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p. 3-39
CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
Début :
Il y a environ six semaines que je vois au coin [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Homère, M. de la Motte, Jugement, Ouvrages, Traduction, Livre, Chevaux, Traduction, Critique, Examen, Auteur, Esprit, Génie, Lettres, Pacificateur, Homme, Langues, Admiration, Public
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texteReconnaissance textuelle : CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
CRITIQUE
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
Fermer
2
p. 2459
« La Faculté de Médecine de Paris, toujours attentive au bien public, et dans la vûë de perfectionner [...] »
Début :
La Faculté de Médecine de Paris, toujours attentive au bien public, et dans la vûë de perfectionner [...]
Mots clefs :
Faculté de médecine de Paris, Chirurgie, Examen, Bacheliers, Opérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Faculté de Médecine de Paris, toujours attentive au bien public, et dans la vûë de perfectionner [...] »
La Faculté de Médecine de Paris , toujours at
gentive au bien public , et dans la vûë de perfectionner
la Chirurgie en exerçant ses Eleves à la
pratique de cet Art , a jugé à propos de substi
tuer à l'examen de Chirurgie qu'elle faisoit subir
à ses Bacheliers , des Exercices sur l'Anatomie et
sur les Opérations Chirurgicales ; cet établissement
est porté par un Decret de la même Faculté
du 29. Septembre 1733. qui dit que nuls Bacheliers
ne pourront à l'avenir recevoir le degré de
Licence , s'il n'ont pendant le cours de deux années
qu'ils demeureront sur les bancs , executé
de leurs propres mains sur des cadavres , les dissections
anatomiques et les Operations de la
Chirurgie , en subissant devant toute la Faculté ,
un examen de sept jours consécutifs sur chacune
de ces matieres.
gentive au bien public , et dans la vûë de perfectionner
la Chirurgie en exerçant ses Eleves à la
pratique de cet Art , a jugé à propos de substi
tuer à l'examen de Chirurgie qu'elle faisoit subir
à ses Bacheliers , des Exercices sur l'Anatomie et
sur les Opérations Chirurgicales ; cet établissement
est porté par un Decret de la même Faculté
du 29. Septembre 1733. qui dit que nuls Bacheliers
ne pourront à l'avenir recevoir le degré de
Licence , s'il n'ont pendant le cours de deux années
qu'ils demeureront sur les bancs , executé
de leurs propres mains sur des cadavres , les dissections
anatomiques et les Operations de la
Chirurgie , en subissant devant toute la Faculté ,
un examen de sept jours consécutifs sur chacune
de ces matieres.
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Résumé : « La Faculté de Médecine de Paris, toujours attentive au bien public, et dans la vûë de perfectionner [...] »
En 1733, la Faculté de Médecine de Paris a réformé l'examen de chirurgie pour les bacheliers. Désormais, ils doivent réaliser des dissections et des opérations sur des cadavres durant deux années. Un examen de sept jours devant la Faculté est également requis pour obtenir la licence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 2882-288[4]
« On écrit de Londres, que le 8 de ce mois on y fit à Wolwich, en presence des Commissaires [...] »
Début :
On écrit de Londres, que le 8 de ce mois on y fit à Wolwich, en presence des Commissaires [...]
Mots clefs :
Examen, Faculté, Bacheliers, Opérations chirurgicales, Vaisseau de guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Londres, que le 8 de ce mois on y fit à Wolwich, en presence des Commissaires [...] »
On écrit de Londres , que le 8 de ce mois on
fit à Wolwich , en presence des Commissaires
de l'Amirauté à bord du Vaisseau de Guerre le
Roebuck , de 40 Canons , l'essai de deux Rames
nouvellement inventées , par le secours desquels
on prétend qu'un Vaisseau de Guerre, même da
premier rang, pourra virer de bord et faire trois
quarts de lieue par heure dans un calme : l'expérience
n'eût pas tout le succès qu'on en attendoit.
M. Jean Kelly a traduit et ajusté au Theâtre
Anglois , la Comédie du Philosophe marié de M.
des Touches , et elle a été joüée avec succès sur
le Theatre Royal , in Coven Farden.
On
DECEMBRE . 1733. 2888
On mande aussi que M. Crusius y a fait imprimer
depuis peu en deux petits Volumes , les
Vies des Poëtes Latins , avec de courtes Dissertations
critiques et historiques au sujet de ces
Poëtes et de leurs Ouvrages , où il fait voir leurs
beautez et leurs défauts . Il y a joint une introduction
, concernant l'origine et le progrès de la
Poësie en general , et un essai sur le Poëme Dramatique
en particulier.
C'est sur un Memoire peu exact qu'on a dit
dans le Mercure de Novembre dernier , page
2459 que la Faculté de Médecine de Paris ,
substitué à l'examen de Chirurgie , qu'elle faisoit
subir à ses Bacheliers , des exercices sur l'Anatomie
et sur les Opérations Chirurgicales .
