ville qui
abonde en étrangers & en connoiffeurs
de
toutes les nations , il n'eft rien de plus facile
que d'avoir des confeils éclairés , il
ne faut dans les perfonnes en place que la
bonne volonté de les mettre à profit . Il y
a deux moyens ufités pour réuffir à faire
exécuter du beau en architecture ; l'un de
choifir un Architecte reconnu pour habile ,
l'autre de propofer un concours dont le
public foit juge : le premier n'eft pas toujours
auffi für que le fecond ; on a pour
expérience que les plus habiles gens ne fe
montrent pas toujours tels. Si la réputa142
MERCURE DE FRANCE.
tion eût dû faire préférer un Architecte
pour la conftruction du Louvre , affurément
le Bernin * auroit eu la préférence
fur Perrault ; aucun Artiſte de fon tems ne
jouiffoit d'une réputation auffi brillante
dans l'Europe ; & cependant fi fon projet
qui eft gravé , avoit eu lieu , il ne feroit pas
à la France l'honneur que lui fait celui qui
a été exécuté. On pourroit citer nombre
d'exemples femblables , où de célebres Artiftes
, dans de grandes occafions , fe font
fait voir au -deffous de leur réputation.
Le fecond ( je veux dire un concours ) eft
prefque infaillible ; mais pour qu'il ait fon
efficacité , il faut que l'on foit bien perfuadé
que les perfonnes en place ont une
ferme réfolution de couronner le meilleur
projet par l'exécution ; que les recommendations
& les titres ne feront point admis
en concurrence , c'eſt le moyen d'encourager
le talent ; & plus d'une fois l'on a vû
* Pour attirer le Cavalier Bernin en France
pour la conftruction du Louvre , Louis XIV lui
affûra une penfion de fix mille livres pendant fa
vie , & une gratification de cinquante mille écus ;
il lui envoya en même tems fon portrait orné de
diamans. Outre les frais de fon voyage qui devoient
lui être payés , on lui promit encore cent
livres par jour pendant fon féjour à Paris , tant
étoit grande l'eftime que l'on avoit conçue pour
la haute capacité de cet artiſte.
1
MA I. 1755. 143
en pareil cas l'émulation faire enfanter des
merveilles , qui ne fe feroient jamais produites
fans cette voie. A la fin d'un falon
de MM. les Peintres du Roi , on ſçait , à
n'en pas douter , quels font les meilleurs
tableaux ; on fçauroit pareillement quels
feroient les meilleurs projets. Combien de
monumens embelliroient Paris & nos provinces
, fi l'on s'étoit fouvent fervi de cette
voie ?
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Résumé : ARCHITECTURE. Observations sur la maniere dont sont decorés les extéieurs de nos églises ; par M. Patte, Architecte.
Dans son texte 'Observations sur la manière dont font décorés les extérieurs de nos églises', l'architecte M. Patte critique les erreurs courantes dans la décoration des églises françaises. Il insiste sur l'importance de choisir une décoration adaptée à la fonction de chaque type de bâtiment. Patte reproche l'utilisation de plusieurs ordres de colonnes superposés sur les portails des églises, une pratique qui, selon lui, donne l'impression que les églises sont des bâtiments habités. Il compare cette approche à la manière dont les anciens décoraient leurs temples, en utilisant un seul ordre colossal pour créer une apparence majestueuse et grandiose. Patte mentionne que les architectes français ont souvent imité le portail de l'église Saint-Gervais, conçu par De Broffes, malgré ses défauts. Il propose de supprimer les toits de charpente et d'utiliser des voûtes en plein cintre pour les églises, comme le faisaient les Grecs et les Romains. Il suggère également d'utiliser des ordres colossaux pour décorer les extérieurs des églises, ce qui cacherait les arcs-boutants et améliorerait l'esthétique. Le texte critique également l'absence de porches ou de vestibules dans les églises modernes, ainsi que la présence d'armes profanes dans les tympans des frontons. Patte espère que le nouveau plan pour l'église Sainte-Geneviève servira de modèle. Il recommande de choisir des architectes compétents ou d'organiser des concours pour garantir la qualité des projets architecturaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 214-220
ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Début :
M. Diver rend compte dans un second mémoire, d'une antiquité découverte auprès [...]
Mots clefs :
Architecture, Église, Décoration, Bois, Vase, Prédicateur, Statue, Tribune, Antiquité
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texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
ARCHITECTURE.
