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1
p. 88-101
REQUESTE DE L'AMOUR AU ROY. Sur le bruit de son Départ pour l'Armée.
Début :
Rien n'ayant tant de charmes que la diversité, nous / Que me dit-on de tous costez ? [...]
Mots clefs :
Amants, Ardeur , Gloire, Amour, Roi, Départ pour l'armée, Mars, Exploits
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texteReconnaissance textuelle : REQUESTE DE L'AMOUR AU ROY. Sur le bruit de son Départ pour l'Armée.
Rien n ’ayant tant de
charmes que la diverfite,
nous devons pafTer d’une
matière aufli trille que
celle dont nous venons de
I
G A L A N T . 89
parler, à une plus diverciffante-, & je croy que nous
ne le pouvons faire plus
agréablement, que par la
Piece qui fuit, puis qu’il y a
de'ja quelque temps quelle
fait du bruit dans les plus
belles Ruelles de Paris.
W 1
RE Q U E S T E
DE L’AM OUR’
A U R O Y.
Sur le bruic de fon Départ
pour l’Armce.
Q
V e me d it-o n de tout
Ef-ce fournie faire querelle7
.
D e mille Amans qu'unit l'ardeur
la fins fidelle^
P a r mon ordre les vœux font p refis
d'efire acceptez^
E t fans attendre icy que la Saifon
nouvelle
— m x.
t
G A L A N T . pi
Dans îe Champ de Mars vous
Tout-à-coup y
GrandRoy^ vous
partez*.
une P lace,
i l riefl rien qui vous puijje arrefier
un moment,
E t que lors qu'aux Soldats vous
aÜez^fierement
P ar voftre exemple infpirer de
l a u d a c e »
Vous eftes dans voftre élément5
M ais qui fait tout trembler^ loifir
fe dèlaffe^
Et vous pouvez* devant envoyer la
> menace.*
Sans la fuivrefi promptement.
S” /. ,
» • W
■peine vos Guerriers dont M ____ _ H ii
9i LE MERCURE
Gloire difpofe
Sous la fa v e u r de voflre appuy,
( C aria Gloire (fix o n s aujourdi'huy
Ce ri eft plus qu'une me fine chofe)
ril peine auprès de moy cesGuerriers
de retour,
Commencent d'efperer la douceur
d'un beau jour,
Que l'ardeur de vous fiuivre à mes
foins les arrache.
E n va in en les flatant je tafihe
d'obtenir
Que l'am our du repos à moy fin i
les attache,
S i vous partc^auatn d'eux ne me
cache
Que rien ne les peut retenir.
&
A in fi voila par tout mon attonte
trompée^
G A L A N T . 9j
P ar tout mes deffeins avortez^
Pour réduire des Libertez^
M on adreffe en ces lieux a beau
s'eftre occupée, .
Chacun fe rend en foule aux Emplois de T Epée
E t dés qu'on peut aller combatre à
voscoftez^
De mes trais les plus vifs l *ame la
mieuxfrâpée,
F uit mes douces oyfivetez^
Cependant combien de tendreffes
P ar voftre éloignement des cœurs fe
vont bannir ?
Combien £ Amans à leurs M a ifirejjts ,
Ont fa it d'agréables PromeJJes^
Qu ils vont eftre par vous hors d'eftat de tenir ?
J.'un pour un bel Objet faiftant
I
9 4 LE MERCURE
gloire de vivre,
D es Patens oppofcz^devoit venir
abouti
Contre un cœur qui bientofi a céder
Je réjbut:
jJa u tre ayant commence s obfiinoit
à pourfuivrei
M a is vous partes^, & pour vous
Juivre
On fe croit dégage de tout.
JLe fins mortel chaqrin que reçoivent les B elles,
Q u i croyaient qu'un accord auffi
tendre que doux,
Æ endroit de leurs Amans les chaifnes éternelles,
C'eflde les voir courir aux coups
A v e c bien plus d'ardeur pour
vous,
Q ù i h n’en eurent jamais
elles.
»
G A LA N T. 95
p o u r obtenir q u ils ne s'eloi<£
nentpaty
Elles ont beau verferdes larmes *
Ces larmes ri ont que d'impuiffans
appas.
P ra v e r auprès de vous les plus ru •
des alarmes
y
. Chercher dans les périls l'honneur
d'un beau trépas,
C e font leursveritables charmes:
Si-tofl quevous prene^les armes
V iv e n t pour eux la Guerre & les
Combats.
L e m al eft que par tout ces Pelles
affligées
M e conjurent d'entrer dans leurs
reflentimens.
J e les rencontre à tous momens.
Q u i dans de vifs ennuis plongées
ê
96 LE MERCURE
M e viennent fatiguer de leurs gemifemens.
l'a y tort de les avoir fous mesLoix
E t je ne fuis qu'un D ieu de Chanfons, de Romans,
Si vous laijfant enlever leurs A -
mans,
z
,
J?fouffre que fa r vous elles foient
outragées.
En vain pour affaiblir Hardeur de
ces Guerriers,
le combats le panchant qui vers
vous les entraîne,
D u Cbamf de M ars dignes A '
vanturiers,
ils dédaignent pour vous ma grandeur fouveraine,
E t mes plus beaux Mirthes u
peine
Valent un
G A L A N T . i>7
le rouqisfiuisquilfaut avouer ma
D evoir que contre vous faifant ce
que je puis,
Ces Belles vainement implorent
mon adreffe^
ennuis^
le dis que c'efl a vous qu'il fa u t que
. Ion s'adrejfeî
M ais elles feavent trop par quels
fermes appuis *
pour la Gloire en tout temps vofre
cœur s*interejfeî
Elles fa v e n t que d efl vofre unique
M a i greffe.
98 LE MERCURE
Si-toÇi que la fervir efi un foin qui
vous greffe.
Pleines de vos Exploits^elles nianorent Pas
Que quittant les P la ifr s, C? liï
leu x & les Fejles^
M algré la glace & le s frim ât s,
On vous a veu déjà pour de nobles
ConqucfteS)
.Au milieu d'un H y v e r avancer a
grand pas.
Quel eft donc l’avantage où vofrc
eÇpoirfe fonde?
Ffl ce que vous voulez^ que l A~
rnour ne (bit rien?
ous vous nuifegy penffr y bien»
E t que vous fervira la fagejfe pw
GALANT. 99
Cette infiqne valeur qui ria fom t
Si ne pouvant des coeurs me rendre
un feurlien,
le laifle dépeupler le Monde?
&
P"oyez^com bien vous hasardez}
A vecm oy, qu'en cela vous fierez^
bien de croire-,
Si vous ne vous raccommodez,
le laifle rayfinir le M onde,& v offre
Gloire,
E t de vos. Actions la merveilleufe
"Mifioire
U ira pas aujjî loin que vous le
lepouroismefme parvangeace.
Pour vous ofler l'apuy de M ars,
Sur quelque autre Vénus arn
I
ioo LE MERCURE
E t l'empefcher par la d'avoir la
eomplaifance
Dém archer [bus vos EtendartsS
M a is qu en vain contre vous femVous averti oute fa Valliance
P our affronter fans luy les plus
mortels hasards,
E t vous le pa(fe\en prudence.
E e plus feurpeur vous retenir^
C'eft de de[cendre à la priere> >
yîccordc^un peu moins à cette ar~
deur querrier e3
Q u i de ces lieux fi-tofl s empreffe à
vous bannir,
jdttendezje Printemps qui senva
revenir 3
E t de v offre pouvoir, quoy que il on
fuijfe fa ire,
G A L A N T . iôi
Jamais vous ne verrez^ le mien fè
def-unir*
cœur tributaire,
Contre vous par mes foins rien ne
pourra tenir.
Cette offre ne vous touche Qqueres
M uie queff-ce auffi que f en
E t que peut’ elle m obtenir ?
Pour allumer des feu x qui ne p u if
fient finir,
Vousrfie(les bien plus neeeffiaire
Que je ne vous le fuie à les entretenir*)
A in fi c eftà moy de me taire,
Et d attendre à voffre retour
T out ce que vous voudre^ordonner
de r Am
charmes que la diverfite,
nous devons pafTer d’une
matière aufli trille que
celle dont nous venons de
I
G A L A N T . 89
parler, à une plus diverciffante-, & je croy que nous
ne le pouvons faire plus
agréablement, que par la
Piece qui fuit, puis qu’il y a
de'ja quelque temps quelle
fait du bruit dans les plus
belles Ruelles de Paris.
W 1
RE Q U E S T E
DE L’AM OUR’
A U R O Y.
Sur le bruic de fon Départ
pour l’Armce.
Q
V e me d it-o n de tout
Ef-ce fournie faire querelle7
.
D e mille Amans qu'unit l'ardeur
la fins fidelle^
P a r mon ordre les vœux font p refis
d'efire acceptez^
E t fans attendre icy que la Saifon
nouvelle
— m x.
t
G A L A N T . pi
Dans îe Champ de Mars vous
Tout-à-coup y
GrandRoy^ vous
partez*.
une P lace,
i l riefl rien qui vous puijje arrefier
un moment,
E t que lors qu'aux Soldats vous
aÜez^fierement
P ar voftre exemple infpirer de
l a u d a c e »
Vous eftes dans voftre élément5
M ais qui fait tout trembler^ loifir
fe dèlaffe^
Et vous pouvez* devant envoyer la
> menace.*
Sans la fuivrefi promptement.
S” /. ,
» • W
■peine vos Guerriers dont M ____ _ H ii
9i LE MERCURE
Gloire difpofe
Sous la fa v e u r de voflre appuy,
( C aria Gloire (fix o n s aujourdi'huy
Ce ri eft plus qu'une me fine chofe)
ril peine auprès de moy cesGuerriers
de retour,
Commencent d'efperer la douceur
d'un beau jour,
Que l'ardeur de vous fiuivre à mes
foins les arrache.
E n va in en les flatant je tafihe
d'obtenir
Que l'am our du repos à moy fin i
les attache,
S i vous partc^auatn d'eux ne me
cache
Que rien ne les peut retenir.
&
A in fi voila par tout mon attonte
trompée^
G A L A N T . 9j
P ar tout mes deffeins avortez^
Pour réduire des Libertez^
M on adreffe en ces lieux a beau
s'eftre occupée, .
Chacun fe rend en foule aux Emplois de T Epée
E t dés qu'on peut aller combatre à
voscoftez^
De mes trais les plus vifs l *ame la
mieuxfrâpée,
F uit mes douces oyfivetez^
Cependant combien de tendreffes
P ar voftre éloignement des cœurs fe
vont bannir ?
Combien £ Amans à leurs M a ifirejjts ,
Ont fa it d'agréables PromeJJes^
Qu ils vont eftre par vous hors d'eftat de tenir ?
J.'un pour un bel Objet faiftant
I
9 4 LE MERCURE
gloire de vivre,
D es Patens oppofcz^devoit venir
abouti
Contre un cœur qui bientofi a céder
Je réjbut:
jJa u tre ayant commence s obfiinoit
à pourfuivrei
M a is vous partes^, & pour vous
Juivre
On fe croit dégage de tout.
JLe fins mortel chaqrin que reçoivent les B elles,
Q u i croyaient qu'un accord auffi
tendre que doux,
Æ endroit de leurs Amans les chaifnes éternelles,
C'eflde les voir courir aux coups
A v e c bien plus d'ardeur pour
vous,
Q ù i h n’en eurent jamais
elles.