Par le Decret de la même Faculté du 21 Mars
1732. et en exécution d'icelui ,, elle conserve
l'examen de Chirurgie , le seul changement qui
y a été apporté , c'est d'obliger ses Bacheliers à
faire les Opérations Chirurgicales sur lesquelles
on les interroge dans cet examen qui se dois
faire la seconde année de Licence.
•
Par le même Decret la Faculté a encore établi
un autre examen d'Anatomie , dans lequel les
Bacheliers doivent répondre en dissequant et en
démontrant les differentes parties du Corps Hu
main,et cet examen se doit faire dans la premiere
année de Licence.
Le Sr Neilson , Ecossois , reçu depuis peu à
S. Cosme , Expert pour la guérison parfaite et
radicale des Hernies ou Descentes à l'un et à
l'autre sexe , et de tout âge , avertit qu'il traite
ces sortes de maladies d'une façon particuliere et
par la simple application des Remedes specifiques
II. Vol. et
E vj
2881 MERCURE DE FRANCE
et sans que le malade cesse de vaquer à ses affaires.
Il donne aussi ses avis et ses Remedes à ceux
qui sont dans les Provinces , soulage même les
Hernies les plus inveterées , rend cette incommodité
suportable et empêche les mauvaises
suites. Il demeure dans la rue Dauphine au Coq
d'or , à Paris.
Par Brevet du Roy , du 22 May 1733 ; et Approbation
de son premier Medecin , le Sr Moureau
avertit le Public , qu'il possede un Secret
pour guerir radicalement toutes sortes de retentions
d'urines , causées par des Carnositez ou
Callositez , sans causer aucune inflammation à la
partie . Son remede est connu par les Experiences
qui ont été faites , il s'expliquera plus amplement
à ceux qui le viendront trouver en sa demeure
, rue neuve de Luxembourg , vis à - vis le
Couvent des Dames de l'Assomption de la rue
S. Honoré , chez M. le Cor , Maître Charon , ou
on le trouvera seulement le matin jusqu'à deux
heures après midi .
Adresse de celui qui empêche la fumée , en
mettant des machines sur les cheminées qu'il
appelle églises . C'est le Sr Monreau , Ferblantier,
demeurant rue du Plessis , à côté d'un Tourneur,
dans une allée au rez de chaussée. Sa Boutique est
au coin du Marché au Pain , du côté de la rue
du Plessis.
fit à Wolwich , en presence des Commissaires
de l'Amirauté à bord du Vaisseau de Guerre le
Roebuck , de 40 Canons , l'essai de deux Rames
nouvellement inventées , par le secours desquels
on prétend qu'un Vaisseau de Guerre, même da
premier rang, pourra virer de bord et faire trois
quarts de lieue par heure dans un calme : l'expérience
n'eût pas tout le succès qu'on en attendoit.
M. Jean Kelly a traduit et ajusté au Theâtre
Anglois , la Comédie du Philosophe marié de M.
des Touches , et elle a été joüée avec succès sur
le Theatre Royal , in Coven Farden.
On
DECEMBRE . 1733. 2888
On mande aussi que M. Crusius y a fait imprimer
depuis peu en deux petits Volumes , les
Vies des Poëtes Latins , avec de courtes Dissertations
critiques et historiques au sujet de ces
Poëtes et de leurs Ouvrages , où il fait voir leurs
beautez et leurs défauts . Il y a joint une introduction
, concernant l'origine et le progrès de la
Poësie en general , et un essai sur le Poëme Dramatique
en particulier.
C'est sur un Memoire peu exact qu'on a dit
dans le Mercure de Novembre dernier , page
2459 que la Faculté de Médecine de Paris ,
substitué à l'examen de Chirurgie , qu'elle faisoit
subir à ses Bacheliers , des exercices sur l'Anatomie
et sur les Opérations Chirurgicales .
Par le Decret de la même Faculté du 21 Mars
1732. et en exécution d'icelui ,, elle conserve
l'examen de Chirurgie , le seul changement qui
y a été apporté , c'est d'obliger ses Bacheliers à
faire les Opérations Chirurgicales sur lesquelles
on les interroge dans cet examen qui se dois
faire la seconde année de Licence.
•
Par le même Decret la Faculté a encore établi
un autre examen d'Anatomie , dans lequel les
Bacheliers doivent répondre en dissequant et en
démontrant les differentes parties du Corps Hu
main,et cet examen se doit faire dans la premiere
année de Licence.
Le Sr Neilson , Ecossois , reçu depuis peu à
S. Cosme , Expert pour la guérison parfaite et
radicale des Hernies ou Descentes à l'un et à
l'autre sexe , et de tout âge , avertit qu'il traite
ces sortes de maladies d'une façon particuliere et
par la simple application des Remedes specifiques
II. Vol. et
E vj
2881 MERCURE DE FRANCE
et sans que le malade cesse de vaquer à ses affaires.
Il donne aussi ses avis et ses Remedes à ceux
qui sont dans les Provinces , soulage même les
Hernies les plus inveterées , rend cette incommodité
suportable et empêche les mauvaises
suites. Il demeure dans la rue Dauphine au Coq
d'or , à Paris.