Suite du Mercure du mois de Juin de l'année
2355
M. Diver rend compte dans un fecond
un
mémoire , d'une antiquité découverte auprès
de l'églife de Sainte Génevieve de la
Montagne. C'eſt une forte de vafe de bois,
orné de bas reliefs & figures de fculpture
de même matiere , très - délicatement travaillées.
Il a été trouvé fous des monceaux
de petites pierres , qui paroiffent être les
ruines de quelque bâtiment confidérable.
Dans la defcription qu'il fait de ce vaſe,
il fe fert d'une comparaifon un peu triviale
, que cependant nous ne pouvons nous
difpenfer de rapporter , parce qu'elle donne
une idée précife de la forme de cette
forte de vaſe inconnu jufqu'ici. Il le compare
à l'égrugeoir qui nous fert à broyer
le fel en effet c'est une forte de demi
tonneau , d'un plus grand diametre qu'aucun
de ceux qui font en ufage ; il eft terminé
en cul de lampe. Les figures qui le
décorent , & qui repréfentent des vertus
AOUST. 1755. 215
chrétiennes , donnent lieu de croire qu'il
-étoit deftiné à quelque ufage religieux.
La difficulté eft de deviner cet ufage.
Quelques auteurs qui avoient été inftruits
des premiers de cette découverte , ont
prétendu que c'étoit une chaire à prêcher.
Ils avançoient fans aucune apparence que
cette machine étoit en l'air clouée contre
un pilier , & que l'on y montoit par une
échelle ; en effet on trouve une partie de
la rondeur interrompue , qu'ils prétendent
être l'ouverture par laquelle le Prédicateur
entroit. Ils ont été jufqu'à croire que
quelques reftes fculptés en bois , auffi de
forme ronde & convexe qu'on a trouvés au
même lieu , étoient une forte de couver-
-cle qu'on mettoit deffus , qui fermoit ce
vafe , lorfque le Prédicateur n'y étoit pas ,
& qui pouvoit s'élever par des machines
pour laiffer deffous l'efpace néceffaire à
Ï'Orateur ; alors , difent -ils , il fervoit comme
d'un rabat-voix pour empêcher qu'elle
.ne fe perdit dans l'immensité de l'églife.
Ils avancent encore pour comble d'abfurdité
, qu'une groffe ftatue de bois dont
on a trouvé quelques fragmens dans ce
même lieu , & qui n'a nulle proportion
-avec les figures qui entourent le vafe ,
étoit placée fur ce couvercle, & lui fervoit
comme de bouton .
216 MERCURE DE FRANCE.
"
·
M. Diver refute toutes ces extravagantes
idées , & ne laiffe aucun lieu à la replique
, nous donnerons ici en entier ſes
preuves , parce que c'eft un objet de curiofité
très important. " Remarquez que
quand on fuppoferoit qu'on ne dût faire
» remonter l'antiquité de ce vafe qu'au
» dix feptiéme fiécle. ( il prouve plus, bas
qu'il doit être beaucoup plus ancien, ) il eft
toujours vrai que les François de ces.tems
là pouvoient voir encore affez de reftes
» de l'ancienne Rome , & particulierement
» de la fameufe tribune aux harangues
» pour n'avoir pu adopter une forme auffi
» ridicule pour y placer l'Orateur chrétien :
de plus , comment fe figurer que cette
lourde machine ait été fimplement atta-
» chée à un pilier , & du reſte toute en l'air,
» de maniere à donner à l'Auditeur l'in-
» quiétude de voir tomber la chaire & le
»Prédicateur.
و د
39
و د
» La fuppofition qu'on y foit monté
par
» une échelle , eſt tout-à - fait indécente ,
3 ils devroient du moins fuppofer qu'il y
" avoit un escalier tournoyant autour du
pilier ; il eft vrai qu'un efcalier de cette
»forme paroît affez ridicule à imaginer
» dans une églife où tout doit être de for-
»mes fimples & grandes.