»
G A LA N T. 95
p o u r obtenir q u ils ne s'eloi<£
nentpaty
Elles ont beau verferdes larmes *
Ces larmes ri ont que d'impuiffans
appas.
P ra v e r auprès de vous les plus ru •
des alarmes
y
. Chercher dans les périls l'honneur
d'un beau trépas,
C e font leursveritables charmes:
Si-tofl quevous prene^les armes
V iv e n t pour eux la Guerre & les
Combats.
L e m al eft que par tout ces Pelles
affligées
M e conjurent d'entrer dans leurs
reflentimens.
J e les rencontre à tous momens.
Q u i dans de vifs ennuis plongées
ê
96 LE MERCURE
M e viennent fatiguer de leurs gemifemens.
l'a y tort de les avoir fous mesLoix
E t je ne fuis qu'un D ieu de Chanfons, de Romans,
Si vous laijfant enlever leurs A -
mans,
z
,
J?fouffre que fa r vous elles foient
outragées.
En vain pour affaiblir Hardeur de
ces Guerriers,
le combats le panchant qui vers
vous les entraîne,
D u Cbamf de M ars dignes A '
vanturiers,
ils dédaignent pour vous ma grandeur fouveraine,
E t mes plus beaux Mirthes u
peine
Valent un
G A L A N T . i>7
le rouqisfiuisquilfaut avouer ma
D evoir que contre vous faifant ce
que je puis,
Ces Belles vainement implorent
mon adreffe^
ennuis^
le dis que c'efl a vous qu'il fa u t que
. Ion s'adrejfeî
M ais elles feavent trop par quels
fermes appuis *
pour la Gloire en tout temps vofre
cœur s*interejfeî
Elles fa v e n t que d efl vofre unique
M a i greffe.
98 LE MERCURE
Si-toÇi que la fervir efi un foin qui
vous greffe.
Pleines de vos Exploits^elles nianorent Pas
Que quittant les P la ifr s, C? liï
leu x & les Fejles^
M algré la glace & le s frim ât s,
On vous a veu déjà pour de nobles
ConqucfteS)
.Au milieu d'un H y v e r avancer a
grand pas.
Quel eft donc l’avantage où vofrc
eÇpoirfe fonde?
Ffl ce que vous voulez^ que l A~
rnour ne (bit rien?
ous vous nuifegy penffr y bien»
E t que vous fervira la fagejfe pw
GALANT. 99
Cette infiqne valeur qui ria fom t
Si ne pouvant des coeurs me rendre
un feurlien,
le laifle dépeupler le Monde?
&
P"oyez^com bien vous hasardez}
A vecm oy, qu'en cela vous fierez^
bien de croire-,
Si vous ne vous raccommodez,
le laifle rayfinir le M onde,& v offre
Gloire,
E t de vos. Actions la merveilleufe
"Mifioire
U ira pas aujjî loin que vous le
lepouroismefme parvangeace.
Pour vous ofler l'apuy de M ars,
Sur quelque autre Vénus arn
I
ioo LE MERCURE
E t l'empefcher par la d'avoir la
eomplaifance
Dém archer [bus vos EtendartsS
M a is qu en vain contre vous femVous averti oute fa Valliance
P our affronter fans luy les plus
mortels hasards,
E t vous le pa(fe\en prudence.
E e plus feurpeur vous retenir^
C'eft de de[cendre à la priere> >
yîccordc^un peu moins à cette ar~
deur querrier e3
Q u i de ces lieux fi-tofl s empreffe à
vous bannir,
jdttendezje Printemps qui senva
revenir 3
E t de v offre pouvoir, quoy que il on
fuijfe fa ire,
G A L A N T . iôi
Jamais vous ne verrez^ le mien fè
def-unir*
cœur tributaire,
Contre vous par mes foins rien ne
pourra tenir.
Cette offre ne vous touche Qqueres
M uie queff-ce auffi que f en
E t que peut’ elle m obtenir ?
Pour allumer des feu x qui ne p u if
fient finir,
Vousrfie(les bien plus neeeffiaire
Que je ne vous le fuie à les entretenir*)
A in fi c eftà moy de me taire,
Et d attendre à voffre retour
T out ce que vous voudre^ordonner
de r Am
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Résumé : REQUESTE DE L'AMOUR AU ROY. Sur le bruit de son Départ pour l'Armée.
La pièce de théâtre 'Requête de l'Amour à Aurore' traite du départ d'un amant, Galant, pour l'armée. Galant exprime son désir ardent de partir pour le champ de Mars et de se battre. Il reconnaît que son départ causera de la tristesse parmi les amants et les belles, dont les promesses d'amour seront rompues. Les femmes, malgré leurs larmes et leurs supplications, ne peuvent retenir les guerriers attirés par la gloire et l'honneur des combats. Galant admet que son départ est inévitable et que même les prières des femmes affligées ne peuvent le retenir. Il affirme que son cœur est entièrement dédié à la gloire et aux exploits militaires, et qu'il ne peut être détourné de son chemin par les charmes de l'amour. Les femmes, admiratives de ses exploits, reconnaissent qu'il est prêt à affronter les périls pour l'honneur. Galant conclut en affirmant que son cœur est tributaire de ses devoirs militaires et qu'il ne peut être retenu par les offres d'amour. Il choisit de se taire et d'attendre son retour pour obéir aux ordres de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 3-9
AU ROY SUR LA CONVERSION des Hérétiques.
Début :
L'avantage de détruire l'Herésie apres avoir triomphé de ses Ennemis, / Grand Roy, lors que touché de nos justes souhaits, [...]
Mots clefs :
Hérésie, Triomphe, Ennemis, Roi, Victoire, Vaincre, Paix, Guerre, Ardeur , Hérétique, Exploit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY SUR LA CONVERSION des Hérétiques.
L'avantage de détruire
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.
Fermer
3
p. 93-99
A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
Début :
On croit quelquefois rire de la Mort quand elle est / Il est donc vray, Damon, vous aimez Celimene, [...]
Mots clefs :
Fièvre, Amies, Gentilhomme, Muses, Ardeur , Gloire, Amour, Empire, Charmes, Beauté, Iris, Mémoire, Coeur, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
On croit quelquefois rire
94 MERCURE
de la Mort quand elle eſtfore
proche. C'eſt ce qui eſt arrivé
à une jeune Perſonne, qui
n'ayant qu'un peu de Fievre ,
dit en badinant à un galant
Homme qui luy rendoit des
foins affidus , que quand elle.
feroitmorte, elle vouloit qu'il
donnaſt ſon coeur àune de ſos
Amies , qu'elle luy nomma.
SaFievre ayant augmenté,elle
mourut peu de jours aprés.
Un jeune Gentilhomme que
les affaires n'empêchét point
de ſonger de temps en temps
à faire ſa Cour aux Mufes,2
fait deſſus les Vers queje
vous envoye
GALANT S
5555 5552 55255522
A DAMON.
Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné
en mourant d'aimer Celimene,
I
Lest donc vray, Damon ,
mez Celimene,
,vousai-
Foſtre Iris en mourantfit naiſtre ceive
ardeur,
Lors que par Testament, pourferrer
cette chaîne,
Elle luy laiſſa voſtre coeur..
Se
IeSçayqu'il eſtoit defagloire
Deplacer en bor lieu vos voeux;
Maishonorez - vousſa mémoire?
Voussentez- vous bien amoureux?
S2
Plus vousferezſenſible à cetteAmor
nouvelle
96 MERCURE
Dontpourvous Iris afait choix ,
Etplus vous montrerez de zéle
Aremplirſes dernieres loix .
Se
Non, non, ne craignez rien , on n'en
Sçauroit médire,
Aimez en touteseureté;
Iris avantſa mort voulut bienySoufcrire.
Si vous tournez vos voeux vers un
autre coſté,
C'est la marque de ſon Empire,
Nonde vostre legereté.
S2
Malgréce changement d'hommage
Vostre coeur ne s'estpointmépris;
Mais croyez-moy, Damon,pourn'estre
pointvolage,
DansCelimene ilfaut que vous aimiez
Iris.
Lors
GALANT. 97
1
Se
Lors qu'àvoſtrejeune Maistreffe
Vous rendrez des soins à l'écart,
Plein d' Iris , conduisezfibien voftre
tendresse,
Qu'elle en ait la meilleure part.
52
L'Affaire eft affez délicate,
Gardez de vous tromper, gardez de la
trahir.
Pour un nouvel Objet quandvoſtre
amour éclate,
Nefaites-vous rien qu'obeïr?
Se
Onfçait qu'à prendrefeu vostre ame
est affez prompte,
Qu'un bel oeil peutbeaucoup fur
vous.
Celimene faitvoir cent charmes des
plusdoux,
Avril 1685. I
98 MERCURE
Ne l'aimeriez- vous point tout- à-fait
pourson compte?
८८
Les Vivans, ce dit- on,font oublierles
Morts.
Ces derniers n'ont rien que deſom
bre.
Me trompay-je, Damon?je croy qu'un
jolyCorps
Vous accommode mieux qu'une
Ombre?
52
Voulez- vousypenſerſouvent?
Dans Celimene, Iris doit eftre regardée.
Ce raport eft aisé ; mais ce n'estqu'une
idée,
Et l'amourveutplus que du vent.
22
Comme d'une viande legere
Levostre affezmalse nourrit,
i
GALANT. 99
Pour le mieuxfoûtenir, ilfaut que la
:
matiere
Accoure ausecours de l'esprit.
52
LuySeul ne rendroit pas uneflame
conftante;
Etquand celuy d' Iris est remonté là
baut,
Une belle &jeune Vivante
Estbeaucoup mieux ce qu'il vous
faut.
Se
Cepedant voulez -vous m'en croire,
Prendre leparty le meilleur?
Qu' Iris ait toute la mémoire,
Et Celimene tout le coeur.
Se
Vousy trouverez vostre affaire,
Et ce partagefaitainsi
Atoutes deux vous laiſſantfatisfaire,
Vous vousfatisferezauffi .
94 MERCURE
de la Mort quand elle eſtfore
proche. C'eſt ce qui eſt arrivé
à une jeune Perſonne, qui
n'ayant qu'un peu de Fievre ,
dit en badinant à un galant
Homme qui luy rendoit des
foins affidus , que quand elle.
feroitmorte, elle vouloit qu'il
donnaſt ſon coeur àune de ſos
Amies , qu'elle luy nomma.
SaFievre ayant augmenté,elle
mourut peu de jours aprés.
Un jeune Gentilhomme que
les affaires n'empêchét point
de ſonger de temps en temps
à faire ſa Cour aux Mufes,2
fait deſſus les Vers queje
vous envoye
GALANT S
5555 5552 55255522
A DAMON.
Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné
en mourant d'aimer Celimene,
I
Lest donc vray, Damon ,
mez Celimene,
,vousai-
Foſtre Iris en mourantfit naiſtre ceive
ardeur,
Lors que par Testament, pourferrer
cette chaîne,
Elle luy laiſſa voſtre coeur..
Se
IeSçayqu'il eſtoit defagloire
Deplacer en bor lieu vos voeux;
Maishonorez - vousſa mémoire?
Voussentez- vous bien amoureux?