Par Brevet du Roy , du 22 May 1733 ; et Approbation
de son premier Medecin , le Sr Moureau
avertit le Public , qu'il possede un Secret
pour guerir radicalement toutes sortes de retentions
d'urines , causées par des Carnositez ou
Callositez , sans causer aucune inflammation à la
partie . Son remede est connu par les Experiences
qui ont été faites , il s'expliquera plus amplement
à ceux qui le viendront trouver en sa demeure
, rue neuve de Luxembourg , vis à - vis le
Couvent des Dames de l'Assomption de la rue
S. Honoré , chez M. le Cor , Maître Charon , ou
on le trouvera seulement le matin jusqu'à deux
heures après midi .
Adresse de celui qui empêche la fumée , en
mettant des machines sur les cheminées qu'il
appelle églises . C'est le Sr Monreau , Ferblantier,
demeurant rue du Plessis , à côté d'un Tourneur,
dans une allée au rez de chaussée. Sa Boutique est
au coin du Marché au Pain , du côté de la rue
du Plessis.
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Résumé : « On écrit de Londres, que le 8 de ce mois on y fit à Wolwich, en presence des Commissaires [...] »
Le 8 décembre 1733, une démonstration de nouvelles rames inventées a eu lieu à bord du vaisseau de guerre le Roebuck à Woolwich, en présence des commissaires de l'Amirauté. Ces rames visaient à permettre au vaisseau de virer de bord et de naviguer à trois quarts de lieue par heure en calme, mais l'expérience n'a pas atteint le succès escompté. M. Jean Kelly a traduit et adapté la comédie 'Le Philosophe marié' de M. des Touches, jouée avec succès au Théâtre Royal de Covent Garden à Londres. M. Crusius a publié en deux volumes les 'Vies des Poètes Latins', incluant des dissertations critiques et historiques sur les poètes et leurs œuvres, ainsi qu'une introduction sur l'origine et le progrès de la poésie. Une rectification a été apportée concernant une information publiée dans le Mercure de Novembre précédent. La Faculté de Médecine de Paris n'a pas supprimé l'examen de chirurgie. Selon le décret du 21 mars 1732, les bacheliers doivent effectuer les opérations chirurgicales lors de cet examen, qui se déroule la seconde année de licence. Un nouvel examen d'anatomie a également été instauré, où les bacheliers doivent disséquer et démontrer les parties du corps humain, cet examen se déroulant la première année de licence. Le Sr Neilson, Écossais, a été reçu à Saint-Cosme pour la guérison des hernies. Il réside rue Dauphine au Coq d'or à Paris et offre ses services aux personnes des provinces. Le Sr Moureau propose un remède pour guérir radicalement les rétentions d'urines causées par des carnosités ou callosités, sans inflammation. Il reçoit les patients rue neuve de Luxembourg, vis-à-vis le Couvent des Dames de l'Assomption de la rue Saint-Honoré, chez M. le Cor, Maître Charon. Le Sr Monreau, ferblantier, propose des machines pour empêcher la fumée des cheminées, qu'il appelle 'églises'. Il réside rue du Plessis, à côté d'un tourneur, dans une allée au rez-de-chaussée, avec sa boutique au coin du Marché au Pain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 155-161
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Début :
LE titre de cette Dissertation en annonce suffisamment l'objet : le supplice [...]
Mots clefs :
Corps, Crime, Chirurgien, Assassinat, Étranglement , Examen, Mémoire
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
MÉMOIRE fur, une queſtion Anatomique
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
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Résumé : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Le mémoire de M. Louis, professeur royal de chirurgie, se concentre sur la distinction entre suicide et assassinat dans les cas de corps trouvés pendus. Motivé par une affaire judiciaire, M. Louis vise à assurer la sécurité des citoyens, la formation des professionnels de santé et la justesse des jugements. Il explore les méthodes utilisées par les criminels pour dissimuler les meurtres en pendant leurs victimes après les avoir tuées par d'autres moyens. Pour ce faire, il examine les travaux d'auteurs renommés en anatomie et médecine légale, effectue des expériences sur des cadavres humains et des animaux vivants, et consulte des experts. Le mémoire détaille les signes distinctifs de l'étranglement et les différences entre suicides et assassinats par pendaison, soulignant l'importance d'un examen minutieux du cou pour déterminer la cause exacte de la mort et éviter les erreurs judiciaires. M. Louis illustre ses propos par des cas réels où des crimes ont été déguisés en suicides. Il insiste sur le rôle crucial du rapport médical pour guider l'application des lois et prévenir les injustices. Le texte met en avant la nécessité de précision et de rigueur dans les rapports médicaux et judiciaires. La 'Differtation' de M. Louis est présentée comme un ouvrage capable de prévenir les erreurs judiciaires, souvent causées par des rapports inexacts. L'auteur souhaite que chirurgiens, juges et officiers de justice connaissent et appliquent les principes exposés, y compris l'exactitude des procès-verbaux et l'importance de ne pas conclure sur des bases possibles ou des témoignages équivoques. Le texte aborde également les vues philosophiques de l'auteur sur le suicide et l'impact positif de la philosophie et des arts sur la perception humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.