"
» De quelle utilité feroit un couvercle
1
qui
AOUS T. 1755 217
qui dans cette fuppofition ne couvriroit
» le vafe que lorfqu'il n'y a rien dedans .
» De plus il eft impoffible qu'on fe foit jamais
figuré que ce couvercle pût empêcher
la voix de fe perdre ou la réfléchir.
Le cône de voix qui fort de la bouche
» du Prédicateur ne pourroit jamais frap-
» per ce couvercle , qui n'avanceroit audeffus
de lui que d'un pied au plus , fi ce
n'eft lorfqu'il leveroit la tête d'une maniere
forcée , & dans les apoftrophes &
» exclamations vers le ciel , qui font fort
» rares dans un difcours. Si l'on prétend
33
qu'il arrête les ondulations de la voix
» & augmente leur force du côté où il eft
✯ beſoin d'être entendu , je réponds qu'une
» ſurface de fix ou fept pieds au plus , eft
de nulle valeur par rapport à l'efpace
vuide , & fans obftacle prochain pour
réfléchir la voix , qui refte dans l'églife ,
devant , au - deffus & aux côtés du Prédicateur.
Il est évident qu'on n'a point
» pu lui attribuer cette utilité. La fuppofi-
» tion même qu'on fait que ce vafe ait été
attaché à un pilier qui ne préfentoit
» derriere le Prédicateur qu'une furface
» étroite , feroit contradictoire à ce qu'on
fuppofe , & prouveroit qu'on ne cherchoit
pas même alors le moyen le plus
fimple pour arrêter les ondulations 'fu
"
20
K
1
218 MERCURE DE FRANCE.
"3
?
perflues de la voix , qui eft de préfenter
derriere le Prédicateur la plus grande
» furface poffible , fans gâter la décoration
de l'églife . Les habiles Architectes
» à qui l'on a montré les deffeins faits fur
» cette fuppofition , où l'on a cru fuppléer
» aux parties qu'on n'a pu retrouver , ont
» déclaré qu'il étoit impoffible que dans
» les fiécles où le bon goût a été connu ,
» on ait fuivi une conftruction auffi bizar-
» re pour une tribune aux harangues. Ils
» remarquent que tout architecte dès
qu'il y en a eus de dignes de porter ce
» nom , a infailliblement penfé aux principales
deſtinations pour lefquelles on
» conftruit des églifes. La premiere eft ,
» poury offrir le faint facrifice de la meffe,
» ainfi il a fallu compofer d'abord un au-
» tel , & le placer dans le lieu le plus ap-
» parent. La feconde eft , pour y prêcher
» la parole de Dieu , ainfi la tribune con-
» facrée à cette fonction doit être très- ap-
» parente & très - confidérable , compofée
» avec l'églife , conftruite folidement , ainſi
que le refte , & non pas une machine de
» bois , poftiche , & qui auroit l'air d'y
» avoir été ajoutée après coup ; cet objet
« a toujours dû être lié avec la décoration
générale , de maniere à en augmenter
» la majesté.
39
"
મું
ود
A O UST. 1755 219
» que
J
D'ailleurs , l'efpace eft confidérable-
» ment trop borné pour laiffer la liberté
demandent les grands mouvemens
» de l'art oratoire . Un homme ne pourroit
» ſe remuer là - dedans, qu'il ne parût à tout
inftant prêt à fe jetter dehors ; encore
» moins pourroit-on fuppofer qu'il ait pû
» contenir deux interlocuteurs , ce qui eft
»pourtant néceffaire dans les conférences.
» İls affurent donc que les chaires ont toujours
été ce qu'elles font à préfent , c'eſt-
» à- dire une grande tribune placée au mi-
» lieu de la plus grande arcade de l'églife ,
» ornée d'une baluftrade , terminée de part
» & d'autre par deux efcaliers ; le fond en
» doit préfenter une belle décoration d'ar-
" chitecture , & le couronnement , noble-
» ment élevé à une belle hauteur au- deflus
» des Orateurs chrétiens , les couvre com-
» me d'un dais , mais peu faillant , & non
» point pour réfléchir leur voix , ce qui
» feroit une idée tout -à- fait dépourvûe de
>> raifon , puifqu'ils ne fe tournent pas en
parlant vers la partie de l'églife qui eft
» directement au- deffus de leur tête. »
Pour abréger , M. Diver prouve que c'étoit
un baptiſtère , il en fait remonter l'antiquité
jufqu'au tems où le baptême par immerfion
étoit encore en ufage. Quand on
lui conteſteroit cette date par la difficulté
»
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
il
qu'il y a qu'un ouvrage en bois fe foit
confervé entier pendant tant de fiécles, en
lui fuppofant une date plus récente ,
s'enfuivroit que la forme qui y avoit été
donnée pour leur destination primitive ,
s'eft confervée long-tems après que cet
ufage a été changé. Ce qu'il y a de certain
, c'eſt que cette fuppofition répond
pleinement à tout , & que M. Diver l'appuie
d'argumens irréffiftibles.