S2
Plus vousferezſenſible à cetteAmor
nouvelle
96 MERCURE
Dontpourvous Iris afait choix ,
Etplus vous montrerez de zéle
Aremplirſes dernieres loix .
Se
Non, non, ne craignez rien , on n'en
Sçauroit médire,
Aimez en touteseureté;
Iris avantſa mort voulut bienySoufcrire.
Si vous tournez vos voeux vers un
autre coſté,
C'est la marque de ſon Empire,
Nonde vostre legereté.
S2
Malgréce changement d'hommage
Vostre coeur ne s'estpointmépris;
Mais croyez-moy, Damon,pourn'estre
pointvolage,
DansCelimene ilfaut que vous aimiez
Iris.
Lors
GALANT. 97
1
Se
Lors qu'àvoſtrejeune Maistreffe
Vous rendrez des soins à l'écart,
Plein d' Iris , conduisezfibien voftre
tendresse,
Qu'elle en ait la meilleure part.
52
L'Affaire eft affez délicate,
Gardez de vous tromper, gardez de la
trahir.
Pour un nouvel Objet quandvoſtre
amour éclate,
Nefaites-vous rien qu'obeïr?
Se
Onfçait qu'à prendrefeu vostre ame
est affez prompte,
Qu'un bel oeil peutbeaucoup fur
vous.
Celimene faitvoir cent charmes des
plusdoux,
Avril 1685. I
98 MERCURE
Ne l'aimeriez- vous point tout- à-fait
pourson compte?
८८
Les Vivans, ce dit- on,font oublierles
Morts.
Ces derniers n'ont rien que deſom
bre.
Me trompay-je, Damon?je croy qu'un
jolyCorps
Vous accommode mieux qu'une
Ombre?
52
Voulez- vousypenſerſouvent?
Dans Celimene, Iris doit eftre regardée.
Ce raport eft aisé ; mais ce n'estqu'une
idée,
Et l'amourveutplus que du vent.
22
Comme d'une viande legere
Levostre affezmalse nourrit,
i
GALANT. 99
Pour le mieuxfoûtenir, ilfaut que la
:
matiere
Accoure ausecours de l'esprit.
52
LuySeul ne rendroit pas uneflame
conftante;
Etquand celuy d' Iris est remonté là
baut,
Une belle &jeune Vivante
Estbeaucoup mieux ce qu'il vous
faut.
Se
Cepedant voulez -vous m'en croire,
Prendre leparty le meilleur?
Qu' Iris ait toute la mémoire,
Et Celimene tout le coeur.
Se
Vousy trouverez vostre affaire,
Et ce partagefaitainsi
Atoutes deux vous laiſſantfatisfaire,
Vous vousfatisferezauffi .
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Résumé : A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
Le texte présente deux récits distincts. Le premier raconte l'histoire d'une jeune personne souffrant d'une légère fièvre qui plaisante avec un galant homme en lui demandant de donner son cœur à une de ses amies après sa mort. La fièvre s'aggravant, elle décède peu après. Le second récit est une correspondance poétique entre Damon et un galant homme. Iris, avant de mourir, ordonne à Damon d'aimer Célimène. Le galant homme conseille à Damon de respecter la mémoire d'Iris tout en aimant Célimène, soulignant que les vivants font oublier les morts. Il l'encourage à voir Iris dans Célimène, mais aussi à apprécier les charmes de cette dernière. Le texte se conclut par un conseil à Damon de partager son cœur entre la mémoire d'Iris et l'amour pour Célimène, afin de se satisfaire pleinement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 131-133
« Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...] »
Début :
Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...]
Mots clefs :
Défauts, Auteur, Chanson, Coeur, Ardeur , Grandeur, Mr d'Ambruis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...] »
MEttre dans un beau jour les
plus foibles penjees ,
Réparerpar des tous les defauts d'un
Autheur,
122 MERCURE
Toucherd'une Chanson le moinsfen
fible coeur,
Et redonner la vie àdes choses paſſées.
25
Avec un tour galanı , des manieres
aisées
Peindre les paffionszen inſpirer l'ardeur,
Faire d'un beausujet éclater la gran
deur,
Etsçavoirménager les choses op...
pofées.
Sz
Travaillerfans relache, eftre toûjours
nouveau,
C'eſt montrerce que l' Art a de rare o
de beaus
Etce quejusqu'icy peu de Gens ont
Soeufaire:
25
Mais joindre àces talens un esprit
bientourné,
)
GALANT. 133
Pour plaire également en plus d'un
caractére
Ce n'estqu'au ſeuld' Ambruis quele
Ciel l'a donné.
plus foibles penjees ,
Réparerpar des tous les defauts d'un
Autheur,
122 MERCURE
Toucherd'une Chanson le moinsfen
fible coeur,
Et redonner la vie àdes choses paſſées.
25
Avec un tour galanı , des manieres
aisées
Peindre les paffionszen inſpirer l'ardeur,
Faire d'un beausujet éclater la gran
deur,
Etsçavoirménager les choses op...
pofées.
Sz
Travaillerfans relache, eftre toûjours
nouveau,
C'eſt montrerce que l' Art a de rare o
de beaus
Etce quejusqu'icy peu de Gens ont
Soeufaire:
25
Mais joindre àces talens un esprit
bientourné,
)
GALANT. 133
Pour plaire également en plus d'un
caractére
Ce n'estqu'au ſeuld' Ambruis quele
Ciel l'a donné.
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5
p. 165-167
A MONSIEUR LE MARQUIS DE CHASTEAU GONTIER.
Début :
Enfin le plus puissant des Roys [...]
Mots clefs :
Puissants, Roi, Muse, Ardeur , Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE MARQUIS DE CHASTEAU GONTIER.
A MONSIEUR
LE MARQUIS DE
CHASTEAU
CHASTEAU GONTIER.
ENfin le pluspuiffany des
Roys
166 MERCURE
Veut que le Fils àfon Pere furvive,
Dans un des auguftes Emplois,
Où Themis donne , & fait des
Lois.
Pourprendre part au bien qui vous
arrive,
Ma Mufe treblante, & craintive,
Au grand bruit des Moufques , des
Tambours , des Ham - bows,
N'ofa jamais joindre fa voix ..
Quand elle cuft pû fe faire ens.
tendre,
En euffiez- vous eu le toifir?
Tout le mondechez vous vint enfoule
Se rendre
Pour vous en témoigner fajoje &ſon:
plaifir.
Dans la belle ardeur qui l'anime,
Rien ne sçauroit plus long- temps
Barrefter,
Elle croiroit commettre un crims
GALANT. 167
·Endifferant àfefaire écouter.
Donnez-luy donc un moment d'audience
.
Si le Cielfatisfaitfes voeux les plus
preffans,
On verra mefmefurvivance
S'accorder comme à vous à tous vos
Defcendans.
LE MARQUIS DE
CHASTEAU
CHASTEAU GONTIER.
ENfin le pluspuiffany des
Roys
166 MERCURE
Veut que le Fils àfon Pere furvive,
Dans un des auguftes Emplois,
Où Themis donne , & fait des
Lois.
Pourprendre part au bien qui vous
arrive,
Ma Mufe treblante, & craintive,
Au grand bruit des Moufques , des
Tambours , des Ham - bows,
N'ofa jamais joindre fa voix ..
Quand elle cuft pû fe faire ens.
tendre,
En euffiez- vous eu le toifir?
Tout le mondechez vous vint enfoule
Se rendre
Pour vous en témoigner fajoje &ſon:
plaifir.
Dans la belle ardeur qui l'anime,
Rien ne sçauroit plus long- temps
Barrefter,
Elle croiroit commettre un crims
GALANT. 167
·Endifferant àfefaire écouter.
Donnez-luy donc un moment d'audience
.
Si le Cielfatisfaitfes voeux les plus
preffans,
On verra mefmefurvivance
S'accorder comme à vous à tous vos
Defcendans.
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6
p. 1-16
VERS LIBRES.
Début :
On n'a point encore proposé de Question plus difficile / L'Ambition & l'Amour [...]
Mots clefs :
Question, Courtisan, Amant, Amour, Ambition, Ouvrage, Auteur, Tromperie, Complaisance, Tircis, Dorilas, Tourments, Dispute, Ombre, Coeur, Douleur, Âme, Tendresse, Ardeur , Heureux, Faiblesse, Fourberie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES.
,séde,/[ssion plus
difficiledr:foudre
, que
celle qui met en balance
lainquiétudes d'unCoarii/an,a qui
la Fortune efl toujours contraire
,
&
les peines d'un Amant) qui rend des
foins inutiles à la personne auil aime.
Comme CAmour & l*Ambitions
font deuxpaJftens tres-viotentes, eU-V
les déchirent si crutliement le coeunm
de ccluy qu'elles agitent, qu'on peuagdire
que dans l'un & l'awtre efldt, iài
n'y a rien qui puisse égaler ce quifa*.
endure.L'Ouvrage par leqtieljecom-t,
mence le Recueil de Pieces diverjestx\
quejevous envoyetoiu les troismois
nous en donnelin vifportraityquivotm>\
fraperafans doute, tant la matierey^\
efi délicatement traitée. se ne pue'u
voeuen dire davantage,sansretardent
le plaisir que vsm donnera cette lec-ii
ture.VAutheur, qui n'a voulu dejfàq
gner sonnom -que parlessix lettres*
qui fontaubas deJes Versseferacon,
noiftre qflandil luypUirapard'autres
Ouvrages, puis qu'il efl aisé de voi.)\
qu'un homme quiauntalcmsihCllr(NJ.
pour laPoésie,nedédaigne jaidans/&\j
-
heures de loisir
,
d'tmploytr quelques
wornens à s'entreteniravecles Mujes.
Si un Courtifah trompé dans ses
esperances, est plus à plaindre
qu'un Amant passionné, qui ne
peutfléchir le coeur de la personne
qu'il aime.
VERS LIBRES.
L)Ambition & tAmour
,
Sont de toutes les' affaires;
Et ces deux passionsménagent tour à
tour
De la Ville & de la Cour.',
Et l'intrigueCJ" les mifleres ;
Mais de fçavoir au vray laquelle fait
des deux
Vn plus sensible martire,
Elles font si peu d'heureux
i Qgl* peinepeut-on le dire.
Mercure toigtefoù desire de fçavoir
Quelle en efl la differcnce;
Et je voudrais bien pouvoir
Par raison & par devoir,
Etmlfme par complaisance
Luy donner contentement.
Hier je revoit comment
Je pourrois lesatisfaire,
QuandTircis & Dorilas
JQue je trouvay sur mes pas,
Vinrent me tirer d'affairei
Tircü, le tendre Tircü,
Dont les James amoureuses,
Fidelles & malheureuses,
Parlent dans tous les écrits;
Dorilas qui de la gloire
Fait tout [on enteffement
»
Dorilas qui ne peut croire
Rue la peine d'un Amant
Puisseégaler le tourment
D"un homme ambitieux dont le dessein
échoue
jin moment qu'ilse crott au dejfta dé
la rouë.
Ils Mnteftoientfirtementl
-
Et loin te m'avifcrtCappaiftr leur querelle
J Tranquille & d'un grand loisîr animay leur Dispute, & m'en fis un
plaisir.
yoflre difficulté, leur dis-je, ep assez. belle
Sil faut pour vous accorder
Vn homme qui n'ait point d'interest dans
l'affaire,
Ce(l a moy dé la décider ; Dites donc vos rai/ans,ie[HÜ press *
me taire.
Le languissant Tircis me répondits helatî
Se peut-il que du mal extrême ilun malheureux Amant baydece qu'il
aime,
Et des maux de Doriltu
On pitijfe faire un Problème?
MAil plûtofl, répondit Dorilas a son
tour,
Croira-t-onqu'ilfoit possible
JQu'un Jegertranfptrt d'amour,
Cause un mal aussi sensible
jQue ce quonfoujfre a la Cour,
Lors qu'un fourbe impofieur, plusffa*
vant dans ¡'intrigu,
A rompre vos desseins s'appliquant nuit
& jour,
Fait échouervotfrehrivue.
Expliquez, voi raisons alternativement,
Les Mufes, dit Virgile, en aiment la
maniéré,
La c,n!I:/f:'tiÕn paroiss plus clairement,
Et la décision en efl plus reguliere
Leur dis-je; &' dans ce moment
A tombre tom les deux,auprès de moy
s'agirent
Et , tour a tour Je plaignirent;
A peu prés voicy comment. TIRCIS.
f.!..!!'un cJlr tendre &sensible a de maux
nom expose!
Ouel'on foujfre en amour de secretes langUCHfS,
Quand de lObjet qui lescause
On ne sçauroitfléchir les rf/verts rigueurs
! DORILAS.
QHune ame du dejir de la gleire tnflamÙ
A de douloureux mowvemens !
Qui peut comprendre les tourmens
Dont sans cesse elle est alarmée?
Sera-ce vous, foibles Amans? j TIRCIS. aime, faymillemaux queje noftrois
dires
Alfjlres d'Amarilis je languis je fokr
pire,
Et lorsque ma douleur est peinte dans
mes yeux , Si jecherche les fiens, l'ingratt se re-- tire.
Qui peut en ce moment concevoir mon
mardre?
Sera-ce vous ,
dorAimlbaitiseu.x?
Lanoblepassion dont mon ame est éprise,
ji pourobjet lagloiret & lagloire £efi
tout.
Quel charme, quel transport quand en
en vient a bout!
S^ucl desespoir pour qui manque dans
Centreprise !
1 TIRCIS.
J'ay pour AmÍfrillis une flame fidelle ;
Si je pouvois toucher le coeur de Ucruelle,
Sice-coeursentoit pour moy
Ce que le mien fent pour elle,
OH), ma gloireferait telle,
Que lafélicité d'un Roy
Ne me poroiftroit pas si touchante &J%
belle.
DORILAS.
Si Dardas ponvoit pretendre
De s'établir quelque jour
Au posse ou l'heureux Alcandre,
Efl maintenant à la Cour3
Desfouffiances de tAmour
Il (çauroit bien se defendre. TIRCIS.
Si mon Amarilis,sensible a ma tendrejfc,
Refpondoit un marnental'ardeur qui me
presse,
Herosï dont la vaillance itonneI'Vnivers,
Non,ce-n'elf pas pour vous que jefsrois
des Vers.
DORILAS.
L'Amour a quelques appas,
A4ais il en fait bien accroire,
Et ne dédommage pas.
Des pertes quefait la GlDire.
TIRCIS.
La Gloire,jel'avoué,ade nobles efforts
Mais peut - elle égaler dansses plus
beaux transports
La sensibilité douce & delicieuse
!0'un tendre amour inppire aux coeurs
quifonttouchez ?
1 dk! qu'uneflameamoureuse
Donne de plaijîrscachez.,
Et qu'une ame ambitieuse
Pourroits'estimer heureuse
De lesavoir recherchez!
Mais quand un amour fineert
Ne peutfléchir les rigueurs
D'une inhumaineBergere,
Que de maux, que de langueurs
Son ame injuste & fellerc
Faitressentir à noscoeurs!
Vous qui courez ala gloire,
Si vous le compreniezbien,
rfJUS n'auriez,paspeine à croire
Que tous vos maux ne font rien.
D ORILAS.
Je vous l'avoué à mon tourj Il est vray ,
Tircú lAmour
si des endroits agreabbs ;
Mais aux faveurs de la Cour
Ils ne font pas comparables.
VAin; &faiblesAmans, si vous aviez.
goûté
Desùcharmes flateurs de la Gloire,
Tous les appas de.lABeaUté
Qui vous tient en captivité,
Seroient en un moment hors de vostre
memoire.
Jlfaissi votu ffaviez, aussi
R!!,e/le est la douleur mortelle
D'ln Courtisan qui ria pat rtiffi,
Le chagrin & le feucy
Que vous canfe une Criielle,
Ne feroient que bagatelle. TIRCIS.
La fiere Amarillis d'un air indiffèrent
Regarde tous les maux quej'endurepour
elle.
Ah! Berger tendre & fide/le
Que ta douleur efi cruelle!
Personne ne la comprend. DORILAS.
Le fier Alcimedor peutfaire ma fortune,
11sçait que je m'attache uniquement a
fay lt'Y de l'ambition, cependant aujourd'huy
Sans cmploy,Cans refonree aucune Jemevois accab,'é de chagrin & d'ermur.
Comprend-t-ondemmfort la rigueur importune?
TIRCIS.
ilne tiendroit qu'à VOHS de vouloir vivre
heureux.
1 DORILAS.
Si vousvouliez aussi cesser d'efïreamoureux.
TIR CI S.
Ostez. de vojire esprit cette vainefoible(se.
DORILAS.
Guerissez. Vojirecoeurdesafolle tenàreffi.
TIRCIS.
QuefoHffrez-vopu? Yosmauxfontaifez;,
àquérir.
DORILAS.
Les Amansfont toujours malades a mourir.
TIR CI S.
Contre lemauvaisfort ayez, tifprit Jelle.
DO RILA S,
JQuittez* Amarilis, &vousvoilatranquille.
TIRCIS.
JHelai ! pour la quitter il faut perdre le
jour.
DORILAS.
llmefaudroit mourirsijequittaislaCoun
TIRCIS.
jvQu/md le bonheur vousfuit, aquoy bon
yfretendre?
DORILAS.
R!!,And l'amourvous rebute, a quoy bon
efiretendre ? TIRCIS.
Quay-je a vous dire, hellU ! mon eoenr
ie veut ainsi.
DO RI LAS.
Jefuis néPour la gloire, & j*obéisanssi. TIRCIS.
LifandYIfortuné tu dois a tes richesses
Les plaisirs que l'Himen enleve a mes
tlndrejJès,
jimaritlù efl preste a vivrefous ta loy
Aiais si jufliceestoit faite t
A ma passion discrete,
Amarilis jamais ne vivroit que pour
moDy. ORI LAS.
Trop heureuxFloridorjafourberieinsigne
T'eleve en un hautrang, a laCourde
hOVISt
Tuffais qui denom deux en efloit leplus
digne,
Tu [çaù à qui tu dois l'honneur dont tu
jokis. TIRCIS.
Vous est:,s sur vos pieds,faitesuneautre
brigue. DORILAS.
Ilne tiendra qua vont de faire uneautre
intrigue.
TIRCIS.
Il est d'autres appuis qui votu eleveront.
DO RI LAS.
Il est d'autres beautez. qui vous conflleront.
TIRCIS.
Tous mes voeux malgrémoy font pour
AVJltrillis,
Celimcne, Aminte,Cloris,
Ne sçauroient me rendre inftielle.
Pe'ut-estreauxyeuxdun autre elle n'etf
passi belle,
Mon amour me captive & ne maveugle
pas,
me connais leur merite & jevois leurs appas1
eMais je nDefçOauRroIisLaiAmeSr .qu'elle. peut faire l'amour M fambition regné?
Gelimene, AminteJ Cloris,
Ce n'est pat que je vous dédaigne,
Vont encor moins, uimarillis
> &,Vôtre merite efi grand & peut, jele
veux croire
Contenter , un ambitieux ;
MAisn'en dépiaife à vos beauxyeux,
Je ne puis aimer que la oloire.
J'enviens d'oüirasez, leur dis-je
, pour
comprendre,
Sans
davantage
vous entendre
Quelefi ledegréds vos maux; Mais poursçavoir s'ilsfontégaux,
QUi na plUsenty l'un & l'autre
Le dira difficilement.
Il parle pour le fien, vous parlez, pour le
vofire3
L'unAmbitieux,fantre jAmanu
Si vos tourmcns fontgrands, ilstUfont
pas semblables
, Tour terminer enfinenspropos AmbitUl,
Jecrois vos maux, Tircis. un peu plus
incurables,
Ceux de Dorilas plus aigus.
Le tout roule & se partage
,
Entre îefpprriitt & le ccooeeuurr..
Si Tircis meurt de langueur,
Dorilas moura de rage.
le n'ajoute rien deplus,
On peut juger là-desus
Lequelfoijfre dAvantage.
A.M. A. D. M. D.
difficiledr:foudre
, que
celle qui met en balance
lainquiétudes d'unCoarii/an,a qui
la Fortune efl toujours contraire
,
&
les peines d'un Amant) qui rend des
foins inutiles à la personne auil aime.
Comme CAmour & l*Ambitions
font deuxpaJftens tres-viotentes, eU-V
les déchirent si crutliement le coeunm
de ccluy qu'elles agitent, qu'on peuagdire
que dans l'un & l'awtre efldt, iài
n'y a rien qui puisse égaler ce quifa*.
endure.L'Ouvrage par leqtieljecom-t,
mence le Recueil de Pieces diverjestx\
quejevous envoyetoiu les troismois
nous en donnelin vifportraityquivotm>\
fraperafans doute, tant la matierey^\
efi délicatement traitée. se ne pue'u
voeuen dire davantage,sansretardent
le plaisir que vsm donnera cette lec-ii
ture.VAutheur, qui n'a voulu dejfàq
gner sonnom -que parlessix lettres*
qui fontaubas deJes Versseferacon,
noiftre qflandil luypUirapard'autres
Ouvrages, puis qu'il efl aisé de voi.)\
qu'un homme quiauntalcmsihCllr(NJ.
pour laPoésie,nedédaigne jaidans/&\j
-
heures de loisir
,
d'tmploytr quelques
wornens à s'entreteniravecles Mujes.
Si un Courtifah trompé dans ses
esperances, est plus à plaindre
qu'un Amant passionné, qui ne
peutfléchir le coeur de la personne
qu'il aime.
VERS LIBRES.
L)Ambition & tAmour
,
Sont de toutes les' affaires;
Et ces deux passionsménagent tour à
tour
De la Ville & de la Cour.',
Et l'intrigueCJ" les mifleres ;
Mais de fçavoir au vray laquelle fait
des deux
Vn plus sensible martire,
Elles font si peu d'heureux
i Qgl* peinepeut-on le dire.
Mercure toigtefoù desire de fçavoir
Quelle en efl la differcnce;
Et je voudrais bien pouvoir
Par raison & par devoir,
Etmlfme par complaisance
Luy donner contentement.
Hier je revoit comment
Je pourrois lesatisfaire,
QuandTircis & Dorilas
JQue je trouvay sur mes pas,
Vinrent me tirer d'affairei
Tircü, le tendre Tircü,
Dont les James amoureuses,
Fidelles & malheureuses,
Parlent dans tous les écrits;
Dorilas qui de la gloire
Fait tout [on enteffement
»
Dorilas qui ne peut croire
Rue la peine d'un Amant
Puisseégaler le tourment
D"un homme ambitieux dont le dessein
échoue
jin moment qu'ilse crott au dejfta dé
la rouë.