Suite du Mercure du mois de Juin de l'année
2355
M. Diver rend compte dans un fecond
un
mémoire , d'une antiquité découverte auprès
de l'églife de Sainte Génevieve de la
Montagne. C'eſt une forte de vafe de bois,
orné de bas reliefs & figures de fculpture
de même matiere , très - délicatement travaillées.
Il a été trouvé fous des monceaux
de petites pierres , qui paroiffent être les
ruines de quelque bâtiment confidérable.
Dans la defcription qu'il fait de ce vaſe,
il fe fert d'une comparaifon un peu triviale
, que cependant nous ne pouvons nous
difpenfer de rapporter , parce qu'elle donne
une idée précife de la forme de cette
forte de vaſe inconnu jufqu'ici. Il le compare
à l'égrugeoir qui nous fert à broyer
le fel en effet c'est une forte de demi
tonneau , d'un plus grand diametre qu'aucun
de ceux qui font en ufage ; il eft terminé
en cul de lampe. Les figures qui le
décorent , & qui repréfentent des vertus
AOUST. 1755. 215
chrétiennes , donnent lieu de croire qu'il
-étoit deftiné à quelque ufage religieux.
La difficulté eft de deviner cet ufage.
Quelques auteurs qui avoient été inftruits
des premiers de cette découverte , ont
prétendu que c'étoit une chaire à prêcher.
Ils avançoient fans aucune apparence que
cette machine étoit en l'air clouée contre
un pilier , & que l'on y montoit par une
échelle ; en effet on trouve une partie de
la rondeur interrompue , qu'ils prétendent
être l'ouverture par laquelle le Prédicateur
entroit. Ils ont été jufqu'à croire que
quelques reftes fculptés en bois , auffi de
forme ronde & convexe qu'on a trouvés au
même lieu , étoient une forte de couver-
-cle qu'on mettoit deffus , qui fermoit ce
vafe , lorfque le Prédicateur n'y étoit pas ,
& qui pouvoit s'élever par des machines
pour laiffer deffous l'efpace néceffaire à
Ï'Orateur ; alors , difent -ils , il fervoit comme
d'un rabat-voix pour empêcher qu'elle
.ne fe perdit dans l'immensité de l'églife.
Ils avancent encore pour comble d'abfurdité
, qu'une groffe ftatue de bois dont
on a trouvé quelques fragmens dans ce
même lieu , & qui n'a nulle proportion
-avec les figures qui entourent le vafe ,
étoit placée fur ce couvercle, & lui fervoit
comme de bouton .
216 MERCURE DE FRANCE.
"
·
M. Diver refute toutes ces extravagantes
idées , & ne laiffe aucun lieu à la replique
, nous donnerons ici en entier ſes
preuves , parce que c'eft un objet de curiofité
très important. " Remarquez que
quand on fuppoferoit qu'on ne dût faire
» remonter l'antiquité de ce vafe qu'au
» dix feptiéme fiécle. ( il prouve plus, bas
qu'il doit être beaucoup plus ancien, ) il eft
toujours vrai que les François de ces.tems
là pouvoient voir encore affez de reftes
» de l'ancienne Rome , & particulierement
» de la fameufe tribune aux harangues
» pour n'avoir pu adopter une forme auffi
» ridicule pour y placer l'Orateur chrétien :
de plus , comment fe figurer que cette
lourde machine ait été fimplement atta-
» chée à un pilier , & du reſte toute en l'air,
» de maniere à donner à l'Auditeur l'in-
» quiétude de voir tomber la chaire & le
»Prédicateur.