Ils Mnteftoientfirtementl
-
Et loin te m'avifcrtCappaiftr leur querelle
J Tranquille & d'un grand loisîr animay leur Dispute, & m'en fis un
plaisir.
yoflre difficulté, leur dis-je, ep assez. belle
Sil faut pour vous accorder
Vn homme qui n'ait point d'interest dans
l'affaire,
Ce(l a moy dé la décider ; Dites donc vos rai/ans,ie[HÜ press *
me taire.
Le languissant Tircis me répondits helatî
Se peut-il que du mal extrême ilun malheureux Amant baydece qu'il
aime,
Et des maux de Doriltu
On pitijfe faire un Problème?
MAil plûtofl, répondit Dorilas a son
tour,
Croira-t-onqu'ilfoit possible
JQu'un Jegertranfptrt d'amour,
Cause un mal aussi sensible
jQue ce quonfoujfre a la Cour,
Lors qu'un fourbe impofieur, plusffa*
vant dans ¡'intrigu,
A rompre vos desseins s'appliquant nuit
& jour,
Fait échouervotfrehrivue.
Expliquez, voi raisons alternativement,
Les Mufes, dit Virgile, en aiment la
maniéré,
La c,n!I:/f:'tiÕn paroiss plus clairement,
Et la décision en efl plus reguliere
Leur dis-je; &' dans ce moment
A tombre tom les deux,auprès de moy
s'agirent
Et , tour a tour Je plaignirent;
A peu prés voicy comment. TIRCIS.
f.!..!!'un cJlr tendre &sensible a de maux
nom expose!
Ouel'on foujfre en amour de secretes langUCHfS,
Quand de lObjet qui lescause
On ne sçauroitfléchir les rf/verts rigueurs
! DORILAS.
QHune ame du dejir de la gleire tnflamÙ
A de douloureux mowvemens !
Qui peut comprendre les tourmens
Dont sans cesse elle est alarmée?
Sera-ce vous, foibles Amans? j TIRCIS. aime, faymillemaux queje noftrois
dires
Alfjlres d'Amarilis je languis je fokr
pire,
Et lorsque ma douleur est peinte dans
mes yeux , Si jecherche les fiens, l'ingratt se re-- tire.
Qui peut en ce moment concevoir mon
mardre?
Sera-ce vous ,
dorAimlbaitiseu.x?
Lanoblepassion dont mon ame est éprise,
ji pourobjet lagloiret & lagloire £efi
tout.
Quel charme, quel transport quand en
en vient a bout!
S^ucl desespoir pour qui manque dans
Centreprise !
1 TIRCIS.
J'ay pour AmÍfrillis une flame fidelle ;
Si je pouvois toucher le coeur de Ucruelle,
Sice-coeursentoit pour moy
Ce que le mien fent pour elle,
OH), ma gloireferait telle,
Que lafélicité d'un Roy
Ne me poroiftroit pas si touchante &J%
belle.
DORILAS.
Si Dardas ponvoit pretendre
De s'établir quelque jour
Au posse ou l'heureux Alcandre,
Efl maintenant à la Cour3
Desfouffiances de tAmour
Il (çauroit bien se defendre. TIRCIS.
Si mon Amarilis,sensible a ma tendrejfc,
Refpondoit un marnental'ardeur qui me
presse,
Herosï dont la vaillance itonneI'Vnivers,
Non,ce-n'elf pas pour vous que jefsrois
des Vers.
DORILAS.
L'Amour a quelques appas,
A4ais il en fait bien accroire,
Et ne dédommage pas.
Des pertes quefait la GlDire.
TIRCIS.
La Gloire,jel'avoué,ade nobles efforts
Mais peut - elle égaler dansses plus
beaux transports
La sensibilité douce & delicieuse
!0'un tendre amour inppire aux coeurs
quifonttouchez ?
1 dk! qu'uneflameamoureuse
Donne de plaijîrscachez.,
Et qu'une ame ambitieuse
Pourroits'estimer heureuse
De lesavoir recherchez!
Mais quand un amour fineert
Ne peutfléchir les rigueurs
D'une inhumaineBergere,
Que de maux, que de langueurs
Son ame injuste & fellerc
Faitressentir à noscoeurs!
Vous qui courez ala gloire,
Si vous le compreniezbien,
rfJUS n'auriez,paspeine à croire
Que tous vos maux ne font rien.
D ORILAS.
Je vous l'avoué à mon tourj Il est vray ,
Tircú lAmour
si des endroits agreabbs ;
Mais aux faveurs de la Cour
Ils ne font pas comparables.
VAin; &faiblesAmans, si vous aviez.
goûté
Desùcharmes flateurs de la Gloire,
Tous les appas de.lABeaUté
Qui vous tient en captivité,
Seroient en un moment hors de vostre
memoire.
Jlfaissi votu ffaviez, aussi
R!!,e/le est la douleur mortelle
D'ln Courtisan qui ria pat rtiffi,
Le chagrin & le feucy
Que vous canfe une Criielle,
Ne feroient que bagatelle. TIRCIS.
La fiere Amarillis d'un air indiffèrent
Regarde tous les maux quej'endurepour
elle.
Ah! Berger tendre & fide/le
Que ta douleur efi cruelle!
Personne ne la comprend. DORILAS.
Le fier Alcimedor peutfaire ma fortune,
11sçait que je m'attache uniquement a
fay lt'Y de l'ambition, cependant aujourd'huy
Sans cmploy,Cans refonree aucune Jemevois accab,'é de chagrin & d'ermur.
Comprend-t-ondemmfort la rigueur importune?
TIRCIS.
ilne tiendroit qu'à VOHS de vouloir vivre
heureux.
1 DORILAS.
Si vousvouliez aussi cesser d'efïreamoureux.
TIR CI S.
Ostez. de vojire esprit cette vainefoible(se.
DORILAS.
Guerissez. Vojirecoeurdesafolle tenàreffi.
TIRCIS.
QuefoHffrez-vopu? Yosmauxfontaifez;,
àquérir.
DORILAS.
Les Amansfont toujours malades a mourir.
TIR CI S.
Contre lemauvaisfort ayez, tifprit Jelle.
DO RILA S,
JQuittez* Amarilis, &vousvoilatranquille.
TIRCIS.
JHelai ! pour la quitter il faut perdre le
jour.
DORILAS.
llmefaudroit mourirsijequittaislaCoun
TIRCIS.
jvQu/md le bonheur vousfuit, aquoy bon
yfretendre?
DORILAS.
R!!,And l'amourvous rebute, a quoy bon
efiretendre ? TIRCIS.
Quay-je a vous dire, hellU ! mon eoenr
ie veut ainsi.
DO RI LAS.
Jefuis néPour la gloire, & j*obéisanssi. TIRCIS.
LifandYIfortuné tu dois a tes richesses
Les plaisirs que l'Himen enleve a mes
tlndrejJès,
jimaritlù efl preste a vivrefous ta loy
Aiais si jufliceestoit faite t
A ma passion discrete,
Amarilis jamais ne vivroit que pour
moDy. ORI LAS.
Trop heureuxFloridorjafourberieinsigne
T'eleve en un hautrang, a laCourde
hOVISt
Tuffais qui denom deux en efloit leplus
digne,
Tu [çaù à qui tu dois l'honneur dont tu
jokis. TIRCIS.
Vous est:,s sur vos pieds,faitesuneautre
brigue. DORILAS.
Ilne tiendra qua vont de faire uneautre
intrigue.
TIRCIS.
Il est d'autres appuis qui votu eleveront.
DO RI LAS.
Il est d'autres beautez. qui vous conflleront.
TIRCIS.
Tous mes voeux malgrémoy font pour
AVJltrillis,
Celimcne, Aminte,Cloris,
Ne sçauroient me rendre inftielle.
Pe'ut-estreauxyeuxdun autre elle n'etf
passi belle,
Mon amour me captive & ne maveugle
pas,
me connais leur merite & jevois leurs appas1
eMais je nDefçOauRroIisLaiAmeSr .qu'elle. peut faire l'amour M fambition regné?
Gelimene, AminteJ Cloris,
Ce n'est pat que je vous dédaigne,
Vont encor moins, uimarillis
> &,Vôtre merite efi grand & peut, jele
veux croire
Contenter , un ambitieux ;
MAisn'en dépiaife à vos beauxyeux,
Je ne puis aimer que la oloire.
J'enviens d'oüirasez, leur dis-je
, pour
comprendre,
Sans
davantage
vous entendre
Quelefi ledegréds vos maux; Mais poursçavoir s'ilsfontégaux,
QUi na plUsenty l'un & l'autre
Le dira difficilement.
Il parle pour le fien, vous parlez, pour le
vofire3
L'unAmbitieux,fantre jAmanu
Si vos tourmcns fontgrands, ilstUfont
pas semblables
, Tour terminer enfinenspropos AmbitUl,
Jecrois vos maux, Tircis. un peu plus
incurables,
Ceux de Dorilas plus aigus.
Le tout roule & se partage
,
Entre îefpprriitt & le ccooeeuurr..
Si Tircis meurt de langueur,
Dorilas moura de rage.
le n'ajoute rien deplus,
On peut juger là-desus
Lequelfoijfre dAvantage.
A.M. A. D. M. D.
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7
p. 17-18
Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Début :
Arbitre souverain de la Paix, de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Lois, Ardeur , Destin, Calvin, Hydre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Sur la Révecation de l'Edit
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
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8
p. 11-20
LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
Début :
De l'Or & de l'Argent le charme insurmontable [...]
Mots clefs :
Liberté, Charme, Ardeur , Plaisirs, Désir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
LALIBERTE.
Cantate nouvelle.
DEl'Or & de l'Argent le
charme insurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté:
Mais je pretens chanterun
bien plus estimable,
C'est l'innocente Liberté.
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde àmes desirs,
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaisirs.
0 douce liberté, qui peut
goûter tes charmes,
Ne voir point d'autre objet
digne de son ardeur,
Son coeur n'est point touché
du foin de la grandeur
Il sçait , en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler son
bonheur, Jamaisen disputant un
chimérique honneur
;Un rival préferé ne fit
couler seslarmes.
0 douce liberté, qui peut
goûtertes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de son ardeur.
Dansunétattoûjours
tranquile
Il voit, sans se livrer à leurs
indignes fers,
La basse flatterie; & la
crainte servile
Prendresoin d'avilir les
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile
Nous presenter ses bords
de naufrages couverts,
Et son indépendance est
comme un sûr azile
Quile met à l'abri des plus
<fam»eux rev-ers. C'estcequ'ennos bois
l'oyseau chante
En fuyant la captivité,
Liberté, liberté.
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeurest toûjoursagité.
Est-ce le bien qui nous
contente,
Et vaut-il tous les soins
dont ilest acheté?
Liberté, liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyseau chante.
Jusqu'où la liberté portet-
elle ses droits ?
A table qui suit d'autres
loix
Languira dans le plaisir
même,
Quoiqu'on trouve à s'y
trvoêirmune deou,ceur «x-
Un repas n'a rien de charmanc
Quand on s'y contraint
un moment.
Fuyez
,
fuyez tendre eI:J
clavage;
Pour mieux ressentir l'avantage
De se trouver en liberté,
Il fautêtre échapé du funeste
naufrage
Que l'on fait en suivant
une ingrate beauté.
Mais ô present du Ciel,
que même l'innocence
Ne peut nous assûrer dans
la jeune saison!
Toutt'attaque à la fois,
le sçavoir,l'ignorance,
Les moeurs, les préjugez,
les sens &la raison
Tout s'empresse à l'en,vy
de nous donner un
Maître;
Sile faux honneur ne peut
l'être,
Le plaisirsnoussoûmet
morce, -
L'interest avec plus de
force
Asservit nos coeurs pour
jamais.
La liberté qui nous appelle
Ne s'offrepoint sans les
plaisirs:
Mais on n'y peut courir
sans elle
Qu'ilsn'échappent à nos
desirs.
Sous le nom du devoir que
d'égards sur la terre
Nous rendent l'un de l'autre
esclaves malheureux!
L'opinion nous livre une.
éternelle guerre,
Et de tous nos liens c'est
le plus rigoureux.
Que d'écüeils,que de naufrages
Menacent la liberté!
Mais regagnons les rivages
Laissonsgronder les orages,
Dont je me vis agité :
Que les autres rendus sages"
Par ce bien que j'ai chanté
Connoissent les avantages
D'en jouir en fiîreré.
Cantate nouvelle.
DEl'Or & de l'Argent le
charme insurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté:
Mais je pretens chanterun
bien plus estimable,
C'est l'innocente Liberté.
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde àmes desirs,
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaisirs.
0 douce liberté, qui peut
goûter tes charmes,
Ne voir point d'autre objet
digne de son ardeur,
Son coeur n'est point touché
du foin de la grandeur
Il sçait , en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler son
bonheur, Jamaisen disputant un
chimérique honneur
;Un rival préferé ne fit
couler seslarmes.
0 douce liberté, qui peut
goûtertes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de son ardeur.
Dansunétattoûjours
tranquile
Il voit, sans se livrer à leurs
indignes fers,
La basse flatterie; & la
crainte servile
Prendresoin d'avilir les
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile
Nous presenter ses bords
de naufrages couverts,
Et son indépendance est
comme un sûr azile
Quile met à l'abri des plus
<fam»eux rev-ers. C'estcequ'ennos bois
l'oyseau chante
En fuyant la captivité,
Liberté, liberté.
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeurest toûjoursagité.
Est-ce le bien qui nous
contente,
Et vaut-il tous les soins
dont ilest acheté?
Liberté, liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyseau chante.
Jusqu'où la liberté portet-
elle ses droits ?
A table qui suit d'autres
loix
Languira dans le plaisir
même,
Quoiqu'on trouve à s'y
trvoêirmune deou,ceur «x-
Un repas n'a rien de charmanc
Quand on s'y contraint
un moment.
Fuyez
,
fuyez tendre eI:J
clavage;
Pour mieux ressentir l'avantage
De se trouver en liberté,
Il fautêtre échapé du funeste
naufrage
Que l'on fait en suivant
une ingrate beauté.
Mais ô present du Ciel,
que même l'innocence
Ne peut nous assûrer dans
la jeune saison!
Toutt'attaque à la fois,
le sçavoir,l'ignorance,
Les moeurs, les préjugez,
les sens &la raison
Tout s'empresse à l'en,vy
de nous donner un
Maître;
Sile faux honneur ne peut
l'être,
Le plaisirsnoussoûmet
morce, -
L'interest avec plus de
force
Asservit nos coeurs pour
jamais.
La liberté qui nous appelle
Ne s'offrepoint sans les
plaisirs:
Mais on n'y peut courir
sans elle
Qu'ilsn'échappent à nos
desirs.
Sous le nom du devoir que
d'égards sur la terre
Nous rendent l'un de l'autre
esclaves malheureux!
L'opinion nous livre une.
éternelle guerre,
Et de tous nos liens c'est
le plus rigoureux.
Que d'écüeils,que de naufrages
Menacent la liberté!
Mais regagnons les rivages
Laissonsgronder les orages,
Dont je me vis agité :
Que les autres rendus sages"
Par ce bien que j'ai chanté
Connoissent les avantages
D'en jouir en fiîreré.
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Résumé : LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
La cantate 'LALIBERTE' célèbre la liberté comme un bien supérieur à l'or et à l'argent. L'auteur exalte la liberté, la décrivant comme un état où le cœur est apaisé, loin des soucis de grandeur et des disputes pour des honneurs chimériques. La liberté permet d'éviter la flatterie, la crainte servile et les dangers des mers, offrant un refuge sûr contre les revers. Elle est comparée à un oiseau chantant dans les bois, symbolisant la fuite de la captivité. Sans liberté, le cœur reste agité. La liberté est associée au plaisir et à la tranquillité, contrastant avec les contraintes et les souffrances de l'esclavage. Le texte met en garde contre diverses menaces à la liberté, telles que le savoir, l'ignorance, les mœurs, les préjugés, les sens et la raison, qui peuvent asservir les cœurs. Il critique également les faux honneurs, les plaisirs, l'intérêt et l'opinion, qui rendent les hommes esclaves les uns des autres. Malgré les dangers, l'auteur encourage à regagner les rivages de la liberté et à profiter de ses avantages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 20-24
LE PHENIX, Nouvelle Elegie.
Début :
Je ne puis resister à mon ardeur extrême, [...]
Mots clefs :
Phénix, Ardeur , Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PHENIX, Nouvelle Elegie.
LEPHENIX,
Nouvelle Elegie,
E ne puisresisteràmon
ardeur extrême,
Souffrez donc belle Iris,
souffrez queje vous
aime,
Si d'un amant tropvieux
vous méprisez l'ardeur,
Il faut me preparer à mourir
de douleur;
Je mourrai, volontiers, iL
ne m'est pas possible,
Avant quede mourir; de
vous rendre sensible,
Trop heureux! moy, qui
suis un Phenix en
amour,
Si de ma cendre, aussi je
renaissois unjour
Et plus jeune & plus beau,
j'aurois lieu de pretendre
A mon tour, belle Iris
de vous voir le coeur
tendre,
Vous ne me verriez pas
inconstant&leger,
Et je ne fongerois jamais
à vous changer.
Que de douceur pour
vous, de marques de
tendresse;
Que de plaisir, pour moi,
de revoir ma Maîtresse,
Et lui trouver un coeur
tout pleind'un nouveau
feu.
Vous m'en feriez, Iris,
bien-tôt un tendre
aveu,
Je vous appellercis des
deux noms, que suggere
Ce petit Dieu des coeurs,
que partout on revere,
Quelquefois mes soupirs
vous apprendroient
tout bas
Ce qu'en l'âge où je fuis,
je ne vous dirois
pas.
Ah ! que nous menerions
une agreable vie:
Mais mon bonheur helas!
seroit digne d'envie,
Si comblé de plaisirs &
content de mon sort,
A soixante ans passez en
Phenix estant mort,
Une seconde fois je renaissois
encore,
Beau, jeune, & digne
enfin de celle que
j'adore.
Nouvelle Elegie,
E ne puisresisteràmon
ardeur extrême,
Souffrez donc belle Iris,
souffrez queje vous
aime,
Si d'un amant tropvieux
vous méprisez l'ardeur,
Il faut me preparer à mourir
de douleur;
Je mourrai, volontiers, iL
ne m'est pas possible,
Avant quede mourir; de
vous rendre sensible,
Trop heureux! moy, qui
suis un Phenix en
amour,
Si de ma cendre, aussi je
renaissois unjour
Et plus jeune & plus beau,
j'aurois lieu de pretendre
A mon tour, belle Iris
de vous voir le coeur
tendre,
Vous ne me verriez pas
inconstant&leger,
Et je ne fongerois jamais
à vous changer.
Que de douceur pour
vous, de marques de
tendresse;
Que de plaisir, pour moi,
de revoir ma Maîtresse,
Et lui trouver un coeur
tout pleind'un nouveau
feu.
Vous m'en feriez, Iris,
bien-tôt un tendre
aveu,
Je vous appellercis des
deux noms, que suggere
Ce petit Dieu des coeurs,
que partout on revere,
Quelquefois mes soupirs
vous apprendroient
tout bas
Ce qu'en l'âge où je fuis,
je ne vous dirois
pas.
Ah ! que nous menerions
une agreable vie:
Mais mon bonheur helas!
seroit digne d'envie,
Si comblé de plaisirs &
content de mon sort,
A soixante ans passez en
Phenix estant mort,
Une seconde fois je renaissois
encore,
Beau, jeune, & digne
enfin de celle que
j'adore.
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Résumé : LE PHENIX, Nouvelle Elegie.
Dans 'Nouvelle Élégie', le narrateur exprime un amour passionné pour Iris. Il la supplie de l'aimer, malgré son âge avancé, et menace de mourir de douleur si elle ne lui accorde pas son affection. Il se compare à un phénix, espérant renaître plus jeune et plus beau pour conquérir son cœur. Le narrateur promet fidélité et tendresse, imaginant les douceurs et les marques d'affection qu'ils partageraient. Il évoque les soupirs révélant ses sentiments et une vie agréable avec Iris. Cependant, il regrette que son bonheur soit impossible, souhaitant renaître à soixante ans pour être digne de son amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 145-154
SUR LES GLORIEUX succez des Armes du Roy dans la derniere campagne de Flandres. ODE Qui a remporté le Prix proposé par l'Académie Françoise.
Début :
Quelle ardeur ! quel saint delire ! [...]
Mots clefs :
Ardeur , Guerre, Héros, Victoire, Minerve, Jupiter, Triomphe, Louis, Conquêtes, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES GLORIEUX succez des Armes du Roy dans la derniere campagne de Flandres. ODE Qui a remporté le Prix proposé par l'Académie Françoise.
SUR LES GLORIEUX
succez des Armes du
Roy dans la derniere
campagne de Flandres.
ODE
Qui a remporté le Prix proposépar
l'académie
Françoise. QUelle ardeur: quel
saint delire!
Tu m'inspire Dieu des
vers,
Les divins sons de ta lyre
Me transportent dans les
airs,
Pour te suivre je m'engage,
Plus temeraire qu'icare,
Je monte au plus haut des
Cieux;
Mortel, par quel privilege
Puis-je estre sans sacrilege
Admis au conseil desDieux.
Quel interest les assemble
Prés du Throsne de leurs
Rois;
Que vois-je ? l'Olympe
tremble
, Par tout y regne l'effroy,
Les maux qu'une affreuse
guerre
Eternise sur la terre,
Troublent jufquaux immortels
:
On diroit à les entendre
Qu'on veut les faire descendre
Des Cieux, ou de leurs
Autels.
Mais quelle auguste Déesse
S'avance avec majesté ?
Qu'elle inspire de sagesse!
Que mon coeur est agité!
Avec transport je l'ob- serve.
Ah je reconnois Minerve
Tout s'émeut à s,on aspect;
Quel est son pouvoir suprême
Le grand Jupiter lui-même
La regarde avec respect.
Dieu tout- puissant, luidit-
elle,
Pouvez vous voir sans horreur,
; Que la discorde cruelle
Exerce tant de fureur,
La paix par elle exilée,
Ne peur être rappellée
Que par les foins d'un Heros,
Que vôtre bras le seconde,
Qu'il vainque
,
& de tout
le monde
Vous affeurez le re pos.