و د
39
و د
» La fuppofition qu'on y foit monté
par
» une échelle , eſt tout-à - fait indécente ,
3 ils devroient du moins fuppofer qu'il y
" avoit un escalier tournoyant autour du
pilier ; il eft vrai qu'un efcalier de cette
»forme paroît affez ridicule à imaginer
» dans une églife où tout doit être de for-
»mes fimples & grandes.
"
» De quelle utilité feroit un couvercle
1
qui
AOUS T. 1755 217
qui dans cette fuppofition ne couvriroit
» le vafe que lorfqu'il n'y a rien dedans .
» De plus il eft impoffible qu'on fe foit jamais
figuré que ce couvercle pût empêcher
la voix de fe perdre ou la réfléchir.
Le cône de voix qui fort de la bouche
» du Prédicateur ne pourroit jamais frap-
» per ce couvercle , qui n'avanceroit audeffus
de lui que d'un pied au plus , fi ce
n'eft lorfqu'il leveroit la tête d'une maniere
forcée , & dans les apoftrophes &
» exclamations vers le ciel , qui font fort
» rares dans un difcours. Si l'on prétend
33
qu'il arrête les ondulations de la voix
» & augmente leur force du côté où il eft
✯ beſoin d'être entendu , je réponds qu'une
» ſurface de fix ou fept pieds au plus , eft
de nulle valeur par rapport à l'efpace
vuide , & fans obftacle prochain pour
réfléchir la voix , qui refte dans l'églife ,
devant , au - deffus & aux côtés du Prédicateur.
Il est évident qu'on n'a point
» pu lui attribuer cette utilité. La fuppofi-
» tion même qu'on fait que ce vafe ait été
attaché à un pilier qui ne préfentoit
» derriere le Prédicateur qu'une furface
» étroite , feroit contradictoire à ce qu'on
fuppofe , & prouveroit qu'on ne cherchoit
pas même alors le moyen le plus
fimple pour arrêter les ondulations 'fu
"
20
K
1
218 MERCURE DE FRANCE.
"3
?
perflues de la voix , qui eft de préfenter
derriere le Prédicateur la plus grande
» furface poffible , fans gâter la décoration
de l'églife . Les habiles Architectes
» à qui l'on a montré les deffeins faits fur
» cette fuppofition , où l'on a cru fuppléer
» aux parties qu'on n'a pu retrouver , ont
» déclaré qu'il étoit impoffible que dans
» les fiécles où le bon goût a été connu ,
» on ait fuivi une conftruction auffi bizar-
» re pour une tribune aux harangues. Ils
» remarquent que tout architecte dès
qu'il y en a eus de dignes de porter ce
» nom , a infailliblement penfé aux principales
deſtinations pour lefquelles on
» conftruit des églifes. La premiere eft ,
» poury offrir le faint facrifice de la meffe,
» ainfi il a fallu compofer d'abord un au-
» tel , & le placer dans le lieu le plus ap-
» parent. La feconde eft , pour y prêcher
» la parole de Dieu , ainfi la tribune con-
» facrée à cette fonction doit être très- ap-
» parente & très - confidérable , compofée
» avec l'églife , conftruite folidement , ainſi
que le refte , & non pas une machine de
» bois , poftiche , & qui auroit l'air d'y
» avoir été ajoutée après coup ; cet objet
« a toujours dû être lié avec la décoration
générale , de maniere à en augmenter
» la majesté.
39
"
મું
ود
A O UST. 1755 219
» que
J
D'ailleurs , l'efpace eft confidérable-
» ment trop borné pour laiffer la liberté
demandent les grands mouvemens
» de l'art oratoire . Un homme ne pourroit
» ſe remuer là - dedans, qu'il ne parût à tout
inftant prêt à fe jetter dehors ; encore
» moins pourroit-on fuppofer qu'il ait pû
» contenir deux interlocuteurs , ce qui eft
»pourtant néceffaire dans les conférences.