Une Reine magnanime
Imite un Roy genereux,
Un mesme esprit les anime
A rendre le monde heureux.
Dans leurs conseils je préside,
La Paix où ma voix les
guide,
Estleur objet le plus doux.
Mais pour calmer tant d'allarmes,
L'un doit signaler ses armes,
L'autre suspendre ses
coups.
Tandis que sage,équitable
ANNE pese tous les droits
De la foudre redoutable,
Armez le plus grand des
Rois,
Rendez- luy toute sa gloire:
Ordonnez à la Victoire
De suivre ses étendarts.
N'éprouvez plus sa constance,
Affranchissez sa prudence
Du caprice des hazards.
Sur LOU I s, surce grand
homme,
Vivante image des Dieux,
Sans que Jupiter le nomme
Jupiter jette les yeux,
Jusqu'au Ciel sa gloire
brille,
De son immortelle fille
Il approuve le dessein,
Déja a Victoire vole,
Et sur les ailes d'Eole
S'achemine vers Denain.
C'est de là que le Batave
D'un prompt succez assure
Le fier Germain qui nous
brave,
Prête un secours préparé.
Landrecy : mais quelprésage!
Minerve s'ouvre un paf-
CageJ
Mes yeux en sontébloüis,
Je la vois decette foudre
Qui mit les Titansen poudre,
Armer le bras de LOUI s.
Que de troupes fugitives!
Combien de portes forcées
; L'Écaut voit border ses
rives
De cadavres entassez.
Quelle fuite de conquêtes!
Que de lauriers pour nos
testes !
Doüay
,
Bouchain tout se
rend,
Le Quesnoy livre ses portes
A nos rapides cohortes,
Rien n'arrête ce torrent.
Mais quelle douce harmonie
S'éleve au milieu des airs?
La guerre est-elle finie?
La discordeest-elle aux
fers?
Ah! la France est triomphante
:
Projets, que la - rage enfante,
~Disparoissez pour jamais.
Fruit heureux de la Victoire!
Lou I S ne mettra sa gloire
Qu'à faire regner la paix.
succez des Armes du
Roy dans la derniere
campagne de Flandres.
ODE
Qui a remporté le Prix proposépar
l'académie
Françoise. QUelle ardeur: quel
saint delire!
Tu m'inspire Dieu des
vers,
Les divins sons de ta lyre
Me transportent dans les
airs,
Pour te suivre je m'engage,
Plus temeraire qu'icare,
Je monte au plus haut des
Cieux;
Mortel, par quel privilege
Puis-je estre sans sacrilege
Admis au conseil desDieux.
Quel interest les assemble
Prés du Throsne de leurs
Rois;
Que vois-je ? l'Olympe
tremble
, Par tout y regne l'effroy,
Les maux qu'une affreuse
guerre
Eternise sur la terre,
Troublent jufquaux immortels
:
On diroit à les entendre
Qu'on veut les faire descendre
Des Cieux, ou de leurs
Autels.
Mais quelle auguste Déesse
S'avance avec majesté ?
Qu'elle inspire de sagesse!
Que mon coeur est agité!
Avec transport je l'ob- serve.
Ah je reconnois Minerve
Tout s'émeut à s,on aspect;
Quel est son pouvoir suprême
Le grand Jupiter lui-même
La regarde avec respect.
Dieu tout- puissant, luidit-
elle,
Pouvez vous voir sans horreur,
; Que la discorde cruelle
Exerce tant de fureur,
La paix par elle exilée,
Ne peur être rappellée
Que par les foins d'un Heros,
Que vôtre bras le seconde,
Qu'il vainque
,
& de tout
le monde
Vous affeurez le re pos.
Une Reine magnanime
Imite un Roy genereux,
Un mesme esprit les anime
A rendre le monde heureux.
Dans leurs conseils je préside,
La Paix où ma voix les
guide,
Estleur objet le plus doux.
Mais pour calmer tant d'allarmes,
L'un doit signaler ses armes,
L'autre suspendre ses
coups.
Tandis que sage,équitable
ANNE pese tous les droits
De la foudre redoutable,
Armez le plus grand des
Rois,
Rendez- luy toute sa gloire:
Ordonnez à la Victoire
De suivre ses étendarts.
N'éprouvez plus sa constance,
Affranchissez sa prudence
Du caprice des hazards.
Sur LOU I s, surce grand
homme,
Vivante image des Dieux,
Sans que Jupiter le nomme
Jupiter jette les yeux,
Jusqu'au Ciel sa gloire
brille,
De son immortelle fille
Il approuve le dessein,
Déja a Victoire vole,
Et sur les ailes d'Eole
S'achemine vers Denain.
C'est de là que le Batave
D'un prompt succez assure
Le fier Germain qui nous
brave,
Prête un secours préparé.
Landrecy : mais quelprésage!
Minerve s'ouvre un paf-
CageJ
Mes yeux en sontébloüis,
Je la vois decette foudre
Qui mit les Titansen poudre,
Armer le bras de LOUI s.
Que de troupes fugitives!
Combien de portes forcées
; L'Écaut voit border ses
rives
De cadavres entassez.
Quelle fuite de conquêtes!
Que de lauriers pour nos
testes !
Doüay
,
Bouchain tout se
rend,
Le Quesnoy livre ses portes
A nos rapides cohortes,
Rien n'arrête ce torrent.
Mais quelle douce harmonie
S'éleve au milieu des airs?
La guerre est-elle finie?
La discordeest-elle aux
fers?
Ah! la France est triomphante
:
Projets, que la - rage enfante,
~Disparoissez pour jamais.
Fruit heureux de la Victoire!
Lou I S ne mettra sa gloire
Qu'à faire regner la paix.
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Résumé : SUR LES GLORIEUX succez des Armes du Roy dans la derniere campagne de Flandres. ODE Qui a remporté le Prix proposé par l'Académie Françoise.
Le texte célèbre les succès militaires du roi Louis XV lors de la dernière campagne en Flandres. Inspirée par une divinité, la vision décrit les dieux de l'Olympe troublés par les maux de la guerre sur Terre. Minerve, déesse de la sagesse, demande à Jupiter d'intervenir pour rétablir la paix grâce à un héros soutenu par le bras divin. La reine Anne et le roi Louis XV, animés par un même esprit généreux, cherchent à rendre le monde heureux. Minerve conseille d'armer Louis XV et de lui accorder la victoire pour calmer les alarmes. La victoire vole vers Denain, assurant un succès rapide contre les ennemis. La déesse arme le bras de Louis XV, menant à une série de victoires, dont la prise de Landrecy, Douai, Bouchain et Le Quesnoy. La guerre semble terminée, et la France triomphante aspire à la paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1286-1292
LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Début :
Tandis qu'au Temple de Mémoire, [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Conquêtes, Gloire, Victoire, Ardeur , Prudence
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texteReconnaissance textuelle : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
LES CONQUESTES
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
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Résumé : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Le texte célèbre les conquêtes du Maréchal Duc de Villars, protecteur de l'Académie des Belles Lettres de Marseille. Il commence par louer les exploits militaires de Villars, soulignant son courage et son leadership sur le champ de bataille. Le poète décrit les victoires de Villars, notamment contre les forces allemandes, et son habileté à surmonter les obstacles, comme les fortifications ennemies et les conditions climatiques difficiles. Les succès de Villars sont marqués par des batailles décisives, telles que celle de Denain, où son intervention rapide et stratégique a retourné le cours des combats. Le texte met également en avant la terreur et l'admiration que les ennemis éprouvaient face à Villars, ainsi que les tributs et les richesses obtenus après les victoires. La campagne militaire de Villars se conclut par une paix glorieuse, apportant à la France à la fois la victoire et la tranquillité. Enfin, le poème exalte l'amour de Villars pour les arts et les lettres, soulignant son soutien à l'Académie des Belles Lettres et son désir de voir son nom immortalisé dans les chansons et les écrits des muses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. [1839]-1841
ODE SACRÉE, Titrée du Pseaume. Beatus vir, &c.
Début :
Heureux le Mortel qui redoute, [...]
Mots clefs :
Psaume, Lois, Gloire, Ardeur , Vaisseau, Adversité, Bienfaiteur, Port de l'Éternité, Abondance, Juge suprême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Titrée du Pseaume. Beatus vir, &c.
ODE SA CREE,
H
Tirée du Pseaume.
Beatus vir , & c. - fi}
Eureux le Mortel qui redoute
D'exciter l'ire du Seigneur !
En suivant ses Loix dans sa route
Toujours il marche avec ardeur ,
Quelle est sa gloire et så richesse!
Le souvenir de sa sagesse ,
Ne s'évanouira jamais ,
A ij Sa
7
A
1840 MERCURE DE FRANCE
Sa Posterité dans ce monde ,
Puissante , honorée et féconde ,
Verra combler tous ses souhaits,
Ainsi qu'un Astre favorable ,
Au Vaisseau du Port écarté ,
Dieu se montre à l'homme équitable ;
Dans la nuit de l'adversité ;
Il ne parle qu'avec prudence ,
En lui la timide indigence
Trouve toujours un Bienfaicteur ;
Quel sort au sien est comparable ?
De son coeur ferme , inébranlable ,
Rien ne peut troubler le bonheur,
Malgré les efforts de l'envie ,
Son nom subsistera. toûjours ;
De la perfide calomnie ,
Il ne craindra point les discours ,
Il met en Dieu son esperance ;
Contre les méchans sa puissance ,
Sçaura le mettre en seureté ;
Elle affermira son courage ,
Jusqu'à ce qu'il brave leur rage ,
Dans le Port de l'Eternité,
添
Ses mains ont semé l'abondance ,
Dans
AOUST.
1841 1731.
Dans les maisons des indigents ;
Sa justice pour récompense ,
Subsistera dans tous les temps :
Il sera placé dans la gloire 5
Le Pécheur verra sa victoire ,
Et de désespoir sechera ,
Dans sa rage il osera même ,
Maudire le Juge suprême :
Mais son vain desir périra.
H
Tirée du Pseaume.
Beatus vir , & c. - fi}
Eureux le Mortel qui redoute
D'exciter l'ire du Seigneur !
En suivant ses Loix dans sa route
Toujours il marche avec ardeur ,
Quelle est sa gloire et så richesse!
Le souvenir de sa sagesse ,
Ne s'évanouira jamais ,
A ij Sa
7
A
1840 MERCURE DE FRANCE
Sa Posterité dans ce monde ,
Puissante , honorée et féconde ,
Verra combler tous ses souhaits,
Ainsi qu'un Astre favorable ,
Au Vaisseau du Port écarté ,
Dieu se montre à l'homme équitable ;
Dans la nuit de l'adversité ;
Il ne parle qu'avec prudence ,
En lui la timide indigence
Trouve toujours un Bienfaicteur ;
Quel sort au sien est comparable ?
De son coeur ferme , inébranlable ,
Rien ne peut troubler le bonheur,
Malgré les efforts de l'envie ,
Son nom subsistera. toûjours ;
De la perfide calomnie ,
Il ne craindra point les discours ,
Il met en Dieu son esperance ;
Contre les méchans sa puissance ,
Sçaura le mettre en seureté ;
Elle affermira son courage ,
Jusqu'à ce qu'il brave leur rage ,
Dans le Port de l'Eternité,
添
Ses mains ont semé l'abondance ,
Dans
AOUST.