» İls affurent donc que les chaires ont toujours
été ce qu'elles font à préfent , c'eſt-
» à- dire une grande tribune placée au mi-
» lieu de la plus grande arcade de l'églife ,
» ornée d'une baluftrade , terminée de part
» & d'autre par deux efcaliers ; le fond en
» doit préfenter une belle décoration d'ar-
" chitecture , & le couronnement , noble-
» ment élevé à une belle hauteur au- deflus
» des Orateurs chrétiens , les couvre com-
» me d'un dais , mais peu faillant , & non
» point pour réfléchir leur voix , ce qui
» feroit une idée tout -à- fait dépourvûe de
>> raifon , puifqu'ils ne fe tournent pas en
parlant vers la partie de l'églife qui eft
» directement au- deffus de leur tête. »
Pour abréger , M. Diver prouve que c'étoit
un baptiſtère , il en fait remonter l'antiquité
jufqu'au tems où le baptême par immerfion
étoit encore en ufage. Quand on
lui conteſteroit cette date par la difficulté
»
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
il
qu'il y a qu'un ouvrage en bois fe foit
confervé entier pendant tant de fiécles, en
lui fuppofant une date plus récente ,
s'enfuivroit que la forme qui y avoit été
donnée pour leur destination primitive ,
s'eft confervée long-tems après que cet
ufage a été changé. Ce qu'il y a de certain
, c'eſt que cette fuppofition répond
pleinement à tout , & que M. Diver l'appuie
d'argumens irréffiftibles.
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Résumé : ARCHITECTURE. Suite du Mercure du mois de Juin de l'année 2355.
Le texte du Mercure de juin 2355 rapporte la découverte d'une antiquité près de l'église Sainte-Geneviève de la Montagne par M. Diver. Il s'agit d'un vase en bois de forme semi-cylindrique, orné de bas-reliefs et de sculptures délicates représentant des vertus chrétiennes. Cet objet a été trouvé sous des ruines et est comparé à un égrugeoir, suggérant un usage religieux. Plusieurs hypothèses ont été proposées concernant l'usage de ce vase. Certains auteurs ont suggéré qu'il pourrait s'agir d'une chaire à prêcher, suspendue contre un pilier et accessible par une échelle. Ils ont également avancé que des fragments de bois trouvés sur place pourraient être un couvercle servant de rabat-voix. Cependant, M. Diver réfute ces idées, estimant improbable que les Français aient adopté une telle forme pour une chaire à prêcher. M. Diver argue que la forme du vase et son décor ne correspondent pas à une chaire à prêcher. Il souligne l'inconfort et l'instabilité d'une telle structure, ainsi que l'inutilité d'un couvercle pour réfléchir la voix. Il conclut que le vase est plus probablement un baptistère, utilisé à une époque où le baptême par immersion était pratiqué. Cette hypothèse est appuyée par des arguments solides, bien que la conservation d'un tel objet en bois sur une longue période reste discutable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 194-197
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a remis sur ce Théâtre les plus belles Tragédies du grand CORNEILLE [...]
Mots clefs :
Tragédie, Décoration, Public, Succès, Acte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
ONNa remis fur ce Théâtre les plus
belles Tragédies du grand CORNEILLE
dans la plupart defquelles on a donné
au Public la fatisfaction de jouir des
fublimes talens réunis de Mlles Dumefnil
& Clairon.
Le 7 Septembre on a repréfenté HERODE
, Tragédie de M. DE VOLTAIRE
avec les changemens jugés néceffaires.
Les Acteurs ont très- bien joué dans cette
Piéce , qui a été fort applaudie dans
un grand nombre d'endroits. Beaucoup
de Spectateurs ont regretté de grandes
beautés de détails , fupprimés dans les
changemens faits à cette Tragédie .
OCTOBRE. 1763. 195
La remife du Baron d'Albicrac * a
fait le plus grand plaifir. On a été fort
fenfible aux plaifanteries dont elle est
remplie , ainfi qu'au bon comique du
jeu des Acteurs. Le Public paroît goûter
de plus en plus l'efprit & l'intelligence
du talent de Mlle Drouin dans
les rôles de caractère . Comme les Comédiens
ont aujourd'hui la plus grande
attention fur les détails les plus minucieux
en ce qui regarde le foin de plaire
au Public , ' ils négligent rarement la
partie de l'habillement fi néceffaire à
l'illufion & à l'agrément. L'habit de
cette Actrice , riche quoique burleſque ,
a été diftingué par le bon goût , dans ce
burlesque , qui réſulte des modes & parures
outrées .
A l'occafion de la remife de cette
Piéce , qu'il nous foit permis de nous
répéter pour faire remarquer encore les
foins , l'étude & l'application des Comédiens
François. Leur répertoire actuel fe
trouve déja enrichi de plufieurs Piéces fort
agréables , & qui font reftées habituellement
au Théâtre , dans le nombre de
celles qu'ils ont repriſes. Elles feroient
* Comédie en s Actes en vers de T. CORNEILLE.
Cette Piéce eft de 1668. Elle avoit eu un
très- grand fuccès dans la nouveauté.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
encore dans l'oubli faute de fe donner les
peines & de faire les dépenfes néceffaires
pour les bien remettre. Cette étendue
du Répertoire , procure une variété .
dans les repréfentations que l'on ne
trouvoit pas autrefois fur cette Scène .
dans le courant de l'année . Ils fe difpofent
à l'augmenter encore par les mêmes:
moyens , aux rifques même de facrifier
les fatigues & les dégouts d'étudier infructueusement
plufieurs des anciens
Quvrages , à l'espoir d'obtenir le fuccès
de quelques- uns dans le nombre.
Le Baron d'Albicrac a été joué plu .
fieurs fois , redemandé & toujours vu .
avec,plaifir.
Le 24 on repréfenta Mérope , Tragédie
de M. DE VOLTAIRE. Depuis .
que cette Tragédie eft au Théâtre ,
quoique le lieu de la Scène do ve
changer au troifiéme Acte , on l'avoit
toujours jouée avec la même, décoration
on ne faifoit d'autre changement
que de pouffer une repréſentation de
tombeau, dans le fond du Palais , pendant
l'intervalle du fecond au troifiéme
Acte. A cette repriſe , on a fait ufage.
d'une décoration nouvelle pour le troifiéme
Acte , qui repréfente un Bois ,
hors de la Ville , confacré à la fépulture
OCTOBRE. 1763 . 197
des Rois. Ce lieu eft remplid'une quantité
de tombeaux-antiques de différentes
formes , de cyprès , d'obélifques , de
pyramides & de tout ce qui caractérife
la pieufe vénération des Anciens pour
des Morts . Entre ces tombeaux , on diftingue
celui de Cresfonte , ornépar tout
ce que Mérope a pu raffembler de plus
précieux. Cette décoration , très- bien
compofée , de l'effet le plus jufte dans
toutes les parties , & du coloris le
mieux entendu , fait un nouvel honneur
au célébre M. BRUNETTI , dont
la réputation a déja acquis tant de titres
, & au talent duquel on venoit d'applaudir
dans la décoration qui paroif
foit à la fin de l'Anglois à Bordeaux.
५
Le 26 du même mois , on a 'donné
pour la première fois Blanche & Guifcard
, Tragédie nouvelle traduite librement
de l'Anglois , par M. SAURIN de
l'Académie Françoife. Cette Piéce a eu
des applaudiffemens , elle est écrite purement,
& en plufieurs endroits avec
une énergie philofophique. Nous he
pouvons en donner d'analyfe détaillée ,
ni rendre un compte exact de fon fuccès
, parce qu'attendu le voyage de la
Cour , elle n'a paru que trois fois fur le
Théâtre de la Ville.
FRANÇOISE.
ONNa remis fur ce Théâtre les plus
belles Tragédies du grand CORNEILLE
dans la plupart defquelles on a donné
au Public la fatisfaction de jouir des
fublimes talens réunis de Mlles Dumefnil
& Clairon.
Le 7 Septembre on a repréfenté HERODE
, Tragédie de M. DE VOLTAIRE
avec les changemens jugés néceffaires.
Les Acteurs ont très- bien joué dans cette
Piéce , qui a été fort applaudie dans
un grand nombre d'endroits. Beaucoup
de Spectateurs ont regretté de grandes
beautés de détails , fupprimés dans les
changemens faits à cette Tragédie .