1841 1731.
Dans les maisons des indigents ;
Sa justice pour récompense ,
Subsistera dans tous les temps :
Il sera placé dans la gloire 5
Le Pécheur verra sa victoire ,
Et de désespoir sechera ,
Dans sa rage il osera même ,
Maudire le Juge suprême :
Mais son vain desir périra.
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Résumé : ODE SACRÉE, Titrée du Pseaume. Beatus vir, &c.
Le poème 'ODE SA CREE' du Psaume 'Beatus vir' célèbre les vertus et les bénédictions de l'homme juste et pieux. Cet homme est heureux car il respecte les lois divines et suit le droit chemin avec ardeur. Sa sagesse et sa richesse sont éternelles, et sa descendance est puissante, honorée et féconde. En période de difficulté, Dieu protège l'homme équitable, qui parle avec prudence et aide les indigents. Son bonheur reste inébranlable malgré l'envie et la calomnie. Il place son espérance en Dieu, qui le défend contre les méchants et renforce son courage jusqu'à l'éternité. Ses actions justes et généreuses perdurent à travers les temps, tandis que le pécheur, dans sa rage, maudit en vain le Juge suprême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 1672
MADRIGAL.
Début :
Jeunesse, esprit, beauté, richesse, [...]
Mots clefs :
Ardeur , Époux, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
3.
Eunesse , esprit , beauté , richesse ,
Grandeur , vertu . valeur , noblesse
De ces Epoux remplis d'ardeur ,
Fondent le solide bonheur.
Fidelité , ce don celeste ,
Sur eux exerçant son. pouvoir
L'hymen remplira son devoir
Le tendre amour fera le reste.
3.
Eunesse , esprit , beauté , richesse ,
Grandeur , vertu . valeur , noblesse
De ces Epoux remplis d'ardeur ,
Fondent le solide bonheur.
Fidelité , ce don celeste ,
Sur eux exerçant son. pouvoir
L'hymen remplira son devoir
Le tendre amour fera le reste.
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14
p. 2407-2409
BOUQUET à Mlle...
Début :
Amour, c'est trop long-tems rester dans le silence; [...]
Mots clefs :
Coeur, Bouquet, Funestes conseils, Secret, Amour, Ardeur , Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET à Mlle...
BOUQUET à Mitte ...
A
Mour, c'est trop long- tems rester dans le silence ;
C'est trop long- tems cacher mes feux ;
Tes funestes conseils trompent mon esperance,
Iris ignore encor le pouvoir de ses yeux.
Depuis plus de six mois , tu sçais que je sou;
pire :
» Garde-toi , m'as-tu dit , d'aller en indiscret
A l'objet de tes vœux , divulguer ton secret ;
Tu ne ferois qu'accroître ton martyre
Pour expliquer tes feux , il est de sûrs moyens ,
Elj »Sans
1468 MERCURE DE FRANCE
»Sans emprunter le secours de ta bouche,
Un aveu trop hardi quelquefois effarouche ,
Fixe donc seulement tes regards sur les sienst
30 Par-là, fais connoître à ta belle ,
Que la voir est pour toi le plus grand des
plaisirs ,
93 Que tu n'en trouves point sans elle ,
Et que pour elle seule échapent tes soupirs.
»C'est ainsi dans un cœur qu'un Amant s'insta
nuë ,
Que de la sympathie il forme les liens ,
Et c'est ainsi que de la vûë ,
» On passe aux plus doux entretiens.
J'ai suivi tes conseils , Amour ; mais ta pre- messe ,
N'est pas prête de s'accomplir ;
Tu ne m'as pour Iris , donné tant de tendresse ;
Que pour me faire mieux souffrir.
Chaque jour je la vois , et fidele à me taire ,
J'observe ses brillants attraits ,
Et la charmante Iris , sans dessein de le faire ;
Perce mon cœur de mille traits.
Dieux qu'elle est aimable , les Graces ,
Lea
NOVEMBRE. 1732. 2498
Les Ris l'accompagnent toûjours ;
On voit une foule d'Amours ,
Avec les Jeux folatrer sur ses traces.
Que j'aime à voir qu'un Zéphir amoureux ,
Autour de sa gorge , badine ,
Et découvre à mes yeux cette blancheur divine !
J'oublie en ysongeant , que je suis malheureux.
Allons , découvrons- lui le feu qui me dévore ,
Et son triomphe et mes tourmens ;
Qu'elle sçache que je l'adore ,
Et que Phoebus pour elle anime mes accens
Peut-être à mes vœux , favorable ,
Que quelquefois Iris lirà mes Vers ;
Peut-être en y voïant la rigueur de mes fers
Elle deviendra plus traitable.
Partez , mes Vers , allez découvrir mon ardeur
A la charmantc Iris ; l'occasion est prête
Partez , allez , demain sera sa fête ,
Aujourd'hui pour Bouquet , presentez-lui mon cœur.
V. J. A. L.
A
Mour, c'est trop long- tems rester dans le silence ;
C'est trop long- tems cacher mes feux ;
Tes funestes conseils trompent mon esperance,
Iris ignore encor le pouvoir de ses yeux.
Depuis plus de six mois , tu sçais que je sou;
pire :
» Garde-toi , m'as-tu dit , d'aller en indiscret
A l'objet de tes vœux , divulguer ton secret ;
Tu ne ferois qu'accroître ton martyre
Pour expliquer tes feux , il est de sûrs moyens ,
Elj »Sans
1468 MERCURE DE FRANCE
»Sans emprunter le secours de ta bouche,
Un aveu trop hardi quelquefois effarouche ,
Fixe donc seulement tes regards sur les sienst
30 Par-là, fais connoître à ta belle ,
Que la voir est pour toi le plus grand des
plaisirs ,
93 Que tu n'en trouves point sans elle ,
Et que pour elle seule échapent tes soupirs.
»C'est ainsi dans un cœur qu'un Amant s'insta
nuë ,
Que de la sympathie il forme les liens ,
Et c'est ainsi que de la vûë ,
» On passe aux plus doux entretiens.
J'ai suivi tes conseils , Amour ; mais ta pre- messe ,
N'est pas prête de s'accomplir ;
Tu ne m'as pour Iris , donné tant de tendresse ;
Que pour me faire mieux souffrir.
Chaque jour je la vois , et fidele à me taire ,
J'observe ses brillants attraits ,
Et la charmante Iris , sans dessein de le faire ;
Perce mon cœur de mille traits.
Dieux qu'elle est aimable , les Graces ,
Lea
NOVEMBRE. 1732. 2498
Les Ris l'accompagnent toûjours ;
On voit une foule d'Amours ,
Avec les Jeux folatrer sur ses traces.
Que j'aime à voir qu'un Zéphir amoureux ,
Autour de sa gorge , badine ,
Et découvre à mes yeux cette blancheur divine !
J'oublie en ysongeant , que je suis malheureux.
Allons , découvrons- lui le feu qui me dévore ,
Et son triomphe et mes tourmens ;
Qu'elle sçache que je l'adore ,
Et que Phoebus pour elle anime mes accens
Peut-être à mes vœux , favorable ,
Que quelquefois Iris lirà mes Vers ;
Peut-être en y voïant la rigueur de mes fers
Elle deviendra plus traitable.
Partez , mes Vers , allez découvrir mon ardeur
A la charmantc Iris ; l'occasion est prête
Partez , allez , demain sera sa fête ,
Aujourd'hui pour Bouquet , presentez-lui mon cœur.
V. J. A. L.
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Résumé : BOUQUET à Mlle...
Dans une lettre poétique adressée à Mitte, l'auteur exprime son amour pour une femme nommée Iris. Il révèle qu'il garde cet amour secret depuis plus de six mois, suivant les conseils de Mitte de ne pas révéler ses sentiments directement. L'auteur décrit les moyens subtils qu'il utilise pour montrer son affection, comme fixer son regard sur Iris pour lui faire comprendre son attachement. Il admire la beauté et les charmes d'Iris, notant qu'elle est toujours accompagnée des Grâces, des Rires, des Amours et des Jeux. L'auteur exprime son désir de lui révéler son amour, espérant que ses vers pourront adoucir son cœur. La lettre se conclut par la décision de l'auteur de présenter son cœur à Iris sous forme de bouquet pour sa fête le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 203-216
MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
Début :
Si l'on doit apprécier les hommes par les sacrifices qu'ils font à la société, [...]
Mots clefs :
Marquis de Montcalm, Sacrifices, Éloges, Vertu, Lieutenant général des armées du roi, Études, Littérature, Carrière militaire, Régiment, Ardeur , Talents, Amérique, Capitaine, Prodige, Campagnes militaires, Exploits, Gloire, Canada, Homme illustre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
MORT S.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
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Résumé : MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
Le Marquis de Montcalm, né en 1712, fut un militaire français distingué pour son dévouement et ses sacrifices pour l'État. Il débuta sa carrière au Régiment de Hainault Infanterie et gravit les échelons jusqu'à devenir Lieutenant-Général des Armées du Roi et commandant en chef des troupes françaises en Amérique septentrionale. Montcalm était également un érudit, maîtrisant les langues grecque et latine, et conservant un goût pour l'étude tout au long de sa carrière. Montcalm servit avec distinction dans plusieurs campagnes en Europe et en Amérique. En Amérique, il montra une bravoure exceptionnelle, une grande prudence et une résolution courageuse, menant des troupes françaises et des alliés autochtones contre des forces ennemies supérieures en nombre. Ses campagnes, notamment autour du lac Saint-Sacrement et du fort Carillon, furent marquées par des victoires stratégiques et des manœuvres audacieuses. En 1759-1760, Montcalm et ses troupes, sous les ordres de Lévi et Bourlamaque, remportèrent une victoire significative contre les forces ennemies. La bataille coûta à l'ennemi environ six mille morts ou blessés, avec trois mille cadavres près de l'abattis. Les Canadiens et les Sauvages ne participèrent pas à cette victoire, rejoignant l'armée cinq jours plus tard. Les soldats crièrent 'Vive le Roi et notre Général!' durant le combat, reflétant leur confiance en Montcalm. Montcalm écrivit à Doreil pour exprimer sa satisfaction de la victoire et regretta de ne pas avoir plus de troupes pour poursuivre l'ennemi. Il loua également ses officiers et soldats, soulignant leur valeur et leur discipline. Dans une lettre à Vaudreuil, il attribua la victoire aux dispositions prises et à l'exemple donné par lui-même. La défense de Québec contre les forces anglaises fut marquée par des combats acharnés pour protéger les vivres et les communications. Montcalm fut blessé mortellement lors d'une bataille décisive près de Québec et mourut le 14 septembre 1760. Ses dernières paroles furent de recommander à ses officiers de préserver l'honneur de la France. Les ennemis et les alliés de Montcalm témoignèrent de ses talents militaires et de ses vertus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 174-193
OPÉRA.
Début :
Le vendredi, 6 mai, on a donné la première représentation de la Vénitienne, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Opéra, Plaisirs, Ardeur , Musique, Succès, Plaisir, Monologue, Théâtre, Noeuds, Divertissement, Air, Rôle
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texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPÉRA.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
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