OCTOBRE. 1763. 195
La remife du Baron d'Albicrac * a
fait le plus grand plaifir. On a été fort
fenfible aux plaifanteries dont elle est
remplie , ainfi qu'au bon comique du
jeu des Acteurs. Le Public paroît goûter
de plus en plus l'efprit & l'intelligence
du talent de Mlle Drouin dans
les rôles de caractère . Comme les Comédiens
ont aujourd'hui la plus grande
attention fur les détails les plus minucieux
en ce qui regarde le foin de plaire
au Public , ' ils négligent rarement la
partie de l'habillement fi néceffaire à
l'illufion & à l'agrément. L'habit de
cette Actrice , riche quoique burleſque ,
a été diftingué par le bon goût , dans ce
burlesque , qui réſulte des modes & parures
outrées .
A l'occafion de la remife de cette
Piéce , qu'il nous foit permis de nous
répéter pour faire remarquer encore les
foins , l'étude & l'application des Comédiens
François. Leur répertoire actuel fe
trouve déja enrichi de plufieurs Piéces fort
agréables , & qui font reftées habituellement
au Théâtre , dans le nombre de
celles qu'ils ont repriſes. Elles feroient
* Comédie en s Actes en vers de T. CORNEILLE.
Cette Piéce eft de 1668. Elle avoit eu un
très- grand fuccès dans la nouveauté.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
encore dans l'oubli faute de fe donner les
peines & de faire les dépenfes néceffaires
pour les bien remettre. Cette étendue
du Répertoire , procure une variété .
dans les repréfentations que l'on ne
trouvoit pas autrefois fur cette Scène .
dans le courant de l'année . Ils fe difpofent
à l'augmenter encore par les mêmes:
moyens , aux rifques même de facrifier
les fatigues & les dégouts d'étudier infructueusement
plufieurs des anciens
Quvrages , à l'espoir d'obtenir le fuccès
de quelques- uns dans le nombre.
Le Baron d'Albicrac a été joué plu .
fieurs fois , redemandé & toujours vu .
avec,plaifir.
Le 24 on repréfenta Mérope , Tragédie
de M. DE VOLTAIRE. Depuis .
que cette Tragédie eft au Théâtre ,
quoique le lieu de la Scène do ve
changer au troifiéme Acte , on l'avoit
toujours jouée avec la même, décoration
on ne faifoit d'autre changement
que de pouffer une repréſentation de
tombeau, dans le fond du Palais , pendant
l'intervalle du fecond au troifiéme
Acte. A cette repriſe , on a fait ufage.
d'une décoration nouvelle pour le troifiéme
Acte , qui repréfente un Bois ,
hors de la Ville , confacré à la fépulture
OCTOBRE. 1763 . 197
des Rois. Ce lieu eft remplid'une quantité
de tombeaux-antiques de différentes
formes , de cyprès , d'obélifques , de
pyramides & de tout ce qui caractérife
la pieufe vénération des Anciens pour
des Morts . Entre ces tombeaux , on diftingue
celui de Cresfonte , ornépar tout
ce que Mérope a pu raffembler de plus
précieux. Cette décoration , très- bien
compofée , de l'effet le plus jufte dans
toutes les parties , & du coloris le
mieux entendu , fait un nouvel honneur
au célébre M. BRUNETTI , dont
la réputation a déja acquis tant de titres
, & au talent duquel on venoit d'applaudir
dans la décoration qui paroif
foit à la fin de l'Anglois à Bordeaux.
५
Le 26 du même mois , on a 'donné
pour la première fois Blanche & Guifcard
, Tragédie nouvelle traduite librement
de l'Anglois , par M. SAURIN de
l'Académie Françoife. Cette Piéce a eu
des applaudiffemens , elle est écrite purement,
& en plufieurs endroits avec
une énergie philofophique. Nous he
pouvons en donner d'analyfe détaillée ,
ni rendre un compte exact de fon fuccès
, parce qu'attendu le voyage de la
Cour , elle n'a paru que trois fois fur le
Théâtre de la Ville.
Fermer
19
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
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20
p. 185-186
Première Décoration du Ballet.
Début :
Le Théâtre représente, sur le devant, une grande Fôret parsemée [...]
Mots clefs :
Décoration, Théâtre, Forêt, Mer, Jardin, Palais, Ulysse, Circé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Première Décoration du Ballet.
Première Décoration du Ballet.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
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